L'itinéraire, 1 janvier 2018, dimanche 15 avril 2018
[" English feature Me Too in Latin America Volume XXV, n?08 Montréal, 15 avril 2018 mens pos fs upperkut\u2019 L a Lltinéraire, c'est aussi de la formation en rédaction.Merci de nous aider à poursuivre notre engagement envers la société.itineraire.ca/faire-un-don Nom Mélanie Noël | Camelot n° 1520 | Âge 37 ans Point de vente Métro Verdun J usqu\u2019à l\u2019âge de dix ans, Mélanie et sa sœur jumelle identique habitaient avec leurs parents qu\u2019elles adoraient.Un jour, leur père est parti vivre avec une autre femme qui avait des jumeaux (deux garçons) et une fille.Ce fut pour les jumelles le début d\u2019une série ininterrompue de déménagements, pendant plus d\u2019une décennie.Mélanie est restée un temps avec leur mère, puis elle a rejoint Mélissa chez leur père.« Nous étions très affectées, ma sœur et moi.Je n\u2019écoutais pas à l\u2019école.J\u2019étais mélangée.» Puis, les jumelles ont été placées dans des centres d\u2019accueil différents.Elles n\u2019habiteront plus ensemble.L\u2019une et l\u2019autre ont tenté à quelques occasions de retourner chez leur mère et leur père, mais ça n\u2019a pas fonctionné.À 15 ans, Mélanie a demandé elle-même à son père de la laisser retourner vivre en centre d\u2019accueil.Sa sœur a choisi un autre centre.« Elle fuguait, se mutilait, elle entendait des voix.Elle voulait qu\u2019on fugue ensemble pour rejoindre notre mère.» Finalement, Mélanie a décidé de couper les ponts avec elle.« Elle me blessait.Elle venait me chercher.» Mélanie parle candidement de son état : « J\u2019ai un trouble de personnalité limite ; je souffre de schizophrénie indifférenciée avec une déficience intellectuelle légère.Je suis très ouverte à en parler.» Malgré ses difficultés d\u2019apprentissage et ses problèmes de concentration, Mélanie s\u2019exprime avec éloquence et écrit pratiquement sans fautes.De plus, elle possède une mémoire hors du commun.« Je peux répéter une série de chiffres dans l\u2019ordre et à l\u2019envers sans problème.» Mélanie vit seule en appartement, dans l\u2019attente d\u2019un HLM depuis six ans.Elle a de bonnes amies et fréquente des centres de jour où elle peut jaser, prendre un repas et faire des activités.« J\u2019ai une vie très bien remplie.J\u2019ai la bougeotte et je ne suis pas souvent chez moi.Ce que j\u2019aime beaucoup, c\u2019est m\u2019exercer à la chanson country.» Il y aura trois ans bientôt, Mélanie s\u2019est intéressée au travail d\u2019un ami, camelot à L\u2019Itinéraire.Après lui avoir posé bien des questions, elle a compris que ce travail était pour elle.« Je n\u2019ai pas complété mon secondaire 5.Je n\u2019avais jamais travaillé de ma vie mais, tout de suite, j\u2019ai su comment m\u2019y prendre pour aborder les gens.» « J\u2019adore mon travail au métro Verdun et mes ventes vont très bien.J\u2019aime bien l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire.J\u2019y ai trouvé des amis et des modèles de gens qui foncent et qui travaillent.J\u2019ai aussi donné mon nom pour être bénévole lors de la soirée du grand dénombrement (des itinérants), le 24 avril prochain.» L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Mélanie Par Christine Barbeau Bénévole à la rédaction Photo : Milton Fernandes Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL : LUC DESJARDINS RÉDACTION Chef du secteur magazine et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : CAMILLE TESTE Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste affectée à la version numérique : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, ARIANE CHASLE, MADELEINE LAROCHE, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE Photo de la une : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : MARCELA CHAVEZ Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Novatech Médical Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Virage Coaching JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg, sencrl, srl RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire YVON MASSICOTTE - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : GISÈLE BÉLANGER Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas?responsable?des?gestes?des?vendeurs?dans?la?rue.?Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous?tenons?à?remercier?le?ministère?de?la?Santé?et?des?Services?sociaux?de?même?que?le?Centre?intégré?universitaire?de?santé?et?de?services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 3 12 MOTS DE CAMELOTS Jean-Claude Nault 9 Norman?Rickert?9 Jocelyn Chrétien 9 Jacques Élysé 43 Bill Economou 43 Maxime Valcourt 43 ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! Mélanie DOSSIER \u2022 Trois héros du quotidien \u2022 Médecins?sans?frontières?-?Une?clinique?mobile pour les plus précaires Par Camille Teste \u2022 Robin?des?Bois?-?Manger?pour?la?bonne?cause Par Shannon Pécourt et Camille Teste \u2022 Des mentors deviennent leaders à L\u2019Itinéraire Par Geneviève Bertrand Une drag pas comme les autres Sébastien?Potvin?enseigne?le?jour.?Barbada?danse?la?nuit.?Pourtant,?le?prof?et?la?drag?font?bon?ménage.?Avec?passion,?Sébastien?transmet?aux?plus?jeunes?son?amour?de?la?flûte?traversière?et?du?piano?classique.?Avec?fougue,?Barbada?s\u2019éclate?sous les projecteurs jusqu\u2019à devenir drag de l\u2019année de Mx Fierté Canada.Entrevue avec une drag?pas?comme?les?autres,?une?star?montante?du?nightlife montréalais.Par Yvon Massicotte LA UNE 26 ÉDITORIAL 7 Une force formidable Par?Josée?Panet-Raymond ROND-POINT INTERNATIONAL 8 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ 10 3 questions à Anne-Sophie Letellier Par Laurent Soumis MOT DU RAPSIM 11 Encore un dénombrement Par Pierre Gaudreau, directeur du RAPSIM COMPTES À RENDRE 23 Pour qui ça compte ?Par?Ianik?Marcil,?économiste indépendant DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 24 Le bénévolat INSP 30 In Latin America \u201cMe Too\u201d Doesn\u2019t Always Mean the Same Thing By Fabiana Frayssinet TÉMOIGNAGE 33 La reine des camelots Par Linda Pelletier PERSONNALITÉS 34 Brent Lakatos : sans limites Par Christine Viens CINÉMA 36 Ailleurs - La conscience d\u2019un film Par Simon Jacques CULTURE 39 Dénicher la gratuité ! Par?Tuan?Trieu-Hoang HISTOIRES DE RUES 40 De Bleury / Parc Par?Roger?Perreault BD 42 Par Siou DÉTENTE 44 À PROPOS.46 de la générosité Par Sylvain Pépin Bonjour D\u2019une personne de Granby qui vous lit avec intérêt depuis plusieurs années, je m'émerveille souvent de la qualité des écrits pertinents, pondérés, avec une vision unique aussi.J\u2019ai pensé à une devise pour votre journal;?D\u2019UN?MÉTRO?À?L\u2019AUTRE?! J.François Brouillard Votre?magazine?est?remarquablement?bien écrit, sans prétention.Étant traductrice/éditrice de métier je considère que vous pourriez donner des leçons au Journal de Montréal.On?l\u2019achète?pour?la?cause?on?le?lit?pour?le?plaisir.?Bravo?! Marie-Claude Bourjon Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.SOMMAIRE 15 avril 2018 Volume XXV, no 08 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : de la réalité des quelque 4000 organismes communautaires de la province.Au lendemain du budget Leitão qui annonçait un investissement de 22,5 millions $ pour les organismes communautaires, Laurence Lagouarde, co porte-parole de la campagne Engagez-vous pour le communautaire a réagi fortement.« Nous sommes à des années lumières des 475 millions $ nécessaires immédiatement pour soutenir les organismes qui sont à bout de souffle ! », s\u2019est-elle insurgée.Si nous nous entendons toutes les deux sur le fait que le bénévolat est œuvre merveilleuse et indispensable, on estime également que des bénévoles font un travail qui pourrait être accompli par des employés si les organismes avaient les moyens d\u2019en embaucher.« Il faut faire la différence entre bénévolat et cheap labour », dit-elle, en ajoutant qu\u2019il y a clairement un déséquilibre dans les organismes, sous-financés et laissés pour compte par les gouvernements.Il n\u2019y a qu\u2019à parler avec une personne qui travaille pour un organisme communautaire, dont la mission est de contribuer à améliorer les conditions de vie de nos concitoyens moins favorisés, pour se rendre compte que, bien qu\u2019elle soit payée pour le faire, une bonne proportion de ses heures de temps supplémentaires n\u2019est pas rémunérée.« On est tous à la même enseigne, malheureusement, lance Laurence Lagouarde.D\u2019autant plus que ces travailleurs ne gagnent pas des salaires très élevés, ce qui contribue au phénomène de la pauvreté.» Merci à tous nos bénévoles ! À L\u2019Itinéraire, on compte sur une trentaine de bénévoles qui viennent nous donner un coup de main ponctuel dans divers secteurs de l\u2019organisme.Sans ces hommes et femmes de cœur, nous aurions bien du mal à sortir deux magazines par mois, sans oublier les autres activités du Groupe communautaire.Parmi eux, Paul Arsenault, un de nos bénévoles de longue date qui vient tous les 15 jours corriger les épreuves du magazine avec Lucie Laporte, elle aussi volontaire depuis plusieurs années, résume bien la raison de son implication.Pour lui, le fait d\u2019offrir de son temps est une façon de contribuer à améliorer la société.« J\u2019adore la révision, et d\u2019en faire à L\u2019Itinéraire, c\u2019est ma façon d\u2019aider à réduire les inégalités sociales », dit ce docteur en psychologie à la retraite.À Paul, à Lucie, à Laetitia, à Madeleine, à Hélène, à Pierre, à Monsieur Paul, à Valérie, à Christine, à Marie, à Miville, à Mario, à Irène, à Martine, à Gilles et à une foule d\u2019autres bénévoles : Merci de tout cœur.On vous aime ! Si on ne m\u2019avait pas tendu la main un jour pour me tirer vers le haut, je n\u2019en serais pas là où j\u2019en suis aujourd\u2019hui.Lorsque je regarde en arrière, beaucoup de gens m\u2019ont soufflé des conseils, donné des tuyaux et guidée dans mon cheminement professionnel et personnel.C\u2019est sûrement le cas pour la plupart des gens, d\u2019ailleurs.Ça s\u2019appelle donner au suivant, gratuitement, bénévolement.L\u2019être humain est comme ça.Il aime donner.Sans doute parce qu\u2019il est valorisant de transmettre à d\u2019autres ce que l\u2019on sait.La transmission des savoirs, le partage et le don de soi sont à la base du bénévolat.On célèbre d\u2019ailleurs la Semaine de l\u2019action bénévole du 15 au 21 avril, thème de notre dossier principal.On est plus de 2,2 millions à en faire Le bénévolat est une force formidable de la société québécoise.Au-delà de deux millions de personnes donnent gratuitement de leur temps et de leur énergie à une cause ou un organisme au Québec.Notre journaliste Camille Teste révèle dans nos pages que si tous ces bénévoles étaient rémunérés au salaire moyen pour les 268 millions d\u2019heures qu\u2019ils consacrent par année au volontariat, ils gagneraient collectivement 7 milliards de dollars ! Les chiffres démontrent également que lorsque les gouvernements injectent 1 $ dans un organisme en action bénévole, les bénévoles génèrent une moyenne de 4 $ en prestation de services au sein de leur communauté.Le bénévolat c\u2019est le côté humain de la société civile.C\u2019est l\u2019expression de la bonté et de l\u2019engagement de la population.À tel point qu\u2019une Déclaration nationale sur l\u2019action bénévole a été rédigée par le gouvernement québécois en 2002.On y lit qu\u2019il s\u2019engage à reconnaître, promouvoir et soutenir l\u2019action bénévole.La déclaration, signée par Bernard Landry, premier ministre de l\u2019époque, énonce aussi que le gouvernement s\u2019engage à considérer le bénévolat comme une contribution essentielle qui demeure distincte des services publics sous la responsabilité de l\u2019État.Entre don de soi et cheap labour Mais voilà, il existe un flou entre l\u2019appui et le désengagement du gouvernement envers les organismes communautaires, comme le nôtre, qui comptent sur des bénévoles pour accomplir leur mission, voire même pour réaliser leurs activités courantes.En effet, il s\u2019agit Une force formidable 7 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O : ?R A W P I X E L ?( 1 2 3 R F ) PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL INDE | Défigurées par des attaques à l\u2019acide, elles défilent fièrement La veille de la Journée de la femme, 11 victimes d\u2019attaques à l\u2019acide ont défilé et posé devant des photographes, lors d\u2019un événement organisé dans l\u2019agglomération de Bombay.Rayonnantes dans leurs tenues colorées, elles ont marché fièrement pour dénoncer les violences dont sont victimes les femmes en Inde.Laxmi, l\u2019une des participantes, a été attaquée lorsqu\u2019elle n\u2019avait que 15 ans : elle avait refusé d\u2019épouser son agresseur, un homme de 32 ans.Lors de l\u2019événement, elle a déclaré qu\u2019elle ne voulait pas seulement du respect, mais bien de l\u2019égalité.Deepmala Tiwary, l\u2019une de ses homologues, a ajouté : « Ce que les autres pensent de nous n\u2019a pas d\u2019importance.Tout ce qui compte, c\u2019est ce que nous pensons de nous-mêmes.» Sur les 1500 attaques à l\u2019acide perpétrées dans le monde chaque année, plus des deux tiers ont lieu en Inde.Les conséquences en termes d\u2019isolement et de rejet, sont désastreuses.Par peur des représailles, peu de victimes osent porter plainte.(Reuters / INSP) VENEZUELA | Adieux déchirants Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont migré ailleurs en Amérique du Sud au cours de l\u2019année dernière, à cause de la grave crise qui ravage le pays.Les reporters Carlos Garcia Rawlins et Alexandra Ulmer en ont accompagné quelques-uns lors d\u2019un voyage en bus de 3000 kilomètres qui devait les conduire au Chili.Parmi les passagers, il y a Adrian, un vendeur de batteries de voitures.Il vivait avec sa fiancée dans la maison familiale.Même si toute la famille travaillait, aucun ne gagnait assez pour espérer survivre.Afin d\u2019offrir une vie meilleure à ses proches, Adrian n\u2019a pas trouvé meilleure solution que de quitter le pays.Il y a aussi Alvaro, un ancien commis de banque.Il a dû quitter sa femme et ses enfants.Avec lui, il garde précieusement une photographie et une petite carte.Dessus, ses enfants ont écrit qu\u2019il est le meilleur père du monde.La plupart n\u2019ont jamais quitté le Venezuela avant ce long voyage.À chaque frontière, leur peur est palpable.Par-dessus tout, ils craignent que la police ne les renvoie d\u2019où ils viennent.Carlos Garcia Rawlins raconte qu\u2019il n\u2019a vu leur humeur changer qu\u2019une fois la frontière chilienne traversée.(Reuters / INSP) TRADUCTION :?CAMILLE?TESTE 8 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O ?: ?C A R L O S ?G A R C I A ?R A W L I N S / R E U T E R S P H O T O ?: ?D A N I S H ?S I D D I Q U I / R E U T E R S L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau?International?des?journaux?de?rue?-?INSP).?Le réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 34 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont?vu?leur?vie?changer?grâce?à?la?vente?de?journaux?de?rue.?Le?contenu?de?ces?pages?nous?a?été?relayé?par?nos?collègues?à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org.Le 7 novembre 2017, David Vargas, 12 ans, attend le bus qui doit l\u2019emmener de Caracas au Venezuela à Guayaquil en Équateur.Il pleure après avoir dit au revoir à sa famille.Des survivantes d\u2019attaques à l\u2019acide posent lors d\u2019un défilé de mode, organisé à Thane en Inde, à l\u2019occasion de la Journée internationale du droit des femmes, en mars 2018. JEAN-CLAUDE NAULT CAMELOT CHAMP-DE-MARS NORMAN RICKERT CAMELOT MÉTRO OUTREMONT VAN HORNE / DOLLARD JOCELYN CHRÉTIEN CAMELOT SAINT-JÉRÔME Les vers ci-dessous ont été écrits à la suite de la tuerie en Floride de 14 jeunes et trois adultes dans une école secondaire par un fou furieux, probablement très brillant.Trump, dans sa grande « sagesse », a proposé que les enseignants portent des armes pour protéger les enfants.J\u2019imagine que ces mêmes profs pourraient en venir à renforcer la discipline en classe en brandissant leur « gun ».Mais il faut « féliciter » notre « ami » Donald pour avoir réconforté les familles endeuillées.Au moment d\u2019écrire ces lignes, les magasins Dick\u2019s Sporting Goods et Walmart ont décidé de restreindre la vente d\u2019armes dans leur magasin en relevant l\u2019âge de vente à 21 ans.Le tueur de Parkland avait 19 ans.En revanche, le massacre par arme à feu de 16 jeunes dans une école primaire de Dunblane, en Écosse en 1996, a entraîné l\u2019interdiction de toutes les armes de poing à l\u2019extérieur des clubs de tir en Grande-Bretagne.Depuis lors, aucune tuerie n\u2019a eu lieu dans les écoles du pays.Autre pays, autres mœurs.L\u2019attitude qui trump Une tuerie\u2026 Paw ! Paw ! Paw ! Seize personnes.Paw ! Paw ! T\u2019es mort Parties vers l\u2019au-delà Au Royaume du Walhalla Et le Donald Ce clown orange Vient se pointer le bout du nez Auprès des familles Des personnes décédées « En rang d\u2019oignon, tout le monde ! Souriez pour les caméras ! Regardez comme je suis bon ! Regardez comme je souffre ! Regardez ma belle femme ! Allez, souris ma belle Melania ! Je verse des larmes de crocodile Je suis un homme qui déborde de compassion » « Je suis avec vous, mes amis Je suis full chagrin, je partage votre pe-peine C\u2019est ben d\u2019valeur qu\u2019ils soient morts Fait que votez donc pour moi en 2020 Votez- donc du bon bord » Plus ça change Plus c\u2019est pareil Circonstances atténuantes Come on, mon œil ! Guns don\u2019t kill people Bullets do Tell that to the NRA They\u2019 ll say « no can do » Combien de rêves brillants assassinés, sacrament ! Avant l\u2019étincelle d\u2019un espoir de changement.9 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Un nouveau départ Je suis à la station Champ-de-Mars depuis la mi-décembre.J\u2019ai changé d\u2019emplacement, avant je vendais à la station Guy-Concordia.Je me plais mieux à ce point de vente qui est très beau.Je vois les vitraux, les gratte-ciels, la lumière du jour.La vente est meilleure, c\u2019est un quartier plus francophone.Je suis tout près du Vieux-Montréal, de l\u2019hôtel de ville, du nouveau Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), ce qui m\u2019amène des clients : des médecins, des touristes.Il y a aussi le Château Ramezay qui est tout proche.La Journée des musées de Montréal attire beaucoup de monde.J\u2019y participe chaque année et ça me fait connaître de nouveaux endroits.L\u2019Institut de recherche et la cour municipale sont juste à côté.Tout ça est près de moi.Je me sens en sécurité, c\u2019est une station tranquille.À n\u2019importe quelle heure je peux vendre.Une de mes nouvelles clientes m\u2019a dit : « C\u2019est le fun de voir un sourire ! » Un changeur, employé de la Société de transport de Montréal (STM), m\u2019a même acheté un magazine.Cet été je serai près des activités, des spectacles de rue, du Cirque du Soleil, du Vieux-Port.Je suis heureux de ce changement d\u2019atmosphère.J\u2019avais besoin de ce nouveau souffle pour évoluer dans mes ventes.Je vous invite à venir m\u2019encourager, ça me fera plaisir de discuter avec vous.Assez ! Assez ! Assez des mégots par terre, partout, abandonnés par les fumeurs comme si de rien n\u2019était.Un simple déchet ?Oh que non ! Où pensez-vous qu\u2019ils vont vos mégots après votre geste lâche et insouciant ?Dans les égouts et ensuite aux usines de traitement des eaux usées \u2014 comme si c\u2019était normal \u2014 et sûrement aussi dans les cours d\u2019eau.Ces usines n\u2019ont sûrement pas été conçues pour traiter ces milliards de mégots.Assez de vos « on en a rien à foutre », vous les « nicotino- manes ».Où les jetez-vous, vos mégots, à la maison ?Dans un cendrier bien sûr, peut-être même dans le bol de toilette.Assez ! Pourquoi salir nos villes avec vos déchets ?Assumez-vous ! Mettez-les aux poubelles au moins ! Assez ! Des lois ont été votées pour empêcher les gens de fumer presque partout, du moins à l\u2019intérieur, pour qu\u2019on puisse respirer de l\u2019air moins enfumé pour notre santé.Vous vous vengez en jetant vos mégots partout sur les trottoirs et dans l\u2019espace public.Assez ! C\u2019est assez ! P H O T O ?: ?C R Y P T O .Q U É B E C questions à Anne-Sophie Letellier 3 amis et leurs contacts.Ainsi, si 270 000 usagers ont répondu au questionnaire, on a finalement recueilli de l\u2019information sur 50 millions de personnes.La firme était sous le radar depuis longtemps.Mais une enquête journalistique a montré que le président de la firme se vantait d\u2019avoir manipulé les électeurs américains.Lors de la dernière campagne, on les a ciblés psychologiquement pour mieux diffuser de fausses nouvelles.C\u2019est ça le scandale Facebook.Que peuvent faire les gouvernements ?Il n\u2019y a pas de solution facile.La majorité des applications recueillent des données personnelles qui passent par les mains des cinq grandes compagnies.Le scandale de Facebook peut donc se reproduire dans le futur.À long terme, les gouvernements doivent soutenir des modèles d\u2019affaires qui collectent moins de données en amont.Dans l\u2019immédiat, il faut surtout exiger une plus grande transparence de ces compagnies.Elles doivent nous dire avec qui elles partagent nos informations, quelles sont les termes et quelles sont les conséquences en cas de manquement.On ne sait pas actuellement quelles sont les compagnies qui ont accès à des données similaires et qui mènent des activités similaires.C\u2019est inconcevable qu\u2019il faille attendre un scandale pour le savoir.En moins d\u2019une quinzaine d\u2019années, les « Big Five » de l\u2019internet (Google, Amazon, Facebook Apple et Microsoft) ont constitué les plus grandes banques de données de l\u2019histoire de l\u2019humanité.À lui seul, le réseau Facebook dispose d\u2019informations sensibles sur plus de deux milliards d\u2019êtres humains.Sans trop nous en soucier, nous partageons nos informations personnelles qui sont revendues à des annonceurs publicitaires et des marketeurs politiques.Sommes-nous devenus des produits volontaires ?Pour nous aider à comprendre : les explications d\u2019Anne-Sophie Letellier, doctorante à l\u2019Université du Québec à Montréal, co-directrice du blogue Crypto.Québec et préoccupée de la protection de la vie privée à l\u2019ère du numérique.Que s\u2019est-il réellement passé dans le scandale Facebook ?Une firme britannique associée à l\u2019Université de Cambridge, Cambridge Analytica, a développé une application.Ils ont eu accès à Facebook pour pouvoir faire passer des tests psychologiques aux utilisateurs.Les réponses étaient croisées avec les informations contenues dans leurs profils.Lorsque les utilisateurs téléchargeaient l\u2019application, on allait chercher par la bande les données sur leurs Et nous, internautes, que pouvons- nous faire ?Il faut réduire les traces qu\u2019on laisse en ligne.Faut-il se désabonner de Facebook ?Je ne crois pas.Si tout le monde se déconnecte de Facebook et se connecte sur Google, on ne sera pas plus avancé.Il faut penser en amont à réduire nos traces numériques.On peut ainsi prendre quelques minutes pour fermer le rideau en changeant nos paramètres de sécurité et les resserrer.On ne peut pas contrôler ce que font nos amis, mais on peut contrôler ce qu\u2019on fait.Si ton application de lampe de poche te demande ta liste de contacts et tes données de géolocalisation, tu peux trouver une autre application.Un exemple : il y a plein d\u2019autres applications alternatives de messagerie, comme Signal, qui sont plus sécuritaires, ne récoltent pas une foule de données et qui n\u2019appartiennent pas à Facebook.À chaque fois qu\u2019une application demande trop d\u2019autorisations, il y a sûrement une autre application plus respectueuse de la vie privée.Enfin, on peut faire aussi un ménage du printemps dans nos applications.Même si les applications dorment depuis longtemps, elles récoltent toujours des données.10 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ PAR LAURENT SOUMIS NDLR La rédaction vous suggère l\u2019activité suivante.Allez sur votre compte Facebook.Cliquez sur « Paramètres » et ensuite sur « Télécharger une copie de vos données Facebook ».Par courriel, faites nous part de vos surprises et de vos découvertes.laurent.soumis@itineraire.ca Le 24 avril se tiendra le 2e dénombrement de l\u2019itinérance visible à Montréal.Après le décompte de 3016 personnes en 2015, à combien se chiffrera l\u2019exercice de cette année qui sera mené de front dans 65 villes canadiennes ?Tout comme à Paris cet hiver, où 2000 bénévoles ont ratissé la ville pour trouver 3000 SDF, une très grande mobilisation se tiendra avec le dénombrement à Montréal.Outre arriver à chiffrer une partie de l\u2019itinérance, celle-ci ne garantit en rien des réponses accrues au phénomène.Pour de nombreux acteurs concernés, cet exercice comporte des dangers importants.Même si ses promoteurs et la Ville, qui le finance de pair avec le fédéral, reconnaissent que cet exercice ne vise qu\u2019à chiffrer l\u2019 itinérance visible, il en résultera un nombre qui marquera l\u2019imaginaire en offrant un portrait très partiel de la réalité complexe de l\u2019itinérance.Or, cet exercice ne doit pas constituer la base pour orienter les actions et affecter les ressources dans la lutte à l\u2019itinérance, et ce, Parce que la rue a différents visages comme le titre bien la Ville avec son plan d\u2019action montréalais en itinérance.Un polaroïd imparfait Le dénombrement fera l\u2019objet d\u2019une mobilisation importante incluant plus de 1000 salarié.e.s et bénévoles pour viser à rejoindre le maximum de personnes en situation d\u2019itinérance.Malgré ces ressources, les limites de l\u2019exercice demeurent.Le dénombrement ne pourra qu\u2019établir une photo imparfaite d\u2019une réalité beaucoup plus complexe.En effet, l\u2019itinérance se vit de bien des façons, à la fois visibles et invisibles.Il y a les personnes qui dorment dans la rue, un nombre restreint qui ne veulent ou ne peuvent aller dans les ressources.Il y a celles qui y trouvent refuge, quand elles le peuvent.Rappelons à ce titre que les ressources pour femmes refusent régulièrement des personnes, faute de place pour pouvoir répondre à toutes les demandes.Il y a aussi un grand nombre de personnes en situation d\u2019itinérance réelle mais non visible.Des personnes qui dorment sur le divan de connaissances, voire sur le plancher, pour un soir ou quelques nuits, sans l\u2019assurance d\u2019y demeurer de façon stable.Il y aussi des femmes, ainsi que des hommes de tous âges, qui vont avoir accès à un lit en monnayant leur corps ou en acceptant des situations dangereuses.Don\u2019t count on it Il y a un an, le Conseil des montréalaises et le Conseil jeunesse de Montréal publiaient chacun de solides avis sur l\u2019itinérance cachée des femmes et des jeunes.Le 15 novembre 2016, Statistiques Canada dévoilait une étude sur l\u2019itinérance cachée au Canada, indiquant que 7 % des femmes et 8 % des hommes ont vécu une situation d\u2019itiné- rance dans leur vie.Aux États-Unis, le National Law Center on Homelessness and Poverty critiquait le dénombrement mené par un rapport au titre évocateur, Don\u2019t count on it publié en 2017.En mars de cette année, le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec publiait une lettre ouverte Un exerce inutile et périlleux.Pourquoi alors ce coûteux exercice se tiendra-t-il ?Pour plusieurs de ses promoteurs, le dénombrement constitue un outil stratégique visant à aligner les ressources vers les personnes dénombrées, soit celles davantage en situation d\u2019itinérance chronique, avec l\u2019objectif d\u2019éliminer cette forme d\u2019itinérance.Or cette approche manque son coup, elle occulte bien des populations auprès de qui on néglige alors d\u2019intervenir pour réduire l\u2019itinérance.Elle néglige également une approche préventive qui permettrait de bloquer la croissance du phénomène.2500 ou 3500 ?Les paris sont tristement ouverts.Trois ans plus tard combien de sans- abri verra-t-on le 24 avril prochain ?Et que signifiera ce chiffre, s\u2019il est inférieur aux 3016 personnes dénombrées en 2015 ?Cela indique- ra-t-il une amélioration de la situation ?Et s\u2019il est supérieur, à l\u2019inverse, une détérioration ?La réalité est bien évidemment plus complexe.Encore un dénombrement PAR PIERRE GAUDREAU - DIRECTEUR DU RAPSIM D\u2019autres indicateurs de l\u2019itinérance existent.Dans Côte- des-Neiges, un portrait de cette réalité cachée a entrainé une mobilisation des groupes communautaires, du réseau de la santé, de la police et d\u2019autres acteurs concernés par le phénomène de l\u2019itinérance.À l\u2019issue de cette démarche, un plan d\u2019action local a été réalisé avec des mesures en logement, services de santé, cohabitation qui se concrétisent.Cette avancée est tout sauf le fruit du dénombrement, qui n\u2019avait comptabilisé que cinq personnes dans ce quartier, alors que la police affirmait en connaître plus de 40 en situation d\u2019itinérance.15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?C L A U D E ?M A J E A U MOT DU RAPSIM CHRONIQUE?PAYÉE 11 Le portrait de l\u2019itinérance dans Côte-des-Neiges Culture, éducation, santé, environnement ou défense des droits : les bénévoles sont partout.Chaque année au Canada, leur engagement équivaudrait à celui d\u2019un million de travailleurs occupés à temps plein.Dans la cadre de la Semaine de l\u2019action bénévole 2018, nous avons choisi de consacrer notre dossier à ce secteur en pleine mutation.Si le volontariat est fortement ancré dans l\u2019ADN du pays, il prend différentes formes en fonction des provinces.Au Québec, en 2012, seulement 36,4 % des Québécois ont affirmé avoir fait du bénévolat.En comparaison, la proportion des bénévoles dans le reste du Canada se situe plutôt autour de 60 %.Alors, les Québécois sont-ils moins enclins à donner de leur personne ?« Les études tiennent surtout compte du bénévolat structuré.Au Québec, il y a une tendance à l\u2019entraide spontanée et informelle, qui n\u2019est pas comptabilisée », explique Pierre Morrissette, le directeur général du Centre d\u2019action bénévole de Montréal.« De même, nous avons une vraie culture du coopé- rativisme, beaucoup plus que dans le Canada anglophone.Or, les gens qui s\u2019 impliquent gratuitement dans les coopératives de travail, d\u2019habitation ou d\u2019alimentation ne sont pas non plus comptabilisés.» Ainsi, en prenant en compte cet engagement informel, le taux de bénévolat se situerait plutôt autour de 80 %, selon le Réseau d\u2019action bénévole du Québec.PAR CAMILLE TESTE une action qui n\u2019a pas de prix ! Le bénévolat P H O T O : ?W A V E B R E A K ?( 1 2 3 R F ) Un engagement solide, mais pas homogène pour autant.« Bien sûr, il y a des familles qui s\u2019 impliquent, souligne Pierre Morrissette.Il y aussi des bénévoles dotés d\u2019une compétence précise à offrir, tels que les avocats.Mais le gros de la main-d\u2019œuvre est aujourd\u2019hui constituée de jeunes et de baby-boomers.» Les baby-boomers : des bénévoles exigeants Pour lui, ces derniers ne conçoivent pas le bénévolat comme la génération qui les précède.« Avant, les retraités s\u2019engageaient d\u2019abord par devoir moral ou religieux.Ils arrivaient dans un organisme et demandaient comment ils pouvaient aider.» Or, pour les baby-boomers, la motivation est ailleurs.« Beaucoup voient davantage le bénévolat comme une façon saine et plaisante d\u2019occuper leur temps.Et ils veulent le faire à des conditions qui leur conviennent.Souvent, ils souhaitent aussi avoir leur mot à dire sur les tâches à accomplir.Et puis, il est important pour eux de servir une cause qu\u2019 ils ont choisie.» Conséquences : les organismes doivent s\u2019adapter et inventer de nouvelles modalités et conforter cette main-d\u2019œuvre dans son choix.Chez Moisson Montréal, qui collabore avec 10 000 bénévoles chaque année, on reconnaît que des efforts ont été faits.« Les gens qui arrivent chez nous sont là pour contribuer à une cause plus grande qu\u2019eux.Ils veulent sentir que leur participation a un impact réel, explique Richard D.Daneau, le directeur général.Une manière de leur faire sentir qu\u2019 ils font une différence est d\u2019être transparent sur nos indicateurs de performance.Quand ils savent qu\u2019 ils ont contribué à nourrir 137 000 personnes dont 40 000 enfants en un mois, forcément, ça aide.» Bénévolat à la carte Chez les jeunes, mais aussi chez les nouveaux arrivants, le bénévolat s\u2019impose comme une manière d\u2019acquérir de l\u2019expérience professionnelle et de se créer un réseau.Fabien Taccard, un Français expatrié au Québec depuis un an, travaille comme journaliste bénévole dans plusieurs médias à but non lucratif, dont la radio CIBL.« Quand je suis arrivé à Montréal, j\u2019ai bien compris que le bénévolat représentait une activité à part entière et que ça faisait pleinement partie du processus d\u2019 intégration.Pour moi, ça a été une façon de rencontrer du monde, d\u2019agrandir mon réseau et de m\u2019ouvrir quelques portes.» Une manière d\u2019allier l\u2019utile à l\u2019agréable et de multiplier les expériences.« On observe chez les jeunes générations une envie de s\u2019engager réelle, mais ponctuelle », poursuit Pierre Morrissette.Pour lui, les milléniaux vont avoir davantage tendance à « butiner », plutôt que de rester fidèles à un même organisme.Bénévolat 2.0 Ce goût pour un bénévolat « à la carte » n\u2019a pas échappé aux entrepreneurs.En 2016, François de Kerret et Thibault Jaurou, anciens étudiants de Polytechnique Montréal, ont créé Simplyk, une plateforme en ligne.L\u2019objectif : permettre aux bénévoles de trouver facilement des missions autour de chez eux, correspondant à leurs qualifications et au temps qu\u2019ils sont en mesure de consacrer à une cause.« Quand j\u2019ai emménagé à Montréal en 2014, je voulais vraiment faire du bénévolat.Mais j\u2019avais un emploi du temps chargé et j\u2019ai eu de la difficulté à trouver des missions compatibles avec mes compétences et mes disponibilités », raconte François de Kerret.La plateforme, qui se finance en vendant des services aux écoles et aux entreprises, demeure gratuite pour les bénévoles et pour les organismes.Véritable site de rencontre pour citoyens de bonne volonté, Simplyk fait partie de ces initiatives qui s\u2019appuient sur la technologie pour faire une différence.« En 2017, nous avons permis à 15 000 bénévoles de s\u2019 impliquer auprès de 3000 organismes », se réjouit François.Confiante, l\u2019équipe de Simplyk ne doute pas que les utilisateurs de la plateforme seront encore plus nombreux en 2018.« Pour le moment, ce sont surtout des jeunes qui utilisent la plateforme.Mais à moyen terme, nous espérons diversifier nos usagers.» Richard D.Daneau, directeur de Moisson Montréal est tout aussi optimiste.« Je n\u2019ai aucune inquiétude quant à l\u2019engagement de nos jeunes.Je suis sûr que la génération qui arrive va apporter sa contribution et ce, même si sa manière de concevoir ou de faire du bénévolat change de forme.» 2,2 millions 268 millions 7 milliards $ Source : www.rabq.ca/benevolat-en-chiffres de personnes âgées de 15 ans et plus réalisent annuellement du bénévolat au Québec d\u2019heures réalisées par des bénévoles auprès d\u2019organismes québécois en 2013 Si elles étaient rémunérées au salaire moyen versé dans les organismes communautaires, les heures de bénévolat réalisées au Québec représenteraient 13 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA Robin des Bois Manger pour la bonne cause Au restaurant Robin des Bois, situé boulevard Saint-Laurent, on mange pour la bonne cause.L\u2019établissement montréalais, inauguré il y a 11 ans, fonctionne en grande partie avec du personnel bénévole.De quoi dégager des profits redistribués ensuite à divers organismes.Luminaires design, chaises aux imprimés pop, plancher vernis et couleurs pastel : à première vue, rien ne distingue le Robin des Bois d\u2019une autre table branchée du Plateau.Mais, contrairement à ses homologues lucratifs, ce restaurant répond à une logique sociale.En une décennie, il a vu défiler des milliers de bénévoles.Ce jour-là, en salle, la main-d\u2019œuvre est féminine.Amani et Léa se sont portées volontaires pour servir la trentaine de clients présents.Les deux femmes, dans la vingtaine, sont françaises.C\u2019est leur première expérience au Robin des Bois.En cuisine, d\u2019autres bénévoles s\u2019affairent.Hélène, 65 ans, vient une fois par semaine.« Ce que j\u2019aime ici, c\u2019est qu\u2019on peut tout faire », explique-t-elle en préparant des cuisses de canard qu\u2019elle s\u2019apprête à faire confire.Pour cette passionnée, couper des légumes pour la bonne cause est un plaisir.Tous égaux Au Robin des Bois, on sert une cuisine fraîche et actuelle.Une petite équipe d\u2019employés rémunérés encadrent les cuisiniers et serveurs d\u2019un jour.« En général, seuls les employés peuvent accéder à la caisse, explique Judy Servay, la fondatrice de l\u2019établissement.Mais les bénévoles sont vraiment l\u2019âme du lieu.» Les volontaires, qui viennent de tous les milieux, n\u2019ont pas tous la même expérience de la restauration.Mais pas question de les catégoriser ou d\u2019établir une hiérarchie pour autant : « adolescents ou retraités, les bénévoles sont là pour sortir de leur zone de confort et pour travailler ensemble », affirme Mme Servay.Cette entrepreneure dans l\u2019âme a fondé l\u2019établissement après avoir vendu sa maison de production.Elle avait alors 40 ans.Consciente que beaucoup de Montréalais avaient envie de s\u2019engager, elle savait aussi que tous n\u2019étaient pas prêts à aller sur le terrain.« Je voulais créer un lieu où l\u2019on pourrait faire du bénévolat, sans pour autant se confronter directement à la souffrance des gens.» Pragmatique, elle invente une manière de contourner le problème : « Robin des Bois favorise un engagement indirect, mais pas moins utile ! » PAR SHANNON PÉCOURT ET CAMILLE TESTE 14 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 REPORTAGE P H O T O S : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Un bénévolat sans engagement Depuis 2006, le restaurant ne désemplit pas.Les clients sont au rendez-vous, et les bénévoles se battent pour participer.Pour la fondatrice, la recette du succès est évidente : « on favorise un bénévolat sans engagement.Certains participants viennent toutes les semaines depuis l\u2019ouverture, alors que d\u2019autres ne viennent qu\u2019une fois dans leur vie.C\u2019est très libre ».Pour s\u2019inscrire, rien de plus simple.Les participants remplissent un formulaire sur le site internet de l\u2019organisme ou passent par une plateforme partenaire telle que Simplyk.À la date fixée, on leur demande d\u2019arriver une ou deux heures avant le service, le temps de recevoir une formation.« On commence par te donner un tablier et un petit manuel qui t\u2019explique comment va se dérouler le service », explique Amani.Les bénévoles reçoivent ensuite un calepin et on leur montre comment prendre une commande « ensuite, il faut se lancer ! En général, ça va tout seul.Et puis, les clients sont au courant que nous sommes bénévoles, alors ils sont patients.» Générosité thérapeutique Parmi les volontaires, le restaurant accueille parfois des personnes en dépression, en burn-out, ou confrontées à des expériences difficiles.Celles-ci laissent leurs préoccupations hors du restaurant : ici, on est là pour donner et pour partager.« Je me souviens d\u2019un homme assez âgé qui, durant plusieurs mois, venait trois fois par semaine pour faire le service, raconte Judy Servay.Un jour, il m\u2019a annoncé que je ne le reverrais plus.Il devait se faire opérer à cause d\u2019un cancer.» Des histoires singulières comme celle-ci, la directrice en a des tas.Et parmi elles, forcément, il y a quelques histoires d\u2019amour.« On a des bébés Robin », s\u2019amuse-t-elle.Il y a quelques années, le chef du restaurant est tombé amoureux d\u2019une bénévole.« Ils ont un enfant de six ans aujourd\u2019hui ! » Camp de jour et salle de défoulement Dans ce restaurant singulier, les plus jeunes ont d\u2019ailleurs une place.Depuis quelques années, la fondatrice organise des camps de jour qui leur sont destinés.Le temps d\u2019un service, les enfants de neuf à douze ans peuvent participer à l\u2019élaboration des plats, avant de les servir en salle.Une manière ludique d\u2019apprendre à donner.« Les enfants qui viennent servir aux tables font fondre nos clients les plus âgés », sourit Judy Servay.Pour voir leur enfant participer à un camp de jour durant la semaine de relâche, les parents doivent débourser 50 $ pour une journée.L\u2019été, les jeunes peuvent aussi participer à une semaine complète, pour 375 $.Cet argent permet au restaurant de diversifier ses sources de financement.« En 11 ans, nous avons réussi à donner 110 000 $ à quatre organismes, soit le Chaînon, Jeunesse au soleil, le Santropol roulant et le Refuge des jeunes de Montréal.» Dans cette perspective, la fondatrice a aussi mis en place une salle de défoulement.L\u2019objectif : lancer des assiettes contre un mur, moyennant une contribution libre.Récupérée auprès du magasin solidaire le Chaînon, qui ne pouvait pas les vendre, cette vaisselle est personnalisable.Sur le site internet du restaurant, on invite les clients à écrire le nom de leur patron, de leur ex ou d\u2019un politicien sur ces assiettes kamikazes.Une manière efficace et inoffensive de régler des comptes tout en s\u2019investissant pour sa communauté.15 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA Semaine de l\u2019action bénévole Trois héros du quotidien PAR CAMILLE TESTE Rien ne les oblige à consacrer du temps aux autres mais pour eux, c\u2019est une seconde nature.Zoom sur trois passionnés qui s\u2019engagent pour leur communauté. Cristhin Merceron Élève au secondaire à l\u2019école Calixa-Lavallée, située à Montréal-Nord, Cristhin a 17 ans.Il y a trois ans à peine, sa famille s\u2019est installée au Québec.La jeune fille, qui a passé toute son enfance en République dominicaine, est alors confrontée aux défis de l\u2019intégration.« Je suis arrivée à Montréal-Nord à 14 ans.Les premiers mois, je ne comprenais vraiment pas la langue.Tout était compliqué, même les choses les plus simples.» Mais l\u2019adolescente n\u2019est pas seule et prend ses marques en quelques mois.« On m\u2019a beaucoup entourée.Alors naturellement, j\u2019ai eu envie de faire la même chose.» Une fois acclimatée au Québec, Cristhin décide de s\u2019impliquer auprès des jeunes de sa communauté.« Je veux montrer à ces jeunes qu\u2019 ils ont de la chance de vivre et d\u2019étudier ici.Certains se plaignent de devoir aller en classe, d\u2019autres me disent qu\u2019 ils préféraient aller travailler chez McDo.J\u2019essaye de les encourager et de leur montrer qu\u2019 ils peuvent aller plus loin s\u2019 ils s\u2019en donnent les moyens.» Ainsi, les mardis et jeudis, Cristhin fait de l\u2019aide aux devoirs pour des enfants dont les familles résident en HLM au nord-est de Montréal.Une fois par semaine, elle profite aussi de la pause du midi pour encadrer des jeunes qui viennent d\u2019intégrer l\u2019école secondaire.« Je participe à un programme de pairs aidants.L\u2019objectif est de créer un espace de dialogue.Ces jeunes nous confient leurs difficultés et leurs doutes.Nous nous assurons aussi qu\u2019ils sont en sécurité et qu\u2019ils se sentent bien.» Dans un local qui leur est dédié, bénévoles et jeunes encadrés se retrouvent ainsi pour échanger, se confier ou gérer des conflits.Longtemps, la jeune fille a aussi participé au programme J\u2019arrive, coordonné par Coup de pouce Montréal-Nord, un organisme qui permet aux adolescents du quartier de s\u2019entraider.L\u2019objectif de ce programme : contribuer à l\u2019intégration des jeunes qui viennent d\u2019arriver dans le quartier.« On organise des visites de la ville ou des pique-niques sur le Mont Royal, on va à la bibliothèque, ou on prépare du popcorn avant de regarder des films tous ensemble.» Une manière de tisser des liens et d\u2019échanger sur ses particularités culturelles.« Parfois, on organise des ateliers de cuisine.Chacun propose un plat de son pays d\u2019origine et les autres donnent leur avis.» Ayant comme langue maternelle l\u2019espagnol, Cristhin confie qu\u2019elle est un point de repère pour les nouveaux arrivants hispa- nophones.« Il arrive qu\u2019un jeune ne soit pas toujours capable d\u2019exprimer ce qu\u2019 il ressent.Le fait de pouvoir parler sa langue crée un lien privilégié.» Dans la classe de Cristhin, tout le monde ne comprend pas l\u2019engagement de la jeune fille.« On me dit souvent que c\u2019est une perte de temps.Mais pour moi ce n\u2019est pas du tout une corvée.Au contraire, j\u2019y prends plaisir.» Et puis, l\u2019adolescente n\u2019est pas seule.« Mes deux meilleures amies font du bénévolat avec moi.» Acceptée au Collège de Bois-de-Boulogne pour l\u2019année prochaine, elle sait que son emploi du temps sera serré.Mais pas question de renoncer à ses engagements.« Je n\u2019aime pas me sentir impuissante.Faire du bénévolat pour moi, c\u2019est une manière de me sentir utile et de redonner à ma communauté.» Louise Dufour Louise Dufour a grandi dans une famille de 12 enfants.Très jeune, elle a appris le sens du mot communauté.Pour elle, faire du bénévolat n\u2019est pas une option : c\u2019est un choix de vie.Nous la retrouvons au café de la Place Commune, une coopérative de solidarité située dans l\u2019arrondissement Parc-Extension.Engagée auprès de l\u2019organisme depuis trois ans, elle s\u2019y est joint par conviction.« Je connaissais le projet de réputation, et je croyais en leur combat.Alors, quand j\u2019ai vu qu\u2019 ils avaient besoin de bras, j\u2019ai foncé.» L\u2019objectif de la Place Commune : lutter contre l\u2019insécurité alimentaire et faciliter l\u2019accès à des aliments frais, biologiques et équitables.« Nous pensons que bien se nourrir ne devrait pas être une affaire de riches, explique Louise.Ainsi, entre autres, nous plantons et récoltons des semences et nous distribuons de la nourriture gratuite à ceux qui en ont besoin.» Ce jour-là, Louise doit aider l\u2019équipe à poser un escalier.« En général, je suis plutôt chargée de faire des dossiers pour obtenir du financement », s\u2019amuse-t-elle.Lorsqu\u2019on lui demande si elle a les qualifications requises, Louise sourit.« Je ne sais pas si je suis la meilleure personne, mais je suis là pour le faire.Et sans financement, pas de projet.» Hyperactive, Louise est de tous les combats.Quand elle ne donne pas du temps à cette coopérative, elle s\u2019implique aux côtés des sans-emplois.Elle participe également à l\u2019organisation de la Journée 16 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 PORTRAITS Cristhin Merceron P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A mondiale des réfugiés et apporte son aide à un organisme qui aide les demandeurs d\u2019asile les plus précaires.« Nous aidons notamment des femmes enceintes à se loger.Nous cherchons des moyens de transport gratuits et des bras volontaires pour leur procurer des meubles, par exemple.» Un engagement que Louise veut continu et flexible.« Je m\u2019 implique selon mes disponibilités.Il m\u2019arrive de faire jusqu\u2019à 50, voire 60 heures de bénévolat par semaine.» Quand on lui demande si elle prend du temps pour elle, Louise rétorque qu\u2019elle dort peu, mais qu\u2019elle est très organisée : « je fais des listes ».Pour cette Montréalaise, s\u2019engager est une manière d\u2019influencer sa communauté.« Au Québec, j\u2019ai l\u2019 impression que le tissu social s\u2019amenuise.J\u2019essaye de lutter contre ce monde qui crée toujours plus de misère.» Consciente que son engagement peut paraître extrême, elle ajoute : « pour moi, le bonheur, ce n\u2019est pas d\u2019être sur une plage à ne rien faire.Fermer les yeux, ne penser qu\u2019à moi, ça serait comme être de connivence.Je ne pourrais pas dormir tranquille ».Joël Rodriguez Il y plus de dix ans, Joël Rodriguez s\u2019est installé à Montréal.Très vite, il est touché par la situation des personnes migrantes.En 2009, sur les conseils d\u2019un ami, il propose ses services au YMCA d\u2019Atwater, qui accueille des réfugiés et des demandeurs d\u2019asile.« A la fin des années 2000, il y a eu une importante vague d\u2019 immigration en provenance du Mexique.Le nombre de demandeurs d\u2019asile hispanophones a explosé », raconte Joël.Un défi pour les services sociaux, qui doivent former leurs employés et leurs bénévoles.« Le YMCA avait besoin de quelqu\u2019un pour enseigner aux équipes les bases de l\u2019espagnol.» D\u2019origine cubaine, Joël est le candidat idéal.« Pendant six mois, j\u2019ai surtout donné des cours de langue aux équipes.» Mais peu à peu, les Mexicains sont remplacés par des Haïtiens, suite au séisme qui ravage leur pays en 2010.Joël propose alors d\u2019offrir des leçons d\u2019anglais à ces nouveaux arrivants.Depuis, il a occupé diverses fonctions bénévoles au sein du centre.Aujourd\u2019hui, il est en charge de la bibliothèque.« En fait, il n\u2019y a plus aucun livre dans cette bibliothèque, s\u2019amuse Joël.C\u2019est plus une pièce où les gens peuvent discuter ou regarder la télévision, et où les enfants peuvent jouer.» Ainsi, le lundi, les résidents savent qu\u2019ils peuvent trouver une oreille attentive en la personne de Joël.« Mon travail, c\u2019est d\u2019être disponible pour eux.Parfois, ils peuvent avoir besoin d\u2019entendre des mots rassurants.J\u2019essaye aussi de les motiver, de les encourager à construire leur nouvelle vie en faisant le deuil de leur vie d\u2019avant.» Pour l\u2019informaticien de 43 ans, ces échanges sont un privilège.« Dans mon métier, on passe beaucoup de temps avec des machines.Au YMCA, j\u2019ai l\u2019occasion de rencontrer de vrais humains.Et puis, ces gens ont vécu tant de choses.Certains ont fui la guerre ou la misère, d\u2019autres sont réfugiés politiques.Grâce à eux, j\u2019apprends à mieux comprendre le monde.» Pour autant, pas question de s\u2019attacher : « on nous demande de rester très professionnels, de ne pas créer de liens d\u2019amitié trop forts avec les résidents.En un sens, c\u2019est logique : le service doit rester le même pour tous ».L\u2019année prochaine, Joël fêtera ses 10 ans au YMCA.Son engagement, il aimerait le transmettre à sa fille de huit ans.« Il m\u2019arrive de l\u2019appeler lorsque je suis à la bibliothèque.Je mets la vidéo et, comme ça, elle prend conscience de certaines réalités.» Une fois, Joël a même permis à la petite de venir apporter quelques jouets aux enfants du centre.« Depuis, elle me demande toujours des nouvelles des petits qu\u2019elle avait rencontrés.Elle est trop jeune pour comprendre que les gens ne sont que de passage ici.» 17 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA Louise Dufour Joël Rodriguez P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Médecins bénévoles Une clinique mobile pour les plus précaires En 2014, Médecins du Monde a mis en place la première clinique mobile d\u2019Amérique du Nord.L\u2019objectif du projet : offrir des soins à un public largement exclu du parcours de santé traditionnel.C\u2019est une petite camionnette blanche qui sillonne les rues de Montréal, été comme hiver.À son bord, médecins bénévoles et infirmières se relaient pour créer des liens privilégiés avec une population locale, fragile et souvent itinérante.Jeunes de rues, Autochtones, toxicomanes, travailleurs ou travailleuses du sexe, les patients de la clinique mobile ont des parcours variés, mais partagent les mêmes difficultés pour accéder au système de santé traditionnel.« La majorité de nos patients pourraient aller consulter un praticien classique, explique Marie-Jo Ouimet, médecin bénévole engagée depuis 2009.Mais beaucoup ne le font pas, ou ne le font plus.» En cause, souvent, une forme de méfiance vis-à-vis du système.« Il arrive que ces personnes reçoivent un accueil mitigé dans le système de santé traditionnel.Elles s\u2019y sentent souvent jugées et se plaignent parfois de ne pas recevoir les soins dont elles ont besoin.» L\u2019équipe de Médecins du Monde n\u2019a pas attendu 2014 pour accompagner ce public marginalisé.Depuis 1999, des infirmières dévouées parcourent Montréal pour aller à sa rencontre.« Longtemps, les infirmières intervenaient à pied.Elles arpentaient la ville avec leur sac à dos rempli de médicaments et de pansements.» Un accompagnement efficace, mais pas idéal pour pratiquer un examen gynécologique, ou pour prélever un échantillon d\u2019urine.Un lieu digne C\u2019est pour pallier cette absence d\u2019intimité que Médecins du Monde a décidé d\u2019investir dans une clinique itinérante.« Dès le départ, l\u2019objectif de la clinique mobile était de proposer un lieu digne, à l\u2019abri des regards, où nos patients pourraient se faire accompagner sans jugement », continue Mme Ouimet.Divisée en deux espaces, la clinique se présente comme un véritable petit cabinet médical.On y entre par l\u2019arrière, où une salle d\u2019attente a été installée.A l\u2019avant, la salle de soin dispose d\u2019une porte, qui rend l\u2019espace confidentiel, et propice à un accompagnement personnalisé.« On s\u2019arrange pour que nos patients aient le temps de verbaliser ce qu\u2019 ils ont à verbaliser.Les bobos ne sortent pas toujours du premier coup.Les gens sont parfois gênés, ils ont honte.» Pour assurer un service de qualité, l\u2019équipe est toujours composée d\u2019au moins deux personnes : une infirmière et un intervenant psychosocial bénévole formé pour l\u2019occasion.Ce dernier assure l\u2019accueil des patients.Les médecins, quant à eux, sont présents de manière plus ponctuelle.« Le gros du travail est assuré par les infirmières.Nous, les médecins, sommes là moins fréquemment.En général, on nous appelle pour prescrire des traitements, pour pratiquer une intervention médicale spécifique ou pour poser un diagnostic plus poussé.» Pour Mme Ouimet, qui s\u2019est engagée comme médecin bénévole par conviction, le lien avec ces patients est un privilège : « les gens sont très reconnaissants.Ils sont contents de venir nous voir et ils nous le font sentir ».Les maux de la rue Parmi les maux que les équipes sont amenées à traiter, beaucoup sont inhérents à la vie dans la rue.L\u2019hiver, il n\u2019est pas rare que les patients souffrent d\u2019engelures ou de bronchites.L\u2019été au contraire, les patients viennent souvent consulter pour des problèmes de peau brûlée ou de déshydratation.Il arrive aussi qu\u2019infirmières et médecins doivent faire face à des infections liées à une consommation régulière de drogue, ou pratiquer des dépistages.Pour autant, l\u2019objectif n\u2019est pas de se substituer au système de santé public : « l\u2019 idée n\u2019est pas de soigner à tout prix.Nous ne pouvons pas pratiquer de suivi lié à des maladies chroniques ou des PAR CAMILLE TESTE 18 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 SOCIÉTÉ P H O T O S : ?T H I B A U L T ?C A R R O N publicité pathologies psychosociales complexes, explique Mme Ouimet.Nous ne pouvons pas non plus pratiquer de chirurgie.Notre rôle à nous, c\u2019est plutôt de tout faire pour créer des ponts avec le système de santé traditionnel.» Un rôle de catalyseur donc, qui se manifeste parfois par le fait d\u2019emmener directement ceux qui en ont besoin à l\u2019hôpital.« On se rend compte que les personnes que nous suivons sont beaucoup mieux soignées lorsque nous les accompagnons sur place.» Jusqu\u2019à tard le soir Cette flexibilité est la force de la clinique mobile.Ainsi, cinq jours par semaine, la camionnette blanche circule entre différents quartiers de l\u2019 île de Montréal, parfois jusqu\u2019à minuit ou une heure du matin.De fait, les horaires de service sont variables.Déterminés à l\u2019avance avec les partenaires communautaires locaux, ils dépendent principalement du type de public visé.Dans Hochelaga- Maisonneuve par exemple, le personnel médical s\u2019adresse principalement à des travailleurs et travailleuses du sexe, accessibles plutôt en fin de journée.Au contraire, dans le quartier de Parc-Extension, il n\u2019est pas rare qu\u2019il s\u2019agisse de personnes migrantes davantage disponibles l\u2019après-midi.À l\u2019origine, ces personnes migrantes n\u2019étaient pas le public visé par la clinique.Mais au Canada, nombre d\u2019entre elles n\u2019ont pas le droit à une couverture médicale et doivent se tourner vers ce type de services.À ce titre, la clinique mobile s\u2019engage à apporter des soins aux exclus du système, peu importe leur condition.« On fait un premier tri pour s\u2019assurer que la personne a bien besoin de nous, poursuit Maire-Jo Ouimet.On lui pose quelques questions de base sur sa situation.» Pour autant, pas question d\u2019exiger un nom de famille, une pièce d\u2019identité ou une carte d\u2019assurance maladie.Pour identifier les patients, un prénom ou un surnom suffisent.Comprendre les problèmes de la ville Cet enregistrement respectueux de l\u2019anonymat de chacun a été rendu possible par un système électronique de pointe.À la création de la clinique, Médecins du Monde s\u2019est associé à Telus, qui a créé pour l\u2019organisme un système de dossiers médicaux électroniques sur mesure.Ainsi équipées, les équipes peuvent non seulement assurer un suivi des patients en toute confidentialité, mais aussi produire toute une gamme de statistiques.Une manière efficace de dresser un portrait clair de la situation des personnes en grande précarité à Montréal et de déceler l\u2019augmentation d\u2019une infection, dans un quartier donné.Il y a quelques années par exemple, l\u2019équipe médicale a commencé à intervenir dans le quartier de Côte-des-Neiges.Très vite, elle a réalisé que la situation était alarmante, en termes d\u2019accès aux soins et a pu avertir la direction de la santé publique.Ainsi, la création de la clinique mobile a permis une vraie réflexion sur la nécessité d\u2019intervenir au plus près de patients marginalisés.« À l\u2019époque où la clinique a été créée, c\u2019était loin d\u2019être facile pour une personne qui cherchait des soins de santé.Beaucoup étaient dégoûtées par le système.Aujourd\u2019hui, les choses évoluent.Il y a davantage de services de proximité.Reste qu\u2019on apporte quand même un vrai plus en termes de souplesse : on va où les gens sont, on n\u2019 impose rien », conclut Marie-Jo Ouimet.L\u2019année dernière, près de 2500 personnes ont bénéficié des services de la clinique mobile.Un modèle efficace, au point que Médecins du Monde inaugure ce printemps une seconde clinique ambulante à Victoria, en Colombie-Britannique.19 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA L\u2019Itinéraire Des mentors deviennent leaders Depuis quelques mois, le Groupe L\u2019Itinéraire mène un projet de mentorat où certains camelots donnent des conférences publiques.Résilience, valorisation de soi, sensibilisation à l\u2019itiné- rance, à la santé mentale et à la toxicomanie : autant de thèmes abordés par nos camelots devant des auditoires de tous genres.« Nos camelots sont aussi des entrepreneurs sociaux, explique Charles- Éric Lavery, chef du développement social à L\u2019Itinéraire.Sortir du moule de l\u2019 itinérance, expliquer comment on en sort, entre autres sujets.Ça leur donne des ambitions pour aller plus loin dans leur démarche et cela aide à sensibiliser la population aux enjeux d\u2019 inclusion sociale.» Le projet répond à la mission de l\u2019organisme et mise sur l\u2019influence des camelots plus expérimentés sur les nouveaux et les plus jeunes.« Puisque notre mission est l\u2019 inclusion sociale, on doit tout faire pour la travailler, la favoriser, estime M.Lavery.La personne qui arrive à L\u2019Itinéraire nécessite un accompagnement très soutenu, puisqu\u2019elle est en situation d\u2019aide de dernier recours.Il lui faut une intervention rapide et bien faite, pour l\u2019aider à sortir du cercle de l\u2019 itinérance.Et, bien que nos statistiques indiquent que beaucoup de camelots quittent avant six mois, ceux et celles qui restent au-delà de ce temps développent des compétences et réussissent leur démarche.» Assurer la relève Pour assurer la relève, L\u2019Itinéraire mise sur le transfert des connaissances et la formation des nouveaux venus, jeunes et moins jeunes.L\u2019idée du mentorat a germé depuis que la Great-West Life, la London Life et Canada-Vie se sont unis afin d\u2019offrir un soutien financier à l\u2019organisme, notamment en rémunérant les participants.La Great- West et la Fondation Marcelle et Jean Coutu ont d\u2019ailleurs financé l\u2019achat de matériel de formation et de dépliants, ainsi que le coût des titres de transport et des repas.De façon concrète, les camelots plus expérimentés forment les nouveaux au savoir-être et au savoir-faire dans la vente du magazine.Sélectionnés pour leurs compétences et leur engagement, les mentors ont acquis une expertise en vente, en relations publiques, en gestion des ressources financières et, pour certains, en rédaction.Avant l\u2019instauration de ce programme de coaching, les camelots devaient développer leurs habiletés de vente sur le terrain, par essais et erreurs.Souvent, ils se décourageaient dès les premières tentatives de vente.Avec des techniques appropriées, un accompagnement et un support adéquats, ils ont de meilleures chances de persévérer.Un sentiment d\u2019appartenance « Le mentorat a créé un sentiment d\u2019appartenance auprès des mentorés, note M.Lavery.Ici, il y a un esprit de groupe ; les camelots se tiennent ensemble, et ça fait aussi partie de la mission d\u2019empowerment de l\u2019organisme.Par ailleurs, les mentorés ont l\u2019occasion de s\u2019exprimer, entre autres lors de conférences.En parlant de leur histoire en public, ils gagnent une meilleure estime de soi.De plus, ce qui leur fait plaisir, c\u2019est de parler de leur parcours dans le magazine.» Lors de la Semaine internationale des camelots du 5 au 11 février dernier, une centaine de visiteurs ont participé à la journée portes ouvertes.Ce sont les mentors et mentorés qui en ont assuré l\u2019animation, raconte M.Lavery.« C\u2019était vraiment cool ! C\u2019était eux qui racontaient aux personnes présentes la mission de l\u2019organisme et les activités.Ils étaient fiers de montrer leurs couleurs.Ils étaient très motivés à expliquer ce qui se fait à L\u2019Itinéraire et comment ça change la vie des gens.Ils ont contribué à abattre des préjugés et idées reçues.Les camelots sont nos premiers porte-paroles.Leurs participation a été un grand succès.» 20 ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A ÉCONOMIE SOCIALE PAR GENEVIÈVE BERTRAND JOURNALISTE AFFECTÉE À LA VERSION NUMÉRIQUE économisés par les camelots par année en logement grâce à nos interventions 67 200 $ titres de transport individuels offerts par année 4476 certificats mensuels à tarif ordinaire offerts 168 rapports d\u2019impôts réalisés annuellement 75 2500 Camelots depuis la création de l\u2019organisme en 1989 Des ambassadeurs de L\u2019Itinéraire Avant d\u2019arriver à L\u2019Itinéraire, Yvon Massicotte, aujourd\u2019hui représentant des camelots, et membre du conseil d\u2019administration, a vécu quatre ans dans la rue.Pour lui, le projet de mentorat est une très belle initiative.« À titre de mentors, on est les ambassadeurs de L\u2019Itinéraire, clame-t-il.On forme les mentorés sur le terrain.On les conseille et on les encourage.Ils développent des techniques de vente.Comme ça, ils deviennent plus structurés.Je pense que c\u2019est un projet qui doit être poursuivi.» La camelot-mentor Jo Redwitch a participé quant à elle à L\u2019École d\u2019hiver de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM), qui aborde la participation citoyenne des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.« J\u2019ai aimé le contact avec les jeunes qui sont une source d\u2019espoir et d\u2019inspiration pour le futur.» Cette activité lui a fourni de nouvelles connaissances qu\u2019elle a transmises à ses mentorés.L\u2019engagement des mentorés nécessite environ six heures par mois.Ils participent à des conférences, à des ateliers et font du bénévolat.Ils assistent à des sessions d\u2019intégration, d\u2019accompagnement ponctuel et des tables rondes sur la vente.On y discute aussi d\u2019astuces de vente, de la façon de se présenter à la clientèle et de développer des liens avec elle.On parle de persévérance, de gestion de budget et d\u2019objectifs de vente.La complicité est de mise Mentors et mentorés gagnent à se côtoyer.Pour Jo, la complicité est de mise.« En allant sur le spot de mon mentoré, Mostapha, je me suis rendu compte qu\u2019 il y a différents niveaux de confiance qui déterminent ce que nous sommes sur le terrain.En tout cas, ça nous a rapprochés.Pour mon autre mentorée, Annie, nous avons travaillé son style d\u2019écriture et l\u2019angle de ses sujets.C\u2019était super enrichissant ! » La journée portes ouvertes a permis à Annie, Saïd et Mostapha de développer leur leadership.« J\u2019ai pris des initiatives et j\u2019ai communiqué avec les gens, affirme Mostapha.J\u2019ai beaucoup apprécié les conseils et suggestions de ma mentor Jo et j\u2019ai aussi pu mieux la connaître.J\u2019ai compris qu\u2019en étant résiliant et persévérant, on atteint ses objectifs.J\u2019ai appris à aller chercher les clients un peu plus efficacement, à ne pas être timide et à utiliser l\u2019humour pour les convaincre.» Selon Jo, ses mentorés se sont investis à fond dans l\u2019événement.Yvon Massicotte, qui est le mentor de Jean-Claude, Isabelle et Saïd, possède une grande expérience dans la transmission de son savoir.« J\u2019ai toujours été un ambassadeur du magazine bien avant d\u2019être un mentor.Je me suis toujours impliqué dans la formation et fait beaucoup de conférences.J\u2019étais habitué de vendre le magazine de sept à huit heures par jour, c\u2019était très épuisant.J\u2019ai toujours encouragé les camelots.Puisque ça fait 11 ans que je travaille pour L\u2019Itinéraire, j\u2019ai beaucoup d\u2019 influence et d\u2019expérience pour conseiller les plus jeunes.» Un pont entre les générations Récemment, Yvon, Jo, et les mentorés Jean-Claude et Mostapha ont participé à deux conférences sur l\u2019entreprenariat social.L\u2019une d\u2019elles a eu lieu au Collège Letendre à Laval, où beaucoup de jeunes ont manifesté leur intérêt en posant des questions.« Le mentorat au sein de L\u2019Itinéraire a d\u2019abord favorisé une coopération intergénérationnelle, observe Mostapha.Il y a des camelots qui sont près de la retraite et il y a un échange entre les deux générations.C\u2019est important, car ils transmettent leur savoir.» « Le programme de mentorat doit se poursuivre, affirme M.Lavery.Les organismes sans but lucratif, les écoles secondaires, les universités et les entreprises qui souhaitent recevoir la visite des camelots-confé- renciers, ne doivent pas hésiter à communiquer avec L\u2019Itinéraire.Ils en retireront des bienfaits tout en contribuant à une bonne cause.» Depuis huit ans, la Great-West est un partenaire actif de nos efforts d\u2019inclusion sociale des personnes itinérantes ou à risque imminent de le devenir.Que ce soit par un soutien financier ou du bénévolat effectué par les employés de l\u2019entreprise, la Great-West est un fidèle partenaire de l\u2019aide aux gens de la rue.Encore en 2017, avec la London Life et la Canada-Vie, ils ont été au rendez-vous avec un don de 25 000 $.Depuis la fin de l\u2019année 2016, la Great-West, la London Life et la Canada-Vie s\u2019investissent ensemble activement dans le renforcement des collectivités en versant des dons au Québec de plus de 419 000 $.Briser le cycle de l\u2019itiné- rance est l\u2019une de leurs préoccupations les plus importantes.Grâce aux trois entreprises de services financiers, L\u2019Itinéraire a pu développer un programme de mentorat intergénérationnel pour briser le cycle de l\u2019itinérance.Les camelots plus expérimentés agissent à titre de mentor auprès des camelots plus jeunes et nouveaux afin de les inspirer à développer les compétences et l\u2019estime de soi pour se sortir de l\u2019itinérance.Dans le cadre du programme, les camelots moins expérimentés ont pu participer davantage à la rédaction et à la vente du magazine, et ont même pu accompagner les mentors dans l\u2019animation de conférences ! Merci à la Great-West, la London Life et la Canada-Vie qui croient en nous ! Fiers de bâtir un brillant avenir pour tous les Canadiens et d\u2019appuyer le Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Partenaire du programme de mentorat intergénérationnel de L\u2019Itinéraire La Great-West Luc Desjardins Directeur général Pour qui ça compte ?Le premier recensement de la population dans les Amériques a eu lieu en Nouvelle-France en 1666.Il a permis de dénombrer les 3215 habitants de la colonie (l\u2019équivalent de la population résidant aujourd\u2019hui dans le quadrilatère Rachel/Sherbrooke et Saint-Denis/Saint-Hubert, grosso modo), en fonction de leur âge, de leur sexe, de leur état matrimonial et de leur profession.Trois cent cinquante ans plus tard, Statistique Canada récolte jour après jour des milliers de données de toute nature documentant la réalité de la population au pays.Des historiens, des philosophes et des sociologues affirment que les recensements et la cueillette de données par des agences statistiques ont cherché à l\u2019origine à contrôler le peuple.Logique : si l\u2019on connaît dans le menu détail qui fait partie de la population, on est davantage en mesure de lever des taxes et des impôts en fonction de leur situation économique.Il ne s\u2019agit donc pas ici du contrôle direct de chaque individu, mais bien de l\u2019ensemble de la population.Plus particulièrement, ces données statistiques permettent de mieux comprendre la réalité de groupes particuliers : personnes immigrantes, personnes âgées, jeunes chômeurs, etc.À titre d\u2019exemple, les agences statistiques et les ministères diffusent de plus en plus leurs données en fonction « d\u2019analyses différenciées selon les sexes » (ADS), question de faire ressortir les caractéristiques particulières des femmes par rapport à celles des hommes.Ces données statistiques ne sont pas qu\u2019utiles pour mieux comprendre notre société : elles servent également aux groupes de pression et aux organismes communautaires ou de défense des droits, notamment, à appuyer leurs revendications, en se basant sur ces analyses.Par exemple, les ADS aident les groupes de femmes à faire pression sur les élu.e.s et les institutions pour adopter des mesures visant à ce que l\u2019équité salariale femmes-hommes soit vraiment atteinte.Puisque ces informations sont utilisées à la fois par l\u2019État, pour établir ses politiques publiques, et par les groupes d\u2019intérêts, il importe grandement qu\u2019elles soient colligées de manière totalement indépendante et selon une méthodologie rigoureuse.C\u2019est dans cet esprit que l\u2019on souhaite que le dénombrement de la population itinérante se réalise.En effet, le 24 avril prochain, plusieurs villes du Québec procéderont, à l\u2019invitation du ministère de la Santé et des Services sociaux, au recensement des personnes vivant en situation d\u2019itinérance, pour la deuxième année de suite.On se rappellera que ce dénombrement en mars 2015 à Montréal s\u2019était attiré de vives critiques.La Ville avait affirmé qu\u2019il n\u2019y avait que 3000 personnes en situation visible d\u2019itinérance sur son territoire, ce qui avait été contesté autant par les organismes communautaires qui leur viennent en aide que par les chercheurs étudiant le phénomène.On affirme de part et d\u2019autre que cette population serait en réalité dix fois plus importante.Le problème réside dans le concept de « situation visible » de l\u2019itiné- rance.Or, les personnes itinérantes ne sont pas toutes dans la rue, littéralement.Ne pas avoir de domicile fixe n\u2019implique pas que l\u2019on quête sur la rue Sainte-Catherine, les organismes d\u2019aide ne le savent que trop bien.Il faudrait une étude approfondie et rigoureuse pour pouvoir dresser un portrait juste de la situation, pas un simple dénombrement d\u2019une journée fixée arbitrairement.Le danger, si l\u2019on sous-estime la population itinérante, est double.D\u2019une part, on ne connaît pas véritablement l\u2019ampleur du phénomène, ni ses causes profondes, ou la diversité des parcours de ces personnes.Ces informations sont cruciales à la mise en place de politiques publiques pour leur venir en aide.D\u2019autre part, cela permet aux pouvoirs publics de minimiser la situation et de ne pas allouer les ressources suffisantes, dans le réseau de la santé ou pour les organismes communautaires.Le recensement de la population « non itinérante » réalisé par Statistique Canada est une entreprise de longue haleine, à laquelle la collectivité consacre beaucoup d\u2019énergie et d\u2019argent.Il devrait en être de même, proportionnellement, pour cette partie de la population qui passe « sous le radar ».23 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O : ?I G O R ?S T E V A N O V I C ?( 1 2 3 R F ) Donner de nous-mêmes J\u2019ai déjà fait du bénévolat pour une vente de trottoir, pour un kiosque de musique.Je servais les clients et j\u2019aimais ça.Le bénévolat c\u2019est un service gratuit.C\u2019est donner pour donner avec amour et non pas pour un chèque de paie.Ma mission de bénévolat idéale serait de parrainer les gens qui veulent sortir de la toxicomanie, avoir de l\u2019écoute pour eux ; je suis moi-même passé par là.Je n\u2019essaierais pas de les sauver, mais simplement de leur donner les clefs que j\u2019ai reçues parce que dans la vie, il faut être capable de donner aussi.MICHEL DUMONT CAMELOT MANSFIELD/RENÉ-LÉVESQUE Aider ceux qui m\u2019ont aidé Je n\u2019ai jamais fait de bénévolat parce que je n\u2019en ai jamais eu la chance.Mais j\u2019en ferais si je le pouvais.C\u2019est l\u2019fun de donner des coups de main.Lorsque tu aides quelqu\u2019un, tu reçois en retour et ce n\u2019est pas juste par intérêt.Puis, ça change les idées aussi tout comme travailler à L\u2019Itinéraire.Ma mission idéale serait d\u2019aider le monde de l\u2019Accueil Bonneau en distribuant des repas de 11 h jusqu\u2019à 14 h.Dans les années 80, c\u2019est cet organisme qui m\u2019a aidé à sortir de la rue, à arrêter la boisson.Aujourd\u2019hui encore, je m\u2019arrête pour leur dire bonjour quand je passe dans le coin.MARIO ST-DENIS CAMELOT MÉTRO MCGILL S\u2019entraider J\u2019ai fait du bénévolat dans le domaine de la sécurité pour des matchs de lutte pendant quasiment 15 ans.J\u2019en ai aussi fait deux ou trois fois pour le défilé du Père Noël sur la rue Ontario.J\u2019étais aussi bénévole en sécurité.J\u2019aime aider le monde, faire ma B.A.Puis, pour moi, le bénévolat, c\u2019est de l\u2019entraide.Ce qui est bon pour l\u2019un est bon pour l\u2019autre.Si le monde s\u2019entraidait plus souvent, ça irait beaucoup mieux dans la vie.Ma mission idéale serait de soutenir ceux qui veulent sortir de la rue en les orientant vers des ressources, à les aider eux-mêmes s\u2019ils font ce choix.RICHARD TOUZIN CAMELOT MÉTRO PLACE-DES-ARTS Je bénévole, tu bénévoles, conjuguons notre bénévolat ! est le thème 2018 de la Semaine de l\u2019action bénévole qui se déroulera du 15 au 21 avril à travers le Québec.Dans cette optique, nous avons demandé à nos camelots leurs envies, leurs expériences liées à cet acte volontaire et désintéressé envers la communauté et leur mission idéale.Le bénévolat ITINERAIRE.CA | 15 avril 2018 24 DANS LA TÊTE DES CAMELOTS I M A G E : ?R A W P I X E L ?( 1 2 3 R F ) Ma mission idéale Ce serait déjà de m\u2019occuper de moi et de ma vie.Puis, il faut passer par là avant de s\u2019occuper des autres.Bien sûr, m\u2019occuper de ma vie signifie aussi me préoccuper de ceux qui m\u2019entourent.Dans ma vie, certains ont besoin d\u2019aide alors ma mission bénévole serait de leur en apporter.En ce moment, je travaille à couper ma dépendance aux autres et celles des autres à moi-même ; aider et se faire aider sans créer de dépendance.ANTOINE DESROCHERS CAMELOT SAINT-HUBERT/BOUCHER ET ÉPICERIE BIGRAS BORDEAU ET GAUTHIER Pour la beauté de Montréal À une époque, je faisais du bénévolat à L\u2019En-Droit de Laval, une place où les gens pouvaient prendre un café, avoir de l\u2019aide juridique, etc.Moi, je faisais de la maintenance, le café, je passais la moppe, etc.Si je redevenais bénévole, je choisirais des missions en lien avec l\u2019Accueil Bonneau, avec André, qui distribue des repas près du parc Émilie-Gamelin en soirée ou encore auprès des gens qui sont à la rue pour leur donner un peu de réconfort, distribuer un café\u2026 Un type de bénévolat que j\u2019aimerais faire aussi serait, comme je suis cycliste, de faire visiter la ville à vélo : l\u2019ancien site d\u2019Expo 67, la tournée des théâtres, le pont Jacques-Cartier, les berges du Saint-Laurent.MAXIME VALCOURT CAMELOT AU TNM ET RIDEAU VERT Un nouveau regard J\u2019ai commencé très tôt le bénévolat.Ma première mission était pour l\u2019Expo 67.J\u2019avais 12 ou 13 ans.Ensuite, j\u2019étais bénévole pour le hockey amateur.Je renseignais les gens, j\u2019accueillais les personnes qui avaient des handicaps\u2026 Maintenant, ma mission de bénévolat idéale serait d\u2019aider les personnes itinérantes, les familles qui en arrachent.Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, mon optique de vie a changé.Pour moi, le bénévolat était une sorte de hobby.J\u2019ai mené une bonne vie, puis j\u2019ai connu creux.J\u2019en ai arraché moi aussi.L\u2019expérimentation de ces deux mondes fait que j\u2019ai une bonne écoute et une bonne compréhension.Sans vouloir me vanter, je pense qu\u2019avec mon expérience, je pourrais être un maudit bon intervenant, peut-être même plus que celui qui sort du cégep.GAÉTAN PRINCE CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE ET PROMENADE MASSON La valorisation est essentielle ! J\u2019ai déjà fait du bénévolat pour le Comité social Centre-Sud.C\u2019était dans le temps de la tempête de verglas en 1998.Je venais de déménager en face de TVA et, tant qu\u2019à rester chez nous, j\u2019ai préféré me rendre utile.Mais au bout d\u2019un certain temps, j\u2019avais l\u2019impression que l\u2019on ne reconnaissait pas ce que je faisais.Si je refaisais du bénévolat, ça me prendrait beaucoup de choses parce que ma première expérience a été mauvaise.Pour moi, la mission idéale est celle dans laquelle je me sens confortable et valorisé.Je n\u2019ai pas réfléchi à ce qu\u2019elle serait, mais c\u2019est important de se sentir bien parce que donner trop de temps sans reconnaissance est blasant.FRANCK LAMBERT CAMELOT MONT-ROYAL / SAINT-LAURENT ET MÉTRO FRONTENAC S\u2019aider soi-même J\u2019ai fait du bénévolat il y a 10 ans de cela.J\u2019ai arrêté parce que je suis tombé dans l\u2019itinérance.Je m\u2019occupais des personnes âgées, j\u2019allais jouer aux cartes et jaser avec elles.Ce qui m\u2019intéresse dans le fait de redevenir bénévole auprès de ces personnes est de pouvoir dire que l\u2019étincelle dans leurs yeux est ma paie.Je suis supposé reprendre mon bénévolat dans pas longtemps.Si je devais choisir une autre mission, ce serait de m\u2019occuper des enfants, surtout des tannants, mais j\u2019adore aussi les personnes âgées.Puis le bénévolat va m\u2019aider à assumer et gérer ma toxicomanie.ALAIN PERRIER CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE 15 avril 2018 | ITINERAIRE.CA 25 A (4 e@ tL \u2018\u2018 AN Le 2 + ; - À : \\p : we hd \\& a TS = 9, po sé y ?\u2014 4 æ .°° \\ WN eb » ~ à: N \u201c= À A v *h Anh @ «5 { ~r > 4 - ge 4 3 i Ÿ
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.