Québec science, 1 janvier 2012, Avril-Mai 2012, Vol. 50, No. 7
[" quebecscience.qc.ca 40065387 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 24 MAI 2012 1962: LE CANADA DANS LA COURSE À L\u2019ESPACE CAMIL BOUCHARD: L\u2019HONNEUR DES CHERCHEURS LA PLANÈTE DES MICROBES TITANIC LA DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE LE CHOIX DE NOS LECTEURS Québec Science S Avril - mai 2012 LE SANG DU FUTUR LE TRÉSOR DU 5 ANS L\u2019OR NOIR DU GOLFE SAINT-LAURENT Innovations Progrès Pour en savoir plus : Centre canadien de rayonnement synchrotron www.lightsource.ca Pour plus de renseignements (en anglais), veuillez communiquer avec le bureau des services aux utilisateurs du CCRS : Tél.: (306) 657-3700 101 Perimeter Road, Saskatoon, SK S7N 0X4 D e ou t r v éc es N en \u2019 l en scienc pour la r de synchr ot onal , q e de la vie t et scienc onnemen vir iaux, scienc ér t e des ma ielle et académique che industr echer onstitue un outil pr on, c otr ui utilis ti e na tr en e c r .e de écieux echniques e les t u 16 au 24 juillet D ulair omoléc aphie macr cristallogr ours annuels sur la c série de c e 2 u 5 au 9 juin D eliers destinés aux utilisa t e et a tr on Renc u 3 au 4 mai D ts : cheurs et enseignan cher année 2 \u2019 012 destinés aux ts pour l énemen v É e (Mx) e des données de t ollec eurs t AVRIL ~ MAI 2012 VOLUME 50, NUMÉRO 7 Du pétrole québécois Forera, forera pas?La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine pourraient bien devenir, dans quelques années, le théâtre d\u2019une intense exploitation pétrolière.Car il y a de l\u2019or noir dans le sous-sol de la région, accessible sur terre ou en mer.Ces hydrocarbures \u2013 du gaz et du pétrole \u2013, on les trouverait au cœur de deux grands bassins géologiques vieux de centaines de millions d\u2019années : celui de Madeleine et celui d\u2019Anticosti.Mais si les compagnies pétrolières s\u2019emballent, les groupes écologistes et les municipalités appellent à la prudence.Avec raison! On a pu s\u2019en rendre compte avec l\u2019explosion de la plateforme Deepwater Horizon, survenue dans le golfe du Mexique en avril 2010, ou encore avec l\u2019accident du cargo Rena qui a heurté un récif à 20 km des côtes néo-zélandaises l\u2019automne dernier, les accidents menant à des déversements ne sont jamais anodins.Une question de société reste en suspens : faut-il extraire le pétrole jusqu\u2019à la dernière goutte, tant qu\u2019il en reste ou vaut-il mieux miser sur les énergies vertes et investir dans des technologies qui présentent moins de risque pour l\u2019environnement?La rédaction EN COUVERTURE 32 Le noir désir du Québec Le sous-sol du golfe Saint-Laurent contiendrait des milliards de barils d\u2019or noir.De quoi relancer le vieux rêve des années 1970, celui d\u2019un pétrole québécois.Mais à l\u2019heure où tous lorgnent vers les énergies vertes, est-il souhaitable d\u2019investir dans l\u2019exploitation des hydrocarbures?Par Nicolas Mesly 20 Du sang pour tous, tout le temps Partout dans le monde, des scientifiques cherchent le moyen de pouvoir offrir aux malades du sang artificiel universellement compatible, exempt de toute contamination virale ou bactérienne.Des recherches récentes redonnent l\u2019espoir d\u2019enfin y parvenir.Par Marine Corniou P A G E C O U V E R T U R E : P H O T O M O N T A G E / F É / M A R J O R I E G U I N D O N / M I C H E L J U L I E N 27 Le trésor du Titanic Cent ans après son naufrage, le Titanic fascine toujours.Et les archéologues n\u2019ont pas fini d\u2019explorer son épave et d\u2019y faire des trouvailles.Québec Science a interviewé Paul-Henry Nargeolet, chef des expéditions de recherche.Propos recueillis par Olivier Rey 2012: Année internationale de l\u2019énergie durable 10 idées pour mieux utiliser l\u2019énergie Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec.A u c e n t r e M I K E U K / I S T O C K P H O T O Québec Science S 5 ANS 4 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Le mal de mer Ottawa est bien loin de la mer.Cela expliquerait-il pourquoi le Canada a un des pires bilans de la planète en ce qui a trait à la gestion des ressources marines?Billet Par Raymond Lemieux vec ses 220 000 km de littoral, le Canada borde 3 océans.Le pays n\u2019a cependant pas le pied marin.Cette accusation vient des scientifiques de la Société royale du Canada, une entité indépendante du gouvernement.Dans un récent avis, les chercheurs ont manifesté leurs inquiétudes quant à l\u2019avenir de notre patrimoine maritime.Leur document1 surprend par sa sévérité et sa dureté: «Nous laissons tomber nos océans», écrivent les experts.Pourtant, note-t-on, le Canada a signé la Convention sur la bio- diversité, rédigée après le Sommet de la Terre de Rio, il y a 20 ans.Comme cela s\u2019est produit avec le protocole de Kyoto, qui visait à diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique, le pays n\u2019a pas donné suite à ses engagements afin de protéger la biodi- versité marine.Ce n\u2019est pas rien, quand on songe que le Canada comprend la deuxième plus grande étendue de côtes et d\u2019eau marine du monde (après la Russie).On sait par ailleurs à quel point les changements climatiques peuvent avoir des conséquences sur les écosystèmes marins.Il n\u2019empêche, Ottawa est «loin de se conformer à ses engagements internationaux visant à établir un réseau des zones maritimes protégées avant 2012», affirme la Société.«Les changements observés chez les espèces du Canada sont parmi les plus importants dans le monde», lit-on ensuite dans le document qui précise aussi que la biomasse totale d\u2019espèces y a diminué de plus de 90% depuis les années 1960.Faut-il rappeler que cela n\u2019a pas été sans conséquences pour l\u2019économie?En effet, l\u2019effondrement de la pêche à la morue a fait perdre près de 40 000 emplois et a été la plus importante «mise au chômage» de l\u2019histoire canadienne, note encore l\u2019organisme.Coût en prestations d\u2019aide sociale : 2 à 3 milliards de dollars.Tout ça parce que les gestionnaires n\u2019avaient pas su planifier écologique- ment l\u2019exploitation de la ressource.À l\u2019instar de la morue, quatre autres espèces très prisées ont été décimées, ajoute-t-on : la plie, le sébaste, le grenadier de roche et la raie tachetée.«Ce sont des paroles creuses qui caractérisent trop souvent la gestion des océans et de la biodiversité», accuse la Société qui, pour enfoncer le clou, cite un indice de performance environnementale mis au point par les universités Yale et Columbia, aux États-Unis.Selon leur analyse, le Canada se classe au 125e rang sur 127 pays en ce qui concerne la préservation des pêcheries.Et il arrive au 70e rang au chapitre de la mise en place de zones protégées.Non, nos océans ne sont pas entre bonnes mains actuellement.Que faire?Au pays des sables bitumineux, des mines d\u2019uranium et des forêts, il y a d\u2019abord lieu de revoir la Loi sur les pêches qui remonte à 1868, d\u2019autant qu\u2019elle donne à Pêches et Océans Canada (MPO) un «pouvoir discrétionnaire excessif qui lui permet de dicter les activités qui devraient être régies par la science et modulées par des valeurs sociales et politiques transparentes».Puis, continue la Société, il faudrait faire en sorte que la Loi sur les océans \u2013 qui mise sur la gestion écosystémique \u2013 soit vraiment appliquée.L\u2019an dernier, MPO a alloué 15,9 millions de dollars à la protection des océans, soit 2,27 $ par kilomètre carré de mer canadienne.Moins que le prix d\u2019un kilo de poisson! Le Canada tourne-t-il le dos à la mer?Dans le discours du trône du 3 juin 2011, la Société note que les mots «océan» et «arctique» n\u2019ont jamais été mentionnés et que le mot «mer» ne l\u2019a été qu\u2019une fois pour parler \u2013 un comble! \u2013 d\u2019une autoroute qui devait relier le Canada «d\u2019une mer à l\u2019autre».Ce manque de sensibilité aurait-il un lien avec la géographie canadienne?Seules deux provinces n\u2019ont pas de littoral maritime; l\u2019une d\u2019entre elles est l\u2019Alberta, contrée du premier ministre Stephen Harper.QS 1 Groupe d\u2019experts de la Société Royale du Canada, Le maintien de la biodiversité marine au Canada : relever les défis posés par les changements climatiques, les pêches et l\u2019aquaculture, février 2012.Une version française du rapport est accessible sur Internet au www.rsc-src.ca/expertpanels_reports.php.M A R I E - R E I N E M A T T E R A - A N D R E J S P I D J A S S / I S T O C K P H O T O A Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou Collaborateurs Ulysse Bergeron, Camil Bouchard, Serge Bouchard, Jean-Marie De Koninck, Viviane Desbiens, Nicolas Mesly, Olivier Rey et Jean-Pierre Rogel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Steve Adams, Paul Cimon, Olivier Croteau, Frefon, Marjorie Guindon, Philippe Jasmin, Olivier Jean Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Nathalie Dubreuil Tél.: 450 441-5718 514 512-4800 ndubreuil@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 72 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Avril 2012 (497e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2012 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 38 Alouette sans fausse note Il y a 50 ans, en pleine guerre froide, était lancé le tout premier satellite canadien.L\u2019instrument au nom d\u2019oiseau a défié tous les pronostics et fait taire ses détracteurs.Par Olivier Rey 9 La planète des microbes Recenser tous les micro-organismes, c\u2019est l\u2019ambitieuse mission du Earth Microbiome Project.Par Marine Corniou 10 Dans le ciel de Laval Laval pourrait devenir la première ville canadienne à se doter d\u2019un «tramway aérien».Un beau défi! Par Ulysse Bergeron 17 Nos chats rendent les phoques malades Les parasites et agents pathogènes qui infectent nos animaux domestiques, causent des ravages dans les écosystèmes marins.Par Marine Corniou EURÊKA! 18 Mon avatar à l\u2019hôpital ! Un nouvel usage des technologies numériques aide les enfants hospitalisés à mieux vivre avec leur maladie.Par Viviane Desbiens 4 BILLET La mal de mer Par Raymond Lemieux 7 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 45 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR 48 LU POUR VOUS Alex au pays des chiffres Par Jean-Marie De Koninck 49 TOILE DE FOND Par Marine Corniou 6 Camil Bouchard Le katana du chercheur 12 Jean-Pierre Rogel Le lézard funambule 50 Serge Bouchard Batoche, un trou sur la carte Nos chroniqueurs Québec Science S 5 ANS 6 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 ntre 1967 et 1970, Leo V.DiCara faisait la démonstration qu\u2019il était possible de conditionner des rats à modifier leur rythme cardiaque, leur pression sanguine ou la production d\u2019urine en les récompensant.Le conditionnement des réponses du système nerveux sympathique (involontaire), jugé jusque-là impossible, ouvrait alors la voie à la technique du biofeedback et répondait au vieux rêve entretenu par l\u2019humain d\u2019un contrôle total sur son corps.Je me souviens d\u2019une rencontre avec DiCara lors d\u2019une de ces conférences mythiques du vendredi après-midi tenues au département de psychologie de l\u2019Université McGill.Un charisme foudroyant, la carrure d\u2019un joueur de football, DiCara était la star de la psychophysiologie.Mais son étoile allait pâlir quand plusieurs chercheurs des États-Unis, empruntant le même protocole, furent incapables de reproduire ses résultats.Le doute commença alors à s\u2019installer.Avait-il falsifié ses données?Neil Miller, coauteur de l\u2019étude, ancien patron de thèse de DiCara et chercheur vénéré, l\u2019invite alors à reprendre son expérience.Échec.DiCara n\u2019y parvient pas.On apprendra son suicide peu après.Pour un scientifique, perdre sa crédibilité, c\u2019est perdre son honneur.La crédibilité est le katana, \u2013 le sabre du samouraï \u2013 du chercheur.Il triomphe avec; il se tue avec.La science s\u2019appuie sur cette crédibilité dans ses affirmations.Sans elle, elle n\u2019ajoute rien de significatif au bruit ambiant des opinions.Dans une lettre percutante parue le 3 février dernier dans Le Devoir, un groupe très important de chercheurs nationaux et internationaux, et d\u2019intervenants en santé publique, dénonçaient le rôle joué par l\u2019Université McGill dans «la promotion de l\u2019amiante» .Les auteurs évoquent des conflits d\u2019intérêt (apparents) concernant les recherches produites par l\u2019équipe du professeur J.C.MacDonald dans les années 1970.Cette équipe était largement subventionnée par l\u2019Association des mines d\u2019amiante du Québec et par les propriétaires de la mine d\u2019Asbestos.Et leurs recherches niaient les effets délétères de l\u2019amiante sur la santé des individus.Les auteurs reprochent aussi à l\u2019université d\u2019utiliser des tuyaux en amiante-ciment dans son nouveau centre de santé et de servir ainsi de vitrine pour un matériau jugé dangereux pour la santé.Du même souffle, ils nous apprennent que madame Roshi Chadha siège sur le conseil d\u2019administration de l\u2019université.Or, madame Chadha et son mari négocient avec le gouvernement du Québec une garantie de prêt de 58 millions de dollars pour relancer la mine d\u2019amiante Jeffrey d\u2019Asbestos, dont ils sont propriétaires.Ce type de nouvelle a de quoi inquiéter.D\u2019abord du fait qu\u2019une institution aussi respectable que l\u2019Université McGill puisse prêter flanc à de telles critiques.D\u2019autre part, cela contribue à affaiblir le rôle de référence ultime que peut jouer la science dans le lot infini des opinions.Dans un contexte où toutes les opinions se valent, la recherche fournit un éclairage unique en ce qu\u2019elle tire ses conclusions de méthodologies éprouvées et qu\u2019elle respecte un strict code d\u2019éthique.Ces balises forcent les chercheurs à la plus grande rigueur et à la plus grande neutralité.Ce rôle est encore plus important lorsque des vies sont en jeu.L\u2019impartialité, la neutralité, l\u2019absence de parti-pris, tant dans la manière d\u2019avancer les hypothèses de recherche que dans la manière d\u2019y répondre, est un principe sacré en science.Manquer à ce principe, réellement ou en apparence, porte un coup fatal à la contribution scientifique, notamment en ce qui concerne les questions de plus en plus complexes et de plus en plus préoccupantes que se pose le public face à l\u2019utilisation des technologies servant à l\u2019extraction de l\u2019amiante\u2026 ou des gaz de schiste, par exemple.Les soupçons entourant la recherche risquent de se multiplier lorsque l\u2019on constate que certaines de nos plus importantes équipes universitaires agissent comme des sous-traitants pour de grandes entreprises.Comme leur développement, ou leur survie, dépend de plus en plus du financement offert par ces entreprises, le doute s\u2019installe quant au manque d\u2019indépendance des membres de ces équipes vis-à-vis de leurs bailleurs de fonds.Le code d\u2019honneur du samouraï scientifique est en jeu.QS Le katana du chercheur Quand un chercheur ou une institution sont pris en flagrant délit de conflit d\u2019intérêt avec l\u2019industrie, c\u2019est la crédibilité même de la science qui est entachée.Par Camil Bouchard soucis Des et des hommes I L L U S T R A T I O N : F R E F O N - P H O T O : M A R I E - R E I N E M A T T E R A E e moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019elles ont attaqué le problème de la gestion forestière à la racine.Les deux chercheuses de l\u2019Univer - sité du Québec en Abitibi-Té- miscamingue (UQAT), Annie DesRochers et Émilie Tarroux, ont reçu le «prix du public Québec Science» pour leurs travaux sur «l\u2019interconnec tivité racinaire des peuplements forestiers».Les résultats de leurs recherches qui avaient fait l\u2019objet d\u2019un article dans la revue scien tifique American Journal of Botany pour - raient changer notre perception de l\u2019écologie forestière et donc nous forcer à réviser certaines pratiques.Près de 1500 personnes ont participé à notre concours.Les chercheuses de l\u2019UQAT ont obtenu 20,1% des votes.L\u2019article publié dans notre numéro de février 2012 s\u2019intitule «Collaboration souterraine».Voici quel - ques commentaires de nos lecteurs.Claude Duplessis de Laval écrit: «C\u2019est pour moi une découverte cruciale, illustrant les fines liaisons existant dans la nature.Et, du coup, notre vision de la forêt change.[La forêt] devient un organisme complet, où chaque arbre est relié directement ou indirectement à tous les autres!».Diane Touchette de Drummondville ajoute : «J\u2019aime le carac - tère naturel de cette découverte.On a foulé plusieurs fois le sol sans se douter de cette collaboration souterraine.Cela inspire le respect envers la nature et de nouvelles approches dans les pratiques forestières vont prendre place.» «Ça ressemble pres que au film Avatar! Il y a des inte ractions qui nous échappent complè tement.nous prendrons des décisions beaucoup plus sages lorsque nous comprendrons comment fonctionne la vie», note Véronique Cloutier de Trois-Ri vières.Une autre lectrice, Véronique Paul de Rouyn-Noranda commente : «Le fait que les communautés d\u2019arbres puissent s\u2019entraider plutôt que seulement être en compétition est très intéressant.Cette découverte démon tre que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour bien connaître les écosystèmes.» «J\u2019aime les révolutions dans les pratiques! Je veux que la façon de gérer la forêt change!» lance Véronique Trudel de Saint- Mathieu-d\u2019Harricana.Et comme nous, Gabriel Martin Labrosse de Victoriaville clame: «Félicitations à ces femmes inspirantes!» Les Abitibiennes sont suivies de Sylvain Martel, de l\u2019École polytechnique de Montréal pour ses travaux en nanomédecine (18,8%).Il a la faveur d\u2019Agathe Blanchette de Trois-Rivières : «Enfin cibler la tumeur plutôt que tout l\u2019organisme.Quelle bonne nouvelle! Pour moi qui travaille en soins palliatifs, j\u2019espère voir de moins en moins de patients chez qui les traitements contre le cancer échouent.» C\u2019est aussi le choix de Benoit Simard d\u2019Ottawa: «Je crois que cette découverte aura des conséquences très positives sur les traitements en permettant de diminuer les doses de médicaments et donc les effets secondaires sans parler d\u2019une réduction significative des coûts [des traitements].»Martin Boisvert de Laval écrit : «J\u2019adore le lien très fort se développant entre la physique, l\u2019ingénierie et la médecine dans le but de développer des médicaments.» L\u2019équipe de Vasilios Papadopoulos de l\u2019Université McGill est arrivée troisième avec ses recherches portant sur un test diagnostique de la maladie d\u2019Alzheimer (10,6%).Pour André Proulx de Montréal: «Cette découverte pourrait permettre le dépistage précoce de la maladie et pourrait se faire de façon systématique à partir d\u2019un certain âge pour un coût minime.» L\u2019équipe de Réal Vallée, Yoan LeChasseur et Yves De Koninck du Centre d\u2019optique, photonique et laser de l\u2019Université Laval Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 7 L Parmi les 10 découvertes que Québec Science a identifiées l\u2019an dernier, les lecteurs ont sélectionné celle qui leur semblait la plus importante.Le gagnant du prix du public Québec Science 2011 est.Collaboration souterraine, de l\u2019UQAT.Au pied de la courrier@quebecscience.qc.ca lettre La découverte 2011, le choix de nos lecteurs Notre podium 1.Collaboration souterraine, Annie DesRochers et Émilie Tarroux, UQAT 20,1% 2.Des médicaments téléguidés, Sylvain Martel, École polytechnique de Montréal 18,8% 3.Dépister l\u2019alzheimer, Vasilios Papadopoulos, Université McGill 10,6% 4.Lumière sur les neurones, Réal Vallée, Yoan LeChasseur et Yves De Koninck, Centre d\u2019optique, photonique et laser de l\u2019Université Laval 10,2% 5.L\u2019arme des bactéries, Sylvain Moineau, Université Laval 10,1% Les chercheuses Annie DesRochers et Émilie Tarroux a obtenu 10,2%des suffrages avec la technique d\u2019observation des neurones.André Chaput de Longueuil explique son choix ainsi : «Le cerveau étant le centre de contrôle de la physiologie, toute découverte permettant une plus grande connaissance de son fonctionnement m\u2019apparaît comme un grand pas vers une meilleure compréhension de la biologie humaine.» Enfin, l\u2019équipe de Sylvain Moineau, du département de biochimie de l\u2019Université Laval, pour ses recherches sur le système de défense des bactéries, a recueilli un tout petit peu moins de votes (avec un score de 10,1%.) «Cette découverte m\u2019apparaît comme celle qui solutionnera le plus rapidement un problème majeur dans nos hôpitaux, les maladies nosocomiales», dit Marie Morneau de Lac-Beauportqui ajoute qu\u2019elle «aime beaucoup les fromages!» D\u2019autres commentaires?À propos des travaux de Maryse Bouchard de l\u2019Université du Québec à Montréal, Natalie Goyer de Montréal écrit: «Si nos enfants deviennent de moins en moins intelligents à cause des poisons qui nous entourent, les découvertes qui changent le monde vont devenir plus rares! Et les dommages à ce monde plus difficiles à réparer.» Les travaux de Laura Stone du Centre de recherche sur la douleur de l\u2019Université McGill a captivé Bernard Schami de She- diac: «J\u2019ai souvent entendu parler de mal psychosomatique, mais aujourd\u2019hui j\u2019apprends que l\u2019inverse est possible.Mes félicitations à la chercheuse!» Les résultats des chirurgiens Paul Mar- tineau et Edward Harvey de l\u2019Hôpital général de Montréal ont été le choix d\u2019Anik Labonté de Québec.«Cette invention va améliorer la vie de milliers de personnes dont l\u2019ossature fragilisée pourrait limiter leurs activités.Chapeau!» Jean Bérubé de Deschambault est à la fois fasciné et inquiet des résultats de recherche obtenus par l\u2019équipe d\u2019Alfonso Mucci de l\u2019Université McGill concernant la santé des eaux de l\u2019estuaire du Saint-Lau- rent.«Cela démontre les répercussions de la pollution atmosphérique sur des écosystèmes qui en semblent pourtant éloignés.» Enfin, les recherches de Philip Awadalla et Youssef Idaghdour du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine ont eu la préférence de Carole Taschereau de Mont- Laurier: «J\u2019ai toujours dit que nous étions tous des mutants.C\u2019est donc ce choix qui m\u2019a allumée et j\u2019ai trouvé le reportage très édifiant!» Merci à toutes nos lectrices et tous nos lecteurs d\u2019avoir répondu à cet appel pour reconnaître ce que le Québec fait de mieux en science.Rendez-vous à l\u2019occasion de la XXe édition des découvertes de l\u2019année, un palmarès que nous tenons donc depuis février 1994! QS 8 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Au pied de la courrier@quebecscience.qc.ca lettre La violence n\u2019est pas un sport Notre dernier bar des sciences a rappelé l\u2019importance du fair-play Nos cinq invités qui ont croisé le fer : 1 Jean-François Chermann, neurologue 2 Robert Frosi, journaliste sportif 3 Stéphane Gauthier, boxeur du groupe InterBox 4 Suzanne Laberge, anthropologue du sport 5 Maryse Lassonde, neuropsychologue.1 3 4 5 2 P H O T O S : O L I V I E R J E A N Trois journalistes de Québec Science ont obtenu une bourse des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour réaliser un reportage de fond sur un sujet touchant la santé.Marine Corniou traitera de la tuberculose chez les Inuits, Marie-Pier Elie, des nouveaux traitements contre le cancer et Pascale Millot, du don d\u2019organes.À lire prochainement dans votre magazine.Les participants au dernier bar des sciences Québec Science/Radio-Canada qui s\u2019est tenu en mars dernier à Montréal ne regarderont plus jamais un match de boxe, de football ou de hockey de la même manière.On s\u2019est demandé si la violence n\u2019est pas en train de mettre knock-out l\u2019esprit sportif.Et ce sont les athlètes de grand talent et de haut niveau qui en paient le prix, a-t-on compris.Comme au temps des gladiateurs?Le bar des sciences peut être écouté en baladodiffusion sur le site de Radio-Canada/Les années lumière.www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/ LesAnneeslumiere201203111305_1.asx Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 9 éonard de Vinci affirmait que «nous connaissons mieux la mécanique des corps célestes que le fonctionnement du sol sous nos pieds».Il ne croyait pas si bien dire\u2026 Le sol recèle un trésor vivant incommensurable dont les scientifiques commencent tout juste à entrevoir la richesse.Il y a quelques mois, des chercheurs de l\u2019Argonne National Laboratory, près de Chicago, ont annoncé le lancement du Earth Microbiome Project (EMP).Ce projet multidisciplinaire, présenté lors du congrès de l\u2019AAAS (American Association for the Advancement of Science) qui s\u2019est tenu à Vancouver en février dernier, est sans nul doute le plus ambitieux jamais entrepris en biologie.Il vise à recenser tous les micro-organismes de la planète, rien de moins! «Dans l\u2019équivalent d\u2019une tasse de terre, il y a 10 fois plus de micro-organismes que d\u2019étoiles dans la galaxie.Et dans une seule cuillère, il y en a plus de 1 milliard», a expliqué Janet Jansson, biologiste associée au projet au Lawrence Berkeley National Laboratory, en Californie.Même chose dans l\u2019océan, où grouillent un million de milliards de milliards de microbes, ou encore dans les forêts, sur le bitume des villes et\u2026 dans notre corps, où les bactéries sont 10 fois plus nombreuses que nos propres cellules.On connaît cependant très peu cette «faune» minuscule, composée de bacté - ries, de virus et d\u2019animaux unicellulaires.Elle accomplit pourtant 99% du recyclage du carbone et de l\u2019azote, jouant un rôle majeur dans le fonctionnement de tous les écosystèmes.Qui sont ces micro-organismes?Comment interagissent-ils entre eux et avec leur environnement?Combien y en a-t-il d\u2019espèces?«C\u2019est le mystère de la Terre, sa \u201cmatière noire\u201d», estime Jack Gilbert, microbiologiste environnemental à l\u2019Argonne National Laboratory et initiateur de l\u2019EMP.Pour accomplir ce recensement titanes - que, son équipe souhaite analyser 200 000 échantillons envoyés par des chercheurs des quatre coins du globe.«Nous ne savons maintenir en vie et cultiver en laboratoire que 1% à 2% des microbes.L\u2019immense majorité d\u2019entre eux ne peuvent donc pas être étudiés facilement», explique le jeune chercheur.La solution?La métagénomique, c\u2019est-à-dire le séquençage génétique de toute la «communauté» de microbes vivant dans un milieu donné.«En observant les gènes présents dans une communauté de micro - bes, on peut reconstituer les génomes des différentes espèces et deviner quel est leur rôle dans l\u2019écosystème, et comment la communauté va se comporter face aux changements», explique Jack Gilbert.Car c\u2019est bien là le but ultime du projet: modéliser le comportement des micro-organismes lorsque les conditions environne men tales varient.Les applications sont multiples.Tant en écologie qu\u2019en agriculture ou en médecine, l\u2019un des objectifs de l\u2019EMP est d\u2019analyser la composition des communautés de bactéries présentes dans le sang, sur la peau ou dans les excréments pour mettre au point de nouveaux tests diagnostiques.Il faudra toutefois être patient.Alors que le projet du génome humain a permis de déchiffrer 3 milliards de paires de bases (les «lettres» de l\u2019ADN), le projet pilote de l\u2019EMP vise à séquencer 35 milliards de milliards de paires de bases d\u2019ici la fin 2012! Et ce n\u2019est que le début de l\u2019aventure.QS M E H A U K U L Y K / S P L Recenser tous les micro-organismes présents sur terre comme dans les mers, c\u2019est l\u2019ambitieuse mission du Earth Microbiome Project.Par Marine Corniou La planète des microbes L Actualités QS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS ous les jours, quelque 30 000 usagers empruntent la ligne de métro orange qui traverse Montréal jusqu\u2019à Laval.Arrivés au terminus, station Montmorency, ils gravissent les escaliers et entrent dans la gare de la Société de Transport de Laval (STL), humant au passage les effluves des gaz d\u2019échappement, pour attraper un autobus qui est sur le point de leur filer sous le nez.Bientôt, ces travailleurs pressés auront peut-être un autre moyen de transport à leur disposition : des cabines suspendues se suivant à quelques minutes d\u2019intervalle, semblables au téléphérique d\u2019une station de ski.La STL songe en effet sérieusement à se doter d\u2019un «tramway aérien».L\u2019automne dernier, elle a annoncé son intention d\u2019effectuer une étude de faisabilité en partenariat avec la municipalité, l\u2019Agence métropolitaine de transport et Hydro- Québec.Si tout se passe comme prévu, les citadins pourraient voler au-dessus des bouchons de circulation dès 2015, entre la station de métro Montmorency et le Carrefour Laval.«Nous évaluons déjà la possibilité de nous doter d\u2019une ou deux \u201cinterstations\u201d», explique Christine Gauvreau, conseillère aux grands projets réseau et dévelop pement durable à la STL qui chapeaute le dossier.Ces stations pourraient être nichées au sommet de hauts édifices, comme c\u2019est le cas à Singapour où un système de câbles aériens relie deux îles de la cité asiatique.Quatre-vingt-une cabines dotées de planchers vitrés sont suspendues à un système de câbles, 60 m au-dessus de la mer.«Relier deux pôles urbains avec un autre moyen que des autobus permettrait de faire des économies», poursuit Christine Gauvreau.Le trajet couvrirait une distance de 3 km à 4 km et suivrait le tracé d\u2019une ligne de métro que la ville veut réaliser.«Le métro demeure l\u2019option à privilégier, assure la spécialiste.Mais il coûte cher et il s\u2019écoule toujours plusieurs années entre le début du projet et sa réalisation.C\u2019est pourquoi nous envisageons aussi d\u2019autres solutions.» 10 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 T ACTUALITÉS Laval pourrait devenir la première ville canadienne à se doter d\u2019un «tramway aérien».Quels défis cela pose-t-il aux ingénieurs et urbanistes?Par Ulysse Bergeron Dans le ciel de Laval S O C I É T É D E T R A N S P O R T D E L A V A L C\u2019est que le temps presse.L\u2019île Jésus enregistre la plus forte croissance démographique, en chiffres absolus, de tout le Québec.En 2011, sa population a dépassé les 400 000 habitants, engendrant une affluence record.Outre son coût \u2013 20 à 25 millions de dollars le kilomètre, comparativement à 200 millions pour le métro \u2013, la construction d\u2019une telle ligne aérienne est en général beaucoup plus rapide : de 18 à 36 mois.Il reste à cibler la technologie adaptée à la réalité lavaloise.Sur les six principaux systèmes existants dans le monde, la STL en a retenu deux.Ils sont alimentés par un moteur électrique, et les cabines sont munies de pinces qui peuvent se détacher automa - tiquement du câble principal.Ce sys - tème de télécabines débra yables permet de réduire la vitesse en arrivant dans les stations pour laisser les passagers descendre, sans pour autant ralentir le tramway entre les stations.Le système comprendrait environ 25 cabines \u2013 chacune pouvant contenir jusqu\u2019à 15 per sonnes \u2013 mues à une vitesse d\u2019au moins 20 km/h.«Avec un système monocâ- ble, ce sont 3 600 personnes à l\u2019heure qui pourraient être transportées.Avec un systè - me tricâble \u2013 un câble en mouvement et deux autres qui soutiennent les cabines \u2013 on pourrait transporter plus de 6 000 personnes à l\u2019heu - re », indique Gheor ghe Mon- teanu, ingénieur à la STL.Parfaitement adapté au climat du Québec (c\u2019est ce genre de système qui est en usage dans les stations de ski alpin), le tramway résis te aux vents.«Selon la technologie privilégiée, il résiste à des bourrasques pouvant atteindre 80 km/h, voire plus de 100 km/h.Comme c\u2019est la sécurité qui prime, sa vitesse serait adaptée en fonction du vent, afin que les cabines demeurent stables en tout temps», explique M.Monteanu.Si le projet semble révolution naire, ce moyen de transport n\u2019est pourtant pas nouveau.Il remonte même à très loin.Des archéologues ont en effet retrouvé dans des grottes chinoises des dessins datant de 2500 ans attestant déjà l\u2019utilisation de systèmes de câbles pour assurer la liaison entre deux rives d\u2019un cours d\u2019eau.Mais ce n\u2019est qu\u2019à partir du XIXe siècle \u2013 avec l\u2019intensification de l\u2019exploitation minière \u2013 que des technologies par câble ont été développées à grande échelle pour assurer le transport du minerai.Au XXe siècle, les centres de ski alpin en ont répandu l\u2019usage.Depuis près d\u2019une décennie, la liste des métropoles qui se dotent de tels systèmes s\u2019est considérablement allongée : New York et Portland aux États-Unis, Medellín en Colombie, Rio de Janeiro au Brésil, Caracas au Venezuela, Nha Trang au Vietnam, et Singapour.À Londres, ce type de tramway entrera sous peu en opération et, en Algérie, sept villes l\u2019ont adopté: Alger, Annaba, Blida, Constantine, Oran, Skikda et Tlemcen.Ce mode de transport n\u2019en reste pas moins marginal par rapport au métro et au tramway sur rails.«Ces moyens sont certes plus coûteux, mais ils ont une capacité plus grande.C\u2019est pourquoi ils sont privilégiés dans les pays en voie développement», souli gne Nicolas Théberge, vice- président Québec chez Hatch Mott MacDonald, une firme canadienne spécialisée dans le transport qui a participé à de nom breux projets, dont le prolongement du métro de Montréal et la mise en place du premier train haute vitesse (TGV) aux États-Unis.«En comparaison, le nombre de passagers pouvant entrer dans les cabines d\u2019un tramway est limité», note-t-il.Le métro peut en effet assurer le transport de 1 000 à 3 000 personnes à la fois.Le tramway aérien présente cependant de nombreux avantages.D\u2019abord, il permet de franchir aisément des obstacles, comme les montagnes, les quartiers résidentiels, les autoroutes ou les cours d\u2019eau.Ainsi, celui de Portland, dans l\u2019Oregon, relie le quartier de South Waterfront, en contrebas, au campus principal de l\u2019Oregon Health & Science University qui se trouve en altitude.«Avant sa mise en place, en 2006, le trajet entre les deux points pouvait prendre jusqu\u2019à 60 minutes, aux heures de pointe», poursuit Nicolas Théberge.Aujourd\u2019hui, ce système, muni de deux cabines aux allures futuristes qui peuvent transporter chacune 78 per sonnes, survole une autoroute, et franchit la distance de 1 000 m en 3 minutes! Avec son débit constant, le tramway assure par ailleurs un service soutenu et régulier entre deux points.«Par contre, on ne peut augmenter sa fréquence aux heures d\u2019affluence, contrairement aux tramways sur rails, aux autobus ou aux wagons de métro», déplore Nicolas Thé- berge.Une donnée que la STL devra considérer sérieusement si elle ne souhaite pas que les files d\u2019attente de son système rappelle celles des monts de ski, durant les fins de semaine ensoleillées du printemps\u2026 QS Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 11 Coblence en Allema gne Lisbonne au Portugal Medellín en Colombie es lézards sauteurs sont de vrais cascadeurs.Il en existe plusieurs espèces, dont les agames, présents dans toute l\u2019Afrique du Nord.Très agiles, ils se lancent dans les airs et sont capables d\u2019atterrir en toute sécurité quelle que soit la pente du terrain.Pourquoi?Ils utilisent leur queue comme le funambule se sert d\u2019une perche pour se stabiliser dans les airs.C\u2019est une équipe de biologistes de l\u2019université de Californie à Berkeley, sous la direction de Robert Full, qui vient récemment de le démontrer dans la revue Nature.Quand le funambule penche sa perche dans le sens des aiguilles d\u2019une montre, son corps va dans le sens inverse.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la conservation du moment angulaire.Ce principe veut qu\u2019un système physique (appelé moment) reste constant tant que tout changement dans un sens sera compensé par un changement équivalent dans le sens opposé.Ainsi, de très petits mouvements de la perche permettent au centre de gravité du funambule de rester là où il doit se trouver, exactement à la verticale au-dessus du fil.On aura tout intérêt à utiliser une perche qui soit mince et longue plutôt qu\u2019épaisse et courte, parce que, pour le même poids, elle aura un moment d\u2019inertie plus grand.La science permet de comprendre cette réalité.Elle établit (voici un dernier rappel de physique, puis on passe à autre chose\u2026) que le moment angulaire d\u2019un corps est le produit de la vitesse angulaire par son moment d\u2019inertie.Revenons à nos reptiles.Les chercheurs ont commencé par filmer les lézards à l\u2019aide d\u2019une caméra ultrarapide au cours de différents sauts.Visiblement, l\u2019agame utilise sa queue pour orienter son vol.Sautant d\u2019une plateforme horizontale pour atterrir sur une paroi verticale, il relève l\u2019avant de son corps et compense ce mouvement en orientant également sa queue vers le haut.Autrement dit, il contrebalance un mouvement de son corps par un mouvement de même ampleur de sa queue.Exactement comme le funambule.Après avoir confirmé leurs observations par une simulation mathématique, les chercheurs ont construit un robot pour voir s\u2019il pourrait profiter du même effet.Pour cela, ils ont bricolé une petite voiture téléguidée en la munissant d\u2019une queue en aluminium contrôlée par un gyroscope.Ce dispositif permet de doter le robot d\u2019un système de rétroaction dynamique.Il leur restait à propulser le robot sur un tremplin et à filmer le tout.À chaque saut, les roues de devant commençaient à tomber dans le vide alors même que les roues arrière étaient encore en contact avec la rampe, ce qui faisait piquer du nez le robot.La queue arrivait à compenser ce phénomène, mais pas toujours de manière très efficace, ce qui donnait des atterrissages un peu rudes.Les chercheurs ont alors fait varier les conditions.Lorsque le système de rétroaction dynamique était bloqué, le robot tournait comme un corps rigide et retombait lourdement.Mais dès que le système était activé, la queue remontait dans les airs alors que le système appliquait un effet de torsion pour stabiliser la voiture, ce qui donnait un atterrissage très doux.Ces résultats, les chercheurs les expliquent en se référant à leurs modèles naturels.Durant leurs sauts, les lézards changent l\u2019angle de leur queue suivant l\u2019intensité et la direction de la perturbation du moment angulaire.Les petits robots des chercheurs reproduisent très bien ce comportement.Ils permettront de concevoir une génération de robots industriels encore plus futés, capables de sauter sur des surfaces inclinées.Les animaux, des modèles technologiques?L\u2019idée est très ancienne, mais ce n\u2019est que depuis l\u2019arrivée de la science moderne qu\u2019on peut percer quelques-uns de leurs secrets.Il y a de quoi se réjouir, la nature sera toujours une fabuleuse source d\u2019inspiration.QS 12 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 U N I V E R S I T É D E C A L I F O R N I E À B E R K E L E Y vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel L Il saute dans les airs en se servant de sa queue comme balancier.Un modèle naturel pour doter les robots d\u2019un meilleur équilibre.Le lézard funambule Parcourez jusqu\u2019à 967 kilomètres sur l\u2019autoroute avant de refaire le plein\u2020.Le Edge avec moteur EcoBoost® livrable consomme seulement 6,6 L/100 km sur route*.Obtenez les performances 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Cotisation 2012.Je m\u2019abonne à Québec Science.25 $ Don de charité .TOTAL.Fière partenaire de l\u2019OGC C\u2019EST LE TEMPS DE PLANIFIER VOTRE SÉJOUR DANS CHARLEVOIX www.sabloncharlevoix.com JE DÉSIRE DEVENIR MEMBRE de l\u2019Observatoire de la géosphère de Charlevoix www.observatoiregeospherecharlevoix.org Par la poste à : OGC 301, chemin Beauséjour Crabtree (QC) Canada J0K 1B0 MERCI DE SOUTENIR L\u2019OGC Nom _________________________ Adresse _________________________ _________________________ _________________________ Téléphone _________________________ Courriel _________________________ MODES DE PAIEMENT VISA MASTERCARD CHÈQUE Nº carte _________________________ Expiration _________________________ Signature _________________________ COTISATION 2012 Étudiant(e) .10 $ Individuel .20 $ Bienfaiteur.1000 $ et plus Corporatif.250 $ Institutionnel .500 $ DES CHERCHEURS EN COLÈRE Les chercheurs se mobilisent.Pas moins de 6 700 universitaires des quatre coins du globe, dont quelques Québécois, ont signé une pétition en ligne contre Elsevier, l\u2019un des plus importants éditeurs de journaux de recherche au monde, basé aux Pays-Bas.La raison du mécontentement?«Les universitaires fournissent et révisent les articles gratuitement, puis Elsevier revend les journaux aux universités à un prix exorbitant», s\u2019insurge Audrey Durand, doctorante en génie informatique à l\u2019Université Laval.Comme nombre d\u2019autres signataires, elle s\u2019est engagée à ne pas réviser de textes pour la maison d\u2019édition \u2013 plusieurs refusent même de soumettre des articles.La présidente de l\u2019Union mathématique internationale (IMU), Ingrid Daubechies, a d\u2019ailleurs démissionné de son poste de réviseure en chef d\u2019un magazine d\u2019Elsevier en signe de protestation.Il reste à voir si ce boycott aura un effet sur la multinationale qui compte pas moins de 900 000 auteurs et réviseurs, et qui a engrangé des profits de 1,15 milliard de dollars en 2010.FRACTURATION HYDRAULIQUE, QUELS DANGERS?La fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste ne polluerait pas les eaux souterraines, selon une étude de l\u2019Institut de l\u2019énergie de l\u2019université du Texas, présentée au congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science (AAAS).Mais ce procédé n\u2019est pas anodin pour autant, une analyse publiée l\u2019an dernier par la Duke University a trouvé des niveaux de méthane 17 fois plus élevés que la normale dans l\u2019eau des puits situés à proximité des forages.Selon les chercheurs texans, qui ont insisté sur l\u2019indépendance de leur étude, la contamination ne se produirait pas en profondeur, mais près de la surface, lorsque le gaz remonte par d\u2019anciens puits peu étanches, ou lorsque les eaux utilisées sont «relâchées» dans la nature, sans être traitées.Par ailleurs, ces résultats ne remettent pas en question l\u2019impact environnemental global de ce procédé d\u2019extraction qui nécessite d\u2019énormes quantités d\u2019eau, entraîne la libération de méthane dans l\u2019atmosphère et provoque de petits séismes locaux.50 ANS DE PILULE C\u2019est probablement la plus grande révolution sociale du XXe siècle.La pilule contraceptive fête cette année ses 50 ans, et elle n\u2019a pas pris une ride.«Les risques de troubles vasculaires ou cardiaques qui peuvent lui être attribués sont minimes», a expliqué Ronald Burkman, obstétricien à la Tufts University School of Medicine, à Boston.Quant au risque de cancer associé à cette prise d\u2019hormones, qui a pour effet «d\u2019endormir l\u2019ovulation», il est lui aussi très faible.«Le risque de cancer du col de l\u2019utérus, et peut-être de cancer du sein, peut augmenter chez les femmes qui prennent la pilule contraceptive, mais cela ne représente qu\u2019un ou deux cas par million», assure-t-il.Enfin, toutes les études sont formelles, la pilule ne fait pas grossir.ACTUALITÉS 14 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 F R E F O N Découverte majeure dans les monts Otish Alors qu\u2019ils étudiaient des roches au microscope polarisant, des géologues du Groupe Omégalpha, affiliés au GRIM-OGC (Groupe de recherche sur les impacts météoritiques de l\u2019OGC), ont observé des microstructures planaires dans des grains de quartz et de feldspath (photomicrographie ci-dessous).Ces textures sont caractéristiques du métamorphisme de choc provoqué dans la roche par une onde de choc lors des gros impacts météo- ritiques.Les échantillons de roche provenaient des monts Otish.Un examen rapide de plusieurs lames minces de roche confectionnées au début des années 80 révèle que le métamorphisme de choc a affecté une grande région des monts Otish.La distribution de ces échantillons affectés par le métamorphisme de choc est telle que l\u2019astroblème postulé serait plus grand que 500 km de diamètre (en jaune sur la carte ci- contre), ce qui en ferait le plus grand astroblème jamais répertorié sur notre planète.L\u2019impact aurait alors été assez puissant pour perforer la croûte terrestre et permettre l\u2019extrusion de magma en provenance du manteau terrestre.Les chercheurs de l\u2019OGC s\u2019affairent actuellement à établir la limite d\u2019influence du métamorphisme de choc responsable de ces microstructures planaires.Cette découverte représente une avancée majeure en planétologie et en géologie appliquée.Qu\u2019est-ce qu\u2019un astroblème?Un astroblème est une cicatrice de l\u2019écorce terrestre résultant de la chute d\u2019un corps céleste.La forme et la dimension de cette cicatrice dépendent de la dimension, de la densité, de la vitesse et de l\u2019angle d\u2019arrivée du bolide, et également du milieu physique sur lequel il a impacté.Une météorite, de 50 m de diamètre par exemple, qui percuterait le centre de l\u2019océan Pacifique n\u2019aurait pas le même effet que si elle percutait l\u2019Île d\u2019Orléans.Charlevoix : fenêtre sud du Plan Nord L\u2019astroblème de Charlevoix est la cicatrice d\u2019un impact météoritique survenu il y a environ 350 millions d\u2019années.Cette empreinte laissée par l\u2019impact d\u2019un corps céleste s\u2019observe depuis Baie-Saint-Paul jusqu\u2019à La Malbaie et à l\u2019intérieur des terres de Charlevoix.Cette catastrophe a façonné le paysage montagneux de cette région.L\u2019OGC mettra cet astroblème en valeur en créant le Géoparc de Char- levoix et le Musée de la Terre à des fins de recherche et de vulgarisation scientifiques.L\u2019OGC prétend que l\u2019astroblème de Charlevoix deviendra l\u2019école par excellence pour les géologues qui souhaitent réellement contribuer à la mise en œuvre du Plan Nord.Faciles d\u2019accès, les affleurements rocheux de Charlevoix sont des outils pédagogiques indispensables pour la mise en valeur du sous-sol québécois.Les astroblèmes du Québec : une richesse collective Plusieurs astroblèmes prouvés et postulés ont été identifiés par l\u2019OGC comme étant une source potentielle de développement scientifique et économique pour le Québec.C\u2019est pourquoi il a été résolu de soumettre un mémoire lors de la consultation publique du MDDEP (Ministère du Dévelopement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs) relativement au Plan Nord.DES CHERCHEURS DE L\u2019OBSERVATOIRE DE LA GÉOSPHÈRE DE CHARLEVOIX (OGC) ONT DÉCOUVERT DANS LES MONTS OTISH LES TRACES D\u2019UNE CATASTROPHE PLANÉTAIRE SURVENUE IL Y A 2,1 MILLIARDS D\u2019ANNÉES.Le Québec en lice pour le plus grand astroblème jamais répertorié sur la Terre PUBLIREPORTAGE ©Groupe Omégalpha Inc.POUR EN SAVOIR PLUS www.observatoiregeospherecharlevoix.org Carte modifiée du ©MRNF LES RICHES TRICHENT! La moralité serait-elle inversement proportionnelle à la grosseur du compte en banque?Oui, si l\u2019on en croit une étude publiée en février dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).À l\u2019issue de sept expériences différentes, les chercheurs de l\u2019université de Californie à Berkeley et de l\u2019université de Toronto en sont arrivés à une conclusion qui ne surprendra peut-être pas tout le monde : plus un individu a un statut social élevé, plus il est enclin à agir de manière non éthique.Ainsi, les automobilistes les plus riches ont davantage tendance à transgresser le code de la route et à ne pas respecter les piétons.Au cours de la dernière expérience, 200 personnes ont été invitées à prendre part à un jeu virtuel de lancer de dés.À la clé pour les meilleurs?Une récompense en argent.Ce que les cobayes ne savaient pas, c\u2019est que les dés étaient pipés, et que le résultat ne pouvait pas dépasser 12 points.Plusieurs ont pourtant affirmé avoir atteint un score supérieur à 12 (en forte majorité les plus fortunés!).Pas de doute : davantage que le sexe, l\u2019orientation politique, l\u2019âge ou la religion, c\u2019est le statut social qui est le plus prédictif de la tricherie.Explication des chercheurs?Les nantis ne perçoivent pas forcément la cupidité comme un défaut.Une étude qui pourrait éclairer différemment les récents scandales qui ont secoué la finance mondiale! 16 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 > ACTUALITÉS > Tout compte fait 17C\u2019est le nombre d\u2019indices nécessaires pour qu\u2019une grille de sudoku de 9 cases de côté puisse être résolue! Si la grille contient moins de 17 cases remplies, il y a plusieurs solutions possibles, selon Gary McGuire et son équipe de mathématiciens du Trinity College de Dublin, en Irlande.Cette conclusion peut paraître triviale, mais il aura fallu l\u2019équivalent de 7millions d\u2019heures de calcul effectuées par des superordinateurs pour y parvenir.Et pour cause, il y a 6671milliards de milliards de configurations de grilles possibles.En moyenne, les sudokus publiés dans les journaux comptent 20 à 25 indices.Avec seulement 17 chiffres, qui relèvera le défi?MONSANTO CONDAMNÉ En février dernier, le géant états-unien des pesticides Monsanto a été reconnu responsable par un tribunal français de l\u2019intoxication d\u2019un agriculteur.Aujourd\u2019hui invalide, il avait inhalé en 2004 des vapeurs de Lasso, un désherbant puissant, en ouvrant la cuve d\u2019un pulvérisateur.Rapidement pris de nausées et de vertiges, l\u2019homme a ensuite souffert de graves troubles neurologiques dus à la persistance de solvant et de chlore dans son organisme.Si sa dangerosité est connue depuis les années 1980, le Lasso n\u2019a été interdit qu\u2019en 2004, au Canada, et en 2007 en France.Ce jugement, qui pourrait faire jurisprudence, marque un tournant dans la reconnaissance des victimes de pesticides.Solution en page 46 DU CO2 SIX PIEDS SOUS TERRE Comment «éliminer» le dioxyde de carbone produit par les usines pour éviter sa diffusion dans l\u2019atmosphère?En l\u2019enfouissant profondément \u2013 et définitivement \u2013 sous terre.C\u2019est ce que proposent les chercheurs du Midwest Geological Sequestration Consortium (MGSC) qui ont commencé, en novembre dernier, à injecter du CO2 à 2 100 m sous la ville de Decatur, en Illinois.D\u2019ici 3 ans, 1 million de tonnes captées à la sortie d\u2019une usine de production d\u2019éthanol devraient ainsi être séquestrées sous la forme d\u2019un liquide dense dans le grès souterrain poreux.Le comportement et l\u2019évolution de ce fluide sera surveillé par de nombreux capteurs et par des techniques d\u2019imagerie géophysique, une «échographie» du sous-sol! Si tout fonctionne bien, les chercheurs estiment que ce réservoir géologique pourrait stocker jusqu\u2019à 151 milliards de tonnes de carbone.F R E F O N Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 17 a mondialisation ne concerne pas que les humains.Les maladies qui touchent habituellement les animaux domestiques, dont le chat, affectent désormais les mammifères marins.C\u2019est ce qu\u2019ont observé des biologistes sur la côte ouest de l\u2019Amérique du Nord, après avoir étudié les carcasses de 5 000 phoques, dauphins et loutres de mer, entre 1998 et 2010.Ils tirent aujourd\u2019hui la sonnette d\u2019alarme.«Le développement urbain et l\u2019agriculture extensive près des côtes contribuent à la contamination des mammifères marins par des parasites comme Toxoplasma gondii», explique Stephen Raverty, vétérinaire au Centre de la santé animale au ministère de l\u2019Agriculture de la Colombie-Britannique.Ce parasite, responsable de la toxoplasmose, infecte 25% des humains (sans causer de symptômes) et est transmis par les chats.«Un seul chat peut libérer 100 millions d\u2019œufs de Toxoplasma dans ses excréments, indique Michael Grigg, chercheur au Marine Mammal Research Unit à l\u2019université de la Colombie-Britannique, et ces œufs peuvent survivre de deux à cinq ans dans l\u2019environnement.» Les eaux de pluie entraînent ensuite ces parasites vers l\u2019océan, où ils peuvent infecter les coquillages, les phoques et les loutres de mer, chez qui ils provoquent une inflammation fatale du cerveau.Les chercheurs retrouvent aussi, chez ces animaux, des pathogènes identiques à ceux qui infectent les opossums et les ratons laveurs.En plus, ils ont récemment identifié le premier cas de loutre infectée par Neospora caninum, un parasite qui cause des avortements spontanés chez les vaches et chèvres d\u2019élevage, et des troubles musculaires chez les chiens.«Nous observons ce phénomène de la Californie jusqu\u2019à Vancouver, mais c\u2019est un problème mondial qui s\u2019amplifie», avertit Michael Grigg.D\u2019autant que ces animaux fragiles sont également menacés par la pollution chimique et les cyanobac- téries, elles aussi générées par l\u2019activité humaine.Les chercheurs estiment qu\u2019il faut agir vite, en cessant notamment de bétonner les côtes et de détruire les marais, ces zones «tampons» qui dépolluent naturellement les eaux de pluie.Quant aux 100 millions de chats nord-américains, inutile de s\u2019en débarrasser.«Mais il serait temps de mettre au point un vaccin contre la toxoplasmose», souligne Michael Grigg.QS Les parasites et agents pathogènes qui infectent les humains, les chats, les chiens et les animaux de ferme causent de plus en plus de ravages dans les écosystèmes marins.Par Marine Corniou Nos chats rendent les phoques malades L Toxoplasma gondii, un parasite transmis par les chats aux humains, attaque maintenant les mammifères marins.Chez les phoques, les dauphins ou les loutres, ils causent une inflammation fatale du cerveau.A N D R E W T R I T E S 18 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 es enfants cloués à leur lit d\u2019hôpital, au CHU Sainte-Justine, à Montréal, pourront bientôt s\u2019évader grâce à un habile simulacre.Les experts de la Société des arts technologiques (SAT), à Montréal, testent en effet un nouveau dispositif technologique \u2013 la réalité virtuelle immersive \u2013 pour aider les enfants malades, sinon à guérir, du moins à atténuer leur souffrance.Dans les locaux de la SAT, les techniciens ont reproduit une chambre d\u2019hôpital dont ils peuvent faire varier le décor.Cette fois, c\u2019est un environnement polaire qui est simulé.Les murs sont blancs et la banquise bleutée miroite.Cette illusion est réalisée grâce à la technique du «vidéo mapping».Les objets et les murs ont été modélisés, et des projecteurs sont installés à divers endroits pour transformer la pièce à l\u2019aide d\u2019images vidéo sur les murs et les meubles.Cela est rendu possible grâce à la collaboration entre le Living Lab ou «laboratoire vivant», de la SAT, et le CHU Sainte-Justine.À l\u2019hôpital, les médecins sont en train de tester l\u2019environnement polaire auprès d\u2019enfants grièvement brûlés.Un autre jeune préférera l\u2019illusion de la chute d\u2019eau qui coule en continu jusque sur le lit.Car l\u2019idée n\u2019est pas simplement de distraire les petits patients.L\u2019innovation a aussi des visées thérapeutiques.Ainsi, les spécialistes en programmation et en projection vidéo ont longuement discuté avec les professionnels de Sainte-Justine pour évaluer la manière dont ces technologies pourraient aider les enfants.Sept équipes collaborent ainsi pour intégrer cette nouveauté à leur pratique : le département d\u2019humanisation des soins, de psychiatrie, du soulagement de la douleur, de l\u2019oncologie, le Centre eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT Mon avatar à l\u2019hôpital! Un nouvel usage des technologies numériques pourrait aider les enfants hospitalisés à mieux vivre avec leur maladie.Par Viviane Desbiens L En arrière-plan, le Marionnect, un dispositif ludique qui permet de communiquer avec les enfants souffrant d\u2019autisme.En avant-plan, Patrick Dubé, coordonnateur du laboratoire vivant de la SAT, à Montréal.P H I L I P P E J A S M I N ACTUALITÉS L\u2019AUTRE PLANÈTE «BLEUE» La Terre n\u2019est plus la seule planète bleue de l\u2019Univers.Une équipe de chercheurs du Harvard- Smithsonian Center for Astrophysics, aux États-Unis, vient d\u2019établir que la planète extrasolaire GJ 1214b, découverte en 2009, et située à 42 années-lumière, est essentiellement composée d\u2019eau.En raison des conditions \u2013 forte pression et température élevée \u2013 qui prévalent sur cette planète, les chercheurs croient que l\u2019eau y est présente sous des formes qui n\u2019existent pas sur Terre : glace chaude, eau superfluide.La signature spectrale de l\u2019exoplanète, obtenue grâce au télescope spatial Hubble démontre que son atmosphère contiendrait aussi une grande quantité de vapeur d\u2019eau.Ce sont bien sûr les Français qui ont inventé ce mot.L\u2019iPhoneographie est l\u2019art de prendre des photos avec un iPhone.Alors que la technologie des téléphones mobiles ne cesse de s\u2019améliorer, on peut désormais réaliser d\u2019excellentes images avec de tels appareils.Photographes professionnels et amateurs s\u2019en sont aperçus, et certains sont déjà passés maîtres dans ce nouvel art.On peut découvrir quelques beaux clichés sur le site iphoneographie.com.IPHONEOGRAPHIE MOT DE SCIENCE Vue conceptuelle de la planète d\u2019eau, située à 42 années-lumière.de réadaptation mère-enfant, mais aussi le service de formation et celui de promotion de la santé auprès du personnel.«La réalité virtuelle immersive a été un peu utilisée pour traiter les troubles alimentaires, mais c\u2019est pratiquement tout», mentionne la docteure Patricia Garel, directrice du département de psychiatrie.En imitant l\u2019environnement de l\u2019enfant, la chambre à réalité virtuelle immersive facilite les transitions entre la maison et l\u2019hôpital, et contribue ainsi à diminuer l\u2019anxiété.Mais elle soulage aussi la douleur en provoquant une illusion co - gnitive qui agit sur les perceptions de l\u2019enfant.«C\u2019est le même principe que celui qui est à l\u2019œuvre dans la relaxation, le contrôle de la respiration et la visualisation.Ces méthodes permettent à un sujet entraîné de contrôler sa tolérance à la douleur.On fait l\u2019hypothèse que le contex - te extérieur peut aider ces processus, en particulier chez l\u2019enfant», explique la docteure Garel.Un autre dispositif, le «Marionnect», pourra être utilisé pour adoucir la vie de petits patients atteints d\u2019autisme ou du syndrome d\u2019Asperger.Comme ces enfants ont de la difficulté à interagir avec les autres, ils refusent souvent de se confier aux thérapeutes.Mais ils sont beaucoup plus en confiance avec un avatar qu\u2019ils choisissent eux-mêmes, ont constaté les médecins.«Il est important que l\u2019enfant ait un sentiment de contrôle», explique la docteure Garel.Dans une pièce voisine, c\u2019est en fait le thérapeute qui dirige l\u2019avatar grandeur nature sur l\u2019écran.Un personnage avec une voix que l\u2019enfant tolère bien, lui que les bruits agressent souvent.Au département de physiothérapie, on veut utiliser Marionnect pour motiver les petits malades à faire leurs exercices et les amener à aller plus loin dans leur réhabilitation.«Ces dispositifs technologiques ont pour but de créer une expérience positive, malgré l\u2019hospitalisation.Les enfants sont habitués au monde numérique et répondent donc bien aux technologies qu\u2019on leur présente», mentionne Patrick Dubé, coordonnateur du laboratoire vivant.Un beau cadeau pour tous ces petits qui souffrent.QS Avril ~ Mai 2012 | Québec Science19 C F A / D A V I D A G U I L A R ous les bannières des Canadiens, les cinq lits pliants installés au centre du Forum de Montréal par Héma-Québec donnent à l\u2019endroit les allures d\u2019un campement de fortune.Pourtant, il suffira de moins d\u2019une heure pour que les 25 organisateurs dépêchés sur place par Héma-Québec transforment cet ancien temple du hockey en un site de collecte de sang en opération.Fauteuils de repos, paravents délimitant des espaces intimes pour les entretiens médicaux, boissons et collations, atelier d\u2019emballage et d\u2019expédition des poches de sang, tout y est.Il ne manque que les donneurs.«C\u2019est souvent calme le matin, mais à l\u2019heure du dîner, il y a plus de monde», se rassure Pierre Délisle, bénévole pour Héma-Québec.En fin de matinée, 27 hommes et femmes de tous âges et de toutes origines se seront présentés.C\u2019est encourageant, mais on est encore loin de l\u2019objectif de 100 dons que s\u2019est fixé l\u2019équipe, ce jour-là.Jessica, 20 ans, les cheveux bleus et l\u2019air faussement assuré, «donne» pour la première fois.Elle est accompagnée d\u2019autres étudiants du collège Dawson, situé à deux pas de là.Il y a aussi les habitués qui affichent fièrement 15 ou 20 dons au compteur.On les reconnaît à l\u2019aisance avec laquelle ils circulent 20 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 DU SANG POUR TO U S P H O T O S : O L I V I E R J E A N sur le site, comme cet homme pressé qui a «casé» son don entre deux réunions de travail.Quant au bénévole Pierre Dé- lisle, il donne son sang depuis 1968.«J\u2019ai fait plus de 100 dons, et j\u2019ai été appelé cette semaine pour donner mes plaquettes.» Ces cellules responsables de la coagulation du sang ont une durée de vie en dehors de l\u2019organisme qui ne dépasse pas cinq jours.Héma-Québec doit donc souvent contacter les donneurs un à un pour pouvoir répondre rapidement aux besoins des hôpitaux.Victimes d\u2019accidents de la route, patients ayant perdu trop de sang lors d\u2019une opération ou d\u2019un accouchement, ou atteints de maladies chroniques, environ 80 000 Québécois ont, chaque année, recours aux trans fusions de sang « frais» pour oxygé ner leurs organes.Leur survie dépend entièrement de la générosité de leurs compatriotes, qui répondent présents aux collectes orga - nisées aux quatre coins du Québec.«Avec le vieillissement de la population et l\u2019augmentation de la fréquence de certains cancers, la demande en sang croît de 3% chaque année, précise Laurent-Paul Ménard, directeur des communications chez Héma-Québec.Il nous faut 1 000 dons par jour dans la province, mais pas plus, car les produits ne se conservent pas longtemps.» Une Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 21 O US, TOUT LE TEMPS Partout dans le monde, des scientifiques cherchent le moyen de pouvoir offrir aux malades du sang universellement compatible, exempt de toute contamination virale ou bactérienne.Des recherches récentes, au Québec et ailleurs, redonnent l\u2019espoir d\u2019y parvenir enfin.Par Marine Corniou Dans les laboratoires d\u2019Héma-Québec, à Montréal, on prépare des plaquettes obtenues à partir du sang des donneurs.Elles sont examinées pour dépister la présence éventuelle de bactéries pathogènes. logistique complexe, à laquelle doivent faire face tous les pays, plus de 90 millions de poches de sang étant transfusées chaque année dans le monde.Au Québec, on effectue une transfusion toutes les 80 secondes.Cette méthode de collecte peut sembler fastidieuse, un brin anachronique à l\u2019heure où la science accomplit de véritables prouesses.Pour l\u2019instant, il n\u2019existe pourtant aucun autre moyen d\u2019obtenir des globules rouges, des plaquettes ou du plasma \u2013 la partie liquide du sang \u2013, qu\u2019en les prélevant chez un donneur.our s\u2019affranchir de ce système, les chercheurs essaient depuis les années 1950 de trouver des substituts artificiels au précieux liquide vital.Jusqu\u2019à récemment, peu de tentatives avaient suscité de véritable espoir, mais une équipe française vient de publier les résultats d\u2019une étude qui pourraient changer la donne et reléguer le don de sang aux oubliettes.Luc Douay, chef du laboratoire d\u2019hématologie à l\u2019hôpital Armand-Trousseau, à Paris, et son équipe ont en effet réussi à «cultiver» des globules rouges en incubateur, comme on ferait pousser des plantes dans une pépinière.«La \u201crecette\u201d consiste d\u2019abord à prélever chez une personne des cellules souches de sang, capables de donner naissance à tous les types de cellules sanguines, explique Luc Douay.On les fait ensuite se multiplier en laboratoire.Enfin, on les expose à un cocktail d\u2019hormones et de facteurs de croissance, dont l\u2019érythropoïétine, qui les forcent à se différencier en globules rouges en quelques jours.» Pour tester le bon fonctionnement de ces cellules, les chercheurs en ont injecté 10 milliards (l\u2019équivalent de 2 ml de sang) à un volontaire.Les résultats, publiés en septembre dernier dans la revue Blood, ont été repris par les médias du monde entier.Les globules rouges, repérables grâce à un marquage au chrome radioactif, ont survécu et se sont comportés tout à fait normalement, transportant l\u2019oxygène sans se démarquer de leurs semblables naturels.«Notre équipe sait produire des globules rouges en laboratoire depuis 2005 chez l\u2019humain, mais c\u2019est la première fois qu\u2019on démontre leur potentiel clinique, c\u2019est-à-dire leur utilité en transfusion», ajoute fièrement Luc Douay.Pour cette grande première, les scientifiques ont pratiqué une «autotrans - fusion» .Les cellules souches ont été prélevées chez une personne à qui on a ensuite réinjecté les globules rouges cultivés.On voulait ainsi éviter tout risque de rejet.Mais le but ultime des chercheurs est plus ambitieux.Ils espèrent un jour constituer une «banque» de cellules souches qui permettrait de produire des globules rouges de tous les groupes sanguins sur demande.Encore faut-il pouvoir s\u2019approvisionner en cellules souches.u Centre de médecine régénérative de l\u2019université d\u2019Édimbourg, en Écosse, l\u2019équipe de Marc Turner suit le même protocole que Luc Douay, mais avec des cellules souches issues d\u2019embryons surnuméraires obtenus par procréation médicalement assistée.«Cela fonctionne bien, mais il y a des enjeux éthiques à considérer», commente Luc Douay.Pour l\u2019avenir, son équipe préfère donc se tourner vers le sang de cordon, prélevé chez les nouveau-nés, et qui regorge de cellules souches.«Avec un seul cordon ombilical, on pourrait théoriquement produire 100 poches de globules rouges», ajoute le chercheur, qui espère obtenir des résultats d\u2019ici 2 ans.N\u2019empêche, l\u2019approvisionnement en cordons repose toujours sur des dons volontaires, difficiles à organiser.D\u2019où l\u2019idée de plusieurs équipes d\u2019explorer une troisième piste, celle des cellules souches pluripotentes induites (IPS, en anglais), qui proviennent de n\u2019importe quelles cellules adultes différenciées \u2013 de peau, par exemple.En y insérant certains gènes à l\u2019aide de virus inactivés, il est possible d\u2019«effacer» leur identité et d\u2019en faire des cellules indifférenciées, dotées des mêmes propriétés que les cellules souches embryonnaires.On peut ensuite les transformer en n\u2019importe quel type cellulaire, du neurone à la cellule de foie, de cœur ou de sang.«En 2010, nous avons réussi à obtenir des globules rouges à partir d\u2019IPS.L\u2019avantage principal est qu\u2019il s\u2019agit 22 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Luc Douay, à Paris, et son équipe de l\u2019hôpital Armand-Trousseau ont réussi à cultiver des globules rouges à partir de cellules souches.Ils les ont transfusés à un receveur avec succès fin 2011.Cela augure-t-il la fin des dons de sang?A AVEC UN CORDON OMBILICAL, ON POURRAIT THÉORIQUEMENT PRODUIRE 100 POCHES DE GLOBULES ROUGES.D R P d\u2019une source intarissable, et que le donneur peut être choisi en fonction de son groupe sanguin», précise Luc Douay.Le malade pourrait lui-même fournir les cellules initiales, histoire d\u2019obtenir des globules parfaitement compatibles.Un avantage de taille quand on sait qu\u2019il existe 32 systèmes de groupes sanguins et environ 300 variants! «Tout le monde connaît le système ABO et le Rhésus, positif ou négatif, mais ce ne sont pas les seuls marqueurs présents à la surface des globules rouges», explique le docteur Marc Germain, vice-président des affaires médicales chez Héma-Québec.Il y a aussi le système Kell, le Duffy, le Kidd, etc.Ces marqueurs, ou antigènes, sont autant de petits «drapeaux» présents sur les globules rouges de chacun d\u2019entre nous et qui définissent leur carte d\u2019identité biologique.Lorsqu\u2019on transfuse un malade, son système immunitaire repère les «drapeaux» étrangers et produit des anticorps pour combattre ces intrus.Lors des transfusions ultérieures, ces anticorps peuvent détruire massivement les globules rouges étrangers, rendant la procédure inefficace et potentiellement toxique, voire mortelle.«Il est obligatoire que le donneur et le receveur appartiennent aux mêmes groupes ABO et Rhésus, car ce sont ceux qui déclen - chent les réactions immunitaires les plus fortes.Dans la majorité des cas, les médecins ne se préoccupent que de ces deux groupes.Mais lorsqu\u2019une personne reçoit de nombreuses transfusions, elle finit par posséder des anticorps contre de nombreux autres systèmes sanguins, par exemple le Kell, puis le Duffy.Ainsi, la liste des anticorps s\u2019allonge et la compatibilité diminue», indique Marc Germain.Stéphane Raymond en sait quelque chose.Cet homme de 35 ans est atteint depuis sa naissance d\u2019anémie falciforme, une maladie génétique qui déforme et détruit massivement les globules rouges.Toute sa vie s\u2019est organisée autour des transfusions, reçues au rythme de deux par mois à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Ro- semont, à Montréal.Des rendez-vous vitaux, indispensables pour lutter contre l\u2019anémie, la fatigue et l\u2019essoufflement.«Mais, à force de recevoir du sang, mon organisme a accumulé trop de fer», ex- plique-t-il.Depuis 2005, il doit donc subir des échanges transfusionnels une fois par mois.Il reçoit le sang d\u2019un donneur, mais on lui enlève simultanément la quasi totalité de ses propres globules rouges, afin de ne pas faire augmenter le taux de fer (un constituant essentiel des globules rouges).Ce traitement lui permet pour l\u2019instant de supporter sa maladie sans trop de fatigue, et d\u2019éviter les terribles crises de douleur que peuvent causer les globules rouges déformés lorsqu\u2019ils se Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 23 DE QUOI EST FAIT LE SANG?Sous son aspect lisse et uniformément rouge, le sang est composé de plusieurs éléments tous aussi indispensables les uns que les autres.Voici les éléments «transfusables».C\u2019est la partie liquide du sang, il représente 55% de son volume.Composé principalement d\u2019eau, il est riche en protéines, notamment en albumine et en facteurs de coagulation.Il est utilisé soit en transfusion (pour les grands brûlés ou les victimes d\u2019hémorragies massives), soit pour en extraire les protéines destinées au traitement de l\u2019hémophilie, par exemple.Congelé, il peut se conserver un an.Aussi appelés érythrocytes ou hématies, ils contiennent une protéine, l\u2019hémoglobine, qui transporte l\u2019oxygène depuis les poumons jusqu\u2019aux tissus.En retour, les globules rouges captent le gaz carbonique rejeté par les tissus pour l\u2019éliminer par les voies respiratoires.Ces cellules constituent 80% des produits sanguins transfusés et se conservent 42 jours au réfrigérateur.Elles interviennent dans la coagulation du sang et permettent d\u2019arrêter les hémorragies.Elles sont transfusées aux personnes qui ne peuvent les fabriquer (dans les cas de leucémie, de greffes de moelle osseuse ou de chimiothérapie).Une fois séparées des globules rouges et du plasma, les plaquettes sont conservées à température ambiante en étant agitées en permanence pour éviter qu'elles ne s\u2019agglutinent.La transfusion de plaquettes peut également être nécessaire lors de certaines interventions chirurgicales lourdes.Leur durée de vie n\u2019est que de cinq jours.Le plasma Les globules rouges Les plaquettes Le plasma peut se conserver presque un an s\u2019il est congelé. bloquent dans les vaisseaux sanguins.«Mais j\u2019ai développé des anticorps contre le sang des donneurs.À chaque échange transfusionnel, je peux faire une réaction fatale si le sang n\u2019est pas assez compatible», ajoute-t-il.Or, ces traitements exigent chaque fois la transfusion de six à huit poches de sang provenant de donneurs différents.Une personne ne peut donner que six fois par an, et le sang ne se conserve pas.«Pour choisir du sang ressemblant le plus possible à celui du receveur, Héma- Québec doit faire des analyses poussées pour tester la compatibilité de quatre ou cinq marqueurs sanguins, en plus du groupe ABO et du Rhésus», explique le docteur Marc Germain.Pas facile.D\u2019autant moins que l\u2019anémie falciforme, qui est l\u2019une des maladies génétiques les plus fréquentes au monde, touche presque uniquement les populations noires, et que la majorité des donneurs québécois sont blancs.«Pour des raisons évidentes, il y a une meilleure compatibilité sanguine entre deux Noirs qu\u2019entre un Blanc et un Noir», explique Wilson Sanon, le président de l\u2019Association d\u2019anémie falciforme du Québec (AAFQ).Lui-même d\u2019origine haïtien ne, il essaie de recruter des donneurs dans sa communauté pour éviter les situations de pénurie.L\u2019an dernier, une jeune femme membre de son association, Vanessa, 25 ans, a failli se trouver dans ce que les médecins appellent une impasse transfusionnelle.«Elle n\u2019était compatible qu\u2019avec un seul donneur dans l\u2019ensemble du Québec, et elle a fini par développer des anticorps contre son sang.Nous avons lancé un appel pour trouver un nouveau donneur compatible au Canada et aux États-Unis.Sans succès.Finalement, c\u2019est en France que nous avons déniché la perle rare», raconte Wilson Sanon.our ces malades, le sang «sur mesure» fabriqué en laboratoire offre de l\u2019espoir.«Les patients qui ont des groupes sanguins très rares et ceux qui reçoivent des transfusions régulières représentent 3% à 4% des personnes transfusées», rappelle Luc Douay.Ces globules rouges cultivés pourraient aussi constituer une source sécuritaire pour les pays dont le système de don n\u2019est ni aussi bien organisé ni aussi fiable que le nôtre.Sauf que nous sommes encore loin de pouvoir compter sur les cellules souches pour remplir tous les besoins.D\u2019abord, tous les constituants du sang ne peuvent pas être aussi facilement cultivés que les globules rouges.Les plaquettes, notamment, donnent du fil à retordre aux chercheurs.«Nous avons réussi à obtenir des plaquettes à partir de cellules souches de sang de cordon, mais le rendement est très faible et seule une minorité d\u2019entre elles sont fonctionnelles, c\u2019est-à-dire capables de s\u2019agréger pour coaguler», explique Nicolas Pineault, 24 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 P 1 Première étape et non la moindre : on prélève le sang d\u2019un donneur.DU DONNEUR AU RECEVEUR Avant d\u2019être transfusé, le sang d\u2019un donneur suit tout un parcours.Les locaux d\u2019Héma-Québec de l\u2019arrondissement Saint-Laurent, à Montréal, ressemblent à une véritable ruche où s\u2019affairent des dizaines de techniciens.Jour et nuit, 365 jours par année, entre le don et la transfusion, des centaines de poches de sang transitent dans les 2 grands laboratoires.Ils réceptionnent les poches arrivant par camion ou par avion de toute la province et les préparent pour l\u2019expédition vers les hôpitaux.«On ne peut pas se permettre qu\u2019il y ait un seul jour sans production de sang», explique Caroline Fortin, superviseure des analyses réglementaires chez Héma-Québec.Avant d\u2019être transfusé à un malade, le sang doit être soigneusement préparé.Il est débarrassé de ses globules blancs par filtration pour éviter les réactions immunitaires.«Il faut ensuite recueillir tous les constituants en centrifugeant les poches, pour séparer les globules rouges, les plaquettes et le plasma», explique Etienne Fissette, chef de la production.En parallèle, un échantillon de chaque don est envoyé au laboratoire de qualification.Le but?Définir le groupe sanguin du donneur, s\u2019assurer de l\u2019absence de bactéries, de parasites, de virus et de certains anticorps anormaux pouvant provoquer des réactions.Ce n\u2019est qu\u2019une fois ces étapes franchies, généralement en moins de 24 heures, que les produits sanguins reçoivent l\u2019approbation finale et sont expédiés vers les hôpitaux, en fonction des commandes.2 3 4 1 P H O T O S : O L I V I E R J E A N chercheur chez Héma-Québec et professeur associé au département de biochimie et microbiologie de l\u2019Université Laval.Quant aux globules rouges, leur fabrication est encore balbutiante.«Le volontaire qui s\u2019est prêté à notre étude a reçu l\u2019équivalent de 2 ml de sang, alors qu\u2019une transfusion classique nécessite en moyenne 400 ml, indique Luc Douay.Notre prochain défi est donc de réussir à produire ces globules rouges à l\u2019échelle industrielle, de façon automatique, dans des bioréac- teurs.» Une prouesse que l\u2019équipe espère relever d\u2019ici cinq ans.«Si c\u2019est un succès, et si les essais cliniques sont concluants, on serait à l\u2019abri d\u2019une pénurie des dons, par exemple en cas d\u2019épidémie, et on pourrait garantir la stérilité absolue du produit», ajoute Gilles Delage, vice-président aux affaires médicales en microbiologie à Héma- Québec.Depuis la terrible affaire du sang contaminé, qui a touché tous les pays dans les années 1980, les établissements chargés de la distribution du sang vivent dans la crainte d\u2019une nouvelle épidémie.Entre 1985 et 1993, près de 1 100 Canadiens ont été infectés par le virus du sida à la suite d\u2019une transfusion sanguine, et 20 000 ont contracté l\u2019hépatite C.Aujourd\u2019hui, dans les laboratoires d\u2019Héma-Québec, la vigilance est extrême.«Pour chaque don, nous effectuons une douzaine de tests bactériens et virologiques », explique Nathalie Rousselle, chef des analyses réglementaires chez Héma-Québec.En plus du VIH, on dépiste les virus des hépatites, du Nil occidental et les agents causant la syphilis, ou la maladie de Chagas chez les donneurs d\u2019origine sud-américaine, et d\u2019autres encore.Ces tests, effectués nuit et jour, représentent une véritable course contre la montre, puisqu\u2019il s\u2019écoule rarement plus de 24 heu res entre l\u2019arrivée d\u2019une poche de sang et sa livraison aux hôpitaux (voir l\u2019enca dré en page 24).«Nous ne sommes toutefois pas à l\u2019abri de l\u2019émergence d\u2019un nouveau virus ou parasite, estime Gilles Delage.Au cours des 10 dernières années, nous avons vu apparaître le virus du Nil occidental, qui n\u2019existait pas en Amérique du Nord jusqu\u2019en 1999, et il y en aura sûrement d\u2019autres dans les années à venir.» \u2019est aussi ce que craint Thomas Ming Swi Chang, directeur du Centre de recherche sur les cellules artificielles de l\u2019Université McGill, à Montréal.Dans son petit bureau, au milieu du fouillis d\u2019un laboratoire à l\u2019allure obsolète, il tente lui aussi, depuis plus de 50 ans, de mettre au point un substitut sanguin efficace.L\u2019aspect modeste de son lieu de travail est trompeur, car ce scientifique est célèbre dans le monde entier pour avoir fabriqué la première cellule entièrement artificielle, en 1957! Dans sa chambre d\u2019étudiant, à l\u2019aide de matériel improvisé, notamment d\u2019atomiseurs de parfum, il avait créé une poche de plastique per - méable de 1 mm de diamètre, capable de transporter l\u2019oxygène presque aussi efficacement qu\u2019un globule rouge, mais malheureusement trop grosse pour pouvoir circuler dans les vaisseaux.«J\u2019étais jeune, je voulais faire quelque chose de nouveau», explique-t-il avec une timidité surprenante pour un homme qui a été deux fois candidat au prix Nobel, officier de l\u2019Ordre du Canada en 1991 et élu meilleur «mcgil- lien» en 2011, à presque 80 ans.Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 25 AU QUÉBEC, ON COMPTE 295000 DONNEURS ACTIFS QUI FONT EN MOYENNE 1,66 DON PAR ANNÉE, POUR ENVIRON 80000 RECEVEURS.2 3 4 C Chaque poche contenant le sang prélevé est passée à la centrifugeuse, afin de séparer les globules rouges des plaquettes et du plasma, qui seront stockés et transfusés séparément.Les globules blancs sont éliminés par filtration.Après une première centrifugation, cette machine sépare le plasma des globules rouges de manière entièrement stérile, sans avoir à ouvrir les poches.Question de vérifier la qualité, un tube de sang est prélevé séparément, au moment du don, afin d'être testé en laboratoire.Chaque échantillon est soigneusement étiqueté. Menant de nombreux projets de recherche au cours de sa carrière, notamment sur le rein artificiel, ce médecin n\u2019a jamais cessé de poursuivre son rêve, créer un globule rouge synthétique afin de sauver des vies dans les situations où la transfusion est impossible.«C\u2019est le cas dans les zones sinistrées ou les zones de guerre.En 2008, lors du terrible tremblement de terre qui a secoué la province du Sichuan, en Chine, les secours ne pouvaient pas se rendre sur place pour amener les victimes à l\u2019hôpital.Les gens mouraient faute d\u2019être transfusés, souligne-t-il.Même ici, à Montréal, il faut parfois une heure ou deux avant qu\u2019un accidenté de la route soit amené à l\u2019hôpital, que son groupe sanguin soit testé et qu\u2019il puisse recevoir du sang.» C\u2019est au début des années 1970 que le chercheur parvient à mettre au point un traitement à base d\u2019hémoglobine, ce pigment contenu dans les globules rouges et auquel se fixe l\u2019oxygène.En éliminant le globule rouge lui-même et sa membrane, il annihile ainsi tout problème de compatibilité.D\u2019autres chercheurs lui emboîtent le pas, notamment aux États-Unis.Mais il faudra attendre les années 1990 et l\u2019émergence du sida pour que la communauté scientifique commence à s\u2019intéresser à ses travaux.Les besoins en substituts sanguins sécuritaires deviennent si criants que l\u2019hémoglobine de Chang suscite soudain l\u2019intérêt de l\u2019industrie biotechno- logique.«Lorsqu\u2019on administre cette hé mo globi ne à une souris qui a perdu les deux tiers de son sang, elle récupère aussi bien qu\u2019avec une transfusion classique», explique-t-il.Après quelques essais cliniques, plusieurs laboratoires s\u2019emparent du remède.En 2000, l\u2019Afrique du Sud commercialise ainsi Hemopure, que la Russie vient de mettre à son tour sur le marché.Mais en Amérique du Nord et en Europe, les essais cliniques, dont un mené en 2008 aux États-Unis sur 590 patients avec le produit PolyHeme, ne convainquent pas les autorités de santé.La raison?Trop d\u2019effets indésirables.«Lors de cet essai, l\u2019administration, en urgence, d\u2019hémoglobine à des blessés a sauvé des vies, mais on a observé un risque légèrement accru de crise cardiaque, 3% au lieu de 0,6% dans le groupe témoin», explique Chang.En plus de transporter l\u2019oxygène vers les cellules, les globules rouges naturels ont pour rôle d\u2019éliminer les radicaux libres, ces déchets qui endom ma gent les tissus.Or, l\u2019hémoglobine pure ne remplit pas cette mission, et les radicaux libres s\u2019accumulent, augmentant le risque d\u2019accidents cardiaques.Le chercheur ne se décourage pas pour autant.Il travaille aujourd\u2019hui sur une nouvelle génération d\u2019hémoglo bine, qu\u2019il combine chimiquement à des enzymes capables de détruire les radicaux libres.Et il revient à son idée initiale, imiter le glo bule rouge.«Grâce aux nanotechnologies, nous pouvons désormais encapsuler cette hémoglobine améliorée dans des billes de polymère biodégradable 100 fois plus petites que les globules rouges.Ces globules rouges synthétiques circulent 48 heures dans le sang, alors que l\u2019hémoglobine libre ne circule que 24 heures.» Les premiers essais chez les animaux ont donné des résultats encourageants.«Ce produit peut être stocké à température ambiante et a une durée de vie de 1 ou 2 ans, contre 42 jours pour les globules rouges naturels ou cultivés en labora toire», s\u2019enthou - siasme le docteur Chang.Le don de sang sera-t-il bientôt chose du passé?«Non, répond le chercheur.Aucun produit n\u2019égalera jamais le sang humain, mais le but de la médecine est de sauver le plus de vies possibles.Plus on aura d\u2019options pour les transfusions, mieux ce sera.» Et pour les malades, comme Stéphane Raymond, l\u2019an gois - se de trouver un donneur com pa tible ne sera peut-être plus qu\u2019un mauvais souvenir.QS 26 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 LE DON DE SANG SERA-T-IL BIENTÔT CHOSE DU PASSÉ?«NON, MAIS PLUS ON AURA D\u2019OPTIONS POUR LES TRANSFUSIONS, MIEUX CE SERA.» Le docteur Thomas Chang, de l\u2019Université McGill a été le premier chercheur à mettre au point en 1957 une cellule entièrement artificielle.un globule rouge! Il n'a jamais abandonné sa quête : trouver un substitut sanguin artificiel pour sauver des vies quand les transfusions sont impossibles.O L I V I E R J E A N LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC UNE SCIENCE PLEINE D\u2019ENERGIE CHANGEMENT DE CAP Si c\u2019est propre, c\u2019est durable L\u2019Organisation des Nations unies (ONU) a proclamé 2012 «année de l\u2019énergie durable».L\u2019auguste institution entend ainsi sensibiliser le monde aux enjeux environnementaux et économiques que posent les choix énergétiques.Mais l\u2019ONU fait surtout remarquer l\u2019inadmissible écart qui sépare les pays riches des pays pauvres.Un milliard et demi de personnes n\u2019ont ainsi pas accès à l\u2019électricité.Pis, 3 milliards de Terriens sont tributaires du charbon et du bois pour cuisiner et se chauffer, ce qui n\u2019aide certainement pas la planète à reprendre son souffle.Les pays riches, les plus grands consommateurs d\u2019énergie, sont tout de même les mieux placés pour trouver les moyens de sortir de notre dépendance aux carburants fossiles, ces véritables nuisances pour l\u2019écologie de la planète.Le Québec, qui fait évidemment partie des pays gourmands, cherche comment produire et utiliser l\u2019énergie de manière plus efficace et plus responsable.Les nombreux projets en cours \u2013 petits et grands \u2013 visent tous à concrétiser le virage vert et à conduire nos sociétés vers des sources d\u2019énergie renouvelables.Une tournée des laboratoires, dans nos universités, en fournit quantité d\u2019exemples intéressants.D\u2019une utilisation optimale de la biomasse forestière à la maîtrise de nouveaux carburants \u2013 l\u2019hydrogène, entre autres \u2013 des solutions technologiques prometteuses se profilent enfin à l\u2019horizon.Une constante : les sources d\u2019énergie propre sont durables.Il restera à réussir un autre défi : en faire profiter toute la planète.La rédaction II La recherche dans le réseau de ÉDITORIAL SOMMAIRE Ce dossier est inséré dans le numéro d\u2019avril- mai 2012 du magazine Québec Science.Il a été financé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Comité éditorial : Daniel Bélanger, Nicolas Bélanger, Pierre Bénard, Nicole Bouchard, Richard Chahine, François Deschênes, Michael Korwin- Pawlowski, Raymond Lemieux, David-H.Mercier, Pascale Millot, Valérie Reuillard, Pierre Rivard, Federico Rosei, Lyne Sauvageau, Pierre Sormany Coordination : Valérie Reuillard Rédaction : Gilles Drouin et Joël Leblanc Graphisme : François Émond Édition/révision : Pascale Millot Correction : Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 3 LE FOND DU BARIL 7 I L L U S T R A T I O N D E L A P A G E C O U V E R T U R E : S T E V E A D A M S Que ce soit dans 50 ou 150 ans, les réserves de pétrole finiront par s\u2019épuiser.Le Québec est-il prêt à passer à autre chose?Partout, les chercheurs rivalisent d\u2019ingéniosité pour passer au vert.Dix petites et grandes idées afin de mieux utiliser l\u2019énergie. ôt ou tard, nous devrons nous en passer.Tôt ou tard, nous devrons apprendre à vivre sans lui.Il reste à connaître précisément la date de péremption.Les experts ne s\u2019entendent pas sur le moment où se pro duira le fameux point de rupture, alors que la production mondiale commencera à diminuer.La Terre ne recèle pas de gisements pouvant satisfaire indéfiniment notre appétit toujours plus vorace pour l\u2019or noir.« Il reste des gisements de pétrole dit non conventionnel, mais il sont beaucoup moins accessibles et plus coûteux à exploiter », note le biologiste Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en éco-conseil de l\u2019UQAC.Ce pétrole non conventionnel, c\u2019est celui que l\u2019on trouve, par exemple, dans les sables bitumineux de l\u2019Alberta ou dans les fonds marins de l\u2019Arctique.« Il y aurait encore 100 milliards de barils dans l\u2019Arctique et 175 milliards dans les sables bitumineux », ajoute le chercheur.Alors, pourquoi vendre mon véhicule utilitaire sport ?Parce que ce carburant, difficile d\u2019accès, va coûter cher au consommateur.Rien à voir avec celui que l\u2019on extrait des champs pétrolifères du Moyen-Orient, d\u2019où semble jaillir sans fin des geysers de liquide noir et huileux.Le Québec est tout de même chanceux.Les hydrocarbures représentent une part relativement modeste de son bilan énergétique.Ils sont cependant encore très utilisés dans le transport, même si la recherche sur les véhicules hybrides, électriques ou à l\u2019hydrogène III e l\u2019Université du Québec Énergie T Que ce soit dans 50 ou 150 ans, les réserves de pétrole finiront par s\u2019épuiser.Le Québec est-il prêt à passer à autre chose?Par Gilles Drouin LE FOND DU BARIL M A R T I N B O N D / S P L est en plein essor.«Remplacer le pétrole dans les transports pose un grand défi, avertit Claude Villeneuve.C\u2019est d\u2019autant plus vrai qu\u2019à volume égal, il n\u2019y a pas d\u2019autre source d\u2019énergie aussi efficace et économique pour assurer la mobilité.» Les réponses à cet immense défi seront en partie technologiques et plusieurs filières de remplacement sont à l\u2019étude dans les laboratoires du réseau de l\u2019Université du Québec.«Et plus le prix du pétrole grimpe, plus ces approches deviennent avantageuses.Sauf que, si nombre de solutions simples ont donné de bons résultats, c\u2019est beaucoup plus compliqué lorsque vient le temps de développer un système de remplacement à grande échelle.» D\u2019autant que la performance énergétique n\u2019est pas la seule donnée à considérer.Les impacts environnementaux liés à la production d\u2019énergie sont au cœur des enjeux de la recherche actuelle.«Toutes les filières énergétiques ont des effets sur l\u2019environnement.L\u2019impact zéro est impossible», soutient l\u2019économiste Jean-François Lefebvre, chargé de cours au département d\u2019études urbaines et touristiques de l\u2019UQAM.Dans son livre Énergies renouvelables, mythes et obstacles (Éditions MultiMondes), qu\u2019il cosigne avec Nicole Moreau \u2013 également chargée de cours à l\u2019UQAM \u2013 et Jonathan Théorêt, Jean-François Lefebvre décor - tique sous toutes leurs coutures les principales filières énergétiques envisageables à long terme, ce qui inclut autant les effets sur l\u2019environnement que l\u2019amortis sement des installations.Il soutient que l\u2019avenir passe par une combinaison de différentes filières.« Il y a probablement encore de la place pour un peu plus d\u2019éolien, par exemple, mais il ne faut pas croire que cela finira par combler tous nos besoins, ajoute-t-il.L\u2019hydroélectricité restera une avenue très importante pour le Québec.» Entre autres voies, l\u2019amélioration de l\u2019efficacité énergétique séduit par sa simplicité, mais elle implique des changements décisifs dans nos comportements.Peu importe la source d\u2019énergie, c\u2019est dans la façon de l\u2019utiliser que repose notre capacité à réduire progressivement notre dépendance au pétrole.«C\u2019est ce que j\u2019appelle l\u2019efficacité comportementale, avance Claude Villeneuve.Les automobilistes parcourent de nombreux kilomètres inutiles.Il est possible de réduire considérablement la consommation de pétrole en changeant la façon d\u2019utiliser son automobile.» À sa chaire de l\u2019UQAC, le chercheur se consacre précisément à la formation d\u2019éco-conseillers, qui travailleront à des projets de développement durable, ainsi qu\u2019à l\u2019élaboration de guides et de méthodes pour l\u2019évaluation des industries, tout comme à l\u2019analyse du cycle de vie des produits.Il conduit lui-même un véhicule hybride truffé d\u2019instruments de mesure à des fins de recherche.Tout comme sa fille ! «En planifiant davantage nos déplacements et en changeant nos habitudes de conduite, j\u2019ai coupé de moitié le nombre de kilomètres parcourus et nous avons réduit de 25% notre consommation d\u2019énergie.» Qui dit efficacité énergétique sous-entend diminution de sa consommation, utilisation adéquate et utilisation en cascade (par exemple, en récupérant la chaleur d\u2019une usine pour chauffer des maisons ou un édifice public).Si Jean-François Lefebvre considère également l\u2019efficacité énergétique comme une avenue IV La recherche dans le réseau de Au rythme auquel notre consommation croît, nous n\u2019irons pas loin avec ce qu\u2019il reste de pétrole dans le monde.Chaque jour, nous consommons 88 millions de barils (32 milliards de barils par année!).«On estime que la planète comptera trois fois plus d\u2019automobiles en 2050, explique Claude Villeneuve, de l\u2019UQAC.La demande de pétrole destiné au transport devrait donc doubler.Et on a beau améliorer sans cesse l\u2019efficacité énergétique des véhicules, cela ne permettra pas de compenser la hausse de cette demande.» Jusqu\u2019à épuisement des stocks «Toutes les filières énergétiques ont des effets sur l\u2019environnement.L\u2019impact zéro est impossible.» de choix, il se garde bien de faire reposer la responsabilité sur les seuls consommateurs.« Les vrais gains viendront d\u2019ailleurs : de l\u2019aménagement du territoire et de notre façon de structurer la société.» Par exemple, si la tendance nord-américaine à construire des maisons de plus en plus grandes se maintient, il faudrait concevoir un aménagement du territoire qui favorise le recours à la géothermie ou encore à la récupération de la chaleur des usines.Le transport en commun, et surtout son électrification, est évidemment une autre option.« Il faut absolument aménager des circuits de tramways électriques à Montréal et à Québec», soutient Jean-François Lefebvre.Dans l\u2019équation énergétique d\u2019une société, l\u2019humain est au premier plan.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019adopter de nouvelles filières ou de les rejeter.Car la plupart des projets, ou presque, rencontrent une résistance, qu\u2019il s\u2019agisse de barrages hydroélectriques, de forages pétroliers, de l\u2019extraction du gaz, de la mise en place de parcs éoliens, de l\u2019exploitation des sables bitumineux et même du transport du pétrole, comme le démontre l\u2019opposition à deux projets de pipeline pour exporter le pétrole de l\u2019Alberta (Keystone XL et Northern Gateway).Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019un projet passe la rampe et l\u2019autre pas?«Les raisons sont multiples, répond la géographe Marie-José Fortin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement régional et territorial à l\u2019UQAR.Les choses sont parfois liées aux aspects techniques, comme la dimension et le bruit produit par une éolienne.Mais elles relèvent plus sûrement de la culture et de la perception des gens.» D\u2019où la nécessité d\u2019étudier ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui convenu d\u2019appeler « l\u2019acceptabilité sociale» des projets.Les facteurs décisifs sont souvent politiques et V e l\u2019Université du Québec Énergie Le Québec énergétique en chiffres Selon les plus récentes données du ministère des Ressources naturelles, le pétrole répondait, en 2009, à 39% des besoins en énergie des Québécois.Environ 40% étaient comblés par l\u2019hydroélectricité, 12,5% par le gaz naturel et 7,4% par la biomasse.Le charbon ne représentait qu\u2019un tout petit 1%, tandis que l\u2019éolien commençait à peine à remplir ses promesses.De toutes ces sources d\u2019énergie, un peu plus de la moitié \u2013 essentiellement du gaz naturel et du pétrole \u2013 provient de l\u2019importation.Le pétrole est surtout utilisé pour le transport (12,8 milliards de litres sur un total de 17,4 milliards de litres).Le reste est essentiellement réservé au chauffage.Pétrole Hydroélectricité Gaz naturel Biomasse Charbon Le biologiste Claude Villeneuve, de l\u2019UQAC au volant de son véhicule hybride : «Les automobilistes parcourent de nombreux kilomètres inutiles.Il est possible de réduire considérablement la consommation de pétrole en changeant la façon d\u2019utiliser son automobile.» P A U L C I M O N sociologiques, comme l\u2019a aussi constaté la politi - cologue Maya Jegen, professeure à l\u2019UQAM.En réalisant une enquête sur l\u2019acceptabilité sociale des projets éoliens au Québec, elle a remarqué que, dans la plupart des cas, l\u2019opposition cache des enjeux locaux et régionaux, parfois même des conflits entre des groupes, et n\u2019a rien à voir avec le choix de la filière énergétique.Il y a beaucoup d\u2019enjeux autres que le bruit ou l\u2019altération du paysage.Lors de cette enquête, les citoyens ont clairement exprimé un manque de confiance envers les élus municipaux et provinciaux, certains les jugeant incompétents, d\u2019autres soupçonnant des conflits d\u2019intérêt.Marie-José Fortin a fait la même constatation lors des études qu\u2019elle a réalisées sur le terrain au Saguenay, en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent et même en France.Au Québec, on constate une profonde remise en question du modèle de développement qui a traditionnellement caractérisé l\u2019exploitation des ressources naturelles.Un modèle qui mise sur la grande entreprise privée, souvent étrangère.«On ne peut plus justifier un projet seulement en invoquant ses retombées économiques.Nous devons aussi considérer les conséquences sociales, culturelles et environnementales», explique Marie-José Fortin.Le débat entourant la mise en œuvre du Plan Nord en est une illustration parfaite.Ainsi est-elle surprise de constater les similitudes entre le mouvement d\u2019opposition à l\u2019exploitation du gaz de schiste et au développement de l\u2019énergie éolienne : «Les mouvements se construisent de la même façon.Deux nouvelles filières, peu connues du grand public, des débuts relativement discrets puis, sous l\u2019œil des médias, les mouvements s\u2019organisent.Ce sont d\u2019abord les citoyens qui protestent, exigent de l\u2019information et vont chercher de l\u2019expertise, puis ils reçoivent l\u2019appui de groupes environnementaux.» Faut-il y voir des manifestations égoïstes du syndrome «pas-dans-ma-cour » ?Ce serait faire fausse route, estime la chercheuse qui y décèle au contraire une responsabilisation plus grande des citoyens.«L\u2019opinion de la population, que les décideurs ont eu tendance à ignorer, s\u2019impose désormais, explique-t-elle.C\u2019est là le principal acquis des luttes observées depuis quelques années dans le domaine des ressources naturelles : la nécessité de prendre au sérieux les préoccupations citoyennes et même de les intégrer dans les démarches de planification territoriale et de conception de projet.» C\u2019est dans les laboratoires que se prépare l\u2019ère de l\u2019après-pétrole, mais c\u2019est sur le terrain qu\u2019elle se réalisera.VI La recherche dans le réseau de C\u2019est dans les laboratoires que se prépare l\u2019ère de l\u2019après-pétrole, mais c\u2019est sur le terrain qu\u2019elle se réalisera.L\u2019opposition à certains projets énergétiques cache des enjeux locaux et régionaux, parfois même des conflits entre des groupes, et n\u2019a rien à voir avec le choix de la filière énergétique.Trois-Rivières, janvier 2012, manifestation contre les gaz de schiste S T É P H A N E L E S S A R D VII e l\u2019Université du Québec Énergie Donnez-moi de l\u2019hydrogène! Avant de franchir les portes du grand hangar de l\u2019Institut de recherche sur l\u2019hydrogène (IRH), basé à l\u2019UQTR, il faut montrer patte blanche.Serrures magnétiques et systèmes de reconnaissance digitale indiquent clairement qu\u2019ici on ne badine pas avec le secret industriel.Dans un coin, il y a deux petits camions dont on a démonté les réservoirs.Dans un autre, des bancs d\u2019essai en vue du stockage d\u2019hydrogène pour Ford, GM et Toyota.On y travaille sur le carburant de demain.Avec ses 70 professeurs, scientifiques et étudiants gradués, l\u2019IRH, fondé en 1996, est le plus important centre de recherche sur l\u2019hydrogène au Canada.Son cofondateur et directeur Richard Chahine, ainsi que ses collègues et étudiants, cherchent à rendre nos voitures propres, propres, propres.«L\u2019hydrogène n\u2019existe pas à l\u2019état naturel.Il faut le fabriquer.Mais quand on y arrive, on dispose d\u2019un combustible dont le seul déchet est de l\u2019eau.» Les choses sont évidemment complexes car, pour obtenir de l\u2019hydrogène (H2), on utilise notamment une méthode appelée l\u2019électrolyse de l\u2019eau, un procédé qui demande beaucoup d\u2019énergie électrique.Si cette électricité est renouvelable, tout va bien, mais si elle provient de carburants fossiles, on ne fait que déplacer Partout, les chercheurs rivalisent d\u2019ingéniosité pour passer au vert.Dix petites et grandes idées afin de mieux utiliser l\u2019énergie.Par Joël Leblanc 1 O L I V I E R C R O T E A U CHANGEMENT DE CAP Grâce à la pile à combustible mise au point à l\u2019IRH, ce petit véhicule électrique fabriqué au Québec pourrait bientôt disposer d\u2019une autonomie beaucoup plus grande.Richard Chahine, de l\u2019IRH : «On dispose d\u2019un combustible dont le seul déchet est de l\u2019eau.» la source de pollution.On ne pollue plus avec nosmoteurs, mais avec l\u2019énergie qui sert à produire du carburant.À l\u2019IRH, on cherche par exemple à transformer l\u2019énergie du vent ou du soleil pour faire l\u2019électrolyse de l\u2019eau et produire l\u2019hydrogène voulu.Autre enjeu, le stockage.«Pour une même masse, l\u2019hydrogène est quatre fois plus énergétique que le pétrole.Mais c\u2019est un gaz et il occupe un énorme volume! La solution est de le comprimer et de le confiner dans des réservoirs.» Pour cela, on utilise en général des bonbonnes aux parois très épaisses, mais l\u2019IRH lorgne du côté des matériaux nanoporeux, comme des nano- tubes de carbone, qui sont des matériaux solides mais qui présentent une multitude de minuscules pores, pour un total de 4 000 m2 à 5 000 m2 de surface dans un seul gramme de matière ! Dans ces matériaux, les molécules d\u2019hydrogène se fixent à ces grandes surfaces par des liaisons physiques faibles.Une innovation de l\u2019UQTR.L\u2019hydrogène pourrait aussi être utilisé dans des appareils portables.«Nous aidons les manufacturiers à développer les piles à combustible qui équiperont les appareils portatifs de demain.Une pile à combustible est un système qui permet d\u2019obtenir de l\u2019électricité directement à partir de l\u2019hydrogène, sans combustion», explique Richard Chahine.Preuve de l\u2019intérêt de l\u2019industrie, la compagnie Apple vient déjà de déposer un brevet pour un ordinateur avec pile à combustible.La compagnie canadienne Angstrom, récemment achetée par Bic, se spécialise quant à elle dans les micro-piles à combustible pour téléphones portables.Des appareils du futur qui devront faire le plein d\u2019hydrogène.Des génératrices dans le vent Dans le Grand Nord, le ronron des génératrices au diesel fait partie du paysage sonore.Ce sont elles qui alimentent les stations de recherche isolées, les petits villages, les tours de télécommunication et les campements d\u2019ouvriers.Mais cette énergie coûte cher.Alors qu\u2019au sud, un kilowattheure d\u2019électricité coûte environ 0,07$, il peut grimper jusqu\u2019à 2$ dans les lieux nordiques difficiles d\u2019accès.«Le diesel n\u2019est pas facile à transporter là-bas», explique Adrian Ilinca, ingénieur et directeur du Laboratoire de recherche en énergie éolienne de l\u2019UQAR.D\u2019où la volonté des chercheurs d\u2019améliorer le rendement de ces génératrices en les couplant avec des éoliennes.«Les petites éoliennes seules ne sont pas très fiables dans les conditions climatiques du Grand Nord.Les vents forts peuvent parfois briser les pales et la glace peut aussi les paralyser.Cela dit, elles pourraient être utilisées en support aux génératrices pour augmenter leur rendement et diminuer ainsi la consommation de carburant.» Il faut savoir que ces génératrices au diesel sont munies de moteurs dits turbocompressés qui ne peuvent alimenter suffisamment leur compresseur lorsqu\u2019ils tournent eux-mêmes à bas régime, c\u2019est-à-dire quand la demande en électricité est faible.Ils deviennent alors des moteurs ordinaires, avec un piètre rendement.«C\u2019est là que les éoliennes peuvent faire la différence, explique Adrian Ilinca.Au lieu de produire directement Une tour de télécommunication en Haute-Gaspésie équipée d\u2019une combinaison génératrice au diesel et éolienne pour réduire la consommation de carburant fossile.La recherche dans le réseau de Des condensateurs pour épauler les batteries Pour stocker de l\u2019énergie électrique, il n\u2019y a pas que des batteries.Il y a aussi des condensateurs, des systèmes qui peuvent supporter une arrivée soudaine d\u2019énergie, la stocker quelques instants et la restituer au besoin.«Nous travaillons sur des super-condensateurs électrochimiques à base de carbone et d\u2019oxyde de manganèse», explique Daniel Bélanger, professeur au département de chimie de l\u2019UQAM.Contrairement aux batteries, ces appareils contiennent peu de métaux lourds et encaissent rapidement de très fortes charges.Tous les engins qui font des mouvements répétitifs pourraient être équipés de tels super-condensateurs.«Une voiture, par exemple, dépense beaucoup d\u2019énergie lorsqu\u2019elle roule.Au freinage, cette énergie pourrait être accumulée, puis restituée aux roues lors du départ suivant.Chaque fois, on épargne du carburant.» Même chose avec un ascenseur, dont l\u2019énergie de montée serait ainsi tirée en partie de celle de la descente précédente.VIII 3 2 de l\u2019électricité, elles servent à faire tourner un compresseur qui stocke de l\u2019air sous pression dans un gros réservoir.Lorsque les génératrices tournent, même à bas régime, on peut injecter cet air comprimé dans les prises d\u2019air et augmenter le rendement.» La génératrice est alors plus puissante et elle produit l\u2019électricité voulue, en consommant moins.Cette année, un site en Gaspésie sera équipé du système imaginé par Adrian Ilinca pour tester son efficacité.Une fois au point, et appliqué à toutes les génératrices qui ronronnent dans le Grand Nord, c\u2019est l\u2019efficacité énergétique de tout un territoire qui pourrait être décuplée.Des algues dans le moteur Dans une station de recherche de l\u2019UQAR, Réjean Tremblay dompte des micro-organismes pour produire du combustible.De grands tubes remplis d\u2019un liquide vert tendre y sont exposés à une intense lumière : «Chacun est un bioréacteur qui contient des milliards d\u2019algues microscopiques auxquelles on fournit des nutriments, du gaz carbonique et de la lumière, explique le biologiste.On les laisse croître pendant quelques jours, puis on les recueille, on les assèche, et on en tire des huiles que l\u2019on peut transformer en biodiesel.» S\u2019il fallait un biologiste pour s\u2019intéresser à ces petits as de la photosynthèse, il fallait un ingénieur pour créer les systèmes d\u2019opération des bioréacteurs.«Mon travail consiste à m\u2019assurer de la constance de la production, explique Jean-Sébastien DesChênes, ingénieur en contrôle et optimisation des procédés.Dans le liquide, le CO2, le lactosérum \u2013 nutriment principal \u2013 et les minéraux doivent être maintenus à leurs concentrations optimales.Des capteurs prennent des mesures en continu et l\u2019ordinateur s\u2019assure d\u2019ajouter ce qu\u2019il faut à tout moment.» Chaque bassin de 350 L est vidé de la moitié de son contenu tous les 2 jours et les algues sont asséchées avant qu\u2019en soient extraits les acides gras.Il y a cependant un défaut à ce processus.Il nécessite beaucoup d\u2019eau qu\u2019il faut ensuite éliminer, ce qui demande de grandes dépenses et beaucoup d\u2019énergie.«À l\u2019heure actuelle, un bioréacteur de 350 L ne fournit que 100 ml de biodiesel toutes les deux semaines.Il faudrait qu\u2019il en produise de 10 à 20 fois plus.C\u2019est ce à quoi nous travaillons.» Du fumier dans votre fournaise Fabriquer de l\u2019énergie propre à partir de fumier\u2026 L\u2019image fait sourire.Les recherches de Pierre Rivard, ingénieur agronome à l\u2019UQAT, prouvent pourtant que c\u2019est tout à fait possible.Son laboratoire est rempli de colonnes de plastique transparent, où «travaille» une substance brunâtre.Aucune odeur ne s\u2019en dégage.Ce sont des digesteurs.«Ma recette est simple, explique le chercheur.Je les remplis de fumier, puis j\u2019ajoute des bactéries spécifiques qui le font fermenter, ce qui produit du méthane.» On sait que le méthane est un gaz naturel issu de IX e l\u2019Université du Québec Énergie 5 Pierre Rivard à la Station de recherche en agroalimentaire de l\u2019UQAT à Notre-Dame-du-Nord, à côté de digesteurs anaérobiques qui servent à séparer le fumier en phases liquide et solide.P A T R I C K R O D R I G U E Truffés de senseurs, ces photobioréacteurs de l'UQAR hébergent des microalgues traitées aux petits soins.4 la fermentation de la matière organique, en l\u2019absence d\u2019oxygène.Cette fermentation est essentielle chez les animaux pour faciliter la digestion des repas riches en fibres.Elle est assurée par des bactéries que l\u2019on retrouve, entre autres, dans l\u2019estomac des ruminants, plus particulièrement dans le rumen, le plus grand de leurs quatre estomacs.C\u2019est là, dans le rumen des animaux abattus pour la boucherie, que Pierre Rivard trouve les bactéries pour ensemencer ses digesteurs.C\u2019est dans la municipalité de Notre-Dame-du-Nord, à la pointe septentrionale du lac Témiscamingue, dans le nord-ouest du Québec, qu\u2019a été implantée la toute nouvelle Unité de recherche et développement en agroa- limentaire de l\u2019UQAT.Pierre Rivard essaie pour le moment d\u2019y créer les conditions idéales pour produire le maximum de bio- méthane.«La température et le pH sont les deux principaux paramètres à ajuster afin de développer un milieu optimal pour les bactéries.» Des ajustements délicats, car ces micro-organismes appartiennent à différentes espèces qui ont toutes leurs exigences propres.Afin d\u2019augmenter encore sa production de gaz méthane, le chercheur a eu l\u2019idée d\u2019utiliser des bactéries provenant du rumen d\u2019un orignal.«Je m\u2019étais dit que l\u2019alimentation des orignaux, plus coriace que celle des bovins, devait nécessiter un système digestif encore plus puissant et des bactéries encore plus performantes.» Son intuition était bonne.Après 60 jours de fermentation, les deux digesteurs ensemencés à l\u2019aide de ces bactéries super costaudes ont produit 64% plus de biogaz que les 10 autres digesteurs à base de bactéries bovines.Pierre Rivard se plaît maintenant à imaginer des super-digesteurs à base de bactéries d\u2019orignal qui, un jour, pourront fournir du méthane aux fermiers qui économiseront en frais énergétiques.Une chimie qui verdit Dilutions dans l\u2019eau, chauffage dans des fours à microondes, diminution du gaspillage, etc.Dans les laboratoires du département de biologie, chimie et géographie de l\u2019UQAR, on enseigne aux élèves les principes de la chimie verte, plus respectueuse de l\u2019environnement et moins énergivore.«Pour chauffer, explique Jonathan Gagnon, professeur au département, il y a longtemps que les chimistes n\u2019utilisent plus de brûleurs au gaz.Le four à micro-ondes fait bien mieux l\u2019affaire.Il chauffe plus vite, il consomme moins d\u2019éner gie et pollue moins.» C\u2019est un des principes enseignés dans le cadre du programme de chimie de l\u2019environnement et des biores- sources.«En gros, la chimie verte, c\u2019est l\u2019art de faire plus avec moins, explique Lucie Beaulieu, professeure et chercheuse au même département.On tente de faire de la science en générant moins de produits secondaires, en utilisant moins d\u2019énergie, en exploitant au maximum des catalyseurs qui peuvent être facilement récupérés en fin de réaction, en utilisant des matières premières non issues des produits pétroliers.» On s\u2019appuie ainsi sur quelques grands principes.Payer plus cher au départ afin de produire moins de déchets, plutôt que de payer pour les éliminer.Lors d\u2019une synthèse, économiser les atomes en s\u2019assurant de maximiser la production des matériaux initiaux qui se retrouvent dans le produit final.Mettre au point des méthodes de synthèse qui se déroulent dans les conditions de pression et de température ambiantes.Utiliser des solvants non toxiques; de l\u2019eau lorsque c\u2019est possible.Si, dans leurs laboratoires, les chercheurs parviennent à réduire l\u2019énergie nécessaire pour une réaction, imaginez les centaines de kilowattheures qui pourront être économisés à grande échelle en milieu industriel.Mais la réaction chimique la moins énergivore, c\u2019est celle qu\u2019on ne fait pas ! «On simule désormais les réactions par bioinformatique avant de passer au labo, c\u2019est-à-dire qu\u2019on observe sur un écran les interactions entre les molécules, sans qu\u2019on ait besoin de les combiner réellement.C\u2019est ce qu\u2019on appelle les essais in silico.» Pour chaque réaction accomplie et testée dans l\u2019ordinateur, c\u2019est quelques éprouvettes en moins au labo.La recherche dans le réseau de 6 X Une prison pour le carbone L\u2019idée est toute simple.«En faisant pousser plus d\u2019arbres, on emprisonnera plus de CO2, dit Nicolas Bélanger.La nature sait comment séquestrer du gaz carbonique.Il faut utiliser cet atout au maximum.Un arbre, c\u2019est un réservoir de carbone.» Dès qu\u2019elles reçoivent de la lumière, toutes les plantes de la Terre commencent cette fascinante activité biochimique qu\u2019est la photosynthèse.Patiemment, elles captent les molécules de CO2 de l\u2019atmosphère et, alimentées à l\u2019énergie solaire, les utilisent comme matière première pour en faire des molécules plus complexes : des sucres, de la cellulose, de la lignine, etc.« Il faut faire de la sylviculture plus intensive, choisir des essences à croissance rapide, planter dans les sols délaissés par l\u2019agriculture.Bref, il faut innover en matière de production d\u2019arbres», dit Nicolas Bélanger, professeur à la TÉLUQ, l\u2019université à distance de l\u2019UQAM, et chercheur au Centre d\u2019étude de la forêt.Il travaille notamment avec les agriculteurs sur la production de biomasse ligneuse en milieu agricole.«Sur leurs terres, les agriculteurs disposent toujours de parcelles non utilisées.Je cible ces endroits pour produire le plus de biomasse, le plus vite possible, dans le plus petit espace.Pour l\u2019instant, le saule est particulièrement prometteur.On peut en planter 15 000 tiges à l\u2019hectare et elles atteignent une taille intéressante en 3 ou 4 ans.Les saules peuvent séquestrer annuellement jusqu\u2019à 10 tonnes de carbone par hectare.Sans compter qu\u2019ils sont très résistants, qu\u2019ils peuvent pousser sur des sols pauvres et qu\u2019ils augmentent la teneur en carbone et la fertilité de ces sols.» Une fois coupés, ils repoussent d\u2019eux-mêmes à partir des souches restantes et on les récolte ainsi à nouveau tous les trois ou quatre ans.«Pour un agriculteur, cela représente une source de revenu supplémentaire potentielle.» Et tout ce bois récolté peut servir de source d\u2019énergie, pour chauffer des bâtiments ou produire des biocarburants.«Chaque arbre coupé laisse la place à un autre qui continuera de capter du CO2.Contrairement aux combustibles fossiles qui sont un ajout net de carbone dans l\u2019atmosphère lorsqu\u2019on les brûle, la forêt qu\u2019on exploite intelligemment est l\u2019un des meilleurs puits de carbone.» Communiquer sans perte Daniel Massicotte a l\u2019air d\u2019un numismate, fier de sa dernière trouvaille.Mais l\u2019objet carré qu\u2019il cache dans une boîte de plastique est beaucoup plus petit qu\u2019une pièce de monnaie.Il ne fait que 3 mm ou 4 mm de côté.«Cette puce que nous avons inventée n\u2019a l\u2019air de rien, mais elle permet de réduire considérablement la consommation énergétique des appareils dans lesquels elle est installée.» Et ces appareils sont nombreux.On compte au- jourd\u2019hui plusieurs milliards d\u2019utilisateurs de téléphones mobiles dans le monde.«Non seulement le nombre d\u2019usagers augmente-t-il, mais leurs besoins en données augmentent aussi, affirme Daniel Massicotte.Ils veulent plus de débit, de la vidéo sur les appareils, les générations 4G et plus.» À l\u2019UQTR, le Groupe de recherche en électronique industrielle (GREI), dont fait partie Daniel Massicotte, travaille à améliorer l\u2019efficacité énergétique des ap - pareils électroniques.«Prenez la téléphonie cellulaire.Lorsque vous allumez votre appareil, il entre en communi cation avec la tour de trans mission la plus proche.Ra pi de ment, ils se cali - brent l\u2019un l\u2019autre selon la distance de com muni cation et utilisent ensuite une puissance de signal minimale pour Plantation de saules en milieu agricole.Un hectare peut compter 15 000 arbres et séquestrer 10 tonnes de carbone par année.XI e l\u2019Université du Québec Énergie Des matériaux composites super légers À l\u2019UQTR, Luc Laperrière et son équipe utilisent des presses à papier industrielles pour produire des panneaux ultra légers! «Nous mélangeons des fibres de lin longues à des fibres de papier courtes pour produire un matériau composite écologique», explique le directeur du Laboratoire de mécanique et éco-ma- tériaux.Les matériaux composites classiques sont faits d\u2019un tissage synthétique de fibres de verre, de carbone ou de kevlar emprisonnées dans une résine plastique durcie.Les objets obtenus (auxquels on donne toutes sortes de formes pour en faire des raquettes de badminton ou des structures d\u2019avion) sont solides et légers.«Les matériaux composites, par leur légèreté, sont déjà un apport écologique, puisque les véhicules qui en contiennent sont moins lourds et nécessitent moins d\u2019énergie pour se déplacer.En remplaçant la fibre synthétique par de la fibre naturelle et en développant des résines écologiques, on obtient un produit aussi performant, mais biodégradable», assure Luc Laperrière.Sans compter que les tiges sont actuellement un déchet industriel issu du lin qu\u2019on cultive pour l\u2019huile contenue dans les graines.Des matériaux éco- composites sont déjà utilisés dans l\u2019industrie de l\u2019automobile, notamment des pièces de châssis.Bientôt des avions en lin?7 8 9 \u201cs\u2019entendre\u201d.Au total, quelques milliwatts suffisent.Mais, à l\u2019heure de pointe, lors du retour à la maison, une même antenne peut gérer des centaines d\u2019appels en simultané.Il arrive alors qu\u2019elle utilise beaucoup d\u2019énergie.Or, 80% de la consommation énergétique dans les télécommunications sont attribuables aux tours cellulaires.C\u2019est pourquoi nous concentrons présentement nos efforts sur ces antennes.» Pour alimenter les tours, on utilisera de plus en plus des énergies renouvelables, comme des panneaux solaires.Mais pour que ce soit rentable, il faut d\u2019abord que les tours consomment moins.Daniel Massicotte et son équipe y travaillent.L\u2019essence de la forêt Un peu partout, dans l\u2019arrière-pays, des compagnies forestières coupent des arbres pour en faire du papier.Les ébrancheuses travaillent vite.Chaque année, seulement en Mauricie, 650 000 tonnes de matière organique \u2013 branches, rameaux et feuillages \u2013 sont laissées sur le sol.Du gaspillage aux yeux de Patrice Mangin.«Les résidus de bois peuvent être transformés en combustible», avance le professeur et chercheur au Centre de recherche sur les matériaux lignocellulosiques de l\u2019UQTR.Il ne s\u2019agit pas de brûler le bois pour chauffer des bâtiments.Ici, on élabore des procédés pour concentrer l\u2019énergie du bois dans un plus petit volume en extrayant ses huiles combustibles.En d\u2019autres termes, on fabrique du biodiesel à partir du bois.Pour y arriver, on effectue d\u2019abord une réaction par pyrolyse qui favorise une décomposition rapide des résidus par la chaleur, dans des conditions très pauvres en oxygène.Même si elle se déroule dans ce qui ressemble à de grands fours, la pyrolyse rapide se différencie de la combustion.Elle produit des composés solides qui ressemblent à du charbon, ainsi que des huiles.«Ces huiles, c\u2019est de l\u2019énergie concentrée, explique Patrice Mangin.Quelques transformations chimiques dites de gazéification et de re- combinaison permettent d\u2019en faire du diesel.» Il y a cependant un obstacle de taille à l\u2019exploitation de cette biomasse : l\u2019immensité du territoire forestier.Pas facile de la transporter vers d\u2019éventuels centres de pyrolyse situés loin des lieux d\u2019exploitation.À cause du transport, on risque de dépenser autant d\u2019énergie qu\u2019on en produit.«J\u2019imagine de très petites unités de pyrolyse, pouvant traiter une dizaine de tonnes par jour.On pourrait les déplacer sur des remorques, de site en site.Le Québec aurait ainsi une flotte de pyro- lyseurs mobiles en forêt.» Les bidons de bio-huile seraient ramassés plus tard.Ou peut-être même transformés sur place en biodiesel pour alimenter directement la machinerie des compagnies forestières qui utiliseraient alors moins de combustible fossile.Autre avantage, on pourrait employer l\u2019énergie dégagée lors du processus de la première étape pour produire chaleur et électricité.On appelle ça la cogénération.«Par un même procédé, on produit de la chaleur utilisable immédiatement, de l\u2019électricité et des huiles énergétiques qui combleront d\u2019autres besoins.» XII Le réseau de l\u2019Université du Québec comprend neuf établissements qui ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l'enseignement universitaire, de contribuer au développement scientifique du Québec et au développement de ses régions.10 D A V I D M A N T E L / I S T O C K P H O T O Le trésor du Titanic Paul-Henry Nargeolet, responsable de la dernière mission d\u2019exploration de l\u2019épave du Titanic.Cent ans après son naufrage, le Titanic fascine toujours.Et les archéologues n\u2019ont pas fini d\u2019explorer son épave ni d\u2019y faire des trouvailles.Québec Science a interviewé Paul-Henry Nargeolet, chef des expéditions de recherche.L\u2019entrevue L e 14 avril 1912, leRMSTitanic vogue vers New York.Parti quatre jours plus tôt de Southampton, au Royaume-Uni, le navire n\u2019atteindra jamais sa destination.Ce soir-là, à 23 h 40, le paquebot heurte un iceberg qui ouvre une série de brèches dans la partie avant de la coque.En trois heures, il s\u2019enfonce vers son destin.Bilan estimé de la tragédie : 1 500 victimes; la plupart meurent d\u2019hypothermie dans les eaux glacées de l\u2019Atlan - tique (-2 °C).Un siècle plus tard, les restes du paquebot le plus célèbre de l\u2019histoire reposent encore à une profondeur de 3 800 m, à 650 km au sud-est de Terre-Neuve.Ce n\u2019est qu\u2019en 1985 qu\u2019une équipe franco\u2013états-unienne l\u2019a retrouvé.Depuis, une quinzaine d\u2019expéditions ont été mises sur pied pour explorer l\u2019épave qui se désagrège.L\u2019une d\u2019elles a permis au pro ducteur James Cameron de réaliser, en 1997, le film longtemps le plus lucratif de toute l\u2019histoire du cinéma.Plusieurs autres sont menées plus discrètement par la société RMS Titanic inc., chargée de gérer le site de l\u2019épave et la seule autorisée à en récupérer les objets.Au cours de ces expéditions, quelque 5 500 pièces ont été retrouvées : de la vaisselle, de la monnaie, des papiers, des vêtements, des instruments de musique et des bibelots.Également, un morceau de la coque du navire pesant 17 tonnes.Tous ces objets seront d\u2019ailleurs vendus aux enchères, à New York, le jour anniversaire du naufrage.Et l\u2019acheteur \u2013 l\u2019ensemble sera vendu en un seul lot \u2013 devra montrer patte blanche pour prouver qu\u2019il prendra un soin particulier des reliques du paquebot et qu\u2019il continuera à les exposer au bénéfice du public.Québec Science a interviewé Paul-Henry Nargeolet, un des premiers à avoir plongé sur le site de l\u2019épave lorsqu\u2019il travaillait pour l\u2019Ifremer (Institut français de recherche pour l\u2019exploitation de la mer).Maintenant responsable des expéditions chez RMS Titanic inc., il est devenu un véritable expert du site.Il a dirigé la dernière mission, en août 2010.Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 27 R M S T I T A N I C I N C Que ressent-on en plongeant pour explorer le Titanic?C\u2019est très émouvant.La première fois, en arrivant sur le pont avant, on voyait des treuils en bronze toujours brillants et des parties très bien conservées.On s\u2019imaginait être sur le bateau en surface au milieu des passagers.Dans quel état se trouve l\u2019épave, actuellement?Elle s\u2019est beaucoup déteriorée depuis la première expédition.Le contraste entre les images prises en 1987 et celles de 2010 est à cet égard très frappant.Il y a 23 ans, les ponts semblaient intacts.Puis un trou est apparu et il s\u2019est agrandi.L\u2019ampleur de la dégradation n\u2019est pas la même pour les parties avant et arrière.La poupe avait été très endommagée dans le naufrage, car beaucoup d\u2019air y était emprisonné lorsqu\u2019elle s\u2019est enfoncée, d\u2019autant que c\u2019était là que se trouvaient les chambres froides, énormes caissons hermétiques.La pression de l\u2019eau qui augmentait au fur et à mesure de la descente a comprimé l\u2019air et a fini par faire imploser la poupe.En s\u2019échappant brusquement, cet air a provoqué une explosion qui a détruit la structure.Aujourd\u2019hui, presque toute la partie arrière s\u2019est effondrée, sauf les moteurs.Quant à la partie avant, elle était bien conservée malgré la vitesse \u2013 56 km/h \u2013 à laquelle elle a touché la vase benthique.Si elle est encore en assez bon état, c\u2019est notamment parce qu\u2019elle s\u2019est enfoncée très profondément et qu\u2019elle était remplie d\u2019eau à ce moment.Elle n\u2019a donc pas implosé.Les ponts étaient encore en bonne condition, en 1987.Depuis, ils s\u2019affaissent petit à petit.Et l\u2019étrave se détériore.Dans les années à venir, les ponts vont s\u2019effondrer les uns sur les autres et, d\u2019ici 20 à 25 ans, il ne restera plus que les murailles d\u2019acier de la coque qui, à certains endroits, atteignent 7,5 cm d\u2019épaisseur.D\u2019autres parties très solides résisteront elles aussi encore sans doute un siècle et peut-être plus, notamment les cales avant, près de l\u2019étrave, où il y a davantage de piliers de soutènement que dans les grands salons et les salles à manger.À quoi est due la dégradation de l\u2019épave?D\u2019abord à l\u2019oxydation qui cause de la rouille bien que, à cette profondeur, il y ait 60% moins d\u2019oxygène qu\u2019en surface.Autre cause, des champignons et des bactéries.Les bactéries «mangent» le métal rouillé de l\u2019épave et forment des rusticles.Il y a aussi les courants de fond qui circulent à une vitesse variant entre un quart et un demi-nœud.Les rusticles sont d\u2019ailleurs modelés par le courant dominant et ils y résistent étonnamment bien.Par contre, si on y touche, ils tombent en poussière instantanément.Et les objets, comment ont-ils résisté aux éléments?Leur état de conservation dépend de leur composition, mais aussi de leur emplacement.Le verre et la porcelaine, par exemple, ne sont quasiment pas altérés.C\u2019est pour cela qu\u2019on peut voir des piles d\u2019assiettes intactes sur certaines photos.Un soir, par plaisanterie, lors d\u2019une expédition précédente, j\u2019avais dit à mes coéquipiers que je ne consentirais à boire du vin \u2013 je n\u2019en bois pratiquement jamais \u2013 que si on me le servait dans une carafe du Titanic.Quelques dizaines de minutes plus tard, ils sont revenus avec une carafe en cristal qui avait été remontée de l\u2019épave.Une fois lavée et rincée, elle était impeccable! Pour le métal, c\u2019est plus complexe.Ainsi on a retrouvé un plat en argent intact.Mais, à un autre endroit, une chocolatière, en argent elle aussi, présentait une énorme protubérance de fer.Celle-ci s\u2019était formée par électrolyse, des molécules ionisées de fer se 28 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 L\u2019entrevue Rusticles Contraction de rust (rouille) et de icicle (stalactite de glace), les rusticles sont composés d\u2019environ un tiers de rouille.Le reste est formé par une communauté de champignons et de bactéries dont Halomonas titanicæ, ainsi nommée parce qu\u2019elle a été identifiée pour la première fois sur l\u2019épave.La présence des bactéries a été mise en évidence par Roy Cullimore, de l\u2019université de Regina, en Saskatchewan.Il a placé sur un pont du navire des «pièges» constitués de couches de pellicule photo.Récupérés trois jours plus tard, les pièges avaient «capturé» des bactéries qui avaient commencé à manger l\u2019argent de la pellicule.Un des quatre cylindres à haute pression récupérés.Chacun d\u2019eux, de 1,40 m de diamètre, produisait 4 000 chevaux-vapeur.P H O T O S : R M S T I T A N I C I N C sont peu à peu collées dessus jusqu\u2019à former une excroissance.Ce genre de phénomène s\u2019explique par la présence de champs élec - triques.En effet, le nombre d\u2019objets métalliques qui reposent au fond est tellement important que de tels champs se forment entre eux.Cela provoque des effets qui varient selon leur emplacement et leur proximité par rapport à d\u2019autres types de métaux, comme pour ces deux pièces en argent dont je viens de parler.En ce qui concerne notre chocolatière, les conservateurs ont provoqué la réaction inverse en laboratoire et l\u2019objet a retrouvé son aspect originel.On a aussi retrouvé une paire de jumelles quasiment intacte sur un tuyau.La conduite en fer a servi d\u2019électrode et a empêché la formation de particules métalliques.En revanche, une autre paire de jumelles posée directement sur le sédiment était devenue ce qu\u2019on appelle un fantôme.De loin, elle semblait intacte.Mais au moment de la saisir, elle est tombée en poussière.Car la vase affecte beaucoup les objets.Elle est si acide que, quand on y touche, les doigts deviennent lisses, comme lorsqu\u2019ils sont en contact avec de l\u2019eau de javel ou avec d\u2019autres produits corrosifs.C\u2019est ainsi qu\u2019on a trouvé, posés sur la vase, des chaudrons en nickel dont le fond avait complètement disparu, rongé par l\u2019acidité.Quel était le but de la dernière expédition?Il s\u2019agissait essentiellement de cartographier l\u2019endroit pour le traiter comme un site archéologique.Habituellement lors de fouil - les, on prend tous les renseignements, les mesures, les indications avant de toucher quoi que ce soit.On trace une grille de repères qui permet de positionner exactement toutes les pièces.Sur le site du Titanic, cela n\u2019a jamais été fait parce que, à l\u2019époque, il aurait fallu trop de temps et, avec les instruments d\u2019alors, les tentatives de car- Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 29 Le verre et la porcelaine ne s\u2019altèrent quasiment pas.C\u2019est pour cette raison que l\u2019on a retrouvé des piles d\u2019assiettes intactes sur l\u2019épave.Plongeurs au travail.Au moment de la découverte de l\u2019épave, en 1998, on appelait la pièce qu\u2019ils sont en train d\u2019inspecter le «gros morceau».Recherches de fond Le site du naufrage a donné lieu à de nombreuses études.Sur la faune Le Titanic, comme toute épave, abrite beaucoup d\u2019animaux qui se nourrissent uniquement des matières tombant de la surface, puisque aucune plante ne pousse dans cet environnement privé de lumière.Sur la métallurgie Des thèses ont été écrites sur la qualité des tôles et des rivets selon leur composition en acier ou en fer, et leur position.La coque aurait cédé aux endroits qui ne comptaient que deux lignes de rivets au lieu de trois.Sur les sédiments Des carottages de 30 cm ont mis en évidence la grande acidité du milieu, ce qui explique en partie la disparition de toute matière organique.Sur les courants Effectuer huit plongées en 23 ans sur un même site à grande profondeur est exceptionnel.Cela a donné beaucoup de renseignements sur la température de l\u2019eau et les courants marins. 30 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 L\u2019entrevue tographie se sont avérées partielles et de qualité très moyenne.Au moment des premières expéditions, nous avons donc simplement photographié les objets dans leur position d\u2019origine en notant leurs coordonnées avant de les récupérer.Lors de l\u2019expédition de 2010, nous avons remédié à cela grâce à plusieurs techniques.Nous avons fait par exemple une photo- mosaïque à partir de 130 000 clichés.Nous avons également cartographié le site avec différents types de sonars.L\u2019un d\u2019eux pouvait par exemple pénétrer les sédiments pour détecter les objets enfouis.Nous avions aussi un sondeur multifaisceaux produisant des images de l\u2019épave en 3D.Toutes les informations recueillies font partie du Mapping Project destiné à rassembler les données récoltées.Avec un logiciel très puissant appelé GIS (Geographic Information System), il est possible de repositionner virtuel lement les objets qui ont déjà été prélevés à leur emplacement d\u2019origine, de même que ceux qui sont toujours au fond.Le résultat est une carte interactive qui permet de cliquer sur chaque objet pour le voir, lire des informations ou même regarder une vidéo.Cette recomposition du site devrait permettre de «renflouer» le paquebot virtuellement et de mieux comprendre comment il a coulé.Cela devrait donner des précisions sur les phases du naufrage.Car il reste encore des points obscurs, notamment la façon dont le navire s\u2019est brisé en deux.QS Propos recueillis par Olivier Rey 1 an : 35 $ + taxes (26% de réduction) 2 ans: 63 $ + taxes (34% de réduction) 3 ans: 86 $ + taxes (40% de réduction) Profitez d'une réduction pouvant aller jusqu'à 40% sur le prix en kiosque Abonnez-vous à Québec Science www.velo.qc.ca 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 Procurez-vous également les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions prixduquebec.gouv.qc.ca FEMMES DE SCIENCE RECHERCHÉES REPÉREZ LES FEMMES D\u2019EXCEPTION DE VOTRE ENTOURAGE POUR LES PRIX DU QUÉBEC 2013.QUI SAIT?PEUT-ÊTRE CONNAISSEZ-VOUS UNE FUTURE LAURÉATE?Les Prix du Québec sont attribués chaque année à des scienti?ques pour couronner leur carrière et constituent la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec pour rendre hommage à ces personnes qui contribuent à l\u2019avancement social et scienti?que du Québec. \u2019est un secret demoins enmoins bien gardé.Quelque part au fond du golfe Saint-Laurent, à la frontière du Québec et de Terre- Neuve, se cacherait un beau petit pactole; Old Harry, un gisement de 5 milliards de barils de pétrole.Du jamais vu dans l\u2019est du Canada! Le Québec verra-t-il enfin se concrétiser son vieux rêve des années 1970 : voir jaillir du pétrole de son sous-sol?Old Harry, dont on parle tant, est loin d\u2019être unique.On sait depuis longtemps que le Golfe renferme des formations géologiques pétrolifères.On en a identifiées dans l\u2019île d\u2019Anticosti et en Gaspésie.La compagnie Pétrolia extrait d\u2019ailleurs déjà près de 40 barils par jour près de Gaspé, et elle n\u2019en est qu\u2019à l\u2019étape exploratoire.En février dernier, au cours de son assemblée annuelle, la pétrolière a également annoncé son intention de forer deux nouveaux puits dans le secteur «Bourque», situé près de Mur- dochville.Selon les dirigeants de l\u2019entreprise, il s\u2019agirait d\u2019une structure géologique de grande taille dont le potentiel est évalué à 100 millions de barils.Ces gisements d\u2019hydrocarbures, qu\u2019ils soient sous terre ou sous la mer, se sont tous formés de la même façon, avant que les animaux soient sortis de l\u2019eau.La région du Golfe était alors située à l\u2019Équateur.L\u2019eau était chaude et la vie y pullulait.Une couche de matière organique, surtout constituée d\u2019algues, s\u2019est déposée au fond.Puis, progressivement, elle a été recouverte par d\u2019autres sédiments qui l\u2019ont enfoncée peu à peu dans le sous-sol.L\u2019action combinée de la pression et de la chaleur terrestre a «cuit» cette matière organique, la transformant en pétrole ou en gaz.Les hydrocarbures ont ensuite eu tendance à remonter vers la surface et ont migré vers une roche poreuse \u2013 appelée «roche réservoir» \u2013 qui, à certains endroits, est recouverte d\u2019une couche imperméable qui piège le pétrole.On identifie deux grands bassins géologiques.Le premier, celui d\u2019Anticosti, englobe l\u2019île du même nom et se prolonge au milieu du fleuve, jusqu\u2019à Terre-Neuve.Il ressemble à un immense gâteau à étages.Son âge varie entre 410 et 490 millions d\u2019années.La matiè - re organique est emprisonnée dans la roche- mère, le shale de Macasty.Un second bassin, celui de Madeleine, s\u2019étend jusqu\u2019aux côtes de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et aussi de Terre- Neuve.Il comprend l\u2019archipel des Îles-de- la-Madeleine.Ce grand bassin date du Car bo ni fère; il est âgé de 280 à 350 millions d\u2019années et ressemble à un gâteau déformé.On y trouve des failles, des plis, des pics provoqués par la naissance de la chaîne de montagnes des Appalaches.Ses roches-mères contien nent aussi des restes fossiles.L\u2019une d\u2019elles renferme même du charbon provenant de la décomposition de plantes et d\u2019arbres.La présence de matière organique dans les deux principaux bassins du Golfe en font des réservoirs potentiels de pétrole et de gaz.Cela n\u2019a pas échappé aux compagnies pétrolières.Depuis les années 1970, une dizaine de puits exploratoires ont été forés dans le golfe Saint-Laurent par diverses compagnies.La 32 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Le sous-sol du golfe Saint-Laurent contiendrait des milliards de barils d\u2019or noir.De quoi relancer le vieux rêve des années 1970, celui d\u2019un pétrole québécois.Mais à l\u2019heure où tous lorgnent vers les énergies vertes, est-il souhaitable d\u2019investir dans l\u2019exploitation des hydrocarbures?Par Nicolas Mesly LE NOIR DÉSIR C P H O T O M O N T A G E : F É / M A R J O R I E G U I N D O N / M I C H E L J U L I E N Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 33 R DU QUÉBEC moitié d\u2019entre eux ne contenaient pas une seule goutte de pétrole ni la moindre vapeur de gaz.Quatre ont révélé d\u2019infimes traces d\u2019hydrocarbures, et un seul semblait prometteur.Cinq autres puits ont aussi été forés sur la terre ferme, notamment à l\u2019Île- du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse.Le géophysicien en chef de la compagnie Corridor, Paul Durling, a dû se livrer à un vrai travail de détective pour avoir une idée du potentiel du bassin Madeleine.Il s\u2019est intéressé en particulier au puits de l\u2019île Brion, situé à une encablure de l\u2019archipel des Îles-de-la-Madeleine, et creusé en 1970 par Hydro- Québec, en partenariat avec une filiale de Texaco.Les analyses géochimiques des échantillons de roche-mère recueillis dans ce puits ont révélé l\u2019existence d\u2019un type de matière organique qui indiquerait la présence de pétrole ou d\u2019un «combo» pétrole et gaz.Et en utilisant un logiciel pour visualiser la formation géologique d\u2019Old Harry, l\u2019équipe de Corridor a constaté que le potentiel était beaucoup plus important que prévu! Mais l\u2019ordinateur a ses limites.La compagnie Corridor Resources a annoncé qu\u2019elle procéderait à un forage exploratoire d\u2019ici 2015.«On ne peut pas être encore certain de la quantité ni de la nature du pétrole : léger, lourd ou sulfureux, dit Philip Knoll, président de Corridor Resources.Pour le savoir, il nous faut creuser un puits.» Il y a cependant de quoi être confiant.On trouve dans le secteur des dômes de sel.Or, la roche de sel est reconnue pour être la plus imperméable qui soit, capable de garder étanche n\u2019importe quel gisement d\u2019hydrocarbures.Old Harry est la structure géologique la plus étudiée du golfe Saint-Laurent.Mais la plupart des données datent des années 1960 et 1970.«Pour savoir précisément ce qu\u2019il contient, il faudrait refaire des relevés sismiques avec des appareils plus modernes, dit Michel Malo, professeur de géologie structurale à l\u2019Institut national de recherche scientifique (INRS).Les appareils utilisés à l\u2019époque pourraient être comparés à un téléviseur en noir et blanc, alors que ceux d\u2019aujourd\u2019hui sont comme un téléviseur couleur plasma.» Bref, ils permettraient d\u2019y voir beaucoup plus clair.Sauf que, en 2004, Québec a imposé un moratoire sur les relevés sismiques, notamment pour protéger les mammifères marins et les poissons, sensibles aux puissantes ondes sonores provoquées par les explosions.Selon le professeur, les pièges d\u2019hydrocarbures les plus intéressants se répartiraient entre l\u2019île d\u2019Anticosti et la Gaspésie, mais on trouverait plein de petits Old Harry ailleurs.Quoi qu\u2019il en soit, s\u2019il y a bel et bien du pétrole au Québec, il n\u2019est intéressant que si on réussit à l\u2019extraire.Ce qui ne se fait pas aussi facilement que dans le désert du Texas.L\u2019équipement choisi dépend surtout de l\u2019environnement géophysique et climatique.Pour le gisement d\u2019Hibernia, situé dans l\u2019Atlantique à 315 km au nord-est de Terre-Neuve, il a fallu concevoir une plateforme capable de résister à l\u2019assaut des icebergs.Mais les conditions climatiques ne sont pas aussi difficiles dans le Golfe et la profondeur n\u2019y excède pas 500 m.On est loin des abysses de plus de 3 km du golfe du Mexique.orridor envisage de forer un puits dans le gisement Old Harry à environ 470 m de profondeur, à 80 km au nord-est des Îles-de-la-Madeleine.Pour ce faire, l\u2019entreprise compte retenir l\u2019expertise d\u2019une compagnie spécialisée en forages exploratoires qui opère aussi bien dans les champs pétrolifères de la mer du Nord, en Norvège, qu\u2019au large des côtes brésiliennes.Creuser ce puits devrait prendre de 20 à 50 jours.Coût prévu : 55 millions de dollars.Le pari reste risqué.Il a fallu creuser 42 puits secs avant de découvrir le gisement Hibernia qui a fait la fortune énergétique de Terre-Neuve.L\u2019initiative n\u2019est pas sans inquiéter Joël Arseneau, le maire des Îles-de-la-Madeleine, dont l\u2019économie dépend du tourisme, des pêches et de la mariculture, ainsi que l\u2019on désigne l\u2019aquaculture en eaux marines.«Nous ne sommes pas contre le développement pétrolier.Mais nous sommes les premiers sur la \u201cligne de feu\u201d», dit-il.Tout le monde a en mémoire l\u2019explosion de la plateforme Deepwater Horizon, survenue dans le golfe duMexique en avril 2010.Onze personnes sont mortes et près de 5 millions de barils se sont échappés du puits avant qu\u2019il ne soit colmaté.«Deepwater Horizon forait dans un réservoir situé dans des eaux ultra profondes.La pression y était phénoménale! Ce n\u2019est pas comparable avec la situation d\u2019Old Harry», précise Philip Knoll.Il n\u2019empêche que le golfe Saint-Laurent, une mer intérieure «LE GOLFE SAINT-LAURENT, UNE MER INTÉRIEURE SEPT FOIS PLUS PETITE QUE LE GOLFE DU MEXIQUE, ET PLUS RICHE EN BIODIVERSITÉ, SUPPORTERAIT TRÈS MAL UN ACCIDENT» \u2013 Émilien Pelletier, océanographe.La marée noire provoquée par l\u2019explosion d\u2019une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique, en avril 2010 : 11 morts, 5 millions de barils déversés dans l\u2019océan! 34 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 C J I M E D D S / S P L (suite à la page 36) L es Néo-Zélandais sont fiers de leur pays, composé de deux îles paradisiaques plantées dans l\u2019océan Pacifique.Et ils se mobilisent rapidement après un incident écologique.Un peu comme les réservistes de l\u2019armée suisse, ils sont « toujours prêts» .Le 5 octobre dernier, lorsque le cargo Rena s\u2019est éventré sur un récif à 20 km au large des côtes, provoquant la pire catastrophe écologique maritime de ce pays, la population n\u2019a pas tardé à réagir.Quelques heures à peine après le naufrage, le docteur Brett Gartrell, vétérinaire à l\u2019université Massey, commençait à mettre en branle son plan de sauvetage des animaux marins.Ce dernier repose sur un noyau dur d\u2019une vingtaine de professionnels répartis dans tout le pays et capables de mobiliser rapidement des volontaires.« La question n\u2019est pas de savoir si un accident va arriver, c\u2019est toujours de savoir quand», m\u2019expli- quait-il lors de ma visite au centre de sauvetage, trois semaines après la catastrophe.Au cours des 20 dernières années, ce dispositif a été mis à l\u2019épreuve à quelques reprises lors de petits déversements.Mais cette fois, la catastrophe s\u2019est avérée majeure : le Rena avait 1 712 tonnes de mazout à bord, dont 350 tonnes se sont échappées dans les premières heures du sinistre.Au plus fort de la crise, une centaine de volontaires s\u2019activaient à nettoyer des oiseaux de mer dans ce «camp de réfugiés» pour animaux, constitué de tentes blanches et de piscines où se massaient de petits pingouins bleus.Quelque 400 volatiles ont pu être sauvés, dont une soixantaine de pluviers roux, une espèce indigène unique au monde, en voie de disparition.Plus de 2 000 dépouilles étaient congelées dans un conteneur en attendant leur autopsie.On sait que, pour un oiseau trouvé mort dans un déversement, neuf autres en seraient décédés.On estime donc à 20 000 le nombre d\u2019oiseaux morts au cours de cet automne.Rencontré sur la plage, le professeur Chris Battershill récoltait de petites boulettes de pétrole nauséabondes à des fins d\u2019analyse.Cet expert en écologie marine côtière de l\u2019université de Wakaito est responsable d\u2019évaluer les dommages environnementaux en comparant l\u2019état de la mer et des récifs avant \u2013 ainsi qu\u2019après \u2013 le naufrage.Autour de lui, une cinquantaine de volontaires habillés de sarraus blancs fouillaient le sable de leurs mains gantées.La plage ressemblait à une immense litière de chat.À une vingtaine de kilomètres au large de la mer turquoise, on pouvait apercevoir la carcasse pathétique du Rena et sa cargaison de 1 712 conteneurs.«On nettoie l\u2019erreur d\u2019un idiot!» rageait Mary Molphy, une des volontaires agenouillées dans le sable.Une enquête est en cours pour comprendre comment le capitaine du Rena \u2013 que l\u2019on soupçonne d\u2019avoir été ivre au moment de l\u2019accident \u2013 a pu s\u2019éloigner à ce point de sa route et heurter le récif Astrolabe qui est connu de tous les marins.Le célèbre James Cook l\u2019avait identifié sur une carte maritime en 1769! «Si un pays décide de se lancer dans le développement extracôtier de l\u2019industrie pétrolière, il est de sa responsabilité d\u2019instaurer en même temps un mécanisme de protection, de manière à mobiliser des volontaires en cas d\u2019accident afin de ramasser le pétrole le plus rapidement possible», préconise le professeur Battershill.Selon le scientifique, l\u2019accident du Rena a été un moindre mal parce que le carburant s\u2019est répandu sur les rives, et a ainsi été plus facile à récupérer.Si le mazout avait dérivé sur des falaises rocheuses, cela aurait été une autre histoire.Les quelque 8 000 volontaires formés pour nettoyer les dégâts ont récolté plus de 1 000 tonnes d\u2019huile lourde et de déchets échappés du navire, ainsi que des conteneurs abîmés en mer.Ce système d\u2019intervention misant sur des bénévoles formés fait partie intégrante du plan d\u2019urgence du gouvernement néo-zélandais en cas de déversement pétrolier.Québec aurait-il intérêt à s\u2019en inspirer?OPÉRATION SAUVETAGE EN NOUVELLE-ZÉLANDE Quand, l\u2019automne dernier, le cargo Rena a heurté un récif à 20 km des côtes néo-zélandaises, le plan de secours était prêt.Un modèle à suivre?Par Nicolas Mesly Chris Battershill, de l\u2019université de Wakaito, en Nouvelle- Zélande : «Si un pays décide de se lancer dans le développement extracôtier de l\u2019industrie pétrolière, il est de sa responsabilité d\u2019instaurer en même temps un mécanisme de protection.» N I C O L A S M E S L Y M A R I T I M E N E W Z E A L A N D Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 35 36 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Tortue luth du Saint-Laurent sept fois plus petite que le golfe du Mexique, et plus riche en biodiversité, supporterait très mal un accident, prévient Émilien Pelletier, directeur de la Chaire de recherche du Canada en éco- toxicologie marine à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski (Université du Québec à Rimouski [UQAR]).La région abrite en effet des dizaines d\u2019espèces rares ou menacées comme la tortue luth, le béluga ou le rorqual commun.Un des plus grands dangers, en cas de déversement, est la formation d\u2019un mélange pétrole- glace, explique-t-il.Un risque très sérieux puisque la glace est présente six mois par année.«Dans ces conditions, le mélange est irrécupérable.Nous ne pourrions rien faire», dit Émilien Pelletier.Certes, la glace peut agir comme une estacade pour protéger les berges mais, en réalité, elle risque davantage de dériver avec les vents et les courants en emportant sa charge polluante.Cela dit, des recherches récentes ont démontré que les mers et les océans se remettent mieux que ce que l\u2019on croyait de telles catastrophes.Leur atout?Des bactéries «mangeuses de pétrole».Dans une toute récente étude de l\u2019American Society of Microbiology (ASM), on apprend que, grâce à ses colonies de bactéries, le golfe du Mexique a retrouvé sa santé après le drame dont il a été le théâtre.On sait depuis longtemps que des familles de bactéries adaptées à leur milieu sont capables de digérer le pétrole dans des eaux tropicales.Mais pour les eaux glaciales, on avait de sérieux doutes.Le directeur du Centre de recherche sur le pétrole, le gaz et autres sources d\u2019énergies extracôtières (CRPGEE), le docteur Kenneth Lee, de Pêches et Océans Canada (MPO), qui a participé à l\u2019étude de l\u2019ASM et qui a mené ses propres expériences dans le golfe Saint-Laurent, affirme disposer d\u2019une «preuve irréfutable que les basses températures ne retardent pas autant que l\u2019on pensait la dégradation du pétrole dans l\u2019environnement marin».Émilien Pelletier est loin de le croire sur parole.«Le lien entre la vitesse de biodégradation du pétrole et la température est évident.C\u2019est la raison pour laquelle on met notre nourriture au frigo, parce que cela ralentit le travail des bactéries», soutient le chercheur de l\u2019UQAR.Au mieux, on peut accélérer ou diminuer la vitesse de dégradation du pétrole en ajoutant des nutriments afin d\u2019accroître le travail des bactéries.Il faudra donc y penser à deux fois avant d\u2019aller de l\u2019avant.Selon les estimations du gouvernement, avec moins de la moitié des réserves de ce gisement, le Québec couvrirait, pendant plus de 25 ans, l\u2019équivalent de tous ses besoins en gaz naturel (oui, en gaz naturel, car même s\u2019il s\u2019agit bel et bien de pétrole, le MPO ne donne aucune estimation en pétrole; par un étrange détour, il préfère opter pour une équivalence en gaz naturel, sans doute parce que cela a l\u2019air plus propre!).Quoi qu\u2019il en soit, ces chiffres sont loin de faire l\u2019unanimité.«Cela relève de la pure spéculation», prévient Michel Malo, de l\u2019INRS.On en saura peut-être plus bientôt.Québec a commandé à GENIVAR une étude environnementale stratégique pour évaluer le potentiel d\u2019exploitation d\u2019hydrocarbures dans le bassin d\u2019An- ticosti, celui de Madeleine et dans la baie des Chaleurs.Le rapport devrait être déposé à l\u2019automne 2012.Mais quelles qu\u2019en soient les conclusions, beaucoup de discussions et d\u2019explorations pourraient être encore nécessaires avant que l\u2019on puisse offrir du pétrole québécois dans les stations-service.En 2011, Québec a adopté une loi pour empêcher le développement et l\u2019exploitation d\u2019hydrocarbures dans l\u2019estuaire et la partie nord-ouest du golfe du Saint-Laurent.Jugera-t-on que les risques sont moindres dans le sud du Golfe que dans son estuaire?QS D O R L I N G K I N D E R S L E Y / I S T O C K P H O T O ÉTUDIER AVANT D\u2019EXPLOITER La Coalition Saint-Laurent déplore le manque de connaissances scientifiques sur les écosystèmes du Golfe.Coalition Saint-Laurent a été créée il y a un an et demi pour convaincre les décideurs d\u2019imposer un moratoire sur l\u2019exploitation gazière et pétrolière dans le Golfe.Elle regroupe 65 associations représentant des milliers de citoyens, des pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine ou de la Nouvelle-Écosse à la Fondation David Suzuki.«Nous ne sommes pas contre l\u2019exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent.Mais nous demandons que les conséquences de cette exploitation soient mieux documentées», explique la porte-parole Danielle Giroux.Selon elle, les cinq provinces bordant le Golfe se livrent une compétition malsaine pour extraire l\u2019or noir qui repose dans les fonds marins.Devant les inquiétudes de la Coalition, Terre-Neuve met à jour son évaluation environnementale stratégique pour y inclure les impacts liés à l\u2019exploitation du gisement Old Harry.Cela doit être complété en 2012 et devrait donner le feu vert à la compagnie Corridor pour qu\u2019elle puisse y forer un premier puits.«Les poissons et les marées noires n\u2019ont pas de frontière.Chaque province va-t-elle exploiter ses gisements à sa façon?Il faut une vision d\u2019ensemble parce que le Golfe constitue un seul écosystème», poursuit Danielle Giroux.Pour le moment, Ottawa fait la sourde oreille.De son côté, Québec a commandé sa propre étude environnementale à la compagnie GENIVAR pour sa portion du Golfe.Elle doit être prête à l\u2019automne 2012, mais pourrait s\u2019avérer très limitée.Son financement n\u2019est que de 750 000 $, comparé à plus de 7 millions de dollars pour une étude similaire portant sur les gaz de schiste.Un rapport préliminaire de GENIVAR déposé l\u2019année dernière donne un aperçu de ce que pourraient être les conclusions de Québec.On peut y lire qu\u2019il existe dans la partie québécoise du Golfe, «des zones non sensibles».«Comment peut-on dire cela s\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019études?, questionne Danielle Giroux.Il y a un manque flagrant de connaissances scientifiques sur tous les écosystèmes du Golfe.» C O R R I D O R Old Harry Terre-Neuve Îles-de-la- Madeleine Île du Cap-Breton La recherche 38 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 5 ANS Il y a 50 ans, en pleine guerre froide, était lancé le tout premier satellite canadien.L\u2019instrument au nom d\u2019oiseau a défié tous les pronostics et rendu de fiers services au pays! Par Olivier Rey sans fa u Aloue t Le 29 septembre 1962, les yeux de John H.Chapman, à l\u2019origine du projet Alouette, et ceux de toute la population sont tournés vers le ciel où le satellite déploie ses immenses antennes.C\u2019est alors que le programme spatial canadien prendra son envol.C E N T R E D E R E C H E R C H E S S U R L E S C O M M U N I C A T I O N S ( C R C ) e 29 septembre 1962, un drôle d\u2019engin de métal aux antennes démesurées est lancé dans l\u2019espace.Si la fusée qui le met en orbite est conçue par les États-Unis, l\u2019engin, lui, est canadien.C\u2019est Alouette, le tout premier satellite portant les couleurs du Canada qui devient ainsi, après les États-Unis et l\u2019URSS, le troisième pays à mettre en orbite un satellite.Pour comprendre les origines du projet, il faut remonter à la fin des années 1950.Le Centre de recherche sur les télécommunications de la défense (CRTD) du Canada veut survoler l\u2019ionosphère (voir l\u2019encadré en page 41) afin de l\u2019étudier.«Cette couche de l\u2019atmosphère revêtait une importance cruciale pour les télécommunications, explique Claude Bélisle, vice-président à la recherche au Centre de recherches sur les communications Canada (le CRC qui a remplacé le CRTD, en 1969).On utilisait en effet cette partie de l\u2019atmosphère pour réfléchir les signaux radio à ondes courtes (3 à 30 MHz) dans la bande HF (haute fréquence).Cela rendait possibles des communications sur de longues distances, essentielles pour un vaste pays comme le nôtre.» Mais l\u2019ionosphère n\u2019est pas lisse comme un miroir.Son état, extrêmement influencé par les radiations du soleil, varie selon le cycle de ce dernier et selon qu\u2019on est de jour ou de nuit.«Cela peut perturber les ondes radio au point de paralyser les communications», précise Claude Bélisle.Une situation inacceptable pour les gouvernements de l\u2019époque.Car nous sommes en pleine guerre froide.Les États-Unis, l\u2019URSS et leurs alliés respectifs se toisent constam- fa usse note e tte L 40 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 ment, s\u2019espionnent et se haranguent à coup de menaces nucléaires.Le Canada est un personnage secondaire, pris en sandwich entre les deux acteurs principaux : l\u2019URSS, au nord, et les États-Unis, au sud.Cette situation géographique particulière le rend vulnérable.Sa frange nordique est considérée comme une porte d\u2019entrée pour l\u2019«ennemi».Pas question, dans ce contexte, de lésiner sur la qualité des communications.D\u2019où l\u2019idée de John H.Chapman, ingénieur au CRTD, de développer un satellite capable de cartographier la structure globale de l\u2019ionosphère et de mieux prévoir sa variabilité.Sauf que le Canada n\u2019a pas de fusée pour lancer son satellite.Il va donc faire appel au département états- unien de la Défense qui dirigera les Canadiens vers une toute nouvelle agence précisément affec tée aux projets internationaux de recherche spatiale, la NASA.Alouette fera dès lors partie de l\u2019ensemble de satellites dédiés à l\u2019étude de l\u2019ionosphère sur lesquels la NASA travaille aussi.L\u2019agence juge toutefois la proposition un peu trop ambitieuse.«Notre concept était effectivement complexe par rapport à la technologie de l\u2019époque, se souvient Colin Franklin, alors ingénieur électrique dans les forces aériennes canadiennes, et responsable du design des systèmes électriques du satellite.Nous voulions construire un engin très robuste qui puisse fournir une énorme quantité de données.» Ne croyant guère au projet, les États-Unis décident de donner la priorité à leurs propres satellites.«Malgré ses réticences, la NASA a été un excellent partenaire et a soutenu notre programme, se souvient Colin Franklin.Une telle situation serait impensable de nos jours.Si l\u2019Agence spatiale canadienne présentait au- jourd\u2019hui un projet aussi avancé technologi- quement, avec seulement des études théoriques pour prouver sa faisabilité, il serait abandonné immédiatement.» La NASA fournit ainsi une grosse fusée Thor Agena pour placer Alouette en orbite.Reste ensuite à résoudre plusieurs difficultés, comme le déploiement d\u2019antennes de 11 m et 22 m de long, l\u2019emploi de batteries de nouvelle génération et la construction d\u2019un transmetteur de 100 W.Sept jours sur sept, parfois jusque tard dans la nuit, l\u2019équipe travaille d\u2019arrache-pied.«Nous n\u2019avions pas conscience, à l\u2019époque, de participer à la grande aventure spa - tiale, se remémore Colin Franklin.Le sentiment qui primait, c\u2019était l\u2019urgence.Nous voulions surtout protéger notre pays.» Colin Franklin a appris plus tard que le projet était d\u2019ailleurs mené comme un programme de guerre.«Nous n\u2019avions pas de contraintes budgétaires, pas d\u2019inspections des douanes aux frontières\u2026 Nous pouvions obtenir ce que nous voulions et nous faisions tout nous-mêmes.Les réunions et les rapports étaient réduits au strict minimum.Nous nous passions d\u2019appels d\u2019offre et une compagnie canadienne a même été obligée de produire ce que nous demandions sans contrat officiel !» Colin Franklin, Keith Brown et John Barry, les «cerveaux» d\u2019Alouette, planchant sur la conception du satellite.Alouette I Lancement: le 29 septembre 1962 Poids : 145,7 kg Grandeur : le satellite lui-même mesurait à peine plus de 1 m de diamètre mais, une fois déployées, les antennes lui donnaient une envergure de plus de 45 m.Orbite : le satellite se situe à une altitude d\u2019environ 1 000 km.Durée de vie : les activités d\u2019Alouette I ont été stoppées en 1972.Successeurs : Alouette I a été suivi, en décembre 1965, par Alouette II (opérationnel pendant 10 ans), puis par Isis I, lancé en février 1969, et par Isis II, lancé en avril 1971.Ceux-ci ont été utilisés jusqu\u2019en 1984 par le Canada, et le Japon a continué à exploiter Isis I jusqu\u2019en 1990.C R C 5 ANS louette déjouera tous les pronostics.Alors que les satellites 100% made in USA essuient des revers techniques, l\u2019option canadienne prend finalement place sur les blocs de départ, à la base de Vanderberg, en Californie.Une fois en orbite, Alouette fait taire tous les oiseaux de mauvais augure.On lui avait prédit les pires scénarios : destruction lors du lancement, une heure de fonc tionnement (pas plus) avant de tomber en panne.Tout le monde a eu faux.Non seulement le satellite déploie correctement ses antennes géantes, mais il dépasse toutes les espérances.Prévu pour fonctionner pendant an, il fournira aux chercheurs des données pendant une décennie ! «Nous avions été très critiqués, se souvient Colin Franklin.Le succès d\u2019Alouette a constitué notre plus grande récompense.Ce n\u2019est que plus tard que j\u2019ai pris conscience de ce qu\u2019il avait vraiment représenté.» Et des répercussions que la réussite du programme a eues sur la suite de l\u2019aventure spatiale canadienne.En 1987, Alouette a été identifié par la Commission du centenaire de l\u2019ingénierie comme une des 10 plus belles réussites canadiennes des 100 années précédentes.Grâce à Alouette, le Canada a été mondialement reconnu pour son expertise en ingénierie spatiale, pavant la voie à de nombreuses autres réalisations.Ainsi, en 1969, une entreprise privée, Telesat, est fondée pour prendre en charge la flottille de satellites de communication canadiens.Le pays participe à des programmes internationaux.Il fournira notamment les bras manipulateurs Canadarm, attachés aux navettes, et sera associé au projet de la Station spatiale internationale.En 1979, il devient un membre coopérant de l\u2019Agence spatiale européenne.Bref, Alouette a mis le Canada sur la route de l\u2019espace.Mieux : il a fait des petits.«En 1976, poursuit Claude Bélisle, grâce au satellite Hermes, nous avons été les premiers à démontrer qu\u2019il était possible de diffuser des émissions de télévision par satellite, que les usagers pouvaient recevoir directement chez eux avec une antenne parabolique.» Les premières diffusions à l\u2019aide de cette technologie ont été.les séries éliminatoires de la coupe Stanley.Plusieurs innovations se sont ensuite succédées permettant la télémédecine, la télé-éducation, la recherche et le sauvetage assistés par le satellite SARSAT ou encore la téléphonie mobile par satellite.Quant aux observations d\u2019Alouette et de ses successeurs (Alouette II, Isis I et Isis II), elles ont aidé les scientifiques à mieux connaître la structure interne de l\u2019ionosphère, notamment la répartition des électrons dans la couche la plus dense (située à environ 150 km à 500 km d\u2019altitude), celle qui affecte le plus la propagation des signaux HF.Grâce à ces observations, il a été possible de mieux prévoir la qualité des transmissions, particulièrement dans le Grand Nord, et on a développé des méthodes qui compensent en partie les effets de l\u2019ionosphère.Ces technologies, qui permettent d\u2019ajuster les systèmes radio afin de contrer les variations de la propagation des ondes, sont maintenant employées dans presque Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 41 Membre de l\u2019équipe du CRDT, cette femme tient une des énormes antennes d\u2019Alouette que les ingénieurs avaient conçues.De l\u2019électricité dans l\u2019air Au-delà de 60 km d\u2019altitude, l\u2019atmosphère joue le rôle d\u2019un filtre.Les rayons du Soleil, UV et X, interagissent avec les molécules de l\u2019air et produisent des ions et des électrons libres.Cette bande de l\u2019atmosphère forme l\u2019ionosphère et se subdivise en plusieurs sous-couches : les bandes D, de 60 km à 90 km d\u2019altitude; E, de 90 km à 120 km; et F, de 150 km à 500 km.En réfléchissant les ondes courtes (voir le schéma ci-dessus) l\u2019ionosphère permet leur propagation sur de très longues distances, jusque de l\u2019autre côté de la planète.A Grâce à Alouette, le Canada a été mondialement reconnu pour son expertise en ingénierie spatiale, pavant la voie à de nombreuses autres réalisations.Émetteur radio AM Couche D 60km Couc he E 90km Couche F 150km C R C C T H O M S O N H I G H E R E D U C A T I O N tous les systèmes modernes, y compris les téléphones cellulaires.Alouette et sa famille ont d\u2019ailleurs été de si bons soldats que la masse de données recueillies n\u2019a jamais été totalement analysée.Il faut dire que, depuis, les technologies ont tellement évolué que l\u2019étude de l\u2019ionosphère est moins nécessaire.«Pour les communica tions sur de lon - gues distances, la fibre optique et les satellites de télécommu - nica tion ont remplacé dans une large mesure les systèmes HF sans fil.De plus, pour les transmissions satellitaires, on utilise des fréquences plus hautes, moins affectées par la propagation dans l\u2019ionosphère, qui ne font que la traverser puisqu\u2019elles proviennent ou sont dirigées vers des satellites géostationnaires situés à environ 36 000 km de la Terre», explique Claude Bélisle.Quant aux fibres optiques des câbles sous- marins qui relient les continents, elles permettent de faire voyager facilement des quantités colossales d\u2019information.Une chose, cependant, n\u2019a pas changé : l\u2019éten - due du pays continue de représenter un défi en télécommunication.Le Grand Nord, notam - ment, reste très isolé.Au-delà du 80e parallèle, il est impossible de joindre les populations avec des satellites géostationnaires.Le problème sera peut-être réglé avec le programme PCW (Polar Communications and Weather) qui propose de survoler la région avec deux satellites capables de couvrir la zone en permanence.Ces satellites seront aussi dotés d\u2019instruments pour observer les effets des changements clima tiques dans cette région sensible de la planète.Quant à l\u2019ionosphère, qui a tant intéressé les concepteurs d\u2019Alouette, elle continuera d\u2019être étudiée par le satellite Cassiope que l\u2019Agence spatiale canadienne prévoit lancer cette année.Cinquante ans plus tard, Alouette verra donc arriver son petit-fils à ses côtés.Car, oui, le vénérable satellite vole toujours à environ 1 000 km d\u2019altitude, et devrait encore rester un bon millénaire là-haut.Colin Franklin aimerait bien que, plutôt que sa chute inévitable, la recherche soit suffisamment avancée pour permettre sa récupération et son exposition dans un musée.QS 42 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Alouette a fourni des masses de données.Ci-dessus, les premières mesures de l\u2019ionosphère envoyées par le satellite, le 29 septembre 1962.Gaspésie-Acadie : un tour de magie ! Un parcours enchanteur.Du vélo à son meilleur.Des vacances aux multiples bonheurs.C'est magique! Le Grand Tour Desjardins : le rendez-vous vélo de l\u2019été.Du 5 au 11 août Inscrivez-vous maintenant et économisez 815$ jusqu\u2019au 16 juin 895$ après le 16 juin Le forfait Sous les étoiles inclut : 6 nuits en camping et 1 nuit optionnelle à Matane, la veille du départ ; 7 petits-déjeuners, 6 dîners et 6 soupers ; la contribution de 3,50 $ par tranche de 1000 $ de services achetés au Fonds d\u2019indemnisation des clients des agents de voyages et les taxes.en partenariat avec 375 $ par tente (taxes incluses) Comprend : montage, démontage et livraison du bagage à la tente.C Optez pour le service de location de tente Au Grand Tour Desjardins en gang, on y gagne ! www.veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Titulaire d\u2019un permis du Québec Inscrivez 10 personnes au forfait Sous les étoiles de sept jours et obtenez 11e participation gratuitement ! Pour connaître les conditions de l\u2019offre, visitez notre site internet.Photos : Didier Bertrand, Mathieu Lamarre Où sont passées les ondes courtes?Les ondes courtes ont encore leur utilité aujourd\u2019hui.Les radioamateurs et les systèmes GPS, par exemple, en tirent profit.La police et les militaires utilisent aussi ces ondes, car c\u2019est un système fiable qui fonctionne bien sur des distances relativement courtes (quand on ne passe pas par l\u2019ionosphère).5 ANS Pro?tez de nos activités gratuites Vers un Laboratoire d\u2019innovation sociale Exposition La preuve par l\u2019image · Enregistrement de l\u2019émission Les années lumière de Radio-Canada · Tables rondes à la Grande Bibliothèque Entretien entre Julie Payette et Claudie Haigneré Quel pouvoir pour les citoyens?· Hubert Reeves : Cosmologie et créativité Journée des femmes en sciences et en génie · Votre soutenance en 180 secondes · Recherche-création en rafale · Table ronde sur L\u2019état du Québec 2012 Retransmission de l\u2019émission La tête au carré de France Inter REDÉCOUVREZ LA SCIENCE EN VISITANT LES PROJETS ÉPATANTS DE JEUNES DE 12 À 20 ANS.FINALE QUÉBÉCOISE, 19 AU 22 AVRIL 2012 CENTRE CULTUREL DE L\u2019UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE 2 500, BOUL.DE L'UNIVERSITÉ ENTRÉE GRATUITE EXPOSCIENCES.QC.CA HEURES D'OUVERTURE AU PUBLIC JEUDI 19 AVRIL : 13 h à 16 h VENDREDI 20 AVRIL : 9 h à 12 h SAMEDI 21 AVRIL : 10 h à 12 h et 13 h à 16 h 30 DIMANCHE 22 AVRIL : 9 h 30 à 12 h Une initiative de : Partenaires médias régionaux : En partenariat avec : SUIVEZ-NOUS SUR PLONGEZ DANS L'UNIVERS DE LA RELÈVE SCIENTIFIQUE! REJ O I G N E Z S A I N T - L A U R E N T , S A I N T E - C A T H E R I N E , S A I N T-J OS EPH , SAI NT-VIA TEUR, SAINT-DENIS, SAINT-DOM I N I Q U E , S A I N T - M I C H E L E T S A I N T - U R B A I N P O U R V I V RE .UN DIMANCHE AU PARADIS INSCRIVEZ-VOUS MAINTENANT LE TOUR DE L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL DIMANCHE 3 JUIN DÉPART : AVENUE DU PARC UN TOUR LA NUIT VENDREDI 1ER JUIN DÉPART : BOULEVARD SAINT-JOSEPH LE DÉFI MÉTROPOLITAIN DIMANCHE 27 MAI DÉPART : BELOEIL Agence : Publicis Photo : Alain Desjean u\u2019est-ce qui détermine notre identité?C\u2019est cette question qu\u2019explore le Centre des sciences à travers la riche galerie de personnages de la série de films Star Wars.L\u2019exposition StarWars Identités s\u2019articule autour de trois thèmes subdivisés en différents éléments.Il y a d\u2019abord l\u2019origine : l\u2019espèce, la génétique, les parents, la culture.Puis les influences : les mentors, les amis, les événements marquants.Enfin, les choix : les occupations, la personnalité, les valeurs.«Les parents sont un des déterminants de l\u2019identité.Il y en a plusieurs types : permissifs, autoritaires, présents, absents.Anakin Skywalker a eu une mère permissive et un père absent, tandis que Luke a eu des parents adoptifs autoritaires et présents», fait remarquer Michel Groulx, chef recherche et contenu.Dix stations abordent chacune une composante identitaire.Elles sont présentées par une capsule vidéo scientifique et accompagnées d\u2019extraits de la saga, ainsi que d\u2019objets tirés des archives de Lucasfilm Ltd.Ainsi, le visiteur comprend peu à peu ce qui a formé l\u2019identité de ces personnages mythiques, mais aussi la sienne propre.La série Star Wars, on le sait, est construite autour des jedis, ces guerriers qui découvrent et développent leurs capacités particulières, et qui apprennent notam ment à ressentir la «Force».Des surdoués.Comme Anakin, qui conduit des modules de course à 10 ans! Mais pourquoi lui et pas un autre?Selon le docteur Françoys Gagné, professeur émérite de psychologie retraité de l\u2019Université du Québec à Montréal et consultant pour Star Wars Identités, ces personnages ont des aptitudes singulières qu\u2019ils ont poussées afin de les transformer en talents.Sa théorie sur la douance a servi de cadre de référence pour l\u2019exposition.«Le talent, consiste à transformer ses habiletés naturelles dans un champ particulier», affirme Françoys Gagné.Ainsi, une dextérité manuelle pourra faire de vous un bon menuisier ou dentiste, tout comme la réceptivité à la Force fera de vous un bon jedi! «La génétique et la façon dont les gènes interagissent avec leur environnement sont aussi déterminants dans la douance que l\u2019environnement lui-même», ajoute Françoys Gagné.Ainsi, Anakin et Luke, qui ont un héritage génétique et la culture en commun, sont devenus très différents.«On pourra aussi créer un nou - veau personnage de StarWars et laisser sortir le héros qui sommeille en soi», explique Geneviève Angio-Mor- neau, muséologue-conceptrice de la firme gmsprjt°création, qui s\u2019est occupée de développer la trame narrative de l\u2019exposition.Le visiteur pourra faire différents choix tout au long de sa visite, afin de créer un avatar Star Wars à son image.QS Star Wars Identités \u2013 L\u2019exposition, au Centre des sciences de Montréal, du 19 avril au 16 septembre 2012.www.centredessciencesdemontreal.com Suivez le guide Par Viviane Desbiens Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 45 Q Scientifiques en herbe?Les 100 meilleurs projets issus de toutes les régions du Québec seront à la Super Expo-sciences, finale provinciale, qui se tient à l\u2019Université de Sherbrooke.Le public est invité à assister à cette compétition où des jeunes de 12 à 20 ans présentent des projets qu\u2019ils ont eux-mêmes réalisés.L\u2019an dernier, plusieurs projets ont retenu l\u2019attention, comme l\u2019analyse de l\u2019efficacité d\u2019une bactérie pour dégrader le méthylmercure ou la construction d\u2019un bateau à motricité humaine assistée.Super Expo-sciences Hydro-Québec, du 19 au 22 avril 2012, au Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke.www.exposciences.qc.ca Demain, la Chine Malgré un PIB qui surpasse maintenant celui des États-Unis, la Chine ne se classe qu\u2019au 80e rang mondial en ce qui concerne le revenu par habitant.Où en sera-t-elle en 2025?Jean- Philippe Béja, sinologue et directeur de recherche au CNRS tentera de dresser le portrait de ce géant.Conférence La Chine en 2025, série Le monde en 2025, le 26 avril à 19 h 30, auditorium de la Grande Bibliothèque à Montéal.Gratuit, mais réservation nécessaire.www.banq.qc.ca Science pour le plaisir La 7e édition de l\u2019événement 24 heures de science est placée sous le thème «À l\u2019eau la science».Cette fête de la science et de la technologie se déroule partout au Québec.Des conférences, visites de labos, animations, films, font partie des activités présentées.24 heures de science, 11 et 12 mai 2012, partout au Québec.www.science24heures.com AUTRES RENDEZ-VOUS Quel genre de jedi êtes-vous? 46 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Des trésors à découvrir Il n\u2019y a pas que le rocher Percé comme merveille de la nature! Le Québec est en train de faire l\u2019inventaire de ses chefs-d\u2019œuvre géologiques en vue d\u2019en assurer la protection.Québec Science vous invite à découvrir les plus beaux et les plus significatifs d\u2019entre eux.Le pont de la discorde Exploit d\u2019ingénierie ou construction bâclée?En remontant aux origines du pont Champlain, il y a 50 ans, on découvre ce qui en fait sa particularité.Et cela n\u2019a rien à voir avec les embouteillages dont il est aujourd\u2019hui le théâtre.À LIRE BIENTÔT Boson for ever Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps pour que l\u2019on capture \u2013 enfin \u2013 le boson de Higgs, cette particule qui explique la structure de la matière.Quels enjeux cache cette quête acharnée?Solution du sudoku de Gary McGuire Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 47 Docteur iPhone Les diabétiques n\u2019ont pas le choix, ils doivent surveiller religieusement leur glycémie pour éviter que leur taux de sucre ne s\u2019emballe.Voici un nouveau gadget qui pourrait leur simplifier la vie.Telcare est un glucomètre intelligent; très intelligent même puisque, en plus de mesurer la glycémie, il transmet les résultats à une banque de données consultable par le patient, mais aussi par ses proches et son médecin.Ce dernier peut même communiquer avec son patient diabétique s\u2019il perçoit quelque chose d\u2019anormal.Grâce à cette application iPhone, plus besoin d\u2019aligner de fastidieuses colonnes de chiffres pour surveiller l\u2019évolution du taux de sucre dans le sang.Telcare propose même des graphiques, schémas et autres données sur les hauts et les bas de sa condition.Toutes ces informations peuvent être imprimées, transmises par courriel et agrémentées de notes personnelles sur, par exemple, le nombre de verres de vin que l\u2019on a bus, le menu que l\u2019on a avalé ce jour-là ou l\u2019exercice qu\u2019on a pratiqué.Bientôt, la petite machine pourra peut-être même nous réprimander quand on s\u2019approche de la bouteille de porto ou de la réserve de sirop d\u2019érable! http ://telcare.com/ Le sandwich que personne ne veut voler La vie au bureau ou à l\u2019école est parfois féroce et il arrive que des collègues peu scrupuleux ou des petits chenapans de troisième secondaire s\u2019emparent de votre sandwich, vous laissant le ventre vide pour finir votre journée de travail ou d\u2019études.Ce temps-là est révolu! Grâce à ce ragoûtant sac Ziploc sur lequel on a imprimé de fausses traces de moisissure, plus personne n\u2019aura envie de toucher à votre lunch! Disponible en ligne : www.thinkofthe.com/ product.php?name=anti-theft-lunch-bags Le robot qui plantait des choux Il y a eu l\u2019homme, le cheval et la charrue; puis il y a eu l\u2019homme et le tracteur.Aujourd\u2019hui, il y a Prospero qui, selon ses concepteurs, va révolutionner l\u2019agriculture! Avec leurs six pattes qui leur donnent l\u2019air d\u2019insectes, ces robots travaillent en essaim, chaque membre de l\u2019équipe communiquant avec les autres grâce à une connexion sans fil.Il s\u2019assure d\u2019abord que la terre est vierge de toute plantation.Il détermine ensuite à quelle profondeur il va insérer la graine et où, puis il enregistre la position.Enfin, il plante et recouvre la graine de terre.Premier prototype du «micro-planteur autonome», Prospero ne sait pour l\u2019instant que planter.Dans sa phase 2, il est supposé arroser la terre d\u2019engrais et devrait, dans sa phase 3, être capable de récolter les fruits de son travail.Dans un avenir plus ou moins proche, des armées de Prospero pourront peut-être remplacer les hommes et leurs tracteurs sans qu\u2019aucun fermier ne vienne traîner ses bottes dans le champ! Mais en a-t-on vraiment envie?http ://forums.trossenrobotics.com/ showthread.php?4669-Prospero-Robotic-Farmer futur Aujourd\u2019hui le D A V I D D O R H O U T 48 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 U n voyage dans l\u2019univers captivant des mathématiques, tel aurait pu être le titre du remarquable ouvrage d\u2019Alex Bellos.Mais l\u2019auteur n\u2019a pas choisi son titre au hasard, car dans Alex au pays des chiffres, chacun des mots est en réalité très bien choisi.Le terme «chiffres» est plus approprié que «mathématiques», lequel fait peur à certains, alors que tout le monde manipule des chiffres à longueur de journée et que, après tout, il n\u2019y en a que 10: 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9.L\u2019expression «Alex au pays» vient appuyer le fait que l\u2019auteur a choisi de parcourir la planète pour expérimenter les mathématiques dans le monde réel.C\u2019est ainsi que, pour découvrir la théorie des probabilités, il a loué une chambre dans un casino de Reno, au Nevada, et c\u2019est au Japon qu\u2019il a rencontré le plus matheux des chimpanzés.Bellos propose ainsi à ses lecteurs d\u2019appréhender de manière sympathique le domaine des mathématiques.Il nous raconte d\u2019où viennent les nombres; pourquoi on a retenu la base décimale; comment on en est venu à inventer le zéro, la plus grande découverte des mathématiques selon plusieurs historiens; et pourquoi la recherche insatiable des décimales du nombre pi (on en connaît à ce jour plus de cinq mille milliards!) a fasciné et fascine toujours les mathématiciens amateurs et professionnels.Remontant 2 000 ans avant notre ère, Bellos nous explique que les Chinois, en s\u2019amusant à construire des carrés magiques (ces arrangements de n x n entiers positifs dont la somme de chacune des lignes, de même que la somme de chacune des colonnes, donne la même valeur), ont créé les mathématiques récréatives.Il s\u2019attache à expliquer pourquoi il aura fallu 2 000 ans d\u2019acharnement avant qu\u2019on arrive à vaincre les mystères de l\u2019infini : du paradoxe de Zénon (selon lequel Achille ne pourra jamais rattraper la tortue, puisque pour y arriver il devra d\u2019abord parcourir la moitié de la distance qui l\u2019en sépare, ensuite la moitié de la moitié, et ainsi de suite) jusqu\u2019à la découverte, par Can tor, de l\u2019existence d\u2019infinis de différentes tailles.L\u2019auteur nous présente aussi les êtres humains à l\u2019origine des découvertes.Il relate par exemple com ment le renommé professeur G.H.Har - dy, ayant constaté que le jeune indien S.Ramanujan avait découvert des formules mathématiques tout à fait géniales, l\u2019a invité à le rejoindre à Cambridge, lui donnant ainsi la chance de mettre à profit son talent exceptionnel.Pour souligner l\u2019importance des nombres premiers, on trouve à la page 299 du livre de Bellos l\u2019image du tampon utilisé par l\u2019université de l\u2019Illinois dans les années 1960 sur tous ses envois postaux.On peut y lire «211213 - 1 is prime» pour souligner la découverte faite par le professeur Donald Lu Alex au pays des chiffres Le mathématicien Jean-Marie De Koninck s\u2019est emballé pour ce bouquin qui fera aimer les maths à n\u2019importe qui.pour vous Quand je serai grand, je serai un intellectuel Voici une collection à la fois utile et passionnante qui risque bien \u2013 c\u2019est le but! \u2013 d\u2019engendrer quelques belles vocations.Écrits par des intellectuels de renom et des chercheurs «costauds», ces petits livres produits par les Presses de l\u2019Université de Montréal proposent un regard à la fois professionnel et personnel sur des métiers tels que celui d\u2019astronome (par François Wesemael), d\u2019éthicien (Daniel Weinstock), de géographe (Rodolphe De Koninck) ou encore de latiniste (Jean-François Cottier).Le plus récent essai, signé par le médecin Marc Zaffran (alias le romancier Martin Winckler, auteur de La maladie de Sachs) se veut une réflexion sur son expérience de médecin de famille.Des bouquins à petit prix à mettre entre toutes les mains, en particulier celles des étudiants! P.M.Médecin de famille, Marc Zaffran, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 72 p.Dur à cuire Il y a presque 25 ans, André-François Bourbeau, alors jeune prof d\u2019université, et son ami Jacques Monminy, se sont livrés à une expérience extrême qui leur vaut encore de figurer dans le livre des records Guinness.Pendant 31 jours, ils ont survécu, seuls, en pleine forêt boréale, uniquement équipés de leurs vêtements et de quelques articles personnels \u2013 montre, clés, crayon, etc.Pas de nourriture, pas de canif, pas de sac de couchage.Outre la réédition du «journal de voyage» de cette aventure hors du commun, le livre propose un recensement critique et sans complaisance des erreurs commises.Dans une troisième partie qui fascinera tous les amateurs de tourisme extrême, André-François Bourbeau, devenu une sommité dans le domaine du plein air, dresse un inventaire rigoureux de techniques et méthodes de survie en forêt.Entre autres trucs, une gouttière à slush, une «tripe» de roche et un séchoir à cailloux.P.M.Le surviethon: vingt-cinq ans plus tard, André-François Bourbeau, Les Éditions JCL, 512 p. Gillies du plus grand nombre premier connu à l\u2019époque.En utilisant peu d\u2019équations, plusieurs illustrations et des exemples de notre vie de tous les jours, l\u2019auteur parvient à convaincre le lecteur que les mathéma - tiques sont à la fois simples et intrigantes.Comme il l\u2019écrit lui-même, «pendant la rédaction de ce livre, j\u2019ai toujours eu le souci de communiquer l\u2019excitation et l\u2019émerveillement qui accompagnent l\u2019exploration mathématique».À la lecture de l\u2019ouvrage, on ne peut faire autrement qu\u2019être séduit par son style et sa passion et, du même coup, par la beauté des mathématiques.QS Professeur au département de mathématiques et de statistique à l\u2019Université Laval, Jean-Marie De Koninck est l\u2019auteur de 14 livres et de 100 articles dans des journaux de mathématiques.Il a été nommé «scientifique de l\u2019année 2005» par la Société Radio-Canada.Reconnu pour son travail de vulgarisation, notamment auprès des jeunes, il est aussi un ancien champion olympique de natation et le fondateur de l\u2019Opération nez rouge.Avril ~ Mai 2012 | Québec Science 49 Alex au pays des chiffres, Alex Bellos, Éditions Robert Laffont, 2011, 512 p.La science des métaphores Si un atome avait la taille d\u2019une cathédrale, son noyau ne serait pas plus gros qu\u2019une abeille volant dans la nef! C\u2019est avec ce type d\u2019analogie que le journaliste Joel Levy démystifie 100 principes scientifiques, de la physique à la chimie, en passant par la biologie et la technologie.L\u2019idée est ludique, et le résultat très instructif.Un régal de vulgarisation où sont abordés, en mots et en images, tous les aspects de l\u2019Univers et de notre quotidien! M.C.Une abeille dans une cathédrale et 99 autres analogies scientifiques, Joel Levy, Éditions Marcel Didier, 2012, 226 p.MISSION BIODIVERSITÉ! La nouvelle expédition de Jean Lemire permettra de dresser le tableau de la biodiversité mondiale.À suivre sur Internet.Et c\u2019est reparti! Le biologiste et cinéaste Jean Lemire a quitté Gaspé fin janvier à bord du Sedna IV, son trois-mâts de 51 m remis à neuf en 2011.L\u2019expédition 1 000 jours pour la planète sillonnera pendant trois ans les mers du monde entier pour enquêter sur le déclin de la biodiversité et mieux comprendre l\u2019impact des sociétés humaines sur les écosystèmes.Accompagné de scientifiques et d\u2019une équipe de tournage, Jean Lemire ira à la rencontre des chercheurs qui se consacrent à la protection des espèces, de l\u2019Amazonie à la Méditerranée, en passant par l\u2019Asie et l\u2019Afrique, et en terminant par l\u2019Arctique, en 2015.Un site Internet consacré à la mission permet de suivre l\u2019itinéraire du bateau (grâce à un système de géolocalisation), et de consulter chaque jour le journal de bord ainsi que l\u2019album photo, alimentés par un journaliste et une déléguée du Biodôme de Montréal, présents à bord.Toutes les semaines, l\u2019équipe met en ligne une capsule vidéo relatant les aventures de l\u2019équipage, qui feront aussi l\u2019objet d\u2019un documentaire.Les sections «Éducation», dédiée aux professeurs et aux élèves du secondaire, et «Biodiversité» s\u2019enrichiront peu à peu d\u2019informations destinées à sensibiliser le public à la protection des espèces végétales et animales, qui disparaissent à un rythme jamais atteint dans l\u2019histoire de notre planète.www.radio-canada.ca/sedna CALCULEZ VOTRE EMPREINTE ÉCOLOGIQUE Comment connaître «l\u2019empreinte écologique» d\u2019un voyage en avion, en train ou en auto?En téléchargeant gratuitement l\u2019application UNEP Carbon Calculator (disponible en français) du Programme des Nations unies pour l\u2019environnement (PNUE), qui calcule la surface de forêt, de marais ou de mangrove nécessaire pour absorber le CO2 émis par nos activités.Un bon moyen de faire des choix de consommation responsables, à l\u2019approche du sommet Rio+20 qui se tiendra au Brésil en juin.À télécharger sur iTunes.* toile de fond BLOGOSPHÈRE SCIENTIFIQUE Un petite discussion au C@fé des sciences?C\u2019est ce que propose cette plateforme qui collige des blogues de chercheurs, d\u2019étudiants, de journalistes et d\u2019autres passionnés de science.Pour faciliter la navigation et assurer la visibilité des billets, toutes les publications sont affichées dans des rubriques thématiques (physique, chimie, environnement, santé, ou même politique).Et depuis quelques mois, le C@fé héberge Strip Science, un portail qui réunit les blogues de bande dessinée à tendance scientifique.Un régal pour les amateurs de vulgarisation! B L g u e www.cafe-sciences.org/ Par Marine Corniou \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Au cours de votre vie, pensez- vous aller un jour à Batoche, en pèlerinage au Lieu national historique où se tint la bataille du mois de mai 1885?Quelle bataille?Qui s\u2019est battu et pourquoi?Combien y a-t-il eu de morts?Bien peu de Canadiens savent où se trouve Batoche, et ce qui s\u2019y est passé.François-Xavier Letendre portait le surnom de Batoche, comme son père.C\u2019était un Métis né en 1841 à Saint-Bo- niface, petit-fils d\u2019un coureur de bois et d\u2019une Crie des Plaines nommée Josephte.En 1872, il quitta le Manitoba afin de rallier le Nord-Ouest sauvage dans l\u2019espérance de créer, avec d\u2019autres, une nouvelle colonie métisse sur la rivière Saskatchewan Sud.Quel beau nom, saskatchewan, qui signifie «courant rapide» en algonquien cri.À 40 milles au sud de Prince Albert, Letendre dit Batoche s\u2019établit sur les rives de la belle rivière.Il opéra d\u2019abord un bac pour traverser la Saskatchewan, en un lieu qui en vint à s\u2019appeler la Traverse à Batoche.Un peu plus à l\u2019est, se trouvait la Traverse à Dumont, où Gabriel Dumont avait une maison, avec une table de billard et un piano.Batoche devint un homme riche et prospère.Le batelier fut aussi commerçant, éleveur de chevaux et de bétail, hôtelier et colonisateur.C\u2019était un Métis argenté et capable, une impossibilité aux yeux des Blancs.Il avait 46 ans lorsque survint la crise de mai 1885.L\u2019année où l\u2019armée canadienne, dépêchée par Ottawa, vint mater les arrogants Métis et les Indiens récalcitrants, près de 1 000 habitants vivaient déjà dans le village qu\u2019il avait fondé.Gabriel Dumont, le chasseur de bisons, voulait attaquer la colonne de l\u2019armée en rase campagne, bien avant qu\u2019elle atteigne Batoche.Louis Riel, chef du peuple métis, ne pouvant se résoudre à passer à l\u2019action, Dumont fut contraint de préparer la défense.Sous son commandement, les Métis creusèrent des trous et des galeries, comme des chiens de prairie.Ils visaient bien; ils allaient donner beaucoup de fil à retordre aux assaillants canadiens.Le Lieu historique national de Batoche n\u2019est pas l\u2019attraction la plus courue au pays.Il se situe en dehors des sentiers battus, au nord de Saskatoon, bien loin du Stampede de Calgary, du parlement d\u2019Ottawa ou de Marineland.Dans le cœur de la Saskatchewan, un pays a voulu naître, celui des Métis francophones, celui des Cris et des Assiniboines.Louis Riel, Gros Ours, Esprit Errant, Faiseur d\u2019Enclos et Gabriel Dumont furent les héros des perdants.Le premier ministre canadien John A.Macdonald, le ministre Adolphe-Philippe Caron, le général britannique Frederick Dobson Middleton et la mitrailleuse Gatling furent les assaillants victorieux.Au nom du Canada, ils tuèrent dans l\u2019œuf les idéaux d\u2019une société métisse et amérindienne qui, avant l\u2019arrivée des orangistes ontariens et des immigrants, occupait ce pays.Letendre dit Batoche n\u2019a pas participé à la bataille.Il était au lac La Grenouille ou au lac de La Corne, dans l\u2019un ou l\u2019autre de ses postes de traite.Crai- gnait-il la violence?Peut-être.Cependant, il fut toujours un grand défenseur des droits des Métis et des Indiens.Mais sa chance avait tourné, monsieur Batoche.Après la bataille, il perdit tous ses biens en même temps que ses droits.La milice canadienne, composée d\u2019orangistes ontariens et de Canadiens français du Québec, brûla sa maison, pilla son magasin, tua son bétail.Le Canada allait être celui de Regina, d\u2019Alberta, de Victoria; il n\u2019allait pas être celui de Batoche, du lac aux Canards ou de l\u2019Île-à-la-Crosse.Plusieurs furent tués comme des chiens.José Ouellet est mort, un trou dans le front.On a retrouvé son corps dans les tranchées, en position de tireur.Il avait 93 ans, aucun dossier médical ni place réservée au CHSLD.Le vieux se battait pour le droit de son peuple; il refusait la retraite.Il avait l\u2019âge de ce peuple, justement, et voilà qu\u2019il tombait avec lui.J\u2019irai un jour pleurer à Batoche, où il ne reste plus rien : quelques tranchées imaginées par Gabriel Dumont, des traces de balles sur les murs de la petite église, du vent dans le vide et les os des Lépine, des Parenteau, des Gariépy, des Tourond, des Fleury.Non, rien.QS Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Avril ~ Mai 2012 Batoche, un trou sur la carte P A R C S C A N A D A \\ L H N B A T O C H E François-Xavier Letendre, dit Batoche. POUR MIEUX GÉRER ET PRENDRE EN MAIN VOS PLACEMENTS FINANCIERS.www.ferique.com/video.DÉCOUVREZ LA DIFFÉRENCE FÉRIQUE Offerts aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises.* Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc., à titre de Placeur principal, et par Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d\u2019assumer les frais de conseillers en valeurs, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d\u2019administration du gérant des Fonds FÉRIQUE.Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d\u2019exploitation.Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu\u2019un porteur de parts souscrit par l\u2019entremise de Placements Banque Nationale inc.ou de Services d\u2019investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l\u2019entremise d\u2019un courtier indépendant.1-800-291-0337 Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans. 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