Le devoir, 21 décembre 2019, Cahier B
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 2019, année de bouleversements L\u2019année qui se termine aura été forte en crises partout dans le monde, sur le plan tant politique que climatique ou social.Notre équipe a recensé les événements \u2014 et les personnalités \u2014 les plus marquants des douze derniers mois.B 2, 3, 4 et 5 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES BILAN 2019 B 2 « La mondialisation de la colère », titrait cet automne un numéro du Nouvel Obs pour décrire la succession de mouvements de contestation qui ont enflammé une partie de la planète tout au long de l\u2019année \u2014 et qui demeurent actifs à bien des endroits.À la source de ces révoltes, plusieurs éléments touchant, selon les cas, le coût de la vie, la dénonciation de la corruption et des inégalités, l\u2019usurpation du pouvoir, le désir de réformes démocratiques\u2026 Des causes multiples, mais une volonté commune de changements sociaux et politiques.Entre Hong Kong et la Catalogne, de la Bolivie au Chili, du Liban à l\u2019Algérie, de l\u2019Irak vers Haïti, en France et dans tant d\u2019autres pays, des millions de personnes sont descendues dans la rue et ont défié les forces de l\u2019ordre, parfois pendant plusieurs mois, encore et encore présentes pour marteler un message, faire entendre une colère.Et dans ces manifestations souvent sans précédent (les réseaux sociaux aident à des mobilisations rapides et massives), des centaines de citoyens ont laissé sur le pavé leur vie.Guillaume Bourgault-Côté RÉVOLTES Un monde en manifs Parlons d\u2019un jalon : la coalition qui dirige aujourd\u2019hui la Finlande compte cinq partis qui sont tous menés par des femmes, dont quatre ont moins de 35 ans (incluant la première ministre, Sanna Marin).Ce n\u2019est pas en soi une preuve que la parité est arrivée en politique\u2026 mais c\u2019est néanmoins un symbole de certains progrès à cet égard.Aux États-Unis, le travail de Nancy Pelosi, cheffe des démocrates au Congrès, lui a valu d\u2019être classée au troisième rang des femmes les plus puissantes au monde par le magazine Forbes \u2014 cela, dans le contexte où le Congrès américain compte un nombre record d\u2019élues.Au Canada, les cinq grands partis ont réussi cet automne pour la première fois à dépasser le seuil de 40 % de candidates à une élection.Tout baigne, donc ?En fait, cette progression n\u2019a pour ainsi dire rien donné en résultats nets : le Parlement fédéral compte ainsi au- jourd\u2019hui 29 % d\u2019élues, ce qui place le Canada au 51e rang mondial en la matière.Le premier ministre Trudeau a tout de même respecté son engagement de composer un deuxième Cabinet paritaire.Guillaume Bourgault-Côté POLITIQUE Des femmes au pouvoir (ou pas) « Ça fait plus de 10 ans qu\u2019on débat des signes religieux », soulignait François Legault dans la vidéo de 140 secondes qu\u2019il a enregistrée à la fin mars pour défendre son projet de loi sur la laïcité.Le sous-texte était que la discussion avait assez duré \u2014 d\u2019autant que pour le premier ministre, l\u2019affaire était entendue : « Au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit », point final.Mais dans les faits, il restait visiblement beaucoup à débattre, parce que le projet de loi 21 a suscité moult commentaires / opinions / chemises déchirées.L\u2019adoption du texte législatif \u2014 par le bâillon avant l\u2019été \u2014 n\u2019a ainsi pas mis le couvercle sur la marmite : ce fut même un élément important de la campagne électorale fédérale, Justin Trudeau laissant ouverte la porte à une éventuelle participation d\u2019Ottawa dans une contestation judiciaire de la loi.La Loi sur la laïcité de l\u2019État a aussi incité le gouvernement manitobain à se payer une campagne publicitaire enjoignant aux Québécois échaudés par les nouvelles règles de déménager dans cette province.Vingt et un arguments étaient mis en avant, dont la présence de microbrasseries (no 20), la possibilité de profiter d\u2019un « véritable climat à quatre saisons » (no 18), de visiter le Musée canadien des droits de la personne (no 12) ou, plus poétiquement, d\u2019admirer les « aurores boréales célèbres dans le monde tandis qu\u2019elles dansent dans le ciel nocturne » (no 13).Tout ça avec un signe religieux, si désiré.Guillaume Bourgault-Côté LAÏCITÉ « Au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit » Le grand livre de la présidence américaine \u2014 comment l\u2019exercer, comment l\u2019incarner \u2014 ne sera plus jamais le même après le passage de Donald Trump.Sa troisième année de mandat n\u2019aura pas différé des autres : publication du rapport Mueller sur l\u2019ingérence de Moscou dans la présidentielle de 2016, plus longue fermeture de l\u2019administration de l\u2019histoire (« shutdown »), suite de la saga du mur avec le Mexique, conflits commerciaux, altercation avec Justin Trudeau (qu\u2019il trouve « hypocrite »), sommet raté avec Kim Jong-un, innombrables tweets incendiaires\u2026 Ce fut rebondissement sur rebondissement.Mais c\u2019est sûrement par l\u2019ajout du nom de Donald Trump à une page très rarement fréquentée de ce grand livre \u2014 celle des présidents qui ont fait l\u2019objet d\u2019une procédure de destitution \u2014 qu\u2019on associera 2019 à l\u2019avenir.Après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, Trump est devenu cette semaine le troisième président de l\u2019histoire mis en accusation.La Chambre des représentants lui reproche d\u2019avoir demandé à l\u2019Ukraine d\u2019enquêter sur un de ses rivaux potentiels à la présidentielle de 2020, Joe Biden.Donald Trump, qui se dit victime de « harcèlement présidentiel » et certifie que son appel au président ukrainien était « parfait », voit peut-être son ego écorché\u2026 mais il devrait néanmoins être sauvé par la majorité républicaine qui contrôle le Sénat (où le procès en destitution doit être organisé).Guillaume Bourgault-Côté TRUMP Procédure historique de destitution 3 4 2 1 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES B 3 Au début de la saison de tennis 2019, l\u2019Ontarienne Bianca Andreescu était classée 178e joueuse au monde.Et où la trouve-t-on aujourd\u2019hui ?Au cinquième échelon d\u2019un classement qu\u2019elle peut légitimement rêver de dominer dans un avenir proche.Sa formidable progression a été jalonnée d\u2019un premier titre du Grand Chelem, obtenu contre Serena Williams à New York (c\u2019est la seule Canadienne, homme ou femme, à avoir réalisé un tel exploit), et de deux autres titres majeurs à Indian Wells et à Toronto.Gagnante du trophée Lou- Marsh de l\u2019athlète canadien par excellence, choisie meilleure nouvelle venue du circuit de la WTA, Andreescu mène avec Denis Shapovalov (15e chez les hommes) et Félix Auger-Aliassime (21e) une jeune délégation canadienne dont le talent flamboyant surprend le tennis mondial.Dans le même ordre d\u2019idées \u2014 le Canada qui domine un sport où on ne l\u2019attend pas (alors qu\u2019il ne domine plus son propre sport national sur glace) \u2014, 2019 aura aussi été l\u2019année des Raptors de Toronto, champions de la National Basketball Association en juin : jamais le basketball américain n\u2019avait vu son trophée franchir la frontière nord.Le parcours des Raptors en séries aura été suivi d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, avec le slogan « We the North » comme un gigantesque cri de ralliement.Guillaume Bourgault-Côté SPORTS Bianca domine, les Raptors aussi Tout a commencé le 20 juin par un avis de convocation pour une conférence de presse.Le Mouvement Desjardins souhaitait s\u2019adresser aux médias pour « informer ses membres d\u2019une situation qui pourrait les concerner ».Une annonce d\u2019autant plus mystérieuse que la police de Laval allait être sur place.Or, la fuite de renseignements personnels au sein de l\u2019institution n\u2019aura finalement laissé personne indifférent.Pensons à ses 4,2 millions de membres particuliers, bien sûr, dont des milliers se sont abonnés au service de surveillance d\u2019Equifax.Mais mentionnons aussi la classe politique, à laquelle certains ont (re)demandé de moderniser les lois sur la protection des données personnelles.Le gouvernement Le- gault a déposé un projet de loi pour encadrer le fonctionnement des agences d\u2019évaluation de crédit, et compte en présenter un autre pour resserrer la protection des renseignements, un projet sur lequel la ministre de la Justice travaillait avant même l\u2019incident chez Desjardins.Mais faudrait-il aller plus loin, vu l\u2019ampleur d\u2019un problème qui a affecté plusieurs autres compagnies dans les dernières années ?À ce jour, pas moins de 28 millions de personnes ont été touchées par des fuites, selon le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.Serait-il par exemple temps d\u2019adopter une identité numérique ?Après tout, les données « sont les ressources de l\u2019économie de demain, comme l\u2019eau, comme l\u2019énergie », a relevé le président du Mouvement Desjardins.François Desjardins VIE PRIVÉE Les données fuient 1 Avec dans l\u2019œil la présidentielle de 2020, Donald Trump a passé une bonne partie de l\u2019année à s\u2019en prendre aux démocrates, devenus majoritaires à la Chambre des représentants en janvier.Mais le déchaînement de colère du président n\u2019aura pas réussi à lui épargner le plus grand déshonneur : une mise en accusation, la troisième de l\u2019histoire des États-Unis, pour abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès.BRENDAN SMIALOWSKI AFP 2 Quand la cathédrale Notre-Dame de Paris, debout en plein cœur de la ville depuis le XIIe siècle, s\u2019est mise à brûler en avril, le monde entier a retenu son souffle.Des centaines de personnes ont assisté, depuis les quais et les ponts de la Seine, mais aussi en direct à la télévision, à l\u2019effondrement de la flèche ajoutée au XIXe siècle.GEOFFROY VAN DER HASSELT AFP 3 De tous les mouvements de révolte qui ont émergé dans le monde cette année, celui des manifestants prodémocratie à Hong Kong a été le plus durable \u2014 et certainement le plus médiatisé.De l\u2019occupation de l\u2019aéroport au siège de l\u2019Université polytechnique, les six derniers mois ont montré l\u2019étendue de la fracture entre le territoire semi- autonome et la Chine continentale.VINCENT YU AP 4 Sanna Marin, 34 ans, auparavant mairesse, puis ministre des Transports dans le gouvernement finlandais, est devenue en décembre la plus jeune cheffe d\u2019État du monde, femmes et hommes confondus.Élue au poste de première ministre de Finlande, elle a rejoint le quintette féminin aux commandes des cinq partis qui forment la coalition au pouvoir au pays.ALAIN JOCARD AFP 5 Quand Bianca Andreescu a remporté le US Open en venant à bout de Serena Williams, en septembre, elle s\u2019est couchée sur le terrain, les bras en croix.À seulement 19 ans, il faut dire qu\u2019elle faisait l\u2019histoire : jamais une Canadienne (et pas plus un Canadien) n\u2019avait remporté un tournoi du Grand Chelem en simple.SARAH STIER AP 6 Sauriez-vous deviner à quelle femme appartient cette jambe ou, plus précisément, ce bracelet de sécurité électronique ?Indice : son arrestation à Vancouver à la demande des États-Unis, en décembre 2018, est à l\u2019origine du différend diplomatique qui oppose depuis le Canada et la Chine.C\u2019est bien elle : Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, toujours en liberté sous caution à Vancouver.DON MACKINNON AFP 7 Sainte-Marthe- sur-le-Lac, cette petite municipalité des Laurentides où la rupture d\u2019une digue a libéré en quelques minutes un immense flot d\u2019eau en avril, laissant derrière quelque 6000 sinistrés, est devenue le triste symbole des inondations du printemps dernier au Québec.Devant la récurrence des crues printanières, qui avaient aussi causé des dégâts considérables en 2017, Québec a pris des mesures plus tard durant l\u2019année pour, notamment, limiter les constructions dans les zones inondables.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR 8 Déjà emblématique, la place Tahrir, à Bagdad, continue d\u2019être le symbole de toute révolte qui bouleverse l\u2019Irak.Au début octobre, une nouvelle contestation visant la corruption, le chômage et la désagrégation des services publics irakiens a éclos dans la capitale, avant de se répandre peu à peu dans le reste du pays.Le bilan est vertigineux : plus de 450 morts et quelque 25 000 blessés.Si le premier ministre a finalement démissionné, le cul-de-sac politique apparaît insoluble : plongés dans la confusion, les dirigeants peinent à lui trouver un remplaçant.AHMAD AL-RUBAYE AFP 5 8 7 6 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES BILAN 2019 B 4 En un an, Greta Thunberg a fait d\u2019une grève scolaire toute personnelle une vague mondiale d\u2019une formidable portée et d\u2019une puissance rare : des millions de personnes ont ainsi emboîté le pas de la jeune militante suédoise pour réclamer des mesures concrètes \u2014 et draconiennes \u2014 afin d\u2019enrayer le réchauffement climatique causé par les activités humaines.À Montréal, cela s\u2019est mesuré dans ce qui a été qualifié de plus importante manifestation de l\u2019histoire, avec un nombre estimé de 500 000 personnes dans les rues de la métropole à la fin septembre (ce fut l\u2019une des nombreuses marches pour le climat qui ont animé les vendredis de la planète).Dans le texte qui accompagne sa sélection comme personnalité de l\u2019année 2019 \u2014 c\u2019est la plus jeune de l\u2019histoire à être ainsi honorée \u2014, le magazine Time rappelait qu\u2019à la crise climatique, Thunberg « ne propose pas de solution magique ».Son rôle, son pouvoir sont ailleurs : dans le fait d\u2019avoir mis en marche (littéralement) tous ces jeunes et moins jeunes qui voient venir la catastrophe et exigent des changements urgents.La vigueur et la rigueur de son message en dérangent plusieurs (à commencer par le président Trump), mais il inspire surtout des prises de conscience fondamentales autour de la notion d\u2019urgence climatique.Dans un monde fragmenté, elle a imposé une voix qui transcende les frontières, les opinions politiques, les classes sociales, notait encore le Time.Guillaume Bourgault-Côté CLIMAT Greta Thunberg, visage de l\u2019urgence climatique À Granby, une fillette de 7 ans, signalée plusieurs fois à l\u2019attention des autorités de la protection de l\u2019enfance, meurt le 30 avril.Sa sombre histoire, qui n\u2019éclaire pas toutes les formes de maltraitance, va prendre l\u2019allure d\u2019un électrochoc collectif.Le 30 mai, le gouvernement lance une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, placée sous la direction de Régine Laurent, ancienne tête dirigeante de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ ).Enjeu de santé publique, la maltraitance se trouve au confluent de plusieurs questions sociales : accès à l\u2019éducation, au logement, pauvreté, inégalités, discrimination, etc.On compte désormais plus de 105 000 signalements d\u2019enfants par année.Près du double d\u2019il y a dix ans.Plusieurs témoins ont observé devant la commission que les mesures de compressions budgétaires orchestrées au cours des dernières années avaient créé une cacophonie dans les services dont la jeunesse a beaucoup pâti.À mi-chemin de ses travaux, au moment de prendre la pause des Fêtes, la commission avançait cinq recommandations préliminaires, en faisant le constat que l\u2019aide aux familles, aux enfants et aux organismes communautaires voués à les aider est tout à fait insuffisante au Québec.Sera-t- elle écoutée par le gouvernement ?L\u2019ensemble des recommandations doit être formulé en 2020.Jean-François Nadeau ENFANCE Électrochoc collectif sur la maltraitance L\u2019expression « On tue la une » a failli prendre un sens concret cette année au Québec.La déroute financière de Groupe Capitales Médias \u2014 l\u2019entreprise dirigée par Martin Cauchon s\u2019est placée en août sous la protection de la Loi sur l\u2019insolvabilité et la faillite \u2014 a mis en péril la survie de six quotidiens régionaux de la province.Trois-Ri- vières, Gatineau, Sherbrooke, Sague- nay et Granby sont ainsi passés à un cheveu de perdre leur journal local, sans compter Le Soleil de Québec.Et même si le plan de relance de ces médias par des coopératives est approuvé lundi prochain, celui-ci ne sera pas sans conséquence : réduction d\u2019effectifs, gel des salaires\u2026 et terminaison des régimes de retraite de près de 950 ex-employés, qui verront leur rente amputée d\u2019environ 30 % dès le 1er janvier.Plus largement, 2019 restera l\u2019année où les gouvernements (Québec et Ottawa) ont pris la mesure de l\u2019ampleur de la crise qui frappe les médias écrits \u2014 à cause, notamment, des pertes de revenus publicitaires désormais accaparés par les géants du Web.Les gouvernements Trudeau et Le- gault ont chacun déposé des plans d\u2019aide qui comprennent notamment des crédits d\u2019impôt sur la masse salariale des entreprises de presse.Guillaume Bourgault-Côté MÉDIAS Des journaux en faillite La croissance économique mondiale est tombée cette année à son niveau le plus bas depuis la dernière récession.Une des raisons ?Les multiples guerres commerciales menées par le président américain contre plusieurs pays, notamment la Chine.L\u2019effet délétère de l\u2019escalade des tarifs, non seulement sur les échanges commerciaux, mais aussi sur la confiance des entreprises et des investisseurs, s\u2019est fait sentir partout \u2014 y compris aux États-Unis et au Canada.Ces derniers s\u2019en sont malgré tout relativement bien tiré cette année grâce aux politiques monétaires accommodantes de leurs banques centrales, la belle vigueur de la consommation des ménages et la bonne tenue du marché immobilier.Peu affecté par les difficultés de l\u2019industrie pétrolière canadienne et fort d\u2019un gouvernement disposant de surplus budgétaires, le Québec a affiché la meilleure performance des provinces.La récente conclusion d\u2019une trêve entre Washington et Pékin, de même que d\u2019un compromis entre la Maison-Blanche et la majorité démocrate au Congrès sur l\u2019éventuelle ratification d\u2019un nouvel Accord Canada\u2013États-Unis\u2013Mexique (ACEUM) fait espérer, à défaut d\u2019un retour de la paix commerciale, à tout le moins un apaisement sur le front commercial ces prochains mois.C\u2019est à souhaiter, les guerres en cours menaçant « d\u2019entraîner des changements qui perdureront pendant une génération », a prévenu le Fonds monétaire international (FMI).Éric Desrosiers ÉCONOMIE Le boomerang commercial 11 12 9 10 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES B 5 La bonne nouvelle pour Justin Trudeau, c\u2019est qu\u2019il est toujours premier ministre en cette fin 2019 \u2014 malgré la controverse SNC-Lavalin, ou celle sur son recours à des « blackface» pour imiter Aladin ou Harry Belafonte.La moins bonne nouvelle, toutefois, c\u2019est que son gouvernement ne détient plus une majorité de sièges au Parlement, et que les conservateurs ont récolté plus de votes que les libéraux au scrutin du 21 octobre : il y a là des messages que M.Trudeau assure avoir compris.À travers ces plumes libérales envolées, les élections ont sensiblement redessiné la carte politique canadienne.Au Québec, la résurgence \u2014 certains diront résurrection \u2014 du Bloc québécois s\u2019est largement faite aux dépens du Nouveau Parti démocratique (et aux crochets d\u2019un discours volontairement ca- quiste).Les Prairies ont carrément rejeté les libéraux, les Maritimes les ont fait reculer.Les verts n\u2019ont pas progressé comme souhaité (un siège de plus, et une cheffe en moins), alors que le Parti populaire de Maxime Ber- nier est resté confiné dans une marge étroite.Et dans ce portrait en mutation, une victime collatérale : malgré sa volonté de rester en poste, le chef conservateur Andrew Scheer n\u2019aura pas résisté au ressac.Fin de parcours pour lui, et course ouverte pour le remplacer en 2020.Guillaume Bourgault-Côté ÉLECTIONS Justin Trudeau perd des plumes On aura déjà vu des années plus joyeuses : pour l\u2019essentiel de 2019, le nom de SNC-Lavalin aura été associé soit à une « affaire » politique, soit à des procès impliquant de la corruption en Libye.Sur le front judiciaire, l\u2019année se termine au moins avec des dossiers réglés.Une division de SNC a plaidé coupable cette semaine à une accusation de fraude pour des gestes posés en Libye entre 2001 et 2011 \u2014 cela a permis l\u2019arrêt des procédures pour d\u2019autres accusations visant d\u2019autres branches du géant.Quelques jours plus tôt, un ex-cadre de l\u2019entreprise (Sami Bebawi) a pour sa part été reconnu coupable de fraude et de corruption pour le même vaste dossier libyen.Quant au volet politique, c\u2019est la volonté de l\u2019entreprise de négocier un accord de réparation avec le gouvernement pour éviter un procès criminel qui a été au cœur de l\u2019affaire qui a ébranlé la colline Parlementaire pendant plusieurs mois.« Justin Trudeau s\u2019est prévalu de sa position d\u2019autorité sur [l\u2019ex-ministre de la Justice Jody] Wilson-Raybould pour tenter d\u2019influencer sa décision » de ne pas inviter SNC-Lavalin à négocier un tel accord, concluait en août le commissaire aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique.Réélue comme députée indépendante (fait rare), Mme Wilson- Raybould a été choisie personnalité qui a le plus marqué l\u2019actualité en 2019 par les directions des médias membres de La Presse canadienne.Guillaume Bourgault-Côté JUSTICE Les eaux troubles autour de SNC-Lavalin 9 N\u2019en déplaise à Donald Trump, un seul nom incarne cette année marquée par la lutte contre les changements climatiques : Greta Thunberg.Si la jeune militante suédoise fut de tous les grands rassemblements, son discours le plus virulent \u2014 «?How dare you?» \u2014 restera celui prononcé au Sommet action climat de l\u2019ONU à New York, le 23 septembre, quelques jours avant sa venue à Montréal pour une marche historique.JACQUES NADEAU LE DEVOIR 10 Quand des images ont révélé cet été que la forêt amazonienne était en train de brûler à un rythme affolant en raison, principalement, de la déforestation, un mouvement d\u2019indignation s\u2019est propagé à l\u2019échelle internationale.Toutes les flèches ont visé le président brésilien, Jair Bolsonaro, un climatosceptique d\u2019extrême droite dont les politiques, notoirement nocives pour l\u2019environnement, faisaient déjà polémique.Sa gestion de la crise en Amazonie a d\u2019ailleurs été au centre du sommet du G7 à Biarritz, en août.CARL DE SOUZA AFP 11 Quelques jours après le retrait brutal des troupes américaines du nord de la Syrie sur ordre de Donald Trump, en octobre, les forces turques lançaient en catimini une offensive contre les Kurdes \u2014 précisément dans cette zone.L\u2019affaire a soulevé un violent tollé international et causé une querelle interne à l\u2019OTAN, jamais mise au courant de cette initiative.Pour échapper aux combats, plus de 100?000 Syriens ont dû fuir leur domicile, faisant craindre un nouveau désastre humanitaire dans un pays déjà exsangue.DELIL SOULEIMAN AFP 12 L\u2019épidémie d\u2019Ebola dans l\u2019est de la République démocratique du Congo, qui a fait 2211 morts depuis août 2018 et suit, sur le plan de son importance, celle de 2014 en Afrique de l\u2019Ouest, a été particulièrement funeste autour de Butembo, dans le Nord- Kivu.Mais la lutte contre l\u2019épidémie, toujours considérée comme une urgence de santé publique mondiale par l\u2019OMS, est ralentie par l\u2019insécurité qui règne dans la région, où des groupes armés attaquent tant la population que les travailleurs humanitaires.JOHN WESSELS AFP 13 La chevelure extravertie et capricieuse de Boris Johnson aura certainement été une illustration de la bataille du Brexit elle-même \u2014 bataille qui fut marquée cette année, au-delà de la démission de Theresa May, par un grand chaos et des changements de cap incessants.Maintenant qu\u2019il a gagné son pari d\u2019obtenir une majorité absolue au Parlement britannique, le premier ministre a la ferme intention de tenir sa promesse phare : réaliser le Brexit le 31 janvier 2020.TOLGA AKMEN AFP 14 Ce large sourire de Justin Trudeau cachait sans doute un grand soupir de soulagement.Le soir du scrutin fédéral, le 21 octobre dernier, au moment de monter sur scène, le premier ministre libéral savait qu\u2019il avait obtenu un nouveau mandat, mais moins glorieux : minoritaire.Après l\u2019affaire SNC-Lavalin à l\u2019hiver, le bref scandale de son «?blackface » durant la campagne électorale et les attaques répétées de son rival Andrew Scheer, il pouvait enfin souffler\u2026 tout en sachant qu\u2019il aurait à se montrer conciliant.SEBASTIEN ST-JEAN AFP 15 Chose certaine, le climatologue danois qui a pris cette photo lors d\u2019une expédition au Groenland, en juin, ne se doutait pas qu\u2019elle deviendrait une icône du réchauffement climatique, en particulier celui des pôles.En peu de temps, cette parfaite illusion d\u2019un attelage de chiens marchant sur l\u2019eau a fait le tour du monde.En réalité, c\u2019est la fonte rapide des glaces et la faible perméabilité de la glace sous l\u2019eau de fonte qui a rendu possible cette superposition spectaculaire\u2026 et trompeuse.STEFFEN OLSEN AFP En page B 1 Après le passage du puissant cyclone Idai sur la côte du Mozambique, en mars, la désolation s\u2019étalait à perte de vue.Étant donné l\u2019ampleur de la destruction, l\u2019acheminement de l\u2019aide a été d\u2019une complexité inouïe.Des milliers de sinistrés sont ainsi restés démunis, sans toit, comme ces deux sœurs réfugiées sous une bâche pour se protéger de la pluie.Cette énième catastrophe est venue confirmer à quel point les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient dans le monde.YASUYOSHI CHIBA AFP 13 15 14 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES B 6 Six lectures pour le temps des Fêtes V oici quelques ouvrages que j\u2019ai lus récemment, et pour certains recensés.Je fais le pari qu\u2019ils alimenteront agréablement et substantiellement votre réflexion sur l\u2019éducation durant cette période que je vous souhaite propice à la lecture.Le professeur Rivard et les chemins de l\u2019école Dans Le chemin de l\u2019école (Leméac, 2019), Yvon Rivard propose une belle réflexion philosophique sur l\u2019école.Ce livre a remporté cette année le prix Pierre-Vadeboncœur.L\u2019auteur livre une fine analyse de la relation pédagogique, faite du désir commun d\u2019apprendre et de partager, alimentée notamment par une forte critique d\u2019un certain techni- cisme réducteur en éducation.« J\u2019ai eu la chance de ne pas être formé par des pédagogues », écrit à ce sujet Rivard.On y lira aussi une précieuse mise en garde contre certaines transformations récentes de l\u2019université, où se conjuguent entre autres « obligation de produire ou de périr » et « course aux colloques et aux subventions sous peine d\u2019être méprisé ou congédié ».Des histoires de gars et d\u2019école François Cardinal, dans Lâchez pas les gars.D\u2019anciens cancres témoignent (Éditions La Presse, 2019), a eu la bonne idée de réunir des témoignages d\u2019anciens cancres, des garçons qui ont eu des difficultés à l\u2019école \u2014 ce fut d\u2019ailleurs son cas.Vous lirez ici les inspirants récits de mal scolaire surmonté du Dr Stanley Vollant, du ténor Marc Hervieux, de l\u2019artiste et écrivain Marc Séguin, de l\u2019entrepreneur Alexandre Taillefer, de l\u2019ex-joueur professionnel de hockey Steve Bégin et de quelques autres.Pour l\u2019amoureux des sciences Jean-René Roy, dans le superbe et richement illustré en couleurs Trente images qui ont révélé l\u2019univers.De la Lune à l\u2019aube cosmique (PUL, 2019), raconte justement cela, ce rôle qu\u2019ont joué les images, d\u2019abord de simples croquis, puis des images générées par des technologies devenant de plus en plus complexes, dans notre compréhension de l\u2019Univers.L\u2019ouvrage parle ainsi des représentations du système solaire, puis de celles de la Voie lactée et des galaxies, avant d\u2019en venir à la cosmologie.Chaque fois, une image dite «transformatrice» est présentée et son importance, expliquée \u2014 à l\u2019aide du texte de Roy, mais aussi de nombreuses autres images et illustrations.La laïcité et l\u2019école Nadia El-Mabrouk, citoyenne d\u2019origine tunisienne, est beaucoup intervenue dans le brûlant dossier de la laïcité au Québec et en 2018, elle a remporté pour son travail le prix Condorcet-Dessaulles, du Mouvement laïque québécois.Dans Notre laïcité (Dialogue Nord Sud, 2019), elle réunit des textes sur ce sujet parus dans divers médias entre 2015 et 2019.Il s\u2019agit d\u2019une forte, claire et solide défense de cette laïcité qu\u2019elle estime être le «socle du vivreensemble et de la démocratie».Il y est bien entendu question des institutions publiques, d\u2019une réelle égalité entre hommes et femmes, de tolérance, d\u2019inclusion, mais aussi de l\u2019école et du cours Éthique et culture religieuse.« Sans une école vraiment laïque, écrit-elle, la laïcité est une coquille vide.» En prime, on lira ici deux préfaces, l\u2019une de Joseph Facal, l\u2019autre de Guy Rocher.Mieux connaître PISA Cette année encore, les résultats des enquêtes du Programme international sur les acquis des élèves (PISA) font beaucoup parler.Mais comment, au juste, ces enquêtes sont-elles construites?Quelles en sont les limites?Quelles critiques leur sont adressées?C\u2019est à ces questions et à quelques autres que répondent Georges Felouzis et Samuel Charmillot dans leur court mais bien fait ouvrage Les enquêtes PISA (PUF, 2012).Les passages sur la controverse opposant partisans des compétences (ce que mesurent et valorisent les enquêtes PISA) et partisans des savoirs sont éclairants, de même que ceux portant sur les conséquences, souhaitables ou redoutées, de ces enquêtes sur les politiques éducatives nationales.Sur l\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec La pensée éducative au Québec.La génération 1915-1930 (PUL, 2019) est un tout récent titre proposé par Denis Simard, Jean-François Cardin et Olivier Lemieux et leurs collaborateurs.Il réunit les textes d\u2019un colloque.On s\u2019attarde ici à la pensée et à l\u2019action en éducation d\u2019illustres représentants, bien connus pour la plupart, de cette génération.Les voici : Pierre Angers, Jeanne Lapointe, Judith Jasmin, Simonne Monet-Chartrand, Michel Brunet, Arthur Tremblay, Marcel Rioux, Pierre Vadeboncœur, Léon Dion, Fernand Dumont et Jacques Grand\u2019Maison.On aura noté qu\u2019il manque à cette liste l\u2019éminent Guy Rocher, né en 1924, qui a été membre de la commission Parent.C\u2019est qu\u2019il était présent à ce colloque, que sa conférence a clos.Ce texte, ici reproduit, devrait être lu par quiconque œuvre en éducation ou s\u2019intéresse à ce sujet.Rocher jette un regard rétrospectif sur le travail accompli par la commission Parent et sur le chemin parcouru depuis.Mais il rappelle aussi cet immense défi de justice sociale en éducation auquel nous faisons actuellement face et à l\u2019urgence de s\u2019y attaquer.Perle (volontaire) de la semaine L\u2019histoire est racontée par une professeure en enseignement religieux dans une classe de 2e secondaire durant les années 1990.Elle présente un texte du prophète Malachie.Un élève brillant fait alors semblant de perdre l\u2019équilibre et de tomber de sa chaise.Il se relève et dit : « Je m\u2019excuse, mais j\u2019étais \u201cmal achie\u201d.» NORMAND BAILLARGEON MANON CORNELLIER LE DEVOIR Le 11 septembre dernier, le jour même du déclenchement des élections fédérales, la Cour supérieure du Québec rendait une décision sans ambiguïtés.Les lois québécoise et fédérale sur l\u2019aide médicale à mourir devaient être rapidement corrigées afin de ne plus exiger que, pour y avoir droit, une personne souffrant affreusement et sans répit possible soit en fin de vie ou que sa « mort naturelle soit raisonnablement prévisible ».La Cour a donné six mois aux deux gouvernements pour éliminer ce critère et ainsi se conformer à l\u2019arrêt Carter rendu en février 2015 par la Cour suprême du Canada.La plus haute cour du pays avait reconnu ce droit à une « personne adulte capable qui (1) consent clairement à mettre fin à sa vie; et qui (2) est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition».Nulle part n\u2019était-il question d\u2019une personne en fin de vie.Les gouvernements fédéral et québécois ont décidé de ne pas porter la cause en appel, ce qui les oblige à obtempérer d\u2019ici le 11 mars prochain.Le soulagement qu\u2019ont ressenti nombre de malades au lendemain de ces décisions a toutefois fait place au doute au cours des derniers jours.À Ottawa, le ministre de la Justice, David Lametti, a laissé entendre que le gouvernement fédéral pourrait demander un délai supplémentaire et peut-être procéder à l\u2019étude de cette future modification en même temps que la révision statutaire de la loi qui doit démarrer en juin.De son côté, le premier ministre Justin Trudeau a dit en entrevue à La Presse canadienne mercredi que la décision de procéder en deux temps ou d\u2019une seule volée n\u2019était pas encore prise.Il a par contre ajouté que son intention était de « respecter cette décision de la Cour dans le plus bref délai possible ».Si c\u2019est le cas, son gouvernement ne peut attendre la révision de la loi qui commencerait seulement en juin et dont la très large portée laisse inévitablement présager un exercice très long et complexe.Les parlementaires devront obligatoirement aborder trois enjeux qui sont loin de faire consensus, soit les directives anticipées, l\u2019accès à l\u2019aide médicale à mourir pour les personnes mineures matures et l\u2019accès pour celles souffrant de problèmes de santé mentale.Les débats que suscitent ces trois questions n\u2019ont rien à voir avec le critère de fin de vie que la Cour supérieure demande de lever, comme le relève le jugement.Un jugement qui ne surprend pas, car l\u2019insertion par Ottawa de ce critère de fin de vie est contesté depuis le début parce que considéré comme trop restrictif et contraire au droit à l\u2019autonomie des malades.Même le ministre actuel de la Justice avait invoqué cette raison pour voter contre le projet de loi en juin 2016.Nombre de témoins ont dit la même chose devant les comités parlementaires qui ont étudié le projet de loi à l\u2019époque.La majorité des membres du Comité de la justice des Communes a soumis un amendement retirant cette exigence, mais il a été défait.La majorité des sénateurs est revenue à la charge avec une modification de son cru, sans plus de succès.Le gouvernement a toujours argué, tant au Parlement que devant le tribunal, qu\u2019il avait ajouté cette condition pour protéger les personnes plus vulnérables.Selon les experts, il y a d\u2019autres moyens d\u2019y arriver que de priver de leur droit des gens qui ne sont pas mourants, mais qui sont gravement malades et incapables de supporter plus longtemps leurs grandes souffrances.Pour l\u2019instant, la Cour a accordé aux deux personnes ayant contesté la loi, Jean Truchon et Nicole Gladu, le droit de s\u2019en prévaloir sans attendre, les deux étant atteints de maladies dégénératives graves et douloureuses, mais pas mortelles.Toutes les autres personnes dans une situation similaire devront cependant attendre que la loi soit changée.C\u2019est pour elles que le gouvernement se doit d\u2019agir sans traîner les pieds.Il est vrai qu\u2019il a peu de temps pour se plier au jugement, une réalité que connaissent bien les libéraux qui, en 2015, n\u2019ont eu que huit mois pour répondre à l\u2019arrêt Carter, le gouvernement précédent n\u2019ayant rien proposé.Il est fort possible que les lenteurs du processus législatif aux Communes et au Sénat forcent Ottawa à solliciter un peu plus de temps pour respecter l\u2019ordre récent de la Cour supérieure.Le projet de loi n\u2019a toujours pas été annoncé et les travaux parlementaires ne reprendront qu\u2019à la fin de janvier.La prudence ne doit toutefois pas servir de prétexte à la procrastination.Le ministère de la Justice sait depuis longtemps que ce critère est contesté.Il a en main les travaux de deux comités consultatifs et d\u2019un comité mixte et les solutions de rechange proposées aux Communes et au Sénat.Ses avocats ne partent pas de zéro.Rien ne justifie par conséquent de reporter la réponse d\u2019Ottawa au-delà du printemps 2020.Les seuls qui en pâtiraient seraient ces malades qui n\u2019en peuvent plus, mais qui souhaitent mourir dignement et entourés des leurs.L\u2019HEURE JUSTE Compassion et dignité, SVP Les loi provinciale et fédérale sur l\u2019aide médicale à mourir doivent être revues sans délai La Cour a accordé à Nicole Gladu (sur la photo) et à Jean Truchon le droit de se prévaloir sans attendre de l\u2019aide médicale à mourir puisqu\u2019ils ont contesté cet aspect de la loi.JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019HEURE JUSTE Rien ne justifie de reporter la réponse d\u2019Ottawa au-delà du printemps 2020.Les seuls qui en pâtiraient seraient ces malades qui n\u2019en peuvent plus, mais qui souhaitent mourir dignement et entourés des leurs.Nos chroniqueurs Normand Baillargeon et Michel David feront relâche pour la période des Fêtes. SCIENCE B 7 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 Contrairement à ce qu\u2019on croyait jusqu\u2019ici, la parole serait apparue bien avant Homo sapiens, soit il y a plus de 27 millions d\u2019années, démontre une équipe de chercheurs dans la revue Science Advances.PAULINE GRAVEL LE DEVOIR ne équipe pluridisciplinaire de chercheurs français, québécois et états-uniens remet en question le moment où aurait émergé la parole et affirme du coup que celle-ci ne serait pas l\u2019apanage d\u2019Homo sapiens.Grâce à des études en anthropologie, en prima- tologie, en phonétique et en acoustique, cette équipe bat en brèche la théorie dominante affirmant que la descente du larynx chez Homo sapiens serait ce qui l\u2019aurait doté de la capacité de parler.Jusqu\u2019à récemment, la communauté scientifique accordait une grande crédibilité à cette théorie énoncée entre 1969 et 1971 par le chercheur américain Philip Lieberman.Selon cette théorie, la parole serait apparue chez Homo sapiens en raison de l\u2019anatomie particulière de son conduit vocal qui diffère de celle des singes.Chez l\u2019homme moderne, le larynx est en effet situé plus bas par rapport aux vertèbres cervicales que chez les singes.La descente du larynx chez l\u2019humain fait en sorte que le pharynx, qui est situé au-dessus, est plus long, contribuant ainsi à former un conduit vocal plus étendu qui, selon Lieberman, permet de produire les trois voyelles [i], [a] et [u] \u2014 comme dans les mots lit, pas et fou \u2014 qui sont présentes dans presque toutes les langues humaines.Ces trois voyelles sont les plus différenciées, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles sont les plus éloignées les unes des autres sur les plans acoustique et perceptif.Par contre, le petit pharynx dont sont dotés les singes en raison de la position élevée de leur larynx constitue un handicap anatomique qui les empêche de produire des voyelles différenciées, affirmait Lieberman.« Il est beaucoup plus difficile de produire des voyelles que des consonnes, car pour prononcer des voyelles, il faut U Parole de singe La communication parlée serait bien plus ancienne que ce que l\u2019on croyait positionner sa langue très précisément.Or, la parole n\u2019est possible que si on peut prononcer des voyelles », précise d\u2019entrée de jeu Louis-Jean Boë, chercheur en sciences de la parole à l\u2019Université de Grenoble Alpes.Pour donner du poids à sa théorie, Lieberman avait également fait remarquer que les bébés humains, dont le larynx est très élevé, n\u2019arrivent pas à prononcer les trois voyelles avant d\u2019atteindre un certain âge.Ses collaborateurs avaient aussi examiné le crâne et les vertèbres fossiles d\u2019un Homme de Néandertal et en avaient conclu qu\u2019il avait un petit pharynx et donc qu\u2019il ne parlait pas.La théorie de Lieberman s\u2019est alors répandue comme une traînée de poudre.Et toute la communauté scientifique l\u2019a acceptée et adoptée, d\u2019autant qu\u2019elle permettait d\u2019expliquer pourquoi les deux chimpanzés qui avaient été élevés (l\u2019un en 1933 et l\u2019autre en 1952) au sein de deux familles américaines, qui avaient chacune un enfant du même âge que le chimpanzé, n\u2019avaient jamais réussi à apprendre à parler.L\u2019un d\u2019eux avait tout juste appris à prononcer approximativement cinq mots qu\u2019il n\u2019utilisait pas toujours à bon escient.En s\u2019associant à des spécialistes de diverses disciplines, Louis-Jean Boë a démonté chacun des arguments avancés par Lieberman.Et les démonstrations qu\u2019il a accumulées au cours des dernières décennies font l\u2019objet d\u2019un article qui a été publié le 11 décembre dernier dans Science Advances.1 Da n s un premier temps, Louis- Jean Boë s\u2019est associé à l\u2019anthropologue Jean-Louis Heim de l\u2019Institut de paléontologie humaine de Paris.Ensemble, ils ont montré que « l\u2019os hyoïde de Néandertal est pareil à celui d\u2019Homo sapiens ».L\u2019os hyoïde, qui est situé à l\u2019avant du cou, sert de point d\u2019attache à la langue et aux muscles du cou, qui relèvent et abaissent le larynx lors de la déglutition, de la parole et de la respiration.Ils ont également observé que les vertèbres cervicales du cou de Néandertal ont exactement les mêmes dimensions que celles de l\u2019humain.«Étant donné que Néandertal avait les mêmes vertèbres cervicales, la même base du crâne et le même os hyoïde qu\u2019Homo sapiens, il n\u2019y a donc aucune raison qu\u2019il ait un larynx très haut.La reconstitution du conduit vocal qu\u2019avait fait Lieberman de l\u2019Homme de Néandertal était donc fausse.On ne sait pas si Néandertal parlait, mais la démonstration de Lieberman affirmant qu\u2019il était empêché de parler à cause de la position de son larynx est fausse», fait remarquer M.Boë, avant d\u2019ajouter que «Néandertal a eu des échanges importants avec les Homo sa- piens puisqu\u2019il y a eu interfécondation.Ils devaient partager les mêmes terrains de chasse.On imagine donc qu\u2019ils se parlaient.Mais ce sont des hypothèses».2 Dans un deuxième temps, dans le cadre du doctorat qu\u2019elle faisait avec M.Boë il y a 20 ans, la Québécoise Lucie Ménard a simulé à l\u2019aide de petits modèles informatiques la forme du conduit vocal du jeune bébé humain, qui ressemble beaucoup à celui des singes.«Le jeune bébé n\u2019a pas de cou, son larynx est donc très haut, mais il descend au cours de la croissance», précise Mme Ménard, qui est au- jourd\u2019hui professeure au Département de linguistique de l\u2019UQAM.À l\u2019aide de cette simulation, Mme Mé- nard a pu vérifier si le conduit vocal d\u2019un bébé humain pourrait produire des voyelles si on le dotait d\u2019un cerveau d\u2019adulte.Elle a ainsi découvert qu\u2019un tel conduit vocal avec un larynx très haut peut générer des voyelles bien différenciées.« Ce n\u2019est donc pas l\u2019anatomie du conduit vocal, soit le fait que le larynx du bébé est plus haut, qui empêche celui-ci de prononcer des voyelles, mais plutôt le fait que son cerveau ne lui permet pas de contrôler ses articulateurs, de contrôler sa langue et ses lèvres, car les connexions nerveuses ne sont pas encore assez développées », explique Mme Ménard.« Nous avons ainsi montré que la position du larynx n\u2019avait pas d\u2019importance et que Lieberman s\u2019est trompé.C\u2019est plutôt la capacité de faire des mouvements de la langue, de la mandibule et surtout des lèvres qui compte », ajoute M.Boë.« Quand nous parlons, nous modifions la forme du conduit vocal en déplaçant la langue et les lèvres.Nous façonnons ainsi des cavités acoustiques [de différentes formes], à travers lesquelles se propage le son généré par la vibration des cordes vocales, laquelle est provoquée par l\u2019air chassé par les poumons à travers elles.» Chaque forme particulière de la cavité acoustique transforme l\u2019onde sonore en son différent, explique-t-il.3 Dans un troisième temps, Louis-Jean Boë a travaillé avec des primatologues dans le but d\u2019étudier les vocalisations des singes, que Lieberman croyait incapables de produire des voyelles différenciées en raison de la position élevée de leur larynx.Les enregistrements de babouins en semi-liberté qu\u2019ils ont faits leur ont révélé que ces singes émettent des vocalisations dans des situations précises où ils attendent une réaction de leurs congénères.« Il s\u2019agit donc d\u2019une vraie communication, car ils associent les mouvements de leur conduit vocal et les sons qui en résultent à une situation.S\u2019ils voient un serpent ou un léopard, les singes Gélada, par exemple, feront des vocalisations d\u2019alerte pour signifier qu\u2019il y a un danger », indique M.Boë.Alors que l\u2019humain varie la hauteur de sa voix sur une octave quand il parle, les babouins le font sur cinq octaves.«Leur étendue vocale est cinq fois plus grande que celle des humains.Du coup, les singes émettent des sons que nous n\u2019avons pas du tout l\u2019habitude d\u2019entendre.Il nous a donc fallu les analyser par du traitement de signal pour les rendre comparables à ceux émis par les humains », explique M.Boë.Ce traitement, qu\u2019on appelle une normalisation, a permis aux chercheurs de constater que les babouins peuvent très bien produire des voyelles différenciées.« Comme nous ne disposons d\u2019enregistrements sonores que depuis 1860, il nous est impossible de trouver des sons fossiles [qui permettraient de dater l\u2019émergence de la parole].Toutefois, nous avons considéré que les singes actuels produisent des sons fossiles, car l\u2019étude de crânes fossiles de singes nous a montré qu\u2019ils ont exactement la même tête depuis très longtemps.On peut donc supposer qu\u2019il y a 27 millions d\u2019années, au moment où la branche Homo s\u2019est différenciée des singes de l\u2019Ancien Monde [des cercopithécidés qui comprennent les babouins et les macaques], ceux-ci produisaient les mêmes vocalisations que les babouins d\u2019aujourd\u2019hui.Ces vocalisations qu\u2019on peut considérer comme des fossiles nous éclairent sur le moment où le conduit vocal a commencé à être utilisé autrement que pour respirer, mâcher, sucer et déglutir», fait valoir M.Boë.Au départ, les poumons servaient uniquement à respirer et les cordes vocales, strictement à boucher la trachée quand on avale, rappelle-t-il.Puis, la parole a émergé quand l\u2019individu « s\u2019est aperçu qu\u2019il pouvait commander ses poumons, sa langue et ses cordes vocales pour produire des sons qu\u2019il va associer à des situations précises, puis à des mots désignant des choses ».« La parole apparaît quand l\u2019individu arrive à avoir un bon contrôle de la langue, des lèvres et de la mandibule pour produire des sons différenciés.Tout repose sur l\u2019habileté avec laquelle on manipule nos articulateurs.Évidemment, tout ça se passe dans le cerveau.Il ne faut pas croire que la parole est une question de tuyau [comme le croyait Lieberman].C\u2019est plutôt une question de cerveau parce que, déplacer sa langue pour parler, c\u2019est de la cognition, de la cognition de bas niveau», dit-il.Les arguments de Boë et de ses collègues réussiront fort probablement à enterrer pour de bon la théorie de la descente du larynx de Lieberman.Les enregistrements de babouins en semi-liberté [.] ont révélé que ces singes émettent des vocalisations dans des situations précises où ils attendent une réaction de leurs congénères LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin l n\u2019est pas coutume qu\u2019une commission s\u2019arrête en plein vol pour presser le gouvernement de tout mettre en œuvre, et de manière immédiate, pour freiner la catastrophe nommée services sociaux à l\u2019enfance.Si la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, s\u2019est permis cet arrêt sur pause, c\u2019est que la gravité de la situation commandait qu\u2019elle rompe avec les manières de faire habituelles.Après avoir entendu 77 témoins au cours d\u2019une quinzaine de journées d\u2019audience, la commission a engrangé suffisamment de matériel lourd et bouleversant pour conclure qu\u2019au regard des besoins, l\u2019aide et le soutien aux familles sont nettement insuffisants.Les cinq recommandations formulées cette semaine visent toutes à bonifier les ressources de programmes de prévention connus pour leur efficacité, mais qui n\u2019ont pas les moyens de leurs ambitions.On se rappelle avec émoi les raisons qui font que la commission Laurent fonctionne ainsi dans l\u2019urgence.Le décès tragique d\u2019une petite fille de 7 ans à Granby, en mai dernier, vraisemblablement après avoir subi de la maltraitance au domicile où elle vivait avec son père et sa belle-mère, a provoqué une onde de choc : la petite était connue de la DPJ, des milieux policiers et communautaires, des services scolaires et de santé, en plus du tribunal.Malgré ce filet de protection apparemment tendu sous elle, le décès n\u2019a pu être évité.Ce scénario d\u2019horreur n\u2019est malheureusement pas unique.On ne s\u2019étonne donc pas que les membres de la commission recommandent d\u2019abord d\u2019agir en renforçant les rouages de la prévention.Ils demandent d\u2019augmenter les sommes ou d\u2019élargir la portée de programmes de soutien pendant la grossesse, dès la naissance et au cours de la petite enfance.Pour prévenir la négligence et la maltraitance, mieux vaut agir tôt en repérant les foyers à risque et en les outillant pour éviter de devoir se rendre aux services d\u2019urgence.Il s\u2019agit d\u2019une rengaine connue des Québécois : renforcer la première ligne pour ne pas encombrer les brancards de l\u2019urgence.C\u2019est un premier réflexe naturel, et utile, que de plaider d\u2019abord le manque de ressources.Dans plusieurs réformes bulldozer du passé, peu importe le champ de compétences visé, on s\u2019est arrêté à ce premier refuge, sans oser l\u2019essentielle refonte des façons de faire.Il est improbable qu\u2019avec une Régine Laurent à sa tête, la Commission spéciale sur la protection des enfants n\u2019ait le courage de retourner les structures, et de corriger les vices de la loi.Son mandat est si vaste qu\u2019il lui permet de retourner toutes les pierres.Le constat sur lequel s\u2019appuie son action est surtout teinté d\u2019histoires familiales tragiques et éminemment tristes, mais il tient aussi à un bilan statistique effarant : en 2005-2006, 68 000 signalements par année étaient acheminés à la DPJ, contre 105 000 aujourd\u2019hui.« On a laissé gonfler un terrible problème », dit Mme Laurent.Certes.Dans un des chapitres de son rapport annuel déposé en novembre dernier, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a scruté les interventions qui font suite à un signalement à un directeur de la protection de la jeunesse.Ses constats sont troublants.Des enfants qu\u2019on signale parce que la situation commande une action rapide attendent entre 158 et 226 jours de délai moyen avant que ne soient appliquées des mesures.Le facteur de récurrence des signalements \u2014 dans une des régions analysées, plus de 10 % des enfants ont fait l\u2019objet de 10 signalements ou plus depuis leur naissance \u2014 n\u2019est pas associé à un facteur de risque, ô stupeur ! La vérificatrice note aussi d\u2019importantes lacunes dans l\u2019organisation du travail et la supervision des interventions des DPJ.Dans certains dossiers manquait l\u2019indispensable visite du milieu familial de l\u2019enfant, éclairante quant à son contexte de vie.Des services sont interrompus en pleine application des mesures.Des échéances ne sont pas respectées.Des plans d\u2019intervention ne sont pas signés par les parents, ce qui traduit une absence d\u2019engagement de la famille dans la recherche de solutions.Non convaincue de la répartition des ressources humaines dans les DPJ en fonction des besoins réels exprimés sur le terrain, la vérificatrice écorche aussi les CIUSS, puis le ministère de la Santé et des Services sociaux pour son manque de surveillance de l\u2019efficacité des DPJ et l\u2019absence de révision des normes de pratique clinique en protection de la jeunesse.Le mal ne s\u2019arrête donc pas à un manque de ressources, il tient aussi à une structure apparemment très déficiente.Rarement aura-t-on vu attentes aussi élevées pour rafistoler un système de protection de l\u2019enfance en miettes.Le pouvoir politique n\u2019aura d\u2019autre choix que d\u2019agir, et prestement.La vie de certains enfants en dépend.Pierre Desjardins Philosophe Particulièrement en cette période de l\u2019année, nous avons du mal à nous retrouver : nous oscillons sans cesse entre le personnage blindé contre les difficultés de la vie que nous avons construit de nous-mêmes et\u2026 l\u2019enfant subsistant malgré tout en nous qui se permet rêves et illusions.Nous aimerions bien, nous aussi, tout comme les enfants déballant avec émerveillement leurs cadeaux à Noël, retrouver notre candeur d\u2019autrefois.Mais la difficulté chronique que nous avons de nous assumer pleinement nous empêche d\u2019y parvenir.L\u2019augmentation des contradictions du social des dernières années a aggravé la dislocation de notre identité.Devant le spectacle désolant du monde en folie actuel, comment se retrouver ?Aussi, assez curieusement, à « l\u2019enfer, c\u2019est les autres » de Jean- Paul Sartre se substitue au- jourd\u2019hui « l\u2019enfer, c\u2019est\u2026 nous- mêmes » ! Confrontés de plus aux différences culturelles apportées par la mondialisation, les éléments de référence d\u2019antan sur lesquels nous pouvions autrefois asseoir une certaine identité se sont effondrés comme un décor de carton-pâte.Et quant à l\u2019ordre nouveau annoncé en grande pompe par les technologues et futurologues de tout acabit, il ressemble de plus en plus à un désordre assuré ! Pendant qu\u2019on s\u2019affaire à produire toujours plus et plus vite pour satisfaire les milliards de consommateurs que nous sommes, les problèmes sociaux et environnementaux s\u2019accumulent.Mais nous n\u2019avons pas le choix, semble-t-il : il faut que les moteurs de l\u2019économie mondiale progressent si nous voulons en avoir encore toujours plus\u2026 D\u2019ailleurs, devant des responsabilités sociales de plus en plus dif- Mère et enfants tués : après le drame\u2026 Ces temps-ci, l\u2019actualité nous rappelle trop souvent qu\u2019il existe des hommes qui tuent femme et enfants.On met en cause la violence, la haine des femmes, le refus du féminisme, etc.Les accusations pleuvent ; on rappelle Polytechnique.Toutes les femmes souhaitent de meilleurs rapports avec les hommes.J\u2019en suis.J\u2019appuie la dynamique du féminisme.Mais j\u2019ai aussi connu personnellement Claude Hardy, le fondateur de la première Maison Oxygène (à Montréal), et il lui arrivait de nous raconter les progrès de ces hommes qui ont été accueillis, des hommes qui se sentaient devenus de mauvais pères, de mauvais maris, qui étaient souvent sans travail et sans ressources.Les activités et l\u2019écoute à la Maison Oxygène apportaient à ces hommes l\u2019espoir de meilleures relations, surtout avec leurs enfants.Ils reprenaient confiance en leurs moyens, à partir de toutes petites actions observées par les animateurs, comme tenir l\u2019échelle pendant la cueillette des pommes : « Je t\u2019ai vu bien tenir l\u2019échelle pour protéger ton petit gars qui était en haut ; tu l\u2019aimes, hein, ton p\u2019tit ?» Quand des drames arrivent, la colère de tous et toutes se manifeste.On en parle à la télé, à la ra- Les malaises de Noël\u2026 LIBRE OPINION LETTRES COMMISSION LAURENT Une enfance en mille morceaux I ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Problèmes de soudure, installation de pièces rouillées, travaux de peinture non conformes et des employés muselés alors qu\u2019ils tentaient de sonner l\u2019alarme.Vraiment, la construction du F.- A.-Gauthierne s\u2019est pas faite dans les règles de l\u2019art au chantier Fin- cantieri, en Italie, et ce, en toute connaissance de cause de la part de la STQ, selon un reportage de l\u2019émission Enquête.Or, c\u2019est finalement « aux sons des tambours et trompettes » que le « fleuron » de la STQ a pris le large il y a quelques jours pour rejoindre son port d\u2019attache de Ma- tane, dans le Bas-Saint-Laurent, et enfin desservir la clientèle de la traverse maritime Matane\u2013Baie- Comeau\u2013Godbout\u2026 Catastrophe, lors du périple, les équipes ont constaté que « les moteurs du F.-A.-Gauthierne fonctionnaient pas nécessairement selon les paramètres qui sont prescrits par le fabricant ».Les multiples annulations de traversées en 2019 ont exaspéré les citoyens de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent, qui subissent chaque fois d\u2019importants inconvénients et des retards pour traverser le fleuve Saint-Laurent.De son côté, Stéphane Lafaut, le p.- d.g.de la STQ, a assuré qu\u2019« on est dans le dernier droit » et qu\u2019il compte bien déployer « tous les moyens possibles et imaginables » pour remettre le navire rapidement en service\u2026 ?! Permet- tez-moi certains doutes ! Henri Marineau Québec, le 20 décembre 2019 dio, dans les médias sociaux, etc.Mais l\u2019on n\u2019entend pas parler de l\u2019importance du beau travail accompli par les Maisons Oxygène.Personne pour témoigner de la souffrance de conjoints, de ces papas qui ont tellement besoin d\u2019accompagnement.Faut sortir sur la place publique.Un débat de société bien fait sait s\u2019ouvrir aux différents points de vue.Une conférence de presse ?Un communiqué de presse ?Un colloque bien couvert par les médias ?Je souhaite que vous, les Maisons Oxygène, soyez plus présentes pour rappeler la souffrance de certains hommes et le besoin de les soutenir et de les protéger \u2014 et protéger ainsi femmes et enfants \u2014 en amont des séparations, divorces, kidnappings, crimes, suicides\u2026 Diane Gariépy Montréal, le 17 décembre 2019 MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Pourvu que le tout puisse se recycler, il n\u2019y a pas de mal ! On peut ainsi renaître différemment et constamment, allant de vie en vie en se donnant des airs d\u2019éternels jouvenceaux\u2026 Il faut dire qu\u2019avec les médias sociaux, vouloir comme autrefois donner un sens global à sa vie apparaît comme quelque chose d\u2019impossible et, de toute façon, pour la plupart d\u2019entre nous, inutile\u2026 On préfère vivre à la carte, au jour le jour.Grâce à Facebook par exemple, nous réussissons à obtenir une certaine quiétude : nous nous trouvons sans cesse de nouvelles identités à travers l\u2019œil des autres.Notre vie se déroule alors en trompe-l\u2019œil ! À l\u2019approche de Noël, une question reste toutefois pressante : derrière ce nouveau culte du moi obtenu grâce à toutes les photos de nous-mêmes que nous admirons sur nos égoportraits, reste-t-il encore une place pour autre chose ?Sommes-nous encore là, comme lorsque nous étions enfants, blottis derrière le sapin, les yeux grands ouverts sur le monde dans l\u2019espoir d\u2019y voir enfin la venue d\u2019un personnage magique, ou préférons-nous plutôt demeurer, comme tous les autres jours de l\u2019année, recroquevillés dans l\u2019espace de vie sécurisé de nos téléphones intelligents ?ficiles à assumer individuellement, certaines personnes en sont venues à se faire croire que les régimes totalitaires, où des populations captives produisent des biens pour nous dans des conditions misérables, sont ce qu\u2019il y a de mieux à espérer pour elles\u2026 Dans la même veine, nos rapports avec les gens démunis se réduisent à faire la charité une fois par année\u2026 à Noël.Mais pour changer quelque chose à leur situation, il aurait fallu dénoncer l\u2019iniquité sociale et se battre pour une société plus juste, ce que, repliés sur nous-mêmes et aussi, di- sons-le, par intérêt financier, nous n\u2019avons pas fait.Et cela, même si nous savons que d\u2019énormes écarts persistent, créant autour de nous un modèle de société désincarné.Mais heureusement, grâce à nos voyages dans le Sud et à nos activités ludiques de toutes sortes, nous réussissons à l\u2019oublier.Dans nos relations interpersonnelles, nous sommes encore plus expéditifs : dès que quelqu\u2019un ne fait plus l\u2019affaire, on s\u2019en débarrasse.Grâce aux réseaux de contacts, on va ensuite rapidement vers quelqu\u2019un d\u2019autre qui nous semble plus attrayant : téléphones jetables, cadeaux jetables, familles jetables, amis jetables et chums jetables ! Nos rapports avec les gens démunis se réduisent à faire la charité une fois par année\u2026 à Noël.Mais pour changer quelque chose à leur situation, il aurait fallu dénoncer l\u2019iniquité sociale et se battre pour une société plus juste, ce que, repliés sur nous-mêmes et aussi, disons-le, par intérêt financier, nous n\u2019avons pas fait.La saga du F.-A.-Gauthier Considéré comme le fleuron de la flotte de la Société des traversiers du Québec (STQ ) à son arrivée en 2015, le traversier F.-A.- Gauthier a été mis hors service le 18 décembre 2018 en raison de vices de construction majeurs, après moins de quatre ans de traversées et un coût de 175 millions de dollars aux frais des contribuables.Depuis sa mise en cale sèche en 2018, des frais de réparation de l\u2019ordre de 60 millions ont été engagés. B 9 LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Retour au bercail L orsque Jean Charest a quitté la vie politique en 2012, au lendemain de sa défaite dans sa propre circonscription de Sherbrooke, celui qui avait dirigé le Québec pendant plus de neuf ans a livré un grand discours.Ému, et sans la moindre trace d\u2019amertume, il a parlé « du plus grand honneur » de sa vie, celui d\u2019avoir représenté les électeurs de Sherbrooke, « ce qui a rendu possible pour moi de devenir premier ministre du Québec ».Avant de « rentrer à la maison », où sa chère « Michou » l\u2019attendait avec impatience, il a laissé les Québécois avec des mots qui, à une autre époque, auraient pu sortir de la bouche de René Lévesque.Celui qui, en 1998, avait quitté le Parti progressiste-conservateur à Ottawa \u2014 cédant ainsi à la pression des fédéralistes pour prendre les rênes du Parti libéral du Québec \u2014 semblait avoir enfin accepté son destin.Après avoir farouchement défendu les intérêts du Québec sur la scène nationale, il savait qu\u2019il ne réaliserait jamais son rêve de devenir premier ministre du Canada.« Les plus grandes choses et les plus grands rêves vous sont accessibles, a-t-il dit.Nous allons continuer à défier toutes les tendances et à réaliser les plus belles choses ensemble.Parce que nous sommes, nous, les Québécois, un peuple de rêveurs, mais un peuple de bâtisseurs.» Associé au cabinet d\u2019avocats McCarthy Tétrault à Montréal depuis maintenant plus de sept ans, Jean Charest mène enfin la vie dont il n\u2019a jamais pu jouir pendant les presque trois décennies où il était en politique.N\u2019ayant pas fait fortune avant d\u2019être élu député fédéral à l\u2019âge de 26 ans en 1984, M.Charest fait maintenant partie de l\u2019élite huppée montréalaise qui fréquente les meilleurs restaurants.Il est invité en tant que conférencier par de prestigieux organismes nationaux et internationaux et ses conseils sont sollicités par des gens d\u2019affaires hyperconnectés, des politiciens de toutes sortes et des diplomates du monde entier.Il aurait été même récemment recruté par le premier ministre Justin Trudeau lui-même pour donner un coup de main à l\u2019ambassadeur canadien à l\u2019Organisation des Nations unies, Marc-André Blanchard, dans la campagne canadienne pour un siège au Conseil de sécurité.Les deux hommes se connaissent très bien, M.Blanchard étant un ancien président du PLQ qui œuvrait lui aussi chez McCarthy Tétrault avant d\u2019être nommé à son poste à l\u2019ONU.Bref, pour M.Charest, la vie n\u2019a jamais été aussi belle.Pourquoi sacrifierait-il le tout afin de se lancer dans une course à la chefferie du Parti conservateur fédéral qui serait loin d\u2019être gagnée d\u2019avance ?Peut-être parce qu\u2019il n\u2019a jamais véritablement abandonné le rêve de sa vie.Depuis que M.Charest a quitté la capitale fédérale il y a plus de deux décennies, son ancien parti a cessé d\u2019exister, ayant été absorbé par le Parti conservateur actuel.Ce dernier demeure à l\u2019image de celui qui l\u2019a dominé pendant plus d\u2019une décennie, l\u2019ancien premier ministre Stephen Harper, et ne ressemble guère au Parti progressiste-conservateur que M.Charest a mené entre 1993 et 1998.Les militants du PCC actuel proviennent surtout de l\u2019ouest du pays, où M.Charest est perçu comme faisant partie de « l\u2019élite lau- rentienne », cette clique d\u2019intellectuels, de gens d\u2019affaires et de hauts fonctionnaires de l\u2019Ontario et du Québec qui cherche à préserver ses pouvoirs et à imposer sa vision du pays aux provinces dites limitrophes.M.Charest aurait donc fort à faire pour surmonter le scepticisme, sinon le mépris, qui règne à son endroit au sein du PCC actuel.Les fidèles de M.Harper gardent un très mauvais souvenir de la campagne fédérale de 2008, lors de laquelle M.Charest, en tant que « défenseur des intérêts du Québec », avait nui au PCC en critiquant les coupes budgétaires dans le domaine de la culture et en se portant à la défense du registre des armes à feu que les conservateurs avaient promis d\u2019abolir.Les députés conservateurs du Québec actuels \u2014 dont l\u2019ancien caquiste Gérard Deltell, qui songe lui-même à se lancer dans la course à la chefferie \u2014 n\u2019ont guère d\u2019affinités avec M.Charest.Ce dernier traîne aussi derrière lui les anciens scandales de son gouvernement, surtout celui du financement du PLQ, une affaire sur laquelle l\u2019UPAC fait toujours enquête.Personne ne peut toutefois sous-estimer les talents politiques de M.Charest.S\u2019il possède encore la passion pour son ancien métier, il serait un chef conservateur redoutable.Si Caroline Mulroney décide de ne pas se lancer dans la course \u2014 elle n\u2019a pas complètement, dit-on, fermé la porte \u2014, M.Charest serait le candidat des bonzes de Bay Street à Toronto, dont plusieurs ont abandonné le PCC depuis l\u2019arrivée de M.Harper.Il aurait vraisemblablement besoin de vendre beaucoup de cartes de membre du PCC afin de mettre la mainmise sur le parti.Mais aucune autre candidature potentielle ne suscite pour l\u2019instant autant d\u2019intérêt \u2014 le mot enthousiasme serait trop fort, pour le moment \u2014 dans les cercles conservateurs.Ceux qui s\u2019y connaissent considèrent encore M.Charest comme le meilleur politicien canadien de sa génération \u2014 il a eu 61 ans en juin dernier \u2014 et comme l\u2019héritier naturel de Brian Mulroney, qui fut son mentor.Si sa propre fille se désiste, M.Mulroney serait un allié de taille auprès de M.Cha- rest dans la lutte pour reconquérir son ancien parti et, qui sait, le Canada entier.ANTIGONE KONRAD YAKABUSKI Depuis que M. Charest a quitté la capitale fédérale, son ancien parti a cessé d\u2019exister.Les militants du PCC actuel proviennent surtout de l\u2019ouest du pays, où il est perçu comme faisant partie de « l\u2019élite laurentienne », cette clique d\u2019intellectuels, de gens d\u2019affaires et de hauts fonctionnaires de l\u2019Ontario et du Québec.Ricardo Lamour Artiste Camus disait : « [\u2026] le rôle de l\u2019écrivain [\u2026] ne se sépare pas de devoirs difficiles.Par définition, il ne peut se mettre aujourd\u2019hui au service de ceux qui font l\u2019histoire : il est au service de ceux qui la subissent\u2026 » Qu\u2019en est-il du cinéma ?Le rôle du créateur est-il de se ruer, par tous les stratagèmes et raccourcis, dans la course aux Oscar ?On apprend la sortie du film Antigone, qu\u2019il est en tête de liste pour représenter le Canada aux Oscar et qu\u2019il s\u2019inspire du décès de Fredy Villanueva.Toute l\u2019industrie médiatique canadienne encense le film.Mur du consensus.J\u2019ai décidé d\u2019aller voir le film Antigone.J\u2019en suis ressorti avec un malaise.Après m\u2019être fait questionner de part et d\u2019autre sur ma perception de ce dernier, vu mon engagement dans l\u2019affaire Villanueva et ma contribution aux réflexions sur SL?V, je m\u2019exprime ici.La réalisatrice Sophie Deraspe n\u2019avait d\u2019autre choix que de dire, dans la campagne de promotion de son œuvre, que celui-ci s\u2019inspirait aussi de l\u2019affaire Vil- lanueva.Stratégique.Les jeux étaient faits.L\u2019omettre, au stade de la promotion, aurait été aussi problématique que la façon dont la production de l\u2019œuvre s\u2019en inspire.On peut penser que, s\u2019il n\u2019y avait pas de volonté de rendre hommage à cette famille, il n\u2019y aurait pas de volonté de préjudice.L\u2019un n\u2019exclut pas l\u2019autre.On ne peut se complaire en la suprématie des intentions.Utiliser les plaies encore ouvertes comme un projet pilote pour une interprétation libre des « narratives » complexes est une pratique gênante, même si le tout est habilement fait, avec un nombre considérable de figurants de la diversité qui sourient devant l\u2019écran.Potage romantique Ce long métrage sert, malgré lui, un programme qui individualise le génie de la résistance, camoufle une lecture systémique des enjeux menant à la destruction des corps racisés et dépolitise les revendications des collectivités pour en faire un potage romantique et libéral contribuant à la banalisation des angles morts du système de justice québécois.Le film, qui s\u2019inspire d\u2019un drame nord-montréalais, est produit par une équipe composée de personnes ne risquant guère le profilage frontalier, institutionnel ou policier.Certes, le casting est intéressant, bien qu\u2019il eût été audacieux qu\u2019Hémon soit joué par une personne racisée.Le hic est que l\u2019Antigone de Deraspe met en lumière des personnages inspirés d\u2019êtres humains qui existent, vivent, vibrent encore sans pour autant avoir été ne serait-ce qu\u2019avertis et, dans l\u2019idéal, invités à la table de décision ou de création quant à la « narrative » dominante qu\u2019impose le souvenir tragique de l\u2019histoire qui les a exposés à l\u2019imaginaire québécois.Vous vous souvenez des images du déraillement de train à Lac-Mégantic utilisées dans le film Bird Box disponible sur Netflix?À la suite de plaintes médiatisées de résidents de Lac-Mégantic, les cinéastes se sont excusés.Plus tard, Netflix et les cinéastes de Bird Box ont accepté de remplacer la séquence.Qui est à l\u2019écoute des personnes touchées par les événements dont s\u2019inspire le film financé par des fonds publics ?L\u2019équipe du film Antigone, Téléfilm, la SODEC, la Corporation de développement et de production ACPAV, le distributeur Chantale Pagé Consultation et compagnie, fort ravis du succès déclaré de l\u2019œuvre, même avant sa sortie en salle, sont-ils honnêtement prêts à savoir ce qui dérange dans leur production et leur mise en marché ?L\u2019œuvre est le reflet du caractère extractif canadien.« Je prends ce qui m\u2019intéresse et je le mets en marché \u2014 type of movie ».On enrobe le tout avec une reprise des codes d\u2019une génération, on fait les changements qui s\u2019imposent pour ne pas avoir à rendre des comptes aux gens dont s\u2019inspire l\u2019œu- vre et on sable le champagne sans souffler mot sur le budget du film.En s\u2019inscrivant, par déni, par choix conscient ou par accident, dans ce qui semble être la prospection et la mise en marché du malheur de l\u2019autre, à quoi contribue-t-on avec ce film ?Dépossession Le film Antigone porte une « narrative » qui dépossède ses protagonistes Étéo- cle (Fredy) et Polynice (Dany) d\u2019humanité, d\u2019intelligence et de légitimité.La fiction peine à dépasser la réalité.L\u2019œu- vre aplatit le dispositif du chœur dans la tragédie grecque d\u2019Antigone et dans l\u2019affaire Villanueva avec une représentation n\u2019étant pas à la hauteur de la sensibilité analytique des proches de Fredy, du travail du Comité de soutien ainsi que des tonnes d\u2019inerties dans leur quête collective de justice.Alors qu\u2019aucun des témoins de l\u2019affaire Villanueva, autre que le policier Lapointe, ne dit avoir vu Fredy le toucher, tout cela devient secondaire ou inexistant dans un film qui se faufile entre un classique et le contemporain tout en s\u2019inscrivant dans la continuité des préjugés entretenus sur les jeunes racisés.Pire, la question de la racialisa- tion n\u2019existe pas.La politique ministérielle de l\u2019époque, les revendications socioéconomiques, la déconfiture médiatisée des services de l\u2019ordre, tout cela est rendu risible devant l\u2019éclat du cœur immaculé de la brillante étudiante incarnée par la convaincante Nahéma Ricci.On sortira de ces nids de poule lorsqu\u2019on laissera la caméra à ces créateurs absents de nos tapis rouges, mais trop présents comme contribuables, afin de raconter les histoires les consternant et les concernant.Comment se fait-il que, en 2019, les histoires des personnes racisées soient portées sans complexe par des équipes de production majoritairement blanches qui omettent soigneusement, même au générique, les précautions et salutations qui s\u2019imposent?Trahissant ce qu\u2019on redoute.Lorsque le pouvoir des personnes concernées s\u2019avère neutralisé par la convergence des systèmes, leurs tragédies deviennent des accessoires libres d\u2019interprétation.Antigone, c\u2019est se contenter de peu Qui est à l\u2019écoute des personnes touchées par les événements dont s\u2019inspire le film ?MAISON 4:3 Solo Fugère Comédien Quand j\u2019ai su que le film de Sophie De- raspe avait été inspiré par l\u2019histoire de la mort de Fredy Villanueva, mon enthousiasme initial s\u2019est transformé en profond malaise.À l\u2019occasion des entrevues qu\u2019elle a données à propos de son film, la réalisatrice avoue elle-même n\u2019avoir jamais eu de contact avec la famille Villanueva.Pire encore, la famille Villanueva ne savait même pas qu\u2019une fiction inspirée par son histoire allait sortir en salle.Est-ce qu\u2019on aurait eu cette sensibilité pour les familles victimes de Polytechnique, de Dawson ou autres ?Qui raconte ?Pour qui est-ce écrit ?Qui en profite ?Le fait que le film soit librement inspiré d\u2019une histoire réelle boni- fie-t-il l\u2019œuvre ?Est-ce un moyen de faire la promotion du film ?Soyons clair: la famille Villanueva, en plus d\u2019avoir perdu un membre aux mains de la police de manière complètement injuste, s\u2019est vue calomniée dans les médias.Son histoire est constamment reprise comme matériau artistique, sans son consentement, alors que tous les stratagèmes ont été utilisés pour la dissuader d\u2019avoir sa propre œuvre artistique en mémoire de son proche disparu.Lorsqu\u2019on décide de faire référence à cette histoire, il y a immanquablement un devoir de mémoire.On peut se demander si la fiction est le meilleur véhicule pour le faire.Surtout quand cette fiction provient d\u2019une personne blanche, aisée, n\u2019ayant aucun contact direct avec les communautés concernées par cette histoire.Je suis allé voir le film.Peut-être que, malgré tout, il y avait des choses positives à tirer de cette œuvre.Après tout, les critiques ont pratiquement toutes été élogieuses.La projection terminée, j\u2019en suis sorti amer.J\u2019ai trouvé l\u2019actrice principale très bonne.Mais le film pose plusieurs problèmes sur le fond.Le plus sérieux est la façon dont l\u2019élément déclencheur du film, l\u2019intervention policière, est représenté dans le film.On voit la police qui intervient pour arrêter le plus jeune frère d\u2019Antigone qui joue aux dés.L\u2019aîné semble vouloir intervenir, car il conteste l\u2019arrestation de son frère.Puis, on entend un coup de feu et c\u2019est fini.Son grand frère est mort et Antigone fera tout pour protéger sa famille.Jamais, durant le film, l\u2019intervention policière ne sera remise en question.Ça donne presque l\u2019impression que c\u2019est normal.Le film banalise l\u2019utilisation mortelle des armes à feu dans le cadre des interventions policières contre les personnes racisées.Faut-il rappeler que ces armes sont censées n\u2019être utilisées qu\u2019en cas de légitime défense ?Bien que le film suive une Antigone qui se fait l\u2019avocate de la réalité des personnes immigrantes, son plaidoyer est faible et complètement dépolitisé.Ne reste que l\u2019impression de constater une réalité triste.L\u2019œuvre rejoint ainsi la grande catégorie des films écrits par des personnes blanches qui parlent de racisme.La professeure Angela Pelster-Wiebe explique que les personnes blanches reprennent presque systématiquement les histoires marginalisées des personnes racisées lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler de racisme.C\u2019est simple, ça permet de ne pas remettre en question le rôle des personnes blanches qui reproduisent le racisme et en bénéficient.Faire un film sur l\u2019oppression que perpétuent les personnes blanches est beaucoup trop confrontant.Ce film est donc une énième occasion ratée de parler des privilèges des Blancs, de racisme, de brutalité policière et de faire un travail de mémoire sur la mort de Fredy Villanueva.Une énième occasion ratée d\u2019offrir à la famille Villa- nueva un espace de guérison.À combien d\u2019autres occasions ratées aurons-nous droit ?Pouvons-nous laisser le soin de la responsabilité de la narration à ceux qui ont vécu leurs histoires ?Quand est-ce que les institutions culturelles et cinématographiques reconnaîtront les idées, l\u2019expertise et les réflexions de l\u2019art de certains quartiers que l\u2019on défavorise ?L\u2019occasion manquée LEDEVOIR // LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 DÉCEMBRE 2019 B 10 PETITES ANNONCES Les débats de la semaine, pour éclairer votre quotidien Le Courrier des idées Inscrivez-vous?: www.ledevoir.com/infolettres R E G R O U P E M E N T 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