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Le soleil
Journal quotidien d'information de grande diffusion publié à Québec. Il a longtemps été associé directement aux partis politiques libéraux.
[...]
Le Soleil voit le jour à la fin de 1896 pour prendre la relève du quotidien d'allégeance libérale L'Électeur, qui avait subi la réprobation de l'Église. Sans perdre un seul jour de publication, le journal, qui avait publié les contributions de Louis Fréchette, Arthur Buies et Wilfrid Laurier, est relancé sur un ton plus modéré, sous son nom actuel, à l'initiative d'Ernest Pacaud et des directeurs de la Compagnie d'imprimerie du Québec.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, les principaux actionnaires et dirigeants du journal sont des hommes politiques libéraux. Le Soleil s'affiche d'ailleurs pendant tout ce temps comme un organe des partis libéraux provincial et fédéral. Il deviendra par la suite un journal d'information généraliste.

Au fil des ans, le journal accueille les contributions de grands rédacteurs et journalistes : Ulric Barthe, Henri d'Hellencourt, Jean-Charles Harvey, Joseph Barnard, Raymond Dubé, Joseph Hardy, Joseph Voisard, Henri Dutil, Paul Audet et Gilbert Lavoie, parmi plusieurs autres. Dès le milieu des années 1930, Germaine Bundock et Renaude Lapointe tiennent des chroniques féminines et couvrent les actualités culturelles et sociales; viennent ensuite Monique Duval, puis Lise Lachance. Le journal imprime des photographies d'Alcide puis de Pierre Martineau, et plus tard de Raynald Lavoie et de Clément Thibault. Les caricaturistes Raoul Hunter, puis Berthio (Roland Berthiaume) et André-Philippe Côté y feront aussi leur marque.

En 1936, Le Soleil consolide sa présence sur le marché de la presse quotidienne de Québec lorsqu'il acquiert son concurrent, L'Événement, publié depuis 1867, puis Le Journal en 1938. Les deux titres sont fusionnés. L'Événement-Journal sera publié de 1938 à 1962, puis il reprendra le nom de L'Événement jusqu'à sa fermeture définitive en 1967.

Après avoir été présidé par la famille Gilbert (à partir de 1948), Le Soleil est acquis en 1974 par Jacques Francoeur et le groupe Unimedia. Le journal passe aux mains du groupe Hollinger de Conrad Black en 1987, puis à celles du groupe Gesca en 2000. En 2006, pour faire face à la concurrence du populaire Journal de Québec, il abandonne le grand format pour adopter le format tabloïd.

Le Soleil
est tiré à 22 000 exemplaires en 1907, à 49 000 en 1932, à 121 000 en 1960, à 160 000 en 1971, pour redescendre à 100 000 exemplaires en 1987 puis à 80 000 en 2000.


Sources :


BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 11-15.

LEMIEUX, Louis-Guy, Le roman du Soleil - Un journal dans son iècle, Québec, Septentrion, 1997.

BOIVIN, Mathieu, « Tout petit, le Soleil », Trente, vol. 31, no 8, septembre 2007.

CARDINAL, François, « Le Soleil brillera-t-il pour Gesca? », Trente, vol. 25, no 6, juin 2001.


Éditeur :
  • Québec :Le soleil,[1896]-
Contenu spécifique :
Supplément
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Électeur (Québec, Québec : 1880 : Édition quotidienne)
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Le soleil, 2019-10-12, Collections de BAnQ.

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[" SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT MARC ALLARD \u2022 IAN BUSSIÈRES \u2022 GILLES CARIGNAN \u2022 ANNE-LOUISE CHAMPAGNE JEAN-FRANÇOIS CLICHE \u2022 MICHEL CORBEIL \u2022 ANDRÉ-PHILIPPE CÔTÉ \u2022 MAURICE DUMAS ÉLISABETH FLEURY \u2022 ROBERT FLEURY \u2022 VALÉRIE GAUDREAU \u2022 NICOLAS HOULE MICHÈLE LAFERRIÈRE \u2022 GILBERT LAVOIE \u2022 MYLÈNE MOISAN \u2022 ANNIE MORIN JEAN-FRANÇOIS NÉRON \u2022 NORMAND PROVENCHER \u2022 PAUL-ROBERT RAYMOND JACQUES SAMSON \u2022 MICHEL SAMSON \u2022 CARL TARDIF \u2022 ANNE-MARIE VOISARD #lesoleilcontinue ÉDITIO N SPÉC IALE 64 PAGES 3 2 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 3 3 2 Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de l\u2019avenir du Soleil, qui continue à vous informer avec la passion et la vigueur qui le caractérise depuis 123 ans, malgré les cieux incertains.Mais aujourd\u2019hui, on vous convie à une incursion dans ce qui fait la force de votre quotidien : l\u2019information.On vous invite dans les coulisses du travail des artisans du Soleil qui ont raconté, critiqué, souligné les bons et les mauvais coups dans tous les secteurs d\u2019activité.Ces journalistes qui ont fait une différence par leurs reportages.Les essentiels travailleurs du pupitre qui se sont, plus souvent qu\u2019autrement, « revirés sur un 10 cennes » lorsqu\u2019une grosse nouvelle tombait en soirée.« On tue la une ! » L\u2019expression a un je-ne-sais-quoi de romantique.Mais elle est vraie.Au fil des prochaines pages, vous aurez donc rendez-vous avec la petite et la grande histoire de Québec.Une vingtaine de journalistes, anciens comme actuels, ont généreusement plongé dans leurs souvenirs pour vous donner un accès privilégié à des histoires marquantes des dernières années.Déjà, chers lecteurs, des cas vous viennent sans doute en tête.La mort de René Lévesque, l\u2019incendie du Manège militaire, l\u2019attentat contre Pauline Marois, la spectaculaire chute de Clotaire Rapaille.Des reportages qui ont fait bouger les autorités politiques aussi : des soins de santé plus accessibles, un couple de jeunes immigrants belges qui voient les choses débloquer pour leur permis de travail après la publication de leur histoire, le travail sans relâche du Soleil dans des dossiers de longue haleine comme le pont de Québec ou la clinique SABSA.Des dossiers municipaux, où Le Soleil a toujours été présent.De récents reportages ont joué un grand rôle dans l\u2019épineux dossier de la nouvelle centrale de police ou dans la réglementation pour l\u2019emprisonnement des personnes itinérantes.«?Le?plus?beau?métier?du?monde?» D\u2019autres ont choisi de vous raconter les coulisses de l\u2019interne.Quel bonheur de lire Anne-Marie Voisard, exceptionnelle coordonnatrice des défunts stages d\u2019été qui ont fait naître des vocations, dont la mienne.Ces premiers pas dans le métier qui ont forgé la relève et construit des plumes que vous lisez encore dans nos pages et dans d\u2019autres médias de la capitale et du Québec.Aujourd\u2019hui, on célèbre les journalistes qui ont le privilège d\u2019exercer « le plus beau métier du monde », comme l\u2019écrit l\u2019estimé collègue aujourd\u2019hui retraité Jacques Samson.Une mention toute spéciale aussi pour nos précieux photographes qui ont su immortaliser ces moments.Plusieurs de leurs photos accompagnent ces récits de reportages marquants.Car oui, on écrit beaucoup de mots dans votre Soleil.Mais comme le dit l\u2019adage, « une image vaut mille mots ».Ça aussi c\u2019est vrai.Merci à tous les services du Soleil d\u2019avoir appuyé cette initiative lancée par le directeur de contenu aux projets spéciaux, Yvan Dumont, et son équipe.Merci à Gilles Ouellet pour le grand coup de pouce.Merci aux journalistes parmi nous et aux anciens, qui restent toujours dans nos cœurs.Et surtout, merci à nos extraordinaires lecteurs, d\u2019être toujours aussi fidèles.Ces belles histoires, elles ne seraient rien sans vous.Entrée au Soleil comme stagiaire d\u2019été en 2003, Valérie Gaudreau a travaillé à diverses sections et au pupitre avant de couvrir l\u2019effervescente scène municipale de Québec de 2011 à 2017.Elle fait, cette année-là, le saut à la direction comme cheffe des nouvelles avant d\u2019être nommée rédactrice en chef, poste qu\u2019elle occupe depuis juin 2018.Valérie Gaudreau vgaudreau@lesoleil.com Le Soleil hier, aujourd\u2019hui et demain 5 4 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 5 5 4 Originaire de Rimouski, Gilbert Lavoie a été rédacteur en chef du Soleil de 1994 à 2001 et chroniqueur politique jusqu\u2019à sa retraite en novembre 2018.Journaliste depuis 1971, dont 15 ans à La Presse, il a été secrétaire de presse de Brian Mulroney de 1989 à 1992.En 2009, il a publié Jean Pelletier, entretiens et témoignages et, en 2010, Blessures de guerre, des camps nazis à l\u2019Afghanistan, aux éditions du Septentrion.Gilbert Lavoie Collaboration spéciale Voilà, c\u2019est reparti ! Nos rues sont tapissées d\u2019affiches : des candidats souriants qui sollicitent notre appui en vue des élections fédérales.Mais que nous cache-t-on derrière ces beaux sourires?Plein de choses.Pierre-Elliott Trudeau a déjà confié au regretté Michel Roy qu\u2019il fallait être un « enfant de chienne » pour devenir premier ministre du Canada.Il ne faut pas prendre cette confidence au sens littéral.Mais c\u2019était sa façon de dire qu\u2019il faut avoir la couenne dure pour survivre en politique.Tout récemment, les médias ont révélé que la très correcte ministre Geneviève Guilbault était dure avec son personnel.Elle n\u2019est pas la seule.Je me souviens d\u2019avoir entendu Lucien Bouchard faire une colère noire dans son bureau du parlement fédéral.Il criait tellement fort qu\u2019on l\u2019entendait jusque dans le corridor où je l\u2019attendais pour une entrevue.Gilles Duceppe, que je venais tout juste d\u2019interviewer, était même sorti de son bureau pour me faire promettre de ne pas dire à Lucien qu\u2019on s\u2019était vu\u2026 Quelques minutes plus tard, M.Bouchard m\u2019accueillait avec un beau grand sourire, comme s\u2019il ne s\u2019était rien passé.À ce que je sache, Pierre Elliott Trudeau ne haussait pas le ton.Mais il faisait des colères froides et humiliait au besoin son interlocuteur.J\u2019ai encore en mémoire sa répartie cinglante à un ancien collègue de La Presse qui avait osé lui reprocher une faute linguistique en pleine conférence de presse.Trudeau l\u2019a cloué au pilori de la grammaire française.Joe Clark, par contre, était beaucoup trop gentil.Tout comme Justin Trudeau d\u2019ailleurs\u2026 Brian Mulroney ne criait pas après son monde, mais tout le monde savait qu\u2019il ne fallait pas lui marcher sur le gros orteil.Jean Chrétien aussi était un dur à cuire, mais il n\u2019avait pas besoin de se fâcher.Son grand ami et directeur de cabinet, Jean Pelletier, assurait la discipline avec une poigne de fer.À Québec, Pauline Marois était capable de se fâcher et de lancer quelques jurons bien placés.Mais tous ceux qui ont travaillé à ses côtés ont louangé sa gentillesse et sa grande capacité d\u2019écoute.Jean Charest avait du plaisir en politique, parfois trop.On m\u2019a raconté que, lorsque ses adjoints tentaient de l\u2019intéresser à un problème de gestion, il levait les yeux au plafond pour manifester son manque d\u2019intérêt.Philippe Couillard n\u2019avait pas de malice, il était trop indulgent.C\u2019était sa faiblesse, parce qu\u2019en politique, il vaut mieux donner des coups qu\u2019en recevoir.Et François Legault ?Il lui arrive certainement de s\u2019impatienter.Mais on me dit qu\u2019il ne pète jamais sa coche et qu\u2019il est très gentil avec son personnel.Mais attention : il juge son entourage aux résultats.Il déplace gentiment mais rapidement ceux et celles qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes.Le secret derrière leur sourire\u2026 Notre collègue Gilbert Lavoie donnant la main au pape Jean-Paul II sous l\u2019œil de Brian Mulroney, alors Premier ministre du Canada.PHOTO FOURNIE PAR GILBERT LAVOIE À ce que je sache, Pierre Elliott Trudeau ne haussait pas le ton.Mais il faisait des colères froides et humiliait au besoin son interlocuteur. 7 6 7 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 7 6 Aujourd\u2019hui directeur des contenus numériques de Groupe Capitales Médias, Gilles Carignan était chef des nouvelles au moment où le journaliste Pierre-André Normandin, alors affecté aux affaires municipales, entreprend de démêler le vrai et le faux du parcours de Clotaire Rapaille Gilles Carignan gcarignan@lesoleil.com Il avait été engagé comme le « king du marketing ».Il s\u2019est révélé le roi du n\u2019importe quoi.En 2010, Clotaire Rapaille devait refaire l\u2019image de la ville de Québec.Au final, c\u2019est la sienne que l\u2019aventure chez nous a démolie.Farfelue : pas d\u2019autres mots pour qualifier la bio que le Français s\u2019était inventée pour nourrir sa réputation.Un travail de pro, qui a confondu tout le monde, jusqu\u2019à ce qu\u2019un journaliste du Soleil décide de faire quelques vérifications supplémentaires\u2026 En surface, difficile de blâmer les clients du gourou.Le parcours en imposait.Il avait travaillé avec de grandes marques mondiales.Un de ses bouquins était devenu une référence en publicité.Il avait même conseillé le président Pompidou ! Sauf que\u2026 Cette biographie, reprise dans tous les portraits publiés au fil du temps (New York Times, Libération, Fortune, etc.), est un festival de l\u2019approximation et de l\u2019omission volontaire.Rapaille n\u2019a que lui-même à blâmer pour sa chute.La suspicion a commencé par la faute qu\u2019il a commise en conférence de presse dans la capitale.Questionné sur son premier contact avec le Québec, il a évoqué son enfance bercée par les chansons de Félix Leclerc que lui chantait sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale.Belle histoire, à un détail près : Félix n\u2019a commencé à enregistrer qu\u2019en\u2026 1950 ! Infoman souligne l\u2019«erreur» dans un reportage qui soulève une autre contradiction de Rapaille sur le Débarquement en Normandie\u2026 Y était-il ou pas?Québec défend son expert, plaidant la mémoire défaillante.« Ça n\u2019enlève rien à la crédibilité de la personne », assure-t-on.Une source contacte alors Pierre-André Normandin au Soleil et l\u2019invite à vérifier une autre prétention de Rapaille, soit que son livre La communication créatrice est une référence publicitaire en France\u2026 Vérification faite : les directeurs des écoles de pub interrogés ignoraient l\u2019existence de la plaquette de 111 pages ! En fait, Pierre- André a trouvé trace du bouquin dans une seule bibliothèque en France, à Nice\u2026 Pendant 10 jours, le journaliste se met à vérifier tous les détails de la bio.C\u2019est ainsi qu\u2019il découvre que, selon le contexte, il ne revendique pas le même doctorat (anthropologie médicale ou psychologie sociale).Il découvre aussi que Rapaille n\u2019a pas travaillé à refaire l\u2019image de villes comme Dubaï, Singapour ou Venise.Pire : comment peut-il déclarer avoir travaillé pour le gouvernement français de Pompidou alors que ce dernier est décédé en 1974, et que sa compagnie a été créée en\u2026 1976.Clotaire Rapaille est à Québec quand les contradictions s\u2019accumulent.Pierre-André décroche une entrevue au Château Frontenac où il loge, juste avant son départ vers l\u2019aéroport.Extrait du texte : Clotaire Rapaille a accepté de répondre pendant près d\u2019une heure aux questions du Soleil sans jamais s\u2019offusquer des contradictions soulevées.«Je suis très surpris que vous ayez pu trouver ces bouquins et fait tout ce travail », a-t-il simplement laissé tomber à quelques reprises durant la rencontre.Le résultat de l\u2019enquête a fait la Une du samedi 27 mars 2010 et devient vite une nouvelle nationale.Régis Labeaume n\u2019a plus le choix : il annonce la résiliation de son contrat le lundi suivant.Le magazine parisien L\u2019Obs résume l\u2019affaire quelques jours plus tard : « Clotaire Rapaille ou la chute d\u2019un \u201cbullshitter\u201d français en Amérique ».La chute de Clotaire Rapaille PHOTO LE SOLEIL, ERICK LABBÉ Clotaire?Rapaille 9 8 9 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 9 8 Journaliste pendant 45 ans, dont 41 ans au Soleil, Michel Samson a été journaliste, puis chef de pupitre.Il a ensuite été directeur de l\u2019information de 1997 à 2000.Il a pris sa retraite en 2013.Michel Samson Collaboration spéciale « On n\u2019a pas le choix.On tue la UNE » C\u2019est ce que j\u2019ai pensé quelques minutes après 21 h 30, le 4 avril 2008, en apprenant que le Manège militaire de Québec brûlait.Ce soir- là, j\u2019agissais comme chef de pupitre dans les bureaux du Soleil, boulevard Charest.Le pupitre, c\u2019est le nom que l\u2019on donne à l\u2019équipe qui a la charge de sélectionner, corriger, titrer et mettre en pages les nouvelles qui seront dans l\u2019édition papier de votre journal quotidien.Ce travail s\u2019effectue tout au long de la soirée avec une heure de tombée ultime à 23 h 30.Les pressiers ont besoin de temps pour produire, imprimer et assembler les pages du journal qui sera distribué aux abonnés très tôt le matin.Priorité numéro un : recueillir le plus d\u2019information possible.Le journaliste aux faits divers, Matthieu Boivin, est déjà en route.On rejoint le photographe en devoir, Erick Labbé.Heureusement pour nous, il n\u2019est pas loin du Manège.Il assiste à un concert des Violons du Roy au Palais Montcalm.On lui demande d\u2019accourir sur les lieux et de nous ramener ses photos au plus vite.Nos archives sont aussi mises à contribution pour raconter en mots et en images l\u2019histoire de ce monument emblématique de Québec.Il faut maintenant regarder comment réaménager les premières pages du journal.Briefing avec Valérie Gaudreau, qui agit comme principale adjointe du chef de pupitre, et avec Michèle Tellier, la graphiste chargée du design de la Une.On arrive à la conclusion qu\u2019il serait possible de consacrer quatre pages à l\u2019incendie et d\u2019en modifier trois autres tout en respectant l\u2019heure de tombée.La publication de quelques articles est décalée d\u2019une journée.On est aussi en communication avec nos gens sur place.Ils nous confirment l\u2019ampleur du drame.Un collaborateur inattendu s\u2019ajoute.Richard Therrien, notre chroniqueur télé est de passage à Québec et il ne réside pas loin du Manège.Il devient un témoin privilégié.Inutile de préciser que toute l\u2019équipe est sur l\u2019adrénaline.On vit une tragédie et on veut bien faire notre boulot.C\u2019est notre devoir d\u2019informer les citoyens.Plusieurs apprendront le drame au réveil le lendemain matin et ils voudront avoir un bon portrait de la situation dans leur journal.Un peu avant 23 h, le photographe Erick Labbé arrive au journal.Il se dit imprégné de la fumée qui a envahi la haute-ville.Il nous rend accessibles ses photos.Avec Michèle Tellier, on choisit celle qui fera la Une, Valérie coordonne le montage des pages intérieures.Matthieu nous dicte son article.La correctrice révise textes et épreuves.Même l\u2019équipe des sports donne un coup de main.Les pages sont expédiées aux presses.Tous les lecteurs de l\u2019édition du 5 avril auront droit à une édition complète, ce qui n\u2019est pas le cas de notre compétiteur.Mission accomplie! Le soir de l\u2019incendie du Manège PHOTO LE SOLEIL, ERICK LABBÉ La?vue?du?haut?des?airs?a?permis?de?montrer?le?travail?de?l\u2019important?contingent?de?pompiers?déployés?sur?les?lieux?de?l\u2019incendie.PHOTO LE SOLEIL, ERICK LABBÉ L\u2019intensité?des?flammes?a?donné?lieu?à?des?images?spectaculaires?qui?ont?fait?le?tour?du?web. 11 10 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 11 11 10 Michel Corbeil a œuvré pendant 36 ans au Soleil, dont une quinzaine d\u2019années à titre de courriériste parlementaire à l\u2019Assemblée nationale.Affecté à différents secteurs, il a signé plusieurs reportages spéciaux au Québec et à l\u2019étranger.Ce diplômé de l\u2019Université Laval a débuté sa carrière comme correspondant du Soleil en Gaspésie et quitté pour la retraite en 2016.Michel Corbeil Collaboration spéciale Ce 4 septembre 2012, une foule de militants célèbrent bruyamment le retour au pouvoir du Parti Québécois et l\u2019élection de Pauline Marois, première femme à diriger le Québec.Au Métropolis, à Montréal, les partisans chantent « Ma chère Pauline, c\u2019est à ton tour\u2026 », scandent l\u2019incontournable refrain des ralliements souverainistes « On veut un pays ».La place que j\u2019occupe, ce soir-là, se situe au milieu de la salle, à l\u2019arrière d\u2019une partie de la foule, à une cinquantaine de mètres de la scène, derrière les caméras de la télévision.L\u2019excitation monte au Métropolis.Pauline Marois débute son discours de victoire.Je m\u2019affaire à en citer des extraits.Je me penche pour jeter un œil vers la cheffe du PQ.Et soudain, pratiquement sur le coup de minuit, à la toute limite de l\u2019heure de tombée, plus rien, plus de discours, plus de Pauline Marois.L\u2019estrade est vide.C\u2019est un tumulte sans raison apparente.« Détails » que n\u2019apprendront les personnes présentes qu\u2019à leur sortie du rassemblement : le tireur fou Richard Henry Bain a fait feu depuis l\u2019entrée des artistes de la salle de spectacles; il tue d\u2019un coup le technicien de scène Denis Blanchette et blesse son collègue Dave Courage; heureusement, son arme s\u2019enraye.Sur le moment, l\u2019incompréhension est totale au Métropolis.Le bruit de la déflagration a été couvert par le brouhaha des partisans.Sur place, je glane des bribes d\u2019information.De la porte de sortie secondaire se dégage de la fumée.Personne ne sait encore qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019incendie provoqué par Richard Bain.Une rumeur, fausse, parle aussi d\u2019une balle assourdissante.À l\u2019intérieur, les médias ne peuvent qu\u2019attester du chaos, du désordre, de la confusion du moment.Pauline Marois revient au bout de quelques minutes.Je suis témoin en direct d\u2019un début de « règne (\u2026) par une soirée chaotique ».La femme d\u2019État incite tous à quitter dans le calme.Sans savoir elle-même pourquoi son majordome et son garde du corps l\u2019ont entraînée hors de la scène.Sans savoir qu\u2019elle était la cible de Richard Bain.Comme les autres, j\u2019argumente avec les policiers, qui veulent une évacuation immédiate, pour terminer mon article.Un coup de fil au Soleil, l\u2019ordinateur sur les genoux, et le texte file finalement vers la salle de rédaction.Le journalisme est un sport d\u2019équipe.À Québec, un collègue signe un texte sur le drame qui fait un mort et un blessé grave, sous le titre « Un forcené tire sur deux personnes au Métropo- lis ».À Montréal, sur la « Sainte-Catherine » sous une pluie fine, quelques appels pour rassurer mes proches.Comme à propos de ce message dans Internet avançant qu\u2019un des conducteurs des autobus des médias est une victime.C\u2019est faux.L\u2019information, c\u2019est aussi de ne pas relayer des nouvelles bidon\u2026 Témoigner d\u2019une soirée électorale tragique Et soudain, pratiquement sur le coup de minuit, à la toute limite de l\u2019heure de tombée, plus rien, plus de discours, plus de Pauline Marois.L\u2019estrade est vide.C\u2019est un tumulte sans raison apparente. 13 12 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 13 13 12 Retraitée depuis deux ans, Anne-Louise Champagne a passé 24 années au Soleil, dont environ la moitié comme journaliste et l\u2019autre, comme chef de pupitre.Au reportage, elle a couvert principalement les faits divers, l\u2019environnement, la consommation et les affaires.Elle a aussi touché à la direction des affaires et des arts et spectacles.Anne-Louise Champagne Collaboration spéciale C\u2019était un dimanche soir tranquille à la rédaction du Soleil.Jusqu\u2019à ce que la journaliste Isabelle Jinchereau sorte en courant de son bureau, émue.« René Lévesque est mort », lance-t- elle aux collègues du pupitre.C\u2019était le 1er novembre 1987.Il était environ 22 h 45, l\u2019heure de tombée étant minuit.Le journal du lendemain était presque prêt à partir aux presses, avec une manchette rapportant un record de plaintes liées à la loi 101.La première réaction?Celle de l\u2019éditeur Jacques Samson.« Si c\u2019est une blague, c\u2019est pas drôle ! » Mais nous comprenions bien que ce n\u2019était pas une blague.Autour du pupitre, il y eut un lourd et long silence.René Lévesque, 65 ans, était mort après un malaise cardiaque survenu chez lui, à l\u2019Île-des-Sœurs.Les détails, nous ne les connaissions pas encore.Nos émotions étaient mélangées : incrédulité et tristesse.Mais l\u2019heure n\u2019était pas à s\u2019apitoyer ou à discuter de l\u2019homme.Il y avait un journal à repenser, en moins d\u2019une heure.Tuer?la?Une,?bien?avant?Scoop Les réflexes du pupitre dans ces situations : surveiller frénétiquement le fil de presse dans l\u2019attente d\u2019un premier texte.Puis, choisir les photos.Le briefing s\u2019est fait en vitesse.Les collègues tenaient au cliché du photographe André Pichette, pris au lendemain des élections de 1976.Du haut d\u2019un arbre, Pichette avait réussi à croquer le nouveau premier ministre chez lui, en train de boire son café matinal.Du haut de mes cinq mois d\u2019expérience au pupitre du Soleil, j\u2019observe, fébrile, la machine se mettre en place.Je reçois du chef de pupitre, Denis Angers, la mission de refaire la page 3 en utilisant les textes qui étaient à la Une l\u2019instant d\u2019avant.Et de faire ça vite.Lui, de son côté, doit refaire la Une.Il a déjà téléphoné aux presses pour augmenter le tirage.Son titre sera simplement « Mort subite de René Lévesque ».Et la citation « Je n\u2019ai jamais été aussi fier » coiffait une photo de son élection en 1976.Une collègue est chargée de la mosaïque de photos dans la page 2.Simple à dire, mais à l\u2019époque, une recherche de photos signifiait de fouiller dans une pile d\u2019enveloppes.Les pages ont été refaites en moins d\u2019une heure, dans le plus grand silence.Il y avait le texte sur le décès de Lévesque, complété par sa biographie.Un deuxième papier exprimait la tristesse de l\u2019entourage politique de Lévesque.Chapeau aux collègues de La Presse canadienne.La suite appartenait alors aux typographes, qui ont sûrement connu une fin de soirée trépidante eux aussi.Quant à moi, je venais de vivre ma première \u2013 et grisante \u2013 montée d\u2019adrénaline de dead line.J\u2019avais compris ce que c\u2019est que de faire un journal.Jacques Samson est descendu aux presses chercher une copie du journal.En voyant la manchette, nous avons brusquement compris que René Lévesque était mort.À LA MORT DE RENÉ LÉVESQUE Refaire le journal en dernière heure ! PHOTO : GABRIELLE BORDUAS Dès?17?h,?la?foule?se?rassemblait?devant?le?parlement?de?Québec?pour?rendre?hommage?à?René?Lévesque.?À?21?h,?on?évaluait?à?3500?le?nombre?de?personnes?attendant?silencieusement?de?pouvoir?pénétrer?à?l\u2019intérieur?du?parlement.PHOTO : ARCHIVES LE SOLEIL PHOTO : ARCHIVES LE SOLEIL Les?premiers?ministres?Brian?Mulroney?et?Robert?Bourassa?devant?le?cercueil?de?René?Lévesque 15 14 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 15 15 14 Marc Allard est journaliste au Soleil depuis 2005.Il est reporter aux faits divers et signe depuis quatre ans la chronique Nous, les humains.Marc Allard mallard@lesoleil.com Fini la prison pour les itinérants « Valérie Brière est en prison », m\u2019a dit ma source.J\u2019avais interviewé Mme Brière une semaine plus tôt pour un dossier sur les contraventions chez les itinérants.Et voilà que j\u2019apprenais que cette mère monopa- rentale avait été condamnée à 101 jours de détention pour 2120,88 $ d\u2019amendes impayées.Je savais que Québec emprisonnait encore des itinérants pour des dettes de contraventions, même si des villes comme Montréal et Val- d\u2019Or avaient cessé cette pratique depuis de nombreuses années.Mais là, un cas réel venait de se produire et il fallait le raconter.Mon reportage sur l\u2019emprisonnement de Valérie Brière a été publié en Une du Soleil le 1er juin 2018.Le maire Régis Labeaume a d\u2019abord défendu la détention de Mme Brière, qui avait reçu des tickets pour avoir mendié, fait du squeegee, avoir uriné dans un endroit public et avoir flâné.Mais en dehors de l\u2019hôtel de ville, la colère montait.Des citoyens ont offert des milliers de dollars pour faire libérer Valérie Brière et des organismes communautaires ont dénoncé les ratés du programme de justice alternative à la cour municipale de la Ville de Québec, auquel Mme Brière était inscrite.Puis, un juge de la Cour supérieure a libéré Valérie Brière, affirmant que l\u2019incarcération pour non-paiement d\u2019amende « ressemble quasiment au Moyen-Âge ».Cinq mois après la diffusion du reportage, la Ville annonçait qu\u2019elle cessait l\u2019emprisonnement des personnes qui ont été en situation d\u2019iti- nérance ou confrontées à des problèmes de santé mentale.Elle se lançait aussi dans une réflexion, avec son service de police, sur l\u2019application du Règlement sur la paix et le bon ordre.« Le cas de Mme Valérie Brière, c\u2019est devenu une sorte de symbole », a dit le maire Labeaume.« Je regrette de ne pas avoir eu plus d\u2019empathie lorsque l\u2019histoire a été révélée.» PHOTO LE SOLEIL, PATRICE LAROCHE Valérie?Brière?a?été?accueillie?à?sa?sortie?de?prison?par?son?conjoint?Patrick?Huneault,?très?heureux?de?la?tournure?des?évènements. 17 16 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 17 17 16 Ian Bussières est journaliste au Soleil depuis 1992.D\u2019abord attitré à la couverture de l\u2019information des régions de L\u2019Amiante, de L\u2019Érable, des Bois-Francs et de Mégantic, il a ensuite travaillé dans presque toutes les sections du journal, notamment le reportage général, les informations internationales avec la couverture des suites du tremblement de terre de 2010 en Haïti, les arts et spectacles et, maintenant, les sports.Ian Bussières ibussieres@lesoleil.com Le travail de journaliste devient des plus stimulants quand on peut avoir la chance de faire la différence dans la vie de quelqu\u2019un, plus particulièrement quand on a la chance d\u2019aider quelqu\u2019un à se sortir d\u2019une situation où il doit se battre contre les rouages de la bureaucratie.C\u2019est exactement le genre de dossier qui est atterri sur mon bureau, en octobre 2017, quand j\u2019ai eu à couvrir l\u2019histoire d\u2019un couple originaire de Belgique qui se retrouvait interdit de travail quatre ans après leur arrivée à Québec.Parents de deux jeunes enfants, Kevin Timmermans, employé chez Latulippe, et son épouse Maïté Lequeux, alors employée chez Opsens, s\u2019étaient vu refuser un renouvellement de leur permis de travail en attendant qu\u2019une décision soit prise sur leur demande de résidence permanente.Le couple avait pourtant l\u2019appui de ses employeurs et se retrouvait en situation précaire, sans emploi pour payer ses factures, dont une somme de 13 000 $ représentant les frais médicaux pour la naissance de leur dernier-né puisqu\u2019ils n\u2019étaient alors pas couverts par l\u2019assurance-maladie.Non seulement la publication du reportage a contribué à amener rapidement le couple à rencontrer François Blais, alors ministre provincial de l\u2019Emploi, le ministre fédéral Jean- Yves Duclos et le député fédéral Pierre Paul-Hus, mais ces rencontres ont vite fait bouger les choses, de sorte que Kevin était de retour au travail en janvier après avoir reçu juste avant Noël un certificat de sélection du Québec avec un nouveau permis de travail à la clé.Pour couronner le tout, l\u2019histoire du couple avait aussi suscité un élan de sympathie dans la population; plusieurs personnes leur ayant fait parvenir des denrées, des vêtements ou offrant même de payer certaines de leurs factures.Aujourd\u2019hui, le couple Timmermans- Lequeux est résident permanent du Canada depuis le 6 juillet 2019.Kevin travaillait toujours chez Latulippe, mais a subi un grave accident de travail entraînant la perte d\u2019un œil, son épouse œuvre toujours dans le domaine de la photonique, mais chez Teraxion.«Dans deux ans, nous allons pouvoir faire une demande de citoyenneté canadienne», signalait M.Timmermans dans un entretien récent avec Le Soleil.«On peut dire que tout est bien qui finit bien.Je voudrais vous dire merci à vous et au quotidien Le Soleil, car c\u2019est vraiment ça qui a amené tout le reste.Ça a donné un bon coup de main.» Un coup de pouce pour deux Belges « interdits de travail » PHOTO : LE SOLEIL, ERICK LABBÉ Kevin?Timmermans,?son?épouse?Maïté?Lequeux?et?leurs?deux?enfants. 19 18 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 19 19 18 Journaliste au Le Soleil depuis 1999, Mylène Moisan signe depuis 2012 une chronique où elle raconte des histoires variées, qui touchent à la fois les gens et la société dans laquelle nous vivons.Elle a notamment été courriériste parlementaire de 2002 à 2006, avant de faire le saut comme directrice à la Direction de l\u2019information de 2006 à 2010 et à la Direction du Web de 2010 à 2012.Mylène Moisan mmoisan@lesoleil.com J\u2019ai payé la facture comme des centaines, des milliers de personnes avant moi, pour une attelle installée pendant une chirurgie.Pas un gros montant, 29,50 $.La patiente a payé, mais la journaliste \u2013 qui n\u2019est jamais bien loin\u2026 \u2013 s\u2019est demandé pourquoi la patiente avait à payer pour quelque chose qui était essentiel pour maintenir le bras en place après la chirurgie, surtout que le gouvernement avait aboli six mois plus tôt les frais accessoires dans toutes les cliniques du Québec.Et les hôpitaux, eux ?Ils contrevenaient à la loi.Je l\u2019ai appris en faisant ce que je fais dans la vie, en appelant un peu partout pour avoir des réponses à mes questions, à la RAMQ, au CIUSSS, au ministère de la Santé, en insistant, en rappelant quand je réalisais qu\u2019on essayait de me rouler dans la farine.Ça?a?pris?du?temps,?mais?j\u2019ai?eu?des?réponses.Et j\u2019ai poussé mes recherches plus loin, à l\u2019ensemble de la province, pour savoir si d\u2019autres hôpitaux que ceux de Québec contrevenaient à la loi, si d\u2019autres Québécois payaient injustement pour des articles qui devaient être fournis.Le ministère ne le savait pas, on ne savait pas comment était appliquée la loi.J\u2019ai trouvé une vingtaine d\u2019hôpitaux qui refilaient la facture aux patients, certains depuis 2014, d\u2019autres depuis « toujours ».Dans les Laurentides, m\u2019avait expliqué la porte-parole du CISSS, « la gratuité [\u2026] était appliquée de façon variable entre nos différents centres hospitaliers, en raison d\u2019interprétations différentes de la loi ».On nageait en pleine confusion.Mis au parfum de cette situation, le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, a sommé tous les hôpitaux de se conformer à la loi et d\u2019offrir les « services médicalement nécessaires » et que ceux-ci « ne devraient jamais être facturés, directement ou indirectement, aux patients ».En plus des attelles et des plâtres, les bas de compression, les cannes et aussi les béquilles allaient devoir être fournis partout.Pour chaque service médicalement nécessaire, il doit toujours y avoir au moins une option gratuite, ce qui n\u2019exclut pas la possibilité de faire payer pour d\u2019autres options.Par exemple, une botte Samson au lieu d\u2019un plâtre classique.À Québec, cinq hôpitaux ont été rappelés à l\u2019ordre; le CHUL, Saint- Sacrement, l\u2019Enfant-Jésus, l\u2019Hôtel- Dieu et Saint-François-d\u2019Assise.J\u2019ai rappelé tous les hôpitaux où on facturait les patients, ils se sont tous conformés rapidement à la directive du ministère et ont cessé de faire payer les gens, ils ont modifié leurs pratiques en conséquence.Le journalisme, ça sert à ça.Une « simple » facture PHOTO : LE SOLEIL, MYLÈNE MOISAN Mylène?Moisan?sur?son?lit?d\u2019hôpital.? 21 20 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 21 21 20 Arrivée au Soleil en 1999, Élisabeth Fleury a couvert les faits divers avant de se joindre à l\u2019équipe éditoriale.Elle couvre maintenant les actualités générales, plus particulièrement les affaires sociales et la santé.Élisabeth Fleury efleury@lesoleil.com En 2015 et 2016, la coopérative sans médecin SABSA (pour Services à bas seuil d\u2019accessibilité) était menacée de fermeture, faute de financement, pour poursuivre sa mission auprès d\u2019une clientèle vulnérable, souvent désaffiliée du réseau de la santé traditionnel.Le Soleil rédigera de nombreux reportages qui contribueront à alimenter la pression populaire, laquelle permettra finalement à la clinique du quartier Saint-Roch de recevoir 420 000 $ sur trois ans du gouvernement du Québec.Au départ, la coopérative SABSA était soutenue par la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui finançait son volet « clinique de proximité » dans le cadre d\u2019un projet pilote.Lorsque ce financement a pris fin, des démarches ont été entreprises pour convaincre Québec d\u2019assurer la survie de la coopérative sans médecin, sans succès.L\u2019ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, plaidait que les services de SABSA devaient être donnés à l\u2019intérieur du cadre physique et institutionnel d\u2019un groupe de médecine familiale, question de ne pas multiplier les points de services.Une solution qui n\u2019en était pas une puisque la clientèle de SABSA, composée en majorité de patients ayant une situation et un état de santé précaires (hépatite C, VIH, problèmes de santé mentale, toxicomanie, souvent pas de carte d\u2019assurance-maladie\u2026), ne fréquente pas les établissements de santé traditionnels, notamment parce qu\u2019ils ne s\u2019y sentent pas les bienvenus.Bref, Gaétan Barrette craignait la création d\u2019un réseau « parallèle » de soins.Il justifiera par la suite son refus de financer SABSA par la présence d\u2019un CLSC « à quatre minutes de marche, sur le plat », avant de décréter que les services de la coopérative coûtaient trop cher.Devant l\u2019intransigeance du ministre, la coopérative n\u2019aura d\u2019autre choix que de se lancer dans une campagne de sociofinan- cement en 2016.Depuis 2015, Le Soleil a signé plusieurs articles sur SABSA, dans lesquels il a notamment fait état du travail accompli avec peu de moyens par l\u2019équipe de la coopérative auprès d\u2019une clientèle aux besoins immenses.Ses reportages, et ceux d\u2019autres médias, ont contribué à la naissance d\u2019un « front commun » pour la survie de SABSA.À l\u2019été 2016, l\u2019ex-ministre de la Santé finit par céder à la pression médiatique, populaire et politique : Québec paiera le salaire de l\u2019infirmière praticienne spécialisée (IPS), Isabelle Têtu, et les fournitures médicales de la clinique.L\u2019entente prévoit également le prêt d\u2019un travailleur social par le CIUSSS de la Capitale-Nationale.Le reste, notamment les frais d\u2019exploitation, doit être entièrement assumé par la coopérative, dont les besoins s\u2019élèvent à environ 250 000 $ par année.La clinique doit donc poursuivre ses campagnes de financement, qui grugent le temps et l\u2019énergie de l\u2019équipe.Le Soleil continuera d\u2019écrire sur SABSA, sur sa mission, sur les réalisations de son équipe.Pendant la campagne électorale, il s\u2019enquerra de la position des principaux partis politiques quant à leur volonté de financer la coopérative.En entrevue au Soleil, trois semaines après sa nomination, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, se montre disposée à ouvrir une porte jusque-là fermée par son prédécesseur.Le Soleil talonnera son cabinet, jusqu\u2019à ce que Québec annonce, en juillet, un financement à SABSA totalisant 420 000 $ sur trois ans.Cette aide ne dispense pas la coopérative de poursuivre ses campagnes de financement, mais elle lui permet de « colmater la brèche » et de « sortir du mode survie ».Sur la première ligne pour SABSA PHOTO LE SOLEIL, YAN DOUBLET L\u2019infirmière?de?la?clinique?SABSA?Marie-Christine?Leclerc?reçoit?Brigitte?en?consultation.Gaétan Barrette craignait la création d\u2019un réseau « parallèle » de soins. 23 22 23 22 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 leSoleil 24 Il y a des sujets importants qui dorment dans des tiroirs, d\u2019autres que l\u2019on voit tous les jours sans y prêter attention.Le pont de Québec, emblème de la capitale nationale, entrait dans les deux catégories avant que Le Soleil ne lui consacre les manchettes qu\u2019il mérite.C\u2019était en 2013.Le Soleil ramenait à l\u2019avant- plan médiatique une étude dans laquelle des ingénieurs spécialisés de Delcan concluaient que le pont rouillé était en bonne condition générale, mais n\u2019allait « pas le demeurer si aucune action n\u2019est prise pour arrêter la détérioration constatée ».La même firme de génie- conseil avait recommandé un nouveau pont Champlain pour Montréal : il a été inauguré cet été.Les pinceaux ne sont pas sortis à Québec mais, à tout le moins, les citoyens gardent l\u2019œil ouvert et n\u2019ont de cesse de réclamer la restauration du vieux pont, lien interrives essentiel et chef-d\u2019œuvre architectural reconnu dans le monde entier.Depuis six ans, Le Soleil a battu la cadence dans ce dossier.Il a suivi le procès civil \u2014 perdu \u2014 du gouvernement fédéral contre le CN, propriétaire du pont de Québec, pour la dernière peinture inachevée.Il a exposé les dessous de l\u2019entente pour l\u2019utilisation et l\u2019entretien du tablier par le gouvernement du Québec.Il y a eu les évaluations des coûts de peinture : 200 millions $ d\u2019abord, puis le choc d\u2019une facture potentielle de 400 millions $ révélée et confirmée dans ces pages (voir photos).Tout ça n\u2019est pas le fruit du hasard, mais d\u2019intenses recherches dans des rapports techniques, de patientes discussions avec des intervenants de l\u2019ombre et surtout d\u2019une confiance bâtie article après article.Lecteurs, rappelez-vous qu\u2019il y a du temps derrière les grands dossiers même s\u2019ils se dévorent rapidement.Impossible de faire abstraction de la promesse électorale du Parti libéral du Canada qui, à l\u2019automne 2015, promettait de « prendre ses responsabilités » et de trouver une solution avant\u2026 le 30 juin 2016.Le Soleil et plusieurs autres médias l\u2019ont rappelé régulièrement depuis.Et rebelote à la veille de la campagne électorale en cours : le gouvernement de Justin Trudeau vient tout juste de nommer un négociateur spécial, le respecté Yvon Charest, ancien président d\u2019IA Groupe financier, pour résoudre l\u2019impasse.Ce dernier a de nouvelles cartes en main : le fédéral est prêt à racheter le vieux pont, sinon à forcer une nouvelle peinture par une loi.Ce n\u2019est pas rien.Sans l\u2019étincelle du Soleil, la pression constante exercée par les journalistes, toutes enseignes confondues, et l\u2019attention des citoyens, le pont de Québec serait condamné aux vieux habits dans lesquels il a tristement fêté son 100e anniversaire.Mais d\u2019autres reportages sont à venir et, qui sait, la rouille n\u2019aura peut-être pas le dernier mot.Battre la rouille Journaliste au Soleil de 1999 à 2018, Annie Morin est maintenant conseillère en communication au Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ).Annie Morin Collaboration spéciale leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 25 Un profil métallique connu, des chiffres percutants : les manchettes du Soleil sur l\u2019évaluation des coûts de peinture du pont de Québec se contentaient de bien peu de mots.PHOTO LE SOLEIL, CAROLINE GRÉGOIRE 27 26 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 27 27 26 Jean-François Néron a commencé comme journaliste pour différents médias écrits et électroniques dans Charlevoix avant de joindre l\u2019équipe du Soleil en 1998.D\u2019abord collaborateur régional, puis responsable des faits divers en 2002, il est journaliste aux affaires municipales depuis l\u2019automne 2017.Il a célébré 25 ans de carrière le 12 septembre.Jean-François Néron jneron@lesoleil.com «Les policiers déjà à l\u2019étroit», titrait Le Soleil le mercredi 25 avril 2018.Sans le savoir la journée même, cette manchette allait retarder d\u2019au moins un an la construction de la nouvelle centrale de police de Québec, mettre au jour le cafouillage dans l\u2019évaluation des coûts du projet et mener à la démission du bras droit du maire de Québec.Jamais je n\u2019aurais cru que la première information reçue provoquerait une telle onde de choc.Au fil d\u2019une banale conversation, j\u2019apprends que le stationnement de l\u2019emplacement retenu pour la centrale dans Lebourgneuf, près du quartier général de la Sûreté du Québec, ne pouvait accueillir que la moitié des 700 véhicules prévus.J\u2019interpelle alors une seconde source indépendante qui valide l\u2019information.«Pas possible», me dis-je! Depuis mon arrivée au Soleil en 2002, le dossier du remplacement de la désuète centrale de police du parc Victoria revient régulièrement dans l\u2019actualité.Imaginez ma surprise devant ce qui semble être une grave erreur d\u2019évaluation au moment où cet important chantier devait se mettre en branle.Avant de publier, je contacte l\u2019élu responsable du dossier, l\u2019ex-conseiller Jonatan Julien, alors numéro deux à la Ville de Québec.Il me confirme l\u2019information, mais refuse de dire que le terrain choisi est trop petit.Avec beaucoup de contenance, il évoque un plan B de stationner une partie des véhicules au Réseau de transport de la Capitale, rue des Rocailles, 500 mètres plus loin.Je vais alors chercher l\u2019avis de la Fraternité des policiers, me doutant que la situation ne devait pas leur plaire.Son président, Marc Richard, parle plutôt d\u2019une mauvaise évaluation des coûts et des besoins.Il évoque l\u2019aveu du maire Régis Labeaume en décembre 2017 lorsqu\u2019on apprenait avec surprise que la réorganisation de la desserte policière coûterait 72 millions plutôt que les 40 millions annoncées au printemps 2016.On connaît la suite.Le maire a fait une sortie publique au cours de laquelle il lance : « Mon collègue l\u2019a échappé », en parlant de M.Julien.Piqué au vif, ce dernier a démissionné.Élu à l\u2019élection provinciale de 2018, il est devenu ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles.M.Labeaume a repris le dossier et un nouvel emplacement, plus grand, a été choisi sur le boulevard Louis-XIV.En 25 ans de carrière, j\u2019ai rarement vu un dossier avec autant de rebondissements.Et j\u2019en retiens deux choses.\u2022 la conduite des affaires municipales intéresse au plus haut point le citoyen puisque c\u2019est le palier de gouvernement le plus près de son quotidien.\u2022 de plus, une information, même anodine, mérite une vérification et peut mener à une nouvelle d\u2019intérêt public, plus importante que ce qu\u2019elle laisse présager au départ.Cafouillage et démission surprise PHOTO : LE SOLEIL, PASCALE RATTHÉ Le?maire?Régis?Labeaume?et?Jonatan?Julien?dans?des?jours?plus?heureux. 29 28 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 29 29 28 Michèle LaFerrière est entrée au Soleil en mai 1986.Au cours de ses 31 ans de carrière comme journaliste, elle a couvert de nombreux secteurs d\u2019activités : édition, reportage général, faits divers, arts (critique musicale), éducation et, pour finir, l\u2019habitation dans le cahier Maison jusqu\u2019à sa retraite en décembre 2017.Michèle LaFerrière Collaboration spéciale « Richard Nixon a été aperçu dans le train entre Montréal et Québec.Il loge au Château Frontenac.Va essayer de lui parler.» Mon rédacteur en chef aurait-il oublié que mon beat, c\u2019est les incendies, la tôle froissée et les bandits ?Interviewer Richard Nixon ?Ce soir ?Lui parler de quoi ?Pis, le Watergate ?La guerre du Vietnam, ça devait vous stresser ?Pas de Google à consulter, en 1990.Pas de cellulaire pour demander conseil à un collègue avant de sauter dans un taxi.Découragement.Excitation.Rêve.Le rêve américain, oui, celui de devenir la Walter Kronkite de Québec, la petite journaliste qui obtiendrait une entrevue exclusive avec le 37e président des États-Unis.OK.Me voici au Château, devant la porte intérieure du restaurant Le Champlain.Je le repère aussitôt, de dos, en train de manger avec trois hommes, ses gardes du corps, de toute évidence.« Bonsoir, je suis journaliste au Soleil et j\u2019aimerais poser quelques questions à M.Nixon.» Sans surprise, le maître d\u2019hôtel refuse.Mais.Usant le tapis entre l\u2019entrée principale du Champlain et un banc du corridor principal, je mesure le sens de l\u2019expression « faire le pied de grue ».Ma proie républicaine est à 50 mètres.S\u2019il fallait qu\u2019elle file par l\u2019autre porte, au fond du resto ! Le stress s\u2019amplifie avec l\u2019irruption du photographe Patrice Laroche.Il trimballe un attirail de soir de guerre, ainsi que le message implicite de mon patron : ma fille, on a tué la une de demain pour Richard Nixon.C\u2019est vendredi soir, les gens ordinaires soupent et relaxent en buvant du vin.Moi, je piste un président américain et je n\u2019ai encore aucune question à lui poser.Deux heures s\u2019écoulent.Je ne cligne pas des yeux.Il fait froid en octobre.Il n\u2019y a que Patrice et moi dans l\u2019allée du Château.On ne parle pas.Je réfléchis.En état d\u2019hyper- vigilance, on attend.Il ne se passe rien.Mais.Soudain, du mouvement.Le maître d\u2019hôtel.Son regard balaie le corridor.Il me trouve, me fixe, puis tourne les talons.Une communication silencieuse de deux secondes.« Viens-t\u2019en Patrice, il va sortir.» Le temps de nous ruer vers le resto, Richard Nixon se tient devant nous comme une apparition, souriant.Ça dure moins d\u2019une minute.Des banalités.Un beau souvenir de la ville qu\u2019il avait visitée avec sa femme 45 ans auparavant.L\u2019envie d\u2019y revenir, de prendre le funiculaire.Les gardes du corps nous repoussent aimablement.Le président serre quelques mains.L\u2019ascenseur arrive.Ils disparaissent.On n\u2019abordera ni le Watergate ni le Vietnam.Il a été mon plus célèbre interviewé.Mais cette entrevue fut ma plus courte à vie : une question.Nixon est mort quatre ans plus tard, à 81 ans.Et moi, je me pavane encore avec cette photo.Richard et moi PHOTO : ARCHIVES LE SOLEIL La?courte?rencontre?entre?Richard?Nixon?et?Michèle?LaFerrière Me voici au Château, devant la porte intérieure du restaurant Le Champlain.Je le repère aussitôt, de dos, en train de manger avec trois hommes, ses gardes du corps, de toute évidence. 31 30 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 31 31 30 Vous le connaissez depuis plus de 35 ans.Il est dans votre quotidien, il vous fait sourire, réfléchir et discuter.Vous aurez reconnu qu\u2019il est question de notre collègue André-Philippe Côté.Ce scénariste, auteur de bandes dessinées est devenu illustrateur et caricaturiste du Soleil.André-Philippe Côté apcote@lesoleil.com Il fait sourire, réfléchir et discuter Tous les politiciens ont goûté aux coups de crayon d\u2019André-Philippe, que ce soit les premiers ministres québécois ou canadiens, tout comme les maires de la capitale, Régis Labeaume, Jean-Paul L\u2019Allier ou Andrée-P.Boucher.Notre caricaturiste a remporté de très nombreux prix au Québec et en Europe.Des productions d\u2019André-Philippe Côté sont souvent publiées à l\u2019étranger, notamment dans le Courrier international.Notre collègue a choisi quelques-unes de ses productions pour illustrer l\u2019édition spéciale que vous consultez présentement.Le Soleil 33 32 33 32 34 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 leSoleil 34 La Mosquée de Québec frappée en plein cœur Le 29 janvier 2017 s\u2019annonçait comme un dimanche soir d\u2019hiver tranquille.Mais ce soir-là, tout a basculé.Des infos commencent à entrer dans la salle de rédaction du Soleil : coups de feu au Centre culturel islamique de Québec, à Sainte-Foy.Tous accourent sur les lieux.Un attentat ?Impossible.C\u2019est pourtant cette sinistre réalité qui attendra citoyens, journalistes, policiers et, surtout, la communauté musulmane frappée en plein cœur.Ce soir-là, les balles d\u2019Alexandre Bissonnette auront fait six morts.Six hommes, qui laissent dans le deuil des familles, des concitoyens et une ville à la fois dévastée, mais solidaire.Rappel en photos, en mémoire d\u2019Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti.PHOTO : LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ Dimanche?soir,?20h18.?Pascal?Ratthé?envoie?la?toute?première?image?d\u2019une?tragédie?dont?personne?ne?mesure?encore?l\u2019ampleur.?Les?premières?informations?sont?parcellaires.?À?20h33,?Le?Soleil?met?en?ligne?la?photo,?avec?un?premier?court?texte:?«Une?fusillade?a?eu?lieu?dimanche?soir?dans?la?mosquée?de?Sainte-Foy.?Les?agents?(\u2026)?n\u2019ont?pas?dit?s\u2019il?y?avait?des?victimes.»?C\u2019est?la?toute?première?nouvelle?du?drame.?Ce?soir-là,?des?photos?du?Soleil?vont?faire?le?tour?du?monde.PHOTO : LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ Flanqué?du?maire?Régis?Labeaume?et?du?ministre?de?la?Sécurité?publique?Martin?Coiteux,?le?premier?ministre?Philippe?Couillard?fait?son?entrée?au?point?de?presse?organisé?à?1?h?45?dans?la?nuit?de?dimanche?à?lundi,?dans?les?locaux?de?la?Sécurité?publique.?Ses?premiers?mots?s\u2019adressaient?à?la?communauté?musulmane?:?«?Nous?sommes?avec?vous.?Vous?êtes?chez?vous,?vous?êtes?bienvenus.?» 35 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 35 PHOTO : LE SOLEIL, PATRICE LAROCHE Au?lendemain?de?drame,?des?politiciens?de?tous?les?horizons?et?des?représentants?de?la?communauté?musulmane?de?la?capitale?sont?réunis?à?l\u2019Hôtel?de?ville?de?Québec?dans?un?grand?élan?de?soutien.?Sur?la?photo,?Régis?Labeaume?et?Philippe?Couillard,?alors?premier?ministre?du?Québec,?consolent?le?président?du?Centre?culturel?islamique?de?Québec?(CCIQ),?Mohamed?Labidi.PHOTO : LE SOLEIL, JEAN-MARIE VILLENEUVE PHOTO : LE SOLEIL, CAROLINE GRÉGOIRE Un?rassemblement?citoyen?se?tient?dès?le?lendemain,?lundi?30?janvier,?devant?la?mosquée,?la?tristesse?et?l\u2019incompréhension?se?côtoient?aux?abords?de?l\u2019ancienne?église?Notre-Dame-de-Foy,?voisine?du?Centre?culturel?islamique.? 37 36 37 36 39 38 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 39 39 38 Normand Provencher nprovencher@lesoleil.com Normand Provencher a fait son entrée au Soleil en 1983, à titre de boursier du concours de journalisme scientifique Fernand-Séguin.Il a successivement travaillé aux faits divers et au secteur général, avant d\u2019œuvrer pendant une douzaine d\u2019années au poste de journaliste cinéma.Entretemps, il a été chroniqueur urbain et chef des nouvelles.Il travaille maintenant comme reporter généraliste aux Arts et spectacles.Un an à peine que je venais d\u2019être embauché au Soleil, à la section des faits divers.En 1990, dans la foulée de la publication d\u2019un article controversé sur la drogue circulant au pénitencier de Donnacona, la direction du journal s\u2019enquiert de la possibilité d\u2019aller voir de quoi il en retourne à l\u2019intérieur des murs.Contre toute attente, le Service correctionnel canadien accepte, sous de strictes conditions.C\u2019est ainsi que j\u2019ai passé une semaine au pen.Une première au pays pour un journaliste.Il était impossible pour moi de jouer la comédie pour me glisser dans la population carcérale.Un quidam ne peut pas s\u2019inventer un crime comme ça.Il risque de finir amoché dans l\u2019armoire à balais.Aussi, les détenus ont-ils été mis au courant de ma véritable identité.Le contrat avec le Service correctionnel canadien comportait une trentaine de clauses.Les avocats du journal et les assureurs y ont mis leur œil de lynx.« Si tu es pris en otage, on va négocier comme si tu étais un de nos employés », me lance le directeur du pen.Nom d\u2019une Bobinette, dans quoi m\u2019étais-je lancé ?Une fois à l\u2019intérieur, vêtu d\u2019un pantalon de jogging et d\u2019un t-shirt, je me sens observé comme si j\u2019étais une bête de cirque.Tout le monde s\u2019est passé le mot sur ma présence entre les murs.« J\u2019espère que t\u2019écriras pas qu\u2019on a toute icitte, qu\u2019on vit dans un Club Med », me lance un détenu.Pendant sept jours d\u2019un magnifique printemps, je suis resté enfermé 24 heures sur 24, à faire le tour du propriétaire, sous surveillance, en essayant de me faire le plus discret possible.Au gymnase, dans la cour, aux cuisines, à la chapelle, à l\u2019infirmerie, à la bibliothèque.J\u2019avais insisté pour suivre le même horaire qu\u2019un détenu, mais la direction m\u2019avait exempté, on l\u2019en remercie, des travaux manuels quotidiens (non, je n\u2019ai pas vu personne coudre des bobettes comme les femmes d\u2019Unité 9).De fil en aiguille, les langues se sont déliées.Dans le temps de le dire, plusieurs détenus sont venus me raconter leur histoire.Dans la cour, pendant les repas, le soir dans la salle commune, c\u2019était un feu roulant de confidences, souvent hallucinantes.Mais allez départager le vrai du faux, le détenu sincère du fabulateur.Beaucoup de gars croyaient que je pouvais leur servir d\u2019intermédiaire afin de bénéficier d\u2019un allègement de peine.Ils étaient nombreux à clamer leur innocence.« Écris-le que c\u2019est pas moi qui l\u2019a tué.Mon avocat, c\u2019est un çi et un ça.» Ben oui, chose et mon père c\u2019est Jacques Mesrine.Le soir venu, à 22 h, quand la porte de ma cellule se refermait, le silence tombait comme une tonne de briques.Tu te sens vraiment seul au monde.Avec « la seule personne à qui tu ne peux pas mentir » m\u2019avait dit un détenu.Mon séjour à Donnacona avait (heureusement) duré qu\u2019une semaine, mais il m\u2019a paru une éternité tellement le confinement et les restrictions finissent par peser.À mon arrivée, Criminal Mind, de Gowan, et Les portes du pénitencier, de Johnny Halliday, me tournaient en boucle dans la tête.À la fin, c\u2019était Ma liberté de Moustaki.Une semaine à l\u2019ombre pour Le Soleil Une?semaine?au?pen?a?été?publiée?en?mai?1990?dans?Le Soleil.?Voici?comment?se?présentait?une?partie?du?troisième?volet?de?cette?série?d\u2019articles,?le?30?mai?1990. 41 40 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 41 41 40 « Ça n\u2019est pas normal, ça.Il y a un grave problème, c\u2019est scandaleux.Et on nous sert toujours les mêmes discours rassurants, mais il n\u2019y a rien qui se fait ! » En ce qui me concerne, l\u2019histoire d\u2019Anacolor, cette usine de peinture située juste sous le tracel de Cap-Rouge, a commencé comme bien d\u2019autres.Un citoyen me contacte pour m\u2019alerter sur une situation.Je fais des vérifications.Parfois (assez souvent, même), il s\u2019avère simplement que le citoyen n\u2019avait pas toutes les informations en main, soit parce qu\u2019il n\u2019a pas eu le temps d\u2019en chercher plus, soit parce que les autorités ne les livrent que par bribes \u2014 ce qui finit souvent par se retourner contre elles, mais c\u2019est une autre question.Or parfois, la proverbiale « anguille sous roche » existe bel et bien.L\u2019usine d\u2019Anacolor était active à Cap-Rouge depuis une quarantaine d\u2019années mais, en 2012, elle avait beaucoup augmenté sa production.Tout le voisinage avait alors commencé à sentir régulièrement des odeurs de peinture, parfois très fortes.En 2013, à la suite de plaintes, la compagnie avait fait des travaux sur ses cheminées et accepté de changer certains des produits qu\u2019elle utilise.Le ministère de l\u2019Environnement avait alors considéré le dossier comme réglé.Mais, en 2016, un citoyen qui envoyait sa fille à l\u2019école Marguerite-d\u2019Youville, juste à côté, m\u2019a dit que les odeurs persistaient encore.J\u2019ai alors demandé à l\u2019Environnement de m\u2019envoyer une copie de toutes les plaintes reçues au cours des dernières années et d\u2019éventuelles correspondances avec la Santé publique à ce propos.Résultats : pour environ la première moitié de 2016, pas moins de 36 plaintes pour odeur avaient été logées.Sans compter des dizaines d\u2019autres dans les trois années précédentes, alors que le problème était théoriquement « réglé » ! Pour m\u2019assurer que ce ne sont pas toujours les mêmes quelques personnes qui se plaignent pour une chose qui ne dérange qu\u2019elles, j\u2019appelle des citoyens qui vivent autour de l\u2019usine, au hasard.Même constat : certains ne trouvent pas les odeurs incommodantes, mais plusieurs autres me sortent des « ça pue » et des « des fois, ça me donne mal à la tête ».Sans compter que la Santé publique commençait elle aussi à s\u2019inquiéter et qu\u2019elle l\u2019avait signifié à l\u2019Environnement dans une lettre, en 2015.Alors on publie : Le Soleil a sorti cette histoire le 5 juin 2016.Peu de temps après, je mets la main sur un autre document de la Santé publique, datant de mars 2016, dans lequel une médecin confirme que le problème est réel : les concentrations de solvants dans le quartier ne sont pas toxiques, mais elles sont suffisantes pour engendrer des symptômes comme des nausées et des maux de tête.Tous les citoyens du secteur à qui j\u2019ai parlé m\u2019ont dit la même chose : ces articles ont vraiment contribué à faire bouger les choses.À partir du moment où l\u2019affaire est atterrie dans la sphère publique, tous les intervenants ont soudainement montré plus d\u2019écoute et l\u2019inertie a fait place à une volonté d\u2019agir, disent-ils, tant au gouvernement que chez Anacolor.De fait, après quelques autres rebondissements, l\u2019entreprise a accepté, en juillet 2018, de déménager ses activités dans le parc industriel de Saint- Lambert-de-Lauzon.Aux dernières nouvelles, il restait encore une histoire de servitude à régler, mais l\u2019entreprise a jusqu\u2019à la fin de ce mois-ci pour compléter son déménagement.Arrivé au Soleil en 2001, Jean-François Cliche a couvert plusieurs secteurs dont les affaires municipales.Il occupe le poste de journaliste scientifique depuis 2007.Jean-François Cliche jcliche@lesoleil.com Anacolor ou l\u2019anguille sous roche PHOTO LE SOLEIL, PATRICE LAROCHE L\u2019usine?Anacolor?à?Cap-Rouge.?C\u2019est?un?citoyen?qui?a?alerté?Le Soleil?sur?la?situation.?Ce?dossier?vient?de?connaître?son?aboutissement. 43 42 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 43 43 42 Anne-Marie Voisard Collaboration spéciale Journaliste au Soleil à plein temps durant 46 ans, Anne-Marie a couvert divers secteurs de l\u2019information, allant entre autres de l\u2019éducation à la littérature et aux grands dossiers.L\u2019un d\u2019eux lui a valu le prix Judith-Jasmin.Elle a pris sa retraite en 2013, après avoir travaillé quelques années comme pigiste.Ils s\u2019appellent Valérie, Isabelle, Guillaume, Olivier, Marc\u2026 À moi seule, j\u2019en compte plus d\u2019une trentaine qui sont entrés dans le métier via les stages du Soleil, alors que j\u2019ai eu le privilège de les superviser durant six ans.Un peu à la manière d\u2019une sœur aînée, je dirais.Pour la plupart, vous les connaissez, à commencer par Valérie Gaudreau, la rédactrice en chef du quotidien, qui met à profit son dynamisme et son talent pour en assurer la survie.Au Soleil ou ailleurs, ils font aujourd\u2019hui leur marque comme journalistes.Le Soleil a de tout temps été reconnu pour le sérieux de ses stages.Les étudiants, qu\u2019ils aient été de l\u2019Université Laval, de l\u2019UQAM ou d\u2019ailleurs, en savaient l\u2019exigence, mais se bousculaient dans l\u2019espoir d\u2019y être admis.C\u2019était une bonne école.Mylène Moisan, chroniqueuse vedette, est passée par là.C\u2019est Pierre-Paul Noreau, mon prédécesseur, maintenant éditeur au Droit d\u2019Ottawa, qui l\u2019a eue sous son aile.D\u2019autres aussi telles Isabelle Mathieu, qui couvre la Justice, et Élisabeth Fleury, la santé et les affaires sociales.J\u2019aimerais tous les nommer.Continuons avec Jean-Nicolas Patoine, actuel directeur de l\u2019information.La polyvalence est au rendez-vous.Olivier Bossé a laissé les sports pour couvrir la campagne électorale fédérale.Marc Allard suit l\u2019actualité régionale tout en nous gratifiant de leçons de vie avec sa chronique, Nous, les humains, dans le MAG du samedi où on peut lire aussi Francis Higgins.Jean-François Cliche vulgarise l\u2019actualité scientifique.Aux Arts et Spectacles, Geneviève Bouchard reste un pilier.D\u2019autres, comme Daphné Bédard et Nicolas Houle, qui ont à tour de rôle dirigé la section, sont partis.Daphné pour le service des communications de la Ville de Québec, Nicolas comme directeur de la programmation au Palais Montcalm.La couverture des débats à l\u2019Assemblée nationale a de tout temps attiré les journalistes.Les ex-stagiaires ne font pas exception.Aux côtés de Patricia Cloutier, fidèle à nos pages, se retrouvent quelques-uns de ceux qui ont fait leurs premiers pas dans le métier au Soleil.C\u2019est le cas d\u2019Isabelle Porter, correspondante pour Le Devoir.Aussi de Martin Croteau, pour La Presse.Dans toutes les salles de rédaction, incluant celle du Journal de Québec qui est venue chercher Daphnée Dion-Viens à l\u2019Éducation et Stéphanie Martin aux Affaires municipales, nos anciens stagiaires ont la cote.À La Presse, la liste est longue : Laura- Julie Perreault, Maxime Bergeron, Pierre-André Normandin, Violaine Ballivy, Vincent Brousseau-Pouliot, sans oublier le chroniqueur télé Hugo Dumas.Au Devoir, on retrouve Guillaume Bourgault-Côté et Hélène Buzetti.Des noms familiers.Des visages qu\u2019on connaît.Des voix qu\u2019on entend.Radio-Canada se plaît comme les autres à puiser dans nos rangs.Guillaume Dumas qui anime C\u2019est encore mieux l\u2019après-midi, l\u2019émission du retour à la maison, a commencé sa carrière comme stagiaire au Soleil.L\u2019école des stages PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL, STEVE DESCHÊNES La?cuvée?des?stagiaires?2003.?Avec?Marie-Manon?Lessard,?Martin?Croteau?(aujourd\u2019hui?à?La?Presse),?Jean-Sébastien?Massicotte?(ex-chroniqueur?plein?air?au?Soleil),?Pierre-André?Normandin?(aujourd\u2019hui?à?La?Presse),?Geneviève?Bouchard?(Le?Soleil),?et?Valérie?Gaudreau?(Le?Soleil). 45 44 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 45 45 44 Cette Une du Soleil du 29 novembre 2017 a remporté un prix du prestigieux concours de la Society for News Design célébrant le meilleur du design graphique parmi les médias de partout dans le monde.La Une traitait d\u2019une recherche sur les cas d\u2019abus sexuels sur le campus de l\u2019Université Laval.Les graphistes, Alain Chouinard et Pascale Chayer, avaient conçu cette Une gagnante sur coordination de notre directrice artistique, Linda Larouche.Ce dossier de 12 pages, auquel ont participé dix journalistes et quatre photographes, a remporté le Prix d\u2019excellence 2013 de la Society of Newspaper Design.Design graphique : Pascale Chayer et Alain Chouinard.Direction artistique : Linda Larouche.Au fil des ans, Le Soleil a mérité de nombreux prix sur la scène internationale pour la qualité de son design.Des concepts de Une imaginés par nos graphistes et notre directrice artistique ont à maintes reprises été récompensés lors de la Compétition créative annuelle de la Society for Newspaper Design.Voici quelques-unes leurs créations primées.Le travail des graphistes primé à l\u2019international Ce dossier au « look vintage » intitulé Et Dieu créa le rock a mérité le Prix d\u2019excellence 2014 de la Society for Newspaper Design dans la catégorie Feature Design/Page(s).Design graphique : Alain Chouinard.Direction artistique : Linda Larouche. 47 46 47 46 48 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 leSoleil Robert Fleury Collaboration spéciale À l\u2019emploi du journal Le Soleil de 1973 à 2009, Robert a été journaliste à l\u2019économie, chroniqueur à la consommation et à l\u2019automobile, journaliste et coordonnateur aux affaires urbaines, journaliste à la santé et aux affaires sociales et, finalement, journaliste- éditorialiste, responsable du Courrier des lecteurs et de la page Opinions.Il est l\u2019auteur de Basse-Ville, publié aux Éditions LaLiberté, et il s\u2019apprête à publier (octobre 2019) Joseph Bureau, explorateur et la colonisation au temps du Curé Labelle aux Éditions GID.Les années 1980 furent une période faste pour la défense des droits des consommateurs.La ministre Lise Payette venait de refonder la Loi de protection des consommateurs après avoir instauré le régime d\u2019Assurance- automobile, lequel mettait fin à des décennies de poursuites coûteuses qui n\u2019enrichissaient finalement que les avocats! Le Soleil avait développé des pages de Consommation très dynamiques où les journalistes se livraient à de véritables enquêtes sur des sujets qui préoccupaient les lecteurs dans leur vie quotidienne, qu\u2019il s\u2019agisse du prix de l\u2019essence, (rien de neuf sous le soleil !), du panier d\u2019épicerie, des garanties non respectées, et quoi encore sous la direction de Magella Soucy.Claude Masson, le rédacteur en chef, m\u2019avait confié une chronique vouée à la défense des consommateurs.En dehors de Consommateurs avertis qu\u2019animait Simon Durivage à Radio- Canada, Le Soleil était le seul quotidien francophone à tenir pareille rubrique, à l\u2019instar, aujourd\u2019hui, d\u2019émissions comme La Facture ou JE.Jacques Francœur, propriétaire du Soleil à l\u2019époque, avait mis sur pied une initiative similaire à Dimanche Matin et il se gardait bien d\u2019intervenir quand des annonceurs subissaient l\u2019opprobre public.Le succès fut quasi instantané.Le téléphone (à roulette !) ne dérougissait pas dans le cliquetis de nos vieilles Underwood et les lettres (pas d\u2019Internet, pas de courriels, pas de fichiers joints ni de documents scannés) très abondantes.Trop même pour la petite équipe que nous étions.Publicité trompeuse, garanties automobiles non respectées, assureurs qui refusaient d\u2019indemniser les automobilistes correctement.Au point où, régulièrement, le marchand ou le manufacturier qui faisait l\u2019objet d\u2019un appel de notre part.réglait son différend avec le plaignant avant même la publication.Quelques succès me reviennent en mémoire.Ainsi, Le Soleil avait incité des consommateurs lésés à entreprendre un recours collectif contre un cablodistributeur qui ne voulait pas indemniser ses abonnés après avoir subi une panne de plusieurs jours.Comme la Loi venait d\u2019être adoptée, nous avons suggéré qu\u2019il s\u2019agirait là d\u2019un beau cas d\u2019espèce.Un avocat s\u2019est proposé et ce fut le premier recours collectif gagné en vertu de la nouvelle Loi.À une autre occasion, un grand manufacturier automobile exigeait des frais de 150 $ pour transférer sa garantie à un nouvel acheteur, ce qui contrevenait à la Loi de protection du consommateur car c\u2019est le véhicule qui était garanti, pas l\u2019acheteur ! Qu\u2019à cela ne tienne, en mobilisant l\u2019Association pour la protection des automobilistes (APA), nous avons fait pression sur l\u2019Office pour que le manufacturier soit mis au pas.Ce qui fut fait.Quelques années plus tard, alors que j\u2019assistais au Salon de Détroit en tant que chroniqueur automobile, un représentant de ce manufacturier m\u2019a fait le reproche que nous leur avions coûté cinq millions.« Vous n\u2019aviez qu\u2019à respecter la loi, » lui ai-je répondu, nullement ému ! Je suis convaincu que des journaux comme Le Soleil ont encore un rôle important à jouer dans leur communauté en étant proches des préoccupations de leurs lecteurs.À la défense des consommateurs Un?exemple?de?la?rubrique?Nous\u2026 consommateurs que?pilotait?notre?collègue?Robert?Fleury?dans?les?années?80. leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 49 L\u2019œuvre de l\u2019infirmier de la rue Gilles Kègle est bien connue.Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est le rôle joué par les employés du journal Le Soleil pour lui donner les moyens de continuer son œuvre auprès des personnes seules, vieillissantes, démunies et en perte d\u2019autonomie de Québec.Gilles était mon voisin d\u2019en face dans le quartier Saint-Roch.En découvrant le travail qu\u2019il faisait, j\u2019en touche mot à notre regretté collègue Alain Bouchard et il en fait un reportage percutant.Gilles était alors inconnu à Québec.Il vivait d\u2019aide sociale car il ne réussissait pas à trouver un emploi comme infirmier auxiliaire.Comme l\u2019État menaçait de lui couper ses prestations car il n\u2019était pas disponible au travail (la raison d\u2019État, parfois.), Robert Gillet du FM93 effectue une collecte impromptue en ondes, recueillant 12 000 $ pour sortir Gilles du « BS ».Comme nous étions à mettre sur pied la Fondation Gilles Kègle avec l\u2019appui de l\u2019Archipel d\u2019Entraide, Robert nous a remis l\u2019argent et, dès l\u2019année suivante, nous avons monté une équipe de bénévoles au Soleil pour effectuer une collecte de rues d\u2019envergure durant l\u2019émission de Gil- let afin de lui donner les moyens de continuer sa mission.Pendant cinq ans environ, des dizaines d\u2019employés du Soleil se sont ainsi mobilisés au coin des rues, puis des écoles et des groupes se sont joints également.un effet boule de neige qui a permis d\u2019amasser 50 000 $ en moyenne sur la rue en plus des dons qui continuaient d\u2019affluer par la suite.C\u2019est ce qui a permis à la Fondation Gilles Kègle d\u2019obtenir une maison (gratuitement, mais des travaux s\u2019imposaient) et de financer son œuvre adéquatement.Par la suite, des gens d\u2019affaires se sont mobilisés et ont tenu des activités comme l\u2019escalade du mont Kilimandjaro pour continuer de soutenir l\u2019œuvre.Les employés du journal Le Soleil, dont de très nombreux journalistes ainsi que le service de la promotion, ont joué un rôle déterminant pour soutenir Gilles Kègle.Nous pouvons en être fiers ! Des collectes de rue pour Gilles Kègle Pendant?quelques?années,?des?collectes?ont?eu?lieu?pour?recueillir?des?fonds?afin?de?soutenir?l\u2019infirmier?de?la?rue?Gilles?Kègle PHOTO : LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ PHOTO : ARCHIVES LE SOLEIL L\u2019infirmier?dans?son?action?auprès?des?personnes?seules,?vieillissantes?ou?démunies.Gilles était alors inconnu à Québec.Il vivait d\u2019aide sociale car il ne réussissait pas à trouver un emploi comme infirmier auxiliaire. 51 50 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 51 51 50 53 52 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 53 53 52 Paul-Robert Raymond a joint l\u2019équipe du Soleil en 2003, à titre de journaliste pupitreur, poste qu\u2019il occupe toujours en plus de signer une chronique sur l\u2019automobile chaque semaine depuis mars 2018.Son autre spécialité est l\u2019aviation.Avant de faire partie de l\u2019équipe du Soleil, il a fait un détour vers le graphisme pendant une dizaine d\u2019années durant lesquelles il a travaillé pour l\u2019hebdomadaire culturel Voir-Québec.Il a aussi fondé le Magazine AutoLogique dans les années 1990, dans la foulée de l\u2019émergence d\u2019Internet.Paul-Robert Raymond praymond@lesoleil.com Le journaliste spécialisé en automobile peut aussi contribuer à corriger certains oublis de la part des autorités.Un détail, direz-vous, mais une simple photo-légende dans les pages de la section Auto du lundi 1er février 2010 a fait bouger les choses au ministère des Transports du Québec (MTQ).Une erreur \u2014 en fait deux \u2014 dans l\u2019agencement des panneaux de limites de vitesse sur l\u2019autoroute Lauren- tienne perdurait.Sitôt la demande d\u2019affectation de photographe faite, Laetitia Deconinck va sur les lieux photographier « l\u2019erreur ».Sous le titre « Branchez-vous ! », on pouvait lire en page 32 du journal : « Doit-on rouler à 100 km/h ou à 60 km/h?Sur l\u2019autoroute Laurentienne, direction nord, on peut constater cette erreur, résultat d\u2019un remplacement récent du panneau de vitesse minimale.Pendant plusieurs mois, on a pu aussi voir le même agencement de panneaux sur l\u2019autoroute Charest, près de l\u2019avenue Saint-Sa- crement.Mais cela avait été corrigé peu de temps avant le début des travaux à l\u2019échangeur de l\u2019autoroute Robert-Bourassa.» Quelques jours après la parution de l\u2019article, le MTQ avait fait rapidement changer le panneau de vitesse minimale.Les?douze?travaux?d\u2019Astérix À une autre occasion, un peu plus de huit ans plus tard, une chronique rédigée au sujet d\u2019un automobiliste pris dans un dédale administratif a aussi contribué à régler la situation rapidement.En décembre 2018, dans les premiers mois de l\u2019attribution de plaques personnalisées au Québec, un automobiliste de Saguenay avait changé sa voiture à essence pour une voiture électrique.Cependant, il avait déjà eu une plaque personnalisée \u2014 une bleue \u2014 sur sa voiture à essence qu\u2019il a voulu changer pour une verte.Sans le savoir, le Saguenéen s\u2019était embourbé dans une histoire abracadabrante dans laquelle on aurait cru que la main droite de la Société de l\u2019assurance automobile du Québec (SAAQ) ignorait ce que faisait la main gauche.Une situation rappelant la scène du laissez-passer A38 dans Les douze travaux d\u2019Astérix.Dès la parution de la chronique, le 17 décembre, la SAAQ a contacté Le Soleil pour préciser qu\u2019elle n\u2019avait pas prévu le scénario où une plaque pourrait être « attribuée temporairement sans un numéro d\u2019identification de véhicule [NIV] ».La société d\u2019État avait dès lors corrigé le tir.Une confusion dans la signalistion vite réglée PHOTO : LE SOLEIL, LAETITIA DECONINCK Dans?les?jours?suivant?la?publication?d\u2019une?photo-légende?qui?montrait?deux?panneaux?avec?des?limites?maximale?de?vitesse?différentes,?le?ministère?des?Transports?a?corrigé?la?situation. 55 54 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 55 55 54 Nicolas Houle Collaboration spéciale Nicolas Houle est directeur de la programmation au Palais Montcalm.Il a été journaliste, critique et chroniqueur au quotidien Le Soleil de juin 2002 à décembre 2017, principalement à la section Arts et spectacles, qu\u2019il a aussi dirigée pendant quatre ans.Automne 2009.The Wall, le célèbre album de Pink Floyd, célèbre ses 30 ans.Connaissant l\u2019intérêt des lecteurs du Soleil pour cette œuvre, je planche sur un papier d\u2019envergure en sollicitant différents collaborateurs du groupe anglais.Tandis que je m\u2019entretiens avec Gerald Scarfe, à qui l\u2019on doit le visuel et les animations liés au projet, j\u2019apprends que l\u2019ex-chanteur et bassiste de Pink Floyd, Roger Waters, partira à nouveau en tournée mondiale avec The Wall.Mon dossier devra attendre un peu, j\u2019ai soudainement une grosse nouvelle à rédiger ! Elle sera publiée le 2 décembre 2009, soit quatre mois avant l\u2019annonce officielle de Waters\u2026 Ce scoop n\u2019est que le début d\u2019une couverture qui sera marquante durant mes 15 ans au Soleil et qui synthétise, à mes yeux, ce qui fait la force de ce journal : être capable de témoigner de ce qui se trame localement sans perdre de vue ce qui se passe autour du globe; offrir aux journalistes une immense liberté, qui favorise un contenu distinctif; abriter différents types de textes, qu\u2019il s\u2019agisse de nouvelles, de critiques, de chroniques ou de dossiers.Mais revenons à The Wall pour mieux illustrer tout ça.Québec aura sa part de cette tournée mondiale de Roger Waters.Un concert extérieur est en effet prévu sur les plaines d\u2019Abraham le 21 juillet 2012 et, pour l\u2019occasion, on bâtira le plus long mur jamais érigé pour cette production.Afin de souligner ça, je propose un plan audacieux au directeur de l\u2019information de l\u2019époque, Martin Pel- chat.Durant la semaine précédant le concert, j\u2019arriverais à chaque jour avec une histoire différente liée à The Wall tandis que, sur la Une, on construirait un mur, à l\u2019image de la célèbre pochette, qui grossirait quotidiennement pour être complet le jour du spectacle.Je ne sais trop quels arguments j\u2019ai sorti, mais tout le monde a embarqué dans cette aventure pourtant contraignante! Vient le soir de la représentation.Pas facile de témoigner d\u2019un événement aussi riche aux plans sonore et visuel.C\u2019est d\u2019ailleurs la seule fois de ma carrière journalistique où j\u2019ai regardé l\u2019heure en me disant que je n\u2019arriverais pas à livrer mon texte à temps.Mais l\u2019adrénaline a fait le travail et, avec la complicité du pupitre, dirigé ce soir-là par Michel Samson, ainsi que les photos de l\u2019ami Erick Labbé, la critique a vu le jour pour ensuite voyager à coup de plusieurs dizaines de milliers de partages dans les réseaux sociaux.Ça ne devait pas se terminer là.À l\u2019automne 2015, Waters décide de lancer un film mi-concert, mi-docu- mentaire, doublé d\u2019un album live immortalisant sa tournée.Comme il n\u2019avait pas été possible d\u2019avoir ses impressions après son passage en ville, je tente ma chance en m\u2019adressant directement à son imprésario.Ça fonctionne au-delà de mes espérances : je suis le seul à qui il accordera une entrevue dans la province.-Bonjour Roger, comment allez-vous ?-Je vais bien, man, comment tu vas ?Je l\u2019amène à se remémorer le concert des Plaines, puis à me parler de son lien avec le Québec.C\u2019est là qu\u2019il me révèle qu\u2019une version de The Wall pour opéra est en chantier.Celle-ci sera présentée pour le 375e anniversaire de Montréal et c\u2019est un artiste de Québec, Julien Bilodeau, qui se charge des arrangements.Il paraît que les collègues de Montréal travaillaient à sortir ce scoop.Désolé, c\u2019est au Soleil que Waters s\u2019est confié ! Et c\u2019est à partir du papier du Soleil que la nouvelle de cette énième déclinaison du fameux mur a circulé autour du monde\u2026 Pleins feux sur The Wall PHOTO : LE SOLEIL, ERICK LABBÉ Lors?du?concert?The?Wall?de?Roger?Waters?sur?les?plaines?d\u2019Abraham,?le?21?juillet?2012,?le?photographe?Erick?Labbé?a?saisi?cette?projection?d\u2019une?caméra?donnant?un?aspect?Big?Brother?à?la?scène. L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 leSoleil 56 Aujourd\u2019hui âgé de 74 ans, Jacques Samson a travaillé pendant plus de quarante ans au Soleil d\u2019abord comme journaliste au bureau du Soleil du Saguenay-Lac-Saint-Jean, puis à Québec comme pupitreur, chroniqueur radio-télé et spectacles, chef de pupitre et adjoint au directeur de l\u2019information.Il a aussi été tour à tour responsable des arts et spectacles, de la section sport et de la section du Soleil collégial.Il est à la retraite depuis le 31 décembre 2009.Jacques Samson Collaboration spéciale Il y en a qui pratique le plus vieux métier du monde, moi c\u2019est le plus beau métier du monde qui a habité 44 ans de ma vie, dont un peu plus d\u2019une quarantaine au Soleil.Et, même à la retraite, je suis encore habité profondément par ce métier à qui j\u2019ai tout donné et, surtout, qui m\u2019a tellement apporté.Et comme on le dit dans le jargon de la presse, « on sort le gars du journalisme, mais on ne sort pas le journaliste du gars.» Journaliste un jour, journaliste toujours.Ce métier m\u2019a permis de vivre de grands bonheurs et de grandes émotions, parfois même teintés d\u2019humour et de cocasseries.Pendant mes 10 années comme chef de pupitre, j\u2019ai vécu de grandes tragédies, des drames humains qui vous marquent pour la vie.Voici quelques exemples sur lesquels je n\u2019élaborerai pas, d\u2019autres confrères y toucheront sûrement : la tuerie de Polytechnique, la tragédie des Éboulements \u2013 dont la couverture a valu au Soleil le grand prix du journalisme canadien \u2013 , le tremblement de terre de San Francisco, la crise du verglas, le déluge au Saguenay et j\u2019en oublie quelques-uns.Arts?et?spectacles Une grande partie de ma carrière a été consacrée d\u2019abord, brièvement comme chroniqueur radio-télé, et surtout chroniqueur de spectacles.Ça été une des plus belles périodes de ma vie, essoufflante, épuisante, mais combien enrichissante au contact de tous ces créateurs.Les journées de travail étaient folles, souvent une entrevue le matin, une autre l\u2019après-midi et, enfin, la couverture d\u2019un spectacle en soirée.Le Festival d\u2019été de Québec fait partie de mes plus précieux souvenirs.C\u2019était dix jours de pur bonheur chaque année.On retrouvait sur chacune des scènes des artistes de tous les coins du globe qui venaient tâter le public de Québec pour ensuite mieux revenir quelques mois pour une tournée de la province.Bécaud,?Leclerc?et?les?autres Lors d\u2019une entrevue avec Gilbert Bécaud à huit heures le matin dans un hôtel de Sainte-Foy, d\u2019entrée de jeux Monsieur 100 000 volts me dit : « vous savez, c\u2019est encore la nuit.» Ce même Bécaud, un soir après son spectacle dans sa loge, me reçoit en bobettes et me raconte, sans plus de détails que le lendemain il serait à New York.Un de ses musiciens m\u2019a raconté plus tard qu\u2019il se rendait au chevet de son fils Pilou à qui on devait enlever une tumeur au cerveau.J\u2019avais promis de ne rien publier.Il y a eu cette entrevue avec Édith Butler, c\u2019était en compagnie d\u2019un autre jour- Le plus beau métier du monde PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL, JEAN VALLIÈRES Le?grand?Yves?Montand.?Il?n\u2019avait?pas?aimé?une?question?trop?personnelle?d\u2019un?autre?journaliste?sur?sa?relation?avec?Marilyn?Monroe. leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 57 naliste qui n\u2019arrêtait pas de lui poser des questions insignifiantes comme sa couleur préférée, son signe du zodiaque et j\u2019en passe.Parfois le petit Jésus est bon : l\u2019autre journaliste avait un besoin urgent de se rendre aux toilettes.Alors, on en a profité, Édith et moi, pour se faufiler à l\u2019extérieur du restaurant et là j\u2019ai réussi une entrevue plus sérieuse.Enfin, mon rapport avec Félix Leclerc, le prophète de notre chanson.J\u2019avais un accès privilégié à M.Leclerc.J\u2019avais ses coordonnées à la maison, mais je n\u2019en ai jamais abusées.Quand j\u2019avais des choses à lui demander, je téléphonais à son secrétaire, Pierre Jobin, je lui disais que j\u2019avais quelques questions à poser à Félix.Quelques temps plus tard, Pierre me rappelait et me disait : « Félix attend ton appel, tel jour, telle heure ».Je pourrais vous en raconter des lignes et des lignes, mais je retiens plutôt une petite anecdote qui me fait encore rigoler aujourd\u2019hui.Yves Montand était en ville et il accordait comme on dit dans notre jargon, un « scrum » à la presse artistique.On avait été prévenu, ça ne durerait que 30 minutes, pas une seconde de plus.Aux Arts et spectacles, j\u2019avais succédé à mon confrère Louis Guy Lemieux qui vient me voir à mon bureau pour me demander s\u2019il pouvait venir avec moi à la conférence de presse.« Je n\u2019ai jamais rencontré Montand et j\u2019aimerais tellement ça et je te jure que je serai de la plus grande discrétion ».Pour moi, ça ne posait pas de problème! Si ma mémoire est fidèle, ça se passait au Concorde.Les journalistes sont tous là et, à l\u2019heure pile, Montand fait son entrée.Tout le monde se bouscule pour l\u2019encercler et, moi, je me retrouve à genoux à ses pieds.La première question le frappe de plein front, un journaliste de la radio de Québec lui parle de sa relation avec Marilyn Monroe.Visiblement, la vedette française est profondément irritée par ce rappel de son passé.Son ton est sec et il n\u2019y a pas de place pour enchaîner sur le sujet.Moi, je suis toujours à genoux devant la star.Je lève les yeux, nos regards se croisent et je lui dis : « Monsieur Mon- tand, vous avez quitté la chanson française pour faire du cinéma et, 20 ans plus tard, dans quel état l\u2019avez-vous retrouvée?» Montand s\u2019est accroché à ça comme la misère sur le pauvre monde et le « scrum » s\u2019est presque terminé en dialogue entre lui et moi.Je dis bien presque, parce qu\u2019à la 29e minutes, mon ami Louis Guy n\u2019en pouvant plus, se manifeste.Il lève la main, Montand lui fait signe et Louis Guy s\u2019élance : « Monsieur Trenet\u2026 » Il ne s\u2019est pas passé une seconde, Montand était sorti de la salle.Un privilège Pour moi, ça été un privilège d\u2019être les yeux et les oreilles de milliers de lecteurs pour qu\u2019ils accèdent souvent à l\u2019inaccessible.Mais il y a une chose qui est importante quand on fait ce métier, c\u2019est un métier d\u2019humilité.On n\u2019est jamais plus grand que le média qui nous embauche.Moi, ça été Le Soleil, ce précieux outil d\u2019information qui vit depuis 123 ans et qui doit continuer à vivre.Vous savez, l\u2019information régionale, c\u2019est la survie d\u2019un peuple.Si le Soleil mourait, il y a une partie importante de moi-même qui mourrait aussi.PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL, JEAN VALLIÈRES Gilbert Bécaud lors d\u2019un passage à Québec en 1993.On le voit en compagnie du légendaire Gérard Thibault, fondateur du cabaret Chez Gérard.Vous contribuez à maintenir l\u2019information locale #lesoleilcontinue MEMBRE AMBASSADEUR 59 58 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 59 59 58 61 60 61 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 61 60 Natif de Québec, Carl Tardif a passé toute sa carrière à la section des sports du Soleil, où il compte 35 ans d\u2019expérience.En plus d\u2019être le coordonnateur de l\u2019équipe des sports depuis cinq ans, il assure aussi la couverture des Remparts, des Capitales et du sport amateur.Il compte également à son actif la couverture de 11 jeux olympiques.Carl Tardif ctardif@lesoleil.com Novembre 2000, Caroline Brunet vient de se faire coiffer au fil d\u2019arrivée de la plus importante course de sa carrière.En état de choc, elle cherche un coin pour se réfugier, le temps d\u2019encaisser le coup.Des journalistes du Canada et d\u2019ailleurs l\u2019entourent, son regard croisera le mien, le point de presse commence! La scène ne se déroulait pas à Lac-Beau- port, d\u2019où venait la médaillée olympique, mais plutôt à l\u2019autre bout du monde, en Australie.Le Soleil y était, car l\u2019information locale se déroule aussi à l\u2019international.Jeune journaliste sportif, j\u2019avais rêvé, bien sûr, d\u2019être un jour affecté à la couverture des Nordiques.J\u2019y rêve encore, d\u2019ailleurs\u2026 Mais, en 1994, mes patrons ont eu la bonne idée de m\u2019affecter à la couverture des Jeux olympiques de Lillehammer.Fort de mes 29 printemps et rongé par le stress de la mission, je mettais donc le cap sur la Norvège avec le mandat de couvrir les athlètes de la région de Québec, dont Myriam Bédard, qui allait devenir double médaillée d\u2019or en biathlon.À mon retour, j\u2019avais eu droit à mon petit moment de gloire.Des amis m\u2019avaient remis le « Carlos d\u2019or » ; le rédacteur en chef de l\u2019époque m\u2019avait aussi transmis un petit mot que je conserve toujours à l\u2019effet que « s\u2019il y avait un podium pour les journalistes, tu y aurais ta place ».Mais assez parlé de soi, surtout que les réflecteurs ont toujours été tournés vers les athlètes de chez nous.Leur brio ne pouvait pas rester dans l\u2019ombre, il fallait les suivre, peu importe où ils se trouvaient.Atlanta, Nagano, Sydney, Salt Lake City, Athènes, Turin, Pékin, Vancouver, Sotchi, PyeongChang, la distance n\u2019a jamais eu d\u2019importance pour remplir ce même mandat qui n\u2019a jamais changé.Le Soleil a raconté leurs exploits, mais aussi leur peine.Car le sport possède aussi ce petit côté humain qui rend chaque histoire différente et plaisante à raconter, peu importe le résultat.Une médaille d\u2019argent à celle-ci, une de bronze à celui-là.Une quatrième place qui sème l\u2019espoir dans une équipe, une autre qui fait pleurer un fils et son père.Ils verseront plus tard des larmes de bonheur à la sortie de piste du plus jeune devant les siens.Chaque fois, Le Soleil y était.Que l\u2019histoire soit racontée par cette plume ou une autre à la retraite ou toujours active, l\u2019objectif a toujours été de faire vivre le moment aux lecteurs, comme s\u2019ils y étaient, eux aussi.Via le Rouge et Or, les Remparts, les Capitales, nous avons aussi vécu notre part de championnats.Le sport ne change pas le monde, il ne soigne personne, ne décide d\u2019aucune loi.Mais il a cette capacité de nous faire vibrer, de nous divertir, de nous rassembler, de nous faire oublier, l\u2019instant d\u2019un moment, nos soucis de la vie quotidienne.Voilà la mission de notre équipe! Le sport local à l\u2019international PHOTO : ARCHIVES LE SOLEIL PHOTO : LE SOLEIL YAN DOUBLET En?entrevue?avec?la?médaillée?olympique?Myriam?Bédard À?l\u2019occasion?du?Tour?de?ski?du?Canada,?présenté?en?mars?2016?sur?les?plaines?d\u2019Abraham,?Yan?a?capté?cette?image?de?quatre?compétitrices?alignées?de?façon?presque?symétrique,?lors?d\u2019une?montée.?Cette?photographie?lui?a?permis?de?figurer?parmi?les?trois?finalistes?(catégorie?Sports)?au?prix?Antoine-Désilets?de?la?Fédération?professionnelle?des?journalistes?du?Québec.? 63 62 63 leSoleil SAMEDI 12 OCTOBRE 2019 L\u2019INFORMATION DE QUALITÉ A UN COÛT 63 62 Plus de 30 ans plus tard, le but d\u2019Alain Côté fait encore jaser.Il se trouve toujours quelqu\u2019un ou quelque chose pour le remettre dans l\u2019actualité avec la même passion que lors de cette soirée du 28 avril 1987, au Forum de Montréal.Nous étions alors en plein cœur d\u2019une série éliminatoire de la Ligue nationale de hockey entre les défunts Nordiques de Québec et le Canadien de Montréal.Certains crient encore à l\u2019injustice et prétendent que le but était bon.D\u2019autres soutiennent le contraire.Les années passent, mais chacun demeure sur ses positions.Les partisans des Nordiques continuent d\u2019affirmer que leur équipe a été lésée par la décision controversée de l\u2019arbitre Kerry Fraser de refuser le but.Les inconditionnels du Canadien se tapent encore dans les mains en applaudissant le jugement du chevalier du sifflet.Ce soir-là, mon travail de journaliste m\u2019a permis de suivre pas à pas Michel Berge- ron, l\u2019entraîneur des Nordiques, aux trousses de Kerry Fraser dans un corridor du vieux bâtiment.Le banc et le vestiaire des Fleurdelisés étaient situés du même côté que le local réservé aux officiels en charge du match.J\u2019avais flairé la bonne affaire pour un journaliste en invitant le confrère Kevin Johnston à quitter la tribune de presse en toute discrétion et à m\u2019accompagner derrière le banc des Nordiques dans les dernières minutes de la rencontre.Tous les éléments étaient réunis pour une fin de soirée explosive et tumultueuse.Le couvercle de la marmite a vite sauté.Dès que Kerry Fraser a mis un patin à l\u2019extérieur de la patinoire, Michel Bergeron s\u2019est lancé à sa poursuite en hurlant : « You got no balls ».Traduction libre : tu n\u2019as pas de couilles.L\u2019entraîneur des Nordiques a vociféré cette phrase à quelques reprises en pourchassant Fraser entouré des juges de lignes Wayne Bonney et Bob Hodges.Des gardiens de sécurité surveillaient la scène sans jamais intervenir et Fraser n\u2019osait pas regarder derrière lui.Bergeron a finalement rebroussé chemin en voyant les trois chandails rayés s\u2019enfermer dans leur repaire.« Nous sommes victimes de décisions comme celle-là à chaque fois qu\u2019on joue dans cet amphithéâtre », fulminait-il sans trop savoir qu\u2019il s\u2019adressait également à des curieux accourus sur les lieux un peu trop tard.Le spectacle était terminé et faisait place aux récriminations de l\u2019état-major des Nordiques à l\u2019endroit des dirigeants de la Ligue nationale.Le vice-président, Brian O\u2019Neill, en a eu plein les oreilles.Il s\u2019était pointé pour s\u2019enquérir du comportement de Ber- geron qui ne s\u2019était jamais approché à moins de 10 pieds de Fraser.«Il n\u2019a fait que l\u2019engueuler », lui ont expliqué quelques responsables de la sécurité.La légende veut que la décision de Kerry Fraser soit une autre manifestation des fantômes du Forum de Montréal\u2026 En 40 ans au Soleil, Maurice Dumas a été affecté à la couverture des activités des Nordiques, rédigé des chroniques et dirigé les pages sportives.Maurice Dumas Collaboration spéciale LE BUT D\u2019ALAIN CÔTÉ Les « couilles » de Kerry Fraser PHOTO?:?ARCHIVES?LE?SOLEIL Le?hockeyeur?Alain?Côté?et?la?première?page?de?la?section?SPORT?au?lendemain?du?fameux?but?refusé. 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