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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2020-01-07, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CX NO 301 / LE MARDI 7 JANVIER 2020 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Retomber sur ses pieds Le Cirque Hors Piste permet à de jeunes marginaux de retrouver un certain équilibre MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR INDEX Avis légaux.B4 Culture.B7 Décès .B4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B2 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Le difficile accès à l\u2019eau sous occupation militaire A 8 MONDE John Bolton témoignera au procès en destitution s\u2019il est convoqué | B 1 MONDE L\u2019armée américaine annonce « par erreur » son retrait d\u2019Irak B 3 GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ À NEW YORK LE DEVOIR Elles s\u2019étaient massées près de l\u2019entrée du New York County Criminal Court et l\u2019attendaient de pied ferme : plusieurs des victimes alléguées de Harvey Wein- stein, droites et unies devant lui.Mais quand le producteur déchu est apparu avec son déambulateur pour aller affronter la justice, elles n\u2019ont rien dit, rien crié : leur seule présence parlait.Si ces femmes \u2014 dont plusieurs actrices \u2014 l\u2019attendaient dehors, c\u2019est parce que le procès criminel qui s\u2019est ouvert à l\u2019intérieur lundi ne les concernait pas directement.Sur plus de 80 dénonciations visant Weinstein, la justice new-yorkaise n\u2019a en effet retenu des chefs d\u2019accusation que pour deux dossiers: un viol en 2013 et une agression sexuelle en 2006.Une situation « certainement extrêmement frustrante », a lancé l\u2019actrice Rosanna Arquette aux médias rassemblés devant le palais de justice.Mais c\u2019est néanmoins beaucoup, selon la comédienne et militante Sarah Ann Masse.« Ce procès est déjà une reconnaissance sociale : c\u2019est une grande victoire de le voir être tenu responsable, AGRESSIONS SEXUELLES Harvey Weinstein face à ses accusatrices De nouvelles accusations ont été déposées à Los Angeles contre le producteur déchu tandis que s\u2019ouvrait son procès à New York STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR L\u2019Australie brûle dans l\u2019indifférence de ses journaux Les quotidiens du groupe Murdoch continuent de défendre les thèses climatosceptiques Les actrices Rosanna Arquette (tête baissée) et Rose McGowan (à droite) étaient au nombre des dénonciatrices de Harvey Weinstein à s\u2019être présentées devant le tribunal new-yorkais où s\u2019ouvrait lundi son procès.JOHANNES EISEL AGENCE FRANCE-PRESSE Exercice de jonglerie au Cirque Hors Piste VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Toute ma vie, j\u2019ai senti que je ne fittais avec personne.Ici, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019enfin je suis à ma place.» Troy Will- son Miles reprend son souffle.Un instant plus tôt, le jeune homme présentait un numéro de cirque, fraîchement créé, sur des matelas bleus placés sous la rosace de l\u2019église Sainte-Brigide-de- Kildare, dans le quartier Centre-Sud à Montréal.Son public ?Mis à part quelques personnages bibliques luminescents, des jeunes, comme lui, qui vivent en situation de précarité, entourés d\u2019une intervenante sociale et d\u2019instructeurs en cirque social du Cirque Hors Piste.Aujourd\u2019hui, Troy et neuf autres jeunes créent des numéros \u2014 qu\u2019ils présenteront sur scène plus tard ce mois-ci \u2014 articulés autour d\u2019un accessoire, un manche à balai.Entre les mains inventives des participants, les bâtons se muent magiquement en cannes, en accessoires de jonglerie ou encore en sabres.Leur créativité est bien sûr mise à contribution.« Mais on travaille aussi leur confiance en eux, » VOIR PAGE A 4 : CIRQUE VOIR PAGE A 2 : AUSTRALIE Le contraste dans la médiatisation des incendies ne pouvait être plus brûlant.Jeudi dernier, alors que les grands médias de la planète consacraient leurs manchettes aux incendies catastrophiques ravageant l\u2019Australie, The Australian, quotidien jugé le plus influent du pays, accordait sa première page à une chasse au trésor et à une histoire de contrôle des boissons alcooliques dans les communautés aborigènes.Cherchez l\u2019erreur\u2026 Un autre journal australien, le tabloïd The Courrier-Mail insistait en une sur la délirante histoire d\u2019un devin prédisant le retour prochain de la pluie en se basant sur sa lecture des pelures d\u2019un oignon.De même, le Herald Sun reléguait les nouvelles sur les incendies en page quatre.Bref, l\u2019Australie brûle et ses médias jouent de la lyre.The Oz, comme les Australiens surnomment The Australian, a subi un nouveau tir de barrage critique sur les médias sociaux pour son choix éditorial à la Né- ron.La direction a répondu en prétextant que sa salle de presse manquait de journalistes en cette période de fin d\u2019année.En fait, ce n\u2019est que « business as usual », la routine habituelle, quoi.The Oz et d\u2019autres médias australiens ne cessent de minimiser l\u2019importance de la catastrophe incendiaire, tout en maintenant depuis le début de la crise leur couverture climatonégationniste adoptée depuis des décennies.C\u2019était en tout cas l\u2019exacte conclusion d\u2019une analyse publiée vendredi par The Guardian, média britannique à l\u2019audience mondiale qui a fait le choix contraire de s\u2019engager à fond en faveur de la lutte contre les changements climatiques.La veille de Noël, The Australian a par exemple dénigré comme «alarmistes» les critiques d\u2019un ex-pompier en chef du pays jugeant sévèrement l\u2019impréparation du pays pour faire face aux transformations du climat, réclamant la fermeture Le pays offre un cas d\u2019espèce sur l\u2019alliance des sphères politique et médiatique pour fabriquer un consensus autour de cette position idéologique sur le climat VOIR PAGE A 2 : WEINSTEIN ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 L\u2019influence des médias AUSTRALIE SUITE DE LA PAGE A 1 des centrales au charbon.L\u2019Australie est le plus grand producteur mondial de houille.La veille du jour de l\u2019An, le même journal a publié une « nouvelle » présentée comme « exclusive » niant encore une fois l\u2019importance des bouleversements climatiques.Rien ne change L\u2019Australie est dominée depuis des décennies par des gouvernements et des médias climatosceptiques.Le pays offre un cas d\u2019espèce sur l\u2019alliance des sphères politique et médiatique pour fabriquer un consensus autour de cette position idéologique.La catastrophe en cours ne fait qu\u2019accentuer le paradoxe faisant que la population australienne subit les pires incendies de son histoire, plus violents et plus précoces que d\u2019ordinaire en raison d\u2019une sécheresse persistante, pendant que les élites se fourvoient dans le né- gationnisme climatique.Le premier ministre libéral Scott Mo- risson, climatosceptique notoire, a répété ces dernières semaines qu\u2019il en faisait déjà suffisamment contre les réchauffements du climat et que sa politique environnementale ne pouvait pas être tenue responsable des incendies.Là encore, rien ne change.Les gouvernements conservateurs de Canberra restent à la solde des industries des énergies fossiles depuis des décennies.L\u2019auteur Richard Flanagan, dans un texte publié La mise en accusation de l\u2019homme libère ses victimes WEINSTEIN SUITE DE LA PAGE A 1 lui et aussi le système qui l\u2019a protégé pendant des années.» D\u2019autant que pour l\u2019actrice et militante Rose McGowan, l\u2019une des voix les plus fortes des accusatrices de Weinstein, chaque dossier qui aboutit devant un juge fait écho aux autres.À travers les femmes qui témoigneront devant le juge et le jury, c\u2019est la voix de « toutes celles qui n\u2019auront pas [droit de parole au tribunal] » qui résonnera, a-t-elle dit.Autres accusations Ces voix seront tout de même plus nombreuses que prévu à pouvoir se faire entendre en cour.Comme pour renforcer la symbolique contenue dans l\u2019ouverture du premier procès lié au mouvement #MeToo, la procureure du comté de Los Angeles a en effet annoncé en mi-journée l\u2019inculpation de Harvey Weinstein pour deux autres cas d\u2019agressions sexuelles.Celles-ci auraient été commises sur deux jours consécutifs en février 2013.L\u2019identité des victimes n\u2019a pas été dévoilée.« Nous croyons que les preuves établiront que l\u2019accusé a utilisé son pouvoir et son influence pour avoir accès à ses victimes puis commettre des crimes violents à leur encontre », a soutenu la procureure Jackie Lacey dans un communiqué.Elle a souligné le « courage » des victimes impliquées dans ces dossiers.Dans ce volet californien de ses démêlés criminels, Harvey Weinstein est accusé d\u2019avoir violé une femme dans une chambre d\u2019hôtel, puis d\u2019en avoir agressé une autre le lendemain dans un autre hôtel.Le bureau de la procu- reure se penche toujours sur trois autres dossiers pour déterminer si des accusations doivent être déposées.Le groupe des 25 femmes qui se fait appeler les « Silence Breakers » \u2014 nom retenu par le magazine Time quand il en a fait ses personnalités de l\u2019année 2017 \u2014 a immédiatement réagi en affirmant « qu\u2019aujourd\u2019hui représente un nouveau jour pour notre société ».« Le début du procès criminel à New York et les nouvelles charges pour crimes sexuels à Los Angeles sont une indication claire que les risques que nous avons pris et que les conséquences que nous avons subies n\u2019ont pas été en vain », ont-elles indiqué par communiqué.L\u2019une des femmes présentes à New York, Louise Godbold, avait indiqué au Devoir en matinée avoir été agressée à deux reprises par Harvey Weinstein : une fois à New York, puis une deuxième fois à Los Angeles.« Il voulait alors sup- le 3 janvier dans The New York Times, a écrit que son pays était en train de commettre un «suicide climatique» et que ses dirigeants semblaient «déterminés à l\u2019envoyer à sa perte».Un classement mondial (le Climate Change Performance Index 2020) vient de placer l\u2019Australie au 56e rang des 61 pays analysés pour ce qui est des effets combinés de ses émissions de gaz à effet de serre, de sa consommation énergétique, de son utilisation des énergies renouvelables et de ses politiques environnementales.Le Canada, classé au 55erang, ne fait donc pas mieux.Les États-Unis arrivent en dernière place, précédés en queue par l\u2019Arabie saoudite.L\u2019Australie glisse à cette toute dernière place pour les politiques climatiques, avec une note de 0 sur 100.Rien ne bouge La concentration de la presse place aussi la contrée australe tout en bas de la classe mondiale.L\u2019Australie serait le troisième pays de la planète (après l\u2019Égypte et la Chine) où les médias sont les plus concentrés.News Corporation et les filiales du groupe Murdoch possèdent près de 90 % des quotidiens du pays.Par comparaison, le même Murdoch Group contrôle le tiers (32,5 %) du marché au Royaume-Uni, selon une enquête universitaire de la Nouvelle-Zélande datant de 2016.The Australian et The Cour- rier-Mail appartiennent à News Corp.L\u2019empire médiatique surpuissant du magnat conservateur Rupert Murdoch inclut aussi The Times de Londres, The Wall Street Journal et Fox News.The New York Times a publié en avril une enquête fouillée montrant comment la famille Murdoch a « déstabilisé les plus importantes démocraties de la planète ».Le réseau de télévision Fox a notamment contribué à faire élire Donald Trump et continue d\u2019appuyer le président américain presque sans réserves.En novembre, lors d\u2019une réunion d\u2019actionnaires de sa compagnie, le milliardaire de 88 ans Rupert Mur- choch a assuré qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019opinions climatonégationnistes dans ses médias.Dès le lendemain, The Oz le contredisait en diffusant un texte parlant de « pollution des esprits », niant les effets des gaz à effet de serre.Les journalistes et les chroniqueurs des sites et des journaux de News Corp n\u2019ont eu de cesse également d\u2019attaquer les politiques environnementalistes, de dénigrer la jeune militante Greta Thunberg, de s\u2019en prendre directement aux médias concurrents qui relaient ou appuient les conclusions de milliers de scientifiques sur la réalité, l\u2019ampleur et les conséquences des changements climatiques.Ces autres médias continuent le boulot attendu sur la dévastation du pays.Les reportages et les chroniques en manchette alignent les références infernales pour faire comprendre la tragédie qui se joue dans l\u2019Australie ignée «où le jour ressemble à la nuit», avec des flammes dépassant les 50 mètres, des tornades de feu, des millions d\u2019acres déjà dévastés (dont une forêt classée au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO), peut-être un demi-milliard d\u2019animaux brûlés et au moins 24 morts humaines.Les récits plus classiques évoquent les tableaux d\u2019esthétique diabolique de Jérôme Bosch ou de Brueghel l\u2019Ancien.Les chroniqueurs plus de leur temps renvoient au monde de Mad Max.Et la saison des incendies va s\u2019étendre sur encore plusieurs mois.Une librairie du village de Cobargo en Nouvelle-Galles du Sud a placardé cet avertissement en vitrine : « La section des fictions postapocalyptiques a été transférée aux affaires courantes.» Le contraste avec les médias et le gouvernement australiens ne pourrait être plus ardent\u2026 posément s\u2019excuser de ce qui s\u2019était passé la première fois », a raconté celle qui est maintenant directrice d\u2019un organisme d\u2019aide aux personnes victimes de traumatismes.Mme Godbold souhaite que le jury qui décidera du sort de Weinstein \u2014 la sélection débutera ce matin \u2014 le condamne, afin qu\u2019elle puisse tourner la page.« Juste le stress du début de procès m\u2019a complètement épuisée, dit- elle.Et je pourrais être impliquée à Los Angeles : si c\u2019est le cas, ce sera deux autres années à vivre avec ce stress.» Libération Plusieurs personnes ont dit ressentir une forme de libération lundi matin en voyant Weinstein se diriger à pas lents vers le palais de justice, scruté par plusieurs dizaines de caméras et de journalistes.Quelques rares manifestants étaient aussi présents.« Je n\u2019avais pas été près de lui depuis 12 ans », confiait au Devoir Sarah Ann Masse en marge du point de presse des Silence Breakers.«C\u2019est la première fois que je le vois depuis qu\u2019il m\u2019a agressée.» Elle évoque des émotions contrastées : à la fois un sentiment de peur, mais aussi une impression de « puissance » retrouvée face à un homme qui a terrorisé des dizaines de femmes, mais qui est aujourd\u2019hui confronté à ses actes.« Je me sens tellement mieux qu\u2019hier », a-t-elle dit.« L\u2019émotion est forte aujourd\u2019hui », a pour sa part souligné Rosanna Ar- quette.« Ce procès signifie tellement pour tellement de gens », a renchéri Rose McGowan.« C\u2019est beaucoup plus grand qu\u2019un seul homme », estime Lauren Sivan, une journaliste de télévision qui fait partie du groupe de victimes.Elle croit que « c\u2019est un changement culturel » qui s\u2019incarne dans le procès new-yorkais de Weinstein.Celui-ci marque non seulement le début « d\u2019une nouvelle année, d\u2019une nouvelle décennie », mais aussi d\u2019une nouvelle ère, pense Mme Arquette.En reprenant le slogan-mouvement « Time\u2019s up » \u2014 qui peut se traduire par « c\u2019en est fini », ou « c\u2019en est assez » \u2014, elle a plaidé pour la fin du « harcèlement sexuel dans tous les lieux de travail, de l\u2019habitude de blâmer les survivantes [d\u2019agression], des excuses vides et de la culture du silence ».« Nous sommes ici pour nous assurer que ce procès concernera les actes d\u2019un agresseur, pas ceux de ses victimes », a-t-elle aussi dit.Rose McGowan s\u2019est adressée à Harvey Weinstein dans son allocution.« Je suis venue aujourd\u2019hui pour me tenir aux côtés des autres femmes que tu as blessées, et pour être une voix pour celles qui n\u2019en ont pas, comme ça a été mon cas pendant si longtemps.Tu pensais que tu pouvais nous terroriser et nous faire taire ?Tu te trompais.» « Nous ne serons plus muselées », a ajouté Sarah Ann Masse.C\u2019est là un message qui vaut au-delà d u m i l i e u d u c i n é m a , p e n s e Mme Masse.« Nous [les Silence Breakers] représentons des milliers de personnes de tous les secteurs qui ont eu le courage de partager des histoires de violences sexuelles et qui l\u2019ont fait malgré les risques de représailles.» Sur le front juridique, la première journée du procès Weinstein a permis de régler des questions techniques.On s\u2019attend à ce que la sélection du jury dure près de deux semaines, l\u2019hyper- médiatisation de la cause compliquant le travail de recherche pour trouver 12 personnes impartiales.Quand le jury sera formé, on estime que le procès nécessitera quatre semaines.Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat\u2013Le Devoir.Des fumées d\u2019Australie au Chili Santiago \u2014 Les fumées des gigantesques incendies qui ravagent l\u2019Australie ont atteint le Chili et l\u2019Argentine après avoir parcouru plus de 12000 km au-dessus du Pacifique, ont annoncé lundi les services météorologiques de ces deux pays sud-américains.En début de journée, « le soleil [a été marqué] de tons rouges en raison d\u2019un nuage de fumée provenant des incendies » australiens, a indiqué à l\u2019AFP Patricio Urra, un responsable de l\u2019institut de météorologie chilien.Le nuage de fumée se situe à 6000 mètres d\u2019altitude et aucun phénomène météorologique n\u2019est annoncé qui pourrait le faire descendre vers la surface de la Terre, a-t-il expliqué.Dans le même temps, le Service météorologique national d\u2019Argentine (SMN) a diffusé des images satellites montrant le nuage de fumée « transporté par les systèmes de fronts qui se déplacent d\u2019ouest en est ».« Quelle conséquence cela peut-il avoir ?Aucune vraiment importante, seulement un coucher du soleil et un soleil un peu plus rougeâtres », a indiqué le SMN sur Twitter.L\u2019entreprise de météorologie Metsul, une référence en la matière dans la région, a indiqué que les fumées pourraient également atteindre Rio Grande do Sul, l\u2019État le plus méridional du Brésil.L\u2019Australie est en proie depuis septembre à de gigantesques incendies qui ont fait 24 morts et dévasté une superficie presque équivalente à l\u2019île d\u2019Irlande.Agence France-Presse Harvey Weinstein s\u2019est présenté au tribunal en s\u2019aidant d\u2019une marchette.À New York, l\u2019homme est accusé d\u2019agression sexuelle et de viol.MARY ALTAFFER ASSOCIATED PRESS Je suis venue aujourd\u2019hui pour me tenir aux côtés des autres femmes que tu as blessées, et pour être une voix pour celles qui n\u2019en ont pas, comme ça a été mon cas pendant si longtemps ROSE MCGOWAN » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Plusieurs dossiers environnementaux risquent de susciter des débats au Québec au cours de l\u2019année.Le Devoir a recensé cinq de ces enjeux à surveiller en 2020.ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Cinq dossiers environnementaux à surveiller au Québec en 2020 gies plus polluantes.Au Canada, le projet générera toutefois près de huit millions de tonnes de GES par année.Des scientifiques et des écologistes pressent donc les gouvernements de rejeter le projet, qui pourrait aussi avoir des répercussions sur l\u2019écosystème du Saint-Laurent, en raison du trafic maritime associé à l\u2019usine du Saguenay.Le projet est directement lié à un projet de gazoduc qui soulève lui aussi des enjeux d\u2019acceptabilité sociale.Nouveaux ports Les deux imposants projets d\u2019expansion portuaire, soit celui du Port de Montréal, à Contrecœur, et celui du Port de Québec, à Beauport, sont toujours en cours d\u2019évaluation environnementale fédérale.Et dans les deux cas, la construction des terminaux soulève des enjeux en matière de protection du Saint-Laurent et d\u2019espèces en voie de disparition.Dans le cas du projet de Contrecœur, même si l\u2019étude d\u2019impact n\u2019a pas encore été jugée complète, Ottawa a déjà affirmé son soutien sans détour en décembre dernier, promettant 300 millions de dollars de fonds publics pour lancer la construction du terminal de conteneurs.Le futur port de Contrecœur, qui nécessitera des investissements d\u2019au moins 750 millions de dollars, doit permettre de faire transiter chaque année jusqu\u2019à 1,1 million de conteneurs.Pour cela, 750 000 mètres cubes de sédiments du Saint-Laurent devront être dragués, avant la construction d\u2019un quai de plus de 650 mètres.Quelque 1200 camions circuleront chaque jour dans le secteur, pour transporter les conteneurs.Gaz de schiste L\u2019entreprise albertaine Questerre Energy a intenté, puis suspendu en 2019, une action en justice contre le gouvernement du Québec, afin de le forcer à lever l\u2019interdiction des forages avec fracturation dans la vallée du Saint-Laurent.Questerre et le gouvernement doivent de nouveau se rencontrer en février afin de décider des prochaines étapes dans le cadre de cette démarche devant les tribunaux.Le président de Questerre, Michael Binnion, qui dirige aussi le lobby pétrolier et gazier du Québec, dit vouloir démontrer qu\u2019il pourrait être «bénéfique» pour le Québec de développer son potentiel gazier, mais dans un contexte d\u2019«acceptabilité sociale».Il faut dire qu\u2019une dizaine d\u2019entreprises, majoritairement de l\u2019extérieur du Québec, détiennent actuellement un total d\u2019environ 13 000 km2 de permis d\u2019exploration dans le sud de la province, entre Montréal et Québec.Certaines ont déjà évoqué la possibilité d\u2019intenter des actions pour obtenir des dédommagements financiers de la part du gouvernement.Poursuite contre Ottawa La démarche cible directement le gouvernement fédéral, mais elle a été lancée au nom des jeunes Québécois de 35 ans et moins.L\u2019organisme Environnement jeunesse a en effet lancé, fin novembre 2018, une action en justice contre le gouvernement du Canada, accusé de violer les droits fondamentaux des jeunes générations en adoptant un plan de lutte contre les changements climatiques inadéquat et dont les objectifs ne seront même pas atteints.Leur requête pour obtenir le droit de lancer leur action en justice, présentée en Cour supérieure, a été rejetée en juillet dernier.La décision a toutefois été portée en appel et elle sera vraisemblablement de retour en cour en 2020.Cette cause n\u2019est pas la seule du genre dans le monde.Dans une décision sans précé- dent qui pourrait avoir des répercussions dans plusieurs pays, la Cour suprême des Pays-Bas a ordonné en décembre au gouvernement de réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre du pays, au nom de son obligation de protéger les citoyens contre les effets des bouleversements climatiques.MARIE VASTEL HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR La course à la direction du Parti conservateur risque de se mettre en branle cette semaine.La majorité des grosses pointures aspirant à succéder à Andrew Scheer entendent confirmer au cours des prochains jours si elles se lanceront dans la mêlée, selon ce qu\u2019a appris Le Devoir.Mais quoi que décide Jean Charest, plusieurs conservateurs du Québec estiment que c\u2019est plutôt Pierre Poilievre, actuel député de l\u2019Est ontarien, qui est dans la meilleure position pour remporter la chefferie.Selon les informations recueillies par Le Devoir, Jean Charest annoncera ses intentions cette semaine ou la semaine prochaine au plus tard.L\u2019ancien premier ministre québécois a indiqué à certaines de nos sources qu\u2019il entendait prendre sa décision « la première semaine de janvier».Une autre parle de la mi-janvier, soit d\u2019ici le milieu de la semaine prochaine.Le nom de domaine jeancharest.ca et jeancharest.org ont été réservés depuis le 21 décembre.L\u2019autre potentiel candidat vedette de la course, l\u2019ancien ministre Peter MacKay, s\u2019apprêterait à annoncer sa décision d\u2019ici vendredi, selon nos sources.Idem pour l\u2019ancien ministre et sénateur québécois Michael Fortier et l\u2019homme d\u2019affaires Vincent Guzzo.Selon plusieurs conservateurs consultés, les candidatures de Pierre Poilievre et d\u2019Erin O\u2019Toole sont pour ainsi dire assurées, mais on ignore quand elles seront annoncées.« Ce n\u2019est pas une question de si, mais de quand », illustre une source.Quant à Rona Ambrose, plusieurs sources estiment qu\u2019elle ne se lancera finalement pas.Gérard Deltell est pour sa part encore en réflexion : la rumeur qui circulait lundi voulant qu\u2019il ait déjà renoncé à se porter candidat est inexacte.Les règles de la course seront confirmées par le Parti conservateur d\u2019ici quelques jours.Si elles seront plus strictes qu\u2019en 2017, comme les informations préliminaires le laissent croire (coût d\u2019entrée de 300 000 $ au lieu de 100 000 $ et obligation d\u2019amasser 1000 signatures plutôt que 300), cela pourrait nuire à M.Deltell, pensent certains.Trois joueurs au Québec Les conservateurs observent que les candidatures de Jean Charest et de Peter MacKay pourraient se nuire l\u2019une l\u2019autre.Tous deux ont dirigé dans le passé le Parti progressiste-conserva- teur, qui a fusionné avec l\u2019Alliance canadienne pour former l\u2019actuel Parti conservateur.Les deux hommes sont ce qu\u2019on appelle des « red tories » (des conservateurs rouges), c\u2019est-à-dire des conservateurs appartenant à la mouvance plus progressiste.Au Québec, beaucoup ne voient pas d\u2019un bon œil la venue de Jean Charest.Il pourrait séduire les électeurs qui votent libéral sur la scène provinciale et conservateur sur la scène fédérale, mais ceux-là sont moins nombreux que les électeurs conservateurs qui votent plutôt pour la CAQ, ou l\u2019ADQ auparavant.« Comme adéquiste, on a appris à le haïr », indique une de nos sources.Avec Jean Charest comme chef, certains pensent que des sièges conservateurs du Québec seraient menacés parce que remportés grâce à cet électorat caquiste-adéquiste allergique au Parti libéral du Québec auquel est associé l\u2019ex-premier ministre.« S\u2019il se lance, il va falloir qu\u2019il vende beaucoup de cartes de membres.Au Québec, les membres ne votent pas pour lui », ajoute une autre source.Plusieurs pensent que la course au Québec se jouera entre trois joueurs : Jean Charest, Gérard Deltell et Pierre Poilievre.Ce dernier a pour lui le fait d\u2019être parfaitement bilingue, de vivre PARTI CONSERVATEUR Qui se jettera dans la mêlée ?La course pour le choix d\u2019un successeur à Andrew Scheer prendra forme cette semaine en Ontario et d\u2019être originaire d\u2019Alberta, ce qui lui permettrait symboliquement d\u2019incarner la réconciliation nationale.Son épouse étant une réfugiée du Venezuela, il sera protégé, pense-t-on, contre toute critique éventuelle sur les questions migratoires.M.Poilievre devra toutefois se défendre d\u2019être pro-vie.Il a voté pour trois projets de loi considérés comme des préludes à un resserrement de l\u2019accès à l\u2019avortement.Le groupe pro- vie Campaign Life Coalition a encouragé ses membres à élire M.Poilievre cet automne.Au moins une source québécoise affirme avoir été assurée par M.Poilievre lui-même qu\u2019il n\u2019avait pas de problème avec l\u2019avortement comme tel.Quant à Michael Fortier, il ferait appel à la filière progressiste du Parti conservateur, comme MM.Charest et MacKay.Selon certains, il appuierait ouvertement l\u2019avortement et le mariage entre personnes de même sexe, tout comme un plan plus agressif de lutte contre les changements climatiques.M.Fortier décidera cette semaine s\u2019il se lance.Nos sources indiquent qu\u2019il veut s\u2019assurer d\u2019avoir de réelles chances de l\u2019emporter.Pas question pour lui de faire de la figuration.Or, des sources québécoises estiment que le banquier de la haute finance en a peu.Le sénateur Leo Housakos est particulièrement cinglant à son sujet, rappelant que, bien que ministre bien en vue, il n\u2019avait pas réussi à se faire élire en 2008.« Il était ministre pendant deux ans, et il n\u2019a pas fait avancer la marque du Parti conservateur à Montréal.Ça a été un échec.» Avec Mylène Crête Protection du territoire Il reste moins d\u2019un an au gouvernement du Québec pour parvenir à l\u2019atteinte de ses objectifs de protection du territoire naturel.En vertu des engagements internationaux pris dans le cadre du Protocole de Nagoya, adopté en 2010, le Québec doit protéger au moins 17 % de son territoire naturel terrestre et 10 % de ses milieux marins, et ce, d\u2019ici la fin de 2020.Or, 10,68 % des milieux terrestres sont actuellement protégés, ainsi qu\u2019à peine 1,35 % des milieux marins (1,9 % en incluant le secteur du golfe nommé Banc des Américains).Pour tenter de respecter les engagements du Québec, le gouvernement Legault a déposé en novembre un projet de loi qui doit permettre d\u2019accélérer les choses au cours des prochains mois.Québec et Ottawa sont aussi à pied d\u2019œuvre afin d\u2019ajouter potentiellement plus de 5000 km2 de zones protégées dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent dès cette année, notamment pour protéger l\u2019habitat de cétacés menacés.Un autre projet d\u2019aire marine est envisagé autour des îles de la Madeleine, mais sans échéancier précis.Gaz naturel D\u2019entrée de jeu, le gouvernement Le- gault s\u2019est montré enthousiaste face au projet de terminal d\u2019exportation de gaz naturel liquéfié Énergie Saguenay, de GNL Québec, le plus imposant projet industriel de l\u2019histoire du Québec.L\u2019entreprise, qui doit encore parachever son étude d\u2019impact en vue de l\u2019évaluation environnementale du gouvernement fédéral et de celle du Québec, répète aussi que son projet de mise en marché de gaz naturel exploité principalement par frac- turation permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ailleurs dans le monde, en remplaçant des éner- Le Québec protège moins de 2 % de ses milieux marins; il devra multiplier ce pourcentage par cinq d\u2019ici la fin de l\u2019année s\u2019il veut respecter ses engagements internationaux.Plusieurs pensent que la course au Québec se jouera entre trois joueurs : Jean Charest, Gérard Deltell et Pierre Poilievre LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 4 Tisser des liens CIRQUE SUITE DE LA PAGE A 1 leur capacité à s\u2019exprimer et à prendre la critique », relève Mélissa Blais, intervenante en cirque social.Le cirque est donc ici un prétexte, un outil magnifié en un langage universel servant à tisser des liens avec des jeunes qui vivent en marge de la société.Certains sont en situation d\u2019itiné- rance, d\u2019autres souffrent de problèmes de dépendance, plusieurs sont sans emploi.Mais tous ont besoin d\u2019une structure, d\u2019un cadre, à la fois souple et attirant, dans lequel ils peuvent apprendre certaines compétences (écouter, fixer des limites, faire confiance aux autres, prendre soin de soi, etc.) qui leur ont fait défaut dans leurs parcours de vie souvent tumultueux.Le cirque social, c\u2019est donc de l\u2019art- thérapie avec une petite touche cool en plus.« Des artistes de cirque, ce sont de bons modèles pour eux, puisque ce sont rarement des gens straight.Par le cirque, et son aspect marginal qui valorise la différence, les jeunes sentent qu\u2019ils peuvent avoir une place dans la société, mais sans nécessairement prendre le chemin de la norme », fait valoir Karine Lavoie, directrice du Cirque Hors Piste.Et le cirque englobe tellement de formes d\u2019art que tous ou presque y trouvent leur compte.Un condensé d\u2019amour Il y a quelques semaines à peine, Troy débarquait à Montréal pour la première fois, en provenance de Calgary.« Je suis venu assister aux funérailles de mon père et je suis resté ici.» Celui qui ne connaissait personne dans la métropole québécoise avant de franchir le pas de cette église, où les tissus aériens, monocycles, costumes et cerceaux ont remplacé les bancs d\u2019église, réside pour l\u2019instant à la Mission Old Brewery, un refuge pour sans-abri situé au centre-ville.«Quand je suis ici, je ne suis pas en train de prendre de la drogue ou de traîner avec les mauvaises personnes.Je suis ici à apprendre cet art auquel j\u2019appartiens maintenant et j\u2019adore ça», lance-t-il, un sourire contagieux aux lèvres.« Ce sont eux maintenant, ma famille.» Le Cirque Hors Piste, créé en 1995 par le Cirque du Soleil, est donc une généalogie retissée, un condensé d\u2019amour et d\u2019entrain, où tout un chacun est accueilli comme il est, dans toute sa marginalité ou son anticonformisme.« En plus de leur offrir des outils qu\u2019ils pourront transposer dans leur vie, on leur donne un safe space où ils sentent qu\u2019ils sont les bienvenus et accueillis dans ce qu\u2019ils sont comme personne », mentionne Élise Leblanc, instructrice en cirque social, entre deux ateliers.Nicholas, 24 ans, participe aux ateliers du Cirque Hors Piste depuis trois ans.« J\u2019aime le caractère \u201cvivre et laisse vivre\u201d d\u2019ici, mais surtout vivre.Avec des rires, des sourires, des pleurs et des encouragements », souligne-t-il, la voix emplie d\u2019une confiance retrouvée.LIA LÉVESQUE LA PRESSE CANADIENNE Après avoir reçu des offres gouvernementales qui ont « allumé des feux » plutôt que d\u2019en éteindre dans le secteur public, la CSQ commencera bientôt à mobiliser ses membres en vue de la négociation des conventions collectives qui s\u2019amorce pour le demi-million d\u2019employés de l\u2019État.En fait, la plupart des plans de mobilisation des différentes fédérations de la Centrale des syndicats du Québec sont déjà prêts, a indiqué lundi Sonia Éthier, présidente de la centrale syndicale, au cours de sa conférence de presse de rentrée après les Fêtes.« Chaque fédération a son plan de mobilisation.Le thème, c\u2019est \u201cil faut que ça change maintenant\u201d.C\u2019est fait, c\u2019est prêt.Les moyens de pression ?Pas immédiatement, parce que je pense qu\u2019il faut d\u2019abord laisser la chance aux ta- FONCTION PUBLIQUE La CSQ fourbit ses armes La centrale syndicale peaufine la mobilisation de ses membres en vue de la négociation des conventions collectives « Je viens d\u2019une famille dysfonction- nelle, avec des gens qui ne donnaient pas le meilleur d\u2019eux-mêmes.Ici, je rencontre des humains qui me guident et me soutiennent dans mes démarches.Je me motive à travers les autres participants, qui, même s\u2019ils vivent des difficultés, ont des ambitions.» Et toutes les ambitions sont bonnes ici, que ce soit faire carrière en cirque, poursuivre des études supérieures ou terminer son secondaire.Travail en tandem Chaqu e année, ce sont qu elqu e 500 jeunes de 15 à 30 ans qui transitent par le Cirque Hors Piste.L\u2019offre de cirque social y est déclinée sous plusieurs formes.Parfois, ce sont les intervenants qui partent dans les rues de Montréal à la rencontre des jeunes, parfois ce sont des jeunes qui viennent à l\u2019église pour suivre des ateliers.Dans le cadre du programme de pré-employa- bilité auquel Troy et Nicholas sont inscrits, une allocation est versée aux participants lorsqu\u2019ils terminent les cinq semaines d\u2019ateliers.Le cirque social est toujours déployé dans un travail en tandem, entre l\u2019intervenant social et l\u2019instructeur de cirque, explique Karine Lavoie.« Ils planifient et construisent ensemble l\u2019idée pédagogique derrière chaque activité.» Les participants ne sont pas toujours conscients sur le coup des compétences qu\u2019ils acquièrent.Ainsi, en grimpant sur les épaules d\u2019un partenaire, par exemple, ce n\u2019est pas seulement l\u2019équilibre physique qui est développé, mais aussi la gestion du risque, la communication et la confiance en soi et en l\u2019autre.Des discussions animées par les intervenants sociaux après les ateliers permettent de consolider ces acquis.Samuel Jabour, qui a été initié aux arts circassiens par le Cirque Hors Piste, a depuis fait carrière dans le domaine \u2014 toujours dans sa composante sociale.« Dans le cirque, il y a une place pour tout le monde, c\u2019est une petite société, fait-il remarquer.Pour moi, l\u2019art n\u2019a pas sa raison d\u2019être s\u2019il n\u2019est pas là pour venir toucher la société.Il y a des gens qui créent pour la beauté, mais moi, je veux provoquer des changements.» bles sectorielles et à la table centrale de négocier de bonne foi » et expliquer les demandes de la CSQ au gouvernement, a-t-elle expliqué.La CSQ attend notamment de voir comment se concrétisera l\u2019engagement du gouvernement Legault d\u2019en faire plus pour les enseignants du primaire et du secondaire, comme pour les préposés aux bénéficiaires.Les offres globales aux employés de l\u2019État sont de 7 % d\u2019augmentation sur cinq ans.Statistique Canada a confirmé, à la fin de l\u2019année, que les enseignants québécois étaient encore les moins bien payés au pays.Qui plus est, beaucoup de jeunes enseignants quittent la profession dans les cinq premières années, et bien des commissions scolaires éprouvent des difficultés de recrutement.« Le président du Conseil du trésor doit réaliser qu\u2019une de ses responsabilités à l\u2019endroit des employés de l\u2019État, c\u2019est d\u2019éteindre des feux, et non pas d\u2019en allumer, donc d\u2019être proactif en matière d\u2019attraction et de rétention du personnel.En plus, on est dans un contexte de surplus budgétaire et de pénurie de main-d\u2019œuvre.Alors, on s\u2019attendait à un rattrapage salarial.Mais là, ce que le gouvernement Legault nous offre, c\u2019est de l\u2019appauvrissement», a souligné Mme Éthier.Elle reproche au gouvernement d\u2019avoir « mis le feu aux poudres » dans les écoles, les collèges et les établissements de santé avec ses offres, qu\u2019elle qualifie de « méprisantes ».La CSQ rencontrera les négociateurs gouvernementaux vendredi prochain.Par ailleurs, les responsables de service éducatif en milieu familial rattachées à la CSQ seront consultées jusqu\u2019au 15 janvier sur un moyen de pression, dans le but d\u2019accroître la pression dans le cadre de la négociation de leur convention collective.Moyen de pression Le plan proposé est d\u2019ouvrir les portes 15 minutes plus tard le matin, et seulement le vendredi, pour la première semaine.Pour la deuxième semaine, le service ouvrirait 30 minutes plus tard.Les 10 000 membres de la CSQ dans ces services en milieu familial sont présentement consultées au sujet de ce plan.La CSQ représente 200 000 membres, dont 125 000 dans le milieu de l\u2019éducation.En plus des enseignants, elle représente également les professionnels de l\u2019éducation \u2014 orthophonistes, psychologues et autres \u2014 et le personnel de soutien scolaire.Les ateliers du Cirque Hors Piste sont un prétexte, un outil magnifié en un langage universel servant à tisser des liens avec des jeunes qui vivent en marge de la société.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR 500 000 C\u2019est le nombre d\u2019employés de l\u2019État dont la convention collective sera négociée en 2020.Le président du Conseil du trésor doit réaliser qu\u2019une de ses responsabilités à l\u2019endroit des employés de l\u2019État, c\u2019est d\u2019éteindre des feux, et non pas d\u2019en allumer SONIA ÉTHIER » LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 5 ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR Avec la pénurie de main-d\u2019œuvre, les travailleurs temporaires latino-américains sont de plus en plus indispensables aux producteurs agricoles.Or cette nouvelle réalité va nécessiter des adaptations, selon un rapport déposé cet automne.« Les défis administratifs et de gestion des ressources humaines ne cessent de prendre de l\u2019ampleur », peut- on lire dans un rapport produit cet automne pour le Comité sectoriel de main-d\u2019œuvre de la production agricole par la firme privée AGÉCO.« Parmi ces défis, notons des problèmes d\u2019intimidation et de harcèlement entre travailleurs, des conflits entre clans, la gestion des transports pour les visites médicales, l\u2019analphabétisme qui pose un obstacle de communication important, la gestion des logements\u2026 » En 2018, pas moins de 15 399 travailleurs étrangers temporaires (TET) ont rejoint les équipes de plus de 1200 entreprises agricoles au Québec.La grande majorité est venue du Mexique et du Guatemala.Le Comité sectoriel, connu aussi sous le nom d\u2019Agricarrières, est affilié à l\u2019Union des producteurs agricoles.Il commande tous les cinq ans un portrait de la main-d\u2019œuvre dans le domaine.D\u2019entrée de jeu, le document souligne que « le besoin d\u2019embaucher des travailleurs étrangers est en croissance, et [que] cette croissance devrait s\u2019intensifier ».En fait, on estime qu\u2019en 2029, le déficit de main-d\u2019œuvre s\u2019élèvera à 19 000 postes.Dans le passé, cette main-d\u2019œuvre était surtout employée par des producteurs de petits fruits ou de légumes.Or, on y recourt de plus en plus dans la production animale, notent les auteurs de l\u2019étude.« Les fermes laitières marquent la plus grande progression dans le recrutement de ces travailleurs », écrit-on, en soulignant qu\u2019ils sont surtout affectés à la traite et aux tâches à l\u2019étable.À l\u2019inverse, plusieurs producteurs maraîchers sondés dans le cadre de l\u2019étude reprochent aux jeunes travailleurs étrangers d\u2019être moins productifs que ceux qu\u2019ils recrutaient dans le passé.Désireux de rester Dans le cadre de la recherche, près de 200 travailleurs étrangers ont répondu à un questionnaire en espagnol.Parmi AGRICULTURE Hausse des besoins de main-d\u2019œuvre étrangère Le recours désormais généralisé aux travailleurs latino-américains nécessite des adaptations, selon un rapport ces derniers, 62 % jugent ne pas être assez payés pour l\u2019ampleur des tâches qui leur incombent et plus du tiers ont dit ne pas avoir suffisamment de temps de repos et de pause.Le salaire horaire moyen en agriculture en 2018 était de 17,91 $ l\u2019heure.C\u2019est plus de 38% mieux qu\u2019il y a dix ans (12,94 $), mais encore sous la moyenne de l\u2019ensemble des travailleurs.L\u2019étude observe également que « de la pression est ressentie » chez les travailleurs étrangers et qu\u2019ils « méconnaissent » leurs droits (plus de 70 % des sondés).Il leur arrive d\u2019ailleurs plus souvent d\u2019être victimes d\u2019accidents, comme l\u2019avait révélé Le Devoir en mai.Les entrevues avec les producteurs révèlent aussi que, dans les grandes fermes, « des clans seraient parfois présents, et il y aurait davantage de cas de harcèlement, ce qui mènerait parfois à des épisodes de violence verbale ou physique entre les travailleurs ».En revanche, l\u2019enquête révèle qu\u2019une majorité souhaiterait suivre des formations pour améliorer leurs compétences et que 83 % souhaitent continuer à travailler au Québec.Les auteurs ajoutent qu\u2019une « forte proportion » souhaiterait faire une demande pour avoir le statut d\u2019immigrant.Cette dernière donnée doit être analysée avec prudence, selon les auteurs, puisque les répondants méconnaissent le système d\u2019immigration.Ils concluent toutefois que «l\u2019intérêt exprimé par certains TET pour cheminer vers un statut d\u2019immigrant reçu doit [\u2026] être entendu» et que «des actions peuvent être posées pour soutenir une telle démarche ».Enfin, les producteurs critiquent beaucoup les longs délais auprès du gouvernement fédéral pour faire approuver la venue de cette main-d\u2019œu- vre.En 2018-2019, ces délais étaient deux fois plus longs que l\u2019année précédente, le traitement des dossiers étant passé de 21 à 42 jours en moyenne.Sous un jour plus positif, l\u2019étude fait état de nombreuses initiatives « inno- vantes ».Ainsi, une entreprise de production en serre s\u2019est associée avec une coopérative de santé « pour faciliter les rendez-vous médicaux de ses TET, et en même temps, offrir l\u2019accès à un médecin de famille à tous ses employés ».L\u2019enquête mentionne aussi que plusieurs producteurs maîtrisent l\u2019espagnol et souhaitent dès lors offrir plus de formation, voire des cours de RCR en espagnol à leurs employés.JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Loin de ralentir, l\u2019étalement urbain dans la grande région de Montréal s\u2019intensifie.C\u2019est le constat que fait la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui reproche aux municipalités à l\u2019extérieur de son territoire de bénéficier de règles de développement trop permissives.En 2012, les 82 villes de la CMM avaient adopté le Plan métropolitain d\u2019aménagement et de développement (PMAD) afin de se plier aux exigences gouvernementales.Ce plan déterminait un périmètre urbain à l\u2019intérieur duquel le développement immobilier devait se densifier pour, notamment, éviter d\u2019empiéter sur des terres agricoles.Or, les municipalités à l\u2019extérieur du périmètre de la CMM ne sont pas soumises aux mêmes règles.Ainsi, constate Philippe Rivet, conseiller en recherche à la CMM, plusieurs municipalités misent encore massivement sur la construction de maisons unifamiliales.C\u2019est le cas de Saint-Colomban, dans les Laurentides, dont 89,8 % des mises en chantier entre 2013 et 2018 se composaient de maisons individuelles.À Saint-Sophie, ce taux atteint 73,2 %, alors qu\u2019à Saint-Paul, il est de 68,6 %.Pendant ce temps, sur le territoire de la CMM, ce taux ne dépasse pas 40 %.URBANISME L\u2019étalement urbain se poursuit dans la région de Montréal Philippe Rivet a aussi observé que la CMM perdait depuis 2015 environ 7000 résidents annuellement au profit des banlieues limitrophes.« Il y a 30 municipalités où il y a plus de 40 % de leurs résidents qui viennent travailler sur le territoire de la CMM », explique-t-il.Ces navetteurs utilisent leur voiture dans une proportion de 94 %, ce qui entraîne des problèmes inévitables de congestion routière, souligne-t-il.La CMM reproche aux municipalités de ne pas respecter les orientations gouvernementales en matière d\u2019aménagement, notamment l\u2019orientation 10, qui exige qu\u2019elles concentrent leur développement à l\u2019intérieur des périmètres d\u2019urbanisation en privilégiant les pôles de service et d\u2019équipements des MRC.Directeur général de la CMM, Mas- simo Iezzoni croit que toutes les villes de la région devraient suivre les mêmes règles.La solution pourrait passer par l\u2019intégration de plusieurs villes à la CMM ou par des arrangements financiers entre la CMM et les villes limitrophes, suggère-t-il : « Il faut y réfléchir afin que la planification dans le pourtour de la CMM soit harmonisée avec la nôtre.» Et selon lui, le gouvernement devrait s\u2019en mêler.Maire de Saint-Colomban, Xavier-An- toine Lalande se défend de ne pas avoir respecté l\u2019orientation 10 du gouverne- L\u2019étalement urbain provoque la réduction du territoire agricole.JACQUES NADEAU LE DEVOIR En 2018, pas moins de 15 399 travailleurs étrangers temporaires ont rejoint les équipes de plus de 1200 entreprises agricoles au Québec.On estime qu\u2019en 2029, le déficit de main-d\u2019œuvre s\u2019élèvera à 19 000 postes.JACQUES NADEAU LE DEVOIR ment.Il soutient que, dans sa MRC, le pôle de services se situe à Saint-Jérôme.«Donc, les objectifs de densification ne s\u2019appliquaient pas à nous», dit-il.Le réseau d\u2019égouts étant inexistant, des distances minimales doivent être respectées entre les maisons, indique- t-il.« Par la force des choses, on est obligés d\u2019avoir des grands terrains.» Il signale toutefois qu\u2019en 2017, un périmètre urbain a été déterminé dans sa ville, ce qui permet d\u2019y densifier le développement immobilier.« Le problème, ce n\u2019est pas l\u2019étalement urbain, c\u2019est notre dépendance à une activité commerciale et industrielle dans des gratte-ciel de 50 étages », dit- il en faisant référence au centre-ville de Montréal.Inquiétudes Les constats de la CMM concernant l\u2019étalement urbain inquiètent Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.« Il y a des municipalités qui se développent sur le dos de la CMM et, pendant que tout le monde fait des efforts, elles n\u2019en font pas.» Selon lui, il faudrait appliquer de « façon stricte » les orientations gouvernementales, envisager d\u2019intégrer certaines villes à la CMM ou de « partager les fruits de la croissance » de ces villes avec la CMM. LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es patrons exagèrent.C\u2019est du moins ce qu\u2019on peut conclure à la lecture de l\u2019étude publiée par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), une organisation proche du mouvement syndical et communautaire du Canada anglais.En 2018, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, les 100 chefs d\u2019entreprises inscrites en Bourse les mieux payés ont touché en moyenne 11,8 millions de dollars en salaires et avantages, soit 227 fois plus que les 52 061$ de salaire annuel moyen des travailleurs.Il s\u2019agit d\u2019une augmentation de 18 % en moyenne pour les patrons par rapport à 2017, comparativement à 2,6 % pour les salariés.Compte tenu de l\u2019exceptionnelle performance du marché boursier en 2019, on peut déjà déduire que la rémunération des chefs d\u2019entreprises doit être encore plus élevée cette année.D\u2019autant que le gouvernement Trudeau a promis, s\u2019il était réélu, d\u2019imposer davantage la plus-value réalisée à la vente d\u2019actions obtenues au rabais grâce au programme d\u2019option d\u2019achat très en vogue chez les dirigeants.La rémunération des patrons de grandes entreprises est généralement divisée en six parties.À titre d\u2019exemple, le chef de la direction de BCE- Bell Canada, George Cope, a reçu, en 2018, 1,4 million en salaire, 5,1 millions en actions, 1,7 million en options à exercer plus tard, 2,8 millions en primes, 756 840$ en contribution à son régime de retraite et 168 600$ en avantages autres.Total : 12 millions.Méritait-il un tel salaire ?BCE génère de bons rendements pour ses actionnaires, mais ce n\u2019est certainement pas un exemple d\u2019entreprise très bien gérée.On n\u2019a qu\u2019à penser à son aspect le plus visible, le service à la clientèle, qui est parmi les pires de l\u2019industrie.Les milieux d\u2019affaires soutiennent que la concurrence exige de payer aussi grassement les grands patrons pour attirer les meilleurs.Pourtant, l\u2019analyse effectuée par le CCPA démontre qu\u2019il y a peu de concurrence entre les sociétés : en 2018, les trois quarts des 100 grands patrons les mieux payés ont été choisis parmi les membres de la direction en place.Encore plus éloquent, le candidat retenu pour occuper le poste était un salarié de la compagnie depuis 18 ans en moyenne.On entend souvent dire que ce sont des comités indépendants de la haute direction qui proposent le plan de rémunération.C\u2019est vrai, mais les membres du conseil qui composent ces comités proviennent généralement de la direction d\u2019autres grandes entreprises.Entre semblables, on se comprend.Un autre argument invoqué est celui de la performance : pourquoi lésiner sur la rémunération si cela permet de dégager des centaines de millions en profits ?Or, là encore, les faits démontrent que l\u2019argument de la performance n\u2019est pas convaincant.Prenons le cas de Bombardier.Son chef de la direction, Alain Bellemare, a gagné 13,7 millions en 2018 malgré des pertes annuelles milliardaires à répétition qui ont abouti à la vente de la C-Séries à Airbus pour 1 $.Bombardier n\u2019est pas seule dans sa catégorie puisque, des 136 entreprises publiques ayant une capitalisation de plus de 2 milliards, 26 ont perdu de l\u2019argent entre 2014 et 2018 sans que cela affecte tellement la rémunération de leurs dirigeants.Après tout, il faut bien les payer quand tout va pour le mieux, et ne surtout pas les perdre quand tout va mal.Si au moins nos grandes sociétés étaient très productives.Mais non.Une étude de la firme Deloitte publiée l\u2019an dernier qualifiait de « zombies » 16 % des firmes canadiennes inscrites en Bourse parce qu\u2019elles ne réussissent même pas à couvrir les intérêts de leurs emprunts avec leurs profits.Quand elles survivent malgré tout grâce à leur banquier, ces sociétés détournent des ressources humaines et financières et empêchent les plus jeunes et les plus performantes de faire leur place.Puis il y a cette autre catégorie d\u2019entreprises qui dorment sur des centaines de millions de liquidités au lieu de les investir de façon productive, comme la Banque du Canada l\u2019a déjà dénoncé.La faible productivité des entreprises canadiennes explique en partie la progression anémique de la rémunération au cours des dernières années, du moins celle des simples salariés puisque les patrons ne semblent pas affectés par le phénomène.Malgré ce constat inquiétant, toutes les organisations d\u2019affaires revendiquent d\u2019Ottawa qu\u2019il réforme la fiscalité des entreprises en s\u2019inspirant du voisin américain.Comme si le problème numéro un du Canada était une fiscalité trop lourde pour les entreprises et leurs dirigeants ! Regardons plutôt du côté des conseils d\u2019administration trop complaisants à l\u2019endroit de la haute direction au regard des progrès enregistrés dans l\u2019économie réelle.Affaire Matzneff: la liberté des autres Je vois très bien un être comme Gabriel Matzneff au siècle de Louis XIV et XV le « bien-aimé ».Il pourrait séduire des enfants à souhait et écrire des poèmes qui documenteraient ses moindres émotions sous le regard palpitant de ses pairs.C\u2019est de l\u2019art, tout est permis, tout pour l\u2019art.Je suis arrivé seul à Paris en mai 1968, ignorant.Je ne comprenais pas pourquoi les gens s\u2019excitaient et les pavés volaient.Sur le quai du métro, j\u2019ai remarqué une voiture presque vide et j\u2019ai embarqué.Erreur, c\u2019était la voiture de première classe et une sorte de garde champêtre m\u2019a expulsé.À 17 ans et mal léché, je ne faisais pas partie de l\u2019élite française.Dans la voiture de deuxième classe, j\u2019ai remarqué un affichage qui indiquait la priorité pour s\u2019asseoir.Les amputés de guerre passaient avant les amputés civils et bien avant les femmes enceintes.Le système de classe était encore bien vivant en France.Même si le prix des billets de métro de première classe n\u2019était que 30 % de plus que les billets de la plèbe.Alors ce n\u2019était pas vraiment une question d\u2019argent, c\u2019était une question de génétique.Les Français se voyaient comme des rebelles un peu voyous et c\u2019était très courant de sauter par dessus l\u2019entrée sans payer.Mais les Français acceptaient d\u2019obéir aux lois invisibles de privilège et d\u2019autorité.Une voiture de première classe dans le métro de Montréal serait impensable et, s\u2019il y a une première classe dans les trains et dans les avions, c\u2019est beaucoup plus cher et vous n\u2019en avez pas beaucoup pour votre argent.C\u2019était les passagers tassés dans les voitures de deuxième classe qui payaient le salaire des vérificateurs de billets et le système conçu pour la paix de quelques privilégiés.Ce qui m\u2019impressionnait davantage, c\u2019était les « speakerines » à la télévision française.On habillait de jeunes femmes en poupées sexy pour servir les nouvelles.Pour un Nord-Américain, c\u2019est de la misogynie la plus brutale et tragique, mais le Français ne le voyait pas.Je me croyais à l\u2019époque des « Louis » où le privilège et l\u2019abus de pouvoir étaient omniprésents.C\u2019est ironique que les défenseurs de Matzneff le fassent au nom de la liberté.Un abus de pouvoir, c\u2019est justement un viol des droits d\u2019une personne.Un mineur qui n\u2019est pas libre de faire des choix, tout comme un patient sous la tutelle d\u2019un psychiatre abusif.Évidemment, les abus de pouvoir au nom de l\u2019art sont permis.On parle de violer les droits de personnes sans importance.Louis XV le bien-aimé serait bien à l\u2019aise avec cette logique.Un pédophile qui raconte ses amours avec nostalgie et ses émotions à fleur de peau est minable et ennuyant.Je comprends qu\u2019un éditeur le publie, mais je ne comprends pas comment il peut se retrouver chez Bernard Pivot et d\u2019obtenir autant d\u2019appui de l\u2019élite de la littérature française.C\u2019est inexact, je crois comprendre.André Roussil Le 3 janvier 2020 LETTRES SALAIRES DES PATRONS Ils exagèrent vraiment ! L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu JEAN-ROBERT SANSFAÇON Rivières en septembre dernier.À cette occasion, la députée péquiste Véronique Hivon et le député solidaire Sol Zanetti ont tour à tour pris la parole en faisant preuve d\u2019une solidarité souverainiste exemplaire.On est bien loin de l\u2019imbroglio d\u2019avril 2017, alors que les représentants de QS, à la suite de discussions sous l\u2019égide des OUI-Québec, ont entériné un projet d\u2019entente entre les partis souverainistes établissant une démarche commune d\u2019accession à l\u2019indépendance.Mais comme un point du document, qui concernait le mandat à confier à une future Assemblée constituante, contredisait le programme du parti, elle n\u2019a pu être entérinée par ses instances nationales.Ce point du programme ayant été modifié en Congrès par la suite, l\u2019obstacle a été levé.Mais dans son dernier texte, Louis Fournier prend bien soin d\u2019ignorer le cheminement accompli par Québec solidaire dans ce dossier.Il continue plutôt à l\u2019accuser d\u2019avoir effectué une « volte- face ».Comment peut-on qualifier ce procédé ?La place de l\u2019art dans l\u2019école de demain En lisant récemment l\u2019article « Une nouvelle école qui fait rêver petits et grands », je me suis demandé en tant que parent et administratrice culturelle si je suis la seule à remarquer le manque d\u2019un local pour les arts.Cette école, qui semble faire rêver et à laquelle on a ajouté, en plus d\u2019une cour d\u2019école et d\u2019un gymnase double, un atrium avec glissoire pour faire bouger les élèves (!), semble oublier l\u2019importance du développement du cerveau par les arts.D\u2019ailleurs, c\u2019est toujours avec étonnement que je lis les articles dans Le Devoir qui démontrent sans équivoque l\u2019immense apport de l\u2019apprentissage des arts, comme si nous ne le savions pas depuis plusieurs siècles, sur le bien-être et sur le développement du cerveau de nos enfants, sans oublier le sentiment d\u2019appartenance que cela crée de faire partie d\u2019un orchestre, d\u2019une troupe de danse ou de théâtre ou encore la pertinence de développer son sens des couleurs et des formes.C\u2019est très bien de faire des études et d\u2019écrire sur le bienfait des arts à l\u2019école et dans notre société, mais quand verrons-nous la véritable école de demain qui inclura les arts dans les quatre grands axes de la formation, présents dans notre histoire depuis 500 ans avant J.C.dans l\u2019Athènes de Périclès, c\u2019est-à-dire les langues, les sciences, l\u2019exercice du corps humain et les arts ?Gisèle Côté, directrice générale et artistique, Aramusique Le 3 janvier 2020 Paul Cliche Ex-syndicaliste, membre fondateur de Québec solidaire Le syndicaliste à la retraite Louis Fournier vient de se livrer, dans les pages d\u2019opinions du Devoir, à une nouvelle attaque à fond de train contre Québec solidaire, qu\u2019il voudrait ni plus ni moins voir disparaître de la scène politique afin de redonner la suprématie de la lutte pour l\u2019indépendance à un Parti québécois refondé sur les mêmes bases que sa mouture initiale de 1968.Fournier avait d\u2019abord, en mai 2016, qualifié la formation de gauche \u2014 qui devait recueillir près de la moitié des votes souverai- nistes aux élections de 2018 \u2014 de « parti d\u2019extrême gauche ».Puis il était revenu à la charge, en novembre dernier à la suite des élections fédérales, en reprochant à la direction de QS de ne pas avoir invité ses membres à voter pour le Bloc québécois.Il a alors profité de l\u2019occasion pour dénoncer le programme du parti, qu\u2019il a qualifié de « marxiste radical ».M.Fournier a sévi de nouveau dans Le Devoir du 28 décembre dernier alors qu\u2019il a présenté comme « mort et enterré » le projet de convergence souverainiste sur lequel OUI-Québec (Organisations unies pour l\u2019indépendance) planche depuis plusieurs années.Il qualifie d\u2019ailleurs la convergence de « stratégie mortifère pour le PQ ».Puis il reprend la même ritournelle anti-QS en comparant, à l\u2019instar de l\u2019ex-chef péquiste Jean- François Lisée, le Comité de coordination national de ce dernier au « politburo du parti communiste de l\u2019URSS ».Mais les faits contredisent en bonne partie les prétentions de cet indépendantiste de salon.OUI- Québec, dont je suis membre, n\u2019a jamais été en aussi bonne position pour remplir sa mission de promotion de l\u2019indépendance.En témoigne notamment la réunion que l\u2019organisme a tenue à Trois- Les idées passéistes nuisent à la lutte LIBRE OPINION Les faits contredisent en bonne partie les prétentions de cet indépendantiste de salon.OUI-Québec, dont je suis membre, n\u2019a jamais été en aussi bonne position pour remplir sa mission de promotion de l\u2019indépendance. A 7 LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Le consentement P ar-delà la dénonciation des comportements abusifs de l\u2019écrivain qui se vantait de ses comportements pédocriminels, le livre Le consentement, de Vanessa Springora, procure une occasion de réfléchir sur une notion centrale de notre système de lois.Le consentement est en effet un rouage majeur de ces mécanismes par lesquels s\u2019appliquent un vaste ensemble de lois.C\u2019est l\u2019un des mécanismes par lesquels les individus exercent leurs droits et leur liberté.Le livre de Springora porte sur la relation « consentante » entre l\u2019auteure alors âgée de 14 ans et l\u2019écrivain Gabriel Matzneff.Le livre publié à Paris ne sera pas disponible sur notre continent avant le mois prochain.Un délai absurde, qui en dit long sur le fonctionnement bizarre de l\u2019industrie de l\u2019édition.Le débat sur la légitimité des rapports entre des jeunes et des adultes tourne souvent autour de la notion de consentement.Certains affirment qu\u2019à l\u2019époque des faits relatés par Springora, on postulait qu\u2019une personne de 14 ans pouvait valablement consentir à des rapports sexuels avec un adulte de 50 ans.Une affirmation qui de nos jours paraît relever de l\u2019aberration.Les évolutions que connaît le domaine de ce qui peut légitimement relever du consentement individuel sont un révélateur des mutations qui, d\u2019une époque à l\u2019autre, s\u2019installent au sein de nos vies individuelles et collectives.Le consentement « libre et éclairé » est la condition essentielle à respecter pour quiconque propose de porter atteinte à notre intégrité physique ou s\u2019inviter dans notre intimité.Par exemple, l\u2019article 10 du Code civil du Québec dispose que « Toute personne est inviolable et a droit à son intégrité.Sauf dans les cas prévus par la loi, nul ne peut lui porter atteinte sans son consentement libre et éclairé ».Dans certains domaines, comme celui de la protection des renseignements personnels, le consentement constitue un véritable sésame ouvrant la possibilité pour une entreprise de collecter et de traiter toutes sortes d\u2019informations relatives à une personne.De fait, la plupart des lois actuelles qui sont censées protéger nos données personnelles sont en fait des lois qui, pour l\u2019essentiel, obligent à obtenir notre consentement lorsqu\u2019une entreprise veut collecter ou utiliser nos données personnelles.Les rapports de force Le consentement joue comme un mécanisme par lequel un individu libre exerce ses choix, la concrétisation de l\u2019exercice de sa liberté.Mais pour être valable, le consentement doit être libre et éclairé.Il faut que la personne qui consent soit adéquatement informée des aspects essentiels de l\u2019activité ou du contrat auquel on lui propose de consentir.C\u2019est pourquoi un consentement obtenu d\u2019une personne qui n\u2019est pas en mesure d\u2019exercer librement ses choix est illégitime et sujet à contestation au regard des lois.Dans une large mesure, la place accordée au consentement dans nos lois est le reflet de ce qui, à une époque donnée, est tenu pour constituer un rapport de force légitime entre les personnes.Il fut un temps où l\u2019on tenait pour acquis que les individus « consentaient » « librement » à « vendre » leur prestation de travail à un employeur.L\u2019un et l\u2019autre étaient tenus pour des êtres libres et égaux.Cette fiction a été écartée par des lois qui reconnaissent l\u2019inégalité fondamentale des forces entre les entreprises et les individus qui y travaillent.Des lois sont venues aménager les conditions minimales de travail de même que le droit des travailleurs de négocier collectivement leurs conditions de travail.De nos jours, ceux qui remettent ces lois en cause ne manquent pas de brandir la légitimité du consentement « libre » des individus que les lois viendraient « entraver ».Dans le champ du droit criminel, le consentement de la victime constituait autrefois une défense pratiquement absolue à une accusation d\u2019agression sexuelle.Mais la reconnaissance du caractère profondément inégalitaire de la relation entre un adulte et un enfant ou entre une personne en autorité et un subordonné a conduit les législateurs de plusieurs pays à exclure la possibilité d\u2019invoquer le consentement de la victime pour se défendre contre certaines accusations.C\u2019est ainsi que le consentement ne constitue pas une défense valable à une accusation d\u2019agression sexuelle lorsque la victime est âgée de moins de 16 ans.En tant que mécanisme légitimant des comportements aux yeux de la loi, le consentement se présente à la fois comme un véhicule d\u2019affirmation du libre-arbitre de l\u2019individu et comme un alibi commode pour ceux qui préfèrent ignorer le caractère inégalitaire des relations entre les personnes.Fondé sur l\u2019imagerie des «individus-libres-de leurs-choix», informés et conscients des enjeux et des conséquences de leurs actions, le consentement constitue le soubassement des règles régissant les relations que nous entretenons avec nos semblables.Cela peut expliquer qu\u2019il soit parfois difficile de l\u2019écarter.Les lois qui se limitent à constater si l\u2019individu a consenti sans s\u2019interroger sur les rapports de force bénéficient habituellement d\u2019une aura de légitimité qui peut se révéler difficile à remettre en question.Après tout, au nom de quoi l\u2019État peut-il légitimement écarter le «libre» choix de l\u2019individu?Les variations que l\u2019on observe entre les époques à l\u2019égard de ce qui peut être tenu pour constituer un exercice légitime du consentement libre des individus reflètent les changements dans la compréhension du caractère inégalitaire de certains types de rapports.Si, à une certaine époque, il était de bon ton de célébrer la prétendue liberté des individus affranchis de toutes contraintes imposées par les lois et la morale, force est de constater que nous vivons désormais à une époque où il est impératif de s\u2019interroger sur les vulnérabilités de ceux qui consentent.Le récit de Vanessa Springora interpelle évidemment sur les violences sexuelles.Il invite aussi à une réflexion plus large sur les conditions auxquelles les lois peuvent légitimement s\u2019en remettre au seul consentement des individus pour valider des comportements, surtout en situation d\u2019inégalité.PIERRE TRUDEL Pierre Leyraud Professeur à la retraite Depuis plusieurs semaines, la France vit à l\u2019heure d\u2019une réforme des retraites mise sur pied, presque personnellement, par le président Macron.À la base, le régime de retraite par répartition qui existe en France est différent de celui que nous avons au Québec et au Canada, et on peut comprendre que les modalités du nouveau régime proposé ne suscitent pas, ici, un intérêt qui dépasse celui de l\u2019actualité.Pourtant, dans les débats qui accompagnent le développement de la mobilisation pour faire reculer le gouvernement français, une question est devenue de plus en plus présente : celle du rôle, de la place, et de la nature du travail dans nos sociétés.Cette question nous concerne directement ici et se pose un peu dans les mêmes termes.Sur le rôle et la place du travail, il y a, au Québec et au Canada, beaucoup d\u2019écrits théoriques, et les résultats de nombreuses enquêtes sont disponibles.Par contre, en ce qui concerne la nature du travail, en France comme ici, les débats et réflexions semblent plus discrets alors que la situation est, par certains aspects, paradoxale.Le fait suivant est déjà mis en lumière par « l\u2019invisibilité » du travail domestique non rémunéré des femmes : nos sociétés ne considèrent une activité comme étant vraiment du travail que lorsque celle-ci est liée à un emploi, à un poste, à une charge.L\u2019activité d\u2019une mère qui garde ses enfants à la maison ou d\u2019un retraité qui garde ses petits-enfants n\u2019est pas considérée comme du travail, contrairement à la même activité effectuée par une gardienne.On pourrait multiplier les exemples de cette nature pour montrer que, dans nos sociétés marchandes et capitalistes, une activité utile socialement, voire même indispensable, ne sera pas pour autant prise pour du travail à moins qu\u2019elle soit aussi productive, au sens économique du terme.Le caractère non productif des activités domestiques effectuées par les femmes à la maison se traduit par leurs non-ré- munérations.Pour les activités des retraités, ce même caractère est en partie masqué par le versement d\u2019une allocation, issue en fait de cotisations ou de l\u2019impôt selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un régime d\u2019assurance ou d\u2019assistance.Du point de vue de la production de valeur économique, les femmes à la maison et les retraités ne sont donc pas des personnes actives.Tout cela provient du fait que, dans notre système économique, la production de valeur n\u2019est pas associée à la personne mais à la place qu\u2019occupe la personne dans les rapports sociaux.Pour rompre avec cette situation et donc pour éliminer les paradoxes qui y sont liés, le sociologue et économiste Bernard Friot propose, depuis plusieurs années, l\u2019idée « d\u2019un salaire à vie » versé à toute personne âgée de plus de 18 ans qui, dès lors, serait productrice de valeur.Les activités « domestiques » et les activités « de retraite » verraient ainsi leurs valeurs économiques reconnues et, par ailleurs, la question d\u2019un revenu universel et inconditionnel serait réglée.À cette idée, concernant le long terme, il ajoute, pour le court terme et pour les retraités, l\u2019idée « d\u2019un salaire continué », accessible à toutes et à tous dès l\u2019âge de 50 ans.Le montant de ce « salaire continué » serait situé entre le salaire moyen et un salaire plafond à déterminer.Bernard Friot reconnaît lui-même que la mise en pratique du « salaire à vie », dès 18 ans, n\u2019est pas compatible avec l\u2019existence de la propriété lucrative de notre système économique, et cela, pas seulement à cause de son financement.Par contre, dans notre système économique, le « salaire continué » à partir de 50 ans, pourrait être versé par un organisme gouvernemental de sécurité sociale, bien entendu à condition de modifier la répartition actuelle des dépenses.Les retraités pourraient décider de rester dans leur entreprise ou de la quitter.On peut signaler que l\u2019idée du « salaire étudiant » reprise et avancée ici, dernièrement, par les Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE), repose, comme le « salaire à vie » ou le « salaire continué », sur le caractère socialement utile et nécessaire d\u2019une activité, celle d\u2019étudiant en l\u2019occurrence.On ne manquera pas de souligner que, dans les deux idées avancées par Bernard Friot, et surtout dans celle du « salaire à vie », il y a une part d\u2019utopie.Mais, outre le fait que leurs mises en pratique permettraient, pour la première, de corriger des injustices flagrantes, et pour la seconde, de se « libérer » du travail dès 50 ans, elles mettent aussi en évidence le fait que notre système actuel de production de la valeur économique ne tombe pas du ciel et n\u2019est pas une fatalité.« L\u2019utopie c\u2019est l\u2019avenir qui s\u2019efforce de naître », a écrit Victor Hugo et, en son temps, l\u2019idée de la journée de travail limitée à 8 heures ne fut-elle pas aussi taxée d\u2019utopique ?TRAVAIL Les retraités et les femmes à la maison : des inactifs ?Michel Paillé L\u2019auteur est démographe.Plus de 40 ans après l\u2019adoption de la Charte de la langue française en 1977, les Québécois demeurent très liés à cette loi mythique.Malgré son parcours parfois chaotique, elle a été le fer de lance du renforcement du statut du français au Québec.Il ne fait aucun doute que le chapitre de la loi 101 qui concerne la langue d\u2019enseignement a été couronné d\u2019un succès rapide et éclatant, surtout en comparaison à la loi 22 de 1974 avec ses tests linguistiques très impopulaires imposés à de très jeunes enfants.Bien qu\u2019imparfait et incomplet \u2014 ce chapitre de la loi 101 ne couvre toujours pas l\u2019enseignement collégial malgré quelques promesses électorales \u2014, il a orienté des milliers d\u2019enfants vers les écoles françaises, enfants dont la plupart auraient été scolarisés en anglais sans cette intervention de l\u2019État.Si la question de la langue d\u2019enseignement pour les enfants des immigrants a été résolue par la Charte de la langue française, on ne peut en dire autant de la sélection et de la francisation des immigrants adultes.Absentes de la Charte, ne relevant du ministre responsable de la loi 101 que depuis novembre 2019, ces deux dimensions laissent toujours à désirer.Outre que la sélection des immigrants ne s\u2019applique pas à tous les candidats à l\u2019immigration, le programme de francisation des adultes n\u2019a jamais atteint ses objectifs jusqu\u2019à maintenant.Rapport dévastateur Le Rapport du Vérificateur général du Québec de 2017 est dévastateur à cet égard.Malgré le fait qu\u2019en juillet 2009 le gouvernement estimait que ses services de francisation devaient être « évalu[és] en priorité », le Vérificateur déplore qu\u2019aucune évaluation n\u2019ait été faite depuis 15 ans.Outre que le ministère « ne réussit pas [\u2026] à joindre la majorité des immigrants adultes [\u2026] ayant déclaré ne pas connaître le français », les délais d\u2019attente sont très longs.En outre, on déplore de nombreux abandons.Enfin, « les niveaux visés [sont] rarement atteints par les finissants [du] programme ».Conséquemment, s\u2019étonnera-t-on que le nombre d\u2019immigrés ne connaissant pas le français augmente d\u2019un recensement à l\u2019autre, notamment pour ceux arrivés ici depuis dix ans ou plus ?En 2019, la loi 9 du gouvernement Legault a été présentée comme étant « la pierre angulaire [d\u2019une] réforme » visant une meilleure « adéquation entre les besoins de main-d\u2019œuvre du Québec et le profil des candidats » à l\u2019immigration.« En modulant les critères d\u2019invitation en fonction des besoins actuels du Québec », le gouvernement espère « inviter en priorité les personnes qui ont les profils recherchés ».En retour, le gouvernement s\u2019engage à « mettre en place une offre de service efficace et personnalisée en matière de francisation et d\u2019intégration ».Il va sans dire que les compilations statistiques de la prochaine décennie seront examinées de très près pour en mesurer les effets.Globalement, cette politique linguistique a tout de même conduit à un renforcement de la situation du français.En ce qui a trait à la connaissance générale du français au Québec comparativement à celle de l\u2019anglais qui se fait tout naturellement en Ontario, on note un rapprochement presque complet.Par contre, nous sommes loin de nos objectifs en ce qui a trait au choix de la langue parlée au foyer par les personnes de langues tierces (allophones).Si la proportion d\u2019Ontariens allophones parlant anglais au foyer a encore légèrement augmenté entre 1971 et 2016, celle concernant les allophones québécois qui ont choisi le français a connu une forte progression.Cependant, de grands progrès restent à faire pour faire jeu égal avec l\u2019Ontario.Succès relatif, car les projections dé- molinguistiques montrent toujours une tendance à la baisse du pourcentage de francophones au Québec, notamment à Montréal.Voir ici un paradoxe suppose que le Québec pouvait faire l\u2019économie d\u2019une politique de population grâce à sa politique linguistique.Or, aucune politique linguistique \u2014 aussi parfaite, aussi complète et aussi rigoureusement appliquée que possible \u2014 ne saurait remplacer, après 50 ans de sous-fécondité (!), une politique recherchant le remplacement des générations, soit 2,1 enfants par famille en moyenne.L\u2019époque de la « revanche des berceaux » a camouflé l\u2019importance de l\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone.Bien que l\u2019immigration internationale soit une responsabilité partagée entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces en vertu du British North America Act de 1867, la plupart des provinces laissent le champ libre au gouvernement fédéral.Ce fut le cas du Québec jusqu\u2019à la signature de l\u2019accord Cloutier-Lang de 1971.Il aura fallu connaître un effondrement de notre fécondité au cours des années 1960 pour s\u2019inquiéter de la pérennité du français et pour s\u2019intéresser à l\u2019immigration internationale.Or, de nos jours, se pourrait-il que la Charte de la langue française cache à son tour l\u2019importance de hisser notre fécondité de 1,59 enfant par couple en 2018, à un niveau suffisant pour assurer le remplacement des générations, ou voisin de ceux de la Suède, du Royaume-Uni, des États-Unis ou de la France (entre 1,87 et 1,97 enfant en 2018) ?Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.Succès et faiblesses de l\u2019intégration des immigrants Des Idées en revues Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru en français dans l\u2019édition spéciale pour les 40 ans de la loi 101 de la revue Language Problems & Language Planning, 2019, volume 43, no 2. LEDEVOIR // LE MARDI 7 JANVIER 2020 EN EAUX TROUBLES A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS DE DÉCÈS - LE MÉMORIEL Téléphone 514 525-1149 Courriel deces@lememoriel.com PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.Palestine Capitale administrative Ramallah Population 4,9 millions Enjeu L\u2019eau est une ressource partagée entre Israël et la Palestine, qui se trouve sous occupation militaire.Les changements climatiques et la croissance de la population aggravent une pénurie d\u2019eau qui exacerbe les tensions entre les deux voisins.MARCO FORTIER À AL-AUJA, PALESTINE LE DEVOIR L\u2019eau sous occupation militaire « Notre problème, c\u2019est Israël, pas les changements climatiques » dans les pays du golfe Persique.Les agriculteurs palestiniens se sont tournés vers la culture de dattiers et de palmiers, qui nécessitent très peu d\u2019eau.De nos jours, seul un hiver pluvieux peut mener à la culture de bananes ou d\u2019agrumes dans la vallée du Jourdain.Et les hivers pluvieux se font rares.La faute des militaires La sécheresse est bien réelle, mais elle n\u2019explique pas à elle seule la pénurie d\u2019eau.Quand on leur demande la raison du manque d\u2019eau, les Palestiniens parlent tous de l\u2019occupation militaire de leur territoire par Israël.« Notre problème, c\u2019est Israël, pas les changements climatiques », affirme sans détour Deeb Abdelghafour, directeur général à l\u2019Autorité palestinienne de l\u2019eau.On le rencontre à son bureau de Ramallah, capitale de la Cisjordanie.Comme à peu près tous les enjeux dans cette région trouble du monde, le partage des ressources en eau est d\u2019une complexité extrême.Les réserves d\u2019eau de la région prennent leur source au Liban et en Syrie, passent sous la Cisjordanie et débouchent en Israël.La gestion de ces aquifères a fait l\u2019objet d\u2019une entente en vertu des accords d\u2019Oslo, au début des années 1990.Cette entente devait encadrer la gestion commune de l\u2019eau par Israël et la Palestine pour une durée de cinq ans, mais n\u2019a jamais été renégociée.La population a augmenté.Le climat s\u2019est déréglé.L\u2019eau devient plus rare.Et la colère monte en Palestine.« On est pris depuis plus de 20 ans avec un accord qui nous empêche d\u2019exploiter nos ressources.Il est temps de dire assez!», lance Deeb Abdelghafour.Les deux parties ont un droit de regard sur les projets de l\u2019autre.Avant de creuser une station de pompage, tant Israël que la Palestine doivent obtenir la permission de l\u2019autre.Le problème, c\u2019est que ça ne se passe pas tout à fait ainsi, affirme le gestionnaire palestinien.« En réalité, Israël fait à peu près tout ce qu\u2019il veut et bloque la plupart de nos requêtes », affirme Deeb Abdelgha- four.Il rappelle que 61 % du territoire de la Cisjordanie se trouve en zone C \u2014 sous contrôle israélien \u2014 en vertu des accords d\u2019Oslo.Le gestionnaire palestinien montre une carte de la Cisjordanie accrochée au mur de son bureau: «On sait exactement où pomper pour trouver de l\u2019eau, dit-il.C\u2019est là, là et là.Mais quand on demande un permis à Israël pour pomper notre eau, on se fait répondre que c\u2019est impossible, que c\u2019est une zone militaire interdite ou que c\u2019est une zone protégée contre l\u2019exploitation des ressources.» Résultat : les Palestiniens ont creusé des dizaines et des dizaines de puits illégaux, dénonce l\u2019État israélien.Deeb Abdelghafour admet que c\u2019est « vrai à 100 % ».« Il y a des puits illégaux, mais c\u2019est à cause d\u2019Israël : ils nous empêchent de creuser ! » Deux poids, deux mesures Les stations de pompage palestiniennes, légales ou illégales, sont généralement en mauvais état, paralysées par des bris mécaniques (à cause du manque de pièces de rechange), situées dans une zone où l\u2019on trouve peu d\u2019eau, ou simplement trop peu profondes pour atteindre la nappe phréatique, explique-t-il.C\u2019est la triste réalité en Palestine : faute d\u2019argent, les infrastructures tombent en décrépitude.Dans le village d\u2019Al-Auja, une station de pompage financée par l\u2019aide internationale a été construite il y a cinq ans, mais elle ne fonctionne pas.Les résidents du village sont frustrés.Ils ne se gênent pas pour critiquer l\u2019Autorité palestinienne.« Il y a de la turbidité dans l\u2019eau.On a besoin d\u2019un filtre qu\u2019on doit importer de l\u2019étranger.On prévoit de lancer l\u2019appel d\u2019offres prochainement.On a un autre problème majeur : on n\u2019a pas le personnel qualifié pour faire fonctionner la station de pompage », explique Deeb Abdelghafour, de l\u2019Autorité palestinienne.Tout un contraste avec les puits creusés par Israël un peu partout en Cisjordanie pour approvisionner les colonies juives.À Al-Auja, les résidents notent que la demi-douzaine de colonies israéliennes du voisinage ont assez d\u2019eau pour cultiver leurs champs.La multiplication des puits israéliens a contribué à tarir les sources de la Palestine, dont celle qui a fait la renommée d\u2019Al-Auja, remarque Jihad Shabanat, ingénieur hydraulique pour la municipalité.Il vient d\u2019une famille d\u2019agriculteurs qui a cessé de cultiver ses terres, faute d\u2019irrigation.Deux de ses frères ont fait comme des dizaines de Palestiniens: ils sont allés travailler dans les champs des colonies israéliennes.«C\u2019est frustrant, dit-il.On n\u2019a pas assez d\u2019eau pour cultiver nos terres, alors on doit travailler pour les Israéliens qui occupent notre territoire et qui, eux, ne manquent pas d\u2019eau.Tu peux imaginer comment on se sent.» La souveraineté d\u2019abord Autre source de frustration, les Palestiniens dépendent presque entièrement de Mekorot, le distributeur national israélien, pour leur approvisionnement en eau potable.L\u2019État juif a beau fournir plus d\u2019eau que ce qui est prévu par les accords d\u2019Oslo, tout le monde convient, des deux côtés du « mur de séparation », que c\u2019est insuffisant pour répondre à la demande.Les municipalités palestiniennes \u2014 et les Palestiniens eux- mêmes \u2014 ont appris à stocker l\u2019eau potable pour pallier l\u2019approvisionnement sporadique du réseau israélien.« L\u2019entente est jugée insuffisante pour les besoins des Palestiniens, entre autres à cause de la croissance de la population.Par habitant, les Palestiniens obtiennent environ le quart de ce qui est alloué aux Israéliens », explique David Katz, professeur de géographie à l\u2019Université d\u2019Haïfa.L\u2019occupation militaire de la Palestine par Israël vient brouiller les efforts de coopération entre les deux nations, souligne le professeur.L\u2019État juif est prêt à vendre davantage d\u2019eau potable aux Palestiniens, mais ceux-ci refusent : ils réclament d\u2019abord la souveraineté sur l\u2019eau qui se trouve dans leur sol, pour répondre eux-mêmes à leurs besoins.Les Palestiniens rechignent à participer à des projets communs de dessalement de l\u2019eau de mer avec Israël pour les mêmes raisons.Cette coopération avec les responsables de l\u2019occupation illégale serait considérée comme une forme de renoncement à la souveraineté palestinienne.Les eaux usées restent non traitées en territoire palestinien pour des raisons similaires.«Israël a proposé l\u2019aménagement d\u2019usines régionales de traitement des eaux usées.Les Palestiniens disent qu\u2019ils ne veulent pas d\u2019usines qui serviraient les colonies, parce qu\u2019ils font valoir que les colonies sont illégales.Il n\u2019y a rien qui se construit, et les égouts polluent les aquifères», résume David Katz.Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat\u2013Le Devoir.En haut : une Palestinienne évoque avec découragement les difficultés de cultiver des fines herbes dans les collines au nord-est de Ramallah.En bas : un garçon donne un coup de main à ses parents, Abdullah et Taghrid Naji, dans le champ familial à Al-Auja, dans la vallée du Jourdain.Le village d\u2019Al-Auja était autrefois le grenier de la Palestine.Oranges, citrons, tomates et concombres abondaient dans cette région jadis irriguée par une source abondante.Les changements climatiques ont toutefois bouleversé la Palestine depuis deux décennies.Les champs d\u2019Al-Auja ont été désertés.Il n\u2019y a plus grand-chose qui pousse dans ces terres pierreuses.À la limite du village, une plantation de bananes détonne au milieu d\u2019une terre aride.Un couple et son fils s\u2019activent parmi les bananiers, sous un soleil de plomb.Il fait 41 degrés Celsius.«C\u2019est la première fois depuis des années qu\u2019on réussit à faire pousser des bananes.C\u2019est une culture qui nécessite beaucoup d\u2019eau, mais de l\u2019eau, on en manque terriblement», dit Taghrid Naji, 49 ans, mère de sept enfants et agricultrice.Elle, son mari, Abdullah, et leur fils de 10 ans, Mosa, nous reçoivent dans leur champ.L\u2019hiver dernier a été pluvieux \u2014 une exception, après cinq années de sécheresse record \u2014, ce qui a permis aux agriculteurs du village de remplir les étangs qu\u2019ils ont aménagés un peu partout dans la région.Abdullah a bricolé un système de pompes et de tuyaux rouillés qui crache un filet d\u2019eau sablonneuse.« C\u2019est de l\u2019eau dégueulasse, qu\u2019il faut filtrer, mais c\u2019est de l\u2019eau », explique l\u2019agriculteur.La récolte de bananes s\u2019annonce bonne, mais le couple ne se fait pas d\u2019illusions.Il semble loin, le temps où le village exportait ses agrumes, ses melons d\u2019eau et ses légumes jusque PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR "]
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