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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2019-06-29, Collections de BAnQ.

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[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 PERSPECTIVES Portrait de cinq artisans qui ont bâti le pont Samuel-De Champlain | B 2 PERSPECTIVES Centenaire du traité de Versailles : comment la paix a mené à la guerre B 4 MONDE Le G20 à Osaka : la courtoisie s\u2019invite, les différends restent | B 5 D ÉTATS-UNIS Des candidats secondaires propulsés Warren, Harris et Castro se démarquent lors des premiers débats démocrates, Biden et Sanders n\u2019ont pas réussi à briller e grande inconnue à étonnante curiosité.Pour les algorithmes de Google- Trends, qui mesurent les tendances dans les univers numériques, la grande gagnante du double débat des candidats démocrates en vue de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis aura finalement été Tulsi Gabbard.Tulsi qui ?Gabbard, représentante démocrate d\u2019Hawaï au Congrès, que cet exercice formel d\u2019affrontement entre 20 candidats, sur deux soirs, a fait partiellement sortir de l\u2019ombre après une prise de parole qui aura duré 6 minutes et 15 secondes, lors de la première rencontre qui s\u2019est tenue mercredi soir en Floride.La vétérane de la guerre du Golfe, qui, parmi l\u2019ensemble des candidats à l\u2019investiture démocrate, joui d\u2019une des couvertures médiatiques les plus faibles et va chercher pour le moment moins de 1 % des intentions de vote, est devenue, à la surprise générale, l\u2019attraction dans les moteurs de recherche durant ce débat, particulièrement après un échange avec un autre oublié de cette course, le candidat Tim Ryan de l\u2019Ohio, sur l\u2019engagement militaire américain à l\u2019étranger.Gabbard, une démocrate plutôt conservatrice, est ouvertement anti-guerre.Elle est aussi paradoxalement la démocrate la plus appréciée des médias de droite.L\u2019intérêt pour la candidate trentenaire, qui par le passé a suscité la polémique en raison d\u2019une position plutôt méprisante à l\u2019endroit des homosexuels \u2014 elle s\u2019est excusée depuis \u2014, pourrait- il changer le sens de cette course à plus de 20 coureurs ?Pas vraiment, tant la pente qu\u2019il lui reste à remonter est longue et puisque d\u2019autres candidats, peut-être un peu moins remarqués qu\u2019elle par les algorithmes, ont réussi à se démarquer et à renforcer un intérêt déjà ancré auprès des électeurs, comme l\u2019a fait la sénatrice de la Californie Kamala Harris, qui sort grande gagnante de ce doublé de débats.Elle était du deuxième, jeudi soir.Un moment charnière Quatrième dans les sondages, derrière Elizabeth Warren, Bernie Sanders \u2014 qui a réussi à imposer ses idées, mais un peu moins sa personne \u2014 et Joe Biden, Kamala Harris a créé ce « moment » que cherchent inlassablement les commentateurs dans chaque débat.Comment ?En attaquant le coureur de tête, l\u2019ex-vice-président Biden, sur son historique politique en matière de droits civiques, sa complaisance passée envers des sénateurs ségrégationnistes et son opposition à une loi fédérale sur le transport scolaire que la candidate a ramené à une expérience personnelle, celle de la jeune écolière issue d\u2019une minorité allant à l\u2019école publique en bus qu\u2019elle a été.«Cet échange entre Harris et Biden est le premier qui pourrait potentiellement faire changer les choses dans ces deux soirées de débat, a résumé à chaud, sur Twitter, Mo Elleithee, ancien porte- parole du Comité national démocrate.Il y a peu de candidats capables, comme Joe Biden, de connexion émotive et personnelle avec les électeurs.Mais dans cet échange avec Harris, il est loin de ça.» Pas assez naturelle et un peu trop précautionneuse : les critiques à l\u2019endroit de Kamala Harris sont nombreuses depuis son entrée dans la course, mais jeudi soir la candidate a finalement dévoilé un autre aspect d\u2019elle-même en se posant en véritable présidentiable, prête à faire face à Donald Trump lors du prochain scrutin.Elle l\u2019a d\u2019ailleurs attaqué de front sur ses politiques fiscales, mais également sur ses politiques migratoires inhumaines.Elle s\u2019est aussi élevée au-dessus de la mêlée à plusieurs reprises, dont une fois après un échange plutôt cacophonique entre les candidats qui lui a permis de faire un trait d\u2019esprit.« Les Américains ne veulent pas être témoins d\u2019une bataille de nourriture, a-t-elle dit, déclenchant une vague de rires dans l\u2019assistance.Ils veulent savoir comment nous allons poser de la nourriture sur leur table.» Une présence forte À l\u2019heure des bilans, la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, en troisième position dans les intentions de vote dans cette course, semble avoir également tiré profit de ce débat polyphonique en marquant par une présence forte la première rencontre.La candidate, plutôt à gauche dans le spectre démocrate, a imposé son style et ses idées sur la question économique, en s\u2019attaquant une nouvelle fois aux inégalités économiques criantes dans son pays.«Pour qui fonctionne vraiment cette économie?» a-t-elle lancé en réponse à une question sur les risques que feraient peser les programmes plutôt de gauche qu\u2019elle défend dans plusieurs sphères de l\u2019économie qui actuellement se portent très bien.« Elle fait du bien à une partie mince et de plus en plus mince de l\u2019élite.» Mme Warren a également donné le ton sur la question de la santé en défendant sa position sur le régime d\u2019assurance maladie universel, sujet clivant entre démocrates et républicains, mais également divisif au sein même des forces démocrates engagées dans cette course.La sénatrice souhaite mettre un terme aux assurances privées dans le domaine de la santé qui, selon elle, ne font qu\u2019entretenir les disparités sociales et fragiliser une grande partie de la population.«Un régime d\u2019assurance maladie public pour tous, c\u2019est la solution au problème», a-t-elle dit, en admettant être au diapason de Bernie Sanders, qui se déclare social-démocrate sur ce point.Des ascensions étonnantes Pour le New York Times, c\u2019est toutefois Julián Castro, ancien maire de San Antonio, au Texas, et ex-secrétaire au Logement et au Développement urbain dans le gouvernement Obama, qui sort grand gagnant du premier débat démocrate.« M.Castro s\u2019est affirmé dans les moments clefs du débat sans se montrer désespéré, résume le quotidien américain.Il a pris le contrôle de la discussion sur l\u2019immigration en allant chercher l\u2019assentiment d\u2019autres sur la scène [\u2026] et a livré la réplique la plus chaudement applaudie de la soirée en disant : le 20 janvier 2021, nous allons dire adios à Donald Trump.» M.Castro a ouvert le débat en convoquant l\u2019image forte de la semaine représentant le corps d\u2019un jeune Salvado- rien de 26 ans mort noyé avec sa fillette de 23 mois après avoir tenté de traverser à la nage le Rio Grande pour entrer illégalement aux États-Unis.Un cliché qui devrait « tous nous mettre en colère », a-t-il dit en dénonçant les politiques migratoires américaines qui provoquent ce genre de drame.Les tensions raciales ont également occupé un espace important dans ces deux débats, particulièrement jeudi soir en replongeant le candidat Pete Buttigieg, maire de South Bend, dans une crise politique importante de cette campagne après qu\u2019un policier blanc de sa ville eut abattu un résident afro- américain, Eric J.Logan, 54 ans, il y a quelques jours.Une bavure qui a soulevé l\u2019ire de la communauté afro-amé- ricaine de sa ville et qui met depuis le candidat sur le gril.Loin de l\u2019affaiblir, le sujet a surtout permis à Buttigieg de parler de ce racisme systémique qu\u2019il est important de sortir de l\u2019ombre et qui représente « un problème dans [sa] communauté, comme dans de nombreuses communautés à travers le pays ».Solide face à la critique, éloquent et mesuré, M.Buttigieg, qui suit Kamala Harris dans les sondages et précède Beto O\u2019Rourke \u2014 la grande déception de ces deux soirées en raison de son incapacité à s\u2019imposer dans les débats \u2014, a également révélé une stature reconnue par plusieurs analystes de la scène politique américaine, qui ont cessé depuis jeudi soir de qualifier d\u2019improbable l\u2019ascension du jeune politicien sur la scène nationale démocrate.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR La grande gagnante du double débat des candidats démocrates, en vue de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis, aura finalement été Tulsi Gabbard.Photo de droite : Joe Biden, Bernie Sanders, Kamala Harris et Kirsten Gillibrand.PHOTOS WILFREDO LEE ASSOCIATED PRESS LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 PERSPECTIVES B 2 MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Le projet rêvé pour un ingénieur Guy Mailhot a consacré presque une dizaine d\u2019années de sa vie au nouveau pont JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Comme un immense jeu de Lego à assembler.Voilà comment Alexandre De- mers décrit le chantier du pont Samuel- De Champlain qui a été officiellement inauguré vendredi.Directeur de l\u2019approvisionnement, de la gestion des équipements et de la logistique pour Signature sur le Saint-Laurent, Alexandre Demers est celui qui devait coordonner la livraison des matériaux et des pièces sur le site de ce chantier hors de l\u2019ordinaire.Il a fallu faire preuve de créativité pour approvisionner le chantier du pont Samuel-De Champlain.Il ne suffisait pas de charger les pièces préfabriquées sur un camion et de les acheminer au site, car l\u2019ancien pont Champlain s\u2019est avéré trop fragile pour permettre le passage de pièces hors normes.« Le plus L\u2019immense jeu de Lego Alexandre Demers a supervisé l\u2019approvisionnement du chantier Ils ont bâti le pont Samuel-De Champlain Je parle du pont à mon garçon de deux ans et demi tous les jours.Il connaît les grues et les caissons.ALEXANDRE DEMERS » L\u2019ingénieur en chef à Infrastructure Canada pour le projet du corridor du pont Samuel- De Champlain, Guy Mailhot MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Le directeur en gestion des matériaux et de l\u2019approvisionnement chez Signature sur le Saint-Laurent, Alexandre Demers MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR prévue pour 2021, la livraison du pont a été devancée en raison de la dégradation précoce de l\u2019ancien pont Champlain.« C\u2019était un échéancier très exigeant.On était conscient de ça.Et on voulait que le projet soit livré avec qualité, en respectant l\u2019environnement et avec une très haute préoccupation pour la sécurité des ouvriers.» « Long chemin » Pour y parvenir, le génie québécois a été sollicité dans toute sa grandeur.De nombreuses pièces ont été préfabriquées à l\u2019extérieur puis assemblées sur le site.D\u2019autres ont été construites dans trois jetées spécialement aménagées pour le projet.Et des pièces pesant jusqu\u2019à 900 tonnes ont été hissées sur le pont.Pour un ingénieur civil, le pont Sa- muel-De Champlain « c\u2019est quasiment le projet idéal », relève Guy Mailhot, le sourire dans la voix.« On ne pourrait pas demander un projet qui nous stimule plus.» À 5 h du matin, le 24 juin, l\u2019ingénieur en chef était en tête de cortège, tout juste derrière le ministre de l\u2019Infrastructure François-Philippe Champagne, pour marquer l\u2019ouverture du corridor nord du pont Samuel-De Champlain.Un moment de grande émotion.« C\u2019était un long chemin pour en arriver là, évoque-t-il.C\u2019était un peu comme recevoir mon diplôme de voir l\u2019ouvrage mené à bien.» Un ouvrage qui laissera une trace indélébile dans la vie de Guy Mailhot\u2026 mais également sur le bras de sa fille.Celle-ci s\u2019est fait tatouer le pylône principal du pont sur l\u2019épaule.« Je pense qu\u2019elle est fière de son père\u2026 » e grand manitou du pont Samuel-De Champlain, c\u2019est lui.Ingénieur en chef du projet à Infrastructure Canada, Guy Mailhot a consacré presque une dizaine d\u2019années de sa vie à la réalisation de cet immense projet qui laissera sa marque sur Montréal pour les 125 prochaines années.De la réalisation des études de faisabilité à la rédaction des exigences pour le partenaire privé, en passant par l\u2019appel de qualification et la supervision de la construction, Guy Mailhot a participé à toutes les étapes du projet.« Des projets de cette envergure-là, je n\u2019en ferai pas un autre dans ma carrière.C\u2019est un rêve de pouvoir terminer ma carrière sur un projet aussi grandiose », évoque-t-il, lorsque rencontré dans son bureau du centre-ville de Montréal.Au milieu des plans, des croquis et des livres sur les ponts à haubans, l\u2019ingénieur, spécialisé dans la conception et l\u2019entretien de ponts, parle avec passion et fébrilité de cet héritage qu\u2019il laissera aux Montréalais.« On savait que les attentes étaient très élevées pour avoir un pont signature », rappelle-t-il.Pour y parvenir, des architectes ont entrecroisé leurs pensées avec celles des ingénieurs.« Le pont qu\u2019on envisageait au début, c\u2019était un pont droit à haubans avec deux courbes aux extrémités [pour rejoindre les embranchements], raconte-t-il.Mais en travaillant avec les architectes, ils nous ont dit qu\u2019en faisant le pont en courbe, ça optimiserait l\u2019expérience pour les usagers.» Puis, l\u2019échéancier s\u2019est accéléré.Ce qui a été, sans contredit, le plus grand défi aux yeux de Guy Mailhot.À l\u2019origine grand enjeu qu\u2019on a eu a été logistique.Mais pour moi, ç\u2019a été un superbe défi.On est passés d\u2019une approche simple où on charge les camions à une méthode multimodale qui a nécessité le recours au transport par trains, par barges, par bateaux et par camions », explique Alexandre Demers.En tout, quelque 1300 pièces hors normes ont dû être livrées sur le site, dont 600 poutres-caissons de 38 à 60 tonnes.« Chaque poutre-caisson est unique et doit être installée dans un ordre spécifique », rappelle l\u2019ingénieur.De ces longs mois de planification et de casse-tête logistique, Alexandre De- mers retient un moment marquant, celui où, en Espagne, il a vu pour la première fois les imposants chevêtres destinés au nouveau pont.Ces pièces triangulaires en acier pesant plusieurs centaines de tonnes, qui supportent la structure et les tabliers du pont, ont dû être transportées sur deux navires nolisés.« On fait des études, on voit les dimensions, mais quand je suis arrivé devant les chevêtres d\u2019acier, j\u2019ai été ému par l\u2019ampleur du défi qu\u2019on allait avoir », raconte l\u2019ingénieur.Après ses études, Alexandre Demers a notamment travaillé dans l\u2019Ouest canadien sur des projets pétroliers, en Australie et en Turquie.Ayant finalement décidé de s\u2019établir à Montréal avec sa famille, l\u2019ingénieur n\u2019a pas hésité quand SNC-Lavalin lui a proposé de travailler sur le chantier du pont Sa- muel-De Champlain.«Les projets majeurs sont souvent ensevelis sous la terre ou dans des lieux qui ne sont pas accessibles.Mais le pont est accessible.C\u2019est un héritage qu\u2019on laisse.On le voit tous les jours et il a une durée de vie de 125 ans.C\u2019est très valorisant», estime l\u2019ingénieur.Le pont Samuel-De Champlain a occupé une grande place dans la vie de famille d\u2019Alexandre Demers au cours des dernières années.« Je parle du pont à mon garçon de deux ans et demi tous les jours.Il connaît les grues et les caissons.Il ne comprend pas l\u2019impact que ce projet a eu sur moi, mais je suis sûr que, dans 10 ans, il ne sera plus capable d\u2019entendre parler du pont ! » L JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Plongée en eaux hostiles Yan Milot a coordonné le travail d\u2019une escouade de scaphandriers L\u2019installation des piles du pont Samuel- De Champlain au fond du fleuve a nécessité la contribution d\u2019une escouade spéciale, celle des scaphandriers.Copropriétaire de MVC Océan, Yan Milot n\u2019a pas eu de mal à convaincre son équipe de plonger dans l\u2019aventure.L\u2019entreprise spécialisée dans les travaux maritimes et sous-marins a d\u2019abord eu pour mandat de gérer les rideaux de sédiments destinés à empêcher la poussière et les débris de se répandre dans le fleuve lors des travaux sur la jetée et les approches.Et lorsque le temps est venu de planter les piles sur le lit du fleuve, les scaphandriers ont dû plonger afin de notamment s\u2019assurer que les emplacements où le béton devait être coulé soient exempts de sédiments et de cailloux.« Le fleuve représente quand même un environnement hostile comparativement aux endroits où on est habitués de travailler, parce qu\u2019il y a beaucoup de courant et que c\u2019était quand même assez profond.Mais on ne peut pas dire que c\u2019était dangereux, parce qu\u2019on a pris les moyens pour que ce soit sécuritaire malgré les contraintes », explique Yan Milot, directeur des opérations, mais qui, faut-il le préciser, n\u2019est pas scaphandrier lui-même.Ainsi, des déflecteurs de courant ont été installés pour permettre aux scaphandriers de travailler sous l\u2019eau.« En haut d\u2019un nœud de courant, on ne peut pas plonger.Il y a des endroits où il y en En haut d\u2019un nœud de courant, on ne peut pas plonger.Il y a des endroits où il y en avait quatre, cinq ou six.YAN MILOT » Portrait de cinq artisans aux expertises variées qui sont intervenus dans sa conception ou sa construction LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 PERSPECTIVES B 3 JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR S\u2019il y a quelque chose que Kenza El Khazraji a appris à détester au cours des dernières années, ce sont les prévisions météo.Cette ingénieure, responsable des travaux de finition sur le chantier du pont Samuel-De Champlain, devait planifier l\u2019horaire des équipes affectées à la membrane d\u2019étanchéité et à l\u2019asphaltage du pont.Mais les caprices météorologiques se sont avérés un véritable casse-tête pour elle.« Je suis devenue une accro aux sites de prévisions météo sur mon téléphone, mais ce n\u2019est pas toujours fiable, peste l\u2019ingénieure.Si on annonce de la pluie, tu dois suspendre les travaux.Mais quand finalement, il ne pleut pas et que toute la journée, il y a un beau soleil, tu te sens vraiment mal.Tu te dis que tu as perdu une journée de production et tu culpabilises.» La pression était d\u2019autant plus grande qu\u2019en vertu du contrat conclu entre le gouvernement fédéral et le consortium Signature sur le Saint-Laurent, les jours de retard sont passibles de lourdes pénalités.Il lui a souvent fallu composer avec la pluie, le vent, la neige et la glace.Les travaux d\u2019asphaltage ont d\u2019ailleurs été suspendus à la fin octobre 2018 pour reprendre le 25 mars dernier.« Mais c\u2019était de peine et de misère parce que tout le tablier était glacé et il y a eu une tempête de neige.Et là, tu te dis: on ne va jamais y arriver, raconte Kenza El Khazraji.Tu ne peux pas te battre contre la nature.On passait plus de temps à déglacer le tablier et à le chauffer qu\u2019à produire.La glace, il y en a partout.On était au-dessus d\u2019un fleuve.» Kenza El Khazraji a travaillé sur le chantier du pont Samuel-De Champlain depuis le début, soit à partir de 2015.Elle a hérité de plusieurs mandats, dont celui du contrôle des coûts, avant de demander de travailler aux opérations.«Quatre ans, c\u2019est long.Quand tu commences un projet, c\u2019est toujours le fun, c\u2019est sympa, mais quand les années avancent, ce n\u2019est pas la même dynamique.Vers la fin, tu as le stress de livrer à temps.» C\u2019est pourquoi quand, en septembre 2018, les travaux d\u2019asphaltage ont commencé, Kenza El Khazraji a senti qu\u2019une étape importante venait d\u2019être franchie.«J\u2019associe l\u2019odeur de l\u2019asphalte à la fin du projet.» À compter de lundi, les voies en direction sud du nouveau pont seront ouvertes à la circulation.Pour Kenza El Khazraji, c\u2019est la fin d\u2019une grande aventure dans sa jeune carrière.« Le problème qu\u2019on a tous, c\u2019est l\u2019après-Cham- plain.J\u2019ai sept ans d\u2019expérience.J\u2019estime que c\u2019est un début de carrière.Mais tu fais quoi après Champlain ?» se de- mande-t-elle avec une pointe d\u2019angoisse.«Tous les autres projets vont paraître tellement petits et tellement plus simples.J\u2019envie les gens qui ont fini leur carrière avec Champlain.» La tyrannie de la météo La pluie et la neige, un casse-tête pour l\u2019ingénieure Kenza El Khazraji MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Il ne suffit pas de bâtir un pont, encore faut-il qu\u2019il s\u2019intègre harmonieusement à son milieu.C\u2019est à cet aspect névralgique que s\u2019est attelé Sylvain Gariépy, urbaniste pour la firme Provencher_Roy.Rencontré dans son bureau du Vieux- Montréal, l\u2019homme parle avec emballement de cette vision qu\u2019il a voulu insuffler au pont pour que celui-ci s\u2019insère adéquatement dans son environnement.Un environnement avant tout maritime, explique-t-il, puisque le pont traverse le Saint-Laurent, mais un environnement aussi urbain.Car le projet du corridor du pont Samuel-De Champlain comprend, en plus de l\u2019ouvrage emblématique, les approches du pont qui lui permettent de se relier au réseau autoroutier.« À sa construction dans les années 1960, l\u2019ancien pont Champlain était entouré de champs agricoles, donc la notion d\u2019intégration urbaine n\u2019avait pas besoin d\u2019être là.Maintenant, c\u2019est entouré d\u2019un milieu construit.» « Notre principal objectif était de nous assurer de la quiétude des quartiers résidentiels », souligne-t-il.À certains endroits, de la végétation a été plantée, à d\u2019autres, des murs coupe-son ont été érigés.Une réflexion sur la manière dont le pont sera utilisé a également été au cœur de la démarche de l\u2019urbaniste.« L\u2019idée était de se demander comment enjamber le fleuve avec un pont du XXIe siècle.» La question du transport collectif et actif a également rapidement émergé.«L\u2019ancien pont Champlain est consacré à la voiture.Quand il y a du transport en commun, c\u2019est avec des cônes orange», rappelle-t-il.Les trois tabliers distincts qui composent le nouveau pont incarnent, selon lui, cette vision d\u2019un ouvrage tourné vers l\u2019avenir.Les corridors consacrés au transport véhiculaire sont désormais séparés du corridor réservé au transport collectif (qui sera assuré par le REM à partir de décembre 2021).«Quand il va y avoir un accident, par exemple, ça ne va plus arrêter le transport collectif», se réjouit-il.Le transport actif est également intégré au nouveau pont, grâce à la piste multi- fonctionnelle, qui sera achevée d\u2019ici la fin de l\u2019été.Quatre belvédères y seront aménagés.«C\u2019est le contact avec le fleuve et avec le centre-ville de Montréal, mais aussi avec les collines montérégiennes sur la Rive-Sud», souligne-t-il.Le plus grand défi à ses yeux ?Éviter d\u2019ériger « un champ de piles », pour soutenir le pont dans le fleuve Saint- Laurent.« Ça coûte moins cher de faire des plus petites portées, mais ça multiplie le nombre de piles.Sur le plan esthétique, ça ne cadrait pas avec l\u2019environnement.» Ultimement, un concept de piles, plus espacées et légèrement inclinées, qui soutiennent des chevêtres sur lesquels s\u2019appuient les trois corridors du pont, a été retenu.Trente-sept couples de piles, pour un total de 74 piles, garnissent désormais le Saint-Laurent.« Du côté de Brossard et de la Voie maritime, on va pouvoir s\u2019asseoir directement sous le pont, et ça va donner un effet très monumental, avec cet alignement de colonnades.» Le pont Samuel-De Champlain conservera une place bien particulière dans sa carrière.«Au début, ce n\u2019était que des dessins et des critères qu\u2019on rédigeait.Mais de le voir réalisé aujourd\u2019hui, dans un temps record\u2026 On en est très fiers.» Penser une intégration harmonieuse Sylvain Gariépy a mené l\u2019étude d\u2019intégration urbaine du projet L\u2019ingénieure responsable des travaux de finition du pont chez Signature sur le Saint-Laurent, Kenza El Khazraji MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Sylvain Gariépy est urbaniste pour la firme Provencher_Roy.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Yan Milot est directeur des opérations chez MVC Océan, une entreprise fournissant les services de scaphandriers.JEAN-SIMON HUBERT avait quatre, cinq ou six, indique M.Mi- lot.Donc, on n\u2019avait pas le choix d\u2019aller mettre des déflecteurs, sinon on aurait été incapables de travailler là.» Et le froid?«Tout est plus compliqué l\u2019hiver à cause des équipements.Tout gèle.Mais dans l\u2019eau, ça ne change rien.À la limite, le scaphandrier qui est dans l\u2019eau est celui qui est le mieux de toute la gang, parce qu\u2019il y a de l\u2019eau chaude qui circule dans son habit», note Yan Milot.Le contrat pour le pont Samuel-De Champlain figure parmi les plus importants obtenus par l\u2019entreprise, en activité depuis près de 50 ans, essentiellement au Québec.« C\u2019est une bonne carte de visite», admet Yan Milot.Et les scaphandriers de l\u2019équipe ne se sont pas fait prier pour participer à l\u2019opération de construction du pont Sa- muel-De Champlain.« Tout le monde voulait aller travailler là et donner un coup de main.Je ne me faisais pas dire non souvent, parce que les gars étaient fiers d\u2019aller travailler sur ce projet.» M.Milot dit avoir roulé sur le nouveau pont jeudi pour la première fois : « Le résultat est impressionnant.» Les lapins et les crapauds du chantier Immigrante d\u2019origine marocaine, l\u2019in- génieure Kenza El Khazraji a dû se familiariser avec le jargon de chantier à la québécoise.«Il y avait plus de 25 nationalités sur le chantier.Le langage peut être un défi.J\u2019ai appris le français de Molière à l\u2019école, mais sur le chantier, il y avait beaucoup de travailleurs québécois», fait-elle remarquer.Elle a ainsi apprivoisé le vocabulaire animalier utilisé pour désigner les appareils ou équipements du chantier tels que la «girafe» (nacelle), la «chienne» (bleu de travail), le «cochon» (unité de chauffage), la «chèvre» (appareil de levage), le «crapaud» (système de fixation de rail) ou le «lapin» (éponge pour le nettoyage des tuyaux de bé- ton).«Ça fait beaucoup de blagues à raconter quand on rentre à la maison», pouffe-t-elle. LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 PERSPECTIVES B 4 Le traité de Versailles est centenaire Il y a un siècle, à l\u2019occasion de la signature du traité le 28 juin 1919, l\u2019Allemagne était forcée d\u2019admettre sa responsabilité dans la guerre et de se soumettre à de dures conditions épi vissé sur le crâne, moustache gauloise et uniforme de parade dûment ajusté, le maréchal Ferdinand Foch se trouve, en décembre 1921, en visite à Montréal.Au sortir de la guerre, il est auréolé d\u2019un prestige immense.Une presse enthousiaste ne se fait pas prier pour le célébrer.Le temps est au nationalisme triomphal.Le 11 décembre 1921, le maréchal débarque à la gare Windsor pour une visite.Le Devoir observe que les citoyens de la « quatrième ville française de l\u2019univers » \u2014 rien de moins \u2014 ont accueilli avec un chaleureux enthousiasme le « généralissime des armées alliées, vainqueur de la guerre, artisan de la victoire ».Avec le maire et quelques généraux locaux, le héros monte dans un landau et se retrouve en tête d\u2019un cortège qui défile en son honneur.On lui fait visiter la bibliothèque publique de la ville, rue Sherbrooke, le grand bâtiment de granit gris qu\u2019a inauguré, en 1917, son vis-à-vis, le maréchal Joffre.Dans la Vieille Capitale, où il se rend aussi, Foch passe en revue les soldats du Royal 22eRégiment et décore leur chef.Un triomphe là aussi.Nombre de municipalités du Québec comptent des rues ou des places qui portent encore le nom de Ferdinand Foch.Elles témoignent ainsi du prestige accordé à l\u2019époque à ce monument militaire qui, pour l\u2019occasion de son séjour en Amérique, se rend aussi à New York, où il est accueilli en libérateur.Ganté de blanc, la tête haute, le maréchal sera aussi reçu avec tous les honneurs à la Maison-Blanche, à Washington.Quelle paix ?Des millions de morts, des estropiés, des gueules cassées, des orphelins, des veuves, des villes réduites en cendres.Le bilan est lourd.La boucherie de la guerre de 14-18 est sans équivalent, jusque-là, dans l\u2019histoire humaine.On veut tout de même bien croire, en ce début des années 1920, que cette paix fragile revenue sur terre est due à des hommes comme le maréchal Foch, à d\u2019autres généraux, mais aussi à des hommes d\u2019État, soudain envisagés sous des dehors autres que guerriers.Homme de guerre pourtant avant tout, Foch avait menacé, il est vrai, de reprendre les hostilités si les représentants de l\u2019Allemagne s\u2019entêtaient à ne pas vouloir signer le traité de Versailles.Après quatre ans d\u2019une effroyable boucherie, la supériorité numérique des Alliés ne laissait plus de doute sur l\u2019issue du conflit.Mais personne, en 1918, n\u2019était encore en mesure de prédire quand la paix reviendrait.Le commandement allemand se savait perdu, mais à force de persister, il espérait tenir assez longtemps pour que des conditions de paix lui soient globalement favorables.Il n\u2019en fut rien.Les vainqueurs À compter de janvier 1919, une conférence internationale siège à Paris.Les États vainqueurs s\u2019entendent pour préparer les traités de paix, sans la présence de représentants des pays vaincus.La France, les États-Unis et l\u2019Angleterre supervisent en particulier la conférence de la paix.Le lundi 30 juin 1919, à la suite de la signature du traité de Versailles deux jours plus tôt, les Montréalais sont éveillés au matin, à 8 h précises, par le bruit d\u2019un canon qui, depuis le parc Jeanne-Mance, tonne pendant une heure.Cent un coups bruyants sont tirés à blanc pour annoncer la paix.Ce sera la même chose, à la même heure, dans la ville de Québec, où un canon gronde, depuis les hauteurs de la citadelle, lui aussi cent une fois.La nouvelle est connue depuis le samedi, mais les manifestations de joie sont décalées, histoire d\u2019organiser une journée de festivités publiques.Le lundi, Le Devoir paraît, comme à son habitude à l\u2019époque, en fin d\u2019après-midi.Il écrit que, dans Montréal, on voit partout des banderoles aux couleurs des Alliés qui clapotent au vent.Tous les magasins de la rue Sainte-Catherine, principale artère commerciale, sont décorés.La joie est là.Mais combien de temps durera cette paix que met en place le traité de Versailles ?Le maréchal Foch, comme d\u2019autres, n\u2019est pas dupe de l\u2019iniquité du traité.Il dira, plus tard, que « ce n\u2019est pas une paix, c\u2019est un armistice de JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR En haut : photo non datée du maréchal Ferdinand Foch, commandant les troupes alliées durant la Première Guerre mondiale.En bas : photo prise le 28 juin 1919 au château de Versailles lors de la signature, par les représentants des Alliés et ceux de l\u2019Allemagne, du traité de Versailles.AGENCE FRANCE-PRESSE / ASSOCIATED PRESS vingt ans ».Dans l\u2019affaire, l\u2019Allemagne perd un septième de son territoire.Ses colonies lui sont retirées pour être redistribuées à la France et à l\u2019Angleterre.Le vainqueur impose sa volonté au vaincu.Mais l\u2019Allemagne n\u2019est pas la seule à être vaincue.Il y a aussi l\u2019Empire austro-hongrois, déjà éclaté en une multitude de nouveaux petits pays pour former une nouvelle poudrière dans les Balkans.Les vainqueurs, bien qu\u2019encadrés surtout par la France, l\u2019Angleterre et les États-Unis, se trouvent au nombre de 27, parmi lesquels figure le «Dominion du Canada ».Le nombre de participants à une telle conférence de paix risque d\u2019exploser.Ils sont d\u2019abord 70 officiels, accompagnés de leurs secrétaires et re- cherchistes, à se rassembler pour discuter.Les travaux de ces gens-là sont par ailleurs éclairés par ceux de 52 commissions parallèles.On voit d\u2019ici la quantité de papiers accumulés et traités.Le droit des peuples Il faudrait pouvoir parler du rôle de politiciens majeurs dans ces négociations.Par exemple de Lloyd Georges pour l\u2019Angleterre, du président américain Wilson ou de Clemenceau pour la France.Mais les tractations auxquelles ils sont étroitement mêlés sont impossibles à résumer ici.K Au nombre des principes qui émergent d\u2019une suite de discussions et de tractations, il faut au moins mentionner « le droit des peuples à disposer d\u2019eux- mêmes ».Cette idée de justice pour toutes les nationalités, au nom de leur autonomie, enfantera bien des discussions et planera, après 1945, sur le mouvement favorable à la décolonisation.Sans qu\u2019elle puisse réclamer pour elle-même l\u2019exercice de ce principe de plein droit, l\u2019Allemagne faisait en quelque sorte les frais de cette nouvelle vision du monde.L\u2019Allemagne est désarmée.On craint qu\u2019elle puisse se lancer dans de nouvelles agressions.Elle n\u2019aura plus le droit de lever une armée.Un monde sans armes n\u2019est-il pas la garantie d\u2019un avenir sans guerre ?L\u2019histoire montrera que non, bien entendu.La Société des Nations Au nombre des conséquences du traité de Versailles, on trouve aussi la création de la Société des Nations, en gros l\u2019ancêtre de l\u2019Organisation des Nations unies, l\u2019ONU que nous connaissons aujourd\u2019hui.Un des principaux artisans de cette nouvelle institution internationale sera Raoul Dandurand, né à Montréal en 1861.Il sera le président de la SDN en 1925-1926.Le temps montrera que la SDN jouit de pouvoirs d\u2019action si réduits qu\u2019elle se révèle en pratique inefficace à exercer le rôle de maintien de la paix qu\u2019on lui accordait à sa naissance.Un gros prix Le traité de Versailles faisait payer cher à l\u2019Allemagne la guerre européenne.Le problème principal du traité fut son incapacité à résoudre les questions soulevées par le paiement de ces réparations, lesquelles entraînent chez les vaincus une inflation galopante.La Ruhr, région industrielle de l\u2019Allemagne, fut occupée au nom du respect du traité, ce qui ne permit pas pour autant de toucher l\u2019argent des réparations estimées.La crise économique consécutive au choc boursier de l\u2019automne 1929 achève de mettre du plomb dans l\u2019aile de ce traité.En 1932, à la suite d\u2019une conférence à Lausanne, l\u2019Allemagne obtient sa libération des contraintes des paiements de réparation contre une somme forfaitaire de 3 milliards de marks-or.Une somme qu\u2019elle finira par ne pas payer.Au total, l\u2019Allemagne avait été condamnée, en 1921, à payer 132 milliards de marks-or.Elle en versera un peu moins de 23 milliards.Au sujet du traité de Versailles, on dira souvent qu\u2019il prépare la guerre suivante, déclenchée par les armées d\u2019Hitler et favorisée par la montée de l\u2019extrême droite en Europe.Le traité a, en tout cas, changé la face de l\u2019Europe et mis à jour de nouveaux principes auxquels on se réfère toujours, par exemple ce célèbre « droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes ».Mais Hitler, s\u2019entendent aujourd\u2019hui à dire la plupart des historiens, n\u2019est pas apparu seulement à cause de ce traité souvent dénoncé pour sa sévérité excessive.La montée de l\u2019extrême droite n\u2019était pas inéluctable.L\u2019histoire, après tout, est toujours un terrain ouvert.Un autre horizon que le nazisme était possible en vertu du traité de Versailles.Combien de temps durera cette paix que met en place le traité de Versailles ?Le maréchal Foch, comme d\u2019autres, n\u2019est pas dupe de l\u2019iniquité du traité.Il dira, plus tard, que « ce n\u2019est pas une paix, c\u2019est un armistice de vingt ans ». B 5 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 KRISTY KIRKUP À OSAKA LA PRESSE CANADIENNE La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a soutenu vendredi lors du Sommet du G20 au Japon que le Canada avait eu la chance de constituer une « vaste coalition internationale » qui estime que les détentions arbitraires sont nuisibles.Mme Freeland a indiqué que plusieurs pays avaient évoqué avec la Chine la détention des deux Canadiens et que ces efforts se poursuivaient lors du Sommet du G20.Le cabinet du premier ministre a soutenu que Justin Trudeau avait eu « des échanges brefs et constructifs » avec le président chinois, Xi Jinping, au premier jour du sommet des leaders des principales économies, à Osaka.Dans une séquence vidéo d\u2019un déjeuner de travail, vendredi, on voit les deux dirigeants assis l\u2019un à côté de l\u2019autre, mais sans se parler, pendant plusieurs minutes, alors que les caméras sont pointées sur eux.M.Trudeau tente plutôt d\u2019interagir avec le président brésilien, Jair Bolsonaro, assis de l\u2019autre côté.Selon des responsables canadiens, MM.Trudeau et Xi s\u2019étaient salués avant cette scène.Sur des images captées par le diffuseur hôte, NHK, on peut aussi voir les deux hommes interagir avant un spectacle.Rencontre souhaitée Le Canada souhaite depuis longtemps s\u2019entretenir en haut lieu avec Pékin, en plus des discussions qui se déroulent sur le plan diplomatique, a déclaré la ministre Freeland vendredi, ajoutant que son gouvernement restait « très, très ouvert » à des entretiens au sommet.Mais à l\u2019heure actuelle, la communication s\u2019avère difficile : les Chinois ont indiqué qu\u2019ils n\u2019avaient aucun intérêt à s\u2019entretenir avec de hauts responsables canadiens \u2014 même avec la ministre Freeland ou le premier ministre Trudeau.Pour tenter de percer ce mur, Ottawa s\u2019appuie maintenant beaucoup sur l\u2019influence du président américain, pour qu\u2019il aborde la question lors de son tête- à-tête avec son homologue chinois samedi.Donald Trump s\u2019est engagé à le faire, la semaine dernière, lors de la visite de M.Trudeau à la Maison-Blanche.Hormis le soutien des États-Unis, le premier ministre Trudeau a tenté de renforcer ses appuis dans le cadre d\u2019une stratégie visant à encourager la Chine à libérer les deux Canadiens détenus et à mettre un terme aux tensions diplomatiques entre les deux pays.Les arrestations des deux Canadiens \u2014 Michael Kovrig et Michael Spavor \u2014 sont largement perçues comme des représailles de Pékin après l\u2019arrestation, en décembre à Vancouver, de la directrice financière de la société chinoise Huawei.Meng Wanzhou est actuellement en résidence surveillée à Vancouver, où elle fait face à son extradition vers les États-Unis pour répondre à des accusations de fraude.L\u2019ambassadeur de Chine au Canada, Lu Shaye, semblait vouloir réduire les tensions lors d\u2019un discours d\u2019adieu prononcé à l\u2019ambassade à Ottawa avant le sommet.Il avait alors soutenu que les difficultés actuelles dans l\u2019amitié ca- nado-chinoise « n\u2019étaient que temporaires ».M.Lu avait auparavant été très dur, affirmant que l\u2019affaire Meng témoignait de « l\u2019égotisme et de la suprématie blanche » des pays occidentaux, qu\u2019il accusait de « se moquer et de piétiner la règle de droit ».Le Canada fait le plein d\u2019appuis, à défaut de rencontrer Xi JÉRÔME CARTILLIER AURÉLIA END À OSAKA AGENCE FRANCE PRESSE Le G20 d\u2019Osaka s\u2019est ouvert vendredi dans une relative harmonie, avec un Donald Trump inhabituellement consen- suel \u2014 si ce n\u2019est une blague très remarquée sur la Russie \u2014, mais sans réel progrès sur les dossiers les plus conflictuels, dont le climat.Le premier ministre nippon, Shinzo Abe, a voulu placer les débats dans la grande ville côtière japonaise sous le signe d\u2019une « belle harmonie », en référence à la signification de « Reiwa », nom de la nouvelle ère entamée voici peu dans l\u2019archipel.Donald Trump a semblé jouer le jeu, multipliant les amabilités.Il a pêle-mêle vanté les « magnifiques usines » construites par les fabricants automobiles japonais aux États-Unis, dit vouloir « bien s\u2019entendre » avec l\u2019Inde et évoqué une « fantastique » Angela Merkel.Autant de pays avec lesquels les États-Unis ont des contentieux commerciaux.Les Américains et les Japonais ont d\u2019ailleurs décidé « d\u2019accélérer » leurs discussions commerciales, sur l\u2019agriculture et l\u2019automobile notamment.Sur l\u2019Iran, l\u2019un des grands sujets de crispation du moment, Donald Trump s\u2019est aussi voulu apaisant.« Rien ne La courtoisie s\u2019invite, mais les différends restent Le climat demeure le sujet le plus délicat de la rencontre SOMMET DU G20 D\u2019OSAKA presse, nous avons le temps » de résoudre les tensions, a-t-il dit.Mais le président américain n\u2019a pu s\u2019empêcher d\u2019attirer l\u2019attention, en l\u2019occurrence à travers une blague sur les élections américaines et la Russie, sujet ultradélicat aux États-Unis, lors d\u2019un entretien bilatéral avec Vladimir Poutine.« Pas d\u2019ingérence dans les élections, président, pas d\u2019ingérence », a-t-il lancé, ironique, en se tournant vers son homologue russe, après avoir été interpellé par un journaliste sur le risque d\u2019une telle ingérence autour de la présidentielle de 2020.La Chine Sur le sujet le plus brûlant de ce G20, Donald Trump a dit vendredi s\u2019attendre à une rencontre « productive » samedi avec son homologue chinois Xi Jinping.Lors de ce véritable sommet dans le sommet, les deux dirigeants tenteront d\u2019enrayer l\u2019escalade commerciale et technologique entre leurs pays, qui met en péril la croissance mondiale.Washington menace de taxer la totalité des importations chinoises, ce qui serait certainement un point de non- retour entre les deux géants.La Chine dénonce, elle, un « harcèlement » américain.Nombre d\u2019analystes espèrent malgré tout une trêve à Osaka, même si un grand accord commercial semble à l\u2019heure actuelle illusoire.Accord sur le climat Personne ou presque ne croit en revanche à une accalmie autour du climat, sujet de tension récurrent au G20 depuis que le gouvernement Trump a décidé de quitter l\u2019Accord de Paris.Le climat « est le sujet le plus difficile » du sommet, souligne-t-on dans l\u2019entourage du président français, Emmanuel Macron.« Les Américains tiennent un langage très dur autour de la table » et pourraient à Osaka entraîner avec eux « trois ou quatre pays », qui pourraient alors refuser, comme eux, de signer une déclaration de soutien à l\u2019Accord de Paris, redoutent les Français.Le Brésil, la Turquie et l\u2019Arabie saoudite sont les noms qui reviennent le plus souvent.Politique létale L \u2019officier du Fish and Wildlife Service bombe le torse.Ce n\u2019est pas aisé, tout engoncé qu\u2019il est dans son gilet pare-balles, walkie-talkie d\u2019un côté, Glock 43 de l\u2019autre.Il passe sa main dans ses cheveux blonds et désigne d\u2019un geste impérial les rives du fleuve: «Les migrants arrivent par hordes la nuit.Ils sont partout.» Il se retourne et sourit, un peu paternaliste: «Mais dans la journée, tout va bien, il y a des patrouilles, vous êtes en sécurité.» Dans la réserve de Santa Ana, au sud du Texas, le danger n\u2019est pourtant pas celui que cet officier veut dépeindre.Et les bouteilles vides de lait maternisé et de Pedialyte, le toutou démembré gisant dans la boue séchée ou le petit gilet de sauvetage trouvé près de la Old Hidalgo Pump House racontent une autre histoire.Le calme des méandres du Rio Grande est illusoire.Les langues de sable qui se lovent dans le lit de la rivière cachent des courants redoutables, soudains et, pour en avoir fait l\u2019expérience en amont, sournois.Ceux qui traversent le fleuve risquent tout.Et pour comprendre pourquoi ils y vont malgré tout, il faut disposer d\u2019un angle de vue plus large que celui de cet officier.La terrible photo du corps d\u2019Oscar Alberto Martinez uni pour toujours dans son t-shirt à la petite Angie Valeria sur les berges du Rio Grande est l\u2019illustration de plusieurs décennies de politiques frontalières.Depuis 25 ans, en effet, elles s\u2019inscrivent dans une logique de durcissement, et la détention de migrants (très lucrative au demeurant pour certains groupes) augmente de façon constante.Depuis la présidence de George W.Bush, la fortification de la zone frontalière a repoussé les migrants dans des zones plus dangereuses.Les hieleras\u2014 ces cellules maintenues à température glaciale \u2014 et la bande frontalière d\u2019exception juridique de 100 miles font l\u2019objet de poursuites depuis longtemps.Le durcissement était donc manifeste dès avant 2016.Mais le président actuel a donné un tour de vis létal à la politique frontalière.Délibérément.Sciemment.Cruellement.Parce que, comme il l\u2019a dit dès 2015, l\u2019enjeu est payant : et c\u2019est sur cette question qu\u2019il pense piéger les démocrates en 2020.Entendons-nous.Sur la ligne frontalière, il y a des problèmes réels.Il y a bien une crise liée au trafic de drogue, non pas dans le désert, mais aux ports d\u2019entrée réguliers.Il n\u2019y a pas à proprement parler de crise migratoire puisque les arrestations déclinent (sur le long terme, les pics enregistrés sous Obama, et en partie liés aux méthodes de comptabilisation des arrestations, s\u2019inscrivent dans une tendance globale à la baisse)\u2026 alors que dans le même temps, le nombre d\u2019officiers (et maintenant de soldats) mobilisés ne cesse d\u2019augmenter.Le nombre de personnes non documentées en sol américain est en déclin net depuis plus de dix ans: ils représentent 10,5 millions de personnes, et pour beaucoup sont entrés avec un visa et sont restés après son expiration.Par contre, il y a une évolution de la structure de la migration: plus d\u2019enfants, plus de femmes, plus de familles, venus de beaucoup plus loin.Parce que les conditions qui poussent à la migration (sécurité, survie économique) sont aggravées par la dégradation des systèmes politiques locaux, les effets de la mondialisation, les changements climatiques.Ni crise migratoire ni crise de la criminalité, la situation actuelle est désormais celle d\u2019une crise humanitaire.Qui porte le sceau du président.D\u2019abord, la fin des dispositions qui priorisaient l\u2019expulsion des (vrais) dangers pour la sécurité nationale, qui protégeaient les familles de militaires actifs et les vétérans, la sanction systématique du franchissement irrégulier de la frontière et l\u2019incarcération des parents, la poursuite de la séparation des familles est au cœur de la saturation du système.Et non l\u2019inverse.Ensuite, ce gouvernement a choisi d\u2019ignorer l\u2019accord Flores de 1997 qui assurait que les enfants soient accueillis dans des conditions sanitaires appropriées.Il a choisi de miser sur la privatisation du système d\u2019incarcération et de détourner le regard des atteintes aux droits de la personne dans les camps de détention.Enfin elle a choisi de ne pas respecter le droit d\u2019asile pourtant enchâssé dans le droit international et américain : elle a délibérément ralenti le traitement des demandes et, contrevenant au droit international, a mis « en attente » près de 15 000 demandeurs le long de la frontière, côté mexicain \u2014 qui n\u2019est pas un pays sûr.C\u2019est dans ce contexte que survient la mort d\u2019Oscar et de la petite Valeria.À Matamoros, où ils étaient arrivés récemment, la violence est endémique.L\u2019État de Tamaulipas est classé «4» par le département d\u2019État \u2014 une dangerosité au niveau de celle du Yémen.Les cartels, écimés par des arrestations de haut niveau, fragmentés, se caractérisent par leur extrême violence.La politique américaine a ainsi eu pour effet de fournir du financement (avec les migrants qui peuvent payer leur passage) et de la main- d\u2019œuvre (pour ceux qui n\u2019en ont pas les moyens) aux cartels qui gagnent en puissance \u2014 on peine à croire que la sécurité des États-Unis en bénéficie.Dès lors, retourner sur le pont frontalier où Oscar et sa famille s\u2019étaient présentés dimanche leur faisait courir le risque de faire face aux cartels comme aux officiels mexicains, qui prennent leur cote part au passage.Attendre dans un refuge à Matamoros était une option plus dangereuse encore \u2014 d\u2019autant que cela peut durer des semaines.Il n\u2019y avait pas grand choix.Oscar en est mort.Ils en sont morts.Mais le pouvoir des images est éphémère.Qui se souvient de la petite Jakelin, morte en détention en décembre dernier?Ou de la petite Yanela Sanchez \u2014 sur la photo gagnante du World Press Photo 2019?La vérité, c\u2019est que rien ne changera tant que les mots de la poétesse Warsan Shire n\u2019auront pas été entendus : « Personne ne quitte sa maison À moins que cette maison soit la gueule d\u2019un requin [\u2026] Personne ne met ses enfants dans un bateau À moins que la mer ne soit plus sûre que la terre Personne ne quitte sa maison À moins qu\u2019elle ne susurre dans ton oreille Pars Fuis maintenant Je ne sais pas ce que je suis en train de devenir Mais je sais que n\u2019importe où ailleurs Sera plus sûr qu\u2019ici » ÉLISABETH VALLET Sur l\u2019Iran, l\u2019un des grands sujets de crispation du moment, Donald Trump s\u2019est aussi voulu apaisant.« Rien ne presse, nous avons le temps » de résoudre les tensions, a-t-il dit.Le premier ministre Justin Trudeau et le président chinois, Xi Jinping, étaient assis côte à côte, vendredi, lors d\u2019un déjeuner de travail, mais ont toutefois évité de se parler.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE À l\u2019heure actuelle, la communication s\u2019avère difficile : les Chinois ont indiqué qu\u2019ils n\u2019avaient aucun intérêt à s\u2019entretenir avec de hauts responsables canadiens \u2014 même avec la ministre Freeland ou le premier ministre Trudeau B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 Trouvez votre site d\u2019autocueillette : lesfraîchesduquébec.com AGENCE FRANCE PRESSE À WASHINGTON Donald Trump n\u2019aurait pas été élu à la Maison-Blanche en 2016 sans l\u2019ingérence de la Russie dans la campagne, a affirmé vendredi l\u2019ex-président américain Jimmy Carter, estimant que le milliardaire républicain était un président « illégitime ».«Que la Russie ait interféré dans l\u2019élection ne fait aucun doute», a estimé l\u2019ancien président démocrate (1976-1980) lors d\u2019un séminaire de sa fondation, le Centre Carter, à Leesburg en Virginie.« Et je pense que cette ingérence, même si elle n\u2019a pas été quantifiée, montrerait, si elle faisait l\u2019objet d\u2019une enquête approfondie, que [Donald] Trump n\u2019a en réalité pas remporté l\u2019élection de 2016 », a ajouté l\u2019ancien locataire de la Maison-Blanche, âgé de 94 ans.« Il a perdu l\u2019élection et a été mis à son poste parce que les Russes sont intervenus en sa faveur », a-t-il jugé.Après une enquête de près de deux ans, l\u2019ancien procureur spécial Robert Mueller avait conclu en avril ne pas avoir de « preuves suffisantes » d\u2019une entente entre Moscou et l\u2019équipe de campagne de Donald Trump, malgré de multiples contacts.Mais le procureur n\u2019avait pas lavé le milliardaire de tout soupçon, évoquant des pressions exercées sur son enquête par le président.Les détracteurs de M.Trump rappellent que le candidat républicain l\u2019a emporté sur Hillary Clinton alors que la démocrate a récolté près de trois millions de voix de plus que lui.À la question de savoir si le magnat de l\u2019immobilier était un président illégitime, M.Carter a répondu en souriant : « Compte tenu de ce que je viens de dire, et que je ne peux pas retirer, je dirais oui.» Son ancien vice-président, Walter Mondale, a été plus direct en qualifiant Donald Trump de « détestable ».Pour M.Mondale, 91 ans, Donald Trump est en partie responsable de la montée de l\u2019autoritarisme dans le monde, car il « apprécie ouvertement les dirigeants autoritaires et méprise les dirigeants démocrates ».ÉTATS-UNIS Donald Trump, président « illégitime », dit Jimmy Carter Le chef d\u2019État n\u2019aurait jamais été élu sans l\u2019aide de la Russie, dit-il L\u2019ex-président Jimmy Carter en septembre 2018 JOHN BAZEMORE ASSOCIATED PRESS AGENCE FRANCE-PRESSE Pour la première fois depuis le début des relevés météo au XIXe siècle, Météo- France a enregistré un record absolu de 45,9 °C dans le département du Gard, dans le sud du pays, l\u2019un des quatre placés en « vigilance canicule rouge », l\u2019alerte maximale.Ce record, qui enterre les 44,1 °C d\u2019août 2003 atteints dans le même département, a été enregistré en milieu d\u2019après-midi vendredi, précise l\u2019institut météorologique, qui compare cette chaleur à celle « que l\u2019on atteint lors d\u2019une journée d\u2019août normale dans la vallée de la Mort », en Californie.Quelque 25 départs d\u2019incendies de végétation étaient signalés en raison de cette chaleur extrême, et au moins 50 hectares et près d\u2019une dizaine de maisons ont brûlé.Cette canicule est d\u2019ores et déjà exceptionnelle par son ampleur et sa précocité.Même si celle de 2003 reste particulièrement traumatisante pour le pays en raison des 15 000 décès qu\u2019elle avait provoqués.C\u2019est toutefois dans l\u2019ouest du pays qu\u2019est décédée la première victime française de cette vague de chaleur qui frappe la plupart des pays européens, exceptionnelle par son ampleur au mois de juin : un couvreur de 33 ans a fait un malaise fatal alors qu\u2019il travaillait sur un toit par 35 degrés à l\u2019ombre, près de Rennes.Deux personnes ont également trouvé la mort en Espagne, où les températures dépassent souvent les 40 degrés : un jeune de 17 ans qui moissonnait en Andalousie (sud) a succombé à un coup de chaleur et un homme de 93 ans s\u2019est écroulé jeudi soir dans le centre- ville de Valladolid (nord), également victime d\u2019un coup de chaleur.Les médias italiens ont signalé une cinquième victime avec le décès, vendredi, d\u2019un ouvrier de 60 ans qui avait fait la veille un malaise alors qu\u2019il travaillait sur un échafaudage à Rimini, sur la côte Adriatique.Le premier mort dû à cette canicule, un sans-abri de 72 ans, avait été enregistré jeudi à Milan.En quête de fraîcheur Par ailleurs, en banlieue de Paris, un petit Syrien de 6 ans a été grièvement blessé jeudi soir après avoir été projeté en l\u2019air par le geyser d\u2019une bouche à incendie.Le phénomène du « street pooling » \u2014 qui permet de se rafraîchir dans les rues \u2014 est fréquent en période de canicule : depuis lundi, de nombreuses bouches à incendie ont été ouvertes en région parisienne, selon les pompiers.Autre conséquence de cette flambée du thermomètre, 34 des 50 provinces d\u2019Espagne sont en état d\u2019alerte incendie.L\u2019Espagne connaît des températures qui dépassent les 40 degrés, et cette canicule devrait durer jusqu\u2019à samedi dans la majorité du pays.Seules les régions du nord-ouest, les Asturies Un record absolu de chaleur battu en France et la Galice, sont épargnées, de même que le Portugal voisin.En Catalogne, les pompiers combattent un incendie qui a déjà parcouru 6500 hectares.Le travail des pompiers, a expliqué leur chef, David Borrell, est compliqué par des pics à 44 degrés « et des niveaux d\u2019humidité très bas ».« Nous sommes parvenus à atteindre les objectifs que nous nous étions fixés pour cet après-midi : que le périmètre de l\u2019incendie n\u2019augmente plus », s\u2019est félicité M.Borrell devant la presse, selon un reportage de la télévision publique.L\u2019incendie a laissé des paysages de désolation \u2014 collines noircies et arbres calcinés à perte de vue \u2014, notamment près du village de Flix (3500 habitants) dans la province de Tarragone.Les records pour un mois de juin tombent régulièrement depuis le début de cette vague de chaleur qui affecte une grande partie de l\u2019Europe : jusqu\u2019à 40 °C dans le Piémont, en Italie, et déjà 38,9 °C enregistrés jeudi en République tchèque ou 38,6 °C en Allemagne : ce mois de juin s\u2019avère supérieur de 4,4 °C à la moyenne des températures pour la période de référence 1981-2010\u2026 Des habitants de Strasbourg se rafraîchissaient vendredi.PATRICK HERTZOG AGENCE FRANCE-PRESSE Il a perdu l\u2019élection et a été mis à son poste parce que les Russes sont intervenus en sa faveur JIMMY CARTER » 45,9 C\u2019est la température, en degrés Celsius, indiquée au thermomètre vendredi dans le Gard. B 7 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 R De Gaulle et « l\u2019esprit de résistance » S\u2019il était président de nos jours, le général serait présenté comme un dictateur et un populiste écemment, dans une tribune en France, une centaine de personnalités de partout sur la planète \u2014 dont Zachary Richard, Tahar Ben Jelloun et Jean Ziegler \u2014 s\u2019inquiétaient de l\u2019effacement de la langue française, «étouffée par l\u2019anglo- américain ».Ces personnalités s\u2019indignaient du fait que l\u2019école française s\u2019anglicise, que l\u2019anglais prolifère et que le président Emmanuel Macron prononce souvent des discours en anglais (fait nouveau pour un président français).Elles regrettaient aussi de voir une «majorité capitulatrice» plaider un certain « réalisme » face à la langue anglo- américaine et appelaient le président à renouer avec ce qu\u2019elles nomment « l\u2019esprit de résistance » de la France.Pour ces personnalités, la France n\u2019est visiblement plus la même.Comment un pays important avec une si riche culture peut-il en être rendu à mettre de côté sa langue au profit d\u2019une autre ?Ceci s\u2019explique par le fait qu\u2019elle s\u2019est progressivement insérée dans un processus et une position desquels Charles de Gaulle avait voulu la préserver.De Gaulle et les Américains De 1940 à 1944, la France est occupée par l\u2019Allemagne nazie.Durant cette période, le général de Gaulle incarne la résistance française, la France libre.L\u2019appel qu\u2019il fait à ses compatriotes, le 18 juin 1940, marque le début de l\u2019organisation de la résistance qui, avec l\u2019aide des Alliés, notamment américains, participera à la libération de la France en 1944.Lors de la libération de Paris, un quiproquo annonciateur des années à venir a lieu entre de Gaulle et les dirigeants américains.Les Américains veulent entrer en libérateurs dans Paris alors que de Gaulle insiste pour que ce soit la deuxième division blindée française du général Leclerc qui entre en premier dans la capitale.C\u2019est de Gaulle qui aura gain de cause\u2026 Cet épisode singulier exprime à merveille la période qui s\u2019ouvre durant l\u2019après-guerre.L\u2019Europe est effondrée, moralement détruite, et les Américains en profitent pour s\u2019imposer comme la seule puissance du monde occidental.Libérer l\u2019Europe ne constituait pas un acte pur d\u2019altruisme pour les États- Unis.Lors de la rencontre de Yalta entre Roosevelt, Staline et Churchill, pour le partage du monde entre les An- glo-Saxons et l\u2019URSS, Roosevelt écarte de Gaulle et la France.Au sein de la nouvelle donne géopolitique, la France n\u2019est plus appelée à jouer le rôle majeur qui fut le sien et elle doit être subordonnée aux États- Unis.Les banquiers et le gouvernement américains vont profiter de la détresse des pays européens, qui veulent se rebâtir, pour imposer leurs conditions à travers le plan Marshall.Les Européens sont contraints d\u2019ouvrir leurs marchés aux produits américains ainsi qu\u2019à la culture de masse américaine.De plus, les pays européens de l\u2019Ouest doivent se placer sous l\u2019égide d\u2019institutions supranationales dominées par les États-Unis, comme l\u2019OTAN.Pax americana En somme, après la guerre, les États- Unis veulent créer un énorme bloc occidental sous leur contrôle et sous leur influence.Ils entendent incarner l\u2019Occident et lui dicter sa conduite.La peur entretenue à l\u2019égard de l\u2019URSS et du communisme constitue l\u2019argument majeur évoqué auprès des populations pour justifier cette mise sous tutelle de l\u2019Ouest par les puissants États-Unis.Jusqu\u2019à la fin des années 1950 \u2014 de Gaulle s\u2019est retiré du pouvoir en 1946, exaspéré par la politique partisane qui divisait la France et favorisait sa mise sous tutelle \u2014, les États-Unis réussissent leurs objectifs et la France joue le jeu, amorçant du même souffle la construction européenne voulue par les États-Unis.Mais lorsque de Gaulle revient au pouvoir lors de la crise algérienne de 1958, il entend rebâtir la France à sa façon.Il n\u2019entend pas que la France soit subordonnée aux intérêts américains et à son influence.Pour de Gaulle, la France est un grand pays, un grand peuple avec une grande culture qui possède un passé glorieux, un présent et un avenir.La France est éternelle et, surtout, elle doit être libre.Elle ne s\u2019est pas libérée de l\u2019occupation allemande pour se soumettre à une nouvelle forme d\u2019occupation, plus pernicieuse car plus discrète, mais tout aussi contraire à la liberté inhérente à la condition humaine.Le général avait compris que la liberté, pour la France (et pour tous les pays d\u2019Europe), ce n\u2019était pas uniquement d\u2019être libre physiquement de l\u2019occupation militaire, mais aussi d\u2019être libre d\u2019agir, de penser dans sa propre logique, pour elle-même et par elle- même.Il avait compris que les intérêts des États-Unis n\u2019étaient pas ceux de la France, que les intérêts d\u2019un empire ne pouvaient qu\u2019être contraires aux intérêts nationaux de l\u2019Hexagone.Non, sous de Gaulle, la France n\u2019allait pas devenir une simple province de l\u2019Empire.Redressement national Par pur volontarisme politique (et par « esprit de résistance »), de Gaulle allait empêcher les desseins des États-Unis de se réaliser et opérer une véritable œuvre de redressement national pour la France.De 1958 jusqu\u2019à sa démission en 1969, il va permettre à la France de s\u2019émanciper de la tutelle américaine.Il met fin à la division des partis qui sclérosait la IVe République en renforçant le pouvoir exécutif entre les mains du président et en instaurant la VeRépublique.De Gaulle refuse que la France soit obligée de faire les guerres impérialistes des États-Unis dans le monde en la sortant de l\u2019OTAN et en chassant les troupes américaines du territoire français.De plus, il dote la France de l\u2019arme nucléaire, arme de dissuasion nécessaire à son autonomie militaire.En s\u2019appuyant sur l\u2019État, il promeut la culture française et favorise l\u2019économie nationale, dopée par la croissance de la période des Trente Glorieuses.En politique étrangère, de Gaulle favorise l\u2019émancipation des nations contre la politique des blocs et des grands ensembles.C\u2019est en ce sens qu\u2019il promeut l\u2019indépendance du Québec, en plus de favoriser par là l\u2019émergence d\u2019une autre nation francophone susceptible de constituer un allié important pour la France.Ainsi, de Gaulle joue le jeu de la troisième voie entre les deux grands empires, américain et soviétique.À travers les anciennes colonies de la France, il allait ériger les réseaux Foccart et mettre tranquillement sur pied une alliance des pays francophones, qui va plus tard donner naissance à la Francophonie.Changement de paradigme Grâce à de Gaulle, jusque dans les années 1990, la France a donc réussi à conserver ses intérêts et une certaine indépendance à l\u2019égard de l\u2019Empire anglo-américain.Elle a réussi à conserver son autonomie et son authenticité.Mais la chute de l\u2019URSS et la victoire des États-Unis ne permettent plus à la France de faire cavalier seul et de jouer la troisième voie dans les années 1990.Avec leur allié britannique, les États- Unis mettent en avant dans les années 1980 leur solution de rechange à la politique des blocs, leur nouvelle façon d\u2019étendre leur influence et leur emprise économique : le néolibéralisme.En démantelant les États, en ouvrant les marchés nationaux et en instaurant une concurrence occidentale par les divers traités de libre-échange, les Anglo- Saxons dominent la concurrence et, progressivement, uniformisent l\u2019Occident à leur image et en fonction de leurs intérêts.La concurrence libre est la loi de la nature, la loi du plus fort.Autant économiquement que politiquement et culturellement, la concurrence favorise le monde anglo-américain en Occident.Le démantèlement de l\u2019État français s\u2019inscrit donc dans cette logique depuis les années 1990.De plus, en remettant en cause l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale, en imposant la culture de masse anglo-américaine à la jeunesse occidentale, c\u2019est un nouvel Occident, anglo-américanisé, que l\u2019on est en train de fabriquer.En parallèle de cette anglo-américani- sation favorisée par le néolibéralisme, la France a mis de côté sa souveraineté pour la céder à l\u2019Union européenne, qui se fédéralise toujours un peu plus depuis le Traité de Maastricht de 1993 et qui a fait de l\u2019anglais, officieusement, sa langue officielle.De Gaulle \u2014 contrairement aux américanophiles Jean Mon- net et Robert Schuman, qui œuvraient pour créer une fédération européenne \u2014 voulait plutôt une Europe conforme à elle-même, une Europe de nations qui collaborent et qui conservent leurs cultures et leur souveraineté respectives.Bref, une Europe loin d\u2019être ce qu\u2019elle est à l\u2019heure actuelle\u2026 S\u2019il était président de nos jours, Charles de Gaulle serait présenté comme un dictateur et un populiste, comme le sont la plupart des dirigeants qui veulent préserver leurs pays de l\u2019hégémonie américaine et qui pensent la société différemment de ce que prônent les États-Unis.C\u2019est que cet « esprit de résistance » qu\u2019incarnait le général est désormais discrédité et n\u2019est plus valorisé chez les politiques français.Le dernier à l\u2019avoir incarné est Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac, lors de son discours à l\u2019ONU pour s\u2019opposer à l\u2019invasion américaine de l\u2019Irak, en 2003.Depuis lors, les présidents français, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande, font davantage preuve d\u2019une fidélité à l\u2019égard des intérêts américains que d\u2019une pugnacité à défendre les intérêts spécifiques de la France.Il faut dire que les deux derniers présidents sont issus du programme Young Leaders de la French-American Foundation.Ainsi, l\u2019état déclinant de la langue et de la culture françaises, autant en France qu\u2019ailleurs, n\u2019est qu\u2019une conséquence manifeste de ce déclin de la France depuis quelques décennies.I l ne lui reste plus qu\u2019à prendre conscience de sa situation et à renouer avec cet « esprit de résistance » qu\u2019incarnait si bien Charles de Gaulle\u2026 Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Martin Lavallée Historien Le général de Gaulle avait compris que la liberté, pour la France, ce n\u2019était pas uniquement d\u2019être libre physiquement de l\u2019occupation militaire, mais aussi d\u2019être libre d\u2019agir, de penser dans sa propre logique, pour elle-même et par elle-même.MICHEL TIFFET Martin Lavallée Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël à dnoel@ ledevoir.com. LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin vec les douceurs de l\u2019été viennent les bilans de fin de session parlementaire, où un regard dans le rétroviseur permet d\u2019apprécier les premières armes du gouvernement de la CAQ.Dans l\u2019ensemble des médias, y compris au Devoir jeudi, le premier ministre François Le- gault s\u2019est prêté au jeu de l\u2019entrevue synthèse.Les plus récents sondages lui donnent une cote de popularité inégalée après huit mois aux commandes du Québec \u2014 61 % de la population est d\u2019accord avec les changements mis en marche, selon le sondage Forum Research diffusé par La Presse.« Une des raisons du succès, c\u2019est justement d\u2019avoir fait un certain nombre de promesses et d\u2019engagements électoraux et de [les] respecter.[\u2026] Il faut continuer à faire ce qu\u2019on dit et à dire ce qu\u2019on fait », affirme le premier ministre au Devoir, non sans souligner au passage l\u2019ironie d\u2019être montré du doigt par les mécontents précisément parce qu\u2019il réalise ce qu\u2019il avait promis ! Il faut reconnaître à l\u2019équipe de M.Legault, comme il fut souligné plus d\u2019une fois ici même, une cohérence et une diligence rarement égalées, du moins pour huit mois de gouvernance d\u2019un parti accédant au pouvoir pour une toute première fois dans l\u2019histoire.Les Québécois qui ont élu la CAQ sur la base des actions promises en campagne électorale ne rêvent pas : ce gouvernement agit là où il s\u2019était engagé à le faire.Bien sûr, il atterrit en période de grâce financière, ce qui ne nuit pas lorsqu\u2019on enclenche le catalyseur à changements \u2014 il faut le noter par égard pour les précédents gouvernements.Alors oui, sans contredit, M.Legault agit.L\u2019outil Polimètre développé par le Centre d\u2019analyse des politiques publiques (CAPP) de l\u2019Université Laval le confirme, lui qui a précisément comme objectif de suivre la cadence des promesses concrétisées du gouvernement Legault.C\u2019est le troisième Poli- mètre du genre, après une édition Marois et une Couillard.L\u2019exercice confirme que 9 % des promesses de M.Legault sont réalisées, que 32 % sont en voie de l\u2019être, que 57 % sont en suspens (normal, après moins d\u2019un an au pouvoir) et que 3 % ont été rompues.Mais suffit-il de s\u2019en tenir au programme électoral pour récolter une note parfaite ?Il est vrai qu\u2019il s\u2019agit sans conteste d\u2019une mesure objective de réussite.En fait foi la méthodologie des chercheurs de l\u2019Université Laval, qui justement ont tenté de trouver une manière transparente et fiable de donner l\u2019heure juste politique aux citoyens.Le même procédé anime les salles de rédaction du monde entier à la veille d\u2019une élection, au moment de tirer la ligne : ce gouvernement a-t-il bel et bien rempli sa mission ?Mais gare à l\u2019obsession de la feuille de route.Elle ne doit pas dispenser de l\u2019humilité de faire marche arrière.Elle ne doit pas forcer une cadence qui mène à la précipitation et au chaos.Elle ne doit pas libérer du devoir de mener des analyses, des études, des avis indispensables à la prise de décisions.Elle ne doit pas enfin soustraire les dirigeants à une obligation de cohérence non seulement dans le calendrier de réalisation des promesses, mais aussi dans le panorama d\u2019ensemble \u2014 trop de réformes en même temps, parfois, ça use les systèmes.La liste commence à s\u2019allonger de ces chantiers lancés dans un certain affolement, avec de possibles conséquences néfastes.L\u2019uniformisation de la taxe scolaire à son taux le plus bas n\u2019a pas coûté 700, mais bien 900 millions au fisc québécois.Les écoles ont bel et bien deux récrés de vingt minutes, une heure d\u2019activités parascolaires supplémentaire par jour, des maternelles 4 ans dans le collimateur à gérer, mais la mise en marche simultanée de tout cela crée une certaine anarchie.L\u2019interdiction du port des signes religieux au personnel en position d\u2019autorité, y compris les enseignants, est en vigueur, mais l\u2019adoption de la loi 21 dans la bousculade du bâillon n\u2019a pas permis le débat le plus complet et éclairé sur des enjeux pourtant cruciaux.Que dire de la réforme de l\u2019immigration, elle aussi passée sous le bâillon, qui jette à la corbeille au moins 12 000 demandes en suspens en plus de provoquer une baisse des entrées au cœur d\u2019une grave pénurie de main-d\u2019œuvre ?Le dernier dossier préoccupant est le troisième lien liant Québec à Lévis : la décision de construire un tunnel sous l\u2019île d\u2019Orléans a été prise alors même que la nécessité d\u2019un tel passage n\u2019a pas été démontrée.Il est donc possible d\u2019applaudir à l\u2019efficacité tout en soulignant les errements possibles d\u2019actions hâtives, sans pour cela porter l\u2019étiquette de rabat- joie.À la veille d\u2019une élection, les citoyens, souvent enclins de nature à sous-évaluer le niveau de réalisation des promesses des élus, ajouteront leur expérience personnelle au baromètre de satisfaction.Si le Québec n\u2019est plus que désordre et confusion, ils parleront.André Ségal Professeur retraité de l\u2019Université Laval, Québec J\u2019ai émigré au Québec il y a cinquante-sept ans.Jamais, ni au Sa- guenay ni à Québec, je n\u2019ai souffert de discrimination.Au contraire, j\u2019ai reçu un accueil chaleureux et stimulant.Certes, je ne faisais pas partie des minorités visibles, seulement des minorités audibles à mon accent et à mon nom.Je crois aussi avoir fait l\u2019effort de comprendre la société qui me recevait, de m\u2019y adapter et d\u2019y adapter mes enfants.Je n\u2019ai pas cherché l\u2019abri de quelque communauté, belge ou européenne.Beaucoup de nouveaux venus n\u2019ont pas eu ma chance.Pour certains, la communauté d\u2019origine présentait la sécurité.On la retrouve avec plaisir pour y partager des traditions anciennes.Parfois, cependant, cette communauté accueillante peut devenir un obstacle à l\u2019inclusion.Elle peut former un écran entre le citoyen et la société.Enfant, j\u2019étais programmé par les nazis pour finir à Auschwitz.Des résistants m\u2019ont sauvé.C\u2019est pourquoi, sans doute, j\u2019ai milité contre toutes les haines et condamnations collectives ; hostile à toutes les sortes de violences et solidaire de toutes les victimes.Lors de l\u2019assassinat des artisans de Charlie Hebdo, j\u2019étais « Charlie ».Je n\u2019appréciais cependant pas les préjugés antireligieux de l\u2019hebdomadaire.Lors du massacre de la mosquée de Québec, près de chez moi, le jour de mon anniversaire de 85 ans, je me suis senti « musulman ».Je n\u2019aime pourtant pas la tradition de discriminer les hommes des femmes.Québec bashing Ce qu\u2019on appelle pudiquement Des cours de francisation et d\u2019alphabétisation essentiels Monsieur Simon Jolin-Barrette, Votre gouvernement désire accueillir plus d\u2019immigrants.Vous avez déclaré être sensible à leurs besoins en intégration et en francisation.Ainsi en est-il de votre ministère : vous êtes désigné pour respecter tous ces besoins, incluant ceux des immigrants et des réfugiés peu ou pas scolarisés, voire analphabètes.C\u2019est pourquoi des cours de francisation et d\u2019alphabétisation sont essentiels pour tous ces immigrants et réfugiés.Sinon, leur intégration tant sociale qu\u2019économique est quasi impossible.Nous nous devons donc de les accueillir, de leur offrir une francisation et une alphabétisation fonctionnelles.Des organismes communautaires offrent une telle formation.Ils ont développé une expertise et des programmes uniques au fil des années.Ainsi favorisent-ils les petits groupes, un programme fonctionnel adapté et étalé, des suivis par des bénévoles\u2026 Nous vous demandons donc de ne pas éliminer de votre sélection d\u2019immigrants ceux et celles qui sont peu ou pas alphabétisées.L\u2019histoire, même récente, nous a De la francophobie LIBRE OPINION LETTRES POLITIQUE QUÉBÉCOISE L\u2019obsession de la feuille de route A ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MARIE-ANDRÉE CHOUINARD soient réservés quant à leurs opinions personnelles sur la politique et sur la religion.Cela n\u2019a rien de contradictoire.Parmi mes compatriotes, les uns sont musulmans, d\u2019autres sont chrétiens, beaucoup sont athées ou vivent des spiritualités distinctes.Je respecte leurs droits.Parfois, j\u2019admire leurs choix.Je crains seulement les fanatiques de tous bords, qui incitent à l\u2019exclusion ou affichent leur mépris des autres.Par exemple, je n\u2019accepte pas qu\u2019un politicien au service de tous ses concitoyens se croie autorisé à porter la marque distinctive de sa communauté particulière.Je sais pourtant que dans d\u2019autres pays, on trouve cela normal.Ceux-là ne sont pas nécessairement moins démocrates que les Québécois, à condition qu\u2019ils sachent respecter un autre point de vue que le leur.Quebec bashing est une de ces haines collectives faites de méfiance, de mépris, de préjugés.Elle est surtout dirigée contre le Québec français et les valeurs qui le distinguent du Canada.C\u2019est une francophobie.Et comme l\u2019antisémitisme ou l\u2019islamophobie, elle peut inciter des fanatiques à tuer.On s\u2019en souvient.Elle se déchaîne aujourd\u2019hui contre la conception québécoise de la laïcité.Et effectivement, cette conception est distincte de la conception dominante au Canada.On peut s\u2019y opposer bien sûr légalement, comme le font une minorité de Québécois, sans injures et sans qualifier ces mesures de racistes ou de xénophobes.Je souhaite en effet que l\u2019État respecte et protège les croyances de tous les citoyens, mais je souhaite aussi que, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, les employés de l\u2019État et particulièrement les enseignants Ce qu\u2019on appelle pudiquement Quebec bashing est une de ces haines collectives faites de méfiance, de mépris, de préjugés.Elle est surtout dirigée contre le Québec français et les valeurs qui le distinguent du Canada.C\u2019est une francophobie.français, a pesé le pour et le contre du système d\u2019éducation public du Québec.Il a fait référence au plan d\u2019éducation de la Coalition avenir Québec (CAQ) et à son projet de loi imminent sur l\u2019abolition des commissions scolaires et des élections scolaires.Il a dit : « J\u2019encourage donc le gouvernement du Québec à consulter la communauté et à considérer toutes les conséquences qu\u2019une décision de cette ampleur pourrait avoir sur l\u2019avenir des communautés anglophones de la province.» La « décision » est similaire au projet de loi 86 sur la réforme des commissions scolaires proposé en 2016 par le Parti libéral qui promettait d\u2019abolir les élections afin « de donner aux écoles une plus grande influence dans la prise de décisions ».Plus de 1,5 million de Québécois ont voté pour la CAQ et sa plate- forme d\u2019éducation bien pensée du point de vue pédagogique, qui permettra de moderniser et de démocratiser notre système scolaire public archaïque.Le QCGN ne parle pas au nom de tous les anglophones ; les tactiques alarmistes du commissaire aux langues officielles doivent être rejetées.Les Québécois peuvent s\u2019attendre à avoir un système d\u2019éducation qui permettra d\u2019assurer un meilleur avenir pour nombre de nos enfants.Chris Eustace Montréal, le 18 juin 2019 démontré que ces personnes adoptent le Québec et y contribuent avec générosité.Nous vous demandons donc de reconnaître que le milieu communautaire est très bien adapté pour répondre aux besoins de toutes ces personnes.De plus, à titre de ministre de l\u2019Inclusion, ne croyez-vous pas normal de faire appel à la contribution des organisations communautaires spécialisées dans l\u2019alphabétisation et la francisation ?Johane La Rochelle, citoyenne engagée Québec, le 20 juin 2019 Le commissaire aux langues officielles et la CAQ Le QCGN est un groupe de coordination composé d\u2019environ 60 organismes communautaires de langue anglaise du Québec et il est financé par le gouvernement du Canada par le biais du ministère du Patrimoine canadien.Lors de l\u2019assemblée générale annuelle du Quebec Community Groups Network (QCGN) le 14 juin 2019, Raymond Thé- berge, commissaire aux langues officielles, a prononcé une allocution.Dans son exposé, que l\u2019on retrouve sur le Web, le commissaire, dont la responsabilité principale est de promouvoir les langues officielles du Canada, l\u2019anglais et le B 9 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Mahmoud Mezhoud Montréal La loi 21 a été votée sous le bâillon.Estelle réellement porteuse de solutions idoines à l\u2019éternel débat autour de la laïcité comme le défend la CAQ ou est-ce une façon contournée d\u2019amorcer une concrétisation graduée du nationalisme caquiste dans les réalités québécoises ?Au lendemain de sa victoire aux élections d\u2019octobre 2018, la CAQ affichait un nationalisme qualifié parfois d\u2019économique et parfois d\u2019irrationnel et de viscéral.Toutefois, rien ne permettait d\u2019établir un lien idéologique avec l\u2019extrême droite ou une inclinaison envers les idées du « grand remplacement ».Mais cette perception a changé dès lors que les «ressentiments» anti-immigra- tion et anti-minorités, pourtant marginaux dans la société, se sont fait sentir en arrière-fond du discours adressé aux Québécois.Ce dernier s\u2019est peu à peu éloigné des propositions et réponses attendues aux énormes défis socio-économiques et écologiques auxquels le Québec et le monde entier sont confrontés.En empruntant le chemin cahoteux du repli sur le «nous», de l\u2019identité historique et de ses valeurs qu\u2019elle oppose aux valeurs des autres (les «pas nous»), la nouvelle majorité, avec ses choix politiques, a fini par augmenter de plus en plus l\u2019inquiétude de voir deux Québec se dresser l\u2019un contre l\u2019autre.En effet, dans un pays ayant une forte tradition de dialogues et de consensus, est-il moralement convenable de ressusciter un débat tempétueux tel que celui des « signes religieux » ?Et ceci, dans le ciel d\u2019un Québec pourtant serein, dans le but de contraindre une catégorie de citoyens à se dépouiller d\u2019une partie d\u2019elle-même qui ne plaît pas aux autres pour qu\u2019elle puisse vivre et exister dans l\u2019espace public ?Malgré l\u2019existence de multiples exemples d\u2019interférence du religieux dans le domaine politique qui peut justifier la nécessité de concevoir des balises, cette urgence à vouloir fixer, au lance-pierres, la problématique de la laïcité de l\u2019État au Québec, aussi large et complexe, et à la circonscrire à la seule interdiction du port des signes religieux pour les fonctionnaires en situation d\u2019autorité et les enseignantes, est à la fois étonnante et préoccupante quant aux imprévisibles conséquences qu\u2019elle pourrait engendrer.Laïcisme idéologique L\u2019extrême laïcité qu\u2019on peut voir dans les textes de lois québécois, qui s\u2019étend jusqu\u2019aux apparences et à la censure dans le code vestimentaire, est à proprement parler du laïcisme idéologique.De plus, le fait de dire que l\u2019État est idéolo- giquement laïque nous fait penser, par analogie, à l\u2019énoncé « L\u2019islam est la religion de l\u2019État » figurant dans les textes des constitutions de certains pays musulmans autoritaristes et qui permet, au nom de la religion, d\u2019attenter à la liberté des individus.Or, il n\u2019y a pas de rapport consubstantiel entre l\u2019État et la laïcité.L\u2019État a une relation uniquement fonctionnelle avec la laïcité qu\u2019il exerce en tant que devoir.De ce fait, l\u2019État est neutre, par rapport à la religion et par rapport au laïcisme.En outre, une laïcité toute faite, applicable en tout temps et en tout lieu, n\u2019est qu\u2019une utopie dogmatique.Le bon sens veut qu\u2019on fasse appel seulement à l\u2019esprit de la laïcité pour s\u2019incarner dans la règle la plus intelligente possible en réponse à ce qui s\u2019impose comme nécessaire dans une société en matière de droit et de libertés, et non le contraire.L\u2019État gère et arbitre selon la « technique » de la laïcité, qui d\u2019un côté veille à la séparation des champs religieux et politique et, de l\u2019autre, assure à tous les groupes-diversités, dans une société donnée, de jouir équitablement de toutes les libertés disponibles.Contrairement à ce qui paraît une évidence, un État démocratique ne doit pas s\u2019occuper des signes religieux et n\u2019a que faire des modes vestimentaires des gens.L\u2019habillement relève du goût de chacun.Mettre une loi dans cette zone d\u2019intimité et de confort est une intrusion inutile, inélégante et, pire, un affront.Dans un contexte politico-média- tique québécois, la question des « signes religieux ostentatoires » ne concerne ultimement que le voile porté par certaines femmes musulmanes.Soit, ce voile, ou hidjab, est, dans son essence, un symbole de soumission avilissante pour la femme qui le porte.Cependant, quand celle-ci affirme se conformer de son propre gré à une injonction prétendument divine, elle n\u2019en exerce pas moins son droit et sa liberté.Paradoxalement, elle se trouverait dans une position de victime si quelqu\u2019un d\u2019autre la contraignait à le porter.Alors, pourquoi promulguer une loi sur la laïcité qui punit économiquement la victime au lieu du bourreau ?Les promoteurs de cette loi n\u2019ignorent pourtant pas le rôle capital de l\u2019emploi dans l\u2019histoire de l\u2019émancipation de la femme québécoise et sont certainement conscients que l\u2019inem- ployabilité est le plus court chemin vers les tunnels extrémistes.Quant à la ré- PROJET DE LOI 21 Nous et les « pas nous » Marie-Dominik Langlois Doctorante en sociologie et coordonnatrice du GRITE (Groupe de recherche interdisciplinaire sur les territoires de l\u2019extractivisme), Université d\u2019Ottawa* Depuis une quinzaine d\u2019années, de nombreux membres de la communauté scientifique sont préoccupés par les impacts socio-environnementaux causés par des entreprises extractives canadiennes à l\u2019étranger.Particulièrement en Amérique latine, ceux et celles qui critiquent les projets extractifs pour la défense du territoire et des droits sont la cible de pratiques de criminalisation de la protestation.Cette stratégie \u2014 généralement utilisée par l\u2019élite locale et les intérêts transnationaux des entreprises en complicité avec les juges locaux \u2014 constitue un mécanisme de coercition en vertu duquel des membres des communautés sont emprisonnés sous de fausses accusations parfois pendant plusieurs années, et ce, dans le but de dissuader la résistance à un projet extractif.Entre autres mesures pour remédier à ce problème, la société civile canadienne réclame depuis plus de 15 ans la nomination d\u2019une ombudspersonne.Selon la définition du Larousse, un «ombudsman» est «une personnalité indépendante chargée d\u2019examiner les plaintes des citoyens».Or la signification qui a été attribuée à la figure d\u2019ombudspersonne a tellement évolué en 15 ans que le poste récemment créé semble devenir un instrument au service des entreprises plutôt que des citoyens.« Ombudsmanqué » En 2009, le gouvernement conservateur avait répondu aux exigences d\u2019une om- budspersonne en créant le poste de conseiller en responsabilité sociale des entreprises.Celui-ci fut décrié par la société civile pour être un mécanisme volontaire de médiation plutôt que contraignant et dissuasif.À l\u2019époque, alors député, Justin Trudeau s\u2019était joint à la critique et affirmait qu\u2019un gouvernement libéral majoritaire serait «prêt à agir de façon concrète» sur la question.Il a cependant fallu attendre la deuxième moitié de son mandat pour que son gouvernement annonce finalement la création d\u2019une ombudspersonne, puis 15 mois supplémentaires pour en connaître le mandat précis \u2014 période durant laquelle l\u2019industrie mécontente s\u2019est livrée à un lobby intensif afin de s\u2019assurer que le poste créé ne contreviendra pas à ses intérêts.Le 8 avril dernier, le ministre de la Diversification du commerce international, Jim Carr, a annoncé la nomination d\u2019une ancienne consultante pour le secteur extractif, Sheri Meyerhoffer, au poste d\u2019ombudspersonne canadienne pour la responsabilité des entreprises (OCER).Le décret délimitant le mandat de l\u2019ombudspersonne ne précise toutefois pas si elle aura le pouvoir d\u2019exiger des documents et des témoignages, ni si son bureau aura un mandat explicitement orienté vers le respect des droits de la personne.Il s\u2019agit donc, à première vue, d\u2019un « ombuds- manqué », c\u2019est-à-dire qui ne possède pas les moyens d\u2019agir et ne remplit pas les fonctions d\u2019un tel poste.De plus, le gouvernement donne à l\u2019ombudspersonne le mandat d\u2019« examiner une plainte déposée par une entreprise canadienne qui estime faire l\u2019objet d\u2019une allégation non fondée concernant une atteinte aux droits de la personne », et ce, « de sa propre initiative ».De ce fait, l\u2019ombudspersonne, plutôt que d\u2019être attentive aux droits de la personne, agirait au contraire comme mécanisme de contrôle pour les entreprises afin de faire taire leurs critiques.Dans sa version actuelle, le mandat d\u2019ombudspersonne risque donc de susciter plus de méfiance que de confiance auprès des communautés affectées par les entreprises minières canadiennes.Sortir du modèle extractiviste La tergiversation et le fléchissement du gouvernement semblent confirmer l\u2019influence effective qu\u2019exerce le lobby minier sur la classe politique canadienne, peu importe le parti en place.En témoigne l\u2019annonce, en novembre dernier, d\u2019avantages fiscaux que l\u2019Association minière du Canada a qualifiée de nouvelle économique la plus positive pour le secteur minier depuis des années.RESSOURCES NATURELLES De sérieuses questions sur l\u2019ombudsman canadien Le fédéral doit mieux faire surveiller les activités des entreprises extractives ception de la loi 21 dans l\u2019esprit du citoyen moyen, elle englobe la communauté musulmane dans son sens le plus large ; il est à craindre que les effets pervers inévitables de cette loi viendront jeter discrédit et suspicion sur toute personne portant un nom à connotation musulmane.Accès à l\u2019emploi Par ailleurs, la loi 21, en plus de priver les femmes qui portent le foulard islamique d\u2019un droit individuel garanti, permettra d\u2019excuser, d\u2019une certaine façon, la discrimination et empêchera ces femmes d\u2019accéder à l\u2019emploi de leur choix ou dans un domaine en forte demande d\u2019emploi, alors que le chômage est d\u2019ores et déjà endémique dans les rangs de la « communauté musulmane », à l\u2019ère du plein-emploi et de la rareté de main-d\u2019œuvre au Québec.D\u2019ailleurs, la pénurie d\u2019enseignants est telle que certaines commissions scolaires du Québec envisagent d\u2019en recruter en France et en Belgique.L\u2019exclusion qu\u2019on pourrait évoquer pour qualifier une telle situation paraît moins grave comparativement aux interrogations qui semblent imperceptiblement la sous-tendre : a-t-on oui ou non confiance dans les valeurs morales et humanistes des musulmanes du Québec ?Au-delà de la supposée acceptabilité sociale de la loi 21 qui permet à la majorité de l\u2019heure de restreindre le droit au nom de l\u2019affirmation de la nation dans sa conception étranglée et exclu- siviste, c\u2019est la cohésion et la quiétude sociales acquises ainsi que la fraternité en droits civiques patiemment construite qui sont désormais mises en question.Un État démocratique ne doit pas s\u2019occuper des signes religieux et n\u2019a que faire des modes vestimentaires des gens.L\u2019habillement relève du goût de chacun.Le Canada doit reconnaître que la dépendance à l\u2019extractivisme et au modèle économique qui le sous-tend tend à accroître les problèmes de santé et la dépossession des communautés affectées par l\u2019industrie.PEDRO PARDO AGENCE FRANCE-PRESSE Étant donné les profondes inégalités économiques et de pouvoir entre les compagnies et les victimes, le mécanisme d\u2019ombudspersonne devrait réduire les inégalités de pouvoir entre ces deux acteurs plutôt que de les renforcer.Or les tenants du mécanisme récemment créé tiennent pour acquis qu\u2019il existe un consensus au sujet des activités extractives et considèrent comme foncièrement illégitimes les refus fréquemment formulés par les populations locales, souvent autochtones, qui sont confrontées à ces projets.Il est donc impératif que l\u2019om- budspersonne reconnaisse les droits des peuples autochtones \u2014 particulièrement celui à la consultation en vue d\u2019obtenir leur consentement, donné librement et en connaissance de cause, avant toute possibilité d\u2019exploration sur leur territoire \u2014 de même que l\u2019existence de zones interdites à l\u2019extraction si les conditions sociales risquent d\u2019accroître la conflictualité et la marginalisation des communautés potentiellement touchées.Le gouvernement canadien doit reconnaître que la dépendance à l\u2019extrac- tivisme et au modèle économique qui le sous-tend tend à accroître l\u2019appauvrissement, les problèmes de santé et la dépossession des communautés affectées par l\u2019industrie, tout en aggravant la contamination environnementale à la source du réchauffement climatique.Le modèle extractif doit être critiqué et dépassé pour imaginer un monde post-extractiviste inspiré, notamment, des savoirs et pratiques autochtones à travers la planète.Dix ans après ses promesses de « mesures concrètes » et après en avoir fait un engagement électoral, Justin Trudeau avait l\u2019occasion de s\u2019attaquer en profondeur au problème.Étant donné l\u2019insuffisance des mesures adoptées par les différents gouvernements canadiens et l\u2019augmentation des conflits miniers depuis 2006, on peut sans contredit parler d\u2019occasion manquée.*Texte également signé par Karine Vanthuyne, professeure d\u2019anthropologie et directrice du GRITE; Étienne Roy-Grégoire, chercheur postdoctoral, Faculté de droit, Université McGill ; Marie-Josée Massicotte, professeure de science politique, directrice de l\u2019Institut en études féministes et de genre; Marie-Christine Doran, professeure de science politique; Sophie Thériault, professeure de droit civil ; Penelope Simons, professeure de droit ; Stephen Brown, professeur de science politique; Christopher Huggins, professeur en développement international et mondialisation; Salvador Herencia Carrasco, directeur de la Clinique de droits de la personne, ces derniers à l\u2019Université d\u2019Ottawa. LEDEVOIR // LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2019 B 10 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R ST-ETIENNE-DE-BOLTON LAC BROME LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Au Sommet, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com 269, rue de la Toscane 1151, Ch du Lac-des-Piles 879 000 $ \u2013 MLS 19713758 759 000 $ \u2013 MLS 16504159 Gaston Lambert Charlotte MICHAUD cmichaud@sutton.com 514.894.0866 10h à 22h groupe sutton-immobilia inc.Agence immobilière 514.272.1010 Depuis 31 ans VENDU À 3 MINUTES À PIED DU MÉTRO LIONEL-GROULX ! 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PAR ORDRE DE L\u2019HUISSIER : Avis est donné à ALEXIS PELLETIER que la partie demanderesse a déposé au greffe de la Cour du Québec, du district de TERREBONNE une demande introductive d\u2019instance.Une copie de cette demande et de l\u2019avis d\u2019assignation ont été laissés à l\u2019intention de la partie défenderesse, au greffe du tribunal, au palais de justice de SAINT-J ÉRÔME, situé 25 RU E DE MARTI- GNY OUEST À SAINT- JÉRÔME dans le dossier 700-22-040855-198.Il est ordonné à la partie défenderesse de se présenter au Palais de justice dans les 30 jours de la présente.À défaut de répondre dans le délai, un jugement par défaut pourrait être rendu contre vous sans autre avis dès l\u2019expiration de ce délai et vous pourriez devoir payer les frais de justice.À Montréal, le 27 juin 2019 Isabelle Gagné, huissier de justice "]
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