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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-10-12, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer L E D E V O I R / / L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 O C T O B R E 2 0 1 9 M A G A Z I N E Dans le miroir d\u2019Almodóvar Vivre Detroit fête 60 ans de Motown Lire Catherine Trudeau dans la bulle de Réjean Ducharme C U L T U R E 24 Jeunesse Catherine Trudeau plonge dans l\u2019univers de Réjean Ducharme.25 28 32 33 34 May Telmissany Entrevue Michèle Plomer Essai Louis Cornellier Entrevue Martine Delvaux 6 Entrevue Pedro Almodóvar se révèle comme jamais dans Douleur et gloire.45 7 8 12 16 18 36 Entrevue Patrick Watson Odile Tremblay Les flâneurs Cinéma Scène Arts visuels Musique Écrans et grilles L I R E V I V R E 42 Voyage En pleine renaissance, Detroit fête 60 ans de Motown.44 46 49 50 53 Dure est la chute Alimentation Jardin Resto et recette Vin Photo de la une du D : Dia Dipasupil Agence France-Presse Illustration de la une Lire : Cyril Doisneau / Éditions de la Bagnole SOMMAIRE C U L T U R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR n spectacle qui « s\u2019attaque à toutes les tentations de censure de notre époque », proclame la description de la quatrième tournée en solo de Martin Petit, Pyroman.De quoi craindre que l\u2019humoriste ait lui aussi grossi les rangs nombreux de ceux selon qui « on ne peut plus rien dire ».Une crainte qui s\u2019avérera non fondée.« C\u2019est pas vrai qu\u2019on ne peut plus rien dire, la preuve c\u2019est que le stand-up continue de fleurir plus que jamais au Québec », observe le copropriétaire du Bordel Comédie Club et créateur des cinq saisons de la série Les pêcheurs, dont le précédent tour de piste, Le micro de feu, remonte à 2010.S\u2019il est encore possible d\u2019aller loin, le vétéran dit néanmoins voir poindre « à gauche, à droite, au centre, des groupes qui aimeraient que l\u2019on cesse de faire des blagues sur certains sujets ».Exemple fictif de son cru.« Dès la première réunion d\u2019un groupe d\u2019obèses, c\u2019est sûr que ça va dire : \u201cEst-ce qu\u2019on peut demander aux humoristes d\u2019arrêter de faire des jokes sur les obèses, ça nous blesse.\u201d Et puis là, ça commence à envoyer des courriels.Ce sont tous des gens qui sont bien intentionnés et la majorité des commentaires partent d\u2019un agacement Pour mieux répartir la culpabilité collective L\u2019humoriste Martin Petit remonte sur scène avec Pyroman pour fouler le terrain miné de la censure Ce qu\u2019affirme un humoriste sur scène ne témoigne pas forcément de sa véritable opinion sur un sujet, dit Petit.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR U 3 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 que je comprends totalement.Mais quotidiennement [pour un humoriste], ça peut être lourd.» À moins, bien sûr, que vous choisissiez d\u2019envisager ce « terrain miné » comme le plus stimulant des planchers de danse.« C\u2019est la colonne vertébrale de mon show : comment naviguer à travers ces tentatives de censure qui, souvent, sont subtiles, intériorisées, désincarnées.Et j\u2019adore ça ! C\u2019est la meilleure période pour faire de l\u2019humour.» Pas de quoi se plaindre, donc, si ce n\u2019était ce coefficient de difficulté qui, pour un humoriste, augmente d\u2019année en année.Le jeune quinquagénaire, révélé en 1991 aux auditions Juste pour rire, se remémore trois jours de promotion partagés à ses débuts avec Yvon Deschamps.« Il m\u2019avait dit à quel point c\u2019est plus dur en vieillissant.Man ! Je m\u2019imaginais pas que ça pouvait être plus dur que ce que je vivais à ce mo- ment-là.En vieillissant, c\u2019est plus facile d\u2019écrire, mais c\u2019est moins facile d\u2019étonner.À mes débuts, Yvon faisait son meilleur matériel à vie et les gens applaudissaient poliment.Nous autres [la relève], on faisait un numéro ordinaire et parce que les gens avaient zéro attente, les gens se levaient.» En haut ou en bas ?Dans une entrevue accordée à Larry King en 1990 ayant récemment refait surface sur les réseaux sociaux, le vénérable George Carlin plaide qu\u2019un humoriste devrait par définition « puncher up » (s\u2019en prendre à plus puissant que lui), plutôt que de « puncher down » (humilier quel- qu\u2019un de vulnérable).Un principe général auquel Martin Petit adhère, à une nuance près, pré- cise-t-il, lorsqu\u2019on le ramène à son exemple précédent (celui de ce lobby fictif de personnes obèses).« Moi, jamais je ne vais rire de quelqu\u2019un parce qu\u2019il est gros, mais je vais m\u2019obstiner avec un gros qui me dit que je n\u2019ai pas le droit.» L\u2019ex-Bizarroïdes rappelle que ce qu\u2019affirme un humoriste sur scène ne témoigne pas forcément de sa véritable opinion sur un sujet.Dans sa plus récente livraison Netflix, Dave Chap- pelle déclare qu\u2019il ne croit pas les victimes alléguées de Michael Jackson, un passage parmi plusieurs lui ayant valu de vives critiques.« Il niaise quand il dit ça, s\u2019exclame Petit.Il fait exprès.C\u2019est une des choses que tu peux faire en humour : aller volontairement dans le sens contraire juste pour créer une réaction.Sugar Sammy le fait très bien avec ses jokes sur les souverainistes.Il me choque dans mes réflexes souverainistes, mais je ne vais pas me fâcher pour vrai contre Sugar Sammy.Je trouve qu\u2019il est utile quand il fait ça.» Après l\u2019école Ce matin-là, à la radio, le journaliste François Cardinal parle de son livre sur les cancres.L\u2019importance de l\u2019école, son rôle décisif dans une trajectoire professionnelle et personnelle, voilà aussi un de ces consensus que Martin Petit soumet à la lumière \u2014 au feu ?\u2014 de son insolence dans Pyroman.« Je ris du fait qu\u2019on est convaincu que le décrochage, c\u2019est la pire affaire, ou que l\u2019école, c\u2019est déterminant pour tout le monde.Mon école secondaire le répète beaucoup trop que je suis allé là, comme s\u2019ils avaient à voir avec ce que je suis devenu, alors que je me suis fait chier pendant Pyroman De Martin Petit.À l\u2019Olympia, les 15, 18, 19 octobre.En tournée partout au Québec.cinq ans à entendre que je ne ferais rien de ma vie.» Il chasse rapidement cette petite irritation.« Je ne suis pas contre l\u2019école, évidemment, mais on est tombé dans une mécanique où les écoles réfléchissent comme des compagnies.Ils valorisent plus la réputation de l\u2019école que l\u2019apprentissage des enfants.Pour moi, le plus grand drame, c\u2019est de finir son secondaire et, comme moi, de ne pas encore savoir c\u2019est quoi tes passions.» À la défense de la classe moyenne Non, Martin Petit ne participe pas à la présente campagne électorale fédérale, bien qu\u2019il affirme, à l\u2019instar de bien des candidats, avoir à cœur le sort de la classe moyenne, « ces bonnes personnes qui ne sont pas dans une logique d\u2019accumulation de richesses », contrairement à bien des décideurs, aux « traits épeurants et narcissiques ».Qui, pourtant, se sent responsable du mauvais sort du globe ?« Je n\u2019ai jamais vu dans les médias le propriétaire d\u2019une raffinerie dire : \u201cC\u2019est pas facile ces temps-ci, on sait que c\u2019est nous qui polluons la planète, faque on dort pas .\u201d Mais mes enfants, eux, angoissent pour des bouteilles d\u2019eau.On plante des arbres quand on va à Cuba ! Il y a une mauvaise répartition de la richesse dans le monde ET une mauvaise répartition de l\u2019angoisse.Et pendant qu\u2019on angoisse, on n\u2019est pas en train de se fâcher.» Parlant de culpabilité, Martin Petit entend donner quelques-uns des livres de sa bibliothèque à la fin de chacune des représentations de Pyro- man, afin de se délester de la petite honte de ne pas les avoir lus, et vivre dans l\u2019illusion que quelqu\u2019un d\u2019autre le fera.Nous quittons l\u2019entrevue avec un exemplaire du tome 3 de l\u2019Histoire des Indiens du Haut et du Bas-Canada (Leméac, 1974) de Bernard Assiniwi.« T\u2019es mieux de le lire, parce que la prochaine fois qu\u2019on va se croiser, je vais te quizzer.» Je n\u2019ai jamais vu dans les médias le propriétaire d\u2019une raffinerie dire : \u201cC\u2019est pas facile ces temps-ci, on sait que c\u2019est nous qui polluons la planète, faque on dort pas.\u201d Mais mes enfants, eux, angoissent pour des bouteilles d\u2019eau.MARTIN PETIT » Humour Testez votre connaissance de la langue française en trouvant les cinq erreurs insérées volontairement dans le texte ci-contre.Trouvez les 5 erreurs : En Octobre, les ballades en forêt placent les excursionnistes aux premières loges d\u2019un spectacle haut en couleur?: les feuillages caduques se teintent d\u2019orange et de rouge une dernière fois avant de choir sur le sol humide.Les érables vermillons et les mélèses jaunes se préparent pour l\u2019hiver.ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 28 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.Une épreuve présentée par LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Musique 4 d\u2019une autre manière, en toute cohérence avec le fait de moins se cacher en écrivant.« Je voulais m\u2019engager plus dans les mots, je ne voulais pas être acrobatique, confie-t-il.J\u2019ai perdu la voix dans la tournée de Lost Songs for Robots, et je ne faisais plus les notes aiguës.Et personne ne disait rien à ce sujet, ce qui m\u2019a fait réaliser que toutes les notes acrobatiques étaient totalement inutiles.[Le journaliste proteste] Non sérieusement.Alors quand j\u2019ai fait ce disque, j\u2019ai pensé à fin du monde.C\u2019est un défi, mais c\u2019est pas triste » Le voilà bien sage, Patrick Watson, qui arbore d\u2019ailleurs une toison grisonnante.Wave, son sixième disque, n\u2019est donc pas un disque triste, mais plutôt le recueil de titres qui sont nés de cet étrange moment où, au milieu de la grosse vague, « il faut laisser aller ton corps, et te laisser porter vers où ça va.[\u2026].C\u2019est le sentiment que tu as quand tu ne peux pas faire grand-chose et que tu te dis que tu vas juste faire le mieux possible ».Droit au but Il insiste : « Quand j\u2019ai écrit ces chan- sons-là, il n\u2019y a pas un moment où je ne me sentais pas heureux.» Et dans nos oreilles, il y a aussi pas mal de ça.Wave flirte avec une certaine mélancolie, mais il y a une énergie assez positive qui en ressort.Et l\u2019impression que Watson a fait les choses différemment, dans l\u2019écriture, entre autres.« C\u2019est beaucoup plus direct, moins obscur qu\u2019avant, où j\u2019utilisais des images abstraites, des métaphores larges, affirme Patrick Watson.Là, c\u2019est exactement ce qui se passe, c\u2019est to the point.Ça vient du fait d\u2019avoir écouté Frank Ocean, Leonard Cohen et John Lennon.» Étrange trio, mais Watson a été fasciné par Ocean et le R & B moderne « où il y a un niveau de franchise étonnant ».De Lennon, il retient des pièces comme Jealous Guy ou Mother « avec une poésie sans dentelle, c\u2019est \u201c toi et \u201c moi .» Quant à Cohen, dont Watson a réalisé une pièce du prochain disque posthume, il retient sa capacité à être vulnérable, à ne pas avoir peur du laid, à ne pas être le héros.Ce nouveau disque pavé de voix de femmes \u2014 dont Charlotte Loseth, Erika Angell et Ariel Engle \u2014 révèle aussi un chanteur qui pousse la note L\u2019émotion au cœur de la vague Ne dites pas à Patrick Watson que Wave, son nouveau disque, est triste Le nouveau disque de Patrick Watson paraîtra vendredi prochain.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU e soleil d\u2019automne entre à pleines fenêtres dans le studio montréalais de Patrick Watson.Au cœur d\u2019une longue journée d\u2019entrevues, le pianiste prend une pause et s\u2019allume une cigarette dont il souffle la fumée dehors.En riant, il mime avec sa main sa mâchoire qui se fait aller déjà depuis longtemps.Et on lui parle de quoi à répétition ?« Les gens commencent en disant : \u201cAh, t\u2019as eu des années très difficiles, et c\u2019est dans l\u2019album, bla-bla-bla\u2026\u201d Et je me dis : \u201cAll right », lance-t-il en haussant les épaules.Regard furtif sur notre carnet de notes : oups.Le crayon rature la première ligne.Mais c\u2019est un réflexe de journaliste, car Patrick Watson a vraiment connu des années difficiles depuis Love Song for Robots, son dernier disque paru en 2015.En très bref : sa mère et une amie sont décédées, il s\u2019est séparé et son batteur Robbie Kuster a décidé de quitter les rangs.Ce nouveau disque à paraître vendredi s\u2019appelle d\u2019ailleurs\u2026 Wave.« Mais c\u2019est un album très particulier, concède-t-il.C\u2019est quand même quatre ans où il y a eu de gros changements, des choses qui ont changé toute la structure de ma vie.Mais il n\u2019y avait rien de super mauvais.» Minute, papillon.Une mère qui meurt, quand même\u2026 « Il y a des moments difficiles, quand on perd quelqu\u2019un, quand on se dit au revoir.Les choses étaient un peu folles, j\u2019étais pas vraiment un happy camper, concède-t-il.Mais c\u2019est pas triste comme perdre un enfant, disons.C\u2019est très émouvant, mais c\u2019est pas la L usine-c.com 514.521.4493 L\u2019orchestre d\u2019hommes-orchestres Kitchen Chicken 16 ?18 OCT PARTENAIRE PRINCIPAL © C h a r l e s - F r é d é r i c k O u e l l e t « Encore une fois, l\u2019ODHO maintient sa signature et tire d\u2019un chaos apparent une oeuvre éclatante » MonTheatre LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Dans Matthias et Maxime de Xavier Dolan, Érika, cinéaste amateur jouée avec beaucoup d\u2019entrain par la jeune Camille Felton, s\u2019exprime dans un franglais à faire dresser les cheveux sur la tête.Ses proches lui intiment sans cesse de passer au français.En vain.L\u2019adolescente a beau venir d\u2019un milieu éduqué et connaître la langue de Molière, l\u2019embrouillamini de son jargon, une posture, un choix, revient casser les oreilles de tout le monde.Si le galimatias du personnage n\u2019était que pure fiction, les spectateurs se contenteraient de rire jaune ou de pousser les hauts cris.Ils le feront d\u2019ailleurs, c\u2019est sûr, tapant sur la conséquence plutôt que sur la cause de son irritante parlure : le recul du français à Montréal.On entend souvent des jeunes francophones entrelacer les deux langues officielles canadiennes en une seule phrase : un mot dans l\u2019une, un mot dans l\u2019autre.Les Érika sont parmi nous.Le snobisme et l\u2019air du temps semblent s\u2019unir pour façonner chez certains millénariaux une novlangue qui n\u2019a rien à envier au chiac, sans l\u2019excuse de fleurir au sein d\u2019une minorité francophone canadienne assiégée.Je pensais à Érika en regardant à Tout le monde en parle Denise Bombardier dire d\u2019une jeune Franco- Ontarienne qu\u2019elle n\u2019a pas d\u2019avenir dans sa langue et qu\u2019elle ferait mieux de passer à l\u2019anglais.Son documentaire Denise au pays des Fran- cos, voyage à travers la diaspora franco-canadienne, est moins manichéen, plus généreux que ses propos à l\u2019émission de Guy A.Lepage.Sans changer pour autant son verdict en ce qui concerne la survivance du français dans leurs rangs.Des résistants se battent dans plusieurs coins du Canada avec une vigueur admirable.Mieux vaudrait les appuyer tout en zieutant ce qui se dégrade au foyer.À chacun ses anglicismes, son joual ou son chiac.Les coups de gueule de Denise Bombardier sont aussi des provocations et des appels au secours, mais les gifles méprisantes contribuent à faucher les efforts linguistiques de survivance.Les sociétés dominantes attaquent le langage des autres avec un esprit colonialiste inconscient.Les Parisiens se moquent du français des Belges, lesquels ricanent devant celui des Québécois ou des Suisses.En Nouvelle- Écosse ou au Nouveau-Brunswick, souvent les Acadiens n\u2019osent nous parler en français.Ils ont subi le dédain de plusieurs Québécois pour la qualité de leur langue.Certains d\u2019entre eux la délaissent à cause de ça.Longtemps, le Québec a abandonné le reste de la francophonie canadienne à son sort.Comment rebâtir en deux coups de cuillère à pot les ponts coupés depuis la première campagne référendaire ?Les minorités linguistiques francophones, craignant leur complète assimilation avec un Québec hors du giron canadien, avaient refusé alors d\u2019appuyer nos rêves d\u2019indépendance.Nos solidarités récentes rafistolent des tissus déchirés.Chez nous aussi Au Québec, la défense du français s\u2019est mal transmise dans la chaîne générationnelle.Nous voici tous responsables de son déclin \u2014 le système d\u2019éducation comme les politiciens, les parents, les médias \u2014 faute de nous sentir si fiers de cette langue-là, qu\u2019on prétend pourtant aimer.Relevons nos manches.On est forts pour dénoncer les anglicismes des nombreux Français du Plateau Mont-Royal, tout en alignant les nôtres.Forts aussi pour balayer nos régressions sur la tête des petits commerçants nous accueillant d\u2019un « Bonjour-Hi ».Mieux vaudrait insuffler en amont aux enfants, aux anglophones et aux immigrés l\u2019amour du français de qualité.Et si notre culture, notre histoire, notre niveau de langue nous faisaient secrètement honte ?C\u2019est si lourd à porter, une chape de colonisés\u2026 En 50 ans de Révolution tranquille, on aurait pu miser sur l\u2019excellence du français enseigné à l\u2019école.Abaisser le niveau déroulait le tapis rouge à la montée de l\u2019anglais.À quand un vrai virage ?J\u2019ai regardé le documentaire d\u2019Andrés Livov La langue est donc une histoire d\u2019amour, en salle depuis vendredi, qui plonge dans la classe de français de la formidable Mme Loiseau auprès d\u2019immigrés.Dans leur pays d\u2019origine, certains de ses grands élèves étaient des enseignants ou des journalistes, d\u2019autres parfois des quasi-illettrés.Les efforts de chacun pour se mettre à niveau sont admirables.Et je me grattais la tête face à l\u2019écran : sommes-nous si hospitaliers avec eux ?Après tout, une francophonie vivante au Québec réclame leur concours.Combien de ces nouveaux venus feront leur vie sans communiquer avec des francophones de souche, hors du milieu de travail ?Le choc des cultures érige des fossés, creusés des deux bords.La Loi sur la laïcité en inquiète plus d\u2019un.Tâchons de mieux les apprivoiser.Car tout est lié : langue, culture, ponts générationnels et mains tendues.J\u2019ai voulu rêver à une fierté linguistique contagieuse, plus forte que l\u2019ouragan planétaire d\u2019anglicisation.Restait à vraiment l\u2019éprouver.Pas juste hors Québec.Oui, oui, chez nous aussi\u2026 Parlez-vous franglais ?ODILE TREMBLAY me concentrer sur l\u2019intention.Sur la simplicité, et moins de crazy shit.» Une « mue » exigeante, mais qui effectivement ramène à l\u2019essence, alors que dans la musique, Watson et ses musiciens Mishka Stein, Joe Grass et le nouveau batteur Evan Tighe sont partis dans plusieurs directions, dont une voie plus synthétique pour sa « proximité intéressante ».« Les choix c\u2019était pas : quel genre de musique veux-tu jouer, mais quels feelings on veut donner aux gens.Et on est allé à plein d\u2019endroits.Melody Noir vient d\u2019une musique vénézuélienne de Simón Diaz, Strange Rain est inspirée d\u2019une pianiste éthiopienne, Maryam Guèbrou.Dream for Dreaming, même si j\u2019ai compris que c\u2019est les mêmes accords que Creep [de Radiohead], a plus été inspirée par John Lennon ! » Ce sont donc les dix « chapitres » préférés de Patrick Watson qui se retrouvent sur Wave, ceux qui cadraient encore avec sa réalité et qui méritaient de vivre dans un monde déjà inondé de nouvelles musiques.« Si je dis quelque chose, c\u2019est mieux de compter pour vrai.Sinon, aussi bien me taire.» Et selon quels critères choisir ?« Ton corps sait, tranche-t-il.Ton corps sait.Il faut que tu l\u2019écoutes.Tu ne peux pas te fier à ta tête pour choisir des chansons.Tu pourrais toujours choisir une chanson de manière intellectuelle, parce qu\u2019elle est cool ou qu\u2019elle va te faire paraître de telle façon, mais la musique, ça ne marche pas comme ça, c\u2019est une expérience viscérale.Et je pense que j\u2019ai choisi les pièces qui nous donnaient vraiment la chair de poule.» Bref, cette vague n\u2019est pas triste, mais elle remue.Culture 5 Wave Patrick Watson, Secret City Records.Disponible le 18 octobre. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 6 hante ses souvenirs et refait surface.Tissée de réflexions sur le deuil et sur la création inséparable des bonheurs et des déboires personnels, cette œuvre bouleversante et fluide a poussé en terreau de maturité.À l\u2019aube de ses 70 ans, il avoue se sentir vieillir : « Je n\u2019aurais pas pu faire ce film avant.Pudique, jamais je n\u2019avais senti ce besoin de parler de moi-même.J\u2019écris chaque jour dans mon journal, et ça s\u2019est retrouvé dans le scénario.J\u2019ai plongé.Mes douleurs au dos me faisaient beaucoup souffrir, mais ça s\u2019est amélioré depuis ma dernière opération.La mélancolie et la misanthropie du personnage étaient les miennes à l\u2019époque, sauf que je n\u2019ai jamais touché à l\u2019héroïne.Ce n\u2019était pas ma tasse de thé.Pour certains de mes proches, Dans le miroir d\u2019Almodóvar Entretien avec le grand cinéaste espagnol qui se révèle comme jamais dans Douleur et gloire Le grand cinéaste de Femmes au bord de la crise de nerfs et de Tout sur ma mère, figure de proue du mouvement la Movida qui vit exploser l\u2019expression des artistes après le joug de Franco, n\u2019aura jamais signé un film aussi intimiste que son dernier-né.DIMITRIOS KAMBOURIS AGENCE FRANCE-PRESSE ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR À TORONTO l dégage une sorte de fragilité qui perce sa légende à tout moment.Pedro Almo- dóvar crée avec ses failles, son hypersensibilité et ses souffrances auxquelles la consécration n\u2019aura rien changé.Au Festival international du film de Toronto (TIFF) où on l\u2019a rencontré en septembre dernier, il était accompagné de son interprète, mais la conversation roula bientôt en trois langues.Il répondait aux questions la tê- te penchée un peu de côté, concentré, généreux, inatteignable pourtant.Le cinéaste accompagnait là-bas Douleur et gloire, film ayant valu à son acteur Antonio Banderas le prix d\u2019interprétation masculine à Cannes.La Palme d\u2019or avait une fois de plus échappé sur la Croisette au maître espagnol.Une rumeur veut que les jurés aient hésité entre Parasite, du Coréen Bong Joon-ho (le vainqueur), et son œuvre à lui.Le grand cinéaste de Femmes au bord de la crise de nerfs et de Tout sur ma mère, figure de proue du célèbre mouvement la Movida qui vit exploser l\u2019expression des artistes après le joug de Franco, n\u2019aura jamais signé un film aussi intimiste que son dernier né, proposé par l\u2019Espagne à l\u2019Oscar du meilleur film étranger.Douleur et gloire (Dolor y Gloria), sur nos écrans vendredi prochain, mais aussi en vitrine au Festival du nouveau cinéma mardi et jeudi, aborde la dérive d\u2019un réalisateur toxicomane, dépressif et malade, qui face au vide, revoit sa vie : l\u2019enfance auprès d\u2019une mère charismatique (Pe- nélope Cruz), le premier émoi sexuel, ainsi qu\u2019un grand amour disparu qui I 1 SÉRIE DES PREMIÈRES 17 OCT.2019 SÉRIE MONTRÉALAISE 18-19-20 OCT.2019 Telemann À PARIS Œuvres de : Telemann, Francoeur, Naudot, Leclair, Blamont et Rebel CHEF INVITÉ MATHIEU LUSSIER SOLISTE INVITÉ VINCENT LAUZER Une présentation de 514-355-1825 ARIONBAROQUE.COM LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture 7 oui.J\u2019ai également connu une séparation douloureuse.» On lui parle de 8 ½ de Fellini, chef-d\u2019œuvre abordant des pannes créatrices analogues.« Je ne me compare pas à lui, précise-t-il avec humilité.Il y a eu plusieurs films sur des cinéastes, mais celui-là demeure un monument.» Reste qu\u2019une affiche de 8 ½ était accrochée dans la loge d\u2019un collaborateur au cours du tournage et que le cinéaste passait chaque jour devant.Antonio Banderas avait incarné le personnage principal dans l\u2019adaptation théâtrale du film sur Broadway.Des correspondances se tissaient entre Douleur et gloire et l\u2019œuvre de Fellini, comme autant de clins d\u2019œil.Banderas en alter ego À ses yeux, tout ce qui est dans le film aurait pu lui arriver, sans que ce soit vraiment sa vie.Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre.« Je viens d\u2019une famille pauvre.Lorsque nous avons quitté la Manche pour l\u2019Estrémadure, les gars qui travaillaient aux champs étaient illettrés.À neuf ans, j\u2019enseignais l\u2019algèbre et l\u2019alphabet à cinq d\u2019entre eux et j\u2019étais un professeur exigeant comme dans Douleur et gloire, mais on n\u2019a jamais vécu dans une grotte et je n\u2019ai pas été amoureux d\u2019un maçon\u2026 » Pour la huitième fois, Almodóvar dirige son vieil ami Antonio Banderas, grande figure masculine dans une filmographie autrement très peuplée de femmes, à son affiche entre autres dans Le labyrinthe des passions, La loi du désir et Attache-moi.Cinéaste et acteur s\u2019étaient perdus de vue lorsque Banderas entama sa carrière américaine au début des années 1990.De retour ensemble en 2011 à travers le conte cruel La piel que habito, jamais n\u2019auront-ils été en symbiose comme dans ce Douleur et gloire.« Il s\u2019agit à mon avis du rôle de sa vie, estime Almodóvar, et je suis ravi qu\u2019Antonio ait remporté le prix d\u2019interprétation à Cannes.Jamais il n\u2019était allé dans ces zones-là.C\u2019est très difficile pour un acteur d\u2019écouter et de rester silencieux comme dans mon film.Antonio n\u2019a pas essayé de m\u2019imiter, mais il a capté ma tonalité.Il connaissait autant que moi la période ayant suivi la mort de Franco et la sensation de liberté qui nous a envahis avec le mouvement de la Movida.» Afin de renforcer le parallèle, Al- modóvar avait fait construire en studio la réplique de son propre appartement coloré avec meubles, objets et tableaux, parmi lesquels évoluait son alter ego Banderas, de onze ans son cadet, qui s\u2019était blanchi les cheveux à sa manière.La mère du cinéma espagnol Une fois de plus, le cinéaste met en scène Penélope Cruz, sa grande muse, cette fois dans le rôle de la mère de son enfance.« Même quand elle était jeune et sans enfants, j\u2019ai toujours perçu Penélope comme une mère, dit- il.Depuis longtemps, on pouvait voir au cinéma italien des figures de mères qui étaient désirables, telles Sophia Loren et Anna Magnani.Dans les films de mon pays, elles portaient des robes noires et leur féminité s\u2019était perdue en route.Penélope est la mère du cinéma espagnol d\u2019aujourd\u2019hui.» Son prochain film sera porté par une héroïne féminine d\u2019après une œuvre de la défunte écrivaine américaine Lucia Berlin : A Manual for Cleaning Women.« Ce personnage, j\u2019aurais pu écrire : une femme sensationnelle, alcoolique, mais aussi une mère très sexy.Déjà à travers Julieta, j\u2019avais adapté une nouvelle de la Canadienne Alice Munro.J\u2019aime pénétrer le désir d\u2019une femme.» Almodóvar, qui au cours de son enfance fut bercé par des présences féminines, rend sans cesse hommage à des femmes fortes et résilien- tes, figures de proue de la plupart de ses films.Le mouvement #MoiAussi, il l\u2019estime nécessaire : « la création a correspondu longtemps à un type de masculinité à cause de la difficile conciliation travail-famille des femmes.Si l\u2019égalité se répandait dans toute la société, ce serait une véritable révolution des esprits.» Douleur et gloire prend l\u2019affiche le 18 octobre.Il sera aussi présenté au Festival du nouveau cinéma mardi et jeudi.Une fois de plus, le cinéaste met en scène Penélope Cruz (à gauche), sa grande muse, cette fois dans le rôle de la mère de son enfance.MÉTROPOLE FILMS Je n\u2019aurais pas pu faire ce film avant.Pudique, jamais je n\u2019avais senti ce besoin de parler de moi- même.J\u2019écris chaque jour dans mon journal, et ça s\u2019est retrouvé dans le scénario.PEDRO ALMODÓVAR » LES FLÂNEURS Des pépites au FNC Le 48e Festival du nouveau cinéma roule depuis mercredi avec une solide programmation.Quelques moments forts de la fin de semaine.Samedi : Varda par Agnès, ultime documentaire en survol de vie et de carrière de la regrettée pionnière française Agnès Varda.À voir aussi Jeanne (incarnée par Lise Leplat Prudhomme), de Bruno Dumont, suite de Jeannette, L\u2019enfance de Jeanne d\u2019Arc, sur la pucelle d\u2019Orléans, entre bataille, procès et bû- cher.Dimanche, le cinéaste politique Costa-Gavras, qui accompagne son plus récent film Adults in the Room sur la crise financière grecque de 2015, donnera une classe de maître.ODILE TREMBLAY Bouclard en parle\u2026 Je sais, je sais, vous avez dû relire le titre.Bouclard est une revue française qui a vu le jour en 2018 et dont le second numéro, tout en couleurs et en digressions, paraît ce mois-ci.On y déleste l\u2019actualité littéraire afin de privilégier une approche « gonzo » pour parler aussi bien de l\u2019OuLiPo et d\u2019Arthur Cra- van que de bibliophilie occulte et d\u2019écrivains comme le Colombien Hernan Hoyos.Une Beauceronne nommée Maude Veilleux compte même parmi les plumes de cette nouvelle salve.RALPH ELAWANI Paroles et vie de Mary Shelley L\u2019auteure et traductrice Hélène Frap- pat signe pour Fictions, ces balados de France Culture, une espèce de biographie très impressionniste de la romancière Mary Shelley (1797-1851), éternelle mère de Frankenstein.Patchwork des écrits de Shelley et de ceux de sa mère, de son père, de son amant et mari poète Percy Shelley, cet audiotexte est intelligent, sensible et forcément oppressant, porté par l\u2019efficace musique originale d\u2019Olivier Mellano.On y parle de maternité, du fait d\u2019être la « fille de\u2026 », d\u2019écriture, d\u2019écriture de femmes.Très beau.CATHERINE LALONDE Détruire la pyramide de l\u2019intérieur La comédie noire On Becoming a God in Central Florida (sur Crave et en ondes à Super Écran cet hiver) horripile autant qu\u2019elle est jouissive par sa déconstruction en règle des systèmes de vente pyramidale, qui broient des rêves de réussite et des vies.Kristen Dunst y brille en héroïne fauchée et effrontée, qui concocte une vengeance contre l\u2019entreprise aux élans messianiques qui a en quelque sorte tué son mari.Le jeune Théodore Pellerin épate en gourou de bas étage, à la fois ambitieux et bien naïf au possible.AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 8 graphique, mais il s\u2019agit tout de même d\u2019une œuvre très personnelle.« Il y a quelques années, j\u2019ai été invitée à un jury au Mexique, à Saint- Jean-Baptiste-de-Cuicatlan [San Juan Bautista Cuicatlán] \u2014 avec ce nom, ils attendaient des Québécois, c\u2019est clair ! Bref, c\u2019était un peu avant les célébrations entourant le Jour des morts, auxquelles on m\u2019a conviée ensuite.Or, je vivais moi-même un deuil à ce moment-là.Donc, en apprenant que ces célébrations auraient lieu, je n\u2019étais pas certaine d\u2019être\u2026 en état.Sauf que ce que j\u2019ai découvert a transformé ma vision du deuil, puisque le Jour des morts consiste à commémorer et à entretenir l\u2019amour de nos proches, des gens qui nous ont été chers.Mais c\u2019est la manière : c\u2019était tellement beau, festif, coloré\u2026 Ça transcendait la tristesse.» De l\u2019expérience germa l\u2019idée d\u2019Apapacho, une caresse pour l\u2019âme.Une mort pleine de vie Marquise Lepage et Fanny Mallette reviennent sur un tournage au Mexique fertile en émotions Lorsque Marquise Lepage en fit part, lors d\u2019un séjour subséquent, aux deux productrices mexicaines qui l\u2019avaient invitée au départ, ces dernières déclarèrent que, si la réalisatrice allait de l\u2019avant, elles produiraient le film.Parole tenue, et naissance d\u2019une coproduction entre le Québec et le Mexique.Un air de vérité À ce propos, Fanny Mallette, qui incarne Estelle, se remémore un tournage pareil à aucun autre dans sa carrière.« Après l\u2019avion, on a fait sept heures de route et, lorsque le chauffeur est allé ouvrir la grille une fois à destination, j\u2019ai vu qu\u2019il avait un revolver enfoncé dans son pantalon ! Les productrices n\u2019ont pas lésiné avec notre sécurité : c\u2019était impressionnant.» L\u2019actrice vécut en outre une collaboration artistique pas évidente, mais ô combien enrichissante, avec son Avec Apapacho, Marquise Lepage (à droite) poursuit l\u2019exploration de ses thèmes de prédilection en fiction : la famille, la sororité, et surtout l\u2019enfance.L\u2019actrice Fanny Mallette incarne Estelle, une des trois sœurs.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR partenaire Arturo Rios, alias Jorge, le propriétaire qui loue aux deux femmes la petite maison sise en surplomb de la sienne.Acteur très populaire au Mexique, Rios ne parlait ni anglais ni français\u2026 « Et moi, je baragouine à peine l\u2019espagnol.Donc, l\u2019incompréhension entre nos deux personnages, qui développent doucement des sentiments l\u2019un pour l\u2019autre, on ne la jouait pas tant que ça.Il y avait une bonne part de vérité dans ces scènes-là.Mais j\u2019adore ça, parce que c\u2019est aussi ça, notre métier : se servir de tout ce qui est là, de tout ce qui se présente à nous.C\u2019est très stimulant.» Une approche, en l\u2019occurrence, dont a certainement bénéficié la relation centrale du film, c\u2019est-à-dire celle entre Estelle et Karine, cette dernière interprétée par Laurence Leboeuf.Au- delà des disparités de caractère de leurs personnages, les deux actrices ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR stelle et Karine, deux sœurs que tout ou presque sépare, viennent de débarquer dans une petite ville montagneuse du Mexique.Elles honorent là une tradition familiale puisqu\u2019avec leur sœur Liliane, elles partaient en voyage une fois l\u2019an, rien qu\u2019elles trois.Or, avec le décès récent de Liliane, c\u2019est un peu leur trait d\u2019union qu\u2019ont perdu Estelle et Karine.Du moins, en apparence.Cette année, c\u2019est Karine, la benjamine, qui a choisi la destination.Et la date.C\u2019est qu\u2019au Mexique, on s\u2019apprête à célébrer el Día de los muertos : le Jour des morts\u2026 Avec son film Apapa- cho, une caresse pour l\u2019âme, Marquise Lepage ne fait pas une œuvre autobio- E Apapacho, une caresse pour l\u2019âme prend l\u2019affiche vendredi. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 sont effectivement très complices à l\u2019écran.Certes, c\u2019est leur métier que d\u2019y faire croire, mais il y a plus : cette « vérité » évoquée plus tôt par Fanny Mallette est perceptible là également.« Avec Laurence, ç\u2019a tout de suite cliqué, confie-t-elle.On a fait tout le voyage ensemble : l\u2019avion puis la route.On passait nos journées à travailler ensemble, puis nos soirées à jaser en prenant une petite cerveza\u2026 Elle était la première à qui je disais bonjour le matin et la dernière à qui je disais bonne nuit le soir.On est devenues très proches.Et c\u2019est resté depuis.» Sources d\u2019inspiration Avec Apapacho, Marquise Lepage, par ailleurs une documentariste importante (Des marelles et des petites filles, Le jardin oublié.\u2013 La vie et l\u2019œuvre d\u2019Alice Guy-Blaché, Martha qui vient du froid), poursuit l\u2019exploration de ses thèmes de prédilection en fiction : la famille, la sororité, et surtout l\u2019enfance.Car il faut savoir que, hormis un prologue campé dans le passé, des flash-back ponctuels montrent les trois sœurs, leur mère et leur père au temps de l\u2019enfance insouciante.Mais le fut- elle vraiment ?« L\u2019enfance est pour moi une source inépuisable d\u2019inspiration, note la cinéaste.On est tous le produit de ce qu\u2019on a été enfants, de comment on a grandi, des traumatismes qu\u2019on a vécus.Dans le film, tout part de là pour les personnages.» Aînée responsable, Estelle a protégé, et protège toujours, on s\u2019en rend compte, la plus ouvertement sensible Karine, le proverbial bébé de la famille.On précise « ouvertement » car, sous ses dehors de roc, Estelle se fissure de l\u2019intérieur à force de vouloir contenir une douleur ancienne qui, une fois révélée, jettera un éclairage neuf non seulement sur la situation, mais sur la dynamique des relations entre les trois sœurs.« Au départ, Estelle ne se sent pas du tout à sa place, et pour cette raison je la vois un peu comme le point d\u2019identification du spectateur, qui découvre en même temps qu\u2019elle cette culture si différente et si inspirante, explique la comédienne.En lisant le scénario, j\u2019ai été frappée par l\u2019humour qui s\u2019en dégageait, notamment dans les réactions d\u2019Estelle.Ça parle de mort, de deuil, mais c\u2019est parfois drôle aussi, comme dans la vraie vie : on peut être dans un salon funéraire et être pris de fous rires.» Tellement vrai.D\u2019où ce ton tour à tour triste et gai que maintient Marquise Lepage qui, à terme, fait de son film une entreprise humaine généreuse.En cela que sa démarche, au fond, revient à partager avec le public, en essayant de la lui faire vivre un peu, cette expérience si précieuse qu\u2019elle a vécue lors de ce fameux Día de los muertos.« Le Jour des morts, ça revient à ne pas enterrer l\u2019amour avec les défunts.C\u2019est ce que j\u2019aime des Mexicains : s\u2019ils t\u2019aiment, ils vont te garder dans leur cœur jusqu\u2019à ce qu\u2019eux- mêmes meurent, en un cycle sans fin, quand on y pense.L\u2019amour devient ainsi éternel.Quel cadeau ! » CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE « Dolemite is my name, and fucking up motherfuckers is my game.» Cette tirade des plus fleuries est le mantra d\u2019un macro autoproclamé vêtu avec une extravagance assortie.Il s\u2019agit en l\u2019occurrence d\u2019un personnage de scène créé par Rudy Ray Moore en 1970.Un Eddie Murphy au sommet de son art l\u2019incarne dans un film inspiré de la vie du chanteur, stand-up, acteur et producteur.Quoique ces deux derniers chapeaux ne vinrent qu\u2019après le triomphe dudit personnage dont le phrasé en rimes valut à Rudy Ray Moore d\u2019être surnommé le « parrain du rap ».La vulgarité de son matériel, il la revendiquait en se définissant comme un « expressionniste du ghetto ».Parcours peu banal, que le sien.Or, qui de mieux pour raconter celui-ci que deux des scénaristes parmi les plus iconoclastes de Hollywood : Scott Alexander et Larry Karaszewski.On leur doit notamment les scénarios d\u2019Ed Wood, de Tim Burton, sur le pire réalisateur de tous les temps, et de Larry Flint (The People vs Larry Flint), de Milos Forman, sur le fondateur de la revue Hustler.Au vu de ce passif, on comprend vite l\u2019attrait que Rudy Ray Moore dut exercer sur le duo, entre rêve de cinéma à concrétiser vaille que vaille et anticonformisme sur fond de propos qui dérange.Car Rudy Ray Moore dut batailler pour se lancer en cinéma : malgré la notoriété de son personnage et le fait que le blaxploita- tion était à son plus populaire (Shaft, Super Fly, Cleopatra Jones), Dolemite, le film, n\u2019intéressa aucun joueur du milieu (Moore s\u2019autofinança, au risque de perdre tous ses droits musicaux).Lorsqu\u2019on lui assène que ce n\u2019est pas parce que les gens des cinq pâtés de maisons qu\u2019il connaît veulent voir son film que ça vaut pour le reste du pays, il faut l\u2019entendre rétorquer que ces cinq pâtés de maisons existent dans chaque ville.D\u2019ailleurs, en sous-texte, le film est très habile à montrer la solidarité qui anime spontanément une communauté noire habituée d\u2019être ignorée par la culture blanche dominante.Morceaux de bravoure Dolemite Is my Name a été réalisé par Craig Brewer, derrière l\u2019excellent Hustle and Flow et le bizarre mais captivant Black Snake Moan (et aussi l\u2019épouvantable remake de Footloose, hélas).Le dynamisme constant de sa mise en scène, d\u2019une élégance discrète mine de rien, est en phase avec l\u2019énergie contagieuse de Moore (et sa verbomotricité).Ah ! Il est impossible de ne pas se trémousser un brin au son des arrangements soul et funk propres au blaxploitation.Justement, sans verser dans la caricature d\u2019époque, Brewer recrée l\u2019univers haut en couleur de Moore et de sa bande avec un réalisme saisissant.On s\u2019y croirait.Cette superbe ornementale, à défaut d\u2019une meilleure description, immédiatement identifiable au blaxploita- tion, le cinéaste la réserve à des moments choisis, surtout pendant le tournage de Dolemite, le film dans le film.Lequel tournage survient en seconde partie, la première étant consacrée à la stagnation professionnelle de Moore, à la naissance du personnage de Dole- mite, au succès-surprise des disques d\u2019humour subséquents, etc., le récit opérant par crescendo, une petite victoire en amenant une plus grande.L\u2019ennui est que le scénario d\u2019Alexander et Karaszewski, après un mitan quelque peu flottant, répète la formule.L\u2019impression de redite est toutefois atténuée par la succession de morceaux de bravoure pendant la production de Dolemite dans un immeuble désaffecté.Murphy brillant On l\u2019évoquait d\u2019entrée de jeu, Eddie Murphy est brillant en Rudy Ray Moore (les rumeurs de nomination aux Oscar fusent depuis le TIFF).Il y a en outre quelque chose d\u2019émouvant à le voir effectuer un tel retour en interprétant un personnage qui vit également un comeback.On serait tenté d\u2019écrire qu\u2019il n\u2019a pas été aussi bon depuis ses multiples rôles dans Un prince à New York (Coming to America), Culture Cinéma 9 Eddie Murphy est de retour ! L\u2019acteur donne l\u2019une de ses meilleures performances dans le rôle de l\u2019inénarrable Rudy Ray Moore Dolemite Is my Name Comédie biographique de Craig Brewer.Avec Eddie Murphy, Da\u2019Vine Joy Randolph, Tituss Burgess, Keegan-Michael Key, Wesley Snipes.États-Unis, 2019, 118 minutes.En salle dès maintenant.Sur Netflix à partir du 25 octobre.mais ce serait passer sous silence le délicieux Bowfinger, autre satire d\u2019Hollywood à laquelle on songe de- ci de-là en s\u2019esclaffant devant Dolemi- te Is my Name (le film tient davantage de la comédie que du drame biographique en dépit de passages sérieux).Toute la distribution est pour le compte excellente, de Tituss Burgess dans le rôle de Theodore Toney, ami gai qui est ironiquement le plus straight du groupe, à Da\u2019Vine Joy Randolph dans celui de Lady Reed, protégée et confidente de Moore.Dans le rôle de l\u2019acteur et réalisateur D\u2019Urville Martin, qui accepte à regret de réaliser Dolemite, Wesley Snipes (où était-il tout ce temps ! ?) vole carrément la vedette.Beau joueur, Eddie Murphy n\u2019hésite pas à devenir le faire-valoir de l\u2019équation humoristique dans leurs scènes communes.Quoi qu\u2019il en soit, ces deux-là partagent une chimie comique inattendue.Bonne nouvelle : Craig Brewer les dirigera à nouveau dans Un prince à New York 2, dont on doutait de la pertinence mais qu\u2019on attend soudainement avec impatience.C\u2019est dire la réussite de Dolemite Is my Name.Eddie Murphy est brillant en Rudy Ray Moore (les rumeurs de nomination aux Oscar fusent depuis le TIFF).Toute la distribution est pour le compte excellente.NETFLIX LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 C ultur e Notr e s élection cinéma en s alle 10 Les nouveautés sont en rose Il pleuvait des oiseaux ?Il n\u2019y a pas d\u2019âge pour aimer, dit-on.Il pleuvait des oiseaux, adaptation extrêmement réussie par Louise Ar- chambault du roman primé de Jocelyne Saucier, donne à voir une fort belle illustration de cet adage.On y parle d\u2019amour au temps de la dernière heure, mais également de liberté, et de ce qu\u2019il en coûte, parfois, pour vivre celle-ci jusqu\u2019au bout.Il y est aussi question d\u2019amitié pareillement têtue, d\u2019art, de mémoire\u2026 Ce, sur toile de fond sylvestre accueillante mais indomptée, comme les protagonistes.Du roman, Louise Ar- chambault a su dans un premier temps tirer un scénario très solide, élaguant et fusionnant là où il le fallait.La construction dramatique est imparable.En résultent, hormis un enchaînement fluide à crescendo bien modulé, des partitions particulièrement riches qu\u2019une distribution de haut vol fait siennes.François Lévesque Vers les étoiles (V.F.de Ad Astra) ?1/2 Encore une fois, James Gray (The Immigrant, The Lost of City of Z) affiche haut et fort sa singularité, plus que jamais essentielle, quelque part entre Christopher Nolan (avec qui il partage un exceptionnel directeur photo, Hoye Van Hoytema) et David Fincher.Bien plus qu\u2019une conquête chevaleresque de notre système solaire à ses extrêmes limites, Ad Astra s\u2019affiche aussi, et surtout, comme une impressionnante plongée intérieure, avec des retrouvailles fils- père aux allures grandioses de space opera.Le magnétisme de la musique de Max Richter et un habillage visuel sobre, mais d\u2019un soin méticuleux rehaussent les enjeux dramatiques de ce voyage où les planètes sont autant de gares peuplées de figures inquiétantes et contaminées par les complots.Loin de la flamboyance récemment déployée chez Tarantino, Brad Pitt défend ici une partition d\u2019une émouvante intériorité, sans pour autant masquer sa dégaine de star pleine d\u2019assurance.André Lavoie Le cygne de cristal (V.F.de Crystal Swan) ?Par son style, on pourrait la croire sortie de l\u2019univers de Pedro Almodóvar, et son tempérament frondeur évoque les belles héroïnes délurées des premiers films de Milos Forman.Avec ses vêtements flamboyants et son allure excentrique, Velya ne passe pas inaperçue, et elle ne dissimule jamais son envie de fuir la Biélorussie des années 1990 pour conquérir l\u2019Amérique, si possible comme DJ.Cette quête sera marquée par quelques magouilles qui la conduiront de Minsk, la capitale, à une petite ville industrielle où il lui faudra attendre un coup de fil déterminant au milieu d\u2019une famille dont elle ignore tout.Une situation absurde dans un monde désorganisé par la faillite du système communiste illustrée avec un heureux mélange d\u2019insolence et de gravité par Darya Zhuk, qui témoigne des désillusions d\u2019une jeunesse dont le walkman fut l\u2019une des bouées de sauvetage.André Lavoie Matthias et Maxime ?1/2 Matthias et Maxime sont amis depuis l\u2019enfance.Or, à cause d\u2019un pari, ces hétéros convaincus se voient contraints d\u2019échanger un baiser.Survient alors l\u2019impensable : et s\u2019ils s\u2019aimaient ?Avec son brio coutumier mais un supplément de tendresse, Xavier Dolan s\u2019interroge sur les notions d\u2019amitié et d\u2019amour dans un contexte où le cœur n\u2019en fait qu\u2019à sa tête.Le cinéaste crée un lien d\u2019empathie particulièrement puissant, en plus de livrer, comme son partenaire Gabriel D\u2019Almeida Freitas, une formidable prestation.L\u2019auteur n\u2019a rien perdu de sa verve, quoiqu\u2019il ponctue son film de regards et de silences qui parlent davantage.À la mise en scène, l\u2019approche plus contenue séduit, en phase avec des protagonistes qui répriment leurs émois.Le flot visuel emporte le spectateur de la même manière que le doute happe Mat et Max.On vibre avec eux, pour eux, dans l\u2019espoir qu\u2019ils se retrouvent.Qu\u2019importe si c\u2019est en amitié ou en amour.François Lévesque Dolemite Is my Name ?Écrite par Scott Alexander et Larry Karaszewski (Ed Wood) et réalisée par Craig Brewer (Hustle and Flow), cette comédie biographique à l\u2019énergie contagieuse fait honneur à son sujet : le chanteur, stand-up, acteur et producteur Rudy Ray Moore, considéré comme le parrain du rap.De la création du personnage scénique Dolemite, un pimp verbomoteur s\u2019exprimant en rimes salaces, à la sortie de la production éponyme autofinancée, un fleuron du blaxploita- Downton Abbey ?Serait-ce un cadeau de Noël à l\u2019avance que nous livrent Julian Fellowes et Michael Engler?Toujours est-il que, malgré sa prémisse plutôt simple, le roi et la reine s\u2019amenant à Downton, cet élégant téléfilm saura charmer les fidèles de la luxueuse série britannique, dont l\u2019esprit n\u2019a aucunement été trahi.Sur fond d\u2019histoire de succession, le scénariste évoque au passage la condition féminine, l\u2019homosexualité, les rapports entre les classes, les traditions et l\u2019évolution des mœurs.Au menu: de rares moments d\u2019émotion, mais de nombreuses scènes comiques et répliques assassines de la comtesse douairière, incarnée par l\u2019impériale Maggie Smith.En résulte un ballet sophistiqué où le réalisateur dirige de main de maître une distribution au diapason dans une mise en scène qui ne révolutionne pas le genre, mais qui tire profit des somptueux décors.Manon Dumais Official Secrets ?Katherine Gun n\u2019avait rien d\u2019une militante, encore moins d\u2019une Mata-Hari.Or, en 2003, cette employée des services secrets britanniques se rend compte que son pays et les États-Unis s\u2019apprêtent à utiliser des moyens douteux pour faire pencher le Conseil de sécurité des Nations unies en faveur d\u2019une intervention militaire en Irak.quagénaire mythomane.Ces failles sont révélées dans le cabinet d\u2019une médecin (Nicole Garcia), désarçonnée devant la franchise et le désespoir de celle qui pourrait être l\u2019héroïne d\u2019un roman.Et qui le sera, d\u2019une certaine façon, une surprise parmi d\u2019autres dans ce récit captivant aux allures de troublante traversée du miroir.André Lavoie tion, le film brosse un portrait de milieu captivant.La musique funk et soul ainsi que la direction artistique haute en couleur, hyper précises toutes deux, contribuent au charme.En sous-texte, on évoque habilement la solidarité qui anime une communauté noire habituée d\u2019être ignorée par la culture blanche dominante.En Rudy Ray Moore, Eddie Murphy est brillant.Et il y a quelque chose d\u2019émouvant à le voir effectuer un tel retour en interprétant un personnage qui vit également un comeback.François Lévesque Vivre à 100 milles à l\u2019heure ?Pas tout à fait reconnu comme un cinéaste de comédies, Louis Bélanger a affiché beaucoup d\u2019humour dans Les mauvaises herbes, et remet ça dans son dernier film, amusant et attendrissant récit d\u2019apprentissage où il a mis beaucoup de lui-même.Plus encore que dans Gaz Bar Blues, il re- visite son passé avec franchise et inventivité, reconstituant les délirantes années 1970 à travers la camaraderie de trois délinquants en puissance pour qui l\u2019école était surtout un territoire de vente de drogues en tous genres.Au centre de cette petite entreprise, Louis, un garçon sensible au regard aiguisé, et pas seulement grâce à son appareil photo, découvre ce qu\u2019il en coûte de dépasser les limites et de filer sur les routes de l\u2019illégalité.Un tour de force où plusieurs jeunes acteurs défendent un même personnage à différents âges, et une approche tonifiante de l\u2019univers de l\u2019adolescence qui n\u2019est pas sans rappeler les insolences de Jean- Marc Vallée dans C.R.A.Z.Y.Louis Bélanger a signé sa variation, tout aussi personnelle.André Lavoie Celle que vous croyez ?1/2 Ce n\u2019est pas la première écorchée que Juliette Binoche incarne depuis le début de sa brillante carrière, et ça ne sera pas la dernière.Dans le nouveau film de Safy Nebbou (Le cou de la girafe, Dans les forêts de Sibérie), elle défend un personnage en apparence plein d\u2019assurance, surtout lorsqu\u2019elle enseigne la littérature.Ce n\u2019est pas le cas dans l\u2019intimité, d\u2019abord larguée par le père de ses deux fils, ensuite par un jeune amant, cherchant vite à reprendre contact.Elle le fera grâce à un avatar sur Facebook, tissant des liens virtuels avec son colocataire, Alex (François Civil), un séduisant photographe qui craque pour cette femme qu\u2019il croit aussi jeune que lui, ignorant qu\u2019il s\u2019emballe pour une quin- Abominable ?Dans cette histoire largement inspirée du fameux E.T.de Steven Spielberg, un adorable et très expressif yéti s\u2019échappe du laboratoire où il est confiné, en plein cœur d\u2019une métropole chinoise, et se réfugie sur le toit d\u2019un appartement.Il y fait la connaissance de Yi (Chloe Bennet), une adolescente introvertie.Ensemble, ils entreprennent une longue épopée à travers le pays vers le plus haut sommet du monde, poursuivis par de vilains chercheurs appâtés par le gain.Qu\u2019importent les clichés, c\u2019est dans les sublimes animations qu\u2019Abominable trouve son souffle.Car la réalisatrice Jill Culton, sans avoir les moyens et les technologies de ses concurrents chez Disney, tire de véritables merveilles des paysages de l\u2019empire du Milieu.Au-delà des sempiternelles leçons sur l\u2019amitié, la famille et le pouvoir des rêves, Abominable rappelle que la beauté et la rareté se trouvent juste sous nos yeux, et qu\u2019il ne tient qu\u2019à nous de les protéger.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Kuessipan ?Myriam Verreault (À l\u2019ouest de Pluton) a su déceler le potentiel cinématographique du premier roman de Naomi Fontaine, œuvre sinueuse et poétique sur les splendeurs et les misères de la communauté innue.À partir de cette évocation, la cinéaste a imaginé l\u2019histoire d\u2019une amitié indéfectible et d\u2019un amour quasi inconditionnel, deux choses qui ne font pas toujours bon ménage, surtout à l\u2019adolescence.Mikuan et Shaniss, unies comme pourraient l\u2019être deux sœurs inséparables, portent les douleurs propres aux Autochtones, tiraillements accentués par la rudesse de leur milieu et la présence d\u2019un jeune Blanc qui a su conquérir le cœur sensible de Mikuan, l\u2019alter ego de la romancière.Tour à tour récit d\u2019apprentissage, portrait d\u2019un univers méconnu et tendre évocation des contradictions sentimentales ainsi que des bienfaits des aspirations artistiques, Kuessipan, qui signifie «À toi» en innu, s\u2019adresse à tous et touche à l\u2019universalité des sentiments.Des plus nobles aux plus troubles.André Lavoie LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture L\u2019homme gémeau (V.F.de Gemini Man) ?1/2 Parmi les grands talents d\u2019Ang Lee figure celui d\u2019être là où on l\u2019attend le moins, gambadant d\u2019un genre à l\u2019autre avec plus ou moins de bonheur, qu\u2019il s\u2019agisse de la science-fiction (Hulk), du Menteur ?La quatrième comédie d\u2019Émile Gaudreault avec Louis-José Houde propose du plaisir décuplé\u2026 par une nouvelle dimension.Effets spéciaux en sus.Le récit s\u2019appuie sur une théorie aussi loufoque que séduisante.Menteur compulsif, Simon (Houde) ne se rend pas compte du mal qu\u2019il fait à ses proches, en premier lieu à son jumeau Phil (Antoine Bertrand).Une fois Simon puni par des forces supérieures, ses mensonges deviennent réalité et provoquent un chaos parfois gênant, parfois drôle.La distribution de haut calibre mêle, comme d\u2019habitude chez Gaudreault, humoristes et acteurs de formation.Et comprend la présence furtive, hilarante, d\u2019une grande dame du show-biz.Jérôme Delgado western (Brokeback Mountain) ou du drame historique (Taking Woodstock).Il effectue un autre retour vers le futur, remettant sur les rails un projet qui traîne depuis quelques décennies sur les étagères d\u2019Hollywood, et qui aurait dû y rester.Un tireur d\u2019élite incarné par Will Smith rêve de prendre sa retraite, mais ses supérieurs ne le voient pas ainsi.Il est donc pourchassé pour être liquidé par une version rajeunie de lui-même, un clone prétendument sans états d\u2019âme.La prouesse technologique n\u2019arrive jamais à masquer les faiblesses d\u2019un scénario à (petits) numéros et le manque de tonus des scènes d\u2019action qui feraient bâiller d\u2019ennui James Bond et Jason Bourne.André Lavoie Après qu\u2019elle eut dévoilé le stratagème, son geste de courage (plusieurs ont dit: de trahison) en a fait une bête traquée, compromettant la sécurité de son mari (de confession musulmane) et provoquant bien des remous politiques.Gavin Hood, un habitué de ce cinéma de la dénonciation (Rendition, Eye in the Sky), évoque le chemin de croix de cette héroïne, décortiquant au passage les remous journalistiques de l\u2019affaire et ceux du monde juridique.Des acteurs de premier plan jouent dans ce film empreint de classicisme, où tous les artifices sont au service d\u2019une cause, celle de la vérité non trafiquée par l\u2019État.André Lavoie Judy (V.O.et V.F.) ?Judy aurait pu se résumer à un énième portrait de déchéance glamour dont le showbiz a le secret.À vrai dire, le film, dont la trame reste prévisible, est parfois cela.Ainsi, après une première réussie à Londres où elle est forcée de se produire, les tendances autodestructrices de la star déchue la rattrapent.Mais on va néanmoins au-delà de la formule, d\u2019éclairants retours en arrière remettant en perspective les déboires du moment en leur donnant une genèse.Ces pilules coupe-faims et ces somnifères imposés par le studio à l\u2019adolescence, ce «body-shaming» avant la lettre: usée prématurément, Judy Garland.Ces blessures psychiques et physiques, Renée Zellweger les porte dans son regard, dans sa posture, dans sa voix.Et quelle voix! Sa composition cousue main pour les Oscar rehausse de beaucoup le niveau d\u2019intérêt d\u2019une production ne cassant rien rayon cinéma.Un bon petit film, certes, mais surtout, une grande performance.François Lévesque Roxane ?Un gros producteur de son coin de Bretagne s\u2019étant converti au bio, Raymond apprend que sa coopérative n\u2019achètera plus ses œufs.Menacé de faillite, l\u2019éleveur tente de générer un buzz Internet en jumelant sa poule favorite, Roxane, et sa passion pour Cyrano.D\u2019emblée, on ne sait trop si de cette prémisse résultera une comédie fantaisiste, un drame social sur la ru- ralité ou une fable défendant le mode de vie paysan.Hélas, tant du côté de la teneur que de celui du ton, le film ne se décide pas.En dépit de ses nobles idéaux, la proposition n\u2019intéresse ainsi que par intermittence, faute d\u2019une approche cohésive.Guillaume de Tonquédec et Léa Drucker livrent toutefois de fortes interprétations.Mais c\u2019est trop peu, la construction s\u2019avérant répétitive, sans parler de cette fin bonbon faisant suite à des développements soudain très sérieux: guère convaincant, là encore, comme si le film voulait le beurre et l\u2019argent du beurre.Ou plutôt, l\u2019œuf ET la poule.François Lévesque Joker (V.O.et V.F.) ?1/2 Arthur traîne sa dégaine de clown triste dans un enfer urbain qu\u2019il n\u2019égaie guère.Humilié et battu à répétition, il en a un jour assez: naissance du Joker.De manière revendiquée, et très appuyée, Todd Phillips s\u2019inspire du Taxi Driver de Scorsese, son Joker qui s\u2019enfonce dans une (languissante) spirale d\u2019aliénation et de violence étant un quasi-décalque de Travis Bickle.Directions photo et artistique reproduisent fidèlement (ou servilement) l\u2019esthétique du modèle.On salue le savoir-faire, même si l\u2019essentiel émane d\u2019un autre film.Des éléments subversifs séduisent, tel l\u2019avilissement du clan Wayne (d\u2019où émergera Batman).L\u2019aspect le plus dérangeant, dans le bon sens, tient toutefois au fait que, même à son plus sombre, le film de superhéros repose sur la promesse tacite que le bien triomphera.Or, Joker n\u2019est pas un film de superhéros: c\u2019est un film d\u2019anti-su- perhéros.Voilà au moins un élément qui n\u2019est pas emprunté.François Lévesque \u2014 Une voix s\u2019élève: celle d\u2019une jeune ?lle et son refus des conventions.Billetterie ?514 845-7277 QUATSOUS.COM en prévente Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Avec Reda Guerinik, Laetitia Isambert, Simon Landry-Désy, Nathalie Mallette, Etienne Pilon Texte ÉTIENNE LEPAGE Mise en scène CLAUDE POISSANT 22 OCTOBRE 16 NOVEMBRE 2019 Le ravissement La quête d\u2019affranchissement de Nathalie Doummar Dans Sissi, elle combine les chapeaux de dramaturge et de comédienne dans un exercice vertigineux L\u2019artiste de 36 ans estime qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019au début d\u2019une découverte d\u2019elle-même.« Je sens que je fais tout à retardement.» MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR o u t v a v i t e d a n s l\u2019univers de Nathalie Doummar.La comédienne et auteure vit ces jours-ci un tourbillon qui se reflète dans son énergie anxieuse.Celle qui vient de remporter un prix Gémeaux pour les textes de Teodore pas de H s\u2019active sur plusieurs fronts à la fois : elle développe une deuxième série Web et « potentiellement » un projet à la télévision, répète Nelligan au Théâtre du Nouveau Monde et s\u2019apprête à tourner un film de Sylvain Lavoie pendant les représentations de sa pièce Sissi, où elle tiendra le rôle-titre \u2014 en alternance, horaire oblige, avec la « sublime » Sylvie De Morais-Nogueira.Tout ça en élevant ses deux fillettes.« Je pense que c\u2019est un moment charnière, dit-elle en sirotant son verre de vitamine C, dans l\u2019espoir de se garder en santé.C\u2019est une grosse vague, et il ne faut pas que je la rate.J\u2019essaie de faire le mieux possible dans chaque sphère.C\u2019est drôle, hein ?Parfois il n\u2019y a rien, et subitement, tout arrive en même temps.Alors on essaie de se diviser en quatre, cinq.Mais ça ne pourrait pas être un mode de vie [durable].» Sa nouvelle création à la Petite Licorne T LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Théâtre 12 75 3 SPECTACLES Taxes incluses $ seulement! PREMIÈRE MONDIALE! JAZZ EN 3 TEMPS! DOMINIQUE FILS-AIMÉ STAY TUNED! 28 MARS KIM ZOMBIK ET NICOLAS CALOIA LES GENS, LES LIEUX ET LES ESPACES 12 DÉCEMBRE YANNICK RIEU MACHINATIONS (LANCEMENT D'ALBUM) 17 OCTOBRE \u2014 où sa première pièce, Coco, a été jouée à guichets fermés en janvier 2016 \u2014 traite justement, entre autres, de pression.Celle que ressent Sissi pour être la meilleure mère possible pour son jeune fils, tout en s\u2019accomplissant dans sa pratique de danseuse contemporaine.« Elle cherche comment trouver un équilibre entre tous les désirs qu\u2019elle éprouve.Elle veut aussi s\u2019affranchir des codes dans lesquels elle se sent un peu prise, et se sentir comblée sur le plan amoureux.» En quête d\u2019un modèle de maternité différent, moins autoritaire, la Québécoise d\u2019ascendance égyptienne se lie d\u2019amitié avec sa voisine, une « de souche » dont elle envie la décontraction.« Elle idéalise beaucoup la culture québécoise.Sissi vit un déchirement par rapport à sa culture égyptienne.» Et dans sa quête d\u2019affranchissement face à ces valeurs traditionnelles qui ne lui conviennent pas, elle en vient à vouloir réinventer le couple, la famille, la notion de fidélité.« Elle pousse très loin tout ce qu\u2019elle peut remettre en question.Elle veut briser les normes sociales.Elle essaie de se libérer de toutes ses limites.» Une quête existentielle racontée avec beaucoup d\u2019autodérision, l\u2019humour étant un registre qui vient naturellement à Nathalie Doummar, même dans la noirceur.L\u2019auteure a confié sa pièce à Marie-Ève Milot, qui l\u2019avait dirigée dans Chienne(s), au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, et dont elle avait beaucoup aimé la façon de travailler.« Et j\u2019en suis heureuse parce que j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle comprend dans mon texte, sur lequel je ne pouvais pas avoir de recul, des choses que je n\u2019étais pas capable de nommer moi-même.» Deuxième génération Si la pièce n\u2019est pas autobiographique, sa protagoniste lui ressemble beaucoup.Nathalie Doummar a grandi à Montréal au sein d\u2019une « très belle communauté » égyptienne chrétienne tissée serrée.Durant ce qu\u2019elle décrit comme une véritable vague de mariages successifs entre membres de cette collectivité, elle a épousé un ami d\u2019enfance.« Je trouvais que tout ça s\u2019était passé assez vite.Et je sentais que je n\u2019avais pas eu l\u2019occasion de découvrir qui j\u2019étais vraiment avant de prendre des décisions de vie aussi importantes.L\u2019idée de la pièce est partie de là.» Comme son personnage, l\u2019auteure a traversé ce conflit de valeurs entre culture d\u2019accueil et culture d\u2019origine que vit souvent la deuxième génération issue de l\u2019immigration.« J\u2019ai toujours été dans les deux sphères.Mais au secondaire, mon groupe d\u2019amis, c\u2019était la gang \u201cquébécoise\u201d de l\u2019école.Chez nous, on est beaucoup encouragés à faire l\u2019amour après le mariage.Mes amies avaient des chums, pas moi.Je les voyais vivre leur sexualité, et j\u2019étais déchirée.J\u2019ai toujours été [tiraillée] entre ces façons d\u2019être.Ce déchirement m\u2019a fondée.» Cette multiplicité peut toutefois servir à l\u2019écriture.« Une chance qu\u2019il y a la création.C\u2019est lourd à porter, autant de déchirements.L\u2019écriture canalise ça et [lui apporte] un sens.» Sissi Texte : Nathalie Doummar.Mise en scène : Marie-Ève Milot.Avec Mustapha Aramis, Nathalie Doummar en alternance avec Sylvie De Morais- Nogueira, Mathieu Quesnel et Elisabeth Sirois.Une production de Tableau Noir et Osmose, présentée du 21 octobre au 22 novembre à La Petite Licorne.Parcours L\u2019artiste de 36 ans estime qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019au début d\u2019une découverte d\u2019elle- même.« Je sens que je fais tout à retardement.» Ainsi, elle a fait un détour de deux années par le métier d\u2019enseignante avant d\u2019assumer son désir de devenir actrice et d\u2019entrer au Conservatoire d\u2019art dramatique, à 25 ans.« Je savais que j\u2019allais essayer un jour, mais je n\u2019osais pas.Toutes mes amies étudiaient en médecine dentaire, en génie\u2026 Je savais aussi qu\u2019un bac allait rassurer mes parents.» L\u2019art n\u2019est pas nécessairement un choix de carrière très valorisé par des immigrants.« Ils ont vécu beaucoup d\u2019instabilité.Alors c\u2019est dur de concevoir que leur enfant va travailler dans un [milieu] précaire.Et ça reste une vie pas facile.» La découverte de l\u2019écriture a été une surprise dans son parcours, grâce à une création collective dirigée par Frédéric Blanchette au Conservatoire.« Je trouvais que j\u2019avais de bonnes idées.Et je sentais le désir de tout décider.Alors ça a planté une graine.» Après sa formation, l\u2019écriture fut une manière de se donner un rôle, à elle et à ses amis sans contrats.Enceinte, cette grande anxieuse obsédée par la mort depuis l\u2019enfance désirait surtout écrire une pièce pour sa fille.« Je me disais : si je meurs, au moins mon enfant aura une idée de qui j\u2019étais\u2026 Même si Coco ne racontait pas mon histoire.» Le succès du spectacle l\u2019a encouragée à poursuivre.Tout comme ce Gémeaux inattendu récompensant sa websérie.« C\u2019était la preuve que je suis à ma place.Même si je n\u2019ai pas de formation en écriture.Mais je pense qu\u2019instinctivement, je me débrouille bien.» Pour Nathalie Doummar, l\u2019écriture est devenue aussi importante que le jeu.Mais elle juge très difficile de concilier ces deux métiers.Dérangeant de quitter sa bulle d\u2019écriture pour préparer un rôle.« Mais lorsque je répète avec une gang comme celle de Sissi, je pense que c\u2019est là où je suis le plus heureuse au monde.» Bref, elle ne peut pas sacrifier l\u2019un pour l\u2019autre.« C\u2019est encore une fois un déchirement.Ça va toujours me suivre.» Dans Sissi, elle combine les deux en portant le rôle-titre.Un exercice vertigineux.« Ce serait plus confortable pour moi de me cacher et de laisser une autre actrice la jouer.Mais je n\u2019ai jamais eu à livrer un texte aussi dense : du début à la fin, elle parle sans cesse.C\u2019est comme si je suis en train de réapprendre le métier de comédienne.Et c\u2019est une histoire très personnelle, je n\u2019ai jamais rien écrit d\u2019aussi personnel.C\u2019était important pour moi de la livrer jusqu\u2019au bout.» C\u2019est aussi une manière pour l\u2019actrice de lutter contre ses peurs.« En fait, ça fait partie un peu de mon affranchissement, d\u2019assumer la pièce complètement sur scène\u2026 » Culture LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 EN RAPPEL dès le 22 octobre pour 10 représentations seulement P h o t o : J e a n - F r a n ç o i s G r a t t o n , S h o o t S t u d i o UN OBJET DE BEAUTÉ.EN PLONGEANT DE \u2014 Luc Boulanger, La Presse+ (mars 2018) adaptation Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid mise en scène Olivier Kemeid assistance à la mise en scène Catherine La Frenière coproduction Théâtre du Nouveau Monde Théâtre du Trident Trois Tristes Tigres LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 C ultur e Arts vivants 14 « Vivant dans une ville du Mont-Liban, Yvonne a mis fin à la vie de ses trois filles le 19 novembre 2019, en leur faisant manger de la salade de fruits à la mort aux rats, puis s\u2019est suicidée.C\u2019était une femme dont la vie était enviée de tous.J\u2019ai remué ciel et terre pour obtenir la vidéo qu\u2019elle avait laissée avant de se donner la mort.Mais la vidéo avait disparu, comme si elle avait été enterrée avec elle.Alors, j\u2019ai décidé de donner ma propre version des faits à partir des bribes que j\u2019avais glanées, en invitant le public à imaginer les raisons pour lesquelles Yvonne avait agi de la sorte.» S\u2019interrogeant sur « les autres possibilités d\u2019une Médée contemporaine au Liban », la comédienne raconte aussi l\u2019histoire de Zahra, une jeune femme que les déceptions avaient menée à élever ses enfants dans l\u2019idéologie du combat et du martyre, une Médée par procuration.« Le théâtre, une agora permanente » « Dans Jogging, je raconte les histoires passées sous silence, les histoires que personne ne va raconter, dit Hanane Hajj Ali.C\u2019est une pièce qui stimule l\u2019esprit critique.Le théâtre doit réintégrer sa fonction principale, être une agora permanente pour les citoyens.» Afin de pouvoir présenter Jogging au Liban, où chaque œuvre théâtrale, chorégraphique ou cinématographique doit recevoir le sceau des instances responsables de la censure avant de voir le jour, la comédienne a fait le tour des salles de théâtre et s\u2019est heurtée à des portes closes, avant de trouver un subterfuge de génie : « Mes collaborateurs et moi avons donné à voir la pièce gratuitement dans tous les coins du Liban.Par contre, comme les publications échappent au contrôle de la censure, le texte a été vendu en arabe, en français et en anglais, ce qui a permis au public de nous soutenir.» Combinant mouvement et parole (en arabe, surtitrée en français et en anglais), la pièce est d\u2019une grande physi- calité.À la manière de bien d\u2019autres flâneurs qui sillonnent la ville ou la campagne (telle une Virginia Woolf citée d\u2019ailleurs dans Jogging), le corps n\u2019y est pas seulement le véhicule qui a permis à l\u2019œuvre d\u2019émerger, mais aussi « une carte de sensations, de vaisseaux et d\u2019idées », explique la créatrice.Que ce soit à Beyrouth ou ailleurs, dans la quinzaine de pays où Hanane Hajj Ali a présenté Jogging, « les spectateurs étaient surpris qu\u2019une femme arabe qui porte le foulard soit actrice et soit aussi libre dans son corps et sa parole ».Un corps à soi L\u2019une donne corps aux histoires tues, l\u2019autre redessine la grammaire corporelle masculine ENTREVUE NAYLA NAOUFAL COLLABORATRICE LE DEVOIR u programme de la troisième biennale du Festival altérité, pas à pas se trouvent deux propositions déjouant chacune à sa manière les conventions sociales en matière de modèles corporels dans l\u2019espace public, toutes deux en provenance du Liban : la Médée protéiforme de la comédienne Hanane Hajj Ali et les corps masculins en transe de la chorégraphe Nancy Naous.« Tous les matins, je cours, j\u2019erre dans Beyrouth, raconte au téléphone Hanane Hajj Ali, l\u2019une des figures centrales du théâtre libanais.En courant, j\u2019ai des rêves érotiques, des rêves de théâtre à propos de personnages que je n\u2019ai jamais joués sur scène ».Et lorsqu\u2019elle rentre chez elle, la comédienne note les idées rescapées de sa déambulation quotidienne.De ce processus est né un monologue empli d\u2019autodérision, que Hanane Hajj Ali crée en 2013 dans un festival de rue au Liban, Nehna wel Amar wel Jiran (Nous, la lune et les voisins) avec la collaboration de ses directeurs artistiques, Éric Deniaud et Aurélien Zouki.Sur les marches de l\u2019escalier Vendôme à Mar Mikhaël, un quartier populaire beyrouthin en cours de gentrification, l\u2019artiste court et danse sur un tapis roulant devant un public réunissant les riverains, des curieux et des aficionados de théâtre.Sur l\u2019invitation du Moussem Centre Nomade des arts à Bruxelles, la militante culturelle qui œuvre pour la liberté d\u2019expression s\u2019attelle ensuite à créer une pièce de théâtre en intégrant à ce premier monologue le personnage de Médée : « Pendant l\u2019un de mes joggings, j\u2019ai rêvé que j\u2019étouffais mon fils, alors très malade.J\u2019étais horrifiée.Puis il m\u2019est venu à l\u2019esprit que j\u2019avais toujours refusé de jouer Médée, car je n\u2019étais pas convaincue qu\u2019une femme puisse tuer ses enfants.Tout cela m\u2019a amenée à revisi- ter mes idées sur Médée, mon rapport à ma vie, la maternité, le théâtre\u2026 J\u2019ai alors lu et vu tout ce qui a été fait sur Médée.La pièce est profondément marquée par deux écritures qui me fascinent, le classique avec Euri- pide, et Médée Matériau du dramaturge allemand Heiner Müller.» Lauréate du prix Vertebra Prize for Best Actor au Festival Fringe à Édim- bourg en 2017, la pièce Jogging est nourrie par la lecture que fait la comédienne des vies de deux Libanaises, qu\u2019elle renomme Yvonne et Zahra : A Proposer d\u2019autres corporéités en réinventant les gestuelles traditionnelles, tel est le sillon creusé par la création Fa\u2019addebhou li (Dresse-le pour moi) de Nancy Naous.MURAT DÜRÜM LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 au sol et de sauts initialement liée à l\u2019agriculture et aux moissons, la dabké est pratiquée main dans la main, en ligne et en cercle, dans les pays arabes du pourtour méditerranéen : « Ça m\u2019intéresse de revisiter ces danses traditionnelles pour proposer un autre imaginaire du corps, explique la chorégraphe.Je me suis aussi beaucoup inspirée du zar, un rituel musical égyptien pratiqué pendant les cérémonies de naissance.On y joue une musique envoûtante basée sur des percussions orientales et on répète des mouvements de plus en plus rapidement, jusqu\u2019à générer un état de transe.Dans Fa\u2019addebhou li, des mouvements de dabké et de danse orientale sont répétés, amplifiés.Quand je demande aux danseurs de faire trembler le bassin, on ne voit plus que le bassin trembler.Ce n\u2019est plus de la danse orientale ni de la danse contemporaine.Il y a une sorte de libération, on revient à l\u2019essence du corps, au corps tout nu.» Jogging, Théâtre en chantier / Fa\u2019addebhou li (Dresse-le pour moi) Concept, texte et performance : Hanane Hajj Ali.Avec la collaboration à la mise en scène d\u2019Éric Deniaud et d\u2019Abdallah Al Kafri.À Montréal, Arts interculturels, 24 et 25 octobre./ Chorégraphie : Nancy Naous Interprètes : Nadim Bahsoun et Alexandre Paulikevitch.À Montréal, Arts interculturels, 18 et 19 octobre.Hanane Hajj Ali est une référence incontournable dans le monde du théâtre libanais.Dans sa pièce Jogging, elle raconte les histoires passées sous silence, les histoires que personne ne va raconter.MARWAN TAHTAH Culture Ni danse orientale ni danse contemporaine Proposer d\u2019autres corporéités en réinventant les gestuelles traditionnelles, tel est le sillon creusé par la création Fa\u2019addebhou li (Dresse-le pour moi) de la chorégraphe Nancy Naous, également à l\u2019affiche au MAI dans le cadre du Festival altérité : « Au Liban, les attentes sociales vis-à-vis de la masculinité imposent un modèle de corps assez strict, raconte la créatrice installée à Paris.La pièce se penche sur la construction du corps masculin dans les sociétés arabes.Mais quand on l\u2019a présentée en France et qu\u2019on a eu un débat avec le public ensuite, je me suis rendu compte que l\u2019idée de ce que devrait être un corps d\u2019homme existe aussi ailleurs.» Pour interpréter cette création, Nancy Naous a fait appel aux danseurs Nadim Bahsoun et Alexandre Paulike- vitch.Chorégraphe virtuose explorant toute la palette d\u2019états de corps offerts par le baladi, celui-ci est le fer de lance d\u2019un mouvement de réécriture des corporéités arabes dansantes par la déconstruction, la réappropriation ou la transformation des rituels et des gestuelles traditionnelles, dans lequel s\u2019inscrit aussi Ali Chahrour, précédemment programmé au Mai et au FTA.Quant à Nancy Naous, il s\u2019agit de la seule chorégraphe à puiser dans la matière du baladi et de la dabké.Danse rythmique et collective faite de frappes www.festivalphenomena.com PHÉNOMENA 8e FESTIVAL SAMEDI 19 OCTOBRE 2019 20 H LA SALA ROSSA 18 $ CABARET DADA DEDE LALA PIRE ESPÈCE THÉÂTRE DE LA PIRE ESPÈCE (MARCUS ET M.POULPE REÇOIVENT) LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 C ultur e Art s vi suels 16 CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR La Fonderie Darling ne se démarque pas uniquement comme centre d\u2019exposition, mais aussi comme lieu de résidence dont les activités font d\u2019ailleurs souvent l\u2019objet de présentations publiques.Le plus ancien de ses programmes est celui de la Résidence des Amériques, actif depuis dix ans, que souligne cet automne l\u2019organisme avec deux expositions chapeautées par l\u2019intitulé Archipel des invisibles.Alors qu\u2019elles mettent en avant le fait d\u2019offrir une visibilité à des artistes de la diversité culturelle, en l\u2019occurrence ici de l\u2019Amérique latine, les deux expositions remettent en question avec brio cette notion même de visibilité pour en faire entendre la portée plurivoque.S\u2019il est en effet question de sous-représentativité de certains groupes dans la société, qu\u2019en est-il de toutes ces représentations, persistantes dans le temps, qui servent des idées colonialistes ou sexistes ?Et que dire aussi des dispositifs de surveillance toujours plus nombreux qui, par reconnaissance faciale par exemple, fichent les gens et fixent les identités ?Les œuvres réunies trouvent dans l\u2019anonymat, la dé- construction, l\u2019appropriation et le fragment des stratégies qui mettent à l\u2019épreuve un tel régime du visible.Dérive Dans la grande salle, la commissaire maison, Ji-Yoon Han, présente des œuvres du Chilien Javier González Pesce, qui est passé par la Fonderie comme résident en 2014 et qui obtient maintenant son premier solo en Amérique du Nord.Dans The Island of the Un-adapted, des panneaux La figure reste incomplète et le visage anonyme, un anonymat salutaire suivant le propos de la commissaire.Dénué d\u2019identité, ce visage « trouve une forme de puissance » du fait, avance- t-elle, qu\u2019il pourrait offrir une résistance aux systèmes de reconnaissance et à leurs mécanismes de contrôle.Camouflage Il ne s\u2019agit pas non plus de se fondre dans le paysage, sans quoi le danger serait de se faire oublier, de ne pas exister, d\u2019où le nécessaire exercice de mettre néanmoins en vue, de rendre visible.Cet enjeu est exploré plus avant par la commissaire portoricaine Marina Reyes Franco (résidente en 2016), qui a réuni les œuvres de trois de ses congénères artistes des îles des Caraïbes.Elle s\u2019attaque aux représentations stéréotypées des Caraïbes dont plusieurs, cherche à démontrer la commissaire, sont héritées de l\u2019empire colonial et du regard occidental.L\u2019économie touristique en est l\u2019exemple prégnant en cultivant une image qui répond aux fantasmes des étrangers, faisant en sorte que les différents pays qui composent la région se disputent leur attention.L\u2019exposition Résister au paradis, venue de New York où elle a été primée, se présente comme une rencontre symbolique visant à contrer ce qui, au nom du tourisme étranger, éloigne les nations caribéennes les unes des autres, bien que proches géographiquement et historiquement liées par l\u2019exploitation colonialiste.L\u2019œuvre du Jamaïcain Leasho Johnson se déploie sur une grande surface murale et passe par la manipulation d\u2019une imagerie du XIXe siècle qui dépeignait avec pittoresque le travail des esclaves dans des paysages tropicaux.L\u2019artiste confond les images et leur provenance, insérant un personnage truculent qui, par exagération, humour et hommage au dancehall jamaïcain \u2014 où l\u2019analogie de la bataille est présente \u2014, déconstruit l\u2019assise des représentations définissant par la domination l\u2019identité noire.De leur côté, Deborah Anzinger et Jori Minaya inscrivent leur propre corps dans le paysage, ce territoire livré en images au regard de l\u2019autre.En peinture et en vidéo, elles montrent une assimilation de leur présence à la nature traitée comme un motif, par contraste ou camouflage, tel un caméléon.La vidéo de Minaya, qui a grandi en République dominicaine mais qui vit à New York, où elle est née, apparaît comme la plus aboutie des œuvres.Sous les airs progressivement entraînants de la chanson Siboney interprétée par Connie Francis, l\u2019artiste se met en scène dans un cube blanc muséal où elle réalise une peinture murale aux motifs floraux exotiques, méthodique ouvrage qu\u2019elle anéantit aussitôt.Le geste ruine les conventions occidentales en peinture de la figure féminine racisée, allongée et passive.L\u2019artiste au travail rend paradoxalement visibles les signes d\u2019oppression en les effaçant et, ce faisant, en s\u2019affirmant comme le sujet actif d\u2019une représentation complexe.Ébranler le régime du visible La Fonderie Darling célèbre dix ans de collaboration avec l\u2019Amérique latine Two Ways to Disappear Without Losing the Physical Form / Resisting Paradise Javier González Pesce / Deborah Anzinger, Leasho Johnson et Joiri Minaya.À la Fonderie Darling jusqu\u2019au 8 décembre.Joiri Minaya, Siboney, 2014 JOIRI MINAYA œuvres, qui exploitent aussi l\u2019échelle des objets en combinant des sculptures et une vidéo.Trois chaloupes en bois reposent au sol avec à leur bord des fragments sculptés d\u2019un visage, soit un nez, une oreille et une bouche monumentalisés.Avec la vidéo qui, par une vue en plongée, nous montre des objets semblables flottant sur l\u2019eau, l\u2019invitation à les imaginer dans un voyage potentiel se fait très forte.Dans l\u2019image vidéo, les embarcations se meuvent doucement pour esquisser un visage qui ne tient pas, mais dont les parties dérivent au gré des courants marins.L\u2019échelle de cette constellation précaire demeure énigmatique jusqu\u2019au moment où un nageur apparaît subrepticement dans le champ, prolongeant encore le moment de séduction opéré par l\u2019œuvre.ondulés formant une toiture sommaire accueillent des objets trouvés par l\u2019artiste sur les toits de Santiago.Ballons de sport, espadrilles et sacs en plastique usés, entre autres, sont assemblés dans une configuration étudiée qui souligne la fin de leur vie utile.Hors d\u2019usage, parce que perdus, volés ou abandonnés, ces objets trouvent une nouvelle forme d\u2019existence en étant autrement offerts au regard.Avec cette installation, l\u2019artiste met à la portée du regard un monde qui, pour se passer en hauteur, au-dessus des têtes, est ordinairement inaccessible ; c\u2019est là cependant que les objets, ainsi arrachés de leur place initiale de tous les jours, revêtent un autre sens.Cette façon qu\u2019a l\u2019artiste de jouer avec le point de vue est plus captivante dans les deux autres Vue de l\u2019exposition Two Ways to Disappear Without Losing the Physical Form MAXIME BOISVERT LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 C ulture Arts visuels 17 CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019un est décédé dans les années 1990, l\u2019autre a été un peu oublié.Les retrouver dans une exposition, à la Maison de la culture Côte-des-Neiges, prend nécessairement la forme de retour dans le passé.Un passé imprégné de renouveau tant ces deux peintres, Serge Lemoyne (1941-1998) et Gilles Boisvert, sont arrivés sur la scène en contestant les courants établis.Teintée d\u2019histoire plus que de nostalgie, l\u2019exposition Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l\u2019influence de New York dans les années 60 redonne un peu de lumière aux deux artistes et amis.Elle rassemble une quarantaine de tableaux réalisés entre 1961 et 1969, ainsi que des archives.Lemoyne et Boisvert ont participé de plein gré à cette époque, marquée par les happenings, imprégnés de peinture en direct, de poésie, de musique, de danse et de LSD.Par sa sélection des documents, dont une affiche de 1966 du Musée d\u2019art contemporain où un « LSD art » est bien visible, le commissaire François Gauthier ne manque pas de signaler le contexte multidisciplinaire qui a accompagné l\u2019éclosion de ces deux artistes.Mais l\u2019expo en est essentiellement une de peinture.L\u2019accrochage, tout en simplicité, insiste sur les différences notoires entre les deux pratiques.Il s\u2019agit d\u2019un face- à-face.D\u2019un côté de la salle, l\u2019évidente spontanéité du geste de Serge Le- moyne ; c\u2019est lui, la peinture-perfor- mance.De l\u2019autre, les compositions plus posées de Gilles Boisvert, portées par des signes, des formes géométriques ou encore des images imprimées.Le titre de l\u2019expo évoque cette influence new-yorkaise à laquelle chaque génération de la modernité québécoise a tour à tour été exposée ou aurait pu l\u2019être, de Borduas à Molina- ri.Le commissaire ne cherche pas à en faire la démonstration, mais on comprend que chez Lemoyne et Bois- vert, les préceptes non figuratifs cèdent tranquillement leur place à l\u2019esprit pop art.La démocratisation de l\u2019art, le travail en collectif et les référents extrapicturaux sont parmi les principes qui les animent.La disparité des œuvres, et de leurs cadres, donne l\u2019impression que l\u2019expo s\u2019est faite sans l\u2019appui de quiconque, excepté peut-être les collectionneurs.Quoique peu de cartels précisent la provenance des prêts.Le commissaire semble ne pas avoir accès à beaucoup de sources, d\u2019où le déséquilibre entre les deux corpus exposés.De Lemoyne, ça s\u2019arrête à 1965, incluant des peintures de ses débuts.De Boisvert, c\u2019est le contraire, on est plutôt dans l\u2019après-1965.Bien connu pour sa période bleu- blanc-rouge, série en référence à un certain club de hockey qu\u2019il réalise dans la décennie suivante, Serge Lemoyne travaillait déjà, dans les années 1960, à isoler des motifs.À associer des couleurs fortes.Et à créer des effets cinétiques sur le papier (rarement sur la toile).Gilles Boisvert a pris la voie de la figuration de manière très marquée dans les années 1980.Dans cette première décennie de création, ses œuvres s\u2019affichent cependant comme des explorations de l\u2019espace pictural.Il intègre quand même des signes lisibles, ou reconnaissables, une flèche par-ci, des mots par-là.Si Lemoyne est le peintre de l\u2019action, du mouvement, Boisvert en est le technicien.Il a été élève d\u2019Albert Du- mouchel, maître de la gravure, puis proche de Pierre Ayot, artiste pop et fondateur de Graff, atelier de gravure.Quelques-unes de ses œuvres exposées portent la trace du travail d\u2019impression.Elles respirent la contestation, par leurs images presque brumeuses de policiers, et l\u2019air des revendications nationalistes de l\u2019époque.Au milieu de la salle, ainsi que dans le hall d\u2019entrée de la maison de la culture, le commissaire propose une série de documents historiques, du texte critique à la photographie, en passant par des outils de promotion.Si l\u2019ensemble manque un peu de rigueur (présence variable de sources et de dates), il donne une idée du contexte dans lequel ces deux rebelles, exclus de l\u2019École des beaux-arts, se sont frayé un chemin.Exposant dans des tavernes, comptant les Claude Péloquin et Tex Lecor parmi leurs compagnons de lutte, sans matériel pour travailler\u2026 Ils ont réussi quand même à faire partie de l\u2019exposition Présence des jeunes, dans le naissant Musée d\u2019art contemporain.Et se sont appuyé l\u2019un sur l\u2019autre, comme le révèle un texte de Gilles Boisvert en hommage à son ami « Lemoyne », décédé un an plus tôt.Lemoyne et Boisvert, deux rebelles réunis Une exposition redonne un peu de lumière aux deux artistes et amis Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l\u2019influence de New York dans les années 60 À la Maison de la culture Côte-des- Neiges, 5290, chemin de la Côte- des-Neiges, jusqu\u2019au 17 novembre Vue de l\u2019exposition Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l\u2019influence de New York dans les années 60 FRANÇOIS GAUTHIER présente S A L L E B O U R G I E SALLE BO U R G I E .C A London Haydn Quartet Mercredi 23 octobre \u2022 19 h 30 HAYDN, MENDELSSOHN et WEBER Invité : Eric Hoeprich, clarinette Un retour attendu à la salle Bourgie ! Entendez des œuvres majeures pour clarinette et cordes, interprétées sur des instruments d\u2019époque.Lachrimæ Jeudi 24 octobre \u2022 19 h 30 Le consort de violes Les Voix Humaines invite le luthiste Nigel North pour une soirée mettant à l\u2019honneur le compositeur John DOWLAND.19 20 Présenté par Trio Seiler Carr Laplante Mardi 22 octobre 19 h 30 BRAHMS et RAVEL Une magni?que soirée de musique de chambre pour piano, violon et violoncelle avec des interprètes remarquables. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 l\u2019agence montréalaise Heavy Trip, nous a demandé si ça nous dérangeait qu\u2019il envoie ces maquettes à quelques contacts\u2026 Le mois suivant, nous avions un concert à Brooklyn de prévu ; Ouss nous a alors prévenus que des représentants de chez Sub Pop seraient là pour nous voir.On lui a répondu : \u201cAh ?OK\u2026\u201d » « Ça s\u2019est bien passé.Heureusement ! » La semaine après ce concert, l\u2019étiquette proposait un contrat à Corridor.Et Ouss était promu gérant du groupe.« Entre nous, on s\u2019est dit qu\u2019il ne fallait pas trop attendre avant de faire l\u2019album.» Le reste de Junior a été composé en moins d\u2019un mois.Corridor est entré en studio en mars dernier, avec le réalisateur Emmanuel Éthier, pour enregistrer tout ça en à peine un mois et demi, « entrecoupé d\u2019une tournée de deux semaines aux États- Unis.Ça s\u2019est fait quand même de façon précipitée : un mois et demi pour enregistrer un disque, c\u2019est un temps incroyable pour nous.Pour le précé- dent disque, on a mis presque dix mois entre les premières prises et le mastering ! » D\u2019abord un band de rock Fameux, par ailleurs, ce Junior.S\u2019en dégage d\u2019abord le plaisir que prend Corridor à faire son rock souvent dansant maculé de pop et de post-punk, pimenté par ces petits riffs de guitares (Robert et son collègue Julian Perreault) à trois où à quatre notes qui finissent par nous rentrer dans les oreilles à force d\u2019être répétés d\u2019un bout à l\u2019autre de la chanson.Le son du quatuor enfin soudé par une efficace section rythmique, composée de Julien Bakvis à la batterie et de Dominic Berthiaume à la basse \u2014 ainsi qu\u2019au chant, comme Jonathan.« On se partage la tâche parce que nous sommes chanteurs par défaut, explique-t-il.C\u2019est notre deal : puisque ni lui ni moi ne tenions à être chanteurs, on s\u2019est séparé ça en deux\u2026 » « J\u2019ai toujours eu le sentiment qu\u2019on faisait de la musique pour faire Corridor : Jonathan Robert, Dominic Berthiaume, Julien Bakvis et Julian Perreault MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Ça fait six ou sept ans que le groupe existe ; à un certain moment, on a pris l\u2019habitude de garder nos attentes assez basses », affirme Jonathan Robert, compositeur, guitariste et chanteur du groupe Corridor.Sage réflexe : aussi bon que soit Corridor, le groupe alt-rock indépendant « né avec l\u2019envie de faire du Sonic Youth en français » aurait pu être condamné aux petites salles et aux petits caractères en bas de l\u2019affiche des grands festivals.Pourtant, tout ça risque fort de changer le 18 octobre, au moment de la parution de son troisième album, Junior, sur la prestigieuse étiquette de Seattle Sub Pop.Ce Sub Pop-là, oui.L\u2019étiquette phare du mouvement grunge qui a lancé les carrières de Nirvana et de Sound- garden et qui, plus de trois décennies après sa création, n\u2019a rien perdu de son flair, éditant aujourd\u2019hui les albums de Beach House, Weyes Blood, Fleet Foxes, Father John Misty et autres canons de la scène indie.Comment Corridor est-il devenu le second groupe montréalais à signer chez Sub Pop pour le marché international (après Wolf Parade) et, surtout, le premier à intégrer l\u2019écurie avec un répertoire en français ?« En gardant nos attentes basses\u2026 et en se laissant surprendre ! » répond Jonathan Robert.L\u2019an dernier, le groupe avait enregistré quatre maquettes en vue de ce troisième album \u2014 l\u2019une d\u2019elles étant Domino, puissant premier extrait de Junior, une grenade à guitares que le groupe dégoupillait sur scène depuis quelque temps.« Nous n\u2019avions pas de gérant à l\u2019époque, mais on travaillait avec un agent de booking [de concerts], raconte le musicien.Ouss [Laghzaoui, de Culture Musique 18 Junior, l\u2019album qui va tout changer Le groupe montréalais Corridor fait une entrée remarquée sur Sub Pop, l\u2019étiquette phare du mouvement grunge « Junior Corridor, Sub Pop, dès le 18 octobre.Le groupe prendra la route pour les États- Unis et l\u2019Europe la semaine prochaine et lancera officiellement Junior au National de Montréal le 21 novembre, puis à l\u2019Anti Bar & Spectacle s de Québec le 28. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 de la musique, pour le plaisir de se retrouver en groupe et de créer tous ensemble », enchaîne-t-il.De la musique en français, le texte étant ici « plus assumé, plus présent, moins vaporeux que sur nos précédents albums », mais Jonathan Robert réfute l\u2019étiquette de chanson francophone.« Nous ne sommes pas vraiment des auteurs-compositeurs-interprè- tes, ou ce comment tu désignerais le travail des artistes du milieu de la chanson.On ne fait pas de la chanson francophone, on est d\u2019abord un band de rock.La voix est un instrument comme les autres qui a d\u2019abord une fonction mélodique, ce n\u2019est pas de la chanson comme telle », estime-t-il.Sub Pop l\u2019a entendu de la même manière, même si on présume que ses représentants ne saisissaient pas le sens des paroles.« Le français ?Ils ne nous en ont pas parlé, assure Robert.Les gens du label nous ont seulement dit : \u201c Faites le meilleur album que vous pouvez\u201d.» Après avoir effectué une tournée promotionnelle à l\u2019intention des médias européens, les gars ont hâte de le sortir, ce Junior : « Amsterdam, Paris, Berlin, Bruxelles, juste pour parler de l\u2019album.On n\u2019aurait jamais pu faire ça avec un label local.Là, on se retrouve à tourner avec des têtes d\u2019affiche qui ont du poids, c\u2019est assez impressionnant », surtout lorsqu\u2019on envisage la vie de musicien de tournée avec des attentes modestes.« On fait des shows à Montréal, ça se passe toujours bien, mais encore, on n\u2019a jamais joué au Club Soda ou des salles comme ça.À l\u2019extérieur de Montréal, c\u2019est rare qu\u2019on puisse tourner beaucoup.Lorsqu\u2019on joue à Québec, une fois sur deux ça se passe bien ; en région, c\u2019est difficile, et les festivals nous engageaient peu.J\u2019imagine que ça va changer\u2026 » « On se sent\u2026 bousculés, disons, lâche Robert en riant.Je t\u2019avoue que c\u2019est quand même assez excitant, ce qui s\u2019en vient.» Culture 8 septembre au 1er novembre Le Festival se poursuit avec deux concerts incontournables! 18 octobre, 20 h ELS BIESEMANS (Belgique) Église de l\u2019Immaculée-Conception La lauréate du prix Bach du CIOC 2008 présente un programme emballant avec des extraits de l\u2019Offrande musicale 25 $ / 20 $ (étudiants et aînés) 19 octobre, 19 h DUO MAJOYA Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus Le duo albertain présente de nouvelles œuvres canadiennes et québécoises pour orgue à quatre mains.25 $ / 20 $ (étudiants et aînés) Billets et renseignements : ciocm.org 514.510.5678 SOUS LES TOITS DE PARIS Mercredi 16 octobre 19 h 30 BIG BAND DE L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL RON DI LAURO, direction Fernand Léger, Motif de tissu de la série « Modern Master Prints » (détail).MBAM, Collection Liliane et David M.Stewart, don à la mémoire de madame Daniel Barnard Fuller.Photo MBAM Invité : PIERRE BERTRAND, saxophone, compositions et arrangements Professeur au CRR de Paris 514 343-6427 musique.umontreal.ca Tarif régulier : 14 $ Étudiant : gratuit* 220, avenue Vincent-d\u2019Indy Métro Édouard-Montpetit * Le soir du concert seulement 1 9 \u2013 2 0 FACULTÉ DE MUSIQUE Université de Montréal Salle Claude-Champagne § LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR L\u2019orchestre de chambre I Musici propose mardi un concert courageux et inventif intitulé Lumière éternelle, dans lequel des compositions de notre temps signées Guillaume Con- nesson et Morten Lauridsen encadreront le Dixit Dominus de Vivaldi et Geistliches Lied de Brahms.Si votre intention est de fuir parce que vous assimilez la musique contemporaine à un pensum, n\u2019en faites rien.Donnez à I Musici et à son chef, Jean- Marie Zeitouni, cette chance-là.Ce programme entre exactement dans la ligne de ce que devrait être la saine attitude assurant la vie et la régénération de la musique de concert selon l\u2019adage édicté dans ces colonnes par le chef Stéphane Denève en 2006 : « Normalement, le public devrait être plus excité de découvrir une nouvelle œuvre que d\u2019entendre une symphonie de Beethoven pour la vingtième fois » ! Chose intéressante, il y a 13 ans, le chef français, qui avait alors 34 ans, nous disait : « Je me suis rendu compte qu\u2019un chef a une mission.Et comme j\u2019en ai assez du discours intello-snob, je vais essayer de la formuler simplement.Pour les trois quarts du public, la musique contemporaine en concert, c\u2019est synonyme de pilule amère, de \u201cmauvais médicament avant d\u2019écouter de la vraie musique\u201d.Mon combat est de changer ce cliché.» Depuis, ce chef, qui n\u2019est pas dans le radar de l\u2019OSM pour 2020-2030 (il n\u2019est d\u2019ailleurs plus disponible) a joint la parole aux actes.En poste à Bruxelles, il programme une œuvre du XXIe siècle, « son » XXIe siècle soigneusement trié, à chaque concert.Spécialistes en rien, bons en tout Stéphane Denève, le plus grand défenseur de la musique de Guillaume Connesson, est le lien qui unit Jean- Marie Zeitouni et ce compositeur français de 49 ans.« Cela doit faire deux ou trois ans que je connais la musique de Guillaume Connesson grâce à Stéphane Denève.J\u2019ai été très impressionné.Par la ville de Nancy, où je travaille régulièrement, j\u2019ai pu rentrer en contact avec le compositeur afin de programmer l\u2019une de ses œuvres, son Concerto pour piano avec l\u2019Orchestre de Lorraine.Je lui ai posé des questions sur ses nouvelles compositions en lui disant que j\u2019aimerais le faire connaître au Canada.Il m\u2019a parlé d\u2019une cantate qu\u2019il allait créer en mars 2019 aux Pays-Bas.Il s\u2019est avéré que l\u2019instrumentation était dans nos Jean-Marie Zeitouni, entre lumière et découvertes I Musici ose un concert original comprenant une composition de Guillaume Connesson Pour découvrir de nouvelles œuvres, Jean- Marie Zeitouni le boulimique passe des jours et des nuits à regarder des partitions et à écouter de la musique.ALICE CHICHE LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Classique cordes, que cela parlait de lumière et que je préparais un concert autour de la lumière.Le projet est né comme cela », nous dit Jean-Marie Zeitouni.Une telle mosaïque d\u2019époques ne pose pas de problèmes au directeur musical d\u2019I Musici.« Au cœur de la vision artistique que je défends, il y a la volonté d\u2019I Musici d\u2019être un orchestre de chambre généraliste.J\u2019ai une passion pour la musique vocale et j\u2019adore l\u2019idée de mélanger la musique de siècles différents.Mon pari avec I Musici, c\u2019est de jouer Vivaldi, Beethoven, Chostakovitch ou Con- nesson en mettant en valeur les différents langages.Nous voulons être spécialistes de rien et bons en tout.» « Dans le programme Lumière éternelle, les compositions sont reliées par la thématique espoir et lumière et se répondent l\u2019une l\u2019autre.Ce n\u2019est peut-être pas très évident au niveau marketing, mais au niveau musical, nous sommes dans la même sphère de l\u2019espoir nécessaire dans des temps difficiles.» Avec un tel projet, ce début de saison d\u2019I Musici est empreint de spiritualité puisque ce concert survient après Le Vaisseau-cœur de Ballet Opéra Pantomime (BOP), en ouverture de la salle Bourgie, auquel I Musici avait contribué.« Ce n\u2019est pas un hasard, se réjouit Jean-Marie Zeitouni.Je rêve de diriger le Lux Æterna de Morten Lauridsen depuis que je suis à la tête d\u2019I Musici et les Trois petites liturgies de Messiaen depuis mes études au conservatoire, il y a 25 ans.Quand BOP est arrivé avec l\u2019idée du Vaisseau-cœur, qui incluait Messiaen, j\u2019étais très content, car j\u2019avais déjà prévu le concert de mardi prochain : cela enrichit les choses.» Un grand d\u2019aujourd\u2019hui Connesson et Lauridsen sont des créateurs tous deux accessibles, mais aux profils artistiques très différents.« Guillaume Connesson a tout un pan de son œuvre qui touche les romans de science-fiction ou des jeux vidéo, un univers que je connais moins.Il y a un mois, j\u2019ai reçu 25 partitions de lui.Je suis en train de passer au travers, c\u2019est un compositeur extraordinaire.Ce qui me rejoint le plus, ce sont les œuvres instrumentales sans lien poétique.Je m\u2019attarde à la musique pour ce qu\u2019elle est : la qualité d\u2019écriture, d\u2019orchestration, d\u2019harmonisateur est exceptionnelle.Oui, il y a un lien avec Ravel, Dutilleux, une manière dans la grande tradition française, mais il y a un langage qui lui appartient et pas du tout prisonnier d\u2019avant-garde.« Avec Lauridsen, on peut parler d\u2019une école mi-californienne, mi-scandi- nave de musique chorale avec des harmonies très serrées, comme chez Eric Whitacre.Certaines de ces musiques sont pour aujourd\u2019hui davantage que pour les générations futures, mais d\u2019autres peuvent devenir de la musique de répertoire et s\u2019inscrire dans l\u2019histoire de la musique.Pour Connesson, sa destinée est évidente : cet homme écrit des chefs- d\u2019œuvre et on n\u2019a pas fini d\u2019explorer sa musique.S\u2019agissant de Lauridsen, je n\u2019ai pas de doute concernant Lux Æterna.Dans cette œuvre très intime, positive, il y a une recherche de pérennité Lumière éternelle Connesson : Liturgies de lumière.Vivaldi : Dixit Dominus RV 807.Brahms : Geistliches Lied op.30.Lauridsen : Lux Æterna.Myriam Leblanc et Magali Simard-Galdès (sopranos), Rose Naggar-Tremblay (mezzo), Jacques-Olivier Chartier et David Menzies (ténors), Chœur de chambre, I Musici, Jean-Marie Zeitouni.Salle Bourgie, mardi 15 octobre à 19 h 30.En concert cette semaine Denis Matsuev.Dans le cadre des récitals conjointement organisés par l\u2019OSM et Pro Musica, le pianiste russe vient jouer dimanche un programme pyrotechnique haut en couleur comprenant Mephisto-Waltz no 1 et la Sonate de Liszt, Doumka de Tchaïkovski et Petrouchka de Stravinski.Âmes sensibles s\u2019abstenir ! À la Maison symphonique, le dimanche 13 octobre à 14 h 30.Arion.C\u2019est le nouveau directeur artistique, Mathieu Lussier, qui prend en charge le premier concert de la saison.Le titre Telemann à Paris est avant tout prétexte à une exploration de chemins de traverse du baroque français : François Francœur (1698-1787), Jacques-Christophe Naudot (1690-1762), Jean-Marie Leclair (1697-1764), François Colin de Blamont (1690-1760) et Jean-Féry Rebel (1666-1747).Nouvel horaire fort bienvenu pour le concert sans pause du jeudi.À la salle Bourgie, le jeudi 17 octobre à 18 h.Et le 18 à 19 h 30, le 19 à 16 h et le 20 à 14 h.et c\u2019est une œuvre de grande valeur.Pour découvrir de nouvelles œuvres, Jean-Marie Zeitouni le boulimique passe des jours et des nuits à regarder des partitions et à écouter de la musique.« Je regarde des partitions chaque jour sur des sites.Quand un compositeur fait l\u2019actualité, je vais me faire mon idée.Je garde le contact avec ce qui se fait ailleurs dans le monde.Même si l\u2019audace peine parfois à attirer le public, Jean-Marie Zeitouni s\u2019apprête à emboîter le pas à l\u2019initiative bruxelloise de son collègue Stéphane Denève, estimant que ce courage est aussi possible en Amérique du Nord : « Nous sommes en train de dessiner la planification à long terme pour I Musici.Dans ce plan, nous chercherons à avoir à chaque programme une œuvre composée dans les 30 dernières années, mais aussi, dans la saison, plusieurs œuvres de compositrices.Cela prend des nerfs solides, car le public a besoin de ses références et de noms dont il s\u2019est fait dire depuis des siècles que c\u2019est bon.Mais notre métier c\u2019est de découvrir, de défendre les partitions.Comment, alors, en parler, dans quel contexte ?La soirée des lumières en est un exemple : le message est réel ; c\u2019est un message d\u2019espoir, d\u2019apaisement de recueillement.Mais cela reste un défi.Toujours.MOMIES ÉGYPTIENNES PASSÉ RETROUVÉ, MYSTÈRES DÉVOILÉS \u2014 Pascale Veysset, TV5 Monde \u2014 Catherine Richer, ICI Radio-Canada Première, Le 15-18 L\u2019exposition a reçu l\u2019appui du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d\u2019indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications et le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant.Une exposition organisée par le British Museum, Londres, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.| Momie de Tamout (détail), Troisième Période intermédiaire, début de la XXIIe dynastie, vers 900 AEC, EA 22939.© The Trustees of the British Museum EN COLLABORATION AVEC FOURNISSEURS OFFICIELS LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Disque 22 Jóhann Jóhannsson menait tant de projets à la fois que Deutsche Gram- mophon n\u2019a toujours pas fini d\u2019en faire le tri.12 Conversations With Thilo Heinzmann, première œuvre du compositeur islandais conçue exclusivement pour un quatuor de cordes, a été construit pendant quatre ans avec le peintre allemand Thilo Heinzmann, à l\u2019appel du philanthrope Richard Thomas et dans l\u2019idée de communion entre les arts.De leurs longues discussions sont ainsi nées ces compositions vibrantes et appuyées, interprétées par le groupe belge Echo Collective.Si l\u2019ensemble n\u2019a pas à proprement parler un droit-fil, on y reconnaît partout ce qui faisait l\u2019immense talent de Jóhann Jóhannsson : la finesse de sa lecture instrumentale et l\u2019intuition de sa main, capable de commander en un instant violence ou douceur, ordre ou chaos, affects ou raison.Souvent inquiétant (Zurich), parfois dramatique (Arc), cet album rappelle aussi comment la gradation et la nuance des intensités peuvent parfois tirer des larmes (Stuk).Jóhann Jóhannsson nous manquera toujours.Geneviève Tremblay 12 Conversations With Thilo Heinzmann 1/2 Deutsche Grammophon NÉOCLASSIQUE Arrivé au sixième album, après vingt ans de chansons certes valables mais pas très valorisées par le métier, on se dépose.Délesté de toute velléité d\u2019être dans le coup, on crée de la musique en liberté.« Par les fissures des fenêtres fermées, le soleil m\u2019aide à trouver des indices », écrit Guillaume Arsenault dans la page de mercis du livret de cet album folk-prog hors du temps et des modes.Les indices convergeaient : ce disque enregistré à Car- leton-sur-Mer, à Cap-au-Renard, à Montréal et à Rimouski est de loin le plus abouti de l\u2019artiste, doux voyage à l\u2019intérieur de la part de soi « qui tremble ».Tout baigne, tout concorde : les mélodies sinueuses et délicates qui étonnent sans brusquerie, les arrangements où les guitares, les synthés et les échantillonnages patiemment recueillis se laissent de la place, la poésie de « fleuves à la mer » et de « feux du printemps » qui épouse les anfractuosités de l\u2019âme.Rendez-vous le 12 novembre au Ministère, avec toute la péninsule.Sylvain Cormier La partie de moi qui tremble Guillaume Arsenault, Les Faux- monnayeurs FOLK PROGRESSIF Dans ce second album, le pianiste et compositeur français RIOPY (de son vrai nom, Jean-Philippe Rio-Py) se lance dans une (re)découverte de l\u2019amour et de l\u2019émotion à travers la musique.RIOPY est d\u2019abord un génie du rythme, et les cadences sont souvent soutenues et fortement soulignées dans ses pièces.Tel était le cas dans le premier opus RIOPY, sorti en février 2018.Mais ici, bien que son attention au rythme soit tout aussi particulière, les mélodies se font plus lentes, les compositions plus aérées, laissant notre imagination remplir le vide que le piano laisse (volontairement) derrière lui.On pense notamment à la charmante Flo, un air romantique et épuré, ou bien à la fascinante Theme Music for a Dream, qui porte d\u2019ailleurs bien son nom : son fil évocateur enivre et charme sans difficulté.Le dernier morceau se distingue toutefois du reste de manière assez marquée ; le ton sombre de New World et sa composition un tantinet plus complexe que le reste la fait briller parmi les dix pièces de la collection stellaire qu\u2019est Tree of Light.Sarah Boumedda Tree of Light RIOPY, Parlophone NÉOCLASSIQUE Perdre son fils aurait été une épreuve charnière dans la vie de n\u2019importe qui.Nick Cave l\u2019a lui-même admis durant son concert-discussion durant POP Montréal : le drame a transformé sa manière d\u2019écrire.Ghosteen, dix-septième album studio de son projet avec les Bad Seeds, sublime le deuil vécu à travers un premier disque contrasté, suivi d\u2019un second de deux poignantes et élaborées compositions (Ghosteen, 12 minutes, Hollywood, 14 minutes) entrecoupées d\u2019un intermède spoken word.Dans le même esprit que Skeleton Tree (2016), les orchestrations se résument essentiellement au piano, aux claviers et aux boucles sonores électroniques, un choix esthétique qui accorde toute l\u2019importance au texte et à l\u2019interprétation magistrale de l\u2019Australien ; c\u2019est, paradoxalement, le plus doux et le plus déchirant de la discographie de Cave, qui balance entre la tristesse profonde et l\u2019espoir de retrouver une paix intérieure.« Everybody\u2019s losing someone / It\u2019s a long way to find peace of mind », répète-t-il à la fin de la magnifique Hollywood.Philippe Renaud Ghosteen Nick Cave & The Bad Seeds, Bad Seeds Ltd.ROCK Et que ça bouge \u2014 au propre comme au figuré ! Pendant que Chris Varga dénonce, en espagnol et d\u2019une voix rageuse, le patriarcat, les excès du capitalisme (sur Habla tu Verdad), la surveillance de masse ou encore le réchauffement planétaire (à la toute fin de l\u2019album, sur Aqui) en appelant à la mobilisation, son collègue Tobias Rochman donne envie de danser avec des productions fortement inspirées de la scène électronique anglaise du début des années 1990, acid house, techno et hardcore, modernisées par l\u2019injection d\u2019éléments rythmiques de kuduro et de dancehall.Après deux prometteurs EP, le duo montréalais frappe un coup de circuit avec ce premier album exutoire édité par le label allemand PAN (Lee Gamble, Errorsmith).Rochman élabore des grooves costauds et néanmoins mélodieux et colorés, offrant un contrepoids à la colère du ton de Vargas, une interprète aussi imposante en studio que sur scène.Movimiento Para Cambio est une réplique juste aux tumultes de notre époque.Philippe Renaud Movimiento Para Cambio Pelada, PAN ÉLECTRONIQUE La musique de chambre pour vents est une fort plaisante denrée musicale de très bonne compagnie en tant que musique d\u2019agrément.Ce CD, qui dispense une joie solaire, est fort utile, car il démontre une fois de plus qu\u2019Anton Reicha (1770-1836) a composé ce qu\u2019on a fait de mieux et de plus inspiré en matière de musique pour vents dans la période classique après la mort de Mozart.Il suffit d\u2019écouter le finale du Quintette opus 88 no 2 ou le rayonnant allegro assai de l\u2019Opus 91 no 3 pour n\u2019avoir aucun doute à ce sujet.Pour les vrais fanatiques, les 10 CD de l\u2019intégrale des Quintettes à vents de Reicha par le Quintette Albert Schweitzer chez CPO sont accessibles à prix intéressant en Europe.Instrumentalement de haut vol, donc comparable, l\u2019approche du quintette tchèque Belfiato diffère par des mouvements lents plus allants et des allegros plus détendus.Bref, un côté « sérénade » plus affirmé, alors que le Quintette Schweitzer jouait davantage le jeu de la musique de concert, avec des caractères très contrastés.Christophe Huss Anton Reicha Symphonie no 9, Herbert Blomstedt, Accentus 4270-2 CLASSIQUE Lorsqu\u2019on pense aux plus grands musiciens de notre temps, on songe en premier lieu à des chefs symphoniques ou à des virtuoses réputés.Mais qui, vraiment, peut se targuer, depuis 20 ans, d\u2019une telle somme et succession de CD purement et simplement géniaux, d\u2019une hauteur intellectuelle hors normes dans la conception des programmes, révélant des répertoires oubliés et fascinants dans des réalisations impeccablement peaufinées d\u2019une sensibilité exacerbée ?Vincent Dumestre est un immense musicien, un géant toutes catégories confondues, et cet Anamorfosi renouvelle la magie du sublime Nova Metamorfosi (2003), dont il est une suite.L\u2019idée est d\u2019enregistrer des pièces composées comme des œuvres profanes, appelées à une nouvelle destinée en se trouvant parées de textes sacrés.Le vertige est ici dans la sensualité des timbres et l\u2019ivresse harmonique, avec un miserere d\u2019Allegri rendu à sa pureté originelle, puis entrant en vibration par une ornementation croissante.L\u2019expressivité parfois extatique de ce disque vous donnera la chair de poule.Christophe Huss Anamorfosi Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre, Alpha 438 CLASSIQUE Une petite soixantaine d\u2019enregistrements inédits.Chaque année de production à « Hitsville USA » est ainsi célébrée 50 ans plus tard par une ponction d\u2019archives.Il en émerge du bon.Toujours du bon.Le plus souvent, ce sont des succès Motown revisités par d\u2019autres artistes Motown.Durant l\u2019ère glorieuse, chaque succès des Supremes, Miracles et autres Jackson 5 justifiait un album, que l\u2019on remplissait avec du matériel maison.Systématiquement, plus de titres que pas assez.Au cas où.La preuve ! On obtient notamment : Bobby Taylor avec les Jackson Five qui refont en plus funky You\u2019ve Really Got a Hold on Me ; Ivy Joe qui s\u2019offre Dancing in the Street en plus brut, Diana Ross et ses Supremes qui déhanchent en bossa du Stevie Wonder (For Once in my Life), et ainsi de suite.Cela permet en outre de redécouvrir les artistes « blancs » de chez Motown (eh oui, il y en avait) : le groupe psych-soul Rare Earth, les chanteuses Kiki Dee et Chris Clark.Des fonds de tiroirs plaqués or.Sylvain Cormier Motown Unreleased 1969 Artistes divers, Motown / Universal ARCHIVES L E D E V O I R // L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 O C T O B R E 2 0 1 9 LI RE Entrevue Martine Delvaux, ces hommes, ensemble Catherine Trudeau dans la bulle de Réjean Ducharme LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Lire Jeunesse 24 ENTREVUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR i la littérature a toujours fait partie de sa vie, si écrire s\u2019inscrit naturellement dans son univers, la comédienne et animatrice Catherine Trudeau n\u2019avait encore jamais, jusqu\u2019à ce jour, écrit de livre.Elle croyait, nous confie-t-elle en entrevue, ne pas avoir le souffle pour le faire.Et pourtant, avec le roman graphique Bérénice ou la fois où j\u2019ai presque fait la grève de tout ! \u2014 qui paraîtra le 16 octobre à La Bagnole \u2014, elle livre avec fougue, spontanéité et sagacité un regard sensible sur la lecture et sur la littérature.« Le désir d\u2019écrire était là depuis longtemps, mais c\u2019est à cause de Simon Boulerice que je me suis lancée, c\u2019est toujours la faute à Simon Boule- rice ! », dit-elle en riant au téléphone.« Je devrais dire \u201cgrâce à lui\u201d parce qu\u2019il a donné mon nom à La Bagnole, qui cherchait de nouvelles voix.Martin Balthazar \u2014 vice-président, édition à La Bagnole \u2014 m\u2019a demandé ce qui me plaisait dans les livres jeunesse.Je lui ai confié que j\u2019aimais les ouvrages qui me dressent le portrait de grands personnages, de la culture, de l\u2019histoire.Alors, assez rapidement, j\u2019ai trouvé mon filon.Je voulais parler d\u2019un personnage important de notre culture et, en tête de liste, pour moi, c\u2019est Réjean Ducharme.Le point d\u2019ancrage, ç\u2019a été ce personnage de Bérénice.Afin que ce ne soit pas trop didactique, il fallait aller ailleurs, alors je me suis accrochée à elle.» Bérénice, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une petite fille qui en veut à ses parents à lunettes de lui avoir donné ce prénom « rididi, sorti de nulle part », dira l\u2019héroïne.Puis, grâce à sa mère, qui lui lance un défi, elle découvre l\u2019origine du choix dans L\u2019avalée des avalés qu\u2019elle tente de comprendre.Au-delà des mots compliqués qui peuplent le roman \u2014 des trilobite, estouffade, Dans la bulle de Réjean Ducharme Catherine Trudeau plonge avec singularité dans l\u2019univers de l\u2019auteur mythique Je crois qu\u2019il faut parfois mettre des lectures ardues entre les mains des enfants juste pour développer l\u2019esprit critique CATHERINE TRUDEAU » S LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 The Game d\u2019Alessandro Baricco vient de sortir en France chez Gallimard (et paraîtra au Québec en novembre).Cet essai à la fois ludique et profond (un mot suspect aux yeux de Baricco, mais soit) attirera l\u2019attention du grand nombre, jeunes et moins jeunes, aussi bien les chercheurs spécialistes de la théorie du jeu et du jeu vidéo que les néophytes en milieu du numérique.Un livre qui ne cache pas ses attraits pour le grand et le petit public à la fois.D\u2019ailleurs, les lecteurs de Baricco essayiste, je présume, en ont l\u2019habitude.Le livre est joliment traduit en français par Vincent Raynaud avec tous les anglicismes que l\u2019on retrouve et accepte dans le contexte mondialiste du « Game ».The Game arrive après Les barbares (2014), dernier essai controversé de l\u2019auteur où l\u2019idée de mutation passe mal puisqu\u2019elle rappelle la terminologie des invasions.Fidèle à son intérêt littéraire et philosophique pour les grandes mutations sociales et intellectuelles, Baricco présente dans The Game un plaidoyer humaniste en faveur de la révolution mentale (plutôt que technologique) qui s\u2019opère au vu et au su de tout le monde depuis une vingtaine d\u2019années, à une vitesse vertigineuse, en Occident et ailleurs.L\u2019objectif du livre n\u2019est ni d\u2019offrir une histoire du numérique ni de dénoncer l\u2019ère du jeu (même s\u2019il le fait subtilement).L\u2019objectif n\u2019est pas non plus d\u2019annoncer l\u2019effondrement des civilisations, comme le suggère Amin Maalouf dans son dernier livre, Le naufrage des civilisations (Grasset, 2019).Baricco cherche à comprendre comment le paradigme du jeu s\u2019est emparé de nos vies dans les vingt dernières années à tel point que la révolution dite technologique s\u2019installe dans la normalité.Et comment l\u2019espèce humaine, depuis, est en involution.La révolution numérique est, selon l\u2019auteur, responsable du mouvement de conversion collective et de mutation de l\u2019être humain en hom- me-clavier-écran.Cet agencement (digne d\u2019un Gilles Deleuze) nous révèle d\u2019emblée que les outils jouets, comme les ordinateurs portables et les smartphones, ne sont pas seulement des outils de médiation, mais plutôt des extensions de soi.Baricco insiste : le monde numérique n\u2019est pas la cause du progrès, il en est l\u2019effet.Il rappelle que, traditionnellement, l\u2019humanisme et les Lumières étaient perçus comme des révolutions mentales qui n\u2019avaient qu\u2019un lien de convenance avec le progrès technologique de l\u2019époque (l\u2019imprimerie et la machine à vapeur).À présent, il faudra subvertir le rapport à la technologie pour rappeler qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord et avant tout d\u2019une révolution mentale plutôt que technologique.Cette révolution mentale s\u2019étend dans le jeu dans deux directions : les réseaux sociaux et les téléphones intelligents.Par le même geste ludique et inventif, l\u2019auteur propose de renverser l\u2019iceberg pour prouver comment la profondeur intellectuelle et mentale est révolutionnaire comparée au bout de l\u2019iceberg technologique.Dessins et cartes à l\u2019appui, anecdotes farfelues et pérégrinations historiques font en sorte que cet essai se lit comme un récit : le récit de notre révolution mentale.Si la révolution technologique change la posture de l\u2019humain en homme- clavier-écran, la révolution mentale, elle, introduit le jeu dans le quotidien.Tout outil technologique ressemble à un jouet : simple, superficiel, mutant, mis à jour, inclusif, démocratisé, accessible, connecté.L\u2019iPhone présenté par Steve Jobs en 2007 comme si c\u2019était un jouet en est la preuve.Au-delà des arguments présentés astucieusement dans The Game, Baric- co entreprend de vulgariser l\u2019histoire fastidieuse des technologies numériques depuis les années 1970 jusqu\u2019à nos jours.Pour les néophytes, les deux grands chapitres du livre se lisent avec aisance.On passe de l\u2019invention du PC à celle des CD et des DVD, de la création de mondes numériques parallèles ou de sites Web en 1990 au lancement de Google (1998), en passant par la fondation d\u2019Amazon (1993), l\u2019invention du premier téléphone intelligent (1994), le lancement de Windows (1995), pour arriver à la création de Facebook (2004), YouTube (2005), Twitter (2007) et Kindle (2008).Tous sans exception sont des outils de jeu.Tous exploitent le désir de manipuler l\u2019autre, d\u2019accumuler des points, de résoudre des solutions, et de le faire rapidement, simplement, de façon répétitive.The Game est l\u2019illustration parfaite de la position à la fois historique, philosophique, et critique d\u2019un auteur né- ohumaniste.Lourde d\u2019implications, cette position réaliste est allégée par une écriture rafraîchissante, humoristique, cumulative, facile d\u2019accès, aux multiples entrées.Une écriture en forme de causerie, au risque parfois de trop bavarder (on imagine Baricco clavardant de façon compulsive), qui s\u2019adresse toujours aux lecteurs, les interpelle, leur pose des questions, les retient dans le jeu.Rien de tout cela n\u2019est facile.Car le « Game n\u2019a rien d\u2019une promenade de santé ».En fin de compte, nous dit l\u2019auteur, quelque chose se perd.La vibration de la vie ?Le design de la vérité ?Baricco sait ! Le jeu de Baricco MAY TELMISSANY coup de cœur.Je ne comprenais pas.J\u2019avais le sentiment que quelque chose m\u2019échappait, je trouvais ça dense.Mais je crois qu\u2019il faut parfois mettre des lectures ardues entre les mains des enfants juste pour développer l\u2019esprit critique.Que tu n\u2019aimes pas, que ça ne te rejoigne pas, c\u2019est une chose, mais es-tu capable d\u2019expliquer pourquoi ?Est-ce que le langage est trop complexe ?Est-ce à cause du personnage ou de l\u2019époque qui ne n\u2019interpelle pas ?Dès le plus jeune âge, il faut leur mettre tout plein de choses entre les mains pour qu\u2019ensuite ils puissent cibler leurs préférences.» Admiratrice de l\u2019auteur, elle se défend toutefois d\u2019être une spécialiste de Réjean Ducharme, avoue qu\u2019à l\u2019instar de sa petite Bérénice, c\u2019est le personnage avant même l\u2019écrivain qui l\u2019a intéressée.« Je pense qu\u2019on est dans un monde où ce n\u2019est pas facile de dire \u201cje n\u2019ai jamais lu Proust, Balzac ni Stephen King\u2026\u201d Et pourtant, ce n\u2019est pas grave, il faut juste l\u2019avouer.La plus grande richesse pour les jeunes, c\u2019est de lire.» De tout, poursuit-elle.Elle se souvient avoir lu Le survenant de Germaine Guèvremont au secondaire et en est reconnaissante.« Je considère important de connaître cette parole- là, cette partie du Québec, cette période.Lire, c\u2019est un effort.Oui, mais c\u2019est important de faire des ponts.Tout s\u2019inspire de ce qui vient avant nous, et je pense que c\u2019est primordial de connaître qui étaient les grands joueurs qui nous ont devancés.» Grande défenderesse de la littérature, amoureuse des mots, Catherine Trudeau est toutefois, nous avoue-t- elle, une lectrice très difficile.Lire Comme un roman de Pennac a d\u2019ailleurs été pour elle une sorte de révélation.« Les fameux droits du lecteur, ça m\u2019a libérée.Parce que je ne suis pas une lectrice facile.Je ne lis que dans le silence et très lentement.C\u2019est très ardu pour moi, la lecture.Et je n\u2019ai pas de pardon.Si en dedans de 30 pages je ne suis pas embarquée, c\u2019est beubye ! J\u2019ai déjà été une boulimique à l\u2019adolescence.Je lisais du matin au soir mais, en étudiant en littérature, la lecture est devenue une obligation, et j\u2019ai perdu le plaisir.» « Pendant plusieurs années.Je l\u2019ai retrouvé en lisant du théâtre et je suis devenue plus habile.Je dois dire qu\u2019écrire Bérénice, ça m\u2019a aidée à me réconcilier avec l\u2019état de la lecture.Parce que j\u2019ai imaginé ce qui ferait rire mon fils, ce qui lui donnerait envie de continuer à lire.Et aussi, ce qui ferait que Bérénice a envie de continuer, elle.» Pour le découvrir, il suffit d\u2019ouvrir le livre\u2026 Bérénice ou la fois où j\u2019ai presque fait la grève de tout ! Catherine Trudeau et Cyril Doisneau, La Bagnole, Montréal, 2019, 152 pages.25 Lire pentapole et autres délicieuses fantaisies \u2014, Bérénice y découvre, en plus d\u2019une petite qui porte son nom, un répondant chez cet auteur qui est, tout comme elle, un peu en marge, à l\u2019écart du reste du monde.« Tout le côté introspectif de la petite, tout ce qui a trait à la bulle, à cette difficulté d\u2019en sortir, c\u2019est inspiré de beaucoup d\u2019enfants près de moi qui vivent avec une certaine forme d\u2019anxiété, qui se réfugient dans leur monde.J\u2019ai écrit en pensant à mes enfants, à mon grand, entre autres, qui a l\u2019âge pile pour lire Bérénice, 11 ans.» Dans cette traversée romanesque, Catherine Trudeau tisse d\u2019habiles liens entre ses personnages et ceux de Réjean Ducharme, joue de clins d\u2019œil aux amateurs de l\u2019écrivain tout en titillant la curiosité des néophytes.Le rôle de passeur, l\u2019importance de faire connaître ceux qui nous ont précédés est central dans son parcours et dans sa vision de la littérature.« Moi, j\u2019ai lu L\u2019avalée des avalés en Ve secondaire, et ça n\u2019a pas été un Avec son premier livre, la comédienne et animatrice Catherine Trudeau jette avec fougue, spontanéité et sagacité un regard sensible sur la lecture et sur la littérature.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Quittant Saint-Lambert, au sud de Montréal, le temps d\u2019un énième voyage en Inde avec sa compagne Nathalie, un certain François Hébert, professeur d\u2019université retraité, se raconte.« Là-bas, en Inde, les dieux existent, et par milliers, et vous n\u2019êtes rien, mes pauvres amis, sinon transitoires, à coup sûr illusoires.» Nous voilà prévenus.L\u2019homme, qui enseignait il y a peu la création « littéraire », nous lance ce qui lui passe par la tête.Il s\u2019ausculte et se palpe tout en prenant la mesure du monde.Il s\u2019agace de tout avec un mélange de profondeur et de légèreté, tout en se jouant de l\u2019esprit de sérieux.Le narrateur de Miniatures indiennes est peut-être ou n\u2019est peut-être pas ce même François Hébert né en 1946, qui n\u2019avait plus pratiqué le roman depuis Le rendez-vous (1980) et Histoire de l\u2019impossible pays (1984) et qui nous avait déjà donné un récit de voyage en Inde (De Mumbai à Madurai, XYZ, 2013).Au fond, tout est possible : « Certaines ressemblances des personnages de ce roman avec des personnes connues ou inconnues peuvent n\u2019être pas tout à fait fortuites.» Ses anciens étudiants le préoccupent encore.Et s\u2019il a parfois oublié leurs noms, il se rappelle combien ils avaient peur de la vérité (« c\u2019est-à-dire d\u2019eux- mêmes ») et préféraient les Dead Obies à Samuel de Champlain, tout en aimant par-dessus tout un certain Justin Trudeau, « ce mannequin au regard vide qui relève ses manches pour donner l\u2019impression qu\u2019il travaille, parle avec son pied dans la bouche et s\u2019habille en blanc et en rose pour la fierté gaie.L\u2019avez-vous vu en Inde, costumé comme un Dupont en Grèce ?» Entre l\u2019Inde \u2014 dont on ne revient jamais vraiment \u2014 et Brossard, on pourra croiser l\u2019un ou l\u2019autre des toupets de Xavier Dolan ou la romancière Catherine Mavrikakis, passant en coup de vent dans un corridor de l\u2019Université de Montréal (« la shoppe on disait »).Parmi les fantômes qui s\u2019invitent dans la danse, on bute sur un souvenir de Pierre Vadeboncœur : « Avoir du cœur et de l\u2019allant quand on est une pierre dans son nom, voilà du solide et tu aurais aimé avoir autant d\u2019âme.» Sa compagne, lisant par-dessus son épaule ce qu\u2019il est en train d\u2019écrire \u2014 et que le lecteur tient entre ses mains \u2014, se permet à l\u2019occasion de commenter le texte en direct.Pour lui dire qu\u2019il exagère ou qu\u2019il devrait peut- être joindre un mode d\u2019emploi à ce « roman qui n\u2019est pas un roman ».En résulte une sorte de medley échevelé fait de courts chapitres, où rien ne se passe vraiment.Et où, plus encore, rien ne se passe jamais comme prévu.« Le passé passe mal, comment le dire autrement, il n\u2019y a pas grand-chose à faire contre ça.» Un véhicule d\u2019un genre nouveau, croit-il.« Une autorickshawfiction à cinq roues, livrable en pièces détachées, au bras de vitesse fou, au monoxyde de carbone reconverti en parfum.» Avec Miniatures indiennes, François Hébert nous offre un livre inclassable \u2014 à ce niveau, c\u2019est une qualité.Un court roman composite à l\u2019humour narquois, férocement digressif, qui est avant tout un voyage déroutant à travers l\u2019espace et le temps, plein de cahots, d\u2019accélérations et de freinages brusques.Attachez votre ceinture.Lire Fiction 26 Un pot-pourri échevelé François Hébert signe un roman inclassable et digressif à l\u2019humour narquois Miniatures indiennes 1/2 François Hébert, Leméac, Montréal, 2019, 176 pages Le livre de François Hébert est avant tout un voyage déroutant à travers l\u2019espace et le temps.RICHARD-MAX TREMBLAY CRITIQUE YANNICK MARCOUX LE DEVOIR Est-il possible de rompre complètement avec un parent parce que la relation, gangrenée par des années de violences et d\u2019incompréhensions, ne fait que s\u2019enliser ?Ou le lien biologique est-il si puissant qu\u2019il faille à tout prix confronter les souvenirs et trouver la paix dans le pardon et l\u2019acceptation ?Dans son premier roman, Nos vies de plume, Karine Légeron nous offre l\u2019histoire d\u2019une femme qui tente de se réconcilier avec son enfance meurtrie.La narratrice, Alice, est enceinte.C\u2019est ce qui la pousse à l\u2019écriture de ces carnets, où elle raconte sa propre histoire afin, dit-elle, de l\u2019offrir à sa fille lorsqu\u2019elle sera assez grande pour comprendre : « J\u2019ai pensé que c\u2019était important, savoir d\u2019où l\u2019on vient.» On la retrouve d\u2019abord dans sa vie d\u2019adulte, résignée à l\u2019ordinaire de son couple essoufflé et d\u2019un emploi occupé par habitude : « Je n\u2019en avais pas conscience, mais aujourd\u2019hui, c\u2019est comme ça que je vois les choses : je perdais mon temps à faire semblant de vivre.» Après tout, peut-être avait-elle besoin de cet ennui pour endormir les plaies béantes qui la bouleversent depuis qu\u2019elle s\u2019est affranchie de sa mère, Azaé, femme impulsive, aussi excentrique qu\u2019égocentrique.Alice souffre en silence, flanquée Le roman doux-amer de Karine Légeron nous transporte là où l\u2019humanité se révèle apte, malgré ses peurs et ses difficultés, à sortir des schémas qui l\u2019ont formée.RODOLPHE LASNES Nos vies de plume Karine Légeron, Leméac, Montréal, 2019, 163 pages de Celia, sorte de fée protectrice qu\u2019elle s\u2019est créée pour l\u2019aider « à supporter sa vie boiteuse d\u2019enfant malheureuse », et qui ne la quitte jamais.Or, tout bascule lorsqu\u2019elle reçoit une carte postale de sa mère qui lui demande de l\u2019aide.Malgré ses réticences, elle la rejoint en Argentine, où l\u2019attend la difficile quête d\u2019une réconciliation avec soi.Tandis que le texte met du temps à trouver sa voie, perdu dans les circonvolutions du désarroi, le départ vers l\u2019Argentine nous happe résolument.Certaines révélations font naître une relation mère-fille complexe, nourrie par les ambivalences et les contradictions.En place d\u2019une violence stérile, la narratrice embrasse une urgence de vivre qui la mène sur des chemins inédits, où se multiplient les rebondissements, enivrants et troublants.L\u2019autrice nous invite au voyage, de Paris à la Bretagne, jusqu\u2019à l\u2019Argentine, pourtant les univers demeurent secondaires.Ce sont les personnages qui soutiennent le récit, eux dont l\u2019amplitude révèle des chaos heureux, des drames retentissants et quelques oasis de douceurs inattendues.La primo-romancière a su bien rendre les détours et intrications que prennent les êtres pour se nouer les uns aux autres.On regrette cependant le personnage de Celia, béquille avouée de la narratrice, qui crée des redites.De même, la posture d\u2019élocution \u2014 cette lettre adressée à l\u2019enfant à venir \u2014 est une forme éculée qui, trop souvent, nous ramène à l\u2019objet de l\u2019écriture, nous extirpant d\u2019une magie que le texte avait su installer.En dépit de ces bruits encombrants, ce roman doux-amer nous transporte là où l\u2019humanité se révèle apte, malgré ses peurs et ses difficultés, à sortir des schémas qui l\u2019ont formée, incarnant ainsi, par ses actions, de vrais changements.Avancer à rebours Le premier roman de Karine Légeron est un voyage intérieur sur les territoires d\u2019une enfance trouble LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR Lorsque Laura est contrainte de quitter Philadelphie pour s\u2019installer quelque temps à Miscou, Nouveau-Bruns- wick, c\u2019est pour y étudier Sarracenia purpurea, plante carnivore « vaporeuse, sans commencement ni fin, accrochée à de fragiles rhizomes, sans solides attaches ».C\u2019est aussi pour elle l\u2019occasion de découvrir la vérité sur ses ancêtres irlandaises, « pour éviter d\u2019avoir une mémoire marécageuse.Pour trouver un rivage.Accoster ».Après ce court prologue campé en 2019, Annie-Claude Thériault nous transporte d\u2019abord en Irlande, en 1847, au moment de la Grande Famine, celle-là même qui pousse Evelyne Foley à envoyer son fils, ses petits-fils et sa petite-fille en Amérique.« La guigne, la guigne ! » ne cesse de crier cette grand-mère que l\u2019on croit devenue folle après avoir trouvé un coléoptère dans le champ de pommes de terre.D\u2019une génération à l\u2019autre, l\u2019apparition de cette « bête à patates » apportera moult bouleversements.L\u2019émouvant voyage dans le temps, sur les pas de ces femmes modestes mais vaillantes, se poursuivra au Nouveau-Brunswick, en 1880, en 1910, en 1940 et en 1963, chaque fois à la rencontre d\u2019une descendante d\u2019Evely- ne.Outre leurs yeux verts, les Foley partagent ce désir d\u2019être utiles \u2014 « Ut Prosim ! » se répètent-elles \u2014, trouvent réconfort sous la caresse du lin ou dans le parfum du caramel ou du stew et tremblent de peur les soirs de whisky, qu\u2019il soit consommé par le père ou le frère.À l\u2019instar des héroïnes de son pré- cédent roman, Les filles de l\u2019Allemand (Marchand de feuilles, 2016), les femmes ici, malgré leur farouche volonté, ne sont pas toujours les maîtresses de leur destin.Roman intimiste porté par six narratrices tour à tour victimes de la lâcheté et de la dureté des hommes, de leur époque, de leur statut d\u2019immigrantes, des grands bouleversements de l\u2019Histoire, Les Foley s\u2019avère une fine et nuancée réflexion sur la condition féminine à travers le temps, de même que sur l\u2019hérédité, la filiation et la transmission.Tandis qu\u2019Annie-Claude Thériault salue Henry Longfellow, auteur du poème Évangéline, figure tragique acadienne, on ne peut que penser à Zola devant le déterminisme qui semble frapper les membres de la famille Foley, et contre lequel luttent les femmes pour préserver leur dignité, leur liberté.À travers la voix des narratrices, dont certaines sont adolescentes ou à peine sorties de l\u2019enfance, on se rappelle les jeunes héroïnes en communion avec la nature, posant un regard lucide sur leur injuste condition et sur la cruauté de la société envers elles, que l\u2019on rencontre chez les sœurs Brontë.Le souffle poétique traversant chaque récit évoque également la douce révolte ayant animé Emily Dickinson.Tissés de non-dits, de secrets à moitié dévoilés, de mystères entretenus par pudeur ou par naïveté, de désirs réprimés, les récits des filles Foley se suivent et se complètent jusqu\u2019à former un délicat portrait de famille empreint de nostalgie, de mélancolie et de sensualité où Annie- Claude Thériault célèbre la force des liens du sang.27 Lire Fiction Racines irlandaises Annie-Claude Thériault esquisse délicatement de durs portraits de femmes Les Foley Annie-Claude Thériault, Marchand de feuilles, Montréal, 2019, 295 pages Tandis qu\u2019Annie-Claude Thériault salue Henry Longfellow, on ne peut que penser à Zola devant le déterminisme qui semble frapper les membres de la famille Foley.JUSTINE LATOUR CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Demander une table pour un, manger seul au restaurant compte pour certains parmi ces petites douleurs ajoutant à l\u2019injure de la solitude, la claque au visage de son humiliant spectacle public.La narratrice d\u2019Un, premier roman de Salomé Assor, est de celle-là.Assise avec elle-même dans un lieu dont on ne saura pas grand-chose, une jeune femme s\u2019engage dans un irrépressible soliloque, adressé à ce « Monsieur » anonyme, son « cher lecteur ».Premier titre de la nouvelle collection Prose de Poètes de brousse, essentiellement associée depuis 15 ans à la poésie, ce texte sans points ni majuscules saisit par la galopante fureur de ce flot de pensées qui s\u2019emboîtent et se chevauchent.« [L]\u2019enfer c\u2019est les autres surtout lorsqu\u2019il n\u2019y en a pas », observe la narratrice esseulée en usurpant la plus célèbre maxime sartrienne.Méditation sur la violence insoupçonnée de la solitude, Un alterne ainsi entre les aphorismes bien trouvés (« le plus impénétrable de nos secrets est ce que l\u2019on éprouve à n\u2019être qu\u2019avec soi »), les considérations philosophiques et les emportements lyriques, auquel Salomé Assor, 21 ans, assortit un certain humour noir et un subtil sous- texte féministe.La femme seule est toujours plus suspecte, ou fragile, ou Monologue pour jeune femme seule au resto La maison d\u2019édition Poètes de brousse lance une nouvelle collection de textes en prose Salomé Assor livre une méditation sur la violence insoupçonnée de la solitude.POÈTES DE BROUSSE Un Salomé Assor, Poètes de brousse, Montréal, 2019, 112 pages risible, que son pendant masculin, rap- pelle-t-elle.Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse que d\u2019un premier livre, Un tient aussi à bien des égards de la réflexion sur l\u2019acte même d\u2019écrire.Espoir que celui qui nous a posé un lapin finisse par se pointer au rendez-vous et espoir que sa voix trouve écho chez l\u2019autre deviennent les manifestations d\u2019un même espoir d\u2019échapper au drame de l\u2019enfance, d\u2019apparaître aux yeux d\u2019autrui et de se soustraire enfin à l\u2019invisibilité.Si « écrire n\u2019est qu\u2019une piètre frivolité de quiconque, et quiconque écrit est lui-même le seul à y croire », « il existe [a contrario] un instant bien précis où l\u2019on comprend brusquement que l\u2019autre n\u2019arrivera jamais, et c\u2019est là pourtant que l\u2019on s\u2019entête à espérer, pendus au ciel à la manière des religieux ».Le cynisme que génèrent les promesses de l\u2019écriture n\u2019est peut-être donc ici qu\u2019autodéfense.Ne faut-il pas, après tout, minimalement y croire pour continuer de noircir les pages ?Monologue en spirales, composé de nombreux leitmotive, et sans véritable récit, Un témoigne d\u2019une époque où les frontières séparant les genres littéraires s\u2019amenuisent (pour le mieux, pourrait- on ajouter).Ce livre n\u2019a donc rien d\u2019un roman au sens traditionnel du terme, mais est porté par une langue fougueuse et maline, si bien que l\u2019on pardonne (presque) à l\u2019auteure sa passion pour les calembours et les jeux de mots.Celui qui n\u2019a jamais été seul, au moins une fois dans sa vie, peut-il aimer, peut-il aimer jamais, demandait le chanteur.Salomé Assor lui répondrait sans doute que non, dans la mesure où son livre, paradoxalement, a quelque chose de l\u2019ode à l\u2019humanité vers laquelle permet de tendre l\u2019expérience de l\u2019isolement lorsqu\u2019elle se conjugue à celle de l\u2019écriture.Dans les mots d\u2019Anne Hébert : poésie, solitude rompue. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Lire Fiction 28 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR « Est-ce qu\u2019on peut le lui dire ?» demande Michèle Plomer à la collègue photographe Marie-France Coallier quand nous les retrouvons dans la chapelle votive de l\u2019oratoire Saint-Jo- seph, à quelques mètres de l\u2019endroit où dort pour l\u2019éternité le saint frère André.Marie-France, tout sourire, acquiesce.« Madame Coallier vient de m\u2019apprendre qu\u2019elle est la petite- nièce du frère André ! » révèle la romancière, parfaitement émerveillée.« Je crois totalement que les lieux ont un esprit et je crois aussi qu\u2019on est liés, qu\u2019il y a un aimant entre nous tous.Pour moi, apprendre que madame Coallier est la petite-nièce du frère André, ça a ensoleillé ma journée », confie plus tard l\u2019auteure de Dragonville et d\u2019Étincelle, assise au cinquième étage de ce lieu de culte où elle venait enfant, les samedis après-midi, se « conter des peurs » avec son amie Brigitte.Femme de foi, Michèle Plomer ?Pas au sens religieux.Mais femme de foi en l\u2019autre ?Complètement.Cette fascination pour les hasards et les coïncidences révélant les relations qui nous unissent explique d\u2019ailleurs au moins en partie cette bienveillance qui est la sienne, une qualité qu\u2019elle partage avec sa mère Monique, personnage principal d\u2019Habiller le cœur, son septième roman.Impossible de ne pas se soucier du bien-être de l\u2019autre lorsque l\u2019on croit qu\u2019un étranger n\u2019en est jamais vraiment un.Savoir brûler son agenda Après avoir tenté en vain de trouver son bonheur dans la retraite, Monique accepte à 70 ans un poste de cadre à la Protection de la jeunesse de Puvirni- tuq, au Nunavik.Parce que ses « livres refusent de se laisser écrire au même endroit que leurs prédécesseurs », sa fille Michèle est alors installée dans un appartement laissé vacant par la tante d\u2019une amie au Rockhill, ce complexe immobilier du chemin de la Côte-des- Neiges adossé à l\u2019oratoire.Son manuscrit, qui piétine, sera rapidement aimanté par le nord, plus précisément par toutes ces rencontres qu\u2019y fait sa mère, irrésistible matériau littéraire.L\u2019alter ego romanesque de Michèle Plomer met peu à peu de côté son principal projet d\u2019écriture pendant que Monique devient pour sa fille la première muse de l\u2019histoire des muses à « faire tremper son dentier dans un verre de Pepsodent la nuit ».Fiction à haute teneur autobiographique, Habiller le cœur multiplie les allers-re- tours entre Puvirnituq, où Monique renaît, et Montréal, où Michèle tente de construire un livre autour de son imprévisible mère.C\u2019est ainsi une femme à la trajectoire très différente de celles de sa génération, et de son milieu, que nous raconte l\u2019auteure, dans une série de scènes évoquant la rencontre de son père, anglophone ayant grandi dans un foyer douillet, et de sa mère, fille de la classe ouvrière canadienne-françai- se qui échappera à son inéluctable destin de ménagère en épousant ce jazzophile et en s\u2019offrant, grâce de petits boulots, des études universitaires.Elle raconte aussi une femme qui, même si elle appartient au troisième âge, n\u2019appartient certainement pas à ses stéréotypes.Siroter tristement du café avec ses semblables, dans un restaurant de centre commercial ?Pas trop son genre.« Elle a toujours eu une fibre marginale, Monique ! C\u2019est une curieuse.Elle est véritablement intéressée par les autres.C\u2019est rare, ça.Elle ne veut pas être la rencontre d\u2019elle-même chez Tim Hortons à Magog.Elle a une soif d\u2019être avec l\u2019autre, sur le territoire de l\u2019autre.» Femme exceptionnelle ?C\u2019est l\u2019évidence, bien que sa fille souhaite que dans ce personnage flamboyant puissent exister d\u2019autres mères ayant refusé, spectaculairement ou subtilement, d\u2019incarner le rôle effacé que la société leur assignait.« Plusieurs des femmes de mon âge [54 ans] ont eu des mères héroïques.Elles ont tellement brisé de carcans ! Je souhaite que, même si c\u2019est un roman très intime, ce soit aussi un roman universel.C\u2019est exceptionnel, les vies qu\u2019elles nous ont permis de vivre.» Écrivaine estrienne, écrit-on depuis le début de sa carrière au sujet de Michèle Plomer, qui s\u2019est installée à Magog, pas loin de chez sa mère, après un séjour en Chine où elle a puisé la matière de plusieurs de ses livres.Il n\u2019y a pourtant pas plus Montréalaise que Michèle Plomer, constate-t-on dans ce nouveau roman, habité autant par les paysages du Nord que par les rues du Cartierville de son enfance ou les couloirs du Rockhill où a vécu à son retour de Paris Anne Hébert, une autre des figures féminines d\u2019affranchissement d\u2019Habiller le cœur.Souverain besoin de solitude Son enfance au cœur d\u2019une maison où résonnait de la musique rock et où les amis beatniks de ses parents venaient refaire le monde tout le weekend l\u2019aura investie d\u2019un souverain besoin de solitude, chuchote notre guide du jour, alors que nous contemplons les sculptures d\u2019apôtres qui ornent les murs de la basilique de l\u2019oratoire Saint-Joseph.« Dès que je mets les pieds ici, je La foi en l\u2019autre de Michèle Plomer et de sa mère, Monique Virée à l\u2019oratoire Saint-Joseph en compagnie de l\u2019écrivaine, dont la mère devient personnage de fiction dans Habiller le cœur, son septième roman Michèle Plomer met en scène une femme du 3e âge qui ne correspond pas au stéréotypes.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Je pense qu\u2019en tant que société, nous avons avec les peuples autochtones exactement le même problème qu\u2019avec la diversité en général MICHÈLE PLOMER » LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 ressens une chaleur.J\u2019aime beaucoup venir de bonne heure.Je trouve que les gens sont beaux.Je ressens les vibrations des histoires qu\u2019ils portent.On ne vient pas à la messe à sept heures parce que tout est rose dans notre vie, ni parce qu\u2019on n\u2019a rien à donner ; ça va dans les deux sens.Je ne fais pas beaucoup d\u2019exercice physique, donc c\u2019est ici que je viens chercher de l\u2019énergie.[Elle éclate d\u2019un rire solaire.] Ça vaut bien un jogging.» Pas juste de la détresse « Je suis complètement indignée », dit sur un ton très grave Michèle Plo- mer au sujet des conditions de vie difficiles des Inuits du Nunavik, forcément mises en lumière par les segments d\u2019Habiller le cœur qui s\u2019y déroulent.Elle souhaitait néanmoins montrer que les Inuits « ne sont pas juste des gens en détresse ».« Je pense qu\u2019en tant que société, nous avons avec les peuples autochtones exactement le même problème qu\u2019avec la diversité en général.Nous sommes incapables de juste être devant l\u2019autre et de voir que nous sommes tous égaux, sans être dans une posture de sauveur, de bienfaiteur », dit-elle dans un bref moment de colère.Des itinérants autochtones de Montréal apparaissent dans Habiller le cœur, comme pour souligner qu\u2019il est peut-être, paradoxalement, plus aisé de s\u2019émouvoir du sort des peuples autochtones vivant à des centaines de kilomètres que du sort de ceux que l\u2019on croise au quotidien.« Nous, les bien-pensants, qui crions à tous vents que nous ne sommes pas racistes, observons-nous avec lucidité, lance Michèle Plomer.C\u2019est pour ça que le personnage de Monique est intéressant : elle a une façon de voir l\u2019autre sans jugement qui est marginale, mais qui devrait être commune.» La vraie Monique, 79 ans, ralliera dans quelques jours le Nunavik où elle travaille toujours à temps partiel.Habiller le cœur Michèle Plomer, Marchand de feuilles, Montréal, 2019, 368 pages CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR D\u2019Éros et Thanatos, on ne s\u2019en sort pas.Philomène Flynn, qui travaille dans un salon funéraire à maquiller des défunts, ne se sent jamais autant vibrer que lorsqu\u2019elle se trouve, dénudée, auprès d\u2019un charmant représentant du sexe opposé (un sentiment parfaitement commun).Mais, c\u2019est bien connu, il peut y avoir beaucoup plus de mort que de vie dans ce type de rencontre entre deux corps.Amoureuse spécialement douée pour les mauvais choix, Philo ne sait exister que dans les paroxysmes de la passion incandescente ou en s\u2019enfonçant dans ces gouffres que sont l\u2019alcool, la drogue ou le sexe compulsif.Elle a les magnifiques défauts d\u2019une irrécupérable romantique, guidée par un jusqu\u2019au-boutisme sentimental ne pouvant se transformer qu\u2019en lendemains qui déchantent (et en multiples flaques de vomi).Ses nuits sont traversées par un cortège de gars pas fiables, d\u2019hypocrites et de narcissiques.Lana Del Rey et elle auraient de quoi jaser pendant des heures.Chronique de la dérive d\u2019une jeune femme qui ne sait aimer que lorsque ça fait mal (un autre sentiment commun, malheureusement), Comme des animaux, premier roman de la comédienne Ève Lemieux, laisse d\u2019abord croire à un énième portrait des excès 29 Lire Fiction L\u2019amour, violent par dedans Faut-il que ça fasse mal pour que ça fasse du bien ?Grave question traversant le roman d\u2019Ève Lemieux.d\u2019une jeunesse montréalaise relativement douillette et fière de ses petites incartades.Erreur.Pour reprendre la rengaine d\u2019Alaclair Ensemble : on pensait qu\u2019c\u2019tait ça que c\u2019tait, mais c\u2019tait pas (tout à fait) ça que c\u2019tait.C\u2019est que, par-delà ses allures de tortueuse comédie romantique, Comme des animaux tente surtout d\u2019élucider le mystérieux pouvoir qu\u2019exerce l\u2019appel du pire sur ces êtres à qui personne n\u2019a appris à reconnaître l\u2019étreinte du guet-apens.En se gardant de verser dans la psychologisa- tion outrancière, Ève Lemieux élabore à l\u2019aide d\u2019une écriture rugueuse et rythmée une galerie de figures secondaires éclairant les carences de son antihéroïne : une mère tragiquement bonasse, un père tendre mais résigné, ainsi qu\u2019une vieille dame mourante (et forcément pleine de sagesse).L\u2019autrice offre par ailleurs une représentation de la sexualité au féminin tantôt réjouissante (ses personnages savent ce qu\u2019elles veulent et ne craignent pas de dire la nature précise de leurs désirs), tantôt carrément glauque, quand le quotidien de Philo devient celui d\u2019un zombie.Le plaisir sexuel est ainsi à la fois ce tremplin grâce auquel devenir complètement soi-même et ce précipice dans lequel s\u2019oblitérer.La création procure aussi de l\u2019oxygène à Philomène, elle qui s\u2019engage dans l\u2019écriture d\u2019un roman graphique, dont plusieurs extraits ponctuent le texte (les passages les plus faibles, tant ils soulignent à gros traits le discours sur la toxicité des relations qui anime tout le livre).Ève Lemieux propose-t-elle donc un doigt d\u2019honneur au conformisme du couple rangé ou une mise en garde contre cet aveuglement qui consiste à croire que de céder à la douceur est un signe de faiblesse ?L\u2019essentiel est ailleurs : dans la résistance de sa Philo- mène, qui n\u2019en fera bien qu\u2019à sa tête.La comédienne Ève Lemieux publie son premier roman.JULIE ARTACHO Comme des animaux Ève Lemieux, XYZ, Montréal, 2019, 232 pages LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Le titre du premier essai biographique de Michael V.Smith \u2014 Ceci est mon corps (My Body Is Yours : A Memoir) \u2014 ne relève pas du hasard.Car au fil des quelque 200 pages qui constituent le récit, l\u2019écrivain caresse, analyse, livre chaque parcelle de son anatomie, source interchangeable de honte et de plaisir, et creuse les sillons de sa peau comme ceux de sa mémoire et de son âme.À travers les cicatrices, les vergetures, les frissons et la douceur, le cinéaste et drag queen canadien se remémore la peur, l\u2019incompréhension, la honte, la vulnérabilité, mais aussi le plaisir, la chaleur et l\u2019abandon qui ont forgé son parcours.Il interroge les lisières que balisent nos idées préconçues sur le corps, ses limites, ses écarts, sa résilience, son unicité, et entame une réconciliation avec sa masculinité et les différences qui la composent, ouvrant ainsi la porte à une remise en question et à une rupture collective avec les normes de genre et les prisons de verre qui en émanent.Le romancier replonge au cœur d\u2019une enfance passée en adéquation avec son environnement, renoue avec le gamin efféminé, constamment humilié, sans ancrage dans une famille d\u2019ouvriers et une petite ville sectaire.Il revisite l\u2019embarras persistant d\u2019un adolescent dont la coquille fendille peu à peu au rythme des premiers émois amoureux.Puis, avec sa plume directe et décomplexée, dépouillée de fioriture et d\u2019euphémisme, il raconte l\u2019artiste et ses compulsions, il recense les rava- Lire 30 Le droit inaliénable d\u2019être soi L\u2019essai biographique de Michael V.Smith creuse les sillons de sa peau comme ceux de sa mémoire CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Avec peut-être Margaret Atwood et Joyce Carol Oates, l\u2019Irlandaise Edna O\u2019Brien fait partie d\u2019un petit peloton de tête informel de dures à cuire octogénaires de la littérature.Des écri- vaines qui ne craignent pas les sujets délicats, capables de regarder sans ciller l\u2019horreur en face.Pour Edna O\u2019Brien, 88 ans, la littérature est encore le moyen de prêter sa voix à ceux qui n\u2019en ont pas.Une façon de garder vivantes des histoires qu\u2019on aimerait mieux oublier, de faire éclater tabous et frontières.Depuis sa trilogie des Filles de la campagne, amorcée en 1962, jusqu\u2019aux Petites chaises rouges (Sabine Wespieser, 2016), une histoire d\u2019amour tordue sur fond de génocide en Bosnie, les injustices et le destin des femmes n\u2019ont jamais cessé de la préoccuper.Girl, son nouveau roman, est une plongée étouffante dans l\u2019enfer d\u2019un petit groupe d\u2019écolières enlevées au Nigeria par des djihadistes.S\u2019inspirant des 276 écolières de Chibok enlevées en avril 2014 par les combattants islamistes du groupe Boko Haram, la romancière s\u2019est rendue plusieurs fois sur place et a mené sa propre enquête, rencontrant témoins et survivantes.En 250 pages pendant lesquelles le lecteur retient son souffle, le roman ges de sa dépendance à l\u2019alcool, au sexe et au travail, exutoires de ses craintes et d\u2019un passé qui le pourchasse comme son ombre.De la découverte de son potentiel artistique à sa réconciliation avec un père absent et étranger à son désarroi, en passant par la fabrication d\u2019un alter ego drag qui renforce sa masculinité, les récits bouleversants d\u2019authenticité s\u2019enchaînent dans ce récit initiatique queer qui souligne l\u2019universalité dans la différence et l\u2019insignifiance de la normalité.Ces instants poignants sont de temps à autre engloutis par l\u2019abondance d\u2019anecdotes détaillées sur les plaisirs risqués et éphémères \u2014 aventures dans les parcs, drague dans les toilettes publiques et arrêts dans les saunas \u2014 qui frôlent parfois le cabotinage et favorisent le sentiment d\u2019intrusion au détriment de l\u2019érotisme.Il faut passer outre les premières réserves pour comprendre que ces envolées d\u2019une intimité troublante bousculent le lecteur pour mieux s\u2019ancrer dans la banalité, en opposition avec les catégorisations trop restreintes qui accompagnent souvent notre désir de comprendre la différence.En abordant sans détour les ravages de la honte, de la dépression, de la maladie et de la dépendance, Smith parvient à exposer les nombreuses conséquences de la contrainte et du silence et nous invite à tendre la main à l\u2019autre sur cette longue route que chacun doit entreprendre pour embrasser ce qui le rend unique.Michael V.Smith possède une plume directe et décomplexée.SARAH RACE PHOTOGRAPHY Pour Edna O\u2019Brien, la littérature est encore le moyen de prêter sa voix aux personnes qui n\u2019en ont pas.ANDREW LIH CC Ceci est mon corps Michael V.Smith, traduit de l\u2019anglais par Benoit Laflamme, Triptyque, Montréal, 2019, 294 pages Girl Edna O\u2019Brien, traduit de l\u2019anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser, Paris, 2019, 256 pages Le cinéaste et drag queen canadien se remémore la peur, l\u2019incompréhension, la honte, la vulnérabilité, mais aussi le plaisir, la chaleur et l\u2019abandon qui ont forgé son parcours raconte à la première personne la tragédie hallucinée de Maryam, une adolescente chrétienne enlevée une nuit avec des dizaines d\u2019autres, violée à répétition et mise en esclavage.« Je me suis relevée et me suis essuyé la figure avec mon pagne.Au-delà de la fenêtre, la fosse commune buvait son quota de rosée, et j\u2019aurais préféré être morte moi aussi.» Les scènes d\u2019horreur vont se succéder : le rapt, les viols rituels et collectifs, la lapidation d\u2019une épouse soi-disant adultère, la faim.Ses jours s\u2019écoulent entre la cuisine, le ménage, les prières et les coups.Mariée de force à un soldat plus méritant que les autres, elle tombe vite enceinte avant d\u2019accoucher quelques mois plus tard sous les murmures de déception : « Ce n\u2019est pas un mâle.» Personnage créé de toutes pièces par la romancière, l\u2019adolescente parle ici au nom de toutes les victimes.Lorsque l\u2019occasion de fuir se présente, sa petite fille sur son dos, accrochée à l\u2019enfant comme à la possibilité de sa propre survie, Maryam sera témoin d\u2019autres drames, entendra des dizaines d\u2019histoires au parfum de mort et de dépossession.Et même rescapée de sa captivité, après avoir erré pendant des jours, saine sans être tout à fait sauve, ce n\u2019est pas sans heurts qu\u2019elle retourne à la vie.Car à la violence des viols et de la captivité succède ainsi une autre violence.Stigmatisés et ostracisés, Maryam et son bébé seront accueillis comme des pestiférés.Son père est mort de chagrin et sa mère vit désormais avec un « Oncle » qui contrôle tout.On sépare l\u2019adolescente de son enfant tandis que sa mère la supplie de se résigner, parce qu\u2019on n\u2019a pas, lui dit-elle, le pouvoir de changer les choses.Pourquoi ?« Parce qu\u2019on est des femmes.» Un véritable condensé d\u2019horreur, de révolte, mais aussi d\u2019espoir et de résilience.Des histoires à oublier La romancière irlandaise Edna O\u2019Brien s\u2019inspire des 276 écolières nigérianes enlevées par les djihadistes de Boko Haram en 2014 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Qu\u2019est-ce qui explique le comportement d\u2019un tueur en série ?Ou plutôt : est-il possible d\u2019expliquer des gestes d\u2019une boucherie sans nom répétés ad nauseam ?C\u2019est la question que se posent les enquêteurs de la brigade criminelle de Stockholm en découvrant, à quelques semaines de Noël, une série de meurtres tout aussi atroces qu\u2019inexplicables.En fait, c\u2019est lorsque le ministre de la Justice disparaît que les choses s\u2019accélèrent.La fonction du personnage précipite un peu les choses et l\u2019équipe de Fabian Risk, à la brigade criminelle, retrouve le corps mutilé de l\u2019homme politique dans les entrailles du parlement.Comme certaines parties du corps sont manquantes, le policier se rend tout de suite compte de certaines similitudes avec une vieille affaire impliquant un tueur\u2026 cannibale.En même temps ou presque, deux assassinats tout aussi horribles sont commis au Danemark : les corps d\u2019un animateur de télé et de sa femme sont retrouvés, littéralement découpés en morceaux.La méthode n\u2019est pas la même, mais ici aussi, une enquêtrice, Dunja Hougaard, soupçonne qu\u2019elle a affaire à un tueur en série.Sans que les deux policiers se rencontrent jamais, ni même qu\u2019ils se parlent d\u2019une façon ou d\u2019une autre, ils ont tous les deux compris que, de chaque côté du détroit de l\u2019Øresund, quelqu\u2019un s\u2019est mis sérieusement à l\u2019ouvrage.De son côté, Risk retrouve les façons de faire d\u2019un criminel traité à l\u2019institut psychiatrique et sous surveillance médicale ; en fouillant son appartement, il trouve assez de preuves pour l\u2019arrêter.Mais l\u2019homme nie et Risk comprend qu\u2019il est effectivement innocent\u2026 et il veut rouvrir l\u2019enquête pour trouver le véritable coupable.Étrangement, Dunja Hougaard arrivera aux mêmes conclusions à Copenhague après avoir de justesse échappé à une mort horrible.Des deux côtés, leurs supérieurs refusent : on a retrouvé et éliminé deux dangereux tueurs en série et l\u2019affaire 31 Lire Trompe-l\u2019œil et porte-à-faux Une sanguinolente histoire de tueurs en série\u2026 qui n\u2019en est pas tout à fait une La fin de semaine chez Papy s\u2019annonce tranquille.Avec toute cette pluie, Bob, Tom, Lucy et Em ont des airs de fin du monde.Heureusement que leur grand-père, l\u2019œil vif et pétillant, a plus d\u2019un tour dans son sac.Magicien à ses heures, il plonge sa main dans sa veste et en sort une boussole qui a le pouvoir de propulser le petit groupe dans le décor de son choix.Il suffit de scander la formule : « Regardez l\u2019aiguille de la boussole qui tournicote, et laissez agir la magie rigolote ! » Depuis la plage aux mille possibles jusqu\u2019à la montagne enneigée en passant par le sol poussiéreux du Far West, Papy offre à ses petits un tour du monde palpitant.C\u2019est le Paul McCartney grand-père de huit petits-enfants, et non la rockstar, qui prend la plume ici pour raconter La boussole magique, album jeunesse qu\u2019il souhaitait offrir aux grands-parents du monde entier afin, peut-on lire sur le communiqué de presse, « qu\u2019ils aient une histoire du soir pour leurs petits-enfants ».Mission noble sans doute, mais quelque peu déphasée compte tenu de la quantité d\u2019œuvres classiques et contemporaines que l\u2019on trouve dans les librairies.Cela dit, et malgré cette présomption, l\u2019auteur garde un rythme soutenu, constamment relancé par un événement pseudo-dramatique invitant les personnages à changer de scène.L\u2019histoire est par ailleurs propice à établir quelques interactions avec les enfants, notamment lorsque la formule magique doit être prononcée.Le tout reste toutefois sans grande surprise, coincé dans une forme prévisible.Le graphisme épouse d\u2019ailleurs cette rigidité conventionnelle.À la fois pétillantes et convenues, les illustrations rondouillettes et colorées de Kathryn Durst nous propulsent dans des décors typés qui célèbrent la joie de vivre et les bons sentiments.Que l\u2019on pense à la montagne, dans laquelle les vaches et leurs grelots broutent entourés de papillons, aux cow-boys avec leur lasso cavalant entre les cactus ou encore à la représentation stéréotypée des enfants, il s\u2019agit d\u2019une suite de détails identifiables, certes, mais qui laissent bien peu de place à l\u2019imagination.Si l\u2019artiste a su révolutionner la musique, rien n\u2019est moins sûr pour la littérature jeunesse.Marie Fradette Nous retrouvons les copains Jé, Olive et Ludo dans leur dramatique train-train quotidien d\u2019écoliers.Les histoires brèves de cette série ani- malière-mais-pas-vraiment (à part les rigolotes têtes d\u2019oiseaux, de rhinos\u2026) sont les plus décroche-mâ- choire de la bédé franco-belge du moment : ça va encore plus loin dans les variantes de catastrophes qu\u2019ils provoquent « sans faire exprès ».Comment une situation peut-elle dégénérer ?Précisément parce que nos gamins sont sans malice qu\u2019ils cherchent tout le temps à réparer leurs gaffes, et dès lors, aggravent le truc jusqu\u2019au gravissime : destruction du Tour de France en jouant au téléférique, feu d\u2019artifice sur la ville pour un simple bisou, tout arrive.Imaginez le Petit Nicolas déjanté, voire « apocadispique », mais avec la même tendresse pour l\u2019enfance, avec sa logique propre et son lot de peurs, de désirs et d\u2019injustices.« En plus, si ça se trouve, personne va voir qu\u2019on a fait une bêtise ! » Sylvain Cormier « Quoi qu\u2019il arrive, promettez-moi qu\u2019on ne sera jamais franches l\u2019une envers l\u2019autre », implore Vicky en étreignant Jenny et Karine.Dernière case d\u2019un gag où Vicky émerge d\u2019un cauchemar où tout le monde disait la vérité à voix haute.C\u2019est la clé de ce volume de Vacheries qui nous ramène avant la métamorphose de Karine en rockstar : retour à l\u2019école de la cruauté envers les moches et des travaux en groupe qu\u2019on refile à la mal-aimée intelligente (Karine l\u2019asperge souffre- douleur).Mine de rien, et c\u2019est l\u2019art de Maryse Dubuc et Marc Delafontai- ne, on en profite pour rattacher les fils de la grande histoire : entre la rencontre Vicky-Jenny à 12 ans (« J\u2019étais déjà canon », dit Vicky, alors très bouboule) et le coma de Karine (qui va sceller l\u2019amitié du trio), on apprend l\u2019essentiel de ce qu\u2019on ignorait sur ces liens qui transcendent l\u2019égoïsme érigé en survie.Sylvain Cormier La neuvième tombe 1/2 Stefan Ahnhem, traduit du suédois par Caroline Berg, Albin Michel, Paris, 2019, 662 pages La boussole magique 1/2 Paul McCartney et Kathryn Durst, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2019, 32 pages.Les cavaliers de l\u2019apocadispe n\u2019ont pas fait exprès Libon, Dupuis, Paris, 2019, 72 pages Les vacheries des Nombrils 2 Une fille en or 1/2 Delaf et Dubuc, Dupuis, Paris, 2019, 48 pages S\u2019évader avec Paul McCartney est close.Point final.Le lecteur sera le seul à savoir que les deux enquêteurs ont raison\u2026 Sous ce récit d\u2019horreur en porte-à- faux à volets multiples se cache une histoire d\u2019amour impossible à la Waj- di Mouawad ; celle d\u2019un jeune Israélien tombé follement amoureux d\u2019une belle Palestinienne et qui se retrouvera, pour cela précisément, la tête criblée de balles\u2026 et le corps vidé de ses organes.Là est la clé de toute l\u2019affaire et rien ne le laisse deviner avant que l\u2019on comprenne enfin ce qui s\u2019est passé pendant plus de 650 pages.Stefan Ahnhem sait indiscutablement raconter des histoires improbables ; son style vif et précis, son sens du détail, ses phrases courtes et le découpage serré des chapitres de l\u2019intrigue \u2014 ce que rend remarquablement la traductrice \u2014, tout cela contribue à mener le lecteur en bateau.Et lorsque la lumière se fait et que l\u2019on saisit les implications du prologue \u2014 qui se déroule une bonne dizaine d\u2019années avant toute cette histoire de meurtres en série \u2014, il est trop tard : la boucle est bouclée.Chapeau.Si ce livre n\u2019était pas truffé de passages sanglants et apparemment gratuits, on le recommanderait sans hésiter à tous ceux qui souhaitent raconter une histoire tordue.Vivement la suite.Stefan Ahnhem sait indiscutablement raconter des histoires improbables.THRON ULLBERG Sous ce récit d\u2019horreur se cache une histoire d\u2019amour impossible à la Wajdi Mouawad BANDE DESSINÉE BANDE DESSINÉE LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Lire Essai 32 CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR Avis d\u2019expulsion, prix Pulitzer de l\u2019essai 2017, nous jette au visage le quotidien tragique de huit familles locataires américaines engluées dans le processus des expulsions locatives.Ces dernières sont devenues banales aux États-Unis, surtout pour les mères afro-américaines cheffes de famille monoparentale.En 2013, sur l\u2019ensemble du pays, « un ménage locataire pauvre sur huit n\u2019était pas en mesure de payer son loyer, et ils étaient aussi nombreux à croire qu\u2019ils seraient bientôt expulsés.Ce livre se déroule à Milwaukee, mais c\u2019est une histoire américaine qu\u2019il raconte ».Milwaukee, justement : « une ville de moins de 105 000 ménages locataires ».Les propriétaires y expulsent « environ 16 000 adultes et enfants tous les ans.» Dans ce troublant portrait de l\u2019envers du rêve américain, le sociologue Matthew Desmond se penche sur l\u2019ampleur du phénomène et sur ses terribles répercussions, méconnues de ce côté-ci de la frontière.« L\u2019expulsion doit être considérée comme un rejet traumatisant, le déni d\u2019un des besoins les plus fondamentaux et une expérience extrêmement honteuse.Entre 2005 et 2010, période d\u2019augmentation fulgurante des loyers, les suicides provoqués par les expulsions et les saisies ont doublé.» En 2008 et 2009, Desmond, lui- même d\u2019origine modeste, a décidé de vivre dans un parc de maisons mobiles décrépites, puis dans Near South Side, quartier défavorisé de Milwaukee.Éprouvante par moments, cette plongée dans la spirale des expulsions lui a permis de noter ses observations sur quelque 5000 pages.Il a colligé des milliers de données issues, entre autres, de questionnaires et de rapports.Les méthodes et les sources se sont mutuellement enrichies.L\u2019ensemble est saisissant.Au fil des pages s\u2019animent des êtres de chair et de misère, comme Arleen.Cette mère célibataire tente désespérément d\u2019élever ses deux filles avec les 20 dollars par mois restants après avoir englouti ses maigres avoirs dans le loyer de son appartement miteux.Arleen, une exception ?Non.Quelque 67 % des ménages locataires pauvres américains ne reçoivent aucune aide fédérale.Ils consacrent donc la quasi- totalité de leur faible revenu aux frais de logement.Desmond nous immerge aussi dans l\u2019intimité de propriétaires immondes pour qui « il y a de l\u2019argent à se faire dans le ghetto ».Tobin Charney exploite le parc à roulottes où l\u2019auteur a vécu.Sherrena Tarver, ancienne institutrice, est devenue une entrepre- neure.Sans état d\u2019âme, elle expulsera Arleen et ses enfants peu avant Noël.Aux êtres méprisables et pitoyables que l\u2019on croise, on opposera la puissante détermination, l\u2019intelligence et l\u2019espoir infini d\u2019individus face aux épreuves de la vie.Une leçon d\u2019humanité.Exemplaire sur le plan méthodologique, ce vaste reportage ethnologique décortique l\u2019endettement chronique, fruits de la dégradation des politiques du logement et de la déréglementation du marché américain de l\u2019immobilier.Il propose des solutions exigeantes pour mettre fin à l\u2019exploitation.Il rappelle surtout que, « sans un abri stable, tout le reste s\u2019écroule ».Voyage au bout de la pauvreté urbaine Le sociologue Matthew Desmond décortique l\u2019endettement chronique Avis d\u2019expulsion Enquête sur l\u2019exploitation de la pauvreté urbaine Matthew Desmond, Lux éditeur, Montréal, 2019, 534 pages Les expulsions locatives sont devenues banales aux États-Unis, surtout pour les mères afro- américaines cheffes de famille monoparentale.JOHN MOORE AGENCE FRANCE-PRESSE Le Courrier des écrans, une nouvelle infolettre pour les vrais amateurs de maïs soufflé.Inscrivez-vous?: ledevoir.com/courrierdesecrans André Bernier SATAN SORT AU PRINTEMPS Roman Satan (qui sort au printemps) est incarné dans le roman par une femme d\u2019une beauté exceptionnelle, appelée tout simplement Belle, qui a une relation sensuelle épisodique, d\u2019où l\u2019amour est exclu, avec un réviseur de mémoires et de thèses.Et celui-ci a des sentiments pour une étudiante en philo qui lui fait réviser son mémoire de maîtrise sur les di?érentes sortes d\u2019amours.C\u2019est un roman d\u2019amours pathétiques, d\u2019amours changeantes, d\u2019amours pas sûres d\u2019elles, mais ni trop grave, ni sérieux, parce que l\u2019humour et la légèreté y sont omniprésents.En librairie le 17 octobre.Pour commander: info@distribulivre.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Dans Le jardin parle (Nota bene, 2019, 276 pages), le poète, critique et jardinier Jean-Pierre Issenhuth (1947- 2011) évoque un personnage qui le réjouit profondément.« Quelque part sur la terre, raconte l\u2019écrivain, il y a un laitier.Tous les matins, en commençant sa tournée, il récite Le cimetière marin.Serait-ce un descendant du laitier de Mozart, qui jouait du cor ?Il dit que la récitation du poème le met en train.La terre est certainement féconde en merveilles de ce genre, et nous n\u2019en savons rien.» Issenhuth, un homme discret qui confiait ses pensées à ses carnets, a longtemps été enseignant et conseiller pédagogique au secondaire.Pour lui, l\u2019éducation ne devait pas être conçue comme un passage obligé vers un métier, mais comme une découverte de la vie avec la pensée.Un enseignant, croyait-il, n\u2019est pas qu\u2019un passeur du savoir ou, pire encore, un facilitateur d\u2019apprentissage.Pour cela, un ordinateur suffit.« Un vrai maître est pourtant autre chose, écrivait Issenhuth.Il rend le savoir vivant, humain, imparfait, vulnérable, aléatoire, provisoire.Il l\u2019expose à l\u2019oubli, aux perturbations des passions, des partis pris, des doutes, des méprises, des confusions, des préjugés, et c\u2019est ainsi que le savoir se distingue des données mortes, comme une vraie fleur se distingue d\u2019une fleur de plastique.» On est loin du discours sur les données probantes visant à gonfler les statistiques de réussite.Désir de connaissance Cette exigeante conception humaniste de l\u2019éducation se retrouve dans Le chemin de l\u2019école (Leméac, 2019, 128 pages), un fervent essai d\u2019Yvon Rivard sur les fondements et les finalités de l\u2019expérience scolaire.« Ce n\u2019est donc pas seulement l\u2019acquisition et la transmission du savoir qui sont en jeu dans la relation pédagogique, explique l\u2019essayiste, mais autre chose qui ne peut s\u2019échanger qu\u2019entre un professeur et un élève : le désir de découvrir et de partager quelque chose de trop grand qu\u2019aucune connaissance n\u2019épuise et le désir de transformer le monde plutôt que de le subir [\u2026].» L\u2019éducation, à peu près partout dans le monde, est corrompue par une idée toxique : on irait à l\u2019école pour parvenir à faire plus tard la profession la plus prestigieuse que nous permettent d\u2019atteindre nos résultats scolaires.Ça donne des médecins qui ont l\u2019air bête et des enseignants qui auraient préféré faire autre chose.Le désir de connaissance, qui devrait être au cœur de l\u2019expérience scolaire, se retrouve en rade.Pour retrouver le vrai « chemin de l\u2019école », Rivard propose de penser la relation pédagogique selon l\u2019esprit du chemin des écoliers, c\u2019est-à-dire comme une quête infinie du savoir habitée par le goût de la flânerie et des chemins de traverse.Le désir de connaissance, écrit l\u2019essayiste en s\u2019inspirant d\u2019Einstein, est allumé par l\u2019émotion ressentie devant le mystère de la vie et par « cette intuition que je ne suis pas coupé du monde, que je peux le connaître ».Le moi, continue Ri- vard en s\u2019inspirant maintenant d\u2019Hördelin, veut alors s\u2019élargir et se donner « l\u2019univers pour maison ».L\u2019émotion intellectuelle La connaissance qui vaut, en ce sens, ne peut être que générale, sinon « elle ronronne dans un petit coin, satisfaite d\u2019avoir répondu à des nécessités pratiques ou élucidé des questions purement théoriques ».Sans l\u2019émotion ressentie devant les choses du monde, rien ne se passe, mais, sans la démarche intellectuelle visant la mise en forme de ces choses, le sens de ces dernières nous échappe.Il faut donc partir de l\u2019une et passer par l\u2019autre pour mieux revenir à la première sur le « chemin infini entre soi et le monde ».C\u2019est ce que Rivard appelle « conquérir notre humanité ».En s\u2019enfermant dans une conception étriquée de la deuxième étape \u2014 la transmission désincarnée de savoirs pratiques et scolaires \u2014, l\u2019école fabrique des « machines utilisables » et non des « personnalités », selon les mots d\u2019Einstein.« Si l\u2019étude des sciences rebute, ajoute Rivard, c\u2019est qu\u2019on les a déconnectées, comme l\u2019étude de la littérature et de la philosophie, des émotions pour les confier aux bons soins des seules aptitudes intellectuelles.» Rivard, il faut bien le comprendre, ne prône pas une école de l\u2019étalage sentimental dans laquelle les enfants se complairaient dans leur moi.L\u2019émotion qu\u2019il met en avant et sans laquelle l\u2019école ne peut produire, au mieux, que des singes savants tout en abandonnant les autres, démunis, sur le bord de la route, relève de la « religiosité cosmique » chère à Einstein et appelle une connaissance ne détenant « qu\u2019une réponse jamais définitive à la question enfantine de savoir d\u2019où nous venons, ce que nous sommes, où nous allons ».Réalistement, on ne peut que rêver d\u2019une telle école, tout en espérant que, parfois, comme c\u2019est déjà le cas, de précieux enseignants la fassent vivre dans leur classe.Enseigner l\u2019humanité LOUIS CORNELLIER CRITIQUE MICHEL LAPIERRE LE DEVOIR « Nous sommes au début d\u2019une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c\u2019est d\u2019argent et des contes de fées de croissance économique éternelle ?» Ce reproche sur un ton interrogatif empreint de colère que la jeune militante suédoise Greta Thunberg adressait aux dirigeants du monde, à l\u2019ONU en septembre dernier, nécessite, pour ne pas apparaître comme une outrance, des explications.L\u2019essai de Joëlle Zask, Quand la forêt brûle, contribue à en fournir une.La philosophe française y classe la grève des jeunes pour le climat, lancée en Europe par Greta Thunberg, parmi les « mouvements les plus touchants et les plus justes ».Cette grève répond à ce qu\u2019elle appelle, avec les scientifiques, les « mégafeux », phénomènes planétaires sans précé- dent qui ravagent les forêts, de l\u2019Ouest canadien à l\u2019Amazonie en passant par l\u2019Espagne et le Portugal.« Seraient-ils, se demande-t-elle, les signes les plus visibles de l\u2019ère de l\u2019anthropocène dans laquelle nous serions entrés ?» « Anthropocène », voilà le mot-clé qui, inventé par l\u2019Américain Eugene F.Stoermer et le Néerlandais Paul Crutzen, un colauréat du prix Nobel de chimie en 1995, permet de comprendre pourquoi Greta Thunberg dit que « nous sommes au début d\u2019une extinction de masse ».L\u2019anthropocè- ne désigne la période géologique où le facteur humain, à la suite de la révolution industrielle, est, depuis deux siècles, devenu décisif dans l\u2019évolution de l\u2019écosystème, au point de provoquer une hausse de la température qui risque de mener à l\u2019hécatombe planétaire.L\u2019adolescente suédoise est elle-même apparentée à un autre Prix Nobel de chimie, son compatriote Svante Arrhenius (1859-1927), qui, lauréat en 1903, détermina l\u2019importance de l\u2019effet de serre sur le réchauffement climatique.Joëlle Zask signale d\u2019ailleurs que les récents « mégafeux » émettent « des quantités considérables de gaz à effet de serre ».L\u2019essayiste française souligne avec raison que le réchauffement du climat et la sécheresse qui l\u2019accompagne « arrivent largement en tête des causes » du nouveau phénomène des gigantesques incendies de forêt déclenchés par simple contact de la chaleur extrême avec la végétation déshydratée.Si les feux de forêt « normaux » étaient, précise-t-elle, « non seulement inévitables, mais en outre utiles » aux écosystèmes, les « méga- feux », fruit du dérèglement climatique, ne le sont plus.Joëlle Zask conclut que ces incendies apocalyptiques, propres à l\u2019an- thropocène, renversent « l\u2019échafaudage de nos constructions mentales » puis, « conséquence d\u2019un état social hiérarchisé et fondamentalement inégalitaire », appellent à « une transformation des rapports sociaux, propice à l\u2019égalité des participants et à l\u2019intelligence collective ».Elle fait écho à la voix déchirante de Greta Thunberg où le fantôme du grand dramaturge suédois August Strindberg se profile.33 Lire Essai Forêts en feu et fin du monde Pour Joëlle Zask, Greta Thunberg serait sérieuse quand elle parle d\u2019extinction de masse Quand la forêt brûle Penser la nouvelle catastrophe écologique Joëlle Zask, Premier Parallèle, Paris, 2019, 208 pages Ce que la philosophe française Joëlle Zask appelle les « mégafeux » sont des phénomènes planétaires sans précédent qui ravagent les forêts.CHIP SOMODEVILLA AGENCE FRANCE-PRESSE LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Essai 34 ENTREVUE MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Ils sont là, partout, depuis toujours.Mais on ne les voit pas.Ils sont invisibles puisqu\u2019ils sont la norme.Les boys club, ce sont ces clans tentaculaires qui investissent toutes les sphères de la société.Ce sont ces hommes \u2014 souvent blancs, âgés et fortunés \u2014 qui se serrent les coudes.C\u2019est cette élite, tissée serrée, qui veille indirectement à préserver son pouvoir.L\u2019Église et l\u2019armée sont « l\u2019hypostase du boys club », nous dit Martine Del- vaux dans son plus récent essai Le boys club, publié aux Éditions du Remue- Ménage.Au fil des quelque 225 pages de l\u2019ouvrage, ce ne sont toutefois pas à ces réseaux, déjà bien connus, que l\u2019au- trice s\u2019attaque.Mais plutôt à ceux, moins tangibles et plus sournois, qui passent souvent sous le radar.C\u2019est la version « souterraine » de ce système que Martine Delvaux veut débusquer.Ce sont une équipe sportive ou un groupe d\u2019amis.Ce sont des membres d\u2019une fraternité ou encore d\u2019un corps de travail.C\u2019est cette figure d\u2019hommes, ensemble.Ensemble, car c\u2019est cette notion de corps, de groupe qui sculpte les hommes.En se regardant, ils se voient et ils se forgent.« Les femmes deviennent féminines contre l\u2019arrière-plan des hommes, alors que les hommes deviennent masculins en compagnie des hommes », note Martine Delvaux dans l\u2019ouvrage, citant au passage James B.Twitchell dans Where Men Hide.Un effet grossissant, démultipliant s\u2019ensuit.« Ce n\u2019est pas vrai que les hommes se gonflent comme des pigeons en regardant les femmes, ce sont les autres hommes qu\u2019ils regardent », détaille en entrevue celle qui est également professeure au Département d\u2019études littéraires de l\u2019UQAM.Les femmes s\u2019en retrouvent piégées, estime-t-elle.« Le boys club se tient.Les hommes s\u2019échangent toujours quelque chose, que ce soit un ballon, une Constitution, un projet de loi.» Ou encore des chiffres, des documents, de l\u2019argent, des armes.Et pendant que les femmes sont souvent réduites à « la figure esthétique qu\u2019elles forment ensemble », l\u2019uniformisation des hommes, elle, tient davantage à « la défense de quelque chose \u2014 une valeur suprême, une nation, un pays », pointe l\u2019autrice.Quelque chose de plus grand, de plus fort, qui tisse entre eux une fraternité, une camaraderie, bref un cercle de pouvoir, un rouage du patriarcat.« Cette figure des hommes ensemble est tellement présente qu\u2019on ne la voit pas », laisse tomber Martine Del- vaux.De la même manière que les Blancs \u2014 et les privilèges qui leur sont accolés \u2014 forment une réalité invisible parce qu\u2019elle incarne la norme, les réseaux masculins se fondent dans un paysage forgé par leur existence même.Ils ont toujours été là, ils vont de soi, on ne les voit pas.Incidemment, les hommes sont communément considérés « comme \u201cnon genrés\u201d, non marqués par leur sexe », alors que les femmes « sont leur sexe et le sexe essentiellement », écrit l\u2019autrice.« En souscrivant aux Ces hommes, ensemble Martine Delvaux souhaite briser ces cercles masculins qui sont la norme et qu\u2019on ne voit plus pratiques grammaticales selon lesquelles \u201cle masculin l\u2019emporte sur le féminin\u201d, on perpétue ce marquage ; on maintient le masculin dans son état de neutralité, d\u2019universalité ; on préserve la figure de \u201cl\u2019homme par défaut\u201d [\u2026].» Culture hollywoodienne Pour éveiller les consciences et bousculer les esprits, Martine Delvaux présente aux lecteurs une ribambelle d\u2019exemples, tirés de la culture hollywoodienne.Des images qui ne sont pas innocentes à ses yeux puisque « la répétition d\u2019une figure, d\u2019une image, est l\u2019aveu d\u2019un système ».« Je voulais m\u2019adresser au plus grand nombre, donc avoir des exemples qui avaient été fréquentés par le plus grand nombre de personnes », explique-t-elle en entrevue.En posant son regard sur la représentation des hommes véhiculée dans les séries et films américains \u2014 allant de Suits à Top of the Lake, en passant par American Psycho et bien d\u2019autres \u2014, l\u2019au- trice espère vivifier le débat social.Ainsi donc, cette scène d\u2019une tueuse à gages et d\u2019un commando dans Munich (Steven Spielberg, 2005) a été « infiniment rejouée à travers les âges », nous dit-elle.« La nudité de la femme contraste avec les vêtements des hommes de la même façon que sa posture affalée dans le fauteuil est en contrepoint de la leur, debout devant celle qu\u2019ils surplombent », écrit-elle.Seuls ou en groupe, ces hommes, ici dans Munich ou ailleurs dans la culture cinématographique, et encore plus dans la vie de tous les jours, dominent une femme en situation de vulnérabilité.« Hollywood, c\u2019est une sorte de colonialisme de l\u2019imaginaire.Ça crée un climat, un environnement », insiste Martine Delvaux.Comment, donc, briser ce système, le profaner comme écrit l\u2019essayiste, « lui enlever ce qu\u2019il lui reste de sacré » ?« Je ne sais pas comment on fait ça , répond-elle en entrevue.La solution rapide, c\u2019est de dire aux femmes de faire leurs clubs comme les gars.[\u2026] Mais on peut faire mieux que ça.Je ne suis pas sûre que c\u2019est une bonne idée de reproduire ces mêmes cercles.» La suite de l\u2019histoire appartiendra donc à ceux et à celles qui décideront de briser ces liens pour en créer d\u2019autres, peut-être moins blancs, peut- être moins hétéro-masculins, peut- être moins riches.« Il faut arrêter de penser à l\u2019intérieur de leur système à eux.Il faut imaginer autre chose qui ne sera pas contre eux et pas sans eux.Mais essayez de défaire le système ! Il n\u2019est pas bon pour nous, il ne l\u2019a jamais été.» Le boys club Martine Delvaux, Les Éditions du Remue-Ménage, Montréal, 2019, 225 pages Si l\u2019Église et l\u2019armée sont « l\u2019hypostase du boys club », Martine Delvaux s\u2019attaque plutôt à ceux qui passent souvent sous le radar.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Le boys club se tient.Les hommes s\u2019échangent toujours quelque chose, que ce soit un ballon, une Constitution, un projet de loi.MARTINE DELVAUX » LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR Au moment où il reste à l\u2019année en cours un dernier trimestre financier, on l\u2019a.Qui plus est, entre les mains.Quoi donc ?L\u2019un des dix meilleurs disques du présent exercice toutes les géographies du « monde mondial » confondues.Le titre ?Baritone Madness, publié par l\u2019excellente étiquette Chronograph de l\u2019Alberta, qui, avec Cellar Live de Vancouver, est la meilleure étiquette jazz-jazz, et non jazz fusion, jazz progressif ou autres vices du marketing.On insiste : avec le dernier Henri Texier, le nouveau Rhiannon Gid- dens, celui de Joshua Redman et autres, ce trio de barytons (Keith O\u2019Rourke, Gareth Bane et Pat Belli- veau) augmenté d\u2019une formation rythmique classique moins le piano vient de publier un album qui frappe.Quoi donc ?Les esprits, même les plus embouteillés d\u2019entre eux.Le brevet de l\u2019expérience Bon, lors d\u2019une discussion téléphonique, Keith O\u2019Rourke, celui à qui revient l\u2019idée d\u2019avoir fondé ce groupe à l\u2019architecture sonore très rare dans l\u2019histoire du jazz \u2014 trois barytons \u2014, a confié avoir voulu mener cette aventure avec des musiciens qui avaient déjà enregistré.En clair, des musiciens qui détenaient le curriculum, pour ne pas dire le brevet, de l\u2019expérience.L\u2019objectif ?Agir, travailler et produire de manière à ce que tout le labeur accompli en studio « garde sa fraîcheur.Nous voulions quelque chose qui soit spontané.Et puis, je souhaitais que l\u2019auditeur ressente l\u2019interaction qu\u2019il y a entre nous, car nous nous connaissons ».En bons vétérans de la scène, O\u2019Rourke, Belliveau et Bane sont en fait des musiciens qui résument la vie de la majorité des professionnels d\u2019aujourd\u2019hui : ils jouent dans des clubs de jazz, ils font du studio selon les besoins des uns et des autres, ceux de la radio et de la pub, ils enseignent, etc.Et surtout, surtout, ils composent.Car cet album regroupant douze pièces rassemble pas moins de neuf compositions originales.C\u2019est d\u2019ailleurs cela qui fait la beauté, la richesse de cette production.Plus exactement, on devrait parler d\u2019intensité.Car avant de détailler leurs pièces, ils amorcent leur combat avec Moanin\u2019, pas celui d\u2019Art Blakey, mais celui de l\u2019immense Charles Mingus.Autrement dit, nos trois amis décapent d\u2019entrée de jeu.On pense inévitablement au maître par excellence de l\u2019instrument Ha- miet Bluiett, l\u2019homme au poing levé qui fonda un des meilleurs quintets des quarante dernières années qui rassemblait quatre barytons.Après cette intro, O\u2019Rourke et ses camarades oscillent entre des rythmes latins et divers folklores.Et tous les morceaux ont en commun ceci : c\u2019est toujours très vivant, très dynamique, sans que la fluidité en pâtisse.À ce propos, il faut signaler et dire mille fois bravo à la rythmique formée de Kodi Hutchinson à la contrebasse et de Tyler Hornby à la batterie.La production, c\u2019est à souligner, s\u2019est déroulée en deux jours et seulement deux.« Nous voulions rester concentrés.De toute manière, j\u2019ai noté que les prises un et deux sont généralement les meilleures.» Alors, à quoi sert-il d\u2019en faire cinq ou six\u2026 En écoutant et réécoutant ce Baritone Madness, on a entendu et goûté les clins d\u2019œil à l\u2019intention des champions de l\u2019instrument ; Harry Carney, Cecil Payne, Pepper Adams, Gerry Mulligan, Nick Brignola et, bien évidemment, Bluiett.Et alors ?C\u2019est énorme, car ils nous font entendre la gravité.De quoi ?On ne sait trop\u2026 peut-être celle des sirènes du Titanic ! C U L T U R E Les barytons du Titanic Keith O\u2019Rourke, Gareth Bane et Pat Belliveau publient Baritone Madness, un des bijoux de la rentrée Baritone Madness Keith O\u2019Rourke, Gareth Bane et Pat Belliveau, Chronograph Records Larry Willis Le pianiste Larry Willis est décédé.Il avait 76 ans.Tout au cours de son long périple musical, il s\u2019était distingué par sa polyvalen- ce.Il a joué au sein du groupe Blood, Sweat and Tears et accompagné Jackie McLean aussi bien que Carla Bley, Hugh Mase- kela ou Nat Adderley.Ce grand défenseur du style empreint d\u2019enthousiasme avait cofondé il y a moins de dix ans un des meilleurs quartets de notre époque, le bien nommé The Heads of State.On reviendra sur son parcours.Les artisans de Baritone Madness en concert BILL LANE OF MASTERWORKS PHOTOGRAPHY 35 Jazz LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 la manosphère.Charles Gervais a été jumelé au journaliste Marc-André Sa- bourin, dont le propre reportage écrit sort ces jours-ci.Le duo avait d\u2019abord été invité à comprendre le cas des célibataires involontaires, dont se réclamait Alek Minassian, l\u2019auteur de l\u2019attentat à la fourgonnette survenu dans les rues de Toronto en avril 2018.Dès les premières recherches, « incel » a mené à « manosphère ».L\u2019enquête révèle que plusieurs types d\u2019individus la fréquentent.Leur trait commun : des rapports problématiques avec les femmes.Charles Gervais confie avoir d\u2019abord pensé s\u2019appuyer sur des sociologues pour décrire la manosphère.Il s\u2019en est cependant éloigné par peur de trop analyser ces personnages, de les présenter « comme des animaux de laboratoire ».L\u2019option de leur tendre le micro s\u2019est alors imposée.« Les personnages sont assez forts, assez éloquents, pour qu\u2019on puisse leur donner la parole, leur laisser tout l\u2019espace.Mon rôle, c\u2019est de les organiser, de faire une structure qui se tienne.Mais on leur laisse la place et on laisse au spectateur [la tâche] de trouver ce qui fait sens, ce qui n\u2019en fait pas.» Aux yeux du réalisateur, les protagonistes, dont plusieurs témoignent à visage découvert, sont loin d\u2019être des Alek Minassian.Charles Gervais avoue avoir imaginé qu\u2019il tomberait sur des « freaks ».Il se trompait : « On a rencontré des êtres humains, plusieurs qui ont une certaine souffrance.Leur façon de réagir est de s\u2019associer à d\u2019autres humains qui les comprennent, qui les aideront peut-être.» « Leur authenticité, l\u2019ouverture avec laquelle ils ont accepté de nous parler de leur histoire\u2026 C\u2019est très fort », poursuit-il, en pensant au tournage.Bitch ! a été projeté en grande première lors du récent Festival de cinéma de la ville de Québec.Le documentariste se fie à la réaction em- pathique du public, y compris le public féminin, pour déduire qu\u2019il n\u2019a pas fait un produit démagogique ou haineux.Il faut dire que la construction du documentaire mène vers une sortie peut-être pas heureuse, mais teintée d\u2019espoir.Sans révéler ici un quelconque aspect de l\u2019œuvre, signalons que les auteurs du reportage ne s\u2019en sont pas tenus à faire témoigner uniquement de potentiels terroristes, ceux dont la misogynie est à ce point avancée que leur aveuglement est incurable.Culture La taverne du XXIe siècle Bitch ! Une incursion dans la manosphère tente de comprendre le phénomène de ce réseau d\u2019hommes ENTREVUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR es pick up artists ?Ce ne sont pas des artistes, as du volant, mais plutôt des hommes qui maîtrisent l\u2019art de la séduction auprès de la gent féminine.Le sigle MGTOW vous dit quelque chose ?Il signifie Men Going Their Own Way, soit quelque chose comme des « hommes qui suivent leur propre voie », selon la traduction suggérée par une encyclopédie en ligne.Et le terme « incel » ?Il regroupe tous ceux qui pratiquent le célibat involontaire (ou involuntary celibate).Bienvenue dans la manosphère, un espace de discussion essentiellement virtuel, pour hommes.La découverte de cette « partie du Web dont on ne parle pas », et des pick up artists et autres masculinistes qui y transitent, est à l\u2019origine du documentaire Bitch ! Une incursion dans la manos- phère.On aurait tout aussi bien pu dire découverte, ou voyage ou plongée, précise le réalisateur, qui s\u2019est aventuré dans la manosphère avec beaucoup de circonspection.« C\u2019est un univers que tu ne veux pas nécessairement regarder, confie Charles Gervais.Ce n\u2019est pas si beau que ça de fouiller dans ces pages-là.Je fais le travail pour M.et Mme Tout-le- Monde.C\u2019est une immersion dans un univers assez étrange que j\u2019ai voulu créer.» On plonge carrément dans l\u2019ordinateur, là où l\u2019essentiel se joue.Hier, c\u2019est à la taverne que les hommes se donnaient rendez-vous, aujour- d\u2019hui, c\u2019est ici, confirme le modérateur de la page Facebook « Antiféministe » à la caméra de Charles Gervais.La plongée provoque par moments malaise et inconfort, tant la haine et la misogynie planent au-dessus de discussions en ligne attrapées au vol.Le documentariste assure avoir abordé le sujet comme un anthropologue, sans jugements préconçus, animé par la seule envie de comprendre le phénomène.« J\u2019ai vraiment plongé.C\u2019est quoi ces groupes d\u2019hommes ?Qui sont-ils, d\u2019où ils viennent, que veulent- ils ?», énumère-t-il, lors d\u2019un entretien accordé à une semaine de la télédiffusion du reportage d\u2019une heure.Un an et demi après Toronto C\u2019est une entente inusitée entre Télé- Québec et le magazine L\u2019actualité qui est à l\u2019origine de cette incursion dans D Musée des beaux-arts de Montréal - Université Concordia - La TOHU LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Écrans Bitch ! Une incursion dans la manosphère Réalisation : Charles Gervais.Entrevues : Marc-André Sabourin.À Télé-Québec, le mercredi 16 octobre à 20 h.Enfin, il y a aussi une escapade à Toronto, à ciel ouvert, où la parole est donnée à une survivante de l\u2019attaque à la voiture-bélier.La blessure est encore vive, mais, comme le dit Charles Gervais, cette femme « n\u2019a pas sombré dans la haine ».« Tout a été filmé sans lumière extérieure.On est comme éclairé par les ordinateurs.On est dans des sous- sols, c\u2019est là que la manosphère se passe.C\u2019est un univers très étouffant.La seule fois où l\u2019on en sort, c\u2019est malheureusement parce que ça a dégénéré », constate-t-il.Pour lui, il était important d\u2019inclure ce personnage, dans la « lumière vive de Toronto », parce qu\u2019en tant que victime, elle est « l\u2019autre visage de la manosphère ».Celui que prend la manosphère « quand elle dérape ».Dès les premières recherches, « incel » a mené à « manosphère ».L\u2019enquête révèle que plusieurs types d\u2019individus la fréquentent.Leur trait commun : des rapports problématiques avec les femmes.TÉLÉ-QUÉBEC On a rencontré des êtres humains, plusieurs qui ont une certaine souffrance.Leur façon de réagir est de s\u2019associer à d\u2019autres humains qui les comprennent, qui les aideront peut-être.CHARLES GERVAIS » 9 \u2014 20 octobre 2019 Présenté par DU NOUVEAU MA INÉ IVAL FEST 4 e Cineplex Odeon Quartier Latin \u2014 Samedi 12 oct.20 h 30 Cinéma du Parc \u2014 Dimanche 20 oct.17 h 00 Cinéma Impérial \u2014 Samedi 12 oct.20 h à 6 h Cinéma du Parc \u2014 Samedi 12 oct.21 h 15 Cinéma Impérial \u2014 Dimanche 13 oct.14 h 00 ANNE AT 13,000 FT Kazik Radwanski LA GRANDE NUIT ALIEN 1 nuit, 4 ?lms, 40 ans d\u2019histoire MURMUR Heather Young CLASSE DE MAÎTRE COSTA-GAVRAS Gratuit LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture Écrans 38 SAMEDI L\u2019ODYSSÉE (5) Fr.2016.Drame biographique de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou.- En 1948, le commandant Jacques-Yves Cousteau entame une odyssée maritime de plusieurs décennies qui le rendra célèbre, mais au détriment de sa vie familiale.ARTV 12h ORANGE COUNTY (5) É.-U.2001.Comédie de mœurs de Jake Kasdan avec Colin Hanks, Schuyler Fisk, Jack Black.- Refusé à l\u2019université à cause d\u2019une erreur administrative, un écrivain en herbe obtient l\u2019aide de sa famille dysfonctionnelle pour corriger la situation.Z 14h LA MALÉDICTION DE LA PANTHÈRE ROSE (4) (Revenge of the Pink Panther), G.-B.1978.Comédie policière de Blake Edwards avec Peter Sellers, Dyan Cannon, Herbert Lom.- Le représentant français d\u2019un syndicat du crime veut se valoriser en assassinant l\u2019inspecteur Clouseau.V 14h NOÉ (4) (Noah), É.-U.2014.Drame biblique de Darren Aronofsky avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson.- Peu après l\u2019aube du monde, un homme pieux et sa famille construisent une arche gigantesque pour sauver les créatures innocentes du déluge qui châtiera l\u2019humanité pervertie.ARTV 14h30 THE BEATLES \u2013 EIGHT DAYS A WEEK \u2013 THE TOURING YEARS (4) É.-U.2016.Documentaire de Ron Howard.- De 1962 à 1966, les Beatles produisent huit albums et deux films, tout en enchaînant les tournées mondiales de plus en plus éprouvantes.PBS (WETK) 15h LE HOBBIT.LA BATAILLE DES CINQ ARMÉES (4) (The Hobbit \u2013 The Battle of the Five Armies), É.-U.2014.Drame fantastique de Peter Jackson avec Martin Freeman, Evangeline Lilly, Luke Evans.- Treize nains et un hobbit disputent à un bataillon d\u2019elfes et à des villageois le trésor d\u2019un dangereux dragon, pendant qu\u2019une armée d\u2019orques avance vers eux.TVA 15h15 L\u2019INCONNU DE LAS VEGAS (3) (Ocean\u2019s Eleven), É.-U.2001.Thriller de Steven Soder- bergh avec George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts.- Un criminel réunit autour de lui dix experts dans différents domaines pour cambrioler trois casinos à Las Vegas.MAX 17h30 LES VALEURS DE LA FAMILLE ADDAMS (4) (Addams Family Values), É.-U.1993.Comédie fantaisiste de Barry Sonnenfeld avec Anjelica Huston, Raul Julia, Christopher Lloyd.- Engagée comme gouvernante par une étrange famille, une meurtrière projette de séduire le frère de son patron afin de s\u2019emparer de sa fortune.TQ 18h VIS LIBRE OU CRÈVE (4) (Live Free or Die Hard), É.-U.2007.Drame policier de Len Wiseman avec Bruce Willis, Justin Long, Timothy Olyphant.- Un détective protège un pirate informatique menacé par des cybercriminels qui ont provoqué une panne majeure dans les infrastructures du pays.TVA 18h30 LE CERCLE.LE POUVOIR DE TOUT CHANGER (5) (The Circle), É.-U.2017.Thriller de James Ponsoldt avec Tom Hanks, Emma Watson, Karen Gillan.- Une employée d\u2019une firme de nouvelles technologies et réseaux sociaux accepte de participer à la mise à l\u2019essai d\u2019un nouveau système de surveillance planétaire.V 18h30 LES FIGURES DE L\u2019OMBRE (4) (Hidden Figures), É.-U.2016.Drame historique de Theodore Melfi avec Taraji P.Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe.- Au début des années 1960, trois scientifiques afro-américaines font leur place au sein d\u2019une mission visant à envoyer le premier astronaute américain en orbite autour de la Terre.ARTV 19h TORNADE (4) (Twister), É.-U.1996.Film catastrophe de Jan De Bont avec Helen Hunt, Bill Paxton, Jami Gertz.- Des scientifiques tentent de percer le mystère des tornades en les étudiant de près, souvent au risque de leur vie.MAX 20h AIR BAGNARDS (5) (Con Air), É.-U.1997.Thriller de Simon West avec Nicolas Cage, John Malkovich, John Cusack.- Une poignée de dangereux criminels prennent le contrôle de l\u2019avion qui devait les transporter vers une nouvelle prison.V 20h45 LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS (5) (Around the World in 80 Days), É.-U.2004.Aventures de Frank Coraci avec Steve Coogan, Jackie Chan, Cécile de France.- En 1890, un ingénieur londonien farfelu parie avec le président de l\u2019Académie royale des sciences qu\u2019il peut faire le tour du monde en 80 jours.Z 21h L\u2019OUBLI (4) (Oblivion), É.-U.2013.Science-fiction de Joseph Kosinski avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough.- En 2077, sur la Terre devenue inhabitable, un réparateur de drones renonce à partir vers une autre planète après avoir sauvé une astronaute en état d\u2019hibernation depuis soixante ans.TVA 21h CHOCOLAT (4) Fr.1988.Drame de mœurs de Claire Denis avec Isaach de Bankolé, Giulia Boschi, François Cluzet.- Pendant le trajet qui la ramène au village de son enfance, une femme se remémore son passé colonial avec ses parents en poste au Cameroun.TFO 21h LES HÉROS DU DIMANCHE (4) (Any Given Sunday), É.-U.1999.Drame sportif d\u2019Oliver Stone avec Al Pacino, Jamie Foxx, Cameron Diaz.- L\u2019entraîneur d\u2019une équipe de football de Miami connaît une fin de saison mouvementée.TQ 22h OPÉRATION SWORDFISH (5) (Swordfish), É.-U.2001.Thriller de Dominic Sena avec John Travolta, Hugh Jackman, Halle Berry.- Un jeune pirate de l\u2019informatique se compromet dans une dangereuse escroquerie montée par un criminel mégalomane.MAX 22h L\u2019ODYSSÉE Voir samedi, 12h.ARTV 23h ORANGE COUNTY Voir samedi, 14h.Z 23h30 DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS (Voir dimanche, 21h.TFO 23h30 PRISONNIERS (3) (Prisoners), É.-U.2013.Drame policier de Denis Villeneuve avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Paul Dano.- Un père de famille aux abois depuis la disparition de sa fillette kidnappe le principal suspect dans le but de lui soutirer des aveux par la force.TVA 0h DÉJÀ 10 ANS (5) (10 Years), É.-U.2011.Drame de Jamie Linden avec Channing Tatum, Kate Mara, Rosario Dawson.- Diverses révélations et situations compromettantes surviennent durant une réunion d\u2019anciens élèves du secondaire.RC 0h30 CHOCOLAT Voir samedi, 21h.TFO 1h30 DIMANCHE LES VALEURS DE LA FAMILLE ADDAMS Voir samedi, 18h.TQ 12h LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS Voir samedi, 21h.Ztélé 14h QUAND HARRY RENCONTRE SALLY.(4) (When Harry Met Sally.), É.-U.1989.Comédie sentimentale de Rob Reiner avec Billy Crystal, Meg Ryan, Carrie Fisher.- Une amitié de longue date entre un homme et une femme est remise en question quand ils vivent ensemble une aventure amoureuse d\u2019un soir.V 14h LES CHRONIQUES DE SPIDERWICK (4) (The Spiderwick Chronicles), É.-U.2008.Drame fantastique de Mark Waters avec Freddie Highmore, Mary-Louise Parker, David Strathairn.- Un garçon perturbé par la séparation de ses parents découvre que les bois entourant sa nouvelle maison grouillent de créatures inquiétantes.TVA 14h30 LES MUPPETS (3) (The Muppets), É.-U.2011.Comédie fantaisiste de James Bobin avec Jason Segel, Amy Adams, Chris Cooper.- Un admirateur des Muppets planifie avec les marionnettes un spectacle visant à amasser l\u2019argent nécessaire pour empêcher un vil entrepreneur de s\u2019emparer de leur théâtre.RC 15h COMPTE SUR MOI (3) (Stand by Me), É.-U.1986.Comédie dramatique de Rob Reiner avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman.- En apprenant la mort de son ami d\u2019enfance, un romancier se remémore une aventure qu\u2019ils ont vécue à l\u2019âge de douze ans.VRAK 15h ZOOLANDER NO.2 (5) É.-U.2016.Comédie de Ben Stiller avec Ben Stiller, Penélope Cruz, Owen Wilson.- Un ex-top model et son ami viennent en aide à une agente d\u2019Interpol, sur la trace d\u2019un mystérieux tueur en série qui prend pour cibles les plus belles stars du monde.MAX 15h30 LES MINIONS (4) (Minions), É.-U.2015.Film d\u2019animation de Kyle Balda.- Entrées au service d\u2019une super-vilaine, trois petites créatures enfantines de couleur jaune reçoivent ordre de s\u2019emparer des bijoux de la Couronne d\u2019Angleterre.TVA 16h16 SANS PEUR (3) (Fearless), É.-U.1993.Drame psychologique de Peter Weir avec Jeff Bridges, Rosie Perez, Isabella Rossellini.- Après avoir survécu à un écrasement d\u2019avion, un homme croit qu\u2019il est devenu une sorte d\u2019ange que la mort ne peut plus atteindre.MAX 17h30 ENNEMI (4) (Enemy), Can.2013.Thriller de Denis Villeneuve avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon.- À Toronto, un professeur d\u2019histoire entre en contact avec un acteur de troisième ordre en qui il a reconnu son exact sosie.ARTV 20h SUPERMALADES (4) (Superbad), É.-U.2007.Comédie de Greg Mottola avec Jonah Hill, Michael Cera, Christopher Mintz-Plasse.- Trois adolescents puceaux tentent de se procurer de l\u2019alcool pour impressionner des filles de leur école.MAX 20h DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS (4) Fr.2017.Drame de Noémie Lvovsky avec Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric.- Une fillette de neuf ans est élevée seule par sa mère, une femme fragile, guettée par la folie.TFO 21h NEW YORK EN AUTOMNE (5) (Autumn in New York), É.-U.2000.Drame sentimental de Joan Chen avec Richard Gere, Winona Ryder, Anthony LaPaglia.- Un tombeur invétéré tombe amoureux d\u2019une jeune designer qui s\u2019avère atteinte d\u2019une maladie incurable.ELLE 21h LA BRUNANTE (4) Can.2007.Comédie dramatique de Fernand Dansereau avec Monique Mercure, Suzanne Clément, Patrick Labbé.- Frappée par la maladie d\u2019Alzheimer, une femme convainc une jeune chanteuse paumée de l\u2019aider à revoir des gens et des endroits qu\u2019elle a aimés.TQ 22h SUSPECTS DE CONVENANCE (3) (The Usual Suspects), É.-U.1995.Drame policier de Bryan Singer avec Gabriel Byrne, Chazz Palminteri, Kevin Spacey.- Interrogé par un enquêteur à la suite de l\u2019explosion d\u2019un cargo, un criminel lui raconte les événements qui sont à l\u2019origine de cette affaire.MAX 22h30 NOÉ Voir samedi, 14h30.ARTV 23h SOUS LES JUPES DES FILLES (5) Fr.2014.Comédie d\u2019Audrey Dana avec Vanessa Paradis, Alice Belaïdi, Audrey Dana.- À Paris, au cours d\u2019un cycle hormonal de 28 jours, les tribulations et rencontres entrecroisées de onze femmes aux profils très différents.TVA 23h15 2 JOURS À NEW YORK Voir lundi, 21h.TFO 23h30 LES FEMMES DU 20E SIÈCLE (3) (20th Century Women), É.-U.2016.Drame de Mike Mills avec Annette Bening, Lucas Jade Zumann, Greta Gerwig.- En 1979 en Californie, une mère célibataire à l\u2019esprit ouvert tente d\u2019aider son fils adolescent à mieux comprendre et respecter les femmes.RC 0h25 DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS Voir dimanche, 21h.TFO 1h30 LUNDI LE MASQUE (4) (The Mask), É.-U.1994.Comédie fantaisiste de Chuck Russell avec Jim Carrey, Cameron Diaz, Peter Greene.- Un masque ancien transforme un célibataire timoré en un exubérant personnage au faciès vert qui peut accomplir d\u2019incroyables exploits.TVA 13h RÉGRESSION (4) (Regression), É.-U.2015.Thriller d\u2019Alejandro Amenabar avec Ethan Hawke, David Thewlis, Emma Watson.- Au Minnesota, en 1990, un inspecteur et un psychologue enquêtent sur le viol d\u2019une jeune femme par son père, qui se serait déroulé au cours d\u2019un rituel satanique.MAX 21h 2 JOURS À NEW YORK (4) (2 Days in New York), Fr.2011.Comédie de mœurs de Julie Delpy avec Julie Delpy, Chris Rock, Albert Delpy.- Installée à New York avec un animateur de radio, une photographe française accueille à la maison son père et sa sœur, venus de Paris.TFO 21h NOS FEMMES Voir mardi, 21h.TFO 23h30 CAROL (2) G.-B.2014.Drame sentimental de Todd Haynes avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler.- Dans le New York des années 1950, une mère de famille bourgeoise, en instance de divorce, vit une liaison amoureuse avec une jeune employée d\u2019un grand magasin.TVA 0h35 2 JOURS À NEW YORK Voir lundi, 21h.TFO 1h30 MARDI ARBITRAGE (4) É.-U.2012.Thriller de Nicholas Jarecki avec Richard Gere, Susan Sarandon, Tim Roth.- Un puissant homme d\u2019affaires fraudeur est soupçonné d\u2019être impliqué dans la mort mystérieuse d\u2019une jeune marchande d\u2019art qui était sa maîtresse.TVA 13h NOS FEMMES (5) Fr.2015.Comédie de Richard Berry avec Richard Berry, Daniel Auteuil, Thierry Lhermitte.- Après avoir étranglé sa femme qu\u2019il soupçonnait d\u2019infidélité, un coiffeur demande à ses deux meilleurs amis de lui fournir un alibi.TFO 21h ABOUNA Voir mercredi, 21h.TFO 23h30 MÈRE SUR PRISE (5) (Then She Found Me ), É.-U.2007.Comédie dramatique d\u2019Helen Hunt avec Helen Hunt, Bette Midler, Colin Firth.- À l\u2019aube de la quarantaine, une enseignante new-yorkaise récemment divorcée traverse plusieurs crises sentimentales et familiales.TVA 0h35 NOS FEMMES Voir mardi, 21h.TFO 1h30 MERCREDI AU PAYS DES FEMMES (5) (In the Land of Women), É.-U.2007.Drame sentimental de Jonathan Kasdan avec Adam Brody, Meg Ryan, Kristen Stewart.- En visite chez sa grand-mère malade, un scénariste qui vit une peine d\u2019amour se lie d\u2019amitié avec une voisine cancéreuse et sa fille adolescente.TVA 13h PRISONNIÈRE D\u2019UNE SECTE (5) (One of Us), É.-U.2016.Thriller de Blake Reigle avec Christa B.Allen, Derek Smith, Carly Schroeder.- Enquêtant incognito dans une secte installée dans les montagnes californiennes, une jeune journaliste tombe sous l\u2019emprise du gourou.V 14h30 ABOUNA (4) Fr.2002.Drame de Mahamat-Saleh Haroun avec Ahidjo Mahamat Moussa, Hamza Moctar Aguid, Zara Haroun.- À N\u2019Dja- mena, capitale du Tchad, deux enfants partent à la recherche de leur père qui les a quittés sans laisser d\u2019adresse.TFO 21h SUGAR MAN Voir jeudi, 21h.TFO 23h30 ABOUNA Voir mercredi, 21h.TFO 1h30 JEUDI SUGAR MAN (4) (Searching for Sugar Man), G.-B.2011.Documentaire de Malik Bendjelloul.- Enquête sur un chanteur américain engagé inconnu chez lui mais qui a atteint le statut de légende vivante en Afrique du Sud.TFO 21h ENNEMI Voir dimanche, 20h.ARTV 23h DANS L\u2019OMBRE DE MOTOWN Voir vendredi, 21h.TFO 23h30 SUGAR MAN Voir jeudi, 21h.TFO 1h30 VENDREDI JAMAIS DE LA VIE (5) (Tumbledown), É.-U.2015.Comédie dramatique de Sean Mewshaw avec Rebecca Hall, Jason Sudeikis, Dianna Agron.- Ne parvenant pas à écrire la biographie d\u2019un populaire chanteur folk, sa veuve s\u2019associe à un professeur new-yorkais qui a sa théorie sur les circonstances de la mort de l\u2019artiste.TVA 13h DUO (5) Can.2006.Comédie sentimentale de Richard Ciupka avec Anick Lemay, François Massicotte, Serge Postigo.- Lors d\u2019un festival en région, deux agents d\u2019artistes rivalisent d\u2019audace pour convaincre un chanteur populaire à la retraite de remonter sur scène.VIE 13h 5150, RUE DES ORMES (5) Can.2009.Drame d\u2019horreur d\u2019Éric Tessier avec Marc-André Grondin, Normand D\u2019Amour, Sonia Vachon.- À cause d\u2019une indiscrétion, un étudiant en cinéma est séquestré par un chauffeur de taxi justicier, qui met à mort des individus de moralité douteuse.VRAK 20h DANS L\u2019OMBRE DE MOTOWN (4) (Standing in the Shadows of Motown), É.-U.2002.Documentaire de Paul Justman.- Portrait des Funk Brothers, les musiciens qui accompagnaient les artistes du label Motown dans les années 1960 et 1970.TFO 21h PROPOSITION INDÉCENTE (5) (Indecent Proposal), É.-U.1993.Drame sentimental d\u2019Adrian Lyne avec Demi Moore, Woody Harrelson, Robert Redford.- Un milliardaire offre un million de dollars à une jeune femme mariée en échange d\u2019une nuit d\u2019amour.MAX 22h LA BOXE DANS LE SANG (4) (Bleed for This), É.-U.2016.Drame biographique de Ben Younger avec Miles Teller, Aaron Eckhart, Katey Sagal.- Un an après un accident d\u2019auto qui aurait pu le laisser handicapé, le boxeur Vinny Pazienza remonte dans le ring pour défendre son titre de champion du monde des super-mi-moyens.TVA 22h35 LA FEMME DU GARDIEN DE ZOO (5) (The Zookeeper\u2019s Wife), É.-U.2017.Drame biographique de Niki Caro avec Jessica Chastain, Johan Heldenbergh, Daniel Brühl.- Durant la Deuxième Guerre mondiale, le gardien du zoo de Varsovie et son épouse aident des juifs à s\u2019évader du ghetto.ARTV 23h ENNEMI Voir dimanche, 20h.RC 23h05 LA TRAVERSÉE DE PARIS (3) Fr.1956.Comédie dramatique de Claude Autant-Lara avec Jean Gabin, Bourvil, Louis de Funès.- En 1942, les tribulations de deux hommes mêlés à des opérations de marché noir.TFO 23h30 BRAZIL (1) G.-B.1984.Science-fiction de Terry Gilliam avec Jonathan Pryce, Kim Greist, Robert De Niro.- Dans un monde totalitaire, un fonctionnaire croit reconnaître la belle de ses rêves en la personne d\u2019une conductrice de camions.TQ 0h ESCOUADE D\u2019ÉLITE.L\u2019ENNEMI AUX PORTES (4) Br.2010.Drame policier de José Padilha avec Wagner Moura, Irandhir Santos, Sandro Rocha.- À Rio de Janeiro, le capitaine d\u2019une force spéciale luttant contre le crime organisé découvre que celui-ci est intimement lié au pouvoir policier et politique.TVA 1h05 DANS L\u2019OMBRE DE MOTOWN Voir vendredi, 21h.TFO 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Culture SUR VOS ÉCRANS \u2013 DRÔLES DE BIBITTES Sid and Judy Showtime et Crave, dimanche, 20 h Le visionnement en continu Huit histoires d\u2019amour sous toutes ses formes, des vraies, qui ne se terminent pas toujours bien, d\u2019abord racontées dans la chronique « Modern Love » du New York Times, sont la matière première de cette comédie romantique d\u2019anthologie, tout étoilée (Anne Hathaway, Catherine Keener, John Sla- tery, Tina Fey, Dev Patel).Le cinéaste irlandais John Carney, qui a déjà excellé dans ce genre usé avec les belles surprises que furent les films Once et Sing Street, signe le scénario et la réalisation.Modern Love Prime Video, dès vendredi AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Des animaux et ceux qui les soignent Dernière née de la vague de séries documentaires animalières très « humaines », Un safari près de chez nous ne révolutionne pas ce genre particulièrement prolifique au Québec depuis quelques années (Refuge animal, Bienvenue au zoo, Animaux à la retraite).Avouons toutefois qu\u2019il est difficile de résister au charme des petites et grandes bêtes que l\u2019on aperçoit dans cette chronique d\u2019une saison au zoo d\u2019Hemmingford à travers le regard des gardiens et soigneurs dévoués et passionnés de cette vaste ménagerie.Une demi-heure qui passe vite, vite.Les dangers de vouloir s\u2019améliorer Miles (Paul Rudd) ne va pas bien.Ce publicitaire dans la quarantaine a déjà connu des jours plus glorieux au travail et dans sa vie conjugale.Au moment où tout semble virer au pire, il se retrouve dans un spa étrange où on lui promet de « l\u2019améliorer ».Il Un safari près de chez nous Canal Vie, jeudi, 21 h 30 finira par découvrir qu\u2019on lui a fabriqué un clone, certes amélioré mais embarrassant.C\u2019est là la prémisse de cette comédie noire réalisée par le duo Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine) qui vaut le détour (on ne peut en dire plus pour cause d\u2019embargo critique\u2026) et devrait plaire aux fans des œuvres des frères Coen et de Charlie Kaufman.Quand l\u2019étoile brillait Pendant que le film Judy, qui raconte les derniers mois de la vie de celle qui a connu la gloire grâce au Magicien d\u2019Oz, est toujours à l\u2019affiche sur grand écran, on peut parfaire nos connaissances avec ce nouveau documentaire qui dresse son portrait, construit autour des souvenirs de son troisième mari (sur cinq !), Sid Luft, qui a aidé à relancer sa carrière grâce au film A Star Is Born.Des films d\u2019archives de la chanteuse et actrice complètent ce documentaire narré par Jon Hamm (Mad Men).Vivre avec soi-même (Living with Yourself en V.O.A.) Netflix, dès vendredi POUR LA SUITE DU MONDE Billetterie \u2014 418 641-6797, poste 3 quebecentouteslettres.qc.ca \u2014 lepointdevente.com P h o t o : H é l è n e B o u f f a r d Dans la bibliothèque d\u2019Alexandre Jardin Entretien avec Alexandre Jardin, musique et lectures de Benoît McGinnis et d\u2019Émilie Bibeau.Animation : Claudia Larochelle 26 octobre \u2014 Impérial Bell Émilie ne sera plus jamais cueillie par l\u2019anémone Lecture théâtrale Un pas dans l\u2019univers d\u2019Emily Dickinson 22 octobre \u2014 Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone 10/12 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Victoria / Un simulacre d'unité La vérité Le Téléjournal Denise au pays des francos TVA TVA nouvelles VIS LIBRE OU CRÈVE (2007) avec Timothy Olyphant, Bruce Willis, Justin Long.L'OUBLI (2013) avec Morgan Freeman, Olga Kurylenko, Tom Cruise.TQ LES VALEURS DE LA FAMILLE ADDAMS (1993) 19h45 Grizzy Cette année-là Belle et Bum LES HÉROS DU DIMANCHE (1999) V Cinéma LE CERCLE: LE POUVOIR DE TOUT CHANGER (2017) 20h45 AIR BAGNARDS (1997) avec John Malkovich, Nicolas Cage.23h15 Buzz ICI RDI Le Téléjournal Découverte Le National La Semaine verte Le Téléjournal La Facture Le Téléjournal Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 Le village préféré des Français Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Tour de Force Méchante météo Vie de chantier Galas ComédiHa! 2018 Comédie Club / Mike Ward Panique 401 CANAL VIE De taudis à logis Mères à boutte Naissances Maison jackpot Déco verte Body Bizarre (v.f.) Animaux VIP Mar.aveugle RDS 16h00 Football / Mtl./Win.(D) Sports 30 Sport en liberté LMB Baseball - Série de championnat (D) L'antichambre HISTORIA Béliveau / La Coupe Le lot du diable Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Extraterrestres ICI ARTV Génie: Einstein LES FIGURES DE L'OMBRE (2016) avec Octavia Spencer, Taraji P.Henson.Moi et l'autre Conséquences L'ODYSSÉE EXPLORA Apocalypse / Retour vers l'enfer Big History Big History La Semaine verte La marche de l'empereur Pharmachien Z Seuls et tout nu Krypton / Guerres civiles Les Brown / Mer agitée LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS (2004) avec Jackie Chan, Jim Broadbent.sav-media Génie/ Thèse Question santé Grand chapitre 19h45 Biblioth Anxiété: poison d'un société Question santé 36.9°/ 36.9° 22h20 36.9° 22h45 36.9° 23h15 36.9° TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Wapos Bay La grande soif CHOCOLAT (1988) Isaach De Bankole.22h45 Failles /22h50 Magasin Planète Primas Sur la route de la soie The believers Ukraine à feu et à sang CBC CBCNews Hockey Central LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Red Wings de Détroit (D) Hockey / Philadelphie vs Vancouver (D) CTV CTV News Montreal W5 TAKEN BACK (2012) avec Moira Kelly, Amanda Tapping.The Big Bang The Big Bang CTV National GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Ransom / Secrets and Spies Private Eyes / The Life of Riley Rookie Blue / Home Run Global News ABC 15h30 Football Football Score.Football Score.NCAA Football (D) News CBS 15h30 NCAA Football (D) Ch.3 News Friends Crimetime Saturday Crimetime Saturday 48 Hours News PBS (33) Time Goes By Appearances Fawlty Towers Still Open Father Brown Doc Martin Shakespeare Hathaway Austin City UNIS Le p'tit cabaret / Émile Bilodeau Trait d'humour Le punch Balade LÀ OÙ ATILLA PASSE (2015) Ambrosio De Luca, Watatatow HBO1 Cinéma 18h45 I Love You, Now Die 19h50 I Love You, Now Die Partie 2 de 2 21h15 Bill Maher 22h15 At the Heart of Gold TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Blues de St.Louis c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 TVA sp.23h15 Hockey SAMEDI 10/13 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte Gros labo Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 Infoman TVA TVA nouvelles VLOG Révolution / Les auditions 20h45 Studio G 21h45 TVANou.22h15 Maxim Martin enfin Cinéma TQ Les francs-tireurs Y'a du monde à messe / Pascale Baker Fièvre politique / Quitter Like-moi! LA BRUNANTE (2007) Suzanne Clément.V Cinéma Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double ICI RDI Le Téléjournal Enquête Le National Les grands reportages Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Champions Journal/ L\u2019invité CANAL D Patrouille GTI NASA: 60 ans de découvertes La double vie Percer le mystère Asphalt Cowboys (v.f.) Un trésor vu CANAL VIE Sylvie à l'école Stage à la maternité 3 garçons et des sextuplés Les enfants Tourette Les gratteux Design V.I.P.Taudis à logis RDS 16h00 LNF Football (D) LMB Baseball - Série de championnat de la Ligue américaine 2e Match (D) Sports 30 Sports 30 Départ/ Course HISTORIA Nos ancêtres les extraterrestres / Le phénomène extraterrestre La preuve manquante L'or perdu La malédiction d'Oak Island Chevaliers ICI ARTV Pour emporter Pour l'amour du country ENNEMI (2013) avec Mélanie Laurent, Jake Gyllenhaal.Conséquences NOÉ EXPLORA Stupidité Stupidité Caillou univers / Extraterrestre Pharmachien Planète techno Sur les routes de la science Découverte Alex+Tyler, éco Z T'es pas game Garage Ridicule Comédie En rodage Talk show Galas ComediHa! 2017 Rire sans tabous / Obésité Barry sav-media 17h55 Demain 18h45 Balado Prof/ Érudit De garde 24/7 Nature/ Nature Couple nerds Génie/ Lexique Question santé Kebec Balado TFO Benjamin Petit ours Berenstain Maya l'abeille Citoyen monde Citoyen monde DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS (2017) Cinéma Empreint Planète 17h00 L'accusé Les pharaons / Moubarak Globe cooker Pourquoi nous détestent-ils?/ Nous, les gros L'histoire dates Archives Le rêve de Walaa CBC When Calls the Heart Heartland Anne With an E The Fifth Estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV God Friended Me Shark Tank The Rookie / The Bet CTV National GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Kids Say the Darndest Things NCIS: Los Angeles / Hail Mary Madam Secretary Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Kids Say the Darndest Things Shark Tank The Rookie / The Bet News CBS 16h25 LNF Football (D) 60 Minutes God Friended Me NCIS: Los Angeles / Hail Mary Madam Secretary PBS (33) The Great British Baking Show A Place to Call Home Masterpiece Classic Masterpiece Classic / Poldark Masterpiece Classic 23h05 Queen UNIS Cow-boy urbain / Les cow-girls Devenir adulte Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent La galère Les artisans de l'atelier Liberté HBO1 15h45 R&RHall 18h45 ALL THE WAY (2016) avec Anthony Mackie, Bryan Cranston.Succession 22h10 Righteous Gemstones Ballers TVA Sports Le TVA sports Avant-match LNH Hockey / Penguins de Pittsburgh c.Winnipeg Jets (D) RAW Le TVA sports WTA Tennis DIMANCHE 10/14 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Gars, fille District 31 Discussions Une autre histoire Ruptures Le Téléjournal Le grand rire On va se le dire TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas Boomerang L'échappée / Le visiteur Alerte Amber / La mort TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Clovis Génial! Ça vaut le coût Point doc Zone franche Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Mets-y le Mets-y le L'Open Mic Occupation D Whiskey Cavalier Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Le vinaigre à toutes les sauces La guerre des trônes Hitler: l'itinéraire Les hommes de Billancourt Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Un trésor vu de l'espace Percer le mystère Alaska: La ruée CANAL VIE Design V.I.P.Soupers Quoi ton plan?Les gratteux Belle à ma façon / Dépression Mariage à l'aveugle Sylvie à l'école Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre Blitz 20h15 LNF Football / Lions de Détroit c.Packers de Green Bay (D) HISTORIA La malédiction d'Oak Island Chevaliers: l'ultime tournoi L'or perdu / Tunnel découvert Malédiction La malédiction d'Oak Island Chasseurs Malédiction ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires / Boulé Pour l'amour du country Aznavour en concert: Paris 2015 5 degrés EXPLORA Le refuge de l'espoir Saisons d'un chêne À l'épreuve d'une tribu Silicon Valley Homo sapiens Exploration Z Remorquage Maripier! Science Garage d'élite Américars / Compte à rebours Belle cubaine Garage Arrow / Les évadés Dexter sav-media 17h55 Demain 18h45 Balado Prof/ Érudit Génie d'ici Encore plus Couple nerds Question santé 36.9° Couple nerds Grand chapitre TFO Les sapiens Maxi/ Maxi Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles 2 JOURS À NEW YORK (2012) Julie Delpy.L'assa/ Mallette Rideau/ P Tango Planète Femmes accusées Les maîtres des saveurs Indian Time Lettres Dans la peau d'un handicapé Saveurs CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake Mysteries CBC News: The National Hello Goodbye CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Conners Bob Hearts All Rise / A View From the Bus The Good Doctor CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Neighborhood 9-1-1 / Triggers Prodigal Son Bull / Her Own Two Feet Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars / Disney Night The Good Doctor News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Bob Hearts All Rise / A View From the Bus Bull / Her Own Two Feet News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Retro Report on PBS POV / The Feeling of Being Watched UNIS Cochon dingue Main à la pâte Bouffe en cavale Tournée générale L'esprit des ours Chars Eau fraîche Hooké HBO1 18h10 PATH TO WAR (2002) avec Alec Baldwin, Donald Sutherland, Michael Gambon.The Deuce / This Trust Thing Unmasking JihadiJohn TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball - Série de championnat de la Ligue nationale 3e Match (D) Dave Morissette en direct LUNDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Pendant que s\u2019achève ce mercredi la diffusion télé de la série Le monstre, Tou.tv propose une autre websérie qui aborde le thème de la violence conjugale, mais d\u2019une tout autre façon.Moi, j\u2019habite nulle part raconte l\u2019histoire d\u2019une famille « ordinaire » de la classe moyenne qui aboutit en pleine nuit dans une maison d\u2019hébergement pour femmes victimes de violence conjugale et qui doit y trouver ses repères.On suit ainsi Stéphanie (Rachel Gratton), blessée après un épisode de rage de son conjoint en dépression non traitée (Étienne Pilon), son petit garçon Nathan, devenu silencieux, et sa jeune ado Laurie, bouleversée mais protectrice, déboussolés qu\u2019ils sont dans ce refuge accueillant peuplé de gens qui sont dans une situation semblable à la leur.La série épouse souvent le point de vue de la jeune ado, interprétée avec beaucoup de nuance par Émilie Bierre (Une colonie), pour montrer les dilemmes déchirants auxquels font face les femmes victimes de violence conjugale et leurs proches dans ce contexte de crise, et les conséquences de leurs choix.Geneviève Rioux, réalisatrice et cos- cénariste (avec Gabriel Sabourin) de ce projet qui lui tient à cœur depuis quelques années, explique en entrevue au Devoir qu\u2019elle a voulu montrer de l\u2019intérieur ces refuges discrets, leur quotidien, qui peut être parfois très joyeux, et le travail essentiel qui s\u2019y fait pour redonner des ailes aux femmes et familles qui y font un séjour.La série en sept courts épisodes a l\u2019immense mérite de s\u2019adresser à un public très large, puisqu\u2019elle est exempte de violence graphique, mais chargée d\u2019une tension essentielle à la compréhension d\u2019une telle crise familiale et portée par l\u2019interprétation inspirée de ses acteurs.Une bien belle porte d\u2019entrée pour des discussions familiales délicates sur ce sujet difficile.Culture Écrans 40 Le refuge Dans l\u2019univers des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, à hauteur d\u2019enfants, et d\u2019adultes Moi, j\u2019habite nulle part Tou.tv, dès mercredi RADIO-CANADA Martin Matte était déjà dans la « cour des grands » avec sa série Les beaux malaises adaptée en France.Le voilà propulsé dans l\u2019arène « mondiale » grâce à son dernier spectacle, intitulé Eh la la\u2026 !, qui fait l\u2019objet d\u2019une captation pour le compte du géant du streaming, un traitement dont ont profité nombre d\u2019étoiles de l\u2019humour d\u2019un peu partout dans le monde.À NE PAS MANQUER Martin Matte.La vie, la mort\u2026 Eh la la\u2026 ! Netflix, dès lundi D\u2019autres malaises 10/16 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Le monstre Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags LOL :-) Les invisibles / La gentillesse Mensonges / Opération RIP TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Format familial Incursion manosphère Les francs-tireurs La femme honorable 180 jours V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Ne jamais faire à la maison L'Open Mic Occupation D SEAL Team / La chute de l'aigle Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages / Abu Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chacun son île / Guadeloupe Envoyé spécial Les routes de l'impossible Journal/ C à dire CANAL D Harceleurs de stars Patrouille GTI Alaska: La ruée vers l'or Pirates Inc.Les pires erreurs d'ingénierie Pays Mitchifs CANAL VIE Le combat des flips Design V.I.P.Soupers Animaux VIP Mères à boutte Naissances Tics dans ma tête Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre (D) Images/sec.LMB Baseball - Série de championnat (D) HISTORIA Les a$ de la brocante Profession / Place au théâtre De l'acier et du feu De l'acier et du feu Chevaliers / L'ultime tournoi L'acier et feu ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Moi et l'autre Blanche Blanche Blanche Blanche EXPLORA Prédateurs Yellowstone / L'été meurtrier Stupidité Stupidité Caillou univers / L'éveil Astronaute Routes science Z Remorquage Maripier! Seuls et tout nu Slobby Trésors tech Rire sans tabous / Pauvreté Maintenance Barry Dexter sav-media Inventer le ciel Archi branchés Encore plus Kebec L'ère robots Maîtres peinture / De Vinci Arrêt monde Cancer 23h25 Nature TFO Les sapiens Métiers/ Métiers Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles ABOUNA (2001) Ahidjo Mahamat Moussa.LeDéni Tombe/ Compte Planète Sur la route de la soie The believers Femmes accusées Devoir d'enquête Char d'assaut Cannabis CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Great Canadian Northern Rescue CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Goldbergs The Masked Singer Almost Family / Notorious AF Stumptown / Family Ties CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols Modern Family Single Parents S.W.A.T./ Funny Money Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Stumptown / Family Ties News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols SEAL Team S.W.A.T./ Funny Money News PBS (33) PBS NewsHour The Farming Project Nature Nova / Why Bridges Collapse Wild Metropolis / Survivors Amanpour UNIS Cochon dingue Louis la faune Les fermiers Liberté Liberté Un homme sage-femme Tournée générale La galère HBO1 FAHRENHEIT 451 (2018) Michael Shannon.19h45 ALL THE WAY (2016) avec Anthony Mackie, Bryan Cranston.Succession Gemstone TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Capitals de Washington (D) D.Morissette 22h15 RAW 23h15 Baseball MERCREDI 10/17 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 100 génies / Les cent génies Enquête Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags Oeufs d'or Le bon docteur J.E.Face à la rue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Mc$ween 180 jours Dans les médias House of Cards (v.f.) Chef cabane V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux fous d'Ellen L'Open Mic Occupation D Chicago Police / Flic en herbe Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages / Unité 8200 Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Devoir d'enquête 20h20 Apprentis cascadeurs: à l'école de la rigueur Aux animaux la guerre Journal/ C à dire CANAL D Comédie Club / Mike Ward Un trésor vu de l'espace Catastrophes en mer Paranormal sur le vif Docu-D / OVNIS: vérité ou mensonges CANAL VIE Mini-maisons Mini-maisons Les 7 petits Johnston La famille Groulx Une garderie Un safari Premier flip Design V.I.P.Big Love (v.f.) RDS 18h15 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Wild du Minnesota c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre Hockey / Ottawa vs Vegas (D) HISTORIA Chevaliers / L'ultime tournoi De l'acier et du feu FantomWorks Transmission Rapides Hors route: défi extrême Détroit ICI ARTV 17h30 Downton Downton Abbey Moi et l'autre Pour l'amour du country Les filles de Caleb Les filles de Caleb ENNEMI EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Yellowstone / L'enfer de l'hiver Alex+Tyler, éco Villes Pharmachien Pharmachien Saisons d'un chêne Saisons chêne Z Remorquage Maripier! Ridicule En rodage Galas ComediHa! 2017 Talk show Comédie Tosh.0 P.Lemieux Dexter sav-media 17h30 C Savoir Musée/ Filmez! Civilisations 19h50 Lexique Maîtres 20h55 Art CORIM Archi branchés Kebec Encore plus Inventer le ciel TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles Docu-D / À la recherche de Sugar Man PTango/ 8,75$ LePari/ L\u2019assa Planète Indian Time Lettres Alexandre le Grand, L'histoire dates Archives Incroyable Faune d'Afrique Fatale attirance CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Battle of the Blades Dragons' Den CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk Young Sheldon Grey's Anatomy How to Get Away With Murder Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore The Unicorn GoodPlace Carol's 2nd Act Evil / Rose390 / Luke Judy Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy A Million Little Things How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Young Sheldon The Unicorn Mom Carol's 2nd Act Evil / Rose390 / Luke Judy News PBS (33) PBS NewsHour Made/ Made Made Here Fleetwood Mac: The Dance - An 'In the Spotlight' Special Aging Backwards Amanpour UNIS Cochon dingue Hôpital vétérinaire Louis la faune Eau fraîche Oiseaux Hooké Main à la pâte Bouffe en cavale Peaky Blinders HBO1 Student Athlete 19h35 Rock and a Hard Place Liberty: Mother of Exiles Silicon Valley Silicon Valley TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Bruins de Boston (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LNH Hockey JEUDI 10/18 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Faites-moi rire! / Ça c'est drôle Galas ComédiHa! Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre / Les champions, la finale TVA nouvelles 22h35 LA BOXE DANS LE SA.TQ Encore plus Moi j'mange Cette année-là Y'a du monde à messe / Martin Asselin Like-moi! Zone franche Belle et Bum V Souper parfait Rire et délire L'arbitre Huissiers Huissiers Les jeux des Titans Heure limite Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Décrypteurs Le National Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Guides d'aventures Éthiopie, le pays des origines 21h45 Bateaux En marge du monde Journal/ C à dire CANAL D Pirates Inc.Douanes Douanes Opération Police 60 jours en prison Crimes occultes GTI CANAL VIE Mères à boutte Naissances Premier flip Design V.I.P.Les héros de la réno Belle à ma façon / Dépression Mères à boutte Naissances Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 L'avant-match LCF Football / Argonauts de Toronto c.Alouettes de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Hors route: défi extrême Détroit / L'inauguration Les montagnards Les montagnards Béliveau / Redonner Le lot du diable ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter / Dre Joanne Liu C'est juste de la TV Esprit critique Cinéma EXPLORA Monde arctique / La toundra Planète techno Vies de chiens Tes déchets, ma richesse Au coeur du cerveau Deux guerres, une histoire Deux guerres Z Remorquage Maripier! Garage Belle cubaine Les pires chauffards canadiens Américars / Compte à rebours Infiltration Infiltration Dexter sav-media CORIM Arrêt monde Génie d'ici Question santé 36.9°/ Thèse Couple nerds Encore plus Couple nerds Grand chapitre Biblioth Monde sans TFO Les sapiens Subito texto Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles Dans l'ombre de Motown 22h50 Rideau 23h05 Magasin Planète Incroyable Faune d'Afrique Fatale attirance Pompiers de Londres Les maîtres des saveurs Globe cooker Primas CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.marketplace In the Making WayYouSeeIt CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Beaverton Magnum P.I./ Dead Inside Blue Bloods / Another Look CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Hawaii Five-0 The Blacklist SEAL Team Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Fresh Off-Boat 20/20 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Hawaii Five-0 Magnum P.I./ Dead Inside Blue Bloods / Another Look News PBS (33) PBS NewsHour Outdoor Vermont Week Wash.Week Firing Line Great Performances / GRAMMY Salute to Music Legends Amanpour UNIS Watatatow Watatatow Les intrépides Les intrépides Galaxie près Galaxie près Fais-moi peur! Fais-moi peur! Trait d'humour / Kevin Raphaël Le punch HBO1 18h10 Liberty: Mother of Exiles 19h40 YOU DON'T KNOW JACK (2010) avec Susan Sarandon, Al Pacino.Real Time With Bill Maher Room 104 TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Rangers de New York c.Capitals de Washington (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LMB Baseball VENDREDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 10/15 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Toute la vie 5e rang Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Animaux retrai La Dérape L'heure bleue Les honorables TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Moi j'mange National Geographic House of Cards (v.f.) Poldark Francs-tireurs V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux des Titans L'Open Mic Occupation D NCIS: Los Angeles Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Terres d'exploration Guides d'aventures En marge du monde L'art du crime Journal/ C à dire CANAL D Harceleurs de stars Vie de chantier Asphalt Cowboys (v.f.) Panique sur la 401 Catastrophes en mer Paranormal CANAL VIE Comment rén.Comment rén.Déco verte Premier flip Vendre ou rénover / Kris et Pete Les héros de la réno Quoi ton plan?Les gratteux Big Love (v.f.) RDS 18h15 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA 17h30 Island Chasseurs La malédiction d'Oak Island Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Profession ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Quelle famille! Génie: Einstein Génie: Einstein Conséquences Conséquences EXPLORA Animo S'aime chien Saisons d'un chêne Pharmachien Pharmachien Au coeur du cerveau Alex+Tyler, éco Villes Attention Z Remorquage Maripier! Les Brown / Nage ou coule Deadly Class (v.f.) Surnaturel / Abraxas Krypton / Transformation Dexter sav-media Revenir les bras vides 18h55 Revenir 19h50 Revenir les bras vides 20h50 Revenir les bras vides 21h45 Filmez! Inventer le ciel Musée/ Histoire TFO Les sapiens Motel Monstre Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles NOS FEMMES (2015) Daniel Auteil.AmourRo 23h15 Mamie Planète Food 3.0 / Bio Food Devoir d'enquête Incroyable Faune d'Afrique Fatale attirance Miron, un homme CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Still Standing 22 Minutes TallBoyz Baroness CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident / Belief System This Is Us Emergence / No Outlet CTV National GBL Global National Global News NCIS: New Orleans NCIS / Someone Else's Shoes FBI / An Imperfect Science New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Bless-Mess Mixed-ish Black-ish Emergence / No Outlet News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Someone Else's Shoes FBI / An Imperfect Science NCIS: New Orleans News PBS (33) PBS NewsHour Seeing Canada Dest.Craft Finding Your Roots Retro Report on PBS Frontline / Supreme Revenge Amanpour UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent JALOUX (2010) avec Sophie Cadieux, Maxime Denommé.Ciné tout court Trait d'humour HBO1 17h35 ELIZABETH I, PART 2 Partie 2 de 2 BREXIT (2019) Benedict Cumberbatch.21h10 WhoKilledGarrett / Part 1 Partie 1 de 2 22h35 WhoKilledGarrett TVA Sports 17h00 JiC Dave Morissette en direct LMB Baseball - Série de championnat (D) MARDI Culture Écrans 41 CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR À trois ans et demi, Myko, petit bonhomme enjoué, papillonne d\u2019un bonheur à l\u2019autre, animé par sa passion pour les licornes, ce qui brille et « tout ce qui bouge au vent ».Il est l\u2019un des 75 soleils qui illuminent l\u2019ordinaire de la garderie Papillon.Cette remarquable institution inclusive, dotée de services et d\u2019installations spécialisés, est au centre d\u2019Une garderie pour tous, une touchante série documentaire en dix épisodes qui raconte le quotidien d\u2019enfants handicapés ou non réunis sous ce beau grand toit montréalais.Par petites touches pudiques, entre confidences des parents, éclairages des intervenants divers et effusions des enfants, la petite enfance déploie ses ailes, brisées ou pas, sous nos yeux charmés par l\u2019authenticité qui s\u2019en dégage.« L\u2019enfant nous arrive ici comme une page blanche », explique sa directrice, Chantale Théroux.Et « on la commence du bon côté », « dans l\u2019ouverture » et « l\u2019acceptance ».Dès le premier épisode, on mesure à quel point le mélange de ces enfants aux besoins divers fait des merveilles, profitant autant aux 15 enfants handicapés qu\u2019aux autres.L\u2019esprit Papillon \u2014 que l\u2019on connaît d\u2019abord pour de son camp de vacances inclusif dont la renommée dépasse les frontières québécoises \u2014 agit surtout comme un appel d\u2019air pour les familles qui comptent dans leur cocon des enfants différents.« À la maison, je n\u2019ai plus besoin d\u2019être la thérapeute, je peux être la maman et on peut jouer, juste jouer, et ça, c\u2019est précieux », confie la mère du blond Samuel, petit papillon attachant de cinq ans, que l\u2019on suivra volontiers vers son prochain envol en compagnie de quelques autres magnifiques spécimens.Une garderie pour tous Canal vie, jeudi, 21 h Premiers envols Dans le cocon de la garderie Papillon, un établissement inclusif pas comme les autres CANAL VIE V I V R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Le centre-ville de Detroit renoue avec les affaires et le tourisme.MALIK COCHEREL LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 bler tout ce que les habitants laissaient derrière eux en fuyant la misère, pour créer des œuvres exposées dans un musée post-apocalyptique à ciel ouvert, le Heidelberg Project.De son côté, Mark Wallace, ancien courtier immobilier, récupère du bois dans les propriétés abandonnées, avec l\u2019association Architectural Salvage Warehouse, pour fabriquer des guitares.Une belle façon d\u2019entretenir l\u2019âme musicale de Detroit.« Il y a encore 20 000 maisons vacantes en ville, me dit le fondateur de Wallace Detroit Guitars, qui vend ses instruments en ligne depuis 2014.On a encore une bonne réserve de matériaux.Et si un jour on se retrouve à court de bois, ce ne sera pas forcément une mauvaise nouvelle.Ça voudra dire qu\u2019on a fait du bon boulot pour relancer Detroit.» Malik Cocherel était l\u2019invité de Visit Detroit.Quelques bonnes adresses The Motown Bistro (2727, Russell St.) Le resto aux murs couverts de disques d\u2019or possède des cabines consacrées à chacun des artistes de la Motown.On y vient aussi pour le « world-famous fried chicken » d\u2019Aretha Franklin, préparé suivant la recette de la reine de la soul.Peoples Records (1464,Gratiot Av.) L\u2019un des meilleurs disquaires de Detroit.On y trouve des caisses entières de 33 tours usagés à 1 $, et surtout une collection impressionnante de 45 tours portant l\u2019étiquette de la Motown.Dilla\u2019s Delights (242, John R.St.) La boutique de beignes porte le nom de J.Dilla, producteur de hip-hop de Detroit disparu en 2006.On y déguste des pâtisseries tout en écoutant les vinyles de soul échantillonnés par le célèbre beatmaker.Third Man Records (441 , Canfield St.W.) Le magasin aux couleurs du label de Jack White possède sa propre usine de pressage de vinyles.On y trouve des rééditions d\u2019albums et autres raretés, et même une cabine pour enregistrer sa propre voix sur 33 tours.REPORTAGE MALIK COCHEREL COLLABORATEUR LE DEVOIR À DETROIT ous ses faux airs de pavillon de banlieue aux bosquets bien taillés, la petite maison blanche aux portes bleues du 2648, Grand Boulevard West a vu défiler les plus grands artistes, des Temptations à Stevie Wonder, en passant par Smokey Robinson, Diana Ross et les Jackson 5.C\u2019est à cette adresse, autrefois habitée par Berry Gordy, qu\u2019ont été écrites les plus belles partitions de l\u2019histoire de la musique soul quand l\u2019employé des usines Ford, las de passer ses journées à assembler des pièces d\u2019auto, s\u2019est lancé en 1959 dans la production de 45 tours à la chaîne.« C\u2019est fascinant de se dire qu\u2019un petit gars de 29 ans est arrivé il y a 60 ans et a dit \u201cje vais ouvrir une chaîne de production pour faire des chansons comme d\u2019autres font des voitures\u201d », se souvient Iris Gordy, ex-vice-présidente de Motown et fille de Fuller Gordy, le frère aîné de Berry.« Au début, ma famille ne pensait pas que mon oncle arriverait à grand- chose et ne voulait pas lui prêter les 800 dollars qu\u2019il demandait pour monter sa compagnie.Comme il le rappelle souvent, il avait échoué dans tout ce qu\u2019il avait tenté avant.» Usine à tubes Une fois lancée, la petite entreprise de Berry Gordy n\u2019a pas tardé à tourner à plein régime.Usine à tubes, le studio était ouvert 22 heures par jour, y compris le dimanche, pour sortir au minimum un nouveau single par semaine.Aujourd\u2019hui, un musée retrace ces glorieuses années.On visite le salon de l\u2019ancien ouvrier où le temps semble s\u2019être figé, avant de descendre au sous-sol dans le studio A, à l\u2019origine du fameux son de la maison de disques Motown, subtil mélange de soul et de pop.Certains viennent même se marier dans ces murs, entre les claviers de Stevie Wonder et la partition originale de My Girl, grand succès des Temptations.« Quelque chose de magique se dégage de ce studio.Des personnes fondent en larmes en entrant dans cette pièce », témoigne Elesha Bridgers, petite-fille de la sœur de Berry Gordy, Esther Gordy Edwards, qui a créé le Musée Motown en 1985.On se laisse, S il est vrai, facilement gagner par les émotions en repensant à Marvin Gaye enregistrant What\u2019s Going On, dernier album (et non des moindres) à avoir été conçu dans le « snake pit » (le surnom du studio A, avec ses fils électriques serpentant sur le sol).Un an après la sortie de ce grand classique, le QG de Motown Records, aussi connu sous le nom de « Hitsvil- le U.S.A.», a migré à Los Angeles, en 1972.Mais c\u2019est bien dans le Michigan que la clique de Berry Gordy a connu ses plus beaux succès.« Je vis à Detroit depuis 58 ans, et la Motown a toujours fait battre le cœur de la ville », me confie Martha Reeves.Avec les Vandellas, la native de l\u2019Alabama a marqué de sa voix puissante l\u2019histoire du label, et tourné le clip de Nowhere to Run dans la chaîne de montage de la Ford Mustang en 1965.« Je suis fière de faire partie de ces artistes qui ont créé le son de la Motown », dit-elle.« Ce son, personne n\u2019a jamais réussi à le dupliquer », ajoute le tromboniste des Funk Brothers, Paul Riser, artisan de l\u2019ombre de la maison Motown, invité comme Martha Reeves à fêter les 60 ans du label.Pour l\u2019occasion, Detroit a mis les petits plats dans les grands avec l\u2019organisation d\u2019un gala à l\u2019Orchestra Hall en présence de Berry Gordy, qui fêtera ses 90 ans en novembre.En parallèle, la première pierre des travaux d\u2019agrandissement du Musée Motown a été posée en vue d\u2019accueillir de nouveaux studios d\u2019enregistrement et des expositions interactives.Comme un symbole, ces célébrations interviennent au moment où la « Motor Town » est prête à vrombir de nouveau, après avoir touché le fond en 2013, quand la mégapole a déclaré faillite dans la foulée de la crise des subprimes de 2008.Au plus fort de la dépression, Detroit n\u2019était plus qu\u2019une ville fantôme, vidée d\u2019une bonne partie de sa population.« J\u2019aurais pu lancer une boule de bowling sur Woodward Avenue et elle se serait rendue jusqu\u2019au centre- ville sans toucher personne », m\u2019assure Joe Zainea, 85 ans, propriétaire du Garden Bowl.Dans le quartier de Midtown, cette mythique salle de quilles a vu Fuller Gordy, premier Afro-Américain du Michigan à avoir intégré la Professional Bowlers Association en 1959, abattre quelques quilles, puis un certain Jack White enregistrer un album live avec son premier groupe, The Bricks, en 1999.Ouvert depuis plus d\u2019un siècle, le Garden Bowl a traversé les époques et les crises.« Aujourd\u2019hui, Detroit va un peu mieux, mais ce n\u2019est pas grâce aux politiques, poursuit Joe Zainea.On le doit surtout aux gens qui sont restés et qui ont travaillé pour revitaliser le cœur de la ville.» Au centre-ville, les touristes affluent de nouveau.Signe que les affaires reprennent, trois hôtels boutiques ont ouvert en moins d\u2019un an, quasiment dans la même rue.L\u2019un d\u2019entre eux, The Siren, a été bâti sur les ruines du bâtiment ayant servi de locaux à la compagnie Wurlitzer dont les pianos et les orgues ont façonné le son de la Motown.Laissé à l\u2019abandon à la fin des années 1960, l\u2019immeuble à l\u2019architecture typique des années 1920 a longtemps été squatté par les fumeurs de crack et les mauvaises herbes.La tour de 14 étages a même failli être rayée de la carte avant de se réincarner, au printemps 2018, sous la forme d\u2019un magnifique hôtel art déco, fruit d\u2019une rénovation spectaculaire opérée par les designers de l\u2019agence ASH NYC.« Des arbres avaient poussé à travers le toit et l\u2019immeuble était sur le point de s\u2019écrouler, témoigne Sarah Berger, la directrice du Siren.La seule partie du bâtiment d\u2019origine qu\u2019on a pu sauver, c\u2019est un bout de plafond dans le hall d\u2019entrée.» Après l\u2019apocalypse Si Detroit renaît doucement de ses cendres, les séquelles de la crise sont toujours présentes.Il suffit de s\u2019éloigner un peu du centre pour trouver encore des maisons en ruine.Des artistes ont pu y trouver une source d\u2019inspiration, tel Tyree Guyton qui s\u2019est donné pour mission de rassem- Voyage 43 En pleine renaissance, Detroit fête 60 ans de Motown Six ans après s\u2019être déclarée en faillite, la métropole du Michigan a repris des couleurs au moment de célébrer l\u2019anniversaire du label de Berry Gordy.Incursion dans l\u2019ancien berceau de l\u2019industrie automobile.C\u2019est fascinant de se dire qu\u2019un petit gars de 29 ans est arrivé il y a 60 ans et a dit : \u201cJe vais ouvrir une chaîne de production pour faire des chansons comme d\u2019autres font des voitures \u201d IRIS GORDY » LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivr e Dur e est la chut e 44 nile, Roland Barthes publie aux Éditions du Seuil ses Fragments d\u2019un discours amoureux.Dans ce « portrait structural », l\u2019intellectuel français postule que « l\u2019angoisse d\u2019amour » correspond peut- être à la crainte d\u2019un deuil qui a déjà eu lieu.La guérison passerait, en quelque sorte, par ce constat nécessaire à l\u2019avancement de l\u2019endeuillé : « Ne soyez plus angoissé, vous l\u2019avez déjà perdu(e).» Omniprésente dans le sport et les arts de la guerre, la peur se décline en une pléthore de formes qui malheureusement sont souvent tues par volonté de paraître indestructible.De quoi au juste la peur est-elle le nom pour les combattants ?Et quels constats nécessaires doit-on faire entrer dans la tête de ceux-ci ?Regard sur son effet sur les adeptes de sports de combat et sur la nuance essentielle entre duels sportifs et arts de la guerre La peur, meilleure amie de l\u2019Homme ?L a boxeuse Kim Clavel a deux blessures au visage à la suite d\u2019un combat.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Le noble art Le premier coup de poing que la boxeuse Kim Clavel s\u2019est pris en pleine figure était une œuvre d\u2019art.« J\u2019étais insultée, mais aussi émerveillée.Je me disais : \u201cComment as- tu fait ça ?Je veux apprendre à faire la même chose.\u201d » Pour cette infirmière de formation devenue boxeuse professionnelle, la peur s\u2019avère protéiforme.« Il y a la peur de l\u2019échec, la peur de la douleur, et surtout celle de ne pas satisfaire ses entraîneurs.La boxe est un sport individuel, mais il y a toute une équipe derrière toi.Par-dessus tout, au niveau professionnel, c\u2019est hypermédiatisé.» Selon l\u2019athlète de 29 ans, le spectacle se déroule aussi au péril de la santé des pugilistes.« Quand c\u2019est pour le show, ça devient dangereux.Le monde adore voir les poids lourds SÉRIE RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR Le légendaire entraîneur de boxe Constantine « Cus » d\u2019Amato est mort le 4 novembre 1985, presque exactement un an avant que son protégé, Mike Tyson, ne devienne le plus jeune champion du monde des poids lourds de l\u2019histoire.Le « Kid Dynamite » battait alors de quelques mois le record de Floyd Patterson \u2014 un autre boxeur que d\u2019Amato avait entraîné.Longtemps impliqué auprès des jeunes de milieux défavorisés, Cus d\u2019Amato avait pour son dire que la peur est la meilleure amie de l\u2019Homme.« Sans elle, vous êtes mort », se plaisait-il à affirmer.En 1977, à l\u2019époque où d\u2019Amato rencontre le jeune Mike Tyson, encore délinquant juvé- Le pugilat a la cote.La popularité des tutoriels en ligne en témoigne, tout comme les événements surmédiatisés et les questions légales soulevées par la pratique de certaines disciplines.Avec cette courte série, Le Devoir se penche sur le monde des arts de la guerre et des sports de combat, en s\u2019intéressant à certaines idées reçues.Aujourd\u2019hui : pour un combattant, de quoi la peur est-elle le nom ? LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 se knocker.Les promoteurs aiment ça ; ça fait vendre des billets.C\u2019est connu : les boxeurs plus techniques attirent moins les foules.» L\u2019entraîneur de boxe et de MMA François Duguay s\u2019occupe de pugilistes depuis 1992.« La peur, pour un boxeur, ça peut être celle de mal paraître.Mais aussi \u2014 et c\u2019est normal \u2014 la peur de se faire faire mal.C\u2019est difficile à enlever de la tête d\u2019un gars.Mais ça te permet de rester focus.Comme disait d\u2019Amato, il faut en faire sa meilleure amie.» Duguay déplore toutefois le fait que le grand public voie la boxe comme une quête aveugle du K.-O.: « C\u2019est pas mal plus un combat face à toi-même.L\u2019adversaire est là pour que tu voies où tu es rendu.» Il avoue que les entraîneurs qu\u2019il connaît ont rarement des discussions avec leurs boxeurs au sujet de la peur.« Un jeune boxeur que j\u2019ai entraîné m\u2019a confié qu\u2019il avait la chienne avant chaque combat et que le jour où il a entendu Georges St-Pierre dire que lui aussi avait la chienne, ça lui a ouvert les yeux.» Lui-même boxeur durant plusieurs années, François Duguay explique qu\u2019il aurait sans doute bénéficié de l\u2019expertise d\u2019un entraîneur qui lui aurait appris à apprivoiser ses craintes.Le mental Le boxeur David Whittom est décédé le 16 mars 2018, après 10 mois passés dans le coma.François Duguay était son coach.Un peu avant son ultime combat, contre Gary Kopas, le 27 mai 2017, Whittom s\u2019était confié, un peu par hasard, à un psychologue sportif.« Il venait pour accompagner un boxeur du Nouveau-Brunswick, précise Duguay.Dans le vestiaire, il posait des questions à David : \u201cTe vois-tu gagnant ?L\u2019arbitre va lever quelle main ?\u201d C\u2019est là que David a dit que c\u2019est dans une chambre, avant un combat, qu\u2019il se sentait bien.C\u2019était quasiment son testament ; la boxe l\u2019avait ramené dans le droit chemin.» Le préparateur mental Fabien Abe- jean accompagne des athlètes de très haut niveau depuis des années.Selon lui, le concept de peur est relativement bien connu par les professionnels.« On mélange parfois anxiété et peur.La peur est la prise de conscience du danger.L\u2019anxiété est la crainte de ce danger.» Il explique que de nouvelles approches axées sur la pleine conscience et l\u2019acceptation de ce qui se passe sur les plans physique et cognitif chez l\u2019athlète sont désormais privilégiées.« C\u2019est sûr que dans les sports de combat, l\u2019intégrité physique est mise en jeu.La perception du danger est plus grande qu\u2019en athlétisme, par exemple.Mais les concepts sont les mêmes.» À son avis, l\u2019une des mauvaises réactions que la peur entraîne est la tentative d\u2019analyse.« On se perd dans le compliqué alors qu\u2019on devrait aller vers le facile.En anglais, on utilise l\u2019expression \u201cparalysis by analysis\u201d ».Diverses techniques sont utilisées par les préparateurs : « Un concept Vivre Dur e est la chute 4 5 cesser de combattre apporte un deuil.D\u2019après moi, la détresse vient plus de ça : l\u2019après.Mais tu sais, tu peux toujours donner au suivant après ta carrière.» L\u2019autre peur Si la peur fait partie intégrante des sports de combat, celle que les arts de la guerre convoquent est toutefois différente.André-Jacques Serei, qui cumule 60 ans d\u2019arts martiaux en tout genre et qui a développé une méthode d\u2019autodéfense appelée Système de défense Serei, nous renvoie aux mots du spécialiste en sécurité Gavin de Becker (l\u2019une des inspirations derrière l\u2019agent Albert Rosenfield dans la série Twin Peaks).D\u2019après ce dernier, la peur \u2014 la vraie \u2014 est un cadeau, tandis que la peur injustifiée est une malédiction.Connaître la différence entre les deux peut sauver des vies.« Du point de vue de la défense personnelle, c\u2019est un moyen de prévenir la violence », explique M.Serei.Même son de cloche du côté de Khan Rooney, spécialiste en armes historiques, qui a longtemps pratiqué le judo et le ninjutsu.« C\u2019est un outil extrêmement important, la peur ; c\u2019est crucial pour tous les mammifères.Il faut être fou pour ne pas avoir peur.Et c\u2019est par ailleurs l\u2019une des premières motivations des individus qui veulent apprendre à se défendre : apprendre à ne plus être paralysés par celle-ci.» La seule peur intéressante, du point de vue de la défense personnelle, serait donc celle qui fait appel à l\u2019instinct de survie, selon M.Serei.« L\u2019ascenseur s\u2019ouvre et il y a deux types à la mine patibulaire devant vous.Vous montez ou pas ?C\u2019est ça, la peur.Les arts martiaux sont l\u2019art de tuer.Autrement, c\u2019est sportif.Et à ce moment, c\u2019est une question d\u2019ego.Si vous avez peur ou que vous ne savez pas comment utiliser la peur, ne faites pas de compétition.» Quand c\u2019est pour le show, ça devient dangereux.Le monde adore voir les poids lourds se knocker.Les promoteurs aiment ça ; ça fait vendre des billets.C\u2019est connu : les boxeurs plus techniques attirent moins les foules.KIM CLAVEL » avec lequel on travaille se nomme l\u2019imagerie ironique.Au cours des 70 dernières années, on a voulu se visualiser positivement.Mais si ça n\u2019arrive pas ?C\u2019est compliqué.Alors on encourage l\u2019athlète à composer avec ça.C\u2019est intéressant pour ceux qui travaillent avec la prise de risques.» La Terre n\u2019est pas ronde Le niveau de concentration exceptionnel dont font preuve les boxeurs s\u2019exprime à travers une boutade de Kim Clavel : « Pour moi, la Terre n\u2019est pas ronde, elle est carrée.C\u2019est le ring.Tu fais face à l\u2019adversité, tu trouves des solutions, tu parles avec ton équipe, tu t\u2019adaptes.» Mais, cela dit, que se passe-t-il quand tout s\u2019arrête ?Quand on accroche les gants ?La peur que l\u2019athlète canalise trouve-t-elle une manière de revenir autrement ?« Ça fait 14 ans que je boxe, dit Clavel.Si je n\u2019avais pas peur de recevoir des coups, ça ne marcherait pas.Toutefois, l\u2019une des dernières peurs que j\u2019ai est d\u2019être inactive plus tard.L\u2019entraînement de boxe est tellement complet.Ce sport m\u2019a tant apporté : un cardio exceptionnel, une hygiène de vie, une discipline.» François Duguay croit quant à lui qu\u2019il existe cependant bel et bien une peur du futur chez les combattants ; ce qu\u2019on pourrait même qualifier de détresse psychologique.« Je pense que pour le gars qui a vécu toute sa vie dans un gym, celui que la boxe a sorti du trou, le fait de Mike Tyson (à gauche) se bat contre Trevor Berbick en 1986 à Las Vegas et devient le plus jeune champion du monde des poids lourds de l\u2019histoire.CARLOS SCHIEBECK AGENCE FRANCE-PRESSE En 1974, le champion des poids lourds Mohamed Ali (né Cassius Clay, à gauche) met George Foreman K.-O.dans un combat devant 60 000 personnes au stade de Kinshasa et des millions de téléspectateurs.AGENCE FRANCE-PRESSE LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Une serre des fermes Lufa sur le toit d\u2019un édifice de Montréal JACQUES NADEAU LE DEVOIR Selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, plus du tiers de la production mondiale de nourriture serait actuellement gaspillée.Aux quatre coins de la planète, les chefs se prononcent et agissent pour encourager de nouvelles façons de faire.Le constat est clair : il faut produire moins et changer nos habitudes.Le directeur du Département des sciences au Basque Culinary Centre, Juan Carlos Arboleya, invité à discuter de ses recherches sur la réévaluation des pertes alimentaires en cuisine, en a profité pour évoquer des initiatives mises en avant partout dans le monde afin d\u2019encourager la transition écologique.Par exemple, au Danemark, un restaurant comme le Rub & Stub ne s\u2019approvisionne plus que des surplus des supermarchés.Selon une logique bottom-to-top plutôt que top-to-bottom, le chef part ainsi des ingrédients disponibles pour élaborer son menu, ce qui l\u2019oblige à chercher des solutions de rechange pour remplacer les produits sur lesquels il ne réussit pas à mettre la main.Le restaurant espagnol Azur Mendi travaille quant à lui uniquement avec les aliments de son jardin et élabore son propre vin, sous un toit époustouflant d\u2019architecture, fait de matériaux locaux et durables.Que ce genre d\u2019adresse, qui possède trois étoiles Michelin, ne soit pas accessible à tous les portefeuilles n\u2019est toutefois pas sans rappeler le côté souvent plus élitiste de certaines avancées technologiques.Mais selon Arboleya, ces chefs, qui se situent à l\u2019avant-garde des tendances culinaires, préparent la voie vers de nouvelles manières de produire et de consommer.« Souvent, on regarde l\u2019évolution culinaire selon ce qui se passe sur la scène gastronomique, mais il faut également se questionner sur ce qui se trouve dans le réfrigérateur des foyers québécois », soutient de son côté Daniel Vézina, chef du Laurie Raphaël, à Québec.Initiatives essentielles Une des solutions les plus efficaces et facilement réalisables demeure celle de cuisiner à la maison.Afin d\u2019encourager les gens à opter pour des habitudes alimentaires plus conscientes, les chercheurs et conférenciers présents se sont penchés sur le potentiel culinaire de nos ressources locales.« Nous avons boudé nos forêts au détriment de la ville, affirme Pascale Marcotte, professeure à l\u2019Université Laval.Il faut maintenant revaloriser notre relation à la terre, l\u2019associer à des souvenirs, la célébrer.Il faut développer nos connaissances et une tradition autour de la cueillette de champignons et de produits forestiers comestibles.» Déjà, le changement s\u2019opère.À l\u2019occasion de ce symposium, aucune bouteille d\u2019eau n\u2019était en vue, un bar à rafraîchissement, plutôt, était mis à la disposition des participants.Pas de plastique ni de récipients à usage unique pour les boissons.Les surplus de lunchs ont d\u2019ailleurs été remis à La Tablée des chefs, un organisme qui a pour but de nourrir les personnes dans le besoin et de développer l\u2019éducation culinaire des jeunes.Des initiatives qui peuvent sembler banales, mais qui, faute d\u2019être tenues, auront pour effet d\u2019accélérer le déclin écologique déjà bien entamé.Vivre Alimentation 46 Vers une gastronomie durable Que faire pour ne plus gaspiller plus du tiers de la production mondiale de nourriture ?REPORTAGE LAURENCE-MICHÈLE DUFOUR COLLABORATRICE LE DEVOIR a scène culinaire québécoise n\u2019a rien à envier aux autres grands lieux de la gastronomie mondiale.De talentueux chefs d\u2019ici mettent tous les jours en avant une cuisine qui semble enfin vouloir affirmer son identité.Mais ce domaine devra, comme tous les autres, s\u2019adapter rapidement aux nouveaux enjeux environnementaux, comme à la pénurie de main-d\u2019œuvre.Quand tout presse à la fois, comment déterminer les priorités ?À la fin septembre avait lieu, au Centre des sciences de Montréal, le tout premier symposium du Gastro- nomiQc Lab.Cette initiative, mise sur pied par l\u2019Université Laval et l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec (ITHQ), a pour but de favoriser l\u2019innovation et de faire rayonner la gastronomie québécoise sur la scène internationale.Le thème de cette première édition : « Vers une gastronomie responsable : approches et actions en restauration ».Au menu : une multitude d\u2019intervenants issus du milieu agroalimentaire.Il s\u2019agit d\u2019un événement s\u2019affichant grand public, mais s\u2019adressant surtout aux professionnels de la restauration et du secteur bioalimentaire intéressés par la recherche et les pratiques durables.Véronique Perreault et Sylvie Tur- geon, codirectrices du GastronomiQc Lab, cherchaient par cette journée à alimenter la créativité culinaire afin d\u2019effectuer le virage vers des modes de production et de consommation plus écoresponsables : « Les chefs et les restaurateurs sont d\u2019excellents ambassadeurs des produits et des savoir-faire québécois, et nous croyons qu\u2019ils peuvent agir en tant que catalyseurs du développement durable », a affirmé Mme Perreault.L La scène culinaire québécoise devra, comme tous les autres domaines, s\u2019adapter rapidement aux nouveaux enjeux environnementaux LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivre Alimentation 47 Souvent, on regarde l\u2019évolution culinaire selon ce qui se passe sur la scène gastronomique, mais il faut également se questionner sur ce qui se trouve dans le réfrigérateur des foyers québécois DANIEL VÉZINA » Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Trouvez le meilleur voyage.Pour des voyages pas comme les autres Nouvelle Promotion en cours pour nos départs printemps jusqu\u2019au 30 novembre Nouvelle promotion pour nos départs d\u2019automne jusqu\u2019au 15 décembre Obtenez jusqu\u2019à 600 $ par couple Magni?que Égypte Pharaonique \u2013 19 jrs SUPER PROMOTION : - 500 $ PAR COUPLE Départs 2020 : 15 février & 7 mars (places limitées) Hôtels 5*, croisières 5*, toutes les visites, tous les repas.Petit groupe de 18 personnes maximum.10h00 Splendeurs de l\u2019Italie - 20 jrs 10h00 Remise de documents voyages 11h30 Le Japon Impérial - 21 jrs 11h30 Magistrale Russie - 21 jrs 13h00 Trésors de Grèce - 20 jrs 13h00 Circuit Jordanie, Israël - 18 jrs 14h30 Angleterre Ecosse - 24 jrs 14h30 Evasion en terre Africaine - 19 jrs Conférences & Présentations claires de nos circuits.A?n de vous aider à faire le bon choix\u2026 Face aux nombreuses offres sur le marché Hôtel Ruby Foo\u2019s, 7655 Blv Décarie Dimanche le 20 octobre BON VOYAGE À TABLE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3399 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivre Gastronomie 48 qu\u2019il devienne Patrice Demers, raconte Stelio Perombelon.Étant donné sa passion, son intérêt et ses connaissances, il était clair qu\u2019il avait des kilomètres d\u2019avance sur beaucoup de monde.Puis, lorsque j\u2019ai ouvert le Leméac, je l\u2019ai embauché à titre de pâtissier.Il était jeune, mais tout le monde voyait qu\u2019il était doué, et même surdoué.Puis, il y a eu les Chèvres, et je l\u2019ai vu éclore.Bien que sa pâtisserie soit complexe, elle demeure toujours élégante et vraiment délicieuse.» Le chef pâtissier y présente aussi des fournisseurs et de grands amis avec lesquels il collabore depuis plusieurs années, comme Anicet Desro- chers des Miels d\u2019Anicet.Il raconte entre autres la première fois où il a goûté à ses miels.« À la dégustation, j\u2019ai eu une révélation, je goûtais du \u201cvrai\u201d miel pour la première fois.Évidemment, il était sucré comme celui du petit ourson de mon enfance, mais il avait des arômes floraux hyperexpressifs, des notes épicées, une longueur en bouche vraiment impressionnante et une complexité que je n\u2019avais jamais imaginée possible dans du miel.Je venais de découvrir le miel d\u2019exception d\u2019Anicet Desrochers ! » écrit-il.C\u2019est d\u2019ailleurs à partir de cette révélation que sont nées une collaboration de longue date et une grande amitié, tout aussi chères aux yeux d\u2019Anicet Desrochers.« Patrice a toujours été un de mes meilleurs ambassadeurs, dit-il.Il valorise le miel à travers ses desserts d\u2019une façon extraordinaire et le met en avant comme nul autre.Je l\u2019aime ! C\u2019est grâce à des artisans transformateurs comme lui que nous, producteurs apicoles Une destinée sucrée Pour souligner ses 20 ans de carrière, le chef pâtissier Patrice Demers s\u2019offre un quatrième livre Un Québécois chez Ladurée Patrice Demers, en collaboration avec la grande maison parisienne Ladurée, a conçu une collection spéciale pour les Fêtes, à l\u2019image du terroir canadien.Une bûche de Noël aux canneberges et au sucre d\u2019érable en plus d\u2019un coffret de trois macarons au thé du Labrador, aux pacanes, au sucre d\u2019érable ainsi qu\u2019aux camerises seront offerts dans plusieurs boutiques Ladurée à travers le monde.Au Canada, les boutiques de Toronto et de Vancouver seront les seuls endroits où se les procurer puisque Ladurée n\u2019a pas de boutique au Québec.Patrice Demers et Marie-Josée Beaudoin sont en couple depuis 10 ans, et ils font aussi équipe à la barre de Patrice Pâtissier.Ci-dessus : le Vert, le fameux dessert à base de pomme verte, huile d\u2019olive, pistache et coriandre.PHOTOS MICKAËL A.BANDASSAK ENTREVUE CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATRICE LE DEVOIR e chef pâtissier Patrice Demers est méthodique, rigoureux et perfectionniste.C\u2019est sa douce, Marie-Josée Beaudoin, qui le dit ! Ces traits de caractère, en plus de son talent exceptionnel, l\u2019ont mené à de grandes réalisations et à des collaborations qui lui sont chères.Son quatrième livre, Parcours sucré, est d\u2019ailleurs bien plus qu\u2019un livre de recettes.C\u2019est en quelque sorte un hommage aux gens qui ont marqué sa carrière.Dès les premières pages de ce sublime ouvrage, dont les photos sont signées Mickaël Bandassak et la conception graphique Simon L\u2019Archevêque, nous faisons la connaissance d\u2019amis, d\u2019artisans, des grandes sources d\u2019inspiration du chef pâtissier.« Je regardais les recettes que je voulais inclure dans le livre et, tout de suite, j\u2019ai fait des liens avec plein de personnes avec qui j\u2019ai travaillé.Il y avait là un fil conducteur », explique-t-il.Présentée sous forme de portraits, l\u2019histoire commence avec Isabelle Sauriol, pâtissière et professeure de l\u2019École hôtelière de Laval, où il a fait ses études en pâtisserie.Il y a aussi des chefs avec lesquels il a travaillé, notamment Stelio Perombelon, avec qui il a partagé la cuisine des restaurants Leméac et Les Chèvres, et que Patrice Demers décrit comme le « virtuose des légumes ».« J\u2019ai rarement vu un chef travailler les légumes avec autant de finesse et de maîtrise technique.Sa cuisine était si créative que, même aujourd\u2019hui, plus de quinze ans après l\u2019ouverture des Chèvres, la plupart de ses créations pourraient encore se retrouver sur les meilleures tables », peut-on lire dans Parcours sucré.L\u2019admiration entre les deux acolytes remonte aux premiers pas de Patrice Demers en cuisine.« J\u2019ai rencontré Patrice en janvier 2000, avant L LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivre Jardin 49 Parcours sucré Patrice Demers, Éditions La Presse, Montréal, 2019, 296 pages.En librairie ou à la boutique Patrice Pâtissier, 2360, rue Notre-Dame Ouest à Montréal.BILLET LISE GOBEILLE COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019arrivée du froid marque la fin du potager avec ses délicieuses et croquantes verdures, quelle tristesse ! Or, rien n\u2019empêche la production de pousses à l\u2019intérieur.C\u2019est simple et cela ne demande pas beaucoup de matériel.Afin de vous donner des trucs, Le Devoir s\u2019est rendu chez Suzanne Dubé de chez De germe en pousse, à Mira- bel, où l\u2019on offre des ateliers d'initiation à la production de pousses.Malgré la grisaille automnale, Mme Dubé nous accueille avec un large sourire dans son atelier de production.Quel plaisir de voir toutes ces micro et grandes pousses quand les feuilles commencent à tomber à l\u2019extérieur.La visite commence par une dégustation de grandes pousses, nommées ainsi parce qu\u2019elles mesurent un peu plus de 10 cm.Parmi celles-ci se trouvent le croquant tournesol, le joli pois mange-tout, le sarrasin et le blé.Ce dernier est consommé seulement en jus en raison de ses fibres indigestes.Suit la dégustation des mignonnes micropousses, lesquelles ne font pas plus de 5 cm de longueur.Parmi celles-ci se trouvent le brocoli, le rapini, le daikon, la roquette, le cresson, la coriandre, le chou, la moutarde et les betteraves.Leur goût étonnant est un concentré de celui de la plante mature.Coup de cœur pour celui de la coriandre, qui explose en bouche.Les pousses contiennent des minéraux, des vitamines, de la chlorophylle et de nombreuses autres substances excellentes pour la santé.Puis, nous voilà parties pour un tour d\u2019atelier afin de découvrir les paramètres de production.La température est maintenue entre 18 et 20 °C, semblable à celle de nos maisons.De petits ventilateurs brassent l\u2019air afin d\u2019éviter une accumulation d\u2019humidité sur les végétaux \u2014 un bon truc à retenir pour chez vous.« On peut cultiver à côté d\u2019une fenêtre, mais l\u2019ajout d\u2019éclairage est nettement préférable », soutient Dannie Coulombe, bras droit de Mme Dubé.Un néon DEL T5 ou un néon T5 6400 Sun Blaster donne de bons résultats et est facile à trouver.Pour les grandes pousses, on le place à 30 cm de distance, pour les micropousses à 15 cm, et on le laisse allumé durant 9 heures.Pour faire les semis, vous aurez besoin du matériel suivant : des plateaux perforés de format moyen ou grand pour les grandes pousses et Simple et facile, la production de pousses Trucs judicieux pour produire des verdures comestibles dans sa cuisine Au jardin Au potager, enlevez tous les plants de légumes annuels et répandez du compost.Si le sol est sableux, il est préférable d\u2019attendre au printemps.Couvrez la terre de paille ou de feuilles afin qu\u2019elle ne reste pas à nu.Taillez les framboisiers et paillez les fraises.Au jardin, ne faites pas trop de nettoyage et laissez ce que vous taillez sur place en le coupant en petits morceaux.Taillez les arbustes qui ne fleurissent pas au printemps et utilisez les feuilles tombées comme paillis autour des plantes, sans en mettre trop épais.Micropousses de betteraves dont le goût est un concentré de celui de la plante LISE GOBEILLE Excellent guide pour différencier les plantes comestibles des plantes toxiques, ainsi que pour savoir quelles parties des plantes utiliser, à quelle saison et comment les préparer.Même si ce guide est européen, la majorité des plantes qui y sont présentées poussent également au Québec.Plantes sauvages comestibles S .G.Fleischhauer, J.Guthmann et R.Spiegelberger, Éditions Ulmer, Paris, 247 pages des caissettes pour les micropousses ; des plateaux rigides sans trous pour mettre les plateaux perforés ; un terreau léger pour semis ou légumes ; un arrosoir ou un vaporisateur.La plupart des semences doivent être trempées avant le semis afin d\u2019accélérer le processus de germination.Chaque semence a son temps de trempage.Peu de terreau est nécessaire dans les plateaux, soit à peine 2,5 cm.Une fois le trempage terminé, on fait un semis dense, sans superposer les graines, puis on arrose.Si on a réalisé plus d\u2019un semis, on les empile et on met un plateau vide sur le dernier dans lequel on met un poids.On place le tout à l\u2019abri de la lumière.Pourquoi le poids ?Pour favoriser l\u2019enracinement.Au bout de quelques jours, en maintenant le semis humide, de jeunes pousses jaunes sortiront.Il sera alors temps de mettre le tout à la lumière.Sauf pour les semis de tournesols et de pois qui demeureront plus tendres s\u2019ils n\u2019y sont exposés que peu de temps.Donc, afin de les laisser s\u2019allonger, on déposera un plateau à l\u2019envers sur les plantules.Du semis à la coupe des pousses, selon la température, on ne compte que 7 à 14 jours ; retenez que plus c\u2019est chaud, plus c\u2019est rapide\u2026 pour avoir de la fraîcheur, bio en plus, dans son assiette ! et autres maraîchers, voyons notre travail et notre métier être bonifiés et mieux connus.» Évidemment, Demers trace un portrait de la sommelière Marie-Josée Beaudoin, son amoureuse et partenaire d\u2019affaires qu\u2019il décrit comme « la complice de tous ses projets » : «[\u2026] c\u2019est au Laloux qu\u2019on a commencé à travailler ensemble et, depuis, on forme, je pense, une équipe assez exceptionnelle ! Notre force est d\u2019avoir la même vision tout en ayant des tempéraments très différents.Lorsque je suis nerveux ou découragé, elle a toujours les mots pour me rassurer.De la même façon, lorsqu\u2019une situation lui fait perdre patience, je suis là pour tenter de l\u2019apaiser.» Quant à Marie-Josée Beaudoin, elle admire le désir de Patrice Demers de toujours vouloir rester en cuisine, alors qu\u2019il pourrait accepter plus d\u2019offres médiatiques ou faire plus de projets à l\u2019extérieur de la pâtisserie.« C\u2019est lui le premier arrivé dans la cuisine TOUS les matins et il est le dernier à partir, confie-t-elle.Il m\u2019apporte aussi une constance et une discipline que je n\u2019ai pas naturellement.Il est tellement passionné par son métier, que dans ses \u201ctemps libres\u201d, il lit constamment des livres de cuisine, des magazines, des blo- gues, des sites Internet sur la pâtisserie et la restauration.» Apprivoiser la pâtisserie Les alléchantes recettes, dont la plupart sont tirées de la carte de sa boutique Patrice Pâtissier, apparaissent à travers les portraits, de quoi rythmer doucement la lecture.Et Patrice De- mers l\u2019indique dès le début du livre : « Les recettes n\u2019ont pas été adaptées ou simplifiées.» Si elles ont l\u2019air parfois irréalisables, étant donné la finesse des garnitures et leur allure absolument parfaite, les étapes de préparation sont très bien décrites.« Les recettes sont longues, parce que j\u2019y ai mis tous les détails, précise-t-il.Je les explique comme je le fais pendant mes cours de pâtisserie, ce que je n\u2019ai jamais fait dans mes autres livres.» Ce faisant, chaque recette se lit presque comme un récit, une agréable façon de mieux comprendre toute la recherche, la démarche et le talent de ce grand chef pâtissier.« La moitié des recettes est assez accessible, même pour quelqu\u2019un qui n\u2019a jamais fait de pâtisserie à la maison, les biscuits au chocolat, par exemple.Un certain pourcentage des recettes s\u2019adressent à ceux qui ont l\u2019habitude de faire de la pâtisserie, et le reste s\u2019adresse plutôt aux professionnels.» Ce reste-là demeure tout à fait plaisant à admirer, dans l\u2019attente de parfaire nos talents en pâtisserie. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivre Resto 50 Parfois, un cœur se fracasse si fort qu\u2019il déséquilibre l\u2019univers entier.En tout cas, c\u2019est l\u2019idée que nous propose Sayonara Wild Hearts, un tout nouvel « album pop interactif » du studio suédois Simogo, qui nous a offert, entre autres, les fascinants Year Walk et Device 6.Donc, cœurs fracassés.Ici, le nôtre, celui d\u2019une jeune femme dans la vingtaine.L\u2019univers, ou plutôt notre univers, est fracassé lui aussi.Alors voilà, lors d\u2019une nuit de chagrin, on sort faire du skateboard.Et le monde s\u2019évapore, passant du bleu nuit à l\u2019ultraviolet.Tout file à 200 km à l\u2019heure dans Sayonara.Voilà qu\u2019on fait de la motocyclette.Et maintenant, on fait du surf dans le vide.De nouveau à moto, on se bat contre une « meute » de jeunes ; on danse, on virevolte, des projectiles de lumière sont lancés.Un peu plus loin, on fait la course en forêt à dos de caribou.Jeu de rythme à la base, cette petite perle «très arcade» s\u2019inspire du cœur millénarial : parfois triste, souvent brisé, roulant à toute vitesse vers le prochain crash amoureux.Fasciné aussi, un peu, sourire en coin, par l\u2019astrologie et le tarot.Découpé comme un album, chaque niveau offre une petite histoire, une épreuve pour notre héroïne.La trame sonore très électro, par Daniel Olsén, Jonathan Eng et Linnea Olsson, nous entraîne vers l\u2019avant dans un monde où il vaut toujours mieux foncer, tout en espérant peut-être, un jour, trouver ce qui va nous réparer.Dans chaque épisode, on passe donc au jeu de plateforme, au jeu de tir, au jeu de combat, au jeu de course.Bref, Sayonara fait partie de ces inclassables qui décident d\u2019être ce qui leur plaît et qui changent d\u2019idée souvent.On le recommande, absolument.Olivier Sylvestre LES APPLICATIONS DE LA SEMAINE Sayonara Wild Hearts Offert pour Apple Arcade, PlayStation 4 et Nintendo Switch.Durée de 1 h 30, environ 6 h si on veut tout voir.Toujours foncer SIMOGO CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Les gens derrière cette maison sont formidables.Vous les trouverez encore plus formidables lorsque vous sortirez du Virunga, ce joli petit restaurant que deux Congolaises ont ouvert rue Rachel à côté d\u2019un gros concessionnaire automobile.Vous les trouverez particulièrement formidables si vous aimez les bonnes assiettes et les découvertes.Maria Josée de Frias, cheffe du Virunga, aime le Québec autant que son Afrique natale et ça se voit ; ça se voit sur son menu et surtout ça se goûte dans ses assiettes.Elle marie habilement et avec délicatesse divers produits locaux à des plats que l\u2019on trouve plus Très belles assiettes africaines rue Rachel Au Virunga, la cuisine de la cheffe Marie Josée de Frias n\u2019offre que du bonheur La première entrée s\u2019appelle « La rencontre », des crevettes marinées à l\u2019africaine (« piment, paprika fumé, soupçon de muscade et feuilles de laurier », a dit la cheffe), saisies délicatement et déposées sur un écrasé de patates douces venues de Sainte-Anne- de-Bellevue. LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Le Virunga 1/2 $$ 1/2 851, rue Rachel Est \u2014 514 504-8642 \u2014 Ouvert en soirée, du mardi au samedi.La maison propose une table d\u2019hôte de quatre services (pour des tablées de huit personnes) à 41 $.Accord mets et vins pour 34 $ supplémentaires.Le soir de notre passage, avant boissons, taxes et pourboire, tous ces délices africains ont coûté 102 $.Quand c\u2019est aussi distrayant et savoureux, manger à trois personnes pour 102 $, ça donne le goût de revenir.Je reviendrai.Le troisième plat principal s\u2019appelle « Sukisa », un petit carré de chèvre braisé, venu de Saint-Sylvestre.La viande est d\u2019une grande tendreté et pleine de saveurs de céleri, d\u2019anis vert, de muscade, de clou de girofle et de thym.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR communément au Congo.Et elle manie ses casseroles avec tant de talent qu\u2019elle interprète magistralement certaines recettes venues de Tanzanie, du Kenya ou d\u2019autres pays africains.Rien de prétentieux, que du bonheur.Simple.Au sortir du Virunga, cinq plats plus loin, je savais que j\u2019aurais autant de plaisir à vous parler de cette adresse que nous en avions eu à découvrir les créations de la cheffe : une entrée de crevettes et une autre de légumineuses, un poisson, un carré de chèvre et une assiette végétarienne.La première entrée s\u2019appelle « La rencontre », des crevettes marinées à l\u2019africaine (« piment, paprika fumé, soupçon de muscade et feuilles de laurier », a dit la cheffe), saisies délicatement et déposées sur un écrasé de patates douces venues de Sainte-Anne-de-Bellevue.En fond d\u2019assiette, une sauce tomate additionnée d\u2019un mélange de lait de coco, de curry, d\u2019oignon et de fines herbes, le tout légèrement pimenté.Nous étions trois, les crevettes aussi, la rencontre s\u2019est bien passée ; surtout pour nous.La seconde entrée porte le joli nom de « Une bouchée à la fois ».C\u2019était une généreuse bouchée et les trois convives ont pu goûter.Une grosse boule de beignet frit constitué de cresson, de tomate et d\u2019échalote, relevé de curcuma et de curry que les Malgaches appellent mofo sakay.Pour que le beignet se sente moins seul, la cheffe lui adjoint une portion de haricots « à la congolaise », des haricots rouges enjolivés ici aussi d\u2019un mélange de sauce tomate avec oignon, échalotes, origan, paprika fumé, persil et une pointe de piment.Au moment des plats principaux, après avoir pris la commande, Fatima est revenue nous dire qu\u2019elle était désolée mais qu\u2019il n\u2019y avait plus de « Fondant de légumes soleil à l\u2019africaine ».Pierre ne s\u2019en est pas offusqué outre mesure.« Dites en cuisine que je serai content de l\u2019assiette végétarienne que vous m\u2019apporterez.» Après avoir consciencieusement nettoyé son assiette d\u2019épinards au beurre d\u2019arachide, servis avec du fufu (semoule d\u2019igname et de maïs) et des haricots rouges à la congolaise, il affichait ce sourire un peu béat que nous avons toutes et tous lorsque la pitance est parfaite.Le poisson ce soir-là était de la lotte, un beau filet poêlé, accompagné d\u2019une demi-carotte et d\u2019une demi-au- bergine africaine ; ça pourrait paraître mesquin, mais ça ne l\u2019est pas, un accompagnement doit se contenter d\u2019accompagner et ici la portion de poisson était plus que généreuse.Elle était présentée sur un lit de purée de pomme de terre, de pois vert et de maïs, bordé d\u2019un succulent jus d\u2019anis vert et de citronnelle du Cameroun.Le troisième plat principal s\u2019appelle « Sukisa », un petit carré de chèvre braisé, venu de Saint-Sylvestre, Québec.La viande est d\u2019une grande tendreté et pleine de saveurs de céleri, d\u2019anis vert, de muscade, de clou de girofle et de thym.En accompagnement, une portion d\u2019une sorte de couscous, mais à partir de semoule de manioc, appelée attiéké que la cheffe parfume d\u2019un nuage de lait de coco.Sur ce couscous, une petite louche de sukuma wiki, un délicieux hachis de bette à carde.Si vous voulez vivre l\u2019expérience africaine comme lors d\u2019un voyage dans l\u2019époustouflant parc national des Virunga (inscrit au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO) au plus chaud de l\u2019été, la cheffe concocte un petit condiment à base de pili-pili parfait.Bien sûr, le passage ici peut parfois être un peu déstabilisant dans le sens où ce que vous voyez sur le menu n\u2019est pas nécessairement ce que vous entendrez la personne au service vous annoncer.Le soir de notre visite par exemple, pas de cocktail ni de desserts et quelques plats salés n\u2019étaient pas non plus offerts.Par contre, comme les cinq plats dégustés ont tous été source d\u2019une telle félicité que mes papilles en frétillent encore, on a pris ces lacunes avec le sourire.La grande amabilité du service maintenu d\u2019un bout à l\u2019autre du souper par Fatima aura également contribué à notre plaisir de manger chez mesdames de Frias, mère et fille.À propos de la fille de la maison, Zoya, elle a eu l\u2019intelligence de monter une carte de vins exclusivement africains, des crus d\u2019Afrique du Sud choisis avec goût.Je l\u2019en ai remercié à l\u2019avance de votre part.À la table voisine, les quatre solides messieurs africains ont passé une soirée très gourmande et leur plaisir évident à se régaler des plats de la maison a amplifié le nôtre.Une suggestion d\u2019Alambika La Grande Dégustation de Montréal est un des plus anciens et, sans contredit, le plus grand rassemblement vin et spiritueux du Québec, voire du Canada.Pour l\u2019anecdote, il y a trois ans, je discutais avec la directrice qui nous montrait l\u2019évolution de la clientèle en photos.Au début de la décennie, le diaporama laissait voir un océan de têtes blanches avec des lanières en nylon attachées au cou pour tenir le verre de vin (afin de libérer les mains !).Constat : une belle rétention d\u2019habitués ingénieux mais, aussi, un besoin de se diversifier pour assurer la pérennité.Un changement majeur fut de mettre l\u2019accent sur les spiritueux et les cocktails.La faune alco- ophile montréalaise a très bien répondu puisque les clichés des dernières années montrent une foule intergénérationnelle et éclectique.Je dédie ce cocktail à la petite équipe de cette kermesse, pour avoir senti la tendance avant qu\u2019elle ne soit évidente et avoir ouvert ses portes à des collaborateurs variés, notamment du monde du cocktail.Cette année, trois thèmes sont à l\u2019honneur : le Portugal, les whiskies et le vin bio.Alambika a cherché à combiner les trois pour proposer un cocktail : le Montréal-Lisbonne.Ingrédients 1 oz de Bourbon 0,5 oz de porto blanc (un ingrédient coup-de-cœur !) 0,5 oz de sirop d\u2019abricot bio ou de fruit de la passion Prosyro Bitters Sumac de Ms.Better\u2019s Bitters 2 à 3 oz de vin mousseux bio Parés Baltà Cava Brut Des cerises italiennes Luxardo Préparation Mélanger le bourbon, le porto blanc, le sirop et le Bitters Sumac dans un shaker.Verser le tout dans un verre à champagne ou dans un petit verre à vin blanc.Ajouter le vin mousseux et touiller doucement.Garnir d\u2019une cerise italienne Luxardo.Boutique Alambika : 6484, boulevard Saint-Laurent, Montréal www.alambika.ca LA RECETTE DE LA SEMAINE Le cocktail Montréal-Lisbonne JEAN-SÉBASTIEN MICHEL ALAMBIKA Vivre Resto 51 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Pour vivre un party du jour de l\u2019An comme nulle part ailleurs, Times Square vous offrira un décompte vers l\u2019année 2020 des plus mémorables.Départ : 30 décembre À partir de 205 $* * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 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Culture Vin 53 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR De nombreux vignerons visités chez eux, au cours des dernières décennies, me faisaient part de la disparition d\u2019un de leurs proches ou d\u2019un employé parti à la retraite et qui n\u2019en est jamais revenu.Mort au champ de bataille ?Trop héroïque.C\u2019est plus insidieux que ça, en réalité : plutôt dans les rangs de vigne.Il serait tout de même un peu court de prétendre que l\u2019emphysème, les troubles thyroïdiens et autres cancers à la carte qui affectent les paysans dans leur vignoble soient liés aux épandages de pesticides et de fongicides dont fait usage l\u2019agriculture dite « conventionnelle ».Mais tout de même.L\u2019engouement pour le productivisme de l\u2019après- guerre par l\u2019industrie, dont celle de l\u2019agrochimie, ne saurait être ignoré.Il fallait après tout du rendement pour relever une économie alors moribonde.Et la santé humaine dans tout cela ?À l\u2019image de la santé des sols qui, au fil des ans, vident les vignes de leur sang en appauvrissant non seulement la matière organique et ses oligoéléments, mais en stérilisant aussi toute forme de biodiversité susceptible de maintenir les équilibres de vie.Combien de « champs de bataille », qu\u2019ils soient de champagne, de bourgogne, de bordeaux ou d\u2019ailleurs, ai-je ainsi foulés, naïvement convaincu que l\u2019impeccable propreté des lieux (pas un grain d\u2019herbe à l\u2019horizon) était garante de la salubrité des vins que l\u2019on en tirait ?« Après avoir vu mon père et un ouvrier agricole partir d\u2019un cancer, il n\u2019était pas question pour moi d\u2019exposer qui que ce soit à la nocivité des traitements phytosanitaires », m\u2019avait dit un jour Pascal Verhaeghe lors d\u2019une visite au Château du Cèdre en appellation Cahors.Même son de cloche avec Mathieu Ledogar, rencontré tout récemment chez lui, à Ferrals- les-Corbières, dont le père, André, disparaissait il y a peu, à 72 ans, de complications de mutations génétiques liées aux épandages massifs.Des témoignages comme ça, j\u2019en ai à la pelle depuis quelques années.Chez nous ?Le laxisme \u2014 c\u2019est un euphémisme \u2014 de notre gouvernement, visiblement assujetti aux lobbys de l\u2019industrie responsables de ces molécules toxiques qui attaquent la santé de nos producteurs maraîchers (et, par la bande, des consommateurs québécois), sous prétexte de maintenir une production et de préserver des emplois, n\u2019est plus à démontrer.Il faudra choisir et opérer un coup de barre, car le cul- de-sac écologique est plus que réel (pardonnez cet autre euphémisme).Mettre le cap sur la revitalisation naturelle des sols et de la biodiversité qu\u2019elle sous-tend est possible, encore faut-il y mettre la volonté, le temps et le prix.La nouvelle génération de vignerons rencontrée \u2014 dont quelques languedociens en début d\u2019octobre, dont je vous parlerai ici même la semaine prochaine \u2014 sait très bien qu\u2019elle n\u2019a pas le choix, mais qu\u2019il y a aussi un prix à payer.Les attaques de mildiou qui ont fait perdre jusqu\u2019à 50 % de la récolte pour quelques-uns en 2017 ne sont pas pour remonter le moral des troupes.Mais il faut se serrer les coudes, être solidaire.Acheter bio devrait être une profession de foi qui fait fi de toutes chapelles de pensée sinon celle de la vie toute simple.Fin de l\u2019éditorial.La famille « Montirius » Il aurait été proprement surréaliste pour Éric Saurel, vigneron dans le Rhône, de dire à son épouse, Christine, de rentrer les enfants, le chien, le chat et le canari dans la maison puisqu\u2019il allait pulvériser le vignoble.Aux abris, camarades ! Alors que son père, Max, bannissait la chimie du domaine en 1980 et que le fiston, Éric, s\u2019engageait dès 1996 sur la voie du bio et de la biody- namie (sous les conseils de François Bouchet), le domaine de 63 hectares est un véritable havre pour la biodiver- sité.Les vins ?Des modèles du genre.Je vous invite à les goûter pour en jouir pleinement, même s\u2019ils peuvent être difficiles à dénicher.Des vins qui vivent et vibrent ! La Muse Papilles Rosé 2018, Côtes du Rhône (20,40 $ \u2014 13711194) (5) .Le Village 2017, Vacqueyras (22,65 $ \u2014 872796) (5) .Sérine 2016, Côtes du Rhône (28,95 $ \u2014 14019491) (5+) 1/2.Le Clos 2016, Vacqueyras (49,75 $ \u2014 14019440) (10+) .Confidentiel 2016, Gigondas (69,75 $ \u2014 14019474) (10+) .Mort aux pesticides ! Qu\u2019attend le gouvernement pour s\u2019inquiéter de la santé des producteurs et des consommateurs ?Il serait tout de même un peu court de prétendre que l\u2019emphysème, les troubles thyroïdiens et autres cancers à la carte qui affectent les paysans dans leur vignoble soient liés aux épandages de pesticides et de fongicides dont fait usage l\u2019agriculture dite « conventionnelle ».Mais tout de même.MEHDI FEDOUACH AGENCE FRANCE-PRESSE LES VINS DE LA SEMAINE (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans © devrait séjourner en carafe Moins de 16 $ 1/2 Serra da Estrela 2018, Albarino, Rias Baixas, Espagne (15,60 $ \u2014 13566652) On imagine très bien ces vendangeurs ployés sous un soleil lourd qui, en fin de vendange, sentent cette soif perler à la commissure des lèvres.On imagine aussi leur bonheur tout simple de boire un verre bien frais de cet albarino bien sec.Faites comme eux : vivez la vivacité de ce blanc à la fois citronné et floral.Redoutable à l\u2019apéro.(5) La surprise 1/2 Cuvée Or 2016, Château Ollieux Romanis, Corbières Boutenac, Languedoc, France (44,75 $ \u2014 14034252) Cette cuvée ambitieuse du domaine n\u2019est sans doute pas ma préférée (Atal Sia la précède à peine), mais elle traduit en revanche l\u2019immense potentiel du terroir de Boutenac, d\u2019une exceptionnelle cohérence.Une majorité de carignans vieux (qui côtoient mourvèdre, sy- rah\u2026) riches, mûrs et princièrement boisés, portés par la trame minérale du terroir.(10+) © Le blanc Kalogeri 2018, Domaine Papagiannakos, Attiki, Grèce (20,75 $ \u2014 13110401) Édifiant.Mieux : transportant.Un voyage au pays d\u2019Ulysse avec ce retour en 2019 des plus lumineux.Le cépage malagousia hisse ici ses parfums muscatés jusqu\u2019à nous pour mieux libérer en bouche des soupirs de textures, de fraîcheur et de longueur.Un blanc sec original qui s\u2019amusera de coriandre dans vos spécialités asiatiques.(5) Le rouge Vina Eguia Reserva 2014, Rioja, Espagne (19,25 $ \u2014 12189517) Le voyage dans son verre de vin en vaut la chandelle, car il y a ici tous ces parfums d\u2019Espagne réunis, à la fois riches, envoûtants et exotiques, comme si l\u2019on se frayait un chemin entre barriques et foudres dans les chais sombres d\u2019une cave riojanaise.Une affaire de textures encore une fois, sur fond d\u2019épices et d\u2019écorce d\u2019orange.(5) Le bio Château Coupe Roses Les Plots 2017, Minervois, Languedoc, France (20,70 $ \u2014 00914275) Je ne vous raconterai pas d\u2019histoire : des rouges comme ça font l\u2019honneur du « nouveau » Languedoc, un Languedoc qui ne cesse de démontrer, sous le doigté d\u2019une nouvelle génération, son immense potentiel.De la belle syrah ici (+ grenache et carignan) qui décolle et survole un palais libre de toutes contraintes avec fraîcheur et sincérité.(5+) © LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivr e Mot s de t êt e 54 SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 Vivre Mots de tête 55 GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 472 Horizontalement I.Allergologue.II.Fiole.Rasant.III.Fruité.Bêler.IV.Répertoire.V.Ite.Œil.Ton.VI.Otées.Sens.VII.Lest.Bose.Ee.VIII.As.Horn.Rapt.IX.Feue.Aorte.X.Terrifiantes.Verticalement 1.Affriolant.2.Lirettes.3.Loupées.Fr.4.Elie.Ether.5.Rétros.Oui.6.Eté.Bref.7.Or.Oison.8.Labiles.Aa.9.Oser.Néron.10.Galets.Art.11.Une.Epte.12.Etrangetés.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 473 1.Donne une bonne mesure de ce que vous allez consommer.2.Un mal insupportable.3.Laisse échapper les eaux du bassin.Se rendra.4.A libéré les chaînes.Capitale pour les Arméniens.5.Fait la liaison.Draine la Tarentaise.6.Marque de reconnaissance.Tête couronnée.7.Singe des tropiques.Sortie du Chaos.8.Belle fin pour le homard.Paresse.9.Boucherie sauvage.Alimente le bétail.10.Conjonction.Supportai tant bien que mal.11.Article.Au Nord sur l\u2019Escaut.12.Accueille les politiques en été.I.A fait la malle hier, il est mis au vestiaire aujourd\u2019hui.II.Paresseux ou autre fourmilier.l'évêché de Talleyrand.III.D\u2019un auxiliaire.Fait fureur.Chez les Grecs.IV.Prépare au pouvoir.Passage au jaune.V.Fermeture intérieure.République fédérale du Commonwealth.VI.Grippe-sou.Ballades en Germanie.VII.Chlore.Se retrouve dans les décors au théâtre.Précèdent les autres.VIII.Leurs têtes sont chargées.Mis dans le vent.IX.Entendra comme avant.Mettrait en action.X.Mis en scène par Molière.Depuis 68 son crayon est resté libre.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE On ne doit pas nous voler notre propre mort, car elle fait partie de notre vie, il est donc important de vivre aussi ce moment-là.Dalida MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE PAUME PALME CALME CAME CAMPE JEUX 1005 1012 1012 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1012 1.Relever 2.Fait face au vent 3.Protecteur 4.Secouer 5.Annonciateur 6.Déplacement économique 7.Pierre fine 8.Dans le Caucase 9.Puritains 10.Contrôler \u2022 TONIC \u2022 NICKEL \u2022 KELVIN \u2022 VINAIGRE \u2022 GRELOT \u2022 LOTIR \u2022 TIRE-AU-FLANC \u2022 ANCHOIS \u2022 OISIVES \u2022 VESTIBULE MÂLE BÉTEL S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R CORRIGÉ En Octobre, les ballades en forêt placent les excursionnistes aux premières loges d\u2019un spectacle haut en couleur : les feuillages caduques se teintent d\u2019orange et de rouge une dernière fois avant de choir sur le sol humide.Les érables vermillons et les mélèses jaunes se préparent pour l\u2019hiver.octobre, et non *Octobre \u2014 n.m.Le dixième des douze mois de l\u2019année.Les noms de mois ne prennent pas la majuscule en français.balades, et non *ballades \u2014 n.f.balade au plur.[Familier] Promenade.À ne pas confondre avec ballade (« poème » ou « chanson sentimentale accompagnée d\u2019une musique légère »).caducs, et non *caduques \u2014 adj.caduc au masc.plur.(accord : feuillages).[Botanique] Qui tombe ou se détache tous les ans.vermillon, et non *vermillons \u2014 adj.inv.D\u2019un rouge vif qui tire sur l\u2019orangé.L\u2019adjectif de couleur dérivé d\u2019un nom est invariable.mélèzes, et non *mélèses \u2014 n.m.mélèze au plur.Conifère à aiguilles caduques.Remarque \u2014 L\u2019adjectif haut en couleur s\u2019écrit généralement sans s à couleur.© 2019 Druide informatique inc.Tous droits réservés.Épreuve de révision Antidote | no 28 LE DEVOIR // LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 OCTOBRE 2019 "]
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