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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2019-06, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C I X , n u m é r o 6 \u2013 J u i n 2 0 1 9 volume CIX numéro 6 JUIN 2019 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Juin 2019 Vol.CIX, no 6 L\u2019Action Gazoduq Saguenay, le gaz et le non-sens Flavie Barberousse Défiance (2016-03) : 36 po x 36 po (91 cm x 91 cm) Flavie Barberousse s\u2019intéresse aux sciences et à l\u2019approche écosystémique de l\u2019environnement, ce qui l\u2019amène à une maîtrise en écologie.Cela influence son appréciation des espaces, autant comme milieux de vie que comme lieux de contemplation.En parallèle, la pratique artistique ne cesse de l\u2019accompagner et c\u2019est en Polynésie française, où elle habite quelques années, qu\u2019elle se lance dans des créations originales, inspirées par les paysages que lui offre la vie sur un voilier.Elle reprend la peinture à son arrivée à Québec en 2009, suite à la découverte du Pow Wow de Wendake, avec l\u2019envie de partager l\u2019émotion des participants, la vibration, l\u2019explosion des formes et des couleurs.Aujourd\u2019hui installée en Gaspésie, pour retrouver la mer et l\u2019horizon, Flavie Barberousse explore l\u2019ambivalence que suscite en elle la majesté des paysages, une contemplation aussi bien cartésienne que divagante.Démarche artistique « J\u2019oscille volontairement entre abstraction et figuration, utilisant deux outils de création parallèles.D\u2019une part la peinture acrylique au couteau qui me permet une utilisation instinctive de la couleur comme matière première.D\u2019autre part le dessin qui apparaît parfois en superposition, dans une forme minimaliste souvent monochrome.Dans ma recherche plastique, la lumière est l\u2019élément initiateur de chaque tableau.C\u2019est par superposition des couleurs que je la dirige, en exploitant la transparence de la matière dans un jeu d\u2019allers-retours entre les couches de peinture.Le paysage est au centre de ma réflexion artistique, autant dans ses aspects physiques que dans sa dimension intime.Je m\u2019intéresse particulièrement au traitement des lisières indistinctes qui existent entre les espaces, tels qu\u2019un horizon, une canopée, le front d\u2019une tempête\u2026 et à l\u2019imaginaire qu\u2019elles peuvent susciter.Depuis mon arrivée en Gaspésie je me concentre sur la création d\u2019espaces visuels évocateurs, synthèses de souvenirs et d\u2019impressions émotives laissés par les variations infinies du paysage local.J\u2019en tire ma propre définition du territoire que j\u2019habite par les frontières et les emblèmes que je lui attribue.» Exposition solo permanente « Souffles autochtones » au restaurant Le23, Hôtel Hilton, Québec, jusqu\u2019en octobre 2019 Exposition solo « Lumières rémanentes » à La Vieille Usine de L\u2019Anse-à-Beaufils (Percé) du 25 août au 8 septembre 2019 En permanence pendant la saison estivale 2019 : \u2022 Galerie du Café des Couleurs, Barachois (Percé) \u2022 Auberge et restaurant du Camp de Base, Coin-du-Banc (Percé) \u2022 Galerie de la Vieille Usine, L\u2019Anse-à-Beaufils (Percé) www.flaviebarberousse.com Pour visionner la capsule réalisée par La Fabrique culturelle https://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/11809/l-horizon-et-la-gaspesie-de-quoi- combler-la-peintre-flavie-barberousse 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; François-Olivier Dorais, professeur (UQAC) ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 Sommaire Éditorial Gazoduq et la politique des autres - Robert Laplante 4 Articles Hauris Lalancette (1932-2019) L\u2019homme qui ne parlait que d\u2019une seule voix - Rémi Villemure 15 Génération 2012 - Alexandre Poulin 23 Mémoire présenté à la Commission parlementaire sur le Projet de loi no 21 Laïcité et démocratie - Ligue d\u2019action nationale 33 Gérard Bouchard ou penser dans l\u2019œil de l\u2019autre - Serge Cantin 49 L\u2019Accord de libre-échange Canada\u2013 États-Unis\u2013Mexique Le Canada a-t-il vraiment sauvé les meubles ?- Jacques C.Martin 53 Dossier Saguenay, le gaz et le non-sens La perspective régionale de la lutte pour le climat menée au Saguenay - Adrien Guibert-Barthez 72 Le gaz naturel comme énergie de transition pour le Québec : un non-sens - Bernard Saulnier, Simon-Philippe Breton, Louis-Étienne Boudreault et Lucie Sauvé 81 Énergie-Saguenay : les impacts sur la santé doivent être pris en compte - Anne-Sara Briand 109 Pas de consentement, pas de pipeline - Rodrigue Turgeon et Alexandre Carrier 119 Municipalités locales et MRC : proximité avec qui ?- Isabel Brochu et Jean-Guillaume Simard 136 La Terre est mon pays et sa protection est vitale - Jean Hudon 151 Les luttes environnementales passées pour inspirer celle contre le projet Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay - Pierre Dostie 164 Lectures Recensions Patrick Moreau 182 La prose d\u2019Alain Grandbois.Ou lire et relire Les voyages de Marco Polo Joseph-Yvon Thériault 186 Sept leçons sur le cosmopolitisme.Agir politique et imaginaire démocratique. 4 Éditorial Robert Laplante Le Canada est un état pétrolier.Son modèle de développement économique est essentiellement extractiviste.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019énergies fossiles ou de minerais, son économie repose sur une exploitation de la matière brute destinée à l\u2019exportation, une matière qu\u2019il laisse exploiter, pour la plus grande part, par le grand capital multinational, se contentant des retombées économiques, pour ce qui est de l\u2019emploi, et des occasions de financement qu\u2019y trouvent les banques.Le reste est affaire de politique ou plutôt de renoncement à construire sur d\u2019autres bases.La politique ou plutôt ce qu\u2019il en reste s\u2019épuise dans les efforts pour arracher les consentements, faire financer par les fonds publics les infrastructures requises et se servir des retombées fiscales pour financer des programmes dont l\u2019existence est chaque fois davantage dépendante des entrées produites par la rente d\u2019extraction.Le modèle tient dans un cadre qui n\u2019est pas celui du développement régional ni même celui du renforcement de l\u2019économie des provinces.Il tient essentiellement sur la capacité de rendre accessibles les territoires où se trouvent les ressources à extraire.Tout l\u2019enjeu de la configuration institutionnelle de ce modèle tient dans la façon dont il peut résoudre la question de la distribution géographique des ressources stratégiques.La localisation de ces ressources ne dépend pas des frontières politiques et administratives.Gazoduq et la politique des autres 5 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Elle ne dépend pas des décisions de l\u2019État.C\u2019est un fait de nature.Un fait qui est cependant conditionné en partie par la superposition sur les territoires stratégiques de structures politiques et de populations.Le découpage du territoire peut ainsi devenir source de contradiction lorsque le statut et la valeur d\u2019une ressource changent au fil du temps.Dans le cas canadien, cette superposition détermine la dynamique des relations entre l\u2019État central et les provinces et elle a évolué dans une direction qui complique son modèle extractiviste.Pour sa plus grande turpitude, le Canada est aujourd\u2019hui mal configuré.Au dix-neuvième siècle, au moment où s\u2019est élaboré son cadre constitutionnel, le partage des compétences a été fait selon des clivages qui, en fin de vingtième et au début du vingt-et-unième siècle, retourne en quelque sorte contre lui-même le modèle d\u2019exploitation des ressources naturelles qui lui a donné naissance.Dominé par une grande bourgeoisie et des banques qui tiraient leur prospérité de leurs réseaux commerciaux dans l\u2019Empire britannique et à Londres, surtout, le Canada des « Pères de la Confédération » ne s\u2019inquiète guère de laisser aux provinces le contrôle sur les ressources naturelles et leur exploitation : c\u2019est du commerce de ces mêmes ressources que son élite d\u2019affaires veut s\u2019enrichir et de lui qu\u2019elle prévoit tirer sa prospérité.Le modèle tiendra pendant une bonne centaine d\u2019années, soutenu par le financement des infrastructures ferroviaires et portuaires sous l\u2019impulsion (et avec la corruption utile au régime) de la National Policy.Le commerce interprovincial, le contrôle des chemins de fer et l\u2019autorité sur les ports et le trafic maritime en assureront la stabilité et en garantiront le contrôle par Ottawa et la grande bourgeoisie qui s\u2019y trouve à l\u2019aise à brasser des affaires avec le Commonwealth et à se construire à Montréal d\u2019abord et bientôt à Toronto un centre 6 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 financier voué à développer, d\u2019une part, les interfaces avec les fonctions de courtage essentielles au financement de la production et de son négoce et, d\u2019autre part, à entretenir les réseaux d\u2019influence nécessaires pour garder les politiques commerciales en phase avec le développement des affaires.La National Policy sera l\u2019instrument d\u2019intégration de l\u2019espace économique canadien.Avec le chemin de fer et sa mise en lien avec les côtes, en particulier avec l\u2019Atlantique et ses ports.L\u2019exportation des céréales de l\u2019Ouest et progressivement des minerais dégagera des revenus substantiels avec lesquels l\u2019État canadien financera les infrastructures.Le grand œuvre de John A.Macdonald aura également l\u2019ambition de favoriser l\u2019industrialisation du dominion, ce qui se fera le long du canal Lachine d\u2019abord et pour un temps, jusqu\u2019à ce que l\u2019ouverture de la voie maritime déplace vers l\u2019Ontario le centre de gravité du système industriel émergent.La crise pétrolière du milieu des années 70 et les transformations de l\u2019économie américaine vont saper les bases de ce modèle.La Politique nationale de l\u2019énergie va tenter de le faire muter pour le maintenir en phase avec la nouvelle donne provoquée par la montée en puissance des États pétroliers.Parmi ses ambitions : l\u2019exploitation des sables bitumineux et la mainmise d\u2019Ottawa sur ce qui jusque-là reste encore sous le contrôle des provinces.L\u2019Alberta en nourrira une rancune éternelle.Ottawa avec la création de Petro-Canada et le déploiement d\u2019une vaste gamme de politiques de soutien à l\u2019industrie pétrolière va injecter des sommes faramineuses dans une gigantesque aventure technologique visant à rendre techniquement possible, à grande échelle, et rentable l\u2019exploitation de ces gisements depuis longtemps connus, mais au potentiel mal évalué et surtout, peu exploitables en raison de limitations technologiques majeures. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Cette grande aventure va donc se dérouler dans les lointains territoires du nord.Et elle sera fructueuse : le Canada se découvre un gigantesque potentiel exploitable.La distorsion entre le territoire et le découpage des compétences Ottawa/ provinces va s\u2019accroître.Mais Ottawa gagne.Il gagne parce qu\u2019il y met des montagnes d\u2019argent.Il gagne aussi en partie parce que les retombées de l\u2019industrie dopée par tout ce pactole et par les succès technologiques qui s\u2019accélèrent ont un impact spectaculaire sur l\u2019Alberta certes, mais surtout sur l\u2019appréciation du dollar canadien.Le centre de gravité économique commence à basculer vers l\u2019Ouest.Les tensions ne disparaissent pas, mais s\u2019endurent là-bas plus facilement.Elles s\u2019endurent tant que les prix du pétrole demeurent élevés.Elles deviennent plus souffrantes quand ces derniers s\u2019écrasent et que l\u2019augmentation de la production et des capacités productives ne peuvent suffire à compenser la baisse des revenus commerciaux et des rendements financiers.La contrainte majeure qui pèse sur l\u2019eldorado pétrolier devient une évidence intolérable.La prospérité est compromise par le territoire, par la géographie.Le pétrole est enclavé.Le redressement, l\u2019accroissement de la production et le meilleur positionnement de marché sont captifs d\u2019une contrainte matérielle que le partage des compétences va exacerber.Il faut sortir le pétrole par tous les moyens.Il faut le faire en reconfigurant complètement les systèmes de transport des marchandises.Il faut un complexe de transport intégré pour acheminer le maximum de pétrole possible à l\u2019extérieur du continent.Les Américains sont parvenus à extraire le pétrole et le gaz de schiste grâce à la percée technologique majeure : la frac- turation.Ils sont devenus des exportateurs.Pis, ils peuvent tirer avantage du pétrole canadien enclavé grâce aux dispositions de l\u2019ALÉNA et à leur infrastructure de raffinage.Le 8 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 pétrole canadien se vend mal et, surtout, il se vend moins cher parce qu\u2019il atteint trop faiblement et péniblement les marchés porteurs.Ce complexe intégré de transport va se construire dans une véritable frénésie.Le trafic ferroviaire connait une croissance spectaculaire.Mais il ne suffit pas et ne pourra suffire à traiter les volumes requis pour rentabiliser les gigantesques investissements réalisés en Alberta et sur ses pourtours tout en satisfaisant les appétits des voraces manieurs d\u2019argent.Il faut des pipelines.Ce sont des pièces essentielles à l\u2019érection d\u2019un réseau intégré de transport, une infrastructure nécessaire à la structuration de l\u2019espace économique du Canada pétrolier.Energie Est, Trans Mountain et bientôt Gazoduq apparaissent comme des infrastructures stratégiques.Ce sont des équipements névralgiques pour le maintien et le fonctionnement du modèle de développement économique que s\u2019est donné le Canada depuis la crise pétrolière des années 1970.Mais le modèle extractiviste est déterminé par le territoire et non par les compétences constitutionnelles imaginées il y a plus de cent cinquante ans.L\u2019intérêt national du Canada dicte désormais une révision que la réforme constitutionnelle de Trudeau père a rendue impossible.Ottawa doit composer avec les provinces.Et les provinces, elles, sont en concurrence entre elles pour l\u2019appropriation des plus grandes parts de la rente pétrolière.Voilà plus d\u2019une dizaine d\u2019années que les tensions s\u2019intensifient.Trudeau fils est incapable de briser le corset que son père a confectionné.Même s\u2019il engage des milliards pour nationaliser le pipeline Trans Mountain, il ne parvient pas à briser les résistances ou, si l\u2019on préfère, à poser les termes d\u2019un « deal » qui ferait l\u2019affaire des provinces.Il ne parvient surtout pas à le faire avec une approche qui permettrait à ces dernières de composer avec une opposition vive où se 9 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 mélangent aussi bien la résistance des Premières Nations que le chauvinisme provincial ou encore le refus des électeurs aux sympathies environnementalistes.Les Canadians, pour leur part, sont partagés entre leur attachement au gouvernement fédéral qu\u2019ils considèrent comme leur gouvernement national et les réalités de la politique provinciale.Mais pendant que se poursuit la valse-hésitation, les choses continuent de se détériorer.Les conservateurs ont décidé d\u2019en finir avec l\u2019ambivalence.Ils foncent dans une stratégie d\u2019implantation du complexe de transport pétrolier.Jason Kenney et Andrew Sheer, avec le soutien actif de Doug Ford, sont engagés dans les grandes manœuvres.Ils ont le soutien des banquiers de Toronto.Ils ont l\u2019appui des grands médias pour qui le spectacle du voyage en Inde du Grand Guignol a eu l\u2019effet d\u2019un lendemain de brosse.La mise en œuvre de ce complexe intégré a déjà comme effet d\u2019accentuer et d\u2019accélérer les tendances à une gouvernance consacrant de plus en plus le passage à un régime unitaire pour le Canada pétrolier.Les Canadians sont disposés à s\u2019en accommoder d\u2019autant plus aisément que les promesses de prospérité d\u2019une grande politique du pétrole leur semblent à portée de main.Ils sont disposés à y croire d\u2019autant plus férocement que le voisin américain n\u2019hésite plus à saper les acquis d\u2019une structure industrielle succursalisée.Le sort de l\u2019industrie automobile ontarienne leur donne un signal non équivoque.Un gouvernement conservateur fort et décidé à imposer d\u2019autorité les tracés des pipelines va rapidement prendre les allures d\u2019un gouvernement de salut national.Il le fera en usant de tous les moyens pour servir ce que sa constitution appelle « l\u2019intérêt général du Canada » : tribunaux, chantage 10 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 à la péréquation, intimidation, propagande et guerre psychologique, stratégie de dénigrement.Rien ne nous sera épargné.Il faudra se tenir droit, se montrer fort.Et se souder à notre intérêt national.Le pipeline est à la fois symbole et instrument de vassalisation.Le Québec ne peut rien gagner dans cette partie qui se joue dans une majorité qu\u2019il ne peut en aucune manière infléchir par le système électoral.Un gouvernement majoritaire peut être formé à Ottawa sans même un seul député en provenance de la belle province.La carte électorale canadienne a consacré notre minorisation définitive.Toute relance réussie de l\u2019industrie pétrolière ne peut que le déstabiliser et détruire les bases de son économie.Les hausses de prix du pétrole dopent le dollar canadien.Pour une économie comme celle du Québec dont la prospérité dépend des exportations, le dollar fort signifie difficulté concurrentielle.Dans la courte période où ce dollar a flambé, ce sont des dizaines de milliers d\u2019emplois qui ont été perdus et des centaines d\u2019entreprises qui ont sombré.Le pétrole canadien nous appauvrit.Il nous empoisonne aussi, comme il empoisonne le reste de la planète.Et surtout, il anéantit tous les efforts que nous parvenons à déployer pour réduire notre bilan carbone et pour mener la lutte aux changements climatiques.Plus le complexe de transport sera performant, plus rapidement le Canada détruira nos résultats.Les intérêts sont contradictoires et nos modèles de développement incompatibles.Le Québec n\u2019a aucune raison de souscrire au modèle extrac- tiviste du Canada.De fait, nous disposons de l\u2019un des plus beaux portefeuilles d\u2019énergies renouvelables de la planète.Le Québec est, de ce fait, l\u2019un des endroits les mieux placés et les mieux dotés pour s\u2019affranchir de la dépendance aux 11 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 énergies fossiles.Déjà près de la moitié de l\u2019énergie que nous consommons est d\u2019origine renouvelable (hydroélectri- cité et biomasse).Nous disposons de l\u2019un des plus grands gisements éoliens du monde.Notre potentiel solaire est à peine considéré et celui de la géothermie pas même envisagé.Nous possédons des compétences remarquables dans plusieurs des domaines clés de technologies de substitution en plus de posséder les principaux minerais stratégiques essentiels au déploiement de ces technologies.Il suffit d\u2019évoquer les percées des chercheurs d\u2019Hydro-Québec dans le domaine des technologies des batteries, des percées technologiques dans la transformation du lithium, etc.La liste des exemples pourrait être longue.De fait, notre potentiel est exceptionnel.Il nous manque l\u2019audacieuse politique de transition écologique de l\u2019économie qui pourrait nous propulser à l\u2019avant-scène du monde.Mais elle deviendra impossible si nous nous laissons encastrer dans la politique énergétique et le modèle extractiviste du Canada.Et c\u2019est ce que fera le projet Gazoduq, il poussera d\u2019un cran ce que le chemin de fer fait déjà, il ouvrira la voie pour Énergie Est que Sheer a déjà promis.Notre territoire sera pris de force dans les mailles de la politique canadian ; notre économie aspirée dans une spirale mortifère pour l\u2019environnement et pour notre prospérité.Il faut ajouter le paragraphe suivant : Le fédéralisme pétrolifère va chercher à se construire sur un axe de transport est-ouest que Sheer a déjà souhaité voir prendre la forme d\u2019un corridor énergétique dans lequel lignes électriques et pipelines circuleraient pour unifier les provinces dans un même espace économique.Pour le Québec, un tel corridor pourrait signifier une éventuelle mainmise (règlementaire et juridique) sur Hydro-Québec pour l\u2019amener à acheminer son énergie vers l\u2019Ontario en difficulté, le tout au nom de 12 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 la régulation du commerce interprovincial.Il signifierait également l\u2019instrumentalisation de son territoire pour servir des finalités contraires à son intérêt et l\u2019imposition d\u2019une prise de risque environnemental parfaitement injustifiable du point de vue de ses besoins et aspirations.Consentir à Gazoduq, c\u2019est faire la politique des autres.C\u2019est mettre notre territoire et nos ressources au service d\u2019une logique qui est toxique à tous égards.C\u2019est poser un geste contraire à notre intérêt national en choisissant délibérément la dépendance, le renoncement à contrôler les leviers de développement.Les retombées qu\u2019on promet \u2013 si jamais elles se réalisent \u2013 ne compenseront jamais l\u2019anéantissement de notre potentiel.L\u2019imbrication dans le complexe pipeline\u2013ferroviaire\u2013portuaire rendra notre économie vulnérable aux effets de cette logique et les dégâts que nous en subirons seront inversement proportionnels au succès et à la prospérité qu\u2019en tirera le Canada.Le modèle extractiviste canadian est condamné par la science que nous avons de la crise climatique en cours.Ce pétrole sale ne devrait pas sortir de terre, les multiples analyses du GIEC et de nombreux chercheurs l\u2019ont démontré de manière quasi irréfutable.Et nous accepterions de laisser une tranchée mortifère balafrer la forêt boréale ?Et nous fragiliserions encore davantage sa biodiversité ?Et nous laisserions voguer sur le fjord des bâtiments qui en cas de naufrage en abîmeraient à tout jamais non seulement la beauté, mais aussi les fonctions écologiques essentielles ?Et nous laisserions des ports et une usine faire des échancrures sur ses rives pour laisser le Canada se moquer de la crise climatique et nous faire complices de sa démission avec la promesse d\u2019emplois de subalternes et de pollueurs à gages ?Nous laisserions faire ce saccage plutôt que de porter notre propre modèle ? 13 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Il faut se garder du messianisme qu\u2019essaient de nous proposer les promoteurs : le gaz naturel n\u2019est pas une énergie de transition et son commerce ne servira pas à améliorer le sort de la planète.Il est illusoire, absurde et désolant de s\u2019imaginer qu\u2019en saccageant notre territoire nous allons participer à une œuvre constructive.La responsabilité que nous avons à assumer collectivement pour contribuer à la lutte aux changements climatiques, c\u2019est celle de ne pas se faire complice de ce qui aggravera la situation.En plus, évidemment, de faire ce que nos moyens nous permettent de faire pour apporter des solutions durables et viables pour les humains comme pour l\u2019environnement.Toute l\u2019énergie et les ressources qu\u2019il faudra consacrer à cette bataille sont autant de moyens que nous ne mettons pas au service de notre propre modèle.Pis encore, nos impôts servent d\u2019ores et déjà à financer cette course folle que le Canada s\u2019entête à mener.Pendant que nous réclamons des procédures d\u2019examen et d\u2019évaluation, des milliards de nos impôts servent à payer le Trans Mountain et à financer les subventions qui pleuvent à coups de centaines de millions pour permettre à cette industrie de saper encore plus vite les bases de notre prospérité.Il faut convaincre le gouvernement du Québec de dire non à ce projet.Il faut mobiliser les citoyens de tout le Québec pour refuser certes, mais surtout pour exiger que nos efforts soient plus constructifs que défensifs.Avec les moyens qui sont et seront engloutis dans le traitement du projet Gazoduq nous pourrions faire quantité de projets qui miseraient sur les énergies renouvelables et donneraient au Québec en général et à la région du Saguenay\u2013Lac-Saint- Jean, en particulier, une structure économique du vingt et unième siècle au lieu de l\u2019enferrer dans la dépendance.Nous ne sommes pas un peuple de concierges.q L'assurance d'une culture québécoise A forte vivante te et vivante ASB IY Lei y HSSTOIREM à Ps Le 7 \u201cPie ere de soutenir INSERT) am, ToT all Hie J HE Rue 4 x \"TE Tes A mad PW ee a HT \u2014 ê JAY 2 1 800 943-2519 | www.ssjbcq.quebec % Rassemblement pour un PAYS Souverain r =\" > Québec notre seule patrie www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ ! FRANÇAISE NATIONAL DU QUEBFT on \u2014 \u2014\u2014 «id A Uy In de ia Mauricie Sat Baptiste AJ WNW a ged HR Ll POIRIE mt ame came am J a eee Si.PE - JY 15 Articles Rémi Villemure* Hauris Lalancette (1932-2019) L\u2019homme qui ne parlait que d\u2019une seule voix Si vous avez mis les pieds récemment dans une salle de cinéma, vous l\u2019avez sans doute remarqué : les films de superhéros ont la cote.Entre les Avengers, Capitaine Marvel et le toujours aussi attendu Superman, on note un appétit pour l\u2019invincibilité, les missions plus grandes que nature, la défense du royaume.Si les superhéros font rêver, certains d\u2019entre eux ne portent ni la cape ni l\u2019épée et vivent parmi nous.Ceci n\u2019a rien d\u2019une blague, il suffit d\u2019ouvrir les yeux.C\u2019est le cas d\u2019Hauris Lalancette, cultivateur de Rochebaucourt.Le célèbre colon abitibien a rendu l\u2019âme le 23 avril dernier, mais il avait été convenu qu\u2019il passerait à postérité.L\u2019agriculteur a sacrifié sa vie au profit de l\u2019avenir.Celle-ci ne se conjuguera pas au passé.Comme tous les superhéros, on l\u2019a d\u2019abord vu dans les films.Au milieu des années 1970, le cinéaste Pierre Perrault cherchait une histoire.En arrivant en Abitibi, il a plutôt rencontré un personnage et, par ricochet, réalisé beaucoup plus qu\u2019un film.Pour se rappeler la mémoire d\u2019Hauris Lalancette, revisitons cette belle aventure.*  Auteur. 16 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Le Retour à la terre (1976) Natif du secteur de Saint-Hyacinthe, Hauris Lalancette arrive en Abitibi au milieu des années 1930 pour fuir la Grande Dépression.Le jeune garçon a alors quatre ans et ses huit frères et sœurs vivent sans leur mère depuis plus de trois ans.Leur père, un ouvrier déterminé à arracher un peu de répit à la vie, est séduit par le rêve abitibien.À toutes les familles courageuses qui acceptent de s\u2019entasser dans des wagons de trains chancelants, le gouvernement promet richesse et abondance.Pour la majorité d\u2019entre elles, l\u2019homme de la maison n\u2019est pas un agriculteur, mais un ouvrier depuis bien des générations.L\u2019aventure représente un retour à la terre, un retour marqué par le désenchantement.Hauris Lalancette le raconte avec talent.Aussitôt débarquées, les familles se retrouvent pratiquement sans ressources.Il y a bien une terre et une pelle qui les attendent, mais il faut la voir, cette terre.Elle est pratiquement aride.Les images des films de Perrault en témoignent, les colons travaillent sur de la roche.Mais les superhéros ne sont pas des superhéros sans raison.Si l\u2019abondance n\u2019est pas au rendez-vous, l\u2019espoir, lui, persiste.Lalancette le jure : les gens sourient.Ils sourient parce qu\u2019ils se sacrifient.Leurs enfants grandissent et le rêve leur est transmis, celui d\u2019un royaume.Ils font ce que François Aquin appellera « le pari à faire sur l\u2019avenir1 ».Personne ne s\u2019incline devant la fausse nécessité d\u2019un plaisir immédiat.1 AQUIN, François.« Pour une politique étrangère du Québec ».Liberté, vol.X, no 2, mars-avril, 1968, p.32. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 On construit, on défriche parfois même encore.La richesse n\u2019est pas à la porte, mais le bonheur est à portée de main.C\u2019est dans Le Retour à la terre que Perrault fait la rencontre d\u2019Hauris Lalancette et le spectateur s\u2019éprend instantanément de lui.Grand parleur, Lalancette, en retour, ne lésine pas sur les moyens.Pendant qu\u2019un grand nombre de colons sombrent dans le tabac et l\u2019alcool, Lalancette retrousse ses manches et bâtit quelque chose de beau avec ses mains.On pourrait s\u2019y méprendre.C\u2019est un homme qui parle fort, « d\u2019une seule voix », dira-t-il un jour à un agronome venu leur proposer d\u2019abandonner leurs terres.Mais derrière sa colère et sa volonté révolutionnaire, il y a de la vie.Tout simplement.Lalancette est un homme amoureux de sa femme, de son petit garçon et de ses animaux.Autour de lui, on interroge le présent et on espère toujours plus.On donne raison à Anne Hébert : « Dans un pays tranquille, nous avons reçu la passion du monde2 ».Un royaume vous attend (1976) Pour un grand nombre de familles, l\u2019expérience abitibienne tourne au désespoir.Le travail est dur et les colons sont laissés à eux-mêmes.Le film de Perrault débute sur un plan qui déchire le cœur.Une maison est transportée par un mouveur pour libérer un colon de sa mission.Il aurait échoué.Pour sauver le royaume, Hauris Lalancette se déplace de gauche à droite et essaie de convaincre les colons de rester, de refuser l\u2019offre du gouvernement.Un grand nombre d\u2019entre eux préfèrent prendre la route des chantiers de la Baie-James, où une boîte à lunch les attend.2 HÉBERT, Anne.Poèmes, Seuil, Paris, 1960, p.73. 18 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Pour le superhéros de Perrault, l\u2019idée n\u2019est pas de mentir aux cultivateurs.C\u2019est vrai que la vie ici est difficile, parfois misérable, qu\u2019on se tue même à la tâche, mais selon Lalancette, l\u2019agriculteur qui prend la route de la Baie-James court vers un destin pareil, la propriété en moins.Pour Hauris Lalancette le battant, les colons ne retrouveront pas la liberté qu\u2019ils ont ici en allant travailler pour les grandes compagnies américaines.Rester ici, bâtir le royaume qu\u2019on nous avait promis, tels sont les fruits de l\u2019espoir.Pierre Perrault écrira plus tard qu\u2019il avait toujours « eu envie de connaître cet homme qui se crache dans les mains de l\u2019espérance au lieu de cracher sur l\u2019espérance3.» Cet homme, il l\u2019a rencontré en Abitibi.Ce film, l\u2019un des plus puissants de Perrault, met en lumière le parcellement du Québec.Un grand nombre d\u2019intervenants venus de l\u2019extérieur de la région prennent la parole, convaincus d\u2019emmener avec eux la bonne nouvelle.On en profite pour vendre à une population déchirée et épuisée le rêve du départ vers l\u2019inconnu.Tout cela, au nom « du droit » des colons de disposer d\u2019eux-mêmes.Hauris Lalancette n\u2019en revient pas.Il ne croit plus aux promesses.Il assiste aux nombreux exposés et s\u2019efforce de faire comprendre à ces fonctionnaires qu\u2019au bout de leur petite baguette qui pointe un territoire représenté vulgairement sur maquette, il y a des gens, des vrais, des histoires, des vraies, encore même des rêves.Des vrais.« L\u2019Abitibi, on l\u2019a vécue », scande Lalancette.3 BONNEVILLE, Léo.« Entretien avec Pierre Perrault », Séquences, no 111, octobre 1982, p.10. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 C\u2019était un Québécois en Bretagne, Madame ! (1977) Les superhéros se déplacent et voyagent dans l\u2019espace, c\u2019est connu.C\u2019est pourquoi vers la fin des années 1970, Pierre Perrault invite Hauris Lalancette en Bretagne pour y mettre en scène une rencontre entre des agriculteurs québécois et français.Le résultat est touchant et magnifique.En Bretagne, Hauris Lalancette a le regret de constater que le Québec a renié une bonne partie de son patrimoine.L\u2019angélus y sonne toujours tandis qu\u2019on ne l\u2019entend plus à la paroisse de Rochebaucourt depuis au moins quinze ans.En suivant la trace d\u2019un sabotier, Lalancette s\u2019émerveille devant la confection d\u2019un véritable sabot de bois.C\u2019est la première fois de sa vie qu\u2019il assiste à pareil spectacle.Le retour en France est un retour aux racines, mais c\u2019est aussi un voyage marqué par une réflexion plus profonde sur la notion de l\u2019héritage.En pratiquant la table rase dans le domaine de l\u2019éducation notamment, la Révolution tranquille est venue brasser les cartes.Le Québec entretient depuis une relation marquée par la honte avec son passé.Yvan Lamonde se pose la question dans son ouvrage sur la modernité québécoise : « A-t-on jeté l\u2019ancêtre avec l\u2019armoire de diamants4 ?».Hauris Lalancette se fait le porte-parole d\u2019un grand nombre de Québécois en s\u2019attristant devant la disparition d\u2019un certain nombre de traditions rejetées au nom d\u2019un avenir prétendument éclairé.4 LAMONDE, Yvan.La modernité au Québec, volume 2.Fides, Montréal, 2016, p.380. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Mais il a l\u2019intelligence de faire la part des choses.Si l\u2019angélus lui manque, il ne transportera pas le régime seigneurial avec lui dans sa valise au retour.En 1977, en France, il existe encore un grand nombre de paysans sans terre à peine capables de s\u2019exprimer et qui habitent des maisons de paille.C\u2019est avec le cœur gros qu\u2019Hauris Lalancette reprend la route de Rochebaucourt, puisque « l\u2019on n\u2019aime jamais tant son pays qu\u2019éloigné de lui5 ».Gens d\u2019Abitibi (1980) Le film nous ramène sept ans plus tôt durant les élections provinciales de 1973.Hauris Lalancette se présente comme candidat du Parti québécois dans la circonscription d\u2019Abitbi- Ouest et mène une campagne ambitieuse.Lalancette invite ses concitoyens à interroger les retombées de l\u2019agriculture locale.À quoi bon cultiver des patates si ce sont des patates américaines qui se ramassent dans les assiettes ?À la blague, le célèbre colon de Rochebaucourt rappelle la « stupidité de notre situation6 » : les Québécois francophones se hissent parmi les plus grands buveurs de bière au monde, mais aucun d\u2019entre eux n\u2019en brasse.Terre à terre de nature, le candidat indépendantiste mêle politique et philosophie cette fois.Il remet en question le matérialisme compensatoire des travailleurs québécois.Pour Lalancette, il faut savoir rêver davantage.Nous méritons plus que le baseball, le grille-pain et la bouteille de gin.Avant même l\u2019élection du Parti québécois en 1976, Lalancette le crie sur tous les toits : tout passe par le pays.5 GROULX, Lionel.Mes Mémoires, tome 2.Fides, Montréal, 1971, p.194.6 FERRETTI, Andrée, MIRON, Gaston.Les grands textes indépendantistes.Typo, Montréal, 2004, p.430. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 La suite est plutôt triste.Lalancette est battu à plate couture par le candidat libéral Jean-Hugues Boutin, ancien directeur de la Chambre de commerce d\u2019Amos.Dans Abitibi-Ouest, on choisit la boîte à lunch.Il faut revoir Gens d\u2019Abitibi pour avoir une idée de ce que c\u2019est qu\u2019un homme qui se tient debout.Tout juste défait aux élections, Lalancette s\u2019assied avec deux jeunes qui, du haut de leur vingtaine, lui font savoir leur décision : c\u2019est terminé pour eux, ils en ont marre d\u2019espérer.Hauris Lalancette vient de perdre une bataille, il a deux fois leur âge et c\u2019est lui qui les console.Il leur demande d\u2019être patients.Les beaux jours s\u2019en viennent.Trois ans plus tard, le Parti québécois sera élu et le premier référendum sur la souveraineté suivra en 1980.Nous nous souviendrons d\u2019un infatigable, d\u2019un obstiné parfois obstineux.Nous nous rappellerons un homme courageux, buté, un homme ferme, amoureux.Au royaume de l\u2019Abitibi, les gens cultivent le silence, mais nous ne sommes pas près d\u2019oublier la parole de celui qui ne parlait que d\u2019« une seule voix ».q M) Avec des mots qui font images et des images qui laissent sans mots, La Fabrique culturelle ne manufacture pas ta culture, mais nous fait découvrir la vraie nature de nos richesses culturelles.Engagée envérs les créateurs d'ici, lafabriqueculturelle.tv &st numérique afin de mieux parler du Québec d'aujourd'hui dans toute sa diversité, Voita ce que fabrique La Fabrique.| LA | > raBRIQue CULTURELLE Webster of Sophie Catheus Ambassadeurs #LA Bens 23 Articles Génération 2012 En 2012, une génération qu\u2019on disait endormie se serait réveillée.Sans crier gare, elle aurait pris le chemin de l\u2019existence.Cette génération était donnée pour morte, enterrée sans avoir vécu.Entre autres choses, on disait d\u2019elle qu\u2019elle n\u2019avait pas l\u2019esprit de groupe.Les forces jeunes se seraient alors déployées : elles devaient propulser une génération hors des mains rugueuses de ce celui qu\u2019elle croyait être un parâtre, Jean Charest.Au Québec, un mythe s\u2019est construit autour de l\u2019année 2012, surtout dans l\u2019esprit des étudiants, mais aussi dans l\u2019imaginaire populaire.Je n\u2019entends pas ici faire le récit de la plus importante grève étudiante de l\u2019histoire du Québec.Cette suite d\u2019événements est à la fois un départ et un sommet dans le parcours de cette génération à laquelle j\u2019appartiens par acte de naissance.Une conscience qui s\u2019éveille ne sait pas tout du monde qui l\u2019entoure.Le récit qui précède cette prise de conscience géné- rationnelle importe en ce qu\u2019il permet d\u2019éclairer le rapport de la « génération 2012 » à la société québécoise.Je suis né en 1993 dans une bourgade de la Beauce, où les arbres côtoient le ciel, l\u2019embrassent et souvent l\u2019ensevelissent sans jamais perdre de vue qu\u2019ils sont complémentaires l\u2019un avec les autres.Cela signifie que j\u2019avais 18 ans en 2012.J\u2019ai passé mon enfance sans avoir entendu parler du Québec, de Alexandre Poulin* * Maîtrise science politique, UQAM 24 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 son histoire, de ses traditions.Avec mes parents, je me rendais à l\u2019occasion dans sa capitale du même nom pour les Fêtes de la Nouvelle-France \u2013 une occasion de me déguiser.Être né à cette époque, c\u2019est avoir aperçu un soleil fuyant dès sa naissance.Notre génération est née en fin d\u2019après-midi \u2013 François Ricard disait des baby-boomers qu\u2019ils sont nés « au matin du monde1 ».Si nous sommes nés en après-midi, c\u2019est que le soir devait venir ; son image en était alors incertaine, le temps était suspendu, les certitudes aussi, les possibilités étaient ouvertes.Le soir devait nécessairement venir : le temps des grandes paroles, des grandes décisions, des choix que la société devrait alors assumer.Un soir de quelle envergure ?Mais l\u2019enfance est tendresse, innocence, pure tranquillité ; elle ne sait rien ni des tourments qui la menacent, ni des promesses qui pèsent sur elle, ni des difficultés qui l\u2019environnent.Près de 25 ans s\u2019étaient écoulés depuis la fin de la Révolution tranquille, et ses promesses fondaient comme la banquise au printemps.À ce moment précis, être né dans cette société, c\u2019est avoir subi les retentissements d\u2019un drame conjugal qui prenait l\u2019allure d\u2019un malentendu historique.L\u2019histoire est connue, je ne l\u2019évoque en surface que pour mémoire.Après un drame originel qu\u2019on a depuis lors minimisé, la Conquête, « deux solitudes » avaient été contraintes de s\u2019épouser et d\u2019emménager ensemble, sans nuit nuptiale, sans le moindre accord sur quelque sujet que ce soit, sans le moindre langage commun hors celui de l\u2019indifférence et du mépris.Un peu avant ma naissance, le divorce entre les deux nations fondatrices du Canada était une option probable.Contre toute attente, les deux parties sont parvenues à une entente en 1987.Comme toutes les petites nations, le Québec est depuis toujours exposé à la disparition.Avec l\u2019Accord du lac Meech, il devait 1 François Ricard, La Génération lyrique.Essai sur la vie et l\u2019œuvre des premiers- nés du baby-boom, Montréal, Boréal, coll.« Boréal compact », 1992, p.17. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 être reconnu comme une « société distincte ».L\u2019honneur et l\u2019enthousiasme étaient les mots d\u2019ordre : c\u2019était une signature historique qui allait réconcilier le Québec et le Canada.La parole donnée n\u2019a pas été respectée.L\u2019Accord du lac Meech est devenu caduc en 1990 parce que les parlements du Manitoba et de Terre-Neuve-et-Labrador ne l\u2019ont pas ratifié, malgré leur engagement à le faire dans les délais prescrits.Notre plaie collective s\u2019est rouverte aussitôt.Cette fois nous pouvions cicatriser notre blessure selon nos propres termes.La souveraineté devenait une probabilité.Plus jamais l\u2019avenir de notre peuple n\u2019allait être scellé au Manitoba, à Terre-Neuve ou dans quelque autre contrée.C\u2019est précisément ce qu\u2019avait déclaré Jean Duceppe le 25 juin 1990.Tout le Québec avait bu ses paroles en croyant que l\u2019avenir lui donnerait raison.Rien n\u2019était certain, mais tout était possible : l\u2019air qui circulait était celui de la Reconquête.Deux fils du peuple s\u2019affrontaient par- delà la rivière des Outaouais, l\u2019un du Saguenay, l\u2019autre de la Mauricie : Lucien Bouchard et Jean Chrétien.À Montréal, les Canadiens avaient remporté la Coupe Stanley.Pour un peuple vaincu, cet événement, dénué de conséquence politique, était une véritable victoire compensatoire.Ce n\u2019est que quelques mois après le défilé de la rue Sainte-Catherine que j\u2019ai ouvert les yeux.À peine un an plus tard, en 1994, un gentilhomme issu d\u2019une bonne famille d\u2019Outremont, Jacques Parizeau, prenait les commandes du gouvernement, notre radeau qui navigue dans un environnement incertain.Au cours de l\u2019histoire, des générations s\u2019étaient agrippées à ce radeau, les pieds dans l\u2019eau, dans l\u2019attente d\u2019arriver à bon port : un désir d\u2019achèvement traverse l\u2019histoire du Québec.La démarche qui aurait dû être promue est celle de la liberté politique et de l\u2019inscription de notre culture dans une forme politique.La souveraineté des dédoublements ministériels et de la rentabilité commerciale ne pouvait pas nous porter 26 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 bien loin.Selon le mot de Jean Larose, c\u2019est d\u2019une « souveraineté rampante2 » qu\u2019il s\u2019est agi.En pleine mer, les conditions étaient adverses, un mauvais temps s\u2019abattait sur nous.Il devenait capital de mettre pied à terre et de trouver une issue qui nous permettrait d\u2019avoir un toit à notre mesure.On disait de Parizeau qu\u2019il connaissait une voie sûre pour trouver la terre ferme.Pour un peuple marin, l\u2019échec du référendum sur la souveraineté, en 1995, était une catastrophe navale.Pour une nation, le fait de n\u2019avoir pas transposé son existence sur le plan politique laisse des traces.Nous avons grandi dans le spectre de celui que Christian Saint-Germain a osé appeler le « vice-consul des Indes britanniques », Jacques Parizeau.Le temps de ceux qui l\u2019encensent d\u2019un côté, ou le défendent, et de ceux qui le fustigent, de l\u2019autre, est terminé.Nous devons prendre la mesure du geste posé et de ce qu\u2019il représente.Ce même Saint-Germain s\u2019est efforcé de le faire.Dans L\u2019avenir du bluff québécois, il écrit : « personne ne prit la mesure sur le coup la mesure exacte des effets politiques incalculables de sa défection spontanée non plus que ses conséquences historiques permanentes3.» Il est rentré dans ses terres, écrivait-il aussi, comme un enfant gâté.Je parlerai sans ambages : ce Québécois était comme tous les autres, ce qui n\u2019est pas un défaut.En son for intérieur, il avait les forces et les faiblesses de son peuple.La démission précipitée du premier ministre exprimait une propension des Québécois à la défaite.Nous devons retenir que nous avons grandi avec cette démission et cette défaite au-dessus de nos têtes.Sous notre gorge, la phrase de « l\u2019argent et des votes ethniques » était comme un véritable couteau pour quiconque voulait afficher une certaine fierté.2 Jean Larose, La souveraineté rampante, Montréal, Boréal, 1994.3 Christian Saint-Germain, L\u2019avenir du bluff québécois.La chute d\u2019un peuple hors de l\u2019Histoire, Montréal, Liber, 2015, p.20. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Si cette démission donnait un coup dur au mouvement souverainiste, la phrase que Parizeau a prononcée devait imprégner la société québécoise tout entière d\u2019une mauvaise conscience qui ne s\u2019est peut-être jamais estompée.En bon démocrate, Lucien Bouchard s\u2019était empressé de reconnaître le résultat référendaire négatif auprès de ses troupes, comme si perdre au bingo était de la même facture.Il fallait se réjouir du grand exercice démocratique qui venait de se tenir ; les Québécois, disait-on, viennent encore une fois de prouver qu\u2019ils sont profondément démocrates et pacifistes.Pourquoi les Québécois tendent-ils à minimiser leurs défaites, sinon à les oublier ?Dans le Québec contemporain, la Conquête de 1760 ne serait qu\u2019une date, au mieux un changement de régime.L\u2019Union de 1840 ne serait que le prélude à l\u2019obtention du gouvernement responsable huit ans plus tard.Lambton n\u2019est-il qu\u2019un village de l\u2019Estrie ?Le caractère dramatique de certains événements qui ont ponctué notre vie politique est gommé dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Le ménage avant le retour de l\u2019hiver La période qui commençait lors de l\u2019après-1995 avait un caractère morne.Nous étions encore très jeunes, nous marchions à peine.Le temps pressait.L\u2019insalubrité de la maison Québec était telle, disait-on, qu\u2019une autre décennie à ne rien faire en saperait les fondations.Avant le retour de l\u2019hiver, le temps était au ménage pour Lucien Bouchard, devenu chef du Parti québécois et premier ministre en 1996.On disait qu\u2019il s\u2019était débarrassé de sa chambre, devenue trop encombrante, et que, comme Popa et Moman de La Petite Vie, il dormait sur un lit pliable qu\u2019il rangeait sous son bureau quand la Vieille Capitale se réveillait.En effet, Lucien Bouchard dormait dans son bureau.Au terme d\u2019un ménage rigoureux des finances publiques, il a fini par se départir de sa vadrouille et de son vinaigre.Cet exer- 28 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 cice s\u2019accordait difficilement avec les « conditions gagnantes » dont parlait alors le chef du Parti québécois.En étant obligés de se serrer la ceinture, comment les Québécois pouvaient-ils avoir envie d\u2019embrasser la liberté politique ?Sede vecante.Bernard Landry a remplacé Lucien Bouchard après être passé dans un conclave sans cardinaux, c\u2019est-à- dire sans avoir passé le test de l\u2019élection générale.Cela a-t-il eu pour effet d\u2019engendrer un pontificat sans Saint-Esprit ?Landry ne voulait pas partir à la recherche d\u2019une voie maritime pour notre radeau sans avoir « l\u2019assurance morale » de voir au loin la terre ferme.Une élection générale s\u2019est tenue deux ans après son élection à la tête du Parti québécois et, de facto, de sa désignation comme premier ministre.C\u2019est un événement dont l\u2019issue a été décisive pour la suite de notre monde.Plus jamais les souverainistes ne prendraient- ils durablement le pouvoir, si l\u2019on fait fi de l\u2019intermède du gouvernement Marois (2012-2014).Durant l\u2019élection de 2003, caméras, microphones et appareils photo ont assailli le visage de Bernard Landry.« Audi alteram partem ! », leur a-t-il dit un nombre incalculable de fois.Venu des Cantons- de-l\u2019Est, un quadragénaire agité à la chevelure libre, Jean Charest, qui parlait sans cesse de santé, a profité des circonstances qui lui étaient favorables et a remporté l\u2019élection.La santé, en effet, deviendrait notre seul projet collectif.Audi alteram partem ?Les Québécois n\u2019écouteraient plus que les autres pour une période indéterminée, redevenant peu à peu périphériques à eux-mêmes alors même que la Révolution tranquille devait consolider la centralité de leur existence.Les années « Tacherest » ou l\u2019enracinement du statu quo Notre enfance était derrière nous.En 2003, je me souviens du sourire de Jean Charest au débat des chefs.Cette image est mon premier souvenir de l\u2019univers politique québécois.Notre entrée dans l\u2019adolescence et au secondaire s\u2019est faite avec cet 29 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 homme.Six ans après avoir investi la politique provinciale, le principal intéressé avait réussi son pari.L\u2019arrivée d\u2019un ancien vice-premier ministre du Canada et de l\u2019un des principaux tenants du fédéralisme canadien ne pouvait susciter aucune pelletée d\u2019espoirs.Hormis la « réingénierie de l\u2019État » qui était sur toutes les lèvres, le statu quo, qu\u2019on ne nommait pas, mais qui était soigneusement appliqué, prenait racine pour la première fois depuis très longtemps.Pourquoi Charest aurait-il cherché à secouer un édifice qui lui plaisait tant ?Avec Charest, écrit Marc Chevrier, « le statu quo devient une option en soi, un mode d\u2019existence politique, une forme de provincialisme satisfait, heureux de son petit fief, qui s\u2019exprime avec un sans- gêne grandissant sur toutes les tribunes, même à l\u2019étranger4 ».Je dois lui donner raison : c\u2019est à ce moment que nous avons abandonné toute aspiration politique qui prendrait forme à l\u2019extérieur de la représentation folklorique que nous avions de nous-mêmes.Nous sommes-nous résignés à être petits ?Nous retiendrons de cette ère, nous qui n\u2019étions que de jeunes adolescents, une mollesse ambiante, une morosité pernicieuse, un à quoi bon sans borne\u2026 Aussi retiendrons- nous, bien sûr, l\u2019odeur des scandales de corruption qui s\u2019était transformée en parfum collectif.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi j\u2019ai emprunté l\u2019expression des années « Tacherest » à Chevrier qui, dans le même ouvrage, rappelle, par cette désignation qui fait sourire, un certain nombre de parallèles entre les gouvernements de Jean Charest et de Louis-Alexandre Taschereau : « Les années Charest rassemblent de plus en plus aux années Taschereau : un libéralisme affairiste, des soupçons de corruption sur fond de dépression civique en l\u2019absence d\u2019un projet politique porteur.Ce sont les années \u201cTacherest\u201d5.» En cin- 4 Marc Chevrier, La République québécoise.Hommages à une idée suspecte, Montréal, Boréal, 2012, p.198.5 Ibid., p.199. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 quième année du primaire, où j\u2019ai aperçu le visage blafard de Jean Charest pour la première fois à la télévision, je n\u2019aurais jamais imaginé qu\u2019il serait toujours en poste à mon bal de fin d\u2019études et lors de mon arrivée au cégep.Je ne crains pas de le répéter : sur le plan politique, notre génération a été élevée par ce qui nous apparaissait être un parâtre.Est-il besoin de mentionner que nous croyions qu\u2019une famille « monoparen- tale » sans père nous aurait été plus commode ?Dans La ligne du risque, Pierre Vabeboncoeur écrit de sa génération qu\u2019elle a grandi « dans l\u2019atonie spirituelle et le vide des idées6 ».Malgré l\u2019accessibilité croissante aux études supérieures, notre génération est-elle si différente ?L\u2019entrée dans l\u2019âge adulte En 2012, nous avons obtenu notre majorité sans attendre la moindre attention de la société qui nous avait vus naître.La question de la responsabilité du citoyen envers la société, ou de celle-ci envers celui-là, ne se posait pas.Notre rapport à la communauté politique ou à quelque entité que ce soit était inexistant.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, la fameuse déclaration de John F.Kennedy, du 20 janvier 1961, était venue à nos oreilles : « Ask not what your country can do for you; ask what you can do for your country.» Que pouvions-nous faire et pour quoi ?Malgré notre histoire riche, nous n\u2019avions aucune figure historique à laquelle nous rattacher.Au Québec, la culture américaine dans son ensemble était un chapeau de rechange, et particulièrement dans la Beauce ; nous le portions dès qu\u2019une mauvaise image de notre société était véhiculée ici ou là-bas.6 Pierre Vadeboncoeur, La ligne du risque, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2010 [1963], p.38.L\u2019essai « La ligne du risque », l\u2019un des textes qui composent ce recueil d\u2019essais, a d\u2019abord paru en 1962 dans la revue Situations. 31 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Pourtant, notre peuple n\u2019avait pas l\u2019apanage des embûches ni des erreurs, mais nous ne le savions pas.Si nous avons vu le jour dans un enthousiasme contagieux, nous avons passé notre adolescence à ne côtoyer que le statu quo.Nous étions comme un livre que nul n\u2019osait ouvrir par omission ou par dédain ; nous étions en fait une page blanche qui ne semblait pas près d\u2019être noircie.Un demi-siècle de reprise en main et de regain de fierté n\u2019avait servi à rien, sinon à avoir créé des emplois dans l\u2019administration publique.Nous n\u2019étions fiers ni de nous-mêmes, ni de nos parents, ni de nos grands- parents ; encore moins, a fortiori, de la langue qui nous avait été transmise.Elle nous a été transmise comme l\u2019on transmet un vilain secret.À nos yeux, notre parlure roulait en calèche tandis que celle de nos voisins d\u2019expression anglaise roulait en voiture de luxe.Du début du XXe siècle à aujourd\u2019hui, la langue anglaise est demeurée une marque de distinction.Encore aujourd\u2019hui, quiconque ne connaît pas cette langue n\u2019est pas pris tout à fait au sérieux.N\u2019est-il pas curieux que j\u2019eusse pu écrire cette phrase, signée par Fernand Dumont dans les premières pages de Genèse de la société québécoise, si on me l\u2019avait demandé : « Dans la localité, parler l\u2019anglais était considéré comme le comble du savoir, presque l\u2019accès à la métaphysique7 » ?Nous n\u2019attendions rien de la part de notre société, et pas même sa reproduction.Pour la suite de notre monde Il est vrai que je n\u2019ai pas abordé la chronologie de la grève étudiante, mais je n\u2019ai pas ressenti le besoin de revenir sur des événements très connus.En 2012, d\u2019aucuns diraient que nous avons appris que l\u2019État détient le « monopole de la violence 7 Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal, coll.« Boréal compact », 1996 [1993], p.11. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 physique légitime8 », pour reprendre la formule de Max Weber.Nous avons plutôt appris les rouages du monde, la centralité du conflit et du rassemblement, le caractère inexorable de la déception dans une communauté politique.Je n\u2019ai que faire aujourd\u2019hui des espoirs que nous avons nourris hier, puisque la sortie d\u2019un mutisme ne peut faire autrement qu\u2019engendrer un certain nombre d\u2019attentes.Nous avons pris conscience de notre existence dans la feuille de route collective, ne serait- ce que pour un instant.Nous sommes nés en après-midi.Pouvions-nous faire autrement ?Ce printemps étudiant n\u2019a été qu\u2019un épiphénomène, à tout prendre une pause euphorique.Il a interrompu le sommeil de notre société pour mieux l\u2019y plonger.Toutefois, je puis concéder sans complexe que, sans ce printemps, je ne me serais jamais intéressé à autre chose qu\u2019à ma culture comme milieu, et non pas à la culture comme horizon.Nous avons appris à lier notre milieu à un horizon.N\u2019est-ce pas un gain considérable ?Qu\u2019on le veuille ou non, la question essentielle à laquelle notre génération devra répondre est celle de la culture québécoise et de la forme politique qui devra lui être associée.Fernand Dumont a naguère posé une question grave à laquelle nos parents n\u2019ont pas répondu.Dans Raisons communes, il s\u2019est demandé : « une nation comme la nôtre vaut- elle la peine d\u2019être continuée9 ?» Nous sommes la dernière génération à pouvoir y répondre.C\u2019est en soirée que nous devrons le faire.L\u2019après-midi est terminé.q 8 Max Weber, Le savant et le politique, Paris, La Découverte/Poche, préface, traduction et notes de Catherine Colliot-Thélène, 2003 [1919], p.118.L\u2019italique est de Weber.9 Fernand Dumont, Raisons communes, Montréal, Boréal, coll.« Boréal compact », 1997 [1995], p.79. 33 Articles Ligue d\u2019action nationale* Mémoire présenté à la Commission parlementaire sur le Projet de loi no 21 Laïcité et démocratie La Ligue d\u2019Action nationale et la revue L\u2019Action nationale accordent leur appui au projet de loi 21.Voilà plus de dix ans que les débats autour de la laïcité de l\u2019État du Québec s\u2019enlisent dans des arguties innombrables où les sophismes s\u2019ajoutent aux injures pour empoisonner la vie de la nation et brouiller les esprits.L\u2019affrontement des points de vue n\u2019a pas donné les progrès qu\u2019on aurait été en droit d\u2019attendre d\u2019un débat démocratique sain et responsable.Il faut souhaiter que la présente commission permette au moins de donner au Québec une base fiable pour continuer d\u2019avancer dans la reconfiguration des institutions rendue nécessaire aussi bien par les limites du régime qui l\u2019enferme dans une constitution qu\u2019il n\u2019a pas choisie que par les transformations sociales et culturelles du temps présent.1.Le bien-fondé du recours à la clause dérogatoire À notre avis, le projet de loi 21 constitue un premier pas dans la bonne direction.Il faudra dans un proche avenir le parfaire, l\u2019enrichir et le compléter par des dispositions que la période de cinq ans que le gouvernement envisage de se donner pour le mettre à l\u2019abri des manœuvres de déconstruc- * Mémoire adopté par le conseil d\u2019administration le 11 mai 2019. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 tion permettra de mieux circonscrire.Nous tenons à saluer la clairvoyance de faire valoir la clause dérogatoire pour en faciliter la mise en œuvre.Cette disposition est prévue dans la constitution canadienne et fait partie des instruments à la portée de l\u2019Assemblée nationale pour faire valoir sa souveraineté et lui permettre de placer ses décisions dans le droit prolongement de la légitimité qui lui vient du peuple.Il faut rappeler ici que cette constitution, le Québec ne l\u2019a jamais ratifiée même s\u2019il a choisi de la respecter jusqu\u2019au jour où il saura, espérons-nous, s\u2019en affranchir.Ce dispositif constitutionnel, ce sont les premiers ministres des provinces de l\u2019Ouest qui l\u2019ont arraché au gouvernement Trudeau en échange d\u2019un appui à son coup de force.Les fédéralistes qui dénoncent ce recours ont la mémoire aussi courte que sélective.Cette clause a été utilisée à de nombreuses reprises au cours des dernières décennies et elle doit s\u2019appliquer à la future loi.Dans les faits, il serait souhaitable que le gouvernement fasse comme le gouvernement de René Lévesque et qu\u2019il place l\u2019ensemble de ses décisions législatives sous cette même clause dérogatoire.Cela lui permettra, pour un temps du moins, de mieux faire valoir la souveraineté de l\u2019Assemblée nationale.Nous nous attendons à ce que les parlementaires québécois se rallient devant la nécessité de ce recours à la clause dérogatoire.Après tout, c\u2019est par pur respect pour la charge et le poste qu\u2019ils occupent qu\u2019ils devraient le faire : la Charte canadienne est un instrument conçu pour confisquer leur travail de représentants du peuple, pour réduire les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale.Cela a été fait pour combattre d\u2019abord la construction du Québec français, mais cela concerne 35 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 fondamentalement notre droit à l\u2019autodétermination.Nous ne pouvons concevoir que des élus choisis par le peuple québécois consentent à laisser les tribunaux canadiens se placer au-dessus de sa volonté.Les parlementaires québécois doivent assumer pleinement la responsabilité qui est la leur de représenter la nation, d\u2019en faire valoir et défendre les choix de son Assemblée nationale, seule et ultime source de la légitimité de la commission devant laquelle nous témoignons aujourd\u2019hui même.Il ne faut pas se faire d\u2019illusions, sitôt adopté le projet de loi 21 va subir les assauts constants du gouvernement fédéral et de nombreux acteurs s\u2019en réclamant.Les déclarations ne manquent pas dans l\u2019actualité récente pour annoncer une guérilla juridique sans merci.2.Le nécessaire enrichissement de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne Autant il importe de soustraire le projet de loi 21 au juridisme intempestif des défenseurs d\u2019une Charte canadienne que nous tenons comme une entrave à la volonté du peuple québécois, autant nous appuyons l\u2019amendement proposé à la Charte québécoise des droits de la personne.Y introduire la laïcité comme un principe et une valeur cardinale de notre vie collective et poser une balise essentielle à l\u2019organisation des droits constituent un indéniable enrichissement.La Charte est un document qui doit être conçu et traité comme une pièce en évolution, susceptible de connaître des amendements justifiés par les transformations des mentalités et l\u2019évolution de la société et dictés par la volonté des élus.Il faut le redire, la Charte québécoise tire sa légitimité de l\u2019exercice solennel de la délibération démocratique de l\u2019Assemblée nationale qui trouve son fondement dans l\u2019autorité du peuple québécois et de lui seul.Il faut l\u2019affirmer. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Dans le débat, ceux-là qui trouvent inopportun ou mal fondé le choix de l\u2019amender ne doivent pas tout confondre.Tant que le Québec n\u2019a pas de constitution et tant qu\u2019il n\u2019y a pas de procédure d\u2019amendement de la Charte définie selon des modalités qui pourraient différer, c\u2019est par la volonté de l\u2019Assemblée nationale que cette procédure doit passer.Le gouvernement légitimement élu a donc toute la latitude requise pour agir.3.Le conflit des légitimités Il y a aura contestation de la loi, c\u2019est une certitude.Et cette contestation illustrera de façon exemplaire le conflit des légitimités.Les tenants du multiculturalisme le clament sur tous les tons.Le projet de loi 21 s\u2019attaque aux fondements d\u2019une doctrine d\u2019État sur laquelle le Canada a fondé la légitimité qu\u2019il s\u2019est donnée avec la constitution de 1982.C\u2019est une doctrine qui nie l\u2019existence de la nation québécoise, une doctrine qui a spécifiquement été adoptée pour en empêcher la reconnaissance.La nation québécoise y est ravalée au rang de communauté ethnique dans une prétendue mosaïque canadienne où les valeurs et les principes la régissant ont été définis sans son consentement et aux fins explicites d\u2019en circonscrire l\u2019expression.Le multiculturalisme constitue une matrice d\u2019intégration à la citoyenneté dont le Canada s\u2019est fait une identité et, à entendre ses chantres les plus lyriques, un objet de vantardise post-moderne.C\u2019est un paradoxe qui ne cesse d\u2019étonner : voilà un pays qui se vante de n\u2019avoir pas de culture de convergence, d\u2019accueillir toutes les identités dans un bricolage permanent d\u2019arrangements à la pièce et qui brandit l\u2019exercice comme un étendard, comme le signe distinctif de son identité par rapport aux autres nations.Que le tout soit placé sous le signe de la monarchie et sacralisé 37 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 par une Charte canadienne imposée et interprétée dans un texte constitutionnel dont il n\u2019existe pas de version française officielle dans un État qui se dit pourtant officiellement bilingue, cela ne fait qu\u2019expliquer le déchaînement des passions.Le Canada tient à ses institutions, il tient à cette charte et s\u2019en fait une composante identitaire forte.On comprend dès lors que le débat n\u2019est pas d\u2019abord une affaire de désaccord sur la conception de la laïcité et de ses modalités d\u2019expression.C\u2019est le Canada qui s\u2019en fait un combat identitaire.Nous en faisons pour notre part un conflit de légitimité.Le choix du Québec, le choix de son gouvernement, c\u2019est celui de définir les caractéristiques de son État dans une tout autre logique et en référence à une souveraineté du peuple qui ne se trouve pas au cœur du régime monarchique et des institutions charpentées par cette constitution que nous considérons illégitime.Le projet de loi 21 trouve son fondement et son inspiration dans une philosophie politique et un horizon institutionnel fort éloignés du monarchisme canadien et des mentalités qui s\u2019en accommodent.4.Une conception républicaine de la laïcité Hors du multiculturalisme et de son communautarisme, le projet de loi 21 se découpe sur un horizon philosophique qui pense les rapports entre l\u2019État et les religions dans un arrangement radicalement différent de celui qui prévaut dans l\u2019univers juridique et intellectuel du monarchisme anglo-saxon prévalant au Canada.La conception de la laïcité sous-jacente au projet de loi plonge ses racines loin dans l\u2019histoire des idées et s\u2019inspire en particulier de la tradition française dans laquelle le siècle des Lumières a réfléchi aux rapports entre l\u2019État et les religions.C\u2019est un projet de loi qui procède d\u2019une conception républicaine de la démocratie. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Cette conception doit prévaloir puisqu\u2019elle est en parfaite résonance avec ce que les Québécois attendent et conçoivent de l\u2019autorité de leur Assemblée nationale.La laïcité, en régime démocratique, fait valoir le primat du gouvernement des hommes sur les aspirations et les préceptes religieux.Les progrès de la raison au siècle des Lumières ont permis de renverser l\u2019hégémonie des religions sur les sociétés.C\u2019est au peuple qu\u2019au terme de débats qui furent souvent sanglants, que la conception républicaine de la démocratie confie le pouvoir de faire les lois.Les croyances et les recours aux autorités célestes ont progressivement été évincés de la sphère politique (pas de la société, tant s\u2019en faut) et la démocratie a institué de nouvelles règles de gouvernement fondées sur l\u2019égalité des citoyens et sur la liberté de penser.L\u2019idée de laïcité s\u2019est progressivement imposée pour instituer la séparation entre l\u2019Église et l\u2019État et empêcher les religions de mettre les ressources des États au service de leurs ambitions prosélytes.Le principe de souveraineté a aussi institué le citoyen comme source du pouvoir et, en lui garantissant la liberté de conscience et d\u2019expression, elle lui a aussi assuré la liberté du culte.Dans une société démocratique, personne n\u2019est obligé de se soumettre aux dogmes des religions et tous peuvent exercer leur liberté de les critiquer.Les principes de souveraineté du peuple et de la laïcité non seulement pacifient les relations entre les religions et leur permettent de vivre dans la concorde, mais ils libèrent aussi l\u2019individu de l\u2019obligation de croire en un dieu.Chacun est libre de croire ou de ne pas croire et l\u2019État doit respecter la liberté des uns et des autres.La laïcité ne s\u2019oppose pas aux religions, mais elle reconnaît l\u2019obligation, au nom du respect de la liberté de tous, de distinguer entre la sphère publique et la sphère privée ainsi que l\u2019obligation de chacun de réserver sa pratique de la religion à la sphère privée.Elle instaure 39 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 un espace où les conflits de croyances et les contradictions entre les divers préceptes de bonne vie sont contenus et, autant que possible, neutralisés.C\u2019est la condition essentielle du vivre ensemble démocratique où chacun est responsable du bien commun.La laïcité est consubstantielle de l\u2019esprit républicain, car elle rend possible au-delà des différentes croyances religieuses la participation à la chose publique.Elle implique que les facteurs de divisions que sont les différences de croyances ne sont pas un obstacle à la coopération pour le bien commun.Si la conviction personnelle peut s\u2019exprimer dans la vie privée, elle ne peut s\u2019affirmer dans la sphère publique, car dès lors, elle entrerait en conflit avec les convictions des autres et entraverait la construction du bien commun.Devant la diversité des croyances, la seule façon de rendre le vivre ensemble constructif est de respecter toutes les différences, de les neutraliser en les reléguant à la vie privée.Le communautarisme vise à faire cohabiter et contenir les éventuels conflits de normes et de valeurs dans un cadre en perpétuelle mouvance et dont l\u2019évolution est dictée par les rapports de force entre les communautés.Les accommodements \u2013 fussent-ils qualifiés de raisonnables \u2013 ne sont jamais que temporaires, chaque communauté cherchant à « sanctuariser » son espace social et à utiliser les droits formels définis, par exemple, dans une Charte des droits pour fixer ses règles de cohabitation et d\u2019expansion.Le monde commun n\u2019est plus un monde construit sur la volonté de partager une vision et des valeurs, mais bien plutôt sur une espèce de compromis précaire de valeurs en concurrence.Dans ce montage, les tenants d\u2019un ensemble de valeurs (religieuses, idéologiques, etc.) cherchent moins à bâtir ensemble qu\u2019à configurer un ensemble de règles d\u2019ingénierie sociale pour pouvoir vivre à sa guise dans son monde, à l\u2019abri ou à l\u2019écart de celui du voisin. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Le communautarisme ne définit pas du lien social en dehors de son monde, il juxtapose des communautés selon des règles de minimisation de la présence de l\u2019Autre.C\u2019est une idéologie de la fermeture dont l\u2019argument rhétorique est celui du respect de la différence, mais qui, dans les faits, cherche plutôt à construire non pas la nation, mais un immense système d\u2019évitement.L\u2019État du multiculturalisme n\u2019est pas celui du citoyen, c\u2019est celui du prosélytisme et des divers moyens de contrôle social auxquels il doit son existence et son efficacité.5.Les codes de conduite de base dans un État laïque Vouloir afficher sa croyance religieuse lorsqu\u2019on est au service de l\u2019État contrevient à l\u2019esprit républicain et met en cause le principe de neutralité de ceux qui exercent le pouvoir au nom de l\u2019ensemble des citoyens.Servir dans la fonction publique implique des devoirs, dont celui de ne pas exprimer de préférences quant à ses croyances politiques et religieuses.Ceux qui veulent à tout prix afficher leur foi dans l\u2019exercice de fonctions publiques disent alors clairement qu\u2019ils refusent de se soumettre au devoir de réserve et qu\u2019ils accordent plus de valeur à leur appartenance religieuse qu\u2019à leur appartenance à la collectivité, qu\u2019ils privilégient le particulier au détriment de l\u2019intérêt général.Ils indiquent qu\u2019ils se soumettent à l\u2019autorité de leur dieu avant de servir l\u2019autorité du peuple, qu\u2019ils préfèrent obéir à leur religion plutôt que de respecter la souveraineté du peuple.L\u2019affichage ostentatoire de sa religion signifie qu\u2019on refuse de reconnaître que la Res Publica est plus importante que les religions.C\u2019est un geste d\u2019auto-exclusion de la communauté politique.C\u2019est affirmer son allégeance à une autorité supérieure qui transcende la communauté des citoyens.C\u2019est un choix respectable, mais un choix dont les critères de référence 41 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 ne sont pas ceux de tous les citoyens, mais seulement ceux de la communauté des croyants.On comprend que celui-ci puisse avoir un sens dans l\u2019organisation et la conduite de la vie privée et des choix intimes, mais cela n\u2019est pas compatible avec l\u2019organisation des normes de conciliation civique.Plus les sociétés sont diversifiées, plus la laïcité s\u2019impose comme une nécessité incontournable pour assurer la concorde et la liberté des citoyens.La liberté religieuse doit être respectée, mais pas au détriment de la liberté des autres croyances et de celle des non-croyants.Tout citoyen a le droit de recevoir des services publics dans la sérénité sans être obligé de s\u2019exposer à des croyances qu\u2019il ne partage pas.La religion ne doit pas interférer dans les choses de la Cité.Si le principe de transcendance était accepté dans les institutions politiques, cela rendrait impossible l\u2019existence d\u2019une communauté politique qui s\u2019effriterait sous la rivalité des communautarismes exacerbés.C\u2019est par l\u2019exclusion des revendications religieuses de la place publique que peut se construire la paix sociale.Les intérêts particuliers doivent être harnachés par l\u2019intérêt général.Le Québec est une société pluraliste et c\u2019est ce trait même de son existence nationale qui rend nécessaire la laïcité de son État.Le projet de loi 21 répond à cette nécessité.Il y répond à la fois en se raccordant avec son histoire et en s\u2019inscrivant dans les exigences du présent.6.Continuité historique et volonté d\u2019achèvement Le Québec a été pendant longtemps soumis à la domination du colonialisme britannique et de son alliée l\u2019Église catholique.Rappelons ici que la laïcité fut au cœur du projet de libération nationale des Patriotes.La déclaration d\u2019indépendance de 1838 prévoyait la dissolution des liens entre l\u2019Église et l\u2019État 42 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 comme condition indispensable pour garantir la liberté de religion.Mais, ce mouvement d\u2019émancipation nationale fut bloqué par l\u2019alliance du sabre et du goupillon qui nous a maintenus collectivement par la force des armes dans la dépendance politique et condamnés au sous-développement économique.Au fil des décennies, les conditions de cette alliance ont évolué et des forces diverses ont pu lentement desserrer l\u2019étau.Ces forces ne sont pas seulement venues des rangs des non-croyants.De l\u2019intérieur même de l\u2019Église, des progressistes ont lutté pour contribuer à l\u2019instauration d\u2019un espace laïque et pour faire assumer par l\u2019État du Québec des responsabilités jusque-là assumées par l\u2019Église.Cette sécularisation a permis de faire cesser la confusion des pouvoirs temporel et spirituel.Les services publics ont été déconfessionnalisés, nombre de signes religieux ont été retirés des écoles et des hôpitaux.Plus récemment les commissions scolaires elles-mêmes ont été déconfessionnalisées.L\u2019Église catholique québécoise a reconnu les vertus de la laïcité, elle a accepté la séparation du religieux et du politique et, depuis la Révolution tranquille, elle s\u2019en tient à une saine neutralité.Mais toutes les religions n\u2019ont pas abandonné leurs prétentions à se manifester dans le cadre de l\u2019État, à vouloir, par exemple, faire valoir dans l\u2019ordre juridique la notion de blasphème.Nul ne peut nier que l\u2019Église et le catholicisme ont profondément marqué non seulement la culture, mais aussi toute l\u2019architecture institutionnelle de la société québécoise.Il est heureux que le projet de loi le reconnaisse en maintenant son héritage dans la toponymie et le patrimoine.Nous saluons l\u2019initiative du gouvernement de retirer le crucifix de l\u2019Assemblée nationale, cela lève une partie de la 43 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 confusion entre le temporel et le spirituel.Il faudrait néanmoins qu\u2019il fasse preuve de plus de cohérence en retirant les symboles de la couronne britannique qui reposent et entretiennent cette confusion.La reine d\u2019Angleterre et du Canada est un chef religieux.Il faudra donner à l\u2019Église anglicane le même traitement que celui qui sera fait au crucifix.Il faut désormais compléter les efforts de décléricalisation et le processus de sécularisation en affirmant solennellement la laïcité de l\u2019État.Le gouvernement actuel du Québec renoue avec la tradition laïque du mouvement patriote, et l\u2019adoption de la loi 21 constitue indéniablement un moment et un geste traduisant une volonté d\u2019achèvement qui portera le Québec plus loin dans sa volonté de bien maîtriser les outils du développement des nations modernes.Les débats ont fait une large place à la question des signes religieux, négligeant à tort, et bien souvent à dessein, de voir que derrière le code vestimentaire se profile une conception de l\u2019État.L\u2019État laïc ne mobilise pas des fonctionnaires comme une entreprise de service recrute des professionnels et des techniciens.Le fonctionnaire, recruté pour ses compétences, certes, n\u2019agit pas d\u2019abord comme pourvoyeur de ces compétences, mais bien comme mandataire de l\u2019État pour les exercer.Le code vestimentaire qu\u2019on requiert de lui ne se justifie pas d\u2019abord pour des raisons d\u2019image ou des motifs de sécurité : ce code est l\u2019instrument et l\u2019expression du devoir de réserve associé à sa charge de mandataire.Et ce devoir de réserve découle directement des principes de neutralité de l\u2019État mandant.En interdisant les signes d\u2019appartenance religieuse dans l\u2019exercice des fonctions de l\u2019État, le projet de loi 21 trouve une application cohérente de ce principe de neutralité au cœur des relations qu\u2019il se définit avec les religions.Cette loi est 44 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 respectueuse de l\u2019évolution de la société québécoise et ceux qui la combattent en invoquant frauduleusement la liberté de religion manifestent leur refus de participer à la construction d\u2019un État en phase avec les réalités du monde contemporain.Les dispositions de la loi respectent le libre arbitre.Les croyances religieuses ne sont ni interdites ni hiérarchisées dans leur rapport avec l\u2019État et les institutions.Il ne faut pas confondre le dogme auquel le croyant a toute liberté d\u2019adhérer ou non (ce qui fait l\u2019essentiel de la liberté de religion) avec les modalités de publicité de l\u2019exercice d\u2019adhésion : le code vestimentaire ne fait que restreindre pendant les heures de travail les modalités de l\u2019expression et non de la croyance.Des voies d\u2019amélioration Le projet de loi 21 doit être accepté, pensons-nous.Divers amendements pourraient également être apportés.Parmi ceux- là, nous voulons pointer en particulier les éléments suivants : \u2022 Ajouter : CONSIDÉRANT que l\u2019État du Québec entend reconnaître la laïcité comme caractéristique fondamentale du régime politique fondé sur l\u2019autorité du peuple \u2022 Article 5 : Il faut changer l\u2019article, car c\u2019est aux représentants du peuple de définir les paramètres dans lesquels les lois sont appliquées.\u2022 Personnes visées par l\u2019interdiction de porter un signe religieux dans l\u2019exercice de leur fonction (articles 6,14 et 27).Il faut étendre l\u2019interdiction à toute personne qui, dans le cadre scolaire, interagit avec les enfants.L\u2019enseignant n\u2019est pas le seul à agir auprès des élèves.Il faut que l\u2019école soit un domaine complètement neutre.Les professionnels qui complètent le travail de l\u2019enseignant ne peuvent être soumis à une norme différente. 45 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 \u2022 Article 8 : il faut modifier l\u2019article : l\u2019obligation d\u2019agir à visage découvert pour donner ou recevoir un service doit s\u2019appliquer en toute circonstance et non pas seulement « lorsque cela est nécessaire pour permettre la vérification de son identité ou pour des motifs de sécurité ».Une tenue vestimentaire cachant le visage est une pratique qui va à l\u2019encontre du principe d\u2019égalité entre les hommes et les femmes.\u2022 Il faut ajouter un article interdisant les prescriptions religieuses alimentaires dans la prestation des services offerts dans l\u2019école et dans les diverses institutions visées par le projet de loi.Rien n\u2019empêche que des choix soient offerts, mais en aucune manière les prescriptions religieuses ne doivent devenir une norme.7.Ce qu\u2019il reste à faire Ce projet de loi, avons-nous dit, constitue un pas dans la bonne direction.Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire de l\u2019État du Québec un état pleinement laïque.Pour ne mentionner que deux domaines où des actions majeures sont à entreprendre et qui auraient dû se retrouver dans une loi sur la laïcité de l\u2019État, pointons : \u2022 Le financement des écoles confessionnelles.L\u2019État ne devrait pas financer les écoles confessionnelles.Comme il s\u2019agit d\u2019écoles privées, il faudra trouver les modalités de découplage du statut et des activités confessionnels du statut d\u2019école privée admissible à du financement public.Les mesures requises devraient elles-mêmes être considérées comme transitoires, le temps qu\u2019une réforme complète soit mise en œuvre pour que l\u2019État du Québec se retire du financement des écoles privées selon un calendrier de désengagement réaliste. 46 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 \u2022 L\u2019abolition du cours Éthique et culture religieuse.Ce programme érige le multiculturalisme en horizon de civilisation et idéal indépassable à moins de céder aux démons de l\u2019intolérance.Il constitue en cela une véritable courroie de transmission de l\u2019idéologie et de la doctrine d\u2019État canadiennes.La propagande n\u2019a pas sa place dans l\u2019école.Il faut remplacer ce cours par un cours d\u2019éducation civique qui familiarisera les enfants avec le rôle de citoyens, avec les grandes institutions et les repères de l\u2019organisation de la vie collective.\u2022 L\u2019entretien et la responsabilité des édifices et monuments religieux patrimoniaux.Le Québec est riche d\u2019un immense ensemble de complexes architecturaux, de monuments et de sites qui sont autant de signes de son passé religieux et de manifestations qui ont nourri et nourrissent aussi bien son histoire de l\u2019art que ses paysages.Il est établi depuis nombre d\u2019années que l\u2019Église québécoise n\u2019a plus les moyens d\u2019entretenir de tels immeubles et lieux de culte et qu\u2019il faudra une vigoureuse politique du patrimoine pour assumer un aussi riche héritage.\u2022 La justice fiscale.La discussion sur la laïcité s\u2019est enlisée depuis trop d\u2019années dans un débat sans doute important, mais qui n\u2019a pas la portée que devrait avoir la fiscalité comme moyens de compléter la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.On a traité la religion uniquement en fonction de sa présence symbolique dans l\u2019espace public et non pas comme une institution qui bénéficie de privilèges économiques qui sont refusés aux non-croyants.Les religions jouissent d\u2019exemptions fiscales, de crédits d\u2019impôt et de subventions publiques, tant aux niveaux fédéral, provincial que municipal. 47 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Il n\u2019est pas normal que les non-croyants soient obligés de contribuer financièrement par leurs impôts à la propagation de la foi.À la différence des simples propriétaires qui doivent payer leurs taxes scolaires et municipales, les institutions religieuses profitent d\u2019un passe-droit qui les exempte d\u2019avoir à acquitter ces taxes imposées à tous les citoyens.Ainsi, les bâtiments appartenant aux groupes religieux échappent aux taxes sur les premiers 340 000 $ d\u2019évaluation.Cette exemption s\u2019applique aussi bien aux Églises instituées qu\u2019aux petites sectes qui ne regroupent que quelques personnes.Cette loi, aussi nécessaire, légitime et constructive soit-elle pour le bon fonctionnement de l\u2019État et la construction du bien commun, devra donc dans un proche avenir être bonifiée.Le chantier de la laïcité ne se terminera pas avec son adoption.Ce devrait être un début.Il faudrait cependant être bien candide pour s\u2019imaginer que les choses pourraient se dérouler dans une sérénité relative une fois son adoption réalisée.Les tenants du multiculturalisme, soutenus ouvertement ou autrement par le gouvernement fédéral, ne manqueront pas de multiplier les recours pour en invalider des dispositions.Ils ne manqueront pas non plus de chercher dans les inévitables imperfections des conditions d\u2019application des matériaux pour tenter d\u2019en discréditer le bien fondé, d\u2019en réduire la portée et d\u2019en saper la légitimité.L\u2019ampleur et la virulence des anathèmes proférés dès le jour où le gouvernement a signifié son intention d\u2019aller de l\u2019avant devraient suffire à convaincre la population québécoise de la nécessité, de l\u2019urgente nécessité de procéder avant que ne se développent et se renforcent autant de tendances malsaines que celles que nous avons malheureusement dû constater et subir.Il faut que ce projet de loi soit adopté pour renforcer la dynamique 48 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 de construction de la laïcité de l\u2019État du Québec.Il faut cependant s\u2019attendre à ce qu\u2019il soit combattu comme l\u2019est toujours la loi 101, comme l\u2019est la loi 99, comme le seront toujours les lois qui voudront affirmer que la légitimité de nos institutions repose sur l\u2019autorité du peuple et non pas sur une constitution imposée.La Ligue d\u2019Action nationale et la revue L\u2019Action nationale l\u2019appuient fermement, mais lucidement.Nous savons que sans l\u2019indépendance, jamais le Québec ne pourra se mettre à l\u2019abri du multiculturalisme, que jamais il ne pourra décider de lui-même sans avoir à subir le juridisme de l\u2019illégitime Charte canadienne.Nous appuyons le projet de loi 21 parce qu\u2019il permettra de préciser l\u2019État que nous voulons tout en faisant apparaître les limites que nous impose une constitution qui nous reste étrangère.L\u2019esprit républicain au fondement de la conception québécoise de la laïcité est incompatible avec le régime monarchiste et la sacralisation du multiculturalisme comme doctrines d\u2019État.Notre destin dans le Canada est celui de devenir une province qui n\u2019aura rien à envier à la tour de Babel.Un État québécois laïc ne sera pleinement réalisable que dans un Québec indépendant.q 49 Articles Serge Cantin* Gérard Bouchard ou penser dans l\u2019œil de l\u2019autre « Qu\u2019est-ce que les autres vont penser ?».Cette question, combien de fois l\u2019ai-je entendue durant mon enfance et mon adolescence ?D\u2019ailleurs, ce n\u2019était pas du tout une question, mais plutôt la formule incantatoire par laquelle ma défunte mère tentait d\u2019échapper, par le biais du langage, à la dure réalité qui l\u2019accablait ; une parole de fuite qui l\u2019aidait sans doute, en sublimant son malheur dans un « on » anonyme (les autres), à en supporter le poids.Je me souviens à quel point, à l\u2019époque, ces mots-là me hérissaient, sans que je sache trop pourquoi.Plus tard, devenu adulte, j\u2019ai compris que la question tout oratoire de ma mère traduisait au fond sa profonde aliénation.Prisonnière des habitus du milieu dans lequel elle avait grandi, elle ne pensait que dans l\u2019œil de l\u2019autre.À son insu, elle disposait toutefois d\u2019un parfait alibi.Née en 1921 dans la pauvreté, elle avait dû quitter l\u2019école en quatrième année pour travailler et subvenir aux besoins de ses onze frères et sœurs.Sa vie de Canadienne française ne fut pas facile, plus misérable et plus étouffante encore que celle des Belles-Sœurs de Michel Tremblay.Où veux-je en venir avec cette évocation toute personnelle ?À Gérard Bouchard, rien de moins.À sa déclaration dans le cadre des consultations du projet de loi 21 : avec ce projet de * Professeur de philosophie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur au Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises. 50 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 loi, disait-il, « on a l\u2019air de gens qui ne sont pas très sensibles aux droits fondamentaux.On a l\u2019air d\u2019une société pas très démocratique [en ayant] recours à la clause dérogatoire pour se soustraire à l\u2019examen des tribunaux.On n\u2019a pas l\u2019air d\u2019une société décente.» Avoir l\u2019air.Ne pas avoir l\u2019air\u2026 Autrement dit : « Qu\u2019est-ce que les autres vont penser ?» Par un curieux télescopage, les paroles de Gérard Bouchard m\u2019ont effet ramené à ma mère, elles m\u2019ont projeté soixante ans en arrière, dans ce Canada français qui cherchait chez l\u2019autre la justification de son existence.Pourtant, l\u2019historien-sociologue ne passe-t-il pas pour l\u2019incarnation même du Québec moderne, pour l\u2019un de ses intellectuels les plus éclairés ?Ne l\u2019a-t-on pas choisi, avec le non moins éminent philosophe Charles Taylor, pour copré- sider la fameuse commission sur les accommodements raisonnables ?Mais se pourrait-il que, sous son masque d\u2019assurance et d\u2019ouverture aux autres, se cachent les complexes ataviques du peuple que Bouchard prétend éclairer de ses lumières.Se pourrait-il que son discours, loin de nous sortir de la « grande noirceur », ne fasse au fond que nous y enfoncer, que renforcer en nous les obstacles à cet « agir par soi » que Maurice Séguin appelait naguère de ses vœux ?Se pourrait-il que son interculturalisme procède de ce que Jean Bouthillette nommait, dans Le Canadien français et son double, « la greffe psychique de l\u2019Anglais en nous » ?Depuis longtemps déjà, je me méfie de Gérard Bouchard (comme de son frère Lucien du reste\u2026).Et je manque ici d\u2019espace pour fournir tous les motifs de ma méfiance.Je me contenterai d\u2019une anecdote.Elle remonte vingt ans en arrière, à l\u2019automne 1999.Avec onze autres penseurs de la dite « nation québécoise », j\u2019avais été invité à participer à un colloque ouvert au public à l\u2019Université McGill.Pour mettre du piquant sans doute, on m\u2019avait placé dans le même atelier 51 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 que Gérard Bouchard et Charles Taylor.Le débat fut pour le moins houleux\u2026 Au cours du cocktail qui suivit le colloque, je me retrouvai par hasard en face de Gérard Bouchard, et voici ce qu\u2019il me dit en substance à propos du portrait sans complaisance que Fernand Dumont (décédé deux ans plus tôt) avait brossé du peuple québécois dans Raisons communes : « Si vous saviez comme cela nous a fait du tort à l\u2019étranger ! » Puis il ajouta ceci, qui me laissa littéralement sans voix : « Fernand Dumont méprisait son peuple.» Moi qui ai bien connu Fernand Dumont et qui publierai à l\u2019automne un gros livre sur son œuvre, je crois pouvoir affirmer que non seulement il n\u2019a jamais méprisé son peuple, mais qu\u2019il en a même été le plus ardent défenseur.Mais, obnubilé par l\u2019œil de l\u2019autre, Bouchard ne voyait dans l\u2019implacable lucidité de Dumont que le signe du mépris.Gérard Bouchard s\u2019oppose à l\u2019interdiction des signes religieux pour les enseignants.Sur quoi se fonde son opposition ?L\u2019interdiction des symboles religieux chez les enseignants, dit-il, « n\u2019est appuyée par aucune donnée rigoureuse ou étude ».Mais leur acceptation non plus ne s\u2019appuie sur aucune donnée rigoureuse.« Les tenants de la laïcité ouverte recourent souvent à l\u2019argument qu\u2019un enseignant portant un signe religieux n\u2019a pas nécessairement une influence prosé- lytique sur les élèves.Il s\u2019agit là d\u2019abord d\u2019une affirmation sans fondement scientifique », écrivait Guy Rocher.Le fait est qu\u2019il n\u2019y a pas plus de fondement scientifique à une telle affirmation qu\u2019il n\u2019y en a à l\u2019affirmation contraire, pour la simple et bonne raison que la question elle-même ne relève pas de la science, mais du jugement politique.Mais j\u2019admets que la chose est difficile à entendre aujourd\u2019hui, et que le lien intrinsèque entre éducation et autorité n\u2019a plus pour lui la clarté de l\u2019évidence.« Dans le monde moderne, écrivait Hannah Arendt, le problème de l\u2019éducation tient au 52 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 fait que par sa nature même l\u2019éducation ne peut faire fi de l\u2019autorité, ni de la tradition, et qu\u2019elle doit cependant s\u2019exercer dans un monde qui n\u2019est pas structuré par l\u2019autorité ni retenu par la tradition.» Que faire dans ces conditions ?Renoncer à éduquer ?Ou tâcher de maintenir, en résistant au chant des sirènes de la doxa multiculturaliste qui nous ensorcelle, l\u2019autorité qui rend possible l\u2019éducation et qui préserve en nous l\u2019idée d\u2019un monde commun ?q 53 Articles Jacques C.Martin* L\u2019Accord de libre-échange Canada\u2013États-Unis\u2013Mexique Le Canada a-t-il vraiment sauvé les meubles ?** Le présent texte sur le récent Accord de libre-échange Canada\u2013États-Unis\u2013Mexique (ACEUM) apporte un point de vue différent par rapport à celui diffusé à grande échelle par nos médias d\u2019information souvent contrôlés par des intérêts fédéralistes ou encore par certains journalistes et chroniqueurs peu spécialisés dans les questions économiques ou inféodés au régime en place.Le chroniqueur et ex-éditorialiste en chef du journal Les Affaires, Jean-Paul Gagné, écrivait le 20 octobre 2018 que le Canada venait de sauver les meubles, mais avouait toutefois que les É.-U.conservaient le droit d\u2019imposer des tarifs douaniers de 25 % sur l\u2019acier, de 10 % sur l\u2019aluminium et de 20,9 % sur le bois d\u2019œuvre ! Selon M.Gagné, la principale concession que le Canada aurait faite aux États-Unis concernait nos produits laitiers.Le Canada a donné accès à 3,6 % de son marché, aux produits laitiers et fromagers américains, mais a conservé la gestion de l\u2019offre.Rappelons qu\u2019il avait déjà accordé 2 % de son marché aux produits laitiers des pays de l\u2019Union européenne lors du récent traité de libre-échange signé avec eux.De plus, en 2016, le * L.Sc.Com \u2013 (HEC-1965), Associé-fondateur de Major & Martin Inc, conseillers en développement industriel, puis professeur agrégé à l\u2019École Polytechnique, et associé-fondateur du Groupe Productivité Plus, conseillers en administration et en génie industriel.** Première partie.La deuxième sera publiée dans le prochain numéro. 54 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Canada ouvrait 3,2 % de son marché aux produits laitiers du Partenariat transpacifique1.Au total, les producteurs laitiers de ces trois entités commerciales auront accès à 9 % du marché canadien du lait et environ 50 % des producteurs laitiers canadiens affectés proviennent du Québec2.Bref, le Canada n\u2019a pas obtenu de nouvelles concessions de la part des É.-U., mais il a dû en faire plusieurs au bénéfice des É.-U.comme le démontre la suite de ce texte.Monsieur Gagné appelle cela sauver les meubles, mais, il devrait plutôt dire : jeter le bébé avec l\u2019eau du bain.En fait, selon le Globe & Mail, l\u2019ACEUM est presque identique à l\u2019ALENA qu\u2019il remplace, avec certaines modifications effectuées ici et là, telles celles portant sur les produits laitiers et celles permettant aux entreprises américaines de vendre leur service en ligne aux consommateurs canadiens.Les principaux gains du Canada ont consisté à conserver ce qu\u2019il avait déjà dans l\u2019ALENA, tel le chapitre 19 sur la résolution des conflits entre les deux pays, et empêcher l\u2019administration Trump d\u2019imposer des tarifs douaniers dommageables à l\u2019industrie de l\u2019auto ontarienne3.Donc, s\u2019il y a quelqu\u2019un qui a sauvé les meubles, c\u2019est sans contredit l\u2019Ontario.1 Gouvernement du Canada : Accord de Partenariat Transpacifique global et progressiste (PTPGP) \u2013 Cet accord regroupe les pays suivants : Australie, Japon, Chili, Mexique, Pérou, Vietnam, etc.2 Jean-Paul Gagné, « AEUMC : Le Canada a sauvé les meubles malgré le mépris de Trump », Les Affaires, 20 octobre 2018.3 Chris Hannay et James Keller, « Politics Briefing: The new trade deal is here », The Globe and Mail, 1er octobre, 2018 ; Riyaz Dattu, Peter Glossop, Gajan Sathananthan, Shalu Atwal, The U.S.Mexico- Canada Agreement: An overview of what\u2019s changed and what remains the same, OSLER, Hoskin & Harcourt LLP, le 2 octobre 2018; et Note d\u2019information sommaire : L\u2019Accord Canada\u2013États-Unis\u2013Mexique (ACEUM), Gouvernement du Canada, 2018. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Nouvelles concessions qu\u2019aurait pu suggérer le Canada Le Canada n\u2019a pas obtenu, contrairement à son partenaire américain, de nouvelles concessions lors de cette négociation.Mais, en a-t-il vraiment fait la demande ?À titre d\u2019exemple, si une entreprise québécoise voulait exporter aux États-Unis, elle devrait se conformer au Buy America Act4 ou encore au Buy American Act, lequel est différent du premier.Le Buy America Act La loi du Buy America Act spécifie que les matériaux et fournitures utilisés par le ministère du Transport (MT), ou administrés par celui-ci pour des travaux reliés au domaine du transport, doivent être fabriqués ou manufacturés en sol américain.Il s\u2019agit des matériaux suivants : acier, fer, et autres produits utilisés ou commandés par le MT pour des projets d\u2019infrastructures de transport.Le Buy America Act s\u2019applique également aux administrations et agences publiques telles les suivantes : Federal Highway Administration (FHWA), Federal Transit Authority (FTA) ou encore Federal Aviation Administration (FAA) et autres agences relevant du ministère des Transports des É.-U.Chacune des agences du MT peut avoir des conditions particulières relativement au contenu américain des matériaux et fournitures entrant dans leurs travaux respectifs d\u2019infrastructures.Cette loi régit également les États américains ou d\u2019autres entités ne relevant pas du gouvernement fédéral, 4 « Buy American VS.Buy America: Whay a difference can makes », R & C Risk & Compliance Magazine.Howard.W.Roth, « President Trump Puts Buy America and Buy American Acts in the Spotlight\u2014 What Contractors Need To Know », The Procurement Playbook, Oles Morrison, 13 mars 2017 et Howard W.Roth, « Buy America and Buy American: What\u2019s the difference and why it matters », Daily Journal of Commerce, 19 octobre, 2017 56 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 mais qui entreprendraient des travaux ou projets reliés au transport.La loi du Buy America Act s\u2019applique même pour les entreprises étrangères provenant d\u2019un pays ayant un traité de libre-échange avec les É.-U5.Le Buy American Act est complètement distinct du Buy America Act.Cette loi régit les approvisionnements du gouvernement fédéral.Par cette loi, le gouvernement fédéral est obligé d\u2019acquérir aux États-Unis des produits finis tels des articles, matériaux ou fournitures destinés à des travaux ou des fins publics.Le gouvernement fédéral doit accepter uniquement les matériaux de construction domestiques lorsqu\u2019ils sont incorporés dans des travaux publics, sauf certaines exceptions, par exemple, ceux impliquant le ministère de la Défense.Cette loi ne s\u2019appliquait généralement pas aux produits couverts par les traités de libre-échange comme l\u2019ancien ALÉNA.Qu\u2019en est-il maintenant avec l\u2019ACEUM ?Les négociateurs canadiens ont-ils menacé, dès le départ, de voter un Buy Canadian Act, et un Buy Canada Act à moins que les É.-U.ne retirent leurs deux lois protectionnistes ?Cela nous aurait donné un pouvoir de négociation face aux nouvelles demandes, souvent extravagantes, de l\u2019administration Trump ! Les dépenses touristiques des « Snow Birds » On aurait pu faire valoir les investissements et dépenses considérables qu\u2019effectuent les touristes canadiens (les Snow Birds) aux É.-U.durant une période prolongée, parfois de trois à six mois par année.Aussi, pourquoi n\u2019a-t-on pas menacé d\u2019imposer un droit de douane ou une taxe de 10, 15 ou de 20 % sur les investissements immobiliers faits par 5 Ibid. 57 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 des citoyens canadiens lorsqu\u2019ils achètent une résidence secondaire aux É.-U.ou encore, imposer une taxe de 10 à 20 % sur tous les achats (taxables au Canada) faits aux É.-U.par un touriste canadien passant plus de trois semaines par année chez nos voisins du sud ?L\u2019insertion de telles exigences par le Canada auraient-elles paru exagérées ?Il faut savoir qu\u2019un citoyen américain désirant acquérir une résidence au Canada, après avoir vendu sa résidence principale aux États-Unis, doit rembourser les déductions d\u2019impôts accumulés grâce à ce bien au fil des années (amortissement de sa résidence).C\u2019est une véritable embûche pour le citoyen américain désirant vivre au Canada à sa retraite ou même hors retraite.Pourquoi le Canada n\u2019aurait-il pas l\u2019audace d\u2019appliquer des règles aussi contraignantes pour les citoyens canadiens désirant vivre une partie de leur retraite aux États-Unis ?Il est certain que des conseillers canadiens en droit fiscal, au fait des lois américaines, auraient pu proposer d\u2019autres éléments, plus percutants encore à inclure dans l\u2019accord de libre-échange, dès l\u2019ouverture officielle des négociations.De cette façon, le Canada aurait pu bâtir un argumentaire pour contrecarrer et contrebalancer les demandes déraisonnables des négociateurs américains.Absence de taxes sur le numérique À titre d\u2019exemple, le Canada aurait pu exiger, dès l\u2019ouverture des négociations, que les entreprises américaines opérant dans le secteur numérique paient à l\u2019avenir des taxes de vente sur l\u2019exportation de leurs services au Canada.Il s\u2019agit ici de sociétés telles Facebook, Google et Linkedin (sur les ventes de publicité), et Amazon et Netflix sur la vente en ligne de produits ou de services, etc.De plus, ces sociétés 58 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 devraient être imposées sur les revenus qu\u2019elles génèrent au Canada.En a-t-on seulement discuté lors des dernières négociations ?On sait toutefois que toutes ces entreprises américaines du numérique ont été exemptées de la taxe de vente (TPS) et de l\u2019impôt fédéral sur les revenus des corporations dans la version finale de l\u2019ACEUM.Transformation de nos ressources naturelles Comme autres mesures de négociations initiales, le Canada aurait pu imposer aux É.-U.que toutes les entreprises minières et celles exploitant nos ressources naturelles soient obligées d\u2019effectuer, au minimum, une première transformation du minerai (ou autres matières premières au Canada) ou encore ordonner que ces entreprises américaines installées au Canada soient obligées d\u2019accepter un partenaire canadien à raison d\u2019un minimum de X % du capital-actions, comme l\u2019impose la Chine en réclamant 50 % du capital-actions d\u2019une entreprise étrangère qui s\u2019installe chez elle.Absence de négociations de libre-échange avec un pays à économie planifiée L\u2019ACEUM stipule que le Canada devra informer trois mois à l\u2019avance ses partenaires (soit les États-Unis) s\u2019il entreprenait des négociations en vue d\u2019une entente de libre-échange avec un pays n\u2019ayant pas une économie de marché\u2026 On vise ici directement la Chine, qui est en cours de négociation sur un traité de libre-échange avec les États-Unis6.Les É.-U.s\u2019interposent dans nos futures négociations avec d\u2019autres pays et empêchent le Canada de diversifier ses exportations (lesquelles étaient dirigées vers les États-Unis à plus ou 6 Michael Badad, « Beware of bearing gifts: How the U.S.tied Canada\u2019s Hands on trade », The Globe and Mail, 16 octobre 2018. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 moins 75 %, en 2017), ce qui est inacceptable pour un pays qui se veut indépendant et qui a un urgent besoin de diversifier la destination de ses exportations vers d\u2019autres pays que les États-Unis.En fait, la Chine constituerait la seconde destination la plus importante, après les É.-U., pour diversifier nos exportations7.La propriété des industries culturelles et les tribunaux d\u2019arbitrage La clause sur le contrôle de la propriété des industries culturelles canadiennes et celle sur les tribunaux d\u2019arbitrage des litiges entre le Canada et les É.-U.ne seraient pas définitives.Cet accord devra être approuvé par le Congrès et pourrait être modifié à la suite des élections de mi-mandat qui ont eu lieu le 6 novembre dernier.Des amendements pourraient être apportés au texte de l\u2019accord au début 2019 alors que les membres du Congrès siégeaient.Nous pourrions avoir d\u2019autres mauvaises surprises en 2019.Renégociation de l\u2019accord à tous les six ans et la sécurité nationale Le nouvel accord ACEUM peut être renégocié tous les six ans8.Cela constituera certainement un frein pour les entreprises étrangères et canadiennes désirant investir au Canada et au Québec.On sait que les entreprises détestent l\u2019incertitude et veulent avoir un horizon d\u2019investissement à long terme.De plus, la clause concernant le règlement des litiges entre les deux pays pose problème.En effet, selon le magazine The Economist, cette clause de règlement des 7 Ibid.8 « The new trade deal contains drawbacks too », The Investment Reporter, 19 octobre 2018. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 litiges commerciaux ne s\u2019appliquerait pas à l\u2019introduction de nouveaux droits de douane si des raisons de sécurité nationale étaient évoquées9.En utilisant cet argument, le président des É.-U.contournerait le Congrès.Cette clause constitue une arnaque.Elle pourrait être utilisée à toutes les sauces, comme le fait actuellement, à propos de son fameux mur avec le Mexique, le président américain.Pour toutes ces raisons, le Canada aurait dû attendre après les élections du 6 novembre 2018 avant de signer cet accord.En effet, en le signant, le Canada permet au président Trump de claironner via ses médias préférés qu\u2019il a fait des gains importants sur ses partenaires commerciaux au bénéfice des É.-U.Lors des élections de la mi-novembre, si Trump n\u2019avait pas réussi à signer l\u2019accord avec le Canada, les industriels américains de l\u2019auto et autres auraient fait campagne contre lui et il risquait alors de perdre la majorité au Congrès et, peut-être même, au Sénat.Quel sera l\u2019impact de l\u2019ACEUM sur les principaux secteurs d\u2019activités économiques du Québec ?L\u2019industrie de l\u2019aluminium Fait à remarquer, dans les concessions faites par le Canada, c\u2019est surtout le Québec qui en fait les frais puisqu\u2019on lui impose des droits de douane de 10 % sur l\u2019aluminium, lesquels droits n\u2019ont pas encore été éliminés même après la signature de l\u2019ACEUM.Le Canada est le 4e producteur mondial d\u2019aluminium et près de 90 % de l\u2019aluminium canadien provient du Québec, lequel compte huit alumineries, la neuvième opère en Colombie-Britannique.Environ 60 % de la capacité de production nord-américaine se situe au Québec.9 Ibid. 61 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Cette industrie contribue au produit intérieur brut (PIB) du Québec pour une valeur de 4,7 milliards de dollars, crée près de 10 000 emplois directs et 20 000 autres emplois indirects sont reliés à cette filière10.Il y a au moins une aluminerie qui est actuellement en lockout au Québec ce qui est peut-être un indicateur de la pression qu\u2019exercent les É.-U.sur l\u2019offre.On peut supposer que la direction de l\u2019entreprise ne trouvera pas urgent de régler rapidement ce conflit de travail dans les circonstances actuelles.Bien sûr que le gouvernement canadien s\u2019est senti obligé de réagir à cette attaque de Washington.Il a demandé à la Banque de développement du Canada (BDC) de dégager 800 millions de dollars sur deux ans en financement commercial pour les entreprises désirant exporter davantage.Le fédéral mise aussi sur la Société exportation et développement Canada (EDC) qui allouerait 900 millions de dollars sur deux ans pour financer et assurer les exportations des alumineries.C\u2019est excellent d\u2019être réactif, mais qu\u2019a fait le gouvernement canadien pour être proactif ?Rien\u2026 On a attendu que les É.-U.attaquent et on a réagi en imposant des droits de douane sur une série de produits américains importés au Canada, avec un sérieux retard d\u2019un mois ! L\u2019industrie de l\u2019acier Le Québec, tout comme le Canada d\u2019ailleurs, subit toujours l\u2019impact de droits de douane de 25 % imposés sur l\u2019acier qui est exporté aux États-Unis et cela, même après la signature de l\u2019ACEUM.Les É.-U.veulent probablement se garder une 10 Ministère Économie et Innovation Québec, Secteur de l\u2019Aluminium, 2018.(8a).François Desjardins, « Tarifs : Ottawa prévoit une aide ciblée pour les secteurs touchés », Le Devoir, Le 30 juin 2018. 62 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 marge de manœuvre pour négocier ou soutirer des avantages additionnels aux dépens du Canada lors de la ratification finale du traité de libre-échange par le Congrès et le Sénat en 2019.L\u2019industrie métallurgique de première transformation (l\u2019acier) employait au Québec 10 790 travailleurs en 2017 et contribuait au PIB pour une valeur de 2,1 milliards de dollars, sans compter les 5,9 milliards de dollars additionnels qui étaient exportés.Environ 80 % des exportations internationales d\u2019acier du Québec sont destinées aux É.-U11.(9).Combien d\u2019emplois seront perdus à moins que les droits de douane ne soient retirés rapidement ?Les entreprises motrices de ce secteur pourront mieux encaisser le choc subi par l\u2019imposition d\u2019un tarif de 25 % sur leurs exportations.Cependant, ce sont les PME (fournisseurs) qui gravitent autour de nos entreprises clés qui encaisseront la secousse et plusieurs devront remercier des employés, si le tarif perdurait.L\u2019industrie du bois d\u2019œuvre Une coalition d\u2019entreprises de l\u2019industrie du bois d\u2019œuvre aux É.-U.a fait pression sur le Département du Commerce pour qu\u2019il réagisse aux subventions alléguées qu\u2019aurait reçues l\u2019industrie québécoise et canadienne du bois d\u2019œuvre.Ce droit compensateur d\u2019environ 21 %, en moyenne, serait imposé de manière rétroactive ce qui toucherait plus sévèrement les petites entreprises.Les exportations des petites et moyennes scieries québécoises représenteraient les trois quarts des exportations totales vers les É.-U.Ce sont ces PME exportatrices qui seront les plus touchées par ces mesures et elles devront payer des droits compensateurs avec effet rétroactif de 90 jours.11 KPMG et Ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l\u2019Innovation ; Portrait de l\u2019Industrie québécoise de la métallurgie, Novembre 2017. 63 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Le Département du Commerce estime que les exportations canadiennes à destination des États-Unis totalisaient plus de 4,7 milliards de dollars américains en 2016.L\u2019Institut économique de Montréal évalue que le marché américain représente 75 % des exportations canadiennes de bois d\u2019œuvre et génère près de 24 300 emplois.Signalons qu\u2019en 2002, les exportations de bois d\u2019œuvre vers les É.-U.s\u2019élevaient à 10 milliards de dollars.La chute des exportations vers les É.-U., entre 2002 et 2016, fut considérable et les droits compensateurs récurrents imposés par les É.-U.aux producteurs canadiens et québécois en sont certainement l\u2019une des causes majeures12.Les droits compensateurs imposés par les É.-U.pourraient atteindre la somme de 1,5 milliard de dollars, annuellement.L\u2019industrie américaine du bois d\u2019œuvre a constamment attaqué l\u2019industrie canadienne et québécoise depuis 1983, alléguant qu\u2019elle recevait des subventions qui lui causaient un préjudice grave.C\u2019est la sixième fois depuis 1983 que les États- Unis portent plainte contre l\u2019industrie québécoise et canadienne et lui imposent des taxes à l\u2019exportation ou des droits compensateurs.La dernière plainte contre le Canada remonte à 2016 et les droits sont entrés en vigueur dans les mois qui ont suivi.Les cinq griefs précédents ont tous été rejetés par les tribunaux internationaux.Les É.-U.ayant été incapables de 12 Charles Côté, « Bois d\u2019œuvre : Washington déclare la guerre avec un droit compensateur de 20 % », La Presse, 24 avril 2017 ; François Desjardins, « Les scieries du Québec dans l\u2019insécurité », Le Devoir, 2 mai 2017 ; Madeleine Blais-Morin, « Les États-Unis veulent imposer une taxe de 20 % en moyenne sur le bois d\u2019œuvre », Radio-Canada, 24 avril 2017 ; Valérie Dufour, « L\u2019Industrie du bois d\u2019œuvre réclame l\u2019aide d\u2019Ottawa », Le Devoir, 19 mai 2002 ; Statistics Canada, L\u2019industrie canadienne du bois d\u2019œuvre : tendances récentes, www150.stacan.gc.ca/ n1/pub/11-621 et David H.Cohen, « A History of the marketing of British Columbia softwood lumber », The Forestry Chronicle, Sept/Oct, 1994, Vol 70, no 5 64 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 prouver que le Canada subventionnait son industrie, et les tribunaux ont sommé les États-Unis et les entreprises du secteur du bois d\u2019œuvre américain à payer des amendes sévères (dans certains cas, plusieurs milliards de $, par grief) au Canada.Ces amendes ont été remises aux entreprises touchées par les manœuvres dilatoires américaines, mais plusieurs PME québécoises avaient entre-temps fait faillite.En fait, les attaques déloyales répétées de la part des entreprises américaines du secteur du bois ouvré, contre celles du même secteur au Canada et au Québec, font en sorte qu\u2019elles éliminent graduellement leurs concurrents d\u2019outre-frontière, un peu plus chaque fois, et c\u2019est sans aucun doute leur but.Après six tentatives pour éliminer leurs concurrents canadiens, les entreprises américaines ont réussi à démolir en bonne partie nos PME les plus vulnérables.Les É.-U.ont perdu chacune de leur bataille contre le tribunal de l\u2019ALENA et de l\u2019OMC, mais ils sont en train de gagner la guerre contre l\u2019industrie canadienne et québécoise, car, en fin de compte, de moins en moins d\u2019entreprises de ce secteur demeurent en activité après toutes ces agressions et tactiques malhonnêtes menées par leurs concurrents américains.Il faut rappeler que chacune des tentatives américaines contre notre industrie prend, en moyenne, de trois à quatre ans avant que le tribunal de l\u2019ALÉNA ne rende son verdict.Pendant cette période, plusieurs de nos PME réussissent de plus en plus difficilement à percer le marché américain à cause des droits compensateurs (et la pression exercée sur leur mouvement de trésorerie) et voient leurs revenus et leurs rentabilités chuter, les entraînant souvent en faillite.Comment nos politiques canadiens ont-ils réagi à la dernière offensive des Américains contre notre secteur du bois ouvré ?Le PM du Canada a affirmé que nos producteurs canadiens n\u2019étaient pas subventionnés et que le Canada 65 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 allait encore se défendre et gagner cette cause devant le tribunal de l\u2019ACEUM.De plus, dit-il, les droits compensateurs américains seront remboursés aux entreprises canadiennes lorsque le tribunal de l\u2019ACEUM rendra sa décision.Nos politiques canadiens ne semblent pas comprendre le jeu poursuivi par le secteur du bois d\u2019œuvre américain, soit d\u2019éliminer la concurrence canadienne, petit à petit (après 6 tentatives illégales) par des manœuvres déloyales, abusives et frauduleuses dont ils savent très bien qu\u2019elles sont infondées\u2026 mais combien efficaces pour éliminer leurs concurrents du marché.Pourquoi le Canada n\u2019a-t-il pas réagi énergiquement, à chacune des fois, par l\u2019imposition de taxes ou droits compensateurs sur des produits américains exportés au Canada ?Le secteur des produits laitiers \u2013 la gestion de l\u2019offre La gestion de l\u2019offre autorise les producteurs laitiers à négocier collectivement les prix et à organiser la production laitière globale pour répondre à la demande des consommateurs.Elle a contribué à la stabilité des prix des produits laitiers depuis les trente dernières années, comme l\u2019atteste l\u2019indice des prix à la consommation au Canada.De plus, ce système de gestion n\u2019exige pas de subventions du gouvernement pour se maintenir et les prix des produits laitiers dans le monde sont comparables à ceux offerts au Québec et au Canada.Ce système de gestion n\u2019empêche pas non plus l\u2019importation de produits laitiers au Canada puisqu\u2019environ 9 % de ces derniers sont importés13.La production laitière directe du Québec se chiffrait à plus de deux milliards de dollars en 2014, soit 28 % de l\u2019ensemble des revenus agricoles québécois.Les fermes laitières 13 « Pourquoi la gestion de l\u2019offre fonctionne-t-elle pour les Canadiens », www.producteurslaitiers.ca/que-faisons-nous/a-propos-de-la-gestion. 66 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 du Québec généraient 82 661 emplois (directs, indirects et induits) en 2014 pour l\u2019ensemble du secteur et avaient contribué au produit intérieur brut (PIB) canadien pour une valeur de 6,15 milliards de dollars.Le Québec compte pour 36 % de la production laitière du Canada et arrive au 1er rang des provinces à ce titre.Au Canada, la production laitière arrive au 3e rang des activités agricoles canadiennes avec environ 11 % des quelque 41 milliards de dollars de recettes totales attribuées à l\u2019agriculture14.Les Américains ont été implacables vis-à-vis nos producteurs laitiers lors de la négociation de l\u2019ACEUM, alléguant que ces derniers recevaient de généreuses subventions.Or, par le système de gestion de l\u2019offre, nos producteurs laitiers ne reçoivent aucune subvention du gouvernement fédéral depuis le début des années 2000 (13).Depuis plus de vingt ans, soit dans le cadre de l\u2019ancien ALENA, les États-Unis ont demandé à répétition un plus grand accès au marché canadien des produits laitiers.Selon eux, le marché canadien n\u2019était pas libre et nos producteurs laitiers recevaient des subventions de l\u2019État, ce qui n\u2019est pas le cas comme nous venons de le voir.Ils ont même contesté devant le tribunal de l\u2019ALENA le droit du Canada d\u2019utiliser un système de gestion de l\u2019offre, mais ils ont perdu.L\u2019étude réalisée par Crey, Clark, Shih et associés15 sur les modifications apportées au Farm Bill de 2014 montrait qu\u2019en 2015, le gouvernement des États-Unis avait accordé environ 22,2 milliards de dollars en 14 « Profil et impact de la production laitière », www.lait.org/leconomie- du-lait/profil-et-impact-de-la-production-laitière/ ,2014 15 « Les producteurs laitiers américains dépendent des subventions gouvernementales », Communiqué de presse de : Crey, Clark, Shih and Associates Limited, Résumé d\u2019un rapport de 588 pages réalisé pour les producteurs laitiers du Canada, 8 février 2018., www.newwire.ca/ fr/news-releases/les-producteurs-laitiers-americains-dependent-des- subventions-gouvernementales 67 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 subventions directes et indirectes au secteur laitier américain.Selon les auteurs de cette étude, la générosité des États- Unis en matière de soutien à l\u2019agriculture dépasse même celle de l\u2019Union européenne.Les données du département de l\u2019Agriculture indiquent que depuis plus d\u2019une décennie, les prix à la production du lait aux É.-U.ne couvrent même pas les coûts de production, ce qui veut dire que les producteurs laitiers opèrent à perte.Selon le rapport, le soutien accordé aux producteurs laitiers américains aurait totalisé la somme d\u2019environ 35,02 $ CA/hectolitre, soit l\u2019équivalent de 73 % des revenus tirés du marché par les producteurs.L\u2019étude conclut que le fait pour les transformateurs de pouvoir acheter le lait à des prix inférieurs au coût de production présente un avantage marqué pour l\u2019industrie laitière américaine.En fait, l\u2019industrie laitière des É.-U.n\u2019opère plus selon les lois du marché, mais bien selon les règles d\u2019une économie planifiée.Cela, c\u2019est de la concurrence déloyale.Considérant les faits présentés au paragraphe précédent, il est totalement aberrant que nos négociateurs canadiens n\u2019aient pas réussi à éliminer toutes tentatives américaines de réduire nos quotas dans l\u2019industrie laitière québécoise et canadienne ?Pourquoi donc n\u2019ont-ils pas exigé que les É.-U.cessent de subventionner leur industrie laitière dans le cadre de la nouvelle entente de libre-échange (ACEUM) ?Les Américains ont tenté de convaincre le Canada durant la renégociation que nous devrions délaisser le système de gestion de l\u2019offre, lequel serait incompatible avec les lois du marché ?Connaissant les subventions considérables allouées par le gouvernement fédéral américain au secteur de l\u2019agriculture et aux producteurs laitiers, il faut avoir un culot inimaginable pour avoir fait cette demande aux négociateurs canadiens ! De plus, l\u2019expérience vécue par les pays membres de l\u2019Union européenne et ceux de la zone 68 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 transpacifique, lesquels ont abandonné pour la plupart le système de gestion de l\u2019offre, n\u2019a pas été concluante.En fait, selon le rapport du Boston Consulting Group (BCG)16, la déréglementation internationale du secteur laitier, dans la plupart des marchés, aura un impact limité sur les prix de détail, car les économies de coûts, réalisées aux dépens des producteurs et des transformateurs, seront dirigées vers les détaillants, car ce sont eux les grands gagnants de la libéralisation du commerce\u2026 et devinez qui sont ces détaillants ?Ce sont bien évidemment les plus grandes chaînes de produits alimentaires américaines ou européennes ! (La suite de cet article sera publiée dans le numéro de septembre 2019) 16 Analyse des impacts potentiels de la fin de la gestion de l\u2019offre dans l\u2019industrie laitière au Canada, Étude mandatée par AGROPUR, Coopérative laitière, Réalisée par BCG-The Boston Consulting Group, 2017 La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.Gérald Larose Président 1 877 647-1527 caissesolidaire.coop Commanditaire des soupers-conférences de L\u2019Action nationale au Lion d\u2019Or La perspective régionale de la lutte pour le climat menée au Saguenay - Adrien Guibert-Barthez 72 Le gaz naturel comme énergie de transition pour le Québec : un non-sens - Bernard Saulnier, Simon-Philippe Breton, Louis-Étienne Boudreault et Lucie Sauvé 81 Énergie-Saguenay : les impacts sur la santé doivent être pris en compte - Anne-Sara Briand 109 Pas de consentement, pas de pipeline - Rodrigue Turgeon et Alexandre Carrier 119 Municipalités locales et MRC : proximité avec qui ?- Isabel Brochu et Jean-Guillaume Simard 136 La Terre est mon pays et sa protection est vitale - Jean Hudon 151 Les luttes environnementales passées pour inspirer celle contre le projet Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay - Pierre Dostie 164 Dossier Saguenay, le gaz et le non-sens 72 Saguenay, le gaz et le non-sens Adrien Guibert-Barthez* La perspective régionale de la lutte pour le climat menée au Saguenay Ce qui a uni les citoyens dans la Coalition Fjord en novembre dernier est difficile à cerner.Il y avait certainement un sentiment d\u2019urgence partagé, créé entre autres par les appels des scientifiques sur le climat et mêlé à un manque de foi de la population envers le gouvernement pour protéger l\u2019environnement.À cela s\u2019ajoute la volonté d\u2019une partie de la population que l\u2019environnement soit au cœur des préoccupations du gouvernement depuis la dernière campagne électorale et, à l\u2019échelle régionale, le refus de la destruction de la biodiversité et l\u2019aggravation de la crise climatique par trois compagnies polluantes.Cependant, il y avait quelque chose de plus.Selon les dires des plus vieux, jamais une telle mobilisation ne s\u2019est fait sentir dans la région.Dans la ville de Saguenay même, l\u2019élection un an auparavant de Josée Néron et la fin du règne de Jean Tremblay laissait supposer un changement de direction sur ce genre de projets.On croyait venue la fin du manque de consultation, la fin des décisions insensées et illogiques.C\u2019est un réel sentiment de stupéfaction, de déception et de dégout qui a frappé les citoyen.ne.s lorsqu\u2019ils ont appris que la mairesse qu\u2019ils avaient élue et en qui ils avaient cru, promouvant le transport en commun et la construction de pistes cyclables, donnait son appui à tous les projets.* Co-porte-parole de la Coalition Fjord L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 73 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Cet appui, comme celui de trop nombreux maires et conseils de ville de la région, est d\u2019autant plus consternant qu\u2019il fut donné avant même le dépôt des études d\u2019impacts d\u2019Énergie Saguenay et de Gazoduq.Avant même d\u2019avoir eu l\u2019avis d\u2019experts indépendants et se basant uniquement sur la bonne foi des entreprises, l\u2019appui inconditionnel fut envoyé dans les médias.L\u2019état de la mobilisation Il est difficile de mesurer objectivement l\u2019état de la mobilisation citoyenne pour l\u2019environnement, mais en mon sens les indicateurs sont excellents pour qu\u2019une mobilisation environnementale énorme voit le jour à partir de l\u2019automne.Le mouvement étudiant a réagi au quart de tour pour une journée de grève le 15 mars dernier.Elle fut organisée sans aucun moyen financier et par des étudiants ne faisant pas partie des associations étudiantes nationales, rendant impressionnant le fait que des étudiants d\u2019à travers le Québec aient réussi à communiquer entre eux en dehors des structures en place.Si le gouvernement persiste à refuser de s\u2019engager concrètement pour la lutte environnementale, il est possible qu\u2019une grève générale étudiante se pointe le bout du nez.Du côté de la mobilisation contre le projet de GNL Québec et contre le troisième port industriel, de plus en plus de gens se sentent interpellés : sept collectifs citoyens au Saguenay (Collectif de l\u2019Anse à Pelletier, Collectif de la Batture, Collectif du Bas-Saguenay, Collectif de Sainte-Rose-du-Nord, Collectif du Lac-Saint-Jean et Coalition Fjord), un sur la Côte-Nord dans le secteur Bergeronnes, Escoumins, Sacré-Cœur, Tadoussac (le Mouvement Citoyen Littoralement Inacceptable), deux en Abitibi (Gazoduq, parlons-en et l\u2019Action boréale), certains membres des Premières Nations, les grandes organisa- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 74 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s tions de protection de l\u2019environnement au niveau national (Équiterre, Fondation David Suzuki, SNAP Québec, Eau Secours, Greenpeace, WWF Canada, Coule Pas Chez Nous, Mouvement écocitoyen une Planète et Nature Québec) les associations étudiantes des cégeps de Chicoutimi, Jonquière et Saint-Félicien, l\u2019association étudiante de l\u2019UQAC (MAGE- UQAC) ainsi que les mouvements étudiants La planète s\u2019invite à l\u2019université et Pour le futur Montréal.Pour l\u2019instant, le tout se regroupe autour d\u2019une pétition ayant les signatures d\u2019environ 30 000 personnes, plusieurs manifestations, des rencontres hebdomadaires et des prises de paroles dans les médias, mais plus est à venir.Comment se fait-il que cent personnes se soient réunies spontanément un vendredi soir, à soixante-douze heures de préavis, pour parler d\u2019environnement et de grands projets industriels ?Pourquoi des citoyens, qui ne se connaissaient pas, ont-ils senti le besoin de se rencontrer et de faire quelque chose ?Comment se fait-il que nous ayons pressenti qu\u2019il fallait qu\u2019on se donne comme mission « la protection de l\u2019intégrité du fjord » ?N\u2019est-il pas déjà protégé par des lois et la présence de parcs nationaux ?N\u2019y a-t-il pas déjà des organismes chargés de la protection de l\u2019environnement ?De spécialistes dans les universités et les laboratoires étudiant les possibles impacts ?Des élus ayant à cœur la protection de l\u2019environnement ?Des journalistes questionnant les discours des promoteurs et des élu.e.s ?Face à toutes ses personnes, nous avons eu le sentiment que si nous ne faisons rien, personne ne le ferait.Le constat de certains experts et l\u2019esprit critique de certains journalistes nous ont mis la puce à l\u2019oreille, mais aucun élu n\u2019a eu le courage de prendre la parole contre ces projets insensés avant L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 75 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s que nous le fassions.La réalité, c\u2019est que nous sommes encore esclaves de l\u2019accroissement du profit, du vote populiste et de l\u2019hyperconsommation.Nous n\u2019arrivons pas à imaginer et à accepter le fait que la société ne puisse continuer à avoir une logique extractiviste suicidaire et cannibale.Nous n\u2019arrivons pas à concevoir un développement économique et social régional poussé par sa propre population et non par des intérêts américains ou anglais.Il n\u2019est pas question de nier l\u2019histoire du développement de la région.Il est vrai que la région ne serait pas ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui si nous n\u2019avions pas eu les capitaux de J.E.A.Dubuc, de la dynastie des Price, d\u2019Arthur Vining Davis ou d\u2019Alcan, mais il serait totalement faux de penser que c\u2019est la seule façon de développer une région.Ce serait injuste et insultant pour les petites et moyennes entreprises du tourisme, de l\u2019agroforesterie, de l\u2019informatique et de l\u2019agriculture nordique, entre autres, qui, elles aussi, agissent comme levier économique important et réinvestissent leurs revenus dans la région plutôt qu\u2019ailleurs dans le monde via des paradis fiscaux.Qui décide ?Qui décide du développement de la région ?Quel est le plan de développement ?Comment les décisions sont-elles prises et selon quels critères ?La ville de Saguenay a adopté une résolution reconnaissant l\u2019urgence climatique, mais est-elle vraiment en train d\u2019y faire face de manière concrète et efficace ?Ces questions se posent lorsque nous voyons la tendance qui se dessine dans la région.Et la réponse se révèle lorsque nous ouvrons La Presse, Le Quotidien, Le Devoir, Facebook, les postes de radio et de télévision : c\u2019est à coups de centaines de milliers de dollars, si ce n\u2019est de millions, que les américaines Freestone International et L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 76 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Breyer Capital (les propriétaires des entreprises-écrans GNL Québec et Gazoduq) tentent de faire passer leur propagande reprise sans filtre par les élus : « Le GNL va permettre de réduire les émissions de GES en Chine en éliminant des centrales au charbon ! », « L\u2019usine d\u2019Énergie Saguenay va être la moins polluante au monde grâce à notre hydroélectricité et nos normes environnementales strictes ! », « Le projet va permettre la création de nombreux emplois nécessaires à la région qui voient ses jeunes s\u2019exiler ! » et, ô comble de l\u2019insulte, « Le GNL n\u2019est pas dangereux ; il n\u2019y a presque pas d\u2019accidents lors du transport maritime ! » Les arguments de GNL Québec Le premier argument concernant les centrales de charbon en Chine est quand même intrigant.Selon l\u2019entreprise, le bénéfice net en émissions de GES serait de l\u2019ordre de 27 millions de tonnes.Évidemment, il n\u2019existe aucun contrat entre GNL Québec et de potentiels acheteurs permettant de confirmer le remplacement de centrales au charbon puisque nous sommes encore trop tôt dans le processus.On pourrait donc leur laisser le bénéfice du doute en supposant qu\u2019ils sortent ce chiffre de leur étude.Or, selon cette étude, le scénario voulant que le GNL vienne remplacer le charbon est très peu probable, scientifiquement non prouvable et hors de contrôle de l\u2019entreprise1 ! 1 « ATTENTION : le scénario d\u2019exportation du GNL envisagé par GNL Québec est basé sur les études de marché et des connaissances internes auprès de divers interlocuteurs de l\u2019entreprise.Bien que l\u2019entreprise juge le scénario conservateur, le CIRAIG ou les membres du comité de revue critique ne sont pas en position d\u2019entériner le scénario d\u2019exportation.», « Ces scénarios cherchaient à dresser un ensemble des possibles.Ils ne représenteront pas la réalité dans le sens où la production du terminal sera fragmentée en divers marchés et seront utilisées en addition ou en substitution de diverses sources énergétiques.Il est impossible à ce stade de conclure scientifiquement sur la probabilité d\u2019occurrence d\u2019un scénario représentatif probable.», « Une incertitude demeurera au niveau des hypothèses de substitution L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 77 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s L\u2019entreprise agite donc une belle image en oubliant de dire que cette image ne se produira probablement jamais ! Le deuxième argument est aussi croustillant, mais relève plus de la logique.L\u2019usine de liquéfaction du gaz, contrairement à ailleurs dans le reste du monde, utilisera notre hydroélectricité plutôt que son propre gaz pour s\u2019alimenter en énergie ! Je répète : l\u2019usine de liquéfaction du gaz, contrairement à ce qui se passe ailleurs dans le reste du monde, utilisera notre hydroélectricité plutôt que son propre gaz pour s\u2019alimenter en énergie\u2026 pour réduire sa pollution au Saguenay, GNL Québec n\u2019utilisera donc même pas son énergie, car elle sait qu\u2019elle est trop sale !! Le gaz, plutôt que d\u2019être consommé ici, sera envoyé et consommé ailleurs, mais il le sera quand même ! Malgré cela, l\u2019usine émettra tout de même près de 420 000 tonnes d\u2019équivalent CO2, soit 0,53 % des émissions de GES annuelles du Québec de 2016 selon le dernier rapport du ministère de l\u2019Environnement2.En regardant les émissions totales en amont et en aval du projet (donc de l\u2019extraction jusqu\u2019à la consommation dans les marchés visés), on parlerait de 7,8 millions de tonnes d\u2019équivalent CO2, soit près de 10 % des émissions de GES annuelles du Québec en 2016\u2026 Le troisième argument, qui m\u2019a été donné discrètement par Josée Néron après un conseil municipal où je lui avais dit qu\u2019on sacrifierait ainsi les emplois du tourisme pour les ou d\u2019addition puisque l\u2019utilisation finale du GNL et les forces de marchés en présence sont hors du contrôle de GNL Québec.» Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).Analyse du cycle de vie du terminal de liquéfaction de gaz naturel du Saguenay.Rapport préliminaire, janvier 2019, p.83.2 Ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction générale de la réglementation.(2018).Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990, 40. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 78 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s emplois de ces entreprises : « on veut des emplois payants ».Est-ce donc qu\u2019un emploi en usine vaut plus qu\u2019un emploi dans le tourisme ?Si oui, selon quels calculs et quels principes ?Les salaires et les impôts sont plus importants pour les emplois en usine, peut-être, mais encore ?Lequel coûte le plus cher en infrastructures publiques ?Lequel aura le plus de conséquences sur la santé de la population ?Lequel détruira davantage l\u2019environnement ?Ce n\u2019est pas que nous sommes contre le développement de la région, c\u2019est que nous considérons que le processus de décision est biaisé et précipité et que le développement actuel est contraire aux principes du développement durable.On nous martèle que l\u2019industrie forestière va mal en raison de la guerre commerciale avec les États- Unis.Ne pourrions-nous pas, plutôt que d\u2019exporter le bois à l\u2019étranger, le consommer localement ?Pour le seul secteur de la biomasse, les cibles pour 2025 de Vision Biomasse Québec sont de 3 600 emplois permanents et 12 500 emplois durant la construction, permettant ainsi d\u2019améliorer la balance commerciale du Québec de 225 millions de dollars et évitant l\u2019émission de 1 million de tonnes d\u2019équivalents CO23 ! Le dernier argument, le plus odieux à mon avis, tient à la sureté et aux normes élevées de sécurité.Il est vrai que l\u2019industrie du transport maritime par méthanier a connu très peu d\u2019accidents importants.Or, il est en tout autre pour ce qui est des pipelines et des usines de liquéfactions.Pour le transport maritime, même s\u2019il y a eu peu d\u2019accidents, le risque zéro n\u2019existe pas et nécessite de se préparer à des catastrophes importantes4.Or, nous ne serons probablement au courant des mesures de sécurité qu\u2019après que GNL Québec ait reçu son décret ministériel.3 Vision Biomasse Québec, « Le Chauffage à la biomasse, une vision pour le Québec », 4 pages, consulté en ligne le 7 mars.http://www.fqcf.coop/wp-content/uploads/visionbiomassequebec.pdf 4 Pour plus de détails, lire l\u2019article d\u2019Anne Sara Briand dans ce même numéro. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 79 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Le déséquilibre des forces Il est difficile, voire impossible, d\u2019évaluer pleinement le déséquilibre des forces en présence.Évidemment, dans chacune des entreprises il y a des employés travaillant dans le domaine depuis de nombreuses années, mais il y a aussi et surtout des spécialistes des relations publiques et gouvernementales.On n\u2019a qu\u2019à penser à Pierre-Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec, fils de premier ministre et frère de premier ministre, actuellement sur le conseil d\u2019administration de Métaux BlackRock, ou encore Jim Breyer, investisseur principal du projet gazier de GNL Québec et 745e fortune mondiale selon le magazine Forbes (3,1 milliards $ US), beau-frère de la secrétaire des Transports des États-Unis et beau-frère du leader de la majorité républicaine au Sénat5.Arianne Phosphate semble être l\u2019entreprise avec le moins de moyens, mais cumule tout de même des expériences passées honteuses de certains de ses dirigeants (Jean Sébastien David, chef des opérations, était au cœur du scandale minier de Canadian Malartic ayant exproprié un quartier complet de la ville de Malartic comprenant 205 personnes pour construire une mine à ciel ouvert à quelques mètres des maisons restantes).Ce ne serait donc pas un, mais trois goliaths, dont un bicéphale (Gazoduq- GNL Québec), contre lesquels nous nous battons.Malgré tout, j\u2019ai bon espoir que nous pourrons arriver à bloquer le projet gazier et le troisième port industriel en rive nord et que nous pourrons atteindre l\u2019équilibre budgétaire carbonique d\u2019ici 2050 tel que le demandent les scientifiques du GIEC.5 Forbes, « Jim Breyer », 2019, consulté en ligne le 11 mai à l\u2019adresse : https://www.forbes.com/profile/jim-breyer/?list=forbes- 400#13bc842766e5 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 80 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Lorsque le projet de GNL Québec et celui de Port Saguenay sur la rive nord seront annulés, il ne faudra pas en rester là.Il ne faudra pas laisser tomber la mobilisation en se disant que nous avons gagné de manière définitive, sinon un nouveau projet de pipeline verra le jour quelques années plus tard ailleurs ou comme le fait Énergir, plusieurs petits projets de gazoducs à travers la province.Il faut exiger une législation interdisant totalement l\u2019augmentation de l\u2019exploitation et du transport des énergies fossiles.Si nous souhaitons faire la transition écologique, c\u2019est le strict minimum : mettre un plafond à notre production, notre transport, notre exportation et notre consommation d\u2019énergies fossiles.Sinon, quand sera le changement ?q 81 Saguenay, le gaz et le non-sens Bernard Saulnier, Simon-Philippe Breton, Louis-Étienne Boudreault et Lucie Sauvé* Le gaz naturel comme énergie de transition pour le Québec : un non-sens Soixante-quinze années d\u2019avancées en matière d\u2019intégration de sources d\u2019énergie renouvelables sur son territoire ont fait du Québec l\u2019une des juridictions les mieux dotées au monde pour réaliser une transition énergétique exemplaire.Mais avec le gaz naturel proclamé substitut officiel du pétrole dans les transports lourds et Hydro-Québec promu courtier à rabais prêt à concéder les meilleurs actifs d\u2019électricité renouvelable québécoise aux juridictions voisines, la Politique énergétique 2030 du Québec se présente comme un scénario du pire pour l\u2019avenir.Des scénarios énergétiques insoutenables, dont témoigne entre autres la fausse bonne idée d\u2019une transition énergétique par le gaz naturel fossile, feraient du Québec un contre-exemple international de ce qu\u2019exige une gestion politique planifiée, moderne et responsable de lutte aux changements climatiques.Le retard est manifeste dans le travail de modélisation stratégique, prérequis indispensable à l\u2019identification prudente des scénarios d\u2019investissements énergétiques les plus structurants pour une économie moderne, robuste et dynamique à l\u2019horizon 2050.L\u2019effort de décarbonisation que la Politique énergétique du Québec 2030 prétendait « enclencher » a * Membres du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques au Québec. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 82 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s cruellement besoin d\u2019un cadre décisionnel intégré d\u2019investissements garantissant à tous les citoyens, tant du côté de l\u2019offre que de la demande, des stratégies responsables en matière d\u2019environnement, d\u2019économie et d\u2019équité sociale.Dans la foulée de l\u2019Accord de Paris sur le climat, Québec dévoilait le 7 avril 2016 sa Politique énergétique 2016- 2030 (PEQ20301).Misant sur l\u2019« innovation » afin de se positionner comme « leader mondial de la production en énergie verte », le gouvernement exposait alors les grandes lignes de son processus de « décarbonisation » visant à diminuer le niveau de ses émissions de GES en 2030 de 37,5 % par rapport à 1990 comme première étape en vue d\u2019une réduction de 80 à 95 % à l\u2019horizon 2050.D\u2019ici 30 ans, le Québec doit réduire ses émissions de GES d\u2019un volume annuel récurrent 6 fois plus important que tout ce qu\u2019il a réussi à concrétiser jusqu\u2019ici depuis 19902.Le projet collectif est colossal.À l\u2019évidence, le Québec accuse un important retard dans la mise en œuvre d\u2019un redéploiement soutenable de ses approvisionnements énergétiques, un projet de société que la PEQ2030 qualifie de « nouveau 1 Gouvernement du Québec.Politique énergétique 2030 \u2013 L\u2019énergie des Québécois, source de croissance.ISBN 978-2-550-75053-6, 2016.https://mern.gouv.qc.ca/energie/politique-energetique ; [consulté le 11 avril 2019] 2 Les émissions annuelles de GES du Québec en 2016 (77 MT) ont été d\u2019à peine 10 MT inférieures à celles de l\u2019année de référence, 1990.Lorsqu\u2019on extrapole à l\u2019horizon 2030, les contributions associées aux programmes actuels de réduction de GES découlant de la PEQ2030, le Québec atteindrait à peine la moitié de la cible de réduction de 54,4 MT (soit 37,5 % de moins que les 87 MT de GES comptabilisées pour l\u2019année 1990) établie dans la PEQ2030.Selon l\u2019évolution des émissions de GES observées sur la période 2010-2016, le Québec se dirige actuellement vers un volume d\u2019émissions annuelles de 58 MT à l\u2019horizon 2050 alors que l\u2019objectif annuel visé est de 17 MT [Source : Chaire de gestion du secteur de l\u2019énergie, HEC Montréal (2018).État de l\u2019énergie au Québec 2019, 68 p.http://energie.hec.ca/eeq/, figure 42, p.50 [consulté le 11 avril 2019]. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 83 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s pacte énergétique » capable « d\u2019enclencher une réelle décar- bonisation de l\u2019économie québécoise ».Comment la Politique énergétique du Québec permettra- t-elle d\u2019atteindre à court, moyen et long terme, les « ambitieux et exigeants » objectifs de décarbonisation affichés par Québec en décembre 2015 lors de la COP21 à Paris ?En matière d\u2019approvisionnements en énergie fossile du Québec, les objectifs de réduction de GES de la PEQ2030 relèvent en tout état de cause d\u2019orientations stratégiques pour le moins contradictoires et témoignent d\u2019un plan de mise en œuvre à l\u2019avenant.Au regard d\u2019une stratégie responsable de la décarbonisation du Québec, cet article s\u2019intéresse plus particulièrement aux incohérences du cadre décisionnel des approvisionnements en gaz naturel au Québec et notamment au fait que la PEQ2030 encourage la croissance de ses approvisionnements gaziers à l\u2019horizon 2030.Mais avant d\u2019aborder plus spécifiquement ce sujet, il est nécessaire de prendre la mesure des volumes réels d\u2019approvisionnements énergétiques fournis par les principales filières qui alimentent la demande en énergie du marché intérieur du Québec et d\u2019examiner les orientations proposées par la PEQ2030 en termes des contributions attendues de chacune des grandes filières énergétiques conventionnelles du Québec à l\u2019égard de la décarbonisation du Québec à l\u2019horizon 2030.Décarboniser les approvisionnements énergétiques du Québec Dans la PEQ2030 (p.13), le bilan annuel des besoins énergétiques des consommateurs du Québec en 2030 par rapport à 2016 est illustré pour chacune des deux années par une succession de portions colorées, chacune correspondant L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 84 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s à la contribution attendue des différentes sources d\u2019énergie, l\u2019ensemble formant pour 2016 et 2030 une longueur identique, sans aucune indication des quantités partielles fournies par chaque filière ou encore du volume annuel des approvisionnements énergétiques du Québec anticipé en 2016 ou en 20303.Dans le cas du gaz naturel (GN), le schéma permet d\u2019observer que sa part relative dans le bilan d\u2019approvisionnements 2030 resterait inchangée par rapport à celle de 2016, mais puisque la PEQ2030 ne donne aucune quantification du volume physique d\u2019approvisionnements en GN ou de la consommation énergétique des divers secteurs au Québec à l\u2019horizon 2030, comment savoir si en 2030 la réduction de la part du pétrole indiquée sur le schéma n\u2019aurait pas été remplacée par une croissance de la consommation du gaz naturel dans un secteur de consommation actuellement alimenté en 2016 par le pétrole ?De fait, afin de « soutenir l\u2019objectif de Gaz Métro d\u2019augmenter de 15 % la flotte de véhicules lourds propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL) ou au Gaz naturel comprimé (GNC) d\u2019ici à 2030 », on peut lire (PEQ2030, p.38) que Québec donnera au distributeur Énergir (anciennement Gaz Métro) le mandat de construire un vaste chantier de développement d\u2019un réseau d\u2019approvisionnement en gaz naturel en élargissant l\u2019offre du réseau de distribution actuel (les stations 3 Dans la PEQ2030 rendue publique en 2016, aux pages 16 à 20, les plus récentes données disponibles pour quantifier les approvisionnements consommés par chacune des filières énergétiques au Québec semblent bien avoir été celles de 2013 (voir p.16-20).À la page 13, la PEQ2030 illustre pourtant « Les progrès à accomplir » entre 2016 et 2030 en montrant l\u2019évolution du pourcentage de la consommation énergétique annuelle totale fournie par les filières énergétiques pour chacune de ces deux années sans quantifier la consommation énergétique totale annuelle du Québec qui permettrait de donner du sens à une telle comparaison dans une perspective affirmée de réduction d\u2019émissions de GES. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 85 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s multicarburants et le programme Écocamionnage entre autres), en plus d\u2019octroyer à la filière du gaz naturel le statut d\u2019« énergie de transition » (p.54)4.La désignation du gaz naturel à titre d\u2019« énergie de transition » est invoquée typiquement par des juridictions dont l\u2019électricité est principalement produite par des centrales thermiques au charbon et au mazout lourd5, ce qui n\u2019est absolument pas le cas du Québec.Prétendre, ainsi que la PEQ2030 en témoigne, que la substitution de carburants fossiles consommés par le secteur du transport par du gaz naturel au Québec (un carburant commercial d\u2019origine essentiellement fossile) ferait du gaz naturel une « énergie de transition » nuit à la crédibilité du Québec en matière de lutte aux changements climatiques.Du côté des carburants fossiles autres que le gaz naturel, la PEQ2030 propose de « réduire de 40 % la quantité de produits pétroliers consommés » à l\u2019horizon 2030, ce qui représenterait une réduction de 7,3 milliards de litres par année (Gl/an) sur les 18,2 Gl consommés au Québec en 2016 (transport, chauffage, industrie).Notons que le secteur des transports, avec 12 Gl consommés à l\u2019utilisation finale en 4 Le 21 mars 2019, le premier budget du gouvernement Legault confirme qu\u2019il prévoit réserver 410 M$ au cours des cinq prochaines années afin d\u2019« accompagner les entreprises dans leur transition énergétique », dont « 45 millions pour la \u201cconversion\u201d des entreprises industrielles de la Côte-Nord au gaz naturel liquéfié ».Shields, A.(2019).« Québec promet d\u2019accélérer les réductions de GES », Le Devoir, 22 mars 2019.https://www.ledevoir.com/politique/quebec/550441/quebec-promet-d- accelerer-les-reductions-de-ges [consulté le 11 avril 2019].De plus, le budget prévoit 47,6 millions de dollars pour étendre le réseau de distribution de gaz naturel jusqu\u2019à Montmagny sur la côte sud du Saint-Laurent.L\u2019hypothèse d\u2019un plan d\u2019expansion du gaz naturel au Québec s\u2019en trouve confirmée.5 Levi, M.(2013).Climate consequences of natural gas as a bridge fuel.Climate change, 118, 609\u2013623. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 86 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s 2016, représente à lui seul 78 %6 des approvisionnements en produits pétroliers énergétiques du Québec et est responsable de 34 MT (soit 44 %) de l\u2019ensemble des émissions de GES 2016 du Québec7.Surplus d\u2019électricité renouvelable : remarquables oubliés de la substitution Pour mieux comprendre l\u2019envergure qu\u2019aurait une politique de substitution des carburants fossiles par de l\u2019électricité renouvelable du Québec, imaginons que les 12 Gl de carburants fossiles consommés à l\u2019usage final par le secteur du transport des biens et des personnes au Québec en 2016 se trouvent remplacés à 100 % par de l\u2019électricité de source renouvelable en 2050.Les technologies de conversion de l\u2019électricité pour le transport étant beaucoup plus efficaces que le moteur à combustion8, on peut ainsi calculer que 35 TWh d\u2019électricité renouvelable suffiraient en 2050 pour remplacer défi- 6 Chaire de gestion du secteur de l\u2019énergie, HEC Montréal (2018).État de l\u2019énergie au Québec 2019, 68 p.http : //energie.hec.ca/eeq/ ; [consulté le 11 avril 2019].Ce document publié en décembre de chaque année depuis 2013 contient les données les plus documentées et les plus utiles à ce jour au Québec pour rendre compte des contradictions opérationnelles de la politique énergétique du Québec.7 Incidemment, 34 MT en 2016 représente plus de la moitié du volume de réduction des émissions de GES que le Québec doit actuellement engager pour atteindre sa cible de 17 MT/année à l\u2019horizon 2050 [77 MT (émissions de GES en 2016) -17 MT (visées en 2050) = 60 MT].À noter que ces 34 MT d\u2019émissions de GES du secteur du transport en 2016 au Québec dépassent de 6 MT le niveau correspondant des émissions de GES de l\u2019année de référence 1990.8 Les données 2016 correspondant à l\u2019usage final des produits pétroliers (importés à 100 %) du secteur transport montrent que 75 % de la valeur énergétique des carburants fossiles consommés pour le transport des biens et des personnes sont tout simplement perdus et ne produisent aucun travail utile. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 87 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s nitivement, et de façon récurrente, 12 Gl/an de carburants fossiles importés9.Le volume annuel net d\u2019électricité du Québec qu\u2019Hydro-Québec Production a vendu en 2018 sur les marchés voisins à travers des enchères quotidiennes sur le marché spot nord-américain s\u2019est établi à\u2026 36,1 TWh pour des ventes nettes de 1 575 M$ en 201810.Pour fins de comparaison économique des sources d\u2019approvisionnements, il est important de souligner également que les 12 GL d\u2019essence (et autres carburants fossiles importés) consommés pour le transport ont représenté dans le budget des ménages des dépenses directes de 6,5 milliards $ en 2016.À l\u2019horizon 2030, comme la PEQ2030 vise à réduire de 7,3 Gl/an (\u201340 % vs 2013) l\u2019ensemble des approvisionnements annuels en produits pétroliers énergétiques importés de tous les secteurs d\u2019activité, si on transposait cet objectif multisectoriel au seul secteur transport, il s\u2019agirait de réduire de quelque 60 % (7,3/12) la consommation finale de carburants fossiles du secteur transport de sorte que 21,3 TWh d\u2019électricité renouvelable du Québec suffiraient pour intégrer définitivement cet 9 L\u2019équivalent énergétique de 3 Gl de carburant fossile (25 % des 12 Gl consommés en 2016, voir note 8) correspond à 35 TWh d\u2019électricité.10 Ces 36,1 TWh représentent des ventes nettes de 1 575 M$ par HQProduction en 2018 (soit environ 4,4 ¢/kWh) pour un bénéfice net du Producteur de 2,06 ¢/kWh (Source : Rapport annuel Hydro-Québec 2018, février 2019).Puisque l\u2019énergie utile fournie par un litre d\u2019essence consommé pour les besoins de transport correspond à environ 3 kWh d\u2019électricité, le prix de vente moyen annuel des exportations d\u2019électricité d\u2019HQ appliqué au domaine du transport signifie qu\u2019un trajet qui consommerait 1 litre d\u2019essence dans un véhicule équipé d\u2019un moteur à explosion serait franchi par un véhicule électrique avec seulement 13,2 ¢ d\u2019électricité exportée (voir aussi la note 8). L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 88 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s objectif dans l\u2019infrastructure énergétique décarbonée de l\u2019économie du Québec dès 203011.La moyenne des exportations spot réalisées par le parquet d\u2019HQ entre 2013 et 2018 a dépassé les 30TWh/an.Elle a été de 34,4 TWh en 2017.En plus de ces exportations réalisées sur le court terme, il est nécessaire de rappeler que pendant l\u2019été 2017, Hydro-Québec a déposé à de grands distributeurs du Massachusetts, de New York et de l\u2019Ontario trois (3) propositions commerciales de long terme totalisant quelque 25 TWh de livraisons annuelles additionnelles de capacité hydraulique ferme du Québec, disponibles dès 2019, et acheminées en continu pendant 20 ans12.Il s\u2019agit d\u2019un blitz d\u2019exportations d\u2019une portée et d\u2019une ampleur encore jamais vues jusqu\u2019ici au Québec, alors même que les tenants et aboutissants de cette opération commerciale pour le marché intérieur du Québec n\u2019ont jamais été présentés même sommairement aux citoyens du Québec à ce jour par la Société d\u2019État ou le gouvernement du Québec.Dans 11 À ce titre, l\u2019avènement récent du premier camion de classe 8 entièrement électrique conçu et fabriqué au Québec est un exemple d\u2019innovation qui devrait démontrer une fois de plus le caractère infiniment plus cohérent de la transition par l\u2019électricité renouvelable plutôt que par le gaz naturel dans le domaine du transport.Saint-Arnaud, P., « Lion lance le premier camion entièrement électrique », Le Devoir, 12 mars 2019.https://www.ledevoir.com/economie/549654/ transport-lion-lance-le-premier-camion-entierement-electrique.12 Pour plus d\u2019information sur ce thème : Saulnier, B.et Saucier, C.« Réflexions sur les enjeux politiques du secteur de l\u2019électricité dans la campagne électorale 2018 au Québec », Août 2018 http://www.collectif-scientifique-gaz-de-schiste.com/accueil/index.php/contributions-des-membres/regards-et-analyses Saulnier, B., Sauvé, L., Brullemans, M.et coll., « Une stratégie globale de transition énergétique s\u2019impose », Le Devoir, 21 décembre 2019.https://www.ledevoir.com/opinion/idees/544065/une-strategie- globale-de-transition-energetique-s-impose L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 89 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s l\u2019intérêt de tous les citoyens et abonnés d\u2019Hydro-Québec, un débat public portant sur les conséquences opérationnelles, tarifaires et financières au Québec de ce surbooking précipité d\u2019électricité québécoise au bénéfice des marchés voisins s\u2019impose pourtant d\u2019évidence.Comment une Société d\u2019État comme Hydro-Québec peut- elle justifier une telle stratégie de vente en prétendant œuvrer à la rédemption de la Nouvelle-Angleterre alors qu\u2019elle cède précipitamment \u2013 et à long terme de surcroît \u2013 son meilleur capital opérationnel aux intérêts commerciaux exclusifs des grands distributeurs privés d\u2019électricité des marchés voisins ?La réalité d\u2019importants surplus récurrents d\u2019électricité renouvelable au Québec devrait être plutôt considérée, tant sur les plans financier, tarifaire qu\u2019environnemental, comme le levier opérationnel par excellence d\u2019un plan de réduction massive des achats annuels récurrents, ruineux et insoutenables, de carburants fossiles importés pour les besoins de transport au Québec.Nouveau mix énergétique : Un terrain de jeu à remettre à plat En 2019, la mise en œuvre de la PEQ2030 soulève également de nombreuses préoccupations quant au déploiement d\u2019un plan d\u2019action structuré capable d\u2019activer les contributions sur tous les fronts de l\u2019approvisionnement en énergie de l\u2019économie du Québec.La restructuration en profondeur de l\u2019économie québécoise dans la direction d\u2019une décarbo- nisation de ses approvisionnements énergétiques mérite certainement une évaluation plus sérieuse que celle que la PEQ2030 donne à voir de cet enjeu stratégique fondamental.Il y a certes lieu de s\u2019interroger sur le statut privilégié que la PEQ2030 accorde actuellement aux approvisionnements gaziers d\u2019origine fossile alors même que le cadre d\u2019auto- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 90 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s risation des projets énergétiques du Québec ne peut plus s\u2019affranchir d\u2019une prise en compte conséquente et responsable des impacts climatiques de l\u2019extraction et du transit de ses approvisionnements actuels et futurs en hydrocarbures fossiles.Dans cette perspective, les organismes publics créés par Ottawa et Québec pour intégrer la comptabilité environnementale dans le cadre décisionnel des projets économiques ne jouent malheureusement au mieux qu\u2019un rôle cosmétique dans la reconnaissance de la réalité économique des enjeux climatiques, laissant aux promoteurs plusieurs degrés de liberté juridique pour échapper à toute reddition de compte rigoureusement efficace et équitable pour garantir l\u2019intérêt public.La chaîne d\u2019approvisionnement en gaz naturel fossile mérite un examen exhaustif de ses impacts environnementaux du puits d\u2019extraction à son usage final en passant par son transit à travers l\u2019infrastructure continentale et interpro- vinciale de gazoducs.Puisqu\u2019au Québec comme ailleurs, la portée globale de la lutte aux changements climatiques exige désormais une prise en compte conséquente de l\u2019ensemble des émissions de GES des filières, le cas du gaz naturel démontre actuellement les faux-fuyants inexplicables du cadre d\u2019autorisation actuel des projets de production et d\u2019infrastructures énergétiques à cet égard13.13 Dans un communiqué gouvernemental du 26 mars 2019, on peut incidemment lire une information trompeuse présentée comme un « fait saillant » du gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec : « l\u2019injection en réseau de 1 % de GNR évite l\u2019émission de près de 11 000 t de GES et de 5 % de GNR de quelque 570 000 t de GES ».Cabinet du ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles (2019).« Québec encadre la quantité minimale de gaz naturel renouvelable et met en place un comité de suivi ».https://www.newswire.ca/fr/ news-releases/quebec-encadre-la-quantite-minimale-de-gaz-naturel- renouvelable-et-met-en-place-un-comite-de-suivi-872154071.html ; http://www.fil-information.gouv.qc.ca L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 91 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Il importe de préciser que la production du gaz naturel renouvelable issu des procédés de biométhanisation des résidus organiques représente actuellement une part négligeable du marché du gaz naturel de sorte que l\u2019essentiel des impacts environnementaux et notamment climatiques de l\u2019ensemble de la filière du gaz naturel est directement le fait de l\u2019exploitation industrielle du gaz naturel fossile14.Le cas de l\u2019usine de gaz naturel liquéfié (GNL) que le promoteur GNL Québec S.E.C.projette de construire à Grande- Anse au Québec mérite un examen particulièrement attentif en raison du cadre industriel et commercial essentiellement spéculatif auquel il est intimement lié.14 Bien que le méthane qu\u2019on tire des procédés de biométhanisation soit identique au méthane fossile extrait des réservoirs géologiques, c\u2019est le gaz naturel d\u2019origine fossile qui domine le marché continental et international du gaz.La biométhanisation est un procédé de production de biogaz en cycle court qui utilise des ressources biodégradables locales et régionales susceptibles de répondre à des besoins énergétiques de proximité.Contrairement au méthane provenant de la biométhanisation qui alimente sa clientèle via une infrastructure de distribution locale ou régionale, le gaz naturel fossile requiert des infrastructures de transport d\u2019envergure interprovinciale, continentale et internationale.C\u2019est bien le cas de l\u2019usine de gaz naturel liquéfié (GNL) que le promoteur GNL Québec S.E.C.projette de construire à Grande-Anse au Québec afin de livrer à des clients internationaux du GNL au départ d\u2019un quai sur le Saguenay.L\u2019usine de GNL (Énergie Saguenay, environ 75 000 m3 de GNL par jour) est inséparable de la construction par le promoteur d\u2019un gazoduc dédié qui devra traverser 750 km du territoire québécois pour alimenter l\u2019usine en gaz naturel fossile provenant des bassins de production de gaz de l\u2019ouest du continent.Shields, A., « Le gouvernement dit non à une évaluation globale du projet de GNL Québec », Le Devoir, 15 janvier 2019.https:// www.ledevoir.com/societe/environnement/545510/les-projets-de-gnl- quebec-etudies-a-la-piece L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 92 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Énergie Saguenay (GNL) : le calcul tronqué du bilan d\u2019émissions annuelles Énergie Saguenay15 (Projet Gazoduq de Gazoduq inc.) projette de liquéfier du gaz naturel provenant des réservoirs géologiques de l\u2019ouest du continent pour l\u2019exporter sur les marchés internationaux au départ d\u2019un quai de chargement maritime sur le Saguenay.Le projet vise à produire 75 000 m3 de GNL par jour, ce qui représente des approvisionnements industriels en gaz naturel de 16,4 Gm3 par année, soit 2,5 fois la consommation totale de gaz naturel du Québec en 2016.Comment juger de la pertinence à moyen et long terme d\u2019approvisionnements en gaz naturel fossile si une partie significative des émissions de GES de cette filière non renouvelable reste systématiquement exclue d\u2019un cadre d\u2019examen conséquent concernant ce type d\u2019investissements énergétiques ?Le projet Énergie Saguenay est l\u2019illustration même de la nécessité d\u2019inclure dans le processus décisionnel le bilan d\u2019émissions de GES lié au cycle de vie complet d\u2019une filière énergétique, de l\u2019amont à l\u2019aval.Le bilan de GES réel de ce type de projets en 2019 reste entièrement à faire.15 Énergie Saguenay est inscrit dans le Registre des évaluations environnementales du Québec sous le nom « Projet Gazoduq », au numéro de dossier 3211-10-025 : http://www.ree.environnement.gouv.qc.ca/projet.asp?no_dossier=3211-10-025.Au chapitre des enjeux du projet, voir notamment le rapport du MELCC : « Les observations sur les enjeux que l\u2019étude d\u2019impact devrait aborder.Projet Gazoduq par Gazoduq inc.», Consultation publique réalisée par le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, 7 février 2019, 272 p. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 93 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Le projet Énergie Saguenay est un projet industriel qui vise à occuper sur d\u2019autres continents des parts de marché que d\u2019autres fournisseurs de carburants fossiles plus coûteux occupent déjà.Il s\u2019agit d\u2019un projet commercial à caractère éminemment spéculatif16.Ce projet industriel d\u2019exportation de GNL s\u2019inscrit dans une culture financière extractiviste qui, malgré les preuves scientifiquement avérées des dérèglements climatiques dont elle est la cause, enlise l\u2019économie mondiale dans une dépendance toxique envers les hydrocarbures fossiles et définit les conditions d\u2019une exploitation massive des gisements fossiles sur tous les continents.Devenu le premier indicateur de l\u2019impact climatique toxique des filières énergétiques, le bilan d\u2019émissions de GES de toute technologie de conversion qui se trouve dans la chaîne de mise en marché des filières énergétiques doit être évalué en tenant compte de ses intrants et de ses extrants.Seule une analyse détaillée du bilan global d\u2019émissions du projet Énergie Saguenay, du puits d\u2019extraction à l\u2019utilisation finale du gaz naturel par sa clientèle peut faire foi du bénéfice climatique d\u2019un tel projet par rapport à ses concurrents énergétiques.Une usine de GNL, qu\u2019elle se projette au Québec ou n\u2019importe où ailleurs au Canada, reste inséparable d\u2019un raccordement au réseau gazier continental nécessaire pour l\u2019approvisionner en matière première.16 Le commerce intercontinental des hydrocarbures est sujet aux aléas des bras de fer géopolitiques qui se jouent entre les grands producteurs gaziers mondiaux avides de prendre de nouvelles parts de marchés gaziers en Europe et en Asie pour remplacer d\u2019autres approvisionnements énergétiques de type fossile (gaz, pétrole, charbon).Pour le secteur gazier notamment, les nombreux changements à l\u2019infrastructure continentale du réseau de transport gazier européen depuis plusieurs années sont le résultat de tensions géopolitiques croissantes.Dubuc, P., « Les enjeux géopolitiques du gazoduc Énergie Saguenay », L\u2019Aut\u2019Journal, 21 février 2019 http://lautjournal.info/20190221/les-enjeux-geopolitiques-du-gazoduc-energie-saguenay L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 94 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s L\u2019exploitation d\u2019une usine de GNL implique donc plusieurs étapes de manipulations spécifiques entre les gisements sources d\u2019où provient le gaz naturel en amont et sa destination ultime en tant que carburant fossile exporté destiné à la consommation de clients outre-mer en aval : fracturation de la roche-mère, nettoyage, injection et transit sur le réseau gazier nord-américain, prétraitement du gaz à l\u2019usine, liquéfaction, stockage, transbordement sur navires méthaniers, transit océanique jusqu\u2019à des points de débarquement côtiers de réseaux gaziers nationaux d\u2019Europe ou d\u2019Asie où le GNL est regazéifié avant d\u2019être injecté dans un nouveau réseau continental de gazoducs qui l\u2019achemineront vers ses clients ultimes.Dans ce marché globalisé du gaz fossile, le cycle complet de la filière GNL se traduit par des émissions additionnelles de méthane (transport, évaporation et autres) qui pèsent encore davantage sur un bilan d\u2019émissions de GES déjà problématique pour la partie du cycle de vie qui concerne l\u2019acheminement du gaz naturel à l\u2019usine à partir des réservoirs géologiques sources d\u2019où il provient.Côté aval, projet Gazoduq affirme complaisamment que l\u2019exportation de son produit permettra de réduire de 28 MT par année les émissions de GES sur d\u2019autres continents, mais en l\u2019absence de quelque information crédible du promoteur sur les sources d\u2019énergie que son projet vise à remplacer ultimement outremer, son affirmation exige d\u2019être corroborée par un examen public indépendant rigoureux et crédible, qui reste entièrement à faire.On peut se réjouir à cet effet que la pression citoyenne invite clairement le gouvernement du Québec à inclure l\u2019aval du projet Gazoduq (voir note 15) dans le plan de travail du BAPE qui enquêtera sur les nombreux enjeux de ce projet17.17 Shields, A., « Énergie Saguenay : Québec promet d\u2019évaluer les impacts du transport maritime », Le Devoir, 19 février 2019 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/548220/energie-saguenay- quebec-promet-d-evaluer-les-impacts-du-transport-maritime L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 95 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Et même si l\u2019extraction du gaz naturel ne fait pas partie de la comptabilité des émissions de GES spécifiques au territoire du Québec, l\u2019amont de la filière gazière demeure irréversiblement lié à la logique commerciale et industrielle d\u2019approvisionnements en carburants fossiles de sorte que les exigences désormais planétaires d\u2019une riposte internationale aux changements climatiques imposent à toutes les juridictions d\u2019en tenir compte dans le cadre d\u2019un examen public rigoureux qui devrait juger de leur acceptabilité environnementale pour fonder la décision de les autoriser ou non.Dans le modèle commercial du projet Énergie Saguenay, le Québec (parmi d\u2019autres chemins possibles dans le nord-est du continent) ne saurait donc se résumer à un simple corridor à sécuriser par un promoteur dans une juridiction à séduire.Que le gouvernement du Québec ait accepté de réserver un bloc de 550 MW de capacité de production hydroélectrique pour alimenter une usine de liquéfaction du gaz naturel importé \u2013 près de 5 TWh par année d\u2019électricité, soit l\u2019équivalent des besoins d\u2019une nouvelle aluminerie \u2013 soulève également de vraies questions sur les critères de décision du plan d\u2019allocation des meilleures ressources énergétiques renouvelables du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques et de volonté politique de transition énergétique18.18 « L\u2019usine de liquéfaction serait alimentée par Hydro-Québec, pour diminuer son empreinte écologique.Le gouvernement du Québec a déjà accepté de réserver un bloc de 550 mégawatts à cette fin, soit autant d\u2019énergie que pour une nouvelle aluminerie ».Baril, H., « Gaz naturel : projet d\u2019investissement de 14 milliards au Québec », La Presse, 15 novembre 2018 https : //www.lapresse.ca/affaires/economie/energie-et-ressources/2018/15/01-5204353- gaz-naturel-projet-dinvestissement-de-14-milliards-au-quebec.php.N.B.« Jusqu\u2019à 10 % du gaz entrant dans une usine de GNL est consommé pour prétraiter et refroidir le gaz jusqu\u2019à sa température de liquéfaction (-163 °C).» Dans un tel cas, Énergie Saguenay consommerait 1,64 Gm3/an de gaz naturel additionnel, haussant de 25 % la consommation de GN du Québec (en 2016) et de 5 % L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 96 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Ainsi, de quelle façon 5 TWh par an d\u2019électricité renouvelable pourraient-ils être utilisés pour réduire de manière récurrente notre propre dépendance aux combustibles fossiles, plutôt que de les allouer au maintien du paradigme fossile ?Les émissions fugitives du gaz naturel : l\u2019angle mort du cadre décisionnel stratégique Parmi les zones d\u2019ombre de la stratégie gazière de la PEQ2030, mentionnons les émissions fugitives de méthane provenant de l\u2019extraction, de la séparation, du transport, du stockage et de la distribution du gaz naturel qui ont vraisemblablement été tout simplement évacuées du cadre de décision.Or, depuis plusieurs années, l\u2019utilisation du gaz naturel fossile comme stratégie de transition énergétique interpelle la communauté scientifique internationale autour du bilan environnemental réel des émissions de GES de l\u2019industrie.L\u2019industrie gazière, dans sa stratégie de substitution aux autres formes d\u2019énergies fossiles, invoque les plus faibles émissions de CO2 associées à la combustion du gaz naturel au moment de la consommation finale (environ 28 % de moins par rapport à l\u2019essence) pour repositionner son produit à court et moyen termes.Mais la réalité globale des changements climatiques exige désormais de tenir compte du cycle complet des approvisionnements gaziers, du puits d\u2019extraction à la combustion finale, pour être en mesure de juger en toute rigueur si cette source d\u2019énergie primaire est plus performante que ses concurrents énergétiques.Dans un contexte de priorisation des efforts de transition énergétique, le secteur du transport, examiné sous l\u2019angle de (3 MT) les émissions de GES « énergie » du Québec.Total, « DIESTA : un tube optimisé pour aéroréfrigérants à haute efficacité ».https:// www.ep.total.com/fr/domaines/gaz-naturel-liquefie/diesta-un-tube- optimise-pour-aerorefrigerants-haute-efficacite. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 97 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s la performance énergétique d\u2019un véhicule routier de catégorie déterminée par kilomètre parcouru, impose de rappeler que les impacts climatiques structurels sont liés aux choix des technologies de motorisation.Il faut reconnaitre que 75 % de la valeur énergétique des carburants fossiles consommés par le moteur à explosion (technologie qui domine massivement tout le secteur du transport routier en 2019) est irréversiblement dissipée en chaleur dans l\u2019environnement (voir aussi la note 8).En rejetant dans l\u2019atmosphère terrestre 3 molécules de CO2 sur 4 en trop par rapport à l\u2019énergie réellement nécessaire pour déplacer marchandises et personnes, le moteur à combustion est simultanément le premier vecteur du réchauffement climatique et l\u2019instrument d\u2019un gaspillage énergétique institutionnalisé par l\u2019écosystème commercial et financier de la grande industrie fossile, du puits d\u2019extraction jusqu\u2019à la combustion des carburants fossiles.L\u2019efficacité de conversion de l\u2019énergie primaire en travail utile constitue bel et bien un discriminant technico-économique primordial en matière de réduction des émissions de GES.Les technologies de conversion imposent la cadence de production des approvisionnements énergétiques dont elles s\u2019alimentent en même temps qu\u2019elles forgent nos habitudes de consommation d\u2019énergie.L\u2019épuisement des gisements fossiles est donc le résultat direct du piètre rendement de conversion (en énergie mécanique utile) des hydrocarbures consommés par le moteur à combustion que ce soit pour les besoins du transport routier (25 %), ou pour la production d\u2019électricité (35 %)19.Ces observations valent autant pour le mazout que pour le 19 Chaire de gestion du secteur de l\u2019énergie, HEC Montréal (2018).État de l\u2019énergie au Québec 2019, 68 p.http : //energie.hec.ca/eeq/; [consulté le 11 avril 2019].Ce document publié en décembre de chaque année depuis 2013 contient les données les plus documentées et les plus utiles à ce jour au Québec pour rendre compte des contradictions opérationnelles de la politique énergétique du Québec. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 98 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s gaz naturel.Même si les émissions de CO2 du gaz naturel, liquéfié ou non, sont inférieures de 28 % à celles des carburants fossiles plus lourds20, l\u2019inefficacité énergétique et la toxicité climatique du moteur à combustion font en sorte que tous les carburants fossiles sans exception continueront de s\u2019y trouver irrémédiablement et irréversiblement gaspillés à hauteur de 75 % de leur valeur énergétique.La substitution massive des carburants fossiles par l\u2019électricité de source renouvelable (y inclus pour la production d\u2019hydrogène le cas échéant) apparaît ainsi comme la seule alternative énergétique du secteur du transport, au Québec comme partout ailleurs dans le monde.Une politique moderne de réduction massive des carburants fossiles actuellement consommés en transport au Québec ne peut plus faire l\u2019économie d\u2019un cadre d\u2019analyse technico-économique rigoureux et transparent des impacts environnementaux et climatiques des options énergétiques de motorisation en présence.La priorisation des scénarios de substitution énergétique les plus efficaces et équitables passe par une prise en compte conséquente du cycle de vie complet des scénarios de substitution à privilégier21.Les exemples de substitutions technologiques à réaliser en raison de l\u2019inefficacité énergétique de technologies de conversion abondent dans tous les secteurs liés à la production et à la consommation d\u2019énergie : bâtiment, industrie, transport.Tous ces secteurs de consommation d\u2019énergie contribuent 20 L\u2019explication de cette réduction se trouve dans la composition chimique même d\u2019une molécule de mazout qui contient plus d\u2019atomes de carbone par atome d\u2019hydrogène que la molécule de méthane, CH4.21 Cloutier, J.-S., « La voiture électrique, pas si écologique », Radio-Canada https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1137184/ voiture-electrique-pollution-empreinte-environnement-batterie- production-fabrication ; 22 novembre 2018. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 99 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s aux émissions de GES et tous les citoyens doivent avoir accès à une documentation de qualité sur les potentiels technico- -économiques prioritaires et les politiques de réduction de leur empreinte environnementale actuelle dans tous ces secteurs.Concernant l\u2019ensemble des émissions de GES de toute la chaîne d\u2019approvisionnements en carburants fossiles, la littérature scientifique documente de plus en plus utilement les impacts de différents gaz sur le réchauffement climatique en se basant sur un indicateur appelé Potentiel de réchauffement global (PRG).Le PRG permet de distinguer l\u2019impact climatique du CH4 dans l\u2019atmosphère comparativement au CO2 sur un horizon de temps donné22.Ces travaux montrent qu\u2019un bilan d\u2019émissions de GES qui se limiterait à l\u2019usage final par les consommateurs ultimes des carburants omettrait une portion non négligeable des impacts climatiques directement causés par l\u2019activité amont de l\u2019industrie fossile.Il se trouve que sur un horizon de 30 ans, le méthane qui se dégage des opérations d\u2019extraction et de transport est un gaz à effet de serre provoquant un PRG 86 fois supérieur à celui du CO2, une hausse de 25 % par rapport à la prévision 2013 22 Même si les autorités préfèrent considérer le Potentiel de réchauffement global (PRG) sous un horizon de 100 ans, l\u2019accélération et la gravité des impacts du réchauffement planétaire observées depuis 50 ans appelle aujourd\u2019hui à rendre compte à plus court terme des résultats de politiques de réduction de la consommation d\u2019hydrocarbures.Les effets concrets de ces politiques devront être validés rigoureusement bien avant 2050 par des données probantes documentées en continu de sorte que le PRG devra se recentrer sur un horizon prévisionnel de 10 ou 20 ans.Vaidyanathan, G., « How Bad of a Greenhouse Gas is Methane?», Scientific American, 22 dec.2015.https : //www.scientificamerican.com/article/how-bad-of-a- greenhouse-gas-is-methane/; [consulté le 11 avril 2019] McDonald, J., « How Potent is Methane?», Fastcheck.org, 24 sept.2018, https://www.factcheck.org/2018/09/how-potent-is-methane/ L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 100 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s du GIEC23,24.Ainsi, le fait de ne pas tenir compte des émissions fugitives de toute l\u2019infrastructure d\u2019approvisionnement25 en gaz naturel peut transformer des promesses de réduction de GES basées strictement sur la combustion finale sur un territoire donné du gaz naturel en un bilan d\u2019émissions sérieusement contre-productif au plan de la lutte planétaire contre les émissions de GES26.Un taux de fuite d\u2019à peine 0,8 % suffirait à rendre, en moins de 20 ans, le gaz naturel aussi nuisible que le charbon ou le pétrole27.Or, des taux de fuites situés dans la fourchette de 2,3 à 7,7 % ont été mesurés déjà en 2012, au Colorado28.Aux États-Unis, les taux de fuite sont estimés supérieurs à 5 %29.Notons que l\u2019Environmental Protection Agency des 23 Chavaillaz, Y et Langlois, P.(2017).« Le gaz naturel, énergie de transition ?Briefing scientifique ».https://centrere.uqam.ca/2017/gaz- naturel-energie-de-transition-conference-publique-5-septembre-2017/ ; [consulté le 10 avril 2019].24 Etminan, M., Myhre, G., Highwood, E.J.et K.P.Shine (2016).« Radiative forcing of carbon dioxide, methane, and nitrous oxide: A significant revision of the methane radiative forcing ».Geophysical Research Letters, 43 (24), 12,614 - 12,623.25 Brandt, A.R.et al.(2014).Methane Leaks from North American Natural Gas Systems.Energy and Environment, 343, 733\u2013735.26 Alvarez, R.A.et al.(2012).« Greater focus needed on methane leakage from natural gas infrastructure ».Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), 109 (17), 6435\u20136440.27 Reid, R.(2018).« Le gaz naturel : un carburant de transition ?» L\u2019Aut\u2019 journal, 9 avril 2018.http://lautjournal.info/20180409/le-gaz-naturel- un-carburant-de-transition ; [consulté le 10 avril 2019] 28 Tollefson, J.(2012).« Air sampling reveals high emissions from gas field » Nature.com, 7 février 2012.https : //www.nature.com/news/ air-sampling-reveals-high-emissions-from-gas-field-1.9982 ; [consulté le 10 avril 2019] 29 Dessus, B.(2016).« L\u2019Ademe complice de l\u2019omerta sur le méthane, puissant gaz à effet de serre ?» https://blogs.mediapart.fr/benjamin- dessus/blog/290416/l-ademe-complice-de-l-omerta-sur-le-methane- puissant-gaz-effet-de-serre#_ftn3 ; [consulté le 10 avril 2019]. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 101 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s États-Unis établit à quelque 2,8 % le plafond du taux de fuite au-delà duquel les bénéfices de réduction des émissions de CO2 du gaz naturel (à l\u2019étape de sa combustion au moment de l\u2019usage final) sont considérés comme étant annulés puisqu\u2019ils dépassent alors les émissions associées aux autres hydrocarbures liquides.Sans surprise, le guide des meilleures pratiques de l\u2019industrie gazière n\u2019offre guère de renseignements éclairants à cet égard et il est évidemment impossible de garantir l\u2019étanchéité de la chaîne d\u2019approvisionnement de tout l\u2019amont gazier fossile, du puits jusqu\u2019à sa consommation finale.La PEQ2030 se borne cependant à comparer les indices d\u2019émission de GES de différentes sources d\u2019énergie consommées lors de l\u2019utilisation finale, sans aucune mention, même qualitative, du bilan d\u2019émissions de tout l\u2019amont de l\u2019infrastructure d\u2019approvisionnements spécifique à chacune des différentes filières considérées.Alors que les indications de taux de fuite alarmants se précisent, notamment avec la plus vaste étude conduite aux États-Unis sur ce sujet30, est-ce que le gouvernement du Québec et Énergir seront bientôt en mesure de fournir aux citoyens du Québec des chiffres crédibles sur les taux de fuite de la chaîne d\u2019approvisionnement du gaz naturel fossile acheminé au Québec d\u2019ici 2050 ?De plus, l\u2019utilisation du gaz naturel comme énergie de transition apparaît comme un choix douteux à terme au regard de la grande volatilité du prix de ce combustible, sensible aux aléas géopolitiques des marchés internationaux31.30 Environmental Defence Fund (2018).« Major studies reveal 60 percent more methane emissions ».https://www.edf.org/climate/methane- studies ; [consulté le 22 janvier 2019].31 Énergie et Ressources naturelles Québec (2013).« Consommation de gaz naturel ».https://mern.gouv.qc.ca/energie/statistiques/ statistiques-consommation-gaz.jsp ; [consulté le 10 avril 2019] L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 102 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Alors que de meilleures options de substitution s\u2019offrent au Québec32 et que le coût des nouvelles énergies renouvelables (éolienne et solaire notamment) décroît de manière continue depuis plusieurs années, comment et en quoi une dépendance accrue du Québec envers le gaz naturel fossile peut-elle constituer une orientation économique, commerciale et financière responsable dans une politique énergétique prudente en 2019 ?Des modélisations récentes réalisées pour le cas des États- Unis indiquent de surcroît que des scénarios basés sur une plus forte substitution vers le gaz naturel entraîneraient une diminution de l\u2019utilisation des autres combustibles fossiles plus émetteurs de GES et/ou plus polluants, mais freineraient du même coup la pénétration des énergies renouvelables dans les réseaux énergétiques33.Si de tels scénarios de substitution devaient avoir pour effet de retarder au Québec la mise en œuvre d\u2019une véritable transition énergétique en permettant que des risques avérés viennent amplifier davantage les impacts nuisibles des carburants fossiles sur le climat et la biodiversité, cela voudrait-il dire que la PEQ2030 aurait choisi d\u2019avantager le gaz naturel liquéfié, notamment pour le secteur du transport lourd et l\u2019industrie minière, en balayant sous le tapis des solutions énergétiques plus structurantes pour l\u2019économie du Québec en 2030 ?Sur quels scénarios de transition et sur quels critères de mérite le gouvernement du Québec 32 Forcione, A., et al.(2016).Bilan de l\u2019intégration de l\u2019éolien au système électrique québécois à la fin 2015.IREQ+2019+0059.http://www.hydroquebec.com/publications/fr/docs/loi-sur-acces/c-5448- document.pdf ; http://www.collectif-scientifique-gaz-de-schiste.com/ accueil/images/pdf/texteschoisis/Rapport%20bilan_HQ_2016.pdf; [consulté le 11 avril 2019] 33 Shearer, C.et al.(2014).« The effect of natural gas supply on US renewable energy and CO2 emissions » Environmental Research Letters, 9 (9), 094008. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 103 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s s\u2019est-il appuyé pour asseoir sa stratégie de déploiement de nouveaux approvisionnements gaziers ?A-t-il effectué les modélisations rigoureuses qui sont nécessaires à une prise de décision éclairée à ce sujet ?Où peut-on consulter les études indépendantes qui supporteraient les orientations de la PEQ2030 en faveur de cette filière fossile par rapport à ses concurrents énergétiques ?Peut-on fournir des preuves documentées qu\u2019il s\u2019agirait du scénario le plus robuste en termes d\u2019investissements publics prudents pour l\u2019avenir ?Le Québec dispose de tous les atouts pour proposer des scénarios durables de substitution énergétique vers son système électrique.Comment expliquer alors qu\u2019il empoisonne son économie future en continuant d\u2019investir dans une filière gazière fossile insoutenable ?Sources d\u2019énergie et électricité au Québec : nécessité d\u2019un cadre décisionnel moderne La question revient donc à savoir comment la filière du gaz naturel, liquéfié ou non, faciliterait l\u2019atteinte d\u2019un nouveau mix énergétique en adéquation \u2013 en premier lieu \u2013 avec ses objectifs de réduction de GES du Québec.En quoi le gaz naturel serait-il plus avantageux en termes d\u2019investissements structurants de décarbonisation de l\u2019économie du Québec qu\u2019un scénario d\u2019allocation de ressources qui s\u2019intéresserait à la mise en valeur des gisements d\u2019efficacité énergétique et des nouvelles sources d\u2019énergie renouvelable disponibles sur le territoire ?Aucune projection de l\u2019efficacité économique relative de scénarios crédibles de transition énergétique n\u2019est disponible à ce jour au Québec.Comment expliquer alors que dans la PEQ2030, le gaz naturel soit la seule source d\u2019ap- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 104 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s provisionnement énergétique dont la part relative dans le total des besoins énergétiques annuels demeure intouchée entre 2016 et 2030 ?Et puisqu\u2019aucune décroissance de la part du gaz naturel fossile dans les approvisionnements énergétiques du Québec n\u2019est perceptible à l\u2019horizon 2030, il est permis de questionner le sérieux, la rigueur et la cohérence même des plans de décarbonisation qui sont censés permettre au Québec de redéployer son économie d\u2019ici 2050.Si l\u2019économie mondiale doit se résoudre dès maintenant à laisser dans le sous-sol la moitié des réserves mondiales d\u2019hydrocarbures pour espérer limiter les effets climatiques destructeurs à une hausse de 2 °C de la température de la planète d\u2019ici 210034, à quelle direction énergétique responsable le Québec souscrit-il réellement lorsqu\u2019il s\u2019engage à subventionner l\u2019expansion des infrastructures énergétiques gazières sur son territoire ?Quelles conséquences aura donc ce déploiement à forte pénétration d\u2019une dépendance planifiée du gaz naturel dans les secteurs industriel et du transport lourd pour l\u2019économie québécoise à long terme ?Les industries du Québec \u2013 tout comme celles des éventuels pays importateurs \u2013 ne risquent-elles pas d\u2019être entraînées dans une dynamique économique, commerciale et financière menant à une impasse à l\u2019échéance de 2030 ?Dans les mesures avancées pour atteindre son objectif de réduction de GES à l\u2019horizon 2030, la PEQ2030 semble en effet avoir tout bonnement évacué tout ce qui pourrait justifier de réduire radicalement la part du gaz naturel fossile dans son bilan énergétique à peine 20 ans plus tard ! Puisque des mesures de deuxième reconversion s\u2019imposeront bien avant 2050, pourquoi ne pas les engager 34 McGlade, C.et Ekins, P.(2015).« The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 °C », Nature, 517, 187\u2013190. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 105 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s dès maintenant ?Comment l\u2019approche actuelle peut-elle permettre au Québec de résorber les émissions massives de GES provenant de ces secteurs tout en maintenant une compétitivité optimale de son économie à court, moyen et long terme ?La PEQ2030 ne fournit aucune réponse concrète à ces questions qui sont pourtant fondamentales pour un redéploiement structurant de l\u2019économie du Québec à l\u2019heure où une planification écologique des investissements énergétiques s\u2019impose à l\u2019écosystème financier tant à l\u2019échelle locale que globale.Une stratégie de transport soutenable s\u2019appuyant sur une plus grande part de livraison de fret vers un réseau de transport électrifié (ferroviaire et/ou routier) a-t-elle été étudiée ?Un scénario structurant de conversion des procédés industriels s\u2019appuyant sur des incitatifs de substitution qui maximisent les atouts spécifiques du système électrique du Québec a-t-il été équitablement examiné ?Alors que le prix des technologies vertes ne cesse de décroître pour tous les secteurs tant du côté de l\u2019offre que de la demande, parier sur le gaz naturel ne paraît pas procéder d\u2019une analyse prudente, rigoureuse et robuste des enjeux énergétiques en 2019.Devant l\u2019objectif colossal de réduction de GES à atteindre en 2050, comment expliquer que le Québec engage autant d\u2019efforts et de ressources financières publiques pour développer une infrastructure gazière fossile à laquelle il faudrait déjà trouver un substitut capable de contribuer à la décarbonisation accélérée de l\u2019économie dès 2030 ?Ce sont là quelques-unes des questions fondamentales qui demeurent sans réponses gouvernementales crédibles malgré les mémoires, les demandes et les recommandations répétées qu\u2019ont déposées des milliers de citoyens et citoyennes au cours des nombreuses consultations publiques sur l\u2019énergie qui ont eu lieu au Québec depuis plus de 10 ans. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 106 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Conclusion : Une politique énergétique 2030 désarticulée Voilà donc où nous en sommes en ce printemps 2019 au Québec : d\u2019une part, le gaz naturel est proclamé substitut officiel du pétrole dans les transports lourds ; d\u2019autre part, Hydro-Québec se fait courtier à rabais prêt à concéder, à long terme, les meilleurs actifs d\u2019électricité renouvelable québécoise à ses voisins et même à la spéculation sur les marchés gaziers internationaux.Difficile de concevoir un plan de substitution des carburants fossiles moins audacieux à tous égards pour l\u2019économie du Québec que ce scénario du pire en matière de transition énergétique du Québec à l\u2019heure de la riposte aux changements climatiques.Le Québec avait su montrer au siècle dernier plus d\u2019audace et d\u2019ambition dans sa vision de déploiement de l\u2019électricité renouvelable comme substitut du mazout pour son marché intérieur.Force est de constater que la transition énergétique du Québec reste pour le moment une vue de l\u2019esprit.Les grandes filières énergétiques continuent d\u2019être planifiées en cercles fermés par leurs promoteurs partout sur le territoire sans que les interactions et impacts des unes et des autres soient correctement évalués et hiérarchisés au sein d\u2019un cadre décisionnel intégré d\u2019investissements garantissant à tous les citoyens, tant du côté de l\u2019offre que de la demande, l\u2019effort de décarbonisation que la PEQ2030 prétend « enclencher ».Devant l\u2019accumulation de questions légitimes qui restent toujours sans réponses, on est forcés de conclure que le Québec a pris un énorme retard dans le travail de modélisation stratégique qu\u2019il lui incombe de produire.Ce travail est le prérequis indispensable à l\u2019identification prudente des scénarios d\u2019investissements énergétiques les plus struc- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 107 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s turants aux fins de réduire ses émissions de GES et de déterminer le scénario capable de créer les conditions d\u2019une économie moderne, robuste et dynamique à l\u2019horizon 2050.Pour démontrer concrètement la prudence et la rigueur de ses politiques énergétiques de lutte aux changements climatiques d\u2019ici 2030, le Québec doit sans délai se donner les moyens de réduire massivement sa dépendance ruineuse à tous les carburants fossiles sur son territoire en redéployant notamment ses meilleurs actifs de production électrique renouvelable vers l\u2019amorce de sa transition énergétique intérieure.Le Québec fait partie des juridictions les mieux dotées au monde pour réaliser une transition énergétique exemplaire.S\u2019il devait décider aujourd\u2019hui de s\u2019enfermer dans des scénarios énergétiques insoutenables dont témoigne entre autres la fausse bonne idée d\u2019une transition énergétique par le gaz naturel fossile qu\u2019affiche sa PEQ2030, le Québec risque de devenir un contre-exemple international de ce qu\u2019exige une gestion politique planifiée, moderne et responsable de lutte aux changements climatiques35. q 35 Une version courte de ce texte a été publiée sous le titre « Le non-sens d\u2019utiliser le gaz naturel comme énergie de transition au Québec », Le Devoir, 14 février 2019, section Idées, p.A 7.https://www.ledevoir.com/opinion/idees/547804/le-non-sens-d- utiliser-le-gaz-naturel-comme-energie-de-transition-au-quebec 108 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Récapitulatif Alors que le Québec doit réduire massivement sa consommation de carburants fossiles, comment peut-il encourager la croissance de la consommation de gaz naturel sur son marché intérieur ?Comment expliquer que la Politique énergétique du Québec accorde au gaz naturel le statut d\u2019énergie de transition alors que cette désignation est toujours associée à des juridictions dont l\u2019électricité est produite par des centrales thermiques au charbon et au mazout lourd ?Pourquoi le gaz naturel est-il considéré comme une énergie de transition dans un Québec qui dispose déjà des meilleurs actifs d\u2019électricité de source renouvelable pour y parvenir ?Puisque les changements climatiques constituent un problème planétaire qui exige une « riposte internationale » cohérente, comment expliquer que des surplus d\u2019hydroélectricité actuels du Québec seraient prioritairement réservés pendant 20 ans à un projet de liquéfaction de gaz naturel non conventionnel dont la production est destinée à déplacer d\u2019autres approvisionnements gaziers sur les marchés hautement spéculatifs d\u2019Europe ou d\u2019Asie ?Quels avantages les citoyens du Québec tirent-ils de la concession, au bénéfice des grands distributeurs d\u2019électricité des marchés voisins, de meilleurs actifs de production hydroélectrique et de transport d\u2019Hydro-Québec à travers des exportations massives et à long terme de capacité hydroélectrique ferme qui devraient constituer la pierre d\u2019assise de la décarbonisation de son marché intérieur ?Avec ses immenses gisements d\u2019énergie renouvelable à faibles emissions de GES, qu\u2019est-ce qui empêche le Québec de s\u2019affranchir à moindre coût de sa ruineuse dépendance aux carburants fossiles pour atteindre ses propres cibles de réduction de GES à l\u2019horizon 2050 ? 109 Saguenay, le gaz et le non-sens En 2016, des médecins et professionnel.le.s de la santé demandaient au gouvernement du Canada d\u2019interrompre le projet « Pacific Northwest LNG » en raison de ses risques pour la santé1.Ce projet d\u2019exportation de gaz naturel liquéfié avait de quoi inquiéter : en amont, les méthodes d\u2019extraction du gaz par fractura- tion hydraulique causaient déjà beaucoup de dégâts et, en aval, les importantes émissions de gaz à effet serre allaient aggraver le phénomène, déjà menaçant, des changements climatiques.90 scientifiques et expert.e.s du climat avaient d\u2019ailleurs déjà demandé au gouvernement Trudeau de rejeter ce projet incompatible avec la lutte aux changements climatiques2.Aujourd\u2019hui, c\u2019est au Québec que l\u2019on veut faire passer un projet d\u2019exportation de gaz naturel liquéfié.Les risques à la santé humaine sont pourtant les mêmes.1 National Observer.(2016).« Doctors urge feds to assess health impact of Pacific Northwest LNG project ».[En ligne] https://www.nationalobserver.com/2016/09/18/opinion/doctors-urge-feds-assess- health-impact-pacific-northwest-lng-project 2 Hoekstra, Gordon.(2016).« 90 scientists and climate experts call on Trudeau to reject Pacific NorthWest LNG », Vancouver Sun.[En ligne] https ://vancouversun.com/business/energy/90-scientists-and- climate-experts-call-on-trudeau-to-reject-pacific-northwest-lng Anne-Sara Briand* Énergie-Saguenay : les impacts sur la santé doivent être pris en compte * Médecin-résident en santé publique et médecine préventive, membre de l\u2019Association canadienne des médecins pour l\u2019environnement. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 110 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Des populations locales exposées Tout d\u2019abord, le gaz naturel présente en lui-même un risque important en raison de sa nature hautement inflammable.Ce risque accompagne chaque étape de manutention du produit, incluant le transport et le stockage.Depuis 2008, plus de 500 incidents impliquant des gazoducs sous la juridiction de l\u2019Office national de l\u2019énergie ont été répertoriés au Canada, dont certains font état d\u2019explosions et d\u2019incendies3.C\u2019est un risque dont nous devons tenir compte considérant que le projet Énergie-Saguenay implique la construction d\u2019un gazoduc de 782 km traversant le Québec de part en part, de l\u2019Abitibi-Témiscamingue à Saguenay, en passant par la Haute-Mauricie.Ensuite, les opérations prévues au complexe de liquéfaction du GNL à Grande-Anse pourraient avoir de multiples effets sur la population locale.Dans un document descriptif du projet, GNL Québec fait lui-même état des « impacts potentiels du projet sur les composantes du milieu humain » (Tableau 4-84).On y anticipe des perturbations du bien- être physique et psychologique de la population locale en raison, entre autres, du trafic routier et maritime, du bruit, des vibrations et de la poussière.Selon les informations contenues dans ce tableau, les risques liés aux émissions de contaminants dans l\u2019environnement local pourraient s\u2019étendre, quant à eux, à la population régionale.Ceci s\u2019applique, entre autres, aux émissions atmosphériques générées par le projet.Mandatée par GNL-Québec, la firme 3 Office national de l\u2019énergie.(2018).Carte interactive des pipelines.[En ligne] https ://www.neb-one.gc.ca/sftnvrnmnt/sft/dshbrd/mp/index- fra.html 4 GNL-Québec.(2015).Projet Énergie Saguenay : Complexe de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay.Description de projet.138 pages.[En ligne] https : //ceaa-acee.gc.ca/050/documents/p80115/103949F.pdf L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 111 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s WSP Canada a modélisé la dispersion atmosphérique des différents contaminants provenant de l\u2019activité industrielle de l\u2019usine de liquéfaction.On y apprend que les émissions de matières particulaires, de monoxyde de carbone (CO), de dioxyde de soufre (SO2), de dioxyde d\u2019azote (NO2), de xylène et de différents composés organiques volatils (COV) affecteront la qualité de l\u2019air ambiant.Ajoutons toutefois que, selon ces analyses préliminaires, les concentrations prévues de polluants ne dépasseraient pas les normes en vigueur.Or, étant donné l\u2019augmentation des maladies car- diovasculaires et respiratoires liées à la pollution de l\u2019air, ces émissions ne devraient pas être prises à la légère.Le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l\u2019Organisation mondiale de la santé, classifie d\u2019ailleurs la pollution atmosphérique comme étant un cancérogène confirmé chez l\u2019être humain5.Finalement, le projet Énergie Saguenay prévoit le passage de 3 à 4 navires-citernes par semaine dans le fjord du Saguenay6.Cet aspect du projet n\u2019est cependant pas abordé dans l\u2019étude d\u2019impact environnementale soumise par GNL- Québec à l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale (ACÉE), alors que plusieurs dangers y sont associés.Le gaz naturel liquéfié est classé par l\u2019ONU au répertoire des matières dangereuses et, c\u2019est à ce titre que Transport Canada est tenu d\u2019encadrer ses déplacements à travers le territoire7.Sa volatilité est élevée (600 volumes de vapeur 5 IARC.(2013).Outdoor air pollution a leading environmental cause of cancer deaths.[En ligne] https ://www.iarc.fr/news-events/iarc-outdoor- air-pollution-a-leading-environmental-cause-of-cancer-deaths/ 6 GNL-Québec.(2018).« Un transport sécuritaire ; une navigation harmonieuse ».[En ligne] http : //energiesaguenay.com/media/cms_ page_media/49/GNL_transport_maritime2018.pdf 7 https ://www.tc.gc.ca/fra/tmd/publications-tp14877-1181.html L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 112 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s pour 1 volume liquide) et il peut former une dilution explosive avec l\u2019air, pouvant s\u2019enflammer et produire un retour de flamme8.En 2004, le Département de l\u2019Énergie des États-Unis a octroyé au laboratoire national Sandia9 le mandat d\u2019étudier les risques et conséquences d\u2019une fuite de GNL.Selon ses analyses, en cas de fuite d\u2019un navire-citerne, le gaz pourrait se disperser jusqu\u2019à environ 4,6 km.Dans cette éventualité, trois zones de danger concentriques ont été identifiées.\u2022 Jusqu\u2019à 500 mètres autour, la fuite causerait probablement la mort par suffocation, hypothermie, explosion ou incinération.\u2022 Jusqu\u2019à 1,6 km, l\u2019embrasement du nuage pourrait tout enflammer et seulement trente secondes dans cette zone suffiraient pour causer une brûlure au 2e degré.\u2022 La troisième zone s\u2019étendrait jusqu\u2019à 3,5 km où les effets pourraient être ressentis, quoique minimes10.Ces effets sont particulièrement inquiétants lorsque l\u2019on sait que le projet Énergie-Saguenay planifie exporter 11 millions 8 Canadian Centre for Occupational Health and Safety.(2017).Methane.CHEMINFO : Chemical Profiles Created by CCOHS [En ligne] http :// ccinfoweb2.ccohs.ca/cheminfo/records/75E.html 9 Pour accéder aux rapports Sandia : https ://www.nrc.gov/docs/ ML0933/ML093350855.pdf et https ://www.energy.ca.gov/lng/ documents/2008-09-11_SANDIA_2008_Report.PDF 10 Pole, G.(2016).« LNG and public safety: the elephant on the water », Canada\u2019s National Observer.[En ligne] https ://www.nationalobserver.com/2016/05/05/opinion/lng-and-public-safety-elephant-water https ://www.nationalobserver.com/2016/05/05/opinion/lng-and- public-safety-elephant-water L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 113 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s de tonnes de GNL par année11 à travers le fjord du Saguenay, une voie maritime longue et étroite à l\u2019intérieur des terres12.Un choix déconseillé par la SIGTTO (The Society of International Gas Tanker and Terminal Operators) dans un document publié en 1997 (« long, narrow inland waterways are to be avoided, due to greater navigation risk »), qui prenait le soin d\u2019ajouter que tout risque de fuite catastrophique de GNL était inacceptable13.Une aberration climatique Lorsqu\u2019il est question de changements climatiques, la santé humaine devient un enjeu mondial qui exige un sens des responsabilités transcendant le régionalisme.C\u2019est pourquoi le projet Énergie-Saguenay concerne la santé de tous et de toutes.Le méthane, dont est composé le GNL, est un gaz à effet de serre (GES) 34 fois plus puissant que le CO2 sur une durée de 100 ans14 et les émissions fugitives liées à sa manutention ne sont pas négligeables15.11 Shields, Alexandre.(2019).« Énergie Saguenay : le projet de GNL Québec générera plus de 7 millions de tonnes de GES », Le Devoir.[En ligne] https ://www.ledevoir.com/societe/environnement/548264/l- etude-d-impact-de-gnl-quebec 12 Dumont, Philippe.(2016).DANGER ! Présence de gaz naturel liquéfié.Boréalisation.[En ligne] https ://www.borealisation.org/danger- presence-de-gaz-naturel-liquefie/ 13 Society of International Gas Tanker and Terminal Operators.(1997).Site selection and design for LNG ports and jetties.25 p.14 Myhre, G., D.Shindell, F.-M.Bréon, W.Collins, J.Fuglestvedt, J.Huang, D.Koch, J.-F.Lamarque, D.Lee, B.Mendoza, T.Nakajima, A.Robock, G.Stephens, T.Takemura and H.Zhang.(2013).Anthropogenic and Natural Radiative Forcing.In: Climate Change 2013: The Physical Science Basis.Contribution of Working Group I to the Fifth AssessmentReport of the Intergovernmental Panel on Climate Change.[En ligne] https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/02/WG1AR5_ Chapter08_FINAL.pdf 15 Pour plus d\u2019information à ce sujet : www.borealisation.org/gnl-quebec- a-contresens-de-lavenir/ L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 114 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Pour évaluer les émissions de GES liées à la mise en place de son projet, GNL-Québec a fait appel au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).Le résultat : plus de 7 millions de tonnes de CO2 seraient générées par le projet, et ce, annuellement16.Assez pour annuler en un an tous les efforts faits par le Québec depuis les années 1990 pour réduire ses émissions.Or, pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d\u2019ici 2100, une valeur fixée par l\u2019ONU pour éviter les conséquences les plus graves des changements climatiques, tous les pays du monde devraient éliminer leurs émissions d\u2019ici 203017.Nous avons déjà dépassé la barre du 1 °C selon les dernières données disponibles18 et toute augmentation pourrait avoir des conséquences exponentielles en raison de mécanismes de rétroaction19.Dans ce contexte, le projet Énergie-Saguenay est un non-sens : il participe au dérèglement climatique alors même que les menaces à la santé humaine qu\u2019il laisse poindre sont de plus en plus tangibles.À ce sujet, la conclusion-choc de la Commission 2015 du Lancet, « Santé et changement climatique », est évocatrice : les changements climatiques pourraient effacer tous les gains faits en matière de santé publique 16 Shields, Alexandre.op cit.17 Leahy, Stephen.(2019).« Climat : notre marge de manœuvre se réduit dangereusement », National Geographic.[En ligne] https://www.nationalgeographic.fr/environnement/2019/03/climat-notre-marge- de-manoeuvre-se-reduit-dangereusement ?fbclid=IwAR2uwuAZWC- BnuRl3o4kdz3UH6iQEOXuqDoMqzbMFGz4IUFlKmhhaMdW-78 18 Shields, Alexandre.(2019) « Le réchauffement climatique franchit la barre du 1°C », Le Devoir, 5 janvier 2019.[En ligne] https://www.ledevoir.com/societe/environnement/544999/rechauffement-climatique 19 Harvey, Fiona.(2018).« \u201cTipping points\u201d could exacerbate climate crisis, scientists fear », The Guardian.[En ligne] https://www.theguardian.com/environment/2018/oct/09/tipping-points-could- exacerbate-climate-crisis-scientists-fear L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 115 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s des 50 dernières années20.Au Québec, on envisage un excès de 20 000 décès dans les 50 prochaines années en raison des changements climatiques21.L\u2019Institut national de santé publique du Québec travaille déjà depuis quelques années à caractériser les impacts qu\u2019ils auront sur notre territoire.La chaleur (vagues et îlots de chaleur, exposition aux rayons UV), la qualité de l\u2019air (smog, particules, pollens), les maladies infectieuses (maladies hydriques et vectorielles, zoonoses), les événements extrêmes (feux de forêt, froid intense, augmentation des précipitations, inondations, sécheresses, ouragans, tornades, glissements de terrain) et les conséquences psychosociales, notamment en raison de l\u2019insécurité alimentaire et des migrations, affecteront les Québécois.e.s de différentes manières22.Toutes ces conséquences sont assez importantes pour remettre en question l\u2019entièreté du projet.Complice de la fracturation hydraulique Provenant de l\u2019Ouest canadien et passant par le « Canadian Mainline » (un gazoduc appartenant à TransCanada), la source exacte du gaz naturel ne peut être retracée.Selon l\u2019analyste Pierre-Olivier Roy, la très grande majorité du gaz exploité par Énergie-Saguenay sera issue de la fracturation hydraulique23.Cette technique d\u2019exploitation d\u2019hydrocar- 20 Watts, N.et al.(2015).The Lancet Countdown on health and climate change: From 25 years of inaction to a global transformation for public health.[En ligne] https ://www.thelancet.com/journals/lancet/article/ PIIS0140-6736 (17)32464-9/fulltext 21 Hachey, Isabelle.(2018).« Changements climatiques \u2013 À quoi ressemblera le Québec de 2050 ».La Presse.[En Ligne] http : //plus.lapresse.ca/screens/ a107db30-443d-4e87-b3eb-6b05144e387a__7C___0.html 22 Pour plus d\u2019information : www.monclimatmasante.qc.ca 23 Shields, Alexandre.«Énergie Saguenay : le projet de GNL Québec générera plus de 7 millions de tonnes de GES».Le Devoir.[En ligne] https : //www.ledevoir.com/societe/environnement/548264/l-etude-d- impact-de-gnl-quebec. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 116 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s bures comporte malheureusement son lot de risques pour la santé des populations environnantes.La composition des liquides de fracturation demeure un secret industriel, mais des chercheurs ont réussi à identifier près de 1000 produits chimiques utilisés dans cette méthode non conventionnelle d\u2019exploitation gazière.De ces produits, 90 % seraient toxiques pour l\u2019humain et plusieurs pourraient causer le cancer24.Une équipe de recherche de l\u2019École de santé publique de l\u2019Université Yale a également analysé plus de 1 000 produits utilisés ou créés lors du processus de fracturation hydraulique.Parmi ceux-ci, plusieurs étaient liés à des problèmes de santé reproductive et développementale25.C\u2019est donc sans surprise que de plus en plus d\u2019études mettent en lumière l\u2019accroissement de problèmes de santé à proximité des opérations de fracturation hydraulique.C\u2019est le cas de cancers, comme la leucémie aiguë lymphoblastique chez des jeunes, de problèmes ORL, cardiaques, respiratoires et certaines perturbations endocriniennes26.Une étude a même démontré une association claire entre la densité des puits et le taux d\u2019hospitalisation pour ces problèmes de santé27.24 Theo Colborn, Carol Kwiatkowski, Kim Schultz & Mary Bachran (2011) « Natural Gas Operations from a Public Health Perspective », Human and Ecological Risk Assessment.An International Journal, volume 17.1039\u20131056.25 Elise G Elliott, Adrienne S Ettinger, Brian P Leaderer, Michael B Bracken, Nicole C Deziel.(2016).« A systematic evaluation of chemicals in hydraulic- fracturing fluids and wastewater for reproductive and developmental toxicity », Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology.26 Physicians for Social Responsibility.(2018).Compendium of Scientific, Medical, and Media Findings Demonstrating Risks and Harms of Fracking: Fifth Edition.[En ligne] https ://www.psr.org/wp-content/ uploads/2018/04/Fracking_Science_Compendium_5.pdf 27 Jemielita T, Gerton GL, Neidell M, Chillrud S, Yan B, et al.(2015).« Unconventional Gas and Oil Drilling Is Associated with Increased Hospital Utilization Rates ».PLOS ONE 10(8): e0137371. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 117 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Un des impacts particulièrement préoccupants de cette méthode d\u2019extraction est son incidence sur la reproduction humaine, notamment l\u2019accroissement des fausses couches et des malformations congénitales28.Une chercheuse montréalaise, Élise Caron-Beaudoin, s\u2019est penchée sur l\u2019exposition pendant la grossesse aux composés organiques volatils et métaux traces dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique, une région où on exploite du gaz naturel par fracturation hydraulique.Les résultats issus de cette étude-pilote semblent indiquer une exposition accrue, chez les participantes, à un métabolite du benzène ainsi qu\u2019à différents métaux lourds en comparaison avec la population générale canadienne29 ; de quoi s\u2019inquiéter sérieusement pour les communautés résidant à proximité des opérations de fracturation hydraulique.Un jeu qui n\u2019en vaut pas la chandelle Il semble donc évident qu\u2019accepter que le projet Énergie- Saguenay aille de l\u2019avant contribue à encourager une industrie nuisible pour la santé au Québec comme au Canada.De plus, ce projet est complètement injustifiable sur le plan climatique et ne prend pas en compte les découvertes les plus récentes en matière de soutenabilité environnementale.Si nous sommes soucieux et soucieuses de la santé de nos concitoyen.ne.s, mais aussi des générations futures, il nous faut entamer dès à présent une transition énergétique afin de nous défaire de notre dépendance aux énergies fossiles.28 Balise V.D et al.(2016), « Systematic review of the association between oil and natural gas extraction processes and human reproduction ».Fertility and sterility, volume 106.p.795-819.29 Caron-Beaudoin, Elyse ; Valter, Naomi; Chevrier, Jonathan ; Ayotte, Pierre; Frohlich, Katherine; Verner, Marc-André (2018).« Gestational exposure to volatile organic compounds (VOCs) in Northeastern British Columbia, Canada: A pilot study », Environment International, vol.110.p.131-138. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 118 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Les effets sur la santé ne peuvent être considérés comme de simples dommages collatéraux.En ce sens, le projet Énergie-Saguenay soulève des questions éthiques importantes.q 119 Saguenay, le gaz et le non-sens Rodrigue Turgeon et Alexandre Carrier* Si Gazoduq avait d\u2019abord demandé aux Anichinabés et à l\u2019Abitibi leur consentement\u2026 Pas de consentement, pas de pipeline Le 15 novembre 2018, une myriade de villes, villages et communautés autochtones de trois régions du Nord québécois \u2013 qui n\u2019avaient rien demandé de tel \u2013 apprenaient qu\u2019une filiale multinationale aux allures nominales québécoises, Gazoduq Inc., convoitait leurs territoires pour forcer le passage d\u2019un immense pipeline en plein cœur de la forêt boréale.Par près de 782 km, l\u2019ambition étant de scinder l\u2019Abitibi, la Haute-Mauricie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.L\u2019une après l\u2019autre.S\u2019il est pertinent de développer une riche réflexion sur les inextricables conséquences environnementales, sociales et économiques appréhendées par l\u2019établissement potentiel de ces mégaprojets méthaniers dans notre province, il s\u2019avère d\u2019autant plus nécessaire d\u2019insister qu\u2019en l\u2019espèce, les populations du nord du Québec n\u2019ont jamais demandé d\u2019être traversées par ce pipeline et qu\u2019elles sont, de surcroît, très loin d\u2019accepter l\u2019imposition de cette idée.En suivant le fil de ces lignes, nous vous proposerons une incursion en terres abitibiennes, et plus particulièrement anichinabées (terme largement préféré par les Algonquins pour se désigner eux-mêmes).* Rodrigue Turgeon, LL.B.J.D.et Me Alexandre Carrier L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 120 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s [NDLR] En français, on relève la forme Anicinabe (ou Anicinape) qui se prononce [anichinabé], parfois suivie du g (dur) ou du k qui indiquent le pluriel.L\u2019Office québécois de la langue française privilégie, dans un but de cohérence et de simplification linguistiques, une forme francisée rapprochée de la prononciation originale.On écrira Anichinabé (masculin) et Anichinabée (féminin) pour le nom propre et anichinabé (masculin) et anichi- nabée (féminin) pour l\u2019adjectif.Les deux formes, nom et adjectif, prennent le s au pluriel.Nous tenterons de vous présenter le portrait de la situation qui pourrait prévaloir présentement si Gazoduq avait d\u2019abord demandé aux occupant.e.s de ces contrées leurs consentements avant de prétendre pouvoir s\u2019y établir.La première partie de notre exposé consistera à remonter la trame générale des relations entretenues entre Gazoduq et la population abitibienne, en portant une attention particulière à l\u2019approche développée auprès de la Première Nation anichinabée.Nous concentrerons ensuite notre discussion sur certaines questions d\u2019ordre juridique associées aux droits autochtones en matière de consultation et de consentement préalable, libre et éclairé, déterminantes pour ce type de projet de développement.Nous y intégrerons les perceptions entretenues par de nombreuses personnes anichinabées que nous avons rencontrées dans le cadre de la rédaction de cet article.Posez-nous la question et qu\u2019on n\u2019en parle plus Le 15 octobre 2018, soit un mois jour pour jour avant le dévoilement officiel du pipeline, un sondage commandé par la compagnie gazière concluait que seulement 33 % des répondant.e.s habitant dans le corridor d\u2019étude du gazoduc lui étaient favorables.Nous ne devons la diffusion de ces résultats, en décembre dernier, qu\u2019à leur bienheureuse \u2013 et mystérieuse \u2013 découverte par Alexandre Shields, journaliste pour Le Devoir. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 121 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s En ces heures où les projets extractivistes les plus insensés sur le plan environnemental peuvent encore espérer naître en s\u2019arrogeant la démonstration quelconque d\u2019une acceptabilité sociale sans balises ni critères, on comprend très bien que Gazoduq aurait sans doute préféré ne jamais demander l\u2019opinion des personnes sondées.Même en cachette.Toujours est-il qu\u2019à l\u2019heure actuelle, la multinationale n\u2019a encore jamais posé publiquement la simple question originelle « voulez-vous de notre pipeline ?».Ni généralement à la population de l\u2019Abitibi, ni particulièrement aux membres des communautés anichinabées.Consulter cinq fois sans vraiment consulter Question de mieux contourner ladite question, les stratèges en relations publiques de Gazoduq ont élaboré un plan de consultation des populations visées devant se dérouler en cinq phases.La société multimilliardaire est guidée à travers ce processus de « fabrication d\u2019acceptabilité sociale » par la firme Transfert Environnement & Société qui prête son image québécoise et qui loue ses services de marketing éco- blanchissant au bénéfice exclusif de sociétés extractivistes.Ce qui ne l\u2019empêche pourtant pas de s\u2019afficher aux yeux des populations touchées comme une entité « indépendante » et digne de confiance\u2026 Les deux premières phases de consultation, qui s\u2019échelonnèrent sur les trois premiers mois suivant la révélation du projet, se tinrent à huis clos avec des « parties prenantes » triées sur le volet et réputées, dans la quasi-totalité, pour leur soutien indéfectible envers la cause minière et forestière dans la région (MRC, chambres de commerce, associations de véhicules récréatifs, clubs de chasse et pêche\u2026).À notre connaissance, la seule organisation militant pour la protec- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 122 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s tion de la nature abitibienne qui reçut une invitation pour assister ces rencontres fut l\u2019Action boréale, désormais farouchement opposée au pipeline.À la mi-février, la troisième phase s\u2019ouvrit enfin au public abitibien sous la forme de séances de kiosques d\u2019information tenues dans les cinq principales villes de la région aux ciels infinis.Lors de cette tournée, la multinationale n\u2019a organisé aucune séance d\u2019information publique au sein des neuf communautés anichinabées du Québec.Plutôt qu\u2019offrir des assemblées publiques passant en revue chaque aspect du projet au bénéfice de l\u2019assistance, plusieurs perçurent dans la formule retenue par le promoteur une manifestation de la classique stratégie de division de la population.De la provocation au manque de respect Deux événements se déroulant en marge de cette troisième phase de consultation ont provoqué l\u2019irritation de certains groupes de l\u2019Abitibi envers les méthodes de la compagnie en matière de relations publiques.D\u2019abord, le 13 février, une quarantaine de citoyen.ne.s préoccupé.e.s se sont réuni.e.s pour tenir une assemblée populaire à Amos afin d\u2019échanger sur les grands enjeux soulevés par le projet, mais également pour jeter les bases d\u2019une éventuelle mobilisation contre celui-ci.Sans daigner se présenter, ni s\u2019afficher comme telles, deux agentes de la firme Transfert Environnement & Société tentèrent de se fondre dans la masse, armées de calepins de notes prises frénétiquement.Rapidement reconnues par l\u2019équipe du collectif Gazoduq, parlons-en ! ayant organisé la soirée, elles prétendirent d\u2019abord être présentes en leur nom personnel, refusèrent de quitter les lieux et refusèrent de prendre une photo avec le reste des gens présents à la fin de l\u2019événement. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 123 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Le dénouement désolant de cet événement découragea néanmoins leur réapparition lors des deux assemblées populaires suivantes qui réunirent, à Rouyn-Noranda et à Val-d\u2019Or, une quarantaine de personnes à chaque occasion, témoignant ainsi ouvertement d\u2019une réelle volonté de l\u2019ensemble de la région de se rassembler pour s\u2019opposer au pipeline.Plusieurs autres événements du genre devraient se tenir tout au long de l\u2019été partout dans la région.Gazoduq commit cependant sa plus grande bourde le vendredi 15 février lors de sa première séance de kiosques d\u2019information qui se tint à l\u2019hôtel Forestel de Val-d\u2019Or.Pure coïncidence, au même endroit et au même moment se tenait le grand sommet de la Première Nation anichinabée qui réunissait des représentant.e.s des onze communautés du Québec et de l\u2019Ontario.Or, Gazoduq n\u2019eut même pas la décence d\u2019inviter les chefs anichinabés à sa séance.Mais il y a pire puisqu\u2019à ce moment, près de 100 jours après son dévoilement au grand public, l\u2019entreprise n\u2019avait toujours pas amorcé officiellement ses consultations auprès des communautés anichinabées.Sans oui, c\u2019est non Comme l\u2019a rapporté ce jour-là le journaliste Thomas Deshaies, plusieurs chefs anichinabés ont retenu un goût amer de ce premier rendez-vous manqué avec Gazoduq.La grande cheffe du « Conseil tribal de la nation algonquine Anishnabeg », Verna Polson, s\u2019est exprimée sans détour : « Ma position en tant que grande cheffe, c\u2019est sans consentement, pas de projet.Assez, c\u2019est assez.Ils doivent comprendre ».Une déclaration sans compromis appuyée par Steeve Mathias, le chef de la communauté de Winneway, qui relatait le message « clair et net » adressé par les chefs au L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 124 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s responsable de Gazoduq des relations avec les Autochtones : « dorénavant, pour les projets qui touchent plusieurs communautés, ce sera la nation qui va prendre position.Pas de consentement, pas de développement ».Pas de consentement, pas de pipeline.Sans oui, c\u2019est non.Il ne s\u2019agit pas seulement pour Gazoduq de s\u2019acquitter de ses obligations en matière de consultation auprès des Autochtones.Il lui faudra le consentement des Anichinabés.Nuance.À défaut de quoi, comme l\u2019a soutenu la grande cheffe Polson dès la mi-février, « les Anichinabés n\u2019hésiteront pas à se lever pour bloquer le projet ».Des propos qui trouvent écho chez les membres de plusieurs communautés anichinabées que nous avons rencontrées dans le cadre de cet article.La force d\u2019un réseau Martin Gunn, de Kitcisakik, garde des souvenirs impérissables de son enfance en forêt, « de ce que c\u2019était de vivre autrefois ; chasse, trappe, pêche, filet\u2026 » Après s\u2019être renseigné sur les impacts de la fracturation hydraulique et sur les dégâts environnementaux engendrés par les gazoducs, il s\u2019affiche résolument contre le projet qui menace la terre de ses ancêtres.Rencontré le 9 mai au Pavillon Premiers-Peuples de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, il ignorait à ce moment si le conseil de sa communauté avait finalement été consulté par la compagnie.Qu\u2019à cela ne tienne, parce qu\u2019à son avis, les consultations, « ça ne sera jamais assez suffisant, il faut regarder pour les générations futures ». L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 125 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s À en croire les informations que nous avons colligées sur le terrain et celles rapportées le 26 avril par le journaliste Ismaël Houdassine de Radio-Canada, Gazoduq aurait néanmoins bel et bien amorcé son opération de rattrapage auprès de certains conseils des communautés visées par son tracé.La compagnie aurait entamé ses représentations auprès de huit communautés appartenant aux trois Premières Nations concernées d\u2019ouest en est : les Anichinabés, les Attikameks et les Innus.De profondes différences marquaient les positions des différents chefs en sortant de leur réunion portant sur le sujet à la fin avril.Au moment où vous lirez ces lignes, la deuxième rencontre qui devait se tenir les 27 et 28 mai à Montréal aura certainement fait évoluer considérablement le chapitre des relations entretenues par la compagnie avec les Autochtones.Quelle qu\u2019en soit l\u2019issue, Adrienne Jerome, cheffe de la Nation anichinabée de Lac Simon, voisine de Kitcisakik, s\u2019est voulue catégorique lorsque questionnée par Radio- Canada : « Il n\u2019est pas question que le pipeline passe chez nous.Il y a beau y avoir des milliards d\u2019investissements, il passera ailleurs.Il y a des limites à vouloir nous acheter avec de l\u2019argent.Notre terre n\u2019a pas de prix.On n\u2019est pas d\u2019accord.Un pipeline, ce n\u2019est pas seulement un pipeline.Cela signifie la destruction d\u2019une partie de la forêt, la construction d\u2019installations polluantes, l\u2019augmentation de l\u2019activité humaine dans des zones sauvages.» Une position qu\u2019elle a réitérée le 27 avril sous un tonnerre d\u2019applaudissements lors d\u2019une manifestation à Rouyn- Noranda tenue dans le cadre du mouvement La planète s\u2019invite au parlement.La vive opposition au pipeline de la cheffe Jerome, appuyée notamment par la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien, avait alors agit comme un véritable cri et motif de ralliement pour les plus de 250 personnes rassemblées. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 126 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Cela dit, pour l\u2019ensemble des intervenant.e.s anichinabé.e.s provenant de quatre communautés que nous avons rencontrées, il ne suffit pas de s\u2019adresser aux chefs et aux conseils de bande pour s\u2019attirer le respect de l\u2019ensemble de leurs membres.En date du 13 mai, soit pratiquement six mois après sa révélation au grand public, Gazoduq n\u2019avait toujours pas mené d\u2019assemblées publiques au sein des communautés anichinabées.Avec raison, des membres de communautés situées au Témiscamingue nous ont confié leurs craintes d\u2019être mises de côté par Gazoduq qui souhaite ancrer son pipeline au cœur des territoires des trois communautés de l\u2019Abitibi : Pikogan, Lac Simon et Kitcisakik.De dépossession à recouvrement Bien que la colonisation massive de l\u2019Abitibi ait eu lieu à l\u2019aube du siècle dernier, les relations entre les Anichinabées et les Blancs remontent au XVIIe siècle et doivent leur origine au commerce des fourrures.Puis, vers les années 1830, l\u2019exploitation forestière en partance du lac Témiscamingue a progressivement amorcé son œuvre de dépossession territoriale des Autochtones de la région.Des générations entières d\u2019Anichinabés vivant plus au Nord, près des terres convoitées par Gazoduq, ont assisté à la destruction perpétuelle de leur territoire ancestral par l\u2019industrie minière qui s\u2019y développe durablement depuis maintenant plus de cent ans.Depuis les débuts de la colonisation au Québec, le territoire a joué un rôle important dans les rapports entre l\u2019État et les peuples autochtones.Pensons par exemple aux réserves créées au Québec à partir du XIXe siècle pour sédentariser les nations autochtones.Du même coup, on libérait les territoires ancestraux de ces nations, indispensables à leur subsistance (notamment par la chasse, la pêche, le L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 127 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s trappage et la cueillette), et on les rendait disponibles à l\u2019exploitation agricole et forestière.Les peuples autochtones ont lutté contre cette dépossession territoriale.Leurs revendications ont entraîné une protection juridique de leurs droits, notamment dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) de même que dans le paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 (LC1982).Nous analyserons ici deux dispositifs juridiques qui encadrent le contact entre promoteur de projet et peuples autochtones : les ententes de répartition des avantages (ERA) qui découlent de l\u2019exigence de consentement libre, préalable et éclairé inscrit dans la DNUDPA et l\u2019obligation de consulter et d\u2019accommoder découlant du paragraphe 35(1) LC1982.Comme nous le verrons, actuellement, les deux dispositifs ne permettent pas au gouvernement de contrôler les actions consultatives de Gazoduq.Le paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 énonce que « [l]es droits existants \u2013 ancestraux ou issus de traités \u2013 des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés ».Cependant, cette disposition n\u2019énumère pas précisément quels sont les droits protégés.Elle constitue plutôt une « coquille vide » devant être remplie par les nations elles-mêmes.C\u2019est-à-dire que pour déterminer les droits de chaque nation, celles-ci doivent entamer des procédures judiciaires ou négocier un traité avec l\u2019État, deux options extrêmement longues et coûteuses.Ainsi, actuellement, seules 3 des 11 nations autochtones du Québec ont des droits prouvés ayant été reconnus dans des traités ; la Première Nation anichinabée n\u2019en fait pas partie, mais elle est en processus de revendication pour son territoire, qui n\u2019a à proprement dit jamais été cédé ou conquis. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 128 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s L\u2019obligation de consulter et d\u2019accommoder En 2004, constatant la difficulté pour plusieurs nations de protéger leurs droits non prouvés, la Cour suprême du Canada a élaboré, dans la décision Nation Haïda c.Colombie- Britannique (Ministre des Forêts), l\u2019obligation de consulter et d\u2019accommoder.Il s\u2019agit d\u2019une obligation forçant la Couronne (les gouvernements fédéral et provinciaux) à consulter les peuples autochtones et à accommoder leurs intérêts avant de prendre une décision touchant aux droits prouvés ou simplement revendiqués par ces derniers.En résumé, cette obligation permet d\u2019impliquer les nations autochtones dans les décisions de la Couronne qui les touchent, ce qui inclut la décision d\u2019exploiter les ressources naturelles.Mode de fonctionnement La plupart des droits ancestraux appartiennent aux communautés autochtones et non à des individus.C\u2019est donc le conseil de bande, en tant que représentant officiel de la communauté, qui est l\u2019interlocuteur principal du gouvernement lors du processus consultatif (Behn c Moulton Contracting Ltd, 2013 CSC 26, paras 3033).La consultation de la Couronne n\u2019est donc généralement pas publique et se tient avec les membres du conseil de bande.Cela n\u2019empêche pas la communauté touchée de tenir des assemblées publiques pour relayer l\u2019opinion de ses membres.La mise en œuvre de l\u2019obligation se déroule en trois étapes durant lesquelles le gouvernement et les nations autochtones doivent coopérer de bonne foi (Nation Haïda, para 42).Premièrement, le déclenchement de l\u2019obligation par la Couronne et l\u2019évaluation préliminaire de deux aspects : (i) la force de l\u2019obligation, qui dépend des atteintes causées par L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 129 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s la décision envisagée (par exemple une mine à ciel ouvert a plus d\u2019impacts que le prélèvement de carottes de terre) et (ii) la force des droits ancestraux qui sont revendiqués (quelles sont les preuves qui étayent ces droits ; est-ce que le gouvernement négocie actuellement avec la nation pour reconnaître ces droits ?).Deuxièmement, la consultation.Troisièmement, l\u2019accommodement.Le gouvernement doit avoir rempli son obligation avant d\u2019autoriser tout projet d\u2019exploitation des ressources naturelles (Chippewas of the Thames First Nation c Pipelines Enbridge inc, 2017 CSC 41 para 59).Mise en contexte L\u2019adéquation du processus consultatif s\u2019évalue contextuelle- ment.Comment ?Entre autres par l\u2019examen du contenu des consultations, par la nature des impacts sur les droits de la nation, par la durée des consultations et en déterminant si l\u2019intérêt public milite en faveur de la réalisation efficace du projet (Prophet River First Nation v British Columbia [Minister of Forests, 2016 BCSC 2007 para 166]).Le processus de consultation et d\u2019accommodement doit aussi tenir compte des impacts sur les animaux lorsque l\u2019exercice des droits ancestraux de chasse dépend de l\u2019existence de ces animaux ; cela est particulièrement important lorsqu\u2019une espèce, tel le caribou forestier, est en danger d\u2019extinction [West Moberly First Nations v.British Columbia (Chief Inspector of Mines), 2011 BCCA 247, para 146].En somme, l\u2019obligation vise un dialogue non paternaliste, rapide et significatif permettant une compréhension mutuelle des impacts potentiels sur les droits autochtones et des L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 130 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s accommodements possibles pour minimiser ces impacts [Coastal First Nations v British Columbia (Environment), 2016 BCSC 34 para 209].Le point de départ L\u2019obligation est déclenchée lorsque la Couronne a connaissance, réelle ou présumée, qu\u2019une décision qu\u2019elle envisage pourrait avoir un impact sur un droit autochtone [Nation Haïda, para 35].Le spectre des mesures gouvernementales pouvant déclencher l\u2019obligation est très large et peut s\u2019étendre aux décisions de planification territoriale, par exemple : \u2022 l\u2019échantillonnage ou l\u2019exploration minière ; \u2022 l\u2019approbation d\u2019un plan de gestion forestière ; \u2022 la décision de subordonner un projet à une évaluation environnementale ; \u2022 la conception du processus d\u2019évaluation environnementale d\u2019un gazoduc ; \u2022 l\u2019examen approfondi des besoins d\u2019infrastructure et de capacité de transport d\u2019électricité d\u2019une province.[Canada [Gouverneur général en conseil] c Première Nation Crie Mikisew, 2016 CAF 311 para 46 ; Rio Tinto Alcan Inc c Conseil tribal Carrier Sekani, 2010 CSC 43 para 44 ; Ross River Dena Council v Government of Yukon 2012 YKCA 14 para 33] Dans le cas de Gazoduq, à notre connaissance, aucune décision gouvernementale n\u2019a encore été prise.L\u2019obligation n\u2019est donc potentiellement pas déclenchée.On peut toutefois prévoir que l\u2019entreprise devra demander des permis au gouver- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 131 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s nement fédéral ,par l\u2019entremise de l\u2019Office national de l\u2019énergie (ONÉ), et au gouvernement québécois, par l\u2019entremise du ministère de l\u2019Environnement et le la Lutte aux changements climatiques [MELCC] de même qu\u2019à la Commission de protection du territoire agricole du Québec [CPTAQ].Délégation ne rime pas avec aveuglement La Cour suprême a écrit que la Couronne peut déléguer certains aspects « procéduraux » de la consultation aux promoteurs de projet d\u2019exploitation de ressources naturelles, sans définir ce qui est « procédural » (para 53).Certains paliers de gouvernement ont déjà profité de l\u2019intérêt des promoteurs à ce que l\u2019obligation soit remplie pour que leur projet aille de l\u2019avant et ainsi leur déléguer une large part de cette obligation coûteuse et hautement politique (Isaac et Knox, « The Crown\u2019s Duty to Consult Aboriginal People », 2003, p 72-73).La détermination de ce qui peut être sujet à la délégation est souple ; il faut étudier l\u2019ensemble du processus de consultation et d\u2019accommodement plutôt qu\u2019un facteur en particulier.En règle générale, la Couronne peut se baser sur la consultation effectuée par le promoteur tant qu\u2019elle garde la capacité de s\u2019assurer du respect de l\u2019obligation, et ce, même si les aspects procéduraux de l\u2019obligation ne lui ont pas été formellement délégués (Tsleil-Waututh Nation c.Canada, Procureur général, 2018 CAF 153, para 153-159).Donc, lorsque la Couronne délègue certains aspects de la consultation au promoteur, elle doit mettre en place des mesures de vérification pour s\u2019assurer que le processus est significatif ; elle ne peut se contenter d\u2019une déclaration du promoteur assurant que l\u2019obligation a été remplie (Dupont et Ruel, Aboriginal Law \u2013 The Crown\u2019s Duty To Consult And The Involvement Of Natural Resources Proponents In The Consultation Process, 2013). L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 132 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s En conclusion, cette situation entraîne plusieurs questionnements : le promoteur a-t-il les moyens financiers pour remplir adéquatement les aspects procéduraux de cette obligation pouvant exiger d\u2019embaucher des experts (biologistes, anthropologues, etc.) ?A-t-il la légitimité démocratique et l\u2019indépendance nécessaires pour traiter seul les enjeux soulevés par des communautés pouvant être opposées à son projet ?Le promoteur détient-il les connaissances suffisantes quant aux réalités des nations autochtones pour comprendre l\u2019ensemble des impacts qu\u2019elles subissent et pour savoir que les impacts de leur propre projet viennent s\u2019additionner à ceux de plusieurs autres projets préexistants ?Cela est particulièrement préoccupant lorsque l\u2019on sait que les lignes directrices du gouvernement du Canada encouragent la délégation de l\u2019obligation de consultation et d\u2019accommodement (Canada, Lignes directrices actualisées à l\u2019intention des fonctionnaires fédéraux pour respecter l\u2019obligation de consulter, 2011).Gazoduq et le consentement des nations autochtones L\u2019exigence, basée sur la DNUDPA, du consentement préalable, libre et éclairé des nations autochtones avant tout développement sur leurs territoires ancestraux est de plus en plus acceptée au sein de l\u2019industrie extractive, quoiqu\u2019elle ne soit pas encadrée par la loi au Québec.La recherche du consentement pousse les promoteurs à négocier des contrats appelés « ententes de répartition des avantages » avec les communautés autochtones touchées par leurs projets.Le but de ces ententes est de compenser les aspects négatifs découlant du projet, de faire profiter les communautés des retombées du projet et d\u2019éviter les contestations judiciaires (Imai, « Consult, Consent and Veto: International Norms and Canadian Treaties », 2016). L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 133 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Cependant, la négociation et la signature d\u2019une ERA dépendent entièrement du bon vouloir des entreprises.Cela peut expliquer pourquoi Gazoduq n\u2019a pas pris contact avec l\u2019ensemble des nations autochtones potentiellement touchées par le projet.Voici l\u2019engagement de Gazoduq sur son site web par rapport à sa démarche auprès des communautés autochtones : Des communautés autochtones et d\u2019autres intervenants ont été rencontrés dès la phase de planification du projet.Ces échanges ont permis de déterminer certains paramètres du corridor à l\u2019étude et de la démarche d\u2019implantation.Toutes les ententes avec les communautés autochtones se feront selon les plus hautes valeurs éthiques et dans le strict respect des lois, des règlements, des décrets et des traités en vigueur, et ce sans exception.Notre volonté est de développer un projet qui deviendra la référence de l\u2019industrie, dans le respect de toutes les communautés impliquées [nos soulignements].Voici également les objectifs qu\u2019ils disent vouloir atteindre : \u2022 Partage d\u2019information bidirectionnel \u2022 Minimiser les effets négatifs \u2022 Maximiser les opportunités et bénéfices mutuels Visiblement, Gazoduq s\u2019est engagé au respect des plus hautes normes de l\u2019industrie en matière de respect des peuples autochtones.La littérature sur la responsabilité sociale des entreprises est généralement voulant que les entreprises doivent tendre vers le consentement libre, préalable et éclairé de peuples autochtones (Fréchette, « Exploitation des ressources naturelles du Nord québécois : quelle place pour le droit au consentement libre, préalable et éclairé ?», 2019, p.51-53). L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 134 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Le Conseil international des mines et métaux a lancé un guide des bonnes pratiques, lequel suggère entre autres à ses membres les outils suivants : S\u2019assurer que l\u2019engagement envers les peuples autochtones est compatible avec leurs processus décisionnels [outil 4] ; Travailler à obtenir le consentement : Suggestion d\u2019un processus intégré aux efforts d\u2019engagement de l\u2019entreprise [outil 11] ; Étapes pour parvenir à un consensus [outil 3].L\u2019association minière du Canada suggère pour sa part à ses membres de consulter les communautés locales pour déterminer quelles sont les communautés d\u2019intérêts devant être consultées (Fréchette).En comparant ces normes avec les agissements de Gazoduq relatés dans notre article, il apparaît pour le moins ardu de déceler où la compagnie extractiviste se positionne réellement par rapport aux meilleures pratiques de l\u2019industrie.Et maintenant À l\u2019heure actuelle, la quatrième phase de « consultations » de Gazoduq bat son plein en Abitibi alors que la compagnie est retournée se cloisonner derrière ses portes closes.Qu\u2019importe, son objectif de présenter à huis clos la « zone d\u2019aménagement privilégiée » de son pipeline à ses alliés traditionnels fut ruiné à Amos le lendemain du jour de la terre.Pour sa cinquième phase, Gazoduq proposait une « caravane d\u2019assemblées publiques » dans les villes et villages visés par le tracé précisé.La caravane s\u2019arrêtera-t-elle chez les Anichinabés ?Si oui, dans quelles communautés ? L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 135 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Que retenir de notre exposé factuel et juridique entourant les relations nordiques passées et à venir de Gazoduq ?Peut-être simplement ceci, trop simplement, peut-être.L\u2019absurdité, aussi incroyable que réelle, qu\u2019une compagnie multinationale puisse prétendre consulter la population abitibienne tout en évitant de lui poser la fameuse question « en voulez-vous de notre pipeline ?».L\u2019absurdité, aussi incroyable que réelle, que Gazoduq puisse s\u2019engager au plus haut respect des communautés anichi- nabées tout en prétendant pouvoir passer son pipeline à travers la communauté anichinabée du Lac Simon qui le refuse.À ce point-là, ça ne vaut même plus la peine de se demander ce qu\u2019il se serait passé si Gazoduq avait d\u2019abord demandé aux Anichinabés et à l\u2019Abitibi leurs consentements\u2026 Car comme le disait avec raison Réal Brazeau, membre de la communauté de Lac Simon le 9 mai dernier lors d\u2019une présentation publique à Val-d\u2019Or, « le gaz, les gazoducs, c\u2019est nouveau ici, pour nous comme pour vous ».Ce qui ne change pas, par contre, c\u2019est l\u2019attitude irrévérencieuse des compagnies extractivistes qui prétendent consulter les gens de la place et qui prétendent respecter leur consentement sans jamais évoquer de possibilité d\u2019annulation du projet en cas de refus.Ça, l\u2019Abitibi et les Anichinabés connaissent ça.q 136 Saguenay, le gaz et le non-sens Isabel Brochu et Jean-Guillaume Simard* Municipalités locales et MRC : proximité avec qui ?La région du Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean, et plus particulièrement la ville de Saguenay et les municipalités de la MRC du Fjord-du-Saguenay, est le lieu de convergence de plusieurs enjeux qui dépassent largement les limites administratives de son territoire.La zone industrialo-portuaire de Saguenay (ci-après Zone IP), reconnue par le gouvernement du Québec en 2016 dans le cadre de sa stratégie maritime, a attiré plusieurs projets industriels devant se concrétiser au cours des prochaines années : usine de transformation de concentré de fer en fonte brute et en ferrovanadium, usine cryogénique, complexe d\u2019exportation de gaz naturel liquéfié et construction d\u2019un terminal maritime en rive nord du Saguenay (dans la municipalité de Sainte-Rose-du-Nord)1.La protection de 1 Cette infrastructure maritime est liée au projet d\u2019exploitation de la mine du Lac à Paul de la minière Arianne Phosphate.Bien que Port Saguenay ait publiquement affirmé qu\u2019elle dépend de la mine (« pas de mine pas de port », tel que spécifié par Carl Laberge, directeur de Port Saguenay), le rapport annuel 2017 de l\u2019organisation indique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un port multiusager qui servirait à d\u2019autres projets liés à la stratégie du Plan Nord.Le terminal et la mine ne sont pas situés dans la Zone IP, mais le transport par bateau fait partie des enjeux environnementaux soulevés par l\u2019ensemble des projets relativement aux effets cumulatifs du transport maritime.* Isabel Brochu, M.A.en études régionales, consultante en développement territorial et professionnelle de recherche à l\u2019UQAC et Jean-Guillaume Simard, PH.D.en développement régional et enseignant au département des techniques d\u2019aménagement et d\u2019urbanisme du Cégep de Jonquière. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 137 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s l\u2019environnement et du fjord du Saguenay, les changements climatiques, le développement et la diversification économique en région éloignée traversent le débat sur le développement de ces projets industriels de la zone industrialo- portuaire.La confrontation des enjeux locaux, supralocaux, nationaux et mondiaux, soulève plusieurs questions, dont celles du rôle, des compétences et du pouvoir des autorités locales (municipalités) et supralocales (MRC) face aux défis du XXIe siècle.Notre texte se penche spécifiquement sur ce sujet avec une attention particulière concernant la place des citoyens qui sont les premiers visés par les impacts et retombées des projets.Une multiplicité d\u2019acteurs publics L\u2019Administration portuaire du Saguenay (ci-après Port Saguenay) est propriétaire des terrains dédiés au développement industriel de la Zone IP tout en étant promoteur et gestionnaire du terminal maritime de Grande-Anse situé à Saguenay (arrondissement de La Baie)2.L\u2019organisation opère aussi le terminal des croisières internationales au quai de l\u2019arrondissement de La Baie3.Port Saguenay est un organisme fédéral autonome relevant de Transport Canada.Son conseil d\u2019administration est composé de sept personnes, la plupart venant du milieu des affaires de la région, dont deux sont nommés par les gouvernements du Canada et du Québec et un autre par la ville de Saguenay.Pour favoriser 2 Les dernières données du registre foncier indiquent que les terrains où sont localisées les infrastructures du terminal maritime Grande-Anse sont la propriété du gouvernement du Québec et qu\u2019Administration portuaire du Saguenay a un bail de location.3 Les bateaux de croisières ne sont pas liés directement aux projets industriels.Comme le terminal maritime en rive nord du Saguenay, ils font partie des préoccupations environnementales liées au transport maritime.59 bateaux de croisière sont attendus en 2019 et Promotion Saguenay a annoncé l\u2019ajout de croisières hivernales d\u2019ici 2022. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 138 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s l\u2019attraction, l\u2019installation et les opérations des industries, il est nécessaire d\u2019approvisionner la Zone IP en gaz naturel, électricité, eau de procédé et eau potable.Il est essentiel de distinguer ces deux volets soit, d\u2019une part, les interventions relatives à l\u2019approvisionnement de la Zone IP pour répondre aux besoins des industries, et, d\u2019autre part, les projets industriels.Toutes ces interventions génèrent diverses procédures qui se déroulent sensiblement dans une même période.Les projets liés à l\u2019approvisionnement et aux usines sont soumis à divers processus permettant à la fois de vérifier leur conformité aux lois et règlements et de s\u2019assurer, si la loi le prévoit, que les populations concernées soient informées ou consultées sur les impacts.Le tableau reproduit dans le présent article résume les interventions et projets visés par le développement de la Zone IP ainsi que les autorités directement concernées par l\u2019information et la consultation citoyennes.Notons qu\u2019il y a deux projets de ligne de transport électricité soit l\u2019une pour approvisionner la Zone IP et l\u2019autre dédiée spécifiquement aux opérations de l\u2019usine de liquéfaction de gaz naturel.Nous n\u2019avons pas la liste des communautés autochtones visées par les projets, mais elles sont incontournables dans les procédures de consultation.Le territoire québécois est morcelé par une multiplicité de découpages administratifs et législatifs.Les rôles, responsabilités et compétences des MRC, municipalités et autres organisations publiques s\u2019ajoutent à ceux des gouvernements du Canada et du Québec.Le décompte des organisations qui interviennent dans le développement de la Zone IP est une démonstration probante de cette accumulation.Il faut ajouter à la compilation du tableau tous les ministères fédéraux et provinciaux ainsi que les organismes publics qui produisent des avis (ex.: ministères de l\u2019environnement et des transports des deux paliers, Pêches et Océans Canada, CPTAQ, etc.).À elle seule, la construction du gazo- L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 139 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s duc touche au Québec 5 MRC dans 3 régions différentes, 16 municipalités locales et 2 territoires non organisés.L\u2019ensemble du tracé impose aussi la consultation de 25 communautés autochtones, dont plusieurs au Québec.La loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme, quelle place pour les citoyens ?Le gouvernement du Québec s\u2019est doté à la fin des années 1970 d\u2019une loi encadrant le processus de planification de son territoire.La Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme (LAU) instituait un cadre de référence en définissant les rôles de chacun des paliers gouvernementaux impliqués dans le processus, mais également les outils dont ils disposent afin de planifier leur territoire.La LAU marquait un tournant, car, pour la première fois, elle instituait un modèle de concertation entre les différents paliers, en plus d\u2019associer des responsabilités et des outils de planification propres à chacun de ceux-ci.Au cœur de ce processus figure la MRC, structure créée dans la foulée de l\u2019adoption de la LAU.La MRC est constituée de toutes les municipalités d\u2019un même territoire d\u2019appartenance, dont le conseil est composé des maires de chacune des municipalités constitutives.C\u2019est le conseil de la MRC qui est chargé de se doter d\u2019un schéma d\u2019aménagement et de développement (SAD), outil visant à encadrer la planification du territoire de la MRC et à laquelle devront se soumettre les municipalités locales constitutives.Ce SAD doit par la suite recevoir l\u2019avis de conformité afin de s\u2019assurer qu\u2019il respecte les orientations, lois et politiques gouvernementales.Une fois l\u2019avis de conformité obtenu, les municipalités locales doivent se doter d\u2019un plan d\u2019urbanisme (PU) respectant les orientations émises par le SAD.Une fois ce certificat 140 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 R é s u m é d e s i n t e r v e n t i o n s e t p r o j e t s l i é s à l a Z o n e I P D e s c r i p t i o n A u t o r i t é s p u b l i q u e s V o l e t 1 .A p p r o v i s i o n n e m e n t g a z , é l e c t r i c i t é e t e a u d e l a Z o n e I P A l i m e n t a t i o n e n g a z n a t u r e l P r o m o t e u r : É n e r g i r C o n d u i t e d e 1 5 k m E n v i r o n n e m e n t e t L u t t e c o n t r e l e s c h a n g e m e n t s c l i m a t i q u e s d u Q u é b e c V i l l e d e S a g u e n a y A l i m e n t a t i o n e n é l e c t r i c i t é F o u r n i s s e u r : H y d r o - Q u é b e c L i g n e d e t r a n s p o r t d \u2019 é l e c t r i c i t é d e 9 , 1 k m H y d r o - Q u é b e c ( c o n s u l t a t i o n s p é c i f i q u e ) V i l l e d e S a g u e n a y A l i m e n t a t i o n e n e a u ( d e p r o c é d é e t e a u p o t a b l e ) F o u r n i s s e u r : V i l l e d e S a g u e n a y P r o m o t e u r : D é v e l o p p e m e n t s P o r t S a g u e n a y I n c .V i l l e d e S a g u e n a y a a c c o r d é u n c o n t r a t d e s e r v i c e s à D é v e l o p p e m e n t s P o r t S a g u e n a y I n c .V i l l e d e S a g u e n a y 141 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 V o l e t 2 .L e s p r o j e t s i n d u s t r i e l s G a z o d u c P r o m o t e u r : G a z o d u c i n c .G a z o d u c d e 7 5 0 k i l o m è t r e s p o u r t r a n s p o r t e r l e g a z n a t u r e l d e l \u2019 O u e s t c a n a d i e n j u s q u \u2019 à S a g u e n a y d o n t 2 3 5 k m t r a v e r s e r a i e n t l a r é g i o n d u S a g u e n a y \u2013 L a c - S a i n t - J e a n E n v i r o n n e m e n t e t L u t t e c o n t r e l e s c h a n g e m e n t s c l i m a t i q u e s d u Q u é b e c ( B A P E ) O f f i c e n a t i o n a l e d e l \u2019 é n e r g i e M R C D o m a i n e - d u - R o y V i l l e d e S a g u e n a y M R C L a c - S a i n t - J e a n O u e s t M R C d u F j o r d - d u - S a g u e n a y U s i n e d e l i q u é f a c t i o n e n g a z n a t u r e l P r o m o t e u r : G N L Q u é b e c * * U n e l i g n e d e t r a n s p o r t d \u2019 é l e c t r i c i t é d e 4 5 k m e s t n é c e s s a i r e p o u r a l i m e n t e r l \u2019 u s i n e d e l i q u é f a c t i o n L \u2019 u s i n e d e l i q u é f a c t i o n T r a n s p o r t p a r b a t e a u x E n v i r o n n e m e n t e t L u t t e c o n t r e l e s c h a n g e m e n t s c l i m a t i q u e s d u Q u é b e c ( B A P E ) A g e n c e c a n a d i e n n e d \u2019 é v a l u a t i o n e n v i r o n n e m e n t a l e V i l l e d e S a g u e n a y U s i n e d e t r a n s f o r m a t i o n d e c o n c e n t r é d e f e r e n f o n t e b r u t e e t e n f e r r o v a n a d i u m P r o m o t e u r : M é t a u x B l a c k R o c k ( M B R ) C h e m i n d e f e r p o u r t r a n s p o r t e r l e m i n e r a i d e l a m i n e d e C h i b o u g a m a u à l a Z o n e I P U s i n e d e t r a n s f o r m a t i o n T r a n s p o r t p a r b a t e a u x E n v i r o n n e m e n t e t L u t t e c o n t r e l e s c h a n g e m e n t s c l i m a t i q u e s d u Q u é b e c ( B A P E t e r m i n é ) V i l l e d e S a g u e n a y U s i n e c r y o g é n i q u e P r o m o t e u r : M B R S e r t e x c l u s i v e m e n t à l » u s i n e M B R m a i s n o n - i n c l u s e d a n s l e p r o c e s s u s c o n t r a i r e m e n t à u n e r e c o m m a n d a t i o n d u B A P E * .E n v i r o n n e m e n t e t L u t t e c o n t r e l e s c h a n g e m e n t s c l i m a t i q u e s d u Q u é b e c ( B A P E ) .V i l l e d e S a g u e n a y T e r m i n a l m a r i t i m e e n r i v e n o r d d u S a g u e n a y P r o m o t e u r s : A r i a n n e P h o s p h a t e e t P o r t S a g u e n a y C o n s t r u c t i o n d u t e r m i n a l T r a n s p o r t p a r b a t e a u A g e n c e c a n a d i e n n e d \u2019 é v a l u a t i o n e n v i r o n n e m e n t a l e d u C a n a d a M R C d u F j o r d - d u - S a g u e n a y * P u i s q u e l \u2019 u s i n e c r y o g é n i q u e a s s u r e r a i t e n e x c l u s i v i t é l e s e r v i c e d e l \u2019 u s i n e d e M B R , l \u2019 é v a l u a t i o n e t l \u2019 e x a m e n d e s i m p a c t s s u r l \u2019 e n v i r o n n e m e n t d e c e p r o j e t a u r a i e n t d û ê t r e r é a l i s é s d e f a ç o n c o n c o m i t a n t e a u p r o j e t M B R .À c e t é g a r d , l a p r o c é d u r e d e v r a i t ê t r e r é v i s é e p o u r s \u2019 a s s u r e r q u \u2019 u n t e l p r o j e t s o i t é v a l u é d e f a ç o n s i m u l t a n é e a v e c l e p r o j e t l e j u s t i f i a n t » .P r o j e t d \u2019 u s i n e d e t r a n s f o r m a t i o n d e c o n c e n t r é d e f e r e n f o n t e b r u t e e t e n f e r r o v a n a d i u m à V i l l e d e S a g u e n a y , B A P E , p a g e x i v . L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 142 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s obtenu, chaque municipalité locale de la MRC adopte une réglementation municipale lui permettant ainsi de rendre opposable aux citoyens les orientations d\u2019aménagement définies dans le PU.Ce faisant, la LAU s\u2019assure d\u2019une coordination et d\u2019une cohérence entre les trois paliers concernés.L\u2019un des principes sur lesquels se fonde la LAU est celui d\u2019une participation plus active des citoyens à la prise de décision et à la gestion de l\u2019aménagement4.Le citoyen constitue l\u2019un des acteurs de la LAU, sa présence étant assurée par différents mécanismes de consultation et de concertation.Voyons maintenant comment se traduisent les objectifs de cette loi dans le développement de la Zone IP et de la construction du terminal maritime sur le versant nord du Saguenay.Soulignons que les promoteurs consultent volontairement des organismes ou citoyens touchés directement par leur projet.Par exemple, MBR et GNL Québec ont organisé des séances d\u2019information pour répondre aux questions.Notre intérêt se porte sur celles des institutions démocratiques locales et supralocales.La Zone IP Les terrains de cette zone font partie d\u2019une unité de planification de l\u2019arrondissement de La Baie (119-P).La dominance de l\u2019unité de planification est résolument industrielle, orientée vers le renforcement de la vocation portuaire et maritime des installations de port Saguenay et le développement d\u2019un parc industriel maritime intermodal.Étant donné que cette vocation est déjà présente et que les usages permis à la réglementation municipale s\u2019inscrivent dans cette orientation, rien de force Saguenay à tenir des séances d\u2019information 4 Les principes sont tirés de l\u2019ouvrage : Secrétariat à l\u2019aménagement et à la décentralisation, ministère du Conseil exécutif.« L\u2019aménagement et l\u2019urbanisme », La décentralisation : une perspective communautaire nouvelle, Fascicule 3, 1978. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 143 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s auprès des citoyens pour aller de l\u2019avant avec le projet, les mécanismes d\u2019information et de consultation étant réservés lors de changement dans les outils de planification et réglementaire.De son côté, Port Saguenay n\u2019a aucune obligation légale en ce sens.De fait, les citoyens peuvent se prononcer uniquement par l\u2019entremise du cadre prévu par les organisations publiques comme l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale (ACÉE) ou le BAPE.Il n\u2019est plus possible de débattre des grandes orientations stratégiques de développement de la Zone IP.La ville de Saguenay a respecté le cadre réglementaire en adoptant les résolutions obligatoires pour le développement de cette zone : conformité au schéma d\u2019aménagement de la ligne électrique ou appui de la demande d\u2019Énergir et d\u2019Hydro-Québec à la CPTAQ pour le passage sur des terres agricoles par exemple.La ville de Saguenay a adopté un règlement pour « créer un programme de crédit de taxes à l\u2019investissement en soutien à son développement économique » favorisant le développement de la Zone IP5.Le 3 décembre 2018, le conseil a en outre adopté un règlement pour soutenir l\u2019entrepreneuriat dans la Zone IP par l\u2019entremise d\u2019une aide financière de 150 000 $ à Développements Port Saguenay Inc., une filiale de Port Saguenay6.Le même soir, la ville de Saguenay accordait à ce même organisme le mandat de réaliser les infrastructures nécessaires pour desservir la Zone IP, soit l\u2019approvisionnement en eau potable, eau de procédé, collecte des eaux usées et ouvrages de voirie7.Investissement Québec injecte 30 millions de dollars 5 Résolution VS-R-2018-104 6 Résolution VS-CM-2018-570 7 Résolution VS-CM-2018-569.Notons que cette transaction directe entre une ville et un organisme fédéral étant interdite, Saguenay a eu besoin de l » autorisation du conseil exécutif du gouvernement du Québec. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 144 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s pour réaliser ce mandat.Aucun article de cette résolution ne prévoit ou ne fait mention de la nécessité d\u2019informer ou de consulter la population.Pourtant, la quantité d\u2019eau de procédé nécessaire aux opérations de l\u2019usine de MBR est majeure : 800 m3 en continu, 24 heures par jour, 365 jours par année, pendant au moins 25 ans.À ce jour, nous n\u2019avons pas d\u2019information précise sur le lieu de prélèvement de la ressource.La participation de la population : symbolique ou réelle ?Le concept de participation citoyenne embrasse divers mécanismes qui n\u2019ont pas tous la même valeur.L\u2019échelle de participation de Sherry Arnstein8, encore pertinente aujourd\u2019hui, porte notre attention sur le pouvoir réel des citoyens en considérant que tous les outils ne se valent pas entre eux.Jusqu\u2019à quel point la participation citoyenne influence-t- elle les résultats ou les décisions ?Par exemple, une simple séance d\u2019information est symbolique, car sans effet sur les résultats.Déposer un mémoire aux audiences du BAPE se situe à un niveau plus élevé de l\u2019échelle, car la commission considère les points de vue des citoyens dans l\u2019analyse et le rapport d\u2019enquête.Toutefois, le BAPE n\u2019est pas décisionnel.Le référendum citoyen sur un règlement d\u2019urbanisme constitue un pouvoir réel susceptible de remettre en cause une décision des autorités municipales, mais comme il n\u2019y a pas eu de changement à des dispositions de la réglementation susceptibles d\u2019approbation référendaire, cette possibilité n\u2019était pas envisageable.Dans les cas de la Zone IP et du terminal sur la rive nord, les citoyens ont eu la possibilité de s\u2019exprimer par l\u2019entremise de divers mécanismes liés surtout aux consultations volontaires des promoteurs ou à 8 Arnstein, Sherry R.\u201cA Ladder of Citizen Participation\u201d, JAIP, Vol.35, No.4, July 1969, pp.216\u2013224 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 145 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s celles prévues par la loi (BAPE, ACÉE).Les villes et les MRC étant des instances démocratiques de proximité, elles ont un rôle en ce qui concerne la participation citoyenne.Qu\u2019en est- il de la ville de Saguenay et de la MRC du Fjord-du-Saguenay dans le cheminement des grands projets ?Approvisionnement de la Zone IP et projets industriels L\u2019unique activité d\u2019information organisée par la ville de Saguenay a eu lieu en février 2018 lorsque l\u2019approvisionnement en eau de procédé et potable pour l\u2019usine MBR s\u2019est retrouvé dans les médias.Un des scénarios visait l\u2019utilisation de l\u2019eau de la nappe phréatique de Laterrière.Face à la mobilisation citoyenne, une séance d\u2019information, ciblant spécifiquement la population de l\u2019arrondissement de Laterrière, a été organisée pour répondre à l\u2019inquiétude des citoyens.L\u2019option de la nappe phréatique n\u2019a pas été retenue.On peut donc supposer que, dans ce cas-ci, les citoyens ont exercé un certain contrôle en se mobilisant contre le projet.Selon notre compréhension, l\u2019enjeu de l\u2019approvisionnement en eau est désormais entre les mains de Développements Port Saguenay Inc.qui n\u2019a aucune obligation envers la population.Pour le reste des projets, les séances mensuelles du conseil municipal, où le niveau de participation est symbolique et sans contrôle sur les décisions, sont encore le seul endroit pour poser des questions.Le terminal maritime sur le versant nord du Saguenay Les terrains devant accueillir le terminal maritime sur le versant nord du Saguenay se situent dans la municipalité de Sainte-Rose-du-Nord.Arianne Phosphate Inc., promoteur du projet de mine du Lac à Paul, a déjà acheté plusieurs terrains pour accueillir le nouveau terminal ainsi que les autres équipements et infrastructures (chemin, réservoirs, L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 146 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s etc.).Puisque le territoire visé pour la construction a une vocation de conservation, il est nécessaire de modifier le schéma d\u2019aménagement.La MRC du Fjord-du-Saguenay a donc lancé le processus légal, prévu dans la LAU, comprenant une séance de consultation (30 janvier 2019) qui a mené à l\u2019adoption du règlement modifiant le schéma d\u2019aménagement pour la création d\u2019une zone industrialo- portuaire par Port Saguenay (12 février 2019).Lorsque le ministère des Affaires municipales et de l\u2019Habitation aura accepté le règlement, chaque municipalité concernée par le changement devra procéder à des consultations pour modifier son plan d\u2019urbanisme.C\u2019est à l\u2019étape du changement à la réglementation que les citoyens pourront exiger un référendum étant donné l\u2019ajout d\u2019usages dans la zone qui n\u2019étaient pas permis auparavant.Toutefois, le cas échéant, ce sont uniquement les habitants de Sainte-Rose-du-Nord, et plus spécifiquement des zones contiguës aux changements réglementaires, qui pourront voter alors que les impacts concernent une population beaucoup plus large.De fait, la très grande majorité des personnes qui s\u2019opposent au terminal maritime sur le versant nord du Saguenay, notamment par l\u2019entremise des différents collectifs citoyens, sera en grande partie exclue de cette procédure.Le déroulement de la réunion de consultation du 30 janvier 2019, portant sur le changement d\u2019affectation du site où est projeté le projet par la MRC, est intéressant.Les citoyens présents ont été surpris d\u2019apprendre de la bouche de l\u2019avocat de la MRC du Fjord-du-Saguenay que les élus n\u2019avaient pas le pouvoir de dire non au changement d\u2019affectation.Le projet de port maritime relève du gouvernement fédéral et ce dernier a préséance9, ce que nous confirment les 9 Journal Le Quotidien, 31 janvier 2019, « Arianne Phosphate.La MRC ne peut dire non », p.8. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 147 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s documents transmis par la MRC du Fjord-du-Saguenay.Les opposants au projet ont quand même fait parvenir des suggestions à la MRC tout en contestant son pouvoir réel : « Pourquoi tenir une consultation si la MRC ne peut que donner son aval ?À quel moment du processus la MRC aurait-elle pu refuser un projet sur son territoire 10?» Ces questions nous ramènent au rôle des institutions démocratiques locales dans le développement du territoire.Jusqu\u2019à présent, les mécanismes relèvent davantage d\u2019information que d\u2019une participation active aux décisions.Le rôle politique des institutions Des États généraux de l\u2019aménagement du territoire et de l\u2019urbanisme se sont tenus à Québec en octobre 2016.Le ministère des Affaires municipales et des Régions s\u2019en est inspiré pour rédiger un diagnostic de l\u2019application de la LAU11.Le premier principe énoncé est le suivant : l\u2019aménagement est d\u2019abord une responsabilité politique.Ce principe établit que l\u2019aménagement n\u2019est pas « le fruit de gestes au hasard ou la succession d\u2019événements aléatoires, mais bien la recherche d\u2019une organisation de l\u2019espace orientée par des élus et qui engage l\u2019ensemble de la société » et que « l\u2019adoption de ce projet collectif est un geste fondamentalement politique parce qu\u2019il appartient d\u2019abord aux élus, représentant leurs citoyens, de marquer leur volonté et, par la suite, d\u2019effectuer des choix et de prendre toutes les décisions qui s\u2019imposeront relativement à toute intervention ayant une incidence sur l\u2019aménagement d\u2019un territoire donné12.» Les 10 Ibid.11 Affaires municipales et Régions, Fiche de veille, La réforme du cadre de planification instauré par la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme, diagnostic de l\u2019application de la loi, avril 2007.12 Ibid. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 148 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s municipalités et MRC ont toute la latitude pour dépasser les cadres réglementaires si elles souhaitent informer, consulter voire même favoriser une délibération sur des orientations de développement aussi fondamentales que celles des projets industriels.Au même titre que les promoteurs des projets, une ville ou une MRC peut, sur une base volontaire, mettre en place ces types de procédures.Aucune ne l\u2019a fait dans le cas présent.Mais le veulent-elles vraiment ?Peut- on appuyer des projets et agir en même temps pour que la population comprenne les enjeux, les impacts et risques associés aux décisions ?Que la population délibère pour orienter les décisions publiques ?L\u2019approche des autorités locales, qui appuie les projets, est conforme à la vision gouvernement du Québec.Que ce soit sous Philippe Couillard ou François Legault, le gouvernement du Québec est en faveur des projets et a accordé des subventions pour favoriser leur réalisation.Le 21 août 2018, en pleine campagne électorale, Philippe Couillard annonçait une contribution financière de 248 millions de dollars pour soutenir le projet de MBR alors que le BAPE n\u2019avait pas encore déposé son rapport d\u2019enquête.Le 7 mai 2019, le gouvernement a annoncé une aide financière de 1,5 million de dollars pour le projet de mine de phosphate au Lac à Paul.Lors des audiences du BAPE sur le projet de MBR, le mémoire de la MRC du Fjord-du-Saguenay appuie les grands projets tout comme celui de Promotion Saguenay, organisme de développement lié aux orientations de la ville de Saguenay.En mars 2019, Saint-Honoré, Bégin et Saint-David-de-Falardeau, trois municipalités de la MRC du Fjord-du-Saguenay, ont adopté une résolution pour appuyer les grands projets régionaux.Le 6 mai 2019, lors du dépôt d « une pétition de 10 000 signatures en faveur des grands projets, la mairesse de Saguenay a réitéré son appui et sa volonté de contribuer à leur réalisation. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 149 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Conclusion Les débats sur les projets industriels à Saguenay ne sont pas terminés.Toutefois, il semble bien que les municipalités et les MRC aient choisi une application stricte et minimale des procédures prévues dans la LAU.Pourtant, les enjeux locaux, qui ont notamment des impacts directs sur la population, sont nombreux : milieux naturels, faune et flore terrestres, risques naturels et technologiques, paysage, transport, sécurité et santé de la population, terres agricoles et, évidemment, les emplois.À ce jour, ce sont les retombées économiques qui dominent les discours politiques.Plusieurs rétorqueront que la population est d\u2019accord avec ces projets.Mais quel est le niveau de connaissance réel de la population sur les impacts de ces projets si les élus n\u2019abordent que les enjeux économiques ?Sur quelles informations ce consentement collectif est il basé ?Le cas de la Zone IP pose une question démocratique fondamentale.Port Saguenay et ses deux filiales, Développements Port Saguenay inc.et Investissements Port Saguenay inc., ne sont pas redevables devant la population, ni même le gouvernement du Québec, alors qu\u2019elles sont au cœur des décisions concernant les projets traités dans ce texte.Les effets cumulatifs du transport maritime sur le fjord, que ce soit le niveau de pollution, la protection du béluga et des autres espèces marines ou encore les effets sur les activités touristiques, convergent vers les activités de Port Saguenay.Force est de constater que, même si la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme prend en considération les différentes échelles territoriales, il y a un grand vide pour les enjeux supralocaux.Comment s\u2019assurer d\u2019une participation citoyenne pour des enjeux comme les gaz à effet de serre, la biodiversité du fjord du Saguenay ou le trafic maritime quand les impacts sont locaux ?Nous sommes face à la L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 150 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s difficile sinon impossible adéquation entre des besoins strictement locaux, comme l\u2019emploi, et des enjeux qui interpellent plus largement le Québec.Le projet de gazoduc et de l\u2019usine de liquéfaction est un autre exemple qui illustre la limite importante des outils d\u2019information et de communication et du rôle politique des institutions.Malgré les demandes de plusieurs citoyens et groupes, ce vaste projet est aujourd\u2019hui scindé en plusieurs projets où se côtoient enjeux locaux, supralocaux, québécois et mondiaux.Ces derniers s\u2019imposent à tous les paliers gouvernementaux : changements climatiques, transition énergétique et protection de la biodiversité.On peut s\u2019inquiéter devant ce qui s\u2019apparente à une obsolescence des règles actuelles.Si l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme sont une responsabilité politique et que les règles de participation des citoyens jouent un rôle fondamental, comment interpréter cette convergence du discours politique des élus locaux vers les intérêts des promoteurs privés ?La Loi 122, visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs, permet aux municipalités locales de se doter d\u2019une politique de participation publique contenant des mesures complémentaires à celles édictées par la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme (chapitre 11.2).Le cas de Saguenay nous invite à la prudence et au scepticisme face aux effets de cette nouvelle loi.La volonté d\u2019informer et d\u2019impliquer les citoyens dans les décisions collectives risque de ne pas être suffisante.q 151 Saguenay, le gaz et le non-sens Avec l\u2019émergence dans nos vies de la crise climatique mondiale et les efforts déployés de toutes parts pour renverser la vapeur et nous ramener sur une voie écologiquement viable, dans l\u2019espoir que nos enfants et leurs propres enfants aient la chance de profiter comme nous d\u2019une nature en santé et toujours aussi riche de sa merveilleuse biodiversité, l\u2019enjeu de la protection de l\u2019environnement est désormais au centre des préoccupations de la majorité de nos concitoyens.Le Québec se démarque particulièrement par la vigueur rassurante de la mobilisation citoyenne, particulièrement chez les jeunes, face à la menace existentielle du réchauffement climatique mondial et des dérèglements catastrophiques qui l\u2019accompagnent.Cet article n\u2019a pas pour but de vous alerter sur ce que vous savez déjà être une urgence majeure ni de vous assommer avec des statistiques déprimantes, même s\u2019il est impossible de ne pas en citer quelques-unes pour expliquer la nature des enjeux propres au Québec, dans ce contexte plus global dont Jean Hudon* La Terre est mon pays et sa protection est vitale * Jean Hudon est un militant de longue date en maints domaines, ayant lancé et animé de nombreux mouvements dans le but de catalyser l\u2019éveil de la conscience du plus de gens possible, aux quatre coins du globe.Il est un adepte du jardinage biologique, un grand amant de la nature et un fervent amateur de kayak, dans le fjord du Saguenay, à L\u2019Anse-Saint-Jean, où il habite depuis 1980.Pour plus de détails, voir sa bio à www.earthrainbownetwork.com/jean.htm L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 152 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s ils ne sauraient être dissociés.L\u2019objectif ici est de démontrer qu\u2019il est encore possible, en dépit des apparences, de changer de cap pour éviter l\u2019ouragan terrifiant que l\u2019on voit venir, et finalement voguer vers des cieux plus cléments.Mais pour y arriver, il faut d\u2019abord convaincre notre équipage, et surtout le timonier Legault contrôlant en partie le gouvernail, qu\u2019il faut jeter par-dessus bord toutes les chimères (idées sans rapport avec la réalité) qui, tant dans la sphère économique que dans celle de la politique, nous empêchent encore d\u2019effectuer ce nécessaire changement de cap.Les enjeux faisant l\u2019objet de cet article Après avoir victorieusement repoussé le spectre du viol chimique, par la fracturation hydraulique, des entrailles de la vallée du Saint-Laurent, après avoir exprimé un refus catégorique au passage en sol québécois d\u2019un pipeline transcanadien qui aurait donné un exutoire au sale pétrole alber- tain, et après avoir libéré l\u2019île d\u2019Anticosti de la menace d\u2019un viol collectif de sa beauté vierge par l\u2019industrie pétrolière, un autre défi de taille soulève désormais l\u2019ire écocitoyenne, méthodiquement canalisée vers des actions capables de susciter à nouveau un sursaut de conscience collective assez fort pour bloquer le passage d\u2019un mégagazoduc et de méga- méthaniers au cœur même de nos plus précieux joyaux naturels.Deux promoteurs américains, Jim Illich et Jim Breyer, associés avec Louis Bergeron, vice-président du défunt projet Énergie Est de TransCanada, se sont mis en tête \u2013 dans le but évident de s\u2019en mettre plein les poches \u2013 de faire construire un pipeline gazier à travers des milliers de cours d\u2019eau, de nombreux milieux humides et une forêt primaire encore intacte dans le nord du Québec, pour exporter chaque année plus de 15 milliards de mètres cubes de gaz fossile issu de L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 153 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s la fracturation hydrochimique.Ce gazoduc de 42 pouces de diamètre aboutirait à une usine de liquéfaction sur les rives du fjord à Saguenay pour y être refroidi à \u2013 162 °C et ensuite chargé à bord de navires méthaniers de près de 300 mètres de longueur par 50 mètres de largeur \u2013 le Titanic était long de 269 mètres et large de 28 \u2013 qui transiteraient de 6 à 8 fois par semaine au beau milieu d\u2019un secteur qualifié de refuge acoustique et d\u2019habitat essentiel pour les bélugas, afin d\u2019aller livrer ce gaz en Europe ou en Chine.L\u2019empreinte écologique totale de ce carburant fossile \u2013 en incluant les émissions fugitives de méthane et les GES émis en amont et en aval de son cycle de vie \u2013 équivaudrait aux émissions annuelles en CO2 de plus de cent millions de voitures.Tel est le projet de GNL Québec et des filiales Gazoduq et Énergie Saguenay créées par ces promoteurs.Coût total : 14 milliards de dollars.Emplois permanents : tout au plus 300, soit près de 57 $ millions par emploi créé.Impacts environnementaux : 1) disparition probable de la population de bélugas du Parc marin du Fjord-du-Saguenay, créé entre autres pour les protéger ; 2) dégradation certaine de la qualité de l\u2019appel touristique ; 3) disparition possible de 18 espèces floristiques et de 17 espèces animales en situation précaire, notamment le carcajou et la tortue mouchetée, dont l\u2019habitat sera sectionné par le corridor du gazoduc, qui nécessiterait une coupe à blanc de 30 mètres de largeur sur 780 kilomètres de longueur \u2013 soit 234 kilomètres carrés, ou près de la moitié de la superficie de l\u2019île de Montréal ; 4) accélération du réchauffement climatique mondial par un combustible fossile dont l\u2019impact est en réalité pire que celui du charbon ou du mazout, quand on tient compte des émanations fugitives de méthane, 86 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans pour réchauffer l\u2019atmosphère \u2013 c\u2019est Damon Matthews, un expert du GIEC qui le précisait en 2017. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 154 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Permettre des investissements de 17 $ milliards dans ce projet gazier serait nous enfermer pour une quarantaine d\u2019années de plus dans une filière énergétique non durable, alors qu\u2019il nous reste à peine 11 ans pour investir massivement dans les énergies renouvelables, l\u2019efficacité énergétique et la mobilité durable, et ainsi réduire enfin nos émissions de GES.Congeler une énergie sale avec les 550 mégawatts d\u2019énergie propre qu\u2019Hydro-Québec fournirait chaque année est un non-sens délirant.Faire circuler des méthaniers géants dans un étroit et long corridor maritime, englacé la moitié de l\u2019année, en contradiction flagrante avec les recommandations de la SIGTTO, serait une première mondiale à très haut risque.Le potentiel explosif d\u2019un méthanier chargé à bloc est l\u2019équivalent de 100 bombes nucléaires comme celle ayant dévasté Hiroshima.Stephen Harper, célèbre pour son appui inconditionnel aux énergies fossiles, a lui-même interdit le trafic de méthaniers aux abords du Nouveau-Brunswick en raison des risques trop importants qu\u2019ils auraient fait courir à la population riveraine.Le gouvernement de Justin Trudeau a renouvelé cette interdiction, même si le transport de gaz naturel par méthanier est réputé être très sécuritaire.Le risque d\u2019une collision catastrophique avec un autre navire circulant dans le fjord, ou avec les traversiers faisant la navette jour et nuit à l\u2019embouchure du Saguenay, peut sembler minime, tout comme celui d\u2019une attaque terroriste contre un de ces mastodontes, si difficiles à manœuvrer que trois remorqueurs seraient nécessaires lors des opérations d\u2019accostage.Les mesures de sécurité extrêmes auxquelles tous les voyageurs doivent se soumettre chaque fois qu\u2019ils prennent l\u2019avion se justifient par un risque tout aussi infime d\u2019un acte terroriste.Le moindre doute sur la fiabilité technique d\u2019un avion suffit à le faire clouer au sol.On ne badine pas avec la sécurité des passagers.Pourquoi le même niveau L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 155 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s de précaution ne s\u2019appliquerait-il pas dans un endroit où la navigation pose pour de tels géants des risques nettement trop importants pour leur permettre d\u2019accéder au fjord ?Quelles que soient les paroles rassurantes que peuvent proférer les porte-parole des promoteurs ou de Port Saguenay, le risque zéro n\u2019existe pas.Deux autres projets industriels de moindre envergure pourraient éventuellement, voire prochainement, ajouter leurs impacts environnementaux.1) Arianne Phosphate, combinant une mine d\u2019apatite près du Lac à Paul et un port à construire en rive nord du Saguenay, afin d\u2019y expédier chaque année par bateau 3 millions de tonnes métriques d\u2019un engrais phosphaté hydrosoluble, dont l\u2019usage dans l\u2019agriculture chimique intensive devrait être banni tant son lessivage dans les cours d\u2019eau favorise l\u2019eutrophisation des lacs et des océans, où il entraine la multiplication de vastes zones dénuées d\u2019oxygène et de toute forme de vie, un phénomène consternant que l\u2019érosion des sols provoquée par les pluies diluviennes des extrêmes climatiques ne fait qu\u2019aggraver.Ce projet a toutes les autorisations nécessaires pour se réaliser, même si le projet de port n\u2019a jamais été soumis à un examen du BAPE.Toutefois, selon un économiste du gouvernement québécois, l\u2019entreprise devra attendre au moins une dizaine d\u2019années avant que le prix de cet engrais sur les marchés mondiaux remonte à un seuil où sa rentabilité deviendrait possible.En dépit de tout cela, et malgré l\u2019échec d\u2019un projet similaire à Sept-Îles \u2013 celui de la mine Arnaud, également au point mort \u2013 le gouvernement Legault vient de décider de maintenir ce projet sous respirateur artificiel par un investissement de 1,5 million de dollars attribué le 7 mai dernier, s\u2019ajoutant au 3,4 millions de dollars déjà versés par le gouvernement Couillard, dans l\u2019espoir L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 156 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s ténu que ce projet de 1,2 milliard de dollars devienne un jour autre chose qu\u2019une vision de l\u2019esprit.Les citoyens des villages voisins du site envisagé maintiennent une vigilance de tous les instants et ne cessent de répéter sur toutes les tribunes leur opposition farouche au projet d\u2019une desserte portuaire qui ne créerait qu\u2019une poignée d\u2019emplois sur place, mais défigurerait à jamais la beauté unique du fjord.2) Métaux BlackRock, qui a également reçu les autorisations requises, espère entamer cet été la construction d\u2019une énorme fonderie à La Baie (un arrondissement de ville Saguenay), afin de produire de la fonte brute (500 000 tonnes/an), du ferrovanadium (4200 tonnes/an) et du titane à partir des 850 000 tonnes de minerai qu\u2019elle compte extraire chaque année de sa future mine à Chibougamau.En tout, la mine et l\u2019usine créeraient environ 500 emplois sur une période pouvant atteindre 50 ans.Le précédent gouvernement de Philippe Couillard a déjà englouti un quart de milliard de dollars dans cette aventure, dont 63 millions pour les infrastructures du port de Saguenay qui accueilleraient les activités de l\u2019entreprise, sans avoir la certitude que ses dirigeants réussiront à obtenir le 1,15 milliard encore requis pour financer la mine et l\u2019usine.Le 8 mai dernier, La Presse nous apprenait qu\u2019un des partenaires financiers de l\u2019entreprise venait de lui faire faux bond.De plus, la construction d\u2019un prolongement de 14 km du réseau gazier d\u2019Énergir pour alimenter la future usine en gaz pourrait se buter à un long processus d\u2019évaluation environnementale par le BAPE, qui retarderait considérablement la mise en chantier de l\u2019usine, ce qui contribue à prolonger l\u2019incertitude entourant le financement de ce projet.Relativement peu de gens de la région ont exprimé publiquement leur opposition jusqu\u2019ici à ce projet qui, comme les autres, a récolté l\u2019appui de nombreux élus municipaux, L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 157 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s pour qui les retombées économiques potentielles justifient de fermer les yeux sur les nombreux impacts négatifs prévisibles de cette usine et des autres projets.Même si le promoteur assure, selon ses modélisations, que son usine respectera les normes actuelles de concentration ambiante de divers polluants émanant de ses cheminées, les fumées de l\u2019usine dégageront une odeur caractéristique de soudure ou de métal qui sera perceptible par les résidents de La Baie et de Saint-Fulgence lorsque les conditions atmosphériques \u2013 absence prolongée de vent \u2013 retiendront au sol dans le secteur le smog chimique créé par cette pollution atmosphérique.En plus d\u2019être un inconvénient olfactif agressant, le SO2 (dioxyde de soufre), typiquement émis dans l\u2019air par toute fonderie, pourra affecter la santé des employés travaillant dans l\u2019usine et celle de la population environnante, déclencher des crises d\u2019asthme, aggraver l\u2019état de santé des personnes atteintes d\u2019une maladie cardiaque ou pulmonaire, voire causer un cancer du poumon.Enfin, en plus de ces impacts prévisibles sur la santé humaine, et d\u2019une cinquantaine de transits de cargos dans le fjord chaque année, cette usine produirait d\u2019importantes émissions de gaz à effet de serre, la faisant figurer parmi les grands émetteurs industriels du Québec avec des rejets totalisant près de 400 000 tonnes d\u2019équivalent C02, soit 64 % des émissions totales de GES du Québec en 2030, des émissions pour lesquelles l\u2019entreprise devrait payer une compensation au système de plafonnement et d\u2019échange de droits d\u2019émission de gaz à effet de serre du Québec.Tous ces projets sont justifiés auprès de la population régionale par les emplois qu\u2019ils créeront.Or, tout indique que la profonde pénurie de travailleurs qualifiés qui affecte la région, comme le reste du Québec, depuis plus de 2 ans est appelée à s\u2019amplifier avec le départ massif à la retraite ces années-ci des baby-boomers.Les salaires confortables que L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 158 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s ces emplois garantiraient causeront certainement bien des soucis aux responsables des PME régionales, incapables d\u2019offrir de tels salaires, qui s\u2019arrachent déjà les cheveux pour pourvoir les postes vacants au sein de leurs entreprises, et qui doivent même refuser des contrats faute de disposer de la main d\u2019œuvre nécessaire.Ces grandes industries risquent donc de cannibaliser maintes PME de leurs employés, en plus de devoir recruter des travailleurs qualifiés à l\u2019internationale pour combler leurs propres besoins en main d\u2019œuvre.Les élus locaux, qui ont montré tant de hâte à appuyer ces projets, pourraient donc s\u2019en mordre les doigts quand ils réaliseront l\u2019effet déstructurant de ces géants, un peu à l\u2019image de l\u2019effet dévitalisant sur les commerçants locaux que les magasins à grande surface comme Walmart ont pu avoir.Tout ceci dresse un tableau de la réalité capable de résister à l\u2019épreuve des faits grâce aux références détaillées que vous trouverez via https://www.collectifdubassaguenay.ca/post/ références-pour-le-texte-de-l-action-nationale Passer de la prise de conscience à l\u2019action concertée À présent, examinons comment nous pourrions, tant au plan individuel que collectif, influer sur les prises de décisions gouvernementales qui détermineront à la fois l\u2019avenir de ces projets et l\u2019avenir de l\u2019humanité.Le premier élément à considérer concerne la façon d\u2019amener de plus en plus de gens à passer de l\u2019apathie de la personne qui se sent peu concernée et/ou impuissante à faire changer les choses, à un sentiment d\u2019urgence assez puissant pour la faire sortir de sa léthargie.La diffusion d\u2019informations présentant les différents aspects, souvent mal compris, des problèmes qui nous posent un défi est bien sûr la première étape indispensable.Tel était le but de ce que vous venez L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 159 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s de lire.En étant armé des bonnes informations, celles qui révèlent ce que les promoteurs de tout projet polluant s\u2019évertuent à minimiser ou à dissimuler, vous réalisez combien il serait souhaitable d\u2019amener nos décideurs politiques à voir les choses sous le même angle que vous.Toutefois, pour y parvenir, si vous avez envie d\u2019agir, vous êtes toujours face au même sentiment d\u2019impuissance.C\u2019est à ce stade que vous êtes mûr pour la deuxième étape du processus de changement.De l\u2019union jaillit la force.Dans le système de démocratie représentative où nous vivons, notre voix compte peu entre les scrutins électoraux où l\u2019on nous offre la possibilité d\u2019exercer une influence microscopique pour déterminer quel parti nous représentera pour les quelques années à venir.L\u2019illusion que notre vote peut faire une différence se dissipe vite quand on réalise, une fois de plus, que le nouveau gouvernement, pour toutes sortes de raisons découlant souvent de facteurs conjoncturels, ne livre pas la marchandise promise, ou bien, si la volonté d\u2019une majorité d\u2019électeurs s\u2019est portée vers une autre formation politique que celle de notre choix, prend des décisions contraires à nos valeurs et à nos préférences.Pire, si l\u2019on est un fin observateur de la scène politique, on constate bientôt que de nombreuses décisions gouvernementales sont dictées non pas par les besoins et les désirs de l\u2019électorat, mais par les intérêts que fait valoir une armée invisible de démarcheurs professionnels, les fameux lobbyistes, grassement payés par diverses entreprises pour obtenir, dans le contexte de procédures et de cadres réglementaires souvent faciles à contourner, les décisions convenant le plus à leurs intérêts \u2013 lesquels coïncident rarement avec ceux de la majorité des électeurs.Quand ces intérêts corporatifs entrent directement en conflit avec les valeurs et les idéaux d\u2019une bonne partie L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 160 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s de la population, c\u2019est alors que l\u2019on peut voir se lever une armée de citoyens qui, faisant front commun, se donnent les moyens d\u2019influer plus ou moins efficacement sur la classe politique, au point parfois de devenir d\u2019encombrants cailloux dans les chaussures des élus, qui n\u2019ont alors d\u2019autres choix que prêter attention à leurs demandes \u2013 ou du moins de faire semblant.Les Québécois se sont à maintes reprises distingués par la vigueur et l\u2019ampleur remarquables des moyens de pression déployés pour faire entendre leurs revendications.Le mouvement syndical a été à une époque l\u2019exemple le plus frappant de la puissance du nombre pour faire pencher les décisions gouvernementales en faveur des travailleurs ou pour obtenir de meilleures conditions salariales.Le mouvement étudiant a aussi connu de belles heures de gloire contestatrices, à l\u2019occasion notamment du Printemps érable.Depuis quelques années, c\u2019est le mouvement environnemental qui, ici comme ailleurs, manifeste le plus visiblement sa détermination à vouloir plier la volonté politique à sa vision salvatrice d\u2019un monde en proie au désarroi climatique.C\u2019est dans cette mouvance écocitoyenne de mieux en mieux orchestrée et de plus en plus respectée que s\u2019inscrit la campagne lancée notamment par la Coalition Fjord, et les collectifs de citoyens gravitant autour d\u2019elle, pour réclamer une profonde remise en question du modèle de développement fondé sur l\u2019exploitation à outrance des ressources naturelles dont le Canada est bien pourvu \u2013 le tout sous le couvert d\u2019une prétendue durabilité qui n\u2019a rien à voir avec la préservation de l\u2019intégrité naturelle de l\u2019environnement, mais tout à voir avec une croissance perpétuelle de l\u2019économie, ce qui, à sa face même, est une utopie incompatible avec les limites déjà largement dépassées de ce que les écosystèmes terrestres peuvent absorber sans frapper le mur de leur effondrement vers lequel notre civilisation fonce tête baissée. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 161 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Cette militance citoyenne, alimentée par une ferveur passionnée compensant amplement la faiblesse des ressources financières disponibles, a réussi par le jeu d\u2019alliances stratégiques avec des alliés naturels et grâce à la mobilisation citoyenne en faveur d\u2019une véritable protection de l\u2019environnement, à recueillir près de 30 000 de signatures appuyant une pétition dénonçant fermement le projet gazier de GNL Québec.De régulières prises de position, dûment répercutées dans les médias, ont accru la prise de conscience des nombreuses conséquences prévisibles et inacceptables de ce projet.La plupart des gens ont compris que la crise climatique mondiale et l\u2019érosion croissante de la biodiversité ont leurs racines non seulement dans l\u2019effet cumulatif de nos gestes individuels, mais aussi, et surtout, dans la fuite en avant que représente le modèle économique écologique- ment irresponsable et insouciant que certaines tentent de perpétuer.Le lien entre le local et le global est clair.Ce qui est moins clair, c\u2019est le moyen d\u2019arriver à contrer la force d\u2019inertie de décennies d\u2019habitudes et de réflexes conditionnés soutenant encore le discours politique quant à la prédominance des considérations économiques, malgré les impacts environnementaux et humains pourtant bien visibles.Le bras de fer entre la volonté citoyenne de préserver les fondements de la vie sur Terre et la volonté gouvernementale et corporative de creuser encore plus profondément le trou de nos choix incompatibles avec cette même vie semble nous mener dans une impasse.Toutefois, inévitablement, un point de bascule sera bientôt franchi dans le degré de lucidité des gens qui, ici comme ailleurs, voient bien que nos gouvernements, prisonniers des dettes d\u2019un système conçu pour les asservir aux intérêts d\u2019une élite financière ultra discrète, ne pourront faire plus que tenter futilement d\u2019endiguer le déferlement des catastrophes censément « exceptionnelles » qui s\u2019abattent toujours plus férocement sur le globe.L\u2019espoir de L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 162 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s voir la classe politique prendre à bras le corps le défi climatique et adopter les mesures urgentes et radicales requises pour briser le cycle infernal de notre propre autodestruction s\u2019amenuise chaque jour qui passe où d\u2019autres priorités monopolisent le programme politique.Alors, quelles options nous reste-t-il ?Une révolution de citoyens excédés endossant des gilets verts comme symbole de ralliement pour aller en découdre avec les forces chargées de préserver l\u2019ordre établi ?En désespoir de cause, il faudra peut-être en venir là, et la grève mondiale (Earth Strike) prévue pour le 27 septembre prochain pourrait bien être un tournant dans une telle révolution citoyenne.Mais le système mis en place pour protéger les intérêts des riches et puissants est habitué à se faire contester et à se protéger face à ce genre de moyen de pression.Ça ne fera que renforcir son pouvoir alors que se durciront les positions de plus en plus irréconciliables des camps opposés.De cette situation, en apparence insoluble, pourrait alors émerger la réalisation que le fait de continuer à réclamer des politiciens des changements qu\u2019ils sont foncièrement incapables de réaliser ne débouchera sur rien de concret, et que continuer à leur adresser nos revendications ne fait que légitimer le pouvoir dont nous leur reconnaissons ainsi implicitement le droit exclusif de l\u2019exercer.Quand une masse critique d\u2019humains auront compris que le vrai pouvoir de changer les choses réside non pas dans le vain espoir que la classe politique, sous la tutelle de l\u2019élite économique, se retourne contre ses maîtres, mais dans notre propre capacité à choisir de changer nous-mêmes ce qui doit l\u2019être, alors le point de bascule sera atteint et le château de cartes de l\u2019empire colonisateur, désormais arrivé au bout de son rouleau, s\u2019effondrera pour laisser la place à une nouvelle réalité sociale. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 163 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s De quoi sera-t-elle faite et comment se redéfiniront les paramètres de l\u2019autogouvernance qui pourra alors prendre forme ?Bien malin qui pourrait le dire, car c\u2019est tous ensemble que nous cocréons la nouvelle civilisation qui surgira des derniers soubresauts de l\u2019Ancien Monde à l\u2019agonie.Une chose est sûre pour quiconque sait tendre l\u2019oreille à sa petite voix intérieure : la solidarité, l\u2019entraide, l\u2019ouverture aux autres, la compassion active et l\u2019amour sans condition, déjà bien visibles dans d\u2019innombrables initiatives humanitaires et solidaires, deviendront le socle sur lequel reposera cette nouvelle civilisation, à échelle humaine, à empreinte écologique minimale et farouchement protectrice de l\u2019extraordinaire héritage vivant que la vie nous a confié en nous offrant le privilège de naître en ce monde, unique entre tous.q 164 Saguenay, le gaz et le non-sens Pierre Dostie* Les luttes environnementales passées pour inspirer celle contre le projet Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay Les luttes citoyennes liées à l\u2019environnement et à l\u2019énergie (principalement le gaz) ont connu divers contextes, enjeux stratégiques et ont pris diverses formes depuis une vingtaine d\u2019années.Un solide mouvement social s\u2019est construit à même ces luttes au fil des ans1.Au moment où le Québec fait face à une nouvelle offensive des vendeurs d\u2019énergie fossile, et où, plus que jamais, sonne l\u2019alarme de l\u2019urgence climatique, il peut être utile de rappeler quelques acquis de luttes victorieuses ayant un potentiel d\u2019enseignement pour celle qui s\u2019amorce dans l\u2019Abitibi-Témiscamingue, la Mauricie et plus spécifiquement le Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, autour de Gazoduq \u2013 Énergie- Saguenay.Cet exercice est exploratoire et méritera d\u2019être approfondi pour en dégager des pistes de travail concrètes pour la lutte d\u2019aujourd\u2019hui.Si la bataille de Rabaska (2003-2013) concernait un projet d\u2019importation de gaz naturel en provenance de l\u2019Asie, exploité par une entreprise russe, pour soi-disant répondre aux besoins de l\u2019Amérique du Nord et du même coup réduire notre impact sur le climat (sic), le projet Gazoduq \u2013 Énergie- 1 Ne mentionnons que l\u2019AQLPA, le RVHQ, Coule pas chez-nous, etc.* Militant progressiste et indépendantiste, chargé de cours en travail social à l\u2019UQAC. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 165 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Saguenay, est lui, un projet poursuivant exactement l\u2019objectif inverse, soit exporter le gaz (de fracturation en majorité) en grande partie depuis l\u2019Amérique du Nord vers les marchés de l\u2019Europe et de l\u2019Asie.En 10 ans, d\u2019importatrice de gaz, l\u2019Amérique est devenue exportatrice.Et si l\u2019opposition au projet de port méthanier près de Lévis a été l\u2019objet d\u2019une mobilisation épique, l\u2019élément qui a finalement cloué le cercueil du projet Rabaska est la baisse drastique du prix de gaz sur le marché.Une guerre commerciale qui fragilise la démocratie C\u2019est dire la vitesse avec laquelle les capitalistes nord-américains, étasuniens surtout, se sont employés à fracturer le sous- sol et menacer la nappe phréatique pour générer la surproduction de gaz qu\u2019ils veulent aujourd\u2019hui exporter vers l\u2019Europe et l\u2019Asie, et si possible devancer leurs compétiteurs russes et faire beaucoup d\u2019argent.Mais le prix ne remonte pas aussi vite qu\u2019ils le souhaitent et ce qui aiderait ces investisseurs, qui tentent de se présenter en bienfaiteurs et champions de l\u2019écologie, serait d\u2019écouler une partie de leur surplus de gaz et ainsi favoriser la hausse des prix.Les investisseurs étasuniens auraient un plus beau sourire.Le président Trump également, car il « exerce d\u2019intenses pressions sur l\u2019Europe pour qu\u2019elle remplace l\u2019approvisionnement en gaz en provenance de la Russie par du gaz de schiste venant des États-Unis2 ».Si, en 2008, on essayait de nous faire croire que le gaz était une solution de rechange acceptable au pétrole, aujourd\u2019hui, on essaie de nous convaincre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une énergie de transi- 2 Dubuc Pierre.« Les enjeux géopolitiques du gazoduc Énergie Saguenay ».L\u2019Aut\u2019Journal, 2019-02-21 http://lautjournal.info/20190221/ les-enjeux-geopolitiques-du-gazoduc-energie-saguenay L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 166 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s tion.Ces affirmations sont contestables.Comme on le sait, pour le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC), toutes les énergies fossiles devraient rester dans le sol, afin de sauver l\u2019humanité d\u2019une crise climatique annoncée.À plus forte raison qu\u2019il est aujourd\u2019hui possible de produire de l\u2019énergie propre à prix compétitif.Mais ça, c\u2019est évidemment une autre filière, celle des compétiteurs, celle des solutions de rechange aux hydrocarbures.Depuis une vingtaine d\u2019années donc, l\u2019exploration et l\u2019exploitation des énergies fossiles, telles que le gaz et le pétrole de fracturation, montent en flèche.Avec elles s\u2019accentue un problème de transport (train, pipelines ou gazoduc) avec les risques que cela comporte (ex.tragédie de Lac-Mégantic) et l\u2019invasion de nouveaux territoires d\u2019exploitation (ex.Gaspésie) ou de passage (ex.le projet d\u2019Énergie Est, Abitibi- Témiscamingue, Mauricie, Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean).Ce n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019une sale guerre commerciale que mène « Énergie fossile Saguenay3 » à ses compétiteurs (ex.la gazière russe Gazprom ou encore la filière de l\u2019énergie propre) pour écouler son gaz naturel liquéfié (GNL).Quel avantage avons-nous à participer à cela, à prendre autant de risques pour cela ?Enfin, les lobbies du gaz et du pétrole prennent d\u2019assaut les gouvernements et désinforment les populations en vue de détourner nos sociétés des solutions émergentes (solaire, éolien, etc.) en matière d\u2019énergies renouvelables.« Le résultat global a été l\u2019affaiblissement de nos démocraties4 ».3 Énergie Saguenay est le nom de façade que les investisseurs étasuniens ont pris pour endormir la population en lui donnant un air « local ».4 Favreau, Louis (2017).Le mouvement communautaire et l\u2019État social.PUQ. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 167 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Une culture de dépendance en héritage Au royaume des company town, on a l\u2019habitude de la dépendance et de la complaisance envers les investisseurs étrangers qui pompent nos ressources pour les transformer ailleurs en échange de bons emplois bien payés.« On ne mord pas la main qui nous nourrit » et dans l\u2019ensemble, nos élites locales et régionales l\u2019ont bien compris.C\u2019est pourquoi certains conseils municipaux ou de MRC s\u2019empressent de collaborer (dézoner par exemple) avant même qu\u2019on leur fasse la demande.Les syndicats ne s\u2019opposent pas d\u2019emblée à ces projets qui pourraient représenter de l\u2019emploi pour leurs membres, du moins pendant la construction.Par ailleurs, une pétition en faveur des projets aurait obtenu 10 000 signatures, etc.Et là, ce sont trois mégas projets qui s\u2019annoncent (Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay, Ariane phosphate, Métaux Black Rock) et qui représentent une menace pour le fjord.Les élus municipaux pensent à leurs taxes, les commerçants à leurs affaires.La population espère des emplois et des retombées.Mais voilà qu\u2019en 2021, c\u2019est une véritable pénurie de main- d\u2019œuvre5 qui nous guette et dans laquelle nous sommes déjà.L\u2019argument des jobs a la couenne dure.Des jobs, c\u2019est tout ce qu\u2019on pouvait espérer du soi-disant développement économique par le passé.Mais on en est plus là.Aujourd\u2019hui, on ose parler de développement durable, d\u2019économie circulaire, d\u2019économie sociale et solidaire, de valorisation et de transformation de nos ressources, de souveraineté alimentaire, etc.5 https://www.lequotidien.com/affaires/pour-contrer-la-penurie-de- main-doeuvre-video-296afb3bb5ea86dd7dbb4f752aae8fd9 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 168 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Enjeux, stratégies et organisation Deux visions du monde s\u2019affrontent ici.En contradiction.Dans ce contexte, comment la population et les mouvements sociaux peuvent-ils se faire une idée juste des enjeux en présence ?Et, en toute connaissance de cause, comment pouvons-nous le cas échéant contrer ces projets ?Comment peut-on définir notre message, nous organiser ?Quelles stratégies privilégier ?Comment réussir notre mobilisation et nos actions ?Quelles solutions de rechange pouvons-nous proposer ?Leçons à tirer de quelques luttes environnementales Si l\u2019on se réfère à la lutte exemplaire et victorieuse qu\u2019a menée la Coalition SOS parc Orford contre la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford qui s\u2019est déroulée entre 2006 et 2007, on peut voir comment cette coalition a réussi à développer une identité collective autour de la lutte : Pour convaincre la population du bienfait de leurs opinions et démarches, les membres de la coalition ont développé des arguments rigoureux et pris soin de répondre systématiquement à ceux des promoteurs.Ainsi, tour à tour, des arguments environnementaux, historiques, économiques, légaux et culturels sont développés pour définir et défendre la position de la coalition.Cet argumentaire a permis de créer plusieurs « Nous » réunis autour du même but : « nous, les artistes préoccupés par l\u2019héritage laissé à nos descendants », « nous, les environnementalistes inquiets de la protection des écosystèmes », « nous, les utilisateurs des parcs nationaux soucieux de leur préservation », « nous, les partisans du développement durable opposés au développement économique à outrance, etc6.6 Cloutier, Suzie (2009).« Lutte contre la privatisation du Parc national du Mont-Orford?».Les cahiers du CRISES.UQAM. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 169 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s De plus, Philippe Dumont de Boréalisation7 a souvent donné l\u2019exemple de luttes contemporaines qui mobilisent la population et qui ont un caractère territorial.Ainsi, plusieurs « Nous » peuvent être concernés, avec chacun leur argumentaire propre et référant à son territoire respectif.L\u2019identité et le territoire comme catalyseur Les notions d\u2019identité et de territoire se vérifient parfaitement, par la présence des collectifs formés de citoyen.ne.s provenant des localités des deux rives longeant le Saguenay, du Lac-Saint-Jean jusqu\u2019à Tadoussac (collectifs locaux de l\u2019Anse-à-Pelletier, de la Batture, de Sainte-Rose-du-Nord, du Bas-Saguenay et de l\u2019Estuaire, etc.) qui sont reconnus et qui participent à la Coalition Fjord, une coalition non partisane en formation depuis l\u2019automne 2018, et que nous décrirons un peu plus loin.Ces collectifs sont mobilisés sur des enjeux liés à la sécurité, l\u2019intégrité écologique du fjord, de son paysage et du parc marin, la protection du béluga, le développement local, le tourisme, la qualité de vie, etc.D\u2019autres identités avec ancrage territorial ont également intérêt à faire un travail d\u2019information, de conscientisation, à se mobiliser et à se fédérer avec les autres : \u2022 la population régionale, favorable à la préservation du fjord, son écosystème, la protection de sa flore et de sa faune, notamment du béluga, une espèce menacée, extrêmement sensible au bruit, lequel sera accentué avec l\u2019augmentation du transport maritime ; \u2022 l\u2019industrie touristique dans son ensemble, un moteur économique qui assure le revenu de pas moins de 16 000 personnes, et plus particulièrement le tourisme social et d\u2019aventure ; 7 https : //www.borealisation.org L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 170 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s \u2022 les communautés autochtones, dont les Innus et les Anichinabés, qui ont des droits territoriaux ou ancestraux ; \u2022 le monde agricole, les bleuetières, les chasseurs, pêcheurs et trappeurs, qui seront perturbés par le passage de l\u2019oléoduc ; \u2022 etc.Enfin, d\u2019énormes dangers (ex.explosion, fuite) guettent la population et les écosystèmes autour de l\u2019usine de liquéfaction et le long du Saguenay jusqu\u2019au fleuve (circulation de super méthaniers).Le droit du Québec de prendre ses décisions face à un enjeu national et international : les GES Si l\u2019on considère le projet de Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay, le gazoduc traversera le Québec, qui a pourtant rompu avec l\u2019exploitation du gaz de fracturation sur son territoire (depuis le moratoire), en exportera à la tonne.De plus, augmenter la consommation de GNL risque de compromettre la lutte au changement climatique ou au mieux, y contribuerait peu.Au plan national, mais aussi et peut-être surtout à l\u2019international.Le Québec n\u2019a aucun réel pouvoir pour bloquer ces projets, qui relèvent de l\u2019Office national de l\u2019énergie (oléoduc inter- provincial), ou des installations portuaires qui sont de juridiction fédérale et qui penchent en faveur de l\u2019État pétrolier canadien.On oublie souvent d\u2019ailleurs que l\u2019oléoduc 9B albertain se rend déjà à Montréal, et que le premier ministre du Québec a tenté de calmer son homologue albertain, à l\u2019attitude de plus en plus agressive envers le Québec \u2013 en français svp \u2013 en L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 171 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s le lui rappelant, et en soulignant qu\u2019il favorisait le projet de Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay.Ici encore, l\u2019intérêt national du Québec est en contradiction frontale avec l\u2019État pétrolier canadien, mais notre PM a une attitude molasse dans la situation.Dans un même ordre d\u2019idée, le projet de loi fédéral C-69 resserrant les évaluations environnementales, qui empiète davantage sur les compétences des provinces, rencontre une opposition mitigée du ministre québécois Benoît Charette8.Cela signifie que la lutte aura avantage à se mener également au palier national, avec un leadership de plus en plus affirmé, et être également coordonnée en bonne partie par un organisme ou une coalition reconnue pour son expertise et son efficacité.Les interventions concertées de divers groupes citoyens environnementaux et organismes nationaux donnent un élan à une lutte qui apparaît déjà bien pesante sur les épaules des collectifs locaux et de la Coalition Fjord9.Un relais politique reflétant les intérêts nationaux du Québec aura également avantage à se manifester, notamment pour défendre le respect de sa pleine juridiction en matière environnementale comme son droit de décider ultimement.Espérons que la campagne électorale fédérale qui s\u2019amorce nous en donnera l\u2019occasion.Un relais international est également souhaitable, car le gaz a été extrait et sera brûlé à l\u2019étranger, et il entrera ultimement dans le calcul des GES à l\u2019international.Une autorité internationale doit donc être interpellée et se manifester.8 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1166421/c-69-benoit-charette- ministre-environnement-comite-senatorial 9 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/553798/evaluation- environnement-d-energie-saguenay-mise-en-demeure-contre-le-federal L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 172 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Un enjeu de développement local, régional et interrégional La lutte est aussi, locale, régionale et interrégionale, elle doit également donner lieu à des actions et à une coordination spécifique à ces paliers.Au plan régional, un « Nous » fort, qui inclus des personnes et organismes de diverses appartenances, incluant des syndicats, des élus locaux, régionaux et nationaux (Assemblée nationale et Chambre des communes) qui parlent d\u2019une seule voix, comme on l\u2019a vu dans d\u2019autres luttes (gaz de schiste, Suroît, Mont-Orford, Énergie Est), serait hautement souhaitable, bien que cela représente, comme on l\u2019a vu, un extraordinaire défi au Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean.Le conseiller de Saguenay Simon-Olivier Côté a récemment tracé la voie à suivre10.L\u2019enjeu du développement local et régional oppose ici deux visions : l\u2019une extractiviste, basée sur des investissements étrangers, visant à faire passer sur le territoire une ressource controversée, qui risque de générer des dommages irréparables, extraite ailleurs que chez nous et destinée à l\u2019exportation ; l\u2019autre, basée sur une économie à échelle humaine, circulaire, visant à transformer nos ressources locales et régionales (forêt, agroalimentaire, etc.), à renforcer les secteurs du tourisme, de la culture, des énergies émer- gentes, de l\u2019économie de l\u2019immatériel, etc., pour répondre aux besoins de la population et augmenter son autonomie.L\u2019enjeu de l\u2019appropriation collective et de la diversification d\u2019une économie durable, au service des humains, contre des intérêts privés, étrangers, qui menacent l\u2019intégrité du Fjord, et à terme, celle de l\u2019humanité.10 https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/ya-des-matins/ segments/entrevue/117035/simon-olivier-cote-port-saguenay- opinion?isAutoPlay=true L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 173 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Par-dessus tout un enjeu démocratique Comme ce fut le cas pour l\u2019exploitation des gaz de schiste, nous sommes placés devant un fait accompli.À la différence des luttes répertoriées, nos élites locales, elles, sont plutôt favorables alors que la population dans son ensemble a peu d\u2019information, sinon celle diffusée par les promoteurs1112,.Les processus consultatifs paraissent inutiles dans la mesure où même les rapports du BAPE sont consultatifs et où finalement ce sont dans la plupart des cas des organismes fédéraux (ONÉ, administrations portuaires) qui auront le dernier mot.Dans un contexte où le premier ministre du Québec se prononce en faveur des projets avant même les résultats des études d\u2019impact et des consultations publiques, son ministre a beau rectifier le message, mais dans la perception du public, c\u2019est décidé d\u2019avance13.Il est d\u2019une extrême importance que des élus à Québec et Ottawa joignent leur voix à ceux et celles qui dénoncent ce déni de démocratie et qui réclament le droit du Québec de prendre ses décisions en matière d\u2019environnement et d\u2019instaurer un véritable processus démocratique participatif où la population aura véritablement son mot à dire.11 https://www.lequotidien.com/actualites/gazoduq-repond-aux- interrogations-b3f4366ce3127cdddda5b7e447298074 12 https://informeaffaires.com/regional/mines-et-ressources-naturelles/ tenue-de-trois-seances-publiques-dinformation-et-de 13 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1157960/liquefaction-gaz-naturel- saguenay-ministre-environnement-charette L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 174 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Stratégies incontournables Les stratégies gagnantes utilisées par les coalitions se regroupent ainsi : \u2022 L\u2019information est un élément-clé.Le plus souvent contrôlée et déformée par les promoteurs, elle est un enjeu crucial pour la mobilisation citoyenne.Elle peut prendre plusieurs formes : sites WEB, capsules vidéo, porte à porte, réunions de cuisine, assemblées, par groupes ciblés (cf.identité et territoire).\u2022 L\u2019éducation populaire sur les enjeux plus globaux soulevés par les luttes (ex.urgence climatique) et la formation pour les responsables de comités ou sur des dossiers ou tâches spécifiques (ex.produire un mémoire, organiser une manif, action directe, etc.).\u2022 Les alliances avec des élus, des professionnels à l\u2019emploi d\u2019organismes ou entreprises concernées (ex.Hydro Québec), des personnalités publiques, des syndicats et autres mouvements sociaux.\u2022 La mobilisation (manifs, actions lors d\u2019événements, pression, etc.) est essentielle pour manifester la détermination de la population et frapper l\u2019imaginaire.\u2022 La base objective (concrète) et la dimension subjective (perceptions) de la lutte sont importantes.L\u2019organisation : le véhicule de l\u2019action Les citoyens ont compris la nécessité de se regrouper, de travailler ensemble, de s\u2019organiser, de structurer des comités, de faire des maillages et de construire des réseaux entre L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 175 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s différents groupes et organisations autour de cette problématique14.La structure des projets eux-mêmes influence la forme, et même la structure que prend l\u2019organisation de la mobilisation.Les luttes contre la centrale au gaz du Suroît (2001-2004), contre le projet Rabaska (2003-2013) et contre l\u2019exploitation du gaz de schiste (2010-2013), ont mobilisé des communautés directement touchées sur leur territoire (risques de fuite, pour la sécurité, forage, etc.) et ont permis de contester directement la direction que la stratégie énergétique du Québec prenait en faveur des énergies fossiles.La lutte a pu alors s\u2019étendre au plan national.Cela a mené entre autres à l\u2019arrêt du projet de centrale (Suroît) et à un moratoire sur l\u2019exploitation du gaz de schiste.Par ailleurs, si les risques de fuite du pipeline Énergie Est (2013-2017) ont pu susciter l\u2019inquiétude en prévoyant traverser plus de 600 lacs et cours d\u2019eau, les éventuelles fuites anticipées du gazoduc sont, elles, présentées comme inoffensives pour l\u2019environnement terrestre.Les dégâts seraient très dommageables en matière de GES, mais non visibles et non palpables pour le commun des mortels.Ils peuvent apparaître alors plus acceptables de prime abord.Au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, le dragon qui menace le fjord et ses écosystèmes a trois têtes (Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay, Ariane Phosphate et Métaux Black Rock) ou plutôt il vaudrait mieux dire que l\u2019on a affaire à trois dragons.Si l\u2019on considère seulement Gazoduq \u2013 Énergie Saguenay, l\u2019étude séparée des impacts du gazoduc et de l\u2019usine de liquéfaction, sans compter le fait que l\u2019on ignore les GES 14 Sauvé, L.et Batellier, P.(2011) « La mobilisation citoyenne sur la question du gaz de schiste au Québec ».Nouveaux Cahiers du Socialisme, No 6, \u201cÉcosocialisme ou barbarie\u201d (sous la direction de Brouillette, V., Guay, N., Levy, A., Martin, E.et Poulin, R.) Automne 2011, p.224-236. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 176 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s qui seront produits par le brûlement du gaz lui-même (en Europe ou Asie), et les impacts occasionnés par leur production (dans l\u2019Ouest canadien), il n\u2019est pas facile de démontrer combien cette option n\u2019en est pas une viable pour la région, le Québec et le climat en général.Les gens du Saguenay se sentent moins directement touchés à court terme.L\u2019impact de ce projet n\u2019en est pas moins néfaste, mais conscientiser la population à cet enjeu demande une stratégie qui touche la fibre citoyenne.D\u2019où l\u2019importance de l\u2019information et de l\u2019éducation sur les changements climatiques, de revendiquer des études d\u2019impact sur l\u2019ensemble du cycle de vie du GNL, de la lutte sur le plan national et international et d\u2019avoir des allié.e.s à tous les paliers.La notion d\u2019identité et de territoire peut cependant s\u2019actualiser plus facilement dans la mission de protection de l\u2019intégrité du fjord et de ses écosystèmes, que défendent les collectifs locaux et la Coalition Fjord : la sécurité de la population riveraine, le paysage, le parc marin, la protection du béluga, le tourisme et le tourisme d\u2019aventure, etc.La Coalition Fjord La Coalition Fjord s\u2019est rassemblée en novembre 2018 à la suite de l\u2019appel d\u2019un groupe de personnes engagées dans des projets ou organismes environnementaux, qui a connu une belle réponse.Une centaine de personnes ont répondu.La Coalition se définit comme un « mouvement ayant pour mission la protection du fjord, visant à informer, mobiliser et coordonner toutes les personnes préoccupées par les impacts des projets de développement industriel au Saguenay15 ».15 https://www.facebook.com/pg/CoalitionFjord/about/?ref=page_ internal L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 177 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Les porte-parole ont fait des interventions dans les médias et assuré un suivi des événements de l\u2019actualité jusqu\u2019ici.Ils ont interpellé les conseils municipaux et de MRC notamment, formulé des demandes ou émis des avis lors de consultations, rencontré divers acteurs et promoteurs.Quelques manifestations ont obtenu une belle réponse de la population, des jeunes surtout.Sur le plan de l\u2019organisation et de la structure, l\u2019organisme est coordonné par un comité de liaison.À sa formation, trois comités (communication, éducation, mobilisation) ont été formés.Au printemps 2019, la coalition a revu sa structure et fonctionne maintenant par séances de travail et assemblées se réunissant à une fréquence régulière.Les plans de travail sont tributaires des initiatives proposées par les membres et des énergies investies.La coalition n\u2019a pas d\u2019existence formelle ni de statuts ou règlements qui détermineraient sa composition et ses appartenances.Il semble que ce choix a été retenu jusqu\u2019ici afin de ne pas alourdir la coalition et les épaules des membres, et pour se garder plus de marge de manœuvre dans l\u2019action.Ses membres sont conscients que leur coalition est en processus de formation et qu\u2019elle est en interaction évolutive avec d\u2019autres composantes aux paliers local, régional, interrégional et national.La formation de la coalition est un processus qui est en phase avec celui de la lutte qu\u2019elle mène.Perspective C\u2019est toujours dans l\u2019action que se font les prises de conscience, l\u2019éducation, la politisation des luttes et c\u2019est aussi dans l\u2019action que parfois une forme d\u2019organisation plus formelle s\u2019impose pour un minimum d\u2019efficacité.Pour canaliser et encadrer efficacement les énergies militantes. L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 178 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s Il y aurait lieu par exemple de définir plus clairement qui sont les membres, les alliés, les sympathisants de la coalition (individus, collectifs, autres organisations comme des syndicats, des mouvements sociaux ou citoyens, etc.).Différents réseaux à densité variable pourraient s\u2019y rattacher.D\u2019autres, alliés, se limiteraient à donner leur appui.Un minimum de règles et de structure permettrait d\u2019en clarifier et de pérenniser le fonctionnement et la représentation, d\u2019en renforcer la coordination de la réflexion et des actions.La structure a un effet sur l\u2019organisation et la mobilisation.La structure de gestion de la coalition devra être très bien planifiée.Certaines coalitions forment un comité de direction composé d\u2019un représentant de chacune des organisations membres, afin d\u2019éviter qu\u2019une organisation ne se retrouve en position dominante16.Cette formalisation de la coalition pourrait lui conférer une plus grande légitimité comme acteur social, dans la mesure où l\u2019énergie vitale de l\u2019organisation n\u2019est pas drainée dans l\u2019entretien de la structure.Ce n\u2019est qu\u2019un début L\u2019apparition de la Coalition Fjord est certes la plus belle surprise survenue au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean depuis longtemps.Composée en grande partie de jeunes, mais portée également par une communauté diversifiée et en apprentissage de l\u2019action collective sur des enjeux nouveaux et complexes, à contre-courant d\u2019une forte mentalité héritée d\u2019un autre temps, il est absolument nécessaire de prendre soin de ce mouvement, de l\u2019accompagner dans son cheminement 16 IFEX.Renforcer une coalition, travailler avec des coalitions.https:// www.ifex.org/campaigns/working_with_coalitions/fr/ L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 179 S a g u e n a y , l e g a z e t l e n o n - s e n s et d\u2019en faire le porte-étendard d\u2019un Nouveau Monde, avant qu\u2019il ne soit trop tard.Le Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean est le berceau du mouvement syndical, coopératif, de la concertation, il est le creuset de bien des talents à l\u2019échelle du Québec.Il a maintenant besoin de toutes les énergies de changement du Québec pour gagner cette bataille, car cette bataille, c\u2019est la bataille du Québec.Et même davantage\u2026 de L\u2019Action nationale ÉTÉ 2019 volume xiii, numéro 3 Les Cahiers de lecture \u2013 paraîtra en juin 2019 \u2013 Abonnez-vous pour ne rien manquer des essais québécois.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages grand format couleur qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises Lectures Recensions Patrick Moreau 182 La prose d\u2019Alain Grandbois.Ou lire et relire Les voyages de Marco Polo Joseph-Yvon Thériault 186 Sept leçons sur le cosmopolitisme.Agir politique et imaginaire démocratique Lectures 182 Recensions Patrick Moreau La prose d\u2019Alain Grandbois.Ou lire et relire Les voyages de Marco Polo Montréal, Nota Bene, collection Grise, 2019, 207 pages Alain Grandbois fut un grand voyageur avant d\u2019être un grand écrivain.Il passa près de vingt ans en Europe, en Chine, en Russie et en Asie du Sud-Est.Pratiquement ruiné par ses nombreuses pérégrinations, il revient au Québec au moment du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, et c\u2019est dans sa chambre d\u2019hôtel de la petite ville de Deschambault qu\u2019il écrit Les voyages de Marco Polo, son deuxième ouvrage après Né à Québec.À partir du Devisement du monde, ouvrage écrit par le voyageur vénitien Marco Polo, l\u2019écrivain québécois se livre à un intense travail de réécriture.Le récit de Marco Polo est son matériau brut, un texte palimpseste auquel il retire ou ajoute de nombreux éléments en se basant sur des ouvrages savants portant sur l\u2019épopée de Marco Polo et sur sa propre expérience de voyageur impénitent.C\u2019est ce travail de recréation qu\u2019analyse brillamment l\u2019essayiste Patrick Moreau dans La prose d\u2019Alain Grandbois \u2013 Ou lire et relire Les voyages de Marco Polo.Moreau nous fait connaître un écrivain profondément libre, et donc imperméable aux modes du moment, qui n\u2019hésite pas 183 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 à emprunter, mais aussi à rejeter certains écrits des commentateurs dont il se sert pour écrire son récit.En effet, Grandbois ne partage pas la rhétorique raciste qui est pourtant omniprésente chez nombre d\u2019intellectuels à l\u2019aube de la Deuxième Guerre mondiale et dont on retrouve l\u2019écho dans les ouvrages de Joachim Barkhausen et d\u2019Antonio Aniante que Grandbois a consultés.La mode intellectuelle du moment est à l\u2019inégalité des races et en la croyance dans l\u2019origine polygénétique de l\u2019humanité selon laquelle les êtres humains ne partagent pas tous le même bagage génétique fondamental.Grandbois évite donc de tomber dans une explication racialiste du monde et, plus largement, dans une vision moniste dans laquelle une seule vérité commande les gestes et les croyances des individus : « La vérité, la justice, l\u2019avenir sont des idéaux qu\u2019il est dangereux de croire posséder absolument », écrit d\u2019ailleurs Moreau pour décrire le scepticisme de Grandbois.On retrouve donc dans Les voyages de Marco Polo de Grandbois les observations fascinées d\u2019un voyageur occidental découvrant la grande diversité des peuples et des paysages de l\u2019Orient.L\u2019œuvre, qui obtint le prix David en 1941, est d\u2019ailleurs parfois considérée comme une victoire remportée par le camp des exotistes sur les régionalistes, mais cette vision ne fait pas justice à la profondeur de la démarche de Grandbois.Certes, Grandbois s\u2019est moqué des poncifs du roman de la terre.Dans une lettre à l\u2019écrivain Guy Sylvestre, il souhaite par exemple « qu\u2019un écrivain cana- dien-français ne soit pas forcé exclusivement, sous prétexte d\u2019un fallacieux patriotisme, de décrire ad mortem des bœufs, des sapins, la Gatineau, le Saint-Laurent, le dégel, l\u2019amour du sol, l\u2019hirondelle, le rossignol qui n\u2019existe pas, et les affres du jeune paysan qui veut émigrer aux States.» Cependant, la querelle entre régionalistes et exotiques s\u2019est étiolée à la fin des années 1920, bien avant l\u2019entrée de 184 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Grandbois en littérature et, surtout, selon Moreau, si on peut considérer Grandbois comme un exotique, c\u2019est dans un contexte de l\u2019engouement pour les horizons lointains par de nombreux écrivains et intellectuels que Grandbois a parfois lus et même fréquentés lors de ses séjours parisiens durant l\u2019entre- deux-guerres.De plus, le courant exotique québécois s\u2019inscrivait dans une soif de modernité et de rupture que ne partage pas vraiment Grandbois.En effet, l\u2019auteur des Îles de la nuit, qu\u2019on considère habituellement comme le héraut de la modernité poétique québécoise, a plutôt tenté, par son écriture, de conserver un peu de la lumière vacillante du « monde d\u2019hier ».Grandbois ne considère pas le passé de façon péjorative, il ne l\u2019ignore pas non plus ; celui-ci nourrit plutôt son œuvre.Grandbois partage avec l\u2019écrivain français Victor Segalen une aversion pour le tourisme de masse, qui en est à ses balbutiements au moment où il écrit ses Voyages de Marco Polo, car il contribue à détruire l\u2019exotisme et à émousser les multiples physionomies des « visages du monde ».Comment ne pas lui donner raison quand on considère ces avions qui traversent des océans en quelques heures, et quand on songe à ces énormes resorts, ces grands magasins, ces hôtels, ces chaînes de restaurants, bref quand on songe à toutes ces infrastructures qui ont proliféré aux quatre coins de la planète pour assurer quiétude et confort au voyageur moderne, et, pour tout dire, lui permettre de voyager sans voyager.Si la modernité gomme les différences, la tâche de l\u2019écrivain sera de les préserver du moins dans le souvenir.Au sujet de l\u2019attitude de Grandbois, Moreau parle à juste titre de « conservatisme nostalgique », un conservatisme « qui nourrit une écriture qui, à ses yeux, offre le seul antidote permettant de conserver au moins l\u2019empreinte de ces multiples \u201cvisages\u201d de l\u2019individu qui est menacé par une modernité masquant ses traits singuliers sous l\u2019uniforme.» 185 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Pour autant, on ne trouve pas trace dans l\u2019œuvre de Grandbois de cette idéalisation de l\u2019autre et de ce reniement de soi-même prônés par un certain progressisme multicul- turel.Grandbois demeure un Canadien français découvrant l\u2019Orient.D\u2019ailleurs, dans sa présentation de l\u2019œuvre Visages du monde qui colligeait les souvenirs de voyage de l\u2019écrivain globe-trotter, Léopold Leblanc écrit : « Grandbois, peut-être, ne fut attentif à l\u2019autre que parce qu\u2019il eut d\u2019abord le respect de SOI.» En relatant la genèse des Voyages de Marco Polo, Moreau décrit pour nous un art de voyager, mais aussi un art de créer : en s\u2019abreuvant à diverses sources, et en témoignant de la grande diversité des cultures, Grandbois a sûrement commis des centaines de milliers de fois l\u2019abominable péché de « l\u2019appropriation culturelle ».Son œuvre est le fruit d\u2019un être à la fois enraciné dans sa culture et ouvert à l\u2019altérité infinie du monde.La saga de SLAV de l\u2019été dernier est le contre-exemple de cette ouverture.En parvenant à censurer le spectacle de Robert Lepage, les manifestants ont finalement interdit qu\u2019un créateur s\u2019ouvre à l\u2019altérité.Si on les suivait à la lettre, ils rendraient toute création artistique pratiquement impossible.Patrick Moreau a d\u2019ailleurs fustigé dans un texte publié par Le Devoir la bêtise des manifestants et la lâcheté des organisateurs du festival de Jazz de Montréal en leur rappelant entre autres que « la création culturelle puise toujours à de multiples sources et n\u2019a pas à se ghettoïser.» On ne saurait mieux dire ! Nicolas Bourdon Professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne 186 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Joseph-Yvon Thériault Sept leçons sur le cosmopolitisme.Agir politique et imaginaire démocratique Montréal, Québec/Amérique, 2019, 229 pages À l\u2019automne 2018, Joseph-Yvon Thériault donnait, pour la dernière fois de sa carrière, le cours Théories sociopolitiques aux cycles supérieurs en sociologie à l\u2019UQAM.Le professeur a tout de même pris soin d\u2019immortaliser son cours, fruit d\u2019une carrière de réflexion, dans son tout dernier ouvrage : Sept leçons sur le cosmopolitisme.Agir politique et imaginaire démocratique.On ne peut que s\u2019en réjouir.Dans ce petit livre à la fois dense et limpide, Thériault explore les théories cosmopolites et les manifestations d\u2019une certaine cosmopo- litique.Les mêmes questions hantent les sept leçons : « Le projet cosmopolitique est-il démocratiquement possible ?Le cosmos peut-il être le lieu du demos ?» (p.22) La démonstration du sociologue s\u2019amorce par une « Brève histoire du cosmopolitisme » en quatre temps.Les trois premiers courants se seraient, par ailleurs, heurtés à l\u2019impossibilité pour une telle philosophie à s\u2019incarner dans une structure politique.Pour des raisons évidentes, les cosmopolitismes grecs et chrétiens (la « cité grecque » et la « cité céleste ») ne pouvaient donner naissance à une forme politique fonctionnelle.L\u2019idéologie des Lumières, censée donner naissance à la « cité humaine », n\u2019a pas non plus fait émerger une cosmopolitique, mais a tout de même fourni le substrat idéologique de la modernité.On reconnait certes l\u2019universalité de l\u2019Homme doté de raison et partageant avec les autres hommes des droits et des libertés inaliénables.Seulement, l\u2019époque des Lumières correspond à l\u2019émergence paradoxale « des singularités nationales ».Ainsi, ce triptyque cosmopolite correspond au triple échec d\u2019une cosmopolitique.La cité moderne, celle dont nous sommes les contemporains, échap- 187 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 perait à cet échec puisqu\u2019elle serait d\u2019abord un fait avant d\u2019être un projet.Notre époque est celle de l\u2019individualisme et de la mondialisation, c\u2019est-à-dire celle de l\u2019individu ayant fait de l\u2019espace-monde sa référence première.On assiste donc, selon des théoriciens tels qu\u2019Ulrich Beck et Jürgen Habermas, au dépassement de l\u2019État-nation par des instances qui les surplombent sans toutefois les nier totalement.Or, la résurgence des « personnes nationales » alors même que les théoriciens cosmopolites nous annoncent leur dépassement n\u2019a rien de paradoxal et renvoie à la deuxième leçon.L\u2019angle mort d\u2019un tel cosmopolitisme moderne est que la politie nécessite inévitablement un demos circonscrit dans des frontières et uni par une culture commune.En d\u2019autres termes : « pas de démocraties modernes en dehors de la forme d\u2019État-nation » (p.71) de sorte qu\u2019il existe, selon les termes wébériens utilisés par l\u2019auteur, une « affinité élective » entre démocratie et nation.Thériault fournit cinq raisons à l\u2019origine de cet heureux mariage.Cinq raisons que l\u2019on peut ramener, sans trop déformer la pensée du sociologue, à une seule : la modernité, la démocratie et les droits de l\u2019Homme sont, à leur « état de nature », des concepts insuffisants, voire anomiques.Ils ont besoin, pour prendre vie, d\u2019un substrat culturel qui ne présenterait pas la vie en société comme une simple procédure froide et désenchantée.Ce substrat culturel, c\u2019est la nation.Elle agit comme « l\u2019élément enchanteur » venant « [suppléer] au déficit culturel de la modernité » (p.83).Il ne s\u2019agit donc pas de renier les valeurs universelles des Lumières, mais bien de les incarner dans un corps social qui ne flotte pas au-dessus des continents.Le cadre national n\u2019est pas une aberration traditionaliste dans la modernité, mais bien la condition sine qua non de celle-ci.C\u2019est à la troisième leçon que nous entrons dans ce que je me permets d\u2019appeler « l\u2019univers parallèle des postmo- 188 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 dernes », c\u2019est-à-dire dans les théories du cosmopolitisme culturel.Contrairement au projet cosmopolite, il s\u2019agit moins d\u2019un phénomène politique que sociologique qui tend à la « créolisation des cultures ».Le délirium de l\u2019autopoïèse, du sujet autoportant, de l\u2019individu comme seul architecte de sa vie, ne manquera pas de faire sourire le lecteur.Le monde, nous disent les théoriciens cosmoculturels, ne serait que mixité, fluidité et mouvement.La verticalité n\u2019existerait plus ; nous vivrions dans un monde horizontal.On rejette le multiculturalisme aussi bien que le communautarisme parce que ces deux formes d\u2019appartenance renvoient, justement, à une appartenance qui transcende l\u2019individu.Or, aucune communauté ne saurait définir une personne.Selon cette théorie qui fait reposer notre être sur une série de choix individuels, nous serions « tous des queers, fût-ce à notre insu » (p.108).En fait, le sujet cosmopolite construit son identité comme on magasine notre vin : aujourd\u2019hui du rouge chilien et demain du blanc alsacien.Après demain ?Qui sait, peut-être aurais-je envie d\u2019un fortifié bio sierra-léo- nais.Cette individualisation radicale pousse même certains penseurs, dont le Canadien James Tully, à imaginer une sorte de constitutionnalisme à la carte : l\u2019individu est appelé à échafauder « son propre droit » (p.119).Un tel radicalisme amène Thériault à se poser une question fondamentale : « est-ce ainsi que vivent les humains ?» Autrement dit, « sommes-nous vraiment tous de queers ?» Poser la question c\u2019est y répondre.Le sociologue rappelle que l\u2019appartenance à une collectivité reste chère au cœur de l\u2019écrasante majorité des hommes.Quant à l\u2019idéologie qui fait du déracinement une vertu, elle ne correspondrait qu\u2019à 0,45 % de la population mondiale.On pense alors à cette strate sociale mobile, polyglotte et bien nantie que l\u2019on pourrait qualifier, même si Thériault n\u2019use pas de ce concept, d\u2019overclass mondialisée. 189 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Pour l\u2019auteur, l\u2019aboutissement politique du cosmopolitisme culturel serait la démocratie radicale (leçon IV) qui refuse toute verticalité.La révolte et le conflit sont alors sacralisés dans le rejet des téléologies : aucune fin, aucun projet, aucun but ne saurait se coller à l\u2019exercice démocratique.En somme, la démocratie radicale est un libéralisme smithien ou « une radicalisation de l\u2019idée libérale d\u2019affrontement des intérêts » (p.138) à une différence près.Par son refus d\u2019une téléologie, elle ne tend aucunement vers une relative harmonisation des intérêts contradictoires.Difficile de ne pas y voir un nihilisme qui ne dit pas son nom.Par ailleurs, Thériault souligne que la démocratie a besoin de lieux de médiation et d\u2019institutions afin que sa dimension conflictuelle puisse se déployer.Bref, l\u2019autopoïèse démocratique est une utopie de sorte que « conflit et institutions sont dans le régime démocratique deux réalités inextricables » (p.140).La dernière portion du livre (leçon V, IV et IIV) est consacrée aux « laboratoires contemporains » du cosmopolitisme.La construction européenne, le projet étatsunien ainsi que le modèle canadien nous font voir l\u2019impossibilité d\u2019un cosmopolitisme authentique.Premièrement, l\u2019Union européenne, qui se présente comme la première incarnation historique du cosmopolitisme, est traversée par des tensions insurmontables.Elle serait, selon les mots de l\u2019auteur, en « déficit de légitimité ».Plus technocratique que démocratique, le projet européen a construit un ensemble d\u2019institutions (les Indépendants) qui échappe à l\u2019agir politique des États membres.En plus de sa froideur procédurale qui plane au-dessus des États, l\u2019UE ne sécrète aucun demos capable de lier ses « particules élémentaires » (les nations) par « une conscience politique européenne commune » (p.164).Une des raisons de cette impossibilité, mais qui, selon Thériault, n\u2019est que très rarement abordé par les théoriciens de l\u2019Europe, est que le parlement européen est une véritable Babel. 190 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 Ainsi, le problème de l\u2019UE renvoie fatalement à la deuxième leçon : hors du cadre national, lieu d\u2019un certain unanimisme culturel, peu de légitimité.Contrairement à l\u2019UE qui entend s\u2019éloigner des nations, le cosmopolitisme américain serait quelque chose comme un patriotisme.Afin de dépasser le multiculturalisme qui entraine une fâcheuse politisation des identités, la tâche des États-Unis serait de matérialiser l\u2019universel à l\u2019intérieur même de ses frontières.Il s\u2019agit de « l\u2019Amérique comme microcosme du cosmopolitisme » (p.199).Cet éthos universaliste s\u2019inscrirait même dans le parcours historique, donc singulier, des États-Unis.Cette manière d\u2019aborder le cosmopolitisme « originel » des États-Unis fait dire à Thériault que sous ses allures post-ethniques et pluriculturelles, « [l] » universalisme américain (son cosmopolitisme) est terriblement américain.» (p.188).D\u2019où le titre oxymorique de cette sixième leçon : « Le cosmopolitisme s\u2019est trouvé une patrie : l\u2019Amérique ».Le même phénomène est perceptible dans le cosmopolitisme allégué du Canada.George Grant, philosophe canadien, avait fait le pessimiste constat de l\u2019impossibilité pour le Canada de se représenter comme une nation singulière.Or, « le renversement optimiste du paradigme grantien » (p.222) fait justement de cette « impossibilité du Canada » l\u2019essence même de la « nation » canadienne.Encore une fois, l\u2019universel s\u2019ancre dans un particulier.Alors que le Canada était tristement a-national, il sera maintenant joyeusement post-national.Soulignons, en terminant, une carence de l\u2019ouvrage : son absence de conclusion.La démonstration de Thériault se termine plutôt abruptement et je crois qu\u2019elle aurait nécessité un dernier chapitre fédérateur.L\u2019introduction du bouquin, qui est en fait une réflexion lumineuse sur l\u2019équilibre précaire entre le politique, la sociologie et l\u2019enseignement 191 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2019 universitaire, nous fait regretter l\u2019absence d\u2019une conclusion qui serait de la même trempe.Cependant, ne laissons pas cette remarque assombrir le portrait général des Sept leçons de Thériault.Le lecteur abordera l\u2019ouvrage du sociologue pour ce qu\u2019il est, c\u2019est-à-dire une enquête sociopolitique passionnante sur la matrice idéologique du cosmopolitisme contemporain.Il aurait tort, cependant, de n\u2019y voir que cela.En filigrane de la démonstration du professeur Thériault, on retrouve un plaidoyer plus ou moins tu en raison de la nature scientifique de l\u2019ouvrage.Il s\u2019agit d\u2019un plaidoyer pour la nation comme foyer de la modernité, de la démocratie et des solidarités citoyennes les plus élémentaires.Alexis Tétreault Candidat à la maîtrise en sociologie, UQAM Mémoires d\u2019un enfant de la Révolution tranquille 224 pages \u2013 20 $ Le devoir de cohérence 144 pages \u2013 12 $ en vente via le site internet action-nationale.qc.ca ou par téléphone 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 tps et expédition comprises Vouloir l\u2019indépendance 100 pages \u2013 10 $ Offre spéciale Obtenez les trois dernières parutions de Denis Monière chez L\u2019Action nationale Éditeur pour 25$ Depuis plus d\u2019un siècle, L\u2019Action nationale réussit l\u2019exploit de confronter des points de vue et d\u2019animer, au fil des générations, une réflexion ancrée sur les combats à livrer pour permettre au peuple québécois de s\u2019épanouir.campagne de financement de L\u2019Action nationale 2019 Louise Harel MAN 1981\u20132008 Présidente de l\u2019Assemblée nationale L\u2019Action nationale remet des reçus iscaux à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (no OEP/002).à partir du site internet de L\u2019Action nationale action-nationale.qc.ca au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou MasterCard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 Vous pouvez également faire votre don L\u2019Action nAtionALe en héritAge Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec près d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 819 397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca MeMbres bâtisseurs de 5000 $ à 24 999 $ Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Pierre Karl Péladeau Cécile Vanier \u2020 MeMbre grAnd bâtisseur de 25 000 $ à 49 999 $ Hector Roy \u2020 tAbLeAu d\u2019honneur des donAteurs et LégAtAires de LA Ligue d\u2019Action nAtionALe Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.MeMbres bâtisseurs éMérites plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Jacques Baillargeon Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Paul Carrier Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire Benoit Dubreuil André Dubuc Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault André Gaulin Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Germain Jutras Georges Lacroix Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Gérald Larose Denis Lazure \u2020 Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Claude Pilote Fernand Potvin Alain Prévost Arthur Prévost \u2020 Antoine Raspa Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Denise Simoneau Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Marcelle Viger Madeleine Voora cLub des 100 Associés 1000 $ à 1499 $ MeMbres bienfAiteurs 1500 $ à 4999 $ Gabriel Arsenault Robert Ascah André Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Charles Castonguay Normand Cossette Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Harold Dumoulin Lucia Ferretti Leopold Gagnon Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Isabelle Lamarche Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Richard Rainville Ivan Roy Paul-Émile Roy \u2020 Ginette Simard Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 199 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Anne-Michèle Meggs Denis Monière Simon-Pierre Savard-Tremblay Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Jacques C.Martin Martine Ouellet Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2019 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 185 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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