Le devoir, 11 juillet 2019, Cahier A
[" INDEX Avis légaux .B7 Culture .B1 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B7 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 VOL.CX NO 153 / LE JEUDI 11 JUILLET 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Pour suivre l'actualité en continu et lire nos critiques de spectacles, consultez nos plateformes numériques.DROITS LINGUISTIQUES L\u2019alliance Anglos-Francos crée des remous Plusieurs dénoncent le pacte signé par les organismes représentant les Franco-Ontariens, les Anglo-Québécois et les Acadiens GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR près avoir passé plus de six mois dans l\u2019espace, l\u2019astronaute québécois D a v i d S a i n t - Jacques a effectué son grand retour à l\u2019Agence spatiale canadienne (ASC) mercredi.Reprenant progressivement le cours de sa vie, le père de famille se remémore « une expérience fantastique » qui va lui prendre « du temps à digérer ».Vêtu de son habituelle combinaison bleue, M.Saint-Jacques a été reçu sous un tonnerre d\u2019applaudissements par des dizaines d\u2019employés de l\u2019agence fédérale située à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal.L\u2019astronaute a également été accueilli par le ministre de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, et à bras ouverts par le président de l\u2019ASC, Sylvain Laporte.« David, bienvenue sur Terre », lui a ESPACE Les pieds sur terre David Saint-Jacques a réalisé un rêve qui n\u2019est à la portée que d\u2019une poignée de Terriens L\u2019astronaute David Saint-Jacques a présenté quelques-uns des clichés qu\u2019il a pris de là-haut, dans la Station spatiale internationale.Sur la photo, il est accompagné du ministre Navdeep Bains et de la petite Sophie Gentile.JACQUES NADEAU LE DEVOIR AMÉLI PINEDA LE DEVOIR Le niveau de plomb dans l\u2019eau de certaines écoles et garderies du Québec serait assez significatif pour avoir des effets sur le quotient intellectuel (QI) des enfants, prévient un récent rapport de l\u2019Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ) qui, devant « un portrait parcellaire » de la situation, recommande au gouvernement de mieux documenter la problématique.Bien que « l\u2019impact sur le développement des enfants [\u2026] soit incertain, cet impact ne peut être écarté », peut-on lire dans un document de 125 pages consulté par Le Devoir.Ce constat survient alors que les enfants sont de plus en plus encouragés à boire moins de boissons sucrées et à éviter de boire de l\u2019eau embouteillée.Intitulé « Présence de plomb dans l\u2019eau des écoles et garderies : importance du risque et pertinence d\u2019une surveillance à chaque point d\u2019utilisation », cet avis souligne que le nombre d\u2019établissements scolaires testés demeure non seulement limité, et déplore également que les méthodes de prélèvements utilisées ne sont pas celles qui donnent de pleines mesures.De 2013 à 2016, la présence de plomb dans l\u2019eau a été testée dans 308 écoles et 128 garderies selon des données du ministère de l\u2019Environnement.Dans 15 de ces établissements, un dépassement de la norme actuelle de 10 microgrammes par litre a été observé, soit environ 3 % des bâtiments échantillonnés.Les concentrations hors normes se situent entre 12 et 350 microgrammes par litre.Les écoles et leur région ne sont pas identifiées dans les documents.Cette proportion grimperait à 8,5 %, soit 37 établissements, si on suivait la recommandation de Santé Canada d\u2019abaisser la norme à 5 microgrammes par litres.SANTÉ Nos écoles ont du plomb dans l\u2019eau Les taux sont suffisamment élevés dans certains cas pour que le QI des enfants puisse en être affecté SILENCES DE PLOMB.L\u2019ÉDITORIAL DE MARIE-ANDRÉE CHOUINARD VOIR PAGE A 6 VOIR PAGE A 2 : PLOMB d\u2019ailleurs lancé ce dernier avant de lui laisser le micro devant les représentants de la presse.« Je suis d\u2019abord revenu sur Terre, puis dans ma famille, et là je reviens dans mon équipe », a peu après précisé l\u2019astronaute, tout sourire.Devant une salle bondée, M.Saint- Jacques a présenté une série de clichés croqués pendant son séjour de plus de six mois à bord de la Station spatiale internationale (SSI).Là-haut, il a suivi un « horaire chargé » ponctué de « centaines d\u2019expériences » scientifiques, notamment d\u2019ordre médical.« On fait de la recherche, beaucoup de recherche, dans des domaines qui vont bénéficier à tout le monde sur Terre », a-t-il expliqué.Les résultats de ces travaux, toutefois, ne seront pas connus avant plusieurs mois, voire plusieurs années.VOIR PAGE A 4 : TERRE Le partenariat signé la semaine dernière entre les principaux organismes représentant les Franco-Ontariens, les Anglo-Québécois et les Acadiens sème la bisbille à travers le Canada.Plusieurs francophones hors Québec critiquent une alliance jugée contre nature, alors que les principaux protagonistes estiment ne pas avoir le choix de s\u2019unir pour contrer les menaces qui planent sur leurs communautés.« L\u2019entente tend à accréditer cette idée tordue voulant que la communauté anglo-québécoise se trouverait dans une situation analogue à celle des véritables minorités acadienne et franco-ontarienne », a par exemple dénoncé mercredi la Société Saint-Jean- Baptiste (SSJB) \u2014 dans un communiqué de plus de 3000 mots.Mais la SSJB est loin d\u2019être la seule à trouver étonnant le pacte signé le 2 juillet (et valide un an) par l\u2019Assemblée de la francophonie de l\u2019Ontario (AFO), la Société de l\u2019Acadie du Nou- veau-Brunswick (SANB) et le Quebec C o m m u n i t y G r o u p s N e t w o r k (QCGN).« Ce protocole d\u2019entente survient sans consultation et sème un fort potentiel de division au sein du réseau pancanadien des communautés VOIR PAGE A 4 : ALLIANCE On ne peut quand même pas comparer la situation des anglophones du Québec avec celle des francophones de la Colombie- Britannique LOUIS MOUBARAK » GUILLAUME BOUGAULT CÔTÉ LE DEVOIR ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 SYLVIE ST-JACQUES LE DEVOIR Le vol des numéros d\u2019assurance sociale de 2,7 millions de membres de Desjardins révèle la facilité avec laquelle cette information confidentielle est recueillie par diverses entreprises.Les institutions financières ont pris l\u2019habitude de demander les numéros d\u2019assurance sociale dans des contextes où ils ne sont pas nécessaires, a constaté Le Devoir.Qu\u2019il s\u2019agisse de banques à charte ou de coopératives de services financiers comme Desjardins, il semble que ce soit par exemple la norme de l\u2019exiger lors de l\u2019ouverture d\u2019un compte en ligne, alors que cela se fait sur une base optionnelle quand le client se rend en succursale.Le Mouvement Desjardins, vers lequel tous les regards sont tournés ces jours-ci, exige par exemple la divulgation du NAS lors de l\u2019ouverture d\u2019un compte bancaire en ligne.Dans le cas d\u2019un compte traditionnel, Desjardins le demande « sur une base facultative », souligne Jean-Benoît Turcotti, conseiller en communication du Mouvement Desjardins.Ce dernier précise que Desjardins est soumis à la loi (provinciale) sur les coopératives de services financiers, à la loi sur l\u2019impôt et à diverses lois qui touchent le secteur de l\u2019assurance.« Au moment de l\u2019ouverture d\u2019un compte, les membres font souvent l\u2019acquisition de plusieurs produits financiers, comme une carte de crédit, une marge, un prêt hypothécaire.À ce mo- ment-là, nous demandons la divulgation du NAS pour accéder au dossier de crédit, mais ce n\u2019est pas obligatoire.En revanche, le NAS est obligatoire pour un prêt assuré par la SCHL », précise Jean-Benoît Turcotti.Sur le site de la Banque Nationale, le formulaire de souscription en ligne pour un compte bancaire demande de fournir le NAS.Si les clients inter- nautes préfèrent ne pas divulguer cette information, ils sont invités à se rendre dans une succursale.Même chose du DONNÉES Le NAS, une série de neuf chiffres très convoitée Les institutions financières, notamment, le demandent plus souvent que nécessaire côté d\u2019autres institutions financières, comme la Banque Laurentienne, ou le NAS est exigé dans le cas où la banque doit faire une déclaration relative au client à l\u2019Agence de revenu du Canada (pour les FERR et les programmes d\u2019épargne-études, par exemple).La Banque Nationale n\u2019a pas donné suite aux appels du Devoir.« Le client a la liberté de refuser de fournir son NAS pour une demande de carte de crédit et cette règle est incluse dans la déclaration de confidentialité que nos clients peuvent consulter sur Internet », indique quant à elle Hélène Soulard, vice-présidente adjointe aux communications à la Banque Laurentienne.Et qu\u2019en est-il des NAS des anciens clients ?« Cela peut varier : nous les gardons pour traiter des questions liées aux lois et règlements.Ensuite, ils sont détruits », ajoute-t-elle.Chez Desjardins, « la durée de conservation des renseignements dépend des produits et de leur situation.C\u2019est difficile de déterminer une durée exacte ».Invitée par Le Devoir à parler de ses pratiques en ce qui concerne les NAS de ses clients, la BMO a refusé de faire tout commentaire.« Ce sont des informations hyperconfidentielles et hypersensibles que nous ne pouvons pas partager », a déclaré François Morin, directeur des affaires publiques chez BMO.Le gouvernement fédéral statue que le NAS peut être exigé dans le cas d\u2019une demande d\u2019accès au Régime enregistré d\u2019épargne-études ou au Régime enregistré d\u2019épargne-invalidité, mais non dans le cas d\u2019une demande de carte de crédit, d\u2019une confirmation d\u2019identité ou d\u2019opérations bancaires comme une demande de prêt personnel, de marge de crédit ou de prêt hypothécaire.« Cela est fortement déconseillé, mais ce n\u2019est pas illégal », précise Service Canada.Dans un contexte où les brèches de sécurité font craindre pour l\u2019intégrité de ses données personnelles, faut-il revoir les pratiques en matière de demandes de divulgation des NAS ?Pour David Grondin, professeur au Département de communication de l\u2019Université de Montréal, si la pétition qui réclame de nouveaux NAS pour les victimes de la fraude de Desjardins catalyse l\u2019insécurité du grand public, c\u2019est aux entreprises et au gouvernement de mettre en vigueur des normes adaptées à notre société, « où l\u2019on fonctionne d\u2019abord et avant tout en numérique ».Rapatrier son NAS David Grondin qualifie de « réveil brutal » la situation actuelle.Il indique que la majorité de la population ne sait pas comment les données sont traitées et navigue en ligne sans avoir conscience des impacts de ses clics.« Nous sommes des données », tranche le chercheur spécialiste de la sécurité et des identités numériques, citant l\u2019auteur John Chinney-Lippold.« Peu importe comment on se comporte, on est connectés, par notre téléphone, dans un lieu, un espace, une ville, un réseau, un fournisseur Internet, une application\u2026 » « Qu\u2019il s\u2019agisse de plateformes numériques ou de réseaux sociaux, les gens ont tendance à accepter les règles sans les lire ni savoir ce qu\u2019elles représentent.Pendant ce temps, les entreprises s\u2019approprient des données sur nous.Il y a certainement une éducation du grand public qui devrait être faite.» Des enfants à risque dans les garderies et les écoles PLOMB SUITE DE LA PAGE A 1 « La surveillance de l\u2019eau dans les écoles et les garderies est réglementée, mais demeure limitée et, de ce fait, ne procure qu\u2019un portrait parcellaire de la situation », note le rapport.La réglementation actuelle n\u2019exige des prélèvements que sur un robinet et non l\u2019ensemble de ceux de l\u2019établissement testé.Qui plus est, celui-ci est recueilli après 5 minutes d\u2019écoulement, ce qui ne permet pas de mesurer les élévations potentielles de concentration lors de la libération du plomb après une stagnation d\u2019eau, souligne le document rédigé notamment par le groupe scientifique sur l\u2019eau de l\u2019INSPQ.« Un prélèvement après 5 minutes d\u2019écoulement sous- estime très certainement le niveau d\u2019exposition au plomb présent dans l\u2019eau potable de ces établissements », soulignent les auteurs, ajoutant que la tester dès le premier jet pourrait entraîner une hausse des taux dans certains établissements.Scénarios hypothétiques, mais réalistes En raison de la rareté des données québécoises, l\u2019analyse des risques a dû reposer principalement sur les niveaux de contamination de l\u2019eau observés dans d\u2019autres provinces canadiennes.Une modélisation a par la suite été effectuée à travers quatre scénarios d\u2019expositions au plomb, des scénarios qualifiés d\u2019« hypothétiques, mais réalistes de l\u2019exposition au plomb des jeunes enfants ».D\u2019après le rapport, les résultats obtenus suggèrent que, dans un nombre restreint d\u2019écoles et de garderies, où l\u2019eau est contaminée par le plomb, une perte de 1 à 3 points de QI pourrait être observée en moyenne chez les nourrissons, et de 2 points de QI en moyenne chez les enfants de 1 à 6 ans.Chez les enfants les plus exposés, elle pourrait même atteindre 7 points de QI pour les nourrissons, et 4 points pour les 1 à 6 ans.« Quand on regarde ces données-là, on voit que généralement, les niveaux sont faibles, mais dans certaines écoles et garderies, il peut y avoir des concentrations plus élevées qui, compte tenu des limites de notre étude, ne nous permettent pas de conclure à un risque, mais nous permettent de dire qu\u2019il y a un potentiel de risque qui mérite qu\u2019on creuse le problème », explique Patrick VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Les gens ont tendance à accepter les règles sans les lire ni savoir ce qu\u2019elles représentent.Pendant ce temps, les entreprises s\u2019approprient des données sur nous.DAVID GRONDIN » Levallois, médecin spécialiste en santé publique qui coordonne le groupe scientifique sur l\u2019eau.Celui-ci rappelle que bien qu\u2019on ne connaisse pas précisément l\u2019état de la situation dans les écoles et garderies du Québec, le portrait demeure rassurant selon les données actuelles.« Puisqu\u2019on parle d\u2019établissements qui délivrent de l\u2019eau à des jeunes enfants possiblement vulnérables, c\u2019est pour ça qu\u2019on fait des recommandations de continuer à mieux connaître la situation », dit-il.C\u2019est justement la raison pour laquelle les recommandations auraient dû être plus fermes selon Michèle Pré- vost, titulaire de la Chaire industrielle PAUL SANCYA ASSOCIATED PRESS CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal.« C\u2019est inadmissible qu\u2019on encourage les enfants à boire plus d\u2019eau, mais qu\u2019on n\u2019en vérifie pas la qualité [\u2026] Éthiquement ça me pose un problème, les parents veulent savoir si l\u2019eau qu\u2019on donne à leurs enfants est conforme au niveau du plomb », fait-elle valoir.Selon la spécialiste en eau potable, il n\u2019en coûterait que quelques dollars pour analyser efficacement chaque robinet d\u2019école.« Ça prend 10 minutes mesurer du plomb et ça coûte 8 $.On mesure, on analyse, puis si ça ne marche pas, on va acheter un nouveau robinet ; ce n\u2019est pas plus compliqué que ça », assure-t-elle.Elle insiste sur l\u2019obligation des autorités gouvernementales de protéger les enfants et de leur offrir une eau de qualité.« De la même façon qu\u2019on n\u2019accepterait pas qu\u2019il y ait des niveaux de moisissures dans une classe mais pas dans l\u2019autre, on ne veut pas accepter que le niveau de plomb dans une des fontaines ou un des robinets soit plus élevé que dans les autres », indique-t-elle.De son côté, M.Levallois rappelle que l\u2019INSPQ doit justement être vigilant et déclencher des actions lorsque les données demeurent limitées.« Avant de faire le traitement, il faut faire le diagnostic et en ce moment, on ne l\u2019a pas », conclut-il.C\u2019est inadmissible qu\u2019on encourage les enfants à boire plus d\u2019eau, mais qu\u2019on n\u2019en vérifie pas la qualité MICHÈLE PRÉVOST » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 MARCO BÉLAIR-CIRINO À SASKATOON MYLÈNE CRÊTE À QUÉBEC CORRESPONDANTS PARLEMENTAIRES LE DEVOIR François Legault gagne l\u2019appui de ses homologues provinciaux dans sa lutte pour accroître l\u2019immigration économique, mais toujours pas celui d\u2019Ottawa.Le gouvernement Trudeau a soumis une offre en juin pour régler l\u2019ensemble des revendications du Québec en immigration, a appris Le Devoir d\u2019une source proche des négociations.Ottawa attend toujours la réponse de l\u2019équipe de François Legault.Or, le premier ministre québécois a trouvé mercredi des alliés inattendus en ses homologues des autres provinces et territoires.À près de trois mois des élections fédérales, « ils demandent au gouvernement fédéral de parvenir à une cible minimale de 65 % en ce qui concerne l\u2019admission des immigrants économiques : travailleurs spécialisés, des gens d\u2019affaires et des entrepreneurs », peut-on lire dans le communiqué du Conseil de la fédération.Celui-ci a été le fruit d\u2019âpres négociations entre les délégations des 10 provinces et des territoires.Le chef du gouvernement ontarien, Doug Ford, plaide comme lui pour une hausse de l\u2019immigration économique « à une cible minimale de 65 % des admissions annuelles de candidats, notamment des travailleurs qualifiés, des gens d\u2019affaires et des entrepreneurs, afin de satisfaire adéquatement les besoins du marché du travail ».Approches différentes M.Ford et M.Legault ont cependant des divergences d\u2019opinions sur la façon d\u2019y parvenir.En effet, l\u2019Ontario entend augmenter le nombre d\u2019immigrants totaux admis sur son territoire, ce qui lui permettrait d\u2019accroître la proportion d\u2019immigrants économiques \u2014 actuellement à 54 % \u2014 sans réduire le nombre absolu de réfugiés ou de personnes admis en fonction du programme fédéral dans la province.Les premiers ministres ont souligné que « les provinces et les territoires demeurent les mieux placés pour décider des critères de sélection, en fonction de leurs besoins et de leurs priorités ».M.Legault était ravi à sa sortie du Conseil de la fédération, mercredi soir.François Legault se trouve de nouveaux alliés à Saskatoon Les provinces et territoires demandent à Ottawa une hausse de l\u2019immigration économique Il est convaincu que cet appui crée un rapport de force en défaveur d\u2019Ottawa.« On a le soutien de toutes les provinces et de tous les territoires pour appuyer un changement quand même important ! » a-t-il lancé.Les discussions entre Québec et Ottawa achoppent sur le gel du nombre de réfugiés accueillis en sol québécois et sur la faible augmentation du nombre d\u2019immigrants issus de la réunification familiale proposée par le gouvernement Legault.Ottawa a proposé un processus plus rapide pour l\u2019arrivée de nouveaux arrivants qui pourraient combler la pénurie de main-d\u2019œuvre et a offert plus de flexibilité pour que les travailleurs temporaires puissent rester, mais demeure ferme sur les réfugiés et la réunification familiale.Il s\u2019attend à ce que le Québec prenne en charge 23 % des réfugiés acceptés dans le pays, en vertu de l\u2019Accord Canada-Québec sur l\u2019immigration.Le gouvernement Trudeau souligne que la faible augmentation du nombre d\u2019immigrants issus de la réunification familiale risque, quant à elle, de créer des délais plus longs au Québec pour le traitement des demandes que dans le reste du pays.Ottawa a également émis une fin de non-recevoir pour les tests de français et des valeurs que le gouvernement voulait faire passer aux immigrants.Le plan de triage annulé De son côté, le gouvernement Legault dénonce l\u2019élimination en douce d\u2019un projet-pilote pour trier les demandeurs d\u2019asile qui traversent la frontière ca- nado-américaine près de Saint-Ber- nard-de-Lacolle.Ottawa a récemment mis fin à ce programme, faute d\u2019appui de l\u2019Ontario.Seulement cinq familles ont été transférées à Chatham-Kent, une municipalité d\u2019un peu plus de 100 000 habitants, située à environ 300 kilomètres au sud-ouest de Toronto.Québec a invité mercredi le gouvernement fédéral à « prendre ses responsabilités » et à « effectuer un triage à la frontière en fonction des lieux de destination ».Cette question fait partie des revendications du Québec avec Ottawa pour gérer l\u2019affluence des demandeurs d\u2019asile à la frontière.Le gouvernement Legault réclame également 300 millions pour compenser les frais de l\u2019accueil des migrants.Dans sa nouvelle offre, Ottawa a proposé une somme qui serait en deçà des 300 millions réclamés par Québec, mais au-delà des 165 millions déjà proposés.L\u2019électricité du Québec n\u2019intéresse pas Doug Ford Le premier ministre de l\u2019Ontario, Doug Ford, reste in- différent à l\u2019hydroélectricité québécoise, malgré la promesse de son homologue québécois, François Le- gault, de lui faire un «?deal qu\u2019il ne pourra pas refuser ».« It\u2019s a pretty firm no at this point », a affirmé son attachée de presse Ivana Yelich, durant une rencontre bilatérale entre M.Ford et M.Legault en marge du Conseil de la fédération.Dans un communiqué conjoint, M.Legault et M.Ford ont promis de « continuer leurs discussions en lien avec leurs engagements d\u2019assurer un accès à de l\u2019électricité plus abordable et plus fiable pour nos familles et nos entreprises ».« Cela ne veut pas dire que l\u2019Ontario achètera de l\u2019hy- droélectricité du Québec », a par la suite précisé Mme Yelich de l\u2019équipe « Ford Nation ».Il s\u2019agit de la deuxième rebuffade essuyée par M.Legault en huit mois.Le chef du gouvernement québécois ne baisse pas les bras pour autant.M.Legault présente l\u2019énergie hydraulique comme une solution de rechange économique à l\u2019énergie nucléaire approvisionnant la population ontarienne.Il propose aussi d\u2019embaucher des travailleurs ontariens afin de construire de nouveaux barrages pour produire de l\u2019énergie destinée à l\u2019Ontario.MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À SASKATOON LE DEVOIR Le premier ministre de l\u2019Alberta, Jason Kenney, presse Ottawa d\u2019imposer un pipeline acheminant du pétrole lourd entre les Prairies et le Nouveau-Brunswick en dépit de l\u2019opposition du Québec.À près de trois mois des élections fédérales, il a accusé le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, d\u2019avoir accordé « à une province [le Québec] un veto sur un projet de pipeline interpro- vincial » comme Énergie Est.Le chef du gouvernement albertain a aussi cru bon de mettre les points sur les i à son homologue québécois François Legault, et ce, par médias interposés.« Je vais juste lui rappeler qu\u2019en bout de piste les pipelines interprovinciaux sont de l\u2019autorité réglementaire exclusive du gouvernement fédéral », a-t-il déclaré, laissant tomber pour l\u2019occasion son accent autonomiste.« Il n\u2019y a pas de débat là-dessus.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question partisane.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question philosophique.Il s\u2019agit d\u2019une question constitutionnelle », a-t-il poursuivi tout en pointant la Loi constitutionnelle de 1867.« Que ce soit le premier ministre Trudeau, le premier ministre Scheer ou n\u2019importe quel autre premier ministre, je m\u2019attends à ce qu\u2019il passe le message à une province », a-t-il dit au micro de l\u2019hôtel Delta Bessborough de Saskatoon, où les premiers ministres des provinces et des territoires sont réunis cette semaine.Pour preuve, M.Kenney a pointé le projet TransMountain qui fera vraisemblablement couler davantage de pétrole issu des sables bitumineux sur la côte pacifique sans l\u2019accord de la Co- lombie-Britannique.Richesse partagée Le premier ministre de l\u2019Alberta a appelé le Québec à ses responsabilités de membre de la fédération canadienne, rappelant qu\u2019il touchera des paiements de péréquation s\u2019élevant à 13 milliards de dollars en 2019.« À peu près, l\u2019entièreté de ce montant provient de l\u2019Alberta », a souligné M.Kenney mercredi.« Nous nous attendons à ce que les provinces qui bénéficient de la richesse créée par notre énergie nous aident à développer cette richesse.Si vous allez bénéficier de cette ressource qui paie les factures dans cette fédération, ai- dez-nous à développer ces ressources et à obtenir un prix juste pour cette ressource.Je pense que M.Legault a entendu cet argument haut et fort », a-t-il affirmé.M.Legault s\u2019est en revanche dit disposé à concrétiser un projet de gazoducs «ou plus d\u2019un projet de gazoducs» afin d\u2019exporter du gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux, a fait remarquer M.Kenney à la presse.« Cela serait d\u2019une grande aide à une industrie énergétique albertaine en difficulté », a fait valoir l\u2019élu conservateur.Enfin, M.Kenney a décrit la contribution de M.Legault aux discussions du Conseil de la fédération de « très constructive».«Il est un premier ministre du Québec procroissance, proem- plois.Il est déterminé à finalement éliminer la dépendance du Québec au système de transferts», a-t-il expliqué aux médias canadiens mercredi soir.D\u2019ailleurs, M.Kenney s\u2019est dit heureux que son homologue québécois se soit abstenu de qualifier une nouvelle fois le pétrole extirpé du sol albertain d\u2019« énergie sale ».Le Québec ne peut refuser un projet de pipeline canadien, insiste Kenney Jolin-Barrette suspend un programme pour étudiants étrangers Le ministre de l\u2019Immigration, Simon Jolin-Barrette, a émis un décret mercredi pour suspendre immédiatement, et ce, jusqu\u2019au 1er novembre 2019, les demandes faites en vertu du Programme de l\u2019expérience québécoise, qui permettait aux étudiants étrangers d\u2019immigrer après leurs études.Le gouvernement veut donner la priorité aux personnes qui occupent un emploi au Québec.Il fait une exception pour ceux qui avaient un permis de travail valide entre le 10 juillet et le 1er novembre et pour certains candidats dont la demande a été annulée dans le cadre de la réforme de l\u2019immigration.CONSEIL DE LA FÉDÉRATION François Legault quitte la salle après s\u2019être adressé à la presse avec le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe.JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Les premiers ministres ont souligné que « les provinces et les territoires demeurent les mieux placés pour décider des critères de sélection, en fonction de leurs besoins et de leurs priorités » LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS E N B R E F Cannabis : le marché noir livre une guerre de prix TORONTO \u2014 Statistique Canada estime que le coût moyen d\u2019un gramme de cannabis provenant du marché noir continue de baisser à mesure que les prix du cannabis légal augmentent \u2014 les détaillants autorisés facturant jusqu\u2019à 80 % de plus que les petits revendeurs.L\u2019agence gouvernementale a indiqué mercredi que le prix moyen d\u2019un gramme de cannabis illégal était de 5,93 $ au deuxième trimestre, contre 6,23 $ et 6,51 $ aux deux trimestres précédents.Pendant ce temps, le gramme de cannabis légal se vendait 10,65 $ au deuxième trimestre, contre 10,21 $ au trimestre précédent et 9,82 $ au quatrième trimestre de 2018.À 10,65 $, le cannabis légal se vend donc environ 80 % plus cher que le pot illégal, à 5,93 $.La Presse canadienne La famille de Gilles Duceppe réclame 1,14 million Gilles Duceppe, accompagné de sa famille, réclame la somme de 1,14 million de dollars en compensation à la résidence Lux Gouverneur après la mort de sa mère Hélène Rowley Hotte, le 20 janvier dernier.La dame de 93 ans avait été retrouvée morte à l\u2019extérieur de sa résidence pour aînés de Montréal, alors que le mercure était passé sous la barre des moins 15 degrés.Dans la mise en demeure envoyée par un cabinet d\u2019avocats, il est écrit que «madame Rowley est décédée d\u2019hypothermie dans des conditions atroces et inhumaines» et que la famille est «encore sous le choc de la perte de leur mère dans de pareilles circonstances».Selon les avocats de la famille Duceppe, Mme Rowley serait toujours en vie si le détecteur de mouvements à l\u2019intérieur de son appartement avait fonctionné adéquatement.La Presse canadienne Deux ans de plus pour installer des gicleurs QUÉBEC \u2014 Les propriétaires de résidences privées pour personnes âgées auront deux ans de plus que prévu pour installer des gicleurs dans leur établissement.Ils auront droit aussi à un meilleur soutien financier du gouvernement pour effectuer les travaux.En cas d\u2019incendie, près de la moitié des résidences privées pour personnes âgées ne sont toujours pas munies de gicleurs, malgré le règlement en ce sens adopté en 2015.Québec va faire passer de 3300 $ à 5000 $ le montant de la subvention versée pour chaque gicleur installé.On va aussi procéder plus rapidement pour effectuer les paiements et ainsi faciliter l\u2019accès au crédit pour les propriétaires : 25 % de la subvention sera disponible dès la signature du contrat et 75 %, dès la fin des travaux.La Presse canadienne La défense d\u2019intérêts communs ALLIANCE SUITE DE LA PAGE A 1 francophones hors Québec », a affirmé mardi le président de l\u2019Association ca- nadienne-française de l\u2019Alberta, Marc Arnal.M.Arnal fait valoir que le trio d\u2019organismes affaiblit de facto le poids politique de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), principal interlocuteur national sur ces questions.« Les populations à protéger se retrouvent tout à coup concentrées dans l\u2019est du pays », remarque ainsi M.Arnal.« On n\u2019a pas du tout les mêmes réalités dans l\u2019Est que dans l\u2019Ouest », disait aussi mercredi soir en entretien le directeur général de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, Louis Moubarak.« On ne peut quand même pas comparer la situation des anglophones du Québec avec celle des francophones de la Colom- bie-Britannique\u2026 » Impossible de savoir ce que pense la FCFA de la situation.« La Fédération a choisi de ne pas commenter cette question », indique-t-on.Un silence qui « surprend et déçoit » les francophones de l\u2019Alberta, mais que comprend Rémi Léger, professeur de science politique à l\u2019Université Simon Fraser et chercheur à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques.« C\u2019est une situation très difficile pour la Fédération, dit-il en entretien.Soit elle se désole que deux membres aient signé une entente avec les Anglo- Québécois \u2014 alors que la situation du français au Canada n\u2019équivaut pas celle de l\u2019anglais \u2014, et ça alimente les nouvelles, soit elle se tait et ça donne l\u2019impression qu\u2019elle donne son aval .» Comme Marc Arnal, Rémi Léger juge que le pacte vient à tout le moins « désolidariser la francophonie canadienne et affaiblir la FCFA, qui est le porte-parole des francophones ».Solidaires L\u2019entente dévoilée la semaine dernière indique que « les droits linguistiques et des institutions sont menacés en Ontario, au Québec et au Nou- veau-Brunswick » et qu\u2019il convient d\u2019être « solidaires » pour renforcer le rapport de force de ces communautés.Elle vise ainsi « à cimenter le rapprochement et la collaboration entre les trois partenaires ».« On a vu ce qui se passe en Ontario [avec les coupes du gouvernement Ford dans les services aux francophones], on sait ce qui s\u2019annonce au Québec avec l\u2019abolition des commissions scolaires et on a au Nouveau- Brunswick un parti qui prône l\u2019abolition du bilinguisme et qui détient la balance du pouvoir », déclarait mercredi en entretien Carol Jolin, président de l\u2019AFO.« Ce sont partout des reculs importants », ajoute Geoffrey Chambers, président du QCGN.L\u2019entente indique que les signataires élaboreront un « plan d\u2019action visant à faire des langues officielles un enjeu électoral » de la prochaine campagne fédérale, notamment en demandant la modernisation de la Loi sur les langues officielles.Elle stipule aussi que les organismes devront « être d\u2019accord de façon unanime sur les enjeux qui seront soulevés en vue de l\u2019élection fédérale ».Pas le diable\u2026 Mais selon les signataires, cela laisse néanmoins chaque organisme maître de ses combats.«Ça a pris une ampleur démesurée par rapport à ce que l\u2019entente dit vraiment, soutient Carol Jolin.On a une marge de manœuvre, rien ne nous oblige à accepter les opinions des autres.Mais on envoie un message politique aux gouvernements.» « Je m\u2019attendais à une réaction parce que, dès qu\u2019on signe quelque chose avec les anglophones, ça met tout le monde sur le qui-vive », indique Robert Melanson, président de la SANB.« Mais je ne sais pas ce que les gens ont à s\u2019énerver, parce que rien ne nous lie les mains.[\u2026] On ne vient pas de signer un pacte avec le diable, mais avec une communauté qui a des aspirations légitimes.» M.Melanson parle d\u2019une « entente de cordialité : on accepte de travailler sur les points qui nous unissent ».Pour la professeure de science politique à l\u2019Université Queen\u2019s et au Collège militaire royal Stéphanie Choui- nard, cette alliance paraît néanmoins « curieuse », voire « incompréhensible ».Cela parce qu\u2019elle « met en lumière la tension du régime linguistique » canadien, dit-elle.Mme Chouinard le soulignait dans un texte récent : « Malgré la situation privilégiée de la minorité anglo-québé- coise, malgré l\u2019asymétrie des rapports de force entre les langues et les cultures anglaises et françaises en Amérique, ces communautés sont juridiquement symétriques.» La loi traite les minorités linguistiques sur le même pied, en somme.« Ça fait longtemps que, dans le milieu universitaire, on revendique une asymétrie dans l\u2019application du régime linguistique », ajoute-t-elle en relevant que les anglophones du Québec ont trois universités et de solides institutions, alors que les francophones d\u2019ailleurs au pays doivent se « battre devant les tribunaux pour faire valoir » leur droit à l\u2019enseignement dans leur langue.Or, l\u2019alliance des trois organismes reviendrait à « reconnaître qu\u2019il y a une symétrie entre les intérêts », soutient Rémi Léger.Le retour parmi les siens TERRE SUITE DE LA PAGE A 1 David Saint-Jacques est de retour sur Terre depuis le 24 juin, après s\u2019être envolé à bord d\u2019une fusée Soyouz le 3 décembre.Il était accompagné de l\u2019astronaute américaine Anne McClain et du cosmonaute russe Oleg Kononenko.En orbite autour de la Terre pendant 204 jours, celui qui est aussi ingénieur, astrophysicien et médecin de famille a établi un record canadien pour le vol spatial le plus long.Sans surprise, l\u2019expédition a laissé ses traces sur l\u2019homme de 49 ans, tant physiques que psychologiques.Il a confié encore ressentir les effets de l\u2019apesanteur sur son équilibre parfois vacillant, un souci commun à tous les astronautes de retour sur la terre ferme, a-t-il ajouté.« Ça prend de 2 à 6 mois avant d\u2019être complètement fonctionnel.C\u2019est comme un retour progressif au travail, si on veut, a-t-il résumé à l\u2019auditoire, un rire dans la voix.J\u2019espère qu\u2019après les Fêtes, je serai un mari, un père, un ami et un employé standard ! » L\u2019astronaute assure néanmoins ne pas ressentir de douleurs et ne pas avoir perdu, « à première vue », trop de densité osseuse.Il n\u2019éprouve pas non plus de complication liée à sa vision, autre répercussion connue des voyages dans l\u2019espace.Un contrecoup également surveillé : les risques de développer un cancer puisqu\u2019il a été davantage exposé au rayonnement cosmique.« Mais généralement, je crois avoir été assez chanceux sur les effets », a insisté M.Saint-Jacques.Moments forts Lors de sa mission, le natif de Québec a effectué une sortie extravéhiculaire de six heures et demie.En suspension dans l\u2019immensité de l\u2019espace, la Terre tournoyant à ses pieds, l\u2019astronaute se remémore un moment « émouvant ».« Les gens me demandent si on se sent petit.Étrangement, non, a-t-il raconté.Je sentais plutôt que je faisais partie de ce truc gigantesque qu\u2019est l\u2019esprit humain.» David Saint-Jacques est en outre devenu le premier astronaute canadien à utiliser le bras robotique « Cana- darm2 ».Il était chargé d\u2019« attraper en orbite » une capsule cargo lancée par le transporteur SpaceX, une tâche pour laquelle l\u2019engin \u2014 « une source de fierté constante » pour lui \u2014 n\u2019a pas été initialement conçu.Cet « exploit » a été rendu possible par le travail acharné des ingénieurs de l\u2019ASC « et beaucoup de jus de cerveau », a-t-il pris soin de préciser.« Il n\u2019y a pas une opération majeure dans la station qui ne requiert pas le bras canadien.C\u2019est vraiment au cœur de tout ce qui se fait là-haut.» Nouvelle perspective Le mois dernier, quelques heures avant de quitter la station spatiale, le Québécois avait transmis deux photographies prises de l\u2019espace de la Colombie-Britannique et de la région du Nunavik, dans le nord du Québec, en écrivant que la vue des paysages canadiens grandioses lui manquerait.Si la vue qui lui a été offerte de contempler depuis la SSI était « exceptionnelle », « elle était toujours la même ».Cette vue, elle a plutôt éveillé en lui une soif de découvrir les paysages que recèle notre planète, « complexes et diversifiés ».Mais surtout, d\u2019apprécier les joies de l\u2019existence, « toutes ces choses qu\u2019on prend pour acquises ».« La joie de marcher dehors, de croquer dans une pomme fraîche, d\u2019avoir le vent dans le visage\u2026 Ce sont des joies simples qui reprennent toute une aura pour moi », a-t-il exposé, philosophe.Entouré des siens au chalet de ses parents, le père de trois enfants a d\u2019ailleurs récemment « profité du coucher de soleil sur le lac des Deux-Mon- tagnes ».« Je l\u2019ai souvent vu d\u2019en haut.» La suite Comme tous les astronautes canadiens, David Saint-Jacques travaille depuis le centre spatial de la NASA à Houston, au Texas.Il compte prochainement y réintégrer ses fonctions d\u2019agent de liaison (capcom), dont le rôle principal est d\u2019assurer la communication avec l\u2019équipage à bord de la SSI.« Je pense que je vais voir ça d\u2019un œil complètement différent maintenant.Je vais faire ça différemment, c\u2019est sûr », a-t-il ajouté.« La carrière d\u2019un astronaute, c\u2019est toujours d\u2019un horizon à l\u2019autre.On va voir, a-t-il ajouté.Mon objectif pour le moment, c\u2019est de me rétablir complètement et de redevenir un membre actif du corps des astronautes.» Et maintenant que cette mission est derrière lui, n\u2019y a-t-il pas une chance que la nostalgie de cette expérience d\u2019une vie s\u2019installe doucement ?L\u2019astronaute s\u2019est empressé de répondre par la négative, loin d\u2019avoir le cafard.« J\u2019ai eu la chance d\u2019accomplir tout ce que je pouvais rêver d\u2019accomplir là- haut.J\u2019y retourne souvent dans ma tête.Je ferme les yeux et je m\u2019imagine là-haut.Mais je suis parti sans remords ni regret.» Nicholas Kasirer proposé à la Cour suprême TORONTO \u2014 Le premier ministre Justin Trudeau propose de nommer le Québécois Nicholas Kasirer à la Cour suprême du Canada, à la suite du départ à la retraite du juge Clément Gascon.M.Kasirer a été nommé juge à la Cour d\u2019appel du Québec en 2009, où il a servi pendant dix ans.Il avait auparavant occupé les fonctions de professeur de droit et de doyen de la Faculté de droit à l\u2019Université McGill pendant 20 ans.Les membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes participeront à une audience spéciale le 25 juillet au sujet de cette nomination.Le départ à la retraite du juge Gascon a été annoncé pour le 15 septembre.Il a entendu sa dernière cause à la Cour suprême en mai dernier.La Presse canadienne Après avoir contemplé la Terre depuis l\u2019espace durant six mois, l\u2019homme s\u2019émeut de croquer dans une pomme en sentant le vent sur son visage David Saint-Jacques a passé six mois dans la Station spatiale internationale.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Je ne sais pas ce que les gens ont à s\u2019énerver, parce que rien ne nous lie les mains.[\u2026] On ne vient pas de signer un pacte avec le diable, mais avec une communauté qui a des aspirations légitimes.ROBERT MELANSON » LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 5 JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR À Montréal, en plein cœur du Quartier latin, au coin du boulevard René-Lé- vesque et de la rue Berri, on trouve un élégant immeuble de style Beaux-Arts qui abrita longtemps l\u2019École du meuble de Montréal, un établissement célèbre par le bouillonnement de talents qui s\u2019y trouvaient.L\u2019immeuble est inoccupé depuis des années.Personne n\u2019y prête plus attention.C\u2019est là pourtant qu\u2019en 1948 va éclater un scandale retentissant autour de Refus global, ce manifeste considéré désormais comme un jalon important de l\u2019histoire de la modernité québécoise.Paul-Émile Borduas y enseigne.Ce sera l\u2019occasion de l\u2019encourager à prendre la porte.On ne trouve même pas une plaque commémorative sur l\u2019édifice pour en souligner l\u2019importance, à l\u2019heure pourtant où les hommages à Refus global et à ses artisans se sont multipliés.Historien de la conservation architecturale, Martin Dubois a étudié ce bâtiment.Il affirme que « pendant plus de deux décennies, l\u2019établissement suscite un véritable engouement en raison de la qualité exceptionnelle de ses enseignants ».Parmi le personnel, on trouvera, outre Paul-Émile Borduas, les critiques d\u2019art Maurice Gagnon et Gérard Mori- set, le peintre Jean-Paul Lemieux, l\u2019illustrateur Frédéric Back, l\u2019architecte Marcel Parizeau.Au programme, l\u2019architecture, le design, la décoration intérieure, l\u2019ébénisterie, la sculpture, la peinture, la forge, la céramique, le tissage, la tapisserie.L\u2019École du meuble est créée, dans l\u2019entre-deux-guerres, par le gouvernement libéral d\u2019Alexandre Taschereau afin de stimuler l\u2019industrie du meuble.Elle conjugue de nouvelles méthodes de production et de design au savoir- faire artisanal québécois.On cherche alors, dans un esprit national renouvelé, à développer une industrie qui serait capable de répondre aux besoins en mobilier, tout en instaurant une signature d\u2019ici dans le mobilier, par exemple en réinterprétant les formes du meuble traditionnel pour créer des lignes d\u2019ici.À la fin de l\u2019année scolaire 1947, les étudiants de l\u2019École du meuble font la grève.Parmi eux, le peintre Jean-Paul Riopelle et le photographe Maurice Perron.Refus, en ce qui concerne Riopelle, d\u2019accepter son diplôme des mains du directeur, Jean-Marie Gauvreau.« Pour diminuer l\u2019influence de Borduas, Jean-Marie Gauvreau lui retire en 1947 la moitié de ses cours », explique au Devoir Gilles Lapointe, professeur au département d\u2019histoire de l\u2019art de l\u2019UQAM.« Mais il n\u2019a pas diminué son salaire.Impossibilité donc, pour Borduas, de protester officiellement, puisque cette décision semblait l\u2019avantager.Ce procédé de Jean-Marie Gauvreau avait pour but de séparer Borduas des éléments les plus contestataires, et surtout diminuer son influence auprès d\u2019eux.» Plusieurs monuments de la culture québécoise sont passés par l\u2019École du meuble, dont Madeleine Arbour, PATRIMOINE Un immeuble mythique laissé à l\u2019abandon L\u2019ancienne École du meuble, où enseignèrent plusieurs grands artistes québécois, est inoccupée depuis des années Marcel Barbeau, Marcelle Ferron et Claude Jasmin.Un architecte de renom Cet immeuble de style Beaux-Arts, d\u2019abord connu sous le nom d\u2019Académie Marchand, est en lui-même loin d\u2019être banal.Avec des décorations subtiles et ses grilles de fer forgé, il compte parmi les plus élégants des environs.La construction est l\u2019œuvre de l\u2019architecte Jean-Omer Marchand (1872- 1936), à l\u2019époque le seul architecte canadien diplômé de l\u2019École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.Plusieurs fois récompensé par des prix, sa carrière est sans équivalent à l\u2019époque.On doit à Jean-Omer Marchand plusieurs constructions publiques importantes, dont à Montréal la chapelle du Grand Séminaire, l\u2019édifice de la Cour municipale, le Bain Généreux, devenu l\u2019Écomusée du fier monde, et la résidence cossue du financier Rodolphe Forget, aujourd\u2019hui le consulat de Russie.Considéré comme l\u2019un des architectes canadiens les plus novateurs au début du XXe siècle, Marchand va contribuer à la conception de l\u2019édifice central du parlement à Ottawa.Le château Beauce, à Sainte-Marie, en instance de classement pour son importance par le ministère de la Culture du Québec, est aussi de sa main.Un fantôme Les projets de revitalisation de cet immeuble au profit d\u2019écoles de métier d\u2019aujourd\u2019hui ont tous été recalés, déplore la directrice de l\u2019École d\u2019ébénisterie d\u2019art, Marie-Amélie Saint-Pierre.« Nous avons eu plusieurs projets pour tenter de relocaliser nos écoles, y compris celui-là, mais sans succès.Nous manquons d\u2019espace.» Ce lieu était en particulier très prisé pour y installer l\u2019École de Joaillerie et l\u2019École de lutherie, ce que confirment les directions respectives.Selon Stéphane Blackburn, directeur de l\u2019École de Joaillerie de Montréal, les projets pour relocaliser son institution tombent systématiquement à l\u2019eau depuis une dizaine d\u2019années, alors qu\u2019elle n\u2019est plus à même de se développer dans les locaux exigus et dispendieux qui sont les siens au centre-ville.« Nous n\u2019avons plus de place pour accueillir les nouvelles technologies.Les ministres le savent, mais rien ne bouge.» Du côté de la CSDM, le propriétaire de l\u2019immeuble, rien n\u2019est prévu pour l\u2019instant afin de revitaliser ce lieu chargé d\u2019histoire.Selon la CSDM, des travaux pourraient être apportés au bâtiment dans les prochains mois afin, tout au plus, d\u2019en maintenir la condition actuelle.Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM, explique : « Nous réalisons certains travaux dans cet immeuble pour le conserver dans les prochains mois.» Mais rien n\u2019est envisagé pour l\u2019occuper et lui redonner vie dans un avenir prochain.« Nous aimerions éventuellement faire des travaux plus importants, si le financement du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur le permet, afin d\u2019accueillir des élèves de notre secteur des adultes, car il n\u2019y a aucun gymnase ni cour d\u2019école dans ce bâtiment.» Jusqu\u2019aux réformes du système d\u2019éducation, au milieu des années 1960, l\u2019École du Meuble a formé quelques générations d\u2019artisans compétents et, malgré elle parfois, des artistes de haut niveau.À compter de 1958, on la connaît sous le nom de l\u2019Institut des arts appliqués.Environ 600 élèves par année la fréquentaient.Le Cégep du Vieux Montréal en intégrera les activés à compter de 1969.L\u2019immeuble sera par la suite occupé par divers locataires, avant d\u2019être laissé à l\u2019abandon.JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR En réaction aux préoccupations du public à l\u2019égard de la protection du patrimoine, la Ville de Laval a consulté divers propriétaires de maisons anciennes dans le but d\u2019actualiser une partie de sa politique de préservation.Par l\u2019adoption d\u2019une nouvelle réglementation, Laval vise « à reconnaître une centaine de nouveaux bâtiments d\u2019intérêt patrimonial situés à l\u2019extérieur des territoires patrimoniaux » et à les assujettir à un plan préalable d\u2019intégration architecturale dans l\u2019éventualité de développements.Concrètement, cela devrait permettre à des propriétaires de maisons jugées d\u2019intérêt de bénéficier d\u2019une aide accrue.Laval va, à cet égard, « bonifier l\u2019aide financière pour des travaux de rénovation et de restauration de bâtiments d\u2019intérêt patrimonial ».L\u2019aide financière maximale passe ainsi à 25 000 $ par période de trois ans.Deux mesures à Laval pour soutenir le patrimoine Elle était auparavant de 12 500 $ par période de 5 ans.Un pourcentage plus élevé des dépenses admissibles est pris en considération.Divers travaux secondaires sont aussi considérés désormais comme étant le fait d\u2019une volonté « d\u2019assurer la pérennité du bâtiment patrimonial » et, en conséquence, gratifiés d\u2019un appui par la municipalité.Démolitions et protections Au cours de la dernière année, la municipalité a adopté pour la première fois un règlement qui doit en principe rendre les démolitions moins faciles à Laval.La municipalité encadrera la démolition d\u2019immeubles d\u2019intérêt patrimonial tout en constituant un comité de démolition.Dans la deuxième municipalité en importance au Québec, le développement immobilier réalisé au détriment du patrimoine bâti avait les coudées franches depuis un grand nombre d\u2019années.Laval compte aussi désormais sur les effets bénéfiques que pourrait entraîner la création d\u2019« un comité interser- vices » afin de favoriser « une meilleure coordination entre les équipes municipales » concernées par la pérennité des bâtiments patrimoniaux.La municipalité n\u2019a cependant pas précisé avoir davantage recours à la loi sur le patrimoine québécois pour citer des bâtiments d\u2019intérêt sur son territoire.La citation est un outil légal qui permet en principe d\u2019assurer un degré supplémentaire de protection pour certains édifices dont la valeur est ainsi reconnue.L\u2019immeuble bâti au coin des rues Berri et René-Lévesque a abrité l\u2019École du meuble de Montréal, fondée en 1935.JACQUES NADEAU LE DEVOIR C\u2019est là qu\u2019en 1948 va éclater un scandale retentissant autour de Refus global, ce manifeste considéré désormais comme un jalon important de l\u2019histoire de la modernité québécoise LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es conclusions du rapport de l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur la présence de plomb dans l\u2019eau des écoles et des garderies, dévoilées dans Le Devoir d\u2019aujourd\u2019hui, sont des plus troublantes, car elles établissent que dans certains établissements des enfants sont exposés à des niveaux de plomb susceptibles de nuire à leur développement intellectuel.Mais le véritable point d\u2019inquiétude ne se trouve pas dans les données dévoilées, selon lesquelles 3 % des établissements testés présentent des taux de plombémie supérieurs à la norme.Il réside dans les silences de ce rapport : absence de conclusions et de recommandations fermes, sous-estimation des résultats au regard de la méthodologie employée.Le rapport est d\u2019une timidité accablante si on l\u2019expose à la gravité du sujet.Voici ce que l\u2019on sait : l\u2019INSPQ a produit un rapport destiné au ministère de la Santé et des Services sociaux dont les objectifs sont on ne peut plus clairs.1.Décrire l\u2019état des connaissances sur les niveaux de contamination par le plomb de l\u2019eau des écoles et des garderies.2.Estimer l\u2019impact de l\u2019exposition au plomb sur la « plombémie » des enfants.3.Évaluer le risque au regard du développement intellectuel des enfants.4.Discuter de la pertinence d\u2019une surveillance à « chaque point d\u2019eau utilisé par les enfants dans ces établissements ».L\u2019examen de l\u2019INSPQ révèle que, dans 11 écoles et 4 garderies sur les 436 établissements testés, les taux de plomb dépassaient la norme de 10µg/L régie par le Règlement sur la qualité de l\u2019eau potable.Les concentrations hors normes variaient entre 12 et 350µg/L.Mais les données divulguées brossent-elles le portrait le plus juste ?Deux éléments de réponse permettent de conclure que le rapport « sous- estime » la situation réelle.La norme recommandée par Santé Canada n\u2019est plus de 10µg/L, mais bien de 5 \u2014 nous voilà donc à 8,5 % d\u2019établissements touchés en changeant de norme.En outre, la méthodologie préconisée pour maximiser la lecture la plus fiable n\u2019est pas de prendre l\u2019échantillon après avoir laissé l\u2019eau s\u2019écouler du robinet pendant cinq minutes, ce qui correspond à la pratique au Québec, mais bien de la tester dès le premier jet, ce qui entraînerait une hausse des taux dans certains établissements.Alors, docteur, est-ce grave ?Quiconque s\u2019attardera à la lecture du document cherchera réponse à cette question lancinante mais, hélas, n\u2019en trouvera pas trace.Les questions, pourtant, fusent.Doit-on s\u2019inquiéter du niveau de plomb toléré dans l\u2019eau potable des écoles et des garderies ?Doit- on s\u2019alarmer des effets secondaires potentiels du plomb, dont on dit textuellement dans le rapport qu\u2019il a des effets nuisibles particulièrement « sur les systèmes nerveux, cardiovasculaire, hématologique, rénal et immunitaire ainsi que sur la reproduction », en plus d\u2019être particulièrement néfaste chez les jeunes enfants en matière de développement cognitif, avec une perte possible de 1 à 7 points de quotient intellectuel ?Doit-on se soucier du fait que le Québec emploie une méthodologie qui sous-évalue l\u2019étendue du problème \u2014 le fameux prélèvement au robinet après écoulement d\u2019eau de cinq minutes ?Pourquoi choisit-on de miser sur la donnée la plus faible (3 % des établissements touchés) alors que, si la norme recommandée par Santé Canada avait été appliquée, ce sont 8,5 % des établissements qui seraient touchés ?Le rapport conclut mollement, sans l\u2019ombre d\u2019une carapace : nous savons peu de choses et, au regard de ce que l\u2019on sait, nous ne sommes pas inquiets.On comprendra l\u2019INSPQ de ne pas vouloir alarmer la population sans raison valable : la santé publique juge rassurant qu\u2019une majorité d\u2019écoles présente des taux bien en deçà des niveaux de dangerosité établis.On soupçonne en outre une certaine inquiétude administrative et financière face aux normes recommandées par Santé Canada et dont la mise en application dans le champ provincial causerait un chambardement majeur et coûteux dans le réseau des écoles et des garderies \u2014 méthode de surveillance, de prélèvement et correctifs à apporter.Ces considérations devraient-elles empêcher de connaître le risque d\u2019exposition dans l\u2019ensemble des établissements fréquentés par les plus petits, étant donné la nature des effets possibles sur leur santé ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Michel Virard Président, Association humaniste du Québec Dans Le Devoir du lundi 8 juillet, M.Carl Therrien, professeur agrégé à l\u2019Université de Montréal, département d\u2019histoire de l\u2019art et d\u2019étude cinématographique, spécialiste des jeux vidéos, accuse nommément l\u2019Association humaniste du Québec «d\u2019aveuglement quant aux contradictions et déséquilibres introduits par cette loi [la loi 21]» et «remet en question les prétentions humanistes de plusieurs intervenants dans ce débat».Au moins cette attaque frontale a le mérite de la clarté: Carl Therrien a une vision de l\u2019humanisme qui diffère sensiblement de celle prônée et pratiquée par les organisations humanistes séculières nées au Québec.Lorsque la première association humaniste est née au Québec (Humanist Association of Canada, 1968), c\u2019était le Dr Henry Morgenta- ler qui en était cofondateur et premier président.Tout comme au- jourd\u2019hui avec la neutralité de l\u2019État, sa lutte ne faisait pas l\u2019unanimité ni au Québec ni au Canada.Il avait dû trancher dans une situation délicate: l\u2019avortement n\u2019est jamais un acte qu\u2019on choisit de gaîté de cœur.C\u2019est précisément cette capacité d\u2019évaluer les conséquences à long terme d\u2019une action qui distingue les décisions humanistes de celles inspirées par des codes moraux inflexibles et myopes.Henry voyait plus loin, il connaissait très bien les conséquences du refus de l\u2019avortement, que ce soit pour la mère ou pour l\u2019enfant non désiré.Il avait aussi perçu que la société québécoise de l\u2019époque refusait désormais l\u2019hypocrisie entourant l\u2019avortement, en pratique permis aux femmes aisées et interdit aux femmes pauvres.C\u2019est parce que nous voulons voir plus loin que, comme Henry en son temps, nous avons choisi de soutenir des mesures, telle celle concernant les signes religieux dans la fonction publique, qui ne font pas forcément l\u2019unanimité.Trois objectifs Lorsque nous avons créé l\u2019Association humaniste du Québec, en 2005, pour avoir une association francophone, nous avions trois objectifs majeurs soutenus par tous nos membres, au-delà de notre mission officielle qui demeure toujours le développement de la pensée critique dans la population du Québec.Il y avait le droit de mourir dans la dignité, la sécularisation de l\u2019État et l\u2019égalité de traitement des non-croyants avec les croyants.Nous avons aidé à la création de l\u2019AQDMD, et le droit de mourir dans la dignité est maintenant une réalité, même si incomplète.Une étape importante de la sécularisation de l\u2019État s\u2019est faite finalement le 16 juillet 2019, quoique l\u2019on puisse considérer que le jugement Gascon du 15 avril 2015 soit, en fait, la première vraie description de ce que la neutralité de l\u2019État impose.C\u2019était le jugement qui mettait un terme à la saga du maire de Saguenay, Jean Tremblay, qui était convaincu que « sa liberté de religion » lui permettait d\u2019imposer une prière théiste à tous ceux présents aux sessions du Conseil municipal.L\u2019égalité de traitement des non- croyants avec les croyants reste à Desjardins et la protection Equifax M.Guy Cormier, Pour le restant de ma vie utile, lire ici jusqu\u2019à ce que mon décès soit confirmé par un formulaire gouvernemental SP3, je demeure responsable de mon nom, de ma date de naissance et de mon numéro d\u2019assurance sociale.Je m\u2019acquitte de cette responsabilité quotidiennement.Je suis tenu responsable devant la loi des possibles problèmes liés à un laxisme de ma part.Je fais partie des 2,9 millions de membres Desjardins qui ont vu leurs données personnelles volées.Je suis membre chez Desjardins depuis 56 ans.Je n\u2019ai commis aucune imprudence en ce qui concerne la confidentialité de mes données.J\u2019ai agi de façon prudente et responsable.J\u2019ai appliqué les règles de sécurités hautement efficaces, entre autres en me connectant via le VPN de ma compagnie ou en utilisant mon portable sécurisé et crypté.Même chose pour mon cellulaire.Je n\u2019ai fait preuve d\u2019aucun laxisme.J\u2019ai mitigé les risques.Pendant des années.Malheureusement pour 2,9 millions de vos membres, la bête se terrait à l\u2019intérieur de vos murs, M.Cormier.Elle a été embauchée par vos ressources humaines.Elle a bénéficié de privilèges d\u2019accès autorisés par vos services de technologies de l\u2019information.Elle a été surveillée (ou non) par vos systèmes de sécurité.Ces quatre affirmations ont en commun une chose, M.Cormier: vous et le Mouvement Desjardins comme employeur de la bête.Vous comprendrez que je trouve l\u2019offre de Desjardins concernant une protection gratuite avec Equifax pour cinq années insuffisante et même irresponsable.Voire condescendante.[\u2026] Annoncé puisqu\u2019il faut faire quelque chose, poser des actions concrètes.Un geste à courte portée.Jusqu\u2019à ce que les gens oublient dans cinq ans.Je m\u2019attends à ce que Desjardins prenne ses responsabilités et traite ses clients comme il se doit.Que Desjardins mitige les risques à son tour.Pendant des années.Je vous invite à relire votre mission, votre vision et vos valeurs affichées sur votre site d\u2019entreprise.Je demande donc à Desjardins de m\u2019offrir gratuitement une protection aussi longue que le restant de ma vie utile.Daniel Séguin Gatineau, le 8 juillet 2019 LIBRE OPINION LETTRES SANTÉ PUBLIQUE Silences de plomb L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MARIE-ANDRÉE CHOUINARD achever et cela dépend des trois ordres de gouvernement.L\u2019État québécois nous refuse l\u2019égalité de traitement en matière de cérémonies de mariage réalisées par nos célébrants (à la différence de l\u2019Ontario).L\u2019État fédéral continue de nous imposer la « primauté de Dieu » dans le préambule de sa charte des droits et les municipalités et autres commissions scolaires continuent de conserver des crucifix là où ils n\u2019ont rien à faire.Mais surtout le poids fiscal des activités religieuses continue de s\u2019appliquer aux non-croyants.Et ici je ne parle pas d\u2019activités véritablement charitables, mais bien d\u2019activités de promotion des mythes religieux.Toutefois, et c\u2019est là que la loi 21 est immensément importante, la déclaration formelle de la laïcité de l\u2019État québécois permettra enfin de contester les privilèges fiscaux des clergés.N\u2019en doutez pas, ce sera la prochaine étape.Récemment, Le Devoir a d\u2019ailleurs participé à cette prise de conscience par une série magistrale d\u2019articles sur cette question.M.Therrien nous connaît bien mal s\u2019il pense que nous sommes satisfaits de la loi 21.Oui, nous l\u2019appuyons car elle représente clairement une première étape vers une laïcité de fait, mais, comme lui, nous regrettons les crucifix laissés au bon vouloir de décisions locales, ce qui est une abdication de la responsabilité de l\u2019État de fournir en environnement neutre aux citoyens.Si l\u2019État n\u2019a pas à financer les cultes, il n\u2019a pas non plus à prêter sa puissance, son rayonnement, ses moyens, à des mouvements politico-religieux qui, sous le couvert de la « liberté de religion », entendent usurper son influence à leur profit.Il faut une bien grande naïveté et une ignorance crasse de l\u2019Histoire pour croire un instant que les religions soient intéressées à autre chose que leur propre prééminence.Elles sont parfaitement capables de manipuler des individus, à leur insu.La loi 21 met un frein à ces tentatives de perversion de l\u2019État et elle le fait sans même qu\u2019une seule personne perde son emploi.Je m\u2019étonne que M.Carl Therrien, athée ou agnostique (selon le jour), vole si vite à la défense d\u2019idéologies qui ne veulent rien de moins que l'« invisibilisation » des non-croyants.L\u2019AHQ n\u2019a jamais proposé une laïcité à « géométrie variable » et encore moins une « catholaïcité ».D\u2019habitude, on nous reproche plutôt de proposer une laïcité sans adjectif et donc sans concession.M.Therrien devrait lire nos mémoires au gouvernement avant d\u2019entreprendre de crucifier les humanistes séculiers sur la place publique.L\u2019égalité de traitement des non-croyants avec les croyants reste à achever S\u2019adapter aux milieux inondables Bonjour, Madame la Ministre Geneviève Guilbault ! J\u2019ai été impliqué en politique provinciale et au conseil de quartier de Montcalm à Québec et je vous supplie d\u2019une chose: n\u2019interdisez pas la construction en zone inondable.Au contraire, encouragez-la, mais contraignez-la à être adaptée au milieu.Moi, je ne peux admettre qu\u2019un entrepreneur consciencieux fasse une cave dans une zone inondable.Par contre, il y a dans le monde de très beaux projets domiciliaires construits sur pilotis ou selon d\u2019autres technologies avancées, les infrastructures étant adaptées.Il faut obliger toute construction en zone inondable à être appropriée au milieu.Ne fermez pas la porte à de très belles perspectives pour personnes avisées et pour architectes non châtrés, mais de grâce, rappelez qu\u2019à partir de l\u2019an prochain, tout individu établi en zone inondable ne sera plus dédommagé si sa propriété n\u2019est pas adéquate pour la zone (un programme Réno-Vert pourrait être ajusté pour les inondés de cette année).Guy Boivin Québec, le 6 juillet 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Ces « cas isolés » si nombreux A riane Metellus est mère de quatre enfants.Pour les mettre au monde, elle a dû subir quatre césariennes, et trop de mauvaises expériences avec le système de santé.D\u2019une opération qui commence sans qu\u2019on ait vérifié si la péridurale avait fait son effet (ce n\u2019était pas le cas, vous imaginez), à un médecin qui lui déclare qu\u2019il était fréquent que les femmes noires aient le bassin « trop étroit » pour vivre un accouchement naturel (ah bon), en passant par des décisions médicales prises sans qu\u2019on lui en explique les raisons : elle en a vécu beaucoup.Elle en a vécu tellement qu\u2019elle s\u2019est découvert une vocation.Après ses expériences, Ariane a suivi une formation comme consultante périnatale et accompagnante à la naissance.Depuis, elle aide sa clientèle à vivre chaque étape de la grossesse dans la dignité, et tente de la protéger de ce que le système peut avoir de plus déshumanisant, des examens à la salle d\u2019opération.« Selon les normes, le médecin doit se présenter, expliquer l\u2019intervention, puis demander le consentement avant d\u2019intervenir.Dans les faits, les choses ne se déroulent pas toujours ainsi.On connaît les pressions sur le système de santé québécois.L\u2019impératif de productivité et de rendement est prioritaire », m\u2019explique Ariane.En 2017, alors que les demandeurs d\u2019asile haïtiens et nigé- riens se font plus nombreux à la frontière américaine, elle se joint à un groupe qui accompagne bénévolement des femmes migrantes sur le point d\u2019accoucher.Elle est témoin de touchers vaginaux sans communication préalable, de manière presque systématique.Les césariennes sont plus fréquentes qu\u2019en moyenne, sans que les raisons médicales soient claires.Une femme lui confie : « On m\u2019a dit que le travail était lent, que l\u2019accouchement irait plus vite.» On aurait donc simplement cherché à être efficace ?Des économistes ont déjà calculé les effets de la rémunération à l\u2019acte sur le nombre de césariennes réalisées au Canada.Et quand on ne connaît pas le système, on est plus à risque d\u2019en subir une.Ariane a déjà entendu des infirmières jaser dans un corridor : « De toute façon, c\u2019est juste une réfugiée.» Au fil des années de pratique, Ariane a gagné la confiance de bien des professionnels de la santé.Des employées de plusieurs hôpitaux de Montréal lui ont raconté, indépendamment les unes des autres, qu\u2019on pratiquait les péridurales plus rapidement sur les femmes noires et maghrébines, car la sagesse populaire dans leur unité voudrait qu\u2019elles accouchent « trop bruyamment ».Ça semble complètement farfelu ?Le mythe médical du « syndrome méditerranéen » \u2014 l\u2019idée selon laquelle les Latines, les Maghrébines et par extension les Noires expriment beaucoup de douleur pour peu \u2014 est déjà documenté en France.Des enquêtes ont aussi révélé des cas de personnes mortes parce qu\u2019elles n\u2019ont pas été prises au sérieux alors qu\u2019elles demandaient de l\u2019aide.L\u2019an dernier, une poursuite collective a été déposée au nom de femmes autochtones ayant subi des stérilisations forcées dans le système de santé.L\u2019avocate qui porte le dossier a reçu des témoignages venant des Territoires du Nord- Ouest, du Yukon, du Manitoba, de l\u2019Ontario, de l\u2019Alberta, de la Colombie-Britannique et, oui, du Québec.En janvier dernier, le gouvernement Legault a refusé de se joindre aux efforts pancanadiens visant à enrayer le problème.Plusieurs experts croient que les stérilisations forcées contemporaines toucheraient aussi des personnes non autochtones handicapées, aux prises avec des dépendances ou incarcérées.Ariane, elle, a rencontré des femmes noires qui ont subi des ligatures des trompes et des hystérectomies sans qu\u2019on leur communique bien ce qu\u2019on s\u2019apprêtait à faire.Faut-il croire tout ce qu\u2019Ariane me raconte?Une campagne contre les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) bat son plein au Québec, et les témoignages sont de plus en plus nombreux sur le site Stop VOG (stopvog.com) et en commentaire des articles qui traitent du sujet.Les VOG peuvent toucher n\u2019importe qui, peu importe l\u2019origine et la situation sociale.Mais pour un ensemble de raisons, certaines personnes sont plus vulnérables: les personnes peu scolarisées, les hommes trans, les personnes suivies par les services sociaux, celles qui ne maîtrisent pas la langue ou qui connaissent mal les institutions québécoises \u2014 et les femmes qu\u2019Ariane accompagne.Pour les mêmes raisons, les dénonciations sont particulièrement difficiles pour ces victimes.Depuis quelques semaines, le Collège des médecins et la Fédération des médecins spécialistes multiplient les communications visant à minimiser le problème.Tous les médecins seraient largement formés pour bien comprendre le consentement, et les cas de VOG seraient «isolés».Il est bien sûr vrai que tous les médecins ne sont pas comme ça.Mais la théorie du «cas isolé» ne se base toutefois sur aucune donnée.On n\u2019a en effet jamais sondé la population afin de déterminer la fréquence de ce type de situation.On sait toutefois que chaque fois que le sujet est amené, des victimes témoignent et le tabou se lève.On sait aussi qu\u2019en France, aux États-Unis et dans les provinces canadiennes où certains chiffres sont disponibles, le problème s\u2019est avéré criant.Pourquoi donc a-t-on d\u2019abord comme réflexe de remettre en doute l\u2019expérience des femmes comme Ariane?« L\u2019image du médecin Dieu tout-puissant, qui sait tout et dont l\u2019autorité ne peut être remise en question est encore bien présente culturellement dans plusieurs milieux, déplore Ariane.Porter plainte fait peur.Et les professionnels de la santé craignent les conséquences s\u2019ils dénoncent des collègues.» Une enquête publique est demandée par l\u2019équipe de #StopVOG, notamment pour surmonter les obstacles présents dans le système de plainte actuel et libérer la parole.Si les représentants du corps médical québécois sont aussi assurés du caractère exceptionnel de ces cas, pourquoi crain- draient-ils de fouiller la réalité ?À moins que leur certitude n\u2019ait rien de scientifique.ÉMILIE NICOLAS Christine Morency Artiste en arts visuels Résidente du Vieux-Québec Je me suis assise une petite heure devant l\u2019ancien marché du Vieux-Port.Désolation ! Le cœur du Vieux-Québec a été arraché et avec lui une part du tissu social.C\u2019est complètement inconnu pour les gens qui vivent en banlieue, mais le marché du Vieux-Port était une expérience socialement enrichissante, dans un quartier vivant et reflétant encore la vie et les mœurs des résidents.S\u2019y rendre tôt le matin pour voir les producteurs s\u2019installer et pouvoir les saluer, profiter du poisson frais tout juste arrivé, apprécier la réunion d\u2019habitués qui viennent s\u2019asseoir quotidiennement devant le marché en s\u2019entremêlant joyeusement aux touristes.Se reconnaître l\u2019un l\u2019autre.Ce marché-là, c\u2019était nos racines, c\u2019était l\u2019âme du peuple.Je suis attristée aussi de réaliser que nous avons perdu l\u2019endroit de ravitaillement quotidien pour nous, nombreux résidents du Vieux-Québec qui nous déplaçons à pied ou à vélo.Notre quartier souffre cruellement de services de proximité et c\u2019est maintenant une réelle problématique pour nous.L\u2019endroit est désert, il n\u2019y a plus de fleurs qui débordent de partout par terre\u2026 J\u2019ai vu par contre pas mal de touristes tenter d\u2019ouvrir la porte sans succès, puis repartir bredouilles.À deux d\u2019entre eux, des Français, j\u2019ai pu expliquer où est la place d\u2019Armes afin d\u2019utiliser la navette qui les mènerait au nouveau marché.« Non, ce n\u2019est pas vraiment les aliments que nous cherchions, mais l\u2019expérience de l\u2019endroit.Nous en avions entendu parler, et ici il y a les bateaux, la rue là (me pointant la rue Saint-Paul), tout est beau ! C\u2019est dommage.Pourquoi a-t-il été déplacé ?» Bien oui, pourquoi M.Labeaume?Je fréquentais le marché du Vieux- Port avec mon père à l\u2019âge de huit ans.Je le fréquentais encore récemment, jusqu\u2019à sa fermeture, à cinquante- deux ans.Et je ne suis pas la seule.C\u2019était le cas de plusieurs résidents de Québec et du quartier qui ont vu grandir le marché.C\u2019est le temps qui fait l\u2019âme des choses.Ce sont les gens qui façonnent un endroit avec leur fréquentation et leur histoire.Je voyage beaucoup et j\u2019aime faire les marchés.Ce qui fait l\u2019ambiance, le petit quelque chose qui nous incite à nous asseoir, rester un peu, à nous imprégner d\u2019un endroit et repartir en ayant l\u2019impression de connaître les habitants, c\u2019est ce que nous retrouvions au marché du Vieux-Port.Je comprends les touristes qui doutent de retrouver cette âme, ce sentiment d\u2019un marché typique, en se rendant au Grand Marché qui n\u2019est somme toute qu\u2019un hall d\u2019alimentation comme il y en a partout.Ce que je ne comprendrai jamais, c\u2019est pourquoi a-t-il fallu déshabiller Paul pour habiller Jacques ?Pourquoi ne pas avoir laissé le choix aux producteurs et aux commerçants ?Était-ce parce que, au fond, on doutait du succès d\u2019un marché installé dans un endroit dévitalisé, asphalté, bordé d\u2019autoroutes polluantes et que la seule façon d\u2019avoir des producteurs était de ne pas leur laisser le choix ?Fallait-il vraiment sacrifier le Vieux-Québec en lui enlevant ce service de proximité très important et en le dévitalisant encore un peu plus ?J\u2019entends que la Ville cherche le moyen d\u2019attirer des familles dans le Vieux ! Faudrait déjà commencer par cesser d\u2019enlever les riches acquis gagnés au fil des années.C\u2019est très dommage que, pour un trip de grandeur, il ait fallu frapper sur ce qui était déjà fragilisé\u2026 Le cœur du Vieux- Québec a été arraché Christian Houle Avocat, Montréal L\u2019adoption de la Loi sur la laïcité de l\u2019État (16 juin 2019), visant les personnes en position d\u2019autorité, a provoqué la réaction indignée, voire outrée, de l\u2019ensemble de la classe politique et des médias du Canada anglais.Encore une fois, l\u2019adoption d\u2019une loi qui manifeste le caractère distinct du Québec, a été perçue comme un acte de sédition.Après le do- cudrame The story of us (film de propagande, de fiction historique, fédéraliste et francophobe), on nous présente maintenant Au cœur des ténèbres de la Belle Province.Au lendemain même de l\u2019adoption de la loi, les acteurs politiques du Canada anglais étaient prêts à faire leur entrée sur scène : déclarations outrées, formules convenues, ton condescendant, le tout saupoudré de quelques calomnies («loi haineuse», «raciste»), le grand jeu, quoi! Contrairement au consensus des anglophones contre la loi 101, la question de l\u2019interdiction de signes religieux chez les agents de l\u2019État, ne fait pas consensus au Canada anglais.D\u2019où l\u2019importance de la mise en scène politique, où, avec une mauvaise foi consommée, les acteurs politiques du « ROC », ont réduit, de façon absurde, la Loi sur la laïcité à de la discrimination contre les minorités.On dresse le tableau d\u2019un Québec plongé dans les « ténèbres du nationalisme » ; encore une fois ! L\u2019hégémonie de la culture américaine, et donc indirectement des nations anglophones, leur fait jauger les valeurs des autres nations occidentales, selon le prisme de leur propre code culturel, implicitement accepté comme l\u2019aboutissement ultime du monde occidental.Dans ce contexte, que le peuple québécois ose prétendre définir lui-même son modèle d\u2019intégration sociale constitue une pure provocation aux yeux des « élites » du Canada anglais.La conception française de la laïcité de l\u2019état ne correspond pas à celle du « secular state », telle que la conçoivent les pays anglo-saxons.La laïcité de l\u2019état en France est née avec la Révolution de 1789.Elle en conserve dans son application, une forme radicale, qui impose une séparation complète de l\u2019État et de la religion.La neutralité de l\u2019État lui impose de ne reconnaître aucune religion, afin de respecter de manière égale toutes les croyances, incluant l\u2019absence de croyances religieuses.Histoire tumultueuse La conception anglo-saxonne d\u2019un État séculier (secular state), trouve sa source dans l\u2019histoire tumultueuse de la réforme protestante des pays anglo- saxons.La conception d\u2019un État séculier est le fruit d\u2019un compromis pragmatique, typiquement anglo-saxon, qui établit que l\u2019institution étatique est un arbitre neutre, qui reconnaît toutes les religions, sans en privilégier aucune (bien que, historiquement, cela excluait le culte catholique).Cette conception d\u2019une forme d\u2019État neutre est très étroite, car elle ne s\u2019applique qu\u2019aux institutions et non aux représentants de l\u2019État et de ses agents.De fait, la liberté de religion des individus au Canada, comme aux États-Unis, prime sur la souveraineté du peuple.Dans le contexte canadien où le multi- culturalisme est imposé comme un dogme, la vision traditionnelle de la liberté de religion réduit le rôle de l\u2019État à celui d\u2019un arbitre neutre, mais largement impotent face aux revendications à caractère religieux.Ce rappel historique est important afin de ne pas tomber dans le piège de la culpabilisation, même si les tribunaux devaient finalement mettre la hache dans la loi 21 sur la laïcité.Or, il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être constitu- tionnaliste pour savoir que la Charte canadienne des droits et libertés constitue un terrain particulièrement hostile à la conception de la laïcité, telle que défendue par la Loi sur la laïcité de l\u2019État.S\u2019il est possible que la clause dérogatoire prévue à l\u2019article 32 de la Charte passe le test des tribunaux, il faut dire cependant que rien n\u2019est moins sûr.Même en insérant une clause dérogatoire dans la loi sur la laïcité, celle-ci demeure vulnérable face aux recours devant les tribunaux pour en contester la validité.Comme la question de la laïcité est devenue un enjeu de société fondamental pour la majorité des citoyens québécois, le problème de la légitimité de la loi sur la laïcité demeurera.La question de la légitimité relève de l\u2019interprétation des tribunaux, mais sa source trouve son origine dans la volonté du peuple souverain, et donc est de la compétence de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Comme le rapatriement de la constitution en 1982 s\u2019est fait sans même l\u2019accord des représentants du peuple québécois, les décisions des tribunaux relativement à la loi 21, sur la question de la laïcité de l\u2019État québécois, déborderont la sphère juridique.La question de la laïcité sera un enjeu politique, ou ne sera pas.Pour la première fois depuis le référendum de 1995, le peuple québécois a posé un geste important d\u2019affirmation nationale en choisissant de définir lui- même la nature de l\u2019État du Québec.Le gouvernement de la CAQ, dirigé par François Legault, a fait acte de courage et de vision.Par-delà les clivages politiques de gauche et de droite, les citoyennes et citoyens du Québec, qui s\u2019identifient d\u2019abord comme membres de la nation québécoise, doivent soutenir leur gouvernement.Car ce n\u2019est que le début d\u2019une âpre lutte pour l\u2019établissement d\u2019un État laïque en Amérique du Nord.Les tenants du multiculturalisme canadien veulent réduire au rang de minorité ethnique la nation québécoise.La loi sur la laïcité, de par sa nature même, constitue un rempart contre le multicul- turalisme, et comme telle, sera l\u2019objet de toutes les attaques juridiques, idéologiques et politiques.En fin de compte, la laïcité de l\u2019État du Québec ne sera effective et durable que si, par-delà les aléas des contestations judiciaires, une réponse politique est trouvée.Sinon, la laïcité n\u2019aura été qu\u2019un mirage, précédant la dissolution de la nation québécoise dans le Canada «postnational».LÉGISLATION De la laïcité au Canada VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR C\u2019est le temps qui fait l\u2019âme des choses.Ce sont les gens qui façonnent un endroit avec leur fréquentation et leur histoire. LEDEVOIR // LE JEUDI 11 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.SYLVIE ST-JACQUES LE DEVOIR A line Cloutier nous reçoit dans son appartement du quatrième étage d\u2019une tour d\u2019habitations du centre- ville, où elle jouit d\u2019une vue spectaculaire sur les toits de Montréal.Dans cet ancien hôtel converti en résidence pour aînés, personne n\u2019est au courant que cette active grand-mère urbaine, qui ne fait pas ses 90 ans, serait \u2014 du moins selon l\u2019historien de la bande dessinée Pierre Skilling \u2014 la toute première femme caricaturiste au Québec.Robert Bourassa, aux traits pointus et foncés, Pierre Laporte, Jean Chrétien, Claire Kirkland-Casgrain, Brigitte Bardot, Charles de Gaulle, René Lévesque, Maurice Duplessis\u2026 Tous ont été la cible du coup de crayon satirique de celle qui signait ses dessins Cloutié.Hélas, cette diplômée des beaux-arts, mordue de politique et de culture \u2014 elle continue d\u2019aller au cinéma plusieurs fois par semaine \u2014, aura dessiné les personnages et les temps forts d\u2019une époque dans un quasi-anonymat.« J\u2019ai beaucoup frappé aux portes, j\u2019ai envoyé des caricatures à des magazines, mais ça ne leur convenait jamais vraiment.En réalité, mon travail aurait été plus approprié pour des journaux.Sauf qu\u2019à l\u2019époque, on les comptait sur les doigts d\u2019une main ! » Parmi les œuvres qui remplissent ses cartables, il y a l\u2019unique caricature que CULTURE Dans les carnets d\u2019Aline Cloutier Cette dessinatrice a illustré l\u2019actualité québécoise et internationale pendant des décennies dans un quasi-anonymat lui a achetée Le Soleil, où les têtes du premier ministre britannique Harold Macmillan, du leader soviétique Nikita Khrouchtchev, du président américain Dwight Eisenhower et du président français Charles de Gaule prennent la forme d\u2019œufs réunis dans un panier pascal.Il s\u2019agissait d\u2019une référence à un sommet avorté entre les quatre leaders, qui devait se tenir à Paris cette année-là.« Je travaillais alors comme artiste commerciale au journal.Parfois, les journalistes me demandaient des dessins de mode.Mais c\u2019est la seule caricature que j\u2019ai réussi à publier.» Une caricaturiste est née C\u2019est aux beaux-arts que s\u2019est révélé le talent d\u2019Aline Cloutier pour la caricature.« Au bout de la troisième année, j\u2019avais un dessin ordinaire, je ne me trouvais pas très bonne.Une semaine, notre professeur nous a demandé de caricaturer un ou une camarade de classe.Ça m\u2019est venu très naturellement.Le prof a été épaté, il trouvait que je dessinais des caricatures un peu comme celles qui se faisaient en Europe », raconte celle qui dit s\u2019être inspirée des magazines européens auxquels son père était abonné.Malgré les refus, en dépit des revers, Aline Cloutier a continué de dessiner.Du moins jusqu\u2019au référendum de 1995.« J\u2019étais mère célibataire.Il fallait que je gagne ma vie », dit celle qui revient sur ses vaines tentatives de percer dans certains journaux avec ses dessins sur la Crise d\u2019octobre ou encore sur l\u2019affaire Lucien Rivard.Le fait d\u2019être une femme aurait-il nui à ses chances de percer ?Probablement.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019univers de la caricature demeure un monde bien masculin.« J\u2019étais sans doute un peu naïve.Vers le milieu des années 1960, j\u2019ai téléphoné à l\u2019éditeur d\u2019un grand journal montréalais pour lui proposer mes services.C\u2019était un dimanche après-midi.Il m\u2019a raccroché au nez ! » En parcourant ses cahiers, on constate qu\u2019Aline ne manquait pourtant ni d\u2019inspiration ni de sens critique, de talent ou d\u2019humour.Pour illustrer la tension qui entourait la visite royale d\u2019Élizabeth II dans la ville de Québec en 1964 dans un contexte de montée du RIN (le fameux « samedi de la matraque »), elle dessine la souveraine camouflée dans une armure, suivie d\u2019un duc d\u2019Édim- bourg penaud.Cette vive dame qui continue de lire les journaux (elle demande qu\u2019on la rassure sur la pérennité du papier au Devoir\u2026) continue aussi d\u2019être politisée et tient un cahier où elle collectionne ses caricatures préférées des Garnotte, Chapleau, Côté\u2026 Elle s\u2019amuse de voir Catherine Dorion dessinée par André Côté, se régale d\u2019une caricature du jour de l\u2019Halloween dessinée par Garnotte, où le fantôme de Tony Accurso plane sur des Gérald Tremblay et Louise Ha- rel costumés devant l\u2019hôtel de ville.Toujours très à l\u2019affût de l\u2019actualité, elle se désole de la disparition de la caricature, est attristée par des choix éditoriaux comme celui de l\u2019édition internationale du New York Times de ne plus faire appel à des caricaturistes.« Une caricature, faut pas que ce soit beau, faut que ce soit bon ! » déclare celle qui, en 2010, a fait don de ses caricatures aux archives de la bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale.En feuilletant les cahiers d\u2019Aline Cloutier, qui nous résume les différents évé- nements qu\u2019elle a voulu saisir et illustrer, on imagine mal meilleure leçon d\u2019histoire.Ses deux petites-filles ont la chance inouïe d\u2019avoir accès à cette fine observatrice de notre siècle.Même à 90 ans, elle n\u2019a pas rangé ses ambitions: elle rêve désormais d\u2019un livre où seraient répertoriés ses dessins.« J\u2019aimerais un beau livre, avec un fond noir.Et ces dessins demandent des explications.» Aline Cloutier serait la toute première femme caricaturiste au Québec, selon l\u2019historien de la bande dessinée Pierre Skilling.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.