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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre - Décembre 2019, No 805
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2019-11, Collections de BAnQ.

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[" 7,00 $ NUMÉRO 805 DÉCEMBRE 2019 P P C O N V E N T I O N ?: 4 0 0 1 2 1 6 9 ARTISTE INVITÉ?: JEAN-FRANÇOIS LEBLANC CE QUE L\u2019HIVER NOUS DIT DE NOUS L\u2019INDE FRAPPÉE PAR LA CRISE ÉCOLOGIQUE DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRES DE RÉDACTION Emiliano Arpin-Simonetti, Christophe Genois-Lefrançois MAQUETTE GRAPHIQUE Mathilde Hébert RÉALISATION GRAPHIQUE tatou.ca ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Benoit Aquin RÉVISION/CORRECTION Éric Massé Marc-Olivier Vallée COMITÉ DE RÉDACTION Marie-Célie Agnant, Frédéric Barriault, Gilles Bibeau, Mélanie Chabot, Eve-Lyne Couturier, Mireille D'Astous, Claire Doran, Céline Dubé, Jonathan Durand Folco, Lorraine Guay, Mouloud Idir, Rolande Pinard, Louis Rousseau, Michaël Séguin, Julien Simard COLLABORATEURS Gregory Baum ?, André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Amélie Descheneau- Guay, Violaine Forest, Bernard Senécal, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION Disticor Magazine Distribution Services ENVOI POSTAL Citéposte CFG Relations est membre de la SODEP et de l\u2019AMéCO.Ses articles sont réper toriés dans Érudit, Repère, EBSCO et dans l\u2019Index de pério di ques canadiens.SERVICE D\u2019ABONNEMENT SODEP (Revue Relations) C.P.160, succ.Place-d\u2019Armes Montréal (Québec) H2Y 3E9 514-397-8670 abonnement@sodep.qc.ca ABONNEMENT EN LIGNE www.revuerelations.qc.ca TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec : ISSN 0034-3781 ISSN (version numérique) : 1929-3097 ISBN (version imprimée) : 978-2-924346-52-5 ISBN (VERSION PDF) : 978-2-924346-53-2 BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541, poste 279 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca NUMÉRO 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 24 Fondée en 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites.Depuis plus de 75 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en pre nant parti pour les personnes exclues et appauvries.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, écono miques, politiques, environnementaux et religieux de notre époque.5 ÉDITORIAL LE PRIX DE LA GRÂCE Jean-Claude Ravet ACTUALITÉS 6 VICTOIRE POUR BDS-QUÉBEC Lorraine Guay 7 GUATEMALA : GO À LA CORRUPTION ! Eliane Hauri et Marie-Dominik Langlois 10 VERS LA DÉMOCRATIE AU SOUDAN ?Duha Elmardi 12 DÉBAT 50 ANS APRÈS SA FONDATION, L\u2019UQAM EST-ELLE DEMEURÉE FIDÈLE À SES RACINES ?Louise Briand et Jean-Marc Fontan 31 AILLEURS EN INDE, LA POPULATION FRAPPÉE PAR DE GRAVES CRISES ÉCOLOGIQUES Pradeep W.K.34 REGARD SORTIR DE L\u2019OTAN, UNE EXIGENCE Raymond Legault 37 CONCOURS « JEUNES VOIX ENGAGÉES » AU-DELÀ DE LA TRANSITION : RENOUER AVEC LES RACINES DE L\u2019ÉCOLOGIE POLITIQUE Simon Chaunu 41 SUR LES PAS D\u2019IGNACE POUR UNE ÉCOLOGIE INTÉGRALE Román Guridi 42 CHRONIQUE LITTÉRAIRE de Violaine Forest 2.IN CARCERE 45 QUESTIONS DE SENS L\u2019ENRACINEMENT Bernard Senécal RECENSIONS 46 LIVRES 49 DOCUMENTAIRE 50 LE CARNET de Marie-Célie Agnant ZONES DE COLÈRE 2 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 ARTISTE INVITÉ Bachelier ès arts en communication de l\u2019Université du Québec à Montréal, Jean-François LeBlanc pratique le métier de photographe depuis 35 ans.Le photoreportage et la photographie humaniste constituent ses modes d\u2019expression privilégiés.L\u2019être humain dans son environnement, ses actions et ses préoccupations ont toujours été au centre de ses intérêts et de sa création.En 1987, il fonde à Montréal l\u2019Agence Stock Photo, un collectif de photographes reconnu et toujours actif.Durant les années 1990, il publie de nombreuses photographies dans Relations.Récipiendaire de bourses des conseils des Arts du Canada et du Québec, son travail a été largement exposé au Québec et à l\u2019étranger, notamment, au Musée canadien de la photographie contemporaine, au Musée du Panthéon national haïtien de Port-au-Prince en Haïti, durant le Mes de la Fotografìa de Merida, au Mexique, ainsi qu\u2019aux Rencontres internationales de la photo d\u2019Arles, en France.On retrouve ses photographies dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec, du réseau Accès culture de la Ville de Montréal et dans plusieurs autres collections publiques et privées..DOSSIER 14 CE QUE L\u2019HIVER NOUS DIT DE NOUS Jean-Claude Ravet 17 PENSER L\u2019HIVER Daniel Chartier 20 MON HIVER, CE N\u2019EST PAS UN HIVER\u2026 C\u2019EST PAYS\u2026 Jean Morisset 22 EXTRAIT DU LIVRE DE EMMANUELLE WALTER, LE CENTRE DU MONDE (LUX, 2016) 23 MONTRÉAL ATTACHE SA TUQUE Caoimhe Isha Beaulé 25 VIEILLIR ENCABANÉS L\u2019HIVER ?Julien Simard 27 LE FROID, C\u2019EST COMME UN SERPENT Christophe Genois-Lefrançois 28 DEVENIR UNE SAISON Ouanessa Younsi 16 Jean-François LeBlanc RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 3 Nouveau recueil du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi Migrations et droits : un défi démocratique LANCEMENT LE MERCREDI 20 NOVEMBRE 2019, 19H MAISON BELLARMIN 25, RUE JARRY OUEST, MONTRÉAL.POUR PLUS D\u2019INFORMATIONS ET POUR VOUS PROCURER LE RECUEIL : < CJF.QC.CA>.À cette occasion, il y aura une projection du documentaire Témoins de l\u2019exil de Danièle Bélanger, avec la collaboration de la Chaire de recherche du Canada sur les dynamiques migratoires mondiales.OFFREZ UN ABONNEMENT EN CADEAU OU ABONNEZ-VOUS À \u2026et courez la chance de gagner : un cadre avec cette belle photographie hivernale de Jean-François LeBlanc qui illustre la couverture de notre dossier de décembre.Valeur : 500 $ Dimension : photo 12 x 18, cadre 16 x 24.Bonne chance! Détails du concours : bit.ly/ConcoursNoël2019Relations CONCOURS ÉDITORIAL LE PRIX DE LA GRÂCE L\u2019 action de désobéissance civile du 8 octobre dernier à Montréal a donné lieu à une déferlante de hargne dans les médias sociaux, comme on pouvait s\u2019y attendre.Certains ont même taxé de terroristes les trois intrépides du mouvement Extinction Rébellion qui ont escaladé la charpente du pont Jacques- Cartier, obligeant la police à bloquer ses accès aux automobilistes, en pleine heure de pointe.La plupart des grands médias n\u2019ont pas été tendres envers ces militants \u2013 qui voulaient interpeller le gouvernement pour qu\u2019il engage rapidement la société sur la voie de sortie des hydrocarbures \u2013, tout comme la classe politique, à l\u2019exception de Québec solidaire qui fut sommé de condamner ces gestes « antidémocratiques », chose qu\u2019il a heureusement refusé de faire.Que penser de ces réactions virulentes à l\u2019égard d\u2019écologistes qui, au nom de l\u2019urgence climatique, décident d\u2019enfreindre les lois de manière non-violente pour se faire entendre et d\u2019en assumer les conséquences ?Le tumulte médiatique entourant ce geste de désobéissance civile \u2013 auquel l\u2019émission Tout le monde en parle a immédiatement fait écho en invitant deux des trois militants qui ont escaladé le pont \u2013 ramène à l\u2019avant-plan la mentalité dominante dans notre société, extrêmement problématique, pur produit de l\u2019économicisme ambiant et de l\u2019intériorisation de ses diktats et de sa vision du monde.N\u2019est-ce pas, au fond, au nom du sacro-saint homo œconomicus que beaucoup de gens s\u2019insurgent contre ces empêcheurs de tourner en rond ?Chacun en effet, est constamment renvoyé à soi comme à un individu sans attache, déraciné de son environnement, porté par un rationalisme marchand, pour qui seuls comptent ses intérêts sonnants et trébuchants.Comme si ce n\u2019était pas précisément de cette manière de vivre et de se rapporter au monde qu\u2019il fallait sortir au plus vite si nous voulons éviter le pire.Comme si cette vision étriquée de l\u2019humain n\u2019était pas une fiction néolibérale participant pleinement de la crise écologique qui ravage la planète en ne servant que les intérêts financiers des tenants de la gigantesque usine à fabriquer des capitaux qui triture le monde.C\u2019est sur cet imaginaire collectif que la société capitaliste s\u2019est bâtie, en rompant radicalement les liens qui unissent les humains avec la nature, en dissociant la liberté de la responsabilité à l\u2019égard du monde.Et quand des personnes osent ébranler ce socle et rappeler ces liens et cette responsabilité à la conscience de leurs concitoyens et au devoir des politiciens, elles sont irrémédiablement pointées d\u2019un doigt accusateur.Or, l\u2019un des fruits précieux de la désobéissance civile est justement de faire prendre conscience \u2013 parfois en choquant, en dérangeant et en bousculant les habitudes \u2013 de la nécessité d\u2019interrompre la chaîne de production de l\u2019injustice, en refusant d\u2019y prêter son concours.La tâche est urgente, tant l\u2019utopie désastreuse de la croissance infinie dans un monde fini a fragilisé à l\u2019extrême les écosystèmes et rendu incertain l\u2019avenir humain.À Relations, nous nous efforçons d\u2019y travailler, numéro après numéro, par nos analyses, nos réflexions et l\u2019apport d\u2019artistes complices.Nous aimons croire que la revue aide à animer le combat contre la fatalité et à sortir de la torpeur de l\u2019impuissance.En témoigne la gratitude que de nombreux lecteurs et lectrices nous ont exprimée au fil des ans quant au rôle bénéfique que la revue joue dans leur vie.À leur voix, je veux aujourd\u2019hui joindre la mienne pour dire la chance, voire la grâce que j\u2019ai eue, il y a déjà bientôt 20 ans, d\u2019être accueilli dans l\u2019équipe de rédaction de Relations et d\u2019y œuvrer tout au long de ces années, avec des consœurs et des confrères inspirants.J\u2019ai pu ainsi participer du dedans aux festivités entourant le 60e (2001), le 70e (2011) et le 75e (2016) anniversaires de la revue, où lecteurs et lectrices, collaborateurs et collaboratrices, anciens comme nouveaux ont eu l\u2019occasion de se rassembler pour dire l\u2019importance d\u2019une revue comme la nôtre au Québec.J\u2019y serai aussi pour ses 80 ans, en 2021, non pas cette fois comme rédacteur en chef, mais en fidèle lecteur et compagnon de route, admirateur dans l\u2019ombre du merveilleux travail de l\u2019équipe de rédaction renouvelée, qui continuera dès janvier 2020 à jeter avec dévouement un regard perçant sur les grands enjeux de société et à nourrir en nous l\u2019amour du monde, si essentiel en ces temps de disette.Je souhaite à Relations longue vie pour la suite du monde.Jean-Claude Ravet RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 5 Jean-François LeBlanc, Jardin de cristaux VICTOIRE POUR BDS-QUÉBEC Grâce à la campagne de la Coalition, le courant est coupé entre Hydro-Québec et la Israel Electric Corporation.Lorraine Guay L\u2019auteure est membre de la Coalition BDS-Québec Le 22 mai 2017, lors d\u2019une « mission économique et institutionnelle historique » en Israël menée par le premier ministre du Québec d\u2019alors, Philippe Couillard, un protocole d\u2019entente en matière de cybersécurité a été signé entre Hydro-Québec et la Israel Electric Corporation (IEC).L\u2019entente est demeurée secrète, Hydro-Québec refusant d\u2019en dévoiler le contenu à la suite de demandes faites par la Coalition BDS-Québec, qui fait partie de la campagne internationale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre l\u2019État d\u2019Israël.La société d\u2019État affi rme alors être dans son bon droit.Son avocat en chef et vice-président aux affaires juridiques, M.Sandro Cellucci, précisait, dans une correspondance adressée à la Coalition, que « Selon la législation nationale et internationale applicable, aucune loi n\u2019interdit la signature d\u2019un tel partenariat.Ainsi, Hydro-Québec maintiendra cette entente.» Or, en mai dernier, l\u2019entente ne fut pas renouvelée, bien qu\u2019Hydro- Québec n\u2019ait cessé de vanter l\u2019expertise israélienne en matière de protection des clients de la société contre les nombreuses attaques de piratage informatique auxquelles elle fait face.De plus, en août, l\u2019entente fut rendue publique grâce aux démarches de l\u2019avocat de la Coalition, John Philpot, auprès de la Commission d\u2019accès à l\u2019information1.Que s\u2019est-il passé ?Dès la signature du partenariat entre Hydro-Québec et l\u2019IEC, la Coalition BDS Québec a amorcé la campagne Coupons le courant entre Hydro et Israel Electric ! pour demander aux dirigeants d\u2019Hydro-Québec de mettre un terme à cette entente politiquement et éthiquement inacceptable.Car l\u2019IEC n\u2019est pas n\u2019importe quelle entreprise.Cette société publique au service de l\u2019État israélien est responsable de la production et de la distribution d\u2019électricité en Israël, mais aussi dans les territoires occupés.Elle participe donc aux politiques d\u2019oppression des gouvernements israéliens successifs envers le peuple palestinien et au maintien de l\u2019occupation et de la colonisation de la Palestine.Il faut savoir que l\u2019IEC coupe régulièrement le courant à Gaza et en Cisjordanie.Elle électrifi e le « mur de la honte » dont le tracé pénètre à 85 % en territoire palestinien; elle alimente en électricité les colonies illégales qui envahissent les territoires occupés, les transformant en véritables bantoustans d\u2019apartheid ; elle approvisionne l\u2019armée israélienne en électricité.Hydro- Québec ne pouvait ignorer la mainmise de l\u2019appareil militaire et des services de renseignement (le Mossad) sur les secteurs civils dont l\u2019IEC fait partie, ni la participation d\u2019Israël à la cyberguerre, à la cybersurveillance et au cyberespionnage à l\u2019international.Ainsi, si l\u2019entente avait été maintenue, il y avait lieu de penser qu\u2019Hydro- Québec pourrait devoir assumer une responsabilité civile pour des dommages directement causés par l\u2019IEC ou ses partenaires publics ou privés, dans le domaine de la cybersécurité en Israël.La société d\u2019État et ses administrateurs s\u2019exposaient aussi à des procédures en matière de responsabilité criminelle et pénale, du fait de leur association avec l\u2019IEC.Toutes ces informations, la campagne de la Coalition BDS-Québec les a largement diffusées.Même si Hydro- Québec refuse de lier ses décisions aux pressions subies, il est permis d\u2019affi rmer que le non renouvellement de l\u2019entente et sa divulgation publique sont le résultat d\u2019une lutte citoyenne.La députée de Québec solidaire, Manon Massé, a interpellé à ce sujet Éric Martel, pdg de la société d\u2019État, ainsi que l\u2019ex- ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, lors de la Commission de l\u2019agriculture, des pêcheries, de l\u2019énergie et des ressources naturelles.Une pétition en ligne a recueilli près d\u2019un millier de signatures ; des lettres ont été envoyées à tous les députés de l\u2019Assemblée nationale leur demandant d\u2019appuyer la campagne ; des interventions ont été faites 6 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 auprès des syndicats et des milliers de dépliants ont été distribués pour informer la population québécoise, notamment lors des représentations de la pièce de théâtre J\u2019aime Hydro.L\u2019expérience de la campagne menée par la Coalition BDS-Québec vaut pour toutes les entreprises québécoises tentées d\u2019aller « brasser des affaires » en Israël.Un travail de vigilance s\u2019impose et des démarches se poursuivront auprès d\u2019Hydro-Québec, car la société d\u2019État ne peut continuer d\u2019encenser les exploits technologiques d\u2019Israël sans dire un mot sur ses agressions envers le peuple palestinien et ses violations systématiques du droit international.La « sécurité » des personnes clientes d\u2019Hydro-Québec ne peut s\u2019obtenir au prix d\u2019une entente faisant fi de l\u2019insécurité criminelle imposée au peuple palestinien par Israël et ses institutions.Cela contribue à blanchir les crimes d\u2019Israël.La vigilance et la mobilisation citoyennes s\u2019imposent.1.L\u2019entente se trouve sur le site Web de la Coalition à .GUATEMALA : GO À LA CORRUPTION?! L\u2019élection d\u2019un nouveau président conservateur ne présage rien de bon pour le pays dans le contexte du départ de la mission anti-corruption conjointe avec l\u2019ONU.Eliane Hauri et Marie-Dominik Langlois Les auteures sont respectivement ex-présidente de l\u2019Association KM207 Guatemala-Suisse et doctorante en sociologie à l\u2019Université d\u2019Ottawa Les élections présidentielles du mois d\u2019août dernier au Guatemala ont permis au conservateur Alejandro Giammettei de prendre le pouvoir avec 57,9 % des suffrages.Le chirurgien de formation en était à sa quatrième tentative, chaque fois sous la bannière d\u2019un parti différent, cette fois le parti Vamos (« Allons-y »).Le deuxième tour des présidentielles l\u2019a opposé à Sandra Torres, l\u2019ex- épouse du président Álvaro Colom (au pouvoir de 2008 à 2012), aussi tenace que lui dans son aspiration à la présidence puisqu\u2019elle en était à sa troisième tentative consécutive après avoir divorcé de Colom, la Constitution empêchant les membres de la famille d\u2019un président de se porter candidats.Accusée de fi nancement illicite lors de la campagne électorale de 2015 \u2013 avec son parti l\u2019Unité nationale de l\u2019espoir \u2013, elle est en détention depuis le 2 septembre dernier.Dans cette élection marquée par un taux d\u2019abstention élevé (plus de 57 %), c\u2019est le vote anti-Torres, une fi gure davantage associée à la vieille classe politique par la population, qui a permis à Giammettei de l\u2019emporter.Bien que le slogan de son parti soit « Pour un Guatemala différent », le nouveau président \u2013 qui entrera en fonction le 14 janvier prochain \u2013 est pourtant loin de représenter une rupture et se présente plutôt comme un mélange des deux derniers présidents, combinant droite conservatrice et militarisme.En effet, pour réduire la criminalité et le narcotra- fi c, Giammettei promet une politique de mano dura (main de fer) grâce à la création d\u2019un conseil national de sécurité et au retour de la peine de mort.Rappelons qu\u2019il a lui-même été emprisonné quelques mois en 2010, à la suite de l\u2019exécution extrajudiciaire de sept prisonniers, en 2006, alors qu\u2019il était directeur du système pénitentiaire national.Il fut libéré faute de preuves.Giammettei est parfois surnommé Jimmytei en raison de sa ressemblance avec le président sortant, Jimmy Morales.Ce dernier, comédien professionnel, avait remporté les élections de 2015 avec le slogan « Ni corrompu, ni voleur », après l\u2019éviction du pouvoir du président Otto Pérez Molina et de la vice-présidente, Roxana Baldetti, grâce au travail de la Commission internationale contre l\u2019impunité et la corruption au Guatemala (CICIG).Lors de ce « printemps » de 20151, le pays vibrait au rythme des manifestations, dans un contexte de ras-le-bol généralisé.Cependant, la mascarade de Jimmy Morales n\u2019a pas duré et le masque est vite tombé de cet acteur évangélique qui a choisi de porter les couleurs d\u2019un parti de la droite conservatrice fondé par des militaires vétérans, le Front de convergence nationale.Lorsque les enquêtes de la CICIG l\u2019ont ciblé directement ainsi que ses proches, Morales a rapidement changé son fusil d\u2019épaule dans la lutte anti-corruption et il a refusé de renouveler le mandat de la Commission qui bénéfi ciait pourtant du soutien de 72% de la population.Elle fut ainsi dissoute le 3 septembre dernier.?RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 7 La CICIG a réussi à faire juger plus de 600 personnes et obtenu 400 condamnations \u2013 notamment de hauts fonctionnaires.Elle a démantelé plus de 70 groupes illégaux en plus de révéler que plus de 50 % du fi nancement des partis politiques, en 2015, était issu de la corruption et du crime organisé.C\u2019est sans surprise que la grande majorité des 19 prétendants à la présidence en 2019, dont Giammattei, se sont prononcés contre cette Commission.Un autre coup de théâtre qui est venu anéantir tout espoir réaliste de changement à court terme au Guatemala a été la révocation de la candidature de Thelma Aldana, l\u2019ancienne procureure d\u2019État qui a travaillé étroitement aux côtés de la CICIG.Elle a été destituée à la suite d\u2019une plainte déposée par un parti adverse alléguant la création d\u2019emplois fi ctifs durant son administration.Son retrait forcé de la course a été décrit par une juge comme une vengeance des mêmes puissants intérêts qu\u2019Aldana avait combattus.Contrainte à l\u2019exil, cette dernière a dit être victime d\u2019un État pris en otage par ce qu\u2019elle nomme le pacte des politiciens corrompus.Au moment d\u2019écrire ces lignes, la situation politique au Guatemala est tendue, le président Morales ayant décrété l\u2019état de siège dans 22 municipalités du nord-est du pays le 3 septembre dernier, à la suite de l\u2019assassinat de trois soldats.Cette région est le théâtre de confrontations entre narcotrafi quants, militaires, entreprises d\u2019extraction de ressources naturelles et la population locale q\u2019eqchi\u2019, dont une grande partie souffre toujours de non-reconnaissance territoriale de la part de l\u2019État.L\u2019absence de la CICIG ne présage rien de bon pour les années à venir, tout comme les attaques du président du Congrès et de nombreux députés contre la Cour constitutionnelle, en raison de décisions prises par celle-ci à l\u2019encontre des intérêts du « pacte des corrompus ».1.Voir M.-D.Langlois, « Le \u201cPrintemps guatémaltèque\u201d ?», Relations, no 780, octobre 2015.Contre le profi lage racial à Montréal En août dernier, la Cour supérieure a autorisé la Ligue des Noirs du Québec (LNQ) à mener la poursuite qu\u2019elle intente contre la Ville de Montréal.La Ligue réclame une somme de quatre millions de dollars dans un recours collectif regroupant près de 500 personnes ayant été victimes de pro?lage racial lors d\u2019interventions policières.C\u2019est la première fois qu\u2019un tel recours collectif est intenté à ce sujet contre le Service de police de la Ville de Montréal, d\u2019où son importance historique.Pour des raisons de contrôle de son image et de sa « communication », le traitement des plaintes au cas par cas et leur règlement hors cour étaient jusqu\u2019alors l\u2019option priorisée par le corps de police montréalais.Migrants haïtiens aux Bahamas Les Bahamas sont un lieu de passage pour les Haïtiennes et les Haïtiens qui tentent, de manière clandestine, d\u2019atteindre par bateau les côtes de la Floride.Sur les îles d\u2019Abaco et de Grand Bahama et à Nassau, la capitale, des communautés haïtiennes se sont ainsi établies.Mais en septembre dernier, l\u2019ouragan Dorian a détruit les habitations précaires aménagées par ces populations en déplacement.Deux bidonvilles, Pigeon Pea et The Mudd, ont été complètement rasés.Forcés de se déplacer, les survivants haïtiens redoutent les tensions avec les habitants locaux, qui voient dans leur relocalisation un problème de plus compromettant, à leurs dépens, la reconstruction des infrastructures bahamiennes.Source : RFI Centre de détention contesté La construction d\u2019un nouveau centre fédéral de détention pour migrants a commencé le 5 juillet dernier, à Laval.Dès la ?n août, Tisseur Inc., l\u2019entrepreneur général du projet, s\u2019est vu accorder une injonction judiciaire temporaire contre le réseau de lutte pour la justice Solidarité sans frontière, qui s\u2019oppose à la construction du centre.Cette décision de la Cour supérieure a été prise en réaction au «piquetage d\u2019information festif» du 22 août, organisé par les membres du réseau.Des affi ches placardées sur les murs extérieurs des bureaux de Tisseur Inc.ont aussi été vues comme du vandalisme par la Cour, justi?ant ainsi sa décision de permettre le judiciarisation des opposants.Voir : < solidarityacrossborders.org >.Manifestation contre la corruption au Guatemala, 30 mai 2015.Photo : Eric Walter/Creative Commons 8 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 MERCI MATHILDE?! Après 20 ans d\u2019une collaboration exceptionnelle avec Relations, notre directrice artistique et graphiste Mathilde Hébert nous quitte pour une semi-retraite bien méritée.À l\u2019invitation de Jean Pichette, alors rédacteur en chef de la revue, Mathilde s\u2019est jointe à notre équipe en 2000 et joua un rôle clé dans la petite révolution qui marqua Relations cette année-là, en renouvelant entièrement sa maquette et en faisant une belle place à des artistes invités.De Lino à Christian Tiffet, en passant par Dominique Blain et Brigite Normandin, c\u2019est souvent grâce à elle que nous avons découvert et jumelé avec succès les œuvres de différents artistes aux thèmes de nos dossiers \u2013 un modèle dont d\u2019autres s\u2019inspirent depuis et qu\u2019elle a fait évoluer en tandem avec les différents rédacteurs en chef de Relations.En 2016, le 75e anniversaire de la revue a été l\u2019occasion d\u2019une nouvelle refonte graphique et de l\u2019exposition « Relations, une revue engagée dans son époque », à laquelle elle a grandement contribué.Toute une aventure ?! Dans ce projet satellite comme dans plusieurs autres où ses services nous étaient précieux, Mathilde avait l\u2019art d\u2019être inventive et perspicace, sachant régler efficacement tous les « petits bouts qui retroussent » en faisant preuve de trésors de patience, avouons-le ! Nous la remercions chaleureusement pour ça et pour tout le talent, l\u2019authenticité, l\u2019engagement et la générosité dont elle a fait preuve à nos côtés durant toutes ces années, sans oublier les moments de franche rigolade qui vont aussi nous manquer.Merci mille fois Mathilde ?! Mathilde lors du vernissage de l\u2019exposition organisée pour le 75e anniversaire de Relations, en 2016.Photo : Gilles Pilette RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 9 VERS LA DÉMOCRATIE AU SOUDAN?Grâce au mouvement populaire, la dictature d\u2019Omar Al-Bashir est tombée.Duha Elmardi L\u2019auteure est une militante soudanaise vivant à Montréal En août dernier, avec l\u2019aide des médiateurs de l\u2019Union africaine et de l\u2019Éthiopie, un accord de partage du pouvoir a été signé entre militaires et civils au Soudan : le premier ministre du gouvernement de transition, Abdallah Hamdok, ainsi que d\u2019autres membres du Conseil de souveraineté ont été chargés de mener à bien la transition.Le chemin vers l\u2019établissement d\u2019une véritable démocratie reste toutefois incertain dans ce pays, et il faudra panser les plaies, mais le courage de la jeunesse soudanaise porte en lui l\u2019optimisme et l\u2019espoir de l\u2019avènement d\u2019une nouvelle ère.En décembre 2018, les jeunes Soudanais étaient au cœur du mouvement de protestation qui est descendu dans les rues de plusieurs villes et villages du pays en scandant « Liberté, paix et justice, la révolution est le choix du peuple ».Ils demandaient au gouvernement d\u2019Al-Bashir de se retirer pour permettre l\u2019établissement de la démocratie.Le Soudan, sous la férule du président Omar Al-Bashir depuis le coup d\u2019État de 1989, était en effet devenu un vaste système de corruption et de répression politique.L\u2019État alimentait les confl its ethniques et les crimes haineux.La hausse critique du coût de la vie et la détérioration de la situation économique dans l\u2019ensemble du pays ont été un des déclencheurs de ces protestations qui ont entraîné la chute d\u2019une dictature vieille de 30 ans.Cette période sombre a laissé la nation tiraillée entre le désespoir et le besoin urgent d\u2019une révolution.La réponse gouvernementale aux manifestations pacifi ques a été d\u2019une violence sans précédent : le Service national de renseignement et de sécurité a procédé à des arrestations arbitraires et des manifestants, notamment des médecins, des enseignants et même des mineurs, ont été torturés et tués.Malgré la répression, des millions de personnes ont marché vers le siège du gouvernement à Khartoum, le 6 avril 2019.La marche s\u2019est transformée en une occupation du site.D\u2019autres manifestations ont eu lieu dans différentes villes du pays, en plus de rassemblements de soutien ailleurs dans le monde.Si bien que le 11 avril dernier, à la suite des pressions populaires, le président Al- Bashir a été évincé de la présidence.Le Conseil militaire de transition a pris la relève avec le lieutenant Awad Ibn Auf à sa tête.Ce dernier ayant été forcé de démissionner dès le lendemain, le lieu- tenant-général Abdel Fattahal-Burhan lui a succédé au pouvoir, avec comme adjoint Mohamed Hamdan Dagalo (He- medti), un célèbre seigneur de guerre, chef des Janjawid (milice qui a semé la terreur au Darfour).Mais les manifestants ont persisté à exiger immédiatement une administration civile.Industries polluantes ciblées à Québec Le 10 septembre dernier, le Regroupement d\u2019éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches a réalisé des actions visant à sensibiliser le public et la classe politique aux enjeux inhérents à la crise climatique actuelle.L\u2019Édi?ce le 511, le Café du Nouveau Monde et quelques installations sur la Promenade Samuel-De Champlain ont ainsi fait offi ce de porte-bannières écologistes.Sur certaines d\u2019entre elles, on pouvait lire : « Eaux usées à votre santé ! », ou encore « Rio Tinto, sacre Alcan ! » En plus d\u2019identi?er les principales industries polluantes de la région de Québec (la raffi nerie Énergie Valero, Rio Tinto et le Port de Québec, entre autres), l\u2019action a permis de rappeler les constats du dernier rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC), qui illustre les liens directs entre problèmes environnementaux et justice sociale.Cette action s\u2019inscrivait en amont de la mobilisation du 27 septembre au Québec et ailleurs dans le monde.K2-18B :  Terre Bis ?Les revues scienti?ques Nature Astronomy et Astronomical Journal ont fait état récemment de résultats démontrant la présence de vapeur d\u2019eau dans l\u2019atmosphère de l\u2019exo-planète K2-18B.Cette découverte est une avancée scienti?que signi?cative dans laquelle des scienti?ques montréalais ont joué un rôle de premier plan.Notons cependant que K2-18B est située à une distance de 111 années-lumière de la Terre, ce qui invalide son statut potentiel de « planète de rechange », n\u2019en déplaise aux adeptes de fausses solutions liées au réchauff ement climatique.vvv Protestations citoyennes au Soudan, 10 avril 2019.Photo : Hind Mekki/Flickr 10 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 Le 13 avril, les négociations entre les militaires et les Forces pour la liberté et le changement (représentant les manifestants) ont ainsi débuté.Durant les pourparlers, le lieu de l\u2019occupation est devenu un véritable centre culturel révolutionnaire : les murs ont été recouverts de slogans, de peintures et de murales ; les spectacles de musique et les débats politiques se sont succédé ; des campagnes de sensibilisation et de politisation ont été organisées.Enfin, tous pouvaient se réunir et jouir d\u2019une liberté nouvelle, après trois décennies de dictature.Émergeait ainsi l\u2019espoir d\u2019un pays libéré de la guerre, de l\u2019oppression politique, de la pauvreté, de la misogynie et du racisme : un nouveau Soudan démocratique.Pendant ce temps, les comités de résistance de quartiers ont élargi la mobilisation au sein des différentes communautés, mais le 3 juin, le lieu de l\u2019occupation pacifique a été pris d\u2019assaut par un contingent dirigé par la milice Janjawid, tuant plus de 100 personnes.Une quarantaine de corps ont été jetés dans le Nil, 70 femmes et hommes ont été violés et leur famille terrorisée et intimidée jusque dans leur maison, des centaines de citoyens ont été violemment arrêtés.Toutes les connexions Internet ont été interrompues, invisi- bilisant ainsi le massacre aux yeux du monde et rendant difficile l\u2019estimation des pertes humaines et la communication avec la diaspora.Certaines personnes identifiées comme disparues sont toujours recherchées par les membres de leur famille.Après le massacre, un appel à la résistance non-violente et à la désobéissance civile a été lancé.Les rues et les ponts ont été barricadés.Une grève générale qui a duré trois jours, du 9 au 11 juin dernier, a finalement débouché sur l\u2019accord historique qui devrait mener, enfin, à une transition démocratique.À suivre.Protestations citoyennes au Soudan, 10 avril 2019.Photo : Hind Mekki/Flickr RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 11 Le 50e anniversaire de l\u2019UQAM nous donne l\u2019occasion de revenir sur son histoire et de nous demander si «?l\u2019université du peuple?» demeure fidèle à ses racines, 50 ans plus tard.Nos auteurs invités y réfléchissent.L\u2019idéal démocratique de l\u2019UQAM repose encore sur les luttes syndicales.Louise Briand L\u2019auteure est vice-présidente, secteur universitaire, de la Fédération des professionnèles de la CSN La création du réseau de l\u2019Université du Québec (UQ), en 1968, constituait une réelle innovation.Le législateur souscrivait à l\u2019ouverture des universités du réseau sur leur milieu : chacune aurait pour objet l\u2019enseignement supérieur et la recherche et pourrait « offrir des services à la collectivité qu\u2019elle dessert ».Dans cette université nouvelle, le pouvoir ne serait pas réparti selon la hiérarchie traditionnelle, mais plutôt sur une « roue » dont les rayons représentent les groupes de la collectivité.L\u2019UQAM de 1969 correspond en tous points à la volonté du législateur.Elle présente une mission en trois volets à laquelle s\u2019ajoutent les instances représentatives des divers groupes.De plus, la structure de l\u2019UQAM incarne la volonté de permettre aux professeures et professeurs de prendre une part active à la gestion de leur institution « de façon telle que toutes les décisions soient collégiales.Les responsabilités traditionnellement assumées par la direction de chaque département le sont, dans le nouveau contexte, par le département lui-même » (ministère du Travail et de la Main-d\u2019œuvre, 1971).La perte d\u2019autonomie institutionnelle À l\u2019instar des autres universités québécoises, l\u2019UQAM doit composer avec un État plus directif dans la foulée du développement de la nouvelle gestion publique.Si l\u2019autonomie des membres de la direction universitaire est ébranlée par un pouvoir politique en quête de résultats, le pouvoir conféré aux divers départements la protège contre l\u2019introduction de pratiques de gestion autoritaires.Une tentative de circonscrire l\u2019autonomie départementale sera néanmoins tentée par la haute direction de l\u2019UQ.Ce sera la réforme Després, qui sera abandonnée grâce à la grève du Syndicat des professeures et professeurs de l\u2019UQAM (SPUQ-CSN) de 1976-1977, au terme de laquelle l\u2019autonomie départementale ressort indemne.L\u2019autonomie demeure cependant contestée par la direction, qui considère qu\u2019elle entraîne une gestion éclatée.Les années 1990 sont le théâtre d\u2019un bouleversement important.En 1996, sous le thème de la décentralisation, le recteur de l\u2019époque, Claude Corbo, lance le projet de facultarisa- tion.Celui-ci vise à assurer une plus grande cohésion au sein de l\u2019UQAM.Les départements sont regroupés en sept facultés et la facultarisation s\u2019accompagne d\u2019une révision unilatérale des tâches des professeurs responsables de ces facultés.Ces derniers, désormais appelés doyens, s\u2019inscrivent dans la structure d\u2019autorité et deviennent ainsi les représentants de la direction vis-à-vis de leurs collègues.Durant le rectorat de Robert Proulx (2013-2017), les doyens des facultés sont placés directement sous la responsabilité du recteur.La perte d\u2019autonomie départementale est bien réelle, mais la brèche qui a été rendue possible par la révision unilatérale des tâches des professeurs (en vue de les exclure de l\u2019unité d\u2019accréditation) sera colmatée par le SPUQ-CSN lors de la négociation de 2019.En 2016, l\u2019UQAM connaît un nouvel élan « décentralisateur ».Le recteur Proulx mandate alors deux consultantes pour proposer « divers scénarios de décentralisation » et « différentes étapes pour la mise en place d\u2019un modèle organisationnel cohérent avec les valeurs, les orientations et les objectifs du Plan stratégique 2015-2019 » (communiqué de presse, UQAM, mars 2016).Les recommandations de ce rapport très critiqué, puis tabletté, reposent sur des hypothèses qui sont entièrement incompatibles avec les fondements de l\u2019UQ.L\u2019autonomie départementale : un défi actuel En 1969, l\u2019UQAM innovait en rompant avec un certain ordre hiérarchique : une roue se substituait à la pyramide.Le rappel de quelques-unes des offensives gestionnaires à l\u2019encontre de l\u2019autonomie départementale témoigne toutefois de la fragilité des rayons de cette roue.Les offensives qui se succèdent nous rappellent en effet que les structures de décision sont à la fois sources de pouvoir et lieux de luttes de pouvoir.Il est à parier que sans l\u2019action du SPUQ-CSN, l\u2019autonomie départementale serait, au mieux, un souvenir.Et puisqu\u2019il n\u2019y a pas lieu de penser que les gestionnaires cesseront d\u2019y attenter, la vigilance s\u2019impose plus que jamais pour que les fondements et la structure de l\u2019UQAM soient préservés.12 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 50 ANS APRÈS SA FONDATION, L\u2019UQAM EST-ELLE DEMEURÉE FIDÈLE À SES RACINES?L\u2019UQAM doit renouer avec l\u2019esprit transformatif qui a animé ses débuts.Jean-Marc Fontan L\u2019auteur est professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM En décembre 1968, le gouvernement du Québec adopte la Loi de l\u2019Université du Québec.Cette loi vise l\u2019implantation d\u2019universités dans différentes régions de la province.Au printemps de l\u2019année suivante, le 9 avril 1969, l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) ouvre ses portes.Le développement du réseau de l\u2019Université du Québec (UQ) traduit la volonté du gouvernement de combler le retard historique des Québécois et des Québécoises francophones dans l\u2019accès aux études supérieures.L\u2019implantation d\u2019un tel réseau universitaire exige de donner une orientation particulière à ses composantes.L\u2019intention du gouvernement est de lier les activités des différentes universités du réseau au développement des collectivités de leur région.Ainsi, dès le début des années 1970 \u2013 de concert avec le mouvement syndical québécois, puis en relation très étroite avec le mouvement féministe \u2013, l\u2019UQAM, à l\u2019image des autres constituantes du réseau de l\u2019UQ, fonde sa mission sur trois composantes : la formation aux trois cycles d\u2019études ; la recherche fondamentale et la création ; et les services aux collectivités.L\u2019UQAM en tant qu\u2019université « nouvelle » s\u2019inscrivait dans un mouvement d\u2019expansion de l\u2019enseignement supérieur.Ce type d\u2019université se distingue des universités créées avant la Seconde Guerre mondiale par une volonté de tenir compte du contexte social.Ainsi, le réseau de l\u2019UQ, et l\u2019UQAM plus spécifiquement, s\u2019imprègnent-ils de l\u2019esprit des années 1960 où la contestation sociale et la révolution culturelle guident la modernisation de la société québécoise.Une dérive à corriger Cinquante ans plus tard, quel bilan faire ?Trois éléments retiennent notre attention.En premier lieu : les composantes de l\u2019UQ, dont l\u2019UQAM, ont rempli leur mission première.Le nombre de Québécois et de Québécoises francophones diplômés a rejoint celui de la population anglophone.L\u2019offre universitaire est non seulement présente en région, mais les universités régionales contribuent grandement au développement so- cioéconomique de leur territoire.Le deuxième constat tient à un certain isomorphisme institutionnel.L\u2019UQAM, en voulant être une grande université, a joué le jeu de la bonne gouvernance et du conformisme.La cogestion entre étudiants, professeurs et cadres administratifs a perdu du terrain face à un processus de faculta- risation qui, sans être aussi hiérarchisant et managérial qu\u2019il ne l\u2019est dans les universités classiques, a affaibli les visées émancipatrices du projet initial.Enfin, nous sommes en face d\u2019une construction inachevée.Certes, l\u2019UQAM a su se démarquer de l\u2019Université McGill et de l\u2019Université de Montréal par sa capacité de faire de grandes choses avec peu de moyens.Elle a innové dans de nombreux domaines, mais elle n\u2019a pas été en mesure de miser sur ses innovations pour consolider ses assises.Des erreurs parsèment son histoire, faisant en sorte que sa spécificité institutionnelle et organisationnelle est à parachever.Est-ce envisageable ?Oui, mais à certaines conditions.Renouer avec l\u2019esprit initial Dans un premier temps, il importe de remobiliser les parties prenantes de l\u2019UQAM autour d\u2019une direction collégiale et d\u2019un projet qui fasse consensus.Il s\u2019agit de renouer avec un « nous » inclusif et combatif, de reprendre contact avec l\u2019essence de l\u2019action critique en contexte d\u2019innovation cognitive.Sur ce plan, l\u2019enjeu de la transition juste et écologique représente un chantier de travail incontournable.De plus, à partir d\u2019une clarification de la mission sociale de l\u2019UQAM, incluant le service aux collectivités, il est possible de se reconnecter avec l\u2019esprit transformatif qui animait les idéateurs et idéatrices du réseau de l\u2019UQ et de ses constituantes.La deuxième condition relève des ressources disponibles et des modalités de gouvernance à mettre en place.D\u2019une part, le gouvernement du Québec doit impérativement se poser la question suivante : pourquoi ne pas accorder au réseau de l\u2019UQ, et à l\u2019UQAM en particulier, un niveau de financement à la hauteur de celui mis à la disposition des autres universités ?D\u2019autre part, l\u2019UQAM doit se doter de modalités de gouvernance à la hauteur de l\u2019institution qu\u2019elle est devenue, et ce, sans nier le projet cogestionnaire des premières heures.Oui, 50 ans après sa création, l\u2019UQAM a encore beaucoup à apporter, tant au développement de la grande communauté montréalaise qu\u2019à celui de la société québécoise.Il n\u2019en tient qu\u2019à la collectivité uqamienne et à l\u2019ensemble de la société québécoise de lui donner les outils requis pour prendre cette nouvelle direction.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 13 14 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Maison gaspésienne en hiver, L\u2019Anse-Pleureuse Jean-Claude Ravet N ombre de personnes appréhendent l\u2019arrivée de l\u2019hiver.Sa longueur et sa froideur en rebutent plus d\u2019un.Ce n\u2019est pas seulement le cas d\u2019immigrants pour qui le gel et la neige sont inconnus, ou de personnes vieillissantes ou handicapées qui voient dans la neige et la glace des dangers potentiels, ou encore de personnes à faible revenu pour qui l\u2019arrivée du froid signifie automatiquement de greloter même chez elles à cause d\u2019une isolation insuffisante ou pour économiser en électricité, sans parler des itinérants, infiniment vulnérables aux nuits glaciales.Ces appréhensions touchent Monsieur et Madame Tout-le-monde.Le géographe Louis-Edmond Hamelin, grand spécialiste de l\u2019hivernité, estimait qu\u2019en 2014, à peine 35 % de la population québécoise acceptait l\u2019hiver convenablement, le plus consolant pour lui étant qu\u2019il s\u2019agissait surtout de jeunes\u2026 Ainsi pouvait-on espérer que ces derniers lèguent à leurs enfants leur amour de l\u2019hiver et qu\u2019avec le temps, ce contingent qui préfèrerait un pays sans hiver, et qui forme 65 % de la population québécoise, fonde comme neige au printemps.Comment habiter vraiment un territoire comme le Québec sans aimer l\u2019hiver qui dure cinq bons mois, ou du moins, comment l\u2019accueillir comme une part de nous-mêmes, composante indissociable de notre québé- cité ?Puisque notre pays, c\u2019est l\u2019hiver, comme le chante si bien Vigneault, se pourrait-il que notre frilosité à faire pays trouve là ses racines ?Nous peinons à épouser les formes, les espaces, les écarts climatiques et les temporalités qui sont les nôtres pour bâtir nos rêves.Comment et où puiser le courage de le faire si l\u2019hiver déplaît tant ?On pourrait même avancer que perdure peut-être chez nous une mentalité de colons, nostalgiques de leur mère- patrie.Ces colons, d\u2019abord français puis canadiens-français, arrivés en pays d\u2019autochtonie sans l\u2019habitude d\u2019un tel froid et d\u2019une telle abondance de neige, ont lutté pour survivre à l\u2019hiver, comme une épreuve à passer, un fardeau à porter pour qui regarde encore sa terre natale, les saisons de là-bas, avec regret.De fait, à part les Autochtones, et une minorité des autres, vivons-nous vraiment comme un peuple du Nord pour qui l\u2019hiver est partie prenante de son univers mental, culturel, psychique, spirituel autant que temporel et spatial ?Pour y arriver, il faudrait résolument nous inscrire à l\u2019école des Autochtones et apprendre auprès d\u2019eux à habiter le Nord, comme les premiers arrivants français ont appris à déjouer la mort que faisait planer sur eux le scorbut, grâce aux décoctions d\u2019écorces et d\u2019aiguilles de conifères dont les Autochtones avaient le secret.Grâce à eux, ils ont aussi appris à se déplacer dans la neige.Mais au-delà des techniques utiles, il nous faut apprendre à habiter le territoire et l\u2019hiver comme une modalité de notre être et de la vie \u2013 et non pas comme une simple absence d\u2019été, un manque de chaleur, une saison morte.Car il y a tant de vie dedans, pour paraphraser Félix.Par sa beauté, sa lumière, ses musiques, ses fêtes, ses rituels, son rapport différent au temps, à soi et aux autres, l\u2019hiver, en soi, est un monde.?RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 15 CE QUE L\u2019HIVER NOUS DIT DE NOUS Plus qu\u2019un phénomène météorologique, l\u2019hiver, au Québec, est un fait social total.Il révèle nos vulnérabilités et nos craintes face aux éléments, accentue l\u2019isolement de certains, mais force aussi la solidarité, l\u2019adaptation et l\u2019ingéniosité.Notre rapport historiquement trouble à cette saison, à la fois détestée et chérie, n\u2019est-il pas à réfléchir davantage, au moment où même dans le Grand- Nord les changements climatiques font vaciller l\u2019hiver et le froid ? Même parmi les pires « hivernophobes », comme Hamelin les a si bien nommés, ceux et celles qui chialent contre l\u2019hiver avant qu\u2019il ne pointe son nez froid, même parmi les snowbirds invétérés qui hivernent au sud des mois durant, ou les vacanciers qui le fuient une semaine ou deux, beaucoup savent reconnaître la luminosité unique et magnifique d\u2019un mois de janvier ou de février, s\u2019émerveiller devant un paysage enneigé et givré, éprouver une joie enfantine à jouer dans la première neige, à marcher dans la poudrerie, même si le souvenir de la gadoue ou de la sloche les hante aussi.Avec la beauté, la lumière et les jeux d\u2019hiver, les festivals restent également des moments privilégiés pour renforcer l\u2019amour de l\u2019hiver.À tout seigneur, tout honneur, la palme revient au Carnaval de Québec, qui fête cette année son 65e anniversaire mais qui est l\u2019héritier d\u2019une tradition qui a vu le jour dans la capitale en 1894.Avec son palais et ses sculptures de glace, son Bonhomme carnaval, ses compétitions de canot et son défilé nocturne, il réjouit le cœur des Québécoises et des Québécois en février.Ce n\u2019est pas pour rien que les gens de Québec entretiennent un rapport serein avec l\u2019hiver, bien davantage que les Montréalais qui, heureusement, s\u2019en inspirent depuis plusieurs années, avec entre autres la Fête des neiges et Montréal en Lumière.L\u2019hiver marque en tout cas profondément notre imaginaire.Les différentes « tempêtes du siècle », le verglas de 1998, les coupes Stanley gagnées par les Canadiens sont pour beaucoup des repères biographiques.Des fêtes comme Noël et le jour de l\u2019An sont indissociables de l\u2019hiver.Quand la neige se fait attendre ou qu\u2019un redoux chasse la première neige, combien sommes-nous à l\u2019approche des Fêtes à appeler de nos vœux la bordée qui donnera les couleurs nivéales tant attendues aux réveillons du 24 décembre et du Nouvel An ?Et, comme la foi s\u2019inculture nécessairement, signe que l\u2019âme du croyant plonge ses racines dans la chair sensible et la terre qu\u2019il habite, dans nos contrées, la crèche de l\u2019enfant Jésus et le sol que foulent les bergers sont recouverts d\u2019épaisses chapes de neige.Même si nous ne l\u2019habitons pas toujours ou refusons de l\u2019habiter par résistance, snobisme, déracinement ou faiblesse, l\u2019hiver, lui, fait malgré tout sa place en nous.Pour preuve, les multiples gestes, pratiques, attitudes, habitudes et rituels qui inscrivent profondément notre existence dans sa temporalité.Il y a la préparation de la terre, du jardin, des escaliers et de la maison en prévision de l\u2019hiver, accompagnée du déballage des foulards, gants, bonnets, bottes, pelles, traîneaux, patins, sable ou sel.Puis, viennent les décorations de Noël, qui s\u2019attardent souvent tout l\u2019hiver ; les bonhommes de neige qui se dressent spontanément les jours de neige molle ; les séances de déneigement du trottoir ou de l\u2019auto, devant chez soi, moments privilégiés de placotage avec les voisins.Alors que nous sommes le plus souvent encabanés au chaud, plusieurs rites de solidarité \u2013 comme celui de pousser seul ou à plusieurs l\u2019auto d\u2019un chauffeur « spinnant » désespérément dans un banc de neige, d\u2019accompagner une personne âgée sur une surface glissante ou d\u2019esquisser un regard complice à un passant qui vient de perdre, pendant un bref instant, l\u2019équilibre sur une chaussée glissante, et tant d\u2019autres petits gestes \u2013 signent notre commune appartenance.L\u2019hiver nous façonne, nous interpelle et nous habite, qu\u2019on le veuille ou non.Il parle de nous, de nos manques, de nos amours, de nos espoirs et de nos craintes.Il attend patiemment, comme le territoire qui nous est imparti, qu\u2019on le reconnaisse, bon gré mal gré, comme notre frère de sang, même si parfois il peut être agaçant quand il s\u2019éternise.1.Daniel Chartier et Jean Désy, La nordicité du Québec.Entretiens avec Louis-Edmond Hamelin, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2014.16 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER « Un vrai hivernant hiverne, sans le traumatisme de l\u2019hivernitude, durant la phase du plein hiver et tout en demeurant dans son hivernie nationale ; il fait alors la démonstration que l\u2019hivernité peut être vécue normalement.» Louis-Edmond Hamelin « Ils marchent sans courbure, attentifs aux sons de la neige sous la raquette des bâtons à message les attendent au milieu du lac gelé.» Joséphine Bacon Jean-François LeBlanc, Mon pays. PENSER L\u2019HIVER L\u2019hiver, malgré sa récurrence, demeure aujourd\u2019hui encore largement impensé.Nous devons d\u2019abord tenter de mieux le comprendre pour arriver à bien le vivre.Daniel Chartier L\u2019auteur est titulaire de la Chaire de recherche sur l\u2019imaginaire du Nord, de l\u2019hiver et de l\u2019Arctique de l\u2019Université du Québec à Montréal L orsqu\u2019il invente le néologisme « nordicité » dans son laboratoire de Québec durant les années 1960, le linguiste et géographe Louis-Edmond Hamelin souhaite suppléer au manque de vocabulaire de la langue française pour désigner le climat et l\u2019environnement dans lequel il vit.Il ne soupçonnait pas, alors, à quel point cette notion deviendrait populaire et représenterait aujourd\u2019hui une part de l\u2019identité des Québécoises et des Québécois.Au cours de sa carrière, Hamelin a créé des centaines de mots pour désigner les réalités physiques, sociales et culturelles du « Nord ».Il considérait que, sans les mots adéquats, on demeure « analphabète » au sujet des réalités qui nous entourent.C\u2019est un peu comme si en entrant dans une forêt, on ne voyait que des arbres, sans pouvoir nommer ce qui les distingue malgré leurs différences.Ne pas avoir de mots pour décrire le monde nous restreint à une méconnaissance, mais aussi à un inconfort, voire à un rejet de ce que l\u2019on perçoit.Hamelin distingue l\u2019« hivernité » et la « nordicité » \u2013 l\u2019état de l\u2019hiver et l\u2019état du Nord  \u2013, cherchant les liens entre ces deux réalités qui renvoient au « monde froid ».On associe au- jourd\u2019hui volontiers le Québec à la nordicité, mais la question demeure : sommes-nous une société nordique ou une société hivernale ?Ou les deux ?Et quelle est la différence ?Le Nord et l\u2019hiver ne sont pas nouveaux, et pourtant, l\u2019un et l\u2019autre ont été peu étudiés.Cela a des conséquences sur notre manière de les percevoir, de les vivre et d\u2019en profiter pleinement.Concernant le Nord, les scientifiques rappellent que notre faible niveau de connaissances a mené à des interventions peu appropriées dans cette région, à la fois du point de vue du développement durable que de celui des relations avec les Inuit et les Premières Nations.Si l\u2019on pense à l\u2019hiver dans une approche globale, on se rend compte qu\u2019il est un phénomène apparenté au Nord et tout aussi complexe, puisqu\u2019il concerne le climat, l\u2019aménagement urbain, la culture, l\u2019architecture, la psychologie, la santé, les pratiques sociales et sportives, le langage, voire la conception que l\u2019on se fait de la temporalité et de l\u2019environnement.Nos inquiétudes face aux changements climatiques imposent une meilleure connaissance du Nord et de l\u2019hiver, sans laquelle nos interventions, teintées de négativisme, demeureront en inadéquation avec l\u2019environnement.Difficulté de la définition Au-delà de la définition météorologique, qu\u2019est-ce que l\u2019hiver ?La réponse n\u2019est pas simple.Louis-Edmond Hamelin souligne que l\u2019hiver est la « période socioclimatique la plus dissemblable de l\u2019année1 ».Nous pourrions ajouter que l\u2019hiver se définit par sa variabilité, plus que toute autre période de l\u2019année.Le froid, la neige, la glace, la « glissité » sont toutes variables ; seul le degré de luminosité est prévisible.De plus, la perception joue un rôle important dans le rapport à l\u2019hiver et elle varie selon les régions.Si l\u2019hiver existe sur toute la planète \u2013 de Madrid à Paris en passant par Stockholm, Mumbai et Montréal \u2013, ses représentations culturelles n\u2019en retiennent que les caractéristiques des pays froids.En somme, l\u2019hiver est froid et il est sombre.L\u2019hiver, défini comme un « Arctique temporaire » \u2013 c\u2019est- à-dire que pendant une période donnée, une région vit des conditions semblables à celles que l\u2019on retrouve dans l\u2019Arctique \u2013, appartient à ce que l\u2019on peut appeler un système de signes, soit un ensemble de représentations culturelles et sociales qui forme un tout cohérent et inter-relié autour du terme plus général de Nord.Comme ces phénomènes sont à la fois climatiques, sociaux, comportementaux, culturels et discursifs, la compréhension de l\u2019hiver exige une approche pluridisciplinaire, voire holiste.De là vient l\u2019intérêt du concept d\u2019imaginaire du Nord 2, qui vise à « recomplexifier » le Nord et l\u2019Arctique, de manière à mettre en valeur son caractère pluriculturel, notamment en ce qui concerne les apports des Autochtones, longtemps minorés.Le fait qu\u2019on ait défini le Nord et l\u2019Arctique, du point de vue occidental, comme un espace blanc, vide, inhabité et inhabitable, n\u2019est pas sans conséquence du point de vue des rapports de pouvoir.Cette perspective masque les aspects On peut dire que le Nord est contrôlé par le Sud, tout comme l\u2019hiver est pensé par l\u2019été.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 17 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Maudit hiver ! humains et culturels du territoire et, en revanche, permet l\u2019exploitation aveugle des richesses naturelles.De manière globale, on doit considérer tout l\u2019Arctique comme un espace colonial : les décisions sont prises dans les capitales du Sud (Oslo, Ottawa, Helsinki, Washington, Copenhague, Québec) pour des territoires dits « de ressources ».Les différents peuples autochtones (Inuit, Innus, Naskapis, Sâmes, Évènes, etc.), majoritaires dans le Nord, ne contrôlent pas les décisions les concernant et subissent, dans la plupart des cas, les politiques élaborées au Sud.On peut dire que le Nord est contrôlé par le Sud, tout comme l\u2019hiver est pensé par l\u2019été et comme le froid est perçu en fonction de la chaleur.La méconnaissance des phénomènes liés au froid conduit à un flottement langagier entre le froid, la neige, l\u2019hiver, le Nord, l\u2019Arctique, la noirceur, etc., qui s\u2019explique par le fait que ces notions sont amalgamées dans un tout : on emploiera nordique pour parler de l\u2019hiver, on se servira de la neige pour désigner la saison, un flocon représentera une région froide.En contrepartie, les apports autochtones ont été longtemps ignorés, tant en ce qui concerne leur contribution historique à l\u2019adaptation des premiers Européens au climat froid qu\u2019en ce qui a trait à leur conception holiste du monde, qui lie intrinsèquement le climat, le territoire, la culture et la langue.L\u2019hiver au Québec Dans son essai L\u2019hiver dans la culture québécoise (Institut québécois de recherche sur la culture, 1983), l\u2019ethnologue Sophie-Laurence Lamontagne démontre l\u2019importance de cette saison dans les représentations culturelles.L\u2019hiver est marquant d\u2019un point de vue identitaire : pour les Québécois, certes, mais aussi pour l\u2019immigrant venu d\u2019un pays plus tempéré, qui voit dans cette saison une épreuve dont le passage lui accorde une forme de citoyenneté, comme le dit avec humour l\u2019écrivain Dany Laferrière.Détesté, craint, trop long, trop froid, trop sombre, l\u2019hiver suscite des réactions opposées.Il est pourtant partie constituante de l\u2019identité et de la culture du Québec, de son organisation et de sa singularité, et ce, depuis les débuts de l\u2019établissement européen.Louis-Edmond Hamelin souligne que, dans tous les cas, l\u2019hivernophobie et le déni de l\u2019hiver conduisent à un déficit de bonheur.Ces attitudes dénotent aussi un rapport conflictuel avec l\u2019environnement et avec la nature.L\u2019hiver ne doit pas être uniquement associé aux conditions météorologiques et aux pratiques extérieures.Au contraire, l\u2019hiver est la saison où l\u2019on passe le plus de temps à l\u2019intérieur.Une réelle compréhension de cette saison doit tenir compte de ce fait.Mieux aimer l\u2019hiver signifie donc de penser nos habitats en fonction de la lumière de l\u2019hiver \u2013 blanche et rose le jour, bleue à la tombée du soir \u2013, notamment par une fenestration adéquate.Cela signifie aussi de voir cette saison comme un moment de répit, de calme, de solitude et de réflexion.C\u2019est également prendre en compte le bonheur de l\u2019arrivée du printemps, tributaire de l\u2019alternance entre les climats subarctique et subtropical, qui marque notre cycle saisonnier, notre travail et nos vacances, et qui impose une temporalité circulaire qui détermine notre rapport au monde.L\u2019hiver induit un temps annuel cyclique, donnant l\u2019impression d\u2019une alternance régulière, marquée par des pratiques, des rituels et des sociabilités différenciées.Une tempête de neige suffit à transformer la ville : la blancheur 18 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER Jean-François LeBlanc, La route vers la fin du monde, autoroute 20, quelque part entre Québec et Montréal masque la laideur, les signes disparaissent, les équipements sont mis à rude épreuve, les transports sont ralentis.Tout à coup, l\u2019ensemble des règles rationnelles que représentent l\u2019horaire, la ligne droite et la lisibilité s\u2019estompent : la tempête, comme la première neige, renvoie à l\u2019enfance et à un monde de liberté où être en retard est normal, où l\u2019école et le travail sont suspendus, où le décor se métamorphose et se simplifie.Dans son poème « Office du plus noble3 », Rina Lasnier parle d\u2019« alentissement du monde », d\u2019« office lent », de « transhumance de la lumière », de « saison silenciaire ».Ce temps d\u2019arrêt ouvre un espace intérieur et de paix.Il suscite aussi, une fois passé l\u2019émerveillement des débuts, une inquiétude, voire un déplaisir.Le froid, comme l\u2019hiver, met au jour la vulnérabilité de l\u2019humain.L\u2019hiver nécessite des moyens \u2013 de quoi se nourrir et demeurer au chaud durant toute la saison, d\u2019où les préparatifs de l\u2019automne pour accumuler suffisamment de ressources pour passer l\u2019hiver.La saison fait ressortir les effets de la pauvreté : faute de vêtements adaptés, de logis chauffé, on est en danger.L\u2019hiver revient chaque année, on ne peut y échapper, sauf en le fuyant.La mésadaptation à l\u2019hiver L\u2019hiver ne donne-t-il pas l\u2019impression d\u2019une mésadaptation ?Au mieux, on parlera d\u2019« adaptation à l\u2019hiver », par exemple en matière d\u2019aménagement urbain.Cela signifie souvent prendre un modèle développé pour le Sud et le modifier pour tenir compte de la saison froide.Cette dernière demeure donc une anormalité.Bien sûr, seul 1 % de la population mondiale vit dans un climat froid : on peut comprendre que les modèles soient développés pour d\u2019autres climats que le nôtre.Toutefois, rien n\u2019empêche d\u2019imaginer une réflexion qui se baserait sur les éléments de l\u2019hiver \u2013 le froid, la noirceur, la glace \u2013 et qui en ferait des assises pour créer des formes issues de notre situation.Les solutions ne peuvent pas venir d\u2019ailleurs.On dit parfois que nous devrions nous inspirer des pays nordiques, où les gens « vivent mieux leur hiver ».C\u2019est oublier que les capitales scandinaves ne vivent pas des hivers aussi éprouvants que celui de Montréal ou de Québec.Parmi les plus grandes villes du monde, Or, la Ville de Montréal n\u2019a pas encore de « politique de l\u2019hiver » intégrée.En réunion, les fonctionnaires admettent que l\u2019intégration des besoins hivernaux n\u2019est pas une exigence systématique dans les appels d\u2019offres.Toutefois, une réflexion en ce sens est amorcée, comme en témoigne le rapport rédigé par Olivier Legault et l\u2019organisme Vivre en ville en 2018 : Ville d\u2019hiver : principes et stratégies d\u2019aménagement hivernal du réseau actif d\u2019espaces publics montréalais.Dans le Littré, le froid est défini par sa négative, « l\u2019absence de chaleur », sans que l\u2019on sache ce qu\u2019il est vraiment.L\u2019hiver demeure ainsi pensé par l\u2019été, pour ainsi dire.Dans les villes, l\u2019alternance de l\u2019hiver et de l\u2019été impose une duplication des équipements.Faute d\u2019avoir été pensés dans la perspective du cycle des saisons, certains ne servent qu\u2019une fraction de l\u2019année, et leur mono-usage réduit l\u2019utilisation de l\u2019espace public.Pensons, par exemple, aux pataugeoires : elles ouvrent de la fin juin à la mi-août.Voici un équipement urbain inutilisé 85 % de l\u2019année ! Que pourrions-nous faire pour mieux exploiter ces espaces ?L\u2019idée est de penser notre aménagement non plus comme une adaptation à l\u2019hiver, la saison la plus longue, mais au contraire pour l\u2019hiver, puis adapté à l\u2019été.La ville souterraine \u2013 que l\u2019on pourrait plutôt appeler « ville intérieure » \u2013 est présentée comme une réussite en matière de conception de ville d\u2019hiver.Elle a favorisé la piétonisation urbaine (et hivernale) et l\u2019utilisation de la lumière comme composante architecturale.Il s\u2019agit d\u2019un premier pas.Le festival annuel Luminothérapie, qui présente des œuvres d\u2019art contemporain utilisant la neige et la noirceur, illustre aussi comment on peut tirer profit des avantages de l\u2019hiver.Les œuvres se servent du matériau hivernal qu\u2019est la noirceur pour transformer les surfaces des immeubles en théâtre urbain de lumière.Dans ce cas, l\u2019hiver est pensé en fonction de ses composantes.L\u2019avantage du froid En 2018 à Yakutsk, en Sibérie \u2013 au pôle du froid, avec des températures jusqu\u2019à moins 70 °C, se tenait un colloque sur « l\u2019avantage du froid », coorganisé entre autres par le Laboratoire international d\u2019étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord de l\u2019UQAM.L\u2019objectif était d\u2019inverser les perspectives et de se poser la question non pas des modes d\u2019adaptation à l\u2019hiver, mais des avantages du froid, de l\u2019hiver et de la noirceur.On sait, par exemple, que les centres de données qui dégagent beaucoup de chaleur s\u2019installent aujourd\u2019hui dans les pays froids.Aussi, depuis quelques années, sous l\u2019effet du réchauffement climatique, le froid est devenu rare, suscitant un tourisme croissant vers les espaces hivernaux.Yakutsk est moins populeuse que Montréal, mais toutes deux ont intérêt à penser leur situation comme un atout.De façon plus globale, la réflexion sur l\u2019hiver doit se poursuivre de manière pluridisciplinaire en visant un rapport au réel qui intègre les concepts de confort, de bonheur et de relation saine à l\u2019environnement, pour que nous qui habitons des villes et des pays froids puissions profiter positivement de l\u2019alternance des saisons.1.L.-E.Hamelin, Écho des pays froids, Sainte-Foy, PUL, 1996, p.221.2.D.Chartier, Qu\u2019est-ce que l\u2019imaginaire du Nord ?Principes éthiques, Montréal, Imaginaire | Nord et Harstad, Arctic Arts Summit, 2018, p.12.3.R.Lasnier, L\u2019arbre blanc, Montréal, L\u2019Hexagone, 1966.Montréal est la plus froide : les solutions pour composer avec ça ne peuvent venir que de nous.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 19 DOSSIER Jean Morisset L\u2019auteur, écrivain-géographe, a publié entre autres Sur les pistes du Canada errant (Boréal, 2018) À considérer les paroles de la chanson-culte de Gilles Vigneault, « Mon pays, ce n\u2019est pas un pays, c\u2019est l\u2019hiver », j\u2019ai toujours senti une dénégation qui nous interpelle.Les pays sans hiver seraient-ils les seuls vrais pays investis d\u2019une légitimité pleine et entière ?J\u2019ai en mémoire un article paru dans le quotidien mexicain La Jornada exprimant la posture en ces termes : « Nous n\u2019allons pas nous laisser intimider par les Pays du Froid et les Ressortissants des Neiges qui prétendent nous imposer la marche à suivre pour arriver à ce qu\u2019ils considèrent être le développement ultime de l\u2019humanité.» Longtemps a prévalu dans la psyché nordique le déterminisme géographique voulant que l\u2019absence de neige soit une malédiction congénitale pour une bonne partie de la planète.Tout pays sans hiver issu du vaste hinterland intertropical se voyant prescrit un sous-développement latent et inhérent dont il ne se relèverait jamais.Qu\u2019en est-il alors au Québec ?Qu\u2019on se souvienne des paroles de la ballade de Robert Charlebois : « ô Jacques Cartier, si t\u2019avais navigué à l\u2019envers de l\u2019hiver [\u2026] du côté de l\u2019été, aujourd\u2019hui on aurait toute la rue Sherbrooke bordée de cocotiers »1.En contrepartie, si le Christ était né sous les Tropiques, quel animal compatissant aurait pu prendre le pas sur le bœuf et l\u2019âne pour lui souffler son haleine rafraîchissante ?Au-delà de sa tonalité narquoise, la chanson de Charlebois est fort explicite.Il existe au Québec une mythique de l\u2019hi- ver-repoussoir, une litanie du rejet climatique qu\u2019on ne saurait nier, laquelle se voit désormais confrontée au réchauffement accéléré et à la difficile évaluation de conditions qui laissent perplexes.Mais le grand lamento national hivernal a cependant les reins solides.« Abolissons l\u2019hiver », avait proposé avec un humour hésitant Bernard Arcand dans un essai éponyme publié chez Boréal en 1999 et quelque peu dépassé par la réalité.L\u2019hiver a décidé lui-même de s\u2019abolir quelque peu et de modifier son faciès.La fonte des calottes glaciaires boréales qui contiennent dans leur soute une bonne partie de la mémoire de la planète apparaît comme un corps se départissant de ses membres.On se demande si ce n\u2019est pas l\u2019esprit même de la parole première qui s\u2019en trouve atteint.Les hivers ne seront plus jamais ce qu\u2019ils étaient, pré- cise-t-on, mais comment appréhender ce qu\u2019ils seront ?À moins de s\u2019adresser à la nature elle-même, à l\u2019arbre et à l\u2019oiseau migrateur pour leur demander de plus amples informations, il apparaît hasardeux de préciser ce qu\u2019il en sera de l\u2019hiver.Moi qui suis né au tournant des années 1940 dans un village fluvial avant l\u2019ouverture des routes en hiver, la pratique du lamento anti-hiver n\u2019existait guère à l\u2019époque.J\u2019ai connu les traîneaux à chiens aussi bien sur les rives du fleuve que dans l\u2019Arctique et j\u2019ai reçu à 6 ans mes premiers skis fabriqués au moulin à scie du village.Personne ne nous avait dit que les skis et les traîneaux étaient liés à une activité sportive.Ils avaient pour fonction de nous permettre de marcher sur la neige.Le mot sport ne faisait même pas partie de notre vocabulaire.Et quant aux raquettes \u2013 cadeau initial essentiel des Peuples premiers \u2013 elles étaient fabriquées dans les villages de même que les souliers-mocassins de peau, sans qu\u2019il soit question d\u2019associer la vie et la survie hivernales à une question d\u2019appropriation.L\u2019hiver dans l\u2019univers des navigateurs dont je suis issu, c\u2019était un grand, très grand moment.Et tout le contraire du drame.Les goélettes étaient mises au radoub, les derniers bateaux à remonter le fleuve jusqu\u2019à Québec arrivaient autour de Noël et la navigation cessait jusqu\u2019à la débâcle en avril.C\u2019était moment de joie, de célébration et de grandes vacances.Autant sinon plus qu\u2019en été.Quant au temps qu\u2019il faisait ou qu\u2019il ne faisait pas, c\u2019est le temps lui-même qui nous en informait.On a posé un jour la question à ma mère au cours d\u2019une entrevue à Ra- dio-Canada : \u2014 Quand vous a-t-on mise au courant, Madame, des prévisions météo ?\u2014 C\u2019est la radio après la guerre qui a apporté les bulletins météo avec beaucoup de grichements.On n\u2019entendait pas toujours très bien.Il faisait moins beau à la radio que dehors.\u2014 Et avant, alors, qu\u2019est-ce que vous faisiez ?\u2014 Bien\u2026 Avant, on savait.L\u2019essai de Pierre Deffontaines, L\u2019homme et l\u2019hiver au Canada (Gallimard, 1956), qui nous en apprend autant sur le regard français porté sur nous que sur l\u2019hiver, se termine ainsi : « Les luttes contre le froid ont été peut-être les plus magistralement menées par la caravane humaine [\u2026] Grandiose épopée [apportant] à l\u2019exemple du Canada français toute sa valeur [en laissant] à ce coin particulier de la bataille de l\u2019homme et d\u2019un hiver, son aspect dramatique.» MON HIVER, CE N\u2019EST PAS UN HIVER\u2026 C\u2019EST PAYS\u2026 L\u2019hiver, changeant, indomptable et mal-aimé doit être considéré en tant que constituante essentielle et fondatrice de la mémoire identitaire et collective du Québec.20 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER Dramatique ?Vraiment ?Qu\u2019en aurait dit mon professeur Jacques Rousseau, lui qui avait tant à raconter sur l\u2019hiver ?Il utilisait l\u2019expression les « YPPH », c\u2019est-à- dire les « Y passeront pas l\u2019hiver ».Anecdotique ?Non.C\u2019était là l\u2019hiver d\u2019un autre univers, avant que naisse le snobisme de détester l\u2019« hiver, les sauvages et les bû- cherons », les rassemblant tous sous un même toit à ciel ouvert.Est-il possible aujourd\u2019hui de reconstituer, par le biais de l\u2019hiver, la persistance d\u2019un pays et d\u2019y croire ?De faire appel à sa mémoire obnubilée, à sa permanence imprévue, à son métissage avec la terre-neige ?Ou encore son multiculturalisme séculaire algonquien-huron-scoto-irlan- dais si souvent passé sous silence ?Il fallait cacher en nous le sauvage-farouche et le pas-sorti-du-bois associé à l\u2019hiver et qu\u2019un Krieghoff, échappant comme Européen à la censure géographique, a si bien illustré dans ses toiles.Nous étions viscéralement les ressortissants métis-créoles d\u2019une hiver- nité aussi immanente que l\u2019air qu\u2019on respire.Comment aurions-nous pu nous douter qu\u2019une bascule psychologique allait bientôt se produire après la Deuxième Guerre, l\u2019hiver devenant désormais l\u2019ennemi à abattre ?Qu\u2019arrive-t-il à l\u2019hiver à travers un espace déforesté et urbanisé, un territoire aux voies de passage asphaltées quatre saisons ?Alors que les forces architecturales qui le trament et le trafiquent de toutes parts procèdent d\u2019une bungalowi- sation galopante et d\u2019une mise en condominium arasée, de quartiers parcourus par les tondeuses à neige, les tondeuses à gazon, les aspirateurs à feuilles et la lutte effrénée pour encadrer et clôturer tout parcours humain ?On se dit que les tentatives de domestication de l\u2019hiver n\u2019en finissent pas d\u2019échouer et que c\u2019est là leur réussite.Plus que tout autre élément, l\u2019hiver a assuré la permanence du Québec.Ce sont des collègues anglos qui ont été les premiers à l\u2019affirmer, estimant que le Québec n\u2019existerait tout simplement pas sans l\u2019hiver comme zone-tampon contre la montée de l\u2019assimilation.On l\u2019oublie peut-être, mais tout comme il en était des Peuples premiers, l\u2019Empire avait prévu l\u2019extinction des Canadiens vers la moitié du XIXe siècle.Et cela, par la perte planifiée de sa langue doublée d\u2019un enclavement par le Nord.En réalité, c\u2019est exactement le contraire qui s\u2019est produit.À l\u2019inverse des pays franco-sauvages [sic] de l\u2019Ohio, de l\u2019Illinois, du Mississipi-Missouri, c\u2019est l\u2019hiver qui a permis au Canada laurentien initial de perdurer jusqu\u2019à ses extensions du Grand-Nord-Ouest aux marges boréales-arctiques.À cette assertion s\u2019en ajoute une autre, fondamentale : tout ce qui dans et à travers l\u2019hiver a permis au Canadien d\u2019origine de résister et de subsister est issu du monde autochtone et du métissage concomitant.Cela, à un degré qu\u2019il est devenu impossible de soupçonner.La jonction du destin combiné indien-canayen par les raquettes \u2013 et le canotage en été \u2013 constitue le double héritage sans lequel nous ne serions pas en existence.Héritage auquel la fabrication même du Québec a tenté de porter atteinte par le rejet du parler Canadien ensauvagé et sa substitution par une langue qui serait française à temps complet parce que délivrée de tout hivernage.Je laisse cette question en suspens, sinon pour avancer que\u2026 prendre ce pays par ses saisons, entre -30 °C et 30 °C, c\u2019est se mesurer à une amplitude thermique parmi les plus prononcées de la planète et se retrouver forcément acculé à la créativité.Alors que les saisons s\u2019interpénètrent de plus en plus activement par leurs marges, le Québec connaît une situation à ce point privilégiée qu\u2019on en demeure étonné, non seulement par sa dimension territoriale tri-océanique \u2013 golfe Laurentien, mer du Labrador, Ungava arctique lié à la mer d\u2019Hudson \u2013, mais aussi par une réalité trilingue unique aux Amériques avec le français, l\u2019anglais et une tierce langue, quelle qu\u2019elle soit.Le parler hiver se combine au parler trilingue pour constituer une tresse métissée à trois brins.Ainsi, la liaison hiver-autochtone-résistance est à ce point inhérente qu\u2019on demeure surpris de ne pas la voir affirmée au fronton de la mémoire identitaire collective.Mon pays, ce n\u2019est pas un pays, c\u2019est l\u2019hiver Mon hiver, ce n\u2019est pas un hiver, c\u2019est pays\u2026 1.On l\u2019oublie peut-être, mais Jacques Cartier s\u2019est d\u2019abord rendu dans la Baie de Gouanabara, au Brésil, avant de remonter les eaux de la Grande Rivière de Canada.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 21 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Douce insolence, rue du Plateau Mont-Royal, Montréal 22 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER EXTRAIT DU LIVRE DE EMMANUELLE WALTER, LE CENTRE DU MONDE.UNE VIRÉE EN EEYOU ISTCHEE BAIE-JAMES AVEC ROMEO SAGANASH paru chez Lux en 20161 Si peu ressentie dans nos vies urbaines et hors-sol, si palpable et mesurable au nord du 49e parallèle, la crise du climat apporte à la Baie-James une bourrasque supplémentaire et irréversible, dont les premiers témoins sont les chasseurs : un tiers des Cris perpétuent le mode de vie traditionnel en passant une partie de l\u2019année dans les camps de chasse.[\u2026] Parce que j\u2019avais entendu parler à plusieurs reprises, tout au long de ces journées de juin, de l\u2019effet le plus dramatique du réchauffement en Eeyou Istchee \u2013 la glace désormais fragile des lacs et rivières qui s\u2019ouvre sous les motoneiges des chasseurs cris et les engloutit \u2013, j\u2019ai dévoré la thèse que la jeune géographe Marie-Jeanne S.Royer a consacrée à la manière dont les changements climatiques affectent le mode de vie traditionnel en Eeyou Istchee2.Une trentaine de chasseurs cris ont décrit à la chercheuse un écosystème en plein bouleversement, où la mort rôde ; chaque fin d\u2019hiver a ses noyés, passés sous la glace pendant la chasse.Voici que le paysage fond et se dérobe : c\u2019est un livre dont les pages se brouillent.Les plus grands connaisseurs du territoire ne parviennent plus à anticiper les variations de la météo \u2013 les tempêtes surviennent sans prévenir \u2013 ni à deviner l\u2019épaisseur de la surface gelée.Même au cœur de l\u2019hiver, expliquent les chasseurs, la glace des lacs et rivières n\u2019a plus de structures verticales ; et elle est remplie de poches d\u2019eau qui la rendent fragile.Comment survivre à l\u2019accélération des choses ?Que transmettre quand tout disparaît ?Dans ses billets quotidiens sur Facebook, Roger Orr manifeste une nostalgie lancinante, et parfois climatique.Comme ce 13 février 2016 : « Bonjour\u2026 À notre époque, cette basse température était très fréquente\u2026 Moins 30 oC, c\u2019était la moyenne\u2026 Le givre collé aux oreilles, aux joues, au menton, et pire, aux poignets, c\u2019était si courant.J\u2019adorais peler la peau morte de mes oreilles\u2026 Nous patinions jusqu\u2019à ce que nos doigts de pied ne ressentent plus le froid\u2026 Nous chassions la perdrix le long de la côte du lever au coucher du soleil [\u2026] C\u2019était le bon temps\u2026 Le froid ne nous arrêtait pas3.» Au deuil de la « vie d\u2019avant » s\u2019ajoute la douleur de ne plus sentir le territoire.Le concept de « solastal- gia » semble s\u2019appliquer parfaitement à la situation.La solastalgia, c\u2019est « le fait d\u2019avoir le mal du pays en restant chez soi » ; un néologisme du philosophe australien Glenn Albrecht que Naomi Klein définit comme « la détresse psychologique dans laquelle peut sombrer quelqu\u2019un dont le pays natal bien-aimé et le milieu de vie sont bouleversés par l\u2019activité minière ou l\u2019industrialisation, susceptibles de créer un environnement aliénant et sans repères4.» [\u2026] 1.P.58-60.2.Marie-Jeanne S.Royer, « L\u2019interaction entre les savoirs écologiques traditionnels et les changements climatiques : les Cris de la Baies- James, La bernache du Canada et le caribou des bois », thèse, Université de Montréal, décembre 2012.3.Traduction libre.4.Naomi Klein, Tout peut changer.Capitalisme et changement climatique, Montréal/Arles, Lux/Actes Sud, 2015, p. 193.Jean-François LeBlanc, rue de Waswanipi en Eeyou Istchee MONTRÉAL ATTACHE SA TUQUE De nouvelles initiatives ont pour but de développer des concepts d\u2019aménagement urbain mieux adaptés à l\u2019hiver montréalais tel qu\u2019on le connaît aujourd\u2019hui.Caoimhe Isha Beaulé L\u2019auteure est doctorante à la Faculté des arts et du design de l\u2019Université de Laponie, en Finlande « Accepter l\u2019hiver, c\u2019est accepter la québécité.» Louis-Edmond Hamelin1 L ouis-Edmond Hamelin, géographe et grand penseur québécois à qui on doit les concepts de nor- dicité et d\u2019hivernité, estime que seulement 35 % de la population québécoise aimerait ou « accepterait convenablement » l\u2019hiver ; plusieurs seraient même « hivernophobes2 ».Cette posture face à l\u2019hiver serait conditionnée par le mode de vie urbain, où le travail de « 9 à 5 » impose à plusieurs un rythme d\u2019activité qui laisse peu de marge de manœuvre pour composer avec les intempéries.Les manifestations de l\u2019hiver (froid, neige, gadoue et glace) sont ainsi perçues comme des inconvénients nuisant aux activités quotidiennes d\u2019une majorité de Québécois et de Québécoises vivant en ville et en banlieue.Cette phobie de l\u2019hiver est souvent manifeste dans la façon que nous avons de concevoir et d\u2019aménager nos milieux de vie, souvent davantage pensés pour l\u2019été \u2013 ironiquement \u2013, ce qui fait perdurer les frustrations reliées à l\u2019hiver.Montréal a pourtant le potentiel de devenir un modèle en tant que ville d\u2019hiver.Grandement inspirée par les récentes démarches mises en œuvre par la ville d\u2019Edmonton, elle lançait d\u2019ailleurs, en janvier dernier, le Laboratoire de l\u2019hiver, un projet mené par les organismes Vivre en Ville, Rues Principales et La Pépinière | Espaces Collectifs.Cette nouvelle plateforme de recherche-action, qui met de l\u2019avant une approche pluridisciplinaire, a comme visée première de réunir différents acteurs (administrations publiques, organismes, citoyens et le secteur privé) dans le but de développer des concepts adaptés au contexte hivernal montréalais et de les réaliser.Dans son sillon, un guide intitulé Ville d\u2019hiver : principes et stratégies d\u2019aménagement hivernal du réseau actif d\u2019espaces publics montréalais a été publié, dont voici quelques-unes des pistes de réflexion et d\u2019action sur le sujet.Hiver montréalais, hiver mouillé Il faut d\u2019abord spécifier que Montréal est la métropole la plus froide au monde parce que, comparativement à d\u2019autres grandes villes situées plus au Nord, elle reçoit l\u2019air glacial provenant du bassin Arctique en hiver.Elle connaît des températures éprouvantes (-10 degrés Celsius de moyenne en janvier), une moyenne de 148 jours de gel, une quantité abondante de neige (210 cm) et une dizaine de périodes de redoux en janvier et février (jours de pluie).En constant changement, l\u2019hiver montréalais est marqué par des épisodes de « cristallisation, enneigement, fonte, regel, refonte, nouvelle neige, pluie, verglas, jusqu\u2019à la fonte finale qui donne une impression d\u2019agonie3 ».Le terme « agonie » peut sembler fort, mais il reflète l\u2019effet des fluctuations de température sur la relation qu\u2019entretient la population avec l\u2019hiver.Montréal est ainsi une ville « d\u2019hiver mouillé ».Cette caractéristique est cruciale à intégrer aux projets d\u2019aménagement et de conception de la ville, d\u2019autant qu\u2019on estime que les changements climatiques augmenteront la fréquence des jours de pluie durant l\u2019hiver.À cet égard, l\u2019intégration de passages piétonniers surélevés dans les endroits fortement achalandés, ou un drainage central de la rue font partie des solutions proposées pour réduire les flaques d\u2019eau et de gadoue.Faire participer davantage les citoyens à l\u2019entretien de lieux extérieurs est aussi une possibilité, comme on l\u2019observe dans la ville japonaise de Sapporo, où plusieurs boîtes contenant des sacs de petites roches sont mises à la disposition des citoyens afin qu\u2019ils les dispersent eux-mêmes en cas de chaussée glissante.Aussi le port de crampons \u2013 désormais offerts à bas prix dans tous les dépanneurs \u2013 est normalisé, alors que ceux-ci demeurent marginaux chez nous.?RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 23 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Le monstre, rue de l\u2019Esplanade, Montréal Par ailleurs, en documentant mieux les données concernant la neige (quantités, emplacements, fréquence, etc.), il est possible de mieux concevoir l\u2019espace public.Les propriétés matérielles de la neige peuvent, par exemple, servir à construire des espaces de jeu éphémères comme on en voit couramment dans les espaces publics scandinaves.L\u2019apport énergétique de la neige peut même être mis à contribution pour climatiser certains immeubles, comme on le fait en Suède et au Japon.Une ville d\u2019hiver inclusive Les récentes stratégies de design hivernal ciblent particulièrement les enjeux de mobilité en raison du manque d\u2019activité physique, des blessures et de la solitude que peut entraîner l\u2019hiver.À Montréal comme ailleurs au Québec, plusieurs améliorations sont nécessaires pour les personnes à mobilité réduite, pour qui la saison froide est souvent synonyme de perte d\u2019autonomie.Pour cette raison, plusieurs évitent tout simplement de sortir l\u2019hiver.Le déneigement est un enjeu évident.La Ville de Montréal développe d\u2019ailleurs ses stratégies de déneigement en visant l\u2019accessibilité universelle, mais comme elle priorise les grandes artères, l\u2019action des arrondissements est aussi importante.Le Carrefour jeunesse- emploi de l\u2019arrondissement Hochelaga-Maisonneuve propose par exemple La Brigade neige, un service de déneigement gratuit pour les résidents les plus âgés et à mobilité réduite.Une initiative semblable existe aussi dans d\u2019autres arrondissements comme Le Plateau- Mont-Royal.Montréal devrait s\u2019inspirer de l\u2019approche de déneigement « égalitaire » suédoise, selon laquelle les trottoirs, les pistes cyclables, les arrêts d\u2019autobus et les rues menant aux garderies doivent être déneigés de manière prioritaire.Dans l\u2019idée d\u2019améliorer l\u2019ensemble des transports publics, on examine aussi la possibilité d\u2019offrir la gratuité du transport en commun en cas de tempête de neige afin de désengorger les rues de Montréal et d\u2019y réduire le nombre d\u2019accidents.Par ailleurs, le froid est un facteur déterminant lorsqu\u2019il est question de confort et de sécurité durant l\u2019hiver.Certes, Montréal est reconnue pour son réseau piétonnier souterrain, qui offre un refuge important pour les personnes travaillant ou étudiant au centre- ville ainsi que pour les touristes et les amateurs de magasinage.Pour plusieurs, l\u2019hiver montréalais se vit à l\u2019intérieur.Toutefois, outre le centre-ville et les commerces privés, il y a très peu d\u2019endroits où s\u2019abriter et se réchauffer.Pour les personnes en fauteuil roulant, le froid est particulièrement intense compte tenu de leurs limitations de mouvement.Il en va de même pour les parents avec des enfants en poussette, pour les personnes âgées et même pour les jeunes qui attendent l\u2019autobus.Il serait envisageable d\u2019ajouter des refuges stratégiquement situés en fonction des corridors de vent et des microclimats de la ville, ou encore d'installer des abris d\u2019autobus chauffés à certains endroits.Cela pourrait avoir un effet positif sur la vie quotidienne.Dans un autre ordre d\u2019idées, l\u2019hiver entraîne d\u2019importants coûts, ce qui est particulièrement éprouvant pour les ménages à faible revenu.À cet égard, l\u2019enjeu souvent négligé de l\u2019isolation des maisons et des coûts du chauffage durant l\u2019hiver est bien sûr une priorité.Sur le plan de l\u2019aménagement urbain, le Laboratoire de l\u2019hiver a particulièrement salué des initiatives existantes qui misent sur l\u2019accessibilité et l\u2019organisation d\u2019activités nécessitant peu de matériel (le ballon- balai, le crockicurl et la glisse, par exemple) ainsi que la création d\u2019espaces rassembleurs comme La petite Floride dans le quartier Mile-End.D\u2019autres idées plus simples sont aussi soulignées, comme celle de rendre accessibles des buttes de neige propre laissant aux citoyens la liberté de s\u2019approprier ces espaces.Qui sait, cela favoriserait peut-être la création d\u2019une Guerre des tuques montréalaise.Le fait d\u2019apprivoiser l\u2019hiver dans le plaisir de glisser sur les buttes enneigées du parc du Mont-Royal ou de patiner à l\u2019extérieur, par exemple, peut en outre contribuer à l\u2019intégration à la société québécoise de certains nouveaux arrivants et nourrir leur sentiment d\u2019appartenance.En somme, faire le point sur l\u2019hivernité des Montréalais soulève des questions fondamentales sur la relation qu\u2019entretient la population avec son milieu.Le design hivernal et de nouvelles approches sur le plan des aménagements et des services publics ouvrent la porte à une quantité infinie de possibilités inexplorées, mais une volonté politique est nécessaire pour aborder certains enjeux plus complexes.Montréal est reconnue internationalement comme un centre culturel et créatif ainsi que pour ses nombreux festivals d\u2019été.À l\u2019aide d\u2019une approche inclusive et imaginative, elle pourrait devenir une ville d\u2019hiver exemplaire.Il suffit d\u2019attacher sa tuque et de foncer.1.D.Chartier, J.Désy et L.-E.Hamelin, La nordicité du Québec.Entretiens avec Louis-Edmond Hamelin, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2014, p.36.2.Id., p.36.3.Vivre en Ville, Ville d\u2019hiver : principes et stratégies d\u2019aménagement hivernal du réseau actif d\u2019espaces publics montréalais, 2018, p.10.24 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER Jean-François LeBlanc, La cycliste intrépide, rue Marie-Anne, Montréal VIEILLIR ENCABANÉS L\u2019HIVER?Pour briser l\u2019isolement des personnes âgées durant l\u2019hiver, il faut repenser la manière de vivre et d\u2019habiter le Québec.Julien Simard L\u2019auteur est doctorant en études urbaines à l\u2019INRS-UCS L\u2019 hiver dernier, alors que la glace prenait d\u2019assaut les trottoirs de Montréal pendant plusieurs mois, les appels de citoyens et de citoyennes au Comité exécutif de la Ville de Montréal se sont multipliés : il fallait à tout prix améliorer la vitesse de déglacement de certaines rues, surtout les moins passantes.La mairesse Valérie Plante a répondu que son administration prenait tous les moyens pour atteindre ce but, mais que les périodes de gel et de dégel, de pluie et de neige, se succédaient à un rythme si effréné qu\u2019il était difficile de faire mieux, du moins avec le budget et les équipements dont disposait alors la Ville.En effet, entre décembre et mars 2019, 26 épisodes de gel et de dégel se sont produits dans la région de Montréal.Clairement, nous ne sommes pas prêts à faire face aux dérèglements et aux soubresauts de l\u2019hiver qui accompagnent déjà les changements climatiques.L\u2019hiver tel que nous le connaissions est en train de disparaître et, avec lui, le peu de prise que nous avions sur lui.S\u2019il se réchauffe, il devient paradoxalement moins propice aux déplacements.Une saison difficile Durant la période hivernale, le problème principal \u2013 du moins chez les personnes vieillissantes \u2013 est le risque de chutes, celles-ci s\u2019aggravant avec la présence de glace sur la chaussée et les trottoirs.Entre 2006 et 2011, les chutes avec blessures causées par les conditions hivernales ont augmenté de près de 10 %1.L\u2019hiver dernier, à Montréal et Laval, on a noté une hausse de 68 % du nombre de chutes sur glace par rapport à la période hivernale de 2017-2018.Cela dit, il n\u2019y a pas qu\u2019en ville que la mobilité hivernale peut être réduite : en banlieue et en campagne, où l\u2019automobile règne en maître, les conditions routières sont parfois compliquées.L\u2019augmentation du nombre d\u2019épisodes de verglas rend les routes dangereuses.La « marchabilité » des trottoirs peut être difficile, voire parfois pire qu\u2019en ville.Si l\u2019on ne conduit plus, comme c\u2019est le cas de nombreuses personnes vieillissantes, il faut alors faire des réserves ou encore dépendre de réseaux d\u2019entraide ou de services à domicile pour obtenir médicaments, aliments et autres objets de première nécessité.La situation est particulièrement critique chez les personnes vieillissantes vivant seules, qui se retrouvent souvent isolées durant l\u2019hiver.Bref, il semble que la période hivernale puisse exacerber des problèmes de santé chez plusieurs personnes et contribuer à l\u2019augmentation des coûts de leurs factures (chauffage, taxis, etc\u2026), tout en ayant une influence négative sur l\u2019étendue de leur vie sociale.En effet, la hausse des coûts de l\u2019électricité peut devenir un réel fardeau pour les ménages les plus démunis, dont les revenus sont insuffisamment indexés à la hausse du coût de la vie.Pendant ce temps, Hydro-Québec, rappelons-le, a engrangé des profits de 3,19 milliards de dollars en 2018.De tels constats nous amènent à cette question : le vieillissement et l\u2019hiver sont-ils nécessairement antinomiques ?Nos latitudes sont-elles à ce point hostiles au vieillissement ?Est-il normal de mourir d\u2019hypothermie à l\u2019extérieur d\u2019une résidence pour personnes âgées, comme la mère de Gilles Duceppe en a fait la tragique expérience en janvier 2019 ?Certainement pas.Mais sachant que l\u2019Homo sapiens existe depuis au moins 45 000 ans en Sibérie, et depuis au moins 10 000 ans dans le Nord du territoire maintenant connu sous le nom de Canada, le problème de fond qui doit nous préoccuper ici semble plutôt sociétal.L\u2019hiver, de même que les périodes caniculaires, sont révélateurs d\u2019inégalités socioéconomiques.Comme la philosophe Judith Butler le dirait, la condition humaine implique une certaine précarité ontologique de base, qui est inhérente à la vie, à notre constitution \u2013 une fragilité devant la mort, la blessure, la maladie, le froid, la chaleur, la violence.Par contre, au Québec du moins, tout semble indiquer que nous possédons les moyens de remédier à cette précarité ontologique, grâce aux infrastructures, au génie civil et à une certaine richesse matérielle.Suivant la pensée de Butler, nous serions plutôt ici devant la précarité tout court, qui se définit comme « la condition politiquement induite qui fait que certaines populations souffrent de défaillances des réseaux sociaux et économiques de soutien et sont exposées de façon différentielle à la blessure, à la violence et à la mort2 ».Les causes de ces inégalités sont donc évitables, du moins en théorie.Ainsi, passer l\u2019hiver devant un foyer de grès dans une villa à Mont-Tremblant n\u2019est pas la même chose que de devoir condamner un étage de sa maison à Maria, en Gaspésie, afin d\u2019économiser sur la facture d\u2019électricité parce que le toit est un peu défoncé.Éléonore (nom fictif), 83 ans, que j\u2019ai rencontrée pour une entrevue dans son appartement situé au deuxième étage d\u2019un triplex dans un quartier central de Montréal, faisait l\u2019acquisition d\u2019une réserve impressionnante de boîtes de conserve au début de chaque hiver.Empilées dans son étroit couloir, ces conserves lui évitaient d\u2019avoir à sortir ou de prendre sa voiture pour faire à chaque semaine les courses.Nombre de personnes vieillissantes au Québec ont recours à des stratégies similaires.Heureusement que RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 25 DOSSIER Nous subissons l\u2019hiver sans l\u2019embrasser et les rapports au territoire qui en découlent sont nécessairement tendus. les popotes roulantes existent et qu\u2019elles peuvent offrir des repas complets à faible coût aux personnes ne pouvant se déplacer.Repenser nos collectivités L\u2019accessibilité universelle \u2013 un principe d\u2019aménagement qui est de plus en plus populaire \u2013 vise à créer les conditions permettant « d\u2019accéder à un bâtiment ou à un lieu public, de s\u2019y orienter, de s\u2019y déplacer, d\u2019y utiliser les services offerts à tous et de pouvoir y vivre les mêmes expériences que tous les usagers, et ce, en même temps et de la même manière3 ».Or, nos villes, nos banlieues et les villages ont d\u2019abord été pensés pour l\u2019été.Il va sans dire que nous subissons l\u2019hiver sans l\u2019embrasser, et que les rapports au territoire qui en découlent sont nécessairement tendus.Les résidences pour personnes âgées ont bien compris l\u2019avantage d\u2019offrir toute une gamme de services sur place, en permettant aux personnes qui y vivent, par exemple, de manger et d\u2019obtenir leurs médicaments sans devoir affronter l\u2019hiver.Tout en faisant des profits faramineux, ces compagnies offrent un service que les services publics n\u2019ont pas été assez rapides à prendre en charge.Au-delà de cet enjeu précis, un impensé plus large subsiste toutefois : est-ce une bonne idée, dans un climat continental humide et froid, que des personnes vieillissantes vivent seules l\u2019hiver et, surtout, qu\u2019elles doivent se débrouiller seules pour subvenir à leurs besoins ?Bref, ce n\u2019est pas l\u2019hiver le problème, c\u2019est notre façon de vivre et d\u2019habiter le Québec.En se gardant bien de la glorifier, la co-résidence mul- tigénérationnelle \u2013 qui était la norme au Québec avant les années 1950 et chez les peuples autochtones sédentaires, nomades et semi-nomades qui occupaient ce territoire avant la colonisation \u2013 est peut-être la meilleure piste de solution pour contourner le problème de la perte de mobilité hivernale des personnes vieillissantes.La solitude de ces personnes, ou plutôt leur isolement physique, est un phénomène relativement récent.L\u2019étalement urbain, la famille nucléaire, l\u2019isolement, le cadre bâti inadéquat et son manque de densité, le zonage inapproprié, les zones commerciales destinées aux automobiles, les déserts alimentaires et l\u2019offre inadéquate de transports en commun contribuent tous, à leur manière, à faire de l\u2019hiver un enfer pour plusieurs personnes.Dans ce contexte, fuir l\u2019hiver en Floride est tout à fait sensé, mais ne résout pas le problème, d\u2019autant plus que cet État sera en majeure partie inondé avant la fin du siècle.Étant donné que nous devrons inexorablement réduire nos déplacements de longue distance sur la planète, déplacer les snowbirds de la Floride au Maryland ne règlerait pas non plus la question de fond.Il faut trouver des manières de reprendre l\u2019idée sur laquelle capitalisent les résidences privées et repenser l\u2019organisation spatiale de nos collectivités hors de la logique du marché : créer des zones plus densément peuplées, davantage de services de proximité ainsi que des logements abordables, sécuritaires, accessibles et intergénération- nels.La condition hivernale qui est la nôtre nécessite des mesures renforcées d\u2019inclusion sociale.Il n\u2019en tient qu\u2019à nous, encore une fois, de les réaliser.1.Annabelle Caillou, « Appel à un urbanisme mieux adapté aux aînés », Le Devoir, 29 janvier 2018.2.Judith P.Butler, Ce qui fait une vie : essai sur la violence, la guerre et le deuil, Paris, Zones, 2010, p.30.3.Accessibilité universelle.Plan d\u2019action 2015-2018, Arrondissement Côte-des-Neiges\u2013Notre-Dame-de-Grâce, 2015.26 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER Jean-François LeBlanc, L\u2019Épreuve des courses, rue du Plateau Mont-Toyal, Montréal LE FROID, C\u2019EST COMME UN SERPENT Portraits et brèves réflexions sur l\u2019hiver et l\u2019itinérance.Christophe Genois-Lefrançois L\u2019auteur est secrétaire de rédaction de Relations E n ville, l\u2019hiver est une saison d\u2019intérieur, essentiellement.On y sort peu.Les liens qui nous unissent à l\u2019hiver sont de l\u2019ordre du récit, de la nécessité, de l\u2019esthétisme ou du loisir.On le traverse pour aller d\u2019un espace à un autre, on glisse sur sa neige, on fend sa glace, on le contemple qui soulève le sol de ses vents.Il restreint l\u2019espace, force à éviter son froid, incite à le garder en respect, à l\u2019abri.On demeure ainsi chez soi, et l\u2019hiver des villes s\u2019impose comme une saison de portes closes.Mais, du dedans, que sait-on de celles et de ceux du dehors, de ces corps comme des masses sombres sur fond blanc-bleuté ?Bloc statistique 1.RECENSEMENT Au Québec, selon les données du gouvernement, 5789 personnes étaient en situation d\u2019itinérance en 20181.On en comptait 3149 à Montréal, dont 25 % étaient des femmes \u2013 sans prendre en compte celles mises dans la catégorie de l\u2019itinérance invisible (parce qu\u2019elles ont accès à des refuges ponctuels dans des motels, sur un canapé, chez des Johns, ou dans un autre ailleurs précaire) et celles issues des communautés LGBT+, qui évitent les dynamiques d\u2019exclusion, de stigmatisation et de violence en latence dans les refuges.Brève réflexion 1.SERPENT Dehors, dans le froid, les corps doivent rester actifs, survivants.En état d\u2019itinérance, le mouvement est une histoire de survie.D\u2019une bouche d\u2019aération à l\u2019autre, d\u2019un coup de botte de Garda à l\u2019autre, d\u2019une amende pour « flanâge » à l\u2019autre, sont tracées les histoires de corps en fuite.Il faut alors se mettre en mouvement, se mettre à l\u2019abri parce que « le froid c\u2019est comme un serpent, il arrive soudainement, te transperce le corps et tu ne sais pas si tu survivras2 ».Bloc statistique 2.ABRIS À Montréal, 91 établissements offrent aux personnes itinérantes des services d\u2019hébergement de courte durée, pour le jour ou le soir, selon SOS Itinérance.Le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et en itinérance, pour sa part, compte cinq refuges (deux pour hommes, deux pour femmes, un pour femmes et hommes autochtones).Les refuges, qu\u2019on distingue des autres services d\u2019hébergement temporaire, sont des gîtes offerts pour la nuit.Ils comprennent certains services d\u2019accueil, de repas et d\u2019accompagnement.Chaque nuit, 1000 lits seulement sont disponibles pour l\u2019ensemble des personnes en situation d\u2019itinérance à Montréal, dont 100 seulement sont réservés aux femmes.Avant même les grands froids de 2018, en septembre, on refusait le gîte à 2067 femmes à la Maison Marguerite, par manque de ressources.?RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 27 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Abri de fortune, guichet automatique, rue Sainte-Catherine, Montréal Brève réflexion 2.HISTOIRE L\u2019histoire nous apprend qu\u2019il fut un temps où les premiers arrivés d\u2019Europe, sur les terres de l\u2019hiver du Nord, n\u2019auraient pas survécu à leur première neige sans les savoirs des Premiers Peuples.Grâce à eux, ils ont appris à se nourrir, à se soigner et à se déplacer, dans le bois et sur les glaces.Ils ont appris à calmer les déviances anthropophages qu\u2019inspire le froid quand il mord.Ils ont appris à s\u2019habiller, à se loger, à se parer des vents, à séparer la chaleur intérieure de la froideur du dehors.Les Premiers Peuples leur ont appris l\u2019abri, à être des abrités.Bloc statistique 3.PREMIÈRES NEIGES Au Québec, les Autochtones (Anishinabegs, Weskarinis, Ati- kamekw, Cris, Innus, Naskapis, Abénakis, Malécites, Micmacs, Mohawks, Hurons et Inuit), qui composent 1,4 % de la population totale, représentent 7,2 % de la population itinérante.À Montréal, environ 10 % des 3000 personnes sans domicile fixe sont autochtones, alors que ceux-ci ne représentent que 0,6 % de la population de la ville.Parmi ces 10 %, environ 40 % sont des Inuit, résultats du racisme systémique et de la transmission transgénérationnelle des traumatismes historiques qui affectent cette population.Brève réflexion 3.URGENCES Certaines choses urgent : déstigmatisation de l\u2019itinérance ; augmentation drastique du financement, des ressources et des effectifs en milieux communautaires (refuges, centres d\u2019hébergement, banques alimentaires et vestimentaires, services de suivis psychologiques) ; meilleur accès aux structures en soins physiques et sanitaires ; établissement de services de médecine traditionnelle et d\u2019un organisme d\u2019accueil des Autochtones en milieu urbain ; organisation de groupes de surveillance du rapport entre corps de police et itinérants.Se révèlent ainsi les tares sociales que seule cette saison, âme des villes du Nord, peut mettre à jour avec tant d\u2019efficacité.En cela, l\u2019hiver québécois est un grand révélateur d\u2019inégalités sociales.Peut-être alors faudrait-il passer plus de temps dehors, avec lui et son froid, pour en saisir les contrastes, et l\u2019urgence qu\u2019ils imposent.1.« Dénombrement des personnes en situation d\u2019itinérance au Québec le 24 avril 2018 », rapport du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2019.2.« Être itinérant l\u2019hiver, c\u2019est tout ce que vous pouvez imaginer, et encore pire », Huffpost Québec, 7 février 2019.DEVENIR UNE SAISON Ouanessa Younsi L\u2019auteure est écrivaine et psychiatre J\u2019aimais l\u2019hiver lors des canicules d\u2019été.Je le chérissais de ce désir aiguisé par l\u2019absence, comme éprise d\u2019un homme que je voulais disparu.Je m\u2019asseyais sur le divan du salon, suais à grosses gouttes et plongeais dans des souvenirs de flocons, de glace, de tempête.La vie formait une suite de remémorations enfilées telles des perles sur un collier, et le bijou se brisait, petites billes de mémoire roulant dans la cendre.Livrée à la chaleur comme à une hyène affamée, je retrouvais le souvenir du chalet que nous avions loué cet hiver-là.Les yeux clos, je revoyais sa structure en bois rond, teint en brun et en rouge.Je revoyais les décorations de Noël, le sapin parsemé de lumières multicolores, le renne en plastique au seuil de la porte et, vers la droite, un écriteau disant Merry Christmas en lettres rouges et dorées \u2013 décorations qui restèrent en place jusqu\u2019à la fin février.Des pancartes clouées à des arbres donnant sur la chaussée indiquaient propriété privée, ne pas entrer, les fautifs seront poursuivis au civil ; elles donnaient au chalet l\u2019allure d\u2019une forteresse à protéger d\u2019une impossible intrusion, car la maison \u2013 si tant est qu\u2019on puisse appeler ainsi cette cabane en bois \u2013 gisait en pleine forêt, sans voisin à des lieues à la ronde ; et s\u2019il passait une voiture, nous nous exclamions d\u2019un ton surpris : « du trafic ! » Il avait tant neigé qu\u2019un immense glaçage recouvrait le toit.Je me refusai à dormir à l\u2019étage, de crainte que le toit ne s\u2019effondre et ne tue notre fils.À quelques mètres à l\u2019ouest se trouvait un garage aux teintes délavées où s\u2019empilaient pêle-mêle un vieux tracteur, deux tronçonneuses, une poulie rouillée, une remorque \u2013 un fouillis que la neige avait presque englouti.Nous avions loué ce chalet pour l\u2019hiver, car nous détestions la ville.L\u2019hiver nous y paraissait anachronique : le siècle ne pouvait s\u2019accorder avec la saison.Toute cette glace je la chérissais dans le bois ou au cœur d\u2019une canicule.Par sa texture, son immensité, son caractère inéluctable, elle me rappelait la mort.Or, dans la forêt, point de deuil.La neige tressait un tapis blanc sur lequel les animaux dessinaient des traces que nous suivions comme des enquêteurs, des poètes.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION Consultez nos suggestions de lectures, de films, de vidéos et de sites Web en lien avec le dossier au www.revuerelations.qc.ca 28 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 DOSSIER J\u2019avais contacté la propriétaire vers la fin de l\u2019automne, tous les autres chalets étaient loués.Je lui avais épelé mon nom, elle devait me rappeler, me rappela et me demanda : « Êtes-vous écrivaine ?» « Oui, et je suis mère ».J\u2019étais en congé de maternité.Tout ce que je créais, tout ce que je devenais, se concentrait dans cet amour-là.J\u2019étais enveloppée de grésil, mais au cœur je brûlais d\u2019un temps incompréhensible.Nous nous rendions au chalet chaque fin de semaine, pour fuir le bruit de la ville qui nous engloutissait.Le chalet représentait un luxe : choisir l\u2019hiver plutôt que de le subir.Un soir, nous y sommes arrivés plus tard que prévu.Une tempête ramassait tout sur son passage, comme ces tracteurs qui passionnent mon fils.La neige ne se contentait pas de tomber, elle giflait.Notre voiture louée tanguait sur la route.Nous avions emprunté l\u2019autoroute, puis des chemins de bois quasi déserts.Le chalet gisait là, comme un animal.Mon conjoint descendit les bagages \u2013 la chaise Fisher Price de notre fils, le parc, le sac à couches, la valise pleine de pyjamas, de jouets et de livres d\u2019enfants \u2013 tandis que mon fils s\u2019éveillait à la vie.Ses joues étaient rougies par la chaleur de l\u2019habitacle, qui contrastait avec le temps froid qui nous blessait dehors.Je me demandai ce qui habitait ses pensées et, s\u2019il formulait des pensées, n\u2019était-ce pas plutôt d\u2019emblée des poèmes ?Je le détachai du siège et le pris dans mes bras.Nous avons secoué nos manteaux avant d\u2019entrer dans le chalet.Le foyer au bois nous regardait.Nous avons ouvert les rideaux, mais l\u2019extérieur restait inaccessible, comme si un second rideau nous voilait les yeux \u2013 l\u2019hiver.Nous avons tôt fait d\u2019enfiler nos manteaux pour foncer dans sa blancheur.Nous voulions, comme à chaque hiver, pister les animaux dans la forêt.Notre fils écarquillait les yeux devant les flocons qui tombaient sur la terre.Il gigotait dans le porte-bébé.C\u2019était son premier hiver, c\u2019était, de nouveau, mon premier hiver.Il avait tant neigé que les traces s\u2019effaçaient.Ne restaient que des souvenirs.Parfois de profonds sillons suggéraient des animaux imposants.Nous rêvions d\u2019orignaux, d\u2019ours.Par le passé nous avions pisté plusieurs pékans, des loutres, des renards, des perdrix, tous les petits rongeurs que le monde a portés, un lynx et un ours.De l\u2019ours je me souviens : il a laissé ses pas dans mon corps.Je me remémore ma crainte, mes cris \u2013 « un ours, un ours ! » \u2013 lorsque j\u2019ai distingué ses traces dans la poudreuse, si grandes qu\u2019elles s\u2019apparentaient à celles d\u2019un humain.J\u2019avais déjà aperçu des ours, mais deviner l\u2019ours en début d\u2019hiver, en période habituelle d\u2019hibernation, me remplissait d\u2019une inquiétude que seuls mes souvenirs d\u2019enfance pouvaient aviver.Ma hantise : tomber par mégarde sur sa tanière, éveiller l\u2019ours, m\u2019éveiller moi.En marchant dans l\u2019hiver, je pensais à tout cela et à beaucoup d\u2019autres choses \u2013 à J., devenue déficiente à la suite d\u2019une maladie rare, qui vivait à l\u2019âge de dix-huit ans dans une maison pour personnes âgées ; à ce que nous mangerions ce soir ; au fait que je serais sûrement menstruée demain ; au lait que je sentais couler de mon sein droit.Et je réalisai, là, dans la forêt de Sainte-Émélie- de-l\u2019Énergie, combien tout reste précaire, et que j\u2019écrivais parce que j\u2019oubliais, et que mon fils sentait le sapin sans savoir ce qu\u2019est un sapin, ce qu\u2019est un mot, ce qu\u2019est la chose, et que la joie résidait dans cette neige, dans cet hiver de sa naissance, de ma naissance, et je réalisai que j\u2019aimais l\u2019hiver dès que je pouvais y plonger tout mon être, jusqu\u2019à devenir moi-même glaciel, congère.Je réalisai ce luxe : devenir une saison, une joie.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 29 DOSSIER Jean-François LeBlanc, Le chemin éphémère, parc des Monts-Valin, Saguenay Étienne Prud'homme, Passer de la nuit au jour, 2017, 46 x 61 cm Notre numéro de janvier-février sera en kiosques et en librairies le 10 janvier.Pensez à réserver votre exemplaire ! Il comprendra notamment un dossier sur : LA NON-VIOLENCE Une résurgence de mouvements de désobéissance civile et d\u2019actions directes non-violentes s\u2019observe depuis quelques années dans divers pays.Du mouvement mondial pour le climat à la mouvance indépendantiste catalane en passant par des mouvements de femmes en situation de guerre, qu\u2019est-ce qui explique et motive ce choix revendiqué de la non-violence ?Quel héritage, quelle éthique et quelles stratégies met-on de l\u2019avant ?Sans être érigé en dogme, le développement d\u2019une culture de la nonviolence peut aider nos sociétés à faire face aux défis de notre époque.AUSSI DANS CE NUMÉRO?: \u2022 un débat sur la foi comme justi?cation de l\u2019action individuelle et collective ; \u2022 une analyse d\u2019enjeux méconnus liés aux accords de libre-échange ; \u2022 un regard sur le sort tragique fait aux Afro-Brésiliens, au Brésil ; \u2022 le Carnet de Marie-Célie Agnant, la chronique littéraire de Violaine Forest et la chronique Questions de sens avec Bernard Senécal ; \u2022 les œuvres de notre artiste invité, Étienne Prud\u2019homme.Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d\u2019envoi sur la page d\u2019accueil de notre site Web : .VOTRE ACTUALITÉ MISSIONNAIRE DEPUIS 1920 PUBLIÉE PAR LES SŒURS MISSIONNAIRES DE L\u2019IMMACULÉE-CONCEPTION ABONNEMENT NUMÉRIQUE 10$ PAR AN LE PRÉCURSEUR www.pressemic.org PROCHAIN NUMÉRO Étienne Prud'homme, Passer de la nuit au jour, 2017, 46 x 61 cm 30 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 L\u2019auteur, jésuite indien, étudie à Paris L\u2019 Inde est un pays d\u2019une grande diversité non seulement sur le plan culturel et linguistique, mais aussi sur les plans géographique et climatique, comme en témoignent ses forêts tropicales, ses régions arides, ses plateaux et ses montagnes couvertes d\u2019arbres et de neige, entre autres.Bien qu\u2019elle ne représente que 2,4 % de la surface émergée de la planète, l\u2019Inde est classée parmi les régions du monde dites de mégabiodiversité où se concentrent un nombre élevé d\u2019espèces végétales et animales.Le pays abrite en effet 8 % des espèces répertoriées dans le monde, dont 96 000 espèces animales et 47  000 espèces florales.Quatre des trente-six zones critiques de biodiversité du globe s\u2019y trouvent, en tout ou en partie, à savoir l\u2019Himalaya, les Ghâts occidentaux, l\u2019Indo-Birmanie et le Sundaland (qui inclut les îles indiennes Nicobar).Selon l\u2019ONG Conservation International, une zone critique de biodiversité est une région riche en biodiversité mais menacée ; elle doit avoir perdu au moins 70 % de son habitat original et contenir au moins 1500 espèces de plantes vasculaires endémiques (soit plus de 0,5 % du total mondial).La formule sanscrit « Vasudhaiva Kutumbakam » (« Le monde est une seule famille ») résume bien le lien particulier qui unit l\u2019humanité, la nature et le divin, dans la culture indienne.Le respect de la nature, qui fait partie de l\u2019ethos indien depuis des millénaires, se manifeste entre autres par de nombreuses fêtes l\u2019honorant.Il ne repose pas sur une stratégie de survie, mais émane plutôt d\u2019une compréhension profonde du fait que la relation de l\u2019être humain avec le monde est un élément constitutif de la condition humaine.Bien avant que le concept moderne de réserve forestière ait été créé, les peuples de l\u2019Inde avaient déjà des forêts sacrées, où l\u2019entrée et l\u2019activité humaines étaient interdites.Ce système existe encore aujourd\u2019hui, en particulier dans les zones tribales du pays.La législation indienne En ce qui concerne l\u2019application des lois environnementales, le gouvernement central et les gouvernements des États (l\u2019Union indienne est constituée de 29 États) ont une responsabilité partagée.La première mesure législative de l\u2019Inde, après son indépendance, a été le Wildlife Protection Act, en 1972 \u2013 adopté en réponse à la Déclaration de la Conférence des Nations unies sur l\u2019environnement humain, à laquelle avait participé la première ministre de l\u2019époque, Indira Gandhi.Cette loi a été suivie d\u2019une série d\u2019autres similaires touchant l\u2019eau, l\u2019air, etc.Par exemple, grâce à la loi sur la forêt (Forest Act), de 1980 et à celle sur la biodiversité (Biodiversity Act), de 2002, l\u2019étendue de la forêt est passée de 63,9 Mha à 70,6 Mha entre 1980 et 2015, selon les données de l\u2019Évaluation des ressources forestières mondiales de 2015 de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture.La tragédie de Bhopal \u2013 une des pires catastrophes industrielles de l\u2019histoire \u2013 a aussi marqué une étape importante.La fuite d\u2019isocyanate de méthyle, qui a eu lieu le 2 décembre 1984 dans l\u2019usine de pesticides Union Carbide India Limited de Bhopal, a causé 3787 morts le jour même, selon les chiffres officiels.Mais c\u2019est sans compter les milliers de décès survenus par la suite ni les nombreuses maladies chroniques dont elle a été la cause, ni encore les dégâts environnementaux qui continuent d\u2019affecter la région.En réaction à cette RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 31 AILLEURS EN INDE, LA POPULATION FRAPPÉE PAR DE GRAVES CRISES ÉCOLOGIQUES Les changements climatiques et la rapacité des multinationales affectent durement ce pays réputé pour sa riche biodiversité.Pradeep W.K.MALAYSIA INDONESIA PAPUA NEW GUINEA PHILIPPINES JAPAN MONGOLIA RUSSIA KAZAKHSTAN TURKEY IRAQ TURKMENISTAN UZBEKISTAN KYRGYZSTAN THAILAND VIETNAM CAMBODIA LAOS BRUNEI NORTH KOREA SOUTH KOREA SYRIA JORDAN ISRAEL LEBANON TAIWAN KUWAIT SAUDI ARABIA OMAN YEMEN QATAR UNITED ARAB EMIRATES UKRAINE BELARUS MOLDOVA RUSSIA LITHUANIA LATVIA EST ONIA SINGAPORE Y e n i s e y O b \u2019 I r t y s h Nile T i g r i s D n e p r V o l g a A m u r H u a n g H e A m u D a r \u2019 y a S y r D a r \u2019 y a Ur al T obo l L e n a Ishim P e c h o r a O b \u2019 Y e n i s e y Nizhn y a y a T unguska Angar a L e n a E u p h r a t e s Loire M e k o n g I n d i g i r k a K o l y m a C hang Jian g E A S T I N D I E S M E L A N E S I A A L E U T I A N I S L A N D S Svalbard Zemlya Frantsa Iosifa N ovaya Zemlya Severnaya Zemlya Novosibirskiye Ostrova Norwegian Sea Nor th Sea Blac k Sea R e d S e a A ra l Sea o f Okhotsk Ber ing Sea Sea o f Japan Eas t Ch ina Sea Ye l lo w South China Sea Celebes Sea Cora l Sea M o z a m b i q u e C h .G u l f o f A d e n M e d i t e r r a n e a n S e a C a s p i a n S e a P h i l i p p i n e S e a Be r ing S t .Barents Sea Kara Sea Laptev Sea Eas t S iber ian Sea Chukch i Sea PACIF IC OCEAN ARCTIC OCEAN C A U C A S U S M T S .ANATOLIAN PLATEAU ETHIOPIAN HIGHLANDS TURANIAN PL TEAU L a p p l a n d Qa t tara Depress ion L .L .L .K i l imanjar CENTRAL SIBERIAN PLATEAU Siber ian Lowland Kolyma Lowland Gobi Deser t Manchur ian P la in Lake Z A G R O S M T S .A L P S U R A L M O U N T A I N S AL T AI SAYAN MTS.T I E N SHAN Lake Bayka Great Bas in London Paris Prague Milan Budapest Madrid Sofiya Moscow Barcelona Rome St Peterburg Stockholm Istanbul Ankara Cairo Baghdad Tehran Berlin Bucharest Warsaw Copenhagen Volgograd Bangkok Ho Chi Minh Novosibirsk Omsk Tokyo Khabarovsk Sapporo Shanghai Beijing Manila Harbin Changchun Seoul Phnom Penh Pontianak T\u2019ai-pei Hanoi Hong Kong Da Nang Wuhan Hue Xi\u2019an Murmansk Dikson Nordvik Lensk Irkutsk Osaka H IMAL AYA I n d u s CHINE INDE SRI LANKA PAKISTAN NÉPAL MYANMAR IRAN AFGHANISTAN BHOUTAN BANGLADESH Gange Gol fe du Bengale OCÉAN INDIEN Mer d \u2019Arab ie Kolkata Narmad a Mumbai New Delhi \u2022 Bhopal \u2022 Chennai Andhra Pradesh Pendjab Gujarat Maharashtra Uttar Pradesh Cachemire Tamil Nadu catastrophe, le gouvernement central a adopté en 1986 la loi sur la protection environnementale (Environmental Protection Act), l\u2019une des législations environnementales les plus complètes en comparaison aux lois fragmentaires votées jusque-là, qui concernait soit l\u2019eau, soit l\u2019air, soit la forêt, etc.Elle tient compte des interrelations fondamentales de ces différents éléments de la nature entre eux et entre les êtres humains et les autres organismes vivants.Cependant, malgré de telles mesures, les pratiques économiques de multinationales qui profitent à une minorité des classes privilégiées conduisent le pays à des crises environnementales et sociales.Parmi celles-ci, mentionnons-en trois qui nécessitent une action immédiate de la part des autorités et des citoyens.La crise de l\u2019eau L\u2019Inde doit faire face à la fois aux sécheresses et aux inondations.La sécheresse est un phénomène indissociable de la température.En juin 2019, la mégapole de Delhi a connu une température record de 48 °C, et la ville de Churu au Ra- jasthan, une température de 50,8 °C.Selon les données du Système de détection anticipée des sécheresses, 54,3 % de la superficie de l\u2019Inde était confrontée à la sécheresse à la fin juin 2019, une situation d\u2019autant plus alarmante qu\u2019elle se produit pendant la saison des moussons alors que le pays est censé avoir reçu suffisamment de pluies pour les semailles qui ont lieu pendant cette période.Par exemple, dans l\u2019État du Karnataka, dans le sud-ouest de l\u2019Inde (67 millions d\u2019habitants), 80 % des districts ont été déclarés « région affectée par la sécheresse », et au Maharashtra dans le centre-ouest (123 millions d\u2019habitants), 72 % des districts l\u2019ont été.Selon le rapport de la National Institution for Transforming India, en 2018, 600 millions de personnes en Inde étaient confrontées à un stress hydrique extrême ; 75 % des ménages n\u2019avaient pas d\u2019eau potable sur place et 70 % des sources d\u2019eau disponibles étaient contaminées.Le pays se classe ainsi au 120e rang sur 122 dans l\u2019Indice de qualité des eaux.Situation absurde : l\u2019Inde est le 3e exportateur d\u2019eau souterraine du monde ! En ce qui concerne les inondations, si elles sont très régulières dans des endroits comme Mumbai, Chennai et les plaines du Gange et du Brahmaputra, elles se produisent de plus en plus de manière inhabituelle dans d\u2019autres régions.L\u2019an dernier, par exemple, près de 500 personnes ont perdu la vie et plus d\u2019un million ont été déplacées au Kerala à cause des inondations.En 2019, les chutes abondantes de pluie en juillet et en août ont touché dix États, causant plus de 200 morts et entraînant le déplacement de plus d\u2019un million de personnes.D\u2019après les experts, la raison principale de ces inondations, outre les pluies anormales, est la mauvaise planification urbaine, notamment les constructions anarchiques d\u2019habitations.Malgré les droits garantis par la Constitution indienne, la discrimination fondée sur le statut socioéconomique et sur les castes \u2013 dans les régions de cultures védiques \u2013 hante l\u2019Inde, surtout pendant les périodes de stress climatique.Les personnes qui souffrent le plus sont celles des couches sociales inférieures.Dans l\u2019État d\u2019Assam, par exemple, une région sujette aux inondations située à l\u2019extrême est du pays, les membres des castes inférieures sont souvent exclus des efforts de secours et d\u2019indemnisation.Dans la région de Saurashtra, sujette quant à elle à la sécheresse et située à l\u2019extrême ouest du pays dans l\u2019État du Gujarat, les membres des castes inférieures n\u2019ont pas accès à l\u2019eau du fleuve Narmada, la seule source d\u2019eau potable de la région.Le quotidien India Today a rapporté (le 2 juillet 2019) que dans l\u2019Uttar Pra- desh, dans le nord de l\u2019Inde, les camions citernes transportant de l\u2019eau sont envoyés principalement dans les villages des castes supérieures et que les Dalits (les « Intouchables »), au plus bas dans l\u2019échelle du système de castes, ne sont même pas autorisés à toucher les pompes à eau installées dans les zones des castes supérieures.Parfois, ils doivent marcher jusqu\u2019à 8 km à la recherche d\u2019eau potable.Chez les Dalits, ce sont les femmes qui sont les plus touchées, car ce sont elles qui sont chargées de chercher de l\u2019eau pour les besoins domestiques.Forêts et déplacements Pour ce qui est des forêts, de nombreuses zones forestières ont été déclarées propriété de l\u2019État à l\u2019époque coloniale, et ce, non pas pour les protéger, mais pour en avoir le contrôle et accroître les profits.Cela a mis en danger la vie de milliers de personnes appartenant à différents peuples indigènes (comme aujourd\u2019hui en Amazonie) qui vivaient traditionnellement dans ces zones depuis des siècles.Non seulement ces populations dépendaient-elles entièrement de ces ressources, mais, grâce à leurs savoirs traditionnels, elles maintenaient également l\u2019équilibre intérieur de ces forêts avec des règles précises d\u2019utilisation et de conservation de la nature.Pour remédier à cette injustice historique, le gouvernement central a adopté, en 2006, la loi sur la protection des tribus et autres habitants des forêts (Scheduled Tribes and Other Traditional Forest Dwellers Act), qui leur a rendu leurs droits de gérer les terres forestières et les ressources à l\u2019intérieur des limites des villages.En vertu de cette loi, les personnes qui résident traditionnellement dans les terres forestières depuis plus de 75 ans et/ou qui dépendent traditionnellement des produits forestiers pour leur subsistance ont un droit reconnu légalement sur les 32 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 AILLEURS Pollution par les déchets en Inde.Photo : John Davison/Flickr terres de ces régions.Pourtant, en 2008, un certain nombre de personnes, surtout des agents forestiers, ont signé une pétition contestant la validité de cette loi, affirmant qu\u2019elle favorisait la déforestation.En outre, les signataires exigeaient l\u2019expulsion de ceux et celles dont les revendications territoriales avaient été rejetées devant les tribunaux.Il semble que cette contestation des agents forestiers avait pour but de reprendre le contrôle des forêts qu\u2019ils ont exploitées illégalement durant des décennies en toute impunité.Malheureusement, le 13 février 2019, la Cour suprême a statué que les gouvernements des États devaient effectivement expulser, avant le 27 juillet dernier, plus de 1,2 million de ménages de 17 États, dont le droit d\u2019habiter ces terres n\u2019a pas été reconnu.Et comme les gouvernements de certains États n\u2019ont pas encore donné la liste des personnes à expulser, il est possible que beaucoup d\u2019autres s\u2019ajoutent.Où et comment ces centaines de milliers de personnes survivront-elles après cette migration forcée et involontaire ?Nul ne le sait.Exploitation et pollution Un autre problème majeur est l\u2019assouplissement des procédures d\u2019autorisation environnementale pour les grands projets de construction et les industries qui non seulement détruisent les forêts et exploitent à outrance les ressources naturelles, mais aussi produisent une grande quantité de déchets et de polluants.Récemment, au nom du développement économique et des liens avec les multinationales, le gouvernement central a affaibli la portée de législations environnementales comme le Wildlife Protection Act de 1972 et le Land Acquisition Act de 2013.Dorénavant, le nombre de jours pour obtenir une autorisation environnementale est réduit à 190 au lieu de 600, et l\u2019étude d\u2019impact environnemental qui devait évaluer les conséquences des projets sur l\u2019environnement et sur les communautés locales est réduite à un simple « rite de passage » auquel les entreprises sont soumises pour obtenir automatiquement l\u2019autorisation d\u2019aller de l\u2019avant.Par ailleurs, pour contrecarrer toute contestation de projets, certains changements ont été introduits en 2017 dans la composition et le fonctionnement du National Green Tribunal (NGT), institué en 2010, afin de permettre un « règlement efficace et rapide des affaires relatives à la protection de l\u2019environnement et à la conservation des forêts et autres ressources naturelles ».L\u2019autonomie du NGT a ainsi été affaiblie.Outre son président, qui est recommandé par un groupe dirigé par le président de la Cour suprême ou son délégué, les quatre membres qui composent le tribunal seront dorénavant recommandés par le gouvernement, laissant planer une possible instrumentalisation ou ingérence politique.Cette édulcoration de la loi est choquante.En 2010, l\u2019Inde était classée au 123e rang de l\u2019Indice de performance environnementale sur les 163 pays considérés ; en 2018, elle se situe au 177e rang sur 180 ! Selon une étude réalisée par le IQAir Group et Greenpeace en 2018, basée sur des données provenant de 3000 villes de 73 pays, 22 des 30 villes les plus polluées se trouvent en Inde.Ce n\u2019est vraiment pas d\u2019un relâchement de la protection de l\u2019environnement dont l\u2019Inde a besoin, mais d\u2019un resserrement majeur.La loi ne suffit pas Dotée de richesses naturelles exceptionnelles, de savoirs et de pratiques traditionnelles remarquables, l\u2019Inde s\u2019est dotée au fil des ans d\u2019importants mécanismes institutionnels qui favorisent une saine gestion de l\u2019environnement et un développement écoresponsable.Mais en même temps, elle fait face à une forte augmentation du nombre de crises environnementales causées par les changements climatiques et les pratiques prédatrices des multinationales, qui menacent de plus en plus les conditions d\u2019existence des humains, de la flore et de la faune.Cet état des choses est à la fois un rappel de l\u2019importance des relations de respect et de bienveillance qui doivent être entretenues à l\u2019égard de la nature \u2013 encore très présentes dans la population indienne \u2013 et un avertissement quant aux probables catastrophes à venir si nous relâchons notre attention.Les lois et les règles ne suffisent pas.Comme le dit le pape François dans Laudato si\u2019, « nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu\u2019une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l\u2019environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ».RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 33 AILLEURS Jour de lessive dans un bidonville pollué de l\u2019Inde.Photo : John Davison/Flickr L\u2019auteur est l\u2019un des porte-parole du Collectif Échec à la guerre L e 4 avril 2019, l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique Nord (OTAN) célébrait son 70e anniversaire.Pour marquer l\u2019occasion, Affaires mondiales Canada publiait en ligne un dossier intitulé « Le Canada et l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique Nord ».On y affirme, entre autres que « Cette alliance politique et militaire a été créée afin de promouvoir la stabilité dans la région de l\u2019Atlantique Nord et de préserver la liberté des populations de cette région dans le respect des principes de la démocratie, de la liberté individuelle et de la primauté du droit [\u2026] L\u2019OTAN est un acteur de premier plan pour la paix et à (sic) la sécurité à l\u2019échelle internationale et elle y contribue activement.Elle fait la promotion de valeurs démocratiques et est attachée au règlement pacifique des différends [\u2026] Elle est la pierre angulaire de la politique du Canada en matière de sécurité et de défense.» Liberté, démocratie, droit, paix, sécurité, défense\u2026 Autant d\u2019aspirations nobles et d\u2019objectifs légitimes dans lesquels se drape le discours officiel d\u2019une organisation qui vise, d\u2019abord et avant tout, le maintien et l\u2019élargissement de l\u2019empire étasunien et de tout le système capitaliste occidental qu\u2019il domine, quitte à mettre à feu et à sang certaines régions récalcitrantes et vulnérables et à mettre en péril la survie même de l\u2019humanité.Un instrument de guerre et de domination De 1949 à 1989, l\u2019OTAN a été un instrument de la guerre froide dominé par les États-Unis.Puis, elle a adopté une nouvelle stratégie de « missions globales, de portée globale avec des partenaires globaux » \u2013 qui entre ouvertement en conflit avec le mandat de l\u2019ONU dont le but premier est de « maintenir la paix et la sécurité internationales1 ».L\u2019OTAN a ainsi été, officiellement, à l\u2019origine de deux guerres : la campagne de bombardements contre la Serbie en 1999 (guerre du Kosovo) et la guerre en Afghanistan, commencée en 2001 et qui se poursuit toujours.Dans les deux cas, l\u2019OTAN a précipité l\u2019agression sans autre issue possible.Puis, en 2011, détournant complètement de son objectif une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies visant la protection des populations civiles, l\u2019OTAN a déclenché une guerre contre la Libye, qui a plongé ce pays dans un chaos dont il n\u2019est toujours pas sorti.Et il y a eu ces autres guerres atroces \u2013 en Irak et en Syrie \u2013 menées par les États-Unis, avec des « coalitions de volontaires » auxquelles plusieurs pays de l\u2019OTAN se sont empressés de participer.Depuis 2014, les déploiements militaires de l\u2019OTAN en Ukraine, en Pologne et dans les pays baltes ne sont pas non plus des gages de règlement pacifique des conflits.Dépenses militaires et commerce d\u2019armes Selon un rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales se sont élevées à 1822 milliards de dollars US en 2018, une hausse \u2013 en dollars constants \u2013 de 2,6 % par rapport à 2017, et de 76 % par rapport au creux de l\u2019après-Guerre froide en 1998.Les dépenses militaires des membres de l\u2019OTAN (29 pays) se sont élevées à 963 milliards de dollars, soit près de 53 % du total mondial (193 pays).À elles seules, les dépenses militaires des États-Unis ont constitué 36 % des dépenses mondiales, soit plus que le total combiné des sept autres pays en tête de liste (incluant la Chine et la Russie).Le budget militaire étasunien, adopté par le Congrès pour l\u2019année 2020, s\u2019élève à 738 milliards, comparativement à 610 milliards en 2017, une augmentation de 21 % en trois ans ! Le SIPRI rapporte aussi que les ventes d\u2019armes ont été en constante augmentation dans le monde depuis 2000 et que, pour la période 2014-2018, elles ont augmenté de 7,8 % par rapport à la période 2009-2013.Au cours des cinq dernières années, sept des dix plus importants pays exportateurs d\u2019armes dans le monde étaient des membres de l\u2019OTAN ; leurs exportations ont représenté près de 59 % du total mondial, celles des États-Unis comptant, à elles seules, pour 34 %.Pour la période 2013-2017, l\u2019Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont été respectivement les 2e et 4e plus importants acheteurs de ces armements, qui ont été utilisés dans leur guerre contre le Yémen, entraînant la pire catastrophe humanitaire au monde selon l\u2019ONU.Intimidation ultime par le nucléaire Outre le réchauffement climatique, une autre menace pèse depuis des décennies sur la survie même de l\u2019humanité : les armes nucléaires.À cet égard, le 7 juillet 2017, l\u2019Assemblée générale des Nations unies a adopté le Traité sur l\u2019interdiction des armes nucléaires avec 127 voix pour, 1 voix contre et une abstention.Or, 28 des 29 pays membres de l\u2019OTAN (dont le Canada) ont boycotté l\u2019ensemble du pro- SORTIR DE L\u2019OTAN, UNE EXIGENCE L\u2019année 2019 marque le 70e anniversaire de l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique Nord.C\u2019est l\u2019occasion de réfléchir aux excellentes raisons qui devraient pousser le Canada à s\u2019en retirer.Raymond Legault* 34 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 REGARD cessus d\u2019élaboration de ce traité, y compris la séance de son adoption.Les États-Unis leur ont bien fait comprendre que « tant que les armes nucléaires existeront, l\u2019OTAN demeurera une alliance nucléaire2 » (traduction libre).Avec une telle posture, les déclarations répétées de l\u2019OTAN prétendant vouloir « créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires » sonnent bien creux.Deux positions possibles Il existe, en gros, deux positions dans le « mouvement pour la paix » au Canada concernant la participation du Canada à l\u2019OTAN : exiger son retrait ou l\u2019appeler à y jouer un rôle de leadership positif.Cette dernière position repose, à notre avis, sur une vision irréaliste, le Canada n\u2019étant pas susceptible d\u2019adopter les points de vue progressistes qu\u2019on aimerait le voir défendre au sein de l\u2019OTAN.Le Collectif Échec à la guerre, dans son fascicule « La militarisation de la politique étrangère du Canada : qui dicte l\u2019agenda ?» (2009), explique qu\u2019on a pu constater, dès 1994, un virage militariste de la politique étrangère canadienne avec le Livre blanc sur la défense du gouvernement de Jean Chrétien qui, déjà, entendait doter le Canada d\u2019une véritable force de combat et prendre ses distances avec l\u2019ONU, en faveur de l\u2019OTAN.Quelques années plus tard, le Canada a pris part à la guerre du Kosovo (1999) et à la guerre en Afghanistan, après les attentats du 11 septembre 2001.Puis, en 2005, le passage officiel aux « missions de combat » est annoncé avec le déploiement des troupes canadiennes à Kandahar et la déclaration du nouveau chef d\u2019État-major de la Défense, Rick Hillier, à l\u2019effet que l\u2019armée canadienne pourra enfin jouer son « vrai » rôle, celui de pourchasser « ces ordures et ces assassins détestables » et « d\u2019être prête à tuer des gens3 ».Cette évolution, qui s\u2019est consolidée jusqu\u2019à maintenant, n\u2019est pas le fruit du hasard.Ses plus ardents promoteurs ont été les grands milieux d\u2019affaires regroupés au sein du Conseil canadien des chefs d\u2019entreprises, qui prônent une intégration économique, politique et militaire de plus en plus poussée entre le Canada et les États-Unis.Au cours des dernières décennies, l\u2019expansion des investissements directs des entreprises canadiennes à l\u2019étranger a été phénoménale, particulièrement dans le secteur minier \u2013 près des deux-tiers des compagnies minières dans le monde sont basées au Canada \u2013, mais aussi dans les secteurs pétrolier, gazier et de la construction.Cette expansion fulgurante de même que les politiques qui l\u2019ont favorisée, la corruption qu\u2019elle entretient, les violations de droits et les désastres écologiques qu\u2019elle engendre, les mouvements de résistance qu\u2019elle suscite et la répression qui s\u2019abat sur ces derniers ont fait l\u2019objet de nombreux plaidoyers et de multiples alertes de la part d\u2019ONG québécoises et canadiennes.Des livres importants comme Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique (Écosociété, 2008) et Blood of Extraction, Canadian Imperialism in Latin America (Fernwood Publishing, 2016) en traitent.En quatrième de couverture de ce dernier livre, Noam Chomsky écrit : « Cette analyse minutieuse et détaillée des politiques économiques et de l\u2019interférence politique du Canada en Amérique latine démontre, dans ses détails brutaux, le rôle prédateur et destructeur d\u2019une puissance impérialiste secondaire opérant au sein du système général de subordination du Sud global aux impératifs de la richesse et du pouvoir des pays du Nord » (traduction libre).Car c\u2019est d\u2019abord et avant tout pour assurer la protection et l\u2019avancée des intérêts des multinationales canadiennes \u2013 et d\u2019un système global qui les favorise \u2013 que se déploie la politique étrangère canadienne.Cette politique vise l\u2019ouverture inconditionnelle de nouveaux territoires aux capitaux étrangers, l\u2019accès libre aux territoires et aux ressources, un cadre législatif de redevances, de taxation et de protections environnementales réduit au strict minimum, la possibilité de rapatrier un maximum de profits, etc.Ce dont cette politique a également besoin, ce sont des forces locales (policières, militaires ou paramilitaires) pour réprimer les mouvements de résistance des communautés \u2013 souvent autochtones \u2013 qui luttent contre leur déplacement forcé et la destruction de leur mode de vie traditionnel causée notamment par la pollution de leurs cours d\u2019eau, de leurs territoires, etc.C\u2019est non seulement toute la diplomatie, mais de plus en plus « l\u2019aide au développement » et les « ententes de sécurité » qui sont subordonnées à cette politique RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 35 REGARD Une passante croisant un des immeubles détruits par les bombardements de l\u2019OTAN, Kosovo, 25 mars 2000.Photo : PC/ Darko Vojinovic étrangère.Pour en masquer les effets dévastateurs, on vante l\u2019amélioration du niveau de vie des populations grâce aux investissements étrangers, le transfert de l\u2019expertise canadienne en matière de « bonne gouvernance » des ressources naturelles et de l\u2019environnement (!) et la « conduite responsable des entreprises ».C\u2019est de toute cette sombre logique que découle le rôle majeur qu\u2019a joué le Canada dans le coup d\u2019État qui a renversé le gouvernement Aristide en Haïti, en 2004, et le rôle tout aussi important qu\u2019il joue maintenant dans la tentative ouverte et soutenue de renverser le gouvernement Maduro au Venezuela.Sans parler de ses ententes de sécurité avec la Colombie \u2013 le pire pays d\u2019Amérique du Sud pour les violations des droits de la personne \u2013 ou de sa reconnaissance immédiate du gouvernement issu du coup d\u2019État au Honduras, en 2009, et de son prolongement lors des élections frauduleuses de 2017.Après ce coup d\u2019État, les investissements des sociétés minières canadiennes au Honduras ont littéralement explosé.Les principaux pays regroupés au sein de l\u2019OTAN ont des intérêts semblables à défendre et des politiques étrangères similaires.C\u2019est pour cela que la fonction de l\u2019OTAN est d\u2019être « la pierre angulaire de la politique du Canada en matière de sécurité et de défense » et non d\u2019assurer la protection de ses citoyennes et de ses citoyens, la liberté et la démocratie.Viser la sécurité réelle Pour la paix et la sécurité réelle de toutes les personnes vivant sur la Terre, il n\u2019y a rien de bon à attendre de l\u2019OTAN et rien à attendre du Canada en son sein.Exiger le retrait du Canada de l\u2019OTAN permettrait de dénoncer le caractère dominateur et destructeur de cette organisation et d\u2019attirer l\u2019attention sur la menace de guerre nucléaire que la stratégie de l\u2019OTAN accentue.Cela permettrait aussi de démasquer le rôle néfaste que joue le Canada dans le monde, le mensonge derrière ses discours bienveillants et les raisons véritables de sa participation à l\u2019OTAN, en affi rmant haut et fort notre attachement à un ordre international fondé sur le droit, que les actions et l\u2019expansion de l\u2019OTAN mettent de plus en plus à mal.Comme pour le réchauffement climatique, l\u2019enjeu est global et concerne la survie même de l\u2019humanité.Les ressources énormes actuellement détournées dans les guerres et la production d\u2019armements pourraient servir non seulement à soutenir les vastes projets de reconversion indispensables, ici, pour contenir le réchauffement climatique, mais aussi à aider les pays les plus durement touchés, qui n\u2019ont qu\u2019une responsabilité minime dans ce problème et des ressources limitées pour en affronter les conséquences.La sécurité réelle, à l\u2019échelle planétaire, ne pourra venir que par le désarmement nucléaire ainsi que par le démantèlement de l\u2019OTAN, des autres alliances militaires et des complexes militaro-industriels.Cet objectif gigantesque ne pourra se réaliser qu\u2019en s\u2019affranchissant des discours alarmistes de nos dirigeants sur tous les prétendus « dangers » qui nous guettent.* L\u2019auteur s\u2019exprime ici à titre personnel.1.Voir Raymond Legault, « L\u2019OTAN, le bras armé des États-Unis », Relations, no 770, février 2014.2.United States Mission to NATO, « Defense impacts of potential United Nations General Assembly nuclear weapons ban treaty », 17 octobre 2016.3.Daniel Leblanc, « JTF2 to hunt al-Qaeda », The Globe and Mail, 15 juillet 2005.91,3 FM MONTRÉAL 100,3 FM SHERBROOKE 89,9 FM TROIS-RIVIÈRES 89,3 FM VICTORIAVILLE 104,1 FM RIMOUSKI RADIOVM.COM 36 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 REGARD C\u2019est pour assurer la protection et l\u2019avancée des intérêts des multinationales canadiennes \u2013 et d\u2019un système global qui les favorise \u2013 que se déploie la politique étrangère canadienne. T oute tentative sérieuse d\u2019appréhender la crise générale de la biosphère doit partir de ce constat simple : ce que l\u2019on désigne par transition écologique n\u2019aura pas lieu.Et il faut de plus ajouter que toute politique relevant de cette catégorie ne pourra qu\u2019empirer, à terme, le biocide planétaire en cours.Une telle affirmation n\u2019a pas pour but de faire de la provocation anti-écologiste facile, telle qu\u2019elle pullule dans les médias les plus médiocres, où les contradictions et faiblesses des mouvements environnementalistes sont instrumentalisées afin de nier notre course vers l\u2019abîme.Il s\u2019agit au contraire de réveiller l\u2019idéal d\u2019une écologie politique radicale, s\u2019appuyant sur une critique rigoureuse de la civilisation industrielle qui étend son emprise sur le globe depuis plus de deux siècles.C\u2019est seulement depuis une telle position qu\u2019il nous semble décent de rejeter le réformisme vert et le récit dominant de la transition, qui se concentrent principalement sur la question du climat.Sans doute faut-il ajouter ici un second constat : le récit médiatique du « changement climatique » \u2013 déjà une euphémisation du « réchauffement planétaire » qui faisait la une des médias il y a quelques années \u2013 est une terrible simplification de la guerre contre le vivant menée par nos structures industrielles et technoscientifiques.Là encore, cette affirmation pourrait ressembler à une provocation inutile devant l\u2019importante proportion de nos contemporains qui est devenue, à juste titre, obsédée par les émissions de gaz à effet de serre et notre dépendance aux énergies fossiles.Une crainte apocalyptique nouvelle s\u2019est emparée des esprits, particulièrement sur les médias sociaux où certains s\u2019enfoncent dans le désespoir et annoncent qu\u2019ils ne feront jamais d\u2019enfants, tandis que d\u2019autres décident de militer contre l\u2019extinction de masse qui vient par des actes de désobéissance civile.Et devant les rapports scientifiques qui s\u2019accumulent \u2013 nous informant de l\u2019accélération de la détérioration du climat, de la destruction rapide des populations d\u2019insectes, d\u2019oiseaux et de poissons, de l\u2019« empoisonnement » généralisé causé par des produits chimiques synthétiques aux noms imprononçables, etc.\u2013, il est difficile de ne pas succomber à cet esprit du temps eschatologique et à la mode de la collapsologie, cette « science » de l\u2019effondrement.Une impasse annoncée Plusieurs parmi les militants et les militantes les plus révoltés partagent avec les environnementalistes les plus institutionnels le récit de la transition.Or, la question énergétique qui en est le thème central en constitue en même temps le talon d\u2019Achille.Ce récit de la transition affirme pouvoir nous libérer des énergies fossiles grâce à des technologies de pointe permettant l\u2019exploitation efficiente des énergies « vertes » et « renouvelables » : l\u2019éolien, le solaire, l\u2019hydroélectricité, la biomasse et même, pour certains, le nucléaire.Mais un examen approfondi révèle vite l\u2019impasse :  il est en réalité impossible de substituer ces énergies aux combustibles fossiles pour maintenir, voire étendre, nos niveaux actuels de production et de consommation.En outre, l\u2019utilisation massive de certaines d\u2019entre elles nécessite l\u2019extraction polluante de ressources spécifiques, comme les métaux rares, ce qui met à mal leur prétendue « propreté ».Plus encore, ces énergies « vertes » peuvent entraîner des effets pervers désastreux, puisque la diminution de la consommation de pétrole et de charbon, dans certains secteurs, peut conduire à leur usage croissant dans d\u2019autres, selon ce que les spécialistes de la question énergétique appellent le paradoxe de Jevons1.À la racine de cette erreur se trouve notre incapacité à comprendre que notre civilisation industrielle repose entièrement sur une façon \u2013 unique dans l\u2019histoire humaine \u2013 de penser et d\u2019utiliser l\u2019énergie : un stock inépuisable à consumer et à consommer afin de soutenir l\u2019expansion illimitée d\u2019un monde mécanique, d\u2019une prolifération d\u2019objets techniques, d\u2019instruments, de machines et de réseaux.Une mé- gamachine nécessitant l\u2019extension parallèle d\u2019organisations bureaucratiques, publiques comme privées, afin de réguler et de normaliser les comportements des individus placés dans cet univers synthétique dévitalisé.Un des aspects déconcertants du moment est cette impression de jouer dans une mauvaise comédie.On se souviendra qu\u2019il y a seulement une AU-DELÀ DE LA TRANSITION?: RENOUER AVEC LES RACINES DE L\u2019ÉCOLOGIE POLITIQUE Simon Chaunu La remise du prix de notre concours d\u2019écriture étudiant «?Jeunes voix engagées?» a eu lieu le 5 octobre dernier à la Maison Bellarmin, à Montréal.Simon Chaunu, étudiant au doctorat en sociologie à l\u2019Université Laval, est l\u2019heureux gagnant.Voici le texte qui lui a valu le prix qui était accompagné d\u2019une bourse de 500 $.RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 37 CONCOURS décennie, la transition énergétique devait, déjà, nous sauver.En 2006, l\u2019ancien vice-président américain Al Gore remportait un succès populaire mondial grâce à son documentaire Une vérité qui dérange, et il recevait le prix Nobel de la paix l\u2019année suivante, conjointement avec le GIEC.Au même moment, en France, Nicolas Hulot, alors à la tête de sa fondation éponyme, parvenait à faire signer un pacte écologique par les principaux candidats à l\u2019élection présidentielle, puis, une fois élu, Nicolas Sarkozy promettait un « New Deal écologique » à la tribune des Nations unies et lançait un « Grenelle de l\u2019environnement » devant faire de la France un chef de file en matière de développement durable.Enfin, l\u2019accession au pouvoir de Barack Obama, dans la foulée de la crise financière de 2008, semblait annoncer une nouvelle ère tant pour les États-Unis que pour l\u2019ensemble du globe et l\u2019amorce d\u2019une diplomatie climatique multilatérale.Nul besoin de dire ici ce que sont devenues ces espérances.Nous pensions alors pouvoir encore sauver les ours polaires sur leurs morceaux de banquise de plus en plus étroits ; au- jourd\u2019hui, nous pleurons d\u2019avance leur disparition.Notre critique n\u2019est pas neuve.Dans Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, publié en 2008, René Riesel et Jaime Semprun, deux vétérans de Mai 68 et héritiers du mouvement situationniste, démystifiaient avec brio les discours catastrophistes de l\u2019écologie institutionnelle.Et déjà il ne s\u2019agissait pas de contester la gravité de la crise, mais au contraire de mettre en lumière à quel point celle-ci était réduite et simplifiée à un ensemble de statistiques et de mesures quantitatives sans âme.Selon eux, l\u2019erreur des partisans d\u2019un « catastrophisme éclairé » \u2013 les ancêtres de nos collapsologues contemporains \u2013 était de ne pas avoir compris que le désastre avait déjà eu lieu.Que la société industrielle, marchande et technicienne avait accompli son travail de destruction le plus extrême, non seulement dans l\u2019environnement, mais aussi dans l\u2019esprit humain, sapant fondamentalement le goût de la liberté.Dans cette situation d\u2019apathie et d\u2019impuissance, Riesel et Semprun pressentaient que les prévisions pessimistes émises sous l\u2019autorité de la science ne pouvaient que soutenir des programmes technocratiques de mise sous tutelle bureaucratique de ce qui restait de la biosphère.Cependant, ils prévoyaient que cette « administration du désastre » échouerait quant à ses objectifs affichés, tout en ayant des effets délétères : l\u2019allongement de l\u2019agonie du système industriel et l\u2019étouffement de l\u2019esprit critique.Ils ne pouvaient toutefois prédire que le mouvement environnementaliste officiel, par ses revendications, n\u2019obtiendrait en réalité que des résultats dérisoires des accords non contraignants pour les États, quelques fonctions ou ministères ici et là, une zone naturelle préservée dans tel pays, une taxe carbone dans un autre, pendant que les usines à charbon, les aéroports et les serveurs informatiques se multiplient et tournent à plein régime.Et toujours, toujours, des annonces et des promesses répétées de sommet international en sommet international, de campagne électorale en campagne électorale.L\u2019idée que les fondements mêmes de notre civilisation, son imaginaire autant que sa matérialité, puissent être viciés ne peut plus être éludée, comme le fait le discours dominant de la transition et ses avatars \u2013 développement durable, croissance verte, économie circulaire, etc.Celui-ci prétend pouvoir nous faire vivre mieux dans un monde mourant en remplaçant la création de la valeur économique par la production d\u2019un bien-être quantifié.Nous sont promis un taux d\u2019alphabétisation supérieur, une espérance de vie plus longue, un revenu minimal satisfaisant ; peut-être même pourra-t-on faire rentrer dans les calculs la proximité avec un espace vert dûment protégé, ou un nombre accru de relations sociales par personne.En supposant qu\u2019il soit encore possible d\u2019atteindre de tels objectifs durant les décennies qui viennent, comment une telle existence dans un milieu technicisé et administré rendu « durable » pourrait-elle véritablement être une vie bonne ?Ce discours, aveugle quant à ses propres prémisses, est incapable de le justifier.Partir sur d\u2019autres bases La question philosophique de la vie bonne était pourtant centrale à la critique écologiste moderne, dès son essor dans les années 1970.Mais depuis, sa mémoire a été soigneusement travestie, déformée, insultée ou ignorée par les puissances industrielles, politiques et médiatiques.Si les urgences du présent nous pressent de nous engager dans l\u2019action \u2013 signer telle pétition, participer à telle marche, se mettre en grève, bloquer un siège social, etc.\u2013, la tâche de s\u2019arrêter pour penser mieux est tout aussi essentielle.Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur une tradition intellectuelle marginalisée, qui prit racine dans les premières contestations contre le nouvel ordre industriel, il y a déjà deux siècles de cela.Comme l\u2019ont montré dans des travaux récents des historiens comme Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, cet ordre ne s\u2019est pas imposé sans susciter des résistances tant chez les intellectuels Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de Relations, et Simon Chaunu à la remise du prix, le 5 octobre 2019.Photo : Gilles Pilette 38 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 FIÈRE, AUTONOME ET ENGAGÉE ! que chez les populations paysannes et artisanes qui se faisaient brutalement déposséder de leurs lieux de vie, de leurs savoirs et de leurs pratiques par la caste industrialiste et ses alliés.Ce fut cependant au XXe siècle que ce courant critique se consolida, grâce à des penseurs tels Lewis Mumford, Günther Anders, George Orwell, Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Murray Bookchin, Ivan Illich, André Gorz, Christopher Lasch et bien d\u2019autres encore.Au-delà de leurs caractères propres et de leurs idiosyncrasies, ces intellectuels s\u2019attaquèrent à la déqualifi cation du travail par la mécanisation et la bureaucratisation, à la transformation de l\u2019État en un gigantesque corps administratif organisé, à l\u2019apparition d\u2019un univers fantomatique de sons et d\u2019images avec les médias de masse.Ils mirent en cause la double destruction de notre environnement naturel et des traditions culturelles historiques et, in fi ne, le mythe de la Modernité et du Progrès, l\u2019illusion d\u2019une humanité fi nalement majeure, rationnelle et sécularisée.Contrairement à ce qu\u2019ont pu affi rmer certains de ses détracteurs, cette critique n\u2019était pas réactionnaire, son souci n\u2019étant pas le maintien des hiérarchies et de l\u2019ordre social mais bien la liberté, qui semble échapper de nouveau à l\u2019humanité au moment où elle se débarrasse d\u2019anciennes contraintes.On leur reprocha également d\u2019être pessimistes \u2013 un grief sans doute plus exact \u2013, mais un regard honnête sur notre situation, quelques décennies après leurs avertissements, nous montre qu\u2019ils avaient bien des raisons de l\u2019être.Anders le remarquait : la leçon souvent oubliée du mythe de Cassandre est que ses prophéties se révélèrent justes.Malgré la noirceur de leur diagnostic, ces intellectuels explorèrent tout de même les sentiers perdus qui pourraient nous mener vers une civilisation nouvelle, plus sobre et plus juste, bien que son enfantement soit diffi cile.À nous désormais de donner plus de substance à ce dont ils avaient tracé les contours : un socialisme biotechnique et anti-industriel pouvant faire le pont entre le passé et le présent.En effet, dès les années 1930, l\u2019idée d\u2019une société biotechnique a été défendue par l\u2019historien Lewis Mumford.Il désignait ainsi un nouvel usage de la technique rompant radicalement avec les technologies industrielles de haute puissance, ces dernières ne servant qu\u2019à la quête effrénée de fi nalités abstraites et mortifères, comme le profi t, la propriété ou encore le pouvoir politique.Selon lui, le programme socialiste de réappropriation et de démocratisation de la production devait être complété par une révolution des valeurs, assumant le ralentissement considérable de nos rythmes de production afi n de privilégier l\u2019épanouissement de la vie \u2013 sous toutes ses formes \u2013 et la plénitude de la personne humaine.Ces idéaux sont toujours actifs, mais apparaissent sous un jour nouveau : la critique anti-industrielle contemporaine, qui se veut l\u2019héritière à la fois des luttes ouvrières et des luttes pour la protection des territoires, affi rme qu\u2019il est désormais incontestable que la croissance et le développement menacent, pour les siècles qui viennent, les conditions humaines d\u2019existence.Les « zones à défendre » qui surgissent ici et là sont en partie l\u2019expression en actes de cet anti-industrialisme, de ce refus de « gérer » le désastre en cours2.La perspective ici délimitée invite donc à réconcilier la construction sociale de la liberté par l\u2019émancipation du travail avec la créativité surabondante de la nature organique \u2013 sans nier qu\u2019il doit toujours exister une tension entre l\u2019humanité et son milieu.Cela exige d\u2019abandonner l\u2019essentiel des moyens techniques et bureaucratiques que nous avons accumulés depuis la révolution industrielle, car ils ne sont simplement pas ré-appropriables, étant déjà des fi nalités concrètes, matérialisant l\u2019imaginaire industrialiste et techniciste.Un tel « regrès » technique, de toute manière inévitable à long terme, nous confrontera à des choix dif- fi ciles et devra nécessairement être contrebalancé par un puissant renouveau de l\u2019idéal de solidarité.Il n\u2019est toutefois pas question, bien évidemment, de revenir à une nature vierge ou à un mode de vie communautaire archaïque, les deux souvent mythifi és.Il s\u2019agit plutôt d\u2019inventer avec lucidité, dans les ruines de l\u2019industrialisme, une nouvelle façon de tisser les liens entre culture et nature.1.Voir Mathieu Auzanneau, Or noir.La grande histoire du pétrole, Paris, La Découverte, 2015.2.Voir Miguel Amorós, « Nous, les anti-industriels », en ligne sur le site .RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 39 «Ferme-la!» J\u2019ai entendu : « Meurs!» Disparaît l\u2019avenir.Folle, elle dit : «Ferme-la!» L\u2019attentat frontal, radical.Voyelles sauvages.Elle dit : «Ferme-la!» S\u2019éteint alors le sentiment d\u2019exister.J\u2019ai perdu une amie, ses prophéties annonçant l\u2019agonie.Les amitiés fragiles, Hugues Corriveau *** Elle cherchait je ne sais quoi dans ses poches quand une brume s\u2019est déployée autour de nous.Hier, j\u2019ai bu trois pintes.Ce matin, j\u2019éprouve un arrière-goût.Dieu du ciel, un chien dans les débris, dire est points de suture, torsions du souffle à petite nuit.Racines et fictions, Hector Ruiz www.lenoroit.com 40 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 Pour une écologie intégrale Román Guridi * L\u2019auteur, jésuite chilien, a publié Écothéologie : vers un nouveau style de vie (éditions de l\u2019Université Alberto Hurtado, 2018) a formulation des 17 objectifs de développement durable, établis par l\u2019Assemblée générale des Nations unies en 2015, est un bon exemple de l\u2019interconnexion des enjeux globaux auxquels la crise écologique nous confronte.Ces objectifs sont l\u2019éradication de la pauvreté, la lutte contre la faim, l\u2019égalité entre les sexes, les réductions des inégalités, l\u2019accès à la santé, à une éducation de qualité, à l\u2019eau potable et à des emplois décents, la lutte contre les changements climatiques, la consommation et la production responsables, la conservation et l\u2019exploitation durables des océans, pour ne nommer que ceux-là.Clairement, les problèmes environnementaux ne peuvent être véritablement résolus indépendamment des problèmes qui affectent l\u2019existence humaine et la société dans son ensemble.Ils forment un tout.On ne peut en aborder un efficacement sans tenir compte des autres.La prise de conscience du lien inhérent entre les multiples défis écologiques a été progressive.Elle n\u2019est pas encore pleinement acquise.C\u2019est vrai aussi dans les domaines théologique et ecclésial, où il a fallu un certain temps pour reconnaître, d\u2019une part, cette interdépendance des différents enjeux impliqués dans la crise écologique et, d\u2019autre part, le rôle important que la religion doit assumer pour en discerner les conséquences dans nos vies.L\u2019encyclique Laudato si\u2019, à cet égard, représente une étape historique.Elle affirme clairement, en effet, qu\u2019«?il n\u2019y a pas deux crises séparées, l\u2019une environnementale et l\u2019autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale.Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature?» (no 139).Pour penser cette étroite relation entre les dimensions humaine et sociale de la crise écologique, le pape François utilise la notion d\u2019écologie intégrale, qui est la notion directrice qui traverse toute l\u2019encyclique.L\u2019ajout de l\u2019adjectif intégral à écologie dit bien ce qu\u2019on ne peut plus méconnaître quand on parle d\u2019écologie, à savoir que cette dernière renvoie à l\u2019imbrication d\u2019une multitude de dimensions qui ne peuvent plus être réfléchies de manière isolée.Comprendre cela est essentiel parce que la définition que nous donnons à l\u2019écologie détermine directement notre manière de comprendre la crise écologique et d\u2019identifier ses manifestations et les solutions potentielles.Beaucoup commettent l\u2019erreur de réduire l\u2019écologie \u2013 et par conséquent la crise écologique \u2013 à ses seules manifestations environnementales?; les notions d\u2019environnement et d\u2019écologie leur apparaissent à tort comme interchangeables.Or, l\u2019écologie a à voir avec la façon dont les êtres humains comprennent et vivent leur appartenance vitale à un réseau complexe d\u2019interactions \u2013 à savoir que l\u2019existence de chacun et ce que nous sommes dépendent d\u2019autres personnes, d\u2019êtres vivants, d\u2019éléments et d\u2019écosystèmes.C\u2019est dire qu\u2019elle englobe toutes les dimensions des relations humaines et ne peut être réduite simplement à nos liens avec la nature.Ces multiples dimensions qu\u2019on peut regrouper en trois ensembles \u2013 les dimensions personnelle, sociale et environnementale \u2013 ne doivent pas être vues comme des compartiments étanches, mais plutôt comme des cercles concentriques qui interagissent les uns avec les autres et modèlent la représentation que l\u2019humanité a d\u2019elle-même ainsi que sa manière de vivre et d\u2019habiter la Terre.Ainsi, les différents enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés ne peuvent éclipser les autres problèmes globaux \u2013 la pauvreté, la faim, la surpopulation, la surconsommation et la migration forcée de populations aux prises avec les bouleversements écologiques \u2013 ni les mettre en concurrence.L\u2019épanouissement et le développement humains ne doivent pas être déconnectés de la vie et du bien-être des autres êtres vivants.À l\u2019inverse, la préoccupation à l\u2019égard de la nature et le soin qu\u2019on lui porte n\u2019impliquent d\u2019aucune façon d\u2019ignorer ou d\u2019oublier les êtres humains.Il ne s\u2019agit pas de choisir entre les enjeux écologiques et les enjeux sociaux.Vouloir opposer le développement humain et économique à la protection et au soin de la nature est un faux dilemme.Lorsqu\u2019on prend un à un les plus importants défis écologiques (tels que le réchauffement planétaire, la perte accélérée de la biodiversité, la pénurie d\u2019eau douce, la sauvegarde globale de la sécurité alimentaire et la gestion des déchets), on constate la dimension sociale qui leur est inhérente.On peut voir comment celle-ci s\u2019imbrique étroitement en chacun d\u2019eux.Prenons l\u2019exemple du traitement écologique des déchets.Ce n\u2019est pas simplement une affaire technique.Cela exige de tenir compte du contexte social et culturel, des habitudes individuelles et collectives, des formes de consommation et du niveau de vie de la population.L\u2019obsolescence programmée, autre exemple, est pour sa part liée à l\u2019augmentation des déchets électroniques.Et les recherches montrent que le recyclage de ces déchets est destiné à certains pays africains, à l\u2019Europe de l\u2019Est et à l\u2019Asie.Nous exportons ainsi un ensemble de problèmes vers des populations qui subissent les conséquences à notre place.Il est difficile de réduire la quantité de déchets quand la durabilité des produits est délibérément sacrifiée sur l\u2019autel du profit et que nous sommes constamment incités à remplacer nos appareils électroniques \u2013 encore en bon état \u2013 par de nouveaux modèles.Comme le précise l\u2019encyclique Laudato si\u2019, la «?culture de déchet?» dans laquelle nous évoluons nous oblige à questionner les valeurs qui la sous-tendent.Ainsi, se concentrer sur la seule dimension environnementale du traitement et de la gestion des déchets, en oubliant les dimensions personnelles et sociales qui lui sont sous-jacentes, risque de nous conduire à mal saisir les causes du problème et donc à nous tromper quant aux solutions.* Traduit de l\u2019espagnol par Jean-Claude Ravet.sur les pas d\u2019ignace L RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 41 42 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 In extremis.QuelQue chose sur le feu \u2022 Chronique littéraIre 2.In carcere Texte?: Violaine Forest Photo?: Benoit Aquin U ne soue à cochon, dirait sa mère?; elle se lave avec la suie.Voyage de foin, sur la tête?! De la limaille de fer?! De la broche en guise de cheveux?! Et vous voulez qu\u2019on chante, qu\u2019on marche droit?Nos côtes se soulèvent à peine?! Vous pensez qu\u2019on peut hurler avec ça?! On s\u2019habitue au sol, à ne pas lever la tête, à ne pas regarder ce que fabriquent les autres.On trace des cheminées sur le papier qui nous sert de couverture.Un homme chante sa mère disparue, il invente de toutes pièces un chant que tous reconnaissent, il invente sa mère aussi de toutes pièces.On peut prétendre n\u2019importe quoi.Elle offre son enfant, mais il est mort, elle offre de l\u2019eau, mais le puits est sec.Elle ne peut se déprendre d\u2019elle-même.Elle n\u2019est que cette chose qui n\u2019a jamais existé.Elle ne veut pas crier.Pas dire.À peine si elle murmure.Alors, prononcer son nom, vous imaginez?Les consonnes c\u2019est trop dur, il n\u2019y a qu\u2019une voyelle, un gémissement.Surtout la nuit, quand elle s\u2019enveloppe de papier de suie, sa nuit est peuplée d\u2019oiseaux de proie.Il n\u2019y a au centre du lieu ni échappatoire ni gloire, il n\u2019y a rien que ce bruit perpétuel du crépitement des âmes qui s\u2019élèvent du brasier.Cette femme est une pierre dans le vent, elle cherche le souffle dans l\u2019obscurité, toujours.Elle est incapable de voir plus loin sans son souffle \u2013 elle chante pour son fils, parti.Elle ne chante pas pour l\u2019enfant, mais pour l\u2019homme qu\u2019il est devenu en une nuit et qui l\u2019a quittée.Elle dessine son absence avec des gestes brisés qui n\u2019aboutissent qu\u2019au sombre en elle, au repli.Parfois, un rayon de soleil, le son d\u2019une cascade, l\u2019odeur d\u2019un pré.Mais ça ne dure jamais longtemps.Alors elle respire mieux, entrouvre les yeux.Elle le cherche dans l\u2019obscurité des cours à bois, partout elle le cherche, son petit.Sa berceuse l\u2019empoisonne.Elle n\u2019a plus peur de tomber, elle rampe déjà.Son corps sent la terre.Au moindre souffle, elle se remet à chanter?; mais la plupart du temps on la confond avec ces grosses pierres qu\u2019on trouve au milieu des champs et qu\u2019il faut contourner avec les machines.Pourtant, c\u2019est là, dans cette immobilité qui respire, en rase campagne, que dissimulée, en plein jour, elle attend.Il ne s\u2019est jamais retourné, elle se rappelle seulement un dernier repas, ses yeux qui mentaient en avalant sa soupe.On ne peut pas crier dans l\u2019eau, on ne peut qu\u2019étirer le bras.Elle pense qu\u2019à la naissance, c\u2019était prévu, cette noyade dans le bac du lavoir, dans ce lac en eau profonde où les hommes buvaient, criaient, se moquaient bien de cette femme engloutie, submergée.Elle s\u2019agrippe aux pieds des autres femmes, elle ne sait comment les atteindre autrement, elle s\u2019agrippe comme au bord d\u2019un précipice, elle se laisse glisser, se jette dans le vide, se propulse elle-même vers l\u2019arrière?; ce geste, elle ne le mesure plus, elle explose partout, elle crie, elle siffle, elle jure qu\u2019elle s\u2019en sortira cette fois qu\u2019elle a une prise, elle ne respire plus, elle ne veut pas mourir, pas cette fois?! Elle connaît le geste d\u2019enfermer, elle l\u2019a vu venir, elle l\u2019a vu faire.Elle le fait.Cette fois plus lentement.Jusqu\u2019à ce que la femme ploie, supplie, se mette à genoux, elle ne veut pas lui faire de mal, elle ne fait que ce qu\u2019elle sait faire le mieux, se hisser sur l\u2019autre pour arriver à respirer.Sa joue sur la pierre, aucun battement, le cœur sourd.Le sien ralenti par l\u2019écoute du vide.Sa peau froide, apaisée par le ruisseau dans sa tête qui suit les veines du marbre.Le monde peut enfin respirer, les peurs se taisent, l\u2019une après l\u2019autre, déposées.Pourtant ce n\u2019est qu\u2019une jonction?; deux angles froids, l\u2019un quittant le monde, l\u2019autre l\u2019ayant déjà quitté.Un endroit fragile en elle où tout peut basculer, dans un mouvement perpétuel.Elle cherche la porte, sait que ce n\u2019est pas une issue, elle est convaincue de ça, elle ne peut en sortir?; alors elle trouve réconfort dans les choses qu\u2019elle connaît, l\u2019odeur d\u2019acier sur sa peau, le froid du métal, le son de la pluie sur la tôle qu\u2019elle imagine comme une caresse de l\u2019en-dehors.Les charnières, les joints de métal, elle les touche du bout des doigts dans l\u2019infiniment petit?; l\u2019acier est une caresse, un soulagement, c\u2019est le connu qui l\u2019entoure?; ces sons qu\u2019elle redoute et invente à la fois, la fissure dans le mur qu\u2019elle frôle de son épaule pour en écouter le chant, une prière tiède de ruisseau en plain-chant quand le soleil a bien chauffé la pierre, elle le sait, les portes fermées, elle connaît, elle ne tente même pas de sortir.Le froid la soulage.Le silence, le sombre, les cris qu\u2019elle perçoit sont enveloppés, lointains.Tout lui est étrange.Seul le goutte à goutte qui chante sur le métal rythme son jour qui n\u2019en finit pas, qui s\u2019est immobilisé là, sous le panneau qui indique SORTIE.Ne pas vouloir.Ne pas faire, penser à autre chose, en attendant que le jeu commence, elle reste en retrait, elle n\u2019aime pas jouer, elle n\u2019a pas appris.Il se peut que l\u2019inconnu soit plus réconfortant que toute tentative de souvenir.Elle y croit maintenant, à l\u2019anéantissement, au si petit qu\u2019il disparaît.Elle voudrait que la cendre la quitte, elle y revient toujours au petit en elle?; cette chose tue, dès l\u2019enfance, les rires, les cris.Cela ferme tout chez elle ; le tambour dans sa tête. RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 43 Vaches nouvelles, chemin du Rapide-Plat Nord, Saint-Hyacinthe, 2015 [ nouveautés · automne 2019 ] L\u2019AGENDA DES FEMMES 2020 Merci pour l\u2019eau?: Culture et parité CLARA LAMY (direction) et RAVY PUTH (illustration) HÉTÉRO, L\u2019ÉCOLE?Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité GABRIELLE RICHARD LE BOYS CLUB MARTINE DELVAUX GUÉRILLA DE L\u2019ORDINAIRE MARIE-ÈVE MILOT et MARIE-CLAUDE ST-LAURENT KINK Initiation poétique au BDSM PASCALE ST-ONGE et FRÉDÉRIC SASSEVILLE-PAINCHAUD TOURNER SUR SOI EN TECHNICOLOR MARIE-CHRISTINE LEMIEUX-COUTURE LES RÈGLES.QUELLE AVENTURE?! ÉLISE THIÉBAUT et MIRION MALLE les éditions du remue-ménage illustration RAVY PUTH RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 45 Questions De sens L\u2019enracinement L\u2019auteur est jésuite et maître de Dharma dans la branche coréenne de l\u2019école Zen (Rinzaï) L evé au petit matin, aujourd\u2019hui encore, je sors travailler aux champs revêtu du même vieux froc.À le voir, on dirait un habit d\u2019arlequin ou une courtepointe, tant il est rapiécé.Au fi l de ces 25 dernières années, son tissu s\u2019est aminci.Les pièces successivement cousues pour en rapprocher les bords déchirés ont fi ni par se chevaucher, l\u2019alourdissant toujours un peu.J\u2019en ai pourtant plus d\u2019une paire, y compris des neufs que m\u2019ont fait parvenir certains bienfaiteurs, apparemment gênés à la vue de «?cet homme portant des haillons en guise de pantalon?».Quand mon froc préféré est dans la machine à laver ou accroché à un séchoir, j\u2019en porte d\u2019autres, mais sans l\u2019incomparable joie que seule me donne le port de l\u2019«?original?».Pourtant, au point où il en est, aucun fripier n\u2019en voudrait.Pas même l\u2019un de ces «?guenilloux?» qui, dans mon enfance, passaient encore dans les ruelles du quartier où habitait ma grand-mère maternelle, rue Saint-Denis à Montréal.Précurseurs du mouvement d\u2019Emmaüs, ils se déplaçaient dans une charrette chargée de fripes et tirée par un cheval.Pour nous, gamins, chacun de leurs passages était un évènement.En échange d\u2019une pièce de cinq ou dix sous, nous pouvions leur donner nos vêtements usagés.Mais quel est le ressort caché de cette obstination à toujours porter ces hardes en guise de vêtements?Où est la source secrète de la joie qu\u2019eux seuls me procurent?Que trahit ce comportement irrationnel, cette fi xation sur des haillons?Quelle névrose pourrait bien motiver cet attachement désordonné?D\u2019autant plus que, à l\u2019heure du ménage, ma communauté est toujours en manque de guenilles.Puis, ne me faudra-t-il pas en sortir et le quitter un jour, ne serait-ce qu\u2019au moment de mourir, pour qu\u2019enfi n il trouve son chemin vers la poubelle?Il n\u2019y a pas de place dans les vitrines des musées pour de telles fringues qui auraient pour étiquette : «pantalon porté pendant plus d\u2019un quart de siècle par un inconnu entré dans les oubliettes de l\u2019histoire».À bien y réfl échir, ce comportement «bizarre» n\u2019est qu\u2019un signe extérieur d\u2019une quête de continuité, d\u2019un désir d\u2019enracinement, qui donne sens à une existence qui risquerait sinon d\u2019être vécue comme en pièces détachées.On dit qu\u2019il suffi t de passer cinq ans à l\u2019étranger pour devenir défi nitivement déraciné.J\u2019ai vécu au Québec pendant 19 ans ; en France pendant 17 ans ; puis en Corée pendant 30 ans, et j\u2019y suis toujours.Je me surprends souvent à être assis en tailleur, au bord d\u2019une table basse, occupé à manger avec des baguettes une nourriture exotique, en parlant une langue de la famille ouralo-altaïque, qui n\u2019a strictement rien à voir avec le français, ma langue maternelle, ou avec l\u2019anglais, ma première langue seconde.Au milieu de ce décor, mon vieux froc symbolise un pan d\u2019histoire, un morceau de moi-même, une volonté d\u2019articulation des évènements en une vision qui leur donne un sens.Bref, un lieu d\u2019enracinement quand le monde paraît tourner trop vite.Selon le Sutra du diamant, l\u2019esprit d\u2019un bodhisattva, c\u2019est- à-dire d\u2019un être d\u2019éveil, «s\u2019élève sans s\u2019attacher ni à ce qu\u2019il voit, ni à ce qu\u2019il entend, ni à ce qu\u2019il sent, ni à ce qu\u2019il goûte, ni à ce qu\u2019il touche, ni même à ce qu\u2019il pense».Selon cette doctrine bouddhique, dite de «sans fi xation», il nous faut laisser notre esprit s\u2019éveiller sans se fi xer nulle part.Une telle pensée peut être comprise, en partie tout au moins, comme n\u2019étant pas sans affi nité avec les paroles adressées par Jésus à ses disciples au cours de la dernière Cène, dans l\u2019Évangile de saint Jean, lorsqu\u2019il leur dit ?: «Vous êtes du monde sans être du monde» (Jn 17, 14-18).Comprise selon cette double perspective, bouddhiste et chrétienne, l\u2019existence humaine exige de nous à la fois un détachement complet et un engagement radical.Contrairement à l\u2019impression que peut donner sa lecture, le Sutra du diamant n\u2019est pas une simple invitation à renoncer au monde pour s\u2019en échapper, mais plutôt une exhortation à s\u2019y investir correctement, c\u2019est-à-dire sans jamais se laisser prendre au piège des apparences.En langage biblique, on dirait : sans sombrer dans l\u2019idolâtrie du créé.Comme s\u2019il s\u2019agissait de tenir un équilibre paradoxal, sinon contradictoire entre la négation de l\u2019existence du monde \u2013 parce qu\u2019il est impermanent, ou vain, comme le dit Qohéleth dans la Bible \u2013 et son a?rmation \u2013 parce qu\u2019il faut pourtant y vivre.Autrement dit, la condition humaine exige que nous nous engagions à fond dans l\u2019existence tout en étant pleinement conscient de notre mortalité.Beaucoup, pour ne pas dire la plupart des gens, préfèrent \u2013 ou préfèreraient \u2013 mourir chez eux plutôt qu\u2019à l\u2019hôpital, et entourés de leurs proches, afi n de quitter ce monde à partir d\u2019un endroit connu, familier, là où ils se sont enracinés, avant leur grand départ vers l\u2019inconnu de l\u2019au-delà.C\u2019est comme si le lieu de leur enracinement existentiel était le plus favorable de tous pour une entrée sereine dans l\u2019éternité.Dans l\u2019Évangile, Jésus de Nazareth exprime cette tension entre attachement et détachement en disant de lui-même : « Le fi ls de l\u2019homme n\u2019a pas d\u2019endroit où poser sa tête.» On peut le penser comme l\u2019idéal concret et toujours inspirant d\u2019un homme ayant su parfaitement concilier dans son existence humaine un double enracinement, à la fois dans le temps et dans l\u2019éternité.Bernard Senécal Comprise selon cette double perspective, bouddhiste et chrétienne, l\u2019existence humaine exige de nous à la fois un détachement complet et un engagement radical. Le droit au froid SHEILA WATT-CLOUTIER Traduit de l\u2019anglais pas Gérald Baril Montréal, Écosociété, 2019, 356 p.E n Occident, le froid renvoie symboliquement à la nuit et à la mort alors que la chaleur évoque la vie.Ainsi, parler de droit au froid sonne comme un oxymore.Or, Sheila Watt- Cloutier montre merveilleusement bien comment la culture inuit est intimement liée au froid, à ses contraintes et à ses ressources, au point que le réchauff e- ment climatique planétaire risque de compromettre la survie culturelle du peuple inuit.Comme elle l\u2019explique à plusieurs reprises, sa protestation n\u2019est pas d\u2019abord écologique (même si elle insiste fortement sur cet aspect, la calotte glaciaire étant, comme elle le dit, le baromètre de la planète), mais avant tout politique, prenant appui sur les droits humains.À travers le récit de la vie de Sheila Watt-Cloutier, nous découvrons la culture inuit.Watt est le nom de son grand-père, un Blanc qui a abandonné sa femme et ses trois enfants, comme tant d\u2019autres.Quant à son père, elle ne connaîtra son identité qu\u2019à 12 ans : un Blanc aussi, membre de la GRC.Sheila est donc profondément inuit de culture mais biologiquement métissée, ce qui lui posera certaines diffi cultés.Le récit est essentiellement chronologique : naissance à Kuujjuaq en 1953, éducation primaire à Blanche, en Nouvelle-Écosse, puis secondaire à Churchill et collégiale à Ottawa.Sheila souhaite devenir médecin, mais son parcours scolaire pose problème.Elle revient à Kuujjuaq et travaille à la clinique médicale.Elle s\u2019engage dans la gestion de la commission scolaire Kativik.En 1974, elle se marie à Denis Cloutier.Le couple aura deux enfants et se séparera une dizaine d\u2019années plus tard.Sheila devient employée à la commission scolaire, puis se fait élire présidente de la section canadienne du Conseil circumpolaire inuit.C\u2019est le début d\u2019une carrière internationale agitée et féconde où elle s\u2019imposera comme une leader incontestée de la culture des gens du froid et comme témoin de la menace que font peser les changements climatiques sur ces populations.En 2007, deux parlementaires norvégiens suggèrent sa candidature au prix Nobel de la paix, ce qui la propulse sur la scène médiatique.Si la vie de Sheila Watt-Cloutier est captivante, la description qu\u2019elle fait de la culture inuit, de sa cohérence interne et de ses valeurs l\u2019est plus encore.Elle insiste beaucoup sur la nourriture en des termes étonnants.«Les morceaux de viande passés de main en main régalaient les enfants et les adultes, les femmes obtenant souvent les parties considérées comme les plus succulentes.Pour ma part, je raff olais du foie.Mais le moment attendu avec le plus d\u2019impatience par les enfants était celui où nous pouvions nous rapprocher et plonger la main dans le corps ouvert du phoque, pour l\u2019en ressortir les doigts couverts d\u2019un sang riche et sucré que nous léchions comme si c\u2019était du miel» (p.44).Passage d\u2019une force ethnologique remarquable dont l\u2019écho revient tout au long du livre.Perdre le lien avec l\u2019environnement, la neige et les animaux, oublier les habiletés ancestrales, c\u2019est un peu mourir.«Aussi diffi cile à saisir cela puisse-t-il être, la glace, pour nous Inuit, compte pardessus tout.La glace est la vie» (p.288).À signaler aussi, sur le plan anthropologique, la réfl exion faite au chapitre 8 sur l\u2019importance accordée par les Inuit à la réconciliation avec les anciens, y compris les morts.L\u2019auteure explique bien comment la pollution venant du Sud affecte les communautés inuit, notamment en contaminant le lait maternel.Le combat pour la survie est donc loin d\u2019être gagné.Le dernier chapitre montre les apories entre les promesses d\u2019un développement du Nord à la manière du Sud (mines et énergie) et les diffi cultés d\u2019une véritable transition culturelle.Ce livre nous rend proches de ce Nord si vivant, si résistant.André Beauchamp Projet coopératif et christianisme social ENZO PEZZINI Bruxelles, Presses de l\u2019Université Saint-Louis, 2018, 326 p.D octeur en sciences politiques et sociales, Enzo Pezzini présente dans ce livre une partie des résultats de sa thèse intitulée «Bien commun et démocratie économique.Enjeux éthiques et politiques de l\u2019entreprise coopérative?».Il procède à l\u2019analyse, en parallèle, de l\u2019évolution du mouvement coopératif, depuis le XIXe siècle jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, et de l\u2019histoire de la doctrine sociale de l\u2019Église pendant la même période.L\u2019auteur ne cherche pas à démontrer que l\u2019enseignement social de l\u2019Église est à l\u2019origine du mouvement coopératif \u2013 il reconnaît même que l\u2019Église a tardé à l\u2019appuyer \u2013, mais qu\u2019ils ont en commun «sept principes en action?»?: le principe personnaliste qui reconnaît la dignité de la personne humaine?; le principe de subsidiarité qui vise à activer les interactions entre le public, le privé, les corps intermédiaires et les familles?; le principe de solidarité qui consiste à être avec et pour l\u2019autre?; le principe du bien commun qui comprend l\u2019ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux personnes de s\u2019accomplir?; le principe de participation, 46 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 reCensions \u2022 Livres étroitement lié à la démocratie et à la dignité de la personne?; enfi n, le principe de la destination universelle des biens qui vise à une économie plus juste et solidaire.Pour chacun de ces principes, l\u2019auteur précise la contribution progressive de la doctrine sociale de l\u2019Église à leur compréhension et les applications contextuelles qu\u2019en ont faites les coopératives.De façon générale, la démonstration convainc.Les documents étudiés révèlent, selon les termes de Pezzini, une «coïncidence doctrinale».Il appuie cette approche textuelle sur une présentation de «quelques-unes des fi gures marquantes de l\u2019expérience coopérative, qui sont liées, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, au solidarisme chrétien».Parmi les fondateurs de coopératives, on retrouve un grand nombre de prêtres, de pasteurs, de religieux et de moines de diff érentes traditions chrétiennes, préoccupés par la pauvreté et les besoins des populations auprès desquelles ils œuvraient.On porte attention aussi à des laïques engagés qui ont eu une infl uence signifi cative et ont favorisé une expansion du coopérativisme hors frontières.L\u2019auteur décrit brièvement des expériences réalisées dans un grand nombre de pays d\u2019Europe et des Amériques, insistant sur les origines.Il laisse ainsi le lecteur sur sa faim, mais une très riche bibliographie permet à ce dernier de combler ses attentes.En ce qui concerne l\u2019expérience québécoise et canadienne, elle occupe une dizaine de pages.On y traite entre autres d\u2019Alphonse Desjardins et des Caisses populaires, du mouvement d\u2019Antigonish et de ses programmes de formation sociale, du père Georges-Henri Lévesque, fondateur et premier doyen de la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université Laval, en scrutant sa position sur la déconfession- nalisation des coopératives.Dans sa conclusion, Pezzini pose la question suivante: «Qu\u2019est devenue la source chrétienne de la coopération en ce temps de crise des idéologies et des religions?» Il appelle à l\u2019observation des faits et des évènements.Il souligne que la prise de parole de l\u2019Église en faveur des coopératives n\u2019a jamais été aussi importante que depuis le pontifi cat de Jean-Paul II.Plus largement, il évoque le renouveau du mouvement communautaire qui a suscité de nombreuses expériences pour répondre à de nouveaux besoins: coopératives de travail, de production, de consommation, de services, d\u2019épargne et de crédit, etc.; la coopérative étant «d\u2019abord fi lle de la nécessité», selon les mots du sociologue Henri Desroche.Jacques Racine Jésus, l\u2019homme qui préférait les femmes CHRISTINE PEDOTTI Paris, Albin Michel, 2018, 192 p.L e titre est accrocheur, un brin provocateur.Mais l\u2019ouvrage de la journaliste, féministe et écrivaine catholique Christine Pedotti est une étude rigoureuse et attentive des relations que Jésus noue avec les femmes et le monde féminin.À partir de textes de l\u2019Évangile dont nous croyons déjà tout connaître, l\u2019auteure dessine, par touches progressives, un Jésus non conformiste par son célibat même.Il continue à rompre avec les traditions de son milieu en regardant les femmes, en les admirant et en parlant avec elles, en les touchant et en se laissant lui-même toucher par elles, en les invitant à se libérer.Enfi n, il partage avec elles son message, comme au matin de Pâques, en leur confi ant l\u2019annonce de la résurrection, avant même ses apôtres.Ces récits de rencontres de Jésus avec diff érentes femmes mettent en relief des dimensions qui sont en quelque sorte gommées par les interprétations habituelles des textes de l\u2019Évangile.Par exemple, l\u2019examen attentif de ce qu\u2019on pourrait appeler le discours « ?inclusif» de Jésus nous montre qu\u2019il fait constamment référence à l\u2019univers féminin autant que masculin.Ou encore l\u2019appellation de «fi lle d\u2019Abraham», utilisée pour la première fois dans la Bible qui n\u2019en avait jusque-là que pour «les fi ls d\u2019Abraham», que Jésus va donner à la femme courbée, suggérant selon l\u2019auteure que les femmes ne sont pas la propriété des hommes.Ou encore l\u2019admiration que Jésus porte à la foi d\u2019un nombre important de femmes, et notamment à celles tout en bas de l\u2019échelle sociale, comme les veuves et les étrangères.C\u2019est à partir d\u2019observations fi nes que prend forme un personnage étonnant, compte tenu de l\u2019époque et du milieu, un homme qui traite les femmes comme des personnes à part entière, sans les enfermer dans leur rôle traditionnel d\u2019épouse ou de mère.Cette attitude, qui n\u2019a guère été retenue par la tradition ecclésiale, a beaucoup de sens aujourd\u2019hui : Jésus n\u2019était pas prisonnier des stéréotypes de genre ?! Le dernier chapitre s\u2019intitule «Les femmes préférées et oubliées».La description du processus d\u2019eff acement des personnages féminins de l\u2019Évangile, notamment de Marie de Magdala, par la tradition catholique est convaincante et troublante.Mais pour ce qui est des «?préférées» de Jésus, la démonstration apparaît plus faible, si ce n\u2019est son ?RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 47 reCensions \u2022 Livres attention envers tous les laissés-pour- compte de la société.Étrangement, l\u2019auteure écarte une femme pourtant centrale dans la vie de Jésus et dans la tradition catholique ?: Marie, sa mère.Le chapitre qui lui est consacré n\u2019aborde essentiellement que la manière dont la tradition a parlé d\u2019elle ?: l\u2019image stéréotypée de mère, de vierge et de femme obéissante.L\u2019auteure n\u2019interroge pas la relation de Jésus à Marie dans ce qu\u2019elle pourrait nous révéler des relations de Jésus avec les femmes.C\u2019est une lacune.Ce qui est certain, c\u2019est que ce portrait de Jésus révèle une capacité de bienveillance et de tendresse bouleversante à travers des amitiés fortes et égalitaires avec les femmes.On sent l\u2019au- teure sensible à ce Jésus, beaucoup plus charnel et capable d\u2019intimité que l\u2019image qui nous en est habituellement transmise par la tradition, mettant l\u2019accent sur sa force de caractère et son autorité.C\u2019est là une des grandes qualités de cet ouvrage.Enfi n, ce nouveau regard sur Jésus montre bien que le rôle de soumission qui est encore largement assigné aux femmes dans le christianisme, comme dans la plupart des autres traditions religieuses, ne découle pas de Jésus mais des préjugés patriarcaux que l\u2019Église a préféré adopter plutôt que de proclamer la libération des femmes comme Jésus l\u2019avait fait.L\u2019eût-elle suivi, un autre monde aurait sans doute été possible\u2026 Claire Doran Qui sommes- nous pour être découragées ?PASCALE DUFOUR ET LORRAINE GUAY Montréal, Écosociété, 2019, 253 p.V oulant contribuer à préserver la mémoire militante des mouvements sociaux, Pascale Dufour, professeure de science politique à l\u2019Université de Montréal, s\u2019est longuement entretenue avec Lorraine Guay pour nous off rir ce fascinant récit de vie.Le portrait dressé ici de cette fi gure de proue du mouvement communautaire autonome a certainement de quoi inspirer toutes les personnes qui le liront.Le livre présente, en alternance, des chapitres à caractère biographique et d\u2019autres relevant davantage de la philosophie politique, c\u2019est-à-dire centrés sur l\u2019itinéraire idéologique de Lorraine Guay et sur les ressorts normatifs de son militantisme.Au plan biographique, les segments les plus signifi catifs du livre sont le chapitre sur son adolescence \u2013 où, à l\u2019âge de 15 ans, elle amorce son engagement social avec la Jeunesse étudiante catholique \u2013 et son entrée dans la vie adulte; celui sur le quart de siècle qu\u2019elle a consacré à la santé communautaire (d\u2019abord à la Clinique communautaire de Pointe-Saint- Charles, ensuite au Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec); enfi n, celui sur la solidarité internationale.On se délectera chemin faisant d\u2019un certain nombre d\u2019anecdotes savoureuses.Par exemple, dès l\u2019âge de 17 ans, alors que la Révolution tranquille se met en branle, Lorraine fait la pluie et le beau temps avec ses camarades à l\u2019école normale.Le personnel de l\u2019établissement, encore à cette époque largement issu du clergé, l\u2019a dans sa mire, ce qui lui vaudra d\u2019être expulsée.On suivra également avec fébrilité le récit de son aventure comme infi rmière dans le maquis salvadorien, aux côtés des guérilleros du Front Farabundo Martí de libération nationale, en 1983.Pendant huit mois, séparée de ses enfants alors âgés de trois et huit ans, Lorraine Guay se fond dans le décor du Cerro de Guazapa, vivant intensément les émotions et les contradictions induites par la lutte révolutionnaire.Plusieurs chapitres servent davantage à décrire le cheminement intellectuel autodidacte de Lorraine Guay.Issue du catholicisme social, elle connaîtra \u2013 comme tant de gens à gauche \u2013 une trajectoire politique très riche, faite de nuances et d\u2019ambivalences.Tout en ayant rompu radicalement avec l\u2019Église, elle continuera par exemple d\u2019affi cher un engagement sociopolitique mû par une quête de transcendance.Sa conception de l\u2019action politique est ample et inclusive.En outre, on peut percevoir une ouverture à la diversité des tactiques, Lorraine Guay refuse de condamner un moyen d\u2019action pour le seul motif qu\u2019il serait violent.Elle assume autant l\u2019héritage des luttes de libération nationale que celui de Mai 1968 ou du Printemps érable.Sa conversion tardive au féminisme est assez représentative du parcours laborieux qu\u2019ont pu emprunter de larges segments de la gauche québécoise.Il en va de la sorte au fi l de plusieurs autres réfl exions personnelles dont ce livre est le témoin, que ce soit sur la laïcité, l\u2019indépendance du Québec, la politique partisane ou l\u2019articulation à établir entre action autonome des mouvements sociaux et participation à la prise de décision étatique.Ainsi, à travers le parcours singulier de Lorraine Guay, on a accès à une forme de synthèse de l\u2019évolution idéologique de la gauche québécoise, avec ses hésitations, ses doutes, ses paradoxes, mais aussi ses avancées et son processus de maturation politique.Au fi nal, il faut aussi saluer le travail des éditeurs qui, comme Écosociété, se donnent la peine, depuis quelques années déjà, de documenter la contribution généreuse des «grandes pointures» des mouvements sociaux québécois.Lorraine Guay est indubitablement l\u2019une d\u2019elles et ce livre a le mérite supplémentaire de lui rendre hommage de son vivant.Philippe Boudreau 48 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 reCensions \u2022 Livres Debouttes ! RÉALISATION : JENNY CARTWRIGHT Production : Karine Dubois et Marie-Pierre Corriveau Québec, 2019, 48 min.E n octobre 1971, alors que le juge Nichols s\u2019apprête à rendre sa sentence dans le procès des felquistes Francis Simard, Bernard Lortie, Paul et Jacques Rose, sept femmes du Front de libération des femmes du Québec (FLF) se jettent sur les bancs des jurés.«?La justice c\u2019est d\u2019la marde?!?», scandent-elles, dénonçant le fait que les femmes n\u2019aient pas le droit de faire partie d\u2019un jury.Deux semaines plus tard, ce droit sera accordé aux femmes.Or, comme le déplore Marjolaine Péloquin dans le documentaire audio de Jenny Cartwright, cet événement pourtant déterminant dans l\u2019histoire du système de justice québécois, même les historiennes féministes l\u2019ont occulté.Autant l\u2019admettre d\u2019emblée?: je n\u2019avais pas beaucoup d\u2019attentes avant d\u2019écouter Debouttes?! Que pourrait m\u2019apprendre de nouveau ce documentaire sur cette période de fomentation et d\u2019action du féminisme québécois, moi qui étudie ce mouvement depuis quelques années déjà?Le développement chronologique des événements, depuis la formation du Front de libération des femmes du Québec jusqu\u2019à sa dissolution, est très connu.Cependant, en écoutant ce superbe documentaire audio, je me suis rendue à l\u2019évidence?: j\u2019avais encore beaucoup à apprendre sur le sujet, en particulier en ce qui concerne la trajectoire individuelle des militantes engagées dans l\u2019action de 1971 pour faire changer la Loi des jurés.C\u2019est la perspective intimiste, de l\u2019ordre du témoignage et de l\u2019histoire orale, qui fait le grand intérêt de la proposition.Les deux militantes interviewées, Marjolaine Péloquin, du FLF, et Louise Balcer, sympathisante du Front de libération du Québec (FLQ), nous racontent leur expérience à cette époque de grands bouleversements sociaux et d\u2019actions collectives.«?Je viens d\u2019une famille de gars, aussi.Et j\u2019ai vu ma mère servante, au service de sa famille, de son mari.?» Cette expérience personnelle de l\u2019oppression est l\u2019assise sur laquelle s\u2019érigent le militantisme et la conscience féministe de Péloquin.L\u2019éducation politique des deux militantes se fait au sein du mouvement des femmes, pour l\u2019une, et à la Maison du pêcheur, fondée par les frères Rose et Francis Simard à Percé, pour l\u2019autre.Debouttes?! donne à comprendre qu\u2019il est crucial de penser ces Fronts de libération comme s\u2019inscrivant dans la foulée d\u2019une réflexion de fond traversée par la pensée postcoloniale.Comme en témoignent Balcer et Péloquin, si les groupes militants de l\u2019époque ont véritablement été un terreau fertile pour l\u2019action collective, ils représentaient aussi des lieux où la pensée et l\u2019action intellectuelles étaient placées à l\u2019avant-plan.À cet égard, les événements d\u2019octobre 1970 ont sans doute gommé l\u2019importance et la portée critique du discours du FLQ.Mais, comme le fait Debouttes?!, il faut rappeler qu\u2019à la Maison du pêcheur, où Balcer a séjourné, la formation intellectuelle et politique était priorisée.Les lectures et les discussions permettaient de comprendre de manière critique l\u2019engagement politique.Durant cette période, pas si lointaine, réfléchir, écrire et prendre la parole (en particulier pour les femmes) représentaient une part fondamentale de l\u2019action elle-même.À cet effet, les témoignages de Balcer et de Péloquin sont éloquents et soutenus par une narration sensible \u2013 œuvre de l\u2019écrivaine Marjolaine Beauchamp \u2013 superbement assurée par Elkahna Talbi.Les références intertextuelles à Miron et à Leclerc, les extraits de chansons de Marie Savard et de Pauline Julien, en plus du collage d\u2019archives sonores, nous donnent à comprendre la détermination qu\u2019avaient les groupes militants de l\u2019époque \u2013 et les féministes du FLF en particulier, qui résistaient à une oppression colonialiste, patriarcale et classiste dont la prise de conscience les a poussées à l\u2019action directe.S\u2019il est important de sortir de l\u2019ombre l\u2019événement historique de l\u2019action des «?jurées?», il s\u2019agit aussi d\u2019un beau prétexte, sur le plan narratif, pour effectuer une lecture croisée des actions et des discours des deux mouvements que sont le Front de libération du Québec et le Front de libération des femmes du Québec.Non seulement cette lecture est-elle inédite, mais elle permet aussi une compréhension approfondie du contexte social et politique de cette époque d\u2019échanges et de courage.Marie-Andrée Bergeron RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 49 reCensions \u2022 documentaIre L\u2019auteure est écrivaine A éroport de Saint-Paul, Minnesota.Comme à chacun de mes séjours aux États-Unis, je repartais avec ce sentiment étrange de ne pas avoir les clés pour comprendre cette société que je côtoie depuis tant d\u2019années.À chacun de mes voyages dans ce pays, il m\u2019était impossible de réfréner ma hâte de repartir.Dans ce maelstrom, je me mis à penser à C., ce professeur de musique avec lequel j\u2019avais longuement discuté deux jours auparavant, au cours d\u2019un souper qui avait suivi une de mes présentations à l\u2019Université Saint-Paul.Fils d\u2019un pasteur méthodiste réputé pour sa bigoterie, ses sermons-fl euves et son intransigeance aveugle, C.avait vécu, jusqu\u2019à l\u2019adolescence, dans un univers sec, froid et austère, au fi n fond de l\u2019Arizona.Le puritanisme dans lequel il avait baigné lui avait à coup sûr laissé un pli ineff açable qu\u2019aucun excès de bonne conscience ne parviendrait à vaincre.Nous venions de faire connaissance, ce soir-là, et nous avons fait ensemble le tour du monde, soupesant, débattant des questions de l\u2019heure, les mêmes, disions-nous, qui nous préoccupaient depuis toujours?: le tiers-monde, la politique étrangère étasunienne, les rapports Nord-Sud, le colonialisme, le néocolonialisme, les droits humains, le racisme.C.était intarissable, content de trouver une oreille attentive.Et moi, j\u2019avais beau éprouver un plaisir réel en sa compagnie, je ne pouvais m\u2019empêcher de lui exposer sans ménagements la liste de mes griefs contre un système qui, arguais-je, nous rend tous si vulnérables et aff aiblit les nations qui osent lui tenir tête \u2013 un système qui brandit pour seule devise l\u2019économisme et la marchandisation, et dont la rapacité est telle qu\u2019il ne peut aboutir qu\u2019à l\u2019autodestruction.Au milieu de la conversation, je sentis ma colère rejoindre celle du passé en un aveuglant mélange.Soudain, je n\u2019arrivais plus à voir C.en tant que tel.Devant moi se tenaient ces États-Unis qui ont réclamé de tant de nations asservissement et sujétion, les forçant, dans le silence absolu, à courber l\u2019échine.Il n\u2019existe, lui ai-je dit, ni limites, ni garde-fous; ta nation a été érigée grâce à la force brute et à la dépossession violente d\u2019autres nations, elle ne connaît d\u2019autre langage que celui destiné aux intérêts de classe, politiques ou économiques.Mon interlocuteur paraissait plongé dans une confusion totale, semblant se demander si je ne le confondais pas avec quelqu\u2019un d\u2019autre.Une question n\u2019attendait pas l\u2019autre, j\u2019étais lancée: dis-moi, les intellectuels de ton pays, quelle est leur fonction, où sont-ils?Seraient-ils tous blasés, paralysés, enfouis dans le silence, pris au piège de l\u2019inaction?Et ces fontaines du savoir que sont les universités, à quoi servent-elles véritablement?Le visage de C.en disait long sur ce qu\u2019il pensait de ma diatribe ?: «Encore une utopiste engluée dans sa colère ?!» Il n\u2019avait pas prononcé les mots, mais je les avais entendus.Comme tant d\u2019autres fois, en d\u2019autres lieux, mais dans les mêmes circonstances ?: trop critique, je n\u2019avais qu\u2019une conception binaire de la marche du monde.Pire, je souff rais d\u2019un « ?excès de mémoire».Moi, j\u2019entendais ceci?: «Dans ce monde, nul espace pour crier la souff rance, exprimer son dégoût, son besoin d\u2019espoir.?» Savez-vous, C., lui ai-je dit, que la souff rance régit l\u2019existence de la majorité des habitants de la planète ?Construite, organisée, elle n\u2019est ni lubie, ni chimère.Aussi réelle que l\u2019amour de la musique que vous portez en vous, elle est sans doute même plus vraie que l\u2019enseignement que vous transmettez avec tant de passion; car la transmission du savoir, même artistique, ne peut être que bousillée et asphyxiée par l\u2019obsession du profi t et de la rentabilité qui sont les socles du système tout entier.Comme un drogué réclame sa dose, j\u2019avais soif d\u2019espoir.Je voulais de toutes mes forces que mon interlocuteur me procure un faisceau de lumière auquel je pourrais accrocher mon regard.Je vous parle de la colère et du silence, C., de cette colère qui n\u2019est pas l\u2019invention d\u2019esprits chagrins ; elle n\u2019a pas vu le jour dans un univers factice, elle a été façonnée dans une entreprise savante de déshumanisation totale de certains groupes jugés inférieurs.Cette colère qui est tout, sauf anhistorique, continuera à bourgeonner, aussi longtemps qu\u2019on ne combattra pas l\u2019idéologie suprématiste, socle de l\u2019oppression qui nous accable.Vous faites la sourde oreille, tandis qu\u2019elle gronde tel un ouragan déchaîné.Elle grondera aussi longtemps que la situation vécue par un grand nombre d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants dans ce pays ne heurtera pas la sensibilité de ceux qui les dominent.Ni obsession, ni hantise, encore moins aff ection lointaine dont pâtissent uniquement les dépossédés du tiers-monde, elle explosera sans aucun égard et brûlera aussi longtemps que les intellectuels de ce pays cautionneront le silence qui entoure l\u2019incarcération de gens tels Léonard Pelletier, cet amérindien prisonnier politique, emmuré, depuis près de 50 ans, dans l\u2019oubli et le silence.Le soir tombait, le restaurant semblait s\u2019assoupir, les bruits s\u2019étaient tus.C.s\u2019était mis debout, avec peine, je crois.Il paraissait un rien dégingandé, avec sa veste trop ample, ses bras beaucoup trop longs, et ce chapeau qui lui donnait un air de Leonard Cohen esseulé sur une scène.Le dilemme, me dit-il, est que cet ordre moral instauré par l\u2019oppresseur, et qui fait de lui le maître innocent, lui confère du même coup l\u2019absolution, comme l\u2019écrit Albert Memmi.Absolution validée, acceptée par l\u2019opprimé tant qu\u2019il ne confronte pas ledit maître.Le silence devenant soudain trop lourd à supporter, C.le brisa en me rappelant ma promesse de lui écrire.L\u2019amitié aussi s\u2019apprend,me dit-il, en me serrant délicatement les mains.Marie-Célie Agnant Zones de colère 50 RELATIONS 805 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019 le carNet LES COURRIERS DU DEVOIR Chaque jour, nos journalistes vous livrent le meilleur de l\u2019information.Gratuitement dans votre boîte courriel.Abonnez-vous ! LeDevoir.com/infolettres » Formats numériques disponibles \u2022 www.memoiredencrier.com Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus.Elle convoque l\u2019histoire.Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère.Elle en profite pour s\u2019adresser à Petit ours, son fils.Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux.Elle raconte le doute qui mine le cœur des colonisés, l\u2019impossible combat d\u2019être soi.Shuni, cette lettre fragile et tendre, dit la force d\u2019inventer l\u2019avenir, la lumière de la vérité.La vie est un cercle où tout recommence.Née en 1987 à Uashat, communauté innue, Naomi Fontaine est romancière et enseignante.Après le succès populaire de ses deux premiers récits Kuessipan (2011) et Manikanetish (2017), elle publie Shuni.COLLECTION CHRONIQUE SHUNI SHUNI S H U N I ISBN: 978-2-89712-654-4 NAOMI FONTAINE N A O M I F O N T A I N E 19,95 $ CAD 17 \u20ac Couv_shuni-31juillet.indd 1 19-07-31 14:59 Un incontournable.Ce livre vaut mille statistiques.An Antane Kapesh signe un réquisitoire accablant contre les Blancs: « Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n\u2019a demandé de permission à personne, il n\u2019a pas demandé aux Indiens s\u2019ils étaient d\u2019accord.» Ce livre est l\u2019illustration flagrante de la dépossession dont sont victimes les Indiens et du crétinisme notoire du Blanc moyen qui arrive dans le Nord imbu de lui-même et de sa civilisation.Il ressort de tout ça que ce que l\u2019homme a fait et continue de faire aux Indiens est une belle saloperie.Châtelaine, janvier 1977 Ce livre, c\u2019est le cadeau précieux qu\u2019on offre à l\u2019Histoire.Naomi Fontaine An Antane Kapesh, née en 1926, première auteure innue, mère de huit enfants, a vécu en nomade jusqu\u2019à 1953 lorsque le gouvernement déracine sa famille de ses terres.Je suis une maudite sauvagesse / Eukuan nin matshi- manitu innushkueu est son grand livre où elle dénonce la colonisation des Premières Nations.EUKUAN NIN MATSHI-MANITU INNUSHKUEU JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE EUKUAN NIN MATSHI-MANITU INNUSHKUEU JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE TRADUIT PAR JOSÉ MAILHOT E U K U A N N I N M A T S H I - M A N I T U I N N U S H K U E U J E S U I S U N E M A U D I T E S A U V A G E S S E ISBN: 978-2-89712-642-1 AN ANTANE KAPESH A N A N T A N E K A P E S H ÉDITÉ ET PRÉFACÉ PAR NAOMI FONTAINE 21,95 $ CAD 16 \u20ac Ce livre, c\u2019est le cadeau précieux qu\u2019on offre à l\u2019histoire.Naomi Fontaine ISBN: 978-2-89712-657-5 JOSHUA WHITEHEAD JONNY APPLESEED 21,95 $ CAD 19 \u20ac JOSHUA WHITEHEAD JONNY APPLESEED TRADUCTION DE ARIANNE DES ROCHERS Travailleur du cybersexe installé à Winnipeg, Jonny a une semaine avant de rentrer chez lui à la réserve pour assister aux funérailles de son beau-père.Pendant ces sept jours, Jonny se raconte : amour, sexe, alcool, maquillage, musique, désirs, espoirs, fantômes.Le ?l des liens familiaux se retisse avec les souvenirs de la mère, de la kokum (grand-mère) et des tantes pour faire surgir cet univers de tendresse et de dignité.Ce premier roman est un miracle.Canadian Art Joshua Whitehead redé?nit l\u2019écriture autochtone queer dans son puissant roman qui transcende les genres, mêlant le sacré et le sexuel jusqu\u2019à forger une expression viscérale du désir et de l\u2019amour décoloniaux.Gwen Benaway, auteure Poète et romancier bispirituel, Joshua Whitehead est membre oji-cri/nehiyaw de la Première Nation de Peguis, au Manitoba.Jonny Appleseed est son premier roman.J O S H U A W H I T E H E A D J O N N Y A P P L E S E E D couv-johnny appleseed-7aout-b.indd 1 19-08-08 15:45 Jonny Appleseed, ce premier roman, n\u2019est rien de moins qu\u2019un miracle.Canadian Art pub-relation-C4-sept2019-v2.indd 1 19-09-13 15:55 "]
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