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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-07-17, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CX NO 158 / LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Actualités .A2 Éditorial.A6 Idées.A7 Culture .B1 Grille TV.B2 Économie.B4 Sports.B6 Météo .B6 Mots croisés.B6 Sudoku .B6 Avis légaux .B7 Monde .B7 ÉCONOMIE Un contrat de 500 millions au chantier maritime Davie | B 5 MONDE En France, le ministre François de Rugy démissionne | B 8 CULTURE Johnny Clegg, le « Zoulou blanc », est mort B 3 13 REASONS WHY Netflix supprime la scène de suicide La course à la Lune s\u2019est jouée entre les Américains et les Soviétiques, course que les États-Unis ont finalement remportée.Mais les Québécois ont joué un rôle dans cette victoire ; un rôle modeste, certes, mais tout de même essentiel.VOIR PAGE A 8 NASA / AP Apollo 11, en route vers la Lune GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR Qui devrait surveiller le crédit ?Desjardins a lancé le débat, que d\u2019aucuns jugent nécessaire de mener ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR La décision de Netflix de retirer une scène explicite de suicide dans la première saison de sa série 13 Reasons Why, lancée en 2017, arrive un peu tard, estiment des experts, saluant toutefois la prise de conscience du géant de la diffusion en ligne.«Mieux vaut tard que jamais.Au moins, il n\u2019y aura pas d\u2019autres jeunes exposés à cette scène.Ça montre aussi qu\u2019il y a eu un travail de sensibilisation au cours des dernières années et une reconnaissance de l\u2019impact négatif que la série a eu sur le jeune public», estime Johanne Renaud, chef médicale de la Clinique des troubles dépressifs à l\u2019Institut universitaire en santé mentale Douglas.MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR AVORTEMENT Dans les coulisses de la cause Tremblay c.Daigle VOIR PAGE A 4 : CRÉDIT LA CHRONIQUE DE FRANCINE PELLETIER ET AUTRE TEXTE VOIR PAGES A 2 ET A 3 VOIR PAGE A 2 : AVORTEMENT Chantal Daigle VOIR PAGE A 4 : NETFLIX La gestion du crédit devrait-elle devenir un bien public, qu\u2019un organisme gouvernemental fasse le travail ?MICHEL NADEAU » Des firmes privées comme Equifax et TransUnion devraient-elles être le seul recours d\u2019institutions comme Desjardins en matière de surveillance du crédit ?Plusieurs voix s\u2019élèvent pour dire qu\u2019une réflexion s\u2019impose \u2014 et plus tôt que tard.«Il y a certainement lieu d\u2019avoir un débat sur la question», disait mardi l\u2019avocat Alexandre Plourde, analyste pour l\u2019organisme Option consommateurs.«Il y a de grands problèmes avec le système actuel en matière d\u2019agences de crédit.» La veille, c\u2019est le président et chef de la direction de Desjardins, Guy Cormier, qui proposait la même démarche.« La décision qu\u2019on a prise [en réaction au vol des données de 2,7 millions de membres de Desjardins], c\u2019est de se tourner vers l\u2019entreprise qui offre ce service [de surveillance] et qui a 70 % de parts de marché, a-t-il rappelé.On a constaté dans les jours suivants qu\u2019il y avait des enjeux, et on a pris des mesures pour les pallier.Cela dit, est-ce que ça doit être deux-trois entreprises au Canada qui pilotent tout ça ?La question se pose.» Il y a 30 ans, un homme violent, Jean- Guy Tremblay, tentait d\u2019empêcher son ex-conjointe, Chantal Daigle, d\u2019avorter.Après qu\u2019une injonction interdisant à la femme de 21 ans de mettre fin à sa grossesse fut confirmée le 17 juillet 1989 par la Cour supérieure du Québec puis maintenue par la Cour d\u2019appel du Québec, la cause grimpa en un temps record à la Cour suprême du Canada.Récit des dessous d\u2019une saga judiciaire qui a marqué le droit à l\u2019avortement au Canada.Tout a basculé vers midi.Le 8 août 1989, l\u2019avocat Robert Décary ne se doutait pas qu\u2019il allait être propulsé dans une cause tout aussi rocambolesque que cruciale dans l\u2019histoire des droits des femmes.En pleine audience de la Cour suprême, pendant la pause du dîner, les avocats de Chantal Daigle apprennent la nouvelle, véritable coup de théâtre dans une épopée judiciaire qui tient la province en haleine : leur ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 AVORTEMENT : IL Y A 30 ANS, JEAN-GUY TREMBLAY c.CHANTAL DAIGLE Manifestation au lendemain de la décision de la Cour supérieure CHANTAL KEYSER LE DEVOIR SYLVIE ST-JACQUES LE DEVOIR Chantal Daigle et Jean-Guy Tremblay ont occupé une vaste part de temps d\u2019antenne et d\u2019espace dans les journaux à l\u2019été 1989, partageant l\u2019attention des Québécois déjà très captivés par les manchettes sur l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech, le scandale des BPC de Saint-Basile et les succès des Expos.Cet été-là, Armande Saint-Jean était à la radio tous les matins, en remplacement de Joël Le Bigot.« L\u2019été est toujours un temps mort pour l\u2019actualité.Mais plus l\u2019été avançait, plus les médias faisaient leurs choux gras de cette affaire.Sans parler du fait que les protagonistes (le couple Daigle-Trem- blay et la pléthore d\u2019avocats) se prêtaient eux aussi au jeu, se montraient accessibles pour les interviews », relate cette ancienne journaliste et profes- seure à la retraite.« L\u2019histoire du couple qui retient l\u2019attention des Québécois pendant l\u2019été 1989 est à l\u2019image des événements qui suivront : rapide et intense.La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal accordent au total 52 premières pages aux événements rattachés à l\u2019affaire Daigle contre Tremblay entre le 7 juillet et le 17 août », écrit l\u2019historienne Marilyne Caouette dans son mémoire de maîtrise intitulé L\u2019affaire Daigle contre Tremblay : l\u2019avortement comme débat de société à la fin des années 1980.Les médias rapportent les faits de la cause et ses à-côtés : qu\u2019une amie d\u2019enfance lance un appel à Chantal Daigle, la suppliant de garder son bébé ; qu\u2019une émeute éclate dans un restaurant du centre-ville pendant que Jean-Guy Tremblay soupe en compagnie de Michel Girouard ; que Chantal Daigle raconte son histoire à un journal britannique ; que 10 000 personnes marchent dans les rues du centre-ville pour manifester leur appui à la jeune femme ; ou encore, qu\u2019une militante pro-vie offre 25 000 $ à Chantal Daigle si elle renonce à se faire avorter.Pendant ce temps, le sable s\u2019écoule dans le sablier et la grossesse de Chantal Dai- gle progresse\u2026 «Le temps a été un instrument pour les journaux, qui justifiait la trame narrative au rythme effréné avec laquelle était racontée l\u2019affaire.Dans les arti- Le feuilleton judiciaire de l\u2019été 1989 Coup de théâtre devant la Cour suprême AVORTEMENT SUITE DE LA PAGE A 1 cliente, aidée par un groupe de militantes, a traversé la frontière américaine déguisée en punk pour se faire avorter à Boston.À quelques minutes d\u2019avis, Robert Décary devra convaincre les neuf juges de la Cour suprême, rentrés d\u2019urgence de leurs vacances, de continuer d\u2019entendre la cause, même si le fœtus au cœur de l\u2019histoire n\u2019existe plus.Un moment charnière dans la marche pour les droits des femmes, qui permit d\u2019asseoir le droit à l\u2019avortement au pays.« Le stress était épouvantable.Ça s\u2019est passé tellement vite », se souvient Robert Décary.« C\u2019était un cas très spécial », se remémore aussi l\u2019ex-juge à la Cour suprême Claire L\u2019Heureux- Dubé.« On nous avait rappelés de vacances, puisqu\u2019il y avait une urgence pour cette jeune dame qui voulait se faire avorter.» En voyage en Europe, aux États-Unis ou encore sur un voilier, les juges rentrent en trombe à Ottawa au début du mois d\u2019août.Robert Décary, appelé à être le correspondant à la Cour suprême de Me Daniel Bédard, qui représente Chantal Daigle, met lui aussi le cap, à la hâte, sur la capitale nationale.Son rôle devait se limiter à offrir une assistance en matière de procédure à Me Bédard, chargé du dossier.« J\u2019étais à mon chalet, sans électricité.Je suivais l\u2019affaire à la radio.» La frénésie est alors palpable, partout.À la télévision, dans les journaux, sur la place publique, dans les conversations.Des manifestations sont organisées.La cause ne laisse personne in- différent.Pour Chantal Daigle et le droit des femmes à disposer de leur corps ou pour Jean-Guy Tremblay, le droit des pères et celui des fœtus.Déjà deux tribunaux ont tranché en faveur de Jean-Guy Tremblay.Alors que Robert Décary se rend à l\u2019audience de la Cour suprême, un manifestant pro-vie lance un ourson en peluche à travers la fenêtre de sa voiture.Un symbole fort, chargé, mais qui n\u2019ébranle nullement l\u2019avocat.« J\u2019ai toujours été convaincu du point de vue que je défendais.Sur le plan moral, j\u2019étais très à l\u2019aise avec ma décision.» Un symbole qu\u2019il conservera néanmoins pendant toutes ces années.« J\u2019ai toujours gardé l\u2019ourson en souvenir », raconte-t-il, 30 ans plus tard.Il faut informer la Cour du coup de théâtre qui vient de se dérouler.Me Bé- dard s\u2019exécute.Les juges demandent alors aux procureurs de confirmer, sous serment, qu\u2019ils n\u2019étaient pas au courant des intentions de leur cliente.Ce qu\u2019ils font.Devant ce revirement de situation, la cause menace de s\u2019écrouler.La Cour enjoint aux avocats de la convaincre de l\u2019opportunité de poursuivre l\u2019audition.« C\u2019était ma spécialité », avance Robert Décary, qui avait déjà plaidé dans d\u2019autres causes la pertinence pour la Cour d\u2019entendre des dossiers qui n\u2019avaient plus d\u2019intérêt pratique.L\u2019adrénaline Encore une fois, la composante temps entre en ligne de compte.Robert Dé- cary a une demi-heure pour se préparer.« C\u2019était l\u2019adrénaline.» Il livre son argumentaire.« J\u2019étais debout devant les neuf juges qui ne bronchaient pas.Ils n\u2019avaient aucune réaction.C\u2019était épouvantable.» L\u2019avocat craint le pire.« Je me disais : ils vont être tellement fâchés.Ils étaient revenus d\u2019urgence et là on avait un avortement en pleines plaidoiries.» Robert Décary invoque deux raisons de poursuivre.La première : il fallait s\u2019assurer qu\u2019aucune autre femme n\u2019ait à revivre une telle épreuve.« Je leur ai dit que c\u2019était très cruel d\u2019imposer ce rythme à une femme en état de grossesse contre laquelle le temps joue.» Et qu\u2019il était presque impossible qu\u2019un autre cas similaire soit présenté en Cour suprême avant le 5e mois de grossesse.La deuxième : en violant l\u2019in- Point de bascule Le temps et l\u2019urgence teintent l\u2019ensemble de l\u2019affaire.Me Bédard prononce sa plaidoirie le 8 août, demandant aux juges d\u2019annuler l\u2019injonction qui menace Chantal Daigle d\u2019une peine de deux ans de prison et d\u2019une amende de 50 000 $ si elle met fin à sa grossesse.« Ça allait très bien.J\u2019avais confiance qu\u2019on allait gagner », se rappelle Robert Décary.À l\u2019heure du lunch, les procureurs de Chantal Daigle se réunissent dans la salle des avocats.Ils mangent des sandwichs, font le point.« Et c\u2019est là que l\u2019avocat du procureur général entre pour nous dire que, selon la Sûreté du Québec, Mme Daigle s\u2019est fait avorter.» Immédiatement, les avocats tentent d\u2019obtenir une confirmation.Me Bédard se souvient d\u2019avoir laissé le numéro de téléphone de sa cliente sur sa table de chevet, à l\u2019hôtel.« On a appelé l\u2019hôtel et on a demandé qu\u2019on envoie quelqu\u2019un chercher le numéro de téléphone.» La nouvelle est confirmée : il n\u2019y a plus de fœtus.La pause dîner prend fin.« Nous retournons en cour, la salle est pleine.Les gens ne savent pas ce qui se passe, rapporte Robert Décary.On m\u2019a dit que j\u2019étais livide.» Jean-Guy Tremblay cles, on rappelait constamment le nombre de semaines de grossesse et le fait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une affaire urgente », observe l\u2019historienne Mari- lyne Caouette en entrevue avec Le Devoir.Pour Armande Saint-Jean, l\u2019affaire Chantal Daigle faisait ressurgir les démons contre lesquels les mouvements féministes s\u2019étaient longuement battus.« On a pris conscience qu\u2019il y avait un danger réel de recul », indique cette féministe et spécialiste des médias, qui soulève d\u2019ailleurs le fait que des questions difficiles, comme le droit à mourir dans la dignité ou la peine de mort, ont été débattues et réglées plus harmonieusement que celle du droit à l\u2019avortement.« Je suis de la génération qui a connu l\u2019époque de l\u2019avortement avec des broches à tricoter.Je me souviens qu\u2019à l\u2019époque, j\u2019avais été réconfortée en constatant qu\u2019il y avait des progrès dans les mentalités.Beaucoup de gens respectaient la volonté de cette femme, son autonomie.» De la Cour suprême au Bye Bye Si la croisade d\u2019une jeune femme de Chibougamau de 21 ans pour ne pas mener à terme sa grossesse issue d\u2019une relation avec un homme violent a galvanisé l\u2019attention du Québec en 1989, c\u2019est parce que cette histoire a profondément interpellé les valeurs des Québécois, écrit Marilyne Caouette.Les yeux du Québec étaient rivés sur le petit écran, les gens étant avides de connaître les plus récents coups de théâtre dans cette affaire d\u2019une femme de 21 ans qui essayait d\u2019obtenir un avortement.« Les journaux ont élaboré l\u2019histoire en présentant chacun des protagonistes (Chantal, la mère de celle-ci, Jean-Guy, la meilleure amie pro-vie, les avocats\u2026), avec une montée dramatique qui devenait plus intense de jour en jour, jusqu\u2019à ce que le cas arrive en Cour suprême.Par la suite, quand Chantal Daigle est allée aux États-Unis pour obtenir son avortement et que le jugement a été rendu, le suspense est redescendu complètement.» Les déchirements de Chantal Daigle et de Jean-Guy Tremblay ont aussi été repris par les satiristes et les humoristes, caricaturés dans les pages du magazine Croc et parodiés par Dominique Michel et Yves Jacques dans le Bye Bye 1989, où Daigle et Tremblay sont représentés en vedettes d\u2019un opéra rock.Le sketch joué par ces deux artistes amplifiait la soif d\u2019attention du couple Daigle-Tremblay.«Je crois que plusieurs femmes se sont identifiées à Chantal Daigle et plusieurs hommes, à Jean-Guy Tremblay.Ce dernier a certainement rejoint diverses factions des milieux masculinistes», indique Marilyne Caouette, qui mentionne aussi que «l\u2019affaire a polarisé les groupes pro-vie et pro-choix».Aux yeux de cette historienne qui a épluché la somme des articles de journaux ayant traité de l\u2019affaire à l\u2019été 1989, les principaux quotidiens mont- réalais ont malgré tout fait preuve de neutralité.« Les journaux ont rapporté les faits de manière factuelle », dit la chercheuse, qui a noté que seul Le Journal de Montréal semblait pencher en faveur de l\u2019une des parties.« Dans les jours qui ont suivi le jugement de la Cour suprême, Le Journal de Montréal a employé un ton empathique envers Jean-Guy Tremblay qu\u2019on ne trouve dans aucun autre journal.» Armande Saint-Jean revient sur les images médiatiques de Jean-Guy Tremblay entouré d\u2019une garde d\u2019avo- Les journaux ont élaboré l\u2019histoire en présentant chacun des protagonistes, avec une montée dramatique qui devenait plus intense de jour en jour, jusqu\u2019à ce que le cas arrive en Cour suprême.MARILYNE CAOUETTE » Deux tribunaux avaient déjà tranché en faveur du géniteur, Jean-Guy Tremblay, mais la Cour suprême a récusé ces décisions et établi que les droits du fœtus et du père en puissance n\u2019existent pas ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 I l y a 30 ans jour pour jour, un jeune homme du nom de Jean-Guy Tremblay obtenait une injonction permanente empêchant la femme qui venait de le quitter, Chantal Daigle, d\u2019avorter.« Les droits des femmes ont des limites », avait plaidé son avocat devant la Cour supérieure du Québec.Cette décision \u2014 bientôt entérinée par la Cour d\u2019appel \u2014 eut l\u2019effet d\u2019une bombe.À peine un peu plus d\u2019un an après la décriminalisation de l\u2019avortement par la Cour suprême du Canada, alors qu\u2019on croyait la page définitivement tournée, une cour du Québec reconnaissait « qu\u2019un géniteur peut interdire l\u2019avortement à une femme à titre de protecteur de l\u2019enfant à naître ».Bonjour les ténèbres.Alors qu\u2019en Europe, le mur de Berlin s\u2019apprêtait à tomber, ici, au Québec, on avait l\u2019impression de basculer vers les années 50.Jamais dans la longue bataille pour l\u2019avortement, débutée en 1970, un « géniteur » avait-il osé s\u2019immiscer publiquement dans la décision d\u2019une femme d\u2019avorter.Un homme connu, dans ce cas-ci, pour son agressivité et ses manières fortes et qui aurait été laissé parce que, selon son ex, « il était allé trop loin ».« J\u2019ai gagné ma cause.J\u2019attends l\u2019enfant à c\u2019t\u2019heure », dira l\u2019ineffable Jean-Guy, à la suite de la décision de la Cour d\u2019appel.L\u2019histoire de Chantal et de Jean-Guy connaîtrait bien des soubresauts avant son dénouement final devant la Cour suprême, le 8 août 1989.Elle causerait une des plus importantes manifestations dans l\u2019histoire du Québec, et la plus importante dans l\u2019histoire de l\u2019avortement.Et pour cause.L\u2019Affaire Chantal Daigle, comme on la désigne aujourd\u2019hui, n\u2019est pas seulement le point d\u2019orgue dans la lutte pour l\u2019avortement, elle annonce le début d\u2019une toute nouvelle histoire : la montée du masculinisme et d\u2019un certain antiféminisme.Si des milliers de gens ont spontanément pris la rue, le 27 juillet 1989, dont beaucoup qui n\u2019avaient encore jamais manifesté en faveur de l\u2019avortement « libre et gratuit », c\u2019est à cause de ce Jean-Guy, un homme prêt à utiliser les tribunaux pour forcer une femme (avec qui il avait vécu seulement cinq mois) à avoir « son » enfant.« Nous aurons les enfants que nous voulons », le slogan bien connu de la lutte pour l\u2019avortement, prenait soudainement tout son sens.Que les lois, les autorités religieuses ou encore des médecins, pour des raisons de conscience, soient contre l\u2019avortement, on peut à la rigueur comprendre.L\u2019avortement a toujours été un combat difficile parce qu\u2019elle implique un aspect moral qu\u2019on ne saurait ignorer.Seulement, Jean-Guy Tremblay, lui, n\u2019avait aucune morale.Il sera d\u2019ailleurs condamné à 15 reprises, au cours des décennies suivantes, pour violence conjugale ainsi que pour « harcèlement criminel » d\u2019une gérante de concessionnaire automobile.On se demande encore comment la Cour supérieure et la Cour d\u2019appel du Québec ont pu endosser (en 1989 !) le raisonnement de ce petit coq qui n\u2019avait aucunement l\u2019intention, soit dit en passant, de garder sa progéniture.Un homme « n\u2019a pas de lait », disait-il.En endossant la cause de Jean-Guy Tremblay, les tribunaux ouvraient la porte à ce que les hommes aient dorénavant un droit de veto sur la question féministe par excellence.Il n\u2019y avait pas que le droit à l\u2019avortement de menacé, toute la question de l\u2019égalité hommes-femmes se trouvait soulevée aussi.Depuis 25 ans maintenant que l\u2019émancipation des femmes menait bon train, transformant les lois et la place publique à son image, voici qu\u2019un vent contraire s\u2019élevait, relayé par nos plus hautes instances judiciaires.Heureusement, la Cour suprême viendra sauver le droit des femmes de disposer de leur corps ainsi que Chantal Dai- gle, qui s\u2019était fait avorter entre-temps, de la prison.À l\u2019unanimité, la Cour jugera que « le fœtus n\u2019a pas de personnalité juridique ni dans la Charte canadienne ni dans la Charte québécoise ni dans le Code civil » et, surtout, qu\u2019un père n\u2019a pas le droit d\u2019empêcher l\u2019avortement.« Il n\u2019y pas d\u2019argument juridique supportant l\u2019idée qu\u2019un père ait les mêmes droits qu\u2019une mère sur le fœtus », dit le jugement.L\u2019histoire de Chantal Daigle finit donc très bien.Le droit à l\u2019avortement ressort doublement renforcé à la suite de ce second jugement de la Cour suprême.Mais l\u2019histoire de Jean- Guy Tremblay, elle ?Le célèbre matamore repartira, cette fois-ci, la queue entre les jambes mais pas sans avoir ébranlé les colonnes du temple.À l\u2019été 1989, on nage toujours dans l\u2019insouciance, on ne se doute aucunement de ce qui se prépare, la tuerie à l\u2019École Polytechnique à peine quatre mois plus tard.L\u2019événement tragique marquera le début d\u2019un backlash antiféministe clair et net.Or, on peut se demander si Jean-Guy Tremblay n\u2019a pas joué le canari dans la mine, un signe d\u2019apparence banal mais quand bien même avant-coureur de ce qui allait bientôt nous tomber sur la tête.L\u2019année 1989 aura été celle de tous les dangers pour le mouvement des femmes.Chantal et Jean-Guy FRANCINE PELLETIER jonction qui lui interdisait d\u2019avorter, Chantal Daigle s\u2019exposait à une peine de prison et à une amende.« Le dossier n\u2019était donc pas clos.» Facile à régler La Cour se retire pour délibérer.Le temps pour les avocats de sortir dehors.« Me Bédard n\u2019a même pas le temps de finir sa cigarette que le greffier vient nous chercher pour nous dire que la Cour est revenue », se souvient Robert Décary.La décision tombe : la cause peut continuer.Claire L\u2019Heureux-Dubé se souvient elle aussi d\u2019une décision prise très rapidement, une décision qui « s\u2019imposait ».« Je ne me souviens pas qu\u2019on ait eu des discussions amères.On a constaté que c\u2019était vraiment un cas d\u2019intérêt national et qu\u2019on devait continuer à entendre la cause.Après Morgentaler, c\u2019était presque nécessaire.Il fallait déterminer si le fœtus avait des droits.» L\u2019année précédente, l\u2019arrêt Morgen- taler avait décriminalisé l\u2019avortement au pays, mais était resté muet sur la personnalité juridique du fœtus et sur les droits du père en puissance.« On savait qu\u2019on aurait probablement un cas similaire plus tard.Ce n\u2019était pas nécessaire d\u2019attendre puisqu\u2019on avait tous les éléments devant nous.On avait une occasion rêvée de régler cette question.» En après-midi, les plaidoiries se poursuivent donc.Les parties finissent de présenter leurs arguments, et la Cour se retire à nouveau, délibère, puis revient moins d\u2019une heure plus tard.La décision est rendue séance tenante, à l\u2019unanimité : l\u2019appel est reçu et l\u2019injonction visant Chantal Daigle est levée.Les droits du fœtus et du père en puissance n\u2019existent pas, tranche la Cour.Le signal envoyé par le plus haut tribunal du pays est sans équivoque et cimente le droit des femmes à l\u2019avortement.« La Cour essaie d\u2019avoir l\u2019unanimité lorsqu\u2019elle estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une cause importante pour le pays », explique Claire L\u2019Heureux-Dubé, deuxième femme à avoir accédé au plus haut tribunal du pays.Un débat réglé ?Les délibérations sont à cent lieues des débats déchirants.« Ça a été une cause facile à régler, raconte la magistrate.Pour sa portée, c\u2019est une cause très importante.[\u2026] L\u2019arrêt Morgentaler avait certainement tracé la route.On devait pousser la réflexion un peu plus loin.» Est-ce que le fait que trois juges de la Cour suprême aient été des femmes à ce moment a pu teinter la décision ?« La composition du banc a toujours un impact, soutient Mme L\u2019Heureux-Dubé.Mais c\u2019était vraiment un banc qui était sur la même longueur d\u2019onde.» Alors que le débat sur l\u2019avortement refait surface au sud de la frontière, Claire L\u2019Heureux-Dubé dit croire que le droit à l\u2019avortement ne s\u2019immiscera pas dans la campagne électorale fédérale qui est sur le point de s\u2019enclencher.« C\u2019est un débat qui est fini.Qui est réglé.Je ne vois pas pourquoi on se remettrait à parler de cette question- là.» Trente ans\u2026 c\u2019est à la fois si loin et si proche.cats et rappelle qu\u2019il a aussi été ins- trumentalisé par le mouvement anti- avortement.« Il y avait autour de lui une garde d\u2019avo cats, de vieu x bonzes, d\u2019intellectuels des droits pour qui les thèses morale et légale collaient ensemble, afin de justifier l\u2019injustifiable », raconte l\u2019ancienne journaliste, qui voit des parentés avec le programme politique anti-avorte- ment de républicains américains comme Mike Pence.Quant à Chantal Daigle, qui a publié un récit autobiographique (Le seul choix : le mien) en 1990, elle a finalement fui les projecteurs et s\u2019est montrée très critique de l\u2019attention médiatique qu\u2019elle a subie à l\u2019été 1989, raconte Marilyne Caouette.« Je crois qu\u2019elle s\u2019est sentie attaquée.Dans sa biographie, elle accuse aussi certains médias de ne pas avoir rapporté les faits correctement, sans toutefois justifier ses propos.Pour nous, il s\u2019agit d\u2019une affaire publique et d\u2019un cas judiciaire qui a créé des précédents pour les droits de la personne et le droit des femmes.Mais pour Chantal Daigle, c\u2019était avant tout une tentative d\u2019accéder à un avortement.» Les dates importantes Janvier 1988 L\u2019avortement est décriminalisé par la Cour suprême du Canada à la suite de l\u2019arrêt Morgentaler.Février 1989 Chantal Daigle emménage à Montréal avec son copain Jean-Guy Tremblay.La jeune femme de 21 ans apprend qu\u2019elle est enceinte en mars.Leur relation se détériore rapidement.3 juillet 1989 Le couple se sépare.M.Tremblay présente une demande d\u2019injonction provisoire à la Cour supérieure pour empêcher l\u2019avortement de son ex- compagne qui est prévu le 8 juillet.Il obtient gain de cause la veille de l\u2019opération.17 juillet 1989 Le juge Viens de la Cour supérieure ordonne à Chantal Daigle de mener sa grossesse à terme.Le magistrat évoque le droit à la vie du fœtus.L\u2019injonction est maintenue le 26 juillet par les juges de la Cour d\u2019appel.Août 1989 La saga judiciaire se transporte à la Cour suprême du Canada.Mme Daigle se fait avorter incognito à Boston en marge des audiences avec l\u2019aide financière du mouvement des femmes.8 août 1989 Coup de théâtre : la nouvelle de l\u2019avortement de Chantal Daigle parvient aux oreilles des juges de la Cour suprême, qui poursuivent néanmoins les audiences.Le fœtus n\u2019a pas de personnalité juridique, concluent-ils, et le père n\u2019a pas de veto à opposer à la décision d\u2019avorter de la mère.L\u2019injonction interdisant l\u2019avortement de Mme Daigle est donc levée.Dave Noël Si des milliers de gens ont spontanément pris la rue, le 27 juillet 1989, dont beaucoup qui n\u2019avaient encore jamais manifesté en faveur de l\u2019avortement « libre et gratuit », c\u2019est à cause de ce Jean-Guy, un homme prêt à utiliser les tribunaux pour forcer une femme (avec qui il avait vécu seulement cinq mois) à avoir « son » enfant LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 4 Protection déficiente CRÉDIT SUITE DE LA PAGE A 1 Desjardins n\u2019a pas voulu préciser mardi à quel genre d\u2019autres services elle songe.Mais Guy Cormier avait déjà exprimé il y a une dizaine de jours son insatisfaction devant la performance d\u2019Equifax.« Son service n\u2019est pas à la hauteur des standards de Desjardins.» Les longs délais d\u2019attente, les pannes de système et les communications difficiles en français représentaient selon M.Cormier une « situation déplorable et inacceptable ».« La gestion du crédit devrait-elle devenir un bien public, qu\u2019un organisme gouvernemental fasse le travail?» se demande Michel Nadeau, directeur général de l\u2019Institut sur la gouvernance d\u2019organisations privées ou publiques.La France a choisi un modèle où l\u2019État contrôle le processus, par un fichier national centralisé qui est géré par la Banque de France.« Je serais porté à laisser ça dans le privé, ajoute M.Nadeau, mais on a le problème que les deux compagnies sont, à mon avis, très inefficaces.Alors, oui, il y a certainement une réflexion à faire là-dessus.» Failles Les problèmes soulignés sont variés.Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada avait mis en lumière dans un rapport en avril « des lacunes déconcertantes au sein d\u2019une entreprise [Equifax] qui dispose de vastes quantités de renseignements personnels extrêmement sensibles et qui joue un rôle majeur dans notre secteur financier ».Son enquête portait sur un vol massif de données au sein de la compagnie (celle-ci n\u2019a pas répondu à nos demandes d\u2019information mardi).En 2017, un pirate avait pu accéder aux renseignements personnels de 143 millions de personnes fichées par Equifax, dont 19 000 Canadiens.Au-delà de ce constat qui concerne la protection des données, Alexandre Plourde affirme qu\u2019il y a des problèmes avec l\u2019utilisation que les deux compagnies en font.« À la base, c\u2019est de l\u2019information qui doit servir à une personne ou à une institution qui veut me prêter de l\u2019argent.C\u2019est légitime.Mais ce qu\u2019on a vu, c\u2019est qu\u2019on utilise les données en matière d\u2019assurances \u2014 pour déterminer le risque qu\u2019il y a à assurer quelqu\u2019un \u2014, en matière d\u2019emploi ou pour louer un logement.» Il y a aussi l\u2019enjeu des erreurs que peuvent contenir les dossiers de chaque individu.Là-dessus, les données manquent.Mais un rapport d\u2019Option consommateurs publié en 2013 disait que «les dossiers de crédit contiendraient un taux d\u2019erreurs assez élevé qui devrait alarmer les autorités gouvernementales ».« Il n\u2019y a pas de chiffre solide, mais des études disent qu\u2019un cinquième des dossiers pourraient contenir des erreurs, indique Alexandre Plourde.Ça peut être très difficile de contester une mauvaise inscription, et ça peut avoir des conséquences importantes.» Le rapport d\u2019Option consommateurs notait que, « dans le contrat qu\u2019Equifax fait signer à ses membres, l\u2019agence se dégage de toute responsabilité pour tout dommage subi ou coût engagé par le client découlant de toute inexactitude ou omission dans les données, et ce, même si cela est dû à une négligence de la part d\u2019Equifax ».Des divergences Aussi, une même personne pourra trouver des inscriptions différentes à son dossier selon qu\u2019elle le consulte chez l\u2019une ou l\u2019autre des agences.L\u2019Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande d\u2019ailleurs de « demander une copie de votre dossier de crédit à Equi- fax Canada et à TransUnion Canada, [car] chaque bureau de crédit peut avoir de l\u2019information différente sur la façon dont vous avez utilisé le crédit ».Tout bien considéré, Alexandre Plourde constate qu\u2019il y a de nombreuses lacunes\u2026 et peu de recours pour ceux qui en sont victimes.« Je ne sais pas si avoir un système étatique réglerait le problème.Mais ça prendrait assurément une réglementation plus stricte, avec des pouvoirs d\u2019application concrets.» Au cabinet du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, on indiquait mardi soir qu\u2019Ottawa « examine continuellement le cadre de réglementation du secteur financier fédéral », mais que c\u2019est aux provinces qu\u2019échoit la responsabilité de réglementer les agences d\u2019évaluation de crédit.ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Inquiet devant la perspective de devoir affronter une saison grippale particulièrement difficile, le ministère de la Santé de l\u2019Ontario a commencé à faire des réserves de vaccins antigrippaux à forte dose.De son côté, le Québec ne s\u2019inquiète pas outre mesure.L\u2019Ontario a déjà commandé 300 000 vaccins à forte dose de plus que l\u2019an dernier, pour un total de 1,2 million de doses, d\u2019après un porte-parole de la ministre de la Santé ontarienne, Christine Elliott.Il est toutefois difficile de dire quand ils seront disponibles.C\u2019est la situation actuelle en Australie, en pleine saison grippale, qui a alerté la ministre de la Santé de l\u2019Ontario.La grippe y est arrivée très tôt cette année en ce début d\u2019hiver, dès le mois d\u2019avril.Les autorités australiennes déplorent déjà plus de 200 morts et indiquent que le nombre d\u2019hospitalisations imputables à la grippe est trois fois plus élevé qu\u2019à l\u2019habitude pour un mois de juillet.Le vaccin à forte dose commandé par le ministère sera administré aux personnes plus vulnérables, comme les personnes âgées.Le vaccin a déjà fait ses preuves l\u2019an passé, selon Mme Elliott.Au Québec Contrairement à sa province voisine, le Québec ne s\u2019inquiète pas outre mesure de la situation.Le ministère de la Santé précise qu\u2019il a commandé les doses habituelles comme recommandé par les experts mondiaux de l\u2019Organisation mondiale de la santé et par Santé Canada.« Le ministère demeure attentif à la situation et ajustera ses actions si nécessaire.» Le médecin épidémiologiste à l\u2019Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) Gaston De Serres abonde dans ce sens, expliquant qu\u2019il SANTÉ PUBLIQUE L\u2019Ontario se prépare en vue d\u2019une difficile saison de grippe « Une bonne nouvelle » NETFLIX SUITE DE LA PAGE A 1 Netflix a annoncé lundi soir sur son compte Twitter qu\u2019il avait retiré la controversée scène finale de la première saison de sa série 13 Reasons Why.« Alors que nous nous préparons à lancer la saison 3 plus tard cet été, nous avons été attentifs au débat en cours concernant l\u2019émission.C\u2019est pourquoi, sur les conseils d\u2019experts médicaux, [\u2026] nous avons décidé, avec le créateur Brian Yorkey et les producteurs, de modifier la scène finale de la saison 1, dans laquelle Hannah s\u2019enlève la vie », a indiqué la direction.Adapté d\u2019un roman du même nom, 13 Reasons Why raconte l\u2019histoire d\u2019Hannah Baker, une adolescente au secondaire, qui décide de mettre fin à ses jours.Avant de passer à l\u2019acte, elle enregistre 13 cassettes destinées à ses camarades d\u2019école pour leur expliquer son geste.La série Netflix a connu un rapide succès dès son lancement sur la plate- forme numérique en avril 2017.Saluée par certains pour avoir osé aborder des sujets difficiles, tels que le harcèlement à l\u2019école, la dépression et les pensées suicidaires, elle a aussi suscité l\u2019inquiétude des experts, qui craignaient que les jeunes les plus vulnérables s\u2019identifient au personnage principal et imitent son geste.La scène du suicide, qui a finalement été coupée, durait près de trois minutes.On y voyait, de façon très explicite, l\u2019adolescente mettre fin à sa vie dans sa baignoire.Sa mère découvrait son corps dans une baignoire remplie de sang.« Notre intention créative de dépeindre la terrible et douloureuse réalité du suicide avec un tel détail graphique dans la saison 1 était de dire la vérité sur l\u2019horreur d\u2019un tel acte et de nous assurer que personne ne voudrait jamais l\u2019imiter », a précisé de son côté le créateur de la série, Brian Yorkey.La nouvelle version de l\u2019épisode montre désormais la jeune fille en train de fixer son reflet dans le miroir de sa salle de bains.On passe ensuite directement à la réaction des parents découvrant son corps.Toutefois, supprimer une scène de suicide dans laquelle la douleur et la difficulté du geste sont représentées n\u2019est-il pas une façon de glorifier d\u2019autant plus l\u2019acte ?« Difficile de savoir sans étude sur la question.Une chose est sûre, continuer d\u2019exposer les jeunes à cette image est plus dommageable que de la retirer », laisse tomber Johanne Renaud, de l\u2019Institut Douglas.Cet avis est partagé par Cécile Bardon, chercheuse au Centre de recherche et d\u2019intervention sur le suicide et l\u2019euthanasie (CRISE).« Le fait de retirer la scène du passage à l\u2019acte permet de dire que ce n\u2019est pas acceptable de la montrer, et donc que le geste n\u2019est pas acceptable », soutient-elle.Effet de contagion Le retrait de la scène polémique est « une bonne nouvelle » aux yeux de Mme Bardon, qui est aussi professeure au Département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Cette décision va dans le sens des recommandations adressées aux médias et aux créateurs de fictions qui souhaitent parler de suicide.« Il faut éviter les explications trop simplistes, éviter de montrer le suicide.Sinon, ça peut cultiver une vision romantique de ce que sont la détresse et le suicide.Sans compter que ça peut donner des idées concrètes de moyens pour y arriver.» Les recherches scientifiques ont d\u2019ailleurs déjà démontré à plusieurs reprises que « le fait d\u2019avoir des représentations très graphiques d\u2019un geste suicidaire peut augmenter le risque d\u2019un effet de contagion ».Deux récentes études publiées au mois de mai allaient justement dans ce sens.L\u2019une d\u2019entre elles, commandée par les National Institutes of Health (NIH), a constaté une augmentation de 28,9 % des suicides chez les jeunes de 10 à 17 ans aux États-Unis dans le mois suivant la diffusion de la série.Les chercheurs avaient néanmoins reconnu qu\u2019il était difficile d\u2019établir un lien de causalité direct et clair entre la diffusion de 13 Reasons Why et leurs résultats.Une série problématique « Trop peu, trop tard », lance de son côté Catherine Rioux, coordonnatrice des communications à l\u2019Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), qui déplore le fait que des millions de jeunes ont eu le temps de voir la scène au cours des deux dernières années.« Ce n\u2019est pas anormal d\u2019aborder le sujet du suicide dans les fictions, c\u2019est une réalité sociale.Mais il y a une façon de le faire.C\u2019est une responsabilité sociale des créateurs », note-t-elle.À ses yeux, retirer les trois minutes du passage à l\u2019acte n\u2019est pas suffisant, car d\u2019autres éléments de la série contribuent à glorifier le suicide, notamment le fait d\u2019utiliser ce moyen comme une façon de se venger.Suicide ou non, 13 Reasons Why demeure une série « dangereuse » pour les jeunes, croit la Dre Johanne Renaud.Intimidation, violence, agressions : il reste encore de nombreux messages inappropriés et plusieurs scènes difficiles à regarder.L\u2019auteure et professeure de littérature à l\u2019UQAM Martine Delvaux juge quant à elle que les scènes d\u2019agressions, «toutes pudiques et contenues soient-elles », traduisent au moins la violence et son impact sur la victime.« Je les remercie de les avoir laissées telles quelles.Ici, on voit ce que la violence fait, comment elle se fait et comment elle fait souffrir.Alors que la scène de suicide concerne une violence portée contre soi-même, ce n\u2019est pas du tout la même chose.» Elle reconnaît toutefois que « venir faire écho ou se brancher directement à la douleur des téléspectatrices et téléspectateurs, c\u2019est dangereux dans la réalité ».Besoin d\u2019aide ?Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 277-3553 n\u2019y a aucune raison de s\u2019inquiéter pour le moment.« On voit comment ça évolue en Australie et on en discute depuis plusieurs semaines, mais on n\u2019est pas inquiets.» D\u2019après lui, les probabilités que l\u2019Amérique du Nord connaisse une saison grippale similaire à celle de l\u2019Australie sont en fait minimes.« L\u2019expérience nous a montré que la situation en Australie n\u2019est pas nécessairement indicatrice de ce qu\u2019il va se produire ici, au Canada et aux États- Unis.» Le Dr De Serres donne l\u2019exemple de l\u2019hiver 2018 : alors que l\u2019Australie a enregistré très peu de cas de grippe pendant l\u2019hiver, l\u2019Amérique du Nord a quant à elle vécu une saison grippale régulière avec un bon nombre de cas d\u2019influenza.« L\u2019influenza nous réserve souvent des surprises, mais ce n\u2019est pas le temps de s\u2019inquiéter », ajoute Gaston De Serres.Des données de l\u2019Agence de la santé publique du Canada montrent que, lors de la saison grippale 2018-2019, 34 % des adultes âgés de 18 à 64 ans au Canada ont été vaccinés.Chez les aînés, 70 % des gens ont été immunisés.Avec La Presse canadienne L\u2019Ontario a déjà commandé 300 000 vaccins à forte dose de plus que l\u2019an dernier, pour un total de 1,2 million de doses, d\u2019après un porte-parole de la ministre de la Santé ontarienne.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Katherine Langford incarne le personnage de Hannah Baker, une adolescente au secondaire, qui décide de mettre fin à ses jours, dans la série télévisée 13 Reasons Why.RICHARD SHOTWELL INVISION / ASSOCIATED PRESS LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 5 E N B R E F Le Parc Safari ajouté à la liste d\u2019exposition à la rougeole QUÉBEC \u2014 Le Parc Safari de Hemming- ford, en Montérégie, fait maintenant partie de la liste des lieux d\u2019exposition à la rougeole dressée par la Santé publique du Québec.Le virus a été présent vendredi dernier entre 11h30 et 15h30, en particulier à compter de 13h00 dans le tunnel des félins.Le virus a aussi été localisé en début de soirée dans un restaurant McDonald\u2019s du boulevard de la Concorde Est, à Laval.Les personnes qui ont fréquenté ces endroits aux heures indiquées sont priées d\u2019appeler Info-Santé en composant le 8-1-1 si des symptômes apparaissent d\u2019ici le 30 juillet.Les symptômes de la rougeole sont une fièvre importante, une toux, un écoulement nasal, des yeux rouges et un malaise généralisé, suivis de rougeurs au visage puis sur le corps.La Presse canadienne Trois morts dans l\u2019écrasement d\u2019un hydravion au Labrador SAGUENAY \u2014 Le transporteur aérien Air Saguenay signale mardi que trois personnes ont perdu la vie et que quatre autres personnes sont portées disparues après l\u2019écrasement d\u2019un de ses hydravions, lundi au Labrador.Il transportait quatre pêcheurs et deux guides, en plus du pilote de l\u2019hydravion.On ignore l\u2019origine des passagers de l\u2019appareil.Le major Mark Gough, des Forces maritimes de l\u2019Atlantique, a déclaré que des sauveteurs militaires recherchaient des survivants dans le lac Mistastin.M.Gough a ajouté que l\u2019avion avait quitté lundi un camp de pêche à l\u2019est de Schefferville, au Québec, pour se rendre sur le lac Mistastin, au Labrador.L\u2019appareil a été repéré tôt mardi matin par un avion des Forces armées dans le lac Mistastin, à l\u2019ouest de Natuashish.La Presse canadienne Un grand requin blanc a été aperçu ces jours-ci près des îles de la Madeleine CAP-AUX-MEULES \u2014 Un grand requin blanc se déplace depuis quelques jours dans le golfe du Saint-Laurent à quelques kilomètres au large des côtes des îles de la Madeleine.Le parcours du requin, long de plus de 2,7 mètres, est suivi par l\u2019organisme américain sans but lucratif Ocearch, car il est muni depuis février dernier d\u2019une puce satellitaire.Ocearch signale que c\u2019est la première fois qu\u2019un grand requin blanc est repéré si près de l\u2019archipel québécois.L\u2019animal a été baptisé Brunswick, car c\u2019est au large de cette ville de l\u2019État américain de la Géorgie qu\u2019il a d\u2019abord été repéré, près de la frontière avec la Floride.Il a été observé pour la dernière fois tout près de l\u2019île du Havre aux Maisons, qui compte trois agglomérations.La Presse canadienne AGENCE FRANCE-PRESSE Le mercure a atteint 21 degrés Celsius dimanche à Alert, l\u2019endroit habité le plus septentrional de la planète, à moins de 900 km du pôle Nord, établissant un « record absolu » de chaleur pour cette station, a indiqué mardi la météo canadienne.« C\u2019est assez phénoménal comme statistique, c\u2019est un exemple parmi des centaines et des centaines d\u2019autres des records établis par le réchauffement climatique », a souligné auprès de l\u2019AFP Armel Castellan, météorologue au ministère canadien de l\u2019Environnement.Base militaire permanente établie au 82e parallèle, servant notamment à intercepter les communications russes, Alert abrite depuis 1950 une station météo.Il y a fait 21 degrés le 14 juillet, 20 degrés le 15 juillet : « C\u2019est un record absolu, on n\u2019a jamais vu ça », a déclaré M.Castellan.Et il faisait déjà 17 degrés mardi à la mi-journée « et ça peut encore monter », a-t-il relevé.De telles températures à une latitude aussi élevée, « c\u2019est complètement foudroyant », d\u2019autant que « ça fait une semaine et demie qu\u2019on a des températures beaucoup plus chaudes qu\u2019à l\u2019habitude ».Le précédent record, de 20 degrés Celsius, remontait au 8 juillet 1956, CLIMAT Un record absolu de chaleur enregistré près du pôle Nord mais depuis 2012 plusieurs journées comprises entre 19 et 20 degrés ont été enregistrées dans cette station située sur le rivage de l\u2019océan Arctique.La moyenne quotidienne pour un mois de juillet est de 3,4 degrés à Alert, et la moyenne des températures maximales y est de 6,1 degrés.La vague de chaleur actuelle s\u2019explique par une « crête de haute pression » qui se maintient sur le Groenland, ce qui est « assez exceptionnel » et « aide à avoir des vents du sud » sur l\u2019océan Arctique, a observé M.Castellan.« Le changement climatique a une influence très indirectement ou directement, bien sûr », sur ce record, d\u2019autant que l\u2019Arctique se réchauffe trois fois plus vite qu\u2019ailleurs sur la planète, a fait valoir le météorologue, y voyant une démonstration de plus de l\u2019urgence à réduire radicalement les émissions de carbone.Base militaire permanente établie au 82e parallèle, Alert est l\u2019endroit habité le plus septentrional de la planète.STEPHANIE PERTUISET AGENCE FRANCE-PRESSE STÉPHANIE MARIN LA PRESSE CANADIENNE Finalement, ce sont près de 7300 Québécoises ayant des implants mammaires texturés qui ont été contactées par les établissements de santé de la province pour se faire aviser d\u2019un faible risque de cancer.C\u2019est le résultat d\u2019une démarche préventive entreprise en mars dernier par le ministère de la Santé du Québec, qui ne voulait pas prendre de risque.Après un avis de Santé Canada, le ministère québécois avait rapidement demandé à tous les établissements de la province d\u2019ouvrir les dossiers de leurs patientes afin d\u2019identifier celles qui avaient reçu ces implants spécifiques depuis 1995.Hôpitaux et cliniques devaient ensuite aviser les femmes concernées, dont certaines avaient reçu ces implants lors d\u2019interventions chirurgicales de reconstruction mammaire.Le ministère fédéral avait signalé en février dernier une augmentation du nombre de cas de lymphome anapla- sique à grandes cellules associé aux implants mammaires texturés chez les Canadiennes.Au 1er janvier 2019, Santé Canada avait été informé de 22 cas confirmés et de 22 cas soupçonnés.Selon le ministère fédéral, il ne s\u2019agit pas d\u2019un cancer des tissus mammaires, mais plutôt d\u2019une forme rare de lym- phome non hodgkinien, c\u2019est-à-dire un cancer touchant le système immunitaire qui peut apparaître plusieurs mois ou plusieurs années après la pose d\u2019implants.Il se caractérise généralement par l\u2019accumulation de liquide entre l\u2019implant mammaire et les tissus environnants.Le risque pour ces femmes de développer ce cancer serait faible, soit d\u2019une sur 30 000 porteuses d\u2019implants SANTÉ Implants mammaires : 7300 femmes avisées d\u2019un risque de cancer texturés, avait indiqué en mars une porte-parole du ministère de la Santé du Québec, Marie-Claude Lacasse.Mais le ministère préférait que les femmes soient correctement informées, notamment des risques et des symptômes à surveiller, et puissent parler à un médecin.Sans registre sur ces implants, il était difficile de savoir combien de femmes les avaient reçus.En mars, le ministère de la Santé du Québec évaluait leur nombre à 15 000.Mais après consultation des dossiers médicaux, il apparaît que le nombre est moindre et que ce seraient plutôt 7300 femmes au Québec qui sont porteuses de ce type de prothèses, selon des données obtenues du ministère par La Presse canadienne.Par ailleurs, plus de 2500 appels ont été reçus par les établissements du réseau de santé par des femmes demandant de l\u2019information.Le ministère québécois de la Santé a aussi fait savoir que plus de 820 rendez-vous ont été donnés ou doivent l\u2019être prochainement dans divers établissements.Ce nombre ne comprend pas les patientes ayant consulté un professionnel de la santé hors établissement, par exemple un médecin de famille, après la réception de la lettre.Tous ces chiffres pourraient encore augmenter, alors que des établissements de santé poursuivent leurs vérifications.Toutefois, ils ont noté une diminution importante du nombre d\u2019appels reçus depuis la fin du mois de mai, précise le ministère.Ces implants texturés n\u2019ont pas été les plus populaires au Québec : seulement 10 % des femmes ayant des implants auraient ceux de type texturé.Les informations concernant les cas diagnostiqués du lymphome anapla- sique à grandes cellules ne sont pas disponibles pour le moment.21o Température enregistrée à Alert, une base militaire et scientifique canadienne située à 900 kilomètres du pôle Nord.La moyenne quotidienne pour un mois de juillet à Alert est de 3,4 degrés.Santé Canada avait signalé en février dernier une augmentation du nombre de cas de lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires texturés chez les Canadiennes.MIGUEL MEDINA AGENCE FRANCE-PRESSE Sans registre sur ces implants, il était difficile de savoir combien de femmes les avaient reçus.En mars, le ministère de la Santé du Québec évaluait leur nombre à 15 000.ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es propos tenus ces derniers jours par Donald Trump à l\u2019endroit de quatre jeunes élues démocrates sont un condensé d\u2019insanités, de racisme et de misogynie.Ils augurent une campagne présidentielle émaillée de violences.Ils se conjuguent avec la cruauté de la politique migratoire trumpienne \u2014 dont un autre pan, bafouant le droit d\u2019asile des réfugiés, entre en vigueur aujourd\u2019hui.Ils sont fondés sur la conviction que plus le Parti démocrate virera à gauche, meilleures seront les perspectives de réélection de M.Trump, l\u2019état de l\u2019économie et le système électoral bancal aidant.Ça reste à voir.Qu\u2019importe si les quatre représentantes progressistes au Congrès qu\u2019il a invitées sans les nommer à « retourner dans leur pays » sont de nationalité américaine et, sauf pour Ilhan Omar, arrivée d\u2019un camp de réfugiés somaliens au Kenya à l\u2019âge de 12 ans, sont nées aux États-Unis.L\u2019essentiel, et cet essentiel est suprémaciste, c\u2019est qu\u2019elles ne sont pas blanches \u2014 « tare » aggravée par le fait qu\u2019elles ne sont pas non plus des hommes.Le reste est accessoire.Approche grossière et donc limpide : M.Trump, qui ne sait que semer la discorde, renoue avec le birtherism qu\u2019il avait appliqué à Barack Obama en avançant qu\u2019il était né au Kenya et non pas à Hawaï.Il demeure qu\u2019à l\u2019orée de 2020, M.Trump a mis le Parti républicain à sa main.Cette histoire y changera-t-elle quelque chose ?Le fait est que rien dans les mensonges et les énormités xénophobes qu\u2019il profère depuis trois ans n\u2019entame sa popularité auprès des électeurs républicains, popularité qui demeure stratosphérique.Sa pâture est cette Amérique blanche conservatrice qui se sent menacée.D\u2019autres (Karl Rove et compagnie) ont évidemment préparé le terrain avant lui depuis vingt ans : M.Trump n\u2019est pas l\u2019alpha de ce phénomène, il en est l\u2019assez monstrueux aboutissement.Si ces propos ouvertement racistes \u2014 le président niant mardi avec une insondable sottise qu\u2019ils le soient \u2014 embarrassent beaucoup d\u2019élus républicains, peu dans l\u2019immédiat les ont dénoncés clairement.Ce qui ne surprend guère.Après tout, M.Trump fait le bonheur de l\u2019establishment républicain en matière de déréglementation et de fiscalité.Ensuite, il a touché au cœur de l\u2019aversion idéologique des républicains à l\u2019endroit des démocrates en dénonçant la « gauche radicale » incarnée par cette « brigade » des quatre \u2014 Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cor- tez, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, toutes élues pour la première fois aux législatives de mi-mandat de 2018.Le sénateur Lindsey Graham, de la Caroline du Sud, représente le mieux cette répulsion : pour lui, ces femmes sont avant tout une « bande de communistes », a-t-il déclaré lundi.C\u2019est que les républicains sont d\u2019accord sur le fond avec le président, y compris en matière migratoire, même si la forme leur fait parfois grincer des dents.C\u2019est au départ Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, qui a commis l\u2019erreur de donner du grain à moudre à M.Trump en critiquant très publiquement les quatre élues de couleur, la semaine dernière.Outre qu\u2019elles désapprouvent Mme Pelosi quant à son refus de lancer des procédures de destitution contre M.Trump, elles ont refusé de voter un compromis prévoyant l\u2019envoi à la frontière mexicaine d\u2019une aide humanitaire de 4,6 milliards $US, la jugeant insuffisante et dénonçant le « manque de principes » du parti.Mme Pelosi tentait mardi de se reprendre, alors qu\u2019une résolution dénonçant les « commentaires racistes » du président et sa « légitimation de la haine » allait être votée à la Chambre à majorité démocrate.Reste que pour s\u2019être emportée dans le New York Times contre ces quatre femmes qui n\u2019ont pas la langue dans leur poche, il fallait qu\u2019elle soit particulièrement irritée.Pourquoi ?Parce qu\u2019elle est « terrifiée par ce que représentent ces élues progressistes », écrit dans The Guardian la chroniqueuse Arwa Mahdawi.Parce qu\u2019« elles sont le visage d\u2019une nouvelle Amérique et qu\u2019elles défient les structures traditionnelles du pouvoir ».Tout juste.C\u2019est dire que, si le Parti démocrate veut devenir une coalition de points de vue véritablement modernes \u2014 en opposition à un Parti républicain recroquevillé sur sa frange d\u2019extrême droite \u2014, alors il lui faut reconnaître que son horizon passe par son aile progressiste et qu\u2019il ne pourra pas lui suffire de ne viser que le centre incertain de l\u2019électorat.Le fait est que la défaite d\u2019Hillary Clinton en 2016 était en partie celle d\u2019une « gauche » élitiste et complaisante dont le candidat à l\u2019investiture Joe Biden est aujourd\u2019hui le fier et fieffé héritier.La candidature de Bernie Sanders a fait des petits ; ils ne se laisseront pas marginaliser.Chris Eustace Enseignant retraité et candidat à la présidence de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson en novembre 2014 Montréal Lettre adressée au premier ministre François Legault Je suis un anglophone mécontent qui vous écrit, en tant que responsable des relations avec les Québécois d\u2019expression anglaise, à la suite de l\u2019article intitulé: «François Legault inquiète les anglophones » (Le Devoir, 13 juillet).Le mot «honteux» est trop faible pour décrire les pleurnichages incessants, le langage alarmiste et les déclarations exagérées des dirigeants du Quebec Community Groups Network (QCGN), de l\u2019Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) et d\u2019APPELE-Québec, un groupe qui fait la promotion du réseau de la commission scolaire anglophone.Geoffrey Chambers, Russell Co- peman et Geoffrey Kelley prétendent que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) piétine les droits constitutionnels à l\u2019éducation protégés de la minorité anglophone du Québec.Ce n\u2019est pas le cas.N\u2019oublions pas que le système scolaire anglais perd de l\u2019ampleur depuis des années.Cette année, il a fallu que le ministre de l\u2019Éducation se serve de son pouvoir en vertu de la Loi sur l\u2019instruction publique (477,1.1) pour transférer des écoles sous- utilisées du secteur anglais à des commissions scolaires francophones qui manquaient de place pour recevoir les nombreux élèves inscrits en septembre.Les groupes susmentionnés déclarent que ces transferts forcés sont une forme de discrimination, mais ils négligent de mentionner un facteur important, c\u2019est-à-dire que des milliers de parents anglophones, dont les enfants sont admissibles à l\u2019enseignement en anglais, ont plutôt choisi une école française pour leurs enfants.De plus, ce n\u2019était qu\u2019une question de temps avant que la situation actuelle se produise.Le 11 juin 2015, Radio-Canada signalait que le ministère de l\u2019Éducation du gouvernement libéral du Québec avait informé les commissions scolaires de son intention de réduire le financement des travaux de « maintenance et d\u2019entretien » d\u2019écoles à moitié vides.À l\u2019époque, cela pouvait avoir un impact sur une «douzaine d\u2019écoles primaires et au moins trois écoles secondaires » de la Commission scolaire English-Montréal.En réalité, très peu a été fait.Cela dit, la loi indique que les enfants doivent aller à l\u2019école, mais aucune loi ne déclare que les contribuables doivent payer pour le maintien d\u2019écoles à moitié vides.Le déplacement d\u2019élèves d\u2019une école à une autre ne constitue pas une violation de la Charte, car rien n\u2019a été refusé aux élèves.La consolidation des écoles, qui permet d\u2019augmenter la capacité d\u2019une autre école à proximité, non seulement assure la stabilité pour les années à venir, mais permet également d\u2019offrir plus de services aux élèves.C\u2019est une solution gagnant- Tous pour l\u2019environnement Je ne sais pas pour vous autres, mais moi, cet été, je suis plus conscient que jamais de mon empreinte écologique.Si bien, par exemple, que je me retiens de monter spontanément en solo à La Tuque à partir de Trois-Ri- vières avec ma voiture pour aller assister à l\u2019un ou l\u2019autre de ces jeudis centre-ville endiablés.Conscient de mon empreinte?Je vous confie que j\u2019en viens par ailleurs à me demander pourquoi.Oui, pourquoi maintenir cette ferveur alors que des nouvelles récentes de l\u2019actualité m\u2019informent qu\u2019il faut tout simplement apprendre à composer avec l\u2019environnement pour se blanchir de le polluer.C\u2019est vrai.Regardez le pipeline de monsieur Justin dans l\u2019Ouest qu\u2019on se disculpe de devoir construire en faisant la promesse de consacrer à une hypothétique conversion énergétique pancanadienne tous les profits qui en résulteront.Regardez le 3elien de monsieur Bonnardel à Québec qu\u2019on se garde bien de vouloir construire uniquement pour les véhicules polluants en faisant la promesse \u2014bien sûr\u2014 d\u2019y jumeler un corridor (le mot est à la mode\u2026) pour les transports en commun.Sans quoi, on ne le faisait pas, a juré le ministre! Et puis, ici même en ville, le candidat conservateur aux élections fédérales n\u2019a-t-il pas simplement qu\u2019à se montrer vaguement favorable à l\u2019environnement pour penser qu\u2019on le croit ?Pour penser que tout est beau ?Et que tout va très bien dans le meilleur des mondes, madame la marquise ?En tout cas, lors du conseil général de son parti en avril dernier, voici entre autres ce qu\u2019a dit le candidat selon le Journal de Montréal : on est tous pour l\u2019environnement de façon intelligente, de façon logique.Ah ! Je l\u2019avais oubliée, cette logique si utile qui me permettrait certainement de trouver une raison rationnelle d\u2019aller à La Tuque l\u2019un de ces jeudis sans trop me le reprocher\u2026 Réjean Martin Trois-Rivières, le 16 juillet 2019 Les exagérations des dirigeants scolaires anglophones LIBRE OPINION LETTRES DONALD TRUMP Condensé de racisme L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu gagnant pour les commissions scolaires anglophones et les commissions scolaires francophones.Cependant, la plus grande préoccupation, depuis 2011, est le plan d\u2019éducation de la CAQ.Ce gouvernement vise à transformer, cet automne, les commissions scolaires élues en centres de services d\u2019éducation afin d\u2019aider à réduire le taux de décrochage le plus élevé au Canada.L\u2019ACSAQ et le QCGN ne voient qu\u2019à leurs intérêts puisque le contrôle et la gestion des écoles, sous l\u2019œil attentif du ministère, seront confiés aux personnes qui œuvrent au plus près avec les enfants : les parents, les enseignants, les directeurs d\u2019école et le personnel de soutien.Enfin, il a été dit que « la vraie valeur d\u2019une démocratie se mesure à la manière dont elle traite ses minorités ».Rappelons-nous les communiqués de presse publiés par le QCGN et l\u2019ACSAQ lors du premier budget du gouvernement de la CAQ le 21 mars 2019.« Le QCGN est content que, dans son budget provincial d\u2019aujourd\u2019hui, le gouvernement Coalition avenir Québec investisse plus d\u2019argent dans notre communauté.Le budget augmente les fonds alloués au Secrétariat aux relations avec les Québécois d\u2019expression anglaise pour le prochain exercice de 3 millions à 5,5 millions de dollars.» Et aussi: «L\u2019ACSAQ est très satisfaite du budget 2019-2020 du gouvernement du Québec.Non seulement le gouvernement finance-t-il les coûts du système du réseau de l\u2019éducation, il a bonifié certains programmes et a ajouté de nouvelles initiatives pour le plus grand bénéfice de nos élèves.» Le 20 juin 2019, le gouvernement caquiste a annoncé qu\u2019une nouvelle école primaire anglaise va être construite à Drummondville.Le président de la Commission scolaire Eastern Townships a dit : « C\u2019est une excellente nouvelle \u2014 une merveilleuse nouvelle \u2014 pour la communauté.Notre personnel sera absolument ravi.» Maintenez le cap, Monsieur le Premier Ministre.GUY TAILLEFER Sur les « thérapies » de conversion Si des progrès bien réels ont été accomplis, depuis quelques décennies, dans l\u2019acceptation des personnes homosexuelles, force est de constater que des préjugés tenaces persistent et mènent à des pratiques dégradantes et inhumaines.C\u2019est le cas par exemple des « thérapies de conversion » ou de « réorientation sexuelle » qui visent à rendre hétérosexuelles des personnes qui ne le sont pas.Ces pratiques mettent en œuvre des procédés qui visent à provoquer le dégoût de l\u2019homosexualité, qui associe cette orientation sexuelle au «démon» et peut aller jusqu\u2019à l\u2019utilisation d\u2019électrochocs.Des charlatans en profitent au passage pour facturer des sommes exorbitantes pour offrir des «thérapies» sans aucun fondement.La majorité des personnes qui subissent ces pratiques sont des enfants et les conséquences peuvent être tragiques [\u2026].Traiter l\u2019homosexualité comme si c\u2019était une maladie, en 2019, c\u2019est ahurissant pour des jeunes comme nous.Et c\u2019est surtout révoltant.Comment se fait-il que de telles pratiques puissent être légales dans notre société ?Un député fédéral, Randy Bois- sonnault, a lancé un appel pour interdire ces pratiques ignobles et la Relève caquiste l\u2019a entendu.Cet enjeu sera approfondi, lors du congrès de la Commission de la relève de la CAQ des 17 et 18 août prochain, mais dès maintenant, nous offrons notre aide à la ministre de la Justice, Sonia LeBel, afin de définir les moyens de faire cesser ces pratiques.Nous invitons les gens à dénoncer aux autorités ces pratiques et, du même coup, inviter les ailes jeunesses des autres partis à emboîter le pas.Travaillons ensemble pour en finir avec les «thérapies» de conversion, une pratique inhumaine.Kevin Paquette, président de la Commission de la relève de la CAQ Le 12 juillet 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Jérôme Glad et Céline Girard La Pépinière | Espaces collectifs Après que l\u2019étalement urbain nous eut éloignés physiquement, l\u2019ère numérique est venue superposer à cette reconfiguration de nos milieux de vie une nouvelle forme de distance sociale.En nous rendant indisponibles pour la personne que l\u2019on croise dans la rue, mais disponibles en tout temps pour nos « amis » en ligne, et tout en nous confortant dans nos opinions, les réseaux sociaux contribuent à créer un phénomène nouveau d\u2019étalement social.Et si la réinvention de l\u2019espace public était la clé pour concurrencer l\u2019espace numérique et contrer ce phénomène d\u2019étalement social ?L\u2019étalement urbain a complètement reconfiguré l\u2019espace-temps des villes du XXIe siècle.Marqué par une urbanisation résidentielle en marge des villes centres et une approche fonc- tionnaliste centrée sur l\u2019automobile et la ségrégation des fonctions, ce phénomène de développement urbain est venu bouleverser notre rapport à nos milieux de vie et, par le fait même, les interactions humaines.Apparu dans les années 1950 au Québec, l\u2019urbanisme fonctionnaliste a fait des villes des lieux de transit et de consommation où la spontanéité perd son champ de possibles.On avance dans nos villes sans hasard ni lignes de désir : à chaque lieu son usage, sa fonction et son stationnement.On développe moins d\u2019interactions spontanées de proximité, de voisinage, et davantage de relations de distance où l\u2019on se déplace pour rencontrer des connaissances pouvant habiter à des kilomètres.Hyperconnectivité En parallèle avec cet étalement urbain, l\u2019hyperconnectivité est venue re- configurer nos interactions sociales.Le clavardage est venu remplacer le bavardage à l\u2019épicerie du coin, le « J\u2019aime » remplace le sourire ou le regard approbateur de nos voisins, on glisse des émojis dans nos messages textes pour transmettre nos émotions ou faire oublier nos absences bien réelles.Notre disponibilité se signale aujourd\u2019hui par une pastille verte en ligne au lieu qu\u2019on se signale par une présence physique dans un lieu.L\u2019ère numérique est venue également dé- territorialiser l\u2019esprit de communauté : de plus en plus de communautés en ligne voient le jour, alors que les communautés de type voisinage ou de village ont connu un déclin.L\u2019espace numérique modifie le rapport à la distance sociale et le rapport à soi.La quête de l\u2019autre et l\u2019aspiration à développer des liens sont pourtant au cœur des rapports virtuels et de cette hyperconnectivité.Mais, déterritoria- lisés et commercialisés, ces rapports hyperconnectés génèrent un étalement social qui vient se superposer à l\u2019étalement urbain.Ensemble, les deux dessinent une trame sociale complètement différente de celle qui existait auparavant.Malgré la promesse de lien social, les réseaux dits « sociaux » échouent à nous rapprocher et contribuent à la montée en puissance de l\u2019isolement social, devenu un des grands maux de notre pays.Réinventer l\u2019espace public Dans ce contexte, les nouveaux courants urbains qui tendent à repenser la ville constituent une occasion de repenser aussi notre connectivité.« Le quartier est l\u2019unité de changement social », comme le soulignait David Brooks dans sa colonne publiée l\u2019année dernière dans le New York Times.Ramener de la proximité dans nos interactions, renforcer le tissu social local, avoir un milieu de vie où les amitiés trouvent du sens dans le quotidien : c\u2019est à cela que devraient tendre nos espaces publics.Les espaces publics ont cette capacité d\u2019incarner des véritables cœurs de quartier, des épicentres pour la vie de communauté, réinventant la fonction des parvis d\u2019église d\u2019antan.Alors que les groupes et communautés d\u2019intérêts se multiplient sur les réseaux sociaux, la réinvention des espaces publics est une occasion de matérialiser, de développer et d\u2019ancrer dans le réel ces communautés.Dans cet ordre d\u2019idée, l\u2019organisme Participatory City œuvre à Londres pour démontrer à l\u2019échelle d\u2019un quartier complet comment la participation des gens à leur milieu peut contribuer à réduire les barrières entre chacun, à créer un quartier tissé plus serré et à ouvrir la voie à un nouveau modèle de vivre ensemble hyperlocal.L\u2019espace public doit être un espace social avant tout.Si une grande majorité des espaces publics de nos villes échouent aujourd\u2019hui à devenir des cœurs de communauté, c\u2019est en grande partie à cause de l\u2019absence de mécanismes pour que la collectivité se l\u2019approprie.D\u2019un simple usage pour tous et souvent conçu dans une approche descendante (top-down), l\u2019espace public doit se réinventer pour être imaginé, fabriqué et rendu vivant collectivement.C\u2019est en devenant collectif qu\u2019il pourra venir concurrencer la vie virtuelle, en offrant un quotidien et des espaces-temps de socialité URBANISME Réinventer l\u2019espace public pour contrer l\u2019étalement social En parallèle avec l\u2019étalement urbain, l\u2019hyperconnec- tivité est venue reconfigurer nos interactions sociales.GETTY IMAGES authentiques et réels.Les aires de jeu de nos espaces publics doivent être repensées pour voler la vedette aux tablettes des enfants et ramener la spontanéité et la liberté comme vecteurs d\u2019apprentissage.Il y a une responsabilité et une nécessité à réinventer nos espaces publics.C\u2019est dans ce mouvement participatif que l\u2019on pourra reprendre le temps d\u2019être là, dans un endroit précis et dans le moment présent, au lieu d\u2019être partout, branché sur le monde entier, et paradoxalement sans réel contact avec quiconque.C\u2019est par ces lieux collectifs que nos vies-écrans redeviendront des vies-épidermes.Il faut réactiver la seconde peau des villes, celle qui fait vibrer les espaces publics, qui les active, qui leur donne vie au-delà du bâti et des infrastructures.Aux bancs, aux platebandes et au béton, il faut ajouter le souffle, la magie du quotidien et la spontanéité d\u2019être et de faire des choses ensemble, les réaffirmer avec force et engagement pour contrer l\u2019étalement social qui fragilise notre bien- être collectif.Olivier Ducharme Essayiste MONTRÉAL Le ministre des Transports, François Bonnardel, déplore que les passages pour piétons ne soient pas respectés par une majorité d\u2019automobilistes.« Les passages, il ne faut pas que ce soit une blague.S\u2019il faut mieux avertir les automobilistes, s\u2019il faut changer le code, on le fera ».Le ministre déplore la « culture de la délinquance » et se demande d\u2019où elle vient et pourquoi elle existe.À l\u2019article 410 du Code de la sécurité routière, il est écrit : « Lorsqu\u2019un piéton s\u2019engage ou manifeste clairement son intention de s\u2019engager dans un passage pour piétons, le conducteur d\u2019un véhicule routier doit immobiliser son véhicule pour lui permettre de traverser ».L\u2019automobiliste a donc le devoir de s\u2019arrêter pour laisser passer le piéton.Cette règle est malheureusement très souvent enfreinte.Ce qui explique une telle situation est la part d\u2019arbitraire présente dans le Code de la sécurité routière.À l\u2019article 446, il est écrit : « À un passage pour piétons [\u2026] un piéton doit, avant de s\u2019y engager, s\u2019assurer qu\u2019il peut le faire sans risque ».Le Code de la sécurité routière prévoit ainsi la délinquance de certains automobilistes et accorde une part de responsabilité au piéton.À tout moment, le piéton doit se fier au jugement de l\u2019automobiliste et non à la rigidité et au respect d\u2019une règle.Si l\u2019automobiliste décide de s\u2019arrêter, on interprète ce geste comme un geste de courtoisie.D\u2019un simple mouvement de la main, comme un grand seigneur devant un serf, il choisit de laisser passer le piéton.Ici, l\u2019automobiliste possède le pouvoir de décider du cours de l\u2019action, tandis que le piéton doit attendre passivement.Rapport inégalitaire La « culture de la délinquance » s\u2019explique par le rapport inégalitaire entre le piéton et l\u2019automobiliste.Dans nos villes, tous les modes de transport prennent l\u2019automobile comme référence.La rue appartient à l\u2019automobile.Les piétons et les cyclistes doivent se plier devant son pouvoir et ses règles.Les piétons doivent suivre les signalisations propres au trafic automobile en TRANSPORT Piéton et automobiliste, un pouvoir à partager traversant là où il existe une signalisation.L\u2019automobile dicte ainsi ses règles et son rythme \u2014 rapide et sans commune mesure avec la vitesse de la marche.Finalement, l\u2019automobile possède le pouvoir de blesser physiquement le piéton.C\u2019est là où se joue tout son pouvoir.Vulnérabilité L\u2019automne dernier, la Société de l\u2019assurance automobile du Québec (SAAQ) annonçait fièrement une première campagne publicitaire pour la sécurité piétonne.Si on jette un coup d\u2019œil rapide à cette campagne, on s\u2019aperçoit immédiatement qu\u2019elle reprend et accentue la relation de pouvoir entre les automobilistes et les piétons.La campagne s\u2019appuyait sur deux axes: comme piétons, je dois assurer ma sécurité, car je suis vulnérable ; comme conducteur, je dois faire preuve de prudence à l\u2019égard des piétons, car ils sont vulnérables.L\u2019accent est mis sur la vulnérabilité des piétons.Que signifie « être vulnérable »?Selon son étymologie, être vulnérable signifie «pouvoir être blessé et être attaqué ».Il est de la responsabilité du piéton de se protéger face à la menace que représente l\u2019automobile.Le piéton est la victime.Mais qui est l\u2019agresseur ?En braquant la lumière sur la vulnérabilité des piétons, la SAAQ fait abstraction de la dangerosité de l\u2019automobile.Le conducteur doit se montrer prudent, car il pourrait rencontrer sur son chemin des êtres vulnérables.Jamais il n\u2019est dit que si accident il y a, c\u2019est en raison de l\u2019existence des automobiles et non de la vulnérabilité des piétons.Comme toute relation inégalitaire, il y a quelqu\u2019un qui détient le pouvoir et un autre qui le subit.C\u2019est ainsi qu\u2019il faut comprendre la relation entre les piétons et les automobilistes.Aussi longtemps que les automobiles, « ces requins montés sur roues », pour reprendre la belle formule du poète Jacques Brault, détiendront le pouvoir, rien ne changera.Pour assurer la sécurité des piétons, il serait nécessaire de rééquilibrer la relation de pouvoir et assurer ainsi un véritable « partage de la route ».Pour ce faire, il faudrait redonner une place de choix à la marche comme moyen de transport, elle qui souffre encore aujourd\u2019hui d\u2019un manque de respectabilité.Rien ne semble cependant plus loin de la réalité.L\u2019automobiliste possède le pouvoir de décider du cours de l\u2019action, tandis que le piéton doit attendre passivement. LEDEVOIR // LE MERCREDI 17 JUILLET 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR E ssentiellement perçue, aux États-Unis, comme une question de fierté nationale et de réaffirmation de leur supériorité sur le rival soviétique, la course américaine à la Lune a tout de même compté, ici et là, sur l\u2019aide de son voisin du Nord.Les Québécois aiment bien, depuis 50 ans, raconter l\u2019anecdote aux Américains et voir la tête qu\u2019ils font.On la résume habituellement en disant qu\u2019avant que l\u2019astronaute Neil Armstrong ait pu poser son pied sur la Lune, le 20 juillet 1969, le Québec y avait déjà les jambes bien plantées.Les jambes en question sont évidemment celles du train d\u2019atterrissage du module lunaire d\u2019Apollo 11 fabriqué à Longueuil par la petite compagnie Hé- roux Machine Parts Limited devenue, depuis, Héroux-Devtek, le troisième plus grand fabricant de trains d\u2019atterrissage au monde.La petite histoire veut que, terriblement en retard dans ses échéanciers et incapable de trouver une compagnie américaine en mesure de fabriquer les pattes de ses drôles d\u2019oiseaux tout en angles, la compagnie Grumman, chargée de la fabrication des modules lunaires, s\u2019est soudainement souvenue de son fournisseur de la région de Montréal.La tâche consistait principalement à vider l\u2019intérieur de longs cylindres fait d\u2019un alliage spécial d\u2019aluminium de manière à rendre leurs parois les plus minces possible afin de réduire le poids, mais sans compromettre leur résistance.Le problème, raconte Éric Therrien, ingénieur pour l\u2019entreprise depuis 30 ans, est que dans l\u2019opération les morceaux avaient tendance à se déformer et devenaient inutilisables.« Ils n\u2019étaient qu\u2019une toute petite équipe à travailler sur ce projet dans AÉROSPATIALE Des jambes québécoises avant le pied américain Les pattes du module lunaire, fabriquées à Longueuil, ont précédé les bottes d\u2019Armstrong Buzz Aldrin est descendu le long d\u2019une patte du module lunaire, le 21 juillet 1969, pour fouler le sol de la Lune.NEIL ARMSTRONG NASA VIA ASSOCIATED PRESS Les machinistes de Héroux Machine Parts Limited, petite compagnie à l\u2019époque, ont mis leur expertise à profit pour parvenir à façonner les pattes du module lunaire dans un alliage spécial d\u2019aluminium.LONGUEUIL PHOTO un coin isolé de l\u2019usine.On ne disposait pas de moyens très sophistiqués à l\u2019époque.On a dû se débrouiller avec les moyens du bord pour rencontrer les spécifications extrêmement précises exigées.» Une fusée à pédales L\u2019une des solutions trouvées par le surintendant de l\u2019outillage et de la machinerie chez Héroux à l\u2019époque, Fernand Michon, a été d\u2019ajouter à une machine un engrenage de bicyclette pour mieux en contrôler la vitesse et éviter ainsi que le métal des pattes surchauffe et se déforme, raconte son fils, Jacques Michon.« À ceux qui lui demandaient s\u2019il était ingénieur, mon père aimait répondre qu\u2019il était plutôt ingénieux », se souvient-il.La compagnie québécoise allait finalement réussir à livrer, de 1966 à 1967, une soixantaine de pattes destinées à une quinzaine de modules lunaires pour la modique somme de 340 000 $.Cette contribution d\u2019une entreprise québécoise au programme spatial américain était quelque chose d\u2019exceptionnel, explique Gilles Leclerc, directeur général de l\u2019exploration spatiale de l\u2019Agence spatiale canadienne.« La course à la Lune était vraiment une course entre les deux grandes puissances rivales de l\u2019époque : les États- Unis et l\u2019Union soviétique.Contrairement aux programmes spatiaux au- jourd\u2019hui, les Américains ne voyaient pas cela comme un projet qui pouvait se mener en partenariat avec d\u2019autres pays, mais comme un effort national visant à réaffirmer leur suprématie.Et puis, on n\u2019avait pas le temps de négocier des partenariats.» De l\u2019Arrow à Apollo Les ingénieux travailleurs de Longueuil n\u2019ont pas été les seuls Canadiens à avoir participé à la conquête de la Lune.Parmi les quelque 400 000 personnes qui ont travaillé au programme lunaire américain, au moins quelques dizaines venaient du Canada, dont une trentaine du défunt projet d\u2019intercepteur Arrow de la compagnie canadienne Avro.Souvent perçue, par les Canadiens, comme une terrible occasion ratée, la mort du projet de chasseur supersonique en 1959 aura eu le mérite de rendre disponibles certains des esprits les plus brillants dans le domaine à une époque où l\u2019expertise aérospatiale était encore rare, observe l\u2019historien Chris Gainor.Parmi les noms que l\u2019histoire a retenus, on retrouve ceux de James Cham- berlin et d\u2019Owen Maynard à qui Postes Canada vient de dédier un timbre commémoratif.Le premier a notamment joué un rôle déterminant dans le choix d\u2019envoyer vers la Lune non pas un seul vaisseau, mais deux, soit un module principal de commande et un module lunaire.Et c\u2019est notamment à Owen Maynard qu\u2019est revenue la tâche de la conception de ce module lunaire.Ceux qu\u2019on appelait « les Canadiens de la NASA » se sont aussi occupés des plans de vol des missions Apollo, de leurs ordinateurs de bord ou encore du vaste réseau de détection et de communication de la NASA autour du globe, raconte Chris Gainor.Le médecin de Vancouver, William Carpentier, sera, quant à lui, l\u2019un des deux hommes enfermés avec les trois astronautes d\u2019Apollo 11 pendant 18 jours dans une roulotte spécialement conçue tout de suite après leur retour sur Terre.La quarantaine, qui visait à prévenir la propagation de maladies extraterrestres, le verra développer une allergie bien particulière à la poussière lunaire.Des échantillons de roches rapportés de la Lune seront aussi analysés par des laboratoires au Canada.Les spécimens ramassés par l\u2019équipage d\u2019Apollo 11 dans la mer de la Tranquillité permettront la découverte d\u2019un nouveau minéral qu\u2019on appellera « tranquilli- tyite » et qui se révélera très similaire à ce qu\u2019on peut trouver, au Québec, aux abords de l\u2019immense cratère de météorite du réservoir Manicouagan.Un père dans la Lune « L\u2019équipe de la NASA était pour nous l\u2019équivalent de ce que peut être une équipe sportive professionnelle », se souvient le fils d\u2019Owen Maynard, Ross, dont l\u2019enfance et l\u2019adolescence à Houston, au Texas, ont été bercées par le programme lunaire.« C\u2019était excitant de suivre leurs difficultés et leurs exploits au jour le jour.» De retour au Canada depuis sa retraite, il se souvient cependant que cela avait un prix.« On voyait très peu mon père.Souvent, nous trouvions un bol de céréales vide sur la table de la cuisine quand on se levait le matin, et nous étions endormis quand il rentrait le soir à la maison.» Six mois après son retour sur Terre, l\u2019équipage d\u2019Apollo 11 a effectué une grande tournée mondiale qui l\u2019a amené à Montréal.Moins réservée que son mari, la mère de Jacques Michon, Flo- rette, s\u2019était bien promis d\u2019obtenir l\u2019autographe des trois astronautes et de leur rappeler la contribution des travailleurs d\u2019Héroux à leur succès.Narquois, Buzz Aldrin ajoutera à sa signature un petit mot pouvant aussi bien servir de remerciement au mari que d\u2019hommage à son épouse : « Merci pour vos belles jambes » (Thanks for your beautiful legs).AVERTISSEMENT : La suite pourrait venir gâcher cette belle conclusion.Vous pouvez arrêter votre lecture ici.Héroux-Devtek ne se prive jamais de raconter l\u2019histoire de ses pattes lunaires, surtout quand vient le temps de convaincre des clients américains, raconte son ingénieur, Éric Therrien.Ce qu\u2019on ne leur dit pas toutefois, c\u2019est que sous ces pattes, il y avait de larges coupoles faisant office de pieds.Que ces pieds, eux, étaient bel et bien fabriqués aux États-Unis.Et qu\u2019en réalité, ce sont donc eux, et non pas les pattes québécoises, qui touchaient le sol lunaire."]
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