Québec science, 1 janvier 2012, Juin-Juillet 2012, Vol. 50, No. 8
[" quebecscience.qc.ca 40065387 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 19 JUILLET 2012 PONT CHAMPLAIN Québec Science S Juin-Juillet 2012 L\u2019éco-carnaval DE RIO POURQUOI ON BÂILLE 5 ANS NOS PLUS BEAUX GEOLOGIQUES BOSON DE HIGGS: L\u2019ÉTAU SE RESSERRE LE GRAND NORD DANS UN PETIT POT LE PRINTEMPS SILENCIEUX DES ABEILLES L\u2019histoire cachée des paysages CHRONIQUE D\u2019UNE MORT ANNONCÉE PHOTO : KARINE BELZILE TOUTES NOS FELICITATIONS A ANNIE DESROCHERS ET EMILIE TARROUX Les deux jeunes chercheures de l'Université du Québec en Abitibi-Téminscamingue (UQAT) ont reçu le Prix du public Québec Science \u2014 Découverte de l\u2019année 2011 pour leurs révolutionnaires travaux de recherche surl'interconnectivitéracinaire des peuplements forestiers.Une découverte qui pourrait bouleverser les pratiques forestières actuelles au Québec et dans le monde entier.LA RECHERCHE À L\u2019UQAT : INNOVANTE, PERTINENTE, AUDACIEUSE I) Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Uqat.ca/recherche JUIN ~ JUILLET 2012 VOLUME 50, NUMÉRO 8 Une histoire gravée dans la roche P our nombre d\u2019entre nous, l\u2019histoire du Québec commence avec l\u2019arrivée de Jacques Cartier.D\u2019autres, plus inclusifs ou plus érudits, racontent l\u2019histoire des premiers habitants, les Amérindiens, qui vivaient en ces vastes contrées bien avant l\u2019arrivée des Français.Mais qui raconte l\u2019histoire d\u2019il y a des millions, voire des milliards, d\u2019années?Qui sait ce qui s\u2019est passé ici à ces périodes géologiques lointaines que l\u2019on nomme l\u2019Ordovicien, le Silurien, le Précambrien, le Carbonifère?Qui sait que notre pays a été entièrement recouvert de glaces?D\u2019eau?Et secoué par des tremblements de terre et des éruptions volcaniques qui ont façonné le paysage que nous connaissons aujourd\u2019hui?C\u2019est pour nous apprendre cette autre histoire, et aussi pour protéger ces sites qui témoignent d\u2019un passé très lointain, que le Québec a décidé de se constituer un patrimoine géologique.Ce n\u2019est encore qu\u2019un projet mais, en avant- première, nous vous invitons à découvrir une quarantaine de sites triés sur le volet, qui nous font voir notre géographie autrement.La rédaction EN COUVERTURE 21 Quarante merveilles géologiques du Québec Vous pensiez connaître le Québec?Découvrez les traces qu\u2019ont laissées dans le paysage les grands événements géologiques, des périodes glaciaires aux éruptions volcaniques, quelques cratères météoritiques inclus.Par Joël Leblanc 17 L\u2019heure de vérité pour le boson de Higgs On la cherche depuis longtemps, cette mystérieuse particule qui explique la construction de l\u2019Univers.D\u2019ici quelques semaines, les chercheurs devraient être en mesure d\u2019annoncer son existence, ou de la réfuter définitivement.Voyage au pays du Higgs.Par Marine Corniou P A G E C O U V E R T U R E : M A T H I E U D U P U I S 34 Pourquoi bâille-t-on?Plusieurs fois par jour, femmes, hommes, enfants, singes et lézards s\u2019y adonnent.Même les corneilles bâillent! Bizarrement, ce mouvement involontaire reste un mystère pour la science\u2026 Par Anne-Marie Simard 40 «Vingt ans après Rio, nous n\u2019avons absolument rien appris» Le Sommet de la Terre se tiendra dans quelques semaines.Que peut-on en attendre?L\u2019analyse de Christian Simard, directeur général de Nature Québec.Propos recueillis par Raymond Lemieux À votre tour, faites-nous découvrir quelques merveilles.Voir page 12.Le site des chutes Montmorency est le point de rencontre de trois formations géologiques : le Bouclier canadien, les Basses-Terres du Saint-Laurent et les Appalaches.Québec Science S 5 ANS 4 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 L\u2019empreinte d\u2019un touriste Peut-on voyager écolo?Sur la route des vacances, on vagabonde en pleine «écoconfusion».Billet Par Raymond Lemieux n a beau se donner bonne conscience en discourant sur l\u2019écotourisme, le tourisme équitable, vert, responsable, durable, etc.On a beau économiser l\u2019eau, les serviettes, le savon et couper l\u2019air climatisé dans les hôtels.On a beau choisir un transporteur aérien qui se proclame «vert» .On a beau se faire rebattre les oreilles avec des notions comme l\u2019«éthique du voyageur», nos vacances occasionnent de profondes traces dans l\u2019environnement.Et il serait peut-être temps de reconnaître la lourde empreinte écologique1 laissée par cette activité humaine qui atteint une ampleur sans précédent dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Cette année, auront lieu plus de 1 milliard de déplacements trans- frontaliers, a calculé l\u2019Organisation mondiale du tourisme (OMT), une instance des Nations unies.Pour se loger, se déplacer, visiter des musées et goûter aux plats ainsi qu\u2019aux vins locaux, les touristes ont dépensé, en 2010, 693 milliards de dollars, ce qui représente 12% du PIB mondial.Les Canadiens sont d\u2019ailleurs ceux qui dépensent le plus en activités touristiques (22 milliards de dollars par année) soit 866 dollars par habitant; ce qui est 3 fois plus que l\u2019États-Unien moyen.Pour certains pays du Sud, ce genre de dépenses constitue la deuxième source de revenus.Juste après le pétrole.Mais il y a un revers aux cartes postales.«Le tourisme tel qu\u2019il est pratiqué dans la plupart des régions du tiers-monde a causé plus de ravages qu\u2019il n\u2019a apporté d\u2019avantages», signalait la Coalition œcuménique sur le tourisme du tiers-monde (inspirée par des missionnaires?) lors de la première conférence mondiale sur le tourisme durable, qui a eu lieu en 1995.Même si on dort sous la tente en Amazonie, il faudrait planter plusieurs milliers d\u2019arbres pour compenser la pollution générée par le voyage en avion.Soixante pour cent du trafic aérien mondial est associé au tourisme, ce qui correspond à 5% de toutes les émissions de gaz carbonique.Selon l\u2019OMT, la majorité des pays qui possèdent des récifs coralliens se plaignent des dommages causés à leur écosystème par les déchets des touristes.Rappelons aussi que nombre d\u2019infrastructures hôtelières ont été érigées le long des plus belles plages de la planète.La construction des ensembles hôteliers sur le littoral de l\u2019océan Indien, en Asie du Sud-Est, a détruit les forêts de mangroves qui constituaient une barrière protectrice naturelle, laquelle aurait été précieuse quand un tsunami a dévasté cette région, en 2004.Et que dire des resortsqui proposent aux vacanciers terrains de golf et piscines dans des pays assoiffés où l\u2019on peine à trouver de l\u2019eau potable?Et pendant qu\u2019on y est, rappelons ce chiffre de l\u2019Organisation mondiale du tou ris - me : 10% des touristes qui se déplacent le font pour obtenir des faveurs sexuelles exotiques.Le sociologue Rodolphe Christin, dans un rare essai2 critiquant le tourisme, fait quant à lui remarquer que seulement 3,5% de la population mondiale pratique cette activité.C\u2019est un privilège de riches.Il s\u2019interroge : «Qu\u2019est-ce que cela nous apporte?Voyageons-nous pour oublier nos semblables?Notre travail?Notre mal de vivre?Alors, il s\u2019agirait d\u2019une fuite, non pas d\u2019un voyage.» Il propose d\u2019ailleurs de renouer avec la notion de voyage qui donne plus d\u2019importance au chemin qu\u2019à la destination.Pour être respectueux de l\u2019environnement, sommes-nous condamnés à passer l\u2019été à «Balconville, P.Q.»?Faut-il carrément abolir les vacances pour épargner notre planète?Passer nos étés au Québec à faire du vélo, du camping ou du jardinage?Mais alors, comment s\u2019ouvrir aux autres cultures?Nous ne sommes pas à une «écocontradiction» près.QS 1 L\u2019empreinte écologique est une mesure qui tient compte des surfaces terrestre et marine nécessaires pour subvenir à notre consommation (ainsi que pour absorber les déchets que nous générons).Chaque Terrien consomme en moyenne 2,7 hectares de notre planète, selon le Fonds mondial de la nature.Chaque Canadien, 7,6 hectares.Il existe plusieurs calculateurs d\u2019empreinte écologique (dont www.myfootprint.org/fr ou www.zeroges.com/fr/calculatrice_empreinte_carbone.html.Mais aucun de ceux que nous avons consultés ne questionne notre manière de prendre des vacances.2 Manuel de l\u2019antitourisme, Les Éditions Écosociété, 2010.+Pour en savoir plus www.manicore.com/documentation/tourisme O Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou Collaborateurs Serge Bouchard, Viviane Desbiens, Catherine Girard, Joël Leblanc, Jessica Nadeau, Jean-Pierre Rogel, Isabelle Rouleau, Jean-Hugues Roy et Anne-Marie Simard Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Mathieu Dupuis, Philippe Jasmin, Pierre Lahoud, Aaron mcConomy, Anne Villeneuve Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Nathalie Dubreuil Tél.: 450 441-5718 514 512-4800 ndubreuil@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 72 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Mai 2012 (498e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2012 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 44 Le pont des soupirs Considéré comme une prouesse d\u2019ingénierie à l\u2019époque, le pont Champlain était pourtant intrinsèquement vulnérable, dès sa construction, en 1962.Il est aujourd\u2019hui irrémédiablement endommagé.A-t-on tiré les leçons du passé?Par Jean-Hugues Roy 8 Mon ordi en inuktitut Traduire Office et Windows dans la langue d\u2019Agaguk n\u2019a pas été chose facile.Mais aujourd\u2019hui, les Inuits peuvent utiliser leur ordinateur avec leurs propres mots.Par Pascale Millot 11 Le cimetière des abeilles Depuis quelques années, les abeilles tombent comme\u2026 des mouches.À qui la faute?Par Jessica Nadeau EURÊKA! 15 La crème du Grand Nord Les propriétés du varech du nord du Québec permettraient de produire des cosmétiques d\u2019une qualité inégalée.Par Catherine Girard 4 BILLET L\u2019empreinte d\u2019un touriste Par Raymond Lemieux 7 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 49 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 51 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR 52 LU POUR VOUS L\u2019œil de l\u2019esprit Par Isabelle Rouleau 53 TOILE DE FOND Par Marine Corniou 6 Camil Bouchard Voile d\u2019ignorance 14 Jean-Pierre Rogel Prévoir l\u2019extrême 54 Serge Bouchard La montagne du Diable Nos chroniqueurs Québec Science S 5 ANS 6 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 usqu\u2019à récemment, je n\u2019avais jamais ressenti de honte à montrer mon passeport canadien.Un malaise, oui \u2013 je suis indépendantiste, ce n\u2019est un secret pour personne \u2013, mais pas de honte.Le Canada a toujours eu bonne réputation dans le monde.Le passeport canadien aussi.Mais tout cela a basculé ces dernières années.Les changements climatiques sont désormais traités comme une chimère par le gouvernement; d\u2019une force de paix, l\u2019armée canadienne est devenue une force de guerre; les demandeurs d\u2019asile, y compris les enfants, sont mis en prison; l\u2019éducation et la réadaptation sont remplacées par des peines carcérales; la torture est devenue acceptable, pourvu qu\u2019elle soit le fait d\u2019un allié du Canada.Et, comme si ce n\u2019était pas assez, des interventions tout aussi tonitruantes que savamment orchestrées remettent en cause l\u2019abolition de la peine de mort et le droit à l\u2019avortement.On pourrait voir dans ces change ments l\u2019expression d\u2019une idéologie conservatrice qui n\u2019attendait que son heure.Après tout, l\u2019ouest du pays peste depuis belle lurette contre les politiques plus progressistes alimentées par les territoires du centre du Canada.Mais il y a davantage.Nombre des changements de cap adoptés par le gouvernement cana - dien sont aussi les symptômes d\u2019une profonde allergie de l\u2019administration Harper à l\u2019égard de la connaissance, de la recherche et de la science.Cette administration se méfie de la connaissance comme les vampires de l\u2019ail.Les manifestations de cette méfiance ne manquent pas.La première nous a été donnée alors que Stephen Harper choisissait le chiropraticien Gary Goodyear comme ministre d\u2019État aux Sciences et à la Technologie.Hormis son intérêt pour remettre à neuf des motocyclettes usagées (voir son site Web), M.Goodyear est reconnu pour son adhésion au créationnisme.Entre Dieu et Darwin pour expliquer l\u2019apparition de l\u2019humain sur Terre, il choisit Dieu.En cela, il partage l\u2019opinion de 39% des habitants de la Saskatchewan et du Manitoba (17% seulement des Québécois).Ce qui inquiète dans ce dossier, ce n\u2019est pas tant que M.Goodyear soit créationniste; cela est une affaire de croyance personnelle.Ce qui trouble, c\u2019est qu\u2019on lui confie la gestion des politiques et des institutions de recherche au Canada.Et il n\u2019est pas le seul de son camp à siéger au conseil des ministres.Plusieurs de ses collègues sont d\u2019ardents défenseurs de la thèse de la création divine ou, à tout le moins, ils se montrent ambivalents dans leurs prises de position.Cette présence des créationnistes au sein du gouvernement Harper témoigne, de fait, des sédiments évangélistes et fondamentalistes qui se sont déposés dans le parti conservateur lors de la fusion des alliancistes et des progressistes- conservateurs, en 2003.On ne se surprendra pas, alors, que la loi du talion fasse partie des principes et valeurs qui inspirent le gouvernement Harper dans l\u2019adoption de peines de prison plus fréquentes et plus sévères, même pour les délits mineurs.Cette approche «œil pour œil, dent pour dent» prévaut, même si les données scientifiques les plus robustes font la démonstration de son inefficacité et alors que les crimes contre les personnes et contre la propriété ont diminué de 36% entre 1991 et 2006 au Canada.Qu\u2019à cela ne tienne, il devient désormais plus important de construire des prisons que de soutenir la recherche, surtout si cette recherche accroît les connaissances des Canadiens à propos de leur propre évolution.Car c\u2019est aussi dans ce cadre qu\u2019il faut comprendre l\u2019abandon par le gouvernement Harper du questionnaire long obligatoire dans les activités de recensement.Ce changement a provoqué la démission du statisticien en chef qui marquait ainsi son désaccord profond avec cette décision.Recouvrir la population d\u2019un voile d\u2019ignorance fait désormais partie de la gouvernance canadienne.Une approche morale fondée sur les enseignements de la Genèse n\u2019a que faire de données longitudinales pour inspirer nos politiques et programmes sociaux.De même qu\u2019elle peut faire sans un scientifique en chef dont le siège reste vacant.Cela s\u2019accorde bien, également, avec un gouvernement qui érige une muraille quasi infranchissable entre les 23 000 scientifiques ou techniciens travaillant en son sein et les médias.Après tout, pourquoi en matière de réchauffement climatique, de sécurité alimentaire, d\u2019intervention en toxicomanie aurions-nous besoin de savoir, de la bouche des chercheurs, ce qui se passe alors que la voix de Dieu est si éloquente?Depuis quand Dieu a-t-il besoin des chercheurs pour éclairer le gouvernement et le peuple?Et des journalistes pour transmettre leur science au plus grand nombre?Depuis quand Dieu a-t-il besoin de la démocratie?QS Voile d\u2019ignorance Le gouvernement Harper, dont plusieurs ministres sont d\u2019ardents défenseurs du créationnisme, se méfie de la connaissance et de la science comme les vampires de l\u2019ail.Par Camil Bouchard soucis Des et des hommes I L L U S T R A T I O N : F R E F O N - P H O T O : M A R I E - R E I N E M A T T E R A J Pour l\u2019amour des noms Francine Adam, fille de l\u2019Abitibi et résidante de Palaiseau, tenait à remercier Serge Bouchard pour sa chronique «Le beau nom de Chicoutimi».Aux amoureux de la toponymie, elle recommande l\u2019ouvrage qu\u2019elle vient tout juste de rédiger, version remaniée de sa thèse en géographie culturelle, titrée Des noms et des lieux \u2013 La médiation toponymique au Québec et en Acadie du Nouveau- Brunswick, qu\u2019elle a soutenue en 2008 à l\u2019Université Paris IV-Sorbonne.www.theses.paris-sorbonne.fr/ These.Francine.ADAM.pdf Des nanos en petits pots Après avoir lu le reportage de Marine Corniou sur les nanoparticules («Nanotechnologies \u2013 Une révolution invisible», mars 2012) France Duchesne, une abonnée de Montréal, se demandait comment repérer les nanos sur les étiquettes de contenants de crème solaire.«Le dioxyde de titane et l\u2019oxyde de zinc, ça s\u2019appelle comment sur ces pots?J\u2019ai lu les ingrédients sur les deux bouteilles que j\u2019ai à la maison et ce n\u2019est vraiment pas évident.On nous suggère fortement de nous couvrir de crème solaire pour éviter les mélanomes, mais le remède pourrait-il être à la source du problème?Troublant.» Notre réponse : A priori, si vous ne voyez pas «dioxyde de titane» ou «oxyde de zinc» écrit dans la liste des ingrédients, c\u2019est que votre crème n\u2019en contient pas.Pour le reste, nous vous conseillons cet article qui donne quelques pistes : www.consoglobe.com/nanoparticules- cosmetiques-conseils-3858-cg Oups! La photo illustrant l\u2019article de la page 9 du numéro d\u2019avril-mai 2012 («La planète des microbes») est inadéquate.«Cette photo représente en effet des diatomées, nous fait remarquer l\u2019enseignante en biologie Marie-Claire Desjardins, de Montréal.Ce sont des protistes; pas des bac t é ries, ni des virus, ni des animaux unicellulaires.Les protistes font partie d\u2019un règne à part qui comprend plusieurs algues, telles que les diatomées, des unicellulaires d\u2019une beauté exceptionnelle.Les diatomées sont des unicellulaires; c\u2019est à peu près la seule caractéristique qu\u2019elles partagent avec les bactéries.» QS Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 7 Au pied de la courrier@quebecscience.qc.ca lettre Rémi d\u2019Anjou, de Québec, a trouvé notre sudoku (avril-mai) beaucoup trop facile à résoudre.Ce crack nous soumet à son tour une grille qui lui donne du fil à retordre.Saurez-vous la résoudre?Un autre lecteur, Antoine Alary, de San José, en Californie, qui a lui-même publié 2 recueils de sudokus de 200 grilles comptant seulement 17 indices (Extreme Sudoku et More Extreme Sudoku), a été agréablement surpris de découvrir dans ce numéro la grille avec seulement 17 indices et une mention à l\u2019effet que 17 est le nombre minimal d\u2019indices nécessaires afin d\u2019obtenir une solution unique pour un sudoku classique de 9 cases sur 9.Il précise toutefois : «Vous présentez la gril le à 17 indices comme un \u201cdéfi\u201d.Vos lecteurs seront sûrement heureux d\u2019apprendre que le fait de n\u2019avoir que 17 indices ne garantit en rien la difficulté d\u2019une grille de sudoku.Il existe en fait des sudokus à 17 indices des plus faciles aux plus difficiles.«Si on classe les sudokus par niveau de difficulté sur une échelle de 1 (les plus faciles) à 10 (les plus difficiles), la grille que vous avez publiée dans le numéro d\u2019avril-mai est un simple 2,1 qui ne nécessite que les techniques de résolution les plus simples.La grille connue à 17 indices la plus difficile (la grille numéro 200 de mon premier recueil) se classe à 8,0 sur cette échelle de 1 à 10.» M.Alary nous propose ci-dessous une de ses grilles les plus difficiles.Les amateurs en trouveront d\u2019autres sur son site Web sudoku.alary.org.La solution sur notre site web et dans notre prochain numéro Trop facile, notre sudoku Le génie nous rend hommage Le 3 mai dernier, l\u2019Ordre des ingénieurs du Québec a remis à Québec Science le prix «Hommage reconnaissance pour contribution exceptionnelle envers la profession par une personne non ingénieure».Ce prix souligne le mérite exceptionnel d\u2019une personne (dans ce cas-ci, l\u2019équipe de Québec Science) qui, tout en n\u2019étant pas membre de l\u2019Ordre, a apporté une contribution remarquable à la promotion des sciences et de la profession d\u2019ingénieur.Le Prix a été remis dans le cadre du Gala de l\u2019excellence qui s\u2019est tenu au Loews Hôtel Le Concorde, à Québec.Belle manière de souligner les 50 ans de votre magazine qui travaille depuis un demi-siècle à diffuser auprès du plus grand nombre les avancées de la science, du génie et de la technologie.S U D O K U .A L A R Y .O R G E A S T E R M O N S T E R / T H E S U D O K U F O R U M S Chicoutimi P A U L C I M O N uand Leena Tatiggaq Evic s\u2019installe devant son écran d\u2019ordinateur, ce ne sont pas les mots Print, File, Folder, Cancel ou Save qui s\u2019affichent.Ce qu\u2019elle lit, ce sont des termes comme Paippaamuurli (imprimer), Ini (fichier), Puurvik (dossier), Qujanaarli (annuler) ou Jagajjairli (enregistrer).Il y a aussi Qamilli (éteindre), Ikiaqqijjut (Internet), Matuli (fermer) ou Taima (quitter).Enseignante et artiste originaire de l\u2019île de Baffin, Leena Tatiggaq Evic travaille depuis près d\u2019une décennie à traduire dans sa langue les outils informatiques de base.«En 2003, Microsoft nous a proposé de traduire Windows en inuktitut», explique la directrice-fondatrice du centre Pirurvik qui a pour mission de protéger et de promouvoir la culture du Grand Nord.Au- jourd\u2019hui, les quelque 100000 inuko phones dans le monde (dont plus de 30 000 au Canada) peuvent télécharger gratuitement, dans leur langue, des applications comme Office 2010, Windows 7, Windows Live, Windows XP et Vista.Une avancée de taille pour la population du Nunavik et du Nunavut, dont la majorité conversent dans leur langue maternelle, et dont une bonne partie ne parle que l\u2019inuktitut.«Toute ma famille élargie est unilingue», confirme Leena, rencontrée lors du dernier congrès de l\u2019American Association of Advanced Science (AAAS), à Vancouver.L\u2019aventure, longue et complexe, a été soutenue par le gouvernement du Nunavut qui, en 2008, s\u2019est engagé à faire de l\u2019inuktitut la langue de travail et à s\u2019assurer qu\u2019elle soit enseignée pendant toute la durée des études primaires et secondaires.Un genre de loi 101 pour les Inuits.«Le plus difficile a été ce qu\u2019on appelle l\u2019unablement, explique Carla Hurd, directrice, chez Microsoft, du Programme local de langue.C\u2019est de la programmation de haut niveau qui permet à l\u2019ordinateur de comprendre comment la langue fonctionne.Après, il faut concevoir le clavier, créer une nouvelle police de caractères et, enfin, adapter l\u2019interface pour le consommateur.» En d\u2019autres termes, traduire.C\u2019est pour cette dernière phase que le centre Pirurvik a été mis à contribution.En tout, c\u2019est plus de un million de mots qui ont dû être programmés en inuktitut.Un comité terminologique comprenant plusieurs aînés, et représentant les 6 dialectes et les 26 communautés officielles 8 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 L E E N A T A T I G G A Q E V I C Actualités QS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS Traduire Office et Windows dans la langue d\u2019Agaguk n\u2019a pas été chose facile.Mais aujourd\u2019hui, les Inuits peuvent utiliser leur ordinateur avec leurs propres mots.Par Pascale Millot Q Mon ordi en inuktitut ? de cet immense territoire couvrant 3 fuseaux horaires, a établi un glossaire de base qui s\u2019est enrichi progressivement.Plus que traduire, il a souvent fallu inventer, nombre de termes informatiques n\u2019existant tout simplement pas chez les Inuits.«L\u2019inuktitut est une très vieille langue qui n\u2019a pas intégré certains termes relatifs à la modernité, poursuit Carla Hurd.Il n\u2019existait aucun mot pour dire clavier ou ordinateur.» Cinq mille mots ont ainsi été créés de toutes pièces, parfois en faisant preuve de beaucoup d\u2019imagination.Pour exprimer le mot «colonne» (de texte), par exemple, on a choisi amokutak.«Amo signifie quelque chose qui descend et kutak fait référence à quelque chose qui a une certaine longueur», explique Leena Tatig- gaq Evic.Le mot irngiinaaqtaut (courriel) est construit à partir de irngiinaag (quelque chose d\u2019instantané) et de taut (outil).Autre défi, la longueur des mots.Comme le turc, le hongrois et le finnois, l\u2019inuktitut est une langue dite «polysynthétique et agglutinante», c\u2019est-à-dire que ses mots se forment en liant des fragments de sens.Résultat: des termes parfois si longs qu\u2019ils n\u2019entrent pas dans l\u2019espace des menus informatiques, prévus pour la concision de l\u2019anglais.«Nous avons donc dû raccourcir de nombreux mots.Par exemple, nous avions choisi ilasili, pour traduire le mot add (ajouter).Nous avons dû le tronquer et ne garder que ilasi», illustre Leena Ta- tiggaq Evic.L\u2019inuktitut n\u2019est en fait qu\u2019une des langues rares choisies par Microsoft dans le cadre de son Programme local de langues auquel sont associés des experts du monde entier.De l\u2019aafrikans au basque en passant par le yoruba, l\u2019ouzbek, le tatar ou le punjabi, ce sont plus de 60 langues qui sont aujourd\u2019hui disponibles sur ordinateur.L\u2019inuktitut est le troisième langage aborigène à bénéficier de cet accommodement on ne peut plus raisonnable après le quechua (Pérou) et le maori (Nouvelle-Zélande).Windows 8, qui sortira l\u2019automne prochain, sera quant à lui disponible aussi en cherokee.«Les nouvelles technologies peuvent être des outils extrêmement efficaces dans la préservation des langues rares.C\u2019est très important pour les jeunes de voir que leur langue peut être diffusée sur Internet, sur un iPod ou sur un téléphone cellulaire.Cela leur donne le sentiment qu\u2019elle a une valeur dans le monde moderne», dit Leena Tatiggaq Evic.QS Pour télécharger gratuitement le Inuktitut Language Interface Pack, on se rend à: www.pirurvik.ca Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 9 ACTUALITÉS LES CHAUVE-SOURIS CANADIENNES DÉCIMÉES Batman est malheureux! Depuis plusieurs années, les chauve-souris d\u2019Amérique du Nord sont victimes d\u2019une étrange maladie, le «syndrome du nez blanc».Affligées de taches blanches sur leur museau et sur leurs ailes, et présentant une maigreur extrême, elles adoptent des comportements qui les condamnent à une mort certaine.Elles quittent notamment leur site d\u2019hibernation, en plein hiver, pour aller voler à l\u2019extérieur.Cette maladie, causée par le champignon Geomyces destructans, décime les colonies de chauve-souris d\u2019Amérique du Nord, mais pas celles d\u2019Europe qui semblent immunisées contre le pathogène.Une étude publiée récemment dans PNAS par l\u2019équipe de Craig Willis, du département de biologie de l\u2019université de Winnipeg, tendrait à prouver que le champignon serait venu d\u2019Europe, apporté par un touriste visitant la grotte de Howe, dans l\u2019État de New York, en 2006.Ce sont près de 17 millions de ces mammifères volants qui auraient succombé, dans 16 États et 4 provinces canadiennes, dont l\u2019Ontario et le Québec.La petite chauve-souris brune, l\u2019espèce la plus commune, risque de s\u2019éteindre complètement d\u2019ici une quinzaine d\u2019années, selon les spécialistes.Un autre dommage collatéral de la mondialisation?Apprendre l\u2019inuktitut sur iPod Il y a quelques mois, le centre Pirurvik lançait Tusaalanga for iOS, une application d\u2019apprentissage de la langue inuite téléchargeable sur iPod, iPhone et iPad.Au menu, un lexique de milliers de mots, des exercices, des leçons de grammaire, et surtout un convertisseur d\u2019écriture syllabique au romain.De quoi encourager les jeunes Nunavumiut et les ados du Nunavik à pratiquer leur langue maternelle.www.tusaalanga.ca/ios/download itunes.apple.com/tw/app/tusaalanga/id491243426?mt=8 «Les nouvelles technologies peuvent être des outils extrêmement efficaces dans la préservation des langues rares.» ?Leena Tatiggaq Evic, du centre Pirurvik F R E F O N 10 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 BATAILLE DE ROBOTS Quelque 3 000 spectateurs ont assisté au festival de robotique qui s\u2019est tenu le 17 mars dernier au Stade Uniprix de Montréal.Regroupant les réalisations des écoles primaires et secondaires du Québec, ce concours visait à récompenser le talent et la débrouillardise de jeunes qui s\u2019intéressent à ce champ de la technologie.Les équipes de cinq écoles différentes ont ainsi été récompensées pour leurs ingénieuses réalisations.Bravo aux établissements Louis-Joseph-Papineau, Le Vitrail, Regina Assumpta et Loyola, de Montréal, ainsi qu\u2019au Séminaire de Sherbrooke.Ces cinq équipes gagnantes ont pu participer au championnat international de robotique qui a eu lieu à St.Louis, au Missouri, du 26 au 28 avril dernier.> ACTUALITÉS > Tout compte fait 595 000 C\u2019est le nombre de manchots empereurs qui ont été recensés sur les côtes de l\u2019Antarctique, soit presque 2 fois plus que ce qu\u2019indiquaient les précédentes estimations (entre 270 000 et 350 000).Publié fin avril dans le journal PLoS ONE, le comptage a été réalisé à partir d\u2019images satellites de très haute résolution, permettant aux chercheurs de repérer 44 colonies, dont 7 inconnues jusque-là.Un succès pour ce premier recensement animal de grande ampleur effectué depuis l\u2019espace! Cette technique présente de nombreux avantages.Elle est peu onéreuse, elle a un impact environnemental minime et elle se prête bien à la réalité polaire où les animaux se détachent de façon assez nette sur le fond glacé blanc.Selon l\u2019équipe internationale de chercheurs qui a conduit l\u2019étude, les effectifs d\u2019autres espèces d\u2019oiseaux pourront être ainsi évalués, dans ces zones inaccessibles où il fait jusqu\u2019à -50 °C.Seul bémol, les petites colonies de moins de 200 individus peuvent passer inaperçues.DES TOITS CLAIRS POUR DES VILLES FRAÎCHES Remplacer les toits sombres et l\u2019asphalte des villes par des surfaces plus claires pourrait permettre de réduire la température atmosphérique et de compenser les effets du réchauffement climatique, selon une étude menée par Hashem Akbari, professeur en génie du bâtiment à l\u2019Université Concordia, à Montréal.Publiée en avril dans le journal Environmental Research Letters, l\u2019étude simule ce qui se passerait si le potentiel de réflexion des surfaces urbaines du monde entier \u2013 en d\u2019autres termes leur albedo \u2013 augmentait de 0,1 point sur une échelle allant de 0 pour une surface parfaitement noire à 1 pour une surface blanche reflétant les rayons du soleil.Cela semble infime, mais équivaut à une diminution de la température globale de 0,07 °C dans les prochaines décennies, soit une réduction de 125 à 150 milliards de tonnes de CO2.Au bout du compte, l\u2019air urbain serait beaucoup plus sain et la climatisation moins nécessaire.Selon les chercheurs, ce scénario est loin d\u2019être utopique.En ville, les toits sont refaits tous les 20 à 30 ans et l\u2019asphalte tous les 10 ans environ.Il suffit donc d\u2019utiliser des matériaux plus clairs (disponibles à un coût équivalent) pour les remplacer petit à petit! W W W .F U S I O N J E U N E S S E Q U E B E C .O R G \u2019est l\u2019hécatombe dans les ruches.Depuis huit ans, quand ils inspec - tent leurs colonies à la fin de l\u2019hiver, les apiculteurs constatent des pertes majeures : 30% en moyenne.Dans certains cas, cela peut aller jusqu\u2019à 50% ou 80% de l\u2019élevage, selon les chiffres officiels du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ).«Et ce n\u2019est guère mieux au printemps et à l\u2019été», soutient Jean-Pierre Chapleau, porte-parole de la Fédération des apiculteurs du Québec, même s\u2019il est plus difficile d\u2019évaluer les dégâts quand les ouvrières sont en train de butiner.La situation est grave.Mais un nouveau suspect a été identifié.Son nom?Néoni- cotinoïdes.Cette classe de pesticides est principalement utilisée pour traiter le maïs, le soya et le canola.À la différence des pesticides classiques, qui sont pulvérisés périodiquement sur la plante, les néonicotinoïdes enrobent la semence.Lorsque celle-ci commence à germer, elle absorbe le pesticide qui va circuler dans la plante tout au long de sa croissance.«C\u2019est une prouesse technologique, concède Jean-Pierre Chapleau.La plante est désormais protégée en permanence de l\u2019intérieur.Mais cela signifie aussi que le végétal au complet contient du pesticide.» Et que, lorsque les abeilles butinent les fleurs, elles sont certaines d\u2019en ingérer.Madeleine Chagnon, chercheuse et entomologiste à l\u2019Université du Québec à Montréal, étudie l\u2019impact des pesticides sur les abeilles depuis 30 ans.Avec sa collègue, Monique Boily, elle a terminé à l\u2019automne 2011 une étude portant précisément sur les néonico tinoïdes.Elle est formelle, les abeilles s\u2019intoxiquent à petit feu lorsqu\u2019elles butinent le pollen de maïs traité avec ces pesticides.L\u2019exposition est dite «sous-létale», c\u2019est- à-dire que chaque dose est insuffisante pour causer la mort.Il n\u2019empêche qu\u2019elle devient extrêmement nocive parce qu\u2019elle se répète jour après jour en perturbant le fonctionnement neurologique de l\u2019insecte.«Au début, l\u2019abeille ne semble pas dérangée.C\u2019est lorsque le produit commence à s\u2019accumuler que l\u2019on observe des comportements aberrants.Elle a de la difficulté à voler, ou se met à tourner sur elle-même de façon frénétique.Dans certains cas, elle rapporte à la ruche son cadeau empoisonné, pollen ou nectar, affectant le reste de la colonie qui s\u2019en nourrira à son tour.» Deux nouvelles études, publiées à la fin mars dans la réputée revue Science, viennent appuyer celle des chercheuses mont- réalaises.Une équipe française a démontré que les néonicotinoïdes tuent à faible dose et que les abeilles qui y sont exposées sont désorientées au point d\u2019avoir du mal à retrouver le chemin de la ruche.Une deuxième étude britannique révèle que ces pesticides affectent le développement des bourdons sauvages qui sont plus petits lorsqu\u2019ils sont exposés.Le gouvernement français songe désormais à interdire ces pesticides.Nombre de biologistes s\u2019accordent cependant à dire qu\u2019ils ne sont pas seuls en cause.Il y a aussi l\u2019intensification des monocultures qui n\u2019offre qu\u2019une seule variété d\u2019éléments nutritifs aux abeilles, sans oublier les maladies, comme la varroase et certains virus.Mais tout est lié, selon Madeleine Chagnon : «On sait que, lorsque le système immunitaire est affecté, la santé globale est Depuis quelques années, les abeilles tombent comme\u2026 des mouches.À qui la faute?Par Jessica Nadeau Le cimetière des abeilles Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 11 C Des milliers d\u2019abeilles, empoisonnées à petit feu par les néonicotinoïdes, gisent devant l\u2019entrée de leur ruche.M A D E L E I N E C H A G N O N affectée.On pense que l\u2019exposition chronique aux pesticides peut expliquer que les abeilles se défendent moins bien contre plusieurs virus et pathogènes.» Depuis quelques années, les apiculteurs constatent un autre phénomène : des morts massives d\u2019abeilles en mai, au moment où on fait les semences.C\u2019est que, dans les semoirs pneumatiques modernes, les grains enrobés de pesticides sont enfoncés, sous pression, dans la terre, ce qui rejette une fine poussière de produit toxique dans l\u2019air.Depuis 2008, plusieurs cas d\u2019intoxications mortelles ont été rapportés au MA- PAQ par les apiculteurs, principalement en Montérégie, zone de culture intensive du maïs.Les inspecteurs ont trouvé des résidus de pesticides dans les organes des insectes morts.Des dizaines de colonies de plus de 30 000 abeilles ont ainsi été perdues.Mise au courant, l\u2019Agence de lutte an- tiparasitaire (ARLA) de Santé Canada, qui est responsable de l\u2019homologation des pesticides, n\u2019a pas jugé bon de prendre des mesures réglementaires pour l\u2019instant.« C\u2019est un problème qui est connu en Europe et qui n\u2019est nié par personne», soutient pourtant Claude Boucher, le spécialiste des abeilles au MAPAQ.Le porte-parole de la compagnie de pesticides Syngenta, Paul Hoekstra affirme prendre chaque cas très au sérieux et assure que des changements seront apportés, notamment dans la manière de semer les grains.«Dans certaines régions, les agriculteurs modifient leur équipement pour réduire la quantité de poussière émise dans l\u2019air.» Quant à abandonner la production de ces pesticides qui n\u2019ont pour le moment reçu qu\u2019une homologation temporaire au Cana - da, cela ne semble pas à l\u2019ordre du jour.«Nos études à travers le monde démontrent qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019effets à long terme sur les abeilles», affirme M.Hoekstra.QS 12 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 ACTUALITÉS Ce joli mot, purement québécois, désigne un logiciel créé pour perturber le fonctionnement d\u2019un système informatique à l\u2019insu de son utilisateur.En France, on appelle ça un «logiciel malveillant», traduction littérale de l\u2019anglais malware, lui-même créé à partir de malicious et software.Un maliciel peut être un virus, un cheval de Troie, un ver ou tout méchant programme capable de bousiller votre système en un rien de temps.MALICIEL MOT DE SCIENCE UN MINCE ARBRE GÉNÉALOGIQUE Si les vaches ne brillent pas par leur intelligence, c\u2019est peut-être parce que leur patrimoine génétique est peu diversifié! C\u2019est du moins ce que suggère une étude publiée au printemps dans le journal Molecular Biology and Evolution par un groupe de chercheurs de l\u2019université de Mainz, en Allemagne.En analysant des ossements anciens de 15 aurochs trouvés en Iran et en comparant leur ADN à celui de nos vaches modernes, l\u2019équipe menée par Ruth Bollongino a conclu que ces dernières descendent toutes d\u2019un groupe de 80 aurochs, domestiqués il y a 10 500 ans.La preuve que, à l\u2019époque, peu d\u2019humains se sont essayés à domestiquer ces imposants bovins, difficiles à capturer, et que seules quelques dizaines de bêtes ont suffi à démarrer les premiers élevages.Ce mois-ci, Québec Science vous fait découvrir 40 sites géologiques remarquables (à la page 21).Il y en a certainement beaucoup plus.Peut-être en connaissez-vous d\u2019autres que vous souhaiteriez porter à notre attention.Peut-être en découvrirez-vous pendant vos vacances.À votre tour, parlez-nous des sites géologiques qui vous fascinent.Une montagne, une falaise, une plage, un paysage, une chute, un astroblème, etc.Envoyez- nous une photo et expliquez- nous en quoi le site vous semble intéressant.Nous pourrions publier le tout dans nos pages.Peut-être aussi connaissez-vous une anecdote associée au site que vous nous présentez; racontez-la-nous.Faites parvenir le tout par courriel à courrier@quebecscience.qc.ca.Ou par la poste à Québec Science, 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Bonnes vacances ! Faites-nous découvrir un autre Québec! F R E F O N J U L I E N T R O M E U R / I S T O C K P H T O Parcourez jusqu\u2019à 967 kilomètres sur l\u2019autoroute avant de refaire le plein\u2020.Le Edge avec moteur EcoBoost® livrable consomme seulement 6,6 L/100 km sur route*.Obtenez les performances d\u2019un V6 et l\u2019effi cacité énergétique d\u2019un plus petit moteur.EDGE 2013 Le véhicule illustré peut être doté d\u2019équipements offerts en option.\u2020 Distance estimative \u2013 conduite sur route \u2013 pour le Edge 2013 à traction avant équipé du moteur EcoBoost 4 cyl.en ligne turbo essence à injection directe de 2,0 L et d\u2019une boîte automatique 6 vitesses.Distance maximale parcourue en ville de 644 km.La consommation réelle peut varier en fonction des conditions routières, du chargement du véhicule et des habitudes de conduite.* Cotes de consommation de carburant pour le Edge 2013 à traction avant équipé d\u2019un moteur 4 cyl.en ligne turbo essence à injection directe de 2,0 L et d\u2019une boîte automatique 6 vitesses : 9,9 L/100 km en ville et 6,6 L/100 km sur route.Cotes de consommation établies selon des méthodes d\u2019essai approuvées par Transports Canada.La consommation réelle peut varier. 14 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 e toutes les leçons qu\u2019on a pu tirer du désastre de Fu- kushima, au Japon, la plus amère est passée inaperçue lorsque est venu le temps des bilans, en mars dernier.Un sismologue attaché à l\u2019Institut de Physique du Globe de Paris, Armando Armijo, a révélé, preuves et photos à l\u2019appui, que la centrale nucléaire aurait pu, dès sa conception, être protégée des effets du violent tsunami du 11 mars 2011.Sur le site choisi en 1980, se dressait en effet une falaise calcaire que les Japonais ont décidé de creuser, pour y encastrer les bâtiments des réacteurs et la station de pompage.S\u2019ils n\u2019avaient pas creusé la falaise, et s\u2019ils avaient prudemment construit leurs installations à une quinzaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, au lieu de les coller sur le rivage, jamais ces installations n\u2019auraient été inondées par l\u2019énorme vague du tsunami.Rappelons-le, c\u2019est cette vague de 12 m de haut qui a noyé la centrale et les groupes électrogènes chargés de refroidir le combustible nucléaire, ce qui a déclenché la catastrophe.Mais pourquoi donc, dans une région de forte sismicité où les tsunamis sont fréquents, avoir détruit la falaise, protection naturelle bien plus efficace que n\u2019importe quelle digue?La réponse est hélas assez simple et éclaire tristement ce qui apparaît a posteriori comme une des plus graves erreurs de la science moderne.Les responsables ont décrété que pomper l\u2019eau de mer sur 40 m coûterait trop cher et diminuerait la rentabilité de la centrale.Ils ont alors décidé de placer leurs installations à l\u2019altitude minimale requise, selon les sismologues, pour mettre les installations à l\u2019abri en cas de séisme.Ainsi, pour des raisons économiques, les responsables \u2013 ceux de l\u2019entreprise, comme ceux qui délivraient des permis au nom de l\u2019État \u2013 ont sous-estimé le risque de catastrophe naturelle.Mais peut-on imputer la faute aux sismologues qu\u2019ils ont consultés?Armando Armijo n\u2019est pas prêt à le faire.«Le problème, explique-t-il dans le quotidien français Le Figaro, c\u2019est que la survenue d\u2019un événement extrême comme celui du 11 mars a été sous-évaluée par les sismologues japonais et par un consensus scientifique international, selon lequel les séismes dans cette région du Japon ne devaient pas dépasser une magni tude de 7,5.Les constructeurs de la centrale se sont basés sur des prévisions fausses, pensant la mettre à l\u2019abri de tsunamis dont les scientifiques leur disaient qu\u2019ils ne dépasseraient pas 5 m à 7 m de hauteur.Comment le leur reprocher aujourd\u2019hui?» À y regarder de plus près, on s\u2019aperçoit que les experts ont refusé de prendre en compte les événements susceptibles de contredire le consensus préalablement établi.En particulier, ils savaient qu\u2019un très violent tremblement de terre, de magnitude 9 \u2013 comme celui du 11 mars 2011 \u2013, avait frappé la presqu\u2019île du Kamtchatka, à l\u2019extrême est de la Russie, en 1952.Ce séisme, et le tsunami qui a suivi, avait causé plus de 6 000 morts.Or, même si l\u2019épicentre se situait dans le prolongement de la même zone de subduction, on n\u2019a jamais considéré qu\u2019une rupture similaire puisse se produire au large du Japon.Conclusion, on a bel et bien sous-estimé gravement les risques, alors que les données scientifiques étaient disponibles.Si ce risque avait été considéré, on aurait non seulement évité la catastrophe nucléaire, mais également sauvé des vies.Les sismologues et les vulcanologues auront toujours la terrible responsabilité d\u2019estimer les risques liés aux brusques colères de la Terre, mais ils ne sont plus les seuls aujourd\u2019hui.En période de réchauffement climatique, on s\u2019attend à une plus grande fréquence des événements exceptionnels, comme les grandes tempêtes, les inondations et les sécheresses.Les experts du climat sont donc désormais eux aussi en première ligne.En ce sens, il faut tirer une leçon de l\u2019«erreur de prévision sismique de Fukushima».Alors que la Terre est en colère, les spécialistes du risque naturel ont tout intérêt à sortir du confort des événements que la science récente a mesurés.Dans leurs analyses, ils doivent absolument intégrer des catastrophes ayant eu lieu il y a plusieurs dizaines, voire centaines ou milliers d\u2019années et en tirer les conclusions, en s\u2019appuyant sur toutes les connaissances historiques et géologiques disponibles.Un appel à la rigueur, pour sauver des vies.QS vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel D Prévoir l\u2019extrême Les chercheurs ont une responsabilité dans la prévision des colères de la Terre.S\u2019ils l\u2019avaient exercée adéquatement, le bilan de la catastrophe nucléaire de Fukushima, survenue l\u2019an dernier au Japon, aurait pu être moins lourd.H I R O K O M A E / L A P R E S S E C A N A D I E N N E Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 15 vec son jean délavé et son tee - shirt, Marc Allard ressemble plus à une rock star qu\u2019à un entrepreneur.Preuve que l\u2019habit ne fait pas le moine, ce technicien en gestion de ressources renouvelables est au- jourd\u2019hui à la tête d\u2019une entreprise florissante, Nunavik Biosciences.Celle- ci a pour objectif de stimuler l\u2019économie du Grand Nord québécois en exploitant des produits naturels de la baie d\u2019Ungava; les algues, notamment.Longtemps, pourtant, les algues ont représenté pour ce Fransaskois d\u2019origine une véritable nuisance.À titre de conseiller en recherche et pêcheries pour la Société Makivik, une organisation qui représente les Inuits du Nunavik, il a identifié plusieurs sites de pêche rendus inexploitables en raison de la présence de laminaires et d\u2019autres végétaux aquatiques.Mais en 2005, il a complètement changé d\u2019avis : «Je suis tombé sur un article qui faisait état d\u2019une pénurie mondiale d\u2019algues.De nombreux lieux de récolte situés en Bretagne avaient en effet été contaminés par un déversement de pétrole.» Curieux, l\u2019entrepreneur décide aussitôt d\u2019effectuer des recherches sur les algues de la baie d\u2019Ungava.«En compa rant les variétés de la Bretagne avec celles du Nunavik, nous avons découvert que ces dernières étaient plus riches en oméga-3 et en vitamines.Nos algues contiennent aussi de la vitamine E, ce qui n\u2019est pas le cas de leurs cousines bretonnes», explique Marc Allard.Selon la biologiste Fabienne Bresdin qui a réalisé les analyses pour Nunavik Bios- ciences, les exceptionnelles propriétés du varech nordique résultent d\u2019une adaptation à l\u2019environnement hostile de la baie d\u2019Ungava.Par exemple, pour se protéger du soleil qui brille une vingtaine d\u2019heures par jour durant l\u2019été, elles sé- eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT La crème du Grand Nord Les propriétés du varech du nord du Québec permettraient de produire des cosmétiques d\u2019une qualité inégalée.La crème hydratante Ungava suscite déjà l\u2019intérêt d\u2019acheteurs de partout dans le monde.Par Catherine Girard A À partir de fucus réduit en poudre, Marc Allard, de Nunavik Biosciences, fabrique des cosmétiques prisés.P H I L I P P E J A S M I N crètent plus de substances antioxydantes, comme la vitamine E.Cela dit, rentabiliser la récolte et la transformation d\u2019algues au-delà du 49e parallèle pose de sérieux défis.C\u2019est que, avant d\u2019être commercialisées dans le sud, elles doivent transiter par bateau ou par avion, ce qui fait gonfler considérablement les coûts.À moins qu\u2019elles entrent dans la fabrication de produits à haute valeur ajoutée, comme des cosmétiques.Nunavik Biosciences a donc mis au point une gamme de soins pour la peau.Baptisés Ungava, ces cosmétiques ne contiennent aucun composant dérivé du pétrole et ne sont pas testés sur les animaux.Une demande de certification biologique a d\u2019ailleurs été envoyée à l\u2019organisme Ecocert.L\u2019ingrédient vedette des petits pots Ungava, c\u2019est le fucus, une variété d\u2019algue riche en acides aminés ainsi qu\u2019en oligo- éléments et reconnue pour ses vertus hydratantes.À marée basse, ces algues brunes tapissent le littoral de la baie d\u2019Ungava.Durant la saison estivale, une quarantaine d\u2019employés s\u2019affairent à les récolter à la main.Les fucus sont ensuite soigneusement lavés à l\u2019eau salée, séchés, puis réduits en poudre par un procédé appelé micronisation.Cette opération permet de concentrer les ingrédients actifs du produit, mais elle requiert une grande quantité de matière première.Ainsi, avec les quelque 10 tonnes d\u2019algues humides que son équipe parvient à collecter durant le bref été nordique \u2013 de la fin juin à la mi-septembre \u2013, Marc Allard ne peut produire que 40 000 contenants de crème hydratante, environ.C\u2019est nettement insuffisant pour répondre à la demande des distributeurs internationaux, pour tant conquis par ces petits pots venus du Nord.«J\u2019ai des demandes d\u2019Europe, d\u2019Australie et même de Taiwan pour commercialiser mes produits.Mais il faudrait que je sois en mesure de fournir de 300 000 à 400 000 pots par année.Pour l\u2019instant, c\u2019est impossible», déplore l\u2019entrepreneur.Marc Allard n\u2019a pas jeté l\u2019éponge pour autant.Grâce à la construction d\u2019une usine permanente à Kangirsuk, il espère pouvoir consacrer plus d\u2019efforts à la récolte du varech.«Auparavant, nos installations de nettoyage, de séchage et de broyage étaient temporaires.Chaque printemps, nous perdions un temps précieux à tout mettre en place», explique-t-il.Le président de Nunavik Biosciences planche également sur une nouvelle gamme de cosmétiques marins préparés par macération.Cette technique, qui consiste à laisser tremper une substance pour en extraire les principes actifs, offre un rendement plus élevé que la micronisation.Il s\u2019agit peut-être de la clé qui permettra de propulser les algues de la baie d\u2019Ungava sur les tablettes du monde entier.QS 16 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 Les exceptionnelles propriétés du varech nordique résultent d\u2019une adaptation à l\u2019environnement hostile de la baie d\u2019Ungava.Gaspésie-Acadie : un tour de magie ! Un parcours enchanteur.Du vélo à son meilleur.Des vacances aux multiples bonheurs.C\u2019est magique! Le Grand Tour Desjardins : le rendez-vous vélo de l\u2019été.Du 5 au 11 août Inscrivez-vous maintenant et économisez 815$ jusqu\u2019au 16 juin 895$ après le 16 juin Le forfait Sous les étoiles inclut : 6 nuits en camping et 1 nuit optionnelle à Matane, la veille du départ ; 7 petits-déjeuners, 6 dîners et 6 soupers ; la contribution de 2 $ par tranche de 1000 $ de services achetés au Fonds d\u2019indemnisation des clients des agents de voyages et les taxes.en partenariat avec 375 $ par tente (taxes incluses) Comprend montage, démontage et livraison du bagage à la tente.C Optez pour le service de location de tente Au Grand Tour Desjardins en gang, on y gagne ! www.veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Titulaire d\u2019un permis du Québec Inscrivez 10 personnes au forfait Sous les étoiles de 7 jours et obtenez la 11e participation gratuitement ! Pour connaître les conditions de l\u2019offre, visitez notre site internet.Photos : Didier Bertrand, Mathieu Lamarre Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 17 On la cherche depuis très longtemps, cette mystérieuse particule qui explique la construction de l\u2019Univers.D\u2019ici quelques semaines, les chercheurs devraient être en mesure d\u2019annoncer son existence, ou de la réfuter définitivement.Voyage au pays du Higgs.Par Marine Corniou de Higgs boson > L\u2019HEURE DE VÉRITÉ POUR LE Au cœur du LHC, les protons entrent en collision à pleine vitesse et génèrent un «feu d\u2019artifice» de particules. ous le soleil printanier de Genève, au Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN), la physicienne Pauline Gagnon ne cache pas son enthousiasme.«Je suis convaincue que le boson de Higgs est là», dit-elle en dessinant sur un bout de papier la courbe qui crée depuis six mois tant de remue-ménage chez les physiciens.En décembre dernier, c\u2019est ici, à 100 m sous terre, au sein du plus grand accélérateur de particules du monde, que le «Higgs» aurait montré le bout de son nez.Certes, la particule tant convoitée ne s\u2019est pas dévoilée suffisamment pour qu\u2019on puisse affirmer qu\u2019elle existe, mais les résultats enregistrés à Genève ont fait grand bruit.Et pour cause! Ils pourraient annoncer la fin d\u2019une «traque» qui dure depuis 50 ans.Sur la courbe dessinée par Pauline Gagnon, c\u2019est une petite bosse, en apparence insignifiante, qui crée tout ce buzz.C\u2019est elle qui témoignerait de la présence du fameux boson.«En physique des particules, tout est une question de statistiques.Ce qu\u2019on a observé, c\u2019est un excès de signaux qui paraissent trop nombreux pour être dus au hasard», résume la physicienne aux yeux pétillants.Originaire de Chicoutimi, elle travaille au CERN depuis 20 ans.Elle est aujourd\u2019hui rattachée au projet ATLAS, l\u2019une des deux expériences du CERN qui pourraient conduire à la révélation tant attendue.Si on lui court ainsi après, c\u2019est que le mystérieux boson de Higgs est la pièce cruciale de la physique actuelle, celle qui explique la construction et le fonctionnement de l\u2019Univers.Et aussi bizarre que cela puisse paraître, il n\u2019a jamais été observé en laboratoire.Contrairement à toutes les autres particules élémentaires, son existence reste purement hypothétique.Mais plus pour longtemps\u2026 Tout semble en effet laisser croire que l\u2019existence (ou la non-existence) du boson de Higgs pourrait être annoncée en juillet à Melbourne, en Australie, à l\u2019occasion de la XXXVIe conférence sur la physique des hautes énergies.«Depuis plus de un an, nous travaillons d\u2019arrache-pied, soirs et fins de semaine compris, pour accumuler les données.C\u2019est un moment fou, unique dans la carrière d\u2019un physicien», s\u2019exclame Yves Sirois.Ce chercheur québécois établi en région parisienne est porte-parole pour la France de CMS, l\u2019expérience concurrente d\u2019ATLAS.Visiblement confiant, le physicien, rencontré à Montréal, ne dévoilera pourtant rien avant l\u2019heure.«Les résultats publiés jusqu\u2019ici ne sont pas encore assez probants pour pouvoir conclure qu\u2019on a \u201cvu\u201d le Higgs, mais ils donnent envie d\u2019y croire», avance-t-il avec prudence.Si la fébrilité est palpable chez les amoureux du Higgs, pour les non-initiés, il est difficile de comprendre l\u2019objet de tant d\u2019effervescence.Afin de tenter d\u2019y voir clair dans ce monde de particules et d\u2019obscurs calculs, revenons à la base.Qu\u2019est-ce que le boson de Higgs?Et comment peut-on le «voir»?Pour décrire notre Univers, les physiciens utilisent le «modèle standard», une théorie élaborée dans les années 1960, selon laquelle la matière est constituée de particules élémentaires (les quarks et les électrons), qui interagissent entre elles par le biais de forces.Ces forces sont elles-mêmes véhiculées par des particules messagères, appelés bosons, dont le plus connu est le photon, ce «grain» de lumière qui trans - met la force électromagnétique.Jusqu\u2019ici, tout va bien.Cette théorie, qui est née sur papier sous forme d\u2019équations mathématiques, s\u2019est en effet révélée étonnamment exacte.Toutes les particules qu\u2019elle a «prédites» ont pu être observées expérimentalement par la suite, au sein de divers accélérateurs dans le monde.Mais ce modèle a son talon d\u2019Achille.«Selon les équations mathématiques initiales, les particules sont censées être dépourvues de masse.Or, les mesures expérimentales ont démontré que, à l\u2019exception du photon, les particules ont bel et bien une masse, explique Pauline Gagnon.Par exemple, on a mesuré que le quark top était 350 000 fois plus lourd que l\u2019électron.» Plutôt que de jeter le modèle standard à la poubelle, plusieurs chercheurs, dont l\u2019Écossais Peter Higgs et les Belges François Englert et Robert Brout, ont décidé en 1964 d\u2019en colmater la brèche.Leur idée?«Inventer» un curieux mécanisme, le champ de Higgs, qui permettrait à ces particules sans masse d\u2019en acquérir une.Une sorte de champ de force, un peu comme le champ gravitationnel, qui serait présent partout autour de nous.«Le champ de Higgs peut être comparé à de la mélasse étalée dans l\u2019Univers.Les particules de matière sont ralenties par cette mélasse, ce qui donne l\u2019impression qu\u2019elles ont une masse», résume Yves Sirois.Pour expliquer ce mécanisme, David Miller, physicien au University College London du Royaume-Uni a utilisé en 1993 cette analogie devenue célèbre : «Imaginez une soirée, où tous les invités seraient répartis uniformément dans la pièce.Soudain, une célébrité arrive.Comme de nombreuses personnes souhaitent lui parler et se pressent autour d\u2019elle, cela ralentit son mouvement dans la pièce, donnant l\u2019impression qu\u2019elle a plus de mal à se déplacer, et donc qu\u2019elle est plus massive qu\u2019un visiteur quelconque.» Dans le monde des particules, c\u2019est la même chose.Les invités \u2013 les bosons de Higgs \u2013 forment le champ de Higgs, et la célébrité représente une particule.Les différentes célébrités qui traversent la pièce paraissent plus ou moins massives, selon 18 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 Pauline Gagnon, une Québécoise sur la piste du boson de Higgs.S C E R N leur popularité, et donc selon leur degré d\u2019interaction avec le champ.Le photon, qui n\u2019a pas de masse, n\u2019interagit pas avec le champ de Higgs.En revanche, les bosons Z et W, ou le quark top, (voir tableau) qui sont très lourds, s\u2019y engluent littéralement.C\u2019est bien beau, mais pour prouver l\u2019existence de ce champ, il faudrait «photographier» un boson de Higgs.Et c\u2019est là que les choses se compliquent! En 47 ans, personne n\u2019y est jamais parvenu.Il faut dire que ce safari-photo nécessite des outils puissants, dont les physiciens ne disposent que depuis peu.À Genève, le Grand collisionneur de hadrons (LHC), mis en service fin 2008, a justement été conçu pour pouvoir détecter le Higgs sans savoir vraiment à quoi ressemble la bête.On ne connaît pas sa masse, mais on sait qu\u2019il est très instable, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne survit pas en tant que tel.À peine créé, il se désintégrerait en d\u2019autres particules plus stables, comme des photons ou des bosons W.Impossible, donc, de le photographier directement dans les détecteurs du LHC, comme on photographie les électrons.La seule solution?Essayer de repérer les produits de sa désintégration.«Lorsqu\u2019on met une pièce de 1 $ dans une machine pour obtenir de la monnaie, on peut se retrouver avec 4 pièces de 25 ¢, ou 10 pièces de 10 ¢.Pour le Higgs, c\u2019est pareil.On sait qu\u2019il peut se désintégrer en différentes \u201cassociations\u201d de particules, appelées canaux de désintégration», indique Pauline Gagnon.C\u2019est cette «monnaie» que les chercheurs essaient de voir dans les détecteurs, après avoir généré \u2013 du moins ils l\u2019espèrent \u2013 des bosons de Higgs.En fonction de la monnaie repérée, ils pourront déduire la masse du Higgs; et prouver son existence.Pour produire ces bosons éphémères, la recette est connue.Dans le LHC, on lance l\u2019un contre l\u2019autre deux faisceaux de protons à une vitesse proche de celle de la lumière afin de les faire entrer en collision frontale (voir l\u2019encadré en page 20).Ces collisions libèrent une énergie phénoménale et donnent naissance à de nouvelles particules qui sont captées par les détecteurs ATLAS et CMS.«Lorsqu\u2019on écrase deux fraises l\u2019une contre l\u2019autre, on obtient du jus de fraise.Dans le monde des particules, lorsqu\u2019on écrase deux protons l\u2019un contre l\u2019autre, on obtient de nouvelles particules, parmi lesquelles \u2013 peut-être \u2013 des bosons de Higgs qui, eux-mêmes, se désintègrent.Comme si la collision de deux fraises donnait naissance à du jus de bananes, de kiwis, etc.», a expliqué le physicien Rob Fraser, du Fermilab, dans l\u2019Illinois, lors d\u2019une conférence donnée à Vancouver, au congrès de l\u2019American Association of Advanced Science (AAAS), en février dernier.«Chaque collision est comparable à un feu d\u2019artifice, explique de son côté Yves Sirois.On identifie les différentes détonations, pour savoir que telle ou telle fusée vient d\u2019éclater.On reconstruit ainsi le scénario des désintégrations.» epérer des traces du Higgs dans l\u2019immense feu d\u2019artifice capté par ATLAS et CMS relève toutefois de l\u2019exploit! Car la production de ces bosons survient rarement.En 2011, parmi les quelque 400 000 milliards de collisions enregistrées par ces deux détecteurs, seule une dizaine impliquant un possible Higgs ont été repérées.«C\u2019est la principale difficulté: le nombre de collisions est tellement élevé qu\u2019il est difficile de détecter un événement intéressant parmi tout le bruit de fond», indique Yves Sirois.De plus, il est impossible de stocker et d\u2019analyser toutes les données.Sur les Tout semble laisser croire que l\u2019existence (ou la non-existence) du boson de Higgs pourrait être annoncée d\u2019ici la fin de l\u2019année.R Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 19 Découvrir le boson de Higgs devrait permettre de résoudre une énigme majeure en physique, celle de l\u2019origine de la masse des particules.Mais le programme de recherche du Grand collisionneur de hadrons (LHC) est beaucoup plus ambitieux.Il vise à combler les lacunes du modèle standard qui n\u2019intègre pas la force de gravitation (elle est exclue des équations) et qui ne permet pas d\u2019expliquer toutes les observations expérimentales.Les physiciens espèrent notamment que le LHC les aidera à identifier la nature de la matière noire, et à vérifier l\u2019existence d\u2019une théorie appelée supersymétrie (SUSY pour les intimes) qui règlerait une fois pour toutes les problèmes du modèle standard.SUSY permettrait notamment d\u2019unifier les particules d\u2019interaction (les bosons) et celles de matière (les fermions), en postulant l\u2019existence, pour chaque particule, d\u2019un «superpartenaire» plus massif.Par exemple, il existerait un «photino» (fermion associé au photon), six «squarks» (bosons associés aux quarks), des «gluinos» associés aux gluons, et ainsi de suite.Chaque boson pourrait se transformer en fermion, et réciproquement.Et selon cette théorie, il existerait en tout cinq bosons de Higgs\u2026 Difficile de ne pas perdre le fil! «Ainsi, les particules lourdes se voient associer une super-particule légère, et vice-versa.Cela donne un monde beaucoup plus équilibré et cela élucide l\u2019étrange disparité dans la masse des particules élémentaires, qui vont de l\u2019ultralégère à la super lourde», résume Pauline Gagnon.Ces particules supersymétriques (du moins, la plus légère d\u2019entre elles) seraient des candidates idéales pour constituer la matière noire.«Mais pour l\u2019instant, le LHC n\u2019a pas vu la trace de ces superpartenaires, ce qui commence à être inquiétant», avertit Yves Sirois.Attendons donc d\u2019en avoir le cœur net avant d\u2019essayer de comprendre! Lumière sur la «nouvelle physique» Matière Atome Noyau Proton Fermions Leptons Quarks BOSONS Messagers des forces 1re famille (matière stable) 2e famille 3e famille électron neutrino électron bas (down) haut (up) muon neutrino muon étrange (strange) charme (charm) tau neutrino tau beauté (beauty) sommet (top) photon Z W - W+ 8 gluons Higgs?Les particules de matière (fermions) et les bosons qui portent les différentes forces de l\u2019Univers sont les «piliers» du modèle standard. 600 millions de collisions survenant chaque seconde, le système automatique de tri du détecteur ATLAS \u2013 censé reconnaître les collisions pertinentes grâce à des algorithmes complexes \u2013 n\u2019en envoie que 200 au centre de calcul! Ce qui équivaut tout de même à deux DVD de données par minute.Malgré toutes ces embûches, les 5 000 personnes qui travaillent sur les expériences ATLAS et CMS ont vu leurs efforts récompensés en décembre dernier.Sans s\u2019être consultées, les deux équipes ont, chacune de leur côté, aperçu un signal pouvant être celui du boson de Higgs, laissant croire que sa masse serait comprise entre 124 GeV et 126 GeV (un GeV, ou gigaélectronvolt, est à peu près égal à la masse d\u2019un proton).Et ce n\u2019est pas tout! Le 7 mars, deux équipes indépendantes du Tevatron, l\u2019accélérateur de particules du Fermilab, ont créé la surprise en annonçant, elles aussi, un signal suspect, compatible avec celui observé au LHC, suggérant que la masse du Higgs serait comprise entre 115 GeV et 135 GeV.«Cela signifie qu\u2019on a maintenant quatre expériences indépendantes, dans deux accélérateurs et quatre canaux de désintégration, qui tendent vers les mêmes con clu sions.C\u2019est vraiment encoura geant», note Pauline Gagnon.Malgré tout, il est trop tôt pour crier victoire.Après une pause requise pour l\u2019entretien, le LHC tourne à nouveau à plein régime depuis le 14 mars, à des énergies jamais atteintes.L\u2019objectif?Doubler ou tripler la quantité de données pour réduire le risque d\u2019erreur à moins de 1 sur 1 million (contre environ 1 sur 200 actuellement).Ce qui devrait enfin permettre d\u2019annoncer la découverte cet été (ou au plus tard à la fin de l\u2019année) ou, au contraire, de tirer définitivement un trait sur la mystérieuse particule.«Si jamais nous arrivons à la conclusion que le Higgs n\u2019existe pas, ce sera encore plus excitant, car il faudra réinventer toute la physique», affirmait en février Sergio Bertolucci, le directeur de recherches du CERN, lors du congrès de l\u2019AAAS.Yves Sirois ne partage pas son avis.«Soyons honnête : si le boson de Higgs n\u2019existe pas, ce sera un traumatisme considérable pour les physiciens, car il y aurait alors de terribles contradictions dans le modèle standard», estime-t-il.Si les expériences CMS et ATLAS ne trouvent pas le Higgs autour de la masse de 125 GeV, le monde de la physique sera en effet plongé dans un épais brouillard.Faudra-t-il en conclure qu\u2019il existe d\u2019autres dimensions d\u2019espace-temps, comme le postulent certains théoriciens travaillant sur un monde «sans Higgs»?Ou que le Higgs n\u2019est pas celui qu\u2019on croit?«Il est possible que le boson de Higgs se désintègre de façon inattendue, en particules invisibles dans les détecteurs», explique Pauline Gagnon.Autrement dit, en particules de matière noire, cette matière qui constituerait 23% de l\u2019Univers, mais que l\u2019on n\u2019a encore jamais vue non plus.Car même si l\u2019on découvre le Higgs cette année, il restera beaucoup d\u2019énigmes à résoudre.«Le modèle standard n\u2019explique pas quelle est la nature de la matière noire ni pourquoi certaines particules sont plus lourdes que d\u2019autres, ou pourquoi le photon n\u2019a pas de masse», ajoute la physicienne, dont une des missions est justement de traquer les éventuelles particules de matière noire.Voilà qui nous rassure : que le Higgs existe ou non, les physiciens ne s\u2019ennuie - ront pas.Ils continueront à avoir du pain sur la planche pour comprendre les origines de l\u2019Univers et son fonctionnement pendant bien des années.QS 20 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 LE LHC, UNE MACHINE À BIG-BANG «Le champ de Higgs serait apparu 1 millième de milliardième de seconde après le big-bang.À ce moment, la température de l\u2019Univers était suffisamment froide (40 millions de milliards de degrés tout de même!) pour que ce champ apparaisse, un peu comme des plaques de glace se forment à la surface d\u2019un lac», explique Yves Sirois.Pour étudier le boson de Higgs, il faut donc recréer les conditions qui régnaient dans l\u2019Univers juste après le big-bang, il y a 14 milliards d\u2019années.C\u2019est justement l\u2019ambition des opérateurs du Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN, la plus grande machine scientifique jamais construite, sur laquelle travaillent (sur place et à distance) près de 10 000 physiciens de plus de 80 pays.Pénétrer dans l\u2019antre du CERN est en soi une expérience internationale! Les physiciens et les étudiants, de toutes origines et parlant toutes les langues, y côtoient des groupes de touristes venus «admirer» les salles de contrôle des différentes expériences.Dans celle d\u2019ATLAS, derrière une baie vitrée, des dizaines d\u2019écrans permettent aux opérateurs de s\u2019assurer que le détecteur fonctionne correctement.On ne verra toutefois rien de plus.La machine venant d\u2019être remise en route, il est impossible de descendre dans une des quatre «cavernes» où se situent les détecteurs.Le LHC est en fait un tunnel circulaire de 27 km de longueur (comprenant deux anneaux concentriques de 10 cm de diamètre), creusé à 100 m sous terre, autour duquel sont installés plus de 9 000 aimants.Le champ magnétique généré par les aimants permet de faire circuler des protons dans les anneaux, dans des sens opposés.À pleine puissance, des trillions de protons, lancés à 99,9999991% de la vitesse de la lumière, effectuent 11 245 fois le tour de l\u2019accélérateur par seconde! Les deux faisceaux de protons entrent en collision frontale au niveau des détecteurs ATLAS et CMS, deux énormes dispositifs (de 20 m à 46 m de longueur et de 15 m à 25 m de hauteur) permettant de mesurer la charge et la masse des particules émises lors des collisions.«CMS et ATLAS sont placés à deux points opposés de l\u2019anneau.Ces détecteurs permettent d\u2019étudier la même chose, mais avec deux technologies différentes, explique Yves Sirois.Les deux équipes sont en compétition, mais devraient arriver aux mêmes conclusions en même temps!» Le détecteur de l\u2019expérience CMS, au LHC: une pièce maîtresse dans la traque du boson de Higgs.C E R N l se passe quelque chose à l\u2019Islet-sur-Mer, en ce matin frisquet.Quelques badauds, le maire en personne, des journalistes et deux géologues sont réunis sur le quai de ce petit village du Bas-Saint-Laurent.En fait, il s\u2019est passé quelque chose, il y a 500 millions d\u2019années\u2026 «Ce qui s\u2019est déroulé à cet endroit n\u2019est pas banal, explique Mme Dominique Richard en indiquant le rivage rocheux de part et d\u2019autre du quai.Ici, c\u2019était le fond d\u2019un océan où plusieurs glissements de terrain sous- marins sont survenus.Cette formation géologique montre l\u2019ancien chenal où s\u2019accumulaient les sédiments.C\u2019est exceptionnel.» La géologue du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec n\u2019est pas la seule à le penser.L\u2019ancien chenal de l\u2019Islet fait en effet partie d\u2019une liste de sites québécois qui pourraient acquérir le titre de site géologique exceptionnel (SGE).L\u2019activité minière y sera interdite.«En 2005, un amendement à la Loi sur les mines a introduit cette notion qui vise à faire connaître et à protéger notre patrimoine géologique.Ce sont des sites qui présentent des caractéristiques géologiques, géomorphologiques, paysagères ou biologiques d\u2019intérêt pour l\u2019enseignement, la recherche scientifique ou la conservation», précise Mme Richard.Il y a bien sûr des joyaux touristiques, comme le rocher Percé, les falaises de Miguasha, en Gaspésie, ou le cratère des Pingualuit, dans le Nord-du-Québec.Mais il y en a d\u2019autres bien moins connus.De gigantesques traces laissées par les glaciers, d\u2019anciennes mines, des grottes, des sites riches en fossiles ou en minéraux, des manifestations des forces tectoniques, d\u2019anciennes éruptions volcaniques, etc.Le Québec est riche de géodiversité! «Ces endroits sont souvent connus des géologues et même visités par les professeurs d\u2019université qui les montrent à leurs étudiants, poursuit Dominique Richard.En recevant l\u2019appellation SGE, ils seront non seulement protégés, mais aussi mis en valeur pour fournir aux visiteurs des informations sur les particularités géologiques.» Cela dit, on est encore loin de ce qui se fait dans certains pays.À ce jour, dans le monde, près de 80 géoparcs ont été créés.Ils englobent plusieurs sites géologiques exceptionnels d\u2019un même secteur.On les trouve surtout en Chine \u2013 comme le géoparc de Fangshan, à 40 km de Pékin \u2013, et dans plusieurs pays d\u2019Europe, par exemple la Réserve géologique de Haute-Provence.L\u2019UNESCO, qui chapeaute l\u2019initiative, y voit l\u2019équivalent géologique de son réseau du Patrimoine mondial.«L\u2019Amérique du Nord ne compte qu\u2019un seul géoparc, enregistré en octobre 2010.C\u2019est celui de Stonehammer, dans la région de Saint John, au Nouveau-Brunswick.Pourtant, les sites potentiels se comptent par centaines au pays et aux États-Unis», explique Godfrey Nowlan, de Calgary, qui préside le Comité national canadien pour les géoparcs.Gail Bremner, directrice générale à Stonehammer, se souvient des démarches qui ont abouti à la création du parc : «La région est le berceau de la géologie au Canada et les gens d\u2019ici sont conscients du caractère unique du paysage dans lequel ils vivent.Ils ont voulu le protéger, tout en y voyant un moteur de développement pour les petites communautés.» Avant même la première obtention du statut de SGE par un site québécois, Québec Science vous invite à découvrir sa propre sélection.Certains sites offrent un paysage époustouflant; d\u2019autres, plus discrets, revêtent un grand intérêt scientifique.Dans tous les cas, ce sont des témoins exceptionnels du grand spectacle de la Terre.Une enfance marquée par le volcanisme, une adolescence tourmentée par des forces tectoniques qui ont formé des montagnes, une vie ponctuée de périodes glaciaires.Vous pensiez connaître le Québec?Découvrez les traces qu\u2019ont laissées dans le paysage ces grands événements géologiques, quelques cratères météoritiques inclus.Par Joël Leblanc M A T H I E U D E M E R S I 40 Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 21 22 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 CÔTE-NORD 1 LES ÎLES AUX TRÉSORS Au large de la Basse-Côte-Nord, entre Longue-Pointe-de-Mingan et Baie-Johan-Beetz, l\u2019archipel Mingan est formé d\u2019un chapelet d\u2019îles et de monolithes de calcaire riches en fossiles datant de l\u2019Ordovicien (475 millions d\u2019années).L\u2019archipel lui-même et l\u2019île d\u2019Anticosti, à 35 km au sud, sont en fait ce qu\u2019il reste d\u2019un grand plateau calcaire qui jouxtait la Côte-Nord et qui s\u2019est peu à peu effrité, érodé pendant des millions d\u2019années par la mer et les rivières.Puis, les îles ont été englouties.Il y a à peine 10 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, l\u2019ensemble se trouvait sous 85 m d\u2019eau.La mer s\u2019est ensuite retirée et les îles ont émergé à nouveau.Le vent, les vagues, le gel et le dégel se sont alors attaqués à leurs parois et ont sculpté les majestueux monolithes qui font maintenant la renommée du parc.Aujourd\u2019hui séparée du continent, Anticosti est sillonnée d\u2019une centaine de rivières qui ont façonné des cascades spectaculaires et creusé des canyons aussi larges que profonds, de même que des cavernes, comme celles de la rivière aux Saumons ou de la rivière à la Patate.Le littoral est flanqué de falaises abruptes creusées d\u2019anses et de baies.Le calcaire de l\u2019île renferme des fossiles préservés dans un état exceptionnel : trilobites, coquillages ou coraux.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 23 GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 2 LE MONUMENT Le rocher Percé fait 433 m de long et 88 m de haut.Colosse de pierre de 5 millions de tonnes allongé dans la mer, il est le symbole de la Gaspésie et procure à ceux qui arrivent à Percé par le sud, en provenance de la baie des Chaleurs, chaque fois le même émerveillement.La formation du mastodonte remonte aux débuts du Dévonien, il y a environ 410 millions d\u2019an - nées.Sédiments, coquilles de mollusques et carapaces d\u2019arthro podes se sont déposés au fond de la mer, puis, comprimés, se sont mués en un calcaire à grain fin semé de petits fossiles de trilobites et de brachiopodes.Le rocher est un vrai musée de paléontologie! Redressées à la verticale par d\u2019anciens mouvements tectoniques, les couches calcaires sont maintenant soumises à l\u2019érosion par la mer, d\u2019où le célèbre trou.L\u2019obélisque, aujourd\u2019hui détaché du reste, consti - tuait autrefois son extrémité.Le rocher a déjà compté deux trous.La première arche s\u2019est écroulée en 1845, et on anticipe la même fin pour l\u2019arche restante.L\u2019accès au pied du rocher est d\u2019ailleurs dorénavant interdit aux visiteurs, en raison des risques de chutes de pierre.Mais on peut observer la merveille de tous les coins du village de Percé et en approcher lors des excursions en bateau qui se rendent à l\u2019île Bona - venture voisine.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CÔTE-NORD 3 LES PLAGES NOIRES DE NATASHQUAN En 1870, le père Louis Babel, missionnaire suisse, sillonne la Basse-Côte-Nord pour convertir les Autoch - tones.Dans son journal, il décrit ainsi les abords de la rivière Natashquan : «Abondants en fer, abondants en minéraux, abondants en sable métallique.» En faisant un petit détour au bout de la route 138, on atteint la rivière où l\u2019on peut marcher sur les berges décrites par Babel.Les couches de sable noir se repèrent facilement à travers le granit, particulièrement celui qui borde le delta de la rivière.Magnétite, ilménite, grenat et zircon, ces sédiments se ramassent avec un aimant! Ces poussières venues du nord par les rivières témoignent de l\u2019érosion actuelle de formations géologiques riches en fer et en titane.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE EXCEPTIONNEL REMARQUABLE VAUT LE DÉTOUR SI VOUS PASSEZ PAR LÀ B E N O Î T C E C I L E / M T O Q P A U L H U R L E A U - C L A U D E P A R E N T / M T O Q GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 5 LE PIÈGE DE SAINT-ELZÉAR Les grottes sont plutôt rares au Québec.Mais il s\u2019en trouve une impressionnante, à l\u2019intérieur des terres gaspésiennes, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bonaventure.Creusée par l\u2019eau de ruissellement dans le calcaire, la célèbre grotte de Saint-Elzéar s\u2019est formée il y a 230 000 ans.Elle est maintenant accessible grâce à des visites guidées au départ du musée.Depuis la dernière glaciation, elle agit comme un piège naturel.On y a retrouvé les ossements de près de 4 000 animaux, dont le lemming à collier, une espèce qui ne subsiste actuellement que dans le Grand Nord.Le puits d\u2019entrée est accessible par une longue échelle métallique de 13 m.Le visiteur est maintenu par un harnais de sécurité.La descente dans cet environnement froid et humide est fascinante.Stalagmites, stalactites, draperies de pierre et colonnades ornent les chambres et les couloirs qui affichent une température constante d\u2019environ 4 °C.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE OUTAOUAIS 6 BOUCLIER PERCÉ Dans le Bouclier canadien, un peu au nord d\u2019Ottawa, se trouvait une lentille de marbre.C\u2019est la dissolution de ce marbre par l\u2019eau qui a creusé la caverne Laflèche à Val-des-Monts, en Outaouais, entre 20 000 et 12 000 ans avant au- jourd\u2019hui.Découverte en 1865, elle a été ouverte au public en 1923 et est devenue la grotte la plus visitée au pays.On comprend pourquoi : avec ses 402 m, elle est la plus longue grotte connue du Bouclier canadien.L\u2019hiver, on peut y voir des formations de glace féériques et de nombreuses chauve-souris en hibernation.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE QUÉBEC 7 LA GROTTE DE BOISCHATEL Avec près de 3 km de galeries, la grotte de Boischatel serait la plus grande de l\u2019est du Canada.On y accède tout près de la chute Montmorency.La grotte laisse passer la rivière Ferrée qui se jette dans la chute.Pour spéléologues avertis, accompagnés d\u2019un guide.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE LANAUDIÈRE 8 LE TROU DE FÉE Connue sous son appellation de «Trou de fée», la grotte de Crabtree, à environ 5 km au sud-ouest de Joliette, compte 133 m de galeries creusées par les eaux de la rivière Ouareau lors de la dernière glaciation.Maintenant située à 6 m au- dessus du niveau de la rivière, elle est accessible par le chemin Archambault vers le nord.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 9 SEL ET CIEL Les douces Îles-de-la-Madeleine reposent littéralement sur un dôme de sel géant.C\u2019est qu\u2019au Carbonifère, il y a 330 millions d\u2019années, d\u2019anciens lagons se sont asséchés, laissant un épais dépôt de sel sur lequel se sont accumulés des sédiments et des roches volcaniques.Aujourd\u2019hui, ce sel est toujours sous les îles et est exploité pour déglacer nos routes.Les sédiments sableux s\u2019érodent en falaises, en arches et en grottes rouges pour notre plus grand plaisir.Sur place, offrez-vous la visite des mines Seleine! PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE 24 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 QUÉBEC 4 LES MARMITES DE SAINTE-ANNE Tout près de Sainte-Anne-de- Beaupré, la rivière Sainte-Anne creuse le granit depuis des millénaires.Le canyon aux parois de 55 m et les marmites taillées dans la pierre à différents endroits sont des manifestations de l\u2019érosion de la rivière.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE M I N I S T È R E D E S R E S S O U R C E S N A T U R E L L E S E T D E L A F A U N E C L A U D E B O U C H A R D / M T O Q R É S E R V E D E B I O D I V E R S I T É D U K A R S T D E S A I N T - E L Z É A R Havre-aux-Maisons GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 10 PÊCHE MIRACULEUSE D\u2019étranges poissons figés dans la pierre avec des nageoires fines comme des voiles.De délicates branches de fougère avec toutes leurs feuilles.Les fossiles magnifiquement conservés abondent dans la roche de Miguasha! La renommée scientifique du Parc national de Miguasha, le plus petit parc du réseau national du Québec, n\u2019est plus à faire.Les falaises qui bordent l\u2019estuaire de la rivière Restigouche, dans la municipalité gaspé- sienne de Nouvelle, sont truffées de fossiles, principalement des poissons qui vivaient là il y a 380 millions d\u2019années.Et parmi ces poissons, quelques espèces présentent des caractéristiques inusitées : narines qui laissent deviner la présence de poumons ou ossature dans les nageoires, qui annonce les pattes des animaux terrestres sur le point d\u2019apparaître.Au début du XXe siècle, alors que le métier de paléontologue n\u2019existait pas au Québec, des chercheurs des grandes universités d\u2019Europe et des États-Unis venaient déjà y puiser les fossiles, aidés des résidants de l\u2019endroit.En 1999, l\u2019UNESCO a inscrit le lieu sur la liste de son Patrimoine mondial.Sur place, la visite guidée du musée d\u2019histoire naturelle permet de voir les plus magnifiques spécimens que la formation fossilifère a livrés : des bêtes avec des armures osseuses qui leur donnent des airs de tortue, des spécimens préservés en trois dimensions, d\u2019autres qui montrent les traces des vaisseaux sanguins disparus.Le tout est suivi par une petite escapade sur la plage au pied de la généreuse falaise.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CÔTE-NORD 11 LE TRILOBITE DU BOUT DU MONDE Au bout du Québec, dans le village de Lourdes-de-Blanc-Sablon, un mini-sanc- tuaire dédié à la Sainte Vierge repose sur un promontoire rocheux.C\u2019est le cap Crow, un petit talus de sédiments abritant quantité de fossiles de l\u2019Ordovicien (460 millions d\u2019années): trilobites, brachiopodes et coraux.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE MONTÉRÉGIE 12 PHILIPSBURG SOUS LA MER En Montérégie, à 4 km au sud de Philips- burg, d\u2019étonnants calcaires renferment des trombolites, c\u2019est-à-dire des algues fossilisées agglomérées en monticules arrondis qui se sont formés dans un environnement marin peu profond, il y a environ 470 millions d\u2019années.Pas facile de les repérer, il faut emprunter un petit chemin forestier, quelques mètres avant la frontière états- unienne.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 13 VIEUX MICROBES Il y a 2,7 milliards d\u2019années, une gigantesque et spectaculaire chaîne de volcans sous-marins ceinturait l\u2019Abitibi.La mer qui recouvrait la région hébergeait des bactéries qui vivotaient dans le fond marin.Leur activité métabolique a modifié l\u2019équilibre minéral de l\u2019eau et du calcaire s\u2019est déposé au fond.Les empilements des Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 25 J E A N - P I E R R E H U A R D / M T O Q M R N F 26 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 couches de calcaire se sont par la suite fossilisés et ont formé des stromatolithes, une des plus vieilles traces de vie sur Terre! On a trouvé les stromatolithes dans une roche de un quart de tonne dans la région du village de Joutel, environ 130 km au nord d\u2019Amos.De telles roches sont abondantes à cet endroit.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE LAVAL 14 UNE BARRIÈRE DE CORAIL EN BANLIEUE En plein cœur de Laval, le Centre de la nature est construit dans une ancienne carrière de calcaire.Les parois, avec leurs traces d\u2019exploitation encore visibles, montrent des strates de 450 millions d\u2019années riches en fossiles de coraux, de brachiopodes, de trilobites et d\u2019autres étranges bestioles archaïques.C\u2019était au temps lointain de Laval-sur-mer! PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CÔTE-NORD 15 COQUILLAGES D\u2019UN AUTRE ÂGE Lors de la dernière glaciation, le poids de la glace a fait s\u2019enfoncer un peu le Québec.Lorsqu\u2019elle a fondu, il y a environ 10 000 ans, la province n\u2019est pas remontée instantanément et s\u2019est retrouvée partielle - ment inondée.Sur la Côte-Nord, cette ancienne étendue d\u2019eau porte le nom de mer de Goldwaith.Dans le secteur de l\u2019actuelle ville de Baie-Comeau, les conditions sous-marines ont favorisé l\u2019accumulation de coquilles de mollusques.La formation qui en résulte, épaisse de 7 m à 10 m, est composée à 90% de résidus de coquillages, ce qui en fait une des plus grandes concentrations de ce type au monde! Le dépôt coquiller de la rivière aux Anglais est le plus beau vestige biologique laissé par les mers postglaciaires du Québec.Le site est mis en valeur par le Jardin des glaciers depuis 2006.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 16 LES BEAUTÉS DE JACQUES CARTIER La région de Port-Daniel est un vrai zoo! À l\u2019intérieur d\u2019à peine quelques kilomètres carrés, cohabitent des fossiles d\u2019animaux ayant vécu à des époques bien distinctes.On y trouve des ensembles géologiques du Carbonifère, de l\u2019Ordovicien, du Silurien et du Précambrien, que les caprices des mouvements tectoniques ont rassemblés en ce point.Près de la côte, au cap de l\u2019Enfer, ce sont des crinoïdes rugueuses, qu\u2019on appelle aussi lys de mer, et des récifs à algues, des stromatopores, qui res - semblent à des éponges, et des coraux (L\u2019Anse-McInnis).Au nord de la route 132, ce sont les algues et les coraux.À la pointe aux Bouleaux, des coraux et des stromatopores qui ont conservé leur position d\u2019origine dans les sédiments.Près du quai, les strates de grès renferment de grands blocs de calcaire récifal qui contiennent des crinoïdes.Pas étonnant que le paysage ait impressionné Jacques Cartier lors de son premier voyage en 1534.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE M R N F M R N F M A T H I E U D E M E R S Complexe récifal de Port-Daniel GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 17 LE GRAND CIRQUE DES GLACES Le parc national de la Gaspésie offre une multitude de sentiers de randonnée qui entraînent le marcheur au cœur de paysages époustouflants où les curiosités scientifiques abondent.Parmi elles, le mont Joseph- Fortin.Arrivé au sommet, on s\u2019offre une vue plongeante sur le lac aux Américains, quelques centaines de mètres plus bas.Il n\u2019occupe qu\u2019en partie un grand cirque glaciaire, une vallée arrondie creusée par le lourd glacier qui s\u2019y trouvait, il y a 12 000 ans.En prime, la montagne d\u2019en face, le mont Xalibu, exhibe une tache orange pâle dans la roche grise.Il s\u2019agit d\u2019une intrusion magmatique qui s\u2019est solidifiée dans la roche sédimentaire.Maintenant, elle s\u2019érode comme le reste, laissant échapper des traînées de cailloux orange.La marche vers le sommet est ardue.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 18 CADEAUX GLACIAIRES Du côté nord de la Gaspésie, la municipalité de Grosses-Roches doit son nom aux blocs de calcaire éparpillés çà et là sur le rivage et dans les champs environnants.Il s\u2019agit de blocs erratiques, c\u2019est-à- dire de grosses roches apportées là par le mouvement d\u2019anciens glaciers.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 19 LE MYSTÈRE DE LA MONTAGNE À FRED Dans l\u2019ancienne municipalité de Colombourg \u2013 qui fait maintenant partie de Macamic \u2013, en Abitibi, une petite montagne, qui fut jadis une île, intrigue.Sur le versant sud-ouest, on retrouve plusieurs «rivières de roches», dont une est immense.La montagne qui s\u2019élève à 350 m au-dessus du niveau de la mer compte 5 km de sentiers faciles.Au sommet, on peut apercevoir La Sarre, Palmarolle et le lac Abitibi.Des démarches sont en cours pour mettre le lieu en valeur avec un complexe récréo-touristique.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 27 S T E P H E N B U R M A N Lac aux Américains MONTÉRÉGIE 23 LES BELLES RONDEURS DE LA MONTÉRÉGIE Dans le sud du Québec, une rangée étrangement linéaire de collines tranche sur le paysage plat des Basses-Terres du Saint- Laurent.Les monts Saint-Bruno, Saint- Hilaire, Saint-Grégoire, Rougemont, Yamaska, Shefford et Brome, en plus du mont Mégantic, à l\u2019est (dans les Appalaches) et du mont Royal à l\u2019ouest (sur l\u2019île de Montréal), forment les collines montéré- giennes.Ces collines sont constituées d\u2019une roche complètement différente de la roche sédimentaire des terres qui les entourent.On entend parfois que les Montéré- giennes sont d\u2019anciens volcans éteints.Ce n\u2019est pas le cas, mais leur formation est quand même liée à des remontées de magma.En fait, elles ont surgi au Crétacé, il y a entre 100 et 120 millions d\u2019années.La plateforme continentale sur laquelle nous vivons dérivait vers l\u2019ouest et est passée au-dessus d\u2019un point chaud, à un endroit du manteau terrestre où le magma atteint une température plus élevée.Comme des ballons remplis d\u2019air chaud CÔTE-NORD 21 LES ÉTRANGES SCULPTURES DES ESCOUMINS À croire que les glaciers avaient des griffes\u2026 Sur la Côte-Nord, à 40 km à l\u2019est du Saguenay, le long de la route 138, la berge rocheuse de la municipalité des Escoumins porte la trace des grands glaciers d\u2019autrefois.Stries, rainures et sillons, des formes sinueuses aux contours adoucis ornent le socle rocheux près du monument de la Croix.Il y a plus de 10 000 ans, compressés sous des tonnes de glaces, des cailloux ont été traînés par le mouvement des glaciers et ont raclé le sol à plusieurs endroits de la Côte-Nord.Mais c\u2019est ici que ces belles sculptures sont le plus facilement accessibles.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE BAS-SAINT-LAURENT 20 PAROIS ACCROCHEUSES Haut lieu de l\u2019escalade au Québec, les parois de Kamouraska sont des quartzites formées au début de l\u2019Ordovicien (il y a 485 millions d\u2019années), qui s\u2019allongent en une suite de crêtes blanches et de collines arrondies par l\u2019érosion glaciaire.Les grimpeurs savent bien que le quartz des falaises peut être abrasif pour les mains! Près de Saint-Pascal, l\u2019autoroute 20 longe ces buttes singulières.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CHARLEVOIX 22 QUAND LES GLACIERS RACLAIENT LA GORGE Difficile, le sentier de l\u2019Acropole des draveurs dans le parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière- Malbaie conduit le promeneur à 1 048 m d\u2019altitude et offre une vue imprenable sur le fond de la vallée de la rivière Malbaie.Les parois abruptes de la vallée, les auges glaciaires, les vallées suspendues, les cirques glaciaires sont typiques d\u2019un paysage fortement modelé par le passage des glaciers au cours des derniers millénaires.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE 28 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 C L A U D E B O U C H A R D / M T O Q M R N F qui s\u2019élèvent dans l\u2019air plus froid, de grosses masses de magma sont alors montées lentement et sont venues se loger dans la roche sédimentaire du continent où elles ont refroidi et durci.Chaque bulle de magma s\u2019est incrustée en s\u2019alignant sur ses sœurs, le long d\u2019un axe ouest-est.À ce stade de leur formation, les Mon- térégiennes étaient invisibles, mais des millions d\u2019années plus tard, de grands glaciers sont passés et ont raboté quelques centaines de mètres de la roche sédimentaire des Basses-Terres du Saint-Laurent, révélant les bosses de roche dure cachées sous terre.On peut aujourd\u2019hui voir les fabuleux minéraux d\u2019origine magmatique qu\u2019elles renferment, notamment sur le mont Saint-Hilaire, lieu de prédilection des collectionneurs.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE NORD-DU-QUÉBEC 24 DE LA LAVE EN PLEINE VILLE À cette lointaine époque du Précambrien, il y a 2 à 3 milliards d\u2019années, alors que le Québec était un haut lieu du volcanisme, la lave jaillissait de cratères sous-marins et se répandait sous forme de coussins, de tubes ou en remplissant des brèches.Aujourd\u2019hui, en pleine ville de Chibou- gamau, le parc Leblanc permet d\u2019observer des formations de lave refroidie qui affleurent à quelques endroits.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE SAGUENAY\u2013LAC-SAINT-JEAN 25 LA MAISON DU DÉLUGE Le déluge du Saguenay, en 1996, a dégagé un affleurement rocheux remarquable.Vieille de plus de 1 milliard d\u2019années, la roche témoigne de phénomènes magmatiques rarement observés dans des conditions si remarquables.Elle est entre autres striée de structures géologiques liées à une faille majeure qui traverse le Bouclier canadien, de la région de Portneuf à celle de Baie-Co- meau.En plein cœur de la ville de Saguenay, le site est facilement repéra ble.Cherchez la petite maison blanche, ses fondations sont érigées directement sur le socle rocheux! PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE MONTRÉAL 26 IL ÉTAIT UNE FOIS L\u2019ÎLE SAINTE-HÉLÈNE Il y a 124 millions d\u2019années, de la roche magmatique s\u2019est incrustée dans une brèche de la croûte terrestre.Le magma a durci et a donné naissance à l\u2019île Sainte-Hélène, face à Montréal.On peut observer la roche directement du stationnement qui jouxte le chemin du Parc d\u2019attraction de la Ronde.Des bâtiments ont été cons truits avec cette pierre volcanique, dont le dépôt fortifié de l\u2019île Sainte- Hélène, érigé par les Britanniques en 1824 et la tour De Lévis qui surplombe l\u2019île depuis 1930 et qui servait de réservoir à eau.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 27 LA HACHE DANS LE BOUCLIER Anomalie dans le sol de l\u2019Abitibi, la faille de Cadillac court d\u2019ouest en est sous la route 117.Cette faille souterraine de plus de 300 km est bourrée d\u2019or, de cuivre, de zinc et de nickel.L\u2019exploitation de ces richesses a permis la naissance des nombreuses mines de l\u2019Abitibi, et par le fait même des villes de Val-d\u2019Or, Rouyn-No- randa, Malartic, etc.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 28 CHASSE AUX ROCHES Un peu au sud du Parc national de la Gas- pésie, la mine d\u2019agathes du mont Lyall est connue des touristes.À ciel ouvert, on peut y faire soi-même la cueillette de grosses géodes, fruits d\u2019éruptions volcaniques survenues il y a 350 millions d\u2019années.Une fois coupées sur place par les sympathiques employés, les géodes laissent voir de superbes schémas de minéralisation.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 29 M R N F T O N Y T R E M B L A Y / I S T O C K P H O T O J E A N - P I E R R E H U A R D / M T O Q Mont Saint-Hilaire 30 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 29 LE «MONUMENT VALLEY» DU NORD Les Australiens ont Ayer\u2019s Rock; les Brésiliens ont le Pain de Sucre de Rio; les États-Uniens ont la Monument Valley.Et les Québécois ont le mont Chaudron! Ces structures montagneuses sont toutes des inselbergs, des zones qui résistent davantage aux éléments que le sol qui les entoure et qui apparaissent dans le paysage à mesure que celui-ci s\u2019érode.Haut de 527 m et situé à 100 m de la frontière ontarienne, le mont Chaudron, à une cinquantaine de kilomètres à l\u2019ouest de Rouyn-Noranda, est accessible par la route 117.Son ascension, très périlleuse, est déconseillée aux sportifs du dimanche.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE MONTÉRÉGIE 30 UNE BANLIEUE DE 500 MILLIONS D\u2019ANNÉES À l\u2019île Perrot, le boulevard Don- Quichotte traverse la formation rocheuse de Covey Hill , la plus vieille de toutes les Basses-Terres du Saint-Laurent.La paroi ainsi exposée du côté nord du boulevard, à 200 m de la 22e Avenue, montre des strates de grès accumulées au Cambrien supérieur, il y a 500 millions d\u2019années.En plus de son âge vénérable, la paroi aux teintes brun-roux est superbe.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CÔTE-NORD 31 LES FORCES DE LA TERRE Le long de la route qui mène au quai des Grandes-Bergeronnes, des structures d\u2019enroulement dans la pierre témoignent de forces tectoniques.Ces structures, qui ressemblent à des brioches, apparaissent dans les roches lorsqu\u2019elles sont soumises à de grandes déformations.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE QUÉBEC 32 LE DIAMANT DES APPALACHES La Haute-Ville de Québec est le seul morceau des Appalaches au nord du fleuve Saint-Laurent.Le cap Diamant, sous la Citadelle de Québec et accessible par le boulevard Champlain, est un vestige des grands événements tectoniques qui ont mené à la formation de ces montagnes.Les strates quasi verticales sont, par endroits, torsadées, héritage des torsions géologiques d\u2019il y a 450 millions d\u2019années, quand les plaques tectoniques entraient en collision.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 31 M A T H I E U D E M E R S P I E R R E L A H O U D M R N F NORD-DU-QUÉBEC 33 LES MONTS QUI ONT VAINCU LA GLACE Tout près de la baie d\u2019Ungava, sur la ligne de partage des eaux entre notre province et le Labrador, les monts Torngat constituent la plus spectaculaire des chaînes de montagnes du Québec.Leur cime la plus élevée, le mont D\u2019Iberville, culmine à 1 646 m.Ils ont été formés il y a 1,8 milliard d\u2019années et, étonnam ment, des indices laissent croire que leurs sommets auraient été épargnés par les glaciers lors de la dernière glaciation.Ils sont protégés depuis 2008 dans le Parc national de Kuururjuaq.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE SAGUENAY\u2013LAC-SAINT-JEAN 34 LA FAILLE DE LA BAIE Avec Charlevoix et Vancouver, le Sague - nay est une des régions les plus actives sur le plan sismique dans la partie sud du Canada.La preuve, on a découvert une faille à environ 5 km de La Baie.Visible sur au moins 400 m, elle atteint même une largeur de 15 m par endroits.Elle serait apparue après le séisme de 1663, qui a atteint une intensité de 7 ou 8 sur l\u2019échelle de Richter.Pour l\u2019observer, on suit le sentier écologique de Cap-Ouest à La Baie.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE QUÉBEC 35 POINT DE RENCONTRE Nos cours de géographie au secondaire nous apprennent la grande géologie du Québec : l\u2019immense Bouclier canadien au nord, les Appalaches au sud, et le ruban des Basses-Terres du Saint-Laurent entre les deux, qui s\u2019amincit à mesure qu\u2019on s\u2019approche de Québec.Le site des chutes Montmorency, à 20 minutes à l\u2019est de Québec, face à l\u2019île d\u2019Orléans, est le point de rencontre de ces trois formations.La rivière Montmorency, qui coule sur le Bouclier pendant 120 km, termine sa course à sa bordure.Elle tombe alors de 80 m en une chute spectaculaire, dépassant de 30 m les célèbres chutes du Niagara, pour couler encore quelques mètres dans les Basses- Terres avant de se jeter dans le Saint-Lau- rent.Tout juste de l\u2019autre côté du fleuve commencent les collines des Appalaches.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE 32 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 GASPÉSIE\u2013ÎLES-DE-LA-MADELEINE 36 LE TREMPLIN D\u2019ICARE La Haute-Gaspésie est décidément première de classe en géologie! Ici, à Mont- Saint-Pierre, capitale québécoise du deltaplane, on peut voir, sur l\u2019escarpement nord de la montagne et près de son sommet, un spectaculaire pli synclinal couché.Ce repliement de couches sédimentaires en forme de S résulte du travail des forces tectoniques qui sont à l\u2019origine de la formation des Appalaches, il y a 445 millions d\u2019années.À observer d\u2019une terrasse de restaurant directement sur la route 132, en admirant les envolées des deltaplanes; la rampe de départ se situe juste au-dessus de l\u2019escarpement.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE N E L S O N B O I V E R T / M T O Q S É B A S T I E N C L O U T I E R / M T O Q CÔTE-NORD 38 LE CIEL SUR LA TÊTE Un caillou de 2 km de diamètre a percuté la Terre, il y a quelque 345 millions d\u2019années.On soupçonne cet événement d\u2019être en partie responsable de la grande ex - tinction du Dévonien qui a décimé 90% des espèces vivantes.Les indices de cette collision gigantesque sont encore visibles à certains endroits de Charlevoix.Ironiquement, le cratère de 56 km de diamètre, qu\u2019on nomme aujourd\u2019hui l\u2019astroblème de Charlevoix, a été repéré grâce à de petits indices géologiques au sol, avant d\u2019être aperçu de l\u2019espace.C\u2019est en 1965 qu\u2019on a trouvé des «cônes d\u2019impact» près de la municipalité de Saint- Hilarion.Ces structures géologiques ne peuvent se former que lorsque des pressions titanesques surviennent en un court laps de temps.Les contours du cratère ont maintenant été repérés, même si l\u2019érosion et la végétation les ont passablement effacés.Sans compter que près de la moitié de la structure se trouve sous les eaux du fleuve.Baie-Saint-Paul et La Malbaie sont érigées aux deux endroits où les marges du cratère entrent dans l\u2019eau.Le Musée de la terre devrait ouvrir ses portes dans la région, en 2014.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE CÔTE-NORD 39 TROU BÉANT Avec ses 100 km de diamètre, le cratère de Manicouagan est le quatrième plus grand au monde.Le puissant impact météoritique a eu lieu il y a 214 millions d\u2019années et serait peut-être responsable de l\u2019extinction massive des espèces à la fin du Trias.La construction du barrage Daniel-Johnson, terminée en 1968, a inondé le site et en facilite le repérage depuis l\u2019espace.Le cratère en anneau est accessible par la route 389 au départ de Baie-Comeau, en passant par les installations hydroélectriques de Manic-5.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE NORD-DU-QUÉBEC 40 LE PLUS BEAU, LE PLUS LOIN Le cratère des Pingualuit, formé par l\u2019impact d\u2019une météorite il y a 1,4 million d\u2019années, a donné naissance à un lac si parfaitement rond dans le Grand Nord québécois qu\u2019on a créé un parc national pour le protéger.Spectaculaire, mais accessible seulement par avion.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 33 NORD-DU-QUÉBEC 37 DE ROCHE ET D\u2019EAU CLAIRE Deux cratères jumeaux, formés il y a 290 millions d\u2019années par la même météorite qui se serait scindée en deux avant l\u2019impact.Situés à 100 km de Punn- gaviapik et de la baie d\u2019Hudson, les deux bassins du lac à l\u2019Eau Claire sont plutôt difficiles d\u2019accès, mais font partie d\u2019un projet de parc national qui comprendra aussi le lac Guillaume-Delisle.PAYSAGE INTÉRÊT SCIENTIFIQUE Les environs du lac Guillaume-Delisle J F B E R G E R O N - E N V I R O F O T O / M T O Q H E I K O W I T T E N B O R N / M T O Q T out le monde le fait ou presque : les reptiles, les poissons, les chiens, les chats, les bébés, les grands- mères, les Chinois, les astronautes, Angelina Jolie et le dalaï-lama.Plusieurs fois par jour, partout sur la planète, à peu près tous les vertébrés répondent à ce besoin irrépressible, bâiller.Aussi curieux que cela puisse paraître, cet acte involontaire se déroule selon une séquence de mouvements qui ne varie pas, du lézard au primate.D\u2019abord une longue inspiration, puis la bouche s\u2019ouvre grande, la tête se renverse, les yeux se ferment et \u2013 au paroxysme \u2013 le souffle se coupe momentanément.S\u2019ensuit une expiration rapide et une sensation de bien-être.Du début à la fin de cet étrange rituel, six secondes s\u2019écoulent en moyenne.On rit quand c\u2019est drôle, on se gratte quand ça pique, on éternue quand le nez chatouille, mais pourquoi bâille-t-on?«Le bâillement existe chez les vertébrés depuis des millions d\u2019années, affirme Olivier Wa- lusinski.Il est donc plausible de penser qu\u2019il remplit une fonction essentielle.» Ce médecin généraliste français qui se passionne pour le bâillement compile depuis 30 ans tout ce qui s\u2019écrit là-dessus.Résultat, un site Web de plus de 10 000 pages, aujourd\u2019hui la référence mondiale sur le sujet malgré son abord touffu et un peu brouillon.Après avoir épluché minutieusement le site, on comprend mieux comment ce mécanisme archaïque se produit, mais toujours pas à quoi il sert ! Pourquoi bâ Plusieurs fois par jour, femmes, hommes, enfants, singes et lézards s\u2019y adonnent.Même les corneilles bâillent! Bizarrement, ce mouvement involontaire reste un mystère pour la science\u2026 Texte: Anne-Marie Simard Collaboration à la recherche: Valérie Barbin 34 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 I L L U S T R A T I O N : A N N E V I L L E N E U V E Il existe pourtant des dizaines de théories pour expliquer pourquoi un adulte bâille en moyenne de 5 à 10 fois par jour.Est- ce pour oxygéner son corps, refroidir son cerveau, se détendre, stimuler sa vigilance, empêcher l\u2019affaissement de ses poumons, communiquer avec les autres ou se déboucher les oreilles?Ou encore, cette incontrôlable ouverture des mâchoires survient-elle quand on est séduit ou excité sexuellement?Le sujet n\u2019a rien d\u2019anodin.La preuve, de nombreux scientifiques s\u2019y intéressent.En 2010, à Paris, il s\u2019est tenu la première conférence internationale sur le bâillement.Soixante chercheurs venus des États-Unis, d\u2019Europe, de l\u2019Inde, de l\u2019Amérique latine et d\u2019Israël y participaient.«Soixante chercheurs, 60 théories», résume à la blague Adrian Guggisberg, neurologue et chercheur aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en Suisse, qui a pris part à ce grand rassemblement.L\u2019organisateur de l\u2019événement est nul autre qu\u2019Olivier Walusinski qui réalise ainsi un vieux rêve pour lequel il s\u2019est joliment endetté.Messieurs dames les chercheurs, peut- on au moins affirmer que le bâillement est lié au sommeil ou à la somnolence?C\u2019est ce qui semble se dégager des observations faites dans la nature.Les girafes, par exemple, semblent bâiller aussi peu qu\u2019elles dorment.«Giraffes can\u2019t yawn»; c\u2019est même écrit sur des teeshirts! Certes, des photos compromettantes contredisent ce fait sur Internet, mais Julie Hébert, biologiste au Zoo de Granby, est formelle : «Ici, les gardiens ne les ont jamais prises sur le fait.» S\u2019ils ne bâillent pas, ces herbivores au long cou ne dorment également qu\u2019une à deux heures par jour, un manque de vigilance pouvant les transformer illico en steak tartare pour prédateur comblé.Parlant de prédateur comblé, les lions, eux, ronflent de 16 à 20 heures par jour et sont de grands bâilleurs.Le bâillement \u2013 tout comme le repos \u2013 serait-il donc un luxe réservé aux animaux qui ne courent aucun danger?C\u2019est ce que laisse croire l\u2019observation du fœtus humain à l\u2019aide de l\u2019échographie 3D.«Nourri, logé» dans le ventre de sa mère, il dort constamment et bâille jusqu\u2019à 60 fois par jour.Une fois sortis de ce cocon protecteur, tout au long de notre vie, c\u2019est surtout lorsque notre heure de dodo approche que nous bâillons.«Un des déclencheurs du bâillement est bel et bien le manque de sommeil», affirme Alex Desautels, neurologue et chercheur au Centre d\u2019études avancées en médecine du sommeil de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur, à Montréal.Ou la résistance à l\u2019endormissement, â ille-t-on?Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 35 quand la situation l\u2019impose.Les astronautes, par exemple, qui ne peuvent «dormir sur la switch» bâillent beaucoup.Plusieurs chercheurs ont tenté de voir si le bâillement stimule la vigilance.Ils ont mesuré l\u2019activité cérébrale, le rythme cardiaque et la sudation avant et après l\u2019accomplissement de ce mystérieux automatisme.Les résultats?Contradictoires! Récemment, Adrian Guggisberg, a mesuré les ondes cérébrales chez 16 sujets dans la minute qui précède et suit un bâillement.«Après le bâillement, elles avaient ralenti», affirme le neurologue rejoint à Genève.Le bâillement aurait endormi davantage ses sujets.Colette Maher, qui en connaît un rayon sur la relaxation, ne s\u2019en étonne pas.Pour cette pionnière de l\u2019enseignement du yoga au Québec qui participait à la conférence de Paris, le bâillement est «la forme de respiration la plus profonde qui soit» .Sur un CD qu\u2019elle a produit, Bâillements et étirements, elle donne des consignes d\u2019une voix calme pour induire ce mouvement chez l\u2019auditeur pendant que de grands «aaaaaaeeeeeiiiiiiiiwww» se font entendre.Et ça marche! S\u2019il faut forcer les bâillements au début, ils viennent facilement après quelques minutes et le risque de s\u2019endormir sur le plancher de son salon croît avec l\u2019usage\u2026 «Le bâillement soulage le stress, l\u2019insomnie et l\u2019angoisse», affirme la prof.Mais l\u2019agréable torpeur ressentie est-elle vraiment causée par les bâillements ou plutôt par le fait de ne penser à rien, allongé dans une pièce sombre?«Plus on étudie le bâillement, plus on se rend compte que c\u2019est un mécanisme complexe», dit Olivier Walusinski.Car ce mouvement de bouche serait lié non seulement aux cycles d\u2019éveil-sommeil, mais aussi de faim-satiété et de sexualité.«Pour la plupart des animaux, être éveillé signifie chercher de la nourriture et tenter de se reproduire.Certains ne dorment pas tant qu\u2019ils n\u2019ont pas mangé.» Le bâillement lié à l\u2019appétit?Peut-être.Après tout, ne bâille-t-on pas davantage après un repas copieux?À l\u2019inverse, chez les diabétiques, des bâillements répétés annoncent une crise d\u2019hypoglycémie.Le médecin français résume : «Toutes ces fonctions seraient gérées par les mêmes structures cérébrales primitives.» Des structures qu\u2019on retrouve même chez les reptiles et les oiseaux.e chef d\u2019orchestre du bâillement, c\u2019est l\u2019hypothalamus.Cette petite bille logée tout près du tronc cérébral sert d\u2019intermédiaire entre l\u2019hypophyse, la glande qui produit des hormones, et le système nerveux.Dès qu\u2019il perçoit de subtiles variations hormonales, l\u2019hypothalamus transmet des instructions au tronc céré - bral.Ce dernier envoie les commandes motrices qui feront bouger les muscles du visage, de la respiration et du diaphragme, provo quant bâillements et étirements.Si on enlève l\u2019hypo - thalamus à un rat, il ne bâille plus.Par contre, ce réflexe augmente considérablement chez les humains qui ont une tumeur à l\u2019hypophyse.«On pense que la tumeur comprime l\u2019hypo - tha la mus, ce qui dérèglerait sa fonction ou induirait une décharge d\u2019hormones», pense Alex Desautels.La preuve que le bâillement pourrait être causé par un débalancement chimique, c\u2019est qu\u2019on peut le provoquer par la prise de médicaments.Après une injection d\u2019hy- pocrétine, un neuromodulateur produit par l\u2019hypothalamus qui régule l\u2019éveil et l\u2019appétit, des rats ont failli se décrocher la mâchoire à force de bâiller.Quant à la clomi pramine, un antidépresseur ancêtre du Prozac, elle provoquait chez certaines personnes un effet secondaire étrange : des salves de bâillements.L\u2019athlète états-unien Apolo Ohno, le prodige du patinage de vitesse, mystifie les téléspectateurs avec ses bâillements répétés sur la ligne de départ.Il y a fort à parier que, dans son cas, le déclencheur n\u2019est pas la somnolence.«Les parachutistes bâillent avant de sauter; et les acteurs, avant d\u2019entrer en scène, affirme Olivier Walusinski.Le bâillement semble jouer ici un rôle apaisant, réduisant la tension psychique.» C\u2019est là qu\u2019entre en jeu une partie plus évoluée du cerveau, le système limbique, lié aux émotions.Comme si, au cours de l\u2019évolution, le siège du bâillement s\u2019était ramifié pour atteindre des structures cérébrales plus évoluées.Mais il ne s\u2019agit là que de spéculations 36 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 Tronc cérébral Hypophyse OXYGÉNER SON CERVEAU?On a cru longtemps qu\u2019on bâillait pour oxygéner son cerveau.Mais le neurobiologiste Robert Provine a démoli cette thèse dans les années 1980.Il a fait respirer à des sujets un air riche en gaz carbonique.Malgré le manque d\u2019oxygène, ces derniers n\u2019ont pas bâillé davantage.Puis, il leur a fourni un concentré d\u2019oxygène et la fréquence des bâillements n\u2019a pas diminué.Respirer plus fort et plus rapidement n\u2019a rien changé non plus.Bref, oxygène et bâillement ne seraient pas liés.De toute façon, pour oxygéner son corps et son cerveau, il existe déjà un mécanisme très efficace : respirer.L R O C C O M O N T O Y A / I S T O C K P H O T O S P L ou, au mieux, d\u2019observations.La réalité, c\u2019est qu\u2019il existe très peu d\u2019études sur le bâillement.En effet, convaincre des bailleurs (et non bâilleurs) de fonds de financer un sujet aussi cocasse relève de l\u2019exploit.«Il y a des problèmes pas mal plus graves à étudier!» dit Alex Desautels.On dispose par contre de données scientifiques solides sur un phénomène connexe et désopilant, la contagion du bâillement.À la conférence de Paris, Colette Maher a fait une démonstration éclatante de ce mécanisme, non pas avec de savants graphiques mais en bâillant dans le micro! Après quelques minutes, l\u2019assistance au complet, pourtant composée de gens très cartésiens, exhibait sa luette en chœur.Les rires fusaient, les larmes coulaient; tout un spectacle! Or plus le degré d\u2019intimité est grand entre les individus, plus le phénomène de contagion est marqué, nous apprend une récente étude publiée dans PLoS ONE par des chercheurs de l\u2019université de Pise, en Italie.«C\u2019est lié à notre capacité d\u2019empathie, explique Olivier Walusinski.Les gens qui sont sensibles au bâillement d\u2019autrui identifient mieux l\u2019état psychologique de l\u2019autre.» Grâce à l\u2019imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui permet de voir le cerveau en action, on sait maintenant quelle partie du noble organe s\u2019active quand on voit quelqu\u2019un bâiller.Il s\u2019agit du cortex préfrontal ventromédian qui est lié, entre autres choses, à la compassion et à l\u2019empathie.D\u2019ailleurs, l\u2019imitation du bâillement serait plus rare chez les personnes souffrant d\u2019autisme qui communiquent difficilement avec les autres.Et ce n\u2019est qu\u2019à partir de cinq ou six ans que les enfants commencent à bâiller en observant les autres \u2013 signe que cette capacité est gérée par des structures cérébrales évoluées.Ainsi, ce phénomène serait limité aux animaux sociaux qui vivent en groupe, comme l\u2019homme, le chimpanzé, le babouin et le macaque.À Atlanta, le Yerkes National Primate Research Center abrite plus de 3 000 primates.Matthew Campbell y termine son postdoctorat avec un des primatologues les plus célèbres de l\u2019heure, Frans de Waal.«Du bureau où je me trouve présentement, j\u2019ai une vue imprenable sur le terrain de jeu des chimpanzés», dit-il à l\u2019autre bout du fil.Les 24 pensionnaires sont divisés en 2 groupes qui vivent dans des complexes différents.Les primatologues ont observé chez eux plusieurs comportements empa- thiques, comme se réconcilier après une dispute ou consoler un congénère peiné.Dur coup pour les humains qui croyaient que ces vertus leur étaient réservées\u2026 Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 37 REFROIDIR SON CERVEAU?Le bâillement servirait à rafraîchir un cerveau surchauffé.C\u2019est la thèse que défend âprement Andrew Gallup, postdoctorant au département d\u2019écologie et de biologie de l\u2019évolution, à l\u2019université Princeton, aux États-Unis.L\u2019air frais qui s\u2019engouffre dans nos voies respiratoires rafraîchirait le sang qui monte au cerveau et l\u2019organe central lui-même.Mais la communauté scientifique est sceptique.«Il y a beaucoup d\u2019arguments contre cette thèse, affirme le médecin français Olivier Walusinski.Quand on a de la fièvre, bâille-t-on plus que d\u2019habitude?Non!» Andrew Gallup multiplie les publications dans lesquelles il se cite lui-même abondamment.En 2010, après avoir planté des sondes directement dans le cortex de quatre rats, il note une variation de 0,1 °C avant et après un bâillement.Adrian Guggisberg, neurologue et chercheur aux Hôpitaux universitaires de Genève en Suisse, se questionne : «Le bâillement est-il le résultat de cette hausse de température ou survient-il simplement en même temps?» Dans une autre expérience, Gallup a installé des «sacs magiques» chauds ou froids sur la tête d\u2019hommes et de femmes qui visionnaient une vidéo de bâillements.Observation : la compresse froide fait moins bâiller que la chaude.Le chercheur en conclut qu\u2019un cerveau déjà rafraîchi a moins besoin de ce mécanisme de régulation.Un protocole de recherche un peu simpliste, avouons-le.LE BÂILLEMENT SERAIT LIÉ NON SEULEMENT AUX CYCLES D\u2019ÉVEIL-SOMMEIL, MAIS AUSSI DE FAIM-SATIÉTÉ ET DE SEXUALITÉ.POUR LA PLUPART DES ANIMAUX, ÊTRE ÉVEILLÉ SIGNIFIE CHERCHER DE LA NOURRITURE ET TENTER DE SE REPRODUIRE.CERTAINS NE DORMENT PAS TANT QU\u2019ILS N\u2019ONT PAS MANGÉ.B R I A N C A R P E N T E R / I S T O C K P H O T O Les chercheurs ont aussi voulu savoir si les chimpanzés étaient sensibles au bâillement d\u2019autrui \u2013 question de raffermir la thèse de leur capacité d\u2019empathie.Ils leur ont montré sur l\u2019écran d\u2019un téléphone intelligent des vidéos d\u2019autres chimpanzés qui bâillaient.Sans surprise, les primates ont bâillé à leur tour.Fait à noter, la contagion était plus marquée quand la vedette de la vidéo appartenait à leur propre groupe.Question de familiarité, comme chez les humains! Ne reculant devant rien, la chercheuse britannique Anna Wilkinson a quant à elle tenté d\u2019observer le même phénomène chez la tortue.Elle a d\u2019abord travaillé d\u2019arrache-pied pour entraîner l\u2019une d\u2019elles à bâiller sur commande, en échange d\u2019une petite gâterie.Puis, elle a tenté de voir si ses compagnes l\u2019imitaient.Peine perdue, les autres tortues sont restées de marbre.Les efforts de la psycho-bio - logiste furent au moins récompensés par un des IgNobel \u2013 satire des prix Nobel \u2013 qui couronnent les recherches les plus cocasses de l\u2019année.Tout cela est bien beau, mais ne répond pas à la question qui nous occupe : pourquoi bâille-t-on?«Ce réflexe remplit différentes fonctions et son utilité varierait d\u2019une espèce à l\u2019autre», conclut évasivement Olivier Walusinski.Pour en savoir plus, il faudra convaincre bien des gens de l\u2019utilité de ces recherches.Matthew Campbell ne doute pas une seconde d\u2019y parvenir : «La contagion du bâillement pourrait devenir un outil de plus pour dépister des problèmes de santé mentale, comme l\u2019autisme ou la schizophrénie.Ou pour évaluer l\u2019efficacité de programmes visant à rendre les gens plus empathiques, par exemple pour contrer la xénophobie ou l\u2019intimidation.» La paix dans le monde grâce au bâillement?C\u2019est le dalaï-lama qui va être content\u2026 QS +Pour en savoir plus www.baillement.com 38 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 LE BÂILLEMENT ÉROTIQUE La clomipramine, ancêtre du Prozac, avait de quoi remettre le sourire aux lèvres de certains patients.Selon une étude publiée en 1983 dans Canadian Journal of Psychiatry, leurs bâillements étaient assortis d\u2019un orgasme spontané! Le bâillement aurait quelque chose d\u2019érotique.À son paroxysme, n\u2019est-il pas aussi plaisant qu\u2019un mini-orgasme?Dans l\u2019hypothamalus, les neurones de l\u2019oxytocyne \u2013 un neurotransmetteur qui procure une sensation de bien-être et de tendresse \u2013 contrôlent à la fois les bâillements et l\u2019érection.Chez les macaques ou certains rats, le mâle dominant bâille avant et après l\u2019accouplement, pour afficher son statut.Après castration, les bâillements disparaissent mais sont restaurés par des injections de testostérone.Le Néerlandais Wolter Seuntjens, un historien de la psychologie, a compilé des centaines d\u2019exemples évoquant un certain lien entre sexualité et bâillement dans la littérature, les arts visuels, les traités de linguistique, de psychologie et de médecine.Dans le Kâma Sûtra, un guide de la vie intime écrit au IVe siècle en Inde, le bâillement de la demoiselle assorti d\u2019étirements est un signe qu\u2019elle répond aux avances du monsieur.Dans les vieux proverbes français, on ne soupire pas d\u2019amour, on bâille d\u2019amour.Enfin Wolter Seuntjens voit dans les photos de pin-up des années 1950 \u2013 bras derrière la tête, bouche entrouverte et poitrine dressée \u2013 la position typique du bâillement-étirement.Ça ne vous convainc pas?1 an : 35 $ + taxes (26% de réduction) 2 ans: 63 $ + taxes (34% de réduction) 3 ans: 86 $ + taxes (40% de réduction) Profitez d\u2019une réduction pouvant aller jusqu\u2019à 40% sur le prix en kiosque Abonnez-vous à Québec Science www.velo.qc.ca 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 Procurez-vous également les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions Y E R K E S N A T I O N A L P R I M A T E R E S E A R C H C E N T E R A L B E E T O V A R G A S Elf ela BR : as 4 fe Y / py / 5 7 .2 a 4 ae 7d 7 H DS (= 0 LA NOUVELLE CHAINE TELE DE RADIO-CANADA 3 - {3 a LA < \u2018aa 4 My #4 Lf » r Ao - y 4 À (Mg { fy (¥ A yf Vv 457-2 Na Yet A» x DEBROUILLEE la Fy» V 684 Bu A bd Bar sy YE & af vu h 1 vi Cu Vingt ans après le Sommet de la Terre de 1992, le contexte mondial est-il plus ou moins favorable à la prise en compte des enjeux écologiques?Notre planète est encore éclopée et secouée par de graves crises financières qui cachent une crise écologique majeure.Pour tout dire, je crois que l\u2019on est en train de foncer dans le mur.On a misé sur la croissance économique pour résoudre tous nos problèmes, mais nos écosystèmes ne pourront pas la soutenir éternellement.Actuel lement, le bateau reste à flot grâce à la croissance fulgurante de l\u2019Inde et de la Chine.Tous les pays occidentaux se sont tirés de la crise financière parce que ces deux super-géants continuent de se développer.Mais cela va durer combien de temps?Nous sommes devenus des fournisseurs.Même le Plan Nord, au Québec, est basé sur la satisfaction des besoins asiatiques.Nous ne faisons que retarder le moment fatidique.Il va y avoir une cassure, car l\u2019Inde et la Chine ne pourront garder ce rythme de croissance indéfiniment.Elles sont déjà placées face au défi de nourrir une population énorme.On parle de l\u2019émergence de 30 villes de 10 millions d\u2019habitants en Chine d\u2019ici 2020.Or, notre planète est de plus en plus peuplée et il y a de moins en moins de ressources disponibles.Les systèmes politiques sont-ils adaptés à cette nouvelle réalité économique et écologique?Le commerce et l\u2019économie capitaliste se sont beaucoup complexifiés.Ainsi, nous ne sommes pas encore capables, d\u2019un point de vue politique, de régler des problèmes aussi fondamentaux que l\u2019accès à l\u2019eau potable.Les guerres n\u2019ont jamais été aussi nombreuses et elles créent des catastrophes écologiques, puisqu\u2019elles nous forcent à utiliser des ressources pour tuer des hu- 40 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 Le Sommet de la Terre de 1992, qui s\u2019est tenu à Rio de Janeiro, a constitué un tournant politique et scientifique dans l\u2019histoire moderne.Plus de 170 chefs d\u2019État et de gouvernement \u2013 George Bush, Brian Mulroney, François Mitterand, Boris Eltsine, Fidel Castro, etc.\u2013 appuyés par près de 20 000 de leurs fonctionnaires s\u2019y étaient donné rendez-vous pour discuter pendant 12 jours de l\u2019avenir écologique de la planète.Au même moment, des centaines d\u2019organisations non gouvernementales tenaient un Forum mondial qui faisait contrepoids aux discussions officielles.Les résultats de ce grand happening vert?Trois conventions internationales majeures : le fameux traité sur les changements climatiques, qui sera défini quelques années plus tard à Kyoto; une convention sur la diversité biologique; et une autre, moins connue, sur la désertification.À cela, on a ajouté un ambitieux plan global d\u2019intervention pour le XXIe siècle appelé Agenda 21.Vingt ans plus tard, les Nations unies invitent les États pour un autre Sommet de la Terre, à Rio, le 20 juin prochain.On compte discuter d\u2019économie et de gouvernance.Appelée Rio+20, cette rencontre, plus modeste, ne durera que 3 jours.Que peut-on en attendre?Christian Simard, qui participait au Sommet de 1992 et qui est aujourd\u2019hui directeur général du groupe environnemental Nature Québec, nous livre son point de vue.Le Sommet de la Terre de Rio se tiendra dans quelques semaines.Que peut-on attendre de cet éco-carnaval?L\u2019entrevue Vingt après Rio, nous n\u2019avons absolument rien appris.\u201d \u201c Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 41 mains et saccager des habitats.Les conventions internationales n\u2019ont pas le poids qu\u2019elles devraient avoir afin de s\u2019attaquer à ces problèmes.C\u2019est pour cela que la question de gouvernance sera soulevée à Rio.Il existe au moins des «outils» qui n\u2019existaient pas en 1992.Oui, nous avons signé de grandes conventions, adopté l\u2019Agenda 21, mais il y avait déjà un problème de gouvernance au moment où ces traités ont été adoptés, car aucun signataire n\u2019est imputable.Par exemple, tous les États se sont dotés de stratégies en faveur de la biodiversité; cela n\u2019empêche pas de constater des reculs.Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux que nous sommes à peu près incapables de respecter.On constate d\u2019ailleurs qu\u2019un État peut se dissocier d\u2019une entente qu\u2019il a signée si, tout à coup, pour des raisons conjoncturelles, cela ne lui convient plus.Le Canada l\u2019a fait avec l\u2019accord de Kyoto.Résultat, on constate maintenant une perte de confiance envers ces traités.Dans un contexte semblable, la gouvernance mondiale ne relève-t-elle pas de l\u2019utopie?Il y a une initiative avancée par des juristes internationaux qui m\u2019apparaît très intéressante et qui pourrait être discutée au sommet de Rio.Cela s\u2019appelle le principe de «non-régression».C\u2019est-à-dire?Dès que l\u2019on adopterait une loi environnementale, que l\u2019on retiendrait une stratégie pour protéger la biodiversité ou pour lutter contre les changements climatiques, on ne pourrait pas revenir en arrière.On ne pourrait pas alléger des contraintes environnementales déjà définies.Se servir du droit est peut-être une façon d\u2019avancer.Vous savez, des lois de type déclaratoire, il y en a partout.Même la Loi québécoise sur le développement durable est essentiellement déclaratoire, elle a donc peu d\u2019effets concrets.Adopter le principe de non-régression éviterait des aberrations comme ce qui se produit avec les aires protégées au Québec, par exemple.Quand on crée une aire protégée \u2013 comme on l\u2019avait fait jadis avec le mont Orford, près de Sherbrooke \u2013, on ne devrait pas pouvoir annuler le statut qui la protège.Cela s\u2019est A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M 42 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 encore produit récemment au Québec.Dans l\u2019indifférence générale, la superficie de la réserve écologique de la Matamec, sur la Côte-Nord, a été réduite pour laisser passer des lignes électriques en provenance des barrages de la rivière Romaine.Pourtant, le statut de réserve écologique constitue le plus haut niveau de protection au Québec.Le célèbre rapport Brundtland produit en 1986 questionnait les rapports entre l\u2019économie et l\u2019environnement.On s\u2019était alors mis à parler de «développement durable».Cette expression est-elle encore pertinente?Le développement durable a été dénaturé, vidé de son sens; cela a engendré de nombreuses dérives.On a même parlé de développement durable à propos de l\u2019exploitation de ressources comme les mines ou le pétrole, qui ne se renouvellent même pas! Encore aujourd\u2019hui, quand on parle d\u2019économie verte, c\u2019est de la langue de bois, car cette économie soi-disant verte se superpose à l\u2019économie brune, polluante et destructrice de l\u2019environnement.Elle ne la remplace pas.D\u2019ailleurs, les choses ont-elles vraiment changé, alors qu\u2019on constate que notre consommation de pétrole par habitant n\u2019a pas bougé depuis 20 ans?En fait, ce qu\u2019une plus grande efficacité énergétique a permis à un ménage d\u2019épargner, il l\u2019a investi dans une deuxième voiture ! Ainsi, notre empreinte écologique n\u2019a pas diminué, malgré les progrès technologiques.Nous n\u2019a vons absolument rien appris et nous exerçons encore une pres - sion énorme sur les écosystèmes.Qu\u2019est-ce que les gouvernements devraient faire?La croissance est encore un sujet tabou dans les campagnes électorales des grands pays occidentaux.Car on s\u2019imagine que c\u2019est cette croissance qui nous permet d\u2019avoir des systèmes de santé et des services sociaux accessibles.Et dès que les écologistes commencent à dire qu\u2019il faudrait freiner la croissance, on leur reproche de tenir un discours de dinosaure.Mais s\u2019il n\u2019avance pas par la sagesse préventive, le monde finira par «avancer» à coups de crises.Je me retiens d\u2019être cynique et catastrophiste, même s\u2019il y a toutes les raisons de l\u2019être.Ce dont je suis certain, c\u2019est qu\u2019une redéfinition du développement humain ne passe pas par une augmentation de notre consommation.Les ONG et les groupes environnementaux auront-ils leur mot à dire au Sommet de Rio?Leur rôle est beaucoup plus restreint que lors du Sommet de 1992.Il faut savoir que le gouvernement canadien de l\u2019époque était «progressiste-conserva- teur » .Jean Charest, alors ministre fédéral de l\u2019Environnement, représentait le pays à Rio.Il avait réussi à mettre les ONG de son côté pour faire valoir l\u2019idée d\u2019une convention sur la diversité biologique.Il s\u2019est fait applaudir par les ONG.Nous sommes loin de ça aujourd\u2019hui avec le gouvernement conservateur (sans le mot «progressiste»).On constate maintenant un dialogue de sourds entre Ottawa et les ONG.Et il y a pis, ces dernières ont pratiquement perdu la bataille de l\u2019opinion publique; comme aux États-Unis, le pays qui a la plus grosse empreinte écologique sur Terre.Plus de la moitié des États- Uniens ne croient pas que l\u2019activité humaine est responsable des changements climatiques.Comment, avec cette mentalité, pourrait-on instituer des mesures pour lutter contre ce problème?Le Sommet de 1992 avait suscité beaucoup d\u2019espoir.On voyait se profiler de grands enjeux et les États semblaient vouloir se responsabiliser.Mais les conventions déclaratoires ont été suivies de peu de résultats.Les lobbies de la vieille économie des États-nations ont continué à fragiliser la planète.C\u2019est pourquoi les discussions portant sur la gouvernance pourraient offrir une piste de solution, mais cela suppose des changements de mentalité chez nos dirigeants ou, mieux, un changement de dirigeants.QS Propos recueillis par Raymond Lemieux L\u2019entrevue \u201c \u201d Aujourd\u2019hui, quand on parle d\u2019économie verte, c\u2019est de la langue de bois, car cette économie soit-disant verte se superpose à l\u2019économie brune, polluante et destructrice de l\u2019environnement. -\u2014 - a \\ TERRE (echnologies des @nergiestænouvelables'et du(rendement Snergétique x Une vision d'avenir au Cégep de Nçauièrs Le Cégep de Jonquière est le premier établissement collégial à avoir développé une formation dans le créneau des énergies renouvelables et du rendement énergétique.L'établissement collégial fait figure de précurseur dans ce domaine d'avenir, où les besoins en main-d'œuvre sont exponentiels et où les maillages avec l'entreprise sont florissants.cegepjonquiere.ca > CEGEP DE JONQUIERE \"9 techniques physiques orientées vers les énergies renouvelables suspension d'un véhicule solaire k Entrêtien et exploitation d'une, éolienne québécoise de KW sur un matae Jometres de haut Une attestation d'études collégiales TERRE Une chaire de recherche industrielle TERRE n août 1958, Hugh Pratley n\u2019a que 31 ans, mais il en a beaucoup sur les épaules.Son père vient de mourir d\u2019un fulgurant cancer du pancréas, le forçant à prendre les rênes de l\u2019entreprise familiale de génie-conseil à un moment crucial.La boîte supervise simultanément la construction de quatre ponts ! Il y en a trois en Ontario \u2013 à Cornwall, Prescott et Burlington.Mais il y a surtout le pont Champlain, à Montréal, le plus long au Canada, à l\u2019époque.Comme s\u2019il voulait prévenir les critiques, l\u2019ingénieur aujourd\u2019hui âgé de 85 ans insiste : « J\u2019ai donné au pont Champlain toute l\u2019attention requise.» Et, c\u2019était (déjà!) un dossier qui en réclamait beaucoup! Son père, Philip L.Pratley, un ingénieur civil réputé, avait conçu une première version.L\u2019ouvrage devait être en acier, comme les ponts Jacques-Cartier et Honoré-Mercier.Mais le propriétaire du pont, le Conseil des ports nationaux (CPN), société fédérale aujourd\u2019hui dissoute, a soudain réclamé une structure en béton, moins coûteuse.«Je n\u2019aimais pas beaucoup cette idée, dit M.Pratley.Mais qui étais-je pour dire au gouvernement quoi faire?» Comme c\u2019était aussi le gouvernement qui payait, ce fut lui qui eut le dernier mot.Plus d\u2019un demi-siècle plus tard, bien des ingénieurs aimeraient pouvoir remonter le temps.Car les choix de l\u2019époque ont eu des répercussions énormes dont nous écopons aujourd\u2019hui.Ils expliquent en grande partie pourquoi le pont Champlain est dans un état pitoyable, au point qu\u2019on devra le démolir et en construire un nouveau.Mais revenons au début des années 1950.Montréal vit un boom économique sans précédent et les bouchons de circulation font régulièrement les manchettes.44 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 E 5 ANS LE PONT DES SOU Considéré comme une prouesse d\u2019ingénierie à l\u2019époque, le pont Champlain était pourtant intrinsèquement vulnérable, dès sa construction, en 1962.Il est aujourd\u2019hui irrémédiablement endommagé.A-t-on tiré les leçons du passé?Par Jean-Hugues Roy La métropole est «malade de son trafic automobile», écrit-on dans les journaux de l\u2019époque.La solution?Des autoroutes! En 1956, la Cité de Montréal dépose un mémoire à la Commission royale d\u2019enquête sur les perspectives économiques du Canada, dans lequel elle prévoit que la région comptera 3,5 millions d\u2019habitants en 1981.La firme de génie-conseil, La- londe, Girouard et Letendre qui, dans son Plan directeur des routes à caractère métropolitain de 1961, en anticipe quant à elle 4,4 millions plaide pour 8 nouvelles autoroutes sur l\u2019île de Montréal! C\u2019est dans ce contexte que, en août 1955, le ministre fédéral des Transports George C.Marler annonce la construction d\u2019un quatrième pont entre Montréal et la Rive- Sud.On l\u2019appellera le «pont de l\u2019île des Sœurs»; il aura 4 voies et coûtera 25 millions de dollars.Des études réalisées entre 1956 et 1957 démontreront que c\u2019était insuf fisant.Le projet final comptera 6 voies, coûtera 35 millions de dollars, et le gouver - nement fédéral le renommera «pont Champlain» afin de souligner le 350e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain.Quand Philip L.Pratley entre en scène, il a un peu plus de 60 ans.L\u2019ingénieur s\u2019y connaît, il a conçu le pont Jacques-Cartier, 30 ans plus tôt, et il préconise un pont à charpente d\u2019acier, tel qu\u2019on en construit depuis le début du XXe siècle.Dès 1957, on profite du creusage de la Voie maritime pour assécher le chenal afin d\u2019ériger, à sec, les gigantesques piliers à trois fûts qui supporteront la charpente d\u2019acier caractéristique du pont Champlain.Ces piliers soutiennent également quelques travées (encerclées en rouge) où l\u2019acier se trouve sous la chaussée.Tout le reste du pont Champlain devait ressembler à ces travées.Mais on dispose depuis peu d\u2019une nouvelle Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 45 UPIRS P H O T O S : L E S P O N T S J A C Q U E S C A R T I E R E T C H A M P L A I N I N C O R P O R É E technologie dans le monde du génie civil, la précontrainte de béton.Mise au point entre les deux guerres par l\u2019ingénieur français Eugène Freyssinet, elle a été abondamment utilisée pour reconstruire l\u2019Europe après 1945.Cette méthode consiste à ajouter, à l\u2019intérieur d\u2019un élément de béton, des câbles d\u2019acier sur lesquels on tire avec des vérins pneumatiques pendant que le béton durcit lentement.La dalle ou la poutre est ainsi «con - trainte» comme un muscle qu\u2019on raidit, ce qui lui confère davantage de résistance.La principale qualité de la précontrainte est son coût.Parce que ce béton est plus résistant, il en faut moins pour supporter une même charge, permettant ainsi de réaliser des économies substantielles.Construit en 1956, l\u2019immense pont du lac Pontchartrain, en Louisiane, a coûté 27,6 millions de dollars.Il en aurait coûté 33,5 millions s\u2019il avait été fait en acier (18% de plus).ngénieur à la retraite, René Martineau a effectué un stage de un an à la Société technique pour l\u2019utilisation de la précontrainte (STUP), à Paris, en 1950, après l\u2019obtention de son diplôme de Polytechnique, à Montréal.Il y a même rencontré Eugène Freyssinet, «un ours, un peu grognon, mais quand même sympathique», résume-t-il.Il raconte que c\u2019est un jeune ingénieur belge, Philippe Benn, qui a, le premier, sensibilisé le Conseil des ports nationaux à la précontrainte.Pour le pont, plus court, qui relie Verdun à l\u2019île des Sœurs, Benn a proposé cette option, alors que ce pont devait être en acier.«Ils ont été impressionnés par la différence de prix», relate M.Martineau qui a par la suite proposé que l\u2019organisme fédéral fasse la même chose avec le pont Champlain, entre l\u2019île des Sœurs et la Rive- Sud.René Martineau et son associé rencontrent le président du CPN, Maurice Archer, et réussissent à le convaincre.Dans une volte-face étonnante, le CPN demande alors à des entrepreneurs en construction de proposer leurs propres concepts.«C\u2019était assez inhabituel», se souvient René Martineau car, d\u2019ordinaire, les entrepreneurs exécutent les plans réalisés par l\u2019ingénieur-conseil.Sur 28 soumissions reçues, les 6 moins onéreuses proposaient du béton précontraint.Elles étaient en moyenne 17% plus économiques que les solutions à charpente d\u2019acier.C\u2019est le consortium MKD, formé par McNamara, The Key Construction (filiale de la française Fougerolles) et Deschamps & Bélanger, qui empoche finalement le contrat.Le projet est passablement ingénieux, pour ne pas dire génial.Partout, on réussit à économiser sur le béton.Les fûts des piles, par exemple, sont de forme oblongue, ce qui en diminue le volume, tout en favorisant un meilleur écoulement des glaces.Mais c\u2019est surtout sur le tablier que les ingénieurs font preuve d\u2019astuce.D\u2019ordinaire, la chaussée d\u2019un pont est faite d\u2019une mince couche TABLIER CHEVÊTRE FÛT SEMELLE Le pont Champlain en chiffres Ouverture à la circulation : 29 juin 1962 Longueur : 3 457 m (entre l\u2019île des Sœurs et Brossard) Largeur : 23,2 m Hauteur au-dessus de la voie maritime : 36,6 m Nombre de piles : 56 Poids : 171 000 tonnes (plus de 11 000 tonnes d\u2019acier et 160 000 tonnes de béton armé) Coût de la construction : 35 millions de dollars (en dollars constants de 1962) Coût de l\u2019entretien : 77,33 millions de dollars de 1992 à 2009 (4,3 millions par an en dollars constants de 2010) Coût de l\u2019entretien à venir : 212 millions de dollars de 2009 à 2019 (21,2 millions par an) Coût de la démolition : 155 millions de dollars (prévue entre 2022 et 2024) Circulation quotidienne moyenne en 1962: 5 500 véhicules Circulation quotidienne moyenne en 2011: 160 000 véhicules (29 fois plus qu\u2019en 1962) 46 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 I La conception des fûts des piles qui soutiennent la chaussée sont un des exemples d\u2019innovation caractéristiques du pont Champlain.Ils permettaient d\u2019économiser sur le volume de béton. d\u2019asphalte disposée sur une dalle de béton qui repose à son tour sur des poutres, elles aussi en béton, dans la plupart des cas, au Québec.Le pont Champlain lui, n\u2019a pas de dalle.L\u2019asphalte est étendu directement sur la semelle supérieure des poutres qui sont reliées les unes aux autres par des bandes de béton de 21,5 cm d\u2019épaisseur.Résultat : une appréciable économie de poids.Qui plus est, sur chaque travée, les 7 poutres et 6 bandes intercalaires sont traversées de 42 câbles de précontrainte, perpendiculaires au flot de circulation.L\u2019ensemble est ainsi «soudé», comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un seul et même élément.«À ma connaissance, c\u2019est la première fois que de la précontrainte transversale était utilisée au Canada», dit Saeed Mirza, professeur de génie civil à l\u2019Université McGill, qui a étudié les problèmes du pont Champlain dès le début des années 1990.«À l\u2019époque, c\u2019était brillant, dit le directeur général des Ponts Jacques-Cartier et Champlain Inc.(PJCCI), Glen Carlin.Pas besoin de dalle; les voitures rouleront directement sur les poutres.» L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019en faisant de chaque travée un ensemble indissociable, on rendait impossible le remplacement d\u2019une seule poutre, imposant de changer toutes les autres et de fermer complètement le pont pendant plusieurs jours! Le problème était connu des concepteurs.Roger Dorton, ingénieur à l\u2019emploi de M.Prat- ley, l\u2019écrivait dès 1962 dans le livre publié à l\u2019occasion de l\u2019inauguration du pont Champlain : «Ces mêmes poutres ne peuvent être remplacées si elles sont endommagées.» Pour éviter les problèmes, M.Dorton précise que « le sel et autres produits chimiques ne seront pas utilisés pour faire fondre la neige sur le pont».Saeed Mirza le confirme : «Initialement, il était prévu d\u2019utiliser du sable et des cendres.» Sauf que le pont Champlain a été inauguré à l\u2019époque où les ingénieurs découvraient le sel pour déglacer les routes : «C\u2019est arrivé vers la fin des années 1950 comme une solution miracle, se souvient Glen Carlin.Le tablier d\u2019un pont gèle plus vite qu\u2019une route parce qu\u2019il n\u2019y a pas la chaleur de la terre en dessous.Le sel ne coûtait pas cher et on en étalait en abondance.» On ignore à partir de quand on a «oublié» qu\u2019il ne fallait pas mettre de sel sur le pont Cham - plain.On sait cependant qu\u2019on en a répandu joyeusement et que cela a causé des dommages considérables, plus importants qu\u2019à toute autre structure, en raison de la conception même de l\u2019ouvrage.«Le drainage était inadéquat», explique d\u2019abord Saeed Mirza.Des trous sur les côtés de la chaussée ont fait en sorte que, pendant des années, de l\u2019eau salée s\u2019est écoulée sur les «poutres de rive», celles qui sont le plus à l\u2019extérieur.L\u2019eau pénétrait également dans les joints de dilatation jusque sur le dessus des chevêtres.Avec le temps, et les cycles de gel-dégel, le sel a corrodé l\u2019acier d\u2019armature si profondément à l\u2019intérieur Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 47 Le sel que l\u2019on a épandu pour faire fondre la neige a été extrêmement dommageable pour la structure au fil des ans.Les ingénieurs avaient pourtant recommandé d\u2019y verser plutôt du sable et de la cendre.En haut, des ouvriers à l\u2019œuvre dans la réfection d\u2019un fût du pont Champlain.Dans la partie inférieure, on voit bien l\u2019armature d\u2019acier qui soutient le béton.En bas, le coffrage de bois dans lequel on coule le béton frais afin de réparer les vieux piliers.Il est retiré une fois le tout figé.P H O T O S : L E S P O N T S J A C Q U E S C A R T I E R E T C H A M P L A I N I N C O R P O R É E des chevêtres, que le béton abîmé est impossible à remplacer entièrement.C\u2019est comme si on obturait une dent en surface sans enlever la carie qui se trouve à l\u2019intérieur.Ce n\u2019est qu\u2019en 1995 qu\u2019on a installé des gouttières qui dirigent l\u2019eau salée directement dans le fleuve.Les poutres aussi se sont avérées fragiles.Chacune contient 24 câbles de précontrainte disposés en forme de «U» évasé.Quatorze de ces câbles aboutissent aux extrémités des poutres.Mais les 10 autres aboutissent dans le haut des poutres, au niveau de la semelle supérieure.Sur des photos d\u2019archives, on distingue de petits espaces rectangulaires qui permettaient justement d\u2019effectuer la mise en tension.Les espaces ont par la suite été comblés non pas par du béton, mais par un simple coulis de ciment.Avec le temps, l\u2019eau salée a rongé le ciment pour ensuite se frayer un chemin le long des 10 câbles de précontrainte jusqu\u2019au cœur des poutres.«On avait même remarqué des stalactites», raconte M.Carlin.En fait, plusieurs câbles de précontrainte sont carrément rompus.Dans certaines poutres, 9 des 24 câbles sont brisés, selon un rapport de la firme Delcan, déposé en 2011, ce qui est au-delà du seuil de sécurité de 8.Étonnamment, on utilise encore du sel pour déglacer la chaussée, en hiver.«On n\u2019a pas le choix, explique le directeur général de PJCCI.Il y a tellement de circulation que, si on arrêtait d\u2019en utiliser, on aurait un tablier glissant.» Il faut savoir aussi que le pont n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019entretien majeur avant 1986, «si ce n\u2019est du pavage», indique M.Carlin.Et le nombre de véhicules qui y circulent quotidiennement a été multiplié par 29 depuis 1962 ! Malgré tout cela, il tient toujours.«Je dors très bien la nuit», assure Glen Carlin.C\u2019est que son équipe a innové autant, sinon plus, que les concepteurs originaux du pont.On a d\u2019abord ajouté des câbles qui courent le long des parties endommagées.Ces câbles sont fixés à des boîtes de béton solidement ancrées puis tendus, ce qui aide les poutres et les chevêtres les plus mal en point à tenir.Depuis 1986, 94 des 100 poutres de rive et 35 des 48 chevêtres ont ainsi été renforcés.Mais cela n\u2019augmente pas la résistance à ce qu\u2019on appelle les «efforts tranchants», des forces qui peuvent mener à la rupture soudaine du béton.Pour cela, les ingénieurs de PJCCI ont mis au point un système unique au monde.Il s\u2019agit de soutenir les poutres de rive à l\u2019aide de deux chevalets triangulaires en acier placés en dessous.Les chevalets sont à leur tour reliés à des câbles d\u2019acier ancrés et mis sous tension.L\u2019ensemble a été baptisé une arbalète et 14 de ces arbalètes ont pour l\u2019instant été installées.Un modèle plus perfectionné sera bientôt posé sur les poutres qui surplombent des voies de circulation à l\u2019île des Sœurs ou sur la Rive-Sud.René Martineau vit à l\u2019île des Sœurs, à quelques centaines de mètres de ce pont qu\u2019il connaît si bien.Lui non plus n\u2019est pas inquiet et il le traverse encore régulièrement.«Il ne faut pas croire qu\u2019il va tomber d\u2019un seul coup», explique-t-il, évoquant l\u2019effondrement subit du viaduc de la Concorde.S\u2019il y a un problème grave, les autres parties encore intactes seront en mesure de soutenir l\u2019ensemble, le temps qu\u2019on évacue.Il reste que « le pont Champlain est comme un patient en phase terminale atteint du cancer», dit Saeed Mirza.Et il sera détruit.En 2022, 60 ans après son inauguration, a prévu Transport Canada.Malheureusement, déplore M.Mir za, le futur pont sera construit avec les mêmes réflexes que durant les années 1950 : «J\u2019appelle ça \u201cconçois, construis et oublie\u201d.» La course au plus bas soumissionnaire pourrait en effet avoir des conséquences coûteuses pour les générations à venir.«Et si on incluait les coûts d\u2019entretien sur 100 ans, dans la facture totale?» demande-t-il.Peut-être qu\u2019on construirait autrement.QS 48 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 5 ANS Le pont n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019entretien majeur avant 1986, si ce n\u2019est du pavage.Et le nombre de véhicules qui y circulent quotidien nement a été multiplié par 29 depuis 1962! P H O T O S : L E S P O N T S J A C Q U E S C A R T I E R E T C H A M P L A I N I N C O R P O R É E u\u2019est-ce que le corps?Comment se transforme-t-il?Comment peut-il être modifié, amélioré, transcendé?Ces questions, ce sont les scien tifiques qui les posent, en général.Quand une artiste s\u2019attaque à ces problématiques, les réponses sont, on s\u2019en doute, bien différentes.«Cela paraît étrange pour une chorégraphe, mais j\u2019ai voulu recentrer mon travail sur le corps.J\u2019avais des tas de questions sur l\u2019identité, sur la prolongation du corps dans le futur, sur le don d\u2019organes», explique la chorégraphe et interprète Isabelle Van Grimde.Depuis 2004, elle mène une recherche parallèle à sa démarche de création en rencontrant des penseurs de différentes disciplines.Elle a même été invitée à participer à une conférence interdisciplinaire sur la génétique et les cellules souches, à Banff, en Alberta.À partir de cette recherche, en collaboration avec une vingtaine d\u2019artistes, elle a créé une œuvre étonnante qui s\u2019articule autour de deux thèmes.Le corps «primal», celui de nos origines, de nos instincts et du système limbique, représenté par les mouvements des danseurs.Et le corps du futur, celui que l\u2019humain transforme et qui se numérise, le cyborg.Le corps en question (s) est une exposition-création où se mêlent la danse, les arts visuels et médiatiques, la musique ainsi que l\u2019écriture.Un architecte a organisé la salle pour faire en sorte que les œuvres se fassent écho par leur disposition.La comédienne Marie Brassard a, pour l\u2019occasion, fait séquencer son génome et a utilisé ces codes dans l\u2019œuvre.L\u2019artiste visuelle Marilène Oliver, elle, emploie l\u2019imagerie par résonance magnétique.Avec ces images réalisées à partir du corps d\u2019un danseur, elle crée une sculpture mul- ticouches \u2013 du squelette à la peau.Deux scientifiques \u2013 le docteur Cris- tian Berco, professeur associé au département d\u2019histoire de l\u2019Université Bishop\u2019s, au Québec, et la docteure Dawna Gilchrist, interniste, généticienne et pro- fesseure d\u2019histoire de la médecine à l\u2019université de l\u2019Alberta \u2013 prennent aussi part à cette performance unique présentée à la Galerie de l\u2019UQÀM, ce mois-ci.Pour le visiteur-spectateur, deux expériences sont possibles : le mode performance et le mode exposition.Volet performance, les interprètes sont présents et leur chorégraphie se mêle au reste de l\u2019exposition.«Les performances recèlent le tout.Comme les cellules souches contiennent en quelque sorte l\u2019organisme», explique Isabelle Van Grimde.Dans le mode exposition, des vidéoclips reprennent les performances des danseurs.Le visiteur entre dans la salle comme dans un univers nouveau.Il s\u2019y promène et fait ses découvertes à son rythme.«Je ne cherche pas à choquer, mais plutôt à provoquer de nouveaux ques tionnements, de nouvelles façons de voir le corps tout en faisant naître l\u2019émerveillement», insiste Mme Van Grimde.Elle poursuivra ensuite sa recherche auprès des savants afin que la science nourrisse son art et que les questionnements des artistes puissent relancer ceux des chercheurs.QS Le corps en question (s), du 22 mai au 16 juin 2012, Galerie de l\u2019UQÀM, dans le cadre du Festival transamériques.www.fta.qc.ca M I C H A E L S L O B O D I A N Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 49 Q Du nouveau dans le fjord Deux nouvelles activités au Musée du Fjord.Une exposition présente la population du Saguenay\u2013Lac-Saint- Jean, avec l\u2019éclairage du célèbre fichier BALSAC qui contient les informations généalogiques numérisées et jumelées des actes d\u2019état civil du Québec.Un spectacle 3D sur l\u2019évolution du fjord, de sa formation à aujourd\u2019hui, présente des images aériennes, terrestres et sous-marines de toutes les saisons.Des racines et des rêves et Voyage au cœur du fjord, dès juin 2012, Musée du Fjord, La Baie.www.museedufjord.com Pas de vacances pour la science Pour nourrir la curiosité des jeunes pendant l\u2019été, le Club des Débrouillards offre des camps de jour scientifiques.Les enfants de 5 à 12 ans découvrent le plaisir des sciences avec des thématiques telles que l\u2019entomologie, l\u2019aéronautique, l\u2019électricité, le sport, l\u2019archéologie, etc.Camps de jour des Débrouillards , 25 juin au 17 août, dans plusieurs villes du Québec.www.lesdebrouillards.com, section «Activités du Club» AUTRES RENDEZ-VOUS Dreamcatcher, de l\u2019artiste visuelle Marilene Oliver présentée dans l\u2019exposition d\u2019Isabelle Van Grimde. 50 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 La «bosse» de la musique Comme certains ont la «bosse des maths», d\u2019autres auraient-ils la «bosse de la musique»?À la lumière des plus récentes études en neurosciences et de cas célèbres ou moins célèbres, notre journaliste tente de comprendre le cerveau musical.Le Québec, eldorado pour les terres rares?Méconnues, les «terres rares» sont indispensables au fonctionnement de nos ordinateurs, téléphones et écrans LCD.Ces métaux aux propriétés uniques s\u2019arrachent à prix d\u2019or.Difficiles à extraire et à raffiner, ils sont présents en abondance dans le sol québécois.Cette nouvelle «ruée vers l\u2019or» a déjà débuté.Des bélugas et des hommes Après des années de mesures de protection des bélugas, le troupeau du Saint-Laurent ne se porte guère mieux.Comment sauvegarder cette espèce?Cinquante ans après l\u2019incontournable documentaire de Michel Brault et Pierre Perreault Pour la suite du monde, qui portait sur la «pêche aux marsouins», Québec Science fait le point.À LIRE BIENTÔT JO : le grand rassemblement Quel rôle social jouent les grands rassemblements sportifs comme les Jeux olympiques?Entrevue avec une sociologue du sport qui nous livre quelques clés sur la fascination qu\u2019exercent ces événements de masse. Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 51 L\u2019ère du vélo Bonobo Il a du style, il est écolo et il roule.Le Bonobo, premier vélo doté d\u2019un cadre en contreplaqué courbé et de freins à disques, est la réalisation du jeune designer polonais Stanislaw Ploski.Comme les chaises en contreplaqué, ce cadre en bois naturel procurerait à son utilisateur souplesse et confort.Avec ses 16 kg, la machine n\u2019est certes pas un poids plume hyper performant, mais comme vélo urbain, on ne peut trouver plus classe! L\u2019élégante bicyclette devrait se retrouver bientôt chez les détaillants! http ://duzosuper.com futur Aujourd\u2019hui le Du soleil dans le réservoir Le constructeur Honda prend une longueur d\u2019avance dans le dossier des voitures dotées d\u2019une pile à combustible avec ce prototype de station solaire productrice d\u2019hydrogène.L\u2019énergie solaire est convertie en électricité qui, à son tour, scinde les molécules d\u2019eau en hydrogène et en oxygène.Pour le moment, une bonne journée ensoleillée permettrait de produire 1,5 kg d\u2019hydrogène, soit assez de carburant propre pour parcourir 150 km en voiture.Une maison équipée de panneaux solaires sur le toit pourrait donc fournir à ses occupants du carburant pour tous les déplacements courants sans la moindre émission polluante.Bientôt dans nos banlieues?http ://world.honda.com/FuelCell/SolarHydrogenStation/ Souffle énergétique Un filtre pour respirer dans les métropoles polluées?Non! Plutôt des éoliennes miniatures qui transforment votre souffle en électricité! D\u2019accord, le masque AIRE donne un petit look «Hannibal Lecter» ou «soldat intergalactique», mais sa fonction première est de fournir l\u2019électricité pour recharger les gadgets électroniques de notre quotidien.Les petites turbines incluses dans le masque tournoient à chaque respiration produisant l\u2019électricité qui est acheminée à l\u2019appareil branché à un câble.En dormant, en faisant la vaisselle, en joggant, tant qu\u2019à respirer, aussi bien utiliser le mouvement de l\u2019air comme énergie renouvelable\u2026 www.joaolammoglia.net Par Joël Leblanc Le futur au poignet GPS, ordinateur, agenda, lecteur MP3, surveillance des cotes boursières\u2026 Les téléphones d\u2019aujourd\u2019hui font plus que nous permettre de communiquer.Mais pour les utiliser, il faut quand même les retrouver dans son sac ou ses poches.Le designer français F.Bertrand a imaginé ce bracelet tactile qui permet de contrôler les applications du téléphone à partir du poignet.Plus besoin de dégainer son appareil! Retrouver son chemin grâce au GPS ou mettre à jour son statut dans les réseaux sociaux seront à la portée des doigts en tout temps! Le bracelet sert aussi de montre et si on achète le maillon optionnel qui détecte les pulsations cardiaques, il se transforme en entraîneur personnel.Le concept s\u2019appelle Watch the Future\u2026 http ://f-bertrand.com/WTL/ 52 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 L \u2019homme qui prenait sa femme pour un chapeau, publié en 1988, avait ravi des milliers de lecteurs.À partir de descriptions détaillées de ses patients, le neurologue Oliver Sacks nous faisait découvrir des aspects étonnants du cerveau humain et de ses pannes.Dans son plus récent ouvrage, il nous convie de nouveau à l\u2019accompagner dans son cabinet de consultation.Pour notre plus grand plaisir.C\u2019est que le docteur Sacks n\u2019a pas son pareil pour écouter ses malades et rendre compte de leurs particularités.À la manière des médecins du XIXe et du début du XXe siècle, il use de son sens aiguisé de l\u2019observation pour comprendre ce qui ne va pas chez ces gens qui souffrent d\u2019affections bizarres du langage, de la mémoire ou du comportement.Dans L\u2019œil de l\u2019esprit, le lecteur découvrira comment les pertur - bations du système visuel peuvent se manifester de manière extrêmement étrange.On y croise une pianiste professionnelle de 67 ans dont les capacités de lecture de la musique diminuent progressivement.Son excellente mémoire auditive lui permet de compenser ses déficits, du moins pour les pièces déjà apprises.Puis viennent les difficultés à reconnaître les objets, même les plus usuels.Étonnamment, cette patiente n\u2019a aucun problème pour localiser les objets dans l\u2019espace.Ce cas illustre bien l\u2019existence de deux voies visuelles.La première est nécessaire à la reconnaissance des objets (c\u2019est la voie du «quoi»), la seconde est essentielle à la perception spatiale (c\u2019est la voie du «où»).Chez cette patiente, atteinte d\u2019une atrophie corticale postérieure, c\u2019est la voie de la reconnaissance des objets et de la lecture qui est la plus touchée.L\u2019intégrité de l\u2019autre voie lui permet de compenser ses déficits.Oliver Sacks est habile à caractériser le rôle de chacune des voies pour permettre au lecteur, même néophyte, d\u2019apprécier la complexité \u2013 et la beauté \u2013 du système visuel.Plus loin, l\u2019auteur raconte l\u2019histoire de Sue, une neu- robiologiste qui a récupéré, à 60 ans, la capacité de voir en trois dimensions.Car si la vision tridimensionnelle (ou stéréopsie), qui permet d\u2019apprécier les distances et de guider nos déplacements, est prise pour acquis par tout le monde, il arrive qu\u2019elle soit altérée chez certains individus.Ces derniers sont souvent affligés de strabisme depuis l\u2019enfance, ce qui les empêche de voir en trois dimensions, puisque cette vision requiert un «travail d\u2019équipe» entre les deux yeux.Chez Sue, la rééducation a duré des mois.Elle a dû porter des prismes et se soumettre à une multitude d\u2019exercices pour fusionner les images transmises par chacun de ses yeux.Un jour, pourtant, pour la première fois, elle se met à voir en relief.Les choses se détachent du fond.Les robinets, les lustres, le volant et le rétroviseur dans la voiture : elle voit tout en 3D.Sa description de la neige est saisissante.Elle, qui l\u2019avait toujours vue tomber à plat, sur un seul plan vertical, peut maintenant appréhender l\u2019espace entre les gros flocons humides.Elle est au milieu de la neige qui tombe.Le docteur Sacks lui-même souffre d\u2019un trouble neurologique pour le moins dérangeant: la proso- pagnosie, ou incapacité à reconnaître les visages.Si certaines personnes sont particulière ment douées \u2013 elles peuvent reconnaître des semaines plus tard la serveuse d\u2019un café où elles ne sont allées qu\u2019une fois \u2013, d\u2019autres sont moins performantes, confondant souvent des gens qui Lu L\u2019œil de l\u2019esprit La neuropsychologue Isabelle Rouleau a retrouvé avec bonheur l\u2019univers du docteur Oliver Sacks.Ce vulgarisateur hors de l\u2019ordinaire y révèle comment le cerveau nous «fait voir».pour vous REPRODUCTION EXTRÊME Dominique Forget l\u2019affirme d\u2019emblée : elle, pour qui l\u2019horloge biologique n\u2019a jamais sonné très fort, est fascinée de voir jusqu\u2019où le désir d\u2019enfant peut mener.Dans cet essai très complet, sans complaisance aucune, mené et écrit comme un reportage journalistique, notre collaboratrice nous convie à «une aventure scientifique et humaine dans les couloirs infinis, ou tordus, c\u2019est selon, de la procréation assistée», comme l\u2019écrit son préfacier, le docteur Jean-François Chicoine.Tout ce que vous avez toujours voulu savoir \u2013 ou peut-être ne pas savoir! \u2013 sur cette aventure qui peut représenter le plus grand des bonheurs ou tourner au pire des cauchemars.P.M.Bébés illimités, la procréation assistée\u2026 et ses petits, Dominique Forget, Québec Amérique, 245 p.MAL DE CORPS Jean Wilkins est le grand-papa que tous les ados (et leurs mamans!) rêvent d\u2019avoir.Il les connaît; il les aime; et il les aide.Il y a déjà 35 ans que ce pédiatre réputé a fondé la section de médecine de l\u2019adolescence, au CHU Sainte-Justine, à Montréal.Il y dirige la clinique des troubles de la conduite alimentaire.Empreint d\u2019humanité et de science, façonné par ses 40 années d\u2019expérience auprès d\u2019adolescentes anorexiques, cet ouvrage est un incontournable pour tous ceux qui côtoient des jeunes filles aux prises avec ce grave problème de santé mentale.Sans le moindre soupçon de paternalisme, le docteur Wilkins explique comment, à force d\u2019écoute, d\u2019humilité et d\u2019empathie, on peut réussir à réparer ces âmes et ces corps blessés.P.M.Adolescentes anorexiques, Plaidoyer pour une approche clinique humaine, Jean Wilkins, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 199 p. se ressemblent.Sacks, lui, est prosopa- gnosique depuis la naissance.Chez certains patients, la maladie est si grave qu\u2019ils ont de la difficulté à se reconnaître eux-mêmes sur les photos! Mais les prosopagnosiques ont plus d\u2019un tour dans leur sac.Ils parviennent à utiliser les moindres indices visuels (grain de beauté, coupe de cheveux) ou auditifs pour se sortir d\u2019affaire.Et ils trouvent toutes sortes de trucs pour éviter les situations où ce déficit pourrait avoir des conséquences fâcheuses.Ceux qui ont aimé L\u2019homme qui prenait sa femme pour un chapeau devraient raffoler de L\u2019œil de l\u2019esprit.Surtout s\u2019ils ont développé l\u2019envie d\u2019aller encore plus loin.Chaque cas présenté ici est en effet plus fouillé.Les références historiques sont plus nombreuses.Le célèbre neurologue présente les modèles théoriques du fonctionnement cérébral, ainsi que les études récentes en neuroimagerie.Le tout dans un style tou - jours aussi vif et accrocheur.QS Isabelle Rouleau est professeure au département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Montréal et chercheuse au CHUM.Neuropsychologue clinicienne depuis plus de 20 ans, elle s\u2019intéresse aux troubles de la mémoire épisodique et sémantique dans certaines pathologies cérébrales, et plus particulièrement aux atteintes observées dans les phases précoces des divers syndromes démentiels.Juin ~ Juillet 2012 | Québec Science 53 L\u2019œil de l\u2019esprit, Oliver Sacks, Seuil, traduit par Christian Cler, 288 p.UNE HISTOIRE EN TOUTES LETTRES A, B, C, D\u2026 On les utilise sans jamais se poser la question.D\u2019où viennent les lettres?Pourquoi le A a-t-il cette forme?Dans un petit livre rédigé à l\u2019aide de questions et de réponses courtes, le philosophe français Marc-Alain Ouaknin raconte la fascinante histoire qui se cache derrière les lettres de notre alphabet moderne.Ainsi, on y apprend que, il y a plus de 3 500 ans, les lettres étaient d\u2019abord des dessins représentant des objets, des animaux ou des gestes de la vie quotidienne.Au-delà de leur graphie, l\u2019auteur nous livre aussi toute leur dimension philosophique et symbolique.M.C.L\u2019alphabet expliqué aux enfants, Marc-Alain Ouaknin, Éditions du Seuil, Paris, 2012, 130 p.L\u2019ÂGE D\u2019OR DE MÉTIS Lorsque la montréalaise Elsie Reford entreprend l\u2019aménagement du jardin de son pavillon de pêche, en 1926, elle ne connaît pas grand-chose à l\u2019horticulture.Elle ne jure que par l\u2019équitation et la pêche au saumon.Mais à la faveur d\u2019une appendicite à l\u2019âge de 54 ans qui la force à rester tranquille, elle se met au jardinage.Avec brio! En une dizaine d\u2019années, elle réussit l\u2019impossible : créer un jardin luxuriant sous le climat capricieux du Bas-Saint-Laurent, en important des semences rares du bout du monde, comme les azalées et les pavots bleus du Tibet, et en concoctant pour chaque plante un terreau spécial à base de feuilles compostées.Le résultat de sa persévérance : 17 hectares où se côtoient quelque 3 000 espèces ou variétés de plantes indigènes et exotiques.Ouverts au public en 1962, les Jardins de Métis, devenus un lieu historique national, fêtent cette année leur 50e anniversaire.Pour celles et ceux qui n\u2019auront pas l\u2019occasion de s\u2019y rendre, deux sites Internet offrent la possibilité d\u2019admirer cet éden coloré grâce à des galeries d\u2019images à 360º et plus de 1000 photos qui permettent de naviguer dans les différentes créations du Festival international des jardins.Créé en l\u2019an 2000, ce festival reconnu mondialement est un forum d\u2019innovation en art des jardins contemporains.Cette année, la 13e édition débutera le 23 juin et présentera 25 jardins conceptuels réalisés par des architectes paysagistes et des artistes.www.JardinsdeMetis.com DICO DE POCHE La réputation du Multidictionnaire de Québec Amérique n\u2019est plus à faire.Comprenant plus de 30 000 entrées, 300 exercices avec leurs corrigés et une foule de renseignements sur l\u2019orthographe, la grammaire, la prononciation, les québécismes et les anglicismes, il débarque désormais dans son intégralité sur iPhone et iPod Touch.Disponible à la boutique App Store, au prix de 16,99 $.* toile de fond MANGEZ LOCAL! L\u2019été arrive! C\u2019est le moment de faire le plein de fruits et légumes, et de consommer local.Pour cela, une seule adresse, celle d\u2019Équiterre qui propose un répertoire en ligne recensant plus de 300 initiatives québécoises afin de s\u2019approvisionner directement auprès des producteurs.Il suffit de repérer sur la carte l\u2019institution, l\u2019épicerie ou le marché public le plus proche de chez soi pour «manger local au Québec», tout en encourageant les circuits de distribution «courts», c\u2019est-à-dire avec moins de transport et moins d\u2019intermédiaires.B L g u e Appli www.equiterre.qc.ca/solution/repertoire-manger-local-au-quebec Par Marine Corniou © 2 0 0 0 , L O U I S E T A N G U A Y , J A R D I N S D E M É T I S / R E F O R D G A R D E N S \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Je suis allé à Ferme-Neuve, un petit écart, une sortie de route au nord de Mont-Laurier.Dans l\u2019ancien temps, ce pays laurentien des Oueskarinis, Algonquins de la Petite-Nation \u2013 gens du Chevreuil, comme ils disaient \u2013 jouxtait le pays des Gens-des-terres, les Algonquins Tête-de-boule de la Haute-Mauricie.Il y avait là une forêt précieuse comme une tonne d\u2019or, des lacs purs et profonds, des crans de gneiss archaïque, des plages de sable fin, des rivières blanches, des rivières brunes, des animaux sauvages, des collines rondes, des coulées vertes.À partir de l\u2019Outaouais, trois vallées remontaient vers le nord : celle de la Rouge, celle de la Lièvre et celle de la Gatineau.Ces vallées abondaient en pins blancs qui étaient beaux comme les colonnes sacrées d\u2019une cathédrale païenne.Les secrets murmurés des cha- manes du lac Chaud nous révèlent qu\u2019aux sources de la Rouge, une montagne tremblait du mouvement des esprits.Il en reste le beau nom de la montagne Tremblante.Aux confins de la Lièvre s\u2019élevait le massif de la montagne du Diable, repaire de Ouindigo, le géant qui chassait les âmes humaines pour se nourrir de leurs péchés.Qui voulait s\u2019y rendre devait passer par le rapide de l\u2019Orignal, sur la Lièvre, ou encore par Grand-Remous et la petite rivière Baskatong, qui signifie «glace pliée».En 1824, les autorités britanniques coloniales cédaient ce trésor forestier à quelques amis, les «Barons du bois».Sur la Lièvre, c\u2019est James Maclaren qui obtint le droit de sortir les pins plusieurs fois centenaires en les coupant à l\u2019aveugle, saccageant le pays, gaspillant les arbres en grand nombre.En une trentaine d\u2019années, les géants avaient disparu; le paysage avait changé à jamais; la cathédrale était en ruine.Loin en amont du rapide de l\u2019Orignal, à la tête de la Lièvre, la Maclaren Company s\u2019affairait à couper les derniers pins et ses bûcherons s\u2019y trouvaient fort isolés.Vers 1860, pour diminuer le coût du ravitaillement de ses camps, la compagnie construisit une ferme sur place.La ferme de la Montagne allait donner le nom de Ferme-Neuve à la nouvelle communauté de colons \u2013 aussi bûcherons et draveurs \u2013 qui prit racine en cette belle vallée.Après le sac des pins blancs, les colons voulurent exploiter des moulins à scie, complément habituel des travaux de la ferme en ce pays de bois debout.Mais le sort des petites gens n\u2019a jamais préoccupé les autorités.Au lieu des moulins et des fermes forestières, le pays devint le domaine exclusif de la Canadian International Paper qui, sous la bénédiction du gouvernement, contra les rêves des colons et entreprit la coupe féroce des résineux pour la pulpe.Ce fut le temps de la «pitoune».Nos politiciens avaient tout donné à la CIP, y compris le droit de construire un barrage pour produire de l\u2019électricité.Oui, l\u2019appétit des grandes compagnies était sans limites ! On voulait que les bûcherons bûchent, non pas qu\u2019ils s\u2019enrichissent en vendant eux- mêmes du bois.La petite rivière Baskatong devint le réservoir que l\u2019on connaît.Ennoiement catastrophique, désastre oublié.Rapide-de- l\u2019Orignal devint Mont-Laurier; la montagne du Diable fut renommée le mont Sir-Wilfrid, et ainsi de suite, ce qui vous déflore un grand pays et vous décourage une toponymie.Que venait faire Laurier, ce fossoyeur de rêves, dans ce pays des grands Esprits?J\u2019étais déjà allé à Ferme-Neuve, en 1966, alors que je poussais ma coccinelle dans les chemins de bois les plus reculés.Je n\u2019avais pas alors rencontré d\u2019Algonquins sur ma route.Je me butai plutôt aux gens de la Compagnie.Les employés de la CIP m\u2019avaient littéralement chassé du territoire.Panneaux à l\u2019appui, on me fit comprendre que je circulais dans un domaine privé.Comme dans «habitant privé de son bois».En 1900, Ferme-Neuve faisait partie d\u2019un grand Plan Nord, un projet qui devait assurer la richesse des Canadiens français.Que sont ces vieux rêves devenus?Il est fort possible que le nom même de Ferme-Neuve ne vous dise rien.Mais voilà, ce pays que nous voulons tellement bâtir, saurons-nous un jour simplement le dire?QS Par Serge Bouchard 54 Québec Science | Juin ~ Juillet 2012 La montagne du Diable L E S A M I S D E L A M O N T A G N E D U D I A B L E «Aux confins de la Lièvre s\u2019élevait le massif de la montagne du Diable, repaire de Ouindigo, le géant qui chassait les âmes humaines pour se nourrir de leurs péchés.» Note: Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Prix Lipper 2012 sont décernés aux fonds offrant les meilleurs rendements ajustés au risque pour les périodes se terminant le 31 octobre 2011.Bien que Lipper déploie tous les efforts possibles pour s\u2019assurer de l\u2019exactitude et de la fiabilité des données contenues aux présentes, elle ne peut en garantir l\u2019exactitude.Les utilisateurs reconnaissent qu\u2019ils ne se sont pas fiés à toute garantie, condition ou déclaration faite par Lipper.Toute utilisation des données à des fins d\u2019analyse, de gestion ou de négociation d\u2019instruments financiers est au propre risque de l\u2019utilisateur.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une offre d\u2019achat ou de vente de titres.Certains fonds peuvent être exclus de la présélection de Lipper Research.Lipper inc.est une société de Thomson Reuters.Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.1-800-291-0337 | www.ferique.com/video FÉRIQUE ACTIONS Meilleur fonds d\u2019actions canadiennes sur 5 ans.FÉRIQUE OBLIGATIONS Meilleur fonds de revenu ?xe canadien sur 1 an.GESTION FÉRIQUE EST HONORÉE QUE DEUX DE SES FONDS FIGURENT AU SOMMET DU CLASSEMENT DES PRESTIGIEUX PRIX LIPPER. 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