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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2019-10-24, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CX NO 241 / LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux .B7 Culture .B8 Décès .B4 Économie.B4 Éditorial .A8 Grille TV.B9 Idées.A9 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Sports .B7 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Trump veut faire invalider l\u2019entente Québec-Californie sur le carbone | B 1 ÉCONOMIE Quand Rona revient hanter Québec, une analyse de Gérard Bérubé | B 4 CULTURE Déjà trois Félix dans la besace des Louanges B 10 LE DEVOIR L\u2019INSTITUT DU JOURNALISME D\u2019ENQUÊTE DE L\u2019UNIVERSITÉ CONCORDIA PLOMB DANS L\u2019EAU Des municipalités manquent de rigueur Justin Trudeau, accompagné de ses gardes du corps, s\u2019est rendu à pied à la galerie de la presse.SEAN KILPATRICK LA PRESE CANADIENNE HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Le premier ministre, Justin Trudeau, dit peut-être avoir compris le message envoyé par les électeurs lundi soir, mais il ne changera pas pour autant de cap dans le dossier du pipeline Trans Mountain ou en matière de laïcité.Et s\u2019il s\u2019engage à travailler davantage avec ses rivaux au cas par cas \u2014 puisqu\u2019il rejette toute coalition «formelle ou informelle» \u2014, il suggère du même souffle que ce sont eux qui portent la responsabilité du manque de collaboration dans le précédent Parlement.En se présentant à sa première conférence de presse accordée depuis l\u2019élection, M.Trudeau a voulu faire preuve d\u2019humilité.«Le message envoyé par les Canadiens lundi soir m\u2019a donné beaucoup de matière à réflexion et je m\u2019engage à réfléchir de façon attentive et profonde en consultant beaucoup de gens sur la meilleure façon de procéder.C\u2019est important de reconnaître que les Canadiens nous demandent de mieux travailler ensemble en tant que parlementaires et je m\u2019engage à faire cela.» ÉLECTIONS 2019 Trudeau maintient le cap Le premier ministre dit avoir tout de même compris le message des électeurs MARCO FORTIER LE DEVOIR Paris et Montréal, mêmes défis en éducation Entretien avec le ministre français Jean-Michel Blanquer Le ministre français de l\u2019Éducation, Jean-Michel Blanquer JOEL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE VOIR PAGE A 4 : RIGUEUR VOIR PAGE A 8 : FINI LA BANALISATION, L\u2019ÉDITORIAL DE MARIE-ANDRÉE CHOUINARD E VOIR PAGE A 6 : TRUDEAU VOIR PAGE A 10 : ÉDUCATION Des citoyens qui n\u2019ont aucun souvenir d\u2019avoir été testés, des dépassements dans des écoles jamais rapportés, des rapports bâclés : de Saguenay à Sainte- Agathe-des-Monts en passant par Magog, le dépistage du plomb dans l\u2019eau potable des Québécois est géré dans le chaos et l\u2019opacité.Une enquête du Devoir, de l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia et de Global News montre des lacunes dans l\u2019application du Règlement sur la qualité de l\u2019eau potable dans les municipalités du Québec et dans les pratiques de transparence.« Ils font exactement comme à Flint [lors de la crise de l\u2019eau potable].Soit ils ne font pas leur travail, soit ils manipulent les chiffres.C\u2019est un vrai scandale », déplore Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal devant les constats de l\u2019équipe d\u2019enquête.« La première fois que j\u2019ai entendu parler du plomb, c\u2019est lorsque la Ville a creusé un trou du jour au lendemain sur mon terrain à la Saint-Jean-Baptiste nseignants à bout de souffle, élèves de milieux défavorisés à prendre par la main, frictions sur la laïcité\u2026 Des similitudes frappantes surgissent entre les systèmes éducatifs de la France et du Québec.À Paris comme à Montréal, de grandes réformes visent à renforcer l\u2019école publique.Et des deux côtés de l\u2019Atlantique, la priorité est donnée à l\u2019intervention auprès des enfants d\u2019âge préscolaire.Le ministre français de l\u2019Éducation nationale, Jean-Michel Blanquter, est intarissable lorsqu\u2019il parle de la mesure phare de sa loi pour une « école de la confiance»: la maternelle à 3 ans obligatoire pour tous.Il est aussi enthousiaste que son homologue du Québec, Jean- François Roberge, quand celui-ci s\u2019exprime sur la maternelle 4 ans qui sera graduellement offerte à tous les petits Québécois \u2014 sans devenir obligatoire.« Je pense qu\u2019il est bon que les enfants aillent à l\u2019école assez tôt.C\u2019est pour ça qu\u2019on prend des directions est la ?rme de sondage au Canada la plus précise Cette précision provient de la qualité de notre panel web LEO (Léger Opinion), comprenant plus de 400 000 membres, et l\u2019expertise de nos 600 employés à travers le Canada et les États-Unis.leger360.com MONTRÉAL QUÉBEC TORONTO WINNIPEG EDMONTON CALGARY VANCOUVER PHILADELPHIE Sondage Léger Le 20 octobre 2019 2019 33 % 33 % 33 % 34 % 18 % 16 % 8 % 8 % 6 % 7 % 2 % 2 % ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 Une touchante inquiétude A près l\u2019avoir vu souffler sur les braises du nationalisme durant toute la campagne, il était savoureux d\u2019entendre le premier ministre Legault s\u2019inquiéter des divisions reflétées par les résultats de l\u2019élection fédérale de lundi et conseiller Justin Trudeau sur la meilleure façon de « garder le pays uni ».Cette préoccupation pour l\u2019unité de la fédération est touchante, même si on ne peut pas dire que M.Legault y a beaucoup contribué avec la loi sur la laïcité, que son vis-à-vis ma- nitobain, Brian Pallister, a déclarée contraire aux valeurs canadiennes, ni avec ses propos sur « l\u2019énergie sale » produite par le pétrole de l\u2019Ouest, qui ont fait bondir l\u2019Albertain Jason Kenney.En réalité, s\u2019il y a une chose sur laquelle le Canada anglais est unanime d\u2019un océan à l\u2019autre, c\u2019est que le Québec demeure l\u2019enfant gâté de la fédération, comme le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, l\u2019a encore déclaré cette semaine.Selon lui, le Québec constitue un facteur de division en profitant de la péréquation sans rien vouloir concéder en retour.Le hasard fait bien les choses.En 2020, c\u2019est M.Legault qui assumera la présidence du Conseil de la fédération.Du 22 au 24 juillet, il sera l\u2019hôte de ses homologues provinciaux au Château Frontenac.Il aura là une occasion en or de leur expliquer à quel point il est désireux de favoriser l\u2019harmonie au sein de la fédération et de leur exposer ses idées sur la façon d\u2019y parvenir.La perspective de séjourner dans la « capitale nationale » du Québec doit certainement les combler de joie.Un coup parti, M.Legault pourrait les emmener à Baie-James pour leur montrer ce qu\u2019est une énergie propre.Cela dit, M.Legault a raison de penser que l\u2019octroi d\u2019une plus grande autonomie serait de nature à apaiser la frustration des provinces de l\u2019Ouest.Un mégasondage pancana- dien effectué en début d\u2019année par six instituts de recherche dans le cadre d\u2019une analyse sur la « Confédération de demain » indiquait que les Albertains (49 %), les Québécois (48 %) et les Saskatchewanais (44 %) étaient de loin les plus nombreux à souhaiter que leur province obtienne plus de pouvoirs.On a souvent du mal à prendre au sérieux les velléités indépendantistes dans l\u2019Ouest.Pourtant, en Saskatchewan et en Alberta, à peine 33 % des personnes interrogées étaient d\u2019avis que le fédéralisme comporte plus d\u2019avantages que d\u2019inconvénients, alors que cette proportion était de 46 % au Québec.Le PLC a été incapable de faire élire un seul député dans ces deux provinces.Cela n\u2019améliorera certainement pas cette perception, même si des non-élus sont nommés ministres.Vu de là-bas, un gouvernement libéral appuyé par le NPD était sans doute le pire scénario imaginable.La politique n\u2019est pas faite pour les âmes trop sensibles, mais la civilité a quand même ses droits.À de multiples reprises, Andrew Scheer s\u2019est permis de traiter ouvertement M.Trudeau de menteur et d\u2019imposteur.On peut penser que cela traduisait les sentiments que le premier ministre inspire dans la province d\u2019adoption du chef conservateur.Au Québec, où tous ne tiennent pourtant pas M.Trudeau en haute estime, on fait généralement preuve de plus de retenue.M.Trudeau a confirmé mercredi que son gouvernement triplerait la capacité du pipeline Trans Mountain, tout en reconnaissant qu\u2019il faudra faire davantage pour calmer la colère de l\u2019Ouest.Jason Kenney tient toujours mordicus à un pipeline vers l\u2019est, et c\u2019est le Québec qui constitue le principal obstacle.Si M.Legault veut lui faire la leçon sur la façon de renforcer l\u2019unité canadienne, M.Trudeau aura beau jeu de le lui rappeler.Minorité oblige, le premier ministre a promis de faire un effort pour collaborer avec les autres partis représentés à la Chambre des communes et avec ses homologues provinciaux afin de mieux répondre aux préoccupations des Canadiens, mais il n\u2019a pas donné le moindre signe qu\u2019il envisageait de diminuer un tant soit peu le rôle du gouvernement fédéral au profit des provinces.De toute évidence, il n\u2019a pas tiré des résultats de l\u2019élection les mêmes conclusions que M.Legault, selon qui les Québécois lui ont clairement envoyé le message de ne pas contester la loi sur la laïcité.M.Trudeau a refusé d\u2019en prendre l\u2019engagement encore plus fermement qu\u2019il l\u2019avait fait durant la campagne.« Le message est clair : si vous voulez plus d\u2019appuis la prochaine fois, soutenez la loi 21 », a déclaré M.Legault.Cela reste à voir.S\u2019y opposer n\u2019a pas empêché le PLC de demeurer le premier parti fédéral au Québec, aussi bien en nombre de sièges qu\u2019en nombre de suffrages exprimés.La prochaine fois, M.Legault trouvera bien un autre grief à lui faire.MICHEL DAVID JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Les programmes scolaires auxquels sont inscrits les enfants de la DPJ limitent d\u2019emblée leurs perspectives d\u2019avenir, soutient Jennifer Dupuis, présidente de l\u2019organisme CARE.Au deuxième jour des audiences de la Commission sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Mme Du- puis a expliqué que les enfants pris en charge par l\u2019État se retrouvent sans possibilité réelle de suivre des cours en science, ce qui constitue un des facteurs qui les empêchent d\u2019accéder à une éducation supérieure.« Un taux très faible de jeunes [issus des services sociaux] poursuit des études au collégial et à l\u2019université», observe CARE.L\u2019école québécoise a beau mettre en avant l\u2019objectivité de ses critères et de ses modalités d\u2019accès, elle ne tient pas compte de la réalité sociale et des nuances que celle-ci apporte en regard de l\u2019accès à l\u2019éducation.Beaucoup de jeunes issus de la DPJ « n\u2019ont même pas l\u2019argent nécessaire pour faire des demandes d\u2019admission » dans les établissements d\u2019enseignement.À partir de 18 ans, ils sont laissés à eux-mêmes, déplore aussi l\u2019organisme CARE.Ils doivent se mettre rapidement à travailler pour se louer un logement de mauvaise qualité, puisque la plupart des propriétaires ne sont pas prêts à faire confiance à des jeunes au parcours chaotique.Pour ces enfants existe un fort sentiment d\u2019aliénation en regard de l\u2019éducation.Ces jeunes, explique Jennifer Du- puis, sentent d\u2019emblée qu\u2019ils ne sont pas à leur place aux études.« Je ne connais personne qui, bénéficiant de CARE, pense que sa place est aux études supérieures.[\u2026] Je ne crois pas qu\u2019aucun jeune de CARE pense, par exemple, qu\u2019il est à sa place à la maîtrise à McGill.» L\u2019ancienne ministre libérale Hélène David siège à la commission Laurent.Il existe, a-t-elle tenu à préciser, des programmes de soutien aux enfants des services sociaux qui souhaitent accéder aux études supérieures.Mais qu\u2019importent ces soutiens théoriques, lui a répliqué Jennifer Dupuis, puisque le sentiment que ces études ne sont pas pour ces jeunes demeure dans les faits dominant avec les résultats que l\u2019on sait.L\u2019ancienne ministre libérale s\u2019est aussi dite surprise d\u2019apprendre qu\u2019un organisme comme CARE ne reçoit aucun soutien pour ses activités de la part de l\u2019État.Mal préparés À 18 ans, les jeunes qui étaient jusque- là suivis par les services sociaux sont poussés hors du système trop rapidement, répètent plusieurs témoignages.Cela les rend vulnérables.« Ils n\u2019ont même plus d\u2019endroit où passer Noël », dit CARE.« Les travailleurs sociaux sont su- remployés » et doivent être mieux traités, a déclaré Destiny Grégoire, une jeune femme d\u2019origine crie passée par la DPJ et qui entend désormais devenir travailleuse sociale.« Je crois que, si j\u2019avais eu un mentor [après 18 ans], ça m\u2019aurait tellement aidée, surtout pour prendre conscience de mon identité autochtone.» « Les signalements des jeunes haïtiens sont plus nombreux et ils sont plus nombreux à être retirés de leur milieu familial », constate Marjorie Ville- franche, de la Maison d\u2019Haïti.Ces enfants, comme les enfants autochtones, DROITS Les enfants de la DPJ sont défavorisés à l\u2019école Leurs parcours scolaires les conduisent rarement à l\u2019éducation supérieure Les enfants pris en charge par les services sociaux sentent d\u2019emblée qu\u2019ils ne sont pas à leur place aux études, observe Jennifer Dupuis, présidente de l\u2019organisme CARE.ISTOCK GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR La Commission scolaire de Montréal (CSDM) sera vraisemblablement exclue de l\u2019étude du projet de loi visant l\u2019abolition des commissions scolaires, à laquelle une trentaine de groupes du milieu, notamment d\u2019autres commissions scolaires, ont été invités par Québec à prendre la parole.« On trouve ça aberrant de ne pas être entendu » dans le cadre de l\u2019étude du projet de loi 40, a réagi en point de presse mercredi sa présidente, Catherine Harel Bourdon.Selon elle, le gouvernement Legault ferme ainsi les yeux sur les nombreux enjeux spécifiques à Montréal dans sa réforme de la gouvernance scolaire.Des enjeux comme la défavorisation ou l\u2019intégration et la francisation des familles immigrantes, a-t-elle explicité en compagnie d\u2019une poignée de commissaires.« Le gouvernement est en train de modifier en profondeur la gouvernance et le réseau [de l\u2019éducation] lui- même, sans entendre les personnes et les groupes qui seront les premiers touchés par cette modification majeure », a renchéri de son côté la commissaire indépendante Violaine Cousineau.L\u2019étude du projet de loi 40 doit débuter le 4 novembre prochain et s\u2019étirer sur cinq jours.Syndicats, associations et quelques commissions scolaires (notamment Marguerite-Bourgeoys) seront notamment entendus par les élus du gouvernement et de l\u2019opposition.De même que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), dont la CSDM est membre.Fait aussi à noter : le comité de parents de la CSDM a été convoqué.Le texte, déposé début octobre par le ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, prévoit l\u2019abolition des élections scolaires et la transformation des commissions scolaires francophones en centres de services.Avec cette réforme, le ministre Roberge entend opérer une décentralisation des pouvoirs détenus par le ministère ou les commissions scolaires vers les équipes-écoles.« Déficit démocratique » « On parle de cinq journées alors que pour le projet de loi 86 [visant à réformer la gouvernance scolaire et mort au feuilleton sous le précédent gouvernement], on en avait eu 13.On s\u2019entend que, dès le départ, il y a un déficit démocratique important sur le temps alloué pour regarder un projet de loi qui compte 319 articles», insiste Mme Harel Bourdon.Celle-ci juge en outre que la FCSQ \u2014 qui représente la majorité des commissions scolaires de la province \u2014 ne pourra faire adéquatement état des enjeux « de toutes les régions du Québec ».« On parle de présentations de 10 minutes et de périodes de questions de 20 minutes.» La CSDM n\u2019est pas la seule mercredi à avoir critiqué le gouvernement Legault de ne pas faire partie des groupes invités en commission parlementaire.L\u2019association montréalaise des directions d\u2019établissement scolaire s\u2019est aussi dite « surprise » de ne pas être convoquée.« Nous avons des réserves sur le projet de loi notamment sur la composition des nouveaux conseils d\u2019administration, nous aurions apprécié d\u2019avoir l\u2019occasion de les exposer en personne lors de la commission parlementaire », a fait savoir la présidente de la FCSQ, Hélène Bourdages.Au gouvernement, on s\u2019est fait avare de commentaires mercredi.Joint par Le Devoir, le cabinet du ministre Roberge a indiqué que le dossier relevait du champ d\u2019action du leader parlementaire du gouvernement, Simon Jo- lin-Barrette.L\u2019attaché de ce dernier a pour sa part précisé que la liste des invités n\u2019était pas complètement arrêtée.« Les différents groupes parlementaires sont encore en train de négocier la composition des groupes qui seront invités en commission parlementaire.Ainsi, nous ne commenterons pas les dossiers spécifiques », a noté Marc-An- dré Gosselin.Abolition des commissions scolaires : la CSDM veut pouvoir donner son avis sont surreprésentés au sein des services sociaux.Cela relève en partie d\u2019une méconnaissance de réalités culturelles différentes, plaide Mme Villefranche.Des critères datés Jessyka Dumais, 41 ans, a par ailleurs fait valoir que les modalités pour favoriser l\u2019adoption au Québec ne sont pas adaptées aux réalités des familles d\u2019aujourd\u2019hui.« La réalité est que nombre de familles vivent des gardes partagées.Est- ce que cela veut dire pour autant que ce n\u2019est pas un bon cadre de vie pour élever un enfant passé par la DPJ ?» Elle et son conjoint se sont vu refuser d\u2019adopter un enfant pour des motifs qui lui apparaissent pour le moins discutables.Après plusieurs heures d\u2019échanges avec des travailleurs sociaux, cette mère de quatre enfants et son conjoint se sont vu indiquer la porte de sortie d\u2019un bureau de l\u2019État.Prendre en charge un enfant de plus n\u2019était pas pour elle, avait tout simplement tranché un fonctionnaire.Le hasard fait bien les choses.En 2020, c\u2019est M.Legault qui assumera la présidence du Conseil de la fédération.Du 22 au 24 juillet, il sera l\u2019hôte de ses homologues provinciaux au Château Frontenac.Il aura là une occasion en or de leur expliquer à quel point il est désireux de favoriser l\u2019harmonie au sein de la fédération et de leur exposer ses idées sur la façon d\u2019y parvenir. LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 ACTUALITÉS A 4 Mauvaises pratiques en juin 2019 pour changer l\u2019entrée d\u2019eau.Avant ça, je n\u2019avais jamais été avisée », raconte Nathalie Légaré, une résidente de Sainte-Agathe-des-Monts.Les données obtenues par l\u2019équipe d\u2019enquête révèlent pourtant que la Ville a mesuré 114 parties par milliard (ppb) dans l\u2019eau de Mme Légaré en août 2018.C\u2019est Le Devoir qui lui a appris au téléphone, quatorze mois plus tard, que son eau contenait 11 fois la norme québécoise de 10 ppb selon les tests municipaux, effectués après cinq minutes d\u2019écoulement.« J\u2019aurais aimé ça, le savoir.J\u2019aurais aimé ça, que ce soit la Ville qui me le dise.Il me semble qu\u2019un avis aux citoyens, ça ne coûte pas grand-chose.Si j\u2019avais su qu\u2019on avait du plomb dans l\u2019eau, j\u2019aurais fait mes recherches », confie Mme Légaré.La citoyenne n\u2019est pas la seule dans cette situation.Dans la ville qui a pourtant vécu il y a trente ans la pire crise de contamination de l\u2019histoire du Québec, notre équipe a constaté que l\u2019administration en place connaît mal les règles et n\u2019informe pas les citoyens lorsqu\u2019ils trouvent du plomb dans leur eau.« Il n\u2019y a pas de communication officielle avec les résidents.[\u2026] Nous, on constate une problématique puis on la corrige », expliquait au Devoir Mathieu Gagné, directeur génie infrastructures à la Ville de Sainte-Agathe-des-Monts en juin.Pourtant en vertu du Guide d\u2019évaluation et d\u2019intervention sur le plomb, le ministère de l\u2019Environnement demande aux villes d\u2019aviser les citoyens concernés lorsqu\u2019un dépassement de la norme est constaté.Michel Blanchette et son fils font partie des habitants ayant vécu la crise de 1992 et qui ont reçu un diagnostic de plombémie, soit un taux de plomb dans le sang jugé inquiétant.« On nous avait dit à ce moment-là [\u2026] qu\u2019ils allaient changer les conduites de plomb aussitôt qu\u2019ils auraient des subventions, petit à petit, tous les ans », se souvient M.Blanchette.Cela aura pris 26 ans pour que la conduite d\u2019eau sur sa rue soit changée, en 2018.Et malgré un résultat de 12 ppb après cinq minutes d\u2019écoulement, M.Blanchette n\u2019a pas été prévenu que l\u2019eau du robinet dépassait toujours la norme en vigueur à la suite des tests menés chez lui par la Ville en 2017.« Nous ne pouvons pas changer le passé.Nous nous engageons à bonifier nos processus », a mentionné mercredi Sonia Goulet, coordonnatrice des communications de la Ville de Sainte- Agathe-des-Monts.À la suite du passage de l\u2019équipe d\u2019enquête, la Ville va revoir ses pratiques a- t-elle assuré.La Ville a même créé une nouvelle section sur son site Internet qui donne de l\u2019information sur le dépistage des entrées en plomb.Rapports bâclés Mercredi, le gouvernement du Québec a annoncé qu\u2019il s\u2019arrimerait officiellement aux recommandations de Santé Canada et exige des municipalités qu\u2019elles se dotent d\u2019un plan détaillé pour remplacer les canalisations en plomb (voir texte en page A 5).Cette annonce survient après que Le Devoir, l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de Concordia et Global News ont révélé que les méthodes utilisées au Québec sous-évaluent grandement la présence de plomb dans l\u2019eau du robinet.La qualité de l\u2019eau est une responsabilité qui incombe aux municipalités, a alors souligné le gouvernement Legault.Mais certaines villes maîtrisent mal la réglementation et les pratiques de transparence.Le Règlement sur la qualité de l\u2019eau potable oblige les municipalités québécoises à produire annuellement un bilan qui comprend le nombre de tests menés pour dépister le plomb dans l\u2019eau.Le ministère exige aussi que les villes lui signalent tous les dépassements ainsi que l\u2019adresse où l\u2019analyse a été effectuée.La Ville de Saguenay a rapporté dans son bilan obligatoire avoir testé neuf adresses en 2018.Or, notre équipe d\u2019enquête a obtenu la liste de tous les tests effectués cette année-là par la municipalité : aucune des adresses fournies au ministère n\u2019y figure.Le directeur adjoint du service de génie, Michel Nepton, précise qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une erreur de bonne foi.« On n\u2019aurait juste pas dû laisser ces [adresses]- là », regrette M.Nepton, qui affirme que neuf autres adresses du même sec- RIGUEUR SUITE DE LA PAGE A 1 teur ont été testés et que ce sont ces résultats qui ont été transmis au ministère.Il admet que l\u2019employé responsable de prélever les échantillons aurait dû indiquer les bonnes adresses dans le bilan annuel.Autre constat troublant, depuis 2016, les mêmes neuf adresses figurent année après année dans les bilans obligatoires transmis au ministère de l\u2019Environnement, même si le Règlement sur la qualité de l\u2019eau potable exige que le prélèvement soit effectué à des adresses différentes d\u2019une année à l\u2019autre.Parmi celles-ci, on retrouve deux stations service, deux dépanneurs ainsi que l\u2019hôtel de ville de Saguenay.Or, le règlement exige aussi de mener les tests dans des bâtiments résidentiels.Le ministère de l\u2019Environnement n\u2019a jamais réprimandé la Ville pour ces manquements.Interrogé au sujet des irrégularités dans les bilans obligatoires, le ministère se contente de rappeler que le règlement « exige la production d\u2019un bilan sur la qualité de l\u2019eau potable aux municipalités, l\u2019objectif de cette disposition est d\u2019informer les citoyens de la qualité de leur eau et doit être accessible aux citoyens.Les municipalités sont responsables du contenu et de la production de leurs rapports, et à cet effet, nous vous invitons à les contacter.» Établissements scolaires Saguenay a aussi omis de rapporter deux dépassements de norme dans des établissements scolaires.En 2017, la Ville avait trouvé 140 ppb (quatorze fois la norme québécoise) de plomb au robinet de la cuisine de l\u2019école primaire Sainte-Bernadette, et un test au cégep de Chicoutimi atteignait 12 ppb.Or, la Ville n\u2019a pas inclus ce dépassement dans son bilan annuel.« On ne pensait pas qu\u2019il fallait mettre cette information à l\u2019intérieur du rapport, tout simplement.Rendu là, ben, on se fera taper sur les doigts, mais ce n\u2019est pas une question de mauvaise volonté de notre part », explique M.Nepton.Le cégep, l\u2019école, la direction régionale de santé publique et la direction régionale du ministère de l\u2019Environnement ont cependant été informés par courriel des dépassements qu\u2019avait détecté la Ville.Des documents obtenus par la Loi d\u2019accès à l\u2019information montrent que les deux établissements ont procédé à un plus large dépistage de plusieurs fontaines et robinets par la suite.La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a admis mercredi que son ministère ignore si des municipalités ont enfreint le règlement.« Est-ce qu\u2019il y en a des municipalités fautives, on ne le sait pas.Alors, je ne peux pas répondre à votre question », a-t-elle indiqué.« On n\u2019est pas là pour sanctionner, selon moi.Si vous me posez la question pour les municipalités, on est là pour les accompagner.» Des tests fantômes Dans la dernière année, l\u2019équipe d\u2019enquête a aussi constaté que des résidents de Magog et de Sainte-Agathe- des-Monts n\u2019avaient aucun souvenir d\u2019avoir été testés par les autorités municipales alors que les villes ont rapporté des résultats à leur adresse.C\u2019est le cas de Nathalie Légaré.Selon le bilan annuel de la Ville, les tests ont été effectués le 23 août 2018.Mme Lé- garé assure cependant qu\u2019elle n\u2019a jamais accueilli de technicien dans sa résidence.« On est juste deux à la maison et ni mon conjoint ni moi avons souvenir d\u2019un test d\u2019eau en août 2018.D\u2019ailleurs, nous étions au travail », souligne Mme Légaré.« Je suis dépassée.Je m\u2019explique mal ce manque de transparence, c\u2019est vraiment inquiétant.» Interrogée à ce sujet, la Ville certifie au Devoir que les échantillons ont toujours été prélevés au robinet à l\u2019intérieur des résidences.« Dans la très grande majorité des cas, ils ont été prélevés au robinet de la cuisine, par nos opérateurs certifiés », dit Mme Goulet.Elle affirme aussi que le processus implique également la prise de rendez-vous avec les citoyens pour planifier une visite de l\u2019opérateur qui prend l\u2019échantillon.À Magog, notre équipe d\u2019enquête a cogné à la porte de neuf adresses trouvées sur la liste des maisons que la Ville a déclaré avoir testées dans les cinq dernières années.Cinq résidents n\u2019avaient aucun souvenir du passage d\u2019un employé municipal chez eux pour détecter le plomb dans l\u2019eau du robinet.« Je trouve ça un peu bizarre que les gens ne s\u2019en rappellent pas.Mes employés sont professionnels et suivent les règles du ministère », fait valoir My- lène Benoit, coordonnatrice de la division de la gestion des eaux de la Ville de Magog.Chaque été, 20 adresses sont testées par la Ville, indique-t-elle.« Nos employés sont identifiés, ils portent des t- shirts orange, ils sont dans une auto de la Ville.Les gens ne s\u2019en rappellent peut-être plus si la visite remonte à plus de deux ou trois ans », avance-t-elle.Devant le fait accompli Des questions demeurent aussi en suspens quant aux remplacements des canalisations.Si Montréal vient tout juste d\u2019annoncer qu\u2019après 15 ans de travaux parcellaires, elle forcerait désormais les propriétaires de maison à changer leur section des tuyaux, quitte à faire les travaux à leur place, les plus petites municipalités n\u2019ont toujours pas ce genre de plan.Nathalie Légaré l\u2019a appris à ses dépens cet été.« Le matin des travaux [sur mon terrain], à force de poser des questions, un employé du chantier me dit qu\u2019il se peut que mon entrée d\u2019eau privée soit aussi en plomb.Je lui ai laissé mon numéro pour qu\u2019il puisse me joindre au travail si c\u2019était le cas », se souvient la résidente de Sainte- Agathe-des-Monts.Une heure plus tard, le travailleur lui confirme que sa tuyauterie est bel et bien en plomb.« Il était 10 h 30 et il me disait que si je voulais profiter de sa présence pour faire les travaux et éviter de recreuser, je devais me trouver un entrepreneur avant midi.Évidemment, le délai était trop serré, c\u2019était en plus la semaine de la Saint-Jean-Baptiste.» Comme toutes les villes au Québec, Sainte-Agathe-des-Monts n\u2019effectue les travaux que sur sa portion des canalisations.« On n\u2019intervient pas du côté privé.Jamais, en fait dans aucun dossier, la Ville n\u2019intervient du côté privé », expliquait le directeur génie infrastructures à la Ville, Mathieu Gagné, en entrevue en juin dernier.« Je suis allée me plaindre à la Ville parce que je n\u2019avais jamais été informée des travaux.Si j\u2019avais su, j\u2019aurais pris le temps de trouver un plombier », insiste Mme Légaré.Elle n\u2019aura toutefois pas eu le choix de changer sa tuyauterie, puisque l\u2019entrepreneur de la municipalité a abîmé la portion qui lui appartient.Pourquoi retrouve-t-on du plomb dans l\u2019eau ?Le plomb a été utilisé pour la tuyauterie interne et les entrées de service qui raccordent le bâtiment aux conduits d\u2019eau potable du réseau jusqu\u2019en 1975 et dans les soudures jusqu\u2019en 1986.La concentration de plomb dans l\u2019eau dépend alors de la nature de l\u2019eau distribuée.Lorsqu\u2019elle est plus agressive, elle va contribuer à une dissolution plus importante du plomb provenant des tuyaux dans l\u2019eau potable.Pourquoi la méthode de dépistage utilisée au Québec posait-elle problème ?Jusqu\u2019ici, Québec demandait aux municipalités de laisser couler l\u2019eau du robinet des résidents pendant cinq minutes avant d\u2019en prélever un échantillon pour en vérifier la teneur en plomb.Une méthode reconnue pour sous-évaluer les niveaux de plomb puisque, quand on laisse couler l\u2019eau, le plomb s\u2019évacue petit à petit.En mars dernier, Santé Canada a plutôt recommandé d\u2019échantillonner l\u2019eau au premier jet après 30 minutes de stagnation.Une méthodologie qui sera désormais utilisée au Québec.De plus, Québec considérait jusqu\u2019alors que le seuil maximal acceptable de plomb dans l\u2019eau était de 10 microgrammes par litre.La norme sera maintenant de 5 microgrammes par litre, comme le recommande également Santé Canada.Quels sont les risques pour la santé associés à l\u2019exposition au plomb ?D\u2019après l\u2019Organisation mondiale de la santé, il n\u2019existe pas de concentration de plomb sans danger pour la santé des êtres humains.C\u2019est que le plomb est reconnu pour avoir des effets néfastes à long terme.À de faibles niveaux dans le corps humain, le métal est notamment associé à l\u2019hypertension artérielle et au dysfonctionnement rénal chez l\u2019adulte, ainsi qu\u2019à un plus grand nombre de fausses couches et de naissances prématurées chez les femmes.Chez les enfants, un lien a été établi entre l\u2019exposition au plomb et le trouble du déficit d\u2019attention avec ou sans hyperactivité, une baisse du quotient intellectuel et des retards de développement.Martine Fournelle, native de Sainte-Agathe-des-Monts, préfère depuis toujours s\u2019approvisionner à une source d\u2019eau naturelle.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR LE PLOMB, UN ENNEMI INVISIBLE Crédits Rédaction par: Annabelle Caillou, Ameli Pineda, Brigitte Tousignant \u2014 Le Devoir Équipe d\u2019enquête, Université Concordia : Michael Bramadat-Willcock, Ian Down, Miriam Lafontaine, Mia Anhoury, Thomas Delbano, Elaine Genest, Adrian Knowler, Mackenzie Lad, Benjamin Languay, Jon Milton, Katelyn Thomas Reporters, Université Concordia : James Betz-Gray, Matthew Coyte, Franca Mignacca, Ayrton Wakfer Production : Institut du journaliste d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia: Patti Sonntag (productrice et superviseure), Michael Wrobel (coordinateur de recherche), Colleen Kimmett (coordonnatrice du projet).Le Devoir : Véronique Chagnon (chef de projet), Lea Sabbah (stagiaire) Avec la collaboration de Global News Produit par l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 ACTUALITÉS A 5 JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Montréal veut accélérer le remplacement des conduites en plomb dans son réseau et obligera les propriétaires à remplacer les leurs.Mais ce programme coûtera plus de 557 millions de dollars à la Ville qui demande à Québec de l\u2019aider à financer cette opération d\u2019envergure.Comme elle l\u2019avait déjà confirmé à l\u2019équipe du Devoir et de l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia, la mairesse Valérie Plante a annoncé mercredi que la Ville procéderait elle-même aux travaux touchant les conduites en plomb privées si les propriétaires omettent de le faire.La Ville enverra ensuite la facture aux propriétaires qui pourront échelonner les paiements sur 15 ans.« Je demande aux propriétaires d\u2019agir de façon responsable.C\u2019est une responsabilité collective.La Ville prend ses responsabilités.Je m\u2019attends à ce que les propriétaires fassent de même », a expliqué la mairesse.Opération coûteuse En 2007, la Ville avait entrepris de remplacer les 69 000 conduites en plomb de son territoire en raison des effets néfastes que peut avoir le plomb sur la santé.À ce jour, 21 000 conduites publiques ont été retirées et la Ville estime à 48 000 le nombre de conduites qu\u2019il reste à remplacer.La Ville a cependant constaté que bien peu de propriétaires, soit moins de 10 %, avaient remplacé leurs conduites en plomb.Elle évalue ainsi qu\u2019environ 24 300 entrées de service en plomb du domaine privé devront être changées d\u2019ici 2030.Afin d\u2019avoir un portrait juste de la situation, la Ville procédera à un dépistage dans 100 000 bâtiments au cours des trois prochaines années.Elle a aussi mis en ligne une carte interactive permettant d\u2019informer les propriétaires et les locataires de la présence possible de conduites en plomb.Si un test de dépistage confirme la présence de conduites en plomb, la Ville offrira des dispositifs de filtration aux résidents pour un an en attendant les travaux.Mais cette opération coûtera cher.La Ville évalue à 557 millions les sommes qu\u2019elle devra consacrer au remplacement des conduites du domaine public et aux mesures comme le dépistage, l\u2019inspection et les filtres.À cela s\u2019ajoutent 47 millions pour le coût estimé de remplacement des conduites du domaine privé que la Ville devra ensuite facturer aux propriétaires.Le directeur général de la Ville, Serge Lamontagne, a d\u2019ailleurs écrit à trois ministères (Environnement, Santé et Près de 50 000 conduites à remplacer à Montréal L\u2019administration Plante évalue à 557 millions les coûts de dépistage, d\u2019inspection et de réfection du réseau public MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le gouvernement du Québec adopte la norme de Santé Canada sur la présence de plomb dans l\u2019eau potable et demande à toutes les municipalités de se doter d\u2019un plan d\u2019action pour remplacer les entrées de service résidentielles problématiques.Aucun échéancier ni aucun coût n\u2019ont toutefois été fixés.« Comme citoyen, on est responsable de notre branchement dans notre maison, mais pour les montants, comment les municipalités vont demander les frais aux citoyens, je ne peux pas vous répondre parce qu\u2019on ne sait même pas combien il y en a à corriger », a constaté la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, en conférence de presse.Elle était accompagnée du ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, du ministre de l\u2019Environnement, Benoit Charette, et du directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda.L\u2019annonce est survenue après une série de reportages sur la présence de plomb dans l\u2019eau des Québécois.Le Devoir révélait la semaine dernière Québec adopte la norme de Santé Canada Les municipalités demandent de l\u2019aide financière pour remplacer les vieilles entrées d\u2019eau résidentielles La mairesse de Montréal, Valérie Plante, demandera l\u2019aide de Québec pour financer le programme des conduites en plomb dans le réseau municipal.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Affaires municipales) afin de convenir d\u2019un « plan et de solutions financières » pour fournir aux Montréalais une eau exempte de plomb.La carte interactive La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) a salué l\u2019initiative de la Ville de Montréal.Le coût des travaux sera moins élevé si la Ville les fait elle-même, croit son porte-parole, Hans Brouillette.Il craint toutefois que le plan crée une certaine peur chez les Montréalais.En 2016, la Ville avait expédié dans tous les foyers des feuillets incitant les citoyens à changer leurs conduites en plomb.« Les locataires ont appelé les propriétaires pour demander s\u2019il y avait des conduites en plomb dans leur logement et si c\u2019était dangereux.Les propriétaires se retrouvaient à donner des réponses à des locataires alors qu\u2019ils n\u2019en avaient pas eux-mêmes », se souvient M.Brouillette.La carte interactive mise en ligne par la Ville pourrait aussi avoir pour effet de semer l\u2019inquiétude chez les citoyens.Le Devoir a d\u2019ailleurs relevé quelques inexactitudes.À titre d\u2019exemple, pour une propriété dans Rosemont\u2013La Petite-Patrie, le site signale que des tests effectués confirment la présence de conduites en plomb.Or, la Ville a remplacé les siennes en 2018 et l\u2019année précédente, la propriétaire avait retiré sa partie des tuyaux.Les tests de dépistage effectués par Le Devoir début octobre n\u2019ont d\u2019ailleurs pas permis de détecter la présence de plomb dans l\u2019eau.Le remplacement des conduites en plomb pourrait se répercuter sur le prix des loyers, ce qui préoccupe le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).Mais son porte-parole, Maxime Roy- Allard, déplore aussi que les locataires soient tenus dans l\u2019ignorance quant à la présence ou non de conduites en plomb dans leur immeuble.À l\u2019heure actuelle, rien n\u2019oblige les propriétaires à révéler leur présence.En 2013, la Commission permanente sur l\u2019eau et l\u2019environnement avait suggéré d\u2019ajouter dans le bail la mention de la présence d\u2019une entrée de service en plomb.Maxime Roy-Allard ne croit pas en la pertinence d\u2019une telle mesure.« Les propriétaires ont déjà l\u2019obligation d\u2019inscrire dans le bail l\u2019ancien prix payé par l\u2019ancien locataire.Mais souvent, ils ne le font pas.Les propriétaires n\u2019auraient pas avantage à le faire pour le plomb », dit-il.Avec Annabelle Caillou avec les étudiants de l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia et Global News que la technique utilisée pour mesurer la présence de ce métal lourd dans l\u2019eau potable dissimulait des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.Les propriétaires de résidences auront-ils l\u2019obligation de changer leur raccordement en plomb au réseau d\u2019aqueduc ?« Ce n\u2019est pas une question d\u2019obligation, c\u2019est une question de santé publique », a affirmé la ministre Laforest, en évitant de répondre à la question.Les résidences construites après 1980, année où le Code de la plomberie a interdit l\u2019installation d\u2019entrées de service en plomb, ne seront pas touchées.Celles construites entre 1940 et 1980 pourraient avoir des conduites ou des soudures en plomb.La nouvelle a été bien accueillie par l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération québécoise des municipalités (FQM) qui s\u2019attendent cependant à une contribution financière supplémentaire du gouvernement.« Ce qu\u2019on voit rapidement, c\u2019est qu\u2019il va y avoir des coûts importants et ça nous prendra peut-être des spécialistes aussi pour nous accompagner là- dedans », a réagi le président de la FQM, Jacques Demers.La ministre Laforest a indiqué que les municipalités pourront faire appel aux programmes existants qui prévoient en tout près de 6 milliards de dollars pour les infrastructures municipales.« Est-ce que ces sommes-là sont suffisantes, a demandé le président de l\u2019UMQ, Alexandre Cusson.Assurément, ces choix de société là \u2014 qu\u2019on partage \u2014 ne pourront pas se faire uniquement au fardeau financier des municipalités.» « Il n\u2019y a rien qui va être négligé, a précisé la ministre Laforest.S\u2019il y a un secteur qui coûte un peu plus cher à réfec- tionner, on va le réparer.Il n\u2019y a aucun problème, puis on est prêts à accompagner les municipalités sans problème.» Eau stagnante Davantage de canalisations ou d\u2019entrées de service problématiques pourraient être identifiées avec l\u2019usage d\u2019une méthode d\u2019échantillonnage plus stricte et l\u2019abaissement de la concentration maximale de plomb tolérée dans l\u2019eau de 5 parties par milliard (ppb) comme le recommande Santé Canada, plutôt que la norme québécoise précédente de 10 ppb.La méthode d\u2019échantillonnage préconisée sera dorénavant celle effectuée au premier jet d\u2019eau après une stagnation de 30 minutes, plutôt qu\u2019après 5 minutes d\u2019écoulement.Ces changements entreront en vigueur après une modification réglementaire.La nouvelle a réjoui le Réseau Environnement, un regroupement québécois de spécialistes en eau, qui réclamait un tel plan d\u2019action.«Le plus important, c\u2019est que la norme soit changée et qu\u2019elle soit changée rapidement », a affirmé sa présidente-di- rectrice générale, Christiane Pelchat.« On aurait envie de demander au gouvernement d\u2019ajouter un mécanisme de suivi de ces plans d\u2019action » a-t-elle ajouté.Les Québécois n\u2019ont toutefois pas à s\u2019inquiéter de la qualité de l\u2019eau potable, a fait valoir le premier ministre, François Legault.« Oui, ils doivent boire l\u2019eau.Non, ils ne doivent pas s\u2019inquiéter.Actuellement, l\u2019eau au Québec est d\u2019excellente qualité », a-t-il déclaré lors d\u2019un impromptu de presse à l\u2019Assemblée nationale.Il a mentionné que les municipalités sont parvenues à réduire de 70 % les concentrations de plomb dans l\u2019eau au fil des 40 dernières années.Avec Marco Bélair-Cirino Ce qu\u2019on voit rapidement, c\u2019est qu\u2019il va y avoir des coûts importants et ça nous prendra peut-être des spécialistes aussi pour nous accompagner là-dedans JACQUES DEMERS » LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 A 6 ÉLECTIONS Avec qui le PLC pourrait-il gouverner ?Dans un contexte de minorité, les libéraux vont devoir trouver des points communs avec leurs adversaires La prémisse d\u2019un gouvernement minoritaire implique de devoir forger des alliances \u2014 formelles ou informelles \u2014 pour pouvoir remporter les différents votes de confiance auxquels fait face tout gouvernement.Avec 157 députés dans leurs rangs, les libéraux de Justin Trudeau devront donc obtenir l\u2019appui d\u2019un minimum de 13 députés des partis de l\u2019opposition pour avoir plus de la moitié des voix de la Chambre.Certes, rien n\u2019empêcherait les libéraux de convaincre les conservateurs (121 élus) de voter en faveur de certaines mesures.Mais c\u2019est auprès du Nouveau Parti démocratique (24 députés) qu\u2019il trouvera un allié plus naturel \u2014 le Bloc québécois (32 députés) pourra aussi jouer ce rôle, le chef Yves-François Blanchet ayant indiqué que « si c\u2019est bon pour le Québec », son parti votera pour la proposition.Dans ce contexte, Le Devoir a révisé les plateformes de ces partis pour identifier certains points de convergence et révéler des terrains d\u2019entente possibles.Les détails peuvent différer, la manière de nommer les choses aussi : mais sur le fond, les libéraux trouveront sur ces enjeux des oreilles attentives.TEXTES DE GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ NPD PLC BQ 1.ENVIRONNEMENT Tout juste élu lundi, le libéral Steven Guilbeault remarquait que « tous les partis, sauf les conservateurs, pensent qu\u2019il faut mettre un prix sur la pollution, investir plus dans les transports collectifs, les aires protégées, les infrastructures vertes.Pour ces questions-là, je ne m\u2019attends pas à ce que ce soit difficile.» L\u2019analyse des plateformes ou des positions libérale, néodémocrate et bloquiste montre en effet une synergie sur plusieurs points : nulle divergence quant à la nécessité de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (avec promesse d\u2019adopter une loi climatique) ; de bannir rapidement le plastique à usage unique ; d\u2019éliminer (plus ou moins rapidement) les subventions aux combustibles fossiles ; de maintenir la tarification du carbone ; de travailler à électrifier les transports collectifs et particuliers ; d\u2019éliminer les centrales électriques qui fonctionnent au charbon ; de protéger plus de territoire, etc.Le principal écueil en matière d\u2019environnement sera toutefois un écueil de taille : la question de l\u2019exploration ou de l\u2019exploitation des hydrocarbures, et plus précisément de l\u2019expansion du pipeline Trans Mountain que le gouvernement Trudeau a acheté et dont les profits doivent servir à 3.QUÉBEC Libéraux et bloquistes ne manqueront pas de sujets d\u2019accrochage\u2026 mais « plusieurs points de convergence existent » aussi sur différents enjeux, notait mercredi un stratège bloquiste.Au- delà de la question environnementale, on cible les améliorations aux prestations spéciales du régime d\u2019assurance- emploi, les compensations aux agriculteurs (liées à la protection de la gestion de l\u2019offre dans les accords commerciaux), ou la bonification du régime de pension de la sécurité de la vieillesse \u2014 les deux partis empruntent ici des chemins différents pour répondre à la même préoccupation.De même, les libéraux trouveront des alliés chez les bloquistes quand viendra le temps de concrétiser l\u2019engagement d\u2019agir contre les géants du Web (perception de la TPS et impôt de 3 % sur les revenus), sujet qui fait aussi consensus avec les néodémocrates.4.ÉCONOMIE Tant les libéraux que les néodé- mocrates sont en faveur d\u2019un salaire minimum fédéral de 15 $ établi rapidement.Plusieurs mesures proposées par les libéraux en campagne rejoignent autrement la philosophie néodémocrate : diminuer l\u2019impôt des moins nantis, charger une taxe d\u2019accise supplémentaire sur la vente de voitures de luxe, forcer les entreprises à offrir des forfaits cellulaires plus abordables\u2026 « Dans les discours, les intentions, il y a une communauté d\u2019esprit sur une certaine définition du progressisme », disait mercredi en entretien le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice.« En théorie, on est censés être capables de s\u2019entendre sur plusieurs éléments.» Le député réélu dans Rosemont\u2013La-Petite-Patrie cible toutefois un enjeu que le NPD mettra sur la table rapidement pour profiter du rapport de force que confère un parlement minoritaire : celui de la lutte contre les paradis fiscaux.Les libéraux ne sont pas contre, bien sûr.« Mais on n\u2019a jamais senti une volonté réelle de s\u2019attaquer à ça », dit-il.5.AUTOCHTONES ET INTERNATIONAL Les conservateurs avaient annoncé en campagne leur volonté de couper 25 % du montant que le Canada consacre en aide internationale?Libéraux et néo- démocrates proposent pour leur part l\u2019inverse: augmenter le financement de l\u2019aide étrangère pour répondre aux objectifs de développement durable pour 2030 des Nations unies.Les deux partis devraient aussi s\u2019entendre sur la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, la nécessité de régler les problèmes d\u2019eau potable dans les réserves, les suites à donner à l\u2019Enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées ou à la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones.Par contre, la décision du gouvernement Trudeau de contester le jugement qui oblige Ottawa à indemniser les enfants autochtones qui ont été confiés au système de protection de l\u2019enfance dans les réserves pourrait susciter des frictions: le NPD souhaite l\u2019abandon de la contestation.Collaborations ponctuelles TRUDEAU SUITE DE LA PAGE A 1 Toutefois, quand une journaliste lui a demandé un exemple passé où il s\u2019était montré lui-même capable de collaboration, M.Trudeau a choisi d\u2019attaquer ses adversaires.Il a rappelé qu\u2019il « aurait dû y avoir un consensus à la Chambre des communes » pour créer l\u2019Allocation canadienne pour enfants, modifier la grille fiscale et mettre sur pied une stratégie sur le logement.Au lieu de quoi « les progressistes ont voté contre ces mesures ».Tout minoritaire soit-il, il leur lance donc un avertissement.« Je m\u2019attends à ce qu\u2019ils soient capables de voter avec nous sur la première chose que l\u2019on fera, soit de ré- d u i r e l e s i m p ô t s d e l a c l a s s e moyenne.» Sur les principaux enjeux, le premier ministre n\u2019a pas changé d\u2019avis.Au Québec où son parti a perdu cinq sièges, M.Trudeau estime que le principal message à retenir est que les Québécois veulent qu\u2019Ottawa en fasse plus pour lutter contre les changements climatiques.Il rejette l\u2019analyse du premier ministre François Legault selon qui les Québécois ont voulu dire aux politiciens fédéraux de ne pas s\u2019attaquer à la loi 21 sur le port des signes religieux dans la fonction publique.« C\u2019était un enjeu parmi plusieurs dans la campagne électorale et effectivement nous allons toujours écouter les différentes perspectives », a rétorqué M.Trudeau.Mais il s\u2019est empressé d\u2019ajouter que « non, je ne fermerai pas la porte et j\u2019ai été très très clair pendant la campagne, à maintes reprises, que je ne peux pas fermer la porte à défendre les droits fondamentaux ».Pas de coalition Le premier ministre entend rencontrer les chefs des autres partis d\u2019ici les prochaines semaines pour déterminer la suite des choses dans ce nouveau contexte de gouvernement minoritaire.D\u2019emblée, il a indiqué que « ce n\u2019est pas du tout dans [ses] plans de former une coalition, formelle ou informelle ».Il n\u2019est donc pas question de s\u2019allier avec le NPD qui, avec ses 24 sièges, serait en mesure d\u2019offrir les appuis nécessaires pour atteindre le seuil des 170 voix constituant une majorité au Parlement.M.Trudeau pose quelques jalons à ses futures collaborations ponctuelles.D\u2019abord, que le NPD ou le Parti vert se le tiennent pour dit : il ne sera pas question de remiser le projet d\u2019agrandissement de l\u2019oléoduc Trans Mountain pour les amadouer.« Nous continuerons avec cet agrandissement.» Ensuite, même s\u2019il dirige « un parti farouchement fédéraliste », il ne s\u2019oppose pas en principe à parfois compter sur les 32 députés bloquistes, par exemple sur la question des changements climatiques.« Sur des enjeux comme ça, je serais très content de travailler avec le Bloc québécois.» M.Trudeau a indiqué que son prochain cabinet, qui sera assermenté le 20 novembre, sera paritaire.Il réfléchira aux moyens de représenter l\u2019Alberta et la Saskatchewan, où les quatre députés qu\u2019il y détenait, incluant deux ministres, ont été défaits.Il n\u2019a donné aucun avant-goût des solutions qu\u2019il envisage, mais il a pris soin de rappeler que ce n\u2019est pas la première fois dans l\u2019histoire du Canada que certaines régions du pays n\u2019ont pas de représentants au gouvernement.En 2006, pour pallier son absence de représentation à Montréal, Stephen Harper avait nommé à son cabinet le financier Michael Fortier, qu\u2019il avait nommé au Sénat.Comme première mesure législative, il planifie de mettre en œuvre la baisse d\u2019impôt promise en campagne puis de modifier la loi sur l\u2019aide médicale à mourir pour répondre au récent jugement invalidant le critère de mort raisonnablement prévisible.Je m\u2019attends à ce qu\u2019ils [les partis progressistes] soient capables de voter avec nous sur la première chose que l\u2019on fera, soit de réduire les impôts de la classe moyenne JUSTIN TRUDEAU » Il n\u2019y aura pas de coalition « formelle ou informelle » financer la transition énergétique.Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a indiqué en fin de campagne qu\u2019un « point crucial » du soutien du NPD à un gouvernement minoritaire sera de « stopper ce pipeline ».Sur cet élément, les libéraux trouveraient une oreille plus attentive auprès des conservateurs\u2026 toute considération politique mise à part.2.MESURES SOCIALES Le NPD proposait en campagne d\u2019élaborer un programme pancana- dien public et universel de services de garde d\u2019enfants, alors que les libéraux promettaient de créer jusqu\u2019à 250 000 places en services de garde pour les écoliers : l\u2019angle d\u2019approche diffère, pas l\u2019objectif général.Les deux partis ont aussi proposé des mesures pour aider à l\u2019achat d\u2019une première maison, à la construction de logements abordables, ou encore pour contrer la spéculation immobilière imputable aux acheteurs étrangers.En matière de santé, tous deux promettent la création d\u2019un régime d\u2019assurance médicaments : c\u2019était déjà prévu dans le dernier budget Morneau, mais le NPD veut une mise sur pied rapide.De même, on est ici devant deux partis favorables à l\u2019élargissement de l\u2019aide médicale à mourir. A 7 ÉLECTIONS LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 MARIE VASTEL HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR Andrew Scheer assure qu\u2019il restera en poste malgré les résultats décevants de l\u2019élection, mais déjà des voix s\u2019élèvent au sein du mouvement conservateur pour réclamer un coup de barre dans son entourage.L\u2019ancienne ministre Josée Verner estime, quant à elle, que c\u2019est le chef lui-même qui doit partir si les conservateurs veulent à nouveau avoir l\u2019appui des Québécois.« Malheureusement, les Québécois ne s\u2019identifieront jamais à lui », affirme en entrevue avec Le Devoir la sé- natrice Josée Verner, qui a quitté le caucus conservateur il y a deux ans pour siéger comme indépendante.Cette ancienne ministre du gouvernement de Stephen Harper (de 2006 à 2011) ne s\u2019explique pas que des enjeux moraux comme le droit à l\u2019avortement ou le mariage des conjoints de même sexe soient encore discutés en 2019.Andrew Scheer a été contraint d\u2019expliquer qu\u2019il s\u2019y était opposé dans le passé et de reconnaître, en pleine campagne électorale, qu\u2019il est pro-vie.« Non seulement on perd ainsi l\u2019attention des Québécois, mais on les rebute », croit Mme Verner.À son avis, une seule option s\u2019offre à son ancien parti.« Si les conservateurs veulent gagner des votes au Québec, à mon avis M.Scheer doit partir », tranche-t-elle, même si, ajoute-t-elle, il s\u2019agit d\u2019un « chic type ».« Mais s\u2019ils veulent gagner des sièges au Québec, de grâce, qu\u2019ils essaient donc de trouver quelqu\u2019un qui ne passera pas l\u2019essentiel de sa carrière politique à défendre des idées religieuses ou morales.» PARTI CONSERVATEUR L\u2019avenir politique de Scheer reste incertain Certains réclament son départ, tandis que d\u2019autres souhaitent qu\u2019il fasse le ménage dans son entourage Sylvie Boucher, qui a perdu son siège de Beauport\u2013Côte-de-Beaupré\u2013Île d\u2019Orléans\u2013Charlevoix lundi soir, ne se porte pas vraiment à la défense du chef elle non plus.Sa réflexion n\u2019est pas encore terminée quant à l\u2019avenir d\u2019Andrew Scheer.La porte «n\u2019est pas ouverte, elle n\u2019est pas fermée.Je ne sais pas ce que je vais faire », dit-elle au Devoir.Le chef conservateur devra faire face à un vote de confiance au congrès du parti en avril, à Toronto, puisque la constitution de la formation l\u2019y oblige après une défaite électorale.« Rendue là, je ne peux pas vous dire ce que je vais demander parce que je n\u2019en suis pas là dans ma réflexion », dit Mme Boucher.« L\u2019élection a eu lieu lundi.On est tous encore \u201cà frette\u201d.Ça fait juste 48 heures.» Mais l\u2019ex-élue estime elle aussi que la position de M.Scheer sur l\u2019avortement a nui aux conservateurs au Québec.« C\u2019est sûr et certain qu\u2019il y a des dossiers qui ont fait plus mal que d\u2019autres », observe-t-elle.Un constat partagé par l\u2019ancien ministre Peter MacKay, qui a eu les mêmes échos en cognant aux portes pour faire campagne en Nouvelle- Écosse.« Les gens dans les Maritimes exprimaient un certain malaise ou un inconfort avec certaines des politiques sociales conservatrices », a-t-il relaté au Devoir.Les gens ne pensaient pas réellement qu\u2019Andrew Scheer resserrait le droit à l\u2019avortement ou celui au mariage pour les conjoints de même sexe, explique l\u2019ancien chef du Parti progressiste- conservateur.« Mais j\u2019entendais un inconfort et j\u2019ai fait campagne dans 20 circonscriptions en Atlantique.» Bien que plusieurs le voient déjà candidat à la succession d\u2019Andrew Scheer, Peter MacKay ferme la porte pour l\u2019instant.« Je suis très heureux dans mon nouvel emploi.J\u2019ai de jeunes enfants et je ne languis pas d\u2019un retour en politique, assure-t-il.Et nous avons un chef.Le poste n\u2019est pas ouvert.J\u2019appuie Andrew Scheer.» M.MacKay a cependant refusé de dire si sa réponse serait différente si le poste était disponible.Conseillers montrés du doigt Peter MacKay et d\u2019autres conservateurs sont encore prêts à donner la chance au coureur et à permettre à M.Scheer de mieux articuler ses positions sociales.Mais un conservateur québécois influent croit qu\u2019Andrew Scheer doit en revanche changer son équipe, car ses conseillers l\u2019ont mal encadré pendant la campagne en n\u2019ayant pas la prévoyance de le préparer, justement, à clarifier sa position sur l\u2019avortement au débat de TVA.« Les gens avaient une ouverture.Ils étaient prêts à écouter.Ils avaient hâte de connaître le chef.Mais après le débat de TVA, leur idée était faite », déplore ce conservateur.« Les gens ont levé le pied.Plusieurs candidats au Québec ont ralenti les dépenses parce qu\u2019ils savaient qu\u2019ils n\u2019avaient plus aucune chance.» Cette source estime que M.Scheer « doit faire une introspection » et ne pas se berner en voyant une victoire dans le simple fait d\u2019avoir remporté deux points de pourcentage de plus en appui populaire et 20 sièges supplémentaires au pays.« S\u2019il pense qu\u2019il a fait une bonne performance, qu\u2019il s\u2019assoit là-dessus et qu\u2019il ne fait pas une introspection, il va trouver le temps long au vote de confiance », prévoit cette source qui réclame le licenciement des proches conseillers québécois.Dans l\u2019entourage du chef, on ne s\u2019inquiète pas outre mesure de voir des mécontents au lendemain de l\u2019élection.« À chaque campagne, il y a des gens qui sont déçus, qui sont fâchés.Et il y a des gens qui parlent sur le coup de l\u2019émotion », note un stratège, qui estime que les attentes de certains étaient peut-être trop élevées.Qu\u2019Andrew Scheer ait réussi à ajouter 20 députés de plus à son caucus et qu\u2019il ait obtenu la pluralité des voix ne suffira peut-être pas à protéger son poste de chef du Parti conservateur.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Découvrez-la au Salon ExpoHabitation d\u2019Automne du 24 au 27 octobre au Stade Olympique NATUR-EVO pour évolutif avec vous à chaque étape de votre vie LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin n réaction aux résultats électoraux de lundi, les premiers ministres de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan, Jason Kenney et Scott Moe, ont clairement exprimé leur déception, ce qui ne les a pas empêchés d\u2019exiger du gouvernement de Justin Trudeau qu\u2019il s\u2019engage à construire « des » pipelines et à abolir la taxe sur le carbone.On comprend la frustration de ces premiers ministres qui ont fait campagne pour l\u2019élection d\u2019un gouvernement conservateur.Mais ils feraient mieux de suivre l\u2019exemple de leur homologue du Nouveau- Brunswick, Blaine Higgs, qui a choisi de créer son propre système de tarification du carbone au lieu de contester la taxe fédérale devant les tribunaux, comme le rapporte Le Devoir.Si les résultats de lundi ne laissent pas la liberté au Parti libéral de faire ce qu\u2019il veut, il y a au moins un point sur lequel ils lui donnent raison : les Canadiens tiennent à participer à la lutte contre le réchauffement climatique, et cela passe par l\u2019imposition de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre.Et si Justin Trudeau a perdu des appuis dans toutes les régions du Canada, c\u2019est, entre autres raisons, parce qu\u2019il a voulu plaire à tous en imposant à la fois une taxe sur le carbone et l\u2019achat de l\u2019oléoduc Trans Mountain pour en doubler la capacité.En conséquence, les pires décisions que pourrait prendre le premier ministre au lendemain des élections seraient d\u2019annuler la taxe sur le carbone tout en promettant d\u2019appuyer de nouveaux projets de construction de pipelines, dont celui d\u2019Énergie Est, comme le lui demandent les premiers ministres de l\u2019Ouest.Cela dit, il faut reconnaître que M.Trudeau ne peut pas, non plus, revenir en arrière et renoncer à Trans Mountain.Les votes qu\u2019il avait à perdre, il les a perdus et il doit maintenant prouver aux Albertains qu\u2019il n\u2019a pas acheté ce pipeline pour le fermer.De toute façon, même en condamnant tous les puits de pétrole de l\u2019Ouest du jour au lendemain, on ne diminuerait à peu près pas la consommation des Canadiens, qui continueraient de s\u2019approvisionner à l\u2019étranger.Ce que le Canada peut faire de mieux dans le contexte actuel, c\u2019est d\u2019abaisser rapidement les plafonds imposés aux grands émetteurs et d\u2019éliminer les subventions à l\u2019exploitation.Du même souffle, il faut accélérer l\u2019entrée en vigueur des hausses de taxes sur le carbone, qui constituent le moyen le plus efficace pour forcer les Canadiens à changer leurs habitudes et à faire chuter leur consommation d\u2019hydrocarbures.Ceux qui accusent les libéraux, les néodémocrates ou les bloquistes d\u2019être responsables de la division opposant l\u2019est et l\u2019ouest du pays font fausse route.Cette division est d\u2019abord et avant tout le fait des positions d\u2019arrière-garde soutenues par les conservateurs fédéraux et leurs homologues provinciaux dans un monde en profonde mutation.D\u2019ores et déjà, l\u2019Alberta et la Saskatchewan peuvent difficilement compter sur l\u2019exploitation pétrolière pour assurer leur prospérité.L\u2019une et l\u2019autre doivent dès aujourd\u2019hui travailler à l\u2019avènement d\u2019une économie du XXIe siècle.Cette démarche aurait été rendue plus facile grâce aux milliards de dollars tirés des redevances pétrolières qui ont servi à maintenir les taux d\u2019imposition les plus faibles au pays au lieu d\u2019être épargnés comme en Norvège.Là encore, ce ne sont ni les libéraux ni le NPD et encore moins le Bloc qui sont responsables de cette absence de prévoyance, mais les élus conservateurs, locaux et nationaux, pour qui des impôts peu élevés sont toujours le meilleur signe d\u2019un bon gouvernement.Béatrice Alain Directrice générale Frédéric Lalande Président, Chantier de l\u2019économie sociale Le 20 août dernier, nous apprenions que le Groupe Capitales Médias (GCM) déclarait faillite.À défaut d\u2019une solution rapide, six grands journaux québécois allaient disparaître, chacun jouant un rôle essentiel dans leur région respective.Depuis, plusieurs acteurs se sont manifestés pour envisager un rachat et lancer une relance de l\u2019entreprise.Déjà, l\u2019intérêt suscité constitue en soi une première bonne nouvelle.À une époque marquée par une transformation profonde des grands médias d\u2019information, la mobilisation autour des médias régionaux a de quoi nous rassurer sur l\u2019importance d\u2019avoir une information régionale de qualité.Dans chacune des régions touchées, des voix se sont aussi élevées pour faire de cette reprise d\u2019entreprise un projet collectif.C\u2019est une deuxième bonne nouvelle.Plutôt que d\u2019attendre le prochain grand sauveur, les premiers concernés \u2014 travailleurs et travailleuses \u2014 se sont organisés sur leur propre base et ont rapidement trouvé des appuis dans leurs communautés.Cette mobilisation collective traduit le caractère essentiel de ces médias, que ce soit pour l\u2019information locale, le développement économique, la vitalité culturelle et, au final, le sentiment d\u2019appartenance qu\u2019ils contribuent à développer.Plus encore, le lancement de la campagne « Coop mon journal » indique sans équivoque que la mobilisation produit déjà des résultats concrets permettant d\u2019impliquer toutes les parties prenantes.Les travailleurs et travailleuses ont notamment reçu l\u2019appui et le soutien du milieu syndical et d\u2019acteurs régionaux et nationaux expérimentés en développement de l\u2019économie sociale.Dans un contexte où le temps presse, il est de bon augure de constater la rapidité avec laquelle toutes les parties ont bougé.D\u2019ailleurs, l\u2019existence d\u2019un écosystème de soutien agile et expérimenté est une clé essentielle pour la réussite des entreprises collectives.Constater la présence et la capacité de réaction de cet écosystème dans toutes les régions est la troisième bonne nouvelle de cette histoire.La situation de GCM nous donne l\u2019occasion de mettre en avant le potentiel de l\u2019économie sociale dans des secteurs où les modèles d\u2019affaires des entreprises sont appelés à être transformés.C\u2019est le cas de plusieurs secteurs au Québec, dont la culture, la gestion des matières résiduelles et le transport collectif, pour ne nommer que ceux-là.C\u2019est le cas également pour assurer le développement et le déploiement de services de proximité dans les communautés rurales éloignées.Dans tous ces cas, l\u2019économie sociale est une voie prometteuse qui doit être systématiquement explorée.Puisqu\u2019elle repose sur la contribution de plusieurs acteurs et vise la pérennité de l\u2019entreprise plutôt que la maximisation des profits des actionnaires, l\u2019entreprise collective constitue une option de développement qui s\u2019inscrit d\u2019emblée dans une perspective de transformation.Elle offre un modèle permettant de réconcilier les besoins des collectivités et l\u2019exploitation d\u2019une entreprise qui doit faire ses frais.Et c\u2019est exactement la situation dans laquelle se trouvent les médias régionaux qui doivent maintenant se réinventer pour assurer leur survie.Pour ce faire, les acteurs de l\u2019économie sociale au Québec ne manquent sans aucun doute pas d\u2019idées ou d\u2019outils pour les soutenir.En somme, l\u2019exemple de la mobilisation collective autour de la relance de GCM illustre ce qu\u2019on est capables de faire dans des délais serrés pour éviter une fermeture, dans un contexte qui appelle à repenser le modèle d\u2019affaire de base.Que ce soit dans des secteurs en difficulté ou en croissance, pour intégrer des bassins de main-d\u2019œuvre sous-représentés en emploi, pour garantir la possession des outils de production de la richesse par et pour les premiers intéressés, nous sommes convaincus que l\u2019économie sociale peut faire plus et mieux et qu\u2019elle permet d\u2019assurer la présence à travers le Québec d\u2019entreprises gérées par nous et pour nous.François Legault et l\u2019État de droit Il y a une profonde faille dans la pensée du premier ministre.Il vient de la montrer de nouveau au lendemain des élections fédérales.Va-t-il finir par intellectuellement comprendre qu\u2019il ne suffit pas qu\u2019une loi soit appuyée par une majorité (selon des sondages) pour qu\u2019elle soit bonne ?Dans un État de droit démocratique, toute loi doit absolument respecter les droits et libertés de la personne ainsi que les droits des différentes minorités.François Legault semble avoir beaucoup de difficulté à accepter cette donne lorsqu\u2019il traite de la Loi sur la laïcité (loi 27).Ce qui m\u2019amène à me demander sérieusement s\u2019il est capable de s\u2019élever à la hauteur d\u2019un chef d\u2019État.Je trouve cela assez déprimant, voire inquiétant, de le voir traiter une question relevant notamment des droits de la personne sous le seul angle d\u2019un appui majoritaire.Suivre cette seule voie a laissé de bien mauvaises traces dans l\u2019Histoire.Danger.Michel Lebel Entrelacs, le 22 octobre 2019 L\u2019économie sociale sur la ligne de départ LIBRE OPINION LETTRES EST-OUEST Concilier l\u2019inconciliable PLOMB DANS L\u2019EAU Fini le règne de la banalisation l était politiquement impossible de rester de marbre devant les révélations percutantes d\u2019équipes de journalistes démontrant la présence de plomb dans l\u2019eau des écoles et des résidences, et surtout, l\u2019inaction des gouvernements pourtant très au fait de cet enjeu de santé publique.Québec et Montréal ont occupé mercredi la tribune politique pour annoncer comment ils allaient rectifier le tir.L\u2019heure n\u2019est plus à la banalisation.Après quelques tergiversations et un règne d\u2019immobilisme, Québec se range aux normes édictées par Santé Canada et fixe à 5 parties par milliard (ppb) la concentration maximale tolérée de plomb dans l\u2019eau.La méthodologie d\u2019échantillonnage préconisée désormais permettra de prendre la véritable mesure au lieu d\u2019un échantillon édulcoré sous-évaluant de manière scandaleuse les niveaux de plomb : désormais, le premier jet d\u2019eau après une stagnation de 30 minutes sera testé, plutôt qu\u2019une eau ayant coulé pendant cinq minutes.Les citoyens de Montréal peuvent aussi mieux respirer, car la mairesse, Valérie Plante, a annoncé une série de mesures rigoureuses : dépistage dans 100 000 bâtiments, remplacement systématique des canalisations de plomb, et ce, même pour les conduites privées, et dispositifs de filtration aux résidents en attente de travaux.Ce plan d\u2019action diligent suit toutefois quinze ans de laxisme \u2014 et du laxisme lucide ! Même chose pour Québec talonné par des chercheurs depuis une dizaine d\u2019années sur les risques de sous-évaluation et de stratégie minimaliste sur la santé des citoyens.Même la direction de la santé publique du Québec, qui a notamment analysé le problème dans les écoles, n\u2019a pas jugé bon d\u2019élever le niveau d\u2019alerte.Les journalistes ont fait œuvre utile en alertant la population.L\u2019aveuglement n\u2019était plus possible.L\u2019affaire n\u2019est pas réglée pour autant, car en demandant aux municipalités de se doter d\u2019un plan d\u2019action, Québec risque de découvrir un joyeux chaos.Notre équipe d\u2019enquête révèle en effet aujourd\u2019hui un nouveau chapitre de gestion municipale opaque, où des citoyens, dont les conduites d\u2019eau laissent passer des niveaux effarants de plomb, n\u2019ont pas été prévenus du danger pour leur santé.Il faudra plus qu\u2019un simple énoncé de politique pour convaincre les récalcitrantes d\u2019agir.ÉDITORIAL A 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu JEAN-ROBERT SANSFAÇON MARIE-ANDRÉE CHOUINARD I E Réformer le mode de scrutin Avec l\u2019élection de lundi, nous avons eu une autre preuve de l\u2019effet pervers du mode de scrutin uninominal à un tour.Avec 33,1 % des suffrages obtenus, le Parti libéral (PLC) a récolté 157 sièges, soit 36 de plus que le Parti conservateur (PCC), qui a pourtant obtenu plus de suffrages, à savoir 34,4 % du total.Avec 6,5 % des suffrages, le Parti vert n\u2019a récolté quant à lui que trois sièges, soit moins de 1 % des 338 sièges que comptent les Communes.Maintenant que le PLC est minoritaire, les autres partis sont bien placés pour contraindre le premier ministre Justin Trudeau à tenir sa promesse faite avant l\u2019élection de 2015 de réformer le mode de scrutin.Mais le PCC sera-t-il au rendez-vous, lui qui n\u2019a jamais été chaud à l\u2019idée ?Le chef de ce parti, Andrew Scheer, devrait pourtant comprendre que cela est dans son intérêt, étant donné que les nombreux suffrages obtenus dans les Prairies pourraient être plus payants qu\u2019ils ne le sont actuellement.En effet, il y a beaucoup de votes conservateurs perdus (comme on dit familièrement) dans cette partie du pays, et ce, depuis des décennies.Sylvio Le Blanc Montréal, le 22 octobre 2019 L\u2019existence d\u2019un écosystème de soutien agile et expérimenté est une clé essentielle pour la réussite des entreprises collectives A 9 LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy, Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Annie Chaloux Professeure à l\u2019Université de Sherbrooke Hugo Séguin Fellow au CERIUM de l\u2019Université de Montréal et conseiller principal chez COPTICOM Codirecteurs de l\u2019ouvrage Le fédéralisme canadien face aux enjeux environnementaux, publié cette semaine aux Presses de l\u2019Université du Québec Le Canada qui émerge des dernières élections fédérales est l\u2019un des plus politiquement fragmentés de l\u2019histoire.À bien des égards, ce sont les enjeux qui en tracent aujourd\u2019hui les lignes de faille.Comment relever les défis des changements climatiques ?Quelle vision d\u2019avenir pour l\u2019économie canadienne ?Pour le secteur de l\u2019énergie ?Sur ces questions, nous sommes plus divisés que jamais, sans qu\u2019apparaissent de solutions satisfaisantes.Les projets d\u2019infrastructures de transport d\u2019hydrocarbures empoisonnent les relations entre les provinces et fragilisent l\u2019unité politique du pays.Les engagements internationaux du Canada \u2014 en ce qui concerne les changements climatiques, la protection de la biodiversité \u2014 sont source de conflits entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces et des territoires, d\u2019autant plus que le gouvernement fédéral \u2014 généreux en paroles \u2014 est incapable de faire respecter ces mêmes engagements.De même, aucun consensus n\u2019existe aujourd\u2019hui sur la trajectoire que doit prendre l\u2019économie, le pays étant écartelé entre les tenants d\u2019une économie verte et de plus en plus dématérialisée et ceux d\u2019une économie traditionnelle basée sur les ressources naturelles.Dans le cadre de l\u2019élaboration d\u2019un premier ouvrage universitaire jetant un regard résolument québécois sur la politique environnementale au Canada, nous avons sollicité l\u2019éclairage de près d\u2019une vingtaine de chercheurs et chercheuses.À la lecture des textes qui nous ont été soumis [\u2026] une troublante trame de fond pointe vers une polarisation croissante des enjeux environnementaux au sein de la fédération canadienne.Cette situation génère le plus souvent des décisions publiques incomplètes, imparfaites et incohérentes.La tarification du carbone, les infrastructures de transport des hydrocarbures, l\u2019exploitation de pétrole et de gaz naturel, de même que la protection de plusieurs espèces en péril sont autant d\u2019enjeux pour lesquels une gouvernance proprement pancanadienne, efficace et consensuelle fait défaut.Le contexte actuel de crise climatique et d\u2019effondrement de la biodiver- sité nous amène à poser ouvertement une question qui nous hante depuis quelque temps déjà : le Canada est-il un pays ingouvernable, structurellement et politiquement incapable d\u2019affronter les principaux enjeux environnementaux de ce siècle ?Des dynamiques peu favorables Trois dynamiques peu favorables sont à l\u2019œuvre ici.D\u2019abord, la faiblesse des mécanismes de coordination et l\u2019absence de contrainte au sein de la fédération condamnent les gouvernements à une évanescente recherche du consensus, dont la mise en œuvre repose invariablement sur le bon vouloir de chacun.Le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques représente ici un exemple éclairant, les engagements qui y sont pris se révélant très peu contraignants et la décision d\u2019y adhérer reposant sur la bonne volonté des différents gouvernements.La seule mesure contraignante qu\u2019elle comprend, une tarification du carbone à travers le pays, est d\u2019ailleurs dénoncée aujourd\u2019hui par la moitié des provinces canadiennes.Ensuite, l\u2019autonomie des différents ordres de gouvernement limite l\u2019essaimage des politiques entre une juridiction et une autre : une politique environnementale prise par une province ne sera pas nécessairement adoptée par les autres, chacune opérant plus ou moins en vase clos.Par exemple, le marché du carbone québécois n\u2019a pas réussi à essaimer ailleurs dans la fédération canadienne.Enfin, la fragmentation de la gouvernance environnementale au Canada entraîne très souvent la paralysie complète de politiques et de grands projets au niveau pancanadien.Il en va ainsi de l\u2019incapacité historique du Canada à respecter ses engagements internationaux.La récurrente saga des projets d\u2019oléoducs au pays, dont la réalisation apparaît hautement problématique, ENVIRONNEMENT Le Canada est-il un pays ingouvernable ?Michel Rioux Ex-directeur de l\u2019information de la CSN Si on devait dire de quelqu\u2019un qu\u2019il est la personne à avoir le plus intégralement incarné le slogan du Front commun de 1972, « NOUS, le monde ordinaire », ce serait sans aucun doute Norbert Rodrigue, militant de la base qui a présidé la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 1976 à 1982 et qui est décédé le 22 octobre à l\u2019âge de 79 ans.Ce fils de Saint-Georges de Beauce était un diplômé de l\u2019université de la vie, une vie syndicale hors du commun.Vice-président de la centrale de 1972 à 1976, il a été le plus jeune président à l\u2019âge de 36 ans, obtenant 70 % des suffrages dans une élection où son adversaire était un certain Michel Chartrand.Quoique issu du secteur public \u2014 il avait fondé son syndicat à l\u2019hôpital Sainte-Justine et avait présidé la Fédération nationale des services, la plus importante de la CSN avec ses travailleurs et travailleuses des secteurs de la santé et des services sociaux \u2014, il avait su, très rapidement, développer des complicités avec les membres et les syndicats du secteur privé, où il était tenu en haute estime.Arrivé très tôt sur le marché du travail, cet homme qui fut plus tard très socialement engagé avait travaillé à 14 ans, dans les années 1950, dans des camps de bûcherons, où il était aide- cuisinier, qu\u2019on appelait à l\u2019époque showboy.Ces racines expliquent comment il avait le contact facile avec toutes les personnes qu\u2019il rencontrait, en particulier les plus humbles d\u2019entre elles.Durant sa présidence, la CSN a connu de très durs conflits dans le secteur privé.La grève dans les minoteries de Montréal en 1977 a connu de très nombreux rebondissements, dont l\u2019adoption d\u2019une loi anti-scabs, une première en Amérique du Nord.La fermeture en 1977 de l\u2019usine de chocolat Cadbury, dans l\u2019est de Montréal, a donné lieu à une formidable campagne de boycottage des produits Cadbury et Schweppes sur le thème : « Moi, j\u2019barre Cadbury ».En 1980, c\u2019est une grève de plusieurs mois des travailleurs forestiers qui a conduit à de grandes manifestations de solidarité, dont la Veillée de la Grande Corvée, où les Yvon Deschamps, Gilles Vigneault, Paul Piché et Claude Gauthier avaient participé à un spectacle visant à recueillir des fonds pour les grévistes.Sans oublier que sous sa présidence se sont déroulés d\u2019importants conflits dans des médias québécois, aux postes de radio CKVL et CJMS, au quotidien La Presse et à Ra- dio-Canada, où les journalistes ont vécu une grève de huit mois pour la qualité de l\u2019information.Norbert Rodrigue a aussi été un participant très actif aux trois sommets économiques organisés par le Parti québécois à Pointe-au-Pic en 1977, à Montebello en 1979 et à Québec en 1981.Il s\u2019y est montré solidaire, mais aussi critique des initiatives gouvernementales.Après l\u2019adoption de la Constitution canadienne \u2014 que le Québec n\u2019a toujours pas signée 37 ans après son rapatriement \u2014, il avait appuyé, avec les présidents de la FTQ et de la CEQ, une déclaration affirmant que « cette Constitution n\u2019est pas, ne peut pas être et ne sera jamais la nôtre ! » 1940-2019 Norbert Rodrigue, président du monde ordinaire Après avoir quitté la CSN, Norbert Rodrigue a mis ses multiples talents au développement de meilleurs services publics.De 1985 à 1988, il a été commissaire de la Commission d\u2019enquête sur les services sociaux et de santé présidée par Jean Rochon.Il a par la suite présidé le Conseil de la santé et du bien-être et l\u2019Office des personnes handicapées.Il a aussi occupé le poste de directeur général de la Conférence des régies régionales de la santé et des services sociaux.Indépendantiste convaincu, c\u2019est sous sa présidence qu\u2019a été convoqué en 1979 un congrès extraordinaire portant sur la question nationale.La CSN prit position en faveur du OUI à l\u2019occasion du référendum de 1980.Ce président était un être d\u2019une grande sensibilité et d\u2019une grande générosité, ce qu\u2019ont pu constater toutes les personnes qui l\u2019ont côtoyé.Il ressentait les injustices faites aux moins bien nantis comme d\u2019intolérables brûlures.Sa formidable éloquence était au service des causes qui faisaient avancer le bien commun.Débatteur redoutable, il avait donné beaucoup de fil à retordre au ministre du Travail, Pierre Marc Johnson, lors d\u2019un débat télévisé d\u2019une heure portant sur le projet de loi anti-scabs.Malheureusement, une grève de six semaines des employés de la centrale, en 1980, l\u2019avait profondément affecté.Dans sa dernière intervention au congrès de 1982, le président sortant avait déclaré : « Il faut enraciner, convaincre et agir.La première qualité d\u2019un véritable révolutionnaire qui ne veut pas seulement agiter, mais transformer, c\u2019est la patience.Je nous la souhaite à tous.Il faut bâtir une place plus grande et meilleure aux travailleurs, aux travailleuses, au monde ordinaire, au peuple.» Il y a, de nos jours, tellement d\u2019éloges adressés à de petits pharaons de passage qu\u2019il faut en adresser sans réserve à un homme qui a consacré sa vie à améliorer celle des autres.Norbert Rodrigue JACQUES GRENIER LE DEVOIR expose également les divergences entre régions et au sein de la population comme autant de plaies béantes rendant la recherche de consensus difficilement envisageable.Pas d\u2019autorité politique Nous tirons de tout cela un certain nombre de constats pertinents dans la foulée des dernières élections fédérales.Le premier, c\u2019est que le gouvernement fédéral est incapable de régler, à lui seul, les grands problèmes environnementaux qui préoccupent les Canadiennes et les Canadiens.Il n\u2019a tout simplement pas les compétences constitutionnelles ni l\u2019autorité politique pour le faire.Il peut investir dans les solutions \u2014 et arrêter d\u2019investir dans les problèmes \u2014, il peut utiliser la réglementation (comme les normes d\u2019émissions des véhicules automobiles) et il se pourrait que la Cour suprême lui confirme le pouvoir d\u2019appliquer un prix sur le carbone à travers le pays.Mais il ne peut pas « régler » le dossier des sables bitumineux, respecter ses engagements internationaux en forçant les provinces à réduire leurs émissions ou même contraindre l\u2019économie canadienne à se restructurer vers une économie verte ou vers la décroissance.Il nous faut donc fixer l\u2019horizon d\u2019attente à l\u2019égard du gouvernement fédéral au niveau du monde réel, qui est celui des réalités politiques canadiennes et du partage des compétences au sein de la fédération.Le deuxième constat est un corollaire du premier.Pour résoudre les grands enjeux environnementaux à l\u2019échelle pancanadienne, il faut viser un improbable alignement de planètes, durable dans le temps, entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces et des territoires.Le gouvernement Trudeau a bien failli réaliser cet exploit en 2016, avec l\u2019adoption d\u2019un Cadre pancana- dien sur les changements climatiques.Mais ce cadre n\u2019a pas tenu, victime de l\u2019arrivée de plusieurs gouvernements provinciaux conservateurs qui se sont empressés de s\u2019en dissocier.En définitive, il est légitime de croire que le Canada n\u2019a pas été conçu pour répondre, de manière concertée et efficace, aux grands enjeux environnementaux du XXIe siècle.Il est aussi probable que l\u2019ensemble canadien continuera de répondre à ces enjeux à la pièce, de façon disparate, les efforts des uns annulant bien souvent les efforts des autres, dans un contexte de tensions et de polarisation croissant.Il est légitime de croire que le Canada n\u2019a pas été conçu pour répondre, de manière concertée et efficace, aux grands enjeux environnementaux du XXIe siècle.GETTY IMAGES Ce président était un être d\u2019une grande sensibilité et d\u2019une grande générosité LEDEVOIR // LE JEUDI 24 OCTOBRE 2019 ACTUALITÉS A 10 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.L\u2019égalité des chances ÉDUCATION SUITE DE LA PAGE A 1 communes en France et au Québec », dit Jean-Michel Blanquer, joint à Paris en prévision de sa visite de deux jours à Montréal, jeudi et vendredi.Le ministre prendra part vendredi à une discussion sur la maternelle (en compagnie de l\u2019ancienne première ministre Pauline Marois, créatrice des centres de la petite enfance) dans le cadre du Monde Festival, organisé avec Le Devoir.Il sera aussi l\u2019invité d\u2019honneur ce jeudi d\u2019une causerie sur le thème de l\u2019éducation avec son vis-à-vis québécois, organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).« L\u2019école maternelle est un moment essentiel pour tout enfant.On sait très bien que ce sont dans les premières années de la vie que se jouent beaucoup d\u2019enjeux, notamment autour du langage.La première des inégalités qui existe entre les enfants, et qu\u2019on peut constater malheureusement assez tôt ans la vie, c\u2019est les écarts de richesse de vocabulaire entre les enfants selon leur origine familiale », explique Jean-Mi- chel Blanquer.Depuis qu\u2019il a été nommé ministre de l\u2019Éducation nationale et de la Jeunesse, en 2017, cet enseignant et directeur d\u2019établissement s\u2019est lancé dans une série de réformes : instruction obligatoire à 3 ans, valorisation de la profession enseignante, réforme du lycée pour mettre en valeur l\u2019art de débattre, et accent sur les savoirs fondamentaux \u2014 lire, écrire, compter et respecter autrui.Certains l\u2019ont qualifié de conservateur pour son insistance sur les valeurs fondamentales, mais ce « républicain progressiste » refuse les étiquettes.« Je pense qu\u2019il y a des choses qui sont éternelles en éducation, dit-il.Par exemple, le fait de maîtriser les savoirs fondamentaux, c\u2019est éternellement le plus grand des progressismes.C\u2019est cela qui permet la vraie égalité des chances.Si on ne s\u2019assure pas de cela, on augmente les inégalités, et c\u2019est malheureusement ce qui est arrivé dans beaucoup de pays comme le nôtre.Il y a un affaiblissement de la maîtrise des savoirs fondamentaux, et dans ces cas-là, les premières victimes sont les enfants des milieux défavorisés.» Comme au Québec, le soutien aux enfants défavorisés fait partie des défis de l\u2019école publique.Le ministre Blan- quer a abaissé de façon draconienne \u2014 de 24 à 12 \u2014 le nombre d\u2019élèves par classe dans les milieux les plus défavorisés ; 300 000 enfants ont un meilleur encadrement grâce à cette mesure.Le ministre français débarque au Québec en évitant soigneusement de s\u2019aventurer sur le terrain miné du débat entre les CPE (qui sont plus que des garderies, grâce à leur programme éducatif ) et la maternelle 4 ans.« Ce qui compte, c\u2019est qu\u2019on ait une structure qui accueille les enfants tôt, et autant que possible que tous les enfants y aillent, et que cette structure soit épanouissante », résume-t-il.Profession mal aimée L\u2019autre cheval de bataille du ministre Blanquer est d\u2019améliorer la formation et les conditions de travail des enseignants pour valoriser cette profession mal aimée \u2014 en France comme ici.Sa loi pour une « école de la confiance » inscrit même en toutes lettres le « devoir d\u2019exemplarité » des professeurs et le respect dû aux maîtres d\u2019école.« Notre objectif est de dignifier la fonction professorale.Je pense que, dans nos sociétés du XXIe siècle, nous avons besoin de repositionner le professeur au centre de la société, comme ça a pu être le cas à d\u2019autres moments de notre histoire.On rentre dans une société de plus en plus technologique, on a besoin de plus en plus d\u2019humanité, et cette humanité vient d\u2019abord et avant tout par les professeurs replacés au centre de notre société.» Le ministre s\u2019est engagé à augmenter la rémunération des enseignants, qui se trouve sous la moyenne de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).Un mouvement des «stylos rouges» (après celui des gilets jaunes) a même pris naissance pour porter la voix des enseignants en colère.L\u2019allègement de la tâche des directions d\u2019école fait aussi partie des priorités, surtout depuis le drame ayant secoué une école de la banlieue parisienne, le mois dernier : une directrice, Christine Renon, s\u2019est suicidée dans son école.Elle a dénoncé ses conditions de travail et son épuisement dans une lettre trouvée sur les lieux.« Il faut qu\u2019on allège les tâches administratives des directeurs d\u2019école, convient Jean-Michel Blanquer.Il y a en effet des progrès à faire.J\u2019ai accéléré le processus en lien avec ce drame, parce qu\u2019à juste titre il y a une grande émotion autour de cet événement.» Voile et laïcité Il a dû affronter au cours des derniers jours une autre tempête qui semblera familière aux Québécois.La présence d\u2019une mère musulmane voilée, qui accompagnait les élèves lors d\u2019une sortie scolaire, a provoqué une controverse.La laïcité de la République interdit le port de signes religieux ostentatoires par les élèves et les enseignants, mais les accompagnatrices bénévoles peuvent porter le hidjab en toute légalité.« Je plaide pour une laïcité claire et nette, qui est synonyme d\u2019une neutralité politique et religieuse dans la vie scolaire, explique le ministre Blanquer.Le cas des sorties scolaires est un peu hybride, parce que ça se passe en dehors de l\u2019école, mais c\u2019est encore du temps scolaire.Je me suis positionné sur cette question en disant qu\u2019il n\u2019y avait pas une loi nécessaire pour l\u2019interdire, parce que je la considérerais plutôt contre-productive.Par contre, nous ne souhaitons pas le développement d\u2019une loi.Nous respectons évidemment toutes les religions.» STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Trois minutes et 20 secondes.C\u2019est le temps qu\u2019aurait mis un ordinateur quantique conçu et opéré par la compagnie Google pour réaliser des calculs que le plus puissant ordinateur classique réel mettrait 10 000 ans à résoudre.Dans le jargon du milieu informatique, cet exploit établit la suprématie quantique.L\u2019importance de cette percée réalisée à Santa Barbara en Californie, rendue publique mercredi, a suscité des rapprochements à la mesure de la réussite exceptionnelle.La comparaison la plus parlante évoque le premier vol motorisé de l\u2019histoire des frères Wright en 1903.Le trajet pionnier en coucou suspendu dans les airs avait duré 12 petites secondes, mais avait ouvert la voie à l\u2019industrie aérospatiale, jusqu\u2019à la Lune et bien au-delà encore.L\u2019exploit de Google était connu des initiés quand le Financial Times a révélé en juillet le contenu d\u2019un article scientifique à paraître sur le sujet.La revue Nature a finalement publié le texte le 23 octobre.Dont acte.« J\u2019ai eu la chance de lire l\u2019article que j\u2019avais en ma possession depuis quelques semaines », explique au Devoir David Poulin, professeur titulaire de l\u2019Université de Sherbrooke, lui-même un des piliers de la recherche mondiale dans le domaine.« C\u2019est un résultat important qui démontre avant tout la capacité des avancées technologiques nécessaires pour établir ce résultat.» Un exploit Lequel, au fait ?IBM, surperconcur- rent de Google, doute que le mur de la suprématie quantique soit percé.La compagnie a publié mercredi un billet disant que les calculs soumis par Google pourraient être réglés en moins de deux jours et demi (et non 10 000 ans).« Ce n\u2019est pas une domination finale et absolue sur les ordinateurs classiques », y a tranché Dario Gill, chef du laboratoire d\u2019IBM à Yor- town Heights dans l\u2019État de New York.Le professeur Poulin éclaire la dispute.« L\u2019objectif était de réaliser un calcul qui ne pouvait pas être réalisé par un autre dispositif, dit-il.Google a choisi le problème le plus propice et le plus avantageux pour sa machine.Google est honnête par rapport à ce choix, mais le jeu est biaisé.» Il ajoute qu\u2019un même problème peut être résolu de différentes manières par un ordinateur.IBM a donc proposé une autre manière de venir à bout du calcul de Google en quelques jours (et non en trois minutes et 20 secondes), ce qui rabaisse effectivement la prétention de suprématie quantique.« On peut dire que la machine de Google prend quelques minutes pour réaliser un travail qui nécessiterait quelques jours de calculs à l\u2019ordinateur le plus puissant au monde, dit le professeur Poulin.Ce n\u2019est pas rien.Même si ce n\u2019est plus des milliers d\u2019années, même si on enlève un peu de bling- bling à l\u2019exploit, ça reste un exploit.» Bits et qubits La physique quantique décrit le comportement des particules élémentaires en bousculant le sens commun, dont le principe de superposition disant par exemple que des photons peuvent adopter deux états simultanément.Un ordinateur classique code les informations en séries de bits (0 ou 1), tandis qu\u2019un ordinateur quantique utilise des qubits (ou bits quantiques) qui peuvent prendre plusieurs valeurs à la fois (0 et 1).« À quoi servent les ordinateurs en ce moment ?demande le professeur Pou- lin avant de répondre.On les utilise au fond pour stimuler la mécanique quantique elle-même, pour comprendre les interactions à l\u2019échelle microscopique, pour développer de nouveaux matériaux, de nouvelles molécules, avec des applications en pétrochimie, en pharmacologie, etc.» On peut même imaginer des retombées concrètes pour capturer le carbone responsable des changements climatiques.Seulement, le spécialiste ajoute qu\u2019il faudra développer cet outil, en gestation depuis une trentaine d\u2019années, pour comprendre ses possibilités et ses limites, un peu comme il faut d\u2019abord inventer le marteau pour voir ses mille et une utilités.Des milliards La course au Saint-Graal commencée au Japon dans les années 1980 monopolise d\u2019immenses ressources et des trésors d\u2019ingéniosité.Une étude de la même revue Nature publiée ce mois-ci évalue qu\u2019en 2017 et 2018, au moins 560 millions de fonds privés ont été injectés dans quelque 52 nouvelles compagnies liées au secteur de la technologie quantique.Les géants comme Google, IBM, mais aussi Microsoft, Intel, Alibaba et maintenant Amazon ont développé leurs propres laboratoires.« La recherche a basculé du monde universitaire vers le monde industriel depuis environ cinq ans, explique le professeur de Sherbrooke, qui travaille lui-même avec Microsoft depuis peu.Au fil des années et des découvertes, les industries ont réalisé que oui, on allait développer cette machine quantique dans un horizon de dix ou vingt ans et ils veulent être les premiers à en bénéficier.» Les gouvernements sont engagés dans la recherche.Washington a lancé en décembre la National Quantum Initiative, dotée d\u2019une enveloppe de 1,5 milliard.Pékin a créé un laboratoire spécialisé doté d\u2019un budget dépassant le demi-milliard.L\u2019Europe a répondu en juillet avec le projet milliardaire Quantum Flagship.Au Canada, il existe maintenant des groupes de recherche assez importants à l\u2019UdeM, à Waterloo et à Calgary.« C\u2019est un domaine qui est né au Québec, et le pôle quantique de l\u2019Université de Sherbrooke est reconnu mondialement », explique le chercheur québécois qui agit aussi comme codirecteur de l\u2019ICRA, l\u2019Institut canadien de recherche avancée, qui fédère les forces vives de l\u2019informatique quantique.« Nous avons malheureusement un peu perdu notre avantage au fil des années, même s\u2019il est en train de revenir.» INFORMATIQUE OK Computer Google annonce une percée majeure avec un ordinateur révolutionnaire Notre objectif est de dignifier la fonction professorale.Je pense que, dans nos sociétés du XXIe siècle, nous avons besoin de repositionner le professeur au centre de la société, comme ça a pu être le cas à d\u2019autres moments de notre histoire.JEAN-MICHEL BLANQUER » Essentiel aux ordinateurs quantiques, cet amplificateur d\u2019un nouveau genre permet au courant électrique de circuler sans aucune résistance lorsqu\u2019il est refroidi à des températures très froides.NASA "]
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