Le devoir, 9 novembre 2019, Cahier C
[" LEDEVOIR | CAHIER SPECIAL C | LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 EAE IZ {LA [ARS J \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 ry \u2014 7 mg \" \"1 £0) Protéger les travailleurs dans un monde en changement Si le monde du travail a changé de vv \\_ 7 mA A manière continue au cours des 30 dernières années, les changements s'accélèrent aujourd'hui.La numérisation et les avancées de l'intelligence artificielle, les exigences de développement durable, mais aussi l'arrivée d'une nouvelle génération revendiquant plus de flexibilité, de liberté et un leadership collaboratif, Font en sorte que le travail atypique est en plein essor.La FTQ souhaite que cette transition s'opère de façon juste pour les travailleurs, quel que soit leur statut.« En action dans un monde en changement » sera donc le thème de son 32\u20ac congrès, qui se tiendra du 25 au 28 novembre à Québec.Ce cahier spécial, préparé en collaboration avec la FTQ, se penche pour l'occasion sur les thèmes qui seront abordés lors == VE de ce congrès.02 LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C2 Le monde du travail s\u2019est transformé, fait remarquer Serge Cadieux, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).Nous vivons la quatrième révolution industrielle.Les cibles de réduction de gaz à effet de serre, l\u2019intelligence artificielle, le numérique, tout cela a un impact.Il ne s\u2019agit pas pour le mouvement syndical de le nier, ni même de vouloir stopper le mouvement.Mais nous devons nous assurer que cette transition se fasse de façon juste pour les travailleurs et les communautés.» M.Cadieux souligne que, dans le temps, le modèle était assez simple : il y avait les employeurs d\u2019un côté et les employés de l\u2019autre.Aujourd\u2019hui, les travailleurs sont de plus en plus nombreux à œuvrer à l\u2019extérieur de l\u2019entreprise.Et ceux-là, pour l\u2019instant, n\u2019ont pas de protection.« Nous devons très vite modifier le code du travail afin qu\u2019il s\u2019adapte au travail atypique, insiste le président de la FTQ, Daniel Boyer.Les lieux de travail sont éclatés, les statuts également.Il faut que ces gens-là puissent eux aussi défendre collectivement leurs intérêts.» Serge Cadieux et Daniel Boyer rappellent par ailleurs que nombre de métiers vont disparaître dans les prochaines années.« Prenons l\u2019exemple des employés des pétrolières, dit M.Cadieux.Si le gouvernement respecte ses objectifs de réduction des GES, dans 30 ans, il n\u2019y aura plus de raffinerie.Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait avec tout ce monde-là ?» Les études démontrent que, dans 25 ans, 50 % de la main-d\u2019œuvre occupera des emplois qui n\u2019existent même pas aujourd\u2019hui.Selon la LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C3 FTQ, les pouvoirs publics devront inévitablement investir de l\u2019argent dans la formation.« La main-d\u2019œuvre n\u2019est pas jetable, lance Daniel Boyer.Elle est capable d\u2019acquérir les compétences de demain.» En plus de la formation, le gouvernement devra également investir dans de nouveaux secteurs afin de soutenir l\u2019économie.À ce chapitre, le secrétaire général de la FTQ estime qu\u2019il y aurait de quoi faire du côté de l\u2019électrification des transports.« Nous avons la chance de bénéficier d\u2019une électricité propre avec l\u2019hydroélectricité, précise-t-il.Il est temps de mettre tout en branle pour transformer vraiment nos possibilités de nous déplacer.» Il ajoute qu\u2019il ne faut pas non plus avoir une vision « montréalo- centrée ».Beaucoup d\u2019emplois vont être perdus en région.En 2019, rap- pelle-t-il, les dix plus gros émetteurs de GES se situaient en région.« On ne va pas déménager tout le monde vers Montréal et Québec, fait- il valoir.Il faut trouver des solutions adaptées à toutes les communautés.» Si le congrès sera l\u2019occasion de discuter de cette transformation du marché du travail et de ses conséquences, d\u2019autres enjeux, sur la table depuis plusieurs mois, parfois plusieurs années, seront également abordés.Parmi eux, le salaire minimum à 15 $.Si Daniel Boyer reconnaît que le salaire minimum a augmenté plus vite durant les trois dernières années que précédemment, il considère toujours comme indigne de devoir travailler pour 12,50 $ l\u2019heure, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour nombre d\u2019employés non syndiqués.Au programme également, la lutte contre les paradis fiscaux.La FTQ compte bien continuer à mettre la pression sur les gouvernements pour qu\u2019ils aillent chercher les milliards de dollars d\u2019impôts que les plus riches et les entreprises ne paient pas, et qui représentent un manque à gagner pour le contribuable.« On pourrait également parler des GAFA, ajoute-t-il.Les Amazon, Google et autres Facebook sont devenus tellement puissants ! Il faut arriver à leur faire payer des impôts sur leurs activités au Canada.Sinon, le combat est inégal avec les entreprises locales.Nous devons parvenir à convaincre le gouvernement d\u2019aller de l\u2019avant tant sur ce dossier que sur celui des paradis fiscaux.On nous rétorque que, sans une action mondiale, on ne peut rien faire.Mais on ne peut pas attendre après tout le monde ! » Le premier ministre Justin Trudeau et son gouvernement minoritaire Boyer.D\u2019autant qu\u2019au Québec, nous avons déjà un régime particulier par rapport au reste du Canada.Il y a beaucoup de variables à prendre en compte.Mais il y a aussi de l\u2019espoir.Au fédéral, tant le Parti libéral que le NPD et le Bloc ont fait campagne sur le sujet.» Un conseil consultatif sur la mise en œuvre d\u2019un régime national d\u2019assurance médicaments a également déjà été mis en place et il a recommandé au Canada d\u2019adopter un régime universel, public et à payeur unique.Mais là où la FTQ s\u2019attend à avoir le plus de travail ces prochains mois, c\u2019est sur la négociation dans le secteur public.Comme toutes les centrales, le syndicat a déposé ses demandes le mois dernier et il attend le retour du président du Conseil du trésor.« Les déclarations du premier ministre François Legault ne sont pas très encourageantes, avoue Daniel Boyer.Quand il dit que les surplus ne doivent pas être accaparés par les syndicats\u2026 il oublie que, moi, je ne lui demande pas une cenne.C\u2019est avec ses employés qu\u2019il négocie.Des employés qui subissent l\u2019austérité depuis des années, donc la dégradation de leurs conditions de travail.Aujour- d\u2019hui, il y a de l\u2019argent dans les caisses de l\u2019État.Il ne s\u2019agit pas d\u2019aller tout siphonner.Mais au moins de négocier de bonne foi.» doivent par ailleurs s\u2019attendre à voir réapparaître sur leur bureau le dossier de l\u2019assurance médicaments universelle.« On s\u2019attend à ce que cette bataille soit longue, car il y a de nombreux obstacles, commente Daniel Les travailleuses et travailleurs de la nouvelle économie méritent un bon syndicat! scfp.qc.ca @SCFPQuebec SCFP-Québec LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C4 On en a vu un bel exemple avec la crise des gilets jaunes en France, déclenchée par une augmentation de la « taxe carbone ».En décembre dernier, l\u2019ex-ministre de l\u2019environnement français Nicolas Hulot soutenait que cela montrait qu\u2019il fallait apprendre à combiner les problèmes de fin de mois avec les problèmes de fin du monde.Manière de dire que la transition sera juste ou ne sera pas.Du côté du Fonds de solidarité de la FTQ, on semble décidé à ce que cette transition s\u2019accélère, tout en respectant et en accompagnant les travailleurs.L\u2019investisseur institutionnel, dont l\u2019actif net atteignait 15,6 milliards de dollars en mai dernier, a joint le geste à la parole.En 2017 déjà, il s\u2019est retiré totalement de l\u2019industrie du charbon.Puis, l\u2019année suivante, il a adopté un plan de transition énergétique juste.Le Fonds compte réduire de 25 % l\u2019empreinte carbone de ses investissements dans des titres en Bourse d\u2019ici 2020.« Un an après avoir pris cette résolution, nous l\u2019avons déjà réduite de 14 % », souligne Mario Tremblay.Le Fonds a collaboré à l\u2019élaboration de l\u2019Indice mondial cible de faible intensité en carbone et ESG de MSCI, avant d\u2019y transférer 1,4 milliard de dollars d\u2019actifs.Il a été le premier investisseur mondial à adopter cet indice.Il a ainsi vendu des titres d\u2019entreprises à fortes émissions de carbone, pour plutôt favoriser des entreprises aux pratiques environnementales, mais aussi sociales et de gouvernance supérieure.Pour aller plus loin, le Fonds a créé un comité pour revoir l\u2019ensemble de sa politique d\u2019investissement.Il cherchera, par exemple, à déterminer l\u2019approche dans le secteur des énergies fossiles, qui aidera à identifier les entreprises de ce secteur qui font de réels efforts de transition énergétique.Mario Tremblay cite l\u2019exemple d\u2019Énergir, qui investit dans l\u2019énergie éolienne au Québec ainsi qu\u2019au Vermont et travaille à augmenter la part de gaz naturel renouvelable dans son réseau gazier.« Dans toutes ces décisions, le Fonds veut prendre en compte des critères environnementaux, mais aussi le sort des travailleurs et des communautés, précise Mario Tremblay.C\u2019est là que réside le défi de la transition juste.» Le Fonds entend aussi accompagner les entreprises dans leur transition afin de les aider à la réaliser en tenant compte des droits et du sort des travailleurs.Il souhaite aussi profiter d\u2019occasions d\u2019investissements privés dans des entreprises qui contribuent à une transition énergétique juste, comme les technologies vertes, l\u2019optimisation des transports et l\u2019efficacité énergétique.a transition vers une économie plus verte, solution incontournable à la crise climatique, aura des incidences dans le milieu du travail.Elle coûtera des emplois dans des secteurs délaissés, tout en en créant d\u2019autres dans des domaines en émergence.Pour être juste, ce virage vert ne devra pas laisser de travailleurs de côté.Le concept de « transition juste » a été élaboré par Tony Mazzocchi, à l\u2019époque où il dirigeait l\u2019Union internationale des travailleurs du pétrole, de la chimie et de l\u2019énergie nucléaire, aux États-Unis.C\u2019est à son initiative que, dans les années 1970-1990, l\u2019idée de transition juste a été opposée à ceux qui soutenaient que les travailleurs devaient choisir entre leur emploi et la transition environnementale.« La transition juste est aujour- d\u2019hui un principe reconnu, cité dans le préambule de l\u2019Accord de Paris, rappelle Mario Tremblay, vice- président aux affaires publiques et corporatives du Fonds de solidarité de la FTQ.C\u2019était l\u2019élément central des discussions à la COP24, en Pologne, à laquelle nous avons participé en décembre dernier.» Selon lui, la transition énergétique ne pourra se faire sans les travailleurs.« Le quatrième axe de notre plan adopté en 2018 soutenait que le Fonds devait agir en leader de la transition énergétique juste et nous avons posé plusieurs gestes en ce sens », ajoute Mario Tremblay.Le Fonds a été parmi les premiers investisseurs à signer une déclaration internationale pour une transition énergétique juste.Il a aussi été la seule organisation canadienne à siéger au comité consultatif international, qui a débouché sur un guide de la transition juste à l\u2019intention des investisseurs.L\u2019exercice se poursuit, avec la production d\u2019outils pour aider concrètement les investisseurs à contribuer au changement.Si la transition est un mouvement mondial, ses effets se feront sentir localement.Mario Tremblay insiste en terminant sur le dialogue amorcé avec les travailleurs québécois lors d\u2019une tournée régionale effectuée ces derniers mois.« Si on veut que la transition soit juste et qu\u2019elle se fasse, il faut que les travailleurs, les patrons et les investisseurs y travaillent ensemble », dit-il. LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C5 fondsftq.com DES CHOIX QUI ONT DE L\u2019AVENIR Grâce à l\u2019épargne et à la solidarité de la population québécoise, le Fonds de solidarité FTQ investit dans les entreprises du Québec pour créer, maintenir et sauvegarder chez nous des milliers d\u2019emplois de qualité.De par ses racines, ses valeurs et ses pratiques d\u2019investissement socialement responsable, le Fonds contribue à un développement socioéconomique durable, pour le béné?ce du Québec d\u2019aujourd\u2019hui et des générations qui suivront.ENSEMBLE, NOUS FAISONS TOURNER L\u2019ÉCONOMIE D\u2019ICI.DURA BLE LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C6 es nombreux changements qui bouleversent le marché du travail concernent le droit du travail et l\u2019action syndicale.« Le travail change de manière continue depuis plus de trente ans, ce n\u2019est pas un phénomène nouveau en soi, mais nous vivons une accélération des transformations technologiques liées à la numérisation du travail et aux avancées de l\u2019intelligence artificielle », indique Dalia Gesualdi-Fecteau, professeure au Département de sciences juridiques de l\u2019Université du Québec à Montréal.Elle s\u2019intéresse à l\u2019encadrement des relations de travail par le droit et au rôle de l\u2019action syndicale dans cet encadrement.Elle déplore que l\u2019on sorte trop souvent la transformation technologique que connaît le monde du travail de son contexte économique et historique.Depuis le milieu des années 1970, les entreprises recherchent de plus en plus de flexibilité, notamment dans la gestion de leurs travailleurs.Elles ont saisi les occasions de flexibilité offertes par la mondialisation et par l\u2019essor des technologies.Au fil des ans, cette dynamique a modifié la manière dont les entreprises sont organisées et entraîné des changements importants sur le marché du travail.L\u2019une des premières conséquences a été l\u2019apparition d\u2019une force de travail précarisée par des statuts très différents de l\u2019emploi classique à temps plein, à horaire fixe, doté d\u2019une certaine sécurité d\u2019emploi et parfois d\u2019une protection syndicale.Les contrats à durée déterminée et les emplois temporaires et à temps LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C7 partiel se sont multipliés.En 2018, selon Statistique Canada, 13,3 % des travailleurs canadiens, soit 2,1 millions de personnes, occupaient des postes temporaires.Une augmentation de 700 000 travailleurs depuis 1998.Toujours selon Statistique Canada, un peu plus d\u2019un million de personnes cumulaient des emplois en 2018.Par ailleurs, 2,9 millions de travailleurs, soit 15 % du total, étaient des travailleurs autonomes.Cet essor de l\u2019emploi atypique ne va pas sans conséquence.Les emplois temporaires sont généralement moins bien payés que les emplois permanents.« Au Canada, le fait d\u2019être un salarié constitue aussi une condition préalable pour accéder à plusieurs régimes de protection sociale, par exemple en cas d\u2019accident de travail, dont sont privés les travailleurs autonomes », rappelle Dalia Gesualdi-Fecteau.L\u2019essor des technologies numériques, et notamment de l\u2019intelligence artificielle, contribue à déstructurer encore plus l\u2019organisation du travail, par exemple avec l\u2019arrivée de plateformes comme Uber ou Amazon Mechanical Turk.Cette dernière permet à un donneur d\u2019ouvrage de confier des tâches à plusieurs travailleurs localisés n\u2019importe où dans le monde.Les rémunérations très faibles ont amené des critiques comme le sociologue Antonio Casilli et le journaliste Fa- bien Soyez à qualifier cette organisation du travail de colonialisme et d\u2019esclavage moderne.« La délocalisation extrême d\u2019une plateforme comme Mechanical Turk isole les travailleurs et diminue grandement leur capacité de s\u2019organiser pour revendiquer leurs droits », souligne Philippe Pochet, directeur général de l\u2019Institut syndical européen.Il a récemment publié l\u2019ouvrage À la recherche de l\u2019Europe sociale, aux Presses universitaires de France.Les difficultés que connaissent les travailleurs européens de ces platefor- mes ressemblent à celles que vivent les travailleurs québécois.« Il faut s\u2019attaquer à la requalification de plusieurs d\u2019entre eux, que les platefor- mes traitent comme des travailleurs autonomes, mais qui pourraient en fait être des salariés, avance Philippe Pochet.Il faut aussi réfléchir à des adaptations du droit de la concurrence et du droit du travail, qui leur permettraient de s\u2019organiser et de revendiquer, même s\u2019ils ne sont pas considérés comme des salariés.» Le chercheur souligne aussi d\u2019autres problèmes.Par exemple, sur ces plate- formes, tout est affaire de réputation.Les donneurs d\u2019ouvrage peuvent vérifier si le travailleur travaille bien, respecte les échéanciers, est courtois, etc.Cette réputation se construit avec les commentaires ou les notes décernés au travailleur par ceux qui ont utilisé ses services.Or, lorsqu\u2019il décide de passer d\u2019une plateforme à une autre, par exemple d\u2019Uber à Lyft, il perd cet historique qu\u2019il avait construit et doit rebâtir à zéro.« Cela augmente la dépendance des travailleurs envers une plate- forme, déplore Philippe Pochet.Ils devraient pouvoir transférer leur réputation d\u2019une plateforme à une autre.Ils devraient aussi avoir accès à celle des donneurs d\u2019ouvrage, pour repérer ceux qui ne paient pas bien, par exemple.» Quel rôle peuvent jouer les syndicats dans une organisation du travail aussi déstructurée ?Philippe Pochet croit que l\u2019une de leurs tâches est de créer leurs propres plateformes pour informer et sensibiliser les travailleurs quant à leurs droits.Elles pourront devenir des lieux où les travailleurs se rencontreront et où pourraient germer de nouvelles formes de contestation ou d\u2019organisation.Les employés qui occupent des postes plus traditionnels ne sont pas épargnés par la numérisation du travail.Les appareils mobiles brouillent la frontière entre le temps de travail et le temps personnel.Elle entraîne une intensification du travail et une augmentation des attentes de certains employeurs envers la disponibilité des employés et la quantité de tâches qu\u2019ils doivent réaliser.Cela peut finir par avoir des conséquences sur la santé mentale et physique des salariés.Certaines entreprises l\u2019ont compris et tentent d\u2019offrir des moments de déconnexion obligatoire à leurs employés.« Cela ne suffira pas toutefois si les attentes quant à la charge de travail ne sont pas revues en conséquence », prévient Dalia Gesualdi-Fecteau.Elle ajoute que l\u2019automatisation et la robotisation coûtent et continueront de coûter des emplois et d\u2019en transformer d\u2019autres.Cela pose la question de la responsabilité partagée de l\u2019État et des entreprises dans l\u2019accompagnement des travailleurs, que ce soit en formation ou en reconversion professionnelle.« Les entreprises bénéficient d\u2019aides financières et de crédits d\u2019impôt de l\u2019État pour se numériser, elles doivent donc accepter de faire un effort pour soutenir les employés touchés par ces changements », juge-t-elle.Dans ce contexte, poursuit-elle, les syndicats doivent revoir leur approche de la négociation collective pour inclure de nouvelles questions, comme l\u2019utilisation des données des employés, le degré de surveillance électronique à laquelle ils sont assujettis et le respect de leur vie privée ou l\u2019effet de l\u2019automatisation et de la numérisation sur les salariés.L\u2019accélération de la mutation du travail exigera de repenser l\u2019organisation et la protection des travailleurs, afin d\u2019éviter que celle-ci ne fasse trop de perdants. LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C8 vres et qui sortait du laminoir\u2026 » Sous le poids, sa jambe est sectionnée sur le coup.Il a trois vertèbres écrasées, le bassin et les cuisses brûlés au troisième degré, une hémorragie interne et plusieurs côtes brisées.« En une fraction de seconde, ma vie a complètement basculé », confie- t-il.S\u2019il s\u2019en est miraculeusement sorti, il vit aujourd\u2019hui avec une prothèse à la jambe.Ian Lavoie n\u2019est malheureusement pas une exception.En 2017, 62 personnes ont perdu la vie lors d\u2019un accident du travail.Si l\u2019on ajoute les 168 décès liés à des maladies professionnelles, le nombre total de décès au travail s\u2019élève à 230, soit 13 de plus qu\u2019en 2016.En tout, la même année, 86 223 personnes ont subi un accident du travail, ce qui représente 236 accidents par jour.Par ailleurs, 9912 travailleurs ont été victimes d\u2019une maladie professionnelle, soit un total de 96 135 lésions professionnelles.Une augmentation de 5721 cas par rapport à 2016.« La Loi sur la santé et la sécurité du travail date de René Lévesque, indique le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.Elle a donc 40 ans cette année.À l\u2019époque, elle était considérée comme la plus progressiste en Amérique du Nord.Sauf qu\u2019elle n\u2019a jamais été complètement appliquée, regrette-t-il.Sous la pression du lobby patronal, le gouvernement recule, et décide que les normes entreront en vigueur graduellement dans les diverses industries.» Résultat, seuls 11 % des travailleurs québécois en bénéficient aujourd\u2019hui.Dans le secteur où il y a le plus de décès, la construction, les normes n\u2019ont jamais été mises en branle.Il y a eu en 2018, 6500 accidentés environ, 11 décès à la suite d\u2019un accident et 59 autres dus à des maladies professionnelles.Ces chiffres sont à peu près stables d\u2019une année sur l\u2019autre.Les secteurs de la santé, de la manutention et de la fonction publique sont également exemptés de la loi.« Alors même que, lorsqu\u2019elle est appliquée, elle fonctionne, affirme le secrétaire général.Dans le secteur des mines, on est passé de 18 à 1 décès par an.Il y a vraiment urgence d\u2019agir.Le Canada ne se situe vraiment pas bien en la matière sur le plan international.Nous comptabilisons 6,4 décès par million de travailleurs, contre 5,2 aux États-Unis et moins de 1 au Royaume-Uni.» Serge Cadieux est juriste de formation.Il a pratiqué le droit pendant 20 ans et a représenté plusieurs accidentés du travail.Des veufs et des veuves d\u2019accidentés du travail également.« Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des gens qui ont une vie gâchée, déplore-t-il.Un gars de la construction qui tombe du troisième étage, il ne meurt pas forcément, mais il a un handicap.Ça a des conséquences pour lui, mais aussi pour le reste de sa famille.C\u2019est possible d\u2019éviter ça.» Ian Lavoie se souvient, lui, de sa conjointe et de son frère, qui ont mis leur vie en suspens, le temps qu\u2019il se réveille et qu\u2019il commence à aller mieux.Et de son fils, « qui avait peur de ne plus aimer papa ».« La première fois que j\u2019ai revu mes enfants, c\u2019était deux mois après l\u2019accident, raconte-t-il avec une grande émotion.Je m\u2019étais mis devant la porte de l\u2019ascenseur.Quand elle s\u2019est ouverte, Jacob s\u2019était mis en arrière.C\u2019est quand il a entendu ma voix qu\u2019il est venu me voir.C\u2019est comme si toutes ses craintes étaient parties.Il y a certains jours dont on se souvient plus que d\u2019autres dans notre vie.Celui-là, il est dans le top 5.» mon département, raconte-t-il, j\u2019ai décidé d\u2019aller aider la gang au shaping.Je ne connaissais pas vraiment la job, je venais juste donner un coup de main parce qu\u2019il y avait surcharge de travail.On faisait des barres d\u2019acier.Elles étaient empilées, un fardeau par-dessus l\u2019autre.Il y avait un fardeau qui était plus long au-dessus.Il y a eu une mauvaise manœuvre avec un pont roulant et le fardeau m\u2019est tombé dessus.C\u2019est un fardeau qui fait 5000 li- évrier 2016.Il est 16 h 45 ou à peu près.Ian Lavoie est à l\u2019usine, à son poste.Il vient de rentrer.Son collègue n\u2019est pas là, sa blonde a donné naissance à une petite fille cette journée même.« Au lieu de rester tout seul dans Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.La rédaction du Devoir n\u2019a pas pris part à la production de ces contenus. LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C9 syndicales.Elles s\u2019étendent aussi à la sphère sociale.Cette mission dont la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec s\u2019est dotée promeut le mieux-être de ses membres, lutte pour la protection des acquis en santé et pour l\u2019éducation et les services sociaux, et préconise l\u2019amélioration et le développement de politiques qui assurent l\u2019équité au sein de la société québécoise.Il n\u2019est pas étonnant que la FTQ soit la seule organisation syndicale à avoir mis sur pied un réseau de délégués sociaux, qui s\u2019inscrit en droite ligne de son mandat.Né il y a plus de 30 ans, ce réseau compte aujourd\u2019hui 3000 personnes actives dans les syndicats et conseils régionaux.Rappelons qu\u2019au début des années 1980, en pleine crise économique, le Québec a vu ses entreprises fermer les unes après les autres.Le taux de chômage tournait autour de 14 % alors que l\u2019inflation atteignait des sommets et que les taux d\u2019intérêt oscillaient entre 17 % et 20 %.Cette crise a touché les syndiqués FTQ de plein fouet et a créé différents problèmes (endettement, consommation d\u2019alcool et de drogue) et des besoins de tous ordres.« Aujourd\u2019hui encore, on est dans une relation d\u2019aide même si le type d\u2019intervention a évolué.On aide toujours des gens qui ont des problèmes a qualité première est la discrétion, et c\u2019est la raison pour laquelle le grand public ne le connaît pas.Pourtant, quand on est syndiqué de la FTQ, c\u2019est vers cette personne que l\u2019on se tourne en cas de coup dur, au travail comme à la maison\u2026 Et cette personne, c\u2019est le délégué social ; de la bienveillance sur le lieu de travail.Les actions de la FTQ ne sont pas toutes confinées dans des activités Unifor fait la différence ! Engagé pour une société plus juste et équitable; Dévoué à la défense et la promotion des droits des travailleuses et travailleurs; |uniforquebec.org| e projet de capsules se veut un complément au journal Le Monde ouvrier, le plus ancien périodique syndical au pays.Il a été imaginé par Isabelle Gareau, conseillère politique et ancienne directrice du service des communications à la FTQ, ainsi que par son équipe.« On se disait que ce serait le fun de laisser encore plus de place aux membres de la FTQ à la base, raconte Mme Gareau.La FTQ, c\u2019est 600 000 membres, c\u2019est une énorme diversité d\u2019emplois, des dizaines de milliers d\u2019emplois différents à travers le Québec.Donc ça a été pour nous une façon de leur offrir une vitrine.Les premières années, on faisait juste des reportages écrits.Depuis quelques années, on travaille avec Casadel, une boîte de vidéastes avec qui ont fait des capsules métiers.» Les vidéos du « Monde ouvrier » sont en ligne sur le site Web de la FTQ.Pour Mme Gareau, il était essentiel de mettre en lumière les travailleurs de l\u2019ensemble de la province.« On ne présente pas des enjeux syndicaux dans ces chroniques, précise-t- elle.On est dans la valorisation des métiers.On veut montrer la diversité des emplois à la FTQ.Ce sont des moments super le fun parce qu\u2019on va dans les milieux de travail pour faire ça ; on fait des entrevues avec la personne, on la filme et on prend des photos pendant qu\u2019elle exerce son métier.» LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C10 Julie Adams fait partie des travailleurs interviewés.Elle est mineure pour Iamgold, division Westwood, tout près de Rouyn-Noranda en Abitibi.Mme Adams a fait des études en extraction du minerai en 2011 à Val- d\u2019Or.Elle a trouvé du travail dès sa sortie de l\u2019école.Dans la vidéo, on la voit travailler à 1320 mètres sous terre.On découvre son environnement de travail, qui exige d\u2019excellentes capacités mentales et physiques.« La plus grande difficulté, c\u2019est l\u2019environnement.La noirceur, la poussière, l\u2019oxygène au minimum.On passe 10 heures par chiffre sous terre.On nous descend, et on nous remonte 10 heures plus tard à la fin de la journée.On n\u2019a pas de pause et on prend une demi-heure pour dîner », explique-t-elle.Malgré cela, Julie adore son travail et veut le pratiquer encore longtemps.Si la mineure accepte d\u2019accorder des entrevues, c\u2019est pour une seule raison : « Je veux valoriser les métiers non traditionnels pour les femmes.C\u2019est important pour moi.Il y a de plus en plus de femmes dans mon milieu, c\u2019est bien.Quand j\u2019ai commencé, j\u2019étais seule.» Pour une femme, travailler dans une mine demande une adaptation, raconte Julie Adams : « J\u2019ai développé des techniques de travail différentes.Je ne peux pas lever ce que lèvent des gars avec des gros bras.» La vidéo sur l\u2019horticultrice Louise Moffatt s\u2019ouvre sur un décor aussi apaisant que magnifique : le Jardin de Chine du Jardin botanique de Montréal.Louise prend soin de ce terrain enchanteur depuis 25 ans avec son équipe.« C\u2019est un métier très exigeant physiquement parce qu\u2019on fait tout à la main, mais c\u2019est surtout exceptionnel parce qu\u2019on a la chance de vivre les quatre saisons.On profite de chaque moment ! » confie-t-elle à l\u2019équipe du « Monde ouvrier » qui l\u2019a rencontrée dans la période des lanternes, un événement automnal inspiré de la tradition millénaire chinoise.Le charpentier-menuisier José Hamel, de la région de Montréal, nous fait prendre conscience de tout ce que le métier exige en matière d\u2019habiletés physiques et de capacité d\u2019adaptation.Jeune trentenaire, il travaille actuellement dans le milieu de la construction commerciale.Chaque journée est différente et cela lui plaît.Les tâches sont multiples et se font sur terre, dans les airs, sous le soleil comme à -40 °C.« Ce n\u2019est pas un métier facile.Les matériaux sont souvent lourds, alors si je veux exercer mon travail encore longtemps, je dois vraiment prendre soin de ma santé », affirme-t-il dans la vidéo qui lui est consacrée.LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C11 La référence syndicale pour professionnels-les et employés-es de bureau Téléphone: 514-522-6511 sepb.qc.ca LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C12 Mais, comme le rappelle M.Du- mouchel, ce sont surtout des lieux de solidarité qui développent des liens d\u2019entraide dans chaque région du Québec.« Si tu veux que l\u2019pays soit beau, prends [\u2026] plus de voilure, pis moins d\u2019drapeaux » : pour expliquer leur rô- le, le vice-président cite La vieille Margot, de Gilles Vigneault.« On prend le paquet de drapeaux de chaque syndicat pour en faire de la voilure et faire avancer les régions », précise-t-il.Des réunions se tiennent tous les deux ou trois mois.Elles attirent une trentaine de travailleuses et travailleurs des secteurs privé, public et parapublic, qui proviennent de « 10, 15 ou 20 » entreprises locales dont le syndicat est affilié à la FTQ.Le rôle des conseils régionaux n\u2019est pas immuable : il évolue selon les réalités sociales et politiques.Le syndicalisme en contexte de transformation numérique, transition énergétique et changements climatiques sera ainsi au cœur du Congrès de la FTQ à la fin novembre.Mais le vice-président, lui, aborde ces enjeux d\u2019un point de vue régional, toujours.Et la solidarité sera d\u2019autant plus nécessaire pour répondre à ces défis qui se profilent, selon lui.« Il n\u2019y a pas une région qui est affectée par les enjeux environnementaux de la même manière », illustre M.Dumouchel.Les industries minières, forestières ou les usines qui contribuent au développement économique de leur région respective seront toutes contraintes de prendre des mesures en matière d\u2019environnement.« C\u2019est là que nos militants vont travailler communément, pour- suit-il.Chacun des conseils régionaux connaît la réalité des milieux dans lesquels ils évoluent.» Parce que les conseils régionaux sont le fruit de la participation volontaire et bénévole des syndicats locaux qui s\u2019y affilient, M.Dumou- chel préfère utiliser le terme « militant » pour désigner leurs acteurs.Lors des assemblées, les syndicats désignent les membres qui les représenteront au sein du conseil de leur région.Ils sont généralement trois ou quatre.« On est une création de la FTQ, mais pas une obligation de la FTQ, fait valoir M.Dumouchel.Il faut présenter une offre de services assez intéressante pour que les affiliés viennent chez nous.» La centrale syndicale compte au- jourd\u2019hui 600 000 membres.La vitalité des conseils régionaux est précaire donc, parce qu\u2019elle dépend aussi de l\u2019effectif.Entre 2005 et 2007 par exemple, le Conseil régional du Suroît a perdu 1200 membres.Plusieurs entreprises de la région avaient fermé leur porte, comme l\u2019aluminerie Rio Tinto, à Beauharnois, en plus d\u2019importantes mises à pied, à l\u2019usine Goodyear de Valleyfield, notamment.« Chaque syndicat affilié donne 35 ou 40 cents par mois par travailleur », explique M.Dumouchel.Malgré le soutien financier de la FTQ qui permet de couvrir les frais de fonctionnement et de combler le manque à gagner, c\u2019est surtout l\u2019effectif qui finance les activités des conseils régionaux.« L\u2019argent est le nerf de la guerre », plaide-t-il.Comme la participation est volontaire, les syndicats ne sont pas tous présents au sein des conseils régionaux.À quelques semaines de son dernier congrès, M.Dumouchel entrevoit cette réalité avec une certaine déception.« J\u2019aurais voulu que tous les syndicats joignent leur drapeau à cette grande voilure.» « Il y a eu une prise de conscience sur notre importance dans les dernières années.Lorsque les affiliés organisent des congrès, ils invitent les représentants des conseils régionaux, par exemple.Mais c\u2019est un combat de toujours, dit-il, et la FTQ doit en faire plus.» enis Dumouchel est sou- deur-monteur dans une distillerie de Salaberry- de-Valleyfield, et vice- président à la FTQ.Depuis six ans, il représente les conseils régionaux auprès de la centrale syndicale.Le 32e Congrès de la FTQ, qui se tiendra du 25 au 28 novembre, sera son dernier.Même s\u2019il quitte ses fonctions fier d\u2019avoir fait valoir l\u2019importance de ces 15 conseils régionaux qui défendent des enjeux propres à leur territoire, dit-il, le combat persiste et sera de nouveau mis sur la table lors du congrès.Le Conseil des métiers et du travail de Montréal a été créé en 1886, 71 ans avant la fondation de la FTQ : il est le prédécesseur du Conseil régional FTQ du Montréal métropolitain.Depuis, 14 autres conseils régionaux s\u2019y sont greffés.Ces conseils régionaux ont plusieurs mandats « basés sur la vie régionale et moins sur la vie syndicale », signale M.Dumouchel.Ils organisent la représentation politique régionale et municipale ; offrent de la formation ; appuient les sections locales lors de négociations et de grèves ; militent pour le développement social et économique ; mobilisent les effectifs lors des campagnes de la FTQ et dans les relations intercen- trales ; soutiennent les groupes et organismes communautaires.Le c\u2019est non négociable ! LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C13 des gens plus à risque d\u2019avoir recours aux médicaments.Aujourd\u2019hui, avec des problèmes d\u2019accessibilité et d\u2019équité et des coûts qui augmentent sans cesse, ce régime correspond mal aux besoins des Québécois.Marc-André Gagnon, professeur adjoint à la School of Public Policy and Administration à l\u2019Université Carleton et chercheur pour l\u2019Edmond J.Safra Center for Ethics de l\u2019Université Harvard, explique que, « selon l\u2019ensemble de la documentation scientifique en santé publique, les régimes les plus performants mutuali- sent les risques sur l\u2019ensemble de la population et maintiennent des copaiements relativement bas pour s\u2019assurer que tous aient un bon accès ».De plus, certains critères sont indispensables à une véritable couverture universelle : il faut un régime avec des objectifs clairs qui promeut un usage approprié des médicaments et qui maximise la valeur thérapeutique par rapport aux dollars dépensés.« Un régime d\u2019assurance médicaments, ce n\u2019est pas simplement un système qui sert à rembourser des factures ! » dit le professeur, qui conçoit ce rôle comme étant beaucoup plus proactif dans l\u2019offre des services de santé.Selon lui, le problème de surconsommation, de surprescription et de prescription inappropriée est dû au manque de structures institutionnelles pour s\u2019attaquer à ces problèmes.« On n\u2019a même pas les bases de données pour comprendre les habitudes de prescription.Sont-elles liées aux données probantes ou sont- elles plutôt le fruit des campagnes de marketing des pharmaceutiques ?» demande-t-il.Il rappelle que la crise des opioïdes touche les États-Unis et le Canada, « deux pays où il n\u2019y a pas la capacité institutionnelle pour promouvoir un usage plus rationnel des médicaments ».Marc-André Gagnon plaide pour un système qui « va nous en donner pour notre argent », qui va chercher la meilleure valeur thérapeutique.« Si on ne met pas ça en place, on se retrouve par définition avec un système qui va générer du gaspillage.» Le chercheur met en avant l\u2019idée qu\u2019une agence indépendante gère un formulaire de médicaments remboursés selon le principe de maximiser la valeur thérapeutique et souligne l\u2019importance d\u2019un régime unique capable de négocier les prix pour l\u2019ensemble de la province.Si le professeur parle d\u2019une agence indépendante, c\u2019est qu\u2019il insiste sur la nécessité de dépolitiser la prise de décision de ce qui sera remboursé ou pas.Il donne l\u2019exemple de l\u2019agence publique Pharmac, en Nouvelle- Zélande, où le coût en médicaments par personne est extrêmement bas et dont les résultats en santé sont équivalents à ceux du Québec.« On fonctionne là-bas avec un budget annuel qu\u2019il est interdit de dépasser et c\u2019est une excellente façon de contenir les coûts.» Pour conclure, Marc-André Gagnon rappelle « que le rôle de l\u2019État doit être de fournir un filet de protection sociale juste, équitable et universel ».couverture universelle, les économies pourraient atteindre de 1 à 3 milliards de dollars annuellement.Toutefois, ces économies se feraient au détriment des pharmaceutiques, des grandes chaînes de pharmacies et des assureurs privés, qui eux ne sont pas prêts à lâcher le morceau.Rappelons que le régime d\u2019assurance médicaments actuel a été instauré en 1997.Bien qu\u2019il ait représenté une réelle avancée lors de son adoption, sa formule mixte ne devait être que temporaire et ultimement mener à un régime universel.En effet, cette forme hybride fait en sorte qu\u2019une partie de la population \u2014 des salariés relativement jeunes et souvent en bonne santé \u2014 est couverte par des régimes d\u2019assurance privés tandis qu\u2019une autre \u2014 45 % de la population \u2014 est couverte par le régime public.Ce groupe, pour une bonne part, est constitué de gens sans emploi et des personnes âgées, u Québec, nous profitons d\u2019une assurance maladie qui nous permet, de manière tout à fait gratuite, de voir un médecin et d\u2019être hospitalisés.Il en va tout autrement quand vient le temps de se procurer des médicaments, et certaines personnes hésitent même à faire remplir une ordonnance pour des raisons financières.Il est vrai qu\u2019au Québec nous payons nos médicaments 30 % plus cher que la moyenne des pays de l\u2019OCDE.Selon le Mouvement pour un régime public et universel d\u2019assurance médicaments, une initiative de la FTQ, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), si la province abandonnait son régime actuel pour le remplacer par une pagnes menés par le syndicat.« Le but est de rassembler des jeunes provenant de centaines de secteurs différents pour qu\u2019ils puissent discuter de leurs réalités,de leurs luttes communes et qu\u2019ils puissent créer des solidarités intéressantes », explique Rima Chaaban, conseillère syndicale à la FTQ et responsable du dossier jeunes depuis deux ans.peut s\u2019exprimer librement et où l\u2019on a l\u2019impression d\u2019être compris par les autres bien qu\u2019ils et elles proviennent de milieux souvent complètement différents, lance cette passionnée du syndicalisme.Chaque fois que je participe au camp des jeunes de la FTQ, j\u2019en ressors gonflée à bloc et prête à mener tous les combats.» Pour la jeune femme âgée de 33 ans, la relève constitue le point central des changements positifs qui doivent avoir lieu pour lutter contre les changements climatiques, c\u2019est-à-dire revoir nos façons de vivre et de travailler.« Lors du camp, [le président de la FTQ] Daniel Boyer est venu nous dire qu\u2019il était à l\u2019aise avec l\u2019idée qu\u2019on le bouscule, souligne-t-elle.Le ette formation est l\u2019occasion pour les jeunes d\u2019en apprendre davantage sur différentes thématiques, souvent sociopolitiques, mais surtout reliées à des dossiers ou à des cam- Des tables rondes, conférences et autres ateliers ont à nouveau rythmé les trois journées des 115 participants du camp cette année, mais il s\u2019agissait du premier sur le thème du climat.« Les jeunes sont les premiers qui vont être concernés par les transitions dans les milieux de travail, poursuit Mme Chaaban.Il faut s\u2019assurer que celles-ci soient justes, qu\u2019elles ne se fassent pas sans les travailleurs.» Amélie Glaude, 2e vice-présidente, responsable de l\u2019information et de la mobilisation au Syndicat des employées de l\u2019Université de Montréal, participait pour la troisième fois au camp.« Il s\u2019agit d\u2019un endroit où l\u2019on LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C14 firme à son tour Serge Cadieux.En contrepartie de l\u2019aide apportée par Centraide, les syndiqués participent activement aux campagnes de financement de l\u2019organisme.Centraide est un partenaire indispensable, et l\u2019inverse est tout aussi vrai.» L\u2019aide de Centraide vise à former les délégués à l\u2019écoute active et à les informer de toutes les ressources disponibles dans chacune des régions.Le délégué social démontre de l\u2019empathie envers ses confrères en difficulté et, dans ce modèle d\u2019intervention par les pairs, la relation se passe d\u2019égal à égal et est tout à fait confidentielle.Ce type d\u2019intervention est d\u2019une grande efficacité puisque son outil privilégié est la prévention.« Pour nous, la prévention est très importante puisque, souvent, les organismes qu\u2019on soutient entrent en jeu lorsque les gens sont déjà en grande vulnérabilité », explique Daniel Manseau.En plus des délégués sociaux, le Réseau compte des coordonnateurs, qui interviennent dans les milieux de travail, si nécessaire, lors d\u2019événe- ments particuliers, comme une fermeture.Leur intervention se déroule sous la forme de collectifs d\u2019entraide, des rencontres qui permettent aux membres d\u2019échanger sur ce qu\u2019ils vivent et d\u2019agir collectivement.« Quand une fermeture survient apparaissent malheureusement aussi des cas de dépression, dit Serge Cadieux.Le Réseau est alors mis à contribution et on est présent, auprès des gens qui en ont le plus besoin.» Et il ajoute : « L\u2019important, c\u2019est que les travailleurs sachent qu\u2019ils ne sont pas seuls.» intérêt pour les communautés autochtones, avec lesquelles elle a travaillé à plusieurs reprises, notamment par l\u2019entremise de l\u2019organisme en persévérance scolaire Fusion jeunesse.« Les jeunes étaient appelés à développer un projet sur toute l\u2019année en design de mode, entrepreneuriat, jeu vidéo, mais j\u2019ai remarqué que l\u2019enjeu climatique était très présent, il était transversal, raconte-t-elle.J\u2019ai compris l\u2019importance d\u2019agir.» La présentation faite aux jeunes militants de la FTQ visait ainsi à présenter les réalités autochtones comme des symptômes du colonialisme et à les sensibiliser à la justice climatique.« Il existe une concentration de populations dans des espaces donnés, qui ressentent davantage la pollution par exemple, sans pour autant bénéficier des retombées économiques qui y sont liées, indique-t-elle.Toute violence faite aux territoires, comme les changements climatiques, a un impact direct sur la biodiversité, mais aussi sur nos cultures, nos langues, qui sont des miroirs de ce que le territoire exprime.» André-Yanne Parent souhaite ainsi briser les stéréotypes pour amplifier les voix autochtones, non pas pour que les jeunes parlent en leur nom, mais pour qu\u2019ils soient vigilants et sensibles au fait qu\u2019elles existent et sont moins entendues.Cette prise de conscience leur permettra d\u2019aborder les transitions climatiques et de réduire leur empreinte dans leurs milieux de travail sous un angle plus averti.Parmi les autres invités, Patrick Bo- nin, responsable de la campagne Cli- mat-Énergie chez Greenpeace Canada, est venu présenter un état des faits, ainsi que les engagements du Canada et Québec.Eddy Perez, du Réseau action climat du Canada, a quant à lui exposé les conséquences économiques des changements climatiques.moment est venu pour toute une génération de bousculer celles qui nous précèdent.» Une invitée, André-Yanne Parent, directrice de Projet de la réalité climatique Canada, l\u2019a d\u2019ailleurs particulièrement marquée par son approche et la clarté de ses explications.« J\u2019en ai appris davantage sur le rapport des communautés autochtones au climat, cela m\u2019a fait grandir en tant qu\u2019être humain et a aussi fait évoluer ma vision par rapport à la Terre », commente-t-elle.André-Yanne Parent dirige la section canadienne de Projet de la réalité climatique, cet organisme fondé par Al Gore en 2006 et qui se voue à la sensibilisation à l\u2019urgence climatique.« Il s\u2019est rendu compte que les gens avaient besoin d\u2019outils et de données fiables pour être convaincus et pour apporter des solutions pertinentes dans leurs propres milieux de vie », indique Mme Parent.Elle-même d\u2019origine micmaque et acadienne et titulaire d\u2019une maîtrise en anthropologie religieuse et urbaine, Mme Parent a toujours eu un fort de dépendances même si elles varient d\u2019une époque à l\u2019autre », rappelle Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ, qui précise que les « délégués sont mieux outillés qu\u2019ils ne l\u2019étaient au départ.» En effet, les ressources sont plus nombreuses aujourd\u2019hui qu\u2019il y a 30 ans, et surtout en région.« Très tôt, on a senti un besoin pour ce type de programme d\u2019aide », affirme M.Cadieux.C\u2019est lors du 6e congrès du Conseil du travail de Montréal (CTM), en 1981, qu\u2019on assiste à la création d\u2019un tel programme, qu\u2019on nomme alors Programme de conseillers sociaux.Deux ans plus tard, la FTQ adopte une résolution pour la mise sur pied d\u2019un programme de formation sur l\u2019alcoolisme et autres toxicomanies et fait l\u2019annonce de la mise en place du Réseau des délégués sociaux en collaboration avec Centraide du Grand Montréal.À la retraite depuis quelques semaines seulement, Daniel Manseau a été directeur de Centraide Centre-du- Québec de 1994 à 2007 : « Notre organisation, comme plusieurs Centrai- de au Québec, soutenait le programme de délégués sociaux », précise-t- il.« La première entente avec Cen- traide remonte à 1983.Elle servira de modèle pour l\u2019ensemble du réseau sur le territoire québécois.Ce qui devait, au départ, n\u2019être qu\u2019un projet pilote dure encore aujourd\u2019hui.C\u2019est un partenariat \u201cgagnant-gagnant\u201d, af- LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C15 LE DEVOIR / LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2019 / 32 e CONGRÈS DE LA FTQ C16 "]
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