L'itinéraire, 1 janvier 2018, jeudi 1 mars 2018
[" Dossier Femmes en prison Volume XXV, n?05 Montréal, 01 mars 2018 1 min 24 Les horaires en temps réel sont arrivés OFFERTS EN EXCLUSIVITÉ SUR Transit Site web Site mobile Application Version bêta beta.stm.info Nom Maxime Valcourt | Camelot n° 17 Âge 55 ans Points de vente Théâtre du Rideau Vert et Théâtre du Nouveau Monde Maxime M axime est un pionnier de L\u2019Itinéraire.Dès les débuts, il a offert aux passants le journal, devenu plus tard un magazine.« On est encore cinq ou six camelots à vendre L\u2019Itinéraire depuis plus de 20 ans.» Dur, dur d\u2019être vendeur Pas facile pour Maxime, de nature timide bien que très travaillant, d\u2019exercer le métier de camelot.« Mais à un moment donné, il s\u2019est produit une étincelle et je suis devenu un bon vendeur.» Ainsi, beau temps, mauvais temps, tout au long de l\u2019année, il se retrouve à son poste, sans se plaindre malgré ses genoux qui lui font mal.Son remède : « Faire rire le monde, j\u2019aime ça.Je suis un joker.» Maxime a constaté que, lors des journées Camelot d\u2019un jour auxquelles participent des personnalités publiques et des artistes, ces derniers réalisent à quel point c\u2019est difficile de vendre le magazine aux passants.« Les vedettes sont connues du public et elles trouvent ça dur.Ça veut dire que ce n\u2019est pas si facile ! » Maxime est touché par la misère des gens qu\u2019il côtoie dans la rue et dans les refuges où il va manger à l\u2019occasion, pour ne pas oublier.« Ça me donne confiance de voir qu\u2019 il y a du monde plus affecté que moi, mal pris ou avec des problèmes de santé mentale, de consommation ou autres, dit-il avec compassion.Il y a tellement de souffrance.» L\u2019homme des théâtres Quelques fois par semaine, Maxime sillonne les rues avec son pick-up dans le but de cueillir des articles en métal qu\u2019il vend à des récupérateurs.Mais son occupation principale demeure la vente de L\u2019Itinéraire.« Je me trouve chanceux de travailler à mon compte et de rencontrer beaucoup de monde.Je vends aux portes du Rideau Vert et du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), avant et après les représentations.Juste au TNM, il y a 800 places.» Maxime ne demande rien, mais il arrive qu\u2019un client lui offre une place au théâtre.Dernièrement, il a eu la chance d\u2019assister à une représentation de la comédie musicale Demain matin, Montréal m\u2019attend.« Dans le Quartier des spectacles, les gens apprécient les bons travaillants mais pas les quêteux.» Les temps ont changé À l\u2019image de la société, le monde de L\u2019Itinéraire a évolué, constate Maxime.Les camelots ont vieilli et y on retrouve davantage de femmes et de personnes issues de l\u2019immigration, pas seulement des ex-itinérants comme avant.« Cela a changé pas mal en une vingtaine d\u2019années, mais on est une bonne équipe et mes clients me donnent toujours le sourire.C\u2019est ma récompense et pour ça, je les remercie.» L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Par Christine Barbeau Bénévole à la rédaction Photo : Mario Alberto Reyes Zamora Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL : LUC DESJARDINS RÉDACTION Chef du secteur magazine et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : MANUEL FOGLIA Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste affectée à la version numérique : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, JUSTINE CLÉMENT, HÉLÈNE MAI, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, ARIANE CHASLE, LUCIE LAPORTE Photo de la une : PONTUS HÖÖK ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : ANYA SANCHEZ Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Novatech Médical Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Virage Coaching JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg, sencrl, srl RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire YVON MASSICOTTE - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 Conseillère : RENÉE LARIVIÈRE (450-541-1294) renee.lariviere18@gmail.com GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : MARILYN FORTIN Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas?responsable?des?gestes?des?vendeurs?dans?la?rue.?Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous?tenons?à?remercier?le?ministère?de?la?Santé?et?des?Services?sociaux?de?même?que?le?Centre?intégré?universitaire?de?santé?et?de?services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 3 11 MOTS DE CAMELOTS Gisèle Nadeau 10 Sylvain Pépin 10 Mostapha?Lotfi?10 Daniel Grady 42 France Lapointe 42 Serge?Trudel?42 ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! ÉDITORIAL 7 Une nouvelle révolution Par Josée Panet-Raymond ROND-POINT 8 4 questions à Nadia Essadiqi LaBronze Par?Manuel?Foglia ROND-POINT INTERNATIONAL 9 EN TOUTE LIBERTÉ 18 Unité 9: Inévitables raccourcis Par Mathieu Thériault POLITIQUE MUNICIPALE 20 Des priorités à définir Par Geneviève Bertrand SOUVENIRS 22 Au revoir Ibrahim Par Saïd Farkouh INSP 24 À l'origine de Me Too D'après un article de Faktum (Suède) COMPTE-RENDU 27 Créer pour exister Par Ianik Marcil, économiste indépendant DÉLIRES 28 Capitaine Plywood Par Gilles Leblanc MOT DU RAPSIM 33 Plus de 100 millions $ en jeu ! Par Pierre Gaudreau, directeur du RAPSIM HISTOIRES DE RUES 40 Rues Saint-Laurent / Saint-Antoine Par?Mostapha?Lotfi?BIENVENUE CHEZ LINDA 43 DÉTENTE 44 À PROPOS.46 du féminisme Maxime DOSSIER QUEL MODÈLE CARCÉRAL POUR LES FEMMES EN 2018 ?\u2022 Tout pour réussir sa sortie \u2022 Portrait d\u2019Annie B.\u2022 Une alternative au modèle carcéral québécois \u2022?Unité?9?:?Entre?fiction?et?réalité Par Manuel Foglia Idola Saint-Jean, l\u2019insoumise L\u2019autre Idola Deux noms reviennent continuellement lorsqu\u2019on?traite?de?la?lutte?des?femmes?pour?l\u2019obtention?du?droit?de?vote?au?Québec :?Marie?Gérin-Lajoie?et?Thérèse?Casgrain.?Pourtant,?il?est?une?troisième?femme?dont?l\u2019apport?fut?significatif,?mais?dont?on?parle?beaucoup?moins : Idola?St-Jean.?Par Roger Perreault HISTOIRE 35 6 Quelques mots choisis que les visiteurs de notre journée portes ouvertes du 6 février dernier ont laissé dans notre livre d\u2019or : Super?visite?!?Un?lieu?et?une?organisation?qui?gagnent?à?être?découverts.?Merci?de?votre?temps et de votre accueil ! Stéphanie Hamel Superbe visite ! C\u2019était très intéressant.Vous avez une équipe du ! Jason Paré Merci pour l\u2019accueil et bravo à toute l\u2019équipe (camelots, bénévoles, employés) pour cette belle journée.On repart couverts de cadeaux et émus d\u2019avoir?pu?partager?un?brin?d\u2019intimité avec vous autres ! Amandine Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.SOMMAIRE 1er mars 2018 Volume XXV, no 05 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : Pendules à l\u2019heure Dans cette édition du 1er mars, traditionnellement dédiée aux femmes, nous explorons leurs diverses réalités.C\u2019est le cas de notre dossier, réalisé par notre journaliste Manuel Foglia, sur la réinsertion sociale des femmes québécoises incarcérées et celles qui ont recouvré leur liberté.S\u2019y ajoute une entrevue avec Danielle Trottier, l\u2019auteur d\u2019Unité 9, qui met en lumière et défie les perceptions que nous avons de ces femmes.Nous remettons aussi les pendules à l\u2019heure en vous présentant un reportage sur Tarana Burke, la véritable initiatrice de Me Too, qui travaille depuis 2006 à permettre aux femmes victimes d\u2019agressions de s\u2019affirmer et s\u2019affranchir.Celle qui a été occultée de la page couverture du TIME Magazine, célébrant les « briseuses de silence » comme personnes de l\u2019année, figure sur notre une.Ce reportage, réalisé par une collègue du journal de rue suédois Faktum, révèle le caractère et la ténacité de celle qui a initié ce mouvement devenu viral à travers le monde.Côté historique Pour savoir où nous allons, il faut savoir d\u2019où nous venons, comme le dit le dicton.C\u2019est donc pour célébrer l\u2019apport de ces femmes précur- seures du mouvement féministe que notre camelot Roger Perreault vous présente Idola Saint-Jean, figure marquante des racines du féminisme du Québec.Celle qui a prêté sa plume, sa détermination, sa verve et son courage pour faire avancer le droit de ses consœurs au début du 20e siècle, a fait l\u2019objet d\u2019une biographie fort intéressante.Notre rédacteur s\u2019est entretenu avec l\u2019une des co-auteures pour vous en faire un compte rendu.Et, comme d\u2019habitude, nos camelots ont leur mot à dire.À la question : Que pensez-vous du féminisme ?, vous trouverez les réponses franches, sans détours et non censurées provenant surtout de notre contingent masculin, dans la rubrique Dans la tête de, en pages 34-35.Bonne lecture ! Nous assistons, depuis 2017, à une nouvelle révolution féministe tant à l\u2019échelle nationale que mondiale.Depuis la vague de dénonciations #MeToo/#MoiAussi, #BalanceTonPorc, et j\u2019en passe, les femmes ont uni leurs voix pour mettre un terme aux comportements des hommes qui utilisent leur statut de « sexe dominant » pour agresser et opprimer les femmes.Ça ne passe plus ! Ces hommes ne pourront plus poser d\u2019actes odieux sans impunité.L\u2019opprobre populaire y veillera.On semble avoir franchi une étape.On peut difficilement revenir en arrière.Vent de changement Alors qu\u2019on avait l\u2019impression de faire du sur-place en matière de féminisme ces dernières années, un ras-le-bol universel s\u2019est fait sentir.Outre le mouvement #MeToo/#MoiAussi, des petites et grandes avancées sont venues souffler un vent de changement sur la condition féminine un peu partout dans le monde.Comme ces Iraniennes qui défient l\u2019ayatollah en larguant leur voile en public, un acte révolutionnaire et courageux.Comme ces millions d\u2019Américaines qui se mobilisent pour manifester ponctuellement dans les rues contre les positions rétrogrades de l\u2019administration Trump.Comme ces Africaines qui dénoncent de plus en plus des pratiques barbares telles les excisions et le repassage des seins (au Cameroun) et autres mutilations qu\u2019elles subissent au nom de la « modestie ».Comme ces femmes \u2013 et ces hommes \u2013 en Inde qui se portent publiquement à la défense des victimes de viols collectifs, encore trop souvent impunis.En faisant la déclinaison de ces actions, il est désolant de constater qu\u2019en 2018, on doive encore se battre pour des droits aussi fondamentaux.Il reste tant à faire pour en arriver à une réelle égalité entre hommes et femmes.D\u2019où la nécessité des féministes, des militantes et des battantes d\u2019aujourd\u2019hui.Une nouvelle révolution 7 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL P H O T O ? : ?M I C H A ?K L O O T W I J K ?( 1 2 3 R F ) P H O T O : ?P I E R R E ?M A N N I N G questions à Nadia Essadiqi 4 semble, a fait un grand bond en avant.On ose beaucoup plus pour mettre au grand jour ce qui ne passe plus.Comme femme et personnalité publique, comment as-tu vécu les derniers événements ?D\u2019abord, je dois dire que j\u2019ai retenu du féminisme de ma mère à ne jamais considérer ma place dans le monde autrement que comme un fait, sans égards aux attributs de genre.Je suis ce que je suis, une femme certes, mais ce n\u2019est pas un enjeu qui doit interférer dans mon cheminement.Ce faisant, je n\u2019ai jamais fait de gros efforts pour prendre ma place de ce point de vue, j\u2019ai toujours cru que je l\u2019avais et je me suis imposée en quelque sorte dans ce que je voulais faire, sans égards à la femme que je suis.C\u2019est une grande libération et un grand soulagement de voir la vérité exposée au grand jour.Ça a fait du bien en fait que la justice soit rétablie.Et l\u2019impact positif de tout ça c\u2019est que les gens sont plus conscients des conséquences que peut avoir chaque geste.Ça se sent dans le milieu de la culture comme ailleurs, je ressens une forme de respect plus omniprésente.(On sent ça dans ton texte d\u2019ailleurs - un extrait .) Dans la foulée du mouvement de dénonciation #MoiAussi, propagé par le biais du milieu de la culture et des médias, l\u2019auteure-compositrice LaBronze (Nadia Essadiqi) a réagi avec l\u2019écriture d\u2019un texte émouvant lors de son passage à l\u2019émission On dira ce qu\u2019on voudra à la première chaîne de Radio-Canada.Point de vue d\u2019une jeune artiste engagée.Est-ce que tu te considères féministe ?Oui.Je pense que quelqu\u2019un qui a la justice comme valeur n\u2019a pas le choix d\u2019être féministe.Tout ce que ce mot exprime, c\u2019est la justice entre les hommes et les femmes.Moi je défends la justice sous toutes ses formes, entre les classes sociales, entre tous les humains.Alors féminisme c\u2019est un mot qui cible tout ça, qui est associé à une dimension de la justice.Et donc me faire poser cette question, c\u2019est comme si on me demandait comment tu te considères comme humaine ?En quoi le féminisme de ta génération contraste avec la précédente ?Je suis de la génération Y, 18-35 ans.Bien que le féminisme existait bien avant nous, on continue de tolérer plusieurs injustices.Prenons par exemple les femmes plus rondes qui vivaient et qui vivent encore un phénomène d\u2019exclusion, notamment dans le monde de la mode.Il faut se rappeler également que la génération qui nous précède, toute féministe qu\u2019elle se réclame, a contribué à maintenir plusieurs tabous, particulièrement en ce qui à trait aux agressions de toutes sortes que les femmes n\u2019osaient finalement jamais dénoncer.Et ne serait-ce que par les récentes vagues de dénonciations, notre génération, il me Mais moi, je n\u2019ai jamais vécu ça.J\u2019ai écrit ce texte parce que je sais que ça existe et par solidarité.Mais j\u2019ai eu la chance de n\u2019avoir jamais vécu ça.J\u2019ai été éduquée de façon très rigoureuse à ne rien faire sans mon consentement.Jamais ! Sauf que je vois que c\u2019est quelque chose de très présent chez plein de femmes et je me suis dit: Heille ! Parlons-en.Puis si on n\u2019est pas à l\u2019aise dans une situation, ben ça suffit, on devrait pouvoir dire non, et ça finit là ! Autour du mouvement social #MeToo et d\u2019autres, quels en seraient les inconvénients ?Ne crains-tu pas une radicalisation, un antagonisme inutile des positions ?Bien moi, je ne vois pas de problème avec le mouvement.Au contraire, si l\u2019on voit quelque chose de pas cool, puis qu\u2019on a envie d\u2019en parler, ben tant mieux.Moi je vois cela comme positif, et j\u2019invite tout le monde qui aurait quelque chose à dénoncer, à ne pas se réfréner, à le faire.Il faut se libérer de la peur de ce qu\u2019on fera de ces dénonciations, de l\u2019impact que ça va avoir.Tsé les femmes s\u2019expriment sur ce qu\u2019elles ont vécu et il ne faut pas avoir peur de l\u2019impact que ça va avoir sur la société, sur la politique ou la polarisation des opinions.Peu importe ce qui arrivera, c\u2019est une bonne chose que les femmes parlent et c\u2019est parfaitement inutile d\u2019avoir peur de l\u2019impact.Il faut empêcher les gens de se taire, et l\u2019interprétation que les gens feront de ces dénonciations ne doit pas nous faire craindre de parler librement.Il faut se libérer de la peur.LaBronze « Je nous ai vues vouloir qu\u2019une soirée Netflix and chill consiste vraiment en du Netflix et du chill.Puis, je nous ai vues abdiquer.Pour tellement de raisons.Je nous ai vues faire taire notre vérité d\u2019 instinct pour que l\u2019entrejambe soit content, pour avoir l\u2019air déniaisée, pour avoir l\u2019air polie.» 8 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 ROND-POINT PAR MANUEL FOGLIA L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des journaux de rue - INSP).Le?réseau?apporte?son?soutien?à?près?de?100?journaux?de?rue?dans?34?pays?sur?six?continents.?Plus?de?250?000?sans-abri?ont?vu?leur?vie?changer?grâce?à?la?vente?de?journaux?de?rue.?Le?contenu?de?ces?pages?nous?a?été?relayé?par?nos?collègues?à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org.ÉTATS-UNIS | L\u2019autre soldat oublié Texas - Save-A-Vet est une organisation qui aide les vétérans des conflits armés dans leur vie civile.Nero est un vétéran de la Marine américaine de l\u2019opération Iraqi Freedom.Il a sauvé 3000 personnes quand il a détecté une bombe avant qu\u2019elle n\u2019explose.Cependant, lorsque le bâtiment s\u2019est effondré sur lui, il a eu le dos brisé.Les compétences de Nero ont été tellement appréciées par les militaires que la Marine l\u2019a amené à la base aérienne de Lackland, à San Antonio (Texas), où il a été opéré de deux disques intervertébraux.On comprend que Nero n\u2019est pas une victime humaine de la guerre.Nero est un berger allemand.Après son opération, il ne pouvait plus sauter dans un camion et chaque fois que quelqu\u2019un lui tapotait le dos, il grimaçait de douleur.La Marine a donc jugé que Nero était agressif et inapte à servir.Il devait être euthanasié jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit présenté à Save-A-Vet, une organisation à but non lucratif, basée à Lindenhurst, qui s\u2019occupe des « autres soldats oubliés ».Depuis ce moment, Nero a droit à une deuxième vie.(StreetWise/INSP.ngo) CANADA | Brûler ou geler ?Colombie-Britannique - Les sans-abri qui vivent dans des campements organisés sont souvent soumis à des inspections d\u2019incendie au cours desquelles leur matériel de chauffage et leurs bâches sont confisqués.Ceux qui luttent pour rester au chaud font face à un choix impossible : mourir par le feu ou par le froid.Eva Bardonnex vivait seule dans une tente près d\u2019une rivière dans les bois.Elle a été expulsée deux fois d\u2019un centre de traitement de toxicomanie, à Maple Ridge, ce qui l\u2019a laissée avec très peu d\u2019argent et peu de chances d\u2019obtenir un logement.En l\u2019absence d\u2019autres options, elle a rejoint le campement d\u2019Anita Place au printemps dernier.C\u2019est une des villes de tentes qui existent à Victoria, à Seattle et à Portland.Vivre dans une tente comporte de nombreux dangers.Quand les services d\u2019incendie interviennent en hiver pour appliquer les règlements d\u2019incendie, cela signifie souvent la perte de l\u2019équipement de chauffage et des bâches.Les campeurs doivent alors faire un choix : se retirer dans des endroits isolés et risquer de prendre feu, rester dormir dans des températures glaciales, ou se diriger vers les abris qu\u2019ils tentent d\u2019éviter.(Megaphone/INSP.ngo) TRADUCTION :?LAURENT?SOUMIS 9 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O ?: ?G E O F F ?W E B B P H O T O ?: ?A L E X A N D R I A ?S P I L L M A N SYLVAIN PÉPIN PRÉPOSÉ À L\u2019ENTRETIEN MÉNAGER MOSTAPHA LOFTI CAMELOT MÉTRO ÉDOUARD-MONPETIT GISÈLE NADEAU CAMELOT MÉTRO FABRE * NDLR : En hommage au jeune Simon Dufour qui s\u2019est jeté devant un train le 23 novembre dernier à Saint-Bruno.Il était âgé de 15 ans.10 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS À la mémoire de Simon Dufour Je voudrais dédier ce texte à la mémoire de Simon Dufour, cet adolescent qui s\u2019est enlevé la vie d\u2019une façon terrible en novembre dernier à Saint-Bruno-de-Montarville.Ce dernier n\u2019en pouvait plus des commérages des autres, de l\u2019intimidation.Donc, il se répétait dans sa tête : « Dieu, viens me chercher, j\u2019en peux plus, je suis coincé ».Je comprends comment Simon se sentait parce que j\u2019ai été aussi victime d\u2019intimidation au primaire et surtout au secondaire.J\u2019étais dans une classe « spéciale », avec tous les autres maganés, et donc avec beaucoup de bullies.Mais il y avait aussi beaucoup de bullies dans des classes ordinaires qui nous intimidaient parce qu\u2019on était dans cette classe-là.À un certain moment, mon père s\u2019est suicidé.Le lendemain, ils m\u2019ont dit que c\u2019était de ma faute, qu\u2019il ne m\u2019avait jamais voulu : toutes sortes d\u2019affaires pour faire mal.Cette fois-là, j\u2019ai pété ma coche, ça a été automatique : j\u2019ai frappé le leader du groupe.À l\u2019école, il fallait tout le temps que je sois gelé.Ça me calmait et ça m\u2019aidait à faire partie de la clique qui allait me défendre.Ils sont puissants en gang, les bullies.Même les surveillants et des professeurs partaient en burnout à cause d\u2019eux.Mais dans mon temps, il ne se passait rien pour protéger les victimes.Aujourd\u2019hui, il y a plus de surveillance, c\u2019est tolérance zéro, mais il y a encore des failles importantes dans le système.Il faut que le monde arrête de faire souffrir les autres, d\u2019être cruels de même, ça n\u2019a pas d\u2019allure.Ces gens-là sont des extrêmes manipulateurs sans aucune empathie, sans aucun remords.Il ne faut pas faire aux autres ce qu\u2019on ne voudrait pas se faire faire.Sur ça, je voudrais offrir à la famille de Simon Dufour mes plus sincères sympathies.Je veux vous faire savoir qu\u2019il n\u2019est pas là-haut tout seul : je vais dire à mon père de s\u2019en occuper pour qu\u2019il aille mieux et qu\u2019il ait le repos éternel qu\u2019il mérite.Adieu Simon, tu vas nous manquer.Simon* La bête sanglante dégringole la pente Des « amis » sources de la tourmente Des grands n\u2019entendent pas le tumulte Simon embrasse la bête sanglante La lune pleine belle comme une sirène Lumineux, le jour se lève sur la plaine Douce fut la soirée sereine Simon ne verra plus la lune pleine Karine s\u2019acharne dans la cuisine Maman s\u2019occupe de la piscine Papa examine la berline Simon ne sourira plus à Caroline Le hockey est une belle activité Et il ne faut pas oublier les jeux de société Le jeu est un art pour semer l\u2019amitié Simon ne jouera plus au hockey Delphine a une nouvelle jobine Avec le fils de la voisine, elle est copine De rivale, elle est devenue amie avec Martine Simon n\u2019aimera plus Delphine Les devoirs sont la joie ou le fardeau des soirs Des honneurs pour certains, pour d\u2019autres des déboires On n\u2019a pas le choix, devoir rime avec falloir Simon n\u2019aura plus à faire les devoirs La machine à vapeur monte la colline D\u2019inconnus soldats arrachent les épines De beaux enfants se mettent sagement en ligne Un autre Simon ne se jettera plus sous la machine Amen ! J\u2019étais encore une étudiante à l\u2019école secondaire Notre-Dame, à Montmagny.Des religieuses étaient nos enseignantes.Elles étaient des personnes vraiment habituées avec les jeunes.Je suis allée à l\u2019école au moins un bon deux ans comme il faut.Il y avait au maximum une centaine d\u2019étudiantes, et c\u2019était seulement des filles qui allaient étudier à cet établissement.Nous portions un uniforme gris, un jumper très classique et à la fois très élégant, même sur les étudiantes qui étaient grassettes un peu.C\u2019était une école pour la 10e et 11e année ; l\u2019équivalent des secondaires 3 et 4.Les matières qui nous étaient enseignées étaient le français, l\u2019anglais, les mathématiques, la chimie, la physique et la religion.J\u2019aimais beaucoup les sciences.Un peu à l\u2019approche des Fêtes, nous étions en période d\u2019examen, pour chaque matière que nous avions étudiée.Je me rappelle que pour l\u2019examen de physique, j\u2019avais eu la plus haute note : 100 %.Un bon après-midi, à l\u2019approche des Fêtes, avec tout le groupe d\u2019étudiantes, nous étions à l\u2019église, c\u2019est-à-dire à la messe de Noël.Je suis allée communier.Je pensais vraiment à mon examen de physique, à ma haute note, lorsque le prêtre m\u2019a donné l\u2019eucharistie.À la place de dire : « Amen », j\u2019ai dit : « merci Monsieur ».J\u2019étais tellement fière de mon examen que je suis allée m\u2019asseoir avec le plus beau des sourires. PAR MANUEL FOGLIA QUEL MODÈLE CARCÉRAL POUR LES FEMMES EN 2018 ?P H O T O : ?P H A N U W A T ?N A N D E E ?( 1 2 3 R F ) M I S E ?E N ?P A G E : ?C A R L A ?B R A G A E n février 2016, il y a deux ans presque jour pour jour, le transfert des quelque 250 détenues de la prison Tanguay vers l'Établissement Leclerc de Laval provoquait la colère et l\u2019indignation.Critiqué pour sa sécurité excessive et son insalubrité, le bâtiment soulève encore aujourd'hui les passions de plusieurs groupes de pression.Plusieurs réclament des changements significatifs dans le traitement des femmes incarcérées, et plus particulièrement sur l\u2019enjeu de la réinsertion sociale des détenues.Les services correctionnels de l\u2019État ou la Société Elizabeth Fry, plusieurs voix lucides défendent leur point de vue, à savoir quel modèle est souhaitable pour les femmes judi- ciarisées ?Survol de la situation. L\u2019imposant périmètre de barbelés de l\u2019Établissement de détention Leclerc de Laval (EDLL), les miradors maussades et la fouille exhaustive des visiteurs à l\u2019entrée donnent au lieu une atmosphère inhospitalière.Ce qui contraste avec la politesse spontanée qu\u2019affiche le personnel à notre arrivée.Cet accueil initialement perçu comme suspect s\u2019avère tout à fait cohérent avec la culture et les orientations du service des programmes de réinsertion de l\u2019établissement.Ancien pénitencier fédéral réquisitionné par le gouvernement du Québec pour faire face à la surpopulation carcérale, l'EDLL a rouvert ses portes en 2016 pour y transférer les détenues de l'obsolète prison Tanguay.L'EDLL peut accueillir une population carcérale de quelque 250 femmes ayant écopé de peines minimales de deux ans moins un jour.En marge de l'aspect coercitif et sécuritaire de la détention, l'établissement offre des programmes et des activités pour favoriser la réinsertion des femmes conformément au Plan d'action en réinsertion présenté par le gouvernement du Québec en 2010.Ce plan, encadré par la Loi sur les services correctionnels du Québec (LSCQ-2007), définit la réinsertion sociale comme un ensemble d\u2019 interventions visant à ce que la personne contrevenante vive de façon socialement acceptable dans le respect des lois.Par ailleurs, ce qu'il faut retenir des dispositions prévues par la loi sur les services correctionnels c'est que, contrairement à ce qu'il est commun de croire, les prisons sont des lieux de première importance en matière de réinsertion des personnes incarcérées.« Notre objectif est d\u2019avoir des programmes pour aider les femmes à retourner en société, avec toutes les limites que cela comporte de les offrir dans une prison.Ils visent essentiellement à préparer leur sortie.Entrer en prison, c'est être dépossédé d'une partie de ses droits, mais également de son autonomie.On aide les femmes à récupérer leurs papiers d'identité, leur carte bancaire, leur certificat de naissance, etc.On les incite à se scolariser et à se responsabiliser par toutes sortes de moyens.C'est sûr qu\u2019on a une mission plus éducative, mais on n\u2019offre pas de thérapie en détention », affirme Joëlle Poirier, conseillère en milieu carcéral.Une cinquantaine de programmes et d\u2019activités Les interventions de réinsertion auprès des détenues sont dispensées à travers une cinquantaine de programmes et d'activités offerts, d\u2019une part, par les services correctionnels et d\u2019autre part, par des partenaires communautaires.Que ce soit par des classes d'art-thérapie, par la poursuite d'études secondaires ou de cours de préparation à l\u2019employabilité, les programmes fédèrent une majorité de détenues qui y participent sur une base volontaire et pour lesquels elles sont rémunérées.Le secteur de réinsertion de l'établissement qui compte plusieurs locaux et classes bourdonne comme une ruche où se côtoient, dans une atmosphère très collégiale, détenues, enseignants, formateurs invités et gardiens.Joëlle Poirier ne tarde pas à afficher ses couleurs: « Dans l'univers carcéral, les professionnelles comme nous sont parfois considérées par certains éléments plus conservateurs du milieu comme des pelleteux de nuages.Nous sommes clairement à gauche du spectre.» PAR MANUEL FOGLIA Femmes en prison Tout pour réussir sa sortie Notre objectif est d\u2019avoir des programmes pour aider les femmes à retourner en société, avec toutes les limites que cela comporte de les offrir dans une prison.Mériem Djitli donne un atelier?à?des?détenues?de?l`EDLL.P H O T O S ? : ?M A N U E L ?F O G L I A Joelle Poirier Même son de cloche pour Josée Marcil qui compte plus de 28 ans d'expérience comme agente des services correctionnels (ASC).Elle décrit bien les deux tendances qui s'affrontent au sein de sa profession: « Il y a un clash entre les perceptions des agents qui, comme moi, viennent des sciences sociales, qui ont une longue expérience avec les femmes et ceux qui épousent une approche plus coercitive, plus proche de la culture paramilitaire.Nous on est pro-réinsertion sociale », lance- t-elle en souriant à son collègue Marc Jeté.Ce dernier surveille la classe d'accueil dirigée par Mériem Djitli, enseignante de la Commission scolaire de Laval.Dans le local, une quinzaine de femmes de tous âges écoutent attentivement l'exposé de Mme Djitli portant sur les jugements de valeur, les points de vue et les différences de perceptions.En attente de leur sentence, ces prévenues recevront bientôt jusqu\u2019à quatre dollars par jour pour aller à l\u2019école.Sans coût pour les contribuables Juste à côté de la classe d'accueil, Mme L.fait le ménage du bureau des ASC en discutant de manière familière et détendue avec l\u2019agent L\u2019EDLL ne saurait maintenir ses programmes sans la participation de dizaines de partenaires issus du milieu communautaire.Hélas peu d\u2019entre eux assurent une continuité à la sortie des femmes.Parmi ceux qui le font, Diogène a une expertise en santé mentale et auprès des détenues itinérantes.Cactus, pour sa part, s\u2019occupe de prévention du VIH et de toxicomanie.Et il y a aussi la Société Elisabeth Fry, un partenaire communautaire de premier ordre en matière de réinsertion sociale.Créer des liens « Avec les filles, c'est bon de créer un lien.Le fait qu\u2019elles savent que l'intervenante qui vient les voir en dedans va éventuellement être disponible pour elles dehors, déjà on a créé un lien, un sentiment d'appartenance.Diogène, par exemple, vient une fois par semaine rencontrer les filles qui ont besoin d'aide.On vient les chercher ici, on les accompagne au bureau d'aide sociale, on les aide à trouver un logement, etc.C\u2019est une bonne ressource.Le défi qui se présente pour nous à l\u2019heure actuelle est de trouver des organismes qui tissent des liens entre la détention et la communauté.Et on travaille très fort à développer des partenariats avec ces organismes », conclut Mme Poirier.Marc Jeté.Pour le visiteur rien ne laisse présager que la dame de 53 ans a été condamnée pour crime économique.« Elle est vraiment très travaillante et gentille.Ça pourrait être ta mère », lance amusé M.Jeté.Mme L.fait partie du groupe des plateaux de travail.Ces programmes procurent des emplois réguliers dans divers secteurs névralgiques de l'établissement et ont une importance capitale dans la stratégie de réinsertion des femmes : « D'abord, le travail a un impact positif à tous points de vue pour les femmes.Sur le plan individuel il leur permet de se refaire une santé économique, de favoriser leur estime de soi comme d\u2019acquérir de compétences liées au marché du travail », dit la conseillère en milieu carcéral.« Mais surtout, leur emploi à la buanderie, au service alimentaire et à l'entretien permet d'accumuler des bénéfices qui servent à payer une partie des programmes offerts par les services correctionnels et leurs partenaires du milieu communautaire.Dans plusieurs cas, pas un sou n'est dépensé par les contribuables pour payer ces programmes.» Finalement, est-ce que la réinsertion en prison fonctionne, est-ce que vous avez des histoires de succès ?« Je présume que oui, répond Joëlle Poirier.Car 75 % des femmes ne reviennent pas.Par contre, pour les 25 % restants, c\u2019est ce qu\u2019on appelle le phénomène des portes tournantes.Somme toute, c\u2019est un bilan assez positif.Cependant, il faut comprendre qu\u2019ici nous sommes des généralistes en relation d'aide.À ce titre, je n'ai pas une vision orthodoxe de la relation d'aide dans le sens ou certains puristes l\u2019entendent.Car chez les détenues, la motivation n\u2019est pas toujours intrinsèque ; il faut pousser un petit peu.Parmi les mesures qui favorisent l\u2019adhésion des femmes aux programmes, il y a la rémunération des participantes et la réduction de la durée de l\u2019incarcération.« Et si par ces moyens on peut les amener dans une classe et qu\u2019elles reviennent ensuite, ce sera au moins ça.Ça se peut qu\u2019 il ne se passe rien, mais nous devons essayer.Ma job, c\u2019est de semer des graines\u2026 » Portrait des détenues Dans un récent rapport du ministère de la Sécurité publique du Québec, on apprend que la population correctionnelle féminine de la province est majoritairement blanche et francophone.Au Québec, les femmes constituent moins de 10 % de la totalité des détenus.Sans surprise, les femmes commettent des délits généralement non-violents qui sont associés à l\u2019administration de la justice comme l\u2019usage de faux, les parjures et entraves de toutes sortes.Aussi, bien que cela puisse leur arriver, elle ne sont que très rarement coupables d\u2019homicides, de trafic d\u2019armes et encore moins d\u2019agressions sexuelles.Près de 30 % d\u2019entre elles ont des enfants au moment de leur délit, 50 % ont des problèmes plus ou moins graves de santé mentale, et surtout, près de 60 % sont sans emploi au moment de leur admission en prison.Si la précarité des femmes est souvent corollaire de leur criminalisation, ce n\u2019est rien en comparaison des conséquences néfastes que peut avoir leur condamnation sur leur entourage.Aussi, il est assez fréquent qu\u2019elles vivent à leur sortie un phénomène de rejet particulièrement cruel, de la part de leurs enfants, de leurs familles ou de leurs amis.Elles se trouvent ainsi pénalisées, d\u2019abord sur le plan relationnel par une perte complète de leur réseau, en plus d\u2019être hypothéquées matériellement et psychologiquement.D\u2019où l\u2019importance de maintenir des programmes de réinsertion sociale.13 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA 14 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 Au début des années 80, à l\u2019âge d\u2019à peine un mois, Annie B.* s\u2019envolait sur la moto de sa mère, dans un porte-bébé fixé dans le dos de cette dernière.Son père, alors vendeur de drogue, venait tout juste d\u2019être abattu en pleine rue de Montréal.Annie a suivi sa maman plusieurs années ainsi pour faire la tournée des bars de danseuses de la province où on lui offrait du travail.En 2008, Annie a tiré un coup de calibre 12 dans un bar.C\u2019était sa première offense, celle qui l\u2019a conduite en prison.Elle avait 27 ans.Elle participe désormais à de nombreuses activités proposées par le programme de réinsertion du Leclerc de Laval.Elle nous entretient ici des objectifs qu\u2019elle s\u2019est donnés.Comment as-tu vécu ton enfance ?Ça allait bien à l'école.Ma mère venait d\u2019un milieu assez aisé, même si mon père était un pusher.L\u2019enfance s\u2019est bien passée, mais ça s'est gâté à l'adolescence.De retour à Montréal, mes parents consommaient de la poudre.Je suis allée en maison d'accueil et c\u2019est là que je me suis mise à avoir des mauvaises fréquentations.J'ai commencé à consommer du pot à 12 ans, à en vendre à l'école à 16 ans et à prendre de la coke la même année.Finalement, je me suis mise à voler de la dope à mes parents pour la vendre à l'école.Comment t\u2019es-tu retrouvée en prison pour la première fois ?Pourquoi as-tu tiré un coup de fusil dans un bar ?J\u2019ai tiré un coup de feu parce que c\u2019était le seul moyen que j'ai trouvé pour ne plus travailler là.Ensuite je me suis sauvée, puis le SWAT team m\u2019a arrêté en Estrie.Ça va faire dix ans et j\u2019ai hâte de demander mon pardon ! Que viens-tu chercher dans la classe de Mériem aujourd\u2019hui ?Moi je veux finir mes études quand je vais sortir.J'ai juste un secondaire 2.J'aimerais étudier en droit.Qu'est-ce que la prison t'apporte ?La stabilité.Des fois, j\u2019ai peur de pogner les nerfs.Je suis une émotive.On est bien ici quand même.C'est pour ça que je dis la stabilité.C'est pas drôle d'être en prison, mais c'est aussi la place où on est le mieux, nous, les criminelles.C'est un cadre de vie, puis tu le suis.Pis c\u2019est pareil pour tout le monde ici.Mais ne penses-tu pas que tu pourrais retrouver la même discipline à l'extérieur?Oui mais avec pas trop de mouvement autour de moi, pas de monde qui consomme non plus.As-tu toujours participé aux activités en prison ?Oui, je m'implique dans toutes sortes de choses.Y\u2019en a qui font rien, mais elles sont rares.La plupart des filles entrent dans le moule.Tu finis par trouver le temps long à un moment donné.Est-ce que c\u2019est important pour toi de sortir ?J'espère ne pas revenir ici.Qu\u2019est-ce que ça veut dire réinsertion pour toi ?Ça veut dire être à l'aise dans la société, savoir vivre.Se comprendre et se connaître.Puis quand l'extérieur ne fait pas mon affaire, savoir rentrer chez nous.Pour ne pas me mettre à risque.Qu'est-ce que tu as appris ici ?Respirer.J'ai appris ça en prison.J'ai fait le programme de gestion de la colère de [la société] Elizabeth Fry.Et ça m'a appris que ça ne donnait rien la colère, quand tu vois que tu n'es plus capable d\u2019être dans une certaine situation\u2026respire.Et est-ce que tu dirais que la prison t'as fait du bien, favorisée, aidée?Oui aidée.Oui ça été une bonne chose.Parfois quand je vais régler des affaires au palais de justice, il y a des gens qui me reconnaissent et me disent \u201cla prison te va bien, Annie\u201d.Ils me disent vraiment ça.Ça te donne une idée.Des fois ça prend ça.La prison c'est pas mal en soi.Y'en a qui comprennent pas leur réalité, puis des fois ça leur prend un stopper.En terminant, qu\u2019est-ce que tu penses d\u2019Unité 9 ?Y\u2019a beaucoup de filles qui l\u2019écoutent en dedans.Je te dirais que pour le rôle de détenues ça oui, ça nous ressemble.Mais le personnel, non.Dans Unité 9, ils sont trop fins ! PORTRAIT D\u2019ANNIE B.PAR MANUEL FOGLIA *(Nom choisi pour protéger l\u2019iden tité de notre témoin) Annie B.* P H O T O ? : ?M A N U E L ?F O G L I A 15 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA La Société Elizabeth Fry Une alternative au modèle carcéral québécois Nous proposons une alternative à l\u2019incarcération, car nous pensons que ce n'est pas nécessaire de mettre les femmes en cellule.La Maison Thérèse-Casgrain dans le quartier de Notre-Dame- de-Grâce héberge le seul centre de transition pour les femmes judiciarisées au Canada.Cet ancien couvent des Filles de la sagesse a été acquis en 1992 par la Société Elizabeth Fry du Québec (SEFQ).Le lieu fait écho à l\u2019histoire des communautés religieuses qui se sont longtemps occupé des détenues, du début de la colonie jusqu\u2019à la fin des années 50.Au Québec, avant les années 30, les « délinquantes » étaient soit destinées à l'internement psychiatrique, soit incarcérées avec les hommes dans des conditions lamentables ou vouées à l'itinérance.C'est autour des années 60, avec la laïcisation de l'État, que l'on voit naître un intérêt pour les femmes judiciarisées dans notre société.L\u2019ouverture en 1964 de la prison Tanguay témoigne de ce nouvel intérêt pour les besoins spécifiques de détention des femmes.Puis au début des années 80, inspirée par les mouvements féministes, s'amorcera enfin une véritable réflexion critique sur les enjeux liés aux femmes et de leur criminalité.C\u2019est dans ce contexte de mobilisation sociale qu\u2019est née en 1977 la SEFQ.Cette ressource communautaire, dont la mission est exclusivement dédiée aux femmes incarcérées, opère trois centres de services au Québec.Un centre à Montréal, un autre à Québec et un dernier en Outaouais.Elle s\u2019est donnée comme mandat de créer des services pour les femmes ayant des démêlés avec la justice afin de faciliter leur intégration dans la communauté.« Nous proposons une alternative à l\u2019 incarcération, car nous pensons que ce n'est pas nécessaire de mettre les femmes en cellule.Nos objectifs consistent essentiellement à prévenir la récidive, responsabiliser les contrevenantes et favoriser les habiletés qui leur permettront de développer leur potentiel », indique Ruth Gagnon, directrice générale depuis 35 ans de la Société Elizabeth Fry du Québec.La Maison Thérèse-Casgrain est le siège social de la SEFQ.Elle procure de l'hébergement à une quarantaine de femmes de 18 à 65 ans en libération conditionnelle, sans égard à leurs sentences ou leurs délits.En probation, ces femmes suivent sur une base volontaire un programme de réinsertion qui leur permettra de terminer leur sentence en milieu « ouvert » sans retourner en prison.Une équipe de 50 professionnelles, thérapeutes et conseillères œuvre auprès des résidentes 24 heures sur 24, sept jours par semaine.La réinsertion dans la compassion et l'écoute L\u2019architecture vétuste de la Maison Thérèse-Casgrain et le silence feutré de l\u2019ancien couvent offre un contraste avec les prisons conventionnelles.Dans l\u2019ancienne chapelle, Mélanie C*, 20 ans, nous rejoint.Condamnée à quatre reprises pour trafic de stupéfiants elle vient d\u2019obtenir la permission de quitter L\u2019Établissement Leclerc de Laval afin d\u2019adhérer au programme d\u2019Élizabeth Fry.« La prison c\u2019est un zoo.Ça pue, c\u2019est sale et la nourriture est moins bonne que de la bouffe pour chien.C\u2019est la peur et la violence au quotidien.Tu prends ton trou puis te tais.Ici j\u2019ai trouvé une écoute.Je ne veux plus jamais retourner en prison », dit-elle.Pas de barreaux, ni de gardiens ni de barbelés ici.La présence des femmes est basée sur un lien de confiance réciproque avec les professionnels qui les accompagnent.Bien que l\u2019endroit soit apaisant, ce n\u2019est pas le lieu pour faire la fête.La menace de retourner en dedans est bien réelle.Aussi, les résidentes doivent se plier à un horaire précis, du lever au coucher.Elles ont un agenda quotidien dont elles doivent discuter avec leur intervenante désignée.Elles P H O T O S ? : ?M A N U E L ?F O G L I A PAR MANUEL FOGLIA Christine Champagne Ruth Gagnon doivent prouver qu'elles font des démarches d\u2019emploi en plus de rendre des comptes régulièrement à leur agent de probation.À la fin de la journée, il y a le couvre-feu obligatoire.Bref, elles doivent absolument démontrer leur capacité à s'autoréguler.« On peut sortir chaque jour, ajoute Mélanie C.J'ai pas ben le choix, j\u2019ai trouvé un emploi.Ici, les filles sortent chaque jour, sans surveillance.Et si tu veux aller te geler, tu peux.T'es laissée à toi-même.Mais moi je ne veux pas vivre un bris de conditions et ici, ils font tout pour te garder en dehors de la prison.» Christine Champagne est directrice clinique de la SEFQ.C\u2019est elle qui s'occupe du « casting » des futures résidentes de la maison de transition.Elle visite régulièrement la prison.En collaboration avec les services correctionnels, elle prépare un plan de sortie sur mesure pour chaque détenue qui obtient la permission de terminer sa sentence à la Maison Thérèse-Casgrain.« Mon travail c'est de transplanter des fleurs », affirme-t-elle.Cibler les priorités Ruth Gagnon explique par ailleurs que : « Les femmes qui arrivent ici ont beaucoup de besoins qui sont antérieurs à leur judiciarisation.Pour les aider à s'en sortir, il faut cibler des priorités.Elles ont souvent une très mauvaise estime d\u2019elles-mêmes et sont tourmentées par la honte.Une de nos premières tâches est de leur faire éviter l'autodénigrement.Il faut ensuite les encourager à développer des réflexes pour accéder à leur autonomie économique, à un logement et à les aider à surmonter leur choc post-traumatique ou à combattre leur toxicomanie.C\u2019est un processus d\u2019essais et d\u2019erreurs.Parfois, mais rarement, on se trompe et on doit renvoyer une fille en prison.Et ça, on n\u2019aime pas ça.» Toutes les détenues ne peuvent bénéficier de cette aide.La durée des peines influence l'adhésion aux programmes d'Elizabeth Fry.La majorité de la population carcérale féminine, soit 91 % des détenues, ont de courtes peines de moins de six mois, qui ne sont souvent que de quelques jours.Elles n'adhèrent généralement pas aux activités de longue durée proposées par l\u2019organisme ou d'autres ressources.C'est ce qui explique que seulement 9 % de la population carcérales féminine globale font appel à la SEFQ.Pas une récompense « On dit souvent \"petites sentences, gros, gros problèmes\", ajoute Ruth Gagnon.Aussi, il faut dire que la première condition pour être admise dans notre organisme c'est de le vouloir.Et contrairement à ce que peuvent prétendre certains agents correctionnels, ce n\u2019est pas une récompense de venir ici.C\u2019est même parfois beaucoup plus exigeant que d\u2019être en prison.On sous-estime les efforts que cela demande, à commencer par les principales intéressées.Chaque femme qui sort d\u2019 ici en ayant amélioré sa situation, qui se trouve un emploi, qui est plus outillée que quand elle est entrée, mérite le travail qu\u2019elle a fait.Nous, on est simplement là pour leur en donner les moyens.» Le consensus social Si l'on tient compte des avantages que présente le programme de la SEFQ, soit un taux de réussite frôlant les 85 % au tiers du coût de l'équivalent en institution, il y a lieu de se demander pourquoi les prisons pour femmes existent encore.« Avant de parler de désinstitutionalisation des prisons, il faut obtenir un consensus social là-dessus.C'est une question complexe dans une société », avance Ruth Gagnon.Actuellement, partout dans le monde, les mesures de sécurité sont en croissance.Dans ce contexte, il est plausible d\u2019estimer que pour la population, faire le choix de la réinsertion en milieu ouvert pour les femmes serait trop osé, voire trop insécurisant.Les mesures législatives adoptées par le gouvernement Harper n'ont pas aidé la cause des femmes.Il a coupé le financement de plusieurs programmes qu'offrait la Société Elizabeth Fry en milieu carcéral.Puis, il a alourdi les peines et forcé les juges à donner des sentences plus sévères.Ces mesures sont accablantes pour les femmes judiciarisées.On observe par ailleurs que la population carcérale féminine a augmenté de près de 23 % en 2015.Une hausse qui survient paradoxalement au moment où l\u2019on recense les plus bas taux de criminalité au pays depuis 15 ans, selon les derniers chiffres du ministère de la Sécurité publique.Mélanie C.* ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 16 *Mélanie C.nom d\u2019emprunt Changements à l\u2019horizon ?Le gouvernement actuel proposait de faire des changements.Qu'en est-il ?« C\u2019est timide, répond Ruth Gagnon.La lourdeur administrative du système judiciaire retarde considérablement la révision des lois.Il faut faire un travail de représentation et d'éducation à chaque fois qu'il y a un changement de gouvernement.Et franchement, aussi progressiste soit-il, il n'y a pas un parti politique qui va aller perdre des votes pour se porter à la défense de délinquantes.Ce sont des réformes qui ne sont pas populaires.On préfère, hélas, continuer de mettre de l'argent dans les prisons.Ce n'est pas un gouvernement seul qui va changer cela.Ça prend un consensus social.» Pourrait-on s\u2019imaginer un monde sans prisons ?« Non.Mais moins et plus petites, assurément.» Série culte pour plusieurs, décriée par certains, Unité 9 écrite par Danielle Trottier, ne laisse personne indifférent.Si la réalité dépeinte dérange autant, serait-ce qu\u2019elle a beaucoup à voir avec la réalité ?L\u2019auteure Danielle Trottier nous ramène aux origines de sa dernière création.Pourquoi une série sur le milieu carcéral des femmes ?Qu'est-ce qui vous a interpelée dans cet univers qui contraste avec la bonté et la candeur de vos récits précédents ?Je suis partie d\u2019une question hyper simple : quelle serait la pire chose qui puisse m\u2019arriver ?Me retrouver en prison me suis-je dit.Puis très rapidement je me suis mise à faire des recherches sur le milieu carcéral.J'ai commencé par lire le rapport de la juge Arbour, publié en 1996, qui met en lumière les graves lacunes du système carcéral fédéral à l\u2019égard des femmes judiciarisées.La lecture de cette publication m\u2019a passionnée, à maints égards.Mais surtout, à la lumière de cet ouvrage, j\u2019ai compris qu\u2019il y avait là un sujet dramatique fort, peu connu du grand public.Et pour cause, dans les films de fiction comme dans les thèses de doctorat, c'est plus souvent des gars en prison dont on parle.Pour les femmes, on osait rarement regarder ce qui se passait par-dessus leur clôture.Et il m\u2019était impératif de me saisir de ce sujet social d'envergure.Qu'est-ce qui vous faisait croire que ça pouvait potentiellement toucher un si large auditoire ?D'abord il faut que ça parte de soi.Moi j'y croyais et mon conjoint aussi, ça aide.Puis la productrice Fabienne Larouche y a cru.Ensuite, le problème ce n'était pas d'intéresser le public mais de convaincre les diffuseurs, qui eux n'étaient pas prêts du tout à recevoir ce projet en 2005.Curieusement, à cette époque qui n\u2019est pas si lointaine, il fallait être culottée pour présenter un projet de série dont tous les premiers rôles étaient des femmes qui ont tué, volé, fraudé et consommé de la drogue.Nous sommes donc allées porter le projet à la SRC qui, après plusieurs longs mois d'hésitation, a fini par accepter de nous donner une chance.Nous étions en décembre 2011, six ans après le début de ma rédaction, et on nous demandait de livrer la première saison dans huit mois.Quels sont les préjugés ou les mythes les plus répandus sur les prisons pour femmes ?Qu'avez-vous appris sur cet univers ?Quand vous allez faire une visite en dedans, au début vous pensez que vous allez voir des meurtrières, des brutes, des butches, laides et malpolies qui croupissent dans des prisons sales et mal entretenues.Et hélas, la société entretient encore une image folklorique et stéréotypée de la femme criminelle.Pour ma part, ce qui m\u2019est apparu flagrant c\u2019est que les femmes vivent la criminalité de façon très singulière et différente des hommes.Non seulement la criminalité est très minime chez les femmes, mais elles ne commettent pas les mêmes délits que les hommes.Souvent pour les femmes c\u2019est un accident de parcours.Qui plus est, elles vont profiter de la période d\u2019incarcération pour parler, pour prendre des cours, pour chercher de l\u2019aide.Et le fait qu\u2019elles puissent cohabiter dans des petites maisons de ville comme à Joliette, même quand elles ont de PAR MANUEL FOGLIA Femmes en prison Entre fiction et réalité P H O T O ? : ?V E R O ?B Danielle Trottier Ruth Gagnon 17 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA lourdes peines, nous confirme cet aspect relationnel et unique de l\u2019univers des prisons pour femmes.Ce qui frappe aussi en prison, c\u2019est que vous ne pensez pas que vous allez voir des filles qui vous ressemblent.Et s\u2019il est vrai que beaucoup de femmes incarcérées viennent de milieux défavorisés, il y en d\u2019autres plus scolarisées qui viennent même de milieux aisés et qui pourraient être votre voisine.Et c\u2019est à partir de ces observations que j\u2019ai construit plusieurs de mes personnages.Regardez Suzanne par exemple, quand tu la vois marcher sur la rue, tu ne te doutes même pas qu\u2019elle a commandité la mort de son mari.Idem pour Marie Lamontagne dont l\u2019image ne correspond pas au monstre tatoué que tout le monde imagine.Que répondez-vous aux gens du milieu comme aux auditeurs qui trouvent que certaines scènes s\u2019éloignent franchement de la réalité ou exploitent une violence abusive ?Le milieu carcéral sait très bien ce que je fais.Je ne suis pas en train de faire un documentaire.Notre job est de traduire des émotions en image.Et moi, j\u2019utilise des images fortes.Aussi, quand tu t\u2019adresses à autant de personnes, il y a toujours des gens pour qui un viol par exemple, c\u2019est soit pas assez, soit correct ou pour d\u2019autres, trop dur.Et je crois que c\u2019est au téléspectateur de décider quand c\u2019est trop pour lui, s\u2019il continue avec moi, ou pas.Une chose est certaine par contre, moi j\u2019ai une proposition claire, je vais vous emmener en prison sans vous épargner les détails, je vais vous en parler, sans me cacher les yeux.Je ne fais pas de fausse représentation.Quelle importance accordez-vous à la réinsertion ?Je traite de cette dimension à travers les personnages de Marie et Suzanne, pour qui le support à la réinsertion est fondamental.Les gens qui entrent en prison ont souvent tout perdu.Et ils en ressortent encore plus pauvres.Suzanne n\u2019a plus rien.Pas de meubles, ni réseau, ni mari.Elle est dépendante du support de Marie sinon elle va se retrouver dans un fossé ou en dedans.Pour Suzanne comme dans la vraie vie, souvent la réinsertion ça ne marche pas du premier du coup.Il faut être patient.Après tout ce temps passé à étudier le sujet, je suis convaincue que si nous avons une responsabilité parmi tant d\u2019autres, c\u2019est bien d\u2019aider des gens qui vont sortir de prison à réintégrer la société.Pour certains, cela peut faire toute une différence entre vivre ou mourir.Et le jour où on aura compris que ça coûte trois fois plus cher de ne rien faire plutôt que d\u2019intervenir, on aura fait un grand pas.Mais je n\u2019ai pas la prétention de pouvoir changer ça avec un téléroman.C\u2019est toute la société qui doit s\u2019y mettre.Danielle Proulx, qui joue le rôle de la détenue Henriette Boulier, parle de son personnage, qui, au moment d\u2019écrire ces lignes, est en transition vers sa libération de Lietteville.Elle raconte.Vous interprétez une femme issue d'un milieu aisé, scolarisé et vous vous retrouvez à la rue, itinérante.Comment avez-vous construit ce personnage?Entre le moment où j\u2019ai accepté le rôle et mon premier jour de tournage il s\u2019est passé trois semaines.Je me souviens d\u2019une scène où je devais rédiger un grief et j\u2019ai dû demander à l\u2019auteure si Henriette faisait des fautes d\u2019orthographes.Danielle Trottier a réfléchi un moment, puis l\u2019auteure a décidé sur l\u2019instant de l\u2019érudition d\u2019Henriette.On a donc, en partie, construit ce rôle en cours de production.Mais je n\u2019ai pas eu beaucoup de temps pour construire le personnage d\u2019Henriette.Qu'avez-vous appris sur cet univers ?Quels sont les préjugés ou les mythes les plus répandus sur le monde des itinérantes ?Ayant été marraine pendant plus de 20 ans de l\u2019Auberge communautaire du Sud\u2013Ouest, j\u2019admets que j\u2019avais déjà eu une longue immersion dans le monde des sans-abri.Au début, je me demandais comment fait-on pour en arriver là.Et à force de côtoyer des gens vulnérables chaque année, j\u2019ai arrêté progressivement de voir des marginaux, j\u2019ai plutôt découvert des êtres humains.Donc, mes préjugés étaient tombés depuis longtemps.Par contre mon rôle m\u2019en a appris un peu plus sur la réalité des femmes itinérantes.Henriette a conservé en prison le langage ordurier, la saleté et la puanteur caractéristiques de beaucoup de femmes itinérantes.Ce sont autant d\u2019aptitudes qui la protégeaient jadis d\u2019éventuelles agressions dans la rue.Et la réalité des femmes en est une de survie quotidienne qui dépasse tout entendement.Elles vivent comme des bêtes.Ainsi, Henriette est un animal qui refuse que l\u2019on s\u2019approche d\u2019elle.Qu'est-ce qui distingue ce plateau des autres que vous avez connus ?D\u2019abord, j\u2019ai rarement vu des assistants aux décors se précipiter sur les nouveaux textes à la fin d\u2019une journée de travail comme sur le plateau d\u2019Unité 9.Ensuite, je crois que de tourner avec une grosse gang de filles dans un univers hostile fait de béton et de portes de métal, impose curieusement une manière de décorum.Car des fois la tension est forte et on ne pourrait pas survivre à une telle promiscuité si on ne vivait pas dans un certain calme, un cocon\u2026 On n\u2019est pas dans un cabinet d\u2019avocat ou une salle d\u2019urgence.On est en prison.Et c\u2019est dramatiquement grisant pour une comédienne, unique.Pensez-vous qu'Unité 9 présente un portrait réaliste du milieu carcéral ou que la série va trop loin ?Non, je ne pense pas que la série aille trop loin, même dans la scène du viol de Jeanne.Ces réalités existent.Que doit-on faire, on doit les cacher ?On ne veut pas voir ça ?Moi je pense que le réalisateur, au contraire, a tourné ces scènes avec dosage et délicatesse.Et il faut mettre en lumière ce qui fait mal.HENRIETTE PRÉPARE SA SORTIE 18 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 Après une opinion libre sur Les histoires des pays d\u2019en haut (édition du 1er février), il me paraissait opportun de continuer avec une chronique sur une autre série phare de Radio-Canada (SRC), Unité 9.D\u2019autant que la présente édition porte précisément sur les femmes détenues.Encore une fois, avant de continuer ce que j\u2019appelle « ma sociologie à 5 cennes de la télé québécoise », je tiens à préciser que je suis un grand fan de la série dont j\u2019écoute tous les épisodes depuis le début.Et j\u2019ai toujours trouvé que c\u2019était une bonne idée d\u2019ouvrir grand la porte à la représentation pour le public d\u2019une catégorie particulièrement marginalisée de la population, les femmes incarcérées.Les univers méconnus ont souvent fait la recette des meilleures séries télé et la recette, ici, ne se dément pas.Sont don\u2019 ben fines ! Bien que n\u2019étant pas un expert en la matière (j\u2019en connais un peu sur le milieu carcéral, mais plutôt les prisons pour hommes pour des raisons évidentes), il me semble que bien des choses sonnent faux dans le téléroman de la SRC.En premier lieu, il appert que toutes les détenues nous semblent malgré tout sympathiques, voire attachantes.Marie, Suzanne, Kim, Jessica ou même Huguette : on finit par s\u2019identifier aux personnages centraux de la série, et à celles des saisons précédentes.Oui, bien sûr, elles ont commis des crimes.Ce sont en théorie des méchantes, mais on finit toujours par s\u2019attacher à leur personnalité, à leur personnage.La plupart du temps, dans le scénario, on s\u2019arrange même pour que leur crime soit moralement acceptable ou à tout le moins excusable pour la majorité du public (faire tuer un conjoint violent, protéger son enfant victime d\u2019inceste, etc.).La réalité, c\u2019est que l\u2019immense majorité des gens en prison ne sont vraiment pas sympathiques.Oui, il y a toujours une histoire, un background, qui explique pourquoi ces personnes se sont retrouvées là où elles sont.En particulier dans le cas des femmes, la plupart furent victimes d\u2019abus et de violences à répétition.Il n\u2019empêche que dans le quotidien, les détenues et les détenus ne sont pas des personnes auxquelles on s\u2019attache facilement ou qui sont particulièrement aimables.Leur univers les force en général à se bâtir une carapace de violence et d\u2019agressivité mur-à-mur.Mais bon, je comprends aussi que présenter une série avec des personnages antipathiques au possible, aux parcours souvent pathétiques et misérables, ne ferait surement pas de la bonne télé.Plus blanc que blanc Un autre accroc important avec la réalité, c\u2019est la provenance ethnique des personnages principaux.Il est de notoriété publique que les minorités culturelles et les Autochtones sont surreprésentés parmi les détenus, en comparaison avec leur poids démographique.Pourtant, en plus de six saisons, il n\u2019y a eu que deux personnages d\u2019importance qui n\u2019étaient pas « de souche ».Le personnage de Brittany Sizzla, une Noire ultra-violente complètement psychopathe, et la détenue autochtone très perturbée \u2013 voire débile \u2013 Etoya Standing Bear que l\u2019on découvre dans la saison actuelle.Je ne cherche pas ici à verser dans le politiquement correct, ou dans le débat sur la diversité culturelle à la télé québécoise, mais, pour moi, il va de soi qu\u2019une série se déroulant dans le milieu carcéral aurait dû comporter beaucoup plus d\u2019acteurs provenant d\u2019autres origines, et pas seulement un gros noir baraqué singeant l\u2019image du screw un peu nazi.Pourtant, tous les personnages issus de minorités dans la série attirent l\u2019antipathie du public, c\u2019est un peu gênant.Ton argent, ta liberté Il y en aurait plusieurs autres, mais un des aspects qui sonnent vraiment faux dans Unité 9 est celui de l\u2019origine socio-économique des personnages, en fait de leur provenance de classe.Dans les murs, 80 % des détenus sont des ouvriers, des chômeurs ou des sans- logis, comme nous le rappellent les textes du groupe rap Assassin.Même si on remarque à l\u2019occasion que certaines détenues peuvent avoir de la difficulté à écrire ou s\u2019exprimer dans un bon français, il n\u2019en va pas de même pour les personnages centraux.La plupart ont un niveau de langage, une façon de s\u2019habiller ou de se comporter en société qui les placeraient plutôt au niveau de la classe moyenne ou de la petite bourgeoisie, deux espèces plutôt rares en prison.En fait, si vous avez en tête tous les préjugés courants sur une mère monoparentale assistée sociale d\u2019Hochelaga, vous-êtes sans doute plus près du personnage typique qu\u2019on aurait dû voir dans la série.Encore une fois, je reconnais les mérites de ce téléroman, dont je suis moi-même amateur.Je comprends que pour que les cotes d\u2019écoute soient au rendez-vous, il faut souvent prendre des raccourcis avec la réalité.Mais bon, à L\u2019Itinéraire, on est aussi là pour vous rappeler que les plus marginalisés de la société, ben, ils n\u2019en prennent pas, eux, des raccourcis avec la réalité.UNITÉ 9 Inévitables raccourcis 19 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA PAR MATHIEU THÉRIAULT CAMELOT DE L\u2019ÉPÉE ET BERNARD EN TOUTE LIBERTÉ P H O T O ? : ?V E R O ?B Rosannie Filato Des priorités à définir Montréal s\u2019apprête à rendre public son nouveau Plan d\u2019action montréalais en itinérance.Lors de la Semaine internationale des camelots qui a eu lieu du 5 au 11 février dernier, la responsable politique du dossier a accepté de répondre aux questions de L\u2019Itinéraire.Celle qui s\u2019occupe désormais du développement social et de l\u2019iti- nérance à la Ville de Montréal se nomme Rosannie Filato.Âgée de 30 ans, elle a été élue sous la bannière de Projet Montréal comme conseillère de ville du district Villeray (dans l\u2019arrondissement Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension).Elle siège au comité exécutif de la nouvelle administration Plante.Quelles seront les priorités sur le plan communautaire de cette nouvelle venue en politique ?« Ce qui est très important pour moi, c\u2019est de travailler sur la cohabitation sociale.Au-delà de nos promesses électorales, je pense que, comme ville, nous avons beaucoup de travail à faire pour ce qui est de la communication de l\u2019 information et de la réalité des besoins des personnes en situation d\u2019 itinérance.Il n\u2019y a pas seulement les dons et la nourriture, ajoute-t-elle.On n\u2019entend pas souvent parler dans les médias et dans la population de l\u2019 importance de l\u2019accompagnement, des aspects social et familial qui sont parfois difficiles pour les itinérants.» Sur le terrain « Ma priorité c\u2019est d\u2019être sur le terrain, d\u2019être présente et à l\u2019écoute.C\u2019est de rencontrer les organismes communautaires pour entendre leurs besoins.On veut vraiment que les besoins des citoyens soient entendus, explique-t-elle.C\u2019est important d\u2019avoir une vision d\u2019ensemble de l\u2019 itinérance, il est difficile de prioriser une promesse plutôt qu\u2019une autre.Le plan d\u2019action va sortir très bientôt, on est en fin de processus de consultation.» Mme Filato refuse toutefois d\u2019identifier pour l\u2019instant les promesses jugées prioritaires.Outre le dépôt d\u2019un plan global d\u2019intervention, Projet Montréal s\u2019est engagé à ajouter des centres de jour pour les personnes itinérantes dans les quartiers à risque et des unités d\u2019interventions mobiles composées de policiers et travailleurs sociaux.« Nous avons vécu un hiver avec des périodes de grands froids, et nous avons accompagné le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour bien saisir les besoins.» Pendant la campagne électorale, Projet Montréal a énoncé plusieurs promesses dont l\u2019ajout de 300 unités de logements sur le territoire, une ligne de référence sociale 211 pour une intervention citoyenne et un bilan policier annuel pour contrer le profilage social.Enfin, la formation politique s\u2019est engagée à protéger les maisons de chambres et à augmenter le financement des organismes communautaires et des services aux itinérants dans les quartiers chauds (notamment, Hochelaga, Rosemont, Montréal-Nord et Cartierville).15 M $ pour l\u2019achat de terrains Les investissements en habitation pour les logements sociaux passeront de 7,7 à 22,6 millions $ sur trois ans, rappelle Mme Filato.Dans cette enveloppe, 15 millions $ serviront à acquérir de nouveaux terrains, comme le prévoit le Programme triennal d\u2019immobilisations (PTI) déposé en janvier dernier.En campagne électorale, Projet Montréal tablait sur la construction de 12 000 logements sociaux en quatre ans.La Ville de Montréal a donc décidé de hausser ses 20 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A PAR GENEVIÈVE BERTRAND JOURNALISTE AFFECTÉE À LA VERSION NUMÉRIQUE POLITIQUE MUNICIPALE investissements.L\u2019enveloppe attribuée aux logements sociaux a augmenté « de 200 % par rapport à la précédente administration ».« C\u2019est un gros dossier, un gros chantier, souligne Mme Filato.Il y a 2100 projets de logements qui sont en retard à cause de la difficulté de mettre en chantier les logements sociaux.Avec la régionalisation d\u2019Ac- cèsLogis, il y a une nouvelle ère qui s\u2019ouvre.On va reprendre la cadence et il y aura des choses différentes dans la manière de faire avancer les projets », assure Mme Filato, qui travaille de pair avec la vice-présidente du comité exécutif et responsable de l\u2019habitation, Magda Popeanu.En tant que femme ?Puisque la présente entrevue était destinée à cette édition consacrée en grande partie aux femmes, nous avons voulu connaître les opinions de la nouvelle responsable du développement social de la Ville sur la place des femmes en politique.« Une des grandes raisons pour laquelle je me suis jointe à Projet Montréal, c\u2019est la présence de Valérie Plante.C\u2019est elle qui m\u2019a inspirée, car c\u2019est important d\u2019avoir des modèles féminins.Nous avons pu faire élire 51 % de femmes dans notre administration.Nous en sommes très fiers.Mais, précisons qu\u2019 il faut encore prendre notre place, et il y a beaucoup de travail à faire.» Plus largement, elle explique pourquoi elle s\u2019est embarquée dans l\u2019aventure politique.« Je représente des citoyens qui sont souvent dans une situation de pauvreté, souligne-t-elle.Ce sont des gens qui étaient souvent au salaire minimum.Le visage de la vulnérabilité a changé au cours des années.Ça peut être une situation temporaire.Quand j\u2019ai réalisé que j\u2019étais faite pour ça, faite pour suivre les pas de ma famille, j\u2019ai décidé de me lancer en politique municipale.C\u2019est un gouvernement de proximité qui me permet d\u2019être près des gens.» Un passé de syndicaliste Rosannie Filato vient d\u2019une « famille syndicaliste ».Elle a le militantisme dans l\u2019âme.« On vivait dans une grande précarité financière et on était très vulnérable, confie-t-elle.C\u2019est là que j\u2019ai découvert le militantisme.» Avant de briguer le siège de conseillère municipale, Mme Filato a œuvré comme conseillère juridique interne pour les Travailleurs unis de l\u2019alimentation et du commerce Canada (TUAC), le plus important syndicat du secteur de la vente au détail et des services au Canada.Elle a été aussi candidate pour le Nouveau Parti démocratique aux élections fédérales de 2015.Avocate en droit du travail, elle est membre de l\u2019Association des juristes progressistes.Le Protecteur des itinérants L\u2019administration précédente ayant instauré la fonction de Protecteur des personnes en situation d\u2019itinérance, nous lui avons demandé ce qu\u2019il en adviendra dans la nouvelle administration.« Le rôle de Serge Lareault est de faire le pont entre les personnes en situation d\u2019 itinérance et l\u2019administration », explique Mme Filato.Au moment d'aller sous presse, l'administration Plante a annoncé que M.Lareault porterait désormais le titre de Commissaire aux personnes en situation d'itinérance.Une des grandes raisons pour laquelle je me suis jointe à Projet Montréal, c\u2019est la présence de Valérie Plante.C\u2019est elle qui m\u2019a inspirée, car c\u2019est important d\u2019avoir des modèles féminins.21 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA PHOTO? :?MARIO?ALBERTO?REYES?ZAMORA Au revoir Ibrahim La guerre en Syrie, mon pays d\u2019origine, a dévasté la vie des citoyens et a détruit tous les bâtiments historiques et plusieurs quartiers de Homs, ma ville.La terreur et la panique se sont répandues dans tout le pays à partir de 2011.Dès l\u2019ors, la violence n\u2019a fait qu\u2019augmenter ainsi que le bruit des bombes, des obus et des balles dans toutes les rues et les quartiers.Peu à peu, la plupart des magasins et des commerces ont fermé, les gens ont déserté les rues et il y a eu un manque criant de nourriture ainsi qu\u2019une grande difficulté à simplement obtenir du pain.La population s\u2019est mise à manquer d\u2019électricité, d\u2019eau, de mazout pour se chauffer et de bouteilles de gaz pour la cuisine.Les rues sont devenues sombres la nuit.Tout cela suggérait que la guerre civile était imminente.Les soirées étaient longues et ennuyeuses sans électricité et sans télévision.Mais on avait peur de quitter la maison après le coucher du soleil pour rendre visite à quelqu\u2019un, car c\u2019était dangereux.Les tirs aléatoires et les bombardements dans les rues ainsi que les enlèvements représentaient un grand risque pour ceux qui s\u2019aventuraient dans la nuit noire.Pour passer le temps, je rendais visite à mon oncle Ibrahim qui habitait la maison juste à côté.Je pouvais y avoir accès en passant par la porte intérieure du jardin sans avoir à sortir dans la rue.Nous pouvions passer une partie de la nuit à discuter et à écouter les nouvelles sur un poste de radio à piles.Mon oncle avait plus de 100 ans, mais était toujours vigilant.Il avait une vaste expérience de la vie.Mémoire impressionnante J\u2019aimais écouter ses histoires intéressantes quand nous étions assis sur la terrasse dans le jardin sous les grenadiers, chargés de fruits suspendus, à la fin de l\u2019été.Il me racontait ses expériences et les faits marquants de sa vie.Il n\u2019avait rien oublié, pas une histoire ni une date\u2026 Il avait une mémoire impressionnante malgré son grand âge.Ses histoires étaient intéressantes.Il ne m\u2019ennuyait pas, même quand il se répétait.Ibrahim avait travaillé au ministère de l\u2019Éducation pendant 40 ans.Il m\u2019a raconté souvent qu\u2019il avait aidé toutes les personnes qui étaient dans le besoin, quelle que soit leur religion ou leur ethnie.Pour lui, peu importait si la personne soutenait un parti politique ou un autre.Qu\u2019il soit un être humain était une raison suffisante pour lui tendre la main.Il croyait fortement en la mission de l\u2019homme envers ses frères et sœurs humains.C\u2019était sa religion.Il croyait au respect des personnes âgées et des jeunes.Au respect du fort et du faible, du riche et du pauvre.Il croyait fermement qu\u2019on doit traiter l\u2019autre comme on voudrait être traité.Il a défendu la justice sociale et les droits fondamentaux avec tout son courage et sa force toute sa vie.Ses principes et sa doctrine n\u2019ont jamais changé.Déracinés En 2012, le conflit a forcé mon oncle à quitter Homs avec ses enfants et ses petits-enfants, déracinés de leur grande maison pour sortir de l\u2019enfer et s\u2019établir en dehors de sa ville qu\u2019il aimait, une ville où ses ancêtres avaient vécu pendant des centaines d\u2019années.22 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O ? : ?A N D R E I ?I V A N O V ?( 1 2 3 R F ) PAR SAÏD FARKOUH MÉTRO MONTMORENCY SOUVENIRS Ibrahim (à gauche) en compagnie de ses sœurs et frères au début des années 1970 La grande maison de mon oncle avait toujours été pleine de vie, de parents, d\u2019invités et d\u2019amis.Le silence qui y régnera après le départ de la famille sera accablant.À l\u2019aube de la guerre, tous les habitants de notre quartier quitteront peu à peu leur maison à cause de la peur et de l\u2019insécurité grandissante.Au moment de quitter Homs, nous avons cherché et trouvé une voiture pour fuir, ce qui n\u2019était pas facile à ce moment-là.Et si nous attendions trop longtemps, nous ne pourrions atteindre la sortie de la ville en toute sécurité.Avant de monter à bord de la voiture, j\u2019ai regardé la maison et le jardin de mon oncle où j\u2019avais passé mon enfance avec mes cousins et je me suis demandé si je verrais cet endroit à nouveau.Je me suis demandé ce qui arriverait à ma chatte qui me rendait visite tous les jours.Mourrait-elle de faim ou serait-elle atteinte par une balle perdue ?J\u2019ai aussi jeté un long regard sur mes précieux livres qui « vivaient » avec moi.Je les laissais à leur destin.Plus tard, j\u2019ai appris qu\u2019ils avaient été brûlés par un obus tiré dans mon appartement.Je me suis demandé au moment où je m\u2019apprêtais à partir si je verrais mon appartement à nouveau ou s\u2019il serait pillé et brûlé dans cette guerre dévastatrice.Toutes ces questions me traversaient l\u2019esprit tandis que je faisais mes valises et attendais le chauffeur qui nous emmènerait tous hors de la ville.Lorsque nous sommes arrivés à destination, nous avons soupiré de soulagement.C\u2019était comme sortir d\u2019un vrai cauchemar.Mon oncle et moi avons alors été séparés.Il déménageait en montagne dans l\u2019ouest du pays et moi je revenais au Canada.Le jour de mon départ outre-mer, Ibrahim a fait le voyage pour venir me dire au revoir.Il avait le poids de sa longue vie sur les épaules.Il me demanda si nous serions à nouveau réunis un jour.Je lui répondis d\u2019une voix triste que je le souhaitais, que je le souhaitais vraiment.La pause mieux-être Vous vivez un changement important, une maladie, une grande solitude, du stress au travail, une séparation\u2026 Écoute par des bénévoles formés et suggestions de livres, de musique et de films qui font du bien.Anonyme, confidentiel et gratuit.?Les mardis de 13 h à 16 h, au niveau 4, jusqu\u2019au 29 mai Raconte-moi ta vie Les rendez-vous avec les « livres humains » se poursuivent.Information à banq.qc.ca.?Les 14 et 28 février, et 14 et 28 mars toutes les demi-heures, de 15 h 30 à 18 h 30 Grande Bibliothèque 475, boulevard De Maisonneuve Est Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 banq.qc.ca E N C OLLA BORATION A V E C E N C O LLABO RATION A V E C Ph o t o : P h i l i p p e D o u c e t P h o t o : B e r n a r d F o u g è r e s Publicité Journal l\u2019Itinéraire Parution : 15 février et 1er mars 2018 Format : ½ page horizontal, 7,5» L X 4,875» H (sans fond perdu) n/b P h o t o : B e r n a r d F o u g è r e s publicité 23 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA L\u2019oncle Ibrahim, âgé de 105 ans, avec son arrière petite-fille (5e génération) dans ces bras Tarana Burke À l\u2019origine de Me Too Lorsqu\u2019elle n\u2019avait que six ans, Tarana Burke a été violée par le fils de la meilleure amie de sa mère.Il y a dix ans, la militante a fondé le projet Me Too pour soutenir les jeunes filles noires, puis en 2017, le hashtag #MeToo est devenu viral à travers le monde.Pour Tarana Burke, il y a l\u2019avant et l\u2019après #MeToo.Elle explique : couchée dans son lit un dimanche matin de la fin octobre 2017, une de ses amie l\u2019a taguée sur son statut Facebook qui affichait le mot-clé #MeToo.L\u2019amie voulait savoir si Burke était à l\u2019origine de ce post.Ce n\u2019était pas le cas.Mais, clairement, quelqu\u2019un se servait de Me Too, et de ce mot-clé rapidement devenu viral.Elle s\u2019est rendue sur Twitter et a immédiatement paniqué.« J\u2019avais peur que tout le travail réalisé ces dix dernières années soit occulté et que les gens ne comprennent pas que ça allait au-delà des mots.Je ne savais pas quoi faire.Mes amies m\u2019appelaient et me disaient : \u2019mais c\u2019est toi qui est à l\u2019origine de Me Too\u2019 ! », dit-elle.Me Too, la genèse À 21 ans, Tarana Burke était monitrice dans un camp de jeunesse.Lorsque les participants ont été divisés en deux groupes de « frères » et « sœurs », une jeune fille de 12 ans a avoué à ses « sœurs » que son beau-père l\u2019avait agressée sexuellement.Burke a eu du mal à composer avec l\u2019histoire de la fillette, cette information ayant ravivé chez elle le souvenir réprimé de son propre viol.Cette fois-là, elle n\u2019a pas pu dire « moi aussi ».« Je me sentais coupable et honteuse.Mais j\u2019ai par la suite réalisé et accepté qu\u2019à l\u2019époque, je n\u2019avais que 21 ans.» Dix ans plus tard, alors qu\u2019elle vivait en Alabama, Tarana Burke a fondé Just Be Inc., un organisme sans but lucratif où l\u2019on utilise l\u2019expression Me Too pour venir en aide aux victimes d\u2019agressions et de harcèlement sexuels.Elle déménagera plus tard à Philadelphie où elle donnera des conférences sur le sujet.Un jour, à la suite d\u2019un atelier, elle a remis aux participantes des post-it sur lesquels elle leur demandait d\u2019écrire deux choses qu\u2019elles avaient apprises durant la journée, de même que l\u2019expression Me Too, si elles avaient été victimes d\u2019agression sexuelle.« À la fin de la journée, nous avons compté combien de gens avaient écrit Me Too.Presque tout le monde.C\u2019était horrible! Et nous n\u2019étions pas préparées pour ça », se souvient-elle.Aujourd\u2019hui, Tarana Burke travaille à pérenniser l\u2019organisme.On y offre des outils en ligne afin d\u2019aider des gens à tenir des événe- ments Me Too dans leur ville, incluant du travail sur le terrain, des conférences et des ateliers de prévention contre la violence sexuelle.Quand #MeToo est devenu viral Pour revenir à ce dimanche matin d\u2019octobre 2017, c\u2019est l\u2019actrice Alyssa Milano qui a emprunté l\u2019expression Me Too et a encouragé le public à se servir du hashtag lorsqu\u2019il décrit ses propres expériences.Cette initiative faisait suite aux reportages du New York Times et du New Yorker accusant le producteur de cinéma Harvey Weinstein d\u2019avoir agressé et opprimé sexuellement des femmes pendant de nombreuses années.24 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O ? : ?P O N T U S ?H Ö Ö K ?INSP D\u2019après un article écrit par Sandra Pandevski pour Faktum, le journal de rue suédois, et tiré du fil de presse de l\u2019INSP Pour éviter que toutes ses années de travail soient obnubilées par #MeToo, Tarana Burke partage abondamment son site web et ses vidéos sur les réseaux sociaux.S\u2019en suit une discussion virale sur les raisons pour lesquelles Alyssa Milano n\u2019a pas dirigé l\u2019attention vers Tarana Burke.L\u2019actrice ne tarde pas à répondre et à donner tout le crédit à la vraie instigatrice du mouvement.Depuis, les deux femmes sont devenues des amies.Les jours suivant la propagation massive de #MeToo, Burke a commencé à s\u2019inquiéter de toutes ces femmes qui partagent leur histoire.Qui sera là pour elles ?« Imagine si une femme poste #MeToo et que personne ne clique sur \u201c j\u2019aime \u201d ou met un petit cœur.Que personne n\u2019écrit : \u2019 je t\u2019entends et je suis là pour toi\u2019.Comme se sentira-t-elle ?Ou encore, si quelqu\u2019un vous ridiculise ou dit \u2019 je ne te crois pas, ça ne t\u2019est pas arrivé\u2019.» Les deux premières semaines de la mise en ligne du hashtag, Tarana Burke a accordé plus d\u2019une soixantaine d\u2019entrevues à la radio, à la télévision et pour la presse écrite.Parallèlement, elle a éprouvé de la difficulté à trouver sa place au sein de #MeToo, puisque son Me Too était différent du désormais célèbre mot-clé.Le Me Too de Tarana Burke est une plateforme pour les survivantes d\u2019agressions sexuelles, tandis que le #MeToo a une portée plus vaste.Par contre, l\u2019un ouvre la voie à l\u2019autre, indique-t-elle.« Il existe un vaste éventail de violences liées au genre.Cela s\u2019étend du harcèlement sexuel à la violence meurtrière, précise-t-elle.Le harcèlement sexuel crée un environnement propice au développement de la violence sexuelle.Les lieux de travail, par exemple, doivent établir des limitations strictes entre ce qui est acceptable et ce qui ne l\u2019est pas.» #MeToo version suédoise Lors de l\u2019entrevue, Tarana Burke était fébrile à l\u2019idée de se rendre prochainement en Suède, avec Kaia, sa fille de 20 ans, pour donner une conférence à Luleå.« J\u2019ai bien hâte ! Mais comment devrais-je m\u2019habiller ?», dit celle qui frissonnait malgré une journée ensoleillée à Brooklyn alors qu\u2019il ne faisait que 10?C.« Il faut se vêtir par couches », lui ai-je répondu, ce qui a provoqué un éclat de rire bien senti.Le taxi tourne sur la rue Chapel où se trouvent les bureaux de Girls for Gender Equity (GGE) à Brooklyn et où elle occupe le poste de directrice sénior.La mission de l\u2019organisme est de favoriser, par le biais d\u2019éducation et d\u2019activités, le développement psychologique, social et économique des filles et femmes, dont un grande proportion sont noires, gaies et trans.Sur le mur de GGE un cadre affiche deux questions : Qu\u2019est-ce que tu vas accepter ?et Qu\u2019est-ce que tu vas refuser ?Tarana Burke explique que Girls for Gender Equity est ce que Just Be Inc pourrait être si elle avait accès aux fonds nécessaires pour faire fonctionner ce dernier.Plus tard dans la soirée, après avoir rencontré des donateurs de Me Too lors d\u2019un événement bénéfice, nous nous retrouvons dans un café à discuter du climat qui règne en Suède, un sujet qui intéresse vivement Tarana.Je l\u2019informe que les sondages démontrent que 45 % des hommes trouvent que #metoo est excessif.Certains affirment que cela gâche le plaisir de flirter et même l\u2019acte sexuel.« Et si on apprenait à flirter ?, réplique-t-elle.Ça n\u2019 implique pas de toucher ou de harceler quelqu\u2019un.Pense à toutes ces femmes qui ont porté en elles depuis des décennies la honte, la culpabilité et la peur; qui se regardent dans le miroir et sentent que leur valeur est amoindrie.» « Ça n\u2019a rien à voir avec le fait d\u2019avoir une fille, d\u2019être une épouse ou encore d\u2019être une femme.C\u2019est le fait d\u2019être un être humain, pour- suit-elle.C\u2019est en restant dans quelque chose d\u2019 inconfortable que le changement devient possible.» C\u2019est une bataille que nous pouvons gagner et sa concrétisation bénéficiera à toute l\u2019humanité.25 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?P O N T U S ?H Ö Ö K ? Des hashtags qui ne font pas l\u2019unanimité Je lui montre la liste des nombreux organismes qui se sont unis pour dénoncer les agressions et le harcèlement sexuels.« Wow ! est-ce que ce sont tous des hashtags ?Je suis fascinée par la façon dont ces femmes se soutiennent ! » Par contre, elle ne voit pas ce soutien de la même manière avec le #MeToo aux États-Unis.Elle le perçoit plutôt comme une division entre Blancs et Noirs.Bien qu\u2019elle ait été saluée par la communauté noire, elle indique que, puisque la plupart des femmes qui ont témoigné en lien avec #MeToo sont blanches, riches et belles, beaucoup de personnes de race noire évitent ce mot-clé ou ne s\u2019en servent pas autant.Lorsque Burke a entendu parler du hashtag #BlackGirlsToo, cela l\u2019a peinée.Les Noires n\u2019estimaient pas que #MeToo leur appartenait aussi, malgré le fait qu\u2019elle en était l\u2019instigatrice.« Je ne croyais pas que nous avions besoin de plus de hashtag, mais à la lumière de ce qui se passe en Suède*, je commence à changer d\u2019 idée.Peut-être devrais-je appuyer #BlackGirlsToo ?» La crainte de Burke est que les groupes marginalisés soient laissés pour compte, incapables de suivre le mouvement.Que les plus privilégiés soit les plus entendus.« Les personnes qui ont les voix les plus puissantes doivent inviter les autres à se joindre à elles.Certaines comprennent ça, mais d\u2019autres pensent qu\u2019elles peuvent parler au nom des sans-voix.Nous avons toutes une voix.Certaines sont trop fortes pour permettre aux autres d\u2019être entendues.» Elle appréhende également que Me Too soit utilisé à des fins politiques et que les témoignages qui en découlent perdent de leur crédibilité.« Pour effectuer un changement durable, il faut prendre le temps qu\u2019 il faut », affirme-t-elle.Elle aimerait étendre l\u2019éducation sexuelle dès la maternelle, alors que les enfants deviennent conscients du genre et comprennent la notion des limites.À chaque niveau d\u2019âge, les enseignements prendront de l\u2019expansion et seront basés sur les droits de la personne.Question de confiance Vers la fin de la soirée, elle vérifie son cellulaire pour voir si sa fille Kaia a tenté de la joindre.La jeune femme qui vient d\u2019avoir 20 ans sait par quelles épreuves est passée sa mère, et vit elle-même des difficultés.« Je suis contente que nous nous entendions bien et de pouvoir lui offrir le soutien que je n\u2019ai jamais eu de ma propre mère », dit Tarana Burke.Ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019âge de 30 ans qu\u2019elle lui a révélé les viols qu\u2019elle avait subis.Avant, il n\u2019y avait pas de place pour exprimer ça, relate-t-elle.La dernière question que je pose à Tarana concerne le père de sa fille.« Nous nous sommes rencontrés à l\u2019école secondaire.Il était la seule personne avec qui je m\u2019 imaginais fonder une famille, parce que je lui faisais confiance et que je savais qu\u2019 il me protégerait.» Mais ce n\u2019était pas suffisant pour lui confier ce qu\u2019elle avait vécu dans le passé.Qu\u2019enfant, elle avait été violée à plusieurs reprises.« Longtemps, je me suis blâmée.Ce n\u2019est pas envers les hommes que je n\u2019avais pas confiance, c\u2019était envers moi-même.Je pouvais facilement dire aux autres : \u2019Ce n\u2019était pas de ta faute\u2019, mais je ne pouvais pas me le dire à moi-même.» « Aimer, c\u2019est dur pour moi.Je n\u2019ai juste pas encore trouvé le bon », dit-elle en riant.Traduit du suédois vers l\u2019anglais par Liv Vistisen Rörby et vers le français par Josée Panet-Raymond Une question que les hommes me posent souvent : « Peux-tu me montrer comment je peux faire mieux ?Je leur réponds : « Est-ce que je dois t\u2019enseigner comment être humain ? Quand un homme veut quelque chose d\u2019un autre homme, il sait qu\u2019il ne peut pas lui manquer de respect ou l\u2019insulter.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une femme, cette conscience-là disparaît complètement.26 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 * Une vague de dénonciations a déferlé sur la Suède, entraînant la création d\u2019une liste de hashtag #MeToo avec des noms spécifiques à divers corps de métiers dont #Silenceaction pour les actrices, #backstage pour les femmes de théâtre, #selfdefense pour les policières, #deadline pour les journalistes, #killtheking pour les musiciennes rock, etc.Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1082406/ suede-egalite-metoo-moiaussi-femmes-inconduites-sexuelles P H O T O ? : ?P O N T U S ?H Ö Ö K ? Créer pour exister domaine artistique.À titre d\u2019exemple, un musée britannique, le Manchester Art Gallery, a retiré une toile accrochée dans l\u2019une de ses galeries.Ce tableau, Hylas et les Nymphes a été peint en 1896 par le préraphaélite John William Waterhouse.Il s\u2019agit là d\u2019une œuvre magistrale, très belle.Le problème ?On y voit sept jeunes (très jeunes) femmes, seins nus, dans l\u2019eau (les nymphes).À l\u2019instar de la totalité des peintures présentées dans cette galerie, la femme est « objectifiée », comme on le perçoit avec nos yeux d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est-à-dire que son corps ne constitue qu\u2019un objet de désir et de convoitise, ici par la beauté de son visage angélique, de sa chevelure chatoyante et de ses seins dénudés.Le musée a décidé de faire un coup d\u2019éclat en retirant la toile et en la remplaçant par un petit écriteau expliquant que pendant des siècles l\u2019art occidental avait ramené le corps de la femme à un simple objet, au même titre qu\u2019un fruit dans une nature morte.Censure ?Cela a créé scandale et a provoqué d\u2019innombrables articles dans la presse.On a bien sûr crié à la censure (alors qu\u2019on n\u2019a fait rien d\u2019autre que de retirer temporairement une toile de la galerie, les autres demeurant exposées) et les intentions premières du musée semblent avoir été de lancer cette discussion publique sur la représentation du corps des femmes dans l\u2019histoire de l\u2019art occidental.On est bien évidemment très loin des intentions de notre grand- mère aquarelliste ou de notre jeune homme graffiteur.Mais au final, le résultat est le même : utiliser la création comme moyen d\u2019entrer en relation avec les autres.Mais aussi avec soi.Car en proposant aux autres ce que notre création permet, nous engageons nécessairement un dialogue social qui façonne notre propre identité.Si elle peut sembler anodine, elle n\u2019est jamais innocente.Elle dit ce que nous sommes.Qu\u2019ont en commun cette grand-mère qui peint des paysages à l\u2019aquarelle et ce jeune homme qui fait des graffitis sur les murs de la ville ?Les œuvres ni de l\u2019une ni de l\u2019autre ne seront probablement pas reconnues par les institutions artistiques officielles.Tous les deux créent néanmoins leurs œuvres à partir de rien d\u2019autre que leur imagination et leurs outils.Qu\u2019est-ce qui les motive à créer ?Chaque personne a bien sûr ses motivations individuelles.Il me semble y avoir quelque chose qui les unit, cependant : le désir d\u2019exister, et de le dire à la face du monde.D\u2019exister avec les autres, en quelque sorte.La grand-mère offrira peut-être ses aquarelles à ses petits-enfants ou les accrochera fièrement sur les murs de son salon et les fera admirer à ses visiteurs.Le jeune homme désire peut-être lancer aux passants qui verront son graffiti un message politique, ou une expérience esthétique.Dans tous les cas, la personne qui crée une œuvre, peu importe qu\u2019elle ait un statut d\u2019artiste « officiel » ou non, le fait ultimement pour entrer en relation avec l\u2019autre, même si ça n\u2019est pas sa motivation première.La création contribue à tisser le lien social.Il suffit de constater que même aujourd\u2019hui, après un siècle de propositions artistiques irrévérencieuses et délibérément provocatrices, l\u2019art et ses représentations suscitent encore souvent la polémique.Ces controverses qui génèrent des discussions enflammées tournent souvent autour de la légitimité de l\u2019œuvre \u2013 on se questionne sur ce qu\u2019est l\u2019art, en affirmant, par exemple, que son enfant de cinq ans aurait pu faire la même chose.Un débat qui remonte aux impressionnistes dont le travail était perçu comme un sacrilège pour l\u2019art avec un grand A.Selon la perception À de nombreuses reprises cependant, ces polémiques font appel à des questions sociales et politiques qui dépassent largement le 27 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Capitaine Plywood Tout le monde a besoin d\u2019un héros, d\u2019une figure emblématique.Notre ville en possède une même si elle ignore son existence.Il est un personnage qui fréquenta le cours de menuiserie à l\u2019École des métiers de la construction.Endroit où il reçut son surnom de super-héros, soit le Capitaine Plywood.Cette expérience l\u2019enrichit car il y découvrit son premier pouvoir, soit celui d\u2019être ambidextre des deux mains.Il disait à qui voulait l\u2019entendre, que la terre était plate.Son seul argument pour appuyer sa théorie était que les plantes sous ses pieds étaient parfaitement horizontales.Son entourage disait de lui qu\u2019il était dur de comprenure, et qu\u2019il avait toujours un wagon de retard : « Tu parles d\u2019un con, il n\u2019a qu\u2019à descendre du train ».En voulant s\u2019instruire pour s\u2019enrichir, il s\u2019inscrivit aux H.É.I., communément appelées « Les Hautes Études inutiles ».Il y devint rapidement populaire, car sa bonne humeur était contagieuse, tout comme sa chlamydia ! Cardiaque, il était un client assidu de la restauration rapide éthiopienne.Tous les jours, elle offrait le même buffet, le spécial « crève la faim ».Les clients pouvaient rapporter les os restants à leur hutte s\u2019ils le désiraient.Il se plaignait également souvent d\u2019avoir les jambes mortes.C\u2019est ce qui explique ses nombreux séjours à la morgue.Gambler à ses heures, il jouait au loto « Urgel Bougie ».Comme les chiffres du billet de loterie se décomposaient avant le tirage, il ne gagnait jamais.Les téléphones intelligents étaient à la mode.Notre ami était différent puisqu\u2019il possédait une voiture intelligente.La preuve est, qu\u2019étant dotée de quatre roues, elle fut jadis atteinte d\u2019une infection aiguë appelée « pneu-monie ».Il dut s\u2019acheter un GPS.Il en trouva un à prix modique dans une vente de garage.Le seul petit problème était qu\u2019il bégayait en prononçant les voyelles.Craignant la violence physique, il enleva le klaxon de sa voiture.C\u2019était sa façon d\u2019éviter les altercations avec les enragés du volant.Maintenant, parlons de ses souvenirs.Il fut le troisième enfant à voir le jour dans une famille exclusivement constituée d\u2019enfants uniques.Solitaire malgré lui, il s\u2019inventa un ami imaginaire, en noir et blanc.À quoi vous attendiez-vous ?La couleur est beaucoup trop chère pour une bande de « b.s ».Illettrée, sa mère servait quotidiennement de la soupe à l\u2019analphabète.Une simple canne de crème de tomates, n\u2019incluant aucune lettre de l\u2019alphabet.Dans les bonnes journées, ils mangeaient des bâtonnets de poissons bon marché, aussi appelés « fish\u2019n\u2019cheap ».De son côté, son virtuose de paternel voulait lui enseigner la science du pouce vert.Mais notre fils à papa, avec ses doigts sales, n\u2019y comprit rien.Par surcroît, il était atteint de daltonisme.Cela n\u2019avait aucune importance puisqu\u2019à cet âge il rêvait de devenir un « homme à rien faire ».La génitrice du rondouillet l\u2019inscrivit à une activité sportive.Aussitôt la première épreuve débutée, ses deux jambes s\u2019en allèrent dans la mauvaise direction.Devant cette anomalie, le coach amena le jeune à consulter un docteur en médecine sportive.Ce professionnel de la santé trouva rapidement la source du problème.Sa paire d\u2019espadrilles était composée de deux pieds gauches.Ce qui expliquait l\u2019aubaine du prix des souliers.Ensuite, l\u2019adolescence fit son apparition.Lui et ses amis formèrent un groupe de musique romantique, connu aujourd\u2019hui sous le nom de « Les Monotones ».Ils ne se droguaient pas avant leurs concerts, mais préféraient déguster un bon « pot-au-feu » ! NDLR : Santé Canada conseille fortement de toucher du bois avant d\u2019entreprendre la lecture de cette chronique.28 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 M O N T A G E ? : ?M I L T O N ?F E R N A N D E S PAR GILLES LEBLANC BÉNÉVOLE À LA CUISINE DÉLIRES En voulant élargir ses horizons musicaux et sa conscience, il assista à un paquet de conférences.Sa favorite demeurera toujours celle présidée par un mime.Pour rester dans la même veine, il assistait à des spectacles de chorales, formées exclusivement de muets.Il y apprit à lire sur les lèvres, se servant de ces occasions pour étudier d\u2019autres langues que la sienne.Il opta ensuite pour une carrière solo.Sa première performance fut un concert de flûte à bec offert aux résidents d\u2019une maison de retraite pour personnes malentendantes.Il traduisait lui-même sa musique au fur et à mesure, à l\u2019aide du langage des signes.Les voisins de l\u2019hospice ont tout de même logé des plaintes pour tapage nocturne.À cette époque musicale, il lui était nécessaire de se pointer à la banque alimentaire, histoire de garder la forme.Il n\u2019avait pas le sens de l\u2019observation, pas plus que celui de la conversation.Cependant il maîtrisait parfaitement celui de la conservation, soit l\u2019art de faire des conserves.Il se servait rarement de ses superpouvoirs, mais il en avait quelques-uns.Premièrement, il avait des « lunettes biologiques à rayons X ».Elles pouvaient transformer quelqu\u2019un, à la vitesse d\u2019un clin d\u2019œil, en bac à compost.En second lieu le « 2 x 4 » dans le front redressait invariablement le comportement des méchants en leur donnant une structure.Ensuite, la « claque atomique » fermait net la gueule des méchants messieurs qui disaient des gros mots.En troisième lieu, le « gun à clous » de six pouces restait sans contredit son arme préférée.Une fois le clou enfoncé, personne n\u2019y échappait.N\u2019oublions pas le fameux « coup de bottes au cul », avec ou sans caps d\u2019acier, histoire de rester dans la thématique du centre de rénovation.En ce qui a trait à sa personnalité, c\u2019est assez compliqué.Paresseux, il avait le profil d\u2019un assassin, car il tuait le temps.Il rêvait de gens souffrant de calvitie, les entendant crier « chauve qui peut ».Il était du genre à croire que vivre au présent signifie ne rien voir venir.D\u2019aussi loin qu\u2019il se souvienne, il avait la mémoire courte.Toutefois, comme il le disait souvent, il ne craignait pas de se faire couper l\u2019herbe sous le pied, car la pelouse, ça repousse.Poursuivons avec son apparence.Ses cheveux avaient la même longueur que ses souvenirs (courts).Côté dentition, ses dents étaient tellement malpropres qu\u2019il devait utiliser du carbone 14 pour les nettoyer convenablement.À l\u2019âge adulte, il voulut donner l\u2019impression d\u2019être cultivé en se vantant de bien connaître la mythologie grecque.Le personnage de Narcisse était son préféré car il était amoureux de sa propre beauté.C\u2019est par respect pour ce personnage qu\u2019il déjeunait toujours avec des œufs au miroir.Cela lui permettait de contempler son propre reflet.Comme tout bon surhomme, on le connaissait aussi pour ses exploits.Sa flexibilité était légendaire.Peu d\u2019individus, tout comme lui, avaient réussi à s\u2019échapper d\u2019une camisole de farce.Savez-vous que ce mois- ci, il a mis la main au collet du dangereux Docteur Zippo, pyromane notoire qui voulait faire flamber l\u2019hôtel de glace de la Ville de Québec.En dépit de ses pouvoirs infaillibles, il était tout de même tombé sous le charme de la croyance Nouvel Âge de la réincarnation.Il disait à qui voulait bien l\u2019entendre qu\u2019il avait appris sur le tas dans une de ses vies antérieures.Rien de surprenant puisqu\u2019il était une mouche.Notre héros aurait-il un brin tendance à être innocent ?Malgré ses pouvoirs et ses capacités, il n\u2019avait qu\u2019une seule volonté.Soit celle de finir sa vie incinéré.Respectant ainsi un rite de sa religion catholique, spécialement celui du mercredi des Cendres.C O L L A G E ? : ?G I L L E S ?L E B L A N C Le directeur général de L\u2019Itinéraire, Luc Desjardins, accueille Rosannie Filato, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, et son adjoint (au centre) Sébastien Payeur.Le gestionnaire d e communauté, Alexandre Dugu ay (assis), accom pagné des camelots-ré dacteurs Mostap ha Lotfi et Jo Redwi tch, explique son travail au vidéast e de l\u2019agence Upperkut, Alexa ndre Richard.La rédactrice en chef, Josée Panet-Raymond, accueille les lecteurs du magazine dans la salle de rédaction.La conseillère de Villeray-Saint-M ichel- -Parc-Extension , Rosannie Filato , en compagnie du camelot Richard Touzin.Jo Redwitch, me ntor à L\u2019Itinéraire , explique la prod uction du magaz ine à deux visiteuses .La responsable d e la formation de s participants à la rédaction, Karine Bénézet, parcourt le maga zine avec Emma Tilqu in, chargée de projet chez Exek o (à droite).Luc Desjardins Rosannie Filato Josée Panet-Raymond Alexandre Dugu ay Jo Redwitch Karine Bénézet Richard Touzin Le camelot Mostapha Lotfi présente un visiteur au responsable de la création visuelle, Milton Fernandes (à gauche).Jo Redwitch, me ntor à L\u2019Itinéraire , explique la prod uction du magaz ine à deux visiteuses .Le directeur géné ral de L\u2019Itinéraire , Luc Desjardins (à gauche), discute avec Samuel Wa tts, directeur général de Missio n Bon accueil, et Isabelle Létourn eau, conseillère e n communication de l\u2019organisme.Le chef du dével oppement socia l de L\u2019Itinéraire, Ch arles-Éric Lavery , accueille une vis iteuse à l\u2019entrée de nos locaux.Le camelot-rédacteur Saïd Farkouh fait le tour du propriétaire à quelques lecteurs de L\u2019Itinéraire.L\u2019éditeur adjoint de La Presse, Ér ic Trottier, en compagnie de la mentor Jo Red witch et de la rédactric e en chef Josée P anet- Raymond (dans l\u2019ordre habituel).Le chef du dével oppement socia l, Charles-Éric Lav ery, converse av ec Julie Lamontagne (à g auche), agente au x relations communautaires de Moisson Mon tréal, et Julie-Anne Simo n, attachée polit ique de la députée provinc iale de Marie-Vic torin.Toute la journée , les visiteurs ont pu discuter avec les employés de L\u2019Itinéraire.Milton Fernandes Luc Desjardins Les visiteurs Charles-Éric Lav ery Charles-Éric Lav ery Éric Trottier Saïd Farkouh Charles-Éric Lav ery PAR MARIO ALBERTO REYES ZAMORA PHOTOGRAPHE PHOTOGRAPHIE M I S E ?E N ?P A G E : ?C A R L A ?B R A G A Chroniques L\u2019élan vers l\u2019autre chroniques parues dans L\u2019Itinéraire : 2014-2017 Ianik Marcil Éditions Somme toute - 2018 - 24,95 $ Journée portes ouvertes Pour la première fois de son histoire, L\u2019Itinéraire a souligné la Semaine internationale des camelots par une journée portes ouvertes.C\u2019était le 6 février dernier.Nous, les mentors, Jo Redwitch et Yvon Massicotte, assistés de futurs mentors appelé les « mentorés » Annie, Jean-Claude, Saïd, Isabelle et Mostapha, avions comme tâche d\u2019accueillir les visiteurs et de leur faire connaître les lieux et l\u2019utilisation de chaque étage de l\u2019immeuble.Le premier étage, où j\u2019avais la charge des visiteurs, est principalement réservé à la distribution et à l\u2019endroit où l\u2019inscription des nouveaux camelots se fait par l\u2019intermédiaire d\u2019un intervenant.L\u2019achat des journaux par les camelots se fait aussi à cet étage.Nos participants peuvent également profiter de la cafétéria.Certains peuvent bénéficier d\u2019une carte-repas qui leur permet de manger gratuitement.Au sous-sol, les denrées de Moisson Montréal sont classées et distribuées une fois par semaine, ce qui aide énormément nos camelots, surtout ceux qui débutent avec nous et qui n\u2019ont pas encore développé leur clientèle.Les sacs d\u2019épicerie ont une valeur approximative de 20 $ à 40 $, selon les dons reçus par Moisson Montréal, ce qui permet à nos camelots de persévérer le temps que leur bassin de clients augmente et de pouvoir, avec le temps, devenir plus autonomes.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019empowerment, c\u2019est à dire que nous leur fournissons les outils nécessaires pour qu\u2019ils arrivent à se prendre en charge eux- mêmes.Nos employés du premier étage sont Pierre, responsable du Café, Mélodie, responsable de la distribution, Gabrielle, intervenante, Charles-Éric, chef du développement social, et d\u2019un participant responsable de l\u2019accueil, Christian.Au deuxième étage se trouve le centre névralgique de l\u2019écriture.Jo Redwitch pilote la visite.Elle est assistée de Mostapha, Saïd, et Annie.Le personnel de la rédaction est composée de l\u2019infographiste Milton, Karine, la responsable de la formation des participants, Laurent, responsable de l\u2019accompagnement de participants, Manuel, journaliste, Mario, photographe, Geneviève, journaliste à la version numérique, Alexandre, gestionnaire de communauté, Shannon, stagiaire en journalisme, Josée, rédactrice en chef, ainsi qu\u2019une dizaine de bénévoles.À oui ! J\u2019oubliais, Jeff, un de nos intervenants logé dans un bureau du deuxième, faute de place en bas.Vous le lisez dans les pages de chacune de nos éditions depuis 1994.Ianik Marcil vulgarise et rend intéressante l\u2019économie, un sujet souvent peu accrocheur pour le lecteur moyen.Dans chacune de ses chroniques, notre collaborateur à la fibre sociale développée, réussit à humaniser les phénomènes économiques tout en nous faisant réfléchir.En effet, il s\u2019indigne des injustices sociales, des divisions ethniques, des décisions de nos gouvernements et du pouvoir démesuré que s\u2019accaparent une poignée de privilégiés.Le 7 mars, Ianik Marcil lancera, au Quai des brumes, L\u2019élan vers l\u2019autre, un recueil de chroniques choisies qu\u2019il a publiées dans L\u2019Itinéraire au cours des quatre dernières années.Le livre se veut une invitation à la réflexion autant qu\u2019à l\u2019action citoyenne.Un appel à la solidarité et au vivre-ensemble pour nourrir l\u2019espoir.32 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O : ?M A R I O ?J E A N ?M A D O C INFO CAMELOTS PAR YVON MASSICOTTE REPRÉSENTANT DES CAMELOTS Lancement de L\u2019élan vers l\u2019autre CARREFOUR Yvon Massicotte (à gauche) est heureux de recevoir l\u2019un de ses clients, Jean-Charles Décarie, âgé de 87 ans.P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Cette approche ciblant la population en situation d\u2019itinérance chronique consiste à leur fournir un logement sur le marché locatif privé, ainsi qu\u2019un suivi individuel afin de favoriser leur stabilité résidentielle.Celle-ci répond à certains besoins.Mais elle ne constitue pas la seule réponse possible à l\u2019itinérance et ne permet pas de la prévenir.Elles offrent bien souvent une solution temporaire puisque l\u2019entente avec les propriétaires et le suivi de la personne ne sont pas assurés à long terme.Par ailleurs, cette approche ne contribue pas au développement d\u2019un parc de logements sociaux dont la qualité et l\u2019abordabilité sont assurés dans le temps pour les personnes qui y vivent.Autre conséquence majeure de cette orientation ciblée sur une approche, des dizaines d\u2019organismes auparavant soutenus par la SPLI pour leurs interventions en travail de rue et de milieu ont perdu ce soutien financier.Quant au budget affecté au développement de logements sociaux et aux installations des organismes, il fut réduit à peau de chagrin avec des conséquences directes pour les personnes rejointes par ces ressources.Un pas dans la bonne direction Avec ses deux premiers budgets, le gouvernement Trudeau avait déjà annoncé de nouveaux fonds pour la lutte à l\u2019itinérance pour la période 2016 à 2019.Il avait de surcroît rétabli une approche globale dans la lutte à l\u2019itinérance permettant de financer une diversité d\u2019interventions au-delà des projets Housing First et laissé l\u2019exercice de planification communautaire locale faire son travail pour définir les priorités dans l\u2019affectation des fonds.Le soutien à l\u2019action menée par une cinquantaine d\u2019organismes pour leur travail d\u2019intervention (travail de rue, centres de jour, etc.) a pu être rétabli, de même que le soutien au développement de logement sociaux.Pour les fonds majeurs annoncés dans le cadre de la prochaine décennie, le gouvernement fédéral doit garder ce cap et continuer de soutenir différentes actions pour prévenir et réduire l\u2019itinérance.Pour cela, il doit continuer de travailler avec flexibilité et laisser l\u2019affectation de ces fonds être déterminée localement.C\u2019est un investissement de près de 2 milliards $ pour la décennie 2019-2028 que le gouvernement fédéral a annoncé pour sa Stratégie de partenariats de lutte à l\u2019itinérance (SPLI).Pour le gouvernement, cet investissement doit permettre de réduire de moitié l\u2019itinérance chronique.Par cette augmentation des fonds de la SPLI, c\u2019est une somme de plus de 10 millions $ par an, soit 100 millions en 10 ans, que Montréal devrait recevoir.Or, au-delà des montants affectés, le choix de l\u2019approche qui sera fait par Ottawa sera déterminant pour la lutte à l\u2019itinérance à Montréal.Il est donc essentiel de se poser la question suivante : à quoi serviront ces fonds ?Des gains importants, des actions majeures À Montréal depuis plus de 15 ans, le gouvernement fédéral a soutenu avec son programme de lutte à l\u2019itinérance une diversité d\u2019actions qui ont permis de combattre et de prévenir le phénomène.Des ressources d\u2019hébergement ont été construites, tant pour des hommes que pour des femmes, au centre-ville mais aussi dans d\u2019autres quartiers.Des centres de jours, des ressources en toxicomanie, santé mentale ou réinsertion ont pu améliorer leurs installations afin de pouvoir mieux accueillir et répondre aux besoins des personnes.La SPLI a aussi contribué à la construction de 1200 logements sociaux avec soutien communautaire, offrant ainsi un toit et un milieu de vie à des personnes en situation d\u2019itinérance ou à risque de l\u2019être.Or, ces choix dans l\u2019affectation des fonds fédéraux ont été faits en laissant la communauté identifier les besoins et priorités en fonction des réalités locales, et ce, à partir d\u2019une collaboration entre la ville, le réseau de la santé et le milieu communautaire à Montréal.Un virage En 2014, le gouvernement fédéral avait imposé que 65 % du budget de la SPLI soit consacré à des interventions de type Housing First.Stratégie fédérale en itinérance Plus de 100 millions $ en jeu ! 33 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA MOT DU RAPSIM PAR PIERRE GAUDREAU DIRECTEUR DU RAPSIM P H O T O : ?C L A U D E ?M A J E A U Des logements sociaux pour jeunes en difficulté en construction dans Hochelaga, une des actions essentielles soutenues par le fédéral. L\u2019égalité Il faut que je fasse attention à ce que je vais dire, sinon les femmes ne m\u2019aimeront plus ! (rire) Je ne suis ni pour ni contre le féminisme.Pour moi, une femme est une femme.Elles sont comme les hommes, avant tout des êtres humains.Je ne fais pas de distinction.Le féminisme a amené des bonnes choses : la liberté de la femme, le fait qu\u2019elle puisse sortir enfin de son foyer\u2026 Mais ça a aussi amené des extrêmes.Je ne suis pas pour les extrêmes.Pour moi, autant un homme qu\u2019une femme peut profiter des mêmes choses.Puis, l\u2019homme a besoin de la femme et la femme de l\u2019homme.Les deux se complètent.GAÉTAN PRINCE CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE / PROMENADE MASSON Une discrimination persistante Je me demande quelle est la différence entre un homme et une femme.Ce sont tous les deux des humains.Moi, je suis une femme et du point de vue des droits et de l\u2019égalité, le féminisme est important, parce qu\u2019il y a encore beaucoup de discrimination dans notre société.J\u2019ai travaillé à bien des places et j\u2019ai souvent remarqué que le salaire des femmes était plus bas que celui des hommes.On disait à l\u2019époque que c\u2019était les hommes qui faisaient vivre les femmes, oh non! Je suis une personne prudente.C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles j\u2019ai rarement eu quelqu\u2019un dans ma vie, mais j\u2019ai très bien su m\u2019assumer seule.MANON FORTIER CAMELOT MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND/ VILLAGE CHAMPLAIN Vieille école J\u2019ai été élevé avec l\u2019idée que les femmes doivent occuper des postes faits pour elles.Mon père me disait que celles qui voulaient faire des travaux d\u2019homme leur enlevaient leur job.Pour moi, que les femmes travaillent est bien correct, même si parfois elles occupent des jobs d\u2019hommes et que je trouve ça étrange.Mais dans le couple, en politique, en société en général, je trouve normal qu\u2019elles aient le droit de s\u2019exprimer comme tout le monde et qu\u2019elles aient les mêmes droits que les hommes.DENIS KLÉON CAMELOT RUES JEAN-TALON / CHRISTOPHE-COLOMB C\u2019est génial le féminisme ! J\u2019ai un pourcentage de moi-même qui appartient à différentes gangs.Si tu es punk, je suis en partie punk, si tu es féministe, je le suis aussi en partie.Aujourd\u2019hui, c\u2019est le fun d\u2019avoir des femmes qui sont à l\u2019égal des hommes.Je vois des femmes très fines qui portent seules des poids vraiment pesants.Pour moi, l\u2019égalité est importante.D\u2019ailleurs lorsque je suis en relation, c\u2019est 50/50 ; elle a son opinion et moi la mienne.Puis ce n\u2019est pas juste l\u2019égalité entre les sexes, c\u2019est l\u2019égalité dans tout, en couple, au travail, en politique.Lorsque je regarde la situation globale, en 2018, je me dis que les femmes s\u2019expriment, se respectent et ont gagné cette égalité.ALAIN PERRIER CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE 34 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O ? : ?M A R C B R U X E L L E ?( 1 2 3 R F ) DANS LA TÊTE DES CAMELOTS Les?racines?du?féminisme?sont?ancrées?au?Canada?depuis?le?19e siècle, époque de la révolution industrielle, symbole?de?la?première?vague?féministe?occidentale.?Au?Québec,?il?faudra?attendre?la?fondation?du?Montreal Local Council of Woman?en?1893?et?celle?de?la?Fédération?nationale?Saint-Jean-Baptiste?en?1907?pour?que?les?premières?voix?québécoises?se?fassent?entendre.?Aujourd\u2019hui,?de?nombreuses?initiatives?réservées?aux?femmes?voient?le?jour ;?des?espaces?publics?aux?horaires?aménagés,?une?île?islandaise?de?vacances?pour?femmes?seulement\u2026?Le?féminisme?évolue?et?nous?sommes?bien?loin?de?la?toute?première?lutte :?le?droit?de?vote. Une nécessité C\u2019est tellement nécessaire! Aujourd\u2019hui, les salaires des femmes sont moins importants que ceux des hommes pour un travail égal, surtout dans le secteur privé.Avant, le féminisme représentait pour moi un groupe de femmes qui ne voulaient rien savoir des hommes.Puis, après avoir fait une entrevue avec le Centre des femmes, mon regard a changé.Le féminisme touche à des sujets larges, comme la violence.Aujourd\u2019hui, avec la vague de #MoiAussi, je me demande comment je dois aborder une femme correctement.Ce n\u2019est pas clair ! Je pense aussi que sans les hommes, il n\u2019y a pas de féminisme.Car il en faut pour répondre et soutenir les revendications des femmes.BENOIT CHARTIER CAMELOT IGA PLACE BERCY Une question délicate À mon sens, il y a deux sortes de féminisme : celui qui revendique et l\u2019autre, plus agressif, qui est contre les hommes.Mais dans tous les cas, les femmes doivent prendre leur place, ça me semble naturel.Sur le plan social, le féminisme a été essentiel.Cependant, en ce qui concerne la parité entre les femmes et les hommes, je pense qu\u2019il faut avant tout miser sur les compétences plutôt que sur le genre.Par contre, du point de vue des conditions de travail, c\u2019est à travail égal salaire égal.Je pense qu\u2019à chaque époque, des femmes se sont affirmées naturellement et d\u2019autres, avec difficultés.Mais si on parle de couples, j\u2019ai toujours vu les femmes prendre les décisions et assumer les responsabilités.CLAUDE LYRETTE MÉTRO SHERBROOKE Le partage Je trouve qu\u2019il est normal que les femmes aient les mêmes opportunités que les hommes.Ma mère était une femme au foyer.Mon père, lui, a commencé à travailler à neuf ans.C\u2019était la job de la femme d\u2019être au foyer.Petit, ça me paressait normal.Maintenant, elles veulent être autonomes et indépendantes.Ça me parait normal aussi.Surtout qu\u2019il existe les congés de maternité, les garderies, alors qu\u2019anciennement, il n\u2019y avait pas d\u2019autre choix que de les garder à la maison.À c\u2019t\u2019heure, l\u2019homme et la femme se partagent les tâches, les courses, le ménage, le repas.La femme n\u2019est plus soumise et ça a de l\u2019allure! RICHARD T.CAMELOT MÉTRO PLACE-DES-ARTS Jugée dans tous les cas ! Pour moi le féminisme est avant tout l\u2019égalité entre hommes et femmes.Certains pensent que cette question est réglée, mais moi, je ne trouve pas.Quand on regarde les métiers traditionnellement féminins et traditionnellement masculins, on voit qu\u2019il y a de grands écarts de revenu entre les deux.Je trouve que certains hommes sont encore trop anti-féministes, certaines femmes aussi.Ça me choque encore plus.Sur les réseaux sociaux, lorsqu\u2019un article paraît sur les garderies par exemple, on se rend compte que quelle que soit la décision de la femme : envoyer ses enfants en garderie ou rester à la maison pour les élever, elle se fait juger.ISABELLE RAYMOND CAMELOT MÉTRO JOLICOEUR 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA 35 P H O T O ?: ?F R A N Ç O I S ?L A L I B E R T É - ?C O L L E C T I O N ?A S S E M B L É E ?N A T I O N A L E Deux noms reviennent continuellement lorsqu\u2019on traite de la lutte des femmes pour l\u2019obtention du droit de vote au Québec : Marie Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain.Pourtant, il est une troisième femme dont l\u2019apport fut significatif, mais dont on parle beaucoup moins : Idola St-Jean.C\u2019est en novembre 2015, à l\u2019occasion d\u2019une conférence sur Irma Levasseur, première femme médecin canadienne-française, que Marie Lavigne propose à Michèle Stanton-Jean autour d\u2019un dîner de rédiger une biographie sur Idola Saint-Jean afin de pallier une carence importante de l\u2019histoire connue du féminisme.La réponse de l\u2019historienne fût simple : « Si tu le fais, je le fais. » Voici le point de départ de deux années intensives de travail, concrétisées à travers l\u2019œuvre intitulée Idola Saint-Jean, l\u2019insoumise.La lecture de la biographie d\u2019Idola Saint-Jean, pionnière du féminisme, laisse peu de place à sa vie personnelle.Le livre présente avant tout les luttes menées par cette femme à la fois comédienne, gardienne de la langue française, journaliste, militante.C\u2019est pourquoi nous avons rencontré l\u2019une des deux co-auteures, Michèle Stanton-Jean, pour connaître l\u2019autre Idola.À la différence des femmes qui ont marqué l\u2019histoire du Québec durant la première moitié du XXe siècle, Idola Saint-Jean n\u2019est ni religieuse ni mariée.Elle héritera des qualités de son père, avocat réputé excellent plaideur, qui lui serviront toute sa carrière.Elle accumulera les emplois les plus divers : conférencière, auteure, journaliste, dirigeante d\u2019association.Elle s\u2019affirme comme une femme de tête que rien ne fera dévier des voies qu\u2019elle s\u2019est tracées.Idola St-Jean marquera tellement son époque qu\u2019en 1945, lors de ses obsèques, ce sont neuf femmes, des collaboratrices de tous les instants, qui porteront son cercueil.Une pratique pour le moins inusitée.Elle accumulera également les appuis dont celui de Robert Rumilly, historien, qui la qualifiera de « chef[fe] et d\u2019âme des mouvements féministes ».Selon les auteures, il s\u2019agit d\u2019une femme insoumise ; elle se rebelle contre les préjugés, tenace dans ses convictions, elle construit une carrière professionnelle qui la mènera hors des sentiers battus.La naissance du féminisme chez Idola Au décès de son père, en 1900, la situation financière d\u2019Idola Saint- Jean devient modeste.À cette époque, elle rêvait d\u2019être comédienne, jouait dans des pièces de théâtre qui recevaient d\u2019ailleurs de très bonnes critiques et avait le souhait d\u2019enseigner la diction.« À l\u2019époque, la nation canadienne-française était plongée dans une mer anglophone, donc l\u2019élocution de la langue était très importante », nous explique Michèle Stanton-Jean.Idola Saint-Jean, l\u2019insoumise L\u2019autre Idola 36 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 P H O T O ? : ?PAR ROGER PERREAULT CAMELOT MÉTRO JARRY HISTOIRE Suffragettes de gauche à droite : Idola Saint-Jean, Joseph Mercure (Cécile Plante) et E.T Sampson, en route vers le parlement pour rencontrer le 1er ministre Taschereau, 1927. Elle accepte alors des contrats dans plusieurs domaines, dont un en enseignement de la diction à McGill.En parallèle, Idola fonde l\u2019Association artistique des dames canadiennes affiliée à la Fédération nationale de la Saint-Jean-Baptiste, la première association féministe québécoise francophone, créée par Marie Lacoste Gérin-Lajoie et Caroline Dessaules-Béique.« C\u2019était fantastique de lancer cette association de femmes francophones parce qu\u2019à cette période, les suffragettes anglophones avaient peur du féminisme francophone.» précise l\u2019auteure.Vers la centième page de la biographie, il est expliqué qu\u2019« en joignant cette fédération, Idola fait la connaissance de femmes de tous les horizons et milieux.[\u2026] Elle y découvre plusieurs aspects du statut juridique des femmes, leurs conditions de travail et leur situation économique et sociale.La fédération sert de carrefour où se discute les grandes questions sociales de l\u2019heure et Idola y rencontre des philanthropes, des féministes et des suffragistes.Au contact de Marie-Gérin Lajoie, elle apprend l\u2019action sociale et féministe.» Une tranche de vie décisive de l\u2019œuvre d\u2019Idola.Le choix de la liberté Idola n\u2019accepte pas que les hommes prennent toutes les décisions sans que les femmes n\u2019aient leur mot à dire.Elle deviendra alors une fervente défenderesse de leurs droits et se battra pour qu\u2019elles obtiennent à travail égal, un salaire égal.« Idola croyait que les femmes mariées étaient des esclaves, précise notre historienne, mais elle a toujours fait preuve de solidarité envers elles ».Elle semble réaliser que la vie conjugale et ses activités professionnelles sont incompatibles.Au fil des pages, on découvre qu\u2019« arrivée à l\u2019âge de 44 ans, elle fait le choix de demeurer célibataire et libre de tout attachement à long terme.» Idola était fille unique et restera célibataire, bien qu\u2019elle ait eu l\u2019occasion d\u2019une vie conventionnelle.D\u2019ailleurs, l\u2019une de ses correspondances avec Armand Pêche, un Français de passage à Vancouver, en est révélatrice : « nous avons une correspondance spirituelle incroyable, nous pourrions unir nos vies » ; une union de pensée, comme le dit l\u2019auteure.« Il y a eu une demande en mariage.Nous n\u2019avons pas de preuves, mais on se doute qu\u2019elle a dû dire non.Une autre lettre dit \u201cje suis déçu de votre réponse.Je vous approuve et vous admire car vous m\u2019avez causé avec toute franchise.Je ne sais où nous nous reverrons, mais je suis certain que notre amitié demeurera inébranlable.\u201d » Dans un ultime poème, l\u2019amant déchu expose sa perception d\u2019Idola : « rien ne peut me rendre esclave, aucun pouvoir ne peut contraindre mon âme ni mon corps ».37 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O S ? : ?K A R I N E ?B É N É Z E T Tout au long des années 30, Idola Saint-Jean déploie une activité constante pour diverses causes sociales, mais aucune n\u2019a autant d\u2019importance à ses yeux que l\u2019obtention du droit de vote pour les femmes.Il s\u2019agit de la cause de sa vie qui verra son aboutissement au Québec en 1940, non sans que certains députés n\u2019aient demandé aux femmes : « Êtes-vous bien certaines de préférer le droit de vote à une machine à laver ?» tandis qu\u2019un autre ajoutait « Mesdames, nous vous aimons tellement la nuit, pourquoi voulez-vous venir nous déranger en Chambre ?» Dans la postface du livre, il est écrit qu\u2019« à sa mort, dans un texte signé simplement par ceux et celles qui l\u2019ont aimée, on peut lire : Elle a fait plus de bien que le public n\u2019en saura jamais.L\u2019œuvre d\u2019Idola Saint- Jean sera mieux appréciée avec le recul des années.» À voir les luttes menées aujourd\u2019hui, on constate à quel point cette phrase était vraie et demeure actuelle.« Je pense qu\u2019elle continuerait ses combats pour la liberté d\u2019expression pour la justice, pour l\u2019équité.Elle continuerait à défendre le salaire égal, les syndicats.Et si, à son époque, on ne parlait pas des agressions sexuelles, elle soutiendrait peut-être le mouvement #EtMaintenant qui dit que les hommes doivent travailler avec les femmes, explique Michèle Stanton-Jean, comme l\u2019exprimait déjà Idola à son époque ».Détracteurs Armand Pêche soutient donc les positions politiques et sociales d\u2019Idola, qui prévaudront sur sa vie sentimentale.La clarté et la netteté des propos de cette femme engagée lui auront aussi attiré l\u2019appui d\u2019hommes membres du clergé, de journalistes, de politiciens, mais également le cynisme de certains détracteurs.Pour preuve, la réaction loufoque d\u2019un Olivar Asselin : « La vérité pure, simple chaste et nue, c\u2019est que nous ne voulons pas que la fantaisie de quelques dames toquées, aigries et désœuvrées fasse en moins de dix années du Québec \u2013 le seul État d\u2019Amérique ayant gardé un certain équilibre dans ses lois comme dans ses mœurs \u2013 un Ontario, un Connecticut ou, pour tomber tout de suite au dernier rang des sociétés dites civilisées, un Oklahma, une Georgie, un Wyoming.[\u2026] Les États-Unis doivent à leur mauvaise cuisine et au vote des femmes d\u2019être aujourd\u2019hui un pays hystérique\u2026 Par la faute des femmes qui préfèrent être viragos que ménagères, 100 millions d\u2019 individus marchent à l\u2019abrutissement par la constipation et la jaunisse, et l\u2019 idée fixe du mari, au bout de quelques années, est presque toujours de fuir le foyer conjugal.» ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 38 BIOGRAPHIES Michèle Stanton-Jean est diplômée en histoire.Elle a occupé plusieurs fonctions aux gouvernements provincial et fédéral, dont celles de sous-ministre adjointe au ministère de la Main-d\u2019œuvre et de la Sécurité du revenu du Québec et de sous-ministre de la Santé du Canada.Marie Lavigne Historienne de formation, Marie Lavigne a été, entre autres, présidente-directrice générale de trois organismes gouvernementaux : le Conseil du statut de la femme, le Conseil des arts et des lettres du Québec et la Société de la Place des arts de Montréal.P H O T O ? : ?M A R I E ?L A V I G N E P H O T O ? : ?M I C H È L E ?S T A N T O N Les librairies à domicile La culture du livre Pour Stéphane Rivard, chargé de la promotion et des partenariats de l\u2019Association des libraires du Québec (ALQ), « le libraire est un acteur qui peut agir à l\u2019extérieur de ces murs ».Qualifiés de « maillons » entre la culture et les habitants de son quartier, ils sont des médiateurs qui participent à une lutte importante, celle de l\u2019accessibilité à la culture, avec un grand C, pour tous.C\u2019est l\u2019une des raisons de l\u2019existence du projet Les librairies à domicile.Cette année, le lancement de la 3e édition a été animé par Gabriel Nadeau-Dubois et la comédienne Ève Landry; un « go » donné à ce projet qui s\u2019épanouira à travers une soixante de rencontres au Québec, dont une quarantaine déjà programmées à Montréal dans des lieux aussi atypiques que des résidences pour personnes âgées, L\u2019Institut universitaire en santé mentale de Montréal ou encore des HLM.Socialement livre ! Grâce à cette initiative, des personnes vulnérables peuvent accéder à la littérature par le biais d\u2019hommes et de femmes impliquées dans la société que ce soit artistiquement, politiquement ou tout simplement comme citoyen.« Je pense que parmi les personnes visées, beaucoup sont analphabètes.» Une réalité que Stéphane Rivard qualifie d\u2019ailleurs d\u2019« alarmante au Québec ».En effet, selon le Programme pour l\u2019évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de 2013, 19 % des Québécois ont un « niveau 1 » de littératie*.Personnes âgées, handicapées, enfants malades de Sainte- Justine, nombreuses sont les personnes fragilisées qui, cette année, se laisseront conter des histoires et échangeront autour d\u2019œuvres variées.« La littérature est véhiculée même si les personnes n\u2019ont pas l\u2019objet entre les mains.Comme peut l\u2019être un livre audio pour des personnes ayant une déficience visuelle.C\u2019est une question d\u2019accessibilité, » explique monsieur Rivard.Le projet est englobant et l\u2019ALQ travaille actuellement à le démocratiser un peu plus encore.Elle collabore donc avec le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ) pour « amener la littérature vers les gens qui ont le plus de difficulté à y accéder » et développe le projet auprès d\u2019autres groupes communautaires comme L\u2019Itinéraire.Une collaboration que Céline Marchand, camelot et amoureuse de littérature, connaît bien, mais comme conférencière du projet.« Je suis intervenue une première fois à la Libraire Pauline.J\u2019étais alors avec Jean-Marie Lapointe qui faisait la promotion de son livre, Être face à la rue.Nous, nous menions une discussion avec le public présent, autour des problématiques qui touchent les gens de la rue.C\u2019était libre, j\u2019étais moi-même, j\u2019ai parlé de mon expérience et les gens posaient de belles questions diversifiées.Cette année, je recommence avec le même principe de base et toujours avec Jean-Marie Lapointe accompagné de l\u2019auteure-compositrice et interprète Mara Tremblay.Apparemment, ils ont adoré ça ! Il y a deux choses importantes pour moi dans mes interventions.Parler de la réalité des gens de la rue, et donner une chance aux personnes qui ne se sont jamais vraiment intéressées à la lecture, d\u2019aimer ça.» « En règle générale, poursuit-t-elle, les gens présents à la librairie Pauline connaissaient la réalité de la rue soit par la famille proche, un ami, une sœur, un frère, soit par leur propre réalité.Quelque part, je pense qu\u2019 il y en a plus qu\u2019on croit.Lorsqu\u2019on m\u2019a demandé de recommencer mes conférences, j\u2019ai bien pris ça parce que j\u2019ai aimé que l\u2019on apprécie l\u2019ouverture dont j\u2019ai fait preuve par rapport à ma propre expérience.Une personne qui était en deuil m\u2019a même remerciée.Ça m\u2019a fait du bien.Ça a révélé quelque chose en moi.» Par ailleurs, Céline a un goût prononcé pour la lecture depuis sa plus tendre enfance.Et s\u2019il y a un livre, à présent accessible, qu\u2019elle souhaite lire, c\u2019est le manifeste artistique Refus global de Paul-Émile Borduas, publié en 1948.AVEC LA COLLABORATION DE CÉLINE MARCHAND - CAMELOT PROMENADE MASSON Si la comédienne Ève Landry affectionne particulièrement les romans et histoires dans lesquels elle peut se projeter comme personnage principal, Gabriel Nadeau-Dubois, lui, semble préférer les essais à saveur politique.Un constat qui se retrouve allègrement dans leurs recommandations de lectures.La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Éditions Marchand de feuilles, 2015 \u2022 Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia, Éditions Albin Michel, 2009 \u2022 Tangvald, Olivier Kemeid, Gaïa Éditions, 2017 Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Éditions du Seuil, 2016 \u2022 Le naufrage de l\u2019université, Michel Freitag, Éditions La Découverte, 1995 À lire, à relire ! Recommandations d\u2019Ève Landry Recommandations de Gabriel Nadeau-Dubois 39 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?K A R I N E ?B É N É Z E T * Les personnes éprouvent des difficultés à lire les textes et à repérer un élément d\u2019information identique ou semblable à celui donné dans une question.Céline Marchand, Ève Landry et Gabriel Nadeau-Dubois Bon à savoir Imaginons un mastodonte qui s\u2019étale d\u2019est en ouest sur des dizaines de kilomètres.Une colonne vertébrale le sépare en deux et des centaines de vertèbres parallèles viennent la croiser.Montréal incarne ce mastodonte.Sa colonne vertébrale, dont l\u2019histoire commence au croisement avec la rue Saint-Antoine, est le boulevard Saint-Laurent.Raconter le boulevard Saint-Laurent serait donc aussi vital et important qu\u2019évoquer l\u2019histoire de Montréal.L\u2019une des plus anciennes rues de Montréal est considérée comme son âme.L\u2019histoire est passionnante.On y apprend les balbutiements de l\u2019urbanisation dans la Nouvelle-France, les métamorphoses de la colonisation et de l\u2019immigration, la stratification des métiers, des secteurs d\u2019activités, des couches sociales, la cohabitation entre la vertu des grands travailleurs et le vice des désœuvrés.Bref si Montréal avait été un corps, la rue Saint-Laurent devrait être son cœur palpitant.Rues Saint-Laurent / Saint-Antoine Pourquoi le boulevard Saint- Laurent est surnommé La Main ?Parce qu\u2019après 1760, trois ans avant le traité de Paris, les anglophones montréalais appelaient déjà la rue Saint- Laurent : St-Lawrence Main Street.Cela explique pourquoi on surnomme familièrement la rue : La Main.Saint-Laurent, la rurale Au début, c\u2019était une petite rue qui s\u2019appelait Saint-Lambert.À l\u2019époque, la toponymie des rues s\u2019inspirait des propriétés limitrophes.La rue Saint-Lambert délimitait donc les terrains des héritiers de Lambert Closse de ceux de l\u2019Hôtel-Dieu.Raphael-Lambert Closse était un gouverneur intérimaire de Montréal.Assassiné en 1662, l\u2019histoire le désigne comme le sauveur de Montréal face à la terreur des Iroquois.En 1717, la rue Saint-Laurent était un chemin de terre qui prenait naissance à l\u2019entrée du pont de bois Saint-Laurent bâti au-dessus du ruisseau Saint-Mar- tin.Ce qui a été une voie rurale se développa rapidement grâce à l\u2019essor du faubourg Saint-Laurent.C\u2019était sa « grande rue ».I M A G E ?: ?M U S É E ?M C C O R D ?ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 40 Histoires de rues PAR MOSTAPHA LOTFI CAMELOT MÉTRO ÉDOUARD MONPETIT Boulevard Saint-Laurent et Rue Craig, 1895 Saint-Laurent, la plurielle Au cours des siècles, la rue a connu une arrivée massive d\u2019immigrants.Au début, il y avait une majorité de francophones puis, peu à peu, un équilibre entre anglophones et francophones s\u2019est établi.L\u2019immigration juive provenant des empires de Russie et d\u2019Autriche-Hongrie commence vers 1880 et construit le premier quartier juif de la future métropole.La diversification s\u2019est accentuée avec l\u2019arrivée de la communauté chinoise en 1870 qui était tout d\u2019abord très contrôlée jusqu\u2019à la Seconde Guerre mondiale, où elle s\u2019est développée.Le Quartier chinois prend sa place au début du 20e siècle.Pourquoi le boulevard Saint-Laurent coupe la numérotation de Montréal en deux ?Au début du 20e siècle, plus d\u2019une trentaine de municipalités s\u2019annexent à Montréal.Un problème de taille se pose alors, causé par le dédoublement des adresses civiques et du nom des rues.C\u2019est en 1905 que l\u2019administration décide alors d\u2019utiliser le boulevard Saint-Laurent comme rue qui divisera la ville en deux parties, est et ouest.En 1924 est inaugurée la nouvelle numérotation après des années de travail prévoyant un système d\u2019adresses civiques facilitant le développement urbain futur.Saint-Laurent, la criminelle Au fil des ans, Saint-Laurent change de visage.Peu à peu s\u2019y développe une large panoplie de commerces : tailleurs, marchands, entrepreneurs, mais aussi ouvreuses de cabaret.Mais la rue Saint-Laurent n\u2019a pas juste des aspects populaires et festifs.Elle a aussi un aspect sombre.Elle était le théâtre d\u2019activités peu recommandables : paris, maisons closes, bars illégaux\u2026 La Main a été aussi la rue du crime.Le jour, Saint-Laurent était travailleuse et sage, mais la nuit\u2026 Place à l\u2019ivrognerie et à la débauche dans les étages supérieurs des commerces.Cette réalité a duré de la fin du 19e siècle au milieu des années 40.À cette époque, les autorités municipales et militaires sont partis en croisade contre le crime organisé, la pègre et le vice.Puis, à la veille de l\u2019Exposition universelle, Montréal a nettoyé ses rues de ceux qu\u2019elle qualifiait parfois de déchets de la société.La majorité des boîtes de nuit et club en tout genre ont fermé leurs portes.Boulevard Saint-Laurent Date de création : 1720 (Vers 1680 pour la rue Saint-Lambert) Ancien nom : Rue Saint-Lambert Origine du nom : Le fleuve Saint-Laurent et son faubourg Longueur de la rue : 11 km Arrondissements : Ahuntsic-Cartierville / Le Plateau-Mont-Royal / Rosemont\u2014La Petite-Patrie / Ville-Marie / Villeray\u2014Saint-Michel\u2014Parc-Extension Orientation : Nord-Sud Délimitation : Rue de la Commune au sud et rue Somerville au nord Rue Saint-Antoine Date de création : 1801 Ancien nom : Rue Craig Origine du nom : Faubourg Saint-Antoine Longueur de l\u2019avenue : 5,9 km Arrondissements : Ville-Marie / Sud-Ouest Orientation : Est-Ouest Délimitation : Notre-Dame à l\u2019est et rue Saint-Jacques à l\u2019ouest I M A G E ?: ?W I K I P E D I A ?C R E A T I V E ?C O M M O N S 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA 41 Bon à savoir Boulevard Saint-Laurent 1920/2017 Repérez-vous ! FRANCE LAPOINTE CAMELOT MONT-ROYAL / MENTANA SERGE TRUDEL CAMELOT SAINTE-CATHERINE / MORGAN DANIEL GRADY VENDOR LA GAUCHETIÈRE/MANSFIELD ET DES PINS/ST-LAURENT 42 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Les feux de broussailles Les feux aux États-Unis sont causés par la sécheresse parce qu\u2019il ne mouille pas assez.Cela assèche tout l\u2019environnement de la Californie, où des villes et des forêts sont dévastées.Toutes les pertes, les maisons et les commerces forment une défaillance qui nuit à tout le monde qui vit là-bas et qui perd tout.C\u2019est dur de recommencer à zéro.Le président des États-Unis doit prendre soin des gens et trouver des grosses subventions et des dons humanitaires pour les sauver de tous ces problèmes qui n\u2019en finissent plus.Ça va être long pour réorganiser la vie de tous ceux qui ont été ensevelis par les pertes.Je ne souhaite pas ça à personne.Cela me fait peur car si cela arrive en Californie, qu\u2019allons-nous devenir si cela nous arrive à nous aussi ?Il faudrait tous se mettre ensemble et trouver des moyens de s\u2019entraider et de sauver l\u2019humanité de tous ses tracas, pour empêcher les sécheresses dans les prochaines années et pour arriver à contrer toutes les intempéries de la planète.On ne se soutient pas assez.La force qu\u2019on peut trouver en se regroupant est plus grande.Il faut rassembler toute l\u2019aide nécessaire pour libérer les autres de la misère et se forcer à recueillir les dons appropriés pour ceux qui en ont besoin et pour soulager la souffrance de ceux qui en subissent les conséquences.Qu\u2019attendons-nous pour agir ?Agissons tous ensemble et formons une grande chaîne humaine.Femme Quoi de plus beau qu\u2019une femme.Léonard de Vinci en a fait des œuvres, à la chapelle Sixtine, sous la recommandation du pape : des peintures de femmes nues.Mais on peut dire que la nudité a sa poésie.Au Québec, Jean-Pierre Ferland parle de cette beauté du monde qu\u2019est la femme.D\u2019ailleurs, pour un artiste, c\u2019est la plus belle œuvre et la dernière.Ici, je fais allusion à Dieu, qui créa le monde en sept jours.La sixième journée fut pour lui, j\u2019imagine, la plus belle, puisqu\u2019il créa la femme.En ce sens, voici mon poème : Et toi, la femme\u2026 femme ! Tu nais de la beauté de la vie La plus grande œuvre du Créateur C\u2019est toi, la plus magnifique de toute la vie.Femme ! Que de tendresse que ce nom ! Et toi ! Femme, que de beauté, tu incarnes L\u2019amour est ton synonyme L\u2019abandon est ton œuvre de dévouement.Femme ! Quel beau et grand nom Si beau ! Si bon ! Si grand ! Que l\u2019on ne se lasserait pas de prononcer.Tu n\u2019as, dans ton cœur, que du bon ! Ce qui ne s\u2019éveillerait pas ! De la monotonie de la vie ! Femme ! Mère, qui chasse nos amers soucis Femme! Épouse, par amour, tu te donnes à lui Femme ! Maternelle le jour ! Maîtresse la nuit ! Malgré l\u2019âge des ans qui s\u2019écoulent, Tu ne changes pas.Ta bonté reflète ta beauté du cœur.Heureuse, avec ton petit monde de bonheur.Listening to music without drugs I listen to music now without any drugs.I can appreciate the music more and I can appreciate that musicians put a lot of heart into their songs.I feel happy and have joy listening to music from every angle.Music is something you should listen to without drugs.And maybe you can get something out of it.Music can be your special friend and a lot of it can help you escape your problems.So don\u2019t go on any drugs while you listen to it.I remember I used to take drugs while I listened to music and I used to drink alcohol too.But I guess I really didn\u2019t feel the same as when I was straight.I guess I lost the true meaning of music and I had lost something inside of me too.Music for me is meant to get a message across to the listeners, and it\u2019s something you can\u2019t do when you\u2019re on drugs.When I was young I didn\u2019t know the difference between having a true blessing from music or just getting stoned and drunk and have the music being lost.I have many musicians that I enjoy listening to like The Beatles, The Rolling Stones, The Allman Brothers, Lynyrd Skynyrd, Jefferson Airplane and The Moody Blues.The more I listen to music the more I can enjoy it drug-free, and the more I feel better about myself and towards music. Signeriez-vous un bail avec une colocataire qui a neuf vies ?Vous n\u2019êtes pas sûr, mais c\u2019est pourtant ce qu\u2019a fait notre camelot Linda Pelletier.Et depuis, sa belle chatte noire partage son quotidien.Huit ans et demi de vie commune.Tout un bail.À première vue, on pourrait penser qu\u2019elle est une chatte sans nom.Mais non, détrompez-vous, elle n\u2019est pas anonyme.Sa minoune a plutôt cent noms : « Ma beauté.Ma belle petite chatte.Ma petite minoune.» Tout dépend du jour et de l\u2019humeur de Linda.La gracieuse féline a suivi les déménageurs lorsque Linda s\u2019est installée, il y a un an et demi, dans son nouvel appartement, rue La Fontaine, près du boulevard Pie IX.« C\u2019est un quartier incroyable, dit-elle.Tout est à proximité.» Mis à part lorsqu\u2019elle vient à L\u2019Itinéraire chercher « ses » magazines, Linda ne prend jamais le transport en commun.« Je vais partout à pied », y compris jusqu\u2019à son point de vente, au marché Maisonneuve.Son appartement de trois pièces et demie est décoré avec goût.De beaux objets qui rappellent de beaux souvenirs.« J\u2019ai des problèmes de mémoire, nuance-t-elle.Mais c\u2019est peut-être mieux ainsi.Cela me permet d\u2019oublier les pires moments comme les belles choses.» Il faut dire que la vie ne lui a pas fait de cadeaux.Abusée sexuellement en très bas âge par son père, elle a été victime de violence physique durant pratiquement toute son enfance et son adolescence.Jusqu\u2019au moment où elle a pris le large sans prévenir.Adieu Papa ! Bonjour la vie ! À l\u2019aube de la soixantaine, Linda préfère parler de choses plus joyeuses.De L\u2019Itinéraire, par exemple, où elle est entrée en août 2006.À l\u2019exception de quelques mois au cours desquels sa santé lui causait des problèmes, Linda est restée fidèle au poste depuis une douzaine d\u2019années.Sur les murs de son appart trônent d\u2019ailleurs quelques trophées qui rappellent ce parcours.Huit en tout.Tous des prix d\u2019excellence pour des textes écrits à L\u2019Itinéraire.Allez Linda ! À quand ton prochain texte ?Minoune sera sûrement encore plus fière de toi.43 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA Les camelots de L\u2019Itinéraire ne sont pas tous des itinérants, loin de là.Oui, c\u2019est vrai, quelques-uns vivent encore dans la rue.Oui, c\u2019est vrai, plusieurs n\u2019ont?pas?de?logement?à?eux.?Mais?la?plupart?ont?un?toit?aujourd\u2019hui,?bien?que?leur?situation?financière?reste précaire et que la rue n\u2019est jamais loin.L i n d a P H O T O S : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.Mélanger.2.Possédées.- Mammifère carnivore.3.Mille cinq.- Sommet.- Rd.4.Éthéré.- Protozoaire.5.Ornent de battements rapides sur deux notes.- Avion.6.Écharpe.- Deux.- Roue.7.Créatures en cours de transformation.8.Période.- Sujet.- Argon.9.Donnes.- Alcaloïde.10.Existes.- Article.- Légumineuses.verticalement 1.Vomissement de sang.2.Ajours.3.Pronom.- Rire.4.Balança.- Appris.5.Remugle.6.Bois.- Boissons infusées.7.Propre.- Démenties.8.Doctrines de l\u2019école d\u2019Élée.9.Id est.- Âge.10.Disposition par raies.- À la mode.11.Bouverie.- Bourrique.12.Repars.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Enzyme Film étasunien Banc de corail Ber Dieu Jeune Mécanisation Réfléchiraient Mitonnera Largesse Dressons Recueillis Panier Métro Suivit Imprimais Sélénium Entêtées Rigolons Règle Aèdes Fleuve italien Rivière suisse Pages Rivière autrichienne Puis Âge Étain Organes Enzyme Film étasunien Banc de corail Ber Dieu Jeune Mécanisation Réfléchiraient Mitonnera Largesse Dressons Recueillis Panier Métro Suivit Imprimais Sélénium Entêtées Rigolons Règle Aèdes Fleuve italien Rivière suisse Pages Rivière autrichienne Puis Âge Étain Organes Réponses du 01 MAR 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 L M P B I R O N S T E P O T E E S E S I N N A T E T E U S I F L A I N N L I S A T I S A P N I R E E R E R E R E E L V O S N S B U T N I A S I M J O E T R A 15 février 2018 H O M O G E N E I S E R E U E S B E L E T T E M V C R E T E R A D A E R I E N A M I B E T R I L L E N T U L M E T O L E I I R E A M U T A N T E S E R E R E T H E M E A R S E R S E S E R I N E E S U N S S E N E S Réponses du 1 mars 2018 P O P U L A C I E R E S E C U R E R E N T S U R U N E S R N A M I E L I S E N T A R E S A R R U A N D A I S C R B A S I D E N E I I R I N N B S T S A E R E R I O N S E T A I N A N O D E R E M E T T R I E Z S Réponses du 15 fev 2018 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Éolide Siestes Douleur Eau congelée Déformations de la cornée Réactiver Soja Peinture japonaise Manie Poèmes Bafouiller Braqueriez Écorce Mortes Rissolas Cadeau Qui a de gros os Garder Homme politique français Métaux Conjonction Pronom Grogne Note Rôti Plante Isérois Rd Éolide Siestes Douleur Eau congelée Déformations de la cornée Réactiver Soja Peinture japonaise Manie Poèmes Bafouiller Braqueriez Écorce Mortes Rissolas Cadeau Qui a de gros os Garder Homme politique français Métaux Conjonction Pronom Grogne Note Rôti Plante Isérois Rd Réponses du 15 FEV 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 H R S D S O S U S E E R E T N E I R O D N A R L E O R R O T E D C E E D E S D O R S A O U B T E I R E Z T A N G I V R E A L I S B E G Y A E R A K K E O M N O À vos crayons ! 44 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 DÉTENTE publicité SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Confirmé Grille numéro : 62914 5 7 4 2 9 3 6 8 5 2 1 5 3 9 7 3 9 2 7 6 1 5 1 3 2 9 4 8 6 4 8 1 5 2 1 3 9 6 8 7 4 7 8 4 2 5 1 6 9 3 9 3 6 7 8 4 5 2 1 6 1 5 4 3 9 2 8 7 3 9 2 8 7 5 4 1 6 4 7 8 1 6 2 3 5 9 1 5 3 6 2 7 9 4 8 8 4 9 5 1 3 7 6 2 2 6 7 9 4 8 1 3 5 Grille Jeu Sudoku Confirmé à imprimer du jeudi 25 janvier 2018 18:00:02 1 / 1 15 février 2018 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 1er mars 2018 | ITINERAIRE.CA SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Expert Grille numéro : 62915 1 4 2 9 8 6 3 2 8 6 5 9 7 8 1 4 9 5 9 6 2 7 3 1 4 2 1 3 5 3 6 4 1 7 4 5 2 9 8 6 3 2 8 3 4 1 6 9 5 7 6 9 5 7 3 8 1 4 2 7 2 6 8 5 1 4 3 9 5 4 8 9 6 3 2 7 1 3 1 9 2 4 7 5 8 6 4 3 2 6 9 5 7 1 8 9 6 7 1 8 4 3 2 5 8 5 1 3 7 2 6 9 4 Grille Jeu Sudoku Expert à imprimer du jeudi 25 janvier 2018 18:00:02 1 / 1 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S Travailler au mieux-être collectif, c\u2019est central.Centralisons nos forces lacsq.org L\u2019Itinéraire - 3,687 po x 4,875 po, couleurs Je me suis dit que, pour se cacher, la nudité?était?aussi?efficace?qu\u2019une?burqa?d\u2019Afghane.Monique Proulx Je ne veux pas laisser à la vie?le?plaisir?de?me?gruger?encore,?une?fois?mort,?de?faire?joujou?avec?mon?corps?en le décomposant, en se l\u2019appropriant,?en?l\u2019ingérant?pour?former?une?autre?vie,?même?végétale,?même?minérale.Nelly Arcand Il?faut?bien?qu\u2019un?homme?se?distraie.Marie-Claire Blais N\u2019oubliez?jamais?qu\u2019il?suffira?d\u2019une?crise?politique,?économique?ou?religieuse?pour?que?les?droits?des?femmes?soient?remis?en question.Ces droits ne sont jamais acquis.?Vous?devrez?rester?vigilantes?votre vie durant.Simone de Beauvoir Personne ne peut vous enlever votre liberté de penser.Vous pouvez être conseillées, éclairées par d\u2019autres, mais ne laissez jamais quelqu\u2019un penser pour vous.Simone Monet-Chartrand Alors que nous avons le?courage?d\u2019élever?nos?filles?comme?nos?fils,?nous avons rarement le courage?d\u2019élever?nos?fils?comme?nos?filles.Gloria Steinheim Puisqu\u2019il?nous?faut?vieillir,?mieux?vaut que ce soit dans la joie.Jeannette Bertrand L\u2019amour?est?un?piège.?La?pitié?aussi.Anne Hébert Je?n\u2019ai?jamais?été?capable?de?définir?précisément ce que voulait dire le féminisme?:?je?sais?seulement?qu\u2019on?me?désigne?comme?féministe?chaque?fois?que j\u2019exprime des sentiments qui me différencient?d\u2019un?paillasson.Rebecca West Le sexisme est plus profond?et?plus?endémique encore que le racisme.Benoîte Groult La?femme?est?capable de tous les exercices de l\u2019homme,?sauf?de?faire?pipi?debout?contre un mur.Colette Je veux qu\u2019on se souvienne de moi comme d\u2019une personne soucieuse de liberté, d\u2019égalité,?de?justice?et de prospérité des peuples.Rosa Park Il est aisé de s\u2019accrocher à ses stéréotypes et ses idées préconçues, on se sent ainsi rassuré dans sa propre ignorance.Michelle Obama Vous m\u2019avez aimée servante M\u2019avez?voulue?ignorante Forte, vous me combattiez Faible, vous me méprisiez Anne Sylvestre du féminism e IMAGE :?STEFANINA?HILL?(123RF) 46 ITINERAIRE.CA | 1er mars 2018 PAR MADELEINE LAROCHE BÉNÉVOLE À LA RÉDACTION À PROPOS. économisés par les camelots par année en logement grâce à nos interventions 67 200 $ titres de transport individuels offerts par année 4476 certificats mensuels à tarif ordinaire offerts 168 rapports d\u2019impôts réalisés annuellement 75 2500 Camelots depuis la création de l\u2019organisme en 1989 repas gratuits distribués aux personnes itinérantes ou à risque grâce au concept unique de la Carte-repas solidaire 7500 camelots Une équipe de175 paniers de nourriture offerts gratuitement à nos camelots par année 3750 Le Café L\u2019Itinéraire est un milieu de vie où les participants ont accès à des repas à prix modiques personnes ont fréquenté le Café de la Maison ronde, le seul café autochtone à Montréal + 3500 villes Vendu dans 7 24 000 Chaque mois, nos camelots vendent collectivement magazines Un recueil de 216 pages qui compile 100 des meilleurs textes de camelots au cours des 25 dernières années Sentinelles copies 3100 du magazine rédigé par les camelots + 200 heures de formation à la rédaction 50 % PUB_BIEN_PLUS_2018_1PP.indd 1 18-02-08 14:21 B ee Profitez de votre pause-café pour découvrir le tout nouveau CAFEBROSSARD.COM - = ue \u2014 2 » À C1] | BROSS'ARD gp i i te, rT: yg \\ XL: es ay Py A MW > Ar UNITY Ti 1B e\u2014 NE.ASE rare Fi +o EE \"MEE EN SE.= Jost \"= mr ee AEE ELE TE FEE LE RE La promesse d'un café savoureux, EE EE torréfié de main de maître qu'on prend TORRÉFIÉ À MONTRÉAL | Ld BN qe \u2014 © plaisir à déguster tous les jours.514 321-4121 1 800 361-4121 "]
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