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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2015-05, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C V n u m é r o 5 \u2013 M a i 2 0 1 5 volume CV numéro 5 MAI 2015 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action L\u2019Action Mai 2015 vol.cv, no 5 Les voies de la radio Démarche artistique Le médium principal de Lisette Thibeault est l\u2019estampe (gravure, photogravure et estampe numérique) et la création de livres d\u2019artistes.Elle a créé un répertoire formel provenant d\u2019éléments organiques miniatures issus de plantes vasculaires (mousses, lichens, plantes hépatiques et sphaignes), provenant du Nord du Québec pour la plupart, qui ont été fragmentés et numérisés à l\u2019Herbier Louis-Marie de l\u2019Université Laval en 2007.À partir de ces fragments, elle crée des images en utilisant la multiplicité comme stratégie avec une recherche de symétrie, et ce, à l\u2019aide d\u2019un logiciel de traitement de l\u2019image.Les images ainsi créées sont ensuite transférées par le biais de la photogravure sur une matrice en vue de les imprimer avec les moyens traditionnels de la gravure.Il résulte de ce processus un agencement graphique qui donne à voir un réseau de lignes inextricables, de liens, d\u2019extrapolations entre l\u2019image et l\u2019imaginaire du regardeur.Les objectifs de sa recherche consistent à intégrer le numérique à une pratique d\u2019estampe traditionnelle, un jumelage d\u2019ancien et de contemporain, et à s\u2019approprier des éléments organiques dans le but d\u2019opérer une mutation à un autre univers biomorphique ou tout simplement graphique.Notice biographique Lisette Thibeault vit et travaille à Québec.Elle a terminé un microprogramme de 2e cycle en arts visuels \u2013 création de livres d\u2019artistes à l\u2019Université Laval en 2011 et une maîtrise en arts visuels à la même institution en 2012.Elle a plusieurs expositions solos à son actif, particulièrement à la Galerie Tzara à Québec en 2012, à l\u2019Artist Proof Gallery of Alberta Printmakers\u2019 Society à Calgary en 2011, au Musée Marius-Barbeau de St-Joseph-de-Beauce en 2009 et plusieurs autres.Elle a participé en juin 2014 à une exposition au Glasgow Print Studio en Écosse avec deux autres artistes d\u2019Engramme et à plusieurs expositions collectives au Québec, en Ontario, en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick, en Europe (Bulgarie, Écosse et France) et en Égypte.Elle s\u2019est mérité une mention honorifique lors de la 6e édition de la Biennale internationale d\u2019estampe contemporaine de Trois-Rivières en 2009 et le prix volet estampe numérique à la 11e édition de la Biennale internationale d\u2019art miniature de Ville-Marie en 2012.Plusieurs de ses estampes ont été acquises par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.En couverture Lisette Thibeault O.S.S.M.V.II, 36, PHOTOGRAVURE, 46 X 33 CM, 2009 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, doctorant INRS\u2013Urbanisation Culture Société, Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois, (sociologie, Université Laval) Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION Éditorial Nous revoici à pied d\u2019œuvre - Robert Laplante 4 Articles Pour un autre modèle d\u2019intégration de la diversité : la convergence culturelle - François Côté et al 9 Le Québec accueille davantage d\u2019immigrés que la plupart des États d\u2019Amérique du Nord Des volumes d\u2019immigration trop forts - Pierre Serré 13 Dossier Les voies de la radio De Fessenden à Internet Survol de l\u2019histoire de la radio au Québec - André Breton 42 Un pays à mettre en ondes - Marie-Laurence Rancourt 57 L\u2019efficacité des radios de confrontation en question - Olivier Turbide 75 La crise du journalisme et la crise de la souveraineté québécoise - Éric Martin 89 Lire MICHEL SARRA-BOURNET Louis Bernard.Entretiens avec Michel Sarra-Bournet 114 RAYMOND GARNEAU De Lesage à Bourassa.Ma vie politique dans un Québec en mouvement 119 CLAUDE MORIN Je le dis comme je le pense.Souveraineté, vie politique, religion 123 ÉRIC DUHAIME La SAQ pousse le bouchon ! 127 SOMMAIRE 4 ÉDITORIAL Robert Laplante Au moment d\u2019écrire ces lignes, le résultat de la course à la direction du Parti québécois n\u2019est pas encore officiellement connu.Il est néanmoins possible de dresser un bilan provisoire de l\u2019exercice.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que le parti a une immense besogne à accomplir.Si l\u2019on peut, certes, se réjouir que la course ait provoqué un certain regain intellectuel, force est de reconnaître qu\u2019il n\u2019est pas du tout certain que l\u2019impulsion aura été suffisante pour entreprendre la relecture du combat national et le repositionnement du parti.Il aurait dû être évident que l\u2019état dans lequel le gouvernement libéral laissera le Québec impose une contrainte politique majeure.La canadianisation du Québec, sa provin- cialisation consommée auront transformé notre demi-État national en succursale fédérale servile.La destruction planifiée et rageuse du modèle québécois, les efforts délibérés de destruction du capital social et le sabotage des configurations institutionnelles qui soutiennent le dialogue social et la concertation auront très gravement mis à mal notre capacité de cohésion nationale.Parfaitement en phase avec la reconfiguration en cours de l\u2019État canadian, partisan d\u2019une adhésion enthousiaste au paradigme économique extractiviste qui laissera le Québec à la merci des multinationales du pétrole et des ressources NOUS REVOICI À PIED D\u2019ŒUVRE 5 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 minérales, le gouvernement Couillard prône une intégration politique et économique qui étouffera littéralement toute marge de manœuvre pour la promotion de nos intérêts nationaux.La convergence du fétichisme idéologique néoconservateur et du consentement à la minorisation est d\u2019ores et déjà en passe de redéfinir pour longtemps les termes de notre rapport au Canada.Et plus cruellement encore ceux-là que le Québec entretient avec lui-même.Renonçant à toute volonté de défendre et d\u2019occuper son territoire en laissant le marché réguler les régions, c\u2019est- à-dire en laissant aux grands investisseurs, la plupart du temps étrangers, fixer les conditions de développement des régions, la politique Couillard enfonce un coin de fer dans notre capacité de cohésion nationale.Déjà que le sentiment d\u2019aliénation des régions à l\u2019endroit de la métropole ne cesse de grandir, on imagine ce qu\u2019il exprimera d\u2019amertume et de ressentiment après cinq années de laisser-faire hypocrite.Il est pourtant clair que c\u2019est là un piège fatal que d\u2019opposer les régions à la métropole, de laisser croître les inégalités sociales et de développement par un consentement à des politiques qui, inévitablement, placent déjà Montréal à la remorque des grands centres métropolitains du Canada.Dans le régime actuel et sans l\u2019indépendance, Montréal est voué à n\u2019être plus qu\u2019un centre régional condamné à s\u2019adapter et s\u2019inscrire dans les choix nationaux canadian.Et les régions, pour leur part, sont laissées de plus en plus brutalement aux effets combinés des forces d\u2019un marché qui ne s\u2019intéresse qu\u2019aux rentes à tirer de leurs ressources et d\u2019un État fédéral qui, en plus de les approuver, n\u2019a pas le moindre scrupule à les laisser dépérir en prêchant aux populations les vertus de la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Ce qui s\u2019accélère dans la reconfiguration du régime, c\u2019est la dislocation de l\u2019économie du Québec comme économie propre 6 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 possédant les ressources et les outils pour se construire et évoluer comme économie nationale.Cela nous conduira \u2013 et bien plus vite qu\u2019on ne pense \u2013 à adopter des postures strictement défensives qui, elles-mêmes, auront pour effet pervers de nous enfoncer dans la logique et la psychologie du minoritaire frileux.On n\u2019a rien entendu dans cette course à la chefferie qui relèverait d\u2019une telle lecture de notre situation politique.Cela n\u2019a pas été le vide intellectuel, loin de là.Plusieurs idées intéressantes ont été soumises.Rien de bien audacieux cependant.Rien non plus que ne laisserait poindre une véritable approche de rupture du lien de dépendance canadian.Quelques propositions touchant l\u2019assurance-emploi, le retour des aspirations plus ou moins revampé en matière de culture et communications, des idées sur ce que pourrait être le développement énergétique, l\u2019évocation plus ou moins bien dégrossie de ce que serait l\u2019état des finances publiques d\u2019un Québec indépendant, auront certes donner du grain à moudre aux aspirants.Mais il n\u2019y avait rien qui aurait pu être associé à des propositions bien en phase avec une doctrine de l\u2019intérêt national.Et c\u2019est pourtant là que se situe l\u2019urgence politique.Il est vrai qu\u2019il était rafraîchissant d\u2019entendre prononcer le mot indépendance dans des enceintes où il était devenu obscène.La rhétorique de mise au ban des purs et durs n\u2019a pas fait recette.C\u2019est toujours ça de pris.Mais l\u2019indépendance requiert plus qu\u2019un renouveau du vocabulaire.Les arguties sur les modes d\u2019accession à l\u2019indépendance sont bien pusillanimes en comparaison de ce qu\u2019exigera l\u2019élaboration d\u2019un cadre stratégique rigoureux.Renouer avec le combat indépendantiste va exiger du Parti québécois un changement de paradigme dont on n\u2019a pas senti qu\u2019il était au cœur des débats. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Tout n\u2019est pas mauvais dans la culture politique du PQ, tant s\u2019en faut.Mais il y manque encore ce qui en fera le véhicule d\u2019émancipation dont le Québec a besoin.Plusieurs de ses porte-étendards n\u2019ont pas été à la hauteur de la responsabilité historique qui leur incombait.Il n\u2019agit pas de les accabler et de jeter l\u2019anathème, mais il faudra bien que se fasse le retour critique qui n\u2019a été qu\u2019effleuré au cours de cette campagne trop longue et, du coup, trop verbeuse.Il faut souhaiter que, délivré des calculs imposés par la course, le prochain chef du Parti québécois entreprenne de mettre le parti au travail sur la formulation et la promotion d\u2019une véritable doctrine de l\u2019intérêt national.Elle seule permettra une critique rigoureuse du régime canadian et saura faire voir les raisons profondes qui font de l\u2019indépendance une nécessité vitale pour notre peuple.Il faudra que le PQ redécouvre le potentiel du dialogue social, qu\u2019il jette des passerelles et recompose des forces que ses égarements ont éloignées voire découragées.La tâche sera considérable et il faudra l\u2019entreprendre rapidement, car le temps presse.Pour la millième fois, nous revoici à pied d\u2019œuvre.q www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 9 ARTICLES François Côté et al* POUR UN AUTRE MODÈLE D\u2019INTÉGRATION DE LA DIVERSITÉ : LA CONVERGENCE CULTURELLE Depuis des mois, la Commission des relations avec les citoyens œuvre sur un projet de redéfinition des politiques d\u2019intégration de la diversité culturelle au Québec.Hormis quelques plaidoyers pour le multicul- turalisme, la majeure partie des réflexions au débat semble considérer que l\u2019interculturalisme serait la voie à suivre, l\u2019essentiel des discussions tournant autour de l\u2019intensité de son application.Toutefois, nous croyons que la véritable intégration de notre diversité culturelle passe par une troisième voie, celle de la convergence culturelle.Les grandes lignes du multiculturalisme et de l\u2019interculturalisme Pour résumer, le multiculturalisme affirme que toutes les cultures ont le droit de coexister sur un pied d\u2019égalité sans que la culture fondatrice d\u2019un État n\u2019ait la légitimité pour imposer ses valeurs aux autres.Plus encore, vu que cette * François Côté, avocat et doctorant en droit Jean-Maurice Arbour, professeur de droit Guillaume Rousseau, professeur de droit Guy Tremblay, professeur de droit Jocelyn Beaudoin, candidat à la maîtrise en droit Henri Brun, professeur de droit 10 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 culture fondatrice en façonne les institutions et les règles de droit, ces dernières ont le devoir d\u2019accommoder les autres cultures pour ne pas en brimer l\u2019expression.Pour sa part, l\u2019interculturalisme prône un rapprochement entre la majorité nationale et les différentes minorités vers une culture commune de concessions réciproques.En contrepartie d\u2019une reconnaissance de la langue française et des grands principes inscrits dans nos Chartes des droits et libertés, la majorité nationale aurait l\u2019obligation de modifier ses valeurs et lois et de diluer les éléments dits « identi- taires » de son bagage historique pour accommoder les particularités des différentes minorités.Fort d\u2019une telle culture de consensus, les immigrants de première génération s\u2019intégreraient de manière économique au sein de la société, et leurs descendants viendraient parfaire cette intégration au plan social en rejoignant la culture commune au sein de laquelle ils ont grandi.Des problèmes d\u2019application pratique Si en théorie, l\u2019interculturalisme se distingue du multicul- turalisme, il se concrétise lui aussi par la voie des accommodements raisonnables, où on commande à la majorité nationale d\u2019assouplir ses lois et de renoncer aux éléments identitaires de son patrimoine.Or, une telle dissolution identitaire javellise la « culture commune » proposée par l\u2019interculturalisme, laquelle n\u2019a ainsi plus rien de « québécoise ».Tout comme le multiculturalisme, l\u2019intercultura- lisme propose une intégration se résumant au consensus administratif, sans véritable intégration culturelle.En outre, la réalité observable montre que les politiques d\u2019accommodements raisonnables favorisent la transmission presque intégrale des modèles culturels des immigrants de 11 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 première génération.De nombreux immigrants de seconde et troisième génération continuent ainsi d\u2019exiger une mise en exception face à la majorité nationale au nom de l\u2019intégrité de la culture de leurs parents, s\u2019extrayant ainsi eux- mêmes du groupe cherchant à les accueillir.Finalement, plusieurs études ont démontré que la culture des accommodements raisonnables est décriée par la majorité de la population \u2013 et un modèle d\u2019intégration imposé à une population en dépit de son refus social est condamné à la contre-productivité.Proposer une alternative : la convergence culturelle Si ces modèles ne parviennent pas à générer une réelle intégration, c\u2019est qu\u2019ils ne correspondent pas au rapport profond qu\u2019entretiennent les Québécois avec la diversité culturelle.Ce rapport relève plutôt de la convergence culturelle \u2013 définie politiquement pour la première fois à l\u2019aube de la Charte de la langue française, plus amplement affirmée par le sociologue Fernand Dumont en 1995, puis revisitée dans une étude publiée à l\u2019IRQ1.La convergence culturelle consiste à accueillir les immigrants en leur demandant de s\u2019adapter aux lois et aux valeurs de la société québécoise, tout en les invitant à contribuer à l\u2019évolution de cette dernière en puisant dans leur bagage d\u2019origine.Loin de cultiver la division, l\u2019identité québécoise devient alors accessible à tous et cesse d\u2019être le lieu des accommodements et des dilutions, pour devenir 1 Guillaume Rousseau (en coll.avec François Côté), Vers une politique de la convergence culturelle et des valeurs québécoises, IRQ, 2014, 30 pages Disponible sur le site de l\u2019IRQ: http://irq.qc.ca/politique-de-convergence/ 12 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 celui du renforcement de la culture de la majorité nationale par l\u2019ensemble des contributions culturelles adaptées au modèle québécois.Au surplus, dans les cas où il est appliqué, le modèle de la convergence culturelle fonctionne.Qu\u2019on pense à Djemila Benhabib, auteure civique et immigrante de première génération, à Ricardo Trogi, cinéaste de renom et immigrant de seconde génération, ou à Tania Longpré, militante en éducation et immigrante de troisième génération : trois exemples (parmi légions) d\u2019intégration réussie dans le modèle de la convergence culturelle considérés aujourd\u2019hui entièrement québécois.* Ainsi, le modèle de la convergence culturelle se révèle une approche d\u2019intégration de la diversité efficace et bénéfique, où tous peuvent se considérer comme entièrement québécois.Nous ne pouvons qu\u2019enjoindre la Commission à en tenir compte et à s\u2019y rattacher, ainsi que tous les Québécois, de toutes les origines.q 13 ARTICLES Le Québec est une île française dans une Amérique du Nord anglaise.Justement, la plupart des provinces canadiennes et nombre d\u2019États des États-Unis sont passés d\u2019autochtones à français, puis à anglais grâce à l\u2019immigration.Depuis quelques décennies, au Québec, on présente l\u2019immigration comme essentielle pour assurer une « ouverture sur le monde », pour atténuer les effets du déclin démographique et pour assurer le développement économique.De telles généralités tiennent toutefois plus de la rhétorique que de l\u2019analyse des besoins et des engagements du Québec1.Que fait donc le Québec en matière d\u2019immigration ?Que signifient ses volumes d\u2019immigrants ?Doit-on parler de volumes élevés, modérés, marginaux ?Quelle est l\u2019importance de ces volumes dans l\u2019histoire récente du Québec ?Et quelle est leur importance en comparaison des volumes dans les provinces et États du Canada et des États-Unis ?Ces volumes trouvent- ils leur correspondance dans les naturalisations ?1 Voir Benoît Dubreuil et Guillaume Marois (2011), Le remède imaginaire.Pourquoi l\u2019immigration ne sauvera pas le Québec, Montréal, Boréal, 315 p.Pierre Serré* Le Québec accueille davantage d\u2019immigrés que la plupart des États d\u2019Amérique du Nord DES VOLUMES D\u2019IMMIGRATION TROP FORTS * Ph.D.sc.politique pspedrito9@gmail.com 14 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Malgré des capacités d\u2019intégration plus limitées en raison de ses caractéristiques linguistiques et du contrôle limité qu\u2019il a sur ses politiques économiques, le Québec présente des volumes d\u2019immigrants extrêmement élevés par rapport au reste de l\u2019Amérique du Nord.Il n\u2019existe par ailleurs aucun lien entre les volumes et les performances démographiques, économiques et sociales tant du Québec que des autres États nord-américains.L\u2019évolution des naturalisations montre par ailleurs qu\u2019il arrive régulièrement qu\u2019elles sont instrumentalisées de manière à favoriser l\u2019unité canadienne.De son côté, le ministère de l\u2019Immigration du Québec est incapable d\u2019expliquer de manière précise comment il établit ses volumes, ceux-ci sont donc exclusivement définis en fonction des besoins de l\u2019industrie de l\u2019immigration, rassemblant agences d\u2019immigration, firmes d\u2019avocats, entreprises diverses à base ethnoculturelle et partis politiques bénéficiant de l\u2019immigration.En réalité, les gouvernements québécois dépensent plus d\u2019énergie à maquiller les effets délétères des volumes d\u2019admissions actuels qu\u2019à exercer le pouvoir d\u2019une manière véritablement démocratique.1.Comment comparer les effectifs immigrés Pour bien saisir ce que représente l\u2019immigration, il faut d\u2019abord se pencher sur les effectifs immigrés (les « stocks ») cumulés.Les effectifs présents sur le territoire résultent en quelque sorte de l\u2019immigration survenue sur 30 à 40 ans.Ils témoignent du résultat final, une fois les migrations secondaires terminées, et du remplacement des générations d\u2019immigrés réalisé.Ils révèlent la diversité plus ou moins grande de la population actuelle et future.Par contre, le dénombrement des effectifs immigrés n\u2019inclut pas les naissances survenues en pays d\u2019adoption.Pour comparer provinces et États entre eux, il faut remettre ensemble les États qui comptent une ou des agglomérations 15 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 à cheval sur plusieurs frontières.On ne saurait logiquement comparer une province canadienne avec un État qui ne compte que le cœur d\u2019une agglomération sous prétexte que les populations de banlieues se trouvent dans un ou plusieurs autres États.Si le problème ne se pose pas au Canada, il est pourtant bien réel aux États-Unis.Deux critères ont permis de faire ces regroupements : il y a regroupement partout où une ou plusieurs métropoles comptant au moins 1 million d\u2019habitants dont au moins 500 000 dans un État voisin, soit au moins 25 % de sa population dans un État voisin.Il va de soi que de nombreuses agglomérations de plus de 50 000 habitants sont également partagées entre États ; dans certains cas, les populations impliquées sont considérables et peuvent même dépasser le million d\u2019individus.Après regroupements, les 50 États en plus du District de Columbia forment 40 États et regroupements d\u2019États.Les données de recensement de 2007 amènent donc aux regroupements de 16 États2 qu\u2019on retrouve détaillés au tableau 1 (tous les tableaux sont regroupés à la fin de cet article).1.1 La comparaison des effectifs immigrés Avec 12,6 % de sa population née à l\u2019étranger au recensement de 2011, le Québec était au 16e rang des 50 États et regroupements d\u2019États du Canada et des États-Unis (tableau 2).Les trois premiers États présentent des proportions exceptionnellement élevées.Il s\u2019agit des provinces canadiennes de l\u2019Ontario, au 1er rang avec 28,5 % de sa population née à l\u2019étranger, 2 En nombres absolus, les 2,8 millions d\u2019admissions de l\u2019Ontario de 1990 à 2013 ne sont dépassés que par la Californie, avec 6,3m et New York & New Jersey & Pennsylvanie & Delaware, avec 4,5m.La province voisine dépassait donc la Floride (2,2m) et le Texas (2,1m), malgré une population largement inférieure (12,7m) à celle de la Floride (19,6m) et celle du Texas (26,4m) 16 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 de la Colombie-Britannique, au 2e rang avec 27,6 %, et de la Californie, 3e avec 26,9 %.La Floride (4e), le Nevada (5e) et l\u2019Alberta (6e) suivent, tandis que le Manitoba arrive au 10e rang.Mine de rien, avec son 16e rang sur 50 (tableau 3), le Québec devance des États/regroupements d\u2019États comptant de très grandes ou de grandes agglomérations, certains en comptant même plusieurs (liste complète des 50 et de leurs métropoles au Tableau A1, en annexe), dont Chicago, Atlanta et Detroit.1.2 Ce que représentent aujourd\u2019hui les volumes d\u2019admissions du Québec, 1946 à 2013 La comparaison des volumes d\u2019immigration dans le temps gagne en précision quand elle compare des périodes de quatre années consécutives.C\u2019est ainsi dans les périodes de 1991 à 1995 et de 2003 à 2013 que sont enregistrés les volumes d\u2019admissions d\u2019immigrants les plus élevés de l\u2019histoire d\u2019après- guerre (graphique 1).Sur les 60 lustres de 4 ans de 1949 à 2013, les quatorze lustres de quatre ans les plus imposants sont tous récents.Quatre ont eu lieu de 1988 à 1994 (c.-à-d.1988-1991, 1989- 1992, 1990-1993, 1991-1994) et dix entre 2001 à 2010 (c.-à- d.2001-2004 à 2010-2013).Le Québec a d\u2019autre part connu quatre périodes d\u2019immigration depuis 1945 : \u2022 une période fluctuante de 44 ans, allant de 1946 à 1989, où la moyenne annuelle était de 25 389 admissions, pour un total de 1 117 110 admissions ; \u2022 une brève, mais forte poussée de trois ans a caractérisé les années de 1990 à 1992, alors que la moyenne annuelle était de 46 975 admissions, pour un total de 140 926 admissions ; 17 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 N o t e : * 2 0 1 3 , d o n n é e s p r o v i s o i r e s .S o u r c e s : D e 1 9 4 6 à 1 9 9 8 , C I C , « L a n d e d I m m i g r a n t s b y P r o v i n c e f r o m 1 9 4 6 t o 2 0 0 0 » ; d e 1 9 9 9 à 2 0 1 2 , C I C , e n l i g n e : h t t p : / / w w w .c i c .g c .c a / f r a n c a i s / p d f / r e c h e r c h e - s t a t s / f a i t s 2 0 0 x x x .p d f , o ù 2 0 0 x x x = 2 0 0 8 à 2 0 1 2 , e t 2 0 1 3 = h t t p : / / w w w .c i c .g c .c a / F r a n c a i s / r e s s o u r c e s / s t a t i s t i q u e s / f a i t s 2 0 1 3 - p r e l i m i n a i r e / 0 2 .a s p . 18 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 \u2022 une période de latence de onze ans de 1993 à 2003, où la moyenne annuelle était de 32 812 admissions, pour un total de 360 930 admissions ; \u2022 et une nouvelle poussée de dix ans, de forte ampleur celle-ci, allant de 2004 à 2013.La moyenne annuelle s\u2019établissait alors à 48 497 admissions, pour un total de 484 971 admissions.1.3 Les admissions comparées entre les 50 États, 1990 à 2013 Dans la période plus récente, de 1990 à 2013, le Québec a admis près d\u2019un million de ressortissants étrangers sur son territoire (tableau 4).Durant ces 24 ans, la moyenne annuelle du Québec s\u2019est établie à 41 118 admissions, tranchant clairement avec la période couvrant 1946-1989 (25 389 admissions par an en moyenne).Reportées sur la population du Québec en 2011, les admissions totales de 1990 à 2013 représentaient 12,1 % de la population de 2011, ce qui plaçait le Québec au 5e rang parmi les 50.Trois provinces canadiennes devançaient le Québec : l\u2019Ontario (21,0 %), la Colombie-Britannique (20,8 %) et le Manitoba (14,6 %), devançant l\u2019Alberta (12,0 %).Aux États-Unis, seule la Californie (3e rang) dépassait le Québec, alors que les admissions totales de 1990 à 2013 y représentaient 16,5 % de la population de 20113.De manière générale, le rang occupé par le Québec est demeuré stable d\u2019une sous-période à l\u2019autre, tout au moins au cours des 24 dernières années pour lesquelles les données étaient disponibles : \u2022 de 1990 à 1992, les 140 926 admissions représentaient 2,0 % de la population québécoise de 1992, ce qui lui conférait le 9e rang sur les 50 ; 19 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 \u2022 de 1993 à 2003, les 360 930 admissions représentaient 4,8 % de la population québécoise de 2003, donnant au Québec le 7e rang.Ce dernier était devancé, dans l\u2019ordre, par la Colombie-Britannique, l\u2019Ontario, la Californie, Hawaï, l\u2019Alberta, et le regroupement New York&New Jersey&Pennsylvanie&Delaware) ; \u2022 enfin, de 2004 à 2013, les 484 971 admissions représentaient 5,9 % de la population de 2013.Le Québec occupait encore une fois le 7e rang, derrière le Manitoba, la Colombie-Britannique, l\u2019Ontario, l\u2019Île- du-Prince-Édouard, l\u2019Alberta et la Floride, mais devant notamment la Californie (8e rang) et le regroupement New York&New Jersey&Pennsylvanie&Delaware (11e rang).2.Les naturalisations 2.1 Les volumes du Québec de 1952 à 2013, comparaison historique Les admissions ont naturellement des impacts immédiats en matière de rapports avec la société d\u2019accueil.Ces rapports incluent tous les aspects de la vie sociale, mais non le droit de vote.Il faut pour cela que les résidents permanents demandent et obtiennent leur citoyenneté, après avoir satisfait à diverses conditions3.Or tous les résidents permanents ne demandent pas rapidement leur naturalisation, certains ne le faisant même jamais, puisque les avantages ne leur 3 Au Canada, la loi prévoit que les personnes ayant obtenu la résidence permanente peuvent demander leur naturalisation après avoir satisfait à certaines conditions : avoir vécu au pays au moins trois ans au cours des quatre années ayant suivi l\u2019admission au Canada, avoir démontré une connaissance suffisante l\u2019anglais ou le français et avoir réussi l\u2019examen de citoyenneté.Avant 1978, la loi prévoyait qu\u2019il fallait avoir residé au moins 5 ans au Canada avant de pouvoir demander la citoyenneté. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 apparaissent pas supérieurs aux désavantages4.Néanmoins, de manière générale, la proportion de citoyens canadiens croît avec la durée du séjour au Canada, si bien qu\u2019en moyenne, entre 73 % et 76 % de tous les immigrés sont citoyens canadiens au moment des recensements5.Entre un peu moins de 50 % et un peu plus de 60 % des résidents permanents obtiennent leur citoyenneté canadienne dans les deux premières années auxquelles ils y ont droit (les quatrième et cinquième années), soit immédiatement après avoir satisfait à la condition de séjour de trois ans.La proportion était de 45 % au recensement de 2006, de 62 % au recensement de 2001.Lorsque les proportions sont plus élevées, comme celle du recensement de 1996, 69 %, il semble alors qu\u2019elles s\u2019expliquent par l\u2019instrumentalisation des naturalisations qu\u2019en fait le gouvernement fédéral.Durant les 62 années écoulées de 1952 à 2013 (graphique 2), les volumes les plus élevés ont été ceux de 1978 (45 645 naturalisations, 1er rang) et de 1994 et 1995 (40 507 et 43 855 naturalisations pour les 2e et 3e rangs respectivement, suivies du creux historique de 1996, au 49e rang).Or, les volumes de 1978 ont précédé le référendum de 1980 tandis que ceux de 1994 et de 1995, le référendum de 1995.Si l\u2019on considère qu\u2019une période de fortes naturalisations a marqué les sept années écoulées de 2005 à 2011 et que les cinq plus hauts volumes suivants, des 4e au 8e rangs, y sont concentrés (la moyenne de ces sept années, 28 500 naturalisations, serait arrivée au 6e rang), l\u2019année 1979 arrive au 9e rang, tout juste avant le référendum de 1980.4 Certains auraient à souffrir de la perte de la citoyenneté du pays d\u2019origine et des avantages qui vont avec (prestations de retraite, par exemple), notamment la perte d\u2019un héritage attendu.5 Sources : Statistique Canada, Recensement de 2006, fichier Beyond 20/20 no 97-557-XCB2006008.ivt; Recensement de 2001, fichier Beyond 20/20 97F0009XCB01004.ivt; Recensement de 1996, fichier Beyond 20/20, no 93F0023XDB96007.ivt. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 22 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 2.2 Comparaison entre les 50 États et provinces C\u2019est au 8e rang qu\u2019arrive le Québec en matière de naturalisations lorsque les volumes de 1988 à 2013 sont reportés sur la population de 2013 (tableau 5).Le premier rang est occupé par l\u2019Ontario, avec 16,7 % de naturalisés de 1988 à 2013 sur sa population de 2013.La Colombie-Britannique suit, avec une proportion similaire (15,1 %).La Californie arrive au 3e rang, avec une proportion de 11,1 %.La plupart des autres provinces et États sont d\u2019une autre catégorie : l\u2019Alberta est au 4e rang, avec 8,3 %, puis Hawaï vient au 5e rang (7,7 %), le regroupement New York&New Jersey&Pennsylvanie&Delaware, au 6e rang (7,4 %), la Floride, au 7e rang (7,4 %), et le Québec, au 8e rang (7,1 %).Les naturalisations québécoises placent donc le Québec dans le peloton de tête, loin derrière les volumes hors normes de l\u2019Ontario et la Colombie-Britannique, de la situation intermédiaire de la Californie, mais tout à fait comparables avec les États et regroupements d\u2019États qui occupent les 4e à la 9e places.3.Discussion : des volumes d\u2019immigration énormes, mais toujours insuffisants face au Canada anglais Le Québec présente des volumes d\u2019immigration sans commune mesure avec ce qui se fait ailleurs en Amérique du Nord, qu\u2019il s\u2019agisse du Canada ou des États-Unis.Il arrive en effet au 5e rang sur 50 États et regroupements d\u2019États quant au total de ses admissions de 1990 à 2013 quand celles-ci sont reportées sur sa population.Pour son plus grand malheur, le Québec arrive derrière l\u2019Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba, trois des quatre États présentant les volumes d\u2019immigration les plus élevés du continent.Aux États-Unis, il n\u2019y a que la Californie 23 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 (connue pour ses fortes migrations secondaires6) qui parvienne à devancer le Québec et le Manitoba.Il va de soi que l\u2019idée d\u2019obtenir une proportion suffisante de l\u2019immigration dans le but de maintenir le poids démographique du Québec au sein du Canada obligerait le Québec à adopter des volumes d\u2019immigrants presque 2 fois plus élevés.Par exemple, durant la période 1990-1992, des admissions québécoises égales à celles de l\u2019Ontario auraient atteint les 83 036 admissions annuelles.De 1993 à 2003, elles auraient atteint 74 288 admissions annuelles, tandis que de 2004 à 2013, elles auraient été de 68 638 admissions, compte tenu de la diminution des admissions en Ontario7.Si le projet canadien était de noyer le Québec dans un Canada encore plus anglophone, on ne pourrait s\u2019y prendre autrement.L\u2019immigration n\u2019est pas sans impacts politiques, quand elle ne vise pas explicitement de tels objectifs.Les fluctuations des naturalisations illustrent d\u2019ailleurs de manière spectaculaire l\u2019utilisation politique à court terme de l\u2019immigration.Ces « usines à citoyens » ont été extrêmement actives au Québec au cours de toutes les années qui précédaient immédiatement les deux référendums tenus en 1980 et 1995.De là à penser que les volumes adoptés dès l\u2019arrivée des libéraux au pouvoir en 2003 visent précisément à constituer un mur pour barrer un temps, sinon définitivement les possibilités d\u2019indépendance du Québec, il n\u2019y a qu\u2019un pas\u2026 Du reste, dans le contexte linguistique et politique québécois, courir après une part de l\u2019immigration canadienne équivalente au poids démographique du Québec au sein du Canada est un objectif non seulement mortel, mais aussi suicidaire.6 Les immigrants arrivant en Californie sont nombreux à quitter celle-ci pour d\u2019autres destinations aux États-Unis.7 Soit 114 069 entrées annuelles de 2004 à 2013, 121 510 de 1993 à 2003, et 123 470 de 1990 à 1992. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Quels devraient être des volumes d\u2019immigrants cohérents avec la fragilité de la langue française au Québec et en Amérique du Nord ?Au-delà des liens à faire avec l\u2019état de l\u2019économie québécoise, la moyenne annuelle déjà peu élevée des 32 812 admissions de 1993 à 2003 plaçait tout de même le Québec au\u2026 7e rang ! Devant notamment les États : \u2022 de la Floride (19,6m, dont Miami, Tampa, Orlando, Jacksonville), de Washington (7,0m, dont Seattle- Tacoma), du Massachusetts&Rhode Island&New Hampshire (9,1m, dont Boston, Providence), de Virginie&Maryland&DC (14,8m, dont Washington, Baltimore, Virginia Beach-Norfolk, Richmond), du Nevada (2,8m, dont Las Vegas), du Texas (26,4m, dont Dallas, Houston, San Antonio, Austin) et de l\u2019Illinois&Missouri&Kansas (21,8m, dont Chicago, St.Louis, Kansas City)8.Or, pour occuper un rang cohérent avec sa population et les volumes que l\u2019on retrouve dans le reste de l\u2019Amérique du Nord, les volumes québécois auraient nécessairement oscillé entre ceux de l\u2019Oregon (3,9m, dont Portland) et ceux de la Georgie (10,0m, dont Atlanta), dont les volumes de 1993 à 2003 représentaient entre 2,3 % et 1,6 % de la population de 2003, ou entre 15 792 et 11 142 admissions annuelles dans le cas du Québec.Ces volumes québécois se seraient donc rapprochés de : \u2022 ceux du Colorado (5,3m, dont Denver), de l\u2019Arizona (6,6m, dont Phoenix, Tucson), du Minnesota (5,4m, dont Minneapolis-St.Paul), du Michigan (9,9m, dont Detroit) et de l\u2019Utah (2,9m, dont Salt Lake City)9.8 Cette liste aurait inclus le Manitoba et la Nouvelle-Écosse.9 Cette liste aurait dû inclure l\u2019Alaska, la Saskatchewan et le Nouveau- Mexique. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Avec des volumes tournant autour des 15 800 à 11 150 admissions annuelles, volumes apparemment modestes, le Québec aurait tout de même devancé des États plus populeux tels que ceux de la Caroline du Nord (9,8m, dont Charlotte, Raleigh), du regroupement Kentucky&Indiana&Ohio (22,5m, dont Cleveland, Cincinnati, Columbus, Indianapolis et Louisville), de l\u2019Oklahoma (3,9m, dont Oklahoma City) et du Tennessee (6,5m, dont Nashville, Memphis).Même avec les faibles volumes de la période 1993-2003, les admissions du Québec surpassent ce qui se retrouve dans la plupart des États du reste de l\u2019Amérique du Nord.À 50 000 admissions annuelles, ils sont probablement quatre fois plus importants que ne le commanderait la très fragile situation linguistique du Québec.4.Conclusion Il incombait et incombe toujours au gouvernement du Québec et à son ministère responsable de l\u2019immigration de renseigner la population québécoise quant à la signification à donner à ses volumes d\u2019admissions.Les citoyens doivent en effet savoir que ces volumes s\u2019inscrivent en rupture complète avec la fragilité linguistique du Québec.Ils constituent en fait une menace constante à la pérennité de la communauté politique québécoise, comme si la contribution économique des immigrants, que le ministère est lui aussi incapable de démontrer concrètement, n\u2019était pas suffisante.La seule explication permettant de comprendre le pourquoi de tels volumes réside dans la valeur prédominante des intérêts particuliers sur l\u2019intérêt général dans le système politique québécois.Si certains de ces intérêts relèvent de l\u2019« industrie de l\u2019immigration » (cabinets d\u2019avocats, agences et OSBL en immigration), et que d\u2019autres servent avant 26 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 tout le communautarisme et le multiculturalisme (qu\u2019on retrouve au sein des partis politiques et des associations ethnoculturelles), tous sont redevables au mode de scrutin majoritaire.C\u2019est ce dernier qui génère des liens pervers entre intérêts particuliers et « partis/systèmes de partis ».Les régimes les plus démocratiques, c\u2019est-à-dire ceux reposant sur un pouvoir partagé (et non concentré entre les mains d\u2019un seul parti, contrôlé exclusivement par un chef et ses proches) et un mode de scrutin proportionnel (tels ceux qui n\u2019offrent aucune prime à aucun des partis accédant à la représentation), sont clairement mieux à même de gérer la question de l\u2019immigration et de servir l\u2019intérêt général.Le cas de l\u2019immigration au Québec en est la meilleure illustration.q 27 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 TABLEAU 1 : LES CINQ REGROUPEMENTS D\u2019ÉTATS SELON LE RECENSEMENT DE 2007, POPULATION EN 2011 Regroupements d\u2019États Population en 2011* Mégalopoles ou métropoles chevauchant un autre État ou Regroupement d\u2019États 1-New York & New Jersey & Pennsylvanie & Delaware 42,5m New York- Philadelphie\u2013 Pittsburgh 2-Massachusetts & Rhode Island & New Hampshire 9,1m Boston\u2013Providence 3-Virginie & Maryland & District de Columbia 14,8m Washington\u2013 Baltimore\u2013Virginie Beach 4-Illinois & Missouri & Kansas 21,8m Chicago\u2013St.Louis\u2013 Kansas City 5-Kentucky & Indiana & Ohio 22,5m Cleveland\u2013 Cincinnati\u2013 Colombus\u2013 Indianapolis Note : * m = millions d\u2019habitants.Source : Population Division, U.S.Census Bureau, « Table 1 : Annual Estimates of the Population for the United States, Regions, States, and Puerto Rico : April 1, 2000 to July 1, 2007 » (NST-EST2007-01) .Le New Hampshire a été joint au regroupement Massachusetts & Rhode Island & New Hampshire en vertu du poids représenté par ses banlieues de Boston (418 000 personnes) dans l\u2019ensemble de la population de l\u2019État du New Hampshire (32 %).Indiana & Kentucky & Kansas : le regroupement ne compte aucune agglomération répondant à l\u2019une ou à l\u2019autre condition.Cependant, en additionnant les régions métropolitaines d\u2019Evansville et de Louisville, plus d\u2019un million d\u2019habitants se trouvent au Kentucky contre plus de 533 000 habitants en Indiana, ce qui satisfaisait à l\u2019une des conditions de regroupement.Du côté de l\u2019Ohio, Cincinnati ne satisfaisait pas à elle seule l\u2019une ou l\u2019autre condition de regroupement.Toutefois, en regroupant Cincinnati et Huntingdon, on obtient 1,7m d\u2019habitants en Ohio contre 500 000 habitants au Kentucky.En regroupant les métropoles de Cleveland\u2013 Cincinnati\u2013Colombus\u2013Indianapolis, on obtient 612 000 habitants en Indiana, 1,5m au Kentucky et 1,7m en Ohio, ce qui autorise à former le regroupement Indiana & Kentucky & Kansas.Enfin, l\u2019Indiana aurait pu être réunie avec le regroupement Illinois & Missouri & Kansas puisque la métropole de Chicago, 9,5m d\u2019habitants, y comptait 700 000 banlieusards.Compte tenu que ces derniers représentaient 11 % de la population de l\u2019Indiana, il a été considéré préférable d\u2019associer l\u2019Indiana au regroupement Kentucky & Indiana & Ohio. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 TABLEAU 2 : POPULATIONS NÉES À L\u2019ÉTRANGER ET PROPORTIONS D\u2019IMMIGRÉS, 10 PROVINCES DU CANADA ET 40 ÉTATS ET REGROUPEMENTS D\u2019ÉTATS DES ÉTATS-UNIS, RECENSEMENTS CANADIEN ET AMÉRICAIN DE 2011 10 provinces canadiennes et 40 États ou regroupements d\u2019États des États-Unis Population recensée en 2011 Effectifs nés à l\u2019étranger en 2011 En % de la population de 2011 R a n g Ontario 12 651 790 3 611 365 28,5 % 1 Colombie-Britannique 4 324 455 1 191 875 27,6 % 2 Californie 38 332 521 10 311 079 26,9 % 3 Floride 19 552 860 3 798 062 19,4 % 4 Nevada 2 790 136 529 164 19,0 % 5 Alberta 3 567 980 644 115 18,1 % 6 Hawaï 1 404 054 246 464 17,6 % 7 New York&New-Jersey& Pennsylvanie&Delaware 42 250 016 7 182 011 17,0 % 8 Texas 26 448 193 4 369 271 16,5 % 9 Manitoba 1 174 345 184 505 15,7 % 10 Connecticut 3 596 080 499 643 13,9 % 11 Massachusetts&Rhode Island&New Hampshire 9 067 794 1 257 302 13,9 % 12 Washington 6 971 406 943 664 13,5 % 13 Arizona 6 626 624 896 310 13,5 % 14 Virginie&Maryland& District de Columbia 14 835 668 1 884 032 12,7 % 15 Québec 7 732 520 974 895 12,6 % 16 Illinois&Missouri& Kansas 21 820 263 2 238 902 10,3 % 17 Nouveau-Mexique 2 085 287 211 249 10,1 % 18 Oregon 3 930 065 391 206 10,0 % 19 Georgie 9 992 167 970 979 9,7 % 20 Colorado 5 268 367 500 634 9,5 % 21 Utah 2 900 872 236 954 8,2 % 22 Caroline du Nord 9 848 060 749 426 7,6 % 23 Minnesota 5 420 380 403 514 7,4 % 24 29 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Alaska 735 132 50 760 6,9 % 25 Saskatchewan 1 008 760 68 780 6,8 % 26 Nebraska 1 868 516 123 182 6,6 % 27 Michigan 9 895 622 616 786 6,2 % 28 Idaho 1 612 136 95 525 5,9 % 29 Oklahoma 3 850 568 218 432 5,7 % 30 Nouvelle-Écosse 906 175 48 275 5,3 % 31 Île-du-Prince-Édouard 137 380 7 075 5,1 % 32 Caroline du Sud 4 774 839 231 278 4,8 % 33 Iowa 3 090 416 149 122 4,8 % 34 Wisconsin 5 742 713 274 687 4,8 % 35 Tennessee 6 495 978 304 801 4,7 % 36 Arkansas 2 959 373 133 888 4,5 % 37 Vermont 626 630 27 012 4,3 % 38 Kentucky&Indiana&Ohio 22 537 005 940 854 4,2 % 39 Louisiane 4 625 470 182 559 3,9 % 40 Nouveau-Brunswick 735 835 28 465 3,9 % 41 Maine 1 328 302 44 687 3,4 % 42 Alabama 4 833 722 162 226 3,4 % 43 Wyoming 582 658 18 029 3,1 % 44 Dakota du Nord 723 393 21 107 2,9 % 45 Dakota du Sud 844 877 24 459 2,9 % 46 Mississippi 2 991 207 62 899 2,1 % 47 Montana 1 015 165 19 465 1,9 % 48 Terre-Neuve 507 270 9 165 1,8 % 49 Virginie occidentale 1 854 304 26 321 1,4 % 50 Sources : Statistique Canada, « Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableau de données : Certaines caractéristiques démographiques, culturelles, de la scolarité, de la population active et du revenu (688), langue maternelle (4), groupes d\u2019âge (8D) et sexe (3) pour la population du Canada, provinces, territoires, divisions de recensement et subdivisions de recensement, Enquête nationale auprès des ménages de 2011 » ; Population Division, U.S.Census Bureau, « Table 1 : Annual Estimates of the Population for the United States, Regions, States, and Puerto Rico : April 1, 2000 to July 1, 2007 » (NST-EST2007-01). 30 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 TABLEAU 3 : RÉGIONS MÉTROPOLITAINES DES ÉTATS OU REGROUPEMENTS D\u2019ÉTATS COMPTANT MOINS D\u2019IMMIGRÉS QUE LE QUÉBEC, RECENSEMENTS AMÉRICAIN DE 2011 Rang États/regroupements d\u2019États des États-Unis Régions métropolitaines de recensement (en millions d\u2019habitants) 17e Illinois&Missouri& Kansas Chicago 9,5m, St.Louis 2,8m et Kansas City 2,0m 19e Oregon Portland 2,2m 20e Georgie Atlanta 5,3m 21e Colorado Denver 2,5m 22e Utah Salt Lake City 1,1m 23e Caroline du Nord Charlotte 1,7m et Raleigh 1,0m 24e Minnesota Minneapolis-St.Paul- Bloomington 3,2m 28e Michigan Detroit 4,5m 30e Oklahoma Oklahoma City 1,2m 35e Wisconsin Milwaukee 1,5m 36e Tennessee Nashville 1,5m, Memphis 1,3m 39e Kentucky&Indiana& Ohio Cleveland 2,1m, Cincinnati 2,1m, Colombus 1,8m, Indianapolis 1,7m et Louisville 1,0m 40e Louisiane New Orleans 1,0m 43e Alabama Birmingham 1,1m Sources : Ibidem tableau 2. 31 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Tableau 4 : nombre d\u2019admissions de 1990 à 2013, admissions moYennes annuelles eT proporTions de la populaTion, 10 provinces du canada eT 40 ÉTaTs eT regroupemenTs d\u2019ÉTaTs des ÉTaTs-unis, donnÉes censiTaires du canada eT des ÉTaTs-unis, 1990 à 2013 10 provinces canadiennes et 40 États ou regroupements d\u2019États des États-Unis A d m i s s i o n s t o t a l e s d e 1 9 9 0 à 2 0 1 3 A d m i s s i o n s m o y e n n e s a n n u e l l e s A d m i s s i o n s t o t a l e s e n % d e l a p o p u l a - t i o n d e 2 0 1 3 R a n g Ontario 2 847 708 118 655 21,0 % 1 Colombie-Britannique 953 613 39 734 20,8 % 2 Californie 6 339 240 264 135 16,5 % 3 Manitoba 184 145 7 673 14,6 % 4 Québec 986 827 41 118 12,1 % 5 Alberta 480 673 20 028 12,0 % 6 Hawaï 165 313 6 888 11,8 % 7 Floride 2 240 092 93 337 11,5 % 8 New York&New Jersey& Pennsylvanie&Delaware 4 529 628 188 735 10,7 % 9 Île-du-Prince-Édouard 13 883 578 9,5 % 10 Saskatchewan 88 163 3 673 8,0 % 11 Texas 2 071 793 86 325 7,8 % 12 Connecticut 275 119 11 463 7,7 % 13 Nevada 207 224 8 634 7,4 % 14 Washington 503 711 20 988 7,2 % 15 Massachusetts&Rhode Island& New Hampshire 601 448 25 060 6,6 % 16 Virginie&Maryland& District de Columbia 883 399 36 808 6,0 % 17 Arizona 388 111 16 171 5,9 % 18 Nouvelle-Écosse 54 768 2 282 5,8 % 19 32 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Illinois&Missouri&Kansas 1 260 323 52 513 5,8 % 20 Oregon 205 080 8 545 5,2 % 21 Minnesota 259 207 10 800 4,8 % 22 Nouveau-Mexique 98 811 4 117 4,7 % 23 Colorado 246 847 10 285 4,7 % 24 Georgie 454 545 18 939 4,5 % 25 Alaska 32 932 1 372 4,5 % 26 Michigan 406 213 16 926 4,1 % 27 Utah 108 607 4 525 3,7 % 28 Nebraska 69 106 2 879 3,7 % 29 Nouveau-Brunswick 27 217 1 134 3,6 % 30 Idaho 54 399 2 267 3,4 % 31 Vermont 18 110 755 2,9 % 32 Caroline du Nord 281 688 11 737 2,9 % 33 Iowa 82 226 3 426 2,7 % 34 Terre-Neuve 13 658 569 2,6 % 35 Oklahoma 94 087 3 920 2,4 % 36 Wisconsin 136 347 5 681 2,4 % 37 Dakota du Nord 15 730 655 2,2 % 38 Tennessee 139 742 5 823 2,2 % 39 Maine 28 285 1 179 2,1 % 40 Dakota du Sud 17 576 732 2,1 % 41 Louisiane 85 785 3 574 1,9 % 42 Arkansas 49 304 2 054 1,7 % 43 Caroline du Sud 76 619 3 192 1,6 % 44 Kentucky&Indiana&Ohio 347 185 14 466 1,5 % 45 Wyoming 8 236 343 1,4 % 46 Alabama 64 693 2 696 1,3 % 47 Montana 11 573 482 1,1 % 48 Mississippi 29 590 1 233 1,0 % 49 Virginie occidentale 15 716 655 0,8 % 50 33 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Sources : Canada : estimations de la population, 1971-2014 : Canada : Statistique Canada, « Tableau 051-0001 \u2013 Estimations de la population, selon le groupe d\u2019âge et le sexe au 1er juillet, Canada, provinces et territoires », annuel, CANSIM (base de données), site consulté 10/10/2014.Nombre d\u2019immigrés : 1946 à 1998, CIC, « Landed Immigrants by Province from 1946 to 2000 » ; de 1999 à 2012, CIC.États-Unis : estimations de la population : Department of Homeland Security, U.S.Government, 1970-1980 : « Intercensal Estimates of the Resident Population of States, 1970 to 1980 » ; 1981-1989 : « Resident Population of States (by single year to 85+ & sex) : July 1, 1980 estimates »; 1990-1999 : « ST-99-3 State Population Estimates : Annual Time Series, July 1, 1990 to July 1, 1999 » ; 2000-2009 : « Table 1 : Annual Estimates of the Population for the United States, Regions, States, and Puerto Rico : April 1, 2010 to July 1, 2012 » ; 2010-2013 : « Table 1.Annual Estimates of the Population for the United States, Regions, States, and Puerto Rico : April 1, 2010 to July 1, 2013 ».Nombre d\u2019immigrés : Department of Homeland Security, U.S.Government, 1988-1995 : « TABLE 11.Immigrants Admitted by State of Intended Residence : Fiscal Years 1988-2004 » ; 1996-2002 : « Table 4.Persons Obtaining Legal Permanent Resident Status by State or Territory of Residence : Fiscal Years 1996 to 2005 » ; 2003-2012 : « Table 4.Persons Obtaining Legal Permanent Resident Status by State or Territory of Residence : Fiscal Years 2003 to 2012 » ; 2013 : « Table 4.Persons Obtaining Lawful Permanent Resident Status by State or Territory of Residence : Fiscal Years 2004 to 2013 ». 34 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Tableau 5 : nombre de naTuralisaTions de 1988 à 2013, moYennes des 26 annÉes eT proporTions de la populaTion de 2013, 10 provinces du canada eT 40 ÉTaTs eT regroupemenTs d\u2019ÉTaTs des ÉTaTs-unis, donnÉes censiTaires du canada eT des ÉTaTs-unis, 1990 à 2013 10 provinces canadiennes et 40 États ou regroupements d\u2019États des États-Unis T o t a l n a t u r a l i s a t i o n s d e 1 9 8 8 à 2 0 1 3 M o y e n n e a n n u e l l e 1 9 8 8 à 2 0 1 3 N a t u r a l i s a - t i o n s t o t a l e s s u r l a p o p u l a - t i o n d e 2 0 1 3 R a n g Ontario 2 259 110 86 889 16,7 % 1 Colombie-Britannique 693 028 26 655 15,1 % 2 Californie 4 236 426 162 939 11,1 % 3 Alberta 330 965 12 729 8,3 % 4 Hawaï 107 771 4 145 7,7 % 5 New York&New Jersey &Pennsylvanie&Delaware 3 134 595 120 561 7,4 % 6 Floride 1 438 343 55 321 7,4 % 7 Québec 575 923 22 151 7,1 % 8 Manitoba 81 363 3 129 6,4 % 9 Massachusetts&Rhode Island&New Hampshire 484 547 18 636 5,3 % 10 Connecticut 172 038 6 617 4,8 % 11 Washington 302 222 11 624 4,3 % 12 Nevada 120 825 4 647 4,3 % 13 Virginie&Maryland& District de Columbia 631 493 24 288 4,3 % 14 Texas 1 054 417 40 555 4,0 % 15 Illinois&Missouri&Kansas 808 722 31 105 3,7 % 16 Arizona 199 024 7 655 3,0 % 17 35 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Alaska 20 128 774 2,7 % 18 Minnesota 144 231 5 547 2,7 % 19 Saskatchewan 29 277 1 126 2,6 % 20 Colorado 133 587 5 138 2,5 % 21 Georgie 252 685 9 719 2,5 % 22 Nouvelle-Écosse 23 768 914 2,5 % 23 Oregon 96 496 3 711 2,5 % 24 Michigan 230 523 8 866 2,3 % 25 Nebraska 39 185 1 507 2,1 % 26 Utah 53 331 2 051 1,8 % 27 Nouveau-Mexique 33 102 1 273 1,6 % 28 Caroline du Nord 150 036 5 771 1,5 % 29 Vermont 9 169 353 1,5 % 30 Île-du-Prince-Édouard 2 096 81 1,4 % 31 Nouveau-Brunswick 10 363 399 1,4 % 32 Oklahoma 46 758 1 798 1,2 % 33 Louisiane 55 241 2 125 1,2 % 34 Idaho 19 111 735 1,2 % 35 Wisconsin 67 470 2 595 1,2 % 36 Kentucky&Indiana&Ohio 260 548 10 021 1,2 % 37 Maine 14 541 559 1,1 % 38 Terre-Neuve 5 347 206 1,0 % 39 Tennessee 64 074 2 464 1,0 % 40 Caroline du Sud 45 597 1 754 1,0 % 41 Iowa 28 345 1 090 0,9 % 42 Dakota du Nord 5 823 224 0,8 % 43 Dakota du Sud 6 062 233 0,7 % 44 Arkansas 20 413 785 0,7 % 45 Wyoming 3 708 143 0,6 % 46 36 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Alabama 30 597 1 177 0,6 % 47 Mississippi 14 570 560 0,5 % 48 Montana 4 482 172 0,4 % 49 Virginie occidentale 7 462 287 0,4 % 50 Sources : Canada : estimations de la population, 1971-2014 : Canada : Statistique Canada, « Tableau 051-0001 \u2013 Estimations de la population, selon le groupe d\u2019âge et le sexe au 1er juillet, Canada, provinces et territoires », annuel, CANSIM (base de données), site consulté 10/10/2014.Nombre de naturalisés : 1946 à 1997, CIC, « Landed Immigrants by Province from 1946 to 2000 » ; 1998 à 2007, données compilées par : OPS-Stats en date du 10/08/2014 RDIMS #3470405 ; de 2008 à 2012, données provenant de CIC, 2008-2013, données compilées par OPS-Stats (OPMB-PMU-2014-2772), et données de GCMS, en date du 20/03/2014 ; pour 2013 provisoires, données de GCMS en date du 02/06/2014.Voir 1998-99 : http ://www.cic.gc.ca/francais/pub/faits99/1imm-04.html, http ://www.micc.gouv.qc.ca/publications/fr/planification/Plan-immigration-2009.pdf.États- Unis : estimations de la population : ibid.tableau 3.Nombre de naturalisés : Department of Homeland Security, U.S.Government, 1986-1995 : « TABLE 33.Persons Naturalized by State of Residence : Fiscal Years 1986-2004 », https ://www.dhs.gov/year-immigration- statistics-2004 ; 1996-2002 : « Table 22.PERSONS NATURALIZED BY STATE OF RESIDENCE : FISCAL YEARS 1996 TO 2005 », https ://www.dhs.gov/yearbook-immigration-statistics-2005-0 et http ://www.dhs.gov/xlibrary/assets/statistics/yearbook/2005/OIS_2005_Yearbook.pdf ; 2003-2012 : « Table 22.PERSONS NATURALIZED BY STATE OR TERRITORY OF RESIDENCE : FISCAL YEARS 2003 TO 2012 », https :// www.dhs.gov/yearbook-immigration-statistics-2012-naturalizations ; 2013 : « Table 22.Persons Naturalized by State or Territory of Residence : Fiscal Years 2004 to 2013 », http ://www.dhs.gov/yearbook- immigration-statistics. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Annexe Tableau a1 : ÉTaTs eT provinces avec leurs rÉgions mÉTropoliTaines de plus d\u2019un million d\u2019HabiTanTs, canada eT ÉTaTs-unis, recensemenTs de 2011 10 provinces et 40 États ou regroupements d\u2019États (population en millions d\u2019habitants \u2013 m) Régions métropolitaines Population, en millions d\u2019habitants Québec (8,0m) Montréal 3,8 Ontario (13,3m) Toronto Ottawa 5,6 1,2 Alberta (3,8m) Calgary Edmonton 1,2 1,2 Colombie-Britannique (4,5m) Vancouver 2,3 Alabama (4,8m) Birmingham 1,1 Arizona (6,6m) Phoenix Tucson 4,2 1,0 Californie (37,7 m) Los Angeles San Francisco-Oakland Riverside San Diego Sacramento San Jose 12,9 4,2 4,1 3,0 2,1 1,8 Colorado (5,1m) Denver 2,5 Connecticut (3,6m) Hartford 1,2 Floride (19,1m) Miami-Fort Lauderdale Tampa-St.Petersburg Orlando Jacksonville 5,4 2,7 2,0 1,3 Georgie (9,8m) Atlanta 5,3 Louisiane (4,6m) New Orleans 1,0 Michigan (9,9m) Detroit 4,5 Minnesota (5,3m) Minneapolis-St.Paul 3,2 Nevada (2,7m) Las Vegas 1,8 Caroline du Nord (9,7m) Charlotte Raleigh 1,7 1,0 Oklahoma (3,8m) Oklahoma City 1,2 Oregon (3,9m) Portland 2,2 38 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Tennessee (6,4m) Nashville Memphis 1,5 1,3 Texas (25,6 m) Dallas-Fort Worth Houston San Antonio Austin 6,1 5,6 2,0 1,6 Utah (2,8m) Salt Lake City 1,1 Washington (6,8m) Seattle-Tacoma 3,3 Wisconsin (5,7m) Milwaukee 1,5 New York&New Jersey &Pennsylvanie&Delaware (42,0 m) New York Philadelphie Pittsburgh Buffalo Rochester 18,8 5,8 2,4 1,1 1,0 Massachusetts&Rhode Island&New Hampshire (9,0m) Boston Providence 4,5 1,6 Virginie&Maryland& District de Columbia (14,6m) Washington Baltimore Virginia Beach-Norfolk Richmond 5,3 2,7 1,7 1,2 Kentucky&Indiana&Ohio (22,4m) Cleveland Cincinnati Columbus Indianapolis Louisville 2,1 2,1 1,8 1,7 1,2 Illinois&Missouri&Kansas (21,8m) Chicago St.Louis Kansas City 9,5 2,8 2,0 Sources : Statistique Canada, « Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableau de données : Certaines caractéristiques démographiques, culturelles, de la scolarité, de la population active et du revenu (688), langue maternelle (4), groupes d\u2019âge (8D) et sexe (3) pour la population du Canada, provinces, territoires, divisions de recensement et subdivisions de recensement, Enquête nationale auprès des ménages de 2011 ».Population Division, U.S.Census Bureau, « Table 1 : Annual Estimates of the Population for the United States, Regions, States, and Puerto Rico : April 1, 2000 to July 1, 2007 » (NST-EST2007-01). À quoi sert mon argent ?PLACEMENT À RENDEMENT SOCIAL\u201d sûr et garanti L'argent investi sert à Anancer partout au Québec des CPE, des agriculteurs.biologiques, des coopératives et OSBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail, des théêires, des médias sociaux, ec.Le choix de Laure Waridel HE Desjardins Caisse & économie solidaire Québec 418 647-1527 Montréal 51 59 Lanaudière 45 WWW.placement.coop U chronie.Ce mot mystérieux est rarement utilisé, mais le procédé est courant.Que serait-il arrivé si tel évènement n\u2019avait pas eu lieu ou si telle personne n\u2019avait pas été là ?Est-il possible qu\u2019une revue à elle seule puisse changer le cours de l\u2019histoire ?Si L\u2019Action nationale n\u2019avait pas existé, où serait rendu le Québec ?Quand je revois les noms des directeurs que j\u2019ai connus, je ne peux m\u2019empêcher de réfléchir sérieusement à la question.Qu\u2019aurait été le Québec sans François-Albert Angers, Patrick Allen, Jean Genest, Rosaire Morin ?Chacun paraissait irremplaçable.Nous ne savions rien d\u2019eux, ou bien peu.Mais leur propos nous inspirait, meublait nos discussions et motivait notre action chacun dans notre milieu.Les uns après les autres, ils devenaient tellement immenses que chaque départ jetait l\u2019alarme.Le Québec, c\u2019est un éternel combat.C\u2019est ainsi que naissent des combattants et des penseurs.Quand Rosaire Morin est mort, nous étions effondrés.L\u2019homme était d\u2019une telle stature que la relève cette fois était vraiment impossible.Robert Laplante a prouvé le contraire.Derrière la revue, il y a bien sûr une équipe.Il faudrait les nommer tous.En fait, ce sont des centaines de personnes qui font cette revue, laquelle accueille des collaborateurs qui sont certains d\u2019y trouver une tribune pour s\u2019exprimer.Il faut convenir que nous n\u2019avons jamais eu autant besoin d\u2019une telle revue de combat.Les abonnements et la publicité ne suffisent pas.Il nous faut aussi témoigner de notre attachement.À vrai dire, ce n\u2019est pas tellement la Ligue qui est dans le besoin, mais le Québec, comme jamais.Vous pouvez faire votre don (chèque, VISA ou MasterCard) \u2022 par la poste 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 à partir du site internet action-nationale.qc.ca \u2022 au téléphone 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 2015 campagne de financement de L\u2019Action nationale sous la présidence d\u2019honneur de Denis Vaugeois historien et éditeur (photo: Louise Leblanc) LES VOIES DE LA RADIO Dossier Les voies de la radio De Fessenden à Internet Survol de l\u2019histoire de la radio au Québec - André Breton 42 Un pays à mettre en ondes - Marie-Laurence Rancourt 57 L\u2019efficacité des radios de confrontation en question - Olivier Turbide 75 La crise du journalisme et la crise de la souveraineté québécoise - Éric Martin 89 DOSSIER 42 DOSSIER André Breton* De Fessenden à Internet SURVOL DE L\u2019HISTOIRE DE LA RADIO AU QUÉBEC En hommage à l\u2019Amérindien Oscar Bastien, pionnier des « annonceurs » au Québec.Qui a inventé la radio ?Guglielmo Marconi, Roger Baulu, Édouard Branly, Ferdinand Braun, Alexander Popov ou Reginald Fessenden ?Toutes ces réponses sont bonnes, sauf pour Roger Baulu qui n\u2019était pas encore né.Mais pour répondre complètement à la question, il faudrait nommer une dizaine de personnes sur un cycle de vingt ans entre la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième.La boucle de ces vingt glorieuses s\u2019ouvre en 1887 sur la première transmission sans fil d\u2019ondes électromagnétiques par l\u2019Allemand Rudolf Hertz dans son laboratoire \u2013 les ondes hertziennes, c\u2019est lui ! \u2013 et cette boucle se referme sur la première transmission sans fil de la parole par Reginald Aubrey Fessenden au soir de Noël 1906.Fessenden est né à Austin, tout près de Magog, mais c\u2019est aux États-Unis qu\u2019il a mené ses essais et a réussi l\u2019exploit de la « téléphonie sans fil », la transmission de la voix humaine.Une première fois en 1900, et quelques autres jusqu\u2019à cette fameuse veille de Noël 1906 où il lit la Bible, * Professeur honoraire à l\u2019École des médias, UQAM breton.andre@uqam.ca 43 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO joue du violon, chante et envoie ses bons vœux dans une brève émission captée par plusieurs navires au large de la Nouvelle-Angleterre.C\u2019est cette date, décembre 1906, qu\u2019on retient comme le début de la radio parlée, mais c\u2019est aussi 1896, dix ans plus tôt, qu\u2019on retient pour la TSF, la « télégraphie sans fil » de Marconi, qui, entre 1895 et 1901, multiplie ses essais de plus en plus impressionnants.L\u2019Italien Guglielmo Marconi a reçu le prix Nobel de physique en 1909, conjointement avec l\u2019Allemand Ferdinand Braun qui avait lui aussi développé avec succès la TSF.Il ne faut pas croire qu\u2019au Québec pendant ce temps on était coupé du reste du monde radiophonique en devenir.Pas du tout ! Et ici je me réfère à cet ouvrage fondamental de Pierre Pagé, Histoire de la radio au Québec, Information, éducation, culture, paru chez Fides en 2007.Dès 1899, nous dit Pierre Pagé, le physicien Henri Simard expérimentait la télégraphie sans fil à l\u2019Université Laval.En 1900, à l\u2019Exposition universelle de Paris, il y a des Québécois qui assistent aux expériences de TSF présentées par Édouard Branly, dont Trefflé Berthiaume, le directeur du quotidien La Presse.En 1904, Berthiaume fait ériger dans le parc du collège de Joliette une grande antenne de réception de la TSF pour permettre à La Presse de capter les nouvelles internationales.En 1905, l\u2019abbé Henri Simard, qui s\u2019était perfectionné auprès d\u2019Édouard Branly, donne en amphithéâtre à l\u2019Université Laval des cours de TSF ouverts au public et publie un Traité de physique, destiné aux collèges de l\u2019époque et qui comprenait un chapitre sur la TSF.De Montréal à Gaspé, de chaque côté du fleuve, dans les collèges et séminaires on enseigne le code morse aux futurs 44 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO opérateurs de TSF, parce que les navires marchands qui sillonnent le Saint-Laurent sont presque tous équipés d\u2019un poste de télégraphie.En 1908, un jeune technicien formé à l\u2019académie Girouard de Saint-Hyacinthe, Joseph-Narcisse Cartier, se rend en Nouvelle-Écosse rencontrer Guglielmo Marconi.Marconi avait obtenu du gouvernement fédéral de Wilfrid Laurier le monopole des installations de TSF destinées à la marine marchande canadienne et qui transmettaient déjà le fameux signal horaire, reçu d\u2019Ottawa par fil téléphonique.Toujours est-il que Marconi prend Cartier dans son équipe de télégraphistes, ce même Joseph-Narcisse Cartier qui allait fonder CKAC-Montréal en 1922.Il faudrait parler aussi de l\u2019abbé Georges Désilets, du Séminaire de Nicolet, qui a développé dès 1912 un réseau de stations expérimentales dans toute la Mauricie.1912, c\u2019est le naufrage du Titanic : 1500 morts, mais aussi 700 personnes rescapées grâce à la TSF, qui permet à des navires présents dans l\u2019Atlantique Nord de leur porter secours.1912, c\u2019est également la conférence de Londres, où 46 pays s\u2019entendent minimalement sur un premier partage des lettres d\u2019appel.Pour le Canada, et donc le Québec, ce sera CF, CH, CJ et CK pour les premières lettres.Le gouvernement fédéral accorde des licences expérimentales, si bien qu\u2019il y en avait déjà 18 au Québec lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale.Tous les gouvernements engagés dans le conflit ont alors interdit l\u2019utilisation des ondes hertziennes, sauf pour leurs propres besoins militaires ou stratégiques. 45 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Les licences expérimentales redeviennent possibles après la guerre, et plusieurs établissements d\u2019enseignement s\u2019y remettent.Guglielmo Marconi en obtient une et lance XWA à la fin de 1918, qui deviendra CFCF l\u2019année suivante.Mais c\u2019est surtout 1922 qui marque les grands débuts, comme à peu près partout ailleurs dans le monde.Une vingtaine de licences radio sont octroyées au Canada cette année-là et, signe des temps, les grands quotidiens en veulent tous.Le Toronto Star, le Winnipeg Tribune, le Calgary Herald, le Edmonton Journal, le Vancouver Province et, à Montréal, le quotidien La Presse, qui lance CKAC.Plusieurs abandonneront rapidement, mais CKAC-La Presse connaîtra une très longue vie.D\u2019autres quotidiens québécois lancent leur propre station : CKCI-Le Soleil à Québec en 1924, à Montréal CHLP-La Patrie en 1932, CKCH à Hull en 1933, qui sera bientôt associé au quotidien Le Droit d\u2019Ottawa, et en 1937 CHLT-La Tribune à Sherbrooke et CHLN-Le Nouvelliste à Trois-Rivières.En quelque sorte, la presse écrite voit la radio comme un média d\u2019avenir, mais aussi comme un concurrent qu\u2019il vaut mieux domestiquer de l\u2019intérieur.En 1922, La Presse confie le lancement de CKAC à Jacques- Narcisse Cartier, qui avait fait ses classes auprès de Marconi avant de devenir télégraphiste expert pendant la guerre.Il avait aussi travaillé avec l\u2019Américain David Sarnoff, qui deviendra le grand manitou de RCA, Radio Corporation of America.Jacques-Narcisse Cartier \u2013 expert technicien et journaliste \u2013 va développer CKAC très rapidement, avec l\u2019aide de Joseph-Arthur Dupont, partisans des nouvelles économiques et sportives.Cartier quitte CKAC en 1928 et Dupont poursuit l\u2019aventure.Un joueur étrange s\u2019insère dans le paysage radiophonique dès 1923 : c\u2019est le Canadian National Railway, qui diffuse 46 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO ses propres émissions en achetant du temps d\u2019antenne aux radios des grandes villes du Canada aux heures de passage de ses trains.Le CN se donne ses propres lettres d\u2019appel dans chacune des villes, CNRM pour Montréal, CNRQ pour Québec, qu\u2019on appelait des stations « fantômes » dans le milieu et que le CN alimentait en utilisant ses lignes télégraphiques le long des voies ferrées.C\u2019était avant tout une astuce commerciale pour attirer à bord les voyageurs en leur offrant des wagons munis de casque d\u2019écoute, un coup de marketing avant la lettre ! Au début, CKAC-La Presse, CFCF-Marconi et CHYC- Northern Electric se partagent à Montréal la même antenne, ce qui est courant un peu partout.Northern Electric abandonne la partie en 1928 et, en 1929, CKAC et CFCF obtiennent chacune leur fréquence individuelle.À Québec, il semble bien que le quotidien Le Soleil n\u2019ait pas beaucoup soutenu CKCI, lancée en 1924 et qui a très tôt partagé l\u2019antenne avec CKCV, créée le 26 août de la même année par Charles Vandry \u2013 CK\u2026 CV, CV pour Charles Vandry ! CHRC voit le jour le 1er avril 1926 et partage aussi l\u2019antenne avec CKCV, qui héberge également à ses heures la station fantôme du CN, CNRQ.À partir de 1930, CHRC et CKCV ont exploité chacune leur propre fréquence, et ont marqué pendant très longtemps le paysage radiophonique de la Capitale.Pour Radio-Canada, c\u2019est une plus longue histoire et les débuts ont été laborieux ! Durant les années 1920, la radio se développait partout au Canada selon le modèle commercial américain.Même que plusieurs stations relayaient en partie les stations américaines.Devant les inquiétudes que soulevait une telle situation, le gouvernement fédéral crée une commission royale 47 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO en 1928, la commission Aird, du nom de son président.Son rapport recommande, un an plus tard, la création d\u2019une radio d\u2019État inspiré de la BBC en Angleterre.La crise économique qui suit le krach de 1929, la défaite du gouvernement libéral en 1930 par les conservateurs retarde un peu la suite, mais finalement le fédéral crée en 1932 la Commission canadienne de radiodiffusion, qui fait office à la fois de diffuseur public et d\u2019organisme réglementaire.Les premières équipes de production viendront en partie du Canadien National qui avait décidé de mettre fin à son aventure radio.Et pour assumer la direction de la programmation en français, le fédéral recrute nul autre que Joseph- Arthur Dupont, le directeur de CKAC-La Presse ! Le 2 novembre 1936, la Commission canadienne de radiodiffusion \u2013 CRBC en anglais \u2013 est remplacée par la CBC, la Société Radio-Canada.À Montréal, c\u2019est d\u2019abord CBM, Canadian Broadcasting Montréal, une radio bilingue, comme celle qui existait déjà à l\u2019époque de la Commission canadienne.Cette question de bilinguisme était fortement critiquée dans la population francophone, et même concernant CKAC, surtout que le nouveau directeur, Louis-Philippe Lalonde, avait eu la bonne \u2013 ou la mauvaise \u2013 idée d\u2019élargir une entente d\u2019affiliation avec la Columbia Broadcasting System pour ajouter les CBS news aux nombreuses émissions américaines déjà à l\u2019horaire.C\u2019est dans ce contexte que CBF \u2013 Canadian Broadcasting français \u2013 est lancée à Montréal le 1er décembre 1937 et en 1938, ce seront CBV à Québec et CBJ à Chicoutimi.La guerre pointe de nouveau à l\u2019horizon européen, et Radio- Canada aura à jouer son rôle\u2026 Les radios ne seront pas interdites pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elles devront se soumettre à la cen- 48 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO sure militaire et soutenir la propagande ! Servir l\u2019effort de guerre, ne pas trop parler du front quand les nouvelles sont mauvaises, et maintenir le moral de la population à partir de ce qui avait commencé à se développer avec succès, les radioromans, qui ont connu un essor extraordinaire pendant cette période, tant à CKAC qu\u2019à Radio-Canada.En comptant les radios privées qui lui sont affiliées, Radio- Canada rejoint en 1940 les trois quarts de la population québécoise.C\u2019est donc elle qui donne le ton.Mais CKAC à Montréal, CKCV et CHRC à Québec, ont aussi misé sur l\u2019information dès leurs débuts.Les bulletins de nouvelles occupent une bonne place aux heures de grande écoute, et on a appris à confier à des commentateurs le soin d\u2019analyser l\u2019actualité.La tradition et l\u2019expérience ne manquent donc pas.Mais c\u2019est surtout avec le reportage de guerre, avec les Gérard Arthur, Marcel Ouimet, Jacques Desbaillets et jusqu\u2019à René Lévesque que la radio s\u2019illustre, parfois même jusqu\u2019aux lignes de front.Les journalistes « embarqués » avec les militaires, c\u2019était déjà un peu le cas ! Plus personne ne doute maintenant de la toute-puissance de la radio : information, divertissement, culture et\u2026 éducation ! Un mot sur la radio éducative.Elle est apparue pour la première fois de par la volonté du gouvernement du Québec qui, avant même la fin des travaux de la commission Bird mandatée par le fédéral, fait adopter en avril 1929 la Loi relative à la radiodiffusion dans cette province.Avec un budget de départ de 30 000 $ pour la première année, l\u2019économiste Édouard Montpetit de l\u2019Université de Montréal est chargé de constituer l\u2019équipe de conférenciers de L\u2019Heure provinciale, qui sera diffusée à CKAC pendant dix ans, jusqu\u2019en 1939 donc.Édouard Montpetit s\u2019adjoint le talentueux et polyvalent Henri Letondal comme directeur artistique. 49 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO La suite, si l\u2019on peut dire, viendra deux ans plus tard de Radio-Canada, qui crée en 1941 le service de Radio-Collège, un formidable corpus de conférences, de tables rondes et même de cours de base.Pendant quinze ans, la population québécoise a eu accès à la connaissance universelle par le biais d\u2019émissions éducatives savamment retravaillées par des réalisateurs qui comprenaient intuitivement ce qu\u2019il convient d\u2019appeler le langage radiophonique.Mais la radio privée se développe, et rapidement.À Montréal CKVL entre en ondes le 3 novembre 1946, CK\u2026VL, VL pour Verdun Lakeshore, c\u2019est donc une radio bilingue au début.Il faut dire que l\u2019année précédente, notre ami Joseph-Arthur Dupont, l\u2019ancien de CKAC, avait quitté ses fonctions de direction à Radio-Canada pour fonder CJAD-Montreal, C\u2026 JAD pour Joseph-Arthur Dupont.Une radio anglophone de plus.Imité à Québec en 1950 par l\u2019un de pionniers de CHRC, Joseph-Narcisse Thivierge, qui lance CJNT, C\u2026JNT pour ?Joseph-Narcisse Thivierge ! Ce jeu dans les lettres d\u2019appel est assez courant : en 1954 à Montréal, CJMS, C\u2026 JMS pour Je me souviens !, la devise du Québec, certains osant même Canada, je me souviens ! L\u2019important de la période 1945-1970, qu\u2019on a parfois appelé l\u2019âge d\u2019or de la radio, c\u2019est que non seulement elle se développe partout sur le territoire québécois, mais c\u2019est aussi qu\u2019elle est terriblement créative.Chez les auteurs dramatiques, les femmes y tiennent une bonne place, et les personnages féminins des radioromans influenceront grandement l\u2019émergence de ce qu\u2019on appellera plus tard l\u2019émancipation des femmes, pour ne pas dire le féminisme.Bien sûr, quand la télévision arrive en 1952, elle secoue la radio, et de deux façons : elle lui prend une partie du public, 50 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO surtout en soirée, mais en plus elle recrute ses principaux artisans à la radio, au théâtre aussi, puisque le savoir-faire artistique est là.La radio doit retrouver rapidement un second souffle et ce sera fait avec l\u2019arrivée du transistor, qui permet aux adolescents d\u2019écouter la radio hors du duo parental, aussi la généralisation du récepteur radio dans les automobiles et, pour ce qui est de la programmation, le début des tribunes téléphoniques et l\u2019exploitation à outrance du 45 tours.Plusieurs phénomènes à connotation économique marquent la radio au milieu des années 1960.Avec l\u2019arrivée en 1962 de CKLM 1570 au cadran (LM pour Laval-Montréal), il n\u2019y avait plus aucune fréquence AM disponible à Montréal, ce qui veut dire que le marché est saturé.Si bien que quand Jean-Pierre Coallier lance la radio CFGL, il doit accepter d\u2019aller sur la bande FM.Quelle bonne idée ! Parce que si les stations de radio privées ont leur fréquence FM depuis un bon moment, CKVL-FM, CJMS-FM, il ne s\u2019y passe rien.Avec « la radio qui parle et qui chante », comme le proclamait Jean-Pierre Coallier sur CFGL-FM, c\u2019est un grand déblocage qui se produit.L\u2019autre phénomène, c\u2019est la création des réseaux radiophoniques Radiomutuel et Télémédia.Raymond Crépault, déjà propriétaire de CJMS à Montréal, rachète en 1967 des stations existantes à Québec et à Hull, puis en ouvre deux autres en 1968, à Sherbrooke et à Trois- Rivières.Tout de suite, il les regroupe au sein du réseau Radiomutuel avec CJMS comme tête de pont.C\u2019est une première au Québec, et Radiomutuel connaît beaucoup de succès avec ses bulletins d\u2019information aux demi-heures et ses reportages « sur les lieux » ! L\u2019idée de réseau radiophonique est rapidement reprise par Philippe de Gaspé-Beaubien, qui crée Télémédia et rachète 51 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO des stations radio pionnières dans leurs villes, les mêmes villes en fait que les stations de Radiomutuel, sauf pour ce qui est de Québec.Pour Télémédia, la tête de réseau sera CKAC Montréal, acquise en 1968 au moment du rachat du quotidien La Presse par Paul Desmarais.La crise d\u2019octobre devait sacraliser l\u2019information radio.Au tout début, le FLQ a privilégié CKLM et Pierre Pascau, mais par la suite le FLQ a aussi informé CKAC Télémédia et, en particulier, de l\u2019endroit où se trouvait la Chevrolet qui avait dans son coffre le corps de Monsieur Pierre Laporte.Dès après, le réseau Télémédia connaît un grand succès.D\u2019autant plus qu\u2019il a repêché du réseau Radiomutuel son directeur Paul-Émile Beaulne, qui apporte à CKAC des changements cosmétiques, mais efficaces : les nouvelles au quart d\u2019heure et à moins quart, avec le slogan « les nouvelles quinze minutes plus tôt », et cet autre : « Tout le monde le fait, fais-le donc ! ».Sur la bande FM, la radio se renouvelle encore plus vite.À Montréal, la station anglophone CHOM fait fureur auprès du public\u2026 francophone.La riposte est lente, mais elle vient en 1976 avec la mutation subite de CKVL-FM en C-K-O-I, CKOI, un nom suggéré par l\u2019animateur Alain Labelle.Succès quasi immédiat, si bien que CJMS-FM Radiomutuel devient à son tour CKMF en 1978, et mise sur l\u2019arrivée du disco.Pour Télémédia, c\u2019est d\u2019abord à Sherbrooke que CHLT-FM devient CITÉ-FM, puisque CKAC n\u2019avait jamais jugé bon de créer son double sur la bande FM.Ce sera fait en 1977 avec, là aussi, CITÉ-FM qui deviendra la marque de son réseau.La bande FM voit aussi l\u2019arrivée des radios communautaires au Québec durant les années 1970.Cela a com- 52 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO mencé à l\u2019Université Laval avec la création de CKRL-FM en février 1973, puis CINQ-FM Radio Centre-Ville Montréal en 1975 et jusqu\u2019à CIBL en 1980, avec une dizaine d\u2019autres créées en province par des militantes et des militants.Il y aurait aujourd\u2019hui à peu près 35 radios communautaires au Québec, regroupées en association depuis 1979.Leur reconnaissance a franchi un grand pas en 1986 avec la publication du rapport Sauvageau-Caplan, qui recommandait de les inclure de plein droit dans la Loi canadienne sur la radiodiffusion.Contribution remarquable de Florian Sauvageau, professeur émérite de l\u2019Université Laval ! Il existe même un Fonds canadien de la radio communautaire, qui taxe légèrement les acquisitions de radios privées pour soutenir financièrement les radios communautaires.Parce que des acquisitions, il y a en eu tout au long du dernier quart de siècle.En septembre 1986 arrive un nouveau joueur, Cogeco, déjà présent dans la télévision et le câble.Cogeco achète coup sur coup deux radios FM bien implantées, CFGL Laval, pour 27 millions de dollars, et CJMF, le FM-93 à Québec, pour huit millions.Ce sont à l\u2019époque des prix incroyables, du jamais vu ! Deux ans auparavant, au printemps 1984, le trio de direction du réseau de Télémédia, Paul-Émile Beaulne en tête, quittait en bloc pour racheter le réseau Radiomutuel et tenter de le relancer.Radiomutuel s\u2019était payé le luxe d\u2019une grève de deux ans à CJMS Montréal, cinq des sept stations étaient déficitaires et la dette se montait à 13 millions.Quoi faire ?! À l\u2019époque où Jacques Parizeau était ministre des Finances, il avait créé le RÉA, le Régime d\u2019épargne actions, qui a permis à de milliers de Québécois de devenir actionnaires 53 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO dans des entreprises québécoises.C\u2019est le Régime d\u2019épargne actions qui a permis à Radiomutuel de s\u2019en sortir en remplaçant les dettes bancaires par des actions émises en Bourse.Télémédia et Cogeco ont aussi profité du Régime d\u2019épargne actions, mais c\u2019était pour financer leur expansion, et non pour leur éviter la faillite.Un quatrième joueur s\u2019amène dans le paysage montréalais, c\u2019est le duo Pierre Arcand / Pierre Béland qui quittent à leur tour la direction de Télémédia pour acheter des stations de radio en empruntant eux aussi aux banques.En 1988, c\u2019est d\u2019abord l\u2019acquisition de CFCF, la station fondée par Marconi, et sa sœur sur la bande FM, CFQR, un machine à sous.Puis Arcand et Béland se portent volontaires pour administrer et éventuellement racheter CKVL et CKOI, quand le CRTC refuse en 1989 à Selkirk Communications le droit d\u2019acquérir nos deux joyaux francophones.Faut dire qu\u2019entretemps Selkirk s\u2019était vendue à Southam qui allait bientôt se vendre à Maclean-Hunter qui allait plus tard se vendre à Rogers\u2026 Au début de la décennie 1990, le visage de la radio privée québécoise, la propriété de la radio privée québécoise a radicalement changé.Il n\u2019y a presque plus de station à propriétaire unique, et pratiquement toutes les stations sont reliées à un réseau.De façon générale la bande FM est profitable, très profitable même, mais la bande AM est devenue un canard boiteux.Coup de théâtre ce 30 septembre 1994, qu\u2019on a appelé le vendredi noir de la radio AM.Télémédia et Radiomutuel annoncent la fusion de leurs activités sur la bande AM au sein de Radiomédia.Ce soir-là, la rationalisation signifie la fermeture, à 18 heures, de six stations AM.Reposent en paix CJMS Montréal, CJRP Québec, CKCH Hull, CJRS Sherbrooke, CJTR Trois-Rivièves, CJMT Chicoutimi. 54 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Reposent en paix, mais presque tout leur personnel est mis au chômage.Dans la fusion, certains passent d\u2019une antenne à l\u2019autre du vendredi au lundi.Gilles Proulx, par exemple, transporte son Journal du midi de CJMS à CKAC, alors que, côté sports, Michel Lacroix est remercié par CKAC pour ensuite être repêché par le Canadien de Montréal qui lui ouvre le micro du Forum, aujourd\u2019hui le centre Bell.Cherchant son salut, la bande AM s\u2019est spécialisée dans la radio « parlée » et a laissé la musique à la bande FM.À Québec, on a connu le « roi » Arthur, à Montréal ce furent Pierre Pascau et Gilles Proulx, mais la FM gagne du terrain et à Montréal CKOI finira par détrôner CKAC autant pour ce qui est de l\u2019écoute que de la rentabilité.Un mot au passage sur Jean-Pierre Coallier, ce génie solitaire qui avait repris CIEL-FM à Longueuil contre ses parts dans CFGL avant qu\u2019elle ne soit vendue à Cogeco.Ce que veut Jean-Pierre Coallier, c\u2019est une radio classique, qu\u2019il obtiendra finalement en 1998 à Montréal et qui obtient dès le début un succès considérable, ce qui permet à Coallier de se débarrasser de CIEL en la cédant au duo Arcand/Béland.Les temps changent, et Radio-Canada l\u2019a compris à son tour, qui demande au CRTC de transposer ses stations AM dites de la « première chaîne » sur la bande FM à la fin des années 1990.À Montréal, CBF et CKVL convoitent alors la même fréquence sur la bande FM, le 95,1.Radio-Canada l\u2019emporte et CKVL ferme ses portes, mais ses propriétaires, le duo Arcand/Béland reprennent en 1999 la fréquence AM de Radio-Canada pour lancer INFO-690, la première radio d\u2019information continue, qui vivra moins d\u2019une décennie.En 1999, le groupe Astral rachète Radiomutuel, ses stations FM du réseau Énergie et sa demi-part de Radiomédia.Et 55 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO deux ans plus tard, Astral devient propriétaire unique de Radiomédia et rachète toutes les stations radio de Télémédia au Québec, ce qui veut surtout dire les stations FM du réseau CITÉ Rock-détente.En 2001, toutes les stations appartenant à Pierre Arcand et Pierre Béland sont vendues à Corus Entertainment de l\u2019Alberta.Pierre Arcand devient président-directeur général de Corus Québec jusqu\u2019en 2007, alors qu\u2019il est élu député libéral de Mont-Royal en remplacement de Philippe Couillard, démissionnaire.Le député Pierre Arcand est actuellement ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles et responsable du Plan Nord.On se retrouve donc pendant la première décennie 2000 avec un ménage à trois : Astral Média, qui domine la FM avec plus de la moitié des stations et de l\u2019écoute, Corus Québec et Cogeco.En 2010, Corus Entertainment, qui n\u2019a pas la fibre québécoise, revend toutes ses stations à Cogeco, pour à peu près la moitié de ce qu\u2019il avait payé au duo Arcand/Béland.Et en 2012, Bell Canada annonce l\u2019achat d\u2019Astral Média pour trois milliards de dollars.Astral n\u2019était pas que le repreneur de Radiomutuel et des stations de Télémédia, Astral c\u2019était 84 stations dans huit provinces, la télévision payante, Super Écran, Canal D, Canal Vie, Télétoon et près de 10 000 panneaux publicitaires.Cogeco, Québecor et Rogers s\u2019opposent vivement à la transaction, qui est légèrement modifiée après les premières audiences du CRTC, mais finalement, Bell Canada, de Toronto, achète Astral et détient depuis l\u2019an dernier les deux tiers de la radio privée québécoise, loin devant les 13 stations de Cogeco. 56 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO La radio privée, qui a longtemps servi à offrir des auditeurs et des auditrices aux publicitaires, est devenue graduellement un bon réservoir de gain de capital.Tout ça n\u2019est pas étranger à un certain appauvrissement, parce que les revenus publicitaires ne servent pas seulement à payer l\u2019exploitation, les frais techniques et les salaires, mais aussi, et de plus en plus, à répondre à l\u2019appétit des actionnaires.À Radio-Canada pendant ce temps, le dépérissement des budgets est sans doute pour quelque chose dans l\u2019affaiblissement de sa programmation, du moins au Québec.Certainement aussi la perte de vision d\u2019un mandat culturel pourtant inhérent à notre tradition de radio publique.Toujours est-il que la fermeture brutale de la chaîne culturelle à la rentrée de septembre 2004 constitue un véritable assassinat, un abandon incroyable des créateurs et des artisans, autant que du public citoyen, que ce soit en musique ou en littérature et en théâtre.Surprise pour ce qui est du développement d\u2019Internet : alors que son arrivée pouvait être source de tous les dangers pour la radio, c\u2019est bien le contraire qui s\u2019est produit.Avec la retransmission en direct sur la Toile, avec le téléchargement pour l\u2019écoute en différé, avec la baladodiffusion, Internet est devenu le meilleur complice de la radio.Le seul problème, peut-être, c\u2019est que ça accentue la fragmentation de l\u2019auditoire, en l\u2019individualisant encore plus.L\u2019auditeur, l\u2019auditrice, pouvant même « programmer », en quelque sorte, son écoute.Mais Internet a aussi permis à de nouvelles radios d\u2019exister, en repoussant la nécessité d\u2019avoir une antenne.Et là, les possibilités sont quasi infinies, entre Jeff Fillion à Québec et la superbe Arte Radio en France, CHOQ-FM à l\u2019UQAM ou la dernière-née, Radiowebphré à Magog.L\u2019enthousiasme de Reginald Audrey Fessenden nous aura menés loin ! q 57 DOSSIER Marie-Laurence Rancourt* UN PAYS À METTRE EN ONDES** Les récentes annonces concernant les compressions budgétaires à réaliser au sein du diffuseur public qu\u2019est la Société Radio-Canada (SRC) ont provoqué une relative panique chez plusieurs, dont de fins observateurs des transformations orchestrées au sein de l\u2019institution au cours des dernières décennies1.Des citoyens vigilants et attachés à l\u2019institution ont pris d\u2019assaut les rues de différentes régions du Québec, le 16 novembre dernier, afin de protester contre la dévaluation véritable dont est l\u2019objet Radio-Canada, réclamant pour l\u2019institution les moyens nécessaires au traitement d\u2019une information de qualité, intègre, riche et diversifiée.À revisiter l\u2019histoire récente du radiodiffuseur canadien en contexte québécois, l\u2019on ne peut cependant que constater que cette dernière soustraction financière n\u2019a absolument rien d\u2019original, la dépréciation budgétaire revenant par vagues successives se briser sur le versant radio-canadien.De fait, l\u2019État canadien n\u2019a cessé de 1 BAILLARGEON, S., 2014, « ICI à la tronçonneuse », Le Devoir.Consulté sur Internet (http ://www.ledevoir.com/societe/medias/405153/600- postes-pourraient-etre-abolis-a-radio-canada-cbc) * Étudiante à la maîtrise en sociologie, Université Laval rancourt.ml@gmail.com ** Inspiré du titre d\u2019un texte de 1965 de Jacques Brault.Source : Parti pris, une anthologie, 2013, Lux Éditeur, 2013 58 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO réduire sa participation financière auprès de l\u2019institution publique depuis près d\u2019une vingtaine d\u2019années, l\u2019établissement étant assujetti aux secousses financières enclenchées par le pouvoir gouvernemental qui tient les rênes des crédits parlementaires octroyés à la société d\u2019État.Dès lors, lorsque les finances du gouvernement fédéral sont en crises, Radio- Canada devient martyre.Les 45 millions de dollars de compressions annoncées par le gouvernement conservateur en juin dernier (2014) se présentent comme la quatrième réduction budgétaire subie par l\u2019institution en cinq ans2 : la ritournelle commence à être bien connue, et l\u2019on peut douter du fait que le dernier abrègement annoncé fasse office de postlude au démantèlement en cours \u2013 qui diffère des précédents par la violence et l\u2019impétuosité qu\u2019il exhibe.Toujours en juin dernier, Radio- Canada dévoilait sa nouvelle stratégie intitulée « Un espace pour nous tous », soutenant alors renouveler, par cette initiative, son souci pour les communautés locales dans le traitement de l\u2019information régionale.Ce qui n\u2019empêcha pas l\u2019annonce paradoxale \u2013 mais non moins surprenante \u2013 par Radio-Canada, le 11 décembre 2014, de la réduction prochaine de 30 minutes des bulletins d\u2019information régionaux, une diminution qui se verrait soi-disant équilibrée par une présence renforcée sur le Web, celui-ci étant aujourd\u2019hui présenté comme le remède ultime à tous les maux, alors que les stratégies médiatiques actuelles se réduisent la plupart du temps à un dévouement véritable à son endroit.D\u2019ailleurs, Hubert T.Lacroix, l\u2019actuel PDG de Radio-Canada, soutient constamment, lorsque questionné sur le virage qu\u2019il cherche à insuffler à l\u2019institution, que les compressions infligées à Radio-Canada permettront à la Société d\u2019État de faire son 2 BAILLARGEON, S., 2014, « Nouvelles compressions de 45M$ », Le Devoir.Consulté sur Internet (http ://www.ledevoir.com/societe/ medias/411598/radio-canada-cbc-nouvelles-compressions-de-45-m). 59 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO entrée dans l\u2019ère numérique, celle-ci semblant être la porte d\u2019entrée de la révolution culturelle qui attend le radiodiffu- seur.L\u2019administrateur évite cependant de se prononcer sur ce que provoque, au-delà de l\u2019horizon chiffré, la dépréciation de l\u2019organisation en cours lorsqu\u2019interpelé : pas un mot sur l\u2019importance patrimoniale des feus ateliers de décors (2013) et entrepôt de costumes (2014), dont le dernier, fermé puis vidé il y a quelques semaines, s\u2019avérait le plus important en Amérique du Nord.Et très peu de discours sur les mises à pied passé et à venir qui affectent personnellement réalisateurs, techniciens, journalistes, artistes, etc.Hélas, chercher à adapter les formats en misant exclusivement sur le Web et les nouvelles possibilités qu\u2019il offre en terme de format sans réfléchir au contenu véhiculé nous apparaît comme une bévue fondamentale dont on aurait tort de minimiser les conséquences à venir.Rapidement, nous pourrions alors dériver vers une « modernité sans projet » (Mattelart 2009) si nous ne cherchons pas à souligner les contradictions qui sont en voie de pervertir Radio-Canada qui, hier institution cristallisant en sa maison certaines valeurs lui consacrant une grandeur, semble aujourd\u2019hui réduite à la figure d\u2019une organisation en compétition constante avec des acteurs privés dont les ambitions mercantiles devraient pourtant détonner avec une institution à vocation publique dont l\u2019ambition première se devrait d\u2019être un point de repère pour la nation, un miroir pour la société dans laquelle elle s\u2019insère, un formidable outil de mise en récit de nos expériences collectives et un moyen exceptionnel d\u2019entrer en relation avec autrui, avec la communauté.Si l\u2019ensemble des travers financiers qui affectent l\u2019organisation depuis plusieurs années déjà est dû, d\u2019une part, à une forme de marchandisation des médias, il importe tout de même d\u2019en prendre la juste mesure en nous interrogeant 60 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO sur l\u2019importance et l\u2019utilité d\u2019un pareil objet pour une société donnée ; dans ce cas-ci, pour le Québec.De fait, les récents discours concernant Radio-Canada ont surtout traité des aspects techniques et économiques de l\u2019institution ; nous chercherons plutôt ici à réfléchir aux potentialités socioculturelles que représente une radio publique pour le Québec.Nous discuterons donc particulièrement de la figure qu\u2019est la radio publique, des enjeux qui la dynamisent et des fonctions qu\u2019une telle figure pourrait choisir de remplir, si elle souhaitait rétablir le lien qui l\u2019attache à la communauté dans laquelle elle s\u2019insère.Si la mort de la radio a plusieurs fois été annoncée \u2013 au moment de l\u2019introduction de la télévision, par exemple \u2013, il faut cependant admettre qu\u2019elle a toujours su préserver sa place, en s\u2019adaptant à de nouvelles conditions d\u2019existence, mais en se pliant beaucoup au jeu des cotes d\u2019écoute sur lesquelles elle compte plus que jamais pour assurer sa perpétuité, étant constamment dans une logique de séduction afin d\u2019enjôler l\u2019auditeur devenu client.Pourtant, ce rapport est erroné : une radio publique devrait être perçue comme un lieu essentiel d\u2019être ensemble collectif de sorte que les auditeurs puissent prendre conscience de ce qui caractérise leurs groupes d\u2019appartenance de même que de ce qui les relie à une même communauté.Symbole de dépossession, Radio-Canada ?Sur quoi nous renseignent donc les contradictions qui se font jour à l\u2019heure actuelle au sein même de la Société d\u2019État, notamment du côté de la radio ?Elles ont, à tout le moins, le mérite de rendre clair que Radio-Canada est une radio fédérale se voulant « principalement et typiquement canadienne, vouée au partage d\u2019une conscience et d\u2019une identité nationale », soit un instrument de cohésion sociale à l\u2019échelle canadienne.De fait, l\u2019institution est l\u2019œuvre d\u2019idéologues fédéralistes ayant insufflé à celle-ci une mission fondamen- 61 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO tale : « Reflect Canadians to themselves » (Jackson 1995 : 43).Et plus que jamais, le gouvernement actuel semble souhaiter que l\u2019institution se consacre à ce mandat, en discutant des régions canadiennes, et non pas des régions englobées par ces différents territoires, ce qui entraîne aujourd\u2019hui une sous-représentation de nos régions, notamment sur les ondes radiophoniques nationales.Dans le cas particulier du Québec, l\u2019on redoute évidemment le développement d\u2019une conscience nationale trop aiguë qui pourrait s\u2019avérer fortement néfaste vu les ambitions historiques connues de la part de nombreux Québécois ; ainsi préfère-t-on miser sur une « canadianisation des ondes » afin d\u2019enrayer les ambitions souverainistes « assoupies » d\u2019une frange du peuple québécois.Car si une institution radiophonique publique portée par une mission culturelle pour le moins fondamentale est à la fois structurée par les conditions d\u2019existence de la société dans laquelle elle est amenée à évoluer, elle peut également jouer un rôle structurant (Raboy 1991 : 187) pour cette dernière si elle en vient à assumer un rôle en matière de construction et de reproduction de la société dans laquelle elle s\u2019insère (Lacroix 1991 : 1226), « [rendant] symboliquement accessible l\u2019existence d\u2019une communauté nationale » (Monière 1999 : 10) .C\u2019est dire que son pouvoir est grand, et qu\u2019il doit donc être contrecarré si menace il y a à l\u2019intégrité d\u2019une société et au destin que l\u2019on souhaite lui donner.Ainsi la radio publique aura tôt fait de servir de véhicule premier à l\u2019établissement d\u2019une « unité nationale canadienne », comme une « réalité d\u2019ordre supérieur » (Pelletier 1994 : 198) et serait donc amenée à participer du mode de (re) production étatique.Bien que ce penchant ne se fasse pas toujours sentir, il n\u2019en demeure pas moins que les crises politiques sont révélatrices de cette proximité entre la radio publique et l\u2019identité nationale canadienne, comme a pu en témoigner le référendum sur la souveraineté du Québec en 1995. 62 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Comme le soutenait Jean Chrétien en 1994, « Radio-Canada [a] l\u2019obligation de renseigner les gens sur les avantages que présente le Canada » (Monière 1999 : 44).À l\u2019heure actuelle, il importe de rappeler à nos mémoires cette vocation « homogénéisatrice » \u2013 voire « écrasante » \u2013 de l\u2019institution publique dont le gouvernement semble aujourd\u2019hui vouloir reprendre les rênes en la renvoyant à cette mission quasi originelle, tant il est vrai que Radio-Canada se définit d\u2019abord par son appartenance nationale.Certes, il serait simpliste et réducteur de se représenter la radio d\u2019État comme un simple appareil de domination au service d\u2019une « classe dirigeante », mais il serait également vain de nier la puissance impartie à ce médium capable de fédérer des publics et d\u2019orienter l\u2019opinion générale, la radio ayant une véritable force de persuasion et de mobilisation sur les citoyens.Cela dit, l\u2019histoire canadienne de la radiodiffusion témoigne du fait que la radio publique fut, dès sa naissance, mise au service des intérêts de l\u2019État canadien : de fait, « [a] u Canada, [\u2026] la vocation du service public sera confondue à maintes reprises avec les besoins \u201cnationaux\u201d, notamment en ce qui concerne la constitution à tout prix d\u2019une unité nationale fondée sur un pouvoir central » (Raboy 1998 : 106).Aujourd\u2019hui, l\u2019opposition entre intérêts canadiens et intérêts québécois en matière de radiodiffusion semble ressurgir quelque peu, bien qu\u2019elle soit parfois omise, l\u2019attachement à l\u2019institution semblant outrepasser les appartenances politiques premières de chacun : cela dit, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle aura marqué l\u2019origine même de la mouvance politique qui allait conduire à l\u2019institutionnalisation d\u2019une radio d\u2019État canadienne, en 1936, dont la responsabilité serait alors d\u2019assurer la reproduction de « la communauté de culture canadienne » (Gagné 2010 : 3) mise en péril, 63 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO notamment, par la possible et inquiétante invasion américaine de nos ondes.Dès le départ, l\u2019État canadien justifia son intervention en matière de radiodiffusion en fonction de la poursuite de l\u2019intérêt public ; n\u2019en demeure pas moins que cette décision politico-juridique allait s\u2019imposer comme un symbole supplémentaire de dépossession pour le Québec, que l\u2019on saisit en rapprochant l\u2019émergence de l\u2019institution des structures historico-sociales qui l\u2019ont vu naître.L\u2019un des pionniers de la réflexion critique sur les médias, Alan Thomas, soutenait, en 1960 : Il est évident que le problème majeur du Canada a été de conserver une opinion publique dynamique parmi un public dont le seul trait commun était celui de résider sur un territoire artificiellement segmenté ; en d\u2019autres termes, le problème a été de créer un public réel à partir de collectivités distinctes et géographiquement séparées [\u2026] L\u2019histoire entière du Canada a été celle d\u2019un conflit entre le public, qui est canadien, et le marché, qui a été d\u2019abord américain et, au sens premier du mot, anticulturel.(Thomas 1960 : 23 in Raboy 1998 : 108-109) Dès la création de l\u2019institution étatique, les francophones du Québec ont souhaité défendre, au moyen de la radio nationale, leur culture singulière, historiquement menacée, et si mise à mal par les dominations successives, en faisant rayonner, à travers les ondes hertziennes, leurs contenus et productions culturelles.La radio allait leur permettre de parler d\u2019eux, de s\u2019observer, de se raconter, de problématiser leur existence.Loin du processus d\u2019uniformisation en cours, attribuable notamment aux exigences d\u2019efficacité et au contrôle des coûts, l\u2019ambition première, du côté du Québec, en était plutôt une de différenciation, voire de protection et d\u2019instruction de la culture québécoise.Dès lors, elle apparaît comme un dispositif essentiel du système politique, notamment dans un contexte où les nouvelles technologies de l\u2019information, plutôt que de provoquer une diversification des contenus, tendent davan- 64 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO tage à entraîner une forme de standardisation, d\u2019uniformisation de ceux-ci, et ce, alors même que certaines auraient pu permettre et inciter des acteurs à nourrir une forme de différenciation culturelle qui tienne compte des spécificités locales, régionales et nationales.Matérialisation du délitement et perte de contact Bien que plusieurs des mesures récemment mises en application à Radio-Canada aient concerné la télévision, la radio n\u2019échappe pas aux mesures centralisatrices qui tendent aujourd\u2019hui à faire de Montréal l\u2019unique terreau de l\u2019information (on parle d\u2019une « montréalisation de l\u2019information »), alors que plusieurs stations régionales de Radio-Canada à travers le Québec ont déjà signé leur arrêt de mort, notamment au cours des années 1980-1990.Quiconque syntonise la radio d\u2019État réalisera rapidement que peu d\u2019informations nous parviennent sur les régions extrêmement diverses qui composent le vaste territoire québécois.On constate un véritable et constant appauvrissement en terme de couverture régionale de l\u2019information ; les régions, pour la société d\u2019État, sont ces grands ensembles nommés Manitoba, Saskatchewan et Québec.Rimouski, Ste-Marie et Baie-Comeau passent, pour ainsi dire, sous le radar de la corporation.Ce désengagement de la radio d\u2019État à l\u2019endroit des populations régionales apparaît comme l\u2019un des maux les plus inquiétants de cette « crise de la radio » que traverse actuellement le Québec, et l\u2019on doit y voir l\u2019occasion de se questionner sur le rôle d\u2019une figure si importante et familière de notre quotidien et de notre vie en société, de même que sur les usages qui en sont faits.Du moins, la problématique mérite-t-elle d\u2019être posée, car elle se présente comme réaliste et peut inspirer de nouveaux horizons, tant pour la radio publique que pour notre espace public et démocratique. 65 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO D\u2019abord, la concentration de l\u2019information entraîne forcément une réduction du débat politique aux préoccupations des grands centres métropolitains, préoccupations qui sont souvent bien distinctes de celles des diverses régions composant le Québec et dont on discute bien trop souvent en usant d\u2019une même dénomination réductrice et normalisa- trice.Qui plus est, ce mauvais traitement de l\u2019information régionale porte atteinte à la représentation de l\u2019expérience commune qui relie les unes aux autres les différentes régions : nous perdons contact à mesure que le délitement de notre radio publique se matérialise, nous sommes privés d\u2019un rapport à l\u2019autre essentiel, nous sommes individualisés et donc « affaiblis ».De fait, ce n\u2019est qu\u2019en demeurant unis face au Québec que nous constituerons une totalité capable de s\u2019émanciper, de se soustraire à certaines formes de domination (culturelles, politiques).Pour cela, nous avons besoin d\u2019un outil communicationnel qui remplisse et assume sa fonction de liaison sociale.Qui plus est, pour les régions elles-mêmes, un manque d\u2019information quant à ce qui se déroule sur leur propre territoire risque fort de les entraîner vers un sous-développement régional : en effet, comment assurer un développement économique et culturel cohérent et stratégique des localités si l\u2019on se retrouve face à une pénurie d\u2019information, ignorant de ce qui se déroule dans leur coin de pays ?Pour s\u2019organiser, se coordonner, coopérer, il faut disposer des renseignements nécessaires qui permettent une reconnaissance d\u2019une problématique, son examen et un possible engagement citoyen, politique ?La radio, parce qu\u2019elle permet de réunir rapidement une communauté d\u2019écoute, devrait être considérée, au Québec, comme un véritable levier de développement et, dans cette perspective, les investissements nécessaires devraient s\u2019ensuivre.Faillir à son devoir public d\u2019informer, c\u2019est entraver le progrès social 66 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO du Québec et faire suffoquer les énergies citoyennes déjà à l\u2019œuvre au sein des différents comtés qui composent la nation.Si vous doutez un instant de l\u2019importance de l\u2019information pour une société, songez au rôle de celle-ci pour les marchés financiers\u2026 Face à une fragmentation de l\u2019espace public en raison d\u2019une explosion d\u2019activités discursives et au foisonnement de contenus offerts par l\u2019essor fulgurant du numérique, ne serait-il pas du ressort d\u2019une radio publique de chercher à joindre les différentes communautés présentes sur un territoire donné en proposant une information régionale de qualité qui nous permette de nous donner une conscience de nous-mêmes, des réalités qui constituent l\u2019entité Québec ?À l\u2019heure de la fermeture de plusieurs hebdos régionaux et d\u2019une concentration de plus en plus grande de la puissance médiatique entre les mains de quelques conglomérats, n\u2019a-t-on pas plus que jamais besoin d\u2019une institution publique dont l\u2019ambition serait de nourrir le lien social entre les communautés présentes sur le territoire entre les individus issus des quatre coins du « pays réel » afin de rendre possible l\u2019élaboration d\u2019orientations collectives et l\u2019émancipation générale ?Nous nous permettons d\u2019avancer ici que l\u2019entreprise de dissolution du rapport à la totalité en cours, qui se révèle notamment dans l\u2019élimination de façon de plus en plus radicale de différentes institutions régionales à vocation culturelle et politique, est à inscrire dans un travail assumé de désintégration des lieux au sein desquels les questions d\u2019ordre général pouvaient être réfléchies et débattues.En négligeant l\u2019information régionale, c\u2019est le lien social entre les différentes entités du Québec qui s\u2019en trouve gravement affaibli.Un médium radiophonique à vocation publique conçu comme véhicule de culture n\u2019a-t-il pas la capacité de mettre en récit le « monde de la vie » et, ainsi, d\u2019instituer 67 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO de nouveaux espaces mentaux propices à la réflexivité et à la problématisation de notre existence commune ?C\u2019est cette vision de la radio que nous choisissons de défendre, car nous croyons que le Québec contemporain a plus que jamais besoin de repères communs, de visions collectives, dans un contexte marqué par une surabondance d\u2019informations mises à notre disposition.Comme mentionné précédemment, le Québec souffre actuellement d\u2019une véritable carence en terme d\u2019information régionale, et ce, alors même qu\u2019il est confronté à d\u2019importants et cruciaux enjeux environnementaux, sociaux et économiques3.Il devient alors indispensable que l\u2019on nous raconte ce qui s\u2019y déroule ; ce matériel est indispensable à la construction d\u2019une pensée rigoureuse et critique.Et c\u2019est en nourrissant notre pensée individuelle et collective qu\u2019une radio publique peut rendre compte de sa force qui lui vient de son pouvoir d\u2019infléchir le sens donné au monde, et ce, à travers cette capacité de le raconter, de le problématiser, de le réfléchir, de le réinventer.En nous rapportant les projets distincts mis en place à travers tout le Québec, du Bas-St- Laurent en passant par l\u2019Abitibi et Chaudière-Appalaches, en retraçant les pratiques alternatives qui y ont pris racine, le médium radiophonique peut définitivement matérialiser et représenter le rapport entre le Québec et ses régions, ce qui s\u2019avèrerait une contribution majeure dans la poursuite d\u2019un intérêt commun pour la nation, du moins, quant à son agrégation sociale.Comme le rappelle Raymond Corriveau, ancien président du Conseil de presse du Québec, dans un 3 En effet, se joue actuellement dans les régions du Québec de nombreuses luttes importantes pour l\u2019ensemble de la société québécoise : combats contre l\u2019exploitation pétrolière, contre l\u2019accaparement des terres, pour la diversification des activités économiques, etc.Bien que ces enjeux se déploient au sein de territoires spécifiques, ils auront des conséquences pour la totalité que constitue le Québec. 68 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO mémoire présenté en 2008 au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, « l\u2019information est essentielle au positionnement social de l\u2019individu, à la cohésion sociale des communautés et au développement de l\u2019intelligence territoriale.» Dès lors, il apparaît qu\u2019une circulation déséquilibrée de l\u2019information sur les ondes publiques radiophoniques aura nécessairement pour effet d\u2019affecter négativement la conscience collective et l\u2019imaginaire du citoyen.Ce qu\u2019il faille finalement admettre, c\u2019est que ce sont des communautés locales entières qui se voient aujourd\u2019hui rejetées de l\u2019espace médiatique radiophonique québécois et, par le fait même, éclipsées du processus démocratique, leurs préoccupations locales et leurs perceptions particulières se voyant peu \u2013 voire jamais \u2013 discutées dans l\u2019espace public, qui lui se voit généralement configuré autour des grands thèmes relayés par nos plus puissants acteurs médiatiques qui prennent la forme de conglomérats, certes puissants et influents.La radio, espace public et vie politique Comme le disait Raboy (1991 : 204), il faut faire appel à la notion d\u2019espace public, comme lieu d\u2019intervention politique, pour tenter de se réapproprier le pouvoir médiatique au nom de nos propres idéaux et des fondements de la démocratie : bref, il faut se le réapproprier en le concevant comme le « terrain » de luttes véritables, effectives, intelligentes et constructives.Peut-on aujourd\u2019hui soutenir que la radio de Radio-Canada contribue à la mise en place d\u2019un espace public démocratique, donnant la parole aux voix multiples qui composent le paysage québécois, en renouvelant nos débats collectifs, en favorisant les délibérations d\u2019idées qui pourront permettre au Québec d\u2019avancer ? 69 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Permettez-nous d\u2019en douter ; combien d\u2019enjeux et de réflexions socioéconomiques concernant le Québec ne trouvent aujourd\u2019hui aucun écho sur des ondes que l\u2019on dit publiques ?Ils sont nombreux, il faut en convenir.Combien de communautés locales, de groupes sociaux ne reçoivent que très peu d\u2019attention de notre radio publique ?Plusieurs, en effet.Quand réfléchit-on réellement aux conditions objectives de notre situation ?Plutôt rarement.Comment, dès lors, espérer une certaine forme de cohésion nationale alors même que l\u2019espace public auquel participe la radio publique tend à évacuer un nombre important d\u2019acteurs, celui-ci se retrouvant alors occupé par une minorité issue des quelques épicentres urbains ?Si une radio publique ne cherche plus à assumer son rôle en terme de couverture de l\u2019information régionale, l\u2019on peut déjà craindre le pire pour qui rêve de beaux lendemains pour le Québec contemporain, soit la désagrégation rapide de la cohésion sociale et d\u2019éventuels dérapages quant à un développement cohérent et structurant de notre nation.L\u2019espace public ne peut être laissé entre les mains de quelques faiseurs d\u2019opinion qui s\u2019entêtent à démolir le modèle de développement de la société québécoise, comme c\u2019est le cas actuellement sur plusieurs chaînes radiophoniques privées, ce qui participe à la quasi normalisation d\u2019un discours toujours plus condescendant à propos de la matrice québécoise et de certains groupes cibles convoqués sous l\u2019insigne « d\u2019ennemis du système ».Rappelons ici qu\u2019en contexte canadien, c\u2019est l\u2019État fédéral qui dispose des prérogatives en matière de règlementation de la radio et de la télévision (à travers l\u2019organisme qu\u2019est le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (1968)), bien que ce rôle ait maintes fois été contesté devant les tribunaux par le gouvernement de la province de Québec (Monière 1999 : 43) qui, dans une perspective de souveraineté nationale, revendiqua tôt ces pouvoirs. 70 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Cette dernière considération concernant le poids en terme d\u2019influence acquis par plusieurs radios privées est majeure, car, forcément, les rapports que les individus entretiennent avec leurs médias, dans un rapport de médiation entre la radio et le « monde », colorent leur participation à la vie publique (Raboy 1998 : 97) ; de fait, l\u2019information est à la base de l\u2019opinion publique et elle rend possible la société politique (Raboy 1998 : 102).Il faut donc opposer à ce tronçonnage et à cette grossière « fabrique à opinions » érigée autour de quelques personnalités \u2013 auxquelles on demande d\u2019être ce qu\u2019elles sont dans la vraie vie, « sans jouer de game4 » une radio publique de qualité à laquelle seront donnés les moyens nécessaires à l\u2019accomplissement de mandats clairs et inaliénables : celui d\u2019être un véhicule de culture, d\u2019idées et de connaissances pour la société québécoise, en mettant en lumière les réalisations et les projets de chez-nous et d\u2019ailleurs, en analysant, avec la distance nécessaire à la critique rigoureuse, les enjeux qui nous concernent tout en préconisant des approches créatrices et audacieuses afin de mettre en récit les grandes questions dynamisant la société québécoise contemporaine pour finalement donner du sens aux évènements et aux expériences historiques qui sont les nôtres, tout en étant orientée vers le progrès social.Une radio publique participant positivement de la sphère publique, dans une démocratie libérale, doit se présenter comme une arène institutionnalisée d\u2019interactions discursives, reflet de notre richesse culturelle et non exposer un soi-disant « dénuement ».L\u2019outil de communication que constitue une radio publique peut et doit servir aujourd\u2019hui à créer l\u2019unité, à rassembler, à consolider les forces, à mutua- 4 PROVENCHER, N., 2015, « La radio de Québec et de Montréal, deux solitudes », Le Soleil, Consulté sur Internet (http ://www.lapresse.ca/ le-soleil/arts-et-spectacles/television-et-radio/201501/03/01-4832348- la-radio-de-quebec-et-de-montreal-deux-solitudes.php). 71 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO liser le savoir, à satisfaire notre soif d\u2019émancipation collective et notre volonté véritable de se saisir : elle doit servir à se désaliéner sur le plan culturel, d\u2019abord et avant tout.Voilà une mission apparaissant certes comme ambitieuse, mais nécessaire afin de se doter d\u2019un véritable outil communica- tionnel qui puisse rendre compte de la complexité du monde qui est le nôtre, qui puisse nous lier aux autres, au monde, à la société et, finalement, nous permettre de nous représenter, de nous reconnaître et d\u2019enfin faire notre histoire.Une radio publique comme levier politique du pays réel Nous nous octroyons la permission, en guise de conclusion, de nous questionner sur l\u2019importance que pourrait avoir pour le Québec une pleine autonomie en matière de radiodiffusion, sachant que les médias ont joué, dans l\u2019histoire de la province francophone, un rôle véritable en terme de formation de l\u2019identité sociale et nationale, car la radio peut renvoyer une image globale aux citoyens de leur identité collective, en remplissant sa double fonction d\u2019identification et de représentation.Une radio nationale ne constituerait-elle pas un véritable outil de développement d\u2019une culture politique éventuellement en phase avec la réalité politique québécoise ?Une radio nationale québécoise devrait véritablement répondre d\u2019une vocation publique orientée, à savoir : favoriser un débat entre citoyens « éclairés » aptes à déterminer les formes d\u2019un monde qui n\u2019apparaît plus aujourd\u2019hui comme quelque chose de donné, mais plutôt comme quelque chose à construire.Si le collectif francophone souffre aujourd\u2019hui d\u2019une absence de représentation, une radio québécoise permettrait sans doute de contribuer à la production, à la reproduction et à l\u2019entretien d\u2019une identité culturelle qui nous soit propre : c\u2019est donc la nature même de la représentation symbolique du peuple québécois et de ses expériences collectives dans les médias qui doit dès maintenant être revisitée. 72 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Ainsi faut-il voir en la radio beaucoup plus qu\u2019un chaînon dans la transmission de l\u2019information ; il faut y voir un objet à vocation de culture constituant un outil précieux quant à l\u2019orientation de notre devenir collectif que l\u2019on ne peut que se souhaiter émancipateur.La maîtrise de cet avenir passe par une réappropriation de ces espaces qui nous permettent de nous reconnaître comme les personnages d\u2019une même histoire collective et politique.Une radio publique doit être en phase avec les subjectivités qui composent la société comprise comme totalité de même qu\u2019au regard de son historicité : ainsi peut-elle seulement permettre à la société de se saisir, de se juger et de s\u2019orienter elle-même réflexivement (Freitag 1986).Une radio publique devrait aujourd\u2019hui choisir de s\u2019attacher à ses fonctions singulières de médiation, ce qui lui permettrait de nourrir la socialité plutôt que de l\u2019égrapper et de prendre soin des subjectivités humaines indispensables aux passions collectives si nécessaires en ce temps d\u2019ascétisme.Cette figure singulière de l\u2019espace public devrait également chercher à surmonter les tensions véritables entre le privé et le public, entre la centralisation et le régionalisme.La foi en l\u2019autorégulation financière a fait croire à plusieurs qu\u2019il était devenu inutile de se soucier du bien commun, jusqu\u2019à en faire douter le politique ; il est temps de se doter d\u2019un média radiophonique qui constitue un levier véritable pour le Québec par la mise en place de ses projets de société dans une perspective assumée d\u2019émancipation individuelle et collective.Il importe que, dès aujourd\u2019hui, nous cherchions à revaloriser la notion d\u2019espace public comme lieu de débat et d\u2019action (Raboy 1991 : 186) : pour y parvenir, il faut envisager de réformer nos médias nationaux, éléments constitutifs par excellence de cet espace, et ce, pour le plus grand bénéfice de la vie démocratique de la société québécoise.Vous l\u2019aurez deviné, il s\u2019agit d\u2019un projet à saveur politique, car la radio est ici conçue comme un levier politique et comme un acteur 73 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO influent quant aux modalités de représentation du politique, comme lieu de production d\u2019enjeux politiques.Il ne revient aujourd\u2019hui qu\u2019à nous de faire de notre radio publique une véritable agora du XXIe siècle où puissent survenir de lumineux débats d\u2019idées et d\u2019où surgiront certains consensus quant à notre devenir collectif.Faisons de notre époque un moment historique et permettons-nous d\u2019inventer autre chose qui aille dans le sens d\u2019une institution d\u2019information et d\u2019éducation pour qu\u2019un public québécois éclairé et politique se renforce : il faut compter sur de nouveaux artisans de radio qui n\u2019auront crainte de faire preuve d\u2019audace et qui sauront confectionner une radio à la fois créative, populaire et éducative, en faisant appel à de nouveaux dispositifs symboliques.Une radio publique doit permettre au pays de se faire une idée de ce qu\u2019il est (Monière 1999 : 10) et soutenir sa souveraineté culturelle.Il faut urgemment saisir le rôle de la communication dans cette transition vers une nouvelle phase de l\u2019histoire qui nous reste à écrire.Laisser la porte ouverte à un nouveau régime démocratique en traduisant dans nos pratiques notre souci pour notre espace public, en faisant, par exemple, émerger un nouvel acteur radiophonique au service de notre société distincte, c\u2019est également ouvrir la voie à un nouveau type de société qui sera celle qu\u2019ensemble, nous aurons « idéalisé », c\u2019est-à-dire qui relèvera d\u2019un idéal partagé.Il faut trouver de nouvelles façons de se raconter par la radio, de mettre en récit notre vie collective, nos enjeux, nos passions collectives, nos communautés locales : de cela pourrait alors très bien naître une imagerie politique foncièrement singulière et distincte dont le peuple québécois, de la Côte-Nord à l\u2019Abitibi en passant par la Mauricie et la Gaspésie, aura de quoi être fier.Cela ne pourrait que participer favorablement du réveil national et du récit identitaire du « pays réel », tout en permettant une prise effective sur le présent et sur l\u2019avenir de ce dernier.Ce n\u2019est qu\u2019au prix d\u2019un travail 74 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO véritable et acharné, alliant force sociale et intellectuelle, que pourra advenir une radio publique qui participe de l\u2019épanouissement social et culturel des Québécois et Québécoises ; cela s\u2019annonce difficile, mais nécessaire.Car le silence radio a lui aussi un prix qui peut être la fracture du collectif qui n\u2019aura pas su s\u2019affranchir à temps des contradictions qui le démangeaient.Il est temps de reprendre le contrôle sur notre destinée : cela exige de conquérir dès aujourd\u2019hui nos outils de communication dont la radio constitue un dispositif clé.q Bibliographie FREITAG, M., 1986 (2011), Introduction à une théorie générale du symbolique, Montréal, Liber.GAGNÉ, G., 2010, « Le Québec comme marchandise », Revue Liberté, 51, 4 : 9-29.JACKSON, J., D., 1995, « Contradictions : Cultural Production, The State And The Electronic Media », Fréquence, 5.LACROIX, J.-G., 1991, « La radio au Québec : un média en crise qui trahit son mandat social », L\u2019Action nationale, 81, 9 : 1224-1245.MATTELART, A., 2009, Histoire de la société de l\u2019information.Paris, La Découverte.MONIÈRE, D., 1999, Démocratie médiatique et représentation politique.Les Presses de l\u2019Université de Montréal.PELLETIER, J., 1994, « Le Canada de Radio-Canada », Voix et Images, 20, 1 : 196-200.RABOY, M., 1991, « L\u2019économie politique des médias et le nouvel espace public de la communication » : 183-213, in M.Beauchamp (dir.), Communication publique et société.Boucherville, Gaëtan Morin.RABOY, M., 1998, « Le public fantôme : un acteur équivoque qui hante les débats sur les médias » : 97-120 , in S.Proulx (dir.), Accusé de réception.Paris, L\u2019Harmattan. 75 DOSSIER Olivier Turbide* L\u2019EFFICACITÉ DES RADIOS DE CONFRONTATION EN QUESTION Près de 10 ans après le débat autour du non-renouvellement de la licence de la station de radio CHOI Radio X par le CRTC (voir Gingras 2008), le format radiophonique défini par les animateurs de cette station reste dominant à Québec.Loin d\u2019être un feu de paille comme certains l\u2019ont d\u2019abord cru, le discours de confrontation qui s\u2019y tient influence toujours les débats publics (Durand, Dupuis, Racicot 2012 ; Giroux et Sauvageau 2009 ; Porter 2010) et cela, même si les propos tenus font moins la une des journaux qu\u2019à l\u2019époque.En 2008, en conclusion de notre livre consacré à ce phénomène, La radio x, les médias et les citoyens, nous écrivions que « les conditions objectives de l\u2019expression radiophonique d\u2019une polarisation fondée sur la hiérarchisation des groupes sont toujours présentes » (Vincent, Turbide, Laforest 2008 : 188).Sept ans plus tard, ce constat demeure d\u2019actualité et interroge plus que jamais ce qui fonde l\u2019efficacité communicationnelle du discours des animateurs et la popularité de ces radios.Sans proposer une réponse définitive à cette question, cet article propose quelques pistes d\u2019explication de ce phénomène à travers l\u2019analyse de la mécanique discursive qui sous-tend cette radio « extrême ».* Professeur, Département de communication sociale et publique, Université du Québec à Montréal 76 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO 1.Précisions conceptuelles La parole mise en scène par ces radios correspond à ce que le sociologue Ian Hutchby (1996) a désigné sous le terme de « radio de confrontation ».Ce genre médiatique qui adopte le format de la radio parlée (talk radio) repose sur les performances oratoires d\u2019un animateur et le soutien d\u2019un groupe d\u2019auditeurs.L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.La force même de ces radios tient à la relation de complicité et de connivence qui se construit au fil des émissions entre l\u2019animateur et ses auditeurs.L\u2019instauration d\u2019un tel rapport favorise la reprise et la circulation dans l\u2019espace public du discours de l\u2019animateur qui est fondé sur « l\u2019énonciation de propos choquants, dénigrants et méprisants ayant pour objet l\u2019actualité socio- politique ou l\u2019obscénité » (Vincent 2005).Prétendant dire les « vraies affaires » au « vrai monde », cette radio se distingue des autres radios parlées par son habileté à jouer avec les limites de ce qui est autorisé socialement dans l\u2019expression d\u2019un discours de contestation des élites et des groupes dominants de la société.2.La radio de confrontation 2.0 à Québec Dans les années 2000, au moment où l\u2019animateur Jean- François Fillion trônait au sommet des cotes d\u2019écoute de la radio à Québec, ce discours alternait entre la disqualification de personnalités artistiques, politiques et médiatiques et la condamnation de visions du monde et d\u2019idées issues de la gauche politique et sociale.La version 2.0 de cette radio telle quelle émerge avec force ces dernières années tend à délaisser la stigmatisation d\u2019individus \u2013 une stratégie qui prêtait davantage flanc à des poursuites judiciaires (Gingras 2008) et à une couverture médiatique négative \u2013 pour se concentrer sur des cibles collectives : les élites politiques, sociales, médiatiques, culturelles de même qu\u2019un ensemble de 77 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO groupes en marge de la société (les handicapés, les assistés sociaux, les immigrants, les homosexuels, notamment).Autre trait distinctif par rapport à l\u2019époque de Fillion, les médias répercutent désormais l\u2019argumentaire de ces radios voulant que : 1) le style des animateurs s\u2019est adouci : la diminution de poursuites en diffamation en serait la preuve ; 2) les propriétaires de ces médias adoptent désormais la ligne dure à l\u2019égard de tout dérapage : le retrait des ondes de l\u2019animateur Carl Monette pour une journée et ses excuses publiques suite à des propos sexistes est présenté comme l\u2019illustration de ce changement de culture (Huffington Post 2014).Si des études approfondies restent à faire pour examiner s\u2019il s\u2019agit d\u2019une simple opération de relations publiques et si une modification réelle dans les pratiques discursives des animateurs s\u2019est opérée, il reste que les plaintes récentes ainsi que certains cas rapportés par les médias et par des sites de surveillance de ces radios (dont www.sortonsles- poubelles.com) laissent croire à une mécanique discursive semblable à celle qui a permis à CHOI Radio X de dominer le marché de Québec dans les années 2000.De plus, il s\u2019agit d\u2019un discours qui interpelle toujours un large bassin d\u2019auditeurs.Tout comme dans les belles années de Jean-François Fillion, CHOI Radio X constitue non seulement une station dominante de ce créneau, mais elle est aussi la station la plus écoutée à Québec depuis 2012.Les successeurs de Fillion à CHOI Radio X livrent désormais une lutte le matin à Sylvain Bouchard et au FM 93, l\u2019autre principale radio de confrontation à Québec.Les deux stations sont respectivement numéro 1 et numé- 78 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO ro 2 selon le sondage BBM du printemps 2014, cumulant pas moins de 30 % des parts de marché chez les 12 ans et plus : 15,8 % pour CHOI Radio X et 14,3 % pour le FM 93.Témoignant du succès de ce modèle d\u2019affaires, un troisième joueur, NRJ, s\u2019est lancé en 2014 dans ce créneau de la radio de confrontation avec, comme nouvelles recrues, Jean-François Fillion et Stéphan Dupont, deux anciens de CHOI Radio X.Tableau 2.ÉvoluTion des parTs des Heures d\u2019ÉcouTe des principales sTaTions de radio privÉes de quÉbec du prinTemps 2011, 2012, 2013 eT 2014 2011 2012 2013 2014 CHOI Radio X 11,2 % 14,9 % 15,9 % 15,8 % FM 93 (CJMF) 10,6 % 10,6 % 11,6 % 14,2 % Rouge FM (CITF) 10,8 % 12,9 % 13,8 % 13,2 % NRJ (CHIK) 7,5 % 8,7 % 6,0 % 9,2 % CFOM 16,0 % 12,2 % 8,7 % 6,6 % (Source : Sondages BBM dans le Guide annuel des médias) 3.L\u2019efficacité de la radio de confrontation : les ressorts de l\u2019engagement de l\u2019auditoire S\u2019il y a un attrait dans la région de Québec pour ce genre radiophonique \u2013 les cotes d\u2019écoute ainsi que l\u2019arrivée de NRJ dans ce créneau en témoignent \u2013, cet attrait ne s\u2019explique pas tant par le format de la radio parlée que par la relation instaurée avec les auditeurs par ces radios et par le discours de confrontation mise en ondes dans lequel les auditeurs se reconnaissent.De fait, l\u2019efficacité de cette radio réside dans la capacité des animateurs à produire un discours qui favorise la co-construction du sens (Martel 2008) de telle sorte que, se sentant interpellés, les auditeurs : 79 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO \u2022 s\u2019approprient le discours et le reproduisent (capacité à faire dire) ; \u2022 s\u2019engagent et se mobilisent dans des actions qui font écho au discours de dénonciation des animateurs, et ce, souvent sans que ces derniers aient à faire des appels directs à la mobilisation (capacité à faire faire).Dans ce contexte, pour bien fonctionner, c\u2019est-à-dire pour demeurer au sommet des cotes d\u2019écoute, trois ingrédients sont requis.Premièrement, la mise en scène d\u2019un animateur charismatique, capable de se mettre en valeur et de construire une relation de complicité avec ses auditeurs.Deuxièmement, l\u2019expression d\u2019un discours radiophonique fondé sur la dichotomisation des positions.L\u2019animateur doit être passé maître dans l\u2019accentuation de l\u2019incompatibilité de positions présentées de façon à enfermer les parties dans une confrontation où aucune position intermédiaire n\u2019est possible.Troisièmement, ce discours doit également permettre la polarisation des groupes impliquant la définition d\u2019un « nous » et d\u2019un « ils » irréconciliables.Ce discours de polarisation se traduit également par la construction artificielle de camps ennemis, dénigrés et contestés tour à tour par l\u2019animateur et par les auditeurs.Ce dernier élément suggère qu\u2019au-delà des propos émis en ondes, la radio de confrontation repose également sur un ensemble d\u2019auditeurs s\u2019identifiant à l\u2019animateur et étant disposés à endosser la vision du monde dichotomique et polarisée du monde qu\u2019il propose.Sur ce dernier point, précisons que la constitution d\u2019un tel groupe d\u2019auditeurs, uni et exclusif, ne va pas de soi, mais qu\u2019il constitue toujours une construction discursive.Il faut qu\u2019il ait un animateur pour le faire naître, pour : 80 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO A) faire prendre conscience aux auditeurs des valeurs, des représentations, des visions du monde qu\u2019ils partagent et qui définissent leur identité politique, sociale et culturelle : mouvement d\u2019affirmation et de valorisation identitaires ; B) les amener à se définir par opposition aux ennemis communs du groupe : mouvement contrastif de distinction.Reprenons plus en détail ces deux mouvements complémentaires qui définissent l\u2019identité du groupe d\u2019auditeurs et qui fondent l\u2019efficacité communicationnelle de ces radios.3.A.Mouvement de valorisation identitaire : sentiment d\u2019appartenance et valorisation du groupe Pour l\u2019animateur, le premier aspect à prendre en compte pour créer une coalition avec les auditeurs est de se montrer soi-même comme semblable à eux, en se présentant comme un travailleur de la classe moyenne.L\u2019illusion d\u2019une relation égalitaire constitue l\u2019une des conditions de l\u2019identification des auditeurs.Cette illusion est d\u2019abord entretenue par exemple, dans le cas de l\u2019animateur Jean-François Fillion, par son nom de commerce, le diminutif familier Jeff, et par l\u2019exposition d\u2019éléments de sa vie personnelle, d\u2019anecdotes, de récits de son quotidien le montrant comme un gars ordinaire faisant partie de la gang.Ensuite, la personnification de l\u2019ordinaire à travers notamment l\u2019emploi d\u2019un registre de discours familier et l\u2019usage de sacres remplit la même fonction.D\u2019ailleurs, sur ce dernier point, une recherche récente de la firme Influence Communication (2013) révélait que CHOI Radio X et le 81 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO FM 93, deux principales radios de confrontation à Québec, sont en tête de liste des radios québécoises qui utilisent le plus de jurons dans leurs émissions.Ce style radiophonique familier et vulgaire, définitoire de l\u2019identité de ces radios, n\u2019est pas anodin.Il remplit une visée stratégique.Par la reproduction de la condition sociale et culturelle de ses auditeurs, on vise à produire un effet de proximité afin que les auditeurs se reconnaissent en l\u2019animateur et le définissent comme l\u2019un des leurs.Autre élément qui fonde une relation de ce type, égalitaire et symétrique, renvoie à la capacité de l\u2019animateur de créer un lien de solidarité entre les auditeurs afin que ceux-ci prennent conscience qu\u2019ils appartiennent tous à une même communauté, cohésive et unifiée.Un des moyens utilisés pour atteindre cet objectif consiste à s\u2019adresser aux auditeurs par le pronom collectif « nous » (animateur + auditeurs), faisant appartenir l\u2019énonciateur et ses interlocuteurs à une même communauté.Extrait de l\u2019émission Le monde parallèle de Jeff Fillion à la station CHOI Radio X (Animateur : Jean-François Fillion).Fillion : [\u2026] j\u2019ose croire qu\u2019il nous reste encore un bout où on contrôle quelque chose : ces gens-là ont une peur de nous, ils ont peur de monsieur tout le monde.(Fillion, 22 juillet 2004).Différentes désignations des auditeurs sont également susceptibles de produire un tel effet rassembleur.En parlant des auditeurs comme des membres de sa « gang », en les définissant comme ses « amis », comme « une armée », comme « une secte bien serrée », l\u2019animateur, Jean-François Fillion en l\u2019occurrence ici, donne l\u2019illusion que le rapport hiérarchique entre animateur et auditeurs est suspendu (Turbide, Vincent et Laforest 2008 : 97-98). 82 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Une variante de cette stratégie d\u2019identification consiste à proposer une définition valorisante du groupe des auditeurs, en les présentant, par exemple, comme des acteurs actifs, intelligents, dotés de sagesse et sachant ce qui est bon pour eux, contrairement aux élites.Adoptant une rhétorique populiste typique (voir Dorna 1999, Taguieff 1997), les animateurs des radios de confrontation vont définir les auditeurs comme les vrais détenteurs du pouvoir, des agents de changement, capables de transformer le social, ici et maintenant (prétention d\u2019immédiateté), sans les médiations sociopolitiques traditionnelles (groupes de pression, fonction publique, syndicats, etc.).C\u2019est le pouvoir au peuple pour le peuple par le peuple.Au final, un tel discours émotif de valorisation de soi n\u2019est pas seulement attractif, mais il favorise également le développement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance au groupe constitué par l\u2019animateur.Ce type de construction discursive permet d\u2019ailleurs de renforcer les prédispositions politiques et idéologiques des auditeurs et d\u2019accroître le sentiment de puissance et de confiance en la force du groupe et en la justesse de leur projet, les conduisant à réagir parfois avec la même virulence que celle perçue dans le discours de dénigrement et de confrontation des animateurs1.1 L\u2019histoire plus ou moins récente de la radio de Québec est d\u2019ailleurs jalonnée de mobilisations citoyennes sous l\u2019influence de ces radios.Parmi ceux-ci, mentionnons la « campagne » menée par le FM 93 contre l\u2019instauration la voie réservée aux autobus sur l\u2019autoroute Robert-Bourassa et soutenue par de nombreux auditeurs qui se sont vantés en ondes de bloquer des autobus, la grande manifestation pour la survie de CHOI Radio X dans la foulée de la décision du CRTC de ne pas renouveler la licence de la radio ou l\u2019importante mobilisation en faveur de la réouverture d\u2019une enquête policière (Scorpion) sur un réseau de prostitution à Québec qui est à l\u2019origine de certaines manifestations violentes et à d\u2019agressions commises à l\u2019endroit de présumés clients, obligeant le juge Gilles Hébert de la Cour Supérieure à déplacer le procès sur ce réseau de prostitution de Québec à Montréal (voir Vincent et Turbide 2004). 83 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO 3.B.Mouvement contrastif d\u2019opposition : dichotomisation des positions et polarisation des groupes Cette construction valorisante du groupe des auditeurs se fait parallèlement et souvent dans le même mouvement que la disqualification et le dénigrement des groupes concurrents.De fait, il n\u2019y a rien comme l\u2019identification d\u2019un ennemi commun pour resserrer les rangs.L\u2019identité du groupe des auditeurs se définit alors par opposition aux groupes, idéologies et visions du monde adverses, divisant l\u2019univers social entre un « nous » et un « ils » exclusifs.Dans la logique populiste propre aux radios de confrontation, le vrai monde, le peuple, le citoyen moyen, le travailleur ordinaire vont alors s\u2019opposer aux élites, aux groupes dominants et aux divers pouvoirs institutionnels qui, aux yeux des animateurs, menacent leurs acquis.Quoique les groupes constitués en ennemi varient en fonction de l\u2019indignation du moment, définie par l\u2019actualité \u2013 revendications syndicales pour de meilleures conditions de travail, débat sur le salaire des politiciens, manifestation étudiante \u2013, la « tribu du Plateau Mont-Royal », un groupe ennemi artificiellement constitué par Jean-François Fillion dont on retrouve des traces dans les discours des animateurs encore aujourd\u2019hui, permet en une seule désignation de regrouper la plupart des élites et des groupes qui s\u2019opposent traditionnellement aux radios de confrontation.Définition de la tribu du Plateau Mont-Royal, selon Jean-François Fillion « les journalistes, les éditorialistes donc nos grandes institutions les grands journaux nos politiciens nos artistes nos associations nos regroupements syndicaux » (26 juillet) et aussi les « femmes qui se rassemblent [.] dans un café gauchiste » (Fillion, 23 juillet). 84 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO La constitution en ennemi de ce large rassemblement est révélatrice d\u2019une certaine posture idéologique néoconserva- trice où s\u2019oppose la droite politique à la gauche, l\u2019interventionnisme étatique au libéralisme économique, l\u2019individualisme au collectivisme, le sens commun aux autres types de savoir.Sur le plan de la forme, la polarisation entre les auditeurs et les élites s\u2019inscrit dans une logique de montée en tension où les qualifications péjoratives s\u2019accumulent, sont reprises, sont reformulées au sein d\u2019une même émission et d\u2019une émission à l\u2019autre afin d\u2019accentuer la force de frappe du discours dépréciatif.Suivant une logique de surenchère, la répétition de ce discours jour après jour ouvre la porte à la stigmatisation du groupe ciblé.Par le martèlement d\u2019une même insulte, elle finit par se naturaliser dans le discours, prenant une valeur de vérité et rendant difficile l\u2019expression de tout discours visant à déconstruire les stéréotypes et idées reçues à propos de ces groupes.Le cas des assistés sociaux est illustratif à cet égard.En dépit des reproches adressés par le Conseil de presse à certains animateurs2, il s\u2019agit d\u2019un groupe qui se retrouve fréquemment dans la mire de ces radios.Ainsi, à partir d\u2019un fait divers rapporté dans les médias, les animateurs vont s\u2019articuler un discours de condamnation de ce groupe, généralisant un comportement condamnable d\u2019un individu à l\u2019ensemble du groupe, opposant ceux-ci aux travailleurs moyens qui paient des taxes et rendant ce groupe responsable des difficultés économiques vécues par les auditeurs et prônant dans certains cas, comme dans l\u2019extrait suivant, leur élimination.2 Depuis 2012, pas moins de quatre plaintes adressés au Conseil de presse (CDP) et visant les propos tenus par des animateurs de radio de confrontation à l\u2019endroit des assistés sociaux ont été retenus par l\u2019organisme : Décision du CDP du 3 octobre 2014 (D-2014-02-089), celle du 4 octobre 2013 (D2012-11-052 ; D2012-12-065) ; celle du 14 juin 2013 (D2012-09-033) et celle du 19 octobre 2012 (D2012-03-067 ; D2012-05-103(2)). 85 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Extrait de l\u2019émission Le Show du Matin à la station KYK Saguenay \u2013 Radio X, du 19 janvier 2012 (Animateur : Carl Monette ; auditeur anonyme) Monette : \u2026 là je vous vois déjà venir.Là je vous entends, la ligue des droits pour les personnes, pis les humains, pis ta-ta- quoi que ce soit.Ces gens-là vont se ramasser dans la rue, pis ça va devenir des itinérants.Parfait ! On règle le problème\u2026 Développement du Plan Nord\u2026 On se garde une partie\u2026 où ce qu\u2019on se fait une espèce de\u2026 Un peu comme à Fermont, un mur OK.Pis on les enferme là-dedans\u2026 Tout\u2019 les itinérants, du monde dans rue, tu les prends, tu pognes une petite pelle, ramènes ça en arrière, monte-moi ça dans le Nord, installe-moi ça là.Tu as la paix.Tu en as pu.T\u2019entends pu rien parler.Merci bonsoir.[Quelques minutes plus tard] Auditeur anonyme : Hé ! Ça se reproduit ces petites bêtes-là\u2026 Avec le développement du Nord, on va être rendu avec des villages de bien-êtres, ça va être beau.Monette : Oui mais c\u2019est pour ça que j\u2019ai dit qu\u2019on va les castrer avant de les envoyer là-bas.Auditeur anonyme.\u2014 Ah, tu veux les castrer ! Ah c\u2019est nous autres qui va devoir payer pour ça ! Monette : J\u2019aime mieux payer pour les castrer maintenant que de payer pour leurs flots plus tard.André : C\u2019est un investissement, ce n\u2019est pas une dépense ! Monette : C\u2019est un investissement à long terme.Auditeur anonyme : C\u2019est ça, c\u2019est Placement-Québec qu\u2019ils appellent.(Rires) Monette : Effectivement\u2026 Ça va être plus castrage-Québec par exemple.Ce type de discours et les rapports d\u2019opposition qui le fondent caractérisent non seulement la radio de confrontation, mais également révèle une vision du monde en termes 86 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO de confrontation, de lutte, selon une logique binaire qui fait entrevoir un ennemi à combattre.Ce faisant, les animateurs rendent explicite la construction non seulement d\u2019une hiérarchie entre les groupes, mais aussi d\u2019une tension artificielle avec ceux-ci.Une logique fortement antagoniste qui se nourrit du sentiment d\u2019impuissance, de méfiance, de mésinformation et l\u2019alimente.Conclusion Cette façon de diviser le monde, en plus de créer artificiellement des tensions sociales entre les groupes, favorise la construction d\u2019un climat social favorable d\u2019une part, à la mobilisation des auditeurs, à l\u2019expression de revendications et à la prise d\u2019actions contre les groupes définis comme ennemis et, d\u2019autre part, au renforcement et à la remise en circulation d\u2019un ensemble de stéréotypes, de préjugés, d\u2019idées reçues qui, à force d\u2019être reproduits et réinterprétés finissent par faire partie de l\u2019ordre des choses, suivant une logique de banalisation, témoignant ainsi de l\u2019influence et de l\u2019efficacité de ce discours.Outre la naturalisation dans le discours social d\u2019une parole fondée sur la dichotomisation des positions et sur la polarisation des groupes, un autre effet pervers de la radio de confrontation est qu\u2019elle favorise le repli identitaire autour de la protection et la défense de valeurs et de visions du monde en partage par le groupe.De fait, les animateurs s\u2019adressent principalement à des convertis et leur discours circule souvent à l\u2019intérieur des mêmes cercles sociaux constitués des partisans de ces radios.De façon symétrique, le discours des opposants à cette radio va se déployer dans de mêmes lieux médiatiques et il va faire écho souvent auprès du même groupe d\u2019initiés, renforçant leur conviction en la nuisance publique de ces radios.Dans ce contexte, 87 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO deux visions antagonistes se développent de façon parallèle dans des espaces publics quasi séparés, sans que ne puisse émerger un lieu de débat permettant la confrontation des représentations des uns et des autres.Cette absence de dialogue est d\u2019autant plus dommageable qu\u2019elle est fondée sur une interincompréhension qui favorise à terme le rejet réciproque du groupe opposé (Amossy 2014 : 136-138).q Références (2012-2015) Guides annuel des médias, Montréal : Éditions Infopresse.Amossy, Ruth (2014) Apologie de la polémique, Paris : Presses universitaires de France.Dorna, Alexandre (1999), Le populisme, (coll.Que sais-je ?), Paris, Presses Universitaires de France.Durand, Claire, Jacinthe Dupuis et Julie Racicot (2012) « Dites- moi quel poste de radio vous écoutez, je vous dirai pour qui vous votez.Ou serait-ce plutôt l\u2019inverse », Communication, vol.29, n° 2, [En ligne], URL : http ://communication.revues.org/4193, consulté le 10 janvier 2015.Gingras, Anne-Marie (2007), « La question de la liberté d\u2019expression dans les démêlés judiciaires et les revers administratifs de CHOI-FM », Revue canadienne de science politique, vol.40, n° 1, pp.79-100.Giroux, Daniel et Florian Sauvageau (dir.) 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avec les propriétés de PKP, les difficultés financières du Devoir, et bien d\u2019autres manifestations de cette crise dans les dernières années.Certains de ces problèmes tiennent de ce qu\u2019on appelle « l\u2019économie politique des médias », par exemple la concentration de la presse, ou encore la dématérialisation de l\u2019information, qui nous fait passer du papier au no man\u2019s land virtuel de l\u2019internet.Je voudrais plutôt me concentrer ici, sur les implications politiques qu\u2019entraîne la situation de nos médias, en cherchant à lier deux choses apparemment étrangères l\u2019une de l\u2019autre : les médias et la souveraineté politique d\u2019un peuple.Trop souvent, les critiques se bornent à analyser les LA CRISE DU JOURNALISME ET LA CRISE DE LA SOUVERAINETÉ QUÉBÉCOISE * Professeur de philosophie, cégep Édouard-Montpetit 90 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO rapports de propriété ou à l\u2019aspect économique de la question médiatique.Les critiques les plus connues « à gauche » comme le modèle de propagande développé par Herman et Chomsky1, cherchent à mettre en lumière le fait que les médias sont manipulés par des intérêts économiques dominants.Je me situe plutôt dans une approche plus dialectique inspirée par les approches sociologiques de Michel Freitag et Jean Pichette2.D\u2019abord, affirmons d\u2019emblée qu\u2019on ne saurait analyser le microcosme que constitue l\u2019espace médiatique sans le resi- tuer à l\u2019intérieur de ce que l\u2019on pourrait appeler le macrocosme de la société comprise comme un Tout, ou comme on le dit en langage plus hégélien, une totalité.Ainsi, les mutations qui affectent la sphère du journalisme sont liées à, et traduisent, des mutations plus importantes qui se déroulent dans la forme ou à l\u2019échelle de ce que Freitag appelle le « mode de reproduction de la société ».Mon hypothèse de travail dans cet article sera que la crise du journalisme traduit elle-même une crise plus générale de l\u2019idée moderne de Res Publica, de puissance publique souveraine permettant l\u2019autogouvernement et l\u2019orientation des pratiques en fonction du Bien commun.Si la crise du journalisme comme institution s\u2019avère liée au démantèlement de la souveraineté politique, il coule de source que toute réflexion sur l\u2019avenir du journalisme et des médias au Québec doit s\u2019articuler 1 Ce modèle étudie la façon dont les intérêts économiques dominants sont imposés aux discours médiatique au moyens de « filtres » qui mettent en forme le contenu.2 Voir Jean Pichette, « Penser le journalisme dans un monde en crise », À bâbord, no 18, février-mars 2007, https ://www.ababord.org/Penser- le-journalisme-dans-un.Voir aussi Éric Martin, Le journalisme et la désymbolisation du monde.Pour une critique dialectique de la crise contemporaine du journalisme, mémoire de maîtrise codirigé par Yves Couture et Jean Pichette, UQAM, 2007, http ://www.archipel.uqam.ca/810/1/M10032.pdf 91 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO à l\u2019intérieur d\u2019un cadre théorique qui reconnaît les sociologiques d\u2019un tel problème, et qui ne se cantonne pas au secteur médiatique, mais considère plus généralement l\u2019état de la société québécoise comprise comme totalité.Ma démarche visera donc à retracer schématiquement l\u2019origine du rapport entre l\u2019espace public et le politique pour ensuite montrer comment la crise du premier peut difficilement être comprise en dehors du lien qui la rattache à la crise plus générale du politique dans nos sociétés.Dans la modernité, les sociétés ont ouvert en leur sein un espace public et un lieu du politique où elles pouvaient se réfléchir et se regarder agir, débattre et décider pour orienter réflexivement leur devenir en exerçant la souveraineté.L\u2019exercice d\u2019une telle souveraineté supposait une série de médiations à l\u2019intérieur de la société.D\u2019abord cela suppose la reconnaissance de la société comme moment synthétique où se médiatisent la liberté, le jugement critique, mais aussi le maintien d\u2019un certain héritage social-historique et socio- symbolique qui doit justement être ce qui est ressaisi depuis le lieu de la distance réflexive et critique3.L\u2019appréhension de la société comme ordre d\u2019ensemble synthétique suppose elle-même l\u2019existence d\u2019un lieu du politique et d\u2019un espace public.Cet espace s\u2019appuie sur des institutions : bien évidemment les institutions politiques, mais aussi les institutions d\u2019éducation, au premier chef l\u2019université, qui est la tête de pont de toutes les institutions scolaires.Puisqu\u2019il faut justement produire des individus cultivés capables de participer au débat public, parce que capables intellectuellement de porter un jugement synthétique.À tous les degrés (individu, institutions et société), 3 Autrement la raison abstraite tourne à vide, à la manière d\u2019un moteur sans huile, c\u2019est d\u2019ailleurs un peu ce qui arrive maintenant. 92 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO un moment synthétique de ressaisie réflexive de la société par elle-même est appelé à s\u2019exprimer, un moment où se mélangent liberté et objectivité héritée du commun (ce que Hegel appelait l\u2019esprit objectif).Or, l\u2019existence du politique et de cet espace public de débat suppose elle-même que les individus puissent être informés de ce qui s\u2019est produit dans leur pays (Hegel disait que le journal est la prière matinale du philosophe).C\u2019est là que vient s\u2019inscrire le journalisme comme médiation permettant à la fois d\u2019informer les individus et de les faire participer au débat qui se déroule dans les pages du journal autant que sur la place publique.Le média, compris comme médiation, n\u2019est donc historiquement pas seulement quelque chose qui sert à « communiquer » des informations, ou pire encore à vendre de la copie.Il vient re-lier les individus, leur permettant de participer à un espace public et politique qu\u2019il contribue à ouvrir comme distance interne d\u2019une société à elle-même, permettant ainsi sa ressaisie réflexive et critique.On peut donc dire, contrairement à ce qui pouvait nous sembler initialement délié, qu\u2019il y a un lien intime entre l\u2019apparition du journalisme comme institution moderne4 et l\u2019exercice d\u2019une souveraineté des peuples sur eux-mêmes à travers le politique.C\u2019est cette tension qui sera d\u2019ailleurs au cœur du républicanisme moderne.En effet, comme l\u2019explique le philosophe Bernard Stiegler5, le XIXe siècle avait vu apparaître des mouvements visant la constitution d\u2019une chose publique, d\u2019une 4 Attention, il est question ici de l\u2019idéal du projet moderne, qui n\u2019a pas été complètement réalisé en pratique : dès les premières critiques socialistes, nous voyons que certains animaux sont plus égaux que d\u2019autres et l\u2019on ne peut pas dire que le prolétariat n\u2019aie jamais disposé des conditions effectives de l\u2019exercice de cette autonomie individuelle et collective.5 Bernard Stiegler, États de chocs.Bêtise et savoir au XXIe siècle, Paris, Fayard/Mille et une nuits, 2012. 93 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Res Publica, d\u2019où vient le mot République, d\u2019une puissance publique souveraine.Cette idée était étroitement liée à l\u2019établissement d\u2019une instruction publique qui donnait le droit et le devoir à chaque citoyen de devenir majeur, comme le disait Kant, c\u2019est-à-dire d\u2019accéder à l\u2019autonomie, ce qui devait lui permettre, avec d\u2019autres de faire partie d\u2019une « communauté publique et politique souveraine » gouvernée par l\u2019usage public de la Raison (débat démocratique).On retrouve ici l\u2019idée moderne d\u2019un État se gouvernant à travers le débat public politique, ce qui suppose les institutions éducatives et les médias permettant l\u2019existence d\u2019individus majeurs capables de participer à la souveraineté.Le républicanisme socialiste, celui par exemple d\u2019un Jean Jaurès (qui écrivait tout cela dans le journal communiste L\u2019Humanité), cherchera à montrer que la souveraineté ne doit pas uniquement constituer une liberté formelle sur papier, mais qu\u2019elle doit s\u2019étendre jusque dans la production ; sans quoi la classe travailleuse, dans le capitalisme, sera dans les faits privée de toute possibilité réelle d\u2019exercer son autonomie individuelle et de participer à la souveraineté collective.On sait malheureusement que les ouvriers furent écrasés en 1848 et que Jaurès a été assassiné.Même chose pour le républicanisme québécois et les Patriotes qui le portaient.Autrement dit, pour aller vite, le camp de la souveraineté populaire et socialiste a perdu, et c\u2019est le camp du marché et du capital qui l\u2019a emporté.Habermas l\u2019a montré : lorsque la bourgeoisie était en posture révolutionnaire en face de la noblesse et l\u2019Ancien Régime, les journaux jouaient une fonction politique et polémique.Par la suite, une fois la domination politique bourgeoise installée, les organes de presse deviennent de plus en plus de simples entreprises commerciales, à mesure que la bourgeoisie renonce à vouloir changer politiquement la forme de la société. 94 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Marx nous dit dans le Manifeste du parti communiste que la bourgeoisie ressemble à un sorcier qui ne sait plus conjurer les puissances qu\u2019elle a elle-même invoquées.Une fois déclenchée la machinerie folle du capitalisme, même la bourgeoisie se trouve de plus en plus soumise au dynamisme de ce système qui se subordonne jusqu\u2019aux formes politiques (l\u2019État, les institutions) elles-mêmes.Encore une fois, je vais très vite, mais cela veut dire que, comme le dit Marx, la bourgeoisie finit par abandonner la forme politique de sa domination pour conserver sa domination économique.Je dirais pour ma part qu\u2019elle doit abandonner le politique lui-même : pour dominer économiquement, elle doit paradoxalement accepter de se subordonner de plus en plus aux injonctions d\u2019un capital qu\u2019elle renoncera de plus en plus à encadrer ou orienter politiquement.C\u2019est ainsi le politique lui-même qui finira par être sacrifié sur l\u2019autel de la gestion et de la gouvernance qui ont maintenant remplacé dans nos « dissociétés » (J.Généreux) ce qu\u2019on appelait autrefois politique.C\u2019est dans ce retournement de la modernité, qui passe alors d\u2019un projet de ressaisie de la réalité à la bête soumission adaptative au grand Sujet automate du capital, que l\u2019on peut trouver le germe de l\u2019entrée dans ce monde que Freitag appelle « opérationnel-décisionnel » ou société postmoderne, dans laquelle il ne s\u2019agit plus de construire politiquement la réalité à travers le débat public, mais simplement de s\u2019adapter sans réfléchir au système devenu automatique de l\u2019économie et de la technique.Cette entrée dans la postmodernité signifie la suppression de toute distance à l\u2019égard de la marche du monde, distance qui était liée à l\u2019idée de médiation et qui constituait une condition de possibilité de la réflexion : comment puis-je me voir dans le miroir si je suis collé sur le réel, si je ne prends aucun recul ? 95 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Cette sortie de la représentation ou désymbolisation signifie la remise en question, dit Jean Pichette, de « toutes les formes de médiation \u2013 y compris le politique \u2013 que la modernité avait jugé fondamentales pour la construction du monde ».Je le cite : Nous vivons désormais dans un monde où tout écart est vu comme suspect et où la transparence apparaît comme la vertu cardinale favorisant un accès im-médiat, réputé « authentique », à la réalité.Le choix des mots n\u2019est pas ici anodin : que peut en effet signifier le journalisme (ou, plus largement, les médias) dans un monde valorisant l\u2019immédiateté \u2013 la négation des médiations ?Comment penser le travail journalistique dans un contexte social où les médiations apparaissent non pas constitutives de la réalité, mais comme des obstacles voilant cette réalité, bloquant l\u2019accès à son « essence »6 ?Quels genres de médias peuvent bien exister dans un monde qui renonce à se construire par des médiations ?Ces médias s\u2019adaptent plutôt à un réel réduit à la brutalité immédiate des faits et de la positivité réifiée, à ce que Slavoj Zizek appelle le « désert du réel ».Le monde, ce ne serait plus l\u2019inscription du sujet dans une culture, une structure symbolique et des institutions toujours par définition particulières et propres, comme le diraient Montesquieu ou Hegel, à l\u2019esprit d\u2019un peuple.Ce serait plutôt la liberté déliée d\u2019une subjectivité réduite à son intérêt bien compris d\u2019homo economicus, et le grand mouvement brownien de ces atomes qui évolueraient dans le monde sans frontière du libre-échange capitaliste globalisé (c\u2019est ce que pensent les néolibéraux \u2013 de droite comme de « gauche »).Dans un tel monde, les institutions de la souveraineté politique, au premier chef l\u2019État, sont appelées à être réduites à un simple relais de la logique systémique.Selon Bernard 6 Pichette, ibid. 96 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Stiegler, notre époque en est une « liquidation de la souveraineté politique et économique » et de « renoncement à former par l\u2019éducation [et, pourrait-on ajouter, le journalisme] une majorité qui, comme autonomie acquise dans la fréquentation des savoirs rationnels, était pour les [Lumières] la condition sine qua non d\u2019une telle souveraineté ».Dans le capitalisme, il y a instrumentalisation de l\u2019État, qui est compris non plus comme puissance prétendant incarner la souveraineté d\u2019une communauté politique (chez Hegel par exemple), mais bien de plus en plus comme comité de gestion des affaires de la bourgeoisie, puis dans la globalisation, comme relais local des nouvelles normes concurrentielles élaborées depuis le nouvel ordre transnational.L\u2019Université subit le même détournement que l\u2019idée d\u2019État : nous assistons à la reconversion tendancielle de l\u2019instruction républicaine et de l\u2019Université classique, après le passage par l\u2019éducation de masse fordiste, sous la forme d\u2019une éducation à la concurrence globalisée des individus apatrides.Quant aux médias, ils sont de plus en plus inutiles, dans leur fonction d\u2019institution d\u2019un espace public de débat, dès lors que la réalité n\u2019est plus réputée se construire réflexivement, mais automatiquement, en dehors de tout débat significatif (ce qui n\u2019exclut pas le pseudo-débat à fonction spectaculaire qui ne débouche jamais sur rien, bien au contraire !).C\u2019est ce qui explique notamment le déclin des médias publics toujours liés à une souveraineté politique elle-même en dissolution.Ce qui permet aux médias de devenir du simple divertissement spectaculaire participant de la montée de l\u2019insignifiance théorisée par Castoriadis, ou de la barbarie comme le dit Michel Henry.C\u2019est ce qui leur permet de se réduire à de la simple « communication » dépolitisée dans ce que Freitag appelait la nouvelle « société de communication » ou « société informatique ». 97 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Selon Stiegler, les États, l\u2019éducation et également la communication médiatique et informatique sont maintenant non seulement détruits dans leur mission d\u2019instituer réflexivement et politiquement la réalité.Ils sont remobilisés et mis au service de la destruction de la souveraineté, laquelle était fondée sur le passage de la minorité à la majorité comme l\u2019entendait Kant.Autrement dit, l\u2019État, l\u2019éducation, les médias, bref, les anciennes médiations, sont transformés et passent, pour utiliser une typologie freitagienne, du statut d\u2019institution à celui d\u2019organisation.Les anciennes médiations sont alors mises à contribution contre la construction de la majorité (autonomie de la personne) et contre la souveraineté qu\u2019elles étaient jadis appelée à servir.L\u2019État capitaliste, l\u2019éducation et les médias sont donc de moins en moins en mesure de former les citoyens nécessaires à l\u2019exercice de la souveraineté.Par exemple, la nouvelle société de communication post- moderne situe de moins en moins les sujets déracinés dans une mémoire (ce « se souvenir » qui est, rappelons-le, le fondement du commun pour Fernand Dumont), un passé, une communauté, un cadre symbolique, une culture ; elle leur apprend à cohabiter avec la technologie informatique, à être mobiles, à intégrer une culture où l\u2019on vit viral et où l\u2019on parle le globish.La communication fluide et fluctuante de la liquid society ne sert pas seulement de lien social de remplacement à des gens que ne relie plus une culture et une appartenance à la totalité d\u2019une communauté politique concrète, elle participe directement, comme le disait Freitag, du nouveau mode de production de la réalité, qui devient elle-même produite par la fusion de systèmes économiques, techniques, gestionnaires, informatiques et communica- tionnels. 98 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Quelle direction prendront la « société » et la réalité ?Ce ne sera pas décidé réflexivement par ce que l\u2019on pourrait appeler des libertés situées dans un cadre culturel-symbolique et politico-institutionnel, mais le résultat des opérations des systèmes impersonnels et irréfléchis auxquels nous avons remis le soin de produire la réalité : ainsi la communication, ses tendances, ses modes virales et ses « flashmobs » évanescents tiendront lieu de projet politique de remplacement.Hayek, grand architecte de notre monde devenu néolibéral, pensait par exemple le marché comme un grand processeur d\u2019information où l\u2019individu informé en temps réel par la communication cybernétique7 serait en mesure de prendre les meilleures décisions stratégiques pour s\u2019adapter à son « environnement ».Marx avait remarqué que la société moderne était contradictoire, en ce qu\u2019elle demandait à l\u2019individu d\u2019être à la fois le citoyen modèle de l\u2019État (comme chez Hegel), et en même temps d\u2019être l\u2019Acteur économique égoïste de la société civile.Cette tension schizophrène se résorbe lorsque l\u2019individu n\u2019est plus appelé à se penser comme citoyen, comme liberté située, mais à se rapporter uniquement immédiatement au réseau financier, technique, communicationnel et économique.Les nouveaux citoyens de la communication sont partout chez eux dans les écrans parce qu\u2019ils ne sont dans les faits plus nulle part et que c\u2019est le capital qui est partout chez lui dans le nouveau monde de la technique.Cette fuite dans les écrans n\u2019a plus rien à voir avec le fait de s\u2019informer pour participer politiquement à la construction 7 C\u2019est sans doute ce qui explique que pratiquement aucun de mes 160 étudiants ne lit le journal ou ne connaît Gaston Miron ou Richard Desjardins (j\u2019ai vérifié), mais qu\u2019ils sont tous branchés en permanence sur le flux réseau wifi avec leur pitonneuse, partis quelque part dans le non-lieu et la temporalité élastique de la communication. 99 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO d\u2019un monde, mais tout à voir avec l\u2019abandon cette capacité de construction du monde à un processus automatisé sur lequel nous nous déchargeons de la volonté, de la liberté, du jugement, de la pensée, de l\u2019autonomie et de la souveraineté.De sorte que le réel lui-même devient de plus en plus le lieu d\u2019une adaptation sans distance à un procès sans sujet ni fin que nous ne construisons plus, mais dans lequel nous nous enfermons passivement.Nous nous informons ainsi pour pouvoir suivre et nous adapter à la construction technocom- municationnelle qu\u2019est devenu le « réel », et non plus pour être les agents réfléchis de sa co-construction politique.Après ces considérations théoriques générales, voyons comment ces considérations sur le rôle des médias et leur rapport au mode de reproduction de la société devrait se traduire dans la perspective de construction de ce que Fernand Dumont appelait un « socialisme d\u2019ici », appuyé sur ce que j\u2019ai appelé, suivant le terme de Gilles Labelle, une « liberté située ».La première chose est que la situation médiatique québécoise ne peut pas être pensée ni comme un problème abstrait, ni comme un problème qui ne concernerait que le microcosme de la sphère médiatique \u2013 devenue commu- nicationnelle.Certes, le problème peut-être rapporté idéal- typiquement au passage d\u2019un mode de reproduction poli- tico-institutionnel à un mode opérationnel-décisionnel ou postmoderne de société, chose qui concerne au fond toute la civilisation occidentale (et en ce sens, il s\u2019agit comme le dit Freitag d\u2019une crise de civilisation).Face à cette crise, l\u2019urgence est de penser la préservation ou la resaisie d\u2019une liberté et d\u2019une souveraineté situées au sein d\u2019une société comprise comme totalité culturelle-sym- bolique, institutionnelle et politique.Le problème se pose aussi dans l\u2019articulation de nos médias à d\u2019autres médiations, par exemple éducatives et politiques, lesquelles sont 100 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO elles-mêmes en crise du fait du démantèlement généralisé de la souveraineté étatique, et qu\u2019elles sont appelées de plus en plus à produire ce que j\u2019appelle des individus-contre-la- souveraineté ou des subjectivités anti-institutionnelles \u2013 bref, des dividus déracinés dont le désir prétend se brancher immédiatement sur l\u2019universel d\u2019une « humanité » abstraite réduite au réseau communicationnel et technico-écono- mique.La crise des médias doit ainsi être comprise comme étant intimement liée à la crise de l\u2019éducation, de la culture et du politique, bref comprise comme étant liée à la crise et à la dissolution de l\u2019ensemble des médiations qui caractérisaient la société issue du projet moderne.Dans « La fatigue culturelle du Canada français », Hubert Aquin, critiquant Trudeau, avait bien montré que l\u2019individu ne peut pas se rapporter immédiatement à l\u2019universel, comme le veut la représentation libérale de la liberté.Que cet universel soit celui du citoyen du monde, de l\u2019humanité abstraite, du prolétariat international importe peu : le problème reste le même, à savoir qu\u2019on ne peut immédiatement, d\u2019un point de vue dialectique, se rapporter à l\u2019universel, puisqu\u2019il faut toujours la médiation du particulier pour y participer, dans ce cas-ci celle d\u2019un groupe culturel, d\u2019une communauté ou société donnée.Aquin s\u2019appuie sur Hegel pour reprocher au Canada de Trudeau son absence de dialectique, son caractère profondément non dialectique.L\u2019écrivain rappelle que l\u2019individu ne peut se rapporter à l\u2019universel qu\u2019à travers la médiation du particulier, c\u2019est-à- dire son inscription dans une « culture globale », terme qui porte à confusion puisqu\u2019au fond il s\u2019agit de défendre non pas le « global », mais l\u2019enracinement de la subjectivité au sein d\u2019une culture épanouie, et donc d\u2019une totalité sociétale concrète, d\u2019une communauté politique vivante. 101 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO La République inachevée8 qu\u2019est le Québec, est, on le sait, pour l\u2019heure embourbée sur le chemin de son devenir souverain jusqu\u2019à devenir une passoire pour les pipelines de l\u2019Ouest.Il n\u2019empêche qu\u2019il s\u2019est construit ici un espace public aussi inachevé que la république inachevée et du socialisme d\u2019ici, encore pour l\u2019heure irréalisé, qu\u2019il aurait dû servir.Il est ironique que cette construction soit notamment née sous le manteau d\u2019une institution médiatique liée à la souveraineté fédérale canadian : Radio-Canada, qu\u2019on démantèle aujourd\u2019hui honteusement (et qu\u2019il faut bien sûr chercher à sauver).Il faut bien sûr ajouter à cela d\u2019autres médias (Le Jour, Le Devoir, la revue Liberté, Parti Pris, L\u2019Action nationale et autres espaces) qui ont permis l\u2019autoréflexion d\u2019une culture, d\u2019une nation et d\u2019une société sur elle-même.Actuellement, nous vivons une période d\u2019écrasement de la souveraineté (dans les deux sens d\u2019implosion et de laminage).Chez ses défenseurs, elle s\u2019est récemment réduite à cette peau de chagrin la « gouvernance souverainiste ».Ceux-ci ont laissé place à des idéologues comme le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, qui se lance ouvertement dans le démantèlement de la souveraineté : celui-ci entend réussir la réingénierie de l\u2019État là où Jean Charest n\u2019avait pas terminé le travail, et nous emmener dans l\u2019État minceur néolibéral du XXIe siècle.Cela ne veut pas dire que l\u2019État va disparaître : le néolibéralisme a tout de même besoin de la puissance étatique.Seulement, il repose sur un État beaucoup moins social et beaucoup plus axé sur le développement du secteur privé, la généralisation de la concurrence dans tous les secteurs de la société, ce qui veut aussi dire la mise en pièces de nombreux services publics.8 Voir Gilles Labelle, « Péguy et la fausse république du Québec », Le Devoir, 19 avril 2008. 102 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Cette volonté d\u2019en découdre est aussi présente dans le démantèlement de l\u2019éducation mis de l\u2019avant par les ministres qui se succèdent si vite qu\u2019on peine à garder leur nom en mémoire, hormis peut-être celui de M.Bolduc dont le ridicule a fait une légende pour sans doute bien longtemps.Ce monsieur, qui dit ne pas voir de problème avec l\u2019absence de livres dans les écoles, a cherché à détruire la formation générale au collégial, dont la philosophie, c\u2019est-à-dire l\u2019âme humaniste des cégeps, une institution clef issue de la Révolution tranquille.Cette attaque sur les médiations étatiques et éducatives se répercute également sur les médias, notamment sur Radio-Canada (attaque qui vient bien sûr du fédéral), mais aussi à travers, par exemple, la crise financière au Devoir.On pourrait allonger la liste : le point étant que les médiations institutionnelles sur lesquelles repose l\u2019existence de la société québécoise sont en crise.Le libéralisme anglo-saxon, l\u2019Ontario, le ROC, les USA et la globalisation tiennent lieu de nouvelle étoile polaire pour nos élites.Nos institutions sont transformées en organisations, canadianisées, américanisées, internationalisées, globalisées et plus généralement commercialisées.La politique énergétique canadienne et étasunienne a déjà décidé de notre sort ; à l\u2019heure de la crise climatique, nous entrons dans le pétrofédéralisme.Comme le dit M.Couillard, nous avons une dette envers le Canada, qui prend si bien soin de nous à travers la péréquation\u2026on ne saurait donc lui refuser de passer ses pipelines sur le territoire du Québec.De telles déclarations auraient été impensables il y a ne serait-ce que dix ans ; signe que le mouvement de recanadianisation est bien amorcé.Dans la nouvelle société néolibérale, l\u2019individu ne semble plus être là que pour défendre son intérêt, pour prospérer et s\u2019enrichir dans un espace global désymbolisé et désinstitutionna- lisé.Nous entrons dans ce que M.Freitag appelait L\u2019abîme de la liberté : une conception de la liberté désituée, déracinée qui ne reconnaît plus quoi que ce soit qui transcenderait 103 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO l\u2019individu (et ce sens proprement néolibéral).Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019entrepreneur businessman qui fait du e-commerce ou le jeune rebelle qui vit davantage dans Facebook-Twitter que dans la suite du monde de Pierre Perreault, nous affrontons principalement une conception de la liberté qui se croit de plus en plus indépendante d\u2019un monde, cependant même que ce monde est de plus en plus abandonné à des systèmes impersonnels et irréfléchis.Pour sortir d\u2019un tel marasme, il y a plusieurs questions urgentes à penser ou repenser.Il faut bien sûr d\u2019abord repenser notre conception de la liberté : comment pouvons-nous en revenir, contre la politique généralisée de l\u2019absence à soi9 et au monde qu\u2019organise le capitalisme cybernétique, à une conception enracinée de la liberté ?À défaut de réfléchir à cette nécessaire synthèse entre liberté et commun, la société continuera de se vouer à deux conceptions également aliénées de la liberté.D\u2019une part, la conception libérale, qui s\u2019en tient à l\u2019individu monadique porteur d\u2019intérêt et refuse toute transcendance de la morale ou du bien commun sur ces monades, préférant s\u2019en remettre au mécanisme du marché, soi-disant « axiologiquement neutre » (Michéa) ou, à « l\u2019extrême-gauche », à la libre circulation de la « Multitude » des singularités productives (Negri).En face, une résurgence du national-populisme, où le retour du refoulé ramène sous forme aliénée les formes du commun : repli nationaliste, obsession sécuritaire, choc des civilisations, etc.Seule une conception réfléchie de l\u2019articulation entre la liberté et l\u2019appartenance à une communauté politique peut faire rempart à la fois au libéralisme apatride et au communau- tarisme de repli.Ceci suppose la « production » d\u2019individus majeurs et cultivés capables d\u2019autonomie, de jugement et 9 Je ne parle pas du soi sans contenu de l\u2019ère du vide, du sujet sans objet victime de la privation de monde (Franck Fischbach), mais bel et bien du soi qui participe pleinement de l\u2019ethos d\u2019une communauté politique vivante. 104 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO capables de participer à la vie d\u2019une communauté politique, bref, des individus qui veulent vivre non pas seulement dans l\u2019informatique ou le marché, mais quelque part, dans un pays.On retrouve ici l\u2019idée noble du patriotisme au sens classique, c\u2019est-à-dire de celui qui a conscience des valeurs, des mœurs et des lois de la communauté à laquelle il appartient, et qui se fait une fierté de les incarner au quotidien (ainsi du patriotisme10 chez les Grecs, ou encore chez Hegel).Aujourd\u2019hui, le discours qui se présente comme « critique » télescope tout dans des chaînes d\u2019équivalence : la nation, c\u2019est l\u2019État-nation, donc le nationalisme, donc la haine de l\u2019autre et la guerre, donc le Mal.Il faudrait dépoussiérer un peu tout cela et nuancer un peu la chose.Pour cela, le secours d\u2019une pensée dialectique, qui reconnaît notamment l\u2019importance de la culture, est essentiel.Il est incontestable que le nationalisme a souvent été utilisé pour jouer sur les émotions populaires, pour mobiliser le peuple et l\u2019envoyer dans des guerres immondes.Mais, comme le dit Jean-Claude Michéa, le « nationalisme est à la nation ce que le psychologisme est à la psychologie ».Autrement dit, on n\u2019est pas condamné à choisir entre le nationalisme chauvin ou le nombrilisme apatride.A-t-on par exemple songé aux conséquences qu\u2019entraîne l\u2019incapacité actuelle des « dissociétés » néolibérales à penser l\u2019humanisme et le commun ?Nous devenons incapables de faire société, et le quotidien devient cette guerre (écono- 10 Le patriotisme est donc irréductible au nationalisme belliqueux ou chauvin.Même des anarchistes, comme Élisée Reclus, n\u2019hésitaient pas à s\u2019en réclamer.Hélas, le mot fait aujourd\u2019hui peur à bien du monde, si bien qu\u2019une Révolte des patriotes, si elle peut être appréciée aujourd\u2019hui comme lutte contre la domination, est presque inaudible dans ce qu\u2019elle portait de positif comme volonté de construire un pays où le peuple se saurait être chez lui, quand elle n\u2019est pas tout simplement oubliée.Assimiler le patriotisme à quelque chose d\u2019automatiquement mauvais, voilà bien l\u2019une des forces du libéralisme (et plus tard du trudeauisme).Hubert Aquin, lui, ne s\u2019était pas laissé enquiquiner (voir La fatigue culturelle du Canada français). 105 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO mique) de tous contre tous qu\u2019évoquait Hobbes, où l\u2019Autre ne peut plus être rencontré que sous la forme du « rapport de force », de la collision ou du choc.La solution n\u2019est pas seulement la « tolérance » subjective envers autrui.Il faut penser aménager des communautés où le Bien commun est débattu, institué et fait loi.Cette discussion ne se déroulera pas immédiatement à l\u2019échelle du monde, mais d\u2019abord au niveau local et au niveau des communautés nationales (ce qui n\u2019empêche absolument pas un esprit internationaliste de prévaloir).De plus, le débat ne saurait être monopolisé par une élite : il doit être organisé autour d\u2019un usage public de la raison auquel chacun-e est convié.L\u2019exigence d\u2019une démocratie de proximité plus profonde et plus élargie, par exemple celle portée par le printemps érable de 2012, trouve ici sa place.Le lien avec l\u2019éducation également : comment espérer une telle prise en charge des communautés politiques par elles-mêmes sans rebâtir un projet d\u2019éducation humaniste11.Mais un tel débat réflexif est impossible sans qu\u2019existe ici, au Québec, des médias compris comme des institutions pouvant participer à la réouverture d\u2019un espace public qui autrement se referme de plus en plus sur l\u2019insignifiance, ne devenant plus que la chambre d\u2019écho d\u2019un réel devant lequel nous avons démissionné.Il faudrait donc réfléchir de manière urgente à la mise en place de médias dédiés à la culture et au débat public au Québec.Par exemple, le projet de fonder une Radio-Québec vouée à la réflexion, au débat intellectuel, à la culture et à l\u2019information intelligente.Le sens de ces nouvelles ins- 11 Actuellement, dans le sillage du Rapport Demers, le gouvernement Couillard et le ministre Bolduc font tout l\u2019inverse, se proposant d\u2019affaiblir la formation générale pour accélérer la production de techniciens, fussent-ils peu ou pas cultivés.Cela finit par former des gens que l\u2019on a dépossédés de la possibilité d\u2019entrer en contact avec la culture.Voilà ce que constitue un « vol d\u2019identité » au sens profond, et non seulement au sens du clonage d\u2019une carte bancaire. 106 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO titutions médiatiques étant lui-même inséparable d\u2019une réflexion plus générale sur ce qu\u2019il advient de la puissance publique et de la souveraineté du peuple du Québec.En effet, ces médias réflexifs ne servent à rien si le lieu du politique qu\u2019ils servent à médiatiser et représenter est lui- même refermé, désinstitutionnalisé et privé de souveraineté.Il y a donc une articulation intime entre la reconstruction des médias, de l\u2019espace public, du politique et de la souveraineté12.12 Je précise que je n\u2019entends pas souveraineté comme domination d\u2019un État capitaliste, d\u2019un comité de gestion des affaires de la bourgeoisie (Marx) sur un peuple instituant dès lors privé de toute prise sur le pouvoir.C\u2019est effectivement ce à quoi nous sommes de plus en plus confrontés, ce qui fait que la pensée d\u2019entendement en déduit « logiquement » qu\u2019il faut abandonner l\u2019idée de l\u2019État, l\u2019idée de la souveraineté, voire parfois jusqu\u2019à l\u2019idée de « peuple » elle-même, toujours suspectée d\u2019être vaguement fascisante.La pensée dite « critique » en vient bien souvent à concéder le monopole des mots souveraineté, peuple, nation, culture, État à la droite, défendant plutôt le droit des individus.Du reste, on sait que, pour la droite économique, il n\u2019y a plus de citoyens ni de peuple : il n\u2019y a plus que des contribuables.Je pense qu\u2019il faut remettre les pendules à l\u2019heure.Cela commence par un refus d\u2019abandonner des mots parce qu\u2019ils seraient automatiquement salis.Bien sûr, des nuances s\u2019imposent.Justement, en faisant des nuances, on parvient à voir que jamais les mots ne sont unidimensionnels, même s\u2019ils semblent le devenir dans un monde qui rapetisse lui aussi jusqu\u2019à l\u2019unidimensionnalité (Marcuse).Le mot de souveraineté peut ainsi au sens de Jean Jaurès, être lié à une idée du républicanisme, de la Res publica comme puissance publique et chose de tous.Chez Jaurès, la souveraineté est populaire, démocratique.Elle ne se limite pas à la liberté politique, mais suppose aussi la souveraineté du peuple dans le monde du travail et de l\u2019économie.C\u2019est pourquoi Jaurès disait que le véritable républicanisme était nécessairement socialiste.À l\u2019inverse, on peut se demander ce que vaut une souveraineté politique dans un monde par ailleurs soumis aux injonctions du capital, souveraineté dès lors purement formelle, du type de celle dont « jouissent » nombre de pays du tiers-monde, souverains sur papier, mais esclaves dans les faits de la domination du maître argent.La véritable souveraineté est souveraineté politique et économique, elle est liberté des peuples de s\u2019autodéterminer, de prendre soin de leur population, de leur culture, de leur société, de la nature et de leur territoire.Cela n\u2019exclut aucunement que plusieurs nations, peuples, communautés linguistiques ou culturelles n\u2019habitent une même communauté politique.Cela n\u2019exclut nullement que ces communautés politiques entretiennent entre elles des rapports de solidarité et d\u2019hospitalité, bien au contraire : c\u2019est ce qu\u2019il faudrait faire ! 107 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO Cette souveraineté ne pourra pas exister si elle ne peut reposer sur des institutions vouées à son maintien et sa reproduction dans le temps.On assiste depuis quelque temps à un retour à ce qu\u2019on pourrait appeler le localisme : un intérêt pour les institutions démocratiques de proximité, pour les enjeux municipaux, écologiques et agricoles qui se posent au niveau du village, de la ville, de la commune13.Mais l\u2019approfondissement de la sou- 13 L\u2019anarchiste écologiste Murray Bookchin et son municipalisme libertaire sont extrêmement intéressants sur ces questions.Or, Bookchin sait bien que la prise en charge des communes par elles- mêmes nécessite la création de ce qu\u2019il appelle des contre-institutions, lesquelles opposent un nouveau fonctionnement à la verticalité des institutions capitalistes ou technocratiques du passé ; elles n\u2019en sont pas moins, même si neuves, des institutions, et Bookchin sait très bien que sans un tel appareil institutionnel nouveau, aucune indignation ne pourra dépasser le stade de la manifestation, sonore, mais vite épuisée dans son expression.Ceci dit, ces institutions locales ne pourront exister sans relais au niveau des pays.Je ne crois pas que le monde puisse se limiter à être une juxtaposition de communes locales, aussi démocratiques et écologistes soient-elles.À l\u2019inverse, une souveraineté qui se limiterait à vouloir créer un État capitaliste national (voué à soutenir le fantasme de la croissance infinie de l\u2019argent dans une planète par ailleurs finie) ne serait guère plus démocratique que ce que nous connaissons déjà dans le statu quo.C\u2019est pourquoi, tout comme Jean-Claude Michéa, je pense que la pensée de Proudhon peut être utile ici, plus précisément le principe de subsidiarité.Le maximum d\u2019autonomie devrait être dévolu, lorsque possible, aux communes locales.Mais il y a des questions cruciales qui ne pourront être réglées qu\u2019au niveau « national », qui pourrait fédérer un ensemble de communes, ou même à un niveau international dans une rencontre des différentes communautés politiques.Ces souverainetés prendraient chacune la forme d\u2019une république sociale (socialiste, puisqu\u2019ayant abandonné l\u2019obsession de la croissance économique à tout prix, le productivisme écocidaire, les énergies sales et le sacrifice de soi dans le travail sans sens) et seraient organisées non plus autour d\u2019un État capitaliste, mais autour d\u2019institutions explicites et démocratiques du politique (Castoriadis).Autrement dit, d\u2019un point de vue institutionnaliste, la soi-disant « Multitude » ne peut se donner à elle-même immédiatement sans institutions et ne peut se résorber en elle-même.La sortie de L\u2019État capitaliste ne veut pas dire l\u2019absence d\u2019institutions politiques, et ne saurait se borner à quelque utopie discursive habermassienne fondée sur le « dialogue ».Ces mystifications individualistes occultent la nécessaire réflexion sur les formes et les normes qui permettront la constitution de sociétés postcapitalistes et servent en définitive la domination. 108 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO veraineté populaire, les exigences de démocratie plus profonde, la quête de justice sociale seront condamnés à demeurer à l\u2019état de protestation tant qu\u2019elles se limiteront à quémander ces revendications auprès d\u2019un pouvoir sur lequel la population n\u2019a que peu ou pas de prise puisqu\u2019il est abandonné à la classe dominante et aux intérêts économiques capitalistes.Dans leur main, la puissance publique ne sert pas la souveraineté populaire ou le Bien commun : elle sert simplement de relais à la globalisation capitaliste et à la logique dissolvante du commun qu\u2019elle suppose.Il faut donc mettre en place un nouveau rapport à la souveraineté politique qui permette l\u2019autodétermination du peuple et qui lui donne une prise sur le politique14 et sur 14 Cela ne saurait constituer simplement en une simple revalorisation de L\u2019État national « tel qu\u2019il est ».Cela suppose au contraire des transformations importantes de L\u2019État québécois, à commencer par son indépendance à l\u2019égard de l\u2019État fédéral, mais aussi une transformation en profondeur des institutions d\u2019héritage britannique.Une véritable démocratisation de la souveraineté ne saurait conserver tel quel l\u2019État « bourgeois » moderne, c\u2019est-à-dire un État bureaucratisé sur lequel les populations n\u2019ont pas de prise.À l\u2019inverse, un État n\u2019est pas uniquement une collection de parties, puisqu\u2019il incarne, comme moment de synthèse, « plus que la somme de ses parties », si je puis dire.Quoi qu\u2019il en soit, le nouvel « État » d\u2019un Québec indépendant, écologiste et socialement juste ne saurait être un État bourgeois, ni une simple addition de communes.C\u2019est cette forme d\u2019État appropriée pour ce que Fernand Dumont appelait le « socialisme d\u2019ici » qu\u2019il reste à inventer.Certains diront qu\u2019il ne s\u2019agira, au fond, plus du Tout d\u2019un « État », mais d\u2019une fédération d\u2019inspiration anarchiste ou encore d\u2019autre chose de complètement neuf.Je ne saurais pas en désaccord avec une telle position.Tout dépend, en fait, de l\u2019usage que l\u2019on fait du mot « État ».Si l\u2019État est défini comme la forme sociale empirique que l\u2019on a connu dans la modernité capitaliste, il faut alors reconnaître que celle-ci doit être dépassée (ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle n\u2019a produit que du Mal non-plus).Par contre, pour ma part, comme je m\u2019inscris dans la tradition hégéliano-marxiste, je me refuse à réduire L\u2019Idée de l\u2019État à sa forme empirique.Pour Hegel, un État rationnel est une forme social qui permet à la fois la pérennité du Tout, mais aussi le règne d\u2019une liberté individuelle et collective respectueuse de l\u2019éthicité concrète propre à une communauté vivante.Il serait pour le moins difficile de défendre que l\u2019État capitaliste est parvenu à un tel degré de rationnalité (ce que montre du reste bien Marx).Est-ce qu\u2019il faudra encore appeler État la forme d\u2019institution politique postcapitaliste ?Cela devient un débat sémantique si l\u2019on comprend la « substance » de la Chose. 109 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO l\u2019économie15 au lieu qu\u2019il en soit l\u2019esclave.Le sociologue Gilles Gagné avait identifié trois critères de jugement pour guider nos jugements et actions dans le Québec futur : 1) sortir du pétrole, 2) sortir de la croissance économique à tout prix, 3) sortir du capitalisme.Il me semble qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un bon programme de principe, étant entendu que tout cela est plus simple à dire qu\u2019à faire.Ceci dit, il y a péril en la demeure ; c\u2019est pourquoi la reconstruction des médiations médiatiques, éducatives et politiques de notre société est une urgence collective.Conclusion Mais il y a plus essentiel, et qui ramène à une question de mémoire.C\u2019est en fait une caractéristique des hommes de ne pouvoir vivre dans l\u2019immédiat, où les bureaucraties les cueilleraient comme des lapins.Les hommes se souviennent, et c\u2019est pourquoi ils sont rétifs aux organisations et veillent à leurs allégeances.\u2013 Fernand Dumont (Raisons communes).15 Dans un premier temps, cela peut prendre la forme de « réformes radicales » d\u2019inspiration social-démocrate dans le but de réhumaniser d\u2019urgence la situation.Mais, au fond de lui-même, comme l\u2019a bien montré Marx, « l\u2019argent n\u2019a pas de maître », et le Sujet automate qu\u2019est le capitalisme ne tolère d\u2019autre souverain que lui-même.C\u2019est pourquoi toute reconstruction de la capacité d\u2019action publique sur l\u2019économie ne pourra en rester au simplement encadrement social-démocrate du capitalisme mais devra remplacer celui-ci par un autre système économique, par exemple par ce que Michaël Lowy ou Joel Kovel appellent « écosocialisme ».Du reste, le capitalisme est par nature hostile à toute norme voulant freiner son expansion infinie.De plus, les conditions qui ont permis la constitution du « bloc historique » social- démocratique ne sont plus réunies.J\u2019ajoute que la social-démocratie (qui est au fond non plus entendue, comme c\u2019était le cas à l\u2019origine, comme cheminement progressif vers le socialisme, mais comme simplement encadrement social d\u2019un capitalisme dès lors accepté comme éternel), bien qu\u2019elle ait permis des progrès au plan social, était malgré tout un système productiviste et écocidaire fondé sur la croissance infinie de l\u2019argent.À l\u2019inverse, dès lors que l\u2019on sort de la logique « croissanciste », on ne peut plus rester dans le capitalisme. 110 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO En somme, nous pouvons dire que la crise des médias est inséparable d\u2019une crise plus générale du politique et des médiations symboliques et institutionnelles sur lesquelles il prend appui.La liberté n\u2019est pas un donné qui trouverait son fondement dans l\u2019individu.Elle suppose une articulation entre l\u2019individu, le langage, la culture, le symbolique, les institutions/ médiations, le politique et la société.Elle suppose que soit aménagé au sein de cette société une place pour l\u2019autonomie individuelle, le débat public, l\u2019usage public de la raison, bref, la délibération, mais aussi un pouvoir ou une puissance publique capable d\u2019assurer l\u2019effectuation des normes et lois générées par la discussion publique ou consignées dans la tradition du droit ou dans les mœurs (Hegel).Dans un tel monde, la parole n\u2019est pas un flatus vocis, et la raison n\u2019est pas seulement une lubie personnelle : à travers l\u2019usage en commun de la parole et de la raison (qui doit dès lors se vouloir non pas simple raison instrumentale, mais être au contraire le plus ouverte et sensible possible), les sujets peuvent prendre en charge le monde commun et la communauté politique dont ils héritent.L\u2019exercice de la souveraineté suppose d\u2019accepter cet héritage.À l\u2019inverse, la subjectivité capitaliste-néolibérale est celle qui en vient à être privée de monde.La société opérationnelle-décisionnelle postmoderne (Freitag) est celle qui réduit la parole à un divertissement, un caquetage ou un bruit (duckspeak orwellien), cependant que la direction du monde est abandonnée aux systèmes de la communication informatisée, de la technique et de l\u2019économie, si bien que, dans la nouvelle mégamachine, nous ne décidons plus de rien, humains-machines d\u2019une société machine où la communication, la technique et l\u2019économie font tout à notre place, tant et si bien que leur fonctionnement optimal comme moyens devient plus important que toute finalité véritable.Le seul sens devient ainsi le fonctionnement optimal et l\u2019accélération du système des moyens.La crise écologique nous montre à elle seule les conséquences de l\u2019emballement d\u2019une telle machinerie. 111 L\u2019Action nationale Mai 2015 DOSSIER LES VOIES DE LA RADIO À la lumière du chemin parcouru ici, on comprendra aisément que la question de la crise des médias n\u2019est pas seulement une question économique, de ressources, ou de mode de propriété.En elle, il se pose une question encore plus cruciale : la place que nous laissons encore a la liberté, a la pensée, au symbolique et à la représentation dans ce qui meut le monde.Parlons-nous pour habiter le monde ou parlons- nous pour ne rien dire ?C\u2019est à mon ami Jean Pichette et à la pensée de Michel Freitag que je dois de m\u2019avoir ouvert à cette approche dialectique du rapport entre médias et médiations, approche depuis laquelle j\u2019écris maintenant et qui m\u2019apparaît importante pour toute réflexion visant à refonder des institutions médiatiques, un espace public et une souveraineté politique québécoise digne de ce nom en solidarité avec les autres peuples du monde à l\u2019échelle internationale.En 1844, Marx avait montré que le sujet aliéné était celui qui était « sans objet » (F.Fischbach), c\u2019est-à-dire qu\u2019il était coupé non seulement de produit de son propre travail (son objectivation), mais aussi coupé de toute la culture objectivée par l\u2019activité de l\u2019humanité antérieure.Revendiquer la liberté en voulant entendre par là l\u2019arrachement de la subjectivité à l\u2019égard de toute forme instituée ou constituée ne fait que reproduire cet évidement intérieur de la subjectivité qui est la définition même de l\u2019aliénation.Les forces propres de l\u2019humain, dit Marx, sont toujours des forces sociales, et non des forces individuelles.C\u2019est pourquoi la liberté ne se trouve pas dans le geste nihiliste qui consiste à refuser toute totalité sociétale, mais au contraire, dans la reconnaissance que l\u2019enracinement, comme le disait Simone Weil, est l\u2019un des besoins les plus profonds de l\u2019âme humaine.q 30 $ par année 50 $ pour deux ans taxes et expédition co`mprises 3 parutions par année Commande par la poste : L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : (514) 845-8533 sans frais, (866) 845-8533 À la boutique internet action-nationale.qc.ca Les Cahiers de lecture de L'Action nationale La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année. Lire Lire les essais MICHEL SARRA-BOURNET Louis Bernard.Entretiens avec Michel Sarra-Bournet 114 RAYMOND GARNEAU De Lesage à Bourassa.Ma vie politique dans un Québec en mouvement 119 CLAUDE MORIN Je le dis comme je le pense.Souveraineté, vie politique, religion 123 ÉRIC DUHAIME La SAQ pousse le bouchon ! 127 LIRE 114 ARTICLES MICHEL SARRA-BOURNET Louis Bernard.Entretiens avec Michel Sarra-Bournet, Montréal, Boréal, 2015, 299 pages Grand commis de l\u2019État, homme de l\u2019ombre et donc discret par définition, Louis Bernard n\u2019a pas l\u2019habitude de s\u2019épancher sur ses états d\u2019âme.Il parle peu de lui et très peu des autres.Rompu aux secrets d\u2019État, Louis Bernard ne commet pas d\u2019indiscrétions et ne nous livre pas de révélations fracassantes.Ce n\u2019est pas son style.Comme son destin personnel coïncide avec le destin du Québec, il commente plutôt l\u2019histoire du Québec contemporain et explique comment il a perçu les grandes évolutions de la société québécoise.Sa vision est souvent éclairante parce qu\u2019il a vécu les événements de l\u2019intérieur, ayant accompagné les premiers ministres Lesage, Lévesque et Parizeau dans le combat québécois pour l\u2019affirmation nationale.Ce livre est bâti sur des entretiens menés par Michel Sarra- Bournet dont les questions pertinentes et bien informées guident les propos de l\u2019auteur.En réalité, les auteurs ont organisé la matière en adoptant un schéma chronologique qui nous donne l\u2019impression de suivre un cours d\u2019histoire politique.Ils discutent des succès et des échecs de la Révolution tranquille, des avantages du parlementarisme, de la politique linguistique, du débat constitutionnel, de l\u2019accord du lac Meech, LIRE LES ESSAI 115 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 de la question autochtone, de la réforme de l\u2019administration publique, de la réforme municipale.Il aborde enfin sa participation à la course à la chefferie du Parti québécois.Il demeure peu prolixe sur son passage à la direction de las Banque Laurentienne.À travers l\u2019analyse de ces différents dossiers, on peut découvrir la personnalité nuancée de l\u2019homme et les principes philosophiques qui ont guidé cette éminence grise.On peut ainsi mieux saisir les raisons qui ont inspiré les grandes décisions de l\u2019État québécois.D\u2019entrée de jeu, Louis Bernard nous explique sa philosophie de l\u2019histoire ou sa conception du changement.Il se définit, à l\u2019instar de son maître à penser Karl Popper, comme un gradualiste et un pragmatique.Il croit que l\u2019histoire avance à petits pas, par des changements à la marge et non pas par de grandes transformations radicales : « si on veut améliorer la société, écrit-il, il faut y aller pas à pas, par des améliorations successives, par la méthode d\u2019essais et erreurs » (p.25).Le progrès viendrait de la recherche des compromis, des accommodements, de réformes successives.Paradoxalement, il estime que cette façon de voir le changement ne correspond pas à l\u2019état d\u2019esprit des Québécois qui seraient plutôt adeptes du tout ou rien, du moins depuis la Révolution tranquille : « Nous n\u2019avons pas réussi, comme société, à renoncer au succès instantané, à monter un escabeau.[\u2026] Nous avons gardé cet esprit \u201crévolutionnaire\u201d d\u2019aller vite et directement, et nous n\u2019avons pas compris que, généralement il vaut mieux y aller marche par marche, de réforme en réforme » (p.38).Si on peut lui donner raison lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019enjeux limités, comme dans le dossier de la réforme municipale où on a voulu tout faire d\u2019un coup, son raisonnement nous semble moins convainquant en ce qui concerne le dossier constitutionnel où les Québécois ne se sont pas montrés particulièrement volontaires pour le tout ou rien et où le pas à pas a été la règle d\u2019or de tous les 116 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 gouvernements québécois.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019avenir de la nation, il semble bien que la modération soit beaucoup plus la marque de commerce des Québécois que le radicalisme.Il applique aussi sa logique incrémentale aux institutions politiques.Louis Bernard ne s\u2019en cache pas, il a une grande admiration pour les institutions britanniques et il est un partisan de ce type de parlementarisme et du mode de scrutin de pluralité qui sont à ses yeux des systèmes éprouvés qu\u2019il faut conserver parce que l\u2019on connaît bien leurs qualités et leurs défauts, qu\u2019on peut les corriger s\u2019il le faut, comme cela a été fait avec l\u2019adoption de la loi sur le financement des partis.« Personnellement, je préfère garder nos institutions d\u2019origine britannique et le parlementarisme, parce que je les crois plus efficaces » (p.42).Ainsi plaide-t-il pour la discipline de parti qui assure la cohérence des politiques gouvernementales.Il soutient en même temps qu\u2019on peut atténuer certains défauts du régime de responsabilité ministérielle en introduisant plus de votes libres.Il en va de même pour le mode de scrutin uninominal ; on doit le garder, plaide-t-il, parce que c\u2019est celui qu\u2019on a et qu\u2019on connaît et qu\u2019il assure la stabilité gouvernementale.On pourrait là aussi introduire des ajustements avec des éléments de proportionnelle pour favoriser l\u2019apparition de nouveaux partis en phase avec l\u2019évolution de la société.Voilà des exemples qui illustrent sa façon de penser le changement qui doit se faire dans la continuité.Cette philosophie du changement a toutefois montré ses limites dans le dossier constitutionnel.On le sent à cet égard moins assuré et plus émotif dans son analyse des échecs répétés des demandes du Québec.Selon sa logique, le caractère modéré du projet de souveraineté-association devait amener le changement dans la tranquillité et la bonne entente.Obtenir des concessions pour élargir les pouvoirs du Québec et pour incarner sur le plan institutionnel le 117 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 binationalisme fut la démarche préconisée par les gouvernements qu\u2019il a conseillés, quel que soit le parti au pouvoir.Il fallait à tout prix éviter l\u2019idée de rupture avec le Canada et proposer des solutions de compromis ce que visait en réalité la souveraineté-association.Comment donner des fondements institutionnels de type confédératifs à un système politique qui tendait à la centralisation ?Les dirigeants politiques du Québec ont entretenu la confusion conceptuelle sur la nature du système politique canadien et se sont imaginé que l\u2019accommodement était une logique inhérente à la réalité du Canada.On croyait à la volonté de dialogue et à la négociation de bonne foi des Canadiens.On avait oublié, semble-t-il, de prendre la mesure du nationalisme canadien et du processus de nation building qui fut renforcé avec l\u2019arrivée de Trudeau au pouvoir.Cette erreur stratégique est due aux illusions entretenues par la théorie des deux peuples fondateurs qui a servi d\u2019assise intellectuelle au nationalisme canadien-français.On avait aussi oublié un principe élémentaire en politique : pour faire un compromis, il faut être deux.Celui qui cherche la conciliation est toujours perdant devant celui qui est prêt à la confrontation.Cette logique formalisée par la théorie des jeux a été validée aussi bien lors du rapatriement de la constitution que lors de l\u2019échec du lac Meech.Dans les deux cas, le gouvernement du Québec a joué la carte de la conciliation ou du compromis alors que l\u2019adversaire canadien s\u2019est montré intransigeant et a eu gain de cause.Le Canada s\u2019est ainsi doté d\u2019une constitution qui ne reconnaît nullement l\u2019existence de la nation québécoise et qui a même réduit les pouvoirs du Québec en matière linguistique et culturelle.En fin de compte, le projet d\u2019un Canada centralisé fondé sur les droits individuels et l\u2019égalité des provinces a eu raison du projet de fédéralisme asymétrique présenté sous différentes formules par les gouvernements du Québec. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Louis Bernard a tiré des leçons de ces échecs du changement constitutionnel désiré par le Québec.Ayant pris toute la mesure du piège que représentait le trait d\u2019union si cher à Lévesque, il reconnaît que la bataille de l\u2019indépendance doit aussi se faire durant les campagnes électorales.Il pense aussi que la liaison entre le bon-vrai gouvernement et l\u2019accession à la souveraineté est une billevesée qui n\u2019est plus d\u2019actualité.Il a élaboré ce positionnement plus réaliste lors de sa participation à la course à la direction du Parti québécois en rompant avec la tradition étapiste et en proposant de centrer le discours sur la promotion de la souveraineté : [\u2026] à mon sens, le Parti québécois devrait devenir un parti souverainiste, point à la ligne, ni de gauche, ni de droite.Dans son programme, il ne devrait y avoir qu\u2019un seul chapitre : celui de la souveraineté.Le projet de société qu\u2019il propose, c\u2019est le Québec souverain (p.263).Il propose un processus d\u2019accession à l\u2019indépendance qui passerait par une élection « préréférendaire ».Ainsi un vote pour le PQ serait nécessairement un vote pour la souveraineté, mais celle-ci n\u2019adviendrait toutefois que par la tenue d\u2019un référendum dans la première année de l\u2019élection du parti.En somme, fort de ses quarante ans d\u2019expérience au service du Québec et après deux échecs de la stratégie des petits pas, Louis Bernard introduit dans sa réflexion une dose de radicalisme, tout en restant convaincu que le Canada n\u2019aura pas le choix de négocier après une décision favorable des Québécois.Mais quand il s\u2019agit d\u2019unité nationale, on l\u2019a constaté dans le passé, les Canadiens n\u2019hésitent pas à prendre tous les moyens, même illégaux, pour gagner.Pourquoi, là aussi, le passé ne serait-il pas garant de l\u2019avenir ?Denis Monière Politologue 119 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 RAYMOND GARNEAU De Lesage à Bourassa.Ma vie politique dans un Québec en mouvement, Les Éditions Transcontinentales, 2014, 319 pages De Lesage à Bourassa.Ma vie politique dans un Québec en mouvement, l\u2019autobiographie de Raymond Garneau, est un livre qui en contient deux : le récit réussi d\u2019une vie politique et une tentative ratée d\u2019essai politique ! Le récit autobiographique comme tel est intéressant, puisqu\u2019il nous plonge dans le Québec de Duplessis, puis dans celui de la Révolution tranquille et de ses suites.Les élections, les courses à la chefferie libérale, la crise d\u2019octobre, les Olympiques, tout y passe.En général, le fin connaisseur de l\u2019histoire du Québec en apprend peu.Font toutefois exception les passages concernant les finances publiques, entre autres avec la création du Conseil du Trésor dont l\u2019auteur fut le premier titulaire.L\u2019histoire du Québec d\u2019avant les années 1960 étant moins connue, le début du livre contient aussi certaines informations inédites ou oubliées ; qu\u2019on pense à l\u2019alliance entre les libéraux et les créditistes lors de l\u2019élection de 1956.Cependant, dès qu\u2019il s\u2019agit de détails, même importants, le lecteur se demande s\u2019il peut se fier aux souvenirs de l\u2019ancien ministre des Finances.C\u2019est que les erreurs factuelles pullulent : face à Adélard Godbout se trouvait l\u2019Action libérale nationale dirigée par Maurice Duplessis et non par Paul Gouin ; Pierre Laporte se serait fait élire dans Verdun, alors qu\u2019il l\u2019a plutôt été dans Chambly ; le juge Louis-Philippe Pigeon devient Louis-Joseph Pigeon ; le Parti national populaire est rebaptisé le Parti national québécois ; en 1973 les libéraux remportent 102 sièges sur 108 plutôt que sur 110 ; et surtout, le général de Gaulle crie « Vive le Québec libre ! » non pas en 1967, mais en 1976 soit six ans 120 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 après sa mort ! Parfois, sans être erronées à leur face même, certaines affirmations n\u2019en sont pas moins douteuses.Par exemple, l\u2019auteur tente de nous faire croire que la victoire de Bourassa lors de la course à la chefferie de 1969 est due à la force de son organisation.Dans sa biographie de Pierre Laporte parue récemment, Jean-Charles Panneton défend de manière beaucoup plus convaincante la thèse selon laquelle cette victoire s\u2019expliquerait plutôt par l\u2019appui apporté par l\u2019establishment du parti au jeune prodige.Malgré l\u2019abondance et la gravité des erreurs, le pire se trouve ailleurs.D\u2019abord, il y a quelques attaques personnelles dont le lecteur aurait pu se passer.Raymond Garneau raconte que René Lévesque n\u2019arrivait pas à rembourser ses dettes, « ce qui humiliait beaucoup son épouse » au point de la faire pleurer.Il écrit aussi des phrases du genre « Robert Bourassa connaissait Jacques Parizeau, un homme qui n\u2019était pas présent lorsque l\u2019humilité est passée ».Certes, l\u2019auteur a été ministre des Finances presque aussi longtemps que ce dernier, sans toutefois avoir eu l\u2019ombre de sa stature, de sa réputation ou de son destin.Et contrairement au premier, malgré sa tentative, il n\u2019a jamais été premier ministre, ni même chef de parti.Mais est-ce une raison pour être aussi mesquin ?Outre cet aspect plus personnel, cette mesquinerie s\u2019explique également par des motifs plus politiques, puisque l\u2019auteur insère dans son autobiographie une espèce de tentative d\u2019essai politique qui vire très souvent au pamphlet bêtement antipéquiste et plus largement antinationaliste.Garneau utilise d\u2019ailleurs systématiquement l\u2019expression « ultranationalistes » pour décrire ses adversaires.À certains moments, cela devient carrément obsessif, comme l\u2019illustre l\u2019utilisation de cette expression à neuf reprises dans une seule et même page.Et comme si ce n\u2019était pas assez, l\u2019au- 121 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 teur associe le Parti québécois au nazisme en écrivant ceci : « les ultranationalistes, que l\u2019on peut considérer comme les grands-pères des péquistes d\u2019aujourd\u2019hui, s\u2019opposaient à la participation des Canadiens français à la guerre.La plupart d\u2019entre eux soutenaient Pétain contre le général de Gaulle.C\u2019est pourquoi j\u2019ai toujours trouvé ridicule de voir sur l\u2019estrade d\u2019honneur, le 11 novembre de chaque année, les chefs péquistes ».Le procédé est évidemment aussi grossier que malhonnête.On sait aujourd\u2019hui que les nationalistes du siècle dernier étaient justifiés de s\u2019opposer à la boucherie insensée que fut la Première Guerre mondiale.Quant à la seconde, ils ne se sont pas opposés à « la participation » des Canadiens français comme tente de nous le faire croire Garneau, mais à la conscription et plus particulièrement à la conscription outre-mer.Plus loin, l\u2019auteur associe le père de Jacques Lanctôt à Adrien Arcand, affirme que le FLQ aurait voulu enlever un diplomate juif et ajoute « René Lévesque n\u2019était pas antisémite, mais beaucoup de tirailleurs péquistes l\u2019étaient ».Étrangement, il oublie de mentionner qu\u2019Arcand était un ardent fédéraliste qui reçut l\u2019appui de Pierre Elliot Trudeau.Évidemment, il n\u2019est pas interdit d\u2019y aller de quelques remarques relevant davantage de l\u2019essai dans l\u2019autobiographie d\u2019un homme politique, notamment afin de tirer des leçons sociologiques ou historiques d\u2019un événement.Encore faut-il que la remarque soit justifiée par des faits pertinents ou au moins par le contexte.Or, sous la plume de Garneau, c\u2019est rarement le cas.Parfois, son vécu personnel vient même contredire son propos d\u2019essayiste idéologue.Ainsi, il critique violemment le chanoine Groulx notamment en raison de sa propension à valoriser l\u2019agriculture, juste avant de nous raconter que sa famille a été épargnée des souffrances de la crise des années 30\u2026 parce qu\u2019elle vivait sur une ferme ! 122 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 Dans ce contexte, il serait tentant de prendre ce livre à la légère, de n\u2019y voir que le fiel d\u2019un homme qui, après un début de carrière prometteur comme chef de cabinet de Jean Lesage, a connu des ratés : course à la chefferie perdue face au très charismatique Claude Ryan, carrière en politique fédérale ne menant nulle part\u2026 au point où elle n\u2019est pas racontée dans son autobiographie, etc.Malheureusement, ce livre est plus que cela, car il illustre que l\u2019antinationalisme primaire, dont la nazification du Parti québécois n\u2019est qu\u2019un symptôme, est désormais chose courante dans les hautes sphères libérales.Dans la préface de ce livre, Philippe Couillard reprend certaines de ses idées, notamment en critiquant les élites nationalistes d\u2019antan pour leur valorisation du monde rural, ou en présentant Adélard Godbout comme « l\u2019un des hommes politiques les plus courageux que le Québec ait connus », car « C\u2019est lui qui ose affirmer l\u2019urgence et la nécessité pour le Québec de se joindre au combat mondial contre le nazisme et il en paie le prix politique ».Quand on sait que Godbout s\u2019est fait élire en promettant qu\u2019il n\u2019y aurait pas de conscription et que dans cette histoire il n\u2019a fait que se soumettre à Ottawa, au point de ne rien faire contre l\u2019utilisation de Canadiens-français comme chair à canon à Dieppe et ailleurs, cette affirmation est douteuse, voire carrément fausse.Sans compter qu\u2019elle sous-entend que les Québécois auraient voté contre Godbout parce qu\u2019il était antinazi ! Manifestement, pour l\u2019axe Outremont/Haute- ville que Couillard et Garneau représentent, la vérité et la rigueur ne doivent pas constituer des obstacles dans leur lutte pour éradiquer le nationalisme québécois.Guillaume Rousseau 123 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 CLAUDE MORIN Je le dis comme je le pense.Souveraineté, vie politique, religion, Montréal, Boréal, 2014, 224 pages La dernière campagne électorale a-t-elle mis en veilleuse le projet souverainiste ou bien la faute incombe-t-elle plutôt au PQ qui n\u2019aurait pas assez fait la promotion de l\u2019indépendance ?À cette question, Claude Morin répond dans son dernier essai, Je le dis comme je le pense, que l\u2019absence d\u2019engouement pour la souveraineté n\u2019est pas causée par des erreurs stratégiques ou par un manque de convictions de la part du PQ.Les Québécois ne sont tout simplement pas prêts à se lancer dans l\u2019aventure indépendantiste.Faut-il pour autant baisser les bras et ne rien faire ?Non, répond Morin, qui prend bien soin de séparer l\u2019objectif du PQ, la sauvegarde et l\u2019épanouissement de l\u2019identité québécoise, et le moyen idéal qu\u2019il met en œuvre pour atteindre cet objectif, la souveraineté.Or, estime Morin, si la souveraineté demeure le moyen privilégié pour affirmer l\u2019identité nationale du Québec, elle ne saurait être le seul.Le père de l\u2019étapisme propose donc une voie de sortie qui ne plaira sans doute pas aux plus pressés : il s\u2019agit pour lui de réparer l\u2019affront du rapatriement de 1982 qui a fait entrer de force le Québec dans un régime politique qui ne le reconnaît pas comme société distincte et encore moins comme nation.Morin suggère qu\u2019un futur gouvernement du Parti québécois prenne l\u2019initiative de demander au Canada une reconnaissance formelle, dans la Constitution canadienne, de son statut de nation.Cette reconnaissance ne serait pas que symbolique et elle contiendrait des éléments propres à rendre le Québec maître chez lui : Ottawa devrait cesser d\u2019envahir les compétences qui sont accordées au Québec en vertu de la Constitution et, plus important encore, devrait reconnaître les pleins pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale 124 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 en matière de langue, ce qui signifie que la Cour suprême cesserait de torpiller la Charte de la langue française comme elle l\u2019a fait dans le passé.La demande de reconnaissance constitutionnelle suivrait l\u2019élection d\u2019un gouvernement du Parti québécois et, en cas de refus d\u2019Ottawa, elle ferait l\u2019objet d\u2019un référendum au Québec.Ce référendum aurait pour but de démontrer que la population québécoise supporte pleinement la demande de reconnaissance faite par son gouvernement.Selon Morin, Ottawa pourrait alors difficilement s\u2019opposer à la volonté populaire.Certains estimeront sans doute que Morin fait preuve d\u2019un optimisme naïf : après tout, Meech fut un échec, Ottawa ne semble avoir aucun appétit à entreprendre des négociations constitutionnelles et les procédures de modification de la Constitution sont lourdes, demandant l\u2019accord d\u2019au moins deux tiers des provinces représentant au moins 50 % de la population canadienne.Cependant, Morin voit une lueur d\u2019espoir dans la reconnaissance, en 2006, du Québec comme nation par la Chambre des communes.Selon lui, les députés fédéralistes qui ont voté en faveur de la motion ne l\u2019ont peut-être pas fait pour les bonnes raisons, mais ils ont néanmoins, et sans doute malgré eux, ouvert une brèche : là où le rapatriement de 1982 ne voyait qu\u2019une seule nation, la nation canadienne, la motion de 2006 rend tangible le fait qu\u2019il existe deux nations au sein du Canada.Cependant, Morin est conscient que cette motion n\u2019a aucune assise constitutionnelle et qu\u2019elle ne semble même pas influencer le vocabulaire du premier ministre Harper qui, dans ses discours, ne mentionne toujours qu\u2019une seule nation (« Our nation »).Selon Morin, la Cour suprême pourrait être un allier inattendu et, paradoxalement, aider à l\u2019affirmation nationale du Québec.Se basant sur un article de maître André Binette, paru dans L\u2019Action nationale, l\u2019essayiste estime qu\u2019en 1998, lors du renvoi relatif à la sécession du Québec, la Cour 125 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 suprême a ouvert la porte à une procédure de modification moins lourde que celle prévue dans la Constitution de 1982.Une résolution unanime d\u2019une législature provinciale ou, encore mieux, un référendum gagnant pourrait forcer Ottawa à accorder une reconnaissance constitutionnelle à la nation québécoise : « L\u2019essentiel pour le plus haut tribunal, écrit maître Binette, est l\u2019expression nette et sans ambiguïté de la volonté du peuple québécois.» L\u2019objectif principal de Morin, on le constate, est de réparer les conséquences délétères du coup de force de 1982 : il est impératif que le Québec se mette à l\u2019abri de futures brèches qui pourraient miner son identité nationale.On sent que l\u2019auteur est particulièrement sensible à l\u2019avenir du français au Québec \u2013 « ma préoccupation pour la langue française est à l\u2019origine de toute mon évolution politique », écrit-il d\u2019ailleurs dans son essai.La Cour suprême a, peu de temps après l\u2019adoption de loi 101, enfoncé la « clause Canada » dans la gorge du Québec, cette clause qui permet aux enfants de parents qui ont fait leur primaire en anglais au Canada de recevoir leur scolarité en anglais au Québec.Le plus haut tribunal du pays a ensuite émis des jugements favorables au bilinguisme dans l\u2019affichage commercial et favorables aux écoles passerelles.Morin juge que de tels jugements ont heurté de plein fouet l\u2019identité nationale du Québec ; les juges ont donc fait beaucoup pour détruire des pans de la Charte de la langue française, mais il estime du même souffle que la Constitution de 1982 accorde aux juges de la Cour suprême la liberté de prendre des décisions encore plus nocives pour l\u2019identité québécoise.Autrement dit, le pire n\u2019est peut-être pas encore arrivé.Selon l\u2019aveu même de l\u2019inénarrable Stéphane Dion, pour qui la loi 101 est une grande loi canadienne, « une Cour suprême pourrait décider un jour que l\u2019interdiction faite à un nouvel immigrant ou à un francophone de s\u2019inscrire à l\u2019école anglaise, alors que 126 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 les anglophones ont ce droit, est contraire à la Charte des droits.Un tel jugement semble improbable aujourd\u2019hui, mais qui sait ce qui attend la prochaine génération, quand la présence francophone va se réduire en tant que réalité démographique à l\u2019extérieur du Québec et que le poids du Québec va décliner dans le Canada ?» Pour Morin, il faut donc de toute urgence modifier l\u2019ordre constitutionnel canadien pour éviter un délitement encore plus important de l\u2019identité nationale québécoise.Morin est un nationaliste sincère et un souverainiste, même s\u2019il est un souverainiste peu pressé.Ses attaques les plus virulentes visent les fédéralistes qui n\u2019en ont que pour les « vraies affaires » et qui se complaisent dans un statu quo nuisible au Québec.On a de la difficulté à voir dans ce personnage le suppôt de Satan, l\u2019espion à la solde d\u2019Ottawa, que certains se complaisent à imaginer.On peut tout de même se demander si la suggestion de Morin ne pèche pas par excès de modestie.Le PQ devrait plutôt faire la promotion de l\u2019indépendance pendant les quatre ans qu\u2019il passera dans l\u2019opposition.Si, après avoir tenté de convaincre les Québécois des bienfaits de l\u2019indépendance, ceux-ci demeurent toujours aussi réticents, le parti pourrait se rabattre sur la stratégie de Morin, une sorte de plan B, qui, faute d\u2019opérer la rupture salutaire qu\u2019apporterait l\u2019indépendance, aurait tout de même le mérite de faire avancer le Québec.Nicolas Bourdon Professeur de littérature, collège Bois-de-Boulogne 127 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 ÉRIC DUHAIME La SAQ pousse le bouchon !, Montréal, VLB Éditeur, 2014, 157 pages Avec L\u2019État contre les jeunes (VLB éditeur, 2012) et Libérez-nous des syndicats ! (Genex, 2013), Éric Duhaime nous avait habitués à des pamphlets libertariens d\u2019une portée très générale.Avec La SAQ pousse le bouchon !, on change de registre.Le thème est plus circonscrit, la recherche est plus approfondie, le ton est moins polémique et la thèse est plus nuancée.Il donne à voir un auteur qui a pris de la maturité intellectuelle.À l\u2019instar d\u2019Où sont les vins ?de Frédéric Laurin (Hurtubise, 2009), la thèse centrale du livre est que le (quasi-)monopole de la Société des alcools du Québec sur l\u2019achat, la distribution et la vente des vins et spiritueux est injustifié.Autrement dit, la SAQ n\u2019a pas à être vendue ou démantelée complètement, mais son monopole doit être cassé.Si la démonstration n\u2019est pas parfaitement convaincante, le livre apporte néanmoins une réelle contribution à la conversation publique sur notre société d\u2019État.L\u2019ancêtre de la SAQ, la Commission des liqueurs, fut mise sur pied en 1921 dans un contexte où le Québec était la seule province canadienne autorisant la vente d\u2019alcool.L\u2019intervention étatique avait alors comme dessein de contrer les méfaits de la consommation de l\u2019alcool, alors largement perçu comme un produit moralement dangereux.La justification derrière Loto-Québec était similaire : contrer les méfaits du jeu.Or, selon Éric Duhaime, les mœurs ont changé et l\u2019alcool est aujourd\u2019hui considéré comme un produit assez ordinaire.L\u2019actuel fonctionnement de la SAQ, avec ses publicités et sa stratégie d\u2019affaires visant à maximiser ses ventes, témoigne de cette évolution des mentalités.Aujourd\u2019hui, la plupart du temps, les défenseurs du monopole de la SAQ invoquent en fait un argument n\u2019ayant rien 128 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 à voir avec la tempérance : la SAQ génère des surplus d\u2019un milliard par année qui vont directement dans les coffres de l\u2019État.Toucher au monopole de la SAQ, ce serait donc mettre en péril une source importante de revenus pour l\u2019État québécois.Pas nécessairement, de répondre notre auteur liber- tarien.En Alberta, où le marché de l\u2019alcool est entièrement libéralisé depuis le milieu des années 1990, une taxe sur l\u2019alcool permet des revenus gouvernementaux enviables.Citant une étude de l\u2019Institut économique de Montréal, il affirme qu\u2019« en 2002-2003, la taxe provinciale unique albertaine rapportait plus au gouvernement de l\u2019Alberta (24,27$/litre d\u2019alcool absolu vendu) que la SAQ verse au gouvernement du Québec (23,43$) » (p.100).Mais plus fondamentalement, pour notre auteur, le problème avec cette justification est sa maxime d\u2019action, qui semble être radicale sur le plan économique.S\u2019il convient de confier à l\u2019État la vente de l\u2019alcool (un produit comme les autres) pour qu\u2019il augmente ses revenus, la vente de quels autres produits ordinaires devrait aussi lui être confiée ?Les voitures ?Les chapeaux ?Pour Duhaime, la question est rhétorique ; simplement la poser parviendrait à mettre à nu son absurdité.En somme, pour l\u2019ex-chroniqueur de CHOI Radio X, les deux principales justifications du monopole de la SAQ \u2013 protéger les consommateurs des méfaits de l\u2019alcool et rapporter des revenus supplémentaires à l\u2019État \u2013 sont faibles.Et selon lui, une libéralisation du marché de l\u2019alcool permettrait au moins trois avantages : des prix plus bas, une plus grande diversité des produits, et un plus gros marché pour les produits du terroir.S\u2019il parvient efficacement à identifier le manque de vision de l\u2019actuelle SAQ quant à sa mission, il réussit moins bien à démontrer les vertus de la libéralisation.Voyons ce qu\u2019il en est.Les prix de la SAQ sont très élevés.Selon une autre étude de l\u2019IEM, on « évaluait à +19 % l\u2019écart de prix entre les bières, 129 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 vins et spiritueux vendus à la SAQ et dans les magasins privés de l\u2019Alberta » (p.101).Et selon Frédéric Laurin, cet écart serait de +38 % si on comparait les prix des vins de la SAQ à ceux des magasins privés aux États-Unis (p.105).Comment expliquer cet écart ?Duhaime est ici plutôt évasif.Par rapport à l\u2019Alberta, difficile de croire que ce sont les grosses marges bénéficiaires de la SAQ qui expliquent les prix plus élevés parce qu\u2019on l\u2019a vu, au final, l\u2019alcool serait encore plus « taxé » en Alberta qu\u2019au Québec.La SAQ est peut-être terriblement inefficace.Une autre hypothèse : les employés syndiqués de la SAQ, bien formé en entreprise et gagnant tous au moins le double du salaire minimum (p.114), jouissent de meilleures conditions de travail que leurs collègues albertains.Un mauvais choix de société ?L\u2019offre de produits de la SAQ laisse à désirer.Alors que la SAQ ne compte que 11 500 produits de vins sur ses rayons, l\u2019Alberta, avec la moitié de notre population, en offre plus de 19 000 (p.102).Mais pourquoi en est-il ainsi ?La réponse semble résidée dans la gestion très centralisée de la SAQ, qui identifie environ mille « produits courants », disponibles dans pratiquement tous les magasins de la province et représentant à eux seuls plus de 80 % des ventes (p.21).En principe, ne serait-il pas possible d\u2019imaginer une gestion plus décentralisée qui permettrait une offre plus diversifiée de produits ?Dans les monopoles d\u2019alcool scandinaves (jamais mentionnées dans l\u2019ouvrage), se heurte-t-on au même problème ?Enfin, selon Duhaime, la SAQ nuit à la croissance des produits du terroir en privilégiant systématiquement les gros producteurs étrangers qui vendent bien.La SAQ n\u2019investirait qu\u2019un maigre 0,85 % de son budget pour mousser les produits québécois (p.33).Dans son livre, il donne plusieurs exemples convaincants de producteurs québécois frustrés par le monopole de la SAQ.Mais encore une fois, il 130 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 est peu plausible que cette fâcheuse situation soit le résultat inévitable d\u2019un monopole d\u2019État.En principe, la promotion des produits du terroir ne devrait-elle pas être une force des monopoles d\u2019État ?En Ontario, la LCBO (en gros l\u2019équivalent de la SAQ) en fait beaucoup plus pour promouvoir les produits ontariens, consacrant annuellement 25 % de son budget pour la promotion des vins, bières et alcool de sa province (p.33).Et la SAQ est d\u2019ailleurs peut-être en voie de changer en mieux.Duhaime le reconnaît, depuis l\u2019arrivée de Gaéton Frigon à la tête de la SAQ dans les années 2000, des efforts sincères ont été fournis pour valoriser les produits québécois.Et en novembre 2013, le gouvernement Marois bonifiait la subvention octroyée aux producteurs en accordant une ristourne de 2$ pour chaque bouteille de vin québécois vendue (p.45).Les libéraux de Couillard voudraient maintenant aller encore plus loin.À suivre.En somme, dans La SAQ pousse le bouchon !, Éric Duhaime nous invite à une réflexion sérieuse sur notre société d\u2019État.Faut-il libéraliser le marché de l\u2019alcool, comme il le suggère ?Cette option, privilégiée par la vaste majorité des sociétés, comporterait certains avantages.Mais en s\u2019y mettant collectivement, ne pourrions-nous pas faire mieux ?Gabriel Arsenault Doctorant en science politique, Université de Toronto Hommage aux Patriotes En ce mois de mai qui, annuellement, nous invite à commémorer le début des grandes Assemblées de comté de 1837, une petite invocation à ce Québec des Patriotes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Jamais Je ne t\u2019oublierai Enfant de la jeune Amérique ! De ces peuples de lacs et de rivières, De ces temps guidés par les Lumières Et du refus des ombres tyranniques.Terre fertile et riante ! Façonnée par des travaux surhumains, Du naufrage, à jamais triomphante Pour assurer nos lendemains ! Québec ! Québec ! Tu es notre liberté ! Québec ! Mon pays, jamais je ne t\u2019oublierai ! Pierre-Paul Sénéchal.Beaumont.Mai 2015. 132 LIVRES REÇUS ÉTIENNE BEAULIEU L\u2019âme littéraire Éditions Nota Bene, 2014, 210 pages LOUIS MARION Comment exister encore?Capital, techno-science et domination Écosociété, 2015, 160 pages LOUIS CARON Le temps des bâtisseurs.Le visionnaire Archipel, 2015, 333 pages RENÉ HARDY Charivari et justice populaire au Québec Éditions du Septentrion, 2015, 288 pages JEAN-PHILIPPE WARREN Honoré Beaugrand.La plume et l\u2019épée (1848-1906) Les éditions du Boréal, 2015, 536 pages EDMOND DZIEMBOWSKI La Guerre de Sept Ans, 1756-1763 Éditions du Septentrion, 2015, 680 pages JEAN-PIERRE DERRIENNIC Essai sur les injustices Les Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 360 pages JACQUES KEABLE Québec-Presse.Un journal libre et engagé (1969-74) Écosociété, 2015, pages 133 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 PHiliPPe Crevier, HuBert ForCier et saMuel trÉPanier Renouveler le syndicalisme.Pour changer le Québec Écosociété, 2015, pages andrÉ Belisle Cinquante ans de caricatures en environnement Écosociété, 2015, 180 pages GraeMe sMitH Et les chiens bouffent les cadavres.Notre guerre en Afghanistan Écosociété, 2015, 326 pages deni BÉCHard Des bonobos et des Hommes.Voyage au coeur du Congo Écosociété, 2014, 448 pages FrÉdÉriC Julien James Bond encore.Pour une mythanalyse de l\u2019agent 007 Éditions Poètes de brousse, 2015, 87 pages JaCques roy Les cégépiens et la réussite scolaire.Un point de vue sociologique Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Regards sur la jeunesse du monde, 2015, 200 pages Claude Cardinal Une histoire du RIN VLB éditeur, 2015, 460 pages denis saint-JaCques et Marie-JosÉe des rivières (dir.) De la belle époque à la crise.Chroniques de la vie culturelle à Montréal Éditions Nota Bene, 2015, 330 pages Jean larose Essais de littérature appliquée Les éditions du Boréal, 2015, 152 pages andrÉ lanGevin (rÉunis Par kariM larose) Cet étranger parmi nous.Essais et chroniques Les éditions du Boréal, 2015, 272 pages 134 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 PHiliPPe Bernier arCand Le Parti québécois.D\u2019un nationalisme à l\u2019autre Éditions Poètes de brousse, 2015, 158 pages Peter GossaGe & JaCk i.little Une histoire du Québec : entre tradition et modernité Editions Hurtubise, 2015, 500 pages Jean-François Caron La guerre juste.Les enjeux éthiques de la guerre au 21e siècle Les Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 200 pages ÉlisaBetH Garant (dir.) Guy Paiement, prophète du pays réel Novalis \u2013 Montréal, 2015, 336 pages JoHanne CHarBonneau, Marie-soleil Cloutier, anne quÉniart, natHalie tran Le don de sang : un geste social et culturel Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Société, cultures et santé, 2015, 298 pages JaCques B.GÉlinas Le néolibre-échange.L\u2019hypercollusion business-politique Écosociété, 2015, 192 pages alain saulnier Ici ÉTAIT Radio-Canada Les éditions du Boréal, 2014, 278 pages Jean-PHiliPPe trottier La profondeur divine de l\u2019existence Mediaspa7ul, 2014, 176 pages andrÉe rivard Histoire de l\u2019accouchement dans un Québec moderne Éditions du Remue-ménage, 2014, 450 pages alain asselin, JaCques Cayouette et JaCques MatHieu Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 1 Éditions du Septentrion, 2014, 288 pages 135 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2015 JACQUES GODBOUT Le tour du jardin.Entretiens avec Mathieu Bock-Côté sur les livres, la politique, la culture, la religion, le Québec et la saisine Les éditions du Boréal, 2014, 240 pages BERNARD LA RIVIÈRE Enfin la laïcité XYZ éditeur, 2014, 128 pages HANS-JURGEN LÜSEBRINK «Le livre aimé du peuple».Les almanachs québécois de 1777 à nos jours Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Cultures québécoises, 2014, 500 pages CLAUDE BÉLAND Une carrière au service du coopératisme Éditions Fides, 2015, 268 pages Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent pro?t des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois con?ent au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAIRE TOURNER L\u2019ÉCONOMIE D\u2019ICI.www.fondsftq.com Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l\u2019Amérique. Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Quèbec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d'action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d'abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MasterCard acceptées ** VISA, MasterCard ou paiement Paypal L'Action nationale en héritage Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité et ce, sans s\u2019éloigner, même avec près d'un siècle d\u2019existence, de sa mission Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?- Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et ; - les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous émettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s : Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Mem b r e s B â t i s s e u r s d e 5 0 0 0 $ à 2 4 9 9 9 $ Dominique Bédard \u2020 Jacques C.Martin Cécile Vanier \u2020 Mem b r e s G r a n d s B â t i s s e u r s d e 2 5 0 0 0 $ à 4 9 9 9 9 Hector Roy \u2020 Mem b r e s B â t i s s e u r s É m é r i t e s p l u s d e 5 0 0 0 0 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Verronneau TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA REVUE ET DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Certains donateurs nous ont laissé des legs ou des dons qui augmentent le capital de la Fondation Esdras-Minville et permettent ainsi d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant près de 100 ans.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes dont les noms apparaissent au tableau d\u2019honneur.Une mention à perpétuité sera inscrite au tableau d\u2019honneur de ceux qui assureront la pérennité de la revue (et de la Ligue).Ce tableau fait état du cumul des dons et des legs. Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Robert Ascah Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Luc Bertrand Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Gilles Blondeau David Boardman Marcelle Brisson Henri Brun Jacques Cardinal Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette Louis-J.Coulombe Bernard Courteau Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Harold Dumoulin Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard \u2020 Henri Joli-Cœur Bryan L\u2019Archevêque Marc Labelle Isabelle Lamarche Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Richard Leclerc Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau Marcel Masse \u2020 Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Reginald O\u2019Donnell Jacques Parizeau Hubert Payne Gilles Pelletier Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy Richard Rainville René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Claude-P.Vigeant Madeleine Voora André Watier C l u b d e s 1 0 0 a s s o c i é s 1 0 0 0 $ à 1 4 9 9 $ M e m b r e s b i e n f a i t e u r s d e 1 5 0 0 $ à 4 9 9 9 $ André Baillargeon Jean-François Barbe Antoinette Brassard Charles Castonguay Guy Cormier Richard Côté Lucia Ferretti Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Marcel et Hélène Jacob Bernard Lamarre Isabelle Laporte Bernard Landry Laurent Mailhot Pauline Marois Michel Moisan Lucie Monette Estelle Monette \u2020 Réjean Néron Réal Pilon Paul-Émile Roy Rita Tardif Robert G.Tessier TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA REVUE ET DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 819-397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française (1917-1929) et de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à 2005 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur mai-juin 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 ARTICLES Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michèle Meggs Ex Officio Robert Laplante Membres André Binette Mathieu Bock-Côté Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Lucie Laurier Tania Longpré Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Pierre de Bellefeuille, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Gilles Rhéaume \u2020, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste-Publications\u2013Enregistrement N° 09113 ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Tarifs 2015 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement au guichet (renouvellement d'abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 175 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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