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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Août-Septembre 2012, Vol. 51, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2012, Collections de BAnQ.

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[" quebecscience.qc.ca 40065387 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 20 SEPTEMBRE 2012 QS MARS 6 août 2012: la capsule transportant Curiosity entamera sa descente vers Mars.Commencera alors la mission la plus ambitieuse jamais menée sur la planète rouge.Terres rares : le Québec contre la Chine Connaissez-vous la famille La Boucane?La plus étrange rentrée scolaire de notre histoire CORTEX N\u2019ROLL MILLE BÉLUGAS POUR LA SUITE DU MONDE J0 MONDIALE UNE TÉLÉRÉALITÉ CERVEAU ET MUSIQUE L\u2019aventure recommence Québec Science Août-septembre 2012 » Ig « A a, / $v (SH 2 \\ e a ree dian - «© FAA | / ; ; + À VM Ey + pu ty Fog i IBIS A NA EN \\ Be * » & = * =~ ap nN \\ Cd) x.4» p dan \u2014\u2014 A a y ; W 7 & ald 1 == A \u20ac \u20ac Na LATE N \u2014 wl pad, 3 \" Tv i ow w % \u2014 ° \u2014 __ - A 3 = \u2014\u2014\u2014 Es a ea - oy di 1 a WR ; i : \u2014 2 wll Ea \u2014_ \u2014 - CET ae - Jo ; h ie : ih : à oh Ï y aE FF\" = =» Ag = - ww - Lop 2 a 4 \u2014 A = R3 Wt tt 2h hi 2 x se Ent et = ap FT wt der IY pings A pp on Fy wy - > \u2014\u2014 x \u201c+; ta Peu + hey, \u2014 \u2014\u2014\u2014 pull SR \u201cjus \"EEE Louis-Georges et Caroline capturent des poissons avec une à l'U n senne de rivage en vue d'identifier les espèces présentes.iversité de YI > Participer à une culture d'innovation.Conjuguer la théorie et la pratique.e 360 programmes aux 3 cycles d'études e Une communauté de personnes mobilisée Réussir par la réussite étudiante son expérience universitaire.You UNIVERSITÉ DE USherbrooke.ca GB 5 SHERBROOKE AOÙT-SEPTEMBRE 2012 VOLUME 51, NUMÉRO 1 Une mission exceptionnelle Ce n\u2019est pas un robot jouet qui a été envoyé sur Mars; c\u2019est un véritable éclaireur qui devrait fournir des informations précieuses au sujet de cette planète mystérieuse.Mais aussi préparer une éventuelle mission habitée.La conquête spatiale s\u2019est toujours nourrie de rêves\u2026 Entamée en novembre dernier, la mission Mars Science Laboratory ravive ce projet fou et périlleux d\u2019envoyer des Terriens sur la planète rouge.Le robot Curiosity, qui sera déposé dans un cratère appelé Gale, calculera notamment la quantité de radiations solaires et cosmiques qui atteignent le sol de Mars.On pourra savoir quelle dose devront endurer les futurs explorateurs.Les instruments de mesure qu\u2019il a à son bord permettront aussi de relayer de nombreuses informations sur la géologie martienne.Ce qui n\u2019est pas sans intérêt.Pourquoi Mars, cette planète quasi jumelle de la nôtre, est-elle sans vie alors que la Terre abrite quantité d\u2019espèces de toutes sortes?Curiosity roulera pendant deux ans, espèrent les ingénieurs.Il ne participe pas à un concours de vitesse \u2013 il couvrira 200 mètres par jour \u2013, mais il sera mis à rude épreuve (le froid atteint -90°C la nuit).On comprend bien que les robots sont et seront encore pendant longtemps les meilleurs amis de l\u2019Homo sapiens spatial.EN COUVERTURE Mars : l\u2019aventure recommence Si tout se passe bien, le robot Curiosity atterrira sur Mars dans quelques jours.Bourré d\u2019instruments scientifiques, il va arpenter la planète rouge pour comprendre si elle a pu héberger la vie.Et, peut-être, préparer l\u2019arrivée de futurs astronautes.Par Olivier Rey 17 La ruée vers les terres rares Le sous-sol québécois regorge de terres rares, ces métaux indispensables aux technologies de pointe.Plusieurs mines pourraient être mises en exploitation dès 2016.À quel prix pour l\u2019environnement?Par Marine Corniou P A G E C O U V E R T U R E : N A S A 22 La bosse de la musique On dit souvent que les virtuoses ont une excellente oreille.Les neuroscientifiques croient plutôt que c\u2019est entre les deux oreilles que se situe l\u2019explication du génie musical.Par Catherine Girard 34 «Les Jeux olympiques sont une véritable téléréalité» L\u2019anthropologue Suzanne Laberge décortique l\u2019idéal olympique et la fascination que les Jeux exercent partout sur la planète.Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon Québec Science S L\u2019astromobile Curiosity 5 ANS 4 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Le savoir et l\u2019argent La rentrée scolaire 2012 pourrait être la plus bizarre et la plus épuisante de l\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec.Elle sera contaminée par le politique.Billet Par Raymond Lemieux es effluves de poivre de Cayenne et les fumées des gaz lacrymogènes se seront-elles vraiment dissipées quand sonnera l\u2019heure de la rentrée des classes?Ce qui était une grève étudiante, en février, est devenue une désolante crise sociale.Alors que le débat portait, au départ, sur la hausse des frais de scolarité et sur les raisons qui motivaient le gouvernement à imposer cette hausse, il a vite été éclipsé par une bataille de casseroles, et par un nombre record de manifestations.Mais, au fond, qui s\u2019intéressait vraiment au financement de l\u2019enseignement supérieur et à l\u2019endettement étudiant avant que des centaines de milliers de personnes ne descendent dans les rues avec des carrés rouges ?«Tout a été fait pour parler d\u2019autre chose que de l\u2019excellence en enseignement et en recherche», a critiqué un professeur-chercheur en bioinformatique de l\u2019Université de Montréal, Hervé Philippe, dans une lettre adressée au premier ministre, en mai dernier, et largement diffusée dans les médias sociaux.De fait, nous avons assisté à un déferlement d\u2019opinions, de la part de citoyens solidaires ou fâchés, de chroniqueurs étonnés, populistes ou arrogants.L\u2019information?Réduite aux récits des manifestations quotidiennes que l\u2019on suivait comme un feuilleton! C\u2019est pourtant l\u2019avenir de l\u2019université qui est en jeu.Hervé Philippe, comme plusieurs autres chercheurs et étudiants, s\u2019inquiète d\u2019une dérive mercantile de notre éducation.Certes, la hausse décidée par le gouvernement du Québec aboutira à des frais de scolarité qui ne sont pas comparables à ceux prévalant dans le reste du Canada ou aux États-Unis.Chez nos voisins du sud, la dette cumulée des étudiants \u2013 1 000 milliards de dollars \u2013 dépasse celle des ménages! N\u2019empêche, la tendance dans laquelle s\u2019inscrit cette hausse n\u2019augure rien de bon.La dynamique où elle place la société, selon Hervé Phillipe : «[\u2026] introduit plusieurs moyens de pression permettant de dégrader fortement l\u2019excellence de l\u2019enseignement et, par là même, l\u2019excellence de la recherche qui repose avant tout sur les étudiants.Les clients achètent leur diplôme, et ils s\u2019attendent donc à l\u2019obtenir.» Dans un texte de soutien aux étudiants québécois, le célèbre généticien français Axel Khan est allé dans le même sens : «Le fait que ces étudiants refusent cette vision marchande de l\u2019éducation, c\u2019est très important pour nous.Je ne sais pas s\u2019ils gagneront, mais les choses ne seront jamais les mêmes après.» Notre réseau universitaire et collégial est fondé sur une idée noble : la quête du savoir et l\u2019acquisition de compétences.Cela nous a conduits, dans les années 1960, à nous doter, en un temps record par rapport aux sociétés modernes, d\u2019un solide réseau d\u2019enseignement postsecon- daire.Un réseau qui a largement servi l\u2019en semble du Québec, son économie tout autant que sa culture, sa science et son administration.Jamais, d\u2019ail leurs, notre société n\u2019aura été aussi riche et instruite.Nous nous distinguons du reste du continent par nos frais de scolarité plus bas?Tant mieux si cela a, en plus, favorisé la qualité! Les institutions crient au secours et n\u2019arrivent plus, disent-elles, à répondre adéquatement à leurs objectifs.Pourquoi?Comment en sommes-nous arrivés là?Une idée a surgi, au début du mois de mai : la création d\u2019un conseil provisoire des universités.Il devait avoir pour mandat d\u2019évaluer «les hypothèses d\u2019utilisation optimale des ressources financières des universités».Quelle portée aurait-il pu avoir?Bien malin qui saura répondre, mais cette initiative aurait permis de réfléchir et de comprendre collectivement le rôle d\u2019un rouage crucial de notre économie et de notre culture.Car c\u2019est la formation de nos élites qui en dépend : nos futurs gestionnaires, artistes, ingénieurs, avocats, chercheurs et politiciens.Nous les souhaitons généreux, créatifs, éclairés, ni corrompus ni égoïstes, mais passionnés de savoir.On s\u2019entend, le savoir ne s\u2019achète pas, il s\u2019acquiert; c\u2019est un acte de générosité qui ne peut s\u2019accomplir que dans la sérénité et la transparence.On peut présumer que tous les professeurs et toutes les directions d\u2019établissement aspirent à ce même climat.QS L Dans les rues de Montréal, 22 mai 2012 G R A H A M H U G H E S / L A P R E S S E C A N A D I E N N E Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou Collaborateurs Ulysse Bergeron, Camil Bouchard, Serge Bouchard, Marie-Claude Bourdon, Viviane Desbiens, Catherine Girard, Joël Leblanc, Jessica Nadeau, Olivier Rey, Jean-Pierre Rogel et Jean-Louis Trudel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Christiane Beauregard, Alain Décarie, Frefon, Philippe Jasmin, Aaron McConomy Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Nathalie Dubreuil Tél.: 450 441-5718 514 512-4800 ndubreuil@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Juillet 2012 (499e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2012 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 38 Mille bélugas pour la suite du monde La chasse au béluga, magnifiquement filmée, il y a 50 ans, par les cinéastes Michel Brault et Pierre Perrault, a décimé la population du Saint-Laurent.Aujourd\u2019hui, malgré d\u2019intenses mesures de protection, le «marsouin» est toujours mal en point.À qui la faute?Par Jessica Nadeau 8 L\u2019oiseau de la discorde La grive de Bicknell pourrait faire achopper un mégaprojet éolien\u2026 Par Ulysse Bergeron 11 Vieilles souches Une des plus anciennes forêts du Québec dormait tranquillement dans une tourbière, jusqu\u2019à ce qu\u2019un étudiant futé l\u2019extirpe du passé.Par Joël Leblanc EURÊKA! 15 Parler à travers son gant Des étudiants montréalais ont conçu un gant capable de traduire la langue des signes.Par Catherine Girard 4 BILLET Le savoir et l\u2019argent Par Raymond Lemieux 7 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 45 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR 48 LU POUR VOUS Asimov: entre science et science-fiction Par Jean-Louis Trudel 49 TOILE DE FOND Par Marine Corniou 6 Camil Bouchard Rapport Parent, prise 2 ! 13 Jean-Pierre Rogel Comme un ours sur sa banquise 50 Serge Bouchard Le village de La Boucane Nos chroniqueurs Québec Science S 5 ANS H U G U E S D E G L A I R E A R C H I V E S D E L A C Ô T E - D U - S U D E T D U C O L L E G E D E S A I N T E - A N N E 6 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 n même temps que naissaitQuébec Science, en 1962, les membres de l\u2019équipe de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement dans la province de Québec travaillaient à la préparation d\u2019un rapport qui allait profondément changer la Province et l\u2019inscrire dans la modernité, le rapport Parent.La Commission publiera entre 1963 et 1965, par tomes successifs, un rapport audacieux concernant la situation de l\u2019éducation.Elle proposera des avenues nouvelles pour sortir le Québec de l\u2019ignorance et pour rendre accessible au plus grand nombre l\u2019éducation supérieure, jusque-là réservée à l\u2019élite.Le Québec moderne serait démocratique ou ne serait pas.Et cela allait commencer par l\u2019accès au savoir pour tous, partout.C\u2019était il y a 50 ans.J\u2019avais alors 17 ans.Je fréquentais le Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières, collège privé administré et animé par des prêtres séculiers.Je comptais parmi ceux qui, chanceux, avaient la possibilité de poursuivre des études supérieures.Chanceux de compter sur des parents qui avaient renoncé à l\u2019achat d\u2019une voiture et à mille autres plaisirs pour financer les études de leurs deux garçons et de leur fille.Je vénérais et leur générosité et le collège qui m\u2019ou vraient tout grands les yeux sur les humanités, la culture, la connaissance.Le rapport Parent annonçait la fin du cours classique, et la création d\u2019un réseau de collèges d\u2019enseignement général et professionnel (cégeps).Le choc ressenti à l\u2019intérieur des murs de l\u2019institution que je fréquentais fut grand, et les réactions, très négatives.L\u2019administration du collège allait mener un combat acharné contre cette réforme qui lui enlevait l\u2019exclusivité de l\u2019enseignement supérieur et qui le déconfessionnalisait.Quant à moi, je signai alors, dans le journal du collège, un éditorial faisant écho à leur réaction.Je m\u2019y rangeais clairement de leur côté, assimilant le rapport à du totalitarisme et le présentant comme une maléfique stratégie de contrôle de l\u2019État sur les cerveaux de ses enfants.Empruntant à l\u2019humour caustique, je comparais le ministre de l\u2019Éducation, Paul Gé- rin-Lajoie, à Hitler et à Charlotte Whitton, mairesse d\u2019Ottawa, les trois faisant preuve d\u2019autoritarisme dans la gouvernance et\u2026 portant la moustache! Paul Gérin-Lajoie entreprit une tournée des collèges privés pour les informer de ses intentions et les gagner à sa cause.Le directeur du séminaire prit un malin plaisir à lui mettre mon éditorial sous le nez.Le ministre demanda illico à me rencontrer.«Vous avez une belle plume et beaucoup d\u2019humour, me dit-il, mais je ne comprends pas votre acharnement contre ce projet du gouvernement.Vous pouvez m\u2019en dire plus?» me demanda-t-il.Les seuls mots qui me sont alors venus furent: «Mes parents se sont saignés à blanc pour que je puisse fréquenter ce collège, monsieur le ministre.» Ce à quoi il répondit: «Plus jamais cela ne devra se produire, mon ami.Tout le monde, riche comme pauvre, a droit à l\u2019éducation de la même façon.» Il venait de me faire découvrir l\u2019équité, la justice sociale, le droit à l\u2019éducation.Je lui en suis encore reconnaissant, comme je le suis envers ces étudiants qui, 50 ans plus tard, ont manifesté durant des mois et ont sacrifié leur trimestre, leur confort, leur bien- être pour défendre le droit à l\u2019éducation pour tous.L\u2019actuelle contestation de l\u2019augmentation des frais de scolarité aura pris toutes sortes de formes et aura suscité de très nombreux et passionnants débats sur la démocratie directe, sur la mobilisation citoyenne, sur le cassage, la violence, sur la répression policière, sur la créativité collective, sur le prétendu conflit des générations, sur la fracture entre le Québec métropolitain et celui des régions.Tous ces débats ne devraient cependant pas nous faire oublier que l\u2019enjeu premier de cette crise aura porté sur deux idéologies clairement marquées et mises en cause dans le rapport Parent : celle de l\u2019éducation comme un service acheté par l\u2019utilisateur-payeur contre celle d\u2019un droit à l\u2019éducation pour tous.L\u2019histoire n\u2019est jamais finie.QS Rapport Parent, prise 2! Il y a 50 ans, le rapport Parent prônait le droit à l\u2019éducation supérieure pour tous.Les associations étudiantes de 2012 poursuivent le même objectif.Par Camil Bouchard soucis Des et des hommes I L L U S T R A T I O N : F R E F O N - P H O T O : M A R I E - R E I N E M A T T E R A E Dévergondage touristique Estelle Lebel, de Candiac, approuve dema- nière inconditionnelle les propos tenus par Raymond Lemieux dans le «Billet» de juin- juillet 2012 sur l\u2019empreinte écologique du tourisme.«Il y a des années que j\u2019adhère en totalité à ce propos et que je m\u2019impose le silence, craignant d\u2019être taxée de jalousie ou de profonde inculture.Je ne peux m\u2019empêcher d\u2019associer notre dévergondage touristique actuel à une forme moderne d\u2019esclavage déguisé.(On ne m\u2019aimera pas!) Au-delà de l\u2019aspect écologique et de l\u2019empreinte néfaste sur l\u2019ensemble de notre planète, je suis particulièrement sensible à la grossière indécence qui consiste à aller se pavaner dans des régions du monde où le salaire moyen des familles autochtones est de 20 $ par semaine.Il y a là un égotisme primaire dont on ne mesure pas les conséquences\u2026» Hommage à un cow-boy solitaire Line Leblanc, de L\u2019Étang-du-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine, a découvert avec ravissement le plus récent livre de Serge Bou- chard et tient, dit-elle, à «rendre hommage à un cow-boy solitaire».«Je m\u2019empressais toujours de lire vos articles dans Québec Science et votre dernier livre, C\u2019était au temps des mammouths laineux,m\u2019a apporté autant de plaisir avec un supplément d\u2019histoire et un sens de l\u2019humour touchant.(.) On devrait vous lire dans nos écoles.Merci beaucoup d\u2019écrire de si belles histoires.» Des bâillements et des maths On vous disait que le bâillement est communicatif.Claude Auger, de Nicolet, le confirme : «Il est amusant de constater à quel point la simple lecture d\u2019un article sur ce sujet a entraîné chez moi un flot incessant de bâillements! Et ce n\u2019est pas par ennui! Très intéressant!» Il a aussi apprécié qu\u2019on lui suggère de lire le livre Alex au pays des chiffres.«Étant enseignant en mathématiques, j\u2019ai un intérêt marqué pour ce sujet.Ce livre est un petit bijou! Je le recommande fortement!» Mauvais pour les abeilles, bon pour les humains?En lisant l\u2019article de Jessica Nadeau, «Le cimetière des abeilles» (juin-juillet 2012) Viateur Émond, s\u2019est posé la question suivante : «Les néonicotinoïdes en cause sont- ils aussi ingérés par les humains lors de la consommation des aliments traités (et de leurs sous-produits)?Faut-il ne consommer que \u201cbio\u201d pour se protéger de leurs effets neuropathologiques?» Notre réponse : C\u2019est une question qui inquiète le milieu apicole, même si les chances sont assez faibles que des néonicotinoïdes se retrouvent dans le miel.En effet, les abeilles s\u2019empoisonnent alors qu\u2019elles butinent le pollen des plantes traitées avec ce pesticide, comme le maïs ou le soya.Or, pour fabriquer le miel, les abeilles n\u2019utilisent pas le pollen, mais bien le nectar de plantes sauvages comme le trèfle et la luzerne.Selon les spécialistes, si une contamination devait se produire, celle-ci serait marginale et se ferait à de très faibles doses qui ne devraient pas avoir d\u2019impacts sur la santé humaine.Merveilles sur merveilles «Je trouve exceptionnel \u201c40 merveilles géologiques du Québec\u201d signé Joël Leblanc, dans la dernière livraison de Québec Science.Bravo ! «Depuis sept ans, une équipe tente d\u2019implanter une aire protégée de type \u201cpaysage humanisé\u201d sur le versant nord de la Gas - pésie.Les mines et l\u2019éolien ont la cote davantage que notre paysage humanisé.Ça va lentement.Je suis président de l\u2019organisme Estran Paysage Humanisé et je trouve qu\u2019il y a dans cet article de quoi susciter ou ac - croître l\u2019acceptation sociale de notre projet.«Du vrai beau travail, que la production de Québec Science.» SOLUTION DE NOS SUDOKUS PROPOSÉS EN JUIN DERNIER Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 7 Au pied de la lettre Pascale Millot a reçu deux prix prestigieux pour son touchant reportage sur les soins palliatifs pédiatriques «Quand je serai plus là, qui va s\u2019occuper de mes poissons?» (octobre 2011).Le 24 mai dernier lors d\u2019une cérémonie au Monument-National, à Montréal, elle a obtenu le prix du reportage de l\u2019année remis par l\u2019Association des éditeurs de magazines du Québec.Puis, le 7 juin, à Toronto, elle a remporté la médaille d\u2019or dans la catégorie Santé-Médecine, décernée par la Fondation nationale des magazines canadiens.L\u2019artiste Isabelle Arsenault a elle aussi été honorée pour son illustration accompagnant le même reportage lors des Grands Prix 2012 de Magazines du Québec.Quant à Frefon, qui illustre brillamment la chronique de Camil Bouchard «Des soucis et des hommes», il a été couronné par l\u2019Association des journalistes indépendants du Québec, le 7 juin dernier, en recevant le prix de la meilleure illustration éditoriale.Quatre prix qui récompensent l\u2019excellence du contenu rédactionnel et visuel de votre magazine! MOISSON PRINTANIÈRE courrier@quebecscience.qc.ca Pascale Millot Isabelle Arsenault Frefon e projet de parc éolien de Rivière- du-Moulin a de quoi réjouir les écologistes.Les 175 éoliennes qui seront installées sur 154 km2 des territoires de Lac-Pikauba et de Lac-Ministuk, dans la Réserve faunique des Laurentides, à moins de 100 km au nord de Québec, devraient produire jusqu\u2019à 350 MW d\u2019ici 2 ans.Un énorme projet de 800 millions de dollars qui pourrait permettre d\u2019alimenter l\u2019équivalent de 55 000 maisons environ.Sauf que\u2026 Un petit oiseau chanteur communément appelé grive de Bicknell pourrait bien faire achopper le projet.«L\u2019habitat de la grive de Bicknell se trouve aux endroits les plus prisés par les promoteurs éoliens, dans l\u2019ensemble des Appalaches, qu\u2019il s\u2019agisse de la région de Charlevoix, de l\u2019Estrie ou de la Gaspésie», explique Frédéric Bussière, biologiste et responsable du volet conservation au Regroupement QuébecOiseaux, un organisme dédié à l\u2019observation des oiseaux.Catharus bicknelli était d\u2019ailleurs au centre du mémoire sur le projet de Ri- vière-du-Moulin, présenté au Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) en avril dernier.Ce petit oiseau qui a été élevé au rang d\u2019espèce en 1995 (avant cela, il était considéré comme une sous-espèce de la grive à joue grise) se reproduit et niche dans des zones forestières dominées par le sapin baumier, un conifère qu\u2019on retrouve dans le nord-est des États- Unis et le sud-est du Canada.«Il recherche les hauteurs», explique Frédéric Bussière.Tout comme les promoteurs de l\u2019industrie éolienne.Si les ornithologues sont si inquiets, c\u2019est que la grive de Bicknell ne se porte déjà pas très bien.Avec une population mondiale d\u2019environ 110 000 individus, elle est considérée comme une espèce «à risque élevé d\u2019extinction» par l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).Dans tous les États américains, elle est classée parmi les «espèces préoccupantes».Au Canada, le Comité sur la situation des espèces en péril lui attribue le statut «d\u2019espèce menacée».Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF) la classe dans la liste de la «faune vertébrée vulnérable».Si on en est arrivé là, ce n\u2019est certes pas à cause du développement éolien, mais de la déforestation dans les Caraï - bes.C\u2019est que l\u2019oiseau hiverne près de huit mois dans les Grandes Antilles, principalement sur l\u2019île d\u2019Hispaniola, où se trouvent Haïti et la République dominicaine.Plus de 90% des forêts haïtiennes et dominicaines ont disparu.Moins d\u2019arbres, mais plus de chats et de rats, qui constituent de nouveaux prédateurs pour le petit oiseau.Tous ces facteurs ont entraîné une diminution marquée de la population, surtout des femelles.On compterait désormais une Actualités QS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS 8 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 L L\u2019oiseau de la discorde La grive de Bicknell, un petit oiseau chanteur, qui se reproduit et niche principalement au Québec, pourrait faire achopper un mégaprojet éolien\u2026 Par Ulysse Bergeron R O B E R T O A S A N C H E Z / G R I V E : H U G U E S D E G L A I R E femelle pour deux ou trois mâles, selon certaines études, ce qui fait craindre pour la pérennité de l\u2019espèce.Raison de plus pour protéger ses aires de reproduction dont 80% à 95% sont situées au Québec.«Il est important d\u2019évaluer la situation dans sa globalité et non pas de traiter les projets un par un», avertit Junior Tremblay, biologiste et coordonnateur principal du dossier au MRNF.Ce n\u2019est pas simple, car elle a beau être toute petite, la grive de Bicknell est surveillée par plusieurs instances.«Comme tous les oiseaux migrateurs, elle est sous juridiction fédérale alors que les provinces ont juridiction sur son habitat», explique M.Trem - blay, précisant aussitôt que les deux paliers travaillent désormais ensemble pour la protéger.La biologiste Marjolaine Castonguay, présidente fondatrice de PESCA Environnement, une firme qui assure le recen - sement de la grive de Bicknell pour divers projets, relativise les conséquences du développement éolien sur l\u2019espèce, car des précautions sont déjà prises.«Une mesure contraint notamment les promoteurs à ne pas faire de coupes d\u2019arbres lors de la période de nidification et de reproduction», qui s\u2019étend de mai à août.Et ils doivent aussi reboiser les 100 m2 de forêt généralement coupés lors de l\u2019installation d\u2019une éolienne.Quant aux promoteurs éoliens, ils affirment tout faire pour ne pas mettre davantage en péril le petit volatile.Daniel Giguère, président d\u2019EDF Canada, société responsable du projet de Rivière-du-Mou- lin, affirme que l\u2019entreprise a déjà démé - nagé l\u2019emplacement de certaines éoliennes pour accommoder l\u2019espèce.«Même si cela entraîne une légère diminution de la production d\u2019énergie», dit-il.Son de cloche similaire de la part du président de l\u2019Association québécoise de la production d\u2019énergie renouvelable, Jean-François Sam- ray, qui souligne que, lors de projets futurs, on pourrait envisager «de créer des habitats propices à leur nidification comme on l\u2019a déjà fait avec les poissons en installant des frayères artificielles lors de projets hydroélectriques».Pour le Regroupement QuébecOiseaux, tout cela ne suffira pas.«Nous en connaissons trop peu sur l\u2019espèce à l\u2019heure actuelle.Il faudrait pousser davantage les études d\u2019impact lors de l\u2019élaboration d\u2019un projet», explique Frédéric Bussière.Le Regroupement compte bien continuer à surveiller tout ça de près afin de s\u2019assurer que la petite grive ne rende pas son chant du cygne! QS Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 9 Cartes postales du futur La société Space Adventures promet des voyages vers la Lune dès février 2017.Cela coûtera cher, prévient-on.Et ce sera risqué puisque aucun vol d\u2019essai n\u2019est prévu avant ces voyages.Alors rêvons un peu\u2026 En avant-première, voici les sites «archéologiques» que les touristes lunaires pourront contempler.Les photos ont été prises par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter au cours de deux passages qu\u2019elle a effectués en 2011 autour de notre satellite naturel, à 25 km d\u2019altitude.À tout seigneur tout honneur.Le cliché nous montre le site d\u2019alunissage d\u2019Apollo 11 qui a tant fait jaser en juillet 1969.On y distingue la partie du LEM (Lunar Excursion Module) que les astronautes Neil Armstrong et Edwin Aldrin ont laissée après leur mission, ainsi que leur caméra et un sismographe.Quant à la célèbre empreinte de semelle imprimée dans la mer de la Tranquillité, elle reste invisible aux yeux électroniques des sondes.Mais il ne faut pas désespérer, elle ne devrait pas s\u2019effacer si vite : près des monts Appenins, sur le site d\u2019alunissage d\u2019Apollo 15, on a repéré les traces de roues laissées par le jeep lunaire (cliché ).Le véhicule est d\u2019ailleurs encore là, ainsi qu\u2019une plaque pour commémorer les astronautes décédés au cours de missions spatiales.Dans la plus grande des mers lunaires, l\u2019océan des Tempêtes, qui a été le site visité par les astronautes d\u2019Apollo 12 (cliché ), on note l\u2019ombre du drapeau états-unien qui «flotte» encore après 35 ans! A A B C actualités N A S A CAMÉRA LEM SISMOGRAPHE TRACES DE ROUES DRAPEAU PLAQUES B C 10 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 actualités i on réchauffait un territoire arctique suffisamment pour que les glaciers fondent, quelles forêts y pousseraient en premier?«Elles seraient probablement clairsemées, et composées d\u2019épinettes et de mélèzes», dit Julien Colpron-Tremblay.L\u2019étudiant au doctorat de l\u2019Université Laval sait de quoi il parle : il a retrouvé les vestiges d\u2019une des premières forêts postglaciaires de la province.Conservés dans la tourbière de Saint- Lambert-de-Lauzon, près de Québec, à une profondeur de 5 m, des bases de troncs de 5 cm à 20 cm de diamètre, les racines entortillées, y reposaient depuis des siècles.Les restes d\u2019arbres ont été excavés.«La datation au carbone 14 sur 2 échantillons a permis de déterminer l\u2019âge des arbres : 9 300 ans, soit quelque 1 500 ans après le retrait des glaciers et de la mer de Champlain.» La tourbière étant exploitée commercialement, une coupe ouverte en dévoilait le fond.L\u2019œil de l\u2019étudiant avait été attiré par le bout d\u2019une petite racine.En creusant un peu et en suivant la racine, il est arrivé au tronc d\u2019un vieux mélèze.Et en fouinant encore plus, il est tombé sur une dizaine de vieilles souches.Trônant sur les comptoirs d\u2019un laboratoire du Centre d\u2019études nordiques de l\u2019Université Laval, les fossiles ressemblent à s\u2019y méprendre à\u2026 du bois.«De tels restes sont habituellement fragiles et très friables, explique le professeur Martin Lavoie qui supervise les travaux du doctorant.Mais ceux-ci sont intacts et étonnamment solides.Leur état de conservation exceptionnel a même permis d\u2019identifier les espèces.Les observations au microscope ont montré des structures cellulaires typiques des épinettes et des mélèzes.» Les cernes de croissance sont d\u2019ailleurs si apparents qu\u2019on peut déduire les condi- Une des plus anciennes forêts du Québec dormait tranquillement dans une tourbière, jusqu\u2019à ce qu\u2019un étudiant futé l\u2019extirpe du passé.Par Joël Leblanc Vieilles souches Sur cette coupe de la tourbière de Saint-Lambert- de-Lauzon, près de Québec (photo de gauche), on distingue, sous la tourbe, l\u2019ancien lit de la rivière Chaudière, les sables des plages de la mer de Champlain, qui s\u2019y trouvait jadis, et des argiles marines.C\u2019est dans la tourbe que le jeune chercheur a déterré la base de troncs (photo de droite) très anciens.S M A R C R O B I T A I L L E J U L I E N C O L P R O N - T R E M B L A Y Julien Colpron-Tremblay, de l\u2019Université Laval, a excavé de la tourbe des souches d\u2019arbres vieilles de 9300 ans.Une découverte qui pourrait aider à comprendre le rôle des tourbières dans les changements climatiques. Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 11 tions de vie de ces vénérables arbres.«En comptant les cernes, nous avons pu estimer que les arbres sont morts au bout de 60 à 100 ans, précise Julien Colpron-Trem- blay.Les cernes de croissance se forment chaque année et leur épaisseur dépend de la disponibilité des ressources.Les périodes difficiles sont marquées par des cernes petits et rapprochés.Ceux de nos souches sont justement très rapprochés.Nous pensons donc que les conditions étaient peu favorables : il faisait très froid et l\u2019eau liquide était rare.» Et à quoi ressemblait la forêt où ces arbres ont crû?« Ça devait ressembler un peu à la toundra d\u2019aujourd\u2019hui, avance prudemment l\u2019étudiant.De petits arbres rabougris qui croissent lentement sur un tapis de lichens et de mousses.On a aussi trouvé de nombreux morceaux de charbon, autre preuve que le climat était plutôt sec et qu\u2019il y avait des incendies.Cela indique aussi que la forêt était là depuis plus de 9 300 ans puisqu\u2019on trouve des troncs brûlés plus anciens que les souches.» Julien Colpron-Tremblay étudie comment une forêt se transforme en tourbière.D\u2019abord, une dépression se forme dans le sol où l\u2019eau reste stagnante.La sphaigne, une espèce de mousse, se met alors à croître et à envahir la zone.À mesure que les sphaignes anciennes meurent, des tiges plus jeunes poussent par-dessus.Ainsi s\u2019amoncèle la tourbe, couche par couche.Mais l\u2019acidité et l\u2019absence d\u2019oxygène qui prévalent en profondeur empêchent la décomposition de l\u2019ancienne sphaigne et, au fil des millénaires, la matière organique s\u2019accumule.«L\u2019excellent état des souches me porte à croire que la tourbière s\u2019est formée rapidement sur le site de Saint-Lambert.Cela nous donne des indications quant à la vitesse à laquelle les tourbières se développent encore aujourd\u2019hui.» Des informations précieuses, quand on sait qu\u2019elles sont de puissants puits de carbone, en ces temps de changements climatiques.QS LA TOMATE NUE Qu\u2019elle soit rouge, jaune ou mauve, cerise ou «cœur de bœuf», la tomate n\u2019aura bientôt plus de secrets pour les scientifiques! Ses 35 000 gènes viennent en effet d\u2019être séquencés par un consortium regroupant plus de 300 chercheurs de 14 pays, qui y travaillaient depuis 9 ans.Cette étude, publiée dans la revue Nature, fournira de précieux renseignements aux chercheurs du monde entier sur la variété Heinz (rendue célèbre par le ketchup), ainsi que sur sa cousine sauvage, Solanum pimpinellifolium, dont les génomes ne diffèrent que de 0,6%.Par extension, on en saura également plus sur les autres membres de la famille des solanacées, première source alimentaire après les céréales, qui regroupe la pomme de terre, le poivron et l\u2019aubergine.Grâce à ce savoir tout neuf, on entend bien améliorer le goût, la résistance et l\u2019apparence de ce fruit largement consommé.On en produit plus de 145 millions de tonnes chaque année.FINIES LES RADIOGRAPHIES?Et s\u2019il suffisait d\u2019une analyse d\u2019urine pour dépister l\u2019ostéoporose ou le cancer des os?C\u2019est ce que laisse espérer une étude publiée en mai dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences, par l\u2019équipe d\u2019Ariel Anbar, professeur à l\u2019Arizona State University, aux États-Unis.Pour connaître la baisse de la densité osseuse, qui caractérise de nombreuses maladies, les chercheurs ont analysé les urines d\u2019une douzaine de volontaires confinés au lit pendant 30 jours, un «repos » qui entraîne rapidement une dégradation des os.La perte osseuse peut bel et bien être décelée par un simple test urinaire, et ce, au bout de sept jours seulement! En fait, les os malades n\u2019incorporent pas le calcium de la même manière que les os sains.Par conséquent, le type et la quantité de calcium présent dans les urines sont modifiés dès que les os commencent à se détériorer.Ces travaux pourraient, entre autres choses, améliorer le diagnostic des cancers osseux, qui sont souvent détectés très tard, lorsque les lésions sont visibles par radiographie.Mais ils intéressent aussi la NASA qui les a d\u2019ailleurs financés.La perte osseuse est un réel problème pour les astronautes qui vivent en apesanteur pendant plusieurs semaines.F R E F O N partagelaroute.com Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 13 omme la plupart d\u2019entre vous, je n\u2019ai jamais vu un ours blanc ailleurs que dans un zoo ou à la télévision.Mais j\u2019avoue ma fascination pour ce colosse élégant, parfaitement adapté à son environnement austère.Je suis sensible aux inquiétudes des chercheurs qui étudient sa condition en ces temps de réchauffement climatique.Rappe- lons-le, le Canada héberge environ 15 000 des quelque 25 000 individus de la planè te.L\u2019ours blanc, qualifié par certains d\u2019ours maritime (de son nom latin Ursus maritimus) dépend de la banquise flottante, qu\u2019il utilise comme plateforme de chasse.Il y traque surtout des phoques qui composent l\u2019essentiel de son alimentation.Or, la banquise estivale a perdu 1 million de kilomètres carrés en 30 ans dans l\u2019Arctique.À certains endroits, comme près de Churchill, dans la baie d\u2019Hudson, la situation est dramatique.À la fin de l\u2019été, les ours attendent si longtemps le retour du froid et des glaces qu\u2019ils s\u2019affaiblissent au point où certains présentent des signes sévères de malnutrition.Ailleurs, plusieurs études ont démontré que la reproduction est en baisse.Des femelles qu\u2019on voyait jadis avec deux ou trois oursons n\u2019ont désormais qu\u2019un seul rejeton, et de plus petit poids.Or, en avril dernier, une nouvelle recherche sur les origines des ours a pu laisser croire que la situation n\u2019était pas si dramatique qu\u2019on pouvait le penser.En analysant l\u2019ADN du noyau des cellules d\u2019ours bruns et blancs, Frank Hailer et ses collègues du Centre de recherche sur la biodiversité et le climat à Frankfort, en Allemagne, en sont arrivés à la conclusion que l\u2019ours blanc n\u2019est pas un descendant récent de l\u2019ours brun.Ils soutiennent qu\u2019on a affaire à deux espèces bien distinctes et, surtout, qui se sont séparées il y a environ 600 000 ans.Jusqu\u2019alors les origines de l\u2019ours blanc restaient obscures et très discutées.En 2011, une recherche publiée dans Current Biology avait fait sensation.Elle révélait que les ours blancs actuels descendaient d\u2019une espèce d\u2019ours bruns aujourd\u2019hui disparue; la séparation ayant eu lieu il y a environ 130 000 ans, en Irlande.Quelques années plus tôt, une équipe de l\u2019université de Fairbanks, en Alaska, avait conclu, quant à elle, que les ours blancs avaient bien divergé des ours bruns (en fait des grizzly, qui forment une sous-espèce) mais que cet événement s\u2019était produit plutôt récemment, il y a seulement 14 000 ans sur les îles Admiralty, Baranof et Chi- chagof (les «îles ABC» de l\u2019Alaska).Quelles études faut-il croi - re?Les trois.En effet, les résultats ne sont pas in com - patibles, mais plutôt complémentaires, car ils sont basés sur deux types distincts d\u2019ADN.L\u2019étude publiée dans Science repose sur l\u2019ADN du noyau, issu du mélange du patrimoine génétique du père et de la mère.Les deux autres portent sur l\u2019ADN mitochon- drial (les mitochondries sont de petites usines énergétiques présentes dans toutes les cellules) qui n\u2019est transmis que par la mère et ne raconte donc qu\u2019une partie de l\u2019histoire héréditaire.Il est admis que les ours bruns et les ours blancs sont naturellement interféconds et peuvent s\u2019hybrider, les États- Uniens ayant même inventé les termes «pizzly» ou «grolar» (ce dernier sonnant de manière assez étrange en français, il faut le dire!) pour décrire ces cas d\u2019hybridation.Il est donc permis de penser que des espèces, devenues distinctes il y a 600 000 ans, se sont à nouveau croisées, il y a quelque 150 000 ans, et même plus récemment.Ainsi, des femelles d\u2019ours brun ont été fécondées par des ours blancs, et leurs descendants ont porté le génome mitochondrial des ours bruns.Par la suite, cet ADN «importé» a pu se répandre dans une population d\u2019ours blancs si les hybrides se sont reproduits avec des ours blancs.En l\u2019absence de fossiles qui permettraient la comparaison anatomique de spécimens bien datés et localisés, seule l\u2019analyse de l\u2019ADN nucléaire permet de remonter à l\u2019embranchement original, et celui-ci semble bien dater d\u2019il y a 600 000 ans.Cette vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel C Comme un ours sur sa banquise Apparu plus tôt qu\u2019on le pensait, l\u2019ours blanc a survécu à de grands changements climatiques.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il peut tout endurer.A N D R Z E J D U D Z I N S K I / S P L étude, attendue depuis longtemps, met donc de l\u2019ordre dans une histoire compliquée à souhait.Voilà pour le récit\u2026 Mais en quoi cette antiquité de l\u2019ours blanc nous renseigne-t-elle sur sa capacité d\u2019adaptation face aux changements climatiques?La plupart des experts demeurent circonspects, parce qu\u2019ils en savent trop peu pour tirer des conclusions.Mais plusieurs médias grand public ont monté en épingle une phrase de la conclusion de l\u2019article de Science: «Une origine évolutionnaire de plusieurs centaines de milliers d\u2019années implique que les ours blancs en tant qu\u2019espèce ont vécu plusieurs cycles glaciaires et ont eu beaucoup de temps pour s\u2019adapter aux conditions changeantes de l\u2019Arctique.» Donc, ont enchaîné les journalistes, puisqu\u2019ils ont survécu jus qu\u2019ici, on peut penser qu\u2019ils seront capa bles de s\u2019adapter au réchauffement clima tique en cours.En fait, ce n\u2019est pas ce que disent les auteurs de l\u2019étude.Après la phrase citée, ils poursuivent leur raisonnement en soulignant que la diversité génétique actuelle à l\u2019intérieur de l\u2019espèce est faible, ce qui suggère que les multiples périodes de réchauffement du passé ont nui aux populations d\u2019ours blancs.C\u2019est inquiétant, précisent-ils, «dans un contexte où les facteurs de stress dus à l\u2019activité humaine (empiètement sur les habitats naturels, chasse, accumulation de substances toxiques dans la chaîne alimentaire) sont susceptibles d\u2019amplifier l\u2019impact des changements climatiques, ce qui constitue une menace nouvelle et sérieuse à la survie de l\u2019ours blanc».Voilà donc la véritable conclusion des chercheurs, subtile et mesurée, certes pessimiste, mais pas fataliste pour autant.Un exemple de rigueur, qui nous entraîne au-delà des analyses à l\u2019emporte-pièce de certains médias.Quant au «grand blanc» de l\u2019Arctique, il n\u2019a sûrement pas fini de livrer les secrets de son ADN.QS 14 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 actualités LES ENVAHISSEURS À l\u2019instar des bactéries qui réussissent à déjouer l\u2019action des antibiotiques, des mauvaises herbes récalcitrantes (comme on dit au ministère de l\u2019Agriculture) ont été repérées au Québec.Des plants de petite herbe à poux, de morelle noire de l\u2019est et d\u2019amarante à racine rouge survivent maintenant aux épandages de glyphosate (alias N-[phosphonométhyl] glycine, C3H8NO5P, pour les amateurs de chimie).Cette substance est l\u2019élément actif du Roundup, un des herbicides les plus utilisés dans le monde.Les agronomes craignent, en plus, l\u2019arrivée de deux espèces de mauvaises herbes jamais observées auparavant, elles aussi résistantes : la vergerette du Canada et la grande herbe à poux, qui ont été repérées en Ontario.Le frère Marie-Victorin en aurait fait un cauchemar; chaque plant de vergerette produit jusqu\u2019à 100 000 graines qui se répandent au vent.Aux États-Unis, où on dénombre plus de 380 espèces récalcitrantes aux herbicides, des agriculteurs ont perdu leur ferme parce qu\u2019ils ne parvenaient plus à contrôler leur expansion.Les champs de soya seraient particulièrement menacés.DÉTECTEUR D\u2019HYDROGÈNE Les piles à combustible utilisant de l\u2019hydrogène comme source énergétique représentent une solution prometteuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.Elles présentent cependant un risque d\u2019explosion important, l\u2019hydrogène étant un gaz très inflammable.Les concepteurs de cette technologie examinent donc tous les moyens afin de prévenir les fuites de ce carburant.«Notre défi est de concevoir des capteurs d\u2019hydrogène plus économiques, performants et fiables, qui répondent aux exigences des véhicules à hydrogène, comme les autobus mis en service dans la région de Whistler, en Colombie-Britannique, lors des Jeux olympiques de 2010», résume Frédéric Domingue, professeur au département de génie électrique et génie informatique de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).De l\u2019ordre du millimètre carré et dotés d\u2019une résolution de quelques micromètres, ces capteurs peuvent être disposés à des endroits stratégiques dans le véhicule.Ils doivent résister à la pression, à l\u2019humidité, ainsi qu\u2019aux variations de température.Munis d\u2019une antenne minuscule, ils détecteront rapidement le gaz et transmettront immédiatement des signaux pour garantir la sécurité des utilisateurs.Inspirés par l\u2019origami, cet art du pliage de papier japonais, des chercheurs de Harvard ont utilisé des « briques » d\u2019ADN pour former des lettres, des chiffres et même des binettes microscopiques (Nature, juin 2012).La technique de l\u2019origami ADN, inventée en 2006 par un chercheur du California Institute of Technology, n\u2019a cependant rien d\u2019un passe-temps.En synthétisant des séquences d\u2019ADN et en les « agrafant » les unes aux autres par des liaisons chimiques, les chercheurs ont déjà réussi à créer des nanorobots anticancéreux ou encore des plans de circuits électroniques.Un petit jeu pour mieux comprendre : http ://wyss.harvard.edu/viewpage/ m-o/interactive-feature-molecular-origami ORIGAMI ADN MOT DE SCIENCE F R E F O N Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 15 eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT P H I L I P P E J A S M I N as facile pour les sourds de communiquer avec les entendants qui ne maîtrisent pas la langue des signes.Mais des étudiants de l\u2019École polytechnique de Montréal ont mis au point un «gant sensoriel» qui permettra de faciliter le dialogue entre ces deux solitudes.Il s\u2019agit d\u2019un véritable gant de polyester et de nylon qui, grâce à 16 capteurs de fibres optiques, enregistre les moindres mouvements de la main.Lorsque les doigts plient, l\u2019intensité de la lumière qui traverse les fibres optiques varie.Ces différences sont notées par les capteurs, puis décodées par l\u2019ordinateur \u2013 ou le téléphone \u2013 auquel est branché le dispositif, ce qui permettra, à terme, de «traduire» la langue des signes en phrases lisibles \u2013 ou audibles \u2013 par tous.C\u2019est au cégep, alors qu\u2019il étudiait en technologie physique, que Lucas Majeau a eu cette brillante idée.Ce qui ne devait être qu\u2019un projet de fin d\u2019études a pris une tout autre tournure lorsque le jeune homme est entré à l\u2019École polytechnique de Montréal, à l\u2019automne 2010.Lucas décide en effet de soumettre son innova - tion à PolyProject, une société technique qui regroupe des étudiants de toutes les branches et de tous les cycles du génie.PolyProject \u2013 ou «PP» comme disent ses membres \u2013 a pour mandat de mener à terme les projets les plus prometteurs parmi les inventions qui lui sont présen - tées.Le groupe d\u2019ingénieurs en herbe de Po- lyProject est immédiatement séduit.À l\u2019époque, le prototype de gant ne servait qu\u2019à actionner une main robotique.C\u2019est le professeur Alberto Teyssedou qui sug - gère de modifier la vocation du gant afin d\u2019en faire un outil de communication pour les sourds et muets.Après des mois de travail et de remue- méninges, Lucas et sa bande parviennent P Lucas Majeau et son gant sensoriel Parler à travers son gant Des étudiants montréalais ont développé un gant capable de traduire la langue des signes.Connecté à un téléphone intelligent, ce dispositif pourrait donner une voix à ceux qui n\u2019en ont pas.Par Catherine Girard 16 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 à élaborer une version améliorée du gant, mais surtout à concevoir une interface permettant de décoder les signes exécutés par la main de l\u2019utilisateur.Avec l\u2019aide d\u2019une interprète en langue des signes québécoise (LSQ), ils montent un répertoire d\u2019une dizaine de mots.«Pour l\u2019instant, le gant n\u2019est pas en mesure de traduire des phrases complètes, mais nous y travaillons», raconte Yahya El Iraki, un étudiant en génie électrique qui a beaucoup contribué au développement du logiciel de traduction.La syntaxe de la LSQ est en effet très différente de celle du français.Par exemple, la phrase «Je veux manger une pomme» sera signée «Pomme manger veux», ce qui complique son interprétation.Même s\u2019il n\u2019est pas encore tout à fait au point, le gant de PolyProject fait sensation partout où il passe.Lors de l\u2019édition 2011 des compétitions québécoise et canadienne d\u2019ingénierie, il a permis à l\u2019équipe de décrocher respectivement la deuxième et la troisième position dans la catégorie «Design innovateur».Il a également valu au groupe une nomination au Gala Forces AVENIR 2011.«Le prix nous a échappé au profit d\u2019un étudiant qui a mis au point un outil de rééducation virtuelle.Et cet outil, c\u2019était un gant sensoriel ! Ça prouve que notre gant peut avoir plusieurs applications», se réjouit Lucas Majeau.Fort de son succès, le groupe a été invité, au printemps dernier, à participer à la toute première conférence TEDx organisée par l\u2019Université de Montréal.Cet événement, qui s\u2019inspire des conférences TED (pour Technology, Entertainment, Design) organisées chaque année en Californie, rassemble différents spécialistes qui partagent leurs idées avec le public.«Ce genre de gant existe déjà sur le marché, mais les modèles qui possèdent le même degré de précision que le nôtre coûtent plus de 10 000 $.Notre objectif est de créer un produit plus abordable», explique Lucas Majeau.Le groupe de futurs ingénieurs se concentre ainsi sur la réalisation d\u2019un quatrième \u2013 et dernier \u2013 prototype.«Notre but est de créer une version commercialisable de notre gant, puis de trouver une compagnie qui prendra le relais pour la mise en marché», dit Yahya El Iraki.Ce gant n\u2019a donc pas fini de faire jaser! QS +Pour en savoir plus www.tedxmontreal.com eurêka! > > Tout compte fait TABAC, LES GÈNES ACCROS Alors que certains fumeurs parviennent à arrêter leur consommation de tabac du jour au lendemain, d\u2019autres luttent des années avant de décrocher\u2026 Une question de volonté?De génétique, plutôt! Certains gènes, on le sait, accroissent en effet la dépendance à cette substance.Selon une étude menée par des chercheurs de l\u2019université Washington, à Saint-Louis au Missouri, ces mêmes gènes pourraient aussi augmenter l\u2019efficacité des traitements de sevrage! En étudiant plus de 6 000 fumeurs, les chercheurs ont démontré que les personnes dont les gènes les poussaient à fumer davantage répondaient 3 fois mieux aux patchs à la nicotine ou aux médicaments antitabac que les «petits fumeurs».9 secondes et 45 centièmes C\u2019est le temps que pourrait mettre le champion du monde Usain Bolt afin de courir le 100m, selon les calculs de John Barrow, professeur de mathématiques à l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni.À en croire ce chercheur, le Jamaïcain, reconnu comme le meilleur sprinter de tous les temps, «plafonne» à 9 secondes et 58 centièmes, alors qu\u2019il pourrait gagner encore 0,13 seconde, sans effort supplémentaire! Comment?En diminuant de moitié son temps de réaction au départ, «étonnamment long» (0,10 seconde) par rapport à celui de certains sprinters.Ensuite, un vent favorable soufflant dans son dos à 2 m/s (la vitesse maximale pour homologuer un record) pourrait le faire arriver 0,05 seconde plus tôt.Enfin, il suffirait de le faire courir en altitude, où la densité de l\u2019air est moindre, pour qu\u2019il gagne 0,03 seconde de plus.Le mathématicien rappelle que, en 1968, lors des Jeux olympiques de Mexico, qui se sont déroulés à 2 240 m d\u2019altitude, de nombreux records de vitesse ont ainsi été battus.Malheureusement, Londres n\u2019est pas vraiment réputée pour ses montagnes! Le sous-sol québécois regorge de terres rares, ces métaux indispensables aux technologies de pointe.Plusieurs mines pourraient être mises en exploitation dès 2016.À quel prix pour l\u2019environnement?Par Marine Corniou LA RUÉE VERS LES TERRES RARES Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 17 ls s\u2019appellent néodyme, dysprosium, erbium, yttrium, etc.Pour la plupart d\u2019entre nous, ces noms étranges n\u2019évoquent rien.Et pourtant, ils sont partout ! Ces éléments aux propriétés optiques et magnétiques exceptionnelles se retrouvent dans les écrans tactiles de nos téléphones intelligents, dans les écouteurs de nos iPhones, dans les moteurs de nos voitures, les batteries et les disques durs de nos ordinateurs, dans les ampoules fluo- compactes.Au nombre de 17 et regroupés sous le terme de «terres rares» dans le tableau périodique, ces métaux sont devenus, en quelques années, indispensables.Et forcément très convoités! À l\u2019heure actuelle, plus de 400 projets miniers de recherche de terres rares seraient en cours dans 36 pays, dont le Canada.«C\u2019est une vraie course contre la montre I P H O T O : S P L pour arriver à être le premier à les exploiter», affirme Michel Jébrak, professeur au département des sciences de la Terre et de l\u2019atmosphère à l\u2019Université du Québec à Montréal.Au Québec, selon le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, une trentaine de sites seraient exploitables.Un atout qui n\u2019a pas échappé au premier ministre Jean Charest.Selon lui, le Plan Nord pourrait contribuer à régler le problème d\u2019accessibilité à ces précieux métaux, aujourd\u2019hui au cœur d\u2019enjeux géopo liti - ques et de tensions diplomatiques opposant la Chine au reste du monde.«Contrairement à ce que leur nom indique, ces métaux ne sont pas rares; il y en a un peu partout sur la planète.Mais pour le moment, la Chine extrait 97% des terres rares que l\u2019on retrouve sur le marché des métaux, alors que ce pays ne détient que 37% de la réserve mondiale», a expliqué Christian Hocquard, géologue au Bureau français de Recherches Géologi - ques et Minières, lors du congrès Québec Exploration qui s\u2019est tenu dans la Vieille Capitale fin 2011.Or, depuis 2006, alors que la demande augmente d\u2019environ 6% par an, la Chine ne cesse de réduire ses exportations, créant un vent de panique sur les marchés.En 2011, Pékin a baissé de 35% les quotas d\u2019exportation de terres rares par rapport à 2010, officiellement pour préserver l\u2019environnement et les ressources naturelles.En fait, il s\u2019agit plus probablement pour le géant asia - tique d\u2019inciter les entreprises étrangères à venir s\u2019implanter sur son territoire et à produire sur place le matériel de pointe.«Résultat, les prix se sont envolés, indique Christian Hocquard.Le dysprosium coûtait 32 $ le kilo en 2003; la même quantité se vendait à plus de 3 500 $ en juillet 2011.Quant au prix de l\u2019europium, il est monté jusqu\u2019à 6 760 $ le kilo.Plus cher que l\u2019argent !» De quoi inquiéter les Nations unies, l\u2019Union européenne et l\u2019Agence américaine de l\u2019énergie, qui ont toutes publié des rapports alarmants sur la pénurie imminente (dès 2015) de métaux «critiques», dont font partie les terres rares.Le 13 mars dernier, les États-Unis, l\u2019Union européenne et le Japon ont même porté plainte contre la Chine auprès de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) pour ses pratiques «déloyales» sur les exportations de terres rares.«Ces métaux sont indispensables au développement des technologies vertes comme les capteurs solaires photovol- taïques, les moteurs de voitures hybrides ou les aimants utilisés dans les turbines des éoliennes», explique Christian Hoc- quard.Autre application stratégique \u2013 et non des moindres \u2013, l\u2019industrie militaire, et notamment la fabrication de radars, de lasers ou de têtes de missiles.Pour tous les pays, il y a donc urgence à exploiter de nouvelles mines hors de Chine.vec sa géologie, le Québec est plutôt gâté.«On trouve les terres rares dans des roches magmatiques issues d\u2019une fusion partielle du manteau terrestre, comme celles constituant le mont Royal et les montérégiennes, qui correspondent à d\u2019anciennes zones de rift», indique Michel Jé- brak.Au total, quatre projets d\u2019exploration sont en cours dans la province, dont un très avancé dans la région de Chicoutimi (voir l\u2019encadré ci-contre).Mais ces métaux donnent du fil à retordre aux compagnies minières, car ils cumulent beaucoup de défauts.Ils sont peu concentrés (constituant souvent moins de 1% de la roche hôte), difficiles et coûteux à extraire.«On connaît environ 200 types de roches qui contiennent des terres 18 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Lanthane Cérium Yttrium Scandium Praséodyme Néodyme Prométhium Samarium Euro p Un véhicule hybride: 10 à 20 kg de terres rares A Feux arrière Europium Moteurs électriques secondaires, aimants Néodyme, praséodyme Batterie, pot catalytique, filtre anti-particules Cérium, lanthane Additifs diesel Cérium, lanthane rares, mais on ne sait les extraire qu\u2019à partir de 3 ou 4 d\u2019entre elles.Mettre un nouveau gisement en production est donc techniquement très complexe», poursuit le spécialiste.Il faut d\u2019abord déterrer le minerai, le plus souvent dans des mines à ciel ouvert, puis en séparer les terres rares, en adaptant la technique à chaque type de gisement.En général, après broyage de la roche, cette séparation est effectuée par flottation, un processus qui consiste à rendre les minéraux convoités hydrophobes grâce à divers réactifs chimiques et à les mettre en suspension dans de l\u2019eau moussante.L\u2019écume qui surnage présente alors une concentration en terres rares pouvant atteindre 30% à 60%.«Sur notre site, on procède à une première séparation magnétique, puis on attaque la roche avec une solution d\u2019acide pour dissoudre les terres rares.On élimine les impuretés et on précipite les métaux pour obtenir un mélange de terres rares solide», explique Paul Blatter, directeur de la métallurgie chez Matamec Explorations Inc., la compagnie qui explore le gisement de Kipawa, au Témiscamingue.C\u2019est là que le bât blesse.Tous ces procédés requièrent de nombreux solvants et acides forts, ainsi que de grandes quantités d\u2019eau et d\u2019énergie, car ils s\u2019effectuent le plus souvent à haute température.Une calamité pour l\u2019environnement! «Il y a aussi le problème de stockage des déchets, car quasiment tous les minerais de terres rares contiennent des éléments radioactifs \u2013 en particulier de l\u2019uranium et du thorium \u2013 en quantités variables, explique le géologue Christian Hocquard.C\u2019est un vrai paradoxe : on a besoin des terres rares pour Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 19 LES QUATRE PROJETS MINIERS QUÉBÉCOIS Au Québec, quatre projets d\u2019exploration sont déjà lancés et pourraient être exploités d\u2019ici deux à cinq ans.Un site riche en terres rares a été découvert à proximité de la mine de niobium Niobec, de Saint-Honoré, au nord de la ville de Saguenay, actuellement exploitée par IAMGOLD.C\u2019est le projet le plus avancé, puisque la puissante minière canadienne n\u2019a pas besoin de trouver de financement pour explorer ce nouveau gisement.Plus au nord, à la frontière du Labrador, vers le lac Strange, les forages de l\u2019entreprise Quest Rare Minerals ont confirmé la présence d\u2019un gisement de terres rares.«Mais ce site présente des inconvénients.Il est très isolé, et il se situe près d\u2019un parc naturel», précise le géologue Michel Jébrak.Quant à la région de Lebel-sur-Quévillon, en Abitibi, on y trouverait l\u2019un des plus importants gisements de néodyme du monde (et au total plus de 200 millions de tonnes de terres rares).Selon l\u2019entreprise Ressources GéoMégA, qui travaille actuellement à optimiser les procédés d\u2019extraction des terres rares sur ce site, «il s\u2019agit d\u2019une découverte spectaculaire, le troisième plus important gisement mondial à l\u2019extérieur de la Chine».Enfin, le gite de Kipawa, au Témiscamingue, abrite de nombreux métaux stratégiques : zirconium, tantale, niobium, etc.L\u2019entreprise Matamec Explorations Inc.devrait terminer l\u2019étude de faisabilité pour cette mine fin mars 2013.«Si elle est concluante et qu\u2019on obtient les permis requis, l\u2019exploitation pourrait débuter au début de 2016», selon son président André Gauthier, qui a déjà signé une lettre d\u2019intention avec Toyota Tsusho pour l\u2019achat de 200 tonnes de dysprosium par an destinées à la fabrication de moteurs hybrides.o pium Gadolinium Terbium Dysprosium Holmium Erbium Thulium Ytterbium Lutétium Moteur et générateur électrique hybride Dysprosium, néodyme, praséodyme, terbium Verre des phares Néodyme Polissage des vitres, miroirs, vitrage anti-UV Cérium Écran à cristaux liquides Cérium, europium, lanthane, terbium développer les énergies vertes, mais leur extraction est très polluante.» Partout dans le monde, la ruée vers les terres rares suscite l\u2019inquiétude.«Toutes les mines de terres rares en exploitation ont engendré de graves problèmes de pollution», affirme sans détours Ramsey Hart, coordinateur du programme Mi- ningWatch Canada.La Chine paie d\u2019ores et déjà le prix fort pour sa suprématie.Dans la province de la Mongolie intérieure, autour de la grande mine de Bayan Obo qui fournit plus de la moitié des terres rares du pays, les sols sont contaminés par des métaux lourds, l\u2019air est saturé de poussières toxiques et le nombre de cancers explose, comme l\u2019a rapporté l\u2019Agence France Presse en 2011.Les paysans ne peuvent plus exploiter leurs champs, et ils sont contraints de porter des masques tant l\u2019air est irrespirable.Et pour cause.Selon la Société chinoise des terres rares, la production d\u2019une tonne de ces métaux à Bayan Obo s\u2019accompagne du rejet d\u2019une quantité phénoménale de gaz contenant de l\u2019acide sulfurique, de l\u2019acide fluorhydrique et du dioxyde de soufre, d\u2019eau acide et d\u2019une tonne de déchets radioactifs! En 2006, les bassins à résidus couvraient déjà 11 km2 aux alentours de la ville de Baotou, l\u2019équivalent de 10 000 piscines olympiques contenant 149millionsde tonnesdedéchets faiblement radioactifs! Un rapport du Bureau de la protection environnementale de Baotou paru en 2006 a révélé que les eaux souterraines étaient contaminées par plus de 10 produits chimiques.Quant aux échantillons de sol prélevés près des décharges, ils contenaient 36 fois la quantité normale de thorium.Rien pour nous donner envie d\u2019aller y passer nos vacances.«La libération de poussières radioactives dans l\u2019air est préoccupante mais le risque principal est la contamination radioactive des nappes phréatiques lorsque les bassins de rétention ne sont pas étanches à long terme ou en cas de débordements causés par de fortes pluies», explique Doris Schüler, chercheuse à l\u2019Öko-Institut, en Allemagne, et auteure d\u2019un rapport parlementaire européen sur le recyclage des terres rares.Ces problèmes de pollution sont connus depuis longtemps, et ils ont conduit à la fermeture, en 2002, du gisement de Mountain Pass, situé en Californie.De 1960 à la fin des années 1980, cette mine assurait la majeure partie de la production mondiale de terres rares (dont la demande était encore minime), mais la concurrence chinoise et le déversement accidentel d\u2019un million de litres d\u2019eau contaminée dans le désert californien ont eu raison de son activité.Temporairement, du moins.Car la mine, qui a été modernisée, reprendra sa production à la fin de l\u2019année, avec un permis d\u2019exploitation jusqu\u2019en 2042.À en croire les compagnies minières nord- américaines, le fait d\u2019exploiter cette richesse sur notre continent plutôt qu\u2019en Chine garantira de meilleures pratiques environnementales.Molycorp, la société qui gère la mine de Mountain Pass, compte par exemple réduire la consommation d\u2019eau de 50% par rapport à ce qui était utilisé au milieu des années 1990, tout en recyclant certains des réactifs utilisés et en alimentant sa propre centrale thermoélectrique.20 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 En Chine, autour de la grande mine de Bayan Obo, les sols sont contaminés par des métaux lourds, l\u2019air est saturé de poussières toxiques et le nombre de cancers explose.La Chine produit 97% des terres rares mondiales.La mine de Bayan Obo, à 650 km à l\u2019ouest de Pékin, en fournit plus de la moitié, au prix de graves problèmes sanitaires et environnementaux.À proximité de sa mine de niobium, près de Saguenay, la compagnie IAMGOLD a découvert un gisement d\u2019oxydes de terres rares qu\u2019elle estime être «le plus gros hors de Chine».Des forages exploratoires de 14000 m ont déjà été effectués en 2011.L A P R E S S E C A N A D I E N N E uQuébec, la sociétéMatamec assure qu\u2019elle prendra elle aussi les précautions nécessaires, notamment en ce qui concerne l\u2019exposition des travailleurs aux radiations.«Par chance, notre gisement contient peu d\u2019uranium, 3 000 fois moins que ce qu\u2019on trouve dans les mines d\u2019uranium de la Saskatchewan.L\u2019uranium sera extrait avec des solvants et stocké dans des parcs à résidus.On a calculé qu\u2019il faudrait passer 20 000 heures près de ces résidus pour atteindre la dose annuelle à ne pas dépasser, alors que subir un scan à l\u2019hôpital suffit pour fournir la moitié de la dose maximale», affirme Paul Blatter.Si le risque est assurément moindre dans nos pays qu\u2019en Chine, il n\u2019est pas négligeable pour autant.«Le prix des terres rares est volatil et il y a toujours le risque que les entreprises qui s\u2019intéressent à ces gisements, et qui sont toutes de jeunes compagnies, abandonnent les sites non rentables sans les décontaminer.En outre, au Canada, les réglementations sur les rejets miniers ne sont pas assez strictes et les mines de terres rares pourraient rejeter des éléments toxiques \u201cnouveaux\u201d, qu\u2019on connaît mal et qui échapperont aux réglementations actuelles», déplore Ramsey Hart.Quant à la rentabilité de ces mines, elle reste à prouver.«Étant donné qu\u2019on les utilise en faibles quantités, l\u2019exploitation des terres rares hors de Chine a longtemps été non rentable», explique Christian Hoc- quard.Alors qu\u2019on consomme 40 millions de tonnes d\u2019aluminium chaque année et 2 milliards de tonnes de fer, les besoins annuels en terres rares ne sont que de 50000 à 200 000 tonnes.Le problème, c\u2019est qu\u2019une augmen - tation du nombre de mines pourrait faire chuter les prix et rendre l\u2019affaire moins juteuse, d\u2019autant qu\u2019il faut 5 à 10 ans pour compléter les études de faisabilité et de rentabilité, et des dizaines \u2013 voire des centaines de millions \u2013 de dollars pour mettre une mine en service.«On est un peu dans le même contexte qu\u2019avec l\u2019aluminium au début du XXe siècle, qui était rare et cher mais dont les besoins ont augmenté de façon exponentielle.Les terres rares constituent sans aucun doute une filière de développement intéressante pour le Québec, estime Michel Jébrak, qui dirige la Chaire UQAT- UQAM en entreprenariat minier.Mais la concurrence sera rude et il y aura peu de sites élus.» Rendez-vous dans quelques années pour savoir si le jeu en valait la chandelle.QS Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 21 ET SI ON RECYCLAIT?Face à la réduction des exportations chinoises, la riposte s\u2019organise, et plusieurs pays misent sur le recyclage des terres rares.Le recyclage des terres rares est quasi inexistant, car trop coûteux et complexe.On estime que moins de 1% de ces métaux sont récupérés.«Jusqu\u2019à maintenant, seule la Chine détenait le savoir-faire pour recycler les terres rares lors du traitement des déchets miniers issus de l\u2019extraction primaire.Cela va prendre plusieurs années pour organiser le recyclage dans les autres pays, d\u2019autant qu\u2019il n\u2019y a pas encore beaucoup de rebuts qui contiennent ces métaux», explique Doris Schüler, de l\u2019Öko-Institut, en Allemagne.Mais la hausse des prix est en train de changer la donne.En avril dernier, l\u2019entreprise automobile Honda a entamé un vaste programme de recyclage des batteries de ses véhicules électriques.L\u2019objectif?Récupérer jusqu\u2019à 80% des terres rares qui s\u2019y trouvent pour fabriquer de nouvelles batteries ou d\u2019autres pièces d\u2019auto.En France, Rhodia, leader mondial de la chimie à base de terres rares, s\u2019est elle aussi lancée dans cette activité.Depuis janvier 2012, l\u2019usine située à La Rochelle récupère et sépare les terres rares contenues dans les ampoules fluocompactes usagées.Le recyclage de 4 000 tonnes d\u2019ampoules lui permet ainsi de récupérer 17 tonnes de terres rares.«Dès l\u2019automne 2012, nous allons également recycler les terres rares issues des batteries nickel-hydrure métallique des voitures hybrides et celles des aimants permanents», explique Lamia Narcisse, de Rhodia.Les États-Unis et le Japon concentrent eux aussi leurs efforts de recherche sur le recyclage des tonnes de déchets électriques et électroniques produits chaque année.Et il y a de la marge! En 2009, seuls 38% des ordinateurs, 8% des téléphones et 5% des ampoules fluocompactes étaient recyclés aux États-Unis.A I A M G O L D ontrairement aux jeunes filles de son âge, Annabelle* est insensible au charme de Justin Bieber, la pop star des adolescents.Non pas qu\u2019elle ne le trouve pas mignon, mais elle est incapable d\u2019apprécier ses ballades.Tout comme elle ne saisit rien du hip-hop, du rock, du folk ou de toute autre forme de musique.Pourtant, Annabelle, 13 ans, a grandi dans un univers de mélomanes.Sa mère, qui l\u2019a élevée au son de Mozart, a toujours accordé beaucoup d\u2019importance à l\u2019apprentissage du quatrième art.Dès l\u2019école maternelle, la fillette a donc suivi des leçons de musique.Elle a aussi fait partie d\u2019une chorale pendant près de deux ans sans jamais parvenir à chanter avec justesse des airs aussi simples que Frère Jacques ou Joyeux anniversaire.C\u2019est qu\u2019Annabelle souffre d\u2019un mal étrange : l\u2019amusie.Ce trouble, qui touche environ 4% de la population mondiale, affecte la capacité à percevoir et à produire de la musique.Congénitale, comme c\u2019est le cas pour Annabelle, ou subie à la suite d\u2019un accident, elle se manifeste de différentes façons.«Certains \u201camusiques\u201d n\u2019arrivent pas à reconnaître des airs familiers ou à discerner les fausses notes, alors que d\u2019autres n\u2019ont aucun sens du rythme ou ne supportent tout simplement pas d\u2019entendre une mélodie», explique Marion Cousineau, stagiaire postdoctorale au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), situé à Montréal.L\u2019amusie est au cœur des travaux du BRAMS.La cofondatrice de ce centre de recherche unique au monde, Isabelle Peretz, est non seulement l\u2019une des premières neu- roscientifiques à s\u2019être intéressée à cette dysfonction, mais elle est aussi l\u2019une des premières à avoir proclamé l\u2019existence du «cerveau musical».En étudiant les cas de personnes totalement insensibles aux mélodies mais ayant conservé leurs autres facultés cognitives (comme le langage ou la mémoire), la neuropsychologue a démontré que certaines structures cérébrales sont spécifi que ment dédiées au traitement de la musique.Grâce à l\u2019imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IMRf) \u2013 une technique qui permet de visualiser l\u2019activité neuronale en mesurant le taux d\u2019oxygène du sang circulant dans le cerveau \u2013, nous savons maintenant quelles zones cérébrales sont stimulées lorsque nous sommes exposés à la musique.«Le cerveau décode la musique, un peu comme il le fait avec les images.C\u2019est la raison pour laquelle de nombreuses structures sont mises à contribution dans le cerveau musical», in- 22 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 La bosse de la musique On dit souvent que les virtuoses ont une excellente oreille.Les neuroscientifiques croient plutôt que c\u2019est entre les deux oreilles que se situe l\u2019explication du génie musical.Par Catherine Girard C I L L U S T R A T I O N : C H R I S T I A N E B E A U R E G A R D B R A M S Isabelle Peretz, cofondatrice du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), cherche à comprendre le cerveau musical; ici, en compagnie d\u2019une de ses jeunes patientes.* Annabelle n\u2019est pas son vrai nom.Elle tient à garder l\u2019anonymat. | 13 Lb, dhl Ni \u2018 : hantlng WA 1] © Jl 1 / / ) £7 No PF « 9 | PEs A) I Lo ! 9 9 î dique Daniel Levitin, qui dirige le Laboratoire pour la perception, la cognition et l\u2019expertise musicale de l\u2019Université McGill.Comment résonne donc une mélodie dans le cerveau?Pour écouter un air, nous faisons précisément appel au cortex auditif (qui procède à l\u2019analyse sommaire des notes) et au cortex préfrontal (qui se base sur ce que nous avons déjà entendu afin d\u2019établir des attentes quant à l\u2019harmonie, au rythme et à la tonalité du morceau musical).Si la mélodie répond à ces attentes, ou si elle les transgresse d\u2019une manière agréable, les zones responsables du plaisir s\u2019activent elles aussi.«En ce sens, la musique produit le même effet que la consommation de certaines drogues», note Robert Zatorre, neu- ropsychologue et codirecteur du BRAMS.ais ce n\u2019est pas tout.Le cerveau musi cal comprend également les régions motrices, sollicitées lorsque nous jouons d\u2019un instrument ou que nous chantons; le cortex visuel, bien utile pour déchiffrer les partitions; l\u2019hippocampe, siège de la mémoire grâce auquel nous reconnaissons les airs familiers; le cervelet, sorte de métronome permettant de battre la mesure; de même que les aires du langage.«C\u2019est la défaillance dans certaines de ces zones cérébrales qui cause l\u2019amusie.Ce qui n\u2019a donc rien à voir avec un problème auditif», indique Marie-Andrée Lebrun, étudiante au doctorat en neu ro psy chologie de l\u2019Université de Montréal, qui s\u2019est penchée sur le cas d\u2019Annabelle.À l\u2019aide de l\u2019imagerie cérébrale, des chercheurs de l\u2019Institut neurologique de Montréal et du BRAMS ont en effet découvert que le cortex auditif et le gyrus frontal inférieur droit (situé dans le lobe frontal) des personnes atteintes d\u2019amusie congénitale contiennent moins de matière blanche.Or, c\u2019est cette substance qui assure la transmission des influx nerveux entre les différentes régions cérébrales.«Que l\u2019on soit incapable de distinguer une symphonie de Mahler d\u2019un concert de casseroles découlerait, en partie, d\u2019une mauvaise connexion entre le cortex auditif et le lobe frontal, centre de la pensée consciente», précise Robert Zatorre qui a collaboré à ces travaux.Pour l\u2019amusie acquise, c\u2019est une autre histoire.Elle résulte la plupart du temps de lésions dans les lobes temporaux, où se situe le cortex auditif.Il n\u2019y a pas que le cerveau des personnes amusiques qui soit différent.Celui des virtuoses l\u2019est aussi.«Les anatomistes seraient bien en peine d\u2019identifier le cerveau d\u2019un artiste plasticien, d\u2019un écrivain ou d\u2019un mathématicien \u2013 mais ils reconnaîtraient celui d\u2019un musicien professionnel sans la 24 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Émotions et amusie Même s\u2019ils sont incapables de décoder les mélodies, certains amusiques peuvent percevoir les émotions qu\u2019elles véhiculent.«J\u2019ai déjà rencontré une femme qui, à la suite d\u2019une rupture d\u2019anévrisme, ne parvenait plus à reconnaître les airs qui lui étaient autrefois familiers.Pourtant, en entendant le fameux Adagio attribué au compositeur italien Albinoni, elle disait que la mélodie était si triste qu\u2019elle lui faisait penser à l\u2019Adagio d\u2019Albinoni», raconte Isabelle Peretz.Pour déterminer si une chanson est gaie ou mélancolique, les personnes atteintes d\u2019amusie se basent souvent sur l\u2019analyse du tempo, explique la neuropsychologue.«La plupart des amusiques arrivent à distinguer le rythme des mélodies», précise-t-elle.Les morceaux lents sont ainsi associés à la tristesse, alors que les plus rapides sont considérés comme joyeux.M Cortex sensoriel Informations tactiles concernant la danse ou le jeu d\u2019un instrument Cortex moteur Mouvements tels que battre du pied, danser ou jouer d\u2019un instrument Cortex préfrontal Création des attentes; transgression et satisfaction Corps calleux Relie les deux hémisphères Noyau accumbens Réactions émotionnelles à la musique Amygdale cérébelleuse Réactions émotionnelles à la musique Hippocampe Mémoire musicale, souvenirs des expériences musicales et de leur contexte Cortex auditif Première étape de l\u2019écoute, perception et analyse des notes Cervelet Mouvements tels que battre du pied, danser ou jouer d\u2019un instrument Cortex visuel Lire la musique, observer les mouvements d\u2019un musicien O W E N E G A N / U N I V E R S T É M c G I L L S C H É M A : M I C H E L R O U L E A U D \u2019 A P R È S D A N I E L L E V I T I N Avant de s\u2019intéresser au «cerveau musical», le neuroscientifique Daniel Levitin produisait des stars internationales comme Grateful Dead ou Santana.Il est aussi saxophoniste et guitariste! moindre hésitation», écrit l\u2019auteur deMu- sicophilia, le neurologue états-unienOliver Sacks.Leur corps calleux \u2013 la partie qui relie les deux hémisphères cérébraux \u2013 est ainsi plus volumineux que celui des non- musiciens.On a aussi remarqué que le côté gauche du planum temporal (une zone du cortex auditif) est beaucoup plus développé que le droit chez les personnes dotées de l\u2019oreille absolue \u2013 qui sont capables de reconnaître n\u2019importe quelle note sans aucune référence.ach, André Mathieu, Wagner et les autres prodiges seraient-ils donc nés avec un cerveau «pré-câblé» permettant de décoder plus aisément la musique?La question intriguait déjà le neuroscientifique Daniel Levitin alors qu\u2019il travaillait comme producteur de disques pour des stars internationales comme Grateful Dead, Santana, k.d.lang ou Eric Clapton, ou qu\u2019il jouait comme saxophoniste et guitariste aux côtés de Bobby McFerrin, Sting, David Byrne ou Blue Öyster Cult.Curieux, il s\u2019est tourné vers l\u2019étude savante du cerveau pour trouver une réponse.«Malheureusement, les re cher ches qui ont été effectuées jusqu\u2019à maintenant ne nous apportent toujours pas la preuve formelle que les gens qui jouissent d\u2019aptitudes musicales particulières possèdent à la base une configuration neurologique différente, ou si, au contraire, leur cerveau se modifie par la pratique musicale», souligne le chercheur de l\u2019Université McGill qui persiste à penser que le talent des virtuoses s\u2019explique en partie par la génétique.«Nous savons déjà que certaines caractéristiques attribuables aux gènes, comme un joli timbre de voix ou de grandes mains, peuvent donner une longueur d\u2019avance en ce qui a trait à la pratique de la musique», rap- pelle\u2013t-il, lui qui s\u2019est déjà fait dire qu\u2019il avait des mains trop petites pour la guitare.«Je crois que l\u2019inné et l\u2019acquis jouent tous deux un rôle dans le talent musical.Ceux qui héritent de gènes musiciens ne deviennent pas automa tiquement des génies dans le domaine; ils n\u2019ont que plus de facilité à apprendre », nuance le neuropsychologue.Une étude récemment menée sur le développement du potentiel musical lui donnerait raison.Lors de cette recherche, Robert Zatorre et son équipe ont demandé à des non-musiciens d\u2019apprendre le piano à raison d\u2019une demi-heure par jour pendant six semaines.En comparant les clichés d\u2019imagerie cérébrale fonctionnelle pris avant le début des leçons et ceux pris à la fin de l\u2019expérience, les chercheurs ont constaté, chez tous les sujets, une augmentation de l\u2019activité cérébrale dans les aires motrices et dans la région pariétale, laquelle peut être considérée comme une interface entre le système moteur et le système sensoriel.L\u2019amplification de l\u2019activité neuronale était cependant beaucoup plus marquée chez certains participants.Robert Zatorre émet déjà quelques hypothèses.«Il a été démontré que le gyrus de Heschl, une zone adjacente au planum temporal, est plus épais chez les personnes qui possèdent une habileté pour la musique.Je ne serais pas surpris de découvrir que cette particularité existe aussi chez les non-musiciens qui ont le mieux répondu à l\u2019expérience», dit-il.Le neuropsychologue croit également que les participants dont l\u2019activité cérébrale a connu une importante hausse après les leçons de piano pourraient, à l\u2019inverse des amusiques, posséder plus de matière blanche dans certaines zones de leur cerveau.Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 25 B Pourquoi chantons-nous comme des casseroles?Les airs que nous fredonnons dans notre tête nous semblent toujours justes.Alors pourquoi nous arrive-t-il de fausser lorsque vient le temps de pousser la chansonnette?C\u2019est la question à laquelle Sean Hutchins, stagiaire postdoctoral au BRAMS, a voulu répondre.Le chercheur a d\u2019abord demandé à des musiciens et à des non-musiciens de chanter une note qu\u2019il leur faisait entendre.Les sujets devaient ensuite jouer cette note à l\u2019aide d\u2019un appareil électronique muni d\u2019une bande tactile qui leur permettait de passer d\u2019une note à l\u2019autre en y faisant simplement glisser un doigt.Les résultats se sont révélés surprenants.Plus de 4 non-musiciens sur 10 ont échoué à la tâche vocale.En revanche, le taux de réussite avec le synthétiseur a été de 97%.Quant aux musiciens, même si leurs prouesses vocales ont surpassé celles des non-musiciens, ils ont eux aussi eu plus de succès avec le dispositif électronique.Sean Hutchins a répété la même expérience, mais en faisant entendre aux participants un enregistrement de leur propre voix plutôt qu\u2019un son électronique.Encore une fois, les sujets réussissaient mieux à l\u2019aide du synthétiseur.Cependant, leurs aptitudes vocales étaient globalement plus élevées que lors de la première étude.«Ces tests ont permis de mesurer trois choses : la perception des notes, la capacité à traduire des sons et le contrôle moteur de la voix», explique le scientifique.D\u2019après lui, le fait que pratiquement tous les participants soient parvenus à reproduire les notes grâce à l\u2019appareil électronique démontre qu\u2019ils perçoivent correctement les sons.«Donc même les mauvais chanteurs ont l\u2019oreille juste», résume-t-il.Selon l\u2019étude, c\u2019est la traduction du timbre qui donne le plus de fil à retordre aux piètres interprètes.Le timbre est en quelque sorte la signature sonore d\u2019un instrument.C\u2019est ce qui nous permet de distinguer un piano d\u2019un violon, par exemple.Or, plus du tiers des sujets étaient incapables de traduire avec la voix les sons produits de façon électronique.Pour d\u2019autres, c\u2019est plutôt le contrôle vocal qui posait problème.Près de un participant sur cinq parvenait sans mal à reproduire les notes à l\u2019aide du synthétiseur, sans toutefois y arriver avec la voix.«Les meilleures performances des musiciens laissent croire qu\u2019il est possible de s\u2019améliorer avec de la pratique.Mais être un bon chanteur implique d\u2019autres facteurs dont nous n\u2019avons pas tenu compte lors de l\u2019étude, comme le timbre de voix et la capacité de mémorisation», souligne Sean Hutchins.Lorsqu\u2019on écoute de la musique, certaines aires cérébrales s\u2019activent (en orange sur notre schéma); quand nous imaginons une mélodie, ce sont les aires en bleu qui s\u2019allument; et quand nous vaquons à nos occupations habituelles, ce sont les zones reproduites en vert.Après un apprentissage musical de six semaines, certaines aires motrices ainsi que la région pariétale deviennent plus actives.Cette dernière région est considérée comme une interface entre le système moteur et le système sensoriel.Sillon intrapariétal Cortex prémoteur gauche S I B Y L L E H E R H O L Z Sean Hutchins (et son ungénieuse bande tactile) en compagnie d\u2019Isabelle Peretz.U N I V E R S I T É D E M O N T R É A L 26 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Le syndrome de la musique Gloria Lenhoff est une musicienne de grand talent aux États-Unis.En plus de posséder l\u2019oreille absolue, l\u2019accordéoniste et soprano de 57 ans connaît par cœur plus de 3 000 chansons et peut les interpréter sans accent dans une trentaine de langues.Pourtant, son QI n\u2019est que de 65 et elle est incapable d\u2019effectuer une simple addition.Gloria souffre du syndrome de Williams, une maladie congénitale qui se caractérise, entre autres choses, par une déficience intellectuelle et une sociabilité exacerbée, et qui s\u2019accompagne très souvent d\u2019aptitudes musicales hors du commun.Le neuropsychologue Daniel Levitin a notamment remarqué que les personnes atteintes de ce trouble avaient un excellent sens du rythme.«Nous avons demandé à quelques sujets de reproduire, en tapant des mains, des séquences rythmiques de plus en plus complexes.Les participants souffrant du syndrome de Williams réussissaient aussi bien, voire mieux que les personnes normales», affirme le chercheur.Grâce à l\u2019imagerie cérébrale, nous savons que le néocérébellum \u2013 la partie du cervelet qui est apparue le plus tardivement \u2013 des gens atteints du syndrome de Williams est plus développé que la normale.Or le cervelet joue un rôle crucial dans le cerveau musical.En plus de participer aux réactions émotionnelles suscitées par la musique, c\u2019est lui qui nous permet de battre la mesure.Il n\u2019est donc pas surprenant qu\u2019une hypertrophie de cette structure cérébrale se traduise par des capacités exceptionnelles.Une autre étude par imagerie cérébrale a quant à elle permis de révéler que les gens souffrant du syndrome de Williams ne décodent pas les mélodies de la même manière.L\u2019exposition à la musique allume leur cerveau de façon plus diffuse, tout en stimulant davantage leur amygdale, centre de la mémoire émotionnelle.Selon Daniel Levitin, qui a participé à la recherche, ces résultats expliqueraient eux aussi la relation particulière qu\u2019entretiennent ces individus avec le quatrième art.CONCOURS SCIENTIFIQUE INTERCOLLÉGIAL sot.cdsp.qc.ca Mechant moineau 20e éd t on Tim Côté, Maxime Corriveau et Olivier Goyette Cégep de Granby Haute-Yamaska Fél c tat ons aux gagnants ! FINALE NATIONALE 5 MAI 2012 Cégep de Saint-Jérôme Robert Zatorre sait que la génétique ne peut expliquer à elle seule les résultats de son étude.Selon lui, d\u2019autres facteurs, comme le contexte familial, influent sur le développement des aptitudes musicales.Mozart, André Mathieu et bien d\u2019autres ont grandi au sein d\u2019une famille de musiciens.Des histoires comme celles de Beethoven ou du compositeur allemand Robert Schumann démontrent toutefois qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de naître dans un univers de mélomanes pour devenir virtuose.De toute évidence, le cerveau musical n\u2019a pas livré tous ses secrets.Et souhaitons qu\u2019il y demeure toujours une part d\u2019ombre.Le mystère ne fait-il pas partie intégrante du charme des grandes œuvres?QS +Pour en savoir plus De la note au cerveau.L\u2019influence de la musique sur notre comportement, Daniel Levitin, Les Éditions de l\u2019Homme, 2010.Musicophilia.La musique, le cerveau et nous, Oliver Sacks, Éditions du Seuil, 2009.www.brams.org Le Centre des sciences de Montréal présentera une exposition sur le thème de la musique et du cerveau à compter du 1er novembre.www.centredessciencesdemontreal.com K E N T U K Y .C O M dpt ET) 0S PE da ABEND , en, Echièrche du LA MUSIQUE : LA CLÉ VERS UN BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET PSYCHOLOGIQUE ?Comprendre les complexités de la perception et de la gestion de la douleur est un défi scientifique majeur et un enjeu de société important.La professeure Laura Mitchell étudie 'impact de la musique sur la perception de la douleur et, conséquemment, sur ses propriétés analgésiques afin d'augmenter le bien-être des personnes vivant avec des douleurs aiguës et chroniques.Accessible, non invasive et appréciée de tous, la musique s'avère un antidouleur efficate, seule ou combinée avec d'autres approches thérapeutiques, www.ubishops.ca/phwbcluster Ce site est disponible en anglais seulement.UNIVERSITÉ &) BISHOP'S UNIVERSITY 28 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Si tout se passe bien, le robot Curiosity atterrira sur Mars dans quelques jours.Bourré d\u2019instruments scientifiques, il va arpenter la planète rouge pour savoir si elle a pu héberger la vie.Et, peut-être, préparer l\u2019arrivée de futurs astronautes.Par Olivier Rey Sojourner Poids: 10,6 kg Durée: 85 jours Année: 1997 Opportunity Poids: 170 kg Durée: 8 ans + Année: 2004 Des ingénieurs de la NASA avec trois générations d\u2019astromobiles (ou rovers), au Jet Propulsion Laboratory, à Pasadena, en Californie N A S A / J P L - C A L T E C H Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 29 Curiosity Poids: 899 kg Durée: 15 ans Année: 2012 près plus de huit mois de voyage, Mars Science Laboratory (MSL) va enfin arriver à destination début août.Dans ses flancs, il porte un robot sur roues, baptisé Curiosity, qui ira arpenter les vastes plaines rouges de Mars, pour y analyser le sol et les roches, comme l\u2019ont fait récemment Spirit et Opportunity.«Cette mission a cependant un objectif différent, explique John Grotzinger, res pon sable scientifique de la mission.Curiosity est plus perfectionné; nous voulons savoir si, à une période donnée, dans son passé, l\u2019environnement martien a pu être compatible avec la vie, voire favoriser son apparition.» En regard de ses prédécesseurs, Curiosity est du genre costaud.Il est gros comme une automobile et pèse près d\u2019une tonne! «Spirit et Opportunity avaient la taille d\u2019une voiturette de golf et pesaient à peine 180 kg chacun», note John Grotzinger.Même si l\u2019astromobile (le mot français pour rover!) est capable de déterminer si la vie a été possible sur L\u2019AVENTURE RECOMMENCE A Mars, il ne sera pas à même de «renifler» la vie elle-même.«L\u2019existence ou non de la vie sur Mars est une vaste question, précise John Grot- zinger.Curiosity n\u2019a pas la capacité de détecter les processus qui signeraient la présence de métabolismes biologiques présents actuellement sur la planète.Pas plus qu\u2019il n\u2019a la possibilité de visualiser des micro-organismes ou leur équivalent fossile.» Pour effectuer ce type de recherche, il faudrait un robot encore plus gros muni d\u2019instruments autrement plus performants, et l\u2019expertise de nombreux laboratoires différents.Car si la vie a existé sur Mars, c\u2019est vraisemblablement sous une forme microbiologique, beaucoup plus difficile à détecter qu\u2019un hypothétique mammifère martien courant devant les caméras des robots explorateurs.a mission se contentera donc de déterminer si l\u2019environnement martien a déjà été accueillant pour la vie, même sous une forme primitive.Depuis quelques années, les découvertes sur les capacités du monde vivant à s\u2019épanouir dans des milieux dits extrêmes se sont multipliées, comme dans les sources chaudes au fond des océans.Alors qu\u2019on n\u2019aurait jamais imaginé que quelque créature que ce soit puisse résister à ces conditions plus de quelques secondes, force est de constater que la vie s\u2019y épanouit au contraire sous de multiples formes.Les scientifiques ont également découvert des bactéries vivant très confortablement dans des lieux pour le moins inhospitaliers.Le professeur Lyle Whyte (voir l\u2019encadré en page 33), de l\u2019Université McGill, travaille sur des bactéries qui vivent parfaitement dans des environnements glacés comme le pergélisol, les glaciers, la glace de mer ou encore des sources salines très froides.D\u2019autres ont aussi été trouvées dans des milieux extrêmement chauds (plus de 100 °C), acides ou présentant une pression inouïe (à des milliers de mètres dans le sol ou dans les profondeurs de la mer).Qu\u2019en est-il sur Mars?L\u2019équipe qui a conçu Curiosity fonde de grands espoirs sur le cratère Gale, où l\u2019engin va atterrir.Plus particulièrement le mont Sharp, protubérance typique au centre de ce cratère d\u2019impact météoritique.Les trois satellites en activité qui tournent autour de Mars ont permis de constater que cette zone cumulait suffisamment de bizarreries pour 30 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Curiosity en bref C\u2019est la plus grosse de toutes les astromobiles jamais envoyées sur la planète rouge.Un engin costaud et perfectionné qui transporte des instruments de haute technologie.Spirit, Opportunity et les autres.Lancés en août 2003, les modules d\u2019atterrissage de la NASA des missions MER A et MER B (pour Mars Exploration Rover) se sont posés sur le sol martien en janvier 2004.Spirit et Opportunity ont alors commencé leur mission d\u2019exploration pour analyser le sol et les roches.Programmés pour trois mois, ces bons petits ouvriers ont fait preuve d\u2019une robustesse et d\u2019une ténacité exemplaires.Spirit a continué à fonctionner jusqu\u2019en 2008, moment où il s\u2019est enlisé.Il a alors perdu peu à peu sa capacité à se recharger en énergie, incapable d\u2019orienter correctement ses panneaux solaires.Opportunity, lui, court toujours dans les plaines martiennes.Après huit ans et demi de bons et loyaux services, il continue à envoyer régulièrement des relevés et des données.La caméra Mastcam permet d\u2019obtenir des images haute définition de l\u2019environnement; Chemcam, quant à elle, sert à déterminer la composition des roches martiennes à l\u2019aide d\u2019un laser d\u2019une portée de 7 m.CheMin identifie et quantifie les minéraux présents dans les échantillons de roches collectés par le bras de robot, par diffraction des rayons X.SAM est un laboratoire conçu pour détecter et analyser les matières organiques dans le sol.La station météo REMS fournit des informations sur la pression, la température, les vents et les niveaux de rayonnements ultraviolets.La caméra MARDI réalisera des photos de la zone d\u2019atterrissage pendant la descente.RAD quantifie les radiations en provenance du soleil ou du rayonnement cosmique, pour évaluer le risque auquel seraient exposés d\u2019éventuels astronautes.DAN est un détecteur à neutrons qui mesure la présence d\u2019hydrogène (et donc potentiellement d\u2019eau) sous la surface du sol.Ce bras robotisé est muni d\u2019une caméra (Mahli) qui prendra des images très détaillées du sol, et d\u2019un spectromètre à rayons X (APXS) capable de déterminer la composition des roches martiennes.L R U B E N S P A I V A qu\u2019on aille y jeter un œil.«D\u2019une part, le mont Sharp est plus gros que ce que laisserait supposer la taille du cratère, explique Richard Léveillé.D\u2019autre part, la région est riche en couches sédimentaires.Et on se demande bien pourquoi.» À la base du mont, ces sédiments contien nent surtout des roches argileuses résultant d\u2019une interaction de la roche avec l\u2019eau, alors que celles qui se trouvent près du sommet, contiennent plus de sulfates.Ils auraient pu être déposés par le vent, car de tels éléments se retrouvent souvent ailleurs sur Mars.«Tout cela laisse supposer que le mont Sharp a été le témoin de changements majeurs, probablement climatiques, dit Richard Léveillé, scientifique de l\u2019Agence spatiale canadienne et membre de l\u2019équipe scientifique de MSL.C\u2019est comme si, à un certain moment, il avait fait plus chaud sur Mars; il y aurait peut-être eu des lacs.» Pour résoudre les énigmes du mont Sharp, Curiosity devra toutefois commencer par atterrir.À cause de sa taille, impossible de se servir de la technique des airbags \u2013 ces coussins qui se déploient à l\u2019arrivée, enveloppent une sonde pour la faire rebondir et ainsi amortissent le choc de l\u2019atterrissage.Elle effectuera sa descente Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 31 Avant d\u2019être installé sur la capsule de Mars Science Laboratory, l\u2019immense parachute a été soumis à de durs tests.Mais rien ne vaudra l\u2019épreuve de la réalité.Mars la périlleuse Plusieurs missions envoyées vers la planète rouge ne sont jamais arrivées.D\u2019autres sont arrivées en mille morceaux.En tout, une vingtaine se sont soldées par de cuisants échecs.Le lancement reste une phase délicate (sept échecs).Certaines des fusées chargées de propulser les sondes n\u2019ont même pas quitté l\u2019orbite terrestre, comme Mariner 8, en 1971.Les sondes peuvent aussi se perdre avant d\u2019atteindre la banlieue martienne ou en arrivant enfin au bout du voyage (10 échecs).Mars Observer, en 1993, s\u2019est volatilisée quand les liaisons radio qui la reliaient à la Terre se sont mystérieusement rompues.Mars Polar Lander, en 1999, quant à elle, s\u2019est tout bonnement écrasée sur le sol (comme deux autres sondes), pour une raison là encore inconnue.Les concepteurs de MSL vont croiser les doigts très fort le 5 août prochain.N A S A / J P L / P I O N E E R A E R O S P A C E Trois minutes avant d\u2019arriver, à 10 km d\u2019altitude au-dessus de Mars, la capsule qui transporte Curiosity déploiera un parachute de 16 m de diamètre pour freiner sa descente.À 1800 m d\u2019altitude, 8 rétrofusées entreront en action pour finalement immobiliser l\u2019engin à 20 m du sol.L\u2019astromobile sera ensuite descendue doucement par un câble. en parachute.Mais dans les quelques secondes qui précèderont l\u2019arrivée au sol, Curiosity sera descendu au moyen d\u2019un filin, un peu comme pourrait le faire le treuil d\u2019un hélicoptère.u sol, l\u2019astromobile devrait avan cer à la vitesse moyenne d\u2019une trentaine de mètres par heure (vitesse maximale : une centaine de mètres par heure) et pourra passer par-dessus des obstacles de 75 cm de haut.Curiosity peut ainsi transporter une dizaine d\u2019instruments de mesure différents.Parmi eux se trouve l\u2019APXS (Alpha Particles X-Ray Spectrometer [spectro- mètre à particules alpha et rayons X]) conçu à l\u2019université de Guelph, en Ontario.«Cet appareil combine deux méthodes de mesure pour déterminer la composition des sols et des roches, confie Richard Léveillé.Deux types de rayons sont projetés sur la roche à analyser.Les radiations, modifiées par les matériaux rencontrés, sont réfléchies vers l\u2019instrument qui peut ainsi déterminer la nature de la roche.» La contrainte : APXS doit être placé à quelques millimètres de son objet d\u2019étude pour éviter toute interférence avec l\u2019atmosphère.L\u2019appareil est donc divisé en deux parties.Le générateur d\u2019ondes et le récepteur se situent dans un carrousel d\u2019une quarantaine de centimètres de diamètre, au bout du bras articulé se trouvant sur Curiosity.La partie de mesure, elle, se trouve dans le corps du robot.Richard Léveillé, comme ses collègues internationaux associés à la mission, se trouvera alors en Californie, au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, qui a conçu Mars Science Laboratory.Il vivra pendant trois mois au rythme martien où les journées comptent 24 heures et 37 minutes.«Nous devons procéder ainsi, en raison des temps de communication, explique le chercheur.Une fois un ordre envoyé au robot, le message met au moins huit minutes pour lui parvenir.De plus, les communications pour lancer des commandes ou recevoir des données ne sont possibles qu\u2019à certains moments des journées martiennes.Autre contrainte, le robot ne peut pas être vraiment actif pendant la nuit martienne, pour des questions de visibilité mais aussi de température.» Si le thermomètre avoisine le point de congélation en journée, il descend bien au-dessous une fois le Soleil couché; on peut en effet côtoyer les -60 °C, en hiver, pendant la nuit.32 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 «Tout laisse supposer que le mont Curiosity va atterrir, a été le théâtre majeurs, probablement climatiques», Richard Léveillé, de l\u2019Agence spatiale Après un voyage qui a commencé fin novembre 2011, Curiosity se posera au pied du mont Sharp, dont les strates géologiques pourraient fournir d\u2019importants indices sur l\u2019existence possible d\u2019une vie ancienne sur la planète rouge.Mont Sharp, 5,5 km de hauteur Zone d\u2019atterrissage De l\u2019eau liquide sur Mars?Il fait si froid sur la planète Mars qu\u2019y trouver de l\u2019eau liquide est impensable.Et lorsque la température remonte, la pression atmosphérique très basse empêche la liquéfaction.La glace se sublime : elle passe directement à l\u2019état de vapeur en sautant l\u2019étape liquide.Cela dit, il y a peut-être déjà eu de l\u2019eau liquide sur Mars, autrefois.Son atmosphère était alors sans doute plus dense et la pression plus importante.Autre possibilité, la présence d\u2019une eau contenant beaucoup de sels.La sonde Phénix, qui s\u2019est posée sur Mars en 2008, a prouvé récemment la présence de perchlorates dans le sol.Or ces sels peuvent faire baisser le point de congélation de l\u2019eau à -40°C! La future mission martienne de la NASA, Maven (un satellite qui sera lancé en 2013), explorera son atmosphère et pourra peut-être expliquer en partie pourquoi Mars paraît dotée d\u2019une atmosphère plus ténue que dans un lointain passé.A N A S A / J P L - C A L T E C H / E S A / D L R / F U B E R L I N / M S S S our les détracteurs de l\u2019exploration spatiale qui se demandent pourquoi dépenser encore des milliards de dollars (2,5 pour être exact) afin d\u2019aller se balader sur Mars, les chercheurs ont des réponses toutes prêtes.«Chaque fois que nous explorons Mars, explique Richard Léveillé, nous faisons des trouvailles inattendues.Dans les derniers mois, le robot Opportunity a découvert des formations semblables à du gypse.C\u2019est très intéressant parce que ça pourrait signifier la présence d\u2019eau chaude sous forme d\u2019un lac, peut-être à cause d\u2019un impact de météorite ou d\u2019une activité volcanique.» Le scientifique en est persuadé, Curiosity apportera aussi son lot de surprises et permettra de préparer de futures missions.«C\u2019est la planète la plus semblable à la Terre que nous connaissons, ajoute John Grotzinger.Apprendre sur Mars nous permet de mieux comprendre l\u2019histoire de notre planète.» MSL va ainsi servir à préparer des missions encore plus sophistiquées dont celles qui permettraient de ramener des échantillons martiens sur Terre.Et si le mont Sharp s\u2019avère aussi intéressant que prévu, il pourrait justement servir de point d\u2019atterrissage à cette expédition.Curiosity emmène aussi avec lui de quoi mesurer les radiations solaires et cos - miques qui frappent le sol martien, des informations essentielles pour préparer la venue des premiers humains.Mais il ne faut pas rêver, prévient François Spiero, responsable des vols habités au Centre National d\u2019Études Spatiales en France.Il s\u2019intéresse à cette question depuis qu\u2019il est tout jeune.«Le développement technologique exigé pour un vol habité vers Mars coûterait extrêmement cher et on le remet toujours à plus tard, explique-t- il.Il faudrait notamment résoudre le problème de la protection des astronautes soumis au bombardement cosmique pendant les trois ans que durerait l\u2019ensemble de la mission.Il faudrait aussi mettre au point des moyens de propulsion plus complexes, capables d\u2019emmener des dizaines de tonnes de matériel et résoudre le problème d\u2019une source d\u2019énergie constante et fiable.Sans parler des besoins alimentaires de l\u2019équipage.» L\u2019avantage d\u2019une mission habitée?«Les robots mettent des heures pour accomplir des choses pourtant très simples, plaide François Spiero.Un homme peut effectuer la même opération en quelques minutes.Seul un humain a une grande dextérité et une faculté d\u2019analyse rapide.Les recherches seraient donc beaucoup plus efficaces, d\u2019autant qu\u2019il faut de 8 à 20 minutes entre le moment où l\u2019on envoie un ordre à un robot et celui où il l\u2019exécute.» Mais vivre pendant trois ans dans un espace confiné avec les mêmes personnes constitue tout un défi psychologique et exige beaucoup de préparation.Ainsi, dans le cadre de l\u2019expérience Mars 500, menée par l\u2019Agence spatiale européenne, 6 hommes ont été enfermés pendant 520 jours dans des caissons simulant un voyage réel.Les aspirants astronautes sont sortis le 4 novembre 2011 et les résultats n\u2019ont pas encore été dévoilés.D\u2019autres activités se déroulant actuellement dans la station spatiale internationale ont elles aussi pour but de préparer les vols humains de longue durée.Avec un peu d\u2019optimisme, on peut très bien imaginer l\u2019arrivée d\u2019un Neil Armstrong sur Mars vers 2033.QS Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 33 t Sharp, où re de changements », explique le canadienne.L\u2019expérience Mars 500, menée par l\u2019Agence spatiale européenne.520 jours enfermés dans une boîte! De la vie sur Mars?Lyle Whyte, microbiologiste et responsable de la formation en exobiologie à l\u2019Université McGill, suit de près la mission MSL, car elle pourrait bien étayer le fait que la vie a existé sur Mars.«On trouve des composés biologiques dus à des réactions chimiques ou géologiques partout dans l\u2019espace, dit-il.Pourquoi pas sur Mars?» Cependant, analyser la vie à l\u2019aide de robots n\u2019est pas simple, parce qu\u2019il faut multiplier les instruments et les examens pour être sûr de la nature de ce qu\u2019on observe.«Ce qui implique beaucoup de matériel et l\u2019expertise de nombreux laboratoires différents.» Le chercheur pense d\u2019ailleurs que, si de la vie existe encore sur Mars aujourd\u2019hui, elle se cache probablement dans les profondeurs du sol où on peut trouver de l\u2019eau, de la glace mais aussi être protégé des rayonnements cosmiques et solaires.Le centre de recherche High Arctic de McGill P E S A Comment expliquez-vous l\u2019immense popularité des Jeux olympiques dans le monde?D\u2019abord, les cinq anneaux représentant les cinq continents envoient un message d\u2019universalité très puissant.En principe, les Jeux sont neutres, ne s\u2019immiscent pas dans le politique et tout le monde peut y participer.Même des petits pays qui ne sont pas membres de l\u2019ONU, comme la Palestine, peuvent y envoyer une délégation.Il y a aussi le caractère vertueux des Jeux.Ils ne sont pas teintés par la violence parfois associée au sport professionnel.L\u2019esprit olympique est synonyme d\u2019abnégation, de persévérance et de poursuite de l\u2019excellence.Des vertus que Pierre de Coubertin voulait transmettre à la jeunesse de son époque.Le fondateur des Jeux modernes ne s\u2019inspirait pas seulement de la Grèce antique, mais aussi des public schools du Royaume-Uni qu\u2019il admirait et qui encourageaient le développement de ces valeurs par la pratique sportive.Ensuite, il y a la valeur symbolique des athlètes.Nous nous trouvons face à des individus extraordinaires, impliqués dans une compétition spectaculaire dont nous ne connaissons pas l\u2019issue.Les Jeux sont une véritable téléréalité.En marge de l\u2019action principale, ils sont toujours riches en péripéties et en drames humains.On se souvient du décès, en pleine compétition, de la mère de Joannie Rochette, la championne canadienne de patinage artistique.Les Jeux olympiques revêtent un caractère extrêmement théâtral, accentué, depuis quelques décennies, par une intense médiatisation.Finalement, soulignons le caractère universellement compréhensible de cette manifestation culturelle.Même si vous n\u2019avez pas le son sur la télévision, vous pouvez comprendre ce qui se passe quand vous regardez une compétition olympique.Vous voyez qui franchit la ligne d\u2019arrivée, qui obtient le meilleur pointage, et vous savez, grâce aux couleurs des uniformes, quelle nation chaque athlète représente.Pourquoi est-ce si important pour les pays participants de remporter le plus de médailles possibles?C\u2019est une façon d\u2019exciter la fibre nationale des spectateurs.Les athlètes qui portent les couleurs de leur pays sont investis d\u2019une grande valeur symbolique.Quand nous regardons les Jeux, nous voulons que ce soit notre plongeur ou notre nageuse qui gagne.Tous les jours, un palmarès nous informe du nombre de médailles remportées par chaque pays et chacun utilise cela pour démontrer sa force sur la scène internationale.34 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Anthropologue et détentrice d\u2019une maîtrise en éducation physique, Suzanne Laberge est professeure au département de kinésiologie de l\u2019Université de Montréal.Elle a signé quantité d\u2019articles sur les aspects sociaux et humains de la pratique sportive et a participé à de nombreux programmes de promotion du sport auprès de la population, et plus particulièrement auprès des jeunes en milieu scolaire.L\u2019anthropologue Suzanne Laberge décortique l\u2019idéal olympique et la fascination que les Jeux exercent partout sur la planète.L\u2019entrevue Les Jeux olympiques sont une véritable téléréalité.\u201d \u201c Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 35 Quand la Chine a été l\u2019hôte des Jeux, elle a dépensé une fortune pour s\u2019assurer d\u2019avoir le plus grand nombre de médaillés possible.Au moment de la guerre froide, la compétition des médailles entre les États- Unis et l\u2019ex-URSS a donné lieu à une véritable bataille rangée.Quelle est la fonction sociale de ces grands rassemblements?Certains disent qu\u2019il s\u2019agit de mobiliser tous et chacun autour du même idéal d\u2019excellence et de dépassement de soi.Pour moi, ce n\u2019est pas aussi simple.Les Jeux n\u2019ont pas une, mais plusieurs fonctions sociales, notamment, pour les pays, de renforcer le nationalisme des populations et, pour les commanditaires, de vendre des produits.Est-ce qu\u2019ils contribuent à l\u2019harmonie entre les nations, comme on le prétend parfois?Je ne crois pas.À cause de leur caractère compétitif, ils ont plutôt le potentiel de provoquer des conflits.Les Jeux ont beau se définir comme neutres, ils ont plusieurs fois été utilisés à des fins politiques.Qu\u2019on se rappelle les enlèvements de Munich, en 1972, ou le boycott des Jeux de Moscou, en 1980, pour protester contre l\u2019invasion de l\u2019Afghanistan par les troupes soviétiques.Assurer la sécurité des Jeux coûte d\u2019ailleurs une fortune.Les Jeux sont ce que l\u2019on appelle un fait social total, dans la mesure où ils touchent tout le monde et toutes les sphères de la société.Évidemment, chacun ne suit pas les compétitions olympiques.Mais, pendant la durée des Jeux, l\u2019horaire de la télévision est modifié.Si un athlète local gagne une médaille, la une du journal lui est consacrée, balayant les nouvelles à caractère social ou politique.Les Jeux ne touchent pas seulement les communications, mais aussi l\u2019économie, en raison des investissements publics et privés qu\u2019ils engendrent; l\u2019éducation, puisque l\u2019école contribue à la formation sportive; l\u2019art, quand on pense aux célébrations accompagnant les Jeux; la politique; et même la sphère judiciaire, avec les cas de dopage.Pensez-vous que la marchandisation des Jeux est en train de tuer l\u2019idéal olympique?Les Jeux font partie de la société et sont influencés par le discours néolibéral selon lequel il faut être toujours plus compétitif sur la scène internationale.En fait, il s\u2019agit A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M \u201d 36 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 de deux discours qui se nourrissent l\u2019un l\u2019autre.L\u2019idéal olympique \u2013 « toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort» \u2013 a souvent inspiré le monde des affaires.Combien de rapports annuels de grosses entreprises ont utilisé des images de compétitions d\u2019aviron ou de lancer du javelot pour illustrer leur couverture?La télédiffusion en direct, qui a commencé lors des Jeux de Rome, en 1960, a constitué une révolution en termes de visibilité et a ouvert la porte à une plus grande commercialisation des Jeux.Les droits de diffusion sont devenus de plus en plus chers, la présence des commanditaires s\u2019est accrue.Cette tendance, qui s\u2019est accentuée avec les Jeux de Los Angeles, en 1984, a changé l\u2019esprit olympique.Auparavant, les athlètes devaient être des amateurs.Ce n\u2019est plus le cas depuis les années 1980.C\u2019est qu\u2019il était devenu très difficile pour des amateurs s\u2019entraînant 10 heures par semaine de battre les athlètes du bloc soviétique, subventionnés par l\u2019État pour s\u2019entraîner à temps plein.Aujourd\u2019hui, ce sont les commanditaires qui font vivre les athlètes.Et pour ces sportifs commandités, il ne suffit pas de donner la meilleure performance possible, mais de battre des records, car les records augmentent les cotes d\u2019écoute.La fameuse maxime des Jeux, «l\u2019important, c\u2019est de participer», était peut-être vraie dans les années 1920, mais elle ne l\u2019est plus.Au- jourd\u2019hui, il faut gagner.Et cette pression sur les athlètes entraîne des dommages collatéraux.Ainsi, le dopage est une conséquence inévitable de ce système.Car on a beau améliorer les techniques d\u2019entraînement, le corps humain a ses limites.Il est impossible de fracasser des records continuellement sans recourir au dopage.Est-ce que les performances auxquelles nous assistons lors des Jeux olympiques ont un impact sur la pratique sportive quotidienne dans la population?Après les Jeux de Montréal et les succès de Nadia Co- maneci, en 1976, on a pu croire que beaucoup de petites filles se mettraient à la gymnastique.En réalité, l\u2019effet des Jeux est très ponctuel et seg - menté.Dans un sous-groupe de la population, une discipline gagnera en popu - larité, mais cela ne durera pas long temps.Les Jeux olympiques génèrent des rêves vite abandonnés quand on réalise l\u2019effort exigé pour atteindre des performances sportives de haut niveau.Les études démontrent que la seule chose qui fonctionne pour amener la population à faire davantage de sport, c\u2019est la promotion de l\u2019activité physique pour le plaisir \u2013 et non pour la santé.Lors des Jeux d\u2019hiver de Vancouver, en 2010, les sauteuses à ski ont intenté en vain un recours juridique pour forcer les organisateurs à les laisser participer aux compétitions, comme leurs collègues masculins.A-t-on raison d\u2019accuser le mouvement olympique de reproduire des stéréotypes sexuels?Sans aucun doute.L\u2019Association internationale de boxe amateur (AIBA) a provoqué un tollé, l\u2019hiver dernier, en adoptant un règlement imposant aux boxeuses, qui participeront aux Jeux pour la première fois, de porter une jupe! Les protestations ont été si vives que l\u2019AIBA a dû reculer.La Fédération internationale de volleyball a quant à elle retiré l\u2019obligation pour les joueuses de volleyball de plage de porter un bikini.Considérant la pression des commanditaires, j\u2019ai toutefois l\u2019impression qu\u2019on verra encore beaucoup de bikinis cet été.Pour la première fois dans l\u2019histoire des Jeux, toutes les disciplines seront ouvertes aux femmes lors des Jeux de Londres.Malgré cela, certains sports, comme la boxe, la lutte ou le canoë, comptent moins de catégories pour les femmes que pour les hommes, ce qui fait qu\u2019il y aura toujours moins de femmes que d\u2019hommes qui gagneront des médailles.Il n\u2019y a pas si longtemps, aux Jeux de Barcelone de 1992, les femmes ne représentaient que 29% des athlètes et 35 délégations étaient entièrement mascu lines.Alors que l\u2019Afrique du Sud a été bannie des Jeux pendant 30 ans à cause de l\u2019apartheid, les pays qui interdisaient aux femmes de participer aux sports olympiques n\u2019ont jamais été inquiétés.Accusé d\u2019accorder plus d\u2019importance à la discrimination raciale qu\u2019à la discrimination sexuelle, le CIO a commencé à faire pression sur les délégations.À Pékin, en 2008, la participation fémi nine a atteint 42% et seulement trois délégations ne comptaient aucune femme.Mais plusieurs pays en avaient envoyé une, pour la forme! Diriez-vous que les Jeux sont un miroir de notre monde?Je dirais en tout cas que toutes les normes sociales dominantes sont renforcées à travers les Jeux olympiques : la supériorité masculine, l\u2019hétérosexualité, la perfor - mance et la compétition.Les Jeux se donnent des airs vertueux, mais ils ne sont pas plus vertueux que n\u2019importe quelle organisation humaine! QS Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon L\u2019entrevue \u201c \u201d La maxime des Jeux, «l\u2019important, c\u2019est de participer», était peut-être vraie dans les années 1920, mais elle ne l\u2019est plus.Aujourd\u2019hui, il faut gagner.Et cette pression sur les athlètes entraîne des dommages collatéraux, notamment le dopage. \u201d 1 an : 30 $ + taxes (37% de réduction) 2 ans: 55 $ + taxes (42% de réduction) 3 ans: 75 $ + taxes (48% de réduction) QUÉBEC SCIENCE CÉLÈBRE SON 50e ANNIVERSAIRE CET AUTOMNE! ous vous préparons une saison exceptionnelle avec un numéro thématique sur les défis scientifiques les plus importants que les chercheurs québécois relèveront d\u2019ici 2050, une édition spéciale sur les Prix du Québec, un dossier sur le développement régional et une couverture pertinente des grands enjeux scientifiques.N QUEL DÉFI DEVRAIT-ON RELEVER D\u2019ICI 2050?DATE LIMITE 1er AOÛT 2012 www.quebecsci ence.qc.ca Abonnez-vous à Québec Science et épargnez jusqu\u2019à 48% sur le prix en kiosque www.quebecscience.qc.ca Joignez-vous à nos milliers de lecteurs ou offrez à vos proches l\u2019occasion de vivre avec nous cette saison exceptionnelle.QS Québec S cience sondage 38 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 La chasse au béluga, magnifiquement filmée, il y a 50 ans, par les cinéastes Michel Brault et Pierre Perrault, a décimé la population du Saint-Laurent.Aujourd\u2019hui, malgré d\u2019intenses mesures de protection, le «marsouin» est toujours mal en point.À qui la faute?Par Jessica Nadeau pour la suite du mon d Mille bélugas 5 ANS homme se tient bien droit près du bastingage.Il épaule sa carabine, l\u2019œil rivé sur la grosse masse blanche qui émerge des flots.Les bélugas sont là, aujourd\u2019hui, au large de Tadoussac.Ils se promènent en troupeaux, surtout des femelles avec leurs petits, des veaux à la peau grisâtre.L\u2019homme a choisi sa cible et n\u2019a d\u2019yeux que pour elle.Il se concentre.Il vise et tire.On entend le projectile déchirer l\u2019air et passer à quelques centimètres du béluga qui replonge aussitôt, ne laissant, à la surface, qu\u2019une puissante ondulation.François-Olivier Hébert n\u2019est pas un chasseur, mais un étudiant à la maîtrise en biologie évolutive de l\u2019Université Laval et membre de l\u2019équipe du GREMM, le Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins.Et s\u2019il tire sur les bélugas, c\u2019est pour leur bien.En fait, sa carabine en est une de calibre.22 Long Rifle modifiée, dotée d\u2019un moulinet de pêche.Importée de Nouvelle-Zélande, elle sert spécifiquement à effectuer des biopsies sur les mammifères marins.Quand on appuie sur la détente, une petite douille métallique contenant une aiguille est projetée; l\u2019aiguille pénètre l\u2019épiderme du béluga, en retire une couche de gras qui est ramenée sur le bateau grâce au moulinet.Les spécimens recueil - lis seront ensuite analysés par les chercheurs.Sur le bateau du GREMM, on revit, en mode scientifique, un peu de l\u2019épopée des grandes chasses aux bélugas dans le Saint- Laurent.Cette activité remonterait à plus de 1 000 ans.Jacques Cartier lui-même a témoigné de la présence de nombreux bélugas lors de son passage à l\u2019île aux Lièvres, en 1535.«C\u2019est une sorte de poisson, duquel jamais n\u2019avons vu ni ouï parler.Ils sont blancs comme neige, et grands comme marsouins, et ont le corps et la tête comme lévriers; lesquels se tiennent entre la mer et l\u2019eau douce, qui commence entre la rivière du Saguenay et Canada», écrit-il dans son journal de bord.Isolé des populations de bélugas de l\u2019Arctique, celui du Saint-Laurent est le seul cétacé à vivre à l\u2019année dans le fleuve.Son aire de répartition s\u2019étend du golfe au fjord du Saguenay, en passant par l\u2019estuaire.Avec son éternel sourire, il est devenu le porte-étendard du parc marin du Sague- nay\u2013Saint-Laurent et l\u2019emblème de plusieurs groupes de conservation.Car l\u2019espèce, considérée comme menacée en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada, ne compte guère plus de 1000 individus, aujourd\u2019hui.Pourtant, au début du XXe siècle, ils étaient plus de 10 000 à vivre dans les eaux du fleuve.Mais la population s\u2019est mise à décliner à mesure que la chasse s\u2019est intensifiée, dans les années 1920.On considérait alors le grand mammifère blanc comme une nuisance pour la pêche, principale activité commerciale de la région.On croyait, en effet, qu\u2019il dévorait tous les stocks de morue et de saumon.À cette époque, le gouvernement du Québec offrait une prime de 15$ à quiconque tuait un béluga.On allait même jusqu\u2019à bombarder les troupeaux à partir de petits avions pour déplacer les bêtes qui se retrouvaient dans les zones de pêche.Et c\u2019est le gouvernement qui subven - tionnait l\u2019utilisation des bombes.Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 39 n de Sur le bateau du GREMM, au large de Tadoussac.François-Olivier Hébert, membre de l\u2019équipe du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins.À l\u2019aide de sa carabine, il prélève des tissus des bélugas pour les analyser.P H O T O S : A L A I N D É C A R I E L\u2019 Une enquête menée en 1944 par le pionnier de la recherche en biologie marine Vadim Vla- dykov, a permis de démontrer que le béluga n\u2019était pas l\u2019ennemi redouté puisqu\u2019il se nourrissait principalement de capelans, de poula - mons et d\u2019invertébrés.La chasse au béluga s\u2019est néanmoins poursuivie jusque dans les années 1970.e cinéaste Michel Brault, lui, a découvert l\u2019univers des chasseurs de bélugas, il y a exactement 50 ans.Dans sa maison du Vieux-Belœil, sur les rives du Richelieu, il se souvient de l\u2019extraordinaire aventure qui a donné naissance à un des grands classiques du cinéma québécois, Pour la suite du monde, cosigné avec son complice Pierre Perrault.«On a sûrement contribué un peu à faire connaître le béluga du Saint- Laurent», concède-t-il.À l\u2019époque, jeune réalisateur, il apprivoisait les nouvelles techniques du cinéma-vérité.Jusqu\u2019alors, le documentaire comportait toujours une mise en scène.On filmait dans un premier temps les personnages, puis on recréait les sons et les dialogues en studio, car il était impossible d\u2019enregistrer le son et l\u2019image en même temps.Les deux complices allaient révolutionner tout cela.Et ils avaient choisi leurs personnages.«Quand j\u2019ai rencontré Alexis sur la batture et qu\u2019il s\u2019est mis à nous raconter, avec toute son éloquence, l\u2019épopée de la chasse au béluga, je me suis dit qu\u2019il fallait filmer cet homme avec ses propres mots.» Car il faut bien le dire, c\u2019est Alexis et les autres habitants de l\u2019île aux Coudres qui ont d\u2019abord inspiré Michel Brault et Pierre Perrault, bien davantage que le marsouin, comme on appelait communément le béluga à l\u2019époque.«Nous n\u2019étions pas des naturalistes.Ce qui nous intéressait, c\u2019étaient les mœurs des gens du pays.Mais nous avons aussi appris à connaître le marsouin.» Dès le début, pourtant, filmer la chasse au béluga représentait un problème.Car s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un formidable sujet de film, les cinéastes ne voulaient pas tuer ces belles bêtes.Et ils se demandaient bien comment ils allaient pouvoir filmer une chasse sans massacre.Mais comme le hasard fait parfois bien les choses, les hommes de l\u2019île aux Coudres ont été mis en contact avec l\u2019aquarium de New York qui désirait leur acheter une prise pour l\u2019exposer au public.Plus besoin de tuer cette bête que l\u2019on commençait à peine à connaître.Pour Michel Brault, c\u2019était un profond soulagement.La chasse a débuté en avril.Pendant des semaines, à marée basse, les hommes ont enfoncé des troncs de très jeunes arbres dans les eaux du Saint-Laurent pour former un enclos.Après, il suffit d\u2019attendre qu\u2019un béluga y entre.L\u2019animal, effrayé par les vibrations des troncs dans l\u2019eau n\u2019ose pas les approcher et ne songe pas à remonter le courant pour sortir.Il tourne donc en rond jusqu\u2019à ce que la marée redescende.Il se retrouve échoué et les hommes n\u2019ont plus qu\u2019à le cueillir.Dès le mois de mai, tout était en place.Il 40 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 21 mai 1929, à Rivière-Ouelle, dans le Bas-Saint-Laurent, la «pêche miraculeuse» : une centaine de bêtes mortes.L A R C H I V E S D E L A C Ô T E - D U - S U D E T D U C O L L È G E D E S A I N T E - A N N E faudra cependant attendre trois mois avant de voir un béluga se pointer.Les hommes avaient beau scruter l\u2019horizon, aucune tache blanche ne fendait les flots.«On notait déjà une nette diminution de la population dans les environs de l\u2019île aux Coudres», se souvient Michel Brault.Pour filmer des bélugas dans leur habitat, l\u2019équipe de tournage a dû se rendre à Tadoussac, là où le «marsouin» était encore abondant.Et puis, par un beau jour de juillet, un homme pointe l\u2019horizon du doigt et demande : «C\u2019est quoi l\u2019affaire blanche qu\u2019il y a là-bas?» «En entendant le mot \u201cblanc\u201d, je me suis précipité sur ma caméra, raconte-il.Il paraît que j\u2019ai marché sur les eaux pour me rendre dans le bateau où elle se trouvait !» Michel Brault avait son film.Cinquante ans plus tard, Pour la suite du monde témoigne de cette activité traditionnelle aujourd\u2019hui abandonnée.Mais la «pêche aux marsouins», comme on disait alors, a beau avoir été reléguée aux oubliettes, la population de bélugas du Saint-Laurent ne se porte toujours pas mieux.«La chasse est interdite depuis longtemps, mais l\u2019espèce ne s\u2019en remet pas, stagnant toujours autour de 1 000 individus», déplore Robert Michaud, biologiste au GREMM, qui étudie les bélugas du Saint-Laurent depuis les années 1980.«À l\u2019époque, il n\u2019y avait pratiquement rien d\u2019écrit sur le sujet, c\u2019était très stimulant pour un jeune chercheur comme moi.» En 1985, avec une chaloupe en bois et ses carnets d\u2019observation, il commence à étudier les bélugas dans leur milieu naturel.Aujourd\u2019hui, le GREMM possède deux bateaux de recherche et tient un répertoire de plus de 700 bélugas.Les chercheurs les appellent par leur nom, les reconnaissant grâce aux cicatrices qu\u2019ils portent sur leur crête dorsale, souvenirs de rencontres funestes avec une hélice, un bloc de glace ou les dents acérées d\u2019un compagnon furieux.Il y a Scarvo, le tout premier à avoir été identifié par l\u2019équipe du GREMM.Il y a aussi Slash et Bousouffle, qui naviguent toujours côte à côte.«Ce sont les meilleurs amis du monde», dit en rigolant Sébastien Lemieux-Lefebvre, qui étudie l\u2019habitat naturel du béluga.Le bateau-laboratoire sillonne l\u2019estuaire à la recherche de nouveaux individus à répertorier.Tout est noté: l\u2019heure des rencontres, les marées, les conditions météorologiques, le nombre de mâles, de femelles et de veaux composant les troupeaux, la répartition des aires d\u2019alimentation et de reproduction, etc.Sur le bateau du GREMM, où nous avons été invités l\u2019été dernier, les chercheurs commentent les allées et venues d\u2019un troupeau de bélugas : «Ils se dirigent vers la baie Sainte-Marguerite, note le capitaine, Philippe Carrier-Moisan.On pourrait dire que c\u2019est leur station balnéaire.Ils ne semblent pas y aller pour manger, mais simplement pour se détendre.Ils ont l\u2019air zen quand ils sont dans ce coin-là.» François-Olivier Hébert profite de ce rassemblement pour effectuer des biopsies.Il veut tout savoir de la génétique du béluga.«Les échantillons d\u2019ADN vont nous permettre de répondre à un certain nombre de questions sur la structure sociale, les populations et les pathologies», explique le jeune chercheur.Il veut notamment Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 41 Images tirées de Pour la suite du monde, tourné en 1962, est un des plus grands documentaires québécois.En haut, le cinéaste Michel Brault à la caméra.M A R C E L C A R R I È R E P H O T O S : M I C H E L B R A U L T comprendre pourquoi, en dépit desmesures de protection et les efforts importants investis dans la recherche, l\u2019espèce ne parvient toujours pas à reprendre de la vigueur.ous faisons face à une situation très complexe, explique Robert Michaud.Nous avons pollué un environnement immense.Les sources de contamination sont nombreuses, et les effets synergétiques entre les contaminants sont difficiles à identifier.» On a longtemps pointé du doigt les fameux BPC, ces dérivés du chlore reconnus comme cancérigènes.Ils ont été bannis dans les années 1970, mais il a fallu trois décennies avant que les chercheurs commencent à noter une diminution de leur concentration dans les tissus du mam - mifère marin.«C\u2019est vrai que les concentrations diminuent, mais elles se situent encore bien au-dessus des niveaux acceptables.Et ce qu\u2019on ne dit pas assez, c\u2019est que, même si la présence des BPC s\u2019estompe, on note une augmentation fulgurante d\u2019autres molécules comme les ignifuges bromés (PBDE) qui ne sont pas réglementés.» Ces nouvelles molécules sont utilisées dans les vêtements, les matelas et les plastiques pour en réduire l\u2019inflammabilité.Les poussières de PBDE se retrouvent dans les sédiments du fleuve.«On voit doubler les concentrations de composés à base de brome tous les trois ans dans les tissus des bélugas qui sont au sommet de la chaîne alimentaire, dénonce le biologiste.Et ce sont des composés qui ont sensiblement les mêmes effets que les BPC.» À la même époque où Robert Michaud commençait à étudier les bélugas dans le fleuve, Daniel Martineau, du département de pathologie à l\u2019Université de Montréal, se lançait dans l\u2019étude des carcasses de bélugas morts.Il voulait connaître le fléau qui frappait ces animaux que l\u2019on retrouvait échoués sur les rives du Saint-Laurent, par dizaines tous les ans.«J\u2019aime bien raconter comment tout a commencé, dit le pathologiste.Nous étions au début des années 1980.J\u2019assistais à une conférence à l\u2019Université du Québec à Rimouski quand une secrétaire est venue nous dire qu\u2019un béluga s\u2019était échoué tout près.J\u2019étais vétérinaire à l\u2019époque, alors je suis allé chercher du formol, un couteau et des bottes.J\u2019entrepris d\u2019ouvrir la carcasse afin de déterminer la cause de la mort.Pour un gars qui avait toujours été fasciné par les mammifères marins et les émissions du commandant Cousteau, c\u2019était un peu comme un rêve.» Depuis, Daniel Martineau a examiné des centaines de carcasses dans son laboratoire de la faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal à Saint- Hyacin the.Mais, pour lui aussi, il est difficile de dire pourquoi la population de bélugas est toujours si peu nombreuse.«Ces mammifères vivent vieux, explique le pathologiste.Pendant 60 ou 70 ans, ils sont exposés à un nombre important de 42 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Le docteur Sylvain Larrat, de la faculté de médecine vétérinaire de Montréal à Saint-Hyacinthe où l\u2019on dissèque les carcasses de bélugas pour comprendre les maux qui les frappent.«N P H O T O S : A L A I N D É C A R I E produits toxiques.On se rend compte qu\u2019ils meurent d\u2019infections causées par des bactéries qui, normalement, ne devraient pas rendre un animal malade.» Il note des cancers, énormément de cancers.Un animal sur cinq en meurt.C\u2019est beaucoup plus que chez les autres espèces de mammifères du Saint-Laurent où à peine 2% des adultes succombent à cette maladie.Il observe également des lésions aux glandes endocriniennes comme la thyroïde et une dégénérescence des glandes surrénales.«Ce sont des lésions qu\u2019on ne voit chez aucun autre animal domestique ou sauvage», précise Daniel Martineau.Tout porte à croire qu\u2019il y a d\u2019importants problèmes au niveau du système immunitaire des bélugas, causés par la succession de contaminants absorbés au fil des années.Daniel Martineau pousse un grand soupir dans la cafétéria de la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe.Il est un peu las de répéter les mêmes choses, depuis 30 ans.Las, surtout, de constater que l\u2019on n\u2019apprend pas de nos erreurs.«Une vague de contaminants n\u2019attend pas l\u2019autre.C\u2019est une évidence qu\u2019on devrait bannir les PBDE.Il faut des mécanismes de contrôle plus sévères.Mais ça fait bientôt 30 ans qu\u2019on parle Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 43 Le gouvernement fédéral a mis la hache dans les programmes de recherche scientifique à l\u2019Institut Maurice-Lamontagne (IML) à Mont-Joli qui étudiait le lien entre les contaminants chimiques et les organismes marins du Saint- Laurent.Au réputé laboratoire d\u2019écotoxicologie, 8 des 11 chercheurs ont été remerciés, dont celui qui dirigeait le programme sur le béluga.La nouvelle est tombée, il y a quelques semaines, laissant les scientifiques pantois.«Pour le programme à long terme sur les bélugas, c\u2019est une catastrophe», déplore Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche sur les mammifères marins (GREMM) et cofondateur de l\u2019Institut national d\u2019écotoxicologie du Saint-Laurent.Même si le GREMM n\u2019est pas touché directement, c\u2019est un pilier important de la recherche qui s\u2019effondre.Car tout le monde travaille ensemble.En effet, l\u2019Institut Maurice- Lamontagne reçoit les échantillons de carcasses récupérés par le GREMM et dépecés à Saint-Hyacinthe en salle de nécropsie.Les échantillons étaient par la suite transférés au laboratoire de Mont-Joli qui analysait les niveaux de contaminants dans les tissus des bélugas.Robert Michaud est d\u2019autant plus déçu que le GREMM s\u2019apprêtait à démarrer cette année un projet avec l\u2019IML pour tenter de faire le lien entre le niveau de contaminants chez les bélugas du Saint-Laurent et leur faible succès reproducteur.Il espère que les données resteront disponibles, mais ce qui l\u2019inquiète surtout, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y aura plus de suivi possible.Et ce, alors qu\u2019on approche du but.Quant aux bélugas échoués, ils seront toujours récupérés par le GREMM qui maintient le programme à flot malgré le manque de financement.Mais les carcasses récupérées ne seront plus étudiées comme dans le passé.L\u2019Institut Maurice-Lamontagne scrutait également l\u2019impact des hydrocarbures.Or, avec les projets d\u2019exploration pétrolière dans le fleuve et dans l\u2019Arctique, Robert Michaud craint le pire : «Si nous choisissons, comme société, d\u2019aller de l\u2019avant avec l\u2019exploration des hydrocarbures dans le Saint-Laurent, il faut à tout le moins avoir des outils pour suivre les impacts potentiels de ces activités.Et là, le gouvernement fait exactement le contraire en sabrant dans l\u2019information scientifique objective.» Couper dans le gras\u2026 du béluga En sabrant dans la recherche, le gouvernement fait peser une menace encore plus grande sur l\u2019espèce. du béluga et à un moment donné, les gens finissent par en avoir assez de s\u2019inquiéter.» Autre nuisance pour celui qu\u2019on surnomme le canari des mers en raison de son large répertoire vocal : le bruit.Le tourisme d\u2019observation des cétacés et l\u2019exploration des fonds marins à la recherche de ressources pétrolières engendrent de la pollution sonore qui modifie le comportement des mammifères marins.«Ils se repèrent, communiquent et se regroupent grâce au son, explique Daniel Martineau.Mais dans le parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent, où ils vivent, il y a une armada de bateaux rapides qui servent à l\u2019observation des baleines, ce qui crée un véritable chaos acoustique sous-marin», déplore le chercheur.C\u2019est un peu, dit-il, comme si on envoyait des touristes faire des balades en jeep à toute allure près des lions, dans le parc national du Serengeti, en Tanzanie.«Ici, nous avons affaire à des animaux que nous ne voyons pas très bien sous l\u2019eau; des animaux qui s\u2019orientent grâce à l\u2019acoustique, et nous arrivons à toute allure en Zodiac et personne ne s\u2019inquiète que cela nuise à leur alimentation.Avec tous ces problèmes, on est en droit de se demander pourquoi les bélugas n\u2019ont pas encore disparu.» Robert Michaud est plus nuancé.Il sait que les croisières ont un impact négatif sur les baleines, mais il est conscient que l\u2019observation en mer est une activité économique importante pour la région.Et il croit qu\u2019il y a également des bénéfices à ces sorties en mer.Car, selon le GREMM, pour sauver les bélugas, il faut les connaître et les faire connaître.«Nous avons un devoir de mémoire, dit le biologiste.L\u2019histoire du béluga devrait être connue et rappelée pour éviter de répéter les erreurs du passé.À l\u2019époque, nous ne connaissions pas très bien les conséquences de nos actions sur les autres espèces.Mais maintenant nous ne pouvons plus plaider l\u2019ignorance.» QS 44 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 L\u2019Université du Québec à Rimouski, une grande université.A L A I N D É C A R I E Dans le parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent, les bélugas doivent s\u2019accommoder comme ils peuvent des bateaux de touristes venus les admirer. eaucoupmoins connue que celle des Romains ou des Grecs, la civilisation étrusque nous a pourtant laissé un riche héritage.En y regardant de près, elle nous ressemble beaucoup.La femme étrusque, par exemple, avait un statut différent par rapport aux autres peuples de l\u2019Antiquité.Elle pouvait boire en présence des hommes et donner son nom à ses enfants.Cette civilisation connaissait la métallurgie et en a fait un art.«C\u2019est la civilisation du raffinement», estime Francine Lelièvre, historienne et directrice générale du Musée Pointe-à-Callière qui présente à partir de cet été une exposition sur les Étrusques.Leur langue n\u2019avait en outre rien à voir avec les autres langues italiques.Si elle a longtemps donné du fil à retordre aux traducteurs, elle est aujourd\u2019hui mieux comprise.On sait ainsi que les mots «monde» et «peuple», ainsi que la lettre «C» sont issus de l\u2019étrusque.Mille ans avant les Romains, les Étrusques ont dominé l\u2019Italie.Ils connaissaient la navigation et étaient des as du commerce.La mer Méditerranée était leur terrain de jeu, du VIIIe au VIe siècle avant notre ère.Ce peuple, divisé en 12 cités autonomes, est considéré comme le plus joyeux et le plus festif de toute l\u2019Antiquité.C\u2019est en observant ses fresques que l\u2019on a constaté le goût des Étrusques pour les célébrations.Retrouvées entre autres dans les caveaux, les murales témoignent notamment des grands festins qui accompagnaient les rites funéraires.L\u2019une d\u2019elles, belle et majestueuse selon Francine Lelièvre, sera présentée aux visiteurs de Pointe-à-Callière.Pendant longtemps, on n\u2019a pas su grand- chose des origines de cette civilisation grandiose, tombée dans l\u2019oubli après s\u2019être éteinte, vers le Ier siècle avant notre ère.«Depuis les 30 dernières années, les recherches ont beaucoup avan cé et le mystère s\u2019est éclairci», affirme l\u2019historienne.Les textes d\u2019Hérodote avançaient que les Étrusques étaient issus d\u2019Asie Mineure.D\u2019autres, après lui, ont plutôt affirmé qu\u2019ils venaient du nord.«Mais l\u2019hypothèse la plus couramment admise, raconte Francine Lelièvre, est qu\u2019ils étaient des autochtones italiques et que leur civilisation s\u2019est formée lentement.» Bien que plusieurs rois étrusques aient régné sur Rome, ce peuple a par la suite été conquis par les Romains, puis a été assimilé.Plusieurs musées ont accepté de prêter de précieux objets aux Musée Pointe-à- Callière pour nous permettre d\u2019en savoir plus sur ce peuple.Bijoux, table garnie d\u2019objets utilisés lors des festins et quantité de symboles funéraires y seront présentées.À voir aussi, le «sarcophage des époux», une tombe en poterie sculptée représentant un couple, provenant du British Museum.En tout, quelque 200 pièces extrêmement fragiles, sélectionnées pour leur pertinence et leur qualité seront présentées dans les salles du tout nouveau pavillon du musée, la Maison-des-Marins.QS Les Étrusques \u2013 Civilisation de l\u2019Italie ancienne, Musée Pointe-à-Callière, Montréal.www.pac.qc.ca B Un jardinier sur le toit Découvrez les jardins secrets des édifices de Montréal : arbres quasi cinquantenaires sur le toit de l\u2019hôtel Hilton Montréal Bonaventure; potager sur celui du Palais des congrès; mur végétal de cinq étages filtrant l\u2019air de la Maison du développement durable.Une balade sur les toits proposée par le Cœur des sciences de l\u2019UQAM, au cours de laquelle vous serez guidé par Antoine Trottier, spécialiste des toits verts et de l\u2019agriculture urbaine, et également conseiller horticole pour l\u2019émission Fermier urbain, à la télévision de Radio-Canada.Balade sur les toits, 27 et 29 juillet ainsi que 3 et 5 août 2012, Cœur des sciences, réservation obligatoire.www.coeurdessciences.uqam.ca Pêche facile Équipé de bottes-pantalon, partez explorer le littoral à marée basse avec un guide d\u2019Exploramer.Animaux et végétaux se cachent dans les crevasses.Vous découvrirez ces organismes étranges qui peuplent l\u2019estran.Cueillette de poissons, tous les jours jusqu\u2019au 7 octobre 2012, selon les marées et la météo, Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, réservation obligatoire.www.exploramer.qc.ca Drôle de science À surveiller dans la programmation d\u2019automne de la chaîne de télé à saveur scientifique Explora : les capsules de Jean-René Dufort.D\u2019où vient la mousse de nombril?Comment expliquer l\u2019impressionnante durée de vie du gâteau aux fruits?Est-il possible d\u2019hypnotiser des poules?Voilà autant de questions absurdo-scientifiques qui seront abordées par ce biochimiste de formation et drôle d\u2019animateur qui a déjà collaboré à Québec Science.Les chroniques scientifiques de Jean-René Dufort, dès le 13 août sur Explora.exploratv.ca/ chroniquesjrd AUTRES RENDEZ-VOUS Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 45 46 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 quoi ressemblera le Québec de demain?Le sujet fait régulièrement l\u2019objet de spéculations de la part des économistes, des scientifiques ou des politiciens, mais comment les chercheurs et les entrepreneurs travaillent-ils à préparer le futur?À l\u2019occasion de son 50e anniversaire, votre magazine part à la rencontre des chercheurs qui orienteront le développement scientifique et technologique du Québec.Ils nous permettront de cerner 50 des principaux défis qui les occupent.Il est question d\u2019énergie verte, de médecine, d\u2019informatique.Un avant-goût de 2050! 50 DÉFIS POUR 2050 Québec Science aura 50 ans bien comptés le mois prochain.À cette occasion, nous publions notre 500e numéro.Un numéro bien spécial.À LIRE LE MOIS PROCHAIN Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 47 futur Aujourd\u2019hui le Votre parebrise vous informe Un GPS dans une voiture?Classique.Mais un GPS qui affiche les informations en les projetant directement sur le parebrise, donnant au conducteur l\u2019illusion qu\u2019elles flottent à 3 m devant lui, c\u2019est moins banal! Le Cyber Navi, parebrise nouveau genre que la compagnie Pioneer a lancé au Japon en juillet, transporte l\u2019utilisateur dans le futur\u2026 ou dans un jeu vidéo grandeur nature! La distance à parcourir, la direction, la carte de la région, le prochain virage à prendre s\u2019affichent en continu dans le champ de vision.Et des capteurs annoncent la distance du véhicule précédent et celle qu\u2019il serait préférable de garder en fonction de la vitesse des deux voitures.Branché à Internet, le système peut même anticiper les bouchons et proposer des itinéraires de remplacement\u2026 Ouf! On n\u2019aura jamais été aussi informé en conduisant! www.tomsguide.fr/actualite/automobile-pare-brise,3604.html Hauts vents Plus on monte en altitude, plus les vents sont forts.Il est donc logique de fabriquer des éoliennes toujours plus hautes.Ou de les placer en hauteur! La compagnie Altaeros Energies, basée au Massachusetts, teste actuellement un prototype de ballon dirigeable avec éolienne intégrée.Relié au sol par un câble, qui sert aussi à transmettre l\u2019électricité, le ballon en forme de tuyère est rempli d\u2019hélium et est conçu pour monter jusqu\u2019à 300 m, là où Éole souffle avec force et constance.La turbine pourrait être destinée aux sites reculés, aux opérations militaires, aux interventions en mer, etc.www.altaerosenergies.com Par Joël Leblanc Canne in Les non-voyants ont maintenant accès à des cannes intelligentes.La Light Stick est télescopique et se déploie comme un sabre laser (d\u2019où son nom!) ou se rétracte pour tenir dans une poche.Son extrémité est dotée de capteurs qui peuvent percevoir les obstacles et en avertir l\u2019utilisateur par des sons ou des vibrations.Déjà pas mal, mais ce n\u2019est pas tout : son autre extrémité est détachable et peut être utilisée pour scanner un texte.En balayant les lettres, la canne lit et récite le message à l\u2019utilisateur dans une oreillette sans fil.Ne manque plus que le GPS intégré pour en faire l\u2019outil de navigation par excellence! www.yankodesign.com/2012/03/22/the-wonder-stick/ 48 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Plus que tout autre romancier du XXe siècle, Isaac Asimov (1920- 1992) a défendu l\u2019idéal d\u2019une culture commune.Son contemporain, C.P.Snow (1905-1980), prônait l\u2019existence de deux cultures inconciliables : une culture littéraire ignorant jusqu\u2019aux principes de la thermodynamique, et une culture scientifique peu encline à s\u2019intéresser aux arts.Asimov rejette cette division du savoir.Sa carrière illustre sa conviction qu\u2019il est possible de maîtriser une culture universelle.Non pas de tout savoir, mais de savoir un peu de tout, sans s\u2019interdire aucun domaine.Et il a invité le grand public à faire de même, non pas sous la forme d\u2019un essai théorique, mais dans des centaines d\u2019articles, de nouvelles et de livres.Biochimiste de formation, il a publié son premier récit en 1939, avant d\u2019enchaîner avec plusieurs textes importants \u2013 la nouvelle Nightfall, les premières aventures de robots soumis aux trois lois de la robotique, le début de la série Foundation.Il n\u2019avait alors même pas 30 ans.Au fil des années, il s\u2019improvise vulgarisateur, abordant aussi bien les sciences et techniques que la Bible ou Shakespeare, en passant par l\u2019opérette et les dinosaures.Il se veut avant tout accessible, peut-être plus que des vulgarisateurs com - me Jacob Bronowski, Stephen Jay Gould ou Carl Sagan, scientifiques réputés qui conservent une certaine élévation dans l\u2019expression.Asimov, lui, tient à une prose aussi transparente que le verre.De même que la vitre ne fait pas obstacle au passage de la lumière, il estime que le style ne doit jamais gêner la transmission des idées.Si Asimov a pratiqué avec talent l\u2019écriture policière, ses textes les plus marquants relèvent de la science-fiction.Parfois un peu schématiques \u2013 personnages peu définis, lieux réduits à de simples décors \u2013 ses récits ne donnent que plus de relief aux dilemmes moraux et philosophiques qui y sont présentés.Son œuvre fic- tionnelle propose une vision unifiée du monde, où la science éclaire tous les aspects de la vie humaine et de l\u2019histoire, au lieu de se cantonner dans les laboratoires ou les salles de classe.Dans Quand les ténèbres viendront (1941), l\u2019écrivain imagine une planète lointaine éclairée par six soleils.Ainsi, il y fait jour en permanence ou presque.Des savants ont cependant prévu l\u2019apparence d\u2019un ciel nocturne étoilé, mais quand la nuit tombe pour la première fois depuis plus de 2000 ans, la réalité s\u2019avère si grandiose \u2013 tellement plus que les prévisions des scientifiques \u2013 que la raison de tous vacille.Plongée dans une obscurité totale, la civilisation s\u2019effondre.Ainsi, chez Asimov, la science procure les connaissances qui permettent d\u2019imaginer le monde de Nightfall, mais l\u2019expérience de la nature dépasse ces connaissances.Dans ce monde, c\u2019est l\u2019astronomie qui explique en définitive la grandeur et le déclin d\u2019une civilisation.Une nouvelle science, la robotique (c\u2019est lui qui, le premier, aurait introduit ce mot dans la littérature), sous- tend l\u2019existence des robots d\u2019Asimov.Pour se distinguer de ses prédécesseurs, qui avaient campé d\u2019innombrables robots malveillants enclins à se révolter, le jeune auteur en fait des êtres sociaux.Les robots «asi- moviens» obéissent à des préceptes logiques qui leur imposent d\u2019aider et d\u2019obéir, mais aussi de protéger leur propre existence.Il s\u2019agit d\u2019un contrat social original : le service des robots s\u2019échange contre le respect de leur droit d\u2019exister.Ces créatures ne sont pas de simples allégories d\u2019humains réduits en servitude, ils illustrent plutôt l\u2019intégration Lu LE SOMMEIL, LE CHAÎNON MANQUANT DE NOTRE SANTÉ Alors qu\u2019on accorde une importance croissante à l\u2019alimentation et à l\u2019activité physique, le sommeil reste le parent pauvre des saines habitudes de vie.Et pourtant, nous passons le tiers de notre existence à dormir ! Le docteur Pierre Mayer, directeur de la clinique du sommeil de l\u2019Hôtel- Dieu, à Montréal, explique dans cet ouvrage les mécanismes du sommeil \u2013 et ses troubles \u2013 à la lumière des plus récentes études scientifiques.Les histoires de cas rencontrées au fil de sa carrière et les conseils pratiques pour lutter contre l\u2019insomnie, l\u2019apnée ou le décalage horaire, en font un livre aussi intéressant qu\u2019utile.À lire avant d\u2019aller au lit ! M.C.Dormir, le sommeil raconté : apprivoiser son sommeil pour être en meilleure santé, Pierre Mayer, Éditions Pierre Tisseyre, 2012, 256 p.www.pierremayerdormir.com Asimov: entre science et science-fiction À l\u2019occasion du vingtième anniversaire de la mort d\u2019Isaac Asimov, l\u2019écrivain Jean-Louis Trudel revisite l\u2019œuvre du grand auteur de science-fiction et vulgarisateur scientifique.pour vous LE BISON DERRIÈRE LE MYTHE Jadis répandu sur un vaste territoire de l\u2019Amérique du Nord \u2013 on estime qu\u2019il y en avait près de 70 millions avant l\u2019arrivée des Européens \u2013, le bison a pourtant failli disparaître dans la grande entreprise de colonisation de l\u2019Ouest américain.«Un nettoyage zoologique et ethnique», écrit Jean-Pierre Sylvestre dans cet essai aussi original qu\u2019intrigant.Nettoyage ethnique?L\u2019auteur rappelle combien l\u2019alimentation des Amérindiens des Plaines dépendait de ce bel herbivore.L\u2019anéantir, c\u2019était anéantir les Pieds- Noirs, les Sioux, les Cheyennes, les Comanches et les Pawnees.Après le passage de Buffalo Bill et compagnie, la population de bisons sauvages a été G A L L I M A R D de la technique dans nos vies demanière réfléchie et responsable.À l\u2019époque, les États-Unis s\u2019interrogent sur les rapports entre la science et la société.Dans Foundation, le personnage principal, un encyclopédiste, s\u2019appelle Lewis Pirenne.Ce nom est construit à partir du patronyme de l\u2019historien suisse Henri Pirenne et du prénom du penseur états-unien Lewis Mumford, ce dernier ayant souligné dans son livre Technics and Civilization (1934) la relation interdépendante entre la société et les techniques.Cette série de cinq nouvelles est l\u2019histoire d\u2019un recommencement où la science s\u2019impose comme un fondement de la vie civilisée.En fin de compte, toute l\u2019œuvre d\u2019Isaac Asimov nous invite à apprécier les liens qu\u2019il faut sans cesse forger entre science, technologie et société pour que survive la civilisation.QS Le festival Québec en toutes lettres est placé cette année sous le thème «Isaac Asimov et la science- fiction».Il se tiendra à Québec du 11 au 21 octobre.www.quebecentouteslettres.com Écrivain de science-fiction et historien des techniques, Jean-Louis Trudel compte Isaac Asimov au nombre de ses influences.Diplômé en physique, en astronomie, ainsi qu\u2019en histoire et philosophie des sciences, il a signé une trentaine d\u2019ouvrages.Il a également cosigné cinq livres et plusieurs récits avec Yves Meynard sous le pseudonyme de Laurent McAllister.Août ~ Septembre 2012 | Québec Science 49 Prélude à Fondation, Isaac Asimov LES YEUX AU CIEL Chaque année, les amateurs d\u2019astronomie attendent le mois d\u2019août et ses Perséides avec impatience.C\u2019est que, à cette période de l\u2019été, l\u2019orbite de la Terre croise celle de la comète Swift-Tuttle et de sa traînée de poussières glacées.En pénétrant dans l\u2019atmosphère à une vitesse vertigineuse, ces débris météoritiques se consument, donnant naissance à une pluie d\u2019étoiles filantes qui semblent venir de la constellation de Persée, d\u2019où leur nom.Cet été, la période d\u2019activité s\u2019étendra du 17 juillet au 24 août, atteignant son apogée dans la nuit du 11 au 12 août.Pour s\u2019informer et connaître la configuration du ciel, il suffit de visiter le site Internet de l\u2019ASTROlab du parc national du Mont-Mégantic, qui propose de belles cartes du ciel à 360°, en plus de rediffuser des conférences vidéo et des présentations didactiques sur le Système solaire et l\u2019Univers.Et pour ceux qui ont l\u2019occasion de se rendre sur place, l\u2019ASTROlab organise les «soirées des Perséides» du 10 au 14 août.Au programme, présentations spéciales, observations des étoiles filantes au télescope et musique d\u2019ambiance.Sur le site, un lien vers le projet multimédia Du big- bang au vivant permet de prolonger l\u2019incursion dans le monde de l\u2019infiniment grand, grâce à des heures de contenu vidéo, des schémas interactifs, des portraits de scientifiques et des entrevues avec Hubert Reeves et Jean-Pierre Luminet, qui vulgarisent avec brio les plus récentes découvertes d\u2019astronomie et de cosmologie.www.astrolab-parc-national-mont- megantic.org et www.dubigbangauvi- vant.com RÉVEILLE- MATIN NOUVELLE GÉNÉRATION Pour attaquer la rentrée du bon pied, voici une application qui réveille les ados en douceur.Téléchargeable sur iPad, iPhone et iPod touch (à poser sous l\u2019oreiller), l\u2019application Sleep Cycle Alarm Clock détecte et analyse les mouvements du dormeur pour le réveiller au cours d\u2019une phase de sommeil léger, plutôt que profond, dans les 30 minutes précédant l\u2019heure définie au préalable.Elle propose aussi un graphique affichant les cycles de sommeil de la nuit précédente.App Store, 0,99 $ * toile de fond VIH 2.0 Pas toujours facile pour les médecins de garder leurs connaissances à jour et d\u2019adapter leur pratique aux dernières avancées scientifiques.Le site ViroXchange fait le point sur l\u2019actualité en virologie, grâce à une foule d\u2019entrevues filmées auprès de spécialistes du monde entier.L\u2019équipe de journalistes couvre aussi les congrès scientifiques les plus importants sur le sujet.Mis sur pied à l\u2019initiative du docteur Réjean Thomas, figure majeure de la lutte contre le sida au Québec, voici un média québécois bilingue promis à une belle carrière internationale! www.viroxchange.com B L g u e Appli Par Marine Corniou réduite à 635 têtes.Et les peuples autochtones, pratiquement décimés.Ce beau livre signé par un reporter- photographe animalier, déjà connu pour son travail sur les mammifères marins, saura émouvoir les amateurs d\u2019histoire et de nature sauvage.Il résulte d\u2019une impressionnante recherche que l\u2019auteur a menée aux quatre coins du continent.C\u2019est aussi le récit d\u2019un sauvetage in extremis.Aujourd\u2019hui, rappelle Jean-Pierre Sylvestre, on compte presque un demi-million de bisons.Mais ils ne sont plus les animaux libres mythifiés par les peuples des Plaines.Ils sont presque tous des bêtes d\u2019élevage.R.L.Le bison d\u2019Amérique, Jean-Pierre Sylvestre, Septentrion, 2012, 179 p. \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Difficile pour un village d\u2019être plus petit que Duhamel, en Alberta.Le hameau ne compte qu\u2019une douzaine de maisons, et la population ne dépasse pas les 40 habitants.L\u2019endroit a un passé franco-métis, un brin cri, un brin déné.Situé à une centaine de kilomètres au sud d\u2019Edmonton, là où la route 21 croise la Battle River (rivière Bataille), Duhamel ne fait pas le poids dans la légende de l\u2019Ouest.Et pourtant, si nous savions raconter son histoire, nous verrions combien graves sont les petits noyaux de nos oublis.Le lieu portait autrefois le beau nom de La Boucane, bien avant que le territoire soit désigné par le terme ahurissant d\u2019Alberta, prénom malheureux de la fille de la reine Victoria, épouse d\u2019un très british gouverneur général.Et les La Boucane existaient aussi avant que l\u2019Alberta obtienne son statut de province.Ils forment encore aujourd\u2019hui une importante famille métisse d\u2019Amérique.En 2008, ils ont organisé de grandes retrouvailles à Duhamel, question de se remémorer.Car si ce village était le leur, à l\u2019origine, il a perdu son nom au profit de Duhamel, vers 1910, à la triste suggestion d\u2019un curé qui voulait honorer le supérieur des oblats à Ottawa, monseigneur Duhamel.Je dis triste, car je préfère de beaucoup le nom original; il indique à lui seul toute la grandeur franco-métisse de l\u2019Ouest.On retrouve des La Boucane dès le XVIIIe siècle, à Detroit, également dans le Wisconsin ainsi qu\u2019au Minnesota, et on en verra plus tard au Montana.La piste, au fil du temps, nous conduit jusqu\u2019au pays du lac Athabasca.Dans la vaste région de Fort-des-Prairies \u2013 devenu Edmonton \u2013 et de Saint-Albert qui fait partie de son agglomération.Les Métis provenaient de partout: du lac La Biche, du lac Athabasca, mais encore de la montagne de Cyprès et de Batoche, en Saskatchewan, de Prairie du cheval blanc et de la vallée de la rivière Qu\u2019Appelle.Ils étaient Cris, Chippewyans et Canadiens français.Ils eurent ensemble des enfants, des fermes et des commerces; ils ont parlé français, ils ont parlé cri et déné, avant de lentement se disperser à gauche et à droite, emportant avec eux leurs noms étonnants.Les La Boucane n\u2019étaient pas seuls.La consultation des archives des mariages, des naissances et des décès nous révèle le portrait d\u2019une société absolument originale.Les La Boucane épousaient des La Fournaise, les La Fournaise épousaient des Petit Couteau, qui se mariaient avec les La Bouteille, les Du- chesneau, les Dumont, les Bourque, les Gariépy.La région regorgeait aussi de La Fantaisie, La Débauche, La Déroute.Tous ces noms de famille font partie de l\u2019histoire.C\u2019est que les surnoms militaires des coureurs des bois et des prairies sont devenus les patronymes des grandes familles métisses.Chez nous, au Québec, il en est resté les Sans Chagrin, les Sans Regret, les Sans Façon et les Joli Cœur.Moi qui rêve de devenir un «anthroponymiste», comme on devient un toponymiste, j\u2019en ai ici pour mon profit.Quel humour, quelle bonne humeur se cachent derrière ces noms! Quel pied de nez aux étiquettes précieuses de l\u2019aristocratie.Les noms de lieux ne sont pas en reste : côte Sans dessein, montagne de la Bonne femme, lac de L\u2019homme mort, rivière Qui barre, lac aux Os, ruisseau Embarras, crique de L\u2019âme qui pleure.Le petit village de La Boucane nous envoie ses signaux de fumée en provenance de la rivière Bataille, pas loin de la rivière de la Paix (Peace River, de nos jours).Les toponymes et les patronymes font foi d\u2019un phénomène curieux où les familles métisses franco-amérindiennes formaient des clans continentaux, au sein de nos mémoires les plus intimes.Il en reste des petits endroits, des petits points sur la carte, des restants d\u2019aventure.Jean Baptiste Laboucane, de La Boucane, ne parle plus français; il ne parle plus «indien» non plus.Voilà une vieille photographie de lui et de sa petite-fille Veronica, et en voici une autre, d\u2019une famille voisine, celle de Sarah Petit Couteau, de son époux Joe Descheneau et de leurs enfants, tous habillés en propre, à Duhamel en Alberta.QS Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Août ~ Septembre 2012 Le village de La Boucane G L E N B O W M U S E U M A R C H I V E S / C A L G A R Y Joe Duscheneau, sa femme Sarah Petit Couteau et leur famille; à droite : Jean-Baptiste Laboucane et sa petite-fille Véronica 1-800-291-0337 Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.* Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc., à titre de Placeur principal, et par Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d\u2019assumer les frais de conseillers en valeurs, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d\u2019administration du gérant des Fonds FÉRIQUE.Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d\u2019exploitation.Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu\u2019un porteur de parts souscrit par l\u2019entremise de Placements Banque Nationale inc.ou de Services d\u2019investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l\u2019entremise d\u2019un courtier indépendant.FÉRIQUE EXPRESS LE MENSUEL D\u2019INFORMATION FINANCIÈRE DES FONDS FÉRIQUE Abonnez-vous gratuitement et recevez chaque mois, par courriel, une information pratique qui vous aidera à mieux comprendre les marchés financiers et à prendre en main vos finances personnelles.Pour vous abonner : www.ferique.com/express/fr Anticonformiste en sciences Luana Graham-Sauvé, Biologie Les sciences s\u2019appliquent à l\u2019UQAM Grâce à l\u2019information que lui fournissent les insectes, Luana Graham-Sauvé peut transmettre de nouvelles connaissances aux compagnies forestières a?n de mieux gérer les coupes et protéger nos forêts.Découvrez la suite sur sciences.uqam.ca/anticonformiste sciences.uqam.ca "]
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