L'itinéraire, 1 janvier 2018, dimanche 1 juillet 2018
[" Volume XXV, n?13 Montréal, 1er juillet 2018 Transport gratuit du 21 juin (16 h) au 26 août pour les 6 à 11 ans* stm.info/sortiesenfamille * CERTAINES CONDITIONS S\u2019APPLIQUENT Nom Bertrand Derome | Camelot n° 919 | Âge 59 ans Points de vente Granby et Sutton B ertrand Derome vend L\u2019Itinéraire à Granby et Sutton depuis mai 2010.Huit ans déjà ! Depuis trois ans, il vend le magazine à Sutton aussi.« Les gens sont très gentils avec moi, dit-il.Un de mes clients me fait un don à toutes les années.J\u2019ai ainsi pu refaire mes dents, acheter des lunettes et plein d\u2019autres choses que je ne pourrais pas me payer autrement.Ça m\u2019aide beaucoup.» Les gens ont beaucoup de compassion pour lui, affirme Bertrand.Dernièrement, un client l\u2019a invité à voir un spectacle à la Place des Arts.Un autre l\u2019a amené souper et voir le spectacle de Dan Bigras au Vieux Clocher de Magog.« Ça a été une belle occasion de sortir du quotidien, raconte-t-il.J\u2019ai eu la chance de parler avec Dan de mon passé.Je lui ai expliqué que pour moi L\u2019Itinéraire, ce n\u2019est pas juste un journal à vendre, mais c\u2019est une opportunité de travailler sur moi, sur mes comportements impulsifs, mon impatience, bref à être une meilleure personne.» Aujourd\u2019hui, Bertrand se sent un peu comme « un ambassadeur de L\u2019 itinéraire en région ».Son passage à l\u2019émission Face à la rue avec Jean-Marie Lapointe et à Deux filles le matin a contribué à le faire connaître et à lui ouvrir des portes.« J\u2019ai beaucoup plus de facilité à vendre mes revues.Ça m\u2019a aussi permis de bien expliquer le contenu de L\u2019Itinéraire, que les gens peuvent faire des dons, s\u2019abonner et se procurer des cartes-repas.» « Si je n\u2019avais pas eu des gens comme Jean-Marie Lapointe, Nicolas Luppens du Groupe actions solutions pauvreté, Julie Rivet du Partage Notre-Dame et toute l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire, je ne serais pas rendu où je suis maintenant.Les élus d\u2019 ici me soutiennent, m\u2019encouragent et apprécient ce que je fais pour la cause de l\u2019 itinérance.M.Bonnardel, député provincial de Granby, M.Breton, député fédéral de Shefford et M.Bonin, maire de Granby, sont fiers de moi.» Plusieurs commerces à Granby, comme le Métro Plouffe, lui font confiance et l\u2019aident.« Les employés sont sympathiques à ma cause et le gérant me laisse la place dont j\u2019ai besoin, dans les meilleurs moments comme parfois dans des plus difficiles.» Depuis peu, en plus de son appartement à Sutton, Bertrand a maintenant un pied-à-terre à Granby pour éviter des déplacements.« Je peux être plus présent à Granby.Cela pourrait, je l\u2019espère, m\u2019aider à développer davantage L\u2019Itinéraire dans cette ville et agrandir l\u2019équipe des camelots.» L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Bertrand Par Nicolas Luppens (texte et photo) Groupe actions solutions pauvreté \u2013 Granby NDLR - Au moment d\u2019écrire ces lignes, Bertrand s\u2019est vu décerner, le 28 mai, une médaille de l\u2019Assemblée nationale du Québec. Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL ET ÉDITEUR : LUC DESJARDINS RÉDACTION Éditrice adjointe et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : CAMILLE TESTE Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe-participant : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste-participante : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, ARIANE CHASLE, MADELEINE LAROCHE, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE, SHANNON PÉCOURT Photo de la une : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA ADMINISTRATION Adjointe comptable \u2013 commis au dépot : MARCELA CHAVEZ Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Novatech Médical Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Virage Coaching JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg, sencrl, srl RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire YVON MASSICOTTE - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : GISÈLE BÉLANGER Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas?responsable?des?gestes?des?vendeurs?dans?la?rue.?Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous?tenons?à?remercier?le?ministère?de?la?Santé?et?des?Services?sociaux?de?même?que?le?Centre?intégré?universitaire?de?santé?et?de?services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 Notre camelot à Sutton est Bertrand Derome.Il a su nous convaincre sur 2-3 ans, de lire attentivement notre L\u2019Itinéraire.?Le?récent?texte?de?Cindy?Rose?paru?dans?l\u2019édition?du?15?mai?2018?m\u2019a?révélé?une?plume?digne?de?chez?VLB.?J\u2019irai?voir?l\u2019expo?d\u2019André?Michel?à?l\u2019Écomusée?du?fier?monde?! C\u2019est?le?seul?magazine?que?je?lis?en?entier,?sur?une?semaine,?en?général. Je?juge?important?et?plus?intéressant,?d\u2019être?informée,?intéressée,?et?concernée?par?la?vie?et?sa?dureté?pour?certains?et?surtout?ici versus dans les pays en voie de développement.Le discours politique peut être ennuyant.Le terrain, jamais.Acheter L\u2019Itinéraire?et?lire?vos?voix,?voilà?un?geste?du?cœur;?de?petite?politique?de?trottoir?non?partisane,?geste?désormais?rendu?Culturel.?C?majuscule?svp?!?Bravo?pour?l\u2019écriture?!?Etc.?etc.Arya Lavallée Vadeboncoeur, Sutton 3 MOTS DE CAMELOTS France Lapointe 9 Manon Fortier 9 Mélanie Noël 9 Gaétan?Vaillancourt?21 Bill?Economou?21 Réal?Lambert 21 ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! Bertrand ÉDITORIAL 7 Une voix qui porte Par?Josée?Panet-Raymond ROND-POINT INTERNATIONAL 8 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ 10 Me Charles Wagner sur le cannabis au travail Par Laurent Soumis CHRONIQUE 20 Le pernicieux de la solitude Par Linda Pelletier EN TOUTE LIBERTÉ 29 Tout ça pour ça ?Par Mathieu Thériault SOCIÉTÉ 30 Un coup de pouce de L\u2019Itinéraire pour des logements abordables Par Geneviève Bertrand MOT DU RAPSIM 31 Des membres mobilisés ! Par Pierre Gaudreau?-?Directeur?du?RAPSIM INFO CAMELOTS 32 Avec un grand « C » Par?Simon?Jacques CARREFOUR 32 COMPTES À RENDRE 33 Les kiwis de la liberté Par Ianik Marcil, économiste indépendant DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 34 CHRONIQUE 36 Un après-midi dans la vie d\u2019un camelot Par Saïd Farkouh CULTURE 37 Connaissez-vous votre cirque ?Avec?Tuan?Trieu?Hoang HISTOIRES DE RUES 40 Avenue Morgan / Ontario Par Isabelle Beaupré NOUVELLE 42 Windigo (3e de 4) Par Pierre Saint-Amour DÉTENTE 44 À PROPOS DES MÉDIAS 46 Par?Lynn?Champagne?12 DOSSIER \u2022 Lutter contre le manque de représentation des minorités visibles dans les médias \u2022 4?formats?innovants?pour?donner?la?parole aux minorités \u2022 Canal?M,?quand?le?droit?à?l\u2019information?devient réalité \u2022 Quels?défis?attendent?la?relève?du?journalisme ?Par Camille Teste JUSTIN TRUDEAU Les?organismes?sur?le?terrain?peuvent?dormir?tranquille.?La?stratégie?fédérale?de?lutte à l\u2019itinérance ne sera pas conçue et déployée sans la participation du milieu.C\u2019est l\u2019assurance?qu\u2019a?fournie?le?premier?ministre?Justin?Trudeau?au?cours?d\u2019une?entrevue?exclusive accordée à une équipe de camelots de L\u2019Itinéraire, le 31 mai dernier.Par Mostapha Lotfi, Isabelle Raymond et Jean-Claude Nault EN EXCLUSIVITÉ 22 Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.SOMMAIRE 1er juillet 2018 Volume XXV, no 13 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 publicité MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : Événement historique pour L\u2019Itinéraire Une des résultantes de notre mission a été ce qu\u2019on peut qualifier d\u2019événement historique à L\u2019Itinéraire : une entrevue exclusive par nos camelots avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.L\u2019article qui en découle en page 13, révèle tout le travail accompli avec ces camelots, de l\u2019entrevue à la rédaction.Que de chemin parcouru ! Quand on sait que Mostapha, Isabelle et Jean-Claude ne participent dans le magazine que depuis deux à trois ans.Et quelle fierté pour toute l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire ! Je vous résume un peu le déroulement de cette journée historique.Le 31 mai dernier, nous étions assis dans l\u2019antichambre du bureau du premier ministre, parmi une dizaine d\u2019autres parlementaires vêtus de tailleurs ou vestons-cravates, cellulaire à l\u2019oreille, l\u2019œil rivé sur leur ordinateur, attendant de rencontrer Justin Trudeau pour régler des affaires d\u2019État.J\u2019étais impressionnée par le calme de nos camelots Mostapha, Isabelle, Jean-Claude et de notre photographe-participant, Mario.Debout depuis quatre heures du matin pour prendre le premier train vers Ottawa, nos quatre participants étaient bien préparés, ayant au préalable formulé des questions et approfondi les thèmes qu\u2019ils allaient aborder avec le PM.Derrière la porte, Justin Trudeau, lui, était aux prises avec une « guerre » commerciale déclarée par le président Trump ainsi qu\u2019avec la préparation d\u2019un G7 qui s\u2019annonçait turbulent.Jusqu\u2019à ce moment, nous nous étions demandé si l\u2019entrevue allait avoir lieu, vue la conjoncture politique alambiquée.Au bout de quelques minutes d\u2019attente, la porte s\u2019est ouverte sur un homme posé et affable, qui a pris la peine d\u2019accueillir chaleureusement chacun des membres de la délégation de L\u2019Itinéraire.Justin Trudeau a tout de suite mis les camelots à l\u2019aise et a accordé à chacun d\u2019eux le respect et la crédibilité qui leur revenait.Ici, aucune complaisance.Les camelots ont fait un travail de journalisme selon les règles de l\u2019art et le premier ministre a répondu à des questions parfois difficiles.Vous dire la fierté qu\u2019ils ont éprouvée ! Cette expérience demeurera l\u2019une des plus marquantes dans l\u2019histoire du Groupe.Elle est l\u2019aboutissement de notre mission et prouve que le travail et la bonne volonté de gens qui veulent s\u2019en sortir donnent parfois des résultats étonnants.Nous soulignons souvent que L\u2019Itinéraire occupe une place spéciale \u2013 et importante \u2013 dans le paysage médiatique québécois.Nul autre magazine ne peut se vanter d\u2019offrir un point de vue comme le nôtre sur les grands enjeux sociaux.Ce point de vue, c\u2019est celui de la rue, celui vécu sur le terrain, branché directement à la communauté.Ce point de vue unique comporte un certain poids et ajoute à la couleur de ce paysage médiatique.Que L\u2019Itinéraire fasse partie d\u2019un organisme communautaire qui soutient et autonomise les plus démunis et marginalisés de la société, ne fait que renforcer le fait que nous sommes la voix des sans-voix.Qui plus est, que nous soyons un OSBL (organisme sans but lucratif) n\u2019enlève rien à la qualité et à la rigueur de nos reportages.Au contraire! Ce statut nous procure une indépendance certaine puisque nous n\u2019avons pas de comptes à rendre à des actionnaires ou des propriétaires qui nous imposeraient une ligne éditoriale.Tous dans le même bateau Ces derniers temps, on a suivi avec intérêt ce qui se passe pour nos collègues de La Presse.Avec le retrait de Power Corporation, le quotidien de la rue Saint-Jacques a opté pour le modèle OSBL afin d\u2019assurer la poursuite de ses activités \u2013 et sa survie.Ce nouveau statut n\u2019enlèvera rien à la qualité de ses reportages \u2026 n\u2019en déplaise à ses détracteurs.Par contre, ce que nous vivons à L\u2019Itinéraire, et ce que vivra La Presse une fois que les 50 millions $ injectés par les Desmarais dans la nouvelle fiducie seront épuisés, c\u2019est que le fait de compter sur l\u2019apport philanthropique pour mener une entreprise est tout un défi ! Demandez-le au Devoir, qui, sans le soutien renouvelé de mécènes généreux ne serait plus là.Désormais, nous partageons tous une même réalité, bien qu\u2019à des degrés différents.Je disais que peu importe son statut, L\u2019Itinéraire a pour mission d\u2019appuyer ses camelots et participants.Notre but, notamment dans la salle de rédaction est de faire éclore des talents et de les faire progresser par le biais d\u2019accompagnements individuels, de formations en journalisme, de stages (entre autres à La Presse).ci-haut Le premier ministre accepte avec un plaisir évident une casquette de L\u2019Itinéraire Une voix qui porte 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 7 PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A CAMEROUN | Les enfants camerounais atteints de drépanocytose risquent la mort Au Cameroun, comme dans plusieurs autres pays tropicaux, la drépa- nocytose touche jusqu\u2019à 2 % de la population.Cette maladie, dont les symptômes sont très variés, est aussi considérée par bien des Camerounais comme la maladie de la honte, car beaucoup lui attribuent une dimension mystique.Quand un enfant souffre de cette maladie, il arrive régulièrement qu\u2019un guérisseur traditionnel conseille aux parents de le tuer.L\u2019explication donnée est simple : l\u2019enfant est un petit sorcier.Diane fait partie de ces parents qui ont eu à se débarrasser d\u2019un « sorcier » de cinq ans.« Mon garçon souffrait de douleurs intenses, il était faible et très mince », raconte-t-elle.Comme c\u2019est la coutume dans ce pays d\u2019Afrique centrale, elle est allée consulter plusieurs marabouts afin de trouver une solution.« Madame, votre enfant est un sorcier et il est venu au monde pour vous torturer », lui a-t-on répondu.Les marabouts lui ont également précisé qu\u2019il ne servait à rien de chercher une autre aide médicale.Alors, elle a étouffé son fils avec un vieil oreiller.« J\u2019ai gardé la pression jusqu\u2019au bout comme dans les films et il est mort », a-t-elle expliqué, sans aucun signe de remords apparent.(Reuters/INSP) CANADA | La journée nationale des Autochtones vue par une camelot à Vancouver La Journée des Autochtones est une journée formidable pour moi, car je suis moitié Autochtone moitié asiatique.Chaque année, depuis de nombreuses années, je défile avec des centaines d\u2019autres Amérindiens.Nous marchons de Hastings à Trout Lake, tout le long de Commercial Drive.Pour moi, les Autochtones sont une famille, une grande et immense famille.Même quand je ne les connais pas, qu\u2019ils viennent d\u2019une autre nation, je les salue avec entrain ce jour-là, parce qu\u2019on est pareil.Beaucoup d\u2019entre eux jouent du tambour et nous sommes tous très, très heureux.On se sent si fiers d\u2019être ensemble.Cela réchauffe tellement mon cœur quand j\u2019entends les tambours ou ma propre voix chanter au milieu de centaines d\u2019autres.Au fait, je m\u2019appelle Ichene Suzanne Kilroy / Huculak.Je suis votre princesse indienne et je veux que vous participiez à cette marche et que vous profitiez de cette journée avec nous.(Megaphone) TRADUCTION :?CAMILLE?TESTE 8 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O ?: ?S U Z A N N E ?K I L R O Y PHOTO?:?COURTOISIE L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau?International?des?journaux?de?rue?-?INSP).?Le?réseau?apporte?son?soutien?à?près?de?100?journaux?de?rue?dans?34?pays?sur?six?continents.?Plus?de?250?000?sans-abri?ont?vu?leur?vie?changer?grâce?à?la?vente?de?journaux?de?rue.?Le?contenu?de?ces?pages?nous?a?été?relayé?par?nos?collègues?à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org. MANON FORTIER CAMELOT VILLAGE CHAMPLAIN ET MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND FRANCE LAPOINTE CAMELOT MÉTRO CRÉMAZIE MONT-ROYAL / MENTANA MÉLANIE NOËL CAMELOT MÉTRO VERDUN / IGA WELLINGTON 9 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Ma tante Raymonde Le 10 avril dernier, ma tante Raymonde est décédée des suites d\u2019un AVC.Cela m\u2019a beaucoup affectée, car elle était très spéciale pour moi.Elle était comme ma troisième grand-mère.Elle n\u2019a jamais eu d\u2019enfant et tous ses neveux et nièces étaient comme ses enfants.Ma tante Raymonde était alcoolique et parlait de nous en bien et en mal.Elle pouvait être désagréable, mais nous la prenions en pitié et nous allions tous la visiter régulièrement.Elle aimait recevoir, jouer aux cartes, au OKO et au bingo.Je faisais régulièrement ses courses parce qu\u2019elle était trop malade pour se déplacer.La journée des funérailles a été difficile pour moi, car j\u2019ai réalisé qu\u2019elle me manquerait pour toujours.Je garde un bon souvenir des moments où on faisait de la musique chez elle, moi au piano, mon père à la guitare.Nous chantions tous ensemble.Ma tante nous a souvent gardées, ma sœur jumelle et moi, quand ma mère avait besoin de se reposer.En plus, elle aimait se baigner avec nous dans sa piscine.À la suite de son décès, j\u2019ai été perturbée et j\u2019ai dû être hospitalisée pendant quatre jours.On a dû faire un ajustement de ma médication.Je ne suis pas guérie de sa perte, d\u2019autant plus que ma mère suit des traitements de chimiothérapie pour traiter sa leucémie.Ma tante Raymonde restera toujours présente dans mon cœur et je lui demande de veiller sur nous tous.Mieux vaut tard que jamais Au métro Peel un matin Je vois un acheteur de revue Il m\u2019achète la revue Il lit mon « mot de camelot » immédiatement Il me dit que lui aussi a arrêté de fumer à 71 ans Il rajoute : « Mieux vaut tard que jamais » Je lui dis, vous êtes bien conservé pour votre âge Je veux répéter « Mieux vaut tard que jamais » Mais je n\u2019arrive pas à le dire Je me mets presque à bégayer Pas capable de le dire Fou rire L\u2019homme se reprend en disant : « Ça fait neuf ans que je ne fume pas, j\u2019avais 71 ans » Je lui dis : « Vous avez 80 ans ?» Il me dit : « Je vous l\u2019ai dit ?» Je lui dis : « Non ! » Il me regarde, il me dit : « Comment ça se fait que vous savez ça ?» Je lui dis : « Vous m\u2019avez dit que vous aviez 71 ans quand vous avez arrêté de fumer et que ça fait neuf ans que vous n\u2019avez pas fumé ».Je lui dis : « 71 ans plus neuf ans égalent 80 ans ».Il trouve ça intéressant.Je lui réponds que j\u2019étais bonne en mathématique à l\u2019école, que j\u2019étais la première de la classe.Il me promet de revenir me voir au métro Honoré-Beaugrand.Mettre la charrue avant les bœufs Quand j\u2019étais jeune, je voulais me faire aimer à tout prix, me faire des amis.J\u2019ai pensé qu\u2019en aidant les autres, ça me ferait connaître des bonnes personnes.J\u2019ai accordé ma confiance à des gens que je ne connaissais pas et ils ont abusé de moi moralement.Ils m\u2019ont fait croire qu\u2019ils m\u2019aideraient à leur tour.Ma famille, surtout ma propre mère, m\u2019a rejetée et j\u2019ai cherché à voir ailleurs si je pouvais être mieux considérée.J\u2019ai pris des risques et je me suis fait avoir en voulant bien faire.Plus je voulais avoir de reconnaissance, plus je me faisais rejeter.Je me sentais envahie par des gens qui me proposaient d\u2019embarquer dans leur jeu et je me laissais amadouer.Un jour, je me suis prise en main et j\u2019ai appris à refuser de me faire manipuler par les autres, à ne plus être naïve.J\u2019en ai eu assez de me faire rouler royalement.Ça m\u2019a pris du temps, mais j\u2019ai fini par reprendre confiance en moi.J\u2019ai dû travailler très fort sur moi-même parce que je voulais reprendre le contrôle de ma vie.Cela a pris plusieurs années, parce que j\u2019étais seule, sans personne à qui me confier ou pour m\u2019encourager.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai repris confiance en moi et j\u2019ai pardonné à ceux qui m\u2019ont fait vivre leur méchante dépendance.J\u2019ai tourné la page et je me suis dit : « J\u2019ai ma vie à vivre.Je poursuis mon destin.» P H O T O ?: ?C O U R T O I S I E questions à Me Charles Wagner 3 sur le cannabis au travail les gâteaux, dans des huiles.Il faut s\u2019attendre à voir la consommation de cannabis sous d\u2019autres formes.C\u2019est pour ça que la loi prévoit que l\u2019employeur peut encadrer, y compris interdire, « toute forme d\u2019usage » du cannabis par les membres de son personnel sur les lieux de travail, au sens de la Loi sur la santé et la sécurité au travail.L\u2019employeur pourra-t-il interdire la consommation avant de se présenter au travail ?C\u2019est un peu plus compliqué.L\u2019employeur ne peut pas interdire la consommation à l\u2019extérieur de sa propriété.Par exemple, au restaurant ou dans un parc.Le droit de l\u2019employeur s\u2019arrête à sa propriété.Mais l\u2019employé ne peut pas arriver sur les lieux de travail avec les facultés affaiblies.C\u2019est le même principe qu\u2019avec l\u2019alcool.On ne peut pas dire à un employé de ne pas prendre de l\u2019alcool en fin de semaine.Et le cannabis sera tout aussi légal que l\u2019alcool.Par contre, il restera toujours les obligations de santé et de sécurité.L\u2019employé ne pourra pas arriver sur les lieux de travail avec des facultés affaiblies.Les employés pourront-il être forcés de subir des tests de dépistage aléatoires, voire systématiques ?Oui et ça se fait déjà.Le fait que la substance soit légale, ça ne changera rien.Ce La légalisation du cannabis aura un impact « certain » dans les milieux de travail, affirme Me Charles Wagner, un avocat spécialisé en droit du travail.« Les gens auront accès légalement à une substance qui peut affecter leurs capacités à travailler dans un environnement où la santé et la sécurité peuvent éventuellement être compromises », explique-t-il.Pour cette raison, la question préoccupe au plus haut point employeurs et syndicats.Me Wagner est membre du « Groupe Cannabis » au sein du cabinet Langlois avocats qui conseille de nombreuses entreprises.L\u2019usage du tabac est interdit à l\u2019intérieur au travail.Mais les employés fument souvent sur le terrain des entreprises.Un employeur pourra-t-il interdire le cannabis sur sa propriété ?Oui.À l\u2019intérieur, on a un peu importé les principes de la cigarette.On ne peut pas fumer.Dans les amendements au projet de loi 157, Québec a permis aux employeurs d\u2019empêcher la consommation de cannabis à l\u2019extérieur aussi.Il faut dire que tout le monde ne va pas « fumer » le cannabis.Peu importe les substances, fumer est de moins en moins populaire.On risque plutôt de voir la consommation plus au niveau alimentaire, dans les petits bonbons, dans n\u2019est pas parce que la substance est illégale que l\u2019on ne la voit pas dans les milieux de travail.Le cannabis à des fins médicales a fait son apparition il y a quelques années.Et le test de dépistage est déjà possible.Les milieux syndicaux craignent que les employeurs testent de façon aléatoire, à tout moment.Mais le dépistage aléatoire est déjà régi par des critères prévus par la Cour suprême du Canada en 2012 dans l\u2019affaire Irving Pulp and Paper.L\u2019employeur peut effectuer du dépistage aléatoire si le milieu de travail est dangereux, si c\u2019est un poste à risques et s\u2019il y a un risque accru pour la sécurité.Il faut faire la preuve qu\u2019il y a un problème de consommation dans le milieu de travail.Par exemple, dans les sables bitumineux en Alberta, l\u2019entreprise Suncor avait une politique de dépistage aléatoire parce qu\u2019il y avait eu plus de 2200 accidents de travail liés à la consommation d\u2019alcool et de drogues.Cela justifiait la politique.L\u2019autre sorte de dépistage, normal si on peut dire, doit être justifié par des motifs raisonnables.Par exemple, il faut qu\u2019on voie chez l\u2019employé des signes de facultés affaiblies.S\u2019il est impliqué dans un accident de travail.Ou dans le cas d\u2019un retour au travail, après un traitement en toxicomanie.Cela peut aussi être fait de façon préalable à l\u2019embauche, tant et aussi longtemps que ce soit lié à l\u2019emploi.10 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ PAR LAURENT SOUMIS L\u2019avenir est à bord Réduire l\u2019empreinte écologique : Faire le choix le plus sensé aujourd\u2019hui aide à contribuer à un avenir plus vert.Rapprocher les communautés canadiennes : Relier 4,4 millions de voyageurs et plus de 400 collectivités au Canada.Stimuler l\u2019économie : Démontrer un leadership important pour favoriser une économie prospère et offrir de la valeur aux contribuables.Animée par l\u2019augmentation du nombre de passagers et par ses projets de modernisation, VIA Rail s\u2019engage et se transforme pour mener les Canadiens vers un avenir plus durable.MC Marque de commerce propriété de VIA Rail Canada inc. OTTAWA Montréal aura sa « juste part » des fonds fédéraux destinés à la lutte contre l\u2019itinérance, a affirmé le premier ministre Justin Trudeau, au cours d\u2019une entrevue exclusive accordée à trois camelots du magazine L\u2019Itinéraire.Si M.Trudeau n\u2019a pas voulu préciser quelle part de l\u2019enveloppe de 2,2 milliards $ sera dévolue à la métropole, il a réitéré sa volonté de réduire l\u2019itinérance de « moitié » d\u2019ici la prochaine décennie.Le premier ministre reconnaît que la réalité des situations varie à travers le pays.« Les besoins et les solutions diffèrent d\u2019une région à l\u2019autre, d\u2019une ville à l\u2019autre et des fois d\u2019un quartier à l\u2019autre », a-t-il déclaré.Pour cette raison le chef du gouvernement souhaite continuer à « écouter » et « travailler » avec les organismes du milieu.« Les experts sont ceux qui sont sur le terrain, qui font ce travail et qui connaissent leur monde », a-t-il dit.M.Trudeau ne privilégie pas l\u2019idée d\u2019un programme national uniforme à travers le pays.« Des solutions générées à Ottawa pour appliquer dans le reste du pays sans l\u2019écoute et l\u2019implication pleine des organismes communautaires, ce ne sont pas du tout des solutions.» En entrevue, le premier ministre a d\u2019ailleurs loué le travail des organismes d\u2019économie sociale.« Des organismes comme L\u2019Itinéraire font un travail magnifique pour restaurer et rétablir la dignité [des gens]», a-t-il insisté.L\u2019aide au logement sera l\u2019une des pièces maîtresses de la stratégie fédérale sur l\u2019itinérance, a-t-il précisé.Comme député de la circonscription montréalaise de Papineau, M.Trudeau se dit conscient des « files d\u2019attente interminables » pour les logements sociaux.« On est en train d\u2019accélérer le processus », a-t-il indiqué.PAR LAURENT SOUMIS Montréal en e xclusivité Fonds fédéraux à l\u2019itinérance aura sa « juste part » P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A OTTAWA Les organismes sur le terrain peuvent dormir tranquille.La stratégie fédérale de lutte à l\u2019itinérance ne sera pas conçue et déployée sans la participation du milieu.C\u2019est l\u2019assurance qu\u2019a fournie le premier ministre Justin Trudeau au cours d\u2019une entrevue exclusive accordée à une équipe de camelots de L\u2019Itinéraire, le 31 mai dernier.Mostapha Lotfi Au cours des dernières semaines, les grandes villes canadiennes ont dénombré les personnes en état d\u2019itinérance sur leur territoire.Votre gouvernement s\u2019est engagé à investir 2 milliards $ en dix ans dans la Stratégie des partenariats de lutte à l\u2019itinérance (SPLI).Pouvez-vous d\u2019abord nous confirmer si Montréal recevra les 100 millions $ espérés par les organismes du milieu ?Justin Trudeau Notre stratégie nationale comprend effectivement 2,2 milliards $ pour contrer et réduire de 50 % l\u2019itinérance au Canada.Ce sera proportionné et approprié à travers le pays.On sait que c\u2019est une problématique présente à Montréal et on s\u2019assurera donc que Montréal ait sa juste part de ça.Mais quand on parle d\u2019investissements en logement, on sait que c\u2019est seulement une partie de la lutte contre l\u2019itinérance.Il y a beaucoup d\u2019autres engagements en cours par rapport à la santé mentale, à la lutte à la toxicomanie, aux défis liés à l\u2019insertion économique, à la formation, à la diversité et à tout ce qu\u2019on est en train de faire pour les communautés autochtones.Ce sont des problématiques très liées.Nous sommes très contents, évidemment, d\u2019avoir ces 2,2 milliards $ directement pour contrer l\u2019itinérance.P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A ENTREVUE EXCLUSIVE AVEC JUSTIN TRUDEAU « Les experts en itinérance sont ceux qui travaillent sur le terrain » 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 13 PAR MOSTAPHA LOTFI MÉTRO UNIVERSITÉ-DE-MONTRÉAL PAR ISABELLE RAYMOND MÉTRO JOLICOEUR PAR JEAN-CLAUDE NAULT MÉTRO CHAMP-DE-MARS Jean-Claude Nault Votre Stratégie nationale du logement inclut de nombreux volets dont l\u2019entretien des logements existants, l\u2019allocation au logement, la construction de logements abordables.À Montréal, 24 000 ménages figurent sur la liste d\u2019attente des habitations à loyer modique (HLM).Ma question est simple : combien de logements sociaux seront mis en chantier à Montréal avant les élections fédérales d\u2019octobre 2019 ?Justin Trudeau Laissez-moi vous dire qu\u2019en tant que député de Papineau, j\u2019ai eu beaucoup de conversations avec des gens qui sont sur des listes d\u2019attentes interminables pour un HLM.On sait à quel point il y a des pressions.C\u2019est pour ça que nos investissements vont dans le sens d\u2019une véritable stratégie nationale sur le logement.Sous l\u2019ancien gouvernement Harper, le gouvernement fédéral s\u2019était détaché de ça.On reconnaît qu\u2019il faut de nouvelles constructions de logements abordables, mais il faut aussi laisser de l\u2019argent pour investir dans l\u2019amélioration du parc existant.Je le dis encore, on va s\u2019assurer que ce soit bien distribué et bien proportionné à travers le pays.On a fait des investissements significatifs depuis qu\u2019on est arrivés au pouvoir.Mais avec la stratégie pour le logement, c\u2019est sûr que ça va prendre un peu de temps pour construire ces édifices et ces appartements-là.Mais on est en train de s\u2019y mettre tout de suite.Isabelle Raymond Certains de nos camelots qui ont connu l\u2019iti- nérance sont passés des drogues douces aux drogues dures.Le cannabis a des effets dévastateurs chez les personnes qui souffrent de psychose.Moi-même, j\u2019ai déjà souffert de psychose.Après avoir légalisé le cannabis, que comptez-vous faire pour sensibiliser les jeunes et les personnes à risque ?Justin Trudeau D\u2019abord, le travail de sensibilisation ne se fera pas après la légalisation, mais maintenant et tout de suite.On est en train de faire une campagne de sensibilisation et d\u2019investir pour qu\u2019il y ait une meilleur compréhension de l\u2019impact du cannabis, de l\u2019impact néfaste sur les individus et sur la société.On a constaté que l\u2019approche actuelle ne fonctionne pas.C\u2019est trop facile pour un jeune d\u2019avoir accès actuellement au cannabis et le crime organisé fait tous les profits.Nous, on veut pouvoir contrôler et réglementer le cannabis pour que les profits soient investis dans le système de santé et dans des campagnes publicitaires pour encourager les gens de ne pas en consommer.Il y a aussi un élément qui va changer de façon profonde.On voit que pour plusieurs personnes, l\u2019achat du cannabis est un début qui peut mener à d\u2019autre chose.Pourquoi ?Parce que quand tu achètes du cannabis d\u2019une personne qui a, dans son autre poche, des drogues plus dures et qui voudrait potentiellement te les vendre, ça peut effectivement mener à d\u2019autres choses.Mais si la vente du cannabis se fait dans un espace contrôlé et réglementé, où il n\u2019y a pas d\u2019autre chose à vendre, ils ne vont pas te vendre du crack ou de la méthamphétamine (crystal meth) ou quoique ce soit.Ça ne sera pas la première étape vers des choses pires.« Il faut construire de nouveaux logements abordables et investir dans l\u2019amélioration du parc existant.» ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 14 P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Mostapha Lotfi L\u2019an dernier, vous vous êtes engagé à faire progresser le droit au logement pour tous les Canadiens.Au plan international, le Canada est signataire de cette déclaration de principe.Pourquoi hésitez-vous à inscrire le droit au logement dans la Charte canadienne des droits et libertés ?Justin Trudeau Nous prônons une approche au logement basée sur les droits de la personne et ça, c\u2019est différent que de reconnaître le droit au logement.Je pourrais bien dire que vous avez droit au logement, mais si votre logement se retrouve au nord de la Saskatchewan.Le fait d\u2019amener le droit au logement de façon trop prescriptive peut mener à des conséquences inattendues qui ne sont pas positives.Notre approche est différente.C\u2019est d\u2019ailleurs une approche qui a été louée par les Nations Unies.C\u2019est de mettre les droits de la personne, le droit à la dignité, le droit au choix, le droit à la santé, le droit à la sécurité, au centre de notre stratégie.Tout ça va mener à cette dignité qui est d\u2019avoir un logement sécuritaire et abordable.C\u2019est une approche absolument basée sur les droits de la personne, mais de l\u2019articuler comme certains le prônent, je trouve que ça pourrait avoir des conséquences qui porteraient atteinte à la dignité profonde de l\u2019individu.Jean-Claude Nault Dans votre budget de 2017, vous avez annoncé des investissements de plus de 11 milliards $ en 10 ans pour faciliter l\u2019accès au logement.Or, 90 % de cet argent ne commencera à être dépensé qu\u2019en 2019, année d\u2019élection.Qu\u2019avez- vous à dire aux 1,6 millions de ménages canadiens qui attendent un logement adéquat ?Justin Trudeau Annoncer de l\u2019argent et dépenser de l\u2019argent dès demain, ça n\u2019aidera personne si on n\u2019a pas d\u2019abord construit ces nouveaux logements, si on n\u2019a pas restauré le parc existant, qui est insalubre.Ça va prendre un peu de temps et on s\u2019y met au maximum parce qu\u2019on comprend que le besoin est criant.Mais ça prend du temps pour créer ces nouveaux espaces, pour s\u2019assurer qu\u2019ils répondent bien aux besoins.On est en train d\u2019accélérer le processus.Je pense que les gens comprennent que donner de l\u2019argent immédiatement sans avoir les places libres pour le faire, ça finira par aller directement dans les poches des propriétaires du parc existant, sans vraiment régler le problème à long terme.1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 15 Isabelle Raymond Selon l\u2019organisme One, 130 millions de filles n\u2019ont pas accès à l\u2019école à travers le monde.Un milliard de femmes n\u2019ont pas de compte bancaire.Chaque jour, 39 000 filles sont mariées de force.Même au Canada, les femmes sont moins payées pour un travail égal.Vous avez fait de l\u2019égalité des femmes une priorité du G7.Quelles sont les mesures prises par le G7 qui changeront la vie des femmes ?Justin Trudeau Comme vous le savez, c\u2019est une grande priorité pour moi.Donc, on a créé un conseil aviseur pour l\u2019égalité des genres qui rassemble des leaders à travers le monde pour justement nous donner des conseils, des avis et des recommandations sur ce que le G7 peut faire.Et une des recommandations, c\u2019est l\u2019accessibilité à l\u2019éducation pour les filles, particulièrement en situation de crise, de guerre civile, et dans les camps de réfugiés.On sait que l\u2019accès à l\u2019éducation va transformer leur vie, leur famille, leur communauté et notre monde.Donc, le G7 engage des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars à travers le monde pour cibler justement l\u2019éducation des femmes et des filles en situation de crise et de difficulté.C\u2019est en plus des mesures que nous sommes en train de prendre pour assurer l\u2019égalité et l\u2019équité salariale.Malgré tous les progrès que nous avons faits depuis quelques années, le Canada est encore loin derrière la moyenne de l\u2019OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) pour l\u2019équité salariale.C\u2019est pour ça que nous avançons des propositions d\u2019équité salariale proactives qui feront une grosse différence.Il faut se souvenir que l\u2019autonomisation et l\u2019égalité des femmes, ce n\u2019est pas juste un argument moral, c\u2019est la bonne chose à faire.C\u2019est aussi un argument économique car c\u2019est la chose intelligente à faire.Si plus de femmes réussissent, on aura plus de bienfaits et de croissance économique pour la communauté.Et les solutions qui seront mises de l\u2019avant seront souvent de meilleures décisions.C\u2019est quelque chose que l\u2019ont fait pour toutes sortes de bonnes raisons.Mostapha Lotfi L\u2019an dernier, plus de 20 000 migrants ont franchi la frontière canadienne \u2013 la plupart à Lacolle \u2013 pour demander le statut de réfugié.Tout indique qu\u2019on établira un nouveau record cet été.Au Québec, ces personnes créent une pression énorme sur les ressources disponibles pour les itinérants, les places en hébergement, les banques alimentaires, les soupes populaires, les comptoirs de vêtements.Qu\u2019allez-vous faire pour aider les ressources de première ligne à répondre à cette vague de migrants ?Allez- vous compenser le gouvernement du Québec pour ces dépenses supplémentaires ?Justin Trudeau Nous reconnaissons tous que l\u2019immigration est source de force, de croissance et de bienfaits pour notre société.On a une population vieillissante, on a de moins en moins d\u2019enfants dans notre société et on a donc besoin d\u2019amener des immigrants et de les voir réussir.Cependant, on a un système d\u2019immigration rigoureux.Il y a des règles qui sont appliquées si l\u2019arrivée irrégulière de personnes cause des inquiétudes et pour de bonnes raisons.« Des solutions générées à Ottawa sans les organismes communautaires, ce ne sont pas des solutions.» ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 16 P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Je peux rassurer les gens : toute personne qui arrive, qui fait une demande d\u2019asile, va voir son dossier analysé pour voir si, effectivement, ce sont des vrais demandeurs d\u2019asile qui fuient la guerre, la terreur, la persécution, la violence.S\u2019ils ne le sont pas, ils vont être renvoyés chez eux.Parce qu\u2019on a aussi un système d\u2019immigration auquel ils peuvent faire application.Le système de demandeurs d\u2019asile, c\u2019est vraiment pour les réfugiés.Alors, à l\u2019intérieur de tout ça, on reconnait qu\u2019il y a des coûts supplémentaires sur nos systèmes de santé, sur nos systèmes de logement.Et oui ! Le gouvernement fédéral travaille avec la province, avec les provinces en général, pour s\u2019assurer que ce n\u2019est pas de l\u2019argent qui est enlevé à d\u2019autres personnes dans le besoin.Jean-Claude Nault Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal s\u2019entendent pour laisser aux organismes du milieu le soin de déterminer les priorités en itinérance.On ne connaît pas encore l\u2019approche qu\u2019adoptera Ottawa pour répondre aux besoins particuliers des communautés.Car les besoins ressentis à Vancouver ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux vécus à Montréal.Pouvez-vous nous dire si, avant de mettre sur pied de nouveaux programmes, la stratégie fédérale assurera le financement des organismes qui existent déjà dans le milieu ?Justin Trudeau Je peux vous dire que notre stratégie et notre approche, c\u2019est de travailler avec le milieu communautaire et de recon- naitre, effectivement, que les besoins et les solutions diffèrent d\u2019une région à l\u2019autre, d\u2019une ville à l\u2019autre, et des fois d\u2019un quartier à l\u2019autre.Les experts sont ceux qui sont sur le terrain, qui font ce travail, qui connaissent leur monde.Ce sont les mieux placés pour aider à cette autonomisation, pour aider à cette réussite et aider à rétablir la dignité et l\u2019insertion dans notre société qui sont si importantes pour moi.Des solutions générées à Ottawa pour appliquer dans le reste du pays sans l\u2019écoute et l\u2019implication pleine des organismes communautaires, ce ne sont pas du tout des solutions.Je peux vous assurer que le ministre responsable, Jean-Yves Duclos et son secrétaire parlementaire, Adam Vaughan, qui a toujours été un grand expert en matière d\u2019itinérance par son travail au Conseil municipal de Toronto, ont été fortement impliqués là-dedans.On est en train d\u2019écouter et de travailler et, surtout, de continuer à valoriser le travail extraordinaire fait par les organismes sur le terrain, les organismes d\u2019économie sociale.Honnêtement, des organismes comme L\u2019Itinéraire font un travail magnifique pour restaurer et rétablir la dignité.Cet engagement est positif envers la société.« Des organismes comme L\u2019Itinéraire font un travail magnifique pour restaurer et rétablir la dignité.» 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 17 Isabelle Raymond Vous avez choisi d\u2019accorder aux Autochtones une importance prioritaire.Vous avez présenté des excuses, créé des commissions d\u2019enquête et vous vous êtes donné des objectifs, par exemple, en matière de logement et d\u2019eau potable.Quel problème concret aurez-vous réglé avant la fin de votre mandat ?Justin Trudeau C\u2019est une très bonne question, mais je vais vous corriger.Ce n\u2019est pas seulement moi qui ai mis une priorité pour les peuples autochtones.À travers le pays, ce sont tous les Canadiens.Pour les Canadiens non-autochtones, il était temps de s\u2019engager dans cette réconciliation, d\u2019agir pour établir un vrai partenariat dans le respect des communautés autochtones.Je suis très content de pouvoir travailler là-dessus.Il y a des milliers de jeunes qui ont commencé l\u2019année dans de nouvelles écoles qu\u2019on a construites dans les communautés.Des logements, des centres communautaires et des centres médicaux sont en train d\u2019être construits.Il y a aussi des investissements dans la formation et dans la gouvernance qui sont faits dans les communautés à travers le pays.Au niveau de l\u2019eau potable, d\u2019ici la fin de l\u2019année prochaine, on va avoir éliminé énormément d\u2019avis d\u2019ébullition d\u2019eau dans les communautés autochtones.On a promis de les éliminer complètement d\u2019ici mars 2021, mais déjà, à la fin 2019, il est très clair qu\u2019on en aura éliminés énormément.Une des raisons pour lesquelles ça prend du temps, c\u2019est que les avis d\u2019ébullition d\u2019eau sont souvent liés à beaucoup de différents facteurs à l\u2019intérieur d\u2019une communauté.Et pour vraiment les régler de façon permanente, ça prend des investissements dans toutes sortes de choses : la formation, l\u2019infrastructure, la gouvernance.Pour s\u2019assurer qu\u2019un an plus tard, ou trois ans plus tard, on ne se retrouve pas avec le même défi.Il faut faire les vrais changements nécessaires pour assurer la sécurité de ces communautés.Les communautés locales pourront désormais déterminer elles-mêmes les meilleures approches pour lutter contre l\u2019itinérance sur leur territoire, affirme le ministre fédéral de la Famille des Enfants et du Développement social, M.Jean-Yves Duclos.Le 13 juin dernier, le ministre a rendu publique à Montréal sa mise à jour de la stratégie de lutte à l\u2019itinérance qui portera désormais le nom de « Vers un chez soi ».Depuis 2015, Ottawa privilégiait l\u2019approche du « logement d\u2019abord » pour trouver rapidement un domicile fixe aux personnes itinérantes.Désormais, Ottawa mettra de l\u2019avant « une approche collaborative ancrée dans les communautés ».« Le modèle logement d\u2019abord a démontré qu\u2019 il était d\u2019une très grande utilité et il va continuer à être une priorité, a expliqué le ministre.Toutefois, nous ne fermerons pas la porte à toute innovation de la prestation de services ou à toute population vulnérable ou à risques de se retrouver dans la rue.» « Nous donnerons plus de choix aux communautés, a-t-il ajouté.Le nouveau programme s\u2019adaptera aux personnes plutôt que les personnes s\u2019adaptent au programme.Nous viserons des résultats spécifiques plutôt que d\u2019 imposer un modèle spécifique d\u2019 intervention.» Entre 2015 et 2018, les fonds fédéraux dédiés à l\u2019itinérance sont passés de 12 à 17 milliards $.Ils atteindront 24 milliards $ en 2021.Le ministre assure que les communautés déjà désignées (comme Montréal) ne subiront pas de baisse et qu\u2019il pourrait y avoir « des aides additionnelles ».D\u2019ici le 1er avril, Ottawa et Québec négocieront une nouvelle entente fédérale-provinciale « pour s\u2019assurer que les communautés et les municipalités en profitent le plus efficacement possible ».Jusqu\u2019à maintenant, les organismes du milieu ont généralement bien accueilli le virage fédéral.« On reconnaît l\u2019 importance de la prévention et de l\u2019accompagnement des personnes, a souligné le directeur général du Groupe L\u2019Itinéraire, M.Luc Desjardins.L\u2019accès au logement reste une clé importante dans la lutte contre l\u2019 itiné- rance, mais les entreprises d\u2019économie sociale comme la nôtre jouent un rôle essentiel dans la quête d\u2019autonomie des personnes en situation difficile.» ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 18 PHOTO :?MARIO?ALBERTO?REYES?ZAMORA PAR LAURENT SOUMIS Les communautés auront plus de choix Lors d\u2019une conférence de presse tenue au Café de la Maison ronde, le ministre fédéral Jean-Yves Duclos a mis la main à la pâte avec le directeur général de L\u2019Itinéraire Luc Desjardins. Partenaires \u2022 Partners Favoriser la mixité sociale et l\u2019empowerment des personnes autochtones vulnérables.L,unique Café autochtone à Montréal Ouvert du lundi au vendredi de 8 h à 19 h 2330 rue Ste-Catherine O.Square Cabot \u2022 Montréal, QC Promoting social diversity and the empowerment of vulnerable Indigenous people.The only indigenous Café in Montréal 514 872-9465 itineraire.ca/cafe-maison-ronde Taco autochtone Indian Taco Open from Monday to Friday - 8am to 7pm 2330 Ste-Catherine Street West Cabot Square \u2022 Montréal, QC Je vis seule avec ma chatte depuis des décennies maintenant et je peux vous dire que très souvent, la solitude me fait mal.Je me fais des amies et amis, mais ça ne dure pas.Par exemple j\u2019ai mis fin au bout d\u2019un an mon amitié avec Guylaine parce que chaque fois que nous organisions une sortie, elle ne prenait même pas la peine de me téléphoner pour annuler.Je l\u2019invitais à souper, j\u2019achetais de l\u2019entrée au dessert et elle ne venait pas.Je l\u2019appelais et elle me répondait qu\u2019elle était une femme occupée, elle.En plus de souffrir du trouble bipolaire, je suis aussi atteinte du trouble de la personnalité limite (TPL).Sans vous expliquer dans le détail les répercussions du TPL, mais dans mon cas le sentiment d\u2019abandon réel ou imaginé est très fort.J\u2019ai eu beau expliquer à Guylaine qu\u2019elle me faisait sentir peu importante et non respectée, elle s\u2019excusait mais recommençait toujours.Ça m\u2019a quand même pris un an à mettre fin à une relation dans laquelle je n\u2019étais pas bien.Le voisin Je me suis mise à fréquenter mon voisin, vers le mois de décembre dernier.Je ne restais pas longtemps, une demi-heure, trois-quarts d\u2019heure et je l\u2019écoutais monologuer sur « dans son temps ».Il a déjà travaillé sur des bateaux en tant que cuisinier et quand j\u2019essayais de placer un mot, il me coupait la parole.Une fois, je me suis permise de lui faire remarquer que j\u2019étais en train de parler et il m\u2019a dit : « Qu\u2019avez-vous de si intéressant à dire madame pour qu\u2019on ne puisse vous couper la parole ?» A-t-il porté attention à ce que je disais par la suite ?Pas du tout.Mais, tous les soirs, j\u2019allais faire mon petit tour pour l\u2019écouter déblatérer sur son passé et je me contentais de lui faire remarquer que ça, il me l\u2019avait raconté la veille.Et il m\u2019insultait.Une fois je lui ai dit : « Cela a bien été au travail.J\u2019ai vendu 30 magazines en peu de temps.» Il m\u2019a dit : « T\u2019appelles ça du travail toé ?» Il se permettait de me dire qu\u2019il n\u2019aimait pas la couleur de mon vernis à ongles et que je ne prenais pas bien soin de ma chatte.Et j\u2019y retournais.Un soir où l\u2019on parlait d\u2019humoristes, je lui ai proposé d\u2019écouter une capsule de Julien Lacroix, que je trouve désopilant.Il m\u2019a dit non, bien sûr, puis il m\u2019a parlé de Dieudonné que j\u2019adore aussi et dont je possède un DVD.Je vais le chercher, mais ça ne fonctionne pas dans son lecteur.Alors il met : Il était une fois dans l\u2019Ouest, de Sergio Leone.Un chef-d\u2019œuvre, je sais, mais je lui avais dit que ça ne me tentait pas de le regarder.Édouard, appelons-le ainsi, m\u2019a dit : « Juste le bout de la mouche ».Et le film continuait, alors j\u2019ai décidé d\u2019écrire un truc sur mon téléphone.C\u2019est comme si j\u2019avais commis un meurtre.Il m\u2019a crié : « Ben si té venu icitte pour jouer sur ton téléphone, pogne tes cochonneries pis sacre ton camp chez vous.» Un misogyne fini Le fait que mon voisin me mette à la porte m\u2019a mise à l\u2019envers durant deux bonnes semaines.Pas parce que je venais de perdre un bon ami, au contraire.Il me mettait toujours en colère et, le mot est faible, il disait que les femmes aiment ça se faire violer en parlant de Gilbert Rozon et un tas d\u2019inepties.Édouard a 72 ans et est un misogyne fini.Une fois, il est allé à la clinique médicale.Il était révolté de voir qu\u2019il y avait autant d\u2019immigrants.Alors je lui ai dit: « Vous avez fait quoi vous pour naître ici ?L\u2019avez-vous choisi ?» Je lui ai fait remarquer que ces gens venaient souvent de pays où l\u2019on torture, où c\u2019est la guerre, la famine, la dictature.Il m\u2019a répondu que je me faisais bourrer le crâne par les documentaires que j\u2019écoute.Bref, il ne partage aucune de mes valeurs.J\u2019ai été tourmentée à cause de mon maudit trouble de la personnalité limite.On m\u2019avait mise à la porte pour rien.En moi l\u2019angoisse et la logique se tiraillaient.Je me répétais que c\u2019était une bonne chose parce qu\u2019il me crie souvent après.J\u2019ai quand même fait de l\u2019insomnie pendant près de deux semaines.C\u2019est difficile d\u2019être moi, bipolaire et TPL.En gros, je dirais que, même quand je vais bien, mes émotions sont dure à gérer.C\u2019est peut-être la raison pour laquelle je choisis très mal mes amis ?Bien sûr j\u2019ai des défauts moi aussi, mais en parler n\u2019étais pas l\u2019objectif de ce texte.Est-ce la solitude ou mes émotions qui font que je me retrouve souvent avec des personnes qui sont toxiques pour moi ?Le pernicieux de la solitude 20 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A CHRONIQUE PAR LINDA PELLETIER CAMELOT MARCHÉ MAISONNEUVE BILL ECONOMOU VENDOR MARCHÉ ATWATER GAÉTAN VAILLANCOURT CAMELOT VILLA-MARIA RÉAL LAMBERT CAMELOT LAURIER / LANAUDIÈRE 21 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Ma mère Ma mère a grandi dans le quartier Saint-Roch à Québec au sein d\u2019une famille de huit enfants.Le dernier, mon oncle Jean-Yves, possédait une épicerie sur la rue Montmagny.Souvent, quand mes parents allaient voir les grands-parents de ma mère, j\u2019aimais donner un coup de main à l\u2019épicerie.Il me récompensait d\u2019un sac de chips et d\u2019une liqueur.Une fois que le mari de ma mère est décédé, en 1976, elle quitta Pont-Rouge et pour rester dans un des loyers de son frère.Comme je travaillais à Montréal, je descendais avec ma femme voir ma mère à Québec.Je m\u2019empressais d\u2019aller voir mon oncle à l\u2019épicerie.Des fois, c\u2019était sa femme Marie qui le remplaçait.Un jour, ma mère est venue à Montréal, à l\u2019âge de 91 ans.J\u2019étais content de la voir dans une maison pour personnes âgées, de savoir qu\u2019elle gardait encore ses souvenirs et qu\u2019elle était encore autonome.J\u2019étais content qu\u2019elle soit près de sa fille.Elle est décédée à 97 ans, et son frère peu de temps après.Cela m\u2019a fait beaucoup de peine, mais les bons moments que j\u2019ai eus avec elle resteront toujours gravés dans ma mémoire.Merci à tous mes clients.My New Outlook on Nutrition For about 30 years now I\u2019ve been going to the gym to train with weights.Being in shape made me feel better.For many years I was not careful of what I ate, but five years ago I started dieting.After losing over 20 pounds I eased off and was scared I might lose strength.Since early December of 2017 I\u2019ve changed my eating habits, because it was necessary for my health.My new healthier lifestyle has been good for me and now I look, feel and even sleep better.Some people have noticed that I look slimmer and have asked me about it.Even though I go to the gym weekly to lift weights and do cardio exercises, there are other factors involved in my well-being.Nutrition is very important in maintaining a healthy lifestyle, even more important than the amount of times that I go to the gym.Some of the first changes I made were to have a more solid breakfast.Every morning I make sure to consume a protein shake, that has more nutrients and gives me a boost to start the day.l eat whole wheat bread instead of white bread and have fewer slices.I\u2019m drinking much more water now because my body should be hydrated and consume less carbohydrates especially in the evening.Also, I bought a body analysis scale and use it every day to monitor myself.Health is the second most important thing for me after spirituality.Being healthy can prevent me from having high cholesterol and having a heart attack.Now I\u2019m used to living this way and I know that it\u2019s doing me good.Now, I don\u2019t want to look back.Une marche pour le logement social Le FRAPRU (Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain) organise une grande marche nationale pour revendiquer davantage de logements sociaux au Québec.Cette marche s\u2019ébranlera le 2 septembre prochain.Une trentaine de marcheurs partiront alors d\u2019Ottawa et traverseront une partie de la province pour arriver au Parlement de Québec le 29 septembre 2018, soit une semaine avant les élections provinciales.Le FRAPRU réclame plus d\u2019investissement de la part des trois paliers de gouvernement, soit de la part des municipalités, du provincial et du fédéral.On réclame aussi davantage de concertation entre les instances politiques afin de développer un vrai programme de logements sociaux.Les besoins sont criants comme l\u2019indique Véronique Laflamme, porte-parole de l\u2019organisme : « Le FRAPRU est scandalisé du faible nombre de logements sociaux réalisé l\u2019an dernier au Québec et de l\u2019écart majeur entre les annonces budgétaires et la réalité.Le type de ménages les plus pénalisés sont les familles et les personnes aînées en perte d\u2019autonomie.Pourtant, les besoins sont urgents : 195 635 ménages locataires du Québec consacrent plus de la moitié de leur revenu pour se loger, au détriment de leurs autres besoins essentiels, dont 58 000 en consacrent plus de 100 % ».Tout au long du parcours, les citoyens sont invités à joindre la troupe de marcheurs pour accompagner pendant quelques kilomètres les représentants du FRAPRU, et marquer ainsi leur appui à la cause du logement social.Pour moi, un logement décent est un droit fondamental pour tous dans notre société. Au Québec, les minorités visibles sont encore sous-repré- sentées ou mal représentées dans la presse, à la télévision et à la radio.Zoom sur un phénomène aux conséquences fâcheuses.En comptant les personnes autochtones, les « minorités visibles », c\u2019est-à-dire les personnes qui ne sont pas blanches, constituent plus de 15 % de la population totale du Québec.A Montréal, elles représenteraient même 35 % de la population.Principalement noirs, arabes, latinos ou asiatiques, ces individus sont le symbole de l\u2019interculturalité québécoise.Mais lorsqu\u2019on demande aux militants et aux chercheurs si cet état de fait se reflète dans les médias, tous répondent par la négative.Militante engagée contre le racisme, Safa Chebbi connaît bien le sujet.À 34 ans, cette organisatrice communautaire élabore régulièrement des ateliers avec la fondation Filles d\u2019action.L\u2019objectif : outiller les adolescentes pour leur permettre de développer un regard critique sur leur environnement social et médiatique.Le projet s\u2019adresse principalement aux jeunes racisées.Parmi les exercices proposés, Mme Chebbi effectue des décryptages de la presse québécoise, afin de réfléchir à la manière dont sont représentées les minorités dans les médias.« L\u2019exercice fonctionne en deux temps.D\u2019abord, on se procure des titres de presse variés, tels que Métro ou Elle, et on compte le nombre de personnes racisées pour chaque type de publication, explique-t- elle.Dans un second temps, on regarde quels types d\u2019événements sont associés à elles.» Estime de soi Des expériences comme celle-ci, universitaires et organismes communautaires en ont menées des dizaines.Chaque fois, les résultats sont édifiants : les communautés culturelles sont sous-re- présentées, ou bien représentées de manière stéréotypée.« Dans les magazines qui traitent de la vie des vedettes, les personnes représentées sont blanches, pour l\u2019 immense majorité d\u2019entre elles », souligne Safa Chebbi.Quant aux magazines « mode et beauté », les seules personnes issues des minorités visibles sont métisses.« En général, les quelques femmes PAR CAMILLE TESTE Médias Lutter contre le manque de représentation des minorités visibles dans les médias en transformation PHOTO :?MARIO?ALBERTO?REYES?ZAMORA Safa Chebbi \u201c vraiment noires \u201d présentes dans ces publications auront les traits fins, proches des canons de beauté blancs.» Loin d\u2019être anodin, ce traitement joue un rôle considérable sur l\u2019estime de soi.« Ces représentations sont problématiques car elles contribuent à créer un modèle de beauté unique, déplore-t-elle.Cela pousse les jeunes, en particulier pour les filles, à se transformer.Certains vont aller jusqu\u2019à se blanchir la peau ou à se lisser les cheveux pour se conformer, ce qui n\u2019est pas sain du tout.» Des représentations stéréotypées Mme Chebbi regrette également que les modèles de réussite professionnelle représentés dans les médias québécois ne reflètent pas la diversité de la province.« Il est rare de voir une personne issue de la diversité dans une position de pouvoir.La conséquence de cela, c\u2019est que beaucoup de jeunes n\u2019arrivent pas du tout à s\u2019 identifier.» Or, cet état de fait joue un rôle conséquent, selon elle, sur les choix de carrière de ces adultes en devenir.« On voit des jeunes qui ne vont pas planifier leur vie en fonction de ce qu\u2019 ils aiment mais en fonction de ce qu\u2019 ils croient possible pour eux.Par exemple, une jeune fille voilée pourrait éviter certains secteurs, dont celui des médias, en considérant que ce n\u2019est pas atteignable pour quelqu\u2019un comme elle », explique Mme Chebbi, qui porte elle-même un voile.Dans l\u2019expérience qu\u2019elle mène avec ces jeunes, la militante s\u2019intéresse aussi à la presse d\u2019actualité.Le constat qu\u2019elle y fait est tout aussi amer.Car si on y voit un peu plus d\u2019individus issus des minorités visibles, il est rare que leur présence soit associée à une actualité positive.« Ces personnes sont presque toujours associées à des événe- ments négatifs, tels que des inondations ou des actes de violence.» Sentiment d\u2019appartenance Si chercheurs et militants sont nombreux à se battre pour faire évoluer cette question, c\u2019est que l\u2019enjeu est de taille : « Le manque de représentation conduit souvent les personnes issues de ces minorités à penser qu\u2019elles ne peuvent pas faire confiance à un système qui ne prend jamais la peine de parler d\u2019elles, ou seulement pour aborder des sujets négatifs ou stéréotypés », déplore-t-elle.Pour Christian Agbobli, professeur au département de communication sociale et publique de l\u2019UQAM, l\u2019enjeu dépasse largement le cadre de ces seules minorités : « le Québec se présente comme une société interculturelle, qui reconnaît l\u2019apport de ses différentes communautés.Pourtant ces médias ne semblent pas refléter cette diversité.» Selon lui, c\u2019est avant tout une question de cohérence.« Si notre ambition est de créer une société dans laquelle nous sommes vraiment égaux, il est juste que les gens soient représentés de façon adéquate.» Impact sur le public Au-delà des conséquences subies par les premiers concernés, il est difficile d\u2019imaginer que ces stéréotypes n\u2019aient pas aussi un effet sur le grand public.Nadia Hajji est responsable de la recherche pour Diversité artistique Montréal (DAM), un organisme qui mène, en ce moment- même, une consultation sur le racisme systémique dans la culture et les médias.Selon elle, en abordant peu, ou mal, les enjeux qui touchent les minorités visibles, on contribue à les « invisibiliser », d\u2019une part, mais aussi à perpétrer un climat de peur à leur encontre.« Une représentation stéréotypée ou exotique va forcément entretenir les préjugés et accroître le rapport de force entre la majorité et les minorités culturelles », explique-t-elle.« Ce que les gens doivent comprendre, c\u2019est que nous payons tous les jours le prix de ces images véhiculées par les médias », ajoute Safa Chebbi.Un prix élevé, déboursé à chaque regard en coin, à chaque réflexion déplacée, à chaque comportement discriminatoire.« C\u2019est une forme de violence qui n\u2019est ni verbale, ni physique, mais symbolique.Et cette violence fait tout aussi mal », insiste Safa Chebbi, qui rappelle qu\u2019il n\u2019y a pas si longtemps, les Québécois blancs francophones, à qui on disait « speak white », vivaient une violence similaire.Un journalisme blanc et Plateau-centré Alors, comment expliquer que la Belle Province ne soit pas plus encline à représenter fièrement ses minorités visibles dans les médias ?Serait-ce parce qu\u2019instinctivement, ceux qui font l\u2019actualité n\u2019y pensent pas ?Après tout, les journalistes québécois demeurent blancs à plus de 90 %, une proportion bien supérieure à leur répre- sentation réelle dans la société civile.Dans une entrevue diffusée sur le site de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec en 2016, Eric Trottier, rédacteur P H O T O : ?C O U R T O I S I E ?S A F A ?C H E B B I P H O T O : ?C O U R T O I S I E ?D A M minorités visibles à Montréal Selon statistiques Canada, en 2016 il y avait en comptant les personnes autochtones de au Québec 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 23 Nadia Hajji en chef de La Presse, allait même plus loin, reconnaissant que sa rédaction demeurait principalement « francophone, catholique, et très Plateau Mont-Royal », avouant également que cela pouvait avoir des conséquence sur le choix des sujets traités ou non.« Notre travail c\u2019est de refléter le plus fidèlement la société dans laquelle on vit, alors si on fait juste parler des problèmes de blancs, francophones, qui font de bons salaires, ça ne marche pas.» « Pour faire avancer la question, il faudrait commencer par recruter des étudiants issus des minorités », soutient de son côté Jean-Hugues Roy, professeur à l\u2019école des médias de l\u2019UQAM.« Pour y parvenir, nous allons régulièrement faire des présentations dans des milieux plus représentatifs de la diversité québécoise.Sauf que jusqu\u2019à maintenant, reconnait-il, ça ne porte pas vraiment ses fruits.» La peur de parler Une fois les portes des rédactions passées, les défis qui attendent les rares journalistes issus des minorités visibles sont encore nombreux.Lela Savi?, 30 ans, est issue de la communauté Rom.Journaliste récemment diplômée, elle fait partie de ces quelques exceptions.Très sensible à la question de la représentation des minorités, elle confie que pour les « journalistes non blancs », il n\u2019est pas toujours évident d\u2019aborder le sujet.« En tant que journalistes racisés, nous sommes déjà dans une situation de précarité dans une salle de presse, car nous sommes très peu nombreux, explique-t-elle.Ça demande du courage pour amorcer une conversation et évoquer, par exemple, le racisme inconscient qui peut transparaître dans certains textes ou dans certains comportements.» Si elle se sent à l\u2019aise pour aborder ces questions avec d\u2019autres journalistes racisés, comme il peut être plus facile de parler de sexisme entre femmes, elle reconnait avoir peur que prendre la parole auprès des autres ne conduise ses pairs à « la voir comme une activiste et à remettre en cause sa crédibilité journalistique ».De même, elle confie que, du fait de son origine culturelle, produire du contenu journalistique qui touche aux minorités ne va pas de soi.« Par exemple, moi j\u2019ai un accès privilégié à la communauté Rom.Mais j\u2019hésite à couvrir la question car je ne veux pas être accusée de communautarisme ou être soupçonnée de ne pas avoir la distance nécessaire.» D\u2019une manière générale, Mme Savi?regrette que l\u2019intégration des personnes issues des minorités prenne régulièrement la forme d\u2019une intégration de façade.« Embaucher des journalistes racisés ne sert à rien si on ne prend pas le temps de les écouter et si on ne leur fait pas confiance lorsqu\u2019 ils traitent des questions raciales.» Médias alternatifs Face aux grands médias québécois dans lesquels les personnes issues des minorités ne se sentent ni entendues, ni impliquées, de nombreuses initiatives émergent.Sur Facebook, il existe par exemple des groupes informels qui agrègent du contenu sur le sujet.Parmi les plus populaires, Tout le hood en parle, e(race)d out, Qouleur, Décider entre blancs ou Décolonial News ont vocation à informer et à dénoncer les inégalités subies par les personnes minoritaires.Certaines initiatives, plus institutionnalisées, ont aussi pour objectif de mettre l\u2019accent sur une ou plusieurs communautés, afin d\u2019accroître leur visibilité et redonner à leurs membres le sentiment que leur actualité compte aussi.En la matière, le site américain The Root, lancé en 2008, est un cas d\u2019école.Ce web magazine, qui se concentre sur la culture noire, dispose aujourd\u2019hui d\u2019un lectorat composé de plusieurs millions de personnes.De même, le Huffington Post américain a récemment mis en ligne une section communauté sur sa plateforme, laquelle se subdivise en cinq catégories : « Voix Latinas », « Voix noires », « Voix asiatiques », « Voix queer » et « Voix féminines ».Un choix que n\u2019a pas fait la version québécoise du média.« Ces médias alternatifs et plus généralement les outils du web comme Facebook live sont un excellent moyen de faire entendre d\u2019autres voix et de toucher plus de personnes », se réjouit Safa Chebbi, très active sur les réseaux sociaux.Risque de ghettoïsation Ces projets, qui visent à segmenter le marché afin de cibler certains groupes spécifiques, ne mettent pourtant pas tout le monde d\u2019accord : « Dans le contexte actuel d\u2019une tension entre logique hégémonique des médias et volonté de proposer une information juste et équilibrée, ce sont des initiatives que j\u2019accueille favorablement car elles sont un espace de parole », soutient Christian Agbobli.Mais selon Lela Savi?, ce type d\u2019initiative conduit à une forme de ghettoïsation de l\u2019information : « le problème lorsqu\u2019on fonde nos propres médias en tant que minorités, c\u2019est qu\u2019on va finir par se lire uniquement entre nous.Et ça ne suffit pas, soutient-elle.Au contraire, on doit se battre pour obtenir une vraie place dans les médias de masse.Moi je ne veux pas prêcher des convertis, je veux parler à tout le monde.» Une charte éthique Alors, comment faire avancer cette question ?Selon Dominique Payette, de l\u2019Université Laval, « il faudrait une masse critique [de journalistes racisés] à l\u2019intérieur des rédactions ».En d\u2019autres termes, le discours médiatique portant sur les minorités visibles évoluera vraiment quand le nombre de personnes issues des minorités seront plus nombreuses à prendre la plume et à occuper des postes de direction dans le secteur.De son côté, Lela Savi?est favorable à la création d\u2019une charte éthique qui permettrait de sensibiliser les écoles de journalisme et les rédactions à la manière dont sont traitées les minorités dans les médias de masse.« J\u2019aimerais créer un guide pour les journalistes du Québec afin de les sensibiliser au problème.J\u2019espére qu\u2019ainsi, ils traiteront mieux les questions qui touchent à la diversité.» Et selon elle, il y a urgence : « Il faut que les journalistes réalisent le mal qu\u2019ils font à une partie de leurs concitoyens en perpétuant des clichés et en faisant preuve de gêne, mais pas d\u2019écoute, lorsqu\u2019on essaye d\u2019expliquer en quoi c\u2019est problématique ».Pour Christian Agbobli enfin, difficile d\u2019imaginer que les minorités seront davantage représentées dans les médias sans une politique publique conséquente.« Même si les médias privés se disent soucieux de la diversité, dans le fait leur rôle est de faire du profit, pas de répondre au souci de diversité de la population, argumente-t-il.En effet, au Québec, la majorité des personnes qui leur permettent d\u2019en faire ne sont pas issus de la diversité.Quant aux médias publics, ils pourraient faire plus, mais nos politiques publiques sont-elles assez contraignantes en la matière ?Rien n\u2019est moins sûr.» des journalistes Source : Université Ryerson, 2004 seraient blancs Au Canada ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 24 Réalisé et autofinancé par Amandine Gay, documentariste française basée au Québec, Ouvrir la voix est sorti en 2017.Prix du public aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), le film donne la parole à des femmes noires vivant dans des pays à majorité blanche.Une manière, pour les premières concernées, de parler de racisme et de sexisme, les yeux dans les yeux avec le spectateur.« Les extras » du film, disponibles sur YouTube, proposent également, sur un ton drôle et intelligent, une plongée dans l\u2019expérience de ces femmes.Ouvrir la voix 1 Lancé en mai 2018 par sept colocataires montréalais, pour la plupart chercheurs, artistes ou activistes, Rude est un balado anglophone hebdomadaire.Sa mission : aborder des questions qui touchent aux minorités.« On a appelé le projet Rude [mal élevé] parce que souvent, quand tu essayes de dire la vérité à ceux qui sont en situation de pouvoir, tu te fais dire que tu es impoli ou en colère, donc on s\u2019est approprié ce mot- là », explique Emilie Nicolas, co-fondatrice.Dans le premier épisode, Rude aborde par exemple les conséquences que la légalisation du pot aura sur les communautés racisées.Dans le deuxième, l\u2019équipe s\u2019intéresse à « l\u2019étiquette queer » en donnant la parole à l\u2019artiste Kama La Mackerel, femme trans née à l\u2019île Maurice.Rude, the podcast 2 Lancé en avril 2018 entre le Québec et la France, Mediafugees est un webmagazine bilingue dont l\u2019intégralité des articles sont écrits par des personnes réfugiées ou en exil.En diffusant des histoires personnelles ou des articles plus journalistiques sur tel ou tel phénomène de société, le projet veut amplifier la voix de ses auteurs et pousser les lecteurs à mieux comprendre la « condition de réfugié ».Plus largement, la plateforme espère pousser des médias plus installés à mieux couvrir les questions migratoires en donnant une place plus importante aux premiers concernés.Mediafugees 4 Créée au printemps 2018 par trois jeunes femmes, cette page Facebook et Instagram diffuse des témoignages vidéo exclusifs de femmes musulmanes basées au Québec.L\u2019objectif du projet : leur permettre de s\u2019exprimer sur ce qu\u2019elles vivent sans prendre le risque de voir leur voix transformée ou instrumentalisée.Sur cette page, les participantes abordent leur rapport au voile, au ramadan ou à l\u2019identité.Toutes les participantes sont anonymes, fondatrices comprises.Une mesure nécessaire, selon ces dernières, pour « éviter le harcèlement ou la calomnie ».Sisters Power 3 Depuis 25 ans, L\u2019Itinéraire s\u2019est donné pour mission d\u2019amplifier les voix des personnes concernées par la précarité et par l\u2019itinérance.Ces derniers mois, au Québec, de nombreuses initiatives ont décidé de s\u2019appuyer sur les nouveaux outils du web pour faire résonner d\u2019autres voix.innovants pour donner la parole aux minorités ILLUSTRATION?:?PAULINE?ROCHETTE PAR CAMILLE TESTE Si parler de tous est un défi pour le futur des médias, parler à tous constitue également un enjeu fondamental.C\u2019est la mission que s\u2019est donnée Canal M, la radio québécoise qui diffuse, partout au Canada, des nouvelles destinées à ceux qui ne peuvent pas lire les journaux.Quand le projet a vu le jour en 1986, l\u2019objectif était simple : permettre à des personnes confrontées à des problèmes de littératie, à des troubles d\u2019apprentissage tels que la dyslexie ou encore malvoyantes d\u2019accéder à une information de qualité, comme le reste des Canadiens.Créé par Vues et Voix, un organisme montréalais qui enregistre, depuis les années 1970, des livres adaptés en version audio, ce service s\u2019est imposé comme une suite logique.« Nous nous sommes rendu compte qu\u2019au quotidien, les personnes ayant des difficultés de lecture étaient confrontées à de vraies lacunes en termes d\u2019 information », raconte Christiane Campagna, responsable des communications de Canal M.Sa rapprocher de l\u2019actualité Pour faire face à cette situation, les équipes de Vues et Voix ont une idée toute simple : lire, sur les ondes, des articles de journaux et de magazines.Un projet judicieux puisque 30 ans plus tard, ce service existe encore.« Aujourd\u2019hui, nous proposons de nombreux contenus lus.Par exemple, notre émission Les voix de services, diffusée chaque matin à neuf heures, propose des articles tirés de revues variées, du Bel Âge à L\u2019Itinéraire.» Nerf de la guerre, les animateurs, souvent bénévoles, conservent une relative liberté quant aux thèmes qu\u2019ils souhaitent couvrir.« Chacun a ses spécialités.Yvan Deslauriers, par exemple, lit essentiellement des articles qui concernent l\u2019activité physique.» Autre format populaire : l\u2019émission d\u2019Hélène Denis, Le quotidien des quotidiens, dont le contenu est davantage centré sur l\u2019actualité de tous les jours.« L\u2019idée n\u2019est pas seulement de traiter de l\u2019actualité brute, car nos auditeurs pourraient l\u2019entendre sur d\u2019autres radios, explique Christiane Campagna.Ce qui fait notre différence, c\u2019est que nous rendons accessibles les éditoriaux, analyses et chroniques qui font la spécificité de chaque journal.» Musique, lecture et débats de société Avec les années, l\u2019offre s\u2019est diversifiée.Canal M propose aujourd\u2019hui des émissions musicales, littéraires, ou centrées sur des questions de société ou de santé.Du reste, la radio n\u2019a jamais perdu de vue sa mission première, celle de favoriser l\u2019inclusion des personnes en situation de handicap.Pour ce faire, elle fait de ses émissions des espaces de parole pour les organismes et les individus engagés dans ce combat.« Aujourd\u2019hui, notre programme phare, c\u2019est Accès Libre, émission durant laquelle l\u2019animatrice Anne-Laure Jeanson reçoit des militants, des décideurs et des acteurs du milieu pour parler de handicap et d\u2019accessibilité.» Parmi les sujets abordés ces dernières semaines par Mme Jeanson, on trouve ainsi l\u2019avenir du braille, la Semaine québécoise des personnes handicapées ou la pauvreté chez les personnes en situation de handicap.Qualité des contenus Pour exister, Canal M s\u2019appuie sur une équipe composée d\u2019employés et de bénévoles.Techniciens, animateurs et recherchistes se relaient pour proposer des contenus aussi qualitatifs que possible.« Par exemple, nous accordons une grande importance à la qualité de lecture.Ainsi, nous nous assurons que nos bénévoles sont en mesure de faire une lecture vivante, mais non théâtrale.» Pour arriver jusqu\u2019en studio, les bénévoles de Canal M ont ainsi dû démontrer des compétences et une vraie rigueur : « Pour ce qui est de l\u2019animation, nous cherchons des gens qui sont capables de parler un québécois soutenu, continue Mme Campagna.Et puis, en général, nous demandons aux volontaires d\u2019être disponibles pour la durée ».Le contrôle de la qualité des contenus ne s\u2019arrête pas là.L\u2019un des objectifs de Canal M est de proposer un niveau de lecture identique à celui que pourrait faire une personne pleinement valide.« Pour s\u2019assurer que nos auditeurs bénéficient des mêmes textes, nous avons toujours quelqu\u2019un qui vérifie en direct que le texte lu est conforme et que le lecteur utilise exactement les mêmes mots.» Disponible en direct et en différé, les émissions de Canal M ne sont plus diffusées sur les ondes hertziennes, mais sur internet et sur le câble.« Depuis 2009, nous faisons partie de l\u2019offre numérique de base francophone, partout au Canada.C\u2019est d\u2019ailleurs comme ça que la majorité de nos auditeurs nous écoute.» Une manière de toucher un public large et de rappeler qu\u2019au Canada, l\u2019accès à l\u2019information est un droit pour tous.Canal M Quand le droit à l\u2019information devient réalité PAR CAMILLE TESTE Hélène Denis et Clotilde Seille ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 26 P H O T O S ?: ?C O U R T O I S I E ?C A N A L ?M ACCESSIBILITÉ La démocratisation d\u2019internet a transformé les métiers de l\u2019information.Dans un tel contexte, quel avenir pour le journalisme au Québec ?Segmentation du public, fin du modèle de financement traditionnel, concentration des revenus publicitaires vers les géants du numérique : depuis quelques années, la liste des maux qui affectent le secteur des médias est longue.Loin d\u2019échapper au phénomène, les jeunes journalistes sont aux premières loges et doivent affronter des défis bien différents de ceux qu\u2019affrontaient leurs aînés.Une crise de la qualité Dominique Payette, 64 ans, a été journaliste pendant une trentaine d\u2019années, dont un quart de siècle à couvrir l\u2019actualité canadienne et internationale.Pour celle qui est devenue professeure au département d\u2019information et de communication de l\u2019Université Laval en 2006, pas de doute : le métier s\u2019est transformé.Parmi les changements survenus depuis qu\u2019elle a quitté la profession il y a une quinzaine d\u2019années, Mme Payette observe que les médias d\u2019information ont ainsi mis l\u2019accent sur les contenus légers, les faits divers ou un traitement de la politique plus orienté vers la personnalité de ses acteurs que vers leurs idées.Ce constat, Renaud Carbasse, également professeur à l\u2019Université Laval, le partage.Il déplore que ces choix éditoriaux se fassent au détriment du journalisme d\u2019enquête, du journalisme international et d\u2019une couverture efficace des enjeux locaux, qui coûtent plus cher ou rapportent moins.« Couvrir la politique municipale ou internationale, c\u2019est démocratiquement pertinent, mais ça fait peu de clics.Dans un contexte de crise des médias, il semble y avoir à ce sujet une vraie résignation de la part des rédactions et des entreprises de presse.» Un rythme effréné Comme la majorité de ceux qui ont exercé cette profession avant l\u2019arrivée du numérique, Mme Payette s\u2019inquiète également du rythme auquel doivent se plier de nombreux journalistes aujourd\u2019hui.« Ils vont à trois, quatre conférences de presse par jour ou écrivent plusieurs articles dans la même journée, déplore-t-elle.On ne peut pas s\u2019attendre à une grande profondeur d\u2019analyse dans ces conditions : une conférence de presse devrait être le début du sujet, pas le sujet en tant que tel ! » Au-delà des conséquences néfastes pour la vie démocratique qu\u2019engendrent de telles pratiques, Mme Payette évoque aussi la précarisation du métier au niveau individuel.« Ce rythme effréné a forcément des effets sur le plan personnel, en particulier chez les femmes.Aujourd\u2019hui, il est difficile de combiner très longtemps cette profession avec une vie de famille.» Apprendre à travailler à la pige En parallèle, nombre de jeunes journalistes doivent faire face à une réalité crue : durant leurs premières années, beaucoup travailleront à la pige.S\u2019ils viennent, les contrats permanents viendront plus tard.« Lorsqu\u2019on va donner des formations au secondaire, dans les cégeps et dans les universités, on se rend compte que les jeunes ne sont pas préparés au journalisme indépendant.Pourtant, c\u2019est une réalité à laquelle il est difficile d\u2019échapper aujourd\u2019hui », souligne Valérian Mazataud, vice-président de l\u2019Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ).« Le journalisme indépendant n\u2019est pas une tare en soi, au contraire, c\u2019est plutôt un facteur de dynamisme dans les médias, poursuit-il.Mais aujourd\u2019hui les conditions de travail, notamment le montant des cachets et les conditions de remboursement des dépenses encourues, sont très mauvaises.» Face à cette précarisation du métier, les apprentis reporters doivent faire preuve d\u2019acharnement et de créativité.« Aujourd\u2019hui, ce qu\u2019on demande aux jeunes, c\u2019est d\u2019être capables d\u2019amener des projets, de travailler vite et de maîtriser un grand nombre de plateformes, affirme Renaud Carbasse.Un jeune qui sort de l\u2019école sans portfolio ou sans une présence en ligne, ça complique les choses.» Jules Vincent a 22 ans.Étudiant à l\u2019Université de Montréal en DESS de journalisme, il sait qu\u2019il n\u2019a pas choisi la voie la plus facile et que la concurrence est rude.« Dans ma formation, on nous a prévenus : la situation est compliquée, ça peut être long avant d\u2019y arriver.» Pour se faire une place, il multiplie les projets.Une fois par semaine, il anime ainsi Le Panoptique, une émission diffusée sur la radio communautaire CISM 89,3 FM.Avec plusieurs étudiants de son programme, il développe également son propre média en ligne.L\u2019avènement du « Moi Inc.» Cette stratégie, Renaud Carbasse la connaît bien : « On voit de plus en plus de journalistes se transformer en entrepreneurs.C\u2019est Médias en transformation Quels défis attendent la relève en journalisme ?PAR CAMILLE TESTE Rad, le laboratoire de journalisme de Radio-Canada 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA 27 P H O T O ? : ?S A R A H ?B A B I N E A U ?PROFESSION un phénomène symptomatique de la fin du salariat, que certains appellent \u201c le Moi Inc.\u201d.En bref, la précarisation du métier va pousser le journaliste à « se brander », c\u2019est-à-dire à valoriser son image de marque en diversifiant les projets, quitte à monter un micro-média au sein duquel il gèrera, seul ou avec un petit groupe de personnes, les contenus, la diffusion et la communication.« Souvent c\u2019est un moyen de placer des sujets [journalistiques] qu\u2019on n\u2019arrive pas à vendre ailleurs », dit M.Carbasse.Si cette posture peut être un moyen de servir ses propres intérêts, M.Carbasse rappelle qu\u2019une telle stratégie peut aussi avoir une valeur citoyenne.« Les deux ne sont pas incompatibles.Après tout, de nombreux journaux sont nés car ses fondateurs ne se reconnaissaient pas dans l\u2019offre médiatique d\u2019alors », rappelle-il, citant le journal français Libération, créé dans les années 1970 pour faire entendre une voix maoïste dans l\u2019Hexagone.Démocratie créative Pour beaucoup, redonner aux journalistes la possibilité de faire de l\u2019information un outil démocratique est un enjeu fondamental.« Je crois qu\u2019aujourd\u2019hui, les auditeurs ne sont pas très intéressés par les enjeux citoyens.Or, il me semble que les journalistes, au lieu de les aider et de les faire réfléchir, ont tendance à contourner le problème, affirme Dominique Payette.Cette profession a grandement contribué à sortir le Québec de la crise des années 1950 : il faut que ça revienne.» Pour y parvenir, les professionnels des médias ne manquent pas d\u2019idées.Johanne J.Lapierre est la chef éditoriale de Rad, le laboratoire de journalisme de Radio-Canada, créé en 2017.Selon elle, une manière de réintéresser le public aux enjeux de société consiste à travailler sur le ton et sur la forme des sujets proposés.« Il est tout à fait possible d\u2019aborder des questions aussi sérieuses que l\u2019aide médicale à mourir ou les Autochtones.Mais la façon de le faire a son importance, explique-t-elle.À Rad, par exemple, nous nous appuyons beaucoup sur les codes du web.» Pour créer de l\u2019information, l\u2019équipe, composée de journalistes, développeurs, vidéastes et professionnels du design, s\u2019appuie nota- ment sur un ton humoristique, un graphisme innovant, des filtres Instagram et même des GIF.En parallèle, Rad compte sur ses jeunes recrues pour assurer à ses contenus une vraie pertinence.C\u2019est dans cette optique qu\u2019a été créée la Rad Académie, une formation de six semaines destinée aux étudiants.« Travailler avec des jeunes, c\u2019est une manière de se nourrir de leur ton, de leur style, et d\u2019explorer ce qu\u2019 ils veulent aborder, explique-t-elle.Et contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, ce n\u2019est pas forcément les sujets \u201c de jeunes \u201d qui les intéressent le plus ».Selon Mme Lapierre, ce travail créatif n\u2019empêche pas de respecter les normes déontologiques de la profession.« Pour nous, il est important de respecter la crédibilité de Radio-Canada et d\u2019appliquer le code d\u2019éthique journalistique, affirme-t-elle.Nous sommes un diffuseur public, notre mission est d\u2019 informer le plus grand nombre.Et justement, nous croyons que le public peut entrer chez nous par un format drôle ou créatif, s\u2019abonner à notre page grâce à lui et s\u2019 intéresser ensuite à des sujets vers lesquels il ne serait pas forcément allé en temps normal ».Des solutions politiques Au Québec, ce laboratoire d\u2019expérimentation fait figure d\u2019exception.Seul média public de la province, Radio-Canada n\u2019est pas guidé par des intérêts purement marchands et reste l\u2019entité la mieux placée pour financer un journalisme exigeant et lutter, du même coup, contre la précarisation du métier.Pour autant, ses moyens d\u2019actions demeurent restreints.« Si Radio- Canada est financé par le contribuable, ce financement est très limité : il équivaut à une trentaine de dollars par an et par personne », regrette Renaud Carbasse.À titre de comparaison, chaque année, les contribuables britanniques financent la BBC à hauteur de 100 dollars par personne.De leur côté, les Norvégiens, qui détiennent le record en la matière, dépensent environ 180 dollars.« Le problème, au Québec, c\u2019est que le journalisme n\u2019est pas non plus soutenu par de grandes fondations privées, comme aux États-Unis.» Dans un contexte de crise du financement des médias, qu\u2019ils soient publics ou privés, certains acteurs regrettent que les institutions publiques canadiennes n\u2019en fassent pas plus pour sortir le secteur de ce marasme quasi-structurel.« Aujourd\u2019hui par exemple, Google et Facebook captent presque 80 % des recettes publicitaires numériques du pays, souligne M.Carbasse.Le problème, on l\u2019a vu avec le comportement du gouvernement Trudeau à l\u2019égard de Netflix, est qu\u2019il refuse de taxer les entreprises du web.» « Aujourd\u2019hui, nous avons l\u2019occasion de redéfinir la façon dont on finance notre information.Cela dépend en partie des initiatives que prendront nos gouvernements, affirme Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l\u2019UQAM.C\u2019est au gouvernement Trudeau de voter des lois permettant d\u2019aller chercher des fonds auprès des entreprises qui se font de l\u2019argent sur l\u2019information.Il y a de la richesse qui est créée avec le numérique, il faut la prendre et la redistribuer aux jeunes journalistes », conclut-il.28 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 P H O T O : ?C O U R T O I S I E ?U Q A M P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A au juste lors de tels sommets.Ce que leur reproche en fait ceux qui s\u2019y opposent.Comment l\u2019agenda mondial pourrait être décidé autrement ?On n\u2019est pas ici dans le domaine de l\u2019opinion, mais plutôt dans l\u2019information et la nouvelle.Ce qui, à ma connaissance, ressemble un peu au rôle des médias d\u2019information.Au final, les médias auront surtout réussi à créer une division opposant les supposés casseurs particulièrement crinqués osant aller manifester aux citoyens normaux qui ne savent plus trop de quoi il en retourne et qui veulent surtout savoir s\u2019ils doivent se pointer au boulot ou à l\u2019école cette journée-là.Comme si les médias décrivaient finalement une partie de hockey entre le black bloc et la police, à laquelle les citoyens seraient conviés en spectateurs d\u2019enjeux qui finalement ne les concernent pas vraiment.Les médias ont ceci d\u2019hypocrite en ce qu\u2019ils dénoncent à la fois toute forme de violence, alors qu\u2019ils s\u2019en régalent et s\u2019en nourrissent en même temps.On pouvait voir récemment dans un des grands quotidiens du Québec une caricature d\u2019un manifestant cagoulé en train de saccager une voiture de police.Tandis qu\u2019à ses côtés un autre, bien organisé tenait une conférence de presse pour expliquer les tenants et aboutissants de l\u2019action politique pacifique de son groupe.Dois-je vraiment vous dire vers qui étaient tournés les 400 kodaks, photographes, micros et journalistes ?Tout cela pour dire que chaque fois que les médias veulent montrer a posteriori qu\u2019un gouvernement ou un régime, ici ou ailleurs, n\u2019est plus légitime ou n\u2019a plus le soutien de la population, on montre des images d\u2019archives de scènes d\u2019émeutes.Pourtant, chaque fois que celles-ci se produisent, les médias affirment in situ qu\u2019elles ne sont pas légitimes et n\u2019ont pas le soutien de la population.On parle de transformation des médias, mais pourtant leur rôle fondamental reste fondamentalement le même.S\u2019assurer que la contestation des autres citoyens soit toujours spectaculaire tout en s\u2019assurant que la contestation pour les autres citoyens ne soit jamais rien d\u2019autre qu\u2019un spectacle.Finalement, l\u2019apocalypse n\u2019a pas eu lieu.La fin du monde prévue pour 2012 n\u2019aura pas eu lieu non plus en 2018.Le Sommet du G7 tenu du 8 au 10 juin dans Charlevoix, qui a mobilisé une véritable armée de près de 10 000 policiers et militaires, n\u2019aura, au final, même pas mobilisé une manifestation de plus de 1000 personnes.Alors qu\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019avenir et la transformation des médias traditionnels de masse, on constate en bout de piste que leur rôle politique, lui, n\u2019a guère changé.En 1967, Guy Debord rédigeait un essai percutant, La société du spectacle, dans lequel il parlait entre autres du fait que le citoyen se transforme en une sorte de spectateur d\u2019un gigantesque show mis en scène par les médias pour l\u2019aliéner et le distancier des décisions politiques qui affectent sa vie.Et c\u2019est exactement ce qui s\u2019est passé avec le Sommet du G7.Les médias et leurs chroniqueurs-vedettes se sont fait les porte-pa- roles de la police, de l\u2019idéologie dominante, du gouvernement et de leur campagne de peur pour être bien certains qu\u2019on ne parle pas des « vrais affaires ».La seule présence au Québec d\u2019un personnage comme Trump aurait dû mobiliser des dizaines de milliers de personnes.Tout le monde sauf les radios de Québec le déteste, non ?Ou alors le fait que les dirigeants de sept pays aient besoin du renfort d\u2019un régiment d\u2019armée pour décider à eux seuls des destinées du reste de l\u2019humanité devrait aussi faire réagir.Néanmoins, tous les médias ont choisi de ne parler que de sécurité.De l\u2019Assemblée nationale, des garderies, des écoles, des compagnies ou des magasins fermés.Des clôtures et des commerces barricadés.Du ridicule « enclos à manifestants » à La Malbaie où il était possible de « librement s\u2019exprimer » après avoir franchi les murets de la formule E et 20 fouilles policières.Les articles et les journalistes les plus progressistes s\u2019étonnaient alors de voir que la mobilisation n\u2019ait pas levé davantage.Eux et nous On cherche encore les articles expliquant en quoi une structure comme le G7 est profondément antidémocratique.Ce qui se passe Tout ça pour ça ?PAR MATHIEU THÉRIAULT CAMELOT DE L\u2019ÉPÉE / BERNARD EN TOUTE LIBERTÉ 29 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA Aide au logement Un coup de pouce de L\u2019Itinéraire pour des logements abordables Prendre le contrôle de sa vie, pour un camelot, ça commence par l\u2019accès à un logement abordable.Alors que le chèque d\u2019aide sociale permet à peine de répondre à la moitié des besoins de base, force est de constater que ses bénéficiaires se retrouvent dans une impasse financière.Grâce à un programme d\u2019accès aux logements abordables, L\u2019Itinéraire, en partenariat avec Les Habitations du Réseau de l\u2019Académie (RÉSAC) et l\u2019Office municipal d\u2019habitation de Montréal (OMHM), vient en aide à ses camelots-participants qui vivent des difficultés.De plus, afin de favoriser l\u2019accès de ces personnes à un logement, une aide financière additionnelle leur est octroyée pour qu\u2019elles n\u2019aient à débourser que 25 % de leur revenu pour se loger.Logements pour les camelots Depuis mars 2015, L\u2019Itinéraire a réussi à trouver 16 logements subventionnés pour ses camelots, dont 11 au cours de la dernière année.« Je vois cela comme une belle victoire car ça a permis à 11 de nos camelots d\u2019avoir accès à un logement très beau, très propre et sécuritaire, et le tout à un prix décent », indique Jean-François Morin- Roberge, intervenant psychosocial à L\u2019Itinéraire.Du même souffle, il déplore que « le nombre de logements sociaux qui se construisent et qui sont disponibles est très bas comparé aux besoins du marché.» Par ailleurs, étant donné que plusieurs camelots et participants de l\u2019organisme sont bénéficiaires de l\u2019aide sociale, « le coût du logement par rapport au revenu correspond souvent à 70 % ou 80 % de leurs dépenses, chose qui est tout à fait inacceptable, poursuit-il.Il leur reste à peine d\u2019argent pour les besoins de base, on parle alors de survie.» Liste d\u2019attente surchargée Près de 25 000 ménages sont inscrits sur la liste d\u2019attente de l\u2019OMHM pour obtenir un logement social.« C\u2019est énorme et avant d\u2019avoir une réponse, les demandeurs doivent attendre entre six et sept ans », précise M.Morin-Roberge.Si les logements subventionnés se recensent au compte-goutte, ils doivent être répartis entre les organismes communautaires.« Par exemple, lors d\u2019une rencontre il y a quelques semaines, nous étions 15 organismes communautaires à déterminer l\u2019accès à 50 logements entre nous », explique M.Morin-Roberge « Il n\u2019y a pas assez de logements sociaux offerts en général.À L\u2019Itinéraire, on pourrait bénéficier à nous seuls de ces 50 logements, souligne-t-il.Et puis, ce n\u2019est pas assez de placer une personne entre quatre murs, car pour un individu qui provient de la rue, il faut l\u2019encadrer et assurer un suivi communautaire : l\u2019aider à faire son ménage, son épicerie, sa cuisine, socialiser, renforcer son autonomie et maintenir un contact.» « Nous sommes vraiment là pour les accompagner afin qu\u2019ils puissent se stabiliser et améliorer leur qualité de vie, dit-il.Ce n\u2019est pas tout d\u2019avoir un toit ; il faut que tu sois bien chez toi.» Subventions déficientes En 2007, le RÉSAC recevait 932 $ par logis.Depuis l\u2019ajout de logements additionnels, portant le chiffres à 170 unités, la subvention accordée par le CIUSSS équivaut à 549 $ par logis.« Ce printemps, souligne Manon Blanchard, coordonnatrice du RÉSAC, on nous a accordé une nouvelle subvention provenant d\u2019un budget d\u2019un programme en santé mentale pour l\u2019embauche d\u2019un deuxième intervenant en soutien communautaire, ce qui hausse la moyenne par logis à 843 $.» « Il est réellement temps d\u2019ajuster à la hausse cette subvention que nous verse le CIUSSS Centre-Sud pour nous permettre d\u2019assumer nos responsabilités en matière d\u2019 intervention communautaire et sociale », soutient Mme Blanchard.Du côté du Front d\u2019Action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), sa porte-parole Véronique Laflamme regrette que, « dans le contexte économique actuel, on s\u2019explique mal qu\u2019un gouvernement, qui affirme qu\u2019il faut créer la richesse avant de la redistribuer, choisisse de baisser les impôts, avant de mieux financer la lutte à la pauvreté et le logement social.» Selon le recensement de 2016, 195 635 ménages locataires du Québec consacrent plus de la moitié de leur revenu pour se loger, alors que 58 000 y consacrent plus de 100 %.\u2022 Ensemble du parc immobilier : 23 017 logements \u2022 Près de 38 000 locataires en HLM \u2022 Plus de 24 000 ménages en attente d\u2019un HLM, soit environ 40 000 personnes \u2022 6000 nouvelles demandes chaque année \u2022 Quelque 1000 logements HLM octroyés annuellement à de nouveaux locataires \u2022 Budget annuel de plus de 400 millions $ L\u2019OMHM en chiffres 30 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 SOCIÉTÉ PAR GENEVIÈVE BERTRAND JOURNALISTE-PARTICIPANTE P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Le 5 juin dernier, le RAPSIM tenait son assemblée générale annuelle qui a réuni une centaine de participant.e.s.Ce rendez-vous a été l\u2019occasion pour ses membres de revenir sur des progrès importants dans la lutte contre l\u2019itinérance, dont plusieurs pour lesquels le RAPSIM a été en action soutenue.En voici un bref aperçu.Le profilage social Une consultation attendue depuis trois ans s\u2019est tenue à l\u2019été 2017.Les recommandations qui en découlent et les nouveaux engagements de la Ville prévoient la révision de la règle- mentation qui entraine la surjudiciarisation des personnes itinérantes.Il y a de l\u2019espoir que moins de tickets ne s\u2019ajoutent au fardeau qui est déjà sur leurs épaules.Le Plan d\u2019action montréalais en itinérance 2018-2020 Ce plan porte une vision globale, avec 40 mesures prévues pour des populations diversifiées et dans différents quartiers, dont plusieurs en logement social et pour les maisons de chambres.Il reprend nombre des demandes du RAPSIM, qui avait reconnu des avancées sous l\u2019administration Coderre, mais avait souligné en campagne électorale « Qu\u2019en itinérance- Beaucoup reste à faire ».L\u2019itinérance des femmes L\u2019adoption d\u2019un Plan d\u2019action régional sur l\u2019itinérance des femmes et la tenue du colloque « Rendre visible l\u2019 iti- nérance des femmes » ont permis de souligner l\u2019ampleur du phénomène et de développer des réponses à y apporter.Carte de la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec La mise en place d\u2019un nouveau processus pour donner accès à la carte de la RAMQ aux personnes en situation d\u2019itinérance a permis d\u2019élargir ce service, et ce au-delà du centre-ville.En cinq mois, 537 cartes ont ainsi été délivrées.Des réponses à accroître Il demeure que l\u2019itinérance continue de représenter un enjeu majeur.Ainsi, les ressources d\u2019hébergement ont dû offrir 10 % plus de nuitées dans la dernière année et l\u2019itinérance est de plus en constatée hors des quartiers centraux, de Montréal Nord à Côte-des-Neiges.Pour y faire face, les membres du RAPSIM ont réitéré leur soutien à une approche globale, nécessitant une diversité d\u2019actions pour prévenir et réduire le phénomène.Alors que se tiendront le 1er octobre des élections, il est essentiel que le prochain gouvernement du Québec investisse davantage dans les actions prévues par la Politique nationale de lutte à l\u2019itinérance, particulièrement au niveau de la pauvreté et du logement.Des membres mobilisés ! PAR PIERRE GAUDREAU - DIRECTEUR DU RAPSIM L\u2019ensemble des 108 organismes membres du RAPSIM jouent un rôle important dans son travail, participant à ses assemblées, ses comités et ses activités.Le conseil d\u2019administration formé de neuf membres constitue, avec l\u2019équipe de travail, une assise de l\u2019action du regroupement.L\u2019assemblée a été l\u2019occasion de renouveler une partie de cette instance qui en 2018-2019 sera formé de : Martin Pagé président (directeur-général, Dopamine) Véronique Houle vice-présidente (directrice des opérations nationales, Médecins du Monde) Cécile Arbaud trésorière (directrice-générale, Dans la rue) Gabrielle Neamtan-Lapalme secrétaire (directrice-adjointe, SHAPEM) Sylvie Boivin administratrice (directrice-générale, L\u2019Anonyme) Bernard Besancenot administrateur (coordonnateur des programmes sociaux MultiCaf) Robert Manningham administrateur (directeur-général, Atelier habitation Montréal) Julie Chevalier administratrice (directrice-générale, Les Maisons de l\u2019Ancre) Jean-François St-Onge administrateur, (directeur-général RAP Jeunesse) On peut consulter le Bilan annuel du RAPSIM et son Plan d\u2019action 2018-2019 sur le site www.rapsim.org 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O : ?R A P S I M MOT DU RAPSIM CHRONIQUE?PAYÉE 31 Un conseil d\u2019administration solide Avec un grand « C » Bonjour à tous.Je me présente, je m\u2019appelle Simon et je suis Camelot depuis bientôt deux ans.C\u2019est avec beaucoup de plaisir que j\u2019écris mon premier Info Camelot.Je succède donc à Yvon Massicotte comme représentant des Camelots et j\u2019écrirai cette rubrique tous les mois.Vous y trouverez de l\u2019information sur tout ce qui touche la vie de Camelots, notre quotidien, les événements spéciaux, etc.Peut-être aussi quelques anecdotes.Pour débuter, un petit mot pour remercier Yvon pour son dévouement et sa générosité.J\u2019ai rarement rencontré quelqu\u2019un d\u2019aussi généreux, autant de son temps que de ses ressources.J\u2019espère être à la hauteur.Yvon, tu me laisses un grand chapeau à porter ! Comme vous pouvez le constater, j\u2019écris « Camelot » avec une majuscule; c\u2019est ma première action en tant que représentant.J\u2019aimerais que tout le monde emboîte le pas.Nous sommes Camelots au même titre que nous sommes Canadiens ou Québécois.Soyons fiers ! N\u2019hésitez pas à communiquer avec moi en laissant un message au 514 597-0238 poste 225 si vous avez des idées de sujets ou des commentaires à me faire.Je m\u2019engage également à créer un courriel dédié uniquement à mon nouveau rôle.Vous pouvez également venir me rencontrer au métro Sherbrooke du lundi au vendredi ou dans le Quartier des spectacles, aux jeux d\u2019échecs géants, quand la météo le permet.Au plaisir de vous informer et de vous divertir.En espérant être un bon représentant.Voilà une initiative qui fait plaisir : les étudiantes et étudiants du département d\u2019éducation spécialisée du Cégep du Vieux-Montréal ont voté à l\u2019unanimité de remettre en parts égales les profits d\u2019un spectacle bénéfice qu\u2019ils ont organisé à L\u2019Itinéraire et à l\u2019organisme Dans la rue.Un beau montant de 910,04 $ s\u2019ajoutera donc à la caisse de L\u2019Itinéraire.En plus de nous toucher droit au cœur, ce geste de générosité constitue un appui indispensable qui contribuera à permettre à notre organisme de poursuivre sa mission.Sur la photo de gauche à droite : (arrière) Sonia Monette, enseignante et Serey Suon, étudiant, (devant) Martine Dupuis, étudiante et Christian Dubé, enseignant, Cégep du Vieux-Montréal, Michel Dumont, Mario St-Denis et Robert Ménard, camelots, Josée Panet-Raymond, rédactrice en chef et Luc Desjardins, directeur général de L\u2019Itinéraire.32 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 INFO CAMELOTS PAR SIMON JACQUES REPRÉSENTANT DES CAMELOTS P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Merci aux étudiants du Cégep du Vieux ! CARREFOUR PHOTO? :?MARIO?ALBERTO?REYES?ZAMORA Les kiwis de la liberté Nous consommons ce que nous désirons, nous choisissons l\u2019emploi qui nous convient et dans la mesure du possible, nous plaçons le produit de nos épargnes dans des placements qui nous conviennent.Pourtant, nous voilà plus que jamais asservis aux diktats de la consommation, malgré nous, à ceux de la performance au travail, et tout cela coincés dans un monde en constante accélération au cœur duquel nous sommes de plus en plus endettés.Mais, nous dit-on, nous n\u2019avons jamais été aussi libres \u2013 la fluidité du marché et la déliquescence de l\u2019État feraient de nous des êtres humains libérés des contraintes qu\u2019ont vécues nos ancêtres.Car enfin la voie est libre.Nous pouvons désormais non seulement bénéficier des avancées de la technologie, mais aussi changer, en grande partie grâce à elle, de métier et de mode de vie comme bon nous semble.Imaginons un seul instant un paysan du 13e siècle en France : son avenir est tracé d\u2019avance, sa liberté de conscience et de mouvement, totalement limités.Il n\u2019y avait absolument aucune possibilité pour lui de changer de vie.Aujourd\u2019hui, nous avons l\u2019impression de ne vivre aucune de ces contraintes.Luxueux kiwis Je me souviens qu\u2019enfant, dans les années 1970, ma mère avait acheté pour la première fois un kiwi.Fruit exotique s\u2019il en était : brun, poilu, peu appétissant a priori mais cachant une chair d\u2019un vert aussi vif que doux et sucré au goût.C\u2019était à l\u2019époque un luxe : j\u2019ai souvenir qu\u2019il en coutait 1 $ pour un seul fruit, alors qu\u2019on peut en acheter maintenant un petit panier pour quelques dollars.De la même manière, lorsque j\u2019étais jeune adulte, les sushis étaient rares et fort coûteux : ils étaient un met de luxe, un repas que nous dégustions en respectant les coutumes japonaises.Quelques années plus tard, à peine, les sushis sont devenus aussi communs que banals, dans toutes les aires de restauration des centres commerciaux.Un documentaire fascinant, Jiro Dreams of Sushi, raconte l\u2019histoire de Jiro Ono, maître japonais du sushi.Son minuscule restaurant, situé dans une station de métro, accueille quotidiennement des amateurs de cette délicate nourriture.Ce monsieur est véritablement un grand artiste \u2013 ses sushis ne sont tellement pas banals que son modeste commerce est l\u2019un des rares à s\u2019être mérité trois étoiles au Guide Michelin.Du coup, on se presse à sa porte, de partout dans le monde, pour venir goûter à ses sushis.Quelle liberté ?De l\u2019unique kiwi que ma mère achetait à grand prix dans les années 1970 et que nous dégustions avec ravissement aux sushis qui sont accessibles dans n\u2019importe quel centre commercial à côté des hamburgers de McDonald\u2019s, nous avons acquis la certitude que notre liberté comme consommateurs et citoyens du monde est totale.Voilà à notre portée, grâce au revenu de notre travail, une nourriture abondante, délicieuse, variée, et peu coûteuse.Pourtant, ne s\u2019agit-il pas là de l\u2019image même de notre asservissement à un système économique qui nous dépasse complètement ?D\u2019une fausse liberté, puisque pour nous faire accepter nombre de choses qui mine fondamentalement nos libertés ?Car voilà que le capitalisme contemporain nous contraint à une fausse liberté, à laquelle nous adhérons avec la même joie et avec le même enthousiasme que nous consommons ces kiwis et ces sushis.Une liberté perçue qui oublie que cette consommation est tributaire de longs transports par bateau, brûlant des tonnes de pétrole.La liberté n\u2019est pas une marque de yogourt, on le sait ; en revanche, on n\u2019accepterait pas de se passer de fraises en février \u2013 cela entraverait notre liberté de consommateurs.33 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O : ?A N D R I I ?H R Y T S E N K O ?( 1 2 3 R F ) ?informez-vous Ma vie à gérer d\u2019abord Je ne m\u2019informe pas beaucoup.Et quand je le fais, c\u2019est à propos de choses qui ont un rapport avec moi comme, par exemple, le logement social ou un changement en lien avec les transports.Dans ce cas, j\u2019écoute TVA ou je regarde sur internet.Le problème, c\u2019est que je n\u2019ai pas d\u2019ordinateur chez moi, alors c\u2019est plus difficile.Mais de manière générale, j\u2019ai tellement de choses à regarder dans ma vie que je n\u2019accorde pas de temps à ce qui se passe dans le monde.ANTOINE DESROCHERS CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO SAINT-HUBERT/BOUCHER Le direct ! Moi, je m\u2019informe par le biais de la télé.Rarement par les journaux parce que je trouve que lorsque les journalistes abordent un sujet « x », ils disent tous des choses différentes sur les mêmes thèmes.Alors, je préfère les chaînes d\u2019information continue parce que j\u2019aime voir, parce que le direct me semble plus vrai.Et pour bien m\u2019informer, surtout sur les sujets qui m\u2019intéressent, j\u2019essaie de suivre le déroulement de l\u2019histoire du début à la fin pour être sûr de tout savoir.MICHEL DUMONT CAMELOT MANSFIELD/RENÉ-LÉVESQUE L\u2019information par câble J\u2019ai le câble à la maison, et je suis toujours branché sur RDI.Je regarde aussi les bulletins télévisés, les morning shows le matin comme Salut, bonjour ! Je ne lis pas les nouvelles malheureusement, parce que j\u2019ai besoin de lunettes.Je trouve par contre que les informations donnent une image de la vie plus belle que ce qu\u2019elle est à cause des publicités.À part ça, disons que, pour moi, la fiabilité des nouvelles appartient à un consensus : je fais comme si l\u2019info était fiable parce que toute la société la considère comme ça.Mais moi, je vis sur la rue, ce que vivent les autres dans leur téléviseur n\u2019est pas ma vie.Puis, ceux qui travaillent à créer les nouvelles appartiennent à l\u2019élite.Mais je suis quand même content d\u2019avoir Radio-Canada.ROBERT MÉNARD CAMELOT STATION MONK Trio d\u2019informations Moi, je lis beaucoup.Surtout le magazine avant de le vendre, le Journal de Montréal et le Métro.Je regarde toutes les pages et aussi les nouvelles sportives.J\u2019adore le sport ! Le hockey, le basket, le baseball\u2026 Je regarde aussi les nouvelles le soir ou je les écoute à la radio sur 106,7.Cette station est la meilleure.J\u2019adore la musique qu\u2019ils passent.Puis ils parlent de tous les sujets : le trafic, ce qui se passe ailleurs.Mais ça reste avant tout un poste de musique.CÉCILE CREVIER CAMELOT ONTARIO/LETOURNEUX 90 % de mauvaises nouvelles Pour me tenir informé, je lis les journaux, ceux qui sont gratuits.Je regarde aussi la télé au café de L\u2019Itinéraire, surtout TVA, et aussi, les écrans dans le métro.Je ne cherche pas spécialement à me tenir informer, mais c\u2019est une sorte d\u2019habitude de lire les gros titres.Le problème c\u2019est que 90 % des nouvelles sont mauvaises.Quand je tourne les premières pages du journal, qu\u2019est-ce que je lis ?Mafia, héroïne, agression à l\u2019arme blanche, Trump, feu dans une résidence, attaque de chien policier sur une fillette.Et\u2026 après tout ça, ça y est ! Enfin UNE bonne nouvelle ! STÉPHANE AVARD CAMELOT STATION PLACE D\u2019ARMES ET DE MAISONNEUVE/ DE LORIMIER Comment vous Radio, papier, télé, applications, web\u2026 Il existe un éventail de moyens d\u2019informations imposant.Chacun trouve son confort dans ce panel médiatique, qu\u2019il soit traditionnel ou post-moderne.Les camelots de L\u2019Itinéraire, vendeurs et rédacteurs, se tiennent eux aussi informés.Voyons comment.ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 34 L\u2019importance de s\u2019informer Moi j\u2019écoute souvent Paul Arcand, Isabelle Maréchal, de bonne heure.Paul Arcand parle de toutes les affaires de société : politique, transport\u2026 Des fois, avant d\u2019aller au théâtre pour vendre le magazine, j\u2019écoute son émission.Avant, il y a avait des postes de radio aussi, mais aujourd\u2019hui, on est vraiment bien informé.Puis j\u2019écoute aussi la télé : Salut, bonjour ! Si on ne s\u2019informait pas, on aurait sûrement la tête plus tranquille, mais pour moi, c\u2019est important.Ça permet de se rendre compte que Montréal est une belle ville, mais que ça brasse quand même partout ! MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU NOUVEAU MONDE ET RIDEAU VERT Application mobile Normalement, je regarde les nouvelles sur mon téléphone.J\u2019ai l\u2019application de TVA Nouvelles.Je veux savoir ce qu\u2019il se passe dans la société et dans le monde, même si parfois on n\u2019a pas de vraies informations.Je lis aussi le magazine.Souvent, j\u2019ai l\u2019impression que les gens jugent sans savoir ce qui se passe dans le monde.J\u2019ai envie de leur dire : « Lis L\u2019Itinéraire et après, tu pourras parler d\u2019un sujet ».La seule affaire que je n\u2019aime pas, c\u2019est la politique.Ils promettent la terre entière dans les nouvelles et en fait, ce ne sont que des menteries.RICHARD TOUZIN CAMELOT MÉTRO PLACE-DES-ARTS La radio pour s\u2019endormir Moi, pour me tenir informé, je pose des questions aux gens.À mes clients par exemple.Sinon, j\u2019écoute les nouvelles à la télé quand je suis au café de L\u2019Itinéraire.Parfois, j\u2019écoute la radio, 98,5, le soir.Souvent, on parle de tout : de l\u2019immigration, des nids de poules, de ce qui se passe dans le monde.mais le sujet que je préfère, c\u2019est le sport.Est-ce que c\u2019est important de se tenir informé ?Ça dépend des fois.Les nouvelles sont parfois pleines de menteries.MARIO SAINT-DENIS CAMELOT STATION MCGILL Il est 15 h à l\u2019une des stations du métro de Montréal où Jean travaille à la vente du magazine L\u2019Itinéraire.Il est debout à quelques mètres de la ligne de perception, face aux passagers qui sont en train de sortir des voitures de métro.Les passagers se précipitent comme un tsunami humain, tout le monde veut atteindre les escaliers mécaniques de la station de métro avant d\u2019être bloqué par les autres, pour pouvoir sortir plus vite.Jean est le camelot de cette station, vêtu d\u2019une veste noire de L\u2019Itinéraire, pour lequel il travaille.Il tient d\u2019une main un magazine et de l\u2019autre, une enveloppe contenant quelques autres qu\u2019il s\u2019attend à vendre aujourd\u2019hui.« Nouveau numéro ! » Jean a commencé à crier avec son accent étranger qui est connu par de nombreux passagers : « Bonjour, Mesdames et Messieurs, L\u2019Itinéraire, nouveau numéro ! » Trois à cinq minutes se sont écoulées avant que toutes ces personnes soient sorties.Les vagues d\u2019humains se succèdent plusieurs fois, mais pas de vente.Jean essaye de contrôler ses nerfs en poussant sa patience à la limite, alors qu\u2019il regarde directement dans leurs yeux.Certains ont l\u2019air fatigué, peut-être épuisé après un travail pénible pendant de longues heures ou après s\u2019être chicanés avec leurs collègues ou leurs patrons ; certains sont distraits ou ont le visage austère.Une chose en commun entre les passagers : ils sont tous pressés et se précipitent pour accomplir leur destin.Certains mettent des écouteurs sur leurs oreilles.Jean se demande comment il peut communiquer avec eux s\u2019ils ne peuvent pas l\u2019entendre.Certains n\u2019ont pas d\u2019argent dans leurs poches parce qu\u2019ils utilisent toujours leurs cartes bancaires.Jean tourne la tête de l\u2019autre côté.Il jette un coup d\u2019œil à un jeune mendiant qui le regardait avec colère.Peut-être considérait-il Jean comme un adversaire qui a envahi son spot.Des robots programmés Les trains du métro arrivent encore, les passagers ont l\u2019air plus stressé qu\u2019auparavant, c\u2019est l\u2019heure de pointe.Ils ressemblent à des robots programmés, ils courent avec le rythme de la vie pressée d\u2019ici.Entre ces passagers, certaines filles des collèges ou des écoles, des dames qui travaillent dans les bureaux, sont très belles et élégantes et passent devant Jean.Il regarde leurs jolis yeux et leurs charmants sourires avec lesquels elles l\u2019encouragent et s\u2019excusent de ne pas acheter le magazine.Jean se sent content de leurs sourires, mais cela ne suffira pas à couvrir le coût de son dîner et de son souper pour aujourd\u2019hui, pas plus que pour s\u2019acheter une tasse de café.Jusqu\u2019à présent, Jean n\u2019a même pas vendu un magazine.Il pense qu\u2019il vaudrait peut-être mieux changer de stratégie de vente, trouver quelque chose qui pourrait attirer l\u2019attention de tous ces gens.« Bonjour, lisez sur moi, Zoom sur Jean dans L\u2019Itinéraire.Faite ma connaissance dans le magazine L\u2019Itinéraire ».La vieille dame qui marchait dans la foule Une vieille dame s\u2019approche lentement de lui, et commence à parler du magazine, en disant qu\u2019elle l\u2019aime et l\u2019achète régulièrement depuis de nombreuses années.Elle aime aider les camelots.mais elle est interrompue par une autre vague de passagers qui sont sur le point d\u2019arriver.Elle a payé trois dollars.« Merci madame, bonne journée.».Les trois dollars ont remonté le moral de Jean.C\u2019est la première vente de la journée.Il a 1,50 $ dans sa poche.Il est 17 h.Une vente en deux heures, ce n\u2019est pas assez.Le sourire de Jean s\u2019est estompé même s\u2019il essaye très fort de paraître souriant.Il se souvient des mots d\u2019un collègue qui lui a dit : « Communiquer et sourire, entre le camelot et les clients, c\u2019est la clé du succès dans la vente.» Il est 18 h.Jean se demande s\u2019il y a une erreur dans sa performance.À qui sait attendre Soudain, voici une belle femme qui s\u2019approche de lui.\u2014 « Combien ça coûte un journal ?\u2014 Trois dollars, Madame.\u2014 Es-tu dans ce métier depuis longtemps ?\u2014 Seulement quatre mois.\u2014 Est-ce que c\u2019est ta photo en page trois ?Zoom sur Jean ?\u2014 Oui, c\u2019est moi.\u2014 Bravo, ne lâche pas.Voici 20 $.Garde la monnaie.» Jean vérifie l\u2019argent et n\u2019en croit pas ses yeux : 20 $ ! \u2014 « Merci beaucoup Madame.Merci et bonne soirée.» Un après-midi dans la vie d\u2019un camelot 36 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 CHRONIQUE PAR SAÏD FARKOUH CAMELOT MÉTRO MONTMORENCY P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Depuis quelques semaines, le beau temps et les activités estivales reviennent.Acrobates, jongleurs, amuseurs publics envahiront bientôt les rues de Montréal.Montréal sera complètement cirque ! Au milieu de cette foule excentrique : Rosalie Beauchamp et Guillaume Blais.Elle, est spécialisée en duo aérien ; lui, en duo trapèze.Ils sont tous les deux artistes de cirque et cofondateurs de l\u2019organisme Le Monastère, un OBNL par laquelle peuvent se produire des circas- siens québécois, au Québec.Banal ?L\u2019occasion est pourtant rare.Rencontre de deux artistes qui tendent à démocratiser un art à la fois populaire et méconnu.Montréal, capitale des arts du cirque ?Projetés dans leur nouveau milieu artistique à 21 ans, un âge plutôt atypique pour ce métier, Rosalie Beauchamp et Guillaume Blais se sont très vite aperçus du manque d\u2019opportunités offertes au Québec de partager leur passion \u2014 au Québec \u2014 et plus particulièrement à Montréal.Seulement, pour ce binôme, « les artistes méritent de pouvoir se produire au Québec aussi ».La métropole est pourtant bien connue du milieu circassien.Et pour cause ! Elle est réputée à travers le monde pour ses lieux d\u2019entraînement et la qualité de ses programmes de formation aux arts du cirque.« Montréal est aussi devenue une place pour les artistes internationaux », nous explique Guillaume Blais.Cependant, un paradoxe persiste.Rosalie Beauchamp, l\u2019air déçu, explique qu\u2019« il y a vraiment un tourisme de l\u2019entraînement ici, mais [qu\u2019] après ça, quand vient le temps de la diffusion, tous les artistes partent à l\u2019étranger ».Conséquence : le cirque québécois, si réputé ailleurs, n\u2019a que peu d\u2019occasions de se faire connaître de son public naturel.D\u2019où Le Monastère.C\u2019est quoi le concept du cirque cabaret ?Rosalie La formule cabaret propose des numéros qui s\u2019enchaînent les uns après les autres et est animée par un maître de cérémonie.Les numéros ne sont jamais changés.L\u2019idée est de mettre de l\u2019avant les artistes et leurs créations.Habituellement, les artistes créent leurs Cirque Connaissez-vous votre cirque ?37 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O S : ?C A R O L I N E ?T H I B A U L T AVEC LA COLLABORATION DE TUAN TRIEU HOANG CAMELOT MÉTRO HENRI-BOURASSA CULTURE numéros, les peaufinent pendant des années.Mais une fois engagés, ils doivent les modifier pour les bienfaits de la mise en scène.Nous, nous mettons en valeur l\u2019artiste et non le metteur en scène.Guillaume La formule cabaret ne se produit pas sous un chapiteau.Ce sont des spectacles que l\u2019on retrouve dans des bars.Les numéros durent entre cinq et six minutes, tu es assis, tu prends un verre entre amis, c\u2019est plus intime.Êtes-vous en train de réinventer le cirque, comme l\u2019a fait le Cirque du Soleil ?Rosalie On ne prendra pas le mérite de dire que nous avons inventé quelque chose comme l\u2019a fait le Cirque du Soleil, mais c\u2019est important pour nous de souligner que nous participons à la popularisation du cirque.La formule que nous proposons existe en Europe.En Allemagne, on appelle ça de la variété.Ce qui nous différencie est que nous voulons aller vers un nouveau public qui n\u2019est pas encore familiarisé avec la communauté circassienne.Vous entendez-vous bien avec les autres diffuseurs de cirque à Montréal ?Rosalie Oui, nous ne sommes pas en compétition.Nous collaborons les uns avec les autres.La Tohu, par exemple, est diffuseur et contente que l\u2019on fasse partie du jeu et du mouvement de popularisation du cirque.Guillaume Les autres compagnies viennent voir nos spectacles.On essaye de se promouvoir les uns les autres.Je pense qu\u2019il y a de la place pour tout le monde à Montréal.Mais il n\u2019y a pas suffisamment d\u2019offres pour la demande.Rosalie?Beauchamp?et Guillaume Blais, cofondateurs?de?l\u2019organisme?Le?Monastère Les artistes méritent de pouvoir se produire au Québec aussi ! Est-ce que le cirque traditionnel est en voie de disparition ?Rosalie La culture circassienne québécoise a été créée avec le Cirque du Soleil.En Europe, les gens aiment notre cirque.Il est très réputé.Ils introduisent même un peu de notre culture circassienne dans leur propre spectacle.Mais, leur nostalgie du cirque traditionnel est très forte.Guillaume Ici, on n\u2019a pas vraiment été élevé avec les cirques traditionnels.Le Québec est reconnu à l\u2019étranger pour avoir réinventé le cirque.On se fait d\u2019ailleurs souvent appeler « le nouveau cirque ».Et quand le monde regarde nos prestations, ils nous disent tout de suite : « Ah ! Vous devez être Québécois ».C\u2019est ce dans quoi nous avons grandi les 30 dernières années.Nous n\u2019avons pas l\u2019animal, les costumes à paillettes et les « Ta da ! » dans nos spectacles.Nos artistes ressemblent plus à des gens de tous les jours, mélangent les genres et racontent une histoire à travers leur numéro.Comment vit un circassien contemporain par rapport à un circassien traditionnel ?Rosalie Les circassiens classiques vivent souvent dans des caravanes et doivent avoir leur passeport UE (Union européenne).Sur certaines pages Facebook consacrées aux jobs dans le cirque, on 38 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 P H O T O S : ?C A R O L I N E ?T H I B A U L T P H O T O : ?K A R I N E ?B É N É Z E T trouve des annonces du type « On cherche un acrobate.Vous devez posséder un passeport européen et une caravane.» C\u2019est souvent ça la vie dans les cirques traditionnels.Peut-on vivre de ce métier ?Rosalie Tout le monde pense que, comme les circassiens sont des artistes, ils sont forcément pauvres.Si tu travailles suffisamment et que tu pousses toujours un peu plus loin, tu arriveras à vivre de ta pratique.Être circassien, ce n\u2019est pas juste être sur scène.C\u2019est aussi envoyer des courriels, solliciter des gens, chercher des lieux et bien sûr, s\u2019entraîner fort.Il faut avoir du talent, et beaucoup d\u2019acharnement.Il faut avoir la colonne forte dans un monde qui n\u2019est pas facile.Moi je combine un autre emploi entre mes contrats pour avoir une situation économique confortable.Ça reste un milieu difficile pour beaucoup.Pourquoi restez-vous accroché à votre art ?Rosalie J\u2019adore mon métier ! On peut faire notre propre mélange entre les aspects techniques et artistiques.D\u2019un numéro à l\u2019autre, on peut utiliser différentes disciplines : danse, théâtre, patin\u2026 Puis, d\u2019un artiste à l\u2019autre, tout est très différent.Par contre, l\u2019instabilité peut devenir difficile.C\u2019est comme si les choses positives se transformaient en négatif.Par exemple, on aime l\u2019entraînement physique, mais des fois, ça devient too much, et on se blesse.Ou encore, les voyages\u2026 C\u2019est l\u2019fun, mais c\u2019est dur pour la relation de couple, pour la famille quand ta sœur, par exemple, se marie et que tu n\u2019es pas là.Comment se présente l\u2019avenir pour Le Monastère ?Rosalie Le Monastère est ouvert depuis un an et demi.Ça porte ce nom parce qu\u2019il existe pour la communauté, pas juste pour nous, les artistes.Le projet est motivé par l\u2019envie de voir que le Québec connaît son cirque grâce au fait que l\u2019artiste peut performer chez lui, dans sa ville.Actuellement, il faut trouver des salles pour les représentations, les louer.Nous en avons deux : le Théâtre Plaza et un complexe en Beauce.On a le plaisir de créer tout ça, mais c\u2019est ambitieux.Guillaume On voudrait un lieu fixe à Montréal pour s\u2019entraîner.C\u2019est une nouvelle réalité ici : il y a tellement d\u2019artistes et de demandes que l\u2019on n\u2019a plus suffisamment d\u2019endroits pour ça.Puis, le soir, ça pourrait se transformer en cabaret.Où et comment peut-on découvrir le cirque à Montréal ?Rosalie Avec le Monastère au Théâtre Plaza, le 12 juillet ! (Rire).La popularisation se fait en plusieurs étapes.On goûte d\u2019abord au cirque avec, par exemple, Montréal Complètement Cirque, puis on découvre le cirque-cabaret.D\u2019autres lieux proposent cette formule d\u2019ailleurs à un prix accessible comme le réseau des Maisons de la culture, surtout celles de Frontenac et de Mercier.Et on finit peut-être en achetant une place pour la Place des Arts.Montréal Complètement Cirque Du 5 au 15 juillet 2018 montréalcompletementcirque.com Cavalia Dès le 25 juillet À l\u2019entrée du pont Jacques-Cartier Quai De Lorimier Cavalia.com Festival international des nuits d\u2019Afrique jeudi 19 juillet, Place des Arts Wassa Wassa avec Kalabanté festivalnuitsdafrique.com Le Monastère 12 juillet, Théâtre Plaza monasteremtl.com Événements cirque à venir en juillet 39 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA Histoires de rues HISTOIRES DE RUES Avenue Morgan/Ontario Avant l\u2019avenue Morgan En 1883, la ville d\u2019Hochelaga décide de s\u2019annexer à sa voisine.Mais certains ne l\u2019entendent pas ainsi.De riches bourgeois avec, à leur tête, Alphonse Desjardins, fondateur des Caisses populaires Desjardins au Québec et Joseph Barsalou, homme d\u2019affaires et politicien montréalais, décident alors de fonder un « Westmount francophone » : la Ville de Maisonneuve, qui ne compte pas plus de 300 habitants.Ce projet prendra rapidement de l\u2019expansion et verra les usines et la classe ouvrière se multiplier.Aujourd\u2019hui le quartier est surnommé « Le Pittsburgh du Canada ».T out le monde connaît notre très beau marché Maison- neuve.Tout prêt de la rue Ontario se trouve également l\u2019avenue Morgan, un musée à ciel ouvert ; une petite rue d\u2019à peine 500 mètres.Alors, permettez-moi de vous inviter à découvrir à travers cet article ce petit coin d\u2019histoire.Une visite dans le passé vous y attend ainsi que de belles découvertes architecturales d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Avenue Morgan et La Baie La rue porte le nom de Morgan en l\u2019honneur de la famille Morgan et particulièrement de James et Henri Morgan.Vous connaissez La Baie ?Et bien, avant 1972, ce magasin portait l\u2019enseigne Magasin Morgan.De son vivant, James Morgan habitait à Maisonneuve, aujourd\u2019hui Hochelaga- Maisonneuve, dans un manoir de 29 pièces.Cependant, si vous passez par-là, vous ne le trouverez pas, le manoir ayant été détruit et remplacé par un kiosque à musique et des vespasiennes.Vers 1885, après la mort de James Morgan, son fils, du même nom, permettra la création des nouvelles rues : Sainte-Catherine, La Fontaine, Adam et Ontario et de la rue Morgan, en 1913, en créant des parcelles sur la terre familiale.40 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 Histoires de rues PAR ISABELLE BEAUPRÉ CAMELOT CENTRE D\u2019ACHAT DOMAINE SHERBROOKE ET LANGELIER IMAGES:?WIKIPEDIA?CREATIVE?COMMONS Henri Morgan Saviez-vous que Rue Morgan, un modèle La rue Morgan compte donc plusieurs beaux bâtiments et un aménagement particulier qui représentaient, pour ses fondateurs, un modèle de ville parfaite : le style City Beautiful.Il emprunte à l\u2019École des beaux-arts les principes d\u2019ordre, d\u2019harmonie et de dignité.Les formes quant à elles sont d\u2019inspiration néoclassique.À travers ces constructions, on peut alors remonter une ligne du temps architectural assez extraordinaire qui représente des décennies de la vie montréalaise dans des styles et design diversifiés.Par exemple, rue Sainte-Catherine, nous retrouvons des multiplex Art déco, plus au nord, des maisons unifamiliales style anglais puis d\u2019autres multiplex et enfin, vers la rue Ontario se trouve des triplex et escaliers typiques de Montréal.Le marché Maisonneuve Le marché Maisonneuve que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui a été pensé dans la même lignée que le City Beautiful.On y retrouvait des fruits et légumes de saisons à l\u2019extérieur du marché.Il a été le premier marché de Montréal à être équipé d\u2019un réfrigérateur pour les denrées périssables.Les petits baigneurs Saviez-vous que Les petits baigneurs, la fameuse sculpture qui représente trois garçons était, à son installation, l\u2019une des plus hautes statues de bronze du Canada.Créée par Alfred Laliberté, la légende dit qu\u2019elle aurait été faite en l\u2019honneur de la toute première famille de Ville-Marie.Le bain Morgan Entre 1905 et 1930, les habitants de Montréal n\u2019avaient pas l\u2019eau courante.La Ville décida donc d\u2019ouvrir 12 bains publics à Montréal, dont le bain Morgan, inauguré en 1916.De style Beaux-arts, ses colonnes que l\u2019on doit également à Alfred Laliberté, rappellent les thermes romains.Avec l\u2019arrivée de l\u2019eau courante, les gens ont délaissé les bains publics et le Bain Morgan a trouvé une nouvelle utilité : servir de résidence à la police jusqu\u2019en 1960.Aujourd\u2019hui, le bain est une piscine publique.41 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA Avenue Morgan Date de désignation : 1913 Origine du nom : la famille Morgan Longueur de la rue : environ 500 mètres Arrondissements : Mercier-Hochelaga-Maisonneuve Orientation : nord-sud Délimitation : Sainte-Catherine Est au sud et Ontario Est au nord Rue Ontario Date de désignation : 1847 Ancien nom : Rue Napoléon, rue Arthur-Buies, rue Berthelet Origine du nom : L\u2019un des trois grands lacs canadiens Longueur de la rue : 6,1 km Arrondissements : Ville-Marie / Mercier-Hochelaga-Maisonneuve Orientation : est-ouest Délimitation : Rue Saint-Urbain à l\u2019ouest et rue Baldwin à l\u2019est Repérez-vous ! P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Les petits baigneurs L\u2019Itinéraire compte plusieurs belles plumes parmi ses camelots, dont celle de Pierre Saint-Amour.L\u2019écrivain de talent nous propose sa dernière œuvre, Windigo, une nouvelle dont la prose et la trame sauront captiver les lecteurs.Suivez l\u2019intrigue de ce récit fascinant à travers la prochaine édition du magazine.Les chiens aboient, la caravane passe Construire une maison était un luxe dont je pouvais me passer, car la caravane pouvait suppléer à tous mes besoins, sauf en eau potable.J\u2019avais décidé de m\u2019établir sur une éminence qui dominait le lac Windigo d\u2019une soixantaine de pieds.Ainsi perché, je pouvais d\u2019un regard embrasser la majeure partie du lac en me laissant bercer par les caprices de ses ondulations et en m\u2019enivrant de l\u2019odeur de ses brumes fantômales.Pour la première fois de ma vie, je m\u2019off rais un temps d\u2019arrêt.Depuis la mort de mes parents, je me retrouvais seul et sans obligations, hormis celles de l\u2019administration de mon héritage.Je n\u2019avais en outre ni femme ni enfant (mes brèves liaisons amoureuses s\u2019étant soldées par de cuisants échecs) et, pour dire le vrai, je me sentais libre d\u2019entraves.J\u2019avais besoin de me retrouver, de faire le point.En achetant le terrain de Joseph Francoeur, j\u2019appareillais en quelque sorte le navire de mon existence pour lever l\u2019ancre vers de nouveaux horizons.Chaque semaine, je me rendais au village, situé à quinze kilomètres du lac Windigo, pour acheter des provisions.Cette communauté, tissée serré et encline à la ferveur religieuse, était organisée autour de trois constructions : l\u2019église, l\u2019école et « l\u2019épicerie ».Celle-ci, gérée par les frères Bérubé (Guy et Jean-Guy), était une caverne d\u2019Ali Baba.Les tartes aux fraises et à la rhubarbe (faites maison) jouxtaient le rayon des outils et les bombonnes de gaz propane étaient empilées à côté des frigidaires où étaient conservés la viande et le gibier.Mais ce qui retenait le plus l\u2019attention, c\u2019était les montagnes de caisses de bière qui s\u2019empilaient jusqu\u2019au plafond.Un commis veillait en permanence à ce que la rotation des stocks s\u2019eff ectue correctement et était chargé de remplir les frigos.À l\u2019extérieur, deux pompes ?l\u2019une pour le diésel et l\u2019autre pour l\u2019essence ?étaient mises à la disposition de la population locale.Pendant que je faisais le plein, Guy Bérubé, sourire aux lèvres, sortit du magasin et se dirigea vers moi.Il me faisait penser à un politicien, et je l\u2019imaginais aisément trôner à la mairie.Feignant l\u2019admiration, il fi nit par dire : « On n\u2019en voit pas souvent des chars de même dans le village.Ça doit fl yer pas à peu près.» Je répondis poliment : « Oui, mais ça consomme beaucoup d\u2019essence.» « Gênez- vous pas, dit-il en contractant le risorius : on en a en masse.» Je ne trouvai rien à répliquer.« Alors c\u2019est donc vous qui a acheté le terrain à Joseph Francoeur ? », s\u2019enquit-il.Je hochai la tête.Nullement déconcerté par mon mutisme, il poursuivit : « Vous êtes pas obligé de m\u2019répondre, mais pourquoi vous avez choisi le lac Windigo ?» « Ce serait un peu long à expliquer, mais disons que le lac Windigo, répondis-je, m\u2019off re tout le dépaysement dont j\u2019ai besoin pour le moment.» « Et vous avez rien remarqué de spécial ? », enchaîna-t-il.« Comme quoi ? », demandai-je.« À vous de m\u2019le dire, dit-il, parce que, ben franchement, le dépaysement, c\u2019est pas ça qui manque, au lac Windigo.Non, c\u2019est pas ça qui manque.» Je réglai ce que je lui devais et m\u2019enfournai dans l\u2019habitacle de mon Cadillac Eldorado.Et je démarrai en faisant crisser les pneus.* * * J\u2019étais seul, mais pas complètement : Ulysse et Pénélope m\u2019accompagnaient.Il s\u2019agit de deux bergers allemands \u2013 gigantesques, magnifi ques \u2013 nés de la même portée, que j\u2019avais acquis à grands frais en faisant appel aux services d\u2019une ferme d\u2019élevage, réputée NOUVELLE PAR PIERRE SAINT-AMOUR CAMELOT 3/4 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 42 mondialement, située dans le Maryland.Comme l\u2019éleveur délivrait un certifi cat de garantie à l\u2019acheteur, je possédais l\u2019assurance légale que mes chiens seraient à l\u2019abri des problèmes de santé liés à la race.Mes chiens et moi vivions en symbiose.Où que j\u2019aille, ils m\u2019accompagnaient et faisaient partie intégrante de ma vie.À Saint- Eustache, on m\u2019avait surnommé : l\u2019homme aux chiens, en faisant référence, peut-être, au texte de Sigmund Freud, L\u2019homme aux loups.Quoi qu\u2019il en soit, si cette union ne comblait qu\u2019en partie le vide intérieur que je ressentais depuis la mort de mes parents, le peu que j\u2019en retirais m\u2019apparaissait cependant essentiel.Au lac Windigo, mon emploi du temps se réduisait au strict minimum.Dormir, manger, prendre soin de mon hygiène, tailler des branches pour garder la forme et alimenter le feu de camp que j\u2019allumais le soir pour chasser les moustiques, marcher jusqu\u2019au Lac-à-la-truite (c\u2019est le nom que je lui avais donné) pour aller pêcher, me rendre au village pour faire mes emplettes, je ne vois pas ce que je pourrais rajouter, à part le fait que j\u2019ai commencé à consigner ces notes dans mon carnet.Écrire, certes.Pour ne pas devenir fou.* * * 14 juillet Il y a quelque chose d\u2019anormal.Une présence.Oppressante.Maléfi que.On m\u2019observe.20 juillet « Bonyeu, s\u2019exclama Guy Bérubé, on dirait ben que vous fi lez un mauvais coton.» Il avait raison, bien sûr.Depuis une semaine, je n\u2019avais pratiquement pas dormi.« Je souff re d\u2019insomnie », répon- dis-je.« Joseph Francoeur, lui \u2019si, y arrivait pas à dormir.Mais depuis qu\u2019il habite au village, y dort comme un bébé.Au village, tout l\u2019monde dort, icitte.C\u2019est parce qu\u2019on a une bonne protection.» « Une protection ? », demandai-je.« Une police d\u2019assurance, si vous aimez mieux », expliqua-t-il.« Que voulez-vous dire ? », demandai-je.« J\u2019 veux dire, misteur, que quand ça va mal dans not\u2019 communauté, on prie.On va à l\u2019église, pis on prie.Allez-vous à l\u2019église, monsieur Dubuc ?me demanda-t-il.» « Non», fi s-je.« Ça coûte rien d\u2019essayer.Vous devriez v\u2019nir faire un tour, dimanche.On sait jamais : peut-êt\u2019 ben que vous allez y prendre goût ?», suggé- ra-t-il.« Je verrai », répondis-je.28 juillet Depuis trois jours, le rêve se fond dans la réalité.J\u2019ai réalisé trop tard que j\u2019étais prisonnier d\u2019une volonté \u2013 malfaisante \u2013 infi niment plus forte que la mienne.Une végétation gluante et glauque, dégageant une odeur insoutenable de putréfaction, a recouvert entièrement la caravane et tente maintenant de se frayer un chemin à l\u2019intérieur en émettant d\u2019infects gargouillis.Allongé dans mon hamac, je peux à peine bouger, si ce n\u2019est que je peux ouvrir ou fermer les yeux.Ulysse et Pénélope sentent littéralement la présence de la créature invisible qui rôde à l\u2019extérieur de la caravane.Ils la fl airent distinctement et toute leur attitude corporelle indique qu\u2019ils sont prêts à la combattre pour assurer ma protection.Je me rends compte soudainement que, depuis que je subis l\u2019emprise de cette entité horrifi ante, je suis complètement désemparé.Je dois absolument manger pour reprendre des forces.Au prix d\u2019un eff ort démesuré, je parviens à me lever.L\u2019odeur pénétrante qui émane de moi confi rme que j\u2019ai souillé mes vêtements à mon insu, mais ma puanteur, comparée à celle qui se dégage des végétaux assiégeant les parois de la caravane, se hume comme un capiteux parfum.Les mains tremblantes, je me prépare deux sandwiches au jambon que j\u2019accompagne de plusieurs lampées de lait bu directement à même le carton.Ça va mieux.Je profi te de mon regain d\u2019énergie pour remplir de moulée les écuelles de mes chiens, mais ils refusent de s\u2019alimenter.Apostés devant la porte, Ulysse et Pénélope, les babines retroussées, grondent d\u2019une façon inquiétante.Une terreur indicible s\u2019empare de moi lorsque je me rends compte qu\u2019une excroissance de végétation a réussi à coloniser la tuyauterie poreuse de la cuvette.Je ferme les yeux un bref instant pour abolir de mon esprit l\u2019apparition cauchemardesque.Je sais d\u2019instinct que je n\u2019ai pas le temps de tergiverser.Avant peu, la caravane sera complètement envahie.Précédé d\u2019Ulysse et de Pénélope, je me précipite à l\u2019extérieur.Mon plan est simple : réintégrer fi ssa le Cadillac Eldorado et fi ler à l\u2019anglaise.* * * 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA L\u2019Itinéraire compte plusieurs belles plumes parmi ses camelots, dont celle de Pierre Saint-Amour.L\u2019écrivain de talent nous propose sa dernière œuvre, Windigo, une nouvelle dont la prose et la trame sauront captiver les lecteurs.Suivez l\u2019intrigue de ce récit fascinant à travers la prochaine édition du magazine.Les chiens aboient, la caravane passe Construire une maison était un luxe dont je pouvais me passer, car la caravane pouvait suppléer à tous mes besoins, sauf en eau potable.J\u2019avais décidé de m\u2019établir sur une éminence qui dominait le lac Windigo d\u2019une soixantaine de pieds.Ainsi perché, je pouvais d\u2019un regard embrasser la majeure partie du lac en me laissant bercer par les caprices de ses ondulations et en m\u2019enivrant de l\u2019odeur de ses brumes fantômales.Pour la première fois de ma vie, je m\u2019off rais un temps d\u2019arrêt.Depuis la mort de mes parents, je me retrouvais seul et sans obligations, hormis celles de l\u2019administration de mon héritage.Je n\u2019avais en outre ni femme ni enfant (mes brèves liaisons amoureuses s\u2019étant soldées par de cuisants échecs) et, pour dire le vrai, je me sentais libre d\u2019entraves.J\u2019avais besoin de me retrouver, de faire le point.En achetant le terrain de Joseph Francoeur, j\u2019appareillais en quelque sorte le navire de mon existence pour lever l\u2019ancre vers de nouveaux horizons.Chaque semaine, je me rendais au village, situé à quinze kilomètres du lac Windigo, pour acheter des provisions.Cette communauté, tissée serré et encline à la ferveur religieuse, était organisée autour de trois constructions : l\u2019église, l\u2019école et « l\u2019épicerie ».Celle-ci, gérée par les frères Bérubé (Guy et Jean-Guy), était une caverne d\u2019Ali Baba.Les tartes aux fraises et à la rhubarbe (faites maison) jouxtaient le rayon des outils et les bombonnes de gaz propane étaient empilées à côté des frigidaires où étaient conservés la viande et le gibier.Mais ce qui retenait le plus l\u2019attention, c\u2019était les montagnes de caisses de bière qui s\u2019empilaient jusqu\u2019au plafond.Un commis veillait en permanence à ce que la rotation des stocks s\u2019eff ectue correctement et était chargé de remplir les frigos.À l\u2019extérieur, deux pompes ?l\u2019une pour le diésel et l\u2019autre pour l\u2019essence ?étaient mises à la disposition de la population locale.Pendant que je faisais le plein, Guy Bérubé, sourire aux lèvres, sortit du magasin et se dirigea vers moi.Il me faisait penser à un politicien, et je l\u2019imaginais aisément trôner à la mairie.Feignant l\u2019admiration, il fi nit par dire : « On n\u2019en voit pas souvent des chars de même dans le village.Ça doit fl yer pas à peu près.» Je répondis poliment : « Oui, mais ça consomme beaucoup d\u2019essence.» « Gênez- vous pas, dit-il en contractant le risorius : on en a en masse.» Je ne trouvai rien à répliquer.« Alors c\u2019est donc vous qui a acheté le terrain à Joseph Francoeur ? », s\u2019enquit-il.Je hochai la tête.Nullement déconcerté par mon mutisme, il poursuivit : « Vous êtes pas obligé de m\u2019répondre, mais pourquoi vous avez choisi le lac Windigo ?» « Ce serait un peu long à expliquer, mais disons que le lac Windigo, répondis-je, m\u2019off re tout le dépaysement dont j\u2019ai besoin pour le moment.» « Et vous avez rien remarqué de spécial ? », enchaîna-t-il.« Comme quoi ? », demandai-je.« À vous de m\u2019le dire, dit-il, parce que, ben franchement, le dépaysement, c\u2019est pas ça qui manque, au lac Windigo.Non, c\u2019est pas ça qui manque.» Je réglai ce que je lui devais et m\u2019enfournai dans l\u2019habitacle de mon Cadillac Eldorado.Et je démarrai en faisant crisser les pneus.* * * J\u2019étais seul, mais pas complètement : Ulysse et Pénélope m\u2019accompagnaient.Il s\u2019agit de deux bergers allemands \u2013 gigantesques, magnifi ques \u2013 nés de la même portée, que j\u2019avais acquis à grands frais en faisant appel aux services d\u2019une ferme d\u2019élevage, réputée NOUVELLE PAR PIERRE SAINT-AMOUR CAMELOT 3/4 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 43 joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.Rendra à la vie civile.2.Alternants.3.Six cents.- Que tu apparaisses.4.Érine.- Préparée.5.Fleur.- Compagnie ferroviaire.- Id est.- Moeurs.6.Icônes.- Route rurale.- Vis.7.Arbres.- Note.- Canton suisse.8.Assistances.9.Précède Jésus-Christ.- Inégalable.10.Règle.- Scandium.- Porte un coup.verticalement 1.Dodinant.2.Épéiste.3.Mille cent.- Chamois.4.Graisse.- Gémis.5.Coupe complète d\u2019une forêt.6.Insulaires.- Pronom.7.Éreinté.- Glissa.8.Encourageras.9.Mesurer.- Légumineuse.10.Crochet.- Élimée.11.Occire.- À la mode.12.Amène.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Général espagnol Administre Esplanade Plissée Cela Lanterne Étage Lascivité Rosserions Princesse indienne Promener Élimera Mesurer Pareras Erbium Escaladas Transformée en ions Tueur Dieu solaire Âge Circules Matinée Rigolais Lettre grecque Soldat étasunien Note Pénétra Ville de Grande- Bretagne Général espagnol Administre Esplanade Plissée Cela Lanterne Étage Lascivité Rosserions Princesse indienne Promener Élimera Mesurer Pareras Erbium Escaladas Transformée en ions Tueur Dieu solaire Âge Circules Matinée Rigolais Lettre grecque Soldat étasunien Note Pénétra Ville de Grande- Bretagne Réponses du 1ER JUIL 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 T P R G S A S A S S I N N R E I G O O M N T S A T I O N S I E E R O N E A R S E R P S I S U E R A A M S T E E R R A R N I E R E B A L D A E R A S L A I C T E D E M O B I L I S E R A O S C I L L A N T S C D C N A I S S E S C E R I G N E P R E T E L I S C N I E U S I M A G E S R R E S N E R E S R E U R I A U D I T O I R E S B N S N O N P A R E I L T E S C A S S E N E Réponses du 01 JUIL 2018 À vos plumes ! 44 ITINERAIRE.CA | 1er juillet 2018 DÉTENTE 15 juin 2018 V E R I F I C A T I O N E J A C U L T O I R E R E P O S E R U N O E T N E S T O R I E N T S O L E U S R I N E G A L E S T A S L U N E A S T E R I E L I E N S E T I E R E S S E U L E R E N E S E S A R L E S T S Réponses du 15 JUIN 2018 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Dans la rose des vents Voile Française Sorties Bers Parier Coupant Imprimées Troué Mise en couleurs Fixasses Aplatir Sapera Ire Convient Sainte Unis Tour Charge d\u2019un baudet Contraires Use Thème musical Priorité d\u2019âge À elle Fémur Rivière d\u2019Alsace Arbre Ensemença Luminaires Dans la rose des vents Voile Française Sorties Bers Parier Coupant Imprimées Troué Mise en couleurs Fixasses Aplatir Sapera Ire Convient Sainte Unis Tour Charge d\u2019un baudet Contraires Use Thème musical Priorité d\u2019âge À elle Fémur Rivière d\u2019Alsace Arbre Ensemença Luminaires Réponses du 15 JUIN 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 C R T V N A E E E S E O P P S O E S I L A I S P I T R E S M A A V S N O A L S T E I L L I M N E A R I R A G E S A O P S A S S E S L A M N I E R O F R A I M N E publicité Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Expert Grille numéro : 64248 5 7 8 6 4 3 4 2 7 5 2 3 5 7 5 7 1 8 9 6 6 7 9 5 8 1 4 2 6 2 5 1 9 1 5 4 7 8 6 3 2 7 2 6 3 5 1 8 4 9 3 4 8 9 6 2 7 5 1 1 6 4 8 2 3 5 9 7 2 5 9 6 4 7 1 8 3 8 3 7 1 9 5 2 6 4 6 7 3 2 8 4 9 1 5 5 8 1 7 3 9 4 2 6 4 9 2 5 1 6 3 7 8 Grille Jeu Sudoku Expert à imprimer du mercredi 04 avril 2018 06:00:02 1 / 1 15 juin 2018 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 1er juillet 2018 | ITINERAIRE.CA SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Sudoku Facile Grille numéro : 64211 2 9 8 3 5 9 1 8 7 4 9 6 8 1 9 1 2 6 8 6 7 3 4 6 2 2 3 8 5 4 6 1 4 3 9 5 4 2 1 9 8 3 5 7 6 3 9 5 7 2 6 4 1 8 8 6 7 4 5 1 2 3 9 7 4 6 3 9 8 1 5 2 9 5 3 1 4 2 8 6 7 1 8 2 6 7 5 3 9 4 5 7 9 8 1 4 6 2 3 2 3 8 5 6 7 9 4 1 6 1 4 2 3 9 7 8 5 Grille Sudoku Facile à imprimer du lundi 02 avril 2018 12:00:01 1 / 1 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES Les vacances en famille contribuent au développement des enfants et au mieux-être des familles.Centralisons nos forces L\u2019Itinéraire - 3,687 po x 4,875 po, couleurs 1 7 1 8 - 2 8 3 Ouvrir un livre, c\u2019est comme allumer une télévision dans sa tête.Dominique Demers La télévision fabrique de l\u2019oubli, alors que le cinéma fabriquait des souvenirs.Jean-Luc Godard Je suis un peu pessimiste sur la postérité, sur ma postérité et sur la postérité en général.Je me demande si la télévision, la radio ne sont pas mauvais pour la postérité des livres.Les choses vont trop vite, vous savez.[.] L\u2019histoire s\u2019est évidemment considérablement accélérée et c\u2019est un peu inquiétant pour la postérité.Jean d\u2019Ormesson Dans notre société, nous sommes devenus trop passifs et acceptons ce que la radio, la télévision, les médias et les modes nous imposent.Dominique Loreau Aucun moment de cinéma ne vaut un moment de vie.Isabelle Huppert Ce que nous demandons au cinéma, c\u2019est l\u2019impossible, c\u2019est l\u2019inattendu, le rêve, la surprise, le lyrisme qui effacent les bassesses dans les âmes et les précipitent enthousiastes aux barricades et dans les aventures ; c\u2019est ce que nous demandons au cinéma, c\u2019est ce que l\u2019amour et la vie nous refusent, c\u2019est le mystère, c\u2019est le miracle.Robert Desnos Ce n\u2019est pas parce que c\u2019est un succès qu\u2019un film est bon et ce n\u2019est pas parce qu\u2019un film est bon que c\u2019est un succès.William Goldman La presse a un pouvoir de l\u2019image si puissant qu\u2019elle peut faire passer un criminel pour une victime et montrer la victime comme un criminel.Malcolm X La radio est déjà un vieux média.Comme la presse écrite, son aînée.Comme aussi, déjà, la télévision, passée aujourd\u2019hui au stade industriel.Jean-Marie Cavada médias À PROPOS DES.PAR LYNN CHAMPAGNE CAMELOT MÉTRO PLACE-DES-ARTS REsTASSE ONgR OU QUESVOUS TH PV SOYEZ Partout au Québec, on livre gratuitement /.A X , - ~ ç = v h =p \u2014 FA | > - d Lo \"ea = - = = -\u201c \u2014 oy \u2014 ~ \u20ac - \"4 ss TR * _\u2014 \u2014= \u2014 \u2014 RZ a \u2014\u2014 A eee a \u201ca \u2014_\u2014 \u2014\u2014 * 1 = EE rene = A\u2014 - -_ = >> _\u2014 \u2014 cl æ a = me = == _ \u2014 A ar wes = x \u2014- Ea \u2014 #\" am M des AE \u2014 dee = Fy ek Tm A a, T= \u2014 an XT = Ty, = - \u2014 = = œ > = Re \u2014 pa Seen a LJ ma a dy == i - in \u2018 | == «lil CX FCP = - -tl o__ \u2014-\u2014- BROS RD ine EPS ying pi nb \u2014\u2014 ys pth mme a =Fuil Plévtet J HE \u201cded Wb fei Tard apm im] play riupl gm By gril, radi + upp p= irre CAFE TORREFIE A MONTREAL 514 321-4121 +1 800 361-4121 nner dialed.con BROSSARD\"™ *La livraison gratuite s'applique pour Fr les commandes de 10 livres de café et plus. 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