L'itinéraire, 1 janvier 2017, lundi 15 mai 2017
[" Volume XXIV, n?10 Montréal, 15 mai 2017 www.itineraire.ca 3 $ Section spéciale ! 375e : Montréal méconnu 4 pages centrales Coup de chapeau à l\u2019organisme Spectre de rue Spectre de rue sensibilise la population et le milieu aux réalités des personnes marginalisées pour favoriser la cohabitation.Depuis 2000, le programme TAPAJ (Travail alternatif payé à la journée) offre aux jeunes une solution de rechange aux métiers de la rue et leur propose d\u2019effectuer un premier pas significatif dans un processus d\u2019insertion socioprofessionnelle.En s\u2019impliquant dans la revitalisation de leur quartier, les jeunes adoptent un nouveau regard, un regard citoyen.Ce programme a fait des petits et rayonne ailleurs à Montréal, au Québec et même dans une quinzaine de villes en France.Soyez les premiers informés Abonnez-vous à l\u2019infolettre de Ville-Marie : ville.montreal.qc.ca/villemarie \u2022 \u2022 1 7 - D S - 3 2 fspectrederue.org Collectivement, nous travaillons à construire le vivre-ensemble LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL AU CENTRE DE NOS PRIORITÉS Suivez-les : Coup de chapeau à l\u2019organisme Spectre de rue Spectre de rue sensibilise la population et le milieu aux réalités des personnes marginalisées pour favoriser la cohabitation.Depuis 2000, le programme TAPAJ (Travail alternatif payé à la journée) offre aux jeunes une solution de rechange aux métiers de la rue et leur propose d\u2019effectuer un premier pas significatif dans un processus d\u2019insertion socioprofessionnelle.En s\u2019impliquant dans la revitalisation de leur quartier, les jeunes adoptent un nouveau regard, un regard citoyen.Ce programme a fait des petits et rayonne ailleurs à Montréal, au Québec et même dans une quinzaine de villes en France.Soyez les premiers informés Abonnez-vous à l\u2019infolettre de Ville-Marie : ville.montreal.qc.ca/villemarie \u2022 \u2022 1 7 - D S - 3 2 fspectrederue.org Collectivement, nous travaillons à construire le vivre-ensemble LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL AU CENTRE DE NOS PRIORITÉS Suivez-les : Nom Claude Dubuc | Camelot n° 15 1955 2016 | Point de vente Métro Longueuil Claude Hommage à notre frère Claude Dubuc a été l\u2019un des fiers bâtisseurs du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire.C\u2019est il y a un an, en mai 2016, qu\u2019il est décédé à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal, à l\u2019âge de 61 ans.En accord avec son frère, Pierre, nous lui dédions cet hommage.En 1997, j\u2019ai eu la chance de rencontrer Claude, de le côtoyer et de développer une grande amitié avec lui.En tant que membre du groupe, Claude fut à la fois camelot, distributeur et chroniqueur.Il assistait régulièrement aux réunions du groupe, n\u2019ayant crainte d\u2019exprimer son point de vue, de défendre ses droits et ceux de ses confrères.Sa chronique intitulée Sous les lampadaires était ludique et captivante.L\u2019une de ses grandes réalisations fut d\u2019être le premier à vendre le journal de rue à l\u2019extérieur de la ville de Montréal.C\u2019est à Longueuil qu\u2019il réussit à vendre le journal durant une quinzaine d\u2019années, tout en étant grandement aimé de sa clientèle.Sa sociabilité, son sens de l\u2019humour, sa générosité et son caractère faisaient de lui une personne vraiment appréciée de ses proches et de ses collègues de L\u2019Itinéraire.Nous reconnaissons Claude pour tout son apport à la vie quotidienne du groupe, et pour cela, nous ne l\u2019oublierons jamais.Repose en paix, notre frère Claude.Par Luc Lenoir, Camelot métro Berri-UQÀM Le gars du sud Depuis plusieurs années, à mes yeux, mai était le mois le plus parfait et festif, le king des kings de nos 12 mois dans une année ! Pour plusieurs raisons : le printemps dans toute sa splendeur, la fête des Mères, mon anniversaire de naissance, la fête des Patriotes, l\u2019anniversaire du premier numéro de L\u2019Itinéraire et de ma carrière de camelot, et depuis deux ans la publication du 100 % camelots.Malheureusement, ce mois qui à mes yeux était sans tache marque désormais l\u2019anniversaire du décès de mon collègue et ami Claude, qui a succombé quelques jours après une opération à cœur ouvert.Claude a été le premier camelot à travailler à l\u2019extérieur de Montréal, au métro de Longueuil, d\u2019où son surnom : « le gars du Sud ».L\u2019expression évoquait aussi le fait que Claude aimait économiser pour s\u2019offrir, de temps en temps, un voyage au Mexique.Claude était un petit homme mais avait un grand cœur, avec son sourire en coin et son regard intense.C\u2019était un gars revendicateur et qui aimait critiquer les injustices de toutes parts.Il aimait beaucoup nous taquiner et nous mettre en colère avec gentillesse et pour son plaisir.Claude et moi avions des clients en commun comme Sylvie Desjardins, une cliente en or qui l\u2019aimait beaucoup, Claude.Nous l\u2019appelions « le chialeux de Longueuil » et nous riions beaucoup de ses sautes d\u2019humeur.Mon ami, tu nous manques énormément.Un jour, tu m\u2019as dit que si tu décédais avant nous autres, nous devrions fêter et arroser ta mort.Alors chaque 21 mai, je vais penser à tous les tours et les blagues que tu nous faisais, et mon mois de mai restera sans tache ! Salut mon Claude, j\u2019espère que tu te reposes sur un bord de plage, comme un vrai gars du Sud.Par Gabriel Bissonnette Camelot métro Berri-UQÀM L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Claude avait une approche bien spéciale quand il voulait nous exprimer ses pensées à haute voix.Il commençait toujours avec ce geste de la main sur notre épaule, en nous disant : « Écoute mon Gabriel\u2026», « Écoute mon Luc\u2026 » Le magazine L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, L\u2019Itinéraire est vendu régulièrement dans la rue.Le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles?du?ministère?du?Patrimoine canadien.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL : LUC DESJARDINS RÉDACTION Chef du secteur magazine et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : ALEXANDRA GUELLIL Chargé de l\u2019accompagnement des participants : SIMON POSNIC Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Responsable de la création numérique : MAGALIE PAQUET Photographe : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste affectée à la version numérique : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARTINE BOUCHARD-PIGEON, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, PIERRE DE MONTVALON, CHARLOTTE POITRAS, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME, GUILLAUME VIGNEAULT, PAUL VANASSE Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, ARIANE CHASLE, MICHÈLE DETEIX, LUCIE LAPORTE Photo de la une : MILTON FERNANDES | Camelot : YVON MASSICOTTE ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : ANYA SANCHEZ Responsable du financement : DOMINIQUE RACINE Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenant psychosocial : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE Intervenante psychosociale : SOFIA SHLIKOV Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER Chargée de projet Café de la Maison ronde : MÉLODIE GRENIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : GUY LARIVIÈRE - Glasford International Canada Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs : ALEXANDRE PÉLOQUIN - Camelot de L\u2019Itinéraire GABRIEL BISSONNETTE - Camelot de L\u2019Itinéraire PIERRE SAINT-AMOUR - Camelot de L\u2019Itinéraire ISABELLE MONETTE - Fondaction CSN KATHERINE NAUD - Ciusss Centre-Sud de Montréal CATALIN CARACAS - Ranger Design Représentant des camelots : YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 Conseillère : RENÉE LARIVIÈRE (450-541-1294) renee.lariviere18@gmail.com GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : MARILYN FORTIN Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île- de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant ainsi la poursuite de notre mandat.4 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS 23 9 3 MOTS DE CAMELOTS LES YEUX DE LA RUE \u2022 375e anniversaire de Montréal Cohabitation ou nettoyage ?Par Roger Perreault \u2022 Une vie de travail et de précarité Par Gisèle Nadeau \u2022 64 ans, dont 46 à Montréal Par Tuan Trieu-Hoang \u2022 Et si les tous les organismes communautaires?fermaient?Par Yvon Massicotte \u2022 La routine des policiers du poste 22 Par Isabelle Raymond DOSSIER - 100 % CAMELOT L\u2019Itinéraire présente la première de six sections spéciales historiques pour marquer le 375e de Montréal.À travers ces quatre pages centrales du magazine,?découvrez?ce?qui?a?façonné?la?vie?sociale?et?populaire?de?Montréal?depuis?la?fondation?de?Ville-Marie à nos jours.Publiées chaque 15 du mois, de mai à octobre, on vous propose de parcourir les différentes?périodes?de?l\u2019histoire?montréalaise?en?empruntant un point de vue inédit, celui des plus démunis?et?des?gens?du?peuple.?Dans?cette?édition :?la période de 1642 à 1753.SECTION SPÉCIALE - 375E : MONTRÉAL MÉCONNU Robert?Ménard?13 Yvon Massicotte 13 Simon Jacques 13 Jacques Élyzé 33 Saïd Farkouh 33 France Lapointe 33 Nicole Giard 42 Cindy?Rose 42 Jocelyn C.42 ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! ÉDITORIAL 7 L\u2019œuvre de citoyens comme les autres Par les membres du comité de rédaction du 100 % camelots ROND-POINT INTERNATIONAL 8 CHRONIQUE 27 COMPTES À RENDRE 28 Dans l\u2019ombre Par Ianik Marcil, économiste indépendant INFO RAPSIM 29 Pour le respect du droit de cité des personnes itinérantes Par Élise Solomon, organisatrice communautaire au RAPSIM DANS LA TÊTE DES CLIENTS 30 SOLIDARITÉ 32 Deux personnes pour 350 démunis Avec Céline Marchand SOUVENIRS 34 100 % Camelots 2015 - Douce nostalgie Par Marie-Andrée B.SOUVENIRS 35 100 % Camelots 2016 - P\u2019tit train va loin Par?Jo?Redwitch?EXPOSITION 36 Nourrir la ville, nourrir le quartier Par?Mostapha?Lotfi?LECTURES 38 ABC Montréal - Montréal en toutes lettres Par Josée Cardinal RESSOURCES 41 Où manger gratuitement dans le Centre-Sud ?Avec Maxime Valcourt BD 43 Par Siou DÉTENTE 44 À PROPOS DE MONTRÉAL 46 Par Manon Fortier Claude Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Erratum Une erreur s\u2019est glissée en page 8 de notre édition du 1er mai 2017, dans l\u2019entrevue avec Diane Vinet, directrice générale de l\u2019Association canadienne pour la santé mentale.Au lieu de lire : « Quand on en a une optimale, cela signifie à la fois que l\u2019on ne souffre d\u2019aucun trouble ou maladie, mais aussi que nous avons un certain équilibre au quotidien »,?il?aurait?fallu?lire?« Avoir une bonne santé mentale, c\u2019est possible pour tous, que l\u2019on souffre ou non d\u2019un trouble, ça signifie avoir un certain équilibre au quotidien ».Nos excuses pour cette erreur.SOMMAIRE 100 % CAMELOTS 15 Mai 2017 Volume XXIV, no 10 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : \u2022 DONS \u2022 CARTES-REPAS \u2022 ABONNEMENT Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Pour rejoindre notre service aux donateurs : 514 597-0238, poste 240 dominique.racine@itineraire.ca Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : L\u2019équipe des camelots de L\u2019Itinéraire est heureuse et fière de vous présenter, cette année encore, son édition 100 % camelots.Cette édition est particulière à plusieurs égards.D\u2019abord pour nous, qui signons cet éditorial.À titre de membres du comité de rédaction, nous avons pu découvrir de l\u2019intérieur comment se produit un magazine.En premier lieu, nos rencontres nous ont amenés à choisir le thème du numéro qui, dans le contexte des festivités du 375e anniversaire de Montréal, s\u2019imposait de lui-même.Puis il s\u2019agissait de recruter des auteurs, d\u2019aider à la production des articles, de penser et de réaliser une page couverture qui s\u2019intégrerait bien aux différents sujets, de respecter les échéances de production.Bref, de faire en sorte que d\u2019un concept naisse une réalité représentative de ses auteurs.Nous avons donc fait connaissance avec le « chemin de fer », appellation qui désigne l\u2019organisation séquentielle des pages.Nous avons composé avec les contraintes de temps et d\u2019espace qu\u2019impose la conception graphique, dans le respect de l\u2019éthique qu\u2019une telle entreprise exige.Cette publication est aussi particulièrement significative parce qu\u2019elle montre qu\u2019au-delà de leurs préoccupations quotidiennes, les camelots sont les témoins de la vie montréalaise, du fait qu\u2019ils sont en contact étroit avec leur clients-lecteurs, souvent clients- amis, dont ils reçoivent des confidences liées à ce qu\u2019ils vivent, ce qui leur plaît, ce qui les chavire.Nous tenons d\u2019ailleurs à remercier tous les clients qui nous achètent le magazine et nous encouragent quotidiennement.Aussi, lorsque les lecteurs nous font part de leur appréciation d\u2019un article, d\u2019une opinion différente sinon opposée à celle d\u2019un auteur, de suggestions de thèmes à aborder, ils nous incluent dans leur univers et font de nous des citoyens à part entière : c\u2019est bien ce que nous sommes, et c\u2019est bien comme tels que nous voulons être perçus.Nous désirons que cette initiative soit vue comme une œuvre de citoyens et non comme celle de marginaux.Une expérience à perpétuer La production de ce numéro est aussi très significative parce qu\u2019elle témoigne de la cohabitation entre les camelots et le public.Les camelots ne sont pas des êtres désincarnés : ils vivent dans le même espace que la population générale, ils en ont la même conscience, bien qu\u2019elle soit souvent interprétée de façon différente.C\u2019est ce regard qu\u2019ils portent sur la ville que la page de couverture du magazine, principalement vendu à Montréal, représente.Vous y trouverez aussi, tout comme dans de prochaines parutions, un petit livret central historique sur le Montréal méconnu.Vous nous faites fréquemment remarquer combien L\u2019Itinéraire se démarque des autres publications auxquelles le public a droit.Tant par la diversité des opinions, des sujets qui y sont abordés, que par la qualité générale de sa présentation.C\u2019est ce que nous comptons continuer à offrir.C\u2019est tout cela qui nous amène à souligner l\u2019apport significatif de l\u2019équipe de rédaction de L\u2019Itinéraire.Elle nous a permis de vivre une expérience de cohabitation que nous aimerions voir se produire plus fréquemment et que nous souhaiterions voir s\u2019étendre à d\u2019autres camelots.C\u2019est surtout à vous, amis lecteurs, que nous disons : « bonne lecture », vous pour qui nous continuerons de produire ce magazine qui fait une différence dans nos vies.Le comité de rédaction L\u2019œuvre de citoyens comme les autres 7 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA PAR LES MEMBRES DU COMITÉ DE RÉDACTION DU 100 % CAMELOTS ÉDITORIAL Les quatre membres du comité de rédaction du 100 % Camelots 2017: Robert Ménard, Roger Perreault, Isabelle Raymond et Yvon Massicotte L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau?International?des?Journaux?de?Rue?-?INSP).?Le réseau apporte son soutien à près de 120 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org.URUGUAY | Un exemple à suivre C\u2019est une excellente idée ! Nous sommes contents d\u2019avoir la collaboration de nos camelots dans les éditions de notre magazine Factor S ces dernières années, mais nous n\u2019avons jamais eu une aussi grande participation qu\u2019à L\u2019Itinéraire.Vous êtes un grand exemple à suivre.Fernando Vidal, rédacteur en chef de Factor S, Montevideo DANEMARK | Arriver un jour à 100 % ?Pourquoi pas ! Nous nous sommes engagés à ce qu\u2019au moins 20 % de notre contenu éditorial soit consacré à nos camelots, mais nous en faisons beaucoup plus.Je pense que nous avons atteint à plusieurs reprises les 50 %.Arriver un jour à 100 % ?Pourquoi pas ! Il a été prouvé que donner de la place à nos camelots avait un impact positif sur eux et sur la qualité de notre journal.Dans notre cas, les articles ne sont pas écrits par les camelots sans accompagnement.Des journalistes professionnels les assistent et s\u2019assurent du respect des échéances.Poul Struve Nilsen, rédacteur en chef d\u2019Hus Forbi ÉTATS-UNIS | Un premier 100 % camelots à Philadelphie Notre journal de rue fondé en 2009 a pour vocation de créer des emplois et d\u2019insuffler un changement social.Nous donnons l\u2019opportunité à des sans-abri et à des personnes en situation de pauvreté de vivre des expériences de travail.Pour la première fois, comme vous à L\u2019Itinéraire, nous allons publier en mai une édition 100 % camelots.Merci à vous pour cette idée extraordinaire ! One Step Away, Philadelphie 8 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS ROND-POINT INTERNATIONAL Qu\u2019en pensent les autres journaux de rue ? En ce mois de mai vont débuter les festivités liées au 375e anniversaire de Montréal.Le grand public pourra, tout au long de l\u2019année, voir le meilleur de ce que la ville a à offrir.Nous voulions, dans ce numéro spécial, vous en exposer une autre facette.À l\u2019image des souterrains de Montréal, les parcours de la pauvreté et de l\u2019itinérance sont en partie dissimulés.Des milliers de personnes mènent une vie parallèle à celle du citoyen lambda, rythmée elle aussi par un train-train quotidien familier (dormir, se nourrir, travailler, etc.), mais dont les formes diffèrent.La soupe populaire détrône le souper familial, les centres d\u2019hébergement remplacent le confort d\u2019une chambre à coucher, la quête, le travail, et les promenades se transforment en errance.Qui de mieux que nous, les camelots, pour partager ce quotidien ?Constamment exposés au regard de la société, souvent empreint de préjugés négatifs à notre égard et de la peur du « différent », nous avons, nous aussi, un point de vue bien particulier sur le monde qui nous entoure.Retour sur les différentes histoires d\u2019une réalité sociale méconnue, contées à 100 % par nous, les camelots.9 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA DOSSIER Plusieurs personnes se souviennent des mesures adoptées lors des Jeux olympiques de 1976, envers les populations montréa- laises marginalisées.Ces mesures d\u2019éloignement de la pauvreté sont souvent visibles lors d\u2019événements d\u2019importance (Jeux olympiques ou Coupe du Monde, par exemple).Cela étant, ces groupes marginalisés et ceux qui s\u2019en préoccupent ou les soutiennent sont inquiets du sort qui leur sera réservé à l\u2019occasion des festivités du 375e anniversaire de la ville.Certains utilisent l\u2019expression « nettoyage » pour décrire la volonté des autorités municipales d\u2019exclure le plus possible de la vue des participants et des touristes les personnes qui peuvent porter atteinte à la démonstration de paix, de tranquillité et de beauté de la ville.C\u2019est en tout cas le point de vue que partage Céline Bellot, professeure à l\u2019école de Travail social de l\u2019Université de Montréal et directrice de l\u2019Observatoire sur les profilages.Elle mentionne que la Commission des droits de la personne a émis un avis en mars 2017 affirmant qu\u2019un profilage social se développait à Montréal en mentionnant notamment les pratiques du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).Pour étayer cet avis, l\u2019Observatoire sur les profilages s\u2019est d\u2019ailleurs appuyé sur des données recueillies et sur une autre recherche démontrant qu\u2019entre 25 et 30 % des contraventions émises en vertu des réglementations municipales à Montréal l\u2019étaient à l\u2019égard des populations itinérantes.« Ce chiffre est énorme parce qu\u2019il n\u2019y a pas 25 % des gens qui sont itinérants.» Mme Bellot souligne que si le nombre de contraventions données aux personnes itinérantes a diminué, « il y a encore des pratiques de profilage qui sont exercées par les policiers, même s\u2019 il y a des choses qui ont pu s\u2019améliorer ».Parmi ces améliorations, la professeure nomme notamment la création d\u2019une équipe mobile de référence et d\u2019intervention en itinérance (EMRII) au SPVM.Interdit de flâner Mais que reproche-t-on exactement à ces groupes de personnes ?Pourquoi sont-elles exclues de certains lieux publics ?« On leur reproche essentiellement la consommation d\u2019alcool, l\u2019ébriété en public, dormir dans les parcs en dehors des heures d\u2019ouverture ou flâner, soutient Mme Bellot.Ce qui a changé au fil des années, c\u2019est qu\u2019 il y a beaucoup plus de contraventions qui sont données dans le métro que dans les rues, soit pour ne pas avoir payé son passage, soit pour avoir dormi sur un banc.Ces attitudes sont parfois tolérées, cela dépend des agents et de l\u2019état physique et mental des personnes à évincer.» La chercheure explique qu\u2019il existe différents types de profilages pouvant être basés non seulement sur l\u2019âge, sur le statut social, mais aussi sur les origines.Cependant, elle précise que l\u2019état des données scientifiques actuelles ne peut prouver ce dernier point.Abus des policiers ?Depuis 1983, Montréal a mis en place pour ses résidents un programme de travaux compensatoires, une mesure substitutive à l\u2019incarcération.« Mais dans la rue, on en est toujours aux mêmes pratiques, interactions judiciaires, insultes, déplacements des populations marginalisées.Toutes ces pratiques, on n\u2019en entend pas parler et on ne peut pas les documenter par manque de chiffres », ajoute Mme Bellot.Quant aux mesures prises pour sanctionner ces abus, le flou reste entier.La professeure s\u2019interroge sur les actions menées contre les policiers « qui ont la gâchette facile sur la contravention.C\u2019est l\u2019opacité Cohabitation ou nettoyage ?375e anniversaire de Montréal « Sur des contraventions, on met ton nom, ta date de naissance, mais pas ton origine.À Val d\u2019Or par exemple, pour avoir une idée de la judiciarisation du profilage racial, des listes de personnes qui fréquentaient des ressources pour autochtones et qui s\u2019étaient déclarées autochtones ont été utilisées et croisées avec les listes de tickets émis.Quasiment 100 % des tickets étaient donnés aux populations sur-judiciarisées, et c\u2019étaient toujours des populations autochtones. » Céline Bellot 10 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS ANALYSE PAR ROGER PERREAULT CAMELOT LAURIER / PARC P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A contraventions lors des grands événements populaires tels les festivals.« On a constaté qu\u2019un jour avant le début d\u2019un festival, il y avait augmentation de l\u2019émission de contraventions.Elle n\u2019est pas drastique, mais elle existe tout de même.On a aussi noté une réduction à la fin de l\u2019événement.Sans oublier l\u2019ensemble des mécanismes de surveillance.À l\u2019entrée de la plupart des festivals, il faut accepter soit de se faire fouiller, soit de se faire refuser l\u2019accès.» Mme Bellot ajoute que s\u2019il est vrai que la Ville de Montréal s\u2019est donné comme mandat de lutter contre le profilage, les sanctions à l\u2019égard des policiers qui le pratiquent sont trop opaques.« Comment cette politique est-elle concrètement appliquée ?Qu\u2019en est-il du plan d\u2019action de lutte contre l\u2019 itinérance quand il est appliqué par le SPVM ?», s\u2019interroge-t-elle.Pierre Gaudreau rappelle de son côté que dans les années 2000, « c\u2019étaient les jeunes qui se tenaient au parc Émilie-Gamelin et au parc Pasteur qui étaient particulièrement visés par ces mesures ».Ce dernier s\u2019inquiète de ce que pourraient provoquer les prochaines festivités du 375e anniversaire de la Ville.L\u2019été 2016, une équipe d\u2019ethnographes, de documentaristes et de photographes a cherché à comprendre comment s\u2019opérait la cohabitation avec les populations marginalisées et le public aux Jardins Gamelin.Baptisé Amplifier Gamelin, le projet visait à créer une base de données interactive pour renseigner par des témoignages et des portraits les différentes répercussions des mesures de réaména- gement des places publiques.« Ce n\u2019est pas juste pour qu\u2019 il y ait une place pour les itinérants, ils font partie de notre réalité, et nous aussi on a besoin de voir qu\u2019 il y a des itinérants\u2026 Si on efface tout et qu\u2019on ne voit rien, ben il ne se passe rien ! », témoignait ainsi l\u2019un des participants interrogés lors de cette étude.la plus complète sur ce qu\u2019 il y a dans le plan de lutte contre l\u2019 itinérance proposé par la Ville », plaide-t-elle.La Ville de Montréal serait au courant de l\u2019ensemble de ces faits si l\u2019on en croit la chercheure, qui explique que l\u2019un des enjeux est d\u2019arriver à diffuser des chiffres sur les pratiques basées sur les profilages et d\u2019arriver à les déconstruire.Pour ce qui est du dit « nettoyage » pratiqué lors des grands événements populaires, la chercheure n\u2019était pas surprise d\u2019en entendre parler.« D\u2019abord, il faut dire que toutes les villes procèdent à des formes de nettoyage à certains moments.Ça demeure très à la mode à certains événements.Quand il y a eu le 350e, c\u2019est la première fois qu\u2019on a parlé de nettoyage en matière d\u2019 itinérance à Montréal.C\u2019est l\u2019époque où on a nettoyé le Carré Saint-Louis\u2026 Aujourd\u2019hui, plus aucun jeune ne se tient au parc Émilie-Gamelin ou au parc Pasteur.» Travaux et réaménagements Céline Bellot pense que les actions pour mener à bien ce « nettoyage » sont plus insidieuses qu\u2019avant.Elle pointe notamment du doigt l\u2019omniprésence de travaux interminables ainsi que les réaménagements des espaces publics « sous prétexte de cohabitation, alors que la cohabitation se résume toujours aux personnes itinérantes qui en viennent à se fondre dans la masse de monsieur et madame Tout-le-Monde au risque d\u2019être exclues.» Résultat direct de ces mesures : ces personnes se rendent dans les rues parallèles et s\u2019éloignent du groupe.« Maintenant, on les retrouve dans l\u2019est.La population itinérante est éparpillée, ce qui rend bien sûr beaucoup plus difficile l\u2019 intervention.Leur vie se fait de moins en moins en groupe puisque lorsqu\u2019on est cinq ou six personnes, on se fait plus facilement repérer.» Un dernier point étayé par Pierre Gaudreau, coordonnateur au Réseau d\u2019aide des personnes seules et itinérantes à Montréal (Rapsim), un regroupement de 108 organismes : « La question n\u2019est pas tant de savoir si on a peur qu\u2019 il y ait du profilage pendant les festivités mais plutôt de rester attentifs et prêts à réagir », insiste-t-il.Cette surveillance semble se renforcer l\u2019été, dès l\u2019ouverture des terrasses.« L\u2019été, tu vois tellement de policiers\u2026 tu les vois en voiture, à pied, à vélo.Les effectifs sont augmentés.En restant sur la place Gamelin une heure, il est possible de voir dix à quinze policiers.Ils patrouillent sans arrêt, si ce n\u2019est pas le premier policier qui va t\u2019aborder pour te demander de vider ta bière, c\u2019est le deuxième ou le troisième », illustre Mme Bellot.Cette surveillance constante entraînerait un besoin de se cacher et de se faire discret.Ce qui génère un manque de cohabitation.« On ne te pousse pas avec un bâton, on te barre sans arrêt, on veut t\u2019empêcher de chialer, on va t\u2019achaler, on te pousse à être en interaction constante avec des policiers.Rappelons que les populations itinérantes sont généralement très méfiantes à l\u2019égard des policiers et n\u2019ont vraiment pas envie de se faire interpeler toutes les cinq minutes.» Espaces publics, espaces privés Existe-t-il des preuves concrètes de ces mesures d\u2019éloignement des populations marginalisées ?Mme Bellot affirme avoir, avec son équipe de recherche, croisé toutes sortes d\u2019informations permettant d\u2019étudier la corrélation entre de telles mesures, comme l\u2019émission des « Certains policiers amènent en voiture les prévenus menottés vers les extrémités de l\u2019Île, là où il y a peu de moyens de transport, et de refuges. » Céline Bellot « Pour les grands événements, on a réquisitionné de très larges espaces publics qui deviennent interdits.Cela se remarque par les coûts exigés pour boire une bière ou manger un morceau.II s\u2019agit d\u2019une prise de possession totale, du montage des sites jusqu\u2019à leur démontage.Bref, on retire aux occupants naturels leur milieu de vie pour les entasser ailleurs, isolés, en nombre restreint. » Céline Bellot 11 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA P H O T O : ?M I V I L L E ?T R E M B L A Y Un anonyme au Square Viger J\u2019ai travaillé toute ma vie comme femme de ménage et bien que je sois une personne très économe, j\u2019ai toujours vécu dans la précarité.En tant que travailleuse autonome, je n\u2019ai jamais eu d\u2019avantages sociaux et je n\u2019ai jamais pu mettre beaucoup d\u2019argent de côté.Plus jeune, entre 1975 et 1980, je demeurais dans la Basse-Ville de Québec.J\u2019allais souvent travailler comme femme de ménage en banlieue, où je me rendais en transports en commun.Comme j\u2019étais dans la fleur de l\u2019âge, entre 25 et 30 ans, j\u2019étais prête à faire de longs trajets et à faire de longues semaines de travail, six jours par semaine, de 9h à 17h.Je travaillais très souvent dans des grandes maisons de deux à trois étages.C\u2019était un travail difficile mais avec le temps, j\u2019ai développé des habiletés et de l\u2019endurance, et je me suis habituée au rythme de travail.Même si je travaillais dur, je n\u2019avais pas un gros salaire.J\u2019avais suivi un cours d\u2019économie familiale et mes parents m\u2019avaient appris à économiser.Je n\u2019étais vraiment pas du genre à dépenser mon argent n\u2019importe comment, je n\u2019achetais rien dont je n\u2019avais pas besoin.Mais quand j\u2019avais payé mon logement et ma nourriture, je n\u2019avais plus grand-chose à mettre de côté.Dépasser les préjugés Dans mes débuts comme femme de ménage, je peux dire que j\u2019étais gênée avec mes clients qui étaient souvent des hauts professionnels, comme par exemple des médecins ou des fonctionnaires.Dans ce temps-là, j\u2019avais peur que les gens me ridiculisent, car on pensait souvent que les femmes de ménage étaient des niaiseuses sans instruction.Mais à force de travailler chez eux, j\u2019ai été apprivoisée et je me suis aperçue que j\u2019avais affaire à d\u2019autres personnes humaines, comme moi, à la seule différence qu\u2019ils étaient très instruits et très bien éduqués.Je travaillais chez un avocat, à Sillery.Lors de ma première journée, après avoir enlevé mon manteau et mes bottes, j\u2019étais un peu timide et j\u2019attendais dans le portique.L\u2019avocat est venu me voir en me disant : « Mademoiselle, vous n\u2019avez pas à être gênée, nous sommes comme vous, nous mangeons par en dessous du nez ! » Il a su me mettre confortable et à l\u2019aise.Arrivée à Montréal avec 500 $ En 1980, mon mari et moi avons décidé de venir à Montréal parce que nous ne trouvions plus rien à Québec.Mon mari n\u2019était pas riche, comme moi.J\u2019avais réussi à économiser 500 $ pour ce déménagement, mais il me fallait vite chercher un emploi.J\u2019ai appliqué dans d\u2019autres domaines, comme des restaurants, mais j\u2019ai dû me résoudre à recommencer à travailler comme femme de ménage, même si ce n\u2019était pas bien payé.Il fallait toujours que je fasse très attention à mon budget.C\u2019était ancré en moi, je m\u2019arrangeais pour mettre toujours un petit peu de côté.J\u2019aurais aimé pouvoir économiser davantage, mais il y a des semaines où c\u2019était impossible.Il y avait toujours des périodes où je n\u2019avais plus de contrats, je prenais ce qui se présentait à moi.J\u2019ai vendu du chocolat, j\u2019ai travaillé dans des magasins, mais il m\u2019arrivait de tomber sans travail.Et même quand je travaillais, il m\u2019arrivait d\u2019être victime de préjugés.Il y avait par exemple cette dame chez qui j\u2019avais fait le ménage pendant dix ans.J\u2019estimais faire un bon travail, j\u2019étais toujours prête à la satisfaire.Quand je lui ai demandé une petite augmentation, j\u2019ai été surprise de sa réponse : « Ce que vous faites, ce n\u2019est rien de plus que du ménage », m\u2019a-t-elle dit.Je me suis sentie très mal après cette remarque.Comme si pour elle, faire du ménage, ce n\u2019était pas un travail.Heureusement, la plupart de mes clients étaient beaucoup plus reconnaissants de mon travail, ils savaient que j\u2019étais une personne très consciencieuse.Un employeur m\u2019a dit un jour que j\u2019étais pour lui une employée modèle, c\u2019était sincère et je me suis sentie très valorisée par ses paroles.Trop âgée pour travailler ?Au cours des années, le coût de la vie a augmenté, mais pas les salaires.J\u2019ai travaillé très dur toute ma vie sans avoir de vacances payées, à part deux étés.Et arrivée à 61 ans, j\u2019ai commencé à rencontrer des problèmes pour trouver des contrats.Je me considérais comme apte à travailler mais je me faisais dire que je prenais de l\u2019âge et on me trouvait parfois trop vieille pour ce métier.J\u2019ai fini par me ramasser avec juste trois jours de travail par semaine.Pour moi, ce n\u2019était pas suffisant pour combler mes besoins, payer mon loyer.J\u2019ai dû me mettre à quêter.C\u2019est sûr que je trouvais cela très gênant, mais je n\u2019avais pas d\u2019autre choix.Certains étaient agressifs avec moi.On me disait parfois que je ferais mieux de travailler\u2026 Heureusement, j\u2019ai trouvé L\u2019Itinéraire.Ça a été ma bouée de sauvetage.Le travail de camelot me permet à la fois de servir une bonne cause et de rencontrer des gens.Même si toutes les journées ne sont pas payantes, ça m\u2019aide beaucoup financièrement, car malgré le fait que j\u2019ai travaillé toute ma vie, je ne pourrais pas vivre aujourd\u2019hui avec ma maigre pension.Une vie de travail et de précarité 12 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS P H O T O ?: ?A R I A N N E ?C L E M E N T PARCOURS PAR GISÈLE NADEAU CAMELOT MÉTRO FABRE YVON MASSICOTTE CAMELOT RENAUD-BRAY CÔTE-DES-NEIGES ET MÉTRO UNIVERSITÉ-DE-MONTRÉAL SIMON JACQUES CAMELOT MÉTRO JARRY La pauvreté, c\u2019est l\u2019affaire de tous La pauvreté d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus la même que celle que je connaissais il y a 50 ans.Le salaire minimum ne suffit plus.Le coût du logement et des denrées alimentaires augmente à un rythme effréné.Autrefois, la paye d\u2019une semaine suffisait à payer son loyer, les trois autres semaines de paye couvrant largement les besoins essentiels.Aujourd\u2019hui, deux semaines de paye au salaire minimum sont à peine suffisantes pour financer son logement.L\u2019éducation, la présence des deux parents, le statut social, sont des atouts essentiels pour faire face aux aléas de la vie.Mais une famille modeste avec deux enfants dont le père et la mère travaillent au salaire minimum réussit tant bien que mal à survivre, quand il faut payer la garderie cinq jours sur sept, entretenir le foyer, préparer les repas, et assurer l\u2019éducation des enfants.Quand cette précarité s\u2019additionne à une perte d\u2019emploi, un divorce, une dépression, un problème de santé, certains se retrouvent sur l\u2019aide sociale, et d\u2019autres tout simplement à la rue.Nos camelots ont eu une vie avant L\u2019Itinéraire, ont pour certains occupé des métiers qualifiés, mais n\u2019étaient sans doute pas assez équipés pour surmonter les épreuves.Leur persévérance et leur courage leur permettent de retrouver leur dignité, malgré la pauvreté.Ils ont la fierté de travailler et d\u2019aider leurs semblables à sortir de l\u2019itinérance ou à améliorer leur qualité de vie.13 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA POINTS DE VUE Salut Patch ! Vaincre la dépression par des sourires ?Vraiment ?Oui, oui, uniquement des sourires et de la fierté ! Étant en dépression depuis bientôt six ans, j\u2019ai expérimenté plusieurs sortes de thérapies.Que ce soient les antidépresseurs et antipsy- chotiques qui m\u2019ont fait vomir, dormir et ramollir, ou les psychiatres et psychologues qui m\u2019ont fait pleurer autant qu\u2019enrager, aucun traitement n\u2019est arrivé à la cheville d\u2019aller vendre des journaux ! En plus de me motiver à me lever et à m\u2019organiser, je souris ! Quand je suis sur mon lieu de travail, que je souhaite des : « Bonnes journées », je sens véritablement une énergie positive s\u2019emparer de moi.C\u2019est vraiment ce dont j\u2019avais besoin pour retrouver un peu de fierté, ce qui est, à mon avis, le seul remède à la honte.J\u2019ai réalisé que les gens nous renvoient notre reflet, que d\u2019être tout le temps lourd ou négatif fait que les gens le sont aussi.Je m\u2019identifie beaucoup au Dr Patch Adams, qui était lui aussi un dépressif-sui- cidaire.J\u2019ai même pris pour habitude de traîner mon nez de clown quand je vends des journaux.Vous qui me souriez, qui me souhaitez de belles journées et que j\u2019harcèle jour après jour, je ne vous remercierai jamais assez.Merci aux gens du métro Jarry pour m\u2019avoir permis de revoir les belles choses de la vie et les beaux côtés de l\u2019être humain.Je me dis des fois qu\u2019un jour, j\u2019y retournerai, après mon passage à L\u2019itinéraire.Sans journaux, peut-être habillé en uniforme de travail, ou simplement en civil, juste pour sourire aux gens, et me faire sourire bien sûr ! Si j\u2019ai besoin d\u2019une dose d\u2019antidépresseurs\u2026 Le silo social Lorsqu\u2019on nous aborde, nous les camelots, différents visages s\u2019offrent à la vue.Il s\u2019avère alors important de faire bonne première impression.Notre tenue vestimentaire, notre propreté, notre sourire, notre regard\u2026 bref ! L\u2019ensemble de notre profil peut nous amener à conclure ou non une vente.L\u2019apparence compte pour beaucoup.Et je crois que ce qui se produit à notre échelle, se répercute à tous les niveaux de notre société.Dans ce qui suit, je propose d\u2019être les yeux d\u2019une des pauvretés de Montréal.Un mal de vivre se creuse.Je le perçois par les figures tristes, enragées ou effrayées des gens qui prennent la route du travail.L\u2019insatisfaction permanente qui incite à la tentation qu\u2019on installe partout, le taux de suicide chez les jeunes, la drogue et la criminalité et cela de plus en plus tôt poussent dans le même sens.Les journaux n\u2019arrêtent plus de faire leur une de scandales quotidiennement.Comme cela se constate, je connais le mal et je m\u2019en confesse.Mais on ne doit pas être aveuglé par la panique ou la colère, alors je vais tempérer la tempête qui agite mon âme.La pauvreté frappe partout.Le statut social, le genre, la race, l\u2019orientation sexuelle et la santé biaisent dès le départ la juste redistribution de la richesse.De plus, une simple mise irréfléchie à la loterie, un coup de tête ou encore la maladie peuvent lapider le labeur de toute une vie.La pauvreté ou la richesse se jouent- elles sur un seul coup de dés ?Le moule de l\u2019éducation proposé dès l\u2019enfance menant ensuite au métro, boulot, dodo, vaut-t-il les promesses de ceux qui dirigent la destinée de l\u2019humanité ?ROBERT MÉNARD CAMELOT MÉTRO MONK J\u2019avais 18 ans quand je suis arrivé au Canada et je viens de fêter mon 64e anniversaire en novembre dernier, le lendemain des controversées élections américaines.Cela fait donc déjà 46 ans que j\u2019habite Montréal.Qui eût cru qu\u2019en quittant le Vietnam en septembre 1971, je m\u2019établirais ici ?Qui eût cru qu\u2019en fuyant les conflits et les bombardements, je resterais au Québec aussi longtemps que jusqu\u2019à ma retraite ?La guerre En 1971, la guerre du Vietnam atteignait son point culminant.J\u2019étais alors étudiant aux États-Unis quand la télévision nous montrait en boucle des images de combats des plus atroces et insoutenables.Les B52 bombardaient pratiquement toutes les régions de mon pays.Les Américains étaient engagés dans un conflit qui ne leur appartenait pas.L\u2019image de cette petite fille courant toute nue sur l\u2019autoroute, son corps brûlé au napalm, a fait le tour du monde à l\u2019époque.Il n\u2019en fallait pas plus pour que mes amis et moi décidions de demander asile au Canada en tant que réfugiés de guerre.Vu l\u2019ampleur du conflit qui sévissait dans mon pays et compte tenu du fait que le Canada avait besoin de main-d\u2019œuvre, je n\u2019avais aucun doute que ma demande serait approuvée : devenir citoyen canadien n\u2019était alors qu\u2019une question de temps et de formalités.Bienvenue dans la Belle Province Bienvenue au Québec, bienvenue au pays de la poutine et des cônes orange.Bienvenue au pays de la cabane à sucre et du sirop d\u2019érable.Nouvellement arrivé dans la province, les gens me parlaient encore de l\u2019époque des tramways et de la crise d\u2019octobre du FLQ.Quelques défis se présentaient à moi : affronter mon premier hiver québécois, découvrir le joual ?en passant, j\u2019ai appris qu\u2019« écœu- rant » ne veut pas nécessairement dire « dégoûtant», mais aussi « excellent » ! ?et me faire à l\u2019idée que je serai toujours regardé différemment à cause de mes origines : « Parlez-vous français ?Chinois ?Vietnamien ?Est-ce la même chose ?» Voilà quelques-unes des sempiternelles questions qu\u2019il m\u2019arrive encore d\u2019entendre aujourd\u2019hui.Les gens, curieux face à un Asiatique, me dévisagent encore comme si j\u2019étais une attraction de cirque\u2026 À force de subir des moqueries et des commentaires désobligeants, j\u2019ai appris à me défendre en m\u2019adressant à des organismes tels que la Commission des droits de la personne ou les Normes du travail.Des instances dont beaucoup de Québécois ignorent encore l\u2019existence.Montréal, ville bicéphale Montréal est une ville bicéphale, le boulevard Saint-Laurent \u2013 la « Main » \u2013 étant la frontière imaginaire entre deux villes distinctes.Côté ouest, on retrouve majoritairement les anglophones : Westmount, Snowdon, Notre-Dame-de-Grâce, Côte-Saint-Luc, etc.De l\u2019autre bord, les francophones dans le coin d\u2019Hochelaga-Mai- sonneuve, Mercier, la Petite Bourgogne.« Les deux solitudes », comme on les appelait, pour illustrer le manque de communication et l\u2019éloignement culturel entre les deux groupes linguistiques.Le quartier Côte-des-Neiges serait le plus multiethnique et coloré de Montréal.Sur cette rue, de Jean-Talon à l\u2019Oratoire Saint- Joseph, on retrouve des logements dont le propriétaire est juif et les locataires sont portugais.Pourtant, tout le monde s\u2019entend ! J\u2019ai été frappé par l\u2019aspect multiculturel de cette Belle Province : Chinois, Grecs, Italiens, Français et j\u2019en passe.Dès le premier jour au travail, on m\u2019a mis dans une équipe comptant cinq ou six nationalités différentes.Le patron était juif, le contremaître était français.Les Nations Unies réunies sous le même toit.Le marché du travail des années 1970 Les années 1970, c\u2019était l\u2019âge d\u2019or de l\u2019emploi.Les entreprises manquaient de main-d\u2019œuvre et les compagnies peinaient à embaucher du personnel.C\u2019était l\u2019époque où personne ne voulait faire des « jobines » comme on les appelait, tel que laver la vaisselle ou sortir les vidanges.C\u2019était une honte de recevoir des prestations du bien-être social, et ceux qui en recevaient étaient étiquetés de paresseux vivant aux crochets de la société.Mais vint le déclin de l\u2019économie.Lentement, les entreprises fermèrent ou déménagèrent les unes après les autres.Les emplois devinrent précaires.Le travail commençait à manquer et il n\u2019était pas rare d\u2019être mis à pied dû à l\u2019automatisation et à la mondialisation.Il 64 ans, dont 46 à Montréal Après tant d\u2019années, je suis très nostalgique en pensant à mon pays d\u2019origine.Même si le Vietnam que j\u2019ai quitté n\u2019est plus le même aujourd\u2019hui, l\u2019idée d\u2019y retourner un jour est encore présente dans mon esprit.14 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS P H O T O ?: ?M A R T I N ?T R E M B L A Y TÉMOIGNAGE PAR TUAN TRIEU-HOANG CAMELOT MÉTRO HENRI-BOURASSA dans la nuit quand Jacques Parizeau a prononcé sa phrase hautement controversée : « On a perdu à cause de l\u2019argent et du vote ethnique.» Le Québec était à un cheveu de se séparer du reste du Canada.Ce soir-là, des émeutes ont éclaté partout en ville alors que les gens scandaient : « On veut un pays ! On veut un pays ! » Parizeau avait-il tort ?En tant qu\u2019immigrants fuyant déjà des conflits, des guerres et des bombardements, le Canada était pour nous un endroit calme, accueillant et sécuritaire.Notre position sur la souveraineté québécoise était donc simple : pourquoi vouloir se séparer d\u2019un pays si beau et libre ?Pourquoi prendre le risque de se jeter vers l\u2019inconnu, alors que nous venions à peine de nous sortir de nos problèmes ?Ne serions-nous pas en train de trahir le Canada qui venait tout juste de nous ouvrir les bras ?Ce serait impensable pour nous de voyager en Ontario ou à Terre-Neuve avec un passeport\u2026 Itinérance et pauvreté : l\u2019envers de la médaille Il est vrai que j\u2019ai été accueilli à bras ouverts dans un pays libre alors que mon pays était à feu et à sang.Avec l\u2019invention de la carte d\u2019assurance-maladie, aussi appelée « carte-soleil », le Québec est l\u2019un des rares endroits au monde à offrir un système de santé gratuit et efficace aux plus démunis.Cependant, j\u2019ai été surpris de constater que dans un pays aussi développé que le Canada, il y ait encore des gens qui dorment dans des bouches de métro et qui cherchent de la nourriture dans les soupes populaires.C\u2019est triste de constater que des pauvres aillent voler d\u2019autres pauvres, question de survie.J\u2019ai eu le temps d\u2019observer l\u2019évolution de la société en matière d\u2019itinérance et de pauvreté et malheureusement, les choses n\u2019ont pas l\u2019air de s\u2019améliorer à mes yeux.Et que dire des tristement célèbres commissions d\u2019enquête comme celle sur le scandale des commandites, le scandale Norbourg et la Commission Charbonneau ?Épilogue J\u2019ai vécu plus longtemps à Montréal que dans mon pays natal et j\u2019ignore quand j\u2019aurai la chance d\u2019y retourner.La paix est revenue en 1975, et je n\u2019ai pas connu tous les changements depuis lors.Et Saïgon, l\u2019ancienne capitale du Sud-Vietnam fut rebaptisée Hô-Chi- Minh-Ville.Cette mégapole qui m\u2019a vu grandir est devenue une des plus prospères du Sud-Est asiatique.La nostalgie de mon pays me revient parfois.Mais si un jour j\u2019ai l\u2019occasion d\u2019y retourner, ce sera probablement comme touriste.n\u2019était pas rare d\u2019aller travailler le matin, et de passer toute la journée au travail tout en ignorant si on allait y retourner le lendemain.Une véritable épée de Damoclès ! Avec le joual, de nouvelles expressions se sont ajoutées à mon répertoire : congédier, licencier, « se faire slacker » (en anglais « lay off »).Les mots ne veulent pas tout à fait dire la même chose, mais le résultat reste le même : tu n\u2019as plus de travail.Et ironie du sort : les employeurs ne te disent jamais que tu as été congédié ! J\u2019étais loin des bombardements et des conflits mais je devais composer avec des patrons malhonnêtes.Ils ignoraient la loi, feignaient de ne pas la connaître, ou profitaient de l\u2019ignorance et de la vulnérabilité des nouveaux arrivants pour les exploiter : heures supplémentaires rémunérées en temps simple, vacances dues mais jamais payées\u2026 Politique et société En septembre 1971, le Stade olympique n\u2019existait pas encore.Ce vaste espace compris entre les boulevards Viau et Pie-IX était encore un terrain vague.Les gens qui ont vécu les années 1970 se souviennent probablement que Montréal a failli ne pas avoir ses Jeux olympiques.Ces Jeux, qui ont coûté très cher aux citoyens, se sont déroulés dans un stade inachevé.Le métro de Montréal, construit pour l\u2019Expo 67, se rendait des stations Atwater à Frontenac, Henri-Bourassa à Bonaventure et jusqu\u2019à Longueuil.Le salaire minimum était de 1,40 $ de l\u2019heure, et non pas de 11 $ comme aujourd\u2019hui.On pouvait louer un 2 ½ pour aussi peu que 40 $ par mois tout compris, et non pas pour 600 $.Qui se souvient encore des supermarchés Steinberg et Dominion, et des magasins Woolco et Dupuis Frères, qui ont cessé leurs activités au début des années 1970 ?C\u2019était l\u2019époque du Parc Belmont, des soirées de lutte au Centre Paul-Sauvé, démoli en 1992 et remplacé par des condominiums, mais aussi celle du Blue Bird, un club de nuit détruit par un incendie criminel en 1972.J\u2019ai vécu les deux référendums de 1980 et 1995.Lors du premier, j\u2019étais au Centre Paul-Sauvé, lorsque René Lévesque a prononcé : « Mes chers amis, si je vous comprends bien, vous êtes en train de me dire \u2019\u2019à la prochaine\u2019\u2019.» Quinze ans plus tard, j\u2019étais au Palais des Congrès, dans le camp du « Oui », alors que les partisans du « Non » se rassemblaient au Spectrum.Je m\u2019en rappelle comme si c\u2019était hier : l\u2019amphithéâtre était bondé de monde, plein à craquer comme on dit, et ça criait et criait.La police était omniprésente jusqu\u2019à tard P H O T O ?: ?A R C H I V E S ?D E ?L A ?V I L L E ?D E ?M O N T R É A L Voici à quoi ressemblait le centre-ville de Montréal lorsque je m\u2019y suis installé, au début des années 1970 (ici la rue Sainte-Catherine, entre Peel et Metcalfe) fermaient ?Se nourrir à Montréal Et si tous les organismes communautaires 254 14,2 millions kg Source : Bilan-Faim 2016 et 2014 organismes communautaires de l\u2019île de Montréal s\u2019approvisionnent chez Moisson Montréal sur une base régulière Près de 658 000 demandes d\u2019aide alimentaire sont comblées chaque mois 137 000 personnes, dont 45 000 enfants, sont aidées mensuellement à travers le réseau d\u2019organismes accrédités de denrées et autres produits essentiels ont été distribués en 2015-2016, représentant une valeur monétaire de 81,5 M $ RECHERCHE PAR YVON MASSICOTTE CAMELOT CÔTE-DES-NEIGES ET MÉTRO UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Avec la période d\u2019austérité budgétaire imposée par le gouvernement Couillard, nombreux ont été les organismes communautaires à éprouver des difficultés pour conserver leurs services.Nous tentons ici de comprendre leur importance au niveau municipal pour des besoins primaires, comme le fait de manger et de dormir. Dormir à Montréal Québec 4000 22 717 Sources : Sites officiels des organismes communautaires, RAPSIM (rapport de 2008) Au Québec, il existe 52 000 organismes sans but lucratif (OSBL) Nombre de refuges recensés à Montréal Lits de dépannage 606 lits d\u2019hébergement court, long et moyen terme Cela revient en moyenne entre 350 et 400 $ par mois tout compris pour un hébergement sur le long terme.Ceci est possible uniquement dans le cas d\u2019une transition.Des conditions s\u2019appliquent sur l\u2019admissibilité des personnes : 400 000 personnes ont faim au Québec 12 % des demandeurs mensuels étaient servis pour la première fois, il s\u2019agissait de familles avec des enfants Dont 150 000 enfants OSBL tournés vers l\u2019action communautaire autonome CHAQUE MOIS En 2014 refuges peuvent accueillir des femmes et des enfants 1O refuge accepte officiellement les animaux de compagnie 1 refuge accepte officiellement des personnes intoxiquées 1 Le vendredi 31 mars, L\u2019Itinéraire a accompagné une patrouille de police dans le bas de la ville.Récit de ces quelques heures passées auprès du SPVM.« Faites attention à un itinérant qui se déplace en marchette et qui doit se rendre l\u2019hôpital pour ses médicaments.Amenez-le à l\u2019hôpital si vous le voyez, mais vous ne pouvez pas le forcer », avertit le sergent au groupe de policiers rassemblés autour d\u2019une grande table.Il partage ainsi plusieurs informations transmises par l\u2019équipe de jour à celle du soir du poste 22, qui partira bientôt en patrouille dans le Village gai et dans Hochelaga-Maisonneuve.L\u2019Itinéraire participe à une opération Cobra, un programme qui permet à des citoyens d\u2019accompagner des policiers en patrouille.Après la visite du poste, nous enfilons un dossard gris qui nous identifie comme observateurs.On nous impose une seule règle : si la situation devient dangereuse, nous restons dans la voiture ; autrement, nous devons suivre les policiers pas à pas.Nos guides sont Louis Cossette, 30 ans, au SPVM depuis cinq ans, et Mathieu Cain-Tremblay, policier depuis deux ans.Tous deux sont gradués de l\u2019École nationale de police du Québec, à Nicolet.Mathieu est également diplômé en criminologie et en science politique de l\u2019Université Bishop, à Lennoxville.Louis conduit la camionnette.Mathieu consulte son ordinateur de bord où sont affichés les appels destinés aux patrouilles du poste 22.Notre équipe ne sera dépêchée sur aucun appel en particulier, mais nous avons la possibilité de nous rendre à tous ceux qui nous intéressent, rejoignant ainsi d\u2019autres policiers qui ont été envoyés sur les lieux.16 h 25 Louis et Mathieu interceptent une Mazda rouge.Elle a trop forcé un feu jaune et brûlé un feu rouge.Chanceux, le conducteur s\u2019en tire avec un avertissement.16 h 30 Mathieu note sur son ordinateur la plainte d\u2019un dépanneur confronté à une cliente très fâchée.Nous arrivons sur place quelques minutes plus tard, la cliente a déjà quitté les lieux.Elle ne voulait pas présenter une pièce d\u2019identité au commis pour réclamer son colis.Les policiers ne peuvent pas faire grand-chose.C\u2019est un conflit civil et la cliente a disparu.16 h 45 Une Corvette blanche bloque la rue.Le conducteur dit qu\u2019il a fait descendre une femme handicapée.Les policiers le laissent partir.17 h 07 Une femme en pleurs a demandé de l\u2019aide au 911.Elle a raccroché aussitôt en disant que ça ira mieux.Les policiers sont inquiets.Elle a appelé avec un cellulaire et on se rend à l\u2019adresse de facturation.La routine des policiers du poste 22 18 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS REPORTAGE PAR ISABELLE RAYMOND CAMELOT LAURENDEAU / DE BIENCOURT Louis Cossette émet un avertissement à un conducteur qui a grillé un feu rouge Louis Cosette et Mathieu Cain-Tremblay, policiers du SPVM au poste 22 Il y un sac de pot sur la table du salon.Les policiers questionnent l\u2019homme sur sa consommation.Il dit ne boire que quelques bières de temps à autre.Plusieurs caisses de 24 sont pourtant empilées sur le balcon.La femme quitte la chambre pour le rejoindre.L\u2019homme s\u2019énerve et lui reproche d\u2019avoir crié.Un policier lui dit de se calmer et le père sort prendre l\u2019air.Saisissant le sac de pot, un agent demande à la jeune femme qui des deux consomme.C\u2019est lui, dit-elle et c\u2019est pour ça qu\u2019elle ne veut pas qu\u2019il sorte avec le petit.Pour autant, elle ne veut pas parler de violence conjugale.Ce n\u2019est pas la première fois que la police intervient auprès de ce couple.La dernière fois, c\u2019était pour une crise qu\u2019elle avait faite suite à un texto reçu par son conjoint.20 h 00 Un appel signale un homme saoul au métro Papineau.Il tient un discours incohérent et crie après l\u2019employé du guichet.Normalement, ce sont les policiers du métro qui qu\u2019occupent de ce genre d\u2019incident, mais ils sont occupés à d\u2019autres stations.À l\u2019arrivée des quatre policiers, il est plutôt calme, mais marche en titubant.Un policier lui demande de circuler.Il ne semble pas comprendre et rigole.L\u2019homme parle espagnol.Heureusement, une policière qui se débrouille dans cette langue établit un contact cordial.Elle réussit à le convaincre de prendre le métro pour retourner chez lui, mais l\u2019homme dit ne pas avoir d\u2019endroit où aller.Après quelques minutes de conversation, il se décide à prendre le métro.Les policiers l\u2019accompagnent jusqu\u2019au quai et attendent qu\u2019il monte dans le wagon.Une femme âgée répond.Ce n\u2019est pas la personne en détresse et elle ne la connaît pas non plus.On sonne à plusieurs portes, on interroge des passants.En vain.17 h 15 Un passant a signalé un homme ivre, assis à côté de son vélo, rue Frontenac.Les policiers font le tour du secteur en camionnette, il est introuvable.Ils se rendent à pied sous un viaduc.L\u2019endroit est sombre, couvert de graffitis.On vient ici pour un fix ou une passe à l\u2019abri des regards.Certains y campent parfois.La police les tolère s\u2019ils ne font pas de problème.Mais l\u2019endroit est plus surveillé depuis qu\u2019un homme y est mort d\u2019une overdose.Ce soir, personne en vue.17 h 55 Un appel anonyme rapporte les cris d\u2019une voisine.La personne entend des bruits d\u2019objets contre le mur et craint un cas de violence conjugale.Avant même d\u2019entrer dans le logement avec les policiers, on sent une forte odeur de cannabis.Dans le salon, Louis et Mathieu interrogent le père d\u2019un bébé de sept mois, assis tranquillement dans son siège, tout habillé pour sortir.Deux policières recueillent la version de la mère dans une chambre.L\u2019appartement est très négligé, des déchets et des couches souillées traînent sur le plancher.L\u2019évier de la cuisine déborde de vaisselle sale.Le père de l\u2019enfant s\u2019explique calmement : il voulait sortir avec le bébé pour aller le présenter à ses amis à l\u2019autre bout de la ville.Sa conjointe ne voulait pas qu\u2019il sorte avec l\u2019enfant, qu\u2019elle allaite encore.L\u2019atmosphère est tendue par la chicane.L\u2019homme avoue qu\u2019il suit une thérapie pour gérer sa colère.La femme admet qu\u2019elle n\u2019a plus la garde de son premier enfant qu\u2019elle a eu avec autre père.19 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA P H O T O S : ?M I V I L L E ?T R E M B L A Y Les policiers frappent à plusieurs portes pour retracer une personne en difficulté Isabelle Raymond suit les policiers à la recherche d\u2019une personne en difficulté sous un viaduc dans Hochelaga Quatre policiers raccompagnent un homme ivre qui harcelait un employé du métro Les policiers interrogent un homme impliqué dans une querelle de ménage 21 h 15 Mathieu entre au hasard dans l\u2019ordinateur portable les numéros de plaques d\u2019immatriculation de voitures qui attirent son attention.Il tombe sur un octogénaire, qui conduit une Chevrolet.L\u2019homme fait l\u2019objet de plusieurs accusations d\u2019agression sexuelle sur des mineurs.En attente de procès, il a une longue liste de conditions à respecter, comme de se tenir loin des écoles et des parcs.Mathieu et Louis l\u2019interceptent sur le pont Jacques-Cartier afin de s\u2019assurer que tous ses papiers sont en ordre, puis le laissent repartir.Leur intervention, explique Mathieu, montre à ce présumé pédophile que la police le garde à l\u2019œil.21 h 35 Un homme fortement intoxiqué déambule en plein milieu de la rue Sainte-Catherine.Il est connu des policiers pour ses vols à l\u2019étalage, surtout de la bière.Les policiers lui disent de ne pas marcher dans la rue.Ils saisissent sa canette de bière ouverte, mais lui laissent celle qui n\u2019est pas décapsulée.Ils l\u2019avertissent de ne pas voler.Ce ne sera pas le cas aujourd\u2019hui, car tout content, il brandit plus de 400 $.Il a encaissé son chèque d\u2019aide sociale et dormira à l\u2019hôtel ce soir, plutôt qu\u2019à la Maison du Père, comme d\u2019habitude.Les policiers repartent, mais l\u2019homme recommence à marcher dans la rue.Nouvel avertissement, avec la menace de passer la nuit au poste plutôt qu\u2019à l\u2019hôtel avec sa bière.Rien de dramatique, durant cette patrouille dans le bas de la ville, mais les policiers ont été confrontés à la misère humaine, qui fait partie de leur quotidien.Dans les médias, on a rapporté des opérations policières auprès d\u2019itinérants qui ont tourné au drame.Heureusement, rien de tel n\u2019est arrivé durant cette soirée.J\u2019ai adoré mon expérience, même s\u2019il y avait moins d\u2019action que je le pensais.Il y avait une belle complicité entre les policiers Mathieu et Louis.Lors de leurs interventions, ils étaient très diplomates et calmes.Je me suis sentie en sécurité tout au long du reportage, je leur faisais confiance.Chaque appel m\u2019intriguait, j\u2019étais curieuse.Mais je n\u2019étais pas à l\u2019aise en entrant dans l\u2019appartement du couple en chicane, car je ne suis pas une personne qui s\u2019impose.J\u2019avais beaucoup de peine pour le bébé négligé et j\u2019éprouvais de la colère envers les parents irresponsables.J\u2019avais envie de l\u2019adopter.Je ressentais vraiment la misère dans ce logis, même si je n\u2019ai rien laissé paraître.J\u2019étais inquiète aussi pour l\u2019itinérant qui montrait tout son argent.J\u2019avais peur qu\u2019il se fasse voler.Je m\u2019en faisais aussi pour la femme en détresse psychologue qui a appelé le 911, mais qu\u2019on n\u2019a pas réussi à retrouver.J\u2019espère qu\u2019elle a obtenu de l\u2019aide et qu\u2019elle va mieux.J\u2019avais un préjugé envers les policiers « donneux de tickets », mais sur six infractions routières, ils n\u2019ont distribué que deux contraventions.Une pour une voiture stationnée dans une zone réservée aux policiers ; l\u2019autre, pour une Mercedes qui est sortie d\u2019une ruelle en klaxonnant et en coupant la circulation de manière dangereuse.Le conducteur n\u2019a pas aidé sa cause en étant arrogant.Bref, ce furent un après-midi et une soirée très enrichissants.L\u2019autre côté de la médaille SCFP-Québec SCFP-Québec scfp.qc.ca @SCFPQuebec SE SYNDIQUER C\u2019EST S\u2019AIDER publicité 20 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS Louis Cosette et Mathieu Cain-Tremblay interceptent sur le pont Jacques-Cartier la voiture d\u2019un présumé pédophile en libération conditionnelle en attente de son procès Les policiers avertissent un itinérant ivre de ne plus marcher dans la rue Alice Inukpuk, Jordan Fildart et Darcy Forest P H O T O S : ?M I V I L L E ?T R E M B L A Y 22 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS Votre grand chef, là-bas en France, celui que vous nommez le Roi Soleil souhaite pactiser avec nous et intime l\u2019ordre à votre gouverneur Courcelles, en 1665, de s\u2019assurer que « les officiers, les soldats et tous les sujets de Sa Majesté traitent les Autochtones de façon équitable, sans jamais avoir recours à la violence ».Or, bien qu\u2019il existe des relations pacifiques entre certaines tribus et les colons, les guerres et les tueries se poursuivent de part et d\u2019autre.Les colons sont souvent tués lorsqu\u2019ils s\u2019aventurent hors des murs de leur fortification et les Blancs commettent des atrocités dans les villages indiens.Les guerres iroquoises, alimentées par leur alliance avec les Britanniques font des ravages, tant parmi nos peuples que le vôtre.Si bien qu\u2019après un siècle de ce régime, vous proposez aux cinq nations iroquoises, de même qu\u2019aux autres peuples, un accord de paix.En 1701, environ 1300 délégués autochtones, issus de 30 nations, se réunissent à Montréal pendant plusieurs semaines pour discuter comment mieux vivre ensemble, échanger des prisonniers, des cadeaux et enfin signer la Grande Paix de Montréal.L\u2019accord prévoit que les Iroquois resteront neutres en cas de guerre entre les Français et les Anglais.Une relation complexe Depuis 1642, à Ville-Marie, vous aviez comme objectif de nous assimiler, de nous évangéliser et de former un peuple unique.Dès 1637, des « réductions » ou réserves indiennes sont créées pour nous y confiner.Au début du XVIIIe siècle, celle de Kahnawake sera établie sur la rive-sud de Montréal En revanche, il est vrai que vos missionnaires, marchands et coureurs des bois font l\u2019effort d\u2019apprendre nos langues, et beaucoup d\u2019entre vous se marient avec des femmes autochtones.De votre côté, vous nous enseignez dans vos écoles et nous soignez à votre tour dans vos hôpitaux.Les relations que nous entretenons avec vous sont complexes, un mélange d\u2019amour, de haine, de méfiance, d\u2019entraide, d\u2019injustice.Mais chose certaine, nous tenons à préserver notre mode de vie et nos croyances.Nous ignorons encore à quel point les choses changeront dans les siècles qui suivront.Nous reconnaissons être réuni-e-s sur un territoire non cédé de la nation Mohawk Nous, les Premières Nations 17 mai 1642.Nous occupons le territoire que vous nommez la Nouvelle-France depuis la nuit des temps.Quand vous, les Montréalistes débarquez sur notre île, nous avons en mémoire les contacts tantôt harmonieux, tantôt hostiles avec vos prédécesseurs Jacques Cartier (1534) et Samuel de Champlain (1603).À votre arrivée pour fonder Ville-Marie, plusieurs nations habitent ou passent de longs séjours dans la région.Parmi eux, les Iroquois qui peuplent l\u2019île et la vallée du Saint-Laurent, les Hurons-Wendat, qui plus tard seront dispersés et s\u2019établiront près de Québec, et les Algonquins de passage de l\u2019Outaouais.Nous vous avons accueillis et soignés, puisque beaucoup d\u2019entre vous étiez très malades après de pénibles mois de traversée entre votre pays et le nôtre.On vous a concocté des médicaments avec des plantes pour vous soigner ; les feuilles et l\u2019écorce bouillies du cèdre blanc ont d\u2019ailleurs déjà fait leurs preuves pour guérir le scorbut, entre autres maladies et infections.On vous a enseigné notre façon de cultiver la terre, ce qui vous permettra de survivre au cours de ces premières années difficiles.Nous vous faisons découvrir la courge, le maïs et les haricots \u2013 les trois sœurs comme les appellent les Iroquois, ces grands cultivateurs \u2013, tout comme la citrouille, le topinambour, le riz sauvage, sans oublier le sirop d\u2019érable ! Vous, animés par une ferveur religieuse, arrivez avec la ferme intention de nous évangéliser.Et bien que beaucoup d\u2019entre nous se convertissent au christianisme et choisissent de vivre auprès de vous, nous demeurons indépendants et continuons de vivre notre mode de vie ancestral.Au fil des ans, nous avons établi des relations d\u2019interdépendance, notamment grâce au commerce des fourrures qui existe depuis le XVIe siècle.Nous concluons des trocs avec nos peaux et pelleteries contre vos objets venus d\u2019Europe, comme des perles de verre, des chaudrons, des couteaux, des aiguilles.Vos coureurs des bois sont d\u2019ailleurs nos principaux négociants.Déjà en 1680, ils sont plus de 800 à avoir adopté notre mode de vie.On les appelle même les « Indiens blancs ».Guerres et paix Lorsque vous êtes arrivés, nous connaissions déjà la guerre qui oppose Iroquois et Hurons.Ces derniers se font vos alliés alors que les Mohawks, la plus puissante des cinq nations iroquoises, vous font la vie dure.La Grande Paix de Montréal. Illustration : Francis Back Nous, les Montréalistes 1734.Enfin Ville-Marie ressemble à un centre urbain, fortifié, règlementé.Quand je repense au 17 mai 1642, notre arrivée sur cette pointe de terre, Pointe-à-Callière\u2026 Grâce à Paul de Chomedey Sieur de Maisonneuve, choisi par la Société des Messieurs et Dames de Notre-Dame de Montréal, nous, futurs Montréalistes, pouvons participer à une noble mission : civiliser les Amérindiens de Nouvelle-France pour construire une nouvelle société.Quel beau groupe fondateur ! Une quarantaine de catholiques et artisans recrutés dans le nord-ouest de la France.Votre Vieux-Montréal est notre première colonie.La vie y est régie par le rythme militaire des tambours et le son catholique des clochers.Nous avons notre petit quotidien.Au centre-ville, la foule, les soldats, les marchés deux fois par semaine.Voyez- vous toutes ces belles demeures en pierre le long de la rue Saint- Paul ?Ce sont celles de nos marchands fortunés.Elles ont été construites après le grand incendie de 1721.Côté nouvelles, tout ce que nous devons savoir nous est crié par notre huissier, Jean- Baptiste Decoste.C\u2019est lui qui, en 1709, nous informa que « de par le Roy, il est ordonné que les \"Panis\" (des Amérindiens) [\u2026] soient désormais considérés comme des esclaves. » Ici, toutes les règles du royaume de France ne s\u2019appliquent pas parce que tout reste à faire.Et nous avons une priorité, celle de peupler la vallée du Saint-Laurent.Comme le présage notre intendant Jean-Talon, les rives ne se peupleront pas seules et les futurs chantiers de construction navale et Forges du Saint-Maurice ne se bâtiront pas sans bras expérimentés.Ainsi, tout le monde peut devenir artisan après six ans d\u2019exercice au sein de la colonie.Même les plus démunis peuvent, depuis 1694, apprendre un métier grâce à l\u2019école des frères Charron.Elle fait d\u2019ailleurs partie de la maison de la charité, fondée par les Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph en 1692.À chacun son métier Bien que tout soit plus basique ici qu\u2019en France, nous disposons d\u2019un système de transferts de connaissances très efficace.La famille, par exemple, transmet de père en fils son savoir-faire.Surtout celui lié aux métiers alimentaires.D\u2019ailleurs, la colonie veille rigoureusement à ce qu\u2019un bon ravitaillement soit assuré.Nos tailleurs de pierres, forgerons, maçons, menuisiers et charpentiers forment quant à eux les corps de métiers les plus nécessaires à la colonie.Ce sont eux les bâtisseurs des demeures de nos richissimes marchands.Ces gaillards ont, pour beaucoup, suivi un apprentissage en atelier de maître dès 16 ans.Saviez-vous que dans la colonie, ils peuvent recevoir un salaire en marchandises en plus du gîte, du couvert et d\u2019une éducation religieuse ?Ce n'est pas le cas en France.Que de paternalisme entre un maître et son apprenti ! Il est vrai qu\u2019ils travaillent quand même 12 heures par jour.Si vous voulez un conseil, devenez forgerons ! Ils sont les plus fortunés de tous nos artisans qui, pour 70 % d\u2019entre eux, sont propriétaires.Ville-Marie 1642 Le saviez-vous ?En Nouvelle-France, on appelait la classe moyenne, soit les gens qui étaient ni riches ni pauvres, « les médiocres ».Répartition en % de la population de Montréal aux XVIIe et XVIIIe siècles Âge 1680 1720 1740 0-14 47,9 44,3 41,9 15-29 21,3 27,2 25,1 30-44 21,2 15,4 18,4 45-59 7,7 9,3 7,8 60 + 1,9 3,8 5,6 (variable de 2,2%) Jeanne Mance (France, 1606 \u2013 Québec, 1673) Reconnue comme cofondatrice de Montréal en 2012 En 1643, Jeanne Mance fonde l\u2019Hôtel-Dieu en plus d\u2019être intendante de la colonie.Elle permettra également la survie de cette dernière, en partie massacrée par la guerre franco- iroquoise.En effet, elle demanda à Maisonneuve de négocier l\u2019utilisation des fonds de l\u2019hôpital pour recruter des troupes, finalement arrivées en 1653.Paul de Chomedey de Maisonneuve (France, 1612 - France, 1676) Officier et cofondateur de Montréal, Paul de Chomedey de Maisonneuve, quitte la France en mai 1641.À la demande de la Société Notre-Dame de Montréal, il construit Ville-Marie en 1642, accompagné de près de 70 colons, comprenant une dizaine de femmes, dont Jeanne Mance.Peu apprécié des gouverneurs généraux, il sera rappelé en France en 1665.On ne vit pas vieux ! Environ 20 % des nouveau-nés meurent avant l\u2019âge d\u2019un an et presque 30 % avant l\u2019âge de cinq ans.Quelque 59 % atteignent l\u2019âge de la majorité, soit 25 ans, 37 % l\u2019âge de 50 ans et 5 % l\u2019âge de 80 ans.Espérance de vie et mortalité Esclave autochtone, qu\u2019on appelait aussi « Panis ». Illustration : Francis Back Remerciements : Centre d\u2019histoire de Montréal, le Château Ramezay, le musée des Hospitalières de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, le musée de Lachine, le musée Pointe-à-Callière, Gilles Proulx, auteur de De Ville-Marie à Montréal (Médiaspaul), André Lachance auteur de Vivre à la ville en Nouvelle- France (Libre Expression), Francis Back, illustrateur, et Lise Huneault (Alice médias) Sections spéciales 375e : Montréal méconnu | Vol I, nº1 Publiées à chaque 15 du mois jusqu'en octobre 2017 Coordination, recherche et rédaction : Josée Panet-Raymond Rédaction : Karine Bénézet et Simon Posnic Infographie : Milton Fernandes Réalisé en collaboration avec : Marguerite Bourgeoys (France, 1620 - Québec, 1700) Canonisée le 31 octobre 1982 En 1653, Marguerite Bourgeoys entreprend son voyage vers Montréal et devient la fondatrice de la Congrégation Notre- Dame de Montréal.Elle consacrera son énergie à l\u2019éducation des filles et des Filles du Roy en Nouvelle-France et ouvrira des écoles à Montréal et à Québec ainsi qu\u2019au sein de la réserve des Sulpiciens de La Montagne pour les Autochtones.Combien gagnait par année en 1653 \u2026 un chirurgien, 100 à 150 livres un menuisier, 100 livres un charpentier, 75 à 100 livres un armurier et ouvrier, 100 livres un armurier et serrurier, 80 livres un serrurier, 75 livres un armurier défricheur, 75 livres un maçon, 80 livres un cordonnier, 60 livres et un tailleur d'habits, 60 livres La monnaie de l\u2019époque 1 écu = 3 livres 1 livre = 20 sols 1 sol = 12 deniers Combien coûtait\u2026 Pain d\u2019une livre et demie : 4 sols Un chapon : 15 sols Un porc : entre 10 et 12 livres Une vache : de 40 à 50 livres Un bœuf : de 100 à 110 livres Un cheval : de 100 à 125 livres Les esclaves en Nouvelle-France Les historiens estiment à 2 000 le nombre d\u2019esclaves à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle.La grande majorité, soit 80 % d\u2019entre eux, sont des Amérindiens qu\u2019on appelle « Panis ».Quant aux esclaves noirs, d\u2019origine africaine, ils apparaissent en Nouvelle-France à la fin du XVIIe siècle.L\u2019esclave est alors un « produit de luxe » que seuls les plus fortunés de la colonie peuvent se payer.Les conditions de vie de l\u2019esclave se distinguent peu de celles du domestique.Illustration : Francis Back Les conditions hygiéniques sont loin d\u2019être optimales dans la colonie.Plusieurs épidémies font des ravages au fil des ans.Le typhus et la variole, aussi appelée petite vérole ou fièvre pourprée, sévissent tour à tour.En 1702-1703, la petite vérole fait 1300 morts en Nouvelle- France, dont 900 à Montréal et Trois-Rivières.La grippe et la fièvre font également leur lot de victimes.Difficile de lutter contre ces fléaux : à l\u2019hôpital, les personnes contaminées sont entassées avec les autres et dans les maisons, on couche dans le même lit que les malades.Lorsque l\u2019occupant du lit meurt, on attribue la couche à un autre membre de la famille, sans la désinfecter.Maladies les plus courantes 17 mai 1642 : 70 colons (dont 10 femmes) 1700 : 2 969 habitants.1755 : Montréal compte moins de 5000 âmes, Québec : 7215, Trois- Rivières : 700.À Philadelphie, la population s\u2019élève à 23 750 ; New York : 18 000 et Boston : 15 600.Population malheureuses.C\u2019était déjà mieux que de se prostituer sur les remparts, comme le font certaines femmes qui débarquent de Trois-Rivières sans le sou, mais c\u2019était au-delà de mes forces et de ma morale.Alors je me suis mise à quêter, emplie de honte.Je devais me rendre à l\u2019évidence.Même si j\u2019espérais de tout cœur le retour de Lucien, j\u2019ai pour la première fois pensé que peut-être il ne reviendrait jamais.Je n\u2019étais plus capable de payer mon loyer.Quelle vie allais-je offrir à mon fils ?Une voisine qui s\u2019occupait de lui de temps en temps m\u2019a offert son aide.Elle élève déjà six enfants, elle pourrait bien nourrir une bouche de plus, et elle trouverait une petite place pour Nicolas dans la maisonnée.Et puis c\u2019est une femme respectable, son mari travaille pour le notaire.Nicolas serait entre de bonnes mains désormais, pas comme tous ces orphelins qu\u2019on abandonne à l\u2019entrée des églises.Anéantie, me voilà qui amène Nicolas chez ma voisine.Se souviendra-t-il de moi ?Je pars sans me retourner, toute ma vie contenue dans une petite malle.J\u2019ai entendu parler d\u2019une maison rue Notre-Dame.On ne parle pas encore de communauté religieuse, leur fondation étant interdite en Nouvelle-France, mais ça y ressemble bien.L\u2019établissement est tenu par Marguerite d\u2019You- ville et trois autres sœurs charitables.Elles accueillent et prennent soin des femmes malades, des déficientes mentales et des plus démunies.Ici m\u2019a-t-on dit, en échange d\u2019un lit, je pourrai faire de la couture, du ménage, aider les sœurs à donner des soins aux pensionnaires.Et attendre au chaud mon Lucien, en sachant que Nicolas est entre de bonnes mains.Moi, Marie-Anne, une pauvre de Ville-Marie Mai 1742.Voilà plus d\u2019un an que Lucien est parti pour les Pays d\u2019en haut.Mon mari était cordonnier rue Saint-François et après l\u2019incendie qui a détruit la boutique de son patron, il n\u2019a jamais pu trouver un autre emploi.C\u2019est un bon travailleur, mais il n\u2019a pas beaucoup de qualifications.Il nous restait bien quelques économies et mon petit salaire de servante, mais c\u2019était trop peu pour nourrir un couple et un bébé d\u2019un an.C\u2019est pourquoi Lucien a décidé de tenter sa chance comme trappeur.Un voyage qui devait durer deux, trois mois tout au plus, le temps pour lui d\u2019amasser un peu d\u2019argent : on dit que les hommes qui partent faire la traite des fourrures peuvent gagner jusqu\u2019à dix fois plus qu\u2019un simple cordonnier à Montréal.Les premières semaines ont été très difficiles.Une fois nos petites économies dilapidées, j\u2019ai vendu tout ce que nous avions : un métier à tisser, un vieux poêle, un peu de vaisselle d\u2019étain, quelques meubles sans grande valeur.Lucien était déjà parti depuis six mois.Quand allait-il revenir ?En l\u2019attendant, il fallait continuer à vivre.Puis tout a basculé le jour où mes patrons m\u2019ont vue partir avec des restes de nourriture.Je les ai implorés de me garder mais il était trop tard : j\u2019avais perdu leur confiance.J\u2019ai alors frappé à plusieurs portes, mais qui aurait voulu engager une femme en détresse, amaigrie et rongée par la culpabilité ?En tentant ma chance dans un cabaret, j\u2019ai enfin cru voir la chance arriver.On me proposait une petite chambre chauffée et le couvert\u2026 Mais en échange, il eut fallu que j\u2019offre mon corps aux hommes saouls et violents qui venaient ici oublier leurs vies Illustration : Francis Back À l\u2019aide des veuves, prostituées et orphelins Ce n\u2019est qu\u2019en 1737 que, sous l\u2019impulsion de Marguerite d\u2019Youville, que les Sœurs de la Charité, communément appelées Sœurs Grises, fondent leur hôpital-hospice pour venir en aide aux plus pauvres et marginalisés de la société.Par ailleurs, l\u2019ancêtre de l\u2019aide sociale, le Bureau des pauvres de Montréal aide également, dès 1698, les plus démunis, soit des veuves des orphelins et des vieillards.C\u2019est grâce à des dons des mieux nantis de la colonie que les « pauvres honteux et misérables » peuvent recevoir l\u2019aumône publique.Pour y avoir droit, il en revenait au directeur des pauvres, Jacques LeBer « d\u2019examiner à fond la pauvreté de ceux qui voulaient être admis\u2026 de chercher de l\u2019ouvrage à ceux qui pourront travailler tant hommes que femmes\u2026 ».Les vagabonds et les mendiants La mendicité et le vagabondage à Ville-Marie causent des maux de tête dès le XVIIe siècle.À l\u2019extérieur des murailles, les mendiants ont construit des « cahutes », des cabanes de fortune où règnent le scandale et le désordre, selon les autorités urbaines. P H O T O : ?N I G H T M A N 1 9 6 5 ?( 1 2 3 R F ) I M A G E : ?N O R M A N ?R I C K E R T Mon voisin d\u2019en face, un septuagénaire peut-être, me raconte qu\u2019il a un trou dans la tête.Il a une tumeur au cerveau, je crois.Il doit se faire opérer.Pour moi, avoir une tumeur veut dire « tu meurs ».Je prie pour lui et pour que je sorte de l\u2019hôpital avec toute ma tête.Je suis terrifié et calme à la fois.Une partie de moi observe tout ce cirque avec détachement, tandis qu\u2019une autre a peur de perdre connaissance.Vais-je mourir bientôt, passer dans le tunnel et revoir Maman ?Je ne suis pas prêt, j\u2019ai la chienne pas à peu près.Mais non, rien ne se passe.Rien du tout.Est-ce que ça veut dire qu\u2019il n\u2019y a rien ?Dans un livre de méditation, j\u2019ai déjà lu que c\u2019est un rien qui est tout.Tout ou rien.J\u2019essaie de dormir un peu en m\u2019étendant sur deux chaises, malgré mes muscles endoloris et ma gorge sèche comme du sable.Il est 10 h du matin et le soleil de mars frappe ma rétine hypersensible.J\u2019entends finalement mon nom dans l\u2019intercom.L\u2019assistante du psychiatre, A., me pose des questions, pour savoir si je prends des pilules, si j\u2019ai des pensées suicidaires, etc.La routine quoi.Elle discute de mon « cas » avec le psychiatre.Elle revient et me dit qu\u2019on va doubler votre dose d\u2019Effexor et de clonazepam.J\u2019ai donc attendu quatre-cinq heures dans cette institution bordélique pour qu\u2019on augmente ma médication ! Ça aurait pu être pire.Comme me retrouver à Louis-H.Je sors en pyjama et en manteau.Je ressemble à un gars qui s\u2019est évadé de la prison.J\u2019appelle un taxi.Au moins il fait beau.Ça va mieux.Jusqu\u2019à ce que j\u2019arrive à la maison\u2026 Chez moi, ça coule du plafond à bout de bras.Je sonne chez ma voisine pour lui faire part de mon dégât d\u2019eau.Je sens qu\u2019elle a d\u2019autres chats à fouetter, elle s\u2019en fout un peu.Je ne sais pas comment je fais, mais j\u2019arrive à rester calme quand j\u2019appelle le concierge.Il arrive une heure plus tard dans les Maritimes.Il est furieux.Deux heures plus tard, ça ne coule plus.Ouf ! Je réussis à dormir un bon quatre heures.Je crois bien avoir perdu 10 livres cette nuit-là.Je sais maintenant que j\u2019ai des ressources pour calmer les débuts de crise.J\u2019ai appris depuis à ralentir le tempo et à prendre davantage la vie comme elle vient.Jusqu\u2019à la prochaine crise.Il est tard en cette journée de mars.Je suis sur le point de m\u2019endormir.Soudain, un spasme chaud me réveille de ma torpeur.Une chaleur écœurante.Je commence à trembloter.Mais qu\u2019ai-je donc ?Des millions de fragments de pensées veulent se frayer un chemin dans ma caboche.Je crois que ma patate devenue frite va exploser.L\u2019enfant terrifié en moi ne sait quel dieu à qui prier : le Christ, Bouddha, Krishna, Allah, le Grand Manitou ou rien du tout?C\u2019est comme un bad trip de coke sans poudre.Une accumulation de rhumes mal soignés, de deuils mal chiés, de crise de bassinette d\u2019enfant pleurnichard veut becquer bobo, bon gars toujours en train de faire le béni-oui-oui, j\u2019vas t\u2019lécher les bottes si tu veux mon vieux.La vue est trouble, la parole devient pénible.Je crois mordicus qu\u2019je vais devenir fou à lier.Je prends mon téléphone E.T.phone home, ça sonne.« Ici le centre de crise, j\u2019peux-tu vous aider ?Oui, madame, c\u2019est que ça fesse dans le dash, je pense que je vais passer au cash.» Madame est gentille et me dit : « Relaxez, respirez par le nez, c\u2019est utile un nez, vous savez.» Ouf, le monde existe encore, je suis en vie.Mais j\u2019ai le vertige.Vais-je tomber dans le néant ?Me péter la gueule en tombant ?Questions existentielles de vie et de mort.Après quelques heures d\u2019éternité à pas de tortue sur l\u2019adrénaline, j\u2019appelle le 911.L\u2019ambulance vient.Je gigote comme une feuille morte.Le gars de l\u2019ambulance est correct et sympa : « Fais-toi s\u2019en pas, tes signes vitaux sont normaux, ma femme a déjà vécu ça.» Je lui dis que je me sens quand même crispé comme un sac de chips.À l\u2019Hôpital général, on me sacre dans un enclos à bétail en plus propre.Ça crie partout.Les préposés et infirmières courent dans tous les sens.Ça m\u2019étourdit.Dans ce zoo, je redeviens un numéro.J\u2019aurais dû rester dans l\u2019ambulance.Va falloir attendre mon tour.J\u2019ai mes clés et mes cartes.Je suis parti de chez moi en pyjama.Merde, j\u2019ai oublié mon téléphone ! Je capote, comment vais-je pouvoir exister sans lui ?Les gardes-malades ignorent le mort-vivant un peu zombie que je suis devenu.Les fabulations de ma souffrance anxieuse sont le cadet de leurs soucis.Je les comprends.17 mars, nuit d\u2019enfer Homme-folie, par Norman Rickert 27 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA CHRONIQUE PAR NORMAN RICKERT CAMELOT MÉTRO OUTREMONT ET VAN HORNE / DOLLARD Dans l\u2019ombre Le projet le plus emblématique pour les fêtes du 375e anniversaire de Montréal \u2013 et celui dont on a le plus parlé \u2013 est sans doute l\u2019illumination du Pont Jacques-Cartier.Ce projet coûtera au total 39,5 millions de dollars, incluant ses coûts d\u2019opération et d\u2019entretien pour les dix prochaines années.Qu\u2019on aime ou pas l\u2019idée, le résultat sera sans doute spectaculaire et marquera les esprits.Les touristes apprécieront autant que les Montréalais.Les Montréalais ?Quels Montréalais ?Les événements marquants, comme ce 375e anniversaire, sont souvent l\u2019occasion pour une ville d\u2019investir dans des équipements qui laisseront longtemps leur trace et qui, parfois, en deviendront l\u2019un des emblèmes.Que serait Paris sans la tour Eiffel, érigée pour l\u2019Exposition universelle de 1889, qui soulignait le centenaire de la Révolution française ?En sera-t-il de même du pont Jacques-Cartier dans quelques années ?Nul ne peut le dire.Mais là n\u2019est pas ce qui importe le plus.L\u2019illumination de ce pont, déjà emblématique, contribuera-t-elle à ce que tous les Montréalais se sentent de la fête ?Lorsque nous l\u2019aurons vu, une fois ou deux, de proche ou de loin, aura-t-elle une quelconque signification reliée au 375e anniversaire de la fondation de notre ville ?Et, qui verra le pont illuminé ?Il a beau être une signature imposante dans le paysage montréalais, si vous habitez dans Parc-Extension ou Ville Saint-Laurent, vous avez de rares chances de le voir, à moins d\u2019être contraint de l\u2019emprunter, bien évidemment.Goût amer Encore pire, beaucoup de gens qui le verront tous les soirs n\u2019auront aucune raison de s\u2019en réjouir.Que penseront les personnes itinérantes ou les familles pauvres du Centre-Sud ou de Hochelaga lorsque, chanceuses, elles pourront admirer le lumineux spectacle ?Sachant le coût important investi dans ce projet, cela pourrait leur laisser un goût amer en bouche.Étant donné que les ressources humaines, matérielles et financières manquent cruellement pour venir en aide aux plus démunis d\u2019entre nous, ces quelque quarante millions de dollars pour illuminer le pont pourraient, légitimement, paraître scandaleux.À titre d\u2019exemple, lors de l\u2019annonce du dernier Plan d\u2019action montréalais en itinérance, le maire était fier de bonifier l\u2019intervention de la Ville en la matière d\u2019un million de dollars.Son équivalent provincial pour 2015-2020 est doté d\u2019une enveloppe de 13 M$, qui s\u2019ajoute aux services et programmes existants.On ne peut bien sûr comparer des investissements de nature aussi différente, ni accuser la Ville ou le gouvernement du Québec de prio- riser l\u2019illumination d\u2019un pont à la lutte contre l\u2019itinérance.N\u2019empêche, pour les principales personnes concernées, l\u2019écart entre les deux envoie le message qu\u2019on cherche à conserver leur place en marge de la société.Ils resteront dans l\u2019ombre du pont Jacques-Cartier, comme ils le sont déjà depuis longtemps.Unifier Montréal Une fête comme celle-ci devrait rassembler tous les Montréalais, sans distinction.Or, à l\u2019instar du pont illuminé, les activités prévues pour le 375e s\u2019adressent avant tout aux clientèles habituelles : les touristes, les consommateurs de produits culturels ou d\u2019événements récréatifs.Bien sûr, de nombreuses activités familiales, gratuites, sont prévues dans tous les quartiers de la ville.Mais c\u2019est aussi le cas tout au long de l\u2019année et elles attirent bien peu les personnes défavorisées.Prises à la gorge, se battant quotidiennement pour survivre, elles ne disposent que de peu d\u2019énergie ni de temps pour participer à ce type d\u2019activités.Il aurait été souhaitable que le comité organisateur prévoie des projets qui marqueront effectivement et pour longtemps la Ville, mais qui soient véritablement au bénéfice de l\u2019ensemble de ses citoyens.Je ne dis pas que ces festivités auraient pu contribuer à améliorer le sort des personnes les plus pauvres ou les plus démunies, ça n\u2019est évidemment pas leur rôle.En revanche, de prévoir mettre un peu de lumière dans leur vie en les incluant d\u2019emblée dans l\u2019ensemble de la communauté, en tenant compte de leurs réalités, aurait bien davantage correspondu à ce que devrait être une fête citoyenne.Bien plus, en tous cas, que l\u2019illumination d\u2019un pont qui narguera des milliers d\u2019entre eux pour les dix prochaines années.28 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O ? : ?M A R C B R U X E L L E ?( 1 2 3 R F ) Montréal célèbre cette année le 375e anniversaire de sa fondation.Festivités, de nombreuses activités dans le centre-ville et dans les différents quartiers : la programmation est dense et veut attirer les Montréalais et les touristes.Dans le milieu des organismes qui interviennent auprès des personnes de la rue, on appréhende le 375e avec certaines préoccupations légitimes.Partout et depuis toujours, ce type d\u2019événements historiques et urbains à grand déploiement sont des occasions saisies par les grandes villes pour se mettre en valeur aux yeux du monde.À trop vouloir montrer une image d\u2019une ville parfaite, moderne, propre et dynamique, les promoteurs se sont parfois adonnés à des pratiques douteuses afin d\u2019invisibiliser les personnes pauvres, itinérantes et marginalisées.C\u2019est un thème qui revient tristement à chaque venue des Jeux olympiques dans une ville.Qu\u2019en sera-t-il des festivités du 375e de Montréal ?Seront-elles véritablement inclusives pour tous et toutes ou contribueront-elles, au contraire, au sentiment d\u2019exclusion et au déplacement des personnes en situation d\u2019itinérance ?Voilà une opportunité pour la Ville de Montréal de démontrer concrètement sa bonne volonté de favoriser l\u2019inclusion et la cohabitation sociales dans l\u2019espace public, tel qu\u2019elle l\u2019affirme dans son Plan d\u2019action en itinérance.Pour un 375e inclusif Il y aura certainement, dans le cadre des grands événements et festivités, la mise en place de différents dispositifs de contrôle et de régulation de l\u2019espace public, que ce soit par l\u2019intensification de la surveillance policière, la présence de gardiens de sécurité ou de celle de préposés à l\u2019accueil sur les sites.L\u2019enjeu du risque de profilage social se pose, c\u2019est-à-dire un traitement différentiel ou une surveillance abusive des sans-abri en raison de leur condition sociale ou de préjugés en lien avec leur apparence.Est-ce que les policiers, les gardiens de sécurité, les employés et bénévoles seront formés et informés adéquatement pour éviter le ciblage discriminatoire des personnes itinérantes ?Il faut aussi que les autorités reconnaissent que ce sont des intervenants sociaux ou des équipes mixtes, d\u2019autres acteurs que ceux de la sécurité publique, qui doivent être mis à contribution, dans la mesure du possible, en cas de difficultés liées à la cohabitation avec des personnes itinérantes dans l\u2019espace public.Enfin, l\u2019élaboration et le contenu de la programmation d\u2019activités pour le 375e sont un élément important à considérer.En effet, ceux-ci peuvent participer à l\u2019inclusion ou à l\u2019exclusion des personnes marginalisées.À quels profils de citoyenNEs a-t-on pensé dans son élaboration ?Une programmation véritablement inclusive consulterait, prendrait en compte et intègrerait les personnes en situation d\u2019itinérance.Ce sont, après tout, des MontréalaisEs au même titre que les autres et d\u2019autant plus concernés par l\u2019animation de l\u2019espace public.Il convient de souligner qu\u2019il y a eu un souci de la part des organisateurs du 375e de s\u2019assurer que plusieurs activités soient gratuites, autant dans le centre-ville et dans les arrondissements.Espérons que certaines contribueront à tisser des liens de solidarité entre MontréalaisEs de tous horizons.Pour le respect du droit de cité Les festivités du 375e de Montréal sont donc une occasion de se rappeler un principe essentiel de la vie démocratique: le droit de cité.Défendu par le RAPSIM et ses membres et reconnu comme un fondement de la Politique nationale de lutte à l\u2019itinérance, le droit de cité des personnes en situation d\u2019itinérance réfère à leur droit d\u2019occuper l\u2019espace public sans discrimination, d\u2019occuper une place dans la ville et d\u2019y prendre parole.Plus largement, le droit de cité en appelle à la reconnaissance de leur pleine et entière citoyenneté, qui passe notamment par le respect des droits économiques et sociaux - droits à un logement, à un revenu décent, aux services de santé et services sociaux, à l\u2019éducation et à l\u2019insertion socioprofessionnelle, par exemple.Pour le respect du droit de cité des personnes itinérantes 375e anniversaire de Montréal 29 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA INFO RAPSIM PAR ÉLISE SOLOMON ORGANISATRICE COMMUNAUTAIRE AU RAPSIM P H O T O ? : ?R A P S I M Marche de la Nuit des sans-abris 2016 Le hasard fait bien les choses Dans ma routine quotidienne, je me rends vers l\u2019UQÀM pour assister à mes cours.Une dame bien sympathique me propose, par un matin banal, de lui acheter L\u2019Itinéraire pour faire la lecture de l\u2019article qu\u2019elle a rédigé.Bon an mal an, elle est devenue l\u2019auteure incontournable que je me devais de lire à chaque nouvelle parution du magazine.Chaque fois, nous avons échangé pendant quelques minutes sur nos vies respectives et appris un peu plus du quotidien de l\u2019autre.Au fil des mots et des sourires, j\u2019ai été surpris d\u2019apprendre que son petit coin de pays natal est un endroit où j\u2019ai étudié et que son domaine d\u2019étude, la bibliothéconomie, rejoint mon emploi étudiant.Jo a rapidement été un coup de cœur grâce à son dynamisme, son entregent et sa générosité.Il est maintenant officiel que le hasard fait bien les choses.DAVE BERT Le plaisir de renouer avec L\u2019Itinéraire Au début des années 90, je jouais de la guitare dans le métro pour subvenir à mes besoins et je faisais de belles rencontres.Mais j\u2019ai aussi subi le regard et les commentaires de gens moins sympathiques.Cette expérience m\u2019a aidé à prendre de l\u2019assurance pour affronter la scène et la vie.Aujourd\u2019hui je suis fier de ce que ma conjointe et moi avons accompli, je me considère aussi très chanceux de faire de la musique presque toutes les fins de semaine et de ne manquer ni de travail ni d\u2019amour.Je n\u2019ai jamais raté une occasion d\u2019encourager les camelots de L\u2019Itinéraire (autrefois sur le Plateau Mont-Royal où j\u2019ai résidé longtemps).C\u2019est toujours une lecture enrichissante et depuis un an environ, j\u2019ai le plaisir de renouer régulièrement avec le magazine, grâce à la présence d\u2019Isabelle Raymond dans mon patelin.Isabelle est une jeune femme bourrée de talents qui s\u2019épanouit au sein de l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire en y contribuant par ses BD, ses entrevues et son enthousiasme.C\u2019est un privilège de voir son visage s\u2019illuminer quand elle me parle de ses projets.Longue vie à L\u2019Itinéraire ! GUY PHARAND Un sourire contagieux ! Mes parents et moi avons pris contact avec Yvon à la suite de son appel à l\u2019aide pour retrouver son sourire, dans L\u2019Itinéraire du 15 janvier.Mes parents lui avaient alors parlé, uniquement au téléphone.Début avril, nous avons eu la chance de partager un souper avec Yvon pour le connaître un peu plus.Entrepreneur et travailleur, père et grand- père dévoué, bon vivant, voyageur, camelot, « vedette » de vidéoclip, que de facettes à sa personnalité ! Yvon partage sans aucune gêne ses nombreuses expériences de vie et fait tomber tous les préjugés, souvent associés aux gens en situation d\u2019itinérance.Sa sincérité et son immense générosité nous ont profondément touchés et nous avons passé un magnifique moment en sa compagnie.Il faut dire que le beau sourire d\u2019Yvon est drôlement contagieux : nous avons souri à belles dents toute la soirée ! ADELINE CUGGIA DANS LA TÊTE DES CAMELOTS CLI NTS P H O T O ? : ?D E N I S ?R O G E R ?( 1 2 3 R F ) Le courage des uns\u2026 des autres Il y a une quinzaine d\u2019années, je travaillais au centre-ville de Montréal et chaque semaine, je prenais 15 minutes pour acheter L\u2019Itinéraire à la station Peel et discuter avec le camelot.J\u2019étais toujours content d\u2019apprendre que mon camelot demeurait sobre, trouvait un appartement et restructurait sa vie.Il y a sept ans, une dépression majeure a envahi ma vie.Les difficultés se sont accumulées, jusqu\u2019au point où j\u2019ai perdu mon logement et je n\u2019étais plus capable de maintenir un emploi.Je suis retourné dans mon Saguenay natal où j\u2019ai été accueilli à bras ouverts par la Maison d\u2019Accueil pour sans-abri de Chicoutimi.Je me suis remis sur pied, me suis inscrit à un cours de camionnage et aujourd\u2019hui, je peux dire que je suis heureux.Je dois une grande partie de mon courage au fait d\u2019avoir admis que j\u2019avais besoin d\u2019aide et à la mémoire de mes conversations avec les camelots.Merci à L\u2019Itinéraire de nous rappeler que la vie peut être difficile, mais qu\u2019il n\u2019y a pas de honte à demander de l\u2019aide.Vous m\u2019avez probablement sauvé la vie ! SYLVAIN SAUCIER C\u2019est L\u2019Itinéraire Ce jour-là, j\u2019entends « Hey ! Indochine ?Le groupe Indochine ?», un doigt pointé vers mon sac.C\u2019est comme ça que Gabriel est entré dans ma vie pour ne plus jamais en sortir.Avec son air bienveillant, il avait réussi à me sortir de ma bulle.Je me suis arrêtée, on a discuté, j\u2019ai découvert son engagement, puis c\u2019est devenu un rendez-vous quotidien.Sa bonne humeur, sa gentillesse, nos combats communs, notre envie de changer le monde, nos goûts musicaux.Il est le premier à connaître mes joies et mes peines.Il a rencontré mes étudiants, ma maman et mes amis.Sa voix dans le métro, c\u2019est mon rayon de soleil, la garantie que la journée sera belle ou un réconfort dans les moments difficiles.Celui qui ne me juge pas et qui a toujours un mot gentil.Il ne le sait pas, mais je l\u2019admire beaucoup.Il a été inspirant pour moi, quand ma vie s\u2019est écroulée et qu\u2019il a fallu me relever et tout reconstruire.Cette année, ça fera 10 ans qu\u2019on se connait.10 ans ! Vous savez, il est ce genre de personne qui fait du sens, qui vous fait vous sentir une meilleure personne, ce genre de personne qu\u2019on est fier d\u2019avoir dans sa vie.JULIE BRAMOND Disséminés aux quatre coins de la ville, camelots et passants se regardent, se sourient, se parlent.Dans cette fourmilière humaine qu\u2019est Montréal, des liens se tissent et parfois même au-delà de la courtoisie.De simples échanges permis par la vente de L\u2019Itinéraire peuvent alors profondément marquer le quotidien de chacun.Suffisamment importants pour être contés, suffisamment nécessaires pour être valorisés, nous vous laissons apprécier ces quelques récits, fruits de vos rencontres avec les camelots.Avons-nous conscience de notre impact sur les autres ? Quand André Faucher dit « Les gars nous aiment », Linda, sa femme, répond « c\u2019est une famille ».Ce couple de Brossard donne depuis près de 15 ans aux personnes démunies.Avec rien de plus que leur empathie, ils ont fondé Un cœur pour les autres, une organisation familiale à la fois banque alimentaire, centre social et initiative citoyenne.Présents pour « les gars » de la rue, chaque mercredi, parc Émilie-Gamelin, André et Linda parlent de leur histoire sans manquer de rappeler que les besoins sont toujours là.Comment vous est venue l\u2019envie d\u2019aider les itinérants ?Nous aidons les itinérants depuis 15 ans.Pendant des années, on s\u2019est dit qu\u2019être chrétien, ce n\u2019est pas réservé au dimanche.Mais on ne savait pas comment agir concrètement.Un jour, un passant de Los Angeles s\u2019est présenté dans notre église pour expliquer la manière dont Dream Center, un organisme californien, aide les sans-abri.Ça a été le déclencheur.Un mois plus tard, nous étions au parc Émilie- Gamelin pour distribuer de la nourriture.Les cinq premières années, on était présents 52 semaines par an.Les gens qui venaient n\u2019étaient que des sans-abri.Tranquillement, d\u2019autres organismes se sont joints à nous.Aujourd\u2019hui, il y en a un chaque jour pour soutenir des personnes dans la misère, des personnes handicapées, des couples, parfois même des étudiants.Comment les aidez-vous ?Un autobus nous a été donné pour faire nos rondes.Trente-cinq à quarante bénévoles travaillent avec nous tous les mercredis, de 19 h à 21 h, pour distribuer de la nourriture à plus de 150 personnes.Le nombre varie.Il dépend de la période du mois, du chèque du bien- être social, de la température.Chacun repart avec un sac d\u2019épicerie.Des tomates, du pain, du café, des fruits\u2026 Et tout est distribué dans des sacs réutilisables, par souci pour l\u2019environnement.Qu\u2019il pleuve, qu\u2019il neige, qu\u2019il y ait des manifestations ou des grèves, on est là.Pas une journée manquée en 15 ans ! Et les gars le savent.On fait également deux fêtes par année, pour Noël et Pâques.Ca réunit environ 350 démunis.On regroupe alors l\u2019Armée du Salut, la Mission du Grand Berger, la Mission Nouvelle Génération et d\u2019autres organismes.Chacun définit ce qu\u2019il apporte.Il y a également de la musique, des animations, autant de cadeaux et de barres de chocolat que de personnes présentes.350 personnes, 350 barres ! Est-ce que vous ou l\u2019un de vos proches avez connu l\u2019itinérance ?La plupart des gens pense que nous avons une personne itinérante dans notre entourage.Mais non.Moi, j\u2019étais simplement entrepreneur.J\u2019ai perdu mon entreprise.On a tout perdu d\u2019ailleurs.On aidait déjà comme on le pouvait, mais ce n\u2019est que quelques années plus tard qu\u2019on a initié ce projet.Puis, j\u2019ai voulu comprendre ce qu\u2019était la rue.Alors, je suis allé dire à des gars que je connaissais : « ce soir, je dors avec vous, dans la rue.» Plus tard, on est allé à Los Angeles faire une semaine de bénévolat pour Dream Center.Là-bas, ils connaissent aussi la misère, mais ça reste pire chez nous, à cause de l\u2019hiver.D\u2019où proviennent toutes vos denrées ?On n\u2019a pas de réseaux de contacts financiers, mais on a ceux du don de nourriture.Les cinq premières années, l\u2019argent sortait de nos poches.Aujourd\u2019hui, nous avons nos fournisseurs.Des pâtisseries, des restaurants, un Costco, etc.On complète avec Moisson Rive-Sud et Moisson Montréal une à deux fois par année.Le reste provient des banques alimentaires.Ce qui nous manque, on l\u2019achète grâce aux dons de personnes qui ont beaucoup de cœur.Les pâtes par exemple.Personne n\u2019en donne.Et pour 200 personnes, ça en prend des macaronis ! Notre contribution personnelle reste importante.Notre maison\u2026 Elle ne l\u2019est plus.On en a partout ! Au sous-sol, dans la remise ; On loue un entrepôt et j\u2019ai même du stock dans le garage de ma mère.L\u2019entreposage est un vrai problème.C\u2019est pour ça qu\u2019on cherche un local, ou des sous qui permettraient d\u2019en avoir un.Par contre, la bouffe, les bénévoles, on en manque jamais.Combien de repas distribuez-vous en moyenne ?Nous avons fait les comptes.Nous distribuons 13 000 repas.Ça représente près de 300 000 dollars par an.Alors on se considère comme chanceux d\u2019avoir une soixantaine, en tout, de bénévoles avec nous.Lorsqu\u2019on stationne le bus, les gens forment une ligne.À notre arrivée, Il n\u2019y a que quelques personnes et 15 minutes après, il y en a 200 de plus.Parmi les bénévoles, tout le monde sait ce qu\u2019il doit faire.Être croyants et faire partie d\u2019une grande église nous aide énormément.Le mot se passe rapidement et chaque fin de mois, un groupe d\u2019une des églises se mobilise.Aujourd\u2019hui, on aimerait changer de lieu parce que nous sommes placés juste à l\u2019arrêt d\u2019autobus qui vient de l\u2019aéroport.Les touristes descendent devant 250 à 300 personnes sans-abri, avec leurs valises.Il n\u2019y a plus de place pour passer.On essaie de se délocaliser vers la rue Saint-Hubert depuis quatre ans.J\u2019en ai d\u2019ailleurs reparlé avec le maire.Lorsqu\u2019il y a des festivals, on est obligé de monter sur le terrain avec l\u2019autobus.On aimerait que la Ville fasse un geste, nous donne un chèque de temps en temps pour nous montrer qu\u2019ils apprécient ce que l\u2019on fait, mais à première vue, on n\u2019est pas sur la liste.Un cœur pour les autres Deux personnes pour 350 démunis 32 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS SOLIDARITÉ AVEC CÉLINE MARCHAND CAMELOT PROMENADE MASSON P H O T O ?: ?U N ?C Œ U R ?P O U R ?L E S ?A U T R E S PAR SAÏD FARKOUH CAMELOT MÉTRO MONTMORENCY FRANCE LAPOINTE CAMELOT MONT-ROYAL / DE MENTANA Le piano J\u2019admire le piano, cet instrument de musique merveilleux.Quand j\u2019étais enfant, j\u2019aurais aimé en jouer.Quelqu\u2019un de ma parenté en jouait très bien.Lorsque nous étions en visite chez elle avec mes parents, sitôt qu\u2019elle finissait de jouer du piano, elle le couvrait et le verrouillait parce qu\u2019elle ne permettait pas aux enfants d\u2019y toucher, cet instrument étant considéré comme très luxueux et très cher.L\u2019été dernier à Montréal, sur une terrasse de Côte-des-Neiges, je me suis assis pour boire un café.En lisant le journal du jour, j\u2019entendais les passants parler différentes langues.Il était près de 9 h du soir quand j\u2019ai entendu une jolie musique, comme une symphonie.Elle venait du trottoir opposé.La municipalité avait installé plusieurs pianos sur les trottoirs de Montréal pour permettre aux gens d\u2019en jouer.Je me suis approché pour voir qui était assis derrière le piano, et ça m\u2019a surpris de voir que c\u2019était un enfant d\u2019environ 12 ans qui jouait comme un professionnel.Il était entouré d\u2019une dizaine de personnes.J\u2019ai remarqué que la personne qui l\u2019encourageait le plus était son père ; à la fin de la pièce, tout le monde l\u2019a applaudi chaleureusement.Après que tout ce monde soit parti, je me suis retrouvé seul à côté du piano.J\u2019ai senti un grand désir de jouer moi-même un morceau de musique, mais je ne savais pas comment faire car je n\u2019avais jamais touché cet instrument de toute ma vie.J\u2019ai regardé autour de moi, et comme personne ne pouvait m\u2019entendre, je me suis assis et j\u2019ai touché de mes doigts toutes les touches.J\u2019ai joué et joué, je ne sais pas combien de temps.Ma musique n\u2019avait aucune harmonie, et je ne sais même pas si on pouvait appeler ça de la musique.Il était tard et le métro allait bientôt s\u2019arrêter.J\u2019ai dû me presser pour rentrer chez moi après avoir réalisé un désir enfoui en moi depuis mon enfance.J\u2019ai enfin pu jouer du piano\u2026 40 ans plus tard.33 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Bienvenue à Montréal Montréal, c\u2019est une grande ville.Il y a beaucoup d\u2019espaces à visiter et de beaux parcs : le parc Lafontaine, celui de la Visitation, le Mont-Royal, le Vieux- Port, le canal de Lachine.Quand je suis arrivée à Montréal, ça n\u2019a pas été facile.Il fallait que j\u2019apprenne les noms des rues et que je repère les différents quartiers.Dans le coin où je vends, sur le Plateau-Mont-Royal, il y a souvent de nouvelles personnes, ça roule beaucoup, les gens déménagent souvent.J\u2019aime voir les enfants, les animaux.Le monde est tout le temps de bonne humeur, bien sociable.Il y en a qui savent m\u2019encourager, qui me font des surprises, des petits cadeaux.J\u2019aime aller sur le Mont-Royal, au Lac-aux-Castors.C\u2019est la tranquillité, avec les oiseaux et les canards qui arrivent en ce moment.J\u2019aime aussi aller au parc de la Visitation avec le barrage et les sentiers pédestres, en suivant les panneaux pour les directions.Je vais voir des spectacles au parc Lafontaine l\u2019été et aussi les festivals du Quartier des spectacles.Le transport en commun est bien accommodant, surtout le métro quand il fait froid ou quand il pleut.Montréal ce sont aussi les hôtels, les touristes qui viennent visiter.Ils me demandent parfois des informations.Il faut savoir les renseigner avec le sourire pour qu\u2019ils se sentent bienvenus.Montréal, c\u2019est à découvrir pour connaître les bons endroits à visiter ! Quand la ville est paralysée\u2026 par la neige Il n\u2019est jamais trop tard pour parler de choses qui se sont passées et qui ont touché tout le monde.Je voudrais évoquer la dernière tempête de neige qui a paralysé tout le grand Montréal et particulièrement l\u2019autoroute 13, communément appelée l\u2019autoroute Mirabel.Plusieurs personnes ont été emprisonnées dans leurs véhicules pendant des heures de temps risquant l\u2019asphyxie voire même la mort.On aurait pu régler le problème plus rapidement si on avait pensé à utiliser des motoneiges ou des véhicules tout-terrain pour les besoins de la cause.Cette tempête avait été prévue trois jours à l\u2019avance par le service de la météo et communiquée sur tous les réseaux d\u2019information, permettant de faire tous les préparatifs en conséquence, et il y a eu négligence quelque part.On ne sait pas où se trouvaient Messieurs Lessard et Coiteux, ministre des Transports et ministre de la Sécurité publique, lors de cet événement.Si la Ville de Montréal peut se permettre d\u2019enjoliver de lumières le pont Jacques-Cartier à coût de millions, pourquoi ne peut-elle pas se donner les moyens de secourir des automobilistes pris dans une tempête ?Je voudrais bien comparer cet événement à celui qui s\u2019est passé à l\u2019hiver 1971.Ce ne fut pas le même scénario, tous les secours avaient pu opérer d\u2019une façon très efficace.Pensée du jour : « Les gens généreux sont des gens heureux » JACQUES ÉLYZÉ CAMELOT THÉÂTRE D\u2019AUJOURD\u2019HUI Depuis 2015, L\u2019Itinéraire publie un numéro annuel entièrement créé par les camelots ; ceux qui sont sa raison d\u2019être.Le numéro que vous tenez entre vos mains est le troisième de cette série que l\u2019on appelle « 100 % camelots ».Un sentiment de nostalgie me submerge à la perspective d\u2019écrire dans celui-ci, car je me rappelle tous les moments que j\u2019ai vécus lors de la création du premier numéro inaugurant cette tradition.Cette aventure nous a donné un avant-goût de l\u2019époque (1994- 2002) où les membres issus du milieu, ceux que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui les camelots, s\u2019occupaient de presque toute la création de chaque édition du journal de rue.De 24 pages tirées aux deux mois en 1994, le journal est passé à 24 pages par mois en 1995, puis à 32 en 1996.Dès 2002, des journalistes professionnels ont été engagés, afin de prendre en charge la création du journal.Le recours systématique à des professionnels et des stagiaires a permis d\u2019augmenter le rythme de production et pave la voie à une édition bimensuelle de 48 pages à partir de 2005.Au fil des années, le roulement des opérations est de plus en plus rapide et cette condition devient une entrave à l\u2019implication des camelots au sein de la création du journal.Le nombre de pages attribuées à l\u2019écriture des camelots diminue à 6 sur 48.Mais en 2014, les camelots revendiquent plus d\u2019espace de publication.En effet, ceux-ci sont en mesure de fournir beaucoup plus de contenu, comme dans les premières années.Suite à la création du premier numéro 100 % camelots en 2015, une part beaucoup plus importante du journal est attribuée aux camelots, qui rédigent désormais plus de la moitié de ses pages.Toutefois, ils ne font toujours pas partie du comité de rédaction.À l\u2019exception d\u2019une fois par année, où les camelots forment un comité de rédaction pour créer une édition spéciale.J\u2019évoquais plus tôt l\u2019idée d\u2019une nouvelle tradition, il serait plus juste de parler d\u2019une double tradition puisque ce troisième numéro « 100 % camelots », comme le deuxième, souligne désormais la venue au monde du journal.Le 24 mai 2017, on souligne les 23 ans de la première parution du journal de rue L\u2019Itinéraire ! Une première historique Pour accoucher du premier numéro 100 % camelots en 2015, il nous a fallu plusieurs mois de travail.Afin de coordonner le projet, nous avons procédé à l\u2019élection d\u2019un comité de rédaction parmi une trentaine de camelots aux parcours variés et qui ne se connaissaient pas.La communication et l\u2019organisation du travail d\u2019équipe ont été laborieuses.Nos discussions étaient animées, les questions et les idées fusaient de toutes parts.Toutes les décisions étaient prises démocratiquement.Intitulée « 100 % Nous », la page couverture avait été créée à partir d\u2019une mosaïque de photos des participants.« Né du désir profond et impérieux de créer quelque chose par et pour nous-mêmes, [.] le projet s\u2019est peu à peu animé et poursuivi dans un esprit plus près du processus caractérisant la création d\u2019une œuvre que celui du travail typiquement journalistique.Un processus qui [.] a révélé à ses créateurs une part jusque-là inconnue d\u2019eux-mêmes ! » Cette citation écrite par Jean-Marie Tison dans l\u2019éditorial du numéro en question (15 juin 2015) exprime bien ce que nous avons vécu.Je me souviens du sentiment de fierté que j\u2019ai éprouvé en coordonnant ce projet au sein du comité de rédaction.Mes actions étaient en accord avec mes valeurs de coopération, d\u2019entraide, de solidarité, d\u2019égalité des droits, de partage du savoir et des responsabilités et d\u2019autonomisation des camelots.Ce fut l\u2019expérience la plus marquante que j\u2019ai vécue depuis mon arrivée à L\u2019Itinéraire.100 % camelots 2015 Douce nostalgie 8665 3369 296 298 34 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS SOUVENIRS PAR MARIE-ANDRÉE B. médias connus.L\u2019ouverture d\u2019esprit et l\u2019apprentissage étaient au rendez-vous.Et le résultat, gratifiant pour la plupart des camelots.Nous avons nous-mêmes bénéficié de l\u2019implication de deux aiguilleurs pour le dossier : Marie-Claude Simard et Sébastien Tanguay, journalistes professionnels.Nous, les camelots, avons démontré aux journalistes formateurs que nous pouvions faire de grandes choses, ensemble, et que nous sommes devenus, en partie grâce à L\u2019Itinéraire et à ses divers projets, des êtres responsables et sérieux dans nos démarches.Au niveau émotionnel, c\u2019est dans le calme, le respect des faiblesses et des forces de chacun que le tout s\u2019est déroulé.Je pense que c\u2019est la motivation de finaliser ce projet, dans les délais demandés, qui a permis de mener le train à destination.Un voyage qui n\u2019aurait pas été possible sans l\u2019équipe de rédaction de l\u2019époque, composée de Charles- Eric Lavery, Simon Posnic, Josée Panet-Raymond et Milton Fernandes.L\u2019insertion des camelots dans l\u2019écriture du magazine demeure d\u2019ailleurs toujours au cœur des préoccupations de notre nouvelle direction.Le souvenir qui me reste en tête est le plus difficile de tous, mais le meilleur : écrire l\u2019éditorial à nous quatre, Alain, Normand, Guy et moi-même.Il nous a fallu assouplir notre esprit, encore une fois à la limite du contorsionnisme, car rares sont les fois où, dans notre carrière de journaliste en herbe, nous avons eu l\u2019occasion de mettre toutes nos idées sur une page commune.Je dirais même que c\u2019est à ce moment que le wagon s\u2019est raccroché à sa locomotive.Une amitié s\u2019est développée entre nous grâce à ce fameux éditorial.C\u2019est dans les épreuves qu\u2019on gagne en richesse intérieure ainsi qu\u2019en expérience professionnelle.Bref ! On s\u2019en est tous sorti.Vivants et fiers d\u2019avoir accompli un numéro fait à 100 % par nous.Nous, les camelots qui sommes une source de plus en plus reconnue de connaissances, d\u2019opinions, d\u2019histoires, mais surtout, des survivants de notre propre vie.Comme vous le savez, le magazine L\u2019Itinéraire fête son anniversaire le 24 mai.En parallèle, la tradition veut que l\u2019édition du 15 mai soit entièrement dirigée par des camelots-rédacteurs.L\u2019année dernière, nous étions quatre à mener le projet du 100 % : Norman Rickert, Qu\u2019Alain Commu\u2019nos-terres, Guy Boyer et moi-même, Jo Redwitch.L\u2019idée de base : le système D, la débrouillardise.Ce fut un exploit à la limite du contorsionnisme que de prendre l\u2019axe principal du dossier et de le mettre en lien avec le sujet de chacun des membres de l\u2019équipe dirigeante.Le sujet d\u2019Alain était le bonheur qualitatif plutôt qu\u2019un bonheur quantitatif, Le courage de suivre son cœur.Norman faisait un comparatif entre le journaliste pigiste et lui-même camelot-rédacteur, Journalistes et débrouillards.Guy nous a fait un texte impressionnant sur la déconomie ou l\u2019émergence d\u2019une société du partage.Et moi, qui ai parlé des artistes et du système D, L\u2019art de faire la pieuvre.Mais, nous avons tous pu élaborer sur l\u2019art de la débrouillardise, chacun à sa façon.Sur le plan organisationnel, nous nous sommes assis et avons établi la construction de la maquette de A à Z.Dans le jargon médiatique de L\u2019Itinéraire, nous appelons cette étape « le chemin de fer ».On commence par présélectionner les textes de tous les camelots-rédac- teurs, puis on les place dans les « wagons » appropriés.Petit train va loin, la route s\u2019est tracée et l\u2019apprentissage de ce processus s\u2019est graduellement « encré » dans ce 100 %.Cette partie s\u2019est déroulée à merveille et beaucoup plus rapidement que la première année.Ce qui démontre une amélioration et une meilleure préparation de l\u2019équipe de rédaction.Journalistes formateurs Dès janvier 2015, 18 camelots avaient suivi quatre formations pour écrire des textes culturels, des articles d\u2019actualités et des entrevues diverses.Les formateurs étaient des journalistes venus de divers 100 % camelots 2016 - prise 2 P\u2019tit train va loin P H O T O : ?M I L T O N ?F E R N A N D E S 35 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA SOUVENIRS PAR JO REDWITCH CAMELOT MÉTRO MCGILL Alain, Norman, Guy et Jo ont rédigé le dossier et ont tenu le rôle de chefs de pupitre du 100 % Camelots 2016 2017 est l\u2019année de toutes les célébrations pour Montréal qui fête ses 375 ans.Or, quoi de mieux qu\u2019une exposition sur la relation passionnante des Montréalais et de l\u2019alimentation pour le souligner ?Historien de formation, Éric Giroux a une connaissance parfaite de ce sujet.Commissaire de Nourrir le quartier, nourrir la ville, il détaille la genèse et l\u2019essor d\u2019une création qu\u2019il a en partie conçue.L\u2019exposition se tiendra du 18 mai 2017 au 4 février 2018 dans l\u2019enceinte d\u2019un beau bâtiment de style Art déco, au cœur battant de la métropole : l\u2019Écomusée du fier monde.Ancrée dans le quotidien et l\u2019humain Comme tout artisan fier d\u2019un chef d\u2019œuvre auquel il a concouru, Éric Giroux revient sur les motivations et aspirations d\u2019un tel projet.Il explique qu\u2019il y a « une mode ces dernières années : la bonne bouffe, les chefs, les magasins de cuisine.Puis, cet enjeu de conserver les aliments, de les transformer pour permettre de nourrir la ville, car les gens de l\u2019époque n\u2019avaient pas de réfrigérateur.C\u2019est toute cette dynamique qui est intéressante, tout comme produire de nouvelles connaissances parce qu\u2019il y a bien des choses qu\u2019on souhaite raconter.» Évidemment, l\u2019alimentation est un thème qui passionne tout le monde.Il l\u2019est encore davantage pour ce commissaire qui a un rapport particulier avec le quartier Centre-Sud.Car en plus de constituer un terrain fertile pour ses recherches, il est celui de sa mère.« Ce qui m\u2019intéresse le plus est la ville, le patrimoine industriel.Et le musée s\u2019intéresse avant tout au Centre-Sud, pour le quartier lui-même, mais aussi comme exemple d\u2019un contexte plus large.Le quartier est un témoin de ce qui se passe ailleurs.» La fascinante histoire de la commercialisation Tout a commencé vers 1676.Montréal était un hameau de 600 personnes.Déjà, les autorités qui administraient la colonie se disaient : « On va imposer un endroit où se dérouleront les échanges commerciaux.Ce fut le premier marché public de Montréal », explique Éric Giroux.À cette époque, il est à ciel ouvert et satisfaisait les besoins des habitants et de quelques maraîchers très proches de la ville.Puis, la colonie grandit.Ses nécessités aussi.Ainsi, un deuxième marché public voit le jour.Il est toujours à ciel ouvert, mais on commence à penser à des infrastructures censées garantir l\u2019hygiène et de bonnes conditions de travail.Ce fut le premier pas vers des marchés publics fermés.De son côté, Montréal ne cesse de grossir.De ce fait, les maraîchers sont de plus en plus éloignés du centre-ville et les chaînes de distribution, de plus en plus importantes.L\u2019agrandissement de la ville, le flux de l\u2019empire commercial britannique et sa grande diversité de denrées importées permettent l\u2019apparition de nouvelles formes de commerce : les épiceries.« Au départ, raconte Éric Giroux, elles ne vendaient que des produits secs qui se conservent très longtemps.Les commerçants s\u2019approvisionnaient dans le Vieux-Montréal chez les grossistes.Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019elles commenceront à vendre de la viande, des fruits et des légumes.» Les épiceries étaient des entreprises faciles à établir.Il suffisait de disposer de quelques employés et d\u2019un petit capital pour l\u2019acquisition du premier inventaire.Cependant, la concurrence était rude et leur durée de vie ne dépassait guère la décennie.Heureusement, la loi est venue à leur rescousse en leur permettant d\u2019étendre leurs heures d\u2019ouverture.Les épiceries ont également survécu grâce au recours à la note de crédit et par la suite, au service de livraison à domicile.Dans les années 1940, une nouvelle forme de commercialisation de l\u2019alimentation prend le relais : les chaînes de supermarchés.La première, Dominion, est établie à Toronto.Puis, vient le tour de Montréal avec celle de la famille Steinberg qui atteindra la dimension d\u2019un empire.Les chaînes ont joué un rôle important dans l\u2019essor du marketing et la concrétisation d\u2019une organisation scientifique du travail.Elles ont aussi œuvré à tisser leur propre réseau de distribution et d\u2019approvisionnement.Cela a eu une incidence majeure sur le Marché Central de Montréal, le contraignant à limiter sa surface et la quantité de produits proposés.Nourrir la ville, nourrir le quartier Se nourrir à Montréal, l\u2019histoire 36 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS P H O T O ?: ?C O N R A D ?P O I R I E R , ?B A N Q EXPOSITION PAR MOSTAPHA LOTFI CAMELOT MÉTRO ÉDOUARD-MONTPETIT L\u2019épicerie La Familiale, fondée par Victor Barbeau, a été la première coopérative à Montréal.Intérieur du commerce au 403, rue Notre-Dame Est, 1938. Peu à peu, et à la suite de la Révolution tranquille, le pouvoir de l\u2019Église s\u2019est effrité et par extension, les services qu\u2019elle pouvait offrir.Or, les besoins étaient toujours en croissance.Cela portait les citoyens à se regrouper et à créer des organisations dans le but de prendre le relais de l\u2019Église et de favoriser une solidarité entre les résidents.Des organismes voyaient ainsi le jour comme le CSCS (Comité social Centre-Sud) qui offrait des services d\u2019éducation populaire et d\u2019informations sur le logement et l\u2019alimentation.Le Sentier Urbain tenait quant à lui des ateliers d\u2019agriculture urbaine.Le CSCS gérait aussi une ferme urbaine, précurseur des jardins communautaires, nombreux dans le quartier.Ces initiatives permettent aux gens d\u2019avoir des produits frais de bonne qualité et de lutter contre les déserts alimentaires dont on parle lorsque l\u2019accès aux fruits et légumes est difficile pour les habitants.La table et ses acteurs Nourrir le quartier, nourrir la ville consacre sa dernière section au repas.Le moment de se mettre à table.Elle s\u2019intéresse notamment à l\u2019humain en tant qu\u2019acteur qui prépare à manger.Certes, le stress de la vie quotidienne laisse parfois peu de temps pour jouir de ce moment tant appréciable.Mais il n\u2019en reste pas moins important, ne serait-ce que dans l\u2019imaginaire collectif.L\u2019exposition illustre cette réalité par des éléments qui la mettent en évidence, tels que les diverses formes de repas : casse-croûte, dîner d\u2019écolier, repas festif, etc.Enfin, la présentation ne manque pas d\u2019humour.Elle met en avant le fameux livre Les recettes de Jeannette et Le grain de sel de Jean pour montrer les rapports mouvants et la répartition des rôles entre hommes et femmes.Une belle ironie lorsque l\u2019on sait que Jeannette Bertrand est l\u2019une des pionnières du mouvement féministe.Une manière peut-être de sortir définitivement les femmes de derrière les fourneaux et de leur permettre de prendre la place qui leur sied, dans une société en pleine mutation.L\u2019évolution historique de l\u2019alimentation et de sa commercialisation ne cesse de nous surprendre.La métropole a connu de belles aventures liées à la table et à tout ce qui s\u2019y rapporte.De quelques recettes de la tradition française jusqu\u2019à une panoplie de mets sans pareil.La métamorphose a été impressionnante, longue et parfois douloureuse.La saga se poursuivra sans doute en ce 21e siècle, ouvert à toutes les éventualités.L\u2019industrialisation et la transformation des aliments : un tournant Il s\u2019agit d\u2019une phase si importante et cruciale que l\u2019exposition présente comme point de départ chronologique des événements.L\u2019industrialisation et la transformation des aliments ont révolutionné les pratiques commerciales liées à l\u2019alimentation à Montréal.Suite à la domination britannique, la métropole est devenue une plaque tournante commerciale en Amérique du Nord.D\u2019abord, la transformation des aliments, notamment celle des viandes, était nécessaire car les gens ne possédaient pas de réfrigérateur.Le coût de la glace étant exorbitant, les produits frais étaient chers et inaccessibles à la population croissante.Mais l\u2019importance et le dynamisme de Montréal lui ont permis de se doter d\u2019infrastructures portuaires considérables.À l\u2019époque, le centre frigorifique du Vieux-Port est unique, sans oublier les géants silos dans lesquels était emmagasinée la majeure partie du blé transitant vers l\u2019Amérique du Nord.Parler de l\u2019importance de la transformation rappelle une triste anecdote, celle d\u2019avant la pasteurisation des produits laitiers.Jadis, le taux de mortalité chez les enfants francophones était impressionnant.Car à l\u2019époque de la revanche des berceaux, la pression imposée sur les femmes par l\u2019Église, dans le but de stimuler la procréation, les obligeait à mettre fin à l\u2019allaitement de manière prématurée.Les enfants étaient alors nourris au lait de vache non pasteurisé et mouraient.Pérenniser la sécurité alimentaire des citoyens Le Centre-Sud, qui s\u2019étendait à peu près entre les rues L\u2019Espérance et Saint-Hubert, est un quartier spécifique de Montréal.Longtemps, il a été le cœur industriel de la ville, considérée comme la première agglomération économique du Canada.Néanmoins, une migration des capitaux vers l\u2019Ouest et une concurrence accrue des pays asiatiques ont poussé la fermeture des usines.D\u2019un coup, on a assisté à une paupérisation et une reconnaissance croissante des besoins en alimentation.L\u2019Église, qui était alors l\u2019institution la mieux organisée et la plus puissante, offrait des services d\u2019aide alimentaire aux plus démunis.D\u2019ailleurs, l\u2019exposition, dans sa sixième section, montre des photos de la place Émilie-Gamelin où des pauvres attendaient, en ligne, la distribution de pain ou d\u2019une soupe.P H O T O ?: ?A R C H I V E S ?P R O V I D E N C E ?M O N T R É A L Œuvre de la soupe à l\u2019Asile de la Providence, angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Hubert, vers 1930. Dès que j\u2019exhibe ABC MTL à L\u2019Itinéraire, je me le fais arracher des mains par un collègue qui le compulse avidement jusqu\u2019à ce que lui aussi se le fasse voler.Si je n\u2019avais pas interrompu ce manège, il aurait sûrement duré longtemps.Mes camarades ont feuilleté mon bouquin avec l\u2019enthousiasme d\u2019une jeunesse éternelle parce qu\u2019il est aussi attrayant que le plus coloré des albums jeunesse.L\u2019abécédaire qui orne la couverture de sa reliure, découpé dans des lettrages urbains réels ou métaphoriques, dispose immédiatement à un voyage dans le Montréal de Jeanne Painchaud et de Bruno Ricca.Ce périple débute par la traversée du miroir sans tain d\u2019une géode.Les deuxième et troisième de couverture et les pages de garde du livre sont en effet illustrées de mailles de la Biosphère.Cette entrée en matière me donne l\u2019impression d\u2019être enveloppée par une ville qui justement, dans la réalité, m\u2019accueille toujours chaleureusement.La suite commence par une vue magnifique du Vieux-Montréal prise du fleuve.Je constaterai plus tard qu\u2019elle se termine par celle de la ville et du Saint-Laurent, captée du haut du Mont-Royal.Ces panoramas en écho donnent une idée éloquente de la majesté des monuments qui définissent Montréal.Je pénètre le corps de l\u2019ouvrage.Sa structure est assez solide pour que je puisse y flâner sans me perdre, assez organique pour que je m\u2019y éclate à l\u2019envi.Certaines présentations, très ingénieuses, guident sans brusquer.Un motif de mosaïque traverse l\u2019ensemble du livre.Il rappelle autant le tissu des installations humaines primitives de l\u2019île que celui de ses quartiers aux racines diverses d\u2019aujourd\u2019hui.Le travail d\u2019animatrice de Jeanne l\u2019amène à côtoyer beaucoup de jeunes dans les écoles montréalaises, dont plusieurs immigrés.Son livre, teinté par cette expérience, constitue un outil efficace d\u2019intégration.Arrivé d\u2019un horizon étranger, qui ne se sentira pas plus chez lui dans la métropole du Québec, après l\u2019avoir lu ?Le haïku passe le monde à travers le filtre des sens.Il permet ici de humer les pelouses, de palper les légumes des marchés publics, d\u2019entendre le jazz, de dévorer les frites, d\u2019admirer les sculptures de Montréal.Son effet sensoriel est assez puissant pour influencer l\u2019apparence de son vecteur, déclencheur lui aussi de moult sensations.Traditionnellement, le haïku a pour thème la nature.Lui confier la tâche de dépeindre une ville verdoyante comme Montréal n\u2019est donc pas incongru.Jeanne le manie si bien qu\u2019elle lui fait aussi dire les réalités sociales.En fait, tout son texte traite des liens entre l\u2019individu et le collectif, le devoir et les loisirs, l\u2019intellect et l\u2019affect qui s\u2019y tissent.Les mots-clés de Jeanne déboussolent et donnent beaucoup de personnalité et de vigueur au récit qu\u2019ils forment.Chargement parle mieux de la neige à Montréal que tout autre concept.Dinosaure capture l\u2019éternité dans l\u2019instant aussi efficacement qu\u2019un haïku.Rares sont ceux qui pensent à Montréal en entendant Kayak, n\u2019est-ce pas ?Quoi de mieux que Parades pour prouver que Montréal est une ville pacifique ?Détail amusant, à Wow, où l\u2019on voit à quel point le métro est un lieu d\u2019arts plastiques et de musique, un camelot vêtu de son dossard de L\u2019Itinéraire joue du saxophone à la station Papineau.À XXXXX, le rapprochement entre le Cœur d\u2019Auschwitz et le romantisme de Montréal, audacieux, évite les clichés et ouvre les esprits.Je pourrais continuer longtemps cette liste de mots-clés, toutes les lettres de cet abécédaire foisonnent de significations étonnantes et de beauté.L\u2019abécédaire du livre, véritable bijou d\u2019art, est expliqué par des fiches documentaires dont les informations ont répondu à plusieurs des questions que je m\u2019étais posées jusque-là.Ces deux entités forment des blocs distincts, ainsi, le lecteur peut se concentrer pleinement sur ses émotions avant d\u2019assimiler des connaissances.C\u2019est aussi après l\u2019abécédaire qu\u2019une chasse aux lettres, plan à l\u2019appui, est proposée.Elle prend place sur un axe mythique et fédérateur de la ville, Sainte-Catherine.Je crois que plusieurs des personnes qui auront repéré les lettres de ce parcours seront tentées de créer à leur tour des abécédaires.Qui sait combien d\u2019entre elles franchiront ensuite le pas, de l\u2019alphabet à l\u2019écriture ?Ils sont rares, les livres qui peuvent se vanter de faire bouger les gens physiquement et mentalement ! Consciente que les enfants adorent jouer avec les mots, Jeanne recourt à maintes métonymies et semblables figures de style, à la satisfaction de son lectorat adulte, également.Les teintes vives et la composition des images de Bruno ravissent l\u2019œil et constituent un complément harmonieux de son verbe ABC MTL transpire l\u2019intimité lorsqu\u2019il démontre que chacun peut avoir la ville qu\u2019il désire, mais cela ne l\u2019empêche pas d\u2019inciter les citoyens à s\u2019impliquer dans leur communauté.Ses multiples tons et niveaux d\u2019interprétation se déploient dans une convaincante cohésion.Bien que réfléchi, le résultat du labeur de Jeanne et de son acolyte respire la spontanéité ! ABC MTL dégage assez de rigueur pour calmer les aigreurs des détracteurs de Montréal, assez d\u2019émotions pour en rassasier les amoureux.ABC Montréal Montréal en toutes lettres 38 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS I M A G E ?( P A G E ?C O U V E R T U R E ) ?: ?L E S ?4 0 0 ?C O U P S LECTURES PAR JOSÉE CARDINAL DISTRIBUTRICE Jeanne Painchaud Vue de Montréal jours de grande chaleur.Un livre de mon enfance, de Miroslav Šašek, qui traitait du New-York des New-Yorkais et qui s\u2019adressait aux petits, y est sûrement pour quelque chose dans mon choix de point de vue.Malgré ce qui l\u2019a influencé et le fait qu\u2019il soit publié par un éditeur jeunesse, ABC MTL rejoint également les adultes.Quand on s\u2019en est rendu compte, on a parodié la formule 7 à 77 ans de Tintin pour que ma cible 9 à 11 ans du début devienne 9 à 99 ans.Quelle discipline, la littérature ou la photo, a présidé à la réalisation de votre album qui, par définition, est très visuel ?J\u2019ai initié l\u2019affaire, établi la structure du bouquin, choisi ses mots-clés, écrit ses textes, les ai soumis aux éditions Les 400 coups.Bruno Ricca a alors été choisi.Moitié français, moitié italien, installé dans le Mile End depuis 25 ans, il photographiait déjà la ville quotidiennement.Comme nous sommes deux Montréalais d\u2019adoption, des liens serrés nous unissaient.Graphiste, il monte plusieurs livres des 400 coups, alors il comprenait bien notre méthode de travail.D\u2019habitude, dans un livre de photos, les textes viennent en dernier.Que Bruno soit avant tout un illustrateur nous facilitait la tâche.De surcroît, c\u2019était lui qui mettait le tout en page.Au fil des semaines, je voyais les photos s\u2019ajouter à la mosaïque qu\u2019elles formaient.Quand j\u2019exprimais un doute sur l\u2019emplacement de l\u2019une d\u2019elles, il la mettait ailleurs immédiatement.Comment avez-vous choisi la nature et la teneur de vos textes ?Mon projet est issu de mes mots-clés, les haïkus sont venus après.De toute façon, je ne suis pas certaine que j\u2019aurais pu écrire 26 super bons haïkus ! Poésie et prose s\u2019alternent donc dans mon ouvrage.J\u2019ai eu la chance d\u2019en discuter avec Bruno tout au long de notre collaboration.À cause de mon petit côté pédagogique, je tenais à donner des informations, de préférence inusitées, sur chacun de mes mots- clés.C\u2019est en cours de route que je les ai écrits.J\u2019aime le début de mon article sur Ange : « Montréal donne des ailes ! ».C\u2019est l\u2019impression que j\u2019ai, quand je pense à ma ville.Choisir 26 mots-clés pour faire le portrait d\u2019une métropole, ce n\u2019était pas évident.Je voulais que ce soit équilibré, par exemple, je ne pouvais pas retenir les mots bagel et smoked meat.J\u2019ai gardé bagel, qui est un symbole montréalais reconnu.J\u2019ai aussi choisi des mots-clés en fonction d\u2019une possible traduction en anglais de mon abécédaire.Auteure, recherchiste, scénariste, réalisatrice, animatrice d\u2019ateliers d\u2019écriture, organisatrice de projets de diffusion culturelle, Jeanne Painchaud est une figure établie de l\u2019univers artistique québécois.Ce printemps, c\u2019est Jeanne l\u2019écrivaine qui se manifeste en ajoutant un neuvième titre, ABC MTL, publié par Les 400 coups, à sa bibliographie.Dans cet album, ses textes, dont plusieurs poèmes de trois vers d\u2019origine japonaise, des haïkus, et les photos de Bruno Ricca convient à une balade dans un Montréal tantôt animé, tantôt paisible, toujours célébré.Écoutons-la expliquer comment sa plus récente création a vu le jour.Quel Montréal explorez-vous dans votre livre ?Le Montréal des Montréalais, à hauteur d\u2019enfant.Quand mon fils était jeune, pour qu\u2019il le connaisse et l\u2019apprécie, je le traînais partout à Montréal, du coup, je l\u2019ai redécouvert.Il me semblait amusant d\u2019adopter une telle perspective pour parler de différentes facettes de ma ville.Prenons par exemple la perception de la place des Festivals suggérée dans mon livre, celle d\u2019un gamin qui n\u2019assiste pas nécessairement à ses spectacles le soir, mais qui joue dans ses fontaines, les « J\u2019aime les abécédaires.Le mien est juste un prétexte, il m\u2019a permis de choisir 26 mots-clés pour présenter la ville.Depuis longtemps, je désirais rendre hommage à Montréal, où je suis née, et je savais que son 375e anniversaire serait le moment idéal pour m\u2019y employer.Exilée à deux ans à Sherbrooke, j\u2019étais toujours heureuse de revenir dans la métropole, toujours triste d\u2019en repartir.À 20 ans, je m\u2019y suis établie à nouveau, principalement pour sa culture.» Jeanne Painchaud 39 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA P H O T O ?: ?J E R E M Y ?B O B R O W P H O T O ?: ?M A G A L I E ?P A Q U E T >> \"PR fa ta, NN J /© = / Pe 0 \u201con, 2 xO (RS | ets ; Ye SE | = LEVILLAGE Lee A fs wl ; © 4 ~ \u2019 / of / oF 4 WW > > 27 ¢/ Le Se FL 7 / & À ~ 7 Pr $ Pt , i ji SS ou | £ L = # a DY JARTIER.DES ETN J / SHE! CLES .7 fs J / 5 & 2 Du 5.À \u2019 0 { j Csampéetas ES À ; fy AY, J ors 4 A NJ Dr Lee, w 70 >) Ce, S J REMONTRÉAL de justice / 0 Montréal A Nd aN _ / / Pautique Motre-Darie, Organisme Adresse Heure des repas Mission Bon Accueil (hommes de 25 ans et moins, femmes de 30 ans et moins) 1448 Beaudry, E Tous les jours 17h à 19h Old Brewery Mission 915 Clark Tous les jours 16h30 à 18h Old Brewery Mission (pavillon des femmes) 1301 De Maisonneuve, E Tous les jours 12h à 12h30 17h à 18h Accueil Bonneau 427 De la Commune, E Du lundi au vendredi 9h30 à 11h15 14h à 15h Samedi et dimanche 9h30 à 11h30 Mission Saint-Michel 137 Av.du Président- Kennedy Du lundi au vendredi 8h à 12h15 Dans la rue (25 ans et moins) 1664 Ontario Du lundi au samedi 9h30 à 11h30 12h30 à 16h Armée du salut De Maisonneuve / Papineau Un jeudi sur deux 19h à 20h SOS Itinérance Métro Papineau 2e samedi du mois 12h à 13h Mission du Grand Berger À la Place Émilie Gamelin Mardi et vendredi (sauf première semaine du mois) 19h à 20h Un Cœur pour les autres Mercredi 19h à 20h Armée du salut Un jeudi sur deux 19h à 20h SOS Itinérance Premier et dernier samedi du mois 12h à 13h Homeless People 2e et 4e samedi du mois 18h La roulotte Dans la rue Tous les jours sauf les mardis et samedis 23h30 à 0h15 Où manger gratuitement dans le Centre-Sud ?Les organismes communautaires, missions et ressources bénévoles travaillent d\u2019arrache-pied pour offrir chaque jour des repas gratuits aux personnes dans le besoin.Zoom sur les différents points de distribution de nourriture dans le Centre-Sud.Liste non exhaustive 41 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA RESSOURCES AVEC MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE publicité Une exposition du Centre d\u2019histoire de Montréal Du 16 juin 2017 au 2 septembre 2018 ville.montreal.qc.ca/chm NICOLE GIARD CAMELOT MÉTRO LONGUEUIL JOCELYN C.CAMELOT À SAINT-JÉRÔME Montréal vue de Saint-Jérôme Comment voient-ils Montréal, ces 200 000 automobilistes de plus en 5 ans, de ces banlieues qui s\u2019étirent et s\u2019étirent ?.Eux qui sont majoritairement seuls dans leurs cages, pourquoi gaspillent-ils leur temps dans des bouchons qui se répètent jour après jour à revenir en ville, eux qui l\u2019ont fuie ?Ils sont sans doute un peu masos ! Pourquoi les emplois ne sont-ils pas décentralisés ?Je sais, pour les études, tout est à Montréal (universités, hôpitaux, etc.).Même l\u2019aéroport, qui auparavant était à Mirabel, est à Montréal : quel gâchis.Et malgré tous les trains de banlieue qui sillonnent la région, l\u2019auto domine toujours.Moi qui vis en périphérie, à Saint-Jérôme, et qui suis un ancien Montréalais, je ne m\u2019ennuie pas vraiment de la ville.C\u2019est sûr, l\u2019été, c\u2019est beau avec ces gens de toutes les couleurs, ces milliers de ruelles vertes, mais ça pue en ville.Bien sûr, ici à Saint-Jérôme, on est à un carrefour important de routes, c\u2019est bruyant mais ce n\u2019est pas pareil.Il y a encore de la vie sauvage : cerfs, dindons sauvages, coyotes, etc.Mais tout n\u2019est pas rose à Saint-Jérôme, il y a de la pauvreté aussi.En vendant le journal ici, on fait connaître des réalités cachées à beaucoup de gens.42 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS MOTS DE CAMELOTS CINDY ROSE CAMELOT SUPER C PIE IX / ONTARIO 50 ans à Longueuil Quand j\u2019étais petite, j\u2019habitais à Montréal.Je ne me souviens pas beaucoup de cette époque.Je me souviens que mes parents étaient toujours partis les fins de semaine, car mon père allait voir son cheval courir.Mais en 1967, on a déménagé à Longueuil quand mon père a trouvé du travail ici.Je m\u2019en souviens bien parce que c\u2019était l\u2019année de l\u2019Exposition universelle, j\u2019avais visité presque tous ses pavillons.C\u2019était aussi l\u2019année du décès de ma grand-mère.J\u2019avais 13 ans, c\u2019était il y a exactement 50 ans.Depuis, les choses ont pas mal changé.À Montréal, il n\u2019y avait pas grand-chose comparé à aujourd\u2019hui, pas tous ces gros buildings, pas de Quartier des spectacles\u2026 je ne sais même pas s\u2019il y avait des spectacles ! Dans le métro, il n\u2019y avait presque rien : pas de postes de police, pas de McDonald, pas tous ces magasins.Quand on sortait de la station Longueuil, il n\u2019y avait presque que des champs et beaucoup moins de trafic.Ils ont bâti beaucoup de choses depuis, beaucoup de bâtiments administratifs et de logements, un beau centre-ville, ils sont même en train de faire un Quartier des spectacles, comme à Montréal.Je vois qu\u2019il y a bien plus d\u2019itinérants aujourd\u2019hui, même à Longueuil.C\u2019est normal, avec nos tous petits salaires, quand on a payé le loyer, il ne nous reste plus rien pour acheter à manger.Je ne pense pas quitter Longueuil un jour car à Montréal, mon loyer me coûterait deux fois plus cher.Et puis Longueuil c\u2019est pratique pour travailler, vu que c\u2019est là que je vends L\u2019Itinéraire depuis sept ans.Avant ça, je gardais les enfants de ma sœur, je faisais un peu de ménage.Ma sœur m\u2019avait dit : « Comme tu n\u2019as pas d\u2019enfants, tu garderas les miens.» Malheureusement, les enfants ont grandi et ils n\u2019ont plus besoin de gardienne\u2026 Un lit de problèmes non résolus Je suis confrontée à un mur de béton, chaque brique pèse une tonne de plus que la précédente.Mon alliage est défaillant et mes rideaux inutiles, car la clarté du jour se transforment en ténèbres.Par les grandes fenêtres de mon humble demeure, la lueur du soleil ne réussit plus à traverser complètement la chair qui constitue mon organe du cœur.Cette construction démolie retarde l\u2019avènement.Je marche à genoux.Les flammes grandissantes pétrifiant mes mains, jusqu\u2019à faire crisser mes os, affaiblissent mon corps.Mon visage fond à la simple vue de mes problèmes ! Je suis un amas de viande sur un squelette malade ayant peine à bouger, ayant peine à respirer, ayant de la peine.mais ma dépouille a trop pleuré, elle ne produit plus de larmes.Je m\u2019écroule sur le tapis de l\u2019enfer.Un gros nuage noir de frayeur m\u2019envahit ! Mes démons rigolent en sautillant sur mes principes.Le pire, c\u2019est que ce ne sont pas mes proches ni mes ex qui me font le plus de mal\u2026 c\u2019est moi ! Quelle agonie ! Je me réveille enfin d\u2019un long cauchemar.La réalité me parait embrouillée et je perds mes repères.C\u2019est souvent plus facile d\u2019être endormie que de voir la vérité, toutefois nous ne pouvons plus la nier éternellement.Vivre aveugle n\u2019est plus ma décision.Je fais une autopsie de l\u2019âme.Un assassinat de la misère.En elle En elle une pureté Des yeux verts en beauté Plusieurs obstacles à sa portée En elle une colombe délaissée En elle une fragilité a neigé De son âme un trésor est né Il y a une cité camouflée En elle le printemps a murmuré En elle un morceau de lumière Fascinante comme une étoile de mer Apaisante comme une prière En elle un véritable mystère En elle une aurore, une étincelle La naissance d\u2019un arc-en-ciel Un crépuscule sans pareil En elle un bijou, un rayon de soleil Je te souhaite un prompt rétablissement Marie-Soleil. BD SIOU CAMELOT MONT-ROYAL / BORDEAUX siou-artiste.blogspot.ca joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.À Montréal, a remplacé Dorchester.2.Montréal en est une.- Équipe de baseball de Montréal.- Note.3.Élue députée de Gouin en 2012.- Propriété collective rurale.4.Bois.- Peinture religieuse.5.Mois.- Maison d\u2019hébergement montréalaise.6.Our.- Touchée.- Pièces de charrue.7.Vernies.8.Dieu gaulois.- Se rendraient.9.Galeuse.10.Nattes.- Agent secret.verticalement 1.Théâtre de Montréal où a été créée la pièce Les Belles-sœurs.2.Perfectionnés.3.Écrivaine mentale née à Montréal en 1964.- Chaton.4.Qui agissent avec force.5.Commune de Belgique.- À moi.- Post-scriptum.6.Ancien, ancienne partenaire.- Risette.7.Anie Samson est celle du comité exécutif de Montréal.- Conifères.8.Éolide.- Entoure Montréal.9.Nazi.- Rigole.10.Opposé à stéréo.- Espace européen.11.On y fabriquait des confitures.12.Érin.- Mèche.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx À toi Note Retour de vagues Département de cousins lointains Artifices De plastique sera-t-il interdit à Montréal ?Lettre Grecque Mesures agraires Rivière de France Commun sur le Mont-Royal Denis Coderre l\u2019a été en 2013 Habituellement Volcan italien Longueuil se situe sur celle du sud de Montréal Premier maire de Montréal Metteur en scène à l\u2019Opéra de Montréal Aux antipodes de Montréal Syndicat Pas unique à Bordeaux Union européenne Montréal a un musée de ses beaux École Prière à la mère de Montréal MC June l\u2019est Celui de Montréal est de 375 ans Préfixe Gîte Écrivain québécois Champion Our À toi Note Retour de vagues Département de cousins lointains Artifices De plastique sera-t-il interdit à Montréal ?Lettre Grecque Mesures agraires Rivière de France Commun sur le Mont-Royal Denis Coderre l\u2019a été en 2013 Habituellement Volcan italien Longueuil se situe sur celle du sud de Montréal Premier maire de Montréal Metteur en scène à l\u2019Opéra de Montréal Aux antipodes de Montréal Syndicat Pas unique à Bordeaux Union européenne Montréal a un musée de ses beaux École Prière à la mère de Montréal MC June l\u2019est Celui de Montréal est de 375 ans Préfixe Gîte Écrivain québécois Champion Our Réponses du 15 MAI 2017 Mettre à x 7,5 y 4 J E R A R A T S S A C E N A E T A G A E R U S I M R A E S V A E U E R E S L A E M U R E C L L L U E U E R E Q E U A E T U R C S N V L B A G U T I H E R 1er mai 2017 R E N E L E V E S Q U E I L E E X P O S S I D A V I D L M I R E B E N E S I C O N E A O U T O C E A N E U R E M U E S O C S V E I N A R D E S E E S U S I R A I E N T R L E P R E U S E O T R E S S E S E O N Réponses du 15 MAI 2017 100% M Y R O B O L A N S R A A T A B L A I R E T O T A L I T E M I L O U I I E N E I D E I R U S I N E L E V S T E R E N T C I R E E S T E R A N T A R R R E A L E S U I I V E S E T E N D R E E U S L I A S S E Z Réponses du 1mai 2017 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Ozonisées Qu\u2019il batifole (qu\u2019il s\u2019.) Règle Année Fond Note Songe Disloquées Clayonnages Retardais Adaptera Moto Évanouissement Résistants Détruira des éléments organiques Insecte Reposés Chef Dommage Pronom Arrêtiez Qui contiennent de l\u2019arsenic Prière Pareil Zinc Lettre grecque Ville de Finlande Ozonisées Qu\u2019il batifole (qu\u2019il s\u2019.) Règle Année Fond Note Songe Disloquées Clayonnages Retardais Adaptera Moto Évanouissement Résistants Détruira des éléments organiques Insecte Reposés Chef Dommage Pronom Arrêtiez Qui contiennent de l\u2019arsenic Prière Pareil Zinc Lettre grecque Ville de Finlande Réponses du 1 MAI 2017 Mettre à x 7,5 y 4 M T D B E D L A S S E S T E T E T E T A T E N I T E E Z N A N L I S S E B O C E S I S E Z Y L S E A R O C I G L A E O C M A A V E T E N C A E S O M D U E L R A 100 % c melots ! 44 ITINERAIRE.CA | 15 mai 2017 | 100 % CAMELOTS DÉTENTE 7 8 1 7 3 1 5 4 2 3 1 6 2 2 3 9 2 1 6 4 8 8 9 6 3 5 9 NIVEAU DIFFICILE GRILLE 145 Solution 01 MAI 2017 1er mai 2017 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 100 % CAMELOTS | 15 mai 2017 | ITINERAIRE.CA 6 7 1 4 5 9 6 8 2 8 5 6 2 4 4 9 5 2 1 8 7 3 NIVEAU EXPERT GRILLE 181 Solution 15 MAI 2017 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES LE TRAVAIL PAS À N\u2019IMPORTE QUEL PRIX ! 1 6 1 7 - 2 4 4 L\u2019Itinéraire, 3,6875 po x 4,875 po, couleurs Parution 1er mai Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S Je reviendrai à Montréal Écouter le vent de la mer Se briser comme un grand cheval Sur les remparts blancs de l\u2019hiver Robert Charlebois Aujourd\u2019hui, à Montréal, j\u2019suis en amour J\u2019t\u2019aime comme un fou pis j\u2019vais t\u2019aimer, t\u2019aimer toujours J\u2019te conte tout ça, écoute-moi ben pendant qu\u2019ça m\u2019pogne Assis au pied des arbres du Bois d\u2019Boulogne Beau Dommage J\u2019aime les nuits de Montréal Pour moi ça vaut la place Pigalle Je ris, je chante La vie m\u2019enchante Il y a partout des refrains d\u2019amour Jacques Normand Demain matin, Montréal m\u2019attend Demain matin, Montréal m\u2019attend Cherchez-moé pus à Saint-Martin Parce que demain j\u2019sacre mon camp Louise Forestier Les touristes dans l\u2019Vieux-Montréal Les tam-tams sur l\u2019Mont-Royal Pis les feux d\u2019artifice estival! Les Frères à Ch\u2019val Ma grand-mère a épousé un Libanais et ils ont donné naissance à ma mère.Mon père est né de citoyens canadiens originaires de Téhéran.Je suis né à Beyrouth, mais j\u2019ai été élevé à Montréal.Maintenant je suis à Londres.Que suis-je, en réalité ?Elif Shafak Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français, et vive la France ! Charles de Gaulle Rosemont, un quartier très diversifié comme la Ville de Montréal entière.Sylvain Trudel Le centre-ville de Montréal se réinvente ainsi, non pas à grands coups d\u2019éclat ou de starchitectes à l\u2019instar de Toronto, mais en thématisant et en associant un caractère particulier à des quartiers existants ou nouvellement délimités.Jonathan Cha Mon cœur est à Port-au-Prince, mon corps à Miami et mon âme à Montréal.Dany Laferrière de Montréal PHOTO? :?MARIDAV?(123RF) À PROPOS.PAR MANON FORTIER CAMELOT AU VILLAGE CHAMPLAIN / MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND stm.info/visiteurs @ Montréal et ses déplacements illimités dans 68 stations de métro et 220 lignes de bus.viveé(375 None 35 ' > 10° 18° Titre un jour Titre 3 jours \\7 Tarifs sujets à changement sans préavis.MOUVEMENT COLLECTIF 4e vive£1375 S tm Cet ouvrage regroupe 100 des plus beaux textes des camelots du groupe communautaire L\u2019Itinéraire.L\u2019organisme intervient auprès de personnes en situation de précarité économique et sociale, permettant leur réintégration par la vente et l\u2019écriture du journal de rue.En vente auprès des camelots de L\u2019Itinéraire, en librairie et sur itineraire.ca 2017, 216 pages | ISBN 978-2-9816635-0-4 Sentinelles 25 ans d\u2019écriture à L\u2019Itinéraire EN VENTE DANS LA RUE ! 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