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Titre :
Argus
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ),[1971]-2021
Contenu spécifique :
Vol. 47, No 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
trois fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de nouvelles (Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec)
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Références

Argus, 2019, Collections de BAnQ.

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[" Mesurer le chemin parcouru Volume 47, Numéro 2 La revue québécoise des professionnels de l\u2019information CARRMCLEAN.CA SALES@CARRMCLEAN.CA 1.800.268.2123 Mesurer le chemin parcouru Volume 47, Numéro 2 La revue québécoise des professionnels de l\u2019information Table des matières 07 Éditorial Marie-Ève Auclair 42 Le rétroviseur \u2013 Êtes-vous techno ?Alex Guindon 52 Vœux du président Guy Gosselin 46 Coup de cœur \u2013 Promenade en Enfer, Les livres à l\u2019Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec Pierrette Lafond DOSSIER Mesurer le chemin parcouru 11 Éva Circé-Côté.Libre-penseuse 1871-1949 \u2013 Compte-rendu Marie-Claire Barbeau-Sylvestre 16 La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (2009- 2019) \u2013 Une décennie pleine de dé?s Marcel Lajeunesse 22 Les meilleures bibliothèques développent des communautés \u2013 Comment une petite bibliothèque spécialisée est devenue un point de repère incontournable des communautés LGBTQ+ de Montréal Valérie Rioux 27 Loisir, jeux vidéo et bibliothéconomie : Essai sur la censure et les régulations Thierry Robert 32 Wikipédia et les bibliothèques, évolution d\u2019une relation parfaite ?Lëa-Kim Châteauneuf 37 Rayonner en dehors des bibliothèques Louise Guillemette-Labory La version papier de ce document est imprimée sur du papier Rolland Enviro Print, contenant 100 % de fibres postconsommation.ARGUS La revue québécoise des professionnels de l\u2019information Volume 47, no 2 Automne 2019 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada Bibliothèque Nationale du Québec ISSN 0315-9930 Poste publication 40021801 Tirage : 570 Dépôt légal : 4e trimestre 2019 Publié par Argus est une revue publiée deux fois l\u2019an par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec 5605, avenue de Gaspé Espace 106 Montréal, Québec H2T 2A4 514 845-3327 info@cbpq.qc.ca Tous les textes publiés dans la revue expriment les points de vue et opinions des auteurs et n\u2019engagent que ceux-ci.Toute reproduction des articles, en totalité ou en partie, doit être autorisée par le comité de rédaction.Les articles de la revue sont indexés dans : > Articlefirst (Oclc) > Francis > Library, Information Science & Technology Abstracts (Lista) > Library Literature > Repère > Wilson Omni.Rédactrice en chef Marie-Ève Auclair Comité éditorial Yvon-André Lacroix Ariane Legault-Venne Anaïs Salomon Collaborateurs, textes Lëa-Kim Châteauneuf Marie-Claire Barbeau-Sylvestre Guy Gosselin Louise Guillemette-Labory Pierrette Lafond Marcel Lajeunesse Valérie Rioux Thierry Robert Alex Guindon Révision linguistique Ariane Legault-Venne Juliette Tirard-Collet Marie Tremblay Illustrations Melanie Lambrick www.melanielambrick.com Conception graphique Jolin Masson www.jolinmasson.com Impression JB Deschamps C000000 07 Éditorial Du chemin parcouru à celui qu\u2019il reste à faire La corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) célèbre cette année son 50e anniversaire de fondation.Pour souligner cet évènement et se replonger dans la dernière décennie, Marcel Lajeunesse nous offre dans ses pages un compte-rendu des faits marquants vécus au sein de la CBPQ au cours des dix dernières années.Durant ce demi-siècle d\u2019existence, la profession de bibliothécaire a évolué.Les lieux de pratique se sont diversifiés, se sont multipliés et se sont transformés au fil des décennies.La bibliothèque fut et demeure, toujours, à la fois le témoin et le théâtre des changements de notre monde.Ainsi, en ouverture de ce numéro, nous vous proposons une présentation rédigée par Marie-Claire Barbeau-Sylvestre du livre Éva Circé-Côté.Libre-penseuse 1871-1949 d\u2019Andrée Lévesque.Cet ouvrage formidable nous permet de constater l\u2019évolution de nos sociétés en découvrant le parcours inspirant de cette femme forte tour à tour poète, autrice et bibliothécaire ; dont l\u2019héritage est encore présent aujourd\u2019hui au cœur de notre profession et de nos institutions.Ce numéro spécial se veut l\u2019occasion de mesurer le chemin parcouru par notre profession et par nos institutions, mais également d\u2019imaginer, dans une perspective scientifique, historique et humaine, l\u2019avenir des bibliothèques.Souvent qualifiée de 3e lieu, la bibliothèque du XXIe siècle contribue à rapprocher les gens et à soutenir la démocratie en offrant l\u2019un des rares lieux publics gratuits et ouverts à tous.Dans cet esprit, Valérie Rioux nous présente la Bibliothèque à livres ouverts (BALO), située dans Ville-Marie à Montréal ; une bibliothèque spécialisée devenue un point de repère incontournable des communautés LGBTQ+ de la ville.Les bibliothécaires et les bibliothèques ont participé et participent activement à la création de la société du savoir en relayant la connaissance et la culture, et en démocratisant son accès.Reconnu comme lieu de savoir et de culture, les bibliothèques sont également des lieux de loisir et de détente.Pourtant, tel que le mentionne Thierry Robert dans son article Loisir, jeux vidéo et bibliothéconomie : Essai sur la censure et les ARGUS 08 régulations, « \u2026 de tous les rôles occupés par la bibliothéconomie contemporaine, celui de lieu de loisir est un des moins bien définis.».Pourquoi ?La question est intéressante et pertinente en plus de mettre en lumière la relation parfois ambiguë qui unit nos institutions, notre société et notre conception du bon loisir.Contribuant depuis de nombreuses années à l\u2019accroissement de la littératie, les professionnels de l\u2019information participent aujourd\u2019hui également à soutenir la numératie et les compé tences numériques de la population.Pour ce faire, les biblio thécaires n\u2019ont pas hésité à utiliser tous les outils à leur dispo sition pour y arriver, et parmi ceux-ci Wikipédia est devenu une ressource incontournable et indispensable.Ainsi, Lëa-Kim Châteauneuf nous livre un article faisant état de l\u2019évolution de cette relation \u2013 parfaite \u2013 unissant Wikipédia et les bibliothèques.Pour clore ce dossier anniversaire, Louise Guillemette-Labory nous livre un regard personnel teinté d\u2019affection, et parsemé d\u2019éléments historiques, sur notre profession et son évolution dans son texte intitulé Rayonner en dehors de bibliothèques.En complément, dans notre section Le rétroviseur, nous vous offrons l\u2019opportunité de vous remettre dans l\u2019esprit du début des années 2000 avec un texte d\u2019Alex Guindon nommé « Êtes- vous techno ?», dans lequel l\u2019auteur se questionne sur la place et l\u2019impact des technologies en bibliothèque.Puis enfin, pour terminer ce numéro spécial 50e anniversaire, nous vous offrons ce cadeau : un extrait du livre de Pierrette Lafond, Promenade en Enfer, Les livres à l\u2019Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec.Ce volume, véritable témoignage de la censure qui a été pratiquée dans les bibliothèques québé coises jusqu\u2019au début des années soixante, à l\u2019aube de la Révolution tranquille a été un véritable coup de cœur de l\u2019équipe de rédaction.Le temps est maintenant venu de fêter, de se remémorer les jours passés et surtout de réfléchir à ce qui doit être préservé et transmis aux actuels et aux futurs bibliothécaires pour continuer de faire vivre et rayonner nos bibliothèques.À tous de joyeuses célébrations et une agréable lecture ! Marie-Ève Auclair Rédactrice en chef Mesurer le chemin parcouru = 11 Mesurer le chemin parcouru Éva Circé-Côté.Libre-penseuse 1871-1949 Compte-rendu Marie-Claire Barbeau-Sylvestre ARGUS 12 L\u2019année où meurt Louis-Joseph Papineau naît Marie Arzélie Éva Circé.Commence alors une vie passée à la fois en plein cœur et à la marge des débats agitant le Québec.En plein cœur parce qu\u2019Éva Circé-Côté deviendra biblio- thécaire-conservatrice de la première bibliothèque publique de Montréal et orientera résolument sa mission éducative.En plein cœur aussi par sa production écrite abondante.En effet, si elle passe ses journées à la bibliothèque, elle passe ses soirées à écrire1 et elle publie, au long de sa vie, 1 760 chroniques dans les journaux ouvriers et radicaux, une vingtaine de critiques, une trentaine de contes, des poèmes, des pièces de théâtre et une biographie2.À la marge, néanmoins, en raison de son statut de femme qui la prive de la meilleure éducation, de l\u2019accès aux cercles d\u2019initiés exclusifs, ainsi qu\u2019aux postes de réel pouvoir, même au sein de la bibliothèque qu\u2019elle a fondée, où elle devra céder sa place à un homme.Enfin, longtemps dissimulée sous ses nombreux pseudonymes, elle fut en outre privée d\u2019une renommée à hauteur de l\u2019importance de son engagement.Aussi c\u2019est dans l\u2019indifférence publique qu\u2019elle décède en 19493.C\u2019est cette destinée singulière que met en lumière Andrée Lévesque dans son ouvrage Éva Circé- Côté, libre-penseuse 1871-1949.4 La première partie de l\u2019ouvrage constitue la biographie proprement dite.On y suit Éva depuis la naissance et les premières années de formation intellectuelle chez les sœurs de Sainte- Anne, jusqu\u2019à la fin de sa vie.Cette biographie est l\u2019occasion de revivre la naissance difficile de la première bibliothèque publique de Montréal.On rappelle les premières revendications progressistes en ce sens à la fin du XIXe siècle.On revient sur le refus par la Ville de Montréal, de reprendre, en 1881, les 10 000 livres de l\u2019Institut canadien frappés d\u2019interdit par l\u2019évêque Bourget \u2013 lesquels iront plutôt à la bibliothèque de l\u2019institut privé Fraser5 \u2013, sur l\u2019abandon, en 1902, du projet d\u2019une bibliothèque publique co-financée par le philanthrope américain Andrew Carnegie \u2013 projet auquel s\u2019oppose notamment l\u2019archevêque Bruchési \u2013 alors même que la ville de Westmount inaugure sa bibliothèque.Si les plaidoyers des progressistes en faveur de l\u2019accès des masses à la culture et à la vie intellectuelle d\u2019expression française ne convainquent pas toujours les pouvoirs en place, remarque Lévesque, les arguments économiques des élites qui réclament une amélioration de la main-d\u2019œuvre (\u2026), s\u2019avèrent plus persuasifs.6 C\u2019est finalement la Chambre de commerce de Montréal qui ressuscitera le projet en proposant une bibliothèque d\u2019ouvrages techniques et scientifiques qui aideraient à la formation des travailleurs, ce à quoi Mgr Bruchési ne peut s\u2019opposer.Éva sera ainsi nommée en 1903 bibliothécaire de la Bibliothèque technique de Montréal.Il va sans dire que la première conservatrice se jouera sur le mot technique et l\u2019élargira suffisamment pour inclure des classiques, de la philosophie, de l\u2019histoire\u2026 Dans cette bibliothèque, qui fut d\u2019abord logée dans des locaux du Monument National, puis à l\u2019école technique, avant de voir Circé-Côté est « une Montréalaise engagée, commentatrice sociale et politique des quatre premières décennies du XXe siècle.» 13 Mesurer le chemin parcouru enfin construit, rue Sherbrooke, un édifice digne d\u2019elle, Circé-Côté affrontera les privations de la guerre comme les rigueurs de l\u2019hiver et accueillera les garnements accourant pieds-nus du parc Lafontaine.Circé-Côté est « une Montréalaise engagée, commentatrice sociale et politique des quatre premières décennies du XXe siècle.»7 La suivant, on découvre les milieux littéraires, libres-penseurs et francs-maçons québécois du siècle dernier.En retraçant sa carrière de chroniqueuse dans les hebdomadaires ouvriers et libéraux comme Les Débats, L\u2019Avenir, Le Pionnier, ou Le Monde illustré, c\u2019est non seulement tout un pan du bouillonnement intellectuel du début du XXe siècle québécois qui se révèle, mais c\u2019est également la vie quotidienne concrète des gens ordinaires qui est restituée.Éva Circé devra faire face aux ragots que lui vaudront son mariage, en 1905, avec le jeune « médecin des pauvres » Pierre-Salomon Côté et leur fréquentation des milieux radicaux.Le couple Circé-Côté est soudé, mais leur mariage d\u2019amour est interrompu beaucoup trop tôt par la tuberculose du médecin.La veuve respectera les convictions matérialistes de son mari et les funérailles laïques qu\u2019elle lui offrira feront d\u2019elle le centre involontaire d\u2019une violente polémique à la veille du Congrès eucharistique universel de Québec.Si cet épisode a négativement affecté le cours de sa carrière, Circé-Côté, pour qui « lutter c\u2019est vivre »8, n\u2019abandonnera jamais ni sa foi dans le rôle émancipateur de l\u2019éducation populaire, ni sa plume combative.La seconde partie de l\u2019ouvrage s\u2019appuie sur l\u2019admirable travail de recension, d\u2019analyse et de synthèse accompli par Andrée Lévesque pour présenter une étude des écrits de la chroniqueuse.« Au service de la mission d\u2019éclaireuse qu\u2019Éva Circé-Côté s\u2019est attribuée, tous les tons, toutes les figures de rhétorique Photographie publiée dans Album universel du 2 mai 1903 (vol. 20 no 53), page 5.Bibliothèque et Archives nationales du Québec, collection « Revues d\u2019un autre siècle ». ARGUS 14 sont conviés pour convaincre son lectorat : ironie, sarcasme, emphase, indignation, provocation, il n\u2019est pas toujours facile d\u2019en démêler l\u2019écheveau, admet la biographe.»9 Dissimulée sous les pseudonymes \u2013 voire les personnages \u2013 de Colombine et de Musette, de Fantasio, Jean Nay, Paul S.Bédard, Arthur Maheu ou Julien Saint-Michel, elle « se contredit, laisse sa plume déborder ses idées, est-ce pour épater le bourgeois ?s\u2019interroge Lévesque, pour amadouer ses lecteurs ?»10 Il ressort pourtant quelques certitudes.Dans un Québec dominé par le conservatisme intellectuel et l\u2019Église catholique, « Éva Circé-Côté est d\u2019abord et avant tout libérale.»11 Et si elle n\u2019hésite pas à critiquer « les partis politiques de Laurier, Bourassa, Gouin et Taschereau »12, c\u2019est par fidélité aux idéaux philosophiques voltairiens.Elle adopte en effet les idées formulées un siècle plus tôt par les Lumières : l\u2019importance de la raison critique contre la croyance dogmatique, l\u2019émancipation grâce à la science et la liberté individuelle.À l\u2019instar de Condorcet, elle croit le progrès inéluctable, avec une assurance que la Grande Guerre puis la Crise viendront ébranler sans l\u2019anéantir.Enfin, s\u2019il est indéniable que la mission d\u2019éducation populaire occupe une place centrale dans toute son œuvre, c\u2019est que l\u2019éducation est l\u2019instrument nécessaire de ces autres piliers de la philosophie libérale moderne : la perfectibilité humaine, l\u2019égalité et la démocratie.Éva Circé-Côté verra toute sa vie dans la figure du patriote Louis-Joseph Papineau \u2013dont elle rédigera une biographie \u2013 le héros libéral du Québec.« Le libéralisme issu des Lumières, celui d\u2019Éva Circé-Côté, repose sur le socle de la laïcité » remarque Andrée Lévesque.En quarante ans d\u2019écriture, les réflexions de Circé-Côté sur la religion, la foi ou l\u2019Église catholique ont évoluées \u2013 entre mysticisme de jeunesse, déisme et matérialisme franc-maçon.Il demeure que Circé- Côté garde un œil sur la France qu\u2019elle prend pour modèle.Cette France a adopté en 1905 la loi de la séparation de L\u2019Église et de l\u2019État\u2026 et poussé de nombreuses congrégations religieuses, opposées à la sécularisation, à gagner le Québec, renforçant ici le conservatisme ambiant.À grand renfort de propositions iconoclastes, Circé-côté voudra « sortir le peuple de sa torpeur »13 et elle se trouvera toute sa vie en opposition avec le pouvoir clérical.Elle s\u2019oppose à l\u2019ingérence de l\u2019Église en politique comme au nationalisme clérical des Lionel Groulx et Henri Bourassa.Elle pourfend le « contrôle religieux de la conscience des fidèles »14 qui empêche le développement d\u2019un jugement éclairé et inhibe « l\u2019esprit d\u2019initiative nécessaire La biographie d\u2019Éva Circé-Côté fait découvrir, à travers cette intellectuelle trop peu connue, ?gure de la modernité montréalaise, véritable co-fondatrice de la première bibliothèque publique de Montréal, un « portrait d\u2019un Québec moins noir qu\u2019on ne l\u2019a représenté, moins soumis, moins univoque, plus complexe et plus ouvert aux in?uences étrangères.» 15 Mesurer le chemin parcouru à tout progrès ».15 Alors même que les journaux pour lesquels elle écrit sont frappés d\u2019interdit auprès des fidèles, elle doit déjouer les tentatives de censure dans le choix de livres pour la bibliothèque.Enfin, elle défendra durant toute sa carrière l\u2019idée d\u2019une éducation laïque, obligatoire et gratuite.Cette école laïque appelée de ses vœux aurait mieux valu que l\u2019école catholique au plan également de l\u2019intégration des immigrants à la communauté canadienne-française, pense-t- elle.16 Les remarques de Circé-Côté sur les différents groupes ethniques ne sont pas exemptes du « racialisme »17 et des préjugés de son époque.Sur l\u2019immigration, « [comme] sur presque tous les sujets, la journaliste entretient un discours ambigu, voire contradictoire, dicté par les circonstances.»18 Il reste que la pensée que l\u2019on découvre dans le chapitre sur Le patriotisme, les Canadiens français et les autres révèle des positions à contre-courant du racisme ambiant \u2013 sur les peuples autochtones et les Juifs, notamment \u2013 il éclaire également la complexité des rapports identitaires d\u2019une patriote montréalaise.Similaire est l\u2019ambivalence initiale de Circé-Côté quant au mot de féminisme, d\u2019abord associé pour elle au puritanisme anglo-saxon, alors même qu\u2019elle embrasse l\u2019égalitarisme issu des Lumières et cite Olympe de Gouges19.En effet les rapports de Circé-Côté aux femmes et aux féminismes révèlent une figure complexe que la biographe expose sans complaisance.« Si, par principe, elle défend les droits des femmes au nom de la liberté individuelle ou de l\u2019égalité, devant des exemples concrets, elle sympathise volontiers avec les hommes.»20 Elle-même « ne s\u2019identifie presque jamais comme une femme.Elle est libre-penseuse, libérale, journaliste, bibliothécaire (\u2026) »21 Cela ne l\u2019empêchera pas de prôner sans relâche l\u2019éducation des filles à égalité à celle des garçons, de promouvoir leur admission dans toutes les professions, de dénoncer l\u2019état de minorité dans lequel le Code civil les confine et de militer, parfois contre les femmes elles-mêmes, pour le suffrage féminin.En somme, la biographie d\u2019Éva Circé-Côté fait découvrir, à travers cette intellectuelle trop peu connue, figure de la modernité montréalaise, véritable co-fondatrice de la première bibliothèque publique de Montréal, un « portrait d\u2019un Québec moins noir qu\u2019on ne l\u2019a représenté, moins soumis, moins univoque, plus complexe et plus ouvert aux influences étrangères.»22 Marie-Claire Barbeau-Sylvestre enseigne la  philosophie au Cégep du Vieux Montréal.NOTES 1 Lévesque, p. 344.2 Lévesque, p. 203.Une soixantaine de ces textes ont également été rassemblés dans Andrée Lévesque.(2011).Chroniques d\u2019Éva Circé-Côté.Lumière sur la société québécoise 1900-1942.Montréal : Éditions du remue-ménage.312 p.3 Ibid., p. 370.4 Lévesque, Andrée.(2010).Éva Circé-Côté.Libre- penseuse 1871-1949.Montréal : Éditions du remue- ménage.478 p.On lui doit également Scènes de la vie en rouge : l\u2019époque de Jeanne Corbin, 1906-1944.(1999).Éditions du remue-ménage.et Madeleine Parent, militante.(2003).Éditions du remue-ménage.5 Ibid., p. 52.6 Ibid., p. 55.7 Ibid., p. 19.8 Ibid., p. 193.9 Ibid., p. 368.10 Ibid., p. 368.11 Ibid., p. 215.12 Ibid., p. 215.13 Ibid., p. 242.14 Ibid., p. 256.15 Ibid., p. 256.16 Ibid., p. 288.17 Ibid., p. 296 18 Ibid., p. 291.19 Ibid., p. 301 20 Ibid., p. 338.21 Ibid., p. 336.22 Ibid., p. 370. ARGUS 16 Dix années se sont ajoutées depuis et la Corporation fête maintenant son cinquantenaire.Un demi-siècle d\u2019existence constitue indéniablement un moment important dans la vie d\u2019une association et la preuve évidente de sa longévité.Quelles sont les politiques, les actions, les décisions qui ont marqué la décennie 2009-2019 ?La période débute d\u2019une manière optimiste sous la présidence de Guylaine Beaudry.Elle avait réussi à convaincre d\u2019autres associations du milieu documentaire de s\u2019associer pour tenir un congrès professionnel commun de grande envergure.Le Congrès des milieux documentaires fut un succès retentissant.Ce Congrès que la Corporation gérait conjointement avec l\u2019ASTED réunit en 2010 sept associations du milieu documentaire.On y voyait d\u2019une manière manifeste un rapprochement tant souhaité, depuis des années, des nombreuses associations du domaine au Québec.Le Congrès créait alors deux prix : un prix La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (2009-2019) Une décennie pleine de dé?s Marcel Lajeunesse La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec soulignait en 2009 par différentes manifestations la quarantième année de son existence.On y publiait notamment le volume Bibliothécaire : passeur de savoirs, dans lequel on y décrivait les diverses facettes de la vie de l\u2019organisme depuis sa création par le projet de loi 175 de l\u2019Assemblée nationale du Québec, le 30 mai 1969. 17 Mesurer le chemin parcouru d\u2019architecture des bibliothèques et des centres d\u2019archives (prix Architecture), décerné tous les deux ans, et un prix en innovation des services documentaires (prix Innovation), décerné annuellement.Jusqu\u2019en 2015, le Congrès des milieux documentaires réunit une assistance considérable de spécialistes œuvrant dans les bibliothèques, les centres et services d\u2019information et les archives.Dès le début des années 2010, la Corporation se distingue par des actions soutenues en communication.De 2011 à 2014, sous les présidences de Louis Houle et de Josée Saint-Marseille, elle met en place un vigoureux plan de communication dont l\u2019objectif était de faire connaître les multiples tâches du bibliothécaire dans ses différents environnements.La campagne fut développée sur le web en novembre 2012, de même que dans les principaux journaux numériques du Québec, pour montrer que les compétences du bibliothécaire dépassaient la culture de l\u2019imprimé et s\u2019étendaient à la culture numérique.Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.(2009) Bibliothécaire passeur de savoirs 40e anniversaire de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.Montréal, Québec : Carte blanche. ARGUS 18 La campagne de promotion fut déployée sur plusieurs années.En 2013- 2014, dans une deuxième phase, après avoir illustré le rôle du bibliothécaire dans la société, elle présente la diversité des pratiques à travers les témoignages de neuf bibliothécaires d\u2019horizons, de milieux de travail et aussi d\u2019âges différents.Pour chacun des professionnels choisis, nous retrouvons le témoignage d\u2019une personne relatant son expertise personnelle.Rappelons les témoignages convaincants de personnes aussi diverses que la directrice générale et conservatrice du Musée des beaux-arts de Montréal Nathalie Bondil, le comédien Normand D\u2019Amour, le journaliste Sylvain Lafrance alors vice-président de Radio-Canada et la présidente de la commission Culture à la Ville de Repentigny Denyse Peltier.Une troisième phase donna lieu à trois courts vidéos de bibliothécaires démontrant comment leur travail peut faire la différence dans la vie de personnes côtoyées dans le cadre de leurs fonctions.Sous le titre « Un secret bien gardé, le rôle social des bibliothécaires », une table ronde animée par Jean Barbe fut tenue dans le cadre du Salon du livre de Montréal le 22 novembre 2013.Les conclusions qui se sont dégagées de ce débat sont les suivantes.Les bibliothécaires professionnels du Québec transmettent et rendent facilement accessibles le contenu des livres et de divers documents, ainsi que l\u2019information au sens large, au moyen d\u2019activités, d\u2019animations, d\u2019échanges et de partage.Ils répondent ainsi à des besoins générés par certains enjeux sociaux comme l\u2019intégration des nouveaux arrivants, l\u2019alphabétisation, l\u2019inclusion technologique, le soutien aux aidants naturels et la réussite scolaire.En somme, l\u2019implication sociale gratuite et universelle des bibliothécaires avec le livre et la lecture améliore la qualité de vie de tous les citoyens.Ces conclusions du débat ont été illustrées par des exemples d\u2019expériences réussies.En 2014-2015, les travaux de promotion sont assumés par un comité dont les membres sont Josée Saint-Marseille, Marie-Josée Daunais, Maureen Clapperton, Laure Brasseul et Marie-France Laval (réalisatrice).Le comité publie trois capsules pour faire découvrir le bibliothécaire.La première se déroule dans un hôpital, la deuxième porte sur les communautés culturelles et la troisième met l\u2019accent sur un club de mangas de Blainville.Ces campagnes de communication qui s\u2019étendirent sur plusieurs années furent déployées en relation avec la participation active de la Corporation aux Congrès des milieux documentaires et le rapprochement des associations du milieu documentaire.D\u2019autres activités s\u2019y greffèrent, comme la création de sections étudiantes à l\u2019EBSI de l\u2019Université de Montréal et à la SIS de l\u2019Université McGill, la participation à la Table permanente de concertation des bibliothèques québécoises, la La Corporation a pris, au cours de la période, à de nombreuses reprises, des prises de position, réairmant l\u2019importance d\u2019un bibliothécaire professionnel pour la direction d\u2019une bibliothèque ou d\u2019un service documentaire. 19 Mesurer le chemin parcouru publication du Guide de compétences en gestion, étant bien entendu que la gestion interpelle tous les membres de la profession.Enfin fut mis en place un programme de mentorat visant le transfert du savoir et de l\u2019expertise.Concernant l\u2019affichage de postes de bibliothécaires dans les villes et les gouvernements, la Corporation a pris, au cours de la période, à de nombreuses reprises, des prises de position, réaffirmant l\u2019importance d\u2019un bibliothécaire professionnel pour la direction d\u2019une bibliothèque ou d\u2019un service documentaire.Elle démontra les compétences du bibliothécaire professionnel face à des compressions budgétaires, des suppressions de postes ou à l\u2019embauche de personnel non professionnel.En dépit du dynamisme des actions menées par la Corporation, la décennie 2009-2019, laisse paraître, principalement pour la seconde moitié de celle-ci, une situation difficile.Depuis 2006, la Corporation a subi une baisse constante de ses effectifs.Cette baisse s\u2019est accentuée après 2015.Il faut dire que ce phénomène n\u2019est pas propre à la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.D\u2019autres associations du milieu documentaire du Québec ont subi une baisse similaire.Les raisons sont probablement multiples.Il y a le coût d\u2019adhésion, notamment celui de la Corporation dont le coût d\u2019abonnement est le plus élevé de ces associations, le non-remboursement par les institutions de la cotisation de ses professionnels, la concurrence des associations du milieu documentaire, et peut-être également la baisse du besoin des professionnels de faire partie d\u2019une association volontaire, de même qu\u2019un affaiblissement de l\u2019engagement bénévole.Comme on le voit dans le tableau, la baisse est continue depuis le début de la décennie, à l\u2019exception de l\u2019année 2018 qui laisse entrevoir une possible hausse dans les années à venir.La baisse des effectifs s\u2019est répercutée sur le plan des budgets de la Corporation.Depuis le milieu de la décennie, la Corporation subit des déficits d\u2019opération qui sont devenus récurrents.Si elle pouvait compter en 2006 sur un budget d\u2019environ 400 000 $, en 2016 elle ne pouvait compter que sur la moitié de cette somme, soit environ 200 000 $.Les déficits sont comblés par le surplus accumulé alors de 135 000 $ (devenu 120 000 $ en 2019).Pour son budget, la Corporation dépend surtout de la cotisation de ses membres, des revenus de ses programmes de formation et des revenus de ses congrès annuels.Les revenus des programmes de formation et ceux des congrès annuels ont diminué de moitié depuis quelques années.Un effort considérable a été fait ces dernières années pour combler le déficit budgétaire.Des économies sont réalisées sur les divers programmes de la Corporation.Le personnel a été réduit à deux personnes.Elle a déménagé son secrétariat.Elle s\u2019est établie dans le Mile-End dans des locaux de l\u2019espace de cotravail Temps libre, ce qui permet, en plus d\u2019offrir de meilleures conditions de travail à ses employés, de réduire les charges locatives et de simplifier la gestion.En octobre 2018, la Corporation a élaboré un plan d\u2019action ayant pour but de se donner des orientations claires 2009 666 2010 649 2011 617 2012 603 2013 612 2014 611 2015 575 2016 532 2017 455 2018 471 Évolution des membres de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (Rapports annuels, 2009-2010 \u2013 2017-2018) ARGUS 20 pour les années 2019 et 2020.Ce plan veut poursuivre la consolidation et l\u2019optimisation de ses opérations courantes : services aux membres, administration, soutien aux comités.Pour réaliser ses objectifs, le conseil d\u2019administration de la CBPQ a identifié quatre axes d\u2019intervention : \u2013 défendre, valoriser, promouvoir et célébrer la profession (consolider le Comité prise de position ; organiser une campagne de visibilité qui met de l\u2019avant des bibliothécaires ayant fait une différence dans leur milieu ; organiser la célébration du 50e anniversaire de la CBPQ) ; \u2013 contribuer au développement professionnel des spécialistes de l\u2019information par un programme de formation renouvelé (former un comité de membres pour proposer et maintenir un programme dynamique et cohérent de formation) ; \u2013 favoriser le réseautage et la mobilisation des membres de la CBPQ (former un comité de communication pour soutenir les échanges avec les membres par la publication du bulletin CorpoClic et des publications fréquentes sur les médias sociaux ; organiser des rencontres à caractère social pour les membres) ; \u2013 viser le retour à l\u2019équilibre budgétaire et assurer la pérennité de la Corporation (poursuivre la consolidation des opérations courantes et l\u2019optimisation des frais d\u2019exploitation de la Corporation afin d\u2019exercer un meilleur contrôle des dépenses ; viser un retour à l\u2019équilibre en 2021 ; analyser les occasions de partenariats qui permettraient d\u2019améliorer la qualité des services rendus aux membres, diversifier les sources de revenus ; continuer à rendre plus efficiente l\u2019utilisation des ressources financières de la Corporation de façon à assurer sa pérennité).La Corporation a pu compter au cours de la décennie 2009-2019 sur une grande stabilité pour sa direction.Cinq présidents/présidentes se sont succédé au cours de ces années : Guylaine Beaudry (2008-2010), Louis Houle (2010-2012), Josée Saint-Marseille (2012-2014), Isabelle Pilon (2014-2016) et Guy Gosselin depuis 2016.La Corporation peut se targuer d\u2019avoir eu au cours de ces dix années des présidents et présidentes aux talents remarquables.Régine Horinstein a pris en décembre 2015 sa retraite comme directrice générale après 30 ans de service (1986-2015).Les présidents, les membres des divers conseils d\u2019administration et les membres de la Corporation ont pu profiter de sa constante implication dans la vie de la Corporation, de sa connaissance des dossiers, de sa fidélité aux objectifs de la Corporation et des liens qu\u2019elle a su tisser avec les membres au cours des années.Elle a été remplacée par plusieurs personnes dans les années qui ont suivi : Fannie Tremblay-Racine en 2016-2017, Catherine Mongeau en 2017 et Pascale Félizat-Chartier en 2017-2018.Le poste est actuellement vacant en 2019.Les défis des années actuelles concernent la mise en place de la Fédération des milieux documentaires (FMD) avec l\u2019ASTED et d\u2019autres associations qui s\u2019y joindront dans laquelle la Corporation des bibliothécaires professionnels y trouvera sa place et son intérêt.La Corporation s\u2019était Avec ses 471 membres en 2018, la Corporation est actuellement l\u2019association la plus importante du monde de la documentation au Québec. 21 Mesurer le chemin parcouru associée depuis 2016 avec l\u2019ASTED et la Section de l\u2019est du Canada de la Special Libraries Association dans la tenue du Congrès des professionnels de l\u2019information (CPI).La Corporation est maintenant membre de la Fédération des milieux documentaires et a conclu une entente avec la FMD pour la tenue du congrès du CPI 2019.Avec ses 471 membres en 2018, la Corporation est actuellement l\u2019association la plus importante du monde de la documentation au Québec.Elle est la seule association au Québec ayant le mandat explicite de défendre et de promouvoir les intérêts des bibliothécaires de tous les secteurs d\u2019activité.Les membres de la Corporation restent attachés à leur association professionnelle, aux services qu\u2019elle offre, dont la revue Argus qui a été revampée en 2017, l\u2019info- lettre CorpoClic, le mentorat, le comité prise de position, le programme de formation et le répertoire des membres.Ils sont fiers d\u2019appartenir à un groupe professionnel dynamique.La décennie 2009-2019 a été incontestablement pour la Corporation une décennie de grands changements.La Corporation a affronté les difficultés dues à ces changements et elle retrouve maintenant un nouvel élan.Faisant le bilan des dix dernières années, elle peut célébrer sereinement son 50e anniversaire et entreprendre les années qui viennent avec confiance.Marcel Lajeunesse Ph.D.est professeur associé à l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal.Il y a enseigné de 1970 à 2006, année où il prit sa retraite en tant que professeur titulaire.Il a été directeur de l\u2019École de 1987 à 1994 et vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences de 1994 à 2002.Ses recherches et ses publications ont porté particulièrement sur l\u2019histoire du livre et des bibliothèques, de même que sur les aspects comparés et internationaux de l\u2019information.RÉFÉRENCES Archives des numéros antérieurs https://cbpq.qc.ca/corpoclic-archives-des-numéros- antérieurs Campagnes de promotion https://cbpq.qc.ca/informations/promotion Nouvelles https://cbpq.qc.ca/nouvelles Prises de position https://cbpq.qc.ca/prisesdeposition Rapports annuels https://cbpq.qc.ca/publications/rapports-annuels ARGUS Comment une petite bibliothèque spécialisée est devenue un point de repère incontournable des communautés LGBTQ+ de Montréal Valérie Rioux Un après-midi occupé au Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, où est située la Bibliothèque à livres ouverts.Valérie Rioux.CC BY-NC-ND Les meilleures bibliothèques développent des communautés 23 Mesurer le chemin parcouru Le travail d\u2019inclusion et de justice sociale des bibliothèques et de leurs bibliothécaires professionnels s\u2019incarne au quotidien dans leur engagement à servir tous les publics.Alors que la CBPQ fête ses cinquante ans d\u2019existence, l\u2019année 2019 marque également les cinquante ans de la décriminalisation de l\u2019homosexualité au Canada.Cet état d\u2019esprit est d\u2019ailleurs bien vivant à la Bibliothèque à livres ouverts, une bibliothèque spécialisée dans tous les enjeux touchant la diversité sexuelle et située à Tiohtiá:ke/Montréal.Fondée en 1991, la Bibliothèque à livres ouverts (BALO) est aujourd\u2019hui établie au Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, au 2075, rue Plessis.Ce bâtiment, situé au cœur du Village, regroupe également les bureaux de plusieurs organismes œuvrant au bien- être des communautés LGBTQ+ de Montréal, notamment les organismes Aids Community Care Montreal, RÉZO, Aide aux Trans du Québec, Réseau des lesbiennes du Québec, Action LGBTQ avec les réfugié(es) (AGIR) et Coalition Sida des Sourds du Québec.Le Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal emploie présentement, en plus de son directeur général, une équipe de cinq personnes : deux à la coordination de programmes communautaires, un agent de liaison, une animatrice à la vie communautaire et une bibliothécaire chargée de projets à la Bibliothèque à livres ouverts.La BALO est la plus importante bibliothèque à thématique LGBTQ+1 de la francophonie avec plus de 20 000 documents (littérature pour tous les âges, ouvrages de référence, bandes dessinées, films, etc.) permettant de diffuser la culture et la mémoire des communautés LGBTQ+ québécoises et internationales.En 2017, elle s\u2019est vu octroyer le prestigieux prix Newlen-Symons de la Gay, Lesbian, Bisexual, and Transgender Round Table (GLBTRT) de l\u2019American Library Association, qui reconnaît l\u2019excellence des services offerts aux communautés de la diversité sexuelle.Ce prix est offert suite à une évaluation de la qualité de l\u2019innovation, de l\u2019impact, de la durabilité et de la pertinence du projet.(Les Éditions ASTED, 2017) En septembre dernier, le directeur général du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal a d\u2019ailleurs pu faire briller l\u2019expertise développée à la BALO en dirigeant l\u2019atelier Shelf Life \u2013 Creating and Sustaining Successful Libraries in LGBTQ Centers devant le public réuni lors du sommet annuel de CenterLink, la communauté internationale des centres communautaires LGBTQ+.En plus d\u2019aborder les manières de maintenir un service documentaire en usant de créativité pour mobiliser les ressources disponibles à la communauté, cet atelier a pu faire état des grandes thématiques qui motivent les actions de la BALO depuis les dernières années : créer des collections et des services qui prennent en compte les notions d\u2019intersection- nalité2 pour desservir des clientèles diversifiées et créer des occasions pour ARGUS 24 participer à leur épanouissement individuel et collectif.La bibliothèque comme lieu de transfert de connaissances dans un contexte LGBTQ+ interculturel En date du 9 septembre 2019, la BALO comptait 309 membres.Les personnes usagères de la BALO peuvent devenir membres annuels du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal et ainsi pouvoir s\u2019impliquer dans la planification stratégique lors de l\u2019assemblée générale annuelle du Centre.Elles peuvent également être élues sur son conseil d\u2019administration et participer directement aux décisions de gestion.Comme c\u2019est le cas dans la plupart des bibliothèques publiques de la région métropolitaine, les personnes usagères de la BALO présentent un arc-en-ciel de profils sociodémographiques.Depuis plusieurs années, une grande partie des nouveaux membres sont des personnes migrantes, particulièrement des demandeuses et demandeurs d\u2019asile sur la base de la diversité sexuelle et de la pluralité des identités et des expressions de genre.Le fait d\u2019avoir accès à une collection vaste et diversifiée sur les enjeux LGBTQ+, dans un environnement sans jugement et qui promeut leur épanouissement, joue un rôle très positif dans leur processus d\u2019accueil et d\u2019intégration à la société québécoise.Ces membres utilisent par ailleurs les services documentaires de la BALO pour leurs démarches de citoyenneté, particulièrement en vue de l\u2019audience qui leur accordera le statut de réfugié accepté au Canada, ou pour découvrir ou valider des aspects de leur identité qu\u2019il leur était impossible d\u2019explorer de manière sécuritaire dans leur pays d\u2019appartenance.En créant des espaces d\u2019apprentissage formels et informels, à travers ses services documentaires et ses activités socioculturelles, la BALO joue aussi un rôle dans le transfert de connaissances qui favorisent la construction de savoir- faire et de savoir-être.Il n\u2019est pas rare de revoir les mêmes personnes usa- gères amener des membres de leurs communautés à la BALO.Ces personnes auparavant nouvelles usagères ou nouveaux usagers deviennent des personnes de référence, des passeurs de savoirs et des guides pour naviguer dans les paysages informationnels3 en reconstruction.Des pratiques qui témoignent de l\u2019histoire des luttes et du chemin qu\u2019il reste à parcourir Bien qu\u2019elle ait été fondée dans les années 1990, la BALO possède une collection qui rend compte des réalités des communautés LGBTQ+ depuis les années 1950.Ainsi, la collection de la bibliothèque constitue en elle-même un fonds incontournable pour quiconque souhaite étudier l\u2019évolution des discours entourant les identités sexuelles ou constater le chemin parcouru et celui qu\u2019il reste à franchir pour que les droits humains des personnes des communautés LGBTQ+ soient reconnus, et passent de la tolérance à une reconnaissance véritable.Le soutien des bénévoles des communautés LGBQT+ joue un rôle essentiel dans les démarches de la BALO pour obtenir une collection diversifiée et inclusive.Une grande partie des acquisitions de la BALO provient de dons de L\u2019année 2019 marque également les cinquante ans de la décriminalisation de l\u2019homosexualité au Canada. 25 Mesurer le chemin parcouru livres des membres des communautés LGBTQ+ de Montréal.Ces dons sont par la suite évalués par un bénévole qui juge de la pertinence de l\u2019ajout de ces documents à la collection en fonction de la politique de développement de collection.Une fois acceptés, ces documents sont catalogués et indexés dans le SIGB Koha par une bénévole et les notices sont par la suite validées par un-e pro- fessionnel-le de l\u2019information.Le traitement matériel est enfin également la tâche des bénévoles.Ceux-ci, impliqués aux étapes clés du traitement documentaire, donnent une dimension particulièrement personnelle aux processus qui permettront ensuite à d\u2019autres membres de repérer et de découvrir des ouvrages pour s\u2019épanouir.Afin de bien s\u2019assurer du respect de l\u2019intimité et de l\u2019autonomie de toutes les personnes qui fréquentent la BALO, d\u2019autres bonnes pratiques ont été mises en place.Par exemple, lors de l\u2019inscription des nouvelles et nouveaux membres, les personnes qui désirent ne pas être identifiées à un genre binaire (féminin/masculin) peuvent l\u2019indiquer dans le formulaire, rempli de manière autonome.Ce choix est par la suite inclus dans le profil d\u2019usager sur Koha et sera pris en compte dans toutes les communications officielles de la Bibliothèque à l\u2019individu.Les personnes qui deviennent membres de la BALO peuvent choisir leur nom et le genre par lesquels elles veulent être reconnues.Par ailleurs, aucune preuve de résidence n\u2019est demandée et aucune pièce d\u2019identité n\u2019est exigée pour obtenir une carte de membre et le droit d\u2019emprunter des documents.Ces mesures permettent aux personnes vivant en situation d\u2019itinérance de manière temporaire ou permanente, et aux personnes sans statut ou dans une situation où leur statut de citoyenneté est précaire de jouir des mêmes services et des mêmes privilèges.Ces informations sont maintenues dans la plus grande confidentialité.Au cœur du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, la BALO possède également des toilettes non-genrées et œuvre dans une optique de réduction des méfaits en y mettant des bacs à déchets biomédicaux à la disposition des personnes consommatrices de drogues injectables.Un laboratoire pour la médiation auprès de publics diversi?és La BALO est un terrain fertile pour l\u2019innovation en termes de médiation auprès de publics diversifiés.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019ont eu lieu les premières éditions de l\u2019heure du conte avec la drag queen Barbada, par exemple.La BALO est aussi impliquée dans l\u2019accroisse ment de la présence des réalités LGBTQ+ sur Wikipédia en proposant au mois d\u2019octobre, mois de l\u2019histoire LGBTQ+, des ateliers de formation à la contribution dans Wikipédia.Forte de son expertise, la BALO a produit un Guide à l\u2019intention des bibliothèques d\u2019enseignement supérieur.Disponible en ligne, ce guide fera l\u2019objet d\u2019un lancement officiel à la fin de l\u2019automne 2019, où toute la communauté des bibliothèques sera invitée.Dans la mouvance autour du mouvement #MeToo, la BALO est de plus en train de mettre sur pied une collection dont les acquisitions ont été validées par des comités communautaires.La collection aborde le sujet C\u2019est dans ce contexte qu\u2019ont eu lieu les premières éditions de l\u2019heure du conte avec la drag queen Barbada, par exemple. ARGUS 26 des violences sexuelles perpétrées contre les personnes des communautés LGBTQ+ en intersection avec les réalités des personnes issues des communautés ethnoculturelles.Autant d\u2019occasions de repenser le rapport de la bibliothèque ax savoirs en fonction des personnes usagères qu\u2019elle dessert ! Dans son ouvrage Exigeons de meilleures bibliothèques : plaidoyer pour une bibliothéconomie nouvelle (2018), David Lankes affirme que « [\u2026] les meilleures bibliothèques développent des communautés.» En œuvrant à la mise en place de pratiques exemplaires en termes d\u2019autonomisation des personnes usa- gères, en participant activement à offrir un lieu de transfert de connaissances et de développement de savoirs et en agissant comme laboratoire où développer des services transformateurs pour les publics qu\u2019elle dessert, il ne fait aucun doute que la petite Bibliothèque à livres ouverts fait partie des points de repère incontournables des communautés LGBTQ+ de Montréal, qui continuent de l\u2019investir et de la transformer au gré du mouvement de reconnaissance de leurs droits.Valérie Rioux (MSI, 2016) est bibliothécaire chargée de projets à la Bibliothèque à livres ouverts du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal et chercheuse ailiée au centre de recherche Technoculture, Art and Games (TAG) de l\u2019Université Concordia.Elle a auparavant travaillé comme bibliothécaire de liaison au Centre de documentation collégiale.Elle étudie présentement au programme court en pédagogie de l\u2019enseignement supérieur à l\u2019UQAM et est impliquée au sein du conseil d\u2019administration de la CBPQ.RÉFÉRENCES Lankes, D.(2018).Exigeons de meilleures bibliothèques : Plaidoyer pour une bibliothéconomie nouvelle.Consulté à l\u2019adresse https://eduq.info/xmlui/handle/11515/36342 Les Éditions ASTED.(2017).Prix Newlen-Symons remis à la Bibliothèque à livres ouverts (BALO).Éditions ASTED.Repéré à https://asted.org/prix-new- len-symons-remis-a-la-bibliotheque-a-livres-ouverts- balo/ NOTES 1 L\u2019acronyme LGBTQ+ a été conçu pour parler des lesbiennes, gais, bisexuel-les, trans, queer, en questionnement et des personnes appartenant aux autres identités sexuelles : bispirituel-les, asexuel-es, intersexe, non-binaires, pansexuel-les, etc.2 L\u2019intersectionnalité est un terme qui a été proposé en 1989 par l\u2019universitaire afro-féministe Kimberlé Crenshaw a?n de rendre compte des situations où des personnes peuvent vivre plusieurs dynamiques d\u2019oppressions, de domination et de strati?cation sociales de manière simultanée.L\u2019intersectionnalité rend ainsi compte des entrecroisements des formes de discrimination.3 La théorie des paysages informationnels est issue des travaux de la professeure Annemaree Lloyd.Voir : Lloyd, A.(2017).Researching fractured (information) landscapes.Journal of Documentation.https://doi.org/10.1108/JD-03-2016-0032 Lloyd, A., Kennan, M.A., Thompson, K.M., & Qayyum, A.(2013).Connecting with new information landscapes: Information literacy practices of refugees.Journal of Documentation.https://doi.org/10.1108/00220411311295351 la BALO possède une collection qui rend compte des réalités des communautés LGBTQ+ depuis les années 1950. 27 Mesurer le chemin parcouru De tous les rôles occupés par la bibliothéconomie contemporaine, celui de lieu de loisir est un des moins bien défini.Historiquement moins fondamental que les missions d\u2019alphabétisation, d\u2019éducation, de culture et d\u2019information, le loisir se retrouve dans l\u2019énoncé de mission de plusieurs bibliothèques, dont celles des Bibliothèques de Montréal.Nous proposons donc de réfléchir sur ce rôle de lieu de loisir des bibliothèques sous l\u2019angle de la régulation et de la censure.La bibliothèque contemporaine, et plus particulièrement la bibliothèque troisième lieu, se veut un lieu accessible à tous les citoyens.Cette vision requiert de la bibliothèque qu\u2019elle soit indépendante des pressions sociales, des régulations et de la censure voulant limiter la réussite de ses missions.Nous proposons d\u2019examiner la mise en application de cette idéologie de la bibliothèque en tant que lieu de loisir.Inspiré du livre Sports et loisirs : une histoire des origines à nos jours de Laurent Turcot, nous analyserons deux formes de régulation du temps libre.La première limite l\u2019accès aux loisirs selon le statut social des individus.La deuxième censure le choix des loisirs en classifiant les activités en bons et mauvais loisirs.Loisir, jeux vidéo et bibliothéconomie : Essai sur la censure et les régulations Thierry Robert ARGUS 28 Nous soumettons l\u2019hypothèse qu\u2019il y a une censure des activités de loisir en bibliothèque selon ce que la société considère comme un bon et un mauvais loisir.Nous utiliserons le jeu vidéo pour observer que la mission de loisir est guidée par la crainte qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un loisir inutile, une perte de temps.Le loisir limité par les structures sociales À priori, il peut paraître étonnant d\u2019analyser les loisirs par ses régulations.Le temps libre est, par définition, un temps axé sur la liberté.Cependant, l\u2019histoire des loisirs nous démontre que, plus souvent qu\u2019autrement, il répond à des impératifs assurant qu\u2019il soit un reflet des structures sociales.Dès les premières civilisations, les dirigeants se devaient d\u2019être des êtres supérieurs, voire divins.Les loisirs et plus particulièrement les sports servaient à prouver leur virilité et leur pouvoir.L\u2019accès aux loisirs était réservé à ceux qui avaient atteint un certain statut et l\u2019ordre des gagnants était assuré par l\u2019ordre social.Les récits des exploits des rois et des pharaons (parfois grotesquement exagérés) dans les courses à pied, le tir à l\u2019arc et les courses à chevaux permettaient d\u2019affirmer leur divinité.Durant l\u2019Antiquité, les installations de spectacle, les fêtes et les évènements sportifs étaient conçus pour assurer une distinction entre les pratiquants du loisir.Le positionnement des spectateurs dans les gradins des différentes institutions de loisir (cirque, arène et théâtre) était basé sur le prestige de l\u2019individu.Dès cette période et de plus en plus intensément jusqu\u2019à la moitié du XXe siècle, les loisirs seront régulés par une codification de sa pratique.Le rôle de l\u2019empereur dans les combats Une nouvelle bibliothèque complètement déserte le jour de son inauguration.Les jeux vidéos étaient souvent considérés comme les responsables de la baisse de la popularité de la lecture dans les années 1980.Cincinnati Enquirer, 3 mai 1982.Jim Borgman. 29 Mesurer le chemin parcouru de gladiateurs, le cérémoniel des bains romains, le type d\u2019habillement des nobles dans les parcs modernes et les mascarades de la cour de Louis XIV sont des pratiques suivant un code d\u2019usage soulignant la différence entre les classes sociales.Tous ces exemples soulignent que l\u2019accès au loisir a été fréquemment limité pour refléter l\u2019ordre social.La fête des fous (ces fêtes périodiques où l\u2019ordre social est renversé et tourné en dérision) est un autre exemple de ce rôle du loisir.Les historiens la considèrent non comme une essence de révolution, mais comme un moment de chaos servant principalement à assurer le retour à la structure sociale prédominante.De nos jours, les sociétés capitalistes ont érigé le loisir au sommet de la pyramide des besoins.L\u2019accès au loisir est principalement limité par des questions monétaires provenant du travail.Pour évidence, les loteries vendent le rêve d\u2019une vie de riche sans travail, oisive, à se reposer sur des plages exotiques.La régulation du loisir contemporain est donc reliée à la richesse, symbole par excellence de la structure sociale contemporaine.En ce sens, la gratuité de la bibliothèque représente une rupture avec cette régulation historique du loisir.Elle offre un accès à tous les citoyens sans reproduire la structure sociale et les avantages associés à la réussite monétaire.Nous pouvons donc considérer que la bibliothèque est non régulée par la structure sociale dominante et qu\u2019elle est demeurée indépendante dans son rôle de loisir.Le loisir censuré par l\u2019acceptabilité sociale Le loisir a aussi été encadré par les valeurs des sociétés et, plus spécifiquement, par ce qui est considéré comme la finalité de la vie des individus.Les loisirs deviendront hiérarchisés en bons et mauvais loisirs selon leur utilité à atteindre les objectifs décrits par la société.Autrement dit, la finalité du temps libre sera plus souvent reliée à l\u2019utile qu\u2019à l\u2019inutile.Pour les sociétés, la qualité d\u2019un loisir dépend presque toujours de sa finalité.Les civilisations militaires misent sur les activités physiques préparant à la guerre.Les sociétés scientifiques encouragent les loisirs aidant à la réussite scolaire.Les sociétés religieuses valorisent le loisir de détente pour un retour rapide au travail.Loisir et éducation vont fréquemment de pair puisqu\u2019ils doivent préparer les citoyens à franchir des étapes vers l\u2019atteinte des objectifs de la société.De l\u2019autre côté, on a interdit ou dévalué les loisirs qui ne servaient pas cette finalité.L\u2019apparition des péchés capitaux dont celui de l\u2019acédie (oisiveté et paresse) durant le haut Moyen Âge est une réponse directe à ce que les premiers chrétiens considéraient comme des causes de la déchéance de Nous soumettons l\u2019hypothèse qu\u2019il y a une censure des activités de loisir en bibliothèque selon ce que la société considère comme un bon et un mauvais loisir. ARGUS 30 l\u2019Empire romain.À partir de ce moment, on prône le travail comme la finalité de la vie.Sans occulter le loisir de la vie, on considère qu\u2019il devient utile seulement quand il se présente comme une pause aidant à retourner revigoré au travail.Cette morale chrétienne, encore très présente dans les sociétés occidentales, sera fréquemment reprise pour classifier les bons des mauvais loisirs.En ce sens, le XXe siècle est un excellent baromètre du rôle de l\u2019utile dans la vision du loisir pour les jeunes.Les mauvais loisirs ont été, de manière chronologique, mais non exhaustive : le scoutisme, la danse rock & roll, le cheerleading, les comics, le cinéma, le jeu Donjons et Dragons, les cartes Magic : L\u2019Assemblée et Pokémon, les jeux vidéo et Harry Potter.La plupart de ces loisirs ont des éléments similaires : leur popularité est instantanée et présente un attrait important pour un public jeune.On considère alors qu\u2019ils sont une perte de temps pour les jeunes qui va à l\u2019encontre des objectifs dictés par la société : étudier pour gagner de l\u2019argent.Tout nouveau loisir est rapidement étiqueté comme diversion des objectifs du contrat social.En ce sens, le livre, et plus généralement la littérature, est un loisir associé à la mobilité et à la réussite sociale.Son utilisation en tant que loisir (lire pour le plaisir) est donc bien vue par les citoyens.J\u2019avancerais même que l\u2019acceptabilité sociale du livre est plus importante que son rôle dans la mission de la bibliothèque.Si ce document répond aux missions d\u2019alphabétisation et d\u2019éducation des bibliothèques, son rôle d\u2019information et de culture est mis à mal depuis la moitié du XXe siècle et encore plus depuis l\u2019arrivée d\u2019Internet.D\u2019un autre côté, le jeu vidéo est aussi une activité de loisir et, qui plus est, un document susceptible de répondre aux missions d\u2019alphabétisation, d\u2019éducation, de culture et d\u2019information.Néanmoins, et nonobstant quelques initiatives ponctuelles, il aura dû attendre les années 2000 avant d\u2019être intégré plus formellement dans le champ de compétence des bibliothèques.La Library of Congress a instauré en 2007 son programme Game Canon.BAnQ et les Bibliothèques de Montréal ont intégré des jeux dans leurs collections en 2012.Pour les historiens du jeu vidéo, le jeu avait atteint sa maturité bien avant ces années.L\u2019année 2012 se situe dans la septième génération de consoles de jeux vidéo.C\u2019est aussi 50 ans après le développement de Spacewar!, souvent considéré comme le premier jeu vidéo.C\u2019est aussi presque 30 ans après Super Mario Bros.La date d\u2019instauration du jeu vidéo dans les bibliothèques est aussi fortement influencée par la hausse de En ce sens, le XXe siècle est un excellent baromètre du rôle de l\u2019utile dans la vision du loisir pour les jeunes.On considère alors qu\u2019ils sont une perte de temps pour les jeunes qui va à l\u2019encontre des objectifs dictés par la société : étudier pour gagner de l\u2019argent. 31 Mesurer le chemin parcouru l\u2019acceptabilité sociale de ce loisir poussé par les jeux sociaux et les jeux de mouvement, dont Wii Sports (2006), Guitar Hero (2005) et Dance Dance Revolution (1998-2001).Ces jeux ont aidé l\u2019acceptabilité sociale du jeu en transformant cette perte de temps vers l\u2019activité physique, utile à la jeunesse.C\u2019est ici que la mission de lieu de loisir de la bibliothèque perd de son indépendance pour devenir un écho de ce qui est acceptable socialement.Le loisir n\u2019est pas considéré pour ce qu\u2019il est, mais pour comment il est perçu.Et ceci n\u2019est qu\u2019une parcelle de la censure affectant les jeux vidéo.De nombreux jeux classiques (par exemple, Grand Theft Auto III) ont été écartés du développement de la collection pour éviter la controverse.La violence dans les jeux vidéo, même si les études scientifiques ont prouvé qu\u2019elle n\u2019avait aucun lien avec la violence réelle, est citée fréquemment comme un motif de rejet.Conclusion Nous croyons que le choix des loisirs de la bibliothèque est censuré par la perception des citoyens et par l\u2019acceptabilité sociale.Autant elle se veut un espace autonome et indépendant, loin de la dictature de la censure, autant elle reprend intrinsèquement le discours dominant pour valider ses choix et éviter la controverse.Entendons-nous que l\u2019idée ici n\u2019est pas de porter un jugement éthique sur cette situation.La bibliothèque fait partie de la société et elle doit représenter ses citoyens.Cependant, personnellement, je crois que le rôle de la bibliothèque publique est d\u2019éviter de tomber dans le piège d\u2019une censure liée à l\u2019acceptabilité sociale.Guider ses choix par la science et l\u2019accessibilité, voici la vision qui devrait guider les bibliothèques.C\u2019est quand les bibliothécaires jouent ce rôle que la profession prend son sens.Les bibliothécaires ayant lutté contre la censure et donnant le droit de lecture à des livres interdits par la société sont fréquemment considérés comme des modèles à suivre.Il est possible que le flou entourant cette mission explique la censure et la régulation envers différentes formes de loisirs.Nous croyons qu\u2019en analysant davantage l\u2019histoire des loisirs la bibliothéconomie pourra s\u2019assurer d\u2019être à l\u2019abri de la censure indirecte et être plus indépendante dans le choix des loisirs offerts à la population.Thierry Robert est conseiller pour le programme RAC \u2013 Rénovation, Agrandissement et Rénovation des Bibliothèques de Montréal.Passionné par les jeux, il est chargé de cours pour le cours Histoire, jeux vidéo et ludi?cation à l\u2019Université de Sherbrooke, concepteur du jeu sérieux Escouade B et le premier directeur du festival Montréal joue des Bibliothèques de Montréal.BIBLIOGRAPHIE Turcot, L.Sports et loisirs : une histoire des origines à nos jours.(2016).Montréal, Québec : Gallimard.Consulté https://imgur.com/gallery/b5KlsEz ARGUS 32 En relisant ce passage en 2019, il semble plutôt positif.En effet, n\u2019importe qui peut collaborer à Wikipédia, et l\u2019expertise n\u2019est pas une carte d\u2019accès pour définir ce qui est encyclopédique ou non.Ce que l\u2019on comprend mieux depuis 2006, c\u2019est que les bons contributeurs sont ceux qui sont capables de retracer les sources d\u2019information fiables qui servent à alimenter l\u2019encyclopédie et ne sont donc pas nécessairement des experts du sujet traité.La place des bibliothèques et des bibliothécaires dans un projet comme Wikipédia semble donc une évidence pour plusieurs.Étant spécialistes de la recherche d\u2019information, les bibliothécaires travaillent généralement dans des milieux dont une grande partie du fond documentaire est constituée d\u2019ouvrages de référence qui peuvent servir à alimenter l\u2019encyclopédie.Monographies, journaux, revues, bases de données ou même, dans une certaine mesure, ouvrages de fiction, les bibliothèques peuvent se vanter de regrouper sous un même toit quantité de sources d\u2019information pouvant servir à ajouter de l\u2019information à Wikipédia.Très tôt, certains contributeurs l\u2019ont compris, essayant de créer des ponts entre les projets de la Fondation Wikimédia et les GLAM (Galleries, Libraries, Archives, Museums, soit galeries, bibliothèques, archives et musées), dont font partie les bibliothèques.Récemment encore, certaines voix s\u2019élevaient pour critiquer la qualité de l\u2019encyclopédie ou la pertinence d\u2019y contribuer, mais de l\u2019eau a coulé sous les ponts depuis, et le travail de nombreux Wikipédiens au sein des institutions a réussi à améliorer l\u2019image de Wikipédia.Finie, donc, l\u2019époque où Wikipédia était cette encyclopédie qu\u2019il ne fallait Wikipédia et les bibliothèques, évolution d\u2019une relation parfaite ?Lëa-Kim Châteauneuf « Ce n\u2019est pas que Wikipédia soit rédigé par des ignorants ; beaucoup d\u2019experts reconnus, issus du monde universitaire, participent au site.Mais ils n\u2019ont pas plus d\u2019autorité sur son contenu que n\u2019importe quel autre citoyen du web.Cela crée une sorte de \u201ccommunisme de la connaissance\u201d où les \u201cvrais\u201d experts n\u2019ont pas droit au privilège d\u2019avoir le mot de la fin.»1 33 Mesurer le chemin parcouru pas mentionner dans une bibliothèque ou en milieu éducatif.L\u2019encyclopédie collaborative et ses projets collatéraux ont gagné leurs lettres de noblesse.Dans les institutions GLAM, cette reconnaissance vient en grande partie du travail des Wikipédiens en résidence, qu\u2019ils soient officiellement reconnus et rémunérés par l\u2019institution ou qu\u2019ils soient des membres de ces institutions, passionnés de la diffusion des savoirs.Cette relation entre Wikipédien et institutions GLAM remonte à 2010.C\u2019est en effet il y a presque 10 ans qu\u2019un premier Wikipédien en résidence a obtenu un poste dans une institution, au British Musem, avec pour mission d\u2019établir des ponts entre le musée et Wikipédia.Peu de temps après, c\u2019est au tour du Children\u2019s Museum of Indianapolis d\u2019engager un Wikipédien.Puis, sont venus le Château de Versailles et le Musée Picasso, en 2011.Les musées deviennent ainsi le laboratoire des premières expériences.Il faudra attendre 2012 avant qu\u2019une bibliothèque, la National Library of Israel, bénéficie des services d\u2019un Wikipédien.Quelques mois plus tard, la British Library emboîte le pas.En 2012 se tient, à la bibliothèque de l\u2019Université Laval, le premier éditathon (atelier de contribution à Wikipédia) au Québec.Portant sur Jean Talon, cet atelier jettera les bases des ateliers à suivre.En bibliothèque publique, c\u2019est en janvier 2013 qu\u2019a lieu le premier éditathon, à la bibliothèque du Mile-End, aujourd\u2019hui bibliothèque Mordecai-Richler.Quelques mois plus tard, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) met en place ce qui deviendra rapidement les ateliers Mardi, c\u2019est Wiki ! S\u2019établit à ce moment une relation entre BAnQ et un Wikipédien, Atelier Wikipédia LGBTQ à la Bibliothèque à livres ouverts. ARGUS 34 Benoit Rochon.Depuis ce temps, ce Wikipédien en résidence aide l\u2019institution dans sa mise en valeur de ses collections et dans la tenue de nombreuses activités.Cette collaboration a d\u2019ailleurs mené BAnQ à signer une lettre d\u2019entente avec Wikimédia Canada, le chapitre national responsable de soutenir les initiatives en lien avec les projets Wiki.Rapidement, BAnQ a entrepris un travail d\u2019appropriation de l\u2019encyclopédie et de projets collatéraux tels WikiSource et Wikimédia Commons.En partenariat avec l\u2019ACFAS et la Fondation Lionel- Groulx, les Mardi, c\u2019est Wiki ! ont permis à de très nombreux usagers de s\u2019initier à la contribution à Wikipédia et ont permis à BAnQ de mettre en valeur ses ressources et l\u2019expertise de ses bibliothécaires, principalement Anne-Marie Boisvert et Manon Beauchamps.Dans les bibliothèques de la Ville de Montréal, de nombreux ateliers ont eu lieu suite au succès obtenu à la bibliothèque Mordecai-Richler.Certains ateliers portaient sur des sujets bien précis comme les autrices du quartier ou l\u2019histoire de l\u2019arrondissement, mais tous avaient comme dénominateur commun de mettre en valeur les ressources de la bibliothèque, que ce soient les documents, les bases de données ou l\u2019expertise des bibliothécaires.Un atelier de contribution portant sur les fromages québécois (WikiFromage) a même eu lieu en début d\u2019année.Les participants, après avoir exploré les bases de la contribution, étaient invités à photographier et déguster des fromages québécois choisis pour l\u2019occasion.Les pages de ces fromages étaient par la suite bonifiées ou créées et illustrées des photos prises lors de l\u2019activité.Un autre atelier-conférence portait sur le travail du photojournaliste Jacques Nadeau, qui était invité à parler de sa pratique professionnelle.Les possibilités d\u2019atelier sont presque aussi nombreuses que les sujets à traiter.Quelques ateliers ont également eu lieu dans des bibliothèques de Québec, Trois-Rivières, Alma, Sherbrooke et certainement plusieurs autres villes, mais la formule d\u2019ateliers récurrents mise en place par BAnQ n\u2019a pour le moment pas encore été reprise en bibliothèque publique.Dès 2017, suite au choix de Montréal pour la tenue du grand rassemblement annuel de Wikipédiens du monde entier, Wikimania, des centres de documentation et d\u2019archives ont rapidement mis en place des ateliers de contribution.Ainsi, dès l\u2019automne 2017, la Cinémathèque québécoise a débuté une série de rencontres avec des réalisatrices et des réalisateurs afin d\u2019améliorer les savoirs en lien avec le cinéma québécois sur Wikipédia.Ces ateliers avaient la particularité de combiner rencontres d\u2019artistes et contribution.La personne invitée présentait son œuvre et parlait de son parcours, de ses réussites ou de sa technique de travail.Les contri- buteurs pouvaient ainsi en apprendre plus sur la personne et sur ses œuvres avant de se lancer dans la contribution à l\u2019aide des documents préparés par la Cinémathèque.Cette formule, mise en place par la directrice de la préservation et du développement des collections, Marina Gallet, a permis de grandement améliorer la place des créateurs québécois sur Wikipédia et de mettre en valeur les ressources de l\u2019institution et la valeur de son implication au sein des projets Wiki.Très récemment, la En bibliothèque publique, c\u2019est en janvier 2013 qu\u2019a lieu le premier éditathon, à la bibliothèque du Mile-End, aujourd\u2019hui bibliothèque Mordecai-Richler. 35 Mesurer le chemin parcouru Cinémathèque québécoise a engagé sa première Wikimédienne en résidence, Doriane Biot (par comparaison avec la Wikipédienne, affectée seulement à Wikipédia, la Wikimédienne travaille sur plusieurs projets Wiki, tels Wikipédia, Wikidata, Wikimédia Commons).Plus tôt cette année, l\u2019Université Concordia annonçait également l\u2019embauche d\u2019une Wikipédienne en résidence, Amber Berson, déjà très impliquée dans des campagnes Wikipédia comme Art et féminisme.À Concordia, la Wikipédienne a pour mission de former les contributeurs, ainsi que les membres du personnel, et ce tout en contribuant à diminuer les fractures informationnelles qui subsistent lorsque l\u2019information est consommée sans contribution.Le Centre d\u2019information Artexte a également présenté, en partenariat avec le Musée d\u2019art contemporain de Montréal, des ateliers dans le cadre d\u2019Art et féminisme.Il ne serait pas surprenant qu\u2019une de ces deux institutions ait un wikipé- dien ou une wikipédienne en résidence dans un avenir pas si lointain.Dans le milieu universitaire québécois, il n\u2019y a pour le moment que Concordia qui a engagé officiellement une Wikipédienne en résidence, mais de nombreuses universités sont bien actives tant sur Wikipédia que dans d\u2019autres projets Wiki.Des ambassadeurs qui ont compris la valeur éducative des projets Wiki s\u2019en servent dans leurs cours ou dans leurs bibliothèques.Marie D.Martel, de l\u2019Université de Montréal, a demandé aux étudiants en bibliothéconomie et sciences de l\u2019information de contribuer à Wikipédia dans le cadre d\u2019un cours.Toujours à l\u2019Université de Montréal, les bibliothécaires Pascal Martinolli et Catherine Bernier offrent des formations et ateliers Wiki depuis quelques années.Jean-Michel Lapointe, de l\u2019UQAM, organise des conférences et ateliers Wikipédia et Wikidata en plus de former le personnel.Michael David Miller, de McGill, a organisé des ateliers et formations à son université et mis en place une série d\u2019ateliers, cette fois à la Bibliothèque à livres ouverts (BALO).Les Jeudi, c\u2019est Wiki ! ont lieu à la Bibliothèque de l\u2019Université Laval depuis quelques mois déjà sous la supervision du Wikipédien Antoine Letarte.D\u2019autres universités ont des employés utilisant les projets Wiki à des fins éducatives.Ces ambassadeurs sont, en quelque Atelier Art+Féminisme ayant eu lieu à Artexte à Montréal. ARGUS 36 sorte, Wikipédiens et Wikipédiennes en résidence.Lorsqu\u2019on parle de Wikipédiens en résidence au Québec, un constat s\u2019impose : ce n\u2019est pas vraiment en bibliothèques publiques qu\u2019on les retrouve.En effet, ils sont dans les musées, les universités ou les centres de documentation.Serait-il possible que les bibliothèques publiques soient en train de manquer le bateau Wiki de la littératie informationnelle et numérique ?Mis à part la Grande Bibliothèque, il n\u2019y a pas eu beaucoup d\u2019activités Wiki dans les autres bibliothèques publiques du Québec cette dernière année.Est-ce dû à un manque d\u2019intérêt, de ressources ou simplement d\u2019accompagnement ?Une chose est certaine, les bibliothèques et les bibliothécaires restent des ressources essentielles aux projets comme Wikipédia.Avec l\u2019évolution des bibliothèques publiques de dépôts de documents vers des organismes de mise en valeur des ressources, de médiation, d\u2019activités de littératie et de création, la contribution aux projets Wiki y a tout à fait sa place.« Imaginez un monde où chaque bibliothécaire ajouterait une référence »2 Malgré ce léger retard des bibliothèques publiques dans l\u2019implication Wiki, les bibliothécaires restent bien présents.L\u2019un des meilleurs exemples pour souligner la contribution importante et grandissante des bibliothécaires est la campagne annuelle #1Bib1Ref (un bibliothécaire, une référence).Cette campagne de contribution invite les bibliothécaires (et les archivistes) du monde entier à ajouter des références à Wikipédia en utilisant les ressources documentaires à leur portée.En 2018, une première compétition amicale avait été mise en place au Canada et six institutions avaient participé, dont BAnQ et les Bibliothèques de Montréal.C\u2019est d\u2019ailleurs une bibliothécaire de BAnQ, Anne-Marie Boisvert, qui a remporté le titre de plus grande contributrice canadienne pour cette première édition.En 2019, 16 institutions ont participé à la compétition amicale #1Bib1Ref et plus de 3 300 références ont été ajoutées à Wikipédia.Dans le cadre de cette même campagne, plus de 50 articles ont été créés, en grande partie grâce au travail de l\u2019archiviste Nathalie Thibault du Musée national des beaux-arts du Québec.Une performance à souligner ! Il y a donc encore bon espoir pour que les bibliothèques publiques s\u2019investissent plus avant dans les projets Wiki en suivant les exemples de BAnQ et des Bibliothèques de Montréal, mais surtout en s\u2019inspirant de ce qui se fait en milieu universitaire, dans les musées ou dans les centres de documentation et d\u2019archives.Je nous souhaite un Wikipédien ou une Wikipédienne en résidence dans toute bibliothèque ! Vice-présidente de Wikimedia Canada, bibliothécaire, illustratrice et photographe.Lëa-Kim Châteauneuf a travaillé plus de 10 ans à BAnQ, où elle a occupé plusieurs postes, notamment celui de bibliothécaire coordonnatrice du Square de la Grande Bibliothèque de Montréal, un espace de création numérique dédié aux adolescents.Elle a également travaillé à imaginer et préparer ce que sera la nouvelle bibliothèque Saint- Sulpice.Elle travaille présentement pour le Réseau des bibliothèques publiques de Montréal.NOTES 1 Ritoux, Nicolas.2006.« Wikipédia face à la critique », La Presse, 29 novembre, cahier B, p. 1.2 Wikipédia : 1Lib1Ref.2019.La bibliothèque Wikipédia \u2013 #1Lib1Ref [https://fr.wikipedia.org/wiki/ Wikip%C3%A9dia:1Lib1Ref] La place des bibliothèques et des bibliothécaires dans un projet comme Wikipédia semble donc une évidence pour plusieurs. 37 Mesurer le chemin parcouru Drôle de coïncidence ! J\u2019ai commencé à travailler à temps partiel dans une bibliothèque publique la même année que la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec voyait le jour.J\u2019avais 16 ans et j\u2019explorais l\u2019idée de devenir bibliothécaire suivant ainsi les traces de ma grand-tante et de ma tante.Cette dernière, qui dirigeait à ce moment-là la Centrale-Jeunes de Montréal, m\u2019avait suggéré de vérifier si cette profession pouvait m\u2019intéresser en travaillant sous la direction d\u2019Hélène Charbonneau, responsable à l\u2019époque de la bibliothèque Ahuntsic-Jeunes.Cinquante ans plus tard, alors que j\u2019écris sur la profession de bibliothécaire, vous pouvez aisément conclure que cette expérience s\u2019est révélée plus que positive, à tel point que c\u2019est une véritable passion qui en a émergé.À la fin des années 1960, à l\u2019exception de quelques grands centres, les bibliothèques publiques étaient peu nombreuses et relevaient encore d\u2019initiatives paroissiales plutôt que Rayonner en dehors des bibliothèques Louise Guillemette-Labory Un service hors les murs qui fait le bonheur de nos ainés, un projet collaboratif sur le développement du langage pour nos tout-petits avec des organismes du milieu et un nouveau service de prêt d\u2019instruments de musique : voici, entre autres, ce que la bibliothèque de Sainte- Julie, située en Montérégie, offre à sa population.Dans le texte qui suit, nous partagerons notre expérience pour chacun des projets, avec citations de quelques- uns de nos intervenants. ARGUS 38 municipales.Le personnel qui offrait le service dans les bibliothèques municipales ne comptait que peu de bibliothécaires, et celui des bibliothèques paroissiales n\u2019était composé que de bénévoles sans formation spécialisée.Même si, au Québec, on enseignait la bibliothéconomie à l\u2019Université McGill depuis 1928 et à l\u2019Université de Montréal depuis 1937, pour le commun des mortels, le ou la bibliothécaire était tout simplement une « personne qui travaille dans une bibliothèque ».Les choses ont grandement évolué au cours des 50 années suivantes, grâce à diverses initiatives, de provenances variées.Je tiens cependant à saluer ici de façon particulière la contribution déterminante de Denis Vaugeois qui, alors qu\u2019il occupait le poste de ministre des Affaires culturelles, a mis en œuvre en 1979 un plan quinquennal créant enfin les conditions nécessaires à un véritable développement des bibliothèques publiques au Québec.Son plan comportait un volet bâtiment, un autre consacré aux collections et un troisième relatif à l\u2019embauche de bibliothécaires professionnels.L\u2019intention était de créer un véritable écosystème du livre au Québec en misant sur un puissant réseau de bibliothèques publiques qui soutiendrait le réseau de librairies présentes dans toutes les régions du Québec et, de ce fait, stimulerait la littérature et l\u2019édition québécoises.Selon Denis Vaugeois, un solide réseau de bibliothèques ne pouvait être réalisé qu\u2019avec des bibliothécaires professionnels actifs dans chacune d\u2019entre elles.Si la situation des bibliothèques publiques s\u2019est radicalement améliorée depuis 50 ans, qu\u2019en est-il de la notoriété des bibliothécaires ?Malgré le plan Vaugeois et différentes tentatives telles que des campagnes de promotion dans les années 1980 (avec Yvon Deschamps comme porte-parole) ainsi que dans les années 2010, force est de constater que notre notoriété et la reconnaissance de nos expertises ne sont pas encore au diapason de nos attentes.La définition du bibliothécaire étant « une personne qui travaille dans une bibliothèque » persiste encore.J\u2019ai souvent comparé les bibliothécaires à des araignées qui tissent leur toile.La toile des bibliothécaires correspond à un réseau de partage d\u2019informations où l\u2019on retrouve d\u2019autres bibliothécaires.La référence et le partage d\u2019informations ne sont cependant pas les seules activités de réseautage entre bibliothécaires.L\u2019entraide, le mentorat, la coopération et le lobbying en sont quelques autres, et elles ont permis d\u2019accélérer l\u2019évolution des bibliothèques au Québec.Cette solidarité a bien servi les bibliothèques sans que la profession elle-même en retire toute la reconnaissance à laquelle elle a droit.Nous n\u2019avons peut-être pas suffisamment mis de l\u2019avant ce que nous faisions en tant que bibliothécaires pour nous concentrer sur ce que pouvait apporter une bibliothèque dans une communauté.Mais que serait une bibliothèque sans bibliothécaire ?Plutôt que de chercher le pourquoi de cette situation \u2013 ce qui mériterait une étude approfondie et non un simple Si la situation des bibliothèques publiques s\u2019est radicalement améliorée depuis 50 ans, qu\u2019en est-il de la notoriété des bibliothécaires ? 39 Mesurer le chemin parcouru témoignage \u2013, j\u2019aimerais bien modestement vous proposer à partir de mon expérience personnelle une piste de solution qui ne pourrait, à elle seule, venir à bout de notre manque de notoriété, mais pourrait contribuer à nous faire connaître.Cette proposition n\u2019a malheureusement rien de scientifique, mais elle m\u2019a bien servie et pourrait possiblement être utile à d\u2019autres.En travaillant étroitement entre nous, nous n\u2019avons pas vraiment ressenti le besoin de mettre de l\u2019avant nos compétences particulières, car nous partagions sensiblement les mêmes.Là où selon moi il faut compléter le travail, c\u2019est dans la relation avec des réseaux autres que les nôtres.Suivant le principe développé avec beaucoup plus de succès et de bénéfices quelques années plus tard par Mark Zuckerberg, j\u2019ai pour ma part profité des opportunités que la vie m\u2019a offertes pour me faire des amis qui m\u2019ont mise en relation avec d\u2019autres amis et\u2026 vous connaissez l\u2019histoire.Première occasion, on fusionne dans la municipalité où je travaille le poste de chef de division bibliothèque avec celui de chef de division culture et on m\u2019en confie la responsabilité.Première occasion d\u2019étendre le nombre de mes collaborateurs et d\u2019en faire des alliés pour la bibliothèque tout comme je devenais une alliée pour eux.Quelques années plus tard s\u2019offre à moi une nouvelle promotion : directrice du service regroupant bibliothèque, culture, sport, loisirs, parcs et équipements.Le poste de directeur offre la possibilité de développer un nouveau réseau de décideurs de haut niveau qui, s\u2019il est bien entretenu, se révèle fort utile.Il permet par exemple d\u2019obtenir des informations privilégiées, ou de développer de nouvelles et fructueuses pistes de collaboration, car on travaille tellement mieux avec des gens que l\u2019on connaît bien.On dit parfois qu\u2019il est préférable de savoir qui l\u2019on connaît plutôt que ce que l\u2019on connaît.Je ne crois pas que l\u2019on doive préférer l\u2019un à l\u2019autre, mais qui l\u2019on connaît est un élément stratégique pour développer sa notoriété.On peut penser que ces nominations m\u2019éloignaient de ma profession.Bien au contraire : j\u2019ai continué différemment à servir ma profession en utilisant mes nouveaux acquis pour la protéger des restructurations, des coupures budgétaires et autres incontournables aléas de l\u2019administration, lui permettre d\u2019évoluer tout en lui offrant de nouvelles perspectives de collaboration avec la communauté à desservir.Dans ce nouveau cercle de relations, j\u2019étais à quelques exceptions près la seule bibliothécaire et devais ainsi porter la responsabilité de bien représenter la profession.Être femme dans un milieu très majoritairement masculin ajoutait également à la pression de bien faire, car les échecs pouvaient non seulement m\u2019affecter personnellement, mais entacher aussi dans leur sillon les femmes et les bibliothécaires.J\u2019ai heureusement eu la chance d\u2019avoir de bons patrons, de bénéficier de bons conseils et de modèles inspirants qui m\u2019ont permis de limiter les dégâts.En gagnant de l\u2019assurance, j\u2019ai constaté que notre formation était un atout de taille.Je n\u2019étais pas passée par les mêmes sentiers que mes collègues En gagnant de l\u2019assurance, j\u2019ai constaté que notre formation était un atout de taille. ARGUS 40 des sports ou des loisirs, mais je savais comment trouver la bonne information et sans préavis pouvais trouver assez facilement des modèles novateurs de service.Je n\u2019ai donc pas hésité à mettre de l\u2019avant notre expertise de bibliothécaire au bénéfice d\u2019une offre élargie de services.Lorsque j\u2019ai eu la chance de faire partie de l\u2019équipe de direction du Service du développement culturel, de la qualité du milieu de vie et de la diversité ethnoculturelle à la Ville de Montréal, les opportunités de développer de nouvelles « amitiés » se sont intensifiées de façon extraordinaire et m\u2019ont donné accès à des acteurs clés de tous les secteurs d\u2019activités de la communauté montréalaise.Depuis mon départ à la retraite, encore plus qu\u2019avant, je continue à participer à des conseils d\u2019administration et à des comités, et à m\u2019engager dans des projets qui me tiennent à cœur.La lecture, l\u2019éducation et l\u2019environnement sont des causes qui m\u2019incitent à m\u2019engager socialement, et partout je suis connue comme bibliothécaire.J\u2019en profite toujours pour faire connaître notre profession et ainsi créer des ponts entre les activités des autres organismes et les bibliothèques.Je ne réussis pas toujours et je rencontre parfois des collègues bibliothécaires qui ne sont pas ouverts ou tout simplement pas prêts à aborder de nouvelles avenues de collaboration.Mais je continue d\u2019essayer.En résumé, la proposition que je vous donne se décline en ces différentes étapes : saisir les opportunités d\u2019étendre sa sphère d\u2019influence, développer son réseau interne et externe de relations professionnelles, entretenir de bonnes relations avec tout le monde, mais plus particulièrement avec des personnes clés, comme la direction des finances, les secrétaires de direction, ou les influenceurs qui ont l\u2019oreille des élus ou de la haute direction, s\u2019associer à des enjeux qui nous tiennent à cœur, influencer les influenceurs, toujours livrer la marchandise, ne pas décevoir.Cette façon de faire n\u2019est certes pas la plus rapide ni la plus facile, mais les résultats sont profonds et durables, car ils sont basés sur une relation entre de gens qui se connaissent et qui ont le désir de travailler ensemble et de créer de la nouveauté bénéfique pour la société.Notre profession sert de beaux, grands et nobles objectifs.Nous avons tout intérêt à le faire savoir.Détentrice d\u2019un bac spécialisé en Études françaises et d\u2019une maîtrise en Bibliothéconomie et sciences de l\u2019information de l\u2019Université de Montréal, Louise Guillemette-Labory a débuté sa carrière en occupant le poste de chef de division-bibliothèque à la municipalité d\u2019Anjou en 1978.Au ?l des ans, elle y a étendu son rayon d\u2019action en assumant la direction du service Culture, Sports, Loisirs et Développement social de 1989 à 2001.De 2002 à 2015, Louise Guillemette- Labory est directrice des Bibliothèques à la Ville de Montréal et siège ex oicio au conseil d\u2019administration de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).Membre fondatrice de l\u2019Association des bibliothèques publiques du Québec, active dans bon nombre d\u2019organisations nationales et internationales, elle poursuit son engagement depuis son départ à la retraite de la Ville de Montréal, en siégeant dans quelques conseils d\u2019administration dont ceux de la Fondation pour l\u2019alphabétisation, Lire et faire lire et le Festival BD de Montréal dont elle assume la présidence depuis 2018.Elle a reçu en 2014 un diplôme d\u2019honneur de la Faculté des Arts et des Sciences de l\u2019Université de Montréal.Cette façon de faire n\u2019est certes pas la plus rapide ni la plus facile, mais les résultats sont profonds et durables [\u2026]. 41 Mesurer le chemin parcouru Le rétroviseur Pour un deuxième numéro consécutif, nous vous proposons la section le rétroviseur qui vous fera découvrir un ou deux anciens articles publiés dans votre revue professionnelle liés à la thématique du numéro courant.Ces articles triés sur le volet sont republiés dans nos pages afin de prendre la mesure de l\u2019évolution de notre profession, et du milieu dans lequel la bibliothéconomie évolue. ARGUS 42 Êtes-vous techno ?Tiré du volume 30, no 2 d\u2019Argus, automne 2001, p.5 Alex Guindon Voici l\u2019automne et on les voit tomber\u2026 les actions des ?rmes technologiques.Le NASDAQ commence à se rétablir, mais les « dot.com » continuent de disparaitre au même rythme qu\u2019elles avaient vu le jour.Les fabricants de micro-ordinateurs ont le couteau entre les dents et Nortel, notre ?euron national, montre des signes de panique.Pour la première fois de la courte histoire de la micro- informatique, les ventes d\u2019appareils reculent.Que se passe-t-il au royaume de la technologie ?La bulle éclate, paraît-il.On revient douloureusement à notre bon vieux plancher des vaches, les pauvres, elles se remettaient à peine de leur aphteuse ?èvre. 43 Mesurer le chemin parcouru Ces évènements très médiatisés me font, je m\u2019en confesse, un peu rigoler.Bien sûr, comme tout un chacun, j\u2019ai une bonne pensée pour les pauvres bougres qui risquent de perdre leur emploi.Rationalisation oblige.Mais cette catastrophe appréhendée me semble avoir une valeur symbolique.Comme un signal qu\u2019il y a peut-être une limite au tout technologique.Qu\u2019à force de parler Meg, OPAC, LAN et WYSIWYG, on peut ?nir par s\u2019étoufer.Comme si le bonhomme en haut lieu en avait mare et qu\u2019il nous envoyait une nouvelle plaie d\u2019Égypte version XXIe siècle.Je divague ?Sans doute, mais moi aussi j\u2019en ai assez de me sentir un quasi-serviteur de notre Veau d\u2019or, la technologie.Ainsi, Internet va sauver nos âmes, démocratiser le monde et mettre la touche ?nale au village global ?J\u2019ai comme un léger doute.Non, je ne suis pas contre l\u2019informatisation des bibliothèques ni contre l\u2019utilisation des ressources immenses de l\u2019Internet.Les avantages de ces innovations sont évidents.Il ne s\u2019agit pas de les remettre en question.La nature même de notre travail, la recherche et la classi?cation de l\u2019information, en fait un champ d\u2019application idéal pour les technologies informatiques.Le problème n\u2019est pas là.Utiliser ces technologies est une chose, en faire le centre de nos préoccupations, le point de départ de nos ré?exions, en est une autre.Il y a, me semble-t-il, une espèce d\u2019aveuglement, d\u2019admiration béate devant la technologie qui dépasse largement le domaine des sciences de l\u2019information au point d\u2019en devenir une caractéristique déterminante de notre société.Au vocable société du savoir, je suggère de substituer société de la technologie.Et c\u2019est là une diférence fondamentale ! Comme si le bonhomme en haut lieu en avait mare et qu\u2019il nous envoyait une nouvelle plaie d\u2019Égypte version XXIe siècle. ARGUS 44 Pourquoi en est-il ainsi ?Question complexe, mais qui a sûrement à voir avec le fait que le capitalisme post-in- dustriel repose sur la technologie.Le formidable rouleau compresseur de l\u2019économie mondiale, dans sa recherche efrénée de nouveaux marchés, a en quelque sorte efectué un renversement : la technologie qui était à la base de la révolution industrielle en tant que possibilité matérielle de son émergence est devenue le principal produit du système.La fascination quasi universelle pour la puissance déployée par la machine a été récupérée par tous les marketeurs de ce monde pour ériger cette même machine en idole.Deus ex machina ! Et ce qui est bien avec la machine, c\u2019est qu\u2019elle évolue rapidement d\u2019où la nécessite d\u2019avoir toujours le dernier modèle, la dernière trouvaille, qui sera, évidemment, très utile a tous nos clients-usagers-béné?ciaires-citoyens.Avec toutes les énergies déployées par les Microsoft et consorts pour mousser les ventes de leurs produits, il n\u2019est guère surprenant que l\u2019on soit un peu gaga devant la bête.Il ne s\u2019agit pas de devenir technophobe et de ne jurer que par la machine à écrire.Il faut cependant tenter de prendre ses distances par rapport au discours marchand, bref garder un semblant d\u2019esprit critique.On pourrait par exemple se pencher sur certains efets pervers de la transition des bibliothèques vers l\u2019informatique.Ainsi, une certaine désafection des comptoirs de référence au pro?t de l\u2019utilisation directe des ressources électroniques (Ex.bases de données, Internet, catalogue, etc.).Je n\u2019ai rien contre la débrouillardise des usagers, au contraire, mais il y a lieu de penser que les recherches efectuées sur des supports souvent complexes ne sont pas toujours très eicaces sans une formation de base trop souvent inexistante.On Utiliser ces technologies est une chose, en faire le centre de nos préoccupations, le point de départ de nos ré?exions, en est une autre. 45 Mesurer le chemin parcouru peut aussi mentionner les problèmes liés à la référence à distance.Comment procéder à notre fameuse entrevue de référence quand on répond à un courriel ?Encore faut-il comprendre la question, ce qui n\u2019est pas toujours évident.On parle même de référence électronique en direct au moyen de logiciels de type « chat ».Est-ce réellement la meilleure façon d\u2019employer le temps des bibliothécaires ?À quelle sorte de référence peut-on s\u2019attendre en procédant de la sorte ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on y gagne et qu\u2019est-ce qu\u2019on y perd ?Que penser des livres électroniques qui ont certes des avantages, mais qui sont souvent plus chers que les bons vieux bouquins ?Jusqu\u2019où doit-on sabrer dans les ressources imprimées pour pouvoir s\u2019abonner à de nouvelles bases de données ou des périodiques électroniques ?Bien souvent, la réponse à ces questions n\u2019est pas simple et implique une évaluation critique des besoins des usagers et de la qualité des services qu\u2019on désire leur ofrir.Bref, évitons de nous emballer et prenons notre temps, ce qui, je l\u2019admets, est plus facile à dire qu\u2019à faire au rythme où vont les choses. ¶ ARGUS 46 Paru au printemps dernier, le livre de Pierrette Lafond, Promenade en Enfer, Les livres à l\u2019Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec a été un véritable coup de cœur pour l\u2019équipe de rédaction d\u2019Argus.Cet ouvrage explore l\u2019une des rares collections encore existantes de livres mis à l\u2019index.Il nous permet de mesurer le chemin parcouru depuis le concile Vatican II, dans les années 1960, alors que l\u2019on cessa de rejeter et de cacher les volumes jugés immoraux, hérétiques ou dangereux.Nous vous proposons la lecture de l\u2019avant-propos et des premières pages de cet ouvrage de Pierrette Lafond et nous espérerons que comme nous, vous tomberez sous le charme de ce très beau livre.Coup de cœur 47 Mesurer le chemin parcouru avant-propos l\u2019étincelle Le Serpent dit à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez point ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s\u2019ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.Genèse 3:4, 5 D epuis juin 1995, les riches collections d\u2019objets, d\u2019œuvres, d\u2019archives et de livres anciens amassés par le Séminaire de Québec, institution séculaire établie depuis 1663, sont gérées par le Musée de la civilisation et s\u2019intègrent à la collection nationale.Mes fonctions au Musée me donnant l\u2019accès aux réserves abritant la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, j\u2019ai découvert, lors d\u2019une première visite, des milliers d\u2019ouvrages anciens qui avaient dé?é le temps.Baignés d\u2019une lumière difuse pour leur protection, des reliures de parchemin jouxtaient des ouvrages aux plats dorés sur cuir, des in-folio côtoyaient des couvertures usées et racornies.Mariant les origines géographiques, les langues et les époques, alignant incunables, journaux et brochures, livres rares de théologie, de science, de littérature ou d\u2019histoire, cette extraordinaire bibliothèque témoignait de siècles d\u2019enseignement, de recherches, de connaissances et de culture.Et partout une indescriptible odeur de papier, d\u2019encre et de poussière ?ottait autour de ce corpus depuis longtemps reclus.À ma stupéfaction, il s\u2019y trouvait également une section d\u2019ouvrages mis à l\u2019Index.Ces documents frappés d\u2019interdit au ?l des siècles par la censure ecclésiastique étaient là, accessibles, à la portée de ma main.J\u2019ai fait le tour des rayons, découvrant ici et là un auteur connu ou un titre familier parmi ces œuvres prohibées qui étaient pour la plupart retombées dans l\u2019oubli.J\u2019ai pris un livre au hasard et l\u2019ai ouvert pour en parcourir quelques lignes.Une voix a retenti, déclarant qu\u2019il était temps d\u2019aller dîner et j\u2019ai machinalement répondu que j\u2019arriverais dans quelques minutes.C\u2019est là qu\u2019on m\u2019a retrouvée après la pause du midi, subjuguée, hors du temps, plongée dans l\u2019exploration de cette étonnante section et absorbée par la lecture de ces textes prohibés.Quelques années plus tard, lorsque j\u2019ai dû déterminer le sujet de mon mémoire de maîtrise, le choix s\u2019est imposé de lui-même : ces livres-là m\u2019attendaient depuis tout ce temps.Ils constituaient à la fois un univers à découvrir, un mystère à résoudre et une tentation teintée d\u2019une séduisante ironie : une femme avait désormais libre accès à l\u2019Enfer ! Di cile de résister\u2026 ARGUS 48 introduction braises de mémoire silencieuse Il est impie de vouloir imposer des lois à la conscience, règle universelle des actions.Il faut l\u2019éclairer non la contraindre.Didedrot.« Intolérance » dans l\u2019Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des arts, des sciences et des métiers.L\u2019époque, pas si lointaine, d\u2019une censure réglementant les pratiques de lecture de la société québécoise est toujours présente dans notre mémoire collective qui conserve encore, sur les plans historique, social, politique et littéraire, le souvenir des controverses passées, des luttes et des tensions autour du droit à la liberté de lecture.La censure pourrait se dé?nir comme étant une limite imposée à la liberté d\u2019expression par un pouvoir réagissant à ce qui contrevient à son autorité ou encore à sa vision du monde.Tour à tour, la censure punitive et la censure normative ont été déployées par les pouvoirs politiques et religieux pour encadrer étroitement ce qu\u2019il était permis de lire ou d\u2019écrire.Le cadre censorial au Québec, tant séculier qu\u2019ecclésiastique, et le mouvement antagoniste qui l\u2019a afronté ont marqué l\u2019évolution de nos identités sociales et l\u2019édi?cation de nos institutions culturelles, dont celle de la bibliothèque.Il rappelle, tout en véhiculant la pensée morale et sociale de l\u2019époque, le contrôle que l\u2019Église catholique a exercé avec rigueur pendant des siècles, avec ses sanctions et ses interdictions imposées.L\u2019appellation même de la section interdite de la bibliothèque, l\u2019Enfer, frappe l\u2019imaginaire en nommant ce lieu d\u2019après le péril encouru pour tout catholique transgressant l\u2019interdit : les principes régissant le magistère de l\u2019Église catholique évoquent la damnation éternelle de l\u2019âme du lecteur comme punition potentielle à la suite de la lecture des mauvais livres.Mettre un livre à l\u2019Index signi?e qu\u2019on le retire de l\u2019espace de lecture et qu\u2019il devient interdit aux lecteurs, que le livre et son auteur sont soumis au jugement moral des autorités ecclésiastiques ou séculières, que le propriétaire- lecteur du livre est jugé sur sa moralité et que son droit de propriété lui est dénié.Une partie de l\u2019application de la censure sur les livres est souvent immatérielle : la condamnation publique survient, la punition est appliquée et la suite demeure évanescente.Le livre censuré devient l\u2019unique témoin pouvant raconter certains aspects occultés de l\u2019application de la censure. 49 Mesurer le chemin parcouru Lorsque la Loi de l\u2019Index fut abrogée dans les années 1960, ces ouvrages interdits de lecture ont été reclassés parmi la collection générale des bibliothèques, en conservant leurs secrets.Dans un texte traitant des livres à l\u2019Index, Jesus Martinez de Bujanda, un historien spécialiste de la question et professeur émérite à l\u2019Université de Sherbrooke, déplore la disparition de ces corpus dont l\u2019inventaire aurait fourni de précieuses données : « Il est dommage qu\u2019on n\u2019ait pas gardé mémoire de ces fonds qui auraient été un élément important pour connaître le nombre et les titres des ouvrages mis à l\u2019Index ou interdits par les autorités diocésaines, ou encore jugés malsains par les responsables des bibliothèques1.» Une de ces collections a cependant été conservée et elle existe toujours dans la bibliothèque historique du Séminaire de Québec.Elle représente à cet égard une richesse précieuse et inédite à explorer, apparaissant comme l\u2019un des derniers vestiges de ce genre encore présent dans une bibliothèque québécoise, tant il est rare de retrouver aujourd\u2019hui une telle collection dont l\u2019intégralité a été préservée.Le livre est un point de cristallisation de la culture, tout comme il est un vecteur de relations, un objet de socialisation, un acteur de la vie sociale et un révélateur d\u2019identité.Puisque les livres mis à l\u2019Index existent, puisqu\u2019ils sont là, ils nous permettent de refaire leur parcours, selon le regard opposé du lecteur ou du censeur, en empruntant cette fois-ci l\u2019angle selon le livre, celui qui se retrouve au cœur de la censure.Le recul du temps, qui met toutes choses en perspective, permet de poser un regard sur le phénomène et d\u2019entamer la ré?exion en posant une première question, simple mais pertinente : considérant la terrible symbolique accolée au terme Enfer, que cachait-on dans ce secteur sulfureux des bibliothèques ?Contrer le pouvoir du livre Le livre nous semble aujourd\u2019hui un objet d\u2019usage courant, commun, voire banal.Pourtant, il a été, et est encore dans certaines sociétés, un objet porteur de polémiques liées à des luttes idéologiques souvent violentes.L\u2019usage premier du livre l\u2019associe naturellement à sa fonction usuelle : la lecture.Il est de l\u2019ordre de l\u2019évidence qu\u2019un livre est un texte imprimé, publié et difusé dont le lecteur prend connaissance.Cependant, cette dynamique entre l\u2019objet et le lecteur emprunte implicitement une perspective plurielle dans ses pratiques autant que 1 Jesus Martinez De Bujanda, « Enfer », dans Pierre Hébert, Yves Lever et Kenneth Landry (dir.), Dictionnaire de la censure au Québec : littérature et cinéma, Saint- Laurent, Fides, 2006, p. 244. Bibliothèque historique du Séminaire de Québec.Photographie : Kathy Ann Kelly, 2006, tiré de Pierrette Lafond, Promenade en Enfer : Les livres à l\u2019Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, Québec, Septentrion, 2019, p. 8.ARGUS 50 51 Mesurer le chemin parcouru dans ses mécanismes.Un livre est d\u2019abord le produit d\u2019une activité intellectuelle ou littéraire enchâssée dans un processus de créativité, d\u2019expression et de rédaction, que d\u2019aucuns réclament libre et sans contraintes.Par la suite, sa réception auprès du lectorat se module selon des critères inhérents aux valeurs esthétiques ou critiques du public visé.Certaines œuvres, après un parcours d\u2019émergence, parviennent à s\u2019inscrire comme des classiques d\u2019une littérature nationale, voire universelle.L\u2019acte de lire s\u2019ancre dans le moment présent et s\u2019évanouit au fur et à mesure de la progression de la lecture.Cette action de lire se décline à travers de multiples pratiques immatérielles de lecture, qui se sont constituées et ont évolué au ?l de l\u2019histoire et dont le cadre de la bibliothèque ne représente que le plus familier.La lecture efectuée en commun et à voix haute a été longtemps un usage très répandu.Mais, qu\u2019elles soient individuelles ou collectives, oralisées ou silencieuses, ces pratiques de lecture se déroulent selon un rituel s\u2019accomplissant dans les paramètres du quotidien, dans un espace privé ou public, lors d\u2019activités intellectuelles ou ludiques2.Le livre apparaît donc comme le résultat d\u2019une chaîne d\u2019opérations en continu : depuis l\u2019écriture, la production, la mise en marché jusqu\u2019à sa réception auprès du lectorat et son usage en tant qu\u2019objet de consommation et produit culturel.Pourtant, cette dimension du livre ne représente qu\u2019une fraction de ce qui le dé?nit.Symbole de la connaissance, d\u2019abord mystique puis littéraire ou scienti?que, le livre est aussi un objet de pouvoir et de représentation.L\u2019ampleur de son efet et de ses in?uences comme instrument de difusion dans les sphères sociales, culturelles, intellectuelles, morales, économiques ou politiques qui ont existé au ?l des siècles démontre sans équivoque le rôle déterminant qu\u2019il a joué dans la formation culturelle de l\u2019Occident moderne.Loin d\u2019être un objet unidimensionnel, le livre génère au contraire une dé?nition plurielle, plus riche qu\u2019il n\u2019y paraît et devient un monde en lui-même.Car cet objet, né de la fabrique de la pensée, exerce en retour une in?uence transcendante sur la même pensée humaine.Re?et-miroir d\u2019une société, le livre génère en parallèle un univers distinct, cohérent, indépendant et évolutif qui s\u2019alimente aux sources de l\u2019intellect et de l\u2019imaginaire humains.2 Voir Alberto Manguel, Une histoire de la lecture, Arles, Actes Sud ; Montréal, Leméac, 1998, 428 p. ARGUS 52 Vœux du président Bibliothécaire, quelle noble profession ! Vous le savez, les bibliothécaires travaillent depuis longtemps pour assurer la conservation et la diffusion du savoir et de la culture.Tâche devenue de plus en plus compliquée par la multiplication des supports de la connaissance et de la culture.Nous assurons cette mission dans la collectivité sans égard à l\u2019âge, au sexe, à la couleur de peau, à la richesse, etc.Nous pouvons, par exemple, susciter le goût de la lecture chez les jeunes tout en aidant nos ainés à apprivoiser le numérique.De plus en plus, nous offrons l\u2019accès à des ressources comme les Fabs labs, des médias labs, etc.qui, sans nous, seraient réservées à une minorité de privilégiés.Depuis quelques années nous avons multiplié nos efforts pour transformer nos bibliothèques en troisième lieu, c\u2019est-à-dire un espace où, tout en bénéficiant de nos services, nos collectivités peuvent se rencontrer, se réunir et échanger de façon informelle.L\u2019arrivée la société de l\u2019information et, plus récemment, d\u2019un accroissement de la désinformation (« fakenews ») ont rendu notre profession plus essentielle que jamais pour la vie démocratique et la recherche de la vérité.Depuis 50 ans, la CBPQ, de concert avec d\u2019autres associations professionnelles du milieu documentaire, travaille à défendre et promouvoir notre profession.Nous avons une profession extraordinaire qui mérite d\u2019être encore mieux connue du grand public.Que pouvons-nous nous souhaiter en ce 50e anniversaire ?Que la CBPQ continue à défendre et promouvoir avec vigueur la profession de bibliothécaire.Cette profession le mérite amplement.En tout cas, c\u2019est ce que je nous souhaite.Guy Gosselin Président, CBPQ FORMATIONS À VENIR Pour en savoir plus visitez : https://cbpq.qc.ca/activites/formation-continue cbpq.qc.ca Réaménagement des espaces et des services au profit de l\u2019ergonomie en bibliothèque Vendredi le 8 novembre 2019 de 9 h à 17 h ENAP (Montréal) Formateur : Patrick Vincent ergonome certifié et président de Vincent Ergonomie, est reconnu comme un expert en matière d\u2019ergonomie en bibliothèque.Gérer les comportements difficiles Vendredi 24 janvier 2019 de 8 h 30 à 16 h 30 Collège de Bois-de-Boulogne (Montréal) Formatrice : Monik Dussault diplômée de l\u2019université de Montréal en créativité, fondements et techniques, andragogie et animation des groupes. ARGUS 54 Pour plus de détails, visitez le oc.lc/wms-fr.Conçus pour répondre aux besoins complexes et changeants des bibliothèques, les Services de gestion WorldShare (WMS) constituent une plate-forme de services performants pour les bibliothèques.Plus de 600 bibliothèques à travers le monde utilisent WMS, dont des bibliothèques nationales, universitaires, de recherche et spécialisées, ainsi que des consortiums.Peu importe la taille de votre bibliothèque, WMS ofre aux usagers un accès rapide et fiable à vos collections et au savoir mondial tout en améliorant vos chaînes de travail.Répondez eficacement aux besoins de vos usagers.Gérez plus facilement votre bibliothèque. 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