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Titre :
Argus
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ),[1971]-2021
Contenu spécifique :
Vol. 45, No 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
trois fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de nouvelles (Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec)
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Références

Argus, 2017, Collections de BAnQ.

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[" L A R E V U E Q U É B É C O I S E D E S P R O F E S S I O N N E L S D E L \u2019 I N F O R M A T I O N V O L U M E 4 5 , N O 2 \u2014 2 0 1 7 / P O S T E P U B L I C A T I O N 4 0 0 2 1 8 0 1 _ ET SI L\u2019ON PARLAIT LA LANGUE DE L\u2019ARGENT _ \u2019 .\u2019 , B ; Corporation des bibliothécaires s professionnels du Québec Cormeoration of Professionel Librarans of Quebec Corpo 3.0 : \u201con jase\u201d La CBPQ a amorcé une réflexion pour son plan stratégique triennal.Nous désirons nous fixer des objectifs a long terme qui seront en adéquation avec les besoins des bibliothécaires d\u2019aujourd\u2019hui.Pour ce faire, nous voulons vous rencontrer et \u201cjaser\u201d avec vous.Venez parler avec votre CA aujourd'hui de la Corpo que vous souhaitez pour demain.Date : 8 juin 2017, 13:00 à 16:00 Lieu : Montréal, à déterminer Inscription gratuite : goo.gl/VIhnY0 Programme de I\u2019apres-midi 13:00 Accueil 13:05 L'opinion de la \u201cmajorite silencieuse\u201d : ce que nos membres nous disent dans deux sondages et dans leurs commentaires en 2017 13:15 \u201cL'inspiration\u201d - Table ronde - quelles sont les activités de la CBPQ qui incarnent le mieux [a mission d\u2019aujourd'hui et celle de demain?14:15 Discussions en petits groupes : quelles sont les activités sur lesquelles la CBPQ doit se concentrer dans les prochaines années et comment les réaliser au mieux?15:30 Retour en plénière pour dégager les principales orientations 16:00 Conclusion et fin Vous ne pouvez pas venir?Donnez-nous vos commentaires et ils seront communiqués aux participants le 8 juin.Voici les principales questions abordées durant cette rencontre : - Dans quelles activités la mission de la CBPQ s\u2019incarne le plus aujourd\u2019hui?- Quelles autres activités la CBPQ devrait-elle mettre en place pour répondre au mieux à sa mission?Vous pouvez envoyer vos commentaires d\u2019ici le 25 mai 2017 à dg@cbpq.qc.ca VOLUME 45, NO 2 LE MOT DE PRÉSENTATION // 5 Bibliothèque(s) & Argent [Marie-Eve Auclair] DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Des millions en don pour des bibliothèques [Guy Gosselin] // 6 Valeur des bibliothèques, des archives et des musées dans un monde en mouvement : Faits saillants du Sommet et regard vers le futur [Zeïneb Gharbi] // 8 La philanthropie et la bibliothèque : Un nouveau modèle [Véronique Parenteau] // 13 Des pauvres à la bibliothèque.Enquête au Centre Pompidou [julien Perrier-Chartrand] // 18 Measuring the economic value of libraries [Andrew Tessler] // 21 L\u2019argent et les bibliothécaires [Stéphanie A.Grenier] // 25 Utiliser les statistiques des bibliothèques publiques pour évaluer, plani?er et convaincre [Sophie Loiselle] // 29 Positionner la bibliothèque : Enjeux et dé?s dans le milieu collégial [Claire Giroux] // 33 375e de Montréal \u2013 La naissance de la lecture publique à Montréal [François Séguin] // 37 Chronique rurale \u2013 Reconnaître la valeur des bibliothèques publiques [Catherine St-Arnaud-Babin] // 42 Les 500 mots métiers \u2013 Un nouvel outil pour les professionnels de l\u2019information [Marie-Claire Barbeau-Sylvestre] // 44 6 à 8 de la CBPQ : Table ronde sur la gestion en bibliothèque [Stéphanie Dupa] // 46 La curation de contenus : une activité stratégique pour accroître la visibilité de la bibliothèque [Elsa Drevon, Christine Dufour et Dominique Maurel] // 49 Un mot de la nouvelle directrice générale de la CBPQ // 54 Du nouveau pour Argus //54 I L L U S T R A T I O N : J .W .S T E W A R T J Corporation des bibliothécaires \u2019 professionnels du Québec Corporation of Professional Librarians of Quebec Rabais corporatifs Les membres de la CBPQ bénéficient de rabais dans ces organismes et entreprises.MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTREAL NEWRY | lunetterie LES GRANDS EXPLORATEURS COM mm L\u2019Artothèque SALON DU LIVRE Des œuvres chez vous DE MONTREAL [©] Webinaires (offerts en différé) Nos webinaires sont disponibles en différé.Inscrivez-vous pour y avoir accès.Un club de lecture vivant et motivant Formatrice: Mélanie Trudeau-Lauzon Apprivoiser les outils de veille informationnelle Formatrice: Anik Dumont-Bissonnette Comment élaborer une stratégie d'implantation de réseaux sociaux Formatrice: Daphné Bélizaire Le web sémantique et bibliothèque numérique Formatrice: Lyne DaSylva Les applications mobiles pour gagner en productivité Formatrice: Elena Bubelich Et d'autres, visitez cbpq.qc.ca/activites argus | VOLUME 45 - NO 2 | 5 LE MOT DE PRÉSENTATION Et si l\u2019on parlait la langue de l\u2019argent ?Cette question, à la fois boutade et dé?, lancée aux bibliothécaires, a constitué le cœur de notre ré?exion pour le présent Argus.Quels rapports les bibliothèques entretiennent-elles avec le développement, l\u2019économie ou le marketing, en un mot, l\u2019argent ?La Déclaration des bibliothèques du Québec stipule que les bibliothèques sont des « vecteurs de lit- tératie de développement durable » (BAnQ, 2016).Pourrait-on ainsi soutenir qu\u2019elles sont des véhicules d\u2019enrichissement sociétal et économique ?C\u2019est ce que laisse supposer un rapport récent de l\u2019OCDE démontrant que l\u2019augmentation du taux de littératie de 1 % dans une population donnée fait grimper son PIB par habitant de 1,5 % ?Le Québec compte près de 4000 bibliothèques.Comment se portent-elles?Comment ces bibliothèques et celles d\u2019ailleurs répondent-elles à leurs dé?s ?nanciers ?Saisissent- elles les opportunités qui se présentent à elles ?En ouverture, Guy Gosselin, le président du conseil d\u2019administration de la CBPQ, nous plonge dans le monde de la philanthropie en bibliothèques.Puis, Zeïned Gharbi offre un compte-rendu du dernier Sommet de BAC portant sur la valeur économique des bibliothèques, tandis que Stéphanie Dupa nous propose un résumé du dernier 6 à 8 de la CBPQ sur le thème de la gestion en bibliothèque.Ensuite, une entrevue avec Marie-Claude Collet, directrice générale de la Fondation de BAnQ, réalisée par Véronique Parenteau, nous révèle le rôle et l\u2019importance de cette instance.Andrew Tessler, dans un article suivant, nous démontre l\u2019apport économique important des bibliothèques et leur impact positif sur nos sociétés.Sophie Loiselle, quant à elle, nous enjoint à utiliser les statistiques des bibliothèques pour évaluer, plani?er et convaincre.Dans le même esprit, Claire Giroux nous entretient des dé?s à relever pour bien positionner la bibliothèque collégiale auprès de ses décideurs.La réalité des bibliothèques rurales est souvent différente de celles situées en milieu urbain.Ce pourquoi, Catherine St-Arnaud-Babin, elle-même bibliothécaire en Mauricie, nous livre une chronique sur la situation des bibliothèques rurales et leur valeur économique.En?n, Elsa Drevon, Christine Dufour et Dominique Maurel nous font découvrir la curation de contenus et ses opportunités pour le milieu des bibliothèques.En complément, trois présentations de livres ayant retenu notre attention concluent cette édition.D\u2019abord, Julien Perrier-Chartrand propose un compte-rendu commenté de Des pauvres à la bibliothèque, ensuite Marie-Claire Barbeau-Sylvestre nous offre une présentation de Les 500 mots métiers.Bibliothèques, archives, documentation, musées et en?n, François Séguin nous propose quelques extraits remaniés de son livre D\u2019obscurantisme et de lumières.La bibliothèque publique au Québec.À tous, une belle lecture ! Marie-Eve Auclair Rédactrice en chef, Argus Bibliothèque(s) & Argent COMITÉ ARGUS : MARIE-EVE AUCLAIR \u2013 RÉDACTRICE EN CHEF, MARIE-CLAIRE BARBEAU-SYLVESTRE, VIOLAINE FORTIER, ARIANE LEGAULT-VENNE, YVON-ANDRÉ LACROIX, MAGALI MORIN, MYLÈNE PICARD, ANAÏS SALOMON // COLLABORATION : CATHERINE MONGEAU // CORRECTIONS ET RELECTURE : MERCI À EDWARD BILODEAU, ARIANE LEGAULT-VENNE, JULIETTE TIRARD-COLLET, MARIE TREMBLAY // ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE : J.W.STEWART - WWW.JWSTEWART.NET/ILLUSTRATION // DIRECTION ARTISTIQUE : MARTINE MAKSUD - MAKSUDGRAPHISME.COM // IMPRESSION - JB DESCHAMPS // PUBLICITÉ - AURORE ACAPO 514 845-3327 // ARGUS SUR LE WEB : HTTP://CBPQ.QC.CA/PUBLICATIONS/ARGUS DÉPÔT LÉGAL.BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA.BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC ISSN 0315-9930 POSTE PUBLICATION 40021801 - TIRAGE 1000 EXEMPLAIRES // ARGUS EST UNE REVUE PUBLIÉE TROIS FOIS L\u2019AN PAR LA CORPORATION DES BIBLIOTHÉCAIRES PROFESSIONNELS DU QUÉBEC (C.B.P.Q.) DONT LE SIÈGE SOCIAL EST SITUÉ AU : 1453, RUE BEAUBIEN EST, BUREAU 215, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2G 3C6 - TÉLÉPHONE : 514 845-3327 - TÉLÉCOPIEUR : 514 845-1618, INFO@CBPQ.QC.CA // TOUS LES TEXTES PUBLIÉS DANS LA REVUE EXPRIMENT LES POINTS DE VUE ET OPINIONS DES AUTEURS ET N\u2019ENGAGENT QUE CEUX-CI.ABONNEMENT ANNUEL 33 $ (QUÉBEC TARIF INDIVIDUEL 12 $ LE NUMÉRO ) QUÉBEC INSTITUTIONNEL 40 $ (15 $ LE NUMÉRO) CANADA 48 $ (17 $ DU NUMÉRO) ÉTATS-UNIS 48 $ CAD.(17 $ CAD.DU NUMÉRO) ÉTRANGER 50 $ CAD., ÉTUDIANTS (QUÉBEC, CANADA) 23 $.TOUTE DEMANDE CONCERNANT LES NUMÉROS MANQUANTS DOIT ÊTRE ENVOYÉE AU PLUS TARD UN MOIS APRÈS LA DATE DE PARUTION AU SECRÉTARIAT DE LA C.B.P.Q.TOUTE REPRODUCTION DES ARTICLES, EN TOTALITÉ OU EN PARTIE, DOIT ÊTRE AUTORISÉE PAR LE COMITÉ DE RÉDACTION.LES ARTICLES DE LA REVUE SONT INDEXÉS DANS : > ARTICLEFIRST (OCLC) > FRANCIS > LIBRARY, INFORMATION SCIENCE& TECHNOLOGY ABSTRACTS (LISTA) > LIBRARY LITERATURE > REPÈRE > WILSON OMNI. 6 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Des millions en don pour des bibliothèques G U Y G O S S E L I N / En 2013, j\u2019assistais à la conférence de l\u2019ALA à Chicago lorsqu\u2019un ami bibliothécaire m\u2019a proposé de l\u2019accompagner pour visiter la nouvelle bibliothèque Joe and Rika Mansueto, de l\u2019Université de Chicago.J\u2019ai accepté, car j\u2019aime bien m\u2019inspirer des nouvelles bibliothèques.La Joe and Rika Mansueto Library est une bibliothèque spectaculaire dont la partie visible est un immense dôme de verre, alors que les collections sont sous terre.Je vous invite par ailleurs à aller voir sur internet quelques photos de ce bâtiment hors du commun.J\u2019ai été particulièrement impressionné par le système robotisé de recherche et de livraison de livre, d\u2019une ef?cacité remarquable.Outre le bâtiment lui-même, ce qui m\u2019a frappé, c\u2018est que sa réalisation, au coût de plus de 80 M$, a été rendue possible grâce à un don de 25 M$ de Joe et Rika Mansueto1, deux diplômés de l\u2019Université de Chicago.En 2011, j\u2019avais également eu le plaisir de visiter la Taylor Family Digital Library de l\u2019Université de Calgary, une magni?que bibliothèque de 6 étages, dont la construction, plus de 200 M$, avait été rendue possible grâce à un don de 25 M$ de Don and Ruth Taylor2, des amis et supporteurs de l\u2019Université de Calgary.Les bibliothèques universitaires ne sont pas les seules à recevoir des dons exceptionnels.Ainsi, en 2008, M.Stephen A.Schwarzman a donné 100 M$ à la New York Public Library3 pour la rénovation et l\u2019agrandissement du bâtiment principal, doté d\u2019une magni?que salle de lecture construite il y a 100 ans.Au Québec, il est dif?cile de compétitionner avec les États-Unis au chapitre de la taille des dons visés.Cependant, il faut être conscients qu\u2019un don plus modeste peut servir parfois de bougie d\u2019allumage pour favoriser l\u2019investissement public et ainsi accroître la somme globale investie.C\u2019est le cas à Saint-Lambert, où un Lambertois a décidé en 2013 de donner 1,2 M$ pour développer la bibliothèque La biblioth?que poss?de un pouvoir d\u2019attraction sur les donateurs qui est loin d\u2019?tre insignifiant.Ce n\u2019est pas sans raison.La biblioth?que joue dans la soci?t?un r?le noble et important, celui de gardien et de diffuseur du savoir.Ayant une formation en philosophie et en sciences de l\u2019information, Guy Gosselin est actuellement Directeur du Service de la bibliothèque de l\u2019ÉTS.Il est membre du Sous-comité des bibliothèques du BCI, président du Groupe de travail sur la promotion du développement des compétences informationnelles (Université du Québec) et président de la CBPQ.Il s\u2019intéresse en particulier au développement de la bibliothèque comme milieu de vie et au soutien à la recherche universitaire notamment par la valorisation des publications au moyen de la bibliométrie et du libre accès. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 7 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT municipale et en améliorer les services, en particulier pour les aînés, ce qui a permis à la ville d\u2019entreprendre des travaux importants de modernisation de la bibliothèque4.Tout cela pour dire que la bibliothèque possède un pouvoir d\u2019attraction sur les donateurs qui est loin d\u2019être insignifiant.Ce n\u2019est pas sans raison.La bibliothèque joue dans la société un rôle noble et important, celui de gardien et de diffuseur du savoir.Ce rôle, qui peut remonter jusqu\u2019à l\u2019Antiquité, prend encore plus d\u2019importance aujourd\u2019hui dans une société dite du savoir comme le souligne d\u2019ailleurs la Déclaration des bibliothèques québécoises : « La bibliothèque est un bien collectif et un lieu où se développe une relation aux savoirs faite d\u2019exploration, d\u2019échange, de connaissances, de culture et d\u2019enrichissement ».Les gens du milieu documentaire ne sont pas les seuls à reconnaître l\u2019importance de ce rôle.La campagne d\u2019engouement pour la Déclaration nous a permis de découvrir des supporteurs provenant de tous les horizons de la société, certains plus proches naturellement de notre milieu, comme un auteur ou un comédien, mais aussi d\u2019autres moins attendus, comme une boxeuse ou un président de banque.Les bibliothèques sont « .des leviers de développement économique et social »5, affirme Louis Vachon, président et chef de la direction de la Banque nationale du Canada.Cette reconnaissance d\u2019un acteur important du monde des affaires contribue certainement à hausser le prestige des bibliothèques dans ce milieu et ainsi susciter l\u2019intérêt d\u2019éventuels donateurs.Le rôle traditionnel de notre profession est d\u2019assurer la conservation et l\u2019accès à l\u2019information.Au XXIe siècle, s\u2019ajoutent à ce rôle de nouvelles expertises qui vont, par exemple, de la bibliométrie à l\u2019animation en passant par l\u2019aménagement d\u2019espaces pour faire de la bibliothèque un troisième lieu.Ce n\u2019est là qu\u2019un aperçu de l\u2019éventail diversifié des activités couvertes aujourd\u2019hui par les bibliothécaires.Qui sait, la recherche de donateurs sera peut-être une nouvelle couleur professionnelle dans une palette déjà riche ?1.U C h i c a g o N e w s , h t t p s : / / n e w s.u c h i c a g o.e d u / article/2008/05/12/university-chicago-receives-25-million- gift-morningstar-ceo-support-new-library-b 2.University of Calgary, http://tfdl.ucalgary.ca/funding 3.Business Insider, www.businessinsider.com/steve-schwarz- man-didnt-show-up-to-the-ribbon-cutting-ceremony-at- the-building-he-donated-2011-2 4.www.saint-lambert.ca/fr/services-recreatifs/bibliotheque/ fondation-des-amis-de-la-bibliotheque 5.La Presse plus, 4 novembre 2016 ?Les biblioth?ques sont « .des leviers de d?veloppement ?conomique et social », affirme Louis Vachon, pr?sident et chef de la direction de la Banque nationale du Canada.Cette reconnaissance d\u2019un acteur important du monde des affaires contribue certainement ?hausser le prestige des biblioth?ques dans ce milieu. 8 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Valeur des bibliothèques, des archives et des musées dans un monde en mouvement Faits saillants du Sommet et regard vers le futur Z E Ï N E B G H A R B I / Au début du mois de décembre 2016, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a organisé en partenariat avec l\u2019Association des musées canadiens, sous l\u2019égide de la Commission canadienne pour l\u2019UNESCO, « À nous la rue : Sommet sur la valeur des bibliothèques, des archives et des musées dans un monde en mouvement.» Le Sommet avait pour objectif de se pencher sur la valeur sociale et économique des bibliothèques, des archives et des musées, de partager des résultats de recherche et de discuter de collaborations, d\u2019innovations et de partenariats futurs entre les divers participants.L\u2019événement a accueilli près de 300 participants sur place1.Les conférenciers, les panélistes et les modérateurs représentaient six organismes fédéraux, onze organisations publiques, privées ou indépendantes et quatre organisations internationales (de Grande-Bretagne, de Nouvelle- Zélande, de Suisse et des États-Unis).On le sait, l\u2019argent a toujours été le nerf de la guerre et continue à l\u2019être.Le monde de la culture \u2013 aussi noble soit-il \u2013 n\u2019y échappe pas.Or, parler d\u2019argent reste tabou, d\u2019autant plus que les bibliothèques, les archives et les musées sont de prime abord associés au savoir, à la mémoire, à l\u2019histoire et au patrimoine documentaire.Dans le même contexte, la pertinence des bibliothèques et autres institutions de mémoire est mise à rude épreuve chaque fois qu\u2019il s\u2019agit de contraintes budgétaires, de rationalisation et de faire mieux avec moins, pour reprendre les expressions d\u2019usage.Ces institutions sont-elles encore nécessaires dans un monde dominé par l\u2019instantanéité de l\u2019information, accessible au bout de nos claviers grâce aux Google, Facebook, Amazon et Twitter de ce monde?Mais de quelle information parle-t-on au juste, de quelle culture et de quel savoir?L\u2019expérience de plusieurs bibliothèques publiques a démontré la vitalité de ces institutions.Le franc succès de la Grande Bibliothèque, à Montréal, en Le Sommet avait pour objectif de se pencher sur la valeur sociale et ?conomique des biblioth?ques, des archives et des mus?es, de partager des r?sultats de recherche et de discuter de collaborations, d'innovations et de partenariats futurs entre les divers participants.L\u2019?v?nement a accueilli pr?s de 300 participants sur place.Détentrice d\u2019une maîtrise et d\u2019un doctorat en sciences de l\u2019information de l\u2019EBSI, Zeïneb Gharbi œuvre au sein de BAC depuis 2007, où elle assure des fonctions liées à l\u2019élaboration des recherches et des analyses et au développement des politiques.Auparavant, elle était chargée de cours à l\u2019UdM dans le programme du Certi?cat en gestion de l\u2019information numérique.Ses intérêts professionnels sont les données ouvertes, les médias sociaux, les compétences des professionnels de l\u2019information et l la collaboration entre les institutions de mémoire, dans le contexte de l\u2019administration publique fédérale. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 9 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?P H O T O : E R I C C H E R R Y , G R A C I E U S E T É D E B I B L I O T H È Q U E E T A R C H I V E S C A N A D A témoigne; d\u2019autres bibliothèques canadiennes ont emboîté le pas, par exemple à Halifax2 et à Winnipeg3, ou sont en train de le faire, comme dans le cas de la nouvelle bibliothèque publique d\u2019Ottawa4.Il est vrai que la vocation et les activités des institutions de mémoire ont évolué dans la dernière décennie, et celles-ci sont devenues des espaces plus ouverts au public, des espaces d\u2019échanges, de rencontres et de collaboration.C\u2019est là aussi que réside la force de ces institutions, qui ont su s\u2019adapter tant à leur environnement en constante mutation qu\u2019aux attentes changeantes de leurs usagers.Revenons donc à la langue de l\u2019argent : et si le salut des bibliothèques passait, entre autres, par la démonstration de leur impact économique dans la société?De plus en plus de recherches et d\u2019expérimentations liées aux industries créatives démontrent que les bibliothèques ont, dans la vie des citoyens et des entrepreneurs locaux, un impact socioécono- mique plus grand que ce qu\u2019on serait porté à croire.À ce sujet, dans une conférence donnée à BAC le 11 janvier dernier, Alberto Manguel soulignait le rôle que jouent les bibliothèques pour former de meilleurs citoyens.Il présentait les bibliothèques comme des laboratoires d\u2019expérimentation et de création ouverts à tous les citoyens.Le Sommet « À nous la rue » était composé de trois ateliers principaux5 pendant lesquels des conférenciers6 ont discuté de divers aspects relatifs à la valeur des bibliothèques, des archives et des musées, de partenariats non traditionnels, d\u2019innovations, de dé?s et de projets futurs dans le but commun de faire connaître davantage leurs collections respectives et de mieux servir leurs usagers.Les présentations et les discussions qui ont eu lieu au Sommet ont permis de dégager cinq principaux thèmes d\u2019orientation pour une meilleure valorisation des institutions de mémoire, thèmes qui sont présentés dans ce qui suit.TRAVA I L LER EN PAR TENAR IAT POUR INNOVER Dans le cadre du Sommet, des expérimentations novatrices ont été présentées, démontrant que collaborer avec des partenaires non traditionnels est une clé du succès.Ainsi, le Musée canadien de l\u2019immigration du Quai 21 a collaboré avec l\u2019aéroport Stan?eld d\u2019Halifax a?n d\u2019accueillir les nouveaux arrivants au Canada.Ce partenariat a permis d\u2019atteindre les résultats désirés, mais aussi de créer des synergies prometteuses et imprévues entre deux institutions ayant des mandats différents.Un autre exemple était le témoignage du réalisateur Derek Kwan, qui De gauche à droite : Mark O\u2019Neill, Sébastien Goupil, John McAvity, Randy Boissonnault, Donna Livingstone, Guy Berthiaume, Eric Sze-Lang Chan, Chris Kitzan. 10 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT a parlé d\u2019une collaboration initiale avec le laboratoire d\u2019innovation de la Bibliothèque publique de Vancouver lui permettant de réaliser son documentaire, ce qui a donné lieu par la suite à des présentations dans des festivals de ?lms, puis à la Canadian Broadcasting Corporation (CBC).CONTENU NUMÉR IQUE ET FRÉQUENTAT ION DES L I EUX PHYS IQUES C\u2019est le thème qui était le plus récurrent du Sommet.Bon nombre de participants s\u2019entendaient sur le fait que les institutions de mémoire répondent activement à la demande accrue de contenu numérique et continuent à chercher des façons de demeurer pertinentes et présentes dans l\u2019environnement numérique, tout en démocratisant davantage l\u2019accès à leurs collections.À ce sujet, les bibliothèques se distinguent largement par leur présence à la ?ne pointe du numérique, notamment le réseau des bibliothèques publiques de Toronto, réseau le plus visité en Amérique du Nord.Les pratiques novatrices incluent les marathons de programmation, les rencontres et les ateliers, ainsi que les séminaires pour les petites entreprises, ces derniers visant à aider les administrateurs à s\u2019adapter aux technologies perturbatrices et aux nouveaux modèles opérationnels ou, encore, à mettre en œuvre leurs propres initiatives numériques.Compte tenu de cette présence numérique croissante, un paradoxe a été constaté au cours du Sommet : la popularité accrue des institutions de mémoire en ligne entraîne une popularité accrue concomitante de leurs lieux physiques.Bien que cette af?rmation semble contre-intuitive, il est avéré que lorsque les usagers découvrent l\u2019existence des collections en ligne, ils veulent ensuite faire l\u2019expérience concrète de toucher ou de voir l\u2019artéfact authentique.Or, cela pose un autre dé?: celui de disposer des budgets nécessaires pour continuer à mettre du contenu en ligne, tout en maintenant et en améliorant les services en personne.MISE EN VALEUR DES INST I TUT IONS DE MÉMO IRE « Parler le langage des décideurs », c\u2019est être en mesure de quanti?er et de communiquer aux décideurs la valeur (surtout économique) des institutions de mémoire qui se trouvent en concurrence avec les écoles, les hôpitaux ou les projets d\u2019infrastructure qui, tous, requièrent également du ?nancement public.Des études d\u2019impact économique récentes effectuées pour la British Library, la Bibliothèque publique de Toronto et la Bibliothèque publique d\u2019Ottawa ont démontré que chaque dollar investi dans les bibliothèques entraîne un rendement économique d\u2019environ cinq dollars.D\u2019autres études horizontales, réunissant plusieurs institutions, sont encore nécessaires pour valider l\u2019impact économique de cette communauté dans son ensemble auprès des gouvernements et des décideurs.Par ailleurs, l\u2019analyse de l\u2019impact économique n\u2019est qu\u2019un élément de l\u2019illustration de la valeur, car les institutions de mémoire jouent un rôle social, culturel et politique de première importance.Il importe donc qu\u2019elles trouvent des manières de démontrer aux gouvernements et aux décideurs leurs impacts concrets sur la société à long terme.Les pratiques novatrices incluent les marathons de programmation, les rencontres et les ateliers, ainsi que les s?minaires pour les petites entreprises, ces derniers visant ?aider les administrateurs ?s\u2019adapter aux technologies perturbatrices et aux nouveaux mod?les op?rationnels ou, encore, ?mettre en œuvre leurs propres initiatives num?riques. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 11 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?P H O T O : E R I C C H E R R Y , G R A C I E U S E T É D E B I B L I O T H È Q U E E T A R C H I V E S C A N A D A I NDUSTR IES CULTURELLES ET CRÉATR ICES En tant que catalyseurs de création, les institutions de mémoire jouent un rôle fondamental sur le plan culturel.Elles constituent une source d\u2019inspiration, un endroit où des liens peuvent se créer, où des collaborations peuvent se développer, où l\u2019histoire peut être expliquée et l\u2019avenir imaginé.L\u2019œuvre de Sarah Hatton intitulée Detachment7, le livre accordéon chinois d\u2019Eric Sze-Lang Chan, ainsi que la présentation sur les archives commémoratives de la Première Guerre mondiale de R.H.Thompson et Mike Wallace ont été cités comme des exemples du rôle des institutions de mémoire en tant que source de création.POL I T IQUES PUBL IQUES ET RÈGLEMENTAT ION Les institutions de mémoire opèrent dans un contexte régi par une multitude de règles et de politiques publiques touchant, par exemple, le droit d\u2019auteur et la propriété intellectuelle.Pour les artistes, la dif- ?culté de protéger leurs œuvres numériques et, par conséquent, d\u2019être rémunérés à leur juste valeur représente un dé?majeur.Pour les institutions, les licences des publications électroniques, la protection des renseignements personnels, la disponibilité (ou non) d\u2019Internet haute vitesse dans les régions rurales sont autant de facteurs à prendre en considération lorsque des projets d\u2019innovation voient le jour.LE MOT DE L A F IN : L A DÉCL ARAT ION D \u2019OTTAWA (2016 ) Unir les efforts des institutions de mémoire pour faire face aux défis de tous genres auxquels elles sont confrontées n\u2019est pas une idée nouvelle.D\u2019ailleurs, la création de BAC et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), issues toutes les deux de la fusion de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales, montre que le Canada est à l\u2019avant-garde dans la gestion de son patrimoine documentaire.L\u2019idée centrale qui a motivé ces deux fusions d\u2019envergure consistait à établir des associations et regrouper des expertises et des services pour mieux préserver le patrimoine documentaire du pays et pour répondre aux besoins et demandes des usagers de façon optimale.Le Sommet est venu renforcer l\u2019importance de collaborer pour le bien de tous, institutions et citoyens.C\u2019est dans cette veine que le bibliothécaire et archiviste du Canada, Guy Berthiaume, a proposé en conclusion du Sommet la Déclaration d\u2019Ottawa, qui a été adoptée à l\u2019unanimité par les participants : Rassemblés à Ottawa pour le Sommet À nous la rue, les membres de la communauté des bibliothèques, des archives et des musées s\u2019engagent à trouver des nouvelles manières de collaborer pour accroître la visibilité et l\u2019impact de nos institutions de mémoire.De gauche à droite : Francesco Manganiello; Andrew Tessler ; John McAvity; Marie Chapman; Paul Gilbert; Vickery Bowles; Guy Berthiaume; Patrice Landry; Victoria Dickenson; Robert McIntosh; Maureen Sawa; Liz White; Donna Bourne-Tyson; John Roberts; Paul Takala; Dara Price. 12 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT En adoptant cette Déclaration, nous prenons donc ensemble l\u2019engagement d\u2019adapter et de réinventer continuellement nos institutions; un engagement qui vise avant tout à permettre aux Canadiennes et aux Canadiens de reconnaître la pleine valeur des bibliothèques, des archives et des musées.Ensemble, nous déclarons vouloir : ¬ accroître la collaboration entre nos institutions et nos réseaux aux niveaux local et national a?n de mettre de l\u2019avant des nouveaux partenariats qui vont stimuler la créativité et renforcer l\u2019engagement; ¬ élaborer des programmes et des services novateurs et adopter des technologies qui vont nous donner les moyens de faire participer nos publics; et ¬ enrichir et élargir l\u2019accès à nos collections, a?n de contribuer de façon signi?cative au bien commun et au développement durable.Le Sommet a ainsi agi comme révélateur de l\u2019unité des institutions de mémoire, celles-ci misant de plus en plus sur leurs dénominateurs communs plutôt que sur leur singularité, tel que l\u2019incarne le texte de la Déclaration d\u2019Ottawa.1.Quelque 330 autres participants ont suivi le Sommet en direct grâce à la webdiffusion.2.Halifax Central Library.http://halifaxcentrallibrary.ca/ [Accessible le 3 février 2017].3.Winnipeg Public Library.http://wpl.winnipeg.ca/library/ [Accessible le 3 février 2017].4.Une nouvelle bibliothèque centrale dans la capitale.www.bibliothequepubliquedottawaamis.ca/fr/news/0/146/ [Accessible le 3 février 2017].5.L\u2019ordre du jour détaillé du Sommet est disponible sur le site de BAC.www.bac-lac.gc.ca/fra/a-notre-sujet/evenements/ Documents/BAC-sommet-agenda.pdf, ainsi que les résumés des conférences www.bac-lac.gc.ca/fra/a-notre-sujet/ evenements/Pages/2016/Resume-presentation-sommet.aspx [Accessible le 3 février 2017].6.Les biographies de tous les intervenants du Sommet sont également disponibles sur le site de BAC.www.bac-lac.gc.ca/fra/a-notre-sujet/evenements/Pages/2016/biogra- phies-sommet-biblio-archives-musees.aspx [Accessible le 3 février 2017].7.Une vidéo à propos de l\u2019œuvre Detachment.http://sara- hhattonartist.com/portfolio_page/detachment/ [Accessible le 3 février 2017].? argus | VOLUME 45 - NO 2 | 13 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT P H O T O : © M I C H E L L E G E N D R E P R O P O S R E C U E I L L I S P A R V É R O N I Q U E P A R E N T E A U Afin de continuer à mettre en œuvre des projets mobilisateurs et innovants, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) jouit du soutien de la Fondation de BAnQ (fondation.banq.qc.ca).Celle-ci, grâce à l\u2019appui de nombreux partenaires, des membres de son conseil d\u2019administration et des Amis de BAnQ (amis.banq.qc.ca), recueille des fonds pour l\u2019aider à accomplir ses missions.Nous avons rencontré sa directrice générale, Marie-Claude Collet, pour en savoir plus.Entretien avec Mme Marie-Claude Collet - Directrice générale, Fondation BAnQ La philanthropie et la bibliothèque Un nouveau modèle Au service de Bibliothèque et Archives nationales du Québec depuis 2002, Véronique Parenteau a notamment travaillé aux acquisitions de la Collection universelle et dans la section Musique et ?lms de la Grande Bibliothèque comme bibliothécaire de référence.Depuis 2013, elle se consacre quotidiennement à des dossiers liés aux services et aux ressources numériques.Web, médias sociaux, outils de recherche et rédaction forment son univers professionnel.Elle s\u2019apprête maintenant à approfondir ses compétences en entreprenant un diplôme d\u2019études supérieures spécialisées en édition numérique.?Madame Marie-Claure Collet, Directrice général - Fondation BAnQ. 14 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT POURQUOI UNE GRANDE INSTITUTION CULTURELLE ET SA GRANDE BIBLIOTHÈQUE DOIVENT-ELLES AVOIR RECOURS À UNE FONDATION AFIN DE SOUTENIR LEURS MISSIONS?Bien que BAnQ soit ?nancée par le gouvernement, il arrive que pour certains projets elle doive trouver de l\u2019argent ailleurs que dans ses budgets de fonctionnement.C\u2019est de là que vient le besoin de faire du développement de partenariats ?nanciers; donc, d\u2019avoir une fondation.Cela permet de saisir des occasions de projets qui émanent des équipes à l\u2019interne et qui deviennent des incontournables en termes de développement de l\u2019offre aux usagers.En ?n de compte, la Fondation est là pour aider BAnQ à poursuivre ses missions et à boni?er son offre de service.QUI SONT VOS PARTENAIRES?Ils sont de tous les secteurs.Ce sont parfois des individus qui s\u2019intéressent à un programme en particulier, comme « Adoptez un livre! ».Ça peut être d\u2019autres fondations qui soutiennent des projets en éducation, en culture, en insertion sociale\u2026 Il y a des entreprises qui parfois semblent loin de notre mission, mais qui ont des préoccupations semblables aux nôtres.Ce qui crée un lien entre toutes ces entités-là, ce sont des valeurs et des préoccupations partagées : accès à la culture, démocratisation du savoir, diffusion et conservation du patrimoine documentaire, création de programmes de lutte au décrochage scolaire, d\u2019ateliers d\u2019initiation au numérique pour toutes les générations.Évidemment, le virage numérique en cours interpelle plusieurs entreprises et organisations qui nous aident à diminuer la fracture numérique.POUVEZ-VOUS DONNER DES EXEMPLES CONCRETS DE PARTENARIATS RÉCENTS?Bien sûr.Il y a le Square Banque Nationale qui a vu le jour récemment.Ce projet vise plusieurs objectifs.Il y a celui de créer un lieu qui attire les jeunes de 13 à 17 ans, un public qu\u2019on a de la dif?culté à attirer en bibliothèque.Il y a tout l\u2019aspect des nouvelles technologies, de la création numérique, de l\u2019intérêt que cela suscite.Mais derrière ça, il y a aussi des stratégies de promotion de la lecture.Pour un partenaire Le Square Banque Nationale.Le pavillon Poème d\u2019un jour.P H O T O : © M I C H E L L E G E N D R E argus | VOLUME 45 - NO 2 | 15 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT comme la Banque Nationale, tout ce qui concerne la persévérance scolaire, la lecture chez les jeunes, le soutien de l\u2019accès à la documentation est une préoccupation réelle.Il y a moins de décrochage scolaire chez les ?lles, mais elles ont peut-être moins d\u2019intérêt pour les nouvelles technologies.Par le Square, on réussit à les intéresser par l\u2019angle de la création.C\u2019est dans les valeurs associées à la politique de dons de la Banque Nationale que de contribuer à un effort comme celui- là auprès des jeunes.Par ailleurs, deux séries de conférences sont offertes gratuitement aux usagers de la Grande Bibliothèque grâce à des partenariats.Il y a la série Finances personnelles à laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec a d\u2019emblée accepté de s\u2019associer.On y aborde toutes sortes de sujets en demeurant près de la réalité des gens : le travail autonome, l\u2019endettement, l\u2019argent et les enfants, etc.Une autre série de conférences portant sur l\u2019économie sociale a vu le jour récemment.C\u2019est le Mouvement Desjardins qui a souscrit à ce projet et qui le soutient ?nancièrement parce que ça correspond à sa mission, certes, mais aussi parce que nous lui avons proposé d\u2019aborder un thème novateur et pertinent.Ces conférences sont offertes par des gens issus de toutes sortes d\u2019entreprises d\u2019économie sociale.COMMENT FONCTIONNE L\u2019ARRIMAGE ENTRE LES DEUX ENTITÉS QUE SONT BANQ ET SA FONDATION?L\u2019arrimage se fait par un travail en étroite collaboration entre les équipes et la direction de BAnQ, le conseil d\u2019administration de la Fondation et sa permanence.Les projets sont présentés par BAnQ à la Fondation qui accepte ensuite de les soutenir et de les présenter aux donateurs.Une fois que les projets sont appuyés par ceux-ci, il faut livrer la marchandise.Nous devons maintenir la proximité avec nos partenaires, faire de la reddition de compte et pour ça il faut que nous demeurions informés de l\u2019avancement des travaux par les équipes de BAnQ.C\u2019est une synergie au quotidien.L\u2019arrimage se fait de manière organique, je dirais.?Stratège et gestionnaire en communication et en philanthropie relationnelle, Marie-Claude Collet œuvre depuis plus de 25 ans au sein d\u2019organisations privées et publiques.Elle travaille à la Fondation de BAnQ depuis 2013.Elle possède une vaste compréhension des disciplines de la communication et du marketing doublée d\u2019une forte capacité à cerner les enjeux stratégiques et les priorités des entreprises et des organisations, ainsi que leur culture organisationnelle.Elle transpose avec succès cette pratique dans l\u2019univers philanthropique.Marie-Claude Collet Une autre s?rie de conf?rences portant sur l\u2019?conomie sociale a vu le jour r?cemment.C\u2019est le Mouvement Desjardins qui a souscrit ?ce projet et qui le soutient financi?rement parce que ça correspond ?sa mission, certes, mais aussi parce que nous lui avons propos?d\u2019aborder un th?me novateur et pertinent.P H O T O : © J E A N C O R B E I L 16 P H O T O : © B A N Q QUELLE EST LA CULTURE DU MÉCÉNAT DANS L\u2019UNIVERS DES BIBLIOTHÈQUES AU QUÉBEC?Au Canada anglais et aux États-Unis, la philanthropie dans les bibliothèques est une pratique bien établie.Au Québec, la culture du mécénat dans les entreprises culturelles est encore jeune, et encore davantage du côté des bibliothèques.On doit faire de l\u2019éducation auprès des mécènes parce que les bibliothèques évoluent, ont des besoins grandissants.Dans ce contexte, l\u2019implication de partenaires ?nanciers devient incontournable, mais le ré?exe n\u2019est pas encore là parce qu\u2019on pense encore à la bibliothèque dans son rôle « traditionnel ».Par ailleurs, on a l\u2019impression que la gratuité, c\u2019est pour toujours, mais la réalité, c\u2019est que les paramètres ont changé.Il faut donc sensibiliser les donateurs aux besoins des bibliothèques.C\u2019est une culture en émergence.QU\u2019ENTENDEZ-VOUS PAR « NOUVEAU MODÈLE D\u2019AFFAIRES »?CETTE APPROCHE SEMBLE LOIN DE L\u2019UNIVERS CULTUREL ET PARTICULIÈREMENT DE CELUI DE LA BIBLIOTHÉCONOMIE.Je considère qu\u2019une fondation comme celle de BAnQ doit fonctionner un peu comme une PME.Les gens donnent à des organisations qu\u2019ils connaissent et ils veulent savoir pourquoi ils donnent.Quand je suis arrivée à la direction de la Fondation, un de mes premiers objectifs était de faire en sorte que, tout en gardant un air de famille avec BAnQ, elle ait sa propre identité et sa propre mission.Quand on veut créer une entreprise, il faut se trouver une mission, des valeurs et une vision.À partir de ça, on crée son image de marque.Pour moi, la mise sur pied d\u2019une fondation se fait sur le même modèle d\u2019affaires.La Fondation a besoin de rayonner et surtout d\u2019acquérir de la notoriété pour pouvoir intéresser des donateurs et, par le fait même, augmenter sa crédibilité dans le secteur de la philanthropie.Il faut pour ça utiliser les mêmes stratégies, les mêmes moyens qu\u2019une entreprise le ferait pour prospérer dans un univers compétitif.On veut prospérer pour donner plus à BAnQ et à ses usagers.Ça exige une pensée marketing et un souci de notre image de marque.Il faut avoir des outils de communication ef?caces et le bon vocabulaire pour susciter l\u2019intérêt des donateurs et pour créer un lien avec la communauté à laquelle on s\u2019adresse.Au Canada anglais et aux États-Unis, la philanthropie dans les biblioth?ques est une pratique bien ?tablie.Au Qu?bec, la culture du m?c?nat dans les entreprises culturelles est encore jeune, et encore davantage du c?t?des biblioth?ques.Camp de jour de la Grande Bibliothèque. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 17 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT P H O T O : © C É D R I C L A V E N A N T N\u2019EST-IL PAS RISQUÉ DE CRÉER UN MODE DE FINANCEMENT BASÉ SUR DES PARTENARIATS PRIVÉS POUR ASSURER LA MISE EN ŒUVRE DE PROJETS ET LE DÉVELOPPEMENT DE SERVICES ?Oui et non.Évidemment, un service public comme une bibliothèque ne doit pas reposer uniquement sur des partenariats avec le privé.Mais pour moi, c\u2019est un atout d\u2019aller vers l\u2019extérieur, pour deux raisons.Bien sûr, ça nous permet d\u2019aller plus loin, plus vite.Ça nous permet aussi de nous associer à des entreprises qui veulent vraiment s\u2019impliquer.Pour elles, ça peut correspondre à des objectifs d\u2019affaires ou de positionnement, mais tant que nous avons des valeurs et des buts communs, c\u2019est pro?table pour toutes les parties.Et tant mieux si on a des partenaires qui sont dans toutes sortes de secteurs d\u2019activité parce que les activités des bibliothèques touchent toutes les sphères.Est-ce que c\u2019est dangereux?Non.C\u2019est plutôt réjouissant de voir qu\u2019il y a des entreprises privées qui ont envie d\u2019aider les institutions culturelles et de s\u2019impliquer dans la collectivité de cette façon.QUELS SONT LES DÉFIS ET LES AVANTAGES D\u2019UNE FONDATION ASSOCIÉE À LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE?Il faut être à la hauteur d\u2019un lieu, d\u2019une organisation et d\u2019un personnel qui sont reconnus et appréciés, qui jouissent d\u2019un énorme capital de sympathie à travers la communauté; c\u2019est très stimulant! Le dé?, c\u2019est de contribuer à perpétuer cet engouement.C\u2019est un dé?parce que ce que l\u2019on veut soutenir, ce sont des projets innovants, qui répondent aux besoins des citoyens.C\u2019est aussi un dé?de trouver les bons donateurs pour les bons projets.L\u2019avantage, c\u2019est que la Fondation représente une organisation solide qui redonne à la société.Quand on arrive devant un donateur, on a déjà une belle écoute, ce qui est facilitant.COMMENT LA FONDATION DE BANQ SE DÉMARQUE-T-ELLE DES AUTRES FONDATIONS INSTITUTIONNELLES TELLES QUE CELLES DES MUSÉES?On tente de se démarquer en proposant des projets, ou même des activités-béné?ces, qui sont collés à la mission de BAnQ et qu\u2019elle est la seule à pouvoir offrir en raison de son ADN.Par exemple, on a fait récemment notre première activité-béné?ce, intitulée Mémoires romantiques.Le concept de la soirée tournait autour de la mise en valeur des livres rares, des trésors archivistiques de BAnQ.On a sorti pour la première fois le testament de Jeanne Mance.BAnQ a des collections uniques et la Fondation associe ses activités à cette unicité-là.Ça lui permet de faire des activités inédites, différentes.On a beaucoup à exploiter pour mettre en valeur les missions de l\u2019institution et les professions qui y sont associées.C\u2019est comme ça qu\u2019on se démarque des autres fondations et c\u2019est sur ça qu\u2019on base nos communications, notre positionnement et le développement de nos relations avec nos partenaires donateurs.?L\u2019Heure du conte TD.La Fondation a besoin de rayonner et surtout d\u2019acqu?rir de la notori?t?pour pouvoir int?resser des donateurs et, par le fait m?me, augmenter sa cr?dibilit?dans le secteur de la philanthropie.Il faut pour ça utiliser les m?mes strat?gies, les m?mes moyens qu\u2019une entreprise le ferait pour prosp?rer dans un univers comp?titif. 18 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Des pauvres à la bibliothèque Enquête au Centre Pompidou J U L I E N P E R R I E R - C H A R T R A N D / Dans leur ouvrage intitulé Des pauvres à la bibliothèque1, les sociologues français Serge Paugam et Camila Giorgetti examinent le rapport qu\u2019entretiennent les individus les plus défavorisés avec la bibliothèque.Pour ce faire, ils se basent sur une enquête qualitative2 menée à la bibliothèque publique d\u2019information (BPI) du centre Georges-Pompidou entre décembre 2010 et octobre 2011.La BPI, située à proximité du quartier des Halles, se prête d\u2019autant mieux à ce genre d\u2019étude qu\u2019au contraire des grandes bibliothèques « élitistes » de la région parisienne3, elle se présente depuis son ouverture comme un lieu d\u2019accès démocratique à la culture.Elle offre, en plus des services de consultation d\u2019ouvrages savants, de nombreuses ressources gratuites comme un espace de navigation internet, une section de « télévisions du monde » et une aire d\u2019auto-formation, dans laquelle les usagers peuvent, notamment, faire l\u2019apprentissage de langues étrangères et s\u2019initier au fonctionnement de programmes informatiques.Ainsi, bien que la BPI demeure principalement fréquentée par des étudiants et des universitaires, elle attire aussi un large public moins favorisé.Dans la « présentation » de l\u2019ouvrage, les auteurs explicitent d\u2019abord les bases conceptuelles de leur travail en précisant la signi?cation qu\u2019ils donnent au terme pauvres.Ils ne s\u2019attacheront pas, nous apprennent-ils donc, à examiner l\u2019utilisation que font de la BPI les individus ou familles à faible revenu, mais ils tenteront plutôt de comprendre ce que l\u2019institution représente pour la « clientèle » en situation de « décrochage ».En se basant sur les théories classiques du lien social développées par Emile Durkheim à la ?n du XIXe siècle, ils identi?ent trois phases de « disquali?cation sociale », qui circonscrivent les différentes catégories de déshérités sur lesquelles ils concentrent leurs analyses.La première de ces phases, la fragilité, concerne les individus qui ont perdu leur emploi, mais qui entretiennent toujours l\u2019espoir de renouer avec la vie active.La deuxième Selon les auteurs, les usagers en situation de fragilit?trouvent ?la BPI, « un moyen de conjurer la premi?re phase de disqualification sociale ».En g?n?ral, ces usagers fr?quentent la biblioth?que avec une assiduit?tout ?fait remarquable, principalement pour se livrer ?la recherche d'un emploi, mais aussi pour s'adonner ?des activit?s intellectuelles structur?es leur permettant d'atteindre des objectifs pr?cis.Après des études en littérature française d\u2019Ancien Régime, Julien Perrier-Chartrand est maintenant chargé de cours et chercheur invité au département de Romance languages and literatures de l\u2019université de Chicago.Il fréquente assidument les bibliothèques depuis que ses parents lui ont permis d\u2019emprunter les albums de Gaston Lagaffe pour occuper ses après-midis d\u2019été. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 19 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?phase, la dépendance, concerne les individus qui, ayant abandonné l\u2019idée de réintégrer un jour le marché du travail, comptent sur les prestations de l\u2019état pour assurer leur survie.En?n, la troisième phase, la rupture, concerne les individus sans domicile ?xe ou se trouvant dans une situation d\u2019extrême précarité.Les trois chapitres de l\u2019ouvrage s\u2019intéressent successivement à l\u2019utilisation que font de la BPI les usagers appartenant à chacune de ces catégories.Dans le premier chapitre, intitulé « Fragilité et conformité », les auteurs montrent que les usagers en situation de fragilité trouvent à la BPI, « un moyen de conjurer la première phase de disqualification sociale4 ».En général, ces usagers fréquentent la bibliothèque avec une assiduité tout à fait remarquable, principalement pour se livrer à la recherche d\u2019un emploi, mais aussi pour s\u2019adonner à des activités intellectuelles structurées leur permettant d\u2019atteindre des objectifs précis.« Peu importe la nature de [ceux-ci] les personnes qui sont dans la phase de fragilité ont un planning de travail chargé et essaient de ne pas dévier leur attention5 » de la discipline qu\u2019ils s\u2019imposent a?n de recréer le rythme de la vie professionnelle.Ils en arrivent ainsi à considérer la bibliothèque comme un lieu de travail, dont il est impératif de respecter et de défendre les règlements.Tout en leur permettant de se maintenir dans un sentiment de conformité sociale, le temps qu\u2019ils consacrent à la BPI les aide à différer « l\u2019apparition de l\u2019ennui, l\u2019humiliation, le sentiment d\u2019être inutile6 ».Dans la seconde partie de l\u2019étude, intitulée « Dépendance et négociation », Paugam et Giorgetti montrent que la majorité des personnes tributaires des aides de l\u2019état qui fréquentent la BPI le font soit pour passer le temps, soit pour rencontrer des amis ou soit encore pour se divertir en visionnant des ?lms et en écoutant de la musique.Elles « ont en commun d\u2019organiser toute leur vie autour de la bibliothèque sans avoir réellement d\u2019autres projets [\u2026] La bibliothèque est pour elles un style de vie7 », un espace de sociabilité dont les ressources ne constituent pas nécessairement le principal intérêt.Aussi la plupart de ces usagers ont-ils tendance à s\u2019approprier l\u2019espace commun de la bibliothèque et à tenter, dans la mesure de ce qu\u2019ils considèrent acceptable, d\u2019y évoluer selon leurs propres règles.Cette contestation du règlement ne vise toutefois pas à changer le fonctionnement de l\u2019établissement.Ils connaissent « les limites qu\u2019il convient de ne pas dépasser.[Leurs] entorses au règlement, [qui visent à] maximiser une P H O T O : © P U F Des pauvres à la bibliothèque.Enquête au Centre Pompidou.Serge Paugman et Camila Giorgetti. 20 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ressource disponible, constituent pour eux autant de victoires symboliques8 » témoignant de leur capacité à occuper un espace public.Dans le troisième chapitre, « Rupture et survie », les auteurs étudient en?n le rapport à la BPI des usagers victimes d\u2019une disquali?cation sociale complète.Pour ces derniers, la bibliothèque du centre Pompi- dou constitue avant tout - cela lorsqu\u2019ils parviennent à pénétrer dans l\u2019établissement - un refuge, un lieu de survie où ils peuvent dormir pendant quelques heures, utiliser les toilettes pour satisfaire des besoins d\u2019hygiène élémentaires (défequer, se laver le corps et les dents.) ou encore fuir des conditions météorologiques extrêmes.Si la plupart d\u2019entre-eux tentent de demeurer discrets et évitent généralement d\u2019entrer en contact avec les autres usagers, pour certains l\u2019étalement volontaire de leur misère peut constituer un acte d\u2019af?rmation.« Susciter l\u2019indignation peut devenir une arme contre l\u2019indifférence et l\u2019invisibilité.Franchir le seuil de la transgression peut être considéré comme le prix à payer pour éprouver non pas le vide social, mais au contraire le cadre qui intègre9 ».Ouvrage universitaire, mais néanmoins facile d\u2019accès, l\u2019étude de Paugam et Giorgetti devrait intéresser tous les lecteurs qui, professionnels de l\u2019information ou simples usagers des bibliothèques, sont curieux de découvrir une face cachée de l\u2019institution.Les conclusions de l\u2019enquête menée à la bibliothèque publique d\u2019information du centre Pompidou pourraient au reste s\u2019appliquer à d\u2019autres bibliothèques, tant françaises qu\u2019étrangères.Les usagers québécois, par exemple, ne pourront qu\u2019être frappés par les similitudes qui existent entre les comportements des clientèles en dif?culté qui fréquentent la BPI et la BANQ.Les usagers les plus défavorisés adoptent en effet dans la bibliothèque du centre-ville de Montréal - et ce, de façon assez explicite pour qu\u2019un curieux s\u2019improvisant sociologue le temps de quelques visites le remarque -, les mêmes attitudes et les mêmes habitudes que les utilisateurs parisiens, pro?tant du grand lieu de transmission de la culture québécoise comme d\u2019une « ressource sociale » of?cieuse.Des pauvres à la bibliothèque pourrait ainsi servir à la fois de base à une meilleure compréhension générale des besoins des usagers plus vulnérables et de point de départ à une ré?exion qui permettrait de mettre en place des mesures pour leur venir en aide.Cet aspect à lui seul justi?e selon moi la lecture de l\u2019ouvrage.1.Serge Paugam et Camila Giorgetti, Des pauvres à la bibliothèque.Enquête au centre Pompidou, Paris, Presses universitaires de France, « Le lien social », 2013.2.29 usagers assidus de la BPI furent interviewés par une équipe de 6 chercheurs.3.Les auteurs citent notamment le cas de la bibliothèque nationale de France (BNF) que les usagers en situation de disquali?cation sociale n\u2019osent pas fréquenter.4.Serge Paugam et Camila Giorgetti, Des pauvres à la bibliothèque, op.cit., p.35.5.Ibid., p.39.6.Idem.7.Ibid., p.105.8.Ibid., p.116.9.Ibid., p.154.?Dans le premier chapitre, intitul?« Fragilit?et conformit?», les auteurs montrent que les usagers en situation de fragilit?trouvent ?la BPI, « un moyen de conjurer la premi?re phase de disqualification sociale ».En g?n?ral, ces usagers fr?quentent la biblioth?que avec une assiduit?tout ?fait remarquable, principalement pour se livrer ?la recherche d'un emploi, mais aussi pour s'adonner ?des activit?s intellectuelles structur?es leur permettant d'atteindre des objectifs pr?cis. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 21 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Measuring the economic value of libraries A N D R E W T E S S L E R / At ?rst sight it may seem perverse for economists to try to measure the value of something like a library.After all, isn\u2019t knowledge priceless?And indeed, philosophically, that idea is hard to challenge - a ?rst order issue in considering what economists have to say about the value of libraries is to recognise the limitations of such an approach.We should avoid \u201creductionism\u201d \u2013 simply seeking to encapsulate the value of libraries within a neat box, with nothing more to say beyond this.Nonetheless, there are a number of reasons why economists seek to measure the value of libraries.Firstly, driven on by technological change, the world has adopted a more quantitative mind-set in recent years.We expect our sports statistics, \u201csteps per day\u201d, \u201clikes\u201d and \u201ctweets\u201d to be measured, packaged and presented to us and this has led to a shift in thinking.In particular, this can heighten expectations among stakeholders \u2013 politicians, treasury of?cials, administrators and the general public \u2013 about the level of quanti?cation required in measuring the contribution of institutions such as libraries.But more fundamentally, life is about choices.Libraries must compete with other demands on governments and society \u2013 for better schools, hospitals and transport, particularly as they face the growing ?nan- cial challenge of tighter government funding within an uncertain economic climate.This raises the fundamental question of what libraries have to contribute.Why should we invest in them when we have competing claims on our resources?How do they move society and the economy forward?Economists use a number of methods and techniques to assess the economic value of libraries.Broadly speaking, these can be divided into two approaches : ¬ The economic impact approach \u2013 Also known as the economic contribution approach, this seeks to measure the value of libraries in terms of market indicators, such as jobs and Gross Domestic Product (GDP), and measures how the Andrew Tessler is a dual Australian/UK citizen with over 20 years\u2019 experience as an economist, including four at New South Wales Treasury (Australia) six at Booz & Co (now PwC Strategy&) and ten at Oxford Economics in the UK.Andrew\u2019s work has covered a diverse range of sectors including culture, media, environment, law enforcement, transport, and health and has included economic appraisals, valuations, rate of return studies, market analyses and program reviews.Andrew is a member of the Economic Society of Australia and a Fellow of the Financial Services Institute of Australasia.Why should we invest in them when we have competing claims on our resources?How do they move society and the economy forward? 22 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT direct spending on libraries ripples out across the rest of the economy through economic multipliers.It is typically a \u201cgross\u201d measure \u2013 there is no comparison to what all this costs.¬ The social cost-benefit (SCBA) approach \u2013 This focuses on what library users are willing to pay (WTP) for library services - above and beyond what they cost \u2013 (known as \u201cconsumer surplus\u201d) as well as library revenues.These benefits are then compared to the costs of running the library to generate net measures, such as a \u201cbene?t-cost ratio\u201d (BCR) or \u201cnet present value\u201d(NPV).A BCR above 1.0, or a positive NPV, is a signal that bene- ?ts to society outweigh costs.The approach can also be extended to include so-called \u201cnon-use\u201d or \u201cpassive use\u201d values \u2013 such as valuing the fact that libraries exist and/or that they can be a bequest for future generations.As such, it includes both market and non-market values.Both approaches seek to measure how a library could contributes to the economy and society of a jurisdiction such as Quebec but, at the same time, both offer different economic perspectives of value.Moreover, both approaches have their advantages and disadvantages.Economic impact\u2019s use of recognised metrics (jobs and GDP) is appealing to policymakers and those who want to see how libraries are contributing to society in standard economic terms.The SCBA approach is broader, as it allows for non- market values such as existence value.At the same time it is \u201cstricter\u201d in the sense that it seeks to compare the bene?ts of libraries with their costs to determine a net bene?t.This comparison is lacking from the impact approach and allows stakeholders to make a net assessment of library bene?ts to society.More succinctly, impact approaches measure how libraries contribute to society\u2019s economic pie, while SCBA approaches measure how libraries grow the economic (and social) pie.Library Photography Competition 2011 entry. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 23 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?While both approaches have their uses, methodological and technological developments have meant an increasing focus on SCBA-related approaches in recent years.Online technologies have led to a growing disconnect between measures such as GDP and what society does.Much of what occurs online \u2013 whether it be Skype or WhatsApp calls, streaming music, using social media or sharing work without generating revenue \u2013 does not appear in conventional GDP.This holds important opportunities for libraries who have long tried to convince policymakers that their offerings can, at best, only partly be measured by traditional metrics.GDP is important but more mainstream recognition of its limits has also led to acknowledgement of the need to incorporate broader measures of value \u2013 such as the non-market goods and services allowed for under an SCBA approach.New technology also provides both challenges and opportunities for libraries.At ?rst sight it may seem to make many of their features redundant \u2013 why use a library when so much is available online?However, this ignores the fact that libraries are more than a simple repository, but also serve as an important meeting place and specialised resource hub for people from diverse backgrounds.Virtual collections can be seen as a complement rather than a substitute for library activities, a compliment that allows libraries to take on new roles.Once this is recognised it can be seen that technological change may be making libraries more valuable, which adds weight when libraries present their case to policymakers.New technologies vastly extend the reach \u2013 and thereby the value - of libraries to many users who may never have entered their doors.This is what economists refer to as \u201cinduced demand\u201d.At the same time, existing users can use library resources more ef?ciently by planning visits more carefully, saving both personal and library resources.For example, quantitative work undertaken by the author for the British Library found that combined website bene?ts to existing and induced (pure virtual) users equated to £20 million per annum in 2012 (Tessler 2013).More fundamentally, technology is allowing researchers to use libraries ever more effectively.In a sense it allows libraries to \u201cunlock\u201d their true value.This gets to the point that it is not enough to have information sitting in libraries \u2013 to fully realise its value there needs to be a practical way of assembling and analysing it.Digitalization and the rise of the internet have created the potential for data to New technology also provides both challenges and opportunities for libraries.At first sight it may seem to make many of their features redundant \u2013 why use a library when so much is available online?However, this ignores the fact that libraries are more than a simple repository, but also serve as an important meeting place and specialised resource hub for people from diverse backgrounds.P H O T O : R I C H G R U N D Y 24 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT be analysed in ways that simply would not have been practical or cost-effective in the past.Recent independent database work by scholars demonstrates this potential.To give only two examples, England\u2019s Domesday Book has been in existence for nearly 1,000 years but only now does digitalisation allow the nature of pre-conquest wealth distribution to be revealed through the PASE project (Baxter 2010).Likewise, analysis of digitalized and sortable census data held in the University of Minnesota\u2019s, Minnesota Population Centre, suggests that the American Civil War\u2019s death toll may be 20 percent higher than previously thought (Gugliotta 2012).In both cases, it is not that the information is \u201cnew\u201d \u2013 it is that it can now be organised and analysed in a completely new way.This constitutes a form of induced demand in and of itself and a source of increased ef?ciency.In short, without necessarily spending much more, there is the potential for libraries and related institutions to allow the public and researchers to do things they simply could not do before, providing \u201cmore bang for the public buck\u201d.Moreover, a subtler impact of technology has been the freeing up of shelf space, as many library holdings become virtual.This has allowed libraries to concentrate on more diverse activities \u2013 such as break-out areas, IT facilities or meeting places, without the need for major additional capital spending.Work by the author sought to quantify such \u201cfreed up effects\u201d through the British Library\u2019s contribution to the UK Research Reserve, estimating a value of over £5 million in 2012 (Tessler 2013).Does all this mean libraries should become marketers \u2013 develop their brands and sell?As hinted above, there is a case for libraries doing so using an economic framework given the changing expectations of policymakers and the need to demonstrate bene?ts.Moreover, while there are many studies of library value, libraries seem to have been slow to grasp the precise implications of technological change in terms of showing how this has enhanced their value and contributed to economic ef?ciency.Given continuing ?nancial pressures, it will be important for libraries to highlight such aspects in selling their case to policymakers in years to come.That said, as already highlighted, economics isn\u2019t everything and we shouldn\u2019t pretend it is.The best way to think about the contribution economics can make is that economic perspectives are simply one useful tool among many.However, the ?ip-side of this is also true : the power of the economic approach lies in its focus and its ability to make the choices we face clear.?B IBL IOGRAPH IE Baxter, S.\u201cDomesday Book : The most important document in English history?\u201d, BBC History, Vol.11, No.8, August 2010 Gugliotta, G., 2012, \u201cNew Estimate Raises Civil War Death Toll\u201d, New York Times, 2 April accessed on 2 February 2017 at www.nytimes.com/2012/04/03/science/ civil-war-toll-up-by-20-percent-in-new-estimate.html Tessler A., 2013 Economic valuation of the British Library, Oxford Economics Domesday Book Warwickshire P H O T O : W I K I P E D I A C O M M O N S argus | VOLUME 45 - NO 2 | 25 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT L\u2019argent et les bibliothécaires S T É P H A N I E A .G R E N I E R / L\u2019information est pouvoir, et l\u2019argent est un outil qui permet de concrétiser les projets.L\u2019omniprésence de l\u2019information dans les technologies, toujours plus compactes et portables, crée une dépendance à son accès immédiat et donne donc à l\u2019information encore plus de pouvoir.Mais en cette époque de post-vérité et de faits alternatifs, l\u2019information véri?ée et véri- ?able est plus importante que jamais.Les bibliothécaires, qui ont cette grande capacité à gérer plusieurs aspects de l\u2019information, ressentent régulièrement une frustration face au manque de sensibilité à l\u2019importance de leur profession et face au manque de moyens ?nanciers pour réaliser leur mission.Ils ne sont pas les seuls à vivre cette situation.Pensez aux scienti?ques qui doivent travailler sur des projets rentables plutôt qu\u2019utiles, aux notaires qui doivent faire des publicités pour vendre leurs services, aux architectes sous-utilisés.La liste est longue.Peu importe la profession, les professionnels qui se passionnent pour leur projet ne veulent pas perdre de temps avec l\u2019aspect pécuniaire ou marketing de leur travail.Nous partageons donc cette même frustration face à l\u2019argent avec bien d\u2019autres professionnels.L\u2019ARGENT, UN MAL NÉCESSA IRE .EST-CE MAL?Une étude présentée à l\u2019IFLA en 1997, sur la perception des bibliothécaires du marketing et de l\u2019argent démontre à quel point nous sommes loin d\u2019apprécier ces domaines d\u2019expertise, pour différentes raisons culturelles et personnelles.Encore pire, certains diront que la profession de bibliothécaire est trop noble pour traiter du sujet de l\u2019argent.Bref, il faudrait voir les ?nances comme une simple discipline mathématique et y soustraire toutes les émotions qui entourent l\u2019univers de l\u2019argent.Dès lors, nous parions que nous aurions une toute nouvelle approche avec les chiffres et avec l\u2019argent.Stéphanie A.Grenier a précédemment occupé le poste de directrice des bibliothèques du Québec chez Fasken Martineau, avant de lancer son propre bureau de consultation.Elle a aussi été chef de bibliothèques dans plusieurs compagnies pharmaceutiques et de biotechnologies.Active au sein de nombreuses associations professionnelles, elle enseigne régulièrement à l\u2019École de Bibliothéconomie et Science de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.?En cette ?poque de post-v?rit?et de faits alternatifs, l\u2019information v?rifi?e et v?rifiable est plus importante que jamais. 26 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT L A B IBL IOTHÈQUE EST UNE PET I TE ENTREPR ISE EN INFORMAT ION Il y a des décennies que nous entendons ce discours et nous n\u2019aimons pas l\u2019entendre : « vendre ».Rien n\u2019est gratuit dans la vie.Il faut vendre nos services, même s\u2019ils semblent gratuits.Il faut nous convaincre que chaque utilisateur (client) a le pouvoir de vie ou de mort sur notre bibliothèque (entreprise).Je ne peux m\u2019empêcher de voir un service d\u2019information ou une bibliothèque comme une entreprise à but lucratif.Ayant travaillé majoritairement dans les entreprises privées, je n\u2019avais autre choix que d\u2019adopter le même langage que mes pairs.Mes lectures préférées, telles que Les Affaires, Harvard Business Review et tout livre sur la gestion de petites entreprises ont façonné ma vision et mes actions dans la gestion de bibliothèques.Quelques outils de base suf?sent pour parler argent et avoir le sens des affaires en bibliothéconomie selon moi : le plan stratégique, le plan marketing et le plan ?nancier.SAVO IR CE QU \u2019ON VEUT : PL AN STRATÉG IQUE Il faut premièrement savoir ce que nous voulons et pourquoi.Pour une bibliothèque, un plan stratégique, ou même un plan d\u2019affaires, est nécessaire a?n d\u2019obtenir des fonds et de parler un langage similaire à celui des dirigeants, des comptables et des potentiels partenaires.De plus, le plan dirige l\u2019équipe vers un but commun pour les prochaines années et donne un sens au travail de chacun.Le plan stratégique inclut les aspects de gestion de projets, de satisfaction des clients et d\u2019audit informationnel.SAVO IR SE FA IRE REMARQUER : PL AN MARKET ING Il y a beaucoup de littérature sur le sujet du marketing dans l\u2019univers des bibliothèques.Plus précisément, il faut utiliser les techniques du marketing de services, qui sont très utiles et apportent beaucoup de succès et de plaisir aux utilisateurs et employés.Le plan marketing inclut les communications, les activités de promotion, la protection contre les compétiteurs internes ou externes.SAVO IR GÉRER L\u2019ARGENT : PL AN F INANC IER Nous pouvons observer un manque important de formation en ?nances chez les bibliothécaires.Les écoles de sciences de l\u2019information devraient rapidement réagir et intégrer des formations obligatoires dans cette discipline.Le plan financier regroupe, entre autres, le ?nancement, les dettes, les ventes, etc.Il serait utile de travailler en équipe avec un spécialiste en ?nance à défaut d\u2019avoir les connaissances.La gestion des ?nances inclut l\u2019art de la négociation, les concepts de l\u2019utilisateur-payeur, les partenariats.Trois plans interreliés qui motivent les troupes.Une ?tude pr?sent?e ?l\u2019IFLA en 1997, sur la perception des biblioth?caires du marketing et de l\u2019argent d?montre ?quel point nous sommes loin d\u2019appr?cier ces domaines d\u2019expertise, pour diff?rentes raisons culturelles et personnelles. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 27 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT PARLONS ARGENT EN VRAC LES PARTENAIRES Utiliser de façon stratégique des partenaires ?nan- ciers privés et publics fait partie d\u2019une saine gestion.J\u2019ai eu un exemple frappant d\u2019OBNL dans les écoles qui avaient une longue liste de partenaires ?nanciers de tous genres.Si nos règles et politiques de partenariat sont bien dé?nies et strictes, il n\u2019y a donc aucun souci de perte de contrôle sur l\u2019image et la qualité que nous voulons maintenir.Parfois, les partenaires ont aussi des plans, ils veulent améliorer leur image dans certains secteurs et peuvent vous offrir des idées de projets assez intéressantes.« La responsabilité sociale des entreprises est très en vogue, pourquoi ne pas pro?ter de cette relation que je vois comme étant gagnant-gagnant ?» LES SERVICES D\u2019INFORMATION, UNE SOURCE DE REVENUS Quelques trop rares bibliothèques offrent les services de recherche d\u2019information aux entreprises ou aux particuliers.Il est possible d\u2019offrir des services de recherche d\u2019information, de facturer 150 $ l\u2019heure et d\u2019y ajouter les coûts d\u2019utilisation des bases de données.L\u2019information stratégique, pour une entreprise, n\u2019a pas de prix.Peu importe le secteur d\u2019activité d\u2019une bibliothèque, je crois qu\u2019avec créativité, on peut trouver des services à valeur ajoutée pour sa propre clientèle et créer une source de revenus.Si votre bibliothèque génère des revenus, la direction vous considérera différemment.LA NÉGOCIATION DE BUDGET EST UNE JOUTE DE POKER Si vous cessez d\u2019être émotif avec les chiffres, la négociation sera plus facile.Ne traduisez pas dans votre tête vos chiffres en nombre d\u2019employés déçus, en perte d\u2019emplois, etc., ce n\u2019est pas le temps.Lors de la rencontre les comptables vont dire des choses, beaucoup de choses pour vous faire réagir, vous déstabiliser et vous faire perdre contrôle.Ils ont leurs outils de négociation (à la baisse) des budgets.C\u2019est une joute pour laquelle ils ont été formés.La préparation est clé, mais comment en trouver le temps ?Créez un comité interne permanent qui s\u2019occupera tous les mois de ce qui concerne l\u2019argent (budget, alliés, marketing, vente, coupures, partenariats, fournisseurs, etc.), car le temps manque au gestionnaire seul à bien contrôler l\u2019ensemble des variables, et il faut y consacrer plus de temps.L\u2019information, et non l\u2019argent, est le pouvoir, souve- nez-vous.Informez-vous, ne faites pas qu\u2019aligner vos chiffres, mais trouvez vos alliés.Avant la négociation, allez voir des gens clés et demandez quels impacts auraient des coupures dans telles et telles choses.Vous aurez dès lors un argument : « J\u2019ai moi aussi cru que nous pouvions couper ici, mais M.Untel m\u2019a vivement démontré que cela serait Si vous cessez d\u2019?tre ?motif avec les chiffres, la n?gociation sera plus facile.Ne traduisez pas dans votre t?te vos chiffres en nombre d\u2019employ?s d?çus, en perte d\u2019emplois, etc., ce n\u2019est pas le temps.? 28 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT catastrophique.Par contre, nous pourrions couper là.» pour démontrer que vous gérez serré votre budget.N\u2019oubliez pas aussi de considérer le taux d\u2019in?ation annuel; si on vous demande de couper 5 % l\u2019an prochain, c\u2019est plutôt 5 % + 3 % d\u2019in?ation annuelle, donc leur demande est de 8 %.Quelle chance de faire partie de cette profession si utile à notre époque.Elle nous donne du pouvoir, celui d\u2019aider les autres à obtenir au bon moment au bon endroit cette information stratégique si précieuse.Je suis ?ère de dire que je suis bibliothécaire.Ma carrière m\u2019a permis de fréquenter différents types de bibliothèques : municipales, ensuite universitaires, puis dans les lucratives pharmaceutiques et cabinets de droit un peu partout en Europe et aux États-Unis.Aujourd\u2019hui en sabbatique, je suis bénévole dans une bibliothèque scolaire et je réalise encore à quel point nous sommes importants et aussi à quel point je dois passer beaucoup de temps à rechercher des fonds et à expliquer notre profession.J\u2019ai accepté ces aspects comme faisant partie de mon quotidien.D\u2019une certaine façon, être dans un mode proactif nous permet d\u2019être plus créatifs et de reconnaître et saisir les opportunités lorsqu\u2019elles se présentent.Ne ratons pas cette chance d\u2019utiliser l\u2019outil ?nancier et soyons moins émotifs face à l\u2019argent.Est-ce que tous les bibliothécaires doivent aimer l\u2019argent?Non, mais tous doivent l\u2019accepter et accepter les bibliothécaires qui s\u2019en préoccupent.Est-ce que tous les gestionnaires de bibliothèques doivent apprendre à aimer l\u2019argent et les chiffres?Oui, grand oui.?B IBL IOGRAPH IE Grenier, S.A.(2007).Comment préparer un plan stratégique pour votre bibliothèque : outil essentiel, impact assuré.Argus, 36(2), 30-32.Grenier, S.A.(2010).Faire un plan marketing simple et adapté aux services d\u2019une bibliothèque.Conférence pour l\u2019APTDQ.Banque de développement du Canada.(s.d.) 6 étapes pour créer le plan ?nancier de votre entreprise.Repéré à https://www.bdc.ca/fr/articles-outils/argent-?nance/ gerer-?nances/pages/6-etapes-pour-creer-plan-?nancier-de-votre-entreprise.aspx Savard, R.(dir.).(2000).Adapting marketing to libraries in a changing and worldwide environment / Le marketing des bibliothèques à l\u2019heure du changement et de la mondialisation : papers presented at the 63rd IFLA Conference, Copenhagen, September 1997.München : K.G.Saur. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 29 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Utiliser les statistiques des bibliothèques publiques pour évaluer, plani?er et convaincre S O P H I E L O I S E L L E / UT I L I SER LES STAT IS T IQUES DES B IBL IOTHÈQUES PUBL IQUES POUR ÉVALUER , PL AN IF I ER ET CONVA INCRE Documenter un projet afin d\u2019obtenir l\u2019appui des décideurs et les ressources nécessaires à sa réalisation commence souvent par l\u2019analyse de statistiques.Comment la fréquentation et les heures d\u2019ouverture d\u2019une bibliothèque se comparent-elles à celles d\u2019autres bibliothèques?Quelle est la super?cie par habitant des bibliothèques d\u2019une région donnée?Quelle place les collections numériques occupent- elles dans les bibliothèques publiques du Québec?L\u2019outil de consultation StatBib procure un accès rapide aux données statistiques des bibliothèques publiques québécoises.Utilisé en complémentarité avec d\u2019autres sources d\u2019information, il fournit des informations précieuses pour évaluer les services, étayer des projets, mettre en valeur les réalisations et obtenir des appuis.1.L\u2019ENQUÊTE ANNUELLE SUR LES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES Conforme à la Norme ISO 2789 : 2013 - Statistiques internationales de bibliothèques, l\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques permet de recueillir des données portant autant sur les collections, les usagers et les installations que sur le personnel, les revenus et les dépenses des bibliothèques.Comme les bibliothèques doivent y répondre pour avoir accès aux programmes ministériels d\u2019aide aux bibliothèques publiques, elle constitue la source nationale de données sur les bibliothèques publiques du Québec.On gardera cependant à l\u2019esprit que la qualité des données demeure tributaire de l\u2019exactitude des renseignements fournis par chacune des bibliothèques.Depuis 2008, les données sont recueillies au moyen d\u2019un formulaire électronique administré par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour le compte du ministère de la Culture et des Communications et sont conservées dans un entrepôt de données.Cette façon de faire a contribué à réduire les délais de diffusion des données et à en faciliter la consultation1.Pour l\u2019année 2015, 172 bibliothèques publiques autonomes, 11 centres régionaux de services aux bibliothèques publiques et BAnQ ont répondu aux questions de l\u2019Enquête.2.LA DIFFUSION DES STATISTIQUES DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES C\u2019est à partir des renseignements recueillis par l\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques que l\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) compile les statistiques des bibliothèques publiques pour l\u2019ensemble du Québec, mais aussi par région administrative, selon la taille de la population desservie et le type de desserte.Ces analyses et ces tableaux statistiques sont diffusés sur le portail de l\u2019Institut de la statistique du Québec, qui constitue la source of?cielle ?Entrée en fonction à BAnQ en 2004 à titre de bibliothécaire-formatrice, Sophie Loiselle se joint à l\u2019équipe des services aux milieux documentaires en 2009.Depuis, elle participe à la prestation et au développement de services de référence et de soutien professionnel pour le personnel des bibliothèques, notamment dans le cadre de l\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques. 30 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT d\u2019information sur le développement des bibliothèques publiques québécoises.De son côté, BAnQ a créé deux outils de diffusion des données, soit des ?ches de bibliothèques individuelles et l\u2019outil de consultation de données StatBib2.Regroupant les principales statistiques recueillies lors de l\u2019Enquête, des ?ches individuelles sont disponibles pour chacune des bibliothèques publiques autonomes et pour chacun des Réseaux BIBLIO du Québec dès l\u2019automne suivant l\u2019Enquête.Elles offrent un portrait global des activités de la bibliothèque et permettent de répondre rapidement à des demandes d\u2019information pouvant provenir d\u2019élus, de partenaires, de citoyens ou de représentants des médias.Pour sa part, l\u2019outil StatBib (banq.qc.ca/statbib) donne accès à l\u2019ensemble des données recueillies depuis 2007 dans le cadre de l\u2019Enquête annuelle.Il rend également disponibles 25 indicateurs de performance basés sur la norme ISO 11620 : 2014 \u2013Informa- tion et documentation \u2013 Indicateurs de performance des bibliothèques et calculés pour chacune des bibliothèques.Depuis l\u2019automne 2015, une version renouvelée de StatBib procure un accès rapide aux données statistiques des bibliothèques publiques.Outil performant et intuitif, StatBib permet de cibler des bibliothèques et de sélectionner certaines statistiques, de consulter les résultats et de les exporter en quelques clics.3.UTILISER LES STATISTIQUES DES BIBLIOTHÈQUES POUR OBTENIR L\u2019APPUI DES DÉCIDEURS 3.1 Observer l\u2019effet d\u2019une mesure sur l\u2019utilisation des services Les données disponibles dans StatBib permettent notamment de suivre l\u2019évolution des bibliothèques depuis 2007.On pourrait par exemple observer l\u2019effet de l\u2019introduction de la gratuité de l\u2019abonnement ou des dépenses d\u2019investissement sur le nombre de visites par habitant et se servir de ces informations pour faire ses propres projections et défendre ses dossiers auprès des décideurs.Ainsi, selon les données fournies par la bibliothèque Laure-Conan, à La Malbaie, et disponibles dans StatBib, la fréquentation annuelle de cette bibliothèque serait passée de 3 à 5 visites par habitant après l\u2019ouverture de ses nouvelles installations à l\u2019automne 2011.On observe par ailleurs une baisse du coût par visite au cours de la même période.Une des forces de StatBib consiste ?faciliter les comparaisons entre biblioth?ques.Pour appuyer un projet d\u2019enrichissement de la collection jeunesse ayant pour but de rendre une biblioth?que plus attrayante pour les familles, on pourrait par exemple s?lectionner les biblioth?ques d\u2019une m?me r?gion et desservant des municipalit?s de m?me envergure.S O U R C E : E S P A C E P R O F E S S I O N N E L D E S M I L I E U X D O C U M E N T A I R E S D E B I B L I O T H È Q U E E T A R C H I V E S N A T I O N A L E S D U Q U É B E C [ B A N Q .Q C .C A / S E R V I C E S / S E R V I C E S _ P R O F E S S I O N N E L S / M I L I E U X _ D O C / S T A T I S T I Q U E S / E N Q U E T E _ A N N U E L L E / I N D E X .H T M L ] Fiche de la bibliothèque de Brossard pour l\u2019année 2015. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 31 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?3.2 Se comparer à des bibliothèques semblables Une des forces de StatBib consiste à faciliter les comparaisons entre bibliothèques.Pour appuyer un projet d\u2019enrichissement de la collection jeunesse ayant pour but de rendre une bibliothèque plus attrayante pour les familles, on pourrait par exemple sélectionner les bibliothèques d\u2019une même région et desservant des municipalités de même envergure et consulter les données suivantes : ¬ le nombre total d\u2019usagers et le nombre d\u2019enfants inscrits à la bibliothèque; ¬ le nombre de titres et d\u2019exemplaires pour enfants dans la collection de livres imprimés; ¬ le pourcentage de documents pour enfants dans le total des prêts, ainsi que par type de document (livres imprimés, livres numériques, documents audiovisuels ).Ces données, jumelées aux lignes directrices des bibliothèques publiques concernant la répartition des livres, seront utiles tant pour évaluer la collection pour enfants de la bibliothèque que pour se ?xer des objectifs à atteindre.Un projet de développement des services numériques pourrait également être documenté en consultant, toujours pour des bibliothèques similaires : ¬ le nombre de titres et d\u2019exemplaires de livres numériques dans leurs collections; ¬ le nombre de titres et d\u2019exemplaire de livres numériques acquis au cours d\u2019une année; ¬ le nombre de postes de travail en accès public connectés à Internet; ¬ l\u2019équipement électronique (consoles de jeux vidéo, ordinateurs portables, tablettes, liseuses ) mis à la disposition des usagers; ¬ etc.D\u2019autres données disponibles dans StatBib peuvent être utilisées de manière complémentaire aux outils de mesure des lignes directrices pour les bibliothèques publiques.Une bibliothèque qui souhaiterait obtenir des ressources supplémentaires pour étendre ses heures d\u2019ouverture ou justi?er l\u2019embauche de personnel, par exemple, pourrait cibler les bibliothèques desservant des populations semblables et sélectionner les informations suivantes : ¬ l\u2019amplitude des heures d\u2019ouverture; ¬ le nombre d\u2019employés équivalent temps plein rémunérés; ¬ le nombre de techniciens en documentation équivalent temps plein; ¬ le nombre de bibliothécaires équivalent temps plein.3.3 Mettre en valeur ses réalisations Si les statistiques permettent de plani?er et d\u2019évaluer des projets, elles permettent aussi de mettre en valeur les réalisations de la bibliothèque, de démontrer son effet béné?que dans son milieu, voire de la comparer avec d\u2019autres services et institutions.Utilisées dans les outils de communication de la bibliothèque, elles pourront facilement être reprises dans d\u2019autres contextes (bulletin municipal, communiqués de presse, médias sociaux\u2026).NOMBRE DE VISITES PAR HABITANT Bibliothèque de La Malbaie, de 2011 à 2015 2010 2011 2012 2013 2014 2015 La Malbaie Visites par hab.2,74 2,88 5,14 5,40 4,86 4,94 Coût par visite ($) 10,87 11,03 7,30 7,35 8,26 6,78 SOURCE : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS DU QUÉBEC ET BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC, STATISTIQUES DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES DU QUÉBEC, 2016, HTTP://BANQ.QC.CA/STATBIB Si les statistiques permettent de planifier et d\u2019?valuer des projets, elles permettent aussi de mettre en valeur les r?alisations de la biblioth?que, de d?montrer son effet b?n?fique dans son milieu, voire de la comparer avec d\u2019autres services et institutions. 32 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Le document infographique diffusé par l\u2019Association des bibliothèques publiques du Québec dans le cadre de la Semaine des bibliothèques publiques 2016 est un bel exemple d\u2019utilisation des statistiques à des ?ns promotionnelles.De nombreux autres exemples de documents infographiques mettant en vedette les bibliothèques peuvent être trouvés dans le blogue Librarian Design Share [librariandesignshare.org/category/infographics].Pour passer du rêve à la réalité, les projets portés par les bibliothèques doivent s\u2019appuyer sur des dossiers bien construits, qui sauront convaincre les décideurs.Utilisées de manière complémentaire aux autres sources d\u2019information, les données recueillies dans le cadre de l\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques et les indicateurs de performance, accessibles à tous au moyen de StatBib, constituent une source d\u2019information précieuse pour les bibliothèques.En?n, si chaque bibliothèque peut tirer pro- ?t des statistiques pour documenter ses projets, par émulation, c\u2019est ultimement tout le réseau des bibliothèques publiques québécoises et l\u2019ensemble des citoyens qui pro?teront de la diffusion des données sur les bibliothèques publiques.1.Pour en savoir plus, on lira Clermont, Linda.2008.« L\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques : reflet actualisé d\u2019un réseau en constante évolution », À rayons ouverts, no 76 (été 2008), p.40.[collections.banq.qc.ca/ ark:/52327/bs511248] 2.On peut accéder aux ?ches individuelles et à StatBib par l\u2019espace professionnel des milieux documentaires du portail de Bibliothèque et Archives nationales du Québec [banq.qc.ca/services/services_professionnels/milieux_doc/ statistiques/enquete_annuelle/index.html] ?B IBL IOGRAPH IE Bibliothèque et Archives nationales du Québec.Statistiques d\u2019ici et d\u2019ailleurs.[banq.qc.ca/services/services_professionnels/milieux_doc/statistiques/stats.html] Clermont, Linda.2008.« L\u2019Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques : re?et actualisé d\u2019un réseau en constante évolution », À rayons ouverts, no 76 (été 2008), p.40.[collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs511248] Gobeil, Lucie.2011.Bibliothèque d\u2019aujourd\u2019hui : lignes directrices pour les bibliothèques publiques du Québec.Montréal : Éditions ASTED, 82 p.[collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs2494389] Institut de la statistique du Québec.2015.Statistiques par sujet \u2013 Bibliothèques publiques.[stat.gouv.qc.ca/statistiques/culture/bibliotheques/publiques/index.html] Ministère de la Culture et des Communications du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec.2016.StatBib [banq.qc.ca/statbib] Organisation internationale de normalisation.2013.Norme internationale ISO 2789 : 2013 \u2013 Information et documentation - Statistiques internationales de bibliothèques.Genève : ISO, 77 p.Organisation internationale de normalisation.2014.Norme internationale ISO 11620 : 2014 - Information et documentation - Indicateurs de performance des bibliothèques.Genève : ISO, 106 p.Document infographique diffusé dans le cadre de la Semaine des bibliothèques publiques 2016 S O U R C E : A S S O C I A T I O N D E S B I B L I O T H È Q U E S P U B L I Q U E S D U Q U É B E C argus | VOLUME 45 - NO 2 | 33 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Cet article donne suite à la présentation faite dans le cadre du Congrès des professionnels de l\u2019information qui a eu lieu les 31 octobre, 1er et 2 novembre 2016 à Montréal.Positionner la bibliothèque Enjeux et dé?s dans le milieu collégial C L A I R E G I R O U X / En s\u2019appuyant sur l\u2019exemple du projet de développement des compétences informationnelles, le présent article tente de faire voir les différents enjeux et dé?s auxquels une bibliothèque collégiale est confrontée dans une optique de gestion.De l\u2019embryon d\u2019une idée jusqu\u2019à sa réalisation, le fait de connaître les rouages de l\u2019organisation est un incontournable pour faciliter la concrétisation des projets, et permet d\u2019aller vers de nouvelles opportunités de changement.C\u2019est dans cette optique que je me suis retrouvée à ré?échir au positionnement de la bibliothèque collégiale en général.En étudiant celle dont j\u2019avais la responsabilité, j\u2019ai été amenée à revoir l\u2019ensemble de l\u2019œuvre.Mes discussions avec des collègues bibliothécaires m\u2019ont permis de remarquer des similarités sur plusieurs points, dont celui-ci : comment, par leurs activités, leurs produits et leurs services, les bibliothèques réussissent-elles à réaliser la mission du collège et à s\u2019arrimer aux objectifs de son plan stratégique?D\u2019ailleurs, y sont-elles arrimées?En novembre 2015, le Cégep de Sainte-Foy lançait son nouveau plan stratégique 2015-2020, et la bibliothèque se retrouvait, entre autres, dans l\u2019énoncé « 1.2 Mise en place d\u2019une stratégie pour favoriser le développement des compétences informationnelles des étudiants et l\u2019utilisation ef?ciente et éthique des technologies ».MISE EN CONTEXTE Lorsque j\u2019ai fait mes études en sciences de l\u2019information, il y avait un discours ambiant parmi les étudiants à la maitrise, que je partageais en partie : « La gestion, ce n\u2019est pas pour moi, » prétextant préférer être sur le terrain.Comme si faire de la gestion nous éloignait de la réalité terrain.Or, devenir gestionnaire, c\u2019est tendre à rendre pérennes ses idées et ses projets, et c\u2019est amener ses idées et ses projets à devenir aussi ceux de l\u2019organisation.Tout cela pour s\u2019assurer d\u2019avoir les ressources matérielles, ?nancières et humaines nécessaires à leur réalisation.Le dé?et les enjeux sont là : il faut travailler ensemble.Dans le milieu collégial, nous pouvons dire sans ambages que le bibliothécaire est au cœur des activités de la bibliothèque.Selon les chiffres1 obtenus du REBICQ2, des 52 bibliothèques Devenir gestionnaire, c\u2019est tendre ?rendre p?rennes ses id?es et ses projets, et c\u2019est amener ses id?es et ses projets ?devenir aussi ceux de l\u2019organisation.J\u2019ai débuté comme technicienne en documentation en gestion des documents avant de me tourner vers des études universitaires.D\u2019abord un baccalauréat de L\u2019Université Laval en linguistique française et ensuite obtenir ma maîtrise en sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.J\u2019ai travaillé à la bibliothèque du cégep Garneau de 2005 à 2012 comme professionnelle, SMTE.Depuis 2013, j\u2019occupe les fonctions de coordonnatrice de la bibliothèque du cégep de Sainte-Foy.? 34 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT des collèges publics, 51 sont sous la supervision d\u2019un professionnel.Celui-ci peut porter divers titres d\u2019emploi : SMTE (spécialiste en moyens et techniques d\u2019enseignement), conseiller pédagogique ou tout simplement bibliothécaire.Huit bibliothèques collégiales sont sous la coordination de bibliothécaires de formation.De ce nombre, quatre occupent l\u2019unique fonction de gestionnaire et ont le titre de coordonnateur de la bibliothèque.Les autres bibliothécaires doivent assumer les fonctions de gestionnaire (rôle de coordonnateur) et de professionnel.En outre, dans la majorité des cas, la bibliothèque collégiale relève d\u2019une direction dont le gestionnaire n\u2019est pas bibliothécaire.Le bibliothécaire au collégial est le seul professionnel spécialiste de la bibliothèque de son collège.Il porte seul la responsabilité d\u2019être à l\u2019affût de l\u2019innovation.Il doit être un agent de changement.Il doit aussi soutenir son équipe de techniciens et d\u2019agents administratifs, tout en tenant informé son supérieur immédiat pour pouvoir faire avancer les dossiers, quels qu\u2019ils soient.Pour arriver à mener à bien les projets de la bibliothèque, le bibliothécaire doit impérativement collaborer avec son supérieur pour lui faire comprendre l\u2019importance des idées et des projets mis de l\u2019avant et, ainsi, obtenir son soutien auprès de la Direction.CONSTATS ET OBSERVAT IONS CONCERNANT LES FORMAT IONS DOCUMENTA IRES Lorsque j\u2019occupais la fonction de professionnelle SMTE au Cégep Garneau, les commentaires des professeurs concernant les formations m\u2019interpellaient énormément.Ceux-ci disaient que les formations utilisaient du temps de classe (en lieu et place des notions directement liées au cours), et que cela était un frein à l\u2019utilisation du service.Je constatais que les demandes de formation étaient variées : pour un même cours, il y avait autant de formations que de professeurs.C\u2019était la formule « formations à la carte ».Les formations étaient toujours adaptées à un cours.Aussi, il arrivait quelquefois que nous recevions deux fois le même groupe d\u2019étudiants avec des professeurs de différents cours en l\u2019espace de quelques jours.J\u2019ai remarqué des problèmes de perception de la part des professeurs concernant ce que nous offrions : s\u2019agissait-il d\u2019une formation sur « comment chercher », ou d\u2019une formation « pour faire un travail de recherche »?Dans la majorité des cas, les formations répondaient à un besoin relié à un travail de recherche, ce qui avait pour conséquence que l\u2019étudiant appliquait la « méthodologie » de recherche pour le cours, mais ne transférait pas ce qu\u2019il avait appris à d\u2019autres cours.Il reprenait ses habitudes dès qu\u2019il n\u2019était pas en lien avec le travail de recherche.Toutes ces observations ont mené à une meilleure dé?nition des formations.L\u2019approche programme faisait partie des solutions et permettait de positionner les formations aux compétences informationnelles (CI).Entre-temps, le concept de CI commençait à prendre le pas sur celui de formations documentaires.Ce nouveau vocable m\u2019a obligée à redé?nir ma propre perception du travail à faire concernant ce qui distingue les formations aux compétences informationnelles des formations documentaires.Cela m\u2019a amenée à regarder au-delà de la formation même.Ce nouveau concept a ouvert la porte à des possibilités que je n\u2019aurais jamais imaginées en conservant le vocable de formation documentaire.Le fait d\u2019axer la formation sur l\u2019acquisition de compétences plutôt que sur l\u2019outil allait permettre d\u2019atteindre ce que nous recherchons tous comme bibliothécaires : permettre aux usagers de trouver l\u2019information de qualité Le biblioth?caire au coll?gial est le seul professionnel sp?cialiste de la biblioth?que de son coll?ge.Il porte seul la responsabilit?d\u2019?tre ?l\u2019affût de l\u2019innovation.Il doit ?tre un agent de changement. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 35 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?dont ils ont besoin.J\u2019ai partagé ma vision avec les gestionnaires responsables de la bibliothèque a?n qu\u2019ils puissent présenter le dossier à la Direction des études.C\u2019était LE point de départ à un changement de perception.NOUVEAU DÉF I , NOUVEAU POS I T IONNEMENT Ensuite, la vie m\u2019a amenée à occuper un poste de gestion et a fait en sorte que ce soit moi qui porte le dossier des CI.J\u2019ai repris le ?ambeau dans un nouveau collège, au Cégep de Sainte-Foy.Dans ce nouveau milieu, les compétences informationnelles ont servi de levier pour la bibliothèque et lui ont permis d\u2019entrer dans de nouvelles sphères, de décloisonner le travail, de le rendre visible et compréhensible, et d\u2019avoir de l\u2019espace pour expérimenter et contribuer à la réussite des étudiants dans un esprit pérenne.Ce dossier est devenu celui de la Direction des études (DE), et non simplement celui de la bibliothèque.Ce changement de paradigme n\u2019est pas banal et a son importance, car le dossier n\u2019est plus seulement un projet \u2013 il devient une orientation.Les formations au CI ont été développées en collaboration avec l\u2019équipe de gestion et la professionnelle bibliothécaire de façon à dé?nir clairement les besoins du collège.Beaucoup de discussions ont eu lieu avec ma supérieure et l\u2019équipe de gestion de la DE a?n de préciser ce qui peut être fait et avec qui, et de déterminer comment créer des liens.Il a fallu susciter des discussions avec la bibliothécaire et l\u2019équipe programmes pour faire « atterrir3 » cette idée de compétence et lui donner une approche plus pédagogique que technique.Pour la bibliothèque, le travail consistait à bien dé?- nir notre offre de services et les compétences à acquérir pour bâtir des formations adaptées aux divers niveaux de compétences.Nous avons élaboré le « parcours découverte » destiné aux étudiants du programme Tremplin, où les bases de la recherche sont enseignées avec une approche plus classique de présentation des outils, des types de documents, etc.Ensuite, nous avons conçu les formations « initiation » et « intermédiaire ».Ces deux formations sont pensées en crescendo, c\u2019est-à-dire que la formation « initiation » est un préalable à la formation « intermédiaire ».Les trois compétences vues sont : préparer, chercher et évaluer.Dans la formation « intermédiaire », nous accentuons davantage la préparation, avec un travail plus élaboré, tandis que dans la formation « initiation », nous sommes dans les recherches simples, mais avec un accent sur le processus cognitif ainsi que sur l\u2019évaluation des sources.Nous avons adopté une approche de pédagogie active, inspirée de l\u2019approche en situation réelle.La formation avancée touche essentiellement l\u2019utilisation ef?cace, ef?ciente et éthique de l\u2019information, avec l\u2019utilisation de Zotero et de l\u2019outil de présentation des travaux que le collège a adopté en juin 2016.Chacune des formations dure 50 minutes.Pendant que nous élaborions nos formations, la bibliothèque présentait, en régie pédagogique4 devant la Direction des études, à Pour arriver ?mener ?bien les projets de la biblioth?que, le biblioth?caire doit imp?rativement collaborer avec son sup?rieur pour lui faire comprendre l\u2019importance des id?es et des projets mis de l\u2019avant et, ainsi, obtenir son soutien aupr?s de la Direction. 36 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT la réunion des coordonnateurs et aux équipes programmes, l\u2019approche et le but des formations aux compétences informationnelles.Elle a su convaincre, tant et si bien que les compétences informationnelles sont devenues un enjeu du Plan stratégique du collège pour 2015-2020 (www.cegep-ste-foy.qc.ca/ ?leadmin/documents/notre_cegep/publications_of?- cielles/PlanStrategique2015-2020_?nal-web.pdf).\u201c ORIENTATION 1 Faire de la formation de l\u2019étudiant une expérience stimulante, arrimée aux dé?s du xxie siècle 1.1 Accentuer le développement chez les étudiants d\u2019habiletés essentielles dans une société du savoir mondialisée.(\u2026) 2.Mise en place d\u2019une stratégie pour favoriser le développement des compétences informationnelles des étudiants et l\u2019utilisation efficiente et éthique des technologies.(p.16) \u201d Un projet pilote a été monté pour mettre le concept à l\u2019essai.Les professeurs du programme de Sciences de la nature n\u2019étaient pas des utilisateurs réguliers.Toutefois, des besoins criants se faisaient sentir.Une collaboration entre la Direction des études, le comité de programme et la bibliothèque a permis d\u2019expérimenter avec le cours de chimie générale, durant l\u2019heure d\u2019encadrement.Ainsi, à la première session, tous les étudiants suivent désormais la formation « initiation ».Tous les professeurs du programme ont été rencontrés a?n de leur expliquer le projet, et ils doivent renvoyer les étudiants à cette formation pour toute information à trouver ou à évaluer.En ce qui a trait à la formation « intermédiaire », elle est donnée dans le cours d\u2019intégration, à la quatrième session.L\u2019un des impacts de cette première amorce de projet des compétences informationnelles a été de permettre à différents intervenants de se connaître : le personnel de la bibliothèque, la Direction des études et les professeurs du programme.Ce projet a été l\u2019occasion pour la bibliothèque de s\u2019impliquer dans d\u2019autres projets qui ne sont pas de son ressort, mais pour lesquels certains éléments, comme les compétences informationnelles, étaient demandés.À titre d\u2019exemple, nous pouvons mentionner le développement du volet bibliographique de l\u2019outil de présentation, ainsi que le dossier du plagiat.Même si je n\u2019ai que des données qualitatives, je peux af?rmer que l\u2019offre de formation a été reçue très positivement par l\u2019équipe du programme de Sciences de la nature et les professeurs associés.Le fait de connaître les rouages décisionnels offre des possibilités plus grandes que si l\u2019on conçoit des projets en vase clos.C\u2019est un maillage important pour la réalisation et pour la pérennité des projets, quels qu\u2019ils soient.Les projets en bibliothèques n\u2019y font pas exception.1.Enquête statistique 2014-15 des bibliothèques collégiales membres du REBICQ (francophones et anglophones, publiques et privées) 2.REBICQ : Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec 3.Atterrir : terme non attesté, mais utilisé en gestion pour désigner toutes les actions à prendre avant, pendant et après une idée ou un projet pour que celui-ci arrive à sa réalisation et que tout se passe le mieux possible.4.Régie pédagogique : Réunion de gestion de la Direction des études ? argus | VOLUME 45 - NO 2 | 37 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT F R A N Ç O I S S É G U I N / En 1731, Benjamin Franklin, âgé de 27 ans, fonda à Philadelphie, alors sous le joug britannique, la première bibliothèque de souscription américaine, la Library Company of Philadelphia, que les abonnés non-actionnaires pouvaient, au même titre que les actionnaires, fréquenter pour lire livres, journaux et périodiques, et ce, moyennant une cotisation annuelle relativement modeste.Cette bibliothèque contribua à une certaine démocratisation de l\u2019accès au livre et à la lecture chez les Philadelphiens.D\u2019autres bibliothèques de même nature ?rent leur apparition dans les 13 colonies américaines : la Redwood Library & Athenæum of Newport (1747) et la Providence Athenæum (1753) dans le Rhode Island, la Charleston Library Society (1748) en Caroline du Sud, ainsi que la New York Society Library (1754).Il est dif?cile de savoir si les expériences dans les colonies américaines eurent un certain écho en Nouvelle- France.Peut-être n\u2019est-ce pas un hasard qu\u2019en 1760, probablement pour la première fois dans un document of?ciel rédigé en terre canadienne, le terme « bibliothèque publique » ait été utilisé.« Je donne tous mes livres qu\u2019on pourra ramasser à mon successeur pour lui pour une bibliothèque publique ou épiscopale, toute ré?exion faite, je donne tous mes livres au Séminaire de Montréal1 », stipulait le testament de Mgr de Pontbriand.Quoi qu\u2019il en soit, aussi bien sous le Régime français que durant les deux premières décennies du Régime anglais, aucune bibliothèque du type de celle fondée par Franklin à Philadelphie ne fut établie au Canada.Il aura fallu attendre la création de la Bibliothèque de Québec (Quebec Library) avant que la première bibliothèque de souscription par action ne vît le jour.Au début de l\u2019occupation anglaise, l\u2019idée d\u2019implanter sur le modèle de Philadelphie une première bibliothèque de souscription au Québec commença à faire son chemin.En fait foi un petit article paru en 1778 dans la Gazette du commerce et littéraire pour la ville et district de Montréal de Fleury Le présent article est composé d\u2019extraits (remaniés) par son auteur de l\u2019ouvrage D\u2019obscurantisme et de lumières : la bibliothèque publique au Québec, des origines au XXe siècle.375e de Montréal La naissance de la lecture publique à Montréal François Séguin est titulaire d\u2019une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l\u2019information de l\u2019EBSI, d\u2019une maîtrise ès arts en sciences politiques de l\u2019UQAM et d\u2019un baccalauréat ès sciences commerciales de l\u2019École des hautes études commerciales de Montréal.Retraité, il a travaillé durant 32 ans dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal, dont 25 à titre de responsable de la Bibliothèque Maison- neuve.Il est l'auteur de l'ouvrage D\u2019obscurantisme et de lumières : la bibliothèque publique au Québec, des origines au 21e siècle, Hurtu- bise, 2016, 660 pages.?Peut-?tre n\u2019est-ce pas un hasard qu\u2019en 1760, probablement pour la premi?re fois dans un document officiel r?dig?en terre canadienne, le terme « biblioth?que publique » ait ?t?utilis?.« Je donne tous mes livres qu\u2019on pourra ramasser ?mon successeur pour lui, pour une biblioth?que publique ou ?piscopale, toute r?flexion faite, je donne tous mes livres au S?minaire de Montr?al », stipulait le testament de Mgr de Pontbriand. 38 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Mesplet et Valentin Jautard \u2014 un journal dont le corpus idéologique participait de la philosophie des Lumières : Aux Honorables Membres de l\u2019Académie de la ville de Montréal Déjà l\u2019émulation commence à faire sentir ses aiguillons : déjà l\u2019aurore du bon goût qui perce à travers les ténèbres des préjugés, nous réveille du sommeil léthargique où nous étions plongés : nous commençons à sentir les impressions de la lecture des Livres choisis dont quelques Particuliers enrichissent le Pays; mais en trop petit nombre pour être comparés à l\u2019utilité que l\u2019on pourroit retirer des Bibliothèques publiques qui devroient se trouver dans nos Villes.(16 novembre 1778) Le Sincère Le Canadien curieux Le texte est attribué au rédacteur du journal, l\u2019avocat Valentin Jautard (Le Sincère), et à un étudiant du Collège de Montréal, Pierre-Louis Panet (Le Canadien curieux).L\u2019année suivante fut fondé le premier établissement de lecture publique au Québec, la Bibliothèque de Québec (BQ); le gouverneur Frederick Haldimand en était l\u2019instigateur et il entendait l\u2019instrumentali- ser a?n qu\u2019elle diffuse chez les nouveaux sujets de l\u2019Empire des ouvrages promouvant les valeurs de la Couronne britannique.Non sans certaines réticences, le clergé catholique s\u2019associa au projet.« Je vous avoue, Monseigneur, que si je contribue à cet établissement, ce ne serait qu\u2019à contrecœur, et par un pur motif de politique chrétienne », arguait, dans une lettre à l\u2019évêque de Québec (Mgr Briand), le supérieur des Sulpiciens de Montréal, Étienne Montgol?er, qui avait aussi été approché par Haldimand.« Je suis intimement convaincu, continuait-il, que dans tous les établissements de l\u2019imprimerie et de bibliothèque publique, quoiqu\u2019ils aient en eux-mêmes quelque chose de bon, il y a toujours plus de mauvais que de bon, et qu\u2019ils font plus de mal que de bien, même dans les lieux où il y a une certaine police pour la conservation de la foi et des bonnes mœurs2.» La situation précaire du clergé francophone après la Conquête expliquerait sa participation à une initiative envers laquelle il entretenait beaucoup de suspicion.Dans ce contexte \u2014 on était encore loin des af?nités électives qui se développeraient plus tard entre les autorités ecclésiastique et politique \u2014 l\u2019Église aurait jugé préférable que le goupillon s\u2019inclinât devant le trône devant le politique.Dès que fut connu le projet d\u2019établir à Québec une bibliothèque, la Gazette littéraire publia les textes de lecteurs qui souhaitaient qu\u2019il en fût de même à Montréal.« Le projet de l\u2019établissement d\u2019une Bibliothèque publique, dans la ville & District de Québec, approuvé par Son Excellence, écrivait un citoyen, devroit exciter une noble émulation, l\u2019exemple des Comnpatriotes devroit engager à les imiter ; pourquoi cette partie se refuseroit-elle à un si grand avantage : elle est aussi remplie de bons Citoyens, & en état de concourir autant à une telle institution3.» D\u2019obscurantisme et de lumières : la bibliothèque publique au Québec, des origines au 21e siècle, Hurtubise, 2016, 660 pages.S O U R C E : H U R T U B I S E argus | VOLUME 45 - NO 2 | 39 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?D\u2019ailleurs, lors de l\u2019assemblée de fondation de la BQ (15 janvier 1779) des Montréalais présents exprimèrent le vœu « que ce projet eût lieu par toute la province4 ».À cet égard, les participants furent informés qu\u2019une souscription serait ouverte à Montréal au bureau du shérif et maître de poste, Edward William Gray, « aux conditions suivantes : paier £5 en Souscrivant et la somme annuelle de £2 par après ».Néanmoins, l\u2019entreprise resta circonscrite à la seule ville de Québec.Les Montréalais durent patienter près de vingt ans avant que ne fût implanté un premier établissement de lecture publique dans leur ville.Toutefois, à l\u2019inverse de ce qui s\u2019était passé dans la capitale de la province, cette initiative ne fut pas impulsée par les instances politiques coloniales, mais par l\u2019action concertée d\u2019un petit groupe de marchands, de politiciens et d\u2019hommes de loi.Le 7 mars 1796 se réunirent au Dillon\u2019s Coffee House \u2014 la résidence-auberge de l\u2019artiste-peintre Richard Dillon, sise coin sud-ouest de la rue Saint-Jacques et de la Place-d\u2019Armes \u2014 un groupe de souscripteurs qui adoptèrent « les règles pour la conduite & direction5 » de la future bibliothèque.L\u2019assemblée procéda à l\u2019élection du comité de direction : Pierre- Louis Panet, avocat, juge de la Cour du banc du oi et seigneur d\u2019Argenteuil ; James Walker, juge de la Cour du banc du Roi à Montréal ; Louis-Charles Foucher, solliciteur général du Bas-Canada et, plus tard, juge du banc du Roi ; James McGill, marchand de fourrures, député à l\u2019Assemblée du Bas-Canada, membre du Conseil exécutif et philanthrope bien en vue ; et un certain Robert Jones.Pour financer la Bibliothèque de Montréal (Montreal Library), une société par actions (les actionnaires-propriétaires) fut constituée \u2014 125 titres d\u2019une valeur de 10 £ chacun.En mai, la nouvelle institution amorça ses opérations à raison de 15 heures par semaine.Un abonné pouvait emprunter « un Tome in folio l\u2019espace de douze jours, ou un Tome in quarto, dix jours, ou deux Tomes in octavo ou duodecimo huit jours6 ».Pour béné?cier des services de la bibliothèque, les souscripteurs non- actionnaires devaient débourser « cinq Piastres pour une année & trois Piastres pour une demie année ».En 1797, la bibliothèque possédait 1 558 volumes.Au début du 19e siècle, seulement 40 des 168 membres inscrits avaient un patronyme francophone.Le 24 avril 1819, 71 personnes, dont 13 francophones, obtinrent de la Chambre d\u2019Assemblée du Bas-Canada un acte les autorisant à se constituer en « Corporation sous le nom de \u201cCompagnie des Propriétaires de la Bibliothèque de Montréal\u201d7 » dans le but d\u2019acquérir un terrain « pour y ériger une Bibliothèque publique à leurs propres frais ».Et ce, « vu qu\u2019il est convenable d\u2019encourager et aider les instructions dont le but est de promouvoir et répandre les Sciences ».Un lot « appartenant à la Salle d\u2019Audience [rue Notre- Dame] dans ladite Cité de Montréal » serait cédé aux demandeurs, à condition qu\u2019ils ?ssent « bâtir, ériger et compléter la susdite Bibliothèque projetée, sous cinq années de et après la passation de cet Acte » La bibliothèque occupait alors une aile du rez-de-chaussée du Mansion House Hotel, qui se dressait à l\u2019angle sud-ouest des rues Saint-Paul et En mai, la nouvelle institution amorça ses op?rations ?raison de 15 heures par semaine.Un abonn?pouvait emprunter « un Tome in folio l\u2019espace de douze jours, ou un Tome in quarto, dix jours, ou deux Tomes in octavo ou duodecimo huit jours ».Pour b?n?ficier des services de la biblioth?que, les souscripteurs non-actionnaires devaient d?bourser « cinq Piastres pour une ann?e & trois Piastres pour une demie ann?e ». 40 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Bonsecours.Réputé le plus beau de Montréal, l\u2019immeuble avait John Molson (1763-1836) pour propriétaire depuis 1815.Parmi les signataires de la requête : Louis-Joseph Papineau; John Molson, député de Montréal-Est, homme d\u2019affaires fondateur de la brasserie Molson; le marchand de fourrures David David, le premier Juif né dans la province de Québec; Austin Cuvillier, député de Huntingdon lié au Parti canadien et l\u2019un des fondateurs de la Banque de Montréal; François Desrivières, homme d\u2019affaires et juge de paix; Fran- çois-Antoine Larocque, un commerçant qui participa à la fondation de la Banque de Montréal; Jacques- Philippe Saveuse de Beaujeu, seigneur de Soulanges et de la Nouvelle-Longueuil; Louis Guy, juge de paix, notaire, marchand et propriétaire foncier, décoré de la Médaille de la bataille de Châteauguay; Thomas McCord, député de Bedford, marchand, juge de paix et l\u2019un des principaux artisans d\u2019une loi adoptée par le Parlement (1818) visant à doter Montréal d\u2019un service de police.Le projet n\u2019aboutit pas.Le 16 mars 1821, le Mansion House Hotel était ravagé par les flammes; on parvint toutefois à sauver la presque totalité des livres de la bibliothèque.Avant même l\u2019incendie, les propriétaires avaient informé le public que l\u2019institution s\u2019apprêtait à déménager dans la chapelle méthodiste wesleyenne sise dans la « petite rue Saint-Joseph » (Saint-Sulpice), à l\u2019arrière de l\u2019église Notre-Dame.Elle rouvrit à cet endroit le 11 juin.Outre la bibliothèque, le bâtiment abritait une « chambre de nouvelles », où on lisait journaux et autres périodiques, et un café, The Exchange.Dans la partie française du catalogue de 1824, la littérature \u2014 un domaine qui éveillait la mé?ance du clergé \u2014 y était bien représentée : 234 titres, soit 48,6 % du total français.De ceux-ci, 68,8 % (161 titres) étaient de la plume d\u2019auteurs français, contre 12 % (28 titres) d\u2019auteurs anglais8.On y trouvait aussi des titres d\u2019écrivains allemands, espagnols, ?amands, grecs, italiens, etc.Des œuvres en français d\u2019auteurs des Lumières [la plupart à l\u2019Index] étaient également mises à la disposition des lecteurs : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Condillac, Locke, Condorcet, Marmontel, etc.La Bibliothèque de Montréal (BM) était « destinée à une classe de lecteurs qui cherchaient plutôt à se distraire qu\u2019à s\u2019instruire », avançait en 1868 le Journal de l\u2019instruction publique.Elle proposait des ouvrages d\u2019auteurs réprouvés par la morale, « Voltaire, Frederic de Prusse, Helvétius, Crebillon » et « plusieurs autres écrivains du même genre9 ».L\u2019institution était alors en butte à de sérieuses dif- ?cultés ?nancières10.Le 25 juin 1827, le comité de direction résolut de s\u2019en départir11.Le 15 mars de l\u2019année suivante12, elle fut vendue aux enchères pour la somme de 1 259 £ à l\u2019architecte John Try13.Constituée en une nouvelle compagnie, elle rouvrit le 7 avril14.En 1837, elle élut domicile dans les locaux de la Natural History Society of Montreal, « petite rue Saint-Jacques », à l\u2019est de la rue Saint-Laurent.En avril 1843, le secrétaire de la BM informait le public qu\u2019une assemblée des propriétaires se tiendrait le 6 juillet dans les locaux de la société d\u2019histoire, et ce, « a?n de prendre en considération l\u2019à-propos de dissoudre ladite association15 ».La Biblioth?que de Montr?al (BM) ?tait « destin?e ?une classe de lecteurs qui cherchaient plut?t ?se distraire qu\u2019?s\u2019instruire », avançait en 1868 le Journal de l\u2019instruction publique.Elle proposait des ouvrages d\u2019auteurs r?prouv?s par la morale, « Voltaire, Frederic de Prusse, Helv?tius, Crebillon » et « plusieurs autres ?crivains du m?me genre ». argus | VOLUME 45 - NO 2 | 41 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT En 1844, près de 50 ans après son ouverture, la BM était achetée pour la somme de 180 £ par la Mercantile Library Association of Montreal16, située dans le Marché Sainte-Anne [Place D\u2019Youville], et cessait d\u2019exister en tant que bibliothèque publique.Selon le catalogue de 1842, la BM comptait alors 2 720 titres (4 792 volumes).Y dominaient les romans (700 titres); venaient ensuite les ouvrages d\u2019histoire (443 titres), de belles-lettres (389 titres) et de voyages (297 titres).Au ?l des ans, elle s\u2019était anglicisée : alors qu\u2019en 1797 les titres en français représentaient 47 % de la collection, quarante-cinq ans plus tard, ils n\u2019en constituaient plus que 17 % (471 titres).La BM fit paraître cinq catalogues : en 1797 (bilingue), 1811 (bilingue), 1824 (bilingue), 1833 (unilingue anglais) et 1842 (unilingue anglais).Des publications rédigées sans grandes considérations taxinomiques.1.Cité dans Antonio Drolet, Les bibliothèques canadiennes : 1604-1960, p.63, note 113.2.Cité dans Ibid., p.91.3.La Gazette littéraire de Montréal, 13 janvier 1779.4.The Quebec Gazette / La Gazette de Québec, 21 janvier 1779.5.The Montreal Gazette / La Gazette de Montréal, 14 mars 1796.6.The Montreal Gazette / La Gazette de Montréal, 2 mai 1796; Catalogue des livres françois et anglais dans la Bibliothèque de Montréal, p.7.7.« Acte pour approprier un certain lot de terre, dans la Cité de Montréal, à la situation d\u2019une bibliothèque publique, et pour incorporer certaines personnes y mentionnées », p.415, dans Les statuts provinciaux du Bas-Canada, 1817-1819.8.Isabelle Ducharme, « L\u2019offre de titres littéraires dans les catalogues de bibliothèques de collectivités à Montréal (1797-1898) », p.241, dans Lire au Québec au XIXe siècle.9.« Livres et bibliothèques », p.149, dans Journal de l\u2019instruction publique, v.12, no 12 (déc.1868).10.The Montreal Gazette, 18 juin 1827.11.The Montreal Gazette, 5 juillet 1827.12.The Montreal Gazette, 17 mars 1828.13.Stephen Otto et A.J.H.Richardson, « John Try : A master carpenter, builder and architect in Old Montreal », p.33, dans Bulletin (Société pour l\u2019étude de l\u2019architecture au Canada), v.22, no 2 (juin 1997).14.The Montreal Gazette, 3 avril 1828.15.La Minerve, 17 avril 1843.16.The third annual report of the Mercantile Library Association of Montreal, p.24.?B IBL IOGRAPH IE Drolet, Antonio.Les bibliothèques canadiennes : 1604-1960, Ottawa, Le Cercle du livre de France, 1965, 234 p.Ducharme, Isabelle.« L\u2019offre de titres littéraires dans les catalogues de bibliothèques de collectivités à Montréal (1797-1898) », pp.237-279, dans Lire au Québec au XIXe siècle, [Saint-Laurent], Fides, 2003, 330 p.Otto, Stephen et A.J.H.Richardson.« John Try : A master carpenter, builder and architect in Old Montreal », pp.32-40, dans Bulletin (Société pour l\u2019étude de l\u2019architecture au Canada), v.22, no 2 (juin 1997).« Acte pour approprier un certain lot de terre, dans la Cité de Montréal, à la situation d\u2019une bibliothèque publique, et pour incorporer certaines personnes y mentionnées », pp.415-419, dans Les statuts provinciaux du Bas-Canada, 1817-1819, Québec, P.E.Desbarats.Catalogue des livres françois et anglais dans la Bibliothèque de Montréal, Montréal, imprimé chez E.Edwards, 1797, 37 p.Catalogue of Books in the Montreal Library, Montreal, printed by James Starke & Co., 1842, 110 p.Catalogue of the books, in the Montreal Library, Montreal, printed at the Herald of?ce, 1824, 114 p.« Livres et bibliothèques », pp.146-152, dans Journal de l\u2019instruction publique, v.12, no 12 (déc.1868).The third annual report of the Mercantile Library Association of Montreal, Montréal, Lovell and Gibson, 1844, 24 p. 42 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Chronique rurale Reconnaître la valeur des bibliothèques publiques C A T H E R I N E S T - A R N A U D - B A B I N / Les bibliothèques publiques rurales reçoivent très peu d\u2019attention des conversations professionnelles du milieu documentaire, alors qu\u2019elles se dénombrent à plus de 780 au Québec et qu\u2019elles servent près de 20 % de la population.Je vous propose donc une chronique récurrente qui abordera le thème du numéro courant dans la perspective des réalités terrain des petites bibliothèques rurales.J\u2019espère que le voyage vous plaira ! J\u2019ai observé que dans de nombreuses municipalités rurales, il y a autant d\u2019argent budgété annuellement pour l\u2019entretien hivernal de la patinoire extérieure que pour le service de bibliothèque dans son ensemble, qui, lui, ouvre ses portes à l\u2019année.La perception commune aux résidents de ces localités est donc qu\u2019on attribue davantage de valeur au sport qu\u2019à la culture.On crée même, malheureusement, une opposition entre ces deux sphères d\u2019activités.À mon avis, on ne peut surmonter cette bataille stérile qu\u2019en cessant de réduire les bibliothèques aux livres et à la lecture.Considérées trop souvent seulement par rapport à leur volet culturel, les bibliothèques publiques rurales doivent encore convaincre les élus municipaux qu\u2019elles détiennent une mission plus large concernant, entre autres, l\u2019alphabétisation et les apprentissages continus, de puissants leviers économiques.On oppose moins facilement éducation et sport.Cependant, ces aspects de leur mission étant très peu exploités au Québec en dehors des centres urbains, il demeure dif?cile de démontrer, chiffres à l\u2019appui, leur in?uence sur la santé de leur communauté d\u2019appartenance.« Vendre » la pleine mission de la bibliothèque publique constitue une prémisse incontournable pour évaluer son impact économique en milieu rural.Le recours au langage comptable et marketing semble inévitable pour se faire entendre par les décideurs et se rendre attrayant pour les potentiels usagers.Une image de marque s\u2019impose, par exemple, pour actualiser l\u2019idée à laquelle est associée la bibliothèque, communiquer clairement avec la communauté servie et créer un sentiment d\u2019appartenance.Par contre, s\u2019il faut parler en chiffres, bien peu d\u2019indicateurs de performance et de mesures de la valeur des services nous permettent d\u2019appréhender l\u2019ensemble des béné- ?ces individuels et collectifs engendrés par les bibliothèques publiques.Le dé?est double : d\u2019une part, trouver des indicateurs quantitatifs qui ne sont pas Les biblioth?ques publiques rurales reçoivent tr?s peu d\u2019attention des conversations professionnelles du milieu documentaire, alors qu\u2019elles se d?nombrent ?plus de 780 au Qu?bec et qu\u2019elles servent pr?s de 20 % de la population.Ayant grandie dans un fond de rang, Catherine St-Arnaud-Babin aime à rappeler aux urbains l\u2019existence d\u2019autres réalités.Un parcours sinueux entre études multidisciplinaires en sciences sociales, engagements dans diverses causes, voyages et intervention communautaire auprès des personnes immigrantes l\u2019a ?nalement menée au merveilleux monde des bibliothèques. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 43 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT biaisés méthodologiquement ou idéologiquement ; d\u2019autre part, persuader les élus que des indicateurs qualitatifs représentent des mesures d\u2019impact tout aussi valables.En tentant de convaincre les municipalités rurales d\u2019adhérer à l\u2019ensemble des missions des bibliothèques publiques, on se bute à l\u2019enjeu de la rémunération du personnel.S\u2019il est vrai que la situation varie d\u2019une région à l\u2019autre, dans plusieurs d\u2019entre elles la majorité des responsables de bibliothèque travaille bénévolement, de même que les membres composant le personnel.On ne peut réalistement demander à des bénévoles d\u2019assurer l\u2019entière prestation de ces multiples services publics.La question de la valeur des bibliothèques frappe de plein fouet.Aux yeux des élus, l\u2019apport de ce service municipal à la communauté n\u2019est pas suf?sant pour justi?er de rémunérer le personnel qui y travaille.Seulement, l\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.Engager des gens quali?és qui concrétisent l\u2019ensemble des missions des bibliothèques publiques en mettant en place des services aux usagers diversifiés entraîne forcément, il me semble, une augmentation de la portée et du rayonnement de ces services au sein de leur communauté.Reste à convaincre les élus avec les indicateurs quantitatifs et qualitatifs présentement disponibles.Par ailleurs, l\u2019argent étant partout une ressource névralgique, la création de partenariats est d\u2019autant plus cruciale dans les milieux ruraux où l\u2019on ne peut se permettre de dédoubler des services à la communauté, celle-ci n\u2019étant généralement pas assez populeuse pour rentabiliser plusieurs offres d\u2019un même créneau.Les associations avec les maisons de jeunes, les résidences d\u2019aînés, les garderies et les écoles sont fortement encouragées, car elles permettent de joindre ces publics cibles tout en travaillant en complémentarité.Plusieurs municipalités régionales de comté (MRC) réalisent des économies d\u2019échelle en élaborant des programmes d\u2019animation culturelle en bibliothèque sur l\u2019étendue de leur territoire.Par contre, les partenariats avec les centres locaux d\u2019emploi, les établissements et les commerces liés à la santé ou les centres de formation se font rares.Alors qu\u2019une des valeurs ajoutées les plus prisées en milieu rural est la proximité, ils fourniraient aux résidents des services d\u2019information d\u2019intérêt public sans avoir à se déplacer sur des dizaines de kilomètres, voire plus.Les bibliothèques publiques rurales suivent la vague et se transforment peu à peu en lieu de convergence communautaire et culturelle.Les projets d\u2019aménagement se multiplient, que ce soit dans de tout petits villages de 500 habitants ou dans des agglomérations qui en rassemblent plus de 4 000.Les communautés renouvellent ainsi leur usage de leur bibliothèque, animant ce qui constitue bien souvent le seul lieu de diffusion culturel.Plusieurs municipalités reconnaissent donc la « valeur » béné?que de ces investissements.Il demeure que bien peu conçoivent que leur service de bibliothèque puisse participer au développement économique régional.Aux Réseaux BIBLIO de décloisonner l\u2019image des bibliothèques publiques ! NOTE : Je ne parlerai pas au nom des bibliothèques publiques rurales, ni au nom de tous les Réseaux BIBLIO, mais en mon nom personnel, endossée par mon employeur, le Réseau BI- BLIO du Centre-du-Québec, de Lanaudière et de la Mauricie, qui rassemble 130 municipalités.? 44 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Les 500 mots métiers Un nouvel outil pour les professionnels de l\u2019information M A R I E - C L A I R E B A R B E A U - S Y L V E S T R E / Paru en 2016 aux éditions KLOG, un nouveau glossaire professionnel trilingue (français, anglais, allemand) réunit le vocabulaire des bibliothèques, des musées, de la documentation et des archives.Intitulé Les 500 mots métiers.Bibliothèques, archives, documentation, musées1, l\u2019ouvrage est conçu à partir d\u2019une prise de position des auteurs : ces quatre domaines de l\u2019information s\u2019entrecroisent et gagneraient à cimenter leur rapprochement, déjà favorisé par les technologies de l\u2019information.L\u2019union, arguent les auteurs en avant-propos, ferait la force des métiers de l\u2019information mis à mal en contexte de crise économique, de fusion de services ou simplement d\u2019invisibilité de leurs services respectifs.Les 500 mots métiers a été conçu par Jean-Philippe Accart et Clotilde Vaissaire-Agard.Le premier se présente comme bibliothécaire-documentaliste, formateur, enseignant et consultant et travaille depuis plus de trente ans dans le secteur des sciences de l\u2019information en France et en Suisse.La seconde a été archiviste, bibliothécaire et documentaliste.Elle est désormais consultante et formatrice chez CF2ID, un organisme privé agréé offrant des formations préparatoires aux concours d\u2019entrée dans la fonction publique française et tout au long de la carrière des professionnels2.Elle a également cofondé, en 2011, la maison d\u2019édition française KLOG, qui se spécialise dans la publication d\u2019ouvrages destinés aux professionnels de l\u2019information et à la préparation des concours d\u2019entrée dans la fonction publique française, pour les domaines de la documentation et de la bibliothéconomie3.L\u2019ouvrage, conforme à la ligne éditoriale de la maison, se présente comme utile à la préparation des concours français, mais il servira aussi bien aux professionnels et aux étudiants québécois.En effet, si la traduction allemande qui accompagne chacun des 500 « mots métiers » sélectionnés par les auteurs sera davantage utile en contexte européen, la traduction anglaise qui y figure également est Intitul?Les 500 mots m?tiers.Biblioth?ques, archives, documentation, mus?es, l\u2019ouvrage est conçu ?partir d\u2019une prise de position des auteurs : ces quatre domaines de l\u2019information s\u2019entrecroisent et gagneraient ?cimenter leur rapprochement, d?j?favoris?par les technologies de l\u2019information.Après des études en Histoire, culture et société à l\u2019Université du Québec à Montréal, Marie-Claire Barbeau-Sylvestre s\u2019est dirigée vers la philosophie.Elle a entrepris une maîtrise à l\u2019Université de Montréal et consacre son mémoire à l\u2019emphase comme précédé philosophique chez Emmanuel Levinas.Elle a enseigné cette discipline au Collège Jean-de-Brébeuf et au Cégep du Vieux Montréal.Elle est actuellement libraire à la librairie l\u2019Écume des jours à Montréal. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 45 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT essentielle en contexte nord-américain.L\u2019utilisateur pourra évidemment chercher un terme français pour en connaître la dé?nition, l\u2019usage et les traductions puisque le glossaire est classé selon l\u2019ordre alphabétique des termes français.Cependant, si d\u2019aventure, dans sa pratique, il bute sur des termes anglais ou allemands, il pourra tout aussi bien les trouver grâce aux index alphabétiques des termes anglais et allemands placés à la ?n de l\u2019ouvrage.Conçu pour la pratique actuelle, le glossaire répertorie et dé?nit les termes traditionnels et encore incontournables des métiers de l\u2019information (abonnement, jaquette, manuscrit.), mais il fait la part belle aux technologies, tout aussi incontournables désormais (agrégateur de contenu, liseuse, Open Archive Initiative\u2026).Les auteurs ont en?n pris soin d\u2019illustrer certaines dé?nitions par des exemples récents, d\u2019ajouter des schémas pour éclaircir certaines notions et de glisser des images pertinentes, comme des symboles informatiques.Bref, Les 500 mots métiers est un outil pratique pour les étudiants et les professionnels de l\u2019information d\u2019aujourd\u2019hui.1.Accart, Jean-Philippe et Clotilde Vaissaire-Agard.2016.Les 500 mots métiers.Bibliothèques, archives, documentation, musées.Bois-Guillaume : Éditions KLOG.190 p.2.CF2ID Information \u2013 Plateforme de formation aux concours.Qui sommes-nous.[www.cf2idformation.fr/web/type/Qui sommes nous] et CF2ID Information \u2013 Plateforme de formation aux concours.Formations 2016-2017.[www.cf2idfor- mation.fr/web/type/Liste des formations 2016-2017], pages consultées le 26 janvier 2017.3.KLOG éditions.Qui sommes-nous?.[www.editionsklog.com/ pages/Qui-sommes-nous], page consultée le 26 janvier 2017.?Les 500 mots métiers.Bibliothèques, archives, documentation, musées.Accart, Jean-Philippe et Clotilde Vaissaire-Agard.2016.Conçu pour la pratique actuelle, le glossaire r?pertorie et d?finit les termes traditionnels et encore incontournables des m?tiers de l\u2019information (abonnement, jaquette, manuscrit.), mais il fait la part belle aux technologies, tout aussi incontournables d?sormais (agr?gateur de contenu, liseuse, Open Archive Initiative\u2026).S O U R C E : É D I T I O N S K L O G 46 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT 6 à 8 de la CBPQ Table ronde sur la gestion en bibliothèque S T É P H A N I E D U P A / C\u2019est dans l\u2019ambiance chaleureuse du Broue Pub Brouhaha Rosemont à Montréal que s\u2019est tenu le quatrième 6 à 8 de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ).Lancé en avril 2016, le programme d\u2019événements professionnels sous forme de 6 à 8 a pour but de favoriser les rencontres et les échanges entre professionnels de bibliothèques dans une ambiance conviviale et informelle.La rencontre du mercredi 25 janvier 2017 a rassemblé étudiants et professionnels de l\u2019information pour échanger sur le thème de la gestion en bibliothèque.Au programme de cette table ronde réalisée en collaboration avec Eureka.ca, surtout des échanges pour démysti?er le rôle de gestionnaire et parler de l\u2019expérience terrain dans différents milieux.Animée par Julie Gagnon, sous-titreur et locuteur à Radio-Canada et membre du conseil d\u2019administration de la CBPQ, cette activité a permis d\u2019entendre trois bibliothécaires qui « à eux trois cumulent plus de 40 ans d\u2019expérience en tant que gestionnaires ».Les conférenciers étaient Isabelle Pilon, directrice du réseau de bibliothèques, recherche et formation au Centre d\u2019accès à l\u2019information juridique (CAIJ), Geneviève Cadieux, chef de section \u2014 bibliothèque à la Ville de Boucherville et Sylvain Champagne, gestionnaire-bibliothécaire.Pour briser la glace, Julie Gagnon s\u2019adresse d\u2019abord aux participants : « Qui d\u2019entre vous souhaiterait s\u2019orienter vers une carrière de gestionnaire ?» En réponse, une bonne dizaine de mains se lèvent.La table ronde est justement faite pour lever le voile sur cette profession dont les responsabilités peuvent tout aussi bien attirer que rebuter les professionnels.Les premières questions posées aux conférenciers de la table ronde tournent autour du leadership et des qualités incontournables des gestionnaires.C\u2019est le plus souvent à travers des anecdotes personnelles et des récits d\u2019expérience que se dresse le portrait du gestionnaire.D\u2019abord, on devient rarement gestionnaire du jour ou lendemain.C\u2019est quelque chose qui se construit avec l\u2019expérience en prenant des modèles inspirants autour de soi, mais qui est aussi relié à la personnalité.Les personnes qui ont des qualités de gestionnaire sont avant tout des professionnels passionnés, engagés, qui s\u2019investissent dans leur travail et qui aiment les dé?s.C\u2019est aussi vouloir sortir de sa zone de confort.En devenant gestionnaire, on est contraint d\u2019abandonner plus ou moins sa casquette d\u2019expert et l\u2019on fait face à plus d\u2019incertitude.Ce qui nous amène à la gestion finalement, c\u2019est le fait Les premi?res questions pos?es aux conf?renciers de la table ronde tournent autour du leadership et des qualit?s incontournables des gestionnaires.C\u2019est le plus souvent ?travers des anecdotes personnelles et des r?cits d\u2019exp?rience que se dresse le portrait du gestionnaire. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 47 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?P H O T O : © L A E T I T I A L E C L E C H « d\u2019aimer être au cœur des choses qui changent », nous dit Sylvain Champagne.La personnalité in?uencera évidemment le style de gestion, mais les intervenants insistent de manière unanime sur des traits de caractère communs et essentiels à tout gestionnaire.Les conférenciers mettent l\u2019accent sur l\u2019importance des qualités interpersonnelles.Il est clair que la misanthropie et la gestion ne font pas bon ménage ! Le gestionnaire ne travaille pas seul dans son coin : il aime travailler en équipe et surtout il s\u2019attache à écouter et connaître les personnalités de chaque membre de son équipe.Parler et écouter son équipe ne devraient pas faire partie des tâches à remettre à plus tard.Être gestionnaire, c\u2019est aussi être doté d\u2019une nature positive et ne pas se laisser aller à la mauvaise humeur nous dit Isabelle Pilon.À la question « la gestion est-elle plus un art ou une science ?», nos trois gestionnaires répondent unanimement un art de par les qualités humaines du gestionnaire qui entrent en jeu.Certaines qualités sont moins évidentes, mais tout aussi essentielles.Les intervenants soulignent qu\u2019il faut savoir accepter de ne pas toujours faire l\u2019unanimité dans son équipe et avoir le courage de prendre des décisions.Geneviève Cadieux souligne que les équipes apprécient le fait de ne pas avoir le poids de la décision qui pèse sur leurs épaules et que cela amène un certain respect et reconnaissance pour leur gestionnaire qui l\u2019assume.Être gestionnaire, c\u2019est évidemment être authentique et être capable d\u2019introspection pour devenir un modèle inspirant pour son équipe.En?n, les « habiletés politiques » sont incontournables pour être soutenu dans les projets que l\u2019on souhaite mener.Après cette belle entrée en matière, vient ensuite le temps des questions qui touchent plus directement à l\u2019expérience terrain des trois gestionnaires invités.Ces derniers ont ainsi exposé le type de gestionnaire qu\u2019ils étaient, leur meilleur coup, mais aussi leur pire échec.Leur personnalité et les milieux dans lesquels ils exercent les amènent à avoir des styles de gestion différents, mais on remarque qu\u2019ils ont tous trois le travail dans la peau et ont à cœur la réussite de leur équipe.Souvent, les échecs ont été le fruit d\u2019un trop grand enthousiasme.On a surestimé un produit, on s\u2019est lancé trop vite dans un projet, on n\u2019a pas été assez ferme sur ses positions, ou on n\u2019a pas su dire non\u2026 Il faut savoir les reconnaître, recti?er le tir quand c\u2019est possible, en tirer les leçons et passer à autre chose.6 à 8 de la CBPQ - La gestion en bibliothèque. 48 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT La dernière demi-heure a été riche en questions des participants.Est apparue, notamment, la question du droit à la déconnexion au travail qui consiste à se déconnecter de sa vie professionnelle, comme ne plus répondre aux appels téléphoniques ou aux cour- riels en dehors de ses heures de travail1.Les trois gestionnaires avouent qu\u2019ils ont du mal à se déconnecter, mais Sylvain Champagne précise que cela permet pourtant de gagner en ef?cacité.En?n, devenir gestionnaire c\u2019est aussi accepter de faire des deuils parfois dif?ciles.Pour tous, le service client a été le plus grand deuil à faire, tout comme celui d\u2019accepter de ne plus être un expert dans un certain domaine.Il faut savoir l\u2019admettre et faire con?ance à son équipe.La table ronde touchant à sa fin, Julie Gagnon s\u2019adresse à nouveau aux participants : « Maintenant, a-t-on con?rmé votre choix ?Qui d\u2019entre vous souhaiterait s\u2019orienter vers une carrière de gestionnaire ?» Il nous semble que la totalité des participants lève la main.Pour bon nombre de participants, la soirée ne s\u2019arrête pas là et se poursuit en discussions et réseau- tage dans une ambiance amicale.1.En France, depuis le 1er janvier 2017, les salariés ont un « droit à la déconnexion ».Pour plus d\u2019information : www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/488269/ travail-la-france-se-donne-le-droit-a-la-deconnexion Après des études en littérature et en sciences de l\u2019information réalisées en France, Stéphanie Dupa s\u2019est dirigée vers la maîtrise en bibliothéconomie de l\u2019EBSI à l\u2019UdeM.Elle est actuellement bibliothécaire à BAnQ.?Souvent, les ?checs ont ?t?le fruit d\u2019un trop grand enthousiasme.On a surestim?un produit, on s\u2019est lanc?trop vite dans un projet, on n\u2019a pas ?t?assez ferme sur ses positions, ou on n\u2019a pas su dire non\u2026 Il faut savoir les reconnaître, rectifier le tir quand c\u2019est possible, en tirer les leçons et passer ?autre chose.P H O T O : © L A E T I T I A L E C L E C H De Gauche à droite : Sylvain Champagne, Isabelle Pilon, Julie Gagnon, Geneviève Cadieux, Catherine Mongeau et Guy Gosselin argus | VOLUME 45 - NO 2 | 49 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT ?La curation de contenus Une activité stratégique pour accroître la visibilité de la bibliothèque E L S A D R E V O N , C H R I S T I N E D U F O U R E T D O M I N I Q U E M A U R E L / Depuis quelques années, le constat doit être fait : le public ignore souvent les services offerts et les collections fournies par la bibliothèque.De plus, la bibliothèque fait face à une concurrence forte dans le secteur culturel et doit conquérir le consommateur qui est confronté à une offre foisonnante d\u2019activités culturelles (Marteaux et Mencarelli, 2005).Elle doit donc accroître sa visibilité.Selon Verron (2013), « cette méconnaissance et relative invisibilité des bibliothèques est souvent associée à un défaut de marketing et de mise en valeur de la « marque bibliothèque » (p.29).Or, la curation de contenus est un moyen d\u2019accroître la visibilité et la notoriété d\u2019une marque (Alloing, 2012).Comment la curation de contenus, à la fois semblable et différente de la veille, contribue-t-elle à soutenir la stratégie de la bibliothèque et à augmenter la visibilité de la marque bibliothèque?QU \u2019EST-CE QUE L A CURAT ION DE CONTENUS ET QUELLES SONT LES D IFFÉRENCES AVEC L A VE I L LE?La curation de contenus est « l\u2019action de trouver, regrouper, organiser et partager le contenu en ligne le meilleur et le plus pertinent sur un sujet spéci?que » (Bhargava, 2009, trad.par Mesguich, 2012, p.26).Le processus de curation de contenus comprend généralement trois étapes : sélectionner, donner du sens (ou éditorialiser) et partager (Guallar, 2017).L\u2019étape de sélection des contenus consiste à s\u2019abonner au ?l d\u2019actualités de diverses personnes, appelées in?uenceurs, et à trouver du contenu.L\u2019étape suivante est l\u2019éditorialisation, qui vise à donner du sens à l\u2019information sélectionnée, et ce, de différentes manières : ¬ L\u2019ajout de contenu sur un même sujet à un seul endroit (agrégation); ¬ La mise en avant des principaux éléments (distillation); ¬ L\u2019extrapolation de tendances à partir de données partielles (élévation); ¬ La juxtaposition et la fusion de contenus (mash-up); ¬ L\u2019organisation antéchronologique (Dale, 2014).Les commentaires et l\u2019ajout d\u2019étiquettes sont aussi des façons de donner du sens au contenu trouvé sur un sujet.En?n, l\u2019étape de partage amène le curateur à diffuser ses trouvailles à des internautes abonnés à son pro?l sur des outils de curation ou des médias sociaux.Mais alors, quelles sont les différences entre cura- tion de contenus et veille?Selon plusieurs auteurs (Alloing, 2012; Libmann, 2015; Drevon, Dufour et Maurel, 2015), ces deux activités se ressemblent.Elles mobilisent les mêmes outils technologiques, et les mêmes techniques de recherche, de ?ltrage, d\u2019agrégation des sources d\u2019information, de structuration et de diffusion.Leurs processus comportent plusieurs étapes similaires comme la sélection, l\u2019organisation et la diffusion.En?n, le rôle de médiation entre information et consommateur d\u2019information existe aussi bien chez le curateur de contenus que chez le veilleur.Depuis quelques ann?es, le constat doit ?tre fait : le public ignore souvent les services offerts et les collections fournies par la biblioth?que. 50 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT Pourtant, selon ces mêmes auteurs, les deux activités sont différentes en termes d\u2019objectifs visés, de clientèles cibles, de sources d\u2019information et de formalisation du processus.La curation de contenus se ferait « par envie, passion ou besoin de reconnaissance » (Deschamps, 2012).Bien que la curation de contenus puisse exister pour accroître la visibilité d\u2019une organisation, tel que cela sera démontré ultérieurement, le curateur de contenus cherche, avant tout, à se faire connaître et à promouvoir son expertise personnelle.À l\u2019inverse, le veilleur tente de répondre à un besoin informationnel spéci?que dans son organisation.Ainsi, le curateur de contenus partage à tout le monde, sans cibler une clientèle précise, tandis que le veilleur réalise une activité plus structurée visant des objectifs déterminés et des clientèles ciblées aux besoins clairement dé?nis.Concernant les sources d\u2019information, celles que le curateur de contenus sélectionne sont exclusivement sur le Web et généralement gratuites.Les sources d\u2019information du veilleur peuvent être sur le Web, mais peuvent aussi être imprimées, humaines, verbales, visuelles, olfactives, etc., de même que gratuites ou payantes, et parfois même con?dentielles.En?n, le processus de cura- tion de contenus serait généralement décentralisé, à l\u2019inverse de celui de la veille, qui est généralement davantage formalisé au sein de l\u2019organisation.Ce désir de promotion rend la curation de contenus particulièrement intéressante lorsque vient le temps d\u2019accroître la visibilité de la bibliothèque.EN QUO I L A CURAT ION DE CONTENUS EST-ELLE UNE ACT IV I TÉ STRATÉG IQUE DANS LE SECTEUR CULTUREL?Confrontée à un environnement instable complexi- ?é par l\u2019arrivée d\u2019Internet et à une concurrence exacerbée dans le secteur culturel, la bibliothèque doit développer une stratégie marketing pour se positionner face à la concurrence dans ce secteur.Une stratégie marketing amène une organisation à proposer un produit ou un service en adéquation avec la demande et perçu comme unique par un groupe de consommateurs (Garrette et al., 2016).Le produit ou le service offert doit ensuite être valorisé.Un des moyens de valorisation est la construction d\u2019une identité et d\u2019une présence avec comme repère la marque, qui amène une valeur et une visibilité sur le long terme (Bouka- cem-Zeghmouri et Mabrak, 2016).La curation de contenus a déjà été identi?ée comme un moyen d\u2019accroître la notoriété d\u2019une marque et donc la visibilité d\u2019une organisation sur le Web (Alloing, 2012).Plus particulièrement, le curateur de contenus participe à se construire une identité authentique et autonome (Bauman, 2010) sur le Web, lui permettant de se démarquer de ses concurrents.Bien qu\u2019il n\u2019ait aucun contrôle sur les internautes qui s\u2019abonnent à son pro?l, le curateur cherche, avant tout, à s\u2019insérer dans des communautés virtuelles.Chaque partage de contenu peut alors être vu comme une tactique de plus pour tenter de tisser des liens plus ou moins forts auprès d\u2019usagers actuels et potentiels (Chevry Pebayle et Slouma, 2016).Le curateur de contenus cherche ainsi à investir des communautés virtuelles, au sein desquelles il aspire à être perçu comme un nœud de con?ance.En rediffusant le contenu partagé, les autres internautes approuvent la contribution du curateur de contenus Confront?e ?un environnement instable complexifi?par l\u2019arriv?e d\u2019Internet et ?une concurrence exacerb?e dans le secteur culturel, la biblioth?que doit d?velopper une strat?gie marketing pour se positionner face ?la concurrence dans ce secteur Nuage de mots-clés. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 51 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT à la communauté et comblent ses « attentes de reconnaissances » (Honneth, 2013).À travers le travail du bibliothécaire curateur de contenus, la bibliothèque cherche à être reconnue aux yeux de ses clientèles cibles comme experte dans un domaine, une expertise qui renforce sa réputation sur le marché des institutions culturelles.La bibliothèque a donc tout intérêt à faire de la cura- tion de contenus pour communiquer sur sa marque et accroître sa visibilité auprès d\u2019usagers actuels et potentiels.Néanmoins, plusieurs ingrédients demeurent nécessaires pour réussir cette activité.QUELLES SONT LES RECOMMANDAT IONS POUR RÉUSS IR SA CURAT ION DE CONTENUS?Plusieurs actions peuvent assurer le succès de la curation de contenus.Le curateur de contenus devrait prendre soin de constituer son réseau informationnel, élaborer une stratégie de communication sur les médias sociaux, et faire de la veille.Afin de bénéficier de la découverte d\u2019horizons nouveaux et ne pas s\u2019enfermer dans une bulle informationnelle, le curateur de contenus devrait prendre soin de « repérer les bonnes personnes » (Le Deuff, 2012, p.52) pour constituer son réseau informationnel sur le Web.Il devrait aussi varier ses comportements numériques a?n d\u2019apprivoiser les algorithmes prédictifs plutôt que de les subir (Cardon, 2015).En effet, certains outils proposent de la curation automatique : plus le curateur utilise l\u2019outil, plus son comportement est prévisible, et plus l\u2019outil lui fournit de l\u2019information pertinente.Néanmoins, l\u2019humain reste primordial, d\u2019une part, pour rechercher de l\u2019information au-delà de celle proposée par la curation automatique, et d\u2019autre part, pour évaluer l\u2019information proposée, à partir de critères tels que la crédibilité, la validité, l\u2019objectivité, l\u2019actualité et l\u2019exhaustivité (Martinet, 2011).Laurent Borrégo, Service aux institutions : laurent@librairiemonet.com Librairie Monet \u2022 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (Qc) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com Votre librairie générale et universitaire \u2022 Spécialités : Littérature jeunesse, BD et édition universitaire \u2022 Ateliers de formation personnalisés \u2022 Salon mensuel des nouveautés \u2022 Fournisseur officiel de livres numériques 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usagers actuels, de faire connaître les collections de la bibliothèque à des usagers potentiels, ou encore de démontrer l\u2019expertise des bibliothécaires dans un domaine en particulier?Sur ce dernier point, la curation de contenus peut être un bon moyen de faire connaître le service de veille offert aux usagers.Elle peut participer à démontrer l\u2019expertise du bibliothécaire, notamment sa maîtrise des différents outils technologiques.Par ailleurs, le curateur de contenus devrait dé?nir une ligne éditoriale.Celle-ci l\u2019amène à être cohérent dans le choix des contenus partagés et du ton employé en fonction des médias sociaux.Cette ligne éditoriale doit impérativement remplir un créneau différent de celui de ses concurrents.Par conséquent, la veille peut soutenir la curation de contenus dans la dé?nition de sa ligne éditoriale.Une veille réputation permettrait de connaître les commentaires positifs, négatifs et neutres laissés par les internautes sur la bibliothèque.Une veille concurrentielle viserait à « observer ce que font les organisations de même nature [pour] s\u2019en inspirer ou s\u2019en démarquer » (Cha- rest et al., 2013, p.270).La curation de contenus, associée à la veille et à quelques bonnes pratiques d\u2019intégration des médias B IBL IOGRAPH IE Alloing, C.(2012).Curation sociale et agents-facilitateurs : Quel(s) impact(s) sur les stratégies d\u2019information et de communication des organisations sur le web ?Dans S.Acostinelli, D.Augey et F.Laurie (dir.), La richesse des réseaux numériques : Actes du colloque Médias011 (p.1-12).Aix-en-Provence : Presses Universitaires d\u2019Aix- Marseille.Bauman, Z.(2010).Identité.Paris : Les Éditions de l\u2019Herne.Bhargava, R.(2009, 30 septembre).Manifesto for the content curator : the next big social media job of the future?[Billet de blogue].Repéré à www.rohitbhargava.com/2009/09/manifesto-for-the-content-curator- the-next-big-social-media-job-of-the-future.html Boukacem-Zeghmouri, C.et Mabrak, S.(2016).Économie et bibliothèques.Bulletin des bibliothèques de France, 8, 34-42.Cardon, D.(2015).À quoi rêvent les algorithmes.Nos vies à l\u2019heure des big data.Paris : Seuil.Charest, F., Gaultier, A.-M.et Grenon, F.(2013).Appropriation et stratégies d\u2019intégration des médias sociaux par les professionnels de la communication.Communication et organisations, 43, 269-280.Chevry Pebayle, E.et Slouma, M.(2016).Facebook et les média- thèques : entre appropriation des professionnels et réception des usagers.ESSACHESS \u2013 Journal for Communication Studies, 9(2(18)), 125-139.Cordina, P.et Fayon, D.(2013).Community management : fédérer des communautés sur les médias sociaux.Montreuil : Pearson Éducation.Dale, S.(2014).Content curation : the future of relevance.Business Information Review, 31(4), 19-205.Deschamps, C.(2012).Les multiples facettes de la curation.Documen- taliste-Sciences de l\u2019Information, Vol.49(1), 22-23.Drevon, E., Dufour, C.et Maurel, D.(2015).Curation de contenus et veille : un concept nouveau pour une pratique ancienne?[Résumé long, 10 p.].Dans Actes du 43e congrès annuel de l\u2019Association canadienne des sciences de l\u2019information, Ottawa, 3-5 juin 2015.Repéré à https://journals.library.ualberta.ca/ojs.cais-acsi.ca/index.php/cais- asci/article/view/935 Garrette, B., Dussauge, P., Durand, R.et Cazals, F.(2016).Strategor : toute la stratégie d\u2019entreprise (7e édition).Paris : Dunod.Par ailleurs, le curateur de contenus devrait d?finir une ligne ?ditoriale.Celle-ci l\u2019am?ne ?tre coh?rent dans le choix des contenus partag?s et du ton employ?en fonction des m?dias sociaux.Cette ligne ?ditoriale doit imp?rativement remplir un cr?neau diff?rent de celui de ses concurrents. argus | VOLUME 45 - NO 2 | 53 DOSSIER / ET SI L'ON PARLAIT LA LANGUE DE L'ARGENT sociaux, est donc une activité stratégique, en ce qu\u2019elle contribue à développer la marque bibliothèque sur le Web, ainsi qu\u2019à accroître la visibilité du lieu, des produits et services, et des compétences du personnel de la bibliothèque.Détentrice d\u2019une maîtrise en sciences de l\u2019information (Enssib, France), Elsa Drevon est actuellement candidate au doctorat à l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal ainsi qu\u2019elle y a été à plusieurs reprises chargée du cours de veille stratégique.Ses centres d\u2019intérêt portent sur la veille stratégique dans les organisations publiques de santé, la veille informationnelle, la curation de contenus, la communication sur les réseaux sociaux et la gestion des connaissances.Professeure agrégée à l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal, Christine Dufour est titulaire d\u2019un doctorat et d\u2019un postdoctorat en sciences de l\u2019information.Elle s\u2019intéresse aux systèmes d\u2019information Web sous plusieurs angles, s\u2019attardant tantôt en amont de leur cycle de vie, lors du développement, tantôt en aval, au moment de leur utilisation.La perspective sociotechnologique adoptée l\u2019amène à considérer ces systèmes dans leur environnement informationnel (acteurs, politiques, culture, etc.).Dominique Maurel est professeure agrégée à l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.Elle détient un doctorat en sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal et un postdoctorat en sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Toronto.Ses intérêts de recherche portent sur les comportements et pratiques d\u2019information, la gouvernance informationnelle, la gestion des connaissances, les documents d\u2019activité et la théorie des genres de documents.?B IBL IOGRAPH IE (SU I TE ) Guallar, J.(2017).Content curation in digital media : between retrospective and real-time information.Dans F.Campos Freire, X.Rúas Araújo, V.A.Martinez Fernández et X.L.Garcia.(dir.), Media and Metamedia Management (p.37-46).New York : Springer.Honneth, A.(2013).La lutte pour la reconnaissance.Paris : Gallimard.Le Deuff, O.(2012).À l\u2019échelle des organisations : curation, folksonomies et pratiques documentaires : quelle prise de soin face à l\u2019incurie ?Documentaliste-Sciences de l\u2019Information, 49(1), 51-52.Libmann, A.-M.(2015, 22 janvier).Veille et curation : une nécessaire maîtrise des ?ux d\u2019information et ré?exion sur leur valeur pour l\u2019entreprise.Communication présentée à Collecte, ?ltrage d\u2019information et veille aujourd\u2019hui, Lyon, 22 janvier 2015.Repéré à www.slideshare.net/jpa245/veille-et- curation-de-donnes-lyon-22-janvier-2015 Marteaux, S.et Mencarelli, R.(2005).Positionnement stratégique des entreprises culturelles : proposition d\u2019enrichissement autour du concept de valeur.Management & Avenir, (5), 161-178.Martinet, F.(2011).Comment quali?er ses sources d\u2019information?Dans C.Alloing, F.Chantrel, A.-L.Raffestin et T.Zimmer (dir.), Regards croisés sur la veille.[Livre blanc].Rennes : RegionsJob; CaddEReputation.Repéré à www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notices/49487-regards- croises-sur-la-veille Mesguich, V.(2012).Le curateur, cet animal social dans la jungle informationnelle.Documentaliste-Sciences de l\u2019information, 49(1), 24-28.Verron, P.-L.(2013).La notion de marque pour les bibliothèques (Mémoire d\u2019études pour le diplôme de conservateur des bibliothèques, École nationale supérieure des sciences de l\u2019information et des bibliothèques (ENSSIB), Villeurbanne).Repéré à www.enssib.fr/bibliotheque-nume- rique/documents/60399-la-notion-de-marque-pour-les- bibliotheques.pdf 54 HORS THÈME Un mot de la nouvelle directrice générale de la CBPQ Chers collègues ! J\u2019ai le plaisir de me présenter brièvement dans ce numéro d\u2019Argus.J\u2019en pro?te pour remercier Marie-Eve Auclair, notre rédactrice en chef, et l\u2019équipe éditoriale pour la qualité de leur travail.J\u2019ai étudié en adaptation scolaire et sociale avant de me diriger vers un baccalauréat en études littéraires et culturelles.J\u2019ai expérimenté la muséologie puis j\u2019ai complété ma maîtrise en sciences de l\u2019information à l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.Je m\u2019y suis beaucoup impliquée a?n de mieux connaître les différents milieux et pour favoriser les contacts entre les étudiants et les professionnels.À la ?n de ma maîtrise, j\u2019ai réalisé un stage au Cégep Marie-Victorin puis j\u2019ai travaillé comme responsable d\u2019un centre de documentation spécialisé en musique.Je me demandais souvent comment j\u2019allais faire un seul choix.Les bibliothécaires scolaires, collégiaux et universitaires rejoignent ma ?bre enseignante et ils guident avec brio les élèves et les étudiants vers la réussite.J\u2019admire également les bibliothécaires du milieu public pour leur travail de démocratisation du savoir et pour les liens signi?catifs qu\u2019ils créent avec leur communauté et les institutions culturelles.Les bibliothécaires en milieu spécialisé, quant à eux, s\u2019adaptent aux besoins spéci?ques de leurs usagers et ils offrent une richesse complémentaire incroyable aux professionnels de l\u2019information.Comme directrice générale de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec, j\u2019ai maintenant le privilège de travailler pour chacun d\u2019eux a?n de faire valoir leurs compétences et leur apport essentiel à la société.Catherine Mongeau / Directrice générale, CBPQ Du nouveau pour Argus Dans les semaines à venir, la revue Argus subira une véritable cure de jouvence afin de refléter le dynamisme, l\u2019audace et l\u2019engagement des bibliothécaires d\u2019aujourd\u2019hui.Principal vecteur de diffusion des préoccupations et des intérêts professionnels des bibliothécaires québécois, la nouvelle revue Argus continuera à être un espace d\u2019échanges et de questionnements conçu par et pour des bibliothécaires professionnels.La fréquence de publication d\u2019Argus passera de trois à deux fois l\u2019an, ce qui permettra à l\u2019équipe de rédaction de proposer une revue, encore plus pertinente, esthétique et pratique, bref, une revue à l\u2019image des bibliothécaires actuels, revue que vous voudrez conserver en bonne place dans votre bibliothèque.La nouvelle mouture d\u2019Argus, dont la thématique sera « Revenir au livre », vous sera livrée au cours de l\u2019automne 2017.Marie-Eve Auclair / Rédactrice en chef, Argus Catherine Mongeau, Directrice générale, CBPQ P H O T O : S L A S E C T I O N D E L ' E S T D U C A N A D A Les applications OCLC WorldShare proposent une nouvelle approche pour la gestion coopérative des chaînes de travail en bibliothèques.\u2022 Acquisitions \u2022 Analytiques \u2022 Prêts \u2022 Recherche \u2022 Prêts entre bibliothèques \u2022 Gestion des licences \u2022 Gestion des métadonnées Pour en savoir davantage, veuillez nous rendre visite au www.oclc.org.regroupe les données et les activités de bibliothèques afin de et vous permettre de concentrer vos efforts sur les services à vos utilisateurs.rationaliser les chaînes de travail améliorer la gestion des contenus électroniques alléger les tâches routinières J U S Q U \u2019 À 9 0 % D E R A B A I S S U R L E P R I X E N K I O S Q U E Offre d\u2019une durée limitée.Les prix rayés sont ceux en kiosque.Certaines conditions peuvent s\u2019appliquer.Prix et disponibilité des publications sujets à changements sans préavis.Taxes en sus.Imprimé 01/2016.P O U R Q U O I P A Y E R P L U S C H E R ?L E S P L U S B A S P R I X G A R A N T I S ! SERVICE D\u2019ABONNEMENTS AUX BIBLIOTHÈQUES -65 % 1 an 57,48 $ 20,00 $ 13,95 $ 1 an 49,90 $ 13,95 $ -30 % 1 an 54,45 $ 37,95 $ -40 % 1 an 51,60 $ 30,95 $ -33 % 1 an 90,00 $ 59,95 $ -36 % 1 an 38,70 $ 24,95 $ -33 % 1 an 52,50 $ 34,95 $ vENDREDI 6 NOvEMbRE 2015 Encore Weise et Desharnais PAGES 84 à 87 4 1 DEMAIN NO RE A IER P IAL pAges 2 à 4 + VOICI LALIsTe desMeILLeUResÉCOLes Le Palmarès du Journal 96 ¢ + TAXES rÉGionS eXtÉrieureS 1,04 $ + TX baS-St-laurent, GaSPÉSie, côte-nord, n.-b.1,35 $ + TX 88 pages Vol.XlIX No 244 www.jourNaldeQueBeC.Com 418623-3424 JDQ1897016 J D Q 1 8 9 7 5 7 8 P o t o P i e r r e P a u l P o u l i n -68 % 1 an 400,40 $ 126,36 $ -58 % 1 an 59,88 $ 24,97 $ -72 % 1 an 59,90 $ 16,48 $ -57 % 1 an 87,45 $ 37,95 $ -10 % 1 an 78,00 $ 69,95 $ -47 % 1 an 138,00 $ 73,00 $ -35 % 1 an 41,70 $ 26,95 $ -65 % 1 an 49,50 $ 17,55 $ -73 % 1 an 463,84 $ 126,36 $ -62 % 1 an 65,88 $ 24,95 $ -65 % 1 an 99,50 $ 34,95 $ -58 % 1 an 89,50 $ 37,95 $ -44 % 1 an 35,70 $ 19,95 $ -47 % 1 an 246,48 $ 129,95 $ V O L .C V I N o 2 9 5 L E D E V O I R , L E M A R D I 2 9 D É C E M B R E 2 0 1 5 1 , 1 3 | S + T A X E S = 1 , 3 0 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m L\u2019INSPQ dresse un sombre bilan de la pollution sonore Page A 3 Félix Leclerc inspire à Jean Dion une chronique sur le partisan Page B 6 J E S S I C A N A D E A U P our faire face au vieillissement de la population, Québec veut augmenter de 15% le nombre de personnes qui reçoivent des soins à domicile d\u2019ici cinq ans.Mais bien que le manque de ressources en soins à domicile ait été dénoncé par la protectrice du citoyen l\u2019automne dernier, le ministère de la Santé estime pouvoir offrir plus de services sans injecter plus d\u2019argent.Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît que «le vieillissement de la population, l\u2019augmentation de la prévalence des incapacités et l\u2019anticipation de besoins plus grands en matière de soins de longue durée » doivent se traduire par SOINS À DOMICILE Québec n\u2019investira pas un sou de plus J E A N N E C O R R I V E A U F aute d\u2019entretien, l\u2019église Saint-Gérard-Majella est condamnée.Constr uite en 1962, l\u2019église située à Saint- Jean-sur-Richelieu a été vendue à des promoteurs immobiliers qui la démoliront pour faire place à un projet domiciliaire.Pourtant, cette église, qualifiée de « bijou d\u2019architecture moderne » par plusieurs défenseurs du patrimoine, a obtenu la plus haute cote de classement du Conseil du patrimoine religieux du Québec.Conçue par l \u2019architecte Guy Desbarats, l\u2019église Saint- PROJET IMMOBILIER Une église moderne «majeure» sacrifiée RÉFUGIÉS : LA FAMILLE KURDI ARRIVE AU CANADA -56% 1 n 440,96 $ 192,95$ 14,95 $ 1 an 59,88 $ 14,95 $ 14,95 $ 1 an 32,94 $ 14,95 $ 9,95 $ 1 an 29,70 $ 9,95 $ -52 % 1 an 45,90 $ 21,95 $ -36 % 26 nos 155,74 $ 99,00 $ -26 % 1 an 341,12 $ 252,00 $ -70 % 1 an 125,10 $ 36,99 $ 12,95 $ 1 an 26,94 $ 12,95 $ -43 % 1 an 56,28 $ 31,95 $ -46 % 1 an 83,40 $ 44,95 $ -27 % 1 an 26,00 $ 18,95 $ -57 % 1 an 39,92 $ 16,99 $ -51 % 12 nos 51,00 $ 24,95 $ 14,95 $ 8 nos 23,60 $ 14,95 $ -39 % 1 an 54,45 $ 32,95 $ 14,95 $ 1 an 59,90 $ 14,95 $ -30 % 1 an 54,45 $ 37,95 $ 13,95 $ 12 nos 47,40 $ 13,95 $ -73 % 1 an 59,88 $ 15,95 $ -62 % 1 an 155,48 $ 58,95 $ -83 % 1 an 181,74 $ 31,50 $ 300 TITRES DISPONIBLES ! 40 TITRES À 15 $ OU MOINS 38 NOUVELLES PUBLICATIONS ! -78 % 2 ans 367,08 $ 79,99 $ VISITEZ NOTRE SITE DÉDIÉ EXCLUSIVEMENT AUX BIBLIOTHÈQUES.Obtenez facilement et rapidement une soumission en ligne, sans obligation ultérieure de votre part.www.rabaiscampus.com/biblio www.rabaiscampus.com/biblio "]
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