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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2015-06, Collections de BAnQ.

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[" Il savait rêver.Il savait penser.Il savait combattre.Il avançait sans jamais confondre l\u2019espoir et les faits.Là était sa force.Là restera pour nous son exemple.Pour la suite du monde.Robert Laplante Directeur de L\u2019Action nationale Jacques Parizeau 1930-2015 2 ARTICLES HOMMAGE Denis Monière Président de la Ligue d\u2019action nationale Jacques Parizeau 1930-2015 ÉLOGE D\u2019UN HOMME D\u2019ÉTAT Jacques Parizeau nous a quittés.Il est affligeant de voir disparaître un grand homme qui a tellement contribué à l\u2019affirmation du Québec moderne et qui a tant donné à sa nation.Mais, il nous laisse un héritage intellectuel immense et le meilleur hommage qu\u2019on puisse lui rendre est de continuer à bâtir son œuvre.Jacques Parizeau avait le sens de l\u2019État et du destin national.Il a consacré toute son énergie à construire des institutions qui servent l\u2019intérêt des Québécois.Rappelons pour mémoire le régime des rentes du Québec, la Caisse de dépôt et placement, le régime d\u2019épargne action.Il a aussi été un leader politique hors pair en reconstruisant le Parti québécois, en le ramenant sur le chemin de l\u2019indépendance et en déclenchant le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance avec détermination et intelligence.Il a aussi été un homme d\u2019abnégation en acceptant de confier à un autre la direction de la campagne référendaire toujours au nom de l\u2019avancement de l\u2019idée d\u2019indépendance.Mais au-delà de ses fonctions de haut fonctionnaire, de ministre et de premier ministre, Jacques Parizeau fut avant tout un intellectuel, un homme d\u2019idées qui croyait au savoir comme source d\u2019avancement collectif.C\u2019est à ce titre que je l\u2019ai surtout connu lorsqu\u2019il enseignait aux HEC.Comme 3 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 professeur, il combinait la rigueur analytique et un grand sens de la communication qui faisaient de chacun de ses cours un événement.Il fut un grand pédagogue et avait un art consommé de faire comprendre des problèmes complexes.Nous désirons en terminant lui témoigner notre reconnaissance pour avoir soutenu le travail de L\u2019Action nationale en présidant une campagne de financement et en prenant la parole lors d\u2019un souper causerie.Malgré les hauts et les bas de la vie politique, il n\u2019a jamais désespéré de son peuple, suivons son exemple et poursuivons le combat avec courage, détermination et intelligence.C\u2019est la meilleure façon d\u2019honorer sa mémoire.Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille.q 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, doctorant INRS\u2013Urbanisation Culture Société, Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois, (sociologie, Université Laval) Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION SOMMAIRE Monsieur Il savait rêver - Robert Laplante 1 Éloges d\u2019un homme d\u2019État - Denis Monière 2 Éditorial Voter dans le Canada réel - Robert Laplante 8 Articles Seul le Bloc peut nous représenter - Louis Plamondon 15 À commencer par La Pointe?de?l\u2019Île - Mario Beaulieu 19 La cause Caron : prochaine « Nuit des longs couteaux » ?- Christian Gagnon 29 Gérard Bouchard : un historien sans Histoire - Pierre Serré 43 45 ans de tribulations d\u2019un chercheur dans les archives politiques - Denis Monière 51 Au-delà des volumes Doter la politique d\u2019immigration d\u2019indicateurs pertinents - Guillaume Marois 59 Le démantèlement de la nation (chronique 7) - Lucia Ferretti 79 Qui a le plus souffert des coupures à Radio?Canada ?- Denis Monière 102 Lire L\u2019insaisissable Honoré Beaugrand - Michel Rioux 110 ANDRÉE FORTIN Imaginaire de l\u2019espace dans le cinéma québécois 119 HERVÉ FISCHER La divergence du futur 123 JEAN-FRANÇOIS MATTÉI L\u2019homme dévasté.Essai sur la déconstruction de la culture 125 8 ÉDITORIAL Robert Laplante C\u2019est fait.Les choses sont claires.Le Parti québécois a son chef.L\u2019homme n\u2019aura guère de répit.Il savait à quoi s\u2019attendre.Il faut espérer que son parti prendra rapidement acte de ce qui s\u2019est enclenché depuis l\u2019annonce de sa candidature et qui s\u2019accélère depuis.La volonté d\u2019éradication, les efforts concertés pour briser notre capacité de cohésion nationale, la dynamique de normalisation de la province vont nous valoir de très durs moments et de sombres manœuvres.Mais ce ne sera pas chose facile de les faire voir, de les faire comprendre pour ensuite les combattre.Les Québécois ont bien du mal à vivre dans le Canada réel.Ils habitent celui que des élites démissionnaires leur dessinent jour après jour, le pays du rapetissement, du compromis bancal, de la résignation quémandeuse.Libéraux inconditionnels, bonimenteurs à gages chez Gesca ou ailleurs, tâcherons de la politique provinciale et colporteurs de ragots de corridors encombrent l\u2019espace médiatique et sèment une médiocrité qui fait du dégât.Les indépendantistes n\u2019ont plus rien à faire à tenter de brasser ces boues toxiques.Le Québec s\u2019y enlise, rien ne sert de s\u2019imaginer qu\u2019à force de s\u2019agiter les marécages vont se muter en roche mère.Leur Québec est celui de la survivance, de l\u2019adaptation à la vie en état de sous- oxygénation.La représentation qu\u2019ils en donnent distille le consentement à l\u2019impuissance.VOTER DANS LE CANADA RÉEL 9 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Les indépendantistes doivent désormais \u2013 à nouveau?\u2013 placer leur combat où il doit être conduit.Le Canada est une maison de fous où nous ne sommes tolérés qu\u2019à titre de locataires malcommodes.Et encore.Comme notre territoire peut être vu comme un verrou stratégique sur les voies de sortie du pétrole sale, notre place et les tensions qu\u2019elle génère depuis toujours ne se joueront plus tant dans les sempiternelles querelles sur la centralisation que sur la neutralisation de notre volonté de faire ce que nous entendons de notre territoire, de notre économie, de nos milieux de vie.C\u2019est du Canada réel qu\u2019il faut sortir, pas de celui qui se donne à penser dans la rhétorique provinciale que nous assènent ceux qui le servent.Ce Canada réel, c\u2019est celui de notre minorisation définitive et de notre réduction au statut de segment de population à contenir dans une logique de développement périphérique, accessoire.La mobilisation nationale doit reposer sur ce cadre stratégique fondamental.Le travail des indépendantistes ne doit pas se cantonner aux seules activités partisanes, il doit contribuer à raccorder les Québécois avec leur expérience majoritaire, avec la claire conscience que ce statut vital est en cause dans tout débat sur l\u2019avenir collectif et sur les formes aussi bien que le sens à donner à nos institutions, à l\u2019organisation de la vie publique et à l\u2019utilisation de nos ressources.C\u2019est une tâche de recomposition des faits et des perceptions que la logique provinciale sépare, dans le débat comme dans les consciences.C\u2019est une tâche de reconfiguration de la culture et de la conscience politiques.La logique de minorisation va se déployer en vitesse supérieure à compter de cet été.Les préparatifs de la campagne électorale fédérale vont donner lieu à une formidable production de leurres et de thématiques de diversion.La mise en scène médiatique a déjà façonné un cadre de distorsion du débat dans la manière de rendre compte de l\u2019action du 10 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Bloc québécois.En effet, les catégories du récit médiatique sont totalement en phase avec la logique de minorisation.En faisant l\u2019injonction au Bloc d\u2019avoir à justifier son existence par la démonstration de sa pertinence sur l\u2019échiquier électoral, ce récit gomme la catégorie démocratique fondamentale de l\u2019élection à venir.Cette catégorie, c\u2019est celle qui définit la légitimité même de notre existence nationale.Le Bloc québécois est le seul parti où un électeur québécois peut s\u2019exprimer comme membre de sa nation.C\u2019est le seul cadre partisan où il peut exister autrement qu\u2019en étant une fraction de quelque segment canadian.Les autres partis fédéraux, peu importe leur rhétorique \u2013 y compris celle qui, à l\u2019occasion, flirte avec le mot nation pour nous désigner \u2013 sont tous des instruments de minorisation.Les Québécois n\u2019y sont jamais qu\u2019une bonne pâte à compromis, aux intérêts modelables au gré de ce qui apparaît acceptable à une majorité qui pense son Canada pour elle-même.Rien ne l\u2019illustre mieux que le manège auquel se livre le NPD qui aura mis ces quatre dernières années à profit : ses recrues ont appris toutes les astuces de la restriction mentale, du mensonge par omission et du double langage.Sur tous les sujets majeurs du débat public au Canada Thomas Mulcair est un exemple pour eux tous : c\u2019est un as du double langage mâtiné d\u2019euphémismes flagorneurs.Sa députation, il la tient dans les cadres étroits de la conduite minoritaire.C\u2019en est pathétique de les voir nous servir avec les trémolos dans la voix les poncifs du Québécois/Canadien dans la référence au « national » comme ils ont appris à désigner ce qui est une évidence pour le Canada.C\u2019est triste de voir ceux-là qui sont sincères bomber le torse et gaspiller leurs talents à tenter de se faire apprécier comme intermédiaires utiles.Le Québec en a tant vu des bonnententistes qui se magasinent sans le savoir déceptions et prix de consolation\u2026 11 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 La pertinence du Bloc?Une question qui n\u2019a de sens que pour ceux-là qui ne veulent pas avoir à faire la preuve que nos intérêts sont mieux servis quand on les confie à une majorité étrangère.Il faut que la prochaine campagne électorale fournisse une occasion d\u2019interpeller les Québécois non pas d\u2019abord sur les programmes des partis fédéraux mais sur la nature du régime.Le Canada n\u2019est pas notre maison et le choix des partis « minorisateurs » ne concerne, somme toute, que le choix des décorateurs.Qu\u2019ils se disputent sur les atours de la royauté, sur les vertus du pétrole sale, sur la grandeur militaire ou la couleur des tentures de Rideau Hall, cela ne nous concernera jamais qu\u2019à titre de payeurs contraints, voire de cocus contents.Ottawa va consacrer des dizaines de milliards au renouvellement de la flotte et le chantier Davie n\u2019a rien d\u2019autre à faire que de licencier.Mais nous allons payer.Ottawa subventionne l\u2019exploration et l\u2019exploitation du pétrole sale.Nous protestons dans les rues pour le respect des engagements internationaux et nous sommes complices impuissants d\u2019un État voyou.Mais nous allons payer.Ottawa vogue au secours de l\u2019industrie automobile onta- rienne à qui il consacre 11 milliards et laisse sombrer l\u2019industrie forestière québécoise.Mais nous continuons de payer.Ottawa veut balafrer notre territoire et imposer un pipeline.Mais nous continuons de payer.Ottawa impose son pont Champlain et nous le fera payer deux fois.Et nous continuons de nous lamenter.La liste est interminable.Et elle s\u2019allongera encore avec les programmes électoraux.Pour donner une bonne idée de la 12 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 mesure débile des énormités qu\u2019on nous servira, rien ne vaut la lecture des entrevues qu\u2019accorde Thomas Mulcair qui veut créer un ministère des affaires urbaines pour qu\u2019Ottawa passe par-dessus la tête de notre Assemblée nationale.C\u2019est aussi énorme que l\u2019hypocrisie de son discours sur le pipeline \u2013 une bonne affaire en anglais et dans l\u2019Ouest, un dossier à évaluer en français au Québec.Cela s\u2019ajoute aux énormités qu\u2019il profère sur le programme « national » de garderies qu\u2019il s\u2019engage à créer alors que la réduction des transferts fédéraux et le fétichisme idéologique des libéraux provinciaux détruisent le nôtre.Quant aux autres qui font carrière au PLC ou au Parti conservateur, ils nous offriront d\u2019autres variantes du répertoire de la double légitimité, tâchant de faire bouger quelques segments de clientèles pour ravir au NPD les sièges qui pourraient leur servir d\u2019alibi pour dire qu\u2019ils parlent pour tous les Canadiens.Chaque année, nous envoyons 50 milliards de dollars en impôts à Ottawa pour laisser une majorité financer ce qu\u2019elle veut, choisir ce qu\u2019elle veut, et nous placer devant l\u2019obligation de subir ses choix.Critiquer le régime, c\u2019est faire comprendre aux Québécoises et aux Québécois qu\u2019il est absurde d\u2019envoyer autant d\u2019argent pour se laisser ligoter, pour se faire imposer des solutions qui ne seront jamais mieux, à la lumière de nos intérêts nationaux, que des compromis inadéquats.Il est inutile et contradictoire d\u2019élire une députation qui n\u2019aura d\u2019autre rôle que de brouiller les cartes en prétendant parler au nom des intérêts du Québec pour mieux se faire commis-voyageur et tenter de nous vendre la politique des autres.Les indépendantistes sont devant la tâche de reconstituer le mouvement national en commençant par faire valoir l\u2019urgente nécessité d\u2019avoir une conduite cohérente.Cela commence par ne jamais accepter de se laisser réduire au statut 13 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 de minoritaire.Aucun argument, aucun enjeu d\u2019affaires publiques ne justifient de s\u2019automutiler.NPD, PLC, PC ou Parti Vert sont tous interchangeables à cet égard.Il faut en prendre acte et agir en conséquence.Le défi des prochaines années ne se résume pas à redonner une position avantageuse aux indépendantistes sur la scène électorale.Il faut que le Québec se constitue en force nationale.Les partis politiques ont un rôle essentiel à jouer dans cette tâche.Mais cela ne suffira pas, il faudra que partout, dans tous les milieux, dans tous les coins et recoins de la société civile chacun, chacune pense et se comporte en plaçant ses repères en phase avec la claire expression de notre intérêt national.Et cela commence par le refus de se comporter et de se laisser définir comme un minoritaire en son propre pays.q www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 15 ARTICLES Louis Plamondon* SEUL LE BLOC PEUT NOUS REPRÉSENTER Discours prononcé à l\u2019occasion du rassemblement du 24 mai 2015 pour l\u2019investiture du chef du Bloc québécois Mario Beaulieu Peut-être que nous ne sommes pas très nombreux.Peut-être que notre temps de parole à Ottawa est limité à deux questions par semaine et à deux déclarations par mois.Mais cela nous donne du temps pour observer ce qui se passe à Ottawa.Et ce n\u2019est pas beau à voir ! Je n\u2019ai jamais vu, en une session, si peu de questions sur les enjeux et les attentes du Québec à Ottawa.Je n\u2019ai jamais vu autant de députés du Québec faire fi des intérêts de leurs propres électeurs et de la nation québécoise à la Chambre des communes.La dernière fois que nous avons vu un tel mépris à l\u2019égard du Québec, 73 des 75 députés du Québec votaient contre une résolution unanime de l\u2019Assemblée nationale pour le rapatriement de la constitution en 1982 avec à leur tête un certain Trudeau.* Député du Bloc québécois depuis 1991 16 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Rappelons-nous-en ! Mes amis, on a de plus en plus besoin du Bloc québécois pour s\u2019assurer que la voix du Québec porte à Ottawa.On n \u2019 a qu\u2019à penser au vote unanime des fédéralistes pour Churchill Falls, où on utilise nos taxes et nos impôts pour concurrencer Hydro-Québec sur le marché américain.On a qu\u2019à penser au pipeline ouest-est qui passerait sur le territoire du Québec au détriment de notre environnement à nos risques et péril sans en tirer profit\u2026 On a qu\u2019à penser aux 33 milliards accordés à des chantiers maritimes, sans rien donner au chantier Davie de Québec alors que pour le NPD, c\u2019était un beau jour pour le Canada.D\u2019un côté, on a un gouvernement conservateur à la défense des pétroliers qui nous gave de leur doctrine idéologique.D\u2019un autre côté, on a une opposition officielle qui oublie que 60 % de sa députation vient du Québec et qui nous gave de mesures pancanadiennes.Une opposition officielle NPD qui deviendra promoteur du pipeline albertain au nom du NPD de l\u2019Alberta et de la Canadian Unity ! Plus de 15 fois, les députés du NPD du Québec ont voté pour des motions et des projets de loi dans le domaine de la santé et de l\u2019éducation.Ils ont même eu le culot de proposer la création d\u2019un ministre d\u2019État à l\u2019Éducation et aux Affaires urbaines (malgré une motion unanime de l\u2019Assemblée nationale). 17 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Chaque fois qu\u2019ils ont eu à choisir entre les intérêts du Canada ou du Québec, ils ont laissé tomber le Québec ! Le Parti libéral, le NPD et les conservateurs ne peuvent pas défendre le Québec et ses régions.Ils doivent toujours choisir les intérêts supérieurs du Canada.Leur seule priorité est de gagner des votes au Canada anglais.Seul le Bloc québécois défend et défendra toujours l\u2019identité, les valeurs et les intérêts du Québec et de ses régions.Au cours des derniers mois, nous avons porté des dossiers spécifiques au Québec à Ottawa : la gestion de l\u2019offre, le transport maritime des mégapétroliers entre Montréal et Québec, l\u2019industrie forestière, l\u2019industrie manufacturière, les travailleurs étrangers temporaires, les producteurs fromagers et laitiers dans les ententes de libre-échange, l\u2019électrification des transports, le logement social, l\u2019itinérance, l\u2019environnement et les pipelines et la défense de la loi 101 dans les institutions fédérales\u2026 Le Bloc continuera d\u2019agir de la sorte et avec un groupe de plus de 50 députés provenant du Québec dans moins de six mois ! Nous avons une équipe, nous avons un programme, nous avons la détermination, la compétence et la volonté de nous tenir debout pour le Québec.Mais nous avons surtout un chef travaillant, dévoué, compétent, déterminé, respecté, attentif aux besoins du Québec et, surtout, convaincu de la nécessaire indépendance du Québec.Mes amis, avec Mario Beaulieu, avec nos candidats, avec vous, je rêve et j\u2019ai toujours espoir de voir un jour notre drapeau flotter aux Nations unies; 18 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Je rêve et j\u2019ai toujours espoir de ne plus jamais voir le gouvernement du Québec s\u2019agenouiller pour quémander l\u2019argent de nos taxes et impôts; Je rêve et j\u2019ai toujours espoir de voir un jour le Québec s\u2019assoir aux grandes tables internationales en économie, en environnement, en agriculture, en culture\u2026 Je rêve et j\u2019ai toujours espoir en un mot qu\u2019un jour nous serons tous 100 % de nous-mêmes plutôt que 25 % d\u2019un autre.Mes amis, tous ensemble avec Mario ! À la victoire ! q 19 ARTICLES Mario Beaulieu* À COMMENCER PAR LA POINTE-DE-L\u2019ÎLE** Chers amis, Salut et bienvenue dans La Pointe-de-l\u2019Île.Tout d\u2019abord, je veux remercier tous les gens de la circonscription, tous les membres, tous les militants.Ce sont eux qui m\u2019ont sollicité il y a deux ans, et c\u2019est donc un peu grâce à eux, grâce à vous, si je suis ici aujourd\u2019hui ! Merci ! Je me suis installé dans Pointe-aux-Trembles.J\u2019ai une vue imprenable sur notre grand et beau Saint-Laurent, un arbre de 240 ans dans ma cour\u2026 Je me suis rendu compte que c\u2019est le plus beau comté au Québec ! Un comté avec une histoire riche, de la Nouvelle-France en passant par les Patriotes jusqu\u2019au fondateur du premier parti indépendantiste au fédéral, Marcel Léger, élu auparavant parmi les premiers députés indépendantistes à l\u2019Assemblée nationale.* Chef du Bloc québécois ** Discours prononcé à l\u2019occasion de l\u2019investiture de Mario Beaulieu comme candidat du Bloc québécois dans la circonscription La Pointe- de-l\u2019île. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 J\u2019ai hâte d\u2019avoir l\u2019honneur de vous représenter et de représenter tous les citoyens de La Pointe-de-l\u2019Île à la Chambre des communes.Et je vais le faire avec fierté, honneur et détermination.Et je vais vous représenter avec humilité aussi.La Pointe-de-l\u2019Île, c\u2019est la circonscription de Francine Lalonde.Je vous ai parlé de fierté, d\u2019honneur et de détermination.Qui représentait mieux ces qualités que Francine ?Une grande Québécoise, progressiste et indépendantiste.La Pointe-de-l\u2019Île, c\u2019est aussi Pointe-aux-Trembles et une bonne partie de la circonscription de Bourget à l\u2019Assemblée nationale représentée par Camille Laurin, Diane Lemieux, Nicole Léger et Maka Kotto.Marcel Léger, qui a été un des plus grands adeptes d\u2019une méthode pour faire l\u2019indépendance dont je parle souvent et que Jean Garon avait qualifiée d\u2019infaillible ; une méthode qui a fait ses preuves et qui reste toujours moderne.Cette méthode, c\u2019est le travail ! Camille Laurin nous a donné la plus grande loi québécoise.Il avait compris qu\u2019il ne faut pas avoir peur de faire les vrais débats avec tous les citoyens de toutes les langues et de toutes les origines.Vous comprendrez pourquoi je vous parle d\u2019humilité aussi quand je pense à La Pointe-de-l\u2019Île.Humilité en pensant à celles et ceux qui ont représenté le comté et humilité quand on pense au rôle du député.Quand tes concitoyens font de toi leur représentant pour défendre leurs intérêts, on touche à ce qu\u2019il y a de plus fondamental et de plus sacré dans une démocratie : la représentativité. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Je veux vous représenter à Ottawa parce que nos intérêts, les intérêts des Québécoises et des Québécois de tous les âges, de toutes les origines, de toutes les régions, n\u2019y sont pas bien défendus.Quand le Bloc québécois n\u2019est pas là, les intérêts du Québec prennent le bord.On arrête d\u2019exister, on arrête d\u2019être un facteur décisionnel.Ce n\u2019est pas un drame si on considère que le Québec est une province comme les autres, mais c\u2019est un gros problème, un méchant gros problème, si on pense que le Québec est une nation, qui a ses propres intérêts, ses propres enjeux, sa propre identité.Au Bloc, on pense tellement que le Québec est une nation qu\u2019on pense que le Québec devrait être un pays.On pense tellement que le Québec devrait être un pays qu\u2019on va rappeler aux Québécois à toutes les occasions possibles qu\u2019il nous faut l\u2019indépendance.Il nous faut l\u2019indépendance pour survivre en tant que peuple.En fait, non seulement pour survivre, mais pour vivre, pour s\u2019épanouir, pour développer pleinement notre économie.Le 19 octobre prochain, on va envoyer une forte délégation de femmes et d\u2019hommes à Ottawa entièrement dévoués à défendre les intérêts du Québec et qui vont promouvoir et préparer l\u2019indépendance.On a tous entendu Pierre Karl Péladeau le 15 mai.Au Parti québécois, l\u2019objectif est clair : faire du Québec un pays.C\u2019est 22 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 aussi la mission première d\u2019Option nationale et c\u2019est aussi l\u2019un des objectifs de Québec solidaire.Sur ce front, les forces sont présentes.Sur le front fédéral, nous devons reprendre notre place.Les Écossais n\u2019ont pas laissé tomber après leur référendum de 2014.Ils se sont crachés dans les mains et ont repris le bâton du pèlerin.Inspirés par le Bloc québécois, ils ont envoyé 56 députés indépendantistes en mai dernier à Westminster et se sont déjà engagés à tenir un nouveau référendum en 2016.Détermination, conviction, volonté ferme.C\u2019est ce que nous devons faire au Québec aussi.C\u2019est ce que nous allons faire.Au cours des prochaines semaines, nous nous donnerons de nouvelles voix qui diront haut et fort que, pour nous, c\u2019est le Québec sans compromis.Et on aura besoin de chacune de vos voix.2015 est une année cruciale.Pas seulement pour nous, mais pour tous les indépendantistes du Québec.D\u2019un côté, il y a le gouvernement provincialiste de Philippe Couillard à genoux devant Ottawa, soumis devant le gouvernement fédéral.De l\u2019autre côté, il y a les partis fédéralistes d\u2019Ottawa pour qui les intérêts du Québec sont secondaires et ne sont pas pris en considération, sauf pour nous amadouer en vue des élections.D\u2019un côté, il y a l\u2019austérité, de l\u2019autre, l\u2019indifférence ou la tromperie. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Et en face de ces visions fédéralistes, il y a nous les indépendantistes qui disons : « on peut faire mieux, on peut être plus grand que ça, on peut être plus digne, plus fort, plus libre de notre destin.» L\u2019austérité et l\u2019indifférence, ou l\u2019espoir et la solidarité.Et je peux vous dire que je suis fier d\u2019être avec vous parce que vous êtes les forces vives du Québec, vous êtes celles et ceux qui se tiennent debout ! *** En 2011, le Bloc québécois s\u2019est fait dire : on va essayer autre chose.On va essayer le NPD pour défendre les intérêts du Québec.Les Québécois ont fait ce choix-là.Ils ont pris ce pari-là.Mais, comme les autres partis fédéralistes, le NPD n\u2019a pas livré la marchandise.Quand il devait choisir entre les intérêts du Québec et les intérêts du Canada, ça a été le Canada d\u2019abord, le Canada tout le temps ! Quand le gouvernement fédéral a annoncé 33 milliards de dollars pour les chantiers navals au Canada et rien pour ceux du Québec, le NPD a dit que c\u2019était un grand jour pour le Canada\u2026 Le chantier Davie, élu le meilleur chantier maritime en Amérique du Nord, est obligé de procéder à des centaines mises à pied.Quand le gouvernement fédéral a annoncé qu\u2019il faisait un prêt à Terre-Neuve pour le développement de son hydro- électricité, entrant en compétition directe avec le Québec pour le marché américain, le NPD a applaudi. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Quand la cour fédérale a dit qu\u2019une femme peut être assermentée avec le niqab, avec le visage caché, le NPD comme les libéraux ont dit que la cour fédérale avait raison.La position du NPD, c\u2019est le multiculturalisme ghettoïsant.Au Québec, à peu près tout le monde est d\u2019accord avec le principe que le vote ou les services publics se donnent et se reçoivent à visage découvert.Même les libéraux provincia- listes sont d\u2019accord.Mais pas un député du NPD, majoritaire au Québec, n\u2019a défendu la laïcité.Au Canada anglais, M.Mulcair a dit que le tracé du pipeline qui défigure notre territoire en passant sur nos terres cultivables c\u2019était une « probusiness, common sense solution ».Au Québec, ses députés laissaient entendre le contraire pour nous amadouer.Dans l\u2019Ouest canadien, il disait aux gens de ne pas se fier aux études de l\u2019Office national de l\u2019énergie qui sont contrôlées par le gouvernement Harper.À Rimouski, il disait qu\u2019il fallait attendre le résultat des études\u2026 Les études n\u2019étaient pas fiables pour l\u2019Ouest canadien, mais elles le seraient pour le Québec ! Le pétrole était trop sale pour l\u2019Ouest canadien, mais il serait assez propre pour le Québec ! Mais quand Thomas Mulcair parle à Toronto ou à Calgary puis à Montréal, où est-ce qu\u2019il dit la vérité, pensez-vous ?C\u2019est ce qu\u2019il dit à Toronto qui compte.C\u2019est là qu\u2019est son électorat, et c\u2019est à eux qu\u2019il veut plaire.À l\u2019élection au Québec, on aurait pu s\u2019attendre à ce qu\u2019un parti qui se dit progressiste vote progressiste, mais non.Thomas Mulcair a voté fédéraliste pour Philippe Couillard et sa politique d\u2019austérité.Avec le NPD, c\u2019est le Canada d\u2019abord ! 25 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 On l\u2019a vu avec son ministère des Affaires municipales fédérales, son programme fédéral de garderie.Pour le NPD, le Québec et ses compétences, ça n\u2019a pas d\u2019importance.Le NPD ne veut pas que le Québec soit un pays, il veut que le Québec soit une province, il veut que le Québec soit une administration provinciale.Les décisions, les vraies décisions, sur notre avenir, sur notre façon de vivre ensemble, doivent être prises à Ottawa.M.Mulcair, on a une ou deux demandes à vous faire.Ayez un minimum de respect pour le Québec, arrêtez de faire des promesses qui diminuent les pouvoirs du Québec.Pas besoin de ministre des Affaires urbaines sans ministère pour consulter les municipalités.Laissez faire votre milliard de compensations pour le programme fédéral de garderie.Laissez-nous donc les points d\u2019impôts à la place.Laissez- nous donc faire ce qu\u2019on veut avec notre argent.Et depuis 2011, le gouvernement Harper a eu le champ libre pour continuer sa politique de deux poids, deux mesures : 13 milliards pour l\u2019industrie automobile en Ontario, 200 fois moins pour l\u2019industrie forestière au Québec.Qui est-ce qu\u2019on prend les dindons de la farce ?Les Québécois.Un nouveau pont Champlain cinq fois plus cher pour laisser passer les bateaux jusqu\u2019en Ontario, mais avec un péage pour faire payer qui ?Les Québécois.200 000 travailleurs au Québec ne sont pas protégés par la Charte de la langue française, n\u2019ont pas droit à l\u2019équité salariale, n\u2019ont pas accès au retrait préventif parce qu\u2019ils relèvent d\u2019Ottawa. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Alors que le français est menacé plus que jamais au Québec, qu\u2019est-ce que le commissaire aux langues officielles propose ?Renforcer l\u2019immigration anglophone au Québec ! Et le NPD n\u2019a pas voulu dire s\u2019il appliquerait les recommandations de Graham Fraser.Près des deux tiers des chômeurs n\u2019ont pas accès à l\u2019assu- rance-emploi.L\u2019information régionale de qualité qui est de plus en plus limitée, la culture québécoise qui est sous-financée, le droit d\u2019auteur qui est bafoué.Ottawa, qui donne des crédits d\u2019impôt aux grandes pétrolières de l\u2019Ouest, qui finance la concurrence d\u2019Hydro-Québec, un fleuron du modèle québécois, qui rejette Kyoto, qui se comporte en État voyou dans la lutte aux changements climatiques\u2026 Ottawa qui revoit à la baisse les transferts en santé, qui révise la péréquation, qui nagera dans les milliards de surplus alors que le Québec en arrache\u2026 *** Il nous faut le Bloc québécois.Il faut des femmes, des hommes, des gens comme vous, pour donner au Québec le pouvoir de décider et de contrôler ce qui se passe sur son territoire.C\u2019est au Québec de décider de ce qui traverse nos terres, de la sécurité du transport de marchandises, sur notre fleuve, sur nos voies ferrées, c\u2019est au Québec à parler pour le Québec dans tous les forums internationaux. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 C\u2019est au Québec d\u2019avoir le dernier mot sur notre politique d\u2019immigration.C\u2019est au Québec d\u2019avoir le dernier mot sur notre modèle d\u2019intégration des nouveaux arrivants qu\u2019on accueille à bras ouverts, sur notre développement économique ! Et le dernier mot, c\u2019est oui.L\u2019indépendance, c\u2019est avoir la liberté de faire des choix, être libre de nous développer comme on le souhaite, avoir la responsabilité pleine et entière de nos bons coups comme de nos mauvais coups, d\u2019assumer nos erreurs et de n\u2019avoir personne d\u2019autre à blâmer que nous-mêmes.L\u2019indépendance, c\u2019est être libre et responsable.On n\u2019a jamais eu autant besoin du Bloc québécois que maintenant.Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont fait reculer le Québec.Et les libéraux et le NPD les ont laissé faire.Nous sommes la barrière qui empêche qu\u2019ils démolissent une fois pour toutes le modèle québécois.Les élections s\u2019en viennent à grands pas.Dans moins de six mois.Le Québec a plus que jamais besoin du Bloc québécois.Le Québec a plus que jamais besoin de femmes et d\u2019hommes qui croient au Québec.Le Québec a plus que jamais besoin de vous ! Je vous remercie.q Com] IATA: aru iofbyith 2j rs Je Li ain oa sd ÉPUBLIQUE! , \u2014 en a EY rf PCE | népu HT Lig Td (Tf das le EL a its | oo 220 : Fl rl 'F Souveraineté du Québec Langue francaise Féte nationale Assurance-yvie &h 3 : Société \\ ; N \\ 3 3 NIT FF] Saint ean-Baptiste *.y dels MAURICIE F À www.ssjbmauri ricie.qc.ca 7 Le 810-275-4881\" CR.ALIN -4881 4 29 ARTICLES Christian Gagnon* LA CAUSE CARON : PROCHAINE NUIT DES LONGS COUTEAUX ?Au moins un procès intenté par des francophones hors Québec jusqu\u2019en Cour suprême du Canada, et dont l\u2019issue est attendue au plus tard cet automne, pourrait bien exposer au grand jour le vrai visage de l\u2019ensemble de notre classe politique.L\u2019une de ces causes en particulier \u2013 la cause Caron \u2013 est susceptible de dévoiler la veulerie des fédéralistes québécois ainsi que le persistant orangisme des élus canadiens-anglais autant que de leur électorat, et ce, juste à temps pour les prochaines élections fédérales.En effet, depuis le référendum de 1995, le Canada anglais a conclu que la meilleure attitude à adopter face aux revendications traditionnelles du Québec était l\u2019immobilisme complet et le refus intégral de tenir quelque discussion constitutionnelle que ce soit.Devant ce cul-de-sac, les fédéralistes québécois en ont déduit que la meilleure façon de maintenir le Canada uni n\u2019était plus de chercher à modifier à la satisfaction des Québécois la constitution imposée de 1982, mais plutôt de ne plus rien revendiquer du tout.Mais si, dans quelques mois, la Cour suprême forçait tout ce beau monde à prendre clairement position sur la place du français a mari usque ad mare, certains pourraient ne plus pouvoir éviter de * Vice-président de la Ligue d\u2019action nationale 30 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 choisir un côté ou l\u2019autre de la clôture.Et face à l\u2019opinion publique québécoise, la déjà peu convaincante rengaine de Stéphane Dion selon laquelle on peut à la fois être fier d\u2019être Canadien et fier d\u2019être Québécois sans qu\u2019il y ait de contradiction entre les deux pourrait bien perdre toute crédibilité.* Le 4 décembre 2003 à Edmonton, Gilles Caron, un camionneur québécois vivant en Alberta, tourne à gauche sur un feu rouge de façon jugée « non sécuritaire ».Interpelé par la police, il se voit remettre une contravention unilingue anglaise.Cinq jours plus tard, M.Caron conteste la validité de cette contravention parce qu\u2019elle n\u2019est pas bilingue.Il demande un procès en français.Un autre Franco-Albertain, Pierre Boutet, entamera la même contestation.Cette démarche leur a sans doute été inspirée par celle de Georges Forest, un Métis francophone du Manitoba.Ayant contesté jusqu\u2019en Cour suprême la validité d\u2019une contravention de stationnement de 5 $ unilingue anglaise en faisant valoir les engagements pris à l\u2019endroit des Métis lors de la création de la province du Manitoba en 1870, Forest a convaincu la Cour suprême de déclarer inconstitutionnelle la loi de 1890 abolissant le bilinguisme manitobain.Ce jugement de 1979 eut pour effet de restaurer le statut du français en tant que langue officielle au Manitoba.Les Franco-Manitobains vénèrent ce grand chef de file de leur communauté qui a aussi cofondé le Festival du Voyageur de Saint-Boniface en 1970.Un projet de monument est en cours en hommage à l\u2019homme décédé le 14 février 1990.En 2008, les Albertains Caron et Boutet gagneront leur cause devant la Cour provinciale, mais perdront en 2009 devant la Cour du banc de la Reine de l\u2019Alberta, puis en 2014 devant 31 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta.« Je me sens dans une province où les dirigeants sont anti-français, où on veut nous assimiler, où on veut que le français disparaisse1 », a alors déclaré Gilles Caron.Persévérants, son codemandeur et lui ont été entendus le 13 février dernier par les neuf juges de la Cour suprême, dont sept ont été nommés par Stephen Harper.L\u2019argumentaire historique constituant la plaidoirie des avocats de MM.Caron et Boutet a été développé par Edmund Aunger, politologue au campus Saint-Jean de l\u2019Université de l\u2019Alberta.À l\u2019époque où la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson était propriétaire de la Terre de Rupert aujourd\u2019hui formée de l\u2019Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest, les services publics, les lois et les tribunaux étaient bilingues.Les francophones y étaient majoritaires.Lorsque le gouvernement de John A.Macdonald annexe unilatéralement la Terre de Rupert, occupée depuis des générations entre autres par des Métis, et qu\u2019il en réattribue des lots à des colons orangistes ontariens, les Métis se rebellent.Pour les pacifier, le gouvernement canadien négocie avec le gouvernement provisoire de Louis Riel.En 1869, la reine Victoria émet une Proclamation royale garantissant « que sous l\u2019union avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront respectés », incluant le statut officiel du français.Mais en 1870, une toute petite partie de la Terre de Rupert devient la province bilingue du Manitoba alors que le reste formera les vastes Territoires du Nord-Ouest, sous tutelle fédérale.En 1890, les Anglo-Saxons seront devenus majoritaires et le Manitoba abolira l\u2019article 23 de l\u2019Acte du Manitoba assurant le bilinguisme dans la province.1 « L\u2019unilinguisme de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan en Cour suprême », Tiphanie Roquette, www.ici.radio-canada.ca, 7 février 2015. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 C\u2019est cette violation de l\u2019Acte du Manitoba de 1870 que la cause Forest fera déclarer inconstitutionnelle en 1979, près d\u2019un siècle plus tard.Et la beauté de l\u2019argumentaire développé par Edmund Aunger, c\u2019est la prétention selon laquelle la Proclamation royale de 1869 n\u2019a jamais perdu sa valeur constitutionnelle lorsqu\u2019en 1905 furent créées les provinces de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan.Fruit de nombreuses années de recherches d\u2019Edmund Aunger, le mémoire de Pierre Boutet retrace même « l\u2019envoi par le fédéral de trois émissaires de la Couronne à la Rivière-Rouge qui s\u2019adresseront à 1000 personnes réunies au Fort-Garry pendant deux jours en janvier 18702.» Si Caron et Boutet gagnent leur cause, ces deux provinces devront adopter toutes leurs lois dans les deux langues et traduire en français toutes les lois votées depuis 1905 ! Et le droit pourra y être pratiqué en français.Les lois que ces deux provinces se sont jadis votées pour se proclamer unilingues anglaises deviendront caduques et seul un amendement constitutionnel pourra leur éviter le bilinguisme législatif et judiciaire.C\u2019est là que la chose devient très intéressante ! Il ne faut pas sous-estimer la charge émotive que soulèverait en Alberta et en Saskatchewan une victoire de Caron et Boutet l\u2019automne prochain.Le sentiment anti-français dans l\u2019Ouest a des racines profondes.Commissaire scolaire de la Seine (Manitoba) à partir de 1975, Roland Vallée a fréquenté une petite école de campagne à l\u2019époque où l\u2019enseignement du français était durement réprimé.Nos inspecteurs d\u2019école étaient des francs-maçons.[.] Quand j\u2019étais en 3e année, l\u2019un deux, M.Peterson, a visité notre petite école Beaudry.Il a trouvé un de mes livres de français et il l\u2019a frondé par la fenêtre.[.] Quand le français est illégal et qu\u2019on 2 « L\u2019occasion de se taire », Jean-Pierre Dubé, La Liberté, 25 février 2015. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 déteste ta langue et ta religion, ça fait dur.Pas de French, pas de livres en français et surtout, pas de crucifix3 ! Quant à Marie-France Kenny, actuelle présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, elle se souvient que « Dans les années 1950, en Saskatchewan, le KKK venait brûler des croix devant nos écoles.Les bonnes sœurs se cachaient pour nous enseigner le français4.» Rappelons aussi qu\u2019en 1982, au moment où le Manitoba se voit forcé par la Cour suprême de traduire en français toutes ses lois depuis 1890, le gouvernement provincial cherche à négocier avec la Société franco-manitobaine (SFM) le troc de cette gigantesque dépense contre une amélioration des services en français dans certains ministères.La population anglophone n\u2019en est pas moins outrée.Les locaux de la SFM sont incendiés.Le président de la SFM, Léo Robert, puis sa femme Diane recevront alors des menaces de mort, suivies d\u2019une lettre anonyme les prévenant que leurs enfants ont été suivis depuis l\u2019école pour connaître leur adresse et qu\u2019il pourrait arriver malheur aux bambins si la SFM persiste dans ses revendications.Pour leur sécurité, Léo et Diane Robert devront quitter leur maison de la rue Saint-Jean-Baptiste et envoyer leurs enfants à l\u2019extérieur de Winnipeg.Devant cette vive tension, le gouvernement renoncera à améliorer les services en français.Mais en 1985, la cause Bilodeau, plus ambitieuse que la cause Forest sur l\u2019invalidité des lois unilingues anglaises, triomphe aussi en Cour suprême.Ce n\u2019est qu\u2019en 1989 que le gouvernement manitobain adoptera sa « politique des services en langue française » dans des régions désignées.3 « Roland le vétéran », Daniel Bahuaud, La Liberté, 27 mai 2015.4 « La francophonie à rude école », Philippe Orfali, Le Devoir, 7 février 2015. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 En Alberta et en Saskatchewan où le bilinguisme fédéral est déjà fort mal perçu, il est tout à fait concevable qu\u2019une victoire de la cause Caron-Boutet puisse provoquer un ressac politique considérable.Même le gouvernement fédéral a plaidé contre les Franco-Albertains et Fransaskois, lors de sa comparution du 13 février dernier devant la Cour suprême, ce qui a « dégoûté5 » le président de l\u2019association canadienne-fran- çaise de l\u2019Alberta, Jean Johnson, et la présidente de l\u2019Assemblée communautaire fransaskoise, Françoise Sigur-Cloutier.« Merci à nos grands partenaires et défenseurs nationaux, charmants dans le discours, impitoyables dans les actes6 », a ironisé le chroniqueur Jean-Pierre Dubé dans le plus que centenaire hebdomadaire franco-manitobain La Liberté.Mais à la lumière de la jurisprudence récente, plusieurs jugent très possible une victoire de Caron et Boutet.L\u2019éditorialiste du Devoir Josée Boileau rappelait l\u2019an dernier qu\u2019alors que les deux juges de la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta se sont bornés à constater l\u2019absence de garantie écrite de protection du français dans les lois de la province au moment de sa création, la Cour suprême, elle, a récemment « su dépasser une lecture littérale de la loi pour tenir compte des engagements de la Couronne britannique et donner ainsi prise aux demandes des premiers habitants du territoire canadien7.» Elle rappelle cependant qu\u2019à l\u2019opposé, le plus haut tribunal du pays : [\u2026] avait rendu [en 2013] une décision d\u2019une grande insensibilité dans une cause qui opposait la Colombie-Britannique au Conseil scolaire francophone de cette province.En s\u2019appuyant sur une loi britannique de 1731, la Cour statuait que tous les documents, même un simple dépliant !, déposés devant les 5 « Estomaquant, renversant », Daniel Bahuaud, La Liberté, 25 février 2015.6 « L\u2019occasion de se taire », Jean-Pierre Dubé, La Liberté, 25 février 2015.7 « Encore se battre », Josée Boileau, Le Devoir, 2 août 2014. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 tribunaux de la province devaient être traduits.L\u2019effet était dévastateur pour le Conseil scolaire dont la documentation interne, qui devait servir en cour, était en français8.Mais « dans bien des causes, les tribunaux ont reconnu un aspect \u201créparateur\u201d à l\u2019article 239 » de la Charte canadienne des droits et libertés, souligne Pierre Foucher, juriste de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Cette notion de « réparation » est une admission implicite, par certains juges à tout le moins, de 80 ans de répression des francophones hors Québec par toutes les provinces cana- diennes-anglaises via de sévères lois anti-écoles françaises.L\u2019électorat canadien-anglais est cependant à des années- lumière d\u2019admettre quelque tort que ce soit, à tel point que tout élu canadien-anglais est parfaitement conscient de la nature politiquement suicidaire de la plus infime expression de regret en cette matière.Bien au contraire, les provinces de l\u2019Ouest ont habilement su faire de la sacro-sainte Charte un levier d\u2019assimilation.Depuis 1982, le fameux article 23 définit comme un « ayant droit » tout enfant dont au moins un des parents est de langue maternelle française ou a étudié à l\u2019école primaire française au Canada.Tout ça bien sûr, « lorsque le nombre de ces enfants le justifie ».En 1991, le démographe Michel Paillé, du Conseil de la langue française, analysait le recensement fédéral afin de dénombrer et d\u2019identifier les ayants droit à l\u2019éducation en français ou en anglais.Il a pu constater qu\u2019au Canada anglais, « seulement 51 % des enfants qui ont droit à l\u2019instruction à l\u2019école française sont de langue maternelle française », et 25 % en Alberta.Quand l\u2019un des 8 Idem.9 « La francophonie à rude école », Philippe Orfali, Le Devoir, 7 février 2015. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 parents était non-francophone, seulement 9 % des ayants droit s\u2019étaient vu transmettre le français par l\u2019autre parent (4 % en Alberta).Dans leur lutte pour attirer les ayants droit et les refranciser, les écoles françaises homogènes, sous- financées, subissaient la concurrence déloyale des écoles d\u2019immersion et des écoles anglophones.et ont perdu.En effet, selon Michel Paillé, seulement la moitié des ayants droit des provinces anglophones fréquentaient l\u2019école française.En Alberta, un maigre 8 % des ayants droit s\u2019en prévalaient, si bien que « le nombre de ces enfants le justifiait » de moins en moins.Et comme le relevait à juste titre Michel Paillé, « contrairement aux francophones hors Québec qui peuvent perdre leurs droits constitutionnels d\u2019une génération à l\u2019autre, les écoliers québécois admissibles, en vertu de la Charte de la langue française, à recevoir l\u2019enseignement en anglais transmettent leurs droits acquis à leurs descendants même s\u2019ils choisissent librement d\u2019étudier en français ».Comme c\u2019est encore souvent le cas, un ayant droit albertain que ses parents envoient à l\u2019une des écoles d\u2019immersion de sa province parce qu\u2019il vit trop loin des écoles françaises \u2013 sept fois moins nombreuses en 1991 \u2013, perd ce droit pour ses descendants.Depuis des décennies, ces écoles d\u2019immersion dérobent donc aux écoles françaises la masse critique d\u2019ayants droit qui force les gouvernements provinciaux à assurer aux francophones l\u2019éducation dans leur langue.L\u2019autre tare des écoles françaises hors Québec est le sous- financement chronique.Les piètres conditions d\u2019enseignement qui y règnent poussent d\u2019ailleurs de nombreux parents francophones à préférer envoyer leurs enfants aux rutilantes et spacieuses écoles anglaises toutes proches, ce qui constitue un puissant effet assimilateur.Or, c\u2019est exactement ce qu\u2019a unanimement reconnu la Cour suprême le 37 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 24 avril dernier, statuant que l\u2019éloignement, la vétusté et la qualité très inférieure des installations de l\u2019école Rose-des- Vents de Vancouver violaient l\u2019article 23 de la Charte.Les francophones de Vancouver ayant dû faire face à la criante mauvaise foi du gouvernement britanno-colombien, leurs trop nombreuses années de démarches puis de recours judiciaires leur donnent vraiment des airs de Claude Robinson.Et encore, les arguments présentés par la Colombie- Britannique devant la Cour ne peuvent qu\u2019évoquer un troublant parallèle entre le mépris de cette province pour sa communauté francophone et celui qu\u2019ont trop longtemps exprimé certains états du sud des États-Unis pour les Noirs.En effet, dans l\u2019historique cause Oliver Brown, et al.v.Board of Education of Topeka, et al.de 1954, les Afro-Américains du Kansas sont parvenus à mettre fin à la ségrégation scolaire en convaincant la Cour suprême du pays que l\u2019état misérable, la surpopulation et l\u2019éloignement des écoles réservées aux Noirs violaient la Constitution.Que plaidaient ce Board of Education du Kansas il y a 60 ans et la Colombie-Britannique aujourd\u2019hui ?Des coûts trop élevés.De leur côté, plutôt que de se rendre en autobus à des écoles lointaines et décrépites, les francophones de Vancouver et les Noirs de Topeka aspiraient à se rendre à pied à une belle école moderne du quartier.La seule différence est que les Noirs du Sud américain demandaient l\u2019accès aux bonnes écoles des Blancs tandis que les francophones de l\u2019Ouest canadien revendiquent des écoles séparées \u2013 à l\u2019abri de l\u2019assimilation linguistique \u2013, mais offrant une expérience éducative de qualité équivalente à celle des anglophones.C\u2019est cette même disparité de traitement récurrente qui, le 31 mai dernier, vient de pousser l\u2019Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick à traîner le gouvernement de cette province devant les tribunaux. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 La Cour suprême du Canada a été saisie d\u2019une autre cause marquante : celle de la Commission scolaire francophone du Yukon qui réclame le droit d\u2019admettre à son unique école, située à Yellowknife et servant une communauté de 1700 personnes, des non-ayants droit, comme des francophones assimilés de longue date ou des immigrants francophones ne détenant pas encore la citoyenneté canadienne.Au grand désarroi des plaignants, cette affaire a été renvoyée en première instance pour cause de soupçon de partialité d\u2019un juge adjoint de la Cour suprême du Yukon.Mais la commission scolaire y voit la « clé pour réparer les torts de l\u2019assimilation10 », ce à quoi se sont opposés les gouvernements du Yukon et.du Québec ! Le gouvernement Couillard craint en effet que cette extension du droit d\u2019accès à l\u2019école par des non-ayants droit ne vienne à s\u2019appliquer aux écoles anglaises du Québec.Cette intervention de la ministre québécoise de la Justice Stéphanie Vallée a scandalisé plusieurs représentants des francophones de l\u2019Ouest qui s\u2019attendaient plutôt à ce que Québec les appuie et invoque « l\u2019exception québécoise11 ».Comment en effet les Anglo-Québécois pourraient-ils profiter d\u2019un jugement découlant de l\u2019intention de « réparation » des torts de l\u2019assimilation, eux qui représentent 8,3 % de la population québécoise alors que selon les données du ministère de l\u2019Éducation de 2011, 25 % des étudiants fréquentent les universités anglaises et 18 % des collèges anglais12?Comment pourraient-ils réclamer la parfaite symétrie pan- canadienne alors que selon Marc Termote, professeur au 10 « L\u2019enseignement du français au Yukon devant la Cour suprême », Agence France Presse, www.ici.radio-canada.ca, 21 janvier 2015.11 « Québec s\u2019oppose aux minorités francophones », Philippe Orfali, Le Devoir, 22 janvier 2015.12 « Les universités anglophones financées démesurément », Collectif de professeurs d\u2019université, La Presse, 22 février 2013. 39 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 département de démographie de l\u2019Université de Montréal, « Les allophones de l\u2019île de Montréal choisissent quasiment à parts égales l\u2019anglais et le français, alors que le poids démographique des francophones est le double de celui des anglophones \u2013 53,0 % contre 25,3 % » et qu\u2019il faut donc en déduire que « [l]a force d\u2019attraction de l\u2019anglais est deux fois plus élevée que celle du français13 » ?Il semble que pour le gouvernement libéral de Philippe Couillard, déroger au statut de province comme les autres afin de soutenir l\u2019épanouissement du français dans le « Rest of Canada » risque sans doute de trop nuire à l\u2019unité canadienne.Il fallait d\u2019ailleurs entendre Félix Rhéaume, porte-parole du ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes Jean-Marc Fournier, prendre tout ce beau monde pour des imbéciles en déclarant, le 22 janvier dernier, que « Pour nous, l\u2019amélioration de l\u2019accès des services en français pour les minorités francophones est de la première importance14.» Mais revenons à l\u2019impact politique que pourrait avoir une victoire de la cause Caron.Le 1er avril dernier, le cas de l\u2019avocat québécois Frédéric Allali ayant fait l\u2019objet d\u2019une plainte du Barreau après avoir écrit à la juge Karen Kear-Jodoin une lettre critique parce qu\u2019elle avait rédigé en anglais son jugement sur une cause entièrement plaidée en français a fait réaliser aux Québécois que le bilinguisme judiciaire était bel et bien en vigueur dans leur province15.Voilà cependant 13 « L\u2019anglais très attrayant pour les allophones », Judith Lachapelle, La Presse+, 1er juin 2015.14 « Québec se met à dos les minorités francophones », Philippe Orfali, Le Devoir, 23 janvier 2015.15 « Une décision en français svp », Claudia Berthiaume, Le Journal de Montréal, 1er avril 2015. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 un ordre des choses que le Canada anglais ne nous envie pas.Ainsi, pour se défaire de l\u2019obligation d\u2019instaurer le bilinguisme législatif et judiciaire, l\u2019Alberta et la Saskatchewan devraient demander à Ottawa de procéder à un amendement constitutionnel.En effet, en vertu de l\u2019article 43 de la formule d\u2019amendement de la constitution de 1982, les dispositions applicables à certaines provinces seulement ne peuvent être modifiées que par proclamation du gouverneur général sous le grand sceau du Canada, autorisée par des résolutions du Sénat, de la Chambre des communes et de l\u2019assemblée législative de chaque province concernée.Cet article s\u2019applique notamment aux modifications des dispositions relatives à l\u2019usage du français ou de l\u2019anglais dans une province.Cela signifie que pour ainsi se moquer de la Cour suprême et des francophones des Prairies, les gouvernements de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan devraient d\u2019abord voter majoritairement en faveur d\u2019un nouveau reniement des droits constitutionnels des francophones, bafoués pendant plus d\u2019un siècle.Ces provinces devraient ensuite obtenir la collaboration des députés fédéraux du parti au pouvoir, incluant ceux du Québec et possiblement d\u2019autres francophones afin d\u2019adopter cette trahison et l\u2019expédier de la même façon au Sénat.Il va sans dire que chacune de ces étapes présente un potentiel de crise politique.Or puisqu\u2019il est fort possible que le jugement de la Cour suprême soit rendu public avant les prochaines élections fédérales, tout un chacun des partis fédéraux risque de devoir céder à l\u2019opposition du groupe linguistique majoritaire du Canada pour préserver ses chances de former le prochain gouvernement.Tous les partis sauf un : le Bloc québécois, qui aurait tout intérêt à en faire un enjeu de campagne.Le parti souverainiste ne pourrait alors que profiter politiquement du lamentable spectacle de fédéralistes québécois contraints à respecter la ligne de leur 41 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 formation politique, au sein duquel les francophones sont minoritaires, afin de préserver leur allégeance partisane et leur avenir en son sein.Il faudrait alors que les Québécois leur fassent clairement savoir que leur complaisante participation à cette nouvelle Nuit des longs couteaux, à cette seconde pendaison de Louis Riel, les mènerait au chant du cygne de leur carrière politique.Mais les Québécois en auraient-ils la force ?Professeur au département des sciences humaines à la section histoire à l\u2019UQTR, Laurent Turcot soutenait récemment : Il faut se rappeler qu\u2019on n\u2019aime pas la chicane.Il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019engueulades politiques dans les familles.On dit souvent à la blague que si on pousse un Québécois dans le coin du mur, il va prendre la forme du coin du mur plutôt que de rebondir et frapper.Le Québécois considère qu\u2019il doit s\u2019adapter.C\u2019est peut-être dû à notre passé colonial.Ça serait à évaluer, mais c\u2019est une hypothèse16.D\u2019autres sont plus revendicatifs.En 1988, le gouvernement du Canada présentait des excuses officielles pour l\u2019internement de ses citoyens d\u2019origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.Il en a fait de même en 2010 pour ses citoyens d\u2019origine italienne ayant subi le même sort.En 2006, c\u2019est aux Sino-Canadiens que le Parlement s\u2019est excusé pour l\u2019imposition de la « Chinese Head Tax » visant à barrer la route aux immigrants chinois, considérés alors comme une menace au « caractère aryen de l\u2019avenir de l\u2019Amérique britannique » par le premier ministre John A.Macdonald.Et en 2008, c\u2019est aux Autochtones que le gouvernement canadien a solennellement demandé pardon pour les abus commis dans les pensionnats autochtones 16 «Un peu de politesse, bordel ! », Marco Fortier, Le Devoir, 11 avril 2015. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 pendant près de 100 ans.La Commission de vérité et réconciliation a qualifié ces pratiques de « génocide culturel » le 2 juin dernier.Ces mots lourds de sens avaient été prononcés deux jours auparavant par nulle autre que la juge en chef de la Cour suprême, Beverly McLachlin.Mais ce génocide culturel n\u2019est pas le seul à avoir été perpétré au Canada.Quand donc l\u2019Assemblée législative de l\u2019Ontario s\u2019excusera-t-elle aux Franco-Ontariens pour le règlement 17 de 1912 ?Et la Nouvelle-Écosse pour la « Tupper Law »de 1864 ?Et le Manitoba pour la loi Greenway de 1890 ?Et toutes les autres provinces anglophones sans exception ayant restreint ou interdit l\u2019enseignement en français pendant des décennies ?À voir la mauvaise foi et l\u2019acharnement judiciaire de ces gouvernements provinciaux contre leurs communautés francophones, ce n\u2019est pas demain la veille.q 43 ARTICLES Pierre Serré* GÉRARD BOUCHARD : UN HISTORIEN SANS HISTOIRE Pour Gérard Bouchard (La Presse, 1er mai), la « culture politique » des Québécois est peu portée vers les solutions radicales, les grands épanchements collectifs et les grandes révolutions.Loin d\u2019être le seul à croire, l\u2019historien affirme que ce peuple n\u2019est rien d\u2019autre que « petit » face à ses voisins puissants et dominants, dont aucun ne parviendrait à dormir s\u2019il advenait qu\u2019un jour ce petit peuple devait secouer ses chaînes.Le Québécois moyen, c\u2019est connu, fuit les débats, les désaccords d\u2019opinion.Pour lui, toute idée n\u2019est qu\u2019idéologie, et toute idéologie n\u2019est que radicalisme.Adorateur de la tarte aux pommes, ce peuple se veut le plus soumis possible devant ses maîtres de manière à obtenir les meilleurs restes de table qu\u2019ils lui consentiront, éventuellement, tantôt par charité, tantôt par mégarde.Ce peuple a pu subir le mauvais sort dans la plupart des provinces canadiennes.Il a pu souffrir des décisions économiques d\u2019un Canada anglais qui ne gouvernait que pour lui-même.Il a pu avoir été refoulé au bas de l\u2019échelle sociale chez lui, y occuper l\u2019un des derniers rangs parmi tous les groupes ethniques qui y vivent, et voir cette situation perdurer encore aujourd\u2019hui\u2026 Ce peuple a pu être trompé lors * Ph.D.sc.politique pspedrito9@gmail.com 44 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 des référendums, se voir imposer une nouvelle Constitution hostile, subir un partage des pouvoirs désormais figé, des tribunaux contrôlés par la majorité anglophone, des lois protégeant l\u2019anglais plutôt que le français au Québec, se voir interdire de décider de son avenir\u2026 et faire face à une « Culture politique canadienne » intolérante, même incapable de négocier quoi que ce soit avec les fédéralistes québécois, les alliés du régime\u2026 Malgré cette histoire lamentable de défaites, de tromperies, de domination et de pauvreté, pour Gérard Bouchard et autres, la « Culture politique du compromis » a été bénéfique pour les Québécois : elle leur a permis de se développer.Cette culture politique « triomphe » \u2013 modestement \u2013 là où les Québécois sont divisés, peinant à se regrouper pour atteindre quelques objectifs.Ceux-ci ont néanmoins compris qu\u2019elle reste leur meilleure voie de développement.De là leur adhésion modérée au Régime.Une telle compréhension de la vie politique québécoise devrait déclencher le réflexe premier du chercheur : rien dans toute cette « Culture politique du compromis » n\u2019est saurait être considéré « normal ».Rien ne devrait être pris pour la nature intrinsèque des Québécois, leur quintessence fondamentale, leur substantifique moelle.Puisqu\u2019il le faut, revenons à la base des choses.Quand un historien emprunte un concept tel que la « Culture politique » à la science politique, il devrait référer au domaine qui l\u2019a défini.Ce n\u2019est qu\u2019en l\u2019absence de telles références que la « Culture politique » surgit mystérieusement des profondeurs, sans causes ni origine, et chose pire encore pour un historien, sans histoire.La « Culture politique » se rapporte aux valeurs, aux attitudes, aux comportements qu\u2019adoptent par nécessité les individus pour répondre aux pressions 45 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 du système politique dans lequel ils structurent leur vision du monde, pensent et agissent.Toute « Culture politique » est humaine, variable dans sa nature, le temps et l\u2019espace.Aucune ne saurait être comprise en dehors des conséquences politiques des institutions qui les déterminent.Le Québec est doté d\u2019un régime parlementaire qui concentre le pouvoir entre les mains d\u2019un seul et de ses aides immédiats.Pour arriver à rendre stable ce qui ne l\u2019est pas, c\u2019est-à- dire la gouverne de l\u2019État par quelques individus, ce système de gouvernance d\u2019une autre époque nécessite un mode de scrutin adapté, c\u2019est-à-dire capable de fabriquer artificiellement une majorité d\u2019élus là où il n\u2019existe jamais de majorité dans l\u2019électorat pour un parti dominant.Le Québec est doté d\u2019institutions politiques qui comptent parmi les plus conservatrices et les moins démocratiques de tous les pays démocratiques.Peut-on être plus clair ?La nation québécoise n\u2019est pas unifiée politiquement.Elle est notamment traversée de part en part par un clivage opposant des groupes dont l\u2019allégeance nationale est soit québécoise, soit canadienne.Même la magie est incapable d\u2019inclure les non-francophones aux francophones dans un grand tout uniforme, citoyen, dont l\u2019ancrage identitaire est unique.Pour les historiens, l\u2019un des défis majeurs consiste à dresser l\u2019histoire des relations entre francophones et non- francophones, tout comme ils le font avec raison pour tous les autres groupes particuliers, qu\u2019il s\u2019agisse des classes sociales, de la bourgeoisie et des syndicats, des femmes, des gays et des lesbiennes, des jeunes, des aînés, des citadins et des ruraux, des handicapés, des immigrés, des autochtones, des régions, etc.Pour le scientifique, rien ne devrait être tabou, et toutes les histoires sont valables et méritent d\u2019être étudiées.Pourquoi en serait-il autrement pour l\u2019histoire des rapports entre francophones et non-francophones ? 46 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Cette histoire des rapports entre francophones et non- francophones insiste naturellement sur l\u2019impact considérable du mode de scrutin, en particulier depuis l\u2019arrivée en scène d\u2019un parti indépendantiste (le Parti québécois en 1968).Par peur de toutes mesures de protection des francophones, depuis les mesures externes visant à protéger l\u2019État du Québec contre le gouvernement fédéral et la volonté du Canada anglais, jusqu\u2019aux mesures internes visant à favoriser la protection du français par le gouvernement provincial, les non-francophones ont continuellement opté pour le Parti libéral (du Québec \u2013 PLQ \u2013 sur la scène provinciale, du Canada-section Québec \u2013 PLC \u2013 sur la scène fédérale) et quasi unanimement contre le PQ et tous les autres partis francophones (créditistes, Action démocratique du Québec de Mario Dumont, Coalition avenir Québec de François Legault).Même dans un Québec indépendant, ce même clivage existerait et refoulerait les partis nationalistes à la marge.À la marge ?À la marge.Ce vote bloc des non-francophones fait face au vote divisé de la majorité francophone, ainsi qu\u2019il est naturel que le fasse tout groupe démographiquement majoritaire dans une société démocratique.Le mode de scrutin majoritaire récompense les non-francophones lorsqu\u2019ils sont suffisamment nombreux pour faire la différence dans chaque circonscription.Cette interaction dans le cadre du mode de scrutin majoritaire se traduit ainsi : localement, dans chaque circonscription ; à l\u2019échelle nationale, dans l\u2019ensemble des circonscriptions ; temporellement, dans un ensemble donné d\u2019élections ; et finalement structurellement, dans les systèmes de partis. 47 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 \u2022 localement : les non-francophones font toujours la différence lorsqu\u2019ils constituent au moins 10 % des électeurs votants hors Montréal, et 20 % dans la région métropolitaine de Montréal.En gros, dans les situations les plus favorables aux partis nationalistes, il faut six francophones pour équivaloir au vote d\u2019un non-francophone ; \u2022 au niveau national : ces succès des non-francophones se reproduisent dans une proportion de 35 % à 45 % des circonscriptions selon les événements.Dans la hiérarchie du pouvoir, plus on monte vers le pouvoir, vers les postes de ministres, vers les postes les plus importants, et plus la présence des élus redevables ou marqués par le poids du vote des non-francophones tend à dépasser les 90 % ; \u2022 dans des périodes données : depuis 1985, on ne compte aucun gouvernement libéral majoritaire chez les francophones.Ni le gouvernement Bourassa de 1989, ni les gouvernements Charest de 2003, 2007, 2008, ni le gouvernement Couillard, en 2014, n\u2019ont obtenu une majorité ou une pluralité des votes chez les francophones ; \u2022 dans le système de partis : les perspectives actuelles font du PLQ le parti habituel du pouvoir, laissant très peu de possibilités d\u2019accès au pouvoir en solitaire pour un parti indépendantiste ou nationaliste.Pis, afin d\u2019éviter l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un parti nationaliste, un PLQ chassé du pouvoir pourrait même s\u2019allier à un tiers parti semblable à la Coalition avenir Québec de François Legault afin de bloquer l\u2019arrivée au pouvoir au PQ.Si bien qu\u2019un éventuel accès au pouvoir du PQ risque de plus en plus de ressembler à un accident de parcours. 48 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Si le Québec est désormais rouge mur à mur, davantage campé à droite (parce que les libéraux francophones sont menés par l\u2019élite économique et financière), si ce Québec fait dorénavant ouvertement la chasse au nationalisme, fort d\u2019une Assemblée nationale anti-nationaliste chez tous les partis, faut-il croire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « Culture politique » naturelle, innée ?Cette nation où les partis sont soit fédéralistes ou indépendantistes, mais tous anti-nationalistes, ne génère-t-elle pas une « Nouvelle Grande Noirceur », le retour aux tares pré-Révolution tranquille, et l\u2019attente d\u2019une nouvelle conjoncture susceptible d\u2019unir les non-francophones aux francophones dans un projet d\u2019État démocratique, mais toujours anti-nationaliste ?Ce n\u2019est qu\u2019en étudiant ce clivage que les chercheurs ont pu montrer que les non-francophones ne rassemblaient pas tous les immigrés puisque nombre d\u2019entre eux étaient francophones, francisés ou issus de pays tournés vers le français (francotropes) et qu\u2019ils se comportaient comme tous les autres francophones.Cette idée s\u2019applique tout autant au débat sur le voile et sur la Charte de la laïcité lors des élections de 2014.Tous les immigrés francophones, francisés francotropes ont été nettement plus favorables à la Charte, au contraire des plus récemment arrivés et des anglophones, anglicisés ou issus de pays tournés vers l\u2019anglais (anglotropes).Au final, le « rejet » de la Charte ne s\u2019est pas traduit par des reculs du PQ chez les francophones, les francisés et les francotropes, ni aux voix ni aux sièges.À l\u2019image de cette problématique, les idées erronées pullulent : \u2022 l\u2019idée d\u2019un échec du PQ auprès des allophones depuis sa fondation n\u2019est qu\u2019un des pires lieux communs affligeant la compréhension de l\u2019évolution politique 49 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 contemporaine, où l\u2019on confond allègrement immigré et allophone.Cette idée a néanmoins servi d\u2019assise aux accusations de racisme et de xénophobie qui ont entaché tous les nationalistes au Québec comme à l\u2019étranger ; \u2022 de même, l\u2019idée que l\u2019échec référendaire de 1995 était attribuable au vote immigré était également fausse : elle était d\u2019abord et massivement attribuable au vote des non-francophones.Le quart des immigrés étant francophone, francisé ou francotrope, ils ont été aussi nombreux à voter comme les natifs francophones ; \u2022 si les libéraux ont réussi à accéder au pouvoir en 2003, en 2007, en 2008 comme en 2014 (ainsi qu\u2019en 1989), ils ne l\u2019ont réussi qu\u2019avec l\u2019appui des non-francophones, et non en raison du vote des francophones.De même, l\u2019adoption de mesures d\u2019atténuation de la portée de la Charte de la langue française (la loi 101) est en lien direct avec la dynamique électorale : un PLQ contrôlé par les non-francophones et un PQ anti-nationaliste sont dans les gênes du système de partis actuel.S\u2019en prendre à la fierté des francophones à l\u2019égard de leur langue et négliger l\u2019importance du politique dans la mise en place d\u2019un cadre de francisation sont autant d\u2019idées compatibles avec la dynamique électorale.La liste des mesures anti- nationalistes aberrantes est infinie\u2026 ; \u2022 enfin, il est clair que la hausse des volumes d\u2019immigration depuis 20 ans a anéanti l\u2019idée d\u2019un troisième référendum.Aucun chef de gouvernement du PQ n\u2019osera désormais aller dans cette direction, surtout en l\u2019absence de rapports significatifs opposant le Québec français au Canada anglais (telles des négociations constitutionnelles aboutissant à un nouvel Accord du lac Meech).Il suffit d\u2019étudier les nombres\u2026 50 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Quand on est historien, comment ignorer l\u2019impact du facteur institutionnel sur l\u2019expression des rapports francophones/ non-francophones ?Comment ravaler les politologues au rang de stricts conseillers du prince ?q 51 ARTICLES Les archives sont, en quelque sorte, la mémoire d\u2019une nation.Ce besoin de préserver le passé se résume parfaitement dans la devise du Québec « Je me souviens ».Pour leur part, les archives publiques pourraient aussi bien adopter la sentence « Nous nous souvenons ».Ä\u2013 Marcel Masse, 1er novembre 1984 J\u2019ai été initié au travail en archives lors de mes études doctorales à la Fondation nationale des sciences politiques.Le regretté Jean Touchard nous avait alors demandé de rédiger un travail sur l\u2019année 1910 en nous servant d\u2019un journal.Il me demanda d\u2019analyser L\u2019illustration 1 que je dus aller consulter à la Bibliothèque nationale de France, rue Richelieu, car alors il y avait peu de choses dans les bibliothèques universitaires françaises.Quelle expérience fascinante de découvrir ce haut lieu de conservation du patrimoine intellectuel français où travaillaient les plus grands esprits ! Je n\u2019ai jamais depuis oublié les faits marquants de l\u2019année 1910 : l\u2019inondation de Paris et le premier passage du métro sous la Seine.Mais le travail en archive était peu prisé de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, d\u2019une part parce que les archives politiques dans les années soixante-dix étaient inexistantes et d\u2019autre part Denis Monière* 45 ANS DE TRIBULATIONS D\u2019UN CHERCHEUR DANS LES ARCHIVES POLITIQUES * Politologue 52 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 parce qu\u2019en science politique, on privilégiait les approches théoriques ou normatives ce qui laissait peu de place à l\u2019analyse empirique.Les spécialistes de l\u2019analyse des idéologies utilisaient les journaux comme principale source documentaire.Aucun de mes collègues ne se vantait d\u2019être allé travailler aux archives.Je fis un retour aux travaux d\u2019archives dans les années quatre-vingt pour rédiger deux biographies d\u2019intellectuels québécois, André Laurendeau et Ludger Duvernay, pour lesquels existaient des fonds d\u2019archives à la Fondation Lionel-Groulx et aux Archives nationales à Québec.Je poursuivis dans cette voie pour réaliser un vaste programme de recherche sur la communication électorale.Mais, où trouver les publicités électorales, les affiches électorales ou encore les discours des candidats ?Il n\u2019existait aucun fonds d\u2019archive et je comprenais mes collègues de ne pas se lancer dans cette aventure qui était coûteuse en temps et je le découvrirai plus tard en argent.Qui peut se payer le luxe de passer des mois dans les archives et peut-être ne rien trouver de notable, lorsque publier est la condition sine qua non pour avoir un poste ou obtenir une promotion ?Si je voulais poursuivre mon projet de recherche sur la communication électorale, je compris que je devais tout faire par moi-même et collecter à chaud les artefacts en enregistrant les débats des chefs, les messages publicitaires diffusés à la télévision ou en récupérant les affiches les lendemains d\u2019élections.J\u2019ai donc entrepris d\u2019enregistrer sur cassettes toutes les émissions diffusées sur quatre chaînes SRC, CBC, TVA et CTV de 18 h à 24 h tous les jours que durait une campagne électorale pour récupérer par la suite les matériaux utiles comme les bulletins de nouvelles, les publicités et les débats télévisés.J\u2019ai réalisé cette cueillette pour les 53 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 élections québécoises et canadiennes en 1988, 1989, 1993, 1994, 1995, 1998.Je pouvais ensuite constituer des corpus et les soumettre à l\u2019analyse de contenu ou à l\u2019analyse lexico- métrique.Ce travail de moine a donné lieu à plusieurs publications : Le discours électoral, Le combat des chefs, Votez pour moi.Histoire de la publicité électorale au Québec et enfin les trois tomes de La bataille du Québec produits avec la collaboration de Jean H.Guay; et plus tard Démocratie médiatique et représentation politique et Radioscopie de l\u2019information télévisée au Canada (avec Julie Fortier).Il y avait toutefois une lacune dans cette démarche.Je ne pouvais mettre la main sur les discours prononcés par les chefs et les ténors des partis puisque je ne pouvais sillonner la province avec eux et les enregistrer.J\u2019ai tenté de compenser cette lacune en ajoutant les communiqués de presse émis par les partis ce qui me permettait de suivre jour après jour le développement de leurs thématiques.Enfin comme mon projet consistait à couvrir tous les supports de la communication politique, en 2000, j\u2019ai inclus les sites internet des partis ce qui m\u2019obligea une fois de plus à constituer des archives en capturant les sites et en les enregistrant sur CD pour les conserver et les analyser après les campagnes électorales.Comme vous pouvez l\u2019imaginer, cela représente un travail colossal.Que faire de ces archives ?Stocker des milliers de cassettes prend beaucoup d\u2019espace.Heureusement, le département de science politique a accepté de loger cette collection.Mais rien n\u2019est éternel.Un jour, on aura besoin de cet espace et on l\u2019utilisera à d\u2019autres fins.De plus, le support cassette n\u2019est pas éternel et ceci même dans de bonnes conditions de conservation.Il faudrait procéder à un transfert sur support numérique.Qui voudra 54 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 bien payer ?Il est fort probable que tout ce travail alimentera les poubelles de l\u2019histoire.Heureusement, la collection d\u2019affiches électorales sera sauvée puisque les Archives du Québec les ont intégrées à leur collection.En fait, il n\u2019y a que les institutions publiques qui peuvent conserver cette documentation.Or, elles sont sous-financées et submergées de dépôts d\u2019archives privées toujours plus nombreux d\u2019une année à l\u2019autre.Les partis et les médias ne facilitent pas la tâche des chercheurs, car soit ils ne conservent pas d\u2019archives, soit ils ne les ouvrent pas au public ce qui est le cas des partis, soit lorsqu\u2019ils les rendent accessibles au public, ils exigent une rétribution financière.La SRC me demandait 60 $ par heure, ce qui était prohibitif pour des recherches de longue haleine comme les miennes qui peuvent exiger 1000 heures de visionnement.Comme je l\u2019ai indiqué plus haut, pour être systématique dans l\u2019étude des processus de persuasion électorale, il faudrait aussi inclure ce qui est dit durant les campagnes électorales.Malheureusement, les discours politiques ne sont pas archivés.On ne peut se fier aux citations et extraits que publient les journaux.La sélection n\u2019est jamais innocente.Elle est orientée en fonction des idiosyncrasies journalistiques.N\u2019écoutant que mon courage ou ma témérité, je me mis donc à la recherche de discours politiques non pas ceux prononcés en campagne électorale qui s\u2019envolent le plus souvent le lendemain de l\u2019élection, mais ceux prononcés par les politiciens une fois élus.Je découvris qu\u2019il existait à la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec une collection des discours des premiers ministres remontant aux années soixante.Cette collection représentait une ving- 55 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 taine de pieds linéaires.Que faire pour les traiter de façon rigoureuse et surtout les rendre accessibles aux autres chercheurs ?Cette préoccupation suscita un vif intérêt de la part du directeur de la Bibliothèque, M.Philippe Sauvageau qui trouvait là une justification pour numériser cet immense corpus qui dormait à l\u2019insu de tous dans des cartons.Grâce à son ouverture d\u2019esprit, j\u2019ai pu soumettre les discours des premiers ministres québécois de 1960 à 2010 à la statistique textuelle et publier, avec D.Labbé, deux ouvrages de synthèse intitulés : Le discours gouvernemental au Québec, en France et au Canada qui analysait les discours du trône et ensuite Les mots qui nous gouvernent.J\u2019entrepris par la suite de remonter dans le temps et de retrouver les discours des premiers ministres d\u2019avant 1960 en fouillant les fonds d\u2019archives et en numérisant ce matériel.Ce travail a donné lieu à la publication de quatre autres ouvrages qui présentaient les discours de Duplessis, Godbout, Taschereau et Gouin.Ainsi grâce à ces anthologies, les jeunes chercheurs peuvent appuyer leurs travaux en histoire politique sur des sources premières et non pas sur ce qu\u2019ont retenu les journaux de l\u2019époque.Comme le Québec est un État fédéré, la vie politique se passe à deux niveaux ce qui m\u2019a amené à m\u2019intéresser aux discours des premiers ministres canadiens.J\u2019ai eu la vie facile pour retrouver les discours à partir de 1993 puisqu\u2019ils étaient en ligne sur le site du premier ministre.Il suffisait d\u2019être vigilant et de les récupérer le plus rapidement possible, en temps réel avant qu\u2019ils ne soient enlevés.Cependant, la tâche devenait herculéenne pour avoir accès aux discours de Trudeau, Mulroney, et autres premiers ministres canadiens.Les Archives nationales ne mettaient en ligne que trois discours de chaque premier ministre.Il fallait donc se rendre à Ottawa et travailler à partir de microfilms.Je me suis lancé dans cette aventure, mais j\u2019ai dû abandonner, car il m\u2019aurait 56 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 fallu rester des semaines à Ottawa ce qui dépassait mes capacités financières et ma motivation.De plus, il aurait fallu que je fasse photocopier les microfiches, à 60 cents la page, puis les numériser pour les analyser.Voilà pourquoi je n\u2019ai rien publié sur les discours canadiens et que ceux-ci restent inaccessibles à tous les chercheurs qui ne peuvent se rendre à Ottawa.L\u2019accès aux archives lorsqu\u2019elles existent est le principal problème des chercheurs.Déposer des archives, les classer et les inventorier est indispensable, mais insuffisant pour inciter les chercheurs à s\u2019y plonger.Les bibliothèques font ce qu\u2019elles peuvent, mais elles ne sont pas toujours conscientes des exigences et des besoins des utilisateurs que sont les chercheurs universitaires.Il y a peu de courroies de communication entre le milieu archivistique et le milieu des chercheurs qui jusqu\u2019à un passé récent ignoraient ce qui était disponible dans les fonds d\u2019archives.Comme ils n\u2019ont pas le réflexe de s\u2019appuyer sur les archives et qu\u2019ils subissent la loi du moindre effort, très souvent les fonds d\u2019archives existants sont peu consultés.Il faudrait donc instaurer une politique de mise en valeur des archives politiques et intégrer des chercheurs dans les processus décisionnels relatifs au traitement des archives.À cet égard, je viens de vivre une expérience fort éloquente.Les Archives nationales à Ottawa ont numérisé récemment 1200 discours prononcés par Marcel Masse.On m\u2019a transmis le CD contenant ce gigantesque corpus couvrant presque 50 ans de vie politique.J\u2019étais d\u2019un enthousiasme débordant pour analyser cette production discursive.Quelle déception toutefois lorsque j\u2019ai ouvert les fichiers.On avait eu à Ottawa la mauvaise idée de numériser les microfiches en format TIFF ce qui rend les documents inutilisables pour une lecture cursive puisque pour lire une page il 57 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 faut chaque fois ouvrir un nouveau fichier.Pire, comme le TIFF est un format image et non texte, il était impossible de soumettre ces fichiers aux traitements lexicométriques.Tous les fichiers ont dû être transférés en format texte.Ce transfert a généré d\u2019innombrables scories qui émaillaient les textes.J\u2019ai dû les lire attentivement pour éliminer toutes ces fautes.Cette opération m\u2019a pris trois mois à plein temps.On n\u2019avait pas pensé aux contraintes de la recherche lorsqu\u2019on a pris cette décision qui s\u2019explique sans doute par des motifs louables.Je terminerai cette complainte sur une note plus positive.Comme je l\u2019ai mentionné dans mon exposé, la recherche est un processus international qui se fait de plus en plus en équipe.Depuis plus de 20 ans, je travaille avec un collègue français de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Grenoble avec qui j\u2019ai publié trois livres et une dizaine d\u2019articles qui traitent autant des discours québécois que français.Cette collaboration s\u2019est faite dans notre cas sans subvention de recherche.Elle n\u2019a donc rien coûté aux contribuables.Elle aurait été impossible sans la mise à disposition en ligne des archives politiques.Ayant accumulé au fil des décennies de grands corpus de discours politiques sous diverses formes, je me suis demandé que faire de cette documentation.Comment mettre tout ce travail de « rapaillage » à la disposition des autres chercheurs pour réduire les efforts de collecte des données documentaires et pour qu\u2019ils puissent consacrer le principal de leur énergie à l\u203aanalyse et au développement des connaissances sur le Québec ?Comme Marcel Masse m\u2019avait sensibilisé à la nécessaire mise en valeur des archives politiques et qu\u2019il m\u203aavait proposé de présider les destinées de la Société du patrimoine politique du Québec, je profitai de cette opportunité pour créer un portail destiné 58 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 uniquement au stockage et à la diffusion des archives politiques québécoises.Ainsi, on peut y lire les discours de tous les premiers ministres depuis Lomer Gouin, on peut y visionner des messages publicitaires électoraux, on peut y voir des affiches électorales, on peut y écouter des ritournelles électorales qu\u2019on soit à Kuujjuaq, Gaspé ou Tombouctou.La production discursive québécoise est accessible urbi et orbi ce qui n\u2019est pas le cas de la rhétorique politique canadienne d\u2019avant 1993 qui ne peut être consultée qu\u2019en faisant le voyage à Ottawa.Si, il n\u2019y a pas si longtemps, faire de la recherche à partir des archives s\u2019avérait prohibitif et en décourageait plusieurs, aujourd\u2019hui, tout peut se faire de chez soi sans le moindre coût, à la condition de bien formuler ses questions à Google et d\u2019atteindre la page du site archivespolitiquesduquebec.com.q 59 ARTICLES Guillaume Marois* Au-delà des volumes DOTER LA POLITIQUE D\u2019IMMIGRATION D\u2019INDICATEURS PERTINENTS** L\u2019élaboration d\u2019une politique d\u2019immigration doit tenir compte des données empiriques et des études scientifiques qui pourraient mesurer ses effets potentiels.L\u2019objectif de mon intervention est de présenter et vulgariser les grandes conclusions de la littérature académique et scientifique sur l\u2019impact de l\u2019immigration sur la démographie et l\u2019économie.Je présenterai également quelques recommandations quant aux objectifs des planifications pluriannuelles de l\u2019immigration qui pourraient découler de la nouvelle politique d\u2019immigration.En résumé, l\u2019immigration n\u2019exerce qu\u2019un effet marginal sur le vieillissement de la population, les finances publiques et la prospérité en général.Une intégration économique réussie ou non déterminera si cet effet est légèrement positif ou légèrement négatif.Sa composition et les niveaux reçus ont en retour un effet relativement important sur la structure démolinguistique du Québec.* Docteur en démographie ** Mémoire présenté à la Commission des relations avec les citoyens dans le cadre des Consultations particulières et auditions publiques sur les documents intitulés « Vers une nouvelle politique québécoise en matière d\u2019immigration, de diversité et d\u2019inclusion », février 2015 60 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Devant ces constats empiriques, il conviendrait de cesser de mettre au premier plan le nombre d\u2019immigrants reçus comme objectif de la planification de l\u2019immigration pour plutôt se concentrer sur des objectifs liés à l\u2019intégration économique, à la francisation et à la régionalisation.Le vieillissement de la population et les finances publiques Le vieillissement de la population a été une préoccupation de premier ordre lors de la planification des niveaux d\u2019immigration des dernières années.Plus généralement, cet enjeu démographique est au cœur de la politique d\u2019immigration.L\u2019idée générale est que dans un contexte de faible fécondité, les immigrants viennent compenser les naissances manquantes pour contrer le vieillissement.Or, toutes les études qui ont cherché à mesurer explicitement l\u2019impact de l\u2019immigration sur la structure par âge aboutissent à une même conclusion : l\u2019impact est certes positif, mais d\u2019une ampleur si faible qu\u2019il n\u2019en vaut pas la chandelle (Coleman, 1992; Bijak et al.2007 ; Coleman, 2008 ; Marois, 2008).Qui plus est, cet impact n\u2019est pas durable dans le temps.Si certaines mentions du document de référence préparé par le MIDI dans le cadre de cette consultation acceptent cette idée, il convient néanmoins d\u2019en rappeler le processus, car cette méprise est encore largement répandue dans le débat public et a été mise au premier plan lors de la consultation gouvernementale de 2008 qui a abouti à l\u2019augmentation des seuils d\u2019immigrations au niveau actuel (entre 50 000 et 55 000 immigrants).Je présente à la figure 1 une projection pour la période 2011- 2031 de la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus selon deux scénarios quant aux niveaux d\u2019immigration : 35 000 et 55 000.Les courbes montrent l\u2019effet modeste de l\u2019immigration sur le vieillissement de la population : à l\u2019horizon 2031, les 65 ans et plus représentent 25,1 % de la popula- 61 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 tion pour le scénario à 55 000 immigrants contre 26,3 % pour le scénario à 35 000, une différence de seulement 1,2 point de pourcentage.Sur les 20 années de la projection, la différence entre les deux scénarios est de 400 000 immigrants.Un tel volume supplémentaire ne permet en somme de retarder le vieillissement que de deux ans.Ce faible effet s\u2019explique par le fait que l\u2019impact de l\u2019immigration sur la structure par âge n\u2019est pas cumulatif, car, on l\u2019oublie souvent, les immigrants vieillissent eux aussi et ont des comportements en matière de fécondité similaires à ceux des natifs.Dans un tel contexte, chercher à contrer le vieillissement par l\u2019immigration, comme le souligne le démographe français Henri Leridon (2000), c\u2019est « chercher à remplir un tonneau des Danaïdes ».0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 2011 2016 2021 2026 2031 Année 35 000 immigrants 55 000 immigrants FIGURE 1 PROJECTION DE LA PROPORTION DE 65 ANS ET PLUS DU QUÉBEC SELON DEUX SCÉNARIOS, 2011-2031 Source : Calculs de l\u2019auteur basés sur les tendances récentes 62 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Les préoccupations liées au vieillissement démographique sont liées à l\u2019effet de cette modification de la structure par âge sur les finances publiques et sur l\u2019économie, car une part plus importante de personnes âgées peut signifier plus de dépenses sociales, notamment pour les soins de santé et les retraites, et moins de travailleurs en mesure de payer.Ainsi, pour que l\u2019impact faible, mais positif, de l\u2019immigration sur la structure par âge se transpose en effet bénéfique sur les conséquences du vieillissement de la population, une très bonne intégration socioprofessionnelle des immigrants est une condition sine qua non (Chojnicki 2007).En effet, l\u2019impact de l\u2019immigration sur les conséquences du vieillissement ne doit pas uniquement être mesuré relativement à la population en âge de travailler, mais aussi à celle réellement en emploi et, plus spécifiquement, à la balance des revenus et de dépenses.Or, la situation actuelle montre que des améliorations importantes sont nécessaires à cet égard.Non seulement les immigrants présentent-ils des taux d\u2019emploi très faibles, mais un retard important s\u2019observe également au niveau de leur revenu (Cousineau et Boudarbat 2009 ; Boudarbat 2011).La situation, qui est généralisée à différents degrés aux pays occidentaux, s\u2019est par ailleurs nettement détériorée au fil des dernières décennies (Frenette & Morrissette 2003 ; Picot & Sweetman 2005).Devant ces résultats, il est possible que l\u2019effet légèrement positif de l\u2019immigration sur la population en âge de travailler soit complètement annulé, voire qu\u2019il devienne légèrement négatif, si l\u2019on considère son effet général sur les finances publiques.Un nombre réduit d\u2019immigrants, mais en meilleure situation socioprofessionnelle, pourrait avoir un effet plus favorable sur les conséquences du vieillissement qu\u2019un nombre élevé, mais en moins bonne situation.Quoi qu\u2019il en soit, il importe de rappeler que, positif ou négatif, l\u2019effet du nombre d\u2019immi- 63 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 grants sur le vieillissement et les finances publiques demeure si faible qu\u2019il n\u2019est pas utile de le considérer dans l\u2019élaboration des politiques d\u2019immigration (Termote 2002; Chojnicki 2007).Celles-ci doivent cibler d\u2019autres enjeux.La pénurie de main-d\u2019œuvre Si la consultation gouvernementale de 2008 mettait l\u2019accent sur le vieillissement de la population pour justifier des niveaux d\u2019immigration, celle de 2012 mettait de l\u2019avant la pénurie de main-d\u2019œuvre, avançant que plus de 700 000 emplois seraient à combler et que l\u2019immigration serait à cet effet un outil indispensable.Même si le gouvernement semble maintenant admettre que la pénurie de main-d\u2019œuvre appréhendée n\u2019a pas eu lieu, il est important de rappeler certains principes économiques.En premier lieu, il n\u2019a jamais été démontré qu\u2019il y a, ou qu\u2019il y aura, une pénurie de main-d\u2019œuvre dans les pays occidentaux (Cappeli 2005; Freeman 2006; Halliwell 2013).Pour qu\u2019il y ait pénurie, il faudrait que la demande de travail excède l\u2018offre, c\u2019est-à-dire qu\u2019il y ait un surplus d\u2019emplois par rapport à la main-d\u2019œuvre disponible.Or, depuis de nombreuses années, les enquêtes de Statistique Canada montrent qu\u2019il y a au Québec, selon la conjoncture, entre 5 et 10 chômeurs par poste vacant et que le taux de chômage général de la population ne s\u2019est jamais maintenu sur une longue période à moins de 7 %.Le taux de chômage chez les 15-24 ans qui entrent sur le marché du travail, et qui sont plus susceptibles d\u2019être en compétition avec les immigrants, est quant à lui supérieur à 12 %.L\u2019idée d\u2019une pénurie généralisée de main-d\u2019œuvre n\u2019a donc aucune balise empirique.Par ailleurs, même si cette pénurie était réelle, l\u2019immigration ne saurait y remédier.Les économistes utilisent le terme de « sophisme de la masse de travail fixe » pour parler 64 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 de cette idée erronée (Walker 2007).Concrètement, cela supposerait qu\u2019il existe une demande fixe de travail dans une société que les membres doivent se partager.Si la taille de la population diminue, il y aurait alors un excédent de travail que l\u2019immigration pourrait combler.Or, la réalité démontrée empiriquement est que dans une économie de marché, la demande de travail n\u2019est pas indépendante de la taille de la population (Freeman 2006).Autrement dit, l\u2019immigration augmente à la fois l\u2019offre et la demande de travail et ne peut par conséquent pas combler une pénurie de main-d\u2019œuvre (Longhi et coll.2005 ; 2010).Mais peut-être existe-t-il des pénuries dans de secteurs spécifiques ?Au cours des différentes consultations, plusieurs intervenants des milieux patronaux sont venus expliquer leur problème de recrutement, notamment dans le commerce au détail ou l\u2019industrie agricole.Toutefois, dans la mesure où, bien souvent, les conditions de travail offertes dans ces secteurs sont bien en deçà de la moyenne, l\u2019on ne peut parler de pénurie de main-d\u2019œuvre, mais plutôt de conditions qui ne répondent pas au marché (Cappeli 2005).En bref, il y a des travailleurs qui seraient prêts à occuper ces postes, mais pas aux conditions offertes.Utiliser l\u2019immigration comme moyen de combler ces postes constitue alors une intervention gouvernementale pour contourner les lois du marché au détriment des travailleurs.Qui plus est, la politique d\u2019immigration économique cherche à recruter des candidats qualifiés qui ne sont pas destinés à ce genre d\u2019emploi.Si dans la réalité l\u2019effet de la politique d\u2019immigration du Québec est de combler ce problème de recrutement, il s\u2019agirait d\u2019un constat d\u2019échec de ses objectifs qui accroîtra de surcroît les problèmes de surqua- lification.Il est néanmoins possible, de manière ciblée, que certains emplois de haute qualité et bien rémunérés nécessitant des compétences très particulières ne puissent trouver preneur dans la population locale.À cet effet, certains volets 65 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 d\u2019une politique d\u2019immigration pourraient y répondre à petite échelle au moyen de programmes de recrutements ciblés et non en jouant sur les volumes (Carey 2014).La diversité Le cahier de consultation préparé par le gouvernement fait grand état de la diversité comme richesse collective.Il est à cet égard désolant de constater la pauvreté de la recherche du MIDI pour appuyer cette affirmation, qui, comme les arguments mis de l\u2019avant en 2008 et 2012, se rapproche plus d\u2019une profession de foi que du résultat d\u2019une analyse rigoureuse.D\u2019un point de vue scientifique, il est difficile d\u2019approuver ou d\u2019infirmer ce genre d\u2019affirmation étant donné l\u2019imprécision des concepts utilisés.La diversité peut référer à différents attributs qui n\u2019ont pas tous le même effet : l\u2019origine, la langue, l\u2019éducation, la culture, la religion, la classe sociale, etc.La richesse se mesure souvent en termes économiques, mais peut également se rapporter à d\u2019autres aspects sociétaux.L\u2019élaboration de politiques publiques efficaces nécessite un suivi rigoureux de ses effets au moyen d\u2019indicateurs statistiques fiables et précis.Le document de consultation présente donc une importante lacune à cet effet, puisqu\u2019il ne permet pas de définir quels pourraient être ces indicateurs.D\u2019emblée, soulignons qu\u2019il est peu probable qu\u2019une augmentation de la diversité, mesurée sous l\u2019angle ethnique, ait un impact important sur la prospérité.Cela signifierait qu\u2019il y aurait proportionnellement trop de « Québécois de souche » au Québec et que cette homogénéité nuirait à sa prospérité.Cette idée est d\u2019autant plus douteuse que les taux d\u2019immigration au Québec sont parmi les plus élevés au monde et que les francophones de langue maternelle représentent déjà moins de la moitié de la population de l\u2019île de Montréal.Plusieurs études ont mesuré l\u2019effet de la fragmen- 66 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 tation sociale (notamment sur le plan ethnique, religieux ou linguistique) sur la croissance économique et la conclusion générale qui en ressort est une relation nulle ou négative (Collier 2000; Alesina et La Ferrara 2004; Montalvo et Reynal-Querol 2005; Patsiurko et al.2012).Cependant, puisque la diversité de plusieurs des pays concernés dans ces études est souvent issue de facteurs géographiques et historiques plutôt que d\u2019une immigration sélectionnée, les conclusions peuvent difficilement se transposer à une politique d\u2019immigration dans le contexte du Québec.Concernant l\u2019effet de l\u2019immigration dans les pays développés plus spécifiquement, le consensus scientifique est que son impact sur les indicateurs de prospérités, tels que le PIB par habitant ou le revenu, est toujours très faible, parfois positif, parfois négatif (Termote 2002; Longhi et al.2005 ; 2010).Certaines études ont cherché à mesurer l\u2019effet de la diversité sur d\u2019autres types d\u2019indicateurs.Le document de consultation met l\u2019accent sur le rôle positif que jouerait la diversité sur l\u2019innovation.Il convient de nuancer cette affirmation sur un point important.S\u2019il est vrai, comme le souligne le cahier de consultation, que « [p]lusieurs études scientifiques ont démontré que la diversité est source d\u2019innovation économique et sociale » (p.13), il est également vrai que plusieurs autres ont montré que la diversité n\u2019a pas d\u2019impact ou a même un impact négatif (Alesina et La Ferrara 2004).En fait, le contexte et les concepts que l\u2019on mesure sont déterminants des conclusions qu\u2019on en tire.Par exemple, l\u2019étude de Nathan et Lee (2013) qui porte sur un contexte très précis, soit la diversité ethnique chez les gestionnaires en Grande-Bretagne, montre qu\u2019une augmentation de la diversité favorise l\u2019innovation et ouvre de nouveaux marchés.Mais cette simple étude ne peut cependant pas être généralisée à toutes les situations.D\u2019autres études n\u2019arrivent pas aux mêmes conclusions.Par exemple, Pitts et 67 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Jarry (2007) montrent qu\u2019il n\u2019y a pas de gain de performance lorsqu\u2019il y a une plus grande diversité ethnique chez les gestionnaires, car l\u2019effet positif qui peut découler de l\u2019apport de nouvelles approches pour résoudre des problèmes est annulé entre autres par des problèmes de communication.L\u2019étude de Stuen et coll.(2012), qui porte sur la production des connaissances dans un contexte universitaire, va dans un sens similaire : les avantages apportés par une plus grande diversité d\u2019idées sont réduits par les problèmes supplémentaires de communication et de coordination.La littérature académique ne permet ainsi pas de trancher de manière définitive sur l\u2019effet de la diversité sur l\u2019innovation, et encore moins sur la richesse et la prospérité.Les effets sont variables d\u2019un contexte à l\u2019autre, mais sont généralement très faibles.Plusieurs études ont par ailleurs mis de l\u2019avant que la question du nombre importe moins que la question de la composition.Ainsi, il ne s\u2019agit pas d\u2019accroître la diversité en général pour en accroître ses effets positifs, mais plutôt de cibler certains de ses aspects précis.Devant l\u2019absence de tendances clairement établies, il serait judicieux d\u2019explorer la question de manière plus approfondie sur le contexte spécifique du Québec, où les immigrants, même qualifiés, ont des difficultés importantes et croissantes sur le marché du travail.Toujours pour le contexte québécois, l\u2019étude de l\u2019effet de la diversité dans le cadre d\u2019une politique d\u2019immigration ne devrait par ailleurs pas uniquement se mesurer au niveau de son effet sur la richesse et sur l\u2019innovation, mais aussi sur la cohésion sociale et la dynamique linguistique.La dynamique linguistique L\u2019une des principales raisons de la création du ministère de l\u2019Immigration du Québec et du rapatriement des pouvoirs en la matière par le Parti libéral du Québec est de s\u2019assurer que les immigrants s\u2019intègrent à la communauté 68 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 francophone et fonctionnent en français.Cette préoccupation est d\u2019autant plus importante de nos jours que dans un contexte de faible fécondité, les comportements linguistiques des immigrants sont déterminants de l\u2019avenir du français au Québec.Pour des raisons de cohésion sociale, la politique d\u2019immigration au Québec doit donc impérativement prendre en considération l\u2019effet de l\u2019immigration, et de la diversité, sur la structure démolinguistique du Québec.Plus que par le passé, les immigrants s\u2019intègrent en français, notamment du fait de la sélection des immigrants en fonction de la connaissance du français et de la loi 101, ce qui prouve que des règlements et des programmes gouvernementaux peuvent avoir un effet à cet égard (Bélanger et coll.2011).Néanmoins, le français demeure encore sous-utilisé parmi la population immigrante (Bélanger et Sabourin 2013).En effet, si la connaissance du français est un déterminant essentiel de l\u2019utilisation du français, ce n\u2019est pas le seul et surtout, elle n\u2019est pas une police d\u2019assurance à cette fin.Non seulement les transferts linguistiques à la maison avantagent l\u2019anglais, mais c\u2019est également le cas pour les chiffres sur la langue au travail.Sur l\u2019île de Montréal spécifiquement, le français est la principale langue parlée au travail de seulement 56,1 % des immigrants (Bélanger et Sabourin 2013).Les chiffres sur la langue d\u2019usage en public montrent également une nette sous-représentation du français, particulièrement chez les allophones non francotropes1 (Pagé et coll.2014).À la figure 2, je présente la proportion projetée de francophones selon quelques scénarios quant au niveau d\u2019immigration et à sa composition.1 Les francotropes sont les immigrants provenant de pays reconnus comme ayant des affinités avec la langue française, c\u2019est-à-dire ceux faisant partie de la francophonie et ceux dont la langue officielle est d\u2019origine latine.Les non-francotropes sont ceux provenant des autres pays. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 immigrants aient la même composition que ceux reçus dans les dernières années, la proportion de francophones chuterait à 75% en 2056 si les seuils actuels d\u2019immigration (scénario 1, 50 000) se maintiennent.S\u2019ils sont augmentés à 65 000 (scénario 2), le déclin serait amplifié, la proportion de francophones atteignant 73% au terme de la projection.Un retour au seuil du début des années 2000, soit 35 000 immigrants (scénario 3), amènerait en revanche un déclin environ deux fois plus lent et les francophones représenteraient 77% de la population en 2056.Les scénarios 4, 5 et 6 de la figure 5 montrent que la composition de l\u2019immigration est également déterminante de la situation du français dans le futur.Ainsi, le déclin plus important prévu par une immigration plus nombreuse pourrait être annulé par une augmentation de la proportion de francotropes chez les immigrants (scénario 5).Notons que ces chiffres concernent l\u2019ensemble du Québec et que du fait de la forte concentration de l\u2019immigration à Montréal, le déclin y sera d\u2019autant plus rapide.Compte tenu des chiffres sur la langue utilisée au travail, en public et à la maison, sans une nette amélioration des tendances en faveur du français, l\u2019immigration mènera de manière incontournable à un affaiblissement de la place du français au Québec.Certains intervenants suggèrent d\u2019accorder moins d\u2019importance à la connaissance du français lors de la sélection 60% 65% 70% 75% 80% 85% 200 6 201 1 201 6 202 1 202 6 203 1 203 6 204 1 204 6 205 1 205 6 Année 1-50 000 immigrants - Composition récente 2-65 000 immigrants - Composition récente 3-35 000 immigrants - Composition récente 4-50 000 immigrants - 50% plus de francotropes chez les immigrants 5-65 000 immigrants - 50% plus de francotropes chez les immigrants 6-35 000 immigrants - 50% plus de francotropes chez les immigrants Figure 2 ProPortion de FrancoPhones* selon diVers scénarios, Québec, 2006-2056 * Selon la langue parlée le plus souvent à la maison Source : Calculs de l\u2019auteur, les données sont tirées du modèle Hermès développé par Patrick Sabourin et Alain Bélanger de l\u2019INRS.Pour plus d\u2019information sur le modèle: http://www.scb.se/Grupp/Produkter_ Tjanster/Kurser/_Dokument/IMA/Sabourin_Belanger_FINAL.pdf 6 5 3 1 2 4 70 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 En 2006, les francophones représentaient environ 82% de la population du Québec.En supposant que les futurs immigrants aient la même composition que ceux reçus dans les dernières années, la proportion de francophones chuterait à 75 % en 2056 si les seuils actuels d\u2019immigration (scénario 1, 50 000) se maintiennent.S\u2019ils sont augmentés à 65 000 (scénario 2), le déclin serait amplifié, la proportion de francophones atteignant 73 % au terme de la projection.Un retour au seuil du début des années 2000, soit 35 000 immigrants (scénario 3), amènerait en revanche un déclin environ deux fois plus lent et les francophones représenteraient 77 % de la population en 2056.Les scénarios 4, 5 et 6 de la figure 2 montrent que la composition de l\u2019immigration est également déterminante de la situation du français dans le futur.Ainsi, le déclin plus important prévu par une immigration plus nombreuse pourrait être annulé par une augmentation de la proportion de francotropes chez les immigrants (scénario 5).Notons que ces chiffres concernent l\u2019ensemble du Québec et que du fait de la forte concentration de l\u2019immigration à Montréal, le déclin y sera d\u2019autant plus rapide.Compte tenu des chiffres sur la langue utilisée au travail, en public et à la maison, sans une nette amélioration des tendances en faveur du français, l\u2019immigration mènera de manière incontournable à un affaiblissement de la place du français au Québec.Certains intervenants suggèrent d\u2019accorder moins d\u2019importance à la connaissance du français lors de la sélection des immigrants, car, soutiennent-ils, cela se ferait au détriment des critères socioéconomiques d\u2019employabilité.Cette suggestion ne doit pas être retenue, car elle va en fait à l\u2019encontre de ses prétentions économiques.En effet, il convient de rappeler que la connaissance du français est 71 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 en soi un critère déterminant de la réussite de l\u2019intégration socioprofessionnelle, tout comme l\u2019est celle de l\u2019anglais.Les immigrants connaissant le français ont en effet beaucoup plus de chance d\u2019obtenir un bon emploi que les autres.À profil équivalent, Zhu et Bélanger (2010) montrent que les immigrants non occidentaux qui connaissent à la fois le français et l\u2019anglais ont environ 80 % plus de chance d\u2019obtenir un emploi que ceux connaissant uniquement l\u2019anglais, et ont un revenu d\u2019environ 25 % supérieur.La connaissance du français comme critère de sélection n\u2019entre donc pas en conflit avec les préoccupations d\u2019intégration économique, au contraire.Recommandations Les objectifs à atteindre d\u2019une politique d\u2019immigration efficace devraient se situer à trois niveaux : 1.Une bonne intégration socioprofessionnelle des immigrants.Les performances économiques des immigrants sont déterminantes de leur contribution aux finances publiques et à l\u2019économie.Bien que l\u2019impact de l\u2019immigration demeure faible, une bonne intégration peut faire la différence entre un effet légèrement négatif et un effet légèrement positif.Cette intégration est non seulement pertinente pour la société, mais fait également la différence au niveau individuel pour la qualité de vie des immigrants et de leurs descendants.Les données recueillies par les diverses enquêtes sur le sujet montrent que des améliorations importantes sont nécessaires à cet égard.2.Une francisation adéquate.La connaissance du français est indispensable pour participer pleinement à la vie sociale au Québec et est indissociable de l\u2019intégration 72 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 socioprofessionnelle.Par ailleurs, compte tenu de la dynamique linguistique, la simple connaissance de la langue est insuffisante.Pour assurer la cohésion sociale et éviter son déclin, le français doit également être la langue normale et commune dans les milieux de travail et l\u2019espace public, comme le veut la loi 101.Si le français est plus utilisé qu\u2019avant parmi la population immigrante, l\u2019anglais est encore dans une situation dominante, surtout chez les allophones non francotropes.Outre les critères linguistiques lors de la sélection, il pourrait être envisageable de mettre plus d\u2019effort dans le recrutement de candidats provenant de pays francotropes et de déployer les moyens financiers nécessaires à la francisation de tous.Un renforcement des règlements concernant la langue pourrait également être envisagé, puisque ce genre de mesures a déjà prouvé son efficacité, notamment en ce qui concerne l\u2019utilisation du français dans l\u2019espace public, au travail et ultimement à la maison.3.Une régionalisation adéquate de l\u2019immigration.Actuellement, Montréal reçoit une part disproportionnée des immigrants s\u2019établissant au Québec.Puisque les représentants de la culture majoritaire francophone sont de moins en moins nombreux à Montréal et dans les quartiers d\u2019immigration, les possibilités de contacts favorisant l\u2019intégration sont réduites.Des études ont montré l\u2019effet bénéfique de vivre hors région métropolitaine pour l\u2019intégration des immigrants (Bernard 2008).Cela assurerait de meilleurs contacts avec les natifs, améliorait la situation professionnelle des immigrants et permettrait de réduire ou d\u2019annuler le déclin démographique de certaines régions.Pour assurer la cohésion sociale, cette situation doit être corrigée. 73 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Si la plupart des intervenants s\u2019accordent généralement sur ces trois points, ces derniers sont néanmoins souvent relégués au second plan.Le principal défaut de la manière de procéder habituelle de la politique d\u2019immigration actuelle est que les objectifs sont quantitatifs avant d\u2019être qualitatifs.Avant d\u2019assurer une bonne intégration professionnelle, une francisation adéquate et une régionalisation de l\u2019immigration, le ministère cherche à atteindre les seuils d\u2019immigrants qu\u2019il s\u2019est fixés.Or, devant l\u2019absence d\u2019impact important du nombre d\u2019immigrants reçus sur le vieillissement de la population, les finances publiques, la prospérité et le marché de l\u2019emploi, cette approche doit être revue.Il serait préférable de revoir la finalité des exercices de planification pluriannuelle de manière à considérer les seuils non plus comme un objectif, mais comme une conséquence de la réussite des objectifs précédemment mentionnés.Le principal objectif des planifications serait alors de déterminer les conditions minimales sur chacun des trois points ci-haut (par exemple, un taux de chômage maximum jugé acceptable, une proportion minimum d\u2019intégration en français et une proportion minimum s\u2019installant en régions) et d\u2019ajuster la grille de sélection en conséquence, en prenant en considération les moyens financiers pouvant aider l\u2019atteinte de ces objectifs (formation linguistique, stages subventionnés en entreprise, etc.).Le ministère de l\u2019Immigration a depuis longtemps un intérêt pour l\u2019intégration économique, la francisation et la régionalisation des immigrants.Cependant, il ne s\u2019est jamais doté d\u2019indicateurs d\u2019impact exhaustifs permettant d\u2019évaluer la pertinence de ses politiques.Un suivi exhaustif de l\u2019insertion économique, linguistique et géographique des immigrants en fonction de leurs caractéristiques de sélection devrait être mis en place afin de mieux définir les critères de sélection et les seuils de passage nécessaires à la réussite des objectifs d\u2019immigration.La mise en place d\u2019un tel suivi 74 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 permettant l\u2019évaluation des politiques publiques est d\u2019autant plus nécessaire, dans le contexte actuel, que le gouvernement fédéral a coupé le questionnaire long du recensement et par le fait même, les questions qui permettaient jadis de cibler les immigrants, leurs comportements linguistiques et leur situation professionnelle.Il n\u2019existe donc à l\u2019heure actuelle aucune base de données de qualité permettant de construire et suivre les indicateurs nécessaires à l\u2019élaboration et l\u2019amélioration des politiques publiques concernant l\u2019intégration des immigrants.Pour terminer, j\u2019aimerais mettre de l\u2019avant une idée de nouveau programme qui améliorerait l\u2019intégration économique et linguistique tout en facilitant la régionalisation des immigrants.L\u2019idée serait d\u2019ouvrir un certain nombre de places à un tarif préférentiel à des candidats étrangers dans des programmes universitaires ou collégiaux ciblés en partenariat avec les acteurs économiques locaux.Ces candidats seraient recrutés en fonction de leur performance scolaire, de leur âge et de leur connaissance linguistique.Le MIDI accorderait le CSQ (certificat de sélection du Québec) de manière conditionnelle à l\u2019obtention du diplôme dans l\u2019un de ces programmes.Les candidats ayant ensuite des diplômes québécois reconnus et recherchés au terme de leurs études, en plus d\u2019un réseau professionnel, auront beaucoup moins de barrières à l\u2019obtention de bons emplois.Puisque certains de ces programmes seraient offerts en région, le fait d\u2019étudier et de vivre durant un certain nombre d\u2019années dans celles-ci faciliterait leur rétention.Finalement, en recrutant des candidats francophones pour étudier dans des établissements francophones, l\u2019utilisation du français serait ultimement favorisée au travail et dans l\u2019espace public.Si un tel programme nécessite un certain coût en subvention d\u2019étude durant les premières années de résidence des candidats, celui-ci serait compensé à moyen terme par le biais des impôts tirés sur de meilleurs revenus. 75 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Bibliographie Alesina, A., & La Ferrara, E.(2005).« Ethnic diversity and economic performance ».Journal of Economic Literature, 43(3), 762-800.Bélanger, A., Sabourin, P., & Lachapelle, R.(2011).« Une analyse des déterminants de la mobilité linguistique intergé- nérationnelle des immigrants allophones au Québec ».Cahiers québécois de 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le ministre Martin Coiteux jubile : 622 fonctionnaires ont définitivement perdu leur emploi entre janvier et mars 2015 (Journal de Montréal, 5 juin), non compensés par 136 nouveaux emplois dans les réseaux de la santé et de l\u2019éducation.Le FMI n\u2019arrête plus de lancer des mises en garde sur le lien entre politique d\u2019austérité et récession, mais ce ministre n\u2019en a cure (4 juin).On voit de mieux en mieux le seul vrai objectif de ce gouvernement : couper bras et jambes à l\u2019État québécois.1 À moins d\u2019indication contraire, toutes les dates font référence à l\u2019édition du jour du journal Le Devoir (format papier). 80 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 1.Affaiblir la capacité de l\u2019État québécois de structurer le territoire, la société et la nation 1.1 L\u2019action du gouvernement du Québec du libéral Philippe Couillard Gérer l\u2019énergie de manière contraire à l\u2019intérêt du Québec.\u2013 « Porte ouverte aux hydrocarbures » : le gouvernement libéral veut aller de l\u2019avant, alors même qu\u2019il est de mieux en mieux documenté que cette filière est risquée sur le plan environnemental et même financier (8 avril).\u2013 Construire une nouvelle ligne électrique, la ligne Chamouchouane-Bout-de-l\u2019Île, malgré les conclusions du BAPE sur l\u2019impact environnemental et social du projet, la résistance de la population et de nombreux élus de la région de Lanaudière, et le fait que les Québécois n\u2019en ont peut-être pas besoin (26 et 27 avril) ; \u2013 Jusqu\u2019à 6500 puits de pétrole pourraient être forés à Anticosti.Chaque puits coûte environ 10 millions de $, si bien que le gouvernement du Québec ne rentrerait jamais dans son argent, au grand jamais.Sans compter l\u2019impact négatif sur les changements climatiques (21 mai).\u2013 Construire dans le seul parc marin du Québec, dans la région du Saguenay (celle du premier ministre) des infrastructures de liquéfaction, d\u2019entreposage et de transbordement de gaz naturel provenant de l\u2019Ouest canadien (9 mai).Trois à quatre bateaux par semaine feraient l\u2019aller-retour dans le parc marin du Saguenay, une aire marine protégée mise en place pour protéger l\u2019habitat du béluga du Saint-Laurent (26 mai).\u2013 D\u2019ailleurs, une telle décision concernant le parc marin du Saguenay sème un doute sur une des annonces liées à la stratégie maritime : à quoi sert-il de protéger 10 % des eaux du Saint-Laurent d\u2019ici 2020, si par ailleurs les pétroliers peuvent circuler dans ces zones (2 juin).Inscrire le développement des ressources naturelles dans le cadre des priorités fédérales.Devant la grogne suscitée par la façon dont il conduit les projets d\u2019exploitation des ressources 81 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 naturelles, le gouvernement Couillard a mis sur pied un chantier sur l\u2019acceptabilité sociale : il se déroule à huis clos (13 mai) ! Les milieux environnementalistes soupçonnent le gouvernement de ne même pas faire l\u2019effort de jeter de la poudre aux yeux, alors qu\u2019il aurait déjà décidé de laisser agir TransCanada, Mine Arnaud, Pétrolia et ce, que la population soit d\u2019accord ou non (16 mai).C\u2019est ce que soutient aussi Pierre-Paul Sénéchal dans un article de L\u2019Action nationale, reproduit le 5 mai dans Le Devoir.La Caisse de dépôt et placement a elle-même investi beaucoup ces dernières années dans le charbon et dans les énergies fossiles, y compris dans les sables bitumineux de l\u2019Alberta.Pourquoi ne pas investir plus massivement dans les énergies renouvelables, et contribuer à faire du Québec un État vert, ce qui correspondrait d\u2019ailleurs à ses atouts ?(8 avril).Il semble de plus en plus que « les énergies fossiles soient devenues un facteur de décroissance dans les modèles économétriques, et des facteurs de risque dans les équations financières », selon le rapport de la Banque HSBC cité par Gérard Bérubé (23 avril).Ne pas soutenir l\u2019aménagement durable des forêts.Le Devoir confirme que le projet de stratégie d\u2019aménagement des forêts déposé par le ministre Laurent Lessard recule sur les cibles de protection de l\u2019environnement définies en 2010 (28 mai).Ne pas soutenir suffisamment le secteur manufacturier.Le gouvernement Couillard refuse de faire pression sur le fédéral pour que la Davie obtienne sa part de contrats de construction navale (23 avril).Il reste aussi insensible pour l\u2019instant aux pressions de l\u2019industrie du raffinage, qui demande des mesures de soutien dans une éventuelle Politique de l\u2019énergie (29 avril) ; « l\u2019appartenance de plus en plus marquée des entreprises québécoises à des multinationales étrangères complique la tâche de plusieurs employeurs [qui doivent] 82 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 travailler fort pour conserver au Québec leurs installations et leurs emplois », selon l\u2019organisme Coeffiscience (30 mai).Au même moment, Québec ne peut rien faire pour empêcher la perte de 300 travailleurs très qualifiés à l\u2019usine Bell Hélicoptère de Mirabel (29 avril).L\u2019usine Vaudreuil de Rio Tinto Alcan, à Saguenay, pourrait fermer dans quelques années, jetant 1000 travailleurs à la rue (1er mai).Ne pas soutenir suffisamment l\u2019économie.Desjardins contredit le ministre Carlos Leitao : le taux de croissance annoncé de 2 % pour 2015 ne devrait pas être atteint.Au plus Desjardins prévoit une croissance de 1,5 % (14 avril).D\u2019ailleurs, les exportations et le PIB du Québec ont reculé en février (23 avril et 23 mai).Certes, le Québec a gagné des emplois en avril (9 mai) ; mais selon Gérard Filion, journaliste économique à Radio-Canada, ce pourrait être parce de nombreux travailleurs partis à la retraite ont laissé une place à prendre, et non parce que le nombre net d\u2019emplois augmente au Québec (blogue du 8 mai).D\u2019ailleurs, le taux de chômage a regrimpé à 7,6 % en mai, contre 7,4 % en avril, selon Statistique Canada (5 juin) : au total, il y avait 9300 chômeurs de plus au Québec en mai qu\u2019en avril (Journal de Montréal, 5 juin).Ne pas soutenir suffisamment la rétention de sièges sociaux au Québec.Dans la vente du Cirque du Soleil à deux fonds d\u2019investissements étrangers (la Caisse de dépôt et placement sera actionnaire pour 10 %), Guy Laliberté reconnaît qu\u2019aucune disposition écrite n\u2019existe pour garantir le maintien du siège social au Québec.Le gouvernement du Québec n\u2019a pas semblé s\u2019en préoccuper beaucoup (22 avril).\u2013 Des rumeurs de vente à des intérêts étrangers ont été lancées, vite démenties par SNC-Lavalin : mais comment s\u2019assurer que si l\u2019entreprise finit par être vendue, le siège social restera à Montréal ?(4 juin) 83 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Trafiquer les institutions démocratiques.Le Parti libéral fait pression sur la Commission de la représentation électorale pour que des immigrants (c\u2019est-à-dire des non citoyens) soient considérés d\u2019ores et déjà comme des électeurs, tout cela pour éviter la perte d\u2019une circonscription reconnue favorable aux libéraux dans la prochaine carte électorale (Ici Radio-Canada nouvelles.Site web.25 mai).Amoindrir la légitimité de la présence internationale de l\u2019État québécois.En enchaînant sans examen l\u2019approbation de sept traités de libre-échange, le gouvernement Couillard prouve qu\u2019il n\u2019accorde aucun poids à la doctrine Gérin-Lajoie, qui affirme que le Québec est souverain dans ses domaines de juridiction exclusive et qu\u2019il doit donc se prononcer sur les traités internationaux lorsque ceux-ci concernent ces domaines (28 mai).Par ailleurs, l\u2019ancien haut fonctionnaire Jacques Vallée estime qu\u2019en se contentant d\u2019une rencontre publique avec le pape François, le premier ministre aurait de nouveau manifesté qu\u2019il tient peu à la reconnaissance internationale du Québec comme État (1er juin).Laisser tomber la loi 101.Cela fait plusieurs années que les employés du chantier du CHUM se plaignent de devoir travailler en anglais.L\u2019Office de la langue française semble ne pas avoir les moyens d\u2019intervenir, et le gouvernement Couillard ne fait rien.Il ne fait rien non plus pour qu\u2019on travaille en français à la Davie ni sur le chantier de l\u2019échangeur Turcot (29 avril).Ni pour que les entreprises sous juridiction fédérale soient assujetties aux dispositions de la loi 101 (5 et 6 mai).Favoriser l\u2019emprise du fédéral sur les affaires urbaines, au mépris des dispositions de la constitution.Le gouvernement libéral promet aux municipalités davantage d\u2019autonomie.Ce pourrait être acceptable si, par ailleurs, Québec remettait en même 84 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 temps aux villes les moyens financiers de cette autonomie.Or, le ministre Pierre Moreau refuse de céder à la demande des villes de leur céder un point de TVQ.Il préfère bonifier, de manière tout à fait discrétionnaire et ponctuelle, son aide à la réalisation des projets d\u2019infrastructure des petites municipalités (21 mai).Le pacte fiscal promis risque d\u2019être un miroir aux alouettes en contexte d\u2019austérité libérale (16 mai, cahier spécial Municipalités).Le ministre Moreau promet de partager les redevances tirées de l\u2019exploitation des ressources minières du Plan Nord.Or, on sait bien que l\u2019activité minière ne contribue pour ainsi dire pas au trésor québécois\u2026 Ainsi, les villes souhaitent se tourner encore davantage vers le gouvernement fédéral pour des investissements conséquents dans les infrastructures (« Les municipalités souhaitent un plus grand effort du fédéral », 16 mai).Évidemment, elles devront alors se plier aux conditions imposées par Ottawa (voir ci-après pour le transport en commun).Favoriser l\u2019emprise du fédéral sur les affaires urbaines, au mépris des dispositions de la constitution.Le gouvernement du Québec lui-même devra se plier aux conditions du fédéral pour que ses municipalités puissent éventuellement obtenir des fonds au titre de la rénovation des infrastructures.Le ministre provincial Jean-Marc Fournier veut une entente : celle-ci se fera aux conditions d\u2019Ottawa rappelle le ministre fédéral Denis Lebel (22 mai).Voir aussi ci-après.Accroître l\u2019emprise du fédéral sur le système de santé, au mépris des dispositions de la constitution.Les Libéraux ouvrent tout grand la porte au fédéral à ce qui reste et restera de notre système public de santé et de services sociaux.On en a un nouvel exemple dans la signature récente d\u2019une entente Canada- Québec pour la création d\u2019une unité de recherche destinée officiellement à améliorer la façon dont les soins sont dispensés aux patients québécois (25 mai).Rappelons que la 85 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 santé est une compétence provinciale exclusive.En échange d\u2019environ 16 millions sur 5 ans, Ottawa aura accès aux données concernant les patients et la recherche.Un des objectifs annoncés par Ottawa est d\u2019obliger les échanges de données entre les provinces, ce qui est la meilleure manière ensuite pour le fédéral de prétendre à un rôle naturel de coordination.Favoriser l\u2019emprise du fédéral dans le secteur du tourisme, une autre compétence provinciale exclusive.Pendant que le gouvernement du Québec se traîne les pieds en matière de gouvernance en matière touristique, au grand dam du Regroupement des événements majeurs internationaux, le RÉMI, et que l\u2019aide au financement aux divers festivals stagne (26 mai), le gouvernement fédéral annonce en grande pompe à Grosse-Ile qu\u2019il entend soutenir les secteurs canadiens de la culture et du tourisme par le nouveau programme Accueillir l\u2019Amérique (22 mai).Rappelons qu\u2019il s\u2019agit là de deux compétences exclusives du Québec ; le gouvernement québécois devrait exiger que le fédéral le laisse exercer ses compétences et en se retirant de ce programme au Québec tout en accordant pleine compensation financière.Laisser tomber complètement les revendications traditionnelles du Québec.Philippe Couillard a demandé seulement la hausse des transferts en santé, la péréquation, l\u2019ouverture aux travailleurs étrangers temporaires et un plan concerté sur les changements climatiques (8 mai).Le professeur Patrick Taillon l\u2019écrit en toutes lettres : « [c]es revendications [sic] résonnent comme une invitation faite aux autorités fédérales à investir davantage dans les compétences du Québec afin de soulager nos finances publiques ! » (17 mai).Il faut revenir à la revendication traditionnelle d\u2019obtenir des points d\u2019impôts et le retrait d\u2019Ottawa des secteurs de compétence provinciale. 86 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Laisser tomber complètement les revendications traditionnelles du Québec.Dans son discours devant l\u2019Assemblée législative de l\u2019Ontario, le premier ministre Couillard a parlé de reconnaissance « formelle » plutôt que « constitutionnelle » du Québec.L\u2019ancien ministre Benoît Pelletier, dont on ne peut certainement pas douter qu\u2019il est un fédéraliste convaincu, est tout perplexe devant cette nouvelle formulation et se demande bien ce que cela veut dire (17 mai).1.2 L\u2019action du gouvernement fédéral et des organismes fédéraux Ne pas reconnaître au Québec la juridiction sur les eaux nordiques riveraines.L\u2019avocat Mathieu Jacques (29 avril) fait remarquer que, par la loi de 1912, les eaux nordiques riveraines du territoire du Québec n\u2019appartiennent pas à notre État : les frontières du Québec s\u2019arrêtent au rivage.Si le Québec construit des ports dans le Nord, ceux-ci seront hors de son territoire.Au contraire, Terre-Neuve-et-Labrador et la Colombie-Britannique ont juridiction sur leurs eaux nordiques.Il invite à remédier à une telle iniquité (qui touche aussi l\u2019Ontario et le Manitoba) tout en respectant les droits des peuples autochtones.Mais le premier ministre Couillard ne bouge pas, pas plus d\u2019ailleurs que son prédécesseur libéral Jean Charest.Il se contente de présenter son Plan Nord une autre fois, en comptant encore sur des investissements publics de 22 milliards, dont plusieurs fournis par Hydro- Québec pour attirer les entreprises étrangères alors qu\u2019on nage déjà dans les surplus d\u2019électricité (9 et 12 avril).Un mirage, ce Plan Nord ?C\u2019est du moins ce que prétend Josée Boileau (9 avril).Faire traîner les négociations sur les aires marines protégées.Cela fait des années qu\u2019Ottawa et Québec ne réussissent pas à s\u2019entendre pour protéger les eaux entourant les îles 87 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 de la Madeleine, la section du Saint-Laurent comprise entre l\u2019Isle-aux-Coudres et Métis-sur-Mer, et les eaux du Banc des Américains à la pointe est de la Gaspésie (2 juin).Limiter le rayonnement du Québec à l\u2019étranger.Ce n\u2019est pas moi qui le dis, ce sont les ministres Christine Saint-Pierre et Kathleen Weil : elles déplorent que des centaines de stagiaires français aient annulé leur séjour prévu ce printemps au Québec à cause de la décision du gouvernement fédéral de modifier les règles d\u2019attribution des visas des permis de travail.En réalité, ces stagiaires sont des étudiants et non des travailleurs, mais pour Ottawa, cela ne change rien.Les conséquences sont importantes pour les échanges entre la France et le Québec (2 juin).Prendre prétexte de la constitution pour ne pas donner au Québec ce qui lui revient.Pour respecter la constitution canadienne, les villes québécoises ne seront pas autorisées à déposer des projets au nouveau fonds d\u2019infrastructures mis sur pied par le gouvernement fédéral.En effet, les villes sont une compétence provinciale.Seuls les organismes communautaires québécois pourront soumettre des demandes.Mais outre que les organismes communautaires relèvent eux aussi de la juridiction provinciale exclusive en principe (en tout cas tous ceux qui donnent des services à la personne : santé, services sociaux, loisirs, aide à l\u2019emploi, etc.), le gouvernement fédéral se montre véritablement odieux envers le Québec.Pour être équitable, il devrait en effet réserver une part du fonds, au prorata de la population, et le remettre directement au gouvernement du Québec pour les projets des municipalités (21 mai).En fait, le fédéral attend que les municipalités québécoises et le gouvernement du Québec le supplient d\u2019intervenir, ce qui a d\u2019ailleurs commencé (voir ci-haut). 88 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Ne pas respecter la constitution de 1982.C\u2019est du moins ce que tenteront de faire valoir en Cour supérieure deux constitu- tionnalistes québécois, Geneviève Motard et Patrick Taillon.Selon eux, la constitution obligerait le gouvernement fédéral à obtenir l\u2019accord des provinces pour modifier la loi de succession au trône, ce qui n\u2019aurait pas été fait en 2013 (1er juin).Ces deux juristes veulent obliger Ottawa à rouvrir la constitution.\u2013 Il faudra d\u2019ailleurs peut-être le faire aussi pour rendre justice aux Autochtones, qui viennent, avec le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation, d\u2019obtenir reconnaissance qu\u2019ils ont subi un génocide culturel (5 juin).Imposer les conditions et la volonté du fédéral dans des champs de compétence provinciale.Ottawa se montre prêt à investir dans le transport en commun dans les villes (train, métro, autobus), mais à condition que les projets se fassent en partenariat public-privé et que ce soit lui qui choisisse lui-même ceux qu\u2019il voudra bien financer (22 et 23 avril).Ottawa promet que la nouvelle agence pancanadienne des valeurs mobilières « écoutera » les provinces (22 avril).C\u2019est bien le moins après deux jugements de la Cour suprême établissant que les valeurs mobilières sont une compétence provinciale exclusive.Affaiblir systématiquement et volontairement certains secteurs de l\u2019économie québécoise.Par exemple, la construction navale.Rien n\u2019explique que le gouvernement fédéral refuse de donner des contrats à la Davie, à Lévis.Et d\u2019ailleurs le ministre Steven Blainey ne trouve lui-même aucune explication.Il dit simplement que « l\u2019affaire est compliquée », mais il n\u2019offre ni clarification ni surtout de solution (26 mai).En attendant, 205 travailleurs ont été mis à pied (23 mai).Le premier ministre Philippe Couillard et le ministre Jacques Daoust n\u2019ont qu\u2019à s\u2019en retourner la queue entre les jambes (excusez-la). 89 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Affaiblir systématiquement et volontairement certains secteurs de l\u2019économie québécoise.Cette fois, c\u2019est la ministre Kathleen Weil qui n\u2019en peut plus.Elle a même osé murmurer qu\u2019Ottawa est « intransigeant » (21 avril) : c\u2019est que le fédéral refuse bel et bien d\u2019assouplir sa réforme qui rend très difficile l\u2019embauche de travailleurs étrangers temporaires.Et tant pis pour les spécificités du marché québécois du travail (1er mai).Affaiblir systématiquement et volontairement certains secteurs de l\u2019économie québécoise.Il est certain que les sanctions canadiennes contre la Russie à cause du soutien fédéral à l\u2019Ukraine nuisent à Bombardier (La Presse, 9 avril) Tenter constamment (et réussir souvent) à se soustraire aux lois du Québec.Encore une fois, il faut parler de l\u2019organisme fédéral Port de Québec.Depuis près de 35 ans, le gouvernement fédéral a laissé se détériorer les installations du port (Jean Lacoursière, 20 mai).Pour avoir les moyens de le réparer, l\u2019actuelle direction veut ni plus ni moins remblayer 600 mètres, défigurer la baie de Beauport, et construire deux quais pour augmenter ses revenus.Et tout cela, sans accepter un BAPE ! (15 et 17 mai) L\u2019administration portuaire fait valoir, non sans arrogance, qu\u2019elle n\u2019est pas assujettie à la législation provinciale ; d\u2019ailleurs, au départ, elle n\u2019avait même pas cru bon de présenter au gouvernement du Québec son projet de port pétrolier (22 avril).Par contre, elle est bien prête à accepter 35 millions de la part du gouvernement Couillard pour un quai de croisière.Pourquoi Québec donnerait-il des millions à une entreprise qui prétend pouvoir éviter tout contrôle provincial ?(Pierre-Paul Sénéchal, 30 avril).Il a fallu la rebuffade essuyée par le ministre Heurtel, que les autorités du port ont envoyé paître publiquement, pour que le premier ministre Couillard annonce qu\u2019il y aura quand même un BAPE.Mais quelle sorte de BAPE ?L\u2019inquiétude reste de mise.D\u2019autant que le 90 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Port de Québec a même caressé l\u2019idée d\u2019être ce fameux port de transbordement du pétrole issu des sables bitumineux ; il a fallu la résistance de la population pour que le projet soit abandonné (Léo-Paul Desaulniers, 2 mai).Dans toute cette affaire, on voit que le fédéral se comporte en occupant.Ce dossier est une autre illustration de la détermination des organismes fédéraux à se soustraire autant que possible aux lois du Québec (voir aussi Le Soleil, 14 mai).Décider, de manière discrétionnaire, du niveau de protection consenti au territoire québécois.Or, une avocate de l\u2019Office national de l\u2019énergie a affirmé récemment devant la Cour fédérale que le projet Énergie Est de TransCanada était bon pour les Canadiens.Comment croire ensuite que l\u2019organisme fédéral évalue ce projet en toute impartialité ?L\u2019opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale en doute.Le gouvernement québécois, pendant ce temps, n\u2019a pas encore dit oui à un BAPE pour évaluer le projet ni modifié la loi sur la qualité de l\u2019environnement pour affirmer la primauté de la compétence du Québec en environnement (25 avril).Décider, de manière discrétionnaire, du niveau de protection consenti au territoire québécois.Voilà que le gouvernement du Québec doit prier l\u2019Office national de l\u2019énergie de bien vouloir consentir à prendre en considération « certains éléments » avant d\u2019autoriser l\u2019inversion de l\u2019oléoduc de la Ligne 9B.Cette inversion est dangereuse, mais le Québec n\u2019a pas le pouvoir de l\u2019interdire ni même d\u2019obliger Enbridge à procéder à des essais hydrostatiques pour s\u2019assurer que l\u2019oléoduc n\u2019est pas fissuré avant l\u2019inversion.Il faut passer par Ottawa (17 mai).L\u2019ONE ne s\u2019est pas engagée à répondre aux demandes de l\u2019État québécois.Céder sur la gestion de l\u2019offre de produits agricoles (lait, volaille et œufs).Même le ministre Pierre Paradis est inquiet.Après 91 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 avoir sacrifié les fromagers et les producteurs de veau québécois dans la négociation du traité de libre-échange avec l\u2019Union européenne, voilà qu\u2019Ottawa donne des signes non équivoques de vouloir laisser tomber le système de gestion de l\u2019offre dans les négociations du Partenariat transpacifique (26 mai).Viser à terme à contrôler Desjardins sous prétexte de secourir ce géant coopératif québécois.La Banque du Canada voudrait s\u2019arroger le droit d\u2019aide d\u2019urgence aux institutions financières de compétence provinciale, comme les caisses populaires (6 mai).Placer le Québec dans des difficultés financières supplémentaires en ayant haussé le plafond des CELI sans avoir consulté les provinces.En effet, le tiers des pertes de revenus fiscaux est assumé par les provinces (Gérard Bérubé, 11 avril).Justin Trudeau, critique le budget Oliver.Il faudrait plutôt, dit le chef du Parti libéral du Canada, miser sur « des investissements judicieux dans l\u2019éducation, les infrastructures, les ressources naturelles et l\u2019innovation » (20 avril).Au moins les trois premiers champs évoqués relèvent des compétences des provinces ! Le chef du NPD, Thomas Mulcair, promet la création d\u2019un ministère des Affaires urbaines (9 mai), puis devant la fin de non-recevoir servie par l\u2019Assemblée nationale, il se rétracte et prétend qu\u2019il n\u2019a jamais voulu créer un ministère, mais plutôt nommer un ministre (qui serait l\u2019« interlocuteur désigné » du gouvernement fédéral pour les villes ! (La Voix de l\u2019Est, 14 mai) 92 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 1.3 L\u2019action des groupes de pression, des compagnies privées et des organismes internationaux Aéroports de Montréal.Cet organisme fait pression sur Québec et sur la Caisse de dépôt pour obtenir un train léger sur rail.Ce que les citoyens de la Rive-Sud ne verront probablement pas sur le pont Champlain serait, selon Aéroports de Montréal, « le seul système de transport collectif apte à desservir à la fois l\u2019aéroport et l\u2019ouest de Montréal et qui sera encore pertinent dans 40 ou 50 ans » (21 mai).On sait que le gouvernement Couillard a promis au West Island un Train de l\u2019ouest.Promoteurs fonciers privés.Plusieurs promoteurs, dont Dimitri Soudas, ancien directeur des communications du premier ministre fédéral Stephen Harper, convoitent nos terres agricoles.Les libéraux semblent prêts à modifier la loi sur la protection du territoire agricole et à affaiblir la Commission de protection du territoire agricole pour les satisfaire (21 mai).Banques.Après tout, elles relèvent du gouvernement fédéral, pourquoi ne bénéficieraient-elles pas de la même capacité que les organismes fédéraux de se soustraire aux lois du Québec ?C\u2019est ce qu\u2019ont souhaité la CIBC et sa filiale Placements CIBC.Il a fallu que la Chambre de la sécurité financière aille en Cour supérieure pour faire reconnaître que ses pouvoirs d\u2019enquête et de surveillance s\u2019étendent aussi à ces corporations privées que sont les banques à charte fédérale (26 mai).EBay.L\u2019entreprise de vente en ligne a embauché un lob- byiste pour convaincre Québec de ne pas taxer les ventes en ligne, ce qui reviendrait d\u2019une part à pénaliser les commerçants québécois et d\u2019autre part à priver notre État de revenus nécessaires.Mais il faut dire que le Québec n\u2019étant pas souverain, il lui faudrait demander, selon la commis- 93 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 sion Godbout, à Ottawa « d\u2019administrer pour le compte du Québec les inscriptions qui deviendraient obligatoires dans le régime de la TVQ » si la province décidait de percevoir la taxe sur les achats effectués hors de nos frontières (11 mai).Les pétrolières.Dans le projet de l\u2019oléoduc Énergie Est, TransCanada refuse de s\u2019engager à respecter les conditions que pourrait éventuellement poser Québec.La pétrolière ne s\u2019estime soumise qu\u2019aux obligations fixées par l\u2019Office national de l\u2019énergie, un organisme fédéral (24 avril).Par ailleurs, Chaleur Terminals fera passer 220 wagons de pétrole brut par jour sur les rails vétustes du Canadian National sans même avoir jugé bon d\u2019en informer le gouvernement du Québec (30 mai).Celui-ci n\u2019existe tout simplement pas aux yeux des pétrolières : seul le fédéral compte puisque seul le fédéral a juridiction sur celles-ci et sur les chemins de fer.C\u2019est déjà l\u2019État unitaire.Nos anglos.Des écoles anglophones sont prêtes à se passer de subvention pour outrepasser la loi 101 (1er mai).Mais depuis quand des catégories de citoyens peuvent-elles se prétendre au-dessus des lois ?Nos Anglos.Par ailleurs, les porte-parole des anglophones du Québec se sont dits prêts à aller jusqu\u2019à la Cour suprême pour pouvoir conserver leurs commissions scolaires et leur droit allégué à élire leurs commissaires scolaires.Le ministre François Blais n\u2019a d\u2019ailleurs pas écarté l\u2019idée de deux modes de gestion scolaire : un pour les anglophones et l\u2019autre pour les francophones (15 avril).C\u2019est-y-pas l\u2019apartheid, ça ?Nos Anglos.Lise Payette faisait remarquer que nos Anglos sont déjà dans du flambant neuf au CUSM payé deux milliards, tandis que les Québécois francophones attendent encore aux urgences pendant des heures et des heures.Cherchez l\u2019erreur ! 94 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 L\u2019Institut économique de Montréal.Un des économistes rattachés à ce think tank déplore que la privatisation de la santé ait encore si peu progressé depuis le jugement Chaoulli en 2015 et presse le gouvernement d\u2019accélérer le pas.Il propose un système mixte, comme on en trouve dans certains pays européens (5 juin).À noter que dans plusieurs de ces pays, y compris la France, l\u2019assurance maladie n\u2019est pas universelle et ce sont surtout les citoyens les plus pauvres qui sont les moins bien couverts.Ontario.Cette province, qui, comme le Québec, a sa propre classification des films, aimerait que celle-ci soit uniformisée au Canada.Pourquoi diantre vouloir des « normes nationales » ?Pourquoi vouloir ouvrir davantage la porte à ce que la classification canadienne, qui s\u2019applique dans les huit autres provinces, s\u2019applique aussi au Québec ?Il s\u2019agit d\u2019une compétence provinciale (14 mai).2.Affaiblir nos outils collectifs Démanteler le système de santé et de services sociaux en vue d\u2019accroître l\u2019acceptation sociale de sa privatisation partielle.On le sait de mieux en mieux, du reste, c\u2019est pourquoi je n\u2019insiste pas trop.Dans un article fort intéressant, Lucie Biron (23 mai) fait le résumé de ce qui est en cours : réformes de structures, concentration du pouvoir, augmentation prévisible des coûts, aucune considération pour les mesures qui pourraient réellement améliorer le système.On sait par ailleurs que la réforme des régimes de retraite est en train de causer le départ de milliers d\u2019employés, notamment des infirmières (13 et 24 avril).On pourrait aligner les décisions ou les ballons d\u2019essai du ministre Barrette au cours de la période couverte par cette chronique ; plusieurs touchent les aînés (25 mai) et d\u2019autres populations vulnérables comme 95 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 les porteurs du VIH et les toxicomanes, par exemple (8 avril et 1er mai).En matière de services sociaux, les prestataires de l\u2019aide sociale propriétaires de maisons jugées trop luxueuses (valeur résiduelle, soit la différence entre l\u2019estimation municipale et l\u2019hypothèque restante, de 142 000 $ pour une personne apte à l\u2019emploi et valeur totale de 203 000 $ pour une personne déclarée inapte) subiront une diminution ou une cessation de l\u2019aide versée (La Presse, 5 juin).Éducation et intégration des élèves issus de l\u2019immigration.Dans le bras de fer qui l\u2019oppose à Catherine Harel Bourdon, directrice de la CSDM, le gouvernement libéral est prêt à faire payer beaucoup aux élèves.Pour éviter la tutelle, dont le ministre Francois Blais la menace (30 avril), la CSDM devra supprimer une vingtaine de postes de direction d\u2019écoles (13 mai), près de 170 postes de professionnels et d\u2019employés de soutien (12 mai) ; elle envisage aussi de couper le transport scolaire pour les établissements à vocation particulière (22 mai).Cela s\u2019ajouterait à toute une série de compressions dans d\u2019autres services aux élèves.Le budget pour l\u2019an prochain prévoit des coupes de 41 millions (27 mai).Le gouvernement libéral voudrait que l\u2019école publique anglaise (beaucoup moins touchée par les coupes) devienne beaucoup plus attrayante que l\u2019école publique française qu\u2019il ne s\u2019y prendrait pas autrement.Éducation et égalité des chances.\u2013 Près d\u2019une vingtaine de classes spécialisées pour des élèves à besoins particuliers seront abolies à la Commission scolaire de Laval en raison des compressions libérales (22 et 23 mai).265 postes de professionnels seront abolis, essentiellement dans les commissions scolaires francophones partout au Québec ; ces professionnels offraient des services aux élèves ayant des besoins particuliers (20 mai).\u2013 Les services de garde scolaire seront coupés pour 220 000 élèves de 5 à 12 ans, ce 96 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 qui affecte non seulement les jeunes (« Retour de la clé dans le cou ?», titre Le Devoir du 23 mai), mais aussi leurs éducatrices, dont plusieurs perdront leur emploi.\u2013 800 écoles de village menacées, selon la Fédération des commissions scolaires (Journal de Montréal, 4 juin).Éducation et égalité des chances.La Presse web (2 juin) révèle que dans la réforme de la taxation scolaire, jugée désuète par le ministre François Blais, il est désormais presque assuré qu\u2019il y aura « maintien d\u2019une taxe foncière ».Le gouvernement se chargera de déterminer le taux de la taxe.Ce sera un taux pour tout le Québec ou alors un taux par région.La décision n\u2019est pas encore prise à ce sujet, a dit le ministre.Qu\u2019est-ce que cela signifie concrètement ?Puisque la péréquation scolaire n\u2019existe plus, les municipalités les plus riches percevront davantage en taxe scolaire que les municipalités les plus pauvres.On voit donc immédiatement le déséquilibre entre le réseau public francophone et le réseau public anglophone.Forums jeunesse régionaux.Ils sont abolis, évidemment.Or, comme le souligne Michel Venne, il s\u2019agissait là d\u2019écoles de citoyenneté et de formation à nos institutions démocratiques (27 mai).C\u2019était aussi un lieu collectif, où les jeunes pouvaient prendre conscience d\u2019eux-mêmes, de leurs intérêts comme groupe et de leurs projets pour notre société.Le soutien à la recherche individuelle d\u2019emploi ne pourra pas remplacer la conscience collective que ces forums jeunesse permettaient de développer (13 avril).Caisse de dépôt et placement.Par le projet de loi 38, le gouvernement du Québec voudrait permettre à la Caisse de dépôt et placement de prendre en charge des projets de transport collectif.Rien n\u2019assure cependant que le conseil d\u2019administration de la Caisse restera indépendant et pourra refuser des projets non rentables (22 mai). 97 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Commission de l\u2019équité salariale.Par le projet de loi 42, le gouvernement libéral veut abolir la Commission de l\u2019équité salariale.C\u2019est grâce au travail de cette commission que la rémunération de nombreuses travailleuses a pu être ajustée, tant dans les entreprises privées que dans le secteur public ou parapublic.La recherche savante.Le gouvernement du Parti québécois a eu le temps de doter le Québec d\u2019une Politique nationale de la recherche et de l\u2019innovation.Le gouvernement libéral n\u2019y donne pas suite.Des joyaux comme la bio- banque Cartagene sont en péril faute d\u2019un financement suffisant et surtout récurrent (4 mai).Les chercheurs de la santé publique se plaignent d\u2019être censurés et muselés (4 mai).En outre, le gouvernement Couillard coupe les vivres aux organismes québécois de financement de la recherche (15 mai).Faudra-t-il là encore que les chercheurs n\u2019aient plus à espérer que du côté fédéral ?Pour l\u2019instant, Ottawa n\u2019a pas augmenté significativement son soutien à la recherche et surtout il privilégie le partenariat avec le secteur privé au détriment de la recherche fondamentale ou sur des enjeux proprement québécois (23 mai, cahier spécial ACFAS).Mais dès que la conjoncture sera plus favorable, on peut s\u2019attendre à un accroissement du financement par le fédéral, selon ses objectifs et ses conditions.C\u2019est d\u2019ailleurs Ottawa qui est en train d\u2019assurer le financement de Cartagene\u2026 L\u2019édifice Saint-Sulpice.L\u2019ancien siège de la Bibliothèque nationale, sur la rue Saint-Denis à Montréal, est-il vraiment sauvé ?Devant le tollé suscité par l\u2019annonce de sa vente prochaine, la ministre de la Culture, Hélène David, a reculé : la vente est « suspendue » (25 mai).Jusques à quand ?À surveiller de près. 98 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Société des alcools et Hydro-Québec.Toujours ces menaces planantes de privatisation partielle, malgré les nombreuses études qui montrent à quel point ces ventes ne seraient pas rentables.Le premier ministre laisse dire, puis il jure que non, cela n\u2019arrivera pas.(9 avril).Hydro-Québec a longtemps fait notre fierté collective : le désamour des citoyens québécois devant les hausses de tarifs répétées et les erreurs de gestion tout aussi répétées (éoliens, achats au privé en période de surplus, vente de feu d\u2019équipements nucléaires, primes scandaleuses, etc.) sont probablement un préalable à ce que les Québécois s\u2019opposent moins à sa privatisation partielle (bonne analyse par Gérard Bérubé des défis qui attendent Éric Martel, 4 juin).3.Délégitimer totalement la volonté du peuple québécois de faire société différemment 3.1 Par Ottawa Loi 101.La Cour d\u2019appel a décidé que les commerçants peuvent continuer à afficher en anglais seulement.Les Best- Buy, Old Navy, Toys « R » Us et autres multinationales représentées par le Conseil canadien de ce monde pourront continuer à agir ici comme aux États-Unis (29 avril et 6 mai).C-51.La loi a été adoptée le 6 mai, pendant une partie des éliminatoires opposant les Canadiens au Lightning de Tampa Bay (7 mai).Cette loi pour contrer le terrorisme est si large que tous les indépendantistes du Québec risquent de constater un jour qu\u2019elle pourrait s\u2019appliquer contre eux.C-51.Là où Ottawa privilégie C-51, la surveillance et la répression, le Québec pourrait miser sur des outils qui sont entière- 99 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 ment de juridiction provinciale avec plus de succès.Il semble que les centres jeunesse, les centres communautaires, les écoles secondaires, et la police seraient mieux en mesure de contrer l\u2019émergence de l\u2019extrémisme islamiste à cause de leur orientation vers le soutien psychologique et social ainsi que l\u2019accompagnement (30 mai).Comme dans beaucoup d\u2019autres situations, par exemple la délinquance juvénile, criminaliser est une manière pour Ottawa de s\u2019approprier la gestion d\u2019un problème qu\u2019un traitement plus social (de compétence provinciale) pourrait peut-être mieux résoudre.Toxicomanie.Une manière efficace de protéger quelque peu la santé des toxicomanes est d\u2019ouvrir des sites d\u2019injection supervisée.Proposée depuis des années par des groupes communautaires de Montréal, soutenue par les autorités municipales depuis longtemps, l\u2019idée a finalement obtenu l\u2019aval du gouvernement du Québec.Mais le gouvernement Harper, évidemment, est contre.Le processus pour obtenir son consentement s\u2019annonce pénible.Et les organismes concernés doutent de la volonté du gouvernement Couillard de faire pression sur le fédéral (1er mai).D\u2019ailleurs, le maire Coderre a décidé que, puisqu\u2019il avait l\u2019aval de la Cour suprême, il se passera du bon vouloir du gouvernement conservateur (5 juin).C\u2019est une voie à suivre : agissons toujours dans le domaine de nos compétences et mettons le fédéral devant le fait accompli.Rappelons que les politiques sociales sont une compétence exclusive du Québec, et qu\u2019il est trop facile d\u2019invoquer les aspects qui touchent le droit criminel de ce projet pour qu\u2019Ottawa se sente justifié de s\u2019imposer.Système pénal.Contre la voie des soins souhaitée quasi unanimement par les intervenants et les experts québécois, le gouvernement fédéral privilégie le « trou », c\u2019est-à-dire la punition pour contrôler les détenus atteints de troubles mentaux (29 mai). 100 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 3.2.Par Québec Association Québec-France.Faute de financement par les gouvernements, cette association (dont le pendant en France est l\u2019Association France-Québec) disparaît après avoir encouragé pendant 44 ans les relations culturelles entre les deux États, relations relayées par des échanges touchant toutes les régions du Québec (29 avril).Restons donc dans nos petites frontières provinciales, cessons donc tout rayonnement de notre État à l\u2019international, comme le déplore René Cloutier (1er mai).Christian Rioux fait d\u2019ailleurs entendre le silence assourdissant de la France devant le décès de Jacques Parizeau, qui avait été reçu comme un chef d\u2019État en 1995 et n\u2019est plus désormais aux yeux de l\u2019Hexagone qu\u2019un ancien premier ministre provincial (5 juin).4.Détruire ce qui reste de l\u2019institutionnalisation du caractère distinct du Québec dans la constitution canadienne et les institutions fédérales Nominations des juges.Dans le litige qui opposait Québec à Ottawa sur la nomination des juges, celle-ci donne raison à Ottawa.Ainsi, un juge de la Cour fédérale pourra être nommé à une cour du Québec.Certains juristes voient là une possibilité pour qu\u2019éventuellement, un juge de la Cour fédérale ayant fait un petit séjour par la Cour d\u2019appel du Québec puisse ensuite être nommé à la Cour suprême à un des postes réservés au Québec.Cela ne s\u2019est pas produit pour le juge Nadon, mais rien n\u2019empêche désormais que cela arrive à l\u2019avenir (25 avril).Loi sur les langues officielles.Un fonctionnaire fédéral poursuit le commissaire Graham Fraser qui n\u2019a jamais fait respecter son droit de travailler en français au Bureau du surintendant des institutions financières, une institution fédérale (19 mai). 101 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Loi sur les langues officielles.L\u2019Office national de l\u2019énergie n\u2019a pas respecté la loi sur les langues officielles dans l\u2019affaire de l\u2019oléoduc Énergie Est.Même le commissaire Graham Fraser est obligé de le reconnaître, du bout des lèvres cependant (21 mai).Éducation en français dans les provinces et les territoires anglophones.On sait que le gouvernement Harper a mis fin au programme de contestation judiciaire destiné aux minorités de langues officielles.Aussi, comment interpréter la décision de la Cour suprême d\u2019obliger les francophones du Yukon à retourner devant le tribunal de première instance pour faire valoir leur droit à l\u2019éducation en français même s\u2019ils ne sont pas nés au Canada ?Comment ne pas voir qu\u2019une telle décision risque d\u2019épuiser les ressources financières et l\u2019énergie des Francophones du Yukon ?Que le gouvernement du territoire ait décidé, de manière tout à fait discrétionnaire, d\u2019accepter de construire une nouvelle école française ne clarifie pas la question de qui y a droit à l\u2019éducation en français (27 avril et 15 mai).Par ailleurs, il a fallu 33 ans et une autre décision de la Cour suprême pour que la Colombie britannique soit désormais obligée de loger les élèves francophones ailleurs que dans un trou à rats (27 avril).Et pendant ce temps-là, le commissaire Graham Fraser voudrait nous faire pleurer sur le sort des anglophones du Québec (8 mai et récidive 14 mai) ! Radio-Canada.Les coupes du gouvernement fédéral ont affecté plus gravement les services français.C\u2019est ce que dénoncent les gouvernements du Québec et de l\u2019Ontario (22 mai).Notre collègue Denis Monière s\u2019est livré à des calculs fort intéressants.Je le remercie de sa contribution : 102 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 QUI A LE PLUS SOUFFERT DES COUPURES À RADIO-CANADA ?par Denis Monière Dans son budget d\u2019avril 2012, le gouvernement conservateur a décidé de réduire les subventions accordées à la Société Radio-Canada.Ces coupes budgétaires totaliseront en 2015, 115 millions $, soit environ 10 % des sommes accordées au radiodiffuseur public.Ainsi en 2012, 64 % du budget provenait des fonds publics alors que cette proportion n\u2019était plus que de 59 % en 2014.Quel a été l\u2019impact de ces compressions sur les deux réseaux linguistiques ?Répondre à cette question n\u2019est pas facile, car les résultats financiers de la CBC-SRC sont amalgamés pour la plupart des postes budgétaires.Pour évaluer la distribution linguistique des coupes, nous utilisons comme indicateurs les effectifs totaux et temps pleins de personnes employées qui sont spécifiés pour les deux réseaux.La masse salariale étant le poste budgétaire le plus important de toute organisation publique, c\u2019est par la réduction de personnel qu\u2019on comprime habituellement les dépenses.Les données du tableau qui suit proviennent des Rapports annuels CBC-SRC, section profil des employés, p.46 (2012-2013) et 52 (2013-2014).En comparant les données d\u2019une année à l\u2019autre, on peut déterminer les compressions réelles effectuées dans les deux réseaux.La colonne des écarts montre que les coupes à Radio-Canada ont eu sept plus d\u2019effet sur le personnel du réseau français qui a été amputé de 3,5 % alors que le réseau anglophone ne perdait que 0,5 % de ses employés.Alors qu\u2019à la SRC, ce furent les emplois plein temps qui écopèrent, à la CBC ce 103 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 furent principalement les emplois contractuels et temporaires (-81 comparativement à +1).Paradoxalement, les services administratifs se sont accrus durant la même période.Et pourtant, le réseau français est plus productif que le réseau anglais dans la mesure où il a totalisé, en 2014, 21,5 % des parts du marché comparativement à seulement 15,5 % pour le réseau anglais.En 2012-2013, la SRC avait aussi augmenté ses revenus publicitaires de 4 % alors que ceux de la CBC diminuaient de 20 %.Ces chiffres contredisent aussi la cible déclarée par la direction de la CBC-SRC qui s\u2019était engagée à abolir sur trois ans 650 postes à temps plein dont 479 en 2012-2013.On serait donc loin du compte et le pire serait encore à venir.On prévoit d\u2019ailleurs dans le budget 2014-2015 couper 573 postes ce qui est bien la preuve que les réductions de postes annoncées dans les rapports annuels précédents n\u2019ont pas été réalisées.Ce même budget prévoit aussi réduire l\u2019empreinte immobilière, soit le nombre de pieds carrés occupés par Radio- réPartition des réductions de Personnel à la cbc et à la src entre 2012 et 2014 2012- 2013 2013- 2014 écart CBC Employés permanents 3321 3322 1 Total* 3856 3834 -22 SRC Employés permanents 2974 2893 -81 Total* 3575 3450 -125 Services institutionnels 821 866 45 * Comprend les employés temporaires et contractuels 104 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Canada.La cible globale, qui était de 400 000 en 2012, a été fixée à 800 000 pieds carrés en 2015.On spécifie que c\u2019est la Maison de Radio-Canada à Montréal qui absorbera 50 % de cette réduction (soit 400 000 pieds carrés), mais on ne précise pas où seront pris les 50 % restant.Là encore, c\u2019est le secteur français qui est le plus directement affecté.* Je relance nos lecteurs.Il faut désormais étudier en profondeur certaines questions pour mieux cerner comment le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral s\u2019y prennent pour que notre État et nos organismes publics soient de plus en plus empêchés dans leur action et leurs moyens.Le Syndicat canadien de la fonction publique, section du Québec, a produit une enquête révélant que l\u2019accord de libre- échange avec l\u2019Union européenne risque d\u2019ouvrir la voie à la privatisation des services publics ; le gouvernement du Québec conteste cette analyse (21 avril).On appréhende déjà que le Partenariat transpacifique affecte grandement l\u2019agriculture québécoise.Quelqu\u2019un voudrait-il se charger de faire le tour de ces deux ententes internationales du point de vue du Québec ?Le gouvernement libéral est décidé à mettre la Commission scolaire de Montréal à genoux.Et c\u2019est grave.Il faut absolument une étude pour comparer l\u2019impact des compressions dans les deux réseaux scolaires montréalais : le réseau anglophone semble être très peu affecté.Il faut vérifier ce qui n\u2019est pour l\u2019instant que mon assertion.Comment peut-on espérer que nos enfants se préparent correctement à l\u2019avenir et que les parents immigrants accepteront sans contester d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école publique française à Montréal si 105 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 les écarts de richesse continuent de croître entre les deux réseaux ?Un bon réseau d\u2019écoles publiques françaises est un minimum pour assurer notre avenir commun.Je reviens avec mon idée de documenter le déclin économique de nos régions depuis l\u2019arrivée au pouvoir des libéraux en 2003 (incluant la petite parenthèse péquiste de 2012-2014).Toute autre étude sur un sujet particulier est la bienvenue dans le cadre de cet exercice de documenter le démantèlement de notre État et de notre nation.q Uchronie.Ce mot mystérieux est rarement utilisé, mais le procédé est courant.Que serait-il arrivé si tel évènement n\u2019avait pas eu lieu ou si telle personne n\u2019avait pas été là ?Est- il possible qu\u2019une revue à elle seule puisse changer le cours de l\u2019histoire ?Si L\u2019Action nationale n\u2019avait pas existé, où serait rendu le Québec ?Quand je revois les noms des directeurs que j\u2019ai connus, je ne peux m\u2019empêcher de réfléchir sérieusement à la question.Qu\u2019aurait été le Québec sans François-Albert Angers, Patrick Allen, Jean Genest, Rosaire Morin ?Chacun paraissait irremplaçable.Nous ne savions rien d\u2019eux, ou bien peu.Mais leur propos nous inspirait, meublait nos discussions et motivait notre action chacun dans notre milieu.Les uns après les autres, ils devenaient tellement immenses que chaque départ jetait l\u2019alarme.Le Québec, c\u2019est un éternel combat.C\u2019est ainsi que naissent des combattants et des penseurs.Quand Rosaire Morin est mort, nous étions effondrés.L\u2019homme était d\u2019une telle stature que la relève cette fois était vraiment impossible.Robert Laplante a prouvé le contraire.Derrière la revue, il y a bien sûr une équipe.Il faudrait les nommer tous.En fait, ce sont des centaines de personnes qui font cette revue, laquelle accueille des collaborateurs qui sont certains d\u2019y trouver une tribune pour s\u2019exprimer.Facebook ne suffit pas! 2015 campagne de financement de L\u2019Action nationale sous la présidence d\u2019honneur de Denis Vaugeois historien et éditeur (photo: Louise Leblanc) Vous pouvez faire votre don (chèque, VISA ou MasterCard) \u2022 par la poste 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 à partir du site internet action-nationale.qc.ca \u2022 au téléphone 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 L\u2019Action nationale remet des reçus à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu OEP/002 L\u2019Action nationale est modeste et peut se glisser dans la poche ou le sac à main.Mais la Ligue voit grand et n\u2019a pu résister au plaisir de produire une revue de grand format en couleurs.Le défi était énorme.Trop beau pour durer.La direction a fait mentir les sceptiques.Les Cahiers de lecture offrent des moments de ravissement et des occasions de découvertes.Les bons livres ont besoin d\u2019une telle vitrine.Et pour le lecteur, la présentation aérée permet de s\u2019informer rapidement tout en donnant le désir d\u2019aller plus loin.Pour revenir à L\u2019Action nationale, il faut convenir que nous n\u2019avons jamais eu autant besoin d\u2019une telle revue de combat.Pour celles et ceux qui auraient un petit doute, suivez les « Chroniques du démantèlement » de Lucia Ferretti.Les abonnements et la publicité ne suffisent pas.Il nous faut aussi témoigner de notre attachement.À vrai dire, ce n\u2019est pas tellement la Ligue qui est dans le besoin, mais le Québec, comme jamais. 30 $ par année 50 $ pour deux ans taxes et expédition co`mprises 3 parutions par année Commande par la poste : L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : (514) 845-8533 sans frais, (866) 845-8533 À la boutique internet action-nationale.qc.ca Les Cahiers de lecture de L'Action nationale La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année. Lire Notes de lecture L\u2019insaisissable Honoré Beaugrand de Jean?Philippe Warren - Michel Rioux 110 Lire les essais ANDRÉE FORTIN Imaginaire de l\u2019espace dans le cinéma québécois 119 HERVÉ FISCHER La divergence du futur 123 JEAN-FRANÇOIS MATTÉI L\u2019homme dévasté.Essai sur la déconstruction de la culture 125 LIRE 110 NOTES DE LECTURE Michel Rioux* L\u2019INSAISISSABLE HONORÉ BEAUGRAND JEAN-PHILIPPE WARREN Honoré Beaugrand.La plume et l\u2019épée (1848-1906), Montréal, Boréal, 2015, 532 pages Avant de porter le nom d\u2019un pont, Jacques Cartier, Honoré Mercier et Samuel de Champlain avaient été autre chose dans la vie.Idem pour Jean Lesage et René Lévesque, qui n\u2019ont pas été qu\u2019une autoroute et un boulevard urbain.C\u2019est le cas d\u2019Honoré Beaugrand qui, avant d\u2019être une station de métro dans l\u2019est de Montréal, avait été dans la vraie vie un homme aux multiples talents.Il faut savoir gré à la personne qui a donné son nom à la station de métro, sans quoi nous serions peu nombreux, aujourd\u2019hui, à nous souvenir de lui.Et peut-être que Jean-Philippe Warren ne se serait pas attelé à la rédaction de sa biographie si le nom d\u2019Honoré Beaugrand n\u2019avait pas fait partie du quotidien de milliers de Montréalaises et de Montréalais qui en entendent parler quand ils empruntent la ligne verte du métro.* Journaliste.Membre du comité de rédaction de L\u2019Action nationale 111 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Dire du destin de Beaugrand et de sa trajectoire dans le siècle qu\u2019ils sont proprement hors du commun demeurerait en deçà de la réalité.En témoigne le portrait dressé par Warren en introduction : Soldat dans l\u2019armée mexicaine, journaliste à La Nouvelle- Orléans, touriste en Chine, romancier et poète à ses heures, maire de Montréal, riche actionnaire des banques et des compagnies de chemins de fer, propriétaire du journal La Patrie, il pourfend les légitimistes et les ultramontains avec une raideur qui ne cesse de surprendre le lecteur contemporain.Il entend convaincre ses compatriotes du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, du principe d\u2019une éducation obligatoire et gratuite, de l\u2019idéal du suffrage universel et de l\u2019autonomie des affaires temporelles par rapport à l\u2019autorité de l\u2019Église catholique (p.10).Progressiste alors que le Québec ployait sous une chape conservatrice, Beaugrand n\u2019en demeure pas moins une énigme.Son parcours est à ce point marqué par des virages aussi curieux qu\u2019imprévisibles qu\u2019en refermant cette biographie qui fait quand même plus de 500 pages, on n\u2019est pas sûr d\u2019avoir saisi l\u2019essentiel de ce personnage.Warren s\u2019interroge d\u2019ailleurs sur la signification profonde du changement de nom qui s\u2019opère alors qu\u2019il est au début de la trentaine.Se faisant appeler jusque-là Honorius Champagne, le voici qui devient Honoré Beaugrand.« Aurait-il voulu laisser derrière lui une identité qui ne lui convient plus et dont il cherche à se défaire ?Ce n\u2019est pas impossible » (p.96).(De là le patronyme Beaugrand-Champagne apparu dans les années 1880.) Le soldat De son séjour dans la milice, en 1865, Beaugrand ne retiendra que l\u2019humiliation imposée aux Canadiens français, traités véritablement comme des soldats de deuxième classe 112 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 et n\u2019ayant accès qu\u2019à des fonctions subalternes.Warren se demande si c\u2019est en pensant à cette expérience amère qu\u2019il écrira plus tard (1874) ne pouvoir supporter la fatuité de ces « Anglais » qui « nous considère(nt), encore aujourd\u2019hui comme au jour de la Conquête, comme un peuple inférieur, bon tout au plus à être commandé » (p.60) ?Ces déconvenues canadiennes vont faire en sorte que ce tout jeune homme \u2013 il n\u2019a quand même que 17 ans \u2013 voudra se trouver un lieu où son désir de combattre pourra être assouvi.La guerre de Sécession ayant pris fin aux États-Unis, l\u2019unification de l\u2019Italie étant faite, pays où Arthur Buies avait « revêtu la chemise rouge des partisans de Garibaldi », c\u2019est au Mexique que s\u2019offre aux aventuriers un lointain champ de bataille.À l\u2019instar d\u2019un Faucher de Saint-Maurice, Beaugrand se retrouvera dans ce pays où, amoureux de la France, il épouse le combat qu\u2019elle livre aux côtés de l\u2019empereur Maximilien, opposé aux brigades républicaines.Pour lui, écrit Warren, la situation est claire : il y a, d\u2019un côté, des Mexicains sanguinaires qui pillent les consulats français, insultent le drapeau tricolore, violent la loi et se moquent de la morale, et, de l\u2019autre, les membres du corps expéditionnaire français qui, sur le sol américain, font preuve de ce même sens de la justice et de cette même magnanimité qui, selon lui, font partout et toujours honneur à l\u2019armée française (p.69).Neuf ans plus tard, il devait admettre l\u2019échec de cette expédition contrerévolutionnaire en ayant des mots très durs : « La fin humiliante de cette aventure démontre une fois de plus que la France est impuissante à fonder quelque chose de stable, lorsqu\u2019elle se fait le champion du despotisme.» (p.86) Si le goût de l\u2019aventure peut expliquer bien des choses, n\u2019est- il pas singulier néanmoins de constater que Beaugrand, émule de Papineau et nourri des vertus républicaines, 113 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 se soit mis, au Mexique, au service d\u2019un Autrichien de la famille des Habsbourg, guerroyant, dans les faits, contre le peuple et sa volonté de libération ?Mais Beaugrand n\u2019en est pas à une contradiction près.Le franco-américain Alors qu\u2019on aurait pu s\u2019attendre qu\u2019en quittant la France après son aventure mexicaine, il se retrouve sur les bords du Saint-Laurent, c\u2019est plutôt vers les États-Unis qu\u2019il se dirige.Après un bref épisode dans la marine américaine, qui le déçoit là encore, il tâte du journalisme à La Nouvelle-Orléans, à Falls River et à Boston, dans le Massachusetts où se trouve une forte colonie d\u2019immigrés canadiens-français.Il pousse aussi une pointe jusqu\u2019à Saint-Louis, dans le Missouri.On le voit même, en 1874, renoncer à sa qualité de sujet britannique et demander à devenir citoyen des États-Unis.Un an plus tard, Beaugrand écrivait que « nos ancêtres commettaient, selon nous, en 1776, l\u2019erreur d\u2019opter pour l\u2019Anglais contre l\u2019Amérique et il nous a fallu un siècle de luttes continuelles pour en arriver à obtenir en 1875 ce que nous offrait Washington en 1775 » (p.132).On retrouve ici ce qui a été le leitmotiv politique du grand Papineau jusqu\u2019à sa mort.Même en terre américaine, Beaugrand ferraille contre les ultramontains, les conservateurs et les monarchistes.« Ce n\u2019est pas un petit honneur que d\u2019être détesté par cette clique d\u2019ignorants fanatisés », écrit-il dans son journal La République.Il poussera l\u2019audace jusqu\u2019à publier, en 1878, une espèce de profession de foi dans laquelle il se dit entre autres « franc-maçon avancé, et même très avancé, libéral très avancé, admirateur des principes de la Révolution française et partisan de la Déclaration des droits de l\u2019homme » (p.183). 114 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Mais tout cela ne fait pas vivre son homme et, à trente ans, après avoir par ailleurs publié un roman, Jeanne la fileuse, reçu par la critique comme étant d\u2019un ennui mortel, voici donc Beaugrand qui, sentant que ses talents de journaliste seront utiles pour ses amis libéraux confrontés à des échéances électorales tant à Ottawa qu\u2019à Québec, revient au pays.C\u2019est ce que l\u2019auteur présente comme sa période républicaine.Le Républicain Un journal libéral, Le Fédéral, est fondé très rapidement à Ottawa.« Il entend incarner, écrit Warren, la vraie tradition rougiste et fouetter le courage des libéraux qui seraient tentés de s\u2019en détacher » (p.189).Il prend de l\u2019ascendant dans le petit monde de la politique canadienne, souligne l\u2019auteur.Mais la défaite cinglante des libéraux fédéraux le ramène pour de bon à Montréal où, après plusieurs péripéties, il fonde un journal, La Patrie.Au bout d\u2019un an, sans devoir rien à personne, le quotidien tire à 8000 exemplaires, ce qui en fait un incontestable succès.Autour du journal s\u2019active une élite intellectuelle composée de Louis Fréchette, Arthur Buies, Faucher de Saint-Maurice, Benjamin Sulte, Norbert Provencher.Beaugrand devient un incontournable dans la vie politique, sociale, économique et culturelle de Montréal.Il accueille Wilfrid Laurier dans ses locaux, accompagne Sarah Bernhardt à Kahnawake en compagnie de Louis Fréchette.Lui et Honoré Mercier « scellent une union stratégique entre l\u2019aile nationale et l\u2019aile républicaine du parti libéral » (p.276).Le maire À 39 ans, la table est mise pour l\u2019arrivée de Beaugrand sur la scène municipale. 115 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Jean-Louis Beaudry, le maire de Montréal, en est à son dixième mandat.Les élites anglophones croient qu\u2019il serait temps que le jeu de l\u2019alternance s\u2019exerce.Mais « les regards se tournent vers un jeune entrepreneur qui passe pour énergique et progressiste » (p.286).On le presse d\u2019accepter.Quand il constate qu\u2019il a l\u2019appui des anglophones, il se lance dans la mêlée.Il plaide l\u2019impartialité, « au double point de vue national et religieux ».Si, aux yeux d\u2019Henri IV, Paris valait bien une messe, Montréal, à ceux de Beaugrand, valait quelques explications quant à son passé.« Il assure dans un éditorial se soumettre aux doctrines romaines dans le domaine religieux, respecter les croyances d\u2019autrui, vénérer le clergé catholique et être loyal à l\u2019Angleterre, sans cesser bien sûr d\u2019être républicain.Il demande audience à Mgr Fabre, évêque de Montréal, afin de lui expliquer son passé maçonnique », rappelle Warren.(p.288).Ce diable d\u2019homme semble avoir réussi là la quadrature du cercle ! Jules-Paul Tardivel dénonce alors cet homme « qui a renoncé à sa foi pour s\u2019enrôler sous les bannières de Satan » (p.293).Aussitôt élu, se disant canadien avant tout, il se fait le promoteur de la bonne entente entre les anglophones et les francophones.Relatant la fête qui soulignait son élection, La Patrie, son journal, écrivait que « Français et Anglais étaient hier au soir confondus dans un même sentiment de sympathie pour l\u2019élu de la cité [\u2026] Beaucoup avouaient hier que depuis bien longtemps, ils n\u2019avaient pas eu le bonheur de voir une aussi franche union des deux nationalités » (p.299).Mais tout ne se révèle pas un long fleuve tranquille pour le nouveau maire.Une crue des eaux du fleuve, en avril 1885, répétée en 1886 jette des centaines de citoyens à la rue.Beaugrand force l\u2019admiration, même de ses adversaires, en 116 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 chaussant ses bottes de caoutchouc pour combattre le fléau.Il s\u2019attaque ensuite à la salubrité publique, Montréal ayant une très mauvaise réputation à cet égard.Les médecins de Montréal n\u2019avaient de cesse de dénoncer l\u2019état des lieux et l\u2019inaction du vieux maire Beaudry.Le nouveau maire dit craindre une épidémie de choléra.C\u2019est plutôt la variole, ou petite vérole, qui s\u2019abat sur la métropole.« Une maladie redoutable, rappelle l\u2019auteur, à la fois par sa mortalité et par sa monstruosité.Elle se répand facilement, transforme ses victimes en créatures hideuses et répugnantes et les tue en quelques jours » (p.307).Les lignes qui suivent et qui décrivent les conséquences de la maladie sont proprement repoussantes.La bataille autour de la vaccination obligatoire tourne finalement à un corps à corps Anglais contre Français.Les premiers accusent les seconds d\u2019être sales et de ne pas vouloir être vaccinés pendant que les Français voient dans cette campagne de vaccination un complot ourdi par les Anglais pour les faire disparaître en leur inoculant la maladie ! Warren rapporte les résultats d\u2019une étude faisant état d\u2019un taux de mortalité de 3,8 % pour les Canadiens français et de 0,38 % pour les Canadiens anglais.Même affaibli par des crises d\u2019asthme, le maire tient bon et ne lâche pas prise.Il résiste aux appels du journal Herald, qui prône l\u2019appel à l\u2019armée.Il convainc Mgr Fabre de se prononcer pour la vaccination obligatoire.Finalement, c\u2019est l\u2019arrivée de l\u2019hiver qui fournira aux Montréalais un répit.L\u2019épidémie de vérole n\u2019est pas encore endiguée qu\u2019éclate l\u2019affaire Louis Riel, pendu par les conservateurs de J.A.MacDonald.Devant 40 000 personnes massées au Champ- de-Mars, Laurier fustige le gouvernement, Mercier lance son fameux « Riel, notre frère, est mort.» Retenu chez lui par une crise d\u2019asthme, Beaugrand fait lire une lettre : 117 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Je veux joindre ma voix à celles de tous les patriotes qui se réunissent, sans distinction de partis politiques, pour protester, au nom de la justice et de l\u2019humanité, contre l\u2019attentat que Sir John et ses collègues ont commis pour se rendre au désir de quelques fanatiques.Il fallait à ces gens-là une large tache de sang pour essayer de couvrir les iniquités d\u2019un gouvernement coupable (p.343).L\u2019auteur constate que « quand l\u2019année 1885 s\u2019achève, l\u2019impression d\u2019un Beaugrand vendu aux Anglais est donc fragilisée » (p.344).Alors qu\u2019il aurait sans doute été réélu haut la main en 1887, Beaugrand choisit plutôt de soutenir la candidature d\u2019un conservateur anglophone contre un libéral francophone, ce qui ne lui fit pas d\u2019amis dans son rang.L\u2019éditeur et le voyageur Les vieilles inimitiés entre Beaugrand et Honoré Mercier se cristallisent en 1890 quand l\u2019ex-maire annonce sa volonté de se présenter dans le comté de Saint-Louis pour le parti libéral.Rainville, que Beaugrand avait désavoué deux ans auparavant en appuyant son adversaire conservateur à la mairie, est plutôt le choix de Mercier.Humilié, Beaugrand se classe au troisième rang, Rainville le libéral l\u2019emportant de justesse sur le candidat conservateur.Jean-Philippe Warren épingle par la suite « le culte des honneurs » auquel son sujet s\u2019adonne avec délices.« Cet acharnement de Beaugrand contre tout ce qui se rattache à la monarchie rend paradoxal son entichement des distinctions et des médailles.La quête éperdue des rubans de ce lecteur de l\u2019Almanach de Gotha [\u2026] est légendaire » (p.410), écrit-il.Il se targue de rubans et de médailles offertes par la Norvège, le Mexique, la Tunisie.Et surtout de la France, dont il est décoré de la rosette de la Légion d\u2019honneur. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Traité avec déférence dans les clubs privés anglophones de Montréal, dont le St James\u2019s Club, « un club sélect qui compte parmi ses membres très peu de francophones (4 % en 1891) et qui lui ouvre les portes de ses salons cossus et de sa splendide salle à manger » (p.500).Beaugrand passe ainsi les dernières années de sa vie à éditer des livres de luxe, à voyager à travers le monde, le grand monde.Reçu en audience par le président français Sadi Carnot, invité par un président des Etats-Unis, il pavoise.Pour la somme de 30 000 $, il vend son journal La Patrie à Israël Tarte, celui qui soutenait que les élections ne se gagnent pas avec des prières ; il en fait un organe favorable aux libéraux fédéraux de Laurier.L\u2019auteur termine sa formidable biographie en mettant l\u2019éclairage sur le caractère de son sujet, mort à 58 ans, et sans doute sur sa principale qualité : l\u2019audace.Du grand-père coureur des bois, navigateur et investisseur dans les chemins de fer au petit-fils globe-trotteur et businessman se dessine une trame familiale qui nous renseigne sur les lignes de partage des Canadiens français au lendemain de la Rébellion des patriotes de 1837.À ceux qui refusent la résignation et la soumission que prêchent les élites conservatrices de la seconde moitié du XIXe siècle, la vie de Beaugrand rappelle la valeur, au fond si simple, de l\u2019audace (p.513).Mais pour paraphraser ces vers de Corneille à la mort de Richelieu : Il a fait trop de bien pour en dire du mal ! Il a fait trop de mal pour en dire du bien ! q 119 LIRE LES ESSAIS ANDRÉE FORTIN Imaginaire de l\u2019espace dans le cinéma québécois, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 274 pages Le cinéma agit comme miroir du réel, reflet fidèle et déformant de nos histoires et de nos vies.L\u2019idée n\u2019est pas nouvelle.Autant le septième art permet-il de figer des représentations de ce que nous sommes, de notre imaginaire social, même lorsqu\u2019il semble à mille lieues de notre réalité \u2013 on pense entre autres au cinéma de science-fiction, aux films historiques ou aux films d\u2019horreur \u2013 autant permet- il une mise à distance réflexive sur ces représentations de la réalité.C\u2019est à partir de ce principe que la sociologue Andrée Fortin envisage de sonder l\u2019imaginaire québécois à travers le cinéma, plus précisément l\u2019imaginaire de l\u2019espace.Intitulé Imaginaire de l\u2019espace dans le cinéma québécois, son plus récent ouvrage a de quoi séduire, à l\u2019époque de la prospection pétrolière et de l\u2019oléoduc Keystone, la question de notre rapport au territoire est hautement de circonstance.« [Il] faut penser le social avant de l\u2019organiser : on l\u2019organise toujours en fonction d\u2019un sens donné et à donner », affirme Fortin (p.4).À cet effet, le cinéma permet d\u2019accéder selon l\u2019auteure « à la compréhension du réel et de partager ce réel ».Pour le dire autrement, les films reflètent l\u2019imaginaire 120 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 d\u2019une société, mais contribuent aussi à le construire.Le cinéma cristalliserait et questionnerait ainsi notre rapport à l\u2019espace et en produisant des représentations partagées de l\u2019espace géographique, bien entendu, mais également, de manière symbolique, l\u2019espace comme façon d\u2019habiter et de vivre le territoire.En étudiant ce que Michel de Certeau nomme « des récits d\u2019espace », Fortin nous convie à l\u2019analyse des « caractéristiques objectives de l\u2019espace », telles que présentées par les images cinématographiques (par exemple, la ville, ses routes, ses ponts, ses habitations, etc.), et les « appropriations subjectives de l\u2019espace », par les histoires elles-mêmes, le contenu de la narration, des dialogues ou par les relations et les actions des personnages.Sonder l\u2019imaginaire de l\u2019espace québécois en scrutant sa cinématographie, voilà une entreprise monumentale, pour ne pas dire vertigineuse.L\u2019exhaustivité et la diversité du répertoire cinématographique québécois depuis les 50 dernières années a de quoi déconcerter.Une telle entreprise exige d\u2019avoir vu, analysé et classé tout le corpus cinématographique et de faire ressortir les récurrences, les régularités, les déplacements thématiques et symboliques au fil des années.Voilà l\u2019aventure embrassée par Andrée Fortin qui, pour le bien de la recherche \u2013 et probablement pour son plaisir personnel \u2013, a visionné 270 films de fiction québécois parus entre 1965 à 2010.Tous les films étudiés situaient leur action au Québec.Pourquoi commencer en 1965 et pas plus tôt ?Parce qu\u2019avant cette date la banlieue est inexistante sur nos écrans.Sociologie de l\u2019urbanité et de la banlieue, l\u2019auteure nous rappelle que c\u2019est à partir des « années 1950 que se développe la banlieue nord-américaine en général et au Québec en particulier » (Fortin, 2015, p.13).C\u2019est à partir de 1965 que la banlieue devient visible dans le cinéma.Cette même année voit paraître Léopold Z, film phare des années 1960 qui occupe une place particulière 121 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 dans l\u2019analyse de Fortin.Le film de Gilles Carle, et son histoire de chauffeur de chasse-neige montréalais qui rêve d\u2019une maison en banlieue, montre en effet l\u2019avènement de la banlieue dans l\u2019imaginaire québécois.L\u2019auteure décortique de long en large les films de son corpus en tenant compte des lieux d\u2019action, le territoire montré à l\u2019écran, mais également de leurs significations par le biais des personnages, de la mobilité de ces derniers, des moyens de transport utilisés, de la temporalité de l\u2019action, de l\u2019échelle de plan, des couleurs, etc.Le livre de Fortin présente les résultats de ce minutieux examen en trois parties.La première analyse les espaces habités, en ciblant de façon synchronique la ville, la banlieue, la campagne comme catégories d\u2019espace prédominantes.À première vue, cette analyse des représentations de la ville, la banlieue et la campagne n\u2019a rien de très surprenant.Pourtant, la qualité de la recherche et les descriptions détaillées de scènes, de scénarios ou de plans permettent d\u2019approfondir les récurrences thématiques et symboliques de notre rapport à l\u2019espace.Fait intéressant, l\u2019auteure note progressivement un déplacement de l\u2019action des villes à la banlieue, fait qu\u2019elle attribue à une nouvelle génération de cinéastes ayant eux-mêmes grandi en banlieue.Ainsi à partir des années 2000, la banlieue devient un lieu central de l\u2019action du cinéma québécois.Fortin observe par conséquent une complexification de sa représentation, entre autres à travers la diversification des types de banlieue (différentes banlieues pour différentes classes sociales).Il y aurait également une autonomisa- tion de la banlieue : les personnages et les histoires n\u2019ont plus besoin de la ville centre.La banlieue devient un lieu d\u2019habitation, de travail, de consommation et de loisirs.En outre, contrairement à la représentation de la banlieue des années 1960 et 1970, la banlieue des années 2000 possède 122 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 maintenant un passé, un présent et un avenir, on peut désormais en être nostalgique.Dans la seconde partie de son livre, l\u2019auteure analyse les marqueurs d\u2019espace, à savoir les moyens de transport, leurs différents usages et les voyageurs.L\u2019appropriation matérielle et symbolique de l\u2019espace à travers les voyages et déplacements par l\u2019entremise de symboles (la rue, la ruelle, le pont, l\u2019autoroute, la voiture, la moto, etc.).La troisième partie se penche finalement sur les espaces identitaires et intersub- jectifs.Ici, l\u2019auteure analyse essentiellement la figure de l\u2019artiste, de la création, des médias et de l\u2019espace public et les différents types de narrateurs.En somme, l\u2019étude de Fortin est un ouvrage qui nourrit notre soif de cinéma autant que notre connaissance de nous-mêmes en tant que Québécois.En analysant sociologiquement les images de notre cinéma et en révélant par son étude minutieuse les régularités et les déplacements qu\u2019il recèle, Fortin arrive à dessiner une cartographie évolutive de notre imaginaire social.Sa méthodologie permet d\u2019aller au-delà des analyses furtives et des généralisations, en parvenant à dégager l\u2019imaginaire de notre cinéma dans toute sa cohérence.Un tel ouvrage ne manquera pas de réjouir autant les chercheurs en sciences sociales que les mordus de cinéma.Un travail à lire et à poursuivre ! Guillaume Lemire Professeur de sociologie au collège Lionel-Groulx 123 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 HERVÉ FISCHER La divergence du futur, VLB éditeur, 2015, 237 pages Dans le paysage souvent étiolé des intellectuels québécois, Hervé Fischer est un personnage hors du commun et un créateur original.Avec La divergence du futur, il publie chez VLB un essai percutant qui a le grand et rare mérite de donner de quoi penser.Hervé Fischer fait partie des philosophes qui ont le bel avantage d\u2019éclairer les bouleversements sociaux et culturels que nous vivons aujourd\u2019hui et de nous dessiner un avenir possible.Depuis ses débuts, l\u2019humanité réalise des progrès et des gains, par sauts qualitatifs et révolutions néguentro- piques, entre deux reculs ou catastrophes.Alors que nous pourrions être tentés par un pessimisme largement répandu, Hervé Fischer aborde ce qu\u2019il appelle le « choc du numérique » comme une crise majeure, mais positive, qui nous oblige à choisir entre le pire et le meilleur.Le temps présent est celui de l\u2019écartèlement entre les risques de l\u2019aliénation finale et les chances de libération à saisir, après les avoir analysées, en avoir débattu et les avoir traduites en saines politiques de développement collectif.Le monde change, à haute vitesse, et nous pourrions y trouver les occasions d\u2019y mieux vivre et d\u2019y mieux être : Le passage de l\u2019âge du feu à l\u2019âge du numérique demeure ambivalent, en ce sens que le progrès qu\u2019il nous fait espérer dépendra de l\u2019usage que nous ferons de sa présence.Entre la fin du monde annoncée et le commencement d\u2019un nouveau monde à faire, Hervé Fischer nous conjure de choisir la voie des changements urgents et nécessaires pour survivre et renaître, d\u2019une génération aux suivantes.Notre vaillant philosophe n\u2019hésite pas à nous concevoir au futur comme des dieux ayant accompli une mutation aussi décisive que nécessaire : nous serons enfin passés 124 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 des passions primitives des dieux de la Grèce antique, animés par des instincts de base, Eros et Thanatos, bien sûr, auxquels Fischer ajoute Prométhée, aux dieux accomplis et enfin parachevés qui honoreront la nature et la justice.Cette chance renouvelée n\u2019est pas automatique; elle est ici pensée comme une perspective éthique globale.Le monde à venir d\u2019Hervé Fischer est présenté et proposé comme un projet, sans cesse fait et à refaire, d\u2019une divergence à l\u2019autre, à discerner.Ce qui est ici esquissé relève du libre pari et de nos volontés collectives bien orientées vers les traitements collectifs adéquats.Hervé Fischer se pose en philosophe essayiste qui documente et argumente, démontre et fait penser, et témoigne activement pour que la raison ait raison.Mais, il est aussi un artiste créateur et son livre est un levier majeur pour réveiller notre propre créativité, une invitation pressante et enjouée à l\u2019innovation à la fois mentale et poétique.Ce n\u2019est pas un hasard si sa thèse de sociologie traitait des couleurs : Hervé Fischer est un impressionniste qu\u2019il faut prendre au sérieux.Nous appelons couramment prophètes ces sorciers populaires qui anticipent et prédisent les temps à venir; alors qu\u2019ils sont plutôt des agents sociaux critiques qui parlent au nom des opprimés pour les remettre à l\u2019avant de l\u2019histoire, vers une justice à conquérir de haute lutte et une éthique à reconstruire, non à restaurer, mais à inventer.J\u2019ose dire que la lecture attentive et fidèle des œuvres de Fischer, plus quelques entrevues mémorables en radio ou en studio, m\u2019ont convaincu que nous avons ici affaire avec un prophète de la postmodernité heureuse.À lire, absolument.Jean Carette Professeur retraité de l\u2019UQAM 125 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 JEAN-FRANÇOIS MATTÉI L\u2019homme dévasté.Essai sur la déconstruction de la culture, Grasset, 2015, 288 pages L\u2019homme dévasté est un essai rédigé par le philosophe français Jean-François Mattéi.Le livre porte sur certains thèmes déjà étudiés par l\u2019auteur, notamment l\u2019étude du patrimoine philosophique de l\u2019Occident et la critique de la pensée postmoderne.L\u2019essai étudie et critique cette dernière, la décrivant comme un ensemble d\u2019idéologies qui cherche à tuer puis remplacer la philosophie occidentale classique, que l\u2019auteur se charge de défendre.Compte tenu que Mattéi est décédé en 2014, que cet essai suit des thèmes qui lui sont chers et qu\u2019il s\u2019agit peut-être du dernier manuscrit de l\u2019auteur, il faut noter que nous sommes face à un livre-testa- ment.Nous résumerons maintenant son contenu.Pour commencer, il faut noter que la préface, produite par Raphael Enthoven, est la partie la plus faible de ce livre.Elle livre peu d\u2019informations utiles et plusieurs digressions.Dans ces dernières, on voit le préfacier critiquer l\u2019œuvre d\u2019Alain Badiou et livrer quelques reproches aux prises de position de Mattéi.Ces critiques sont bien peu pertinentes.Elles n\u2019apportent rien à la compréhension de l\u2019ouvrage et laissent l\u2019impression qu\u2019Enthoven règle des comptes, acte bien peu honorable à poser dans les premières pages du livre-testament d\u2019autrui.Sommes toutes, le lecteur ferait bien d\u2019ignorer complètement cette partie de l\u2019ouvrage.Le premier chapitre du livre est dédié à la présentation des principales caractéristiques de l\u2019armature interne de la philosophie occidentale classique, associée à l\u2019Europe.Mattéi emploie l\u2019œuvre d\u2019auteurs comme Platon, Kant et Descartes pour présenter ces composantes vitales du patrimoine intellectuel européen.L\u2019auteur renvoie surtout au concept d\u2019une 126 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 Raison, un mode de pensée commun et intelligible qui permet à l\u2019Homme occidental de tourner son regard vers le monde et de l\u2019observer.Ce mode de pensée, à travers les œuvres des grands penseurs de l\u2019Occident, s\u2019est articulé autour de la recherche de trois valeurs : la vérité, la justice et le bien.Cette recherche est présentée comme une quête continue, qui élève l\u2019Homme au-dessus de sa condition de créature finie, limitée dans le temps et l\u2019espace.En tentant de se conduire selon les critères du juste, du vrai et du bien, l\u2019Homme européen, occidental, ouvre son esprit et s\u2019élève au-dessus de sa mortalité.Le ton de cette partie du livre est élogieux.À moins de souffrir d\u2019une forme particulièrement aigue d\u2019eurocentrisme négatif, il est difficile de ne pas être impressionné par les réflexions d\u2019antan décrites par Mattéi.Ce dernier nous donne des exemples concrets d\u2019œuvres occidentales qui tentèrent d\u2019améliorer la condition humaine.À travers elles, le philosophe nous montre deux choses.La première est que l\u2019Homme occidental tente de se donner des points de repères qui permettent de déterminer ce qui est bon, juste et vrai.Ces points de repères imposent une forme d\u2019autorité qui contraint l\u2019Homme à évaluer ses conduites et pensées au-delà de la simple satisfaction de ses désirs individuels.La deuxième chose montrée par Mattéi est que cette notion de valeurs transcendantes est omniprésente dans beaucoup d\u2019œuvres occidentales du passé.Que ce soit en peinture, en musique, en philosophie ou en architecture, les productions occidentales renvoient à une pensée.Cette dernière rayonne telle une étoile lointaine et oblige chacun à regarder au-delà de lui-même.Ce regard permet de porter une curiosité à l\u2019extérieur et incite à se conduire selon les exigences du bien, du vrai et du juste.Une fois complétée cette description du patrimoine intellectuel occidental, Mattéi passe à l\u2019élément central de L\u2019homme 127 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 dévasté, soit la critique d\u2019une nouvelle tradition philosophique qui semble tenter de remplacer ce qui la précède.Antihumanisme, philosophie de la déconstruction, postmo- dernité sont tous des mots employés pour décrire l\u2019objet des critiques du philosophe.Le début de la critique de Mattéi présente les racines intellectuelles de cette nouvelle tradition philosophique ainsi que ses principaux auteurs.Le philosophe explique que des éléments de la pensée déconstructionniste apparaissent au XIXe siècle, chez des auteurs tel que Mallarmé, Flaubert et Nietzsche.Ces derniers tentent de changer les formes de leurs œuvres et de critiquer des traditions de leur époque, mais ils gardent aussi un attachement envers des concepts tels que l\u2019art et la connaissance.Ainsi, ils critiquent des conventions mais créent du même coup une œuvre.Selon Mattéi, les déconstructionnistes d\u2019aujourd\u2019hui ne font que le premier de ces deux actes : ils déconstruisent ce qui est, mais ne produisent rien en retour.Le philosophe associe cette conduite intellectuelle surtout à Maurice Blanchot, Gilles Deleuze et Jacques Derrida.Il décrit leurs œuvres avec un vocabulaire marqué par des mots tels que « destruction » et « ravage », les dépeignant comme des sapeurs qui saccagent les racines intellectuelles de l\u2019Occident.Le philosophe utilise plusieurs chapitres pour décrire différentes caractéristiques absurdes de la philosophie déconstructionniste.Dans un chapitre, il étoffe sa critique en ayant recours aux œuvres de Anders, Debord et Baudrillard.Mattéi utilise aussi les scénarios de films populaires comme The Matrix et Tron pour illustrer son propos qui est le suivant.En déconstruisant les fondements d\u2019une rationalité intelligible et soucieuse de trouver ce qui est vrai, bon et juste, la philosophie de la déconstruction 128 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 brouille la ligne qui sépare le vrai du faux.Le mensonge et la vérité se mélangent et se confondent.Cette confusion est exacerbée par l\u2019essor des technologies de l\u2019information : radio, télévision, informatique et internet.Mattéi décrit que ces technologies créent un mode de vie conforme au discours de Deleuze, qui désire l\u2019avènement d\u2019un monde sans valeur transcendante, habité par de multiples univers de désirs sans contraintes.Les spectateurs des mondes des médias deviennent l\u2019incarnation réel de ce monde sans réalité ni mensonge.Chacun peut consommer télévision et autres médias d\u2019information pour s\u2019endormir intellectuellement en satisfaisant ses désirs.Or, un tel monde en est un où il devient impossible de lutter pour une meilleure justice ou de meilleures connaissances, car chacun résiste obstinément à ce qui pourrait frustrer l\u2019univers clos de ses désirs.Le thème de l\u2019univers clos des désirs sans contraintes est repris dans un chapitre où Mattéi présente les formes post- modernes de l\u2019art, connues sous le nom d\u2019arts contemporains.Le philosophe décrit un monde absurde de musique sans rythme, de film sans scénario et d\u2019architecture sans fonction.Il décrit aussi des poèmes composés de mots puis de voyelles qui se succèdent sans logique ni raison.Mattéi n\u2019hésite pas à présenter les auteurs de ces œuvres comme des narcissiques qui se complaisent à satisfaire leurs désirs sans égards envers le regard d\u2019autrui.Le jugement peut sembler sévère, mais le philosophe appuie bien ce dernier en présentant les discours de ces artistes.Ceux-ci s\u2019auto- proclament rebelles contre le fascisme du regard du public.Pourtant, Mattéi montre bien que le rapport artiste-public de l\u2019art d\u2019antan obligeait chacun à poser le regard au-delà de lui- même, permettant une certaine élévation de soi.Comparé à cela, l\u2019univers de l\u2019art contemporain, malgré ses prétentions 129 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 anti-fascistes, est un monde clos où l\u2019artiste n\u2019est en rapport qu\u2019avec lui-même.Il n\u2019apporte rien à autrui.La critique de la pensée de la déconstruction se termine par la dénonciation de plusieurs idéologies postmodernes liées au corps physique de l\u2019humain.Mattéi concentre son propos sur le transhumanisme, mouvance qui souhaite l\u2019avènement d\u2019une humanité améliorée par le recours aux biotechnologies.Il réserve aussi plusieurs pages à l\u2019écologisme et au militantisme des droits des animaux.Mattéi explique que ces mouvances tendent à mépriser l\u2019Homme tout en projetant des désirs et aspirations humaines sur des choses inhumaines.Il cite par exemple un penseur qui dit avec certitude qu\u2019il n\u2019a plus rien à espérer de l\u2019être humain et que la fin de l\u2019humanité sera bénéfique pour la nature.Or, Mattéi souligne que, pour émettre un tel jugement, ce penseur doit avoir recours à sa propre part d\u2019humanité, ainsi qu\u2019à une non-négligeable confiance en lui-même.Il explique aussi qu\u2019il est très possible qu\u2019une créature créée par la combinaison de l\u2019Homme et de la technologie soit une créature complètement inhumaine, sans désir ni empathie envers une humanité traditionnelle.Car, contrairement au penseur transhumaniste qui projette ses désirs humains sur les machines de demain, le cyborg post-humain pourrait bien développer des projets mauvais, injustes et erronés aux yeux d\u2019un homme d\u2019aujourd\u2019hui.En sommes les idéologies qui tentent de déconstruire les fondements du corps et de le dépasser cacheraient bien souvent des intentions très humaines et aussi très éloignées de leurs désirs émancipatoires.En conclusion, L\u2019homme dévasté est une critique cinglante de la pensée postmoderne et de ses effets sur l\u2019art, la culture et la politique.L\u2019auteur est visiblement très attaché à la philosophie classique et très inquiet des conséquences de l\u2019essor de la pensée de la déconstruction.Un tel propos 130 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 serait probablement mal accueilli dans plusieurs milieux académiques d\u2019aujourd\u2019hui, mais il reste que nous sommes face à un ouvrage qui soulève avec justesses d\u2019importantes questions.À travers les critiques du philosophe, on voit les effets pervers de la pensée postmoderne.Puisque cette dernière refuse l\u2019intelligibilité ainsi que la division entre le bien et le mal, voyant en ces choses des contraintes aux désirs, elle peut enlever les raisons de se battre pour améliorer le monde.Si la notion de justice disparaît, pourquoi lutter contre l\u2019injustice ?Pourquoi s\u2019insurger contre les effets délétères du capitalisme ?Comment trouver des raisons morales pour lutter contre le fascisme ?Compte tenu que l\u2019ouvrage mène à ces questions, tout lecteur critique a intérêt à le consulter.Sans forcément être complètement en accord avec Mattéi, il y trouvera probablement des raisons de se méfier de la pensée de la déconstruction.Il y trouvera aussi certainement des raisons d\u2019avoir davantage de respect pour le patrimoine intellectuel de l\u2019Occident.Sébastien Bilodeau Candidat à la maîtrise en service social, secrétaire-trésorier de Génération nationale tp de DEP ARTs VISUELS ! CINÉMA | CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ * HISTOIRE ET PATRIMOINE LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE THEORIES ET ANALYSES } .= Ts LT Ce ; U ART LE SABORD | CIEL VARIABLE | ESPACE | ESSE | ETC MEDIA | INTER | VIE DES ARTS | ZONE OCCUPÉE - 24 IMAGES | CINÉ-BULLES | CINÉMAS | SÉQUENCES BRÈVES LITTÉRAIRES | CONTRE-JOUR | ESTUAIRE | EXIT | JET D'ENCRE | LES ÉCRITS | MŒBIUS | VIRAGES | XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE À BÂBORD! | L'ACTION NATIONALE | LIBERTÉ | L'INCONVÉNIENT | NOUVEAU PROJET | NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME | QUÉBEC FRANÇAIS | RELATIONS CAP-AUX-DIAMANTS | CONTINUITÉ | HISTOIRE QUÉBEC | MAGAZINE GASPÉSIE LES CAHIERS DE LECTURE | LETTRES QUÉBÉCOISES | LIVRE D'ICI | LURELU | NUIT BLANCHE | SPIRALE CIRCUIT | JEU REVUE DE THÉÂTRE | LES CAHIERS DE LA SORM ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN | ÉTUDES LITTÉRAIRES | INTERMÉDIALITÉS | TANGENCE | VOIX ET IMAGES \u2026_\u2026 sodep CULTURELLES QUÉBÉCOISES Sté s1e20 Joveluspeunen.= preriuou quess S 0 D E P.QC .CA on nals quénérois Souper-conférence 2015 de L\u2019Action nationale Billets en vente à compter du 4 août 2015 Le plus bel hommage qu'on puisse rendre à Monsieur Parizeau et à tout le Québec, c'est de compléter le pays qu'il a commencé.MARTINE OUELLET AU LION D\u2019OR VENDREDI 30 OCTOBRE 133 LIVRES REÇUS DANIC PARENTEAU L\u2019indépendance par la République.De la souveraineté du peuple à celle de l\u2019État Éditions Fides, 2015, 202 pages NOAM CHOMSKY, ANDRÉ VLTCHEK L\u2019Occident terroriste.D\u2019Hiroshima à la guerre des drones Écosociété, 2015, 176 pages CHUN-CHIEH HUANG Xu Fuguan et sa pensée dans le contexte du confucianisme de l\u2019Asie de l\u2019Est Les Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 260 pages FRÉDÉRIC PARENT Un Québec invisible.Enquête ethnographique dans un village de la région de Québec Les Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 280 pages FRANÇOIS DESCHAMPS La « rébellion de 1837 » à travers le prisme du Montreal Herald ou la refondation par les armes des institutions politiques canadiennes Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Cultures québécoises, 2015, 280 pages CHRISTINE CHEYROU Les Ursulines de Québec.Espaces et mémoires Éditions Fides, 2015, 216 pages 134 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 esther benFreDj Ismaël contre Israël.Le conflit israélo-arabe depuis ses origines Éditions Québec Amérique, 2015, 248 pages micheLLe LanDry L\u2019Acadie politique : histoire sociopolitique de l\u2019Acadie et du Nouveau-Brunswick Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection langues officielles et sociétés, 2015, 170 pages josiane bouLaD-ayoub, aLexanDra torero-ibaD et DeLPhine koLesnik-antoine (Dir.) Les arts de lire des philosophes modernes Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Mercure du Nord, 2015, 358 pages jacQues beauchemin La Souveraineté en héritage Les éditions du Boréal, 2015, 180 pages DaviD Levine Santé et politique : un point de vue de l\u2019intérieur Les éditions du Boréal, 2015, 376 pages jean narrache (anthoLogie Présentée Par richarD Foisy) Quand j\u2019parl\u2019 pour parler TYPO éditeur, 2015, 265 pages richarD Foisy Un poète et son double.Émile Coderre - Jean Narrache Les Éditions de l\u2019Hexagone, 2015, 432 pages robert Lacroix et Louis maheu Les grandes universités de recherche.Institutions autonomes dans un environnement concurrentiel Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2015, 326 pages giLLes LaPorte Brève histoire des patriotes Éditions du Septentrion, 2015, 368 pages 135 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2015 MARTINE OUELLET ET IANIK MARCIL Mieux d\u2019État Éditions Somme Toute, 2015, 120 pages ANNE-MARIE BEAUDOIN-BÉGIN La langue rapaillée Éditions Somme Toute, Collection Identité, 2015, 120 pages LUC VIGNEAULT, NAVARRO PARDINAS BLANCA, SOPHIE CLOUTIER, DOMINIC DESROCHES Le temps de l\u2019hospitalité.Réception de l\u2019oeuvre de Daniel Innerarity Les Presses de l\u2019Université Laval, 2015, 210 pages Tous nos anciens numéros peuvent être achetés à l\u2019unité.Consultez la boutique internet de L\u2019Action nationale action-nationale.qc.ca Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Prévenez le coût ! 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Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François?Albert Angers \u2020 Gaston?A.Archambault \u2020 Robert Ascah Jean?Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Gilles Blondeau David Boardman Marcelle Brisson Henri Brun Jacques Cardinal Jean?Paul Champagne Jean?Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette Louis?J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Harold Dumoulin Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Henri?F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Henri Joli?Cœur Bryan L\u2019Archevêque Marc Labelle Isabelle Lamarche Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé?Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Richard Leclerc Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau Marcel Masse \u2020 Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Reginald O\u2019Donnell Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond?Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean?Denis Robillard Ivan Roy Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Claude?P.Vigeant Madeleine Voora André Watier C l u b d e s 1 0 0 a s s o c i é s 1 0 0 0 $ à 1 4 9 9 $ M e m b r e s b i e n f a i t e u r s d e 1 5 0 0 $ à 4 9 9 9 $ André Baillargeon Jean?François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Charles Castonguay Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Lucia Ferretti Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Isabelle Laporte Bernard Landry Laurent Mailhot Pauline Marois Michel Moisan Lucie Monette Estelle Monette \u2020 Réjean Néron Gilles Pelletier Réal Pilon Richard Rainville Paul?Émile Roy Rita Tardif Robert G.Tessier TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA REVUE ET DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 819-397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française (1917-1929) et de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à 2005 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur mai-juin 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 ARTICLES Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michèle Meggs Ex Officio Robert Laplante Membres André Binette Mathieu Bock-Côté Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Lucie Laurier Tania Longpré Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Pierre de Bellefeuille, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Gilles Rhéaume \u2020, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste-Publications\u2013Enregistrement N° 09113 ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Tarifs 2015 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement au guichet (renouvellement d'abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 175 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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