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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2016-02, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C V I n u m é r o 2 \u2013 F é v r i e r 2 0 1 6 volume CVI numéro 2 FÉVRIER 2016 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action L\u2019Action Février 2016 vol.CVI, no 2 Pour une agriculture prospère La recherche sur l'indépendance L'effet niqab En couverture Marcel Barbeau (1925-2016) Les champs stellaires, 1992, 25,75 po X 28,75 po Collection privée Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau est mort en janvier dernier à l\u2019âge de 90 ans.L\u2019artiste laisse derrière lui une œuvre énergique, lumineuse, abondante et diversifiée qui a marqué le domaine des arts du Québec.Pionnier de l\u2019abstraction expressionniste au sein du groupe des Automatistes et signataire du manifeste Refus global en 1948, Marcel Barbeau n\u2019a jamais cessé d\u2019explorer l\u2019univers visuel.Peintre, dessinateur et sculpteur, il s\u2019est occasionnellement intéressé au collage, à l\u2019estampe, à la photographie et à la performance.Ses œuvres ont fait l\u2019objet de nombreuses expositions personnelles au Québec, au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Afrique du Nord ; de plus, elles ont fait partie d\u2019expositions collectives majeures à l\u2019échelle nationale et internationale.Marcel Barbeau a vécu et fait carrière à l\u2019extérieur du Québec de l\u2019automne 1957 à l\u2019été 1974 : Vancouver, Paris, New York, la Californie du Sud sont devenus tour à tour ses ports d\u2019attache.Du printemps 1962 à l\u2019été 1964, il vit à Paris où il expose chez Iris Clert.Il y reviendra entre 1971 et 1974, après ses séjours à New York (1964-1968) et en Californie (1970-1971).Au début des années quatre-vingt-dix, il retourne en France, partageant son temps entre le Québec et Paris, où il tient deux expositions solos à la Galerie Donguy.Il résidait à Bagnolet, en région parisienne, depuis 1996, tout en revenant au Québec pour de longs séjours durant l\u2019été.Il est représenté dans la plupart des collections publiques canadiennes et dans plusieurs musées européens et américains importants.Des centaines d\u2019articles, catalogues, livres d\u2019art, travaux universitaires, films d\u2019art et sites internet documentent son œuvre et sa carrière.Parmi eux, Marcel Barbeau Le regard en fugue, la monographie de Carolle Gagnon et Ninon Gauthier (1990), le film Barbeau libre comme l\u2019art de Manon Barbeau (ONF et Interaction, 2000), Marcel Barbeau Échos et métamorphoses, catalogue raisonné de son œuvre par Ninon Gauthier (2004) et le site internet www.marcelbarbeau.com permettent plus particulièrement de mieux comprendre son esthétique baroque. 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois, (sociologie, Université Laval) Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION SOMMAIRE Éditorial Un projet de société - Robert Laplante 4 Articles Les conditions gagnantes pour une agriculture prospère - Charles-Félix Ross 15 La descente aux enfers du NPD : l\u2019effet niqab ?- Pierre Serré 28 Sur les causes fondamentales de l\u2019éclatement du mouvement indépendantiste - Michel Roche 35 L\u2019université de la reproduction corporative - Simon-Pierre Savard-Tremblay 47 De l\u2019impérieuse nécessité d\u2019approfondir la recherche sur le projet d\u2019indépendance nationale du Québec - Daniel Turp 63 Lire Primeur Le combat d\u2019une vie : le français, le Québec - André Leclerc extrait de Fernand Daoust.Bâtisseur de la FTQ (1964-1993) 94 Lire les essais JOHN IBBITSON Stephen Harper.Un portrait 114 JACQUES GRAND\u2019MAISON Ces valeurs dont on parle si peu 119 EDMOND DZIEMBOWSKI La Guerre de Sept Ans, 1756-1763 123 EDMOND DZIEMBOWSKI Les Pitt.L\u2019Angleterre face à la France, 1708-1806 123 JOHN SAUL Le grand retour.Le réveil autochtone 127 Livres reçus 133 4 ÉDITORIAL Robert Laplante Le spectacle est affligeant, l\u2019esprit de lynchage qui prévaut dans le traitement des déboires du chef du Parti québécois a certes de quoi dégoûter n\u2019importe qui de la politique.Cette façon de s\u2019acharner, la hargne avec laquelle les anecdotes deviennent matériaux pour construire les potences, la violence médiatique qui se déploie sans vergogne ne doivent pas faire perdre de vue l\u2019essentiel, le sens profond de la manœuvre : la lutte sans merci pour mettre à mort le principal véhicule du projet national est entrée dans une phase cruciale.Il ne faut pas s\u2019abuser : quel que soit le sort du chef du PQ, quels que soient les motifs ou justifications de ses turpitudes présumées, quelles que soient même les raisons qui pourraient éventuellement l\u2019amener à abdiquer, le sort de son successeur serait le même.La manière et les prétextes changeraient, mais certainement pas l\u2019objectif.Tout chef du PQ, même velléitaire, est un chef en sursis.Car ce qui est en cause désormais, c\u2019est la légitimité même du projet indépendantiste.Cette remise en cause passe d\u2019abord et avant tout par le brouillage des clés de représentation et de compréhension du réel.On se rappellera le délire médiatique qui aura réussi à travestir un attentat politique contre la première UN PROJET DE SOCIÉTÉ 5 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ministre en fait divers pour se convaincre de l\u2019efficacité d\u2019un dispositif de propagande extrêmement puissant.Ce dispositif s\u2019appuie sur un complexe médiatique tantôt complice tantôt instrumentalisé pour déréaliser les fondements aussi bien que les lectures politiques de notre lutte et de notre situation nationale.En ces matières, l\u2019action de propagande de l\u2019État canadian est toujours agissante et d\u2019autant plus efficace qu\u2019elle est relayée par des franges très actives de l\u2019élite d\u2019inconditionnels du Canada qui sont solidement encastrées dans l\u2019ensemble des institutions québécoises.En quelques décennies à peine, ces élites ont été, par consentement, veulerie ou vénalité, des vecteurs de dénationalisation de nos institutions.Dans les universités, les municipalités, les commissions scolaires, les chambres de commerce et dans la plupart de lieux névralgiques où se façonnent les catégories du débat public et de la réflexion institutionnelle, ces agents de canadianisation sapent la référence nationale sans le moindre scrupule à jongler avec le bris de loyauté.On ne peut que déplorer la candeur avec laquelle le PQ lui-même et une trop large part du mouvement indépendantiste se laissent continuellement déporter dans des chemins de travers, les éloignant toujours plus des trajectoires qu\u2019il faudrait prendre.Il faut dire que le tir groupé de Gesca et de Radio-Canada et de toutes les forces du consentement à la minorisation n\u2019est pas facile à éviter.Mais encore faut-il au moins savoir le reconnaître pour ce qu\u2019il est.Le complexe médiatique est devenu, en fait, une force de déréalisation du Québec, un formidable instrument de corruption de la conscience nationale, une arme de destruction destinée à saper et rendre impossible l\u2019énonciation de l\u2019intérêt national.Le paradigme narratif médiatique est entièrement construit sur la représentation minoritaire du Québec.Le processus d\u2019oblitération de la majorité car- 6 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 bure à la montréalisation de l\u2019actualité construite par les récits médiatiques et s\u2019avère d\u2019une redoutable efficacité à susciter un sentiment d\u2019aliénation grandissant menaçant de détacher la métropole de la dynamique nationale et nourrissant chez les immigrants et allophones une représentation totalement biaisée de la réalité québécoise.Notre pays est même de moins en moins représenté dans sa diversité de peuplement et ses dynamiques régionales.Le rapport d\u2019influence Communications paru avant Noël est d\u2019une clarté accablante sur le sujet : notre pays disparaît de la référence en information.Cette oblitération n\u2019est pas le fruit du hasard, elle est le résultat d\u2019une pression continue pour dénaturer notre présence, l\u2019atomiser et la réduire aux formats anecdotiques compatibles avec le traitement de l\u2019information imposé par les standards radio-canadiens qui nous réduisent à l\u2019insignifiance d\u2019une mare à l\u2019autre.Il faut apprendre à penser le combat pour l\u2019indépendance en sachant que les catégories médiatiques qui sont utilisées pour en rendre compte sont toxiques.Des antidotes existent, d\u2019autres sont à inventer, mais une chose est certaine, il faut absolument quitter le terrain de la politique spectacle, cesser de l\u2019alimenter en mettant en œuvre non seulement des tactiques et moyens d\u2019évitement, mais surtout en refusant de penser l\u2019action indépendantiste dans les représentations que le complexe médiatique en fait.Il faut privilégier nos propres instruments de communication et d\u2019analyse, renouer avec le contact direct avec la population, porter dans les lieux de travail et les milieux de vie des messages tout entiers construits sur la promotion de projets incarnant l\u2019intérêt national et facilitant la compréhension des ruses et distorsions produites par le régime de minorisation. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Il faut savoir s\u2019élever au-dessus de la joie mauvaise dans laquelle se vautrent les artisans de la petite politique pour ne pas perdre ses repères.Il ne faut surtout pas céder à la tentation de s\u2019enfermer dans la logique défensive.La force du projet d\u2019indépendance ne jaillit pleinement que lorsqu\u2019il s\u2019exprime comme la seule voie de l\u2019initiative pour la maitrise de notre développement.Il faut dire et faire comprendre toujours et sur tout sujet que jamais la minorisation ne peut constituer une voie de développement.Toujours, notre prospérité ne dépendra que de nous-mêmes.On peut citer des tonnes d\u2019exemples.On n\u2019en retiendra qu\u2019un seul particulièrement parlant, celui du pipeline, qui commence à faire germer ce qui pourrait finir par être une vraie colère et par déciller bien des yeux.Il ne faut pas se contenter d\u2019un front du refus du pipeline Énergie Est.Il faut inscrire notre opposition dans la perspective large de notre droit à l\u2019autodétermination, de notre intérêt national et de la mise en valeur de notre potentiel.Il n\u2019y a rien à négocier avec le Canada, surtout pas la minimisation du risque et les mes mesures d\u2019atténuation en échange de quelques promesses de retombées et compensations.Il faut affirmer clairement que notre intérêt national nous dicte plutôt une audacieuse Politique nationale des énergies renouvelables et une immense corvée de transition écologique de l\u2019économie.Il faut raccorder le pays réel avec des projets en phase avec nos possibles et qui contribueront à nous sortir de notre mal développement canadian.Il n\u2019y a rien à attendre du gouvernement Trudeau.Il gouvernera en fonction de l\u2019intérêt national canadian, dont les paramètres sont ceux du paradigme extractiviste sur lequel il a fondé son développement économique.Ils ne changeront pas parce qu\u2019on va changer quelques règles d\u2019évalua- 8 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 tion environnementale.Même le gouverneur de la Banque du Canada l\u2019a reconnu, il faudra des années pour sortir de cette chausse-trappe, à supposer même que la majorité canadian soit prête à y consentir les efforts.Quant à nous, nous n\u2019aurons rien du pétro-État canadian, ni prospérité ni sécurité, car il n\u2019y aura jamais rien à concéder à ceux-là qui auront renoncé au respect d\u2019eux-mêmes.Les tergiversations sur le pipeline sont en fait la métaphore en même temps que le symbole d\u2019un refus de se penser dans le réel.Une manière de chercher à se perdre dans ses propres alibis, de se laisser glisser dans la spirale de la démission collective.Il faut reconnaître que c\u2019est une tentation réelle dans une frange de la population tentée par la démission, à la condition qu\u2019elle soit bien enrobée.Dans le pseudo- pragmatisme libéral ou dans les fleurs de rhétorique d\u2019un nationalisme frelaté.La régression nationale, prônée en toute connaissance de cause par un François Legault parfaitement conscient de l\u2019irrecevabilité canadian de son approche, pourrait bien servir à quelques-uns de refuge pour le consentement à l\u2019impuissance.Mais par-dessus tout, elle signifierait le déploiement d\u2019un vaste effort d\u2019auto-aveuglement qui détournerait les énergies créatrices et laisserait le Québec enfirouapé dans des solutions bancales, inadéquates sur le plan national et parfaitement soumises aux logiques canadian.Le nationalisme cosmétique cache mal le désir de revenir à l\u2019idéologie de la survivance.C\u2019est la voie agonique qui reste seule quand on a tourné le dos au combat.Elle ne rapporterait que la honte rentrée et quelques prébendes à ses promoteurs.Le pouvoir provincial en serait le salaire, un pouvoir de plus en plus limité, condamné aux lamentations et à la rhétorique compensatoire, mais dont se satisferaient pleinement des élites déclassées.Des limousines, une notoriété dans la bourgade et quelques hochets pour faire du bruit 9 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 dans l\u2019antichambre d\u2019Ottawa, voilà tout ce que cela rapporterait.Le Québec n\u2019en retirerait que de la monnaie de singe, frappée par des naïfs ou contrefaite par des cyniques qui se trouveraient bien aises de brader l\u2019intérêt national au profit des intérêts particuliers, légitimes ou occultes.Il faut prendre acte de la radicalisation absolue de notre condition politique.Il n\u2019y a plus de place pour tergiverser, encore moins de temps à perdre.L\u2019effort pour nous arracher à nous-mêmes est sans aucun doute plus important que celui qu\u2019il faudra pour casser le carcan canadian.C\u2019est aux indépendantistes qu\u2019il incombe de le faire d\u2019abord cet effort, de faire ce qu\u2019il faut pour produire les effets d\u2019entraînement.Cela leur demande de commencer par s\u2019affranchir du paradigme médiatique qui déforme le sens et la portée de notre lutte.Il faut sortir des énoncés préformatés qui empêchent de lire adéquatement la conjoncture que façonnent les libéraux.Il faut cadrer le discours dans un registre affranchi des catégories provinciales.C\u2019est seulement ainsi qu\u2019il deviendra possible de bien nommer \u2013 pour mieux faire voir \u2013 ce qui se joue actuellement derrière les manœuvres du gouvernement Couillard.Les Québécois sont loin de le réaliser pleinement, mais il s\u2019agit bel et bien d\u2019un projet de société que ce gouvernement tente d\u2019imposer sournoisement.C\u2019est par la société ultralibérale que les libéraux tentent de dissoudre le Québec dans le tout canadian.Ils ne veulent pas seulement rapetisser le Québec et dénationaliser son gouvernement, ils veulent utiliser notre demi-État pour le retourner contre le Québec lui-même, s\u2019en servir pour paver la voie et faciliter les moyens des puissances d\u2019atomisation qui pourraient bien transformer notre peuple en une nébuleuse de consommateurs à la merci des forces du marché et de l\u2019anéantissement culturel. 10 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Depuis des décennies les nationalistes et les péquistes ont englouti des énergies fabuleuses à discuter projet de société et débat d\u2019antériorité du projet national sur le projet social.Pendant qu\u2019ils s\u2019égaraient et se divisaient dans toutes les nuances qui ont fini par prendre les allures d\u2019un débat théologique, les inconditionnels du Canada ont tranché : le lais- ser-faire économique est devenu entre leurs mains le meilleur moyen de faire primer le national canadian sur toute chose.Ils avancent à couvert, ne dévoilent rien de ce qu\u2019ils veulent faire du Québec.Au nom du pragmatisme, ils fuient les débats ou les détournent de leur substance sans jamais rater une occasion de se moquer de l\u2019expression « projet de société » elle-même.Cela ne les empêche pas pour autant de faire subir à notre peuple une violence sourde et particulièrement douloureuse, celle qui cherche à l\u2019enfermer dans le fatalisme et la conviction qu\u2019il n\u2019existe plus pour lui-même.Leur projet de société c\u2019est celui de nous proposer le non- sens pour être enfin délestés du poids que pourraient nous imposer le goût de vivre et la force de rêver.q En vente pour un temps limité à 15 $ chacun, expédition et taxe comprises à la boutique internet, par la poste ou par téléphone.Nos coordonnées à la in de ce numéro.1997-2002 2003-2012 Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux recueils Consultez les sommaires à la boutique actionnationale.quebec La plupart des numéros de L\u2019Action nationale sont toujours en vente PLACEMENT À RENDEMENT SUCIHL L'argent investi sert à financer partout au Québec des CPE, des agriculteurs botogiques, des cocpératives et 0SBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail, des théâtres, des-médias sociaux, ic, Le choix de Laure Waridel 7 = Desjardins g Desjardins sonia Québec 8 647-1527 fAanitéal #14 598-2122 laraudière 450- 753-7055- www.placement.coop www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 15 ARTICLES Charles-Félix Ross* LES CONDITIONS GAGNANTES POUR UNE AGRICULTURE PROSPÈRE** Les organisateurs du colloque Agronomique, agroéconomique et agroenvironne- mental m\u2019ont demandé de prononcer une conférence sur les enjeux de l\u2019agriculture au Québec.Je me suis alors posé la question : quelles sont les conditions gagnantes pour que notre agriculture ait un avenir prospère ?Après réflexion, j\u2019ai identifié trois conditions : le leadership politique, la mobilisation des acteurs et l\u2019arrangement institutionnel.Nos chefs politiques doivent défendre et promouvoir les intérêts de l\u2019agriculture québécoise à tous les niveaux.Sur la scène internationale, à Ottawa, à Québec, etc.Ils doivent exercer un leadership rassembleur.Les acteurs de la filière de l\u2019agroalimentaire doivent être mobilisés.Ils doivent partager une vision et poursuivre des objectifs communs.C\u2019est la plus importante des trois conditions.Nous allons y revenir.* Agronome, économiste à l\u2019Union des producteurs agricoles ** Conférence donnée au Colloque Agronomique, Agroéconomique et Agroenvironnemental organisé par les étudiants de la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation et tenu le 28 janvier 2016 sur le campus de l\u2019Université Laval à Québec 16 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Enfin, après les chefs et l\u2019équipe, il nous faut les outils et l\u2019équipement.Ce sont les programmes, règlements et lois, ce qu\u2019on appelle, dans le jargon des scientifiques, l\u2019arrangement institutionnel.Celui-ci doit établir un environnement d\u2019affaires favorable au développement de l\u2019agriculture.Il y a 28 000 fermes au Québec.C\u2019est encore considérable.Lorsque j\u2019ai commencé ma carrière, il y a un peu plus de 20 ans, il y en avait cependant près de 40 000.20 ans plus tôt, près de 50 000.Nous sommes actuellement plus de 5 000 professionnels à travailler au service des agriculteurs.Nous avons deux ministères de l\u2019agriculture, deux facultés universitaires, plusieurs institutions d\u2019enseignement collégial et secondaire, plus d\u2019une cinquantaine de centres de recherche et de transfert technologique, des syndicats, des coopératives, près de 1 500 conseillers en services-conseils de toutes sortes, etc.Pensez-vous vraiment que nous pourrons conserver toute cette expertise et ces emplois si la tendance se maintient ?Si nous continuons à perdre près de 5 fermes par semaine ?Moi, je ne le crois pas.Je ne crois pas non plus que nous pouvons nous appuyer comme Québécois sur quelques grandes entreprises de l\u2019agroalimentaire pour maintenir une agriculture dynamique chez nous.Une industrie à part entière avec ses fournisseurs, ses centres de recherche, ses écoles et avec toutes ses retombées directes et indirectes.Quels sont réellement nos avantages ?Les coûts de main- d\u2019œuvre, les règles environnementales, le froid ?Le succès de notre secteur d\u2019activité et son ancrage sur notre territoire sont intimement liés au fait que nos fermes, prin- 17 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 cipalement des fermes familiales, travaillent ensemble au sein de leurs fédérations et de leurs coopératives et qu\u2019elles ont l\u2019appui des Québécois avec le soutien de l\u2019État.L\u2019agriculture et l\u2019agroalimentaire au Québec, c\u2019est 5 % de l\u2019économie, c\u2019est 1 emploi sur 20.C\u2019est majeur ! Est-ce qu\u2019on peut changer le cours des choses : c\u2019est-à-dire freiner la diminution du nombre de fermes au Québec, voire inverser la tendance ?Personnellement, j\u2019en suis convaincu.Il faut cependant agir, et ce, rapidement.Et là, je reviens avec les trois conditions gagnantes.La première condition : le leadership politique.Autrement dit, la capacité de nos dirigeants de regrouper et de mobiliser les énergies des acteurs du monde agricole autour d\u2019une action commune : le développement de notre agriculture.Nous avons plusieurs dirigeants : le président de l\u2019Union des producteurs agricoles, de la Coop fédérée, de l\u2019Ordre des agronomes du Québec, de La Financière agricole du Québec et j\u2019en passe.Le plus important cependant, celui qui a les plus grands pouvoirs et la plus grande autorité, c\u2019est le ministre de l\u2019Agriculture du Québec.La majorité des lois, règlements, programmes, organismes d\u2019État sont sous sa tutelle et sa responsabilité.Il tient également les cordons de la bourse.Il gère la plus grande part des budgets gouvernementaux consacrés à l\u2019agriculture.Or, en 12 ans, de 2003 à aujourd\u2019hui, le poste de ministre de l\u2019Agriculture a fait l\u2019objet de neuf nominations.Depuis 2007, nous « surfons » d\u2019une consultation à une autre : Pronovost, St-Pierre, Morisset, le Livre vert, la politique de souveraineté alimentaire, le Groupe de travail sur la sécurité du revenu, encore Pronovost pour la relève agricole, Gagné 18 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 pour le secteur de l\u2019érable et, finalement, on nous annonce un sommet ou des sommets sur l\u2019agriculture et l\u2019agroali- mentaire au cours du printemps.En 1929, le ministre de l\u2019Agriculture de l\u2019époque, Joseph- Léonide Perron, avait demandé aux agronomes du gouvernement d\u2019élaborer une liste de réformes devant permettre à l\u2019agriculture québécoise de s\u2019adapter au marché.Cette démarche donnait suite et allait dans le sens des demandes de l\u2019Union catholique des cultivateurs (UCC), l\u2019ancêtre de l\u2019UPA, qui souhaitait l\u2019adoption par le gouvernement d\u2019un plan de restauration et de modernisation de l\u2019agriculture.Toutes ces mesures transformant la production et la mise en marché exigeaient une meilleure coordination entre les producteurs, leurs instances de regroupement et l\u2019État.C\u2019est pourquoi, à l\u2019époque, le ministre et son gouvernement avaient exprimé clairement leur volonté que l\u2019État traite avec les agriculteurs par l\u2019entremise d\u2019une organisation unique.C\u2019est alors l\u2019UCC qui a hérité de ce rôle.Au fil des décennies, cette alliance entre l\u2019État et l\u2019organisation des producteurs s\u2019est avérée fructueuse.Aujourd\u2019hui, cette alliance n\u2019existe plus.Nous ne sommes pas les seuls à être tenus à l\u2019écart.Depuis le rapport Pronovost en 2008, les ministres qui ont dirigé le ministère de l\u2019Agriculture n\u2019ont pas ou peu travaillé avec les acteurs du milieu.Bye Bye l\u2019approche filière ! Ils ont travaillé en vase clos.Ils ont assumé leur leadership, comme le recommandait le rapport Pronovost, mais seuls au 12e étage du 200 chemin Sainte-Foy.Ils n\u2019ont pas travaillé à regrouper et mobiliser les producteurs et les acteurs du milieu.Ils ont travaillé à les diviser. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 C\u2019est peut-être une bonne façon de ne rien faire et de paver la voie à un désengagement de l\u2019État.Et c\u2019est bien parti ! Entre 2007 et 2014, les paiements directs de transfert aux agriculteurs ont chuté de 71 %, de 1,1 G$ à 321 M$.Qui défend à Québec les budgets de l\u2019agriculture ?Entre 2008 et 2012, la valeur de la production couverte par le programme de l\u2019assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) a diminué de 10,8 %, passant de 3,93 G$ à 3,5 G$.Au total, 3 128 entreprises agricoles n\u2019y sont plus inscrites, soit une baisse de 20 %.Le PIB réel, soit la richesse créée par le secteur agricole, fait du surplace depuis 2008, et ce, même si les recettes financières et le revenu net sont en croissance.Contrairement à ce qui est largement véhiculé, l\u2019agriculture québécoise n\u2019est pas l\u2019une des plus soutenues du monde.En 2013, les transferts gouvernementaux représentaient 6,6 % de la valeur de la production.Ce taux se situait à 7,0 % aux États-Unis, à 11,3 % pour l\u2019ensemble des pays de l\u2019OCDE, à 13,6 % pour les 27 pays de l\u2019Union européenne et à 35,2 % en Norvège.Comme en 1929, l\u2019agriculture québécoise montre des signes d\u2019essoufflement.Comme en 1929, les agriculteurs, en partenariat cette fois-ci avec les transformateurs, ont une très bonne idée des mesures à mettre de l\u2019avant pour garantir l\u2019avenir de leur secteur.Ils ont demandé, en décembre dernier, une stratégie agroalimentaire pour le Québec.Cette dernière comporte trois axes d\u2019intervention : stimuler l\u2019investissement, investir en recherche et développement et favoriser le développement de la main-d\u2019œuvre. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 À l\u2019instar de l\u2019Ontario, le ministre de l\u2019Agriculture doit convaincre le gouvernement du Québec d\u2019élaborer et d\u2019intégrer une telle stratégie à son plan d\u2019action économique.Le gouvernement du Québec doit investir davantage en agriculture et en agroalimentaire.Le leadership étant un sport d\u2019équipe, le ministre doit ensuite mobiliser les acteurs de l\u2019agroalimentaire, agriculteurs et transformateurs, pour le déploiement et la réussite de cette stratégie.La deuxième condition : la mobilisation des acteurs.Je vous ai dit que c\u2019était la plus importante des trois conditions.Elle influence les deux autres.Si les acteurs de l\u2019agriculture québécoise sont mobilisés, et cela vous inclut, ils n\u2019accepteront pas un leadership politique faible.Ils n\u2019accepteront pas de ne pas disposer des outils nécessaires au développement de leur secteur d\u2019activité.La mobilisation des acteurs implique par contre des responsabilités.Il faut suivre assidument les actualités agricoles.Vous avez le devoir de vous tenir informés.Il faut se forger une idée ou une opinion sur les principaux dossiers.Il faut s\u2019impliquer, souvent bénévolement, dans les organisations qui peuvent influencer voire changer les politiques, programmes et mesures qui touchent notre environnement professionnel.Il faut avoir confiance en nos dirigeants et nos organisations.Il faut faire preuve de patience à leur égard lorsque les dossiers n\u2019avancent pas au rythme souhaité.Il faut être ouvert aux idées des autres.Cela implique souvent de faire des compromis sur nos positions pour permettre aux choses d\u2019avancer.Il faut dénoncer les situations et les décisions inacceptables.Il faut changer nos dirigeants lorsqu\u2019ils sont incompétents.Notre secteur d\u2019activité se doit d\u2019être animé d\u2019une vie démocratique, saine et active, où les acteurs sont solidaires entre eux. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Il règne en agriculture depuis quelques années un certain fatalisme.Les acteurs sont plutôt démobilisés.On nous répète que la concentration des activités agricoles, la libéralisation des marchés et le désengagement de l\u2019État sont inévitables.C\u2019est faux ! Nous pouvons changer le cours des choses.Il y presque 20 ans, les négociations à l\u2019OMC devaient mener, selon plusieurs observateurs, à la fin de la gestion de l\u2019offre au Canada.20 ans plus tard, après l\u2019échec du « round » de Doha, la gestion de l\u2019offre est toujours en place.Le Québec, grâce à ses programmes et sa réglementation, est la province qui réussit à maintenir en proportion le plus grand nombre de fermes.Entre 2001 et 2011, le nombre de fermes au Québec a diminué de 8 % comparativement à 13 % en Ontario, 27 % en Saskatchewan et à 17 % pour l\u2019ensemble du Canada.Enfin, les concepts d\u2019« exception agricole » ou de « sécurité alimentaire », avec une population mondiale qui atteindra les 9 G$ de personnes en 2050, ont maintenant réintégré le discours des grandes organisations internationales comme la FAO et la Banque mondiale.Ensemble, nous avons le pouvoir de changer les choses.Il suffit d\u2019avoir une vision et des objectifs communs.L\u2019automne dernier, l\u2019Union et la FRAQ [Fédération de la relève agricole du Québec] ont sondé 700 jeunes de la relève agricole pour comprendre et prioriser les aspirations des jeunes agriculteurs.Les résultats du sondage sont inspirants et révélateurs. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Comme vision commune, près de 90 % des répondants adhèrent à l\u2019idée d\u2019une agriculture de métier viable et diversifiée, basée sur des entreprises familiales indépendantes, réparties sur tout le territoire québécois.Je crois que nous pouvons tous nous rallier à cette vision qu\u2019ont les jeunes de la relève agricole.Les perspectives agroalimentaires à long terme sont excellentes.À l\u2019avenir, les prix des denrées alimentaires devraient être plus élevés, en moyenne, que ceux obtenus au cours des dernières décennies par les producteurs.Au Québec, notre agriculture est performante.Entre 2007 et 2014, les retombées de l\u2019agroalimentaire, en termes d\u2019emplois, de PIB et d\u2019exportations, ont crû de façon plus importante que celles de l\u2019ensemble de l\u2019économie québécoise.La balance commerciale agroalimentaire du Québec est positive.Les surplus commerciaux du secteur agroalimen- taire permettent de réduire le déficit commercial du Québec.Près de 70 % de la production agricole du Québec est transformée par des entreprises d\u2019ici, un effet levier exceptionnel en termes de retombées.Dans les autres provinces, ce pourcentage n\u2019est que de 27 %.Les inscriptions à nos établissements d\u2019enseignement agricole sont à la hausse.Près de 1000 diplômés par année.Il ne manque pas de relève.Qu\u2019attendons-nous pour nous mobiliser ! 23 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 RETOMBÉES ÉCONOMIQUES DE L\u2019INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE, QUÉBEC, 2007-2013 2007 2010 2013 2007- 2013 (%) Emplois1 Industrie agroalimentaire (ETC - retombées totales) 174 285 192 769 199 527 14,5 Ensemble de l\u2019économie (emplois) 3 834 100 3 915 100 4 032 200 5,2 PIB (M$ ; $ de 2007) Industrie agroalimentaire (retombées totales) 12 959 15 679 15 502 19,6 Ensemble de l\u2019économie 285 328 297 214 307 989 7,9 Exportations internationales (M$ ; $ courants) Produits bioalimentaires 4 132 4 997 61 452 48,7 Ensemble de l\u2019économie (tous les produits exportés) 69 798 59 200 65 603 -6,0 Note 1 : La comparaison de ces deux statistiques doit être faite avec prudence puisque ces deux statistiques ont des définitions différentes, à savoir des équivalents temps complet et des emplois (source : ÉcoRessources, Mise à jour des retombées économiques de l\u2019agriculture pour le Québec, octobre 2014).Note 2 : Donnée de 2012.Statistique Canada.Tableau 002-0001 \u2013 Recettes monétaires agricoles, annuelles (dollars), octobre 2015. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 La troisième condition : l\u2019arrangement institutionnel.Le coffre à outils de l\u2019agriculture québécoise est assez bien garni.C\u2019est d\u2019ailleurs une des raisons qui explique que notre agriculture est performante.Nous avons su au fil des années soutenir efficacement le revenu de nos entreprises agricoles qui sont exposées à des risques élevés et des contraintes qui sont hors de leur contrôle.Nous avons su développer, protéger et mettre en valeur les ressources nécessaires à la production agricole.Ces outils, nous pouvons les nommer : la mise en marché collective, la gestion de l\u2019offre, les programmes de sécurité du revenu, le remboursement des taxes, la protection du territoire agricole, les établissements de recherche et d\u2019enseignement, l\u2019inspection, la traçabilité, etc., et bien d\u2019autres.Cela dit, selon les résultats du sondage réalisé par l\u2019Union et la FRAQ auprès des jeunes de la relève agricole, l\u2019été dernier, près 75 % des répondants placent la mise en marché collective de leur secteur en premier ou deuxième ordre d\u2019importance en termes de forme d\u2019aide essentielle à la viabilité de leur entreprise.Puis viennent les programmes de sécurité du revenu et de gestion des risques en seconde position.Et c\u2019est normal ! L\u2019agriculture, qui exige des investissements majeurs, évolue dans un secteur à risques élevés où les marges financières sont minces.Ainsi, en 2014, alors qu\u2019il fallait détenir un peu plus de 2 $ d\u2019actifs en moyenne pour générer 1 $ de revenus dans le commerce de gros, ce ratio montait à 8 $ d\u2019actifs en moyenne pour générer 1 $ de revenus en agriculture. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Dans ce contexte, nul n\u2019a besoin d\u2019insister sur le fait que la pérennité de l\u2019agriculture québécoise serait sérieusement compromise sans un soutien ou plutôt un partage adéquat des risques entre l\u2019État et les producteurs.À cet effet, le gouvernement du Québec doit mettre en œuvre les recommandations du Groupe de travail sur la sécurité du revenu qui proposait au printemps 2015 des améliorations au programme ASRA, aux programmes Agri [Agri-Québec et Agri-Québec Plus] et l\u2019adoption d\u2019un programme pour stimuler les investissements à la ferme.Le gouvernement du Québec doit aussi défendre sur la scène fédérale la gestion de l\u2019offre pour que cesse cette braderie chronique de nos parts de marché à chaque négociation d\u2019entente commerciale et pour que cesse le laxisme aux frontières de nos autorités douanières à l\u2019égard des pratiques de contournement des tarifs sur les produits visés par la gestion de l\u2019offre.Au-delà de la gestion des risques, la Loi sur la protection du territoire agricole doit s\u2019appliquer avec une plus grande rigueur.Près de 4 000 ha sont exclus annuellement de la moyenne tRimestRielle des actifs détenus et Revenus d\u2019exploitation, canada, 2014 (en millions de dollaRs) Total de l\u2019actif Revenus d\u2019exploitation Ratio actif/ revenus Agriculture 127 665 16 156 8,0 Construction 293 731 82 108 3,6 Commerce de gros 341 810 163 672 2,1 Commerce de détail 259 557 136 343 1,9 Source : Publication 61-008-X \u2013 Statistiques financières trimestrielles des entreprises, Statistique Canada, 2015.http://www.statcan.gc.ca/ pub/61-008-x/2015001/tablesectlist-listetableauxsect-fra.htm 26 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 zone agricole, soit sur 10 ans l\u2019équivalent de la superficie de l\u2019île de Montréal.C\u2019est inacceptable ! Les crédits budgétaires accordés à la Commission de protection du territoire agricole du Québec et à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec doivent être revus à la hausse.De même que les crédits accordés à nos institutions d\u2019enseignement et de recherche.Afin d\u2019être compétitifs avec les autres pays de l\u2019OCDE, c\u2019est- à-dire d\u2019investir en proportion les mêmes montants qu\u2019ils investissent, les secteurs québécois de la production et de la transformation alimentaire devraient investir annuellement 255 M$ en recherche et développement, soit un peu plus de 2,3 % du PIB combiné des deux secteurs.Actuellement, ces sommes sont de l\u2019ordre de 170 M$/année, soit à peine 1,5 % du PIB.Avec l\u2019augmentation du prix des terres, l\u2019aide accordée à la relève agricole devrait aussi être revue à la hausse ainsi que le support accordé à travers le régime de fiscalité foncière.Enfin, l\u2019accompagnement des fermes par le MAPAQ (ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec) et le réseau Agriconseils devra s\u2019ajuster aux besoins des entreprises agricoles et s\u2019adapter aux attentes sociétales toujours plus élevées, notamment en matière de développement durable.Bref, nous disposons des bons outils pour développer l\u2019agriculture du Québec.Ces derniers doivent cependant être actualisés et bonifiés.Le gouvernement du Québec doit investir davantage en agriculture et en agroalimentaire. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 En conclusion Je vous ai dit qu\u2019il y avait trois conditions gagnantes pour assurer l\u2019avenir de notre agriculture.Je vous ai dit que la plus importante des trois était celle sur la mobilisation des acteurs.En effet, il est urgent que les acteurs du monde agricole se regroupent autour d\u2019une vision et d\u2019objectifs communs.Ensemble, regroupés et engagés pour une cause commune, nous pouvons changer les choses pour le bien de notre agriculture et de ses artisans.L\u2019agriculture du Québec est à un moment charnière de son histoire.Malgré la bonne performance de ses entreprises, au cours des dernières années, le secteur présente des signes d\u2019essoufflement.Le gouvernement du Québec doit investir davantage en agriculture, ou dans son coffre à outils, en déployant à travers son plan d\u2019action économique une stratégie québécoise de l\u2019agroalimentaire.Le ministre de l\u2019Agriculture doit exercer en ce sens un leadership fort et sans équivoque.q 28 ARTICLES Définition : le niqab est porté avec le hijab, un foulard avec lequel certaines musulmanes se couvrent les cheveux, les oreilles et le cou.Le niqab recouvre complètement le visage et permet à peine d\u2019entrevoir les yeux.Les positions des uns et des autres La position du Nouveau parti démocratique (NPD) concernant le niqab aurait-elle scellé son sort lors des élections fédérales du 19 octobre 2015 ?Le NPD n\u2019était pas seul sur sa planète à défendre le droit des femmes de porter le niqab durant leur assermentation lors des cérémonies de citoyenneté.Il était rejoint en cela par le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti vert.La position des néodémocrates québécois s\u2019est largement inspirée de leur analyse de la défaite subie par le Parti québécois (PQ) lors des élections québécoises d\u2019avril 2014.Les militants néodémocrates québécois rejoignaient en cela autant ceux du Parti libéral du Québec (PLQ), de Québec solidaire ainsi que la plupart des communautaristes à l\u2019encontre de la « Charte des valeurs », promue par le PQ et Pierre Serré* Élections fédérales du 19 octobre 2015 LA DESCENTE AUX ENFERS DU NPD : L\u2019EFFET NIQAB ?* Ph.D.sc.politique pspedrito9@gmail.com 29 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 devenue par la suite « Charte de la laïcité ».Celle-ci comprenait l\u2019interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour la plupart des employés de la fonction publique québécoise.Cette position « courageuse » du PLQ, en particulier, a été « reconnue » par maints observateurs pour avoir été à la base de sa victoire aux élections provinciales d\u2019avril 2014, en scellant le sort du PQ.Inversement, il a été prétendu que le PQ avait été sanctionné pour sa maladroitement intitulée « Charte des valeurs ».Contrairement aux sondages pré-électoraux, les « analyses » post-électorales ont conclu que cette Charte avait fait perdre au PQ les faveurs de nombreux immigrants et que cela avait constitué l\u2019une des causes majeures de la défaite.Or rien de tel n\u2019a été démontré.Au contraire, les immigrants qui prévoyaient voter pour un autre parti que le PQ ont poursuivi dans la même veine, tandis que ceux qui prévoyaient voter pour le PQ ont, grosso modo, maintenu leur intention de vote.Aucun siège n\u2019a été perdu par le PQ pour cette raison.Le contraire aurait été plutôt surprenant puisque deux sondages pré-électoraux avaient indiqué que la « Charte de la laïcité » était appuyée par 68 % à 69 % des francophones, contre seulement 21 % des non-francophones.Un clivage connu, aux conséquences tout aussi connues.Nui à l\u2019un, mais béni l\u2019autre ?Dans le cas présent, l\u2019échec du NPD, mais l\u2019élection du PLC, le niqab aurait-il nui au premier, mais béni le second ?Que s\u2019est-il passé pour que l\u2019un et l\u2019autre connaissent des sorts aussi opposés ?Revenons en arrière.En février dernier, la Cour fédérale autorisait le port du niqab durant l\u2019assermentation des nouveaux citoyens canadiens.Cette décision fut portée en appel par le gouvernement conservateur.En guise de contestation de la décision, ce dernier a réagi immédiatement 30 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 en interdisant le port du niqab et de la burqa lors de l\u2019assermentation des cérémonies de citoyenneté.À l\u2019époque, autant Justin Trudeau que Thomas Mulcair s\u2019étaient publiquement prononcés en faveur du jugement de la Cour tout en désapprouvant publiquement l\u2019appel du gouvernement Harper.Le 15 septembre dernier, en pleine campagne électorale, la Cour d\u2019appel fédérale rendait une décision sur le banc : elle rejetait l\u2019appel du gouvernement.Le jugement a résonné durant la campagne électorale les 23 et 24 septembre, la veille du premier débat télévisé.Le lendemain, le 25 septembre, la décision de la Cour d\u2019appel donna lieu à d\u2019acrimonieuses passes d\u2019armes entre partis sur le sujet.Malgré la similitude des positions du NPD et du PLC (et du Parti vert), le mot d\u2019ordre des libéraux fut de ne pas commenter le jugement de la Cour d\u2019appel sous prétexte que les élections ne convenaient pas pour discuter d\u2019une telle question.C\u2019est une tout autre attitude qui a marqué les positions du chef Mulcair.Chez lui, la question du niqab était une question de principe.Et celle-ci mettait justement en jeu les droits fondamentaux d\u2019une catégorie d\u2019immigrants déjà doublement marginalisée, du fait d\u2019être immigrant et du fait d\u2019être femme.Le NPD aurait-il pu lui aussi se faire plus discret ?Dans sa première entrevue postélectorale, M.Mulcair a confié à La Presse canadienne que le choix de s\u2019en tenir à sa position « de principe » sur le port du niqab a constitué l\u2019un des moments les plus importants de sa carrière politique : Ce sont des moments décisifs pour moi dans ma carrière politique et dans la campagne.Est-ce qu\u2019un résultat dif- férent aurait pu être obtenu ?Peut-être [\u2026] Mais je n\u2019allais pas faire ce que je n\u2019ai jamais fait dans ma carrière.J\u2019ai toujours été quelqu\u2019un qui s\u2019est tenu debout pour défendre ses convictions (Le Devoir, 27 octobre 2015). 31 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Réellement plombé le NPD au Québec ?Le journaliste de la CBC Éric Grenier a compilé les intentions de vote détaillées de 101 sondages durant la campagne électorale.Au Québec, selon cette compilation, la question du niqab a littéralement plombé les intentions de vote à l\u2019endroit du NPD (Tableau A).Les sondages d\u2019avant l\u2019épisode du niqab créditaient le NPD d\u2019intentions de vote de 13,2 % plus élevés que celles d\u2019après l\u2019épisode catastrophe du 23 au 25 septembre.Ces pertes auraient avantagé les conservateurs (+4,8 %), les bloquistes (+4,4 %) ainsi que, chose incongrue, les libéraux (+3,9 %) qui défendaient pourtant les mêmes positions que le NPD ! Le même phénomène aurait-il été observé au Canada anglais ?tableau a : compaRaison des intentions de vote enveRs les paRtis fédéRaux duRant la campagne électoRale, avant et apRès l\u2019épisode du niqab*, québec, élections fédéRales du 19 octobRe 2015 PC NDP PLC BQ Autres Total Nombre de sondages Avant 15,4 % 42,8 % 22,7 % 15,1 % 4,0 % 100 % 48 Après 20,2 % 29,6 % 26,6 % 19,5 % 4,1 % 100 % 53 Différence 4,8 % -13,2 % 3,9 % 4,4 % 0,1 % - 101 * Avant l\u2019épisode du « niqab » (commencés le 2 août, terminés le 22 septembre).Après l\u2019épisode du « niqab » (commencés le 26 septembre, terminés le 18 octobre).Pour un total de 101 sondages, à l\u2019exclusion des sondages réalisés durant au moins une journée au cours de la période du 23 au 25 septembre.Source : Éric Grenier (2015), sondages réalisés au Canada et dans les provinces/régions durant l\u2019année 2015.Nos calculs.En ligne : [http:// www.cbc.ca/news2/interactives/poll-tracker/2015/index.html]. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 NPD plombé aussi au Canada anglais ?La même comparaison a été réalisée pour chaque province ou région du Canada anglais (Tableau B).Si la question du niqab a eu plus d\u2019impacts au Québec, il semble que la question ait aussi fait plonger le NPD partout au Canada anglais.On note ainsi un recul du NPD particulièrement marqué en Alberta et dans les Maritimes, mais aussi au Manitoba/ Saskatchewan, en Ontario et en Colombie-Britannique/ Yukon/TNO/Nunavut.tableau b : intentions de vote enveRs les paRtis fédéRaux duRant la campagne électoRale ; difféRence entRe « avant » et « apRès » l\u2019« épisode du niqab », ontaRio, maRitimes, manitoba/sasKatcHeWan, albeRta, pRaiRies et colombie- bRitannique, élections fédéRales du 19 octobRe 2015 Province ou région du Canada anglais PC NDP PLC Autres Nombre de sondages Ontario 0,4 % -6,3 % 6,7 % -0,9 % 53+48=101 Maritimes 1,7 % -9,0 % 7,0 % 0,4 % 53+48=101 Man./Sask.4,3 % -7,1 % 3,8 % -0,9 % 33+28=61 Alberta 7,9 % -11,3 % 4,2 % -0,7 % 33+28=61 Prairies (AB+MB+SK) 3,4 % -6,5 % 4,5 % -1,4 % 53+48=101 Col.-Brit.(+YK+TNO+NT) 0,9 % -5,3 % 2,8 % 1,7 % 53+48=101 Ces reculs se sont parfois manifesté au profit du PLC, comme en Ontario et dans les Maritimes, parfois au profit des conservateurs, comme en Alberta, et parfois au profit des deux partis, comme au Manitoba/Saskatchewan.En Colombie-Britannique, ce sont les libéraux qui ont profité le plus de l\u2019affaire, puis le Parti vert, et enfin les conservateurs. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Où donc le NPD a-t-il souffert le plus de la désaffection de ses électeurs ?Au Tableau C, on constate que c\u2019est en Alberta que le NPD aurait subi sa perte la plus sévère, une perte équivalant à la moitié de ses intentions de vote (-51 %).À l\u2019opposé, c\u2019est la Colombie-Britannique qui aurait vu le NPD le moins affecté.Le NPD y jouissant d\u2019un niveau d\u2019appuis élevés (31,7 % en moyenne), l\u2019épisode du niqab n\u2019y aurait fait perdre que 17 % de ses appuis.tableau c : pRopoRtions RepRésentées paR électeuRs « ayant Réagi » à l\u2019« épisode du niqab » suR les intentions de vote enveRs les paRtis fédéRaux, paR pRovince et Région du canada, élections fédéRales du 19 octobRe 2015 Province ou région du Canada anglais PC NDP PLC BQ Vert & tiers partis Nombre de sondages Québec +27 % -36 % +16 % +25 % 0 % 53+48=101 Ontario +1 % -27 % +18 % - -17 % 53+48=101 Maritimes +8 % -35 % +15 % - 0 % 53+48=101 Man./Sask.+11 % -28 % +13 % - -27 % 33+28=61 Alberta +15 % -51 % +20 % - -3 % 33+28=61 Prairies(3) +7 % -29 % +19 % - -28 % 53+48=101 Col.-Brit.+3 % -17 % +10 % - +15 % 53+48=101 Qui donc a profité de la d`éconfiture du NPD, en proportion des intentions de vote exprimées envers chaque parti ?Les gains du PLC en proportion des intentions de vote du PLC se sont avérés relativement constants, quelle que soit la province ou la région en question.Par contre, l\u2019importance des gains du PC a été plus que variable : substantielle au Québec, moyenne dans les Prairies et les Maritimes, mais quasi-nulle en Ontario et en Colombie-Britannique.Les gains du Parti vert auraient été importants par rapport à ses intentions de vote en Colombie-Britannique ! Mais en 34 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 dehors de cette dernière, partout les pertes du NPD se sont affichées concomitantes avec des pertes pour le Parti vert et les tiers partis.Conclusion Il ressort de cette analyse que l\u2019évolution des intentions de vote dépasse les perceptions individuelles que tout un chacun peut développer.En outre, la contradiction entre le sort du PQ et celui du NPD est éclatante, et contredit directement les affirmations selon lesquelles le PQ a souffert de sa Charte de la laïcité comme le NPD aurait souffert de l\u2019affaire du niqab au point de perdre sa seule et unique chance historique d\u2019accéder au pouvoir.Il ressort ensuite que considérer avant analyse que « l\u2019un \u2013 des partis \u2013 a souffert tandis que les autres ont bénéficié » mène au développement d\u2019affirmations n\u2019appartenant pas au monde de la science, mais à celui de la culture politique.La répétition forcée, ad nauseam dirait-on, de ces constats pseudo-scientifiques nous rappelle que la culture politique est le plus souvent façonnée par les médias appartenant aux groupes dominants.Elle nous rappelle que ceux-ci analysent le politique non en tant qu\u2019objet scientifique, mais en tant qu\u2019objet désespérément partisan, et que la politique semble être la seule manifestation sociale à l\u2019abri du regard de la science.En toute justice, il est nécessaire d\u2019ajouter que lorsque les politologues apportent leur concours à ces mascarades, c\u2019est eux-mêmes qui discréditent leur propre profession.q 35 ARTICLES Michel Roche* SUR LES CAUSES FONDAMENTALES DE L\u2019ÉCLATEMENT DU MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE Les phénomènes politiques s\u2019inscrivent dans une dynamique d\u2019ensemble que les aléas de l\u2019actualité ont tendance à nous faire oublier.C\u2019est ainsi qu\u2019on cherche à expliquer les problèmes du mouvement indépendantiste en se fondant presque exclusivement sur le mauvais comportement des uns et des autres : Québec solidaire, le PQ, Option nationale, la CAQ, leurs conseillers, leurs dirigeants, leurs militants.Les uns ou les autres n\u2019auraient pas compris ceci ou cela, seraient incapables de s\u2019unir par manque de volonté, etc.Si la volonté humaine joue très certainement un rôle important dans la vie politique, il ne faudrait pas négliger pour autant les aspects plus structurels, sociologiques, matériels.Le mouvement indépendantiste moderne (ou néonationa- lisme) est apparu au Québec au début des années 1960.Ce n\u2019est là ni le fruit du hasard ni le produit d\u2019un battement d\u2019ailes des idées de Lionel Groulx qui, depuis l\u2019aube des années 1920 ou 1930, par un effet multiplicateur, aurait provoqué un ouragan nationaliste.L\u2019émergence du mouvement indépendantiste est intimement liée à celle de l\u2019État québécois.On se rappelle que jusqu\u2019à la mort de Maurice Duplessis, cet État se trouvait entre les mains de gouver- * Professeur de science politique à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 nements plus ou moins défavorables à l\u2019État interventionniste, sauf pour ce qui concerne les fonctions régaliennes, la construction de certaines infrastructures et la répression du mouvement ouvrier.L\u2019État-providence se réduisait à un minimum, tel l\u2019octroi de subventions à des hôpitaux et écoles gérés par des communautés religieuses ou l\u2019aide aux nécessiteux.Tout cela résultait la plupart du temps de pouvoirs discrétionnaires et non de politiques publiques cohérentes et basées sur l\u2019atteinte d\u2019objectifs déterminés.La Révolution tranquille marque un tournant, à cet égard.Le développement de l\u2019État québécois entraîne celui d\u2019une économie québécoise, d\u2019un territoire québécois et, finalement, d\u2019une identité québécoise rattachée à une nation québécoise, en rupture avec la traditionnelle identité cana- dienne-française.Nous avons là les fondements sociaux et matériels du néonationalisme québécois et du mouvement indépendantiste.C\u2019est avec un peu de retard que l\u2019État québécois a entrepris un virage keynésien et providentialiste.Ce retard explique en partie l\u2019intensité des changements qu\u2019a connus la société québécoise des années 1960 : prise en charge des soins hospitaliers par l\u2019État, réforme de l\u2019éducation pour accroître l\u2019accessibilité aux études, création du réseau des cégeps et de l\u2019Université du Québec, mise sur pied de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de la Régie des rentes pour améliorer la sécurité financière de la population, sans compter l\u2019intervention de l\u2019État dans le secteur minier (SOQUEM), de l\u2019acier (SIDBEC), du capital de risque (SGF, SDI) et, bien évidemment, de l\u2019hydro-électricité, dont la production a été nationalisée à 70 %.Cette période a également été marquée par le renforcement du mouvement syndical, qui a lui-même fortement contribué à l\u2019obtention de diverses réformes.Dans un tel contexte, des alliances entre forces pro-ouvrières et certaines fractions du patronat se sont manifestées.D\u2019une part, le mouvement 37 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ouvrier n\u2019avait pas réussi à se doter d\u2019un parti politique voué à la défense de ses intérêts, d\u2019autre part, la « bourgeoisie » québécoise revêtait, aux yeux de plusieurs leaders syndicaux et intellectuels de gauche, un caractère progressiste, comme semblaient en témoigner les réformes de cette période.L\u2019appui des syndicats au Parti libéral en 1960 et 1962 a été l\u2019une des manifestations politiques de ces alliances devenues possibles.L\u2019expansion de l\u2019État québécois devait inévitablement se heurter à l\u2019État fédéral dont le virage keynésien et providen- tialiste était antérieur et qui, pour ce faire, avait empiété sur les domaines de compétence provinciale.La résistance de Duplessis à ces empiètements prenait un caractère clairement réactionnaire puisqu\u2019il refusait de remplacer les programmes proposés par le gouvernement fédéral par des mesures équivalentes, au détriment des chômeurs et d\u2019autres catégories vulnérables de la population.Dans les années 1960, c\u2019est l\u2019inverse qui se produit : l\u2019État québécois fait face à l\u2019insuffisance des pouvoirs hérités de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (la constitution de 1867), élaboré à une époque où l\u2019intervention de l\u2019État dans l\u2019économie était limitée.Cette situation provoquera le passage d\u2019un nombre important de fonctionnaires, d\u2019intellectuels, de syndicalistes et autres progressistes \u2013 dont les artistes \u2013 dans le camp indépendantiste.L\u2019affirmation nationale du Québec devenait synonyme de progrès.La gestion keynésienne et providentialiste de l\u2019économie a dominé l\u2019ensemble du monde occidental au cours des « Trente glorieuses » qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.Partout, l\u2019État jouait un rôle important.Tous les partis politiques adhéraient à cette vision des choses, à des degrés divers, y compris les conservateurs.Les libéraux et les socialistes réformistes ne se distinguaient que d\u2019un point 38 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 de vue quantitatif.Cette situation permet de comprendre la coexistence de différentes tendances indépendantistes au sein d\u2019un même parti politique, le Parti québécois, pendant plusieurs années.Le keynésianisme pouvait rassembler dans le même parti des militants de gauche comme Robert Burns et des créditistes comme Gilles Grégoire.Tant que les économies dominantes de la planète et les institutions financières internationales qu\u2019elles contrôlent favorisaient l\u2019État interventionniste pour répartir la richesse de manière à soutenir la demande solvable, les divisions idéologiques n\u2019étaient jamais suffisamment fortes pour empêcher les indépendantistes de faire des compromis au nom de leur idéal.Une telle chose n\u2019est toutefois plus possible à l\u2019époque néolibérale.Souvenons-nous que le Parti québécois a compté jusqu\u2019à 300 000 membres en 1980.La répression du Front commun en 1982-1983 a provoqué une première saignée, en dépit du coup de force constitutionnel de Trudeau.Ce geste a permis aux libéraux de Bourassa de reprendre le pouvoir.En 1994, les conditions exceptionnelles générées par l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech ont facilité la formation d\u2019une coalition des indépendantistes autour du camp du OUI.Le Parti québécois ne faisait pas l\u2019unanimité, mais son programme électoral se concentrait presque exclusivement sur la résolution de la question nationale.La gestion courante de l\u2019État québécois passait au second rang et ne comportait aucune mesure susceptible, dans l\u2019immédiat, de l\u2019identifier au néo- libéralisme.Par ailleurs, les attaques menées par les forces patronales contre le camp du OUI donnaient une impression de lutte de classes à la campagne référendaire.Tout va changer avec l\u2019arrivée au pouvoir de Lucien Bouchard.Il ne s\u2019agit pas ici de faire porter la responsabilité des déboires que va connaître le Parti québécois et, au-delà, 39 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 l\u2019ensemble du mouvement indépendantiste, à un seul individu.Nul ne sait ce qui se serait produit si Jacques Parizeau avait conservé son poste de premier ministre.S\u2019il avait remis à plus tard la tenue d\u2019un nouveau référendum, il aurait lui-même été forcé de procéder à la gestion de l\u2019État québécois avec toutes les contraintes qu\u2019une telle chose implique.Toujours est-il que le conseil des ministres de Lucien Bouchard comportait plusieurs personnalités identifiées à la mouvance néolibérale ou carrément associées aux milieux patronaux, comme en témoignent leurs interventions publiques ou leurs choix de carrière avant ou après la politique.Sans l\u2019appui de ses principaux ministres, Bouchard n\u2019aurait jamais pu imposer le « déficit zéro » et les politiques régressives qui ont permis de l\u2019atteindre.En ce sens, on ne peut accuser Lucien Bouchard d\u2019avoir été une sorte de corps étranger qui aurait dénaturé le Parti québécois.Pendant toutes ces années où il a dirigé ce parti et le gouvernement du Québec, il a bénéficié d\u2019appuis considérables.Son départ ne procède d\u2019ailleurs aucunement d\u2019une fronde en représailles à ses politiques économiques et sociales.Il provient de l\u2019échec à faire remonter la popularité de l\u2019option indépendantiste.Mais cet échec n\u2019a rien de surprenant.En effet, il m\u2019apparaît clair aujourd\u2019hui que le néolibéra- lisme compte parmi les facteurs qui contribuent le plus fortement à affaiblir le mouvement indépendantiste, et ce, pour plusieurs raisons.Mais il convient d\u2019abord d\u2019apporter quelques précisions au sujet de ce concept utilisé trop souvent à tort et à travers.Le néolibéralisme désigne une certaine conception du rôle de l\u2019État dans la société.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un système achevé qui aurait été mis en vigueur au début des années 1980.Il est plutôt question d\u2019une orientation particulière qu\u2019impose l\u2019État en matière de développement économique et de gestion des rapports sociaux. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Son but consiste à restaurer le taux de profit en accordant aux lois du marché \u2013 c\u2019est-à-dire aux plus forts \u2013 le soin de déterminer les principales orientations de l\u2019économie en matière de production et de répartition des richesses.Tout le monde sait parfaitement bien que le néolibéralisme n\u2019est pas un système accompli, mais un « idéal » dont on cherche à se rapprocher.L\u2019intervention de l\u2019État existe toujours, mais devient plus sélective, favorisant davantage le capital au détriment des salariés, dans la mesure où le rapport de force le permet.On cherche à individualiser les responsabilités, à imposer toujours plus le principe de l\u2019utilisateur-payeur.L\u2019État met de l\u2019avant des mesures destinées à stimuler l\u2019offre plutôt que la demande solvable.En premier lieu, cette façon particulière de gérer l\u2019économie capitaliste a pour conséquence de remettre en question une partie des éléments qui ont fait la force du néonationalisme dans les années 1960 et 1970.Dans la mesure où l\u2019État insiste principalement sur l\u2019attraction des capitaux (ou pour en empêcher la fuite) plutôt que sur l\u2019élaboration d\u2019instruments de développement, il impose une fiscalité qui favorise davantage les plus riches et les grandes entreprises.Rappelons-nous des reculs du gouvernement Marois au sujet des redevances à imposer aux entreprises minières.Ces changements dans la fiscalité, accentués par la mondialisation et les ententes de libre-échange, impliquent des pertes de revenus compensées par des hausses des impôts et des taxes chez les salariés et par des restrictions budgétaires dans le domaine de la santé, de l\u2019éducation et de l\u2019aide aux plus démunis.L\u2019État québécois apparaît ainsi de plus en plus inefficace et s\u2019attire les foudres d\u2019une partie importante de l\u2019électorat, notamment la jeunesse.Les employés du secteur public en paient le prix, de même que les organisations 41 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 communautaires.Tout cela alimente certes des critiques de la gauche et du mouvement syndical, mais aussi un discours où on fait apparaître l\u2019État comme responsable de tout ce qui va mal, parce qu\u2019il coûterait trop cher alors que les services offerts ne seraient pas à la hauteur.La montée du conservatisme dans la région de Québec est intimement associée à une haine envers l\u2019État québécois (impôts trop élevés, fonction publique considérée lourde et privilégiée) et se traduit par de plus forts appuis au fédéralisme canadien.Le néolibéralisme cultive également un individualisme qui s\u2019exprime par un rejet de l\u2019action collective et des projets de société (le projet de pays en est un).Il a pour effet de dépolitiser l\u2019économie en redonnant au marché la place prépondérante qu\u2019il occupait avant le tournant keynésien.L\u2019idée voulant que le secteur privé crée la richesse alors que l\u2019État effectue des ponctions sur cette richesse s\u2019est solidement incrustée dans les esprits.L\u2019État québécois s\u2019en trouve dévalorisé, alors qu\u2019il a déjà été un objet de fierté.Par opposition aux années 1960 et 1970, il cesse d\u2019apparaître comme une solution aux problèmes qui se posent.Qui plus est, les principales forces politiques tiennent plus ou moins le même discours, à quelques variations près.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de constater une baisse du taux de participation électorale1 et du membership des partis politiques, au Québec comme dans les autres pays développés.Les appels à la déconstruction de l\u2019État deviennent peu conciliables avec ceux qui cherchent à stimuler l\u2019attachement à l\u2019État québécois.1 Voir Michel Roche, « Néolibéralisme et abstentionnisme » in Démocratie, gouvernance et participation citoyenne, Chicoutimi, Groupe de recherche et d\u2019intervention régionales, 2015. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 La concentration accélérée de la richesse a eu des effets importants sur les catégories de la population motivées par l\u2019appât du gain.Comme l\u2019a bien démontré Thomas Piketty2 dans son ouvrage monumental sur les inégalités sociales, le néolibéralisme a fortement contribué à l\u2019ascension fulgurante des revenus des PDG.Chez nous, comme ailleurs sans doute, ce phénomène a attiré vers le secteur privé des individus dont la carrière a d\u2019abord été associée au développement de l\u2019État et des institutions qu\u2019il a mises sur pied dans un contexte d\u2019affirmation nationale.Combien, parmi les anciens dirigeants de la fonction publique et des sociétés d\u2019État (auxquelles on a d\u2019ailleurs imposé un virage commercial) ont renoncé à l\u2019indépendance après avoir milité pour elle ?Combien ont suivi les traces de Raymond Bachand et d\u2019Henri-Paul Rousseau, pour ne nommer que ceux-là ?La réussite personnelle l\u2019emporte sur l\u2019émancipation nationale.Du point de vue des rapports de force avec Ottawa, le néo- libéralisme défavorise nettement le Québec.Les provinces ont hérité des pouvoirs ayant trait à la reproduction de la force de travail, en particulier des politiques sociales, pratiquement inexistantes en 1867.Comme nous l\u2019avons vu plus haut, le développement d\u2019un État-providence dans les années 1960 a contribué au renforcement de l\u2019identification à l\u2019État québécois, le seul qui soit pleinement contrôlé par la nation québécoise.Les politiques néolibérales tendent à remettre en cause cet État-providence, ce qui affecte davantage l\u2019État québécois que l\u2019État fédéral canadien, sauf en ce qui concerne l\u2019assurance-emploi.La restructuration de l\u2019État frappe de plein fouet les programmes sociaux.L\u2019État fédéral, avec ses sources de revenus plus considérables et ses champs de juridiction particuliers, se trouve moins affecté.Par ailleurs, les réductions de trans- 2 Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Paris, Seuil, 2013. 43 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ferts de ce même État fédéral font porter aux provinces l\u2019odieux des compressions qu\u2019elles estiment devoir opérer.Dans le contexte actuel, le gouvernement Trudeau ne manquera pas d\u2019apparaître plus attirant que celui que dirige Philippe Couillard.Encore une fois, un peu comme dans les années 1950, le gouvernement fédéral pourrait séduire les progressistes au détriment de l\u2019État québécois qui présente le visage crispé de la « rigueur budgétaire » et qui subit la mobilisation des forces syndicales et des groupes populaires.Ajoutons encore que le néolibéralisme fait de nombreuses victimes, souffrant de la précarité, de la pauvreté, des salles de classe surchargées, des longues attentes dans les urgences des hôpitaux, des pressions considérables exercées sur les salariés de toutes catégories, y compris les professionnels de qui on exige des rendements toujours croissants pour faire face à la concurrence internationale, etc.Les cas de maladies liées au stress ont grimpé en flèche : suicides, anxiété, dépressions, épuisement professionnel.Les effets négatifs du néolibéralisme et des nouvelles méthodes de gestion qu\u2019il implique ont rendu moins urgent, aux yeux de certains militants identifiés à la gauche, la mobilisation pour l\u2019indépendance.L\u2019implication de plusieurs d\u2019entre eux en 2011 et 2015 au sein du NPD plutôt que du Bloc québécois illustre la réalité de ce phénomène.Les difficultés croissantes auxquelles font face les sociétés développées ont donc entraîné des divisions vraisemblablement inconciliables entre les tenants du néolibéralisme, qui considèrent cette doctrine comme le remède à ces difficultés, et les autres, qui le tiennent pour responsable de ce qui va mal ou, à tout le moins, comme la plus mauvaise des solutions.C\u2019est ainsi qu\u2019au Québec, le néolibéralisme a fait éclater la coalition indépendantiste entre une gauche et une 44 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 droite qu\u2019on désignera ainsi, par convenance.Le PQ a perdu des membres et une partie de sa base électorale tant du côté droit avec la CAQ que du côté gauche avec Québec solidaire.Ce qui reste du Parti québécois a toutes les apparences du « champ de ruines » évoqué par Jacques Parizeau.Il a perdu toute cohérence.On a pu l\u2019observer avec le gouvernement Marois.Contrairement au keynésianisme (et au fordisme autrefois en vigueur dans l\u2019industrie), le néolibéralisme ne permet pas les compromis susceptibles de satisfaire à la fois le patronat et les salariés.Cette incohérence est symbolisée à l\u2019extrême par un chef milliardaire qui tente de masquer son passé de patron antisyndical et ouvertement favorable au néolibéralisme, alors qu\u2019il critique aujourd\u2019hui les politiques austéritaires du gouvernement Couillard.Croire que la volonté de faire l\u2019indépendance permettra de recoller les morceaux constitue un déni des raisons pour lesquelles l\u2019éclatement a eu lieu.Les trop fréquentes insultes proférées par les uns et les autres, dans tous les camps, sont et demeureront totalement contre-productives.Québec solidaire ne disparaitra pas sous une pluie de quolibets pas plus qu\u2019il ne parviendra à attirer des masses de péquistes.La situation de la CAQ est sans doute moins claire, mais ce parti compte sur la mise à l\u2019écart de l\u2019option indépendantiste pour maintenir son existence.À mon avis, il faudra bien plus que des arguments pour en venir à bout.Alors, que faire ?Certains regardent du côté de la Catalogne, qui a donné l\u2019exemple de la possibilité de former une coalition indépendantiste entre tendances inconciliables sur le plan socio-économique.La chose est-elle possible au Québec ?Pour cela, il faudrait que les partis politiques s\u2019entendent préalablement sur une stratégie d\u2019accession à l\u2019indépendance et, par la suite, sur une stratégie électorale.En Catalogne, l\u2019existence d\u2019un mode de scrutin proportion- 45 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 nel facilite les coalitions bien plus facilement que le système uninominal à un tour en vigueur au Québec.Cet obstacle sera difficile à surmonter.En même temps, il devient pratiquement impossible de renverser les libéraux (majoritaires avec 46,0 % en 2003, 42,1 % en 2008 et 41,5 % des voix en 2014) alors que l\u2019opposition reste divisée en trois partis.Le PQ peut-il arracher des voix à la CAQ ?QS peut-il espérer ravir une partie de l\u2019électorat péquiste ?Pour que l\u2019un des partis puisse battre les libéraux, il faudrait un transfert relativement important des votes vers un seul des trois partis d\u2019opposition, sinon une saignée du côté du PLQ.Cette dernière option apparaît pour l\u2019instant peu probable dans la mesure où ce parti bénéficie d\u2019appuis structurels importants.De tous les partis politiques, il est celui dont la base électorale est la plus solide puisqu\u2019il constitue l\u2019instrument politique principal du patronat et des fédéralistes inconditionnels, dont la vaste majorité des anglophones et des allophones.Dans un tel contexte, les indépendantistes assumés et les « mous » ont l\u2019obligation d\u2019entreprendre des pourparlers, dès cette année.S\u2019ils n\u2019arrivent pas à s\u2019entendre, l\u2019histoire les jugera sévèrement.Autrement, il ne nous reste plus, à moyen terme, qu\u2019un seul espoir : un nouveau tournant dans les grandes orientations de l\u2019économie à l\u2019échelle internationale, canadienne et québécoise.Certains signaux laissent entendre qu\u2019un retour au keynésia- nisme et au providentialisme est possible.Si cette tendance se renforce, elle facilitera grandement l\u2019unité des indépendantistes.Un PQ keynésien s\u2019entendrait plus facilement avec Québec solidaire.De même, la CAQ n\u2019échapperait pas à une tendance lourde en provenance des États-Unis, de l\u2019Union européenne et d\u2019ailleurs.L\u2019échec de plus en plus évident du néolibéralisme entraîne des demandes 46 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 croissantes d\u2019intervention de l\u2019État, de redistribution de la richesse, de réglementations plus sévères pour combattre les problèmes environnementaux, l\u2019évasion fiscale, etc.Le néolibéralisme a affaibli le mouvement indépendantiste.Son échec pourrait le renforcer.En ce sens, l\u2019avenir du projet indépendantiste québécois est intimement lié à la direction que prendra la gestion de la crise de l\u2019économie capitaliste à l\u2019échelle mondiale.q 47 ARTICLES Simon-Pierre Savard-Tremblay* L\u2019UNIVERSITÉ DE LA REPRODUCTION CORPORATIVE** On devrait fonder une chaire pour l\u2019enseignement de la lecture entre les lignes.- Léon Bloy Pourquoi un chapitre sur l\u2019université dans un ouvrage sur la trahison de l\u2019État-nation par nos élites ?La raison est toute simple.L\u2019université est l\u2019institution la plus importante de formation de ces élites.L\u2019État-succursale a façonné l\u2019université à son image afin d\u2019assurer sa reproduction perpétuelle, pour que son modèle puisse être passé de génération en génération afin que ceux qui sortent des rangs académiques soient fabriqués sur un moule très précis, aptes à grimper les échelons de l\u2019État pour que celui-ci puisse poursuivre dans la même direction.La compréhension des transformations de l\u2019enseignement supérieur revêt aussi une importance primordiale par le fait qu\u2019elle témoigne, dans l\u2019institution même de la formation de la relève, des grandes transformations qui ont touché le Québec.* Doctorant en sociologie, président de Génération nationale ** Extrait d\u2019un ouvrage à paraître sur la trahison de l\u2019État-nation par nos élites. 48 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Le chercheur comme fournisseur idéologique L\u2019université a été presque entièrement réorientée vers la recherche.Il nous incombe ici d\u2019insister sur une dimension particulière de ce changement de cap : la mobilisation du chercheur pour la fonction publique.Que les professeurs, qui sont jusqu\u2019à preuve du contraire experts dans leur domaine, acceptent des contrats afin que leur savoir puisse bénéficier à l\u2019État ne devrait pas poser de problème de prime abord.Que des enseignants en énergie, en environnement ou en technologie produisent de la nourriture intellectuelle pour les ministères consacrés à des dossiers, rien de plus normal.Pour les sciences sociales, cependant, force est d\u2019admettre qu\u2019il est plus aisé de concocter des théories plus ou moins sérieuses.Les technocrates dépersonnalisés peuvent désormais s\u2019improviser thérapeutes grâce à l\u2019assentiment des grands penseurs.C\u2019est ainsi que l\u2019école moderne, au Québec, a pu être pensée, alors que des universitaires ont fourni l\u2019arsenal idéologique et rhétorique aux fonctionnaires du ministère de l\u2019Éducation pour produire ce qu\u2019on a appelé le « renouveau pédagogique », dernière réforme pédagogique en date1.Abandonnant sa mission de transmettre un monde commun, l\u2019école se contente désormais de former de « bons citoyens » prêts pour le « marché du travail ».Par conséquent, on y voit ainsi l\u2019enfant, qu\u2019on appelle désormais « apprenant » plutôt qu\u2019« élève », comme détenant des capacités autocréatrices : il ne devrait pas se contenter d\u2019acquérir ce qu\u2019il lui sera transmis, car cela aurait le malheur de l\u2019enfermer dans une vision du monde trop « étroite ».1 Sur celle-ci, on conseillera la lecture du collectif suivant : Marc Chevier (dir.), Par-delà l\u2019école-machine.Critiques humanistes et modernes de la réforme pédagogique au Québec, MultiMondes, 2010, 208 p. 49 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 En prônant l\u2019acquisition de « compétences » au détriment de la transmission de connaissances, elle restreint l\u2019éducation à un rôle strictement technique et utilitaire.Les compétences valent-elles quelque chose sans connaissances ?Lorsque les connaissances disparaitront, le savoir disparaitra lui aussi.Le relativisme pédagogique, qui se voudrait garant de l\u2019ouverture d\u2019esprit, est en réalité une manifestation imposante de sa fermeture.Indispensable à l\u2019épanouissement de l\u2019esprit, la culture générale permet de transmettre une culture commune à tous les citoyens.Mais aujourd\u2019hui, le mot « culture » fait référence à n\u2019importe quoi : aquaculture, agriculture, culture de la danse, culture culinaire ou festive, etc.La culture devrait cependant s\u2019employer avec un « C » majuscule : elle n\u2019est pas relative, ne doit pas être relativisée, car elle est à la fois nationale et occidentale.L\u2019éducation devrait élever l\u2019individu et non le rabaisser.Nous sommes de plus en plus étrangers à nos origines : nous ne voulons plus savoir ni comprendre d\u2019où nous venons.En écoutant les moindres caprices de l\u2019élève, le système éducatif le conforte dans un individualisme obtus, contribuant paradoxalement à limiter sa capacité de jugement et de réflexion.L\u2019école se caractérise désormais par un oubli de la société en général, de ses normes et de ses institutions : cela se traduit notamment par le refus de s\u2019intéresser, sinon d\u2019assumer, l\u2019identité nationale du Québec, son histoire et sa culture.L\u2019idée même d\u2019une éducation nationale semble actuellement inconcevable.L\u2019éducation n\u2019est-elle pourtant pas le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence ?L\u2019éducation ne permet-elle pas à l\u2019individu de se placer au sein d\u2019une entité qui lui préexiste et le dépasse ?En cela, le cours Éthique et culture religieuse est aussi révélateur de cette dimension, 50 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ne voulant plus transmettre une culture, mais au contraire inciter le jeune à en redessiner une sur une page blanche2.La situation est similaire par rapport à l\u2019Histoire depuis la réforme de son enseignement en 2006, alors qu\u2019on cherche à décentrer le récit du chemin parcouru par le Québec de sa nation3.Ces deux enseignements s\u2019inscrivent dans la même logique que le « Renouveau pédagogique », celle d\u2019un déracinement radical de l\u2019individu.La maximisation de l\u2019accessibilité \u2013 on ne parle pas ici de l\u2019aspect financier \u2013 et la démocratisation ont conduit à un abaissement constant de la réussite à l\u2019école, se caractérisant notamment par les bulletins non chiffrés et l\u2019interdiction du redoublement.L\u2019autorité du maître est également remise en question.Il ne faudrait surtout pas, au nom de l\u2019autonomie de l\u2019apprenant, que celui-ci en vienne à imiter les méthodes de travail de l\u2019enseignant.Il risquerait alors d\u2019être contaminé par la maladie du conformisme.Or, quelle valeur faut-il attribuer à la réussite lorsque celle-ci est étrangère à la notion d\u2019effort et d\u2019autorité ?La valorisation du mérite et de l\u2019excellence ne devrait pourtant nullement s\u2019opposer à l\u2019accessibilité aux institutions d\u2019enseignement.Bien entendu, l\u2019effritement d\u2019un service public a pour effet de donner des ailes aux partisans du privé qui peuvent savourer depuis une quinzaine d\u2019années le palmarès des écoles secondaires les plus performantes qu\u2019offre le maga- 2 On suggèrera le rapport suivant à quiconque souhaite en savoir davantage sur ce cours de propagande qui est enseigné dans nos écoles.Joëlle Quérin, Le cours Éthique et culture religieuse : transmission des connaissances ou endoctrinement, Institut de recherche sur le Québec, novembre 2009.3 Une étude éclairante a été menée sur celui-ci .Charles-Philippe Courtois, Le nouveau cours d\u2019histoire du Québec au secondaire : l\u2019école québécoise au service du multiculturalisme canadien ?, Institut de recherche sur le Québec, mars 2009. 51 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 sine L\u2019Actualité, et qui place toujours les institutions privées en tête de peloton.Détail à mentionner : le palmarès est généralement monté par l\u2019Institut économique de Montréal.Pendant huit ans, l\u2019IEDM le réalisait conjointement avec un cercle de réflexion torontois du même acabit, le Fraser Institute4.Si l\u2019école moderne est une créature d\u2019universitaires québécois qui versent dans les théories sociologiques et pédagogiques les plus loufoques, l\u2019université tente elle aussi de dépasser le savoir traditionnel, celui qu\u2019on fonderait sur l\u2019évaluation scientifique.Sur quels critères doit-on fonder, dès lors, le nouveau savoir ?À l\u2019instar de l\u2019école primaire et secondaire qui construit des individus compétents, la nouvelle université fonde le savoir qu\u2019elle transmet sur ce qui est profitable et prétend détenir une valeur économique.L\u2019université comme marché Le professeur en éducation Normand Baillargeon rappelait l\u2019anecdote5 : en juin 2011, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a reçu un doctorat honoris causa du recteur de l\u2019Université de Montréal, Guy Breton, pendant que se tenait à Montréal le Forum économique international des Amériques.Le président-fondateur du Forum, Gil Rémillard, s\u2019était exprimé ainsi lors de la remise de la distinction : « Cela met en relief la relation étroite que veut établir la Conférence de Montréal avec les universités ».Quand on sait que le but de la Conférence de Montréal était 4 Florent Daudens, « Le palmarès de la discorde », Radio-Canada, vendredi 19 septembre 2008.http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2008/09/19/001- palmares-fraser-ecole.shtml 5 Normand Baillargeon, Je ne suis pas une PME.Plaidoyer pour une éducation publique, Essai Libre, 2011, 96 p.(p.15-16) 52 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 « de développer la connaissance des grands enjeux de la mondialisation des économies » et de « faciliter les rencontres pour développer les échanges internationaux et les occasions d\u2019affaires6 », Rémillard ne croyait pas si bien dire.L\u2019université est aujourd\u2019hui toute soumise à une logique de rentabilité et de conversion totale aux exigences de l\u2019économie.Les universités sont aujourd\u2019hui traversées par une double compétition.Celle qui les oppose les unes aux autres, et celle qui les traverse depuis l\u2019intérieur.Commençons par le premier cas.Les universités sont aujourd\u2019hui obsédées par leur position dans les grands palmarès.En fonction de quoi sont-elles cotées ?Cela dépend du classement.Le « classement de Shanghai », réalisé par l\u2019Université Jia Tong, utilise six indicateurs, tous liés à la recherche.À qualité égale, on tranchera en faveur de l\u2019établissement où le nombre de chercheurs sera le plus grand7.Celui du journal britannique Times Higher Education, se penche sur l\u2019enseignement et la recherche, mais aussi sur la réputation8.En 2006, le magazine Newsweek a publié, pour la seule fois de son existence, un classement basé exclusivement sur les indicateurs de performance.Le Webometrics Ranking of World Universities, élaboré par un organisme public espagnol, s\u2019intéresse quant à lui à la visibilité et à la présence sur internet des différentes institutions9.Universitas 21 se fonde sur 20 critères liés évaluant l\u2019investissement gouvernemental et privé, les retom- 6 Page consacrée à la Conférence de Montréal, sur le site du Forum.http://forum-ameriques.org/montreal 7 http://www.shanghairanking.com/ARWU-Methodology-2014.html 8 https://www.timeshighereducation.co.uk/world-university- rankings/2015/reputation-ranking#/ 9 http://www.webometrics.info/en/Methodology 53 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 bées des recherches, la production d\u2019une main-d\u2019œuvre qualifiée répondant aux besoins du marché, les réseaux internationaux, etc10.Nous gardions néanmoins le meilleur pour la fin : Mines ParisTech évalue la force d\u2019un établissement en fonction du nombre d\u2019anciens étudiants à être devenus PDG d\u2019une des 500 plus grandes entreprises du monde11.L\u2019exposition des méthodologies parle d\u2019elle-même.L\u2019accent mis sur la recherche et la réputation ne peut rester sans impacts.La dérive de l\u2019université, c\u2019est de transformer les programmes d\u2019enseignement en techniques professionnelles dont on valorise les plus utilitaires.Elle se traduit de diverses manières, à commencer par l\u2019abolition des programmes peu rentables financièrement, que les plus grossiers de la pensée économiste appellent « sciences molles », c\u2019est-à-dire les sciences humaines.On ne trouve guère un meilleur exemple du déclin d\u2019une société que cette dévalorisation du savoir prétendument non utilitaire.Et pourtant, la logique va dans les deux sens : on accroit d\u2019autant plus la désuétude des programmes de « sciences molles » en laisser miroiter qu\u2019elles sont dénuées de perspectives d\u2019avenir.La concurrence ne se trouve pas seulement sur le terrain international.Elle se situe aussi à l\u2019intérieur des murs d\u2019une seule et même institution, où la course aux subventions fait force de loi.La survalorisation de la recherche a transformé la vocation du professeur.Celui-ci s\u2019est désintéressé de l\u2019enseignement, s\u2019acquittant à peine du strict minimum en la matière.Transmettre le savoir est devenu beaucoup moins valorisant que le statut social qui vient avec le fait d\u2019appartenir à la grande communauté des chercheurs reconnus du 10 http://www.universitas21.com/article/projects/details/153/executive- summary-and-full-2015-report 11 http://www.mines-paristech.fr/Donnees/data03/334-10.-Classements.pdf 54 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 monde globalisé.Ce sont aujourd\u2019hui les chargés de cours, aux emplois très souvent précaires, qui reprennent l\u2019enseignement délaissé par les professeurs.Au premier cycle, plus de 50 pour cent des cours sont donnés par eux.La structure de financement des universités ne pouvait rester intacte devant ce tout-à-la-recherche.Qui n\u2019a pas entendu un partisan de la hausse des frais de scolarité clamer que les universités sont sous-financées et que ce manque de ressources financières cause de graves insuffisances ?Que ces ratés affectent la qualité de l\u2019enseignement transmis, cela relève de la plus pure et la plus indéniable vérité, ce qui peut rendre l\u2019argument séduisant.Or, les politolo- gues Éric Martin et Maxime Ouellet nous aident à y voir plus clair : l\u2019université québécoise n\u2019est pas sous-financée, mais mal financée12.Prenons, en guise d\u2019exemple, l\u2019Université de Montréal13.Celle-ci segmente ses activités en quatre types de fonds.On y trouve le fonds de fonctionnement, qui comptabilise et est consacré aux activités courantes ; le fonds d\u2019immobilisations, lié aux bâtiments et au matériel, à leur financement et à leur acquisition ; le fonds avec restrictions, où se trouvent les chaires de recherche, les subventions et les contrats de recherche ; enfin, le fonds de dotation, où se trouvent les dons privés capitalisés sur les marchés boursiers, suivant donc les fluctuations de ceux-ci.Les sommes de ce dernier fonds ne peuvent être utilisées pour financer l\u2019enseignement.Le montant des subventions et des contrats de recherche aux universités est passé de 11,9 millions à 1 382 milliards entre 1980 12 Éric Martin et Maxime Ouellet, Université Inc.Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l\u2019économie du savoir, Lux, 2012, 152 p.(p.27-32) 13 http://fin.umontreal.ca/direction-finances/description-fonds/index.html 55 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 et 200414.L\u2019université ne souffre donc nullement d\u2019un manque de ressources financières, c\u2019est l\u2019enseignement qui en est victime, surtout dans un contexte où la taille des classes ne cesse d\u2019augmenter.Outre la recherche subventionnée, l\u2019université participe également à des recherches à des fins commerciales lorsque des entreprises choisissent de sous-traiter à un universitaire une étude à leur profit.Cela donne aux entreprises un accès aux chercheurs et \u2013 pour des sommes modiques \u2013 au personnel, au soutien technique et aux locaux qui demeurent presque exclusivement financés par les fonds publics.Le principal danger de la recherche commercialisée est bien entendu la soumission du chercheur aux intérêts de la compagnie qui la finance.Les objets de recherche sont définis par l\u2019entreprise et, selon l\u2019entente, les résultats lui appartiendront.Ainsi, si la conclusion de l\u2019universitaire désavantage l\u2019entreprise, par exemple sur le caractère sécuritaire d\u2019un produit, la compagnie aurait le loisir de garder les résultats de l\u2019étude pour elle.Cela est d\u2019autant plus dangereux pour les secteurs scientifiques, médicaux et technologiques de la recherche universitaire.On imagine d\u2019emblée les formidables complications légales dans le cas où un chercheur voudrait alerter le public après avoir fait une découverte qui nuirait aux profits de la compagnie qui lui aurait donné le contrat de recherche.Baillargeon le souligne : les conventions collectives des professeurs sur les droits d\u2019auteur, les brevets d\u2019invention ou les licences étaient autrefois minimalistes, mais sont aujourd\u2019hui des documents extrêmement complexes15.Le professeur, potentiellement bâillonné au nom d\u2019intérêts lucratifs, perd toute sa fonction d\u2019analyste critique et de communicateur de cette même pensée critique.14 Chiffres cités dans Martin-Ouellet, 2012, p.28 15 Baillargeon, 2011, p.37 56 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Peut-on dire, au moins, ce que la fixation sur la recherche commerciale rapporte ?Oui, mais pas aux universités, alors que moins de 1 pour cent de leur budget provient de la recherche commercialisée16.Elle entraîne même des coûts supplémentaires, alors que les employés affectés à la gestion de la propriété intellectuelle et aux frais juridiques représentent les masses salariales les plus élevées, respectivement 28 millions et 15 millions en 2008.Les dépenses puisées dans les fonds de fonctionnement et liées à la gestion de la propriété intellectuelle dans les universités ont augmenté de 9 pour cent entre 2007 et 2008, passant de 372 000 à 409 000 dollars17.Le jeu n\u2019a même pas le mérite d\u2019en valoir la chandelle.L\u2019invasion par les Chaires S\u2019il est bien une institution qui promeut le dogme d\u2019une recherche universitaire qui serait le signe ultime d\u2019une distinction sociale de haut calibre, c\u2019est bien la chaire canadienne de recherche.Les professeurs qui parviennent à en faire reconnaître une sont immédiatement érigés au statut de vedettes départementales.L\u2019appartenance à une chaire exige généralement au professeur que celui-ci réduise maxi- malement le nombre de cours qu\u2019il donne.L\u2019appartenance à une chaire confère aussi à l\u2019universitaire une existence médiatique, et lui vaut d\u2019être de plus en plus couru par 16 La dernière fois, du moins, où la chose a été calculée.Statistiques Canada, Enquête sur la commercialisation de la propriété intellectuelle dans le secteur de l\u2019enseignement supérieur 2006 et 2005, novembre 2008.17 Éric Martin et Maxime Ouellet, La gouvernance des universités dans l\u2019économie du savoir, Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques, octobre 2010.http://www.cadeul.ulaval.ca/envoi/La_gouvernance_des_universites_ dans_leconomie_du_savoir.pdf 57 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 les étudiants qui voient \u2013 avec raison \u2013 leur intérêt à être dirigés, pour leurs études supérieures, par des professeurs qui ont de l\u2019argent et des contrats à distribuer.Les Chaires sont devenues de véritables structures de recrutement et de promotion intra-universitaire.À l\u2019instar de la recherche commercialisée, les chaires favorisent l\u2019imposition d\u2019un certain programme.Dans le cas présent, c\u2019est l\u2019État canadien et ses organismes sub- ventionnaires qui le tiennent, et, financièrement parlant, le dictent.Et tout comme la recherche commercialisée, l\u2019universitaire ne voudrait surtout pas mordre la main qui le nourrit.Pardonnez-moi ma naïveté, mais l\u2019éducation n\u2019est-elle pas de compétence provinciale ?Qu\u2019importe, le partage des pouvoirs, c\u2019était le passé.Cela est fort commode pour Ottawa dans le contexte où celle-ci tente d\u2019avancer dans son entreprise de construction nationale unitaire.Celle-ci passe par la déconstruction de la nation et de l\u2019État qui pourraient se trouver sur son chemin.Certains diront qu\u2019il n\u2019y a pas de manière québécoise ou de méthode canadienne de comprendre la chimie, et ils auront raison.L\u2019invasion pédagogique n\u2019est cependant pas aussi anodine en ce qui a trait aux sciences humaines.Le président du Conseil de recherches en sciences humaines, Marc Renaud, le disait clairement en 2004, le CRSH devait passer d\u2019organisme subventionnaire à orienteur de savoir, « plus responsable du développement des sciences humaines au pays », se défendant toutefois de vouloir faire de la réingénierie de recherche18.C\u2019est ainsi qu\u2019un individu tel que Jocelyn Létourneau, qui affirme textuellement que 18 Jean Hamann, « Mutations du Conseil des recherches en sciences humaines du Canada.Des chercheurs sont inquiets », Le Fil, Université Laval, 15 avril 2004. 58 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 la nation québécoise n\u2019existe pas19 et dont l\u2019œuvre tourne exclusivement autour de cette idée, a pu se trouver à la tête de la Chaire de recherche du Canada en histoire du Québec contemporain.C\u2019est pour faire contrepoids à cette donne que le gouvernement de Pauline Marois a annoncé en 2014 qu\u2019il financerait huit chaires de recherche en identité québécoise, touchant notamment la langue et l\u2019identité20.Le Québec aurait ainsi pu développer un espace académique où il aurait été possible de produire des recherches traitant de sa propre condition, ne laissant plus uniquement ce terrain au Canada et à sa vision radicalement divergente sur ces thèmes.Mais, cette même année, les libéraux ont annoncé, à peine élus, que ces programmes ne verraient jamais le jour, évoquant les « vraies affaires », dont la connaissance de l\u2019histoire et de la langue ne fait visiblement pas partie21.Les quelques courageux qui souhaiteront étudier des enjeux nationaux devront accepter de continuer à se condamner à la marginalité académique, ou changer de voie pour se convertir à l\u2019exotisme universitaire.Quand le capital dirige les universités Si le contenu universitaire est orienté par les impératifs utilitaires et commerciaux et récupéré idéologiquement par Ottawa, une question reste entière : qui dirige les établissements ?Les entreprises, qui sont déjà très présentes par le financement de la recherche, se trouvent aussi sur les conseils d\u2019administration.Ce sont d\u2019ailleurs ces admi- 19 Antoine Robitaille, « La nation, pour quoi faire ?Quelle nation Stephen Harper a-t-il reconnue cette semaine ?Au fait, cette nation existe-t-elle vraiment ?», Le Devoir, 25 novembre 2006.20 Hugo Prévost, « Québec financera des chaires de recherche sur l\u2019identité », La Presse Canadienne, 2 mars 2014.21 Philippe Orfali, « Bolduc annule la création des chaires sur l\u2019identité », Le Devoir, 30 avril 2014. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 nistrateurs qui bénéficient, avec les recteurs et le personnel de gérance et de direction, des hausses de salaire les plus importantes pendant que les professeurs ont vu la masse salariale leur étant consacrée baisser de 4,4 pour cent entre 1997 et 200522.La catastrophe a cependant été frôlée en 2009, alors que la ministre de l\u2019Éducation, Michelle Courchesne, a déposé la Loi modifiant la Loi sur les établissements d\u2019enseignement de niveau universitaire et la Loi sur l\u2019Université du Québec en matière de gouvernance, qui n\u2019a heureusement pas vu le jour23.Le projet de loi prévoyait qu\u2019au moins 60 pour cent des administrateurs se qualifient comme « indépendants ».Par « indépendant », on implique que l\u2019administrateur ne puisse avoir été à l\u2019emploi de l\u2019établissement au cours des trois années précédentes ou en être étudiant24.Le projet de loi mentionnait noir sur blanc que les « relations ou intérêts de nature philanthropique d\u2019une personne ne sont pas pris en compte dans sa qualification de membre indépendant25 ».Parmi ce quota de 60 pour cent d\u2019administrateurs indépendants,un seul est nommé par le gouvernement.Tous les autres sont nommés par le CA lui-même, établissant une dynamique d\u2019auto-nomination perpétuelle.Le texte est d\u2019une clarté limpide : la porte des CA aurait été grande ouverte aux affairistes de tous les horizons.Le projet de loi n\u2019a certes jamais été adopté, mais n\u2019aurait-il au final 22 Nathalie Dyke, Michel Umbriaco et Cécile Sabourin, Financement des universités.Investir dans le corps professoral, FQPPU, avril 2008, p.7.Cité dans Martin-Ouellet, 2012, p.29 23 Projet de loi no 38, Loi modifiant la Loi sur les établissements d\u2019enseignement de niveau universitaire et la Loi sur l\u2019Université du Québec en matière de gouvernance, Éditeur officiel du Québec, 2009.24 Ibid., p.4 25 Ibid. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 que rendu obligatoire une situation qui constitue déjà une tendance ?Il est, dans tous les cas, très éloquent quant à la perception qu\u2019entretiennent nos gouvernants face à la vocation de l\u2019université.Pour une véritable université Plusieurs de ceux qui dénoncent cette réalité grandissante en appellent à une université publique.On se contentera quant à nous de parler de véritable université, étant publique par essence.Elle est aussi un levier permettant la transmission d\u2019une culture.Ceux qui s\u2019en imprègnent s\u2019en trouvent de facto enrichis.Par conséquent, il incombe de voir l\u2019université comme le lieu de formation des véritables meneurs dans les divers domaines qui y sont enseignés.Le nivellement par le bas de l\u2019université causé par la démocratisation massive de l\u2019enseignement doit impérativement cesser, comme si les étudiants n\u2019étaient que des clients qui n\u2019avaient qu\u2019à payer leur droit d\u2019entrée.Il importe de percevoir l\u2019enseignement supérieur à la fois comme un privilège et comme un droit.Privilège, car le niveau universitaire n\u2019est pas, contrairement au primaire et au secondaire, obligatoire.Il faut bien constater une évidence, il y a actuellement trop d\u2019étudiants dans les établissements d\u2019enseignement supérieur.Une hausse des exigences et la mise en place de critères favorisant un plus grand dépassement de soi chez l\u2019étudiant ne pourraient qu\u2019améliorer la qualité de la formation et revaloriser l\u2019université autrement que par des critères économiques.Ce nécessaire tri ne devrait jamais s\u2019opérer sur la base des moyens financiers.Le nécessaire effort prôné ici ne doit jamais en devenir un pour rembourser une dette contractée lors des études.Il n\u2019a pas non plus à mener à un épuisement dans la quête de revenus pour pouvoir terminer ces mêmes 61 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 études.Quiconque a les capacités d\u2019entreprendre et de réussir des études supérieures devrait pouvoir le faire, nonobstant l\u2019état de son portefeuille.C\u2019est en cela que l\u2019on parle à la fois de droit et de privilège.Le Québec a fait le choix de conserver des droits de scolarité relativement bas.Mais pour que l\u2019éducation soit pleinement l\u2019éducation publique, le Québec devrait faire le choix de la gratuité scolaire, de la maternelle aux études postdoctorales.La gratuité scolaire n\u2019est pas la solution à tout, la marchandisation de l\u2019éducation et la nécessaire révision de la culture universitaire n\u2019accompagneraient pas automatiquement sa mise en place, mais elle serait l\u2019aboutissement logique d\u2019une inversion du processus actuellement en cours.Le Québec en a les moyens.Plusieurs formules peuvent alors être envisagées.En 2012, quatre chercheurs ont publié une proposition26 plutôt convaincante, qui se décline en cinq volets : octroi de 30 crédits universitaires gratuits, l\u2019équivalent d\u2019une mineure ou d\u2019un certificat ; les crédits supplémentaires aux 30 gratuits seront payables progressivement par l\u2019étudiant seulement après la fin des études, à travers sa déclaration de revenus ; abolition du système de prêts ; abolition du crédit d\u2019impôt pour frais de scolarité ; contribution spéciale exigée pour les anciens étudiants lorsque ceux-ci remboursent leurs droits de scolarité après leurs études.Que l\u2019on soit d\u2019accord ou non avec chacune des modalités de la proposition a peu d\u2019importance, elle a le mérite d\u2019être réaliste, réalisable et juste.Mais nous sommes encore bien loin de la coupe aux lèvres.Nous en viendrions à voir l\u2019uni- 26 Jules Bélanger, Oscar Calderon, Yves Richelle et Henri Thibaudin, « Gratuité scolaire, tout en payant \u201c sa juste part \u201d Une contribution au débat sur les droits de scolarité au Québec », Note d\u2019intervention, Institut de recherche en économie contemporaine, avril 2012. 62 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 versité comme une institution devant former des êtres libres et complets, et non inculquer aux étudiants la mentalité de l\u2019utilisateur-payeur désincarné.La gratuité scolaire percevrait un service public pour ce qu\u2019il est plutôt que comme une occasion d\u2019affaires.L\u2019université québécoise contemporaine va plutôt dans le sens inverse, tournée vers la production de gestionnaires du système global.C\u2019est à la dissolution d\u2019une certaine conception de la communauté à laquelle contribue activement l\u2019enseignement supérieur aujourd\u2019hui, avec les résultats que l\u2019on connaît.Les Montréalais qui s\u2019aventurent au centre-ville peuvent d\u2019ailleurs contempler un formidable monument, emblématique des prétentions entrepreneu- riales de l\u2019université, et faisant office de splendide hommage à celles-ci : l\u2019Îlot-Voyageur\u2026 q 63 ARTICLES Daniel Turp* DE L\u2019IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ D\u2019APPROFONDIR LA RECHERCHE SUR LE PROJET D\u2019INDÉPENDANCE NATIONALE DU QUÉBEC** Je tiens d\u2019abord à remercier mon collègue Denis Monière de m\u2019avoir invité à prendre la parole ce soir devant votre Mouvement démocratie et souveraineté.J\u2019ai le souvenir de la fondation du MDS en 2006 à l\u2019initiative du regretté Marc Brière et je tiens ici à louer la volonté de ses membres de continuer d\u2019agir comme un groupe de réflexion sur l\u2019idée de souveraineté et la nécessaire réforme des institutions démocratiques du Québec.Votre devise « La souveraineté par la démocratie, la démocratie par la souveraineté » est, à mes yeux, toujours aussi pertinente qu\u2019elle l\u2019était au moment de votre fondation et j\u2019espère pouvoir réfléchir avec vous sur ce lien entre démocratie en souveraineté en abordant la question dont Denis m\u2019a demandé de traiter et que je ferai en arguant « De l\u2019impérieuse nécessité d\u2019approfondir la recherche sur le projet d\u2019indépendance nationale du Québec ».Le choix de ce thème n\u2019est sans doute pas étranger au fait que dans le volet de sa plateforme relatif à l\u2019indépendance du Québec rendue publique à l\u2019université Laval le * Professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal.Député du Bloc québécois (1997-2000) et du Parti québécois (2003-2008) ** Allocution prononcée devant le Mouvement démocratie et souveraineté 12 janvier 2016 64 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 11 février 2015, le candidat à la chefferie du Parti québécois Pierre Karl Péladeau proposait d\u2019« initier la création d\u2019un Institut québécois de recherche appliquée sur l\u2019indépendance dont le mandat sera d\u2019effectuer des études, visant à démontrer les avantages concrets de l\u2019indépendance, à identifier les pertes causées par le régime canadien, à identifier les compétences fédérales à qui ralentissent ou désavantagent le Québec dans la fédération (CRTC, gestion de la voie maritime et des chemins de fer, paradis fiscaux, traités internationaux d\u2019hier et demain) et à cerner les gestes devant conduire à l\u2019indépendance du Québec ».J\u2019accompagne le nouveau chef du Parti québécois depuis son élection le 15 mai 2015 dans une réflexion destinée à mener à la création de cet institut et d\u2019un puissant instrument de recherche au soutien du projet d\u2019indépendance nationale.Je livre par ailleurs ce soir mes réflexions personnelles sur ce projet qui sont d\u2019ailleurs inspirées par les vues qu\u2019avait exprimées le premier ministre Jacques Parizeau qui a toujours plaidé pour la réalisation d\u2019études approfondies sur la souveraineté.Ainsi, dans une entrevue au journaliste Pierre Duchesne (l\u2019actuel chef de cabinet de Pierre Karl Péladeau) à Radio-Canada le 27 octobre 2010, M.Parizeau rappelait l\u2019importance de faire la pédagogie de la souveraineté et affirmait qu\u2019il fallait, sans préciser les moyens, « esquisser, sans être dogmatique [\u2026], comment cela va marcher.Il faut que la préparation de ce que l\u2018on veut faire, ça s\u2019amorce avec le congrès ».Cette entrevue se terminait par l\u2019affirmation selon laquelle les chefs, la direction, les cadres du Parti québécois doivent « transformer le rêve en projet » et qu\u2019il « ne faut pas seulement faire rêver les gens, il faut leur dire : Voici qu\u2019on a l\u2019intention de faire ».Les propos tenus lors de cette entrevue rappelaient la conclusion de l\u2019essai publié par le premier ministre en 2009 dont le passage suivant mérite d\u2019être cité : 65 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 C\u2019est pour cela qu\u2019il est tellement important que le mouvement souverainiste élabore les programmes d\u2019un gouvernement d\u2019un Québec indépendant avant même de prendre le pouvoir.Il faut tirer les leçons de 1995.On avait commencé des études avant l\u2019élection de septembre 1994 et le ministère de la Restructuration, crée à ce moment, s\u2019est rapidement mis au travail.Néanmoins le temps a manqué.L\u2019avalanche des études au cours des derniers mois durant la campagne référendaire projetait une image de désordre dommageable.[\u2026] Il faut qu\u2019on offre au citoyen la possibilité à l\u2019égard des questions qui le touchent, de voir comment telle question se présente, à quel genre de contraintes internationales il faut faire face, ce que le gouvernement propose, ce que l\u2019opposition en pense, pour qu\u2019il puisse se faire une idée1.L\u2019élaboration de « programmes d\u2019un gouvernement du Québec indépendant » que souhaitait Jacques Parizeau pourrait s\u2019appuyer sur des études ou la mise à jour des études déjà effectuées sur les questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté dont je voudrais vous présenter l\u2019inventaire (I).Mais il faut aller bien au-delà de ce qui a été effectué et définir les axes d\u2019une recherche approfondie destinée à soutenir le projet d\u2019indépendance nationale du Québec (II).I- Un inventaire des études sur la souveraineté Bien que l\u2019on ait laissé entendre que 1738 études sur la souveraineté avaient été réalisées à ce jour2, un inventaire destiné à recenser les études à caractère scientifique et approfondi permet de constater l\u2019existence de 148 études sur la 1 Voir Jacques PARIZEAU, La souveraineté du Québec \u2013 Hier, aujourd\u2019hui et demain, Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2009, p.248-249 2 Voir Miguel TREMBLAY, « 1738 études sur l\u2019indépendance », Huffington Post Québec, 13 juillet 2015, [en ligne : http://quebec.huff ingtonpost .ca/miguel - t remblay/etudes- souverainete-quebec-wiki-commissionindependance_b_7777256.html] 66 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 souveraineté.De ce nombre et parmi celles qui ont été préparées à la demande de l\u2019Assemblée nationale du Québec, 12 études sont le résultat des travaux de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (commission Bélanger-Campeau) et 67 études ont été préparées sous l\u2019égide de la Commission d\u2019études des questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté.L\u2019identité des personnes responsables de ces études et le titre de ces études sont présentées en annexe 1 ci-après.D\u2019autres études ont été préparées à la demande du gouvernement du Québec, qu\u2019il s\u2019agisse des 20 études préparées sous l\u2019égide du Secrétariat à la restructuration du gouvernement du Québec en 1995 et des 48 études consistant en des mises à jour des études de la commission Bélanger-Campeau et de la Commission sur les questions afférentes à la souveraineté rendues publiques en 2001 après avoir été commandées par le secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes.L\u2019identité des personnes responsables de ces études et le titre de ces études sont présentées en annexe 2 de la présente note.Une 148e étude a été préparée sous l\u2019égide de l\u2019Opposition officielle en 2005 et portait sur les Finances d\u2019un Québec souverain.L\u2019identité de la personne responsable de cette étude est présentée en annexe 3 de la présente note.Ces 148 études couvrent la très grande majorité des questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté.Les aspects économiques et des finances publiques de l\u2019accession à la souveraineté ont été fort bien couverts et l\u2019étude la plus récente de 2005 en outre sur la dimension financière de l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance nationale.Les dimensions sociales et culturelles de l\u2019accession à la souveraineté ont fait l\u2019objet d\u2019études approfondies également.Rares sont les matières qui n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019études, et parmi celles qui ne l\u2019ont pas été, et auxquels Jacques Parizeau a fait allusion dans ses interventions, est celui du droit pénal. 67 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Mais, on ne saurait aujourd\u2019hui se contenter de ses études ou penser qu\u2019il ne faudrait que mettre à jour celles qui ont été réalisées durant les 25 dernières années.Il faut envisager maintenant d\u2019effectuer des recherches encore plus approfondies et définir notamment des axes de recherche et s\u2019interroger sur la finalité de telles recherches.II- Des axes de recherche pour l\u2019indépendance Poursuivre et approfondir la recherche sur l\u2019indépendance est aujourd\u2019hui une impérieuse nécessité.Cette nécessité est fondée à la fois sur le devoir de bien informer les citoyens et citoyennes sur les impacts de l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance et de fournir aux les militants et militantes de la souveraineté des données et des arguments pour promouvoir de façon convaincante les Québécois et Québécoises de l\u2019intérêt pour le Québec de devenir un État souverain et indépendant.Mais, elle repose aussi sur la responsabilité qui incombe aux indépendantistes de prendre l\u2019offensive sur la question du statut politique du Québec et de placer les partisans du maintien du Québec au sein du Canada, avec ou sans réforme du fédéralisme, dans une position où ils devront répondre aux arguments tendant à démontrer que l\u2019indépendance du Québec sera le meilleur outil pour assurer librement le développement économique, écologique, social et culturel du Québec.Des études de qualité obligeront les tenants du statu quo qui dirigent le Parti libéral du Québec et les marchands d\u2019illusion que sont devenus les réformateurs du fédéralisme de la Coalition Avenir Québec à ne plus se contenter de clichés et de menaces pour s\u2019opposer au projet d\u2019indépendance et de démontrer les avantages du statu quo ou la faisabilité d\u2019une réforme constitutionnelle. 68 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Dans cette perspective, il est essentiel d\u2019élaborer un ambitieux programme de recherche pour l\u2019indépendance.Trois axes de recherche mériteraient d\u2019être privilégiés selon moi.En premier lieu, les travaux de recherche devraient porter d\u2019abord sur les avantages concrets de l\u2019indépendance du Québec et les désavantages concrets de l\u2019appartenance au Canada.Les Québécois et Québécoises sont d\u2019humeur à vouloir savoir quels seraient les bénéfices tangibles de l\u2019indépendance du Québec et je crois que ces avantages pourront être démontrés éloquemment, comme pourront également l\u2019être aussi les coûts excessifs qui résultent du statut de province du Québec.En deuxième lieu, les efforts de recherche devraient être axés autour l\u2019analyse approfondie de l\u2019exercice des compétences fédérales sur le territoire et à l\u2019égard des citoyens du Québec aux fins de formuler de propositions sur le futur exercice de ces compétences par un Québec indépendant, en particulier dans le domaine de la fiscalité, des transports, des communications et des affaires étrangères.En troisième lieu, un chantier de recherche mériterait d\u2019être consacré aux gestes devant conduire à l\u2019indépendance du Québec, et notamment l\u2019adoption d\u2019une Constitution québécoise et les modalités relatives à son élaboration.Ce dernier axe de recherche serait celui dans le cadre duquel pourrait notamment être entreprise la réflexion approfondie qui s\u2019impose depuis longtemps en matière de réforme des institutions démocratiques et d\u2019élaboration d\u2019un projet républicain pour le Québec.*** Il est temps pour le mouvement indépendantiste de s\u2019investir et d\u2019investir dans la recherche, comme l\u2019ont d\u2019ailleurs fait les Écossais et les Catalans qui ont récemment produit des livres blancs sur l\u2019indépendance soutenus par des travaux de recherche de grande envergure.La mise en ouvre d\u2019un ambitieux programme de recherche devrait, comme l\u2019a 69 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 suggéré M.Parizeau, être élaboré par le mouvement souve- rainiste avant même de prendre le pouvoir.C\u2019est donc avec l\u2019échéance du 1er octobre 2018 que l\u2019on doit compter, bien que l\u2019on sait d\u2019expérience que la date fixe de cette élection n\u2019est peut-être pas aussi fixe que l\u2019on croit.Il faut donc démarrer le travail le plus rapidement possible et je suis confiant que le chef du Parti québécois remplira l\u2019engagement qu\u2019il a pris d\u2019« initier la création d\u2019un Institut québécois de recherche appliquée sur l\u2019indépendance »3.3 Voir à ce sujet l\u2019article publié aujourd\u2019hui par Paul JOURNET, « PKP songe à faire un don \u201cimportant \u2018\u2019 à l\u2019Institut sur la souveraineté », Le Soleil, 11 janvier 2016 [en ligne : http://www.lapresse.ca/lesoleil/ actualites/politique/201601/11/01-4938801-pkp-songe-a-faire-un-don- important-a-linstitut-sur-lasouverainete.php. 70 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ANNEXE 1 Études sur la souveraineté préparées à la demande de l\u2019Assemblée nationale du Québec (79 études) A \u2013 Études préparées à la demande de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (commission Bélanger-Campeau) (12 études) Première partie Éléments d\u2019analyse économique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec Étude no 1 : Ivan Bernier, Le maintien de l\u2019accès aux marchés extérieurs : certaines questions juridiques soulevées dans l\u2019hypothèse de la souveraineté du Québec (non mise à jour) ; Étude no 2 : Secrétariat de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, L\u2019accès du Québec aux marchés extérieurs et à l\u2019espace économique canadien (mise à jour par Jean-Maurice Arbour ; voir l\u2019étude no 100) ; Étude no 3 : Pierre-Paul Proulx, Un examen des échanges commerciaux du Québec avec les autres provinces canadiennes, les États-Unis et le reste du monde (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 101) ; Étude no 4 : Pierre Fortin, La question de l\u2019emploi au Québec : la photo et le film (non mise à jour) ; Étude no 5 : Daniel Racette, Intégration financière internationale et interdépendance des politiques (non mise à jour) ; 71 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 6 : Bernard Fortin, Les options monétaires d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; Étude no 7 : Secrétariat de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec : Analyse des activités fiscales et budgétaires du gouvernement fédéral : évolution et comparaisons interprovinciales (non mise à jour) ; Étude no 8 : Ministère des Finances du Québec, La présence du gouvernement fédéral au Québec : les programmes de transferts fédéraux aux provinces, fonctionnement et évolution récente (non mise à jour) ; Étude no 9 : Secrétariat de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, Analyse pro forma des finances publiques dans l\u2019hypothèse de la souveraineté du Québec (non mise à jour).Deuxième partie Éléments d\u2019analyse institutionnelle, juridique et démolinguistique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec Étude no 10 : José Woehrling, Les aspects juridiques de la redéfinition du statut politique et constitutionnel du Québec (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 102) ; Étude no 11 : Luc Bergeron, L\u2019intégration européenne (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 103) ; Étude no 12 : Marc Termote, L\u2019évolution démolinguistique du Québec et du Canada (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 104). 72 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 B \u2013 Études préparées à la demande de la Commission parlementaire d\u2019étude des questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté (67 études) Première partie Les attributs d\u2019un Québec souverain Étude no 13 : Fernand Dumont, Quelques dimensions sociologiques du projet de souveraineté (non mise à jour) ; Étude no 14 : Simon Langlois, Identité et souveraineté nationales : le cas du Québec (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 105) ; Étude no 15 : Danielle Juteau et Marie McAndrew, Projet national, immigration et intégration dans un Québec souverain (mise à jour par l\u2019auteure ; voir l\u2019étude no 106) ; Étude no 16 : Claude C.Emanuelli, L\u2019accession du Québec à la souveraineté et la nationalité (mise à jour par l\u2019auteur en 2001 ; voir l\u2019étude no 107) ; Étude no 17 : François Crépeau, Les obligations internationales d\u2019un Québec souverain en matière d\u2019immigration (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 108) ; Étude no 18 : José Woehrling, Les droits des minorités linguistiques et culturelles dans un Québec souverain (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 109) ; Étude no 19 : Jules Deschênes, Les droits des minorités (non mise à jour) ; Étude no 20 : Éric Gourdeau, La question autochtone (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 110) ; Étude no 21 : Jean-Jacques Simard, Le problème autochtone (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 111) ; 73 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 22 : Bradford Morse, Comparative Assessments of Indigenous Peoples in Québec, Canada and Abroad (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 112) ; Étude no 23 : Henri Dorion, Les frontières du Québec : l\u2019état de la question (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 113) ; Étude no 24 : Thomas M.Franck, Rosalyn Higgins, Alain Pellet, Malcolm N.Shaw, et Christian Tomuschat, L\u2019intégrité territoriale du Québec dans l\u2019hypothèse de l\u2019accession à la souveraineté (non mise à jour) ; Étude no 25 : Stephen A.Scott, Autodétermination, sécession, division, légalité : observations (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 114) ; Étude no 26 : Henri Brun, Les conséquences territoriales de l\u2019accession du Québec à la souveraineté (mise à jour par l\u2019auteur en 2001 ; voir l\u2019étude no 115) Étude no 27 : Jonathan I.Charney, The Maritime Boundaries of Québec (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 116) ; Étude no 28 : Nicole Duplé, Une constitution pour fonder l\u2019État du Québec ((mise à jour par Pierre Trudel et Jacques Frémont en 2001 ; voir l\u2019étude no 117) ; Étude no 29 : Jacques-Yvan Morin : La constitution d\u2019un Québec souverain (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 118) ; Étude no 30 : André Patry, La reconnaissance des États et le cas du Québec (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 119) ; Étude no 31 : Louis Balthazar, Les États-Unis face à un Québec souverain (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 120) ; 74 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 32 : Edward McWhinney, Les concepts de la souveraineté et de l\u2019État à l\u2019ère moderne (mise à jour par l\u2019auteur en 2001 sous le titre « Sovereignty and the State at the Opening of the new Millennium » ; voir l\u2019étude no 121) ; Étude no 33 : Joseph T.Jockel, Déclaration d\u2019ouverture (Exposé sur les relations internationales) (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 122) ; Étude no 34 : Daniel Turp, Exposé-réponse (Processus d\u2019accession à la souveraineté) (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « Le droit à l\u2019autodétermination du Québec et le processus d\u2019accession à la souveraineté » ; voir l\u2019étude no 123) ; Étude no 35 : Daniel Turp, Étude sur la succession du Québec aux traités auxquels le Canada est partie dans l\u2019hypothèse d\u2019une accession du Québec à la souveraineté (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « L\u2019accession du Québec à la souveraineté et la succession d\u2019États en matière de traités » ; voir l\u2019étude no 124).Deuxième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects juridiques, les services gouvernementaux Étude no 36 : Jean-Gabriel Castel et Jeffrey Talpis, L\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance et la continuité de l\u2019ordre juridique sur son territoire : les apports du droit international privé (mise à jour par les auteurs ; voir l\u2019étude no 125) ; Étude no 37 : Carole Tremblay, Les contrats conclus par la Couronne du chef du Canada avec des personnes morales ou physiques et dont l\u2019objet se rattache au territoire québécois (non mise à jour) ; 75 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 38 : Consortium Lamonde-Mallette (Jacques Lamonde), Gestion de la prise en charge des services fédéraux (non mise à jour) ; Étude no 39 : Grondin, Poudrier, Bernier (Denis Bradet), Examen des questions juridiques relatives aux relations de travail dans l\u2019hypothèse où les employés fédéraux seraient intégrés dans la fonction publique québécoise lors de l\u2019accession du Québec à la souveraineté (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 126) ; Étude no 40 : Albert Legault, Réflexions sur la politique de défense du Canada et sur celle d\u2019un éventuel Québec indépendant (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 127) ; Étude no 41 : Albert Legault, Dans l\u2019hypothèse où le Québec deviendrait un État souverain (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 128) ; Étude no 42 : Charles-Philippe David, La défense d\u2019un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 129) ; Étude no 43 : Jocelyn Coulon, La défense dans un Québec indépendant (mise à jour par l\u2019auteur ; voir l\u2019étude no 130).Troisième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects économiques et les finances publiques (première partie) Étude no 44 : Claude Masson, Exposé économique (non mise à jour) ; Étude no 45 : Ivan Bernier, La dimension juridique des relations commerciales d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; 76 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 46 : Bernard Landry, Les relations commerciales d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; Étude no 47 : Pierre-Paul Proulx, Intégration économique, souveraineté et relations commerciales (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « Le Québec face à la recomposition spatiale et sectorielle de l\u2019activité économique dans l\u2019hémisphère ouest » ; voir étude no 131) ; Étude no 48 : Gordon Ritchie (Strategico inc.), Réparer les pots cassés : libre-échange, le scénario de rupture (mise à jour par l\u2019auteur dans une lettre adressée au coordonnateur des études, voir l\u2019étude no 132) ; Étude no 49 : Roma Dauphin et Stanislas Slosar, Étude des modalités de maintien de l\u2019espace économique canadien actuel après l\u2019accession du Québec à la souveraineté (mise à jour par les auteurs en deux textes distincts de chacun des auteurs ; voir étude nos 133 et 134) ; Étude no 50 : Robert Saint-Louis, Impacts de l\u2019accession du Québec à la souveraineté sur les conditions de développement du secteur agroalimentaire (mise à jour par l\u2019auteur ; voir étude no 135) Étude no 51 : Armand de Mestral, Avis sur l\u2019interprétation de l\u2019article XI du GATT (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « La mise à jour de mon avis du 24 avril 1992 sur l\u2019article XI du GATT », voir étude no 136) ; Étude no 52 : Robert A.Jenness (Informetrica), L\u2019impact de l\u2019accession du Québec à la souveraineté sur l\u2019industrie agro-alimentaire (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « Quebec\u2019s Supply-Managed Agricultural Sectors : Recent Developments and Prospects » ; voir étude no 137) 77 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 53 : André Côté (Stradeco), Étude sur l\u2019impact de l\u2019accession du Québec à la souveraineté sur l\u2019industrie du textile et celle du vêtement (non mise à jour) ; Étude no 54 : Dennis DesRosiers (DesRosiers Automotive Consultants), The Impact of Quebec\u2019s Accession to Sovereignty on the Automotive Industry in Quebec (mise à jour par l\u2019auteur ; étude no 138) ; Étude no 55 : Émile Noël, La Communauté européenne (non mise à jour) ; Étude no 56 : Hjalte Rasmussen, European Community Sovereignty Arrangements : A Framework for a Quebec Comparison (mise à jour par l\u2019auteur ; étude no 139) ; Étude no 57 : Christian Louit, L\u2019harmonisation fiscale dans la C.E.E.et les incidences fiscales de la construction européenne (mise à jour par l\u2019auteur ; étude no 140) ; Étude no 58 : Edmond Orban, Éléments de centralisation et de décentralisation dans quatre États fédéraux et la Communauté économique européenne (mise à jour par l\u2019auteur sous le titre « Centralisation politique \u2013 décentralisation administrative : Allemagne, États- Unis, Union européenne.Réflexion pour la relation Canada-Québec » ; voir étude no 141).Quatrième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects économiques et les finances publiques (deuxième partie) Étude no 59 : Bernard Vermot-Desroches, Régions limitrophes et accession du Québec à la souveraineté (mise à jour par l\u2019auteur ; étude no 142) ; Étude no 60 : Maurice Saint-Germain, Changer de capitale : étude du transfert de juridiction des fonctionnaires fédéraux du Québec (non mise à jour) ; 78 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 61 : Marcel Beaudry, Le Comité Outaouais (non mise à jour) ; Étude no 62 : Bernard Fortin, Les options monétaires d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; Étude no 63 : Vély Leroy, Les options monétaires d\u2019un Québec souverain (mise à jour par l\u2019auteur ; étude no 143) ; Étude no 64 : David Laidler, La monnaie d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; Étude no 65 : Claude Gendron et Daniel Desjardins, Le dollar canadien et un Québec souverain : certains aspects juridiques (non mise à jour) ; Étude no 66 : Gérard Coulombe (Desjardins Ducharme), La souveraineté et les institutions financières (non mise à jour) ; Étude no 67 : John McCallum, Commentaires à l\u2019intention de la Commission (non mise à jour) ; Étude no 68 : Patrick Grady (Global Economics Ltd.), Les conséquences économiques de la souveraineté du Québec (non mise à jour) ; Étude no 69 : Pierre Fortin, Les conséquences économiques de la souveraineté du Québec : analyse exploratoire (mise à jour par Claude Fluet et Pierre Ledebvre ; étude no 144) ; Étude no 70 : Pierre Fortin, L\u2019impact du passage à la souveraineté sur le déficit budgétaire du Québec (non mise à jour) ; Étude no 71 : Marcel G.Dagenais, L\u2019interprétation des analyses portant sur les impacts économiques de l\u2019accession du Québec à la souveraineté (non mise à jour) ; 79 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 72 : Daniel Racette, Quelques réflexions sur le problème d\u2019ajustement du déficit du compte courant d\u2019un Québec souverain (non mise à jour) ; Étude no 73 : Rodrigue Tremblay, L\u2019impact fiscal statique et dynamique de l\u2019accession du Québec au statut de pays souverain (non mise à jour) ; Étude no 74 : Mario Polèse, La souveraineté et les emplois de siège social au Québec : éléments d\u2019analyse et de réflexion (non mise à jour) ; Étude no 75 : Gary Caldwell, L\u2019anglo-Québec et la souveraineté de la Couronne québécoise (mise à jour ; étude no 145) ; Étude no 76 : Claude Lamonde, Les enjeux et la problématique du partage des actifs dans le cadre du partage de la dette advenant la souveraineté (non mise à jour) ; Étude no 77 : Malcolm N.Shaw, Succession d\u2019États aux biens et aux dettes (mise à jour sous le titre « Succession d\u2019États aux biens et aux dettes : mise à jour et compléments de 2001/2 » ; voir étude no 146) ; Étude no 78 : Geneviève Burdeau, Avis à la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (mise à jour ; étude no 147) ; Étude no 79 : Claude Gendron et Daniel Desjardins, Aspects juridiques du partage des actifs et des dettes en matière de succession d\u2019État : le cas Québec-Canada (non mise à jour). 80 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ANNEXE 2 Études sur la souveraineté préparées à la demande du gouvernement du Québec A \u2013 Études préparées par le Secrétariat à la restructuration (20 études) Étude no 80 : David Bernstein et William Silverman, Avis sur les conséquences de l\u2019indépendance du Québec en ce qui a trait aux traités et accords conclus avec les États- Unis d\u2019Amérique,.(Titre original Advisory memorandum regarding the effect of independance of Québec upon treaties and agreements with the United States of America) ; Étude no 81 : David Bernstein et William Silverman, Avis sur les accords conclus avec les Etats-Unis ; Étude no 82 : Yvon Cyrenne, Le transfert au Québec de tous les champs d\u2019imposition fédéraux ; Étude no 83 : François Vaillancourt, Les transferts fédé- raux-provinciaux au Canada ; Étude no 84 : Lamonde, Claude et Jacques Bolduc, Le partage des actifs et des passifs du Gouvernement du Canada ; Étude no 85 : Charles Castonguay, L\u2019indicateur de développement humain de l\u2019ONU : le concept et son usage ; Étude no 86 : Jean-Claude Thibodeau et Martin Morin, La souveraineté et les PME ; Étude no 87 : Maurice Saint-Germain, La souveraineté du Québec et l\u2019économie outaouaise ; Étude no 88 : Benoît Godin, Jean-Claude Thibodeau et al., La science et la technologie dans un contexte souve- rainiste ; 81 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 89 : Mario Polèse et Sylvain Lefebvre et al., Les sièges sociaux et la souveraineté du Québec ; Étude no 90 : Daniel Mercier-Gouin et Michel Morrisset, L\u2019avenir de la production laitière dans un Québec souverain ; Étude no 91 : Robert Saint-Louis, L\u2019impact des nouvelles règles commerciales internationales sur l\u2019agroalimen- taire ; Étude no 92 : Claude Lamonde et Pierre Renaud, L\u2019état des finances publiques d\u2019un Québec souverain ; Étude no 93 : Claude Gendron et Daniel Desjardins, La monnaie, le crédit et les institutions financières dans un Québec souverain ; Étude no 94 : Pierre-Paul Proulx et al., Intégration économique et modèles d\u2019associations économiques Québec- Canada ; Étude no 95 : Jean Laliberté et al., Étude sur la restructuration administrative d\u2019un Québec ; Étude no 96 : Bernard Vermot-Desroches, Régions limitrophes et accession du Québec à la souveraineté ; Étude no 97 : Firme SODEM, Impact socio-économique de la souveraineté du Québec sur le secteur touristique ; Étude no 98 : André Côté, Impact de la souveraineté sur les industries du textile et de l\u2019habillement ; Étude no 99 : Yves Bélanger, Charles-Philippe David et Stéphane Roussel, Rapport du Comité d\u2019étude sur la défense.Quatre scénarios de restructuration de la défense d\u2019un Québec souverain, Note soumise au Secrétariat à la Restructuration, 27 septembre 1995 ; 82 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 B \u2013 La mise à jour des études par le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (48 études) 1) Mises à jour des études originalement préparées pour la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (1990-1991) Première partie Éléments d\u2019analyse économique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec Étude no 100 : Jean-Maurice Arbour, L\u2019accès du Québec aux marchés extérieurs et à l\u2019espace économique canadien Étude no 101 : Pierre-Paul Proulx, Le Québec face à la recomposition spatiale et sectiorielle de l\u2019activité économique dans l\u2019Hémisphère Ouest : Examen de données macro-économiques, des investissements directs étrangers et des flux de commerce avec les autres provinces canadiennes et les états américains comme indicateurs du processus d\u2019intégration économique 1re partie \u2013 2e partie \u2013 3e partie Deuxième partie Éléments d\u2019analyse institutionnelle, juridique et démolinguistique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec Étude no 102 : José Woehrling, Les aspects juridiques de la redéfinition du statut politique et constitutionnel du Québec Étude no 103 : Luc Bergeron, L\u2019intégration européenne Étude no 104 : Marc Termote, L\u2019évolution démolinguis- tique du Québec et du Canada 83 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 2) Mise à jour des études originalement préparées par la Commission parlementaire d\u2019étude des questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté (1991-1992) Première partie Les attributs d\u2019un Québec souverain Étude no 105 : Simon Langlois, Identité et souveraineté nationales : le cas du Québec Étude no 106 : Danielle Juteau et Marie McAndrew, Projet national, immigration et intégration dans un Québec souverain Étude no 107 : Claude C.Emanuelli, L\u2019accession du Québec à la souveraineté et la nationalité Étude no 108 : François Crépeau, Les obligations internationales d\u2019un Québec souverain en matière d\u2019immigration Étude no 109 : José Woehrling, Les droits des minorités linguistiques et culturelles dans un Québec souverain Étude no 110 : Éric Gourdeau, La question autochtone Étude no 111 : Jean-Jacques Simard, Le problème autochtone Étude no 112 : Bradford Morse, Comparative Assessments of Indigenous Peoples in Québec, Canada and Abroad Étude no 113 : Henri Dorion, Les frontières du Québec : l\u2019état de la question Étude no 114 : Stephen A.Scott, Autodétermination, sécession, division, légalité : observations Étude no 115 : Henri Brun, Les conséquences territoriales de l\u2019accession du Québec à la souveraineté 84 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 116 : Jonathan I.Charney : The Maritime Boundaries of Québec Étude no 117 : Nicole Duplé, Une constitution pour fonder l\u2019État du Québec Étude no 118 : Jacques-Yvan Morin, La constitution d\u2019un Québec souverain Étude no 119 : André Patry, La reconnaissance des États et le cas du Québec Étude no 120 : Louis Balthazar, Les États-Unis face à un Québec souverain Étude no 121 : Edward McWhinney, Sovereignty and the State at the Opening of the new Millennium (Les concepts de la souveraineté et de l\u2019État à l\u2019ère moderne) Étude no 122 : Joseph T.Jockel, Déclaration d\u2019ouverture (Exposé sur les relations internationales) Étude no 123 : Daniel Turp, Le droit à l\u2019autodétermination du Québec et le processus d\u2019accession à la souveraineté (Exposé-réponse [Processus d\u2019accession à la souveraineté]) Étude no 124 : Daniel Turp, L\u2019accession du Québec à la souveraineté et la succession d\u2019États en matière de traités (Étude sur la succession du Québec aux traités auxquels le Canada est partie dans l\u2019hypothèse d\u2019une accession du Québec à la souveraineté) Deuxième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects juridiques, les services gouvernementaux Étude no 125 : Jean-Gabriel Castel et Jeffrey Talpis, L\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance et la continuité de l\u2019ordre juridique sur son territoire : les apports du droit international privé 85 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 126 : Grondin, Poudrier, Bernier (Denis Bradet), Examen des questions juridiques relatives aux relations de travail dans l\u2019hypothèse où les employés fédéraux seraient intégrés dans la fonction publique québécoise lors de l\u2019accession du Québec à la souveraineté Étude no 127 : Albert Legault, Réflexions sur la politique de défense du Canada et sur celle d\u2019un éventuel Québec indépendant Étude no 128 : Albert Legault, Dans l\u2019hypothèse où le Québec deviendrait un État souverain Étude no 129 : Charles-Philippe David, La défense d\u2019un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités Étude no 130 : Jocelyn Coulon, La défense dans un Québec indépendant Troisième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects économiques et les finances publiques (première partie) Étude no 131 : Pierre-Paul Proulx, Intégration économique, souveraineté et relations commerciales ; Étude no 132 : Gordon Ritchie (Strategico inc.), Réparer les pots cassés : libre-échange, le scénario de rupture ; Étude no 133 : Stanislas Slosar, Étude des modalités de maintien de l\u2019espace économique canadien actuel après l\u2019accession du Québec à la souveraineté ; Étude no 134 : Roma Dauphin, Étude des modalités de maintien de l\u2019espace économique canadien actuel après l\u2019accession du Québec à la souveraineté Étude no 135 : Robert Saint-Louis : Impacts de l\u2019accession du Québec à la souveraineté sur les conditions de développement du secteur agroalimentaire ; 86 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 136 : Armand de Mestral, Avis sur l\u2019interprétation de l\u2019article XI du GATT ; Étude no 137 : Robert A.Jenness (Informetrica), Quebec\u2019s Supply-Managed Agricultural Sectors : Recent Developments and Prospects (L\u2019impact de l\u2019accession du Québec à la souveraineté sur l\u2019industrie agro-alimentaire) ; Étude no 138 : Dennis DesRosiers (DesRosiers Automotive Consultants), The Impact of Quebec\u2019s Accession to Sovereignty on the Automotive Industry in Quebec Étude no 139 : Hjalte Rasmussen, European Community Sovereignty Arrangements : A Framework for a Quebec Comparison Étude no 140 : Christian Louit, L\u2019harmonisation fiscale dans la C.E.E.et les incidences fiscales de la construction européenne Étude no 141 : Edmond Orban, Centralisation politique \u2013 décentralisation administrative : Allemagne, États-Unis, Union européenne.Réflexion pour la relation Canada-Québec (Éléments de centralisation et de décentralisation dans quatre États fédéraux et la Communauté économique européenne) Quatrième partie Les implications de la mise en œuvre de la souveraineté : les aspects économiques et les finances publiques (deuxième partie) Étude no 142 : Bernard Vermot-Desroches, Régions limitrophes et accession du Québec à la souveraineté Étude no 143 : Vély Leroy, Les options monétaires d\u2019un Québec souverain 87 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Étude no 144 : Claude Fluet et Pierre Ledebvre, Les conséquences économiques de la souveraineté du Québec : analyse exploratoire ; Étude no 145 : Gary Caldwell, L\u2019anglo-Québec et la souveraineté de la Couronne québécoise ; Étude no 146 : Malcolm N.Shaw, Succession d\u2019États aux biens et aux dettes : mise à jour et compléments de 2001/2 (Succession d\u2019États aux biens et aux dettes) Étude no 147 : Geneviève Burdeau, Avis à la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec 88 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 ANNEXE 3 Études sur la souveraineté par l\u2019Opposition officielle Étude no 148 : François Legault, Finances d\u2019un Québec souverain, mai 2005 TOME II - BIOGRAPHIE DE FERNAND DAOUST BÂTISSEUR DE LA FTQ 1964-1993 À DÉCOUVRIR ! EN LIBRAIRIE DÈS LA MI-FÉVRIER ! Grand syndicaliste québécois, Fernand Daoust a réalisé dans l\u2019ombre un patient et efficace travail de bâtisseur.Tout au long de son mandat à la direction de la FTQ, il a été le champion de la reconnaissance du français comme langue de travail et un artisan d\u2019une centrale progressiste et nationaliste. 807, chemin de la Rivière Nord Saint-Eustache Tél.: 450 491-3997 \u2013 Téléc.: 450 491-6339 www.vignobleriviereduchene.ca commanditaire des soupers-conférences de L\u2019Action nationale = p ARTINE or \\\u2019 i dd SSEMBLEEJATIONALE martinéouéllet quebec eRassemblement pour n PAYS Souverain y Québec notre seule patrie Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale + Assurance-vie 4 Ç , & Société gov di : [ t Saint-Jean-Baptiste = 3 dela MAURICIE & = À w.ssibmauri gas qe ca > SIATNEYIN ELS hod v nd: Yoon TE) -4881g La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L\u2019Action 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peu 119 EDMOND DZIEMBOWSKI La Guerre de Sept Ans, 1756-1763 123 EDMOND DZIEMBOWSKI Les Pitt.L\u2019Angleterre face à la France, 1708-1806 123 JOHN SAUL Le grand retour.Le réveil autochtone 127 Livres reçus 133 LIRE 94 PRIMEUR LE COMBAT D\u2019UNE VIE : LE FRANÇAIS, LE QUÉBEC extrait de Fernand Daoust.Bâtisseur de la FTQ (1964-1993) tome 2 de la biographie de Fernand Daoust par André Leclerc à paraître en février 2016 La constance, la cohérence et la détermination dans ses engagements font partie des traits de caractère de Fernand Daoust.S\u2019il est une cause au profit de laquelle il a mobilisé ses énergies tout au long de sa vie syndicale active et bien au-delà, c\u2019est celle du français, la langue commune du peuple québécois.Avec une préoccupation et une insistance particulière pour la langue du travail.Pour lui, la défense de cette langue qu\u2019il aime commande un engagement tout aussi profond, celui de la construction de son pays, le Québec.Un pays libre, affranchi de toute domination économique et politique, qui instaure et maintient une justice sociale durable. 95 extrait de Fernand Daoust (tome 2) La langue des possédants Son intérêt pour la langue française remonte à ses années de jeunesse1, alors qu\u2019il découvre avec stupéfaction la division linguistique de Montréal.Lui, le petit gars de l\u2019Est, fait des incursions à l\u2019ouest de la rue Saint-Laurent et réalise que c\u2019est un autre monde.Les ateliers de couture où sa mère travaille, les grands magasins de la rue Sainte-Catherine, les institutions financières de la rue Saint-Jacques, tout est anglais.C\u2019est la langue de l\u2019argent, la langue des possédants.Dès ses premières expériences de travail, à l\u2019usine aéronautique Fairchild et à bord des trains de la Canadian Pacific Railways, Fernand en a la confirmation : la vie, ça se gagne en anglais.Très tôt, il ressent l\u2019humiliation que subissent les salariéEs francophones forcéEs de parler anglais au travail, même lorsque ces salariéEs forment la majorité de la main-d\u2019œuvre.Devenu syndicaliste, il subit personnellement à maintes reprises l\u2019arrogance de négociateurs patronaux unilingues anglais.Il voit dans cette imposition de l\u2019anglais aux travailleurs et aux travailleuses québécoisEs une injustice tout aussi révoltante que leur exposition à des conditions de travail insalubres ou que les salaires minables qu\u2019on leur verse.Pourtant, au début des années 1950, le droit de travailler en français est une revendication rarement formulée par les syndicats.Pendant qu\u2019il découvre et apprend à connaître le syndicalisme et ses luttes historiques, il comprend mal que cette oppression linguistique ne soit pas combattue ouvertement et résolument, au même titre que toutes 1 André Leclerc, Fernand Daoust T.01 : Le jeune militant syndical, nationaliste et socialiste 1926-1964, M Éditeur, 2013, p.34. 96 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 les autres formes d\u2019exploitation.Et, à sa connaissance, les syndicalistes catholiques de la CTCC n\u2019en font pas davantage que les syndicalistes des « unions » internationales.Au cours des années 1960, les syndicats industriels consolident leur présence dans les entreprises multinationales et y développent des rapports de force plus convenables.Que ces syndicalistes œuvrent dans le secteur des mines et de la métallurgie, dans celui de l\u2019automobile, du textile, du vêtement, du tabac ou, comme Fernand, dans le secteur de la pétrochimie, les militantEs se plaignent d\u2019être obligéEs de négocier en anglais2.De plus, leur éveil progressif est stimulé par le nouveau nationalisme moderne et progressiste qui gagne le Québec à l\u2019heure de la Révolution tranquille.La question linguistique devient alors un enjeu de négociation dans les milieux de travail.Avec ses collègues et amis, Jean-Marie Bédard, Émile Boudreau, Jean Gérin-Lajoie, André Tibaudeau, Fernand contribue à intégrer l\u2019enjeu de la langue au cœur des revendications du mouvement syndical.Il soutient et défend avec ferveur en 1961 la position du Conseil exécutif de la FTQ qui réclame du gouvernement qu\u2019il fasse du français la langue des négociations et des conventions collectives.L\u2019année suivante, en congrès, il appelle la FTQ à plus de fermeté sur la question.Il dénonce la situation injuste dont sont victimes les ouvriers et les ouvrières à qui « on impose une langue qui n\u2019est pas la leur.[\u2026] Ce sont des relents de colonialisme économique.[\u2026] Il est temps que les Canadiens français redeviennent les maîtres dans la maison de leurs pères3 ».2 En 1962, le syndicat de Fernand, le SITIPCA mène des batailles pour la reconnaissance du français comme langue des négociations.Voir Leclerc, op.cit., p.230-231.3 Le Devoir, 26 novembre 1962.Voir Leclerc, op.cit., p.240. 97 extrait de Fernand Daoust (tome 2) Malheureusement, cette revendication ne fait pas l\u2019objet de grands débats publics et ne sera suivie d\u2019aucune mesure législative.Le tournant décisif Jusqu\u2019en 1969, la FTQ se contente, à l\u2019occasion d\u2019événe- ments comme la Saint-Jean-Baptiste4, de rappeler périodiquement sa revendication sur la langue de travail.On profite ainsi de la présentation par le gouvernement d\u2019un règlement sur la langue d\u2019étiquetage de produits alimentaires pour remarquer qu\u2019on impose des règles pour le commerce, mais « qu\u2019on abandonne le respect de la langue française au travail au jeu de la négociation collective5 ».Or, en dehors de ces sorties épisodiques, la question linguistique ne semble pas faire partie des préoccupations majeures de la FTQ.Fernand se désole de voir la centrale avancer à pas de tortue sur cette question.Cependant, il ne désespère pas.Il se rend bien compte que la FTQ vit une mutation.Sa base se renouvelle et ses membres ne sont pas imperméables aux mobilisations nationalistes.Le tournant décisif vient à la veille du congrès de 1969, lorsque Louis Laberge se laisse convaincre de soumettre une politique linguistique aux déléguéEs.Par l\u2019adoption de cette politique, la FTQ rejette nettement la loi 63, qui consacre le libre choix des parents de la langue de l\u2019enseignement.La nouvelle politique linguistique de la FTQ inspirera des parties essentielles de la future Charte de la langue française, plus particulièrement en matière de langue du travail.4 Message de la FTQ à l\u2019occasion de la Saint-Jean-Baptiste en 1965 et 1966.5 Communiqué de la FTQ, 20 août 1967. 98 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Si cette politique linguistique de la FTQ est adoptée par une faible majorité au congrès de 1969, c\u2019est que les délé- guéEs la jugent trop molle, lui reprochant notamment de ne pas affirmer que le français est la seule langue officielle au Québec.ConséquentEs, les militantEs feront allégrement franchir ce pas à la centrale au congrès suivant, en 1971.Un mandat clair Au lendemain du congrès de 1969, en assumant ses fonctions de secrétaire général, Fernand s\u2019estime muni d\u2019un mandat clair au chapitre de la langue.Il fait savoir aux dirigeantEs du Front du Québec français que la FTQ se joindra au mouvement d\u2019opposition à la loi 63.Il fait des démarches pour être entendu rapidement par la commission Gendron6.Il y expose et commente la nouvelle politique linguistique de la FTQ.Il souhaite bien marquer par là l\u2019engagement ferme de la centrale pour le français comme langue de travail et annoncer publiquement que, désormais, la centrale ne restera plus en retrait du débat linguistique au Québec.Il annonce aussi aux commissaires qu\u2019il a l\u2019intention de revenir devant eux plus tard avec un mémoire plus étoffé.Fernand juge qu\u2019il est nécessaire d\u2019illustrer toutes les manifestations concrètes de l\u2019oppression linguistique que subissent les salariéEs.Il profite de l\u2019implantation prochaine d\u2019un nouvel aéroport international à Sainte- 6 La Commission d\u2019enquête sur la situation de la langue française et des droits linguistiques au Québec, créée en décembre 1968, par le gouvernement de l\u2019Union nationale de Jean-Jacques Bertand.Elle ne rendra finalement son rapport au gouvernement libéral de Robert Bourassa que le 13 février 1973. 99 extrait de Fernand Daoust (tome 2) Scholastique7 (aujourd\u2019hui Mirabel), pour commander une recherche sur l\u2019impact socio-économique et linguistique de cette implantation.Une enquête réalisée à l\u2019aéroport de Dorval permet de constater que le plus gros employeur, la compagnie de la couronne Air Canada, « communique avec ses employés en anglais, exige l\u2019anglais de tous ses employés.Le français par contre n\u2019est pas exigé, sauf pour ceux ayant des contacts avec le public », qui doivent être bilingues.Toutes les compagnies aériennes, à l\u2019exception de Québécair8, reconnaissent que chez elles, la langue de travail est l\u2019anglais.Seul le gouvernement fédéral, en vertu de 7 Contre l\u2019avis du gouvernement québécois, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau choisit cet emplacement en 1969 pour désengorger l\u2019aéroport de Dorval et, éventuellement, le remplacer.Pour ce faire, on exproprie à bas prix 97 000 acres des plus belles terres agricoles du Québec pour aménager le plus grand aéroport au monde.Ce projet pharaonique se dégonflera comme une baudruche.On rétrocédera plus de 90 000 acres aux agriculteurs, aux agricultrices et à des développeurs.Le trafic aérien international, d\u2019abord transféré à Mirabel sera rapatrié à Dorval en 2004.N\u2019y subsistent que des vols de cargos, des activités de construction aéronautique et, depuis peu, un centre commercial.L\u2019autoroute 13, construite pour relier les deux aéroports, s\u2019arrête en plein champ, des kilomètres au sud de Mirabel et la voie ferrée de la liaison par train rapide prévue à l\u2019origine, n\u2019a jamais été construite.C\u2019est sans doute pour saluer l\u2019esprit visionnaire de Pierre Elliott Trudeau que, trente-quatre ans plus tard, on a donné son nom à l\u2019aéroport de Dorval, qu\u2019il avait prévu de fermer ! 8 Compagnie aérienne fondée en 1946 sous le nom de Rimouski Aviation Syndicate et rebaptisée Québécair en 1953.Elle est nationalisée par le gouvernement du Québec de René Lévesque en 1981 et est privatisée à nouveau par le gouvernement Bourassa en 1986.Au moment de l\u2019enquête, 75 % de sa main-d\u2019œuvre était francophone.Nordair, qui allait en faire l\u2019acquisition (avant d\u2019être elle-même absorbée par CP Air \u2013 Canadian Paci!c Air Lines), n\u2019embauchait jusque-là que 40 % de francophones pour ses opérations québécoises. 100 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 la nouvelle Loi sur les langues officielles9, a une politique d\u2019embauche stricte concernant la maîtrise du français, mais il n\u2019est l\u2019employeur que de 7 % de la main-d\u2019œuvre de l\u2019aéroport.Les QuébécoisEs francophones sont sous-représentéEs dans la plupart des catégories d\u2019emplois.On trouve des concentrations de francophones dans les postes de service au public qui exigent le bilinguisme.Ailleurs, la connaissance du français n\u2019a pas d\u2019importance.Alors que les francophones embauchéEs à Dorval sont pratiquement tous bilingues, un nombre considérable d\u2019employéEs sont unilingues anglaisEs.Dans le cadre de cette recherche, une enquête de terrain est menée dans la région où sera implanté l\u2019aéroport.Elle permet de dresser le portrait socio-économique de cette zone rurale au sud de Saint-Jérôme, ville en voie de désindustrialisation.On y constate que bien peu de la main-d\u2019œuvre régionale laissée pour compte profitera de l\u2019arrivée de ce nouvel aéroport.L\u2019enquête conclut : « Que sera Sainte-Scholastique donc ?En façade, un aéroport bilingue.Mais la majorité des travailleurs, ceux que l\u2019on ne voit pas, ceux qui travaillent sur les avions, ceux qui conduisent les camions sur les pistes, ceux qui préparent les repas pour les envolées, tous ceux- là travailleront en anglais.[\u2026] On ne voit pas comment il pourrait en être autrement à Sainte-Scholastique10.» 9 Adoptée par le Parlement fédéral en 1969.10 La langue de travail aux aéroports de Dorval et Sainte-Scholastique, décembre 1970. 101 extrait de Fernand Daoust (tome 2) Grève à General Motors À l\u2019automne 1970, les 2 400 salariéEs syndiquéEs de l\u2019usine d\u2019automobile General Motors à Sainte-Thérèse, membres des Travailleurs unis de l\u2019automobile (TUA) engagent une grève de trois mois.Le syndicat réclame que le français, qui est la langue de plus de 80 % des employéEs de l\u2019usine, soit la langue des négociations, celle de la convention collective, des arbitrages et des relations du travail dans l\u2019usine.Pour Fernand et Louis Laberge, la lutte de ces syndi- quéEs est exemplaire.À l\u2019issue de la grève, leurs gains seront minimes.Seulement, constatent les dirigeants, ils ont attiré « l\u2019attention de toute la population du Québec sur la politique de la compagnie GM et sur le problème du français comme langue de travail.» Il faut surtout retenir que la « politique incitative du premier ministre Bourassa [\u2026] est une vaste fumisterie qui n\u2019a donné aucun résultat.[\u2026] Les gars de GM ont déjà assez fait de sacrifices et il ne leur appartient pas de continuer seuls la bataille.[\u2026] C\u2019est maintenant la responsabilité de toute la population11.» Fernand profite de cette conjoncture pour convaincre Laberge de faire rédiger un mémoire étoffé à l\u2019intention de la commission Gendron.Louis ne comprend pas trop : \u2013 Tu t\u2019es toi-même présenté devant cette commission après le congrès.\u2013 On ne va pas y retourner.11 Communiqué de la FTQ, 18 décembre 1970. 102 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 \u2013 Je suis allé présenter notre nouvelle politique linguistique, mais je me suis engagé à y revenir avec un mémoire plus complet.À cause de notre présence dans le secteur privé et, particulièrement, dans les grandes compagnies multinationales, nous avons une contribution originale à faire au sujet du français langue de travail.\u2013 Tout le monde connaît maintenant la situation après la grève de GM.[\u2026] En tout cas, si tu penses que ça sert à quelque chose d\u2019en rajouter, fais rédiger un mémoire12.Louis Laberge, qui n\u2019est pas un amateur d\u2019études compliquées, sera peu à peu sensibilisé et convaincu par Fernand de l\u2019importance de bien étayer les revendications de la centrale.Il s\u2019accommodera peu à peu de la présence des intellectuelLEs que son secrétaire général recrutera.Sur toutes les tribunes Pendant la rédaction du mémoire, Fernand profite de toutes les tribunes pour marteler son message sur l\u2019urgence de légiférer en matière de langue.Devant les quelque 180 participantEs au congrès des relations industrielles de l\u2019Université Laval en avril 1971, Fernand fustige les représentants du monde des affaires présents.Il dénonce « l\u2019écart entre l\u2019usage du français comme langue du travail pour les emplois subalternes et celui de l\u2019anglais comme langue du travail pour les emplois supérieurs et prestigieux.[\u2026] Les détenteurs de capitaux se sont emparés unilatéralement du Québec et ont imposé leur règle du jeu13 ».Fernand cite aussi les chiffres 12 Propos reconstitués à partir des souvenirs de Fernand.13 Pierre Vennat, « Le monde des affaires : il n\u2019y a pas une, mais deux langues de travail au Québec », La Presse, 21 avril 1971. 103 extrait de Fernand Daoust (tome 2) rendus publics par la Commission des écoles catholiques de Montréal (CÉCM) qui montrent que 10 % des Néo- QuébécoisEs choisissent l\u2019école en français, contre 84 % l\u2019école en anglais.En mai 1971, le rapport Duhamel14, commandé par le gouvernement canadien, recommande la création de districts bilingues au Québec.Avec la Société nationale des Québécois (SNQ), la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), la CSN et le PQ, la FTQ proteste énergiquement.Fernand qualifie le rapport de « véritable baril de poudre.Le rapport Duhamel, après la crise du Bill 63, manifeste une complète méconnaissance du climat d\u2019exaspération qui gagne de plus en plus de Québécois, quant au sort qu\u2019on veut faire subir à leur culture et à leur langue15 ».Lors d\u2019un débat animé par Pierre Nadeau, à Radio- Canada16, Fernand clôt le bec du président du Conseil du patronat, Charles Perreault, qui fait état des progrès du français comme langue d\u2019usage dans les entreprises.Selon lui, de plus en plus de milieux de travail font du français la langue des communications quotidiennes.Fernand bondit : Il faut être honnête [\u2026], il faut cesser de se sécuriser entre nous.Le fond du problème, c\u2019est que la langue du prestige au Québec, la langue du pouvoir, c\u2019est l\u2019anglais.Si les Italiens, les Portugais, les Grecs choi- 14 Rapport de la Commission consultative des districts bilingues, présidée par Roger Duhamel.15 Québec-Presse, 9 mai 1971.16 Archives web de Radio-Canada, émission Le 60, 12 janvier 1973 ; outre Fernand Daoust et le président du Conseil du patronat, 16 autres personnalités de divers milieux participent à ce débat, dont Gérald Godin, François-Albert Angers, Gaston Cholette, Manon Vennat et Luc Martin. 104 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 sissent l\u2019école anglaise, c\u2019est qu\u2019ils veulent une langue qui soit rentable et c\u2019est pour ça qu\u2019on ne les trouve pas dans nos écoles françaises.La langue du travail, celle des postes supérieurs c\u2019est toujours l\u2019anglais, c\u2019est ça la réalité17.Aux personnes qui plaident que l\u2019anglais est la langue des affaires et du travail partout dans le monde, le président de l\u2019Office de la langue française, Gaston Cholette, réplique en relatant une expérience récente.Il a fait une tournée dans six pays européens et a visité 214 entreprises, des multinationales pour la plupart.Il témoigne : « Dans tous les pays, dans toutes les entreprises, sans exception, même en Finlande, avec sa population de quatre millions d\u2019habitants, les communications internes et la production se font dans la langue du pays18.» Interrogé par Pierre Nadeau, le président du Conseil du patronat admet que, si une législation contraignante était adoptée, plusieurs entreprises quitteraient le Québec.Fernand intervient à nouveau : Je pense qu\u2019on vient d\u2019entendre l\u2019exposé classique de ceux qui détiennent le pouvoir économique [\u2026] une forme de chantage.[\u2026] On va quitter le Québec si une législation impose le français comme langue de travail.[\u2026] Le pouvoir économique au Québec s\u2019exprime en anglais parce que les détenteurs de capitaux sont anglophones.Ce sont eux qui décident des règles du jeu et, tant que le pouvoir politique n\u2019aura pas le courage de mettre ces gens-là au pas, on n\u2019avancera pas.[\u2026] Moi je crois à une législation.[\u2026] Les anglophones souhaitaient une législation dans le cas du bill 63 ; pourquoi ça serait mauvais dans un cas et bon dans l\u2019autre ?Je veux que cesse l\u2019unilinguisme anglais au Québec19.17 Ibid 18 Ibid 19 Ibid 105 extrait de Fernand Daoust (tome 2) La commission Gendron Fernand se présente pour la deuxième fois devant la commission Gendron en août 1971.Il y présente un volumineux mémoire20 qui démontre clairement que, sans une intervention coercitive de l\u2019État, non seulement la situation va empirer dans les entreprises, mais elle va se dégrader de façon irréversible comme langue de la majorité.Dans ce mémoire, on rappelle quelques-unes des luttes menées par des syndicats affiliés à la FTQ au cours des dix dernières années pour faire valoir les droits du français dans leur milieu de travail.L\u2019un des intérêts de ce mémoire tient au fait que, pour la première fois, la FTQ y fait une description sociologique sommaire d\u2019elle-même.On y apprend par exemple qu\u2019elle compte dans ses rangs 79,7 % de francophones, 13,6 % d\u2019anglophones et 6,7 % d\u2019allophones.Les principales recommandations concernent bien sûr le français comme langue de travail, mais aussi le remplacement de l\u2019Office de la langue française par une Régie de la langue doté de pouvoirs étendus et coercitifs.On y soutient qu\u2019on ne peut assurer le statut de la langue de travail par des amendements au Code du travail, qui ne couvrent que les salariéEs syndi- quéEs.On proclame « la nécessité d\u2019une politique linguistique globale » s\u2019appliquant à tous les secteurs d\u2019activités sociale et économique (éducation, immigration, main d\u2019œuvre).Ce mémoire contient en substance les points forts autour desquels s\u2019articulera la Charte de la langue française quelques années plus tard.En conclusion, on y affirme : 20 Mémoire sur le français langue de travail, présenté à la commission Gendron par la Fédération des travailleurs du Québec, août 1971. 106 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Nous sommes parvenus au point où ce n\u2019est plus seulement la qualité de notre avenir collectif qui est en jeu, mais cet avenir lui-même.[\u2026] Des tergiversations additionnelles ne pourront que démontrer la mauvaise foi de nos gouvernants et leur profonde impuissance à faire quelque changement dans la répartition des forces en présence, répartition inégale qui nous conduit à l\u2019assimilation21.Le Mouvement Québec français Le 29 novembre 1971, Fernand participe à la formation du Mouvement Québec français, qui prend le relais du Front Québec français22.Il convainc le Bureau de direction de la FTQ de contribuer au financement du MQF, malgré la pauvreté chronique de la centrale.Le Mouvement s\u2019engage dans une tournée des régions avec l\u2019objectif d\u2019y implanter des sections.Fernand et Louis Laberge se partagent la représentation de la FTQ lors de ces réunions.Durant les mois de février et mars 1972, Fernand fait des interventions à Baie-Comeau, à Val-d\u2019Or, à Hull, à Saint-Georges, à Drummondville, à Saint-Jérôme et à Montréal.De son côté, Louis Laberge se rend à Rimouski, à Rouyn-Noranda, à Sherbrooke, à Granby, à Sorel et à Québec.Fernand intervient aussi dans de nombreuses émissions télévisées23.21 Mémoire sur le français langue de travail, op.cit.22 Le Front Québec français se dissout en 1971 pour céder la place à une organisation provisoire du nom de Front commun sur le statut du français.En novembre de cette même année, le Mouvement Québec français est fondé.23 Archives de la FTQ, Rapport supplémentaire de la commission technique aux membres du Front commun sur la langue française, Montréal, octobre 1971. 107 extrait de Fernand Daoust (tome 2) Le MQF réclame une rencontre avec Robert Bourassa, premier ministre du Québec, pour discuter du statut de la langue française.La rencontre a lieu le 18 janvier 1972.Fernand et ses collègues remettent leurs recommandations sous forme de deux projets de loi.Le premier proclame le français, langue officielle et nationale du Québec.Le deuxième abroge la loi 63 sur la langue d\u2019enseignement et la remplace par un projet de législation qui rend le français obligatoire dans les écoles pour les enfants des francophones et des immigrantEs.Fernand avait souhaité qu\u2019un troisième projet de loi consacre l\u2019usage du français dans les milieux de travail.Or, le MQF, qui n\u2019en fait pas une priorité, plaide plutôt pour que la francisation des entreprises soit inscrite dans une politique linguistique.Fernand constate que tous n\u2019ont pas fait le cheminement de la FTQ.Recherchant le consensus, il se rallie à ce choix.Les deux projets de loi sont considérés par le MQF comme le minimum qui puisse rallier une majorité de QuébécoisEs.Fernand croit que ces projets de loi auront un effet d\u2019entraînement pour le français comme langue de travail.Le premier ministre répond au MQF le 23 février.Il rejette les projets de loi pour des raisons sémantiques : « Sur le plan des principes, vos projets de loi parlent par eux- mêmes.Toutefois, leur rédaction m\u2019apparaît déficiente au point d\u2019ailleurs de soulever des interrogations sérieuses au niveau [sic] de la signification réelle des prises de position de votre Mouvement24.» 24 Archives de la FTQ, Lettre de Robert Bourassa, premier ministre du Québec, à Albert Alain, porte-parole du MQF, 23 février 1972. 108 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Le MQF entreprend aussi une démarche pour rencontrer Claude Ryan, directeur du Devoir.La rencontre n\u2019a pas lieu.Ryan l\u2019a évitée de toute évidence.Il prétexte l\u2019absence de son équipe éditoriale pour annuler la rencontre.Le Mouvement entame alors une autre action qui consiste à diffuser largement une pétition \u2013 une campagne nommée Opération Québec français.L\u2019objectif est de recueillir 500 000 signatures.Fernand s\u2019assure que la pétition circule largement dans les rangs de la FTQ.Des recommandations molles et ambiguës La commission Gendron remet son rapport le 13 février 1973.Ce qui aurait pu constituer la première et la plus sérieuse démarche dans l\u2019édification d\u2019une politique linguistique québécoise globale se révèle très décevant.Après cinq ans de travaux et plusieurs millions en frais d\u2019exploitation, la Commission accouche d\u2019un rapport qui a pour effet, selon Fernand, « d\u2019enterrer tout d\u2019un coup les espoirs d\u2019une majorité de QuébécoisEs qui voudraient voir le français prendre toute la place qui lui revient dans notre vie nationale.[\u2026] Le rapport Gendron n\u2019est qu\u2019un vil camouflage du statu quo25 ».Ses recommandations sont lâches et ambiguës.Si elle réclame que le français soit la langue officielle du Québec, elle suggère en même temps que l\u2019anglais soit reconnu comme langue nationale au même titre que le français.Elle reconnaît le rôle crucial que jouerait l\u2019imposition du français comme langue de travail, mais elle ne propose que des mesures incitatives.En matière d\u2019enseignement, elle préserve pratiquement le libre choix des parents.25 Communiqué de la FTQ, 14 février 1973. 109 extrait de Fernand Daoust (tome 2) La FTQ juge très durement ce rapport qui s\u2019attache aux « conséquences de notre aliénation linguistique » et fait silence sur « la situation de domination linguistique [\u2026] à l\u2019origine de nos problèmes ».Elle reproche à ses auteurs de présenter le problème de « dépossession économique » comme un problème distinct de celui de la langue.« Pourtant, les deux réalités sont liées inextricablement dans une relation de cause à effet.[\u2026] La commission Gendron se situe, par ses solutions, dans le prolongement d\u2019un gouvernement qui rampe littéralement devant l\u2019entreprise privée26.» Le 29 octobre 1973, le Parti libéral du Québec est réélu avec 54,65 % des suffrages et 102 sièges à l\u2019Assemblée nationale du Québec.Le Parti québécois récolte 30,22 % des suffrages et seulement six sièges.Le Parti créditiste, avec 9,92 % des votes, obtient deux sièges.Une fois de plus, les carences du découpage des circonscriptions créent une distorsion que Fernand juge révoltante.Nouvelle capitulation Au lendemain de l\u2019élection, à titre de porte-parole du MQF, Fernand réclame du gouvernement une intervention législative.Robert Bourassa ne ranime le dossier linguistique qu\u2019au printemps suivant.S\u2019appuyant sur les recommandations de la commission Gendron, il présente le projet de loi 22, en mai 1974.Ce projet de loi ne calme en rien l\u2019insatisfaction généralisée en matière de droits linguistiques.Si la loi affirme que le français est la langue officielle du Québec, il s\u2019en remet à la bonne volonté des entreprises pour franciser leur milieu de 26 Notes de la FTQ sur le rapport Gendron et le français langue de travail, février 1973. 110 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 travail ; il se contente d\u2019imposer des programmes de francisation à celles qui transigeront avec l\u2019État.La loi soulève un tollé de protestations.Les anglophones se voient perdre des privilèges comme l\u2019affichage anglais unilingue tandis qu\u2019ils maintiennent leur demande d\u2019établir le bilinguisme officiel.Les francophones, de leur côté, considèrent que la loi est une demi-mesure.Fernand affirme que ce projet de loi constitue une nouvelle « capitulation du gouvernement Bourassa devant les intérêts économiques.[\u2026] On ne fera jamais du français la langue courante et normale de travail au Québec en recourant à des mesures strictement incitatives et en faisant appel à la bonne volonté de nos maîtres27 ».En juin, devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi, Fernand en rajoute : Le Bill 22 constitue à nos yeux une humiliation collective du peuple et des travailleurs québécois [\u2026], il accorde peu ou pas de nouveaux droits au français, mais il institue par contre une série de nouveaux droits pour la langue anglaise.[\u2026] La FTQ ne peut que réclamer la mise au rancart du Bill 22.Car ce Bill nous ferait reculer carrément sur le plan de l\u2019affirmation de notre identité linguistique28.Ce cri du cœur exprimé par Fernand au nom de la FTQ n\u2019est évidemment pas entendu par le gouvernement libéral.La loi 22 est adoptée en juillet, sans aucun amendement significatif.Quant au domaine scolaire, la seule avancée est l\u2019imposition de tests d\u2019aptitude aux élèves qui veulent 27 FTQ, communiqué, 23 mai 1974.28 Mémoire présenté par la Fédération des travailleurs du Québec à la Commission parlementaire chargée d\u2019étudier le projet de loi 22 (Loi sur la langue officielle), juin 1974. 111 extrait de Fernand Daoust (tome 2) fréquenter l\u2019école anglaise.Même cette disposition insatisfaisante provoque un départ, celui de Jérôme Choquette29.La Charte de la langue française On comprendra qu\u2019après ces épisodes de frustration, le militant pour la langue française qu\u2019est Fernand Daoust accueille comme une embellie inespérée l\u2019élection du PQ le 15 novembre 1976.Au lendemain de son élection, le gouvernement Lévesque annonce sa volonté de doter le Québec d\u2019une Charte de la langue française.Dès les réunions préparatoires, la FTQ est associée aux comités de travail gouvernementaux.C\u2019est elle qui propose des articles qui touchent au français comme langue de travail et les comités de francisation, tandis que le patronat s\u2019y oppose farouchement.Fernand appuie énergiquement Camille Laurin contre les « éléments nationalistes timorés » et le patronat qui prédit l\u2019exode des capitaux si une loi protégeant le français est votée.Dans son mémoire à la commission parlementaire chargée d\u2019étudier le projet de loi, la FTQ dénonce « la solidarisation instinctive et immédiate des petits et grands patrons francophones avec le patronat anglophone.[\u2026] 29 Le coriace ancien ministre de la Justice était devenu ministre de l\u2019Éducation après la réélection des libéraux en 1973.Choquette préconise que le français soit la langue d\u2019enseignement pour tous, sauf pour les élèves de langue maternelle anglaise.Il réclame un amendement que son chef lui refuse.Il démissionne du gouvernement et quitte le Parti libéral le 26 septembre 1975.Homme de droite, connu pour son intransigeance à titre de ministre de la Justice, Choquette n\u2019en est pas moins responsable de l\u2019adoption par l\u2019Assemblée nationale de la Charte des droits et libertés de la personne, de la Loi sur l\u2019aide juridique et de la création de la Cour des petites créances.Après sa rupture avec les libéraux, Choquette fonde le Parti national populaire en 1975, mais ce parti ne réussit pas à s\u2019imposer sur l\u2019échiquier politique. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Face aux intérêts économiques qui possèdent le Québec, l\u2019absence d\u2019autonomie de notre bourgeoisie locale est flagrante30 ».Le projet de loi prévoit que les entreprises de plus de 50 employéEs doivent se doter d\u2019un programme de francisation et obtenir de l\u2019Office un certificat de francisation ; celles de plus de 100 employéEs doivent en plus constituer des comités de francisation.Le ministre Laurin se dit d\u2019accord avec la FTQ quand elle suggère que, là où il y a des syndicats, ces derniers doivent être partie prenante du processus de francisation.Le sociologue Guy Rocher, l\u2019un des collaborateurs du ministre et rédacteur de la Charte, rappelle que Camille Laurin considérait que la politique linguistique devait investir en priorité les milieux de travail : La langue française devait être « utile », sous peine d\u2019être folklorisée.Les syndicats québécois, et tout particulièrement la FTQ, ont poussé à la roue.La FTQ avait, pour des raisons de nature historique, davantage d\u2019ancrages dans les moyennes et grandes entreprises privées à direction anglophone.Ses responsables syndicaux étaient forcés de négocier en anglais.La négation du droit de travailler en français ou celui d\u2019avoir des contremaîtres connaissant la langue des subalternes fut l\u2019objet de conflits de travail et d\u2019accrochages qui mettaient les entreprises sous tension permanente31.Fernand salue la vision large et globale du ministre Laurin et du gouvernement du Québec, pour qui « la langue n\u2019est pas un instrument de communication, elle est notre 30 Mémoire présenté par la Fédération des travailleurs du Québec à la Commission parlementaire chargée d\u2019étudier le projet de loi no 1, le 21 juin 1977.D\u2019abord numéroté 1 lors de sa présentation, le projet de loi portera le numéro 101, au moment de devenir loi.31 Guy Rocher, « Revenir à l\u2019esprit de la loi 101 », Le Devoir, 18 mars 2013. 113 extrait de Fernand Daoust (tome 2) identité, qu\u2019il faut affirmer pour nous-mêmes et pour les nouveaux arrivants32 ».Trois ans après la Loi sur la langue officielle (loi 22), l\u2019Assemblée nationale du Québec adopte le 26 août 1977 la Charte de la langue française (loi 101).Outre la consécration du français comme langue normale du travail à tous les paliers de l\u2019activité économique au Québec, la loi prévoit notamment l\u2019usage exclusif du français dans l\u2019affichage public.Au plan scolaire, désormais, seulEs les enfants, dont l\u2019un des deux parents a étudié en anglais au primaire au Québec, pourront fréquenter l\u2019école anglaise.Fernand juge que la Charte de la langue française constitue une victoire politique des travailleurs et des travailleuses et de tout le peuple québécois.Il croit que la politique linguistique va s\u2019inscrire dans le cadre plus général de reprise en main de notre économie.Pour lui, la francisation des milieux de travail entraînera « la disparition d\u2019un des signes les plus outrageants de la domination économique dont la société québécoise est l\u2019objet.[\u2026] Trop longtemps, l\u2019anglais a été la langue des promotions et du prestige, le français la langue des bas salaires et du mépris33 ».Dès le 23 février 1977, Fernand est nommé membre de l\u2019Office de la langue française par le gouvernement.Son mandat sera confirmé sans interruption jusqu\u2019en 2002.32 Intervention de Fernand Daoust au colloque L\u2019œuvre de Camille Laurin et les instruments de la transformation sociale.Montréal, 29 mai 2009.33 FTQ, communiqué, 26 août 1977. 114 LIRE LES ESSAIS JOHN IBBITSON Stephen Harper.Un portrait, Les Éditions de l\u2019Homme, 2015, 603 pages Maintenant que Stephen Harper a quitté le 24 Sussex, le temps est propice pour dresser un premier bilan des années où il y a séjourné et, considérant que l\u2019homme demeure peu connu, des années qui y ont mené.À cette fin, encore plus que Stephan Harper and the Future of Canada de William Johnson paru en 2005, la version française de sa biographie Stephen Harper.Un portrait, du journaliste au Globe and Mail John Ibbitson constitue une source d\u2019informations appréciable, au point où il vaut la peine d\u2019en restituer les grandes lignes.Comme tout bon biographe politique, Ibbtison dévoile des pans importants de l\u2019histoire personnelle de son sujet qui, plus tard, se révèlent déterminants sur le plan politique.Selon lui, de tous les premiers ministres, Harper serait le premier à avoir grandi dans une banlieue et cela aurait une influence durable sur son parcours marqué par une sympathie pour les gens ordinaires de la classe moyenne.Son séjour à l\u2019Université de Toronto, où il décroche rapidement parce qu\u2019il ne se sent pas à sa place, serait le début de sa brouille avec les élites suffisantes du Canada central.Son séjour dans l\u2019Ouest canadien, au cours duquel il travaille 115 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 pour une compagnie pétrolière, aura aussi une influence.C\u2019est à cette période que, exposé à la hargne des « westerners » contre la politique énergétique nationale de Pierre Trudeau, il devient anti-trudeauiste.Un peu plus tard, il fréquente l\u2019Université de Calgary, plus précisément l\u2019École de Calgary, et adhère alors plus que jamais au néo-libéralisme.Quant à son côté anti-Ottawa, il le développe lors d\u2019un séjour dans la capitale fédérale à titre d\u2019adjoint parlementaire d\u2019un député conservateur élu sous Mulroney.Car, malgré quelques mesures intéressantes aux yeux d\u2019Harper comme la fin de la politique énergétique nationale ou les négociations en vue du libre-échange, le gouvernement Mulroney demeure trop favorable aux intérêts et aux idéaux du Canada central dans de multiples dossiers comme le bilinguisme, l\u2019interventionnisme étatique ou l\u2019accommodement du Québec au plan constitutionnel.L\u2019épisode le plus déterminant de cette époque semble toutefois être celui de son retour à Calgary à la fin des années 1980.C\u2019est alors qu\u2019il parfait sa culture politique conservatrice.Il lit des classiques, comme Burke et Hayek, mais aussi des livres contemporains, comme Patriot Game de Brimelow.Ce dernier semble avoir été particulièrement influent dans la pensée du futur premier ministre puisqu\u2019on y retrouve une critique du nationalisme créé artificiellement par Trudeau et de ses effets, tels l\u2019interventionnisme fédéral, la centralisation et le bilinguisme.Ainsi équipé en termes d\u2019expérience politique et de bagage idéologique, Harper est fin prêt lorsqu\u2019émerge le mouvement réformiste de Preston Manning.Il en devient un des stratèges et un des idéologues.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il propose une vision alternative à celle de Manning, qui oppose les ruraux aux urbains.Pour Harper, l\u2019opposition 116 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 sociologique et par conséquent politique est plutôt entre deux classes essentiellement urbaines : celle des employés du secteur public, qui a intérêt à voir les « taxes » augmenter, et celle des employés du secteur privé, dont les intérêts vont en sens inverse.Concrètement, pour la droite canadienne, cela devrait se traduire par une plus grande insistance sur les aspects économiques, le programme néolibéral, et une moins grande sur les aspects sociétaux, le conservatisme social.Cumulé à ce qui, selon son biographe, constitue une incapacité à se soumettre à quiconque, le fait que Manning ne reprenne pas intégralement cette vision expliquerait le départ d\u2019Harper avant même la fin de son mandat de député, alors qu\u2019il est pourtant un des porte-paroles les plus en vue.Déjà, Harper préfère être le patron, comme il le sera à la Coalition nationale des citoyens, un groupe de pression qu\u2019il dirige au début des années 2000, soit à l\u2019époque où le Parti libéral du Canada domine outrageusement, entre autres parce que la droite est divisée.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019Harper se présente et remporte la course à la chefferie de l\u2019Alliance canadienne et qu\u2019ensuite un miracle se produit.Alors que le tout nouveau chef du Parti pro- gressiste-conservateur, Peter McKay, a été élu à ce poste en promettant de ne pas fusionner son parti avec l\u2019Alliance canadienne, une fusion survient tout de même.Les raisons de cet événement sont doubles.D\u2019une part, séparément, les deux partis obtiennent des appuis largement insuffisants, de 25 % et 12 % en 2000, et encore moins dans des sondages par la suite.D\u2019autre part, lors des négociations menant à la fusion, Harper cède sur tout, autant sur le fond que sur la forme : bilinguisme, soins de santé universels, parité à la direction de la nouvelle formation, reprise de la dette du Parti progressiste-conservateur, etc.Quant à 117 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 la question du Québec, en l\u2019absence de tout Québécois lors des négociations, elle n\u2019est même pas abordée.Même si l\u2019entente est un succès, puisqu\u2019elle est approuvée par la majorité des membres des deux partis, ce dernier élément s\u2019avère problématique lorsque le seul député conservateur québécois, André Bachand, quitte le navire.S\u2019en suivront de mauvais résultats au Québec lors de l\u2019élection de 2004, malgré l\u2019effondrement partiel du Parti libéral dans la foulée du scandale des commandites.La situation change toutefois en 2006 alors que, suite à une réorientation vers un fédéralisme dit d\u2019ouverture, le Parti conservateur obtient quelques sièges au Québec qui contribuent, quoique modestement, à l\u2019élection d\u2019un gouvernement conservateur minoritaire.Harper réussit à former un gouvernement à deux autres reprises, dont une majoritaire, et ce, essentiellement grâce à une coalition d\u2019employés du secteur privé vouée à réduire les taxes et impôts.Et comme on dit au Canada : « The rest is history ».Sur cette histoire des années de Harper au pouvoir, le bilan que dresse Ibbitson est à la fois plutôt complet et nuancé.De nombreux accomplissements positifs sont réalisés, principalement dans les premières années : baisse de la TPS, loi sur la responsabilité destinée à mettre fin à la corruption instillée par les libéraux, entente sur le bois d\u2019œuvre, reconnaissance de la nation québécoise, etc.Les éléments négatifs sont tout aussi nombreux, voire plus lors des dernières années : centralisation au bureau du premier ministre (quoique cela avait débuté sous Jean Chrétien), manque de respect envers des institutions à commencer par le Parlement, compressions partout sauf dans les publicités gouvernementales, etc.On remarque au passage que le Harper des dernières années se pétrifie au point de ne plus combattre vigoureusement la diaboli- sation dont il fait l\u2019objet. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Au final, même s\u2019il y a plus de négatif que de positif, le passage du gouvernement Harper au gouvernement Trudeau ne saurait être qualifié de passage de la sombre pénombre au jour lumineux, comme il l\u2019est parfois par divers commentateurs.Certes, à la lecture de cette biographie d\u2019Harper, même si elle s\u2019arrête à l\u2019été 2015 et donc avant sa défaite électorale, on ne peut qu\u2019être frappé par le contraste avec son successeur.Mais ce contraste n\u2019est pas celui de la nuit et du jour.C\u2019est plutôt celui entre un poids lourd intellectuel introverti et un pygmée intellectuel extroverti, un conservateur et un libéral-libertaire, et surtout, entre un Canadien non québécois un peu ouvert au nationalisme québécois et un Canadien québécois qui y est farouchement hostile.C\u2019est pourquoi, au niveau politique, l\u2019essentiel à retenir de cette biographie pour les Québécois est que, même s\u2019ils ont très peu à attendre de la droite canadienne dans le contexte actuel, ils devraient tout de même être attentifs à la suite de son histoire après Harper.Et au point de vue stratégique, les leçons à retenir sont liées à la véritable nature du clivage droite/gauche, employés du privé/ employés du public, et au possible miracle de l\u2019alliance, qui peut advenir lorsque la nécessité politique et la volonté de faire d\u2019importants compromis sont au rendez-vous.Guillaume Rousseau Professeur de droit, Université de Sherbrooke 119 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 JACQUES GRAND\u2019MAISON Ces valeurs dont on parle si peu.Essai sur l\u2019état des mœurs au Québec, Montréal, Les Éditions Carte blanche, 2015, 136 pages La lecture du dernier et sans doute ultime ouvrage de Jacques Grand\u2019Maison me rejoint à plusieurs titres.D\u2019abord, j\u2019ai suivi toute l\u2019œuvre du cher chanoine, en particulier les recherches qu\u2019il a consacrées aux générations et à leurs rapports : un travail colossal de sociologue, qui a eu et garde le mérite de nous éveiller à une forme nouvelle des rapports sociaux, aux questionnements qu\u2019ils soulèvent et aux perspectives qu\u2019ils nous font parfois redouter.Jacques Grand\u2019Maison et ses collaborateurs ont su nous convaincre de la nécessité de prendre en compte la grave crise de la transmission d\u2019une génération à l\u2019autre, non seulement dans la réalité ecclésiale du Québec en fin de XXe siècle, mais dans la dynamique chaude et conflictuelle de la société québécoise confrontée aux bouleversements de son action sur elle-même.Les rapports entre générations sont si distendus que c\u2019est « le tissu humain et spirituel » qui s\u2019en trouve tout effiloché et menacé dans ses formes autant que dans sa durabilité.Jacques Grand\u2019Maison a ainsi contribué efficacement à élargir le concept de rapports sociaux, bien au-delà des « rapports de classes » et j\u2019ai pu croiser ses chemins de réflexion avec mes recherches et mes diverses interventions dans le champ naissant de la gérontologie sociale québécoise.J\u2019ai aussi eu l\u2019occasion d\u2019animer des entrevues assez longues avec lui à la radio et en télévision : c\u2019est, avec le penseur, le développeur du social qui m\u2019intéressait, le militant et le croyant à la foi bien accrochée.Jacques Grand\u2019Maison a toujours entretenu un regard aussi large qu\u2019approfondi et réfléchi sur la société québécoise, sur les changements qui 120 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 l\u2019ont affectée au fil des ans depuis la Révolution tranquille, sur les défis nouveaux qui surgissaient, sur les chantiers de développement à mener et sur les orientations nouvelles qui étaient offertes à ses concitoyens.De plus, prêtre attaché au diocèse de Saint-Jérôme, il a mené sa barque de pasteur avec la sérénité volontaire d\u2019un croyant déterminé et fidèle, aussi attaché à son église que critique de ses dérapages ou de ses conservatismes.J\u2019ai aimé ses rencontres radiophoniques pleines de sens pour l\u2019animateur que j\u2019étais et pour les auditeurs qu\u2019attiraient sa personnalité et ses propos.Or, voici que Jacques Grand\u2019Maison est en train de vivre sa conclusion de vie ; frappé par une maladie grave, il ne décroche pas et s\u2019attelle à dresser un bilan de sa courbe personnelle autant que de celle de l\u2019histoire récente du Québec et de « l\u2019état de ses mœurs », comme le dit le sous- titre.Jacques Grand\u2019Maison y va d\u2019une dernière analyse en dix-neuf courts et denses textes, où se manifeste une fois de plus la qualité de sa réflexion et la virtuosité du style.Il dresse ici un réquisitoire sincère, mais sévère, de l\u2019action du Québec sur lui-même, sur l\u2019évolution de sa culture, pour ne pas dire plutôt l\u2019involution.Le Québec se blottit dans la modernité, mais sans se soucier des valeurs propres qui en ont fondé l\u2019histoire, « ces valeurs dont on parle si peu ».Notre auteur déplore assez clairement que nous ayons ainsi jeté le bébé avec l\u2019eau de son bain, le pays du Québec avec ses traditions autant que son église avec les bons effets de sa forte influence.Il y a ici un mélange de nostalgie et d\u2019amertume, et je me suis inquiété de cette orientation presque exclusive, en la rapportant parfois et plus souvent à mesure de ma lecture aux effets de la maladie et du vieillissement.Comme si notre ami était submergé par les doutes et les souffrances et ne trouvait refuge et sens que dans les regrets.Il s\u2019appuie sur une citation du philosophe Christian Lamoure : 121 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Nous avançons d\u2019un pas toujours décidé Vers une vie toujours plus creuse Bronzés, minces et musclés Mais nous payons le prix d\u2019une négligence L\u2019oubli de l\u2019âme.Jacques Grand\u2019Maison crie son malaise devant la superficialité ambiante, devant « l\u2019insoutenable légèreté des croyances comme des incroyances.Ici au Québec.» J\u2019avoue avoir été tenté par ces arguments, mais une lecture seconde m\u2019en a dissuadé.Il me semble souvent dangereux au plan théorique et délicat au niveau argumentaire de partir d\u2019une sélection de valeurs pour en déplorer le déclin.Je crois qu\u2019il eût été plus fécond de partir des nouvelles formes de notre modernité, pratiques et mœurs, organisations et institutions, pour bâtir l\u2019analyse, construire les raisonnements et dégager des conclusions.Certes, nous constatons des changements et même des ruptures, des renoncements et même des démissions, mais le sociologue doit aussi dégager des pistes nouvelles de l\u2019action de notre société sur elle-même.Oui, il règne parfois un air de fin de siècle, mais c\u2019est aussi le signe de commencements à détecter, d\u2019initiatives à découvrir, de fécondités nouvelles, au plan collectif et à celui des individus.Bien sûr, on parle moins de valeurs anciennes, mais c\u2019est peut-être aussi pour nourrir des inspirations renouvelées et des pratiques innovantes.C\u2019est ici que je m\u2019interroge sur ce qu\u2019on appelle l\u2019avance en âge.En vieillissant, il est parfois très malaisé de faire de la fin de vie une occasion de « générativité » ; les rapports sociaux, la culture forte de l\u2019âgisme, les contraintes du grand âge, le poids des circonstances et la rareté des occasions positives nous enlèvent souvent les marges nécessaires pour renouveler notre imaginaire et nos réflexions.On attribue à Picasso cette apostrophe : « J\u2019ai mis longtemps à devenir 122 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 jeune » : Jacques Grand\u2019Maison aurait eu avantage à méditer et à écrire sur l\u2019âge comme chemin pour remonter et non retomber en enfance, retrouvant la chance de vérités plus convaincantes.Dans un dernier chapitre en forme de sursaut, Jacques Grand\u2019Maison magnifie l\u2019amour du pays, qu\u2019il met sur le même plan que « le culte de la vie ».Comme bien des aînés, il évalue à la baisse l\u2019héritage emprunté et bientôt rendu aux futures générations : l\u2019honnêteté de son doute est ici remarquable.Il rappelle aussi que l\u2019adulte reste l\u2019indépassable et indispensable modèle pour faire grandir les jeunes.Personnellement, je n\u2019en suis désormais plus assuré et ce qui me paraissait une certitude fondatrice est désormais pour moi un questionnement ; c\u2019est peut-être à ce niveau qu\u2019il conviendrait de repenser nos courbes de vie et les institutions qui les supportent et les alimentent.Pour reprendre une métaphore de notre auteur, je ne pense pas que les jeunes générations préfèrent les fleurs coupées, éphémères et vite ramollies aux « fleurs vivaces bien enracinées ».Comme beaucoup d\u2019entre nous, Jacques Grand\u2019Maison, en fin de vie, se sent pris d\u2019un « certain vertige » devant le peu de souci pour le moyen et long terme.Je comprends cette fragilité et cette précarité, pour les traverser moi-même par instants.Mais Sisyphe n\u2019est heureux qu\u2019en poursuivant son éternelle montée, quoi qu\u2019il lui advienne.Sagesse ultime, à regagner et à diffuser, depuis le bas de notre pente, vers des sommets de mystérieuse vérité.Jean Carette, Ph.D. 123 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 EDMOND DZIEMBOWSKI La Guerre de Sept Ans, 1756-1763, Éditions du Septentrion, 2015, 680 pages EDMOND DZIEMBOWSKI Les Pitt.L\u2019Angleterre face à la France, 1708-1806, Éditions du Septentrion, 2015, 600 pages La guerre de Sept Ans, Frenchs and Indian Wars pour les Américains, Guerre de Conquête pour les Québécois, aura été qualifiée par Winston Churchill de première guerre mondiale de l\u2019histoire.Amorcé par un incident de frontière aux confins de l\u2019Ohio qui a vu la mort de l\u2019officier Joseph Coulon de Villiers de Jumonville aux mains d\u2019un détachement commandé par le Virginien Georges Washington, ce conflit purement colonial a fini par embraser l\u2019Europe et s\u2019est étendu sur quatre continents.Cet ouvrage d\u2019Edmond Dziembowski, professeur d\u2019histoire à l\u2019université de Franche-Comté qui a été couronné par un prix de l\u2019Académie française, est paru après une étude sur les deux William Pitt, le père et le fils.(Ces deux ouvrages sont complémentaires pour qui s\u2019intéresse à l\u2019histoire des mutations politiques en France, en Angleterre et en Amérique suite à la guerre de Sept Ans.) L\u2019historienne Sophie Imbeault, qui signe la présentation de La guerre de Sept Ans, énonce fort justement que le point de vue américanocentré des Québécois et la vision européenne des Français faisaient qu\u2019il manquait une perspective globale de cette guerre.Le livre de M.Edmond Dziembowski est, selon l\u2019éditeur, la première synthèse des multiples histoires européenne, américaine, québécoise et amérindienne.Il faut en effet inclure cette vision amérindienne dans cette œuvre synthèse, car l\u2019auteur ne craint pas d\u2019énoncer que le retrait des forces amérindiennes à la fin du conflit a 124 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 pu faire basculer définitivement le rapport de force en faveur des Anglo-américains, l\u2019autre facteur primordial étant l\u2019importance secondaire que la France avait pu donner au conflit naval alors que l\u2019Angleterre y avait mis des ressources démesurées.Outre les conséquences géopolitiques (la perte de l\u2019empire colonial français et l\u2019achèvement de la suprématie navale britannique), l\u2019auteur aborde aussi le terrain des transformations des mentalités et des idéologies que cette guerre a pu provoquer.Connexion d\u2019abord entre l\u2019idéal démocratique des colons arrivés en Amérique avec les idées de la république de Cromwell et le renouveau du radicalisme patriote incarné par William Pitt.La chute de William Pitt ayant pu provoquer le ressac anti-britannique dans les treize colonies.L\u2019auteur s\u2019attarde longuement sur ce processus particulier qui a permis à la Grande-Bretagne de mettre à genoux la France, la plus grande puissance militaire de son époque.En décembre 1756, porté par une vague populaire sans précédent, William Pitt, chef du parti whig entre au gouvernement avec le poste de secrétaire d\u2019État du Département du Sud.Il ne faut pas s\u2019arrêter au titre de secrétaire, car en fait William Pitt prenait en mains les affaires de la guerre.Le conflit en Amérique déshonorait alors les armes britanniques humiliées par la défaite de la Monongahéla.Les colonies américaines trainaient du pied et ne se mobilisaient que médiocrement, inquiètes de voir la Grande-Bretagne restreindre les pouvoirs de leurs assemblées coloniales en installant un commandement militaire qui les superposait.William Pitt renverse tout ça, redonne le pouvoir aux assemblées et remet les officiers coloniaux égaux en grade aux officiers de la métropole.Edmond Dziembowski explique que c\u2019est une communauté de pensée issue des révolutions républicaines qui favorisait cette politique du leader patriote à l\u2019endroit des colonies 125 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 principalement peuplées d\u2019immigrants républicains.À l\u2019échelle stratégique, la méfiance de Pitt (par conséquent du peuple) à l\u2019endroit des intérêts du roi Georges II dans le Hanovre, l\u2019incite à refuser tout engagement en Europe autre que sous forme de subsides et de concentrer toutes les forces navales et militaires de la Grande-Bretagne dans les seules voies coloniale et maritime.Politiquement, William Pitt est porté par un immense mouvement patriotique qui arrivera à donner de puissants moyens à la Grande-Bretagne.De l\u2019autre côté de la Manche, la France suit un parcours radicalement différent.Les premières années de la guerre ont vu la France investir des forces à peu près égales, voire supérieures, dans le conflit colonial.Mais pour garantir sa sécurité en Europe, elle s\u2019allie alors à l\u2019Autriche croyant ainsi que les deux puissances continentales arriveront à imposer un équilibre européen.Se voyant menacé, Frédérick II de Prusse jette par-dessus bord son ancienne alliance avec la France et rejoint son ancien ennemi, la Grande-Bretagne.C\u2019est le fameux renversement des Alliances qui, loin d\u2019assurer la sécurité à la France, la plonge dans la guerre continentale qui est finalement déclenchée par Frédérick II de Prusse.Il décide d\u2019envahir la Bohème par prévention, car il croit qu\u2019il sera attaqué incessamment par la nouvelle alliance à laquelle se joint la Russie.Une série de défaites françaises oblige Louis XV et ses ministres à accorder de plus en plus de moyens à la guerre continentale ce qui fait que la Grande-Bretagne finit par avoir les coudées franches pour sa guerre coloniale.En 1759, année de la prise de Québec, la France n\u2019envoie presque plus de secours dans ses colonies, gardant ses ressources navales pour un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre qui devrait d\u2019un seul coup régler toutes les questions en litige avec la Grande-Bretagne.Malheureusement, c\u2019est la 126 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 Grande-Bretagne qui profitera de ce projet, la concentration des forces navales françaises nécessaires à cette invasion donnant l\u2019occasion à la Royal Navy de détruire toute la flotte française d\u2019un seul coup à la fameuse bataille de la Baie de Quiberon, aussi appelée bataille des Cardinaux.Presque toute la marine française est alors anéantie.Dès lors, on peut avancer que la France a définitivement perdu la guerre.Mais alors commence une autre histoire, et c\u2019est celle de la France patriote dont Edmond Dziembowski pourra attribuer l\u2019impulsion à la bataille des Cardinaux.Il s\u2019agit alors de reconstruire la flotte, mais la monarchie déconsidérée n\u2019arrive plus à remplir les coffres par les voies régulières de financement.Aussi, encourageant les parlements et les villes à prendre le relais et, en cela, soutenant publicistes et propagandistes, le roi et son ministre Choiseul réussissent à faire construire la nouvelle flotte par ces mêmes parlements et villes contaminés par l\u2019esprit patriotique qui semble avoir traversé la manche.Il s\u2019agit d\u2019une considérable mutation politique où la monarchie française, pour relancer l\u2019effort de guerre, n\u2019avait plus d\u2019autre choix que d\u2019encourager un nouveau patriotisme basé non plus sur la fidélité au roi, mais sur l\u2019avènement du citoyen responsable qui intervient désormais dans la sphère politique.À lire cet ouvrage, on serait tenté de renommer cette guerre, la guerre de toutes les révolutions.Le parcours du livre nous mène facilement à ce constat, les révolutions française et américaine sont filles de la guerre de Sept Ans.En développant sur la révolte de Pontiac qui a suivi la cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne, l\u2019auteur introduit également dans les conséquences de la guerre de Sept Ans cet effacement commun de l\u2019Amérique française et de l\u2019Amérique autochtone qui désormais appartiennent au monde de la sujétion.Disons pour terminer que cette 127 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 synthèse ouvre la porte à des champs de recherche pour le moins en jachère jusqu\u2019ici.Elle risque d\u2019être pour longtemps un ouvrage majeur de référence pour ce conflit qui a marqué notre destin national.René Boulanger Chroniqueur en histoire JOHN SAUL Le grand retour.Le réveil autochtone, Montréal, Les éditions du Boréal, 2015, 336 pages John Saul, dans Le grand retour, fait un appel politique aux populations non autochtones du Canada et leur demande de considérer avec sérieux la situation dans laquelle vivent les premières nations et nations métisses du pays et de le faire sans esprit de supériorité ni pitié.Il leur demande surtout de se poser en véritable interlocuteur politique avec elles et d\u2019entreprendre un véritable processus de règlement de l\u2019immense problème que vivent ces nations au Canada.Ce faisant, Saul demande aux individus qui forment la majorité non autochtone de littéralement contourner les élites politiques et économiques et les invite, dans le même temps, à se transformer eux-mêmes en véritables citoyens.Comme toujours avec Saul, nous avons dans les mains un livre complexe et touffu, ce qui en rend la synthèse malaisée.On y trouve des éléments d\u2019analyse historique, des descriptions sur les façons dont les premières nations se sont organisées politiquement, mais aussi plusieurs pages de contenu plus philosophique sur l\u2019impact des grands récits et des fondements de la culture sur la politique et le rapport au monde.En fait, dans Le grand retour, on trouve par-delà le 128 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 plaidoyer militant que je viens de mentionner un second livre plus ou moins subjacent.Cet autre livre, si on peut l\u2019appeler ainsi, consiste en une critique philosophique de l\u2019Occident colonisateur et des impacts de son grand récit rationaliste.Pour Saul, la croyance des peuples venus d\u2019Europe de posséder le monopole de la raison et des lumières leur aura permis pour une bonne part de devenir éperdument colonisateurs et de s\u2019accorder le droit de propriété sur une bonne partie de la planète.Je ne puis ici porter ma réflexion sur cette autre dimension de l\u2019ouvrage, car cela m\u2019amènerait trop loin du propos premier de Saul qui est, comme l\u2019ai dit, politique.L\u2019auteur commence son discours en déclarant que les premières nations et les nations métisses sortent en quelque sorte de la non-existence politique.Pendant longtemps, ces populations ont été écrasées par une masse de problèmes : l\u2019asymétrie démographique, la réalité brutale du pouvoir politique (britannique puis canadien), la pauvreté systémique, les effets de l\u2019impérialisme culturel, etc.Toutefois, ces peuples n\u2019ont jamais été anéantis et ils sont désormais de retour en tant que sujet historique.Ils sont à présent plus populeux notamment parce qu\u2019ils ont une démographie différente de la nôtre.Ils ont entrepris avec succès de s\u2019éduquer, de s\u2019organiser.Ils ont réussi à prendre passablement de distance par rapport aux effets délétères du grand discours idéologique \u2013 raciste et rationaliste \u2013 des colonisateurs.Ils se sont donné des leaders qui sont dans l\u2019ensemble compétents, forts, habiles et résolus.Au surplus, ils ont appris le fonctionnement du système de cours et réussi à maintes reprises à mettre nos gouvernements en échec.Tout cela est décrit avec force détails.Saul poursuit son appel aux populations non autochtones du Canada en abordant les problèmes que vivent les premières nations et peuples métis.On voit tout de suite qu\u2019il 129 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 a en tête de défaire ce préjugé tellement commun qui veut que la cause de ces problèmes loge d\u2019abord et avant tout du côté autochtone.On connaît la rengaine : au vu des transferts d\u2019argent depuis Ottawa vers les réserves, si la misère continue, c\u2019est qu\u2019il y a un problème soit de culture, soit de corruption, soit d\u2019indigences de leaders.Le livre n\u2019apporte pas de réfutation en règle de cette vision, mais il apporte suffisamment d\u2019éléments pour la discréditer très fortement.En fait, l\u2019auteur juge plus important de procéder à un reca- drage : une compréhension sérieuse de ces problèmes suppose, selon lui, un regard ample qui considère l\u2019ensemble de la situation dans laquelle les pouvoirs colonisateurs et pratiquement tous nos gouvernements ont mis les premières nations et peuples métis depuis très longtemps.Cela signifie notamment regarder en face la manière dont les gouvernements ont ignoré systématiquement et cyniquement les traités territoriaux qu\u2019ils ont pourtant négociés et signés (en faisant comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019accords sacrés entre peuples et en engageant la parole des peuples venus d\u2019Europe).Cela signifie voir en face la mise à mal des réalités communautaires de tous ces peuples par les effets combinés des politiques de mises en réserve et de minorisation politique, des mesures de destruction culturelle et linguistique ainsi que de l\u2019exploitation sans scrupule des ressources de leurs territoires ancestraux.John Saul donne alors à penser que s\u2019il faut trouver un coupable, s\u2019il faut ramener les énormes malheurs vécus par tous ces peuples à une seule et grande responsabilité, eh bien, c\u2019est à nous qu\u2019elle incombe, nous qui constituons une entité collective issue du colonialisme européen.L\u2019auteur fait certes des nuances quant à la distribution des responsabilités historiques et, bien entendu, il vise au premier chef la couronne britannique et tous les gouvernements du Canada ; néanmoins, les individus qui forment les popula- 130 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 tions dites du sud du Canada ont, eux aussi, dans son esprit, une grande part de responsabilité en ce sens qu\u2019ils ont laissé faire.Qui plus est, chacun d\u2019entre nous, encore aujourd\u2019hui, n\u2019a de cesse d\u2019osciller entre l\u2019indifférence, la pitié, voire le mépris.Notre attitude générale à l\u2019endroit des premières nations et des peuples métis est nourrie par un mélange d\u2019ignorance, de préjugés, de duplicité ; elle se nourrit aussi du grand récit de la raison venue d\u2019Occident.C\u2019est ici que l\u2019appel de Saul prend son envol.Le grand retour des premiers peuples en tant que sujet politique offre la possibilité de changer le cours de l\u2019histoire et de réparer jusqu\u2019à un certain point les dommages causés.Il apporte la possibilité d\u2019une véritable discussion pour refonder le pays.Cependant, pour que cela advienne, il faut qu\u2019un véritable interlocuteur se présente face aux premières nations et peuples métis.Or, selon Saul, on ne peut attendre des gouvernements qu\u2019ils se départissent de leur mauvaise foi traditionnelle : mis à part les négociations menées entre le gouvernement du Québec et les Cris dans les années 1970 et 1980 (lesquelles négociations se sont soldées par l\u2019accord de la Paix des braves), il n\u2019y a guère de cas où les gouvernements ont fait autre chose que d\u2019user des tactiques politiques les plus viles (intimidation, mensonge, mesures dilatoire, arguties juridiques, recherche de la division).C\u2019est pourquoi il revient aux citoyens d\u2019agir et d\u2019imposer au gouvernement une voie de règlement qui passera par la discussion bilatérale, par la reconnaissance des traités signés et par le déploiement d\u2019outils de développement à la hauteur des problèmes créés par le colonialisme.Mais pourquoi diable le feraient-ils ?L\u2019auteur apporte plusieurs raisons.Saul en appelle d\u2019abord à la responsabilité historique.Nous, gens du sud, sommes solidaires des politiques ignobles menées envers les nations autochtones et métis et sommes 131 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 solidairement responsables de leurs conséquences.D\u2019où un important devoir de réparation.Deuxièmement, l\u2019auteur avance que les Canadiens ont prouvé quelques fois qu\u2019ils pouvaient s\u2019attaquer avec succès à des problèmes majeurs, notamment en réglant en profondeur la question de la place du français au pays ainsi qu\u2019en mettant en place un régime d\u2019immigration fondé sur le multiculturalisme.Troisièmement, un règlement est dans notre intérêt dans la mesure où les premières nations et les nations métisses sont de plus en plus organisées du point de vue politique et capables d\u2019exploiter le système de justice à leurs fins : aussi bien s\u2019attaquer au problème tout de suite.Saul avance une raison supplémentaire de saisir l\u2019occasion historique qui se présente : une telle action citoyenne nous amènerait à nous transformer nous-mêmes.Si d\u2019aventure nous avions cette audace, nous serions conduits à devenir des citoyens au sens fort et à sortir de notre torpeur politique collective.Nous aurions l\u2019occasion de casser la quasi dictature que nous tolérons bon an, mal an.Pour Saul, notre régime fondé sur le vote périodique n\u2019est rien de plus qu\u2019une délégation totale du pouvoir.Autrement dit, l\u2019auteur invite les Canadiens à reconquérir leur démocratie et, partant, à redevenir citoyen.Et puis, il affirme que nous connaîtrions une transformation culturelle, nous qui vivons sans en être conscients les limites de notre culture rationaliste dont les finalités instrumentalistes se retournent contre nous.Les premières nations auraient en effet beaucoup à nous apprendre, notamment en ce qui concerne les pratiques de décision politique.À mes yeux, ce livre de John Saul est important.Il est important en effet que des auteurs non autochtones nous remettent sous le nez nos responsabilités collectives.Il est important que l\u2019on rappelle et que l\u2019on décrive l\u2019absence 132 L\u2019Action nationale \u2013 Février 2016 de bon foi avec laquelle presque tous les gouvernements ont traité ces peuples, notamment pour ce qui concerne le contenu des traités pourtant signés.Je suis par contre déçu de constater l\u2019absence de réflexion solide sur le problème de l\u2019organisation politique des populations non-autochtones.Saul a livré un appel à l\u2019action citoyenne, mais je ne vois pas bien comment, dans son esprit, on pourrait parvenir à développer un grand mouvement qui serait en mesure de durer suffisamment longtemps pour transformer la vie politique au Canada.Je ne cacherai pas non plus mon agacement lorsque Saul présente la situation linguistique au Canada ou encore la politique multiculturaliste comme des preuves que le changement au sens fort est réalisable.Tous les jours, je traverse l\u2019Ou- taouais pour me rendre à Ottawa et je vois bien que l\u2019assimilation linguistique des non-anglophones est le seul horizon concevable au Canada.Mais passons.Le plus important ici est que John Saul témoigne sans paternalisme ni pitié de l\u2019état actuel d\u2019organisation politique des premières nations et des nations métisses et nous informe de leur grand retour.Une dernière remarque : le livre présente en dernière partie un ample dossier documentaire tout à fait intéressant.Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel d\u2019un assemblage de discours et réflexions de leaders des premières nations et des nations métisses.Martin David-Blais Université St-Paul 133 LIVRES REÇUS AKOS VERBOCZY Rhapsodie québécoise.Itinéraire d\u2019un enfant de la loi 101 Éditions du Boréal, 2016, 240 pages ANDRÉ MAJOR ET PIERRE VADEBONCOEUR Nous retrouver à mi-chemin.Correspondance (1972-2005) et autres textes Éditions du Boréal, 2016, 208 pages FRANCINE PELLETIER Second début.Cendres et renaissance du féminisme Atelier 10, 2015, 81 pages ROLAND VIAU Amerindia.Essais d\u2019ethnohistoire autochtone Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2015, 262 pages FRÉDÉRICK LAVOIE Ukraine à fragmentation La peuplade, 2015, 264 pages YVON RIVARD Exercices d\u2019amitiés Leméac Éditeur, Collection Phare, 2015, 280 pages GASTON DESCHÊNES Le mouvement patriote sur la Côte-du-Sud Les Cahiers d\u2019histoire, 2015, 137 pages ARTS VISUELS ! _ CINÉMA © | CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ HISTOIRE ET PATRIMOINE .__ LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE THEORIES ET ANALYSES } Lo a Ep mn a = \u201c | ART LE SABORD | CIEL VARIABLE | ESPACE | ESSE | ETC MEDIA | INTER | VIE DES ARTS | ZONE OCCUPÉE - 24 IMAGES | CINÉ-BULLES | CINÉMAS | SÉQUENCES BRÈVES LITTÉRAIRES | CONTRE-JOUR | ESTUAIRE | EXIT | JET D\u2019ENCRE | LES ÉCRITS | MŒBIUS | VIRAGES | XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE À BÂBORD! | L'ACTION NATIONALE | LIBERTÉ | L'INCONVÉNIENT | NOUVEAU PROJET | NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME | QUÉBEC FRANÇAIS | RELATIONS CAP-AUX-DIAMANTS | CONTINUITÉ | HISTOIRE QUÉBEC | MAGAZINE GASPÉSIE LES CAHIERS DE LECTURE | LETTRES QUÉBÉCOISES | LIVRE D\u2019ICI | LURELU | NUIT BLANCHE | SPIRALE CIRCUIT | JEU REVUE DE THEATRE | LES CAHIERS DE LA SQRM ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN | ÉTUDES LITTÉRAIRES | INTERMÉDIALITÉS | TANGENCE | VOIX ET IMAGES odep geléle ve développement LES REVUES CULTURELLES QUÉBÉCOISES SODEP.QC.CA dus pers 3 ques UIlU TRS (que Goss Nos grands dossiers sur nos grands écrivains\u2026 sont toujours en vente à la boutique actionnationale.quebec L\u2019Action nationale en cadeau Les abonnés de L\u2019Action nationale ont le privilège d\u2019offrir un abonnement cadeau d\u2019un an pour 50 $.Partagez vos lectures pour de fructueuses discussions ! 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Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Marcelle Brisson Henri Brun Jacques Cardinal Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette George Coulombe Louis-J.Coulombe Gérard Deguire André Dubuc Bob Dufour Yves Duhaime Harold Dumoulin Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Henri Joli-Cœur Marc Labelle Isabelle Lamarche Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Isabelle Le Breton Richard Leclerc Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Marcel Masse \u2020 Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Reginald O\u2019Donnell Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora C L U B D E S 1 0 0 A S S O C I É S 1 0 0 0 $ à 1 4 9 9 $ M E M B R E S B I E N F A I T E U R S d e 1 5 0 0 $ à 4 9 9 9 $ Robert Ascah André Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Charles Castonguay Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Lucia Ferretti Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Bryan L\u2019Archevêque Bernard Landry Isabelle Laporte Laurent Mailhot Pauline Marois Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Réjean Néron Gilles Pelletier Réal Pilon Richard Rainville Ivan Roy Paul-Émile Roy Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes 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reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur mai-juin 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 ARTICLES Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michèle Meggs Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Lucie Laurier Tania Longpré Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Pierre de Bellefeuille, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Tarifs 2016 L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste-Publications\u2013Enregistrement N ° 09113 ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est 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