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L'itinéraire
Depuis 1992, L'Itinéraire fait découvrir aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. [...]
L'Itinéraire est un mensuel montréalais dont la publication a débuté au printemps 1992. Le magazine est une initiative du Groupe communautaire L'Itinéraire, organisme basé dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Il est vendu dans les rues et dans le métro de Montréal par des camelots. La création de L'Itinéraire visait à offrir une publication aux personnes seules et itinérantes dans laquelle elles pourraient partager avec la population les problématiques de l'itinérance et proposer des pistes de solution. L'Itinéraire permet aux participants l'apprentissage d'un travail rémunéré. Une participation active brise l'isolement. Elle favorise la revalorisation et la réalisation de soi, une reprise personnelle et une culture de l'autonomie. L'Itinéraire transmet aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. Ainsi, l'accès au logement, la réinsertion sociale, le travail du sexe, l'alcoolisme et la toxicomanie, la formation aux adultes, les droits de la personne, les sujets politiques de l'heure, les arts et la culture populaire, sont des sujets traités dans le magazine. On trouve régulièrement une personnalité connue en page couverture de L'Itinéraire, à laquelle est jumelé un article prenant souvent la forme d'une entrevue. Des collaborations spéciales de journalistes pigistes professionnels trouvent leur place chaque mois dans L'Itinéraire. Le magazine offre aussi une tribune à ses camelots, dont quelques-uns sont maintenant des figures connues des Montréalais. THIVIERGE, François, « Intervention de groupe auprès de la population itinérante de Montréal », Service social, vol. 43, no 2, 1994, p. 147-157.
Éditeur :
  • [Montréal] :Groupe communautaire l'itinéraire,1992-
Contenu spécifique :
vendredi 15 juin 2018
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'itinéraire, 2018, Collections de BAnQ.

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[" Les enfants des confins du Groenland Volume XXV, n?12 Montréal, 15 juin 2018 JAMAIS JE NE PRENDRAI LE BUS A CHANGÉ MA VIE Passez de l\u2019auto au bus RTL-Pub-ITINERAIRE.indd 1 2018-04-06 14:54 JAMAIS JE NE PRENDRAI LE BUS A CHANGÉ MA VIE Passez de l\u2019auto au bus RTL-Pub-ITINERAIRE.indd 1 2018-04-06 14:54 Nom Suzanne Leblanc | Camelot n° 1484 | Âge 36 ans Point de vente Resto Végo, rue Saint-Denis À la mi-vingtaine, Suzanne était hébergée dans un foyer de groupe pour adultes.De sa vie, elle n\u2019avait jamais eu un véritable chez-soi, et certains doutaient qu\u2019elle soit, un jour, en mesure d\u2019en avoir un.« Les gens pensaient que je ne serais pas capable de vivre seule, de prendre soin de moi, de faire du ménage par exemple.Dans le temps, j\u2019étais plus jeune, je ne me ramassais pas.» Aujourd\u2019hui, cela fait maintenant huit ans qu\u2019elle habite le même appartement, seule, dans le quartier Ahuntsic.Et elle s\u2019en sort très bien.« Il y a un intervenant qui vient me voir deux fois par mois, pour s\u2019assurer que tout est correct, dit-elle.Et tout est toujours correct.Je le fais, mon ménage ! » Suzanne fréquente aussi une cuisine collective toutes les deux semaines, dans Hochelaga.« Je suis vraiment contente de participer à ça.Je rencontre des gens et je peux ramener de la nourriture à la maison.Ça me coûte moins cher ! » Dire qu\u2019elle habite seule n\u2019est cependant pas tout à fait juste.Une dénommée Mêlée, âgée d\u2019un an, partage actuellement son trois et demi, succédant ainsi à Grisou et à Max.« Elle est toute noire, avec une tache blanche dans le cou.Je m\u2019en occupe bien de ma chatte.» Suzanne n\u2019a jamais connu son père.Son seul contact avec lui se résume à une vidéo qu\u2019elle a un jour visionnée et sur laquelle il apparaissait.Née à Montréal, elle a vécu avec sa mère avant d\u2019être placée, très jeune, dans des foyers de groupe.Elle a également habité dans une famille d\u2019accueil durant plusieurs années à Laval.Dans la vingtaine, Suzanne a fréquenté le Centre Soutien- jeunesse, qui vient en aide aux jeunes adultes ayant des problèmes de santé mentale ou des difficultés émotionnelles.C\u2019est à cet endroit qu\u2019elle a rencontré Sébastien, son amoureux, qui travaillait à ce moment au Centre.« Ça a fait dix ans le 10 janvier dernier qu\u2019on est ensemble », lance-t-elle, tout sourire.Elle enchaîne : « J\u2019ai une belle vie\u2026 Un chum, une chatte, un appartement et L\u2019Itinéraire.» Ça fait maintenant deux ans que Suzanne est camelot, sur l\u2019heure du midi, en face du Resto Végo, rue Saint-Denis, et occasionnellement au métro Sauvé.« J\u2019adore ma job, assure-t-elle.Les passants sont gentils avec moi.Et les employés du Végo aussi.Ils viennent souvent me parler, ça me fait plaisir.» Pour ajouter aux bonnes nouvelles, elle s\u2019est beaucoup rapprochée de sa mère au cours des dernières années.Celle-ci est devenue, avec Sébastien, la personne la plus importante à ses yeux.Suzanne voit aussi de temps en temps son petit frère Émile, ainsi que sa sœur et sa demi-sœur.« Je suis chanceuse, conclue-t-elle.Et vraiment, je me souhaite une longue vie à L\u2019Itinéraire ! J\u2019aimerais beaucoup que les lecteurs viennent me faire un petit coucou au Végo.» L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Suzanne Par Antoine Quinty-Falardeau Bénévole à la rédaction Photo : Milton Fernandes Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous  ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL ET ÉDITEUR : LUC DESJARDINS RÉDACTION Éditrice adjointe et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : CAMILLE TESTE Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe-participant : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste-participante : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, ARIANE CHASLE, MADELEINE LAROCHE, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE, SHANNON PÉCOURT Illustration de la une : MILTON FERNANDES ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : NAIMA BOUGARI Adjointe comptable - commis au dépot : MARCELA CHAVEZ Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Novatech Médical Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Virage Coaching JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg, sencrl, srl RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire YVON MASSICOTTE - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : GISÈLE BÉLANGER Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 3 12 MOTS DE CAMELOTS Gilles Bélanger 11 Daniel Grady 11 Gaétan Prince 11 Marc Senécal 43 Saïd Farkouh 43 Linda Pelletier 43 ÉCRIVEZ-NOUS  ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp  ! Suzanne DOSSIER \u2022 Appropriation?culturelle,?de?quoi?on?parle ?\u2022 Première semaine de la mode autochtone à Toronto \u2022 Quentin?Condo?:?Le rap pour raconter la réalité autochtone Par Camille Teste \u2022 L\u2019?appropriation?culturelle?:?Casser les stéréotypes En voici en voilà ! \u2022 Sylvain Rivard, l\u2019art de déboulonner \u2022 L\u2019appropriation culturelle en 6 exemples Par Isabelle Raymond \u2022 Nunavik?:?Une Inuite pilote d\u2019avion Par Geneviève Bertrand \u2022 INSP Inuits?:?les?enfants?des?confins?du Groenland Par Isabel Stettin - Surprise ! ÉDITORIAL 7 Une conversation avec Maya Par Josée Panet-Raymond ROND-POINT INTERNATIONAL 8 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ 10 Michèle Audette sur les femmes autochtones Par Laurent Soumis EN EXCLUSIVITÉ 29 Nos camelots interviewent Trudeau Par Laurent Soumis COMPTES À RENDRE 30 Les rapaces Par Ianik Marcil, économiste indépendant CARREFOUR 32 MOT DU RAPSIM 33 Favoriser l\u2019accès aux soins de santé par Guillaume Legault , organisateur communautaire au RAPSIM DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 34 Si je vous dis autochtone\u2026 CHRONIQUE 37 Adieu Marc Par Franck Lambert NOUVELLE 42 Windigo (2e de 4) Par Pierre Saint-Amour HISTOIRES DE RUES 40 Rue Saint-Éloi / Saint-Sacrement Par Christine Viens BD 42 Par Siou DÉTENTE 44 À PROPOS DES AUTOCHTONES 46 Par Francis Hillman On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.SOMMAIRE 15 juin 2018 Volume XXV, no 12 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 publicité MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : Elle ne s\u2019est jamais remise de ses fantômes.J\u2019ai l\u2019 impression que c\u2019est ce qui l\u2019a emportée », dit Maya, qui a enterré sa mère plus tôt cette année.Elle ajoute que sa mère avait témoigné à la Commission vérité et réconciliation, tout comme Maya l\u2019a fait à la Commission Viens pour un épisode de racisme et de discrimination qu\u2019elle a vécu.« J\u2019espère que je suis la dernière de ma famille à devoir témoigner, insiste-t-elle.Que l\u2019on ait plus avoir à le faire serait un bel exemple de réconciliation.» Elle relate qu\u2019à l\u2019école, la discrimination et l\u2019intimidation venaient tant de la part des Blancs que des Innus, qui, à l\u2019époque, n\u2019acceptaient pas sa situation.Ses parents l\u2019ont donc envoyée au privé où le racisme se manifestait plus subtilement, surtout par de l\u2019indifférence.Une fois à l\u2019université, elle a « forcé la main » pour qu\u2019on l\u2019initie comme tout le monde.« Il n\u2019y avait pas beaucoup de métissage, on ne savait pas trop quoi faire avec moi.» Elle raconte qu\u2019à l\u2019époque, la discothèque de la place interdisait carrément l\u2019entrée aux Autochtones.« Toi t\u2019es Indienne, tu n\u2019entres pas.» Ce n\u2019est pourtant pas si loin que ça, à peine 20 ans ! Apprendre pour mieux comprendre Elle poursuit : « Dans mes livres d\u2019histoire à l\u2019université, il n\u2019y avait pas grand-chose sur nous, jusqu\u2019à ce que je suive un cours avec Denys Delage, où j\u2019en ai appris beaucoup sur la période contact et pré-contact.Mais jamais rien sur aujourd\u2019hui, nos personnages importants, nos héros.Ce qui m\u2019a aidée était le cours de politiques autochtones au Canada.Ça a été un catalyseur.On apprend des choses récentes, on fait des constats, on peut avoir des réflexions.» « Par contre, apprendre sur les mouvements autochtones en Amérique du Nord, Wounded Knee, les guerres indiennes.ça m\u2019a rendue tellement en colère.» Or, son mentor, l\u2019érudit Claude Picard, de la nation Huron- Wendat l\u2019aidera à « calmer la militante en moi, à travailler les faits, à valider des perceptions, si on veut un message qui porte ».Au fil des ans, Maya creusera ses savoirs et s\u2019impliquera dans plusieurs organisations, dont Femmes autochtones du Québec.Aujourd\u2019hui, à 43 ans, sa colère s\u2019est estompée grâce aux apprentissages et à l\u2019expérience de vie qui mate l\u2019impulsivité.Un terme qui revient souvent chez elle : « perception validée ».Effectivement, quand on prend le temps de vérifier auprès des autres ce que l\u2019on croit être leur réalité, on en apprend souvent plus que l\u2019on escomptait.Au final, la réconciliation c\u2019est ça : se parler, en apprendre un peu plus sur l\u2019autre.On en ressort enrichi.Du moins, c\u2019est mon cas à l\u2019issue de ma conversation avec Maya.En 2017, nous avons publié un « spécial Autochtones » qui a connu beaucoup de succès.Nous répétons l\u2019expérience cette année.Premier constat de cette incursion dans l\u2019univers des Premières Nations : il y a tant à découvrir qu\u2019une édition ne suffit pas.Il faut en parler tout au long de l\u2019année.Autre constat : au-delà des blessures et des injustices, il y a des histoires de succès, de résilience, de talents qu\u2019on gagnerait tous à lire et à entendre.Maya Cousineau Mollen incarne bien toutes ces histoires où se côtoient l\u2019ombre et la lumière.On s\u2019est rencontrées pour discuter de réconciliation et de relations autochtones-allochtones.Parce qu\u2019en parler et en écrire, c\u2019est primordial, ça fait partie du processus qui permettra de faire tomber les barrières, les préjugés et les idées reçues.Maya, écrivaine, poète et passionnée d\u2019histoire est Innue originaire de la communauté Mingan-Ekuanitshit sur la Côte-Nord, installée à Montréal depuis un an.Dès notre première rencontre l\u2019été dernier au Café de la Maison ronde, j\u2019ai tout de suite aimé son énergie, son calme et son air de sagesse.Son ouverture à l\u2019autre aussi.Elle m\u2019a raconté son histoire.Née de parents innus, donnée en adoption à un couple de Québécois par sa mère biologique, Maya a grandi chez les Blancs, mais est restée proche de ses origines.« J\u2019ai mon statut et je suis même immatriculée, dit-elle.Souvent quand je fais des lectures de poésie, je me présente: Maya Mollen, immatriculée 08200, comme Indienne selon la Loi sur les Indiens ».Devant mon incrédulité qu\u2019on matricule des êtres humains, elle ironise : « Eh oui, encore de nos jours, dans le plus meilleur pays du monde.» Partagée entre ces deux univers, elle a vécu l\u2019amour de parents québécois dont le premier souci était qu\u2019elle conserve son identité et sa culture.Maya m\u2019apprend qu\u2019elle est littéralement la petite-fille adoptive de Jack Monoloy (John Maloney de son vrai nom), celui qui a inspiré la célèbre chanson éponyme de Gilles Vigneault.Proche de la communauté innue, il parlait et écrivait dans cette langue et entretenait des liens avec Sylvestre Mollen, le grand-père biologique de Maya, alors chef de la communauté innue.Colonisation « Moi, je suis un produit direct de la colonisation.Anne, ma mère biologique a vécu beaucoup de violence et elle s\u2019est poussée de sa communauté.Elle a aussi connu les pensionnats et ça l\u2019a marquée toute sa vie.Une conversation avec Maya 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 7 PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL Maya Cousineau Mollen BRÉSIL | Travail des enfants, un fléau qui perdure Le travail des enfants a considérablement diminué en Amérique latine.Mais 5,7 millions d\u2019enfants en dessous de l\u2019âge minimum légal travaillent encore, dont une grande partie dans des conditions précaires ou sans rémunération.La majorité de ces enfants travaillent dans l\u2019agriculture, mais beaucoup œuvrent également dans des secteurs à haut risque tels que l\u2019exploitation minière, la fabrication de feux d\u2019artifice et la pêche.Au Brésil, une étude de l\u2019Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE) publiée en 2017 a révélé que sur les 1,8 million d\u2019enfants âgés de 5 à 17 ans qui travaillent, 54,4 % le font illégalement.Parmi ces jeunes brésiliens, 74 % ne reçoivent pas de rémunération.Un autre indicateur a révélé que 73 % de ces enfants triment comme « assistants », aidant les membres de la famille dans leurs activités productives.L\u2019un des auteurs du rapport, l\u2019économiste Flávia Vinhaes, a précisé que même si le travail des enfants n\u2019a pas toujours lieu dans des conditions d\u2019esclavage ou de semi-esclavage, « les enfants âgés de 5 à 13 ans ne devraient travailler sous aucune condition ».(Inter Press Service/INSP) MONGOLIE | Les éleveurs de rennes craignent de perdre leur identité Les Dukha mongols vivent dans les forêts escarpées de Sayan, à deux pas de la frontière russe.Ils sont renommés pour leur élevage de rennes et leurs talents de chas- seurs-cueilleurs.Cela leur a permis d\u2019échapper aux nombreux bouleversements historiques dont ont souffert les habitants des plaines, de Gengis Khan au communisme.En 2012 pourtant, le gouvernement mongol a décrété que la majorité des sites d\u2019élevage traditionnel des Dukha deviendraient un parc national et que les espèces présentes seraient protégées.L\u2019objectif : reconstruire un écosystème ravagé au cours des deux dernières décennies par une augmentation drastique de la chasse.Aujourd\u2019hui, si le gouvernement verse une somme mensuelle aux éleveurs pour compenser l\u2019interdiction de chasser, beaucoup de Dukha ont l\u2019impression d\u2019avoir perdu leur identité.Dans la taïga, l\u2019homme s\u2019est longtemps défini par sa capacité à chasser et à se déplacer.« Nous avons l\u2019 impression d\u2019avoir perdu quelque chose parce que nous ne pouvons plus accéder librement à une partie de ce territoire, alors que cette terre nous a été transmise par nos ancêtres », a déclaré Naran-Erdene Bayar, 26 ans.(Inter Press Service/INSP) TRADUCTION :?CAMILLE?TESTE 8 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O ?: ?T H O M A S ?P E T E R / R E U T E R S PHOTO?:?FABIANA?FRAYSSINET/IPS L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des journaux de rue - INSP).Le?réseau?apporte?son?soutien?à?près?de?100?journaux?de?rue?dans?34?pays?sur?six?continents.?Plus?de?250?000?sans-abri?ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez www.street-papers.org.Une petite fille ramasse du manioc à Acará, au Nord du Brésil Avril 2018, Mongolie.Tsetse, 6 ans, dans une forêt située à proximité du village de Tsagaannuur, Khovsgol aimag deliceboreal.com Fiers fournisseurs de tisanes Inuit au Café de la Maison ronde Taco autochtone Indian Taco Ouvert du lundi au vendredi de 8 h à 19 h Favoriser la mixité sociale et l\u2019empowerment des personnes autochtones vulnérables.L,unique Café autochtone à Montréal 2330 rue Ste-Catherine O.Square Cabot \u2022 Montréal, QC Open from Monday to Friday - 8am to 7pm Promoting social diversity and the empowerment of vulnerable Indigenous people.The only indigenous Café in Montréal 2330 Ste-Catherine Street West Cabot Square \u2022 Montréal, QC Partenaires \u2022 Partners 514 872-9465 itineraire.ca/cafe-maison-ronde P H O T O ?: ?C O U R T O I S I E questions à Michèle Audette 3 sur les femmes autochtones NDLR Au moment d\u2019aller sous presse, le gouvernement fédéral n\u2019avait toujours pas décidé s\u2019il prolongerait de deux ans le mandat de l\u2019enquête, qui doit se terminer en décembre prochain.La commission dispose d\u2019un budget initial de 54 millions $.opérationnel était à organiser tout en ayant la pression de la population, des groupes, du politique, en plus de celle des familles et des survivantes qui demandaient déjà de la transparence et de la reddition de comptes.On pagayait tout en construisant le canot.Les neuf premiers mois ont donc été très difficiles.Et puis, en ne parlant pas aux médias pour rester le plus neutre possible, on a déroulé le tapis rouge pour la critique.Mais le travail s\u2019est poursuivi, je vous l\u2019assure.On essaye maintenant de réparer l\u2019image qu\u2019on nous a donné.En mai dernier, vous aviez déjà tenu 15 audiences et entendu 1273 témoignages.Quels constats pouvez-vous tirer ?Jusqu\u2019à maintenant, on présentait les problèmes de façon très géographique, avec des recherches et des études.On savait qu\u2019il y avait eu une discrimination, un manquement de la part de telle institution ou de tel corps policier.Mais mis à part les groupes, les institutions n\u2019avaient jamais osé dire qu\u2019il y avait un problème à travers tout le Canada.Aujourd\u2019hui, plus personne ne peut nier que c\u2019est un problème à l\u2019échelle du pays.Nous, on l\u2019a démontré.Avec les témoignages, on a en la preuve que cette discrimination existe, peu importe la région du pays ou le peuple, qu\u2019il soit métis, inuit ou première nation, Depuis l\u2019automne 2016, l\u2019Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées tente de « découvrir », « honorer » et « donner vie à la vérité ».Après des débuts difficiles, l\u2019enquête est remise sur les rails, assure Michèle Audette, l\u2019une des cinq commissaires, ex-présidente de l\u2019Association des femmes autochtones du Canada.Originaire de Uashat-Maliotenam, Mme Audette estime que la commission a d\u2019ores et déjà démontré « la discrimination systémique à travers tout le pays » et promet des recommandations « immédiates et concrètes ».Dès le départ, la commission a connu plusieurs démissions qui ont été largement publicisées.Que doit-on comprendre de ces débuts difficiles ?Au départ, j\u2019étais convaincue qu\u2019on aurait une structure déjà organisée et opérationnelle.Mais on s\u2019est retrouvés à devoir tout construire à partir d\u2019un bout de papier.On a préparé une structure de rêve, mais très vite, notre balloune a éclaté.On n\u2019était pas capables d\u2019avoir des bureaux et les ressources que l\u2019on avait demandés.Ça prend trois semaines à six mois pour embaucher une personne, de trois à neuf mois pour louer un espace de travail, quatre mois pour avoir un ordinateur.Tout le volet en milieu communautaire, en milieu urbain ou plus isolé, c\u2019est la même réalité.Par exemple, à Maliotenam, on a démontré qu\u2019un individu avait agressé sexuellement 200 personnes pendant 40 ans de silence.Ça met sur la place publique le fait qu\u2019il y avait une certaine omerta.Sans présumer des recommandations finales de la commission, y-a-t-il des pistes de solution déjà identifiées ?Il est tôt pour vous répondre.Cependant, on entend beaucoup de choses, dans tous les témoignages, sur l\u2019impact du système colonialiste.Tout le monde revient sur cette réalité-là.Ça nous amène à dire qu\u2019il va falloir travailler sur du long terme.Oui, on va proposer des mesures immédiates et concrètes.Mais on sait aussi qu\u2019il y a un changement de société qui devra se faire, tant dans les politiques gouvernementales que dans la façon dont on cohabite ensemble.C\u2019est un projet de société.On a des preuves à l\u2019appui sur le colonialisme et la discrimination envers les femmes.Mais il est encore trop tôt pour dire de quelle façon seront formulées nos recommandations.10 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ PAR LAURENT SOUMIS DANIEL GRADY VENDOR DE LA GAUCHETIÈRE/MANSFIELD AND DES PINS/SAINT-LAURENT GILLES BÉLANGER CAMELOT JEANNE-MANCE / RENÉ-LÉVESQUE GAÉTAN PRINCE CAMELOT PROMENADE MASSON ET MÉTRO BONAVENTURE MOTS DE CAMELOTS Le bonheur des gens Les gens ont hâte que l\u2019été arrive.Ils étaient tannés du froid et de la pluie.Ils veulent qu\u2019il fasse chaud.Quand je vends mon journal L\u2019Itinéraire, les passants me demandent quand le beau temps va arriver pour nous faire de la chaleur dans nos cœurs.Il faut garder espoir.Ce matin, une femme m\u2019a dit : le beau temps est là, le meilleur est à venir.Jour après jour le soleil brillera plus fort.Il faut rester positif.Les gens me disent : « Tu dois être content, la saison sera chaude.» Dans mon travail, le froid et l\u2019hiver ne me dérangent pas.Les conditions des quatre saisons me conviennent.Quand il commence à faire chaud le monde est de meilleure humeur et m\u2019encourage.On voit le soleil briller.Il y a des gens que je n\u2019ai pas vu depuis longtemps et qui reprennent leur routine, qui recommencent à faire de belles sorties en faisant leur marche.Ils viennent me voir, achètent le magazine et me demandent comment ça a été depuis qu\u2019on s\u2019est vus.Les clients sont de plus en plus sur les terrasses pour manger en plein air et profiter du soleil qui brillera dans nos cœurs tout l\u2019été et nous aidera à garder toujours un bon moral.The sun shines in Montreal What makes Montreal a great place to live ?We have a lot of parks and rivers where people can eat and play, and just have fun with family and friends.There are many places where people can go to concerts and see their favorite bands.Have you been to the top of Mount Royal to take in the view of the city, lately ?It\u2019s breathtaking ! I haven\u2019t been there in a long time, but I remember seeing the whole city.What a rush ! It\u2019s a very good experience.We have a lot of people from other countries that come here to visit during the summer.Montreal is really a great place for tourism.I heard last summer, that Montreal made close to 4 billion $ just in tourism.The city is doing well.There is economic growth and plenty of work for those who want it.The mayor is doing a great job, she knows what it takes to do the job right.We also have plenty of movie theaters.I love going to the movies ! When I go to the cinema, I forget all my problems and the madness in the world.I can concentrate just on the movie and escape from my troubles and worries.Montreal has lots of beautiful women.Maybe the best in the world ! What makes them exceptional ?I guess it\u2019s because they are smart and intelligent.Most of them have their act together.Many go to college and university.On my spot, I see women going to work in big buildings every day.I\u2019ve been living in Montreal most of my life.When you have a city so special, you get a special feeling inside.This city has an open heart for the less fortunate.And maybe by improving yourself, you will be rewarded with a better life.That\u2019s my humble opinion.Mes origines autochtones Beaucoup de Québécois disent qu\u2019ils ont des origines autochtones.Le père de ma mère, donc mon grand-père, était lui-même Autochtone, de la nation que l\u2019on appelle « les Pieds-Noirs » de l\u2019est de Calgary : les Siksikas.Mon arrière-grand-père était chef de tribu.Quand mon grand-père a quitté sa tribu pour venir au Québec, il a rencontré ma grand-mère à Drummondville.C\u2019est là qu\u2019un « croisement » s\u2019est fait dans ma lignée familiale.Cela pourrait peut-être expliquer mon caractère et la raison pour laquelle je comprends la mentalité autochtone.Moi-même, lorsque je demeurais à Saint- Eustache, je suis sorti avec une Autochtone d\u2019Oka, juste avant la crise.Enfant, je me suis informé sur les Autochtones dans les bibliothèques, dans les musées.Parce que mon père, qui connaissait bien ses origines, était malheureusement alcoolique et souvent absent.Dans la famille, tout le monde, sauf ma mère, me disait : « Ah ! Gaétan est un ostie de sauvage.» Parce que j\u2019aimais beaucoup la nature, j\u2019avais du caractère et j\u2019adorais le camping, la chasse.Je construisais des pièges pour attraper des petits animaux dans le bois, comme les trappeurs.Si on me laissait le choix entre dormir en tente ou dans un lit, je choisissais la tente dans le bois.Puis, quand j\u2019étais à l\u2019école Mont-Saint- Antoine, après avoir été placé là par la cour, les prêtres trouvaient que j\u2019avais un caractère spécial parce que j\u2019étais très proche de la nature.Lorsqu\u2019il faillait apprendre à faire du canot ou des nœuds, j\u2019étais vraiment bon.C\u2019est à partir de là que j\u2019ai cherché à connaître mes origines. Des coiffes amérindiennes portées comme un accessoire de mode dans les festivals, des capteurs de rêves made in China ou l\u2019utilisation de motifs autochtones par de grandes marques de vêtements : depuis quelques années, les cas d\u2019appropriation culturelle sont légion, et les cultures autochtones en sont les premières victimes.Mais pour bien des consommateurs, difficile de distinguer intérêt pour la culture d\u2019autrui, métissage de cultures et appropriation culturelle.Une difficulté qui tient, souvent, d\u2019une méconnaissance du concept.Alors, de quoi parle-t-on ?On invoque l\u2019appropriation culturelle, lorsqu\u2019un membre d\u2019une communauté dominante utilise un élément d\u2019une culture dominée pour en tirer un profit artistique ou commercial.Par exemple, Natasha St-Pier a été vivement critiquée, en 2015, pour avoir utilisé des symboles autochtones, dont une coiffe d\u2019inspiration amérindienne, dans son vidéoclip Tous les Acadiens.De même, la marque américaine Urban Outfitters, en commercialisant en 2011 des produits au design Navajo sans l\u2019accord de cette nation, s\u2019est attiré les foudres de nombreux militants.S\u2019approprier une culture dominée La question du rapport de force est fondamentale pour distinguer métissage et appropriation culturelle.Pour qu\u2019il y ait appropriation culturelle, il faut que la marque, l\u2019artiste ou le consommateur qui s\u2019approprie tel ou tel élément soit issu d\u2019une culture dominante, avec le pouvoir et l\u2019influence que cela implique.C\u2019est le cas d\u2019Urban Outfitters, entreprise milliardaire présente dans une dizaine de pays ; c\u2019est aussi le cas de Natasha St-Pier, du fait de sa position d\u2019allochtone, a fortiori célèbre.Dans les deux cas, le déséquilibre est flagrant.Au contraire, on ne parlera pas d\u2019appropriation culturelle si un artiste autochtone décide, par exemple, de faire du rap.De fait, ce genre musical est né dans les ghettos américains, où les habitants ont subi des oppressions très similaires à celles vécues par les peuples autochtones.« Dès le départ, le hip hop a été un outil pour les minorités opprimées, explique André Dudemaine, Innu et directeur du festival Présence autochtone.S\u2019 il est aujourd\u2019hui utilisé par certains PAR CAMILLE TESTE Appropriation culturelle : de quoi on parle ?autochtones Cultures artistes autochtones au Canada ou par les jeunes des ghettos d\u2019Amérique latine, disons que c\u2019est une appropriation souhaitable », affirme-t-il.Appropriation économique Alors quel est le problème ?Après tout, beaucoup avancent qu\u2019en utilisant ces symboles, Natasha St Pier ou la marque Urban Outfitters font la promotion de l\u2019art autochtone.Sauf que dans les faits, l\u2019impact de tels comportements est catastrophique, à différents niveaux.D\u2019abord, un tel usage engendre souvent un manque à gagner important pour les peuples dont la culture est appropriée.Dans le cas de la nation Navajo, Urban Outfitters n\u2019avait pas prévu de reverser le moindre sous sur les bénéfices réalisés.De même, les objets « autochtones » fabriqués en Chine, que l\u2019on se procure aisément dans le Vieux- Montréal, ne rapportent rien aux nations concernées.« C\u2019est du vol intellectuel, explique Melissa Mollen-Dupuis, Innue et militante de la cause autochtone.Or, c\u2019est très difficile à protéger par le droit, car nos cultures évoluent sans arrêt ».En somme, il faudrait déposer un brevet pour chaque nouveau motif et pour chaque nouvel objet créé, ce qui relève du casse-tête.À ce titre, en juin 2017, plusieurs communautés amérindiennes ont demandé à l\u2019ONU d\u2019interdire officiellement l\u2019appropriation culturelle.La perte de sens Au-delà de la dimension économique, l\u2019appropriation des cultures autochtones pose le problème de la perte du sens associé initialement aux objets.« Il y a des gens qui achètent des capteurs de rêves parce que c\u2019est cute, sans comprendre la signification qu\u2019ils ont, souligne Melissa Mollen- Dupuis.De même, il y a des marques de chaussures qui ont commercialisé des mocassins en reproduisant, d\u2019après archives, des motifs de perles créés par des autochtones.Malheureusement, ils n\u2019ont pas pris en compte le fait que ces designs servent à identifier des familles ou des nations.» Une manière abusive de consommer la culture de l\u2019autre qui a pour conséquence de l\u2019affaiblir et de la galvauder.« C\u2019est encore plus grave lorsque l\u2019objet dispose d\u2019une signification symbolique ou spirituelle importante.Par exemple, le fait que certains consommateurs se soient emparés de la coiffe de plume d\u2019aigle pour en faire quelque chose d\u2019anodin, c\u2019est d\u2019une grande violence symbolique pour un peuple opprimé », déplore André Dudemaine.De l\u2019irrespect à l\u2019oppression Plus généralement, le fait que divers acteurs issus du groupe dominant s\u2019approprient à l\u2019envie des éléments de la culture autochtone correspond, pour beaucoup, à une énième manifestation de la domination coloniale subie par les peuples autochtones.« La question de l\u2019appropriation culturelle est intimement liée au génocide culturel qui s\u2019est déroulé en parallèle, explique André Dudemaine.C\u2019est-à-dire qu\u2019au moment où l\u2019on a refoulé l\u2019Indien hors de la ville, dans une réserve et où l\u2019on a cherché à faire disparaître sa langue et sa culture, on a aussi construit une image de lui, qui est une allégorie de la sauvagerie.» En proposant sa propre version de la culture autochtone, la culture dominante a ainsi fabriqué et diffusé une vision simpliste, souvent raciste, de ce que Melissa Mollen-Dupuis appelle « l\u2019Indien à plumes ».Le dessin animé Pocahontas, une légende indienne, produit par Disney en 1995, est un exemple flagrant de ce phénomène.« En plus d\u2019être niais, ce dessin animé raconte une histoire qui ne s\u2019est pas passée comme ça », déplore André Dudemaine.Si Pocahontas a vraiment existé, son histoire est très différente.Le problème, c\u2019est que dans le dessin animé, celle-ci ressemble beaucoup à une publicité vivante pour la colonisation.« Présenter Pocahontas comme une espèce de poupée Barbie qui attend le conquérant à bras ouverts, c\u2019est un cliché colonial offensant.» Un stéréotype qui a marqué, depuis la sortie du dessin animé il y a plus de vingt ans, l\u2019imaginaire de centaine de milliers d\u2019enfants, à travers le monde.Face à cette puissance de frappe dont dispose la firme américaine, difficile, pour les cultures autochtones, de rétablir les faits.Avancer Cependant, si l\u2019on parle autant d\u2019appropriation culturelle aujourd\u2019hui, c\u2019est que la cause avance.« L\u2019appropriation culturelle n\u2019est pas vécue de la même manière par toutes les générations d\u2019autochtones, souligne Melissa Mollen-Dupuis.Ma génération et celle d\u2019après sont beaucoup moins tolérantes en la matière.De fait, mes parents font partie de ceux qui ont été dans les pensionnats et qui ont dû se battre pour que le gouvernement reconnaisse ce qu\u2019il avait fait.Ils n\u2019avaient pas le temps de se préoccuper d\u2019une tête d\u2019 indien cousue sur un chandail de hockey.» P H O T O S   : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 13 André Dudemaine Alors, que faire si l\u2019on souhaite s\u2019associer au combat de ces jeunes générations ?Pour André Dudemaine, le minimum, c\u2019est de s\u2019abstenir d\u2019encourager les entreprises qui font de l\u2019appropriation culturelle.« J\u2019 invite aussi les gens à s\u2019 intéresser aux cultures autochtones et à aller à la rencontre d\u2019artistes qui incarnent un très riche héritage.Et puis, pourquoi ne pas acheter des vêtements et des objets réalisés par des designers autochtones ?» Sur ce dernier point, Melissa Mollen-Dupuis et André Dudemaine sont unanimes : il ne s\u2019agit pas, lorsqu\u2019on est allochtone, de ne rien posséder qui soit de nature autochtone, mais plutôt de se renseigner sur la symbolique et de s\u2019interdire de posséder des objets tels que la coiffe de plumes.« De même, si un individu décide de fabriquer ses propres objets d\u2019 inspiration autochtone [sans les commercialiser !], je lui recommande d\u2019évoquer leur origine, poursuit Melissa Mollen-Dupuis.Par exemple, moi je fabrique des paniers qui ne sont pas issus de ma culture.Mais je précise toujours que c\u2019est une dame Abénaquis qui m\u2019a enseigné cette pratique.» Un geste puissant, qui permet de se soustraire à l\u2019appropriation culturelle pour célébrer une version plus souhaitable : le métissage culturel.Trop tard ?Pour autant, n\u2019est-il pas trop tard ?A l\u2019heure où les artistes autochtones trouvent davantage de place pour exister dans les manifestations artistiques, le patrimoine visuel dans lequel ils doivent puiser n\u2019a-t-il pas été trop déprécié, trop galvaudé, par une utilisation massive et caricaturale ?Non, répond André Dudemaine avec vigueur.Selon lui, les comportements évoluent et l\u2019industrie dominante fait des efforts.« Le festival Osheaga, par exemple, a interdit le port de coiffe amérindienne.De même, dans le dernier film de François Girard, [Hochelaga Terre des âmes], tous les acteurs autochtones sont joués par des autochtones, et ce jusqu\u2019au moindre figurant.» Pour M.Dudemaine, nul doute que le salut viendra des artistes autochtones eux-mêmes.« La meilleure façon de combattre l\u2019appropriation culturelle, c\u2019est de faire émerger une expression contemporaine autochtone, conforme à nos traditions visuelles, mais dont l\u2019 imagerie ne renvoie pas à des figures galvaudées.» Une manière, en somme, d\u2019avoir une longueur d\u2019avance et de ringardiser ceux qui tenteraient encore de s\u2019approprier la culture d\u2019autrui.de la mode autochtone à Toronto Première semaine Du 31 mai au 3 juin, les Torontois ont eu l\u2019occasion de célébrer le talent de ces cinq jeunes artistes contemporains Evan Ducharme Catherine Blackburn Justin Louis Delina White Lesley Hampton Un Métis ayant des liens ancestraux avec les peuples cri, ojibwe et saulteaux.Il est originaire de la communauté métisse de St.Ambroise au Manitoba.Son travail explore l\u2019identité métisse, l\u2019indigénéité contemporaine, le rapport à la nature et la récupération des sexualités autochtones.Issue de la nation Temagami, du nord de l\u2019Ontario.Avec la collection qu\u2019elle présente à la semaine de la mode, Lithium, elle souhaite parler de santé mentale, et notamment de bipolarité, une cause qui lui tient particulièrement à cœur.Née en Saskatchewan.D\u2019ascendance dénée et européenne, elle est membre de la Première Nation d\u2019English River.En travaillant avec de la joaillerie, des perles et de la peinture, elle interroge des notions telles que la mémoire, l\u2019histoire et l\u2019identité.L\u2019artiste est une Ojibwée originaire du nord du Minnesota.Son travail s\u2019appuie sur les matériaux, les symboles et les formes artistiques proposées par les nations des Grands Lacs, aux États-Unis.Cofondateur de SECTION 35, une marque qui combine mode et activisme.Justin appartient à la nation crie de Samson.Son travail englobe un design autochtone et des coupes streetwear très contemporaines.ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 14 P H O T O   : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L Melissa Mollen-Dupuis La compagnie québécoise Laurentian Chief\u2013Eugène Cloutier confectionne des « mocassins amérindiens » depuis 1945.Une belle petite entreprise locale « pure laine ».Seulement, le logo de ces produits donne à voir une tête « d\u2019indien » chapeautée d\u2019une coiffe de plumes.Un bon exemple d\u2019appropriation culturelle.L\u2019artisanat de l\u2019entreprise Picard Art Huron est, quant à lui, fabriqué par et pour des Autochtones, bien que leurs poupées semblent entretenir le stéréotype de la petite fille amérindienne coiffée de deux tresses et d\u2019un bandeau.Qu\u2019ont en commun ces deux marques ?Elles sont toutes les deux vendues dans les boutiques de souvenirs du Vieux-Montréal, un lieu mémorable en ce qui concerne la naissance de la ville et de la culture autochtone.Par ailleurs, ce quartier est l\u2019un des plus touristiques de la métropole.L\u2019Itinéraire a visité plusieurs de ces boutiques.Le but ?Identifier les objets soi-disant traditionnels du véritable artisanat fait par et pour les autochtones.Contrairement à notre a priori de départ, le made in China était peu présent.La plupart des items, capteurs de rêves, figurines d\u2019animaux, statuettes, mocassins, etc.étaient fabriqués au Canada.D\u2019autres étaient sans étiquette ou encore dénués d\u2019informations quant à leur fabrication.Pour remettre à la bonne place l\u2019histoire et les origines des symboles les plus couramment vendus en souvenirs et que plusieurs s\u2019approprient parfois même sans s\u2019en rendre compte, nous avons interviewé Sylvain Rivard, artiste multidisciplinaire abénakis spécialisé en arts et histoire autochtones.On invoque l\u2019appropriation culturelle lorsqu\u2019un membre d\u2019une communauté dominante utilise un élément d\u2019une culture dominée pour en tirer un profit artistique ou commercial.Ce phénomène est considéré comme un manque de respect, voire comme la manifestation d\u2019une oppression.Appropriation culturelle Casser les stéréotypes 15 CULTURE PAR ISABELLE RAYMOND CAMELOT MÉTRO JOLICOEUR P H O T O ?  : ?K A R I N E ?B É N É Z E T L\u2019appropriation culturelle, en voici en voilà ! Dans l\u2019enfance de plusieurs, l\u2019appropriation culturelle était bien présente.Les cultures étaient très mal représentées dans les films comme les Western.Dans le monde de la bande dessinée, Tintin au Congo en est un autre exemple.Les Congolais étaient dessinés de façon grotesque et même leurs dialogues les faisaient paraitre comme des gens stupides.Tintin en Amérique n\u2019était guère mieux.Presque tous les clichés de « l\u2019Indien » y étaient présents.Au cours de mes recherches sur l\u2019appropriation culturelle, j\u2019ai eu plusieurs réflexions concernant mes propres expériences.Pour tous les goûts ! Lorsque j\u2019allais en camp de vacances, ma mère me faisait faire des petites tresses comme celles portées par beaucoup de personnes d\u2019origine africaine ou haïtienne.Était-ce mal ?Elles avaient quand même une utilité en m\u2019évitant de me soucier de ma chevelure en camping.La brosse et moi, on n\u2019était pas vraiment amies.C\u2019était ma tante Diane qui me tressait.Dans sa jeunesse, elle avait beaucoup d\u2019amies africaines qui lui ont montré comment tresser comme il faut, pour que le résultat tienne plus d\u2019un mois.Une autre anecdote : pour un concours de costumes, ma mère m\u2019a fait porter un turban à la manière orientale.J\u2019avais environ un an, et j\u2019ai gagné.En 2018, c\u2019est certain que ce type de costume serait inacceptable.Je fabrique des bijoux depuis l\u2019enfance, et j\u2019ai toujours aimé dessiner.Ma mère aussi est habile de ses mains.Elle a du talent pour bien décorer les gâteaux de glaçages.Elle m\u2019aidait dans les bricolages pour l\u2019école lorsque j\u2019étais toute petite.Mon père, lui, a appris à utiliser la sauge, à fabriquer des capteurs de rêves, à tisser des perles pour faire des head bands, des bracelets, des colliers et des ceintures auprès d\u2019artisans autochtones.Il avait lui-même des origines amérindiennes, bien qu\u2019il n\u2019ait pas grandi dans cette culture.Par contre, il s\u2019intéressait à la spiritualité et à l\u2019artisanat autochtones.L\u2019héritage de mon père Adolescente, je faisais beaucoup de terreurs nocturnes et de paralysie du sommeil.C\u2019était vraiment horrible ! Je n\u2019étais pas du genre à réveiller tout le monde lorsque ça m\u2019arrivait, je vivais cela en dedans.J\u2019ai quand même fini par en parler à mon père.Il m\u2019a alors fabriqué un capteur de rêves qui a soulagé mes terreurs et atténué mes cauchemars.Puis, un jour, je suis allée avec lui dans un magasin à un dollar.Des capteurs de rêves Made in China étaient accrochés au présentoir, à un prix dérisoire.Mon père était très fâché.Il disait que ça nuisait financièrement aux vrais artisans.Mon père travaillait très bien le suède et le cuir.Je me rappelle du bruit qu\u2019il faisait en les perçant.Il m\u2019a appris à fabriquer les capteurs de rêves et à tisser avec des perles.Le tissage demande d\u2019ailleurs énormément de patience et on n\u2019a pas vraiment le droit à l\u2019erreur.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai une jolie paire de boucles d\u2019oreilles en forme de capteurs de rêves confectionnée par mon père.Puisqu\u2019il est décédé, elle est un souvenir de lui fabriquée de ses mains, en plus de toutes ses perles et de son matériel dont j\u2019ai hérité.Cela fait longtemps que je ne les ai pas portées, car depuis qu\u2019on dénonce l\u2019appropriation culturelle, je n\u2019ose plus les mettre.Même le collier que j\u2019ai fabriqué avec un médaillon capteur de rêves tissé de mes mains, je ne le mets plus à mon cou.Ma grand-mère maternelle faisait des poupées, du tricot, des bougies de même que de multiples objets pratiques et décoratifs.Mes parents, eux, m\u2019ont transmis l\u2019amour pour l\u2019art et le « fait à la main ».Je trouve important de valoriser le travail des artisans et d\u2019éviter d\u2019acheter des objets dits traditionnels d\u2019ici, mais Made in China.Le matériel est souvent de mauvaise qualité et les personnes qui les fabriquent se font peut-être exploiter.En ce qui concerne les communautés autochtones, j\u2019ai du respect pour elles ; raison pour laquelle je me demande si porter mes capteurs de rêves en guise de bijoux est un affront à leur culture ?PAR ISABELLE RAYMOND ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 16 P H O T O   : ?C H O K N I T I ?K H O N G C H U M ?( 1 2 3 R F ) CHRONIQUE PAR ISABELLE RAYMOND Contes Contes du trou d\u2019cul Sylvain Rivard Les éditions Cornac, 2010 Sylvain Rivard est un artiste multidisciplinaire d\u2019origine autochtone abénakis, du côté maternel.Par son vécu et ses études universitaires en anthropologie, il s\u2019est spécialisé en histoire et dans les vêtements autochtones.Auteur de plusieurs livres, entre autres, Les poupées, dénonçant l\u2019infantilisation et les stéréotypes de la femme autochtone et Contes du trou d\u2019cul, il est aussi consultant auprès des gouvernements du Canada et du Québec ainsi que pour plusieurs musées tels que McCord et Pointe-à-Callière.Ayant grandi autant dans la culture québécoise qu\u2019autochtone, il a acquis des techniques de fabrication artisanale.« Tout petit, je regardais mon grand-père faire des raquettes en babiche.Il m\u2019apprenait également à coudre différents textiles et matériaux, comme la fourrure, » raconte-t-il.L\u2019expertise de cet artiste l\u2019a également amené à collaborer avec le Musée Grévin qui, avant cela, exposait des statues de cire autochtones dont les costumes n\u2019étaient pas authentiques : « Plusieurs de mes amis autochtones me disaient d\u2019aller voir au Musée Grévin les statues de cire, explique-t-il, que c\u2019était n\u2019 importe quoi.C\u2019était presque des costumes d\u2019Halloween.Certains des personnages portaient même des bandeaux avec une plume.On n\u2019a jamais porté ça ici ! » Cette situation l\u2019a mis hors de lui : « J\u2019ai fait une crise et je me suis dit : \u201c Soit ils me mettent dehors, soit ils m\u2019engagent.\u201d Ils m\u2019ont engagé.J\u2019ai refait à la main tous les looks des statues, avec l\u2019équipe du musée.Mon but était qu\u2019on arrête de montrer des clichés aux gens.À présent, ça semble moins exotique, mais c\u2019est authentique », raconte-t-il.M.Rivard nous donne plusieurs autres exemples d\u2019appropriation culturelle et déboulonne certaines fausses croyances en nous expliquant l\u2019origine de ces symboles culturels autochtones.PORTRAIT Sylvain Rivard L\u2019art de déboulonner 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 17 Pitoune de bingo 2017 Collage papier de soie, huile, acrylique sur cartes de bingo usagées PAR ISABELLE RAYMOND Plusieurs personnes possèdent des capteurs de rêves sans en connaître l\u2019histoire.« Le capteur de rêves a été importé par le mouvement pow-wow après la Deuxième Guerre mondiale, conte M.Rivard.Il n\u2019est donc pas d\u2019ici.L\u2019histoire du capteur de rêves est adaptée d\u2019une culture à l\u2019autre, mais son origine se trouve dans le Sud-Ouest américain au sud des Plaines.Là-bas, il existe un lieu du nom de Spider Rock.La légende liée au capteur de rêves vient de là et de la femme araignée.Elle avait plusieurs bras et était considérée comme la plus grande des artisanes.Dans la région des Grands Lacs, pour fabriquer les vrais capteurs de rêves, on utilisait une branche de saule souple attachée en forme de boucle et plantée près de la tente.On se réveillait le matin, l\u2019araignée avait tissé une toile, on la retirait pour enlever tous les rêves et on jetait ensuite la branche.Ça se fait toujours d\u2019ailleurs, » ajoute-t-il.L\u2019appropriation du capteur de rêve va cependant plus loin que la simple vente de cet objet dans les boutiques de souvenirs.Des compagnies se servent de ce symbole ou d\u2019objets autochtones à des fins de marketing, explique Sylvain Rivard.Par exemple, le parfum Capteur de rêves de Lise Watier.« Je leur ai expliqué qu\u2019ils faisaient de l\u2019appropriation culturelle, qu\u2019ils ne pouvaient pas faire de l\u2019argent avec la propriété intellectuelle d\u2019une autre culture.Ils ne semblaient pas comprendre où était le mal, dénonce Sylvain Rivard. Je leur ai alors suggéré de donner l\u2019argent des profits à un organisme qui aide les Autochtones et c\u2019est ce qu\u2019ils ont fait ».Tous ceux qui ont vu des films Western américains connaissent le personnage du « chef indien » avec la grande coiffe pleine de plumes sur la tête.Ces artifices sont repris dans le monde de la mode depuis bien longtemps.Dans une collection de robes de mariées des années 80, créées par Jean-Paul Gaultier, explique Sylvain Rivard, un mannequin portait une grande coiffe des Plaines.« Je n\u2019avais pas de problème avec ça, puisque cette démarche était faite dans un but artistique de mélanges de cultures et de genres.Aujourd\u2019hui, ça ne se verrait plus. » Mais la coiffe n\u2019est pas un article de mode, elle est un symbole important chez certaines Premières Nations.« La coiffe est une chose religieuse pour les nations des Plaines de l\u2019Ouest, dit Sylvain Rivard.Maintenant, elle est uniquement portée lors de grandes occasions et chaque culture a sa propre coiffe ».Lorsqu\u2019on assiste à un pow-wow présenté dans une réserve, les danseurs peuvent porter la coiffe, mais « ici, comme le déplore notre interlocuteur, les Autochtones la portent pour les touristes, pour que ça fasse plus \u201cindien\u201d.Ils sont pris dans un stéréotype d\u2019une autre époque ».Capteur de rêves Souvent par méconnaissance, certains randonneurs allochtones construisent des inukshuks dans les forêts, sans savoir leur réelle utilité.D\u2019autres les possèdent sous format bibelot.« Les fameux bonshommes en pierre sont d\u2019origine inuite, explique Sylvain Rivard.Certains les utilisent pour décorer leurs jardins, ils existent même sous forme de boucles d\u2019oreilles.Ça n\u2019a pas d\u2019allure de se servir d\u2019objets d\u2019une autre culture en le dénaturant à ce point. » Chez les Inuits, les inukshuks étaient essentiels à leur survie.« Il n\u2019y a pas d\u2019arbres dans l\u2019Arctique.Les Inuits construisaient les inukshuks, nom qui signifie \u201cTout comme un humain\u201d, pour créer des cachettes.On pouvait y trouver des vivres et des vêtements.C\u2019était aussi utilisé comme point de repère.Et ça ne servait aucunement à dire merci à la Terre-Mère.Ça, c\u2019est une fausse croyance. » Les inukshuks La coiffe amérindienne L\u2019appropriation culturelle en Dans les boutiques de souvenirs, l\u2019ours, qu\u2019il soit en peluche, en bibelot ou en bijou, est également très populaire.On y retrouve aussi la patte d\u2019ours.« Dans toutes les cultures autochtones, l\u2019ours est important, précise l\u2019artiste.Ça vient de la première religion arrivée en Amérique avec les premiers hommes.[NDLR Bien que contesté par les scientifiques, le culte de l\u2019ours est souvent considéré comme l\u2019une des religions préhistoriques surtout en Amérique du Nord, en Europe et en Sibérie.] C\u2019est la plus vieille religion qui date du temps des hommes des cavernes et c\u2019est resté dans la culture autochtone ».Même si la symbolique de cet animal est ancrée dans leurs cultures, la patte d\u2019ours imprimée est surreprésentée dans l\u2019artisanat autochtone contrefait et même dans celui qui est confectionné par des Autochtones.« Tout ça pour plaire aux touristes, explique M.Rivard.Dans les livres que j\u2019écris, je m\u2019occupe toujours de l\u2019illustration pour éviter des dessins clichés de ces symboles à travers lesquels aucun Autochtone ne se retrouve. » Par ailleurs, l\u2019ours est aussi un animal emblématique canadien, tout comme l\u2019orignal.L\u2019ours et ses dérivés Plusieurs inventions liées aux moyens de transport ont été récupérées en toute impunité par des allochtones.Par exemple, précise M.Rivard, « le design du kayak est inuit.Ça a pris des milliers d\u2019années pour l\u2019inventer, comme la forme du canot qui a aussi été reprise.Il faut préciser que les brevets et la notion de propriété intellectuelle pour ces inventions n\u2019existaient pas à l\u2019époque.Maintenant, les Autochtones vont en cour pour se réapproprier leurs savoir-faire. » Le kayak n\u2019était évidemment pas en plastique.Les méthodes de fabrication consistaient en un cadre en os de baleine, de morse ou de bois.Cette charpente était recouverte de peaux de phoque ou de morse.Citons également l\u2019exemple des raquettes.À l\u2019époque, les premiers colons s\u2019en servaient déjà.« Les raquettes étaient faites de peaux crues et de babiche.Babiche est, par ailleurs, un mot algonquien.Cette matière était de la peau d\u2019orignal coupée en lanière et tressée pour faire le fond des raquettes, » décrit Sylvain Rivard, connaissant très bien la technique enseignée par son grand-père.Les kayaks, canoës et raquettes 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 19 Lorsqu\u2019on s\u2019imagine à quoi ressemble la femme autochtone, la première image qui nous vient à l\u2019esprit est souvent celle de Pocahontas aux longues tresses.Une caricature que Sylvain Rivard n\u2019apprécie pas : « Les femmes autochtones d\u2019ici n\u2019ont jamais porté les deux tresses de chaque côté.Ce cliché est né des films hollywoodiens, inspirés des femmes des Plaines de l\u2019Ouest qui se coiffaient ainsi.Alors aujourd\u2019hui, on croit que toutes les femmes autochtones le font ».Dans les boutiques de souvenirs du Vieux-Montréal, on trouve plusieurs poupées qui renforcent ce stéréotype.Mais en plus de donner une fausse représentation des femmes de l\u2019Est, « on les déshumanise en les représentant comme des poupées, » déclare notre interviewé.Beaucoup de personnes ont joué dans leur enfance aux cowboys et aux Indiens, certains se déguisent encore pour Halloween avec des costumes d\u2019amérindiennes à deux tresses.Une image qui est d\u2019autant plus martelée que c\u2019est l\u2019une des premières que l\u2019on peut apercevoir aux portes de Montréal.« La première affaire que le monde voit lorsqu\u2019il arrive à l\u2019aéroport Montréal-Trudeau, ce sont des affiches de petits nounours habillés en police montée et des petites indiennes en poupée, rappelle Sylvain Rivard, l\u2019air exaspéré.On est dans la mascotte et encore dans l\u2019infantilisation ».Les tresses indiennes Quentin Condo Le rap pour raconter la réalité autochtone Quentin Condo, 39 ans, a commencé à rapper l\u2019année dernière.De père mi\u2019gmaq et de mère irlandaise, il a grandi entre la côte Ouest des États-Unis et la réserve de Gesgapegiag, en Gaspésie.C\u2019est d\u2019ailleurs du numéro administratif de celle-ci qu\u2019il tire son nom de scène : Q052.Avec une voix qui vibre comme celle d\u2019Eminem et des beats à la Cypress Hill, il raconte le quotidien et les inégalités subies par les peuples autochtones à l\u2019intérieur des communautés.Rencontre avec un artiste engagé.Dans ton EP, tu parles des défis et des souffrances auxquels les communautés autochtones doivent faire face.D\u2019où te vient cet engagement ?Mon père a longtemps été engagé en politique.Dans les années 1950, il a été chef de la réserve de Gesgapegiag, en parallèle de son métier de charpentier.De mon côté, j\u2019ai toujours été un activiste.Toute ma vie j\u2019ai écrit des textes et participé à des manifestations pour faire reconnaître les droits des personnes autochtones, notamment sur les territoires mi\u2019gmaqs.Plus tard, j\u2019ai été élu membre du conseil [de bande] par la communauté, sous le régime de la Loi sur les Indiens.C\u2019est le système qui régit aujourd\u2019hui encore la vie des Premières Nations au Canada.J\u2019ai fait deux mandats, entre 2009 et 2013, mais j\u2019ai arrêté parce que j\u2019avais l\u2019impression de contribuer au problème.Je m\u2019explique : ce que je faisais, c\u2019était surtout de l\u2019application de programmes gouvernementaux.Or, d\u2019après moi, ces programmes ne contribuent pas à améliorer les problèmes intrinsèques à la communauté.Donc mon travail ne servait pas à grand-chose.Oui, tu en parles aussi dans tes textes.Que reproches-tu à ce système exactement ?Ce n\u2019est pas notre système, il ne fonctionne pas pour nous.Dans ma communauté, nous sommes entre sept et neuf familles.Traditionnellement, chaque famille sélectionnait un représentant sur la base de ses compétences, de son éducation et de sa connaissance des enjeux locaux.Ensemble, les représentants de chaque famille prenaient des décisions politiques, culturelles ou cérémoniales.Or depuis, la Loi sur les Indiens, on nous impose un fonctionnement différent : les représentants sont élus par vote populaire [à la majorité].Le problème, c\u2019est que cela favorise les familles dont les membres sont les plus nombreux.Aujourd\u2019hui, sur un conseil de neuf personnes, il n\u2019est pas rare de voir des familles surreprésentées et des familles qui ne le sont pas du tout.Et ce, même si leurs représentants n\u2019ont pas du tout les compétences pour administrer toute une communauté.En conséquence, il y a beaucoup d\u2019abus : dans ma réserve, qui comprend environ 700 personnes, notre chef a augmenté sa rémunération pour un montant supérieur à 114 500 dollars par an.Cet argent, c\u2019est de l\u2019argent en moins pour les programmes sociaux.ENTREVUE PAR CAMILLE TESTE ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 P H O T O   : ?F R A N Ç O I S ?L A M B E R T MUSIQUE 20 N\u2019y a-t-il aucun recours pour les autres membres de la communauté ?Il est très difficile d\u2019en parler publiquement en dehors des réserves.En effet, on subit déjà un racisme tellement important que soulever ce genre de question, c\u2019est prendre le risque de se faire juger encore plus par les allochtones, ou de subir encore plus de contrôle de la part du gouvernement.Mais même à l\u2019intérieur des réserves, ce n\u2019est pas évident.De fait, comme les réserves sont sous tutelles, les programmes sociaux et les postes alloués aux Autochtones dans les réserves sont contrôlés par les dirigeants de la communauté.Donc si tu t\u2019opposes un peu trop au Conseil en place, ta famille risque d\u2019en pâtir.C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019ai décidé de quitter ma réserve d\u2019une part, et de me tourner vers la musique, d\u2019autre part.D\u2019une manière générale, tes textes sont extrêmement engagés, quel est l\u2019objectif derrière ce choix ?Je dénonce la réalité des réserves depuis toujours, mais le faire avec un beat et des rimes, c\u2019est une manière de toucher plus de monde, en particulier les jeunes.L\u2019idée est aussi de dire à ceux qui sont confrontés aux mêmes réalités que c\u2019est OK d\u2019en parler.Parce que pour régler un problème, il faut l\u2019identifier et en discuter.Ta musique constitue-t-elle une nouvelle forme d\u2019activisme ?Oui, absolument.D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas pour rien que ma musique a des consonances hip-hop.J\u2019ai grandi avec cette musique dans les oreilles.Elle m\u2019a beaucoup influencé dans mon engagement.Les communautés noires américaines populaires, qui sont à l\u2019origine du hip-hop, ont beaucoup de choses en commun avec les Autochtones.Nous sommes confrontés à des enjeux sociaux similaires.Mais cela ne veut pas dire que j\u2019embrasse l\u2019entièreté de la culture hip-hop.Par exemple, il y a beaucoup d\u2019artistes qui utilisent un vocabulaire grossier, avec des mots comme « bitches » pour parler des femmes.Ce sont des mots que je refuse d\u2019utiliser par principe : au Canada la réalité des femmes autochtones est catastrophique ; depuis les années 1970, on compte environ 2000 femmes autochtones assassinées ou disparues.Il faut se battre pour elles, pas les déprécier.D\u2019ailleurs, tu en parles dans le premier titre de ton EP, Comes back again.Oui, c\u2019est la première chanson que j\u2019ai écrite, sur une trentaine en tout.L\u2019idée de cette chanson était d\u2019évoquer tous les problèmes rencontrés par les peuples autochtones.J\u2019insiste particulièrement sur la condition des survivants des pensionnats autochtones et la question des femmes.La chanson commence avec le mot remember, [souviens-toi], ensuite je fais une liste de tous ces problèmes et je termine en disant que j\u2019aimerais bien les oublier, mais qu\u2019il me suffit de regarder les nouvelles pour réaliser que c\u2019est impossible.De fait, pas un jour ne passe sans qu\u2019un événement dramatique n\u2019arrive à l\u2019un d\u2019entre nous.C\u2019est une histoire qui dure depuis trop longtemps.Comment voulez-vous qu\u2019on passe à autre chose ?Nous avons cette souffrance dans le sang.Tu es venu à cette entrevue avec tes cinq fils.Est-ce que tu parles de toutes ces questions avec eux ?Bien sûr ! Ils comprennent ces problèmes et veulent agir aussi.À l\u2019école, ils sensibilisent même les autres élèves.Par exemple, ils ont eu l\u2019occasion de faire des percussions et des danses traditionnelles avec eux.De même, ils parlent régulièrement de l\u2019histoire de leur peuple en classe.Paradoxalement, c\u2019est quelque chose qu\u2019ils peuvent faire aujourd\u2019hui car ils sont scolarisés dans le canton de Hatley, près de Sherbrooke, une ville située loin des territoires autochtones.Mais il y a beaucoup moins d\u2019ouverture dans les écoles situées à proximité des réserves.En fait, ils sont déjà des petits activistes ?Absolument [rires].Mon objectif c\u2019est de créer cinq avocats.Mon père m\u2019a enseigné l\u2019anglais et le français pour que je puisse parler la langue du dominant.Mes ancêtres enseignaient aux jeunes comment devenir des guerriers, pour protéger leur famille et leur communauté.Aujourd\u2019hui on n\u2019enseigne plus la violence, mais si on veut obtenir justice, si on veut que notre situation évolue, il faut parler le langage de la justice et savoir se battre dans un tribunal.Mon fils aîné a 17 ans.Dans deux ans, il entre à l\u2019université.Son objectif, c\u2019est de prendre une majeure en droit et une mineure en musique.Ainsi, s\u2019il ne parvient pas à gagner un combat en cour, il pourra toujours écrire une chanson sur la question.Que faire lorsqu\u2019on est allochtone pour s\u2019engager en faveur des personnes autochtones ?Je ne crois pas qu\u2019on changera les préjugés qu\u2019ont les Canadiens adultes à l\u2019encontre des Autochtones.Mais on peut le faire pour les générations futures.Or, pour cela, il faut encourager les écoles à mettre davantage l\u2019accent sur notre histoire.Aujourd\u2019hui, quand je lis les livres d\u2019histoire de mes fils, je suis atterré : ils parlent de nous comme si nous étions une espèce disparue.On a beaucoup parlé de réconciliation ces derniers temps, mais comment voulez-vous que cela arrive si notre histoire disparaît peu à peu des programmes scolaires ?L\u2019EP de Quentin Condo, Lateral Violence, est une production Musique nomade.Tous les profits sont remis à l\u2019Association des femmes autochtones du Canada.Musique nomade est un organisme à but non lucratif créé en 2011, qui vise à soutenir et promouvoir les musiciens émergents autochtones du Québec et du Canada, à assurer une mémoire numérique des musiques traditionnelles autochtones et à encourager les rencontres interculturelles.Le 11 août prochain aura lieu le showcase annuel de l\u2019organisme, dans le cadre du Festival Présence Autochtone à Montréal.Cette année, il mettra en vedette des artistes hip hop et électro.15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA Lateral Violence @MusiqueNomade 21 Nunavik Une Inuite pilote d\u2019avion Rares sont les femmes qui pilotent des avions, encore moins dans le Grand Nord, et encore moins lorsqu\u2019elles sont inuites.Melissa Haney fait partie de cette élite particulière.Elle est la première pilote inuite à atteindre le grade de capitaine sur un avion de type Dash 8, transportant 45 passagers et acheminant 4000 livres de cargaison.« Le moment le plus marquant de ma carrière, affirme Mme Haney, c\u2019est quand j\u2019ai atterri à Montréal et qu\u2019on m\u2019a dit que j\u2019avais obtenu le grade de commandante et que je pouvais désormais voler avec un copilote.J\u2019étais très fière, c\u2019était le plus beau moment de mon parcours professionnel.Être la première femme inuite à piloter un avion, c\u2019est quelque chose ! J\u2019ai travaillé fort pour en arriver là.» La compagnie aérienne Air Inuit qui l\u2019emploie croit que l\u2019apport des femmes inuites en aviation est essentiel.« C\u2019est une bonne chose, nous encourageons les femmes à s\u2019 impliquer dans des domaines historiquement plutôt associés aux hommes, estime Marie-Noëlle Pronovost, directrice des opérations commerciales d\u2019Air Inuit.Nous voyons une évolution du nombre de femmes pilotes depuis une dizaine d\u2019années.» Pionnière Melissa Haney se sent pionnière dans ce domaine, en tant que femme, mais aussi en tant qu\u2019Inuite.« Il n\u2019y a que 10 % des femmes qui sont pilotes dans le monde.Chez Air Inuit, nous sommes à peu près 10 % des pilotes à être Inuits.Nous sommes des modèles et nous montrons que nous sommes capables d\u2019aller à l\u2019école pour réaliser nos rêves dans la vie.» L\u2019apport des personnes inuites en aviation, explique Mme Pronovost, est plutôt appréciable.« C\u2019est important pour nous d\u2019assurer la relève et de concrétiser la mission d\u2019offrir un maximum d\u2019emplois aux personnes d\u2019origine inuite, de sorte qu\u2019elles puissent contribuer de façon importante à la santé financière et au développement de la région.» Il existe chez Air Inuit une dimension symbolique pour les Autochtones.« Oui, il y a un sentiment de fierté et d\u2019appartenance car la compagnie leur appartient, souligne Mme Pronovost.Quant à l\u2019éventail des passagers d\u2019Air Inuit, il est assez diversifié ; des résidents du Nunavik aux employés de compagnies établies dans le Nord, en passant par les employés des différents établissements gouvernementaux.» Goût pour l\u2019aviation Mme Haney, 36 ans, est mariée à un autre capitaine d\u2019Air Inuit.Le couple a deux enfants.Elle a passé son enfance à Inukjuak près de la baie d\u2019Hudson.Dans cette région, les avions sont une forme de ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 22 P H O T O S   : ?C O U R T O I S I E REPORTAGE PAR GENEVIÈVE BERTRAND JOURNALISTE-PARTICIPANTE ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones S\u2019INFORMER S\u2019EXPRIMER QUESTIONNER COMPRENDRE ÉCOUTER ET VOIR p u b l i c i t é transport courant pour les communautés autochtones.Ce moyen de transport est notamment utilisé pour se rendre à des rendez-vous dentaires et médicaux, ailleurs dans le territoire nordique québécois.« Tout se fait par avion, avance Mme Haney, car il n\u2019y a pas beaucoup de routes dans le Grand Nord.Même pour aller dans un autre village, il faut prendre l\u2019avion.Les gens y sont habitués, c\u2019est la seule façon de voyager.» Au début de la vingtaine, Mme Haney était un peu confuse quant à son choix de carrière.Elle a d\u2019abord entrepris des études de langues à l\u2019Université Concordia, mais la passion n\u2019y était pas.« Une de mes amies m\u2019avait dit qu\u2019Air Inuit cherchait des agents de bord.L\u2019aviation m\u2019avait toujours intéressée, mais je ne savais pas que je pouvais envisager cette carrière.J\u2019ai alors décidé de m\u2019engager comme agente de bord à Air Inuit et très vite, j\u2019ai réalisé que je voulais être pilote », confirme-t-elle.En 2003, elle entreprend des cours de pilotage à Cornwall Aviation, une expérience qui dure neuf mois.Pour devenir commandant, il y a beaucoup d\u2019étapes.Il faut notamment accumuler 200 à 250 heures de vol après avoir terminé son cours.Une fois cette tâche remplie, Melissa a été engagée par Air Inuit à titre de copilote première officier et a dû faire encore 1500 heures de vols.Pour acquérir le grade de commandant, elle accroît ses heures de vol à plus de 4000 et 5000.Son parcours s\u2019est avéré si inspirant qu\u2019une deuxième femme inuite a suivi ses traces, Elaisa Alaku.« Moi, je suis la première femme inuite commandant.Elaisa, quant à elle, est encore premier officier.La différence c\u2019est que j\u2019ai plus d\u2019expérience et j\u2019ai la responsabilité de tout l\u2019avion.Alors qu\u2019elle, est copilote sur un autre avion », précise Mme Haney.Pénurie de pilotes Air Inuit soutient avoir des difficultés à recruter des pilotes dans l\u2019industrie.Depuis que les principales compagnies aériennes, Air Canada, Air Transat et WestJet, viennent chercher des employés chez leur concurrent.« Comme toutes les compagnies, explique Mme Pronovost, nous souffrons de la pénurie de main-d\u2019œuvre spécialisée.Nous comptons présentement 147 pilotes et copilotes dans nos rangs.La situation est stable depuis plusieurs mois.Nous n\u2019avons plus de poste à combler.» Le transporteur inuit fait des efforts pour que les étudiants autochtones intègrent en priorité son programme d\u2019étude de techniques de pilotage d\u2019aéronefs.« Avec le Projet Sparrow, chaque année, nous offrons un programme de formation complet à cinq étudiants inuits qui ont terminé leur secondaire 5 et qui aimeraient devenir pilotes chez Air Inuit.Ainsi, nous sommes présents à plusieurs salons de l\u2019emploi, explique Mme Pronovost, ici à Montréal, ainsi qu\u2019au Nunavik, afin de présenter la compagnie.» Un timbre à son effigie Au mois d\u2019août 2017, un timbre a été émis à l\u2019effigie de Melissa Haney par l\u2019organisation Canadian Ninety-Nines, qui fait la promotion de la présence des femmes en aviation.« Je suis vraiment fière.C\u2019est quelque chose que je n\u2019aurais jamais pensé avoir ».Lorsqu\u2019on lui demande si elle envoie du courrier avec ses timbres, elle répond : « Les gens envoient de moins en moins de courrier par la poste aujourd\u2019hui.Je vais peut-être envoyer davantage de lettres avec mon timbre, mais certainement pas pour payer mes factures ! (rires) » Son prochain rêve, c\u2019est d\u2019avoir un équipage composé entièrement de femmes inuites : « Moi avec une première officier et une agente de bord.J\u2019espère que ça se réalisera au cours de la prochaine année et demi.Ce n\u2019est jamais arrivé avant ». Inuits Les enfants des confins du Groenland Sur l\u2019île Uummannaq au Groenland se trouve un centre d\u2019accueil pour enfants exceptionnel, le plus nordique de la planète.Là, les jeunes Inuits en difficultés ont accès à diverses thérapies dont la musique, qui fait voyager certains d\u2019entre eux de par le monde.Il y a un conte que chaque enfant du Groenland connaît et que les humains racontent depuis la nuit des temps.C\u2019est l\u2019histoire de Kaassassuk.Le petit orphelin était la cible de moqueries de la part des villageois, qui le traitaient de mauviette, le tourmentaient et l\u2019excluaient.Laissé à lui-même, il dormait parmi les chiens, jusqu\u2019à ce qu\u2019il rencontre un magicien, qui lui a donné des forces surnaturelles.À la fin du conte, Kaassassuk devient un chasseur invincible, qui maîtrise trois ours polaires.« Dans chacun de mes enfants se cache un petit Kaassassuk », affirme Ann Andreasen, directrice du centre d\u2019accueil pour enfants à Uummannaq, lequel accueille 35 filles et garçons inuits âgés entre six et 20 ans.« Parce qu\u2019ils ont vécu l\u2019inimaginable, ils méritent d\u2019être enfin heureux à Uummannaq », dit-elle.Les Inuits nomment le Groenland Kalaallit Nunaat : terre des humains.Environ 57 000 personnes vivent dans cette région autonome du Royaume du Danemark, dont seulement un sixième du territoire est libre de glace et habitable.Avec ses deux millions de km2, l\u2019île est la plus grande du monde, soit 50 fois la taille de la Suisse et 1,4 fois celle du Québec.Uummannaq, qui signifie « en forme de phoque », est minuscule, avec seulement 12 km2.Située à 600 kilomètres au nord du cercle polaire, l\u2019île semble être sortie d\u2019un conte, scintillante de blanc, rocheuse et rude.La vie y est aussi rude.Ici, on retrouve quelque 1500 humains et deux fois plus de chiens de traîneau.Une ambiance hyggelig Par un après-midi froid, sur une rue sinueuse qui descend de la montagne au cœur de l\u2019île, deux enfants dévalent en luge, en criant devant l\u2019école rouge et le seul supermarché, et filent jusqu\u2019au port où se trouve la grosse usine de poissons.Au crépuscule, Dharma et Amy, les joues rouges et les yeux brillants, trainent leur luge jusqu\u2019à la maison peinte en bleu, des peaux de phoque tendues à côté de la porte arborant des images d\u2019enfants inuits, et des chandelles brillant derrière les fenêtres.Amy est une fillette tranquille de sept ans, Dharma, du même âge, est un petit garçon dégourdi et souvent surexcité.Ann Andreasen les accueille avec tendresse en les prenant dans ses bras.Des sons de piano et de guitare émanent des chambres des autres enfants.Ça sent les petits pains à la cannelle.Les Danois nomment cette ambiance hyggelig, un terme qui décrit fort bien l\u2019environnement confortable que Mme Andreasen a créé.Les tapis moelleux, les couvertures de peaux et les crânes de morses composent le décor.On y trouve aussi des étagères avec des figurines taillées dans des os, appelées tupilaq, dont les Inuits croient qu\u2019elles sont habitées par les âmes de leurs ancêtres.Sur les murs aux couleurs vives, des photos montrent les enfants, en voyages pour donner des concerts.On peut les voir avec des colliers TEXTE ISABEL STETTIN/SURPRISE ! TRADUCTION SIMON LANCTÔT PHOTOS SASCHA MONTAG/ZEITENSPIEGEL ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 24 INSP Cet article provient du magazine allemand Surprise ! Tous les 15 du mois, nous publions du contenu original de fleurs sur une plage à Hawaï, avec leurs instruments de musique au Venezuela, avec Daisy Duck à Disneyland Paris.Ann Andreasen veut agrandir leur monde.Pourtant, ils doivent surtout apprendre à aimer leur propre terre, leur pays.Et ainsi, à s\u2019aimer eux-mêmes.« Montrer à ces enfants qu\u2019ils proviennent d\u2019une magnifique culture les aide à comprendre à quel point ils sont eux-mêmes magnifiques et précieux.» Un lourd héritage Le centre d\u2019accueil pour enfants d\u2019Uummannaq est le plus ancien du Groenland.Bâti en 1929, il était à l\u2019origine un sanatorium pour les orphelins et les enfants malades.Pour comprendre le centre et ses enfants, il faut s\u2019intéresser à l\u2019histoire.Les premiers missionnaires danois sont arrivés au Groenland au milieu du 18e siècle pour convertir les Inuits au protestantisme.Peu après, le Groenland est devenu une colonie danoise.Les Inuits ont souffert des maladies importées, de la nouvelle organisation de leur milieu de vie et du contrôle exercé à l\u2019étranger par les seigneurs coloniaux.Encore au milieu du 20e siècle, des villages entiers ont été déplacés pour y établir des bases militaires américaines.Les Inuits n\u2019ont obtenu le droit à une autonomie administrative qu\u2019en 1979 et le Groenland est officiellement un pays constitutif du Royaume du Danemark depuis 2009.Mais économiquement, il est encore dépendant, car le gouvernement danois continue de décider d\u2019affaires importantes, dont sa politique extérieure.La pauvreté et les enfants négligés sont des signes du lourd héritage colonial du pays.Tout comme les Amérindiens et les Aborigènes, les Inuits vivent une crise d\u2019identité nationale.En termes de statistiques mondiales sur la pauvreté, la violence domestique et les abus sexuels, le Groenland se situe tristement parmi les plus élevées.Selon l\u2019UNICEF, un enfant du Groenland sur six est sous-alimenté.Une fillette sur trois a déjà été abusée sexuellement avant l\u2019âge de 15 ans.Et peu d\u2019autres pays connaissent autant de suicides.Un Groenlandais sur cinq a tenté au moins une fois de s\u2019enlever la vie, à cause de la solitude, de l\u2019isolement, des longues périodes sans soleil, des dépressions.Puis, l\u2019alcool noie d\u2019abord les problèmes avant de les amplifier.Des traces qui disparaissent Par ailleurs, une nouvelle menace pointe à l\u2019horizon.« Pendant longtemps, les Inuits ont suivi les traces de leurs ancêtres, mais ces traces disparaissent », raconte Ann Andreasen.Depuis toujours, les Groenlandais sont des chasseurs, ils capturent des baleines, des rennes et des phoques, pêchent la morue et le flétan.Mais les bouleversements climatiques font disparaître les glaces toujours plus tôt et avec elles, les traditions, les terrains de chasse, les traîneaux à chiens et finalement, la fierté et l\u2019identité.Sur une feuille de papier, Ann dessine un Inuit en vêtements de peaux.À la place de son cœur, elle dessine un enfant qui pleure, puis un bloc de glace sous ses pieds : « Mes enfants sont sur de la glace mince.Notre tâche, c\u2019est d\u2019épaissir le sol sous leurs pieds » parce que les impitoyables bouleversements touchent surtout les plus faibles.Cette réalité, la directrice l\u2019a apprise dès son entrée en poste au centre.Ann Andreasen est née dans les Îles Féroé, mais a grandi au Danemark, chez sa tante et son oncle.À Copenhague, elle a étudié le travail social et a travaillé avec des enfants qui souffraient de maladies rares.À 25 ans, elle emménage à Uummannaq pour travailler dans le centre pour enfants le plus au nord du monde.C\u2019est l\u2019amour pour un Groenlandais qui l\u2019y a emmenée, en plus du grand désir de découvrir cette île que ses parents avaient souvent visitée.« Je suis chaotique, tout ce que je fais arrive spontanément.Je ne suis aucun plan », affirme-t-elle.« Je ne savais Knud, un jeune du centre part à la chasse  Parce qu\u2019ils ont vécu l\u2019inimaginable, ils méritent d\u2019être enfin heureux à Uummannaq  Ann Andreasen 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 25 pas grand-chose sur le Groenland quand je suis venue ici.» Mais pour elle, son arrivée au centre était une suite logique dans son cheminement, elle qui avait auparavant travaillé avec des survivants de camps de concentration et avait traversé le désert du Sinaï avec des Bédouins.« C\u2019est en partant de là que je suis venue dans le désert de glace.» C\u2019était il y a 30 ans.Depuis, Ann Andreasen a reçu plusieurs distinctions pour avoir incorporé la musique, la culture, la tradition dans la vie des enfants.Elle a contribué à des longs métrages qui ont remporté des prix, en particulier Inuk, qui raconte l\u2019histoire d\u2019un garçon retiré d\u2019une famille violente, qui grandit au foyer et où des chasseurs lui apprennent la survie.La distribution était constituée des chasseurs, des travailleurs du foyer et des enfants.C\u2019est leur histoire que le film raconte.Dans des cartables bleus, la directrice garde les destins de tous les garçons et filles qu\u2019elle a accompagnés au cours de ces années.Pour les protéger, elle ne veut pas parler de ce qu\u2019ils ont vécu individuellement.Mais la plupart ont vécu des abus et des violences sexuelles.Leurs parents sont alcooliques, dépressifs ou décédés : chaque enfant connaît au moins un parent ou un ami qui s\u2019est suicidé.« Le suicide au Groenland est comme une épidémie.» Elle se transmet des adultes aux enfants.Les jeunes surtout sont menacés.Les marques de strangulation sur le cou de certains en témoignent.Ann Andreasen sait qu\u2019elle ne peut pas sauver tous les enfants : « Mais je peux au moins leur offrir une enfance.» Dans la grande salle à manger, l\u2019éducatrice spécialisée Rebekka Jørgensen, une douce Groenlandaise élancée, met la table pour le souper.Dans la soupe de poisson flottent des petits cubes de peau de baleine noire et luisante.Les enfants se tiennent par la main, ils prient pour leur viande quotidienne.De tels rituels ont pour but de leur donner une sécurité qu\u2019ils ne connaissaient pas dans leur vie d\u2019avant.La musique comme remède À peine les assiettes débarrassées, les jeunes vont chercher leurs instruments.La musique, Ann Andreasen en est convaincue, est comme un remède.Plusieurs des enfants nerveux deviennent calmes et recueillis quand ils tiennent un violon dans leurs mains.Au centre, ils ne jouent pas que de la musique classique, ils apprennent aussi les chants de gorge groenlandais Katajjaq, qui sonnent comme un sombre roucoulement, et les vieilles chansons de leurs ancêtres.Régulièrement, la directrice et les enfants voyagent autour du monde pour donner des concerts, au Venezuela, à Hawaï, en Allemagne, en Russie.Cinq fillettes chantent la chasse au phoque et dansent en souriant : comme un chasseur, elles regardent au loin, imitent le mouvement de plongée des phoques, soulèvent un harpon invisible.Les garçons battent leur tambour de plus en plus vite.Puis, c\u2019est au tour d\u2019Amy et de Dharma.Ils sont assis sur leur siège, leurs jambes balancent ; tous les yeux sont rivés sur eux.Dharma Le programme Uummannaq Music du centre d\u2019accueil a fait voyager les jeunes musiciens inuits dans plusieurs pays du monde.26 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 souffle dans sa petite flûte rouge en plastique, mais il n\u2019arrive pas à en arracher les bonnes notes.Il lance la flûte par terre ; on dirait qu\u2019il va fondre en larmes ou crier de colère.Mais Ann Andreasen le prend sur ses genoux et lui murmure quelque chose à l\u2019oreille.Les yeux de Dharma s\u2019illuminent.Il reprend sa flûte, mais la place sous son nez \u2013 et joue une mélodie.La femme sourit, contente.Les jappements feutrés des chiens, provenant de dehors, dans la noirceur, se mêlent à la musique.Le savoir de la nature La seconde ressource magique d\u2019Andreasen contre la douleur, c\u2019est la nature.C\u2019est pourquoi le matin suivant, Knud est dans l\u2019entrée et enfile des pantalons doux en fourrure d\u2019ours polaire.Les autres enfants sont déjà à l\u2019école.Seuls dans la salle du déjeuner, Amy et Dharma jouent et l\u2019observent.Pour eux, Knud est comme un grand frère, un modèle.Même s\u2019il a presque 18 ans et fait partie des plus vieux, la directrice lui rappelle toujours de s\u2019habiller chaudement.Il a un rictus, des fossettes profondes se creusent dans ses joues, puis il s\u2019enveloppe dans la peau gris-argenté d\u2019un phoque annelé.Sur la glace, les chiens l\u2019attendent, ils gobent avec avidité les morceaux de viande de baleine séchée que Knud lance par terre devant eux.Il se rend chez Unnartoq, « l\u2019homme qui porte en lui le feu ».Pour les enfants, il s\u2019appelle simplement Grand-père.Il faut deux heures de route en traîneau à chiens à travers le désert de glace pour aller jusque chez lui.Depuis 25 ans, le vieux chasseur travaille pour le centre d\u2019enfants.Il peut lire les traces des narvals et des bœufs musqués.Il a appris à Knud à dompter les chiens.Ensemble, ils ont attrapé le premier phoque de Knud et en ont partagé le foie cru.Il faut un village\u2026 Ann Andreasen croit en ce diction selon lequel il faut un village entier pour élever un enfant.C\u2019est pourquoi elle a rassemblé autour d\u2019elle une équipe de 50 personnes.Des pédagogues, des professeurs de musique, de danse \u2014 et des hommes comme Unnartoq.Car il n\u2019y a qu\u2019eux qui peuvent transmettre le savoir de la nature, qui, depuis des générations, se perd de plus en plus.« La nature nous contrôle et nous contrôlons la nature, dit Unnartoq.Chasser, ce n\u2019est pas être fidèle à notre passé.Chasser, c\u2019est notre âme, notre sang.» Son vieux téléphone portable sonne.Ann Andreasen est au bout de la ligne et demande si Knud est bien arrivé.Celui-ci roule des yeux avec insistance, énervé.Il est quand même presque adulte ! « Peut-être que je vais bientôt aller au Danemark, pour étudier, lance Knud.Ou je deviendrai mécanicien automobile.Mais tôt ou tard, je vais revenir à mes chiens.» La mère du centre, Ann, va continuer à veiller sur lui, peu importe si Knud choisit un futur au Groenland ou non.Elle suit à la trace ce qui arrive aux enfants.Il y a beaucoup de réussites.Quelques-uns de ses protégés sont eux-mêmes devenus travailleurs sociaux, ils et elles sont professeurs et pêcheurs, travaillent à l\u2019aéroport ou comme vendeurs.Ann Andreasen raconte que la majorité reste liée au centre d\u2019accueil, même une fois adultes.Il y a une chanson que les enfants chantent souvent ensemble : « Qui est déjà allé à Uummannaq finit toujours par y retourner, car quelque part sur la petite île de falaises, il y a perdu son cœur.» Nous n\u2019avons pas pu inclure toutes les magnifiques photos de Sascha Montag dans les pages de ce reportage, vous pouvez les voir intégralement sur itineraire.ca 1er juillet en e xclusivité P H O T O   : ?A L E X A N D R E ?D U G U A Y Lotfi (métro Université-de-Montréal), Jean-Claude Nault (métro Champ-de-Mars) et le photographe Mario Alberto Reyes Zamora (participant).Partis tôt le matin de Montréal, les quatre interviewers ont d\u2019abord été accrédités comme « correspondants d\u2019un jour » par la Tribune de la presse parlementaire à Ottawa.Quarante-cinq minutes À midi, le premier ministre Trudeau a reçu les quatre participants à son bureau de l\u2019édifice du Centre, tout juste à côté de la salle où se tient chaque semaine la réunion statutaire du Conseil des ministres.Malgré un agenda tourmenté par le dossier de l\u2019oléoduc et celui de la guerre commerciale avec les États-Unis, le premier ministre a honoré sa promesse.Pendant une trentaine de minutes, M.Trudeau a répondu aux questions de L\u2019Itinéraire sur des thèmes aussi variés que la lutte contre l\u2019itinérance, la politique d\u2019habitation, la légalisation du cannabis, l\u2019égalité des sexes, les Autochtones, etc.Initiation à la vie parlementaire À l\u2019heure du déjeuner, les « correspondants d\u2019un jour » ont rencontré quelques membres de l\u2019opposition, dont Marjolaine Boutin-Sweet, députée néo-démocrate de Hochelaga, whip en chef du NPD et critique en matière de logement.En après-midi, les participants ont assisté à la période des questions orales depuis la galerie de presse de la Chambre des Communes.Les lecteurs de L\u2019Itinéraire peuvent avoir un avant-goût de l\u2019événement en visitant notre site web itineraire.ca, notre page Facebook et notre fil Twitter.La journée « Correspondant d\u2019un jour » a été rendue possible grâce à un échange de services avec Via Rail Canada, qui a accepté, pour l\u2019occasion, d\u2019être le transporteur officiel de L\u2019Itinéraire.Le 31 mai dernier, une équipe du magazine L\u2019Itinéraire s\u2019est rendue à Ottawa pour interviewer le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.Pour la première fois dans l\u2019histoire canadienne, quatre participants d\u2019un journal de rue ont pu s\u2019adresser directement au premier ministre.« C\u2019est la première fois dans l\u2019histoire de L\u2019Itinéraire qu\u2019un chef de gouvernement reçoit des camelots au Parlement, et s\u2019assoie avec eux pour discuter des enjeux proches de leurs réalités, a souligné la rédactrice en chef Josée Panet-Raymond.Nos camelots se sont préparés avec sérieux, et le premier ministre leur a bien rendu en les accueillant chaleureusement et avec respect.» Tout en remerciant le premier ministre de son hospitalité, le directeur général de L\u2019Itinéraire Luc Desjardins a suggéré que l\u2019entrevue avec des camelots deviennent une tradition annuelle.« Je vous invite à venir sur place, à Montréal, voir tout le travail qu\u2019accomplit notre organisme pour accroître l\u2019autonomie, les compétences et l\u2019employabilité des personnes.» L\u2019entrevue intégrale sera publiée dans l\u2019édition du 1er juillet de L\u2019Itinéraire.Traduite en anglais, elle sera aussi reprise par d\u2019autres journaux de rue canadiens, notamment par Megaphone, de Vancouver.L\u2019article qui découle de l\u2019entrevue sera également déposé le mois prochain sur le fil de presse de l\u2019INSP (International Network of Street Papers) qui rassemble une centaine de journaux et de magazines à travers le monde, publiés dans 34 pays, en 24 langues, et lus par plus de 5,5 millions de lecteurs.Triés sur le volet Les membres de l\u2019équipe éditoriale de L\u2019Itinéraire ont été triés sur le volet au cours d\u2019un processus de sélection auquel ont participé 18 camelots-rédacteurs du magazine.Ont mené l\u2019entrevue avec le premier ministre les came- lots-rédacteurs Isabelle Raymond (métro Jolicoeur), Mostapha Nos camelots interviewent Trudeau ci-haut Dans l\u2019ordre habituel Mostapha Lotfi (métro Université-de-Montréal), Mario Alberto Reyes Zamora (photographe participant), Isabelle Raymond (métro Jolicoeur) et Jean-Claude Nault (métro Champ-de-Mars).PAR LAURENT SOUMIS - RESPONSABLE DE L\u2019ACCOMPAGNEMENT 29 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA Les rapaces J\u2019ai fait un rêve étonnant, récemment.J\u2019étais à l\u2019endroit que je préfère, dans la forêt familiale.Au-dessus de moi, très haut dans le ciel, volaient des dizaines, des centaines d\u2019oiseaux de proie.Outre leur grand nombre, ce qu\u2019il y avait d\u2019inusité est qu\u2019ils volaient tous en ligne droite, dans la même direction côte-à-côte et que de nombreuses espèces différentes se côtoyaient.Pygargues, crécerelles, buses et autres faucons se dirigeaient silencieusement dans la même direction.Règle générale, les espèces différentes ne cohabitent pas dans la nature, sauf en cas d\u2019avantages mutuels.J\u2019adore les oiseaux \u2013 j\u2019en fais l\u2019observation depuis mon enfance.J\u2019aime aussi interroger le sens des rêves.Que peut bien signifier celui-là ?D\u2019ordinaire, les rapaces sont peu grégaires.Si plusieurs d\u2019entre eux vivent en couple longtemps, dans la plupart des cas ils ne cohabitent pas en bande.Leur territoire de chasse est souvent très vaste, ce qui fait que pour éviter une concurrence inefficace, ils n\u2019empiètent pas sur le terrain des autres.Dans mon rêve, c\u2019était tout le contraire.Non seulement des oiseaux d\u2019espèces différentes volaient les uns à côté des autres, dans la même direction, mais ils étaient très proches les uns des autres.Ces redoutables chasseurs à la vue perçante cohabitaient pacifiquement en se dirigeant dans la même direction.La coopération des rapaces Évidemment, mes réflexes d\u2019économiste hétérodoxe voient dans cette image la coopération entre les grands rapaces de la finance mondiale.Même s\u2019ils sont différents les uns des autres, ils appartiennent tous à la même grande famille.Trônant au sommet de la pyramide alimentaire, ils n\u2019ont à peu près pas de prédateurs et règnent en maîtres sur leur territoire.Très haut dans le ciel, ils complotent pour aller dans la même direction, sans se faire entendre par nous, ici-bas.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019ils sont silencieux.Leur plan est ourdi, leur distance est si lointaine que nous ne pouvons même pas y avoir accès.Cette interprétation peut paraître simpliste.Elle l\u2019est, en fait.Mais elle correspond tout de même à une réalité de plus en plus présente dans nos sociétés.Celle d\u2019une ploutocratie inaccessible dont les conséquences de leurs actions se situent au-delà des lois.Lorsqu\u2019on vole si haut dans le ciel sans considérer ce qui se passe au ras du sol, on crée une distance avec le réel.Ces gens s\u2019en détachent, de notre réalité, ils n\u2019y comprennent plus rien, en fait.Ils vivent dans leur petit monde artificiel qui a pourtant des conséquences réelles sur le nôtre.Et la solidarité, dans tout ça ?Une autre interprétation est possible.Les rapaces, malgré leur nom qui est souvent connoté négativement, sont de très nobles animaux.Ils vivent en hauteur, au propre comme au figuré.Leurs aires (leurs nids) sont dans les arbres ou au sommet des montagnes.Ils ne descendent au sol que pour capturer les proies qui les nourriront, eux et leur famille.Les rapaces ne tuent pas pour rien.Ils tuent pour se nourrir, pour ne pas mourir, pour leurs rejetons.Lorsqu\u2019ils atteignent notre monde terrestre, c\u2019est pour vivre.Il y a là, il me semble, une noble leçon.Chasser le strict minimum qui suffit à sa pitance.Ce qui est l\u2019inverse de ce que représente l\u2019appât du gain des grands financiers de notre économie.Et c\u2019est, peut-être, à l\u2019image de ce que notre collectivité devrait valoriser : la solidarité.Cette solidarité pourrait, devrait, émerger des puissants.Pour le bien de tous.30 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O   : ?M A R K ?B R I D G E R ?( 1 2 3 R F ) Zoom sur des installations pratiques et technologiques Deux premières toilettes publiques autonettoyantes et gratuites sont maintenant accessibles au centre- ville.Elles sont ouvertes à tous \u2013 résidants, travailleurs et visiteurs \u2013 aux abords de la station de métro Papineau et à la place Émilie-Gamelin.Les organismes Spectre de rue et Le Sac à Dos assurent une présence terrain afin d\u2019encadrer leur utilisation, de prendre les commentaires des usagers et de soulever les problèmes d\u2019usage et de propreté à l\u2019équipe de gestion.Voilà un service que l\u2019arrondissement est fier d\u2019offrir afin d\u2019améliorer la propreté des espaces publics et de répondre à un besoin exprimé depuis longtemps par la communauté ! À nous tous de prendre soin de ce bien collectif.UN PEU PLUS DE PROJETS À ÉCHELLE HUMAINE 1 8 - D S - 8 4 Soyez les premiers informés Abonnez-vous à l\u2019infolettre de Ville-Marie : ville.montreal.qc.ca/villemarie Des toilettes publiques gratuites au centre-ville LA PROPRETÉ ET LA QUALITÉ DE VIE AU CENTRE DE NOS PRIORITÉS Un énorme merci à la Fondation Marcelle et Jean Coutu de croire en la mission de L\u2019Itinéraire ! Grâce à leur don de 20 000 $, L\u2019Itinéraire a pu développer un programme de mentorat intergé- nérationnel pour briser le cycle de l\u2019itinérance, en valorisant les compétences et connaissances de nos camelots aînés.Depuis 12 ans, la Fondation Marcelle et Jean Coutu est un partenaire actif de nos efforts d\u2019inclusion sociale des personnes itinérantes ou à risque imminent de le devenir.Toute l\u2019équipe et les camelots de L\u2019Itinéraire apprécient l\u2019appui soutenu de la Fondation ! Depuis de nombreuses années, elle intervient dans plusieurs domaines pour aider une foule d\u2019organismes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019aide alimentaire, de soutien financier aux personnes démunies, de projets d\u2019éducation ou de lutte contre la toxicomanie, l\u2019organisation au grand cœur est d\u2019une aide précieuse pour nous, à L\u2019Itinéraire.Sur la photo, Josée Panet-Raymond, rédactrice en chef et Luc Desjardins, directeur général de L\u2019Itinéraire entourent Marie-Josée Coutu, présidente de la Fondation Marcelle et Jean Coutu .Alors qu\u2019il ne s\u2019y attendait pas du tout, Bertrand Derome, notre camelot à Granby et à Sutton, que l\u2019on surnomme affectueusement Monsieur Sutton, s\u2019est vu décerner la Médaille de l\u2019Assemble nationale, le 28 mai dernier.Cet honneur, réservé aux gens aux parcours inhabituels et inspirants, est bien mérité selon le député de Granby, François Bonnardel.« Bertrand, ça fera bientôt 10 ans que tu es sobre, 10 ans que tu as quitté la grande ville pour Sutton, 10 ans que tu travailles sur ta réhabilitation et sur toi-même.C\u2019est à mon tour aujourd\u2019hui de reconnaître ce que tu as fait pour devenir ce citoyen hors de l\u2019ordinaire que tu es devenu.Je suis fier aujourd\u2019hui de te remettre la Médaille de l\u2019Assemblée nationale pour tout ce que tu as fait », a affirmé le député de Granby.Notre directeur général Luc Desjardins, qui a assisté à cette cérémonie, a tenu à souligner que « toute la grande famille de L\u2019Itinéraire est fière de toi Bertrand, et on te félicite pour cette haute distinction ! » 32 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 Merci à la Fondation Marcelle et Jean Coutu ! Monsieur Sutton reçoit une Médaille de l\u2019Assemblée nationale ! CARREFOUR P H O T O   : ?A L E X A N D R E ?D U G U A Y La dégradation de l\u2019état de santé physique, mentale ou psychologique des personnes peut entraîner une perte de logement, d\u2019emploi, de lien familial ou social, et renforce ultimement les risques d\u2019itinérance des personnes.Parallèlement, les passages à la rue ont une incidence marquée sur l\u2019évolution de l\u2019état de santé physique, mental et psychologique des individus.Santé et itinérance sont alors des éléments inter-reliés, qui appellent le renforcement de l\u2019accessibilité aux soins de santé pour les personnes en situation ou à risque d\u2019itinérance.Un défi pour le réseau de la santé Présentée en octobre 2017, la « Stratégie sur l\u2019accès, la qualité et la continuité des services de santé en itinérance » du Ministère de la Santé et des Services sociaux a pour objectifs de favoriser l\u2019accessibilité, la qualité et la continuité des soins pour les personnes en situation d\u2019itinérance.Elle mise sur l\u2019identification locale des besoins prioritaires de ces populations, le développement d\u2019une offre de services adaptée et la formation du personnel soignant.Elle vise à mieux rejoindre les populations vulnérables ou à risque, contribuer à l\u2019amélioration de leurs conditions de santé et limiter la dégradation de la condition des personnes.Elle devrait être implantée prochainement en 2018.De manière générale, les personnes itinérantes tombent entre les mailles des différents services du réseau public de la santé, ce qui les dirige de facto vers les urgences.De nombreux services sont inaccessibles aux personnes sans adresse, alors que les initiatives autonomes des groupes communautaires et les partenariats entre ceux-ci et le réseau de la santé peinent à répondre à la demande.Le réseau de la santé a tendance à compartimenter les soins, là où les besoins de ces populations doivent être approchés différemment.Tout ceci, évidemment, sans parler des délais et conditions associés aux soins qui demeurent fondamentalement incompatibles avec les réalités de ces personnes.L\u2019itinérance peut provoquer un vieillissement prématuré des personnes.L\u2019isolement, la consommation, la sous-nutrition et de faibles conditions d\u2019hygiène peuvent en effet favoriser le développement hâtif et généralisé de certaines maladies, troubles mentaux ou psychologiques et les pertes cognitives.Plusieurs personnes en situation d\u2019itinérance sont parallèlement plus difficiles à rejoindre pour des raisons liées à des traumatismes et des mauvaises expériences passées.Pour d\u2019autres, l\u2019accès aux soins est synonyme d\u2019arrêt imposé de la consommation, ce qui suffit à rendre des soins pourtant essentiels, absolument inaccessibles.Le réseau de la santé devra inévitablement trouver des moyens de répondre à cette diversité des réalités de l\u2019itinérance en vue d\u2019établir une accessibilité véritablement universelle aux soins de santé publics.Faire le choix de l\u2019accessibilité Les principaux défis pour le réseau résident dans le raccrochage des personnes en situation d\u2019itinérance aux services, le développement de partenariats formels entre groupes communautaires et les professionnels de la santé, l\u2019accompagnement psychosocial dans les soins et la facilitation de la cohabitation des personnes en situation d\u2019itinérance au sein des ressources du réseau.Face aux défis de l\u2019accessibilité aux soins de santé, plusieurs groupes communautaires ont développé des initiatives véritablement adaptées aux besoins des sans-abris.Certains groupes développent des programmes de pairs-aidant.e.s, des partenariats avec des médecins qui opèrent des cliniques in situ à temps partiel, des unités d\u2019intervention mobile, des projets d\u2019accompagnement médical et même des unités de soins palliatifs et de convalescence qui méritent d\u2019être reconnus et appuyés.Certains partenariats avec le réseau de la santé permettent pour leur part de rapprocher les soins des personnes les plus vulnérables, dont par exemple, les équipes de proximité, les infirmières dans les sites d\u2019injection supervisée et les équipes mobiles de dépistage du VIH/Sida et de l\u2019Hépatite C.C\u2019est en adoptant une vision globale de l\u2019accessibilité aux soins de santé, fondée prioritairement sur les besoins des personnes en situation d\u2019itinérance, qu\u2019il sera possible d\u2019adapter les soins afin de les rendre véritablement accessibles.Favoriser l\u2019accès aux soins de santé PAR GUILLAUME LEGAULT - ORGANISATEUR COMMUNAUTAIRE AU RAPSIM 33 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O   : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L MOT DU RAPSIM CHRONIQUE?PAYÉE Avant Montréal Je pense à leur vie d\u2019avant Montréal, aux Autochtones itinérants, à la nature.Je pense à la crise d\u2019Oka, à l\u2019un de leurs anciens cimetières qui devait être transformé en terrain de golf.Je pense à l\u2019armée sur le pont Mercier, je pense aux disparitions\u2026 Les Autochtones se battent pour conserver un peu de leur territoire et leur culture.Je pense aussi qu\u2019ils n\u2019ont pas été chanceux.On les a coupés de leurs racines, ils viennent à Montréal pour avoir une vie normale, mais beaucoup finissent à la rue.MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU NOUVEAU MONDE ET DU RIDEAU VERT Conservation ! Conservation du patrimoine, des traditions, de l\u2019environnement, des chants\u2026 Je pense que cette préoccupation est maintenant beaucoup plus visible dans le discours public.C\u2019est l\u2019un des aspects qui me vient à l\u2019esprit quand je pense aux Autochtones.Mais on aurait pu parler des sans-abri, de la violence faite aux femmes\u2026 Il y en a des affaires ! En y réfléchissant, je trouve qu\u2019on entend rarement parler de choses positives.Je trouve ça dommage.Ça me prouve que les problèmes sont nombreux.ROGER PERREAULT CAMELOT BEAUBIEN ET 28E AVENUE Plus solidaire Ça me fait penser à ceux qui ne devraient pas boire de boisson.On dit depuis toujours que les Autochtones ont une intolérance à l\u2019alcool et que c\u2019est pour ça que certains deviennent violents.Sinon, de manière générale, je trouve qu\u2019ils ont une belle culture et qu\u2019ils savent s\u2019entraider.Ils sont plus solidaires que nous autres les Québécois.Je ne pense pas avoir de personne dans mon entourage qui soit amérindien.et je ne connais pas non plus mes origines, mais je me dis que j\u2019ai peut- être un peu de sang autochtone comme beaucoup de personnes au Québec.ALAIN PERRIER CAMELOT STATION BONAVENTURE La nature Les Premières Nations.D\u2019après moi, les Autochtones sont plus proches de la nature.Nous avons pris leur pays, et nous en avons fait ce qu\u2019il est devenu, mais eux continuent de chercher leur vraie nature et leur culture ancestrale.C\u2019est dommage qu\u2019elle se perde.Il faudrait les laisser s\u2019exprimer à leur façon.J\u2019aime bien aussi leur côté coloré.Nous, on a tendance à préférer les plantes en plastique ! ANTOINE DESROCHERS CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO SAINT HUBERT/BOUCHER Si je vous dis .Il est parfois intéressant de répondre spontanément à certaines questions.À la manière d\u2019un psychologue qui demande : « Que voyez-vous ?», en vous montrant une image abstraite sensée faire parler votre inconscient, nous vous proposons dans ce vox pop de jouer au même jeu : spontanément, si je vous dis « autochtones », à quoi pensez-vous ?ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 34 Western Je pense aux cowboys\u2026 Aux films Western qu\u2019on voyait petits, et aux films historiques.Dans les Western, les « Indiens » étaient toujours les méchants.On les tuait pour voler \u2014 et non acheter \u2014 leurs territoires.C\u2019est une grande nuance à apporter.Aujourd\u2019hui, je pense que les Autochtones ont leur place dans la société, même s\u2019ils ne l\u2019occupent pas encore complètement.Je ne suis pas au courant de tout, mais je me demande s\u2019ils ont accès aux mêmes services que nous.Il existe à Montréal des quartiers italiens, chinois, noirs\u2026 Mais les Autochtones, eux, ont été mis au rancart.BENOÎT CHARTIER CAMELOT IGA PLACE BERCY Des rencontres Je pense aux Inuits ou aux personnes qui ont des ancêtres amérindiens.J\u2019en connaissais une couple qui se tenaient dans le Square Cabot (rue Atwater).je les ai rencontrés par hasard et au fur et à mesure, ils m\u2019ont présenté aux autres membres.De temps en temps, ils m\u2019apprenaient des mots de leur langue.En général, ils sont très sympathiques.Ils sont comme tout le monde, comme nous.Je suis même allé à Kahnawake, il y a très longtemps avec une amie.Je me rappelle que c\u2019était très sympa et que le soir, quand il faisait noir, ce n\u2019est pas comme ici, il n\u2019y a pas de lumière.C\u2019est vraiment un endroit à visiter.On y découvre plein de choses sur leur culture.SYLVAIN PÉPIN-GIRARD PARTICIPANT Une part de ma culture Je perçois les Autochtones comme nous autres, les Québécois.Ma vraie mère venait de Kahnawake.Je ne connais pas cette partie de ma culture, mais je vais souvent là-bas.C\u2019est l\u2019fun, je n\u2019ai pas peur quand j\u2019y vais et c\u2019est même très sympathique.Ma mère m\u2019avait obtenu ma carte d\u2019indien à ma naissance, alors je pourrais aller dans certains magasins sans payer les taxes.Mais je ne m\u2019en sers pas.Pourquoi je profiterais de ça, alors que je peux les payer ?MARIO ST-DENIS CAMELOT STATION MCGILL Retrouver le bois Ça me fait penser à la réserve Wemotaci, près de La Tuque.Les jobs que j\u2019ai le plus fait sont des jobs forestiers.À un moment, j\u2019en avais un au 91e km, près de la Tuque comme gardien de camp de Ski-Doo et la réserve Wemotaci était au 106e km.J\u2019y allais quasiment tous les jours.Je me rappelle d\u2019un monsieur qui était né et vivait dans le bois.Mais il vieillissait et sa famille s\u2019inquiétait pour lui.Alors, elle l\u2019a amené dans la ville de La Tuque pour pouvoir s\u2019occuper de lui.Il ne vivait pas bien cette transition.Il a fait une dépression et a fini à l\u2019hôpital.Les médecins ont dit qu\u2019il devait retrouver le bois pour aller mieux.Il n\u2019a eu besoin que de quelques semaines pour retrouver le moral.SERGE SAVARD CAMELOT IGA RUE CHARLEVOIX 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA 35 Transport gratuit du 21 juin (16 h) au 26 août pour les 6 à 11 ans* stm.info/sortiesenfamille * CERTAINES CONDITIONS S\u2019APPLIQUENT SCFP-Québec SCFP-Québec scfp.qc.ca @SCFPQuebec SE SYNDIQUER C\u2019EST S\u2019AIDER p u b l i c i t é Je suis d\u2019une famille de six enfants, soit cinq gars et une fille.Je suis le cinquième du rang.Je vous dis cela parce que je veux vous parler de mon frère Marc, l\u2019aîné de la famille.Il est né en 1958, et il est décédé à l\u2019été 2013.À l\u2019époque, une personne de la rédaction de L\u2019Itinéraire m\u2019avait proposé de faire un texte sur mon frère.Je n\u2019avais pas donné suite à la demande.Je n\u2019y voyais pas la nécessité.J\u2019ai changé d\u2019avis.Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2013, Rémi, un autre de mes frères, a reçu l\u2019appel de la voisine de Marc.Elle lui a passé rapidement un policier qui l\u2019a informé du décès de Marc dans son logement.Selon les premières constations, il était mort depuis au moins 24 heures.Une nouvelle qu\u2019on n\u2019attendait pas vraiment en plein été.Surtout que Claude, un autre de mes frères, lui avait parlé environ 48 heures auparavant.Marc devait déménager rapidement de son logement et il avait besoin d\u2019un véhicule pour le faire.Habitudes de vie J\u2019ignore encore s\u2019il y a eu une autopsie concernant la mort de mon frère.J\u2019imagine par contre les causes évidentes de son décès.Marc ne prenait pas soin de lui dans tous les sens du terme.Il mangeait très mal avec de la bouffe de type fast-food, cuisinait très rarement, ne faisait pas d\u2019exercices et fumait beaucoup, entre autres.De plus, il ne faisait pas certaines démarches administratives et ne s\u2019occupait pas de sa ligne téléphonique en dérangement.Et sa mort est une suite logique de son laisser-aller.C\u2019était aussi difficile pour moi d\u2019avoir un bon contact avec lui.Je tentais par tous les moyens de lui faire comprendre la situation.Sans trop aller dans les détails, cela m\u2019enrageais de m\u2019obstiner avec lui.J\u2019aurais apprécié que cela se passe autrement.J\u2019aurais aimé avoir de vraies conversations, mais j\u2019étais confronté à sa personnalité.Ce n\u2019était pas évident d\u2019être avec lui.Marc venait d\u2019avoir 55 ans.Je trouve que c\u2019est très jeune pour mourir, surtout quand on sait qu\u2019il avait les moyens de rester en vie pour encore très longtemps.C\u2019était une question de temps avant qu\u2019il ne décède.Et pourtant, nous lui proposions différents trucs et moyens simples afin de changer.Mais ce fut en vain.J\u2019aurais aimé qu\u2019il prenne les moyens de s\u2019améliorer et d\u2019avancer dans sa vie.Qu\u2019il réussisse à vaincre sa gêne et sa timidité maladives.Et pourtant, j\u2019aurais tellement aimé qu\u2019il ait une meilleure existence.De prendre les moyens afin de s\u2019épanouir.Je ne crois pas vraiment en Dieu.Par contre, la mort de Marc m\u2019amène à croire qu\u2019il n\u2019a plus à souffrir de son état.Qu\u2019il peut reposer en paix.Je me demande comment aurait été sa vie s\u2019il avait pris les mesures nécessaires pour la changer.J\u2019imagine que sa vie aurait été bien meilleure.Dans ce cas, j\u2019aurais aimé avoir un meilleur contact avec lui.Je suis quelque peu déçu de ne pas avoir été plus loin avec Marc.Réflexions Cela m\u2019amène à ma propre existence.Jusqu\u2019à maintenant, j\u2019essaie de survivre dans ce monde en tirant le diable par la queue.Ce n\u2019est pas souvent évident avec mes ressources limitées.J\u2019aimerais bien, un jour, avoir l\u2019opportunité d\u2019une occupation ou d\u2019un emploi pour exploiter mon plein potentiel.Ou bien de relever des défis personnels.D\u2019ici là, l\u2019exemple de mon frère me permet de réfléchir sur moi-même.Cela m\u2019amène à croire que l\u2019existence est très éphémère.Qu\u2019on doit tenter de poser des actes afin de réussir des trucs importants dans la vie.Les exemples peuvent être nombreux selon chaque personne.On peut penser à fonder une famille, à relever des défis personnels, ou encore à occuper un emploi qui nous convient.Pour cela, il nous faut probablement un peu d\u2019aide de la part des employeurs ou des gens en place.Cela amène à réfléchir sur le sens de la vie sans pouvoir réussir des choses utiles et valorisantes.Je tente encore de savoir de quelle manière la mort de Marc me donne une leçon de vie.J\u2019aimerais bien avoir les outils nécessaires afin de mieux comprendre ce qui m\u2019est arrivé au cours des dernières années.Ainsi, je pourrai prendre les mesures utiles pour changer les choses que je peux.Adieu Marc 37 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ?  : ?M A I T R E E ?L A I P I T A K S I N ?( 1 2 3 R F ) PAR FRANCK LAMBERT CAMELOT SAINT-LAURENT / MONT-ROYAL ET MÉTRO FRONTENAC CHRONIQUE L\u2019Itinéraire compte plusieurs belles plumes parmi ses camelots, dont celle de Pierre Saint-Amour.L\u2019écrivain de talent nous propose sa dernière œuvre, Windigo, une nouvelle dont la prose et la trame sauront captiver les lecteurs.Suivez l\u2019intrigue de ce récit fascinant à travers les deux prochaines éditions du magazine.Ma mère, active jusqu\u2019au dernier jour, mourut d\u2019une crise cardiaque à la fi n de l\u2019an 2000.Mon père, séparé de son amoureuse, sombra dans la dépression et cessa de travailler.Du profond de moi, je redoutais qu\u2019il ne commette l\u2019irréparable.À ma demande pressante, il consulta un médecin, qui lui prescrivit un antidépresseur.Ce qui, naturellement, ne régla rien du tout.Comme je devais terminer d\u2019ultimes travaux de rénovation sur les deux immeubles achetés par mon père, l\u2019idée de le laisser seul me hantait.Irrésistible, la réalité me rattrapait.Je m\u2019emparai donc du téléphone et donnai un coup de fi l à Philippe Vaillancourt.Le terrain des Vaillancourt était contigu au nôtre.Ils vivaient dans une luxueuse maison qu\u2019ils n\u2019habitaient que pour y dormir.Le jeune couple se lia d\u2019amitié avec mes parents, qui l\u2019accueillirent à bras ouverts.Robert était médecin urgentologue à l\u2019hôpital de Saint- Eustache, tandis que Samantha était une infi rmière qui prodiguait des soins à domicile.(C\u2019est d\u2019ailleurs elle qui accompagna tante Jeanne durant toute sa maladie.) Pendant les périodes d\u2019affl uence ou de pénurie de personnel, l\u2019hôpital requérait son aide.C\u2019est le hasard \u2013 qui, dit-on, fait bien les choses \u2013 qui les apparia.Quand elle croisa son regard pour la première fois, Robert sut qu\u2019elle deviendrait sa femme.L\u2019année suivante, Samantha donna naissance à un magni- fi que poupon de huit livres, qui porta le nom de Philippe.Mes parents adoraient le petit Philippe.Le couple Vaillancourt, devant composer avec un horaire de travail insensé, s\u2019arrachait les cheveux car ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019arrivait à dénicher une baby-sitter convenable.Un soir, enregistrant patiemment les doléances de Robert Vaillancourt, mon père lui versa un second verre de brandy et dit : « Écoute, Robert, j\u2019ai raconté à Solange les malheurs qui vous affl igent et, franchement, nous ne comprenons pas pourquoi vous vous aff olez autant pour résoudre un problème qui, au bout du compte, n\u2019en est pas un ».« On voit bien que tu n\u2019es pas dans mes bobettes », répondit Robert.« Si je l\u2019étais, il y a longtemps que j\u2019aurais demandé à mes voisins, en l\u2019occurrence à Solange et à bibi, de m\u2019aider.Pour dire le vrai, nous serions ravis si vous consentiez, Samantha et toi, à nous confi er Philippe durant le jour.Ou je me trompe fort ou bien cette proposition est aussi simple que raisonnable.N\u2019est-ce pas que papa Gaston a raison ?Allez, Robert, dis-le que j\u2019ai raison.Avoue ! » « J\u2019avoue, j\u2019avoue tout.Je.Merci, Gaston.Bien sûr que j\u2019accepte ta proposition, Mille fois merci.Non, ce n\u2019est pas assez.Un million de fois merci.À Solange, merci aussi.Bon sang, j\u2019ai l\u2019impression de rêver.Mais, non, je ne rêve pas.Je jubile.J\u2019éjacule.Bon sang, qu\u2019est-ce que je raconte ?Allons, mon beau Robert, reprends-toi.Je plaide les circonstances atténuantes, votre honneur, car tout ceci est de la faute de ce springpette logomachique qui m\u2019a forcé à tenir des propos complètement débiles.» Il fi t une pause pour reprendre son souffl e, puis rajouta : « Maintenant, tu m\u2019excuseras, mec, mais je dois absolument annoncer la grande nouvelle à Samantha.Elle va être folle de joie.» « Pas autant que nous », répondit mon père.Philippe grandissait à la vitesse grand V.Pour nous, il était un membre de la famille à part entière.Et, pour lui, il avait deux familles qui l\u2019aimaient.Dix années passèrent.Philippe devenait de plus en plus autonome.Quand je repense à cette période de ma vie, je suis soulevé d\u2019admiration envers mes parents.Puériculteurs sans diplômes, ils sont parvenus à s\u2019occuper d\u2019un enfant, avec l\u2019amour et l\u2019investissement personnel que cela suppose, sans contrarier la bonne marche de leurs aff aires.Il n\u2019y a pas de formule magique pour accomplir un tel exploit.Il faut coopérer, unir ses forces en ayant conscience que travailler pour l\u2019autre, c\u2019est travailler pour soi.En un mot, il faut être solidaires.Ce ne fut pas toujours facile pour NOUVELLE PAR PIERRE SAINT-AMOUR CAMELOT 2/4 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 38 eux, mais ils savaient aussi qu\u2019ils pouvaient compter sur moi en permanence.Pour faire plaisir à Philippe, mon père lui acheta un schnauzer miniature qu\u2019il baptisa du nom de Titan.Ce cadeau surprise eut un eff et inattendu : il transforma Philippe en un être responsable.Titan, qui avait un caractère.de chien, dépendait entièrement de Philippe.Bien entendu, il avait été convenu au départ que, s\u2019il désirait le garder, il devrait en prendre soin (avec tout ce que cela implique).Il faut reconnaître toutefois que Philippe s\u2019est acquitté de sa mission avec une ferveur qui ne s\u2019est jamais démentie.Je ne fus donc nullement étonné qu\u2019il accepte de veiller sur mon père, quand je devais m\u2019absenter de la maison, et qu\u2019il refuse catégoriquement toute forme de rétribution.* * * Philippe ressemblait de plus en plus à sa mère, tant physiquement que dans la relation spirituelle qu\u2019il entretenait avec l\u2019univers.Samantha Newashish, Autochtone de la nation Attikamek, avait étudié à Val-d\u2019Or, avant d\u2019être aff ectée à l\u2019hôpital de Saint- Eustache.Les liens qu\u2019elle avait tissés avec son fi ls allaient bien au-delà de l\u2019amour d\u2019une mère envers son enfant.Philippe, en eff et, était investi d\u2019une mission.Selon elle, il était primordial que le savoir ancestral lui soit transmis afi n qu\u2019il ne se perde jamais.Avec le temps, je m\u2019étais attaché à ce gentil garçon qui me considérait comme son grand frère.Mais, parfois, lorsque je surprenais le regard de Philippe défi ant la ligne d\u2019horizon, je savais qu\u2019il s\u2019était réfugié dans un monde duquel j\u2019étais exclu, un monde dont l\u2019accès m\u2019était interdit.Mon père mourut dans son sommeil peu de temps après.Les traits de son visage étaient décontractés, et un sourire de délivrance était imprimé sur ses lèvres.Fausses notes J\u2019ai trouvé fi nalement ce que je recherchais.En naviguant sur la Toile, je suis tombé sur une petite annonce : Terrain à vendre à proximité de deux lacs.Idéal pour couple amoureux de la solitude.Prix à discuter.La discussion fut assez brève.Le prix exigé était ridiculement bas et l\u2019aff aire fut conclue séance tenante.Je n\u2019en revenais pas.Le terrain, boisé de pins centenaires \u2013 qui formaient un parasol de verdure laissant fi ltrer une lumière tamisée \u2013 s\u2019étendait d\u2019est en ouest en dessinant un rectangle.Pour se rendre d\u2019une extrémité à l\u2019autre, il fallait compter une bonne demi-heure de marche rapide.Un lac anonyme, minuscule mais foisonnant de truites, en délimitait la frontière, à l\u2019est, tandis qu\u2019à l\u2019ouest le lac Windigo, vaste et d\u2019une inquiétante beauté, en délimitait l\u2019autre.« Je ne vous apprendrai pas que vous faites à l\u2019évidence une mauvaise aff aire. », dis-je à Joseph Francoeur en signant le contrat de vente que m\u2019avait remis le notaire.Il hésita avant de répondre : « Si je vends à perte, c\u2019est parce que j\u2019ai peur ».Il contresigna le contrat, se leva et sortit.* * * Mais, moi, je n\u2019avais pas peur.Dès le lendemain, je m\u2019aff airai à restaurer la caravane familiale.Avant de s\u2019établir défi nitivement à Saint-Eustache, mes parents, nouvellement mariés, avaient traversé l\u2019Amérique, animés par la nécessité d\u2019étancher cette soif dévorante, quoiqu\u2019inconsciente, de vivre pleinement une expérience mystique.Leur désir de bourlinguer, d\u2019aller toujours plus loin, s\u2019inscrivait dans une démarche essentiellement spirituelle.Quand ils comprirent qu\u2019ils ne pourraient jamais aller plus loin qu\u2019au bout d\u2019eux-mêmes, ils revinrent au Québec pour s\u2019établir à Saint- Eustache.La caravane fut remisée durant plus de quarante ans.En l\u2019arrimant soigneusement au Cadillac Eldorado, je craignais que sa suspension ne supporte pas les rigueurs du voyage.Mes craintes étaient injustifi ées.15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA L\u2019Itinéraire compte plusieurs belles plumes parmi ses camelots, dont celle de Pierre Saint-Amour.L\u2019écrivain de talent nous propose sa dernière œuvre, Windigo, une nouvelle dont la prose et la trame sauront captiver les lecteurs.Suivez l\u2019intrigue de ce récit fascinant à travers les deux prochaines éditions du magazine.Ma mère, active jusqu\u2019au dernier jour, mourut d\u2019une crise cardiaque à la fi n de l\u2019an 2000.Mon père, séparé de son amoureuse, sombra dans la dépression et cessa de travailler.Du profond de moi, je redoutais qu\u2019il ne commette l\u2019irréparable.À ma demande pressante, il consulta un médecin, qui lui prescrivit un antidépresseur.Ce qui, naturellement, ne régla rien du tout.Comme je devais terminer d\u2019ultimes travaux de rénovation sur les deux immeubles achetés par mon père, l\u2019idée de le laisser seul me hantait.Irrésistible, la réalité me rattrapait.Je m\u2019emparai donc du téléphone et donnai un coup de fi l à Philippe Vaillancourt.Le terrain des Vaillancourt était contigu au nôtre.Ils vivaient dans une luxueuse maison qu\u2019ils n\u2019habitaient que pour y dormir.Le jeune couple se lia d\u2019amitié avec mes parents, qui l\u2019accueillirent à bras ouverts.Robert était médecin urgentologue à l\u2019hôpital de Saint- Eustache, tandis que Samantha était une infi rmière qui prodiguait des soins à domicile.(C\u2019est d\u2019ailleurs elle qui accompagna tante Jeanne durant toute sa maladie.) Pendant les périodes d\u2019affl uence ou de pénurie de personnel, l\u2019hôpital requérait son aide.C\u2019est le hasard \u2013 qui, dit-on, fait bien les choses \u2013 qui les apparia.Quand elle croisa son regard pour la première fois, Robert sut qu\u2019elle deviendrait sa femme.L\u2019année suivante, Samantha donna naissance à un magni- fi que poupon de huit livres, qui porta le nom de Philippe.Mes parents adoraient le petit Philippe.Le couple Vaillancourt, devant composer avec un horaire de travail insensé, s\u2019arrachait les cheveux car ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019arrivait à dénicher une baby-sitter convenable.Un soir, enregistrant patiemment les doléances de Robert Vaillancourt, mon père lui versa un second verre de brandy et dit : « Écoute, Robert, j\u2019ai raconté à Solange les malheurs qui vous affl igent et, franchement, nous ne comprenons pas pourquoi vous vous aff olez autant pour résoudre un problème qui, au bout du compte, n\u2019en est pas un ».« On voit bien que tu n\u2019es pas dans mes bobettes », répondit Robert.« Si je l\u2019étais, il y a longtemps que j\u2019aurais demandé à mes voisins, en l\u2019occurrence à Solange et à bibi, de m\u2019aider.Pour dire le vrai, nous serions ravis si vous consentiez, Samantha et toi, à nous confi er Philippe durant le jour.Ou je me trompe fort ou bien cette proposition est aussi simple que raisonnable.N\u2019est-ce pas que papa Gaston a raison ?Allez, Robert, dis-le que j\u2019ai raison.Avoue ! » « J\u2019avoue, j\u2019avoue tout.Je.Merci, Gaston.Bien sûr que j\u2019accepte ta proposition, Mille fois merci.Non, ce n\u2019est pas assez.Un million de fois merci.À Solange, merci aussi.Bon sang, j\u2019ai l\u2019impression de rêver.Mais, non, je ne rêve pas.Je jubile.J\u2019éjacule.Bon sang, qu\u2019est-ce que je raconte ?Allons, mon beau Robert, reprends-toi.Je plaide les circonstances atténuantes, votre honneur, car tout ceci est de la faute de ce springpette logomachique qui m\u2019a forcé à tenir des propos complètement débiles.» Il fi t une pause pour reprendre son souffl e, puis rajouta : « Maintenant, tu m\u2019excuseras, mec, mais je dois absolument annoncer la grande nouvelle à Samantha.Elle va être folle de joie.» « Pas autant que nous », répondit mon père.Philippe grandissait à la vitesse grand V.Pour nous, il était un membre de la famille à part entière.Et, pour lui, il avait deux familles qui l\u2019aimaient.Dix années passèrent.Philippe devenait de plus en plus autonome.Quand je repense à cette période de ma vie, je suis soulevé d\u2019admiration envers mes parents.Puériculteurs sans diplômes, ils sont parvenus à s\u2019occuper d\u2019un enfant, avec l\u2019amour et l\u2019investissement personnel que cela suppose, sans contrarier la bonne marche de leurs aff aires.Il n\u2019y a pas de formule magique pour accomplir un tel exploit.Il faut coopérer, unir ses forces en ayant conscience que travailler pour l\u2019autre, c\u2019est travailler pour soi.En un mot, il faut être solidaires.Ce ne fut pas toujours facile pour NOUVELLE PAR PIERRE SAINT-AMOUR CAMELOT 2/4 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 39 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA Histoires de rues HISTOIRES DE RUES Rue Saint-Éloi / Saint-Sacrement Dans le Vieux-Montréal se trouve la petite rue Saint-Éloi.Ce passage, situé entre les rues Saint-Sacrement et Saint-Paul Ouest regorge d\u2019histoire et accueille aujourd\u2019hui une grande diversité touristique.Au fil du développement urbain de Montréal, cette ruelle s\u2019est perdue au milieu des multiples bâtiments, commerces, et autres grandes rues de la vieille ville.Cachée au cœur d\u2019un des plus anciens quartiers de la ville, on ne connaît pas l\u2019origine de son nom, mais l\u2019on sait aujourd\u2019hui qu\u2019elle garde des traces du passé tant québécois qu\u2019autochtone.D\u2019où vient le nom de cette petite rue ?La rue Saint-Éloi a été créée vers 1690.L\u2019origine de son nom n\u2019est pas connue de l\u2019histoire de Montréal, mais on dit qu\u2019il aurait été choisi en rapport avec les forgerons et armuriers qui vivaient dans cette portion de quartier et qui, à leur époque, exerçaient des activités indispensables.S\u2019inspirant d\u2019eux, la rue aurait été baptisée du nom du patron des orfèvres : Saint-Éloi, qui représentait alors les travailleurs du métal.40 Histoires de rues ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 PAR CHRISTINE VIENS PARTICIPANTE Rue Saint-Éloi Date de création : vers 1690 Anciens noms : aucun Origine du nom : inconnu Longueur : environ 100 m Orientation : Nord-sud Délimitation : Rue Saint-Paul Ouest / Rue Saint-Sacrement Arrondissements : Ville-Marie Rue Saint-Sacrement Date de création : 1692 Anciens noms : aucun Origine du nom : passage de cérémonies religieuses Longueur : environ 190 m Orientation : Est-ouest Délimitation : Rue Saint-Pierre / Rue Saint-François-Xavier Arrondissements : Ville-Marie Repérez-vous ! P H O T O ?  : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Des Autochtones\u2026 La découverte d\u2019un site autochtone datant de plus de 4000 ans dans la rue Saint-Éloi au début des années 2000, ajoute un intérêt à cette petite rue.Les archéologues n\u2019avaient que quelques jours pour fouiller et récupérer des morceaux du passé, alors que des objets avaient été signalés par la Commission des services électriques de Montréal qui effectuait des réparations.Quelque 443 artéfacts ont été retrouvés dont des mandibules d\u2019ours, des pointes de flèches et des outils fabriqués avec la cornéenne, pierre du Mont-Royal, révélant le passage d\u2019Amérindiens nomades bien avant l\u2019arrivée des Européens.41 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA Saint particulièrement populaire, beaucoup de dictons le mettent en scène en plus d\u2019avoir deux fêtes qui lui sont consacrées : le 1er décembre la « Saint-Éloi d\u2019hiver », aussi appelée « Saint-Éloi des pauvres » et le 29 juin, La « Saint-Éloi d\u2019été », dites « Saint-Éloi des riches ».Quand arrive la Saint-Éloi, laboureur, tu peux rester chez toi.Si, à la Saint-Éloi tu brûles ton bois, tu auras froid pendant trois mois.Saint-Éloi, de soleil gourmand, nous donne trois jours de beaux temps.À la Saint-Éloi, les jours allongent du cri d\u2019une oie.Dictons Qui était Saint-Éloi ?Dans les textes religieux, Saint-Éloi est le patron de tous les travailleurs qui ont un lien avec la métallurgie et la mécanique.Au 8e siècle, Éloi de Noyon (de son vrai nom) était orfèvre et monnayeur.Il est l\u2019auteur de la croix de l\u2019autel de la basilique Saint-Denis en France, dite croix de Saint-Éloi, représentée dans le tableau La messe de Saint- Gilles.Saint Éloi a aussi réalisé le Sceptre de Dagobert, une relique aujourd\u2019hui disparue.Bon à savoir P H O T O ?: ?W I K I P E D I A ?C R E A T I V E ?C O M M O N S \u2026à Ville-Marie Sur la rue Saint-Éloi, on peut voir un bâtiment en pierre taillée, protégé depuis 2012 en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.Elle est l\u2019une des plus vieilles bâtisses du Vieux-Montréal.Cet édifice a été construit en 1825 très certainement à la demande de Margaret Fischer, l\u2019épouse de William Hutchison, riche marchand montréalais du début du 19e siècle qui possédait plusieurs magasins-entrepôts de la rue Saint-Paul Ouest.P H O T O ?: ?A R C H I V E S ?V I L L E ?D E ?M O N T R É A L @siouartiste BD SIOU CAMELOT MONT-ROYAL / BORDEAUX SAÏD FARKOUH CAMELOT MÉTRO MONTMORENCY MARC SENÉCAL CAMELOT MÉTRO LONGUEUIL LINDA PELLETIER CAMELOT MARCHÉ MAISONNEUVE 43 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Que signifie vraiment l\u2019amour?J\u2019ai demandé à une vieille femme d\u2019expliquer si l\u2019amour signifiait quelque chose en particulier pour elle.Elle m\u2019a répondu : « La première fois que j\u2019ai entendu ce mot, j\u2019étais une petite fille et c\u2019était ma mère quand elle m\u2019a embrassé qui m\u2019a dit je t\u2019aime.Alors, je me suis dit que l\u2019amour était la sécurité et l\u2019affection.» « Quand j\u2019ai atteint l\u2019âge adulte, j\u2019ai reçu une fois une lettre sous ma porte du fils des voisins où il était écrit mon nom ainsi que je t\u2019aime.Donc, je me suis dit que l\u2019amour est l\u2019audace et la folie.» « Quand j\u2019ai me suis fiancée l\u2019homme que j\u2019aime, mon futur époux m\u2019a dit je t\u2019aime.Alors, je me suis dit que l\u2019amour était l\u2019ambition, l\u2019espoir et la volonté.» « Quand je me suis mariée, mon mari m\u2019a dit je t\u2019aime.Je me suis dit que l\u2019amour était le désir, la passion et la nostalgie.» « Souvent, quand mon mari revenait à la maison, il trouvait la maison très organisée et la table était mise pour le souper.Il me disait donc je t\u2019aime.Je me suis dit que l\u2019amour était le remerciement et l\u2019appréciation.» « Les années ont passé et les cheveux blancs ont envahi ma tête.Mon mari a regardé les cheveux blancs et m\u2019a dit je t\u2019aime.Je me suis dit que l\u2019amour était l\u2019affection et la gentillesse.» « Il est devenu vieux et moi aussi, mais chaque matin, il me dit je t\u2019aime.Je me suis dit que l\u2019amour était la fidélité, l\u2019honnêteté et la sincérité.» Est-ce que le concept d\u2019amour change ?Pas du tout.Quand comprendront-ils ?À la mi-février, j\u2019écoutais les actualités et je suis resté, pour une énième fois, bouche bée.Une autre fusillade venait d\u2019avoir lieu chez nos voisins du Sud.Quand compren- dront-ils ?La Constitution américaine, adoptée le 15 décembre 1791, prévoit, dans son deuxième amendement, que le peuple a le droit d\u2019organiser une milice pour garantir la sécurité d\u2019un État libre.Comprenons-nous bien.Premièrement, en 2018, aux États-Unis, il y a un système judiciaire bien en place et démocratique pour protéger les individus des ennemis potentiels.Donc, ce deuxième amendement me semble obsolète.Deuxièmement, en 1791, les armes à feu étaient principalement des mousquets, un type d\u2019armes qui prenait un certain temps à recharger.Aujourd\u2019hui, les armes sont puissantes, semi-automatiques et encore tout à fait légales, d\u2019où les nombreux carnages qui surviennent (cette année, on en comptait déjà 18 dans les écoles à la mi-février).La National Rifle Association (NRA) prétend que si chaque citoyen portait une arme à feu, cela diminuerait le nombre de victimes lors d\u2019une fusillade puisqu\u2019il aurait riposte.C\u2019est ridicule ! Ce raisonnement est totalement absurde dans une société moderne et démocratique.C\u2019est plutôt en contrôlant avec rigueur les armes qu\u2019on éliminera les tragédies tout à fait évitables.Malheureusement, je vous le prédis, rien ne bougera dans les prochains mois.Les Américains ne sont pas encore prêts au changement.J\u2019espère qu\u2019ils se conscienti- seront dans un avenir rapproché.Hommage à un ange Ma belle Mélo, comme on t\u2019appelle tous, j\u2019aimerais te dire toute ma reconnaissance.Tu es notre ange, parfois assiégée par quatre, cinq camelots, qui réclament ton attention, tous, en même temps.Moi, je ne donne pas ma place avec toi.Je suis comme une enfant.Tu es occupée et je te réclame à grands coups de « Mélodie, s\u2019 il-te- plaît, viens me voir.J\u2019ai besoin de toi.» Ta patience est sans fin.Souvent, tu as ton manteau, une cigarette à la main, impatiente d\u2019aller fumer, sauf s\u2019il y a un camelot qui réclame tes services.Ha ! Tu bougonnes un peu.« Ça fait une demi-heure que j\u2019essaye d\u2019aller fumer.» Mais tu nous sers.Tu finis souvent une heure plus tard que prévu.Responsable de la distribution des magazines, c\u2019est ton titre.Mais on te prend pour une intervenante sociale.On te raconte nos problèmes.Et avec ton oreille attentive, tu nous écoutes.Quand tu m\u2019as dit que tu n\u2019étais pas intervenante, je suis tombée des nues.Je t\u2019aime, Mélodie.Tu es plus qu\u2019une mélodie, tu es une « sympho- mélodie ».Je te considère comme une amie.Je suis contente que tu travailles à L\u2019Itinéraire et si tu partais, il en faudrait au moins cinq pour te remplacer. joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.Contrôle.2.Relatif à l\u2019émission de sperme.3.Délasser.- Théâtre japonais.4.Puis.- Hérétique du Ve siècle.5.Note.- Possédés.6.Différentes.- Amas.7.Satellite.- Étoile de mer.8.Attaches.- Canal.9.Isolé.- Bride.10.Pronom.- Poisson.- Charges.verticalement 1.Coraux.2.Objet de connaissance conçu comme une essence immatérielle.- Qu\u2019il lèse.3.Musique.- Cassiers.4.Sels de sodium utilisés en photographie.5.Donna la forme d\u2019un fuseau.- Transpira.6.Terres.- À cet endroit.- Lawrencium.7.Enroulées sur du carton.8.Astate.- Oust ! 9.Bâtiments en hauteur.- Exister.10.Deux.- Classes.11.Décoreraient.12.Éclairage.- Fromages.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Dans la rose des vents Voile Française Sorties Bers Parier Coupant Imprimées Troué Mise en couleurs Fixasses Aplatir Sapera Ire Convient Sainte Unis Tour Charge d\u2019un baudet Contraires Use Thème musical Priorité d\u2019âge À elle Fémur Rivière d\u2019Alsace Arbre Ensemença Luminaires Dans la rose des vents Voile Française Sorties Bers Parier Coupant Imprimées Troué Mise en couleurs Fixasses Aplatir Sapera Ire Convient Sainte Unis Tour Charge d\u2019un baudet Contraires Use Thème musical Priorité d\u2019âge À elle Fémur Rivière d\u2019Alsace Arbre Ensemença Luminaires Réponses du 15 JUIN 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 C R T V N A E E E S E O P P S O E S I L A I S P I T R E S M A A V S N O A L S T E I L L I M N E A R I R A G E S A O P S A S S E S L A M N I E R O F R A I M N E V E R I F I C A T I O N E J A C U L A T O I R E R E P O S E R U N O E T N E S T O R I E N T S O L E U S R I N E G A L E S T A S L U N E A S T E R I E L I E N S E T I E R E S S E U L E R E N E S E S R L E S T S Réponses du 15 JUIN 2018 À vos plumes ! 44 ITINERAIRE.CA | 15 juin 2018 DÉTENTE 1er avril 2018 M E N S U R A T I O N S E P A I S V E R S E E R I N C U R E O S E R D E D I E E O N U I E O L L A I R E H A H U I L I N S I L R A S E E L E A I U T N G E R A N T S S E A N C E M I A M E R M E N O N V I L L E Réponses du 01 JUIN 2018 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Actinium Saison Et le reste École Protagoniste Exécrèrent Qu\u2019il expulsât Partie non recouverte d\u2019une tuile Mesure chinoise Pester Gaspille Calomniateurs Arbre Incarner Copain Cesses Éliminée Arbrisseau Érudition Enzymes Voie Parcourue Mordante Rigoler Muse Actionné Coupelle Mesurée Satisfaites Actinium Saison Et le reste École Protagoniste Exécrèrent Qu\u2019il expulsât Partie non recouverte d\u2019une tuile Mesure chinoise Pester Gaspille Calomniateurs Arbre Incarner Copain Cesses Éliminée Arbrisseau Érudition Enzymes Voie Parcourue Mordante Rigoler Muse Actionné Coupelle Mesurée Satisfaites Réponses du 01 JUIN 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 D R V H S A E S E T C R U E E N A U C L T R U E E A E M R E T O E E T E T A R B S U T E M A I A S A R R T E E S F I E A R T O F I G R U E R I D L A I P D E publicité Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Sudoku Débutant Grille numéro : 64251 6 1 4 3 9 7 5 1 6 2 7 8 1 5 5 9 4 8 3 6 1 5 7 2 9 3 6 5 4 3 8 9 6 7 8 6 1 5 4 3 7 2 9 4 7 5 9 1 2 8 3 6 2 3 9 7 8 6 1 5 4 3 8 7 2 5 4 6 9 1 5 1 2 6 7 9 4 8 3 9 4 6 8 3 1 5 7 2 6 2 8 4 9 7 3 1 5 7 9 3 1 6 5 2 4 8 1 5 4 3 2 8 9 6 7 Grille Sudoku Débutant à imprimer du mercredi 04 avril 2018 12:00:02 1 / 1 1er juin 2018 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 15 juin 2018 | ITINERAIRE.CA SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Expert Grille numéro : 64248 5 7 8 6 4 3 4 2 7 5 2 3 5 7 5 7 1 8 9 6 6 7 9 5 8 1 4 2 6 2 5 1 9 1 5 4 7 8 6 3 2 7 2 6 3 5 1 8 4 9 3 4 8 9 6 2 7 5 1 1 6 4 8 2 3 5 9 7 2 5 9 6 4 7 1 8 3 8 3 7 1 9 5 2 6 4 6 7 3 2 8 4 9 1 5 5 8 1 7 3 9 4 2 6 4 9 2 5 1 6 3 7 8 Grille Jeu Sudoku Expert à imprimer du mercredi 04 avril 2018 06:00:02 1 / 1 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES La Centrale des syndicats du Québec est ?ère de s\u2019associer à la Fête nationale du Québec lacsq.org Fête nationale à Montréal - 3,687 po x 4,875 po, couleurs 1718-278_PubFeteNationalCSQ_Mtl.pdf 1 2018-05-28 16:12 Une réserve amérindienne c\u2019est un ghetto, c\u2019est une prison à ciel ouvert.Samian, rappeur algonquin On voit ses amis tomber comme des mouches, on commence à penser que pour nous [le suicide] ça pourrait être une voie de sortie.Maïtée Labrecque-Saganash, Crie Des soleils se relèvent sur le pays de ma naissance nipimutenan il y a l\u2019été comme il y a des réserves entre nous.Natasha Kanapé Fontaine Dites-leur que nous ne leur avons jamais cédé notre territoire Que nous ne leur avons jamais vendu Que nous ne le leur avons jamais échangé De même que nous n\u2019avons jamais statué Autrement qu\u2019en ce qui concerne notre territoire César Newashish, Atikamekw de Manawan La paix ne pourra naître dans ce monde que lorsque toujours plus d\u2019hommes prendront conscience de l\u2019unité de la vie existante entre la nature, les animaux, les plantes, les minéraux et les hommes, et vivrons en conséquence.He?áka Sápa (Élan noir), homme sacré sioux Le sang qui en coulera sera de la même couleur que le tien.Nous sommes tous deux enfants du Grand Esprit.Standing Bear, Oglala Je suis pauvre et nu, mais je suis le chef de la nation.Nous ne voulons pas de richesse mais nous tenons à instruire correctement nos enfants.Les richesses ne nous serviraient à rien.Nous ne pourrions pas les emporter avec nous dans l\u2019autre monde.Nous ne voulons pas de richesses.Nous voulons la paix et l\u2019amour.Red Cloud, chef des sioux Oglala Quand une parole est offerte, elle ne meurt jamais.Ceux qui viendront l\u2019entendront.Menutakuaki aimun, apu nita nipumakak.Tshika petamuat nikan tshe takushiniht.Joséphine Bacon, poète innue À PROPOS DES.PAR FRANCIS HILLMAN PARTICIPANT educalcool.qc.ca/benefices POUR UN SENS DU GOÛT PLUS DÉVELOPPÉ BOIRE BIEN, C\u2019EST MIEUX Il y a plusieurs bénéfices à respecter les limites d\u2019alcool recommandées.On contrôle mieux son poids.On se sent plus énergique et plus en forme.Le sommeil est plus réparateur et on n\u2019a plus jamais la gueule de bois.Décidément, il y a trop d\u2019avantages à la modération pour s\u2019en priver.Des soleils se relèvent sur le pays de ma naissance nipimutenan il y a l\u2019été comme il y a des réserves entre nous.Natasha Kanapé Fontaine Les 23 et 24 juin, plus de 6 000 activités réparties sur plus de 700 sites de fête vous attendent pour célébrer votre fierté! 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