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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2019-10-26, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer L E D E V O I R / / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 O C T O B R E 2 0 1 9 M A G A Z I N E Vivre Le Japon fait « mousser » la randonnée Lire Lumières sur Anne Hébert Théâtre Prise de conscience collective C U L T U R E 24 Entrevue Lumières sur Anne Hébert avec Marie- Andrée Lamontagne.25 26 28 32 33 34 Maya Ombasic Fiction québécoise Bande dessinée Essai Louis Cornellier Biographie 6 Théâtre Prise de conscience collective, côté cour et côté jardin.45 7 8 16 18 20 35 Balado jeunesse Odile Tremblay Les flâneurs Cinéma Médias Arts visuels Musique Écrans et grilles L I R E V I V R E 42 Voyage Quand le Japon fait des efforts pour « mousser » la randonnée.44 46 48 50 51 53 Plein air Gastronomie Resto et recette Vin Alimentation Jardins Illustration de la une du D : Julia GR Photo de la une Lire : Archives de l\u2019Université de Sherbrooke / Fonds Anne Hébert SOMMAIRE C U L T U R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 La compagnie australienne Bangarra, au fil des ans, a développé des protocoles de création pour retrouver l\u2019essence des récits aborigènes et les traduire de manière plus abstraite.EDWARD MULVIHILL Danse 3 LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 ENTREVUE SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR Pour sa première visite en sol canadien, la compagnie australienne Ban- garra présente Spirit, une pièce rétrospective qui puise dans un généreux répertoire consacré à la célébration d\u2019un legs aborigène qui perdure en dépit des méfaits du colonialisme.À quelques jours de l\u2019escale montréalaise de Bangarra, dans le cadre la série Danse Danse, Le Devoir s\u2019est entretenu avec le chorégraphe Stephen Page, à la tête de cette compagnie fondée en 1989.« La pièce Spirit réunit une collection de différentes histoires qui rendent hommage à l\u2019expression et aux traditions autochtones.Nous explorons plusieurs lignées mythologiques à l\u2019origine des récits de création des différents peuples des Premières Nations », résume Stephen Page, un descendant du peuple nunukul et du clan Munaldjali de la nation yugambeh du sud-est du Queensland, en Australie.Les récits qui composent Spirit sont issus de traditions complexes qui reflètent les croyances animistes de la culture aborigène australienne.Bangarra, au fil des ans, a développé des protocoles de création pour retrouver l\u2019essence de ces histoires et les traduire de manière plus abstraite.Un oiseau gruidé nommé brolga, qui vit dans le nord de l\u2019Australie, inspire par exemple un segment de la pièce où de jeunes femmes exécutent une danse inspirée de cet animal mythologique.Lors de notre entretien, Stephen Page s\u2019attarde sur les croisements entre danse contemporaine et danse traditionnelle dans le travail de création de Bangarra, une compagnie qui au cours des dernières décennies a déployé ses ailes lors des spectacles inauguraux des Olympiques de Sydney (2000) et des Jeux du Commonwealth (2018) et lors de collaborations avec le théâtre et le cinéma.« Dans la compagnie, nous pratiquons tout autant le ballet que le yoga et le karaté.Plusieurs d\u2019entre nous ont grandi en milieu urbain dans le sud de l\u2019Australie.Il y a donc un travail de mémoire et de décolonisation à faire, pour renouer avec la langue et la culture de nos aînés.La rencontre entre la danse contemporaine et la tradition se fait dans le respect de l\u2019intégrité d\u2019une arborescence qui a déjà beaucoup souffert du génocide des peuples aborigènes d\u2019Australie.» Trente ans de 65 000 Pour souligner ses trente ans d\u2019existence et marquer son engagement à transmettre la culture ancestrale des îles du détroit de Torres, la compagnie Bangar- ra a créé la pièce 30 Years of 65 000, qui célèbre les divers répertoires explorés par la compagnie en trois décennies d\u2019existence.Une façon d\u2019exprimer que, si elle est bien ancrée dans la modernité, Bangarra se consacre surtout à la transmission d\u2019une sagesse millénaire aux jeunes générations d\u2019autochtones qui naissent et grandissent dans les villes.Les interprètes qui font vivre ces créations ont tous une descendance ancestrale aborigène et/ou venant des îles du détroit de Torres.En Australie, Bangarra est la seule compagnie aborigène des îles du détroit de Torres à recevoir du financement fédéral.Cela lui permet de créer chaque année une nouvelle création et de se produire un peu partout sur la planète.Si la compagnie a rayonné sur le territoire australien et à l\u2019échelle planétaire depuis sa fondation en 1989, elle continue d\u2019entretenir de forts liens avec sa communauté d\u2019origine et d\u2019appartenance même si les activités de la troupe sont surtout concentrées à Sydney.Par des ateliers et des projets sociaux développés en collaboration avec les aînés des îles du détroit de Torres, Bangarra sème des graines pour inspirer et former les prochaines générations d\u2019interprètes et de conteurs.« Nous retournons fréquemment dans les communautés et les réserves, pour retrouver ces histoires qui sont ancrées dans le territoire.Partout où nous passons, nous sommes acceptés par les aînés, leur esprit fait partie de nous », raconte Stephen Page, un artiste résolument porté par un sens de la justice sociale.Une cérémonie des esprits aborigènes Une représentation de Spirit ZAN WIMBERLEY À la fois interprète et chorégraphe, Stephen Page, qui est originaire de Brisbane, a d\u2019abord travaillé avec la Sydney Theatre Company avant de prendre la barre de la compagnie Ban- garra, en 1991.Cet artiste, qui cumule les honneurs et reconnaissances, établit plusieurs parallèles entre la réalité canadienne et celle de l\u2019Australie, en matière de réconciliation et de reconnaissance des Premières Nations.« Notre travail résonne vraiment avec la culture et les traditions des peuples autochtones du Canada », explique Stephen Page, qui à plusieurs reprises lors de notre entretien revient sur l\u2019importance de préserver les rituels de cérémonie et la tradition orale qui habitent ces cultures millénaires.Quelques soirs durant, les esprits austraux planeront au-dessus de la scène du théâtre Maisonneuve, dans une danse rituelle sacrée qui porte en elle le souffle immortel de peuples opprimés.Bangarra ayant par le passé échangé avec les cultures des peuples autochtones du Groenland et de Samiland, de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, cette tournée au Canada et aux États-Unis se fait en continuité avec son œuvre de diplomatie culturelle.En 33 productions sur 30 ans, Ban- garra renoue perpétuellement avec sa vocation de traduire et de transmettre une mythologie supprimée, une narration millénaire, et de prendre en compte la perspective des Noirs.En langue wiradjuri, bangarra signifie « faire du feu », un sens originel qui continue d\u2019habiter l\u2019esprit de la compagnie trente ans après sa fondation.« Nous continuons de nous nourrir de cette étincelle, de cette énergie.Cela nous donne le pouvoir de nous reconnecter avec nos origines en dépit de l\u2019assimilation et du génocide que nous avons subis.Notre culture est si riche, tout comme notre relation spirituelle avec le territoire.Pour plusieurs membres de la jeune génération, cette énergie est essentielle pour réapprendre et réinvestir dans notre culture.C\u2019est ainsi que nous allons survivre et contribuer à un monde meilleur.» Spirit Du Bangarra Dance Theatre.Présenté au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts du 30 octobre au 2 novembre.Testez votre connaissance de la langue française en trouvant les cinq erreurs insérées volontairement dans le texte ci-contre.Trouvez les 5 erreurs : Tout doucement, elle quitta les contrées onniriques où règne Morphée.Au chaud sous l\u2019édredon douillet, elle pris le temps de bailler, de s\u2019étirer, de profiter de cet ennivrant état hypnopom- pique.De la cuisine lui parvenait l\u2019arôme subtile d\u2019un déjeuner copieux.Comme elle aimait les samedis?! ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 30 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.Une épreuve présentée par LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Médias 4 maintenant de l\u2019ombre, notamment chez Radio-Canada avec El Kapoutchi, mais le podcast jeunesse reste à ses balbutiements si on le compare à l\u2019état des lieux au sud de la frontière.C\u2019est en partie une question de financement, estime Prune Lieutier, mais la situation s\u2019explique aussi par le fait que les créateurs et leurs producteurs « sont encore en train de se former ».Et c\u2019est sans compter sur le fait que « pendant longtemps le contenu jeunesse, en podcast ou ailleurs, a été le parent pauvre ».Elle se rappelle pour l\u2019anecdote avoir reçu le 1er avril dernier une in- folettre spécialisée dans la radio qui annonçait la création par Radio France d\u2019une chaîne consacrée au jeune public.« Moi je me suis enthousiasmée, j\u2019ai envoyé ça à tous mes contacts\u2026 mais c\u2019était un poisson d\u2019avril.J\u2019ai trouvé ça extrêmement blessant ! Pour eux, c\u2019était forcément une blague.Mais voyons ! » À Radio-Canada, on a misé dans le passé sur le livre audio pour le jeune public, mais le diffuseur public affirme qu\u2019il appuie maintenant sur l\u2019accélérateur pour développer des balados.On peut déjà y écouter des balados avec Arthur L\u2019aventurier, et plus récemment la production Les jeunes sages, pensée pour une co-écoute parents-enfants.« On va accroître cette production, on commence à regarder ce qu\u2019on va développer, explique Natacha Mercure, première directrice, stratégie et contenus numériques du côté de l\u2019audio.On parle aussi avec nos collègues de CBC, qui ont développé des productions intéressantes comme Tai Asks Why, qui est assez éducatif.» L\u2019imagination L\u2018audio, explique Prune Lieutier, est encore perçu par les gros joueurs du milieu de la création comme étant un format qui n\u2019intéresse pas les jeunes Québécois.« Mais je ne crois pas que ce soit le cas », dit-elle.Oui, l\u2019écran de télé, celui du téléphone ou de la tablette sont de véritables aimants pour les enfants.Limite de la drogue dure qui les rend accros, comme peuvent en témoigner la plupart des parents qui ont déjà laissé entrer Peppa Pig, La reine des neiges ou, pire, Baby Shark dans l\u2019imaginaire de leur précieuse descendance.« On voit qu\u2019il y a une vraie attention et un vrai imaginaire qui se crée par rapport à l\u2019audio », précise toute- Un balado et au dodo ! Le nouveau festival Les récrés sonores célèbre le podcast jeunesse francophone, un sous-genre encore sous-exploité C\u2019est Prune Lieutier qui mène l\u2019exercice, elle qui s\u2019intéresse depuis longtemps au balado, mais aussi à la production jeunesse en général, notamment numérique.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR GRAND ANGLE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR teindre la Pat\u2019Patrouille à la télé et brancher le téléphone sur les haut-parleurs de la maison pour faire jouer un balado à la marmaille ?Ou même troquer le livre d\u2019avant-dodo pour écouter un nouvel épisode d\u2019un podcast jeunesse ?Voilà une approche encore inhabituelle dans les foyers québécois, en partie faute d\u2019une masse critique de productions.Mais le filon numérique audio peut être vraiment porteur pour les enfants de 5 à 12 ans, selon des acteurs de la baladodiffusion.Du 1er au 3 novembre, Montréal verra d\u2019ailleurs s\u2019ébranler un tout nouveau festival consacré au balado jeunesse en français, Les récrés sonores.L\u2019événement chapeauté par la petite boîte indépendante La puce à l\u2019oreille se déclinera en différents volets.Il y aura notamment une journée consacrée aux professionnels du milieu, mais aussi un fort accent mis sur la découverte et la création, pour et par le jeune public.C\u2019est Prune Lieutier qui mène l\u2019exercice, elle qui s\u2019intéresse depuis longtemps au balado, mais aussi à la production jeunesse en général, notamment numérique.« On a le sentiment qu\u2019il y a de plus en plus de demandes de la part des publics.L\u2019oreille est en train de se développer, du côté des parents comme du côté des enfants », note Mme Lieutier, qui raconte que les écoutes des balados de La puce à l\u2019oreille sont passées de quelque 300 écoutes par épisode à près de 9000 en peu de temps.Mais si elle a eu envie de se lancer pour de bon avec La puce à l\u2019oreille il y a environ un an, c\u2019est que la production de balados francophones pour les gamins et les ados était à ses yeux famélique.Quelques contenus sortent É usine-c.com Dana Michel CUTLASS SPRING 29 OCT ?2 NOV PARTENAIRE PRINCIPAL « Impulsif et profondément incarné » Le Devoir © J o c e l y n M i c h e l LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture 5 fois Mme Lieutier, qui ne rejette pas du tout la production jeunesse à l\u2019écran.Même constat chez Natacha Mercure, elle-même mère de famille.Le balado, « c\u2019est un super concurrent aux écrans.Quand les enfants découvrent ça, ils en redemandent.Visiblement, si l\u2019histoire est bien racontée, même sans images, ils sont stimulés ».La musicienne et productrice de ba- lados américaine Polly Hall, qui crée l\u2019émission pour emporter Ear Snacks, estime que dans la « diète médiatique des enfants, le podcast est le format qui fait travailler entièrement leur esprit ».Et même leur corps, ajoute-t-elle, car souvent l\u2019écoute des fichiers sonores se fait en même temps qu\u2019une autre activité : la vaisselle ou le bain, par exemple.Mme Hall est coprésidente et aussi cofondatrice du groupe américain Kids Listen, qui se veut à la fois un agré- gateur de balados jeunesse \u2014 plus de soixante producteurs indépendants sont membres \u2014 mais aussi une organisation qui souhaite attirer l\u2019attention du public sur ce format, tout en espérant sa progression et l\u2019amélioration de la qualité des productions.« Une grosse différence dans l\u2019écoute de l\u2019audio et de la télévision, c\u2019est que le podcast s\u2019écoute très souvent en communauté, soit avec les parents ou entre enfants, dit Polly Hall.D\u2019une certaine façon, c\u2019est donc à la fois une expérience commune et individuelle.» Avec en prime la possibilité après l\u2019écoute que tout le monde, adultes comme enfants, s\u2019assoie à la même table pour discuter de ce que l\u2019on vient d\u2019apprendre et d\u2019imaginer.« C\u2019est moins une présentation unidirectionnelle que la télévision », souligne Hall.Quoi faire, ou ne pas faire ?Dans le contenu même, Natacha Mercure, de Radio-Canada, précise que les productions ne peuvent pas être faites du même bois pour un public d\u2019âge préscolaire, primaire ou secondaire \u2014 en gros, les trois catégories du balado jeunesse.« Nous, on est des spécialistes de la production audio, mais après, c\u2019est un plus d\u2019aller chercher des gens qui ont déjà travaillé des produits jeunesse, qui connaissent très bien la cible, pour développer la bonne façon de raconter ces histoires-là », explique-t-elle.Selon les observations maison de Prune Lieutier, il y a un filon très porteur avec l\u2019idée du feuilleton et du suspense.Interpeller directement le jeune public est aussi très efficace.« Et nous, avec les gens avec qui on travaille, on aime beaucoup ne pas être dans la littéralité, ne pas les prendre pour des idiots.Si tu parles d\u2019une porte qui claque, il ne faut pas entendre une porte qui claque.Je pense qu\u2019il y a une capacité d\u2019abstraction que le son permet sur lequel les enfants accrochent beaucoup.» Polly Hall précise que, selon les études, les enfants sont prêts à écouter du matériel destiné à un auditoire plus jeune qu\u2019eux \u2014 il serait donc possible d\u2019écouter un balado avec son petit frère \u2014, mais « autrement, en solitaire, il faut que ce soit directement pour eux et il faut donc très bien connaître son public ».Mme Hall avertit aussi les L\u2019école et le musée Il existe différentes portes d\u2019entrée pour le balado jeunesse.Selon la boîte indépendante La puce à l\u2019oreille, qui organise le festival Les récrés sonores, le monde muséal est un terreau très fertile.« Le Musée d\u2019Orsay, qui sera représenté au festival, a fait un truc qui s\u2019appelle Promenades imaginaires, pour découvrir des œuvres, explique Prune Lieutier.Ç\u2019a tellement bien fonctionné qu\u2019ils sont en train de mettre en place une salle d\u2019écoute au musée directement.» Ici, le Musée des beaux-arts de Montréal teste aussi une nouvelle formule avec la boîte Magnéto, en créant une série balado sur des œuvres de l\u2019établissement.À Radio-Canada, on estime que le milieu scolaire est aussi un filon porteur pour l\u2019audio jeunesse.Le diffuseur public a déjà sa plateforme éducative Curio, sur laquelle elle compte bien promouvoir les balados.« Si la porte d\u2019entrée c\u2019est les bala- dos à vocation éducative, ça nous aide à faire connaître le format, et les jeunes vont peut-être vouloir voir les autres choses qu\u2019on fait », résume Natacha Mercure, première directrice, stratégie et contenus numériques du côté de l\u2019audio.Le chanteur Pierre Lapointe appelle depuis plusieurs jours l\u2019État à défendre l\u2019industrie culturelle menacée par les grandes plateformes venues d\u2019ailleurs.Animateur du Premier Gala de l\u2019ADISQ, il revenait à la charge mercredi.D\u2019autres renchériront sans doute dimanche.Le milieu culturel attend beaucoup du fédéral après la réélection de Justin Trudeau.Dans le secteur musical en particulier, bien des artistes francophones, faute de ratisser la large audience, s\u2019appauvrissent depuis la diffusion de leurs œuvres en ligne.Une loi pour taxer l\u2019accès aux géants du Web avec réinvestissement dans le contenu créatif national est attendue de pied ferme.On est à la 25e heure et les atermoiements ont trop duré.Dans ce contexte de mutations sans garde-fous, je me suis plongée dans l\u2019essai La culture enclavée (Somme toute), du Montréalais Claude Vaillancourt, qui soulève des questions essentielles à mes yeux.L\u2019auteur s\u2019interroge sur la place de l\u2019art dans nos univers dématérialisés obsédés par le succès.Au sommet : les œuvres commerciales procurant des émotions fortes à défaut de stimuler les esprits.Claude Vaillancourt est un écrivain et un militant altermondialiste.Ce livre percutant naquit d\u2019une frustration : au moment où l\u2019offre est plus diversifiée et accessible que jamais, toutes plateformes unies, l\u2019intérêt pour la culture ne s\u2019accroît guère.« Les jeux vidéo et les médias sociaux deviennent les principales occupations d\u2019un public toujours plus grand et détournent leurs adeptes d\u2019expériences culturelles singulières et variées », constate-t-il à regret.S\u2019offrir le loisir de lire et de laisser les grandes œuvres de tous horizons nous traverser devient synonyme de perte de temps.Et ce, dès les bancs d\u2019école sur lesquels les élèves sont poussés à se spécialiser de bonne heure, sans initiation réelle à l\u2019art salvateur.Un chemin semé d\u2019embûches Tandis que la distribution des œuvres se voit transformée de fond en comble par l\u2019assaut numérique, le lucratif marché du loisir détourne la culture de sa vocation première.Il lui colle des impératifs de rentabilité plus impérieux que jamais, avec souvent virage à l\u2019anglais pour accroître son pouvoir d\u2019attraction.Pour quelques têtes d\u2019affiche en pleine lumière, les noms d\u2019autres artistes de haut talent s\u2019effacent du tableau de bord.Au Québec, plusieurs créateurs, plus instruits que leurs parents, pris de malaise face au fossé généra- tionnel creusé, ont beaucoup témoigné du vide culturel de leur berceau d\u2019origine en forçant le trait.Oubliant parfois au détour de jouer les éclaireurs de modernité.Des œuvres fragiles se fraient pourtant un chemin raboteux vers la lumière.« Les médias, quant à eux, luttent aussi pour leur survie.Tenter sa chance, faire connaître des artistes marginaux, voire peu connus, et surtout éduquer le public deviennent des facteurs de risque alors que leur avenir dépend de taux de fréquentation élevés », énonce-t-il à bon escient.Douloureux constat : « Ni les efforts menés en faveur de l\u2019offre culturelle, ni l\u2019élévation du niveau de diplôme et du pouvoir d\u2019achat, ni le développement des médias électroniques et des industries culturelles n\u2019ont accru de manière considérable les amateurs éclairés de littérature, de théâtre ou d\u2019art contemporain.» En noircissant un peu le portrait, l\u2019auteur voit les grandes villes présenter les mêmes films, les mêmes comédies musicales, les mêmes spectacles de cirque, les mêmes rock stars anglo- saxonnes, tout en tirant fierté de cette forme de colonialisme culturel.Or, comme il l\u2019évoque : « Depuis toujours, la vie culturelle des peuples dépendait de leur propre production ; sans musique faite sur place, sans contes et légendes en provenance des lieux mêmes, sans une architecture naissant des pierres et de la forêt de la région, sans images et ornementations conçues par des artisans des environs, les arts n\u2019auraient pas pu naître et se développer.» À son avis, les pistes de solution passent par une volonté active de l\u2019État, de l\u2019école, des médias et d\u2019artistes invités à entrer plus nombreux en résistance.Aussi par une mutation du système économique, moins utopique qu\u2019il n\u2019y paraît.Il imagine un monde libéré des chaînes du néolibéralisme par nécessité écologique.« Toute transformation de notre modèle économique aura d\u2019importantes répercussions sur la culture », estime Claude Vaillancourt à raison.De fait, tôt ou tard, les coups de barre pour soulager la planète de ses maux vont métamorphoser des modes de production apparemment immuables.La culture pourrait alors se libérer de concert, plus riche, plus diversifiée, plus fécondante aussi.Dans les couloirs secrets de nos nébuleux avenirs, le pire comme le meilleur pourraient converger.« Pourquoi ne pas courir le risque de croire malgré tout ?» lance-t-il en pari pascalien.« Vivre sans espoir, c\u2019est cesser de vivre », estimait Dostoïevski.Une culture à la 25e heure ODILE TREMBLAY Les récrés sonores Du 1er au 3 novembre futurs producteurs de contenu audio jeunesse : prévoyez du temps au montage.Beaucoup de temps.« Pour les adultes, un balado ça peut être seulement une conversation, une table ronde, une interview.Les enfants vont être capables d\u2019écouter une interview, mais ça doit être plus travaillé en postproduction, c\u2019est plus intense.Pour mon propre balado, Ear Snacks, qui est pour les enfants d\u2019âge préscolaire, un épisode de 20 minutes prend 100 heures de travail.On a de la musique originale, on monte les dialogues, on réduit les entrevues à la durée juste parfaite pour les jeunes.[\u2026] Sinon, ils vont s\u2019ennuyer et passer au prochain appel.» Mais le jeu en vaut la chandelle, croit Natacha Mercure.D\u2019autant que les élèves du secondaire ont bien souvent leur propre téléphone, et donc qu\u2019ils peuvent écouter des balados de manière tout à fait autonome.« Et on veut être sur leur chemin, nous assurer d\u2019être capable de nous inscrire dans leur routine de consommation », explique-t-elle, en ajoutant que certaines productions de Radio-Canada se retrouvent par exemple sur Spotify.Le balado jeunesse devient donc une porte d\u2019entrée vers la marque, ainsi qu\u2019un outil de fidélisation.« Nous avons toujours le souci de nous assurer d\u2019être avec nos auditoires dès le début de leur vie », résume Mme Mercure.Parce que petit auditeur de balados deviendra grand, nécessairement. LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Théâtre 6 Son collègue Morad Jeldi, responsable de la recherche et des stratégies politiques, membre du Comité théâtre et diversité culturelle au CQT, pense qu\u2019on assiste actuellement à une prise de conscience « importante » dans le milieu théâtral sur ce sujet.« On remet en question certaines façons de faire.Les manières de travailler sont aussi en train de changer.Et il y a une conscience de cette nécessité d\u2019être plus inclusif et de toujours [se questionner] : est-ce que j\u2019ai une pratique inclusive ?Est-ce que je rejoins les artistes de la diversité, est-ce que je fais l\u2019effort d\u2019aller vers eux ?» Cet éveil se traduit de plus en plus par des actions concrètes, ajoute Sylvie Meste.« De nouveaux visages apparaissent sur les scènes, issus de la diversité.Il y a aussi de plus en plus de stages d\u2019immersion, de résidences artistiques mis en place pour les accueillir.» La face cachée de la diversité Pour le directeur général de Diversité artistique Montréal (DAM), c\u2019est justement dans la pluralité des distributions que s\u2019observe le plus notable progrès, « même si elle est encore faible ».Tout en reconnaissant que le milieu théâtral avance dans la bonne direction et qu\u2019on y sent « une volonté à peu près générale de transformation », Jérôme Pruneau croit qu\u2019il ne faut pas se réjouir trop vite.« Je pense que ça bouge, mais il y a encore beaucoup de travail [à faire].» Notamment en ce qui a trait à tous ces métiers des coulisses qu\u2019on ne voit pas : mise en scène, conception, direction artistique\u2026 « Là, on n\u2019a quasiment pas de diversité.Selon moi, il s\u2019y joue encore une mécanique de famille.Soit parce que les gens travaillent en vase clos, soit parce que leur diffusion de l\u2019information ne se rend pas à d\u2019autres groupes d\u2019artistes.Si bien qu\u2019il n\u2019y a pas de découverte de nouveaux talents.» Pour rejoindre certains artistes issus de la diversité, les institutions doivent créer de nouveaux réseaux de diffusion.Même chez les interprètes, Jérôme Pruneau constate qu\u2019un accent diffé- rent demeure un obstacle.« Les artistes racisés qu\u2019on voit de plus en plus sont ceux nés ici, donc qui ont l\u2019accent québécois.Ça, ça passe.Par contre, vous n\u2019avez pas encore un premier rôle si vous possédez un accent allophone très fort.» Interrogée sur ce qui reste à accomplir, la directrice du CQT pointe d\u2019ailleurs la capacité pour les acteurs des minorités visibles à obtenir « des rôles de premier plan, mais qui ne soient pas nécessairement liés à leurs origines.C\u2019est-à-dire qu\u2019ils soient considérés comme des comédiens ou comédiennes à part entière.» Sylvie Meste estime également qu\u2019il faut renforcer la proportion de textes écrits par des dramaturges qui ne proviennent pas de la société majoritaire \u2014 à défaut d\u2019un meilleur terme \u2014 montés à la scène.D\u2019autant que le CQT s\u2019intéresse non seulement aux artistes, mais également à ceux qui remplissent les salles.« Comment va-t-on chercher un public diversifié ?C\u2019est aussi un grand défi pour le milieu théâtral.» Et cela passe entre autres par les pièces programmées, comme le prouverait le succès d\u2019Héritage.« Lorsqu\u2019on va présenter des auteurs autochtones et de la diversité, avec des messages qui parlent à ces communautés, elles risquent fort de se déplacer au théâtre.» À l\u2019école de la pluralité Comme beaucoup de choses, l\u2019intégration de la diversité commence à la base : la formation.Morad Jeldi, du CQT, note que les écoles de théâtre « travaillent d\u2019arrache-pied pour être plus inclusives ».Et ce peut être un défi d\u2019attirer des jeunes qui, non seulement ne se voient pas suffisamment représentés dans la culture, mais pour qui, dans le cas de ceux appartenant à des familles immigrantes de première génération, l\u2019art n\u2019est pas forcément Prise de conscience collective, côté cour, côté jardin Les théâtres montréalais évolueraient dans la bonne direction quant à l\u2019inclusion de la diversité, mais que reste-t-il à accomplir ?GRAND ANGLE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR our qui fréquente assidûment les scènes m o n t r é a l a i s e s , l e changement était visible cet automne.En ouverture de saison, le précédent historique qu\u2019a constitué la présentation de la pièce afro-amé- ricaine Héritage chez Jean Duceppe a semblé donner le ton d\u2019une sensibilisation généralisée.Les distributions de nombreux spectacles paraissent plus diversifiées que jamais.« La situation a beaucoup évolué », se réjouit Sylvie Meste, directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT), un organisme qui avait publié en 2015 une étude documentant la grande sous-représenta- tion des artistes issus de l\u2019immigration, des communautés culturelles et des Autochtones à la scène.Depuis, diverses activités ont été lancées afin de rapprocher ces artistes dits de la diversité avec des metteurs en scène ou des directions de théâtre.P LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 LES FLÂNEURS Les fougères du bonheur Depuis plus de 10 ans, Zach Galifiana- kis, l\u2019un des fêtards des films Lendemain de veille, insulte les vedettes dans les capsules Web Between Two Ferns, produites par Funny or Die.Après y avoir malmené Barack Obama, Steve Carell, Hillary Clinton et Brad Pitt, c\u2019est sur Netflix qu\u2019il transporte le malaise.La websérie est désormais un film, où s\u2019enchaînent les capsules dans un scénario de road trip complètement farfelu.La parodie y est presque un art : il y a tellement de niveaux de pastiche et d\u2019ironie qu\u2019il faut plusieurs écoutes pour tous les débusquer.Tant mieux.VALÉRIE DUHAIME Méditation philosophique au MAC Je me suis offert plusieurs fois en boucle au Musée d\u2019art contemporain Secondhand Reading, la remarquable vidéo d\u2019animation (7 minutes) du Sud-Africain William Kentridge.Sur la belle musique triste de Neo Muyanga, des pages d\u2019un livre se tournent, avec dessins d\u2019encre fixes ou animés qui nous font pénétrer dans la tête d\u2019un homme en marche (l\u2019auteur) au fil de réflexions inspirées, de phrases du quotidien, des arbres et oiseaux croisés, ou des méditations sur le passé d\u2019apartheid de son pays qui viennent le hanter.Poésie et ténèbres se croisent dans une vidéo d\u2019art de lyrisme et d\u2019introspection de très haut niveau.ODILE TREMBLAY Nick Tosches, en rappel Il était pour le rock\u2019n\u2019roll l\u2019équivalent de Charon, le nocher du fleuve Styx.Il connaissait l\u2019histoire de la Rome antique, la taille des chemises des mafieux, la force de frappe de Sonny Liston et le goût de l\u2019opium.L\u2019écrivain Nick Tos- ches, l\u2019une des plus éminentes plumes de la langue anglaise, nous a quittés cette semaine à l\u2019âge de 69 ans.Le scandaleux Jerry Lee Lewis, dont il avait rédigé la biographie \u2014 au péril de sa vie \u2014, lui a survécu.Ce monde est profondément injuste.Dédions novembre à la relecture de son œuvre, en commençant par Country, les racines tordues du rock\u2019n\u2019roll (Allia).RALPH ELAWANI Je suis Sissi Quelle partition habile que celle assemblée par la dramaturge, scénariste et actrice Nathalie Doummar ! Pétrie de contradictions, sa Sissi (au texte comme à la scène) est tantôt brillante comme le soleil, tantôt fuyante comme l\u2019eau vive.Entre ces deux pôles impossibles, la vie qui bat se déploie sur un ton empruntant autant au drame qu\u2019à la comédie, tenue d\u2019une main sûre par Marie-Ève Milot à la mise en scène.Ensemble, elles décorsettent la parentalité, le couple et l\u2019immigration avec beaucoup d\u2019esprit, faisant de Sissi un cadeau qui éclabousse La Petite Licorne de sa précieuse lumière.LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY considéré comme une carrière valable.Il a fallu déployer des efforts supplémentaires pour combler un déficit de représentativité dans les candidatures, reconnaît le directeur artistique (section française) de l\u2019École nationale de théâtre (ENT), Frédéric Dubois.« À une époque, il y avait un travail de défrichage et de communication qui ne se faisait pas.Si bien qu\u2019on ne rejoignait pas tout le monde.On surfait aussi sur nos réputations d\u2019écoles reconnues.Il a fallu trouver d\u2019autres moyens pour signifier que la porte est ouverte à tout le monde.» L\u2019an dernier, un « nombre record » de candidats dits de la diversité se sont présentés aux premières auditions en interprétation.Le metteur en scène y voit le fruit des signaux envoyés par l\u2019ENT comme quoi elle avait changé, et qu\u2019une réflexion constante sur cet enjeu se poursuivait au sein de l\u2019institution.« Il faut refléter une vraie envie d\u2019inclusion dans les gestes mêmes qu\u2019on pose à l\u2019école », ajoute-t-il.En élargissant par exemple le répertoire étudié.« De toute façon, c\u2019est formidable de défricher des littératures ca- ribéennes ou africaines.On n\u2019avait pas ces réflexes-là, et oui ça nous oblige à nous poser des questions sur comment on le fait.» Ou en diversifiant le corps professoral : « De plus en plus de cours sont donnés par des enseignants issus de la diversité.L\u2019an prochain, on aura un cursus haïtien.» Frédéric Dubois cite aussi leur première résidence autochtone, ou les résidences indépendantes offertes aux immigrants qui avaient des carrières théâtrales dans leur pays d\u2019origine et ne veulent pas refaire leur formation.« On les accueille juste quelques mois ou parfois un an, afin qu\u2019ils refassent de la mise à niveau sur la langue, la diction » ou des initiations dramaturgiques.Bref, le directeur juge que l\u2019ENT est sur la bonne voie.Lui-même avait amorcé son directorat « en même temps que tous ces programmes se sont ouverts », il y a trois ans, et il a vu un changement radical s\u2019opérer.« Je pense qu\u2019on pose les bons gestes et que plus on va démontrer d\u2019ouverture, plus la rumeur va se passer.Nos étudiants vont devenir nos meilleurs ambassadeurs.» Rencontre magique Comment aller plus loin ?Jérôme Pruneau parle d\u2019un problème complexe qui exige « un enchâssement de multitudes de solutions ».Il prône de démystifier les initiatives qui réussissent : les auditions ouvertes, qui permettent de casser les mécaniques d\u2019exclusion, les ateliers comme celui qu\u2019a tenu le DAM entre artistes de la diversité et metteurs en scène.« L\u2019élément magique des solutions, c\u2019est la rencontre.Il faut la provoquer.Dès qu\u2019il y a rencontre, ça fonctionne.Les gens ne sont pas fermés.» Surtout, cette question doit devenir un réflexe, plutôt qu\u2019une initiative « spéciale ».« La diversité, ce n\u2019est pas un projet spécial.Elle doit [faire partie] de nos manières de faire.Et pour y arriver, il faut accepter que des notions comme le temps ou les ressources changent.Oui, ça prend plus de temps pour faire un nouveau réseau de diffusion, par exemple.Il s\u2019agit de modifier les budgets, les équipes, afin que la diversité devienne un [pieu] dans notre fonctionnement et non pas un projet à côté.Il est là, l\u2019enjeu.» ILLUSTRATION JULIA GR Culture 7 Comment va-t-on chercher un public diversifié ?Lorsqu\u2019on va présenter des auteurs autochtones et de la diversité, avec des messages qui parlent à ces communautés, elles risquent fort de se déplacer au théâtre.SYLVIE MESTE » LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 En haut : Mariloup Wolfe et Marie-Christine Le-Huu, pour le film Jouliks (ci-dessus).VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR / TÉLÉFICTION DISTRIBUTION ENTREVUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR es enfants sont rois à bien des endroits, mais le cinéma québécois leur a sans cesse fait une place de choix.Car on ne compte plus les films, et pas seulement les Contes pour tous, où ils semblent dominer le monde, dont celui des adultes, comme Les bons débarras, Catimini, Le matou, Une colonie, Mario, Les démons, Mon oncle Antoine, etc.À cette liste, il faut maintenant ajouter Jouliks, de Mari- loup Wolfe.Jouliks, qui signifie « voyou » en russe, est d\u2019abord une affaire de persévérance tranquille, du moins dans sa gestation, aussi théâtrale que cinématographique.Car la comédienne et dramaturge Marie-Christine Lê-Huu n\u2019a pas écrit dans la précipitation ce qui était d\u2019abord une pièce, rédigée au fil des années entre d\u2019autres productions théâtrales et les tournages souvent frénétiques d\u2019émissions jeunesse qui l\u2019ont fait connaître, comme Cornemuse.« Pendant l\u2019écriture, j\u2019ai pris du temps avant de savoir de quoi parlait la pièce\u2026 et j\u2019ai fait la même chose pour le film.» En effet, puisque la première de Jouliks a eu lieu en 2005.Cette histoire de passion dévorante, de familles étouffantes et d\u2019enfances écorchées habite depuis longtemps celle qui a mis autant d\u2019années à peaufiner le scénario inspiré de la pièce défendue à l\u2019époque par des acteurs comme Suzanne Clément, la regrettée Catherine Bégin, et Lê-Huu dans la peau de la petite fille baptisée Yanna au cinéma.Une pièce de laquelle elle a vite pris ses distances, comprenant qu\u2019un scénario fonctionne selon ses propres lois.« Au théâtre, je travaille sur des structures avec des scènes longues, environ 7 à 10 ; au cinéma, tu dois en structurer jusqu\u2019à 120\u2026 J\u2019apprenais au fur et à mesure, mais je suis habituée à écrire des dialogues, sans compter que mon travail de metteure en scène m\u2019oblige à être sensible au rythme.» D\u2019où son petit éclat de rire lorsqu\u2019on lui demande si elle a parfois souffert du syndrome de l\u2019imposteur à l\u2019égard de la scénarisation.« Pas après dix ans d\u2019écriture ! » Jouliks, le film, explore un territoire familier du cinéma québécois, cette campagne à la fois luxuriante et impitoyable.C\u2019est dans ce cadre et au milieu d\u2019une maison délabrée qu\u2019évolue la petite Yanna (Lilou Roy-Lanouette), observant ses parents avec affection, ignorant à quel point ils sont de purs marginaux dans ce coin de pays, et même dans les années 1970.Véra (Jeanne Roux-Côté), sa mère, Québécoise pure laine, a craqué pour Zak (Victor Andrés Trelles-Turgeon), un bohémien de grand chemin, et leur amour, torride, ne plaît pas à leur famille respective, creusant ainsi leurs différences.Insouciance Tout à la fois candide et lucide, cette héroïne traverse le film à la vitesse de l\u2019éclair, avec son sourire craquant, ses moues boudeuses et ses réflexions étonnantes sur les rituels des grands, dont ceux liés à la sexualité.Mais son insouciance lui jouera quelques tours, dont certains tragiques, des éléments qui ont beaucoup ému Mariloup Wolfe et qui l\u2019ont tout de suite convaincue de revenir au cinéma dix ans après Les pieds dans le vide, son premier long métrage.Entre ces deux films, la comédienne (30 vies, Unité 9), mais aussi la réalisatrice (Ruptures, Hubert et Fanny), n\u2019a pas chômé, elle qui sait mieux que personne le rythme infernal de certains tournages pour cause de budgets limités, ainsi que les barrières invisibles à l\u2019avancée des femmes dans certains milieux.Les choses ont un peu changé, de même que Mari- loup Wolfe.« Dix ans après mon premier film, je suis une autre personne, dit celle qui fut longtemps une des vedettes de la série jeunesse Ramdam.J\u2019avais 27 ans à l\u2019époque, je sortais de l\u2019université, et je voulais parler à cette jeunesse pour laquelle je travaillais depuis des années.À 41 ans, je me sens plus accomplie, et mes réflexes ne sont plus les mêmes parce que je tourne au moins 60 jours par année.Je sais ce que j\u2019ai envie de faire, et de dire.» Avec Jouliks, elle voulait aborder des thèmes qui ne laissent pas indifférents, dont la question de l\u2019éducation des enfants par des parents en apparence permissifs.« C\u2019est à la fois un choc des valeurs et un choc des cultures, des sujets qui me touchent en tant que mère.» Mariloup Wolfe avait aussi une vision précise de l\u2019esthétique qu\u2019elle voulait composer (« J\u2019ai vu plusieurs fois Beasts of the Southern Culture Cinéma 8 Les pieds sur la terre ferme Dix ans après son premier long métrage, Mariloup Wolfe revient en force au cinéma L LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Wild [de Benh Zeitlin] pour comprendre que le cinéaste filmait une enfant, même si mon film ne se ressemble pas à ça »), particulièrement les éclairages.Lumière naturelle En effet, comme pratiquement tout se déroule à la campagne, la cinéaste voulait recréer une lumière\u2026 naturelle.« J\u2019ai demandé à mon directeur photo une lumière où l\u2019on ne sent jamais la source, et que l\u2019on puisse voir en même temps l\u2019extérieur et l\u2019intérieur, que les personnages puissent entrer et sortir dans un même plan, ce qui est un grand défi.» Et comme la petite Yanna a la bougeotte, de même que son père, les va- et-vient sont constants, imprévisibles, dans cette maison délabrée, perméable à l\u2019air du temps comme aux intempéries (la pluie est un élément dramatique important).Entre les débats sur la place des femmes au cinéma au cours des dix dernières années, il y en a eu un autre que les artisans de Jouliks semblent avoir (volontairement) oublié : la dictature de la vedette.En effet, on retrouve une distribution d\u2019acteurs chevronnés, dévoués, mais peu connus du grand public.Un hasard ?« On ne voulait pas de têtes d\u2019affiche, affirme Marie-Christine Lê-Huu, qui reconnaît sa chance d\u2019avoir été présente à toutes les étapes, du choix de la distribution au montage.On cherchait des gens talentueux qui forment dans le film une famille crédible.Ce fut exprimé aux producteurs, ils auraient pu résister, mais ils ont pris des décisions au profit du projet.» Quant à Mariloup Wolfe, qui fait partie intégrante du vedettariat québécois, elle se permet tout de même cette confidence : « Comme spectatrice, je vois souvent la vedette avant le personnage.À l\u2019audition, chaque acteur a gagné parce qu\u2019il était le meilleur.» Jouliks prendra l\u2019affiche partout au Québec le vendredi 1er novembre.Culture DISPARU.E.S P h o t o : J e a n - F r a n ç o i s G r a t t o n , S h o o t S t u d i o UN OBJET DE BEAUTÉ.EN PLONGEANT DE \u2014 Luc Boulanger, La Presse+ (mars 2018) adaptation Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid mise en scène Olivier Kemeid assistance à la mise en scène Catherine La Frenière coproduction Théâtre du Nouveau Monde Théâtre du Trident Trois Tristes Tigres tnm.qc.ca LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 10 après ça à faire des trucs bien, et là tu vas encore mieux\u2026 Chez Spinoza, on n\u2019a pas à se racheter.Dans son esprit, le bonheur, c\u2019est au moyen de la pensée qu\u2019on doit tâcher d\u2019y accéder.» Ce qui demande du travail, parce que cela implique de se mettre à penser autrement, hors des divers dogmes et diktats qu\u2019on adopte en société selon l\u2019époque et le lieu.Une manière de vivre est en phase avec cela : le film requiert, oui, un travail de la part du spectateur.Outre le fait que Micheline Lanctôt y développe un propos qui demande un effort de réflexion, tout en récompensant amplement celui-ci, la cinéaste demeure fidèle à la démarche cinématographique qui a été la sienne : elle ne cherche pas à faire joli ou à faire gentil.« Ça devait faire dix ou douze ans que l\u2019idée de concevoir quelque chose, un projet, autour de Spinoza me trottait dans la tête.À l\u2019origine, je voulais appeler ça Mon Spinoza, et que ça épouse la forme d\u2019un journal éthique, mais j\u2019ai abandonné l\u2019idée.» Micheline Lanctôt, une manière de tenir La cinéaste entremêle dans Une manière de vivre trois destins évoquant la pensée de Spinoza ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR e Festival du cinéma international en Abi- tibi-Témiscamingue (FCIAT) s\u2019ouvre samedi à Rouyn-Noranda avec la première du film Une manière de vivre, de Micheline Lanctôt.Un choix plein d\u2019à-propos puisqu\u2019une partie du tournage s\u2019est déroulée en ces contrées boréales.La cinéaste y entremêle trois destins : ceux d\u2019une psychanalyste venant de perdre son mari, de sa fille escorte avec qui elle est en froid et d\u2019un professeur belge qui fait la connaissance de l\u2019une et de l\u2019autre à l\u2019occasion d\u2019une table ronde sur Baruch Spinoza organisée à Montréal.En eux résonnent, à leur insu, des échos de la pensée du philosophe néerlandais auteur de L\u2019éthique.Ce n\u2019est pas d\u2019hier que Micheline Lanctôt se passionne pour Spinoza.Son refus d\u2019une vision du monde subordonnée au religieux, aussi loin qu\u2019au XVIIe siècle, y est pour beaucoup.« Spinoza est fascinant notamment par son refus de toute culpabilisation, explique la réalisatrice.Il n\u2019est pas dans la morale ou dans le péché, concepts chers à la religion.Ni d\u2019ailleurs dans cette image d\u2019un Dieu vengeur à barbe.Il défend au contraire la notion d\u2019un dieu ne faisant qu\u2019un avec la nature, au sens large du terme.Avec lui, il n\u2019y a pas de faute : une chose n\u2019est en soi ni bonne ni mauvaise, elle est.Si, comme humain, tu agis par rapport à cette chose de manière à augmenter ta joie, c\u2019est bon, mais si tu agis d\u2019une manière qui t\u2019amène de la tristesse, ça ne l\u2019est pas.Autrement dit, à force d\u2019être malheureux à faire des trucs dégueulasses, tu arrêtes, et tu vas un peu mieux.Et tu te mets peut-être L La cinéaste demeure fidèle à la démarche cinématographique qui a été la sienne : elle ne cherche pas à faire joli ou à faire gentil.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Le Courrier des écrans, une nouvelle infolettre pour les vrais amateurs de maïs soufflé.Inscrivez-vous?: ledevoir.com/courrierdesecrans ENTRÉE LIBRE 176, ch.du Bord-du-Lac, Lakeshore Rd.INFO : 514 630-1254 / www.pointe-claire.ca LA COLLECTION 2020 DE L\u2019ARTOTHÈQUE Dessins + Peintures + Photographies + Estampes + Techniques mixtes Vernissage : Dimanche 27 octobre, 14 h 26 OCTOBRE AU 1ER DÉCEMBRE 2019 Démysti?er l\u2019art Mercredi 6 novembre, 10 h LA COLLECTION PRÊT D\u2019ŒUVRES D\u2019ART DU MNBAQ : L\u2019ART QUI TRANSPORTE (en français) LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 11 CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR André Forcier, cinéaste politique ?Ce qualificatif n\u2019arrive jamais spontanément pour décrire le cinéma fantasmagorique de celui qui ne cesse de creuser son sillon si singulier depuis ses premières bravades à la fin des années 1960.Ses films sont depuis toujours peuplés de marginaux sympathiques (L\u2019eau chaude, l\u2019eau frette), de grands rêveurs (Kalamazoo), de petits entrepreneurs (Coteau rouge) et surtout d\u2019éternels amoureux (La comtesse de Bâton Rouge, Embrasse- moi comme tu m\u2019aimes).Les fleurs oubliées représente à la fois une continuité et une (légère) rupture dans une œuvre aussi constante qu\u2019éclatée, rarement perméable aux modes.Ce qui n\u2019est pas tout à fait le cas dans cette fable écologique à saveur résolument militante, où même les dialogues prennent parfois le ton et la forme de vibrants plaidoyers, pas toujours subtils, en faveur de la conscience environnementale et de la transparence gouvernementale.Les pancartes et les porte-voix chez Forcier ?Certains diront qu\u2019il ne manquait plus que cela\u2026 Certains préfèrent exercer une résistance tranquille, comme Albert (Roy Dupuis en bum sympathique, rien de nouveau sous le soleil), ancien agronome converti en ermite, rêvant de produire du miel dans l\u2019archipel de Mingan, lui qui déjà fabrique un vin qui lui vaut un grand succès (son charme y contribue, dans une scène où des admiratrices en pâmoison rappellent ceux collés à Louise Marleau dans Une histoire inventée).Il croyait à une hallucination, mais non, le frère Marie-Victorin (Yves Jacques) apparaît souvent à ses côtés, même s\u2019il est décédé en 1944, et les deux hommes deviennent vite de véritables complices agricoles, et bien plus que cela.L\u2019auteur de La flore laurentienne stimule la soif de découvertes de ce misanthrope vivant sur un voilier, et beaucoup dans sa tête, prêt à cultiver de nouvelles fleurs cosmiques provenant de la besace de ce botaniste de l\u2019au-delà.Albert fera aussi de nouvelles rencontres, dont celle d\u2019une avocate zélée (Christine Beaulieu), lointaine parente de Marcelle Gauvreau et amour platonique de l\u2019homme d\u2019Église, ainsi qu\u2019une journaliste idéaliste (Juliette Gosselin), partageant son combat contre les multinationales des pesticides, et des choses encore plus secrètes.À cela s\u2019ajoute un réquisitoire passionné pour améliorer les conditions misérables des travailleurs agricoles mexicains, eux qui s\u2019échinent chaque été dans nos champs et qui trouvent ici réconfort\u2026 et vengeance.Tout apparaît picaresque dans ce récit émaillé de situations teintées de l\u2019habituel réalisme magique de son auteur, fourmillant aussi de personnages flamboyants, plus grands que nature, davantage sortis des habituelles rêveries du cinéaste que d\u2019un plat quotidien dont il ne sait que faire.Ce qui ne l\u2019empêche pas de s\u2019amuser du ridicule des ennemis du peuple, principalement incarnés par un tandem de choc, Gaston Lepage et Donald Pilon, ici les deux facettes de la même bêtise néolibérale et capables de nous faire sourire.Au-delà de cet exotisme propre à Forcier \u2014 le fait de tourner sur la Rive-Sud constitue en soi une forme de dissidence \u2014, Les fleurs oubliées constitue un diamant étincelant dans sa filmographie, œuvre beaucoup plus ambitieuse sur le plan esthétique que tout ce qu\u2019il avait tourné depuis la débâcle d\u2019Acapulco Gold il y a maintenant dix ans.Il ne s\u2019agit pas de sa plus belle offrande délirante, même s\u2019il est vrai que les plus audacieuses n\u2019ont pas toujours su rallier la majorité.Avec ce film en phase avec l\u2019air du temps, assez frisquet pour cause de changements climatiques, André Forcier réaffirme à la fois sa place dans le cinéma québécois d\u2019aujourd\u2019hui sans totalement renier ce qui le distingue depuis 50 ans.Peu importent les aléas, les échecs et les rendez-vous manqués, il ne pourra jamais être oublié.Les fleurs oubliées 1/2 Comédie dramatique d\u2019André Forcier.Avec Roy Dupuis, Yves Jacques, Christine Beaulieu, Juliette Gosselin.Québec, 2019, 102 minutes.Les années ont passé\u2026 Puis un jour, dans un festival, Micheline Lanctôt a fait la connaissance d\u2019un acteur belge d\u2019expression flamande.« La langue flamande \u2014 avec le néerlandais on est dans ce bassin-là, dans cette culture-là \u2014 m\u2019a aussitôt ramené Spinoza en tête.Un des premiers flashs que j\u2019ai eus, c\u2019est ce personnage d\u2019un intellectuel belge spécialiste de Spinoza, qui vient à une conférence à Montréal et qui, à un moment donné, va se perdre dans le Nord.J\u2019aimais qu\u2019il soit de cette nationalité- là parce que les Belges ne peuvent pas franchir quarante kilomètres sans traverser une frontière.Qu\u2019un Belge marche et marche dans un territoire presque infini, ça me fait sourire.» Pas de sentimentalisme Avant d\u2019en arriver là, cet homme, Joseph (Laurent Lucas), vivra avec deux femmes des rencontres déterminantes : Colette (Gabrielle Lazure), qui se reproche le suicide de son mari, et Gabrielle (Rose-Marie Perreault), sa fille, qui extériorise un mal-être délétère par la boulimie.« Je ne les voyais pas mère et fille initialement ; c\u2019est venu en cours d\u2019écriture.J\u2019avais besoin qu\u2019elles soient liées, afin que les trois personnages soient connectés.Alors, ça a fini par aller de soi.Elles ont une relation compliquée.» Compliquée, et exempte ou presque de chaleur.À cet égard, le film est dénué de sentimentalité.Lorsqu\u2019on le fait remarquer à Micheline Lanctôt, son regard s\u2019anime.« Merci ! lance-t-elle spontanément.J\u2019ai horreur du sentimentalisme.Je trouve ça racoleur et cheap.On me le reproche souvent, mais j\u2019assume.Je comprends que c\u2019est plus confortable à jouer pour les acteurs et plus confortable à regarder pour le public, mais je trouve ça malhonnête.Mes personnages ne sont pas parfaits : ils sont humains.Et ils ne sont pas là pour toucher le cœur à tout prix, mais pour suivre leur route.Ils font à tour de rôle des choses très laides et des choses très belles.Et ça, c\u2019est problématique uniquement si on a une approche moralisatrice.» Approche que déconstruit le film, avec ses personnages éprouvant le sentiment de ne pas mener une vie « valable ».Les voici donc plongés dans les affres de la culpabilité.Or, si on en croit Spinoza, de tels tourments auto-infligés sont futiles, puisque selon lui « la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand ».« Spinoza soutient au fond que ce qui nous rend plus heureux est tout ce qui importe, et que cet état de bien- être ne passe pas par soi, mais par le contact à l\u2019autre.Il écrit : « Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile à lui-même, alors les hommes sont le plus utiles les uns aux autres.» Et c\u2019est ça : dès lors qu\u2019on tend la main, qu\u2019on sort de soi en ayant un geste altruiste, on est transformé.» Ce geste altruiste « qui transforme » constituera l\u2019aboutissement de la courbe dramatique de chacun des trois personnages, Joseph, Colette et Gabrielle venant à en poser un au terme d\u2019une errance psychologique ou physique, voire les deux.Car ils ne se trouvent pas tant à la proverbiale croisée des chemins qu\u2019en pleine dérive intérieure.Pour citer à nouveau Spinoza : « Ainsi, nous sommes agités de bien des façons par les causes extérieures et, pareils aux flots de la mer agités par des vents contraires, nous flottons, inconscients de notre sort et de notre destin.» Figure tutélaire C\u2019est la prise de conscience de leur sort, justement, qui leur permettra de « changer leur façon de penser », de se soustraire à la culpabilité existentielle qui les ronge.D\u2019abord intuitif, leur parcours devient de plus en plus délibéré.Micheline Lanctôt opine : « Les personnages passent à travers leur transformation respective pour le meilleur.» Ce n\u2019est qu\u2019après cela, après ces épreuves et cet affranchissement gagné de haute lutte, que la cinéaste souhaitait laisser exploser l\u2019émotion.Et de fait, elle jaillit à ce moment-là, plus forte car n\u2019ayant pas été diluée en amont dans de bons sentiments.« Tous les trois marchent dans les traces de Spinoza, qui relève de la figure tutélaire », poursuit Micheline Lanctôt.Et apparemment, le philosophe n\u2019a pas fini de faire des disciples.En cours de développement en effet, la cinéaste fut surprise de constater à quel point, ces dernières années, Spinoza est redevenu en vogue.« Il est partout : on n\u2019arrête pas de publier sur lui.Un professeur me confiait que ses jeunes en philo tripent sur Spinoza.Ça l\u2019étonnait, parce que Spinoza est foutrement difficile à lire ! De mon côté, je la comprends un peu, cette recrudescence de popularité.On vit une époque tellement barbare : sa pensée fait du bien.» Tout comme discuter avec Micheline Lanctôt.Une manière de vivre ouvre le FCIAT samedi 26 octobre à 20 h au Théâtre du cuivre.Il prend l\u2019affiche le 1er novembre.J\u2019ai horreur du sentimentalisme.Je trouve ça racoleur et cheap.On me le reproche souvent, mais j\u2019assume.Je comprends que c\u2019est plus confortable à jouer pour les acteurs et plus confortable à regarder pour le public, mais je trouve ça malhonnête.Mes personnages ne sont pas parfaits : ils sont humains.MICHELINE LANCTÔT » Une flore réinventée Iconoclaste et débridé, un André Forcier fidèle à lui-même pour mieux s\u2019ancrer dans le présent Au-delà de cet exotisme propre à André Forcier, Les fleurs oubliées constitue un diamant étincelant dans sa filmographie.FILMOPTION INTERNATIONAL LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 12 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Sur une mer foncée, un épais brouillard se confond avec les cieux.Émerge au loin un petit navire à vapeur dont le ronron mécanique crée avec la corne de brume une inquiétante mélopée.Sur le pont, deux hommes, le gardien et son second, contemplent en silence le panorama opaque.Soudain apparaît la silhouette d\u2019un phare dressé sur un îlot rocheux aussi noir que l\u2019océan.Wake et Winslow, tels sont leurs noms, en ont pour quatre semaines d\u2019isolement et d\u2019apprivoisement, étrangers qu\u2019ils sont l\u2019un à l\u2019autre.Mais tandis que Wake est ici un peu chez lui, Winslow est un novice en ces lieux.Assailli par des visions étranges, l\u2019esprit du jeune homme vacille.Avec Le phare, Robert Eg- gers livre un très attendu deuxième film après le magnifique, et tout aussi macabre, La sorcière.En l\u2019occurrence, les deux films ont énormément en commun, formant presque un diptyque, entre continuité et antithèse.Pour mémoire, La sorcière (The Witch) conte l\u2019implosion d\u2019une famille de puritains qui, après avoir bâti leur maison à l\u2019orée d\u2019une forêt où vivrait selon la légende une sorcière, en vient à croire que l\u2019aînée pubère Thomasin est devenue à son tour sorcière.L\u2019est-elle vraiment ?Frappée d\u2019ostracisme, Thomasin semble se mettre elle-même à douter.Dans Le phare (The Lighthouse), la toile de fond n\u2019est plus sylvestre, mais océane, pour un effritement psychologique similaire.Toutefois, là où Thomasin se trouve et se réalise en pénétrant finalement dans cette sombre forêt qui prend alors valeur métaphorique, Winslow connaît un destin fort différent lorsqu\u2019il accède enfin à cette lumière (à valeur tout aussi métaphorique) qui le fascine et sur laquelle Wake veille jalousement.Ça, c\u2019est l\u2019aspect antithétique.Eggers mélange en outre à nouveau approches historique et horrifique en jouant d\u2019ambiguïté quant à la réalité des événements : le surnaturel est traité comme une possibilité, mais pas une certitude.C\u2019est que la folie guette, chaque fois.En effet, après cette jeune fille en proie à l\u2019ostracisme délétère de parents affichant une piété obtuse, au tour de cet apprenti malmené par son supérieur de basculer, les mythes et superstitions maritimes succédant aux dogmes religieux.Hélas, ce que ce film-ci n\u2019a pas, c\u2019est un protagoniste intéressant.Symbolisme lourdaud Robert Pattinson est excellent dans le rôle de Winslow, là n\u2019est pas la question.Or, l\u2019acteur a beau donner tout ce qu\u2019il a, il reste que son personnage hanté tant au présent qu\u2019au passé est, pour reprendre l\u2019expression de Wake, un livre ouvert.En effet, l\u2019aura de mystère que le cinéaste tente de faire planer autour de Winslow est vite dissipée à force d\u2019inserts hallucinatoires peu subtils et de symbolisme phallique lourdaud (et non, on n\u2019inclut même pas le phare là-dedans).Ah, les périls du refoulé\u2026 L\u2019un des partis pris narratifs les plus réussis de La sorcière consistait à voir les différents membres de la famille de Thomasin se retourner contre elle en succombant un à un à ses maléfices, à ceux de la sorcière de la forêt, ou à une psychose collective, selon la lecture.Dans Le phare, le cinéaste tente de reproduire cette dynamique, mais avec seulement Wake sur qui se rabattre en guise d\u2019antagoniste.Ainsi le vieux loup de mer soumet- il son second à un crescendo de dérives autoritaires, d\u2019humiliations et de torture psychologique.Mais Wake agit-il vraiment de la sorte ?Oui, non, peut-être\u2026 Pour être sûr qu\u2019on a saisi, Eggers explicite la chose par l\u2019entremise de Wake, qui assène à Winslow au dernier acte : « Est-on ici depuis quatre semaines ou deux jours ?Et où sommes-nous ?Le sais- tu ?Suis-je vraiment là, ou ne suis-je qu\u2019un fragment de ton imagination ?Es-tu vraiment ici ?».Bâillement.Si le but était de déstabiliser le spectateur en mettant au jour le questionnement que celui-ci n\u2019aura pas manqué de formuler, c\u2019est raté.Car encore faudrait-il, à ce stade tardif, que l\u2019on se soucie de comprendre de quoi il retourne.Et pour l\u2019anecdote, toutes ces questions ne constituent pas un divulgâcheur, les réponses s\u2019avérant sans importance puisqu\u2019à terme, toutes se valent.Génie ou paresse ?Va pour maladresse.Splendeur visuelle Quoi qu\u2019il en soit, cette dimension cryptique si parfaitement maîtrisée dans le premier film d\u2019Eggers semble cette fois complaisante, oiseuse.Pire, ce parti pris rend la tâche impossible à l\u2019excellent Willem Dafoe : malgré ses efforts pour insuffler une cohérence au personnage, Wake en est réduit à une parodie de marin bourru à la parlure truculente dont les actions sont commandées par les caprices du scénario davantage que par une quelconque logique interne.Actions et situations sont répétées en diverses variations, mais plutôt que de transmettre le sentiment d\u2019aliénation croissant de Winslow, le procédé engendre l\u2019ennui.En revanche, plusieurs séquences génèrent une charge hypnotique indéniable, et il importe de préciser que le film, présenté en format carré et filmé en noir et blanc comme au temps du muet, est une splendeur, visuellement parlant.Chaque plan atteste d\u2019un sens maniaque de la composition.Contrastée, la direction photo évoque les maîtres expressionnistes Murnau et Dreyer, et c\u2019est absolument magnifique.Dommage que le récit, on y revient toujours, ne soit pas à la hauteur de la facture.Tout du long, on sent poindre un désir chez Eggers de dépeindre une relation sadomasochiste entre les deux hommes, mais le cinéaste tergiverse sans fin et ne se décide à plonger qu\u2019au dénouement pour un résultat, malheureusement, un peu ridicule : on dirait une parodie de Pasolini.Ça ne dure qu\u2019un instant, Eggers rétropéda- lant pour mieux épiloguer encore et encore\u2026 Roulement de vagues, roulement d\u2019yeux.Le phare (V.O., s.-t.f.de The Lighthouse) 1/2 Drame d\u2019horreur de Robert Eggers.Avec Robert Pattinson, Willem Dafoe, Valeriia Karaman.États-Unis, 2019, 110 minutes.De ressac et de refoulé Robert Eggers revisite les thèmes de son succès La sorcière avec tourments maritimes plutôt que sylvestres Robert Pattinson (à droite) est excellent dans le rôle de Winslow tandis que Willem Dafoe fait ce qu\u2019il peut pour insuffler une cohésion à son personnage de Wake, réduit à une parodie de marin bourru à la parlure truculente.VVS FILMS LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Cinéma 13 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Dire que la famille Kim peine à joindre les deux bouts tient de l\u2019euphémisme.Entassés dans un taudis de Séoul cafardeux (et infesté, pour le compte), le père Ki-taek, la mère Chung-sook et leurs deux enfants Ki- woo et Ki-jung survivent en piratant les réseaux cellulaires environnants, alternant petits boulots et fraudes mineures.Leur chance tourne lorsqu\u2019un ami, à la veille d\u2019émigrer aux États- Unis, propose de recommander Ki- woo pour lui succéder comme professeur d\u2019anglais au sein d\u2019un riche foyer, celui des Park.L\u2019entrée du jeune homme au service de ces derniers constitue le point de départ d\u2019une critique sociale mordante fertile en humour noir et en suspense : Parasite, une Palme d\u2019or signée Bong Joon-ho.Car une fois l\u2019emploi du fils assuré, le clan Kim met en place une stratégie implacable afin que ses différents membres intègrent la domesticité des Park en lieu et place de prédécesseurs, qui, un à un, reçoivent leur avis de licenciement avant d\u2019avoir pu comprendre ce qui se passe.De manière à ne pas éveiller les soupçons, les Kim dissimulent leur lien de parenté, déterminant les divers a priori et préjugés des Park pour mieux les manipuler \u2014 imaginez un croisement entre Chabrol et Buñuel.Mais voilà qu\u2019un soir, une découverte ahurissante vient tout compromettre, mettant la table pour un bas- les-masques\u2026 apocalyptique.Quand ledit épisode survient, on accepte sa charge baroque improbable, car d\u2019entrée de jeu, Bong Joon-ho a su préparer le cinéphile en glissant un autre passage où la puissance symbolique prime la notion de vraisemblance en la transcendant.Il s\u2019agit de cette séquence, au commencement, où Ki- taek enjoint aux siens de ne pas fermer la fenêtre lorsque des vapeurs d\u2019épandage antivermine envahissent la rue en surplomb de leur « demi- sous-sol » : ça leur fera une extermination gratuite, argue-t-il pendant que ses proches s\u2019étouffent à qui mieux mieux dans un nuage toxique.Le titre Parasite, on l\u2019aura dès lors compris, est à prendre au propre et au figuré, et en grinçant davantage qu\u2019en riant.Réflexion au long cours Le film constitue une sorte de décons- truction satirique, en contexte moderne, de l\u2019auguste formule Maîtres et valets (ou Upstairs, Downstairs).On y retrouve maints archétypes du genre, tels ceux de la gouvernante qui a fait sienne la maisonnée, du tuteur sans le sou et de l\u2019héritière qui se lancent des œillades amoureuses, de la maîtresse de céans aliénée par une existence régie par des codes étouffants qu\u2019elle contribue elle-même à maintenir\u2026 À la différence que chacune de ces figures se voit d\u2019une manière ou d\u2019une autre subvertie, Bong Joon-ho substituant à la sentimentalité souvent inhérente à ce type de récits une lucidité féroce.Ce n\u2019est pas la première fois que l\u2019auteur sud-coréen s\u2019intéresse au thème des classes sociales.C\u2019est en l\u2019occurrence une constante de son œuvre, à l\u2019avant ou à l\u2019arrière-plan.Son premier gros succès, le remarquable Memories of Murder, sur une enquête véridique pour trouver un meurtrier en série, repose en bonne partie sur la tension entre un détective de province et un collègue de Sé- oul obligés de collaborer, avec entre eux un clivage important de formation, de moyens, mais également de croyances.The Host tourne autour d\u2019une famille à faible revenu confrontée à un monstre mutant sorti de la rivière Han\u2026 Mother conte le parcours périlleux d\u2019une mère courage (et célibataire) décidée à innocenter son fils accusé de meurtre face à des autorités trop heureuses d\u2019avoir trouvé dans le jeune homme simple d\u2019esprit un coupable tout désigné\u2026 Et il y a évidemment Le transperceneige (Snowpiercer) et son super-train fonçant en pleine glaciation postapoca- lyptique, avec dans la voiture de queue la plèbe ouvrière survivante et dans la locomotive, un créateur tenant du 1 % (l\u2019acteur fétiche Song Kang-ho, qui joue le patriarche chauffeur dans Parasite, tient la vedette dans plusieurs de ses films).Bref, le cinéaste poursuit une réflexion au long cours dans un genre différent : après le drame policier et la science-fiction, au tour de la comédie satirique de prêter ses codes à Bong Joon-ho (qui en avait tâté à ses débuts dans le choral Barking Dogs Never Bite, ou les malheurs d\u2019un universitaire chômeur, entre autres personnages).Plus que jamais, Bong Joon-ho fait montre d\u2019une virtuosité, on osera l\u2019hyperbole, orgasmique.Sa mise en scène n\u2019est pourtant pas le moins du monde flamboyante.Au contraire, elle est à l\u2019image des Kim : d\u2019une aisance trompeuse rendue possible par un sens redoutable de la préméditation.Inattendu et brillant Toutefois, là où les protagonistes perdent le contrôle, le cinéaste maintient le sien pendant qu\u2019explose, au moment opportun et pas avant, cette apothéose dont l\u2019outrance sanguinolente calculée offre un contraste saisissant, et d\u2019autant plus fort, avec la façade de mesure qui a précédé.Durant tout le film, le cinéaste répète le motif de l\u2019escalier dans ses compositions hyperprécises, que ce soit ceux construits dans la demeure des Park ou ceux que les lignes architecturales dessinent dans le cadre.Le positionnement des personnages y est, il va sans dire, primordial quant à la lecture des situations : rien n\u2019est laissé au hasard.Ainsi, lorsque Ki-woo se présente chez les Park, il est d\u2019abord montré en train de gravir la rue.De fait, la maison ultramoderne des Park se dresse en haute ville, contrairement au logis des Kim, qui eux croupissent en basse ville.Là encore, ce que fait Bong Joon- ho avec un concept universel, mais rabâché si on n\u2019y prend garde, s\u2019avère brillant.À terme, l\u2019ingéniosité de son scénario se révèle à la hauteur de celle des Kim : antihéros aux dents longues pour fable carnassière.Ah, et dire que le propos de Parasite est d\u2019actualité, ça aussi, c\u2019est un euphémisme.Ceux d\u2019en bas Bong Joon-ho explore avec un humour carnassier le concept de lutte des classes Parasite (V.O., s.-t.f.) Thriller satirique de Bong Joon-ho.Avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong, Choi Woo-shik, Park So-dam.Corée du Sud, 2019, 132 minutes.Là où les protagonistes perdent le contrôle, le cinéaste Bong Joon-ho maintient le sien pendant qu\u2019explose, au moment opportun et pas avant, l\u2019apothéose.MK2 MILE END LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 C ultur e Notr e s élection cinéma en s alle 14 Les nouveautés sont en rose Il pleuvait des oiseaux ?Il n\u2019y a pas d\u2019âge pour aimer, dit-on.Il pleuvait des oiseaux, adaptation extrêmement réussie par Louise Archam- bault du roman primé de Jocelyne Saucier, donne à voir une fort belle illustration de cet adage.On y parle d\u2019amour au temps de la dernière heure, mais également de liberté, et de ce qu\u2019il en coûte, parfois, pour vivre celle-ci jusqu\u2019au bout.Il y est aussi question d\u2019amitié pareillement têtue, d\u2019art, de mémoire\u2026 Ce, sur toile de fond sylvestre accueillante mais indomptée, comme les protagonistes.Du roman, Louise Archambault a su dans un premier temps tirer un scénario très solide, élaguant et fusionnant là où il le fallait.La construction dramatique est imparable.En résultent, hormis un enchaînement fluide à crescendo bien modulé, des partitions particulièrement riches qu\u2019une distribution de haut vol fait siennes.François Lévesque Matthias et Maxime ?1/2 Matthias et Maxime sont amis depuis l\u2019enfance.Or, à cause d\u2019un pari, ces hétéros convaincus se voient contraints d\u2019échanger un baiser.Survient alors l\u2019impensable : et s\u2019ils s\u2019aimaient ?Avec son brio coutumier mais un supplément de tendresse, Xavier Dolan s\u2019interroge sur les notions d\u2019amitié et d\u2019amour dans un contexte où le cœur n\u2019en fait qu\u2019à sa tête.Le cinéaste crée un lien d\u2019empathie particulièrement puissant, en plus de livrer, comme son partenaire Gabriel D\u2019Almeida Freitas, une formidable prestation.L\u2019auteur n\u2019a rien perdu de sa verve, quoiqu\u2019il ponctue son film de regards et de silences qui parlent davantage.À la mise en scène, l\u2019approche plus contenue séduit, en phase avec des protagonistes qui répriment leurs émois.Le flot visuel emporte le spectateur de la même manière que le doute happe Mat et Max.On vibre avec eux, pour eux, dans l\u2019espoir qu\u2019ils se retrouvent.Qu\u2019importe si c\u2019est en amitié ou en amour.François Lévesque Be Natural : The Untold Story of Alice Guy-Blaché (V.O.) ?1/2 Alice Guy-Blaché, première cinéaste (tous sexes confondus), participa activement à l\u2019industrie cinématographique, avant de sombrer dans l'oubli et d\u2019être aujourd\u2019hui encore méconnue.Alors que son influence n\u2019est plus à démontrer \u2014 elle inspira notamment Hitchcock \u2014 l\u2019histoire du cinéma ne semble pas vouloir lui accorder les honneurs qu\u2019elle mérite.Qu'à cela ne tienne, la journaliste Pamela B.Green s\u2019est donné la tâche de réhabiliter son oeuvre et sa vie dans son documentaire Be Natural : The Untold Story of Alice Guy- Blaché.Rassemblant des bobines de ses films retrouvées, des lettres, des entrevues de l\u2019époque et des rencontres avec ses descendants, mais aussi avec des professionnels du cinéma, Green rend un hommage nécessaire et passionnant à cette grande dame.Alice Zanetta Dolemite Is My Name ?Écrite par Scott Alexander et Larry Karaszewski (Ed Wood) et réalisée par Craig Brewer (Hustle and Flow), cette comédie biographique à l\u2019énergie contagieuse fait honneur à son sujet : le chanteur, stand-up, acteur et producteur Rudy Ray Moore, considéré comme le parrain du rap.De la création du personnage scénique Dolemite, un pimp verbomoteur s\u2019exprimant en rimes salaces, à la sortie de la production éponyme autofinancée, un fleuron du blaxploitation, le film brosse un portrait de milieu captivant.La musique funk et soul ainsi que la direction artistique haute en couleur, hyper précises toutes deux, contribuent au charme.En sous-texte, on évoque habilement la solidarité qui anime une communauté noire habituée d\u2019être ignorée par la culture blanche dominante.En Rudy Ray Moore, Eddie Murphy est brillant.Et il y a quelque chose d\u2019émouvant à le voir effectuer un tel retour en interprétant un personnage qui vit également un comeback.François Lévesque Parasite (V.O.s.-t.f.) ?Un à un, les membres d\u2019une famille pauvre intègrent la domesticité d\u2019un riche foyer en dissimulant leur lien de parenté.Or, une découverte ahurissante vient un soir tout compromettre.Dans cette satire mordante, fertile en suspense, le lauréat de la Palme d\u2019or Bong Joon- ho poursuit son exploration du thème des classes sociales.Subvertissant l\u2019auguste formule Maîtres et valets (Upstairs, Downstairs), le cinéaste, qui décline à l\u2019infini le motif de l\u2019escalier dans ses compositions hyperprécises, substitue à la sentimentalité inhérente au genre une lucidité féroce.Plus que jamais, Bong Joon-ho fait montre d\u2019une virtuosité, on osera l\u2019hyperbole, or- gasmique dans une mise en scène à l\u2019image des protagonistes : d\u2019une aisance trompeuse rendue possible par un sens redoutable de la préméditation.Pas avare de surprises, l\u2019intrigue se révèle à terme aussi astucieuse que les protagonistes.Antihéros aux dents longues pour fable carnassière.François Lévesque Xalko ?1/2 Malheureusement pour eux, les Kurdes, ce peuple sans pays, font une fois de plus les manchettes pour des raisons tragiques, encore victimes d\u2019injustices sanglantes.Avant le dernier tumulte au nord de la Syrie, les cinéastes Sami Mermer et Hind Benchekroun (Les tortues ne meurent pas de vieillesse, Callshop Istanbul) se sont rendus dans le petit village de Xalko en Turquie, là où vivaient les parents de Sami et où survivent encore de nombreuses femmes kurdes.Où sont les hommes?Ils ont en majorité disparu ou se trouvent sur le chemin de l\u2019exil, Les fleurs oubliées ?1/2 Militant, André Forcier ?On lui a tellement affublé de qualificatifs depuis le début de sa longue, sinueuse et prolifique carrière qu\u2019il lui manquait sûrement celui-là.C\u2019est maintenant chose faite dans cette fable écologique où un agronome devenu ermite (excellent Roy Dupuis) côtoie le frère Marie-Victorin (Yves Jacques, à la fois précieux et cabotin), vision fantomatique hautement réaliste.Ce duo improbable, figure familière chez Forcier, va transformer la vie des compagnons d\u2019armes de ce rebelle solitaire et modifier en profondeur le paysage agricole, ainsi que ceux qui le façonnent.Malgré des dialogues en forme de slogans politiques, la magie du cinéaste de Kalamazoo et de Coteau rouge demeure intacte, transfigurée par la beauté des images, la belle insolence de ses interprètes (nombreux à lui faire une brève et amusante accolade), et une poésie de fond de ruelle dont on ne se lasse jamais.André Lavoie The King (V.O., s.-t.f.) ?1/2 Tiré des pièces Henri IV Partie 1 et Partie 2 de Shakespeare, The King voit le réalisateur australien David Mi- chôd poursuivre son exploration des raisons et pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s\u2019entre- tuer.Dans l\u2019œuvre du Barde, le cinéaste trouve la matière de ce qui se révèle son meilleur film depuis son premier, le remarquable Animal Kingdom.Le cinéaste n\u2019a pas son pareil pour exhiber la toxicité mais aussi la beauté de la testostérone en concentré.Sur le plan dramaturgique, c\u2019est du cousu main pour Michôd.Sa caméra alterne avec brio corps à corps étouffants qui font ressentir la terreur du combattant, et prises distantes qui rendent exponentiel, ledit sentiment.Nonobstant quelques bémols, The King demeure une solide adaptation dans laquelle Timothée Chalamet brille en héros shakespearien.François Lévesque une fatalité silencieuse pour des épouses et des mères laissées à elles- mêmes, mais déterminées, dignes, et parfois même pleines d\u2019humour.Avec tendresse et empathie, la caméra scrute les joies, les peines et le dur labeur de ces gardiennes de traditions et d\u2019espérances pour leur famille et leur descendance.André Lavoie personnage captivant, très réservé avec autrui, mais qui se dévoile dans la solitude de son chic appartement (qui reproduit celui d\u2019Almodó- var).En dépit du flot de temporalités un peu moins fluide que de coutume (c\u2019est là le premier film du réalisateur sans le défunt monteur José Salcedo), Almodóvar affiche une aisance technique absolue.En lieu et place d\u2019une volonté d\u2019impressionner : une maestria tranquille, sereine.Le film y gagne une impression d\u2019équanimité inédite : un cadeau pour le cinéphile et, on l\u2019espère, un baume pour le cinéaste.François Lévesque sentiments.Des plus nobles aux plus troubles.André Lavoie Douleur et gloire (V.O., s.-t.f.) ?En proie à la douleur chronique et en panne créative, un cinéaste renoue avec un acteur qu\u2019il lança jadis.Enclin à la nostalgie, il est de surcroît hanté par le souvenir d\u2019une mère dont il subit encore les contrecoups du décès récent.Avec cette œuvre introspective, Pedro Almodó- var se livre comme jamais, trouvant en Antonio Banderas (qu\u2019il lança jadis, tiens) un alter ego idéal.Primé à Cannes, ce dernier compose un Zombieland.Le doublé (V.F.de Zombieland : Double Tap) ?1/2 Personne ne cultivait un espoir maladif devant l\u2019éventuel retour du quatuor de Zombieland, dix ans après un premier film aussi amusant qu\u2019irrévérencieux, et surtout sans grandes prétentions.Tous sont revenus au bercail, dans ce monde à l\u2019agonie, et constamment émaillé de références à la culture populaire, ce qui fait tout Kuessipan ?Myriam Verreault (À l\u2019ouest de Pluton) a su déceler le potentiel cinématographique du premier roman de Naomi Fontaine, œuvre sinueuse et poétique sur les splendeurs et les misères de la communauté innue.À partir de cette évocation, la cinéaste a imaginé l\u2019histoire d\u2019une amitié indéfectible et d\u2019un amour quasi inconditionnel, deux choses qui ne font pas toujours bon ménage, surtout à l\u2019adolescence.Mikuan et Shaniss, unies comme pourraient l\u2019être deux sœurs inséparables, portent les douleurs propres aux Autochtones, tiraillements accentués par la rudesse de leur milieu et la présence d\u2019un jeune Blanc qui a su conquérir le cœur sensible de Mikuan, l\u2019alter ego de la romancière.Tour à tour récit d\u2019apprentissage, portrait d\u2019un univers méconnu et tendre évocation des contradictions sentimentales ainsi que des bienfaits des aspirations artistiques, Kuessipan, qui signifie « À toi » en innu, s\u2019adresse à tous et touche à l\u2019universalité des LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture L\u2019homme gémeau (V.F.de Gemini Man) ?1/2 Parmi les grands talents d\u2019Ang Lee figure celui d\u2019être là où on l\u2019attend le moins, gambadant d\u2019un genre à l\u2019autre avec plus ou moins de bonheur, qu\u2019il s\u2019agisse de la science-fiction (Hulk), du western (Brokeback Mountain) ou du drame historique (Taking Woodstock).Il effectue un autre retour vers le futur, remettant sur les rails un projet qui traîne depuis quelques décennies sur les étagères d\u2019Hollywood, et qui aurait dû y rester.Un tireur d\u2019élite incarné par Will Smith rêve de prendre sa retraite, mais ses supérieurs ne le voient pas ainsi.Il est donc pourchassé pour être liquidé par une version rajeunie de lui-même, un clone prétendument sans états d\u2019âme.La prouesse technologique n\u2019arrive jamais à masquer les faiblesses d\u2019un scénario à (petits) numéros et le manque de tonus des scènes d\u2019action qui feraient bâiller d\u2019ennui James Bond et Jason Bourne.André Lavoie Le phare (V.O.s.-t.f.de The Lighthouse) ?1/2 Sur un îlot rocheux aussi noir que l\u2019océan, Wake et Winslow en ont pour quatre semaines d\u2019isolement.Mais tandis que Wake est ici un peu Apapacho, une caresse pour l\u2019âme ?Qu\u2019elle s\u2019engage sur la voie du documentaire (Des marelles et des petites filles, Martha qui vient du froid) ou sur celle de la fiction (La fête des rois, Ce qu\u2019il ne faut pas dire), Marquise Lepage le fait toujours avec humanisme.Elle semble parfois à mi-chemin entre les deux genres dans cette réflexion sur le deuil et les vertus du choc des cultures.Deux Québécoises (Fanny Mallette et Laurence Lebœuf, beau tandem) débarquent au Mexique, loin des plages et du clinquant des tout- compris, et traînent dans leurs bagages le souvenir douloureux de leur sœur décédée depuis peu.Au contact des rituels colorés de la fête des Morts, d\u2019autres traumatismes surgissent, ainsi que des secrets bien enfouis.Un périple intérieur un peu lisse, teinté d\u2019exotisme et aux atmosphères réconfortantes.André Lavoie chez lui, Winslow est un novice en ces lieux.Avec Le phare, Robert Eg- gers livre un très attendu deuxième film après le magnifique La sorcière.Le film est une splendeur, visuellement parlant.Dommage que le récit ne soit pas à la hauteur de la facture.Robert Pattinson est excellent dans le rôle de Winslow, mais la partition souffre de lacunes importantes, jusqu\u2019à rendre la tâche impossible à l\u2019excellent Willem Dafoe en Wake.Tout du long, on sent poindre un désir chez Eggers de dépeindre une relation sadomasochiste entre les deux hommes, mais le cinéaste tergiverse sans fin et ne se décide à plonger qu\u2019au dénouement pour un résultat, malheureusement, un peu ridicule : on dirait une parodie de Pasolini.François Lévesque son charme.Devant comme derrière la caméra, ses artisans ont pris du galon, de l\u2019âge et de l\u2019expérience (surtout le réalisateur Ruben Fleischer, jadis un nouveau venu), mais conservent toutefois leur cœur d\u2019adolescent pour se moquer des zombies, surtout ceux qui grouillent sur tous nos écrans.Comptez sur cette famille reconstituée dominée par Woody Har- relson pour y mettre de l\u2019ordre, et sur les scénaristes de Deadpool pour ajouter plusieurs couches de cynisme et de dérision.André Lavoie Maléfique.Maîtresse du mal (V.F.de Maleficient : Mistress of Evil) ?Après le succès quelque peu inattendu de Maleficient en 2014, qui allait relancer la carrière d\u2019Angelina Jolie, une suite était inévitable, mais celui qui a mis au monde cet univers, Robert Stromberg, surtout un grand spécialiste des effets spéciaux, a cédé sa place à un autre galérien.Joachim Roenning s\u2019y connaît en gros bateaux (Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell no Tales) et a dirigé tant bien que mal cette histoire de rivalité entre royaumes, et surtout entre femmes de tête (dans le coin opposé, Michelle Pfeiffer, vêtue de blanc, tout aussi machiavélique) au milieu d\u2019un fatras de trolls et de fées papillonnantes.Cette nouvelle variation de La Belle au bois dormant, toujours plus loin du conte original, affiche quelques considérations politico-écologiques pour mieux les noyer dans un flot d\u2019artifices somme toute redondants.André Lavoie Joker (V.O.et V.F.) ?1/2 Arthur traîne sa dégaine de clown triste dans un enfer urbain qu\u2019il n\u2019égaie guère.Humilié et battu à répétition, il en a un jour assez: naissance du Joker.De manière revendiquée, et très appuyée, Todd Phillips s\u2019inspire du Taxi Driver de Scorsese, son Joker qui s\u2019enfonce dans une (languissante) spirale d\u2019aliénation et de violence étant un quasi-décalque de Travis Bickle.Directions photo et artistique reproduisent fidèlement (ou servilement) l\u2019esthétique du modèle.On salue le savoir-faire, même si l\u2019essentiel émane d\u2019un autre film.Des éléments subversifs séduisent, tel l\u2019avilissement du clan Wayne (d\u2019où émergera Batman).L\u2019aspect le plus dérangeant, dans le bon sens, tient toutefois au fait que, même à son plus sombre, le film de superhéros repose sur la promesse tacite que le bien triomphera.Or, Joker n\u2019est pas un film de superhéros: c\u2019est un film d\u2019anti-su- perhéros.Voilà au moins un élément qui n\u2019est pas emprunté.François Lévesque Dimanche 3 nov.- 15 h Église St-Léon de Westmount BILLETS | 514 861-2626 smamontreal.ca 19 20 \u2014 AM SM Gabrieli, Carissimi et Monteverdi Chœur et instruments Dir.Andrew McAnerney 02 COMME DANS UN FILM LA LUNE EST PASSÉE PAR ICI RENTRÉE MONTRÉALAISE 30 OCTOBRE, 20 H AVEC ISABELLE BLAIS ET PIERRE-LUC BRILLANT de rabais V a l i de jusqu\u2019au 28 oct.CODE PROMO : DEVOIR2610 20% PROMO É C L A I R Nos héroïnes L\u2019araignée du soir Marie Vieux-Chauvet racontée par Stéphane Martelly Lundi 28 octobre 2019 à 19 h Activité gratuite (réservation au 514 845-4890) Café-bar du Théâtre ESPACE GO 4890, boul.Saint-Laurent, Montréal En partenariat avec LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Médias 16 GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Je me souviens d\u2019avoir fait jouer le premier album d\u2019Harmonium en entier à partir d\u2019un acétate, un pressage test que le groupe m\u2019avait lui-même apporté avant même que l\u2019album paraisse », raconte (traduction libre) le défunt animateur Denis Grondin dans une capsule historique récemment diffusée afin de célébrer le 50e anniversaire de CHOM.Voici le soleil, voici la lumière : c\u2019est avec Here Comes the Sun des Beatles que le 97,7 FM devient en 1969 une station d\u2019album-oriented rock (AOR), une désignation signifiant que les DJ pouvaient déposer l\u2019aiguille sur n\u2019importe quelle chanson d\u2019un disque, et pas que sur la grosse toune connue.Il y a évidemment très longtemps que les animateurs d\u2019une radio commerciale ne choisissent plus eux-mêmes ce qui entrera dans nos oreilles.Mais, au cœur d\u2019un écosystème d\u2019un conservatisme indissociable de l\u2019obligation des chaînes envers leurs annonceurs, CHOM, une propriété de Bell Média, peut néanmoins se targuer de compter parmi les stations les plus sensibles aux (rares) jeunes artistes croyant encore au pouvoir de la guitare.The Damned Truth, Les Shirley, Sam Fender : ça joue là, et pas vraiment, sinon pas du tout, ailleurs (à l\u2019exception des radios étudiantes et communautaires).« As-tu un band ?Si t\u2019avais apporté ton album, on l\u2019aurait écouté ! Tout le monde a une chance », lance Matthew Good, directeur de la programmation de CHOM, dans la salle où se réunit toutes les trois semaines son comité d\u2019écoute.Le représentant du Devoir a, malheureusement, été pour la dernière fois membre d\u2019un groupe il y a plus de quinze ans.Tout le monde a une chance, vraiment ?L\u2019exemple des Shirley en fait foi : bien que le trio n\u2019ait à son actif qu\u2019un EP de quatre titres et ne jouisse pas du soutien d\u2019une puissante machine promotionnelle, sa bombe Korben Dallas a abondamment tourné à CHOM tout l\u2019été.Il y a donc de la place pour du son nouveau, à n\u2019en point douter, mais une place limitée : un maximum de 11 à 13 pièces fraîchement parues \u2014 locales et internationales \u2014 peuvent figurer parmi les rotations fortes de l'« esprit du rock », dont l\u2019auditeur cible est un homme de 25 à 54 ans.« Est-ce qu\u2019il y a une répétition des chansons de Supertramp, Genesis, Pink Floyd, Led Zeppelin ?Absolument, et il n\u2019y a aucune gêne à faire entendre ces groupes-là, parce Avenir et passé réconciliés à CHOM À l\u2019occasion de son 50e anniversaire, réflexion sur la place qu\u2019accorde le 97,7 FM à la nouveauté L\u2019animateur Terry de Monte (au centre), le directeur musical Pierre Landry (à gauche) et le directeur de la programmation Mathew Wood (à droite) dans les locaux de la radio CHOM, à Montréal, le 17 octobre dernier ALICE CHICHE LE DEVOIR « présente S A L L E B O U R G I E SALLE BO U R G I E .C A Intégrale des cantates de Bach \u2022 An 6 La Chapelle Rhénane Dimanche 24 novembre \u2022 14 h 30 Un moment d\u2019exception avec le célèbre ensemble français, pour sa première visite en Amérique du Nord.Karina Gauvin, soprano Pacific Baroque Orchestra Samedi 2 novembre \u2022 20 h Nuits blanches à Saint-Pétersbourg Un programme rare d\u2019airs d\u2019opéras et d\u2019œuvres instrumentales entendus à la cour de Russie au XVIIIe siècle.19 20 Présenté par Beethoven, un virtuose à Vienne Samedi 9 novembre \u2022 20 h Dimanche 10 novembre \u2022 14 h 30 Concert-documentaire explorant la vie et l\u2019œuvre de Beethoven, où se mêlent musique, images et extraits de correspondance.En prélude au Festival Beethoven 2020. LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 qu\u2019on les entend de plus en plus dans des films, des séries télé.Le rock classique est encore très fort.La force de CHOM repose sur ces piliers, entre lesquels on insère des nouveautés, en essayant d\u2019être cohérent, de ne pas zigzaguer », explique le directeur musical Pierre Landry, en poste depuis le printemps 2018.Son prédécesseur, Picard, avait, à son arrivée en 2013, amorcé ce travail d\u2019oxygénation de la discothèque de la station devenue tragiquement prévisible \u2014 Hotel California tous les jours à 14 h 05 \u2014 en accordant un peu de repos à certains tubes fatigués, ainsi qu\u2019en ouvrant les portes au grunge des années 1990 et à l\u2019indie rock du tournant du millénaire.Le règne Landry, sans complètement rompre avec ces changements instaurés par Picard, témoigne certainement d\u2019une plus grande prudence.L\u2019ancien VJ de MusiquePlus aura cependant été fidèle au serment qu\u2019il avait prêté lors de son arrivée : piger dans l\u2019ensemble du catalogue des légendes du rock doré en programmant à l\u2019occasion ce qu\u2019il appelle une balle courbe, et pas que des évidences.Can\u2019t You Hear Me Knocking des Stones, ça nous change de la très usée Start Me Up.« En nous limitant à un certain nombre de nouveautés, ça nous permet de bien les mettre en lumière, poursuit Landry.Il y a peut-être une certaine crainte d\u2019élargir un peu trop.Il y a une question de familiarité, de confort dans ce qu\u2019on propose.Puisque je carbure à la nouveauté, il y a des moments où j\u2019aimerais qu\u2019on en fasse plus, mais je constate l\u2019avantage Culture de ne pas trop en faire, pour ne pas que certaines nouveautés se perdent dans la mare.» « CHOM a un avenir, pour autant que le rock ait un avenir », résume le professeur au Département de musique de l\u2019UQAM Danick Trottier, au sujet de ce genre aussi increvable qu\u2019une co- querelle, mais qui aura été repoussé à la marge de la culture populaire au cours des quinze dernières années.Anecdote pas anecdotique : Funeral d\u2019Arcade Fire et American Idiot de Green Day, tous deux parus en 2004, sont les plus récents albums apparaissant au top 50 des cinquante dernières années révélé par CHOM en mai.Que CHOM choisisse de célébrer son 50e anniversaire en 2019, même si la station existe depuis 1963 (on y diffusait alors de la musique dite se- mi-classique), et même si elle n\u2019adoptait officiellement ses mythiques lettres d\u2019appel qu\u2019en 1971, en dirait long sur le naufrage du rock, dont l\u2019avenir est de plus en plus son passé.« On doit toujours désormais, dans l\u2019industrie du rock, s\u2019en remettre à des célébrations, souligne le prof Trottier.On est tellement en manque d\u2019événements qu\u2019on doit miser sur un événement qu\u2019on crée parfois soi-même de toutes pièces.» Pour Franz Schuller, directeur artistique de la maison de disques Indica, berceau de Half Moon Run et The Franklin Electric, l\u2019imprimatur d\u2019un média traditionnel comme CHOM demeure important.« CHOM, c\u2019est iconique.Si tu joues là, ça assoit ta crédibilité.Le scénario général de la radio commerciale, en Amérique du Nord, c\u2019est une catastrophe.C\u2019est à peu près impossible, partout ailleurs, de breaker un nouvel artiste.Comme les médias sont très suiveux, CHOM devient un levier pour convaincre d\u2019autres médias d\u2019écouter la musique d\u2019un band.» Le chanteur de Grimskunk salue par ailleurs le réel engagement des animateurs de la chaîne envers le milieu de la musique, en évoquant entre autres le jeune retraité Tootall et Jason Rockman, lui-même leader de la formation Slaves on Dope.Peu de radios commerciales, en effet, retransmettent aussi bien le pouls de la ville que le 97,7 FM.Pendant que la concurrence confie ses micros à des humoristes vedettes, CHOM fait confiance depuis 1984 (avec quelques intermèdes) au vétéran matinier Terry DiMonte, né à Verdun d\u2019un père d\u2019origine italienne et d\u2019une mère canadien- ne-anglaise, mais quand même fan fini de Serge Fiori.Pendant que la concurrence diffuse des émissions réseaux s\u2019adressant à l\u2019ensemble de la province, le 97,7 FM incarne une montréalitude certes anglophone, mais n\u2019ignorant pas que plus de 60 % de son auditoire parle d\u2019abord la langue de Gerry Boulet.Pierre Landry s\u2019esclaffe : « Nous sommes le \u201cBonjour-Hi\u201d accepté du coin Papineau et René-Lévesque.» CHOM 97,7 : 50 ans de rock à Montréal ! Au MTelus le 28 octobre avec The Tea Party, Sam Roberts Band, Michel Pagliaro et The Damn Truth.Du 22 novembre au 7 décembre Présenté par Au programme : The Knights Maurice Steger Reinhard Goebel Christian-Pierre La Marca et bien d\u2019autres LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 C ultur e Art s visuels 18 CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR Après la publication substantielle lancée il y a deux ans, la rétrospective muséale \u2014 la première en plus de 50 ans de carrière \u2014 s\u2019imposait pour COZIC, le duo formé en 1967 par Monic Brassard et Yvon Cozic dans la foulée de leur rencontre à l\u2019École des beaux-arts de Montréal, qu\u2019ils ont fréquentée au début des années 1960.Leur travail artistique allait justement se démarquer pour rompre avec la formation classique de cette école que d\u2019autres étudiants ont occupée en 1968, événement de contestation qui précipitera sa fermeture.Le contexte de l\u2019époque, celui des réformes sociales de la Révolution tranquille, appelait une redéfinition du statut de l\u2019art et de l\u2019artiste à laquelle le duo a contribué en amenuisant l\u2019écart entre les œuvres et la vie de tous les jours, ce qui signifiait aussi de les faire descendre de leur piédestal et de leur enlever leur aura sacrée.De là allait aussi être consommée la rupture avec la peinture abstraite de la génération précédente, un art jugé élitiste et autoréférentiel.Œuvres participatives L\u2019invitation à jouer, lancée dans le titre de l\u2019expo, est en cela cohérente avec l\u2019apport fondamental de COZIC qui a, dès son émergence, multiplié les stratégies pour défaire des cloisons et créer des œuvres se rapprochant des publics, tantôt en employant des matériaux inusités propres à l\u2019ordinaire de la vie, tantôt en stimulant la réception des œuvres par des matières tactiles aux couleurs toniques qu\u2019il était souvent possible de manipuler.Pour des raisons de conservation évidentes, l\u2019expo limite aujourd\u2019hui à quelques œuvres cette possibilité, mais compense dans les salles par des interventions de nature participative pour lesquelles un jeune public se sentira davantage concerné.L\u2019expérience même de la rencontre avec les œuvres est aussi mise en avant dans le parcours qui est centré sur elles, choix fait en accord avec COZIC par la commissaire invitée Ariane de Blois, qui signe d\u2019ailleurs un texte dans la monographie.Ce parti pris laisse toutefois de côté, ou relègue en filigrane, la mise en contexte sociohistorique des œuvres et, par conséquent, les évé- nements marquants auxquels a participé COZIC \u2014 Opération déclics (1968) et Corridart dans le cadre des Jeux olympiques par exemple \u2014, qui auraient exigé une documentation L\u2019abc de COZIC Le MNBAQ offre la reconnaissance muséale qui manquait au duo La plus déterminante des périodes est celle des années 1960-1970 avec les sculptures molles qui intègrent l\u2019héritage formaliste des abstractions et le dépassent LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 COZIC, à vous de jouer.De 1967 à aujourd\u2019hui De COZIC (Monic Brassard et Yvon Cozic), au Musée national des beaux- arts du Québec jusqu\u2019au 5 janvier.L\u2019invitation à jouer, lancée dans le titre de l\u2019expo, est en cela cohérente avec l\u2019apport fondamental de COZIC qui a, dès son émergence, multiplié les stratégies pour défaire des cloisons et créer des œuvres se rapprochant des publics.PHOTOS MNBAQ IDRA LABRIER soutenue et une mise en récit plus large.Le parcours opte pour un découpage chronologique qui permet plutôt de capter la production par séries des artistes.Qualifiées « d\u2019obsessions », ces phases sérielles sont introduites par des textes qui, avec une concision et une limpidité ne cédant rien à la complexité, soulignent généreusement les enjeux formels et conceptuels touchés par le duo en lien avec les pratiques contemporaines.Polymorphes La plus déterminante des périodes est celle des années 1960-1970 avec les sculptures molles qui intègrent l\u2019héritage formaliste des abstractions et le dépassent.L\u2019avant-gardisme de cette production repose sur l\u2019usage de matières textiles synthétiques (peluche, vinyle) et le recours à la couture, ce qui ouvrait des perspectives inédites sur le corps évoqué et participant, comme dans l\u2019emblématique Surface qui vous prend dans ses bras ou la plus humoristique Sans commentaire, qui suggère la rencontre sensuelle d\u2019organes génitaux.L\u2019accrochage est « bruyant », comme pour exagérer l\u2019aspect polymorphe des déclinaisons et la volonté claire de ne pas contenir l\u2019œuvre dans un espace autonome.Le cycle suivant, au tournant des années 1980, opère un changement radical en se consacrant à la cocotte, motif en papier plié inspiré de l\u2019enfance que la commissaire compare judicieusement au ready-made pour son caractère « trouvé », affiliant ainsi le duo avec une tendance conceptualiste elle aussi inventive.Le motif y est décliné à l\u2019envi.Puis les pliages se font variés et plus abstraits dans la décennie qui suit, où le duo explore les configurations fixes ou temporaires de plans plus amples.Réinvention Il est frappant de voir ensuite un autre tournant prendre forme dans la production des années 1990.Elle se dégage des murs et se fait plus graphique et aérienne, ou même chétive.Ces assemblages de matériaux pauvres parfois recyclés confirment l\u2019esprit dadaïste qui traverse le travail du duo, qui doit aussi beaucoup au surréalisme.Des références à ce mouvement artistique sont d\u2019ailleurs intégrées dans une enclave située au cœur du parcours qui recrée librement l\u2019atelier de COZIC et son foisonnement d\u2019artefacts, esquisses de projets ou trouvailles collectionnées.Cette mise en scène joue un rôle clé pour ouvrir sur le processus de création où les amoureux se retrouvent, sans distinction de frontières là aussi, entre le faire de l\u2019un et celui de l\u2019autre, au jour le jour et avec une économie de moyens aux portées en apparence inépuisables.Le plaisir de leur aventure commune dans la création est palpable, voire contagieux.L\u2019ennui ne semble pas toucher le duo qui jouit d\u2019une longévité exceptionnelle et, suivant la dernière section, tient encore à « réenchanter le quotidien ».La démonstration s\u2019embrouille cependant par une présentation surchargée, faisant notamment place aux œuvres du Codes couronnes, un alphabet chromatique de leur cru, qui peuvent finir par lasser.Malgré cette impression, l\u2019exposition témoigne de la forte capacité de réinvention de COZIC dans le temps et de sa place indéniable sur la scène des arts visuels d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.C ultur e Arts vi suels 19 Ses seules limites ?Les murs de la galerie, dirait-on.Paryse Martin semble à ce point animée par l\u2019énergie créatrice, qu\u2019elle donne l\u2019impression que ce qu\u2019elle expose actuellement à la Galerie 3, dans la basse-ville à Québec, n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.En sculpture, par le dessin, sur peinture, sa fougue narrative s\u2019exprime partout, sur tout, prend la forme de la sphère ici, dépeint un monde luxuriant là, donne naissance à un bestiaire fantaisiste là-bas.Répétition et accumulation sont ses modus operandi.L\u2019expo Limbes et renversements étonne d\u2019autant plus \u2014 ou assomme, c\u2019est selon \u2014, que la plupart des œuvres (une quarantaine, tirée de cinq corpus, et même plus) datent de 2019.À chaque coup, ça fourmille de détails, ça bouscule notre lecture, ça nous pousse plus loin.Ce sont des bronzes suspendus et longitudinaux, à l\u2019instar des feuillages qu\u2019ils reproduisent, qui se démarquent.Un éclairage frontal accentue leurs ombres, poussant les sculptures dans une autre dimension.Dans celle du dessin à leurs côtés, une œuvre plus ancienne, dont la sobriété n\u2019est pas moins évocatrice du cycle vie-et-mort qui teinte la pratique de cette conteuse qu\u2019est Paryse Martin.Jérôme Delgado SUR LE RADAR Limbes et renversements De Paryse Martin, à la Galerie 3, 247, rue Saint-Vallier Est à Québec, jusqu\u2019au 17 novembre Les contes de Paryse Paryse Martin, L\u2019herbier : le botaniste, 2019 ÉTIENNE BOUCHER LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 tout de suite.Les musiciens la connaissent très bien maintenant et elle met très bien en relief les qualités de l\u2019orchestre : une très belle harmonie, des cuivres ronds pas trop clinquants et des cordes chaleureuses.On sait bien que de grands orchestres sont associés à l\u2019esthétique de leur salle.J\u2019ai donc beaucoup aimé.» Quant à la succession de Kent Na- gano, est-ce pour lui un rêve, une chose possible ou souhaitable ?« Dans ce genre de discussions, si elles ont lieu, c\u2019est toujours délicat de parler avant qu\u2019une chose soit faite ou décidée.Ce que je sais, c\u2019est que je suis très heureux de revenir à Montréal parce que j\u2019ai trouvé un groupe qui avait envie de travailler, un groupe sain musicalement et humainement.J\u2019ai la chance de collaborer avec de merveilleux orchestres dans le monde et ce qui me motive dans mes relations avec les orchestres, c\u2019est une base très simple : être d\u2019accord sur la direction dans laquelle on va et développer un projet commun en dehors de toute routine, relire les œuvres que l\u2019on joue sans s\u2019asseoir sur une tradition un peu paresseuse.C\u2019est pour cela que je reviens avec très grand plaisir, car j\u2019ai senti tout de suite cela à Montréal.» Un chef très occupé Tout cela paraîtrait très prometteur si la vie ne se heurtait à un élément incompressible : le temps.Et François- Xavier Roth est un homme extrêmement occupé.Directeur général de la musique de la ville de Cologne en Allemagne, directeur musical et fondateur de l\u2019orchestre Les Siècles, premier chef invité de l\u2019Orchestre symphonique de Londres, artiste en résidence de la Philharmonie de Paris, François-Xavier Roth est aussi, depuis septembre 2019, directeur général et artistique de l\u2019Atelier lyrique de Tourcoing.Pour un OSM qui clamait au début du processus chercher une figure de proue qui incarnerait Montréal comme a pu le faire Kent Naga- no, cela fait beaucoup.François-Xavier Roth détaille pour nous ses activités.« Les Siècles, c\u2019est un orchestre que j\u2019ai créé.C\u2019est sûr que c\u2019est un projet qui m\u2019intéresse énormément et sur lequel je reviens toujours.C\u2019est une forme de laboratoire, où j\u2019ai aussi développé des projets sociaux et d\u2019éducation.C\u2019est un orchestre indépendant qui n\u2019est pas rattaché à une salle.Je lui consacre entre 12 et 14 semaines par an, mais c\u2019est plus flexible qu\u2019à Cologne, où je suis directeur de la musique et où nous avons une autre manière de programmer.» « À Cologne, je m\u2019occupe de l\u2019orchestre, le Gürzenich, et de l\u2019opéra, où je dirige deux ou trois productions par an.C\u2019est la chose qui me prend le plus de temps : 16 à 18 semaines.Entre ces deux socles, je suis aussi principal chef invité de l\u2019Orchestre symphonique de Londres.Je dirige deux à trois concerts d\u2019abonnement au Barbican, qui sont suivis de tournées ou d\u2019enregistrements.C\u2019est très flexible.Nous n\u2019avons pas un nombre de semaines précis, mais c\u2019est une relation à long terme, car c\u2019est l\u2019orchestre ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR rançois-Xavier Roth ne sera plus à Montréal pour fêter ses 49 ans, le 6 novembre prochain, puisqu\u2019il dirigera l\u2019Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dès mercredi et jeudi cette semaine avant de reprendre la route d\u2019un calendrier surchargé.Peut-être l\u2019occasion se présen- tera-t-elle dans le futur, car le chef français fait partie du cercle de ceux qui peuvent intéresser la direction de l\u2019orchestre dans le cadre de la succession de Kent Nagano.Lors de la première venue de Fran- çois-Xavier Roth à Montréal, il y a pile un an, nous avions titré notre compte rendu : « Un chef, un vrai ! », soulignant la « véritable jubilation spirituelle et sensorielle » procurée par un concert regroupant des œuvres de Ligeti, Dukas, Liszt, Ravel et Bartók.En conclusion, nous écrivions : « Un chef avec une intelligence musicale pareille, un tel niveau d\u2019exigence et d\u2019inspiration et qui parle au public (en français seulement) de son programme d\u2019une imparable cohérence, Dieu sait quand on le reverra ! » Cette semaine en sera l\u2019occasion.Et tout comme avec Vasily Petrenko, Juanjo Mena, Jérémie Rhorer, Alain Altino- glu ou Rafael Payare, Le Devoir a interrogé François-Xavier Roth sur ses sentiments à l\u2019égard de l\u2019orchestre et son potentiel intérêt pour le poste de directeur musical.Comme un parfum électoral Contrairement à nombre de ses collègues qui se contentent de quelques mots, François-Xavier Roth, fils du célèbre organiste Daniel Roth, développe largement ses réponses autour de ce thème.« Il y a presque un an, je découvrais l\u2019orchestre que j\u2019ai beaucoup connu à travers ses enregistrements.C\u2019était un programme un peu particulier autour d\u2019Halloween avec des œuvres plutôt sombres.L\u2019orchestre est dans une magnifique forme et, d\u2019ailleurs, lors de la tournée européenne, notamment à Paris, tout le monde a relevé ses qualités.J\u2019ai été très bien accueilli et nous avons travaillé dans une très bonne atmosphère.Je me réjouis donc de revenir pour un programme très différent.» Roth est tout aussi prolixe sur la salle : « Je m\u2019y suis senti très bien Culture Classique 20 L\u2019opération séduction de François-Xavier Roth De passage à Montréal, le chef français se réjouit de retrouver « un groupe sain musicalement et humainement » François-Xavier Roth dirigera l\u2019Orchestre symphonique de Montréal mercredi et jeudi cette semaine.MARCO BORGGREVE F LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Classique 21 qui m\u2019a donné ma chance à mes débuts lorsque j\u2019étais un \u201cbébé-chef\u201d.» Désormais s\u2019ajoute la direction artistique de l\u2019Atelier lyrique de Tour- coing.« Ce sera très lié aux Siècles.C\u2019est une chance pour Les Siècles de poser ses bagages pour répéter et donner en priorité des programmes [concerts et opéras] présentés ensuite ailleurs.» Le poste de Tourcoing n\u2019est donc pas lié à une quelconque relève de Jean-Claude Malgoire auprès de son orchestre, La Grande Écurie et la Chambre du Roy : « Je dirigerai l\u2019orchestre pour un concert en hommage à Jean-Claude Malgoire en janvier, mais La Grande Écurie va être menée par Alexis Kossenko.» Le projet qui reste à dévoiler est celui qui fera de Tourcoing « une sorte de plaque tournante de ce qui se fait de mieux en musique et art vocal.Nous serons un tremplin pour de jeunes ensembles et des formations de musique de chambre », promet le nouveau directeur de l\u2019endroit.Quant au titre d\u2019« artiste en résidence » à la Philharmonie de Paris, il n\u2019implique pas une surcharge de travail, mais officialise un partenariat régulier du chef qui s\u2019y produit avec Les Siècles, ses orchestres de Cologne, de Londres et l\u2019Orchestre de Paris.Le « ce n\u2019est pas une question de semaines » de François-Xavier Roth sous-entend qu\u2019il en reste quelques- unes.Au cas où\u2026 Resterait alors à s\u2019entendre sur la programmation.Car si Roth combat la routine, c\u2019est aussi sur ce terrain qu\u2019il risque de frotter les oreilles des Montréalais, le cas échéant.« Je ne fais pas les distinctions habituelles entre la musique romantique, classique, baroque et contemporaine.J\u2019ai dit un jour : \u201cJ\u2019aime les musiques contemporaines de toutes les époques.\u201d « Je ne dirige pas tout, mais je n\u2019aime pas une programmation trop conventionnelle.Lorsqu\u2019on lit un programme, j\u2019aime qu\u2019on puisse avoir l\u2019impression qu\u2019on va écouter sous un autre angle des œuvres que l\u2019on connaît déjà.Je dirigeais récemment un programme avec la suite de Platée de Rameau, le 2e Concerto pour violoncelle de Matthias Pintscher et la symphonie Jupiter de Mozart.« C\u2019est un type de programme que j\u2019aime bien.Avec Les Siècles à Berlin, j\u2019ai dirigé la suite des Indes galantes de Rameau, une œuvre d\u2019Hel- mut Lachenmann et Harold en Italie de Berlioz.» À Montréal, cette semaine, François- Xavier Roth jouera safe avec l\u2019ouverture Leonore III de Beethoven, le 1er Concerto de Bartók et Une vie de héros de Strauss.Pour la métropole, c\u2019est déjà hardi, car nous n\u2019avons aucun souvenir d\u2019avoir vu une de nos deux grandes institutions symphoniques oser programmer les 1er ou 2e Concerto pour piano de Béla Bartók en ce XXIe siècle ! Les concerts de la semaine Victor Julien-Laferrière.La France, pépinière de violoncellistes, nous amène, après Edgar Moreau, un nouveau talent : Victor Julien-Laferrière, vainqueur du Concours Reine Élisabeth de Belgique.Avec le pianiste Jonas Vi- taud, il jouera au Ladies\u2019 Morning les Variations sur la Flûte enchantée composées par Beethoven, Pohadka de Janá?ek et les sonates pour violoncelle et piano de Poulenc et Rachmaninov.À la salle Pollack, le dimanche 27 octobre, à 15 h 30.Quatuor Borodine.Pro Musica lance sa série « 1, 2, 3, 4 Beethoven » (anciennement « série Pier- re-Rolland ») avec un concert du fameux Quatuor Borodine qui interprétera le Quatuor Opus 18 no 1 du compositeur allemand, avant de retourner à Chostakovich avec Élégie et le Quatuor no 3, opus 73.À la salle Pierre-Mercu- re, le vendredi 1er novembre, à 20 h.Les Siècles, c\u2019est un orchestre que j\u2019ai créé.C\u2019est sûr que c\u2019est un projet qui m\u2019intéresse énormément et sur lequel je reviens toujours.C\u2019est une forme de laboratoire, où j\u2019ai aussi développé des projets sociaux et d\u2019éducation.FRANÇOIS-XAVIER ROTH » i lucia di lammermoor 9 .12 .14 .17 N O V E M B R E 2 0 1 9 D O N I Z E T T I Kathleen Kim S O P R A N O C O L O R AT U R E LUC IA Venez découvrir le talent de cette étoile montante, acclamée lors de son récent passage au Metropolitan Opera et décrite comme «?spectaculaire?» par Opera News. LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Disque 22 Pour le centenaire du compositeur, la musique de Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) commence à susciter une considération autre qu\u2019une condescendance pour un supposé imitateur de Chostakovitch.Les Symphonies de chambre nos 1 et 3 datent de 1987 et 1990.Weinberg fut sans doute encouragé par le travail similaire effectué sur les quatuors de Chostakovitch.La 1re Symphonie de chambre est à la base un quatuor (le 2e) composé en 1940 dont le caractère tragique, la facture et le langage n\u2019ont rien à envier à Chostakovitch.Il est vrai que cela y ressemble, mais c\u2019est admirable.Pour la 3e Symphonie de chambre, le point de départ est le 5e Quatuor (1945) en cinq volets.Weinberg n\u2019en a pris que les 1er, 3e et 4e mouvements et a composé un finale entièrement neuf, un Andante de 10 minutes, très feutré, sorte de perpetuum mobile obsessionnel (tragique enfermement) duquel naît une seconde idée (création), le tout se disloquant après implosion dans un poudroiement sonore.Superbe travail d\u2019interprètes de la ville de Minsk où Weinberg fit ses débuts.Christophe Huss Mieczyslaw Weinberg East-West Chamber Orchestra, Rostislav Krimer, Naxos 8.574 063 CLASSIQUE Ça lui en fait combien ?Voyons la feuille de pointage : 41, rien que dans la colonne studio.Van the Man ne ralentit pas la cadence et ajoute pas moins de 14 nouvelles chansons à la colonne d\u2019à côté, celle des chansons originales.Qui sont toutes top niveau.La routine ?Non.La coche au-dessus.En plus de la bonne soupe de racines R&B, country, soul, gospel et blues, notre cher mâchouilleur de phonèmes n\u2019a pas eu l\u2019élocution aussi nette depuis Brown-Eyed Girl.Vaste palette dans l\u2019instrumentation, ça nous change aussi : la pedal steel dans Bags Under My Eyes, le frénétique piano boogie d\u2019Early Days, les hachures ska de Nobody in Charge (James Hunter et Leon Bridges ont encore des croûtes à manger), la basse au pic très 1967 d\u2019In Search of Grace, tout sert le propos, parfois noir foncé (Dark Night of the Soul).Sinon le refrain tout croche de Fame Will Eat the Soul, où Van et Bill Medley se pilent dessus, c\u2019est pertinence et groove partout.Sylvain Cormier Three Chords and the Truth Van Morrison Exile / Caroline / Universal CHANSON SOUL Moins original en apparence que le projet Anamorfosi présenté ici il y a deux semaines, Phaéton de Lully, déjà enregistré par Minkowski et Rous- set, n\u2019en reste pas moins un nouveau coup d\u2019éclat dans la discographie de Vincent Dumestre et marque une étape dans l\u2019histoire du Poème harmonique, allié ici pour la première fois avec le chœur et l\u2019orchestre Mu- sicAeterna prêtés par Teodor Cur- rentzis pour ce projet lullyste travaillé en profondeur et créé à Perm, en Russie, avant de gagner les ors de Versailles, où la mise en scène de Benjamin Lazar, le vieux complice scénique de Dumestre (cf.Le bourgeois gentilhomme), a été filmée.Cerise sur le gâteau, le château de Versailles se fait éditeur et joint le DVD du spectacle aux deux CD illuminés par un travail acharné sur la prosodie et par une distribution de haut vol où se distinguent Léa Trommenschlager, les jeunes révélations Victoire Bunel et Eva Zaïcik et un trio masculin (Mathias Vidal, Cyril Auvity, Lisan- dro Abadie) secondés par de belles voix russes dans des rôles annexes.Christophe Huss Jean-Baptiste Lully 1/2 MusicAeterna, Vincent Dumestre, 2 CD et 1 DVD CV 5015 CLASSIQUE Âme fifties : premier album de matériel neuf d\u2019Alain Souchon en onze ans.Événement, pardi ! Dommage que le titre soit si repoussoir.Jargon rétro.On dirait Rockcollection, solution de facilité à la Voulzy.Il n\u2019aurait jamais dit fifties, le « Gabin bougon » de Touchez pas au grisbi, nommé dans la chanson-titre.Âme ado, tiens, ça aurait mieux collé à ces évocations justes et juteuses des années cinquante.On s\u2019aimait, voilà un titre qui dit tout sans dire love : « On s\u2019envoyait à travers la figure / Des verres d\u2019eau, des mots, des épluchures / On s\u2019aimait ».Ouvert la nuit, ça, c\u2019est du panneau réclame digne du grand ébouriffé chéri.Autre exemple ?« Regarder les photos le soir / Nos voyages en Angleterre / Me met un p\u2019tit cafard capillaire », serine le prince du vague à l\u2019âme dans la joliment chaloupée On s\u2019ramène les cheveux.Que les musiques soient de lui, du fiston Pierre ou du pote Laurent, c\u2019est le verbe d\u2019Alain qui berce, caresse, console.Un sans-faute, ce florilège.À un mot près.Sylvain Cormier Âme fifties 1/2 Alain Souchon, Warner CHANSON Oiseaux-Tempête est un groupe niché aux multiples couches de mystère dont on parle trop peu.Le collectif visiblement fana de Godspeed You ! (et coll.) formé par les Français Frédéric D.Oberland et Stéphane Pigneul mérite pourtant qu\u2019on s\u2019y attarde avec le plus grand des sérieux, d\u2019autant plus que ce quatrième opus compact et poétique, tout en progression, a été enregistré ici.Urgence, fébrilité, fatalité : l\u2019équilibre de From Somewhere Invisible est atteint par ses moments de retenue agrémentés des touchantes cordes de Jessica Moss (Thee Silver Mt.Zion) et de l\u2019électro caractéristique de Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem in My Heart).Ça permet de reprendre son souffle avant le retour du chant incantatoire de G.W.Sok (The Ex), qui vient punkifier l\u2019affaire.La liste de collaborateurs géniaux est trop longue pour tous les nommer.Sur Ütopiya (2015) et Al-\u2019An ! (2017), le groupe nous emmenait voguer en haute mer.Ici, on prend un élan et on plane au-dessus de territoires occupés.Sophie Chartier From Somewhere Invisible Oiseaux- Tempête, Sub Rosa POST-ROCK Jamais Kyle Wall (Wharfer) ne nous a paru aussi proche, ses histoires aussi lucides, ses musiques aussi enracinées.Le cinquième album du musicien américain, récemment déménagé de Brooklyn à Seattle, sonne comme une liberté totale, comme s\u2019il n\u2019y avait plus rien à perdre de tout dire et de tout se permettre \u2014 ce qui n\u2019est certainement pas anodin.The Teeth, étrange jusque dans son titre, est une série de textes redoutables, cœur et poing laissés à se regarder, qui s\u2019accrochent à votre cou sans desserrer leur prise ; mais c\u2019est aussi un territoire d\u2019expérimentations où une voix graveleuse \u2014 on s\u2019y est attaché, à cette voix \u2014 fabrique autant le sens que le reste.Dans son alliage bien à lui de folk-americana souterrain, Kyle Wall joue encore de tout : piano, banjo, guitares, contrebasse, boîte à rythmes, harmonica.Ne manquez pas ses deux diamants, To Cease to Mean a Thing (To Anyone) et Spilling Guts, des aveux comme des poèmes noirs dans lesquels Kyle Wall circonscrit son essentiel : être, avoir été, vivre encore.Geneviève Tremblay The Teeth Wharfer, Indépendant INDIE FOLK Troisième album pour le compositeur britannique (et docteur en neurosciences !) Sam Shepherd sous le nom de scène Floating Points, et quelque chose comme un exploit en matière de cohésion musicale : tout écarquillé soit ce Crush, passant de la musique contemporaine à la bass music grondeuse, avec d\u2019évocateurs détours du côté du noise, de l\u2019avant-garde, du drum\u2019n\u2019bass et du UK garage, les matériaux sonores utilisés, la palette de couleurs musicales, assurent l\u2019unicité du ton de ce disque précieux, futé et viscéral que l\u2019on pourrait comparer au Compro de Skee Mask.Clinique mais mélodieux sur Environnements et la finale Apoptose, Pt.1 & 2 (leurs motifs rythmiques rappelant Autechre), coulant et creux sur les sombres Last Bloom et Anasickmodular, presque classique dans ses orchestrations sur Falaise et les apaisantes Birth et Sea-Watch, Crush est un disque aux multiples inclinaisons musicales et n\u2019oublie pas de rassasier ses fans avec la furieuse et dansante LesAlpx.Frais, audacieux sans être hermétique, l\u2019album s\u2019écoute en boucle.Philippe Renaud Crush Floating Points Ninja Tune ÉLECTRONIQUE Aviez-vous lu la nouvelle ?Les années 1990 sont revenues en vogue sur la planète techno, comme en témoigne ce généreux EP de la compositrice, remixeuse et DJ Leticia Trandafir, alias softcoresoft.La jeune leader de la scène underground montréalaise, qui tient la barre de l\u2019excellente émission radiophonique Ravelenght (sur n10.as), affiche son attachement au trance, au EBM et à l\u2019acid house des années rave en cinq puissantes compositions (six sur la version numérique) qui amalgament et réinterprètent les grooves et les textures sonores d\u2019antan.Dans sa vision d\u2019un passé pas si lointain, les sonorités acidulées du house avancent main dans la main avec les arpèges psychédéliques du trance, au- jourd\u2019hui revisitées avec une approche plus brute et, ici, légèrement déséquilibrées.Les structures rythmiques singulières de Leticia Tranda- fir, presque electro sur Overstatement, claudicantes sur la fascinante Mycophilia, tendent à confirmer que la tendance rave est nettement plus novatrice que nostalgique.Philippe Renaud Otherworlds EP 1/2 softcoresoft Lobster Theremin ÉLECTRONIQUE LI RE L E D E V O I R // L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 O C T O B R E 2 0 1 9 Bédé Cauchemar technologique Biographie Lumières sur Anne Hébert LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 nées perdues dans la fleur de l\u2019âge ?« C\u2019est une mise au tombeau.Je crois que le temps s\u2019est arrêté dans cette chambre », reconnaît Marie-Andrée La- montagne.Mais c\u2019est un événement qui fait figure d\u2019épisode dans une existence marquée de façon plus générale par le spectre de la maladie et de la mort.Les années de réclusion et la dépression, la mort du poète Saint-De- nys Garneau, son cousin, ainsi que celle particulièrement tragique de sa propre sœur pendant qu\u2019elle était enceinte, deviendront des affluents de cet « étang à monstres » dans lequel plongeait au besoin l\u2019écrivaine.Femme d\u2019une grande beauté à la petite voix flûtée, incroyablement lumineuse \u2014 tous ceux qui ont pu l\u2019approcher en témoignent \u2014, Anne Hébert dégageait en même temps une certaine fragilité, parlant d\u2019elle-même jusqu\u2019à près de quarante ans comme d\u2019une « petite fille ».Une image de fragilité \u2014 doublée d\u2019une grande force intérieure, croit la biographe \u2014 qui a pu aussi conditionner certaines de ses amitiés, dont celles avec Jeanne Lapointe (toute première femme professeure titulaire de la Faculté des lettres de l\u2019Université Laval) et l\u2019écrivaine et universitaire Monique Bosco, qui vont tour à tour la soutenir et la protéger.Elle aura toujours aussi des chevaliers servants autour d\u2019elle, rappelle la biographe, évoquant Paul Flamand, Jean Cayrol, Frank Scott ou Jean-Charles Falardeau.« Anne Hébert, pour moi, naît deux fois , souligne Marie-Andrée Lamontagne.Elle naît bébé en 1916 au mois d\u2019août et elle naît une seconde fois quand elle arrive à Paris à l\u2019automne 1954.Elle naît aussi à cette époque comme écrivain, même si elle avait déjà publié deux livres à compte d\u2019auteur.C\u2019est-à-dire comme écrivain conscient de ses dons et de la voie dans laquelle elle veut s\u2019engager.» Lorsqu\u2019elle revient au Québec après trois ans en France, Anne Hébert est devenue quelqu\u2019un d\u2019autre, croit-elle.Mais ce n\u2019est qu\u2019après la mort de sa mère, en 1965, que l\u2019écrivaine déménagera pour de bon à Paris, avant sa brève installation à Montréal en 1997.Une aura de mystère, à la fois lumineuse et mortifère, qui vient s\u2019ajouter à « l\u2019énigme de sa vie sexuelle », la rumeur, disons-le, lui ayant souvent prêté une préférence pour les femmes.Si, on l\u2019a vu, de nombreuses amitiés féminines fortes et fidèles ont traversé son existence, la biographie de Marie-An- drée Lamontagne nous révèle qu\u2019Anne Hébert a entretenu une « amitié amoureuse profonde et réciproque » pendant une quarantaine d\u2019années \u2014 du reste peut-être non exclusive, de part et d\u2019autre \u2014 avec le Français Roger Ma- me, qui dirigeait les anciennes Éditions Mame et leur grande imprimerie installées à Tours, dans la Loire.Et c\u2019est en 1963 avec cet homme, à 46 ans, a raconté Mavis Gallant à la biographe, qu\u2019Anne Hébert aurait « découvert la sexualité », elle qui partagera longtemps sa vie entre Paris et Menton dans le sud de la France, entre le prieuré du Clos-Lucé de Roger Mame et le Québec.En avril 1964, à 48 ans, dans une Lire Biographie 24 Lumières sur Anne Hébert Marie-Andrée Lamontagne a consacré 15 ans à cette première biographie de l\u2019écrivaine décédée en 2000.Un événement.Anne Héberte siècle.Ce que l\u2019on connaît d\u2019elle se résume vite: sa beauté, sa discrétion légendaire, sa vie à Paris entre 1965 et 1997.Ses livres.ARCHIVES LE DEVOIR ENTREVUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR n en sait en général bien peu sur l\u2019immense Anne Hébert (1916-2000), poète et romancière, figure majeure de la littérature québécoise du XXe siècle.Ce que l\u2019on connaît d\u2019elle se résume vite : sa beauté, sa discrétion légendaire, sa vie à Paris entre 1965 et 1997.Ses livres.Par conséquent, il est faible de dire que la publication d\u2019une première vraie biographie fouillée et documentée de l\u2019auteure de Kamouraska constitue un petit événement.Et pour Marie-Andrée Lamontagne, rencontrée un matin d\u2019octobre dans une boulangerie du quartier Notre- Dame-de-Grâce à Montréal, Anne Hébert, vivre pour écrire, représente quinze années de travail \u2014 dix ans de recherche et cinq ans pour la rédaction.Une somme nécessaire et largement inédite.Quinze ans, tout en faisant autre chose, c\u2019est le temps qu\u2019il lui aura fallu pour éclairer les nombreuses zones d\u2019ombre, fouiller les archives et la correspondance, rencontrer amis ou témoins.Tenter de mettre au jour le « mystère » Anne Hébert, une écrivaine qui la fascinait, elle qui n\u2019avait fait que l\u2019entrevoir un bref moment à Paris au milieu des années 1980.Au chapitre des difficultés rencontrées par Marie-Andrée Lamontagne, romancière et journaliste, directrice générale de la programmation et des communications du Festival littéraire Metropolis Bleu \u2014 et qui aussi a dirigé de 1998 à 2003 les pages culturelles duDevoir \u2014, figure bien sûr très haut la discrétion légendaire d\u2019Anne Hébert, mélange de timidité et de farouche indépendance.Il aura fallu aller explorer sous la surface.Et sous la surface, ce qui frappe d\u2019abord est de découvrir cette espèce de trou noir qui a marqué le début de sa vingtaine, lorsqu\u2019on l\u2019a crue atteinte de tuberculose.Cinq années à vivre comme une recluse dans le cocon familial à l\u2019atmosphère contrôlée de l\u2019avenue du Parc à Québec.Couvée au-delà du raisonnable par des parents eux-mêmes à la santé fragile, estime la biographe.Mais aussi, on s\u2019en doute, cinq années passées à lire et à rêver, à broyer beaucoup de noir et à s\u2019évader par la porte étroite de son imagination.En littérature comme en religion Mais la tragédie n\u2019étant jamais loin chez Anne Hébert, ce diagnostic de tuberculose va se révéler faux.Cinq an- O LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 25 Lire Avez-vous votre propre tribunal de conscience ?Quelles sont les valeurs que vous chérissez et qui ne sont pas négociables ?La liberté ?L\u2019égalité ?L\u2019intégrité ?Au-delà de quelle limite morale votre degré d\u2019indignation crie-t-il à votre conscience que c\u2019est inacceptable ?Nous vivons à une époque qui brouille volontairement les pistes entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, parce que la dictature du relativisme règne en maître dans le royaume de la liberté d\u2019expression.À en croire l\u2019air du temps, entre le bourreau et la victime, il faut désormais écouter les deux versions sous prétexte qu\u2019elles se valent.Une minute de silence pour les victimes de la Shoah et une autre pour la jeunesse hitlérienne partie vaillamment défendre l\u2019idéal de l\u2019Europe blanche nettoyée de « l\u2019autre », du « métissé », du « juif impur » ?Au tribunal de ma conscience, ma limite s\u2019arrête ici.Et la vôtre ?Sauf que l\u2019idéal humaniste semble aujourd\u2019hui dénoncé par ceux qui veulent entendre « d\u2019autres vérités » puisque les négationnistes et les révisionnistes exigent désormais non plus qu\u2019on les associe au Mal, mais qu\u2019on entende leur version du Bien.Écoutons-les.À commencer par le récent nobélisé de la littérature, Peter Handke.L\u2019écrivain autrichien de mère slovène, maître du scepticisme intellectuel et de l\u2019éloge du vide, a une œuvre littéraire impressionnante.Quel écrivain ou quel lecteur intéressé par Mittel Europa n\u2019a pas un jour croisé ses écrits ?Ses œuvres sont sorties de ma bibliothèque le jour où je suis tombée sur ses postures politiques : il a pris la défense de Mi- loševi?, a nié le génocide de Srebre- nica et a avancé sans scrupule que le siège de Sarajevo n\u2019était qu\u2019une mascarade montée de toutes pièces par les Bosniaques eux-mêmes pour salir l\u2019image des héroïques soldats de Mladi?et de Karadži?, qui ont décidé de défendre, six siècles plus tard, l\u2019Europe du Turc impur (rappelons que les trois concernés ont été condamnés par la justice internationale pour les crimes contre l\u2019humanité).Conséquent avec son légendaire scepticisme, Handke ne séparait pas la littérature de la vie : puisque soi-disant les médias occidentaux avaient « mordu » à l\u2019hameçon tendu par Zagreb et Sarajevo, par souci d\u2019équilibre, Handke n\u2019allait pas défendre le peuple serbe ni ses victimes, mais plutôt ses forces les plus barbares (son véritable ennemi) et, du même coup, attirer les projecteurs sur sa figure d\u2019écrivain à la grande gueule.Conclusion : si le tribunal de votre propre conscience vous le permet, vous n\u2019êtes pas obligés, mais pouvez parfaitement dissocier l\u2019œuvre de l\u2019auteur : Handke n\u2019est peut-être pas limpide sur le plan politique, mais sur le plan littéraire, c\u2019est un génie.Et le lien avec le Bien et le Mal dans tout ça ?Dans son pamphlet controversé Justice pour la Serbie (1996), le long des fleuves « slaves » qu\u2019il navigue, Handke découvre l\u2019hermétisme des populations serbes et vit à leur contact une sorte d\u2019illumination : la véritable Europe pure, blanche, chrétienne et nettoyée de tous ses envahisseurs persiste et résiste héroïquement dans ces contrées.Le mythe de pureté du peuple serbe, mais aussi de toute l\u2019Europe chrétienne homogène se trouve dans ces foyers héroïques mal-aimés de l\u2019Histoire et incarne pour Handke sa propre version du Bien.La défendre est tout aussi légitime que ceux qui défendent la mixité et la diversité.Où est le problème, demanderont sans doute naïvement les défenseurs « d\u2019autres discours » ?Il est du côté de la force, quand elle se trouve alliée à ces visions puristes et met sur pied les camps de concentration, les génocides et les nettoyages ethniques pour arriver à faire triompher sa propre vision du Bien.Dans La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal (Nouvelles éditions de l\u2019aube, 2017), petit livre signé par deux survivants des totalitarismes de notre siècle, Boris Cyrulnik et Tzvetan To- dorov, les deux penseurs mettent en garde contre les « autres » conceptions du Bien : « Tous les grands criminels de l\u2019histoire ont été animés par le désir de répandre le Bien.» Est-ce un hasard si, tout juste avant l\u2019effondrement de la Yougoslavie, le mythe de pureté est justement né dans les académies des lettres un peu partout dans la péninsule balkanique, où les éminents intellectuels et écrivains ont talentueusement élaboré les dangereux récits ultranationalistes qui, par définition essentialistes, n\u2019incluent forcément pas l\u2019autre ?Est perverse toute conception de la vie et de la littérature, les deux n\u2019étant aucunement séparables, qui n\u2019inclut pas l\u2019autre.L\u2019Académie de Nobel, ébranlée déjà par les nombreux scandales sexuels, vient de créer un troublant scandale moral, sous prétexte lâche et facile qu\u2019il faut séparer l\u2019œuvre de l\u2019auteur.Plaider pour l\u2019éternité de Handke, c\u2019est souscrire implicitement au mythe de pureté.Ni l\u2019Europe ni la Suède ne sont à l\u2019abri du monstre qui renaît de ses cendres.Mythe de pureté MAYA OMBASIC lettre à sa mère qui déplore l\u2019éloignement de sa fille, elle lui expliquait la tentation d\u2019une vie transatlantique : « Ici, il peut m\u2019arriver encore des choses heureuses.Je puis faire des rencontres passionnantes, des amitiés, un amour profond, peut-être.Au Canada, je sais très bien que rien ne m\u2019arrivera plus jamais, surtout pas d\u2019amour.Au Canada, pour moi, c\u2019est de Saint-Denys étouffé dans une neurasthénie due en partie à ce trop peu de vie que nous offre notre pays.» Il reste que c\u2019est la littérature qui semblait prendre la plus grande place dans son existence.« Je suis rentrée en littérature comme on rentre en religion », expliquait-elle à une tante religieuse en 1965, sentant peut-être le besoin de mettre les points sur les « i » et un peu plus de distance entre elles La biographie éclaircit parfois ce qu\u2019Anne Hébert tend souvent à noircir.Au sujet en particulier de ses prétendues difficultés à publier chez nous ou du désert complet qu\u2019était le Québec à l\u2019époque de la Grande Noirceur.« Il y a une légende noire qui s\u2019est construite autour d\u2019elle, avec l\u2019apport d\u2019Anne Hé- bert certes, mais de manière presque candide.Une légende noire qui veut qu\u2019elle se soit établie à Paris parce que la société québécoise n\u2019était pas mûre à l\u2019époque pour recevoir son œuvre, qu\u2019elle avait été refusée partout, etc.» Une version qu\u2019il faut nuancer considérablement, estime la biographe, qui souligne avec justesse que la lecture sociologique que l\u2019on a faite très tôt de son œuvre a en quelque sorte préservé la vie privée de l\u2019écrivaine.« Cette lecture sociologique arrangeait Anne Hé- bert, explique Marie-Andrée Lamonta- gne, et c\u2019est un clou sur lequel a souvent tapé la critique universitaire, avec notamment sa grande amie Jeanne Lapointe, qui a infléchi la réception.Tout convergeait, y compris en France, pour une lecture sociologique de l\u2019œuvre qui va durer très longtemps.» Malgré la « prison inimaginable » (dixit l\u2019écrivaine) qu\u2019était le Québec dans lequel avaient grandi ses parents, Anne Hébert a obtenu la reconnaissance presque d\u2019emblée, rappelle Marie- Andrée Lamontagne, dès la publication du Torrent en 1950.Cela, malgré des difficultés à publier qui relèvent plus de « l\u2019état sinistré de l\u2019édition » au Québec à l\u2019époque qu\u2019à la portée subversive de son œuvre \u2014 Le torrent et les poèmes du Tombeau des rois seront d\u2019abord publiés à compte d\u2019auteur.Une reconnaissance qui n\u2019aura jamais vraiment fléchi par la suite, Anne Hébert accumulant tout au long de sa carrière les prix, les bourses et les distinctions.Plusieurs Prix du Gouverneur général, l\u2019Athanase-Da- vid, le prix Femina pour Les fous de Bassan en 1982, de même que le très convoité prix Gilles-Corbeil pour l\u2019ensemble de son œuvre en 1993.Mais il reste que c\u2019est le sentiment de la principale intéressée qui compte.À tort ou à raison, et avant toute chose.Et la biographie, en citant certaines lettres dans lesquelles Anne Hébert se confie à des proches, nous éclaire bien à ce sujet.« Mais c\u2019est tout le paradoxe et toute la richesse d\u2019un écrivain, de toute façon, que d\u2019être dans l\u2019ambivalence.» Pour Marie-Andrée Lamontagne, qui avait pris pour modèle la fameuse biographie que François Ricard a consacrée à Gabrielle Roy (Gabrielle Roy : une vie, Boréal, 1996), il s\u2019agissait d\u2019abord de « montrer que tout se tient ».L\u2019intimité, l\u2019œuvre, les choix.Et c\u2019est ce qu\u2019on appelle une vie.Anne Hébert, vivre pour écrire Marie-Andrée Lamontagne, Boréal, Montréal, 2019, 504 pages Marie-Andrée Lamontagne a tenté de mettre au jour le « mystère » Anne Hébert, une écrivaine qui la fascinait.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Son chien est mort.Littéralement.Roi, un berger allemand, « le seul être à [l\u2019avoir] aim[ée] pendant une éternité » abandonne Max à sa trentaine ordinaire et, surtout, à la tyrannie de ce « monstre » qui, en elle, était entré en dormance au contact presque miraculeux de l\u2019animal.Quel monstre ?Celui qui, depuis l\u2019enfance, pousse Max à se glisser par effraction au cœur des demeures de ses voisins.Celui qui nourrit en elle l\u2019impérieux désir de faire tomber leurs masques, quitte à devoir leur fendre la peau avec un couteau.Dans ses mots à elle : « Je voulais pas particulièrement les toucher ou leur faire du mal, mais j\u2019avais envie de les ouvrir pour regarder dedans.Je voulais les observer, surtout, quand ils se croyaient seuls.Les connaître pour de vrai.Les interactions calculées, ça m\u2019emmerde.» Les observer, surtout ?Cette dernière petite gêne, c\u2019était, comme de raison, avant que le départ de Roi rompe l\u2019ultime rempart intérieur l\u2019empêchant La mort de Roi 1/2 Gabrielle Lisa Collard, Le Cheval d\u2019août, Montréal, 2019, 144 pages de passer à l\u2019acte et de\u2026 tuer.Fantasme de revanche, doigt d\u2019honneur au conformisme, diatribe d\u2019une jeune femme vomissant une société misogyne et grossophobe, La mort de Roi pousse au bout de sa logique la violence qu\u2019inspire à sa narratrice la banalité dans laquelle choisit de se vautrer un certain homme blanc privilégié, qui deviendra sa victime de choix.Aussi pervers qu\u2019enivrant, le plaisir initial de ce premier roman de Gabrielle Lisa Collard tient ainsi beaucoup à cette pulsion qu\u2019assouviront par procuration tous ses lecteurs et lectrices qui se sont un jour réveillés avec l\u2019envie de faire taire les cons, trop nombreux, qui nous entourent, en plantant un objet pointu dans leur cou ou dans leur poitrine.La finesse de ses scènes les plus barbares, remplies de doute et de sursauts d\u2019empathie, lui permet cela dit d\u2019échapper aux clichés d\u2019une banale fiction vengeresse.En faisant le choix judicieux de ne pas surpsychologiser la folie meurtrière de son antihéroïne, la journaliste devenue autrice évite d\u2019ajouter un autre livre à la kyrielle de « radiographies d\u2019une pathologie » qui foisonnent en librairie, une stratégie lui permettant de bien mettre en exergue la teneur indéniablement politique de son discours.C\u2019est le portrait complexe, drôle et troublant d\u2019une femme qui ne peut se soustraire au dédain qu\u2019elle inspire qu\u2019en commettant le pire, qui se construit à mesure qu\u2019elle accumule les crimes impunis.Porté par un style débordant de cet humour impitoyable propre à celles qui ont déjà tutoyé le désespoir, La mort de Lir e Fiction québécoi s e 26 La revanche de l\u2019endeuillée Gabrielle Lisa Collard signe avec La mort de Roi une fiction vengeresse qui échappe aux clichés du genre Roi oscille sans cesse entre la condamnation péremptoire et l\u2019hyperbole passionnée, un amour des paroxysmes auquel un dénouement précipité ne rend cependant pas complètement justice.Plus qu\u2019une histoire d\u2019animal de compagnie ayant rejoint le paradis (une réelle tragédie qui offre néanmoins au roman ses chapitres les plus poignants), cette lettre d\u2019adieu à un ami irremplaçable rappelle que la mort d\u2019un être cher a ceci de douloureux qu\u2019elle est toujours aussi le présage de toutes les autres à venir.Voilà une fatalité face à laquelle l\u2019hypocrisie endémique de notre monde, qui révolte Max, apparaît d\u2019autant plus scandaleuse.Gabrielle Lisa Collard publie une lettre d\u2019adieu à un ami irremplaçable, rappelant que la mort d\u2019un être cher est toujours aussi le présage des autres à venir.JULIE ARTACHO ET LE CHEVAL D'AOÛT En faisant le choix judicieux de ne pas surpsychologiser la folie meurtrière de son antihéroïne, la journaliste devenue autrice évite d\u2019ajouter un autre livre à la kyrielle de « radiographies d\u2019une pathologie » qui foisonnent en librairie Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Conférence d\u2019Alain Denault L\u2019économie de la foi Jeudi 31 octobre à 19 h 30 Contribution suggérée : 5 $ Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Lancement-Causerie Anne Hébert, vivre c\u2019est écrire Avec Marie-André Lamontagne Animation: Guillaume Lamy Lecture: Danièle Panneton Mardi 29 octobre à 19 h Entrée libre Cette rencontre est soutenue par le Conseil des arts de Montréal LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 CRITIQUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le comédien et dramaturge François Godin publie cet automne chez Le- méac un premier roman, ou plus précisément une collection de récits intitulée La rumeur du monde est sans beauté.Comme s\u2019il n\u2019avait pas voulu rompre tout à fait avec les codes du théâtre, l\u2019auteur de Louisiane Nord (2004) et de Je suis d\u2019un would be pays (2008) donne à entendre des voix, celles de 17 personnages, des narratrices et des narrateurs qui pourraient bien être autant de facettes de celui qui les a créés.C\u2019est en croisant des gens dans la rue, dans le métro, dans un café ou dans un parc que François Godin a trouvé son inspiration : des vies à croquer, ou plutôt à rêver.« Je leur ai donné un prénom, un âge, explique-t- il en préambule.J\u2019ai été pour eux l\u2019écrivain public à qui rien n\u2019a été demandé.Celui qui lit sur le visage, comme d\u2019autres, dans les lignes de la main.Ils ne m\u2019ont rien raconté.Et pourtant, il me semble n\u2019avoir fait qu\u2019écouter.» Chaque récit est ingénieusement précédé d\u2019un paragraphe dans lequel l\u2019auteur précise à quel endroit et dans quel contexte il a observé la personne à laquelle il s\u2019apprête à inventer une existence.À partir d\u2019un geste, d\u2019une 27 Lire Fiction québécoi s e Galerie de portraits François Godin fait une remarquable entrée en littérature tenue, d\u2019une posture, il imagine, déduit un peu, extrapole beaucoup, se projette certainement.Ce sont des hommes et des femmes entre la vingtaine et la cinquantaine.Ils en sont à un moment crucial de leur vie.C\u2019est parfois un carrefour, un tournant, mais il s\u2019agit plus souvent d\u2019un moment clé, de ceux qui ne paraissent pas toujours importants sur le coup, mais qui s\u2019avèrent déterminants a posteriori.Ce sont des êtres aliénés par le travail, le mariage, la sexualité, la politique, l\u2019alcool, l\u2019argent\u2026 Ils réclament de l\u2019espace, du jeu, une pause, un répit.Ils se sentent dépossédés, envahis, trahis.Ils étouffent à un point tel qu\u2019il leur arrive de caresser l\u2019idée de mourir.La somme des parties Puisque chaque protagoniste narre sa propre histoire, chaque récit s\u2019apparente à un monologue, fait entendre une voix, une langue, un style, un rapport au monde.Chaque fois, il s\u2019agit de percer avec autant de promptitude que de délicatesse les profondeurs d\u2019une âme humaine.En une vingtaine de pages seulement, l\u2019auteur parvient à camper la scène, à dessiner les individus, à énoncer la complexité des enjeux et celle des émotions.Les personnages se révèlent si entièrement qu\u2019on a l\u2019impression, nous aussi, de les avoir rencontrés, de les connaître.C\u2019est souvent à regret d\u2019ailleurs qu\u2019on quitte un être avec lequel on a créé un lien particulièrement empathique pour entrer dans le destin d\u2019un autre.Mais c\u2019est dans la galerie des portraits, dans la mosaïque des expériences, grâce à l\u2019accumulation des trajectoires qu\u2019apparaît le tableau dans son ensemble, celui d\u2019une époque obscure, certes, mais tout aussi certainement transpercée de lumière.François Godin a trouvé son inspiration en croisant des gens dans la rue, dans le métro, dans un café ou dans un parc : des vies à croquer, ou plutôt à rêver.SHAYNE LAVERDIÈRE La rumeur du monde est sans beauté François Godin, Leméac, Montréal, 2019, 472 pages CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Il y a de ces expériences face auxquelles la métaphore, peu importe laquelle, apparaît toujours incomplète ou approximative, voire grossière.Sans jamais le dire exactement de cette manière, Lucille Ryckebusch semble bien instruite du mensonge, plus ou moins condamnable, qui consiste à parler de la maladie en employant autre chose que les mots sobres de la maladie.Dans Le sang des pierres, son premier livre, l\u2019autrice montréalaise d\u2019origine française choisit avec beaucoup de justesse, de vigilance et de cœur de nommer la douleur sans lui offrir le cadeau (qu\u2019elle ne mérite pas de toute façon) des formules trop jolies ou des images trop ouvragées, qui induisent forcément en erreur.Jeanne ne comprend pas pourquoi elle perd autant \u2014 parfois des litres \u2014 de sang.Un fibrome s\u2019est logé dans son utérus et confond les spécialistes qui ne savent expliquer ni réellement apaiser ses souffrances.L\u2019angoisse lancinante d\u2019un corps qui décide de faire à sa tête et devant lequel la science ne peut que bégayer traverse ainsi l\u2019ensemble de ce texte, que l\u2019on pourrait appeler roman, bien qu\u2019aucun qualificatif générique n\u2019apparaisse sur sa couverture, ni dans les communiqués qui l\u2019accompagnent (une coquette- La maladie sans métaphore Le sang des pierres est une longue lettre adressée à un ancien amoureux Le sang des pierres 1/2 Lucille Ryckebusch, Le Quartanier, Montréal, 2019, 138 pages L\u2019autrice montréalaise d\u2019origine française Lucille Ryckebusch publie son premier livre.JUSTINE LATOUR LE QUARTENIER rie dont Le Quartanier a l\u2019habitude).Longue lettre adressée à un ancien amoureux, Le sang des pierres est aussi l\u2019histoire d\u2019une relation empoisonnée entre la narratrice et cet homme qui ne l\u2019aime plus et qui accepte de prendre soin d\u2019elle : « J\u2019appréciais ces moments parce que je savais qu\u2019ils t\u2019étaient arrachés, parce qu\u2019ils ne se seraient pas produits sans la maladie.» Si bien que les hémorragies utérines qui accablent Jeanne deviendront peu à peu le symbole de tout ce qui peut nous échapper sans avertissement, de la part d\u2019inconnu façonnant notre relation à notre corps et notre relation à l\u2019être aimé.En se gardant de verser dans les comparaisons boiteuses, Lucille Rycke- busch joue subtilement d\u2019effets miroirs, alors que le mensonge des violences chirurgicales, ou du moins d\u2019une médecine refusant d\u2019entendre les doléances de celle qu\u2019elle soigne, fait écho aux mensonges d\u2019un homme qui se dérobe à ses propres responsabilités.Le portrait du monde hospitalier n\u2019est cependant pas que désolant.La relation indicible et étrange qui unit Jeanne à son chirurgien bienveillant procure au livre des pages dont la puissance tient au respect dont elles témoignent pour des réalités devant lesquelles le langage ne peut rien.Ce livre d\u2019une force essentiellement attribuable à son sens de la retenue traduit avec acuité, sans aucun violon, ce que c\u2019est que de ne plus s\u2019appartenir, une torture inhérente aux maux physiques comme aux maux du cœur.Il oppose surtout un contre-discours essentiel, d\u2019une courageuse et implacable vérité, aux âneries nombreuses que l\u2019on colporte au sujet du deuil \u2014 deuil d\u2019un amour ou de l\u2019intégrité de son corps.« Le temps passe, la souffrance prend moins de place, mais elle demeure, là, sur ma peau, auprès des cicatrices qui la sillonnent.» LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Lir e B ande dessinée 2 8 La tendance pour la contradiction de l\u2019autrice et artiste Brigitte Archambault se reflète dans Le projet Shiatsung, qui est loin d\u2019être une œuvre simple.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR qui n\u2019est jamais nommée, et qui a vécu toute sa vie cloîtrée dans la même maison barricadée par un mur de bé- ton, élevée depuis son enfance par\u2026 un écran d\u2019ordinateur.Son nom : Shiatsung.Ainsi, à travers les planches, on suit le parcours rocambolesque et d\u2019autant plus accablant de cette jeune femme entre liberté et soumission, entre nature et technologie.Les moments cocasses où les tabous n\u2019existent plus se superposent au contexte troublant dans lequel ce personnage principal évolue.D\u2019ailleurs, avance l\u2019autrice, cette fascination pour la technologie, et surtout, sa possibilité de se développer jusqu\u2019à l\u2019infini, n\u2019est pas anodine.« C\u2019est dans l\u2019air du temps, l\u2019intelligence artificielle, et tout ça ; j\u2019essayais de m\u2019imaginer un futur où la technologie serait tellement poussée que ça nous amènerait à être enfermés dans nos maisons, où il y aurait une intelligence artificielle qui essaierait de nous contrôler.» Dans Le projet Shiatsung, ce futur où la technologie dépasserait les limites, est loin d\u2019être joyeux.Au départ, les planches semblent quasi idéalistes : Shiatsung, l\u2019écran omniscient accroché au mur du salon, se donne des airs de source d\u2019information infinie, et répond aux moindres désirs de son hôte : approvisionnement alimentaire, divertissement, éducation\u2026 On se rend compte assez vite, toutefois, que des limitations s\u2019imposent : l\u2019écran refuse de répondre lorsqu\u2019on lui demande qui habite de l\u2019autre côté du mur de béton entourant sa maison, par exemple.L\u2019entité prend même des airs autoritaires, voire répressifs au cours de l\u2019histoire \u2014 de quoi donner la chair de poule, et l\u2019autrice en est consciente.« C\u2019est triste.Le livre, il est pessimiste, insiste-t-elle.Cette idée [d\u2019intelligence artificielle] est venue naturellement, parce qu\u2019on en entend parler beaucoup.J\u2019essaie vraiment de m\u2019imaginer ça, jusqu\u2019où ça pourrait aller.» En opposition, on retrouve le personnage principal qui tente tant bien que mal de vivre et découvrir son humanité dans ce monde aseptisé.Les conséquences de cet environnement donnent lieu à des scénarios pour le moins troublants, autant pour la jeune femme qui les subit que pour le lecteur qui en est témoin.« Quand elle découvre sa sexualité, quand les animaux rentrent là-dedans ; ces espèces de fantasmes qui se transforment en trucs d\u2019horreur\u2026 C\u2019est venu intuitivement, inconsciemment, explique l\u2019artiste.Plus ça allait, plus je me rendais compte que je mettais en Cauchemar technologique Brigitte Archambault explore l\u2019opposition entre humanité et intelligence artificielle dans sa première bédé ENTREVUE SARAH BOUMEDDA LE DEVOIR J\u2019aime créer les malaises, admet Brigitte Ar- chambault, en parlant de son livre Le projet Shiatsung.C\u2019est sûr et certain, je ne peux pas dire le contraire.Mais en même temps, je suis une fille super gênée.Je me dis \u201c qu\u2019est- ce que je suis en train de faire, là ?Je ne sais pas ! Ça te met mal à l\u2019aise, mais c\u2019est tellement drôle, en même temps.» Cette tendance pour la contradiction se reflète d\u2019autant plus dans Le projet Shiatsung, la première bande dessinée de Brigitte Archambault, qui est loin d\u2019être une œuvre simple.L\u2019intrigue va comme suit : on fait connaissance avec une jeune femme « LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 29 Lire B ande dessinée BANDE DESSINÉE Après un bref retour sur la première aventure permettant de renouer avec le méchant Crâââ, une nouvelle histoire s\u2019amorce alors que le vilain « fonce dans le trou de la page et se lance au galop dans le désert de l\u2019autre histoire ».Il bondit jusqu\u2019à Saleville, où règne Pat Sourire, l\u2019autre méchant, avec qui l\u2019horrible fumeur de cigare nauséabond jouera du coude pour gagner le cœur de la belle Lolita.À l\u2019instar du premier titre paru dans cette série écrite par Marthe Pelletier, Le méchant, la belle et l\u2019autre méchant est une plongée au cœur d\u2019un univers fait de tous les clichés du genre.Les bagarres, les saloons, les chevaux doués de parole, les personnages grossiers et l\u2019humour s\u2019unissent dans une ronde mouvementée.L\u2019abondance de détails dans le trait de Richard Écrapou appuie cette traversée, qui reste toutefois quelque peu essoufflante.Car si le graphisme épouse adroitement la vivacité de l\u2019histoire, la combinaison des deux peut créer une surdose de Far West.Marie Fradette Le méchant, la belle et l\u2019autre méchant 1/2 Marthe Pelletier et Richard Écrapou, Monsieur ED, Montréal, 2019, 128 pages BANDE DESSINÉE Trois ans après Érik Satie.Cinq nouvelles en forme de poire, le jeune bédéiste français Bastien Loukia, né à Honfleur en 1992, signe une adaptation ambitieuse et fidèle du chef-d\u2019œuvre de Dostoïev- ski à partir de la traduction de Victor Derély (Plon, 1884).Forte d\u2019une riche palette où dominent de vibrantes teintes d\u2019ocre, de cadrages serrés sur les visages déformés \u2014 on pense parfois aux œuvres de Soutine \u2014 et de plans subjectifs, la bande dessinée traduit à merveille la sensation d\u2019oppression, le sentiment de paranoïa et les remords qui assaillent le pauvre étudiant Raskolnikov après qu\u2019il eut assassiné à la hache une cruelle usurière et sa sœur innocente.Tandis qu\u2019il ponctue le récit, judicieusement condensé, d\u2019éloquents plans d\u2019ensemble illustrant la misère régnant dans la Russie impériale, Loukia ose un audacieux hommage aux œuvres de Male- vitch dans la scène du cauchemar de Raskolnikov.Une bédé remarquable qui donne envie de se (re)plonger dans l\u2019œuvre du grand romancier russe.Manon Dumais Crime et châtiment Fiodor Dostoïevski et Bastien Loukia, Philippe Rey, Paris, 2019, 160 pages opposition la nature et la technologie.Plus on évolue, plus la technologie entre dans nos vies, plus on essaie d\u2019être \u201c surnaturels , on déconnecte d\u2019avec la nature.» Cette déconnexion d\u2019avec la nature est un phénomène actuel, avance Brigitte Archambault.« On s\u2019isole, on oublie ce qu\u2019on est.Mais elle, elle le découvre par elle-même, parce qu\u2019elle est toute seule.» N\u2019empêche que la façon dont cette escalade se dévoile à travers les pages a de quoi bouleverser : la violence y est présente ; le malaise s\u2019installe rapidement ; et la fin\u2026 nous laisse sur notre faim.Ça aussi, c\u2019est voulu.« Je trouve que la fin laisse les gens au questionnement et à l\u2019interprétation.Il y en a peut-être qui ne comprennent pas trop, mais c\u2019est ça que je veux aussi.» Foisonnant, éclaté Dans toute sa complexité et ses thèmes percutants, il est étonnant d\u2019apprendre que Le projet Shiatsung est la première aventure littéraire de Brigitte Archambault.L\u2019autrice est artiste contemporaine et animatrice de profession, ayant cumulé au cours de sa carrière expositions en galerie et courts métrages.« J\u2019ai connu la bédé plus sur le tard.Aujourd\u2019hui, c\u2019est tellement foisonnant.C\u2019est tellement éclaté ! » s\u2019extasie-t-elle.La bande dessinée est une fascination nouvelle pour elle, découverte à travers des exemplaires de fanzines punk des années 1980 et des inspirations indie.Parmi ses idoles, elle nomme l\u2019étoile montante Nick Drnaso (Sabrina, Presque Lune) ou bien le dessinateur belge Olivier Schrauwen (Arsène Schrauwen, L\u2019Association).« C\u2019est de l\u2019art.Je pense que c\u2019est une discipline qui est profonde ; t\u2019as le temps de raconter une histoire, d\u2019établir un mood.» C\u2019est au début de 2018 que s\u2019est profilée l\u2019idée de mettre au jour son propre roman graphique.« J\u2019ai un rêve, c\u2019est de faire une bédé, raconte-t-elle.Je me disais, c\u2019est le moment ou jamais.Même si je ne gagnerai rien, je le fais.Ça m\u2019a déculpabilisée, parce que je sentais que je faisais quelque chose pour moi, que j\u2019avais le goût de faire.» Au fil des planches, les images venaient toutes seules, dit-elle.Avoir un personnage principal féminin \u2014 et sans nom, aussi \u2014 a contribué à cet avènement d\u2019idées facile.« Je voulais vraiment me sentir comme le personnage, de m\u2019immiscer dans ça, de m\u2019imaginer comment je pourrais être dans une maison toute seule.À quoi tu penses ?Tu t\u2019explores, tu grandis dans une maison, tu deviens une femme\u2026 Je me mettais à la place du personnage.» Brigitte Archambault admet que les instances présentes au sein de son œuvre peuvent en choquer certains, en dégoûter d\u2019autres \u2014 mais en fasciner plusieurs, aussi.« Je me sentais gênée, confie-t-elle.Mais en même temps, j\u2019avais du fun, je trouvais ça drôle.Je riais quand ma fille vivait toutes ces émotions.C\u2019est rigolo, t\u2019sais.» Le projet Shiatsung Brigitte Archambault, Mécanique générale, Montréal, 2019, 208 pages Illustrations tirées du livre Le projet Shiatsung MÉCANIQUE GÉNÉRALE C\u2019est dans l\u2019air du temps, l\u2019intelligence artificielle, et tout ça ; j\u2019essayais de m\u2019imaginer un futur où la technologie serait tellement poussée que ça nous amènerait à être enfermés dans nos maisons, où il y aurait une intelligence artificielle qui essaierait de nous contrôler.BRIGITTE ARCHAMBAULT » LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR « Et si l\u2019autre / c\u2019était fini », interroge le « je » distancié d\u2019À l\u2019eau froide les ombres, plus récents poèmes de Mathieu Boily qui, après Cœur tomate et Jieux, clôt son triptyque Bouturales.L\u2019autre, en effet, est presque absent de ce recueil, et pourtant il est partout, sous-entendu, dans les préoccupations d\u2019un poème qui cherche sa voix et d\u2019un sujet écrivant qui, dans « l\u2019ornière des beaux mots », tente de retrouver sa nue-propriété.Et si l\u2019autre, c\u2019était moi ?Le sujet écrivant a du chemin à faire et rien n\u2019indique qu\u2019il saura se retrouver, étant si loin de lui-même que c\u2019est un « je » à la troisième personne : « et pourtant c\u2019est là / que je a campé / un temps plein / dans la plore du cuir / qui le bordait ».Cette distance lui permet d\u2019ironiser sur son sort : « je s\u2019offre à fleur / de poème à boire / même mort entretient / son arrière-goût / en esthète sûr ».Comme si c\u2019en était assez de cette poésie du moi, de la fleur de peau et du vague à l\u2019âme, et que l\u2019auteur n\u2019arrivait pas à écrire ses vers sans avoir conscience de générer un poème, il amalgame la perdition de son « je » à la poudre aux yeux des mots, des vers : « poème / je ne dit rien de l\u2019esprit / volontairement / il cesse ou apprend / à cesser / de se rouler là-dedans ».Le poème se construit ainsi, par ce sujet qui éprouve son rapport au monde et cherche sa parole, retenu par la crainte que les mots ne soient que fausses représentations : « voilà je assis / dans son lit prêt à envoyer / pieds devant le poème / qui le traîne et dans lequel / il s\u2019oublie le jour durant ».La langue est en adéquation avec le sujet, déconstruite et près de sa musicalité : « et dans le dur de l\u2019amo / lisse- ment de toute ».Ce jeu, adoubé à des enjambements maîtrisés \u2014 véritable force de l\u2019écriture \u2014, offre une double lecture, les vers se lisant et se relisant, créant une pluralité sémantique : « coulé de spirales / grand-laissé des révolus / sillon d\u2019essors lui / définisseur ».Finalement, à tâtons, le sujet se confronte à lui-même et la langue retrouve le chemin des conventions.L\u2019écriture, plus fardée, mais sans élision ni enjambement, s\u2019offre alors quelques élans lyriques et de magnifiques descriptions, dont celle-ci : « la maison crépite / les feuilles s\u2019égouttent / le ciel pousse ses vents / et l\u2019arbre foudroyé de la veille / conserve intacte / sa sciabilité impatiente ».En amalgamant le sujet écrivant à son poème, Boily articule habilement le lien intrinsèque entre la construction identitaire et la prise de possession de la langue.Pour être maîtrisée et devenir parole, la langue doit d\u2019abord être déconstruite, de cette même façon que l\u2019être doit se briser pour trouver son unité.La quête du protagoniste, ancrée dans la langue plus que dans la chair des émotions, ne plaira pas à tout le monde, mais cette liberté ironique vis- à-vis du texte offre un point de vue rafraîchissant sur la prise de parole poétique.Une détonation qui fait du bien.Lire 30 Une charpente rongée par les vers Dans À l\u2019eau froide les ombres, Mathieu Boily fait corps avec la langue pour reconstruire son être À l\u2019eau froide les ombres 1/2 Mathieu Boily, Le Quartanier, Montréal, 2019, 80 pages Après Cœur tomate et Jieux, Mathieu Boily clôt ici son triptyque Bouturales.FRANCIS VACHON LE DEVOIR CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES LE DEVOIR Il est des histoires où le paysage semble être le personnage principal.Dans l\u2019Arctique, c\u2019est l\u2019immensité qui commande.Le froid est son second.La faim et le silence, la lumière et son envers des longues nuits boréales viennent ensuite.De pierre et d\u2019os raconte l\u2019une de ces histoires.Une nuit d\u2019hiver, une adolescente inuite est séparée de sa famille après l\u2019ouverture d\u2019une faille sur la banquise.Elle se retrouve seule sur le rivage avec ses habits, le manche brisé d\u2019un harpon, une peau d\u2019ours roulée et un couteau en demi-lune, une amulette et cinq chiens séparés eux aussi de leur groupe.Ainsi s\u2019amorce pour Uqsuralik \u2014 nom qui désigne un animal blanc, entre l\u2019ours et l\u2019hermine \u2014 une petite odyssée initiatique, où la survie dans cet immense désert blanc commande chaque geste et chacune des décisions à prendre.Sous les étoiles, après avoir résisté à la sauvagerie des chiens, connu pendant des semaines la faim et la solitude, elle va rencontrer d\u2019autres familles, se rendre utile et se faire une place dans ce monde sans frontières.Comme son père lui avait appris à chasser, chose rare pour une femme, on décide vite de l\u2019appeler Arnaautuq, Garçon manqué.Capable de subvenir à ses besoins, elle va passer toute seule un été sur la toundra, enceinte, avant de tomber sur un frère de sa mère et son petit clan.Ses parents, eux, sont sans doute morts.Et quand elle pense à eux, elle se plaît à les imaginer « vivant paisiblement ensemble, au pays où l\u2019on n\u2019a jamais faim ».Racontant cette histoire à la première personne, dans une espèce de flux de conscience qui couvre plusieurs années, De pierre et d\u2019os, sixième roman de Bérangère Cournut, nous entraîne au plus près de cette traversée du paysage.Une odyssée initiatique, pleine d\u2019une cruauté toute naturelle, mais empreinte aussi d\u2019une très grande douceur, où la femme finira par découvrir sa véritable nature.Rythmé par les saisons et les mortalités, par la ronde des phoques, caribous, ombles, guillemots ou renards, très imprégné de spiritualité inuite et s\u2019inspirant sans lourdeur des mythes qui donnent un sens à la vie, aux naissances et aux souffrances, De pierre et d\u2019os, en nous entraînant tout au nord, nous parle de solidarité \u2014 nécessaire ou naturelle \u2014, de circularité des éléments et des gestes que l\u2019on pose.Après Née contente à Oraibi (Le Tripode, 2017), qui était cette fois une plongée dans la culture des Indiens hopis en Arizona, l\u2019écrivaine née en 1979, aussi poète ayant publié deux recueils au Québec à L\u2019Oie de Cravan, semble affectionner l\u2019exotisme, qu\u2019il soit chaud ou froid, les décors épurés et les cosmogonies terre-à-terre.Un roman qui se fera peut-être taxer par certains d\u2019appropriation culturelle, qui n\u2019y verront qu\u2019une écrivai- ne française se glissant, du haut de sa culture dominante, dans la peau d\u2019une Inuite.Alors qu\u2019incarner l\u2019autre, c\u2019est peut-être approcher la définition même de la littérature, mélange d\u2019empathie pour l\u2019autre et d\u2019imaginaire.De pierre et d\u2019os 1/2 Bérangère Cournut, Le Tripode, Paris, 2019, 256 pages Odyssée nordique Bérangère Cournut raconte le voyage initiatique d\u2019une jeune Inuite En nous entraînant tout au nord, le roman de Bérangère Cournut nous parle de solidarité \u2014 nécessaire ou naturelle.LE TRIPODE LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Ian Manook écrit beaucoup.Après la série des Yeruldelgger et celle de Roy Braverman, revoici Kornelius Jakobson, qui menait l\u2019enquête dans Heimaey.Et, un peu comme si Patrick Manoukian n\u2019arrivait pas à oublier son passé de rédacteur de guides de voyage, nous voici revenus en Islande après avoir définitivement quitté les steppes mongoles en passant par le Mato Grosso, les Appalaches profondes et l\u2019Alaska primitif et sauvage.L\u2019Islande, donc, et ses paysages lunaires absolument stupéfiants.On insiste parce que, chez Manook, le paysage est plus qu\u2019un décor et joue même toujours un rôle primordial.Un imbroglio de catégorie supérieure Kornelius, le grand troll, mène ici une enquête qui sort de l\u2019ordinaire sur le plateau moussu de l\u2019Askja : le corps de la victime a disparu, tout comme d\u2019ailleurs le seul témoin.L\u2019équipe technique trouve du sang partout, même si on a cherché à faire disparaître toutes les traces du crime, mais pas de cadavre, pas d\u2019empreintes.Rien, sinon l\u2019ADN et même le sperme de Kornelius, qui a eu une aventure avec la voisine sur la scène de crime\u2026 Quand le même genre de situation se reproduit à quelques variantes près \u2014 pas de cadavre, du sang qu\u2019on a cherché à faire disparaître et un témoin qui a pris le large \u2014 dans une autre enquête menée par l\u2019équipe de Kornelius, on devine que quelque chose ne va pas.D\u2019autant plus que tout cela se passe alors qu\u2019un sniper se met à tirer sur des sites fortement fréquentés par les touristes, un peu partout dans le pays.Bref, c\u2019est la panique à Reykjavik ! Il s\u2019avérera \u2014 même si on ne vous dévoile rien d\u2019important ici \u2014 que cette histoire de tireur d\u2019élite est beaucoup plus menaçante que les deux autres enquêtes rocambolesques où Manook et ses personnages s\u2019amusent à mener le lecteur (et la police !) en bateau.Ici, on fait face à un véritable coup monté aux implications politiques extrêmement importantes.Une journaliste en paiera d\u2019ailleurs le prix et, cette fois, oui, on retrouvera son cadavre.Kornelius et son équipe parviendront de justesse à se sortir de cet imbroglio de catégorie supérieure, mais ils y laisseront des plumes.Beaucoup de plumes.Par contre, le policier verra s\u2019ouvrir de nouveaux possibles devant lui puisqu\u2019il retrouvera des personnes qu\u2019il avait cru à jamais disparues de sa vie.Peut-être en saurons-nous plus un jour puisque Manook a pris l\u2019habitude de développer ses histoires en trilogies\u2026 Les fans de Manook, comme tous les autres d\u2019ailleurs, retrouveront ici ses manies et ses tics, qui deviennent à la longue un peu agaçants ; comme cette façon de titrer les chapitres avec les derniers mots qui mettent fin audit chapitre.Par contre, son humour se raffine avec les années.Ici, par exemple, il fait intervenir deux policiers surnommés Komsi et Spinoza qui agrémentent le récit de citations tirées de philosophes classiques avec, souvent, énormément de pertinence et de drôlerie.Bref, un bon Ian Manook déroutant et surprenant.Comme à l\u2019habitude.Panique à Reykjavik ! D\u2019étonnants quiproquos sur fond de paysages lunaires à couper le souffle\u2026 Chez Ian Manook, le paysage est plus qu\u2019un décor.Il joue un rôle primordial.ALBIN MICHEL CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Enfant, Mary Shelley est une rêveuse et une lectrice assoiffée d\u2019histoires.Autant celles qu\u2019elle découvre dans les livres que celles qu\u2019elle se plaît à imaginer, ses propres rêveries ou, comme elle les appelle, ses « châteaux du ciel ».Un soir de fête, organisée par son illustre père, William Godwin, elle reste cachée derrière le canapé pour écouter La complainte du vieux marin, récit terrifiant raconté par son auteur, Samuel Taylor.Un conte qu\u2019elle n\u2019oubliera jamais.Si Frankenstein ou le Prométhée moderne est bien connu des amateurs de littérature fantastique et de science- fiction, l\u2019inspiration qui est à l\u2019origine du classique reste pour la plupart moins connu.Linda Bailey et Júlia Sardà comblent cette lacune avec Mary auteure de Frankenstein (La Pastèque), dans lequel elles racontent ce qui a mené l\u2019auteure anglaise à inventer cette « créature hideuse assemblée de chairs mortes ».D\u2019abord racontée par Shelley elle- même dans l\u2019introduction de son roman \u2014 édition de 1831 \u2014 afin d\u2019expliquer aux sceptiques et aux lecteurs intrigués comment une jeune femme de 18 ans avait pu imaginer pareil monstre, la genèse de l\u2019histoire est reprise ici avec concision et netteté par le duo Bailey et Sardà.Si l\u2019imagination de Shelley est pour beaucoup dans la création de Frankenstein, qu\u2019un rêve l\u2019a propulsée vers lui, il y a aussi dans cette traversée l\u2019importance des rencontres.Depuis le poète Percy Bysshe Shelley, qui deviendra son époux, jusqu\u2019à l\u2019ami Lord Byron qui, un soir de tempête, mettra ses compagnons au défi d\u2019écrire la meilleure histoire de fantômes, l\u2019entourage de Mary Shelley a certes contribué à nourrir son imaginaire.C\u2019est dans un style dépouillé, fait de phrases courtes, sur un ton à la fois candide et atmosphérique, que Linda Bailey \u2014 traduite ici par Éric Fontaine \u2014 nous offre une histoire à la fois stupéfiante et inspirante, digne de l\u2019auteure.L\u2019horreur au bout du trait Le récit de Bailey non seulement permet une incursion dans l\u2019univers de Mary Shelley, il invite aussi à prendre le pouls de cette époque bouillonnante.Que l\u2019on pense aux avancées et expériences scientifiques, aux rencontres entre jeunes intellectuels, à la place des femmes dans cette société d\u2019hommes, bref à tout un pan créatif de l\u2019histoire.Et cette plongée au cœur de l\u2019époque qui a vu naître Frankenstein est illustrée avec force et minutie par l\u2019Espagnole Júlia Sardà.Faites de lignes franches et dures, de personnages élégants, mais froids et inquiétants, les illustrations oniriques contribuent pour beaucoup à l\u2019ambiance énigmatique de l\u2019ensemble.Depuis la campagne anglaise jusqu\u2019à ce monstre créé par Frankenstein, immense, qui occupe l\u2019imagination de Mary, chaque scène offerte évoque avec efficacité l\u2019étrangeté, l\u2019aspect fantomatique du propos.Les couleurs sombres, les variations de plans, le trait à la fois réaliste, candide et fantasmagorique épousent ainsi avec grâce et doigté l\u2019imagination et l\u2019intelligence de cette petite rêveuse devenue grande dame de lettres.31 Lire Dans la tête de Mary Shelley Un album illustré pour découvrir l\u2019inspiration derrière la création de Frankenstein Mary auteure de Frankenstein Linda Bailey et Júlia Sardà, traduit de l\u2019anglais par Éric Fontaine, La Pastèque, Montréal, 2019, 48 pages Détail d\u2019une illustration de Júlia Sardà tirée du livre Mary auteure de Frankenstein LA PASTÈQUE Askja Ian Manook, Albin Michel, Paris, 2019, 427 pages LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR Voici un essai qui est doux et qui fait du bien.Dans cette « autobiographie intellectuelle autant que manifeste », le philosophe français Pascal Bruckner propose une stimulante et soulageante réflexion autour du temps long de la vie.En convoquant Anciens et Modernes, l\u2019auteur notamment de L\u2019euphorie perpétuelle « envisage cette période médiane, au-delà de 50 ans, où l\u2019on n\u2019est ni jeune ni vieux, mais toujours habité d\u2019appétits foisonnants ».C\u2019est « l\u2019été indien » de l\u2019existence.Le défi : savoir ce qu\u2019on en fera.De tout temps, des conventions ont marqué les âges.En citant Stefan Zweig, Bruckner rappelle qu\u2019au XIXe siècle, « être jeune constituait une entrave à toutes les carrières ».Depuis la Grande Guerre, faucheuse d\u2019une génération, puis Mai 68, la jeunesse est devenue vertu cardinale.La médecine aidant, la vie offre désormais un sursis de 20 à 30 années par rapport au début du XXe siècle.Une génération ! La cinquantaine arrivée, période située « entre la grâce et l\u2019effondrement », la question surgit : comment faire fructifier cette « moisson de jours supplémentaires » ?Ce sursis se veut angoissant et passionnant.Bruckner n\u2019est pas dupe : « Ce n\u2019est pas la vie que la médecine et le progrès scientifique prolongent, c\u2019est la vieillesse.» Un cadeau potentiellement empoisonné avec ses maladies et la démence.Partagé entre « l\u2019épouvante de la décrépitude et l\u2019espérance folle d\u2019un miracle », on admet que « prendre de l\u2019âge n\u2019est tolérable que si l\u2019on reste décent de corps et d\u2019esprit ».Beaucoup « souhaitent aujourd\u2019hui s\u2019affranchir et profiter de ce moratoire entre maturité et vieillesse pour réinventer un nouvel art de vivre », soutient l\u2019auteur, lui-même septuagénaire.Bruckner invite à s\u2019accomplir dans le quotidien, voire dans le travail.Il propose de se dépasser de multiples manières, en entretenant, par exemple, l\u2019esprit d\u2019exploration et de révélation, en se remettant à la connaissance, en exploitant les aspirations passées et la rétrospection pour rebondir.Bruckner prône aussi le maintien du goût des plaisirs et du monde.Appréhender ce dernier comme si c\u2019était la première fois, c\u2019est peut-être faire place à la passion et, oui, à l\u2019égarement des sens, à condition, bien sûr, « de faire preuve d\u2019élégance dans la proposition [\u2026].L\u2019appétence charnelle, à cette altitude, doit rester discrète »\u2026 Ainsi, à l\u2019automne de la vie, tout n\u2019est plus possible.Il importe cependant de demeurer mobile, la conscience ouverte, « même si le champ des virtualités s\u2019amenuise chaque jour ».Cet excellent essai propose de tendre vers une vie épanouie, plutôt que réussie, car le concept de réussite « a ceci de gênant qu\u2019il semble clore la recherche puisque l\u2019état le plus désirable a été atteint ».Par une chance inouïe, il est aujourd\u2019hui possible d\u2019y œuvrer plus longuement.Tant que l\u2019on aime et que l\u2019on crée, nous vivons une brève éternité, la seule qui nous est permise.Rien d\u2019autre ne nous est dû.Aussi bien l\u2019habiter pleinement jusqu\u2019à la chute finale, inéluctable.Lire Essai 32 Manifeste pour explorer « l\u2019été indien » de la vie Pascal Bruckner nous enjoint de continuer à nous épanouir après 50 ans Cet excellent essai propose de tendre vers une vie épanouie, plutôt que réussie.LUDOVIC MARIN AGENCE FRANCE-PRESSE Une brève éternité Philosophie de la longévité 1/2 Pascal Bruckner, Grasset, Paris, 2019, 256 pages CRITIQUE RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est cet appareil à soupirs goudronné de Michel Houellebecq qui parlait de « l\u2019urgence rock and roll » des Pensées de Blaise Pascal comme d\u2019une musique « sans rapport immédiat avec son temps ».Au carrefour des écritures de soi et de la théorie littéraire, la contexture de précieux bruits colligés par l\u2019Américaine Maggie Nelson témoigne en quelque sorte de la même urgence.En résulte le genre de livre qui vous fait tonner d\u2019enthousiasme : « Attendez, on a le droit d\u2019écrire comme ça ?» Ses propositions se présentent d\u2019entrée de jeu sous les oripeaux d\u2019une grande liberté formelle, d\u2019un pied de nez au discours de l\u2019ordre.Et tant pis pour la critique si elle n\u2019a que peu fréquenté Barthes, Sontag ou même Goethe (ou si pour elle, les fragments sont signe de paresse).Sauf qu\u2019il y a ceci : une fois qu\u2019on a lu Roland, Susan et Johann, en quoi une écriture un chouïa trop dépendante de leur influence peut-elle nous intéresser ?C\u2019est là que l\u2019intime intervient.La gravité institutionnelle « Je ne sais comment, ça a pris un tour personnel [\u2026] Je vais tenter de l\u2019expliquer », écrit l\u2019auteure, qui, après le vif succès des Argonautes, en 2015, voit aujourd\u2019hui ses érudites méditations sur l\u2019amour de la couleur bleue traduites aux Éditions du Sous-sol.Deux cent quarante « propositions » autour d\u2019une improbable obsession se mêlent ici aux ébats sexuels, au chagrin amoureux et au tragique destin d\u2019une amie devenue tétraplégique.Vanté comme « un bijou poétique et consolatoire, entre Stig Dagerman et Roland Barthes », Bleuets a été reçu avec enthousiasme par certains en raison d\u2019une idée un brin fainéante voulant que l\u2019auteure n\u2019ait pas son pareil pour rendre cool les œuvres qui nourrissent ses fragments poétiques (Michel Pastourneau, Joni Mitchell, Derek Jarman, Jacques Derrida, Marguerite Duras, Ludwig Wittgenstein).Or, l\u2019utilisation du « discours savant », dans Bleuets, se présente comme une grille qui cloisonne un monde trop souvent admiré depuis la lorgnette de l\u2019Institution.La proposition transpire une politesse, un quasi-conformisme qui, paradoxalement, empêche le personnel de s\u2019incarner pleinement ou même de vivre à la hauteur de l\u2019épigraphe pascalienne sur laquelle s\u2019ouvre le livre : « Et quand cela serait vrai, nous n\u2019estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine.» Ce constat a pour effet de rabaisser l\u2019intime à l\u2019anecdotique en ratatinant le vécu de Nelson et le travail de ses références dans une courte pointe cousue de substrat académique.Le cœur en bas de page L\u2019évident clin d\u2019œil à Barthes et aux Fragments d\u2019un discours amoureux force la comparaison.On se souviendra que la profondeur de ces derniers résidait dans le fait que l\u2019auteur n\u2019offrait au lecteur qu\u2019un schéma de projection où la forme était conséquente au propos.Ici, à l\u2019inverse, les expériences de Nelson perdent en puissance, comme si le cœur n\u2019était qu\u2019une note de bas de page.Au milieu de lumineux souvenirs torrides, un cours de prosodie ou bien un projet « païen, hédoniste et sexy » soumis à une université conservatrice tiennent le discours en laisse comme un surmoi indécrottable.C\u2019est encore Blaise Pascal qui écrivait : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger.» Aucun danger que cela arrive à Maggie Nelson avec Bleuets.Bleuets Maggie Nelson, traduit de l\u2019anglais par Céline Leroy, Éditions du Sous-sol, Paris, 2019, 112 pages « Je ne sais comment, ça a pris un tour personnel [\u2026] Je vais tenter de l\u2019expliquer », écrit l\u2019auteure Maggie Nelson.ANDREW TOTH AGENCE FRANCE-PRESSE Les yeux dans les bleus Maggie Nelson clame avec éclat son amour pour l\u2019une des trois couleurs primaires LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 33 Lire Essai Récemment, j\u2019ai aidé une élève de 4e secondaire à faire un devoir d\u2019histoire.La période étudiée était celle de l\u2019Acte d\u2019Union de 1840.Il s\u2019agissait de répondre à des questions en se référant au manuel.Les informations à retenir et à comprendre, dans cet exercice, étaient justes et détaillées : origines du rapport Durham, causes et teneur de l\u2019Acte d\u2019Union, enjeux linguistiques et revendication subséquente du gouvernement responsable.Le plaisir que j\u2019ai pris à replonger dans cette difficile période de notre histoire n\u2019était malheureusement pas partagé par l\u2019élève, écrasée sous une telle abondance d\u2019informations pointues.Est-ce là, me suis-je ensuite demandé, la meilleure façon d\u2019enseigner l\u2019histoire ?N\u2019est-on pas devant un cas de « trop, c\u2019est comme pas assez » ?Car, enfin, ne nous racontons pas d\u2019histoires : l\u2019élève type de 4e secondaire ne sait pas grand-chose de son histoire nationale.Dans ces conditions, ne court-on pas le risque de l\u2019égarer en lui faisant retenir une foule de détails ?Ne serait-il pas préférable, pour lui permettre de développer une vision d\u2019ensemble cohérente du passé québécois, de lui présenter un récit plus général, vivant, illustré, notamment, par quelques grandes figures, et, par conséquent, plus assimilable et plus susceptible d\u2019être retenu ?Ces questions m\u2019habitent en permanence.J\u2019ai la conviction profonde que l\u2019histoire est une indispensable école de citoyenneté et d\u2019humanité.Pour moi, un être humain privé du sens de l\u2019histoire \u2014 de son peuple et de son monde \u2014 est un sans-abri existentiel.J\u2019accorde donc une importance primordiale à la quête de la méthode idéale pour enseigner cette matière.Connaissance et méthode Les chercheurs réunis par les didac- ticiens Marc-André Éthier et David Lefrançois, dans Agentivité et citoyenneté dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire (M éditeur, 2019, 288 pages), partagent ma préoccupation à cet égard.Ils cherchent, eux aussi, la meilleure manière d\u2019enseigner l\u2019histoire.Pour apprécier leurs travaux, toutefois, il faut accepter de se colleter avec trois motifs d\u2019irritation : un jargon parfois assommant, une écriture inclusive déroutante (iels, ceusses, celleux, toustes) et un parti pris pour un enseignement réformé de l\u2019histoire, qui donne la priorité au développement de la pensée historienne \u2014 enquête, recherche, analyse critique des sources, résolution de problèmes \u2014 plutôt qu\u2019à la transmission de connaissances organisées en récit.J\u2019ai souvent exprimé mes réserves quant à ce dernier parti pris.Pour moi, le but de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, à l\u2019école et au cégep, est d\u2019abord de faire accéder à une connaissance rigoureuse et vivante du passé.Il est bien que, dans ce processus, les élèves soient initiés à la méthode historique critique de base.Ils doivent savoir, par exemple, que les sources n\u2019ont pas toutes la même valeur et que des débats quant à l\u2019interprétation de certains événements existent en histoire.Les questions de méthode, toutefois, ne devraient pas être au cœur de l\u2019enseignement de l\u2019histoire avant l\u2019université.Il ne s\u2019agit pas tant, dans ce débat, d\u2019opposer radicalement les deux approches \u2014 transmission d\u2019un récit ou développement d\u2019habiletés intellectuelles \u2014, ou d\u2019en exclure une, que de les hiérarchiser.Les chercheurs dirigés par Éthier et Lefrançois font un choix différent du mien, ce qui ne m\u2019empêche pas de trouver leurs travaux très éclairants.Il ressort des recherches présentées dans ce livre que les enseignants d\u2019histoire, au secondaire, demeurent, malgré les réformes inspirées par les idées des didacticiens, attachés aux bonnes vieilles méthodes.Ils continuent de préférer la transmission de connaissances à l\u2019initiation à la méthode historique, de présenter l\u2019histoire comme un ensemble de faits objectifs plutôt que comme un construit humain nécessitant une analyse, une critique ainsi qu\u2019une interprétation et de mettre au cœur de leur enseignement la « transmission des principaux éléments de l\u2019histoire nationale québécoise », comme le note Alexandre Lanoix, afin de contribuer au développement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance à la nation, tout en évitant toute forme de propagande.Les chercheurs regroupés dans Agentivité et citoyenneté dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire, partisans de « l\u2019exercice de la pensée historienne », selon la formule de Catherine Déry, se désolent de ces constats.J\u2019aurais plutôt tendance à m\u2019en réjouir, à une réserve près : le maintien des méthodes traditionnelles ne doit pas s\u2019accompagner, comme c\u2019est trop souvent le cas, d\u2019un refus des remises en question et d\u2019un abandon de la quête de la méthode idéale.Il suffit, en effet, de jaser un peu avec un jeune Québécois pour constater ses lacunes en histoire et pour reconnaître que l\u2019enseignement actuel de cette matière peut encore s\u2019améliorer.Enseigner l\u2019histoire LOUIS CORNELLIER CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR En disant pourquoi le chercheur en anthropologie est passé de l\u2019étude des Premières Nations à celle des routiers, ces conducteurs de gros camions chargés de marchandises, Serge Bou- chard se révèle soi-même sur un ton désarmant.Avant la standardisation récente de leur métier, les routiers avaient, à la suite des Amérindiens, une attitude sage devant la longue distance, épreuve que l\u2019essayiste célèbre comme « la force de l\u2019inutile ».Il s\u2019agit, en fait, de la vaste nature de l\u2019Amérique.Elle garde encore quelque chose de son caractère sauvage originel et inspire plus aux travailleurs une lenteur appliquée qu\u2019une simple précipitation.Né à Montréal en 1947, Bouchard a appris des Autochtones du nord du continent, surtout de ceux du Québec, à se méfier de ce qu\u2019il appelle « une logique de la vitesse ».Il préfère la calme logique de la forêt et reproche même aux élites de la Nouvelle-France de l\u2019avoir perçue comme « un enfer ».Voilà le thème, rendu concret par l\u2019écologisme actuel, du livre L\u2019allume- cigarette de la Chrysler noire, qui tient de l\u2019autobiographie et qui provient d\u2019un choix de textes jamais imprimés jusqu\u2019ici, mais lus par Bouchard à l\u2019émission hebdomadaire C\u2019est fou\u2026 à ICI Première.L\u2019essayiste y avoue sa fraternité avec le coureur des bois et non avec le gouverneur : « J\u2019étais plus dans le canot de Radisson que dans le fauteuil de Frontenac.» L\u2019allusion à l\u2019automobile dans le titre de l\u2019ouvrage se rapporte au père de Bouchard, très américain dans l\u2019âme et grand amateur de boxe.Il a été chauffeur de limousine, puis de taxi, avant de faire faillite pour finir préposé à la réception dans un centre de rééducation pour jeunes délinquants.L\u2019anthropologue se félicite d\u2019avoir eu des parents d\u2019une incroyance discrète, qui, sans rompre ouvertement avec le catholicisme ancestral, lui avaient transmis leur libre pensée.La phrase d\u2019un Déné, Autochtone des Territoires du Nord-Ouest, l\u2019a marqué : « Nous étions trop spirituels pour être religieux.» Elle reflète, ju- ge-t-il, sa propre expérience intérieure : « Sans croire, j\u2019ai appris le recueillement, la prière, le symbole.» Cette communion avec la pensée amérindienne explique son rejet viscéral de l\u2019héritage conservateur du premier ministre John A.Macdonald (1815-1891), ce natif d\u2019Écosse qui fut père de la Confédération canadienne.En plus de dénoncer les fraudes économiques de Macdonald et de ses partisans, il s\u2019attaque à son « racisme : la répression des Métis, des Cris, des Saulteux-Ojibwés et des Assini- boines dans le Nord-Ouest en 1885, la pendaison de Louis Riel et des rebelles cris, la Loi sur les Indiens\u2026 » Il se console en louant la sagesse des femmes pêcheuses chez les Innus : « Pour nourrir la famille, il fallait la certitude du poisson » pour remédier « aux incertitudes de la chasse » pratiquée par les hommes.L\u2019allume-cigarette de la Chrysler noire 1/2 Serge Bouchard, Boréal, Montréal, 2019, 248 pages Le rythme de l\u2019Amérique autochtone L\u2019anthropologue Serge Bouchard en a fait la musique de sa vie L\u2019allusion à l\u2019automobile dans le titre de l\u2019ouvrage se rapporte au père de Serge Bouchard, très américain dans l\u2019âme et grand amateur de boxe.PEDRO RUIZ LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Derrière cette biographe fouillée élégamment écrite, laquelle s\u2019avère un parfait complément au très beau livre que lui consacra Geneviève Dormann (Amoureuse Colette, Herscher, 1984), se cache sa volonté de ne pas la voir sombrer dans l\u2019oubli.« Colette est emblématique de tout ce qui concerne les écrivaines, les femmes qui existent par la création.Malheureusement, l\u2019histoire étant encore et toujours écrite par des hommes, ces femmes ont tendance à disparaître des histoires \u2014 même si elles ont été très célèbres à leur époque.Et pour justifier cette disparition, on est prêt à toutes les bassesses, c\u2019est-à-dire à considérer que ce ne sont pas des œuvres très sérieuses et qu\u2019elles sont moins importantes que les œuvres d\u2019auteurs masculins.» Afin d\u2019éviter le processus d\u2019effacement et d\u2019invisibilisation des femmes, comme analysé par l\u2019historienne Michelle Perrot dans Le chemin des femmes (Bouquins, 2019), l\u2019auteur souhaite créer des liens entre ces femmes, les replacer dans l\u2019histoire.Notamment grâce aux biographies et au Festival international des écrits féminins, créé en 2012, un an après l\u2019achat de la Lire Biographie 34 Colette, l\u2019éternelle rebelle Frédéric Maget consacre une biographie richement documentée et illustrée à la sulfureuse romancière maison d\u2019enfance Colette, à Saint- Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne \u2014 laquelle vient tout juste d\u2019être jumelée à la maison d\u2019enfance de Gabrielle Roy, à Saint-Boniface, au Manitoba.S\u2019il croit en l\u2019éducation, Frédéric Ma- get note avec dépit que même si au- jourd\u2019hui plus de la moitié des romans sont écrits par des femmes, elles ne forment que 20 % du corpus enseigné dans les universités en France.Coquine Colette Outre le fait que la vie de l\u2019autrice de la série des Claudine fasse parfois écran à son œuvre, Frédéric Maget regrette qu\u2019on la réduise au statut d\u2019« écrivaine régionaliste spécialisée dans les domaines strictement féminins ».« Prenez Le blé en herbe, l\u2019un de ses romans les plus étudiés dans le cadre scolaire : on refuse d\u2019en voir la vraie portée.On continue de se focaliser sur la relation entre Mme Dalleray et le jeune Phil comme une initiation sensuelle, alors que c\u2019est un roman très profond sur l\u2019adolescence, la découverte de la sexualité et la question du suicide chez les jeunes.» Quiconque ayant lu Colette, L\u2019ingénue libertine par exemple, où une jeune femme, faute de trouver le plaisir dans les bras de son mari, ira le chercher ailleurs, a eu droit à des sourires pleins de sous-entendus, rabaissant l\u2019œuvre à une dimension sensuelle, érotique, coquine.« Ce qui est drôle, c\u2019est ce qu\u2019on met derrière le coquin.Poser la question du plaisir sexuel de la femme dans le mariage en 1909, c\u2019est tout à fait révolutionnaire, subversif.Souvent, on balaie le coquin du revers de la main pour ne pas voir qu\u2019il y a quelque chose de profond.» « Colette abordait avec beaucoup de courage le désir féminin, la maternité, les rapports mère-fille.Ces questions demeurent extrêmement modernes et comme son positionnement n\u2019est pas théorique, il est toujours contemporain.Je crois que ce qui fonde la modernité de son regard, c\u2019est qu\u2019elle admet les contradictions et les paradoxes des femmes.On le voit bien dans La vagabonde, paru en 1910, où Renée Néré refuse l\u2019asservissement du mariage, et dans L\u2019entrave, publié en 1913, où le même personnage veut se soumettre aux désirs d\u2019un homme », conclut Frédéric Maget.Les 7 vies de Colette Frédéric Maget, Flammarion, Paris, 2019, 232 pages L\u2019autrice française Colette demeure contemporaine 65 ans après sa mort.ANDRÉ MORIN / COLLECTION FRÉDÉRIC MAGET ENTREVUE MANON DUMAIS LE DEVOIR longer dans Les 7 vies de Colette, c\u2019est non seulement redécouvrir l\u2019autrice française dans toute sa splendeur et sa complexité, c\u2019est aussi constater à quel point Colette (1873-1954), cette amoureuse de la nature et des chats, qui sut se réinventer à chaque âge de sa vie, demeure contemporaine.Et ce, 65 ans après sa mort.« C\u2019est la force de Colette, de savoir s\u2019adapter.J\u2019aurais envie de dire que la liberté n\u2019a pas d\u2019âge ni d\u2019époque.La volonté d\u2019être soi-même et d\u2019être libre est la même problématique pour une femme des années 1910 et 1920 que pour une femme d\u2019au- jourd\u2019hui.Évidemment, les barrières à repousser pour Colette étaient plus importantes, mais ça ne veut pas qu\u2019elles n\u2019existent plus », avance Frédéric Maget, président des Amis de Colette et directeur de la maison de Colette, rencontré dans un salon de thé à Montréal.Femme libérée « Je veux faire ce que je veux », se plaisait à répéter Colette, qui fut tour à tour écrivaine, mime, danseuse, journaliste, critique de cinéma et marchande de produits de beauté \u2014 au grand dam de Sido, sa mère adorée, qui craignait de voir sa fille gaspiller son talent.Or, si plusieurs, comme Frédéric Maget, qui fut conquis adolescent par le roman La vagabonde, admirent ce monument littéraire doublé d\u2019une icône de liberté, sachez qu\u2019elle choque encore.Ainsi, en 2013, lorsque Najat Val- laud Belkacem, ministre des Droits des femmes, proposa de la faire entrer au Panthéon, certains crièrent au scandale, allant jusqu\u2019à traiter Colette de garce.Que pouvait-on tant lui reprocher ?D\u2019avoir relégué Willy, son premier mari, aux oubliettes ?D\u2019avoir été la première femme à dévoiler un sein sur scène ?Sa bisexualité ?« Colette demeure sulfureuse, assure Frédéric Maget.Et comme Simone de Beauvoir l\u2019a très bien dit, il ne faut jamais sous-estimer les forces conservatrices.C\u2019est peut-être aussi un bon signe, car cela prouve que Colette n\u2019a pas perdu son pouvoir de subversion.Tant qu\u2019elle dérange, son œuvre continue à nous parler et à provoquer des réactions, des réflexions.Je regrette toutefois qu\u2019elle ne soit pas encore reconnue en France comme un écrivain majeur, ce qu\u2019elle est, de la première moitié du XXe siècle, à l\u2019égal de Marcel Proust, qui bénéficie aujourd\u2019hui d\u2019une aura P exceptionnelle.Ce qui est d\u2019ailleurs assez étrange puisque l\u2019on pourrait juger qu\u2019il a eu une vie aussi scandaleuse que Colette.» Frédéric Maget ne le cache pas.Frédéric Maget, pour son livre Les 7 vies de Colette VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 0CTOBRE 2019 C U L T U R E CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Embourbée dans une guerre avec l\u2019Écosse, l\u2019Angleterre est au plus mal, à l\u2019instar de son roi.Mourant, et aveuglé tant par l\u2019orgueil que la paranoïa, Henri IV entend céder le pouvoir non pas à son fils aîné, Hal, mais à son cadet, Thomas.Écœuré par la misère dans laquelle son père a plongé le peuple, Hal n\u2019en a cure, préférant boire et oublier.Mais l\u2019histoire en décidera autrement et, au décès de celui qu\u2019il surnommait le Monstre, Hal lui succède en tant qu\u2019Henri V.Ne désirant rien d\u2019autre que la paix pour les siens, le jeune monarque semble pourtant incapable d\u2019éviter un énième conflit, cette fois avec la France.Le défunt honni lui aurait-il légué plus que la couronne ?Dans The King, Timothée Chala- met brille en héros shakespearien.Tiré des pièces Henri IV (première et deuxième parties), de Shakespeare, ce quatrième long métrage de David Michôd voit le réalisateur australien poursuivre son exploration des raisons et des pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s\u2019en- tretuer.Dans l\u2019oeuvre du Barde, le cinéaste trouve la matière de ce qui se révèle son meilleur film depuis son premier, le remarquable Animal Kingdom, sur une fratrie criminelle dominée par une mère à la douceur trompeuse.Dans The King, Michôd renoue avec les motifs de la filiation et de la violence en héritage, présents aussi dans son second film, The Rover, histoire de deux frères, d\u2019une famille décimée et de sang répandu sur fond de poursuite impitoyable.Mais cette incursion dans le sous-genre post- apocalyptique tournait un peu à vide.Après le récent ratage War Machine, satire où un général en arrive à la conclusion que les États-Unis doivent cesser d\u2019envahir les contrées étrangères, Michôd parvient à concilier toutes ses obsessions au sein d\u2019un récit plus convaincant et, surtout, affichant un ton qui sied nettement mieux au cinéaste.Un cinéaste qui n\u2019a pas son pareil pour exhiber la toxicité, mais aussi la beauté de la testostérone en concentré.Car chez Michôd, tous ces hommes rendus violents par soif de vengeance ou pour des motifs circonstanciels ne sont pas nécessairement mauvais.Il se trouve toujours un protagoniste qui tente de résister à cette tentation, à cette facilité.Un concept qui s\u2019incarne parfaitement dans The King, avec un Hal refusant catégoriquement de perpétuer la folie guerrière de son père.Mais voilà, tout l\u2019y pousse, comme si des forces invisibles étaient à l\u2019oeuvre (c\u2019est le cas).Des raisons de se faire la guerre Tandis que le premier acte du film se concentre sur la débauche « protestataire » de Hal et son ascension au trône, le second consiste en une progression inéluctable vers le champ de bataille.Lieu où, avec l\u2019aide de son fidèle ami Falstaff (Joel Edgerton plus grand que nature sans la caricature), Hal prend conscience qu\u2019il s\u2019apprête à sacrifier des centaines de vies sans éprouver l\u2019intime conviction que la France est bel et bien son ennemi.À cet égard, lorsque le roi Charles VI compare ses déboires avec son fils, le Dauphin (Robert Pattinson, qui paraît auditionner pour le rôle de Lestat le Vampire), à ceux qu\u2019Hal eut avec son père, ses paroles illustrent à merveille les préoccupations du réalisateur : « Nous sommes rois, mais nous ne décidons de rien.Nous sommes subordonnés à nos familles respectives.C\u2019est la famille qui nous mène et nous consume.» C\u2019était toute la thèse d\u2019Animal Kingdom et The Rover.Quant à War Machine, on trouve un écho direct à son constat cynique dans une réplique de Falstaff, qui déclare en substance : « Les hommes sont doués pour inventer des raisons de se faire la guerre.» Tension intermittente Bref, sur le plan dramaturgique, c\u2019est du cousu main pour Michôd, qui a coécrit le scénario avec Edgerton.Plus encline à mettre en images qu\u2019à mettre en scène lors des séquences initiales filmées dans des intérieurs aussi bien modestes que fastes, sa réalisation donne sa pleine mesure lors de l\u2019affrontement final.Dans un champ boueux, sa caméra alterne avec brio corps à corps étouffants, qui font ressentir la terreur du combattant, et prises distantes qui rendent exponentiel ledit sentiment.Toutefois, si plusieurs séquences, telle cette dernière, impressionnent individuellement, la tension tend à retomber entre chacune d\u2019elles.Autre grief : l\u2019identité beaucoup trop facile à deviner du fourbe personnage qui tire les ficelles en coulisses : confier le rôle à un acteur abonné aux rôles de méchants n\u2019était pas la meilleure idée.Nonobstant ces bémols, The King demeure une solide adaptation.En salle le 25 octobre et sur Netflix le 1er novembre.L\u2019homme qui ne voulait pas être roi Timothée Chalamet est un monarque récalcitrant dans une adaptation shakespearienne de bonne tenue The King (V.O.s.-t.f.) 1/2 Drame de David Michôd.Avec Timothée Chalamet, Joel Edgerton, Sean Harris, Robert Pattinson.Australie, États- Unis, 2019, 140 minutes.Avec The King, David Michôd poursuit son exploration des raisons et des pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s\u2019entretuer.NETFLIX 35 Écrans LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Écrans 36 catalogue gargantuesque du titan concurrent.Vous n\u2019y trouverez pas de téléréalités australiennes de mariages désastreux ou de one man shows polonais sous-titrés.Mais dans l\u2019esprit, par contre\u2026 C\u2019est le même concept.Dans ce service sans publicités extérieures, seulement neuf productions seront mises en ligne à la date fatidique.L\u2019abonnement mensuel, qui équivaut au prix d\u2019un café au lait offert par un autre géant, du café celui- là, se chiffre à 5,99 $ par mois.Jusqu\u2019à six membres d\u2019une même famille pourront utiliser le même compte.Oh, détail non négligeable : si vous achetez un nouvel iPad, un iPhone, un Mac, une Apple TV ou un iPod touch (réaction normale : « Ça existe encore ?»), le service sera gratuit.Pendant un an.Une semaine d\u2019essai sans frais sera offerte à tous les autres.Disney croque dans la Pomme Brian Tong suit Apple depuis qu\u2019il est petit.Il est né dans sa cour, à Cuper- tino, à cinq minutes à pied de l\u2019endroit où, en 1977, ont été placés les premiers « vrais » bureaux de la compagnie (après le garage familial de Steve Jobs).« C\u2019était tout naturel que j\u2019en tombe amoureux », nous dit-il au bout du fil.Dans ses vidéos, Brian, charismatique youtubeur désormais basé à L.A., présente souvent les produits de la pomme.Apple TV+, par contre ?Bof.Il avait des doutes.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il entende le mot « gratuit ».« Quel move de génie.Si ça ne coûte rien, c\u2019est certain que je visionnerai la programmation.Même si, de prime abord, elle ne m\u2019excitait pas tellement.» Justement, prenons un instant pour décoder cette programmation.Elle comptera, entre autres, la fresque historique Dickinson.Consacrée à la vie de l\u2019Emily du même nom.Les petits pourront, quant à eux, voyager avec Snoopy in Space.Qui suit Snoopy.Dans l\u2019espace.C\u2019est également dans les étoiles que se déroulera For All Mankind, qui explorera ce qui serait arrivé si la course à l\u2019espace ne s\u2019était jamais terminée.D\u2019ailleurs, parlant de fin, cette série de science-fiction a déjà été renouvelée pour une deuxième saison.Avant même la diffusion de la première.Une fois les titres feuilletés, on Apple TV+ ne fera-t-il qu\u2019une bouchée du marché de la webdiffusion ?Zoom sur les défis et appétits du nouveau colosse de la webdiffusion qui entre en piste le 1er novembre Pour annoncer sa première série en streaming, la plateforme Apple TV+ a fait les choses en grand.Les acteurs principaux de The Morning Show, Steve Carrell, Reese Whiterspoon et Jennifer Aniston, ont participé à la conférence de presse de lancement en mars dernier au siège social californien de la compagnie.NOAH BERGER AGENCE FRANCE-PRESSE GRAND ANGLE NATALIA WYSOCKA LE DEVOIR e 1er novembre approche.Et avec lui arrive quelque chose de gros.Il n\u2019est pas question des décorations de Noël, mais bien de l\u2019arrivée d\u2019un nouveau joueur, encore un, parmi les colosses de la webdif- fusion.Apple TV+ sera lancé dans 100 pays.Et avec une offre différente « de tout ce que vous avez pu voir à ce jour », avait assuré le p.-d.g.Tim Cook lors du dévoilement en mars.Différent de Netflix, donc ?Dans les faits, peut-être.Car Apple TV+ n\u2019a pas \u2014 pas encore, du moins \u2014 le L LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture souhaite en savoir plus de la bouche des principaux intéressés.Ha.Une entrevue avec un représentant d\u2019Apple TV+ ?Impossible.On nous renvoie vers les communiqués de presse\u2026 d\u2019Apple TV+.Sans trop de surprise, en (re)parcourant lesdits communiqués, on n\u2019y trouve guère de réponses aux questions qui nous turlupinent.À savoir : « Comptez-vous offrir du contenu propre aux pays où vous serez offerts ?» « Comment comptez-vous encourager la culture et la production locales ?» « Quid des taxes ?» « Votre but est-il de mettre Netflix au tapis ?» (Rendu là, on n\u2019ose même plus chercher : « Planifiez-vous de prendre le contrôle de l\u2019univers ?»).D\u2019ailleurs, question contrôle, la compagnie californienne est connue pour ne pas lésiner.Dans les mots de Brian Tong : « Apple a toujours été un solitaire.Qui n\u2019aime pas jouer gentiment avec les autres.» Sauf que « le jeu a changé », comme on dit.« Autrefois, Apple TV+ aurait été offert uniquement sur leurs propres produits, cellulaires et ordis.Mais ils ont compris qu\u2019ils doivent s\u2019ouvrir à autrui.» C\u2019est pourquoi le service sera aussi offert sur certains téléviseurs intelligents de Samsung.Et, à l\u2019avenir, sur LG et Sony, entre autres.« Apple commence à changer sa vision des choses.» Ou plutôt\u2026 à mettre en place son plan pour anéantir Netflix ?« Rien ne va tuer Netflix à l\u2019heure qu\u2019il est », rétorque le youtubeur technophile.Par contre, il ne faut pas oublier l\u2019arrivée imminente d\u2019un AUTRE service de webdiffusion au potentiel cyclopéen : Disney+.Qui offrira, à partir du 12 novembre, du contenu de Marvel, de Pixar, des studios Disney même et\u2026 de Star Wars.Pa-pa-pam ! « Les quatre plus grandes marques de divertissement de la planète, toutes au même endroit ?Wow.On ne peut nier que c\u2019est une menace sérieuse.» Les dragons Dans une telle lutte, comment la culture indépendante peut-elle gagner ?Prenons la production d\u2019Apple TV+ The Morning Show.Selon le Financial Times, chaque épisode de ce drame se déroulant dans les coulisses d\u2019une matinale coûterait plus de 15 millions $US.Comme point de comparaison : c\u2019est plus que chaque épisode de la dernière saison de Game of Thrones.Et même si ce « show du matin » ne compte pas de dragons, il est peuplé de vedettes.Steve Carell y incarne un pseudo-Matt Lauer (l\u2019animateur disgracié de NBC).Jennifer Aniston, sa collègue.La bande-annonce annonce, précisément, des images \u2014 et des chevelures \u2014 léchées, une direction photo lisse, lisse, lisse\u2026 une gigantesque entreprise, quoi.Du type de celles qui rendent l\u2019œil diablement plus exigeant.« Ces œuvres au bout de l\u2019ordinateur nous habituent à une qualité d\u2019image, de mise en scène, de production de plus en plus élevée, croit Benjamin Hogue, directeur général des Films du 3 mars.Ça devient fâchant pour les créateurs québécois.Surtout en télévision.Même si le public adore les séries d\u2019ici, on n\u2019a pas le budget pour concurrencer ces nouvelles plateformes qui débarquent.Et le Far West continue.» « Le Far West.» Soit la même expression qu\u2019a utilisée Pierre Lapointe à Tout le monde en parle dimanche dernier pour s\u2019insurger contre les agissements des GAFA (acronyme utilisé pour désigner, notamment, ces géants que sont Google, Apple, Facebook et Amazon).« Ils n\u2019ont de comptes à rendre à personne, ils font leur argent et le placent où ils veulent », s\u2019est désolé l\u2019artiste.« Pierre a bien résumé la situation, estime Benjamin Hogue.Ces compagnies veulent faire des sous, c\u2019est dans l\u2019ordre des choses.Mais les États doivent les encadrer.Par souci d\u2019équité.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a de nouveaux joueurs numériques \u2014 qui, par ailleurs, agissent de façon opaque \u2014 qu\u2019il faut aller vers une déréglementation.Il faut s\u2019adapter.» Car l\u2019adaptation est essentielle.Francesca Accinelli, directrice de la promotion et des communications et directrice par intérim des affaires publiques et gouvernementales chez Téléfilm Canada (qui collabore depuis deux ans avec Apple pour la boutique RDV Canada sur iTunes), précise par courriel que « dans un contexte où l\u2019innovation est de mise pour rejoindre les publics, il faut considérer le potentiel des occasions qui s\u2019offrent à l\u2019industrie canadienne ».Même son de cloche chez Andrew Noble, président du Regroupement des distributeurs indépendants du Québec.« Comme distributeur de cinéma, on est toujours contents d\u2019avoir de nouveaux joueurs, lance-t- il énergiquement.Mais il faut que ce soit un terrain nivelé.Il faut protéger l\u2019industrie.Lui donner les outils pour se mesurer à ces monstres américains avant qu\u2019il ne soit trop tard.Le fédéral doit mettre ses pantalons.» Apple TV+ sera lancée le 1er novembre.Ces œuvres au bout de l\u2019ordinateur nous habituent à une qualité d\u2019image, de mise en scène, de production de plus en plus élevée.Ça devient fâchant pour les créateurs québécois.Surtout en télévision.Même si le public adore les séries d\u2019ici, on n\u2019a pas le budget pour concurrencer ces nouvelles plateformes qui débarquent.BENJAMIN HOGUE » L\u2019exposition est organisée par le British Museum, Londres, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.Elle a reçu l\u2019appui du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d\u2019indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications et le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant.| Momie de Tamout (détail), Troisième Période intermédiaire, début de la XXIIe dynastie, vers 900 AEC, EA 22939.© The Trustees of the British Museum E N CO L L A B O R AT I O N AVEC FO U R NIS S EU R S O F F I C I E L S P R É S E N T É PA R MOMIES ÉGYPTIENNES PASSÉ RETROUVÉ, MYSTÈRES DÉVOILÉS Entrée libre pour les 20 ans et moins.+ LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Écrans 38 SAMEDI LA ZIZANIE (5) Fr.1978.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Annie Girardot, Julien Guiomar.- Un industriel, maire de son village, contrarie sa femme qui le quitte et devient son adversaire aux élections.ARTV 12h RETOUR VERS LE FUTUR 2 (4) (Back to the Future Part II), É.-U.1989.Comédie fantaisiste de Robert Zemeckis avec Michael J.Fox, Christopher Lloyd, Thomas F.Wilson.- Grâce à une machine à voyager dans le temps, un adolescent se rend en 1955 afin d\u2019annuler la cause de bouleversements historiques provoqués par un vieillard lors d\u2019une expédition antérieure en l\u2019an 2015.TVA 13h45 LA RIVIÈRE DU SIXIÈME JOUR (5) (A River Runs Through It), É.-U.1992.Drame de mœurs de Robert Redford avec Craig Sheffer, Brad Pitt, Tom Skerritt.- Une passion commune pour la pêche à la truite sauvegarde l\u2019amitié entre deux frères aux tempéraments fort différents.ARTV 13h51 LE SHÉRIF ET LES EXTRA-TERRESTRES (5) It.1979.Comédie fantaisiste de Michele Lupo avec Bud Spencer, Cary Guffey, Raimund Harmstorf.- Le shérif d\u2019un village en Géorgie protège un jeune garçon soi-disant extraterrestre, pourchassé par des militaires qui veulent le soumettre à des examens.Z 14h GREMLINS (4) É.-U.1984.Comédie d\u2019horreur de Joe Dante avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton.- Un jeune homme reçoit en cadeau un curieux animal qui donne naissance à des monstres déprédateurs.V 14h R.E.D.(4) (RED), É.-U.2010.Comédie d\u2019espionnage de Robert Schwen- tke avec Bruce Willis, Mary-Louise Parker, John Malkovich.- Des agents de la CIA à la retraite découvrent que des ex-confrères cherchent à effacer toute trace d\u2019une mission catastrophique réalisée jadis au Guatemala.TVA 15h45 MAGIE NOIRE (5) (The Craft), É.-U.1996.Drame fantastique d\u2019Andrew Fleming avec Fairuza Balk, Robin Tunney, Neve Campbell.- Grâce à leurs pouvoirs surnaturels, quatre étudiantes se vengent de leurs camarades d\u2019école qui les ont brimées.V 16h15 LA MAISON MONSTRE (4) (Monster House), É.-U.2006.Film d\u2019animation de Gil Kenan.- Trois enfants tentent de percer le secret entourant la maison d\u2019un voisin dotée de pouvoirs maléfiques.TQ 18h LA MONTAGNE ENTRE NOUS (4) (The Mountain Between Us), É.-U.2017.Drame de Hany Abu-Assad avec Idris Elba, Kate Winslet, Dermot Mulroney.- Quand le Cessna qui devait les conduire à Denver s\u2019écrase dans les Rocheuses, une journaliste et un neurochirurgien unissent leurs forces pour regagner la civilisation.TVA 18h30 STAR TREK (4) É.-U.2009.Science-fiction de J.J.Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana.- Au XXIIIe siècle, le jeune équipage du nouveau vaisseau interstellaire Enterprise tente d\u2019intercepter un Romulien venu du futur qui menace de détruire la Terre et la planète Vulcain.V 18h30 JUSQU\u2019AU BOUT (4) (Still Mine), Can.2012.Drame de Michael McGowan avec James Cromwell, Geneviève Bujold, Rick Roberts.- Alors qu\u2019il construit sur sa propriété une maison adaptée aux besoins de son épouse atteinte de la maladie d\u2019Alzheimer, un fermier octogénaire se heurte à un fonctionnaire tatillon.ARTV 19h OMBRES ET TÉNÈBRES (4) (Dark Shadows), É.-U.2012.Comédie fantaisiste de Tim Burton avec Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer.- Transformé en vampire au XVIIIe siècle par une sorcière à qui il avait brisé le cœur, un riche marchand revient en 1972 au moment où l\u2019intrigante s\u2019apprête à ruiner ses descendants.MAX 19h30 KONG.SKULL ISLAND (4) É.-U.2017.Aventures de Jordan Vogt-Roberts avec Tom Hiddleston, Brie Larson, Samuel L.Jackson.- En 1973, une expédition formée de scientifiques, d\u2019aventuriers et de militaires explorent une île du Pacifique, habitée par des créatures monstrueuses, dont un gorille gigantesque.TVA 20h45 PRINCE OF PERSIA: LES SABLES DU TEMPS (5) (Prince of Persia: The Sands of Time), É.-U.2010.Aventures de Mike Newell avec Jake Gyllenhaal, Gemma Arterton, Ben Kingsley.- Faussement accusé de l\u2019assassinat du roi de Perse, son père adoptif, un jeune prince tente de laver son honneur et de protéger un poignard aux propriétés magiques.Z 21h RENCONTRES AVEC UN JEUNE POÈTE (5) (Meetings with a Young Poet), Can.2013.Drame de Rudy Barichello avec Vincent Hoss-Desmarais, Stephen McHattie, Maria de Medeiros.- Stimulé par sa rencontre avec une jeune actrice, un poète en panne d\u2019inspiration, exécuteur littéraire du dramaturge Samuel Beckett, se remémore ses rencontres à Paris avec ce dernier.TFO 21h BLONDE ET LÉGALE (5) (Legally Blonde), É.-U.2001.Comédie dramatique de Robert Luketic avec Reese Witherspoon, Luke Wilson, Selma Blair.- Une étudiante insouciante s\u2019inscrit à l\u2019école de droit de Harvard pour y rejoindre son petit ami qui l\u2019a quittée.ELLE 21h ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (3) (Interview With the Vampire), É.-U.1994.Drame d\u2019horreur de Neil Jordan avec Tom Cruise, Brad Pitt, Kirsten Dunst.- Un vampire raconte à un intervieweur les événements qu\u2019il a vécus au XIXe siècle auprès de deux autres vampires, un dandy cynique et une gamine.TQ 22h LE SILENCE DES AGNEAUX (3) (The Silence of the Lambs), É.-U.1991.Drame policier de Jonathan Demme avec Jodie Foster, Anthony Hopkins, Scott Glenn.- Une jeune stagiaire du FBI est chargée d\u2019interroger un dangereux meurtrier afin d\u2019obtenir de lui des informations sur un autre tueur recherché par la police.MAX 22h LA ZIZANIE Voir samedi, 12h.ARTV 23h LE SHÉRIF ET LES EXTRA-TERRESTRES Voir samedi, 14h.Z 23h30 LE CORBEAU (5) (The Raven), É.-U.2012.Thriller de James McTeigue avec John Cusack, Luke Evans, Alice Eve.- À Baltimore en 1849, l\u2019écrivain déchu Edgar Allan Poe aide la police à épingler un tueur en série dont le modus operandi reproduit ceux des crimes décrits dans ses nouvelles.RC 0h30 LES GRIFFES DE LA NUIT (5) (A Nightmare on Elm Street), É.-U.2010.Drame d\u2019horreur de Samuel Bayer avec Jackie Earle Haley, Kyle Gallner, Rooney Mara.- Poursuivis dans leurs rêves par un croque-mitaine pourvu d\u2019un gant griffu, des adolescents meurent les uns après les autres dans leur sommeil.MAX 0h30 RENCONTRES AVEC UN JEUNE POÈTE Voir samedi, 21h.TFO 1h30 DIMANCHE LA MAISON MONSTRE Voir samedi, 18h.TQ 12h PRINCE OF PERSIA.LES SABLES DU TEMPS Voir samedi, 21h.Z 14h GREMLINS 2.LA NOUVELLE GÉNÉRATION (4) (Gremlins 2: The New Batch), É.-U.1990.Comédie fantaisiste de Joe Dante avec Zach Galligan, Phoebe Cates, John Glover.- Un gratte-ciel est pris d\u2019assaut par une multitude de petits monstres malicieux.V 14h L\u2019ÈRE DE GLACE (4) (Ice Age), É.-U.2002.Film d\u2019animation de Chris Wedge.- Aux temps préhistoriques, un mammouth taciturne, un paresseux volubile et un tigre aux dents de sabre retors ramènent à sa tribu un bébé humain égaré.TVA 14h15 FRANKENWEENIE (3) É.-U.2012.Film d\u2019animation de Tim Burton.- Ayant réussi à ramener à la vie son chien adoré, un gamin est contraint de confier son mode d\u2019emploi à des camarades de classe envieux, avec des résultats catastrophiques.RC 15h ENSEMBLE (4) Can.2018.Documentaire de Jean-Nicolas Orhon.- Un an dans les coulisses de l\u2019Orchestre Métropolitain de Montréal, en pleine préparation de sa toute première tournée internationale, sous la direction du chef Yannick Nézet-Séguin.ARTV 15h GÉNÉRATION PERDUE (4) (The Lost Boys), É.-U.1987.Drame d\u2019horreur de Joel Schu- macher avec Jason Patric, Corey Haim, Kiefer Sutherland.- Un adolescent se rend compte que son frère est devenu un vampire après un rite d\u2019initiation bizarre que lui a fait subir une bande de motards.MAX 15h30 ASTÉRIX ET OBÉLIX.MISSION CLÉOPÂTRE (3) Fr.2001.Comédie fantaisiste d\u2019Alain Chabat avec Jamel Debbouze, Gérard Depardieu, Christian Clavier.- Trois Gaulois viennent en aide à un architecte égyptien qui doit construire en trois mois un somptueux palais pour César.TVA 15h45 AMOUR ET MAGIE (5) (Practical Magic), É.-U.1998.Comédie fantaisiste de Griffin Dunne avec Sandra Bullock, Nicole Kidman, Aidan Quinn.- Les amours de deux jeunes sorcières sont perturbées par la malédiction qui pèse sur leur famille.V 16h15 LES SORCIÈRES D\u2019EASTWICK (4) (The Witches of Eastwick), É.-U.1987.Comédie fantaisiste de George Miller avec Jack Nicholson, Cher, Susan Sarandon.- Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, trois jeunes femmes esseulées sont séduites par un étranger qui semble être le diable en personne.MAX 17h30 PAUL À QUÉBEC (4) Can.2015.Comédie dramatique de François Bouvier avec François Létourneau, Gilbert Sicotte, Julie Le Breton.- En 1999, en banlieue de Québec, un imprimeur et aspirant dessinateur assiste au lent déclin de son beau-père, atteint d\u2019un cancer du pancréas.ARTV 20h MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS (4) (Miss Peregrine\u2019s Home For Peculiar Children), É.-U.2016.Drame fantastique de Tim Burton avec Asa Butterfield, Eva Green, Ella Purnell.- Un adolescent parvient à une maison où le temps s\u2019est arrêté en 1943, et qui est habitée par une gouvernante et des enfants dotés de pouvoirs spéciaux.MAX 20h BLONDE ET LÉGALE 2.ROUGE, BLANC ET BLONDE (5) (Legally Blonde 2 \u2013 Red White & Blonde ), É.-U.2003.Comédie de Charles Herman-Wurmfeld avec Reese Wither- spoon, Sally Field, Regina King.- Une jeune avocate ingénue se rend à Washington pour faire interdire l\u2019utilisation d\u2019animaux de laboratoire dans l\u2019industrie des cosmétiques.ELLE 21h LES AFFAMÉS (3) Can.2017.Drame d\u2019horreur de Robin Aubert avec Marc- André Grondin, Monia Chokri, Micheline Lanctôt.- Dans une région rurale isolée du monde, les parcours croisés de divers individus pris en chasse par des morts-vivants.TQ 22h GREMLINS Voir samedi, 14h.MAX 22h30 BLOWIN\u2019 UP (3) É.-U.2018.Documentaire de Stephanie Wang-Breal.- Les efforts d\u2019une juge américaine et de ses collègues procureures pour donner un visage plus humain aux dossiers concernant des prostituées étrangères exploitées par leur souteneur.PBS (WCFE) 23h03 REMORQUES Voir lundi, 21h.TFO 23h30 LES PRÉDATEURS (4) (The Hunger), G.-B.1983.Drame fantastique de Tony Scott avec Catherine Deneuve, Susan Sarandon, David Bowie.- À New York, une vampire jette son dévolu sur une femme médecin que son compagnon a consulté lorsqu\u2019il s\u2019est soudain senti vieillir.MAX 0h30 LES DOORS (4) (The Doors), É.-U.1991.Drame biographique d\u2019Oliver Stone avec Val Kilmer, Meg Ryan, Kevin Dillon.- Évocation de la carrière et de la vie sentimentale du chanteur américain Jim Morrison.RC 1h07 LUNDI MES GARÇONS SONT DE RETOUR (4) (The Boys Are Back), Aust.2009.Drame psychologique de Scott Hicks avec Clive Owen, George Mackay, Nicholas McAnulty.- Un journaliste veuf élevant seul son gamin de six ans voit son épreuve parentale se corser lorsqu\u2019un autre fils, né d\u2019un précédent mariage, s\u2019installe chez lui.TVA 13h ENSEMBLE Voir dimanche, 15h.ARTV 13h REMORQUES (4) Fr.1942.Drame psychologique de Jean Grémillon avec Jean Gabin, Michèle Morgan, Madeleine Renaud.- Le capitaine d\u2019un petit navire dont l\u2019épouse est malade s\u2019éprend d\u2019une autre femme.TFO 21h MARY SHELLEY (4) G.-B.2018.Drame biographique d\u2019Haifaa Al-Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Bel Powley.- En 1816, lors d\u2019un séjour en Suisse chez Lord Byron avec son époux, le poète Percy Shelley, la jeune Mary Shelley conçoit le projet de son roman Frankenstein.ARTV 21h30 LE PASSAGE DU RHIN Voir mardi, 21h.TFO 23h30 REMORQUES Voir lundi, 21h.TFO 1h35 MARDI LE PROJET LAZARUS (4) (The Lazarus Project), Can.2008.Thriller de John Glenn avec Paul Walker, Piper Perabo, Bob Gunton.- Exécuté par injection létale au Texas, un père de famille impliqué malgré lui dans un meurtre se réveille employé dans un institut psychiatrique en Oregon.VIE 13h UN TERRIBLE SECRET (5) (A Surrogate\u2019s Nightmare), Can.2017.Thriller de Vic Sarin avec Poppy Montgomery, Emily Tennant, Ty Olsson.- Après avoir accepté d\u2019être mère porteuse pour sa jeune sœur, une écrivaine renoue avec un ex-petit ami qui semble avoir un compte à régler avec elle et sa famille.V 14h30 LE PASSAGE DU RHIN (5) Fr.1960.Drame de guerre d\u2019André Cayatte avec Charles Aznavour, Georges Rivière, Nicole Courcel.- Deux prisonniers de guerre français connaissent des destinées différentes.TFO 21h L\u2019HOMME ORCHESTRE Voir mercredi, 21h.TFO 23h30 LE PASSAGE DU RHIN Voir mardi, 21h.TFO 1h30 MERCREDI LE DON (4) (The Gift), É.-U.2000.Drame fantastique de Sam Raimi avec Cate Blanchett, Giovanni Ribisi, Keanu Reeves.- Après avoir contribué à faire condamner l\u2019auteur présumé d\u2019un meurtre, une voyante devient persuadée qu\u2019il était innocent.VIE 13h L\u2019HOMME ORCHESTRE (4) Fr.1970.Comédie musicale de Serge Korber avec Louis de Funès, Noëlle Adam, Olivier de Funès.- Le directeur d\u2019une troupe de ballet doit s\u2019occuper du bébé d\u2019une de ses danseuses.TFO 21h ENSEMBLE Voir dimanche, 15h.ARTV 23h LE SOLEIL DES AUTRES (5) Can.1970.Drame sentimental de Jean Faucher avec Gérard Poirier, Françoise Faucher, Liette Desjardins.- Un architecte divorcé est déçu par sa seconde épouse et cherche à revoir la première.TFO 23h30 L\u2019HOMME ORCHESTRE Voir mercredi, 21h.TFO 1h30 JEUDI LE JOURNAL D\u2019UNE NANNY (4) (The Nanny Diaries), É.-U.2007.Comédie dramatique de Shari Springer Berman avec Scarlett Johansson, Laura Linney, Nicholas Art.- Par dépit, une ex-étudiante en finances accepte un poste de nanny dans une famille riche et dysfonctionnelle de Manhattan.TVA 13h OPÉRATION BEURRE DE PINOTTES (4) (The Peanut Butter Solution), Can.1985.Comédie fantaisiste de Michael Rubbo avec Mathew Mackay, Siluk Saysanasy, Alison Podbrey.- Après avoir subi une grande frayeur, un jeune garçon perd puis regagne ses cheveux dans des conditions fantastiques.TFO 21h MARY SHELLEY Voir lundi, 21h30.ARTV 23h 7 SŒURS (5) (What Happened to Monday), G.-B.2017.Science-fiction de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace, Glenn Close, Willem Dafoe.- Dans un futur où les naissances sont régulées, sept jumelles identiques rusent avec le système.TFO 23h30 NOM DE CODE.NOVEMBRE (4) (The November Man), É.-U.2014.Drame d\u2019espionnage de Roger Donaldson avec Pierce Brosnan, Olga Kurylenko, Will Patton.- Un ex-agent de la CIA, qui a accepté une mission à Moscou impliquant un ambitieux politicien, est pourchassé par ses anciens collègues quand l\u2019opération vire au bain de sang.TVA 23h35 VERTIGE (5) Fr.2009.Thriller d\u2019Abel Ferry avec Fanny Valette, Johan Libéreau, Raphaël Lenglet.- Cinq amis français en vacances dans les Balkans sont pris en chasse par un ermite meurtrier alors qu\u2019ils font une randonnée dans un sentier d\u2019escalade.TFO 1h33 VENDREDI MAMA (4) Esp.2013.Drame d\u2019horreur de Andres Muschietti avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier.- Un couple retrouve et adopte deux nièces, qui vivaient terrées dans un chalet en ruine au fond des bois depuis un terrible drame familial survenu cinq ans plus tôt.VRAK 20h NOCES (4) Bel.2016.Drame de Stephan Streker avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Babak Karimi.- Éprise de liberté, une Belgo- Pakistanaise de 18 ans s\u2019oppose au mariage arrangé que lui imposent ses parents, sa sœur aînée et son grand frère.TFO 21h01 UN FAUTEUIL POUR DEUX (4) (Trading Places), É.-U.1983.Comédie de John Landis avec Dan Aykroyd, Eddie Murphy, Jamie Lee Curtis.- Pour les besoins d\u2019un pari, deux hommes d\u2019affaires remplacent leur directeur par un Noir sans formation financière.MAX 22h LIGNES INTERDITES (5) (Flatliners), É.-U.2017.Science-fiction de Niels Arden Oplev avec Ellen Page, Diego Luna, Nina Dobrev.- À la suite d\u2019expériences risquées sur la vie après la mort, cinq étudiants en médecine sont victimes d\u2019hallucinations effrayantes liées à des actes répréhensibles de leur passé.TVA 22h35 TRUMBO (5) É.-U.2015.Drame biographique de Jay Roach avec Bryan Cranston, Diane Lane, Louis C.K.- Dans les années 1940 et 1950, le combat du scénariste hollywoodien Dalton Trumbo, mis sur la liste noire en raison de ses sympathies communistes.ARTV 23h BLONDE ET LÉGALE Voir samedi, 21h.ELLE 23h PAUL À QUÉBEC Voir dimanche, 20h.RC 23h05 QUAND ON A 17 ANS (4) Fr.2016.Drame d\u2019André Téchiné avec Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Sandrine Kiberlain.- Deux adolescents à couteaux tirés sont forcés de cohabiter lorsque la mère de l\u2019un invite l\u2019autre à venir rester à la maison durant quelques mois.TFO 23h31 CHASSE AU GODARD D\u2019ABBITTIBBI (4) Can.2013.Drame d\u2019Éric Morin avec Sophie Desmarais, Alexandre Castonguay, Martin Dubreuil.- En 1968, à Rouyn- Noranda, une jeune femme est déchirée entre l\u2019attachement à sa famille et à sa région et son désir de partir pour la grande ville.TQ 00h C\u2019EST PAS MOI, JE LE JURE ! (4) Can.2008.Comédie dramatique de Philippe Falardeau avec Antoine L\u2019Écuyer, Daniel Brière, Suzanne Clément.- À la fin des années 1960, un garçon de dix ans se met à faire les 400 coups après que sa mère eut déserté le foyer familial.RC 0h43 NE RESPIRE PAS (4) (Don\u2019t Breathe), É.-U.2016.Drame d\u2019horreur de Fede Alvarez avec Jane Levy, Dylan Minnette, Stephen Lang.- Trois cambrioleurs de Detroit pénètrent de nuit dans la maison d\u2019un aveugle, un vétéran de l\u2019armée qui n\u2019entend pas se laisser faire.TVA 0h50 NOCES Voir vendredi, 21h01.TFO 1h31 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable Culture Écrans 39 LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 SUR VOS ÉCRANS \u2013 QUELQUES RETOURS raisons de la multiplication des cas d\u2019allergies alimentaires sévères et les moyens de les éviter ou de les atténuer.Le visionnement de la semaine Les critiques au sud de notre frontière ont été très divisés sur cette nouvelle version de l\u2019immense série d\u2019anthologie des années 1960 créée par Rod Serling, qui explorait à travers le fantastique et la science-fiction les grandes peurs de la société américaine de l\u2019époque.Le réalisateur Jordan Peele, qui s\u2019est fait connaître par ses œuvres de genre (Get Out, Us) pour explorer ces mêmes thèmes dans le contexte contemporain et avec un billet plus politique, produit et présente cette série d\u2019histoires qui jouent dans les platebandes de Black Mirror et consorts.Un danger dans chaque bouchée Radio-Canada (est du Québec), samedi, 22 h 30, sur Tou.tv dès le lendemain The Twilight Zone : la quatrième dimension Tou.tv, dès jeudi que son partenaire de jeu de la comé- die-culte des années 1980 Coming to America (dont une suite est d\u2019ailleurs en préparation\u2026 chez Netflix), l\u2019animateur et humoriste Arsenio Hall, refait à son tour surface dans un premier spectacle d\u2019humour pour la même plateforme.L\u2019un des rois de fin de soirée de la télé américaine du début des années 1990 y abordera entre autres la position de l\u2019humoriste dans le contexte politique américain actuel, le film qui l\u2019a rendu célèbre et son expérience comme concurrent victorieux de The Celebrity Apprentice, la téléréalité qu\u2019animait jadis l\u2019actuel occupant de la Maison-Blanche\u2026 Loin d\u2019être un caprice\u2026 Le documentaire Un danger dans chaque bouchée, réalisé, scénarisé et produit par Robert Mercier, aborde un sujet pas tellement sexy, mais tout de même fort pertinent : la prolifération des allergies alimentaires et leurs conséquences dans la vie de ceux qui en souffrent.Le documentaire suit quatre jeunes polyal- lergiques de la région de Rimouski (ça nous change de la métropole\u2026) qui racontent les difficultés qu\u2019ils doivent surmonter quotidiennement Arsenio Hall Smart & Classy Netflix, dès mardi pour arriver à se nourrir sans risquer d\u2019être très malades ou même de mourir à tout moment.À leurs impressions sur les périls et frustrations causés par leur problème médical de moins en moins inusitée se superposent des entrevues avec des spécialistes de la santé qui expliquent les Un danger dans chaque bouchée JHA PHOTOGRAPHIE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Une valeur sûre en temps d\u2019incertitude Pour le 41e gala de l\u2019ADISQ, Louis-José Houde en est à sa 14e animation consécutive de cette célébration de la musique d\u2019ici.On peut parler d\u2019une stabilité rassurante pour célébrer une industrie qui vit depuis quelques années dans un tumulte inquiétant.Les blagues du plus populaire des humoristes de sa génération sauront comme d\u2019habitude détendre l\u2019atmosphère de cette cérémonie qui pourrait être marquée par quelques emportements légitimes\u2026 si les lauréats se prononcent.Parmi les favoris de cette édition, notons la présence marquée des « recrues » Les Louanges et Alexandra Stréliski et des « vétérans » Ariane Moffatt et Les Trois Accords, parmi les nommés.Une première cette année : la remise de la première récompense pour l\u2019artiste autochtone de l\u2019année.Un autre retour Après le grand retour d\u2019Eddy Murphy dans le film Dolemite Is my Name, une production du géant rouge, voilà Le 41e Gala de l\u2019ADISQ Radio-Canada, dimanche, 20 h 10/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte Gala ADISQ Gala ADISQ 2019 Le Téléjournal 22h35 Gala de l'ADISQ TVA TVA nouvelles VLOG Révolution / Face-à-face 20h45 Studio G 21h45 TVANou.22h15 Fentanyl 22h45 L'ENLÈVEMENT 2 TQ 17h00 1er Gala de l'ADISQ Y'a du monde à messe Voir autrement / Bébé miraculé Like-moi! LES AFFAMÉS (2017) Marc-André Grondin.V Cinéma Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double ICI RDI Le Téléjournal Enquête Le National Les grands reportages / Abu Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché 22h15 Champions du monde Journal/ L\u2019invité CANAL D Patrouille GTI Docu-D Docu-D Percer le mystère / Perdu Asphalt Cowboys (v.f.) Dossiers NASA CANAL VIE Une garderie Un safari La famille Groulx Les 7 petits / L'opération d'Alex En transition / Matthew Les gratteux Premier flip Taudis à logis RDS WR Rugby - Coupe du monde Demi-finale LMB Baseball - Série mondiale 5e Match (si nécessaire) (D) HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Nos ancêtres les extraterrestres La preuve manquante Le mystère de l'or / Le retour La malédiction d'Oak Island Armes ICI ARTV Pour emporter / Michel Rivard Pour l'amour du country PAUL À QUÉBEC (2015) avec Brigitte Lafleur, Gilbert Sicotte, François Létourneau.EXPLORA Stupidité Stupidité Un caillou dans l'univers Pharmachien Planète techno Sur les routes de la science Découverte Nature Z P.Lemieux Garage Ridicule Comédie En rodage Talk show Galas ComediHa! 2017 Rire sans tabous Barry sav-media 17h50 Anxiété 18h45 Santé 19h10 C'est une question De garde 24/7 Nature/ Nature Couple nerds Génie d'ici Question santé Kebec Balado TFO Bus magique Benjamin Marguerite Berenstain Citoyen monde Citoyen monde MAUVAISE GRAINE (1934) 22h15 Mallette 8,75$/ Magasin 23h25 Compte Planète 17h00 L'accusé Calamity Jane Globe cooker Nous détestent-ils?/ Nous les malades L'histoire dates Archives Qu'est-ce que la démocratie?CBC Great Canadian Heartland Anne With an E The Fifth Estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV God Friended Me Shark Tank The Rookie / Tough Love CTV National GBL Global News Global National Security Security Kids Say / Stick It to 'Em! NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Valor Global News ABC News News at 6:30 Charlie Brown Kids Say / Stick It to 'Em! Shark Tank The Rookie / Tough Love News CBS 16h25 LNF Football (D) 60 Minutes God Friended Me NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Valor PBS (33) Great British Baking / Bread A Place to Call Home Masterpiece Classic Masterpiece Classic / Poldark Masterpiece Classic PoeMyst.UNIS Les fermiers / La force du clan Devenir adulte Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent La galère Un vrai selfie Un vrai selfie Un vrai selfie HBO1 AXIOS 18h40 YOU DON'T KNOW JACK (2010) avec Susan Sarandon, Al Pacino.Watchmen Silicon Valley Mrs.Fletcher Last Week TVA Sports 16h00 Hockey Avant-match LNH Hockey / Sharks de San Jose c.Sénateurs d'Ottawa (D) RAW Le TVA sports Hockey DIMANCHE 10/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Une autre histoire Ruptures Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas Boomerang L'échappée / Provocation Alerte Amber / Le camioneur TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Clovis Génial! Ça vaut le coût Technosexe Zone franche Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Mets-y le Mets-y le L'Open Mic Occupation D Whiskey Cavalier Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les casseroles La guerre des trônes Hitler, le système de la terreur Parfum de scandale Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Les dossiers de la NASA Percer le mystère Alaska: La ruée CANAL VIE Premier flip Soupers Quoi ton plan?Les gratteux Belle à ma façon / Deuil Mariage à l'aveugle / L'intimité Une garderie Un safari Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre Blitz 20h15 LNF Football / Dolphins de Miami c.Steelers de Pittsburgh (D) HISTORIA La malédiction d'Oak Island Compagnons d'armes Le mystère de l'or / Mosaïque La malédiction d'Oak Island Chasseurs Chasseurs Malédiction ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Pour l'amour du country Frankenstein MARY SHELLEY (2018) avec Bel Powley, Elle Fanning.EXPLORA Le refuge de l'espoir Le réveil des dinosaures géants Dinosaures disparu Secrets des armures Homo sapiens Exploration Z Remorquage Week-end Science Garage d'élite Américars / Contrat en or Belle cubaine Garage Arrow / Les Autremondes Dexter sav-media 18h20 uniVERT 18h45 Santé 19h15 C'est une question Archi branchés Encore plus Couple nerds Question santé Question santé Couple nerds Grand chapitre TFO Les sapiens Maxi/ Maxi Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles REMORQUES (1941) 22h25 Le déni 22h45 Tombe Cinéma Planète Femmes accusées Devoir d'enquête L'homme de l'Isle Grands Mythes Pompiers de Londres Saveurs CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake / Life on the Line CBC News: The National CBC Late Night CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Conners Bob Hearts All Rise The Good Doctor / Disaster CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Neighborhood 9-1-1 / Monsters Prodigal Son Bull Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars / Halloween Night The Good Doctor / Disaster News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Bob Hearts All Rise Bull News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Retro Report on PBS Independent Lens / Made in Boise UNIS Cochon dingue Main à la pâte Bouffe en cavale Tournée générale Harfang des neiges Chars Eau fraîche Hooké HBO1 16h45 ALL THE WAY (2016) Stolen Daughters 20h20 AXIOS The Deuce 22h15 Catherine the Great Watchmen TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Coyotes de l'Arizona c.Sabres de Buffalo (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LNH Hockey LUNDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Culture Écrans 40 Par ceux qui les ont connus Une sympathique série dresse le portrait de figures importantes du Québec moderne HISTORIA CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR La chaîne Historia, qui a depuis longtemps délaissé l\u2019histoire avec un grand (et même un petit\u2026) H, renoue en quelque sorte avec ce créneau qui lui a donné son nom avec une série documentaire originale, certes sympathique, mais pas révolutionnaire pour autant.Chacun des 10 épisodes de la série donne l\u2019occasion à une vedette (eh oui, encore des vedettes !) de découvrir des aspects plus ou moins méconnus de certaines personnalités marquantes de l\u2019histoire moderne québécoise, à travers des documents d\u2019archives, mais surtout des témoignages de personnes qui les ont côtoyées.Ainsi, Pierre-Yves Lord partira sur les traces de René Lévesque, Réal Béland sur celles du lutteur Mad Dog Vachon et Marie-Thérèse Fortin s\u2019intéressera au destin du botaniste Marie-Victorin.Le premier épisode diffusé vendredi permet à l\u2019humoriste Yves P.Pelletier de mieux connaître une pionnière de son domaine, Rose Ouellette, La Poune pour les intimes et les autres, à travers les confidences pas très révélatrices de son dernier partenaire de scène, Louis Armel, celles beaucoup plus généreuses de sa petite-fille et les souvenirs de tournée de Francine Grimaldi.Leurs propos sont jumelés à des images et documents d\u2019archives, malheureusement pas toujours très généreux.L\u2019animateur d\u2019un épisode, heureusement sincèrement passionné par son sujet, ajoute un brin de dynamisme à cette production sinon un peu figée et assez conventionnelle, quoique pas dénuée d\u2019intérêt, surtout si on s\u2019intéresse au personnage exploré.Dans les pas de Historia, vendredi, 22 h Il y a, dans Les affamés de Robin Aubert, de l\u2019hémoglobine, des effets de choc, des poursuites effrénées et des atmosphères anxiogènes.Il y a aussi (et surtout) du vrai bon cinéma, original et abouti, inspiré de Tarkovski comme de Bresson.Nommé meilleur film d\u2019horreur de zombie de la décennie par le magazine américain Newsweek, ce film (aussi sacré meilleur film québécois aux prix Iris 2018) arrive enfin au petit écran, juste à temps pour l\u2019Halloween.À NE PAS MANQUER Les affamés Dimanche, Télé-Québec, 22 h Horreur d\u2019auteur SAMEDI 10/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie De l'Univers / Simon Boulerice Victoria La vérité Le Téléjournal Les grands reportages TVA TVA nouvelles LA MONTAGNE ENTRE NOUS (2017) Idris Elba.20h45 KONG: SKULL ISLAND (V.F.) (2017) avec John C.Reilly, Tom Hiddleston.23h15 TVANou.TQ LA MAISON MONSTRE (2006) 19h40 Jungle Cette année-là Belle et Bum ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (1994) V Cinéma STAR TREK (V.F.) (2009) avec Zachary Quinto, Leonard Nimoy, Chris Pine.21h15 FOLIES DE GRADUATION II (2001) avec Shannon Elizabeth, Jason Biggs.ICI RDI Le Téléjournal Découverte Le National La Semaine verte Le Téléjournal La Facture Le Téléjournal Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 Enfants de musique / Les enfants de la musique chantent les années 70 / Michèle Bernier Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Le choc des bolides Galas ComédiHa! 2018 Comédie Club / Billy Tellier Panique 401 CANAL VIE De taudis à logis Mères à boutte Naissances Maison jackpot Déco verte Body Bizarre (v.f.) Animaux VIP / Invasion animale Mar.aveugle RDS 16h00 Football / Ott/Tor.(D) Sports 30 HockeyQc.ca LMB Baseball - Série mondiale 4e Match (D) HISTORIA Béliveau: le documentaire Le lot du diable Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Extraterrestres ICI ARTV Les filles de Caleb JUSQU'AU BOUT (2013) James Cromwell.Moi et l'autre Moi et l'autre Conséquences LA ZIZANIE EXPLORA Homo sapiens Exploration glaciale La Semaine verte Les monstres du jurassique Pharmachien Z Seuls et tout nu Krypton / Nuit de sang Les Brown / Ne renonce jamais PRINCE DE PERSE: LES SABLES DU TEMPS (2010) Jake Gyllenhaal.sav-media Génie d'ici Question santé Grand chapitre Biblioth/ Filmez! Inventer le ciel Conférences 22h50 Conf 23h25 Conf TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Wapos Bay La grande soif RENCONTRES AVEC UN JEUNE POÈTE (2014) PTango AmourRo Planète Globe cooker Pourquoi nous détestent-ils?/ Nous les vieux Sur la route de la soie The believers Le Lido, tout un monde Pompiers CBC CBCNews Hockey Central LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Canadiens de Montréal (D) LNH Hockey / Cgy./Wpg.(D) CTV CTV News Montreal W5 UIP Figure Skating (D) The Big Bang The Big Bang The Big Bang CTV National GBL Global News Global National Security Security Ransom / Undercover Private Eyes Rookie Blue / Integrity Test Global News ABC 15h30 Football Football Score.Football Score.NCAA Football (D) News CBS 15h30 NCAA Football (D) Ch.3 News Friends NCIS: New Orleans 48 Hours 48 Hours News PBS (33) Time Goes By Appearances Fawlty Towers Still Open 20h05 Father Brown Doc Martin / Rescue Me Shakespeare Hathaway Austin City UNIS Le p'tit cabaret / Karim Ouellet Trait d'humour Le punch Balade LA CHASSE AU COLLET (2016) avec Julianne Côté, Paul Doucet.Watatatow HBO1 17h35 Student Athlete 19h10 Rock and a Hard Place 20h35 WhoKilledGarrett / Part 1 Partie 1 de 2 22h05 WhoKilledGarrett / Part 2 Partie 2 de 2 TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette Hockey / Cgy./Wpg.(D) 10/30 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Plan B / Éclipse totale Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags LOL :-) Les invisibles / La solitude Mensonges TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs La femme honorable 180 jours V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Ne jamais faire à la maison L'Open Mic Occupation D SEAL Team / Derrière le mur Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages / 1999 Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chacun son île / Île de Chiloé Envoyé spécial Les routes de l'impossible Journal/ C à dire CANAL D Riches et coupables Patrouille GTI Alaska: La ruée vers l'or Pirates Inc.Les pires erreurs d'ingénierie Pays Mitchifs CANAL VIE Le combat des flips Design V.I.P.Soupers Animaux VIP / Projets XXL Mères à boutte Naissances En transition de genre / Echo Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre (D) LMB Baseball - Série mondiale 7e Match (si nécessaire) (D) Hockey / Montréal vs Arizona (D) HISTORIA Les a$ de la brocante Profession / Le tartan du King De l'acier et du feu De l'acier et du feu Compagnons d'armes L'acier et feu ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Moi et l'autre Blanche Blanche Blanche Ensemble EXPLORA Prédateurs Océania / Géants des mers Stupidité Stupidité Les trains de l'impossible Astronaute Routes science Z Remorquage Week-end Seuls et tout nu Slobby Trésors tech Mais pourquoi?/ Fitness Maintenance Barry Dexter sav-media Inventer le ciel Génie d'ici Encore plus Kebec Musée/ Thèse Maîtres 21h55 Histoire Après/ Histoire Cancer 23h25 Kick t TFO 17h45 Les Sauvenature Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles L'HOMME ORCHESTRE (1970) Louis De Funes.22h25 Compte Rideau/ Mallette Planète Sur la route de la soie The believers Femmes accusées L'enquête de ma vie La Patrouille de France / La tournée Américaine CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Great Canadian / Pie Week Northern Rescue CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Goldbergs The Masked Singer Almost Family / Fake AF Stumptown / Bad Alibis CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols Modern Family Single Parents S.W.A.T./ The LBC Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Stumptown / Bad Alibis News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols SEAL Team Partie 1 de 2 S.W.A.T./ The LBC News PBS (33) PBS NewsHour The Farming Project Nature Nova Life From Above Amanpour UNIS Cochon dingue Louis la faune Les fermiers 21 jours / À la SPCA: Myriam Un vrai selfie Un vrai selfie Tournée générale La galère HBO1 17h35 ELIZABETH I, PART 2 Partie 2 de 2 Any One of Us The Bronx, USA The Deuce TVA Sports 17h00 JiC LMS Soccer - Éliminatoires (D) D.Morissette 21h45 RAW 22h45 TVA sp.23h15 Soccer MERCREDI 10/31 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 100 génies Enquête Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags Oeufs d'or Le bon docteur J.E.Face à la rue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Mc$ween 180 jours Dans les médias House of Cards (v.f.) Chef cabane V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux fous d'Ellen L'Open Mic Occupation D Chicago Police / Imbroglio Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Devoir d'enquête / Petit meurtre entre amis Urgences / Nouvel An Les secrets Journal/ C à dire CANAL D Comédie Club / Billy Tellier Les dossiers de la NASA Catastrophes en mer Paranormal sur le vif Docu-D / Cobayes: les dossiers noirs CANAL VIE Mini-maisons Mini-maisons Les 7 petits Johnston La famille Groulx Une garderie Un safari Premier flip Design V.I.P.Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hors-jeu 2.0 Max et Bruno L'antichambre (D) Hockey 360° (D) Hockey / Montréal vs Vegas (D) HISTORIA Compagnons d'armes De l'acier et du feu FantomWorks Transmission Rapides Hors route / Point de rupture Route croix ICI ARTV 17h30 Downton Abbey Moi et l'autre Pour l'amour du country Les filles de Caleb Les filles de Caleb Cinéma EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Sous la peau du géant du Nil Nature en équilibre Pharmachien Pharmachien Le réveil des dinosaures géants Girafes Z Remorquage Week-end Ridicule En rodage Galas ComédiHa! 2017 Talk show Comédie Tosh.0 P.Lemieux Dexter sav-media Conférences L'ère robots Juifs et Musulmans Maîtres 20h50 Histoire CORIM Génie d'ici Kebec Encore plus Inventer le ciel TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles OPÉRATION BEURRE DE PINOTTES (1985) Hogtown Blues LaMeill Planète 17h30 L'homme de l'Isle Grands Mythes Globe cooker Champs de bataille L'histoire dates Archives Incroyable Faune d'Afrique CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Battle of the Blades Dragons' Den CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk Young Sheldon Grey's Anatomy How to Get Away With Murder Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore The Unicorn GoodPlace Carol's 2nd Act Evil / 177 Minutes Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Million Little Thing / unleashed How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Young Sheldon The Unicorn Mom Carol's 2nd Act Evil / 177 Minutes News PBS (33) PBS NewsHour Made Here NE Legends Tom Lehrer: Live In Copenhagen 1967 Wings Over Grand Canyon Amanpour UNIS Cochon dingue Hôpital vétérinaire Louis la faune Eau fraîche Oiseaux Hooké Main à la pâte Bouffe en cavale Peaky Blinders HBO1 16h35 BESSIE 18h35 LIKE.SHARE.FOLLOW (2016) 20h10 THE CHANGELING (1979) George C.Scott.THE HITCHER (1985) Rutger Hauer.TVA Sports 17h00 JiC Le top LNH Avant-match LNH Hockey / Flames de Calgary c.Predators de Nashville (D) Dave Morissette en direct JEUDI 11/01 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Faites-moi rire! / France Castel Galas ComédiHa! / Phil Roy Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire TVA nouvelles 22h35 LIGNES INTERDITES TQ Encore plus Moi j'mange Cette année-là Y'a du monde à messe Like-moi! Zone franche Belle et Bum V Souper parfait Rire et délire L'arbitre Huissiers Huissiers Les jeux des Titans Heure limite / Le flic qui déchire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Décrypteurs Le National Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Guides d'aventures Échappées belles / Les Pyrénées-Atlantiques En marge du monde Journal/ C à dire CANAL D Pirates Inc.Douanes Douanes Opération Police 60 jours en prison Crimes occultes GTI CANAL VIE Mères à boutte Naissances Premier flip Design V.I.P.Les héros de la réno Belle à ma façon / Deuil Mères à boutte Naissances Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 L'avant-match LCF Football / Alouettes de Montréal c.Ottawa RedBlacks (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Hors route / Point de rupture La route des croix Les montagnards Les montagnards Les pas de De père en fils Le lot du diable ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter C'est juste de la TV Esprit critique Cinéma EXPLORA Îles de beauté Planète techno Vies de chiens Vivre avec les volcans Au coeur du cerveau Chasseurs de légendes Légendes Z Remorquage Week-end Garage Belle cubaine Les pires chauffards canadiens Américars / Contrat en or Infiltration Infiltration Dexter sav-media CORIM Arrêt monde Archi branchés Question santé Question santé Couple nerds CORIM Encore plus Grand chapitre Biblioth L'électricité TFO Les sapiens Subito texto Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles NOCES (2016) Lina El Arabi.L'assa 23h15 Mamie Planète 17h00 La démocratie Mission grands requins blancs Avignon, le pont retrouvé L'abbé, le diable Globe cooker Pourquoi nous détestent-ils?CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.marketplace In the Making The Nature of Things CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang L.A.'s Finest / Book of Secrets Magnum P.I.Blue Bloods / Glass Houses CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Hawaii Five-0 The Blacklist SEAL Team Partie 1 de 2 Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Fresh Off-Boat 20/20 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Hawaii Five-0 Magnum P.I.Blue Bloods / Glass Houses News PBS (33) PBS NewsHour Outdoor Vermont Week Wash.Week Firing Line Great Performances / 42nd Street UNIS Watatatow Watatatow Les intrépides Les intrépides Galaxie près Galaxie près Fais-moi peur! Fais-moi peur! Trait d'humour / Mathieu Cyr Le punch HBO1 17h40 RUMBLE: THE INDIANS WHO ROCK.19h25 Wig My Favorite Shapes Real Time With Bill Maher Room 104 TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Flyers de Philadelphie c.Devils du New Jersey (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports WTA Tennis VENDREDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 10/29 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Toute la vie 5e rang Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Animaux retrai La Dérape L'heure bleue Les honorables TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Moi j'mange National Geographic House of Cards (v.f.) Poldark / Naufrage Cette année-là V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux des Titans L'Open Mic Occupation D NCIS: Los Angeles / Zone grise Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Urgences / Nouvel An Guides d'aventures En marge du monde L'art du crime Journal/ C à dire CANAL D Riches et coupables Le choc des bolides Asphalt Cowboys (v.f.) Panique sur la 401 Catastrophes en mer Paranormal CANAL VIE Comment rén.Comment rén.Déco verte Premier flip Vendre ou rénover Vancouver?Les héros de la réno Quoi ton plan?Les gratteux Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre (D) LMB Baseball - Série mondiale 6e Match (si nécessaire) (D) HISTORIA Chasseurs Chasseurs La malédiction d'Oak Island Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Profession ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Quelle famille! Les filles de Caleb Les filles de Caleb Conséquences Conséquences EXPLORA Animo S'aime chien Girafes: Les dernières géantes Pharmachien Pharmachien Au coeur du cerveau Nature en équilibre / Long Point Les volcans Z Remorquage Week-end Les Brown / Tous pour un Deadly Class (v.f.) Surnaturel / L'oeuf et la lance Krypton / Un nouvel espoir Dexter sav-media CORIM Gardiste/ Après De garde 24/7 19h45 Décor Cancer 20h55 Kick t Juifs et Musulmans Inventer le ciel L'ère robots TFO Les sapiens Motel Monstre Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles LE PASSAGE DU RHIN (1960) Charles Aznavour.Empreint Planète Char d'assaut Le Lido, tout un monde Chiens des glaces Mission grands requins blancs Pourquoi nous détestent-ils?/ Nous, les gros CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Still Standing 22 Minutes TallBoyz Baroness CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident This Is Us Emergence / RDZ9021 CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / She / Sunnie Pelant NCIS: New Orleans New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Bless-Mess Mixed-ish Black-ish Emergence / RDZ9021 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / She / Sunnie Pelant FBI / Apex NCIS: New Orleans News PBS (33) PBS NewsHour Seeing Canada Two for Rd.Finding Your Roots Retro Report on PBS Frontline / Fire in Paradise Amanpour UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent FAMILIA (2005) avec Macha Grenon, Sylvie Moreau.Ciné tout court Trait d'humour HBO1 18h05 Latin Explosion 19h15 Unmasking Jihadi John: The Anatomy of a Terrorist Any One of Us Catherine the Great TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Flyers de Philadelphie c.Penguins de Pittsburgh (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LNH Hockey MARDI Culture Écrans 41 CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR L\u2019œuvre de l\u2019écrivain américain Tom Perrotta semble destinée à être transposée à l\u2019écran.Ses romans Election et Little Children ont fait l\u2019objet de longs métrages salués par la critique, tandis que The Leftovers a servi d\u2019inspiration à une récente série télévisée éponyme, tout aussi encensée.Voilà que son petit dernier, paru en 2017, devient une minisérie fort réussie sur la laborieuse quête d\u2019identité et de bonheur d\u2019une mère et de son fils jeune adulte, après que ce dernier a quitté le domicile familial pour aller à l\u2019université.Cette comédie dramatique aux accents satiriques fait penser à plusieurs égards à Little Children, qui se penchait sur le spleen d\u2019une jeune femme se sentant dévorée par la banalité de sa vie de femme au foyer.Mrs Fletcher dresse cette fois le portrait d\u2019une quarantenaire désemparée devant le vide de son existence maintenant qu\u2019elle se retrouve toute seule dans sa grande maison.Elle trouve un certain réconfort dans la consommation effrénée de pornographie en ligne et dans des cours du soir de création littéraire, où elle est courtisée par un jeune homme de l\u2019âge de son fils.De son côté, son grand garçon, un sportif arrogant et suffisant, qui a une conception très réductrice des relations hommes-femmes, forgée à coups de porno en ligne, frappe un mur d\u2019indifférence et de dégoût dans sa nouvelle vie universitaire, moins heureuse qu\u2019imaginée.Ce portrait psychologique de deux êtres minés par les conséquences moins glorieuses de la révolution sexuelle, dans des univers très contraignants socialement, vaut particulièrement le détour pour les performances inspirées des interprètes, et tout particulièrement Kathryn Hahn dans le rôle-titre, qui incarne avec beaucoup de conviction et de courage cette femme égarée, mais qui veut trouver la félicité malgré tout.Mrs.Fletcher HBO et Crave, dimanche, 22 h 30 et à Super Écran, dès le 3 novembre, 22 h Après le nid Les errances existentielles et sexuelles d\u2019une mère et de son grand fils SARAH SHATZ HBO V I V R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Tohoku.Sur le sentier adjacent à l\u2019hôtel, vous pourrez en examiner pas moins de 300 espèces différentes.» Nous sommes au nord-est de l\u2019île de Honshu, dans le Tohoku, une région de forêts vierges et de volcans longtemps surnommée « la terre au- delà des routes » (lire Le Tohoku en question).En août dernier, je me suis mise au vert à l\u2019hôtel Oirase Keiryu, situé au cœur du parc national de To- wada-Hachimantai.Intégré au groupe hôtelier Hoshino, ce centre de villégiature est le seul établissement installé en bordure du ruisseau de montagne Oirase.On y est donc aux premières loges pour contempler ce « monument naturel » figurant à l\u2019inventaire nippon des paysages majestueux.Courant jusqu\u2019au Pacifique, l\u2019Oirase prend sa source dans la caldeira To- wada, qui s\u2019est formée à la suite d\u2019éruptions volcaniques successives il y a 53 000 ans.Un sentier de randonnée long de 14 kilomètres, mais facile, nous y mène, et quel « chemin de croix » ! Jalonné d\u2019une douzaine de chutes, il nous entraîne tantôt dans une hêtraie, tantôt vers des rapides.Quelques ponts de bois enjambent le Quand le Japon fait « mousser » la randonnée Avec ou sans loupe, on part à la découverte des beautés du pays du Soleil-Levant REPORTAGE CAROLYNE PARENT COLLABORATRICE LE DEVOIR AU JAPON n sait la vénération des Japonais pour dame Nature.On connaît leur exaltation du beau, du délicat et du nano plutôt que du giga.Mais de là à trouver, dans sa chambre d\u2019hôtel, une loupe de poche à côté du service à thé\u2026 « Mais c\u2019est pour mieux observer la mousse, mon enfant ! me dit (traduction très libre) Byeokju Ryu, directeur commercial de Hoshino Resorts pour le O LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 ruisseau afin qu\u2019on puisse admirer fougères géantes, rochers polis, bref, toute la poésie du panorama.C\u2019est qu\u2019ils sont romantiques, les Nippons\u2026 (Qui d\u2019autre organise, le soir, des excursions d\u2019observation de lucioles ?) Armée de ma loupe Vixen, me voilà sur ledit sentier à admirer le velours sur roche qu\u2019a brodé la nature de-ci de-là, mais franchement, la vue d\u2019ensemble, grandiose, m\u2019interpelle davantage.En pleine immersion verte, il me revient en tête la pratique du shinrin yoku, ou sylvothérapie, une forme de médecine préventive pratiquée au pays depuis toujours.Inspirer à fond, s\u2019étirer et méditer dans ce cadre couleur chlorophylle (ou rouge momiji (érable japonais) en cette fin d\u2019octobre) seraient autant de façons de soulager stress et anxiété et de s\u2019épargner les maux qui en découlent.Si aucun randonneur n\u2019étreint des troncs d\u2019arbre, la plupart d\u2019entre eux marchent néanmoins en silence pour mieux s\u2019imprégner de la beauté et du calme ambiants.Tout au bout du sentier, voilà le Towada-Ko, le fameux lac ceinturé de montagnes.Pour en contempler les eaux cristallines et se reposer les gambettes, faire un aller-retour à bord du bateau qui relie le hameau de Nenokuchi au village voisin de Ya- sumiya est un bon plan.Au pays du Soleil-Levant, qui dit volcan dit bien sûr géothermie et onsen, ou bain thermal.Ici, dans la préfecture d\u2019Aomori, où les monts Hakkoda englobent la quinzaine de stratovolcans dominant la région, on est servi.Les hôtels des environs proposent des bassins intérieurs pour hommes, d\u2019autres pour femmes, ainsi que des rotenburo ou bains extérieurs.Celui de l\u2019hôtel Oirase Keiryu a vue sur le cours d\u2019eau, qu\u2019on contemple à l\u2019ombre d\u2019un momiji s\u2019élevant au beau milieu.On se croirait dans une estampe de Hokusai.Ailleurs en pleine forêt, l\u2019eau chaude du rotenburo Yaekonohoe no Yu fait merveille pour soulager les pieds endoloris par la longue randonnée.Le chant de la chute est apaisant.Puis, quand la nuit tombe, on allume des lanternes ; par ici, la magie.De retour à l\u2019hôtel, cap sur le restaurant Ringo, qui n\u2019a rien à voir avec un certain Beatle et tout avec la fuji.La table célèbre le fait qu\u2019Aomori produit plus de 50 % de toutes les pommes de l\u2019archipel.Elles sont donc présentes dans l\u2019assiette du hors-d\u2019oeuvre au dessert, accompagnant le jambon ibérique comme la noix de Saint-Jacques, une autre spécialité de la préfecture.Dans la vaste salle de séjour, où dame Nature s\u2019invite grâce à une généreuse fenestration, les hôtes bavardent et prennent un dernier verre avant d\u2019aller se coucher.Par les temps qui courent, nul doute qu\u2019un feu crépite dans la cheminée de bronze monumentale qui occupe le centre de la pièce.Réalisée pour l\u2019établissement par l\u2019artiste peintre et sculpteur Taro Okamoto, l\u2019œuvre est intitulée Le mythe de la forêt et dépeint un monde enchanté composé d\u2019arbres, d\u2019eau et de fées.Elle me semble traduire à merveille le candide, le mignon et le tantinet naïf univers nippon, aux antipodes de la dureté du nôtre et dans lequel il fait bon s\u2019immerger, avec ou sans loupe.Carolyne Parent était l\u2019invitée de l\u2019Office national du tourisme du Japon.Le Tohoku en question Pour certains, aller au Japon, c\u2019est déjà sortir des sentiers battus, mais pour ceux qui ont déjà fait le circuit Tokyo-Kyoto-Osaka- Hiroshima, ou encore ceux qui ont envie de terminer leur séjour sur une note « zenissime », ce territoire isolé du nord-est de la grande île de Honshu convient parfaitement.Le Tohoku est entré dans l\u2019histoire féodale du pays au XVIIe siècle lorsque le chef de guerre Date Masamune fit de Sendai la capitale de son fief.En mars 2011, celle-ci faisait les manchettes alors que les médias du monde entier relayaient les images terrifiantes d\u2019un tsunami semant la destruction sur la côte de cet ancien village de pê- cheurs, à la suite d\u2019un violent séisme.Et aujourd\u2019hui ?« Aujour- d\u2019hui, les affaires vont bien, les gens viennent voir comment nous allons ! » dit Motomura Nao- hide, qui montre volontiers des photos de l\u2019après-tsunami.L\u2019artisan nonagénaire tient un atelier de confection de kokeshi à Mat- sushima, un village donnant sur une baie spectaculaire à moins d\u2019une heure de train de Sendai, et il faut effectivement aller le voir façonner ses poupées de bois ! Carnet de route Se rendre à Tokyo : en 13 heures et demie sans escale au départ de Montréal avec Air Canada.Dans la spacieuse cabine Économie privilège d\u2019un Dreamliner, on se croirait dans son salon.Filer en train : à bord de l\u2019Haya- busa, le plus rapide du Shinkan- sen, sur la ligne JR Tohoku.Le trajet de Tokyo à Shin-Aomori dure trois heures et demie.De la gare, l\u2019hôtel Oirase Keiryu assure le transport de ses clients par bus en une heure.jrailpass.com Se loger : récemment rénové, ce bel hôtel de style chalet compte 108 chambres, réparties en deux ailes.Deux suites sont dotées d\u2019un bain extérieur, faisant face au cours d\u2019eau.Dans les parages, c\u2019est le mieux situé d\u2019une poignée d\u2019établissements.oirase-keiryu.jp Aller au lac : on peut louer des vélos à la boutique de la halte Ishikedo du sentier ou prendre le bus local si on ne veut pas marcher.Aussi, la navette de l\u2019hôtel dépose les clients à quatre points d\u2019intérêt dans les sept premiers kilomètres du parcours.Renseignements : japan.travel/fr/ca Voyage 43 Ci-dessus : Yaekonohoe no Yu, un bain thermal au parc national.À gauche : nature et cheminée de bronze dans un salon de l\u2019hôtel Oirase Keiryu.À droite : au fil du sentier, halte aux chutes Kumoi-no Taki.PHOTOS CAROLYNE PARENT/HÔTEL OIRASE KEIRYU LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivr e Plein air 44 sens et enracinent l\u2019expérience dans la consolidation des apprentissages : s\u2019initier à la technique du canot, développer un sentiment d\u2019accomplissement, établir des liens sociaux et, même, expérimenter un état de confort en parvenant à gérer son stress.Dans un groupe où personne ne se connaît, mais où tous partagent une lourde expérience de vie, les liens ne tardent pas, bien souvent, à se tisser.L\u2019occasion de retrouver, l\u2019espace de quelques jours, une inclusion sociale pour un jeune que la maladie a souvent isolé de son milieu.Certains moments où les tâches sont faites en équipe \u2014 la vaisselle, le montage des tentes \u2014 amènent d\u2019ailleurs à partager spontanément ses expériences sur la maladie et sur les traitements, sans que l\u2019équipe d\u2019encadrement cherche à les provoquer.À cette occasion, la parole trouve une brèche pour se libérer.Mais, au bout du compte, ces jeunes aventuriers sont bien comme les autres : plongés dans une aventure joyeuse et mémorable : « Certains ont des limitations physiques et les expéditions sont montées en fonction de leur état de santé, ajoute Marie- Michelle Paradis, mais notre objectif est de les traiter en jeunes comme les autres, pas en malades.» Reste que chaque expédition a lieu avec l\u2019encadrement de guides, mais aussi d\u2019un médecin, d\u2019une infirmière et d\u2019un intervenant psychosocial bénévoles.Moi, cet inconnu « Un ado est autre chose que sa maladie », renchérit Linda Paquette, professeure en psychologie à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et auteure d\u2019un projet de recherche sur l\u2019incidence psychologique des expéditions sur la santé mentale des jeunes atteints du cancer.« C\u2019est pendant l\u2019adolescence que le jeune construit ses relations hors de la famille et cet apprentissage est interrompu par la maladie.Les expéditions permettent de le rétablir et de le sortir du milieu familial et hospitalier.» De nombreuses entrevues réalisées avant et après les expéditions, selon un protocole très rigoureux, ont permis à Linda Paquette d\u2019observer des retombées de l\u2019expérience vécue en pleine nature, même si, après quelque temps, il est difficile de dire si celles-ci sont à relier à la seule expédition : « Augmentation de l\u2019estime de soi, baisse de la détresse psychologique, meilleure gestion du stress, meilleure forme physique.D\u2019ailleurs, certains La Société québécoise de schizophrénie, en collaboration avec l\u2019organisme Face aux vents, emmène en expédition des jeunes souffrant de problèmes de santé mentale.PASCAL PICARD REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR uand Anik Demers embarque pour une expédition de quatre jours de canot- camping sur le réservoir du Poisson Blanc, en Outao- uais, elle est en rémission du cancer depuis deux semaines et la moitié de son torse est brûlé au second degré.« Le mot qui me vient en tête pour décrire ce moment-là, c\u2019est paix.Même si on bouge beaucoup en canot, je me suis retrouvée avec des gens qui vivaient la même chose que moi, et cela m\u2019a apporté un grand apaisement.» La jeune femme venait de plonger dans une immersion en pleine nature en compagnie de neuf autres jeunes adultes dans la même situation médicale.« On était tous un peu affaiblis par les traitements, dit-elle, et chaque petite victoire, nous la vivions en groupe, avec des mots, des sourires et une grande contagion émotionnelle.» Cette expédition, comme d\u2019autres organisées chaque année, est l\u2019œuvre de la fondation Sur la pointe des pieds, basée à Chicoutimi.Son mandat : amener des adolescents et de jeunes adultes à vivre le défi d\u2019une aventure de plein air thérapeutique.« Ces jeunes sont soit en traitement, soit en rémission, précise Ma- rie-Michelle Paradis, de la fondation.Et ces aventures s\u2019articulent autour d\u2019un plan d\u2019intervention très précis, qui regroupe plusieurs objectifs.» Ces objectifs vont dans tous les Des soins au vert Quand la nature et l\u2019aventure font partie du traitement médical Q LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivr e Plein air 4 5 d\u2019oublier que j\u2019ai une maladie mentale », résumait l\u2019une des participantes de ces excursions.« Les résultats sont souvent des microvictoires mais, à l\u2019échelle de chaque personne, c\u2019est énorme ! » ajoute le fondateur de Face aux vents, qui veut travailler de plus en plus en prévention avec des jeunes vivant des situations qui peuvent les amener à souffrir de dépression ou de troubles déficitaires de l\u2019attention.Selon M.LeBlanc, une nouvelle génération de psychiatres commence à considérer l\u2019effet bénéfique de ces expériences sur la santé mentale des jeunes.C\u2019est le cas de Clairélaine Ouellet- Plamondon, psychiatre au CHUM depuis sept ans.qui travaille avec de jeunes psychotiques souvent aux prises avec des problèmes de toxicomanie concomitants.« Malgré le travail en intervention médicale que nous faisons, certains patients ne s\u2019y retrouvent pas, dit-elle.Alors il faut trouver d\u2019autres avenues, comme l\u2019approche nature-aventure.» En 2012, un projet-pilote a donc été mené avec la clinique JAP du CHUM (Jeunes adultes psychotiques) avec des jeunes de 18 à 30 ans emmenés en plein air avec l\u2019encadrement de Face aux vents.« Avec certains jeunes, on travaille en expédition des choses qu\u2019on ne peut pas accomplir autrement, affirme la docteure Ouellet-Plamondon.La peur, le dépassement, l\u2019interaction sociale.» Même chose du côté des intervenants, engagés dans l\u2019alliance thérapeutique avec leurs patients, qui les observent en situation inédite : descendre en canyonisme, poursuivre un effort ou cuisiner en plein air.« Ça permet de travailler ensuite sur l\u2019anxiété, les hallucinations ou les symptômes cognitifs, explique la psychiatre.Ça permet aussi aux jeunes de découvrir un monde de possibilités par l\u2019émerveillement.» Comme une fenêtre qui s\u2019ouvrirait.ont acquis des compétences techniques, comme pagayer en kayak de mer, et ont poursuivi leurs activités bien après la maladie », ajoute la chercheuse, qui travaille étroitement avec la fondation Sur la pointe des pieds.Même si l\u2019incidence de ces expériences sur la santé physique et mentale est difficilement mesurable dans le temps, elle est bien réelle.Et a toutes les chances d\u2019être transférée ensuite à la vie de tous les jours.Quand la médecine s\u2019y intéresse D\u2019ailleurs, beaucoup de médecins y croient, même des psychiatres pour qui ces expériences représentent un complément précieux aux soins médicaux.Au point que la Société québécoise de schizophrénie mène un gros projet en collaboration avec l\u2019organisme Face aux vents, qui emmène, depuis des années, des jeunes souffrant de problèmes de santé mentale à vivre des expéditions en pleine nature.Le fondateur de Face aux vents, Jean-Philippe LeBlanc, est un guide de haute montagne désireux de faire vivre à des jeunes bousculés par la vie un peu de cet émerveillement qu\u2019il voit chez ceux qu\u2019il conduit sur les sentiers du monde.« Depuis un an, nous avons doublé le nombre de nos projets grâce à l\u2019implication d\u2019une compagnie pharmaceutique, indique Jean-Philippe LeBlanc.Nous intervenons avec des jeunes souffrant de psychose de façon très graduelle avec cinq blocs d\u2019activités en cinq mois, suivis d\u2019une fin de semaine de plein air.» Durant ces sorties de quelques heures, il n\u2019y a aucun encadrement clinique, mais les parents sont présents.« Ces activités me permettent La fondation Sur la pointe des pieds, basée à Chicoutimi, permet à des adolescents et à de jeunes adultes de vivre une aventure de plein air thérapeutique.CHANTAL LECOURS Avec certains jeunes, on travaille en expédition des choses qu\u2019on ne peut pas accomplir autrement.La peur, le dépassement, l\u2019interaction sociale.LA DRE OUELLET-PLAMONDON » Musée des beaux-arts de Montréal - Université Concordia - La TOHU Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Dimanche le 17 novembre 10 h 00 Égypte Pharaonique - 19 jrs 11 h 30 Magistrale Russie - 21 jrs 13 h 00 Portugal & Madère - 22 jrs 14 h 00 Trésors de la Grèce - 20 jrs Réservez vos places P é é d Présentations confér é i li ences BON VOYAGE LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Gastronomie 46 REPORTAGE MARIE-CLAUDE DI LILLO COLLABORATRICE LE DEVOIR EN ROUMANIE La viticulture n\u2019est pas chose nouvelle au pays, celle-ci datant de l\u2019époque romaine, soit 600 ans av.J.-C.Pourtant, même si les conditions y ont toujours été idéales pour créer de bons vins, le potentiel est resté longtemps inexploité.La réattribution des terres et la privatisation de certaines autres après la chute de l\u2019empire communiste ont permis à des entrepreneurs motivés de se tailler une place dans le monde vinicole.À moins de deux heures au nord-est de Bucarest se trouve une région vinicole en pleine émergence, entourée de bucoliques collines.C\u2019est là que se situe le vignoble Buduaresca, fondé en 2007 et possédé par des intérêts roumains.Là, on a misé sur l\u2019expertise d\u2019un œnologue britannique pour créer des vins élégants avec une touche moderne.Stephen Donnelly se plaît dans le nouveau chai ultra-sophistiqué où sont produites les cuvées de la maison.Son terrain de jeu ?275 hectares de vignes, dont la plupart produisent des vins rouges sur le terroir fortement ensoleillé de la région de Dealu Mare.Des cuvées, dont certaines primées lors des concours mondiaux, élaborées avec des cépages européens et indigènes (feteasc?alb?, feteasc?neagr?, feteasc?regal?, t?mâios?ro- mânesc?), que Donnelly aime utiliser en raison de leur unicité.Il affirme que le pays est en train de vivre une renaissance et qu\u2019il sent l\u2019engouement chez les visiteurs du vignoble, plus nombreux d\u2019année en année.L\u2019an prochain, un hôtel et un restaurant ouvriront d\u2019ailleurs leurs portes pour les accueillir.Farma Dacilor : un gîte À dix minutes de voiture de Budua- resca, on découvre un ranch unique où l\u2019on peut dormir dans des yourtes comme à l\u2019époque des Daces.Farma Dacilor a vu le jour en 2015 pour pallier le manque d\u2019hébergement dans la région, au moment où l\u2019œnotourisme est en pleine croissance.Le restaurant offre de délicieux plats typiques du sud, à forte influence ottomane, composés de produits de la ferme et cuits dans un four en pierre.On peut y déguster la ciorb?aux tomates (soupe acide à base de blé fermenté avec chou et boulettes de viande), les mici (saucisses grillées de porc à l\u2019ail) servis avec du caviar d\u2019aubergine, les sarmalé (cigares au chou fermenté Gastronomie et œnotourisme en pleine effervescence ! La Roumanie renoue avec la bonne chère et le bon vin Le vignoble Buduaresca fondé en 2007, a misé sur l\u2019expertise d\u2019un œnologue britannique pour créer des vins élégants avec une touche moderne.PHOTOS MARIE-CLAUDE DI LILLO LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Gastronomie 47 farcis de viande de porc) et les mus- chi (grillades de viandes).Transylvanie : le vignoble Jidvei On quitte le sud pour le centre et ses majestueuses montagnes.Au cœur d\u2019une vallée se trouve le comté de Jidvei, dans la région vinicole du Târ- nave.Ici, l\u2019influence de l\u2019empire aus- tro-hongrois, qui a longtemps occupé la région, se reflète dans la nourriture et le vin.Le plus grand producteur de Roumanie, Jidvei (2500 hectares de vignes, 14 millions de bouteilles vendues dans le monde), s\u2019y trouve et on peut visiter non seulement ce vignoble, mais aussi son château du XVIe siècle, Bethlen-Haller.Claudiu Necsulescu et sa femme ont acquis les deux en 1999, ils étaient alors dans la trentaine.Ils ont fait ensuite la connaissance du plus vieux vigneron du pays, Iona Buia, 75 ans.Depuis 1972, Buia élabore des vins blancs faits à partir de sauvignon, de traminer, de riesling, de chardonnay et aussi de cépages locaux.Grâce à des investissements faits récents dans des équipements de pointe (dont un tout nouveau chai à système gravitationnel), Buia peut créer de petits chefs-d\u2019œuvre.Bientôt, il cédera sa place aux jeunes, mais avant, il nous a régalés de plats régionaux servis au restaurant du château, comme la ciorb?claire à l\u2019estragon et les schnitzels de poulet accompagnés de deux de ses cuvées fétiches : « Jidvei », un mousseux fait à partir de feteasc?regal?en méthode traditionnelle, et « Maria », du nom de la fille de Claudiu, un assemblage de feteasc?alb?et de pinot gris qui a l\u2019élégance des vins d\u2019Autriche.Le repas s\u2019est terminé, comme la tradition le veut, par un verre de p?linca, une eau-de-vie de prunes, pris en trinquant avec un Noroc ! (« À votre santé ! ») bien senti.Moldavie : une nouvelle ère La ville d\u2019Ia?i est le centre culturel et économique de la région.En dépit de ses nombreux bâtiments austères, vestiges de l\u2019ex-URSS, elle est résolument tournée vers l\u2019avenir, façonnée par une jeunesse motivée.On y a fait la rencontre de Marian Olteanu, trentenaire, à la tête du vignoble Gramma.Il y a une dizaine d\u2019années, Marian choisit de se lancer dans le vin avec son ami Mihai Cristian Focea, diplômé en œnologie.Un marketing audacieux, des étiquettes remarquables et surtout des vins uniques lui valent vite la consécration.Le magazine Forbes lui consacre, en 2016, un article élogieux.Son vin d\u2019aligoté, un cépage qu\u2019il est probablement le seul à avoir osé planter en Roumanie, est une merveille.Dans la foulée, Marian commence à développer le côté œnotouristique au vignoble.Gramma signifie « conversation », et les vins n\u2019ont pas fini de faire jaser ! À 45 km de là, à Bilovari, le béton et le bitume laissent leur place à un paysage parsemé de vallons et de plaines ocrés.C\u2019est là que l\u2019amie de Marian, Loredana Lungu, dirige le vignoble Crama Hermeziu fondé en 2006 par son père.Sur le domaine poussent, en plus des vignes, des légumes et des arbres fruitiers, et on y élève cochons, poules, moutons, lapins et même des autruches.Dans le restaurant de leur hôtel, on cuisine les produits bios de la ferme dans un style Balkan : ragoûts de viande (tochitur?) servis avec de la m?m?lig?(polenta) et un œuf miroir, ainsi que du ca?caval (fromage de brebis), accompagnés des vins du vignoble à facture plutôt classique.Après 7 ans de travail auprès de son père, la jeune femme lui a proposé d\u2019élargir ses horizons.Fréquentant les bars branchés d\u2019Ia?i, ses expériences la font miser sur les rosés et les vins pétillants avec emballages et noms séduisants pour la jeunesse roumaine.« C\u2019est soir », « Madame Bleue » et « Mademoiselle Rosée » voient le jour et font vite fureur.L\u2019innovation a également touché l\u2019historique commun de Cotnari, où se trouve un vignoble du même nom.Deuxième en importance au pays avec ses 1750 hectares, on y fait depuis le XVIIIe siècle du vin blanc doux élaboré avec des cépages uniques à la région : le gras?de Cot- nari, le frâncus?ou le busuioc?de Bohotin, devenus des DOC protégés.Dans ce lieu rural tapissé de petites chaumières, le chai détonne avec le reste du paysage par ses couleurs et son style architectural des années 1970.Depuis 2007, un vent de changement souffle, car la descendance a décidé, pour la première fois de l\u2019histoire de cette commune, de planter 75 hectares de cépages rouges.Les premiers millésimes (2011) sont déjà très prometteurs et ont fait leur entrée officielle dans la DOC Cotnari.Sur leur lancée, les jeunes propriétaires ont commencé à ériger un hôtel dans un bâtiment bicentenaire.Bientôt, ils seront prêts à accueillir leurs premiers logeurs et à organiser des visites guidées.Bucarest : visite gastronomique De retour dans la capitale, on assiste à l\u2019émergence d\u2019une cuisine moderne et raffinée.Kaiamo, ouvert depuis un an, fait déjà accourir une faune en quête de nouveautés.Le chef propriétaire, Radu Ionescu, n\u2019a pas même trente ans.Il a travaillé pendant sept ans à Londres dans les meilleurs restaurants.Revenu au pays avec sa conjointe, il a voulu ouvrir un établissement mettant en valeur les plats de son enfance ainsi que les produits locaux.Son interprétation de la cuisine roumaine est étonnante, à preuve ses sarmalé version cuisine moléculaire.Pas moins de 170 vins, dont la plupart roumains, se retrouvent sur la carte.Le jeune couple croit que la qualité des vins du pays est aujour- d\u2019hui indéniable et qu\u2019il faut les faire découvrir.Quelques agences commencent à organiser des circuits œnotouristi- ques : voyageursdumonde.ca/voya ge-sur-mesure/idees-voyage/voya ge-amoureux/roumanie-33.Cave et cellier datant du XVIIIe siècle à visiter au vignoble de Cotnari.En haut : la ciorb?, une soupe acide à base de blé fermenté avec chou et boulettes de viande, au gîte Farma Dacilor. LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Resto 48 Un petit extraterrestre que ce Desert Child, du concepteur indépendant Oscar Brittain.On y prend la place d\u2019un jeune pilote de course en motocyclette volante (hoverbike) qui, avec quelques sous en poche, tente d\u2019économiser assez d\u2019argent pour évacuer la Terre.C\u2019est que notre planète a, changements climatiques obligent, atteint la limite de sa durée de vie utile.Direction Mars, donc.On fait des courses contre d\u2019autres pilotes.On remporte des prix, on fait des paris.On améliore son bolide, on lui ajoute des morceaux et on le répare lorsque la lutte a été un peu trop chaude.Et on mange des ra- mens, parce que c\u2019est tout ce qu\u2019on peut s\u2019offrir.Le tout avec une esthétique rétro et une trame sonore jazzy-rap- rock qui animent un monde pas si éloigné de nous et qui nous rappellent beaucoup la série animée japonaise culte de la fin des années 1990 Cowboy Bebop.On y est seul avec notre véhicule, qui est à la fois notre meilleur ami et, parfois, notre pire ennemi, et on essaie de faire quelques dollars pour survivre \u2014 au moins jusqu\u2019à demain.Et on rêve de devenir, peut-être un jour, le meilleur pilote du système solaire.On aime, assurément.Olivier Sylvestre LES APPLICATIONS DE LA SEMAINE Desert Child Offert pour PC (Steam, GOG), Nintendo Switch, PlayStation 4 et XBOX One.Durée : environ 3 heures.Ramens et courses de hoverbike AKAPURA GAMES CRITIQUE CATHERINE FERLAND COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC Peut-être est-ce parce que l\u2019automne nous force à remiser pots et bêches que j\u2019ai ressenti l\u2019impérieuse envie de me rapprocher de la nature ?C\u2019est en compagnie d\u2019une amie que je me suis dirigée vers un établissement où la végétation est reine, aussi bien dans la déco que dans l\u2019assiette.Bienvenue chez Les Botanistes.Logé à même l\u2019une des plus imposantes jardineries de Québec, les Floralies Jouvence, ce resto ouvert il y a quelques mois est le plus récent projet des chefs Jean-Luc Boulay et Arnaud Marchand, complices de l\u2019homme d\u2019affaires Pierre Daoust et du chef Pierre Joubaud.Histoire naturelle du goût Saviez-vous qu\u2019une grande révolution du goût s\u2019est produite en France entre le XVIIe et le XVIIIe siècle ?Alors que le Moyen Âge faisait grand usage des épices (macis, cardamome, poivre, safran, cannelle, gingembre, cumin, anis, etc.), les Français décident de simplifier radicalement leur cuisine pour retrouver un goût plus naturel.Aux sauces médiévales acides et épicées succèdent les sauces grasses, faites à partir de beurre et de consommés de viandes, plus douces et plus respectueuses de la saveur propre des aliments.On réhabilite aussi les légumes, jusqu\u2019alors associés à la rustique alimentation paysanne.Dans une conception de l\u2019assiette aux accents rousseauistes, mais sans Du terreau à l\u2019assiette Les Botanistes cultivent le goût naturel LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Les Botanistes $$ 1/2 2010, avenue Jules-Verne, Québec.418 872-7971 Coût d\u2019un repas pour deux, nourriture seulement, avant taxes et service : 68 $.Coût total d\u2019un repas pour deux, avec taxes et service : 104 $.Les plus : Une cuisine originale qui honore les légumes de manière savoureuse.Les moins : Un peu cher, même en menu midi.Actualités gastronomiques de la région de Québec La jeune cheffe Andrée-Ann Lachance vient de se joindre à la brigade du Bistro B de l\u2019avenue Cartier, à Québec.Connue pour son passage fructueux à l\u2019émission Les chefs ! en 2018, cette étoile montante de la gastronomie de la Vieille Capitale se promet de travailler beaucoup avec la protéine végétale, une demande grandissante de la clientèle.Le restaurant Le Quarante 7 amorce une collaboration exclusive avec Gaël Vidricaire.Sacrée cheffe pâtissière de l\u2019année 2019 par la Société des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Québec, celle-ci a créé une somptueuse carte des desserts\u2026 dont le chou au beurre de poires, dés de poires pochées aux épices et crème façon spéculoos.À mi-chemin entre Québec et Montréal, Le Grec souligne cette année ses 60 ans.Ce resto triflu- vien bien connu sera d\u2019ailleurs la vedette d\u2019une websérie originale qui permettra de suivre la famille et l\u2019équipe de cuisine dans ses péripéties quotidiennes.À suivre ! Autre anniversaire, le bistro Le Sam célèbre son cinquième anniversaire ! L\u2019établissement, qu\u2019on pourrait qualifier de petit frère espiègle du Champlain, entend bien continuer longtemps d\u2019animer la scène gastronomique du Fairmont Le Château Frontenac et de Québec.Chez Les Botanistes, le regard et l\u2019odorat sont comblés par les plantes en pot, le mur végétal, les encadrements mettant la nature en vedette et le mobilier, où les matières naturelles, tels le bois et le rotin, sont mises à contribution.Et dans les assiettes, on accorde aux végétaux, aux herbes et aux racines une place centrale.PHOTOS FRANCIS VACHON LE DEVOIR totalement renoncer à la viande, Les Botanistes proposent donc d\u2019accorder aux végétaux une place centrale.N\u2019étant plus de simples adjuvants ou accompagnements, légumes et herbes sont les véritables vedettes des plats.Ce changement de posture est en phase avec la volonté de nombreux Québécois de diminuer leur consommation carnée.On réalise donc un virage en douceur et en saveur vers le légume, l\u2019herbe, la racine.Les diverses manipulations (dont le rôtissage au four) permettent de sublimer toutes les nuances gustatives, comme dans la crème de légumes d\u2019automne que nous commandons en entrée.Quelques lentilles vertes marinées au vinaigre de vin viennent conférer une agréable texture au velouté.Issus principalement du règne végétal, les ingrédients ne sont pas exclusivement locaux, comme en font foi plusieurs propositions au menu.Par exemple, ma délicieuse limonade combine le basilic et le fruit de la passion.Terre généreuse Le siècle des Lumières a été un véritable laboratoire d\u2019expérimentation et de création.C\u2019est d\u2019ailleurs au XVIIIe siècle que la notion de goût a commencé à désigner autre chose que le simple plaisir gustatif : « avoir du goût », au figuré, porte désormais sur une foule d\u2019éléments liés à l\u2019art de vivre ! Chez Les Botanistes, le regard et l\u2019odorat sont comblés par les plantes en pot, le mur végétal, les encadrements mettant la nature en vedette et le mobilier, où les matières naturelles, tels le bois et le rotin, sont mises à contribution.L\u2019ensemble ne manque pas d\u2019évoquer les lumineux jardins d\u2019hiver dont l\u2019époque victorienne sera si friande.C\u2019est d\u2019ailleurs à même le mur végétal que les chefs recueillent les aromates utilisés en cuisine.Dans la grande assiette noire, un joli éventail de chou vert et de bok-choi glacé accueille mon pavé de saumon confit.Tout est délicat, sans pour autant être insipide : au contraire, la savoureuse sauce vierge de chou rave vient magnifier la saveur du plat.Un peu d\u2019exotisme du côté de l\u2019assiette de Sophie, qui a choisi la cuisse de canard confite sur tombée de bette à carde.Les quartiers de poires et les morceaux de navets rôtis fleurent bon les épices orientales et la sauce aigre-douce, rehaussant sans excès la délicatesse du canard et sublimant les légumes verts.Nature et culture.Terroir et exotisme.Un petit clin d\u2019œil à Montesquieu et à ses Lettres persanes ?Faim ou appétit ?Denis Diderot faisait bien la distinction entre la faim et l\u2019appétit.Pour le père de l\u2019Encyclopédie, si la faim est un besoin instinctif que l\u2019on ne peut apprivoiser, l\u2019appétit relève plutôt de l\u2019esprit et peut être contrôlé avec discernement.La civilisation passe par l\u2019éducation du goût, rien de moins ! En cette fin de repas, je ne puis assurément plus me réclamer de la faim, mais ma curiosité gastronomique m\u2019incite à commander la crème brûlée\u2026 et les « sushis » desserts, qui seront partagés.Revisitée à la manière des Botanistes, la crème brûlée est parfumée au caramel de céleri-rave et à la fleur de sel anisée, conférant un fumet très inhabituel, mais extrêmement plaisant au palais.La texture est bien sûr irréprochable.Quant aux « sushis », figurez-vous un cœur de pâte de fruits bordé de crème de lait, roulé dans un concassé de noix et accompagné de lanières de gingembre confit.Une proposition aussi délicate qu\u2019étonnante qui s\u2019accorde merveilleusement bien au thé Perles du dragon.Bien que sustentées, mon invitée et moi en ressortons avec une impression de légèreté, de satisfaction et de fraîcheur s\u2019apparentant à celle éprouvée après une séance de spa.Une très belle expérience.Rôti de longe de porc de 1 ½ livre (650 g) 1 c.à soupe de graines de fenouil 1/2 c.à thé de flocons de chili 1 c.à soupe de sirop d\u2019érable Salsa de fenouil 1/2 fenouil coupé en petits cubes 1/2 pomme coupée en petits cubes 1 c.à soupe de feuilles de fenouil 2 c.à soupe de persil frais haché Le jus d\u2019un demi-citron 1 c.à thé de zeste de citron Saumure 6 tasses d\u2019eau 1/4 tasse de sucre 1/4 tasse de sel 1 feuille de laurier Les retailles du fenouil Préparation Saumure : porter l\u2019eau à ébullition.Ajouter le sucre et le sel et laisser dissoudre complètement.Ajouter la feuille de laurier et les retailles de fenouil.Laisser refroidir complètement au réfrigérateur.Lorsque la solution est froide, la déposer dans un grand sac referma- ble et y ajouter le porc.Laisser saumurer toute la nuit ou un minimum de 4 à 6 heures.Sortir le porc du réfrigérateur et jeter la saumure.Écraser les graines de fenouil et les flocons de chili dans un mortier.Saler et frotter le rôti de porc de ce mélange d\u2019épices et du sirop d\u2019érable.Laisser tempérer une trentaine de minutes hors du réfrigérateur.Préchauffer le four à 325 °C.Déposer le porc dans un plat allant au four et enfourner pour 45 minutes (à découvert) ou jusqu\u2019à ce que la température intérieure atteigne 65-68 °C.Laisser reposer une vingtaine de minutes.Pour la salsa Déposer tous les ingrédients dans un bol, saler et laisser reposer.Trancher le porc et servir avec la salsa.Marie-Élaine Thibault est conceptrice et styliste culinaire.Pour la suivre : marielenfer.com, instagram.com/ maryhellyeah et facebook.com/marielenfercuisine LA RECETTE DE LA SEMAINE Rôti de longe de porc et salsa pomme fenouil Une suggestion de Marie-Élaine Thibault, pour 4 personnes MARIE-ÉLAINE THIBAULT Vivre Resto 49 LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Vin 50 BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Se pointer le nez chez le vigneron, tout juste après la vendange, surtout après la fête de la Soulenque (repas bien arrosé clôturant ladite vendange), permet non seulement de tâter le pouls du millésime écoulé, mais aussi de rencontrer des êtres humains dont le niveau de stress décroît de façon inversement proportionnelle à la montée des températures dans les cuves.La vigne, elle, encore secouée sous la poussée ultime de l\u2019éclosion de ses fruits, se laisse doucement mourir en attendant la prochaine montée de sève printanière.Le temps défie alors, dans une espèce de flottement léthargique indéfinissable, le tic-tac de la saison à venir.Un moment de grâce pure qui échappe encore à la tyrannie temporelle des téléphones dits intelligents.Ce qui n\u2019est pas plus mal.Pour vous le dire sans détour, cette dernière visite en Languedoc était plus que patente : épatante ! Dans l\u2019ensemble, en compagnie d\u2019artisans bios et biodynamiques appliqués à faire chanter les schistes, grès, silex, galets roulés, calcaires jurassiques et autres sédiments marins.Ils le font pour mieux mettre en lumière des cépages autochtones, blancs et noirs, qui, dans les vins faits, transposent une dynamique, une énergie, une tension dont je ne soupçonnais qu\u2019à peine l\u2019existence dans ce coin de pays particulièrement solaire merci.Renforçant du coup une empreinte, un marqueur terroir criant de vérité.Quelques mots, brièvement, mais une note d\u2019évaluation commune : .Domaine Pierre Clavel.Que ce soit ce Cascaille en blanc (Terroir La Méja- nelle), ample, séveux et tendu, ou le classique Pic St-Loup issu des parcelles brune, blonde et rousse, les vins du sympathique Pierre Clavel ont ce côté canaille, brut, intègre et authentique qui jette immédiatement le pont de l\u2019amitié.Un homme qui aime ses terroirs comme ses propres enfants.Domaine de Cébène.Du côté de Fau- gères, des syrahs, carignans et mour- vèdres sur schistes, coteaux exposés au nord, à 300 mètres et par tous les vents, Brigitte et Pierre Chevalier entrent en sacerdoce, à l\u2019écart du monde, depuis 13 vendanges, sur leurs 11 hectares de vignes.La cuvée Felgaria (nom romain pour Faugères), où domine le mourvèdre (aux rendements de misère), est époustouflante de rigueur, de tension, de profondeur.Ouf ! Domaine Les Éminades.Nous sommes chez Patricia et Luc, où pas moins de 24 parcelles (15,5 hectares) sur quatre îlots (grès, schistes, calcaire, etc.) livrent, du côté de Saint-Chi- nian, des vins sapides et articulés, de grande clarté.Des blancs sveltes et brillants où cofermentent grenaches blancs et marsannes et de vieux cari- gnans (1902 !) bien décidés à s\u2019aligner, en raison de leurs singularités, parmi les grands vins du monde.Une maison à suivre de près ! Clos du Gravillas.« J\u2019aime les attaques franches », me dira tout de go la pétillante Nicole Bojanowski, perchée dans son Minervois en altitude où les calcaires tendres assurent aux cari- gnans, syrahs et cinsaults du lieu-dit « Cazelles » une mâche fruitée dyna- misante et soutenue.La cuvée en blanc L\u2019Inattendu (grenache + maca- beu) démontre ici le grand potentiel des blancs languedociens.Château Coupe Roses.Le « clan Fris- sant » \u2014 Françoise, la mère, sa fille Sarah, le fiston Mathias et le gendre David \u2014 est à lui seul représentatif du Languedoc d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Tous sont œnologues, malgré le jeune âge, sans pour autant être soumis à une stricte obédience scientifique en raison d\u2019une approche bio (2013) et biodynamique (depuis 2019).Ici, on soupèse, on réfléchit et on s\u2019implique pour une production qui ne cesse de se bonifier.Et ce n\u2019est pas terminé ! À leur cuvée amirale « Les Plots » se greffe, entre autres, ce Nature 2018 à base de picpoul noir, de grenache et de syrah, à la texture enrobée, ascensionnelle en raison d\u2019un saisissant « jus » de roche lié au terroir.Je ne saurais trop vous inciter à inscrire sur votre liste de découvertes languedociennes les châteaux Ollieux Romanis (Corbières) et Rives-Blan- ques (Limoux) ainsi que les domaines Lerys (Fitou) et Ledogar (Corbières).Nous y reviendrons ! Languedoc, l\u2019entre mer et montagnes (2) Retour sur une épatante visite et nos découvertes languedociennes Brigitte Chevalier aux quatre vents au Domaine de Cébène (Faugères) où la vie suspend son temps, dans une paix quai monastique.JEAN AUBRY LES VINS DE LA SEMAINE (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans © devrait séjourner en carafe Moins de 16 $ 1/2 The Wolftrap 2017, Boekenhoutskloof, Afrique du Sud (14 $ \u2013 10678464) Répétez 10 fois le mot « Boekenhoutskloof » après avoir égrené autant de fois « papier- panier-piano » et vous aurez passé le test de la volubilité, de la digestibilité et de la pala- tabilité ! Car cette syrah (cofermentée avec mourvèdre et viognier) croque les mots au passage avec souplesse, puissance et une jolie fraîcheur d\u2019ensemble.Régalant ! (5) La surprise 1/2 Champagne Chartogne-Taillet Cuvée Sainte- Anne, Champagne, France (55,50 $ \u2013 12748673) Je vous proposerai en novembre prochain quelques grands champagnes d\u2019exception pour ces festivités qui approchent (et oui !), mais en attendant\u2026 Non pas que cet assemblage chardonnay et pinot noir ne le soit pas (d\u2019exception), mais voilà ce que j\u2019aime : une signature qui fusionne l\u2019humain et le terroir, avec un éclat minéral unique.Top ! (5+) Le blanc 1/2 Menetou Salon Morogues 2018, Henry Pellé, Loire, France (25,15 $ \u2013 00852434) Des dames à qui je faisais déguster ce petit bijou de vin y ont tout de suite perçu une délicatesse d\u2019arôme et une fraîcheur de bouche accomplies.Je les voyais transportées, trop heureuses de percevoir un sauvignon aussi gracieux, offrant des saveurs très pures, digestes et de belle densité.Elles n\u2019ont pas tort ! (5) Le rouge 1/2 La Sauvageonne 2015, Gérard Bertrand, Languedoc-Roussillon, France (17,45 $ \u2013 00914200) Il ne saurait être question de mettre sous le boisseau de l\u2019échiquier vino-stratégico-diplo- matico-sensible la locomotive Gérard Bertrand.Une grosse pointure qui partage « son » Languedoc comme si c\u2019était un secret de famille ouvert à tous.Cette cuvée mérite le détour pour sa franchise, sa tenue, sa fraîcheur et la sincérité de son discours terroir.(5) © Le bio 1/2 Spontané Blanc 2018, Pétillant, Vin de France, France (24,45 $ \u2014 13879801) Nicolas Grosbois et Philippe Mesnier se font plaisir ici avec cet apport de sémillon, de mau- zac et len de l\u2019el en provenance du Sud-Ouest pour mieux les relancer en bouteille sous forme de « pet nat », un pétillant naturel né d\u2019une fermentation naturelle spontanée, légère, très peu dosée, délicate, vivante et jubilatoire.Dé- pêchez-vous, car il y a des amateurs ! (5) LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Alimentation 51 REPORTAGE CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATRICE LE DEVOIR Pendant son séjour de 204 jours dans l\u2019espace, l\u2019astronaute David Saint-Jac- ques a partagé plusieurs vidéos pour expliquer, entre autres, le comportement du corps humain, de l\u2019eau et des aliments en orbite autour de la Terre.Mais quelle est la recette gagnante pour bien manger dans l\u2019espace ?Mode de préparation La lyophilisation, bien connue pour la préparation de repas des astronautes (et des adeptes de plein air !), est en fait une méthode de conservation qui consiste à déshydrater les aliments à très basse température.Il s\u2019agit donc de les congeler, puis d\u2019éliminer la glace par sublimation.Ainsi, ils ne contiennent pas une seule goutte d\u2019eau, ce qui allège considérablement le poids et la taille des repas, un critère des plus importants pour le transport des aliments en orbite.Cela facilite également le rangement de ceux-ci à bord de l\u2019appareil.Mais qu\u2019en est-il de la composition de ces repas ?Dans le cas particulier des astronautes, nous pourrions penser que les besoins en énergie (calories) et en protéines sont plus importants que ceux des êtres humains sur la Terre.Étonnamment, il semblerait que non.« Nous suivons les recommandations globales de l\u2019Organisation mondiale de la santé pour les adultes en matière d\u2019énergie et de macronutriments [glucides, lipides, protéines] en fonction de leur poids, de leur âge et de leur sexe, explique Natalie Hirsch, spécialiste de l\u2019exercice physique et de la nutrition à l\u2019Agence spatiale canadienne (ASC).Le seul supplément que les astronautes prennent pendant leur séjour dans l\u2019espace est de la vitamine D.» Toutefois, une des principales raisons pour lesquelles les recommandations nutritionnelles sont les mêmes que pour les adultes sur la Terre est le manque d\u2019études sur les astronautes.Étant donné le faible nombre de personnes ayant séjourné dans l\u2019espace, l\u2019échantillon serait inévitablement trop petit pour permettre de tirer des conclusions probantes.« L\u2019idée est donc de leur fournir suffisamment d\u2019énergie pour éviter qu\u2019ils perdent du poids pendant leur séjour », ajoute Mme Hirsch.Au-delà des besoins nutritionnels, il faut justement que ces repas aient bon goût pour que les astronautes les mangent avec appétit ! Une question de goût Dans l\u2019espace comme en avion d\u2019ailleurs, les sens sont altérés, plus particulièrement le goût.« Les saveurs ne sont pas perçues de la même façon, puisque les papilles ne sont pas aussi sensibles que sur la Terre », précise Natalie Hirsch.En effet, puisque l\u2019air est sec, nos papilles ont du mal à distinguer les saveurs correctement et même notre odorat peut être déstabilisé.« Puis, les changements au niveau des liquides corporels, notamment à la tête, pourraient aussi expliquer pourquoi les astronautes ne goûtent pas autant que d\u2019habitude », ajoute-t-elle.Ce faisant, certaines recettes doivent être adaptées en conséquence pour pallier ces modifications de goût.Selon les ingrédients et la préparation choisis, ces recettes tiennent mieux la route, même en orbite.« Pour cette mission, le risotto aux champignons et le curry de crevettes, par exemple, fonctionnaient très bien, raconte-t- elle.À l\u2019inverse, les tomates sont trop fragiles et tout ce qui contient de la chapelure est à éviter, puisque les miettes de pain risquent de flotter partout dans la navette ! » En plus d\u2019être difficiles à attraper avec une fourchette, elles risquent de s\u2019infiltrer dans les équipements.Il est donc préférable d\u2019opter pour des plats collants et humides plutôt que secs et friables.Puis, pour éviter que les astronautes aient à manger des recettes ratées, de nombreux tests de goût, en tenant compte des conditions spatiales, sont effectués avant chaque mission.Dans la cuisine de l\u2019ASC Étant donné les procédures rigoureuses de la NASA pour l\u2019envoi d\u2019aliments dans l\u2019espace, les repas des astronautes ne sont pas cuisinés dans la cuisine de l\u2019ASC en tant que telle.C\u2019est là qu\u2019on teste les recettes, certes, mais celles-ci seront ensuite préparées par une firme externe approuvée par la NASA.Il en va de même pour les plats des astronautes japonais, européens et américains.Les astronautes russes ont leur propre façon de faire.« Les Russes apportent habituellement plusieurs aliments en conserve, malgré leur poids », raconte Natalie Hirsch.Dans la plupart des cas, à tout le moins, le but est de créer des plats qui pourront facilement être déshydratés, qui resteront stables à la température ambiante de la navette et qui, surtout, seront agréables au goût pour l\u2019astronaute.Il y a donc un menu préétabli, minutieusement conçu pour la Station spatiale internationale (SSI), bien qu\u2019il soit possible de le pimenter un tout petit peu.« Chaque astronaute peut personnaliser son menu jusqu\u2019à un certain point, précise Natalie Hirsch.Dans le cas de David Saint-Jacques, il voulait absolument apporter sa recette de chili familial, une recette des plus réconfortantes pour lui.» Ladite recette s\u2019est même retrouvée au menu de la cafétéria de l\u2019ASC.Les astronautes des différentes missions partagent leurs plats à la SSI, afin de varier et de goûter aux plats des autres.Comme quoi la convivialité à table est un moment tout aussi précieux à quelque 400 kilomètres d\u2019altitude qu\u2019à la maison.Lors de leur plus récent voyage, l\u2019astronaute américaine Anne McClain et l\u2019astronaute russe Oleg Kononenko accompagnaient David Saint-Jacques.Il en a donc profité pour leur faire goûter, entre autres choses, des biscuits feuilles d\u2019érable, que l\u2019ASC a pris soin de lui faire parvenir au cours de sa mission.Service de livraison à la SSI Parce qu\u2019en plus de concevoir, de tester et de préparer des recettes savoureuses, malgré les conditions particulières en orbite, il faut aussi les « livrer » aux astronautes.Pour un long séjour comme celui de David Saint-Jacques et de ses collègues, ils ne peuvent visiblement pas emporter tous les plats de tous leurs repas d\u2019un seul coup.Ce faisant, un vaisseau cargo spatial, spécialement conçu à cet effet, transportait périodiquement des équipements et des aliments aux astronautes.« Tous les quatre à six semaines pendant la mission de David Saint-Jacques, un tel véhicule leur était envoyé depuis Houston, aux États-Unis », ajoute-t-elle.Une sorte de service de livraison interstellaire ! De retour sur la Terre, les papilles retrouvent leur sensibilité et les fluides corporels regagnent leur emplacement habituel dans le corps des astronautes.Mais le goût de l\u2019espace, lui, ne reste-t-il pas collé à l\u2019infini au palais des astronautes ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange dans l\u2019espace ?L\u2019alimentation des astronautes au-delà des repas lyophilisés L\u2019astronaute David Saint-Jacques goûte à de la nourriture dans la cuisine de l'Agence spatiale canadienne.Photo du bas : légumes à l'italienne, cocktail de crevettes, quiche aux légumes, galette de bœuf, céréales d'avoine.PHOTOS AGENCE SPATIALE CANADIENNE LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Pour vivre un party du jour de l\u2019An comme nulle part ailleurs, Times Square vous offrira un décompte vers l\u2019année 2020 des plus mémorables.Départ : 30 décembre À partir de 205 $* * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides experts et circuits captivants.Célèbre pour ses événements d\u2019automne connus mondialement, tel le marathon et les parades de l\u2019Halloween et de l\u2019Action de grâce, New York se démarque également par ses quartiers iconiques tels Manhattan, le Bronx, Queens et Brooklyn qui en font une ville des plus originales à découvrir et redécouvrir! Célèbre et originale À partir de 205 $* NEW YORK Jour de l\u2019An sur Times Square Départs : tous les vendredis *Pour tous les détails : info@collectionneursdevoyages.com Tél.: 514 730 9293 / 819 446 5893 D é t e n t e u r d \u2019 u n p e r m i s d u Q u é b e c *CONTACTEZ-NOUS POUR RECEVOIR LA BROCHURE entre 10km et 20km de marche par jour, l\u2019hébergement en auberges, hôtels ou Parador de charme, le transport de bagages tout au long du chemin et un dépaysement complet ! Un pur bonheur.Départ d\u2019avril à septembre.Au programme : Évadez-vous pour découvrir la beauté des paysages d\u2019Europe, pour vous recentrer sur vous-mêmes, vous échapper de votre routine professionnelle, ou nouer de nouvelles amitiés avec les pèlerins\u2026 LES CHEMINS DE COMPOSTELLE, PLUS ACCESSIBLES QUE JAMAIS 3081, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : HÔTEL UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 JAPON, SYMBIOSE DE LA BEAUTÉ ET DE LA MODERNITÉ Départs : 29 mars & 2 avril 2020 L\u2019AUTRE PÉROU, MÉCONNU ET SURPRENANT HORS DES GRANDES ROUTES TOURISTIQUES Du 22 août au 10 septembre 2020 LE CAUCASE, AZERBAÏDJAN, GÉORGIE & ARMÉNIE Du 2 au 22 mai 2020 LE PÉROU, AU ROYAUME LÉGENDAIRE DES FILS DU SOLEIL PROLONGATION À NAZCA ET PARACAS Du 12 au 28 avril 2020 LE MAROC, TERRE FLAMBOYANTE AUX HORIZONS INFINIS Départs : 12 septembre & 10 octobre 2020 YUKON & ALASKA, DUO PLUS GRAND QUE NATURE PROLONGATION : CROISIÈRE EN ALASKA Du 28 juin au 14 juillet 2020 LE MEXIQUE DES TROIS CULTURES Du 5 au 23 février 2020 10h30 10h30 12h15 12h15 14h00 15h45 15h45 Expérience d'immersion interculturelle Dharamsala (Inde), Madagascar, Pérou, Sénégal et Vietnam.Séjour de 7 semaines COÛT : de 5 195 $ à 6 225 $ (formule « tout inclus ») proposée aux personnes de 50 ans et plus avec hébergement dans une famille et bénévolat Voyages solidaires Pour assister à une séance d'information, téléphonez au 514 325-0150, poste 2039 http://voyagessolidaires.collegemv.qc.ca Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Trouvez le meilleur voyage.Pour des voyages pas comme les autres Voyages Symone Brouty vous offre en exclusivité et à des PRIX IMBATTABLES, les circuits les mieux conçus sur le marché, ce qui fait toute la différence ! On couche à l\u2019intérieur des villes dans des hôtels soigneusement sélectionnés.P e r m i s d u Q u é b e c Les sites majeurs du Japon impérial \u2013 21 jrs Départs 2020 : 16 avril au 5 mai (PLACES LIMITÉES) Circuit complet et varié.Tokyo 4 nts, Mont Fuji, Alpes japonaises, Takayama 2 nts, Kanazawa 2 nts, Kyoto 3 nts, Mont Koya, Osaka, hôtels 3*sup et 4*, ryokans, trains, 49 repas, toutes les entrées et visites.Demande de partage avec femme.Les trésors de la Grèce \u2013 20 jrs Départs 2020 : 13 mai & 16 septembre Circuit, croisière & séjour dans les îles.Thessalonnique 2 nts, Kastoria, Météores, Képhalonnie 4 nts, Olympie et autres villes.Croisière 5 jrs, Athènes 3 nts, 39 repas.Visites incluses.Magistrale Russie et ses villes d\u2019arts \u2013 21 jrs Départs 2020 : 20 mai & 26 août (places très limitées) Moscou 5 nts, Anneau d\u2019or 5 jrs, Croisière de luxe 6 nts, St-Petersbourg 4 nts, Hôtels 4* & 5*, tous les repas (60 au total), entrées et visites incluses.Prix à partir de 10 230 $ Prix à partir de 6 730 $ Prix à partir de 8 240 $ Vivre Jardins 53 LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 BILLET LISE GOBEILLE COLLABORATRICE LE DEVOIR Quand les températures baissent, nous sortons nos manteaux de duvet, nos belles écharpes tricotées et nos bottes fourrées.Et les plantes, comment font-elles pour se préparer aux grands froids ?Quelles adaptations leur permettent de ressusciter chaque printemps ?Peut-on les aider à passer à travers cette période de gel, de dégel et de vent froid ?Les végétaux nordiques, au cours de millions d\u2019années, ont développé différentes adaptations afin de passer à travers des hivers rudes et sans merci.En voici quelques-unes, plus fascinantes les unes que les autres, qui leur permettent de résister à des températures allant jusqu\u2019à \u2013 38 °C, sans fourrure ni couverture de laine.D\u2019abord, avec la diminution de la photopériode et la baisse de la température, de nombreuses transformations biochimiques sont déclenchées.Chez les feuillus, les feuilles, couvertes de capteurs photosensibles, réagissent en envoyant le signal à la plante de sécréter de l\u2019éthylène.Cette hormone entraîne alors la formation d\u2019un bouchon de liège qui isole les feuilles des réseaux de sève et provoque leurs abscissions.Voilà ces arbres débarrassez de leurs feuilles pour l\u2019hiver.Mais pourquoi alors les conifères ne per- dent-ils pas leurs aiguilles ?Parce que leur forme et la couche de cire qui les recouvre diminuent leur perte en eau et qu\u2019elles résistent bien au gel.Chez les végétaux ligneux a lieu un phénomène appelé endurcissement qui consiste à préparer les cellules à se protéger du gel.Comment ?En accumulant des protéines, des sucres et des solutés dans les tissus pour augmenter leur résistance à la déshydratation et diminuer la température de cristallisation de la glace.Étonnant, non ?Et ce n\u2019est pas tout, des changements dans l\u2019expression de gènes répondant à l\u2019acclimatation au froid et à la tolérance au gel ont même été observés.Plus spécifiquement, certains végétaux ont des mécanismes d\u2019adaptation renversants.Par exemple, des lichens et des mousses se déshydratent pour survivre à des températures extrêmement basses\u2026 Tandis qu\u2019à des températures de \u2013 38 °C, certains végétaux arrivent à maintenir leurs liquides à l\u2019état liquide en éliminant les noyaux causant la formation des premiers cristaux de glace.Cet état, nommé la surfusion, est toutefois très instable.Les plantes annuelles et les vivaces ont quant à elles développé d\u2019autres adaptations.Les annuelles, dont toutes les parties végétatives gèlent, produisent une grande quantité de graines qui assureront leur présence au printemps suivant.Simple, mais efficace.La plupart des vivaces perdent leurs feuilles et concentrent leur réserve sous forme d\u2019amidons dans leur système racinaire, soit du type bulbe, corme, rhizome ou bourgeons souterrains, qui leur permettront de rejaillir quand le temps sera clément.Je prends congé pour un mois.Je vous retrouve donc début décembre pour vous présenter de beaux livres et vous proposer des idées de cadeaux pour jardiniers.Au jardin En raison des changements climatiques, nos hivers sont plus doux.On pourrait croire que ceci rend la vie plus facile aux végétaux, mais ce n\u2019est pas le cas.Les gels et les dégels, les pluies hivernales et les faibles accumulations de neige causent énormément de pertes, surtout dans le sud du Québec.N\u2019oublions pas que, sans neige, il n\u2019y a pas de manteau protecteur et que sans lui, si les racines gèlent, c\u2019est fatal.Ce fut le cas de nombreux végétaux l\u2019année dernière.Quoi faire alors ?En mettant une bonne couche de paillis, de 10 à 15 cm, autour des vivaces, des arbustes et des jeunes arbres, on réduit le risque de gel du système racinaire et ainsi les pertes.Les végétaux au feuillage persistant sont particulièrement sensibles à la dessiccation par le vent.Afin de les protéger, on utilise, pour ceux qui sont hauts de taille, des membranes de géotex- tiles et, pour ceux qui sont bas, des branches de conifères.Les géotextiles protègent, tandis que les branches favorisent l\u2019accumulation de neige.On s\u2019assure que la membrane ne touche pas la plante en la soutenant avec des piquets, car elle conduit le froid.Ce livre expose la démarche singulière de l\u2019auteure autrefois journaliste et maintenant chargée de mission au service des Espaces verts de la Ville de Paris.Ce n\u2019est pas un livre de jardinage, mais une expérience de résilience.Tous les week-ends, elle met son vélo dans le RER pour aller s\u2019occuper, de la manière la plus écologique possible, de son lopin de terre.Selon Christine Laurent, « cultiver son jardin libère de la société de l\u2019argent, du prêt à consommer et à jeter ».Mon jardin sans pétrole Christine Laurent, Seuil, coll.Flore et minéraux / Reporterre, Paris, 2019, 160 pages Comment les plantes résistent au froid québécois Perte des feuilles, transformations biochimiques, dessiccation volontaire et bien plus Avec la diminution de la photopériode et la baisse de la température, de nombreuses transformations biochimiques sont déclenchées, chez les feuillus comme chez les conifères, les végétaux ligneux, les plantes annuelles et les vivaces.LISE GOBEILLE LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivr e Mot s de t êt e 54 SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 Vivre Mots de tête 55 GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 474 Horizontalement I.Enchevêtrure.II.Nolise.Perec.III.Gressin.No.IV.Am.Ténébrion.V.Gabo.Etaux.VI.Elire.Té.Mm.VII.Médisant.Mai.VIII.Oe.Rouages.IX.Nonnettes.Ré.X.Tissu.Aselle.Verticalement 1.Engagement.2.Normale.Oi.3.Clé.Bidons.4.Historiens.5.Esse.Es.Eu.6.Veine.Art.7.Net.Nota.8.Tp.Battues.9.Recrue.Ase.10.Ur.IX.Mg.11.Reno.Maërl.12.Economisée.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 475 1.Doit rester dans l\u2019ombre.2.Appelée.Pour aller droit sur la planche.3.Aven en région.Le Petit est devenu empereur.4.A mesuré le rayonnement.Déplaçait au sol.5.Evacuer les déchets.Met les plantes à mal.6.Refus à London.Fera de l\u2019effet.7.Passât brutalement à l\u2019attaque.8.Fin de partie.Tins séance.9.Placé très haut.Part en campagne.10.En dessous de la moyenne.Renforce l\u2019avant-bras.11.Mis délicatement de la couleur.Suiveur hérétique.12.Tokyo aujourd\u2019hui.Le papa de la Mer.I.Pratique l\u2019ouverture.II.Bien plus facile à digérer.Capitaine chez Alfred de Vigny.III.Donne des couleurs au rubis et au saphir.Salut entre copains.IV.Arrivée chez nous.Met la raison à mal.V.Cube chiffré.Dieu à tête de faucon.Pli confidentiel.VI.Grandes suites théâtrales.L\u2019argon.VII.Evite les rencontres brutales.Même difficile il faut la relever.VIII.Permet de relever la précédente.Fournisseur d\u2019huile et de toiles.IX.De fil en aiguille il a bâti sa maison.Devient mauvaise en dormant.X.Empêchera toutes actions.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE S\u2019il est vrai que les hommes sont meilleurs que les femmes parce qu\u2019ils sont plus forts, alors pourquoi les lutteurs de Sumo ne sont-ils pas au pouvoir ?\u2013 Kishida Toshiko MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE JONGLE ONGLE ANGLE ANALE BANALE JEUX 1019 1026 1026 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1026 1.Accord 2.Sont dans une situation difficile en Asie 3.Leurs habitats en font souvent des condos très recherchés.4.Solubles 5.Une forme de rassemblement 6.Requiert parfois un podiatre 7.Relative à un sens 8.Fleurs jaunes 9.Du soir 10.Les cônes nous y forcent?! \u2022 CONTRECOUP \u2022 OUPS \u2022 UPSILON \u2022 LONG \u2022 ONG \u2022 ONGLET \u2022 LETTRE \u2022 TRÉSOR \u2022 SORBITOL \u2022 TOLSTOI NURSE BOUGE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R CORRIGÉ Tout doucement, elle quitta les contrées onniriques où règne Morphée.Au chaud sous l\u2019édredon douillet, elle pris le temps de bailler, de s\u2019étirer, de profiter de cet ennivrant état hypnopompique.De la cuisine lui parvenait l\u2019arôme subtile d\u2019un déjeuner copieux.Comme elle aimait les samedis?! oniriques, et non *onniriques \u2014 adj.onirique au fém.plur.(accord : contrées).Relatif aux rêves.prit, et non *pris \u2014 v.prendre, passé simple, 3e sing.(sujet : elle).Ne pas confondre la forme conjuguée à la 3e personne (prit) et le participe passé (pris).bâiller, et non *bailler \u2014 v.Ouvrir largement la bouche de façon involontaire et prolongée.Ne pas confondre avec le verbe vieilli bailler (sans accent circonflexe sur le a), qui signifie « donner ».enivrant, et non *ennivrant \u2014 adj.(accord : état).Qui procure un intense bonheur.subtil, et non *subtile \u2014 adj.(accord : arôme).Se dit d\u2019une odeur qui pénètre facilement.Attention : Le nom arôme est masculin.Remarque \u2014 L\u2019adjectif hypnopompique décrit un état propre au réveil partiel qui suit immédiatement le sommeil.© 2019 Druide informatique inc.Tous droits réservés.Épreuve de révision Antidote | no 30 LE DEVOIR // LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2019 "]
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