Québec science, 1 janvier 2012, Mars 2012, Vol. 50, No. 6
[" quebecscience.qc.ca 40065387 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 12 AVRIL 2012 Les phoques perdent leur banquise ENTREVUE EXCLUSIVE JEAN ZIEGLER : CES RICHES QUI AFFAMENT LA PLANÈTE ENFIN UN TRAITEMENT ANTIBUÉE PERMANENT URANUS LA BELLE INCONNUE NANOTECHNOLOGIES une révolution invisible Chaussettes, rouge à lèvres, iPod, café.Les nanoparticules sont déjà partout.Devrait-on s\u2019en inquiéter ?Quand Montréal voulait toucher le ciel Québec Science S Mars 2012 50 ANS GÉNIE LOGICIEL GÉNIE MÉCANIQUE GÉNIE CIVIL GÉNIE AÉROSPATIAL GÉNIE BIOMÉDICAL MARS, MOIS NATIONAL DU GÉNIE CONCEVOIR LE FUTUR 60 000 M E M B R E S AU SERVICE DES QUÉBÉCOIS De l\u2019ingénieur en alimentation jusqu\u2019à l\u2019ingénieur en génie physique, les possibilités sont in?nies.L\u2019INGÉNIERIE, UN CHOIX DE CARRIÈRE JUDICIEUX Découvrez toutes les facettes de la profession d\u2019ingénieur à WWW.PLACEPOURTOI.CA Dès le 1er mars, soyez vigilants\u2026 Naviguez sur le site www.placepourtoi.ca et gagnez des prix fort intéressants ! 34 «On fait mourir de faim des milliers de gens pour gagner de l\u2019argent» Malgré les progrès spectaculaires de l\u2019agronomie, une bonne partie de l\u2019humanité est affamée, dénonce l\u2019ancien rapporteur spécial des Nations unies, Jean Ziegler.Pourquoi cette injustice?Propos recueillis par Fabien Gruhier MARS 2012 VOLUME 50, NUMÉRO 6 Attention nanos! Nous l\u2019avons appelée la «révolution invisible», et ce n\u2019est pas une blague.Les nanotechnologies \u2013 l\u2019art de manipuler la matière dans l\u2019infiniment petit pour en tirer des propriétés radicalement différentes \u2013 promettent de bouleverser nos vies comme l\u2019a fait, au milieu du XIXe siècle, la Révolution industrielle.Cette dernière a transformé les modes de production et, par ricochet, nos façons de consommer de manière bruyante, polluante et agitée.Les machines tournaient, les cheminées fumaient, les travailleurs s\u2019activaient comme des damnés sur des chaînes de montage.Rien de tel avec les nanotechnologies.Car cette révolution se joue dans le silence des laboratoires et le secret des usines.Elle ne se voit pas \u2013 par définition, les nanoparticules sont des molécules si infimes qu\u2019elles restent invisibles à l\u2019œil nu.Elle n\u2019a pas d\u2019odeur.Il n\u2019a d\u2019ailleurs pas été si facile pour nous d\u2019avoir accès à des industriels qui acceptent de nous expliquer les tenants et aboutissants de ces technologies.Pourtant, après plus de 20 années de recherche, leurs applications sont de plus en plus répandues.Les nanomatériaux sont maintenant utilisés dans l\u2019électronique, dans les cosmétiques, l\u2019automobile et l\u2019industrie pharmaceutique.On trouve actuellement 1014 produits de consommation fabriqués par 484 sociétés, dans 24 pays, qui intègrent ces molécules magiques.Comme la précédente, cette révolution- ci va faire des merveilles.Elle revêt déjà des aspects tout simplement prodigieux.Mais, comme l\u2019autre a fait des ravages sur la santé des travailleurs et dans l\u2019environnement, celle-ci présente également des risques importants que l\u2019on commence à peine à soupçonner.A-t-on appris de nos erreurs?La rédaction EN COUVERTURE 20 Nanotechnologies: une révolution invisible De l\u2019or rouge, bleu, jaune.Du caoutchouc rigide comme de l\u2019acier, du métal aussi transparent que l\u2019eau et aussi léger que l\u2019air.Tout cela existe et a déjà envahi notre quotidien, presque à notre insu.Merveilles et dangers de cette nouvelle révolution industrielle.Par Marine Corniou 38 Quand Montréal voulait toucher le ciel Il fallait de la vision et du savoir-faire pour construire le plus haut gratte-ciel du Commonwealth, il y a 50 ans.Un peu de folie aussi.Par Dominique Forget 50 ANS P A G E C O U V E R T U R E : A N T H O N Y T R E M M A G L I A - F O T O L I A Québec Science S 4 Québec Science | Mars 2012 La cinquantaine Il y a eu l\u2019American Dream.Il y a eu aussi le rêve Québécois.Il est né en 1962 \u2013 comme Québec Science \u2013 et il a étourdi toute une génération.Ça ne fait pas de mal de s\u2019en souvenir.Billet Par Raymond Lemieux ous avez peut-être remarqué la pastille qui orne la une de votre Québec Science, ce mois-ci.Elle annonce notre jubilé.Comme la Place Ville Marie, à laquelle nous consacrons un reportage, le magazine soufflera ses 50 bougies cette année.L\u2019occasion est belle de se replonger dans le contexte d\u2019une époque qui a fait naître bien des idéaux et bien des projets.En 1962, les églises étaient pleines; les écoles aussi.Les femmes découvraient la pilule anticonceptionnelle, alors que le pape Jean XXIII s\u2019opposait formellement à son usage.Nos pères buvaient de la Labatt 50, de la Dow ou de la Molson.Les Canadiens battaient régulièrement les Maple Leafs.On avait commencé à construire de grands barrages hydroélectriques et des autoroutes, tout en préparant l\u2019exposition universelle de 1967.Bref, on avait la fièvre.La fièvre du progrès.En plus, on nous promettait la conquête de l\u2019espace, la fin du cancer et la laveuse automatique dans tous les foyers.Le Québec n\u2019avait pas l\u2019intention de regarder passer le train de l\u2019avenir.Par la suite, Québec Science \u2013 publié d\u2019abord sous le titre du Jeune scientifique \u2013 aura été au fil des ans le témoin de mutations sociales et intellectuelles sans précédent.Notre premier numéro paraît en novembre 1962.Nos lecteurs (vous) ont assisté à la montée en puissance d\u2019une élite scientifique dont le Québec avait alors grand besoin; la moitié de la population active de l\u2019époque ne comptait pas neuf ans de scolarité.Cette nouvelle élite a su investir les grands domaines de recherche auxquels se consacre une so ciété développée : la chi mie, l\u2019aérospatiale, la sociologie, la neurologie, les nanotechnolog ies , l\u2019ingénierie biomédicale, l\u2019éco logie, etc.Le Québec tout entier en a ensuite tiré profit.Cinquante ans plus tard, le temps semble à l\u2019amertume.La révolution tranquille?«Ce sont les baby-boomers qui en ont profité! Aujourd\u2019hui, il faut payer pour ça!» À entendre quelques esprits réactionnaires, le Québec est maintenant un champ de ruines géré par des fonctionnaires paresseux et des entrepreneurs corrompus; et plombé d\u2019acquis sociaux trop généreux.Aurait-on oublié que notre société s\u2019est enrichie comme jamais?Qu\u2019elle a connu un essor la plaçant au niveau économique des pays développés?Qu\u2019elle dispose d\u2019un système de santé accessible à tous, d\u2019un réseau scolaire solide et de chercheurs qui nous apportent une perspective précieuse sur un ensemble d\u2019enjeux importants, notamment l\u2019exploitation de nos ressources naturelles?Tous ces acquis ne nous dispensent évidemment pas d\u2019un esprit critique et ne nous protègent pas contre les mauvais gestionnaires.Mais on a au moins les capacités et les moyens de comprendre, ainsi que d\u2019entreprendre des projets.Ce n\u2019est pas rien.Pourquoi jeter le bébé du baby-boom avec l\u2019eau du bain?Il y a 50 ans, tous n\u2019ont pas initié les réformes qui ont fouetté le Québec tranquillement révolutionnaire, mais tous y ont pris part.Et le Québec a pu avancer.En cela, on peut dire que cette grande transformation n\u2019a pas été l\u2019œuvre des seuls Jean Lesage, Robert Bourassa ou René Lévesque dont les noms enrichissent la toponymie.D\u2019ailleurs il serait aussi grand temps de rendre hommage aux cinq millions de Québécois et de Québécoises \u2013 c\u2019était la population en 1962 \u2013 en donnant à une rue, un boulevard, une avenue ou une place le nom de cet épisode de notre histoire.Un boulevard de la Révolution tranquille à Montréal, Québec ou Rimouski, ça paraîtrait bien, non?Et cela nous réconcilierait avec nos années fastes.À chacun de nos numéros, cette année, nous consacrerons un reportage à une réalisation issue des années 1960.Un exercice qui, loin d\u2019être passéiste, se veut plutôt inspirant.Il nous rappellera que l\u2019espoir d\u2019un mieux- être, l\u2019en thou siasme et l\u2019au dace sont de puissants moteurs pour relever n\u2019im - porte quel défi et réaliser n\u2019importe quel rêve.Comme celui qui nous a fait passer des années duplessistes aux années Internet.Une petite marche sur le boulevard de la Révolution tranquille vous en convaincrait.QS M A R I E - R E I N E M A T T E R A V Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou Collaborateurs Camil Bouchard, Serge Bouchard, Viviane Desbiens, Dominique Forget, Fabien Gruhier, Joël Leblanc, Robert Lamontagne, Bouchra Ouatik, Olivier Rey et Jean-Pierre Rogel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Frefon, Philippe Jasmin, Aaron McConomy, Katrinn Pelletier, Stephan Poulin, Anthony Tremmaglia Éditeur Pierre Sormany Administration Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Nathalie Dubreuil Tél.: 450 441-5718 514 521-4800 ndubreuil@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Mars 2012 (496e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2011 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 28 Phoques à la dérive Dans le golfe du Saint-Laurent, chaque hiver, le couvert de glaces diminue, menaçant les phoques qui en ont besoin pour mettre bas.Par Joël Leblanc 31 La géante de glace Un peu oubliée aux limites du système solaire, Uranus vient de révéler quelques-uns de ses secrets.Par Olivier Rey 10 Le secret du mastodonte Un os retrouvé par des archéologues pourrait ajouter deux millénaires à la préhistoire de l\u2019Amérique.Par Marine Corniou EURÊKA! 18 Pas de brume dans mes lunettes! Un nouveau traitement antibuée permanent va faire le bonheur des myopes, presbytes, etc.Par Bouchra Ouatik 4 BILLET La cinquantaine Par Raymond Lemieux 7 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 45 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 48 LU POUR VOUS Guerres et paix chez les atomes Par Robert Lamontagne 49 TOILE DE FOND Par Marine Corniou 6 Camil Bouchard La psychiatrie en folie! 13 Jean-Pierre Rogel 13 Des gènes en injection?50 Serge Bouchard Un café au Michigan Nos chroniqueurs Québec Science S 6 Québec Science | Mars 2012 ontroverse dans le monde de la psychiatrie.Des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour décrier les travaux de révision du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) en vue de sa cinquième édition (DSM-V).Ces travaux sont menés par l\u2019American Psychiatry Association (APA), une puissante organisation comptant plus de 36 000 membres aux États-Unis et au Canada.Le DSM fait quasiment office de bible dans le milieu de l\u2019intervention en santé mentale.C\u2019est à partir des catégories dia - gnostiques qui y sont répertoriées que les spécialistes décident si une personne souffre ou non de troubles mentaux.Au cœur de la controverse, des propositions qui auraient pour effet d\u2019augmenter considérablement le nombre de personnes présentant un tel diagnostic.Un exemple?L\u2019aliénation parentale qui désigne ces cas où un enfant rejette ou diabolise un parent à la suite d\u2019un dénigrement systématique de ce parent par l\u2019autre.Ce phénomène, qui n\u2019est pas rare dans les cas de disputes répétées ou de séparations, serait désor mais considéré comme un trouble mental.Autre exemple, la rage au volant.Selon la nouvelle mouture du DSM, les individus manifestant ce genre de bouffées explosives d\u2019agressivité seraient aussi atteints d\u2019un trouble mental.Il en serait de même pour les acheteurs compulsifs, pour les mangeurs excessifs, pour les apathiques insondables et \u2013 aux dernières nouvelles \u2013 pour les dépendants à Internet.Si, par malheur, comme moi, vous vous reconnaissez dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces groupes, la prochaine version du DSM pourrait bien vous valoir un diagnostic de trouble mental.Et qui dit trouble, dit cure; pharmacologique, de préférence! Il faut se demander à qui cette multiplication des diagnostics profite le plus.Le Paxil et le Prozac rapportent des centaines de millions aux compagnies pharmaceutiques, sans que, pour autant, le nombre de personnes dépressives ou anxieuses diminue.Et il y a plus.Les réviseurs du DSM proposent aussi d\u2019abaisser le seuil à partir duquel on pourra considérer qu\u2019un enfant est hyperactif, qu\u2019une personne souffre de démence sénile (attention à nos mémoires vieillissantes) ou de psychose.Dans ce dernier cas, on crée même une nouvelle catégorie, le syndrome de psychose atténuée.On risque ainsi de voir se multiplier le nombre de personnes présentant un diagnostic de psychose, alors que l\u2019on sait fort bien qu\u2019un grand nombre d\u2019entre elles, même si elles présentent des risques, ne développeront jamais la maladie.Les critiques des travaux du comité de révision font valoir que l\u2019APA, loin d\u2019adopter une posture scientifique et empirique, opte, par idéologie ou opportunisme, pour un modèle «psychophysiologique» de la maladie mentale.Autrement dit, elle se réfère aux seules caractéristiques, réelles ou virtuelles, des individus, et ignore les facteurs sociaux, économiques, culturels ou organisationnels, qui contribuent aux problèmes que nous manifestons avec plus ou moins d\u2019acuité dans nos vies.La rage au volant devient un trouble personnel et non pas un problème de déplacement dans des agglomérations urbaines mal organisées.Les individus portent le poids de leur alimentation excessive, et rien n\u2019est fait contre l\u2019omniprésence des publicités de malbouffe.La dépendance à Internet devient un problème personnel de gestion de son temps libre plutôt qu\u2019un résultat de la fragmentation du tissu social.C\u2019est l\u2019individu qu\u2019on tentera de guérir à coups de pilules, plutôt que de corriger les environnements qui nous rendent dingues.La psychiatrie de l\u2019étiquetage individuel intempestif n\u2019en est pas à ses premières manifestations.En 1973, on supprimait enfin l\u2019homosexualité comme catégorie diagnostique du DSM.Ce changement représentait l\u2019aboutissement de pressions incessantes faites durant des années par des groupes de défense des droits des personnes homosexuelles.Cette catégorie diagnostique avait été introduite dans le DSM non pas à la suite de découvertes scientifiques, mais conséquemment à l\u2019établissement de normes culturelles et religieuses.Ces normes ayant changé, on a retiré du coup le diagnostic du DSM, non sans avoir contribué des années durant à marginaliser des centaines de milliers de personnes.On pourrait multiplier les exemples de cette vergogne psychiatrique dans l\u2019histoire de la folie.Encore aujourd\u2019hui, les enfants dyslexiques doivent porter un diagnostic de trouble mental, une aberration! De nombreuses divisions de l\u2019APA et de la British Psycho - l o gical Society unissent leurs voix aujourd\u2019hui pour réclamer que l\u2019on cesse d\u2019élargir indûment le répertoire des troubles mentaux.Elles ont mis en ligne une critique très explicite des travaux en cours et une pétition à l\u2019adresse suivante : www.ipetitions.com/petition/dsm5/ QS La psychiatrie en folie! Vous mangez trop, vous passez de trop nombreuses heures sur Internet, vous vous emportez au volant?Selon la nouvelle mouture du DSM \u2013 la bible des psychiatres \u2013, vous pourriez souffrir d\u2019un trouble mental! Par Camil Bouchard soucis Des et des hommes I L L U S T R A T I O N : F R E F O N - P H O T O : M A R I E - R E I N E M A T T E R A C Bilinguisme : c\u2019est le milieu qui prime! Réal Fortin, de Saint-Jean- sur-Richelieu, nous écrit à propos du reportage de Dominique Forget sur le bilinguisme («Le bilinguisme, c\u2019est for me\u2026 dable!», décembre 2011-janvier 2012).Il aurait aimé que l\u2019article aille plus loin et apporte davantage de preuves scientifiques de ses bienfaits.Il nous fait aussi partager son expérience en la matière.«J\u2019ai enseigné le français plusieurs années et mes conclusions au sujet du bilinguisme sont fort mitigées; tout dépend de l\u2019environnement au sein duquel s\u2019opère l\u2019apprentissage de la seconde langue.J\u2019ai remarqué que les jeunes provenant d\u2019un milieu militaire où les parents étaient appelés à déménager souvent baragouinaient le français et, dès qu\u2019ils sortaient de classe, l\u2019anglais devenait la communication naturelle entre eux.Et ce, même si la langue maternelle des deux parents était le français.D\u2019autres, par contre, provenant d\u2019un milieu plus intellectuel, possédaient un vocabulaire très riche dans les deux langues.Chez ceux qui avaient appris une autre langue dans la rue, j\u2019ai observé une \u201cbâtardisation\u201d des deux langues; ils n\u2019arrivaient à en maîtriser aucune.Le bilinguisme enrichissant est conditionné par le milieu social.» Twitter ou écouter?Paul Cadrin, de Québec, réagit à la chronique de Camil Bouchard («Du temps pour l\u2019autre», décembre 2011-janvier 2012).«Je pense que cette chronique est tout à fait à propos et d\u2019une actualité brûlante.Dans la foulée de ces réflexions, que faut-il penser de la nouvelle mode qui consiste à réserver des sièges à ceux qui veulent \u201ctwitter\u201d pendant les con - certs, les opéras et autres représentations?Cet usage, déjà répandu dans certaines salles parmi les plus presti gieuses du monde, a récemment été instauré chez nous par l\u2019Orchestre Mé tro politain.Je ne peux y voir qu\u2019une manœuvre publicitaire d\u2019un goût discutable.On se demande ce que ces \u201cpitonneux\u201d entendent et voient vraiment.Que font-ils de mieux qu\u2019inonder le Web de \u201cplacotage\u201d sur la couleur des robes des interprètes et les tics du chef d\u2019orchestre?Chose certaine, ils ne peuvent pas vraiment faire preuve de cette écoute qui exige ce \u201ctemps d\u2019attachement\u201d, dont M.Bou- chard parle.J\u2019ajouterais le temps du silence, de l\u2019intériorité et de la con cen tration.Est-ce vraiment de ce genre de public que nos organismes de concert et de théâtre ont besoin pour survivre?Si c\u2019est le cas, c\u2019est profondément alarmant pour l\u2019avenir des arts de la scène, voire pour l\u2019intel - ligence collective!» Du vinaigre dans le Saint-Laurent Un des articles traitant des Découvertes de l\u2019année au Québec (février 2012) portait le titre «L\u2019estuaire tourne au vinaigre», ce qui a fait réagir Jacques Bel- zile.«Suite à ma lecture du texte sur l\u2019estuaire, j\u2019ai fait quelques recherches.Le pH de l\u2019eau de mer se situerait entre 7,5 et 8,4; le pH du vinaigre industriel oscille entre 2,4 et 3,4.Malheureusement, dans le texte, il n\u2019y a aucune référence au pH habituel des eaux salées, de sorte que l\u2019abaissement de 0,2 à 0,3 du pH observé dans la recherche de l\u2019équipe d\u2019Alfonso Mucci perd considérablement de sa signification.Le rédacteur ne rend pas justice à cette recherche en suggérant que l\u2019estuaire tourne au vinaigre.Il s\u2019agit en fait de la rupture d\u2019un équilibre délicat, à l\u2019intérieur de marges étroites.» Notre réponse : Le mot «vinaigre» est utilisé ici au sens figuré.Néanmoins, pour certains organismes benthiques qui développent des squelettes de carbonate de calcium, les eaux profondes de l\u2019estuaire du Saint-Laurent sont corrosives.Ces organismes ou ceux possédant des exosquelettes d\u2019aragonite (coraux, certains bivalves et gastéropodes) ou de vatérite (homards et crabes, qui réparent leurs exosquelettes de chitine avec de la vatérite après une blessure) verront ainsi leur squelette se dissoudre.Les oursins de mer secrètent une calcite riche en magnésium qui a une solubilité équivalente à l\u2019aragonite.Donc, non seulement ces organismes seront incapables de produire ces carbonates de calcium, mais ceux qui s\u2019aventureront dans ces eaux sous-saturées seront dissous.L\u2019arbre qui cache la forêt Richard Mercier, de Magog, tenait à apporter quelques précisions à l\u2019article «Collaboration souterraine» paru dans notre dossier des 10 Découvertes de l\u2019année (février 2012).«J\u2019aimerais porter à votre attention que, lors de travaux d\u2019éclaircie précommerciale, il n\u2019y a aucun prélèvement d\u2019arbres.L\u2019EPC n\u2019est pas une pratique de récolte de bois, mais plutôt un traitement sylvicole visant à améliorer le peuplement en favorisant l\u2019ac crois sement et la qualité des tiges dans de jeunes peuplements de feuillus ou de résineux.Des centaines d\u2019études ont démontré que ce type de traitement augmente la croissance et le diamètre des tiges laissées sur pied ainsi que la qualité du peuplement.» Notre réponse : L\u2019article nous apprend que les arbres se «connectent» les uns aux autres par leurs racines et échangent des nutriments ainsi que de l\u2019eau par ce lien naturel.L\u2019avant-dernier paragraphe décrit une conséquence possible de cette découverte sur le Mars 2012 | Québec Science 7 Au pied de la courrier@quebecscience.qc.ca lettre Bar des sciences L\u2019événement aura lieu le mardi 6 mars 2012, au bistrot l\u2019Barouf, 4171, rue Saint-Denis de 17h30 à 19h.L\u2019entrée est gratuite, mais il est préférable de réserver en appelant au 514 521-8356 poste 424.Pour plus d\u2019information, consultez la page facebook de Québec Science.Faut-il interdire la violence dans le sport?QS Québec Science On parle beaucoup du hockey, mais nombre de sports comportent une part d\u2019agressivité, avec les risques de commotions et autres blessures que cela comporte.Il existe même un sport \u2013 la boxe dont le but est de provoquer une commotion cérébrale.Cela est-il acceptable?Animé par Yanick Villedieu et retransmis à l\u2019émission Les années lumière, de la radio de Radio-Canada BOXE, HOCKEY, FOOTBALL À Montréal C H R I S T I A N F L E U R Y terrain, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle pourrait remettre en question certaines pratiques sylvicoles, comme justement l\u2019éclaircie précommerciale.La décou - verte faite par les chercheuses de l\u2019UQAT relève essentiellement du domaine de la biologie végétale.D\u2019autres études et expériences sur le terrain devront bien évidemment être faites avant de changer les pratiques de l\u2019industrie forestière.Trop chère, l\u2019université?Camil Bouchard a touché une corde sensible en abordant le sujet des frais de scolarité («Le prix du savoir», février 2012).Il a notamment fait réagir Marcel Bourg, de Montréal.«Quand vous écrivez que la hausse des frais de scolarité prévue est \u201c25 fois plus élevée que l\u2019augmentation prévisible du coût de la vie\u201d, pour les prochaines années, vous faites abstraction du fait que les frais de scolarité ont été gelés longtemps et que le gouvernement vise maintenant une certaine équité.[\u2026] J\u2019ai étudié le palmarès des écoles secondaires et j\u2019ai déterminé que le revenu moyen des parents des 20 premières écoles secon - daires est presque le double du revenu des parents des 10 dernières de la liste soit 88 806 $, comparativement à 48 660 $.Il apparaît établi que les cégeps acceptent les meilleurs candidats des meilleures écoles secondaires.Par la suite, les universités acceptent les meilleurs candidats des meilleurs cégeps.Il s\u2019ensuit que ces étu diants favorisés sont souvent des privilégiés.Il appert que nous finançons les enfants des parents les plus fortunés, au dé - tri ment des élèves du secondaire qui d é c r o c h e n t , faute de ressources pour leur permettre de terminer au moins leur 5e secondaire.» Einstein ne peut pas se tromper Rémi d\u2019Anjou nous fait remarquer que, selon lui, notre titre «Dernières nouvelles du cosmos, Einstein s\u2019est-il trompé?» (décembre 2011-janvier 2012) ne reflète pas la réalité.«Il implique que Ptolémée, Copernic, Galilée, Newton ?et la liste est longue ?se sont tous trompés concernant les connaissances qu'ils nous ont livrées sur l\u2019Univers.Or, ils n'ont pas pu se tromper ou commettre une erreur, car émettre une hypothèse sur le comportement de l\u2019Univers entier ou d'un simple événement dans l\u2019Univers exige une vérification.Si cette vérification apporte plus de connaissances, tant mieux, sinon l\u2019hypo thèse est rejetée et elle n'entre pas dans le corpus des connaissances.Autrement dit, il n'y a pas de connaissances fausses, mais toutes les connaissances sont incomplètes, et le corpus est évolutif: pourquoi enseigne-t-on encore la théorie de Ptolémée, sinon pour démontrer la perfectibilité du corpus ?» QS 8 Québec Science | Mars 2012 Au pied de la courrier@quebecscience.qc.ca lettre prixduquebec.gouv.qc.ca FEMMES DE SCIENCE RECHERCHÉES METTEZ EN LUMIÈRE LES FEMMES D\u2019EXCEPTION DE VOTRE ENTOURAGE ET POSEZ LEUR CANDIDATURE AVANT LE 5 AVRIL 2012.Les Prix du Québec sont attribués chaque année à des scienti?ques pour couronner leur carrière et constituent la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec pour rendre hommage à ces personnes qui contribuent à l\u2019avancement social et scienti?que du Québec. ls auraient traversé à pied le détroit de Béring, en suivant les troupeaux sauvages.Puis ils auraient colonisé le continent en empruntant un passage exempt de glaces à l\u2019est des Rocheuses.Pour le reste, on sait bien peu de choses sur les premiers «Américains».D\u2019où sont- ils partis?Et surtout, quand sont-ils arrivés?Jusqu\u2019ici, on croyait qu\u2019ils appartenaient à la culture Clovis (nommée d\u2019après une ville jouxtant un site de fouilles au Nouveau-Mexique), apparue il y a environ 13 000 ans.Mais des découvertes récentes suggèrent que la colonisation aurait eu lieu au moins 2 000 ans plus tôt.À la fin de l\u2019année dernière, des archéologues ont dévoilé un nouvel indice qui attesterait l\u2019existence d\u2019un peuplement «pré- Clovis»: une côte de mastodonte (un cousin du mammouth) dans laquelle était plantée une pointe en os, vraisemblablement taillée par un humain.L\u2019arté fact a été mis au jour en 1977 dans la péninsule Olympic, face à Seattle, mais ce n\u2019est que récemment que les chercheurs ont réussi à dater la pointe au carbone 14.Conclusion, cette flèche façonnée dans l\u2019os d\u2019un autre mastodonte aurait tué la bête il y a 13 800 ans.«C\u2019est une preuve supplémentaire que des chasseurs étaient présents sur ce territoire avant les hommes de Clovis», affirme Michael Waters, directeur du Centre d\u2019étude des premiers Américains à l\u2019université Texas A&M, qui a publié ces analyses dans la revue Science.Si le chercheur n\u2019est pas surpris par la trouvaille, c\u2019est qu\u2019il travaille aussi sur le site archéologique de Debra L.Friedkin, au Texas.En mars dernier, son équipe y a trouvé un vrai trésor en fouillant dans les couches de sous-sol antérieures à la culture Clovis : près de 16 000 lames, bifaces et autres outils de pierre.Pour évaluer leur âge, les chercheurs ont employé une méthode de datation très précise des sédiments, la luminescence optique, qui mesure le temps depuis lequel les minéraux n\u2019ont pas été exposés à la lumière du jour.10 Québec Science | Mars 2012 Actualités QS Les archéologues sont tombés sur un os.Un os taillé en pointe de flèche, qui pourrait ajouter deux millénaires à la préhistoire de l\u2019Amérique.Par Marine Corniou I T E X A S A & M U N I V E R S I T Y Trouvée dans une côte de mastodonte, près de Seattle, une pointe de flèche (ci-dessus, à droite) prouve que des hommes chassaient sur notre continent il y a 13 800 ans.Le secret du mastodonte Mars 2012 | Québec Science 11 C L A U D E C H A P D E L A I N E D\u2019après les résultats, ces artéfacts seraient âgés de 15 500 ans! «Ces découvertes laissent croire qu\u2019il aurait existé une civilisation pré-Clovis, soutient Claude Chapdelaine, archéologue et professeur d\u2019an thro pologie à l\u2019Université de Montréal.Cependant, il y a eu beau - coup de déceptions par le passé, de mauvaises datations et de fausses pistes.Il faut donc garder son esprit critique.» Dans la communauté des archéologues, certains expriment encore des doutes.«D\u2019abord, on n\u2019a pas trouvé d\u2019objets caractéristiques de la période pré-Clovis, alors que les pointes \u201cClovis\u201d sont très reconnaissables.Ensuite, même s\u2019il est vrai que, en théorie, plus les couches de sol sont profondes, plus elles sont anciennes, l\u2019ordre chronologique n\u2019est pas toujours respecté.Il est possible que des objets récents aient été enfouis plus profondément par des phénomènes géologiques», explique Claude Chapdelaine.Ce scénario perd toutefois en crédibilité à mesure que les indices se multiplient.«Sur le site de Cactus Hill, en Virginie, où les hommes de Clovis ont laissé des traces, on a trouvé dans les couches plus profondes des objets et du charbon de bois datant de 15 000 à 17 000 ans.Les bifaces, avec leur base légèrement amincie, pourraient être des prototypes des futures pointes Clovis», précise Claude Chapdelaine.Selon lui, des fouilles menées sur un autre site texan, Gault Site, pourraient bientôt livrer une foule d\u2019objets datant de la même période.Si on admet que ces pionniers ont existé, on doit encore retracer leur route.Ils sont arrivés par la Béringie (entre l\u2019Alaska et le Yukon, où l\u2019on trouve des sites pré-Clovis), mais nul ne sait comment ils ont gagné le reste du continent.Car il y a 15 000 ans, le nord du Canada était couvert d\u2019un manteau de glace infranchissable.Ce n\u2019est qu\u2019à la fin de la période glaciaire, 2 000 ans plus tard, qu\u2019un couloir de terre s\u2019est ouvert à l\u2019est des Rocheuses, permettant aux groupes humains de progresser à pied vers le sud.Selon plusieurs archéologues nord-américains, dont Jon Erlandson, de l\u2019Université de l\u2019Oregon, les premiers Amé ri cains se seraient d\u2019abord déplacés en bateau, en longeant la côte ouest du Canada.Dans ces eaux, la glace avait déjà fondu il y a 16 000 ans.On espère un jour trouver des restes d\u2019embarcations pour enfin écrire l\u2019histoire de ces peuples aventuriers.QS ET AU QUÉBEC?Il n\u2019est pas simple de dater l\u2019arrivée des premiers «Québécois».Une chose est sûre, les populations pré-Clovis n\u2019ont pas pu s\u2019installer dans notre contrée il y a 13 000 ans, car celle-ci était complètement sous la glace.Jusqu\u2019en 2003, on estimait, en se basant sur divers artéfacts trouvés sur des sites paléo-indiens, que les premiers habitants s\u2019y étaient établis entre 8 000 et 9 000 ans avant aujourd\u2019hui.En 2003, l\u2019École de fouilles de l\u2019Université de Montréal, sous la houlette de Claude Chapdelaine, a toutefois fait une découverte de taille : huit pointes en pierre de l\u2019époque Clovis, trouvées sur le site de Cliche-Rancourt, dans la région du lac Mégantic.«Ces pointes présentent des cannelures sur chaque face, qui sont une sorte de marque de commerce.On sait que cette technique est apparue il y a 13 500 ans et est disparue il y a 11 800 ans», précise l\u2019anthropologue.En d\u2019autres termes, ces pointes sont la preuve que des humains ont séjourné au Québec 3 000 ans plus tôt que ce qu\u2019on pensait! Il s\u2019agissait sans doute de chasseurs nomades.«Le site de Cliche-Rancourt est l\u2019un des premiers territoires à avoir dégelé à la fin de l\u2019ère glaciaire et à avoir accueilli une population», estime le chercheur.K A T R I N N P E L L E T I E R / C O L A G E N E .C O M LE VOYAGE DES «PREMIERS AMÉRICAINS» SELON LES CHERCHEURS TEXANS 12 Québec Science | Mars 2012 E S O / M .K O R N M E S S E R > ACTUALITÉS > Tout compte fait Notre galaxie, la Voie lactée, compterait environ 200 milliards de planètes! Au moins autant que d\u2019étoiles! C\u2019est ce que révèlent des analyses réalisées par une équipe internationale d\u2019astronomes à partir de données issues de six années d\u2019observations.Les précé - dentes estimations évaluaient ce nombre à 50milliards.Ces planètes ressembleraient pour la plupart à la Terre ou à Neptune, plutôt qu\u2019à des géantes gazeuses.Ainsi, celles qui ont une faible masse (entre 5et 30 fois la masse de la Terre) seraient 7 fois plus abondantes que les planètes géantes de type Jupiter (318 fois la Terre), selon un article publié en janvier dernier dans la revue Nature.Peut-être y en a-t-il dans le lot où il fait bon vivre\u2026 MINI-GRENOUILLE Dans la catégorie «plus petit vertébré du monde», la gagnante est Paedophryne amauensis! Cette grenouille, découverte fin 2011 en Papouasie\u2013 Nouvelle-Guinée par des chercheurs de l\u2019université de la Louisiane, ne mesure que 7,7 mm.Sa petite taille ne l\u2019empêche pourtant pas de se faire entendre.Les chercheurs ont enregistré un individu pendant 5 minutes au cours desquelles le bavard batracien a émis pas moins de 355 coassements.C\u2019est d\u2019ailleurs en cherchant la source de ces cris étonnants \u2013 ils ressemblent à s\u2019y méprendre à un bruit d\u2019insecte \u2013 à la tombée de la nuit, que les scientifiques ont découvert un spécimen de P.amauensis, bien caché sous les feuilles jonchant le sol de la forêt tropicale.C\u2019est ce qu\u2019on appelle avoir la main heureuse! F R E F O N Mars 2012 | Québec Science 13 vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel e 10 décembre dernier, des médecins du Royaume-Uni et des États-Unis ont rapporté avoir traité avec succès six patients atteints d\u2019hémophilie B en leur injectant la copie fonctionnelle d\u2019un gène qui, chez eux, était défectueux.À la suite du traitement, quatre des patients n\u2019avaient plus besoin des intraveineuses qu\u2019ils recevaient depuis des années afin que leur sang coagule normalement.Les deux autres ont aussi vu leur état s\u2019améliorer grandement et mènent aujourd\u2019hui une vie presque normale.Le concept de thérapie génique est simple.Il s\u2019agit de remplacer un gène défectueux (responsable d\u2019une maladie génétique) par un autre, fonctionnel.Une greffe, en somme.Pour «implanter» ce gène dans les cellules cibles, on utilise un vecteur, le plus souvent un virus «désactivé»; c\u2019est-à-dire qui a été modifié afin de le rendre inoffensif pour l\u2019organisme humain.Cette technique a suscité de grands espoirs au cours des années 1990, dans la foulée du déchiffrage du génome humain.On croyait pouvoir traiter ainsi de nombreuses maladies génétiques.Mais la déception a été à la mesure de l\u2019engouement initial.La plupart des essais cliniques se sont soldés par des échecs, car ils n\u2019ont que très rarement, ou très brièvement, amélioré l\u2019état des patients.Certains traitements ont même eu des conséquences graves.En septembre 1999, un États-Unien de 18 ans atteint d\u2019une maladie héréditaire du foie est décédé à la suite d\u2019une intervention : il avait fait une violente réaction immunitaire.En 2002, en France, deux «bébés-bulles», comme on désigne ces enfants atteints d\u2019une forme sévère d\u2019immunodéficience, ont développé une leucémie après un essai clinique destiné à les soigner.Un an plus tard, la Food and Drug Administration mettait abruptement fin à 27 essais cliniques de thérapie génique.Ce coup de semonce a quasiment sonné le glas de la recherche dans le domaine.À quoi peut-on attribuer ces échecs?Pour simplifier, disons que les chercheurs n\u2019ont pas été assez malins.Ou que le système immunitaire, avec ses millions d\u2019années d\u2019évolution, est très futé.Il réussit toujours à tuer ou à neutraliser les vecteurs avant que les gènes qu\u2019ils transportent entrent en action.Il fallait donc changer de stratégie, et c\u2019est là que l\u2019équipe américano- britannique a innové.L\u2019hémophilie se caractérise par une déficience dans la coagulation du sang due à l\u2019absence d\u2019une protéine sanguine, qu\u2019on appelle «facteur de coagulation».Elle provoque de dangereuses hémorragies qui peuvent affecter en particulier les articulations et les muscles.Il n\u2019existe pas de cure, mais aujourd\u2019hui les malades ont recours à des injections régulières de la protéine qui leur manque pour prévenir les saignements.On connaît plusieurs formes d\u2019hémophilie, les plus répandues étant l\u2019hémophilie A, qui se caractérise par une mutation du gène du facteur de coagulation VIII, et l\u2019hémophilie B qui correspond à une mutation du gène du facteur IX.(C\u2019est cette forme qui a touché une partie des familles royales d\u2019Europe au XIXe siècle, dont les enfants de la reine Victoria.) Toute stratégie de traitement vise donc à rétablir le niveau normal de facteur anticoagulant dans l\u2019organisme.Dans le cas présent, les volontaires ont reçu une seule injection d\u2019un adénovirus (AAV8, pour adeno-associated virus 8) préalablement modifié pour transporter une version efficace du gène qui permet de fabriquer la protéine manquante, le fameux facteur IX.L\u2019adénovirus a ensuite atteint les cellules du foie, et donc livré à bon port le gène correcteur.Mais comment, cette fois, a-t-on déjoué les défenses immunitaires?Par une ruse : les chercheurs savaient que ce virus n\u2019induit pas de maladie chez l\u2019homme la première fois, tant qu\u2019il n\u2019est pas reconnu par le système immunitaire.Ils l\u2019ont donc introduit à forte dose, en une seule et unique injection.Ils ont fait varier les doses pour chaque patient, ce qui a permis d\u2019établir que le traitement est plus efficace avec les plus fortes doses.Quelques patients sont ainsi suivis depuis 9 à 20 mois, ce qui est suffisant pour se prononcer sur les résultats.Selon la docteure Katherine Ponder, de l\u2019université Washington, aux États-Unis, une experte réputée dans le domaine, il s\u2019agit d\u2019une étude majeure.«C\u2019est la première qui démontre l\u2019expression à long terme de la protéine sanguine désirée, à des niveaux significatifs du point de vue thérapeutique.» Si les résultats se confirment, soulignent les chercheurs, un traitement semblable pourrait être mis au point pour les patients atteints d\u2019hémophilie A, une forme beaucoup plus commune.QS Après 20 ans d\u2019échec, un essai clinique réussi sur des hémophiles fait renaître les espoirs de thérapie génique.Des gènes en injection?L Il ne s\u2019agit pas d\u2019une friandise, mais d\u2019une protéine qui permet au sang de coaguler.Chez les hémophiles, elle est anormale.En remplaçant le gène qui produit cette protéine, on pourrait guérir l\u2019hémophilie.P A S I E K A / S P L Cotisation 2012.Je m\u2019abonne à Québec Science.25 $ Don de charité .TOTAL.Fière partenaire de l\u2019OGC C\u2019EST LE TEMPS DE PLANIFIER VOTRE SÉJOUR DANS CHARLEVOIX www.sabloncharlevoix.com JE DÉSIRE DEVENIR MEMBRE de l\u2019Observatoire de la géosphère de Charlevoix www.observatoiregeospherecharlevoix.org Par la poste à : OGC 301, chemin Beauséjour Crabtree (QC) Canada J0K 1B0 MERCI DE SOUTENIR L\u2019OGC Nom _________________________ Adresse _________________________ _________________________ _________________________ Téléphone _________________________ Courriel _________________________ MODES DE PAIEMENT VISA MASTERCARD CHÈQUE Nº carte _________________________ Expiration _________________________ Signature _________________________ COTISATION 2012 Étudiant(e) .10 $ Individuel .20 $ Bienfaiteur.1000 $ et plus Corporatif.250 $ Institutionnel .500 $ DES POILS CONTRE LES BIBITTES Si les humains ont gardé un peu du poil de leurs ancêtres primates, c\u2019est peut-être parce qu\u2019ils y trouvent encore une certaine utilité.Voilà en tout cas ce que suggère une étude réalisée à l\u2019université de Sheffield, au Royaume-Uni.Mais à quoi donc peut bien servir cet encombrant duvet que bien des femmes (et de plus en plus d\u2019hommes) mettent tant d\u2019efforts à éliminer?Et si c\u2019était pour empêcher les vilaines bestioles de nous sucer le sang?Afin d\u2019en avoir le cœur net, Isabelle Dean et Michael T.Siva-Jothy ont demandé à certains de leurs étudiants de se raser les bras, tandis que les autres préservaient jalousement leur pilosité.Résultat, les velus étaient beaucoup mieux protégés contre les parasites que les autres.L\u2019explication?D\u2019une part, les bestioles ont plus de difficultés à se frayer un chemin jusqu\u2019à notre peau dans une forêt de poils que sur un épiderme bien lisse.D\u2019autre part, il est plus facile de les détecter.CHERCHEZ LE CAFÉ\u2026 Comment savoir si le réseau de récupération des eaux de pluie est contaminé par les eaux domestiques (qui sont censées être filtrées dans une station d\u2019épuration)?En cherchant le café! La caféine est en effet un indicateur sûr de la contamination des eaux de pluie, car elle ne peut être que d\u2019origine humaine, contrairement aux coliformes fécaux qui peuvent également provenir de déjections animales.L\u2019équipe de Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l\u2019Université de Montréal, a recueilli 120 échantillons d\u2019eau dans 70 sites où aboutissent les réseaux d\u2019eaux pluviales de Montréal.Plus de la moitié de ces échantillons contenaient un taux de caféine très élevé (plus de 400 nanogrammes par litre).Conclusion des chercheurs : une partie importante des eaux usées domestiques se retrouvent bel et bien dans le fleuve Saint-Laurent.Après ça, on se demande pourquoi les poissons du fleuve sont si nerveux.14 Québec Science | Mars 2012 I S T O C K / F É ACTUALITÉS F R E F O N une des plus belles régions du Québec sera le siège d\u2019une institution vouée à la recherche, à la vulgarisation scientifique et à la valorisation de ce patrimoine naturel incomparable qu\u2019est l\u2019astroblème de Charlevoix.Cette cicatrice de l\u2019écorce terrestre de 54 km de diamètre, causée par un impact météoritique il y a plus de 342 millions d\u2019années, est la structure d\u2019impact complexe la plus accessible sur Terre.Son réseau routier permet d\u2019atteindre des affleurements de roches anciennes qui ont subi des déformations majeures et un métamorphisme de choc caractéristique des impacts météoritiques.Le réajustement post-impact a causé une remontée centrale du fond du cratère, laquelle remontée a donné naissance au mont des Éboulements.Ce relief montagneux et les vallées environnantes sont des éléments géomorphologiques du paysage qui ont fait de Charlevoix une destination touristique de premier plan, un paysage naturel aujourd\u2019hui classé dans le patrimoine mondial par l\u2019UNESCO.Projet de construction Le complexe scientifique de l\u2019OGC sera situé dans un édifice vert sur la Route du Fleuve dans la municipalité Les Éboulements, au cœur de l\u2019as- troblème.Il abritera le Musée de la Terre, un musée d\u2019envergure internationale dédié à la planétologie et à la géologie.On pourra y apprécier l\u2019importance des impacts météoritiques dans la création du système solaire, dans l\u2019histoire de la Terre et dans l\u2019évolution de la vie.Un parc géologique couvrant l\u2019ensemble de la région de Charlevoix, intégrant haltes et sentiers pédestres, et un circuit «Art & Science» sur le site du complexe compléteront le projet d\u2019établissement de l\u2019OGC dans Charlevoix.L\u2019ouverture est prévue en juin 2014.Remerciements L\u2019OGC remercie chaleureusement La Sei - gneurie des Éboulements pour le généreux don d\u2019un terrain de 3,45 hectares sur la Route du Fleuve.Depuis deux ans, plusieurs organismes ont également soutenu l\u2019OGC, entre autres l\u2019ATR de Charlevoix, le Bureau de la capitale nationale, le CLD de Charlevoix, la Conférence régionale des élus, Emploi Québec et la Municipalité Les Éboulements.Grâce à ce soutien financier et au bénévolat de ses administrateurs, l\u2019OGC s\u2019approche de son objectif.RETROUVEZ-NOUS DANS LE PROCHAIN QUÉBEC SCIENCE Les astroblèmes du territoire du Plan Nord \u2022 Une découverte majeure à plus de 1000 mètres dans les monts Otish \u2022 Le Musée de la Terre : ouverture est prévue en 2014 COFONDÉ PAR HUBERT REEVES, L\u2019OBSERVATOIRE DE LA GÉOSPHÈRE DE CHARLEVOIX (OGC) POURSUIVRA SON ŒUVRE DE RECHERCHE ET DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE.Des poussières d\u2019étoiles tombent sur la région de Charlevoix MEMBRES INSTITUTIONNELS SIÉGEANT SUR LE CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Agence spatiale canadienne \u2022 Chambre de commerce de Charlevoix Groupe Omégalpha Inc.\u2022 Ministère des Ressources naturelles et de la Faune Musée maritime de Charlevoix \u2022 Réserve mondiale de la biosphère de Charlevoix Université Laval \u2022 Université du Québec à Montréal PUBLIREPORTAGE L\u2019 www.observatoiregeospherecharlevoix.org Hubert Reeves Futur Musée de la Terre Vue de l\u2019espace P H O T O : J A C Q U E S V E R Y G A G N O N L E T E L L I E R C Y R R I C A R D M A T H I E U & A S S O C I É S , A R C H I T E C T E S M O D I F I É D E G E O B A S E ® 16 Québec Science | Mars 2012 ACTUALITÉS RÉPARER L\u2019OREILLE EN 20 MINUTES Le docteur Issam Saliba, chirurgien O.R.L.au CHU Sainte-Justine de Montréal, a mis au point une technique pour réparer un tympan perforé en 20 minutes, tout en réduisant les coûts, les listes d\u2019attente et la durée de la convalescence.À l\u2019heure actuelle, les 750 adultes et enfants québécois qui subissent chaque année une perforation du tympan, causée par des otites à répétition ou par un traumatisme, doivent attendre 18 mois sur les listes des hôpitaux.Ensuite, on leur greffe un fragment de cartilage, de tissu conjonctif ou de veine.L\u2019opération dure au moins une heure et doit être pratiquée sous anesthésie générale.La technique du docteur Saliba consiste à prélever une petite quantité de graisse derrière l\u2019oreille pour réparer le tympan et permettre au patient de recouvrer immédiatement une bonne ouïe.Déjà testée sur plus de 300 personnes, cette technique offre les mêmes résultats que les opérations traditionnelles et permet d\u2019économiser jusqu\u2019à 1 500 $ par patient.BOULEDOGUE VERSION XIXe SIÈCLE Il a une bonne tête, ce toutou.C\u2019est un bouledogue anglais récemment reconstitué dans sa version XIXe siècle.Il s\u2019agit d\u2019une idée des informaticiens des studios d\u2019effets spéciaux Picturehouse, à Cambridge, au Royaume-Uni.La face de cette brave bête virtuelle laisse songeur, quand on sait à quoi ressemble aujourd\u2019hui cette race de chiens.De croisements génétiques en croisements génétiques, ses pattes ont raccourci, tout comme son museau qui s\u2019est aplati, et sa bouche s\u2019est agrandie en un large sourire.Pis, il serait paresseux, pot de colle et casanier.Un parfait urbain, quoi! C\u2019est le prix à payer pour être domestiqué.Mais ce n\u2019est pas tout: son espérance de vie n\u2019est plus que de huit ans.Sa cohabitation avec l\u2019humain l\u2019a rendu, de plus, bien fragile et en a fait un habitué des cliniques vétérinaires.Il souffre notamment de graves problèmes respiratoires, ce qui explique pourquoi il ronfle plus qu\u2019il ne jappe.Récemment, des chercheurs de l\u2019Université de Montréal ont même découvert le cas d\u2019un bouledogue français hermaphrodite : la pauvre bête avait un os pénien dans le clitoris.La Humane Society, aux États-Unis, incite maintenant les chercheurs à refaire l\u2019ingénierie génétique du bouledogue pour lui redonner son allure d\u2019antan.De l\u2019involution?De la contre-évolution?Ou de la dé-dégénérescence.«Génétichiens», à vos éprouvettes! I S T O C K P H O T O Ils n\u2019ont pas la même gueule tous ces bouledogues! Ci-dessus, la version numérique de ce qu\u2019était le chien au XIXe siècle.Ci-dessous : plusieurs spécimens.dégénérés à force de croisements! Pauvre toutou! S\u2019ESSUYER LES MAINS, C\u2019EST DANGEREUX! Se laver les mains permet de limiter les infections, mais les essuyer pourrait avoir l\u2019effet contraire.Surtout si on utilise un papier fait de fibres recyclées.Chaque gramme contiendrait ainsi de 100 à 100 000 bactéries, dont certaines sont pathogènes pour les humains.C\u2019est ce qu\u2019ont découvert par hasard des chercheurs du département de biochimie, de microbiologie et de bioinformatique de l\u2019Université Laval, en voulant comparer l\u2019efficacité de différents savons lors d\u2019un cours en laboratoire donné à des étudiants.L\u2019équipe s\u2019est aperçue que les étudiants avaient plus de bactéries sur les mains après le lavage qu\u2019avant! Leurs soupçons ont porté sur l\u2019essuie- main et ont vite été confirmés par les analyses bactériennes.En attendant que les autorités sanitaires s\u2019occupent du problème, laissons nos mains sécher à l\u2019air. A \u201d \"À he ~ y À LI { a N D Vg N A y > » 0 N mv + \\ a = \u20ac Tey 2 14 03% ~ X ( J ; { > 4° a \u201cAN \\ \u2019 \\ à C 1 mredierde \u20ac ait- @ A ee partie d rogramme vs Profiter d\u2019infrastructures uniques.Miser sur la synergie des équipes de recherche et des industries de pointe.e 83 programmes de maîtrise et de doctorat Réussir e Plus de 100 chaires et centres de recherche de la collectivité.des innovations au bénéfice You UNIVERSITÉ DE G USherbrooke.ca S SHERBROOKE 18 Québec Science | Mars 2012 ans le laboratoire d\u2019ingénierie de surface de l\u2019Université Laval, à Québec, Gaétan Laroche et son équipe de chimistes et de physiciens développent des matériaux de pointe pour les outils ainsi que les pro thè - ses utilisés par les chirurgiens.«Nous travaillons en étroite collaboration avec les professionnels de la santé.Nous sommes donc au courant de leurs problèmes», explique la chimiste Pascale Chevallier.Des exemples?La buée qui brouille les miroirs dont se servent les dentistes pour observer l\u2019intérieur de la bouche des patients.«Le problème se pose aussi lorsqu\u2019un chirur - gien doit insérer une caméra dans le corps d\u2019une personne, poursuit le professeur Gaé- tan Laroche.La caméra a tendance à s\u2019embuer une fois à l\u2019intérieur.» L\u2019équipe a ainsi mis son expertise à profit pour rendre des matériaux, comme le verre, résistants à la buée sans modifier leurs autres propriétés.Une invention qui réjouira les dentistes et les chirurgiens, mais aussi les porteurs de lunettes.La buée est faite de minuscules goutte - lettes d\u2019eau qui s\u2019accumulent sur une surface lorsque la température ambiante change brusquement.Comme la lumière traverse plus difficilement ces petites sphères d\u2019eau, la vue est brouillée.«Il existe des traite - ments antibuée sous forme de vaporisateur, mais ils sont éliminés dès qu\u2019on frotte le verre ou qu\u2019on le met sous l\u2019eau», explique Pascale Chevallier.Le revêtement mis au point par les chercheurs de l\u2019Université Laval, lui, est permanent.Et contrairement à d\u2019autres, il n\u2019est pas hydrophobe \u2013 qui repousse l\u2019eau \u2013 , mais hydrophile.«Les revêtements hydro phobes font perler l\u2019eau et c\u2019est justement ce que l\u2019on veut éviter, puisque c\u2019est ainsi que se forme la buée», indique la chimiste.Lorsque l\u2019eau se condense sur le matériau à base d\u2019alcool polyvinylique mis au point par l\u2019équipe de l\u2019Université Laval, elle forme un mince film uniforme, qui finit par s\u2019évaporer.La surface demeure ainsi parfaitement transparente.Et ça marche vraiment! J\u2019ai beau souffler sur l\u2019échantillon que me tend la chi mis te dans son labo, aucune trace de condensation n\u2019apparaît.Afin que le revêtement soit permanent, les chercheurs plongent d\u2019abord le verre dans un «plasma».Cela modifie la surface du matériau pour permettre à la couche d\u2019alcool polyvinylique de s\u2019y lier chimi- eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT Pas de brume dans mes lunettes! L O U I S E B I L O D E A U Un groupe de recherche de Québec a développé un traitement antibuée permanent qui fera le bonheur des myopes, presbytes et autres.Par Bouchra Ouatik D Le physicien Christian Sarra-Bournet et la chimiste Pascale Chevallier Mars 2012 | Québec Science 19 V A N W A E R B E K E / H E Y M A N S / C F H T L E N S C O L L A B O R A T I O N quement, plutôt que d\u2019être simplement déposée à la surface.«Un plasma est un gaz composé d\u2019ions et d\u2019électrons très excités, donc très énergétiques», explique le physicien Christian Sarra-Bournet, devant l\u2019immense cylindre métallique formé par le réacteur plasma.Dans ce réacteur, le verre est bombardé d\u2019ions énergétiques d\u2019azote et d\u2019hydrogène.Ceux-ci brisent les liens chimiques à la surface du verre et viennent s\u2019y greffer en formant des liaisons très solides.«En changeant la structure des molécules à la surface, on peut y lier d\u2019autres matériaux», poursuit Christian Sarra-Bournet.Les chercheurs déposent ensuite deux polymères.Le premier, du polyanhydride, aide à stabiliser le revêtement, et le second, l\u2019alcool polyvinylique, forme la couche antibuée.Ces deux matériaux sont chauffés jusqu\u2019à ce qu\u2019on obtienne une réticulation, c\u2019est-à-dire la formation de liaisons supplémentaires qui rendront le revêtement plus solide.«Comme des spaghettis qui s\u2019enchevêtrent», illustre Pascale Che- vallier.Ces deux couches forment un revêtement extrêmement mince, d\u2019à peine 75 nanomètres.Il peut être appliqué sur du verre, mais aussi sur un grand nombre de matériaux plastiques, comme du po- lycarbonate, utilisé pour les verres de lunettes, ou du plexiglas.L\u2019équipe a déjà obtenu deux brevets pour son invention et travaille maintenant à l\u2019associer à d\u2019autres traitements.«Nous pourrions la combiner à un anti-rayure ou à un antireflet, pour les lunettes, ou encore la rendre stérile pour un usage médical», explique Gaétan Laroche.Le chercheur s\u2019est d\u2019ailleurs envolé pour l\u2019Université de Toulouse, en début d\u2019année, afin d\u2019y développer de nouvelles propriétés pour son invention, en collaboration avec un groupe de chercheurs français.En attendant, le revêtement de l\u2019équipe de Québec suscite déjà l\u2019intérêt aussi loin qu\u2019en Nouvelle-Zélande.«Une cinquantaine d\u2019entreprises nous ont contactés pour obtenir des échantillons, souligne Pascale Chevallier.Ça sera utile pour les lunettes et les miroirs, mais aussi pour les parebrises, les masques de plongée ou encore les visières de hockey.» L\u2019invention devrait se retrouver sur le marché d\u2019ici deux ans.«J\u2019ai bien hâte d\u2019en recouvrir mes verres de lunettes!» se réjouit la chercheuse.QS ACTUALITÉS VOIR L\u2019INVISIBLE Une équipe d\u2019astronomes canadiens et européens vient de réussir à cartographier la matière noire, dont tout le monde soupçonne l\u2019existence, que personne n\u2019a jamais vue et qui constituerait 25% de l\u2019Univers.Pour obtenir cette carte, qui est 100 fois plus étendue que celles dont on disposait jusqu\u2019ici, Ludovic Van Waerbeke, de l\u2019université de Colombie-Britannique, et ses collègues européens ont utilisé les données du télescope Canada-France-Hawaii, situé sur l\u2019île d\u2019Hawaii.Ils ont analysé les images de 10 millions de galaxies situées à environ 6 milliards d\u2019années-lumière de la Terre.Invisible, la matière noire peut toutefois être repérée par les scientifiques, car elle fait «dévier» la lumière émise par ces lointaines galaxies, créant des sortes de mirages lumineux.Cette carte de l\u2019invisible démontre que la matière noire n\u2019est pas répartie de façon uniforme dans l\u2019Univers.Elle forme un réseau d\u2019amas et de filaments denses à proximité des galaxies, séparés par d\u2019immenses zones de vide.La matière noire se concentre dans les zones les plus riches en galaxies.C\u2019est la nouveauté dans les bibliothèques publiques du Québec.Le livre numérique «chronodégradable» s\u2019efface automatiquement quand vous avez dépassé le temps d\u2019emprunt qui vous était alloué.Intégré au système de gestion de données Biblionet développé par la firme Concept Logiques 4DI, de Saint-Hyacinthe, la technologie est déjà offerte dans six bibliothèques publiques du Québec, dont la Grande Bibliothèque de Montréal et la bibliothèque Gabrielle-Roy, de Québec.Fini les frais de retard?CHRONODÉGRADABLE MOT DE SCIENCE 20 Québec Science | Mars 2012 Dans nos chaussettes, des nanoparticules d\u2019argent; antibactérien et anti-odeur une révol u Des nanotubes de carbone rendent les cadres des raquettes plus légers et plus résistants Mars 2012 | Québec Science 21 e mot est partout, évoquant des recherches de pointe mystérieuses et des composants électroniques high- tech, de plus en plus miniaturisés.Mais la réalité va bien au-delà.Car les nanotechnologies constituent une vraie révolution.La chimie, l\u2019énergie, le textile, la communication et même la médecine risquent d\u2019en être transformées.En fait, sans qu\u2019on s\u2019en aperçoive, les nanomatériaux ont déjà envahi notre quotidien.Pneus et parechocs; crèmes solaires et cosmétiques; emballages et additifs alimentaires; vêtements et chaussures; peintures et vernis; articles de sport; écrans tactiles; téléphones portables, etc., plus de 1 300 produits «nanos» sont déjà sur le marché.Les nanotechnologies consistent à manipuler et à contrôler la matière dans l\u2019infiniment petit, à l\u2019échelle du nanomètre (nm) \u2013 un milliardième de mètre.Par exemple, plutôt que d\u2019utiliser du métal ou du carbone sous forme de «blocs» de grosse taille, on les utilise à l\u2019état de minuscules fragments de moins de 100 nm, soit la taille de quelques atomes.Pour avoir une idée de ce que cela signifie, on utilise souvent cette analogie : il y a le même rapport de taille entre la planète Terre et une orange qu\u2019entre une orange et une nanoparticule ! Or, ces minuscules éléments ont des propriétés spectaculaires.Ainsi, le carbone, friable quand il est utilisé dans la mine d\u2019un crayon, devient 100 fois plus résistant que l\u2019acier \u2013 mais reste 6 fois plus léger \u2013 quand il prend la forme de nanotubes.Ces cylindres, constitués d\u2019un feuillet d\u2019atomes de carbone environ 100 000 fois plus fin qu\u2019un cheveu, peuvent aussi conduire l\u2019électricité de façon 1 000 fois plus efficace que le cuivre ou l\u2019argent.Quant à l\u2019or, qui est un métal habituellement inerte, il devient un excellent semi-conducteur et un bon catalyseur facilitant certaines réactions chimiques lorsqu\u2019il est «fragmenté» à l\u2019échelle nanométrique.«Le terme englobe une multitude de choses», précise Benoît Balmana, président de NanoQuébec, un organisme financé par le gouvernement, dont le but est de promouvoir l\u2019émergence des nanotechnologies.Oxydes nanométriques de titane, de fer, de césium et de zinc, nanoparticules d\u2019argent, de silice, fullerènes (des sphères constituées d\u2019atomes de carbone), po- lymères appelés «dendrimères», etc.Les nanos nous rendent déjà de nombreux services, qu\u2019il s\u2019agisse de miniaturisation des composants et des circuits électroniques, ou d\u2019intégration de nanomatériaux dans les plastiques et les composites, et, bientôt, de nano- robots capables de transporter les médicaments dans l\u2019organisme.Car leurs «talents» sont multiples : résistance aux UV, aux chocs, aux rayures et à la corrosion; mais aussi légèreté, solidité, conductivité, propriétés antibactériennes ou antireflets surpassant de loin celles des matériaux classiques.«Par une simple réduction de taille à l\u2019échelle na- Du nano-oxyde de silicium anti- agglomérant dans le café en poudre, le sucre et le sel Des reflets nacrés et une texture uniques grâce aux nanoparticules de TIO2, d\u2019oxyde de zinc ou de fer Des composants électroniques nanométriques pour plus de puissance, plus de mémoire et plus de qualité De l\u2019or rouge, bleu, jaune.Du caoutchouc rigide comme de l\u2019acier, du métal aussi transparent que l\u2019eau et aussi léger que l\u2019air.Tout cela existe et a déjà envahi notre quotidien, presque à notre insu.Merveilles et dangers de l\u2019infiniment petit.Par Marine Corniou l ution invisible Manteau imperméable et antitaches grâce aux nanoparticules de silice I L L U S T R A T I O N : A N T H O N Y T R E M M A G L I A nométrique, la matière acquiert des propriétés radicalement nouvelles», explique Claude Ostiguy, chimiste spécialiste des nanoparticules et chercheur dans le service de Prévention des risques chimiques et biologique de l\u2019Institut de recherche Ro- bert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) à Montréal.À quoi peut-on attribuer ces propriétés?Principalement au fait que le rapport entre la surface et la masse des nanomatériaux est très élevé.Autrement dit, ces minuscules grains de matière, qui se présentent sous forme de billes, de tubes, de cristaux ou encore de filaments, présentent une proportion très élevée d\u2019atomes à leur surface.Ainsi, une petite sphère de 0,1 mm de diamètre n\u2019aura que 0,006% de ses atomes en surface (le reste étant confiné dans le cœur de la bille), alors que, sur une sphère de 10 nm, 6% des atomes affleurent à la surface.Or, plus le nombre d\u2019atomes exposés à la surface est élevé, plus les matériaux sont réactifs.Il faut aussi savoir que, à cette échelle, la matière est régie par les lois de la physique quantique.Rien de magique, même si cela peut en avoir l\u2019air.«Chaque atome peut influencer le comportement des autres atomes et des électrons dans son environnement.Ces effets quantiques affectent le comportement optique, électrique ou magnétique du matériau.Par exemple, en contrôlant précisément la dimension de particules d\u2019or de quelques nanomètres, on peut obtenir de l\u2019or de différentes couleurs : rouge, bleu, jaune, etc.De tels phénomènes n\u2019existent pas à grande échelle», ajoute Claude Ostiguy.Il suffit ensuite d\u2019incorporer ces nano- particules «magiques» à des matériaux classiques pour conférer à ces derniers des propriétés exceptionnelles.«Deux à 3% de nanoparticules peuvent augmen - ter la résistance ou la conductivité d\u2019un composite de 40% à 80%», s\u2019enthousiasme Benoît Balmana.Ajoutez 3% de nano tubes de carbone à un caoutchouc synthétique, et vous multipliez par 10 sa rigidité.«En répartissant une infime quantité de nanotubes de façon homo - gène dans un plastique, on obtient un réseau de fibres interagissant les unes avec les autres, ce qui renforce considérablement le matériau», précise Claude Ostiguy.Les nanoparticules permettent par ailleurs de s\u2019affranchir de certains métaux rares et coûteux comme le platine ou l\u2019indium, utilisés en électronique ou en chimie.De quoi faire rêver les industriels ! Le marché mondial de l\u2019infiniment petit représentait 40 milliards de dollars en 2001, 500 milliards en 2008 et pourrait atteindre le double d\u2019ici 2015, selon la National Science Foundation, aux États-Unis.Au Québec, la révolution en est à ses débuts, mais les choses s\u2019accélèrent.L\u2019entreprise Raymor, à Boisbriand, est une de ces compagnies avant-gardistes qui a plongé tête la première dans ce nouveau marché.Depuis l\u2019an dernier, on y fabrique des nanotubes de carbone dits à «simple paroi» .«Pour l\u2019instant, ces nanotubes sont surtout utilisés pour la recherche, mais les débouchés sont prometteurs, explique Jens Kroeger, jeune physicien chargé de production chez Raymor.Ils seront utilisés en électronique, notamment pour fabriquer des écrans tactiles.» Et l\u2019entreprise n\u2019a pas l\u2019intention de laisser passer le bateau des nanos.Cette année, l\u2019usine devrait accroître sa production de quelques grammes à 2 kg par jour.«Il faut que les entreprises québécoises se positionnent rapidement sur ce marché, car la concurrence asiatique va être rude», observe Matthieu Balmayer, lui aussi physicien chez Raymor.De son côté, Cellu- Force, une entreprise implantée à Windsor, en Estrie, s\u2019apprête à lancer une produc - tion de 1000 tonnes par jour de nano- cellulose.Obtenue à partir de pâte de bois, elle sera utilisée pour renforcer des matériaux, des vernis ou pour fabriquer des vitrages anti-UV.22 Québec Science | Mars 2012 Les nanotubes de carbone sont récoltés et vendus dans des sachets scellés pour protéger les employés.Chez Raymor, à Boisbriand, les techniciens doivent d\u2019abord entrer enfiler une combinaison, des gants et un masque qui leur donnent d\u2019opérateurs de centrale nucléaire. erveilleux, tout cela.Oui, mais le nanomonde a aussi son revers.Car si les propriétés de beaucoup de substances sont décuplées à l\u2019échelle nanométrique, c\u2019est aussi le cas de leur nocivité.Et pour cause; en plus d\u2019être très réactives, les nanoparticules ont une taille com parable à celle des molécules de l\u2019organisme humain.Elles peuvent donc se confondre avec elles et déclencher des messages cellulaires, perturbant ainsi le fonctionnement des organes.Un «dommage collatéral» connu depuis long temps, car les nanoparticules sont om ni pré sentes dans l\u2019environnement, qu\u2019elles proviennent de l\u2019activité volcanique, des poussières désertiques ou encore des phénomènes de combustion naturels ou industriels.« Il est prouvé que les nanoparticules émises par les voitures ou les cheminées d\u2019usine sont nocives.Ainsi, lors d\u2019un épisode de smog, on enregistre une hausse des décès dus à des pathologies cardio- vasculaires et pulmonaires», expli que Claude Ostiguy.Les études menées chez l\u2019animal pour tester l\u2019innocuité des na- noparticules fabriquées en laboratoire démontrent qu\u2019il y a bel et bien un risque potentiel pour la santé.Un risque auquel ceux qui manipu lent ces nanoparticules seraient particulière - ment exposés.Il y a quel ques années, on estimait à environ 2 000 le nombre de Québécois exposés aux nanoparticules, principalement dans le milieu de la recherche.Mais ce nombre va aller en augmentant.Selon l\u2019Organisation Inter na tio nale du Travail, en 2020, 20% des produits manufacturés dans le monde seront issus des nanotechno logies, ce qui est loin de faire l\u2019unanimité.Depuis le début des années 2000, un débat oppose les industriels aux chercheurs et aux comités d\u2019éthique.Doit-on conti - nuer à produire et à utiliser les «nanos» alors qu\u2019on connaît encore très mal leurs effets sur la santé?«Les études visant à évaluer la toxicité des nanoparticules sont très difficiles à mener, précise Myriam Ricaud, ingé - nieure chimiste à l\u2019Institut national de recherche et de sécurité, en France.Il est impossible de tirer des conclusions générales, car chaque nanomatériau a un potentiel de toxicité qui lui est propre, qui dépend de sa composition, de sa taille, de sa surface, de sa forme.» En France, le débat public a déjà eu lieu.Résultat, le gouvernement demande dé - sormais aux industriels de considérer ces produits comme «a minima dangereux» .Autre frein à l\u2019évaluation, les études de toxicologie coûtent cher, et les industriels sont peu enclins à les financer.Selon un rapport de l\u2019Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), en 2007, moins de 1% du bud - get mondial alloué au développement des nanosciences était consacré aux aspects de santé et sécurité.Pourtant, tout laisse croire que le risque est réel.Le dioxyde de titane (TiO2) ultra- fin, qui est le plus étudié des nanomaté- riaux, a été reconnu par le Centre Mars 2012 | Québec Science 23 Il existe deux approches pour synthétiser des nano-objets.La première consiste à fragmenter, par broyage, un matériau, jusqu\u2019à obtenir des particules de taille nanométrique.La seconde correspond à la démarche inverse : on part d\u2019atomes ou de molécules qu\u2019on assemble pour créer de minuscules structures artificielles, notamment par synthèse chimique.C\u2019est cette deuxième technique qu\u2019utilise l\u2019entreprise Raymor pour la production à grande échelle de nanotubes de carbone, dans une petite cheminée métallique d\u2019environ un mètre de hauteur reliée à un réservoir en acier.Vue de l\u2019extérieur, rien d\u2019impressionnant.Mais dans la partie supérieure de la cheminée se cache une torche à plasma chauffant à plus de 10 000 °C.La poudre de noir de carbone que l\u2019on introduit dans ce flux brûlant est instantanément vaporisée, puis elle tombe doucement dans le réacteur, perdant des milliers de degrés en quelques secondes.C\u2019est en refroidissant que les atomes de carbone «cristallisent» pour former les nanotubes.Il ne reste plus, ensuite, qu\u2019à les récolter dans le réservoir, alors qu\u2019ils sont agglomérés sous forme de membrane noire.À la sortie des usines, les nanomatériaux peuvent aussi se présenter sous forme de poudre ou être dilués dans un liquide, pour minimiser le risque d\u2019inhalation.Comment fabrique-t-on un nanomatériau?M A Z U R G R O U P Les nanotubes de carbone donnent de la force aux polymères et rendent les plastiques plus résistants, plus légers et plus conducteurs.Ce nanocâble de silicium est environ 1000 fois plus fin que le cheveu sur lequel il est photographié au microscope électronique; il a la capacité de conduire la lumière.r dans un sas, t l\u2019allure R A Y M O R N A N O T E C H 24 Québec Science | Mars 2012 inter na tional de Recherche sur le Cancer en 2006 comme un cancérogène possible chez l\u2019homme lorsqu\u2019il est inhalé, alors qu\u2019il est inoffensif à plus grande échelle.Les nanotubes de carbone ne semblent guère plus sûrs.Ils peuvent abîmer l\u2019ADN, entraîner une inflammation pulmonaire, voire causer des cancers chez les animaux.« Ils forment des agglo - mérats dans les poumons dont les effets sont compa rables à ceux de l\u2019amiante», indique Claude Ostiguy.En milieu de travail, le risque des nanos provient principalement de l\u2019inhalation, mais il y a aussi un risque de pénétration cutanée.«Et l\u2019on a encore très peu de données sur le devenir de ces molécules dans l\u2019organisme», avertit l\u2019expert.Si on sait que ces molécules ont tendance à s\u2019accumuler dans les poumons, certaines comme le TiO2 peuvent aussi entrer dans l\u2019appareil circulatoire et atteindre d\u2019autres organes, comme le cerveau ou le foie, ou même pénétrer à l\u2019intérieur des cellules, générant stress oxydatif et inflammation.En 2008, des chercheurs chinois ont ainsi démontré que les nanoparticules de TiO2 sont capables de migrer dans le cerveau par le nerf olfactif, après avoir été instillées dans le nez de souris de laboratoire.Fin 2011, une équipe française du Commissariat à l\u2019énergie atomique (CEA) a confirmé que ces nanoparticules pouvaient endommager la barrière hémato-encépha- lique qui isole le cerveau et le protège contre les substances toxiques présentes dans le sang.Il y a quelques mois, des chercheurs de l\u2019université Marshall, en Virginie occidentale, aux États-Unis, ont à leur tour découvert que les nanopoudres d\u2019oxyde de cérium, largement utilisées dans les pots catalytiques ou pour polir le verre, endommagent le foie des souris lorsqu\u2019elles en inhalent.Denis Girard, de l\u2019Institut Armand-Frap- pier, de l\u2019INRS, à Laval, entend bien vérifier tout ça chez les humains.« Certaines nanoparticules peuvent causer des dommages à tous les organes, en accélérant la réponse inflammatoire », précise ce spécialiste des neutrophiles, ces globules blancs qui orchestrent la réaction inflammatoire.Il vient tout juste de démarrer un projet de recherche au cours duquel il va tester le sang de personnes exposées aux nanoparticules, pour voir si leurs neutrophiles réagissent de façon plus agressive lorsqu\u2019on les met en présence de nanos.hez Raymor, à Bois- briand, on a pris les devants.Ne s\u2019approche pas qui veut de l\u2019en - ceinte en acier abritant le réacteur où sont produits les nanotubes.Les techniciens doivent d\u2019a - bord entrer dans un sas, enfiler une combinaison, des gants et un masque qui leur donnent l\u2019allure d\u2019opérateurs de centrale nucléaire.«Nos locaux de production sont sous pression négative, ce qui retient P H I L I P P E J A S M I N Claude Ostiguy, spécialiste des nanoparticules : «Il ne faut pas diaboliser les nanoparticules.Au contraire, c\u2019est la première fois dans l\u2019histoire industrielle que l\u2019on fait de la prévention avant qu\u2019il y ait des dossiers de maladies professionnelles à la Commission de la santé et de la sécurité du travail».Fiche d\u2019identité > Nanotechnologies: ensemble des techniques qui permettent de fabriquer et de manipuler la matière à l\u2019échelle des atomes et des molécules.> Nanomatériaux ou nano-objets: matériaux dont au moins une dimension est à l\u2019échelle nanométrique, c\u2019est-à-dire comprise entre 1 nm et 100 nm.> Nanoparticule: particule de taille nanométri que pouvant être manufacturée, issue de certains procédés industriels ou naturellement présente dans l\u2019environnement.> Nanoscience: science du comportement et des réactions de la matière à l\u2019échelle nanométrique. L\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR) et l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), pour la recherche en océanographie.L\u2019UQAR et l\u2019ISMER regroupent des chercheurs d\u2019une qualité exceptionnelle, dont les expertises couvrent un large éventail de spécialisations des sciences de la mer.L\u2019UQAR et l\u2019ISMER se démarquent grâce à des infrastructures de haut niveau, un navire de recherche de 50 mètres, le Coriolis II, et une station aquicole alimentée en eau de mer.L\u2019UQAR et l\u2019ISMER offrent une maîtrise et un doctorat en océanographie, des programmes ouverts aux biologistes, aux chimistes, aux géologues, aux géographes et aux physiciens.D \u2019 I N N O V E R www.uqar.ca/oceanographie Photo : André Rochon les contaminants à l\u2019intérieur, et l\u2019air qui y est pompé passe dans des filtres qui retiennent 99,97% des nanoparticules», explique Mathieu Balmayer.Raymor travaille de concert avec l\u2019Université de Sherbrooke pour mieux connaî - tre la toxicité de ses nanotubes, et vient de lancer un appel d\u2019offres afin de mener des évaluations en santé et sécurité dans l\u2019usine.Mais toutes les entreprises qui utilisent des nanos ne sont pas aussi transparentes.Les autres fabricants se sont montrés réticents à nous recevoir, ou n\u2019ont pas retourné nos appels.D\u2019autres encore ne souhaitent pas s\u2019étendre sur l\u2019existence des risques.Au téléphone, la responsable des communications de CelluForce, en Estrie, nous assure que les protections nécessaires pour la trentaine d\u2019employés ont été mises en place dans l\u2019usine, tout en expliquant que la nanocel- lulose ne présente aucun risque pour la santé.CelluForce a mené des tests préliminaires sur des micro-organismes avec l\u2019Université d\u2019Ottawa, et vient de terminer une étude chez le rat, qui conclurait ainsi à l\u2019absence de risque.Cependant, l\u2019étude n\u2019est pas accessible au public.«En réalité, il y a très peu d\u2019études indépendantes qui ont évalué les effets de la nanocellulose», précise Maximilien Debia, chercheur au département de santé environnementale et santé au travail à l\u2019Université de Montréal, qui s\u2019intéresse à la mesure du taux de na- noparticules dans l\u2019air.De manière générale, peu de recherches évaluent l\u2019exposition chronique aux nanoparticules, qui est la plus inquiétante.«De plus, la plupart des études de toxicologie Que deviennent les nanos à la sortie des usines?Les travailleurs sont sans conteste les plus exposés aux nanoparticules.Mais les doutes quant à l\u2019innocuité de ces produits subsistent une fois ceux-ci sortis de l\u2019usine.Peintures, vernis, pneus et plastiques contenant des nanos peuvent s\u2019user avec le temps et libérer leurs minuscules composants dans l\u2019air ambiant.«Il y a encore moins de données sur les éventuels risques pour les utilisateurs que pour les travailleurs», indique l\u2019ingénieure chimiste Myriam Ricaud en France.Cependant, la proportion de molécules nanométriques contenues dans les produits industriels est très faible.La question du risque se pose davantage pour les crèmes solaires et autres cosmétiques contenant des nanoparticules (surtout du dyoxyde de titane et l\u2019oxyde de zinc), pouvant pénétrer dans la peau, comme l\u2019ont démontré plusieurs études réalisées in vitro ou sur des porcs.L\u2019année dernière, l\u2019Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) a recommandé de ne pas appliquer ces crèmes solaires sur le visage ni sur une peau lésée, et de ne pas les utiliser dans des locaux fermés, quand elles se présentent sous formes de spray.De ce côté-ci de l\u2019Atlantique, aucun avertissement n\u2019a été émis.Autre souci, le devenir des nanos dans l\u2019environnement.Leur très petite taille favorise leur dissémination dans l\u2019air, l\u2019eau et le sol.Des études ont démontré que certaines nanoparticules libèrent des ions et des radicaux libres dans l\u2019environ nement, qui peuvent être néfastes pour certaines algues ou bactéries.Par ailleurs, plusieurs études récentes ont prouvé que les nanoparticules (nanotubes de carbone, fullerènes, argent, TiO2) peuvent s\u2019accumuler et endommager le tube digestif des daphnies (petits crustacés d\u2019eau douce) ou de certains poissons.À l\u2019Université du Québec à Rimouski, l\u2019équipe de l\u2019océanographe Émilien Pelletier étudie justement la dispersion et la persistance des nanoparticules dans les environnements aquatiques, et leurs effets sur les espèces marines.«Les nanoparticules d\u2019argent, par exemple, sont très utilisées dans les textiles de sport, les sacs de couchage ou les chaussettes, car elles ont un effet antibactérien, mais elles se retrouvent dans les eaux usées après quelques lavages, et elles peuvent être délétères pour les bactéries de l\u2019environnement», explique le chercheur.Malheureusement, les nanoparticules sont par essence difficiles à détecter.26 Québec Science | Mars 2012 Peinture additionnée de nanoparticules de céramique anti-éraflure et anti-usure Crème solaire contenant des nanosphères de dioxyde de titane anti-UV D A V I D A .H A R D Y / S P L ne sont pas effectuées en faisant inhaler des nanoparticules aux animaux, mais en les injectant dans la trachée ou l\u2019abdomen, car il est difficile d\u2019obtenir des nanoaérosols.Ces études sont donc difficilement transposables à l\u2019homme», déplore Myriam Ricaud.Actuellement, le manque de données scientifiques empêche d\u2019établir des normes acceptables d\u2019exposition.Aux États-Unis, le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) a toutefois fixé une limite d\u2019exposition pour le TiO2 nanométrique, et s\u2019apprête à le faire pour les nanotubes de carbone.Quant aux autres molécules, le flou est total.Et pour cause, puisque même si l\u2019on y mettait les moyens financiers, il faudrait près de 50 ans pour tester la toxicité de tous les nanomatériaux déjà commercialisés.Autant dire mission impossible.«Il faudra réussir rapidement à prédire la réactivité biologique d\u2019une nanoparticule en se basant sur sa forme, sa solubilité, sa taille, sans avoir à les tester séparément», estime Vincent Castranova, chef du département de recherche en pathologie et physiologie au NIOSH à Morgantown, en Virginie occidentale.En attendant, la prudence s\u2019impose.Au Québec, l\u2019IRSST a publié dès 2006 un guide de bonnes pratiques à l\u2019usage des entreprises pour leur permettre de protéger au mieux leurs employés.«Les quatre producteurs québécois de nanomatériaux, dont Raymor et CelluForce, sont bien sensibilisés aux dangers potentiels, mais ma crainte concerne plutôt les 200 ou 300 entreprises qui incorporent des nanoparticules dans leur produit final et qui ont très peu d\u2019expérience dans la manipulation des particules fines», explique Claude Ostiguy.D\u2019ailleurs, au Québec, comme ailleurs dans le monde, on ne sait même pas quelles sont ces entreprises, car elles préservent farouchement leur secret industriel.«Souvent, elles ne savent pas elles-mêmes qu\u2019elles travaillent avec des nanos», ajoute Myriam Ri- caud.Pour y remédier, l\u2019IRSST conduit actuellement un inventaire dans la province pour mieux connaître ces entreprises « inté- gratrices» de nanos et mettre en place des actions d\u2019information et de prévention.De son côté, le laboratoire de Maximilien Debia s\u2019est doté l\u2019an dernier d\u2019un spectromètre coûteux qui permet de déterminer les masses des différentes nanoparticules présentes dans l\u2019air.Il dispose aussi de compteurs numériques portatifs qui «aspirent» l\u2019air ambiant et dénom brent les particules ultra- fines présentes.«Il n\u2019y a toutefois aucune obligation légale de la part des entreprises d\u2019évaluer l\u2019exposition de leurs travailleurs aux nanoparticules», précise le jeune chercheur qui se heurte à la méfiance des fabricants et peine à avoir accès aux usines.En outre, ces mesures sont difficiles à interpréter.« Il y a des nanoparticules partout dans l\u2019air que nous respirons, attribuables à la pollution, aux barbecues, aux fumées», explique-t-il dans son petit bureau de l\u2019université.Pour appuyer ses dires, il allume son compteur.Celui-ci indique la présence de près de 5 000 nanopar- ticules par centimètre cube d\u2019air.«Même lorsqu\u2019on mesure un taux inhabituel de nanoparticules sur un lieu de travail, on ne sait pas vraiment si cela représente un danger pour les employés.» La bonne nouvelle, c\u2019est qu\u2019il existe des moyens efficaces pour se protéger.On peut utiliser des filtres qui arrêtent les nanomatériaux jusqu\u2019à 1 nm, travailler sous des hottes, avec des mas ques.Reste à combler le vide juridique qui prévaut actuellement.La France devrait se doter sous peu d\u2019un décret obligeant les fabricants, les importateurs et les distributeurs à déclarer la nature et la quantité de «substances à l\u2019état na- noparticulaire» qu\u2019ils utilisent.L\u2019an dernier, Claude Ostiguy a fait une demande de loi similaire au gouvernement du Canada, «afin que les entreprises intégratrices sachent qu\u2019il y a des nanos dans les produits qu\u2019elles achètent».Pour l\u2019instant, sa recommandation est restée lettre morte.Mais le chimiste est optimiste.«Il ne faut pas diaboliser les nanoparticules.Au contraire, c\u2019est la première fois dans l\u2019histoire industrielle que l\u2019on fait de la prévention avant qu\u2019il y ait des dossiers de maladies professionnelles à la Commission de la santé et de la sécurité du travail.Le but est d\u2019éviter d\u2019avoir à déplorer un scandale sanitaire dans quelques années.» Quoi qu\u2019il en soit, la révolution est en marche et on ne l\u2019arrêtera pas.QS Mars 2012 | Québec Science 27 Le chien de garde des nanos Au Québec, Ne3LS surveille de près le développement de ces technologies.Comme toute nouvelle avancée scientifique, les nanotechnologies posent des questions éthiques.Au Québec, le Réseau de connaissances Ne3LS (pour les aspects Éthiques, Environnementaux, Économiques, Légaux et Sociaux des Nanotechnologies), dirigé par le biologiste et philosophe Charles-Anica Endo, entend accompagner le développement des nanotechno logies de façon «responsable».Mis sur pied en janvier 2010, ce réseau est une plateforme de recherche et d\u2019échanges entre les entreprises, les chercheurs, le gouvernement et les groupes de citoyens.Un réseau nécessaire car, outre les interrogations entourant leur impact sur la santé humaine et l\u2019environnement, il existe des inquiétudes politiques et militaires liées à ce domaine.«On sait que le Venezuela et l\u2019Iran ont signé un accord de coopération relatif aux nanotechnologies, et l\u2019on peut se demander si on va assister à une nouvelle course technologique à l\u2019armement, s\u2019inquiète Charles-Anica Endo.Par ailleurs, la rencontre entre les nanotechnologies et d\u2019autres domaines de pointe, comme les neurosciences, peut faire craindre des dérives en matière d\u2019amélioration ou de modification des performances humaines.Enfin, la miniaturisation extrême de l\u2019électronique pourrait avoir un impact sur les libertés civiles.À l\u2019inverse, les nanotechnologies présentent de nombreux bénéfices, par exemple en permettant la mise au point de traitements médicaux ciblés, ou en séparant le pétrole et l\u2019eau en cas de marée noire.» Les orientations à donner aux recherches méritent donc d\u2019être discutées.Les études montrent que les nanotubes de carbone abîment l\u2019ADN, entraînent une inflammation pulmonaire, voire causent des cancers chez les animaux.Les nanoparticules de silice contenues dans les pneus augmentent la résistance à l\u2019usure. L es hivers se suivent et se réchauffent; et le couvert de glaces, dans le golfe du Saint-Laurent, dimi - nue d\u2019année en année.Parlez-en aux phoques du Groenland qui ne savent plus où accoucher.Comme son nom l\u2019indique, cette espèce vit autour du Groenland durant l\u2019été.L\u2019hiver venu, les phoques migrent vers le sud et passent l\u2019hiver à l\u2019est de Terre-Neuve (70% du troupeau) et dans le golfe du Saint-Laurent (30% du troupeau).Comme les phoques à capuchon, qui visitent aussi nos contrées l\u2019hiver, ils ont besoin de la banquise pour mettre bas.À leur naissance, les blanchons, incapables de nager et trop maigres pour flotter, sont très vulnérables.Sur leur morceau de glace, ils attendent que leur mère vienne les allaiter durant une douzaine de jours.Lors de ce sprint physiologique, ils accumulent assez de réserves pour être ensuite laissés à eux- mêmes.Il n\u2019y a pas si longtemps, au plus fort de l\u2019hiver, la banquise recouvrait plus de 40% de la superficie du golfe.Les régions plus près des côtes, comme la Baie des Chaleurs, en Gaspésie, le détroit de Nor- thumberland, entre l\u2019Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, ou encore le 28 Québec Science | Mars 2012 Dans le golfe du Saint-Laurent, chaque hiver, le couvert de glaces diminue, menaçant les phoques qui en ont besoin pour mettre bas.Par Joël Leblanc PHOQUES à la dérive pourtour des Îles-de-la-Madeleine, s\u2019englaçaient parfois dès le mois de décembre.Mais au large, il fallait attendre la fin de février, après plusieurs semaines de froid intense, pour que le couvert glacé tienne.C\u2019est à ce moment-là et jusqu\u2019à la fin mars que les femelles envahissaient le golfe pour donner naissance à leurs petits.Mais depuis deux ans, les scientifiques constatent qu\u2019elles semblent déserter la région.«Les phoques ont été très rares dans le golfe en 2010», constate Mike Hammill, biologiste à l\u2019Institut Maurice- Lamontagne, à Mont-Joli, un centre de recherche du ministère canadien des Pêches et des Océans.Il faut dire que, en 2010, avec des températures hivernales moyennes oscillant entre 6°C et 10°C au-dessus des normales de saison, seulement 11% du golfe a été recouvert de glaces.En 2011, il a fait un peu plus froid et une couche mince s\u2019est formée sur environ 20% de sa surface.Les femelles ont pu mettre bas, mais une grosse tempête, le 7 mars, a disloqué cette banquise trop fragile et les blanchons sont morts noyés.Conséquence de ces aléas climatiques, le troupeau de phoques du Groenland semble décliner.«Cette année, on estime la taille du troupeau à 7,7 millions de têtes, avance Mike Hammill.Au milieu des années 2000, ils étaient plus de 8,3 millions.» Ces changements, les chasseurs de phoques sont aux premières loges pour les constater.«Il y a une dizaine d\u2019années, on partait de la côte, et 15 minutes de marche suffisaient pour se retrouver sur la glace, entouré d\u2019un millier de phoques, se souvient Denis Longuépée, président de l\u2019Association des chasseurs de phoques des Îles-de- la-Madeleine.Maintenant, il faut prendre le bateau vers le détroit de Belle-Isle, parfois pendant 10 ou 12 heures, pour atteindre les premières plaques de banquise.» Et l\u2019hiver 2012 ne devrait pas être plus favorable pour le troupeau.Au moment de mettre sous presse, Environnement Canada prédisait encore un couvert de glaces inférieur à la normale.D\u2019hivers cléments en hivers cléments, le phoque du Groenland dispa- raîtra-t-il complètement du golfe Saint Laurent?«Ce n\u2019est pas impossible», répond Mike Hammill.L\u2019année dernière, beaucoup de femelles sont allées accoucher à l\u2019est de Terre- Neuve.Et même là-bas, elles ont dû se rendre à 60 milles nautiques plus au nord que les sites traditionnels en raison de la rareté de la banquise.Récemment, on a observé des groupes de femelles qui met- Couverture de glaces dans le golfe Saint-Laurent 57,4% M I K E H A M M I L L Six espèces de phoques nagent dans les eaux du golfe Saint-Laurent à différents moments de l\u2019année.Le phoque annelé et le phoque barbu ne sont que des visiteurs occasionnels.Le phoque commun porte mal son nom car, avec seulement 10 000 à 20 000 individus, il est le moins commun.Le phoque gris n\u2019est présent que l\u2019été, mais ses effectifs atteignent 350 000 têtes.Le phoque à capuchon, avec 600 000 têtes, arrive dans le golfe en même temps que le phoque du Groenland.Mars 2012 | Québec Science 29 1 9 6 8 - 6 9 1 9 7 2 - 7 3 1 9 7 5 - 7 6 1 9 7 8 - 7 9 1 9 8 1 - 8 2 1 9 8 4 - 8 5 1 9 7 8 - 8 8 1 9 9 0 - 9 1 1 9 9 3 - 9 4 1 9 9 6 - 9 7 1 9 9 9 - 0 0 2 0 0 2 - 0 3 2 0 0 5 - 0 6 2 0 0 8 - 0 9 11,2% 100% 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 taient bas au sud-est du Groenland, leurs quartiers d\u2019été.S\u2019agissait-il de phoques «canadiens» qui commencent à modifier leur stratégie de reproduction?Peut-être.Mais d\u2019autres facteurs, en plus de la rareté des glaces, pourraient être responsables du déclin actuel des phoques.Leur population suit très certainement un cycle écologique normal où alternent les pics et les creux.Selon Mike Hammill, ils ont peut- être atteint la population maximale que le golfe est en mesure de supporter.«Le manque de ressources se fait sentir, explique le biologiste.La preuve, c\u2019est que le taux de reproduction diminue.Lorsque des chasseurs abattent des femelles, on leur demande de vérifier si celles-ci sont enceintes.Alors que, dans les années 1970, 90% des femelles étaient enceintes, elles sont à peine 20% actuellement.C\u2019est peut- être dû à une trop forte compétition pour la nourriture.» Bien plus que la chasse, pourtant très médiatisée, ce sont les problèmes de reproduction qui menacent la survie du phoque du Groenland.QS 30 Québec Science | Mars 2012 C\u2019est la morue qui va être contente! Même si les phoques sont une source de revenu pour les chasseurs des Îles, ils ne voient pas d\u2019un si mauvais œil la diminution du troupeau dans le golfe.Gourmand, le mammifère marin mangerait, selon eux, plus que sa part de morue.«Ce sont des prédateurs, avance Denis Longuépée, président de l\u2019Association des chasseurs de phoques des Îles-de-la-Madeleine.Moins ils sont, mieux les stocks de poissons se portent; et nous sommes avant tout des pêcheurs.» La prédation de la morue par les phoques fait l\u2019objet d\u2019un débat entre les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans, et les pêcheurs.Les premiers disent que la morue ne constitue pas une part importante du menu de ces animaux; les seconds soutiennent l\u2019inverse depuis une vingtaine d\u2019années.Une étude toute récente publiée par deux anciens directeurs de l\u2019Institut océanographique de Bedford, à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, avance que chaque phoque mangerait de une à deux tonnes de morue par an.Un gros repas! J.L.FINALE QUÉBÉCOISE, 19 au 22 avril 2012 CENTRE CULTUREL DE L\u2019UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE ENTRÉE GRATUITE EXPOSCIENCES.QC.CA PLONGEZ DANS L\u2019UNIVERS DE LA RELÈVE SCIENTIFIQUE! VISITEZ LES FINALES RÉGIONALES DES EXPO-SCIENCES 2012 MONTÉRÉGIE 15 au 17 mars Collège militaire royal de Saint-Jean Pavillon Dextraze Saint-Jean-sur-Richelieu MAURICIE, CENTRE-DU-QUÉBEC 16 au 18 mars Cégep de Drummondville OUTAOUAIS 16 au 18 mars Université du Québec en Outaouais Pavillon Alexandre-Taché Gatineau ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 23 et 24 mars Cégep de l\u2019Abitibi-Témiscamingue Rouyn-Noranda QUÉBEC ET CHAUDIÈRE-APPALACHES 23 au 25 mars Université Laval Pavillon Alphonse-Desjardins Québec CÔTE-NORD 23 au 25 mars Cégep de Sept-Îles MONTREAL REGIONAL SCIENCE & TECHNOLOGY FAIR 18 au 20 mars Laval Liberty & Laval Junior High Schools SAGUENAY\u2013LAC-SAINT-JEAN 22 au 24 mars Cégep de Jonquière RIVE-NORD (LANAUDIÈRE, LAURENTIDES, LAVAL) 22 au 24 mars Collège Saint-Sacrement Terrebonne Une initiative du CONSULTEZ LA SECTION « CALENDRIER » DU SITE WEB POUR LES ADRESSES ET HEURES D\u2019OUVERTURE AU PUBLIC ESTRIE 23 au 25 mars Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke FINALE DE MONTRÉAL (SECONDAIRE ET COLLÉGIAL) ET FINALE DU PRIMAIRE (MONTÉRÉGIE ET MONTRÉAL) 29 au 31 mars Collège de Bois-de-Boulogne Montréal EST DU QUÉBEC 30 mars au 1er avril Centre sportif de l\u2019Université du Québec à Rimouski auvre Uranus! Ignorée, oubliée, délaissée; voire boudée par les astronomes! «La planète la plus ennuyeuse du système solaire», dit-on secrètement dans les laboratoires d\u2019astrophysique.Il est vrai que, avec son atmosphère verdâtre uniforme, elle est moins spectaculaire que la flamboyante Mars ou que Saturne, auréolée de ses magnifiques anneaux.Mais la pâle beauté a décidé de se rebeller en nous gratifiant, coup sur coup, de deux étonnantes nouvelles.En octobre dernier, elle nous a d\u2019abord offert un spectacle lumineux peu fréquent: une belle tache claire est apparue.«C\u2019est une zone bien plus lumineuse qu\u2019une tache brillante typique», s\u2019enthousiasme Larry Sromovsky, astronome au Centre d\u2019ingénierie et d\u2019étude spatiales de l\u2019université du Wisconsin à Madison, qui a fait la découverte à l\u2019aide du télescope Gemini Nord, à Hawaii.«Avec un meilleur télescope, comme le Keck, qui se trouve également à Hawaii, je pense qu\u2019on pourrait voir qu\u2019elle est cinq à six fois plus brillante que l\u2019atmosphère environnante.» Cette tache est une sorte de super-nuage, émer - geant des couches plus basses.Un peu comme le cumulo-nimbus d\u2019un orage sur Terre.Sauf que, sur Uranus, les nuages ne sont pas formés que de vapeur d\u2019eau.Selon la connaissance qu\u2019on en a, cette planète serait un noyau rocheux recouvert d\u2019un océan de glace (d\u2019eau, de méthane et d\u2019ammoniac) représentant 80% de la masse de la planète, et d\u2019une couche plus fine de gaz (15% à 20% de la masse).Il vaudrait donc mieux parler de géante de glace plutôt que de géante gazeuse, un terme hérité d\u2019une époque où l\u2019on connaissait mal ces planètes.Aujourd\u2019hui, à mesure que l\u2019on découvre des astres au sein d\u2019autres systèmes solaires, on les qualifie plutôt de planètes de type Jupiter et Saturne, ou de type Uranus et Neptune.«Le nuage uranien se compose donc, au moins en partie, de glace de méthane, explique Larry Sromovsky, et est le résultat d\u2019un phénomène de convection local : des gaz situés à plus basse altitude se réchauffent et remontent.Arrivés à une altitude où les températures sont suffisamment froides, ils forment des cristaux de glace; c\u2019est ce nuage que nous avons détecté.» Mars 2012 | Québec Science 31 LAGÉANTE DEGLACE Un peu oubliée aux limites du système solaire, Uranus vient de révéler quelques-uns de ses secrets.Par Olivier Rey P Le phénomène, observé en lumière visible, est encore plus spectaculaire avec une caméra infrarouge, car même s\u2019il se refroidit en arrivant en altitude, le nuage est tout de même plus chaud que le reste de l\u2019atmosphère.La tache apparue sur Uranus a une autre particularité.Elle se situe à une latitude de 23° Nord, soit 7° plus au sud que la dernière tache observée il y a quelques années.«Je ne pense pas que l\u2019on comprenne encore les liens entre ces activités de convection et les saisons.Ce que l\u2019on sait, c\u2019est que tous les nuages suffisamment hauts pour contenir de la glace de méthane ont été observés au nord.» Si la découverte de cette tache a mis en émoi la communauté astronomique, c\u2019est qu\u2019on en sait bien peu justement sur les rythmes saisonniers de cette planète géante découverte il y a pourtant déjà plus de deux siècles.\u2019est qu\u2019Uranus, l\u2019«ennuyeuse», a une particularité qui la rend unique : un axe de rotation incliné de près de 98°.Autrement dit, au lieu de tourner autour du Soleil comme une toupie, elle roule littéralement sur son orbite.Ce faisant, pendant sa révolution, elle présente tour à tour son pôle nord puis son pôle sud au Soleil.Or, sur Uranus, une année équivaut à 84 ans terrestres! «Ainsi, pendant la moitié du cycle, soit 42 ans, un des pôles est exposé au Soleil puis, pendant l\u2019autre moitié, cela s\u2019inverse, résume Robert Lamontagne, astrophy - sicien chercheur à l\u2019université de Montréal et directeur exécutif de l\u2019observatoire du Mont-Mégantic.Depuis 2007, c\u2019est le début du printemps uranien dans l\u2019hémisphère nord : le pôle nord se trouve de plus en plus exposé à la lumière solaire, tandis que le pôle sud plonge peu à peu dans l\u2019obscurité.» Le précédent événement du même genre, qualifions-le d\u2019automne, a donc eu lieu il y a un peu plus de 42 ans, à une époque où les instruments d\u2019observation étaient beaucoup moins performants qu\u2019au- jourd\u2019hui.Voilà pourquoi on connaît si peu la dynamique des saisons d\u2019Uranus.Pour Robert Lamontagne, il n\u2019est pas étonnant de trouver plus d\u2019activité dans l\u2019atmosphère de la planète à cette période de son cycle.«C\u2019est comme sur Terre, ex- plique-t-il.Le climat terrestre connaît de longues périodes plutôt stables, en été et en hiver, alors que les périodes du printemps et de l\u2019automne le sont beaucoup moins.» Cependant, on a du mal à imaginer que le Soleil, situé à environ 3 milliards de kilomètres, ait la même influence sur la météo uranienne que sur la météo terrestre.«Comme toutes les planètes géantes de notre système solaire, la chaleur d\u2019Uranus provient en grande partie de son rayonnement interne, précise l\u2019astronome.Cette chaleur résiduelle subsiste depuis la formation de la planète, il y a 4,5 milliards d\u2019années.Et même si le changement de température provoqué par l\u2019exposition au Soleil est léger, il peut suffire à déstabiliser une atmosphère qui se situe habituellement autour de -200 °C, et la \u201cbrasser\u201d davantage.» Cela provoque les fameuses tempêtes que l\u2019on voit actuellement.L\u2019inclinaison presque à angle droit d\u2019Uranus expliquerait donc ces lents cycles saisonniers et les nuages de méthane qui se déplacent doucement d\u2019un hémisphère à l\u2019autre.L\u2019axe de rotation d\u2019Uranus a aussi piqué la curiosité d\u2019une équipe française qui a récemment émis une nouvelle théorie pour expliquer pourquoi la planète se trouve ainsi couchée sur le côté.Alessandro Mor- bidelli, astronome italien qui travaille à l\u2019observatoire de Nice, suggère que le basculement ne s\u2019est pas effectué en une fois, mais en deux.Uranus aurait reçu une «claque sur la tête» qui l\u2019aurait fait basculer une première fois avant d\u2019en recevoir une autre qui l\u2019aurait terrassée.«Ce qui nous a motivé, c\u2019était de trouver une explication à ce phéno mène.En effet, les satellites de la planète sont restés dans le plan de l\u2019équateur, et ils ont gardé un mouvement prograde \u2013 c\u2019est-à-dire tournant dans le même sens qu\u2019Uranus \u2013, explique Alessan- dro Morbidelli.Je suis surpris que personne n\u2019ait fait cette recherche avant.Notre travail, basé sur des simulations, nous a permis de découvrir que, si Uranus avait basculé en une seule fois, le disque de matière qui l\u2019en- 32 Québec Science | Mars 2012 Frankenmoon Parmi les 27 satellites d\u2019Uranus, la petite Miranda (480 km de diamètre) exhibe la géologie la plus chaotique de tout le système solaire, dont une falaise haute de plus de 10 km! Comme si des morceaux de planète s\u2019étaient collés ensemble au hasard.On a d\u2019ailleurs longtemps pensé que c\u2019était le cas, après une dislocation due à un impact.Aujourd\u2019hui, les astronomes attribuent plutôt l\u2019aspect de Miranda à de gigantesques forces de marées causées par l\u2019attraction d\u2019autres satellites et d\u2019Uranus elle-même.Le réchauffement intérieur du satellite, et les courants de convection qui en résultent, auraient amené des composants sous- jacents à la surface et, en partie, façonné son visage de monstre spatial.Si on avait marché sur Miranda.Vue conceptuelle dramatique d\u2019un séisme sur cette lune d\u2019Uranus.C D A V I D A .H A R D Y / S P L Carte d\u2019identité Uranus William Herschel qui l\u2019a découverte en 1781 voulait l\u2019appeler Georgian Sidus pour rendre hommage au roi Georges III, mais c\u2019est le dieu du ciel grec qui a eu la préférence.Diamètre à l\u2019équateur: 50 724 km.Cela correspond à quatre fois la taille de la Terre.En volume, Uranus représente 63 fois notre planète.Comme cette dernière, elle est légèrement aplatie aux pôles.Masse: 8,6810 x 1025 kg.Uranus a donc 14,5 fois la masse de la Terre, mais elle est beaucoup moins dense puisqu\u2019elle ne fait que le quart de la densité terrestre.Distance par rapport au Soleil: 2,7 milliards de kilomètres au plus proche (périhélie) et 3 milliards de kilomètres au plus loin (aphélie).La Terre se trouve en moyenne à 150 millions de kilomètres du Soleil.Composition de son atmosphère: hydrogène, hélium et méthane.La couleur rouge des rayons solaires est absorbée par le méthane qui ne renvoie que les autres couleurs, donnant à la planète son apparence bleu-vert.Satellites: 27, le plus grand, Titania, a un diamètre de 1 578 km.Anneaux: 13 tourait \u2013 et qui allait former ses satellites \u2013 ne l\u2019aurait pas suivi dans son basculement.De plus, nos calculs démontrent que ce disque aurait acquis un mouvement rétrograde, même s\u2019il avait rejoint l\u2019équateur par la suite.» Une hypothèse formulée par le physicien Morbidelli suppose que ce basculement se soit produit très tôt au cours de la formation du système solaire.«C\u2019est une théorie élégante qui confirme ce qu\u2019avait déjà proposé, il y a quelques années, le \u201cgroupe de Nice\u201d, auquel appartient Morbidelli, ajoute Robert Lamon- tagne.Ils avaient expliqué que le bombardement intense qu\u2019ont connu les planètes au début du système solaire s\u2019était justement produit en deux temps.Un premier bombardement intense, aux alentours de 200 à 300 millions d\u2019années après la formation du système solaire, dû au \u201cnettoyage\u201d de ce dernier pendant la formation même des protoplanètes.Puis un second, vers 500 ou 600 millions d\u2019années, dû à l\u2019instabilité des planètes externes qui ont peu à peu restructuré leur orbite.Neptune est notamment allée passer un petit moment parmi les objets situés au-delà de son orbite (la ceinture de Kuiper), produisant une nouvelle pluie de roches sur les planètes internes.» Le basculement uranien aurait donc lui aussi eu lieu pendant ces deux phases de bombardement.Alors, pas si ennuyeuse que ça Uranus! N\u2019empêche, elle n\u2019attirera pas les millions de la recherche spatiale dans les années à venir.«Les priorités, pour le moment, ce sont Mars et les lunes de Jupiter, qui ont un potentiel scientifique plus important, explique Robert Lamontagne.Explorer des planètes aussi éloignées qu\u2019Uranus coûte cher.Il faut des engins autonomes en énergie, car les panneaux solaires ne seraient d\u2019aucune utilité dans ces contrées lointaines où le rayonnement est à peine perceptible.De plus, cela nécessite des instruments complexes qui peuvent effectuer des observations dans un environnement peu lumineux», continue le chercheur qui déplore cependant, comme d\u2019autres astronomes, que les planètes lointaines du système solaire n\u2019attirent pas davantage l\u2019attention.Car beaucoup des exoplanètes que l\u2019on ne cesse de découvrir en ce moment sont justement des astres dont la structure se rapproche beaucoup de ces géantes.Uranus qui a profité de la visite de Voyager 2, il y a déjà 25 ans, ne devrait pourtant pas revoir le nez d\u2019une sonde d\u2019ici un bon bout de temps.Heureusement, les progrès techno - logiques permettent aujourd\u2019hui d\u2019avoir des images depuis la Terre qui présentent une aussi bonne résolution que les photos prises par Voyager 2 à l\u2019époque.Uranus, la belle ignorée, nous promet peut-être d\u2019autres surprises.QS Mars 2012 | Québec Science 33 Les anneaux d'Uranus croqués par la sonde Voyageur 2.On peut y déceler des pluies de fines poussières de particules.Uranus, source de découvertes Lorsque l\u2019astronome William Herschel observe Uranus, le 13 mars 1781, il croit voir une comète.Mais il s\u2019agit bien de la septième planète du système solaire.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à elle que Neptune a par la suite été découverte.En effet, l\u2019orbite d\u2019Uranus ne correspondait pas aux calculs des astronomes.La gravitation d\u2019une huitième planète devait donc influencer sa trajectoire.Neptune a ainsi été trouvée à l\u2019endroit prédit par les calculs.C\u2019est aussi autour d\u2019Uranus qu\u2019on a observé pour la première fois d\u2019autres anneaux que ceux de Saturne, quoique plus modestes.Très peu lumineux, ils ont été décelés par occultation.En 1977, alors que la planète passait devant l\u2019étoile SAO 158687, les anneaux avaient brièvement masqué la lumière de cette dernière. Il y a toujours une proportion de l\u2019humanité qui meurt de faim, et ce, malgré les progrès spectaculaires et constants de l\u2019agronomie, l\u2019amélioration des variétés de plantes utilisées et de la productivité.À quoi est due cette injustice?Toutes les 5 secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, sans compter les ravages que la malnutrition engendre dans certains pays, à tous les âges.Pourtant, selon les spécialistes, la Terre est en mesure de nourrir 12 milliards de personnes, soit presque le double de l\u2019humanité actuelle.Malheureusement, de puissants intérêts contrecarrent à leur profit une juste répartition des denrées, ainsi que leur production.C\u2019est pourquoi j\u2019ai intitulé mon livre Destruction massive : inconsciemment ou, en tout cas sans oser le reconnaître, on fait mourir des millions de gens pour gagner plus d\u2019argent.Mais qui est ce «on» impitoyable, affameur et criminel?On peut citer notamment l\u2019OMC (Organisation mondiale du commerce), le FMI (Fonds monétaire international), et la Banque mondiale.Ces organismes planétaires sont mus par le culte du néolibéralisme.Tous les problèmes doivent trouver leur solution dans des investissements financiers; ces investissements doivent être rentables et donc les intérêts doivent être remboursés.Rien de plus simple, non?Pour les adeptes d\u2019une telle doctrine, le concept même de «droit à l\u2019alimentation» est vide de sens, voire scandaleux, car contre-productif.Toute distribution gratuite de nourriture à des affamés, même en situation d\u2019urgence ou dans les camps de réfugiés, devient une sorte d\u2019aberration, car cela «pervertit le marché».Les néo ou ultralibéraux ont aujourd\u2019hui une telle influence que la FAO (Food and Agriculture Organisation) \u2013 dont la mission généreuse consistait à faire en sorte que les habitants de la planète soient nourris \u2013 est aujourd\u2019hui réduite à l\u2019impuissance, complètement exsangue, privée de moyens, enlisée dans une bureaucratie stérilisante.Pouvez-vous identifier un peu mieux ces mécanismes?Je peux en distinguer cinq.Il y a d\u2019abord le dumping.Les pays de l\u2019OCDE versent annuellement 350 milliards de dollars à leur industrie agricole pour favoriser leurs exportations vers les pays qui manquent de 34 Québec Science | Mars 2012 On fait mourir de faim des milliers de gens pour gagner de l\u2019argent\u201d \u201c Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l\u2019alimentation, est aujourd\u2019hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU.Ce précurseur des «indignés», professeur émérite de sociologie à l\u2019Université de Genève, en Suisse, s\u2019est fait remarquer depuis longtemps par ses ouvrages iconoclastes qui dénoncent l\u2019assujettissement des peuples.De ce fait, il n\u2019est pas très bien vu par les banquiers de son pays.Et son récent ouvrage, Destruction massive, géopolitique de la faim (Éditions du Seuil) ne devrait pas redorer son blason auprès des puissants, tant est sombre le portrait qu\u2019il dresse des inégalités entre les peuples.Malgré les progrès spectaculaires de l\u2019agronomie, une bonne partie de l\u2019humanité est affamée, dénonce Jean Ziegler.Pourquoi cette injustice?L\u2019entrevue © H E R M A N C E T R I A Y Mars 2012 | Québec Science 35 denrées.On imagine sans peine les ravages qu\u2019entraîne, sur l\u2019agriculture des pays «bénéficiaires», une concurrence ainsi faussée.Sans parler de l\u2019irréparable atteinte à la biodiversité, puisque cela favorise la dispa - rition de variétés agronomiques adaptées, dans des pays qui n\u2019ont plus avantage à les cultiver.Ensuite, il y a la spéculation sur les denrées, notamment à la bourse des matières premières agricoles de Chicago.Ces valeurs boursières assignées au riz, au blé et au maïs entraînent un renchérissement astronomique, même si l\u2019échange ne s\u2019applique qu\u2019à de très petites quantités, alors que l\u2019essentiel est toujours consommé localement.Troisième mécanisme, l\u2019essor des agrocarburants qui accaparent de plus en plus d\u2019hectares autrefois voués à l\u2019alimentation des humains et non pas à celle des moteurs.Le blé, le maïs, la canne à sucre, le soya, tout est bon pour remplacer le pétrole.Les États-Unis sont ici encore en première ligne, car ils ont objectivement tout intérêt à réduire leur dépendance aux importa - tions d\u2019hydrocarbures, ce qui soulagerait grandement leur budget militaire, consacré en bonne part au contrôle des champs pétrolifères du Moyen-Orient.Il y a aussi la dette extérieure, devenue un cercle vicieux pour des pays de plus en plus nombreux.Songez par exemple que l\u2019Éthiopie, sur ses meilleures terres, cultive et exporte du café, et aussi des fleurs! Cela pour lui permettre (tout juste) de payer les intérêts de sa dette avec des produits directement encaissables en dollars.Une dette qu\u2019elle doit donc continuer de creuser pour importer sa nourriture.Résultat visible, à Addis-Abeba, la surface des bidonvilles s\u2019est multipliée par 5 depuis 15 ans.Il serait difficile de concevoir scénario plus absurde\u2026 Et quel est le cinquième rouage de cet engrenage fatal qui crée, «de main d\u2019homme» comme vous dites, le problème de la faim?Ce n\u2019est pas le moindre : l\u2019accaparement des terres agricoles par des puissances extérieures, avec la participation de la Banque mondiale qui n\u2019hésite pas à financer ce genre d\u2019investissement.Il s\u2019agit d\u2019une véritable recolonisation.Des sociétés transcontinentales ou des fonds souverains A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M 36 Québec Science | Mars 2012 s\u2019emparent de millions d\u2019hectares de terres en Afrique, à Madagascar, ou en Amérique du Sud; tout ça avec l\u2019objectif de subvenir à leurs propres besoins dans le futur.Sous prétexte de mieux «mettre en valeur» les terroirs ainsi achetés, ce «recolonialisme» s\u2019accompagne sans vergogne d\u2019un préjugé dépassé: les nouveaux possédants affichent ouvertement leur certitude d\u2019être capables de faire fructifier les terres.Beaucoup mieux, par exemple, que les paysans africains, dont on présume que la productivité est basse.Avec de gros moyens, il est en effet plus facile d\u2019améliorer cette productivité que l\u2019on raille chez les paysans, mais ce ne sera jamais au profit des consommateurs locaux.Ce n\u2019est en tout cas pas ainsi que l\u2019on résoudra le problème de la faim.On a pourtant presque l\u2019impression que vous admirez les patrons des grands organismes, en louant leur «intelligence».Comment être vraiment «intelligent» lorsqu\u2019on affame la planète?Ces personnes sont intellectuellement très performantes, parfois cultivées, bien éduquées, et certaines sont même capables de compassion vis-à-vis des affamés\u2026 lorsqu\u2019ils en aperçoivent à travers les fenêtres de leurs hôtels de luxe.Malheureusement, ils sont, d\u2019une façon idéolo - gique ou dogmatique, aveuglés par leur préjugé ultralibéral, ce qui leur masque la réalité, comme c\u2019était le cas avec les «staliniens».Je trouve par exemple assez cocasse que Pascal Lamy, le patron de l\u2019OMC, rétorque sans état d\u2019âme à une journaliste qui l\u2019accuse «d\u2019enfoncer les plus pauvres»: «Un accord, au moment où il est signé, reflète toujours les rapports de force.» D\u2019autre part, il faut savoir que les grands patrons des organisations internationales ont à leur solde de nombreux avocats chasseurs de diffamation.Si bien que, dans un livre, on ne peut pas parler d\u2019eux à la légère.Les avocats de mon éditeur ont relu soigneusement le manuscrit avant publication.Dans un pareil contexte de méfiance juridique, il n\u2019est pas mauvais de se prémunir, en écrivant que ces puissants personnages ont de nombreuses qualités, dont leur incontestable intelligence.Même si celle-ci ne leur sert finalement qu\u2019à affamer la planète\u2026 Notamment quand ils exigent des pays endettés la suppression des services publics, pour ne se consacrer qu\u2019au remboursement de la dette.Oui, dans les pays que le FMI a décidé de «reprendre en main», on n\u2019accorde des moratoires de remboursement qu\u2019à la condition que leurs gouvernements signent un plan joliment qualifié d\u2019«ajustement structurel».Il faut supprimer toute subvention aux aliments de base, toute aide aux familles nécessiteuses.Il faut réduire les dépenses d\u2019éducation et de santé.Y compris \u2013 c\u2019est un paradoxe de plus \u2013 les dépenses de santé animale.Ainsi, par exemple, au Niger, le FMI a exigé la suppression de l\u2019Office national vétérinaire.On en a aussitôt vu le résultat: incapables de payer les vaccins, vitamines et antiparasites, des dizaines de milliers de familles d\u2019éleveurs ont perdu leurs troupeaux et, dépourvues de tout outil de travail, se sont agglutinées dans les bidonvilles de Cotonou, Dakar, Lomé ou Abidjan.Les progrès techniques, une agronomie plus performante, des variétés plus productives, les OGM, etc., peuvent-ils améliorer les choses?Non, car toute amélioration des plantes, des techniques agronomiques, des rendements, de la lutte contre les parasites ou les mauvaises herbes, tout cela est désormais synonyme de dépôt de brevet.Et alors, le paysan désargenté du tiers-monde doit passer à la caisse tous les ans pour racheter de nouvelles semences, se procurer les engrais et les produits phytosanitaires qui s\u2019imposent.Comment pourrait-il s\u2019en sortir?C\u2019est pourquoi je pense que la vraie solution ne passe pas par le développement de techniques sophistiquées.La faim peut \u2013 et doit ! \u2013 être vaincue avec peu de moyens financiers.Elle a été artificiellement \u2013 et presque délibérément \u2013 fabriquée de main d\u2019homme.Elle doit être résolue de main d\u2019homme.Un exemple, le Niger.Dans ce pays d\u2019Afrique de 12 millions d\u2019habitants, traversé à l\u2019ouest par fleuve Niger, sévissent la faim et la malnutrition.Or, des études ont démontré que, en irrigant les terres avec l\u2019eau puisée dans le fleuve \u2013 grâce à des systèmes rudimentaires ne reposant sur aucun brevet \u2013 , on pour rait aménager 450 000 hectares de bonnes terres agricoles.Le pays serait débarrassé une fois pour toutes des risques de famine.Cela coûterait 524 millions d\u2019euros.Eh bien le Niger, deuxième producteur mondial d\u2019uranium, ne trouve pas le moindre sou pour financer un investissement aussi vital; la société Areva impose, sur l\u2019uranium, un contrat d\u2019exploitation véritablement scandaleux.J\u2019en conclus qu\u2019un système «économique» conduisant à de pareilles aberrations ne va plus pouvoir être supporté bien longtemps.QS Propos recueillis par Fabien Gruhier L\u2019entrevue \u201c \u201d La faim peut être vaincue avec peu de moyens financiers.Elle a été artificiellement \u2013 presque délibérément \u2013 fabriquée de main d\u2019homme.Elle doit être résolue de main d\u2019homme. \u201d 02 &$$% /,% 2 &%% $ %+* )!\"- * ',\"* 1$\"**\"&%*+1#1-\"*1 * $\"%,+ **,) .*\" # ( Oscar Peterson avait de quoi se réjouir, ce jour-là.Les Montréa- lais étaient venus en grand nombre pour l\u2019écou ter jouer du piano à l\u2019occasion d\u2019un concert gratuit, comme le montre cette magnifique photo en noir et blanc.L\u2019image du célèbre jazzman n\u2019a pas été immortalisée à l\u2019occasion d\u2019une édition du Festival de jazz de Montréal, mais lors de l\u2019inauguration de la Place Ville Marie, en 1962.Les spectateurs semblent un peu plus sages que ceux que l\u2019on croise aujourd\u2019hui sur la Place des festivals, mais ils sont fiers.Car on vient d\u2019ériger dans leur ville le plus imposant gratte-ciel du Commonwealth, haut de 45 étages.Avec cet immense complexe immobilier à l\u2019architec ture d\u2019avant- garde, Montréal fait son entrée parmi les grandes capitales du monde.Paris, avec sa tour Eiffel, et New York, avec son Rockefeller Center, n\u2019ont qu\u2019à bien se tenir.Au début des années 1960, Montréal voit grand! La grande dame souffle ses 50 bougies 38 Québec Science | Mars 2012 Il fallait de la vision et du savoir-faire pour construire le plus haut gratte-ciel du Commonwealth, il y a 50 ans.Un peu de folie aussi.Par Dominique Forget QUAND MONTRÉAL B I L L Y G E O R G E T T E Septem 50 ANS VOULAIT L TOUCHER cette année, mais son histoire remonte à plus loin.À une époque on l\u2019on rêvait de sortir Montréal du trou.Littéralement.Depuis le début des années 1920, une gigantesque fosse défigurait le centre de la métropole.Au fond, il y avait des trains.C\u2019est qu\u2019au cours des années 1910, on avait creusé un tunnel sous le mont Royal pour y faire circuler le trafic ferroviaire en provenance du nord de la ville.Le passage souterrain se prolongeait sous une partie de la ville bâtie, mais une tranchée ouverte, de 15 m de profondeur, sillonnée par des rails, s\u2019étirait au sud de la rue Cathcart, dans le prolongement de l\u2019avenue McGill College.Elle s\u2019allongeait jusqu\u2019à l\u2019endroit où se trouve aujourd\u2019hui la gare Centrale.La Canadian National Railways, qu\u2019on appelait à l\u2019époque le CNR et aujourd\u2019hui le CN, honorable propriétaire du «trou», a rêvé pendant des années de projets immobiliers d\u2019éclat qui pourraient venir le combler.«C\u2019était la période où les compagnies de chemin de fer construisaient d\u2019immenses complexes à proximité de leurs infrastructures : des gares, de grands hôtels, des tours de bureaux», rappelle Gérard Beaudet, professeur à l\u2019Institut d\u2019urbanisme de l\u2019Université de Montréal et grand amoureux de la Place Ville Marie.La crise de 1929 a eu l\u2019effet d\u2019une douche froide sur les ambitions du CNR.La gare Centrale, qu\u2019on rêvait grandiose, à l\u2019image de la Grand Central Station de New York, a pris des allures beaucoup plus modestes lorsqu\u2019on l\u2019a finalement construite, dans les années 1940.Le trou, lui, restait béant.Il a fallu attendre l\u2019arrivée d\u2019un certain Donald Gordon à la tête de la compagnie de chemin de fer pour trouver une solution.Cet Écossais d\u2019origine a confié à l\u2019architecte en chef du CNR la réalisation de l\u2019hôtel Queen Elizabeth, qu\u2019on a commencé à construire en 1954 et inauguré en 1958, mais il a dû se rendre jusqu\u2019à New York pour trouver un promoteur immobilier assez fou pour s\u2019attaquer à la portion de la tranchée qui bayait au nord de la rue Dorchester (depuis rebaptisée boulevard René-Lévesque).C\u2019est que la béance était immense.Mars 2012 | Québec Science 39 P H O T O S : P L A C E V I L L E M A R I E tembre 1961 LE CIEL illiam Zeckendorf, un homme d\u2019affaires juif bien connu à New York, était encore plus fou que Donald Gordon l\u2019avait espéré.Non seulement accepte-t-il d\u2019ériger un complexe immobilier d\u2019envergure au-dessus des rails, il insiste pour le développer sur trois quadrilatères, l\u2019équivalent du terrain qui s\u2019étend aujourd\u2019hui entre les rues Mansfield, à l\u2019ouest, et University, à l\u2019est, entre Cathcart, au nord, et René-Lévesque, au sud.Un espace de 7 acres (28 000 m2)! Le CNR n\u2019est même pas propriétaire de tout le terrain, et certains résidants devront être expropriés.Qu\u2019à cela ne tienne ! Donald Gordon donne son accord, à deux conditions : Zeckendorf devra financer le projet et il devra investir au minimum 250 000 $ pour la seule conception et le design du complexe.L\u2019homme d\u2019affaires fait appel à ses collaborateurs de l\u2019heure, le duo d\u2019architectes formé par Ieoh Ming Pei (à qui l\u2019on doit la pyramide du Louvre, à Paris) et Henry N.Cobb.C\u2019est ce dernier qui prend finalement les rênes de la conception de la Place Ville Marie.«À l\u2019époque, Pei était très occupé à voyager partout aux États-Unis avec Zecken- dorf, pour concevoir les villes de demain», raconte M.Cobb qui, à 85 ans, est toujours actif au sein de la firme new-yorkaise Pei Cobb Freed & Partners.William Zeckendorf avait le sens du spectacle, se souvient l\u2019architecte : «Il a été l\u2019un des premiers New-Yorkais à avoir un téléphone dans sa voiture et l\u2019un des premiers également à avoir son avion privé.» C\u2019est justement à bord de cet avion, en route vers Montréal, que le jeune architecte montre ses premiers plans, illustrant deux tours modestes, au grand patron.Sa réaction : «Don\u2019t make melee out of a great diamond!» (Ne fais pas de la grenaille avec un diamant pur!).«Il a trouvé le projet trop timide, résume M.Cobb.Il m\u2019a poussé à voir plus grand.» Le promoteur immobilier a alors donné deux consignes à son architecte.D\u2019une part, il voulait un immeuble spectaculaire, d\u2019au moins 2 700 m2 par étage.D\u2019autre part, il voulait offrir à plusieurs locataires la possibilité d\u2019afficher leur image corporative au rez-de-chaussée.«C\u2019est à ce moment que l\u2019idée de la tour cruciforme a germé, se souvient M.Cobb.Ce design permettait de créer quatre halls d\u2019entrée séparés, pour quatre grands locataires.En plus, on pouvait doubler le nombre de bureaux de coin, très recherchés.» Contrairement à la croyance populaire, la forme en croix de l\u2019édifice n\u2019a donc rien à voir avec les racines catholiques du Québec.«L\u2019architecte français Le Corbusier avait déjà imaginé des tours cruciformes alors qu\u2019il concevait des projets urbains utopiques, dans les années 1920, raconte France Vanlaethem, professeure à l\u2019École de design de l\u2019UQAM.Cependant, aucune n\u2019avait été construite.» En fait, une seule tour cruciforme, le Gateway Center, dans la ville de Pittsburgh, avait fait ses preuves.Les marteaux piqueurs ont retenti à Montréal W Le promoteur William Zeckendorf, à gauche, et le président du CN Gordon Brown dévoilent la maquette de la future Place Ville Marie aux représentants des médias, en octobre 1956.P H O T O S : P L A C E V I L L E M A R I E le 28 octobre 1958.À ce moment, William Zeckendorf n\u2019avait toujours pas réussi à convaincre un seul locataire de venir s\u2019installer dans sa tour.«Il n\u2019avait pas froid aux yeux, raconte Henry N.Cobb.À la limite, c\u2019était du délire.» Cobb n\u2019était pas le seul à être impressionné par l\u2019ambition de l\u2019homme d\u2019affaires new-yorkais.Roger Nicolet, ingénieur né à Bruxelles qui a fait toute sa carrière au Québec, exultait : «Je n\u2019ai jamais eu un contrat aussi important», ra- conte-t-il.De son bureau de l\u2019avenue McGill College, la vue sur la Place Ville Marie est spectaculaire.L\u2019ingénieur de 80 ans dirige aujour - d\u2019hui la firme NCK.À l\u2019époque de la cons truction de la Place Ville Marie, il n\u2019avait pas 30 ans.«C\u2019était mon premier grand chantier», dit-il.Et quel chantier! «Il fallait construire la tour sur le chemin de fer, sans stopper les trains et, donc, sans déplacer les rails», se souvient l\u2019ingénieur.Les concepteurs n\u2019ont eu d\u2019autre choix que de placer les colonnes de soutien entre les rails et sur les quais de gare, obligés de composer, bien malgré eux, avec des colonnes distancées de 25 pieds et 1 pouce (environ 7,65 m).«Entre chaque colonne portante, sur le pourtour de l\u2019édifice, il y a cinq fenêtres, indique Roger Ni- colet à partir de son bureau.Les meneaux sont donc à une distance de 5 pieds et 1/5 de pouce (1,53 m).Ce n\u2019est pas du tout standard.On a dû faire avec.» Le design d\u2019Henry N.Cobb a aussi donné du fil à retordre aux ingénieurs.Comme il s\u2019agit d\u2019une tour cruciforme, toutes les cages d\u2019ascenseur sont au centre.Or, ces cages forment le noyau de l\u2019édifice, essentiel à la stabilité horizontale de la tour.Les charges sont transmises par les dalles des planchers jusqu\u2019aux murs de ce noyau central qui doit résister à toute déformation.«Quand le vent frappe sur une aile de la tour cruciforme, comme de l\u2019eau qui frappe sur la pale d\u2019un moulin, ça induit des charges de torsion, poursuit Roger Nicolet.Il nous fallait un noyau fort pour résister à ça.» Étant donné la complexité de la structure, l\u2019équipe d\u2019ingénierie a dû faire appel à une machine un peu étrange pour l\u2019aider dans ses calculs : un ordinateur.«À la fin des années 1950, il n\u2019y en avait pas d\u2019assez puissant à Montréal pour faire ce genre de travail.En plus, les ordinateurs ne répondaient pas à des commandes entrées sur un clavier, mais opéraient grâce à des cartes perforées.Nos équipes devaient se rendre à Washington avec d\u2019épaisses piles de cartes qui permettaient de modéliser la structure et de simuler les charges, raconte M.Nicolet.L\u2019ordinateur calculait les dimensions du noyau .» La conception des plans allait bon train, mais William Zeckendorf n\u2019avait toujours pas trouvé de locataires pour son immeuble de prestige.Henry N.Cobb se souvient d\u2019un dîner donné à l\u2019hôtel Ritz-Carlton de Montréal où le promoteur avait invité une quinzaine d\u2019hommes d\u2019affaires bien en vue dans la métropole.«À chacun, il a posé la même question : combien de pieds carrés d\u2019espace commercial Montréal pourrait-elle absorber au cours des cinq années Mars 2012 | Québec Science 41 Leçon apprise La Place Ville Marie a été baptisée d\u2019un nom français en référence au premier nom de la ville de Montréal.Donald Gordon, président du CNR, s\u2019était rappelé qu\u2019il avait déclenché un tollé chez les Montréalais francophones lorsqu\u2019il avait annoncé que son hôtel, inauguré en 1958, s\u2019appellerait le Queen Elizabeth.L\u2019architecte Henry N.Cobb présente son concept initial au promoteur, William Zeckendorf, à bord de l\u2019avion privé de ce dernier, un DC-3, en route vers Montréal, au printemps 1956.La Place Ville Marie devait couvrir l\u2019immense béance qui s\u2019étirait entre les rues Cathcart et Dorchester (aujourd\u2019hui René-Lévesque), au fond de laquelle circulaient les trains.Le chantier s\u2019est mis en branle le 28 octobre 1958 et au plus fort de la construction, on érigeait un nouvel étage par semaine.C H A R L O T T E B R O O K S / L O O K M A G A Z I N E C O L L E C T I O N / L I B R A R Y O F C O N G R E S S à venir?Le chiffre maximum qu\u2019il a obtenu était 700 000, mais 250 000 semblait plus réaliste.Puis Zeckendorf a annoncé qu\u2019il allait en offrir 1,5 million!» C\u2019est là que James Muir, président de la Banque Royale du Canada, s\u2019engage à occuper 20% de l\u2019édifice, selon les conditions d\u2019un bail emphytéotique de 99 ans, au terme duquel la Banque deviendra propriétaire de ses étages, soit en 2061.«Les banques étaient tellement enracinées dans le Vieux-Montréal à cette époque qu\u2019on n\u2019aurait jamais imaginé que l\u2019une d\u2019elles soit attirée par la Place Ville Marie», signale Gérard Beaudet.M.Muir avait une toute petite exigence de rien du tout\u2026 qui allait forcer Henry N.Cobb à revoir tous ses plans.Il voulait que ses clients soient accueillis dans un hall grandiose, où ils pourraient brasser des affaires.Bref, il fallait offrir plus d\u2019espace au rez-de-chaussée.«C\u2019est pour répondre à cette exigence que nous avons intégré les quatre quadrants, ces grands blocs installés de part et d\u2019autre des ailes», raconte M.Cobb.Selon les plans d\u2019origine, la tour cru- ciforme devait être plus élancée et sembler reposer sur des pilotis.Un autre locataire de prestige ne tarde pas à se manifester.La multinationale de l\u2019aluminium d\u2019alors Alcan est preneuse, pour huit étages.En échange, William Zeckendorf s\u2019engage à recouvrir la tour d\u2019aluminium.«Il avait dit à Na- thanael V.Davis, le président d\u2019Alcan, que s\u2019il n\u2019embarquait pas, il allait la couvrir de bronze», raconte Henry N.Cobb, en riant.Au total, ce sont 2 000 tonnes d\u2019aluminium transformé au Québec qui ont servi à construire le mur rideau qui recouvre encore aujourd\u2019hui la tour cruci- forme.«Le choix s\u2019est avéré judicieux, estime Caroline Dubuc, commissaire au design à la Ville de Montréal.L\u2019aluminium ne se corrode pas et la tour a gardé un aspect résolument moderne grâce à son revêtement.» D\u2019autres entreprises allaient suivre dans le sillage de la Banque Royale et d\u2019Alcan, amorçant le transfert du centre des affaires du Vieux- Montréal vers le centre-ville actuel.\u2019érection de la tour de la Place Ville Marie a duré près de quatre ans.Au plus fort de la construction, on élevait un nouvel étage chaque semaine.On estime que 49 000 tonnes d\u2019acier ont été nécessaires, ainsi que plus d\u2019un million de boulons, 261 km de tuyauterie (la distance entre Montréal et Québec) et 1 150 km de conducteurs électriques.Les choses se sont corsées vers la fin du projet, quand Roger Nicolet a entendu une rumeur selon laquelle la Tour CIBC, en construction à la même époque au coin des rues Dorchester et Peel, serait plus haute que la tour de Zeckendorf.Quel outrage! «Il nous a fait ajouter un pavillon de trois étages, où logeraient un restaurant et au sommet un observatoire», raconte Henry N.Cobb.Cet ajout portait la hauteur de la tour à 617 pieds, soit 737 pieds (environ 225 m) au-dessus du niveau du fleuve 42 Québec Science | Mars 2012 La tour des chiffres ?10 000 personnes y travaillent.?Le complexe compte 52 ascenseurs, dont 32 qui desservent la tour (les autres desservent les bâtiments secondaires.Ceux qui se rendent jusqu\u2019au sommet peuvent parcourir tous les étages en 35 secondes.?Il faut gravir 1 013 marches pour arriver au sommet de la tour.Le record de vitesse est détenu par un pompier de la Ville de Montréal qui les a gravies en 8 minutes 11 secondes.?L\u2019ensemble des bâtiments compte 13 054 fenêtres.Il faut en moyenne 60 jours à deux hommes pour les laver.?Le complexe est alimenté par trois entrées électriques, en provenance de deux barrages d\u2019Hydro-Québec.En cas de bris mécanique de l\u2019un des barrages, l\u2019autre prend la relève.Le complexe est aussi pourvu de deux généra trices de 1 560 kW et d\u2019une de 800 kW, ainsi que de réservoirs contenant plus de 65 000 litres de diesel pour les alimenter en cas de panne.?Tous les bâtiments sont chauffés grâce à de la vapeur générée dans les immenses chaudières de CCUM \u2014 Climatisation & Chauffage Urbain de Montréal \u2013, en bordure de l\u2019autoroute Bonaventure, puis acheminée par conduites souter - raines jusqu\u2019à la Place Ville Marie.?Le débit d\u2019eau et la hauteur du jet de la fontaine, sur la grande place, sont ajustés selon la force du vent, pour ne pas éclabousser les passants.?L\u2019arbre de Noël, monté en novembre face à la rue McGill College, mesure 19,2 m de hauteur, 7,9 m de diamètre à sa base, pèse 2 045 kg et contient 13 000 ampoules de type DEL.S T É P H A N P O U L I N L Saint-Laurent, d\u2019où le nom du restaurant et du club Altitude 737, qui surplombent aujourd\u2019hui la ville.«Les gens pensent parfois que c\u2019est en l\u2019honneur du Boeing 737, me dit Richard Franc, responsable des systèmes de ventilation, de climatisation et de chauffage du bâtiment.Mais ce modèle d\u2019avion a été construit bien après la Place Ville Marie.» La tour est finalement inaugurée le 13 septembre 1962.Les autres bâtiments suivent plus tard en 1962, en 1965 et en 1966.Car la Place Ville Marie, ce n\u2019est pas seulement une tour, mais un complexe de quatre bâtiments, répartis autour d\u2019une grande place que les concepteurs auraient aimé voir devenir un lieu de rassemblement pour les Montréalais.À part quel ques exceptions, dont un bain de foule organisé par Pierre Elliot Trudeau en pleine «trudeaumanie», la place n\u2019a jamais connu l\u2019af fluence qu\u2019on avait entrevue pour elle.Il faut dire qu\u2019elle est au centre d\u2019un microclimat: de forts vents y soufflent en tout temps.Au fil des années, elle a subi diverses modifications, au grand dam de Henry N.Cobb.Quatre immenses escaliers qui donnaient accès à des placettes, plus bas, et à la galerie marchande souterraine, ont été remplacés par des verrières, trop massives au goût du concepteur.On a planté un peu de gazon.Et un restaurant y a aménagé une terrasse clôturée.«On a grugé la place peu à peu», se désole M.Cobb.Réaction classique d\u2019un architecte qui déplore que son projet n\u2019ait pas été compris dans toute sa grandeur, croit Gérard Beaudet.«Le vrai problème, à mon avis, c\u2019est que la place est en surplomb par rapport à la rue Cathcart.On ne la voit pas de la rue Sainte-Catherine.Les places publiques qui ne sont pas au niveau de la rue, ça ne marche jamais.» À l\u2019époque, les architectes et les urbanistes rêvaient de relever la pente de l\u2019avenue McGill College, de façon à ce que la place soit au même niveau que la rue Sainte-Catherine.Des esquisses ont été dessinées, mais des commerçants qui avaient pignon sur rue se sont opposés au projet.William Zeckendorf avait fait assez de folies! QS Mars 2012 | Québec Science 43 Pour qui tourne le gyrophare?Non, le gyrophare de la Place Ville Marie ne sert pas à diriger les avions vers l\u2019aéroport Pierre-Elliott- Trudeau.Il appartient à la Banque Royale du Canada, principal locataire de la tour cruciforme.Autrefois au sommet de l\u2019édifice qu\u2019elle occupait rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal, la Banque l\u2019a apporté dans ses bagages lors du déménagement.Le gyrophare est équipé de quatre ampoules de 2 500 watts qui s\u2019allument automatiquement à la tombée du jour et qui s\u2019éteignent à 1 h du matin.Les lumières peuvent être vues à 58 km à la ronde par temps clair.Censé symboliser le prestige d\u2019une banque, il est un peu devenu l\u2019emblème de la ville.S T É P H A N P O U L I N S T É P H A N P O U L I N Les concepteurs voulaient un hall grandiose.Effet réussi! 44 Québec Science | Mars 2012 CONCOURS SCIENTIFIQUE INTERCOLLÉGIAL sot.cdsp.qc.ca Mechant moineau 20e éd t on Deux voyages à la Baie-James Un voyage en France Des milliers de dollars en argent et en bourses d\u2019études Des pr x renversants ! FINALE NATIONALE 5 MAI 2012 Cégep de Saint-Jérôme 1 an : 35 $ + taxes (26% de réduction) 2 ans: 63 $ + taxes (34% de réduction) 3 ans: 86 $ + taxes (40% de réduction) Profitez d'une réduction pouvant aller jusqu'à 40% sur le prix en kiosque Abonnez-vous à Québec Science www.velo.qc.ca 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 Procurez-vous également les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions Milan, lorsque la municipalité a voulu planter 500 000 ginkgo bi- loba, cela semblait une solution idéale pour assainir l\u2019air.Pourtant, les spécialistes de la santé publique se sont montrés sceptiques.Pourquoi?Parce que, lorsque l\u2019on plante ces arbres en ville, ce sont habituellement des mâles qui sont privilégiés.En effet, les arbres femelles ont la fâcheuse habitude de faire des fruits qui finissent par tomber et pourrir.Malheureusement, les arbres mâles, eux, présentent un désavantage : ils produisent du pollen.Plus ils sont nombreux, plus le taux d\u2019allergies augmente.En matière d\u2019architecture ou d\u2019urbanisme, il se trouve que toute initiative semble engendrer de nou veaux problèmes.C\u2019est ce qui a inspiré les conservateurs du Centre canadien d\u2019architecture (CCA) qui proposent l\u2019exposition En imparfaite santé.«La santé est un enjeu majeur, affirme le directeur associé des programmes au CCA, Fabrizio Gallanti.Et l\u2019architec ture est une activité de bien public liée à la vie contemporaine; à la santé, notamment.Mais les architectes ne peuvent tout régler seuls et les effets de leurs actions peuvent être à double tranchant: la résolution d\u2019un problème en crée parfois un autre.» Ainsi, en visitant l\u2019exposition, on apprend que, en voulant agir sur la problématique de l\u2019obésité, des architectes ont imaginé un immeuble favorisant la circulation des piétons.En y entrant, plutôt que de trouver rapidement les portes d\u2019ascenseur, les visiteurs arrivent face à un immense escalier.Les couloirs donnent envie de s\u2019y promener et l\u2019ascenseur ne s\u2019arrête qu\u2019à quel ques étages stratégiques.«Mais, qu\u2019ad- vient-il alors des personnes âgées?» Pour le savoir, on a imaginé AGNES.Un vêtement mis au point par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui aide à comprendre les difficultés vécues par les personnes âgées.AGNES fait courber le dos à la personne qui le porte et inhibe ses mouvements par des attaches et sangles élastiques, reproduisant les tensions musculaires et la rigidité des jointures.En mettant l\u2019utilisateur au centre de ses préoccupations, l\u2019architecte peut créer tout un bâtiment en se basant sur la compréhension d\u2019une pathologie.C\u2019est ce que propose le Orchard Respite Centre, en Irlande, un environnement développé pour les personnes atteintes d\u2019alzheimer.Couloirs et culs-de-sac sont évités, pour ne pas déso - rienter ni faire paniquer les usagers.L\u2019orientation est facilitée par l\u2019emploi de couleurs, de matériaux, d\u2019éclairage et d\u2019odeurs, qui créent une expérience sensorielle.Si ces innovations sont des succès, les meilleures intentions ont parfois des con sé - quences insoupçonnées.Dans la con cep tion d\u2019un centre pour personnes âgées, des architectes avaient ainsi pensé à entourer l\u2019édifice de verdure, afin de procurer une vue agréable aux résidants, depuis leur fenêtre.Mais les médecins ont plutôt proposé que le stationnement constitue la vue principale.Ses couleurs et son va-et-vient sont beaucoup plus intéressants pour des personnes souffrant de dégénérescence cérébrale.Comme quoi.QS En imparfaite santé, Jusqu\u2019au 15 avril 2012, Centre canadien d\u2019architecture, Montréal.www.cca.qc.ca Suivez le guide Des villes en santé Par Viviane Desbiens Voyage géologique Expérimentez la séparation des continents et l\u2019ère glaciaire, traversez des champs de lave et assistez à l\u2019émergence des Appalaches au cours de cette aventure multimédia pour toute la famille où les sens sont saisis par le chaud, le froid, la lumière et le mouvement.Terra Mutantès, au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, jusqu\u2019au 1er mai 2020.www.naturesciences.qc.ca Derrière le système Il reste encore quelques épisodes pour découvrir la série Soins intensifs qui propose un regard «de l\u2019intérieur» sur les soins de santé.Médecins, infirmières, bénévoles et spécialistes sont présentés dans leur quotidien.En mars, la passion d\u2019une préposée aux bénéficiaires d\u2019un centre de soins longue durée, la pratique singulière d\u2019un médecin dans le Grand Nord, les soins à domicile par une auxiliaire familiale et l\u2019accompagnement des jeunes en santé mentale par une pédopsychiatre.Soins intensifs, à Télé- Québec.Les lundis à 21 h, les mardis à 13 h 30 et les dimanches à 15 h et à 23 h.telequebec.tv AUTRES RENDEZ-VOUS Mars 2012 | Québec Science 45 À Édouard François, architecte.«L\u2019immeuble qui pousse». 46 Québec Science | Mars 2012 Le sang du futur En a-t-on fini avec les pénuries et les problèmes d\u2019incompatibilité de types sanguins?Fabriquer du sang en laboratoire sera bientôt possible.Comment les chercheurs s\u2019y prennent-ils?Du pétrole québécois?Les géologues ont identifié de gigantesques gisements d\u2019hydrocarbures dans notre sous-sol.Faut-il sabler le champagne?Cet or noir sera-t-il exploitable?Quel sera le coût écologique d\u2019un baril de pétrole québécois?Gentille alouette Il y a 50 ans, le Canada se lançait dans la course à l\u2019espace, après l\u2019Union soviétique et les États-Unis.Sa contribution d\u2019alors?Un satellite civil nommé Alouette récoltant des informations sur l\u2019ionosphère, afin d\u2019améliorer la transmission des ondes radio.Il aura fonctionné près de 10 ans, et aura fait près de 50 000 fois le tour de la Terre.À LIRE BIENTÔT L\u2019héritage du Titanic Le 15 avril prochain, plus de 5 000 objets récupérés sur l\u2019épave du Titanic seront mis aux enchères à New York.Quelle histoire racontent-ils, 100 ans après le funeste naufrage?Rencontre avec le responsable de ce grand chantier archéologique. Aujourd\u2019hui le Par Joël Leblanc Mars 2012 | Québec Science 47 futur Le thermostat qui apprend Les thermostats électroniques, une fois programmés, permettent d\u2019économiser de l\u2019énergie en faisant baisser la température de nos résidences lorsqu\u2019on n\u2019y est pas.Mais il peut être difficile de programmer à l\u2019avance le niveau de confort qui nous convient, la température en degrés Celsius étant après tout une notion bien abstraite pour les capteurs de chaleur cachés dans notre peau.Nest, un thermostat «intelligent», est capable d\u2019apprendre.Pendant la première semaine, il suffit de l\u2019ajuster de temps à autre, comme un banal thermostat, pour garder le niveau de confort voulu.Après une semaine, Nest a tout compris; il sait à quelle heure vous revenez du travail, à quel moment vous allez vous coucher et l\u2019heure à laquelle vous vous levez\u2026 puis il se plie à cet horaire les semaines suivantes! À mesure que les saisons changent, il suffit d\u2019ajuster les températures manuellement à quelques reprises pour qu\u2019il retienne la modification.En cas de changement à vos habitudes, vous pouvez même modifier la température de la maison via Internet, depuis un ordinateur de bureau ou un téléphone intelligent.Et rentrer à la maison, bien au chaud pendant les longues soirées d\u2019hiver.www.nest.com/index.html Un vélo neuro-commandé Déjà, son cadre en fibre de carbone ultra profilé et ses allures futuristes le placent dans une classe à part.Mais ce qui rend le Prius X Parlee, ou PXP, encore plus avant-gardiste est invisible : il lit dans le cerveau de son pilote.Les changements de vitesse s\u2019effectuent au rythme de la pensée, grâce à un casque équipé d\u2019électrodes fixées sur le crâne du cycliste.Ces commandes sont ensuite relayées à un iPhone intégré dans le guidon qui applique instantanément la commande au dérailleur.Élaboré par le fabricant états-unien de vélos haut de gamme Parlee, ce prototype ne sera jamais commercialisé, mais le système de changement de vitesse neuro-commandé devrait se pointer dans le domaine de la compétition dès 2013.www.parleecycles.com/in-the-media/2011/8/10/prius-x-parlee.html De la boue électrique\u2026 Les bains de boue nous redonnent de l\u2019énergie, paraît-il.Mais la boue peut aussi fournir de l\u2019énergie électrique! La MudWatt, de KeegoTech, est un ensemble pédagogique amusant qui génère de l\u2019électricité grâce aux micro-organismes naturellement présents dans le sol.Une pile à combustible microbienne! Une anode en graphite est placée au fond d\u2019une petite jarre que l\u2019on remplit de terre, en s\u2019assurant de fournir des nutriments aux bactéries (n\u2019importe quel reste de table fera l\u2019affaire!).On termine le sandwich avec la cathode, en graphite elle aussi.En quelques jours, les bactéries prolifèrent dans la terre en consommant nutriments et oxygène, et fournissent des électrons à l\u2019anode.Ceux-ci circulent vers le couvercle par un fil, pour revenir à la cathode, allumant au passage une petite diode électroluminescente, témoin lumineux de la bonne santé des bactéries.www.keegotech.com 48 Québec Science | Mars 2012 A près l\u2019année mondiale de l\u2019astronomie, en 2009, et celle de la bio- diversité, en 2010, c\u2019était au tour de la chimie de prendre l\u2019affiche, en 2011.Cette discipline scientifique, malheureusement moins populaire dans les médias que les deux autres, est pourtant celle qui a le plus d\u2019impact sur nos sociétés contemporaines.Même à l\u2019échelle individuelle, la chimie règne en maîtresse absolue puis - que, en fin de compte, la biologie n\u2019est qu\u2019une suite de réactions chimiques! L\u2019hégémonie de cette science dans nos vies dépend en grande partie des propriétés de la centaine d\u2019éléments énumérés dans le fameux tableau périodique, tableau que nous avons tous croisé un jour ou l\u2019autre dans un cours de chimie.Pour moi, il est comme un vieil ami que je consulte à l\u2019occasion alors que, pour beaucoup d\u2019autres, il n\u2019est qu\u2019un souvenir vague, peut-être même désagréable.Pourtant, le tableau périodique renferme beaucoup plus qu\u2019une simple liste de numéros atomiques, de masses, de densités ou de points de fusion des substances simples.Derrière la découverte des éléments et de leurs propriétés se cachent souvent des histoires passionnantes où se mêlent politique, guerre, argent, ambition, gloire et, parfois, bêtise.Ce sont ces petites et, à l\u2019occasion, grandes histoires, que Sam Kean, un journaliste scientifique, nous propose dans son premier livre, paru en anglais sous le titre The Disappearing Spoon.D\u2019entrée de jeu, l\u2019auteur décrit sa fascination d\u2019enfant pour le mercure, un métal qui demeure liquide à la température ambiante.Chacun des chapitres subséquents s\u2019ouvre sur une liste de quelques éléments du tableau périodique, regroupés autour d\u2019un thème commun : les éléments en temps de guerre, les éléments et la santé, ou les éléments comme monnaie d\u2019échange.On y suit les destins, souvent croisés, d\u2019hommes et de femmes, avec comme trame de fond la découverte, l\u2019étude ou l\u2019impact des éléments chimiques.Les rôles principaux sont bien connus.Il y a d\u2019abord Dmitri Mendeleïev, à l\u2019origine du tableau périodique.Il y a bien sûr Pierre et Marie Curie, dont les travaux ont mené à la découverte de nouveaux éléments radioactifs.Et il y en d\u2019autres, plus obscurs, comme Glenn T.Seaborg, un chercheur de Berkeley impliqué, au plus fort de la guerre froide, dans une course entre Soviétiques et Américains pour la création de nouveaux éléments.Le livre est émaillé d\u2019évocations étonnantes, comme celle de Stan Jones, candidat libertarien au sénat des États- Unis, au début des années 2000, mieux connu sous le sobriquet d\u2019«homme à la peau bleue», laquelle lui était venue à la suite de l\u2019ingestion d\u2019une solution à base d\u2019argent pur.Évidemment, comme dans tout bon film hollywoodien qui se respecte, il y a des bons et des méchants.Ainsi, on découvre quelle astuce chimique le chercheur d\u2019origine juive George de Hevesy a utilisée pour sauver les médailles Nobel de ses collègues d\u2019une rafle des Nazis.Kean décrit aussi la fourberie du dictateur portugais Antonio Salazar qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, vendait le tungstène nécessaire à la fabrication des obus à tête pénétrante aux deux camps.Le style et le ton du livre ont cependant les défauts de leurs qualités.Kean butine Lu Guerres et paix chez les atomes L\u2019astrophysicien Robert Lamontagne s\u2019est amusé à revoir le tableau périodique à la lumière de ce récit ludique.pour vous La science est un roman Ils sont peu nombreux, aujourd\u2019hui, à défendre ce point de vue : science et littérature, loin de s\u2019opposer, sont des champs de la connaissance qui se complètent, s\u2019interpénètrent et se répondent en écho par leur contenu et les thématiques qu\u2019ils explorent.Plus sûrement, ces disciplines sont cousines par cette «manière d\u2019être qui implique scepticisme, lucidité et esprit critique», comme l\u2019écrit Jean-François Chassay dans ce petit essai qui s\u2019attache à en faire la démonstration.De Ray Bradbury à Albert Camus, de Don de Lillo à James Joyce, de la science-fiction aux romans d\u2019apprentissage, ce professeur de littérature et romancier, féru de science, revisite le corpus mondial et démontre comment l\u2019esprit et le contexte scientifiques, ainsi que les débats qui l\u2019entourent, peuvent influencer la plume des écrivains.P.M.La littérature à l\u2019éprouvette, Jean-François Chassay, Éditions du Boréal, 135 p.Quand le temps était long\u2026 Notre chroniqueur, l\u2019anthropologue Serge Bouchard, n\u2019a pas son pareil pour raconter l\u2019histoire des régions, des forêts, des hivers, des routes et des Amérindiens.Il sait même faire parler le castor, le loup ou l\u2019ours.Dans ce nouveau recueil de textes, dont plusieurs ont été écrits au fil des ans, il parle de lui, de son enfance, de ses enfants et petits-enfants, de sa mère attendant la mort qui semble l\u2019avoir oubliée.Il évoque aussi, dans un texte particulièrement touchant, la maladie de sa femme qui a défié les pronostics des médecins avant de succomber.Il y a de la nostalgie dans ce regard porté sur toutes ces choses qui ne sont plus \u2013 la télévision en noir et blanc, les étés à faire du vélo, les hivers à pelleter \u2013, ce temps où «la vie était plate à mourir», mais où, justement, on avait le temps.Dans l\u2019épilogue, Serge rend un hommage poignant à son ami Bernard Arcand qui cosignait avec lui une chronique dans Québec Science.Un grand bonhomme qui nous manque.P.M.C\u2019était au temps des mammouths laineux, Serge Bouchard, Éditions du Boréal, 231 p. d\u2019un sujet à l\u2019autre et on ressort parfois essoufflé de la lecture d\u2019un chapitre.Les biographies sont écourtées ou, pis, pas suffisamment nuancées.L\u2019auteur escamote aussi des explications que l\u2019on aurait voulues plus complètes.Ainsi, on en apprend un peu sur l\u2019origine et la nature des éléments, leurs liens avec le cosmos, les composés qu\u2019ils forment ou pourquoi certains réagissent plus que d\u2019autres.Mais on comprend difficilement les liens qui existent entre leurs propriétés et la structure du tableau périodique.Que les puristes oublient les orbitales «s», «p» ou encore «d», car les explications de l\u2019auteur sur la structure atomique ne sont pas suffisamment claires.Probablement qu\u2019un ou deux schémas auraient permis d\u2019éclairer ces concepts.Le livre de Sam Kean n\u2019est pas un ouvrage savant.Il s\u2019adresse à un public néophyte, mais les nombreuses anecdotes, souvent surprenantes, compensent amplement pour les quelques lacunes.QS Robert Lamontagne est astrophysicien à l\u2019Université de Montréal et directeur exécutif de l\u2019observatoire du Mont- Mégantic (OMM).Il s\u2019intéresse à l\u2019astrobiologie, dont l\u2019objectif est de comprendre l\u2019origine et l\u2019évolution de la vie dans l\u2019Univers.Ses travaux de recherche les plus récents portent sur la caractérisation des planètes extrasolaires qui pourraient abriter la vie, en prenant la Terre comme modèle.Mars 2012 | Québec Science 49 Guerres et paix chez les atomes, Sam Kean, JC Lattès, 2011, 440 p.Surprenants insectes Près d\u2019un million d\u2019espèces sont connues, mais il en resterait cinq à six autres millions à découvrir.Ce sont les insectes, présents depuis bien plus longtemps que nous sur Terre.Ce livre du premier directeur de l\u2019Insectarium de Montréal répond à de nombreuses questions sur ces petites bestioles à six pattes.Pourquoi les libellules forment-elles un cœur lorsqu\u2019elles s\u2019accouplent?Comment le papillon monarque fait-il pour parcourir 4 000 km?Pourquoi la cigale passe-t-elle une quinzaine d\u2019années dans le sol?Comment la mouche fait- elle pour marcher au plafond?Et surtout, à quoi servent la sauterelle, la coccinelle, la fourmi et toutes ces «bibittes» qui nous accompagnent depuis si longtemps?V.D.Le monde fascinant des insectes, Jean-Pierre Bourassa, Éditions MultiMondes, 421 p.UN AUTEUR, UN LIVRE Faire connaître les ouvrages des chercheurs universitaires du Québec dans le domaine des sciences humaines, voilà le mandat de la série Les publications universitaires diffusée par Canal Savoir et retransmise intégralement via Internet.D\u2019emblée, sur la page du site, le ton est donné: «La règle est simple, de bons livres et de bons invités.» Au cours de 12 rencontres passionnantes, l\u2019animateur Guillaume Lamy s\u2019entretient une heure avec son invité, en respectant «des normes strictes anti-télévisuelles».En d\u2019autres termes, pas de publicité, pas de superflu; de la nuance et de la profondeur.De la politique à la sociologie, en passant par l\u2019histoire et l\u2019économie, des chercheurs rattachés à diverses universités du pays, dont McGill, l\u2019UQAM, l\u2019Université d\u2019Ottawa, ou encore HEC, abordent des sujets aussi variés que le terrorisme, le travail des femmes, le conservatisme québécois ou l\u2019anti- féminisme de Marc Lépine.On peut y entendre des sommités dans leur domaine comme Yvan Lamonde, Daniel Weinstock ou Normand Baillargeon.Malgré une facture peut-être un peu académique, loin du rythme auquel nous sommes aujourd\u2019hui habitués, ces entretiens offrent un éclairage pertinent sur les événements qui façonnent et marquent la société québécoise.Ils donnent envie d\u2019en apprendre davantage en se plongeant dans les livres universitaires souvent perçus à tort comme inaccessibles.www.publications-universitaires.qc.ca/ 7 MILLIARDS D\u2019HUMAINS Fin 2011, le nombre de Terriens a franchi le seuil des 7 milliards.À cette occasion, la revue Science lance une application pour iPad sur la croissance démographique mondiale et son impact sur l\u2019éducation, la santé, l\u2019économie et les ressources naturelles.Articles, graphiques interactifs, vidéos et modélisa - tions nous donnent un aperçu de ce que sera la planète en 2050, lorsque nous serons 9,3 milliards.Disponible au prix de 0,99 $, l\u2019application est malheureusement offerte uniquement en anglais.En vente sur iTunes.* toile de fond BLOGUE ÉCOLO-PRATIQUE Jean-Claude Cousineau, un amateur de technologie soucieux d\u2019écologie, propose sur son blogue Éco-Énergie de partager son expérience sur le chauffage et les chauffe-eau solaires, les récupérateurs de chaleur des eaux grises ou encore les composteurs.Il recense également de façon très régulière les dernières informations en matière d\u2019énergies renouvelables, ainsi que les gadgets et astuces permettant de poser des gestes verts à domicile, le tout en valorisant les initiatives québécoises.Utile! B L g u e http://eco-energie-montreal.com/ Par Marine Corniou \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Dans la ville de Chicago, il il y a une école qui porte le curieux nom de Beaubien Elementary School.Elle se situe au 5025 de l\u2019avenue North Laramie, à l\u2019angle de l\u2019avenue West Winnemac.Cela, bien sûr, donne à penser.J\u2019imagine ce qui me passerait par la tête si je me retrouvais devant l\u2019école, au terme d\u2019un long voyage routier en provenance de Montréal.Selon mes habitudes, fourbu de kilomètres, je boirais un café acheté chez Dunkin\u2019 Donuts, le Tim Hortons des Américains.Winnemac est le nom du messager potaouatomi qui, en 1812, portait l\u2019ordre d\u2019évacuation au fort Dearborn \u2013 construit sur le site actuel de Chicago \u2013 à la veille d\u2019une attaque dévastatrice des Amérindiens confédérés contre l\u2019armée de l\u2019Union.L\u2019histoire américaine appelle cela un massacre.J\u2019imagine que les partisans de Tecumseh, farouche défenseur de la culture indienne, ont appelé cela une victoire.Sur le Web, cliquez «bataille de fort Dearborn» et vous aurez les détails.C\u2019est la face cachée de l\u2019histoire, l\u2019«americana» profonde d\u2019une ville mythique.La ville de Chicago porte un nom algonquien bien vivant qui se traduit par «mouffette».Elle a été fondée par un mulâtre nommé Jean-Baptiste Point du Sable, originaire de Cahokia, dans la région de Saint-Louis, fils d\u2019un Canadien nommé Dan- donneault et d\u2019une esclave appelée Catherine, elle-même née à Saint-Domingue.Elle appartenait à un couple de Canadiens français de Cahokia, qui l\u2019ont affranchie.Que Chicago ait été fondée par un mulâtre, fils d\u2019un Canadien français et d\u2019une Haïtienne, cela reste un secret bien gardé! Mais revenons au 5025, avenue North Laramie.Pourquoi la petite école primaire porte-t-elle le nom de Jean-Baptiste Beaubien?Sur le site Internet des anciens de l\u2019école, les gens s\u2019en amusent: «Who is this Jean-Baptiste Beaubien anyway?» Le fin mot de l\u2019histoire ne leur a jamais été révélé, semble-t-il.Tant qu\u2019à y être, les élèves pourraient aussi se demander qui était Jacques Laramée qui a donné son nom à l\u2019avenue.C\u2019était un trappeur dont le nom a aussi servi à baptiser le célèbre fort Laramie, lieu mythique de l\u2019histoire de l\u2019Ouest, sur la piste de l\u2019Oregon.Nos élèves pourraient bien poursuivre leurs recherches pour savoir qui était cet Antoine Ouimet, à l\u2019origine du quartier Wilmette, dans la banlieue nord de Chicago?Un Ouimet déformé en Ouilmet, en Wilmette, puis en Willamette, nom de la célèbre vallée en Oregon.Les parents de Beaubien venaient de Montréal.Ils se marièrent et élevèrent leurs 15 enfants à Detroit.Jean-Baptiste, un de leurs fils, s\u2019installa en 1805 sur le site du portage Chicagou.Il était l\u2019ami de Ouimet dont on vient de parler, mais aussi de Jacques Viau, des Chevalier, Laframboise, Grignon et Lalime.Mais qui étaient, en effet, tous ces gens, sinon les premiers habitants de Chicago, des familiers de Jean-Baptiste Point du Sable?Beaubien a épousé la sœur de Shabona, un Potaouatomi d\u2019importance, devenant ainsi le patriarche d\u2019une belle lignée métisse.Il jouera un grand rôle dans l\u2019expansion de la ville, deviendra capitaine de milice et notable, promoteur et homme d\u2019affaires.Beaubien était là en 1805, au temps des premières cabanes, en 1812, lors de la guerre de Tecumseh.Il était encore là en 1833, alors que Black Hawk fut capturé par l\u2019armée.Le colonel Beaubien mourut vieux, en 1873, deux ans après le grand incendie de Chicago.Je reprends ma route, vers Racine, une petite ville juste au nord.Mon café américain est froid, mais je sais qu\u2019il y aura encore des Dunkin\u2019 Donuts au Wisconsin.C\u2019est à Racine, entre Milouakie et Chicagou, que Jonathan Paradis, en 1693, construisit sa cabane, là où les Potaouatomies cueillaient des «racines médicinales».Il doit y en avoir une bonne dose, dans mon café, de ces plantes medicine qui font tant de bien à l\u2019âme en chemin.QS Par Serge Bouchard C H R I S P R I T C H A R D / I S T O C K P H O T O 50 Québec Science | Mars 2012 Un café au Michigan Note: Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc., à titre de Placeur principal, et par Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d\u2019assumer les frais de conseillers en valeurs, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d\u2019administration du gérant des Fonds FÉRIQUE.Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d\u2019exploitation.Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu\u2019un porteur de parts souscrit par l\u2019entremise de Placements Banque Nationale inc.ou de Services d\u2019investissement FÉRIQUE ; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l\u2019entremise d\u2019un courtier indépendant.1-800-291-0337 Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.Les Fonds FÉRIQUE sont offerts aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises.LE MEILLEUR DES DEUX MONDES POUR VOTRE REER ET VOTRE CELI CHEZ FÉRIQUE, IL Y A TOUT UN MONDE QUI VEILLE À VOS INTÉRÊTS Des services ?nanciers d\u2019envergure mondiale Quelle que soit l\u2019heure du jour, quelque part, quelqu\u2019un veille à vos Fonds FÉRIQUE.De Montréal à Tokyo.De Londres à Chicago.De Louisville à San Francisco.Vos Fonds FÉRIQUE ne dorment jamais, grâce à des équipes de gestion de portefeuille triées sur le volet, partout dans le monde, à leurs analystes, à leurs réseaux.Une entreprise à taille humaine FÉRIQUE est une organisation de premier plan dotée de la structure, des mécanismes de contrôle et des services que vous êtes en droit d\u2019attendre d\u2019une institution ?nancière de calibre mondial.Mais c\u2019est aussi des gens.Près de vous.Tout un monde, votre monde, qui veille à vos intérêts.INVESTISSEZ DANS UN REER OU UN CELI FÉRIQUE ET DÉCOUVREZ UN MONDE DE DIFFÉRENCES www.ferique.com/video Anticonformiste en sciences Luana Graham-Sauvé, Biologie Les sciences s\u2019appliquent à l\u2019UQAM sciences.uqam.ca Grâce à l\u2019information que lui fournissent les insectes, Luana Graham-Sauvé peut transmettre de nouvelles connaissances aux compagnies forestières a?n de mieux gérer les coupes et protéger nos forêts.Découvrez la suite sur sciences.uqam.ca/anticonformiste "]
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