Argus, 1 janvier 2016, Vol. 45, No 1
[" L A R E V U E Q U É B É C O I S E D E S P R O F E S S I O N N E L S D E L \u2019 I N F O R M A T I O N V O L U M E 4 5 , N O 1 \u2014 2 0 1 6 / P O S T E P U B L I C A T I O N 4 0 0 2 1 8 0 1 _ BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION _ DISCOVER THE QUALITY OF THE SAMPLES AND SAVE! 1-877-675-2775 www.bibliorpl.com Catalogue en ligne Meilleurs prix \u2022 Livraison rapide \u2022 Service personnalisé Pour toutes vos fournitures, pensez BRPL ! VOLUME 45, NO 1 LE MOT DE PRÉSENTATION // 5 Bibliothèque & Éducation [Marie-Eve Auclair] ENTREVUE Mme Christiane Barbe / Vers un moment historique pour les bibliothèques québécoises [Violaine Fortier] // 6 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION L\u2019edikasyon se lavi : une nouvelle bibliothécaire en mission à Port-au-Prince [Caroline Gadoury] // 12 La Bibliothèque du Cégep de Thetford, une institution à double vocation [Stéphan Garneau] // 16 Compte rendu : WILU 2016 [Mylène Pinard] // 21 Réinventer l\u2019offre de formation documentaire au secondaire [Marie-Hélène Charest et Brigitte Moreau] // 23 La bibliothèque scolaire du XXIe siècle, un modèle en quatre axes [Brigitte Moreau, Élise Ste-Marie et Capucine Voituriez] // 30 La Table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics de l\u2019Île de Montréal ou comment jeter de nouvelles bases de concertation [Brigitte Moreau et Nathalie Martin] // 35 Innovations et tendances dans les bibliothèques universitaires [Marie-Claire Barbeau-Sylvestre] // 41 Pour une complémentarité de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe au primaire : synthèse [Claire Baillargeon et Marjolaine Christin] // 46 La bibliothèque scolaire : les dé?s du XXIe siècle [Marie-Hélène Charest et Claire Baillargeon] // 50 Drones, robots, imprimantes 3D et réalité augmentée : la bibliothèque comme espace d\u2019apprentissage tangible [Gabriel Dumouchel et Aurélien Fiévez] // 54 Littératie informationnelle et sexualité chez les jeunes [Catherine St-Arnaud-Babin et Jean Broughton] // 59 Billet d\u2019humeur / La bibliothèque scolaire au Québec, cette mal-aimée! [Lyne Rajotte] // 64 I L L U S T R A T I O N : J .W .S T E W A R T s \u2019 ,80 0 Corporation des bibliothécaires .professionnels du Québec Corporation of Professional Librarians of Quebec Titre reserve Services offerts aux membres Seuls les membres de la CBPQ sont autorisés à porter le titre «bibliothécaire professionnel.a\" 1 : _ ormation continue Le programme de formation et de webinaires de la CBPQ est offert aux membres à tarif préférentiel.Infolettre CorpoClic Brèves, / Le CorpoClic, l'infolettre ww de la CBPQ, est \u2014\u2014=\u2014\u2014\u2014 envoyé en primeur aux =\u2014\u201425\u2014\u2014 membres.A = MP Fe MA RUE à CN Su Événements professionnels Revue ARGUS La revue professionnelle ARGUS est envoyé par courriel aux membres sans frais.Prise de position La CBPQ voit aux intérêts professionnels des membres et prend part aux débats de l'heure et plus particulièrement les dossiers touchant la pratique des bibliothécaires et le rayonnement de la profession._ _ _ \u2014 Congrès annuel - Le congrès annuel de la CBPQ est offert aux membres à tarif préférentiel.à - Le programme d'activités est offert aux professionnels sous la forme d'événements thématiques où sont présentés de courtes conférences suivies d'échanges et de réseautage entre les participants.et bien d'autres! CBPQ | info@cbpq.ge.ca | cbpa.gc.ca | 514 845-3327 argus | VOLUME 45 - NO 1 | 5 LE MOT DE PRÉSENTATION Consacré aux bibliothèques et à l\u2019éducation, ce numéro d\u2019Argus illustre bien le rôle de premier plan que jouent depuis toujours les bibliothèques et les bibliothécaires dans l\u2019accès au savoir et à la culture.Une entrevue avec Christiane Barbe, PDG de la Grande Bibliothèque, réalisée par Violaine Fortier, l\u2019amorce de belle façon.Mme Barbe s\u2019est entretenue notamment de la conversion de la bibliothèque St-Sulpice en espace dédié aux adolescents et de la Déclaration des bibliothèques québécoises, rappelant au passage l\u2019importance des bibliothécaires, « la profession de l\u2019avenir », selon elle.Dans les institutions scolaires, du primaire à l\u2019université, les bibliothèques constituent un maillon essentiel de l\u2019éducation en fournissant aux élèves un cadre d\u2019apprentissage idéal et en favorisant les apprentissages transversaux.De ce fait, Marie-Hélène Charest et Brigitte Moreau proposent de réinventer l\u2019offre documentaire au secondaire, puis Élise Ste-Marie, Capucine Voituriez et Brigitte Moreau invitent à ré?échir à la bibliothèque scolaire idéale.Claire Baillargeon et Marjolaine Christin appellent à dé?nir la bibliothèque scolaire en complément à la bibliothèque de classe.Claire Baillargeon et Marie- Hélène Charest explorent les dé?s de la bibliothèque scolaire au XXIe siècle.Stephan Garneau signe un article présentant la double identité de la bibliothèque du Cégep de Thetford Mines, aussi bibliothèque municipale.En?n, Gabriel Dumouchel et Aurélien Fièvez relèvent l\u2019originalité de certaines bibliothèques universitaires dans leur utilisation des technologies.Aussi, si la place de l\u2019éducation dans les bibliothèques publiques et privées est prépondérante à l\u2019intérieur de leurs murs, elle l\u2019est également de plus en plus à l\u2019extérieur.Les bibliothécaires sortent de leurs institutions et vont à la rencontre de leurs usagers, mais également de leurs confrères.Nathalie Martin et Brigitte Moreau présentent une de ces collaborations fructueuses, la Table de concertation des bibliothécaires publiques et scolaires de l\u2019Île de Montréal.Ensuite, Mylène Pinard livre un compte-rendu du 45e Workshop for Instruction in Library Use (WILU), tandis que Marie-Claire Barbeau-Sylvestre rend compte des tendances et innovations en bibliothèques universitaires présentées lors du dernier 6 à 8 de la CBPQ.Quant à elles, Catherine St-Arnaud-Babin et Jean Broughton proposent de s\u2019intéresser à la littératie sexuelle des adolescents à travers un modèle innovant d\u2019animation par les pairs.Ce numéro d\u2019Argus se clôt sur un billet d\u2019humeur de Lyne Rajotte qui nous invite collectivement à prendre conscience de la grande importance de la bibliothèque scolaire, pour la société en général et pour le milieu des bibliothèques en particulier; le cœur de l\u2019école.À tous, une belle lecture! Marie-Eve Auclair Rédactrice en chef - Argus Bibliothèque & Éducation COMITÉ DE RÉDACTION : MARIE-EVE AUCLAIR \u2013 RÉDACTRICE EN CHEF, MARIE-CLAIRE BARBEAU-SYLVESTRE, VIOLAINE FORTIER, YVON-ANDRÉ LACROIX // COLLABORATION : FANNIE TREMBLAY // CORRECTIONS ET RELECTURE : MERCI À MARISE BONENFANT, ARIANE LEGAULT-VENNE, MAGALI MORIN, MYLÈNE PINARD, ANAÏS SALOMON, JULIETTE TIRARD-COLLET ET MARIE TREMBLAY // ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE : J.W.STEWART - WWW.JWSTEWART.NET/ILLUSTRATION // DIRECTION ARTISTIQUE : MARTINE MAKSUD - MAKSUDGRAPHISME.COM // IMPRESSION - JB DESCHAMPS // PUBLICITÉ - AURORE ACAPO 514 845-3327 // ARGUS SUR LE WEB : HTTP://CBPQ.QC.CA/PUBLICATIONS/ARGUS DÉPÔT LÉGAL.BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA.BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC ISSN 0315-9930 POSTE PUBLICATION 40021801 - TIRAGE 1000 EXEMPLAIRES // ARGUS EST UNE REVUE PUBLIÉE TROIS FOIS L\u2019AN PAR LA CORPORATION DES BIBLIOTHÉCAIRES PROFESSIONNELS DU QUÉBEC (C.B.P.Q.) DONT LE SIÈGE SOCIAL EST SITUÉ AU : 1453, RUE BEAUBIEN EST, BUREAU 215, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2G 3C6 - TÉLÉPHONE : 514 845-3327 - TÉLÉCOPIEUR : 514 845-1618, INFO@CBPQ.QC.CA // TOUS LES TEXTES PUBLIÉS DANS LA REVUE EXPRIMENT LES POINTS DE VUE ET OPINIONS DES AUTEURS ET N\u2019ENGAGENT QUE CEUX-CI.ABONNEMENT ANNUEL 33 $ (QUÉBEC TARIF INDIVIDUEL 12 $ LE NUMÉRO ) QUÉBEC INSTITUTIONNEL 40 $ (15 $ LE NUMÉRO) CANADA 48 $ (17 $ DU NUMÉRO) ÉTATS-UNIS 48 $ CAD.(17 $ CAD.DU NUMÉRO) ÉTRANGER 50 $ CAD., ÉTUDIANTS (QUÉBEC, CANADA) 23 $.TOUTE DEMANDE CONCERNANT LES NUMÉROS MANQUANTS DOIT ÊTRE ENVOYÉE AU PLUS TARD UN MOIS APRÈS LA DATE DE PARUTION AU SECRÉTARIAT DE LA C.B.P.Q.TOUTE REPRODUCTION DES ARTICLES, EN TOTALITÉ OU EN PARTIE, DOIT ÊTRE AUTORISÉE PAR LE COMITÉ DE RÉDACTION.LES ARTICLES DE LA REVUE SONT INDEXÉS DANS : > ARTICLEFIRST (OCLC) > FRANCIS > LIBRARY, INFORMATION SCIENCE& TECHNOLOGY ABSTRACTS (LISTA) > LIBRARY LITERATURE > REPÈRE > WILSON OMNI.La bibliothèque est un bien collectif et un lieu où se développe une relation aux savoirs faite d\u2019exploration, d\u2019échange, de connaissances, de culture et d\u2019enrichissement.\u2013 Déclaration des bibliothèques québécoises 6 ENTREVUE Mme Christiane Barbe Vers un moment historique pour les bibliothèques québécoises V i o l a i n e F o r t i e r / Les propos de cet article sont le résultat d\u2019une entrevue que Mme Christiane Barbe a accordée à l\u2019auteure, le 8 septembre 2016, dans les locaux de la Grande Bibliothèque.Depuis août 2014, Christiane Barbe est présidente- directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), la plus grande institution culturelle québécoise.Forte d\u2019une longue expérience de travail dans l\u2019administration publique, l\u2019ancienne sous- ministre dirige aujourd\u2019hui, avec une immense ?erté, la bibliothèque la plus fréquentée de toute la francophonie.Interrogée sur notre profession, Mme Barbe ne tarit pas d\u2019éloges sur le métier de bibliothécaire dans la société québécoise, « une profession d\u2019avenir! », selon elle.Grande partisane des bibliothèques tout au long de la vie, elle soutient avec conviction et enthousiasme que celles-ci constituent une force motrice de développement social, culturel et économique incontournable ainsi que des piliers essentiels d\u2019un Québec prospère.Dans le cadre de cette entrevue, elle présente quelques grandes réalisations de BAnQ, après deux ans à la barre de l\u2019institution.Elle discute également de projets très stimulants, qui animeront les équipes de BAnQ ainsi que le milieu de la bibliothéconomie au Québec dans un proche avenir, notamment la Déclaration des bibliothèques québécoises.l a Grande B iBl iothèque , l i eu de V ie et de découVer tes V ir tuelles Depuis le 9 septembre dernier, de nombreux visiteurs de la Grande Bibliothèque peuvent se réjouir du renouvellement de l\u2019entente entre BAnQ, la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications (MCC).En effet, l\u2019entente garantit, pour les cinq prochaines années, le ?nancement nécessaire a?n de boni- ?er les heures d\u2019ouverture de la Grande Bibliothèque, tout en soutenant le développement des collections numériques ainsi que le partage d\u2019expertise entre les bibliothèques de la métropole et BAnQ.Cette importante réalisation permettra à BAnQ de mieux déployer ses services auprès de la population québécoise.Diplômée de l\u2019EBSI, Violaine Fortier a évolué au Centre d\u2019Accès à l\u2019Information juridique.Depuis 2008, elle est responsable de la bibliothèque collégiale du Collège Jean-de-Brébeuf.Membre du REBICQ, elle s\u2019intéresse à la promotion de l'expertise des bibliothécaires et des services des bibliothèques collégiales.Par son implication dans Argus, elle souhaite inciter les bibliothécaires à développer un intérêt envers la gestion.violaine.fortier@brebeuf.qc.ca « les bibliothèques sont une force motrice de développement social, culturel et économique incontournable ainsi que des piliers essentiels d\u2019un québec prospère » argus | VOLUME 45 - NO 1 | 7 ENTREVUE Dès son arrivée en poste, Mme Barbe a aussi mis l\u2019accent sur le développement d\u2019une plateforme, BAnQ numérique, qui offrira à terme un accès facilité, interactif et convivial à l\u2019ensemble des collections numériques de l\u2019institution.C\u2019est grâce à l\u2019appui du gouvernement du Québec, par l\u2019entremise de son Plan culturel numérique, que la première phase de cette plateforme a été complétée en décembre 2015, contribuant ainsi à la diffusion et au rayonnement de la culture et du patrimoine québécois partout dans le monde.De plus, grâce au Plan culturel numérique du Québec, BAnQ a pu béné- ?cier d\u2019un ?nancement qui permettra notamment d\u2019accélérer la numérisation de ses collections patrimoniales pour les prochaines années.Avec une moyenne de 2,2 millions de visiteurs par année depuis l\u2019ouverture de la Grande Bibliothèque en 2005, un rafraîchissement du rez-de-chaussée de l\u2019édifice s\u2019avérait nécessaire.En accord ?P H O T O : M I C H E L L E G E N D R E Mme Christiane Barbe, présidente-directrice générale de BAnQ.Modèle 3D de la zone détente du rez-de-chaussée de la Grande Bibliothèque. 8 ENTREVUE P H O T O : C É D R I C L A V E N A N T avec le concept de « troisième lieu », cette modernisation en plusieurs phases créera à terme un espace plus convivial et lumineux, favorisant l\u2019échange, la socialisation, la découverte et l\u2019autonomie des usagers.La ?n des travaux est prévue en décembre 2016.De manière plus globale, la transformation du rez-de-chaussée mènera à des ajustements dans la prestation de service des équipes en place, dans la mesure où leur rôle évoluera davantage vers l\u2019accompagnement des usagers, les services-conseils et la médiation.Méd iat ion nuMér ique et découVraB i l i té Ce rôle de médiation est d\u2019ailleurs un enjeu majeur pour l\u2019avenir, selon Mme Barbe.Plus que jamais, « nous vivons à une époque où l\u2019accès à l\u2019information est crucial pour l\u2019humanité et les spécialistes du milieu bibliothécono- mique occuperont un rôle stratégique dans la société pour ordonnancer la masse de données à laquelle nous sommes confrontés, de manière à en assurer une plus grande découvrabilité.» Avec la mise en œuvre de BAnQ numérique, l\u2019institution travaille elle-même à organiser l\u2019information numérique pour en favoriser le repérage et l\u2019accessibilité.À cet égard, les bibliothécaires joueront un rôle précurseur et fondamental.Ils contribueront, par leur expertise, au rayonnement et à la diffusion de la culture et du patrimoine québécois.Ces enjeux sont d\u2019autant plus importants que le prochain plan stratégique 2016-2018 comprendra une orientation visant à faire toujours plus des édifices de BAnQ des lieux de vie, des lieux citoyens où se « conjuguent de façon dynamique les espaces physiques et virtuels ».C\u2019est par la médiation numérique et la proximité avec les citoyens qu\u2019il sera ainsi possible d\u2019at- Hall de la Grande Bibliothèque. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 9 ENTREVUE ?teindre cet objectif ambitieux.Les grands chantiers en cours, comme le Square et la création d\u2019un lieu unique pour les adolescents à la bibliothèque Saint-Sulpice, s\u2019inscrivent parfaitement dans cette orientation.Pl ace aux adolescents ! Le 16 septembre dernier, le Premier ministre du Québec, M.Philippe Couillard, et le ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport et ministre de la Famille, M.Sébastien Proulx, annonçaient le lancement des consultations sur la réussite éducative qui auront lieu cet automne.BAnQ a eu l\u2019honneur d\u2019être l\u2019hôte de cette importante annonce à laquelle sont intimement liées les bibliothèques.En effet, celles-ci soutiennent l\u2019apprentissage tout au long de la vie.Elles ont un impact sur la réussite scolaire et elles sont des agents de changement positifs.Mme Barbe souhaite attirer de plus en plus les adolescents à la bibliothèque tout en les mettant en contact, de toutes sortes de manières, avec la lecture et l\u2019écriture, avec des outils technologiques et des personnes inspirantes.Parce que les bibliothèques soutiennent la réussite, l\u2019inclusion sociale et le développement de compétences diverses, dont la littératie et la persévérance scolaire, il était crucial qu\u2019une équipe de bibliothécaires se penche sur cette grande question.Un comité d\u2019idéation a ainsi fait table rase d\u2019idées préconçues, tout en sollicitant l\u2019avis de plusieurs experts du milieu bibliothéconomique ainsi que du réseau des bibliothèques publiques montréalaises.Des séances de consultations participatives auprès de jeunes de 13 à 17 ans ont également eu lieu pour comprendre ce qui leur donnerait le goût de fréquenter une bibliothèque.Deux grands projets innovants suivent ces ré?exions.En premier lieu, il y a le Square, qui est à la fois un lieu physique à la Grande Bibliothèque destiné aux 13-17 ans et dédié à la création numérique ainsi qu\u2019un lieu virtuel par l\u2019entremise d\u2019une plateforme numérique collaborative (square.banq.qc.ca).Soutenu par BAnQ, la Fondation de BAnQ et la Banque Nationale, le Square Banque Nationale offre des activités variées.La présence de bibliothécaires et de spécialistes viendra également enrichir la programmation de ce medialab, qui ouvrait ses portes le 25 octobre Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis.« les spécialistes du milieu bibliothéconomique occuperont un rôle stratégique dans la société pour ordonnancer la masse de données à laquelle nous sommes confrontés, de manière à en assurer une plus grande découvrabilité.» P H O T O : J E A N C O R B E I L 10 dernier.Une consultation permanente auprès des adolescents sera aussi mise en place a?n d\u2019assurer la pertinence des activités offertes.En second lieu, un tout nouvel espace destiné aux adolescents, dont l\u2019inauguration est prévue en décembre 2018, prendra place dans la bibliothèque Saint- Sulpice.Cet édifice patrimonial inoccupé depuis quelques années, mais riche d\u2019un passé symbolique et intellectuel majeur pour le Québec, a été confié à BAnQ par le MCC en janvier 2016.L\u2019édi?ce sera restauré grâce au soutien ?nancier de la Ville de Montréal et du MCC, ce qui contribuera à la revitalisation du grand axe urbain qu\u2019est la rue Saint-Denis.En plus de sa vocation pour les adolescents, l\u2019édi?ce abritera un laboratoire d\u2019innovation qui favorisera une émulation intergéné- rationnelle en assurant une proximité entre les jeunes et les adultes, tant par la programmation des activités que par la con?guration des lieux.Un peu plus de 100 ans après son « ouverture comme l\u2019une des premières bibliothèques publiques accessibles à la population montréalaise », la bibliothèque Saint-Sulpice retrouvera ?èrement sa « vocation éducative et culturelle pour le plus grand béné?ce de la population » (Courchesne, M., Corbo.C., 2015, p.20).Ces expériences uniques au Québec permettront à BAnQ de partager son expertise de programmation jeunesse avec le milieu de la bibliothéconomie, par l\u2019entremise d\u2019une plateforme accessible à l\u2019ensemble des bibliothèques québécoises, pour y puiser des idées et un savoir-faire qui pourront ainsi rayonner partout dans la province.une décl arat ion h is tor ique Un autre objectif de Mme Barbe est d\u2019amorcer un mouvement historique et unique autour de la Déclaration des bibliothèques québécoises, un texte élaboré par les membres de la Table permanente de concertation des bibliothèques québécoises que la PDG de BAnQ a le privilège de présider.Ce texte, qui fait aujourd\u2019hui l\u2019unanimité, a été soumis aux différents milieux professionnels à la grandeur de la province dans le but de doter ces milieux d\u2019un discours commun sur l\u2019importance des bibliothèques au Québec.« Aujourd\u2019hui nous sommes tous unis et nous pouvons faire la promotion des bibliothèques auprès de nos décideurs et citoyens d\u2019une seule et même voix.C\u2019est une première dans notre histoire.», précise Mme Barbe.Le 12 septembre dernier, les membres de la Table ont eu l\u2019honneur d\u2019accueillir, à la Grande Bibliothèque, le ministre de la Culture et des Communications, M.Luc Fortin.Les représentants de la Table ont présenté la Déclaration au ministre, a?n qu\u2019il puisse la déposer à l\u2019Assemblée nationale.Une vaste ENTREVUE P H O T O : M I C H E L L E G E N D R E « aujourd\u2019hui nous sommes tous unis et nous pouvons faire la promotion des bibliothèques auprès de nos décideurs et citoyens d\u2019une seule et même voix.c\u2019est une première dans notre histoire.» Le ministre de la Culture et des Communications, M.Luc Fortin, et la PDG de BAnQ, Mme Christiane Barbe, en compagnie des membres de la Table permanente de concertation des bibliothèques québécoises. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 11 ENTREVUE P H O T O : B E R N A R D F O U G È R E S campagne de sensibilisation sera lancée au cours de l\u2019automne a?n de créer un engouement des citoyens et des décideurs de toutes les sphères politiques autour de la Déclaration.Des partenaires de différents milieux se feront également porte-paroles de la Déclaration dans toute la province pour parler des bibliothèques et de leur importance « comme lieu citoyen, où la culture et le savoir sont mis en valeur, comme lieu d\u2019apprentissage et de développement de compétences permanent », insiste avec raison Mme Barbe.En parallèle, une ré?exion s\u2019amorce sur la valorisation de la profession de bibliothécaire, une profession qui jouera un rôle de pivot en cette ère de l\u2019information.En somme, « au terme de mon mandat à BAnQ, je serai heureuse si j\u2019ai pu contribuer à faire une différence, non seulement au sein de notre institution, mais également dans tout le milieu de la bibliothéconomie, milieu qui mérite tant d\u2019être reconnu à sa juste valeur » conclut Mme Barbe.Ce seront ainsi les Québécois, citoyens des bibliothèques tout au long de leur vie, qui pourront béné?cier de cet appui envers nos institutions.Nous ne pouvons qu\u2019applaudir et chercher à incarner cette riche vision à notre tour, comme une réponse inspirante et engageante à la question si nécessaire qu\u2019Alberto Manguel nous intimait dans La cité des mots, « Pourquoi sommes-nous ensemble?» si ce n\u2019est pour nous transformer par et pour l\u2019éducation et la culture.?B iBl ioGraPh ie www.banq.qc.ca/a_propos_banq/presidente_directrice_ generale Numerique.banq.qc.ca Culturenumerique.mcc.gouv.qc.ca square.banq.qc.ca.Courchesne, M., Corbo, C.(2015).Développer une nouvelle vocation pour la bibliothèque Saint-Sulpice.Repéré à : www.mcc.gouv.qc.ca/?leadmin/documents/st-sulpice /Developper_une_nouvelle_vocation_pour_la_biblio- theque_Saint-Sulpice.pdf mabibliothequejyvais.com « La bibliothèque est un investissement collectif et social.En favorisant l\u2019instruction, l\u2019éducation, le perfectionnement et l\u2019intégration sociale, elle contribue au développement des individus et de la société » -Extrait de la Déclaration des bibliothèques québécoises Intérieur de la Grande Bibliothèque. 12 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION L\u2019edikasyon se lavi Une nouvelle bibliothécaire en mission à Port-au-Prince c a r o l i n e G a d o u r y / C\u2019est en 2003, en travaillant à la bibliothèque municipale de Blainville, que j\u2019ai découvert ma vocation de bibliothécaire.J\u2019ai atteint mon objectif cette année en terminant la maîtrise en sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.À l\u2019affût de toute occasion d\u2019acquérir de l\u2019expérience, une offre irrésistible est passée sur la page Facebook de l\u2019ALA Think Tank en mars 2016 : un organisme américain, l\u2019Haïtian Education and Leadership Program (HELP), sollicitait l\u2019aide d\u2019un professionnel de l\u2019information récemment diplômé a?n d\u2019informatiser sa bibliothèque.Passer l\u2019été en Haïti pour voir de quoi j\u2019étais capable, cela semblait un dé?à la hauteur de mes ambitions! Après une entrevue, Amber Walsh, directrice adjointe en Haïti de HELP, m\u2019a sélectionnée pour mon bilinguisme (français et anglais) et mon expérience de technicienne en documentation.Mon mandat était le suivant : (1) importer les données bibliographiques d\u2019un inventaire Excel vers Koha ; (2) développer des procédures pour le fonctionnement de la bibliothèque ; (3) former les stagiaires et la conseillère responsable de la bibliothèque et ; (4) rédiger des recommandations pour sa pérennité.L\u2019organisme payait le billet d\u2019avion, l\u2019hébergement et un montant couvrant mes dépenses personnelles.Je me suis envolée vers Port-au-Prince le 14 juin 2016 pour un voyage à caractère humanitaire, où j\u2019ai vécu une expérience qui, je le sais, marquera ma carrière et ma vie personnelle.l\u2019 éducat ion en ha ï t i Les statistiques récentes sur les conditions de vie en Haïti ne sont pas évidentes à trouver.Selon la base de données de l\u2019ONU, UNData, la population haïtienne est de 10 848 000 habitants, dont 2 440 000 résident dans la capitale, Port-au-Prince.La Banque Mondiale, elle, avance que près de 90 % des enfants d\u2019âge en haïti, les parents dépensent en moyenne 130 dollars par an pour envoyer leurs enfants à l\u2019école et plus de 200 000 enfants ne sont pas scolarisés.[\u2026] Presque tous les établissements scolaires d\u2019haïti sont gérés par le secteur privé.\u2014 Banque Mondiale, 2015 Caroline Gadoury est diplômée de la cohorte 2016 en Sciences de l\u2019information.Elle détient aussi les certificats en archivistique et en gestion de l\u2019information numérique de l\u2019EBSI.Technicienne en documentation depuis 2009, elle travaille en bibliothèque depuis 2003.Du catalogage à la référence, en passant par des animations et des formations d\u2019usagers et d\u2019employés, elle a eu la chance de travailler en bibliothèque publique, collégiale et universitaire.carolinegadoury@gmail.com argus | VOLUME 45 - NO 1 | 13 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION P H O T O S : C A R O L I N E G A D O U R Y ?primaire sont scolarisés.L\u2019Institut Haïtien de Statistique et d\u2019informatique nous apprenait en 2003 que le taux de scolarisation au secondaire était de 41 %.« En Haïti, les parents dépensent en moyenne 130 dollars par an pour envoyer leurs enfants à l\u2019école et plus de 200 000 enfants ne sont pas scolarisés.[\u2026] Presque tous les établissements scolaires d\u2019Haïti sont gérés par le secteur privé.» (Banque Mondiale, 2015) Sur place, j\u2019ai constaté, en discutant avec mes collègues, que le programme d\u2019éducation Haïtien n\u2019est pas réglementé par un ministère.Les cours se donnent en français, ce qui crée un écart entre les haïtiens unilingues créole, ne pouvant se permettre des études, et ceux, bilingues, qui ont les moyens d\u2019étudier.L\u2019accès à l\u2019éducation n\u2019est pas égal pour tous les Haïtiens, mais ceux qui y accèdent sont bien éduqués.Il est cependant dif?cile de garder les Haïtiens diplômés en Haïti, car ces derniers, après avoir voyagé, décident souvent de quitter vers des pays au climat économique et politique plus stables.Et c\u2019est là que l\u2019organisme HELP veut intervenir.l\u2019orGan isMe helP En 1997, Isemonde Joseph demande à son enseignant, l\u2019américain Connor Bohan, de lui prêter 30 $ pour payer ses frais d\u2019inscription à un cours de secrétariat.Ce dernier, connaissant le potentiel de la jeune ?nissante du secondaire, l\u2019encourage à s\u2019inscrire en médecine et lui ?nance ses études.Le HELP est donc né de la volonté d\u2019un enseignant, témoin du potentiel des étudiants haïtiens à terminer des études supérieures, et désireux de leur donner les moyens de rester en Haïti et de devenir des leaders dans leur pays.Voici un tableau de statistiques recueillies par le HELP comparant la situation haïtienne aux résultats des efforts du de l\u2019organisme.Tableau 1.Comparaisons des réussites d\u2019étudiants haïtiens et d\u2019étudiants ayant béné?cié de l\u2019aide du Help HAÏTI ÉTUDIANTS DU HELP Taux d'emploi 50 % 98 % Salaire annuel moyen 810 $ US 15000 $ US Taux de graduation universitaire 40 % 84 % Taux de gradués travaillant en Haïti 16 % 90 % Le HELP s\u2019est donné le mandat de faire le tour d\u2019Haïti, à la recherche des meilleurs étudiants n\u2019ayant pas les moyens ?nanciers d\u2019entamer des études universitaires.Une cinquantaine de candidats sont sélectionnés annuellement.On leur fournit chaque année des bourses d\u2019excellence pour couvrir les frais d\u2019inscription, soit 3 000 gourdes (75 $ US) par étudiant.L\u2019organisme héberge les étudiants près des universités locales et du centre HELP.En Batisse Help et classe extérieure.Interieur de la classe. 14 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION plus de leur cursus académique, ils doivent assister à des cours d\u2019anglais, d\u2019informatique et de leadership au HELP et s\u2019impliquer dans la communauté en réalisant des stages au sein de l\u2019organisme.LE leadership et l\u2019implication communautaire sont des valeurs chères au HELP, car l\u2019objectif est de former des leaders positifs pour développer la société haïtienne.l a B iBl iothèque et le Projet Pour outiller les étudiants, autant à l\u2019université que pour les classes du HELP, l\u2019organisme a développé une bibliothèque dans un tout petit local d\u2019à peine dix mètres carrés.Le système en place était simple : sans catalogue, on fouillait sur les rayons.Les usagers remplissaient un formulaire imprimé pour les prêts.Cela prenait du temps, et les erreurs étaient fréquentes.Seul un inventaire, en format Excel, permettait de repérer les 3000 documents de la bibliothèque, munis d\u2019un numéro d\u2019inventaire, le tout classifié selon une classi?cation Dewey de base.Les premiers jours furent consacrés à ma familiarisation avec la bibliothèque et le système intégré de gestion de bibliothèque en ligne, Koha, que je croyais devoir implanter.Ce ne fut pas le cas.J\u2019ai modi?é mon plan de travail lorsque j\u2019ai constaté que des notices déjà importées contenaient plusieurs erreurs et se retrouvaient en doublons.J\u2019ai tout effacé, paramétré le système selon les besoins de la bibliothèque, puis je suis passée à l\u2019étape du catalogage.Mon principal dilemme fut le suivant : améliorer les informations de l\u2019inventaire Excel a?n d\u2019importer les données en lots, ou utiliser l\u2019outil Z39.50 et importer les notices une par une?J\u2019ai décidé de cataloguer grossièrement près de 500 documents de l\u2019inventaire et de migrer ces données dans Koha pour avoir un début de fonds.Cela a bien fonctionné, malgré les pannes électriques et/ou d\u2019internet.J\u2019aurais aimé en faire plus, mais la ?n du projet arrivait rapidement et je devais former les stagiaires et la conseillère pour les rendre autonomes avant de mon départ.J\u2019ai créé une procédure pour l\u2019utilisation de l\u2019outil utilisant le protocole Z39.50, a?n d\u2019importer les notices provenant d\u2019autres catalogues de bibliothèques, et une pour un catalogage original de base, surtout pour les documents publiés en Haïti, dont les informations bibliographiques sont plus dif?ciles à trouver.Je devais souvent me dire : « fais ça plus simple », car certains principes bibliothéconomiques étaient inutiles pour les besoins.Par exemple, je n\u2019ai pas créé de ?chiers d\u2019autorités.Les stagiaires s\u2019occupant de la Pour outiller les étudiants, autant à l\u2019université que pour les classes du helP, l\u2019organisme a développé une bibliothèque dans un tout petit local d\u2019à peine dix mètres carrés.P H O T O S : C A R O L I N E G A D O U R Y Bibliothèque Help. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 15 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION bibliothèque changeant à chaque année, le temps et l\u2019énergie consacrés à cet aspect seraient trop coûteux à l\u2019organisme.J\u2019ai ensuite composé les procédures de circulation des documents.Avec la conseillère académique responsable de la bibliothèque, Berthanie, nous avons convenu de rendre les modalités de prêt très simples.Par exemple, il n\u2019y a pas de frais de retard, puisque les étudiants manquent de ressources ?nancières.J\u2019ai formé les stagiaires en parallèle à la création des procédures.Dans mes recommandations je suggère d\u2019utiliser Koha pour la gestion de tous types de supports, par exemple les projecteurs utilisés pour les classes.J\u2019ai également suggéré d\u2019intégrer une formation sur l\u2019utilisation du catalogue, la recherche documentaire et l\u2019intégrité lors de la rédaction de travaux académiques (citer ses sources, le respect du droit d\u2019auteur, etc.), car plusieurs de ces étudiants iront étudier à l\u2019étranger et devront être conscients du phénomène du plagiat.Pu isqu \u2019 i l Faut reVen ir à l a Ma ison En conclusion, j\u2019aurais pu rester encore une année et il y aurait toujours du travail à faire.Le HELP est la preuve que l\u2019éducation est la base d\u2019un changement positif dans une société et qu\u2019il faut tout faire pour la rendre accessible à tous.Les bibliothèques sont des outils indispensables aux institutions académiques et scolaires, elles apportent un soutien essentiel au personnel enseignant et aux étudiants.Les Haïtiens sont entre bonnes mains grâce à ces futurs citoyens engagés et éduqués qui, j\u2019en suis certaine, réussiront à rendre ce peuple encore plus ?er et accueillant.Je tiens à remercier Christian Tanguay de la Bibliothèque à livres ouverts et Miguel Gosselin, collègue de l\u2019EBSI, qui m\u2019ont grandement aidée en me fournissant leurs conseils et de la documentation.?B iBl ioGraPh ie Groupe de la Banque mondiale.(2015).Quatre choses à savoir sur l\u2019éducation en Haïti.Repéré à www.banque- mondiale.org/fr/news/feature/2015/03/12/four-things-you- need-to-know-about-education-in-haiti Baron, J., Adelman, M.et Evans, D.(2016).Scolariser les enfants, c\u2019est bien, mais ça ne suf?t pas : plongée dans le système scolaire haïtien.Repéré à http://blogs.worldbank.org/education/fr/scolariser-les-enfants-c-est-bien-mais-ne- suf?t-pas-plong-e-dans-le-syst-me-scolaire-ha-tien-0 Haitian Education and Leadership Program (s.d.).Results.Repéré à http://uhelp.net/our-story/results Chapitre 3 : éducation.Dans Enquête sur les conditions de vie en Haïti (p.100-147).Repéré à www.ihsi.ht/pdf/ecvh/ ECVHVolumeI/education.pdf les bibliothèques sont des outils indispensables aux institutions académiques et scolaires, elles apportent un soutien essentiel au personnel enseignant et aux étudiants.Edikasyon se Lavi. 16 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION La Bibliothèque du Cégep de Thetford Une institution à double vocation s t é P h a n G a r n e a u / Bien que de nombreuses bibliothèques scolaires jouent aussi le rôle de bibliothèques publiques dans les petites municipalités du Québec, cette double vocation est quasi inexistante dans le réseau collégial.Ainsi, à l\u2019exception de Valley?eld, le Cégep de Thet- ford est le seul établissement dont la bibliothèque est à la fois collégiale et municipale.Ce système comporte pourtant de nombreux avantages, particulièrement en période de restrictions budgétaires.Avant tout, nous allons revenir sur l\u2019historique du partenariat entre le Cégep et la Ville de Thetford Mines.un Par tenar iat qu i ex is te dePu is 1979 En 1967, la Ville de Thetford Mines, qui n\u2019a pas de bibliothèque municipale, entreprend des démarches auprès de la population dans le but de construire un centre culturel et sportif qui contiendrait, entre autres, une piscine et une bibliothèque.Alors que plusieurs personnes se prononcent pour le rattachement de ces services aux établissements scolaires municipaux, d\u2019autres objectent au contraire que ceux-ci doivent être localisés dans un endroit distinct.Parmi les opposants à l\u2019intégration des services aux établissements d\u2019éducation, notons Gilles Picard, directeur de la Bibliothèque du Collège classique de Thet- ford.Ainsi, il mentionne, dans une lettre datée du 20 octobre 1967 adressée au conseil municipal : « Je m\u2019y objecte pour une raison très simple : construire une bibliothèque municipale sur un campus scolaire serait fausser le but d\u2019une telle bibliothèque.En effet, une bibliothèque municipale fonctionnant grâce aux deniers des contribuables doit être à l\u2019usage de l\u2019ensemble de la population et non pas limitée à la population estudiantine.Elle doit s\u2019adresser à tous les individus et à tous les groupes, si elle veut remplir son rôle d\u2019éducation sociale et populaire.Et pour ce faire, elle doit être accessible à tous, c\u2019est-à-dire construite à un endroit bien centré et non encombré par les étudiants.» N\u2019en déplaise à celui-ci, la Ville de Thetford Mines abandonne son projet de centre culturel et sportif et signe plutôt une entente avec la Polyvalente de Thetford Mines pour l\u2019utilisation de sa bibliothèque.Stéphan Garneau détient un baccalauréat en histoire et un certi?cat en archivistique de l\u2019Université Laval.Il possède aussi un diplôme d\u2019études complémentaires de 2e cycle en archivistique, orientation administration et entreprise contemporaines, de l\u2019Université Libre de Bruxelles (Belgique).Au niveau professionnel, après avoir œuvré comme archiviste au Centre d\u2019archives de la région de Thetford, il occupe, depuis 2010, le poste de professionnel responsable de la bibliothèque au Cégep de Thetford.sgarneau@cegepthetford.ca ainsi, à l\u2019exception de Valleyfield, le cégep de thetford est le seul établissement dont la bibliothèque est à la fois collégiale et municipale. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 17 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?En novembre 1979, la Ville de Thetford Mines signe une nouvelle entente, cette fois avec le Collège de la région de l\u2019Amiante, pour rendre accessible la collection de l\u2019institution collégiale à la population.Avantage notable par rapport à l\u2019entente signée avec la commission scolaire, les citoyens auront dorénavant accès à la Bibliothèque pendant la journée.De 70 abonnés la première année, le nombre passe à 400 en 1981.Dans les années suivantes, la Ville de Thetford Mines met un terme à son entente avec la Polyvalente et con?e la gestion du volet jeunesse à la Bibliothèque de l\u2019école St-Gabriel.Le débat autour du maintien d\u2019une bibliothèque municipale dans les locaux du Cégep reprend au printemps 1990.Le problème de ce dossier est que les édiles municipaux souhaitent transformer l\u2019ancienne École des arts et métiers en Maison de la culture.Or, le gouvernement provincial est prêt à subventionner le projet, à la condition qu\u2019une bibliothèque y soit ouverte.Par conséquent, si le projet se concrétise, la Ville de Thetford Mines mettra un terme au contrat avec le Collège, privant ainsi l\u2019institution collégiale d\u2019une importante subvention.Pendant l\u2019été, après une analyse des différentes hypothèses, le conseil municipal annonce que la Maison de la culture logera uniquement la bibliothèque jeunesse.En 2005, après plusieurs ententes triennales, un protocole d\u2019entente est signé entre le Cégep et la Ville de Thetford Mines pour la gestion du volet adulte de la bibliothèque municipale.Ce protocole prévoit une contribution tangible de la municipalité pour le maintien de l\u2019infrastructure administrative de la bibliothèque.Il prévoit aussi que la Ville assumera sa part des frais d\u2019exploitation et même la sécurité d\u2019emploi d\u2019une partie du personnel technique et de bureau qui assure le bon déroulement des opérations.Finalement, il est convenu que la contribution ?nancière de la Ville de Thetford Mines sera indexée en fonction de l\u2019indice des prix à la consommation (IPC), de sorte que l\u2019entente sera automatiquement renouvelée d\u2019une année à l\u2019autre à moins que l\u2019une des deux parties ne manifeste son désir de la modi?er.En juin 2014, se basant sur cette P H O T O S : S T É P H A N G A R N E A U Cégep de Thetford Mines. 18 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION P H O T O S : S T É P H A N G A R N E A U clause, le Cégep demande à la Ville de renégocier l\u2019entente.L\u2019objectif poursuivi est de travailler sur un plan de développement de la Bibliothèque qui permettra d\u2019offrir davantage de services aux usagers.des aVantaGes indén iaBles La cohabitation des deux volets, municipal et collégial, sous un même toit apporte de nombreux avantages pour les clientèles de la Bibliothèque, et plus particulièrement les étudiants du Cégep.Ainsi, contrairement à de nombreux cégeps qui ont dû diminuer les heures d\u2019ouverture de leur bibliothèque au courant des dernières années, le Cégep de Saint-Félicien ferme désormais les portes de sa Bibliothèque à 17 h tous les jours, et les étudiants thetfordois peuvent accéder aux ressources documentaires 64 heures et 45 minutes par semaine.La Bibliothèque du Cégep de Thetford se situe donc au même niveau que celles de cégeps comme ceux du Vieux Montréal (62 heures 15 minutes) et Édouard- Montpetit (63 heures 15 minutes), qui ont pourtant des populations étudiantes beaucoup plus nombreuses1.Dans la même veine, la gestion du volet municipal permet à la Bibliothèque d\u2019offrir une collection beaucoup plus riche à ses usagers puisqu\u2019au budget de documentation collégiale de 46 000 $ s\u2019ajoute le budget de documentation municipale qui oscille autour de 66 500 $ (subvention du ministère de la Culture et des Communications du Québec incluse).Avec une collection de plus de 100 000 documents, la Bibliothèque se retrouve encore dans la « cour des grands ».En ce qui concerne le volet animation, la fusion des ressources permet d\u2019offrir des conférences de choix, et ce, même si Thetford Mines est située en région.De fait, pendant l\u2019année scolaire 2015-2016, les usagers ont pu entendre la physicienne des particules Pauline Gagnon, l\u2019ancien journaliste Jean-François Lépine, le bédéiste Michel Rabagliati et le chasseur d\u2019épaves Samuel Côté.Le statut particulier de la Bibliothèque lui permet aussi d\u2019être un endroit de rencontre pour deux clientèles (les collégiens et les gens du 3e âge) qui se côtoient généralement peu.Mieux encore, il offre la possibilité de faire découvrir la cohabitation des deux volets, municipal et collégial, sous un même toit apporte de nombreux avantages pour les clientèles de la Bibliothèque, et plus particulièrement les étudiants du cégep.Cégep de Thetford Mines. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 19 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?aux citoyens les étudiants qui fréquentent le Cégep à travers diverses activités comme des expositions de photos, des conférences et des rencontres (bibliothèque vivante).S\u2019ils sont moins visibles pour les usagers, d\u2019autres avantages méritent d\u2019être mentionnés.Le premier est la possibilité d\u2019accéder à certaines ententes réservées aux bibliothèques publiques.Par exemple, grâce à son volet municipal, la Bibliothèque peut utiliser les ressources du Service québécois de traitement documentaire (SQTD) tout à fait gratuitement, ce qui n\u2019est pas le cas des autres bibliothèques du réseau collégial.Le deuxième concerne la maximisation des ressources humaines.De fait, bien que la Bibliothèque emploie davantage de personnel que si elle était seulement collégiale, il est indéniable que ce nombre serait encore plus important si les deux volets étaient scindés (les effectifs se composent d\u2019un professionnel, de deux techniciennes en documentation, de trois agentes de soutien administratif et de trois étudiantes salariées).Le dernier avantage est la possibilité pour la Bibliothèque d\u2019être le statut particulier de la bibliothèque lui permet aussi d'être un endroit de rencontre pour deux clientèles, les collégiens et les personnes du 3e âge, qui se côtoient généralement peu.Bibliothèque de Thetford Mines, Conférence Jean- François Lépine.Cégep de Thetford Mines. 20 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION membre de deux réseaux professionnels, c\u2019est-à-dire le Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec (REBICQ) et l\u2019Association des bibliothèques publiques de la Capitale-Nationale et Chaudière- Appalaches (ABPCNCA).et quelques ProBléMat iques Malgré les nombreux avantages d\u2019une bibliothèque à double vocation, il serait faux de prétendre que ce système n\u2019amène aucune contrainte.La principale est qu\u2019il faut parfois attendre que les deux paliers décisionnels s\u2019entendent avant de pouvoir développer un nouveau service (par exemple, le prêt de livres numériques).Au niveau de la gestion courante des opérations, les deux principaux inconvénients sont la multiplication des rapports à produire et l\u2019utilisation simultanée de deux années ?nancières différentes.En effet, le calendrier municipal est basé sur l\u2019année civile, du 1er janvier au 31 décembre, tandis que le calendrier collégial suit l\u2019année scolaire, du 1er juillet au 30 juin.Cette situation a pour conséquence que la Bibliothèque doit diviser ses dépenses municipales annuelles sur deux années scolaires différentes.Finalement, comme le personnel de la Bibliothèque est employé par le Cégep de Thetford avec les horaires de travail qui y sont applicables, cela génère quelques fois des contraintes pour l\u2019organisation d\u2019activités les soirs et les ?ns de semaine.un B i l an Pos i t i F dans l\u2019 enseMBle La Bibliothèque du Cégep de Thetford fêtera en 2019 le 40e anniversaire de son association avec la Ville de Thetford Mines.Si certaines problématiques sont récurrentes, le bilan de l\u2019expérience est somme toute très positif : diversité et boni?cation de la collection, heures d\u2019ouverture élargies, espace de rencontre pour les diverses communautés thetfordoises et maximisation des ressources humaines.Preuve du bon fonctionnement de cette double vocation, la Bibliothèque possède aussi des ententes avec les municipalités d\u2019Irlande et de Saint-Joseph-de-Coleraine, et d\u2019autres municipalités de la MRC des Appalaches ont approché le Cégep pour établir des partenariats.Comme le dit si bien un adage, « l\u2019union fait la force ».1.Les informations pour les cégeps du Vieux Montréal et Édouard-Montpetit proviennent de leur site Internet.?si certaines problématiques sont récurrentes, le bilan de l\u2019expérience est somme toute très positif : diversité et bonification de la collection, heures d\u2019ouverture élargies, espace de rencontre pour les diverses communautés thetfordoises et maximisation des ressources humaines. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 21 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?P H O T O : M Y L È N E P I N A R D Compte rendu WILU 2016 M y l è n e P i n a r d / Le rôle du bibliothécaire universitaire se transforme sans cesse ; il doit non seulement connaître les bases de données et les ressources importantes de ses disciplines, mais aussi être au courant des développements en droits d\u2019auteur, en gestion de données, en accès libre, etc.Cette pluralité de chapeaux se com- plexi?e avec l\u2019introduction du Framework for Information Literacy for Higher Education de l\u2019Association of College & Research Libraries (ACRL).C\u2019est en me questionnant sur la signi?cation de ces changements que je suis arrivée à Vancouver en juin dernier pour le 45e Workshop for Instruction in Library Use, mieux connu sous l\u2019acronyme WILU.Organisée cette année par la British Columbia University, cette série de conférences réunit des bibliothécaires universitaires de partout au pays pour discuter d\u2019enseignement, de compétences informationnelles et de formation documentaire.Cette année, la thématique était « Intersections », et on invitait les professionnels à ré?échir sur la tendance selon laquelle « more and more the work of the library, in supporting and growing information literacy as a knowledge base and skill set that impacts how people interact in the world around them, is ?nding approaches, partnerships, and processes that cross the boundaries of our organization, our professions and our current practices.» La conférence d\u2019ouverture d\u2019Emily Drabinski, de la LIU Brooklyn, aux États-Unis, a donné le ton : selon elle, la manière dont nous organisons l\u2019information, par la classi?cation et le catalogage, bien que nécessaire pour ordonner nos collections et trouver l\u2019information, re?ètent aussi des décisions idéologiques et politiques, par défaut biaisées et partisanes.Le vocabulaire contrôlé, en étant « la façon correcte de décrire quelque chose » peut renforcer des structures de pouvoir.Drabinski va même jusqu\u2019à dire que la classi?cation de la Library of Congress « fails to accurately and respectfully organize library materials about social groups that lack social power ».Une formation sur le catalogue est donc l\u2019occasion d\u2019initier les étudiants à la structure organisationnelle des connaissances, mais aussi à y ré?échir de manière critique.De plus, elle permet d\u2019entamer une discussion sur l\u2019invisibilité de certains termes dans la structure existante, reliant un outil, le catalogue, à des enjeux plus globaux.Pendant les trois journées suivantes, la WILU fut un terrain fertile de partage d\u2019idées et de solutions.Malgré qu\u2019elle soit relativement petite quant au nombre de participants, choisir les conférences auxquelles assister était ardu tant l\u2019offre était 22 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION diversi?ée et pertinente.De grands thèmes comme l\u2019engagement civique pouvaient cohabiter avec des aspects concrets très spéci?ques comme le langage employé dans les syllabus avec, en trame de fond, des exemples d\u2019utilisation des concepts du « Framework ».Des idées pratiques se servant des avancées technologiques, comme la création de microprogrammes offrant des badges électroniques, cohabitaient avec des activités ayant recours à des moyens plus traditionnels, comme la narration et le récit.En trame de fond, chaque conférence, chaque projet discutait, montrait, utilisait le nouveau « Framework », qui s\u2019éloigne des objectifs d\u2019apprentissage pour adhérer à des concepts larges et parfois ?ous.Eveline Houtman, de l\u2019Université de Toronto, a réussi à intégrer le « Framework » dans ses activités d\u2019enseignement en changeant le point central de ses formations du contenu à l\u2019expérience d\u2019apprentissage.Elle invitait les bibliothécaires à rendre visible leur propre raisonnement, et même de penser à voix haute, a?n d\u2019illustrer que les professionnels pouvaient aussi éprouver des problèmes et comment ils étaient résolus.Les formateurs doivent également ré?échir à pourquoi un étudiant devrait apprendre un concept ou une manière de chercher, du point de vue de l\u2019étudiant.Répondre au « so what?» lui permet de contex- tualiser son éducation et surtout de voir l\u2019intérêt de ce qu\u2019il apprend, et pas seulement du point de vue académique.Cette conférence m\u2019a fourni de nombreux outils a?n de mieux préparer mes formations.En général, bien que certaines présentations fussent inégales, elles étaient toutes données par des gens passionnés et enthousiastes, voulant partager leurs découvertes et leur savoir-faire.Chaque séance se terminait par une période de questions avec des échanges intéressants, parfois même musclés.Les conversations se poursuivaient ou s\u2019engageaient naturellement lors des pauses.Les soupers « Dine around », une tradition de WILU, étaient l\u2019un événement incontournable pour quiconque désirait rencontrer de nouveaux collègues tout en découvrant un restaurant choisi par l\u2019un des organisateurs.En résumé, WILU a été une occasion fantastique de faire la connaissance de collègues, de discuter du « Framework », de découvrir des recherches fascinantes et des projets porteurs qui peuvent s\u2019adapter à différents contextes académiques.WILU offre un cadre unique pour se questionner, s\u2019inspirer, ré?échir et échanger sur les enjeux, les rôles et le futur de la profession.mylene_pinard@yahoo.com Mylène Pinard a obtenu sa maîtrise en sciences de l\u2019information en 2014.Après avoir travaillé à l\u2019UQTR, elle est maintenant bibliothécaire de liaison en agriculture et en sciences environnementales au campus Macdonald de l\u2019Université McGill.?B iBl ioGraPh ie Drabinski, Emily.2016.« Intersections with Power : Critical Teaching and the Library Catalogue », in Workshop for Instruction in Library Use, 30 mai au 1er juin, Vancouver.Houtman, Eveline.2016.« Helping our students learn how to learn : Meta- cognitive strategies and activities for information literacy instruction », in Workshop for Instruction in Library Use, 30 mai au 1er juin, Vancouver.Workshop for Instruction in Library Use.2016.WILU 2016 \u2013 Intersections.Vancouver (Colombie-Britannique) : WILU.[http://blogs.ubc.ca/wilu2016] Wilu a été une occasion fantastique de faire la connaissance de collègues, de discuter du « Framework », de découvrir des recherches fascinantes et des projets porteurs qui peuvent s\u2019adapter à différents contextes académiques. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 23 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Réinventer l\u2019offre de formation documentaire au secondaire M a r i e - h é l è n e c h a r e s t e t B r i G i t t e M o r e a u / Cet article propose d\u2019expliquer, à l\u2019aide d\u2019exemples vécus dans deux commissions scolaires, le rôle des bibliothécaires scolaires et des techniciens en documentation des écoles secondaires dans l\u2019apprentissage des compétences informationnelles, tant chez les élèves que chez les enseignants.l\u2019oFFre de ForMat ion docuMenta ire au seconda ire : quelques constats Majeurs Le rapport Bouchard, bien qu\u2019il date de 1989, a émis à l\u2019époque de nombreuses recommandations quant à l\u2019exploitation pédagogique de la bibliothèque.Il soulevait, entre autres, le manque de formation et de perfectionnement pour le personnel en milieu documentaire a?n d\u2019arrimer et d\u2019ajuster l\u2019offre de service des bibliothèques scolaires aux diverses clientèles desservies.«Le dé?est grand.C\u2019est davantage dans la méthodologie de l\u2019apprentissage qu\u2019on doit orienter les stratégies de développement de la lecture et de la recherche.Il faut créer le ré?exe naturel de recourir à la bibliothèque, et encourager l\u2019élève à utiliser spontanément ce lieu du savoir a?n d\u2019y véri?er une information, de feuilleter, de lire et même de se détendre.Si la bibliothèque n\u2019est qu\u2019une simple parenthèse à l\u2019intérieur d\u2019une école qui n\u2019a en rien modifié son approche pédagogique et son organisation interne, la lecture restera probablement arti?cielle, pour bon nombre d\u2019élève.1 » Malheureusement, bien que nous ayons passé au travers de nombreux changements dans le réseau de l\u2019éducation, la situation perdure.En effet, l\u2019un des plus importants constats que font les bibliothécaires scolaires depuis le début du plan d\u2019embauche en 2008 est la quasi-absence d\u2019enseignement des compétences informationnelles en tant que processus.On remarque ainsi que les formations documentaires sont souvent incomplètes et incohérentes avec la démarche l\u2019un des plus importants constats que font les bibliothécaires scolaires depuis le début du plan d\u2019embauche en 2008 est la quasi-absence d\u2019enseignement des compétences informationnelles en tant que processus.?Bibliothécaire depuis 1992, Brigitte Moreau joint la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Ïle en 2010.L'utilisation pédagogique de la bibliothèque scolaire est sa priorité avec le développement des compétences à lire et à s'informer des élèves./ brigitte-moreau-2@cspi.qc.ca Marie-Hélène Charest est bibliothécaire à la Commission scolaire des Phares depuis 2009.Enseignante de formation, après sa maîtrise , elle a travaillé en bibliothèques publiques avant d\u2019intégrer le réseau scolaire.Elle a été impliquée sur le c.a.de l\u2019APSDS, à titre de présidente de 2012 à 2015./ marie-helene_charest@csphares.qc.ca 24 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION pédagogique des enseignants.Bien entendu, cette situation est directement liée au nombre insuf?sant de ressources humaines quali?ées dans les bibliothèques d\u2019écoles depuis de nombreuses années.À cela s\u2019ajoutent des circonstances représentant un dé?majeur dans le type d\u2019accompagnement pédagogique que doivent développer les bibliothécaires scolaires, tels que : ¬ Des formations documentaires quasiment inchangées depuis vingt ans ; ¬ Des offres de formation très limitées, sans structure ni démarche ; ¬ Des formations offertes sans liens précis avec le programme et qui se limitent, le plus souvent, à un contenu méthodologique ; ¬ Une absence de cohésion entre les offres de formation et la démarche ou les besoins pédagogiques de l\u2019enseignant ; Des formations similaires à celles offertes en bibliothèques publiques alors qu\u2019il s\u2019agit de deux milieux différents ; Du personnel de bibliothèque pris entre l\u2019idée de rendre un service (faire la recherche à la place des élèves ou des enseignants) et d\u2019offrir une formation pour favoriser l\u2019autonomie des uns et des autres ; Du personnel de bibliothèque en manque de formation et de perfectionnement pour répondre adéquatement aux attentes du PFEQ ; Des bibliothécaires récemment embauchés devant s\u2019installer dans un rôle qui n\u2019est malheureusement pas encore déterminé et laissé au hasard des perceptions des différents cadres administratifs et pédagogiques des commissions scolaires ; Des enseignants ayant un besoin d\u2019accompagnement pour les notions reliées aux compétences informationnelles.Par ailleurs, il est indispensable de préciser que les notions se rattachant aux compétences informationnelles sont bel et bien incluses dans le PFEQ, mais dans un vocabulaire propre à l\u2019éducation et différent de celui de la bibliothéconomie (ce qui va de soi puisque le programme est destiné aux enseignants).Ces nuances lexicales peuvent sembler banales au premier abord, mais au contraire, sont déterminantes pour la collaboration entre les acteurs du milieu scolaire, car elles permettent de localiser le « bris de compréhension » (terminologie spéci?quement didactique) entre les deux mondes.Une telle compréhension est le premier pas à franchir pour améliorer les l\u2019ef?cience des communications entre le personnel en milieu documentaire et les enseignants.Or, pour ce faire, les bibliothécaires scolaires doivent s\u2019approprier ce langage didactique a?n de créer un pont essentiel permettant le transfert des connaissances d\u2019une science à l\u2019autre : de la bibliothéconomie vers la pédagogie.À titre d\u2019exemple, ce que les bibliothécaires dénomment « les étapes de la recherche » sont bien souvent des « stratégies » en éducation.Comme ce type de recoupement n\u2019est mentionné nulle part, il appartient aux bibliothécaires d\u2019entrée de jeu, de nombreux bibliothécaires ont trouvé dans les compétences transversales « exploiter l\u2019information » et « Porter un jugement critique » d\u2019excellents piliers pour débuter les discussions avec les enseignants.et à raison, on y retrouve de nombreuses périphrases se rapportant à des concepts bibliothéconomiques. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 25 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION scolaires d\u2019établir le parallèle entre ces deux univers théoriques distincts.Cependant, comprendre l\u2019enjeu de la communication est une chose, se l\u2019approprier en est une autre.Force est de constater que cette connaissance du milieu ne s\u2019acquiert actuellement que sur le terrain, alors qu\u2019elle devrait être incluse dans le programme universitaire spéci?que au milieu scolaire.À ce titre, il y a tout lieu de se questionner sur une révision du contenu des cours en bibliothéconomie scolaire a?n de former adéquatement les bibliothécaires au contexte scolaire.En outre, il appartient aussi au ministère de l\u2019Éducation d\u2019assurer un plan de formation et de perfectionnement permettant aux bibliothécaires scolaires, de même qu\u2019aux techniciens en documentation, de bien intégrer leur milieu.Le rapport Bouchard était pourtant limpide à ce sujet en recommandant « [.] que le ministère de l\u2019Éducation, en collaboration avec les commissions scolaires, prévoit la mise sur pied d\u2019un programme de formation continue et de perfectionnement pour le personnel des bibliothèques déjà en exercice.(Bouchard, 1989, p.103) » le PFeq : l a Base Pour une oFFre de ForMat ion docuMenta ire D\u2019entrée de jeu, de nombreux bibliothécaires ont trouvé dans les compétences transversales « Exploiter l\u2019information » et « Porter un jugement critique » d\u2019excellents piliers pour débuter les discussions avec les enseignants.Et à raison, on y retrouve de nombreuses périphrases se rapportant à des concepts bibliothéconomiques.Toutefois, tel que mentionné plus haut, il faut comprendre aussi que les éléments constituants des compétences informationnelles, bien qu\u2019inclus dans le PFEQ, y sont parsemés sans jamais être désignés comme tels.Le programme de français regorge de ces nombreux énoncés, notamment dans les stratégies de lecture et d\u2019écriture.De plus, des liens saisissants existent, entre autres, en univers social, en mathématique et en sciences.Ceci n\u2019a rien d\u2019étonnant compte tenu que les processus cognitifs mis en cause sont tous du même ordre.Par exemple, voici quelques stratégies que l\u2019on retrouve dans le programme de français, volets lecture et écriture, qui peuvent facilement être associées aux compétences informationnelles : ¬ « Reformuler » ; ¬ « Prévoir une ou plusieurs façons de noter des éléments signi?catifs » ; ¬ « Cerner l\u2019organisation du texte » ; ¬ « Cerner ses intention d\u2019écriture » ; ¬ « Se référer à des textes » ; ¬ « Établir des liens » ; ¬ « Attribuer les propos à l\u2019énonciateur approprié » ; ¬ etc.le travail des bibliothécaires scolaires consiste justement à déceler ces équivalences dans le PFeq, puis à trouver des moyens de bâtir une offre complémentaire aux enseignements fait en classe.? 26 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION On peut aussi souligner l\u2019apprentissage de la variété de textes courants enseignés au secondaire allant du texte descriptif et justi?catif, au texte explicatif et argumentatif.Pour soutenir l\u2019enseignement de ces différents types de texte, il faut non seulement une collection documentaire répondant aux clientèles de tous les niveaux, mais aussi des formations en bibliothèque permettant de comprendre comment on repère et trouve ces différents textes dans une collection, tant imprimée que numérique.Les formations offertes doivent donc prendre en compte que l\u2019élève est en apprentissage de ces différents types de textes et fournir de nombreux exemples l\u2019aidant à intégrer la matière.Pour un enseignant, ces formations doivent être complémentaires et aider les jeunes à utiliser adéquatement la bonne information dans un travail de recherche, dans un rapport, un résumé, ou tout autre travail académique demandé.Le travail des bibliothécaires scolaires consiste justement à déceler ces équivalences dans le PFEQ, puis à trouver des moyens de bâtir une offre complémentaire aux enseignements fait en classe.Autrement dit, ils doivent savoir adapter leurs formations en fonction des besoins pédagogiques des enseignants ou des élèves qu\u2019ils accompagnent, selon le cycle et la discipline.Tous les contenus disciplinaires sont en relation plus ou moins directe avec les compétences informationnelles.Ces relations doivent être relevées a?n de mener à bien le rôle d\u2019accompagnateur pédagogique des bibliothécaires scolaires.des Moyens?des déMarches issues de deux coMMiss ions scol a ires quéBéco ises L\u2019EXEMPLE DE LA COMMISSION SCOLAIRE DES PHARES, À RIMOUSKI À la Commission scolaire des Phares, le service des bibliothèques a misé sur deux types d\u2019interventions pour développer une offre de formation documentaire.Tout d\u2019abord, un comité de travail multidisciplinaire réunissant une bibliothécaire, une technicienne en documentation et des enseignants de différents niveaux de l\u2019école secondaire du Mistral a été créé.Quatre rencontres ont suf?pour arrimer les deux réalités.L\u2019équipe des milieux documentaires a d\u2019abord présenté aux enseignants ses intentions : ¬ Former les élèves à la démarche de recherche en 4 étapes ; ¬ Développer des outils permettant aux élèves de se retrouver entre le vocabulaire utilisé dans les classes et celui utilisé à la bibliothèque ; ¬ Prolonger l\u2019enseignement des notions à la bibliothèque ; ¬ Maximiser l\u2019utilisation de la bibliothèque pour la recherche documentaire.Les quatre rencontres ont permis de développer un guide misant sur l\u2019enseignement des stratégies de lecture et d\u2019écriture lors de la recherche documentaire.Ce guide, construit selon les 4 étapes de la recherche (plani?er, chercher, analyser et utiliser) présente les stratégies à enseigner aux élèves de façon explicite pour faciliter la recherche et l\u2019utilisation du texte on peut aussi souligner l\u2019apprentissage de la variété de textes courants enseignés au secondaire allant du texte descriptif et justificatif, au texte explicatif et argumentatif.Pour soutenir l\u2019enseignement de ces différents types de texte, il faut non seulement une collection documentaire répondant aux clientèles de tous les niveaux, mais aussi des formations en bibliothèque permettant de comprendre comment on repère et trouve ces différents textes dans une collection, tant imprimée que numérique. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 27 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?courant dans le cadre d\u2019un travail de recherche.Les outils, utilisés à la fois en classe et à la bibliothèque, ont permis de structurer davantage le travail des enseignants, en plus d\u2019offrir un outil de consignation des apprentissages.Ensuite, des rencontres régulières de l\u2019équipe des techniciens et des bibliothécaires se sont tenues pour comprendre et analyser l\u2019offre de formation documentaire.Cette idée peut paraître simple, mais ce n\u2019est pas une pratique encore très développée dans le milieu scolaire.L\u2019intention de ces rencontres est de permettre la discussion et la collaboration entre les bibliothécaires et techniciens, d\u2019échanger autour de l\u2019offre actuelle et de l\u2019offre future et de saisir ensemble les composantes essentielles devant se retrouver dans les formations documentaires.Par ailleurs, pour tester les outils développés par le comité, une technicienne « experte » a été désignée pour travailler plus assidûment sur le dossier, a?n d\u2019expérimenter et d\u2019analyser les nouveaux outils avec une bibliothécaire.Finalement, un visuel promotionnel [Figure 1] a été développé et installé dans la bibliothèque, pour de changer la vision de la bibliothèque que peuvent avoir les clientèles de l\u2019école.Pour que la bibliothèque soit considérée comme un centre d\u2019apprentissage, où enseignants et personnel de la bibliothèque se complètent pour former et éduquer les élèves, un changement de culture est nécessaire et celui-ci passe, entre autres, par un meilleur af?chage et une promotion plus ef?cace des services.L\u2019EXEMPLE DE LA COMMISSION SCOLAIRE DE LA POINTE-DE-L\u2019ÎLE, À MONTRÉAL Deux initiatives se sont développées en parallèle et ces dernières devraient se rejoindre à terme ou à tout le moins se nourrir l\u2019une de l\u2019autre.L\u2019une a pris naissance à l\u2019école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry et l\u2019autre à la Table des bibliothécaires et techniciens en documentation de la commission scolaire.À l\u2019école secondaire Antoine-de-St-Exupéry Un comité d\u2019enseignants a été formé en 2012 pour faire la révision du guide méthodologique remis aux élèves et collecter le plus d\u2019information possible sur les pratiques pédagogiques reliées à la méthodologie de travail.Au ?l du temps, une équipe multidisciplinaire, formée d\u2019une bibliothécaire et de conseillers pédagogiques disciplinaires, s\u2019est greffée aux enseignants, permettant ainsi l\u2019élargissement du mandat du comité.Dès lors, l\u2019équipe a travaillé à faire concorder les notions et concepts des compétences informationnelles à ceux du programme de formation du gouvernement.Depuis, les travaux évoluent au rythme des disponibilités de quelques heures par année durant les journées pédagogiques.Un FIGURE.2 - GUIDE INTERACTIF POUR LES ÉLÈVES FIGURE.1 - Visuel développé par la Commission scolaire des Phares pour représenter les 4 étapes de la recherche documentaire S O U R C E S : M A R I E - H É L È N E C H A R E S T E T B R I G I T T E M O R E A U 28 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION S O U R C E S : M A R I E - H É L È N E C H A R E S T E T B R I G I T T E M O R E A U travail de longue haleine donc, mais qui porte fruit : la collecte d\u2019information et les travaux du comité ont permis de faire une corrélation entre des gestes pédagogiques liés à la recherche et les compétences informationnelles.(www.leprocessusderecherche.ca) Par la suite, une application maison créée par un technicien en informatique de la commission scolaire, David Lamoureux, a aussi été développée en deux volets permettant la diffusion des travaux du comité : un outil servant de guide interactif pour les élèves (Fig.1) et un outils de gestion du contenu pour les membres du comité (Fig.2).La coquille informatique de cet outil est maintenant disponible, mais son contenu reste à être enrichi et exigera des mises à jour régulières.[Figure 2-3] Des expérimentations dans les classes sont prévues pour l\u2019année 2016-17 par les enseignants volontaires désireux de valider la démarche du comité.À la Commission scolaire de la Pointe-de-l\u2019Île En parallèle, un sous-comité des compétences informationnelles a été formé à la Table des bibliothécaires et techniciens en documentation de la commission scolaire.Le mandat du groupe est la révision et l\u2019uniformisation des pratiques pour toutes les écoles secondaires de la commission scolaire et couvre trois objectifs spéci?ques : ¬ Changer la culture d\u2019accueil par la révision du canevas d\u2019animation pour l\u2019initiation en bibliothèque pour les élèves de première secondaire.¬ Créer du matériel de promotion de la bibliothèque, de ses outils (Regard et Dewey) et de ses ressources, par la production d\u2019af?ches, de signets et de capsules vidéo par les élèves pour faire la promotion des livres ou du système de classi?cation Dewey.[Figure 4-5] ¬ Créer de capsules vidéo pour les élèves pour soutenir l\u2019utilisation d\u2019Eureka, de Repères et de Regard.Les travaux de ce sous-comité se poursuivront cette année avec une attention particulière pour ce 3e objectif.Ce travail collaboratif est rendu possible grâce à la coordination pédagogique d\u2019un cadre scolaire.Cet article ne présente que des exemples vécus dans deux commissions scolaires, mais nous pourrions en répertorier bien d\u2019autres.Pour cette raison, il nous apparaît incontournable de créer une concertation nationale autour de cette question.L\u2019Association pour la promotion des services documentaires scolaires (APSDS) a donc mis sur pied un comité national pour le développement des compétences informationnelles réunissant bibliothécaires, techniciens en documentation et chercheurs universitaires.Se joindront à eux ultérieurement différents corps d\u2019emploi, tant FIGURE.3 - OUTIL DE GESTION DU CONTENU DU GUIDE DE L\u2019ÉLÈVE argus | VOLUME 45 - NO 1 | 29 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION du secondaire que du collégial, réunissant ainsi des forces multidisciplinaires du milieu pour développer les compétences des élèves, tous niveaux confondus.L\u2019intention première de ce comité de concertation est de dé?nir adéquatement les notions et concepts reliés aux compétences informationnelles et comment celles-ci doivent être enseignées et déployées dans les écoles primaires et secondaire.Un déploiement qui, selon nous, ne se fera pas sans la contribution essentielle du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.À l\u2019heure où nous arrivons à la révision des mesures liées au plan d\u2019embauche des bibliothécaires, il convient de souligner le rôle primordial des bibliothécaires dans la migration vers des pratiques gagnantes d\u2019accompagnement pour maximiser l\u2019exploitation pédagogique de la bibliothèque scolaire et encourager la réussite éducative de tous les élèves.Notes explicatives En outre, il importe d\u2019insister sur le fait que la bibliothèque scolaire est une bibliothèque spécialisée qui doit tenir compte de son environnement pédagogique pour garantir un rendement optimal.Référence 1.Les bibliothèques scolaires québécoises : plus que jamais.Rapport présidé par Gilles Bouchard, Direction générale de l\u2019évaluation et des ressources didactiques, 1989.Page 117 ?B iBl ioGraPh ie Le programme de formation à l\u2019école québécoise, ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Gouvernement du Québec, 2006, 613 pages Les bibliothèques scolaires québécoises : plus que jamais.Rapport présidé par Gilles Bouchard, Direction générale de l\u2019évaluation et des ressources didactiques, 1989.Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Le processus de recherche, [En ligne] www.leprocessusderecherche.ca Association pour la promotion des services documentaires scolaires, [En ligne] www.apsds.org FIGURE.4 ET 5 - AFFICHES PROMOTIONNELLES DE LA BIBLIOTHÈQUE 30 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION B r i G i t t e M o r e a u , é l i s e s t e - M a r i e e t c a P u c i n e V o i t u r i e z / l\u2019 iMPact de l a B iBl iothèque de l\u2019 école sur l a réuss i te scol a ire des élèVes Dans un monde qui se transforme à une vitesse exponentielle, l\u2019école a le devoir de préparer les élèves, de la maternelle à la 5e secondaire, à relever les dé?s auxquels ils auront à faire face leur vie durant.La bibliothèque scolaire est une ressource dont l\u2019école dispose pour concrétiser sa mission : « instruire, socialiser et quali?er » selon le Programme de formation de l\u2019école québécoise \u2013 PFEQ.La bibliothèque de l\u2019école est un environnement pédagogique et culturel englobant qui propose aux élèves un lieu alternatif où concrétiser des apprentissages signi?ants et essentiels.C\u2019est un espace identitaire puissant qui donne des occasions aux élèves d\u2019explorer différentes ressources littéraires et documentaires, de prendre contact avec des repères culturels variés et de développer ses compétences informationnelles.Le modèle présenté ici repense l\u2019usage de la bibliothèque scolaire pour intégrer ces enjeux a?n qu\u2019elle devienne un centre d\u2019apprentissage qui se déploie suivant quatre axes : pédagogique, culturel, numérique et collaboratif.Il va sans dire que l\u2019implantation d\u2019un tel modèle nécessite l\u2019accompagnement d\u2019un bibliothécaire scolaire.Ce texte est le résumé d\u2019un article plus complet disponible sur le site de l\u2019Association pour la promotion des services documentaires scolaires (http://apsds.org).De plus, en parallèle à la rédaction de cet article, le modèle en quatre axes de la bibliothèque scolaire présenté ici a été adopté à la Commission scolaire de la Pointe-de-l\u2019Île.Un clip de 3 minutes tourné en juin 2015 à l\u2019école Cardinal-Léger illustre le modèle : www.youtube.com/watch?v=s1A0LFBr5BE&feature =youtu.be.les quatre axes Ce modèle de bibliothèque suivant quatre axes est conçu tel un centre d\u2019apprentissage qui intègre les La bibliothèque scolaire du XXIe siècle Un modèle en quatre axes Élise Ste-Marie a complété sa maîtrise en sciences de l\u2019information en 2009 à l\u2019EBSI-UdeM.Après avoir travaillé en milieu scolaire pendant plusieurs années comme enseignante, elle travaille à titre de bibliothécaire pour la Commission scolaire de Montréal depuis 2010./ stemarie.e@csdm.qc.ca Diplômée de la maîtrise à l\u2019EBSI en 2013, Capucine Voituriez est bibliothécaire à la Commission scolaire Marie- Victorin.Sensible à l\u2019enrichissement des jeunes, elle développe des projets culturels et artistiques au sein des bibliothèques scolaires./ capucine_voituriez@csmv.qc.ca la bibliothèque de l\u2019école est un environnement pédagogique et culturel englobant qui propose aux élèves un lieu alternatif où concrétiser des apprentissages signifiants et essentiels. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 31 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION rôles suivants : pédagogique, culturel, numérique et collaboratif.Ces axes sont complémentaires et interdépendants les uns des autres.Et parce que nous sommes dans une école, l\u2019axe pédagogique englobe tous les autres.1.AXE PÉDAGOGIQUE De par sa spéci?cité, la bibliothèque scolaire est un centre d\u2019apprentissage qui répond aux objectifs du PFEQ, parce qu\u2019elle : ¬ offre des ressources documentaires et de ?ction variées et actuelles ¬ permet la continuité de l\u2019enseignement fait en classe en consolidant des apprentissages ¬ favorise le travail collaboratif ¬ permet le développement de compétences informationnelles.Elle est un lieu d\u2019échange et de partage qui représente un prolongement de la salle de classe, en créant un environnement favorable à l\u2019émergence de comportements de lecteurs, tant au niveau de l\u2019apprentissage de la lecture que de la maîtrise des compétences informationnelles.L\u2019élève y consolide l\u2019enseignement qu\u2019il reçoit en classe, dans toutes les disciplines, et en acquiert de nouveaux.Par exemple, il apprend à utiliser un catalogue de bibliothèque, un système de classi?cation et à se repérer dans les rayonnages.Sa motivation à lire grandit avec l\u2019aisance et l\u2019autonomie qu\u2019il développe.L\u2019apport essentiel d\u2019un lieu structurant tel que la bibliothèque pour développer et consolider ces apprentissages est déterminant dans sa réussite scolaire.De même, l\u2019enseignant utilise la bibliothèque pour prolonger ses enseignements puisque la bibliothèque est un lieu interdisciplinaire où tous les savoirs se rejoignent.Le modèle en quatre axes suppose donc un changement de posture de l\u2019enseignant qui sera déterminant dans la manière dont les élèves, mais aussi lui-même, s\u2019approprient le lieu et les ressources.Par exemple, le temps passé à la bibliothèque ne doit plus être uniquement perçu comme un moment dans la semaine pour aller échanger des livres (le prêt- retour emblématique du lieu).Cette période doit plutôt devenir une occasion supplémentaire et différenciée d\u2019apprentissage.Compétences informationnelles Les compétences informationnelles sont transversales et étroitement associées à l\u2019expertise des bibliothécaires scolaires.Elles sont considérées comme des stratégies dans le PFEQ, quelle que soit la discipline enseignée.Dans une société où tout change rapidement, il est de plus en plus crucial d\u2019outiller les élèves pour leur permettre de naviguer la masse d\u2019information si facilement accessible via la bibliothèque de l\u2019école, ainsi que pour acquérir une capacité de ré?exion critique.La surabondance d\u2019information ?de même, l\u2019enseignant utilise la bibliothèque pour prolonger ses enseignements puisque la bibliothèque est un lieu interdisciplinaire où tous les savoirs se rejoignent. 32 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION disponible rend ces opérations indispensables, quels que soient les supports de l\u2019information (papier ou numérique).En développant l\u2019esprit critique de l\u2019élève, les compétences informationnelles l\u2019accompagnent tout au long de son parcours scolaire 2.AXE CULTUREL L\u2019école est souvent considérée comme étant le premier lieu culturel fréquenté par les élèves.La bibliothèque scolaire fait partie intégrante de ce lieu de culture favorisant un enrichissement partagé sans discrimination.La fréquentation et l\u2019utilisation de la bibliothèque de l\u2019école par les élèves et leurs enseignants sont les leviers pour l\u2019acquisition de repères culturels, présents dans tous les domaines généraux de formation.L\u2019enrichissement de ces repères passe par une collection de documents signi?catifs permettant d\u2019établir des liens avec ce qui est vécu à l\u2019école.Par conséquent, il est primordial que les documents et les ressources qu\u2019on y retrouve soient pertinents, qu\u2019ils correspondent au PFEQ, qu\u2019ils soient actuels et qu\u2019ils soutiennent le développement d\u2019une culture collective.La collection de la bibliothèque de l\u2019école a, en tant qu\u2019outil pédagogique, un double rôle pour mettre en valeur cet « héritage collectif » et donner à l\u2019enseignant des ressources pour le faire et assumer son rôle de « passeur culturel ».La bibliothèque scolaire est aussi un espace de diffusion de toutes formes de culture et de création.Elle est le théâtre de collaborations diverses avec des acteurs extérieurs : institutions culturelles ou universitaires, artistes en arts visuels, compagnie de théâtre etc.Elle est aussi la vitrine culturelle de l\u2019école en diffusant les activités vécues au sein de l\u2019école.3.AXE NUMÉRIQUE Le monde numérique oblige à adapter les pratiques pédagogiques.La bibliothèque de l\u2019école est le lieu par excellence pour actualiser ces transformations.Elle permet d\u2019acquérir et d\u2019intégrer des habiletés et des compétences qui permettront aux élèves de devenir des citoyens numériques responsables et autonomes (www.citoyennetenumeriquequebec.ca).l\u2019école est souvent considérée comme étant le premier lieu culturel fréquenté par les élèves.la bibliothèque scolaire fait partie intégrante de ce lieu de culture favorisant un enrichissement partagé sans discrimination.S O U R C E : B R I G I T T E M O R E A U , É L I S E S T E - M A R I E E T C A P U C I N E V O I T U R I E Z Axe culturel Axe pédagogique Axe numérique Axe collaboratif LA BIBLIOTHÈQUE SCOLAIRE DU XXIE SIÈCLE, UN MODÈLE EN QUATRE AXES argus | VOLUME 45 - NO 1 | 33 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?Ces pratiques pédagogiques en bibliothèque scolaire doivent donner accès aux technologies et s\u2019adapter à la culture des élèves.En tant que centre d\u2019apprentissage, la bibliothèque doit offrir un univers sans-?l qui permet à tous les élèves d\u2019utiliser leurs appareils personnels.Et pour ne pas pénaliser les élèves qui ne possèdent pas d\u2019appareil, la bibliothèque est là pour réduire cette fracture numérique en leur en prêtant.En outre, la bibliothèque fournit diverses ressources pour alimenter ces outils et offrir l\u2019occasion d\u2019apprendre autrement via des logiciels libres, des livres numériques et même des jeux vidéos éducatifs, qui pourront être utilisés sur place ou dans la classe.L\u2019école, par le biais de sa bibliothèque, a non seulement le devoir de donner accès, mais aussi d\u2019enseigner les usages adéquats et sécuritaires de toutes ces nouvelles réalités numériques.En collaboration avec les enseignants, les conseillers pédagogiques et les techniciens en documentation, il appartient aux bibliothécaires scolaires d\u2019enseigner les compétences informationnelles et le développement de la littératie numérique.4.AXE COLLABORATIF Ce début du XXIe siècle pourrait entre autres être dé?ni par le terme « collaboration ».Aucune sphère de la vie n\u2019échappe à cette mouvance, que ce soit dans les milieux de travail, dans les loisirs ou dans la vie citoyenne.Le web 2.0 est un excellent exemple de mise en avant de la collaboration : il ne s\u2019agit plus de simplement diffuser l\u2019information, mais de la créer, de la commenter et de la récupérer, quels que soient les outils collaboratifs disponibles sur le web ou réseaux sociaux utilisés.La tendance est donc à la culture participative, à l\u2019implication de chaque individu à la création ou à l\u2019aboutissement d\u2019un projet.Par conséquent, le domaine de l\u2019éducation ne peut échapper à cette nouvelle façon de créer et l\u2019enseignement se fait de plus en plus de façon collaborative.La bibliothèque scolaire se positionne au cœur de cette démarche.Elle devient donc collaborative à la fois en offrant des services aux usagers, mais aussi en faisant la promotion de nouvelles approches pédagogiques.De par son rôle, la bibliothèque scolaire est donc un centre d\u2019apprentissage qui propose des espaces de travail invitants et adaptables pour l\u2019apprentissage participatif.ce début du xxie siècle pourrait entre autres être défini par le terme « collaboration ».aucune sphère de la vie n\u2019échappe à cette mouvance, que ce soit dans les milieux de travail, dans les loisirs ou dans la vie citoyenne. 34 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION La bibliothèque est le lieu où les savoirs se construisent et où tous les acteurs du milieu scolaire ont leur place.En résumé, l\u2019expérience collaborative en bibliothèque sera proportionnelle aux ressources existantes : un environnement riche en documentation et en technologie, un accès facile à l\u2019information, la possibilité de partager cette information et du personnel spécialisé.les déF is d \u2019une aPProche intéGrée A?n de faire vivre le modèle en quatre axes au sein d\u2019une bibliothèque scolaire, il est indispensable de mobiliser l\u2019ensemble des acteurs de la communauté- école en collaboration avec les bibliothécaires de la commission scolaire.L\u2019implication de chacun favorisera l\u2019utilisation du lieu et de ses ressources ainsi que le développement de pratiques communes gagnantes et innovantes.L\u2019aménagement de l\u2019espace a également un impact dans l\u2019implantation de ce modèle a?n d\u2019en faire un centre d\u2019apprentissage stimulant.Ces deux aspects, indissociables à l\u2019exploitation pédagogique de la bibliothèque scolaire, sont plus largement abordés dans l\u2019article publié sur le site de l\u2019Association pour la promotion des services documentaires scolaires.Cet article a tenté de démontrer comment la bibliothèque scolaire peut être intégrée dans l\u2019apprentissage des élèves et les pratiques pédagogiques des enseignants en suscitant le développement de nouvelles approches stimulantes et enrichissantes.Ainsi, de nouvelles procédures et de nouvelles postures pédagogiques découleront de cette implantation, selon la réalité de chaque école impliquée.?l\u2019expérience collaborative en bibliothèque sera proportionnelle aux ressources existantes : un environnement riche en documentation et en technologie, un accès facile à l\u2019information, la possibilité de partager cette information et du personnel spécialisé.B iBl ioGraPh ie La bibliographie complète est disponible dans le texte intégral de l\u2019article sur le site de l\u2019APSDS (http://apsds.org). argus | VOLUME 45 - NO 1 | 35 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION La Table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics de l\u2019Île de Montréal ou comment jeter de nouvelles bases de concertation B r i G i t t e M o r e a u e t n a t h a l i e M a r t i n C\u2019est un secret de polichinelle sur lequel on ne reviendra pas dans le détail : les bibliothèques scolaires survivent tant bien que mal malgré le plan d\u2019embauche des bibliothécaires scolaires prévu dans le cadre de la reconduction du Plan d\u2019action de la lecture de 2008.Dans les faits, le sous-?nancement et la rareté du personnel spécialisé demeurent, malheureusement, toujours d\u2019actualité.Alors que ce programme d\u2019embauche avait fait renaître un peu d\u2019espoir, on ne compte aujourd\u2019hui qu\u2019un peu plus d\u2019une centaine de bibliothécaires scolaires au Québec pour environ 875 000 élèves, du primaire et du secondaire, pour le réseau des écoles publiques (Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, données 2014-2015).Ainsi, les budgets alloués à l\u2019embauche de personnel spécialisé en bibliothèque scolaire, tant professionnel que technique, sont largement insuf?sants pour permettre une relation directe avec les élèves.Les bibliothécaires scolaires doivent donc faire œuvre de beaucoup d\u2019originalité pour couvrir le terrain! Pour cette raison, l\u2019accompagnement dans le développement professionnel des enseignants représente un enjeu majeur pour ces bibliothécaires qui doivent par le fait même développer une expertise en andra- gogie en même temps que d\u2019adapter leurs pratiques bibliothéconomiques aux environnements pédagogiques dans lesquels ils opèrent.Et ce, sans compter que leur rôle professionnel reste souvent méconnu auprès des directions d\u2019écoles et des enseignants.Ainsi, leur charge de travail comporte plusieurs niveaux d\u2019intervention, qui sont autant de l\u2019ordre des procédures que des processus en passant par des actions concrètes, et leur mandat varie énormément d\u2019une commission scolaire à l\u2019autre.contexte Mun ic iPal Parallèlement à la situation difficile des bibliothèques scolaires, les bibliothèques publiques c\u2019est un secret de polichinelle sur lequel on ne reviendra pas dans le détail : les bibliothèques scolaires survivent tant bien que mal malgré le plan d\u2019embauche des bibliothécaires scolaires prévu dans le cadre de la reconduction du Plan d\u2019action de la lecture de 2008.Nathalie Martin est titulaire d\u2019une MBSI (2004) de l\u2019Université de Montréal.Elle travaille depuis 1998 dans le milieu des bibliothèques publiques et depuis 2005 à la Direction des bibliothèques de la Ville de Montréal, d'abord comme bibliothécaire et maintenant comme conseillère.Elle coordonne différents projets tels que les Agents de liaison, Bibliothèque à la rescousse et Coup de poing et s\u2019intéresse particulièrement aux enjeux interculturels, de développement social et de persévérance scolaire en bibliothèque publique./ nathaliemartin@ville.montreal.qc.ca ? 36 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION montréalaises ont chacune tissé des liens plus ou moins importants \u2014 allant de quasi absents à extrêmement forts \u2014 avec les écoles des quartiers qu\u2019elles desservent.Ces écarts proviennent d\u2019un grand nombre de facteurs, comme la distance physique séparant les institutions, la dotation en termes de ressources (humaines, matérielles, physiques, etc.) et, évidemment, les perceptions des personnes en poste et la philosophie de chacune des bibliothèques.La tangente prise par les bibliothèques publiques, particulièrement depuis les années 2000, renforce la présence de celles-ci dans leur communauté, favorise encore davantage qu\u2019auparavant les initiatives auprès des jeunes, fait la promotion de la bibliothèque 3e lieu et agit dans une perspective de contribution au savoir tout au long de la vie.Tous ces éléments ne sont pas nouveaux dans leur mission, mais l\u2019emphase mise sur ceux-ci renforce souvent les services directs aux écoles.Depuis 2008, les pratiques s\u2019adaptent à vitesse variable à l\u2019arrivée des bibliothécaires scolaires, selon les secteurs et la compréhension des enjeux des personnes responsables.constat des enjeux entre le scol a ire et le Mun ic iPal L\u2019état de situation des bibliothèques scolaires et les moyens palliatifs que le milieu des bibliothèques publiques avait mis en place pour remédier aux carences du milieu scolaire ont contribué, tel un effet collatéral, à la confusion des représentations de l\u2019une et de l\u2019autre dans l\u2019esprit populaire.Cet amalgame peut certainement, en partie du moins, expliquer l\u2019émergence d\u2019une certaine tension entre bibliothécaires scolaires et municipaux alors que la complémentarité est incomprise et non assumée de part et d\u2019autre : ¬ Dans le milieu scolaire, les enseignants et les directions d\u2019écoles adressent des demandes aux bibliothèques publiques qui sont du ressort de la bibliothèque de l\u2019école.Ceci s\u2019explique surtout par le manque de reconnaissance du statut professionnel des bibliothécaires scolaires.Il leur appartient désormais, ainsi qu\u2019à leurs patrons dans les commissions scolaires, de faire la promotion du retour et de l\u2019usage de ce service professionnel dans notre système d\u2019éducation.¬ En contrepartie, le milieu municipal cherche à répondre le plus efficacement possible aux demandes du milieu scolaire même si parfois cela peut entraîner une surcharge dans son mandat effectif.Parfois, les bibliothèques développent même des initiatives intéressantes sans être en mesure d\u2019y refléter adéquatement les enjeux pédagogiques qu\u2019elles veulent pourtant mettre en situation.La confusion naît de ce manque de connaissances, légitime puisqu\u2019elles sont spéci- ?ques au milieu scolaire.Cela fait aussi en sorte que les apprentissages anticipés par l\u2019enseignant ne sont pas nécessairement acquis alors qu\u2019une la tangente prise par les bibliothèques publiques, particulièrement depuis les années 2000, renforce la présence de celles-ci dans leur communauté, favorise encore davantage qu\u2019auparavant les initiatives auprès des jeunes, fait la promotion de la bibliothèque 3e lieu et agit dans une perspective de contribution au savoir tout au long de la vie. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 37 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?concertation entre bibliothécaires scolaires et municipaux pourrait faire une grande différence.¬ Par exemple, il n\u2019appartient pas au milieu municipal de comprendre des programmes et des concepts d\u2019enseignement, tel le PFEQ ou les « 5 au quotidien », sous prétexte qu\u2019ils ont des usagers enseignants qui réclament de l\u2019aide en ce sens.Cependant, on peut utiliser ce type de demandes tel un levier pour concrétiser la complémentarité des milieux.Ainsi, les employés des bibliothèques municipales devraient référer systématiquement ce type de demande à leurs vis-à-vis scolaires.En contrepartie, les acteurs du milieu scolaire devraient considérer la bibliothèque municipale comme un allié naturel pour complémenter les ressources et élargir la notion de bibliothèque des élèves.L\u2019idée générale étant que les bibliothèques du scolaire et du public deviennent partenaires pour répondre le plus ef?cacement possible à la demande.Admettre cet état de fait, nommer ces tensions sans chercher querelle, a pourtant été la première étape pour rétablir les ponts entre les bibliothécaires municipaux et scolaires.Les années passées n\u2019ont pas favorisé le travail collaboratif des bibliothécaires scolaires et publics, certes.Et les tensions ne s\u2019effaceront pas comme par magie.Mais en rester là ne peut que nous pénaliser tous, et plus particulièrement notre clientèle commune : les enfants.Cette notion de partenariat est bien au cœur du rapprochement en cours actuellement à Montréal.Nous comprenons qu\u2019il faut sortir du modèle de l\u2019offre de service traditionnelle des bibliothèques publiques vers les écoles pour dé?nir conjointement une nouvelle relation de partenariat entre les bibliothèques scolaires et publiques.les cond it ions de M ise en Pl ace d \u2019une structure de concer tat ion L\u2019amorce de cette Table a eu lieu en octobre 2013, lors d\u2019une rencontre conjointe \u2013 dans un environnement neutre, remerciements à la BAnQ \u2013 ayant à l\u2019ordre du jour d\u2019explorer les besoins respectifs, les occasions de collaborer et les objectifs de chacun des milieux.Première étape : se présenter.La diversité des mandats de chacun des participants selon leur institution venait ajouter un critère de dif?culté.Deuxième étape : à partir des missions respectives des deux milieux, identi?er ce qui nous rassemble et ce qui nous distingue, parce que c\u2019est utile de savoir ce que les autres font que nous ne faisons pas.Ensuite, identi?er de quelle manière nous pourrions structurer la concertation, et quels seraient les objectifs concrets y étant reliés.En octobre 2013, ce fut donc une journée de ré?exion bien chargée qui a mené aux constats suivants : ¬ La complexité des structures \u2022 Chacune des cinq commissions scolaires (dont deux anglophones) possède son propre fonctionnement.Le mandat des bibliothécaires scolaires varie énormément d\u2019une commission scolaire à l\u2019autre : certains consacrent 80 % de leur temps à l\u2019animation directe aux élèves alors que d\u2019autres sont mobilisés principalement par des tâches professionnelles reliées au maintien ou à l\u2019amélioration des bibliothèques scolaires en place et à l\u2019accompagnement des intervenants scolaires dans l\u2019utilisation pédagogique et culturelle de leur bibliothèque d\u2019école.\u2022 De la même manière, la Direction des bibliothèques de la Ville de Montréal (responsabilité de la ville-centre), BAnQ et les bibliothèques publiques des 15 villes autonomes et de 38 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION chacun des 19 arrondissements de la Ville de Montréal (les bibliothèques sont une responsabilité d\u2019arrondissement mais elles travaillent en réseau) sont dotées différemment en termes de : nombre de bibliothèques sur le territoire, ressources humaines, clientèles spécifiquement ciblées, nombre d\u2019écoles sur le territoire, etc.Selon l\u2019organisation de chaque bibliothèque, le « qui fait quoi » peut être complètement différent.Selon les cas, le lien avec le milieu scolaire peut être assuré par un chef de division, par un chef de section, par un bibliothécaire, par un technicien ou encore par une animatrice.Il fallait donc que la structure de concertation mise en place soit suf?samment ?exible pour faire place à toutes les réalités.des M iss ions coMPléMenta ires , Ma is sPéc iF iques à chaque M il i eu Alors que chaque institution possède sa mission propre, la complémentarité entre les deux réseaux de bibliothèques ne fait pas de doute (Document fondateur, p.2-3) : ¬ L\u2019importance de l\u2019apprentissage de la lecture est au cœur des missions respectives, avec des objectifs éducatifs pour la bibliothèque publique et avec des objectifs pédagogiques pour le scolaire, mais toujours dans le plaisir pour l\u2019une et l\u2019autre partie ; ¬ Les réseaux desservent différemment la même population d\u2019âge scolaire avec une intention différente : un enfant est un élève dans la bibliothèque de l\u2019école alors qu\u2019il est un citoyen dans la bibliothèque municipale ; ¬ Les bibliothèques ont pour objectif de fournir l\u2019accès à une information variée et de qualité : alors que le développement de collection de l\u2019une s\u2019oriente davantage sur l\u2019offre grand public, l\u2019autre doit répondre plus spécifiquement aux attentes nommées dans le PFEQ et aux exigences pédagogiques d\u2019apprentissage de la lecture ; ¬ Les bibliothèques soutiennent le développement des compétences informationnelles dans des contextes différents.Ainsi, à l\u2019école, l\u2019ensemble du processus sera enseigné, alors qu\u2019au municipal, l\u2019accent sera surtout mis sur les habiletés informationnelles propres aux étapes « Chercher » et « Analyser » de ce même processus ; ¬ La socialisation, la contribution au dialogue inter- culturel et autre, ainsi que la consolidation des liens école-famille-communauté rejoignent les missions des deux réseaux de bibliothèques.Sans compter, évidemment, que nous sommes tous portés par la conviction que l\u2019éducation doit être un projet de société et que nous avons avantage à proposer un continuum des ressources entre institutions tout en évitant l\u2019éparpillement.le Fonct ionneMent de l a taBle de concer tat ion des B iBl iothéca ires scol a ires et PuBl ics de l\u2019 Î le de Montréal La création de la Table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics de l\u2019Île de Montréal (TCBSP) a donc été décidée à la suite de l\u2019énoncé de ces enjeux.Une prise de conscience commune s\u2019est imposée : il fallait permettre l\u2019arrimage des deux milieux dans le respect et pour favoriser le développement d\u2019actions locales concrètes.Dans une la création de la table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics de l\u2019Île de Montréal (tcBsP) a donc été décidée à la suite de l\u2019énoncé de ces enjeux.une prise de conscience commune s\u2019est imposée : il fallait permettre l\u2019arrimage des deux milieux dans le respect et pour favoriser le développement d\u2019actions locales concrètes. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 39 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?perspective d\u2019écoute et de partage, nous avons décidé de nous concentrer sur : ¬ la détermination des meilleures pratiques ; ¬ l\u2019harmonisation et l\u2019optimisation des façons de travailler ensemble dans le but de développer le plaisir de lire et de soutenir la persévérance scolaire ; ¬ les réponses aux besoins des différentes clientèles du milieu scolaire francophone et anglophone.La TCBSP devient ainsi une opportunité de partage d\u2019expertise, d\u2019innovation et de collaboration entre professionnels qui ont en commun de nombreuses missions.Le fonctionnement de la TCBSP s\u2019appuie sur la constitution d\u2019un comité coordonnateur (le COCO) et de comités locaux (les COCOLO), dont les caractéristiques sont dé?nies dans le Document fondateur (p.4-6).Certains éléments de ce fonctionnement sont essentiels : ¬ Pour le COCO, la parité entre les représentants provenant du milieu scolaire et public, et le re?et d\u2019une variété au sein de chaque milieu (différentes commissions scolaires, différents types de bibliothèques publiques, BAnQ) ; ¬ Pour les COCOLO, une proposition de mode de fonctionnement pour la première année et une grande souplesse pour refléter les réalités de chaque secteur (types et fréquences de communications, objectifs annuels).À noter que certains mandats du COCO au cours de la première année d\u2019existence (structure de communications, fonctionnement des COCOLO, rédaction du document fondateur, organisation d\u2019une journée annuelle de ré?exion, etc.) ont été déterminants pour la réalisation d\u2019une TCBSP durable et qui répond aux besoins du terrain.résultats Alors que la TCBSP entame sa quatrième année d\u2019existence avec à son actif un COCO toujours en place, de nombreux COCOLO et trois journées annuelles de ré?exions, certains constats s\u2019imposent.Tout d\u2019abord, toutes les personnes-ressources des différents milieux s\u2019entendent sur la pertinence et l\u2019importance d\u2019une journée de ré?exion annuelle sur des enjeux qui rassemblent les professionnels jeunesse en bibliothèque.De la même manière, il est très apprécié dans chacun des milieux de connaître les vis-à-vis dans les autres milieux, de savoir de quelles manières ils fonctionnent, comment les rejoindre, quels sont les projets où des arrimages sont possibles, etc.Dans les mandats du COCO, les objectifs de communications et de journée annuelle conservent donc toute leur pertinence.Au niveau des COCOLO, les résultats varient beaucoup d\u2019un secteur à l\u2019autre.Alors que dans certains COCOLO, la complémentarité s\u2019est installée presque instantanément et a permis le développement de projets communs inspirants et qui remportent un vif succès, dans d\u2019autres cas, les initiatives se sont heurtées à un clivage important entre les milieux, souvent en lien avec la philosophie des rôles respectifs.Il est intéressant de noter que la Journée annuelle fait toujours place à un compte-rendu des la table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics de l\u2019Île de Montréal devient ainsi une opportunité de partage d\u2019expertise, d\u2019innovation et de collaboration entre professionnels qui ont en commun de nombreuses missions. 40 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION COCOLO où l\u2019on partage autant les écueils ou les doutes que les réussites.Dans un contexte où, selon les bibliothécaires du milieu tant scolaire que public, le manque de temps est la première cause des problématiques reliées aux COCOLO, ce dernier sera voué à l\u2019échec s\u2019il permet uniquement d\u2019échanger sur les rôles respectifs.Il est absolument nécessaire d\u2019identi?er des éléments ou des projets où le partenariat deviendra gagnant- gagnant pour rentabiliser le temps qui y sera investi ; si aucun avantage réel ne s\u2019en dégage pour chacun des deux milieux et qu\u2019il s\u2019agit simplement d\u2019une tâche ou d\u2019un intermédiaire supplémentaire, le COCOLO ne subsistera pas.les déF is L\u2019utilité et la nécessité de la Table et des comités locaux, qui se parlent d\u2019enjeux communs et qui permettent d\u2019unir les forces des deux milieux, apparaissent maintenant incontournables.Cependant, la concrétisation d\u2019un véritable « terrain de jeu commun » reste un dé?de taille qui demande ni plus ni moins qu\u2019un changement de culture dans nos interventions et nos approches.Bien que cela puisse se faire au niveau des professionnels, l\u2019ampleur et la vitesse de l\u2019évolution dépendent également des gestionnaires et décideurs des différentes villes et commissions scolaires qui soutiennent et encouragent cette initiative.Autant dire que le chantier ouvert en 2013, même s\u2019il s\u2019appuie maintenant sur une fondation bien établie, prendra plusieurs années à se construire et à se consolider, et continuera de demander des efforts d\u2019adaptation de part et d\u2019autre.En outre, il faut également avoir le souci de mettre en place une structure favorisant les échanges et la cueillette de données démontrant l\u2019impact de ce partenariat sur les services offerts à notre clientèle commune : les jeunes d\u2019âge scolaire.Inspiré de l\u2019expérience montréalaise et de quelques autres régions, un comité national de concertation des bibliothèques publiques et scolaires s\u2019est d\u2019ailleurs mis en place au printemps 2016 pour développer une vision de cette concertation à l\u2019échelle du Québec.Tous ces travaux en cours sont autant de réponses des différents milieux et assurent de la pertinence indéniable de cette concertation naissante.Est-il besoin de vous dire que nous lui souhaitons longue vie?B iBl ioGraPh ie Document fondateur de la La Table de concertation des bibliothécaires scolaires et publics (TCBSP), disponible en ligne seulement à partir du lien suivant : http://bit.ly/2c933RC PERCOS (Système d\u2019information sur le personnel des commissions scolaires), Direction des ressources didactiques, Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, (données 2014-2015).Prévision de l\u2019effectif scolaire de l\u2019ensemble du Québec (plusieurs catégories), Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, 2016. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 41 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Innovations et tendances dans les bibliothèques universitaires M a r i e - c l a i r e B a r B e a u - s y l V e s t r e / Au printemps dernier, dans les locaux de la coopérative Temps Libre, située dans le Mile-End, a eu lieu le deuxième 6 à 8 professionnel de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ).L\u2019événement, commandité par Eureka.cc, consistait en une table ronde sur le thème des tendances et innovations en bibliothèques universitaires françaises et québécoises.Animée par le bibliothécaire-entre- preneur Vincent Chapdelaine, cofondateur de Temps Libre, la discussion réunissait deux directeurs de bibliothèques universitaires, soit Nicolas Tocquer de la France et Guy Gosselin du Québec.La rencontre a porté sur le développement de la profession de bibliothécaire universitaire, des nouveaux besoins des usagers, de la pratique de la consultation publique pour l\u2019élaboration des projets de construction ou de réfection, de la collaboration entre les bibliothèques universitaires ainsi que de la question du dépôt institutionnel et du libre accès.Par son parcours professionnel, Nicolas Tocquer, directeur des bibliothèques universitaires de l\u2019Université de Bretagne Occidentale en France, s\u2019est spécialisé dans les domaines de l\u2019urbanisme, de l\u2019architecture et de l\u2019aménagement de l\u2019espace.Après des études à la Sorbonne, puis à l\u2019École nationale supérieure des sciences de l\u2019information et des bibliothèques (Enssib), il fut responsable de la bibliothèque d\u2019étude et des collections patrimoniales de la ville de Brest, en Bretagne.Il fut par la suite chef du projet de construction de la médiathèque centrale de la même ville.L\u2019Université de Bretagne Occidentale, où il travaille actuellement, est un établissement d\u2019enseignement pluridisciplinaire de plus de 20 000 étudiants et de 700 enseignants-chercheurs, répartie sur trois campus comptant une douzaine de bibliothèques qui emploient 105 personnes.Sa situation géographique excentrée provoque la nécessité de développer des partenariats nationaux et internationaux, raison de la visite de Nicolas Tocquer au Québec, venu effectuer une semaine d\u2019observation dans les bibliothèques universitaires du Québec.Il terminait son séjour chez nous en participant à la Table ronde de la CBPQ.Guy Gosselin, directeur du Service de la bibliothèque de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) au Québec, est membre du Sous-comité des bibliothèques du Bureau de coopération interuniversitaire et président du Groupe de travail sur la promotion et le développement des compétences informationnelles de l\u2019Université du Québec.Il s\u2019intéresse notamment au développement de la bibliothèque en tant Après des études en Histoire, culture et société à l\u2019Université du Québec à Montréal, Marie-Claire Barbeau-Sylvestre s\u2019est dirigée vers la philosophie.Elle a entrepris une maîtrise à l\u2019Université de Montréal et consacre son mémoire à la métaphore et à l\u2019emphase comme précédés philosophiques chez Emmanuel Levinas.Elle a enseigné la philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf, puis au Cégep du Vieux Montréal.Ancienne libraire, elle est aussi rédactrice et aime présenter les livres qu\u2019elle rencontre.mclaire.b.sylvestre@gmail.com ?la rencontre a porté sur le développement de la profession de bibliothécaire universitaire, des nouveaux besoins des usagers, de la pratique de la consultation publique pour l\u2019élaboration des projets de construction ou de réfection, de la collaboration entre les bibliothèques universitaires ainsi que de la question du dépôt institutionnel et du libre accès. 42 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION P H O T O : J U L I E G A G N O N que milieu de vie ainsi qu\u2019au soutien à la recherche grâce à la valorisation des publications par la biblio- métrie et le libre accès.La bibliothèque de l\u2019ÉTS est une petite bibliothèque qui emploie 23 personnes, soit 16 postes.De ce nombre, elle compte une proportion exceptionnelle de bibliothécaires : 6 bibliothécaires permanents, 2 surnuméraires, en plus de 2 étudiants, auxquels s\u2019ajoutent les techniciens et commis.À l\u2019instar de l\u2019école dont elle fait partie, le mot d\u2019ordre y est l\u2019innovation ; elle est dynamique et pro?te de l\u2019agilité de l\u2019administration universitaire.Comme l\u2019ÉTS est en pleine croissance \u2013 elle a doublé sa population étudiante dans les 5 dernières années \u2013 la bibliothèque fait face à un dé?d\u2019espace important, mais béné?- cie de la bonne santé ?nancière de l\u2019établissement et envisage l\u2019avenir avec sérénité.Parmi les principales transformations qu\u2019il a observées au sein des bibliothèques universitaires au ?l des 5 dernières années, Gosselin mentionne le développement des ressources numériques.En effet, la consultation des revues imprimées s\u2019étant effondrée, les achats ont été réduits en conséquence au pro?t des abonnements numériques.Il constate aussi une importante diminution du nombre d\u2019emprunts de livres, alors que la fréquentation de la bibliothèque elle-même demeure élevée.En fait, en raison de l\u2019augmentation des effectifs étudiants constatée à l\u2019ÉTS, elle a même bondi de 50 % au cours des 3 dernières années.Si ce n\u2019est plus autant pour y emprunter des volumes, c\u2019est davantage pour y travailler que les étudiants fréquentent leur bibliothèque.Les espaces dédiés au travail des étudiants ont été améliorés à la suite d\u2019une consultation en ce sens auprès de la population étudiante ; des chaises ont été ajoutées, des prises électriques pour accueillir les ordinateurs portables et les téléphones ont été installées et des moniteurs pour la projection ont été achetés et installés dans les salles consacrées au travail d\u2019équipe.Ces nouveaux aménagements sont si populaires que, selon Gosselin, il arrive que la bibliothèque soit bondée au point que des étudiants doivent tourner les talons, faute de place.Bien qu\u2019il n\u2019occupe ses fonctions actuelles que depuis 2 ans et demi, Nicolas Tocquer, qui est persuadé du rôle que les bibliothécaires jouent dans la réussite étudiante, a aussi constaté une évolution de la profession : l\u2019activité du bibliothécaire ne se centre plus d\u2019abord sur les collections, comme c\u2019était le cas auparavant, mais plutôt sur le service aux usagers.En France, rapporte Tocquer, sont offertes non Guy Gosselin, Nicolas Tocquer et Vincent Chapdelaine, Espace Temps Parmi les principales transformations qu\u2019il a observées au sein des bibliothèques universitaires au fil des 5 dernières années, Gosselin mentionne le développement des ressources numériques. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 43 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?seulement les formations documentaires classiques, comme l\u2019initiation à la recherche en base de données, mais aussi des formations plus précises, par exemple, sur le droit d\u2019auteur et le libre accès.En outre, de nombreux bibliothécaires possèdent des formations connexes, en droit, lettres ou sciences humaines par exemple, grâce auxquelles ils peuvent collaborer avec des professeurs au point de construire conjointement des cours.Cela leur permet d\u2019accompagner les étudiants de ces cours, du contenu jusqu\u2019à la bibliographie.Bref, en multipliant les types de formations offertes, les bibliothécaires se positionnent plus résolument encore comme des agents actifs de la pédagogie.Sur la question de la prise en compte de l\u2019avis des usagers, Nicolas Tocquer admet d\u2019emblée que la consultation du public n\u2019est pas une habitude en France, où l\u2019on voit des projets de bibliothèques conçus entièrement par des politiciens et des experts, sans aucune consultation du public.On craindrait, selon Tocquer de ne pas pouvoir répondre aux demandes que ce public aurait pu formuler.Nicolas Tocquer croit, quant à lui, à l\u2019importance de l\u2019implication citoyenne dans les affaires de la cité au sens large et, plus spéci?quement, il s\u2019interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour véritablement engager la population dans les projets, au-delà des simples sondages et sans qu\u2019il ne s\u2019agisse uniquement d\u2019une façon de rendre un projet acceptable auprès d\u2019une population donnée.C\u2019est d\u2019ailleurs pour observer les pratiques locales à ce chapitre qu\u2019il est venu au Québec.Les présidents et vice-présidents d\u2019université français auront, selon lui, besoin d\u2019être davantage sensibilisés par rapport à ces nouvelles façons de faire, mais, quoi qu\u2019il en soit, elles relèvent d\u2019une évolution à laquelle ils devront bien se rendre.Selon Guy Gosselin, dans le milieu universitaire québécois, il y a plusieurs exemples de consultation des usagers, mais pas de mode d\u2019emploi uni?é.Des consultations de la communauté ont été conduites dans l\u2019élaboration de l\u2019important plan Fiat Lux de l\u2019Université McGill (150 millions).Guylaine Beau- dry, directrice et bibliothécaire en chef, a également convaincu la direction de l\u2019Université Concordia de mettre en place un processus consultatif au seuil d\u2019un projet de 35 millions sur 5 ans.« À l\u2019ÉTS », conclut Guy Gosselin, « on a beaucoup observé ce qui s\u2019est fait dans les autres bibliothèques par rapport à cette question afin d\u2019établir les meilleures pratiques à adopter.» Les deux directeurs sentent qu\u2019ils ont l\u2019écoute des dirigeants d\u2019université pour mener à bien leurs projets.La réforme institutionnelle des universités françaises a conduit à une plus grande autono- misation des universités, de sorte que leurs sur la question de la prise en compte de l\u2019avis des usagers, nicolas tocquer admet d\u2019emblée que la consultation du public n\u2019est pas une habitude en France, où l\u2019on voit des projets de bibliothèques conçus entièrement par des politiciens et des experts, sans aucune consultation du public. 44 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION présidents ont beaucoup de pouvoir.Pour cette raison, les directeurs de bibliothèque ont tout intérêt à savoir bien composer avec ces derniers.Il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019une autre évolution du métier de bibliothécaire selon Nicolas Tocquer : il faut comprendre le contexte institutionnel, qui est un milieu politisé, savoir négocier et entretenir des liens pour défendre les intérêts de la bibliothèque, dans un contexte de concurrence budgétaire.Autre atout des bibliothèques universitaires au Québec comme en France : la culture de coopération qui règne entre elles.Parmi plusieurs exemples, Guy Gosselin cite le comité formé par les « petites UQ » (ÉTS, INRS, ÉNAP) qui se sont associées pour passer à un nouveau logiciel d\u2019exploitation commun, ainsi que pour créer un catalogue uni?é.Pour lui, une grande concertation des bibliothèques universitaires, par exemple des achats en consortium, pourrait même in?uencer le milieu de l\u2019édition.Nicolas Tocquer renchérit : la coopération est historiquement inscrite dans les gènes des bibliothèques universitaires, qui ne se font pas concurrence.Des normes internationales communes et de nombreuses organisations contribuent à fédérer un milieu qui a ainsi l\u2019habitude depuis longtemps de s\u2019échanger ?chiers et informations.Les bibliothèques universitaires françaises jouissent en outre de négociations concertées à l\u2019échelle nationale des abonnements électroniques.En France, le catalogue commun des bibliothèques universitaires est répertorié par l\u2019Agence bibliographique de l\u2019enseignement supérieur (ABES).Actuellement, le développement d\u2019un outil commun d\u2019exploitation des bases de données des bibliothèques universitaires en partenariat avec l\u2019entreprise privée est l\u2019une des options de collaboration entre établissements que les universités étudient.Cependant, Nicolas Tocquer souligne que c\u2019est là donner beaucoup de pouvoir à une entreprise privée sur l\u2019organisation du travail puisque voilà qu\u2019une entreprise externe se verrait responsable de la conception du principal outil de travail des bibliothécaires et deviendrait, du même coup, l\u2019entité accréditant ceux qui seront habilités à l\u2019utiliser.Il soumet à la ré?exion l\u2019exemple de la disparition des Presses universitaires, secteur d\u2019activité qui a été abandonné à l\u2019entreprise privée.Tocquer milite pour sa part en faveur des logiciels libres.Dans un même ordre d\u2019idée, les deux directeurs témoignent de la faveur accordée par les bibliothécaires universitaires au dépôt institutionnel des recherches et au libre accès.Ce sont bien souvent les chercheurs qui doivent être sensibilisés, car peu d\u2019entre eux, selon Nicolas Tocquer, prennent la mesure du fait qu\u2019actuellement, l\u2019argent public doit être déboursé plus d\u2019une fois pour produire, puis accéder à leur recherche.Ils savent cependant à quel point le financement de leurs recherches futures dépend de la publication de leurs articles dans des revues considérées comme prestigieuses.Les éditeurs ont ainsi le gros bout du bâton pour ?xer de forts prix.Tocquer formule en ce sens un vœu pour le la coopération est historiquement inscrite dans les gènes des bibliothèques universitaires, qui ne se font pas concurrence.des normes internationales communes et de nombreuses organisations contribuent à fédérer un milieu qui a ainsi l\u2019habitude depuis longtemps de s\u2019échanger fichiers et informations. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 45 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION milieu universitaire : que le prestige et la reconnaissance des professeurs reposent moins démesurément sur la publication d\u2019articles et que soit revalorisé leur rôle d\u2019enseignant, voire leurs prises de position publiques.Il propose enfin un angle d\u2019approche pour mobiliser la communauté de chercheurs : faire ressortir, en contrepoint de l\u2019argent public versé aux éditeurs, tout le travail que les chercheurs effectuent pour eux, pratiquement bénévolement.Non seulement font-ils la recherche, mais ils dirigent bien souvent des collections et effectuent du travail d\u2019édition.S\u2019il y a bien, en Europe, certains professeurs qui ont pris la plume pour s\u2019engager à ne plus publier dans certaines revues, ils sont encore loin d\u2019être la majorité.Le pouvoir des bibliothécaires est limité sur cette question par le principe fort, en France, de l\u2019autonomie des chercheurs, garantissant la liberté de la recherche, ainsi que par le pouvoir de leurs syndicats.Nicolas Tocquer évalue que le dépôt institutionnel capte environ 30 % de la recherche.Même l\u2019Université de Liège, qui a mis en place depuis 2007 une politique obligatoire de dépôt institutionnel, ne recueillerait pas toute la recherche, mais plutôt 80 %.Pour sa part, Guy Gosselin mentionne quelques succès comme l\u2019éditeur de revues en libre accès Plos.Il souligne de plus le bon facteur d\u2019impact de la recherche publiée en libre accès.Celle-ci est de plus en plus consultée en raison du court délai entre la rédaction des articles et leur accessibilité.En guise de mot de la ?n, Nicolas Tocquer a tenu à souligner son bonheur de constater la communauté de valeurs et de questionnements entre les bibliothécaires français et québécois, de sorte qu\u2019il s\u2019est ici senti doublement en famille.Guy Gosselin a, quant à lui, assuré à son homologue que son plaisir avait été partagé.?Laurent Borrégo, Service aux institutions : laurent@librairiemonet.com Librairie Monet \u2022 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (Qc) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com Votre librairie générale et universitaire \u2022 Spécialités : Littérature jeunesse, BD et édition universitaire \u2022 Ateliers de formation personnalisés \u2022 Salon mensuel des nouveautés \u2022 Fournisseur officiel de livres numériques Catalogue virtuel Monet PRO \u2022 Le seul catalogue en ligne proposant l\u2019expertise des libraires \u2022 Spécialement conçu pour les bibliothécaires \u2022 Idéal pour le travail à distance Votre partenaire pour une gestion eficace de vos ressources documentaires ! 46 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Fonctions de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe, leur contenu respectif et leur utilisation au primaire Pour une complémentarité de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe au primaire : synthèse c l a i r e B a i l l a r G e o n e t M a r j o l a i n e c h r i s t i n / Au sein d\u2019une école primaire, deux espaces sont dédiés aux ressources documentaires : la bibliothèque scolaire et la bibliothèque de classe.Quelle mission, quels rôles ces bibliothèques ont-elles à jouer?De quelle façon doit-on les aborder, les enrichir, les utiliser?La mise en place de nouvelles approches pédagogiques incite davantage les enseignants à utiliser la littérature jeunesse.À cette ?n, ceux-ci désirent donc disposer d\u2019une bonne variété de livres en classe.Souvent, la première solution envisagée consiste à acquérir de nouveaux documents pour constituer ou boni?er la bibliothèque de classe.Toutefois, la localisation permanente des livres dans une classe limite la transmission du savoir et de la culture qu\u2019à un seul groupe d\u2019élèves.Pourtant, la majorité des bibliothèques scolaires possèdent de nombreuses ressources documentaires à jour et de qualité qui répondent aux besoins pédagogiques et au développement du plaisir de lire chez l\u2019élève.La mise en place d\u2019un modèle de complémentarité par l\u2019utilisation stratégique des ressources de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe peut judicieusement contribuer à répondre à ces besoins.C\u2019est donc dans un souci d\u2019alimenter les membres de la direction et les enseignants des écoles primaires dans leurs ré?exions que la Table régionale des bibliothécaires des Commissions scolaires des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière- Appalaches (03-12) a jugé important de préciser la mission, les rôles et le contenu respectifs des bibliothèques scolaires et des bibliothèques de classe dans un document intitulé Pour une complémentarité de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe au primaire.Depuis sa création en 2012, ce document a fait l\u2019objet de présentations dans différents congrès, a été diffusé à travers le Québec, adapté à la réalité de plusieurs milieux, de même que traduit en anglais.Cet article se veut une présentation sommaire du document original1.Miss ion et rôles Un survol de la documentation existante permet de faire ressortir les principaux éléments qui dé?nissent la mission et les rôles respectifs de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe.BIBLIOTHÈQUE SCOLAIRE Mission / Dans la visée des trois grands axes de la mission de l\u2019école québécoise que sont « instruire, socialiser et quali?er », la bibliothèque scolaire se Bibliothécaire scolaire, Marjolaine Christin a tout d\u2019abord obtenu a obtenu un baccalauréat en enseignement du français au secondaire, qui lui a permis de travailler quelques années avec des clientèles à besoins particuliers, entre autres en milieu hospitalier.Claire Baillargeon travaille depuis 2011 à la Commission scolaire de la Capitale.Vice-présidente de l\u2019APSDS en 2012, elle a rédigé en collaboration, pour la Société Royale du Canada, un mémoire sur l\u2019état des lieux des bibliothèques scolaires au Québec et cadres de développement des collections des écoles primaires et secondaires./ Baillargeon.Claire@cscapitale.qc.ca argus | VOLUME 45 - NO 1 | 47 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?doit d\u2019être un environnement éducatif et culturel qui favorise le développement de l\u2019élève en cohérence avec le Programme de formation de l\u2019école québécoise (PFEQ).Elle a pour mission d\u2019offrir des ressources variées qui contribuent aux apprentissages et à l\u2019enseignement, « en complémentarité avec les autres ressources pédagogiques et culturelles de la communauté locale »2.Rôles / La bibliothèque est un service pédagogique dont les rôles sont de contribuer à la formation de l\u2019élève, de soutenir l\u2019action de l\u2019enseignant et de participer à la réussite du projet éducatif de l\u2019école.Pour que la bibliothèque scolaire remplisse pleinement ses rôles, il faut s\u2019assurer qu\u2019elle dispose d\u2019une documentation à jour et de qualité re?étant la culture et la société dans laquelle elle s\u2019insère.BIBLIOTHÈQUE DE CLASSE Nous désignons par bibliothèque de classe tous les livres présents dans une classe.Mission / La bibliothèque de classe a pour mission de répondre aux besoins immédiats de soutien à l\u2019apprentissage et au développement du plaisir de lire chez l\u2019élève.Rôle / La bibliothèque de classe joue un rôle essentiel dans la création d\u2019une communauté de lecteurs dans la classe3.Elle permet principalement une meilleure accessibilité à la lecture, incitant ainsi les élèves à lire spontanément à différents moments de la journée4.Agissant comme un prolongement de la bibliothèque scolaire, elle joue un rôle complémentaire à celle-ci.contenu de l a B iBl iothèque « Les bibliothèques de classe et les bibliothèques d\u2019école ont intérêt à fonctionner en harmonie et en complémentarité Une rotation des livres et un partage des ressources sont de bons moyens pour assurer l\u2019accessibilité en nombre et en diversité5.» BIBLIOTHÈQUE SCOLAIRE La bibliothèque scolaire comprend une grande diversité de documents et de genres littéraires permettant : ¬ d\u2019appuyer les différents besoins pédagogiques et les divers sujets abordés dans le PFEQ : domaines disciplinaires et domaines généraux de formation ; ¬ de répondre à la grande diversité des goûts et des champs d\u2019intérêt des élèves ; ¬ de présenter des indices de dif?culté variés pour rejoindre tous les groupes d\u2019âge et les différents niveaux de compétence en lecture.S O U R C E : M A R J O L A I N E C H R I S T I N 48 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION BIBLIOTHÈQUE DE CLASSE La bibliothèque de classe comprend deux collections distinctes : une collection permanente demeurant dans la classe et une collection temporaire provenant de la bibliothèque scolaire.Elle est constituée de livres en appui à l\u2019enseignement qui répondent aux besoins immédiats des élèves et soutiennent quotidiennement la lecture individuelle.collect ion PerManente La constitution d\u2019une bibliothèque de classe nécessitant un investissement ?nancier, il est primordial de cibler les priorités.Le contenu de cette collection varie donc d\u2019une classe à l\u2019autre.A?n d\u2019en faciliter le développement, il faut tenir compte de plusieurs caractéristiques : ¬ thématiques fréquentes ; ¬ intérêts des élèves ; ¬ dispositifs spéci?ques : entretiens de lecture, lecture guidée, etc.; ¬ fragilité du support (périodiques, journaux, livres-objets).En plus de répondre aux intérêts des élèves, les enseignants peuvent choisir de faire l\u2019acquisition de quelques documentaires en lien avec le PFEQ6, par exemple, sur certains éléments prescriptifs des savoirs essentiels dans le domaine de la science et de la technologie7.Il est à noter que la constitution d\u2019une collection permanente se fera souvent progressivement, année après année.collect ion teMPora ire La collection temporaire provient de la bibliothèque de l\u2019école (romans, albums, documentaires, bandes dessinées, etc.) et varie fréquemment selon les thèmes et les besoins pédagogiques du moment.Elle permet de boni?er temporairement la collection permanente de la classe et de faire une rotation et un partage des ressources, sans nécessiter d\u2019investissement supplémentaire.iMPacts Prat iques et PédaGoG iques Il existe plusieurs modèles de répartition des ressources documentaires ayant chacun ses impacts pratiques et pédagogiques.Cependant, le ministère de l\u2019Éducation mentionne que : Pour que la bibliothèque de l\u2019école puisse remplir sa mission et répondre [aux] différents besoins, le personnel enseignant doit la considérer comme le prolongement de sa classe8.Les impacts du modèle préconisé se traduisent par une gestion et un développement judicieux des collections a?n : ¬ d\u2019éviter les dédoublements non pertinents ; ¬ d\u2019offrir davantage de textes variés (contenu, genre, sujet, etc.) ; ¬ de permettre l\u2019accès par un plus grand nombre aux nouvelles acquisitions de la bibliothèque scolaire ; ¬ de permettre un renouvellement périodique de la bibliothèque de classe à l\u2019aide des ressources de la bibliothèque scolaire.C\u2019est donc dans le but d\u2019appliquer ef?cacement ce modèle de complémentarité qu\u2019il est nécessaire de S O U R C E : C L A I R E B A I L L A R G E O N Pour que la bibliothèque de l\u2019école puisse remplir sa mission et répondre [aux] différents besoins, le personnel enseignant doit la considérer comme le prolongement de sa classe. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 49 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION déinir le contenu de ces deux espaces documentaires ain que chacune des collections s\u2019enrichisse grâce à des lignes directrices à la fois communes et complémentaires.Le document Pour une complémentarité de la bibliothèque scolaire et de la bibliothèque de classe au primaire se veut une amorce de rélexion sur la place qu\u2019occupent ces deux bibliothèques au sein d\u2019une école primaire, ainsi que sur leur contribution essentielle dans la mise en uvre de pratiques probantes.Par contre, il n\u2019a pas la prétention d\u2019être complet.En effet, certains éléments ayant un impact sur les ressources et l\u2019utilisation des bibliothèques scolaires n\u2019ont pas été approfondis.C\u2019est le cas, par exemple, des budgets, et des critères d\u2019acquisition et du traitement documentaire des livres de la bibliothèque de classe.Tous ces éléments pourraient faire l\u2019objet d\u2019une rélexion qui tiendrait compte des particularités des milieux.Il est également important de mentionner que le rôle des professionnels des services documentaires des commissions scolaires (bibliothécaires, techniciens en documentation) est d\u2019accompagner l\u2019équipe-école ain de développer une vision réléchie face à l\u2019utilisation des ressources disponibles dans la bibliothèque scolaire, ainsi que de l\u2019aider à faire des choix éclairés lors du développement de la collection de la bibliothèque de classe.C\u2019est ainsi que cette vision de développement complémentaire proitera autant à l\u2019enseignant qu\u2019à l\u2019élève qui, à travers des choix de lecture éclairés, riches et variés, pourront évoluer ensemble vers la réussite scolaire et le développement du « plaisir de lire ».En complément, une vidéo sur le même sujet réalisée par les Services éducatifs des jeunes de la Commission scolaire de la Capitale : www.youtube.com/ watch?v=e932mxL-JTw ?1.Pour consulter le document original : http://apsds.org/wp- content/uploads/Complémentar i téBibl iothèqueScolaire- BibliothèqueClass_2013_Final.pdf 2.Québec (Province).Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.2016.Rôle et visées de la bibliothèque.www.education.gouv.qc.ca/eleves/arts-et-culture/lecture-a- lecole/bibliotheques-scolaires/ameliorer-ma-bibliotheque/ role-et-visees-de-la-bibliotheque 3.Giasson, Jocelyne.2003.La lecture : de la théorie à la pratique.2e édition.Boucherville : Éditions Gaëtan Morin, 398 p.4.Giasson, Jocelyne et Jacqueline Thériault.1983.Apprentissage et enseignement de la lecture.Montréal : Éditions Ville-Marie, 385p.5.Québec (Province).Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.2016.Guide d\u2019acquisition.www.education.gouv.qc.ca/ contenus-communs/education/lecture/bibliotheques-scolaires/ ameliorer-ma-bibliotheque/guide-dacquisition 6.Québec (Province).Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.2016.Progression des apprentissages au primaire.www1.education.gouv.qc.ca/progressionPrimaire 7.Québec (Province).Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.2016.Programme de formation de l\u2019école québécoise.Enseignement primaire.Domaine de la mathématique, de la science et de la technologie.www.education.gouv.qc.ca/?leadmin/ site_web/documents/dpse/formation_jeunes/prform2001-062.pdf 8.Citation prise en 2012, lors de la rédaction du document, sur le site du Ministère de l\u2019Éducation.Référence disparue depuis.Québec (Province).Ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.La bibliothèque scolaire.Orientations pédagogiques.www.education.gouv.qc.ca/contenus-communs/education/ lecture/bibliotheques-scolaires/pourquoi-une-bibliotheque/ orientations-pedagogiques 50 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION La bibliothèque scolaire Les dé?s du XXIe siècle M a r i e - h é l è n e c h a r e s t e t c l a i r e B a i l l a r G e o n / Le réseau des bibliothèques scolaires constitue l\u2019un des plus gros réseaux documentaires au Québec.Selon la Fédération des commissions scolaires du Québec, « les 72 commissions scolaires du Québec, dont 7 anglophones : assurent l\u2019éducation de plus de 1 012 000 élèves jeunes et adultes (2008-2009) ; donnent du travail à plus de 174 860 personnes (2009-2010) ; administrent 10,3 milliards de dollars et gèrent 2361 écoles publiques ainsi que 187centres d\u2019éducation des adultes et 193 centres de formation professionnelle.»1 À cela, il faut ajouter les 190 établissements d\u2019enseignement privé desservant environ 110 000 élèves2.Ces écoles se trouvent en territoire urbain et rural, à proximité des grands centres et en régions éloignées.Puisque aucune donnée statistique n\u2019existe à ce sujet, il est impossible d\u2019af?rmer que le Québec compte une bibliothèque par école primaire ou secondaire.Il est possible par contre de certi?er que la presque totalité des commissions scolaires québécoises offre des services documentaires dé?nis par l\u2019organisation et le développement des bibliothèques dans les écoles, la gestion des collections, le traitement physique des documents ainsi que la mise en valeur et la promotion de la littérature jeunesse auprès des élèves, des enseignants et des équipes pédagogiques.En 2002-2003, le réseau scolaire comptait 26 bibliothécaires, 449 techniciens en documentation et 31 spécialistes en moyens et techniques d\u2019enseignement (SMTE) pour les quelque 2300 écoles du territoire québécois.À la suite de la mise en place du Plan d\u2019action sur la lecture (PALE) du MEES3 en 20044, et de son plan d\u2019embauche de bibliothécaires en 2008, on comptait, en 2014, 86 bibliothécaires, 455 techniciens en documentation et 14 SMTE.Dans ce contexte, quels dé?s le personnel en milieu documentaire doit-il relever pour offrir des bibliothèques scolaires de qualité en considérant que le but du PALE était de garantir un bibliothécaire pour 5000 élèves?Dans le cadre de cet article, nous vous exposerons ces enjeux et ces dé?s, tirés du mémoire rédigé pour la Société Royale du Canada par le comité de rédaction de l\u2019APSDS5 en 20146.déVeloPPer des carreFours d \u2019aPPrent issaGe et Max iM iser leur ut i l i sat ion : Facteur GaGnant dans l a réuss i te éducat iVe des élèVes De nombreuses études démontrent7 l\u2019importance de la lecture pour l\u2019obtention d\u2019un diplôme d\u2019études secondaires.Pour apprendre à lire et, par la suite, lire pour apprendre et lire pour le plaisir, l\u2019élève a besoin d\u2019avoir accès à un lieu dynamique, à une collection diversi?ée et à des ressources de qualité, développées en cohérence avec le Programme de formation de l\u2019école québécoise (PFEQ), et ce, peu importe le parcours suivi : parcours dit « régulier » comme de type « spécialisé » (adaptation scolaire, classe d\u2019accueil ou d\u2019intégration linguistique,etc).De plus, la bibliothèque est en processus de modernisation, passant du modèle traditionnel à un modèle de carrefour d\u2019apprentissage pédagogique.À ce sujet, l\u2019Association des bibliothèques scolaires de l\u2019Ontario a publié en 2010 un document visionnaire pour les bibliothèques scolaires du XXIe siècle, dont le Québec pourrait largement s\u2019inspirer pour entamer ce qu\u2019on pourrait appeler la « seconde phase » du PALE.« Les écoles d\u2019aujourd\u2019hui vivent quantité de changements.Si les réalités sociales, économiques et scien- ti?ques du reste du monde ont subi des changements découlant des avancées rapides dans la technologie de l\u2019information et des communications, il en va de argus | VOLUME 45 - NO 1 | 51 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?même pour l\u2019éducation.Ces facteurs influencent la manière dont les êtres humains travaillent, apprennent et se détendent.Les écoles doivent relever le dé?d\u2019exploiter les possibilités peu familières, mais extraordinairement fascinantes qu\u2019offre cette transformation tout en faisant en sorte que les élèves en sortent outillés des compétences dont ils ont besoin, pas seulement pour survivre, mais pour s\u2019épanouir.Le développement d\u2019un carrefour d\u2019apprentissage relève ce dé?.»8 déVeloPPer un traVa i l de coll aBorat ion aVec les d iFFérentes équ iPes sur le terra in Si la bibliothèque doit devenir un outil intégré à une plani?cation pédagogique, elle doit être incluse au plan de réussite des équipes écoles.C\u2019est grâce à ce travail de concertation que le personnel en milieu documentaire pourra répondre adéquatement aux besoins sur le terrain.Il est important d\u2019élargir le champ d\u2019action aux autres disciplines que le français (auquel on rattache souvent l\u2019exploitation des ressources littéraires) et d\u2019intégrer la littérature dans toutes les matières, en développant les compétences informationnelles autant des enseignants que celles des élèves.En effet, à l\u2019ère de la surinformation, il devient crucial pour l\u2019école de soutenir le développement de l\u2019esprit critique des élèves, a?n qu\u2019ils deviennent des citoyens engagés et des lecteurs numériques responsables.C\u2019est pourquoi les services documentaires scolaires doivent jouer un rôle clé.Bibliothécaires et techniciens en documentation doivent jumeler leurs forces et leurs compétences pour dé?nir, déployer et promouvoir les services documentaires de l\u2019avenir.Cet enjeu représente, dans bien des milieux, un dé?important au sein d\u2019une culture organisationnelle où l\u2019historique de concertation entre ces corps d\u2019emplois est plus fragile.Mais, cet exercice demeure essentiel pour être au cœur de la gestion de l\u2019information d\u2019une commission scolaire tout en intégrant, dans la foulée, les différentes instances décisionnelles de l\u2019organisation ainsi que celles des organismes qui gravitent autour de l\u2019école, cet exercice demeure essentiel tout en intégrant, dans la foulée, les différentes instances décisionnelles de l\u2019organisation ainsi que celles des organismes qui gravitent autour de l\u2019école.entrePrendre un V iraGe Pour l a B iBl iothéconoMie scol a ire au quéBec Pour les équipes sur le terrain, ce virage pourrait prendre tout son sens par le développement une vision commune avec le ministère de l\u2019Éducation.Ce dernier doit assurer un leadership visant l\u2019installation de pratiques innovatrices.La trop longue absence des bibliothécaires en milieu scolaire a fait en sorte que l\u2019on a perdu de vue l\u2019importance de cette profession au sein des institutions scolaires.Dans bien des milieux, le rôle du bibliothécaire est souvent confondu avec celui des bénévoles ou des techniciens en documentation.En collaboration avec le MEES, l\u2019APSDS travaille à intégrer le savoir-faire professionnel qu\u2019apporte le bibliothécaire au milieu scolaire.Dans une hypothétique phase II du PALE, le ministère devra apporter une vision plus moderne du rôle de la bibliothèque scolaire, en insistant sur sa place essentielle dans le plan de réussite des écoles.Ainsi, au-delà de la promotion et de l\u2019animation de la lecture, il faut faire valoir l\u2019intérêt en effet, à l\u2019ère de la surinformation, il devient crucial pour l\u2019école de soutenir le développement de l\u2019esprit critique des élèves, afin qu\u2019ils deviennent des citoyens engagés et des lecteurs numériques responsables. 52 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION pédagogique de l\u2019expertise du bibliothécaire scolaire.Cette dernière se traduit par une collaboration étroite avec les équipes pédagogiques a?n de : ¬ développer une didactique de la recherche d\u2019information sur un continuum du primaire au secondaire, soit une progression des apprentissages pour les compétences informationnelles ; ¬ soutenir le développement de la compétence à lire des élèves ; ¬ structurer et organiser les bibliothèques scolaires pour en faire des lieux d\u2019apprentissage interactif accueillants ; ¬ assurer le développement de collections de qualité en lien avec le PFEQ, en collaboration avec les techniciens en documentation des différents milieux ; ¬ développer des services de référence professionnelle pour les différentes clientèles offrant des ressources en lien avec des intentions pédagogiques précises ; ¬ offrir un service de veille informationnelle auprès des cadres et professionnels en milieu scolaire ; ¬ développer un cadre de référence pour la bibliothéconomie scolaire au Québec.Le bibliothécaire scolaire évolue dans un milieu spécialisé qui requiert en conséquence une formation spéci?que à son milieu .En ce sens, outre la formation initiale donnée au 2e cycle universitaire (maîtrise en sciences de l\u2019information), il faudrait reconnaître l\u2019importance d\u2019outiller adéquatement les bibliothécaires qui souhaitent s\u2019investir dans le milieu scolaire par des partenariats avec les facultés d\u2019éducation.La pédagogie étant un art complexe, il est important que les bibliothécaires comprennent les notions pédagogiques de base et les différents styles d\u2019apprentissage.À ce sujet, l\u2019APSDS se réfère énormément à l\u2019American Association of School Librarians, qui a d\u2019ailleurs publié les Standards for the 21st-Century Learner.9 La bibliothéconomie scolaire, comme milieu spécialisé, doit répondre aux besoins pédagogiques a?n de collaborer de façon optimale à la réussite des élèves.Finalement, ayant un but commun de développer le goût de lire chez les jeunes, la bibliothèque scolaire et la bibliothèque publique doivent travailler en partenariat avec la bibliothèque publique.Le déploiement des services doit se faire en complémentarité selon les missions respectives de chacune.La bibliothèque scolaire s\u2019associe à la bibliothèque publique pour de nombreux besoins, mais il est impossible pour l\u2019une de remplacer l\u2019autre.Il est vrai que pendant fort longtemps la bibliothèque publique a tenté de pallier les carences du milieu scolaire, mais les bibliothèques scolaires sont maintenant en pleine mutation et des débuts fructueux d\u2019échanges et de partenariat sont observés dans certaines régions.Pour conclure, la mise en place du PALE en 2008 \u2013 et du plan d\u2019embauche des bibliothécaires qui a suivi \u2013 a marqué un tournant capital dans le milieu bibliothéconomique scolaire québécois.Le premier chapitre de cette nouvelle ère prendra ?n prochainement au bout de dix années de parcours.Le bilan?Le milieu, pratiquement sans soutien depuis trois décennies, revient de loin\u2026 Mais il revient, en rattrapant les retards du passé, tout en travaillant aux dé?s du présent et aux perspectives d\u2019avenir.L\u2019arrivée massive de bibliothécaires a permis une prise de conscience de la bibliothéconomie scolaire comme un milieu spécialisé desservant une clientèle particulière\u2026 et qui demande donc une formation spécialisée! Dans un avenir rapproché, la revitalisation du milieu bibliothéconomique scolaire la trop longue absence des bibliothécaires en milieu scolaire a fait en sorte que l\u2019on a perdu de vue l\u2019importance de cette profession au sein des institutions scolaires.dans bien des milieux, le rôle du bibliothécaire est souvent confondu avec celui des bénévoles ou des techniciens en documentation. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 53 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION devra aussi passer par le numérique.La citoyenneté numérique est une réalité omniprésente.Celle-ci demande à l\u2019école de se questionner sur ses pratiques a?n de rendre l\u2019apprentissage le plus signi?catif possible et le plus collé à la réalité.Dans quelle société évoluera l\u2019enfant qui naît aujourd\u2019hui?Quel genre de milieu scolaire l\u2019accueillera à son tour?Quels genres de bibliothèques et de professionnels de la documentation le guideront tout au long de son cheminement scolaire?Quel pro?l aura alors ce citoyen de demain?Nous sommes convaincues que nous pouvons apporter une contribution substantielle à cette évolution, pas à pas\u202610 1.Fédération des commissions scolaire du Que bec, Adresse URL : www.fcsq.qc.ca/ Site web consulte le 15 janvier 2014.2.Fédération des établissements d\u2019enseignement privés du Québec.Adresse URL : www.feep.qc.ca/ Site consulte le 15 janvier 2014.3.Ministère de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement supérieur.4.Ministère de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement supérieur, Direction des ressources didactiques, département des statistiques.Données recueillis par l\u2019APSDS en octobre 2013.5.Association pour la promotion des services documentaires scolaires.6.Pour consulter l\u2019ensemble du mémoire : APSDS, La bibliothèque scolaire : les défis du XXIe siècle.Adresse URL : http://apsds.org/wp-content/uploads/APSDS_memoire_ SRC_version_?nale.pdf.Site consulté le 31 août 2016.7.« La lecture est le meilleur prédicteur scolaire de la réussite au diplôme d\u2019études secondaires (Snow,Burns et Grif?n, 1997) et l\u2019assurance que les élèves apprennent à lire avec fluidité est l\u2019aspect le plus important et le plus fondamental de l\u2019enseignement dans un cadre formel de scolarisation(O\u2019Sullivan, 2009 ; O\u2019Sullivan et Goosney, 2007).Les enfants qui ne savent pas bien lire à la ?n de la 3e année risquent de décrocher ou d\u2019échouer en ?n d\u2019études, ce qui tend à mener au chômage chronique, ou à des emplois à faibles revenus à l\u2019âge adulte, ainsi qu\u2019à des difficultés connexes.» Conseil des statistiques canadiennes de l\u2019éducation.Facteurs clés de réussite en littératie parmi les populations d\u2019âge scolaire.[En ligne] www.cmec.ca/publications/lists/publications/attachments/201/facteurs-cles- litteratie-age-scolaire.pdf 8.Ensemble pour apprendre : Les bibliothèques scolaires et l\u2019émergence des carrefours d\u2019apprentissage : www.acces- sola.org/web/Documents/OLA/Divisions/OSLA/717_OLATo- getherforLearningFR.pdf.Site consulté le 31 août 2016.9.American Association of School Librarians.Standards for the 21st-Century Learner Adresse URL : www.ala.org/aasl/ standards-guidelines/learning-standards Site consulte le 15 janvier 2014.10.Le document complet a été rédigé avec la collaboration de Martine Fortin, technicienne en documentation et Brigitte Moreau, bibliothécaire, tous deux de la Commission scolaire de la Pointe-de-l\u2019île ?Méd iaGraPh ie Ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport.Programme de formation à l\u2019école québécoise.Adresse URL : www.mels.gouv.qc.ca/ Site consulte le 15 janvier 2014.American Association of School Librarians.Standards for the 21st-Cen- tury Learner Adresse URL : www.ala.org/aasl/standards-guidelines/lear- ning-standards Site consulte le 15 janvier 2014.DION, JOCELYNE.Les bibliothèques scolaires que be coises : une évolution en dents de scie.Dans Argus, spécial IFLA.Vol.37 no 1 Printemps-été 2008.p.69-74.MOREAU, Brigitte.Reformer le mandat des bibliothèques scolaires : une question de survie.Dans Documentation et bibliothèques.57(2), 2011, 121\u2013125. 54 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Drones, robots, imprimantes 3D et réalité augmentée La bibliothèque comme espace d\u2019apprentissage tangible G a B r i e l d u M o u c h e l e t a u r é l i e n F i é V e z / Les bibliothèques scolaires et universitaires amènent principalement les apprenants à consulter sur place de la documentation papier ou numérique.Certes, diverses activités comme des ateliers d\u2019animation y ont aussi leur place, mais quand un apprenant se rend sur les lieux, c\u2019est souvent pour accéder physiquement ou virtuellement aux ressources documentaires (Lagarde et Johnson, 2014 ; May et Swabey, 2014).Or, cet état de fait signi?e que l\u2019espace de ces établissements est relativement peu employé pour réaliser des apprentissages tangibles visant la manipulation de documents ou d\u2019outils et le développement de la dextérité manuelle des apprenants.Pour boni?er de tels apprentissages, ces bibliothèques gagneraient selon nous à intégrer certaines technologies émer- gentes.Au sein d\u2019une institution d\u2019enseignement, les bibliothèques sont souvent les premières à obtenir les technologies novatrices, que ce soit avec l\u2019arrivée du matériel audio-visuel ou de l\u2019Internet (Wine, 2016).À titre d\u2019exemple, il y a quelques années lorsque nous avons voulu enseigner l\u2019utilisation pédagogique des tablettes tactiles en formation des maîtres à l\u2019Université de Montréal, seule les bibliothèques en possédaient.Bref, avoir accès plus rapidement que d\u2019autres aux technologies émergentes peut faire des bibliothécaires des adoptants précoces (early adopters).Ce positionnement stratégique offre aux bibliothèques d\u2019excellentes occasions de prendre la tête de l\u2019innovation sur le campus et de se rendre incontournables dans l\u2019intégration des nouvelles technologies en milieux éducatifs.Dans cet article, nous proposons donc quelques pistes d\u2019utilisation de technologies émergentes qui peuvent s\u2019intégrer dans l\u2019attirail des bibliothécaires-pionnier.ère.s pour favoriser des apprentissages tangibles.les drones Récemment, des bibliothèques scolaires et universitaires ont expérimenté l\u2019usage de drones à des ?ns diverses.Par exemple, dans le cadre d\u2019un projet pilote en 2014, des étudiants universitaires pouvaient emprunter un drone à la bibliothèque de leur institution, et ce, après avoir appris à le piloter tout en étant supervisé par un membre du personnel (Figaro Étudiant, 2014).Les étudiants devaient utiliser le drone uniquement pour réaliser un projet académique, notamment en architecture a?n d\u2019observer les structures du campus universitaire du ciel plutôt que de se limiter à utiliser des plans en deux dimensions ou des maquettes (ABC Action News, 2014).En avril 2016 Aurélien Fiévez, B.Ed, M.A, Ph.D.est titulaire d\u2019un doctorat en sciences de l\u2019éducation (UdeM) spécialisé en TIC, en psychopédagogie et en formation des maîtres.Il est chercheur au CRIFPE et à la Chaire de recherche du Canada sur les TIC et l\u2019éducation./ aurelien.?evez@umontreal.ca Gabriel Dumouchel est doctorant en psychopédagogie (UdeM).Il est conseiller pédagogique au Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé de la Faculté de médecine.Ses intérêts de recherche portent notamment sur les compétences informationnelles et l\u2019intégration des TIC./ gabriel.dumouchel@umontreal.ca argus | VOLUME 45 - NO 1 | 55 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION au Japon, un drone a transporté des livres entre deux écoles situées à plus d\u2019un kilomètre (Prodrone, 2016).Et quels livres ont eu droit à ce baptême de l\u2019air?Trois copies du Petit prince d\u2019Antoine de Saint-Exu- péry, lui-même aviateur! Ces exemples démontrent le potentiel des drones dans les bibliothèques d\u2019établissements de formation pour amener les apprenants à développer des compétences en pilotage, que ce soit pour ?lmer des images dans le cadre d\u2019un projet éducatif ou pour faciliter le déplacement du matériel scolaire.En?n, d\u2019un point de vue pratique, différents aspects légaux entourent l\u2019utilisation des drones au Canada.En effet, les usagers doivent disposer d\u2019un Certi?cat d\u2019opérations aériennes spécialisées (COAS) lors d\u2019usages spéci?ques comme la recherche, ce qui oblige à réaliser certaines démarches administratives avant d\u2019utiliser un drone (Transports Canada, 2016).les roBots Bien qu\u2019encore limités dans leurs fonctionnalités, les robots entrent graduellement dans les bibliothèques de tous les niveaux d\u2019enseignement (Kepple, 2015).Ils permettent aux apprenants de concevoir, programmer et guider des robots pour résoudre des problèmes de natures diverses.Certains organisent des courses où des robots doivent se déplacer selon un tracé précis ou encore pour éviter des obstacles.C\u2019est le cas du conte Robot-loup et les trois petits cochoBots, une activité proposée par Margarida Romero, professeure en technologies éducatives de l\u2019Université Laval, et son étudiante en éducation préscolaire et en enseignement primaire Vivianne Vallerand (2016).Celle-ci est une adaptation du célèbre conte où des équipes d\u2019apprenant.e.s programment des robots représentant le loup affamé ainsi que les cochons devant se réfugier à temps dans une maison.Les équipes doivent programmer trois mouvements à tour de rôle avant de faire bouger leurs robots en même temps.Romero et Vallerand proposent aussi de créer un conte de toutes pièces avec l\u2019activité du Robot conteur.Les apprenants doivent alors guider chacun leur tour un robot vers des images représentant les composantes d\u2019un conte produit collectivement, notamment les lieux, les personnages et les péripéties.De telles activités ludiques sont adaptables à divers contes et genres littéraires ; on pourrait d\u2019ailleurs entrevoir des pièces de théâtre comme En attendant Robot ou encore des Histoires dont vous êtes le robot.Et quand ces robots auront majoritairement intégré la synthèse vocale, leurs actions ne seront plus limitées à de simples déplacements programmés : ils pourront parler et même chanter.Parallèlement, soulignons la création récente d\u2019un robot-bibliothécaire pouvant recevoir des demandes verbales de dans cet article, nous proposons donc quelques pistes d\u2019utilisation de technologies émergentes qui peuvent s\u2019intégrer dans l\u2019attirail des bibliothécaires-pionnier.ère.s pour favoriser des apprentissages tangibles.? 56 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION la part des apprenant.e.s.et leur indiquer ou même les mener à l\u2019endroit où se trouve un livre dans une bibliothèque universitaire (Chant, 2016).Bref, l\u2019avenir est en marche et il arrive à pas de robot.les iMPr iMantes 3d Qu\u2019elles servent à imprimer des formes géométriques en mathématiques ou d\u2019anciens monuments en histoire (Girard, 2016), les imprimantes 3D présentent une multitude d\u2019opportunités pour les bibliothèques d\u2019établissements de formation.De ce fait, en milieu scolaire, un.e bibliothécaire peut l\u2019utiliser pour produire des objets qui serviront dans ses ateliers d\u2019animation en lecture.Ainsi, ces objets seraient complémentaires aux livres présentés et pourraient être distribués aux apprenant.e.s.Un.e bibliothécaire pourrait aussi aider des élèves à élaborer puis imprimer un nouveau jeu de société qui serait par la suite mis à la disposition de tous à la bibliothèque ou même commercialisé pour encourager l\u2019entrepre- neuriat des apprenants.En milieu universitaire, des bibliothécaires ont contribué à une panoplie de projets d\u2019impression 3D qui vont de la création d\u2019œuvres d\u2019art pour des étudiants à des objets en ingénierie ou en sciences de la santé.À ce sujet, notons l\u2019exemple plutôt cocasse de ce bibliothécaire de l\u2019Université du Michigan qui a imprimé des nez d\u2019enfants pour la faculté de médecine.Ces objets avaient pour but de permettre à des chirurgiens de s\u2019entraîner à retirer des arachides que les enfants ont souvent tendance à insérer dans leur cavité nasale (Moore?eld-Lang, 2014).En bref, avec les imprimantes 3D, les bibliothèques se dotent d\u2019un service d\u2019impression qui ne manque pas de caractère\u2026 éducatif.l a réal i té auGMentée La folie du jeu Pokémon Go a capturé l\u2019attention de tous à l\u2019été 2016.Jeunes et moins jeunes se sont mis à marcher frénétiquement dans leur municipalité pour attraper des monstres virtuels qui apparaissaient sur l\u2019écran de leur téléphone intelligent ou de leur tablette.Bien que ce jeu ait permis de populariser la réalité augmentée, celle-ci était déjà en usage depuis quelques années, notamment en éducation avec les codes QR et les livres numériques (Dugas, 2016).L\u2019enseignant de philosophie François Jourde (2013) propose deux façons intéressantes d\u2019utiliser ces outils en bibliothèque scolaire.D\u2019une part, les codes QR peuvent servir à lier des travaux d\u2019élèves sur le Web à des livres en format papier.Cela signi- ?e qu\u2019un autre élève qui lira le code QR accolé à un livre avec sa tablette ou son téléphone pourra argus | VOLUME 45 - NO 1 | 57 accéder au travail d\u2019un camarade sur ce livre.D\u2019autre part, Jourde propose de faire usage de l\u2019application Aurasma (www.aurasma.com) avec des manuels scolaires imprimés.Ainsi, lorsqu\u2019un élève ?lmera avec son téléphone ou sa tablette un manuel comprenant un élément déclencheur créé avec l\u2019application, il verra apparaître virtuellement une vidéo éducative qui démarrera automatiquement.Cette démarche pourrait être employée par des bibliothécaires pour inviter des élèves à ?lmer des critiques de livres disponibles dans la bibliothèque.Des éléments déclencheurs seraient ensuite apposés dans ces livres pour mener les lecteurs au visionnement des vidéos critiques sur YouTube.Soulignons qu\u2019avec la multiplication des prêts de tablettes dans les bibliothèques et la présence de téléphones intelligents, ces pratiques deviennent aisées pour les utilisateurs.Pour ceux et celles qui sont déçu.e.s que ces approches ne permettent pas exactement d\u2019attraper des monstres dans leur bibliothèque, rassurez-vous : ce n\u2019est qu\u2019une question de temps avant que des clones de Pokémon Go à portée véritablement éducative n\u2019apparaissent sur le marché.I L L U S T R A T I O N : M É L A N I E L E R O U X d\u2019autre part, jourde propose de faire usage de l\u2019application aurasma avec des manuels scolaires imprimés.ainsi, lorsqu\u2019un élève filmera avec son téléphone ou sa tablette un manuel comprenant un élément déclencheur créé avec l\u2019application, il verra apparaître virtuellement une vidéo éducative qui démarrera automatiquement.B iBl ioGraPh ie ABC Action News.2014.USF to offer drone check-outs to students.[https://youtu.be/7wwAu6zsJVA] Boyer, K.2014.Robotics clubs at the library.[http://publiclibrariesonline.org/2014/06/robotics-clubs-at-the-library] Chant, I.2016.Library robot coming to Welsh University.Library Journal.[http://lj.libraryjournal.com/2016/03/technology/library-robot-coming- to-welsh-university/] Dugas, J.2016.La réalité augmentée dans un contexte d\u2019apprentissage : note de recherche.[https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01349195] Figaro Étudiant.2014.États-Unis : des drones en libre-service à la bibliothèque du campus.Paris (France) : Figaro.[http://etudiant.le?garo.fr/ international/actu/detail/article/etats-unis-des-drones-en-libre-service- a-la-bibliotheque-du-campus-6178] Girard, M.-A.2016.Petit guide de l\u2019impression 3D à l\u2019école.École branchée.[http://ecolebranchee.com/2016/04/05/petit-guide-de-limpres- sion-3d-a-lecole] Jourde, F.2013.Des codes QR pour lier des publications numériques d\u2019élèves aux livres de la bibliothèque.[https://profjourde.wordpress.com/2013/05/23/des-codes-qr-pour-lier-des-publications-numeriques- deleves-aux-livres-de-la-bibliotheque] Kepple, S.2015.Library robotics : Technology and english language arts activities for ages 8\u201324.Santa Barbara (États-Unis) : Libraries Unlimited.? 58 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION BéMols et Potent ial i tés Bien entendu, l\u2019intégration de ces technologies émer- gentes dans les bibliothèques scolaires et universitaires requiert du temps, de l\u2019argent, du soutien technique, de la gestion, la mise en place de règlements, etc.Toute technologie offre sa part d\u2019avantages et de dé?s qui dépendra de la réalité de chaque établissement.Par contre, l\u2019intégration de ces technologies émergentes dans les bibliothèques vise certes à favoriser des apprentissages tangibles centrés sur le développement de la dextérité des apprenant.e.s, mais aussi à faire évoluer les mentalités à leur égard.C\u2019est ce qu\u2019on constate quand la direction d\u2019une école af?rme avoir choisi que ses élèves construisent des robots à la bibliothèque pour en faire un lieu d\u2019action plutôt qu\u2019un musée (Boyer, 2014).C\u2019est ce qui se passe aussi quand un enseignant signale que l\u2019arrivée des imprimantes 3D dans la bibliothèque de son école a permis de démontrer qu\u2019elle ne se limitait pas à des livres (Sansing, 2015).Ces af?rmations peuvent certes froisser certain.e.s bibliothécaires, mais représentent l\u2019image que beaucoup de gens se font des bibliothèques, y compris parfois ceux qui oeuvrent dans le milieu éducatif.Cela démontre donc la nécessité d\u2019instaurer une étroite collaboration entre le personnel enseignant et les bibliothécaires a?n que les technologies émergentes puissent favoriser le développement d\u2019apprentissages tangibles et changer progressivement cette perception erronée de la bibliothèque.?B iBl ioGraPh ie (su i te ) Lagarde, J.et Johnson, D.2014.Why do I still need a library when I have one in my pocket?The teacher librarian\u2019s role in 1:1/BYOD learning environments.Teacher Librarian, 41(5), 40-44.May, F.et Swabey, A.2014.Using and experiencing the academic library : A multi-site observational study of space and place.College & Research Libraries, crl14-683.Moore?eld-Lang, H.M.2014.Makers in the library : Case studies of 3D printers and maker spaces in library settings.Library Hi Tech, 32(4), 583-593.Prodrone.2016.Proving test for transporting school library books successfully conducted with drones in cooperation with Senboku City and NICT.Naka-ku (Japon) : Auteur.[https://www.prodrone.jp/en/archives/1558] Romero, M.et Vallerand, V.2016.Guide d\u2019activités technocréa- tives pour les enfants du 21e siècle.Québec (Canada) : CRIRES.[http://lel.crires.ulaval.ca/œuvre/guide-dactivites-technocrea- tives-pour-les-enfants-du-21e-siecle] Sansing, C.2015.3-D Printing : Worth the hype?School Library Journal, mai.[www.slj.com/2015/05/technology/3-d-printing- worth-the-hype-the-maker-issue] Transports Canada.2016.Sécurité des drones.[https://www.tc.gc.ca/fra/aviationcivile/securite-drone.html] Wine, L.D.2016.School librarians as technology leaders : An evolution in practice.Journal of Education for Library and Information Science, 57(2), 207-220.[http://dpi-journals.com/index.php/JELIS/article/view/1730] toute technologie offre sa part d\u2019avantages et de défis qui dépendra de la réalité de chaque établissement.Par contre, l\u2019intégration de ces technologies émergentes dans les bibliothèques vise certes à favoriser des apprentissages tangibles centrés sur le développement de la dextérité des apprenant.e.s, mais aussi à faire évoluer les mentalités à leur égard. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 59 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION c a t h e r i n e s t - a r n a u d - B a B i n e t j e a n B r o u G h t o n / C\u2019est à l\u2019adolescence, souvent, que la sexualité, au sens large, prend de plus en plus de place, une multitude de questions émergeant du même coup.Comprendre comment dé?nir ses propres besoins et savoir naviguer à travers l\u2019information disponible semble une méthode ef?cace pour réduire l\u2019anxiété causée par toutes ces questions assaillantes.Cela engendre également une meilleure con?ance en soi et en ses capacités à reconnaître ce qui est bien pour soi, permettant de faire de meilleurs choix en matière de santé.Il semble donc crucial que les différents acteur-trice-s2 entourant les jeunes à cette période, incluant les bibliothécaires, comprennent bien l\u2019environnement informationnel dans lequel ces jeunes évoluent et s\u2019inspirent des meilleures pratiques pour satisfaire leurs besoins d\u2019information.Une brève revue de la littérature démontre que les études récentes sur les pratiques ou les comportements informationnels des jeunes concernant la sexualité ont porté principalement soit sur les besoins d\u2019informations variés, les diverses sources utilisées pour les satisfaire, ou les canaux technologiques employés pour consulter ces sources3.Plus d\u2019un article suggère que les jeunes favorisent certains canaux et sources selon leur contexte et leur expérience de marginalisation.La littérature stipule clairement que la ?abilité des réponses, l\u2019anonymat et la con?dentialité, les réponses personnalisées, ainsi que l\u2019accès facile et pratique à la source représentent des critères essentiels pour les jeunes.L\u2019importance des pairs comme source d\u2019information sur la sexualité est démontrée dans plusieurs articles.Aussi, la nécessité de consulter les jeunes a?n de concevoir des services qui leur correspondent est soit explicitement soutenue, soit sous-entendue dans les méthodologies employées.Cependant, nous n\u2019avons repéré aucune recherche qui se soit penchée sur une combinaison de ces deux principes : un service d\u2019information sur la sexualité par et pour les jeunes.A?n d\u2019explorer l\u2019impact d\u2019un tel modèle sur les besoins et les comportements informationnels des jeunes en matière de sexualité, nous avons contacté un organisme communautaire montréalais, À deux mains, qui offre ce type de service.à deux Ma ins et le Projet sens Depuis 1970, À deux mains se consacre au bien- être physique et mental des jeunes de la communauté.Une large variété de services Littératie informationnelle et sexualité chez les jeunes1 Jean Broughton est bibliothécaire aux Services aux ados à la Bibliothèque publique d\u2019Ottawa.Elle a complété sa maîtrise en sciences de l\u2019information à l\u2019EBSI et détient également une maîtrise en études littéraires de York University./ mjeanbroughton@gmail.com Diplômée de l\u2019EBSI, Catherine St-Arnaud-Babin est bibliothécaire responsable des communications marketing au Réseau BIBLIO du Centre-du-Québec, de Lanaudière et de la Mauricie.La School of Library, Archival and Information Studies, lui a fait découvrir des pratiques à l\u2019écoute des communautés./ acatherino@yahoo.ca ?il semble donc crucial que les différents acteur-trice-s entourant les jeunes à cette période, incluant les bibliothécaires, comprennent bien l\u2019environnement informationnel dans lequel ces jeunes évoluent et s\u2019inspirent des meilleures pratiques pour satisfaire leurs besoins d\u2019information. 60 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION médicaux, sociaux et juridiques sont offerts.À la suite de la réforme scolaire de 2005, pendant laquelle le cours obligatoire d\u2019éducation sexuelle au secondaire est aboli, À deux mains démarre le Projet Sens « pour offrir de l\u2019éducation sexuelle qui est accessible, qui est adaptée [aux jeunes], pis qui répond à leurs besoins [ ] par d\u2019autres pairs, d\u2019autres jeunes », présente Gabrielle, la coordonnatrice du Projet Sens, un pair elle-même.Nous nous sommes entretenues avec elle pour en apprendre davantage sur ce programme d\u2019éducation sexuelle qui « vise à encourager les jeunes adultes à trouver un sens à leur sexualité et à faire des choix sexuels sensés » (À deux mains, 2016).L\u2019équipe d\u2019animateur-trice-s présente des ateliers éducatifs en français ou en anglais à des groupes de jeunes, sur invitation, en milieu scolaire ou communautaire, sur l\u2019île de Montréal.l\u2019 éducat ion sexuelle Par et Pour les jeunes Quatre thématiques principales ressortent de l\u2019entrevue : 1) l\u2019approche holistique ; 2) l\u2019importance du modèle d\u2019animation par des pairs ; 3) les sources d\u2019information ; et 4) la littératie informationnelle.UNE VISION HOLISTIQUE DE LA SEXUALITÉ Au sein du Projet Sens, la vision de la sexualité est holistique, incluant ses aspects physiques, émotionnels, relationnels et sociaux.L\u2019organisme adopte une approche anti-oppression, pro-choix et pro-sexe.L\u2019in?uence de facteurs sociaux comme le racisme et le sexisme sur la sexualité est abordée dans chaque atelier.Gabrielle explique : Si tu veux avoir de la sexualité, je vais te donner les informations que t\u2019as de besoin, pis je vais te supporter pour [la] voir dans une façon positive, mais si c\u2019est vraiment selon tes besoins et ta réalité.Ça veut pas dire que t\u2019es supposé avoir du sexe n\u2019importe quand, tout le temps, si c\u2019est pas ça que tu veux.Selon cette approche, il n\u2019y a pas de hiérarchie dictant que certains actes sont meilleurs ou plus normaux que d\u2019autres.Les animateur-trice-s sont encou- ragé-e-s à ne jamais présumer ni de l\u2019orientation sexuelle d\u2019un-e jeune, ni de son genre, ni du nombre de partenaires avec qui il/elle entretient une relation, quelle qu\u2019elle soit.Par exemple, les pairs privilégient des formulations comme « ton/ta/tes partenaire-s » lorsqu\u2019ils/elles répondent aux questions.De plus, les exemples donnés utilisent des prénoms qui peuvent être associés à n\u2019importe quel genre ou sexe.L\u2019importance du consentement, que Gabrielle désigne comme « la seule règle universelle », fait également partie de l\u2019approche.Les participant-e-s sont encou- ragé-e-s à développer une conception du consentement au-delà de l\u2019acte sexuel, et à penser à la création d\u2019une culture de consentement.GenderPoo. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 61 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION L\u2019ANIMATION PAR DES PAIRS Chaque été, le Projet Sens recrute 20 bénévoles qui ont moins de 25 ans et proviennent d\u2019une diversité de genres, de cultures, d\u2019ethnies et d\u2019orientations sexuelles.Les jeunes suivent une formation de 35 à 50 heures, axée surtout sur l\u2019animation d\u2019un groupe.Gabrielle soutient que le succès du modèle d\u2019animation par les pairs repose autant sur les techniques d\u2019animation que sur l\u2019âge des pairs.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est jeune qu\u2019on a nécessairement plus de facilité à entrer en contact avec d\u2019autres jeunes.Elle souligne que l\u2019accent doit donc également être mis sur « la façon dont on crée une dynamique de pouvoir ou on réduit une dynamique de pouvoir du fait qu\u2019on est en avant de la classe pis qu\u2019y a des jeunes en avant de nous.» SOURCES D\u2019INFORMATION Gabrielle identi?e deux sources d\u2019information importantes sur la sexualité, non relevées par notre revue de la littérature : la culture populaire et la pornographie.Sans en juger la consommation, les pairs peuvent discuter les choix esthétiques faits dans la pornographie, les normes de beauté et le « whitewashing dans les médias », ce qui permet une exploration de l\u2019in?uence de ces facteurs sur la conception de la « normalité ».Pour appuyer ses dires, Gabrielle parle d\u2019une af?che créée par le Projet Sens : Y\u2019a 12 ou 9 vulves qui sont exposées.Pis même des gens qui sont plus vieux que 25 ans qui viennent sont comme surpris ou choqués ou se questionnent sur pourquoi y\u2019a une si grande diversité dans ça tsé, on n\u2019a pas beaucoup d\u2019endroits\u2026 la majorité du temps, on a la porn pour voir des organes génitaux.En plus des af?ches et des ateliers, le Projet Sens a créé plusieurs sources d\u2019information sur la sexualité, notamment des zines, disponibles lors des ateliers et au local d\u2019À deux mains.Un manuel d\u2019éducation par les pairs très complet a également été rédigé.En?n, les jeunes peuvent poser des questions de façon anonyme sur le site Web du programme et y lire les réponses aux questions déjà posées.LITTÉRATIE INFORMATIONNELLE Nos résultats indiquent que la plus grande dif?culté à laquelle les jeunes font face dans ce domaine est non pas un manque d\u2019information, mais ?P H O T O : C O C O R I O T nos résultats indiquent que la plus grande difficulté à laquelle les jeunes font face dans ce domaine est non pas un manque d\u2019information, mais plutôt un manque de littératie informationnelle. 62 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION plutôt un manque de littératie informationnelle.Les jeunes ont entendu des mots ou des histoires, mais Gabrielle soulève le point suivant : « Il y a une dif- ?culté, je pense, à avoir ces espaces-là pour valider l\u2019information, ou invalider, puis rajouter ta propre expérience aussi.Parce que c\u2019est beau l\u2019information que je lis, mais il reste que qu\u2019il y a quelque chose qui t\u2019appartient aussi dans ton vécu.» Les ateliers du Projet Sens sont donc plus que de la transmission d\u2019informations sur la sexualité, puisqu\u2019ils créent également la possibilité d\u2019engagement critique envers l\u2019information que les jeunes ont déjà, d\u2019où l\u2019importance de l\u2019animation.Elle trouve aussi que, parfois, les jeunes n\u2019ont pas l\u2019information de base nécessaire à l\u2019évaluation critique des situations.Par exemple, elle reçoit des requêtes pour des ateliers sur la cyberintimidation, mais il est inutile de parler des lois sur ce qui peut être diffusé sur Internet si les jeunes ne comprennent pas qu\u2019ils/elles ont « le droit de dire oui ou non sur leur corps et comment ça peut se négocier entre plusieurs personnes.[.] C\u2019est sûr que moi, je sens qu\u2019on brûle des étapes des fois, et ça, c\u2019est une grosse barrière à l\u2019éducation sexuelle.» Du point de vue des animateur-trice-s pairs, Gabrielle note que leur évolution au cours de l\u2019année ne se mesure pas par rapport à la quantité d\u2019information qu\u2019ils/elles ont acquise sur la sexualité, mais sur la con?ance qu\u2019ils/elles ont développée à utiliser l\u2019information qu\u2019ils/elles possèdent déjà.Pendant les réunions mensuelles, les pairs échangent sur les ateliers et les questions reçues.Ces discussions valident leurs expériences et leurs connaissances.Gabrielle donne parfois de l\u2019information, mais « c\u2019est aussi à eux de déterminer ce qu\u2019ils veulent prendre ou laisser, pis que ça leur appartient.Ça donne aussi tout un autre pouvoir sur eux, sur l\u2019information qu\u2019on leur donne.» Cette vision de la co-construction de connaissances re?ète sa manière de parler du consentement, en mettant l\u2019accent sur le droit d\u2019un-e jeune de prendre ses propres décisions et de créer ses propres opinions.s \u2019 insP irer des Me i lleures Prat iques Alors que les études dénichées portaient largement sur les différentes sources d\u2019information et sur les canaux de transmission, l\u2019entrevue avec Gabrielle démontre que l\u2019enjeu des comportements informationnels des jeunes en lien avec la sexualité repose sur leur manque de littératie informationnelle.Il serait cependant intéressant de déterminer s\u2019il s\u2019agit d\u2019une réelle lacune sur le plan des compétences informationnelles ou, plutôt, d\u2019une incapacité à les appliquer à ce champ de connaissances précis.La force du Projet Sens est de créer des environnements informationnels dynamiques, les ateliers, sur lesquels agit chacune des personnes présentes selon son expérience.En positionnant les jeunes comme des agent-e-s actif-ve-s de la construction de leur propre conception de la sexualité, ce type de processus de littératie informationnelle modèle des pratiques saines basées sur le consentement.alors que la bibliothèque a pour mission de développer la littératie informationnelle de ses usagers, il peut sembler inusité d\u2019y programmer des ateliers d\u2019éducation sexuelle.cependant, en faisant venir des partenaires extérieurs, comme le Projet sens, l\u2019initiative pourrait porter ses fruits. argus | VOLUME 45 - NO 1 | 63 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Alors que la bibliothèque a pour mission de développer la littératie informationnelle de ses usagers, il peut sembler inusité d\u2019y programmer des ateliers d\u2019éducation sexuelle.Cependant, en faisant venir des partenaires extérieurs, comme le Projet Sens, l\u2019initiative pourrait porter ses fruits.En s\u2019assurant de concevoir l\u2019ensemble des services qui leur est destiné avec les jeunes eux/elles-mêmes, la demande pourrait même émerger d\u2019eux/elles, s\u2019ils/elles se sentent dans un environnement de con?ance, d\u2019ouverture et sans jugement.Pour ce faire, les collections doivent assurer l\u2019accès à des ressources offrant des perspectives diverses et sans jugement sur la sexualité, incluant des documentaires et des romans.Ces derniers constituent une source importante d\u2019information sur les dimensions émotionnelles et sociales de la sexualité (Pattee, 2006).Par ailleurs, a?n de créer un environnement où les jeunes peuvent aborder des sujets vulnérabili- sants, chaque interaction avec eux/elles devrait servir à valider leurs connaissances et leurs expériences, et à les rassurer quant à leur « normalité ».Nous devrions garder en tête que la grande majorité des questions sur la sexualité ne se posent pas nécessairement dans le cadre d\u2019une entrevue de référence.Elles peuvent souvent être posées d\u2019une manière indirecte, dans des contextes moins formels, aux personnes avec lesquelles les jeunes ont développé des relations de respect mutuel.Parfois, ces questions peuvent se déguiser en question sur nos vies privées.Tout en respectant nos propres limites, nous devrions nous préparer à répondre aux questions inattendues sur la sexualité, et ce, d\u2019une manière qui ne stigmatise pas la personne qui les pose, tout en ouvrant les possibilités de discussion.Souvenons-nous de notre double rôle : sources d\u2019information et facilitateurs du développement de la littératie informationnelle des jeunes que nous côtoyons.1.Cet article se base sur une recherche effectuée dans le cadre du cours Information Users in Diverse Environments à l\u2019hiver 2015 à la School of Library, Archival and Information Studies de la University of British Columbia.Nous remercions Heather L.O\u2019Brien, professeure, qui nous a si bien accompagnées.Nous tenons à remercier chaleureusement Gabrielle Joncas-Brunet et l\u2019équipe d\u2019À deux mains pour leur généreuse collaboration.2.Par souci de cohérence et par respect pour nos collabo- rateur-trice-s, nous appliquons la Politique des genres en français de l\u2019organisme À deux mains.3.Pour une bibliographie complète, consulter le lien suivant : https://www.zotero.org/groups/littratie_informationnelle_ et_sexualit_chez_les_jeunes ?B iBl ioGraPh ie À deux mains.2016.Le Projet Sens.Montréal (Québec) : À deux mains [headandhands.ca/fr/programmes-ser- vices/projet-sens/].Pattee, A.2006.« The Secret Source : Sexually Explicit Young Adult Literature as an Information Source », Young Adult Library Services, vol.4, no 2 (Winter), pp.30-38. 64 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION Billet d\u2019humeur La bibliothèque scolaire au Québec, cette mal-aimée! l y n e r a j o t t e / Malgré un plan d\u2019action sur la lecture1 mis en place en 2005 par le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur du Québec, ceux qui œuvrent au sein des bibliothèques scolaires dans les écoles primaires et secondaires n\u2019arrivent pas atteindre, voire dépasser, le stade des services minimaux2.Une majorité de bibliothèques scolaires arrive peut-être à remplir la mission touchant à la lecture-loisir de l\u2019élève, mais éprouve de grandes difficultés à remplir sa mission maître qui est de soutenir pédagogiquement l\u2019enseignant et l\u2019élève.Quel électrochoc collectif fau- drait-il pour que tous comprennent que la modeste bibliothèque scolaire du Québec est le terreau fertile du citoyen de demain et le cœur battant de toute une école?BénéVoles ou non?Au Québec, il n\u2019est même plus envisageable qu\u2019un syndicat dépose un grief pour faire valoir que les bénévoles œuvrant dans les bibliothèques scolaires du primaire effectuent des tâches appartenant aux agents de bureau, techniciens en documentation ou bibliothécaires.La présence des bénévoles est donc bien établie3.La majorité d\u2019entre eux font du bon travail et portent à bout de bras la bibliothèque scolaire de leur coin de pays.Devons-nous applaudir?Nous pouvons les remercier, certainement, mais applaudir cet état de fait, jamais! Qui cherchons-nous à berner quand nous estimons que des gens de bonne volonté et sans formation professionnelle suf?sent à soutenir pédagogiquement les enseignants d\u2019une école?Qui est assez dupe pour croire qu\u2019un budget annuel remis entre les mains de gens non formés et n\u2019ayant aucune obligation professionnelle de lire le programme de formation de l\u2019école québécoise et d\u2019y souscrire, dépensera chaque sou à bon escient?C\u2019est une insulte à notre profession que de penser qu\u2019une bibliothèque scolaire se résume à son volet lecture- loisir et qu\u2019aucune formation n\u2019est nécessaire pour alimenter la mission pédagogique de celle-ci.quand le BudGet de l a B iBl iothèque scol a ire est donné aux cl asses Depuis quand un budget global de bibliothèque scolaire4 sciemment détourné vers l\u2019unité qu\u2019est la classe est collectivement rentable dans le parcours d\u2019un élève?Qui arrivera à nous faire croire qu\u2019un budget de 5 600 $ réparti en 20 classes est suf?sant pour soutenir tous les besoins pédagogiques des élèves pour l\u2019année en cours?Lequel des enseignants sera prêt à sacri?er son budget pour acheter des documentaires à 40 $/pièce sur des sujets pointus?Quand l\u2019école Lyne Rajotte fait partie de la première cohorte des bibliothécaires scolaires embauchés dans le cadre du Plan d'action sur la lecture à l'école (PALE).Elle est l'administratrice représentant les bibliothécaires scolaires à la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec depuis novembre 2010 et elle siège au Comité de travail sur le prêt de livres numériques en bibliothèque scolaire du Ministère de l\u2019Éducation.lyne.rajotte@gmail.com quel électrochoc collectif faudrait-il pour que tous comprennent que la modeste bibliothèque scolaire du québec est le terreau fertile du citoyen de demain et le cœur battant de toute une école? argus | VOLUME 45 - NO 1 | 65 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION ?applique cette formule qui appauvrit la bibliothèque centrale au pro?t des classes, comment justi?er qu\u2019au moment de l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle classe, les élèves n\u2019auront aucun livre dans leur bibliothèque- classe et devront fréquenter une bibliothèque scolaire appauvrie et désuète?Pourtant, il y a des livres neufs dans l\u2019école, mais ils sont dans les locaux des enseignants de longue date et inaccessibles aux élèves du nouveau professeur.B iBl iothéca ires sans PouVo ir En 2008, la deuxième phase du Plan d\u2019action sur la lecture à l\u2019école (PALE) consistait à embaucher 200 bibliothécaires scolaires sur une période de dix ans.À ce jour, l\u2019ambitieux volet a tout juste dépassé la centaine de bibliothécaires actifs sur le terrain5.La frilosité des commissions scolaires face à l\u2019embauche et les conditions de travail dif?ciles expliquent probablement ce plafonnement.Le bibliothécaire scolaire au Québec n\u2019est jamais un gestionnaire, il est ainsi sans pouvoir administratif, budgétaire et politique contrairement à ses collègues municipaux, collégiaux et universitaires.Le bibliothécaire scolaire est en soutien à l\u2019école, ses recommandations sont demandées à titre gracieux et peuvent être appliqués en tout ou en partie.S\u2019inscrire dans une pérennité quelconque dans l\u2019école est utopique, le travail accompli est remis en question au début de chaque année scolaire.Le bibliothécaire scolaire qui n\u2019accepte pas cette menace constante de démantèlement de son travail sera malheureux en milieu scolaire.Est-ce normal?Non! Quand un bibliothécaire a modernisé un lieu et formé les équipes en place pour une exploitation optimale après son départ, il est inacceptable que le projet collectif d\u2019une école soit détruit, souvent dans l\u2019indifférence générale ou par peur de perdre ses bénévoles.La bibliothèque n\u2019est pas une lubie et son utilisation pédagogique demande un effort et un investissement de tous.Détruire le projet-bibliothèque d\u2019une école, c\u2019est refuser de revoir ses pratiques, de les boni?er et d\u2019enrichir l\u2019expérience du lieu par l\u2019élève.Qui rend des comptes pour ce travail professionnel qui n\u2019a mené à rien?Personne! Pourquoi la bibliothèque scolaire est-elle si mal traitée et si mal aimée?Je n\u2019arrive pas expliquer cette incohérence.Les bibliothèques scolaires desservent 100% des enfants du Québec qui ont entre 5 et 17 ans.Cette clientèle est captive, elle ne fréquente pas la bibliothèque de l\u2019école librement, mais obligatoirement, dix mois par année.Pour nombre d\u2019enfants, cette bibliothèque sera la première et la dernière dans laquelle il se rendra.N\u2019est-il pas important que ce lecteur fragile ait eu une expérience optimale tout au long de la fréquentation de celle-ci?Le positionnement de la bibliothèque scolaire est tout aussi exceptionnel que son sous-?nancement.Pour garder la tête hors de l\u2019eau, il faudrait d\u2019abord que le gouvernement du Québec cesse d\u2019affaiblir le Plan d\u2019action sur la lecture.Non les bibliothèques scolaires desservent 100% des enfants du québec qui ont entre 5 et 17 ans.cette clientèle est captive, elle ne fréquente pas la bibliothèque de l\u2019école librement, mais obligatoirement, dix mois par année.Pour nombre d\u2019enfants, cette bibliothèque sera la première et la dernière dans laquelle il se rendra. 66 DOSSIER / BIBLIOTHÈQUE ET ÉDUCATION seulement, le site ministériel a quasiment disparu et il n\u2019est plus possible de s\u2019y référer, mais en plus, l\u2019enveloppe budgétaire pour les achats de livres et la mesure d\u2019embauche pour les bibliothécaires est menacée chaque année.Est-il normal de vivre sous la menace constante de voir disparaître entièrement son budget ainsi que sa seule ressource professionnelle dûment diplômée au début de chaque année scolaire?Pour espérer amener la bibliothèque scolaire au-delà des seuils minimaux de services, il faudrait deux types de soutien.Tout d\u2019abord, il faudrait un soutien interne, impliquant le respect du travail fait par les professionnels et l\u2019assurance d\u2019une pérennité au projet-bibliothèque dans l\u2019école quand celui-ci est complété.Ensuite, il faudrait un soutien externe : en terme de retombée, rien ne peut égaler la mobilisation de tous les parents, grands-parents, libraires, collègues professionnels, etc.du Québec autour de la controverse provoquée par l\u2019ex-ministre Bolduc à l\u2019automne 20146.Quand les gens à l\u2019extérieur de l\u2019école se mobilisent autour de la bibliothèque scolaire, les gens à l\u2019intérieur y croient un peu plus.Collègues municipaux, collégiaux et universitaires, ne nous lâchez pas, il en va de vos propres clientèles! 1.www.education.gouv.qc.ca/dossiers-thematiques/lecture 2.Les services minimaux (lieu, contenu et intervention humaine) : un espace suf?sant pour accueillir confortablement une classe, des rayons et du mobilier adéquats et sécuritaires, un ordinateur fonctionnel pour la recherche en catalogue ou dans les bases de données, des livres pertinents pouvant répondre aux besoins pédagogiques et de loisirs des élèves, les livres désuets hors de l\u2019école, un adulte compétent pouvant faire, au minimum, le prêt, le retour, l\u2019aide au lecteur et le classement.3.Attention, je ne dis pas que la présence des bénévoles est la cause de cet état de fait, elle en est une conséquence.Depuis une quarantaine d\u2019années, les syndicats portent une part de responsabilité en n\u2019ayant pas su protéger les postes perdus et en laissant s\u2019installer la disparition quasi complète des postes rémunérés en bibliothèque scolaire du primaire.Plusieurs excellents bénévoles aimeraient bien occuper un poste rémunéré d\u2019agent de bureau au primaire, si ce type de poste existait toujours.4.Mesure 15100 des règles budgétaires du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur du Québec 5.Les données ministérielles ne soustraient pas les bibliothécaires mis à pied ni les départs volontaires.6.Pour commenter l\u2019abolition de la mesure d\u2019achat de livres en 2014-2015, le ministre Bolduc a soutenu qu\u2019 « il n\u2019y a pas un enfant qui va mourir de ça » ce qui a provoqué l\u2019ire d\u2019une large tranche de la population québécoise.?est-il normal de vivre sous la menace constante de voir disparaître entièrement son budget ainsi que sa seule ressource professionnelle dûment diplômée au début de chaque année scolaire? Les applications OCLC WorldShare proposent une nouvelle approche pour la gestion coopérative des chaînes de travail en bibliothèques.\u2022 Acquisitions \u2022 Analytiques \u2022 Prêts \u2022 Recherche \u2022 Prêts entre bibliothèques \u2022 Gestion des licences \u2022 Gestion des métadonnées Pour en savoir davantage, veuillez nous rendre visite au www.oclc.org.regroupe les données et les activités de bibliothèques afin de et vous permettre de concentrer vos efforts sur les services à vos utilisateurs.rationaliser les chaînes de travail améliorer la gestion des contenus électroniques alléger les tâches routinières J U S Q U \u2019 À 9 0 % D E R A B A I S S U R L E P R I X E N K I O S Q U E Offre d\u2019une durée limitée.Les prix rayés sont ceux en kiosque.Certaines conditions peuvent s\u2019appliquer.Prix et disponibilité des publications sujets à changements sans préavis.Taxes en sus.Imprimé 01/2016.P O U R Q U O I P A Y E R P L U S C H E R ?L E S P L U S B A S P R I X G A R A N T I S ! SERVICE D\u2019ABONNEMENTS AUX BIBLIOTHÈQUES -65 % 1 an 57,48 $ 20,00 $ 13,95 $ 1 an 49,90 $ 13,95 $ -30 % 1 an 54,45 $ 37,95 $ -40 % 1 an 51,60 $ 30,95 $ -33 % 1 an 90,00 $ 59,95 $ -36 % 1 an 38,70 $ 24,95 $ -33 % 1 an 52,50 $ 34,95 $ vENDREDI 6 NOvEMbRE 2015 Encore Weise et Desharnais PAGES 84 à 87 4 1 DEMAIN NO RE A IER P IAL pAges 2 à 4 + VOICI LALIsTe desMeILLeUResÉCOLes Le Palmarès du Journal 96 ¢ + TAXES rÉGionS eXtÉrieureS 1,04 $ + TX baS-St-laurent, GaSPÉSie, côte-nord, n.-b.1,35 $ + TX 88 pages Vol.XlIX No 244 www.jourNaldeQueBeC.Com 418623-3424 JDQ1897016 J D Q 1 8 9 7 5 7 8 P o t o P i e r r e P a u l P o u l i n -68 % 1 an 400,40 $ 126,36 $ -58 % 1 an 59,88 $ 24,97 $ -72 % 1 an 59,90 $ 16,48 $ -57 % 1 an 87,45 $ 37,95 $ -10 % 1 an 78,00 $ 69,95 $ -47 % 1 an 138,00 $ 73,00 $ -35 % 1 an 41,70 $ 26,95 $ -65 % 1 an 49,50 $ 17,55 $ -73 % 1 an 463,84 $ 126,36 $ -62 % 1 an 65,88 $ 24,95 $ -65 % 1 an 99,50 $ 34,95 $ -58 % 1 an 89,50 $ 37,95 $ -44 % 1 an 35,70 $ 19,95 $ -47 % 1 an 246,48 $ 129,95 $ V O L .C V I N o 2 9 5 L E D E V O I R , L E M A R D I 2 9 D É C E M B R E 2 0 1 5 1 , 1 3 | S + T A X E S = 1 , 3 0 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m L\u2019INSPQ dresse un sombre bilan de la pollution sonore Page A 3 Félix Leclerc inspire à Jean Dion une chronique sur le partisan Page B 6 J E S S I C A N A D E A U P our faire face au vieillissement de la population, Québec veut augmenter de 15% le nombre de personnes qui reçoivent des soins à domicile d\u2019ici cinq ans.Mais bien que le manque de ressources en soins à domicile ait été dénoncé par la protectrice du citoyen l\u2019automne dernier, le ministère de la Santé estime pouvoir offrir plus de services sans injecter plus d\u2019argent.Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît que «le vieillissement de la population, l\u2019augmentation de la prévalence des incapacités et l\u2019anticipation de besoins plus grands en matière de soins de longue durée » doivent se traduire par SOINS À DOMICILE Québec n\u2019investira pas un sou de plus J E A N N E C O R R I V E A U F aute d\u2019entretien, l\u2019église Saint-Gérard-Majella est condamnée.Constr uite en 1962, l\u2019église située à Saint- Jean-sur-Richelieu a été vendue à des promoteurs immobiliers qui la démoliront pour faire place à un projet domiciliaire.Pourtant, cette église, qualifiée de « bijou d\u2019architecture moderne » par plusieurs défenseurs du patrimoine, a obtenu la plus haute cote de classement du Conseil du patrimoine religieux du Québec.Conçue par l \u2019architecte Guy Desbarats, l\u2019église Saint- PROJET IMMOBILIER Une église moderne «majeure» sacrifiée RÉFUGIÉS : LA FAMILLE KURDI ARRIVE AU CANADA -56% 1 n 440,96 $ 192,95$ 14,95 $ 1 an 59,88 $ 14,95 $ 14,95 $ 1 an 32,94 $ 14,95 $ 9,95 $ 1 an 29,70 $ 9,95 $ -52 % 1 an 45,90 $ 21,95 $ -36 % 26 nos 155,74 $ 99,00 $ -26 % 1 an 341,12 $ 252,00 $ -70 % 1 an 125,10 $ 36,99 $ 12,95 $ 1 an 26,94 $ 12,95 $ -43 % 1 an 56,28 $ 31,95 $ -46 % 1 an 83,40 $ 44,95 $ -27 % 1 an 26,00 $ 18,95 $ -57 % 1 an 39,92 $ 16,99 $ -51 % 12 nos 51,00 $ 24,95 $ 14,95 $ 8 nos 23,60 $ 14,95 $ -39 % 1 an 54,45 $ 32,95 $ 14,95 $ 1 an 59,90 $ 14,95 $ -30 % 1 an 54,45 $ 37,95 $ 13,95 $ 12 nos 47,40 $ 13,95 $ -73 % 1 an 59,88 $ 15,95 $ -62 % 1 an 155,48 $ 58,95 $ -83 % 1 an 181,74 $ 31,50 $ 300 TITRES DISPONIBLES ! 40 TITRES À 15 $ OU MOINS 38 NOUVELLES PUBLICATIONS ! -78 % 2 ans 367,08 $ 79,99 $ VISITEZ NOTRE SITE DÉDIÉ EXCLUSIVEMENT AUX BIBLIOTHÈQUES.Obtenez facilement et rapidement une soumission en ligne, sans obligation ultérieure de votre part.www.rabaiscampus.com/biblio www.rabaiscampus.com/biblio "]
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