L'itinéraire, 1 janvier 2018, mercredi 1 août 2018
[" Volume XXV, n?15 Montréal, 1er août 2018 Partenaires \u2022 Partners Favoriser la mixité sociale et l\u2019empowerment des personnes autochtones vulnérables.L,unique Café autochtone à Montréal Ouvert du lundi au vendredi de 8 h à 19 h 2330 rue Ste-Catherine O.Square Cabot \u2022 Montréal, QC Promoting social diversity and the empowerment of vulnerable Indigenous people.The only indigenous Café in Montréal 514 872-9465 itineraire.ca/cafe-maison-ronde Taco autochtone Indian Taco Open from Monday to Friday - 8am to 7pm 2330 Ste-Catherine Street West Cabot Square \u2022 Montréal, QC Nom Gilles Bélanger | Camelot n° 28 | Âge 60 ans Point de vente Complexe Guy-Favreau G illes, c\u2019est avant tout un sourire et un optimisme inébranlable qui traverse sa vie, comme une colonne vertébrale, comme un fil conducteur.Il parle de ses étapes sans l\u2019ombre d\u2019un nuage.Il a gardé la fraîcheur et l\u2019émerveillement du petit garçon qu\u2019il a était.Pourtant, ce petit garçon avait quatre ans quand il a été placé dans une famille d\u2019accueil, à la campagne.« Ça a pris quelque temps avant que je m\u2019habitue à travailler sur la ferme.C\u2019était des personnes super gentilles.Elles m\u2019ont appris à cultiver les tomates, les carottes, les salades, on nettoyait la grange ensemble.» Malgré les séparations, les inconnus, les choses de la campagne font partie de ses meilleurs souvenirs.Il y restera 10 ans.À 14 ans, une travailleuse sociale retrouve sa famille d\u2019origine à Montréal.« Mon père, ma mère, mes frères et sœurs, c\u2019était nouveau pour moi.Ça nous a touchés, on était tous réunis, ensemble.» Ensuite c\u2019est l\u2019indépendance et la vie d\u2019adulte qui commence.À 18 ans, il se trouve une chambre, des petites jobs, il passe des circulaires.« Je me débrouillais, j\u2019étais seul de mon bord.» Puis en 1997, il se retrouve au « Café sur la rue », le premier local de L\u2019Itinéraire.« C\u2019est là que j\u2019ai commencé.J\u2019étais heureux, j\u2019étais fier.J\u2019ai jasé avec les gens, les vétérans.C\u2019est de même qu\u2019on a appris à se connaître, j\u2019étais heureux de les voir, ça a été une surprise ».La surprise de ne plus être « tout seul de son bord ».Gilles a tranquillement apprivoisé ses clients, tout en douceur, avec la force de son sourire.« Les gens ont commencé à me voir chaque jour.Ça prend de la connaissance pour vendre le journal.» Il parle de son travail avec bonheur.« J\u2019aime connaître les gens, parler avec eux.» Il parle de sa clientèle comme d\u2019un cadeau.L\u2019indifférence, la pluie, la tempête, rien n\u2019entame sa bonne humeur.Quand il pleut, il se met à l\u2019abri, c\u2019est tout ! Il est toujours fidèle au poste, au Complexe Guy-Favreau.Depuis 21 ans, ses clients sont réguliers, certains sont partis à la retraite, mais des nouveaux s\u2019approchent, probablement attirés par sa gentillesse et ses souhaits bienveillants.Pour l\u2019avenir, il souhaite « que le monde ait encore plus de joie, qu\u2019ils soient entourés par le soleil.» Phrase magique qui représente bien Gilles, incroyablement heureux, qui sait repérer et vivre le positif de bien des situations pourtant pas forcément faciles.« Vingt et un ans, pis j\u2019suis encore là, pis j\u2019suis fier.On est réuni, tous ensemble.» Pour lui, « ensemble » c\u2019est important, que ce soit à la campagne, dans sa famille retrouvée, avec la communauté de L\u2019Itinéraire ou avec ses clients.Ensemble.L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Gilles Par Marie Brion Bénévole à la rédaction Photo : Milton Fernandes Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL ET ÉDITEUR : LUC DESJARDINS RÉDACTION Éditrice adjointe et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : CAMILLE TESTE Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe-participant : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste-participante : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, ARIANE CHASLE, MADELEINE LAROCHE, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE, SHANNON PÉCOURT Photo de la une : JULIE ARTACHO ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : SYLVANA LLANOS Adjointe comptable \u2013 commis au dépot : MARCELA CHAVES Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Épargne placement Québec Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.E.N.C.R.L./ s.r.l Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Levasseur Warren Coaching Inc.JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.l ISABELLE RAYMOND - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire SIMON JACQUES - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : GISÈLE BÉLANGER Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 Bonjour, J\u2019achète la revue à Mme Girard au métro Longueuil à toutes les deux semaines, depuis plus de trois ans.Je le lis religieusement, et intégralement de la première à la dernière page.Ne vous méprenez pas, je ne suis pas religieuse, mais comptable .Ce magazine me surprend toujours avec des sujets encore meilleurs et recherchés, et ce, à chaque nouveau numéro.J\u2019aime également en savoir davantage sur la vie des camelots,?parce?qu\u2019ensuite?quand?je?lis?les?articles?qu\u2019ils?écrivent,?je?fais?le?lien?avec?leurs?photos?et?leurs?histoires?et?parfois?je?les?croise?dans?le?métro.Mais eux ne savent pas que je les reconnais, ils sont bons à voir, dans le sens de bonnes personnes, des combattants gagnants de tous les?jours?je?les?admire?profondément.?Toujours?un?plaisir?de?vous?lire.Mme Céline, comptable Bonjour, J'aime beaucoup le Zoom et les mots des camelots.On apprend à les (re) connaître.Le dossier sur les Autochtones m'a vraiment touchée.De toute évidence, Idle no more\u2026 Bravo ! Une?fidèle?lectrice, Hélène Brassard 3 MOTS DE CAMELOTS Maxime Valcourt 9 Sylvain Pépin-Girard 9 Antoine Desrochers 9 Réal?Lambert?43 Linda Pelletier 43 France Lapointe 43 ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Gilles ÉDITORIAL 7 Habiter le corps qu\u2019on a ! Par?Josée?Panet-Raymond ROND-POINT INTERNATIONAL 8 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ 10 Me Yves Papineau sur le cannabis à domicile Par Laurent Soumis EN TOUTE LIBERTÉ 11 La liberté qu\u2019on enchaîne Par?Mathieu?Thériault MOT DU RAPSIM 19 Une itinérance à l\u2019échelle de la ville Par Guillaume Legault -organisateur?du?RAPSIM SOCIÉTÉ 20 Des survivants d\u2019actes criminels se racontent Par?Jo?Redwitch DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 24 COMPTES À RENDRE 26 Le mythe américain Par?Ianik?Marcil,?économiste indépendant RÉFLEXIONS 27 Apprendre à se pardonner Par Maxime Plamondon CHRONIQUE 33 Humiliation Par Pierre Saint-Amour INFO CAMELOTS 34 Par Simon Jacques CARREFOUR 34 CHRONIQUE 35 Distributrice humaine Par Josée Cardinal CIRQUE 36 La face cachée de Cavalia Par?Mario?Alberto?Reyes?Zamora EXPOSITION 38 Lèche-vitrines artistique Par?Roger?Perreault HISTOIRES DE RUES 40 Rue Gilford / De Mentana Par Gaétan Prince BD 42 Par Namron, bédéiste DÉTENTE 44 À PROPOS DE LA NOURRITURE 46 Par Maxime Plamondon 12 SANS A \u2022 L\u2019obsession d\u2019un corps dompté \u2022 Sommes-nous tous grossophobes ?\u2022 Dans les coulisses de la une Par Camille Teste \u2022 Manger pour se libérer ?Par Qu\u2019Alain Commu\u2019nos-terres Avec?une?enfance?digne?des?Misérables,?10?ans?de cabane et 30 ans de rue, Jean-Claude n\u2019a jamais pu jouir d\u2019une véritable intimité.Bains-douches, toilettes publiques et amour en pleine rue.Mais même sur le trottoir, on a besoin d\u2019un coin à soi.Jean-Claude lui, n\u2019a jamais bougé du sien et l\u2019a même aménagé.Sans A est?un?média?d\u2019impact?français,?qui?a?pour vocation de rendre visibles les invisibles.Nous leur ouvrons nos pages pour que ces histoires?voyagent?au-delà?des?frontières?françaises.?DOSSIER 28 Prix de vente 3 $ paie l\u2019impression + coûts de production 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les SOMMAIRE 1er août 2018 Volume XXV, no 15 Mots de lecteurs 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 publicité MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : de courbes, qui faisait la une de toutes les revues de mode dans les années 1967-68.C\u2019est aussi à cette époque que l\u2019anorexie connaîtra une recrudescence chez les adolescentes qui voulaient l\u2019émuler.Parallèlement, la mode des régimes explose, tout comme l\u2019hy- perculpabilisation du gain de poids.Et paradoxalement, le fast-food envahit la culture nord-américaine avec son sucre, ses calories dans le plafond et ses gras saturés qui font grimper la masse corporelle d\u2019une bonne part de la population.On n\u2019a jamais compté autant de personnes obèses, ni autant de grossophobes ! Les personnes grosses, dans l\u2019œil de la société, reflètent ses dérives et ses excès.Manger ses émotions Les experts se confondent en études et en théories pour expliquer la croissance du surpoids et de l\u2019obésité dans notre société.Mais pas besoin d\u2019être un scientifique pour pointer du doigt l\u2019angoisse comme l\u2019un des facteurs.Pour être capable de composer avec la vie, ses peines et ses misères, certaines personnes « mangent leurs émotions », au même titre que d\u2019autres boivent ou se droguent.Et sur certaines, les kilos collent plus facilement que sur d\u2019autres qui peuvent se permettre de manger abondamment sans prendre de poids.En parlant de drogue, le sucre en est une par excellence.Pour ceux qui ont vu Super Size Me, de Morgan Spurlock sur la consommation excessive de malbouffe de chez McDonald\u2019s, les quantités phénoménales de sucre qu\u2019il a ingurgitées pendant le tournage de son documentaire l\u2019ont mené aux portes de la cirrhose du foie et lui ont fait prendre 11 kilos en un seul mois.Son film dressait ainsi le portrait de l\u2019obésité chez les Américains, devenue quasi épidémique.Pour pallier aux dommages causés par la malbouffe et la sédentarité, la mode du work-out, de la bouffe santé, du végétarisme et du véganisme prend de l\u2019essor.Et comme c\u2019est souvent le cas, (l\u2019humain est ainsi fait), on a tendance à verser dans les extrêmes.De la surconsommation alimentaire à l\u2019anorexie, de la sédentarité au conditionnement physique intensif, il y a un juste milieu.Celui où l\u2019on s\u2019accepte dans nos corps avec ses « poignées d\u2019amour », bédaines, seins petits ou très gros, fesses maigrichonnes ou imposantes.Bref, s\u2019assumer et habiter le corps qu\u2019on a ! J\u2019ai souvenir d\u2019être en voiture, arrêtée à un feu rouge, le regard captivé par une femme qui attendait l\u2019autobus.Il se dégageait d\u2019elle une grâce et une beauté qui forçaient l\u2019admiration.« Wow ! Quelle belle femme », avais-je commenté à la personne qui m\u2019accompagnait.La dame à l\u2019allure racée, vêtue d\u2019une jolie robe colorée qui flottait au vent avait un air fier et sensuel à faire tourner les têtes.Elle devait peser dans les 250 lbs.Cette femme s\u2019assumait.C\u2019est ça qui la rendait si belle.En plus, elle était noire.On pouvait supposer alors que dans sa culture, les femmes corpulentes sont considérées comme plus attrayantes.Ce qui n\u2019est pas nécessairement le cas en Amérique du Nord, voire un peu partout en Occident.Ici, le culte de la minceur et du corps « parfait » occupe encore beaucoup de place, bien que les mentalités commencent à changer tranquillement pas vite.On voit de plus en plus de mannequins « taille plus » dans les magazines et de comédiennes « bien enveloppées » à la télé et au cinéma, jouer des rôles qui ne se rattachent pas à leur physique.Il était temps ! De la sorte, on offre un portrait pas mal plus fidèle de la société.Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que les femmes \u2013 et les hommes \u2013 acceptent leurs corps et cessent de faire de l\u2019obsession sur ce qu\u2019on estime être le corps « normal ».De rondes à anorexiques Dans un passé pas si éloigné, soit jusqu\u2019aux années 1920, les femmes aux formes généreuses étaient la norme ; symboles de prospérité, parce que bien nourries.Puis, les choses ont commencé à changer.La cure minceur s\u2019est manifestée au cinéma, comme par exemple, dans les années 30, la filiforme Cendrillon de Walt Disney avec son irréelle taille de guêpe dictait inconsciemment \u2013 ou consciemment \u2013 ce qu\u2019était le corps « idéal ».Les personnages plus gros, quant à eux, avaient des rôles risibles, voire détestables.Dans les décennies suivantes, c\u2019est Barbie, aux proportions impossibles, qui montrera aux petites filles et à leurs mamans ce à quoi elles devraient ressembler.Les plus de 50 ans se souviendront de l\u2019androgynique mannequin Twiggy, une brindille à la moue sexy, mais au corps dépourvu Habiter le corps qu\u2019on a ! 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 7 PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL P H O T O : ?J U L I E ?A R T A C H O ÉCOSSE | Le tennisman Andy Murray parle d\u2019itinérance Plusieurs fois vainqueur du Grand Chelem britannique et récemment couronné chevalier du royaume, Andy Murray est le joueur de tennis le plus titré de Grande-Bretagne depuis la fin des années 1970.À 31 ans, il est aussi un homme engagé.Celui qui a mis sa carrière en pause à la suite d\u2019une blessure a accordé une interview à l\u2019INSP, un organisme qui, comme lui, est natif de Glasgow, en Écosse.INSP Vous avez grandi en Écosse, alors j\u2019imagine que vous êtes déjà entré en contact avec The Big Issue et ses vendeurs.Quelle était votre perception des journaux de rue et de leurs vendeurs ?Andy Murray J\u2019ai toujours pensé que c\u2019était une excellente initiative, mais avant je ne comprenais pas trop de quoi il s\u2019agissait.Et puis j\u2019ai fait quelques entrevues avec des journaux de rue, ce qui m\u2019a éclairé.INSP Vous voyagez beaucoup.Avez-vous rencontré des personnes marginalisées vendant des journaux de rue dans d\u2019autres parties du monde ?Les achetez-vous ?Andy Murray Quand je voyage, j\u2019ai tendance à rester entre l\u2019hôtel et le court de tennis, donc je ne vois pas grand monde.Mais quand je peux, j\u2019aime bavarder avec les différents vendeurs et évidemment acheter un exemplaire.INSP Pensez-vous que le sport ait un rôle à jouer pour inspirer et aider les gens à sortir de la pauvreté ?Andy Murray Bien sûr ! Le sport unit les gens du monde entier et il y a tant de façons d\u2019en faire un outil pour les aider.Le sport a le pouvoir de changer la vie de ceux qui en font.Il peut aider à créer des espaces sûrs et joue aussi un rôle dans la santé et l\u2019équilibre.Les sports d\u2019équipe peuvent aussi inculquer d\u2019importantes valeurs, comme le travail d\u2019équipe et la détermination.Cela peut servir non seulement dans le sport, mais dans la société en général.INSP Dans votre métier, comment faites-vous face à l\u2019adversité, et quel conseil donneriez-vous aux autres ?Andy Murray Tout le monde traverse des moments difficiles qui peuvent parfois être amplifiés si vous êtes un personnage public.J\u2019aime attaquer l\u2019adversité de front.Plus vite vous abordez le problème, plus vite vous pouvez travailler pour le réparer.Quoi qu\u2019il arrive et peu importe la dureté de la situation, n\u2019abandonnez jamais.Vous devez être fidèle à vous- même et si vous avez donné tout ce que vous avez, alors vous pouvez être fier, quel que soit le résultat, sur le court de tennis ou dans la vie.(Tony Inglis / INSP.ngo) TRADUCTION :?CAMILLE?TESTE 8 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O ?: ?A N D R E W ?C O U L D R I D G E / R E U T E R S L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau?International?des?journaux?de?rue?-?INSP).?Le réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 34 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org. MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU NOUVEAU MONDE ET DU RIDEAU VERT SYLVAIN PÉPIN-GIRARD PRÉPOSÉ À L\u2019ENTRETIEN MÉNAGER ANTOINE DESROCHERS CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO SAINT-HUBERT / BOUCHER 9 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Me débrouiller Comme je vous l\u2019ai déjà dit, je prends les problèmes un à la fois.Pour l\u2019instant, j\u2019ai réglé mon problème de logement.Je demeure présentement à la Old Brewery Mission.J\u2019y suis bien traité et je continue à chercher un appartement pour bientôt.Je progresse dans mon cheminement et je ne me laisse pas abattre.Je vous remercie de m\u2019encourager et de me retourner mes sourires.Je continuerai à vous vendre L\u2019Itinéraire, car cela m\u2019apporte beaucoup de stabilité et surtout, ça meuble mes journées.Je ne reste pas à rien faire.Je fais quelques fois des travaux légers et je prends ce qu\u2019on me donne.La vie, de temps en temps, me gâte beaucoup.Bien sûr, il y a des journées plus difficiles que d\u2019autres.La vie, ce n\u2019est pas toujours facile.Mais il ne faut pas s\u2019arrêter pour autant, car elle nous réserve toujours des surprises.Jusqu\u2019à maintenant, ma vie a toujours été bien remplie.J\u2019ai fait plein de choses et j\u2019aimerais partager avec vous, par des « mots de camelots », certaines de mes expériences.J\u2019aurai le plaisir de vous écrire encore.À bientôt ! Vagabond Il y a environ cinq ans, je marchais sur le trottoir à Laval lorsque j\u2019ai aperçu un chien empaillé dans les ordures d\u2019une résidence.Un petit chien brun aux pattes blanches et au poil frisé.Il avait l\u2019air vrai et vivant avec son regard direct et sa langue sortie.Je l\u2019ai ramassé et j\u2019ai décidé de l\u2019amener avec moi lorsque je vendais le journal.Je l\u2019ai surnommé Vagabond.Je l\u2019installais sur ses quatre pattes sur le trottoir, attaché à un poteau.Plusieurs passants, croyant qu\u2019il était vivant, venaient le flatter.Les réactions étaient assez diversifiées lorsque les gens réalisaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un animal empaillé.Certains étaient choqués et d\u2019autres riaient de s\u2019être fait « prendre au piège ».L\u2019été dernier, j\u2019ai décidé de laisser mon « compagnon » dans ma camionnette à la vue des passants.Un jour, j\u2019ai eu un avertissement de la police qui me signifiait de ne pas laisser un animal seul dans une voiture en pleine canicule.J\u2019ai ignoré de l\u2019avertissement et au final, j\u2019ai récolté pour environ 1000 $ d\u2019amendes.J\u2019ai décidé de plaider coupable, c\u2019était plus simple que de raconter mon histoire rocambolesque à un juge.J\u2019ai été condamné à 25 heures de travaux communautaires chez Caniches Laval où j\u2019ai soigné des chiens, cette fois en chair et en os.J\u2019ai toujours Vagabond avec moi, dans ma camionnette.Suite à une chute, il lui manque maintenant une patte et sa langue est tombée.J\u2019espère ne pas récolter une nouvelle amende pour cruauté animale\u2026 Pourquoi j\u2019aimais tant la rue Il y a environ deux ans, je buvais de l\u2019alcool et je fumais du pot.C\u2019était régulièrement party time.J\u2019étais tellement saoul et gelé qu\u2019il m\u2019arrivait souvent de dormir dehors, en compagnie de gens pas trop recommandables.Pourquoi je dormais dehors ?Pour la seule raison que je voulais retrouver mon père biologique, même si je savais qu\u2019il était décédé, comme si son fantôme m\u2019appelait.Je voulais pouvoir dormir à ses côtés et le protéger du monde extérieur.Il m\u2019est arrivé de dormir là où il a pu dormir.À ces endroits-là, je devenais très irritable et émotionnellement instable.Personne ne pouvait m\u2019approcher, même pas les policiers, mais ils comprenaient ma situation et ils me laissaient vivre ma peine.Je me foutais de consommer devant les passants.Pour moi, je n\u2019avais plus le sens de la vie.Je voulais juste revoir mon père, mais c\u2019est dur de courir après un mort.Maintenant, il m\u2019arrive de retourner sur ces lieux où j\u2019ai dormi et des images me hantent encore.Pourquoi la vie est-elle ainsi faite ?Est-ce moi qui l\u2019ai créée ou bien c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019autre et moi, je subis le fardeau créé par les autres ?Tant de questions que je me pose ! Et les personnes qui pourraient me répondre ne sont plus là.Alors, comment puis-je porter un fardeau si lourd\u2026 si triste ?La seule réponse que j\u2019ai trouvée, c\u2019est de garder confiance qu\u2019un jour, dans l\u2019au-delà, j\u2019aurai finalement la réponse.Alors\u2026 patience. P H O T O ?: ?C O U R T O I S I E questions à Me Yves Papineau 4 Comme les mésententes risquent d\u2019être nombreuses, risque-t-on d\u2019assister à la multiplication des causes de trouble de voisinage fondées sur l\u2019article 976 du Code civil ?Oui, mais je fais partie des éternels optimistes.Je ne peux pas croire que tout le monde va se mettre à fumer du cannabis parce que c\u2019est désormais légal.On ne sera pas six millions de Canadiens à se mettre à fumer demain matin.Y aura-t-il probablement plus de consommateurs ?Oui.Cela risque-t-il de déranger ?Oui.Mais nous avons un gouvernement qui a décidé que c\u2019était correct.À un moment donné, il va falloir que les juges tranchent.Si tu as le droit de fumer du cannabis, est-ce que tu as le droit de déranger les voisins ?Ou tu n\u2019as pas le droit de déranger les voisins ?Dans un immeuble à condos, est-ce qu\u2019une assemblée de copropriétaires peut interdire la consommation de cannabis dans les parties privatives ?À l\u2019intérieur des parties communes, il n\u2019y a aucun problème à interdire la consommation.À l\u2019intérieur des parties privatives, il y a l\u2019article 1056 du Code civil qui dit qu\u2019on ne peut pas faire de règlements qui vont nuire ou priver les droits des copropriétaires, sauf en vertu de la destination de l\u2019immeuble.Donc, est-ce qu\u2019on peut interdire aux gens de Si la consommation de cannabis risque de créer des problèmes au travail, la légalisation laisse déjà entrevoir à la maison certaines chicanes entre voisins, et certaines autres disputes entre propriétaires et locataires.Où en est-on ?Avocat émérite en droit immobilier, Me Yves Papineau a accepté d\u2019éclairer nos lanternes.Depuis plus de 25 ans, il est spécialisé en droit de la copropriété.Un locataire \u2013 qu\u2019il soit dans un logement conventionnel ou dans une copropriété \u2013 peut-il se voir interdire la consommation de cannabis dans son appartement par son propriétaire ?Oui, et il y a déjà beaucoup de décisions rendues par la Régie du logement.Une décision récente visait un locataire qui n\u2019avait pas de clause dans son bail lui interdisant de fumer le cannabis ou quoique ce soit.Il consommait du cannabis avec une ordonnance médicale.Mais l\u2019odeur dérangeait tout le monde.Le locateur a demandé l\u2019annulation du bail et l\u2019éviction du locataire.La Régie du logement a accueilli sa demande, a annulé le bail et a évincé le locataire.Selon la Régie, le propriétaire et les autres locataires n\u2019avaient pas à subir les odeurs.Le locataire est allé en appel à la Cour du Québec, qui a confirmé la décision de la Régie.fumer du cannabis à l\u2019intérieur de leur appartement ?Il y a beaucoup de gens qui pensent que oui.Mais il y en a beaucoup qui pensent que non.À moins de faire une modification à la déclaration de copropriété avec 90 % des voix, on ne pourra pas empêcher les gens de fumer à l\u2019intérieur de leur appartement.Par contre, on n\u2019a pas vraiment besoin d\u2019un règlement pour ça.Dans le sens suivant : la déclaration de copropriété prévoit \u2013 mais pas toujours dans les mêmes termes - qu\u2019un propriétaire ou un occupant ne peut pas, par ses agissements, causer des bruits, des tracas, déranger les voisins ou quoique ce soit.Moi, j\u2019ai l\u2019impression que la journée où quelqu\u2019un va se mettre à fumer à tour de bras et que ça dérangera les voisins, ce règle- ment-là va permettre de dire : vous dérangez tout le monde et arrêtez ! Mais il va falloir voir ce que les tribunaux en pensent.Il y a déjà des immeubles de condos sans fumée.Peut-on penser qu\u2019il y aura de futurs projets de construction de condos sans cannabis ?Effectivement.Et ça sera plus facile dans le sens suivant : si on commence la copropriété et que la déclaration prévoit que personne ne peut fumer quoique ce soit, les gens qui vont acheter ne vont pas s\u2019en plaindre.Ce sera dans la destination de l\u2019immeuble.Ce sera clair dans la déclaration, et pour changer ça, ça va prendre 90 % des voix.Ça sera sûrement la chose la plus simple qui peut arriver.sur le cannabis à domicile 10 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 QUESTIONS D\u2019ACTUALITÉ PAR LAURENT SOUMIS P H O T O ?: ?W I K I P E D I A ?C R E A T I V E ?C O M M O N S / S T E F A N ?R I C H T E R En effet il semble que nous sommes bien peu à s\u2019inquiéter de voir à quel point nous sommes espionnés, traqués et surveillés comme jamais nous l\u2019avons été dans le monde contemporain.Les gouvernements et encore plus l\u2019entreprise privée disposent de moyens de contrôle, de régulation et de surveillance absolument inédits dans l\u2019histoire humaine.On a l\u2019habitude de considérer la Gestapo, le KGB, la Stasi (RDA) ou la Securitat (Roumanie) comme les pires polices politiques, ou les pires agresseurs de la vie privée de l\u2019histoire.Pourtant ces organisations ne disposaient même pas du dixième des capacités de surveillance qu\u2019ont les géants du web à l\u2019heure actuelle.Big Brother.com Sous la gouverne d\u2019États ou de dirigeants ouvertement autoritaires, les citoyens avaient la très légitime habitude de se méfier et d\u2019en révéler le moins possible.Or, il semble qu\u2019aujourd\u2019hui le citoyen tienne pour acquis qu\u2019il vit en démocratie et que tous ses droits sont d\u2019emblée protégés.On peut le constater en parcourant les réseaux sociaux.À peu près tout le monde accepte de mettre sur Facebook ou sur Instagram une foule de détails sur sa vie privée qu\u2019il ou elle n\u2019accepterait jamais de révéler à un flic qui cognerait à sa porte.On va se méfier, avec raison, d\u2019une intrusion abusive de l\u2019État, mais on dit oui, les yeux fermés, quand cela vient des réseaux sociaux.Et on s\u2019étonne ensuite que des firmes manipulent toutes ces données à des fins politiques et on fait comme si demain matin nos si démocratiques dirigeants ne pouvaient pas les utiliser contre leur propre population.Il serait contre-productif de dire que nous sommes revenus au fascisme, car ce n\u2019est de toute évidence pas le cas.Mais il importe de se rappeler que 1984 et Big Brother, ce n\u2019est plus vraiment de la science-fiction.Avec tous ces moyens de surveillance et de contrôle de la vie privée, c\u2019est un peu comme si, dans notre cour, on avait laissé se construire les camps de concentration, les clôtures et les barbelés.D\u2019accord, pour l\u2019instant personne n\u2019y est enfermé, mais toute l\u2019infrastructure est là.Cela devrait être suffisant pour nous alarmer sérieusement.Il y a maintenant pratiquement 30 ans, le « monde libre » célébrait la chute du mur de Berlin et avec elle l\u2019implosion du « rideau de fer ».Des penseurs et des philosophes allaient même jusqu\u2019à dire que nous assistions à la « fin de l\u2019histoire », en ce sens que les démocraties libérales capitalistes s\u2019imposaient désormais comme le seul régime politique possible et que ce serait d\u2019ailleurs ça l\u2019avenir de l\u2019humanité.Sauf qu\u2019au- jourd\u2019hui, il semble qu\u2019on soit plusieurs à se demander, comme le chantait Renaud, « c\u2019est quand qu\u2019on va où ? » Effectivement, au 20e siècle, on a expérimenté des modes alternatifs à la démocratie libérale capitaliste.Un régime qui est à la politique ce que la digestion est au corps humain; ok c\u2019est peut-être utile, mais ce n\u2019est vraiment pas sexy ! Donc on a voulu changer ça pour que ce soit moins beige.À droite, on est allé vers le fascisme.À gauche, vers le communisme.Vu le bilan en vies humaines que les pays se réclamant de ce type d\u2019initiatives ont légué, plusieurs se sont dit qu\u2019il fallait peut-être mieux, effectivement, revenir à la case départ.La « démocrature » Désormais, il n\u2019y a plus que quatre pays se réclamant toujours du communisme, dont aucun ne semble vraiment croire en sa propre propagande.Et aucun pays ne se réclame ouvertement du fascisme, qui demeure à ce jour un mot tabou, même si nombre de pays pourraient être qualifiés de « démocrature », une contraction entre les mots démocratie et dictature.Car oui, théoriquement, tu vis dans une démocratie quand tu as le droit d\u2019aller voter sans entrave et sans contrainte.Sauf que quand ton choix est entre le blanc bonnet et le bonnet blanc, c\u2019est quoi exactement tes options ?Aujourd\u2019hui pourtant, ce n\u2019est pas ce qu\u2019il me fait le plus peur.Il me semble que la menace ne vient pas tant des gouvernements que des citoyens eux-mêmes.On dirait que pour l\u2019immense majorité des gens, c\u2019est effectivement la « fin de l\u2019histoire » et qu\u2019ils estiment qu\u2019ils vivront pour toujours dans des sociétés libres, démocratiques et souveraines en droits.La liberté qu\u2019on enchaîne PAR MATHIEU THÉRIAULT CAMELOT DE L\u2019ÉPÉE / BERNARD EN TOUTE LIBERTÉ 11 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA PAR CAMILLE TESTE d\u2019un corps dompté L\u2019obsession PHOTO :?JULIE?ARTACHO Réseaux sociaux, marques et magazines ne manquent pas de nous le rappeler : nos corps et ce que nous mettons dedans sont un enjeu contemporain.Sur Instagram, depuis quelques semaines, une petite publicité suggère aux utilisateurs de télécharger Photable, une application qui permet de rajouter discrètement des abdominaux dessinés ou un hâle bronzé à n\u2019importe quel sujet photographié.Avec l\u2019été, l\u2019outil tombe à pic.Ceux qui le désirent peuvent désormais modeler leur corps virtuel en quelques secondes et ressembler davantage à ces influenceurs dont la plastique fait autorité, le reste de l\u2019année.Rendu possible par des algorithmes de plus en plus efficaces, Photable n\u2019est qu\u2019un énième outil au service de cette obsession d\u2019un physique choisi.À quelques clics du corps idéal L\u2019application Pump Up va plus loin.Réseau social orienté vers le culte du corps sculpté, il invite ses milliers d\u2019utilisateurs à poster des photographies de leurs prouesses sportives et de leurs muscles affutés.Chacun y publie ainsi les kilomètres courus ou pédalés et les calories brûlées.On peut aussi y admirer pléthore d\u2019égoportraits, mettant en scène des utilisateurs dévêtus, fiers de prouver qu\u2019au fil des mois, ils ont raffermi leurs cuisses, assoupli leur dos ou affiné leurs bras.S\u2019ajoutent à cela des phrases stimulantes, prophétiques même, partagées à l\u2019infini par les membres de la communauté : « t\u2019es-tu entraîné aujourd\u2019hui ?» ; « ton esprit est le ciment qui t\u2019aidera à te construire un corps de rêve » ; « rien n\u2019est plus facile, vous êtes juste devenus plus forts ! ».Face à la mise en scène des prouesses de ces parfaits inconnus, on se surprend à passer de longues minutes à se promener d\u2019un compte à l\u2019autre.Hypnotisé, on s\u2019interroge sur ce qu\u2019on pourrait accomplir avec sa propre enveloppe charnelle si on le désirait.Pour la nutritionniste montréalaise Lisa Rutledge, le caractère addictif de ce type de publication s\u2019explique par une inclinaison à comparer nos performances.« En regardant ces images, on calcule l\u2019écart entre ces modèles et son corps à soi.» Une manière d\u2019aller tourmenter l\u2019ego qui aurait pour conséquence, selon elle, « de nous pousser à chercher toujours plus de façons d\u2019être parfaits et ce, même si la perfection n\u2019est qu\u2019une construction sociale ».Si Mme Rutledge regarde ces applications avec défiance, c\u2019est qu\u2019elle connait l\u2019effet que celles-ci peuvent produire sur ceux qu\u2019elle accompagne.« Ce sont des messages très toxiques, affirme-t-elle.J\u2019encourage toujours mes patients à s\u2019interroger sur ce qu\u2019ils ressentent : si passer du temps sur ces réseaux est source de stress, il faut arrêter.» Manger sain Dans cette course au corps idéal, la nourriture a su tirer son épingle du jeu.Sur Pump Up comme sur Instagram par exemple, les photographies de plats « santé » rencontrent un succès phénoménal.Nourriture crue, salades de fruits exotiques, bols colorés chargés de super aliments, smoothies verts : des comptes aux milliers d\u2019abonnés se sont ainsi spécialisés dans la mise en scène de ces repas « sains ».Souvent, ces illustrations sont accompagnées du hashtag #eatclean.Populaire depuis plusieurs années déjà, la philosophie clean eating, ou alimentation propre, consiste à n\u2019absorber que des aliments « entiers » ou « non transformés ».Une définition plutôt floue, basée sur l\u2019idée radicale selon laquelle la plupart des produits alimentaires à notre disposition seraient impurs.Aussi, selon cette doctrine, reprendre le contrôle de son corps équivaudrait à éviter ces aliments malsains par tous les moyens.« Le problème de cette philosophie, qui n\u2019a aucun fondement scientifique solide, c\u2019est qu\u2019il est très difficile de définir ce qu\u2019est un aliment sain et ce qui ne l\u2019est pas, souligne la nutritionniste Lisa Rutledge.C\u2019est normal de vouloir trouver des solutions pour améliorer son bien-être.Mais la santé c\u2019est subtil, et aujourd\u2019hui on voit des gourous du clean eating dicter ce qui est bon ou mauvais pour elle, comme si c\u2019était noir ou blanc.» La bloggeuse Jordan Younger, alias « The Balanced Blonde » (la blonde équilibrée), a contribué à populariser le mouvement.Sans qualification de nutritionniste, elle dispensait à sa communauté des conseils pour suivre, comme elle, un régime alimentaire végétalien, cru, sans sucre, sans céréales et sans légumineuses.En 2013, elle a vendu plus de 40 000 exemplaires de son programme « détox » en cinq jours, une formule entièrement végétale à base de jus vert.« Depuis quelques temps, il y a cette idée qu\u2019on s\u2019intoxiquerait, et qu\u2019il faudrait consommer des produits détox pour compenser », s\u2019exaspère à ce sujet Marie Watiez, psychosociologue de l\u2019alimentation et chargée de cours à l\u2019 UQAM.Le corps, capital social et injonction morale Alors, comment expliquer cet engouement contemporain, enivrant et culpabilisant à la fois, pour la maîtrise de son corps ?Selon la philosophe Isabelle Quéval, auteure de l\u2019essai Le corps aujourd\u2019hui (2008), nous sommes passés d\u2019un monde où celui-ci était subi, victime des aléas de la vie, à la possibilité d\u2019avoir une enveloppe corporelle malléable, transformable au gré de nos choix alimentaires, sportifs et médicaux.Il serait ainsi devenu l\u2019outil à partir duquel « je vais pouvoir me construire un destin », explique-t-elle au magazine Télérama.Il constituerait donc, plus que jamais, un capital à « protéger, soigner, faire fructifier.et surtout faire durer ».Or, pour Mme Quéval, difficile d\u2019échapper à un phénomène devenu, au fil du temps, une véritable injonction morale.« [Désormais] il faut être mince, jeune, beau et en forme pour réussir sa vie relationnelle et professionnelle : la pression est forte pour que chacun intègre ces normes », constate-t-elle.Alors quoi, faut-il désormais être fit pour être aimé ?C\u2019est en tout cas ce que suppose Lisa Rutledge : « Aujourd\u2019hui, il y a cette idée que pour être accepté, il faut avoir un corps très mince.C\u2019est ce qui est considéré comme \u201c normal \u201d, souligne-t-elle.Le problème, c\u2019est que nous sommes dans une société qui va souvent admirer et complimenter le résultat de choix alimentaires malsains, menant, par exemple, à une minceur extrême ».La nutritionniste s\u2019inquiète également du caractère enfermant que peut avoir ce phénomène.« J\u2019ai eu une cliente qui, au bureau, s\u2019interdisait de manger des produits considérés comme mauvais pour la santé [un gâteau au chocolat par exemple].Avec le temps, elle avait acquis la réputation de la « healthy girl » et ne voulait pas la ruiner.» Pire encore, Mme Rutledge remarque que ceux qui résistent à cette pression sociale, en affirmant par exemple ne vouloir ni muscler, ni mincir, vont souvent faire face, dans leur quotidien, à une sorte de jugement accusateur.« Je crois que beaucoup de gens voient ce choix comme quelque chose de frustrant.On se dit : \u201c moi je souffre pour dompter mon corps, alors pourquoi pas toi ?\u201d » Le corps sain est un marché Pour Lisa Rutledge, pas de doute, les grands gagnants de ce dictat, ce sont d\u2019abord les marques.« La définition de la beauté est de plus en plus difficile à atteindre.Or, plus c\u2019est compliqué, plus on va être tenté de consommer pour atteindre nos objectifs.» Superaliments hors de prix, abonnement au gym, crèmes amincissantes, le marché du corps ne s\u2019est jamais aussi bien porté.En 2015, l\u2019industrie mondiale du bien-être représentait 3,72 billions de dollars 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 13 également appelé anorexie inversée, pousse ceux qui en souffrent à vouloir augmenter toujours plus leur masse musculaire au détriment de la masse graisseuse », poursuit-t-elle.Comme l\u2019orthorexie, la bigorexie peut, à moyen terme, présenter des conséquences néfastes, tant physiques que mentales.Si rien ne prouve que l\u2019obsession de notre société pour le corps soit l\u2019unique cause de ces troubles, les spécialistes supposent qu\u2019elle ne leur est pas totalement étrangère non plus.« Initialement, cela peut être un facteur qui va influencer les patients, affirme Mme Dion.Quand on reçoit en permanence des images qui sont présentées comme des idéaux à atteindre, cela peut créer une certaine préoccupation.Cependant, ce n\u2019est pas ce qui contribue à maintenir et à accroître la maladie.» Alimentation saine, alimentation sainte Lorsque la bloggeuse Jordan Younger a décidé de prendre la parole pour évoquer son rapport pathologique à l\u2019alimentation et son choix de revenir à un régime plus mesuré, le contrecoup a été immédiat.En quelques semaines, elle a perdu des milliers de fidèles, reçu de nombreux messages de haine, incluant des menaces de mort.On lui a ainsi reproché de n\u2019être qu\u2019un « gros morceau de lard » incapable d\u2019avoir la discipline nécessaire pour être vraiment pure.Le lynchage qu\u2019elle a subi, sorte d\u2019excommunication des temps modernes, ainsi que ce rapport fanatique à la pureté, ne sont pas sans évoquer le champ du sacré.« Dans toutes les diètes, il y a une dimension religieuse, affirme Lisa Rutledge.On investit beaucoup d\u2019énergie dans une croyance qui n\u2019a pas véritablement de fondement scientifique et on ne s\u2019interroge pas plus que cela sur les conséquences que nos comportements [alimentaires, mais aussi vis-à-vis des autres] peuvent avoir.» Dans un article intitulé Le complexe alimentaire moderne (1993), le sociologue Claude Fischler dressait déjà un parallèle entre nos comportements alimentaires contemporains et la religion chrétienne.Comme elle, notre rapport à la nourriture nous pousserait à déceler le bien du mal, à valoriser des comportements qui résistent à « la tentation de la facilité » et à respecter un « devoir de contrôle et de restriction [sur les quantités] ».Laisser nos corps tranquilles Face à ces pratiques qui, poussées à l\u2019extrême, martyrisent nos corps plus qu\u2019elles ne les sauvent, nutritionnistes et professionnels de l\u2019alimentation sont de plus en plus nombreux à prôner une acceptation du corps tel qu\u2019il est, afin d\u2019en finir avec les régimes, les restrictions et les angoisses alimentaires.« Ça fait longtemps qu\u2019on nous dit que nous ne pouvons pas nous fier à nous-mêmes, qu\u2019il ne faut pas écouter notre appétit.Résultat, nous ne nous faisons plus confiance.Pourtant, je crois que notre corps sait ce qui est bon pour lui et qu\u2019il nous pousse tout le temps dans la direction de la santé, affirme Lisa Rutledge.C\u2019est pourquoi j\u2019encourage l\u2019alimentation intuitive : j\u2019apprends à mes patients à écouter leur corps.» Marie Watiez, psychosociologue de l\u2019alimentation et chargée de cours à l\u2019UQAM, se bat quant à elle pour rappeler que le repas est la source de plaisirs multiples.« On mange pour différentes raisons.Pour survivre, d\u2019abord, mais aussi pour l\u2019expérience sensorielle que cela nous procure et pour le réconfort que la nourriture induit.Il y a aussi une dimension conviviale, ainsi qu\u2019un rapport particulier à la nature, à la terre, argu- mente-t-elle.Je crois que c\u2019est en intégrant toutes ces dimensions et en arrêtant de considérer certains aliments comme des ennemis, que l\u2019on recrée une relation vraiment saine avec la nourriture.» Une manière, en somme de se soustraire au culte du corps idéal et à l\u2019autoflagellation qui va avec, pour lui préférer le galvaudé, mais pourtant si simple, respect de soi.» (US) et a enregistré une croissance de 10,6 % entre 2013 et 2015.« Les médias et la culture ont beaucoup influencé cela, poursuit Lisa Rutledge.C\u2019est un marché qui se base sur une logique problème/solution.Si on fait de la cellulite un problème qu\u2019il faut combattre d\u2019un côté, il est plus facile de vendre une solution de l\u2019autre, sous forme de livres ou de produits et services divers.» « Ce que je trouve malheureux, c\u2019est que cette industrie, en jouant sur la culpabilité des gens, peut favoriser l\u2019émergence de troubles alimentaires et de maladies », regrette de son côté Marilène Dion, sexologue, psychothérapeute et coordinatrice à l\u2019ANEB (anorexie et boulimie Québec).Des troubles nouveaux En 2014 justement, la bloggeuse Jordan Younger, 23 ans, papesse du clean eating, était persuadée qu\u2019elle s\u2019alimentait de la façon la plus saine qui soit.Et puis, ses cheveux se sont mis à tomber.Ce régime « propre », que la jeune femme vendait comme la voie de la santé, la rendait malade.Son alimentation avait fait cesser ses règles et donné à sa peau une teinte orange, à force de consommer patates douces et carottes, seuls hydrates de carbone qu\u2019elle s\u2019autorisait.Malgré ces troubles, impossible d\u2019élargir le répertoire des aliments qu\u2019elle ingurgitait.En consultation médicale, elle est parvenue à mettre un mot sur cette incapacité à sortir d\u2019un régime rigide et restrictif.« Je savais que j\u2019avais un problème, mais celui-ci ne tombait pas dans les catégories traditionnelles de l\u2019anorexie, de la boulimie ou de la frénésie alimentaire, raconte-t-elle au blogue Refinery 29.Le mien était une obsession pour les aliments sains, purs et propres de la terre, ainsi qu\u2019une peur de tout ce qui pouvait potentiellement causer du tort à mon corps.Il s\u2019est avéré que ce trouble avait un nom : l\u2019orthorexie.» Pas encore reconnu par le DSM-5, outil qui référence les troubles mentaux à l\u2019international, l\u2019orthorexie se définit comme un comportement névrotique, caractérisé par l\u2019obsession d\u2019une alimentation saine, voire pure.Ce comportement, les spécialistes l\u2019observent régulièrement depuis cinq ou 10 ans.« Bien sûr, toutes les personnes qui veulent manger bien ne sont pas orthorexiques, souligne Marilène Dion, mais quand cette volonté de contrôle devient obsessionnelle, que l\u2019on passe 95 % de son temps à penser ou à planifier ses repas et que ce rapport à la nourriture joue sur ses relations sociales et sur sa santé, alors il se peut qu\u2019il y ait un trouble.» Parmi les autres comportements pathologiques récemment identifiés, Mme Dion évoque aussi la bigorexie, une dépendance à l\u2019exercice physique qui toucherait majoritairement les hommes.« Ce trouble, ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 14 P H O T O : ?J U L I E ?A R T A C H O Raconter, en image, l\u2019obsession de notre société pour un corps jeune, mince, lisse, musclé et toujours maîtrisé.Voilà le défi que nous avons lancé à la photographe montréalaise Julie Artacho.Comment décrirais-tu la couverture de ce nouveau numéro de L\u2019Itinéraire ?C\u2019est un projet une peu irrévérencieux, avec plein de petits détails à décortiquer.Mon idée c\u2019était de montrer que le sujet de la bouffe et du corps nous touche tous, à tous les âges et peu importe notre couleur.Ça commence durant l\u2019enfance et ça continue toute notre vie.Dans le tableau que tu proposes, il y a des gens de tous les âges, de toutes les orientations sexuelles, de toutes les couleurs et avec des morphologies très variées.Était-ce important pour toi de traiter le sujet comme ça ?Oui, je voulais représenter les Québécois de la façon la plus large possible.Se reconnaître dans les médias, ça change tout.Or, je suis tannée qu\u2019au Québec on montre toujours les mêmes personnes dans la publicité, au cinéma ou à la télévision.Moi je veux voir une plus grande diversité de couleurs, de corps, d\u2019âges et d\u2019orientations sexuelles.Dans l\u2019un des tableaux que nous avons réalisés, tu mets en scène Marilou et Katia, deux femmes avec des corps très différents, qui engloutissent chacune un burger.Pourquoi avoir fait ce choix ?Une femme mince qui mange de la junk, c\u2019est perçu comme un geste de femme libre.Ça peut même être sexualisé.Je pense aux photos de filles en sous-vêtements qui mangent de la pizza par exemple.C\u2019est censé être sexy et transgressif.Dans la même situation, une femme grosse ne va pas inspirer la même chose.On va trouver l\u2019image dégoûtante et se dire que de toute façon, elle ne mange sans doute que ça.Je voulais dénoncer ce contraste.Tu es toi-même dans un gros corps et, en tant que photographe, tu travailles beaucoup avec le milieu de la mode et des médias.Or, ces industries ne sont pas tendres avec le corps.Comment perçois-tu cette situation ?Oui, c\u2019est un peu une contradiction [rires].Dans le monde du magazine, un photoshoot, ça peut vraiment être rough.Il y a beaucoup de fat talk, c\u2019est-à-dire de commentaires négatifs porté sur son corps et sur celui des autres ou des discussions portant sur la perte de poids pouvant faire partie d\u2019une certaine forme de socialisation, notamment entre femmes.Mais j\u2019aime la mode, et je crois que je peux contribuer à changer ce milieu de l\u2019intérieur.D\u2019ailleurs, les gens avec qui je travaille sont sensibilisés à la cause des personnes grosses.Je sais que sur mes shoots, les gens ne vont pas faire les mêmes commentaires qu\u2019ailleurs.De plus, du fait de mon physique, j\u2019ai l\u2019impression que les individus que je photographie, en particulier les femmes, sont davantage en confiance avec moi.Je pense que si j\u2019étais une icône de beauté ça serait différent, les gens seraient peut-être moins à l\u2019aise.Remerciements : Sandra Muñoz, Wayra Dudemaine, Karine-Mygianie Jean-François, Enbydea Christensen, Guillaume Dubois, Laïma A.Gérald, Marilou Martineau, Ginette Morin, Sylvain Gignac, Alice Dugas, Carlianney Ho, Jeremie Alex, Camille Loiselle-d\u2019Aragon, Zélia Veilleux et Arianne Bergero PAR CAMILLE TESTE Dans les coulisses de la une 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 15 P H O T O ? : ?M A R I E - M I C H E L L E ?D U V A L ?M A R T I N Aujourd\u2019hui, la moitié de la population québécoise est en surpoids.La province compte également 18 % de personnes dites « obèses ».Un chiffre important, surtout quand on réalise qu\u2019un grand nombre d\u2019entre elles doivent faire face, chaque jour de leur vie, à une discrimination tenace.« À l\u2019école, lorsqu\u2019 il qu\u2019 il fallait lire à voix haute le mot « gros » dans un texte, j\u2019avais des sueurs et le cœur qui battait, raconte Katia Lévesque, une femme que l\u2019on qualifie d\u2019obèse depuis l\u2019enfance.Je savais que les autres élèves allaient m\u2019 identifier à ce mot.» Nous la rencontrons en studio, alors qu\u2019elle s\u2019apprête à poser pour la couverture de ce numéro.Naturelle, elle déambule à demi nue, aussi à l\u2019aise que si elle était dans sa propre salle de bain.Autour, nous interceptons quelques regards surpris : on n\u2019a pas l\u2019habitude de voir une femme grosse assumer son corps.Confrontée, depuis toujours, au jugement d\u2019une société qui déconsidère les personnes en surpoids, elle a mis du temps pour en arriver là.« J\u2019ai déserté mon corps quand j\u2019étais enfant », raconte-elle.Devenue comédienne, Mme Lévesque a appris à jouer avec sa plastique.« À un moment donné, l\u2019art est devenu une façon de m\u2019exprimer.Je ne voyais mon type de corps nulle part à la télévision ou au cinéma, alors je me suis dit que j\u2019 irais moi-même.» L\u2019objectif de l\u2019artiste était clair.Elle voulait donner accès à un corps différent et pousser le public à s\u2019interroger : pourquoi asso- cions-nous d\u2019emblée ce corps à quelque chose de laid ?« Je voulais offrir cette opportunité de poser un regard différent sur la cellulite, les vergetures, le gras », explique celle qui pose également comme modèle vivant pour des étudiants en art au collégial.Préjugés et discrimination Si le travail de Katia Lévesque est nécessaire, c\u2019est que la représentation qui est faite des personnes grosses dans l\u2019espace public est pour le moins stigmatisante.« Dans les œuvres de fiction par exemple, le personnage gros, ça va être une grosse noire super loud, une grosse amie sans vie sexuelle, un méchant dans un film Disney, comme Ursula dans la Petite Sirène, ou alors le kid bully dans les films pour enfants.Mais jamais le personnage principal.Sauf si son histoire, c\u2019est qu\u2019il veut maigrir », déplore Gabrielle Lisa Collard, chroniqueuse et auteure du blogue « Taille plus » Dix Octobre.Symptomatiques de la manière dont nous traitons les personnes en surpoids dans notre société, ces représentations ne sont qu\u2019un exemple d\u2019une liste ahurissante de préjugés et de discriminations.Ce phénomène, que les militants nomment grossophobie, peut prendre différentes formes.Regards en coin portés sur une chaire Grossophobie Sommes-nous tous grossophobes ?PAR CAMILLE TESTE ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 P H O T O : ?J U L I E ?A R T A C H O 16 jugée trop abondante, injonctions à maigrir de la part de l\u2019entourage proche ou d\u2019inconnus dans l\u2019espace public, moqueries, voilà le lot commun de bien des personnes en surpoids.« Les gens ne comprennent pas jusqu\u2019où va le fat shaming, déplore Lisa Rutledge, nutritionniste.Ce sont des micro-agressions constantes : on vous juge sur vos choix vestimentaires, sur ce que vous mangez en public ou si comme tout le monde, vous décidez d\u2019aller à la plage.» Lenteur, bêtise, paresse, gloutonnerie : les allégations faites au sujet du caractère des personnes en surpoids ne manquent pas non plus.« Forcément, un gros se roule dans les plaisirs terrestres », soupire Gabrielle Lisa Collard.Un système grossophobe Au niveau systémique, le tableau n\u2019est pas plus reluisant : aux États-Unis ou en France, des études montrent que les personnes en surpoids auraient moins de chance de trouver un emploi.Si, au Canada, la recherche est peu profuse en la matière, des provinces comme le Manitoba cherchent à légiférer sur le sujet, conscients que le problème est réel.De même, dans le secteur médical, on ne compte plus les témoignages de personnes en surpoids qui accusent les médecins de minimiser leur douleur physique ou morale, la réduisant souvent à un problème de corpulence.Sur son blogue, Gabrielle Lisa Collard accumule les témoignages anonymes de personnes ayant subi ce type de dérives.Parmi eux, il y a cette jeune fille de 12 ans qui est allée consulter un médecin plusieurs fois pour une forte douleur aux jambes.À chaque fois, on lui conseille de faire de l\u2019exercice et de perdre du poids.Il lui faudra consulter un second praticien pour apprendre qu\u2019elle souffre d\u2019une tumeur cancéreuse autour du nerf sciatique.Elle fera 10 mois de chimiothérapie.Ne maigrit pas qui veut Parmi les lieux communs subis au quotidien, il y en a un qui exaspère profondément Mme Collard.« Le préjugé numéro 1 pour moi, c\u2019est l\u2019 idée selon laquelle être gros est un choix ; et qu\u2019 il suffirait de dire à une personne grosse de maigrir pour que ça fonctionne », souffle-t-elle.Pour la nutritionniste Lisa Rutledge, dire cela revient à faire fi d\u2019une réalité crue : le physique n\u2019est pas qu\u2019une question de volonté.« Notre poids est déterminé à 75 % par autre chose que notre alimentation et notre activité physique, explique-t-elle.Par exemple, il faut prendre en compte les antécédents de chacun, mais aussi le stress, le statut économique et l\u2019endroit où l\u2019on vit : celui-ci nous permet-il de nous déplacer à pied ?Et même si l\u2019on parvient à suivre un régime, il y a de très fortes chances pour que ça ne fonctionne pas, ou seulement de façon provisoire ! » Plus encore, suggérer à une personne en surpoids de faire un régime produirait, selon elle, l\u2019effet inverse.« La recherche a montré que la stigmatisation avait un effet négatif sur le mental et sur le physique.Il y a des chances que la personne concernée gère cette injonction en mangeant plus ou en bougeant moins, car elle ne voudra pas, par exemple, que les gens rient d\u2019elle et de son corps en mouvement.» Normaliser le corps gros Le sport, justement, a longtemps été la bête noire de Mme Collard.« Petite, j\u2019aimais ça, mais je me faisais souvent juger : ça ne donne pas envie de continuer.Il a fallu que je me réconcilie avec mon corps pour savoir quelle activité physique me plaisait, confie-t-elle.Aujourd\u2019hui, je vais à la piscine, je fais de la danse, du yoga.Je me suis rendu compte que le corps peut faire n\u2019 importe quoi.Après tout, il y a des athlètes qui font des Ironman dans des corps plus gros que le mien ! » Avec le temps, malgré les injonctions sociales, Gabrielle Lisa Collard et Katia Lévesque ont reconstruit une complicité avec leur corps.Dans un monde idéal, cette complicité n\u2019aurait pas été mise au défi : « Pourquoi partir du principe qu\u2019être gros c\u2019est négatif en soi ?, s\u2019interroge Mme Collard.Si tu enlèves les préjugés, il n\u2019y a pas de réel problème.» Selon elle, il faut aussi cesser de considérer que les personnes grosses ont nécessairement besoin de maigrir.« On associe trop souvent surpoids et maladie.Pourtant, un corps gros n\u2019est pas forcément un corps malade.Être gros c\u2019est juste un état ! » Lisa Rutledge, nutritionniste, va dans le même sens.« Je l\u2019explique tous les jours : la taille d\u2019un corps ne démontre rien du mode de vie ou de la santé d\u2019une personne, montre-t-elle.Il est juste plus facile de faire des suppositions sur un gros corps : on se dit que si quelqu\u2019un a un tel physique, c\u2019est forcément que cette personne présente un trouble.Or, ce n\u2019est pas toujours le cas.» Arrêter d\u2019avoir peur Le terme grossophobie n\u2019a pas été choisi au hasard.Étymologiquement, le mot renvoie à la peur des grosses personnes.Dans un contexte où l\u2019organisation mondiale de la santé (OMS) parle « d\u2019épidémie d\u2019obésité », et où nos corps n\u2019ont jamais subi autant d\u2019injonctions, il semblerait que nous ayons développé une peur collective du surpoids.« Ça n\u2019a pas toujours été comme ça, mais aujourd\u2019hui on a peur d\u2019être gros, ou de pas être capable de changer notre corps pour l\u2019être moins », déplore Lisa Rutledge.Sauf qu\u2019au lieu de lutter, entre autres, contre les dérives de l\u2019industrie alimentaire et contre les messages toxiques de celle de la minceur, individus et structures sociales s\u2019en seraient pris aux premiers concernés.« Gros ou non, aujourd\u2019hui, tout le monde est grossophobe, et tout le monde est victime de la grossophobie rampante qui affecte notre société », affirme Gabrielle Lisa Collard sur son blogue.Depuis quelques mois, les voix de ceux qui militent contre la gros- sophobie rencontrent un écho favorable à l\u2019international.Reste qu\u2019il faudra du temps pour faire changer les mentalités.« Ça ne signifie pas qu\u2019 il ne faut pas essayer », conclue-t-elle.« Gros ou non, aujourd\u2019hui, tout le monde est grossophobe, et tout le monde est victime de la grossophobie rampante qui affecte notre société » P H O T O : ?U L R I C K ?W E R Y Gabrielle Lisa Collard 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 17 Autour de moi, beaucoup ont remarqué que j\u2019ai perdu du poids.Je suis conscient que ce changement extérieur est un effet secondaire de changements intérieurs.Enfant, la nourriture a été mon premier refuge.C\u2019était une source de compensation face aux nombreux manques à combler.Victime d\u2019épisodes répétés d\u2019abus sexuels lorsque j\u2019avais trois, cinq et huit ans, il m\u2019était difficile de voir mon corps autrement que comme un objet sexuel.J\u2019ai cherché à devenir repoussant afin d\u2019éloigner les prédateurs futurs.Vers 12 ans, mes parents se sont séparés.J\u2019ai fait une dépression et mon poids a atteint les 190 lbs.Évidemment, plus je m\u2019enrobais, plus je fuyais le reflet du miroir.C\u2019était une sorte d\u2019automutilation sociale.Se bâtir une armure Peu à peu, j\u2019ai transformé cette armure de graisse en muscles.Le sport à outrance est devenu mon deuxième refuge.De 13 à 22 ans, je me suis bâti un corps musclé et sexy comme une belle cruche qui brille à l\u2019extérieur mais qui est sale à l\u2019intérieur.Adulte, il m\u2019a été très difficile d\u2019entrer en relation avec les femmes.Mon corps était devenu un outil pour plaire, séduire, satisfaire l\u2019autre.Mais mon malaise persistait, nourri par ma honte insidieuse, secret impossible à partager, comme une tare à porter.Incapable de m\u2019engager, enfermé dans mon armure, je ne laissais pas aux femmes la possibilité de me connaître vraiment.À 24 ans, J\u2019ai décidé de renoncer aux relations intimes.À nouveau, je me suis mis à prendre du poids, repoussant les limites extensibles de ma peau.M\u2019isolant par la graisse, la nourriture était ma drogue, mon sédatif.« Outremangeur », je profitais régulièrement des buffets « à volonté de mourir », qui sont une sorte de suicide assisté par ingestion de grands volumes.J\u2019étais tanné de vivre et m\u2019épuisais comme s\u2019il n\u2019y avait pas de lendemain.Changer de paradigme Dans ma famille il y a du diabète, et plus récemment nous nous sommes rendu compte que plusieurs personnes avaient la maladie cœliaque.C\u2019est une allergie au gluten qui détruit le système digestif.Mon oncle en est mort.J\u2019ai moi-même des symptômes, mais pendant longtemps je n\u2019y ai pas fait attention, car j\u2019étais juste dans la survie.Je m\u2019imaginais mourir à 40 ans parce que je brûlais la chandelle par les deux bouts.J\u2019avais de la difficulté à croire que je pouvais vivre une vie légère.Donc pourquoi prendre soin d\u2019une « vie poubelle » ?Et puis, en 2012, j\u2019ai rencontré Lise.C\u2019était le début d\u2019une relation intime.Avec elle, j\u2019ai commencé à transformer mon regard sur moi-même.Avec le temps, et son affection, j\u2019ai commencé à la laisser m\u2019apprivoiser.Ergothérapeute, elle a l\u2019habitude du corps humain.Pendant longtemps, elle m\u2019a répété que mon corps n\u2019était pas normal, qu\u2019il était gonflé.Elle voyait de l\u2019œdème, de l\u2019enflure, des ankyloses.Se prendre en main À l\u2019automne passé, je me suis fait un cadeau : j\u2019ai arrêté le blé et le sucre, en partie responsables de mes symptômes.Très vite, je n\u2019ai plus senti d\u2019anxiété alimentaire, ce manque qui me rongeait et qui me poussait à continuellement manger.Si j\u2019ai réussi cela, c\u2019est parce que j\u2019ai construit un sentiment d\u2019estime.J\u2019ai fait une suite de choix qui m\u2019ont permis de me réapproprier mon corps et laisser fondre mon armure.C\u2019est le principe de l\u2019empowerment : une succession de petites réussites qui rebâtit la confiance en soi.Plutôt que de contrôler mon corps, j\u2019ai appris à contrôler mon esprit.J\u2019ai compris que mon corps n\u2019était pas une fin, pas un défi, mais juste un ami me permettant d\u2019être plus vivant.Le sucre et le blé font partie des poisons que j\u2019ai choisi de ne plus mettre dans mon corps.Avec le temps, il y a d\u2019autres poisons que je vais enlever et remplacer par des choses qui me font du bien, comme le Tai Chi, que je pratique intensément depuis un an.Aujourd\u2019hui ça fait six ans que je suis avec Lise.Avec elle, je suis passé de la survie à la vie.Quelque chose se construit, et je commence à concevoir que j\u2019ai de bonnes raisons que ça dure.Parce que c\u2019est le fun de pouvoir partager son épanouissement avec quelqu\u2019un.Alors, je construis mon présent avec la perspective de me rendre à 110 ans.Alimentation Manger pour se libérer ?ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 18 P H O T O ? : ?R O M A N ?S T E T S Y K ?( 1 2 3 R F ) TÉMOIGNAGE PAR QU\u2019ALAIN COMMU\u2019NOS-TERRES CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO SAINT-JOSEPH/16E AVENUE L\u2019itinérance dépasse largement les frontières du centre-ville.Il s\u2019agit d\u2019un phénomène complexe et largement diffusé sur le territoire montréalais.Alors que des efforts particuliers doivent être consacrés au soutien de réponses adaptées aux besoins des personnes en situation d\u2019itinérance chronique qui se retrouvent au cœur de la métropole, il est tout aussi important d\u2019élargir notre compréhension de l\u2019itinérance, et d\u2019y trouver des réponses partout, là où elle se manifeste.Les réponses qui se développent pour venir en aide aux hommes comme aux femmes, aux jeunes comme aux aînés, aux personnes migrantes et aux membres des Premières Nations et Inuits doivent ainsi être comprises comme autant de réponses complémentaires qui permettent de lutter contre l\u2019itinérance.Non seulement devons- nous continuer de répondre aux besoins des personnes qui se retrouvent à la rue, mais il faut plus que jamais supporter les initiatives qui offrent un support essentiel aux personnes vivant des situations d\u2019itinérance moins visibles et souvent cachées, sur l\u2019ensemble du territoire de la Ville.La lutte contre toutes les formes d\u2019itinérance, visibles et invisibles, passe donc par des réponses locales et adaptées aux besoins des communautés.Une itinérance diffuse Les trajectoires des personnes en situation d\u2019itinérance sont en constante mouvance.Aujourd\u2019hui plus que jamais auparavant, les personnes qui vivent des situations d\u2019itinérance, qu\u2019elles soient cycliques* ou situationnelles**, hésitent à décrire leurs réalités comme un vécu d\u2019itinérance.De ces personnes, plusieurs habitent des logements insalubres, inaccessibles ou non sécuritaires et refusent de se définir en tant que « personnes itinérantes ».Il en est ainsi notamment pour grand nombre de femmes et de jeunes, qui font du « couchsurfing », cohabitent avec une connaissance ou un proche et qui traversent des situations instables et parfois dangereuses.Un peu partout à Montréal, la rareté des logements abordables et la pauvreté poussent de nombreuses personnes à se loger dans leur voiture, ou encore à chercher logis dans des espaces qui ne sont pas prévus à cette fin.Elles amènent également plusieurs personnes à cohabiter dans des logements surpeuplés, dans des conditions de sécurité et d\u2019hygiène très précaires.Ces situations, bien éloignées de l\u2019image stéréotypée de l\u2019itinérance, expriment la complexité de l\u2019itinérance cachée qu\u2019il est possible de retrouver d\u2019une extrémité à l\u2019autre de l\u2019 île de Montréal.Des actions importantes à l\u2019échelle de la ville Depuis de nombreuses années, les organismes communautaires montréalais soulignent l\u2019ampleur et l\u2019étendue de l\u2019itinérance à Montréal.Elle est bien présente dans plusieurs quartiers de Montréal, où se développent des réponses essentielles qui font une différence dans la vie des personnes.À Griffintown, la Maison Benoit-Labre offre près de 200 repas par jour.Dans Hochelaga-Maisonneuve, le CAP Saint-Barnabé offre un toit à en moyenne 20 hommes et six femmes par jour.Dans l\u2019Ouest de l\u2019Île, l\u2019AJOI accompagne et supporte des centaines de jeunes à chaque année.Ce sont ainsi des initiatives dans des centres de jour ou de soir, dans des cafétérias communautaires, du travail de rue et de milieu tout comme du soutien psychosocial, et de l\u2019aide au logement qui s\u2019ajoutent aux ressources d\u2019hébergement d\u2019urgence pour offrir ensemble des réponses adaptées à l\u2019itinérance à l\u2019échelle de la ville.Adopté plus tôt en 2018, le Plan d\u2019action montréalais en itiné- rance Parce que la rue a différents visages reconnaît l\u2019importance d\u2019agir sur l\u2019ensemble du territoire montréalais et propose des actions concrètes.Il adopte une vision globale de la lutte à l\u2019itinérance, s\u2019intéresse à la diversité des réalités de l\u2019itinérance et reconnaît l\u2019importance de la prévention.En collaboration avec le milieu communautaire, la Ville prévoit notamment réaliser des portraits locaux de l\u2019itinérance dès les prochains mois.Ceux-ci nous permettront de bonifier notre compréhension du phénomène, de mieux guider les actions de la Ville et d\u2019assurer le soutien à celles de ses partenaires.Une itinérance à l\u2019échelle de la ville PAR GUILLAUME LEGAULT - ORGANISATEUR COMMUNAUTAIRE AU RAPSIM * La Politique Nationale de la lutte à l\u2019itinérance, Ensemble pour éviter la rue et en sortir, définit trois types d\u2019itinérance : situationnelle, liée à une situation momentanée de difficultés personnelles et de logement; cyclique : se rapportant à des périodes d\u2019alternance entre la rue et des expériences souvent précaires en logement; et chronique : faisant référence à l\u2019itinérance la plus visible qui touche des personnes vivant sans logement depuis une plus longue période de temps.** Idem 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A MOT DU RAPSIM CHRONIQUE?PAYÉE 19 Le Centre de services de justice réparatrice de Montréal (CSJR) a organisé une soirée à la suite d\u2019un atelier d\u2019expression et de créativité appelé l\u2019Art libérateur.La mission de cet organisme permet à des personnes touchées par un acte de violence de reprendre du pouvoir sur leur vie.Parmi les activités offertes, Véronique Marcotte, auteure et animatrice, a aidé des participants à écrire une lettre à leur offenseur.Ce soir-là, l\u2019atmosphère était chargée d\u2019émotions, les sourires étaient hésitants, les voix avaient un trémolo fragile, tous étaient sous tension.Les témoignages étaient à la fois touchants et difficiles à entendre.Des larmes ont été versées par tous ces passés déterrés, ces secrets dévoilés.Inceste, abus, viols ; des mots forts pour des vies troublées et parfois même brisées.Mathieu Lavigne, bénévole du CSJR, a fait une entrée en matière de la soirée en nous faisant écouter une vidéo de Céline Bonnier, porte-parole de la Semaine des victimes et survivantes d\u2019actes criminels.La comédienne amorce avec : « S\u2019en sort-on vraiment ?\u2026 ou apprend-on à vivre avec ?» Elle répond à sa propre question en affirmant : « Clairement on le sait ! L\u2019art sert à redessiner, revoir, interpréter ce que tu as subi, ce que tu as fait subir ou ce que tu as vécu ; et la façon de voir l\u2019être humain en général ».Puis un participant lit un extrait de sa lettre devant l\u2019assemblée : « Maman, pourquoi m\u2019as-tu laissé entre les mains de papa ?Je n\u2019avais que trois ans\u2026 » On peut deviner la suite.L\u2019inceste vécu dans le secret est un poids lourd à porter.Ce n\u2019était pas facile, mais malgré tout, la narration des lettres des participants a permis de tracer un chemin vers la guérison.Presque tous ont pu livrer à cette audience leurs secrets gardés depuis des années, voire même des décennies.Filet de sécurité Présents lors de la soirée, les comédiens Pascale Montpetit et Normand D\u2019Amour ont été en quelque sorte le filet de sécurité pour deux survivants qui ont été dans l\u2019incapacité émotionnelle de lire leur lettre.Ils ont donc agi comme interprètes.Ils ont tous les deux été très éloquents, on pouvait ressentir la souffrance des victimes à travers la voix de ces deux comédiens d\u2019expérience.Pascale explique d\u2019ailleurs que la cause l\u2019a particulièrement interpellée.« C\u2019est à l\u2019 invitation de Véronique Marcotte que j\u2019ai choisi de m\u2019engager dans cet atelier.Moi, tout ce qui a trait à la réparation des torts, ça vient me chercher, dit la comédienne.Je trouve ça beau, moi, des gens qui veulent se réparer.Mais ils ne peuvent pas faire ça tout seuls.La force du groupe aide énormément ! » Beaucoup de larmes ont été versées au cours de cette soirée mais que de cœurs soulagés d\u2019être entendus, validés et reconnus.Il s\u2019avère d\u2019une importance capitale pour nous les victimes de pouvoir enfin être délivrées devant témoins de ces actes qui laissent des traces indélébiles.Il n\u2019en demeure pas moins que le pardon n\u2019est jamais totalement fait, mais cette démarche nous apprend jour après jour à vivre avec ce passé indéniable et troublant.Ma démarche Quant à moi, oui, j\u2019ai survécu à une tentative de meurtre de mon ex-mari il y a presque 10 ans.J\u2019ai certaines incapacités physiques et intellectuelles depuis ce temps.Je ne me sortirai jamais complètement de mes douleurs physiques et mentales, mais je dois maintenant faire le deuil de ma vie d\u2019avant en posant des actions concrètes pour m\u2019en sortir.C\u2019est au milieu de la soirée que j\u2019ai pris conscience que je n\u2019étais pas seule dans cet état.Je n\u2019étais qu\u2019une parmi tant d\u2019autres.Cela m\u2019a donné l\u2019impression de connaître ces personnes qui étaient pourtant de parfaits inconnus.C\u2019est dans la sérénité que j\u2019ai quitté le groupe ce soir-là.Je me suis dit que j\u2019avais fait un autre pas de plus, vers la paix de mon âme.J\u2019ai aussi entamé ma démarche au pénitencier de Laval, je dois finir mon face à face avec un détenu violent d\u2019ici quelques semaines alors je ne manquerai pas de vous en donner des nouvelles dans un prochain article.Merci aux comédiens Pascale Montpetit, Normand d\u2019Amour et Céline Bonnier et à Véronique Marcotte qui se sont ralliés à la cause.Merci à tous ceux qui croient en ce processus et qui s\u2019impliquent dans la justice réparatrice, à la restauration des cœurs.Des survivants d\u2019actes criminels se racontent S\u2019en sort-on vraiment ou apprend-on à vivre avec ?20 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 SOCIÉTÉ PAR JO REDWITCH CAMELOT MÉTRO MCGILL La comédienne Pascale Montpetit, Richard, un participant et Jo Redwitch.P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Cette année, et pour la troisième édition, plusieurs camelots ont revêtu leur costume de journalistes stagiaires à La Presse.Du 3 au 6 juillet, ce sont Yvon Massicotte, Isabelle Raymond, Roger Perreault et Mario Reyes qui ont été jumelés aux journalistes émérites du célèbre quotidien.Rien de mieux que l\u2019apprentissage sur le terrain pour aiguiser leur œil de rédacteurs.Isabelle Raymond n\u2019en est pas à son premier reportage.Très impliquée au sein du Groupe L\u2019Itinéraire, elle est à la fois vendeuse, rédactrice, bédéiste et membre du conseil d\u2019administration.Roger Perreault, un homme dont l\u2019esprit vif déborde d\u2019humour et de jeux de mots, est également vendeur et rédacteur.La culture, l\u2019art et le sport sont, sans aucun doute, ses sujets favoris.Yvon Massicotte a participé à l\u2019évolution de L\u2019Itinéraire depuis 11 ans.Ex-représentant des camelots, ambassadeur, mentor et j\u2019en passe, Yvon excelle lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre la parole en public.Il développe depuis plus d\u2019un an ses compétences écrites.Mario Alberto Reyes Zamora, jamais sans son appareil photo ! Photojournaliste pour L\u2019Itinéraire depuis près de trois ans, le stage de La Presse ne lui est pas inconnu.Jumelé au photographe Martin Tremblay les deux dernières années pour parfaire sa technique photographique, c\u2019est en tant que rédacteur qu\u2019il participe cette année.1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 21 P H O T O ? : ?A L A I N ?R O B E R G E ?De gauche à droite : Les journalistes de La Presse, Tristan Demers et Sylvia Galipeau (à chaque extrémité) entourent, Isabelle Raymond, stagiaire, Karine Bénézet, responsable de la formation à L\u2019Itinéraire, Yvon Massicotte, Roger Perreault et Mario Reyes, stagiaires. Photos « made in La Presse » Pour la première fois, nous explorons le sous-sol de La Presse.David Boily, chef de la division des photographes, nous guide dans ce qui était autrefois le lieu d\u2019entreposage des rouleaux de papier des anciennes presses du journal.Cette pièce, à l\u2019abri de l\u2019effervescence de la salle de rédaction, est ouverte aux 15 photographes du quotidien pour la prise de « photos maison ».Le matériel disponible a par ailleurs fortement allumé le regard de Mario Reyes.Piloter l\u2019information Nous poursuivons notre visite auprès du poste de pilotage du quotidien : le super desk ! Ici, ce sont Judith Lachapelle et Gabrielle Duchaine qui accueillent nos stagiaires et expliquent la mission de cette entité.De ce poste sont distribuées les tâches, surtout aux plus jeunes journalistes ou à tous en cas d\u2019actualités chaudes.Ce sont également les affaires d\u2019ici et d\u2019ailleurs qui sont surveillées en permanence.Gabrielle Duchaine, elle, se consacre aux affaires locales et était également responsable de valider avec ses collègues les jumelages entre camelots et journalistes des différentes sections de La Presse.La relève Sylvia Galipeau et Tristan Péloquin représentent la relève de journalistes qui, après Katia Gagnon et Michèle Ouimet, ont eu le goût de s\u2019impliquer dans la coordination du stage et de préparer un programme particulièrement riche, dès le premier jour.Dans l\u2019édition du 15 août, vous pourrez apprécier le résultat de l\u2019immersion de nos quatre participants dans le monde du journalisme à travers plusieurs articles.Mais tout d\u2019abord, un bref aperçu du premier jour, en commençant par une visite matinale des locaux. Argumenter intelligemment Avant-dernière étape de la matinée, l\u2019étage des éditorialistes présenté par Marius Marin, directeur de la section Débats.Une poignée d\u2019éditorialistes s\u2019attellent ici, chaque jour, à la rédaction de ce que l\u2019on appelle dans le milieu des « éditos ».Entre leurs mains sont également étudiées chaque semaine près de 300 lettres d\u2019opinions de lecteurs.Au total, environ 6000 d\u2019entre elles sont publiées chaque année.Activer l\u2019envie de lire « Généralement, les titres dépendent de l\u2019espace disponible.Mais ils servent aussi à donner aux gens l\u2019 envie de lire les articles », explique le chef de production au pupitre, Daniel Du brûle, aux quatre participants.Accompagné de Jacques- Olivier Bras, directeur artistique à La Presse, tous deux nous exposent brièvement l\u2019importance d\u2019un titre, des codes graphiques, de l\u2019illustration et de la mise en page des articles.Ainsi s\u2019achève la découverte du quotidien de la rue Saint- Jacques avant une pause lunch bien méritée.Si la première journée était consacrée à prendre ses marques en douceur, c\u2019est sans crier gare que des propositions de reportages et de jumelages ont été soumises aux participants pour le jour même.Quelques secondes de réflexion leur ont été accordées avant de s\u2019engager sur un choix de reportage.Un départ sur les chapeaux de roues pour nos camelots, à l\u2019image d\u2019un milieu professionnel souvent imprévisible.Se jouer de l\u2019actualité « Moi, je dessine la bêtise humaine.Elle appartient à tout le monde.» Qui d\u2019autre que l\u2019audacieux Chapleau pour résumer son travail par une telle phrase ?Là, ce sont les yeux d\u2019Isabelle qui scintillent.Bien que la table de dessin soit encore présente, c\u2019est à l\u2019aide d\u2019une tablette numérique que se font et se défont les caricatures des plus célèbres personnalités qui marquent l\u2019actualité.À notre arrivée, la mine dépressive de Jean-François Lisée s\u2019animait sous les doigts habiles du dessinateur.Un poste pas si simple à assumer, précise le caricaturiste à la lecture de durs commentaires émis de la part de ceux « qui se réveillent à 5 h ou 6 h du matin pour haïr quelqu\u2019un ».PHOTOS :?KARINE?BÉNÉZET 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 23 Régime et Cie.S\u2019accepter Je n\u2019ai jamais eu besoin de régime spécifique, mais je me dis : si tu dois en faire un, fais-le pour toi.Certaines personnes vont faire un régime pour des raisons médicales et d\u2019autres parce qu\u2019elles sont complexées, parce qu\u2019elles se trouvent moches quand elles se regardent ou bien parce qu\u2019elles se font écœurer.Les complexes sont de vrais problèmes de société.D\u2019autres s\u2019acceptent comme elles sont.Je trouve ça vraiment bien.C\u2019est aussi important que les autres acceptent ceux qui s\u2019aiment comme ils sont.Il y a enfin la question de l\u2019exercice.Quand j\u2019étais jeune, on était dehors tout le temps.Maintenant, l\u2019ordinateur, le paquet de chips, etc.n\u2019aident pas.C\u2019est pour ça qu\u2019il y a autant de problèmes d\u2019obésité.MICHEL DUMONT CAMELOT MANSFIELD/RENÉ-LÉSVEQUE La diète imposée Avant j\u2019étais mince.J\u2019étais chez mes parents et il y avait toujours des légumes et des fruits dans le frigo.Je me disais alors que je ne ferais jamais de régime.Alors j\u2019ai commencé à mal manger.Parce que quand tu ne fais pas de régime, tu ne te fixes aucune règle.Donc, j\u2019ai grossi.Quand je l\u2019ai constaté, j\u2019ai décidé de me fixer des limites dans ma tête.C\u2019est très psychologique.Là, j\u2019ai fait une diète, je me suis restreinte.Mais plus tard, je suis allée en centre d\u2019accueil.La diète que je faisais alors n\u2019était plus la mienne, mais celle qui m\u2019était imposée par les centres.Dans ce temps-là, soit tu manges trop soit tu ne manges pas.CYBELLE PILON CAMELOT IGA SAINT-ZOTIQUE/SAINT-ANDRÉ Anneau gastrique, chirurgie esthétique, laser, médicaments\u2026 Il existe une multitude de techniques amincissantes.Parmi elles, les régimes.Les plus accessibles.Si certains sentent la nécessité de perdre quelques tours de taille, d\u2019autres se sentent au contraire décomplexés face à leur silhouette.Pour les camelots, tout est une question de motivation.Ils nous en parlent.I L L U S T R A T I O N : ?I V A N ?T R I F O N E N K O ?( 1 2 3 R F ) 24 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 DANS LA TÊTE DES CAMELOTS Régime contre le cancer Le meilleur régime que je connaisse est celui de Richard Béliveau.Il a écrit un livre de recettes basées sur l\u2019alimentation méditerranéenne et sur des ingrédients qui aident à combattre le cancer.Je me rappelle avoir interviewé cet homme pour L\u2019Itinéraire, il y a quelques années.À part ça, je ne suis pas fort pour les régimes.Surtout sans avoir de problèmes de haute pression ou de cholestérol.C\u2019est vrai que je fais un peu de cholestérol parce que je mange trop gras, mais je prends des pilules, alors je continue comme ça.BENOIT CHARTIER CAMELOT IGA PLACE BERCY Maigrir pour mieux engraisser L\u2019équilibre alimentaire, c\u2019est manger un peu de tout, sans faire d\u2019excès.Le yogourt c\u2019est bon, mais trop en manger c\u2019est mauvais.Pareil pour la viande.Je me dis que la personne qui ne mange qu\u2019une salade dans sa journée n\u2019aura sûrement pas un apport suffisant.Elle pioche alors dans ses réserves, mais le jour d\u2019après, si elle mange normalement, le corps doit se sentir sur la défensive et tout stocker.À ce rythme, on maigrit moins vite qu\u2019on engraisse.C\u2019est la même chose avec les régimes.Les gens maigrissent et ré-engraissent tout de suite après.ANTOINE DESROCHERS CAMELOT SAINT-HILAIRE/BOUCHER ET ÉPICERIE BIGRAS DE BORDEAUX/GAUTHIER Chirurgie bariartrique Pour une personne qui veut devenir plus mince, il y a moyen d\u2019atteindre son poids santé par de la marche, du vélo, de la natation et en buvant beaucoup d\u2019eau.J\u2019ai déjà fait un régime à cause d\u2019une chirurgie bariatrique.Ma mère m\u2019a incitée à faire cette opération.Moi je ne le voulais pas.Je le regrette d\u2019ailleurs parce que ça ne va pas toujours bien.Dès que je mange un tout petit peu trop ou que je veux manger un gâteau, mon corps m\u2019en empêche.Si j\u2019insiste, je tombe malade.Ça m\u2019impose quelque chose que je n\u2019ai pas voulu.Je trouve ça plate ! Mon poids ne me dérangeait pas.Il ne dérangeait que ma mère.Alors elle m\u2019a forcée à faire cette opération.MÉLANIE NOËL CAMELOT IGA WELLINGTON ET MÉTRO VERDUN Se faire à manger Je ne crois pas vraiment aux régimes.C\u2019est comme une manière d\u2019envoyer le message qu\u2019il faut être beau et proportionné.On peut faire le parallèle avec les critères de beauté dans le monde de la mode : telle grosseur, telle grandeur, telle largeur de mâchoire.C\u2019est ce que vend le régime Weight Watchers, selon moi.C\u2019est trop.Le meilleur moyen d\u2019avoir un bon régime alimentaire, c\u2019est de faire de l\u2019exercice et de se préparer à manger soi-même plutôt que de manger du McDo tous les jours.FRANCK LAMBERT CAMELOT MONT-ROYAL SAINT-LAURENT ET STATION FRONTENAC Aucun régime ! Je n\u2019ai jamais fait de régimes de toute ma vie.Pourquoi j\u2019en ferais un ?Je n\u2019ai pas de problèmes.J\u2019ai déjà été maigre avant de devenir gros ; jusqu\u2019à 32 ans\u2026 Puis j\u2019ai rencontré ma femme (rire).Elle faisait vraiment bien à manger et tous les jours.Alors je me suis un peu laissé aller.En plus, je n\u2019étais pas trop sportif.Je ne le suis toujours pas d\u2019ailleurs à part pour regarder le hockey à la télévision.MARIO SAINT-DENIS CAMELOT MÉTRO MCGILL Maigrir, c\u2019est dur Je pense que ça vaut parfois la peine de faire un régime.Mais c\u2019est souvent dur de le suivre.Certains veulent perdre leur bedaine, un peu comme moi, mais c\u2019est difficile.Pourtant j\u2019aimerais vraiment y arriver parce que je suis parfois essoufflé.J\u2019ai un oncle qui a réussi avec un régime sévère, conseillé par son médecin.Je pense que c\u2019est parce que ça lui posait des problèmes de santé.DENIS-KLÉON BOURGEOIS CAMELOT BEAUBIEN ET CHRISTOPHE-COLOMB Pour quelles raisons ?Il me semble que l\u2019alimentation est un point bien important.Mais, en même temps, on va tous mourir un jour.La question de faire un régime dépend vraiment de la raison ; médicale ou esthétique.J\u2019ai déjà fait un régime.J\u2019avais seulement 15 ans.Ma mère me donnait 10 piaces par livre que je perdais.Ça m\u2019a fait tomber à un poids santé.Depuis j\u2019ai un peu engraissé, mais ce n\u2019est pas prioritaire pour moi.Surtout tant que je n\u2019ai pas de problèmes de santé.SERGE SAVARD CAMELOT MÉTRO CHARLEVOIX 25 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA Le mythe américain Mon père est né en 1946 \u2013 il était donc parmi les premiers baby-boomers à naître.Son père était un modeste ouvrier non qualifié, « finisseur de trottoirs » l\u2019été et opérateur de machinerie pour la voirie municipale l\u2019hiver.Ma grand-mère a toute sa vie été femme au foyer et s\u2019occupait de sa fille, de son fils et de son mari.La famille n\u2019était pas riche, voire assez pauvre.Lorsque j\u2019ai eu six ans, si je me souviens bien, mes grands-parents m\u2019avaient envoyé une carte de souhaits dans laquelle mon grand-père avait écrit quelques mots.Ayant appris à lire et à écrire très tôt, j\u2019avais remarqué une faute de grammaire dans ses souhaits.L\u2019enfant choyé que j\u2019étais, ayant grandi dans une maison remplie à craquer de livres, ne comprenait pas.Mon père a dû m\u2019expliquer que ses parents étaient à toutes fins pratiques analphabètes.Ils n\u2019avaient pas eu la chance que lui a eue d\u2019aller longtemps à l\u2019école.Ce fut le début de ma prise de conscience des inégalités sociales.Comment était-il possible que mes propres grands-parents fussent pauvres et illettrés, alors que mes parents, sans être riches, étaient financièrement confortables et détenaient tous les deux des diplômes universitaires ?L\u2019ascenseur social à grande vitesse Une petite partie de l\u2019explication appartient à feu ma tante.Elle avait beau être l\u2019aînée, elle a sacrifié ses études pour permettre à son frère d\u2019accéder à l\u2019université.Mon père a 18 ans lors de la création du ministère de l\u2019Éducation du Québec, en 1964 \u2013 88 ans en retard sur l\u2019Ontario, rappelons-le \u2013 portefeuille détenu par Paul Gérin-Lajoie, décédé récemment.Dans ses mémoires, celui-ci rappelle qu\u2019en 1926, une commission d\u2019enquête révélait que 94 % des enfants catholiques (donc francophones, essentiellement) quittaient l\u2019école après la sixième année d\u2019études.C\u2019est de cette Révolution tranquille, qui a été beaucoup celle de l\u2019éducation, dont ont bénéficié mon père et une large proportion de sa génération.Sans la possibilité d\u2019accéder à l\u2019université à coûts raisonnables, mon père n\u2019aurait jamais décroché sa maîtrise en mathématiques, qui était dans les faits un des premiers diplômes décernés en informatique au Québec.« Instantanément », après quelques années de travail étudiant tout de même, mon père est passé de sa classe ouvrière natale à la nouvelle classe moyenne goûtant la littérature, les sciences, le théâtre et la gastronomie.On ne mesure pas le saut qualitatif que ces baby-boomers ont connu au Québec ; c\u2019est tout simplement révolutionnaire, justement.Tranquille, mais révolutionnaire.En une seule génération, des centaines de milliers de familles québécoises se sont hissées d\u2019une situation socioéconomique précaire à l\u2019aisance de l\u2019American dream.Cette ascension a été rendue possible grâce à l\u2019action collective et politique, celle de l\u2019édification de l\u2019État social.Ascenseur en panne Ce rêve américain, celui de croire que lorsqu\u2019on travaille fort on peut s\u2019enrichir, est un mythe.Si cela peut être vrai, c\u2019est une exception.Ce sont essentiellement les institutions collectives, les mouvements sociaux et les décisions politiques qui le permettent.Ça a été le cas pour les baby-boomers, de manière spectaculaire, en grande partie par le rehaussement très rapide du niveau de scolarité des Québécois et des Québécoises, véritable « ascenseur social ».Une étude récente de l\u2019OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) montre que cet ascenseur est en panne (c\u2019est d\u2019ailleurs le titre du rapport) : dans les pays industrialisés, cela prend cinq générations pour qu\u2019une famille pauvre atteigne la classe moyenne.Les familles pauvres d\u2019aujourd\u2019hui, si rien ne change, ne peuvent pas espérer l\u2019atteinte de la classe moyenne avant la naissance de leurs arrière-arrière-petits-enfants.L\u2019analyse de l\u2019OCDE est claire : ce qui explique cette stagnation intergénérationnelle est l\u2019éducation.Autrement dit, on a tendance à ne pas atteindre des niveaux de scolarité plus élevés que ceux de nos parents.La solution consiste donc à renverser cette situation en favorisant massivement la scolarisation de tous et de toutes.Ma regrettée tante Francine a fait des sacrifices pour permettre à mon père de décrocher son diplôme de maîtrise.Mais sans l\u2019effort collectif des artisans de la Révolution tranquille, cela aurait été insuffisant.Mon père ET ma tante auraient dû pouvoir faire des études supérieures pour accéder à une vie matérielle meilleure.Pas qu\u2019un des deux.26 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O : ?A R C H I V E S ?D E ?L A ?V I L L E ?D E ?M O N T R É A L Il y a cette chanson de Claude Dubois qui m\u2019a suivi, surtout ces paroles en particulier : Si Dieu existe Et qu\u2019 il t\u2019aime comme tu aimes les oiseaux Comme un fou, comme un ange Je me rappelle bien ce début du mois de septembre.Je sortais de L\u2019Accueil Bonneau pour me diriger vers le bord de l\u2019eau.J\u2019étais devant cet immense néant que j\u2019avais laissé après avoir tout saccagé encore une fois, tant par mon caractère de merde, par ma détresse, par ma maladresse, que par peur de ce qui est bon, ayant cette conviction profonde d\u2019avoir égaré mon droit au bonheur dans ma quête constante pour la survie.Ma maison sur le dos, j\u2019entendais ces paroles : Personne, il n\u2019y a plus personne Mon âme dégringole Tous mes sens m\u2019abandonnent Je ne sais pas si j\u2019ai peur J\u2019avais perdu confiance en la mort.J\u2019avais perdu confiance en la vie.Je me suis dit : « Et si j\u2019étais né manchot, les gens verraient ma différence.Mais je suis si seul avec cette entité invisible qu\u2019est la maladie mentale que j\u2019en viens parfois à penser que je suis un être fondamentalement faible.» Se pardonner, je vous promets de partager avec vous la recette si je la trouve.Ce que je sais, c\u2019est que c\u2019est un combat constant.Il ne s\u2019agit pas de tout effacer, de nier ses torts, mais de chercher à les comprendre.Personne n\u2019évolue par peur d\u2019être condamné.Cette laideur, ces vices, trouveront le moyen de faire retentir l\u2019écho de leur existence.Pourquoi ne pas les écouter et leur offrir cette compassion si rare dans une société où le jugement règne en maître.En ce matin du mois de septembre, le bord de l\u2019eau commençant à se voir déserté par les naufragés de la nuit, je les ai chantées à tue-tête, ces paroles de Claude Dubois, comme une prière, comme une promesse à mon être.J\u2019ai ressenti de la délivrance et même une certaine sérénité.Je n\u2019ai toujours pas saisi cette étoile irréelle qu\u2019est le pardon, mais chercher à la trouver n\u2019est-il pas déjà un acte de dignité envers soi-même ?Chose certaine, je me battrai jusqu\u2019à la dernière minute où je serai reçu\u2026 comme un fou, comme un ange.Apprendre à se pardonner Si j\u2019étais un arbre Les arbres ont toujours tenu un rôle spécial dans ma vie.Enfant, ils étaient pour moi un réconfort.Je me confiais à eux, je les serrais dans mes bras.Chacun d\u2019eux avait son identité propre.Ce lien particulier m\u2019a conduit à me poser la question suivante : « À quoi ressemblerais-je si j\u2019étais l\u2019un d\u2019entre eux ?» Ma réflexion a vite écarté l\u2019idée d\u2019un sapin majestueux vert et parfumé de santé, d\u2019un chêne droit et fort qui ne plie jamais au vent.Non.En réalité, l\u2019image qui m\u2019est venue est plutôt celle d\u2019un petit pommier lourdaud, pas très gracieux, dont on peut facilement critiquer la silhouette rabattue, mais qui, au fond, a été conçu pour tendre vers l\u2019autre et qui a beaucoup à offrir.Portant le fruit de sa sensibilité et de son empathie parfois plus lourd que ses propres branches et trouvant la beauté à sa façon dans ses couleurs criardes.27 PAR MAXIME PLAMONDON CAMELOT MÉTRO VIAU RÉFLEXIONS P H O T O ? : ?M A R C B R U X E L L E ?( 1 2 3 R F ) 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA Sans A Jean-Claude, mon chez moi sur le trottoir Avec une enfance digne des Misérables, 10 ans de cabane et 30 ans de rue, Jean-Claude n\u2019a jamais pu jouir d\u2019une véritable intimité.Bains-douches, toilettes publiques et amour en pleine rue, le grand-père du quartier Jaurès (19e arrondissement) à Paris a dû, comme beaucoup d\u2019autres, s\u2019adapter.Mais même sur le trottoir, on a besoin d\u2019un coin à soi.Jean-Claude lui, n\u2019a jamais bougé du sien et l\u2019a même aménagé.Il est aujourd\u2019hui une figure du quartier.Les riverains, il les a connus tout-petits et les a vus grandir.Et pour la majorité d\u2019entre eux, Jean- Claude est ici chez lui.« Tu vas pas t\u2019asseoir par terre, dis ! Attends voir.» Jean-Claude, 63 ans, tire une chaise pliante de sous son lit et m\u2019invite à prendre place.Le grand-père sait recevoir.Il éteint le poste de radio branché sur France Info.Un cadeau du poissonnier.Assis sur un matelas avec sommier, vêtu d\u2019une petite doudoune bleue marine, les jambes croisées, Jean-Claude regarde le quartier s\u2019agiter.Son coin, il l\u2019a installé ici il y a près de trente ans, un peu par hasard, à l\u2019angle des rues de Meaux et Sadi-Lecointe (19e), sur un grand bout de trottoir.Jean-Claude s\u2019est calé contre le mur d\u2019un immeuble résidentiel avec terrasses à tous les étages.Celle du premier fait office de toit pour son installation, « c\u2019est pratique, au cas où y pleut ».Deux tables, un lit, quelques chaises, un caddie et une photo plastifiée de son chien Rocky II (parce que Rocky I nous a quittés), voilà à quoi se résume le spot de Jean-Claude.Mais ce petit espace, c\u2019est le sien et il y tient.« Y a même des verres, des couteaux et des fourchettes en plastique ! », lance-t-il satisfait.Après 30 années passées sur le trottoir, Jean-Claude est maintenant une figure du quartier.La grande majorité des riverains l\u2019apprécient et lui déposent un petit quelque chose en passant.Aujourd\u2019hui même Rocky II a droit à du poulet acheté chez le boucher par une voisine.La grande table placée à gauche de son lit est recouverte de provisions.« Ce soir, on va manger du collier d\u2019agneau avec des navets et des patates.On va faire ça sur le barbecue.» Une coloc\u2019 arrosée à défendre Le barbeuc\u2019, c\u2019est un cadeau d\u2019Amoro, un jeune du coin.Lui n\u2019est jamais bien loin, généralement adossé aux barrières avec ses potes, à quelques mètres de l\u2019ancien, là où les voisins garent leurs scooters.Jean-Claude le connaît depuis qu\u2019il est tout petit, quand « ses parents le trimbalaient dans la poussette ».Amoro a aujourd\u2019hui 31 ans et considère Jean-Claude comme un grand-père.Quelqu\u2019un qui lui a « évité de faire quelques conneries » et qui a aussi participé à son éducation.C\u2019est également Amoro qui a apporté Rocky II à Jean- Claude.« Quand ma chienne a eu sa portée, j\u2019ai pensé à lui direct, je me suis dit que psychologiquement il se sentirait moins seul.Une bête, c\u2019est une protection aussi.Y \u2019a des gens qui essaient de le voler donc c\u2019est comme une alarme.» TEXTE LOUISE S.VIGNAUD ?PHOTOGRAPHIES BENJAMIN GIRETTE 28 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 Dans la rue, il faut savoir protéger le peu que l\u2019on a et Jean-Claude ne compte pas se laisser voler.« J\u2019ai mon couteau et s\u2019 il est pas content, y a encore le hachoir ! » Comme pour montrer qu\u2019il ne plaisante pas, il plonge alors sa main derrière le lit et en sort une lame de 50 centimètres.Des fumeurs de crack aux réfugiés installés sous le métro aérien, la misère prend différentes formes dans le quartier.Personne ne se fait de cadeau.« Y \u2019a pas longtemps on m\u2019a piqué mon portable, c\u2019est le type qui tient la boutique de cigarettes électroniques en face qui me l\u2019avait acheté.» Pour sa protection, Jean-Claude peut aussi compter sur Vinay, son coloc\u2019 et ami mauricien.Les deux hommes se sont connus quand Jean-Claude était hébergé chez Emmaüs, il y a plus de deux ans.En plus de l\u2019amitié, tous deux partagent la passion du pinard et la bouteille de rouge n\u2019est jamais bien loin ; là, il se trouve qu\u2019elle était dans la main de Vinay.Le colocataire s\u2019est donc installé un matelas à même le sol, il y a de ça un an, près du grand-père.Parfois, il part quelques jours on ne sait où mais revient toujours.Jean-Claude ne rate jamais une occasion de le taquiner : « Il s\u2019appelle pinard, ah non Cambras [NDLR : nom de vin bon marché], ou plutôt vinaigre, ah non je sais, Vinay ! » L\u2019amour libre sur le bitume La coloc\u2019, ça a du bon.À 63 ans Jean-Claude fatigue, c\u2019est donc Vinay qui fait les courses et promène Rocky II.En revanche, la cohabitation complique les romances de Jean-Claude.« Maintenant, quand elles voient sa gueule elles se barrent », plaisante-il, une Winston au bec.Avant, il y avait Manon, « une mannequin ! ».À ce moment-là, Jean-Claude est hébergé par l\u2019association Emmaüs.Manon a passé plusieurs mois là-bas, avec lui dans sa chambre.Mais quand Jean- Claude, après quatre ans d\u2019hébergement, est renvoyé pour avoir frappé un autre résident, il revient rue de Meaux.Manon passe alors plusieurs semaines avec lui, à partager son matelas, aux yeux de tous.« La gueule qu\u2019 ils faisaient les petits jeunes là quand elle se réveillait le matin, avec ses cheveux longs.Eux, ils sont pas capables de trouver une gonzesse, ils passent leur temps au bistrot.» Un an a passé depuis son départ pour les Pays-Bas, mais Jean- Claude sait que Manon reviendra un jour, « à l\u2019 improviste ».Pendant toutes ces années de rue, ce bourreau des cœurs assure ne s\u2019être jamais empêché de vivre l\u2019amour.« Maintenant, c\u2019est la France libre ! Sans A est un média d\u2019impact français, qui a pour vocation de rendre visibles les invisibles.Sans A signifie Sans Abri, Sans Attention, Sans Argent, mais Avec Histoire, Avec Humour, Avec Espoir.Ces invisibles sont des personnes ordinaires aux histoires extraordinaires que ce web magazine souhaite faire connaître.Nous leur ouvrons nos pages pour que ces histoires voyagent au-delà des frontières françaises.29 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA On se démerde partout.On peut tirer un coup sur le trottoir, personne dira rien.C\u2019est l\u2019habitude\u2026 Par contre, faut pas aller sur les Champs, les flics te chassent à coups de matraque.» L\u2019intimité, on la trouve, on la provoque, même dans la rue.Mais Jean-Claude n\u2019a plus sa forme de jeune homme.L\u2019expérience de la rue a creusé son visage fatigué.Aujourd\u2019hui, il fait plus vieux que son âge.Son poumon se décolle et l\u2019empêche de monter un escalier.« J\u2019ai pas de souffle et même quand il gèle, je transpire comme un con ».Son traitement se résume à des inhalateurs subtilisés par une voisine infirmière à l\u2019hôpital.Un sur la table pour la réserve et le second toujours coffré dans sa poche.Il le sort d\u2019ailleurs en guise de démonstration, le place dans sa bouche et le presse en aspirant un grand coup.« Voilà, on fait comme ça.» Payer un bock pour aller pisser Malgré son état de santé précaire, Jean-Claude ne bénéficie plus d\u2019aucune aide depuis qu\u2019un jour, furieux, il a balancé ses papiers dans le Canal Saint-Martin.« Maintenant, c\u2019est les poissons qui encaissent ma retraite, même la carte vitale, ils l\u2019ont s\u2019 ils sont malades.» En écoutant ses quintes de toux d\u2019ancien fumeur de Gitanes, Amoro et les autres jeunes du quartier lui ont déjà proposé de l\u2019emmener en voiture à l\u2019hôpital.Mais Jean-Claude est têtu et a toujours refusé.Une consultation à l\u2019hôpital pourrait vite se transformer en séjour longue durée en pneumologie.Son petit chez lui serait rapidement détruit par les agents de la voirie.Et qui s\u2019occuperait de Rocky II ?« Ils vont le mettre à la SPA et là-bas, les chiens de sans-abri, ils les tuent ; donc moi, je m\u2019en fous de ma santé, un jour ou l\u2019autre, je vais crever là, c\u2019est sûr.» Sans souffle, difficile de se rendre régulièrement aux bains-douches au bout de la rue pour faire sa toilette.Et même lorsqu\u2019il pouvait encore courir le 100 mètres, Jean-Claude y allait à reculons.« Il faut y aller de bonne heure, t\u2019attends quatre heures si tout va bien et si y en a qui vont vite, mais sinon tu te douches pas.Et pis c\u2019est dégueulasse, y en a qui chient dedans.» Alors parfois, Jean-Claude ne se douche pas pendant deux mois.Pour lui, ce n\u2019est pas un problème, la rue, la saleté, il est habitué.Et son corps aussi.« Moi je peux pas avoir de microbes, je suis né dedans ! » Pourtant, Jean-Claude présente bien.Sa chemise blanche qui dépasse de la doudoune n\u2019est pas noircie, son jeans gris ne semble pas tâché.L\u2019épreuve quotidienne qui lui complique vraiment la vie, c\u2019est de remonter les escaliers du Royal, le bar-tabac d\u2019en face.Jean-Claude a l\u2019habitude d\u2019utiliser leurs toilettes en journée.« Quand c\u2019est le père, ça va, j\u2019y vais gratos.Mais si c\u2019est le fils qui gère la boutique, je suis obligé de payer un bock pour aller pisser.» Les toilettes publiques, il y a renoncé ; trop loin et « trop dégueulasse ».Jean-Claude prend beaucoup de précautions pour ne pas gêner les riverains et évite d\u2019uriner dans la rue, alors qu\u2019il y habite.Ce n\u2019est pas le moment de faire de vagues.Plusieurs locataires de l\u2019immeuble contre lequel il a établi son petit chez lui, ont lancé une pétition pour le faire déguerpir.« J\u2019y tiens à mon coin, mais un jour ou l\u2019autre, ils vont me virer.» Il était une fois les misérables Où pourrait-il aller, Jean-Claude ?Nulle part.Et la majorité des riverains et des commerçants du quartier le sait.La plupart d\u2019entre eux ne ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 30 souhaitent pas le voir partir.Ils sont au moins une dizaine à venir à sa rencontre lors de notre entretien pour lui apporter des cigarettes, un billet et à manger.Ou tout simplement pour lui demander de garder un sac le temps d\u2019aller faire une course.Car Jean-Claude aussi rend service et écoute ceux qui s\u2019arrêtent pour discuter.« Elle, elle était pas bien avant, elle a raté son bac, la pauvre », dit-il lorsqu\u2019une jeune fille repart après l\u2019avoir salué.Jean-Claude semble connaître le quartier et ses habitants mieux que personne.La rue de Meaux, c\u2019est chez lui.Ce bout de mur, c\u2019est chez lui.Et s\u2019il pouvait, il y collerait des posters « de mer ou de chevaux dans les marais de Camargue ».Une décoration en guise de bol d\u2019air, histoire de voir autre chose que le bitume parisien.Avant Paris, la vie n\u2019était pas rose non plus et les moments d\u2019intimité quasi inexistants.Jean-Claude est né à Laroche-Migenne dans l\u2019Yonne.Et la description de son enfance fait davantage penser aux Misérables qu\u2019à La Petite Maison dans la prairie.Son père, mutilé de guerre, reste à la maison tandis que sa mère s\u2019occupe des 16 rejetons.« Des pourritures », précise Jean-Claude.« Mon père, c\u2019était un cinglé : quand j\u2019étais petit, il a pris une chienne et lui a coupé la tête devant moi.» Le vieux se fait également la main sur les enfants.Jean-Claude n\u2019est pas très proche de ses 15 frères et sœurs.ll quitte la maison avant sa majorité et ne reviendra plus.A partir de là, si on fait le compte, la plupart de ses années à l\u2019abri, Jean-Claude les a passées derrière les barreaux.Il écope de plusieurs peines pour vol qui, cumulées, avoisinent les 10 ans de placard entre Fresnes et les Beaumettes.De ses séjours à l\u2019ombre, le grand-père garde des tatouages réalisés « avec trois aiguilles, à l\u2019arraché ».Une étoile sur l\u2019avant-bras et sur la main, les cinq points du prisonnier, symbole du condamné coincé entre les quatre murs de sa cellule.« Au début c\u2019est dur, mais après tu t\u2019habitues, et puis, si tu peux travailler, t\u2019es toujours un peu en liberté.» Angélique et la pêche A sa sortie de prison, sans diplôme ni qualification particulière, il part à Lyon et enchaîne les petits boulots.Peintre en bâtiment, déménageur ou encore scieur de bois.Et s\u2019il s\u2019embrouille un peu dans les dates, Jean- Claude se rappelle que c\u2019est à cette période qu\u2019il rencontre Jeannine.Ils resteront ensemble cinq ans et auront une petite fille, Angélique, née le 20 novembre 1980 à Voiron (Haute-Savoie).« Je travaillais beaucoup, jusqu\u2019à tard le soir.Une nuit elle est partie avec la petite.» Jean-Claude n\u2019a plus jamais revu sa fille.« En un sens, tant mieux pour la petite.Elle doit avoir 36 ans maintenant.Je l\u2019ai vue sur Internet.J\u2019ai tapé son nom, j\u2019ai vu sa photo, mais j\u2019sais pas où elle est.» Après le départ de sa compagne, Jean-Claude décide d\u2019aller plus au sud.Il fait un peu de bricolage dans un laboratoire à Saint-Tropez puis devient garde-malade dans une bourgade au-dessus de Nice.La capitale paraît offrir plus d\u2019opportunités, Jean-Claude arrive alors à Paris et sa première nuit, il la passe dehors.La journée, il bosse comme déménageur, reçoit un petit salaire journalier et rentre le soir dormir rue de Meaux.« On tient un temps, mais à la longue, tu peux pas travailler en vivant dehors », assure Jean-Claude.Trente ans après, il est toujours là.Entre les 15 frérots, la taule et le trottoir, l\u2019espace privé, au fond, Jean-Claude n\u2019y a presque jamais goûté.Ce qui lui reste, c\u2019est ce bout de trottoir aménagé, ses petites affaires et les moments de détente et d\u2019évasion, qui ne sont pas si nombreux.Jean-Claude adore la pêche.Quand je l\u2019ai rencontré, il revenait d\u2019une journée avec les Robins de la rue.L\u2019association propose entre autres des sorties personnalisées pour les sans-abri.Les bénévoles les ont donc emmenés, lui, Vinay et Rocky II pour une journée de pêche au bord de la Marne.« Avec eux, tu peux boire, pêcher, on fait aussi des barbecues.Ils m\u2019ont même proposé de monter une baraque en bois sur le périph\u2019.Ils sont sympas, c\u2019est des jeunes et ils viennent me voir tous les vendredis.» Ce qui plaît à Jean-Claude, c\u2019est qu\u2019on lui demande enfin ce dont il a envie ; ce qui n\u2019est pas le cas de la majorité des associations.« À Emmaüs, ils te proposent que des activités qui leur font plaisir à eux ! Par exemple des sorties cinéma, parce que le film les intéresse et hop ! On y va ! » Alors à mon tour, j\u2019ai demandé à Jean-Claude ce qui lui ferait plaisir.Au début, pour plaisanter, il a répondu « un aller-simple pour l\u2019Australie ».C\u2019était un peu ambitieux.Quelques jours plus tard, je suis repassée chez lui.Il était dans la même position que la première fois, assis sur son lit, les jambes croisées, une clope à la bouche.Il avait réfléchi et m\u2019a dit : « J\u2019aimerais avoir mon propre lancé [ndlr : canne à pêche] avec des appâts pour pouvoir aller pêcher dans le Canal.» Message reçu.1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 31 économisés par les camelots par année en logement grâce à nos interventions 67 200 $ titres de transport individuels offerts par année 4476 certificats mensuels à tarif ordinaire offerts 168 rapports d\u2019impôts réalisés annuellement 75 repas gratuits distribués aux personnes itinérantes ou à risque grâce au concept unique de la Carte-repas solidaire 7500 paniers de nourriture offerts gratuitement à nos camelots par année 3750 Le Café L\u2019Itinéraire est un milieu de vie où les participants ont accès à des repas à prix modiques Humiliation Il y a plusieurs années, je louais une chambre infestée de punaises de lit dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.Malgré les demandes pressantes des chambreurs, le propriétaire refusa de décontaminer l\u2019immeuble.Couvert de pustules, je dus me résoudre à déguerpir.Comme j\u2019ignorais où j\u2019allais crécher le lendemain, et encore moins le surlendemain, je chargeai le concierge de conserver mon courrier, moyennant 20 $ par mois.C\u2019était plus simple ainsi.À cette époque, j\u2019étais ce que la multitude qualifie de « maudit BS », et tous les mois je recevais, par la poste, le sacro-saint chèque dûment émis par le Ministère pour engraisser la « cohorte des buveurs invétérés qui se promènent en gros char » : les préjugés, comme la bêtise, ont la couenne dure.Six mois passèrent.Je logeais chez l\u2019un et chez l\u2019une ou, le plus souvent, sous les étoiles, au clair de lune.Le 1er juillet, comme à l\u2019accoutumée, je téléphonai au concierge pour le prévenir que je passerais dans l\u2019avant-midi récupérer mon chèque d\u2019aide sociale.À ma grande surprise \u2014 et à celle du concierge \u2014 le chèque attendu brillait par son absence.On peut sans doute reprocher tous les vices du monde au BS, mais certainement pas celui de retarder l\u2019émission du chèque.Vaguement inquiet, je me rendis, le 6 juillet, à mon centre local d\u2019emploi.Une agente me reçut, sourire aux lèvres.« Je n\u2019ai pas reçu mon chèque, lui avouai-je.Rien d\u2019étonnant à cela, me répondit-elle, car il nous a été réexpédié le lendemain avec la mention : Déménagé.» (J\u2019appris, plus tard, qu\u2019un chambreur, en triant le courrier, avait remis le chèque au facteur, mon ancienne chambre ayant depuis des lustres trouvé preneur.) « Mais dites-moi, M.Saint- Amour, pourquoi nous avoir caché votre petite escapade ?demanda- t-elle au comble de la félicité.« Essentiellement pour des raisons de commodité, répondis-je.Cette entorse au règlement aura des conséquences, vous vous en doutez bien : vous allez devoir, notamment, nous prouver que vous n\u2019êtes pas un fraudeur.Travaillez-vous au noir, M.Saint-Amour ?lança-t-elle.Non, mais je suis allergique aux punaises, répliquai-je.C\u2019est possible, mais il faut, nécessité fait loi, élucider cette affaire », déclama-t-elle avec une exaspérante infatuation.Direction : L\u2019Itinéraire Le plus humiliant de cette histoire, c\u2019est que, présumé coupable, je devais prouver mon innocence - et non le contraire.Je fulminais.La reptation, d\u2019aucuns l\u2019ont appris à leurs dépens, n\u2019est pas mon fort.D\u2019un haussement d\u2019épaules, je me délestai des documents remis par l\u2019agente dans un bac à recyclage et me dirigeai d\u2019un pas confiant en direction de L\u2019Itinéraire.Ce jour-là, je devins officiellement camelot.Durant les huit années qui ont suivi, je n\u2019ai, au grand jamais, regretté cette décision.Mes revenus équivalaient approximativement au chèque de BS, un peu plus ou un peu moins selon les mois.Certes, je devais défrayer le coût de mes médicaments (essentiellement de l\u2019aspirine et des corticostéroïdes), somme dérisoire si on considère que son déboursement me rendait libre et autonome.Foutues pilules\u2026 Il y a peu, je tombai gravement malade.Mon médecin rédigea une ordonnance et me dit : « Reviens me voir dans un mois : je serai alors en mesure d\u2019évaluer si les médicaments ont produit l\u2019effet escompté.» Je dispose \u2014 je pense qu\u2019on l\u2019aura compris \u2014 du strict minimum pour assurer ma subsistance.À l\u2019évidence, cette dépense, aussi accessoire qu\u2019imprévue, m\u2019acculait infailliblement à la ruine.Malgré mes réticences, je me rendis à mon centre local d\u2019emploi.Une agente me reçut, sourire aux lèvres.« Votre demande, dit-elle, semble fort raisonnable : nous assumerions le coût de vos médicaments, tandis que vous subviendriez à vos besoins de base.C\u2019est bien cela ?C\u2019est exact, répondis-je.Comment dois-je procéder avec mon pharmacien ?« Nous devons d\u2019abord étudier votre dossier, répliqua- t-elle.Mais soyez assuré que votre cas demeure prioritaire.Et ça va prendre combien de temps ?demandai-je.Je dirais : aux alentours de trois semaines.Ou un peu plus », dit-elle.En quittant les lieux, je me rendis à la pharmacie en bougonnant et achetai les foutues pilules.Le mois suivant, mon médecin, après analyse, conclut qu\u2019il devait modifier le dosage d\u2019un médicament.J\u2019arrête ici.Parce qu\u2019on pourrait douter de ma sincérité si je rapportais ce qui s\u2019ensuivit.J\u2019aimerais toutefois ajouter que mon agente, toujours souriante, me remit la liste des documents à remplir.J\u2019étais sidéré.Je retournais à la case départ.Alors, devant ce monument d\u2019absurdité bureaucratique, je fis ce qui me semblait la seule chose sensée : j\u2019envoyai paître, avec ravissement, le Ministère et sa féale agente.Avec mon plus beau sourire.33 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?J O H N ?R E Y N O L D S ?( 1 2 3 R F ) PAR PIERRE SAINT-AMOUR CAMELOT CHRONIQUE La tête hors de l\u2019eau L\u2019assemblée générale annuelle (AGA) des membres de L\u2019Itinéraire a eu lieu mardi, le 26 juin, à L\u2019Écomusée du fier monde.Ça été l\u2019occasion pour la direction générale et le conseil d\u2019administration (auquel je siège en tant que représentant des Camelots) de déposer les états financiers, soit, le bilan de la dernière année et les prévisions de la prochaine.C\u2019était un secret de polichinelle que l\u2019organisme éprouvait des difficultés, les anciennes administrations ayant laissé de profonds trous dans les finances.Nous avons néanmoins réussi, au prix de nombreux sacrifices, à nous sortir la tête hors de l\u2019eau.C\u2019est un euphémisme que de dire que nous sommes toujours dans une situation de précarité.L\u2019équilibre ne veut pas dire être confortable.Surtout si cet équilibre est chancelant.Je profite donc de la tribune qui m\u2019est offerte pour souligner l\u2019importance des dons.Nous ne pouvons poursuivre notre mission sans votre aide.Donnez généreusement.Pour la troisième fois de l\u2019histoire et la deuxième année consécutive, le quotidien La Presse offre un stage en journalisme.Cette fois- ci, ce sont quatre Camelots qui ont eu la chance de vivre au rythme du journalisme pendant une semaine.Pour l\u2019avoir vécu l\u2019année dernière, je peux affirmer que c\u2019est une expérience extraordinaire.Les Camelots en ressortent transformés.Notre vision du journalisme et nos compétences dans le domaine s\u2019y décuplent.Bravo aux Camelots qui ont été sélectionnés avec un petit pincement pour ne pas l\u2019avoir été moi-même.Tel qu\u2019annoncé le mois dernier, je suis maintenant en possession d\u2019une adresse de courriel.Ça me fait un peu étrange, car ça doit bien faire six ans que je suis « déplogué ».Vous pouvez donc me rejoindre à l\u2019adresse suivante : representant.camelot@itineraire.ca, au plaisir de vous lire.Évidemment, les Camelots peuvent également me contacter via ce courriel.À la r\u2019voyure ! Un grand merci à Robert Frosi, journaliste sportif de Radio-Canada, initiateur de la Coupe Frosi, ainsi qu\u2019à sa famille et ses amis qui ont participé à sa toute première édition ! L\u2019objectif de ce tournoi amical de pétanque était d\u2019amasser des fonds au profit de L\u2019Itinéraire.L\u2019équipe de L\u2019Itinéraire fièrement représentée par le camelot Roger Perreault, pétanqueur aguerri (voir photo), Luc Desjardins, directeur général et Josée Panet- Raymond, rédactrice en chef ont affronté des joueurs expérimentés, dont la majorité était originaire du pays de la pétanque.Une joute où le plaisir primait sur le pointage ! Robert Frosi, en compagnie de Marie José Fiset, directrice du développement de l\u2019Association des professionnels en gestion philanthropique, sont venus nous remettre un chèque au montant de 900 $.Un beau geste de générosité, bien apprécié ! NOTE L\u2019utilisation du C majuscule pour désigner les Camelots est voulue.Pour moi, c\u2019est un signe d\u2019empowerment ! 34 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 INFO CAMELOTS PAR SIMON JACQUES REPRÉSENTANT DES CAMELOTS P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A P H O T O ? : ?M A R I O ?A L B E R T O ?R E Y E S ?Z A M O R A Coupe Frosi, 1ere édition ! CARREFOUR PHOTOS :?LUC?DESJARDINS L\u2019assemblée générale annuelle 2018 à l\u2019Écomusée du fier monde Distributrice humaine J\u2019avais un ami qui demandait à une personne, la première fois qu\u2019il la rencontrait : « À quoi tu sers dans la vie, toi ? » Si je faisais connaissance avec lui aujourd\u2019hui, je répliquerais à son entrée en matière rituelle : « Je suis très utile, je distribue le meilleur journal de rue du Québec.» En effet, que feraient les camelots de L\u2019Itinéraire sans distributeurs ?Ils vendraient leurs charmes, feraient la manche, moisiraient à l\u2019ombre, épuiseraient leurs réserves d\u2019espoirs ?De surcroît, je ne distribue pas que des magazines.Durant un quart de travail, j\u2019hésite rarement à offrir un sourire, un brin d\u2019écoute, un café.Quelqu\u2019un a les pieds mouillés ?Je lui donne une des paires de chaussettes que nous fabriquent des tricoteurs anonymes, à Noël.Je transmets les messages que les camelots reçoivent d\u2019admirateurs heureux de les encourager à continuer leur travail de vendeur, d\u2019auteur, d\u2019humain.J\u2019attire l\u2019attention des camelots sur des activités susceptibles de les intéresser.L\u2019un d\u2019eux se plaint de ne pas être en forme ?Je lui parle des visites au gym du Centre de ressources éducatives et pédagogiques (CREP).Un autre m\u2019entretient de son peintre préféré ?Je lui apprends que Le Musée des beaux-arts nous reçoit, et ce, régulièrement.Un camelot m\u2019avoue être déprimé ?Je lui suggère d\u2019en discuter avec un de nos intervenants.Tous les soirs, je quitte mon bureau comblée.J\u2019aime mon emploi, donc, mais il me demande beaucoup de patience.Jugez-en par vous-même._ Le camelot : Le calcul des commissions est fini ?_ Moi : Laisse-moi demander._ Le camelot : Est-ce que les promos sont comptées dans les ventes ?_ Moi : Depuis trois\u2026 _ Le camelot : Est-ce que j\u2019ai pris mon 5 %, le mois dernier ?_ Moi : Attends, je vérifie\u2026 _ Le camelot : C\u2019est demain, le dîner communautaire ?_ Moi : Non, c\u2019est\u2026 _ Le camelot : Ça va être quoi, le menu ?_ Moi : J\u2019ai entendu dire que\u2026 _ Le camelot : Combien ils vont donner de journaux à la réunion de camelots ?_ Moi : Si je me souviens bien\u2026 _ Le camelot : Est-ce qu\u2019on va pouvoir les mettre en banque ?» Ainsi de suite, ainsi de suite, ainsi de suite.Après ça j\u2019entendrai ce même camelot grommeler : « On nous dit jamais rien, à L\u2019Itinéraire ! » À la distribution, les mots se vident parfois de leur signification.Voyez plutôt._ Le camelot : Peux-tu me faire un front ?_ Moi : Non, j\u2019ai pas le droit d\u2019avancer de journaux._ Le camelot : Donne-moi s\u2019en 10 pis laisse une note à Mélo._ Moi : Non._ Le camelot : Cinq ?_ Moi : Non._ Le camelot : Juste une fois._ Moi : Non._ Le camelot : Envoye ! _ Moi : Non._ Le camelot : Il faut que je donne 15 piastres par jour à mon pawn shop si je veux pas perdre mes outils._ Moi : C\u2019est le « n » ou le « o » du non que tu comprends pas ?Ma boutade le fait taire.Quelle stratégie vais-je bien pouvoir inventer, la prochaine fois qu\u2019il me réclame exactement le même passe-droit ?Que mes anecdotes ne vous incitent pas à conclure que je n\u2019apprécie pas mes collègues.Comme l\u2019affirmait Confucius, « à tous ceux que l\u2019on estime, on ne doit pas épargner les critiques ».35 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA CHRONIQUE PAR JOSÉE CARDINAL DISTRIBUTRICE P H O T O ? : ?D O L G A C H O V ?( 1 2 3 R F ) L\u2019Itinéraire compte de nouveaux voisins : l\u2019équipe Cavalia.Installée sur le terrain vague au coin De Lorimier et Sainte- Catherine, cette compagnie montréalaise présente, pour la première fois, un spectacle grandeur nature en plein centre- ville.L\u2019Itinéraire a été convié à la levée du chapiteau et a pu échanger avec la jeune directrice logistique, Aurélie Bosnac, sur toutes les faces cachées d\u2019une telle entreprise.Retour sur l\u2019aspect technique du plus grand chapiteau du monde.Imaginer l\u2019ampleur du projet ; 50 artistes et 70 chevaux s\u2019animent sous un cirque de 38 mètres de haut.Pour éblouir les spectateurs, ce sont 16 races de chevaux qui ont été débusquées à travers cinq continents par ceux que l\u2019on nomme « têtes chercheuses ».Artiste à quatre pattes Pour faire partie de l\u2019équipe Cavalia, les artistes à quatre pattes sont minutieusement sélectionnés à l\u2019aide de plusieurs tests qui évaluent leurs personnalités et leurs capacités.Les animaux sont véritablement choyés.Ils ont à leur disposition tout le nécessaire pour leur bien-être : des salles d\u2019exercices, des écuries, des paddocks et des palefreniers qui s\u2019occupent de leur santé.D\u2019ailleurs, un des signes révélateurs de bonheur chez les chevaux est lorsqu\u2019ils se couchent sur le sol.Au fil des représentations, si l\u2019équipe constate un changement dans l\u2019attitude des animaux et que ceux-ci ne semblent plus heureux, ils ne sont pas contraints de continuer.Ils prennent simplement leur retraite.Plus tard, ils peuvent être mis en adoption.Qui n\u2019aimerait pas avoir un cheval provenant de chez Cavalia ?Généralement, les chevaux travaillent entre quatre et six ans.Et pour réaliser leurs prouesses, ils sont stimulés et apprennent par le jeu.Comme les enfants.Sous le chapiteau Le spectacle Odysseo cherche à sublimer la relation homme-cheval dans un environnement aux couleurs sauvages.Pour renforcer ce sentiment, des paysages naturels ont été intégrés au décor : de la pluie, un lac d\u2019une capacité de 150 000 litres d\u2019eau et une montagne dont la hauteur égale celle de deux étages et demi.Autant de visuels qui contrastent avec les éléments urbains environnants : le pont Jacques-Cartier et l\u2019autoroute.Pour tout contenir, le chapiteau ne fait pas moins de 5500 m2 de superficie, l\u2019équivalent d\u2019un terrain de football américain.Levé grâce à 29 moteurs en action, son poids de 80 tonnes est soutenu par plus de cinq kilomètres de câbles.Deux fois la longueur du pont Jacques- Cartier.Et sans oublier que le tout est rendu possible par plusieurs centaines de travailleurs employés permanents de Cavalia et pigistes locaux.Ceux-ci sont la clef du bon déroulement du spectacle.Cavalia La face cachée de Cavalia 36 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 PAR MARIO ALBERTO REYES ZAMORA PARTICIPANT PHOTOJOURNALISTE CIRQUE P H O T O ? : ?A N D R E W ?M I L L E R Toute une logistique ! Côté logistique, Aurélie Bosnac raconte le quotidien de son département qu\u2019elle dirige.« Nous avons des grimpeurs, des ingénieurs, des électriciens et des plombiers qui installent le chapiteau ainsi que des techniciens qui construisent les patios et les clôtures.Il y a également des spécialistes de la gestion de la température des tentes, un élément essentiel pour le confort de tous les salariés, chevaux et visiteurs.Tous les postes sont importants.De l\u2019 ingénieur à l\u2019agent de sécurité.Les gardiens de nuit doivent être polyvalents et connaître parfaitement la logistique pour mesurer la gravité des problèmes qui peuvent survenir et m\u2019alerter au milieu de la nuit.» Pour les employés et les 450 spectateurs VIP, le site compte deux cuisines et sept chefs cuisiniers.« Le samedi est la journée la plus exigeante avec près de 1000 personnes à nourrir », précise Aurélie.Cette jeune fille d\u2019une trentaine d\u2019années est à la tête d\u2019une équipe principalement masculine.Aurélie a fait du chemin depuis son arrivée dans cette aventure.Elle a commencé, par hasard, grâce à son copain.Tout comme elle, il faisait un remplacement le temps d\u2019une ville, comme on dit dans le milieu.Au bout de quelques semaines, la compagnie lui propose le poste de coordinatrice logistique.Puis, au départ de sa directrice logistique, c\u2019est à elle que Cavalia confie la charge.« J\u2019ai fait deux ans comme coordinatrice, explique-t-elle, avec deux mentors très attentifs qui m\u2019ont tout appris et poussée.Puis, quand ils ont voulu engager un nouveau chef logistique, mon futur patron donc, ils ont un peu tourné autour du pot pour finalement m\u2019annoncer à ma grande surprise que j\u2019obtenais le poste.» Avec Cavalia depuis quatre ans, elle « aime [son] travail et encore plus l\u2019équipe en qui [elle] a toute confiance ».Grâce à son emploi, Aurélie Bosnac a vécu à San Francisco, puis près de Portland en Oregon ainsi qu\u2019à côté du Grand Canyon pour des durées de trois mois en moyenne.Elle doit parfois se pincer, car elle se considère « chanceuse de vivre toutes ces expériences.Elle est cependant très heureuse de revenir près de son quartier, Hochelaga- Maisonneuve, de présenter le spectacle à [ses] amis et de faire travailler des locaux ».Deux cents employés québécois, dont des techniciennes spécialisées dans le montage des gradins ; des milliers de pièces à assembler en cinq jours pour accueillir 2074 spectateurs.D\u2019ailleurs, l\u2019ensemble est surélevé par rapport au centre du chapiteau et offre ainsi une bonne vue identique, quel que soit le siège choisi.37 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?P H I L ?C R O Z I E R PHOTOS? :?PASCAL?RATTHÉ/DOMINICK?GRAVEL/JAK?WONDERLY Présenté depuis le 25 juillet 2018, juste en face des bureaux de L\u2019Itinéraire.cavalia.com Cavalia-Odysseo Depuis le 16 juin, Montréal vit la seconde édition de Vitrine sur l\u2019art, une voie de communication originale entre l\u2019art contemporain et le public sur le thème : L\u2019art de redéfinir le genre.Frédéric Loury, fondateur et directeur général d\u2019Art souterrain et la commissaire invitée Marie Perrault nous parlent de ce projet.Mis sur pied en 2016, Vitrine sur l\u2019Art est un projet qui utilise les devantures vitrées vacantes comme zones d\u2019exposition temporaires.Elles donnent ainsi aux résidents et aux touristes une vue sur la production d\u2019œuvres contemporaines et sur des artistes canadiens et québécois.« Nous voulons offrir à la population une réflexion collective sous un angle artistique aux questions de société », explique M.Loury.Pour lui, il s\u2019agit d\u2019éduquer l\u2019œil de monsieur et madame Tout-le-monde à l\u2019art contemporain, bien souvent perçu comme trop élitiste et abstrait pour être compréhensible.La notion de genre Le grand thème retenu est la notion de genre plutôt que celle, plus conventionnelle, du sexe.La commissaire invitée Marie Perrault, consultante en art contemporain et en art public, précise d\u2019emblée le contexte de l\u2019exposition.Elle met tout de suite l\u2019accent sur le fait qu\u2019« avant de s\u2019appliquer au domaine de l\u2019art, la question du genre est sociale.De plus, à la différence du sexe qui est une réalité physique liée au système reproducteur, le genre, l\u2019 identité masculine ou féminine, serait une construction socioculturelle ».Mis en lumière par des études menées notamment aux États- Unis au début des années 70, Mme Perrault explique que « la notion de genre, par opposition à celle de sexe, ouvre un champ de recherche autour de l\u2019 identité et de l\u2019orientation sexuelle, des rôles sexués et des rapports de pouvoirs entre les genres et les sexes.» Elle a voulu démontrer que « l\u2019art se complexifie et s\u2019enrichit énormément avec des prises de position d\u2019artistes qui ne se revendiquent plus comme ayant un style masculin ou féminin.Les artistes, aujourd\u2019hui, ne veulent plus être étiquetés, mais veulent pouvoir définir leur sujet sans avoir à justifier leur style.Un style qui repose sur le principe du genre plus que sur le sexe des personnes en cause ».Elle ajoute enfin que « l\u2019art n\u2019a pas échappé à ce recadrage.L\u2019 image joue un rôle déterminant dans la définition de genre et dans la promotion de stéréotypes et le maintien de rapports de domination.Ce à quoi elle conclut qu\u2019 il n\u2019est donc pas surprenant que les artistes se réappro- prient ce vocabulaire pour l\u2019 infléchir, performer le genre et en explorer les multiples facettes à leur guise ».Des vitrines ouvertes au dialogue Le public aura non seulement l\u2019occasion de découvrir de nouvelles œuvres, mais aussi de se les faire expliquer par des personnes-res- sources les samedis et dimanches de 12 h à 17 h.Sur place, les spectateurs désireux d\u2019en connaître plus sur cette forme d\u2019art pourront ainsi discuter de la démarche des artistes avec des animateurs expérimentés.Cette méthode singulière de présenter le travail d\u2019une quinzaine d\u2019artistes est le résultat d\u2019un long processus de sensibilisation d\u2019une brochette de propriétaires qui ont accepté de libérer leurs espaces commerciaux inoccupés.Un moyen privilégié pour, oui, démocratiser et valoriser l\u2019art contemporain, mais aussi dynamiser l\u2019espace socioéconomique des quartiers.Et si Vitrine sur l\u2019Art ne se tient actuellement que dans le berceau d\u2019Art souterrain, le centre-ville, M.Loury explique que toute l\u2019équipe « réfléchit à la manière d\u2019élargir cette exposition jusque dans les quartiers plus populaires qui ont vraiment besoin d\u2019amour ».Finalement, Art souterrain se consacre aussi aux artistes qui peinent à faire connaître leur travail et à en vivre.« Leur salaire annuel est évalué à environ 14 000 $ », s\u2019inquiète Frédéric Loury.Une situation assez précaire qui engendre parfois « de sérieuses dépressions ».Pour pallier la situation, le projet Artch a été développé en concertation avec le milieu.« Un gros bébé », fruit de deux années de travail.Du 13 au 16 septembre, au beau milieu du parc Dorchester, de jeunes artistes pourront commercialiser leurs premières œuvres sous l\u2019œil bienveillant de professionnels du milieu.Art contemporain Lèche-vitrines artistique 38 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 P H O T O ? : ?M I K E ?P A T T E N PAR ROGER PERREAULT CAMELOT 29E /BEAUBIEN EXPOSITION Visites guidées les 5 et 19 août à 14 h Nocturne le 16 août à 21 h \u2013 5 $ sur réservation Soirée projection le 6 septembre 17 h 30 \u2013 gratuit Jusqu\u2019au 16 septembre Vitrines de magasins du centre-ville de Montréal Voir le parcours sur artsouterrain.com Vitrine sur L\u2019Art Animations à venir 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA 39 La femme immorale Kent Monkman Un jeune cardinal est tenté par Miss Chief Eagle Testickle dans la place Saint-Pierre.Représentant la sexualité plurielle et la variance des genres (des êtres aux deux esprits) des Amériques, Miss Chief met à l\u2019épreuve les mœurs et l\u2019hypocrisie associées au mantra chrétien « Que celui qui n\u2019a jamais péché jette la première pierre ! », Kent Monkman Evergon four Evergon Skin Deep Catherine Chu Hua Dong À travers cette série d\u2019autoportraits photographique, Catherine Chu Hua Dong explore la culture de la honte.L\u2019artiste masque son visage par un tissu brocart de soie chinoise en recréant des formats de photos d\u2019identité, traduisant ainsi le sentiment de honte à travers un symbole culturel. Histoires de rues HISTOIRES DE RUES Rue Gilford / De Mentana Je passe tous les jours par la rue Gilford pour me rendre à mon arrêt d\u2019autobus ou pour aller sur le Plateau.La partie de cette rue que je connais le plus se situe entre l\u2019organisme Les Petits Frères, le jardin communautaire et l\u2019arrière de l\u2019église du boulevard Saint-Joseph.D\u2019une part, je ne savais pas que Gilford était plus grande que la portion située sur le Plateau, mais en plus, je ne me doutais pas de l\u2019aventure farfelue qui constitue son histoire.Secteur des tanneries Au 19e siècle, l\u2019avenue du Mont-Royal s\u2019appelait Tanneries Street, en référence à la première industrie du secteur, une tannerie, installée en 1710 à l\u2019initiative de la famille Plessis-Bélair.Située au pied d\u2019un ruisseau qui coulait alors directement de la montagne, cette entreprise bordait également quelques carrières de pierre grise de Montréal.Plus tard, s\u2019installera dans le même secteur le Village des tanneries dans lequel vivaient les travailleurs de ces deux activités.Gilford entre carrières et tanneries Une rue au nord de l\u2019avenue Mont-Royal se trouve la rue Gilford, une longue artère parfois très tortueuse.Anciennement nommée chemin des Carrières, elle menait au 18e siècle aux Tanneries des Bélair et aux anciennes carrières de pierre grise de Montréal.À cette époque, le Plateau était campagnard.Les tanneries s\u2019y sont installées à cause des odeurs désagréables de cette activité qui auraient envahi les Faubourgs, la ville.40 Histoires de rues ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 PAR GAÉTAN PRINCE CAMELOT STATION BONAVENTURE ET PROMENADE MASSON PHOTO :?MARIO?ALBERTO?REYES?ZAMORA L\u2019Institut canadien a été créé en 1844 par quelques centaines de jeunes libéraux intéressés par des œuvres du courant des Lumières pour impulser une évolution sociale.Cet établissement conservait des œuvres de grands penseurs tels que Diderot et Voltaire, pourtant interdites par l\u2019Église.L\u2019évêque de Montréal était alors fortement opposé à cette pratique et aux membres de L\u2019Institut.Bien que l\u2019Institut ferme ses portes à la suite du conflit, on dit de lui qu\u2019il est à la base de la laïcité au Québec.I M A G E ?: ?W I K I P E D I A ?C R E A T I V E ?C O M M O N S I M A G E ?: ?B A N Q La proximité des carrières de pierre grise a largement facilité l\u2019urbanisation du secteur alors très éloigné de la ville.On retrouve encore aujourd\u2019hui de nombreux bâtiments construits avec cette pierre ; l\u2019une des raisons pour laquelle la rue Gilford est en partie piétonnière.Les promeneurs peuvent apprécier le patrimoine urbain atypique.De Guibord à Gilford L\u2019histoire des tanneries n\u2019est pas la seule de cette rue.En 1876, le chemin des Carrières est renommé rue Gilford alors qu\u2019elle devait s\u2019appeler rue Guibord.Une erreur typographique qui date de 1879.Joseph Guibord est né en 1809 et mort en 1869.Mais son corps n\u2019a été mis en terre que six ans après son décès.Imprimeur et membre de l\u2019Institut canadien de Montréal, il s\u2019est retrouvé pris dans un conflit entre l\u2019Église et les membres de l\u2019Institut qui souhaitaient faire évoluer la société par la connaissance.Une vision peu estimée par l\u2019Église, surtout par Mgr Ignace Bourget alors évêque de Montréal, qui s\u2019y opposait fortement.Le conflit dura cinq ans.Tout ce temps, le corps de Monsieur Guibord resta entreposé chez les protestants.La veuve de ce typographe intenta alors un procès à Mgr Bourget, qui finalement, accepta d\u2019inhumer le corps.Seulement, il prit le soin de désacraliser le lot de terre où est enterré Guibord.Le 28 novembre 1874, la veuve Guibord était accompagnée de militaires et de policiers pour assurer la cérémonie, à cause de la présence d\u2019opposants.B o n à s a v o i r B o n à s a v o i r 41 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA Rue Gilford Date de création : 1876 Ancien nom : Rue des Carrières, rue Verchères, rue Paul-Kruger Origine du nom : Joseph Guibord Arrondissements : Le Plateau Mont-Royal et Rosemont Petite-Patrie Orientation : Est-ouest Délimitation : Plusieurs segments entre les rues Henri-Julien et la 8e Avenue Rue de Mentana Date de création : 1872 Origine du nom : Village d\u2019Italie où les Français et les soldats pontificaux remportent une victoire sur Garibaldi en 1867.Longueur de la rue : 2,2 km Arrondissements : Le Plateau-Mont-Royal Orientation : Nord-sud Délimitation : Rue Saint-Grégoire / rue Cherrier Repérez-vous ! BD PAR NAMRON, BÉDÉISTE CAMELOT MÉTRO OUTREMONT VAN HORNE / DOLLARD LINDA PELLETIER CAMELOT MARCHÉ MAISONNEUVE RÉAL LAMBERT CAMELOT LAURIER / DE LANAUDIÈRE FRANCE LAPOINTE CAMELOT SAQ MONT-ROYAL/MENTANA NDLR : Avis aux institutions intéressées à inviter une ou un camelot de L\u2019Itinéraire pour donner une conférence, sachez que nous avons un programme de mentorat des camelots pour répondre à ces demandes.Veuillez communiquer avec la direction au : 514 597-0298 poste 228 ou par courriel : luc.desjardins@itineraire.ca 43 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA MOTS DE CAMELOTS Je me mets au yoga Près de mon point de vente, j\u2019ai rencontré Daniel, un professeur de yoga qui m\u2019a offert de faire du yoga avec lui.J\u2019ai fait trois cours à date.J\u2019avais jamais fait de yoga avant, j\u2019aime ça parce que ça fait relaxer, ça détend.Avant, ça ne m\u2019intéressait pas, je n\u2019avais pas la place ni le temps pour le faire.Il faut avoir la concentration aussi.Le yoga, il faut que tu sois bien « relax »\u2019 et concentré pour faire ça.C\u2019est un exercice qui est long à faire et qui doit être fait tranquillement.Il faut répéter des gestes pour bien les faire et les positions ne sont pas toujours faciles.Il faut pratiquer beaucoup, quelques positions sont plus dures, je ne les réussis pas du premier coup.C\u2019est pas aussi facile que ça a l\u2019air, on doit être bien motivé car si t\u2019aimes pas ça, oublie ça.La technique doit être bien faite.C\u2019est sérieux faire du yoga.Les cours durent d\u2019une à deux heures, ça doit être fait dans une salle tranquille et silencieuse, avec de la musique douce.Le yoga me motive, m\u2019aide à passer une belle journée.Je me sens mieux depuis.C\u2019est bon d\u2019apprendre ! Et j\u2019ai pas fini.Il me reste une couple de cours à faire avec lui.Je dois prendre ça au sérieux et j\u2019aimerais continuer de prendre le temps, dans les prochaines semaines, de me pratiquer.Ma conférence à l\u2019UQAM Il y a deux semaines, mon ancien intervenant psychosocial m\u2019a téléphoné pour me demander de donner une conférence sur mon métier de camelot devant sa classe d\u2019étudiants en travail social à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Sur le coup j\u2019ai refusé.Moi, parler devant une cinquantaine de personnes, je ne m\u2019en croyais pas capable.Mais Jacques, excellent motivateur, a réussi à me convaincre, alléguant qu\u2019il serait à mes côtés.Ça s\u2019est avéré une expérience très enrichissante pour moi et pour les étudiants de Jacques.Ils étaient attentifs à mes paroles, même si j\u2019avais l\u2019impression que mon discours était décousu.Comme je suis une personne franche, je l\u2019ai tout simplement mentionné.Tout de suite, on m\u2019a rassurée.Je leur ai parlé de la vente de L\u2019Itinéraire bien sûr, j\u2019étais là pour ça.Je leur ai dit à quel point c\u2019était important pour moi.Premièrement, ça m\u2019apporte un revenu d\u2019appoint, et en plus, c\u2019est très bon pour mon estime personnelle.Je sais que je suis une bonne vendeuse et que ça me permet de publier mes textes, une autre raison d\u2019être fière de moi.Auparavant, je leur avais dit que je souffrais du trouble bipolaire et du trouble de la personnalité limite sévère (TPL).Enfin, les étudiants m\u2019ont applaudie chaleureusement et une file s\u2019est formée.Plusieurs étudiants m\u2019ont pris dans leurs bras et m\u2019ont remerciée pour mon authenticité.J\u2019étais très émue, et j\u2019ai vendu des tonnes de copies de L\u2019Itinéraire ! La recherche du bonheur Tous les jours de ma vie J\u2019ai cherché un coin de paradis Où le bonheur serait Comme une fleur qui naît Mais je courais à travers le monde Et malgré mes folles rondes Je ne trouvais Ce que je cherchais À mes pieds il était Mais je ne le cueillais Car noyé par mes problèmes Je ne pouvais trouver celle que j\u2019aime Mais aujourd\u2019hui Elle est venue Et le ciel a lui Car je n\u2019étais plus un inconnu Ensemble nous avons parlé De nos vies de vagabonds De nos folies sans nom Et en dedans nous avons regardé Là, nous nous sommes vus Dans notre vraie peau Sans artifice, ni vêtement trop beau Nous nous étions mis à nu Puis ensuite nous avons senti Qu\u2019il faisait bon de vivre Et que ce n\u2019était pas si pire Ces problèmes étaient tout petits Ta main j\u2019ai pris Tous deux nous l\u2019avons cueilli Ce bonheur sans prix Que j\u2019avais poursuivi.Merci à tous mes clients. joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.Ralentissement.2.Dégrossirais.3.Avalé.- Attache.4.D\u2019une région de l\u2019Aquitaine.- Opus.5.Charges de baudets.- Deux mille un.6.Titane.- Qui opère sur des vecteurs.7.Troubles.- Inanimé.8.Gratte.- À toi.- Route rurale.9.Saison.- Conjonction.- Événement imprévisible.10.Rumines.- Oui.verticalement 1.Vitupérer.2.Flegme.3.Cuivre.- Issu.- Trous.4.Alcool.5.Lawrencium.- Enzymes.- Calcium.6.Erbium.- Amas.7.Vallées fluviales.- Troisième.8.Cessons.9.Instruments musicaux.- Note.- Champion.10.Trois.- Propriété collective russe.11.Appareils de mesure de pression.12.Arracherai les poils.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Fleur De l\u2019auxiliaire avoir Propre Frappais contre un quai Concassa Rioter Façons de compter Avalent Voisement Chanteuses Répandras Four Portion Bride Armoise À toi Obéira Deux Crochet Grefferai Travaillera À elle Autochtone Préfixe privatif Singe Amas Portait un coup Rayon Fleur De l\u2019auxiliaire avoir Propre Frappais contre un quai Concassa Rioter Façons de compter Avalent Voisement Chanteuses Répandras Four Portion Bride Armoise À toi Obéira Deux Crochet Grefferai Travaillera À elle Autochtone Préfixe privatif Singe Amas Portait un coup Rayon Réponses du 1ER AOUT 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 V G P N S E S E A I T E N T R E A I C E O U E T R A I I M I N R A T E I M S E T A R I I S A P R T T A S R E N E S A E S M E A R S C U B L I O T O S N O I R T E D E C E L E R A T I O N E Q U A R R I R A I S B U U A R R I M E L A N D A I S E S O P A N E E S T M M I T I V E C T O R I E L E M O I S I N E R T E R I P E T E S R R E T E C A R A L E A R E S S A S S E S S I Réponses du 01 AOUT 2018 À vos plumes ! 44 ITINERAIRE.CA | 1er août 2018 DÉTENTE 15 juillet 2018 S E X A G E S I M A L E A C V A R D U R R T O T A L I S E M A I N E L E G A M M E N T R O M E E L R I O I M P E R S O N N E L S I S A P O N E E S A S P I R A T E S R E L I E R A M T U A I N S O U M I S E S Réponses du 15 JUIL 2018 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Puis Ber Point cardinal Mer Boue Répéterais Orient Superposassent Atteintes d\u2019une infection Plan d\u2019eau Abaissera Écumeraient Métal Brebis Communistes Fixant Crie Terres Secte Dénudé Poisson Existence Enveloppe Technétium Éliminai Préférences Ruisseau Étoffe Puis Ber Point cardinal Mer Boue Répéterais Orient Superposassent Atteintes d\u2019une infection Plan d\u2019eau Abaissera Écumeraient Métal Brebis Communistes Fixant Crie Terres Secte Dénudé Poisson Existence Enveloppe Technétium Éliminai Préférences Ruisseau Étoffe Réponses du 15 JUIL 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 Mettre à x 7,5708 y 4,0145 B L L V A R S C S A S E E T T I N T O S U T A I N U O N R D E R E G E E E I L E S R U A M O I T S E S R I V N A T E F R A T I E V A C V I E S A R V A E L R A Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Confirmé Grille numéro : 64194 9 6 4 7 3 6 7 9 8 7 4 9 5 3 1 9 3 8 2 6 1 7 2 6 5 8 5 3 2 7 9 8 2 5 9 6 7 3 1 8 4 7 4 8 1 2 9 6 5 3 3 1 6 8 4 5 7 9 2 8 7 1 2 6 4 5 3 9 5 6 2 9 3 7 4 1 8 4 9 3 5 1 8 2 7 6 1 3 4 7 8 2 9 6 5 6 8 5 4 9 1 3 2 7 9 2 7 3 5 6 8 4 1 Grille Jeu Sudoku Confirmé à imprimer du dimanche 01 avril 2018 12:00:02 1 / 1 15 juillet 2018 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 1er août 2018 | ITINERAIRE.CA SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Jeu Sudoku Confirmé Grille numéro : 64185 2 1 7 1 4 9 6 2 5 9 7 2 3 7 2 5 5 8 6 1 1 3 8 4 5 6 4 2 1 8 3 4 2 5 8 4 1 9 3 7 6 7 1 4 6 5 3 2 8 9 6 9 3 2 8 7 5 4 1 9 6 1 5 7 8 4 2 3 3 4 7 1 2 6 9 5 8 5 8 2 3 9 4 6 1 7 1 3 9 8 4 5 7 6 2 4 2 6 7 3 1 8 9 5 8 7 5 9 6 2 1 3 4 Grille Jeu Sudoku Confirmé à imprimer du dimanche 01 avril 2018 00:00:02 1 / 1 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES Les pauvres cherchent la nourriture, les riches cherchent l\u2019appétit.Proverbe indien Un jour vous comprendrez que l\u2019argent ne se mange pas.Samian Lorsqu\u2019un homme a faim, il vaut mieux lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson.Confucius En mangeant un morceau de pain, il a vu que le voisin avait quelque chose sur le sien qu\u2019il aurait bien aimé goûter, et comme un million de gens, il a cessé d\u2019étudier car il fallait pour bien manger, serrer les dents et travailler.Claude Dubois Patates, sauce brune, fromage : une part de notre héritage.Mes Aïeux J\u2019aimerais ça qu\u2019on se fasse une petite soirée avec des fleurs pis une chandelle mais je trouve ça quétaine à mourir et toé aussi.Au pire, on ne mangera que du Kraft Dinner, c\u2019est tout ce qu\u2019on a de besoin.Lisa Leblanc Quand le peuple a froid et a faim, la misère le pousse au crime et au vice.Victor Hugo Tout le monde a le droit à la vie ici-bas et la mort de faim est un crime social.Victor Hugo C\u2019est une ennuyante maladie qu\u2019est la santé conservée par un trop grand régime.Montesquieu de la nourriture PHOTO :?TUOMAS?LEHTINEN?(123RF) À PROPOS DE.PAR MAXIME PLAMONDON CAMELOT MÉTRO VIAU Transport gratuit du 21 juin (16 h) au 26 août pour les 6 à 11 ans* stm.info/sortiesenfamille * CERTAINES CONDITIONS S\u2019APPLIQUENT au EM ANA EQTASS 3 OU QUESVOUS SOYEZ Partout au Québec, on livre gratuitement\u2019 l 4 x \u201c a -m >.f 3 -t * v 3 ay = - Tem AS | au = i \"À \\ rr is \u2014\u2014_ ls pp \u2014\u2014 ww.\u2014\u2014\u2014 E- - 2 \u2014 re -\u2014 w Er opp \u2014 ~~ % _ \u201c_- \u2014\u2014\u2014 2 = rE Pb ch \u2014 R = = a 7 Ses wr ry = -\u2014 \u2014 = =.0 - - - 2 lt mm = - a = W ay ._ wr allen -_ = \u2014\u2014_ EE dh - = pe \u2014 Ee mn a = \u2014 + + raies amma a a | a \u2014 ahi z ext wt).RD wydagmpy bbl nih apy in EE L ESO all hide BE WE MF Smart Led Hi bat rd SAS babe BF \u201cpe pu pr \u201cpe cites fé wm pme FA, rp Hews pin CAFE TORREFIE A MONTREAL 514 321-4121 1 800 361-4121 oo rlvecdiait.cpl BROSSARD\"™ *La livraison gratuite s'applique pour les commandes de 10 livres de café et plus."]
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