Québec science, 1 janvier 2012, Novembre 2012, Vol. 51, No. 3
[" 50 ANS ET TOUT SES VOLTS quebecscience.qc.ca 40065387 0 65385 72438 5 11 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 29 NOVEMBRE 2012 QS Les drones : plus que du cinéma La drogue mangeuse de chair 50 ANS ET TOUS SES VOLTS LA PESTE BLANCHE QUELQU\u2019UN NOUS ENTEND?ICI, LA TERRE HYDRO-QUÉBEC L\u2019écologie de la réconciliation gagne les villes Québec Science Novembre 2012 envahisseurs ou égarés?Pigeons ALERTE AU NORD 5 ANS 2 NOVEMBRE 2012 AU 10 MARS 2013 EXPO MUSIK \u2013 DU SON À L\u2019ÉMOTION EN COLLABORATION AVEC SIMPLE PLAN I ATIONS _ TIONS GÉNÉRALES INFORMA PRODUCTION CONTRÔLE QUALITÉ 9:03 AM - NOVEMBRE 2012 VOLUME 51, NUMÉRO 3 Québec Science S 20 «Un temps d\u2019arrêt pour examiner l\u2019avenir des universités » Même en science, le Canada compte deux solitudes.Alors que le pays figure parmi les moins performants en matière d\u2019investissement dans le domaine de la recherche, le Québec arrive à tirer son épingle du jeu.Mais il faut réévaluer le rôle des universités, dit le chercheur Gaétan Lafrance.Propos recueillis par Raymond Lemieux EN COUVERTURE 23 Pigeons: envahisseurs ou égarés?Peut-on se réconcilier avec nos pigeons?Il le faut, disent les chercheurs.Pour avoir des villes bien vivantes.Par Catherine Girard Krokodil: la drogue mangeuse de chair En Russie, une nouvelle drogue, le krokodil, fait des ravages.Substitut bon marché de l\u2019héroïne, on craint maintenant qu\u2019elle se répande dans le monde.On en aurait trouvé en Ontario.Par Frédérick Lavoie 23 20 SOMMAIRE Objectif régions Du savoir pour le développement Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec.+ A u c e n t r e 14 Au pays de la peste blanche La tuberculose fait figure de maladie d\u2019un autre âge.Pourtant, au Canada, depuis des décennies, les Inuits se battent au quotidien contre cette redoutable infection.Même qu\u2019au Nunavut, la situation empire.Par Marine Corniou 34 Pangnirtung, à 300 km au nord d\u2019Iqaluit dans le Nunavut C O U V E R T U R E : M A S T E R F I L E 4 Québec Science | Novembre 2012 Gentilly-2, dernier acte Gentilly «déclassée»?On n\u2019en a pas pour autant fini avec le nucléaire.Billet Par Raymond Lemieux la fin juillet, juste avant le déclenchement des dernières élections québécoises, l\u2019activité à la centrale nucléaire de Gentilly-2, à proximité de Trois- Rivières, a été interrompue d\u2019urgence.Les ingénieurs venaient de constater une défectuosité dans la pompe d\u2019eau lourde, laquelle achemine le liquide qui refroidit le réacteur nucléaire.Ce n\u2019était que le plus récent d\u2019une série d\u2019incidents survenus ces derniers temps à la centrale.Quelques mois auparavant, le 26 avril, une fuite de 70 litres d\u2019eau lourde radioactive a été constatée suivie, le 18 mai, d\u2019une autre fuite.En 2011, la centrale avait cessé de produire de l\u2019électricité pendant plusieurs mois afin qu\u2019on puisse y remplacer une vanne de ventilation défectueuse, ainsi que des vannes de refroidissement d\u2019urgence au cœur du réacteur.Indiscutablement, la centrale inaugurée il y a près de 30 ans vieillissait dangereusement.La Commission canadienne de sûreté nucléaire avait d\u2019ailleurs sommé Hydro-Québec de ne plus la faire fonctionner au-delà de décembre 2012, étant donné son usure.Après quoi, il fallait faire un choix : la rénover ou la mettre définitivement au rancart.Ce n\u2019est quand même pas d\u2019hier que Québec se demande quoi faire avec Gentilly-2.Et on surveillait nos voisins du Nouveau- Brunswick afin de savoir comment ils allaient tirer leur épingle du jeu en s\u2019engageant dans la rénovation de leur centrale Point Lepreau, la jumelle de Gentilly-2.Le chantier est maintenant terminé.Facture totale des travaux : 2,4 milliards de dollars, soit 1 milliard de plus que prévu.Les Montréalais connaissent bien ce genre de facturation «olympique».Ce dépassement de coût donne-t-il une leçon suffisamment instructive?Le nucléaire est un luxe.Et comble de chance «hydroquébécoi- se», on peut s\u2019en passer chez nous.Il ne pèse d\u2019ailleurs pas très lourd dans notre balance énergétique et ne fournit que 2% de notre électricité.Pis, selon un sondage fait en 2008 par la firme Angus Reid, 62% des Québécois s\u2019opposent au développement de l\u2019énergie nucléaire.En septembre dernier, le nouveau gouvernement du Québec a vite fait son choix : Gentilly-2, c\u2019est fini.C\u2019était ça ou prévoir entre 2 et 4,3 milliards de dollars dans une réfection incertaine \u2013 avec les risques que cela comporte \u2013 en continuant à générer des déchets radioactifs dont on ne sait déjà trop que faire.Notons qu\u2019avec une centrale Gentilly-2 rénovée, il aurait fallu construire, d\u2019ici 2040, 13 nouvelles enceintes en béton pour recevoir 150 000 grappes d\u2019uranium radioactif, lesquelles allaient ensuite être déménagées vers 2050 pour être enfouies quelque part \u2013 et pour de bon \u2013 dans les profondeurs du nord ontarien.La levée de boucliers qui a suivi l\u2019annonce du déclassement de la centrale peut ainsi paraître bien intempestive.«Perte de retombées économiques » et « perte d\u2019emplois», entend-on.Rappelons que la centrale devait, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, cesser ses activités d\u2019ici la fin de l\u2019année, et que la perte d\u2019emplois que l\u2019on souligne ici concerne, en fait, des emplois temporaires liés à la rénovation de la centrale.Des emplois temporaires alors que le risque nucléaire, lui, est permanent.«Notre argument, ce n\u2019est pas qu\u2019on doit garder la technologie nucléaire au Québec.Notre argument, c\u2019est de dire qu\u2019on ne sait pas où on s\u2019en va», a précisé le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique, Michel Bibeault.Où va-t-on?La question est fort légitime et nous incite à y voir maintenant un peu plus clair en terme de stratégie énergétique.Je parie une éolienne ou un capteur solaire que la création d\u2019emplois générée par un virage vert énergétique clouerait le bec à quelques autruches.Avec la décision de déclasser Gentilly-2, le Québec est-il pour autant sorti du nucléaire?Hélas non et les écologistes ne devraient pas festoyer trop vite.Nous avons maintenant 3 000 tonnes de déchets radioactifs sur les bras, et deux centrales à démanteler.Et il faudra faire preuve de patience.Comme le soulignait la journaliste Catherine Dubé dans un long reportage publié dans les pages de Québec Science en mars 2009, on devra encore attendre 30 ans avant d\u2019entreprendre la démolition de Gentilly-2 si on veut éviter que la sécurité des travailleurs soit menacée.Remarquez que l\u2019on peut déjà commencer par démolir Gentilly-1, tout à côté, qui a été fermée en 1979 après six mois de service.Cela nous doterait d\u2019un savoir-faire qui sera certainement très prisé en matière de démantèlement d\u2019installations nucléaires.Le Japon a mis le nucléaire au ban; l\u2019Allemagne également.C\u2019est aussi ça, le XXIe siècle! QS À Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou et Catherine Girard Collaborateurs Serge Bouchard, Dominique Forget, Louis Gagné, Robert Lamontagne, Frédérick Lavoie, Joël Leblanc, Jean-Benoît Nadeau, Olivier Rey, Jean-Pierre Rogel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Paul Cimon, Frefon, Philippe Jasmin, Olivier Jean, Aaron McConomy, Benjamin Turquet Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Octobre 2012 (501e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2012 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 28 Terre cherche autres terres Les exoplanètes ne sont pas faciles à dénicher mais les astronomes en ont quand même débusqué près de 800 dans 624 systèmes solaires.On cherche encore celle qui abrite la vie.Par Robert Lamontagne 38 Une histoire électrisante Il y a 50 ans, au moment de la naissance de Québec Science, un certain René Lévesque nationalisait l\u2019électricité.Il y avait alors beaucoup de tension dans l\u2019air.Par Jean-Benoît Nadeau 8 À l\u2019ombre de Jupiter Jupiter fait de l\u2019ombre.Un jeune Québécois l\u2019a constaté.Une première mondiale.Par Joël Leblanc EURÊKA! 12 Silence, on vole Les drones ont transformé la façon de faire la guerre.Ils réinventent maintenant l\u2019art du cinéma.Par Dominique Forget 4 BILLET Gentilly-2 : dernier acte Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 45 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR 48 LU POUR VOUS Newton, la science du complot Par Normand Mousseau 49 TOILE DE FOND Par Marine Corniou et Catherine Girard 10 Jean-Pierre Rogel Réservoirs pleins et ventres vides 50 Serge Bouchard Les Boules Nos chroniqueurs Québec Science S 5 ANS OCTOBRE 2012 VOLUME 51, NUMÉRO 2 Marmites préhistoriques François Rousseau de Saint-Jean-Port-Joli a lu avec grand intérêt l\u2019article «40 merveilles géologiques du Québec» (juin-juillet 2012) et il s\u2019interroge sur une singularité géologique qu\u2019il a lui-même observée.«En lisant le paragraphe qui concerne L\u2019Islet-sur-Mer, ma curiosité me pousse à vous demander des explications concernant un phénomène que j\u2019ai vu à l\u2019Île-aux-Oies, en face de L\u2019Islet-sur-Mer: des formations rondes dans les rochers.Je ne crois pas qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019arbres pétrifiés.Peut-on y voir un rapport avec les glissements de terrain qui ont eu lieu à sept kilomètres de ces rochers?» Notre réponse : Nous croyons qu\u2019il pourrait s\u2019agir de paléo-marmites.Vous connaissez peut-être les «marmites de géants»?On les trouve parfois au bas des chutes d\u2019eau et elles se manifestent sous la forme de trous presque parfaitement circulaires dans la roche.Les mouvements tourbillonnants de l\u2019eau entraînent des cailloux qui creusent ces ronds parfaits.Le phénomène n\u2019est pas inusité et il s\u2019est produit au pied de la plupart des chutes depuis que la Terre porte de l\u2019eau sous forme liquide.Dans certains cas, les marmites d\u2019autrefois peuvent se remplir de sédiments lorsque la chute s\u2019assèche.Les changements géologiques subséquents peuvent alors amener ces structures sous terre où elles se compactent et redeviennent de la roche dure, comme le grès.Ces anciennes marmites, une fois remplies et redevenues de la roche, peuvent plus tard réapparaître en surface et laisser voir ces ronds intrigants dans la pierre.C\u2019est ce qu\u2019on appelle des paléo-marmites.Évidemment, il faudrait demander l\u2019avis d\u2019un géologue pour confirmer cette hypothèse.\u2013 Joël Leblanc Cuistots légendaires Notre dossier «40 merveilles géologiques du Québec» (juin-juillet 2012) a rappelé une légende à Viviane Chabot, de Sainte- Anne-de-Beaupré.«Les canyons sont rares au Québec, mais celui de la rivière Sainte-Anne, avec sa chute de 74 mètres de hauteur, ses parois vertigineuses et ses nombreuses marmites (dont une au diamètre démesuré), est exceptionnel! [.] Un site aussi fantastique laisse bien entendu libre cours à l'imagination des habitants de la région [.].On a ouï dire que des géants viennent aux abords du canyon les soirs de pleine lune pour faire de la soupe; les marmites géantes leur permettant de cuisiner aisément.Les nombreux troncs d'arbres autour de la marmite ne seraient rien de moins que les instruments de cuisine de ces colosses.» Des véhicules hybrides et des terres rares Passionné de voitures électriques et actionnaire de Fieldex et de Québec Lithium, Denis Carrier de Notre-Dame-du-Nord, au Témiscamingue, remet en question les données contenues dans l\u2019article «Ruée vers les terres rares» (août-septembre 2012) au sujet de la quantité de terres rares nécessaires à la fabrication d\u2019un véhicule hybride.«On énonce, en gros caractères \u201cUn véhicule hybride: de 10 kg à 20 kg de terres rares\u201d.Jamais de la vie! Une auto hybride (voulez-vous dire \u201cbranchable\u201d?) peut exiger une telle quantité de lithium, mais cet élément ne fait pas partie du groupe des terres rares.» Notre réponse : Ces données proviennent pourtant de plusieurs sources fiables, dont le site du ministère des Ressources naturelles du Québec et celui du groupe de travail EcoInfo.Chaque moteur de véhicule hybride (ce qui n\u2019est pas synonyme de «branchable», c\u2019est-à-dire entièrement électrique) contient déjà 1 kg de néodyme et environ 10 kg à 15 kg de lanthane, selon ces sources.\u2013 Marine Corniou Des terres rares écolos RichardBoudreault, président et chef de la direction d\u2019Orbite Aluminae Inc., de Grande-Vallée en Gaspésie, a été surpris de constater que le reportage de Marine Cor- niou sur les terres rares (août-septembre 2012) ne faisait pas mention de cette entreprise québécoise.«J\u2019aimerais souligner la volonté de produire des terres rares bien de chez nous dans un avenir très rapproché dont fait preuve l\u2019équipe d\u2019Orbite Aluminae.Orbite est une société québécoise orientée vers les technologies vertes.Elle a inventé un procédé permettant l\u2019extraction des terres rares à moindre coût et sans impact environnemental, une première au Québec.En juin dernier, elle a même annoncé qu\u2019elle pourrait produire les premières terres rares nord-américaines à vocation commerciale dès 2013, soit trois ans plus tôt que les projets identifiés dans l\u2019article de Mme Corniou.L\u2019expertise québécoise dans l\u2019industrie des terres rares sera bientôt reconnue dans le monde entier, avec Orbite Aluminae en tête du peloton.» Oups! Deux erreurs se sont glissées dans l\u2019article «La sociologie des bois», paru dans le numéro d\u2019octobre 2012.Hugo Asselin est biologiste, et non ingénieur forestier, comme l\u2019indiquait l\u2019article.Le jeune chercheur est également corédacteur en chef d\u2019Écoscience (et non Écosociété, tel que mentionné), une revue scientifique de calibre international rivalisant avec celles qui sont publiées par les grands éditeurs états-uniens ou européens.QS 6 Québec Science | Novembre 2012 Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Novembre 2012 | Québec Science 7 Plusieurs personnes ont répondu à notre invitation pour souligner le lancement de notre numéro spécial commémorant notre 50e anniversaire, le 19 septembre dernier.Tenu au Centre des sciences de Montréal, l\u2019événement a été marqué par une démonstration de chimie spectaculaire agrémentée d\u2019une dégustation de mets moléculaires.La démonstration de chimie a fasciné bien des gens.L\u2019équipe de l\u2019émission Les années lumière de Radio-Canada en pleine action pendant les festivités.CRDI Le Centre de recherches pour le développement international, société d\u2019État canadienne, invite de passionnants conférenciers à venir exposer leurs idées sur des sujets qui nous concernent tous.Soyez de la partie Consultez le calendrier des conférences à venir à www.crdi.ca/conferences-automne.À vos agendas ! Vous avez manqué une conférence ?Écoutez-la sur youtube.com/user/IDRCCRDI.Les grands invités du CRDI : éclairants, inspirants, influents Ricardo Lagos Ancien président du Chili Rachel Nugent Économiste du développement Carlos Pérez del Castillo Spécialiste en matière d\u2019échanges commerciaux et d\u2019agriculture Rami Khouri Auteur et chroniqueur politique crdi.ca UN 500e NUMÉRO POUR NOS 50 ANS L\u2019équipe de Québec Science : de gauche à droite Marine Corniou, Joël Leblanc, François Émond, Pierre Sormany, Raymond Lemieux, Pascale Millot, Catherine Girard et Olivier Rey.Absents : Luc Asselin et Dominique Forget.P H O T O S : M A X I M E J U N E A U .C O M ovembre 2011.La nuit est fraîche et sans lune.Dans un champ près du mont Mégantic, en Estrie, un Montréalais de 15 ans s\u2019affaire dans l\u2019obscurité.Sur un trépied, il installe une structure bizarre munie d\u2019un petit moteur et d\u2019un appareil photo.Il y a aussi une batterie de voiture, des fils et un ordinateur.«Il m\u2019a fallu deux heures et demie pour mettre en place les 70 kg de matériel», explique Laurent V.Joli-Cœur.Six mois plus tard, à Charlottetown, l\u2019adolescent triomphe sur la scène d\u2019un amphithéâtre : il vient d\u2019être sacré grand champion de l\u2019Expo-sciences pancana- dienne 2012 pour son projet.Il ira même le présenter en 2013 à Abou Dhabi, à l\u2019Expo-sciences internationale, cette grande rencontre qui récompense des projets scientifiques exceptionnels réalisés par des étudiants de niveau secondaire.Ce qu\u2019il a réalisé en ce fameux soir de novembre, personne ne l\u2019avait fait avant lui.«J\u2019ai photographié une ombre obtenue grâce à la lumière de la planète Jupiter», explique le jeune astronome prouvant ainsi que la planète Jupiter pouvait émettre assez de lumière pour produire des ombres ici, sur Terre.Une première! Le montage qui lui a permis de réaliser cet exploit s\u2019inspire d\u2019un cadran solaire.Programmé à l\u2019aide d\u2019un ordinateur, le gnomon (l\u2019aiguille du cadran) monté sur un axe mobile motorisé peut suivre le déplacement de la planète dans le ciel.L\u2019ombre du gnomon reste immobile, se reflétant sur un panneau blanc.Laurent Joli-Cœur a ajouté un appareil photo très sensible qui ne pointe pas vers la planète Jupiter, mais vers le panneau blanc.Évidemment, puisque la lumière émise par Jupiter est très faible, l\u2019ombre est sub- Actualités QS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS 8 Québec Science | Novembre 2012 N À l\u2019ombre de Jupiter Jupiter fait de l\u2019ombre.Un jeune Québécois l\u2019a constaté.Une première mondiale.Par Joël Leblanc E X P O S C I E N C E S .Q C .C A Laurent V.Joli-Cœur grand champion de l\u2019Expo-sciences pancanadienne avec sa découverte sur l\u2019ombre de Jupiter. Novembre 2012 | Québec Science 9 tile.«J\u2019ai pris trois photos, avec un temps d\u2019exposition de cinqminutes pour chacune.J\u2019ai dû traiter ces photos pour augmenter les contrastes et faire apparaître l\u2019ombre du gnomon, dit-il.La première est bien centrée sur la planète et montre clairement une ombre.Pour la deuxième, j\u2019ai déplacé un peu le système, et l\u2019ombre s\u2019est déplacée sur l\u2019écran, ce qui démontre que la lumière venait bien d\u2019une source éloignée, et non de mes appareils.Pour la troisième, le système était orienté vers le ciel, bien loin de Jupiter, et je n\u2019ai vu aucune ombre, ce qui prouve que la lumière ne provenait pas de la lumière générale du ciel produite par les étoiles.» Laurent Joli-Cœur est donc le premier au monde à photographier une ombre jovienne.Depuis, les récompenses s\u2019accumulent : il a récolté plusieurs bourses aux différents paliers de l\u2019Expo-sciences, il a été nommé Personnalité de la semaine par le journal La Presse, on parle de lui dans les magazines Discover et Sky&Telescope et dans les blogues d\u2019astronomie.Il a même été conférencier à deux reprises à la Société d\u2019astronomie du Planétarium de Montréal.C\u2019est une étude publiée en 2005 par l\u2019astronome britannique Peter Lawrence qui lui a inspiré son idée.Lors d\u2019une période de forte proximité avec la planète Vénus, Lawrence a réussi à photographier une ombre vénusienne.«Vénus est le troisième objet céleste le plus lumineux.Je me suis demandé quel était le quatrième et si je pouvais réussir le même exploit.Le quatrième, c\u2019est Jupiter, et sa lumière a une intensité cinq fois moindre que celle de Vénus.À cause de cette faible luminosité, je n\u2019ai pas pu utiliser la même méthode que Lawrence.Il m\u2019a fallu développer un système plus sensible.» Astrophysicien à l\u2019Université de Montréal, Robert Lamontagne s\u2019est penché sur les travaux du jeune astronome : «Je suis assez impressionné par trois choses : qu\u2019il ait eu l\u2019idée d\u2019essayer de voir l\u2019ombre de Jupiter, qu\u2019il ait réussi à construire un dispositif pour y arriver, et qu\u2019il ait validé que c\u2019est bel et bien Jupiter qui était la source de lumière.» De la science solide! Et la prochaine source de lumière dont on pourrait voir l\u2019ombre?«C\u2019est la planète Mars, avec une intensité lumineuse comparable à celle de Jupiter, déclare en souriant Laurent Joli-Cœur.J\u2019y songe.» QS F R E F O N actualités Après les expériences biologiques in vivo, puis in vitro, voici venue l\u2019ère de l\u2019in silico.Des chercheurs de l\u2019université Stanford en Californie ont créé une bactérie entièrement numérique, à partir de puces d\u2019ordinateur faites de silicium.Ils ont réussi l\u2019exploit en fabricant un logiciel qui reproduit toutes les interactions biologiques qui ont cours à l\u2019intérieur de la cellule, depuis la synthèse des protéines jusqu\u2019à la réparation de l\u2019ADN, en passant par la respiration cellulaire.Les algorithmes de calcul du logiciel tiennent compte de 1 900 paramètres.«C\u2019est la vie assistée par ordinateur qu\u2019on a créée», a déclaré à Québec Science le professeur de bio-ingénierie Markus Covert qui a collaboré pour ce projet avec le généticien Craig Venter, célèbre pour avoir cartographié le génome humain.«La vie artificielle, peut-être, admet-il, mais la vie quand même, dans toute sa complexité.» Pour l\u2019instant, seule Mycoplasma genitalium \u2013 une bactérie rudimentaire responsable d\u2019urétrites et d\u2019autres maladies transmissibles sexuellement \u2013 a été recréée par ordinateur.Markus Covert espère que, progressivement, des micro-organismes plus complexes ou d\u2019autres formes de vie pourront être modélisés.«Ainsi, plutôt que de réaliser des tests in vivo pour voir ce qui se passe avec un organisme quand un de ses gènes est défectueux, on pourra mener des expériences in silico et anticiper l\u2019évolution de la vie à l\u2019aide de quelques clics sur notre souris», espère-t-il.IN SILICO MOT DE SCIENCE MOUCHE ATOMIQUE Oubliez les moustiquaires! La nouvelle espèce de mouche découverte par des entomologistes en Thaïlande est si petite qu\u2019elle s\u2019immisce n\u2019importe où.Longue de 0,4 mm, Euryplatea nanaknihali est plus ténue qu\u2019un grain de sel, ce qui lui a valu le titre de «plus petite mouche du monde».La lilliputienne n\u2019est pas timide pour autant.Afin de subsister, elle décapite des fourmis, dévore leur cerveau et utilise leur tête comme logis.W W W .T H R E E S T O R Y .C O M 10 Québec Science | Novembre 2012 e 10 août 2012, José Graziano da Silva, directeur général de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), a demandé aux États- Unis de suspendre leur production de bioéthanol à partir de maïs.S\u2019il est intervenu en plein été, c\u2019est parce que la sécheresse exceptionnelle chez nos voisins du sud a nui aux cultures et provoqué un envol des prix du maïs sur les marchés mondiaux, ce qui, à ses yeux, menace la sécurité alimentaire.«Une suspension immédiate et temporaire de la législation états-unienne apporterait un répit au marché et permettrait que plus de récoltes soient utilisées pour l\u2019alimentation animale et humaine», écrit Graziano da Silva dans le Financial Times de Londres.Si l\u2019appel du directeur de la FAO a été entendu, les États- Unis n\u2019ont pas dévié de leur trajectoire pour autant.Depuis cinq ans, ils se sont lancés dans la production massive de bio- carburants parce qu\u2019ils veulent se libérer de la dépendance aux énergies fossiles.C\u2019est George W.Bush qui, en janvier 2007, avait fixé le but à atteindre : réduire de 20% la consommation de son pays en multipliant par sept la production de biocarburants; du bioéthanol, par exemple.Celui-ci est obtenu par la transformation de végétaux contenant du saccharose, comme la betterave et la canne à sucre; ou de l\u2019amidon, comme le blé et le maïs.Dans le premier cas, le combustible est issu de la fermentation du sucre; dans le second, de la transformation enzymatique de l\u2019amidon contenu dans les céréales.Le biodiesel, lui, s\u2019obtient à partir d\u2019huile végétale ou animale.Actuellement, la plupart des voitures et des camions peuvent rouler avec un certain pourcentage de ces biocarburants.Grands producteurs de maïs, les États-Unis ont sauté dans l\u2019aventure du bioéthanol, aiguillonnés par de puissantes multinationales qui disposent de l\u2019expertise pour le fabriquer.En 2011, les compagnies, à coup de subventions, ont ainsi converti près de 40% de la récolte de maïs en carburant.Avec ses grandes surfaces de canne à sucre, le Brésil a aussi misé sur cette carte énergétique.Résultat : la production mondiale de bioéthanol a doublé de 2006 à 2011.Pour sa part, le Canada, dont la capacité de production était limitée, monte en puissance grâce aux politiques du gouvernement fédéral et prévoit produire 1,35 mil - lions de litres en 2012.En appui à cette petite révolution verte, les gouvernements et vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel L Réservoirs pleins et ventres vides Produire des agrocarburants pour remplacer le pétrole est-il vraiment une bonne idée?Une usine où l\u2019on fabrique du bioéthanol à partir du maïs.D A V I D N U N U K / S P L les multinationales agroalimentaires ont avancé un argument a priori incontestable : en substituant l\u2019énergie végétale à l\u2019énergie fossile, on lutte contre le réchauffement climatique et on réduit les émissions de gaz à effet de serre issus de la consommation d\u2019hydrocarbures.Grâce aux biocarburants, affirment-elles, la planète va enfin pouvoir respirer.Sauf que cet argument est en partie mensonger.D\u2019une part, l\u2019obsession états- unienne pour le bioéthanol fait flamber le marché mondial des céréales.Surtout en période de sécheresse, comme c\u2019est le cas en ce moment chez les plus gros producteurs, ce qui accroît la volatilité des marchés et se fait au détriment de la sécurité alimentaire mondiale.Dans ce contexte, les pays les plus pauvres, qui ont besoin d\u2019importer des céréales, se retrouvent face à un mur.Ils ne peuvent plus se nourrir.D\u2019autre part, cet argument fait l\u2019impasse sur les coûts environnementaux réels de la production d\u2019agrocarburants.Qu\u2019il s\u2019agisse de biodiesel ou de bioéthanol, ceux-ci nécessitent beaucoup d\u2019eau et d\u2019énergie.Il faut 4 000L d\u2019eau pour fabriquer 1L de bioéthanol.Par ailleurs, selon une étude de l\u2019OCDE, la quantité d\u2019énergie fossile nécessaire à la production de bioéthanol est considérable, annulant en bonne partie les bénéfices escomptés sur le plan environnemental.Expert réputé sur la question de l\u2019eau, l\u2019économiste Ricardo Petrella rappelle qu\u2019un tiers de la population mondiale n\u2019a toujours pas accès à une eau propre à un prix abordable, et que la moitié des habitants de la planète ne bénéficie pas de système d\u2019assainissement des eaux.La production massive de bioéthanol est, à ses yeux, un scandale, et un terrible gaspillage d\u2019eau, d\u2019énergie et de terres arables.Plus cinglant encore, l\u2019ex-rapporteur des Nations unies pour le droit à l\u2019alimentation, le sociologue Jean Ziegler, tire à boulets rouges contre ces politiques énergétiques à courte vue.En 2007, il avait appelé en vain l\u2019ONU à interdire la production d\u2019agrocarburants.Il n\u2019a pas changé d\u2019avis.«Sur une planète où, toutes les 5 secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, détourner des terres vivriè - res et brûler de la nourriture en guise de carburant constituent un crime contre l\u2019humanité», écrit-il dans son livre Destruction massive : géopolitique de la faim (Éditions du Seuil, 2011).Bien malhonnête celui qui oserait le contredire.QS Novembre 2012 | Québec Science 11 © I N S E C T A R I U M D E M O N T R É A L / M A X I M E L A R R I V É E STOP AUX EXTRATERRESTRES! VOTEZ OBAMA! Les États-Uniens qui craignent les petits bonshommes verts ont choisi leur homme de confiance.Selon un sondage mené par la chaîne télévisée National Geographic, 65% de nos voisins du sud estiment que le président Barack Obama serait plus efficace que son opposant républicain Mitt Romney pour lutter contre une invasion d\u2019extraterrestres.Les talents de négociateur du candidat démocrate pourraient s\u2019avérer utiles, selon les répondants.Plus du tiers (36%) d\u2019entre eux disent croire aux ovnis contre 17% d\u2019incrédules et 48% d\u2019indécis.En outre, 19% des répondants estiment que Washington est un site de prédilection où les extraterrestres sont le plus susceptibles de venir poser leur soucoupe volante.Cela dit, ni les démocrates ni les républicains n\u2019ont jugé bon d\u2019inclure un volet sur les rencontres du troisième type dans leur programme électoral.NOUVEL ARRIVANT Autrefois confiné au sud des États-Unis, à l\u2019Amérique centrale ou du Sud, ce papillon, Papilio cresphontes Cramer, d\u2019une envergure de 15 cm, a étendu ses ailes au Québec l\u2019été dernier.L\u2019équipe du Jardin botanique de Montréal a d\u2019abord découvert des chenilles du lépidoptère sur des frênes épineux, au mois de juillet.Un mois plus tard, elles se sont transformées en papillons.C\u2019est l\u2019adoucissement des températures nordiques qui nous vaudrait cette visite.Les changements climatiques auraient permis au papillon \u2013 le plus grand des papillons diurnes à s\u2019aventurer en Amérique du Nord \u2013 de coloniser graduellement le nord-est américain et maintenant la Belle Province.actualités F R E F O N 12 Québec Science | Novembre 2012 eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT i un engin volant non identifié passe devant votre fenêtre, sou - riez! Vous êtes peut-être filmé.La compagnie québécoise Top Shot Image, spécialisée dans la captation d\u2019ima - ges aériennes, s\u2019est équipée cet automne d\u2019un drone dernier cri pour le cinéma.L\u2019engin ressemble à un hélicoptère de taille réduite.Il transporte une caméra HD, capable de filmer des cascades vues des airs pour des films d\u2019action.On connaissait déjà les drones militaires, apparus dans le ciel au début des années 1990.En Irak ou en Afghanistan, ils ont lancé leurs missiles avec une précision mortelle pendant que leurs pilotes les dirigeaient en toute sécurité, à partir des États-Unis.Or, voici qu\u2019ils font leur apparition dans le domaine civil.Directeur photo de formation, Paul Hurteau avait toujours rêvé de pouvoir faire voler sa caméra pour capter des images sous des angles impossibles.Ses amis le traitaient de poète jusqu\u2019à ce que la technologie transforme son rêve en réalité.«Avec les années, les caméras sont devenues beaucoup plus performantes et légères», fait remarquer le cinéaste au look décontracté, qui a lancé Top Shot Image il y a trois ans.Les progrès sur le front de la microé- lectronique n\u2019ont pas seulement réduit la taille et le poids des caméras HD.Les gyroscopes, magnétomètres, accéléromètres, altimètres et systèmes GPS, qui ont permis d\u2019automatiser le vol des avions, ont aussi été miniaturisés.Et leur prix a chuté au point où les amateurs arrivent maintenant à construire leur propre drone, pour quelques centaines de dollars.Le tout dernier bébé de Paul Hurteau est bien plus sophistiqué qu\u2019un modèle S Silence, on vole Les drones ont transformé la façon de faire la guerre.Ils réinventent maintenant l\u2019art du cinéma.Par Dominique Forget Paul Hurteau, fondateur de Top Shot Image O L I V I E R J E A N Novembre 2012 | Québec Science 13 > >Tout compte fait 225 642 C\u2019est le nombre d\u2019«événements indésirables» survenus dans notre réseau de santé du 1er octobre 2011 au 31 mars 2012.Les erreurs de médication représentent 32% du lot.Seules les chutes (qui surviennent surtout chez les personnes âgées) les précèdent, avec 34% des cas rapportés.Les incidents et les accidents, tous types confondus, ont coûté la vie à 123 personnes.Le nombre d\u2019événements indésirables a fait un bon de 26% par rapport aux six mois précédents.Le ministère de la Santé attribue cette augmentation à une plus grande transparence des établissements, qui cachent de moins en moins souvent leurs erreurs.L\u2019ÉPAVE D\u2019UN SOUS-MARIN ALLEMAND AU LABRADOR?L\u2019été dernier, un plongeur terre-neuvien a affirmé avoir découvert les vestiges d\u2019un submersible allemand de la Deuxième Guerre mondiale dans le fleuve Churchill, au Labrador, à quelque 100 km de l\u2019océan Atlantique.Brian Corbin et son équipe étaient à la recherche de marins disparus lorsque leur sonar a balayé une structure qui leur semblait être les restes d\u2019un des fameux U-boot qui semaient la terreur dans l\u2019Atlantique.La nouvelle a cependant suscité beaucoup de scepticisme au sein des communautés scientifique et militaire.«Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, de nombreux sous-marins allemands croisaient dans le golfe du Saint-Laurent, mais rien ne laisse supposer que l\u2019un d\u2019entre eux ait pu s\u2019aventurer aussi loin à l\u2019intérieur des terres», indique André Kirouac, directeur du Musée naval de Québec.D\u2019autres recherches ont été menées, mais elles n\u2019ont donné aucun résultat concluant.Les paris demeurent donc ouverts! Les restes d\u2019un U-boot ou un vulgaire morceau de métal?maison.Construit par la société allemande Microdrones Gmbh, il est équipé de quatre moteurs de 250 W, installés aux extrémités d\u2019un grand X volant d\u2019une envergure de 2 m.Son coût : près de 100 000 $.Son autonomie s\u2019étire jusqu\u2019à une heure; sa portée jusqu\u2019à 40 km, et il peut transporter une charge de 2 kg, ce qui est amplement suffisant pour une caméra HD.«En plus, s\u2019il perd le signal du pilote en cours de vol, il est program - mé pour revenir automatiquement à son point de départ», explique Denis Boulet, technicien chez Top Shot Image, qui dirige le drone à distance.Pendant que Denis Boulet guide la trajectoire du quadricoptère à l\u2019aide d\u2019une manette qui ressemble à celle d\u2019une console de jeu vidéo, Paul Hurteau contrôle la caméra fixée sous l\u2019appareil, montée sur un pivot qui répond aux signaux de sa propre télécommande.Il porte des lunettes d\u2019immersion et transmet ses directives au pilote : approche, ralentis, tourne à gauche.«C\u2019est comme si je volais avec la caméra», s\u2019emballe-t-il.Les images sont transmises à un ordinateur au sol, puis traitées par un logiciel de stabilisation qui élimine les vibrations du drone.«On peut même programmer le drone à l\u2019avance, de façon à ce qu\u2019il suive une trajectoire entre deux points GPS prédéterminés, explique Denis Boulet.Le pilote n\u2019a qu\u2019à tenir l\u2019engin à l\u2019œil pour s\u2019assurer que tout va bien.» Aux États-Unis, les drones civils sont devenus tellement populaires que la Federal Aviation Administration (l\u2019agence fédérale chargée de réglementer l\u2019aviation civile) compte assouplir sa législation pour les avions sans pilote.Transport Canada ne semble pas vouloir emboîter le pas pour le moment.«Chez nous, c\u2019est une zone grise», déplore Paul Hurteau.L\u2019équipe de Top Shot Image prend ses propres précautions pour éviter les écueils en gardant toujours le drone dans le champ de vision du pilote (même si sa portée peut atteindre 40 km), en ne le faisant jamais voler au-dessus de la tête des gens et en limitant son altitude à 120 m.Et aussi, rassurez-vous, en respectant le droit à la vie privée.QS S T E P H A N H O P K I N S M E M O R I A L F O U N D A T I O N 14 Québec Science | Novembre 2012 La tuberculose fait figure de maladie d\u2019un autre âge.Pourtant, au Canada, depuis des décennies, les Inuits se battent au quotidien contre cette redoutable infection.Même qu\u2019au Nunavut, la situation empire.Par Marine Corniou ~ Photos de Benjamin Turquet AU PAYS DE LA PESTE B Novembre 2012 | Québec Science 15 eonie connaît bien la tuberculose.Trop bien.Pendant neuf mois, elle s\u2019est rendue deux fois par semaine au centre de santé publique d\u2019Iqaluit pour recevoir des antibiotiques et se débarrasser de l\u2019infection qui menaçait ses poumons.Son mari et ses cinq enfants ont suivi le même traitement.Sa sœur, elle, a dû être hospitalisée deux semaines, car sa maladie s\u2019est activée, provoquant toux, fièvre et amaigrissement.Quant au cousin de Leonie, trop contagieux et trop malade, il a passé quatre mois en isolement à l\u2019Hôpital d\u2019Ottawa, à plus de 2 000 km de chez lui.Dans la capitale du Nunavut, sur l\u2019île de Baffin, ce récit est tristement banal.«Ici, toutes les familles sont touchées par la tuberculose», affirme cette femme d\u2019une cinquantaine d\u2019années.Comme dans les autres communautés inuites du Canada, le spectre de la «peste blanche» est omniprésent.Dès la sortie de l\u2019avion, à l\u2019aéroport d\u2019Iqaluit, des affiches énumérant les symptômes avertissent les habitants ainsi que les voyageurs, les incitant à se faire examiner.Au Nunavut, en 2010, plus de 100 nouveaux cas ont été diagnos tiqués.Même tableau au Nunavik, dans le Nord-du- Québec.Le seul village de Kangiqsualujjuaq (anciennement George River) enregistrait en juillet dernier 76 cas de tuberculose active pour 850 habitants, surtout des adolescents et de jeunes adultes.«Les gens du sud du Canada n\u2019entendent jamais parler de tuberculose.Ils pensent que ça n\u2019existe plus.Les Blancs qui ont le malheur de l\u2019attraper à Iqaluit considèrent que c\u2019est la fin du monde! Nous, nous la craignons, mais c\u2019est notre réalité», déplore Natan Obed, directeur du département du développement social et culturel de Nunavut Tunngavik Incorporated, l\u2019organisme responsable de la mise en œuvre de l\u2019Accord sur les revendications territoriales du Nunavut.En septembre 2011, son fils a été contaminé à la garderie par un des employés qui ignorait qu\u2019il était porteur de la bactérie.À deux ans, il a dû lui aussi suivre un traitement contraignant pendant neuf mois.La situation s\u2019est pourtant améliorée par rapport ce qui prévalait dans les années 1950.«À l\u2019époque, les Inuits affichaient le taux de tuberculose le plus élevé du monde.Heureusement, il n\u2019a cessé de diminuer depuis», souligne le docteur Gonzalo Alvarez, pneumologue et chercheur spécialiste de la tuberculose à l\u2019Institut de recherche de l\u2019Hôpital d\u2019Ottawa (IRHO).Mais depuis cinq ans, les chiffres ne montrent plus d\u2019amélioration.La fréquence de la maladie demeure aussi élevée chez les Inuits canadiens que dans certains pays d\u2019Afrique ou d\u2019Asie du Sud-Est.«Les Inuit ont probablement une fragilité génétique, bien que ce ne soit pas prouvé», explique Dick Menzies, pneumologue E BLANCHE Iqaluit Pangnirtung Kuujjuaq L et épidémiologiste spécialiste de la tuberculose à l\u2019Institut thoracique de Montréal et au Centre universitaire de santé McGill.Ainsi, à Kangiqsualujjuaq, on sait que 40% des personnes porteuses de la bactérie latente finissent par développer une maladie active (qui provoque des symptômes et devient contagieuse).C\u2019est beaucoup plus que les 10% observés ailleurs dans le monde.Mais au-delà des considérations génétiques, la persistance de cette maladie, contre laquelle il n\u2019existe toujours pas de vaccin réellement efficace, est surtout attribuable à des conditions de vie difficiles qui affaiblissent le système immunitaire et favorisent la propagation de la bactérie.«Une maladie quelconque, l\u2019infection par le VIH, mais aussi la vieillesse, la malnutrition, l\u2019abus de tabac, d\u2019alcool ou de drogue peuvent suffire à réveiller la bactérie et à rendre les personnes infectées malades et contagieuses», précise Dick Menzies.Ce n\u2019est donc pas un hasard si 95% des 1,4 million de décès qui lui sont attribués dans le monde surviennent dans des pays en développement.e Nunavut est un pays du tiers-monde», prévient Emily Cowall, anthropologue à l\u2019université McMaster, en Ontario, et spécialiste de l\u2019histoire de la tuberculose dans le Grand Nord canadien.Les Inuits vivent d\u2019ailleurs en moyenne 13 ans de moins que les autres Canadiens.Mais on a beau s\u2019y attendre, le choc à l\u2019arrivée est violent.Iqaluit est une ville à deux visages : effer - vescente, elle con - cen tre tous les emplois administratifs du territoire dans des bâtiments modernes.Aux heures de pointe, elle bourdonne d\u2019activité.Mais dans les petites rues en terre battue, c\u2019est un tout autre portrait.Là, on trouve des maisons aux fenêtres cassées, obturées par des planches de bois.Il s\u2019y s\u2019entasse des motoneiges hors d\u2019usage et divers objets à l\u2019abandon.Difficile, aussi, de ne pas remarquer les sourires édentés des jeunes et leur cigarette vissée aux lèvres.«Ici, 70% à 80% de la population fume; il y a des problèmes de malnutrition, de violence, de drogue.Beaucoup de familles vivent à 8 ou 12 dans des maisons mal ventilées où il n\u2019y a que 2 ou 3 chambres», résume Natan Obed.La région connaît de plus une grande pénurie de logements et une flambée des prix des loyers.En 2010, un appartement de deux chambres se louait 2 265 $ par mois à Iqaluit.Un record national! Résultat, un logement sur trois au Nunavut est considéré comme surpeuplé.«L 16 Québec Science | Novembre 2012 «Pour enrayer la propagation de l'épidémie, il faut d'abord s'attaquer aux déterminants sociaux, comme la malnutrition, qui fragilisent les défenses immunitaires.» En 2010, 8,8 millions de personnes dans le monde présentaient une tuberculose active.Mais on estime qu\u2019un tiers de la population mondiale est infecté par Mycobacterium tuberculosis ! En effet, cette bactérie peut rester à l\u2019état latent, ou «dormant», dans l\u2019organisme pendant des années avant de se réveiller et de provoquer des symptômes potentiellement fatals.Environ 10% des «porteurs» deviennent ainsi malades un jour ou l\u2019autre. Novembre 2012 | Québec Science 17 Quand on sait qu\u2019il suffit qu\u2019une personne infectée tousse ou éternue pour propulser dans l\u2019air des milliers de bacilles de Koch \u2013 les bactéries qui causent la tuberculose \u2013, on comprend pourquoi l\u2019infection se propage si vite dans cette promiscuité aggravée par les hivers interminables.Autre facteur qui augmente les risques : la malbouffe.Selon une étude parue dans le Journal de l\u2019Association médicale canadienne en 2010, 70% des enfants d\u2019âge préscolaire du Nunavut mangent mal ou pas suffisamment.On comprend pourquoi quand on arpente les allées de l\u2019épicerie de Pangnirtung, une petite communauté située à 300 km au nord d\u2019Iqaluit, où les choux- fleurs se vendent 8$ l\u2019unité; le jus d\u2019orange, 13$ le litre; le sac de pommes, 10$.«Pour enrayer la propagation de l\u2019épidémie, il faudrait éviter que les personnes infectées deviennent malades, et donc contagieuses, poursuit l\u2019anthropologue Emily Cowall.Et pour cela, il faut d\u2019abord s\u2019attaquer aux déterminants sociaux, comme la malnutrition, qui fragilisent les défenses immunitaires.» Il existe pourtant au Nunavut un programme bien rodé de lutte contre la tuberculose, qui comprend le dépistage des cas à l\u2019école primaire, la recherche systématique de toutes les personnes entrées en contact avec un cas actif et le traitement obligatoire supervisé par une infirmière.Mais le Nord est enlisé dans un cercle vicieux : les adultes et les aînés sont infectés, tombent malades à l\u2019occasion, et réinfec - tent alors les plus jeunes.De nouveaux foyers de cas surgissent inlassablement, année après année.À Kangi q sua lujjuaq, par exemple, 10% de la population est malade, mais 80% des adultes seraient porteurs de la bactérie.Une vraie bombe à retardement.D\u2019autant que les moyens de lutte sur le terrain demeurent insuffisants.«La moitié du budget du système de santé est utilisé pour le transport», précise Natan Obed.En effet, tous les malades du territoire sont emmenés par avion à l\u2019hôpital général Qikiqtani d\u2019Iqaluit.C\u2019est là, dans un hôpital tout neuf, qu\u2019on trouve le seul laboratoire d\u2019analyses biologiques du Nunavut.Mais pas de pathologiste pour analyser les prélèvements.Les échantillons de crachats, qui permettent d\u2019établir le diagnostic de la tuberculose, sont donc envoyés à Ottawa par avion.Conséquence : jusqu\u2019à huit semaines peuvent s\u2019écouler avant le retour des résultats et le début du traitement, pendant lesquelles le malade continue d\u2019infecter son entourage.«L\u2019un des plus gros problèmes au Nunavut, c\u2019est le manque de personnel de santé et son roulement, explique Chad Zentner qui, à 31 ans à peine, dirige le laboratoire.À l\u2019hôpital, nous n\u2019avons qu\u2019un chirurgien et une dizaine d\u2019omnipraticiens; 30% des postes ne sont pas pourvus et il y a un nouveau médecin qui arrive et repart chaque mois.» a solution?Former du personnel inuit.En 2010, on comptait seulement 7 infirmières inuites dans l\u2019ensemble du Nunavut, pour 217 postes.Or, des soins, il en faut pour traiter un malade atteint de tuberculose.Le traitement dure de six à neuf mois, à raison de deux administrations de médicaments par semaine (voire tous les jours au cours des premières semaines).«La longueur de ce traitement, qui associe plusieurs antibiotiques, est l\u2019un des obstacles majeurs au contrôle de la maladie Des outils dépassés?Un nouveau test diagnostique, fiable et rapide, est en cours d\u2019évaluation au Nunavut.Il y a 5 000 ans, au temps des pharaons, la tuberculose existait déjà.On le sait grâce à l\u2019étude des momies.Depuis, elle n\u2019a jamais cessé ses ravages.L\u2019épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle en Europe.À l\u2019époque, on l\u2019appelait «phtisie», ou «consomption», et elle emportait près d\u2019un adulte sur quatre.Si le développement des antibiotiques, dans les années 1950, a permis de traiter efficacement les malades, aucun nouveau médicament n\u2019a été développé depuis plus de 50 ans! Le traitement reste interminable et complexe.Et le cocktail de quatre antibiotiques administrés aux patients est de moins en moins efficace : la bactérie devient résistante partout dans le monde.Le vaccin BCG, qui continue d\u2019être administré à tous les enfants du Nunavut, a quant à lui été mis au point il y a plus de 90 ans.Il protège contre certaines formes graves infantiles de la maladie, comme les méningites tuberculeuses, mais il n\u2019empêche pas la transmission du bacille de Koch ni son activation dans les poumons à l\u2019âge adulte.Quant au diagnostic, il s\u2019appuie lui aussi sur des techniques du siècle passé, comme l\u2019observation des expectorations des patients au microscope.Une méthode qui ne permet de déceler que 50% à 60% des cas.Mais une nouvelle machine, installée en mars dernier dans le laboratoire de Chad Zentner, à l\u2019hôpital général d\u2019Iqaluit, sous la supervision de Gonzalo Alvarez et de son collègue Madhukar Pai, de l\u2019Université McGill, pourrait bien changer la donne.Le «GeneXpert» \u2013 qui se présente comme une boîte de la taille d\u2019une machine à café \u2013 a un gros avantage : nul besoin d\u2019être qualifié pour la faire fonctionner.Il suffit de placer les échantillons de crachats dans des cartouches contenant des réactifs, de fermer la machine et le tour est joué.En moins de deux heures, celle-ci décèle l\u2019ADN de la bactérie Mycobacterium tuberculosis dans les échantillons et permet de poser le diagnostic.«Cet outil présente un intérêt non négligeable dans les régions isolées comme le Nunavut», estime Chad Zentner.Le GeneXpert, qui a été approuvé récemment par l\u2019Organisation mondiale de la Santé, va être testé à Iqaluit et à l\u2019Institut thoracique de Montréal sur une période de trois ans, pour confirmer son utilité au quotidien.Mais afin d\u2019éradiquer définitivement la maladie, il faudra mettre au point un vaccin efficace.Dans le monde, environ 10 vaccins potentiels contre la tuberculose sont en cours d\u2019essai clinique, et une cinquantaine sont à des stades moins avancés de développement.Chad Zentner dirige le laboratoire de l\u2019hôpital général d\u2019Iqaluit qui vient d\u2019acquérir un outil diagnostique pour la tuberculose.L dans lemonde, car beaucoup abandonnent avant la fin», rappelle Dick Menzies.Afin de s\u2019assurer qu\u2019il est suivi jusqu\u2019au bout, l\u2019Organisation mondiale de la Santé recommande depuis 1995 une thérapie sous observation directe (ou DOTS pour Directly Observed Treatment Short).Ainsi, tous les lundis et jeudis, c\u2019est «Meds Day» au Centre de santé publique d\u2019Iqaluit.Les patients défilent dans le bâtiment délabré pour recevoir leurs antibiotiques.«Ce type de traitement nécessite une relation de confiance avec les patients, et c\u2019est difficile lorsque les infirmières ne sont ici que pour deux mois et ne parlent pas l\u2019inuktitut», explique Deborah Van Dyk, une infirmière qui travaille à Iqaluit par intermittence depuis quatre ans.C\u2019est aussi l\u2019avis d\u2019Helle Moller.Cette infirmière a travaillé dans des communautés du Nunavut, de 1997 à 1999, pour soigner la tuberculose.Elle est aujourd\u2019hui anthropologue à l\u2019université Lakehead, en Ontario.«C\u2019est précisément parce que je me suis sentie démunie face à la culture inuite que j\u2019ai décidé de faire des études d\u2019anthropologie», raconte-t-elle, de pas - sage à Iqaluit pour présenter ses recherches sur les infirmières inuites au Groenland et au Nunavut.En discutant avec ses patients, elle a pu mesurer l\u2019ampleur du fossé qui sépare les cultures qallunaat («blan - che») et inuite.«D\u2019abord, il y a la langue.Les mots \u201ccellule\u201d, ou \u201cbactérie\u201d, n\u2019ont pas leur équivalent en inuktitut», explique- t-elle.Mais il y a aussi une différence profonde dans la perception qu\u2019ont les Inuits de la santé, plus holistique que la nôtre, laquelle dépend d\u2019un équilibre entre l\u2019âme, l\u2019esprit et le corps.De même, les rassemblements sociaux et familiaux sont importants pour eux, de sorte que rester en isolement, même si l\u2019on est contagieux, est contraire à l\u2019hospitalité.En outre, ils sont réticents à nommer les personnes de l\u2019entourage qui ont pu transmettre la maladie, un processus pourtant crucial pour retracer tous les cas et stopper la transmission.«Enfin, les Inuits sont un peuple de tradition orale.Ils sont sensibles aux explications prodiguées par une personne réelle, alors que toute l\u2019information en santé publique est dispensée sous forme de feuillets explicatifs ou d\u2019affiches», ajoute Helle Moller.Pour le docteur Gonzalo Alvarez, pneumologue basé à Ottawa mais spécialiste référent au Nunavut depuis sept ans, c\u2019est une évidence : si l\u2019on veut changer la situation, il faut cesser d\u2019ignorer ces différences culturelles.«S\u2019attaquer à un problème comme la tuberculose passe avant tout par l\u2019information et la sensibilisation de la population.C\u2019est l\u2019ignorance qui fait le lit de la peur et des préjugés», affirme-t-il.Pour que le message passe mieux, et de façon durable, il est impératif que la communauté inuite participe activement aux programmes de prévention.Résistance naturelle?Plusieurs études ont démontré que les taux de tuberculose dans les populations autochtones étaient d\u2019autant plus élevés que celles-ci étaient entrées en contact tardivement avec les Européens qui ont amené la maladie.«La plupart des Autochtones ont été exposés à la tuberculose de façon très brutale au début du XIXe siècle.Le taux de mortalité était d\u2019environ 9% par année! C\u2019était un désastre, mais les descendants des personnes qui ont survécu sont aujourd\u2019hui plus résistantes à la maladie», avance Dick Menzies.Les Inuits, eux, ont été exposés plus tardivement au bacille tuberculeux, vers 1945 pour certains groupes, voire même dans les années 1960.Grâce aux antibiotiques, la mortalité est restée très faible, et les populations n\u2019ont pas développé de résistance naturelle.Un hangar ?Non, le Centre de santé publique d\u2019Iqaluit! 18 Québec Science | Novembre 2012 Helle Moller, anthropologue : «Il y a une différence profonde dans la perception qu\u2019ont les Inuits de la santé, plus holistique que la nôtre, laquelle dépend d\u2019un équilibre entre l\u2019âme, l\u2019esprit et le corps.» Cette idée semble couler de source; elle est pourtant révolutionnaire dans le contexte du Grand Nord.Elle a poussé Gonzalo Alvarez à lancer le programme «Taima TB», «bwm S?9l8N34» en inuk titut («Stop à la tuberculose», en fran çais), en janvier 2011, en colla bo ration avec des groupes communautaires d\u2019Iqaluit.Le principe?Informer de vive voix les habitants sur la tuberculose, en se rendant directement chez eux, et leur proposer de se faire dépister et traiter à domicile.«Ce sont les Inuits avec qui nous avons travaillé qui ont formulé les messages à transmettre en anglais et en inuktitut, à commencer par le fait que la tuberculose est une maladie qui se soigne, et qui se soigne sur place, au Nunavut», explique le médecin, persuadé que les cicatrices laissées par les déplacements forcés dans les sanatoriums, au cours des années 1950, sont encore bien présentes.n a prêté à des habitants d\u2019Iqaluit des caméras pour réaliser des capsules vidéo «bwm S?9l8N34» sur You- Tube, afin de sensibiliser la population avec ses propres mots et ses propres histoires.Un grand festin a aussi été organisé en ville pour informer la population.«Trois équipes ont ensuite fait du porte-à-porte dans les secteurs de la ville les plus touchés par la maladie, pour montrer les vidéos aux gens.Chaque équipe était constituée d\u2019une infirmière et d\u2019un membre de la communauté parlant inuktitut et capable de répondre aux questions», explique Gonzalo Alvarez.Pour Deborah Van Dyk, qui a participé à la tournée de porte-à-porte, être accompa - gnée d\u2019un Inuit a fait toute la différence, surtout auprès des personnes âgées.«C\u2019est lui qui se présentait en premier, et l\u2019accueil était beaucoup plus chaleureux.Chez eux, les gens sont aussi plus détendus et plus réceptifs qu\u2019à la clinique», raconte- t-elle.Le bilan, dévoilé au printemps dernier, est concluant : 444 personnes ont été rencontrées; 300 d\u2019entre elles ont subi un test de dépistage; et un tiers ont été mises sous traitement antibiotique pour une tuberculose latente, 4 pour une tuberculose active.«Grâce à ce programme, les gens ont aujourd\u2019hui une meilleure connaissance des symptômes, et savent quoi faire en cas de doute.Ils ont aussi moins peur de la maladie, il y a moins de stigmatisation», précise Natan Obed, qui s\u2019est impliqué dès le début dans le projet.Deux autres communautés devraient bénéficier elles aussi, dans l\u2019année qui vient, du programme bwm S?9l8N34.Selon Helle Moller, le fait de se rendre à domicile est particulièrement important.«C\u2019est une façon de montrer à la population qu\u2019on s\u2019intéresse à elle.Car les Blancs se comportent encore comme des colonisateurs, ici, déplore l\u2019anthropologue.Le racisme est fréquent, même chez les professionnels de la santé.On entend souvent dire que les Inuits n\u2019ont qu\u2019à se prendre en charge et faire attention à leur santé», avance la jeune femme.Sa thèse de doctorat, publiée en 2005, s\u2019attache d\u2019ailleurs à décrire le lien qui existe entre la colonisation du Nord et la persistance de la tuberculose.Selon elle, le fait de ne pas intégrer la culture locale aux programmes de santé publique n\u2019est qu\u2019une poursuite du processus d\u2019acculturation débuté par les missionnaires.«Il ne faut pas s\u2019appesantir sur le passé, avertit toutefois Emily Cowall.Le Nunavut a acquis son autonomie en tant que territoire en 1999, et ses habitants doivent maintenant prendre des décisions collectives pour améliorer les conditions de vie, s\u2019élever contre le tabagisme et l\u2019abus de drogue, notamment.» N\u2019empêche\u2026 «Le mot \u201ccolonialisme\u201d reflè te la réalité, confirme Natan Obed sans la moindre hésitation.Nous sommes habituellement considérés comme des sujets d\u2019étude, mais pas comme des personnes capables de réfléchir aux solutions.» Natan Obed et Gonzalo Alva rez se disent optimistes.Ils ont su tirer les leçons du passé pour faire changer, petit à petit, les mentalités et, un jour, vaincre la peste blanche.QS Ce reportage a été rendu possible grâce à une bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).+Pour en savoir plus Ce qu\u2019il faut pour vivre, long métrage de Benoît Pilon A Long Way from Home: The Tuberculosis Epidemic Among the Inuit, McGill-Queen\u2019s University Press, 1994.Taima TB et vidéos : http ://taimatb.tunngavik.com/ Novembre 2012 | Québec Science 19 Jadis, les Inuits ont payé cher le fait d\u2019être malades.Ils ont été emmenés dans des sanatoriums, à des milliers de kilomètres de chez eux.Ce passé douloureux est loin d\u2019être oublié\u2026 Dans les années 1930 et 1940, la tuberculose se répand chez les Inuits comme une traînée de poudre, tuant une personne atteinte sur quatre.En 1945, le gouvernement canadien se décide à intervenir de façon radicale.Les Inuits subissent un dépistage systématique par radiographie des poumons à bord du bateau gouvernemental C.D.Howe, qui longe les côtes de l\u2019Arctique.Jusqu\u2019en 1969, ceux qui sont atteints sont emmenés dans des sanatoriums d\u2019Ottawa, de Hamilton et de Montréal, sans même pouvoir dire adieu à leurs proches ni organiser leur départ.La plupart y restent plusieurs années, et beaucoup ne reviennent jamais.En 1956, un septième de la population est ainsi «déporté» temporairement.«Ce traitement avait un sens sur le plan médical et était bien intentionné, mais les conséquences humaines ont été terribles.Presque tous mes patients âgés m\u2019en parlent encore.Certains se souviennent d\u2019avoir été arrachés des bras de leur mère et de ne plus l\u2019avoir revue», déplore le pneumologue Gonzalo Alvarez.Après des mois de voyage sans même être informés de ce qui se passait, les Inuits subissaient un gros choc culturel, sans compren - dre la langue, sans pouvoir communiquer avec leurs familles.«À cause d\u2019erreurs dans les dossiers médicaux, des gens ont été renvoyés dans d\u2019autres villages que les leurs, et certains enfants sont restés au sud», raconte de son côté Bethany Scott.Cette jeune femme travaille à Iqaluit pour la Qikiqtani Truth Commission (QTC), mise sur pied en 2007.À partir du témoignage de 300 personnes, la Commission s\u2019attache à relater de façon plus juste l\u2019histoire des Inuits de l\u2019île de Baffin de 1950 à 1975, en ce qui concerne notamment le massacre des chiens de traîneau, la maltraitance des enfants en pensionnat ou les relocalisations de familles dans des régions inhabitées pour asseoir la souveraineté du Canada dans l\u2019Arctique.Avec d\u2019autres organisations inuites, la QTC mène actuellement une campagne appelée Nanilavut («Trouvons-les»).Le but?Retrouver les tombes des malades décédés dans les sanatoriums et enterrés dans le sud du pays, le plus souvent sans que leurs familles aient été mises au courant.O LES LEÇONS DU PASSÉ L\u2019avenir de la recherche semble vous préoccuper.Pourquoi?Ça fait maintenant 40 ans que nous avons restructuré notre recherche et notre réseau universitaire au Québec.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une génération, mais est-ce que les choix que nous avons faits sont encore pertinents?C\u2019est ce que je me demande.Il y aurait un problème?Premier constat, la stratégie de recherche canadienne et québécoise est très axée sur l\u2019université, et on néglige ainsi les autres secteurs.Le Canada n\u2019a pas de véritable politique scientifique favorisant la recherche, que ce soit dans l\u2019industrie ou au sein même de l\u2019État.Sur ce dernier point, autant le fédéral que le provincial ont tendance à délaisser l\u2019expertise de pointe, laissant aux universités l\u2019entière responsabilité de l\u2019évolution de la connaissance.Vous affirmez que c\u2019est une piètre politique scientifique que celle de notre pays.Pourquoi ce choix des gouvernements?Si on compare la part du produit intérieur brut du Canada associée à la recherche avec celles des autres pays industrialisés, nous sommes en queue de peloton.Cela représente 1,71% du PIB.Et la tendance est à la baisse.Au Québec, on est à environ 2,8% du PIB.Nous sommes donc au-dessus de lamoyenne des pays de l\u2019Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).Le Québec a fonctionné comme un État autonome, notamment en comblant lui-même le manque de financement fédéral.Mais il lui faudrait une expertise plus solide dans les ministères.On a encore trop peu de centres nationaux, comme l\u2019Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) ou Ouranos, le consortium de chercheurs qui étudie l\u2019impact des changements climatiques.De leur côté, les industriels ne seraient-ils pas eux-mêmes un peu timides à s\u2019engager dans des programmes de recherche?Ils ont pourtant des avantages fiscaux à en tirer.Il faut aller plus loin que ça sur le plan des solutions.Pour chaque subvention accordée à une entreprise, on pourrait exiger un investissement dans l\u2019innovation et, si pos - sible, dans la recherche.Pour les entreprises engagées dans le Plan Nord, on doit notam - ment envisager l\u2019électrification de leurs procédés industriels et de leurs activités de transport.Récemment, en 2008, à la suite de l\u2019aide apportée par Ottawa pour sauver de la faillite General Motors, on a annoncé la construction d\u2019un centre de recherche à 20 Québec Science | Novembre 2012 Professeur à l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS), Gaétan Lafrance a près de 40 ans d\u2019expérience en recherche.Il a participé à l\u2019étonnant programme sur la fusion nucléaire avec le réacteur Tokamak construit à Varennes, près de Montréal, qui a été démantelé à la fin des années 1990.Diplômé en sciences et en génie, il a été souvent consulté sur les politiques de recherche et les questions d\u2019énergie.La contestation étudiante du printemps dernier et les inquiétudes qui planent sur la mission des universités, ainsi que sur la science, l\u2019ont interpellé.«La recherche figure loin dans les priorités sociales; c\u2019est un secteur rendu précaire, trop souvent soumis aux aléas politiques», soutient-il.Il a récemment signé Quel avenir pour la recherche?aux Éditions MultiMondes.Nous l\u2019avons rencontré.Même en science, le Canada compte deux solitudes.Alors que le pays figure parmi les moins performants en matière d\u2019investissement dans le domaine de la recherche, le Québec arrive à tirer son épingle du jeu.Mais il faut réévaluer le rôle des universités.L\u2019entrevue Il faut un temps d\u2019arrêt pour examiner l\u2019avenir des universités.\u201d \u201c Novembre 2012 | Québec Science 21 Oshawa, en Ontario.Il s\u2019agit là d\u2019un bel exemple d\u2019implication dans le domaine de la recherche et du développement.Est-ce que la science est un luxe pour une société?C\u2019est une question difficile.Quelle est la part de financement acceptable en recherche et développement?De manière un peu arbitraire, on a établi un objectif minimal de 3% par rapport au PIB.Est- ce garant de qualité?Dans une société instruite, la recherche coïncide avec le quatrième niveau d\u2019éducation.Personne ne s\u2019interroge sur le besoin de financer l\u2019enseignement primaire, secondaire, collégial ou universitaire de premier cycle.Mais un quatrième niveau d\u2019expertise, qu\u2019on acquiert aux cycles supérieurs, est nécessaire pour faire face à des problèmes plus difficiles, que ce soit dans le domaine des sciences dures ou douces.Les universités sont-elles suffisamment financées pour former cette élite?Comparativement au reste du monde, on n\u2019a pas à se plaindre.Par ailleurs, il faut savoir que nos professeurs-chercheurs occupent des postes permanents.Ils ont donc une sécurité d\u2019emploi et une liberté d\u2019action presque totale.C\u2019est un atout que n\u2019ont pas les chercheurs états-uniens, par exemple.Est-ce que cette liberté nous permet de performer?Pour l\u2019université québécoise, en général, les indicateurs de performance sont éloquents à ce sujet.On publie beaucoup, on délivre beaucoup de doctorats.N\u2019est-ce pas encourageant?Je suis convaincu que la relève est de très haut niveau.La compétition pour obtenir un poste de professeur est féroce.Par contre, on peut se poser des questions sur la diversité de la formation offerte par l\u2019ensemble de nos universités.Les orientations des 20 dernières années sont-elles encore valables?N\u2019y a-t-il pas des créneaux qu\u2019on a abandonnés et qu\u2019on aurait dû développer?On est parmi les plus faibles au monde dans les partenariats univer- sité-industrie.Nous pourrions soutenir davantage la promotion de la science et du génie dans les universités.Sachez qu\u2019on forme moins d\u2019ingénieurs que les autres pays.Au Québec, il y a d\u2019ailleurs 50% plus de professeurs en science politique qu\u2019en science physique.Vous êtes provocant, quand vous dites ça\u2026 Je ne voudrais surtout pas dénigrer ces créneaux plus soft de la connaissance.Avec le temps, l\u2019université québécoise a pris une couleur plus «sciences de la gestion», «sciences humaines» ou «sciences de l\u2019environnement».Pour se développer, A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M 22 Québec Science | Novembre 2012 les universités se sont mises à créer de nouveaux départements selon l\u2019air du temps.Résultat, 80% des professeurs œu- vrent dans des sciences plutôt douces que dures.Le virage était nécessaire pour répondre aux besoins d\u2019une société de plus en plus complexe.C\u2019est une fuite en avant?Cela dénature-t-il l\u2019université?C\u2019est un peu la critique que j\u2019adresse aux universités québécoises.La programmation est figée.Aucune remise en question globale n\u2019est envisagée.Où va l\u2019argent?Avec la prolifération des centres satellites, il y a, en gros, un campus universitaire pour deux cégeps.Est-ce utile?À mon avis, les universités québécoises sont bien gérées, mais les choix des dernières années ont été coûteux pour la société.Voilà des questions de fond qui ont été reprises lors du conflit, au printemps dernier.À l\u2019instar de bien des étudiants, je suis d\u2019accord qu\u2019il faille un temps d\u2019arrêt pour examiner la suite des choses.Chez nous, l\u2019université est publique et appartient aux Québécois, pas à ses dirigeants.La population est en droit de comprendre comment ses sous sont dépensés.L\u2019université doit-elle changer?Au début des années 2000, il y a eu un ajustement.On a réorienté l\u2019université non plus en termes de formation des étudiants au baccalauréat, mais en termes de recherche.Tous les nouveaux développements, toutes les embauches de professeurs, toutes les promotions visent la performance en recherche.Est-ce une bonne chose?Que les universités fassent plus de recherche, je suis tout à fait d\u2019accord.Avec la baisse de la clientèle étudiante au baccalauréat, la formation supérieure a donné un nouvel élan aux institutions.Le problème est du côté de la formation.Quelle que soit la faculté à laquelle ils sont rattachés, la priorité des professeurs n\u2019est plus l\u2019enseignement, mais la recherche.La première conséquence est que l\u2019enseignement n\u2019est pas prédominant pour obtenir une permanence ou une promotion; et la deuxième, qu\u2019il faut que chaque chercheur et professeur soit très performant individuellement.Cette situation, on le comprend facilement, nuit aux professeurs qui ont le goût et le talent pour enseigner.Et ça ne favorise pas beaucoup le travail d\u2019équipe dans laquelle on peut avoir des chercheurs ultra compétents, mais plutôt low profile.Si l\u2019enseignement est laissé pour compte, est- ce que vous diriez qu\u2019il y a maintenant des diplômes à rabais?Au baccalauréat, je ne dirais pas qu\u2019il y a des diplômes à rabais.Par contre, je me pose de sérieuses questions pour la formation supérieure.Dans toutes les disciplines, le nombre de finissants au doctorat a explosé depuis 20 ans.Bien que le Québec ait eu besoin de rattrapage, ce changement soudain est dû aux convoitises suscitées par le financement de la recher - che.Pour plusieurs raisons que nous avons évoquées, le système favorise la quantité et non la qualité.Afin d\u2019y arriver, on a réduit la durée de la formation ainsi que le nombre de cours.On peut également se poser des questions sur les critères d\u2019admission qui me paraissent moins sévères.On dirait qu\u2019on est dans la fast science, comme on dit du fast food.Il y a quand même de la bonne recherche qui se fait derrière ça.Les meilleurs chercheurs et les étudiants les plus doués finissent par ressortir.Par contre, malgré tout ce talent, on a perdu au change.On peut déplorer que le financement de la recherche favorise désormais le couple pro- fesseur-étudiant, et non l\u2019équipe équilibrée composée aussi de techniciens et d\u2019assistants compétents.Au Tokamak, par exemple, les étudiants ne représentaient que 20% des effectifs.Aujourd\u2019hui, dans les équipes de recherche, ils comptent, bien souvent, pour 80%.Si c\u2019était à recommencer, est-ce que la carrière de chercheur vous attirerait encore?Les conditions ont changé et je déplore que le Québec ait perdu cette facette des grands projets, et de la recherche en équipe.Cela dit, le gros de ma carrière s\u2019est fait selon le modèle individuel, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour la relève.Ce nouveau contexte ne changerait donc pas grand-chose pour moi.Mais encore faut- il avoir un poste.Et mon profil multidisciplinaire ne me laisserait aucune chance d\u2019en obtenir un.La science qui se fait vous inspire-t-elle encore?Bien sûr que oui! La recherche disciplinaire et fondamentale se porte relativement bien.Certes, on a perdu en diversité, à cause des modes.Le problème est différent si on veut sortir des sentiers battus.Les fonds académiques sont très conservateurs, dans le sens où c\u2019est le nombre de publications qui compte.Viennent ensuite les priorités établies par les pairs qui trop fréquemment suivent la tendance du jour.Pour un domaine fortement multidisciplinaire, comme la recherche appliquée en énergie, le problème est flagrant.Quelle que soit l\u2019originalité du projet, il faut maintenant se battre très fort pour se faire reconnaître.QS Propos recueillis par Raymond Lemieux L\u2019entrevue \u201cQuelle que soit la faculté à laquelle ils sont rattachés, les professeurs n\u2019ont plus l\u2019enseignement comme priorité, mais la recherche.Cette situation, on le comprend facilement, nuit aux professeurs qui ont le goût et le talent pour enseigner.\u201d Novembre 2012 | Québec Science 23 PIGEONS Peut-on se réconcilier avec nos pigeons?Il le faut, disent les chercheurs.Pour avoir des villes bien vivantes.Par Catherine Girard ENVAHISSEURS OU ÉGARÉS?P H I L I P P E J A S M I N 24 Québec Science | Novembre 2012 ur son balcon, près du carré Saint- Louis à Montréal, Natacha Boisjoly tient l\u2019une des «tables» les plus courues à Montréal.Sa spécialité?Un mélange de millet, de maïs, de blé et de graines de tournesol.Une préparation qui plaît beaucoup aux moineaux, aux étourneaux, mais aussi et \u2013 surtout \u2013 aux pigeons.«Ce sont mes visiteurs préférés.Je suis particulièrement attachée à deux pigeons un brin marginaux, que j\u2019ai appelés Didibobo et Cafécafé.Le premier doit son nom à la mutilation qu\u2019il présente à une patte et le second, à la tache brune qu\u2019il a sur la tête», explique la biologiste.Au-delà du plaisir que lui procure le nourrissage quotidien des pigeons, Natacha Boisjoly se sent investie d\u2019une mission : améliorer les relations entre ces oiseaux mal aimés et les humains.La jeune femme n\u2019est pas la seule à avoir pris la défense de Columba livia.Aux quatre coins de la planète, scientifiques et simples citoyens tentent de réhabiliter cette espèce omniprésente.«C\u2019est une démarche qui s\u2019inspire de l\u2019écologie de réconciliation, un concept qui prône la préservation de la biodiversité dans les milieux conçus par et pour l\u2019homme», explique la biologiste Anne-Caroline Pré- vot-Julliard, coordonnatrice, en France, d\u2019un rare projet de recherche interdisciplinaire sur le pigeon.Développée au début des années 2000 par l\u2019écologiste Michael Rosenweig, l\u2019écologie de réconciliation soutient que les aires actuellement protégées ne suffisent pas à assurer la survie de l\u2019ensemble des espèces vivantes.«En ce moment, environ 10% du territoire bénéficie d\u2019une forme de conservation.Pour améliorer cette proportion, la participation des zones urbaines est absolument nécessaire», précise Anne- Caroline Prévot-Julliard.L\u2019idée tombe sous le sens, mais elle demeure difficile à mettre en œuvre.«Ces 50 dernières années, un nouveau modèle urbain s\u2019est mis en place.Les métropoles se sont modernisées et sont devenues des lieux ordonnés et aseptisés où la nature n\u2019a plus vraiment sa place.C\u2019est ainsi que les poules et le bétail ont disparu du paysage urbain, que les abattoirs ont été déplacés en périphérie et que les chiens ont perdu le droit de sortir librement», indique Véronique Servais, pro- fesseure d\u2019anthropologie à l\u2019Université de Liège, en Belgique.Les pigeons, eux, «Leur habitat naturel, ce sont les falaises.Les pigeons sont donc plus portés à construire leur nid sur les rebords de fenêtre et les façades des édifices que dans les arbres.Sur le plan du nichage, la ville offre plus de possibilités que la campagne.» Les biologistes Luc-Alain Giraldeau et Natacha Boisjoly.Tous deux prônent une réconciliation avec les pigeons.P H I L I P P E J A S M I N sont perçus comme des animaux nuisibles, et il est désormais interdit de les nourrir dans la plupart des villes du monde, de Montréal à Paris, en passant par Québec et Sherbrooke.Ce qui n\u2019empêche pas quelques amis des animaux, comme Natacha Boisjoly, de remplir leurs mangeoires tous les matins.Selon Véronique Servais, les pigeons bisets provoquent beaucoup de tensions parce qu\u2019ils sont l\u2019antithèse du nouveau schème urbain, notamment sur le plan de la propreté.«On reproche souvent à ce volatile de souiller et de dégrader le mobilier urbain avec ses fientes.Même si je n\u2019ai pas mené une étude pour le prouver, je suis convaincu que les émanations des milliers de véhicules qui circulent tous les jours en ville sont aussi dommageables que l\u2019acide urique contenues dans les excréments de pigeons», affirme quant à lui Louis Lefebvre, professeur au département de biologie à l\u2019Université McGill et spécialiste du comportement animal.Et d\u2019après Luc-Alain Giraldeau, professeur de biologie et vice-doyen à la recherche à l\u2019Université du Québec à Montréal, Columba livia est même un animal propre, puisque ses déjections sont concentrées autour de son nid.Contrairement au goéland, il n\u2019a pas l\u2019habitude de faire ses besoins n\u2019importe où.Le pigeon continue toutefois d\u2019être considéré comme une bestiole nuisible et malpropre, surtout depuis qu\u2019on a établi qu\u2019il était porteur de zoonoses \u2013 c\u2019est-à-dire des maladies transmissibles à l\u2019homme \u2013, comme l\u2019ornithose, la maladie de Newcastle et l\u2019histoplasmose.En octobre 1999, cinq travailleurs de la région de Montréal ont d\u2019ailleurs con - tracté une pneumonie après avoir nettoyé, sans protection, des excréments de pigeons.Dans leurs sécrétions bronchiques, on a retrouvé des traces d\u2019Histoplasma capsulatum, le champignon responsable de l\u2019histoplasmose.Malgré tout, les probabilités de transmission demeurent assez faibles, et peu de cas mortels ont été rapportés.«Des chercheurs britanniques ont même établi que le risque que les personnes âgées se blessent en glissant sur une fiente constitue le principal danger sanitaire associé aux pigeons», souligne Louis Le- febvre.Mais il n\u2019y a pas que ça.Ces bêtes à plumes sont aussi accusées de troubler l\u2019ordre public.«Le pigeon a la mauvaise manie de s\u2019inviter dans les endroits normalement réservés aux citadins, comme les trottoirs et les places publiques, ce qui donne aux gens le sentiment d\u2019être envahis.Cette impression est d\u2019autant plus forte que le pigeon ne craint pas du tout les humains, et qu\u2019il ne se sauve pas lorsqu\u2019on l\u2019approche», mentionne Véronique Servais, qui s\u2019intéresse particulièrement aux relations entre les hommes et les animaux.Si le pigeon urbain est aussi peu farou - che, c\u2019est parce que ses ancêtres ont côtoyé l\u2019homme durant des milliers d\u2019années.Dès l\u2019Antiquité, cet oiseau originaire du bassin Novembre 2012 | Québec Science 25 Colombe ou pigeon?D\u2019un côté, l\u2019emblème de la paix et de la pureté.De l\u2019autre, le «rat volant».Pourtant, la colombe et le pigeon ne sont qu\u2019une seule et même espèce.Le terme «colombe» n\u2019est en fait qu\u2019un nom usuel désignant certains représentants de la famille des colombidés, dont les pigeons bisets (Columba livia).Les oiseaux immaculés qu\u2019on relâche lors de certaines cérémonies religieuses ne sont donc rien d\u2019autre que des pigeons albinos! En ville, les pigeons blancs sont plutôt rares.D\u2019après certaines études, les individus plus foncés seraient en effet davantage adaptés aux milieux urbains, puisqu\u2019ils résisteraient mieux aux parasites.Un sens de l\u2019orientation hors pair Les pigeons peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres par jour.S\u2019ils réussissent à retrouver le chemin de la maison, c\u2019est d\u2019abord grâce à leur mémoire et à leur odorat.Lors de leurs voyages, ces bêtes à plumes enregistrent les différentes senteurs qu\u2019ils rencontrent, ce qui leur permet de dresser une carte olfactive.Les colombidés peuvent aussi compter sur leur capacité à percevoir les champs magnétiques.Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que les magnétorécepteurs du pigeon étaient situés sur la partie supérieure de son bec, mais une étude publiée dans la revue Nature le printemps dernier invalide cette théorie.Le mystère de la boussole interne de Columba livia demeure donc entier! M I C H A E L P O R T E R méditerranéen a été domestiqué pour sa chair.En France, on a retrouvé des traces de cohabitation remontant à l\u2019époque gallo-romaine (une période qui s\u2019étend du IIe siècle de notre ère à la chute de l\u2019Empire romain, en 476).De ce côté-ci de l\u2019Atlantique, Columba livia est arrivé non pas par la voie des airs, mais plutôt par celle des mers, avec Samuel de Champlain.Ce fin gourmet \u2013 il a fondé l\u2019Ordre du Bon- Temps, la première association à vocation gastronomique d\u2019Amérique \u2013 voulait entre autres s\u2019assurer un approvisionnement en viande fraîche.Et non, le fondateur de Québec ne se contentait pas de filets d\u2019éperlan, de tourtes ou de steak d\u2019ours! Même si les pigeons ont un sens de l\u2019orientation exceptionnel, il leur arrive de se perdre.C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont commencé à aboutir dans les grands centres.«Leur habitat naturel, ce sont les falaises.Ils sont donc plus portés à construire leur nid sur les rebords de fenêtre et les façades des édifices que dans les arbres.Sur le plan du nichage, la ville offre plus de possibilités que la campagne », précise Luc- Alain Giraldeau.Or, en colonisant les villes, ces oiseaux égarés ont en quelque sorte perdu leur statut de noblesse.Ni complètement sauvages ni tout à fait domestiques, ils sont perçus comme des animaux errants, ce qui, dans l\u2019esprit des citadins, les rend impropres à la consommation.Sans véritable prédateur, les pigeons urbains se sont rapidement multipliés.Car ils sont extraordinairement prolifiques, les femelles pouvant pondre jusqu\u2019à 12 œufs par année.En comparaison, plusieurs espèces d\u2019oiseaux ne se reproduisent que durant une période précise, puisqu\u2019elles dépendent de la présence de certains insectes ou végétaux pour nourrir leurs petits.Ce n\u2019est pas le cas des pigeons qui engraissent leurs oisillons au lait ! Produit autant par les mâles que par les femelles, le lait de pigeon est une substance blanchâtre qui provient d\u2019une partie de l\u2019œsophage appelée le jabot.Ce n\u2019est donc pas la même chose que le lait sécrété par les mammifères même si, dans les deux cas, l\u2019hormone en cause est la prolactine.Pendant de nombreuses années, les citadins et les pigeons ont harmonieusement cohabité.Mais au fur et à mesure que les populations ont augmenté, Columba livia est progressivement devenu persona non grata.D\u2019où la guerre sans merci que leur livre aujourd\u2019hui de nombreuses villes.Les mesures, tantôt douces, tantôt radicales, vont de l\u2019installation de dispositifs répulsifs à l\u2019euthanasie, en passant par la stérilisation chimique ou chirurgicale.À Paris, on a plutôt décidé d\u2019installer une quin zaine de pigeonniers publics qui peuvent accueillir chacun jusqu\u2019à 300 volatiles.«D\u2019après nos recherches, cette méthode de contrôle est non seulement la plus efficace, mais aussi la plus éthique, soutient la biologiste Anne-Caroline Prévot- Julliard.D\u2019une part, elle permet de concentrer les fientes, tout en donnant l\u2019occasion de soigner et d\u2019étudier les oiseaux.D\u2019autre part, elle permet de con - trôler les naissances à l\u2019aide de différentes techniques.» Ces «cabanes» à pigeons changent aussi complètement la perception des citoyens, note Véronique Servais : «Les pigeons marrons, c\u2019est-à-dire domestiqués puis retournés à l\u2019état sauvage, sont des individus errants, des \u201csans domicile fixe\u201d.En leur fournissant un toit, on leur redonne un statut respectable.Dès lors, une réconciliation avec les citoyens est plus facilement envisageable», estime la chercheuse.Fortement inspirée par l\u2019expérience parisienne, Natacha Boisjoly rêve d\u2019implanter des pigeonniers publics à Montréal.Bien qu\u2019il en soit encore à sa phase initiale, son projet bénéficie de l\u2019appui de plusieurs experts, dont Louis Lefebvre et Luc-Alain Giraldeau, son ancien professeur.La jeune femme est cependant consciente que, pour la Ville, la réhabilitation des pigeons est loin d\u2019être une priorité: «Pour que les élus acceptent ma proposition, je dois d\u2019abord convaincre la population que les pigeonniers offrent de nombreux avantages.Heureusement, l\u2019engouement actuel pour l\u2019agriculture urbaine démontre que, dans l\u2019esprit des citadins, la ville n\u2019est plus incompatible avec la nature», se réjouit celle qui espère nourrir encore longtemps Di- dibobo et Cafécafé.QS +Pour en savoir plus pigeons.mnhn.fr 26 Québec Science | Novembre 2012 En raison de sa remarquable faculté à revenir à l\u2019endroit d\u2019où il vient, le pigeon a aussi été utilisé à titre de messager.Avant le développement des communications sans fil, par exemple, des corps militaires recrutaient des colombidés pour envoyer et recevoir des nouvelles du front.Lors de la Deuxième Guerre mondiale, un pigeon nommé Beachcomber a même été décoré pour avoir transporté jusqu\u2019au Royaume-Uni les premières nouvelles du funeste débarquement de Dieppe, auquel ont participé des milliers de soldats canadiens.Héro s d e g u e r r e Un oiseau de gang Sauf pendant la saison des amours, lorsque la pigeonne est féconde et que son partenaire ne la lâche pas d\u2019une patte (d\u2019où l\u2019expression «jaloux comme un pigeon»), ces volatiles se tiennent en groupe.C\u2019est la quantité de nourriture disponible qui détermine la taille de ce groupe, a démontré une étude du biologiste Luc-Alain Giraldeau.P H I L I P P E J A S M I N ENFIN.DESTINÉE AUX AMOUREUX DU CAFÉ QUI DÉSIRENT OBTENIR, CHEZ EUX OU AU BUREAU, UN ESPRESSO OU UN CAPPUCCINO DIGNE DES PETITS CAFÉS ITALIENS ! DÉCOUVREZ SES AVANTAGES.7655, Boul.St-Laurent, Montréal 514 270-9770 www.espresso-mali.com 28 Québec Science | Novembre 2012 TERRE CHERCHE M E H A U K U L Y K / S P L epuis que nos ancêtres ont, pour la première fois, levé les yeux vers le ciel, l\u2019humanité se q u e s t i o n n e .Sommes-nous une exception dans l\u2019Univers?Notre planète estelle la seule à abriter la vie?Après avoir longtemps été l\u2019apanage des philosophes, ces questions font, depuis quelques dizaines années, partie des préoccupations des scientifiques.Et les récents progrès en as- trobiologie nous permettent d\u2019espérer des réponses prochainement.Nous savons aujourd\u2019hui que la vie résulte de processus physiques et chimiques complexes.Même si plusieurs détails nous échappent encore, il est raisonnable de croire que la vie peut apparaître partout où les conditions adéquates sont réunies.Mais quels sont les environnements propices, et où faut-il les chercher?Depuis la découverte d\u2019une première planète extrasolaire, au milieu des années 1990, la recherche d\u2019une copie de la Terre est devenue la grande quête de l\u2019astronomie contemporaine.Hélas, on ne trouvera pas une autre planète capable d\u2019abriter la vie en publiant une annonce du genre : « Jolie petite planète bleue d\u2019à peine 4,5 milliards d\u2019années, poids santé, cherche autre Terre pour découverte et plus, si affinités» sur le site de rencontres d\u2019un quelconque Web galactique.Pour les astronomes ou les planéto - logues, un «monde habitable» est un monde propice à la naissance d\u2019au moins une forme de vie, même si celle-ci est microscopique.Reste à définir quelles sont les conditions nécessaires à la vie.La plupart des chercheurs ont choisi de considérer a priori «la vie telle que nous la connaissons sur Terre», c\u2019est-à-dire fondée sur la chimie du carbone et de l\u2019eau, plutôt que de spéculer sur des formes de vie étranges comme celles qui sont à base de silicium ou d\u2019ammoniac liquide, chères à la science- fiction.Cette hypothèse n\u2019est pas aussi restrictive qu\u2019il y paraît.L\u2019histoire de notre planète nous apprend que, à quelques rares exceptions près, trois conditions sont nécessaires à l\u2019existence de la vie.En premier, il faut un environnement modérément stable, comme la surface d\u2019une planète rocheuse avec son atmosphère, ses océans et ses continents.Il faut aussi de l\u2019énergie, qu\u2019elle soit d\u2019origine chimique, thermique ou lumineuse.Enfin, puisque l\u2019eau est à la base de la biochimie terrestre et qu\u2019on n\u2019a pas encore trouvé ni même imaginé une forme de vie qui puisse s\u2019en affranchir, la présence d\u2019eau liquide semble incontournable.C\u2019est à partir de ces trois critères que l\u2019on définit la zone d\u2019habitabilité (voir l\u2019encadré à la page 31).On a déjà trouvé beaucoup d\u2019exoplanè - tes et leur nombre augmente rapidement (on en identifie plusieurs centaines chaque année).Elles ne sont pourtant pas si faciles à dénicher.Si on la compare à son étoile, une planète terrestre est minuscule, peu lumineuse et, compte tenu des distances interstellaires, elle semble très, très près de son étoile.Le faible reflet d\u2019une telle exoplanète est donc complètement noyé dans l\u2019éclat de son soleil.Pour un astronome, repérer cette planète revient à distinguer, à partir de Montréal, un petit caillou près d\u2019un feu de camp quelque part sur une plage de Bali ! Mais au cours des dernières décennies, les astronomes ont développé pas moins d\u2019une demi-douzaine de techniques diffé- Novembre 2012 | Québec Science 29 Les exoplanètes ne sont pas faciles à dénicher mais les astronomes en ont quand même débusqué près de 800 dans 624 systèmes solaires.On cherche encore celle qui abrite la vie.Par Robert Lamontagne E AUTRES TERRES D rentes pour découvrir les planètes lointaines.Parmi elles, on retrouve l\u2019imagerie, la vélocimétrie par effet Doppler et la photométrie de transit (voir l\u2019encadré en page 32).Les deux dernières sont dites «indirectes», puisqu\u2019elles ne permettent pas de voir les planètes en orbite autour de leur étoile.À ce jour, les chasseurs d\u2019astres nouveaux ont pu caractériser les orbites et les propriétés physiques de plus de 778 exopla- nètes réparties dans près de 624 systèmes.Une bagatelle en regard des 200 milliards d\u2019étoiles de la Voie lactée.Mais ce n\u2019est qu\u2019un début.Des analyses récentes révèlent qu\u2019au moins 30% des étoiles semblables à notre Soleil sont accompagnées d\u2019une ou de plusieurs planètes.Mieux : 40% des étoiles de type naine rouge, des étoiles plus petites et plus froides que la nôtre, ont une grosse planète rocheuse, appelée super-Terre, en orbite dans leur zone habitable.Or, les naines rouges représentent près de 80% des étoiles de notre galaxie (soit environ 160 milliards).On peut dès lors conclure qu\u2019il existe des dizaines de milliards de planètes plus ou moins semblables à la Terre dans la Voie lactée.L\u2019équipe d\u2019Arnaud Cassan, de l\u2019Institut d\u2019astrophysique de Paris, a récemment publié une étude dans la revue Nature selon laquelle il existerait en moyenne 1,6 planète par étoile dans notre galaxie.Le catalogue des planètes extrasolaires pourrait donc bientôt compter plusieurs centaines de milliards de nouveaux mondes! Pas mal pour une quête commencée en 1995 quand les astronomes Michel Mayor et Didier Queloz ont annoncé l\u2019existence de la planète 51 Pegasi b autour d\u2019une étoile semblable au Soleil, dans la constellation de Pégase.À l\u2019époque, malgré l\u2019effervescence médiatique, la nouvelle est reçue avec scepticisme par de nombreux astronomes.En effet, cette planète \u2013 dont la masse est estimée à la moitié de celle de Jupiter (ou à 150 fois celle de la Terre) \u2013 tourne autour de son étoile à moins de 7,5 millions de kilomètres, soit 0,05 UA (l\u2019unité astronomique [UA] correspond à la distance moyenne entre la Terre et le Soleil; elle équivaut environ à 150 millions de kilomètres).Elle est presque 10 fois plus près de son étoile que Mercure ne 30 Québec Science | Novembre 2012 Ci-haut, un cliché obtenu par le télescope Kepler.C\u2019est en mesurant les variations de brillance des étoiles qu\u2019il arrive à repérer des planètes.Tout un exploit! Cela revient à distinguer, à partir de Montréal, un petit caillou près d\u2019un feu de camp quelque part sur une plage de Bali! Ici nous voyons les systèmes solaires des étoiles NGC6791 et TRES-2.Kepler ne dispose que d\u2019un seul instrument (photo du bas), soit une caméra ultrasensible qui couvre un champ de vue de 115 degrés carrés sur le ciel, l\u2019équivalent d\u2019environ 400 fois la taille angulaire de la pleine lune.La caméra observe environ 150 000 étoiles dans une seule région du ciel, située dans la constellation du Cygne.N A S A / A M E S / J P L - C A L T E C H l\u2019est du Soleil ! Et, selon les modèles de formation des systèmes planétaires disponibles alors, les grosses planètes gazeuses ne pouvaient pas se former aussi près de leur étoile.En d\u2019autres termes, 51 Pegasi b ne devait pas exister! Dans les mois qui ont suivi l\u2019annonce, d\u2019autres groupes ont confirmé la découverte de l\u2019équipe suisse et ont même identifié plusieurs autres géantes gazeuses situées à faible distance de leur étoile \u2013 planètes qu\u2019on surnomme «Jupiter chauds».Il a donc fallu se rendre à l\u2019évidence, les systèmes planétaires ne ressemblent pas tous au nôtre; ils ont obligé les théoriciens à revoir leurs modèles en incluant, par exemple, des effets d\u2019instabilité dynamique telle que la migration planétaire.Graduellement, l\u2019amélioration des instruments a permis de repérer des planètes de plus en plus petites et de moins en moins massives, à plus grande distance de leur étoile.On a ainsi découvert des géantes glacées (comme Neptune ou Uranus), avec une masse 10 à 20 fois supérieure à celle de la Terre, et 4 à 5 fois plus volumineuses.On a aussi décelé la présence de planètes sur des orbites très allongées autour de leur étoile, un peu à la manière des comètes dans le système solaire.Depuis peu, les astronomes identifient une nouvelle classe de planètes rocheuses, surnommées les « super-Terres», qui regrou pe des objets ayant des masses de 1 à 10 fois supérieure à celle de la Terre et 2 à 3 fois sa taille.Certaines de ces super-Terres pourraient être entièrement recouvertes d\u2019eau, comme GJ 1214 b, \u2013 une «planète-océan» ayant 6,5 fois la masse de la Terre et 2,7 fois sa taille.Les surprises ne s\u2019arrêtent pas là.Récemment, l\u2019équipe scientifique associée au télescope Kepler a annoncé la découverte d\u2019une planète en orbite autour d\u2019une paire d\u2019étoiles.Kepler-16 b, dont la masse et la taille sont comparables à Saturne, nous rappelle ainsi Tatooine, planète mythique de la saga StarWars, avec ses deux soleils.ù en est la quête d\u2019une jumelle de la Terre, c\u2019est-à-dire une planète comme la nôtre située dans la zone habitable de son étoile?Avec sa masse sept fois supérieure à celle de la Terre, Gliese 581 d est sans conteste la meilleure candidate.Celle-ci est située à la limite externe Novembre 2012 | Québec Science 31 O La zone habitable (ou écosphère stellaire) est la région autour d\u2019une étoile où l\u2019eau peut exister à l\u2019état liquide à la surface d\u2019une planète, ce qui suppose des propriétés physiques spécifiques tant pour la planète que pour son étoile.La présence d\u2019eau liquide à la surface d\u2019une planète dépend de la température et, donc, de sa distance par rapport à l\u2019étoile, mais elle dépend aussi de la masse et de l\u2019âge de l\u2019étoile.Ainsi, une étoile plus massive que le Soleil est plus lumineuse et plus chaude, et son écosphère est plus large et plus éloignée.Au contraire, une étoile moins massive est plus froide, et sa zone d\u2019habitabilité, plus étroite et plus rapprochée.Comme, en vieillissant, une étoile se réchauffe, la position de l\u2019écosphère s\u2019éloigne lentement.La zone d\u2019habitabilité dépend aussi des propriétés de l\u2019atmosphère de la planète et de la stabilité de son climat.Une planète dont l\u2019atmosphère contient beaucoup de gaz à effet de serre pourra maintenir une température plus chaude, même si elle est plus éloignée de son étoile.À titre d\u2019exemple, autour d\u2019une étoile comme le Soleil et pour une planète comme la Terre, la zone d\u2019habitabilité est comprise entre environ 135 et 195 millions de kilomètres du Soleil, soit entre 0,9 et 1,3 unité astronomique (UA).a c La nomenclature des planètes extrasolaires consiste à ajouter une lettre à la suite du nom de l\u2019étoile.On considère que l\u2019étoile est l\u2019objet «a» du système; la première planète que l\u2019on découvre est alors «b», la deuxième est «c», et ainsi de suite.b N A S A de la zone d\u2019habitabilité de son étoile, une naine rouge plus froide que le Soleil.Si elle était dotée d\u2019une atmosphère riche en gaz à effet de serre, cette planète pourrait comporter de l\u2019eau à l\u2019état liquide.Autre candidate bien placée : Kepler 22 b, une planète d\u2019environ 2,4 fois le rayon de la Terre, et dont la masse est probablement dans la fourchette des super-Terres.L\u2019étoile de ce système est semblable au Soleil, et Kepler 22 b est en orbite près du bord interne de l\u2019écosphère, à 0,85 UA.Si la concentration des gaz à effet de serre y est comparable à celle de la Terre, la surface jouirait d\u2019un confortable 22 °C! L\u2019avenir s\u2019annonce donc prometteur pour les chasseurs d\u2019exoplanètes, notamment grâce à de nouveaux instruments de pointe comme le Gemini Planet Imager, le spectrographe pour l\u2019infrarouge SPI - ROU et la caméra photométrique PESTO, auxquels collaborent des chercheurs de l\u2019Université de Montréal.Avant la fin de la décennie, la mise en orbite du télescope James Webb, le successeur du télescope spatial Hubble, permettra de mesurer plus facilement la composition chimique des géantes gazeuses.Et la prochaine génération de grands télescopes au sol prévus pour 2020- 2022, des géants tels le Thirty Meter Telescope avec son miroir de 30 m de diamètre, ou l\u2019Extremely Large Telescope de 39 m, seront en mesure de photographier les planètes terrestres et d\u2019en établir la composition chimique.Si des planètes sont dans la zone habitable de leur étoile, on y décèlera peut-être les molécules associées à l\u2019activité biologique, ce qui confirmerait qu\u2019il y a de la vie ailleurs dans l\u2019Univers! QS Robert Lamontagne est professeur au département de physique de l\u2019Université de Montréal et directeur exécutif de l\u2019observatoire du Mont-Mégantic.+Pour en savoir plus On peut consulter un catalogue actualisé à l\u2019adresse suivante : http ://exoplanet.eu Des simulations animées des planètes extrasolaires et de leur zone habitable sont disponibles à l\u2019adresse suivante : www.hzgallery.org/ 32 Québec Science | Novembre 2012 L\u2019IMAGERIE «On veut pas le savoir, on veut le voir!», disait dans un monologue l\u2019humoriste Yvon Deschamps.C\u2019est particulièrement vrai dans le cas d\u2019exoplanètes.Pas facile à faire, cependant, puisque les planètes sont beaucoup moins brillantes que leur étoile.Par exemple, l\u2019éclat de la Terre est 100 milliards de fois plus faible que celui du Soleil.Une des techniques d\u2019imagerie utilisée \u2013 développée en grande partie par des chercheurs de l\u2019Université de Montréal \u2013 permet d\u2019atténuer l\u2019éclat de l\u2019étoile centrale afin de percevoir le faible reflet des planètes qui gravitent autour d\u2019elle.Avec les meilleurs télescopes actuels, on peut photographier des planètes géantes gazeuses à condition qu\u2019elles soient situées, par rapport à leur propre étoile, à une distance équivalant à celle de Saturne dans notre système solaire, soit 9,5 UA.LA VÉLOCIMÉTRIE PAR EFFET DOPPLER C\u2019est la plus fructueuse des techniques utilisées à ce jour.Elle mesure les variations de vitesse d\u2019une étoile causées par le mouvement d\u2019une ou de plusieurs planètes en orbite autour d\u2019elle.Par exemple, dans notre système solaire, le mouvement de Jupiter \u2013 sa masse est 320 fois plus importante que celle de la Terre \u2013 fait osciller le Soleil autour de son point d\u2019équilibre.Un astronome extraterrestre percevrait donc une variation de vitesse de notre étoile d\u2019environ 13 m/s sur une période de 12 ans, soit le temps que met Jupiter à faire un tour complet du Soleil.Les meilleurs instruments, tels que le spectrographe «chasseur de planètes» HARPS (High Accuracy Radial-velocity Planet Searcher), peuvent mesurer des variations de vitesse aussi faibles que 25 cm/s \u2013 aussi vite qu\u2019un bambin qui apprend à marcher! HARPS peut détecter des planètes dont la masse est de 2 à 10 fois celle de la Terre.LE TRANSIT PLANÉTAIRE Une troisième méthode consiste à mesurer la diminution de la brillance d\u2019une étoile lorsqu\u2019une planète passe devant elle.Plus le rayon d\u2019une planète est grand, plus la quantité de lumière bloquée est importante.Par exemple, une planète de la taille de Jupiter \u2013 dont le rayon est environ 11 fois celui de la Terre \u2013 provoque une diminution de l\u2019éclat apparent de son étoile d\u2019environ 1% pendant les quelques heures qu\u2019elle passe devant celle-ci.La caméra à bord du télescope spatial Kepler peut mesurer des variations d\u2019environ 0,001% de la brillance d\u2019une étoile, ce qui est suffisant pour détecter des planètes de la taille de la Terre.DÉTECTEURS D\u2019EXOPLANÈTES Il existe trois méthodes principales de détection de planètes hors de notre système solaire.F E R M I L A B C E N T E R F O R P A R T I C L E A S T R O P H Y S I C S / J S T E F F E N Pendant un demi-siècle, Québec Science aura été à la fois témoin et acteur de la conquête scientifique des Québécois.Mais peut-on faire la biographie d\u2019un média comme celle d\u2019une vedette ou d\u2019un personnage historique ?Y révéler des détails croustillants?Les dessous d\u2019un scandale ou d\u2019une négociation qui n\u2019ont pas encore été révélés?Pas besoin! La saga Québec Science est suffisamment enlevante et riche.Et elle a été bien peu racontée.www.quebecscience.qc.ca/abonnement 1 an : 30 $ + taxes (37% de réduction) 2 ans: 55 $ + taxes (42% de réduction) 3 ans: 72 $ + taxes (50% de réduction) et profitez d\u2019une réduction pouvant aller jusqu\u2019à 50% sur le prix en kiosque.Procurez-vous Il était une fois.Québec Science de Raymond Lemieux, au prix exceptionnel de lancement de 20$* (taxe et livraison incluses) au lieu du prix de 24,95$ plus taxe en librairie.Abonnez-vous Le plaisir d\u2019explorer, le besoin de comprendre Une offre pour nos lecteurs \u201c \u201e Pour commander : www.quebecscience.qc.ca * Offre valide du 26 octobre au 16 novembre 2012 34 Québec Science | Novembre 2012 En Russie, une nouvelle drogue, le krokodil, fait des ravages.Substitut bon marché de l\u2019héroïne, on craint maintenant qu\u2019elle se répande dans le monde.On en aurait trouvé en Ontario.Par Frédérick Lavoie Envoyé spécial à Ekaterinbourg, Russie KROKODIL: LA DROGUEMANGE U l n\u2019a fallu qu\u2019une mauvaise injection à Boris pour que le krokodil (en russe) se mette à dévorer son bras.«J\u2019ai raté la veine et je me suis piqué dans le muscle.Ça a tout de suite commencé à pourrir.» Huit heures plus tard, en pleine nuit, il courait dans les rues d\u2019Ekaterinbourg, en direction de l\u2019hôpital.Le médecin n\u2019a eu d\u2019autre choix que de procéder à l\u2019ablation d\u2019une partie du biceps et du triceps de son bras gauche pour freiner l\u2019expansion de la gangrène.Héroïnomane depuis plusieurs années, Boris avait commencé à consommer cette drogue un mois plus tôt : «Je n\u2019arrivais plus à dénicher d\u2019héroïne nulle part.Il fallait que je trouve quelque chose à m\u2019injecter.Et le plus simple, c\u2019était le krokodil.» En Russie, rien n\u2019est en effet plus facile que de se procurer les ingrédients servant à concocter la désomorphine, le nom savant du krokodil: des comprimés antidouleur à base de codéine (un dérivé de la morphine), de l\u2019essence, de l\u2019iode, et quelques produits ménagers font l\u2019affaire.Il suffit de quelques clics sur Internet pour trouver la recette.Et de quelques autres clics pour constater les effets dévastateurs de cette drogue : pieds en lambeaux qui se détachent du corps, avant-bras rongé jusqu\u2019à l\u2019os, corps mai gres gangrenés de partout, etc.Les produits contenus dans le krokodil sont si toxiques qu\u2019ils bloquent la circulation sanguine autour des zones d\u2019injection.La nécrose des tissus qui en découle crée sur la peau des plaques verdâtres, similaires au cuir du grand reptile.«Le cocktail que les toxicomanes s\u2019injectent est incompatible avec la vie», résume tout simplement Oleg Zabrodine, narco- logue en chef de la région de Sverdlovsk, où est située Ekaterinbourg, dans l\u2019est de l\u2019Oural.Avec le temps, ils peuvent développer une en- céphalopathie, soit des lésions au cerveau menant à des troubles de langage et au dysfonctionnement du système moteur.«Au bout d\u2019un an et demi en moyenne, ces gens meurent de septicémie (infection du sang), de dysfonctionnement du foie et des autres organes internes, ou d\u2019infections diverses», énumère le narcologue.M.Zabrodine n\u2019hésite pas à expliquer la baisse du nombre de toxicomanes enregistrée au cours des dernières années par l\u2019apparition de cette drogue : «Une fois qu\u2019ils passent à la désomorphine, les consommateurs ne reviennent plus à l\u2019héroïne.Parce qu\u2019ils meurent, tout simplement.» En Russie, médecins, policiers, toxicomanes et intervenants sociaux s\u2019entendent sur une chose : le krokodil est la drogue la plus horrible qu\u2019ils aient jamais vue \u2013 ou consommée.La désomorphine a été fabriquée pour la première fois dans les années 1930.Des scientifiques états-uniens cherchaient alors un substitut à la morphine \u2013 sans les effets de dépendance.«Heureusement, ils ont découvert la méthadone!» dit le narco- logue Zabrodine.Même s\u2019il désapprouve l\u2019usage de cette dernière, interdite en Russie, il souligne qu\u2019elle est tout de même moins toxique que la désomorphine.Au début des années 2000, le krokodil a été redécouvert par des toxicomanes russes.Ironiquement, c\u2019est le succès de la lutte contre le trafic d\u2019héroïne qui les a poussés à trouver autre chose.Située au carrefour entre l\u2019Europe et l\u2019Asie centrale, Ekaterinbourg, capitale de Novembre 2012 | Québec Science 35 I Ekaterinbourg Moscou Berlin E USE DE CHAIR Oslo la région et quatrième ville de Russie, était dans la ligne de mire des responsables de la lutte antidrogue.«La consommation de désomorphine a explosé vers 2006- 2007 quand nous avons réussi à couper les routes de passage de l\u2019héroïne afghane», explique Mikhaïl Kagan, chef du Service fédéral de contrôle des drogues (FSKN) pour la région de Sverdlovsk.Vitali, 29 ans, s\u2019est injecté de la déso - morphine pendant 4 ans.Presque un record de longévité.Si elle n\u2019a pas laissé de marques sur son corps, elle n\u2019a pas manqué de l\u2019attaquer de l\u2019intérieur.Lorsqu\u2019il est arrivé au centre de réhabilitation de Nika, une fondation chrétienne orthodoxe en banlieue d\u2019Ekaterinbourg, il n\u2019arrivait plus à prononcer un mot.Son système nerveux était atteint.Un an plus tard, il réussit à articuler quelques phrases, lentement, d\u2019une voix à peine audible, la transmission des idées de son cerveau à ses cordes vocales ne se faisant toujours que de façon intermittente.vant de passer au krokodil, Vitali dirigeait une prospère entreprise de portes et fenêtres, même s\u2019il consommait de l\u2019héroïne depuis près de 10 ans.«Je connais sais les effets dévas - tateurs de la déso mor phine, mais quand tu te piques, c\u2019est le moindre de tes soucis.La seule chose qui importe, c\u2019est de savoir où tu trouveras ta prochaine dose», ex- plique-t-il, laborieusement.Et justement, lorsqu\u2019on est dépendant au krokodil, le besoin d\u2019une nouvelle injection est constant.«Son effet narcotique est deux fois plus fort que celui de l\u2019héroïne, mais il dure trois ou quatre fois moins longtemps», souligne le docteur Zabrodine.Il a un effet intense, mais disparaît rapidement de l\u2019organisme.«Avec l\u2019héroïne, tu te piques deux fois dans la journée, et tu as ta dose.Avec la désomorphine, après deux heures, tu ne sens plus rien.Il faut constamment faire bouillir de nouvelles doses», confirme Maksim, un toxicomane de 24 ans actuellement en sevrage.Entre la préparation et les injections, la consommation de désomorphine devient donc un emploi à temps plein.«On peut en préparer des jours durant, sans voir les heures passer et sans manger», poursuit Maksim.Lorsqu\u2019il ne consommait que du cannabis et de l\u2019héroïne, le jeune homme pouvait continuer à travailler comme barman.«Mais quand j\u2019ai commencé à me piquer au krokodil, je n\u2019avais plus assez de forces.Alors il m\u2019arrivait d\u2019aller voler dans des supermarchés et de revendre les produits à moitié prix au magasin voisin.» Sa femme a fini par le quitter.Pour consommer, il lui a fallu trouver un priton \u2013 une planque de toxicos \u2013 avec une cuisinière pour préparer les doses.«L\u2019appartement où nous nous piquions appartenait à un alcoolique, raconte Mak- sim.En échange d\u2019alcool, il nous laissait concocter notre drogue chez lui.L\u2019appar- 36 Québec Science | Novembre 2012 Avec ses 5 millions de consommateurs, la Russie le plus de toxicomanes dans le monde.Deux millions accros aux opiacés.A Jusqu'à récemment, il n'existait que quatre centres publics de désintoxication en Russie.La grande majorité des toxicomanes en cure séjournent plutôt dans des centres dirigés par des organisations religieuses ou communautaires, comme celui de «Ville sans drogue», en périphérie d'Ekaterinbourg où vit maintenant Loulia. tement était presque vide.Un divan, un téléviseur renversé, un matelas.La plupart des gens qui fréquentaient l\u2019endroit avaient l\u2019air de morts-vivants.Un jour d\u2019hiver, je me suis réveillé sur le plancher, sous mon manteau, et j\u2019ai compris que tout ça durait depuis un mois.J\u2019avais des morsures de punaises sur le corps, des bleus partout; j\u2019étais très maigre.Je me suis dit qu\u2019il était temps d\u2019arrêter.» Il est alors allé frapper à la porte de la fondation Nika.«Je sais que ma tête a été affectée.Je n\u2019ai plus de mémoire.Je n\u2019arrive plus à me concentrer.J\u2019ai probablement l\u2019hépatite, comme tous les drogués, mais, au moins, je n\u2019ai pas le VIH.» Maksim a eu de la chance dans son malheur, car les possibilités de s\u2019extirper de l\u2019emprise de la drogue pour les narcomanes sont plus que limitées.Jusqu\u2019à tout récemment, il n\u2019existait que quatre centres publics de réhabilitation dans toute la Russie.Quelques nouveaux établissements seront ouverts au cours des prochains mois, mais comme le système judiciaire russe ne prévoit pas la possibilité de sub - stituer une cure de désintoxication à une peine, les pensionnaires n\u2019y séjourneront que sur une base volontaire.Avec ses 5 millions de consommateurs, la Russie est pourtant le pays qui compte le plus de toxicomanes dans le monde.Deux millions d\u2019entre eux sont accros aux opiacés, comme la désomorphine et l\u2019héroïne.Cette dernière est devenue un fléau en Russie pendant l\u2019occupation soviétique, de 1979 à 1989, de l\u2019Afghanistan, alors premier producteur mondial de pavot à opium, dont on extrait l\u2019héroïne.Pris dans un bourbier militaire qui a coûté la vie à 15 000 hommes, de nombreux soldats de l\u2019Armée rouge se sont tournés vers les stupéfiants.À leur retour, l\u2019important bassin de consommateurs qu\u2019ils représentaient, et la situation géographique de l\u2019ex-URSS, ont transformé le pays en plaque tournante du commerce d\u2019héroïne.Puis le krokodil est arrivé.Aumilieu des années 2000, au moins 500 000 personnes consomment de la dés- omorphine; estime \u2013 faute de chiffres officiels \u2013 Mikhaïl Kagan, du Service fédéral de contrôle des drogues.Puis entre 2007 et 2010, les ventes de comprimés de codéine ont triplé.Une soudaine popularité qui ne pouvait être attribuable à une simple vague de maux de tête\u2026 De puis juin dernier, cependant, ces médicaments ne sont dis po nibles que sur ordonnance, ce qui a fait chuter les ventes de 80%.«Mais tant qu\u2019il y aura des phar ma - ciens cupides pour continuer à vendre des comprimés sous le manteau, le kro- kodil est là pour rester», déplore M.Kagan.Encore aujourd\u2019hui, certaines pharmacies vont jusqu\u2019à fournir des ensembles, dans des sacs opaques, contenant tous les produits nécessaires à la préparation de désomorphine.Il faut dire que les «avantages concurrentiels» de cette «drogue des pauvres» sont nombreux.Premièrement, le krokodil coûte beaucoup moins cher que l\u2019héroïne et les drogues de synthèse en provenance de Chine, par exemple.Pour environ 300 à 350 roubles (9 $ à 11 $), on obtient plusieurs doses, alors qu\u2019une seule in - jection d\u2019héroïne coûte au moins 1 000 roubles (31 $).Autre aspect «pratique» de la désomor- phine : pas besoin de passer par un revendeur puisque, à l\u2019état brut, les produits nécessaires au mélange sont tous légaux.Pour coffrer les consommateurs, les policiers doivent les prendre sur le fait, lors de la préparation.Ce sont généralement des citoyens \u2013 importunés par les fortes odeurs d\u2019iode que dégage la potion lorsqu\u2019elle bout \u2013 qui appellent les autorités.Le commerce du krokodil ne faisant pas partie des circuits traditionnels du trafic de drogue, son éradication semble impossible.À moins d\u2019interdire complètement la codéine, comme le proposent certains acteurs de la lutte antidrogue.Si l\u2019ingré - dient de base devait être importé illégalement, la hausse des prix réduirait son attrait.Pour l\u2019instant, malgré la nouvelle législation, se procurer le nécessaire pour obtenir sa dose de désomorphine reste toujours un jeu d\u2019enfant, soutiennent plusieurs anciens narcomanes.Presque autant que la préparation d\u2019une dose.«Toute personne capable de faire bouillir des pel- menis [raviolis russes] ou des spaghettis est capable de préparer du krokodil», résume Ilya qui en a consommé durant quelques mois.Avec le recul, cette facilité de pré para - tion donne froid dans le dos à Loulia, sauvée in extremis des griffes du krokodil: «Si j\u2019avais continué un mois de plus, je ne serais plus ici, confie la belle brune de 20 ans.J\u2019avais appris à mijoter la mort.» QS Novembre 2012 | Québec Science 37 ie est le pays qui compte ns d\u2019entre eux sont Il n'a fallu qu'une mauvaise injection à Boris pour que le krokodil se mette à dévorer son bras.«J\u2019ai raté la veine et me suis piqué dans le muscle.Ça a tout de suite commencé à pourrir », explique-t-il.Le médecin n\u2019a eu d'autre choix que de procéder à l\u2019ablation d'une partie du biceps et de son bras pour freiner la gangrène.P H O T O S : F R É D É R I C K L A V O I E 38 Québec Science | Novembre 2012 ené Lévesque est très nerveux et fume cigarette sur cigarette avant le discours d\u2019ouverture de la Semaine de l\u2019électricité, le 12 février 1962.Dans quelques minutes, devant un parterre de 400 personnes, il exposera son projet de nationalisation de l\u2019électricité qu\u2019il a tenu secret jusque-là.L\u2019ancien journaliste devenu ministre des Ressources naturelles joue son avenir politique.Son patron, le premier ministre Jean Lesage, est contre \u2013 comme la majorité de ceux qui l\u2019entendront.René Lévesque est un excellent vendeur.Non seulement ralliera-t- il Jean Lesage mais, neuf mois plus tard, à la faveur d\u2019une élection référendaire sur la nationalisation, il obtien - dra le mandat de racheter et de fusionner 11 compagnies régionales d\u2019électricité au sein d\u2019Hy- dro-Québec.Peu de gens savent que la viabilité économique des grands projets emblématiques de la Révolution tranquille comme la Manicouagan et la baie James \u2013 sans compter celui de Churchill Falls à Terre-Neuve-et-Labrador \u2013 reposait sur une technologie qu\u2019Hydro-Québec est la seule au monde à maîtriser : le transport d\u2019énergie à très haute tension, soit 735 000 V.Or, au moment où René Lévesque lance la nationalisation, cette technologie n\u2019existe pas! La réputation internationale d\u2019Hydro-Québec découle d\u2019abord de ce choix technologique que l\u2019Ordre des ingénieurs du Québec considère, à juste titre, comme la principale invention québécoise du XXe siècle.Ce choix osé exigera la résolution d\u2019une invraisemblable montagne de problèmes, mais la très haute tension permettra à Hydro-Québec de s\u2019affranchir du problème de la distance, principale limite technique de l\u2019énergie électrique.Sans le transport à 735 000 V, pas de baie James ni de Churchill Falls; la Manic aurait été un éléphant blanc et Hydro-Québec ne tirerait pas 95% de son énergie de la force hydraulique.Elle serait une compagnie d\u2019énergie comme les autres, avec ses centrales thermiques au charbon, au gaz ou à l\u2019uranium, étalées tout au long de la vallée du Saint-Lau- rent.Si René Lévesque envisage la nationalisation de l\u2019électricité, c\u2019est parce qu\u2019il doit donner un coup de barre à la politique énergétique.Le Québec est alors la dernière province canadienne à être approvisionnée en électricité par un écheveau de sociétés disparates.L\u2019Ontario a nationalisé l\u2019électricité 60 ans plus tôt.Selon René Lévesque, ce retard explique en partie le sous-dévelop- p e m e n t économique du Québec.En Abi- tibi et dans le Bas-Saint- Laurent, l\u2019énergie coûte 10 fois plus cher qu\u2019à Montréal.Les Abiti - biens s\u2019éclairent encore à la lumière vacillante du 25 cycles/seconde, alors que la norme partout Il y a 50 ans, au moment de la naissance de Québec Science, un certain René Lévesque nationalisait l\u2019électricité.Il y avait alors beaucoup de tension dans l\u2019air.Par Jean-Benoît Nadeau UNE HISTOIRE ÉLEC T 5 ANS R A R C H I V E S D \u2019 H Y D R O - Q U É B E C / H 0 2 C O M M I S S I O N H Y D R O É L E C T R I Q U E D E Q U É B E C - H 0 1 / H Y D R O - Q U É B E C Novembre 2012 | Québec Science 39 C TRISANTE Manic-5, ligne 735 kV ailleurs au Québec et en Amérique est le 60 cycles/seconde.«Depuis 1945, la demande en électricité croît à un rythme effréné de plus de 7% par an.Ce qui signifie que les compagnies d\u2019énergie doivent doubler leur capacité de production chaque 10 ans», raconte André Bolduc, économiste, journaliste et auteur de nombreux livres sur Hydro-Québec.Or, tous les grands sites hydrauliques du sud du Québec sont développés, et aucune des 11 sociétés n\u2019a les moyens de s\u2019attaquer à des projets lointains.En 1960, la Shawinigan Power & Water vient concurrencer la jeune Hydro-Québec dans son fief montréalais en construisant une grosse centrale thermique à Tracy, près de Sorel.La «Shawinigan», c\u2019est le plus beau fleuron parmi les 11 compagnies d\u2019électricité régionales.Son réseau est le plus étendu, à part celui d\u2019Hy- dro-Québec.Sa filiale Shawinigan Engineering, créée en 1919, est très en avance sur son temps.C\u2019est elle qui a construit la première ligne à haut voltage, 50 000 V, pour transporter l\u2019énergie de Shawinigan vers Montréal.Et c\u2019est encore elle qui, la première, a envisagé les grands projets tels Bersimis, Manic-Outardes, Churchill Falls et la baie James, qui feront la gloire d\u2019Hy- dro-Québec.n 1960, Hydro-Québec est mûre pour assumer un plus grand rôle.Cette société d\u2019État, issue de la nationalisation de la Montreal Light & Power, a beaucoup progressé sur le plan technique.Les francophones y sont largement majoritaires parmi les 172 ingénieurs, et ils commencent à accéder à la haute direction.Depuis 1953, Hydro-Québec s\u2019attaque aux rivières nordiques, d\u2019abord avec le projet de la lointaine rivière Bersimis sur la Côte-Nord.La Manic, tel qu\u2019envisagée en 1955, ce sera huit centrales sur deux rivières, qui produiront 5 000 MW de puissance.Le hic, c\u2019est que, depuis l\u2019annonce officielle du projet en 1959, on ignore encore comment amener l\u2019énergie sur les marchés du sud du Québec! La norme internationale en matière de transport d\u2019énergie à haute puissance, c\u2019est le 315 000 V.Sauf que les dirigeants d\u2019Hydro- Québec ont vite réalisé que le projet Manic- Outardes était tellement gigantesque qu\u2019il faudrait 30 lignes à 315 000 V pour acheminer toute cette énergie! Comment réduire le nombre de lignes?Tout électricien, un peu familier avec les lois de la physique ondulatoire, connaît la réponse : on peut augmenter la puissance sans accroître le diamètre des câbles si on élève la tension.Mais de combien, au juste?Et à quel prix?L\u2019électricité, si utile soit-elle, demeure une forme d\u2019énergie très malcommode à transporter sur de longues distances.Dès qu\u2019on augmente le courant, les fils se mettent à chauffer et la perte d\u2019énergie devient faramineuse.Mais, à haut voltage, les curiosités de laboratoire deviennent des problèmes quotidiens : l\u2019air s\u2019ionise par effet couronne (le grésillement sur les fils); la tension devient instable et se met à «galoper» (osciller); les fils s\u2019étirent sous l\u2019effet de la chaleur induite par le courant; les appareils sont soumis à des parasites radio, au champ magnétique terrestre, etc.Un véritable casse-tête que l\u2019on connaît mal à l\u2019époque, car les instruments de mesure sont peu sophistiqués; et les ordinateurs, trop lents pour réagir à des phénomènes qui se passent à une vitesse proche de celle de la lumière.Le débat sur la haute tension a duré entre 1955 et 1962.En 1961, les dirigeants tranchent: la tension optimale sera de 525 kilovolts (525 000 V).40 Québec Science | Novembre 2012 Le 12 février 1962, René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles, prononce le discours inaugural de la Semaine de l\u2019électricité.C\u2019est à ce moment qu\u2019il annonce le grand projet de nationaliser les compagnies d\u2019électricité du Québec.E A R C H I V E S D \u2019 H Y D R O - Q U É B E C / H 0 2 C O M M I S S I O N H Y D R O É L E C T R I Q U E D E Q U É B E C ais un ingénieur du Service de la planification, Jean-Jacques Archambault, est sceptique.Soirs et fins de semaine, il continue de plancher sur la question.Jamais personne n\u2019avait envisa gé d\u2019exploiter commercialement un voltage de 735 000 V.Le projet est risqué et ceux qui s\u2019y opposent ont de bons arguments.La très haute tension, malgré ses avantages, placerait Hydro-Québec dans un état de dépendance à cause d\u2019un réseau composé de très peu de lignes électriques longues et exposées aux aléas du climat.Jean-Jacques Archambault viendra cependant à bout de toutes les objections.Mais ce débat en cache un autre sur la mission d\u2019Hydro-Québec et l\u2019aménagement du territoire.En effet, si le transport sur de longues distances ne s\u2019avère ni pratique ni rentable, Hydro-Québec deviendra une version francophone d\u2019Ontario Hydro, avec ses centrales thermiques près des lieux de consommation.On est en pleine Révolution tranquille, les États-Unis ont annoncé qu\u2019ils iraient sur la Lune.Et la haute direction d\u2019Hydro-Québec veut amener le Québec ailleurs.Ce sera donc le 735 000 V.La chose sera décidée lors d\u2019une réunion historique qui, le hasard en a voulu ainsi, se déroule deux semaines avant une autre rencontre marquante, celle du lac à l\u2019Épaule, dans le parc de la Jacques-Cartier, au camp de pêche de Jean Lesage, qui y a réuni son cabinet pendant la fin de semaine du 4 au 5 septembre 1962 pour débattre du projet de nationalisation de l\u2019électricité.C\u2019est de là qu\u2019est née l\u2019expression «faire un lac à l\u2019épaule» qui signifie tenir une réunion stratégique.Car depuis l\u2019annonce de René Lévesque, en février, toute la classe politique québécoise se crêpe le chignon, à commencer par les ministres libéraux.Jean Lesage redoute que la nationalisation de l\u2019électricité soit perçue comme une aventure «socialiste».Et puis, les compagnies d\u2019électricité ne sont-elles pas les principales contributrices aux caisses électorales des partis?Mais René Lévesque et trois hauts fonctionnaires \u2013 André Marier, Michel Bélanger et Jacques Parizeau \u2013 multiplient les études et les démarches.Lors d\u2019une visite dans la Grosse Pomme, un financier new-yorkais les rassurera : la nationalisation, ce n\u2019est pas du socialisme, et Québec n\u2019aura aucun mal à financer l\u2019emprunt de 300 millions de dollars! La principale objection de Jean Lesage était levée.Une partie du cabinet refuse de se rallier au projet.Jean Lesage conclut donc le lac à l\u2019épaule en annonçant des élections avec pour principal enjeu ce projet crucial.Il les remporte le 14 novembre 1962.Moins de six mois plus tard, le 1er mai 1963, les «11» sont fusionnées à Hydro-Québec et les Québécois sont «maîtres chez eux».«Les barrages parlent maintenant français au Québec», écrira La Presse.«La nationalisation, c\u2019était une révolution psychologique», se souvient Bernard Landry, ancien premier ministre, alors président de l\u2019Association des étudiants de l\u2019Université de Montréal.Il s\u2019apprêtait à entrer comme jeune fonctionnaire au ministère de René Lévesque : Novembre 2012 | Québec Science 41 Le barrage Daniel-Johnson.La construction de ses 13 gigantesques voûtes aura nécessité des millions de tonnes de béton (photo de gauche).C\u2019est aujourd\u2019hui un monument de la Révolution tranquille.M A R C H I V E S D \u2019 H Y D R O - Q U É B E C / H 0 1 - P H 0 T O D E D R O I T E : H Y D R O - Q U É B E C « Ça paraît incroyable de nos jours, mais bien des gens pensaient que les francophones n\u2019avaient aucun talent pour les affaires et ne pouvaient pas gérer un barrage.» Lorsque le Néo-Écossais Joseph McNally est embauché dans le secteur névralgique de la normalisation de l\u2019entretien de l\u2019appareillage électrique à très haute tension, cela fait quatre ans que les ingénieurs d\u2019Hydro-Québec travaillent à faire passer le 735 000 V du rêve à la réalité.«C\u2019était une période enivrante», se souvient celui qui est ensuite devenu vice-président d\u2019Hy- dro-Québec.«Il fallait tout inventer : les instruments de mesure, les pylônes, les chariots de monteurs, les centres de commande, de contrôle et l\u2019équipe scientifique pour y voir», raconte quant à lui André Bolduc.Au début de 1964, on est déjà en mesure de construire une ligne expérimentale de cinq pylônes à Fabreville, à Laval.Les premières études ont permis d\u2019établir que, pour réduire les pertes, le courant sera transporté par un faisceau de quatre fils conducteurs au lieu de trois, et que ce faisceau formera un carré d\u2019environ 45 cm de côté.Les fils seront en aluminium et en acier.On a même breveté un système d\u2019entretoise- amortisseur qui maintiendra l\u2019écart optimal entre les fils malgré les ondulations provoquées par le vent et la glace.Autre problème, les pylônes.Comme on ignorait tout de la très haute tension, on a d\u2019abord conçu des pylônes gigantesques et lourds \u2013 pesant en moyenne 23 tonnes par kilomètre de ligne \u2013 alors qu\u2019on en est actuellement à 6 tonnes.Certains, comme ceux permettant aux lignes d\u2019enjamber le fleuve Saint-Laurent ou la rivière Saguenay, doivent être plus hauts que le mât du Stade olympique.Le 29 novembre 1965, la première ligne de transport entre Manic et Lévis est prête.Deux mois plus tôt, au premier essai, le système avait flanché mais, au jour J, devant le gratin, tout est en ordre : le concept choisi en 1962 était le bon.Grâce à toutes les connaissances acquises, Hydro-Québec est en mesure, en 1967, de créer son prestigieux Institut de recherche en électricité (IREQ) \u2013 le plus important du genre en Amérique.Son premier mandat était de régler les problèmes d\u2019Hydro-Québec en distribution, en production, en construction et en environ - nement.Mais surtout, au départ, on y consacrera beaucoup de temps au transport.Car cette technologie est encore loin d\u2019être maîtrisée.Sur la carte de la rivière Manicouagan, on peut observer les centrales de Manic 1, 2, 3 et 5, mais il manque toujours Manic 4, à cause d\u2019une erreur de calcul.Pendant la construction, on s\u2019est aperçu que Manic 4 empièterait sur le réservoir de Manic 3 et que Manic 5 aurait les pieds dans l\u2019eau.À l\u2019époque, les ingénieurs travaillent encore 42 Québec Science | Novembre 2012 Évacuateur des crues de LG-2 à la baie James, un autre ouvrage dans la tradition du gigantisme d\u2019Hydro-Québec La fameuse ligne de 735 kV à la hauteur de l\u2019Île d\u2019Orléans, près de Québec A R C H I V E S D \u2019 H Y D R O - Q U É B E C / F 0 5 / S O C I É T É D \u2019 É N E R G I E D E L A B A I E J A M E S - D R O I T E : H 0 1 / H Y D R O - Q U É B E C avec la règle à calculer; les ordinateurs sont rares et peu puissants.On imagine donc le défi de gérer un réseau à très haute tension largement expérimental, alors que les outils informatiques pour le contrôler sont encore primitifs.Heureusement, Hydro-Québec maîtrise l\u2019usage des ondes téléphoniques dans son réseau électrique depuis 1954 et peut, dès 1962, faire de la télémesure et gérer des opérations par télécommande.«Comme tout était assez expérimental, nous avions des problèmes venant de phénomènes inconnus ou mal maîtrisés.Parfois, c\u2019était un défaut de conception et de contrôle de qualité», rappelle Joseph McNally qui cite le cas des disjoncteurs.Ces appareils permettent de couper le courant en séparant physiquement deux connecteurs.Plus la tension est élevée, plus l\u2019écart physique devrait être prononcé, ce qui supposerait une très grande force mécanique et une extrême rapidité.Les ingénieurs jugent qu\u2019il est plus pratique de couper le courant en plusieurs points simultanément et d\u2019injecter de l\u2019air comprimé dans le disjoncteur \u2013 l\u2019air est un excellent isolant.«Heureusement, Hydro-Québec avait pris la sage décision d\u2019équiper chaque ligne de deux disjoncteurs à chaque extrémité, mais des disjoncteurs de compagnies différentes.Et, effectivement, cette redondance s\u2019est avérée payante, puisque nous avons éprouvé des problèmes avec les disjoncteurs d\u2019un fournisseur», se souvient M.McNally.e transport à 735 000 V créait toutes sortes de problèmes nouveaux qu\u2019Hydro-Québec mettra 10, 20, voire 30 ans à résoudre.À commencer par les «réactan ces».Tout le monde comprend la résistance électrique, c\u2019est ce qui permet à une ampoule d\u2019éclairer.Mais les ingénieurs sont familiers avec d\u2019autres phénomènes comme l\u2019inductance et la capacitance.Or, dans un système à courant alternatif, il y a un léger décalage entre la résistance, l\u2019inductance et la capacitance : c\u2019est la réac tance, qui peut déstabiliser le réseau et griller des appareils si elle est mal contrôlée.C\u2019est d\u2019ailleurs ce phénomène qui provoquera la très grande panne du nord-est américain de 2003, à laquelle échappera Hydro-Québec.La société d\u2019État doit aussi apprendre à gérer les phénomènes naturels qui perturbent les lignes à haute tension.Les parasites radio peuvent interférer dans les télécommunications et la commande du réseau.La fumée des feux de forêt ionise l\u2019air, ce qui réduit sa qualité d\u2019isolation et provoque des arcs entre les fils.Et les éruptions solaires influencent le champ magnétique, ce qui peut induire un courant continu qui déstabilise les lignes à courant alternatif.Le 13 mars 1989, une éruption solaire plus sévère que les autres provoquera même une panne générale du réseau! Cette interruption sera d\u2019ailleurs la dernière grande panne générale d\u2019Hydro-Québec.Tous les Québécois âgés de plus de 25 ans se rappellent d\u2019au moins quelques grandes pannes de réseau.Il y en a eu une dizaine pendant les 16 premières années d\u2019exploitation du réseau à haute tension, sans compter les innombrables pannes sectorielles.Après une accalmie entre 1982 et 1988, Hydro-Québec essuiera même trois grandes pannes sur une période de 11 mois en 1988-1989.La première de cette série noire, en avril 1988, interrompra même un match des séries éliminatoires opposant les Canadiens aux Bruins.Le hasard voudra que ces pauvres Bruins soient encore à Montréal en novembre 1988 pour la deuxième panne, encore en plein match de hockey! La dernière, celle de 1989, provoquera d\u2019ailleurs une remise en question chez Hydro-Québec qui admettra qu\u2019elle n\u2019a pas investi suffisamment dans l\u2019entretien des équipements \u2013 crise économique oblige.Mais après quelques centaines de millions de dollars d\u2019investissements, le réseau d\u2019Hydro-Québec atteindra une telle stabilité que même la tempête de verglas de 1998, qui détruira presque tout le réseau de haute tension autour de Montréal, ne provoquera pas de panne généralisée \u2013 ce qui aurait été inimaginable 10 ans plus tôt.Les lignes à haute tension, si elles ont l\u2019avantage de nécessiter moins de filage et donc d\u2019engendrer moins de pertes énergétiques comportent cependant un défaut de taille : elles sont dépendantes des variations de la météo.Le Québec est un territoire immense dont la superficie est égale à trois fois et demie celle de la France.Les gestionnaires de réseau doivent donc composer avec d\u2019innombrables orages, coups de foudre, incendies de forêt, éruptions solaires et autres verglas.Le grand public est familier avec ce problème depuis la fameuse crise de 1998.Si les accumulations de 75 mm étaient inusitées dans la région de Montréal, c\u2019était néanmoins un phénomène connu des ingénieurs.«À la fin des années 1960, dans un secteur reculé de la Côte-Nord, on a vu des accumulations de 30 cm qui ont complètement écrasé les installations dans des régions isolées, se souvient Joseph McNally.La première fois, les experts sur place ont constaté qu\u2019aucun arbre n\u2019avait plus de 80 ans, ce qui veut dire que le phénomène pouvait Novembre 2012 | Québec Science 43 L Image surréaliste?Les pylônes tordus sous le poids du verglas.Nous sommes en janvier 1998.J A C Q U E S B O I S S I N O T / L A P R E S S E C A N A D I E N N E se répéter.» Hydro-Québec a donc dû apprendre à évaluer le parcours en tenant compte de l\u2019opinion des biologistes et des climatologues, autant que des arpenteurs.Le transport de l\u2019énergie à très haute tension a transformé la province.D\u2019abord parce qu\u2019Hydro-Québec a pu jouer un rôle de premier plan dans l\u2019aménagement du territoire québécois, surtout dans ses parties les plus isolées.Mais aussi parce que le Québec a pu se poser très différemment la question du nucléaire, un débat récurrent entre 1960 et 1976.Les ingénieurs d\u2019Hydro-Québec ont compris très tôt que le 735 000 V permettrait de repousser loin au nord les limites des projets réalisables.Dès 1963, cette technologie changeait toute la donne dans l\u2019évaluation du projet de Churchill Falls, à 1 400 km de Montréal, dans le Labrador \u2013 un projet jugé trop aventureux à cause de la distance.«Churchill Falls était un site splendide : un dénivelé assurant un maximum de puissance, un débit ahurissant garantissant un flux d\u2019énergie constant et un excellent roc pour ancrer l\u2019ouvrage», évoque André Bolduc.Or, les Terre-Neuviens sont incapables de financer eux-mêmes ce projet de 900 millions de dollars, et les bailleurs de fonds ne veulent rien savoir.Finalement, en 1969, après des années de tractations difficiles, Hydro-Québec accepte de financer le projet et d\u2019acheter 90% des 5 400 MW produits \u2013 le contrat demeurera en vigueur jusqu\u2019en 2041.Le même raisonnement se posera quelques années plus tard quand viendra le temps d\u2019envisager le projet de la baie James, et encore de nos jours avec le Plan Nord.Grâce au transport à très haut voltage, le Québec a pu devancer l\u2019aménagement de vastes territoires de 50, voire 100 ans.Le transport à 735 000 V a permis à Hydro-Québec de résister longtemps aux sirènes de l\u2019énergie nucléaire qu\u2019un influent groupe au sein de la société prônait depuis les années 1950 et qui était alors fortement encouragé par le gouvernement fédéral.En 1965, Hydro-Québec accepte de lancer le projet d\u2019une centrale nucléaire expérimentale, Gentilly-1.En 1972, la société d\u2019État construit Gentilly-2.C\u2019est une police d\u2019assurance que prend la direction d\u2019Hy- dro-Québec : le projet de la baie James est très controversé et très aventureux, et la prudence dicte de se faire la main sur le nucléaire, à l\u2019époque jugé sécuritaire.Le débat demeurera passionné jusqu\u2019au milieu des années 1970.Ils sont nombreux, particulièrement au sein du Parti qué - bécois, à s\u2019opposer à la baie James et à prôner la filière nucléaire.En premier lieu, Jacques Parizeau, qui ironise dans Le Devoir: «Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a une rivière canadienne-française et catholique qu\u2019il faut absolument mettre un barrage dessus.» Mais malgré les vœux du futur premier ministre, Hydro-Québec préférera toujours l\u2019hydraulique \u2013 à cause de sa facilité de transport.«Jacques Parizeau avait raison sur bien des choses, mais il se trompait sérieusement sur le nucléaire», dit Bernard Landry, qui rappelle que le Parti québécois s\u2019est montré très favorable au projet de la baie James et contre le nucléaire, après son accession au pouvoir en 1976.Il faut dire que le nouveau premier ministre d\u2019alors s\u2019appelait René Lévesque\u2026 QS 44 Québec Science | Novembre 2012 UNE AUTRE FAÇON D\u2019INNOVER.Thématiques de recherche au DESS, à la maîtrise et au doctorat en développement régional uqar.ca/developpement orsque Dan Handel a quitté son Israël natal pour suivre des études de deuxième cycle aux États-Unis, il ne s\u2019attendait pas à voir, de l\u2019avion, une forêt qui présentait des formes géométriques : «J\u2019ai trouvé ça très surprenant.C\u2019était une forêt aménagée comme un damier où alternaient des espaces coupés et intacts, chacun d\u2019une superficie de un mille carré.» L\u2019architecte, aujourd\u2019hui doctorant au Technion \u2013 Israel Institute of Technology, a entamé une réflexion sur la place de la forêt et son lien inexploré avec le design.«La sylviculture crée des environnements artificiels à très grande échelle, et obéit à des règles très précises.En un sens, c\u2019est comme un projet de design, même si les deux disciplines n\u2019ont jamais été réunies», explique M.Handel.Passionné par le sujet, il a remporté la première édition du Programme pour jeune commissaire du Centre canadien d\u2019architecture (CCA), en 2011.«Le projet de Dan Handel a été choisi pour sa grande qualité et parce qu\u2019il aborde un sujet qu\u2019on ne lie habituellement pas à l\u2019architecture», affirme Fabrizio Gallanti, directeur des programmes au Centre.Intitulée D\u2019abord, les forêts, l\u2019exposition s\u2019articule autour de quatre grands thèmes, inspirés de l\u2019histoire de la foresterie.Le premier, la «foresterie bureaucratique» nous vient de la Venise du XVIe siècle, soit avant même que la botanique existe.On trace alors d\u2019étranges cartes du territoire dans le but de créer le meilleur bois possible pour la construction de bateaux.Plus tard, la «foresterie scientifique» prend place en Europe où l\u2019étude de la structure des arbres permet de comprendre comment se créent les systèmes sylvicoles.Puis, la « foresterie tropicale» s\u2019inscrit dans un contexte colonial, pour gérer d\u2019immenses territoires couverts de jungle.Enfin, aux XIXe et XXe siècle, on voit apparaître en Amérique du Nord la «foresterie économique», inspirée des branches tropicale et scientifique.«La forêt est alors administrée selon un plan d\u2019affaires, presque comme un bien immobilier», affirme Dan Handel.Avec D\u2019abord, les forêts, le visiteur réalise que les forêts ne sont pas entière - ment l\u2019œuvre de la nature et qu\u2019il y a longtemps qu\u2019elles sont planifiées par l\u2019homme.«L\u2019arbre n\u2019est plus un élément bucolique, mais un élément industriel comme une barre d\u2019acier ou une voiture», exprime Fabrizio Gallanti.D\u2019abord, les forêts, au Centre canadien d\u2019architecture à Montréal, du 4 octobre 2012 au 6 janvier 2013.www.cca.qc.ca C C A / D O N D E G I L L E S G A G N O N C O L L E C T I O N C C A L Adolescentes anorexiques: quelles approches privilégier?Le médecin et pédiatre Jean Wilkins est l\u2019invité d\u2019une entrevue menée par la romancière Catherine Mavrikakis où il sera question du trouble alimentaire et des meilleures approches cliniques pour le traiter.Le docteur Wilkins, spécialiste de la médecine de l\u2019adolescence et professeur titulaire à la faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal, a notamment fondé la clinique des troubles de la conduite alimentaire du CHU Sainte-Justine.Adolescentes anorexiques : quelles approches privilégier?, Belles soirées de l\u2019Université de Montréal, Pavillon 3200, rue Jean-Brillant, 27 novembre 2012, 19 h 30.www.bellessoirees.umontreal.ca Le génie s\u2019ouvre au public Toute la famille est invitée à venir découvrir ce que fabriquent les ingénieurs lors des portes ouvertes de l\u2019École polytechnique de Montréal.On pourra y visiter les différents laboratoires de pointe, tandis que des étudiants y présenteront leurs projets et que les sociétés techniques offriront des démonstrations de leurs bolides.Portes ouvertes de Polytechnique à Montréal, 11 novembre 2012, 10 h à 16 h.www.polymtl.ca/portesouvertes Des fossiles tout neufs! Le Centre thématique fossilifère présente une nouvelle exposition plus informative et mieux adaptée aux jeunes enfants.La disposition et l\u2019éclairage permettent maintenant d\u2019apprécier les fossiles sous un autre jour et de distinguer des détails auparavant imperceptibles.Situé à Notre-Dame-du-Nord, au Témisca - mingue, ce musée met en vedette une collection de fossiles et aborde le thème de l\u2019évolution.Le Centre propose aussi une exposition sur la géologie de la région.La visite du musée peut être agrémentée d\u2019un safari-fossile, où vous pourrez dénicher vos propres spécimens.Centre thématique fossilifère, Notre- Dame-du-Nord, sur réservation de septembre à juin.www.fossiles.qc.ca et www.facebook.com/ CentreThematiqueFossilifere Design forestier Géant de la forêt, Washington, É.-U.AUTRES RENDEZ-VOUS Photographie composite comparant le majestueux sapin de Douglas avec un immeuble à bureaux de 10 étages.Novembre 2012 | Québec Science 45 46 Québec Science | Novembre 2012 Bye-bye, le monde! Les Mayas la voyaient venir.C\u2019était inscrit à leur calendrier : le 21 décembre 2012 sera la journée de la fin du monde.Si on «sait» quand le cataclysme ultime surviendra, on ne dit pas comment.Un astéroïde qui fracasse la planète?Une fonte soudaine des glaces polaires?Une épidémie fulgurante?Une grande enquête sur une angoisse qui n\u2019est pas nouvelle.Don d\u2019organe, don de soi Chaque année, au Québec, un peu plus d\u2019une centaine de personnes font un don d\u2019organe en fin de vie.Trop peu?Il faut savoir que ce geste aussi noble que généreux implique de nombreuses difficultés et soulève encore de multiples questions d\u2019ordre éthique et moral.Le bon et le mauvais sucre Parfois, on le dit poison; d\u2019autre fois, on rappelle qu\u2019il est essentiel à la vie.Tout est une question de dose et de qualité, soutiennent les nutritionnistes.Faut-il en faire pour autant une question de santé publique?À lire dans le prochain numéro O L I V E R R Y M A N - F O T O L I A .C O M Novembre 2012 | Québec Science 47 Aujourd\u2019hui le Par Joël Leblanc Motoneige urbaine Depuis Joseph-Armand Bombardier, la motoneige a considérablement évolué, mais elle n\u2019est guère plus silencieuse ni moins polluante.Son équivalent électrique, équipé d\u2019un cockpit entièrement clos, du designer Michal Bonikowski, pourrait changer la donne.L\u2019habitacle chauffé, les rétroviseurs, les freins sûrs, l\u2019allure aérodynamique, les phares avant et les feux de freinage arrière : tout a été pensé pour une utilisation en zone urbaine dans des régions froides et enneigées comme les nôtres.Bien que cette motoneige n\u2019en soit qu\u2019au stade du concept, on peut se demander comment réagiraient les sociétés d\u2019assurance automobile à l\u2019arrivée d\u2019un tel engin dans nos rues, aux côtés des autobus et des déneigeuses! Leur faudra-t-il des voies réservées comme pour les autobus?www.behance.net/gallery/SNOW-VEHICLE- Futurologo-no-12/2813761 Un monorail à pédales Dans les grandes villes, rouler à vélo peut s\u2019avérer dangereux.Alors pourquoi ne pas pédaler au-dessus des autos?Le Shweeb est un véhicule ressemblant à une grosse capsule de plastique et d\u2019aluminium à l\u2019intérieur de laquelle le passager peut pédaler sans danger, suspendu à un rail.Doté de sept vitesses, l\u2019engin permet des pointes à 45 km/h à l\u2019abri des intempéries.Pour le moment, cette bicyclette nouveau genre attire les touristes dans un parc d\u2019attractions de Nouvelle-Zélande, mais la compagnie Google semble y croire, car elle a investi 1,5 million de dollars dans son développement.www.shweeb.co.nz Donnez-moi de l\u2019oxygène Allongé sous anesthésie dans une salle d\u2019opération, un patient cesse soudainement de respirer.Loin de paniquer, les médecins lui injectent une solution qui oxygène son sang pendant 15 à 30 minutes, et ce, sans qu\u2019il respire la moindre bouffée d\u2019air.Reste ensuite à faire redémarrer les poumons défaillants.Cette solution récemment mise au point par une équipe du Boston Children\u2019s Hospital, est constituée de microparticules de 2 à 4 micromètres de diamètre qui baignent dans un sérum.Chaque particule est en fait une petite bulle d\u2019oxygène enveloppée d\u2019une couche de gras qui peut se faufiler dans les plus petits vaisseaux capillaires.Si l\u2019utilisation de cette technique se généralisait, elle pourrait sauver la vie de millions de personnes chaque année en donnant quelques précieuses minutes aux médecins lorsque le système respiratoire flanche.La communauté médicale rêve déjà de seringues prêtes pour des injections d\u2019urgence dans les salles d\u2019opération et les ambulances, à l\u2019image du célèbre EpiPen© utilisé pour contrer les allergies.Elles seraient aussi très utiles pour les astronautes ou les plongeurs qui s\u2019exposent à un certain risque.http ://stm.sciencemag.org/content/4/140/140ra88 futur 48 Québec Science | Novembre 2012 O n le sait, Isaac Newton est un des plus grands génies de l\u2019histoire de l\u2019humanité.Physicien, mathématicien, astronome et directeur de la Monnaie royale britan nique, il a bou - leversé la science avec le calcul différentiel et intégral \u2013 invention qu\u2019il partagea avec le physicien allemand Leibniz \u2013, la caractérisation de la lumière et de l\u2019optique et, son chef-d\u2019œuvre, l\u2019élaboration des théories sur la mécanique classique.Comme Albert Einstein, il est une icône.Personnage au caractère difficile, aux maintes disputes, ainsi qu\u2019aux nombreux champs d\u2019intérêt \u2013 et toujours perdu dans ses pensées \u2013, Newton représente le scientifique par excellence, le génie qu\u2019on aime imaginer.Certains parmi vous se rappelleront peut-être les mauvais quarts d\u2019heure que lui a fait passer Marcel Gotlib dans sa célèbre bande dessinée Rubrique-à-brac! Au cours des dernières années, Newton exécute un retour dans le monde de la littérature, apparaissant dans plusieurs romans, dont Le chiffre de l\u2019alchimiste (Dark Matter : The Private Life of Sir Isaac Newton) du britannique Philip Kerr, qui présente un Isaac Newton au faîte de sa gloire, bien établi dans son double rôle de directeur de la Monnaie royale britannique et de chasseur de faussaires.Avec Newton, la science du complot, Matthew Farnsworth, un nouvel auteur québécois, dépeint le savant à 32 ans, au moment où il fait ses premiers pas dans les milieux scientifiques conservateurs.À ce moment, les promesses du protecteur de Newton, Isaac Barrow, ne se sont pas encore concrétisées.Ainsi, la publication de Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica, qui définit les lois du mouvement sur terre comme dans le ciel et qui crée, au passage, la science moderne, se fera attendre jusqu\u2019en 1687.Ce génie en devenir est encore naïf et prêt à tout pour faire progresser sa science.Que demander de plus à un héros?Rares sont les écrivains québécois qui placent la science au centre de leur œuvre.Newton, la science du complot est un roman d\u2019aventures et de mystère, un récit également historique et politique solidement ancré dans les préoccupations de l\u2019Angleterre du XVIIe siècle.Pour autant, cette fiction n\u2019est pas un livre d\u2019histoire.Farnsworth mélange allègrement science et politique à la manière d\u2019Alexandre Dumas, l\u2019auteur des Trois Mousquetaires \u2013 en un peu plus court, heureusement! \u2013 entremêlant rencontres de la Société royale, secrets d\u2019État et mercenaires.Il n\u2019hésite pas, non plus, à bouleverser la chronologie de la vie de Newton pour concentrer la tension, maintenir le rythme et expliquer sa relation avec un autre grand scientifique de l\u2019époque, l\u2019astronome Edmond Halley qui deviendra rapidement son partenaire d\u2019aventures politico-scienti- fiques.Je dois l\u2019avouer, j\u2019adore les romans d\u2019aventures et les bons suspenses.Rien de tel pour se changer les idées après une journée intense! Dès les premières pages, Lu ARCHITECTURE VÉGÉTALE On associe habituellement l\u2019architecture aux constructions humaines.Dans son ouvrage abondamment illustré, Jeanne Millet nous fait découvrir que les végétaux obéissent eux aussi à des principes architecturaux.Depuis plus de 20 ans, cette docteure en biologie observe et dessine des arbres dans le but d\u2019étudier leur forme et de comprendre leur structure.Elle en conclut, entre autres choses, que les techniques d\u2019élagage actuelles nuisent aux végétaux, soit en ouvrant la voie aux infections, soit en provoquant un vieillissement prématuré.Un ouvrage de référence, tant pour les professionnels du monde arboricole que pour le grand public.C.G.L'architecture des arbres des régions tempérées, son histoire, ses concepts, ses usages, Jeanne Millet, Éditions MultiMondes, 2012, 432 p.Newton, la science du complot Le célèbre physicien anglais inspire de plus en plus les écrivains.Normand Mousseau commente un roman québécois qui le met en vedette.pour vous DE LA SALLE D\u2019OPÉRATION À LA SCÈNE Peu de temps après avoir été traitée pour un cancer du sein, la violoniste Anne Robert apprend qu\u2019elle est porteuse d\u2019un gène qui la rend susceptible à une rechute.Elle prend alors la décision la plus déchirante de sa vie : subir une ablation préventive des deux seins et des ovaires, pour parer à un nouveau cancer.La journaliste Danielle Ouellet relate le parcours médical, émotionnel et spirituel de la musicienne, qui se liera d\u2019amitié G O D F R E Y K N E L L E R , 1 6 8 9 je me suis senti happé par cette œuvre de fiction dont les rebondissements multiples captent notre attention.Farnsworth sait de surcroît utiliser la science à bon escient, ce qui, en tant que physicien, m\u2019a fait grand plaisir.Comme toujours, lorsqu\u2019un personnage fictif est inspiré de la réalité, on essaie, au début, de séparer le vrai du faux.Mais Farnsworth n\u2019a pas la prétention de faire un roman historique; il faut simplement se laisser glisser dans le récit, et en profiter pour découvrir les grands savants de l\u2019époque, avec leurs travers et leur couleur.Avec ce roman alliant aventures et science, Matthew Farnsworth s\u2019adonne à un genre pour ainsi dire inconnu au Québec et fait (re)découvrir un génie dont l\u2019image se résume trop souvent à l\u2019épisode de la pomme.QS Normand Mousseau est professeur de physique à l\u2019Université de Montréal.Passionné de vulgarisation scientifique, il anime l\u2019émission La grande équation sur les ondes de Radio Ville-Marie.Il a publié plusieurs livres grand public sur l\u2019énergie et les ressources naturelles.Novembre 2012 | Québec Science 49 Newton, la science du complot, Matthew Farnsworth, Québec Amérique, 2012, 464 p.UNE ÉPOPÉE GÉOLOGIQUE EN QUELQUES CLICS La plateforme WebGéol nous entraîne à la découverte de l\u2019histoire géologique de la Terre et de ses continents.Riche d\u2019une vingtaine de vidéos tournées aux quatre coins du globe, de cartes interactives, d\u2019un lexique détaillé et de courts articles sur la tectonique des plaques, la nature des roches ou l\u2019activité sismique, ce site est un incontournable pour comprendre les forces qui ont façonné les paysages les plus époustouflants de la planète, et qui continuent de les transformer.Les vidéos, tournées au Bangladesh, en Inde, en Russie ou encore en Australie, montrent des scientifiques à la recherche d\u2019indices sur le terrain et sont spécialement conçues pour le Web.Des liens s\u2019y affichent tout au long des capsules et donnent accès, en temps réel, à des informations complémentaires permettant de mieux comprendre les thèmes abordés.Ce site, qui propose une navigation agréable et de superbes images, accompagne la série La valse des continents qui sera diffusée dès le printemps 2013 à la télévision de Radio-Canada.Tout comme cette série documentaire, WebGéol nous plonge dans un véritable voyage au fil du temps, qui illustre la naissance et l\u2019évolution des continents à travers les âges géologiques.Produit par Idéacom International, disponible en français, en anglais et en allemand.M.C.http://webgeol.com L\u2019ARBRE EST DANS SES FEUILLES Pour rendre les balades en forêt aussi ludiques qu\u2019instructives, l\u2019université du Maryland, l\u2019université Columbia et l\u2019institut Smithsonian ont développé un herbier sous forme d\u2019application gratuite pour iPhone et iPad.Grâce à un logiciel de reconnaissance visuelle, Leafsnap permet d\u2019identifier différentes essences d\u2019arbres à partir d\u2019une simple photographie de feuille (ou d\u2019aiguille!).L\u2019application offre également des images en haute résolution des fleurs, des fruits et de l\u2019écorce des variétés répertoriées.Les identifications faites par les utilisateurs sont par ailleurs répertoriées et servent à dresser une carte indiquant la répartition et l\u2019évolution de chaque espèce.Disponible en anglais seulement.C.G.À télécharger sur iTunes.* toile de fond GÉNOME 101 Expliquer la génomique et ses applications au grand public, voilà la mission du nouveau site web de Génome Québec, l\u2019organisme responsable du développement de cette science prometteuse, tant pour la santé que pour l\u2019environnement.Accessible à tous, le site propose un tour d\u2019horizon des enjeux et des plus récentes avancées des chercheurs québécois, le tout illustré par des capsules bien vulgarisées.M.C.www.genomequebec.com Appli Par Marine Corniou et Catherine Girard avec son chirurgien, le docteur Alain Gagnon, également pianiste accompli.Cet improbable duo passera de la salle d\u2019opération \u2013 où Anne Robert suivra une reconstruction mammaire avant-gardiste \u2013 à la scène, en offrant une série de concerts où l\u2019art et l\u2019aventure humaine se rencontrent.Pour les patients aux prises avec la maladie, le récit est ponctué d\u2019encadrés qui éclairent le lecteur sur le cancer du sein, ses liens avec la génétique, sa prévention et son traitement.D.F.Une musicienne et son chirurgien, Danielle Ouellet, les éditions du passage, 2012, 192 p.B L g u e \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Je suis allé aux Boules, en Gaspésie.Pourquoi s\u2019arrêter aux Boules, me demanderez-vous?À cause du fleuve et de ses grandes marées, des îlots battus par les vagues du temps, des goélands à manteau noir trouant le brouillard blanchâtre des petits jours marins.À cause des roches orphelines que les errances ont menées sur ces plages ingrates, grosses boules dispersées comme des jouets par un géant de glace qui se serait amusé, jadis, à les transporter dans ses poches avant de les jeter pêle- mêle sur la grève.En face des Boules, on devine les épaves qui dorment et rouillent au fond de l\u2019eau.On distingue les fantômes des goélettes et les silhouettes d\u2019anciens pê- cheurs.On verrait presque, sur la côte, l\u2019humble beauté du vieux bâti, les épinettes giflées par les rafales de l\u2019hiver, les pruches penchées dans le sens de la lune.Ces images, on les aperçoit surtout sur les murs des poissonneries.En vérité, l\u2019histoire a pris un autre cours.Le passé de cet estuaire n\u2019a pas rempli les promesses de ses plus belles marées; la côte s\u2019est esseulée, prise dans les filets de la pauvreté et de l\u2019«ennuyance».Seuls les villégiateurs Canadiens anglais et Américains ont reconnu la beauté primitive de ces âpres paysages; ils ont cultivé le sacré cambrien et la saine dureté des lieux.Pour le plaisir de ces milliardaires venus s\u2019échouer quelques semaines par année en ce havre surnommé «Métis Beach», les petites gens ont peint et repeint les façades des villas, réparé les clôtures et arraché les mauvaises herbes, comme ils le faisaient à La Malbaie et à Cacouna.Nous, Canadiens français, fûmes guides sur les rivières des autres, charpentiers et menuisiers pour les manoirs des autres, jardiniers des jardins des aristocrates, gardiens d\u2019une beauté qui leur était étrangère.Nos politiciens se voyaient comme nous : des serviteurs.Le village des Boules porte maintenant le nom de Métis-sur- Mer, dont il fait désormais partie.Les engagés canadiens- français n\u2019ont pourtant rien fait pour leur propre compte en ce qui a trait à la beauté.Ils ont plutôt cultivé les maisons- roulottes faisant dos au fleuve, les motels cheaps, la ferraille et les terrains en friche.Ne sommes-nous pas la civilisation de la traînerie générale : commerces en désordre, bâtisses jamais finies, façades de garage défraîchies, machinerie rouillée?D\u2019où vient cette accumulation infernale de pièces et de morceaux, ce musée à ciel ouvert de vieilleries sans allure?À Matane, nous ne voulions pas l\u2019immense Saint-Laurent; nous voulions un centre commercial et une fière allée de concessionnaires automobiles pour être bien sûrs de ne pas voir le fleuve.Nous préférons le bruit de la route au bruit des vagues.Serions- nous les adorateurs de la déesse Dollorama?Les apôtres du cinq-dix-quinze des sept douleurs?Les servants de messe des chapelles Tim Hortons?Connaissez-vous le Ranch chez Donald à Saint-Ulric?Est-il question d\u2019un domaine célébrant les marées et les morues, les goélettes et les roches cambriennes arron - dies par les vagues absolues?Non.Le poissonnier pros - père a plutôt rêvé d\u2019un impensable château baroque et d\u2019un ranch de cow-boy en tôle ondulée! Monsieur Donald a rejoint l\u2019esprit des gens riches et célèbres : Versace et sa villa à Miami, Michael Jackson et son Neverland à Santa Barbara, Elvis Presley et son Graceland à Memphis.Dans l\u2019intervalle, l\u2019histoire continue d\u2019en prendre pour son rhume.Oublié le fleuve, oubliés les naufrages, les perditions et les angoisses des grandes tempêtes; oubliés les sous-marins allemands cachés dans la froideur des nuits d\u2019automne, et les corps éclatés trouvant sépulture au fond de l\u2019eau noire.Entre Disneyland et la villa Estevan des Jardins de Métis, n\u2019y a-t-il pas une voie inconnue que nous n\u2019avons jamais empruntée?Quand on roule sur les routes du Québec, on aurait parfois le goût de tout raser, de tout démolir, de recommencer à zéro, avec des idées nouvelles et des nouveaux matériaux.Nous sommes une société sans style et sans mémoire; cela «me fout les boules», comme on dit à Je-ne-sais-quoi-sur-mer.QS Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Novembre 2012 Les Boules M A R I E - C H R I S T I N E L É V E S Q U E POUR MIEUX GÉRER ET PRENDRE EN MAIN VOS PLACEMENTS FINANCIERS.www.ferique.com/video.DÉCOUVREZ LA DIFFÉRENCE FÉRIQUE Offerts aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises.* Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc, à titre de Placeur principal, et par Services d\u2019investissement FÉRIQUE.1-800-291-0337 Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans. Jean-Philippe Leduc-Gaudet, étudiant au baccalauréat en kinésiologie En étudiant l\u2019impact de la vitamine D et des différents types d\u2019exercices sur les caractéristiques musculaires et la mobilité des individus, Jean-Philippe contribue au développement de meilleures habitudes de vie.Véronique Gaudreault, étudiante à la maîtrise en biologie En analysant les répercussions de la malaria sur le système immunitaire, Véronique contribue à une meilleure compréhension de cette maladie.Ces recherches pourraient conduire au dévoilement d\u2019un protagoniste important, possiblement responsable de complications fatales liées à la malaria. I LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC OBJECTIF RÉGIONS Les régions, une heureuse mosaïque économique Près de 5,4 millions de personnes vivent dans les six principaux centres urbains que sont Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke, Saguenay et Trois-Rivières.Les autres vivent en région, comme on dit.On en compte 2,5 millions soit 31,5% de la population totale.Qu\u2019en savons-nous?Que savons-nous des défis économiques et sociaux qu\u2019ils doivent relever?Si peu.Et ce serait simpliste d\u2019en tirer une vision d\u2019ensemble, tellement chaque région a des défis qui lui sont particuliers.Heureusement, ces régions ont maintenant, chacune, une élite intellectuelle qui sait prendre des décisions mieux collées aux réalités du milieu.Il s\u2019agit là d\u2019un des plus fantastiques acquis qu\u2019aura produit la création, ces 40 dernières années, des centres collégiaux et universitaires dans tous les coins du Québec.À ce titre, on peut comprendre que ces derniers puissent être considérés comme autant d\u2019acteurs économiques et sociaux.Plus besoin d\u2019aller en ville pour le comprendre.Les quelques exemples que nous faisons ressortir dans ce dossier spécial le démontrent bien.La rédaction II ÉDITORIAL Ce dossier est inséré dans le numéro de novembre 2012 du magazine Québec Science.Il a été financé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Comité éditorial : Serge Belley, Claude Bédard, Gilles Drouin, Jean-Marc Fontan, Juan-Luis Klein, Raymond Lemieux, David-H.Mercier, Claire Poitras, Valérie Reuillard, Lyne Sauvageau et Guillaume Werstink.Coordination : Valérie Reuillard Rédaction : Gilles Drouin Graphisme : François Émond Correction : Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 I L L U S T R A T I O N D E L A P A G E C O U V E R T U R E : S T E V E A D A M S La recherche dans le réseau de 3 LES UNIVERSITÉS, LEVIERS DU DÉVELOPPEMENT Les régions ont besoin de routes, d\u2019énergie, de réseaux de communication.Mais elles ont surtout besoin de savoir et d\u2019expertise.C\u2019est ce que leur proposent les universités.5 LE RETOUR DES JEUNES AU BERCAIL Gaspésie, Abitibi, Côte-Nord et Saguenay se vident de leurs jeunes, dit-on.Et si ce n\u2019était qu\u2019un mythe?6 FEMMES AU POUVOIR Elles osent de plus en plus la politique.Tant mieux! 7 DÉBLOQUER L\u2019INNOVATION Pour sortir de la crise, les entreprises du secteur forestier doivent apprendre à coopérer entre elles.Tout un changement de culture! 8 GRAPPE DE CROISSANCE En recherche aérospatiale, Montréal arrive au cinquième rang mondial.Une performance qui repose en partie sur une solide collaboration universités-entreprises.9 L\u2019UNIVERSITÉ AUTOCHTONE Le Québec compte environ 94 000 Autochtones.L\u2019université commence à s\u2019ouvrir à eux.10 LA RÉSILIENCE CONTRE VENTS ET MARÉES Pour aider les municipalités victimes de catastrophes naturelles à s\u2019en remettre, il faut miser sur leur capacité de rebondir.12 L\u2019AUTRE PLAN NORD On envisage d\u2019installer certains équipements informatiques dans des zones où la climatisation sera moins nécessaire.Pourquoi pas le Grand Nord ?SOMMAIRE e réseau des universités et des cégeps, c\u2019est le meilleur outil de développement régional qu\u2019on ait jamais trouvé au Québec, affirme l\u2019économiste Marc-Urbain Proulx, professeur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Le développement, tel qu\u2019on l\u2019entend aujourd\u2019hui, est basé sur le savoir, les connaissances et les compétences.La présence d\u2019institutions d\u2019enseignement postsecondaire en région constitue l\u2019élément clé du développement territorial.» Certes, l\u2019économiste ne nie pas l\u2019importance des infrastructures de transport, de la disponibilité de l\u2019énergie ou des réseaux de communication.Mais l\u2019élément essentiel, c\u2019est désormais l\u2019expertise.«Dans un contexte où la demande sociale pour les connaissances est très forte, avec le développement des technologies minières ou du multimédia notamment, les universitaires jouent plusieurs rôles.Ils sont tantôt formateurs de main-d\u2019œuvre qualifiée et producteurs de savoir; tantôt des animateurs, des médiateurs et des accom - pagnateurs des communautés qui cherchent à prendre leur destinée en main», explique celui qui est aussi directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT).Les universités ont d\u2019ailleurs toujours joué un rôle important dans le développement territorial, rappelle- t-il : «Dès les années 1960, lors des premiers exercices de planifi cation du développement régional, les représentants de l\u2019Université Laval et de l\u2019Université de Montréal étaient dans le coup.» Entre 2002 et 2008, Marc-Urbain Proulx et son équipe ont organisé dans la région de Saguenay une quarantaine de forums intitulés Vision 2025 pour réunir des acteurs et des experts du milieu et du monde universitaire afin d\u2019échanger sur de grands enjeux de société propres au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, comme les énergies renouvelables, le développement du Nord- du-Québec, la transformation de l\u2019aluminium ou la forêt.À partir de ces réflexions, les participants ont mis de III Les régions ont besoin de routes, d\u2019énergie, de réseaux de communication.Mais elles ont surtout besoin de savoir et d\u2019expertise.DU DÉVELOPPEMENT LES UNIVERSITÉS, LEVIERS P A U L C I M O N L « e l\u2019Université du Québec Régions L\u2019économiste Marc-Urbain Proulx, professeur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi l\u2019avant des pistes d\u2019action concrètes pour l\u2019avenir de la région.«Ce genre de forum met en présence le savoir, les universitaires, le savoir-faire et les experts du milieu, affirme M.Proulx.Le mélange donne de merveilleuses étincelles de créativité.Ensemble, les participants peuvent poser les bons diagnostics, déterminer la route à suivre et enfin trouver et appliquer des solutions.Un de nos rôles est aussi d\u2019amener les gens à sortir de leurs enjeux spécifiques pour s\u2019ouvrir aux enjeux globaux.» Ces enjeux sont multiples : étalement urbain; dévitalisation de municipalités et de centres-villes; gestion durable des ressources naturelles; acceptabilité sociale des projets de développement économique; reconversion industrielle; aplanissement des inégalités sociales d\u2019une région à l\u2019autre et d\u2019un quartier à l\u2019autre; stagnation ou déclin démographique; formation et intégration d\u2019une main-d\u2019œuvre immigrante essentielle pour contrer les fléchissements de notre démographie.«L\u2019université joue le rôle de catalyseur et elle transfère les connaissances», estime aussi Jean-Marc Fontan, professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Aidé de son équipe, ce sociologue a collaboré avec les responsables du site Angus pour attirer des entreprises et revitaliser ce vaste terrain au cœur de l\u2019île de Montréal.«Dans ce projet, poursuit-il, l\u2019université a été un médiateur en allant voir ce qui se faisait ailleurs, comme en Italie.Nous avons apporté des idées et accompagné les gens dans leur réflexion.Ensuite, les acteurs se sont approprié les connaissances et ils ont pris leurs décisions.» L\u2019apport des chercheurs diffère selon leurs spé - cialités, note Jean-Marc Fontan : «Pour ceux qui, comme moi, sont dans le domaine social, la contribution porte davantage sur une meilleure compréhension des problèmes sociaux qui constituent des irritants en matière de développement.Il y a des expérimentations intéressantes de revitalisation de quartiers ou de lutte contre la pauvreté.Les universitaires peuvent contribuer à la mise en relation des acteurs pour faciliter le dialogue et ainsi contribuer, par exemple, à la mise en place de projets pilotes dans les territoires.» Jean-Marc Fontan collabore aussi avec des organismes de développement social dans Montréal-Nord et Hoche- laga-Maisonneuve.On y trouve deux populations distinctes, l\u2019une principalement immigrante, l\u2019autre, canadienne- française, aux prises avec un même problème : la difficulté à s\u2019intégrer au marché du travail.«Nous contribuons à démarrer un mécanisme de mobilisation qui va motiver les personnes à cheminer par rapport à leur situation, explique-t-il.Nous travaillons ainsi en amont, sur la motivation et la confiance en soi des personnes.» Mais ce type d\u2019engagement social pose souvent un dilemme.«L\u2019universitaire marche en équilibre sur la ligne qui sépare l\u2019action concrète au service de la communauté et la recherche plus fondamentale dont les retombées ne sont pas toujours visibles dans l\u2019immé - diat», dit la géographe Marie-José Fortin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement régional et territorial à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Spécialiste en acceptabilité sociale des projets industriels et énergétiques, elle s\u2019intéresse particulièrement à la compréhension des enjeux sociaux derrière ces grands projets.« Il y a un risque à trop pousser sur la recherche appliquée, croit-elle.Il faut garder une distance et ne pas sacrifier notre liberté académique.Les innovations reposent sur de nouvelles connaissances issues de recherches plus fondamentales.Il faut donc également travailler sur le long terme.Servir la population, oui; mais il faut d\u2019abord contribuer à l\u2019amélioration des connaissances que nous avons de la réalité de chaque région.» Patrice Leblanc, titulaire de la Chaire de recherche Desjardins en développement des petites collectivités à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ne sent pas cette opposition : «Nous faisons une recherche plus appliquée que fondamentale; une recherche utile, en collaboration avec le milieu.Je suis celui qui pose des questions afin de favoriser une réflexion que les gens ne feraient pas nécessairement, sans m\u2019imposer comme celui qui possède le monopole de la connaissance.» Selon lui, même si la recherche universitaire a comme but premier de produire une connaissance plus universelle, l\u2019expérience sur le terrain vient enrichir cette connaissance.Marc-Urbain Proulx reconnaît que ce débat n\u2019est pas réglé, entre les tenants d\u2019une université davantage ouverte vers son milieu, vers le soutien au dévelop - pement économique et à l\u2019innovation, et ceux qui rappellent que l\u2019université doit d\u2019abord former des esprits critiques pour observer l\u2019évolution de la société industrielle.Mais ce n\u2019est pas incompatible : « Il faut garder un équilibre entre servir et critiquer.» QS IV La recherche dans le réseau de «L\u2019universitaire marche en équilibre sur la ligne qui sépare l\u2019action concrète au service de la communauté et la recherche plus fondamentale dont les retombées ne sont pas toujours visibles dans l\u2019immédiat.» A utant de nations en forte croissance démographique, qui auront leur mot à dire dans le développement de ce territoire; presque les trois quart de tout le Québec.Et même dans le Québec méridional, les Autochtones revendiquent le droit de décider des usages de la terre avec laquelle ils entretiennent une relation particulière.«Bien que les médias en parlent régulièrement, souvent de façon négative ou condescendante, le monde autochtone demeure très peu connu au Québec», lance l\u2019anthropologue Carole Lé- vesque, professeure à l\u2019INRS Urbanisation Culture et Société.Active auprès des communautés autochtones depuis 1972, Carole Lévesque a fondé le réseau DIALOG en 2001.Ce réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones regroupe plus de 150 personnes du Québec et d\u2019ailleurs, autochtones ou non.«Une de nos missions est de rendre plus visibles les communautés, de parler de leurs structures sociales, de leurs façons de fonctionner, que ce soit sur le plan politique, éducatif ou économique», explique l\u2019anthropologue.DIALOG se veut une plaque tournante dont un des éléments, l\u2019Université nomade, favorise les échanges entre tous ceux qui s\u2019intéressent au monde autochtone, dans un contexte de formation.«Notre responsabilité est aussi de montrer que ce monde est beaucoup plus organisé qu\u2019on le croit généralement», précise Carole Lévesque.En fait, il y a plus de 2 500 organismes, compagnies, comités, associations et autres structures dans les communautés; autant de partenaires incontournables dans le développement des territoires.Ces structures font en sorte que les Autochtones prennent de nombreuses initiatives, qu\u2019ils sont capables d\u2019assumer leur destinée.DIALOG soutient également l\u2019encadrement d\u2019étudiants autochtones.«On estime qu\u2019il y en a un peu moins de 1 000 au niveau universitaire un peu partout au Québec, avance Carole Lévesque.Ils combattent encore les effets délétères de la colonisation.Nous les avons exclus de la plupart des facettes de notre société, dont le monde du savoir.» La formation offerte par l\u2019Université nomade vise toute personne qui gravite autour du réseau DIALOG et qui souhaite interagir avec les Autochtones dans un contexte d\u2019apprentissage.Comme son nom l\u2019indique, cette université voyage d\u2019une ville à l\u2019autre et même d\u2019un pays à l\u2019autre : de Val-d\u2019Or à Montréal, de la France au Mexique.Oubliez tout de suite l\u2019image du grand savant blanc prodiguant son enseignement aux pauvres Amérindiens.Tout est décidé avec eux.«Le but premier est de former des personnes capables de comprendre la réalité du monde autochtone et ses relations dans la collectivité québécoise», raconte Carole Lévesque.Dans les séances de l\u2019Université nomade, les «enseignants» sont tout aussi bien des Autochtones que des personnes d\u2019autres origines, des chercheurs, des professeurs, des étudiants à la maîtrise ou au doctorat.«Nous favorisons ainsi l\u2019interaction entre des gens qui n\u2019ont pas souvent l\u2019occasion de se rencontrer, ajoute Carole Lévesque.Tous les échanges reposent sur les principes d\u2019équité, d\u2019égalité, de respect et d\u2019engagement.Nous voulons que tout le monde se sente à l\u2019aise de prendre la parole et que cette parole soit écoutée, respectée et prise en compte dans les travaux futurs de l\u2019Université nomade et de DIALOG.» QS IX e l\u2019Université duQuébec Régions L\u2019UNIVERSITÉ AUTOCHTONE Le Québec compte environ 94 000 Autochtones, selon les données du gouvernement; 36 000 d\u2019entre eux occupent le territoire couvert par le Plan Nord.Ils sont Anichinabés, Cris, Inuits, Innus et Naskapis.L\u2019Université nomade de DIALOG.De gauche à droite : Oscar Kistabish (Centre d\u2019amitié autochtone de Val-d\u2019Or), Lucie Sauvé (Université du Québec à Montréal), Denis Vollant (Institut Tshakapesh), Carole Lévesque (Institut national de la recherche scientifique) D .R . E ntre 1995 et 2005, le Groupe interuniversitaire de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ) a mené une vaste enquête dans toutes les régions du Québec.D\u2019abord, on a interrogé 5 000 jeunes âgés entre 20 et 34 ans dans le but de mieux cerner ce qui les amenait à quitter leur région d\u2019origine.Après quelques années, on a repris le questionnaire sur un second échantillon de 6 000 jeunes, afin de mesurer l\u2019évolution des mentalités.«Cette enquête a surtout démontré que l\u2019exode des jeunes n\u2019était pas irréversible», rappelle Madeleine Gauthier, professeure à l\u2019INRS Urbanisation, Culture et Société.Cette sociologue, qui a consacré la plus grande partie de sa carrière à étudier les jeunes, a chapeauté ces deux enquêtes auxquelles la plupart des universités québécoises ont participé.Ce qu\u2019elle a mis en évidence, c\u2019est que les jeunes ne quittent pas l\u2019Abitibi ou la Gaspésie faute d\u2019emploi et qu\u2019ils y reviennent bien souvent.La tendance n\u2019a fait que se renforcer depuis l\u2019enquête, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui les régions supposément en hémorragie affichent au contraire un bilan migratoire positif.«En fait, note la sociologue, c\u2019est plutôt l\u2019île de Montréal qui devrait s\u2019inquiéter puisque la population y a chuté de 1,2% en 2010- 2011, le pire score au Québec.» La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, la Côte-Nord, l\u2019Abitibi-Témiscamingue et le Centre-du-Québec ont maintenant un bilan migratoire positif.Dans un premier temps, l\u2019enquête du GRMJ a établi que la baisse démographique des régions, dans les années 1980, ne s\u2019expliquait pas par l\u2019exode des jeunes.Leur bilan migratoire négatif était plutôt le résultat de la chute du taux de natalité, donc d\u2019une baisse démographique naturelle.Dans un second temps, l\u2019enquête a révélé que les jeunes qui quittaient leur région ne le faisait pas à cause de la pénurie de travail, ce qui explique que les efforts pour créer des emplois n\u2019avaient que très peu d\u2019effet.En fait, les jeunes partent de leur région afin de poursuivre un programme d\u2019études qui n\u2019est pas disponible chez eux.Ensuite, ils veulent tout simplement vivre l\u2019expérience de la vie culturelle des grandes villes de Montréal ou de Québec.L\u2019emploi vient après.Or la majorité des jeunes demeurent attachés à leur terre d\u2019origine.«Environ 60% des jeunes y retournent pour trouver un travail, se rapprocher des leurs, acheter une maison, fonder une famille, suivre le conjoint ou encore pour créer ou reprendre une entreprise», note Madeleine Gauthier.Cette recherche a entraîné un changement radical dans les perceptions : les responsables des régions ont compris qu\u2019ils pouvaient rapatrier leurs «exilés temporaires», et même exercer un pouvoir d\u2019attraction sur les jeunes venus d\u2019ailleurs.Pour séduire, il faut bien sûr des emplois.«Un emploi d\u2019été dans sa région natale peut faire la différence, note Madeleine Gauthier.Cela augmente les chances que les jeunes reviennent après leurs études.» Mais il faut aussi garder le contact avec eux.Par exemple, l\u2019organisme Place aux jeunes en région organise des «grandes séductions» pour que les étudiants découvrent les attraits des régions ciblées, ainsi que des employeurs potentiels.«Les jeunes recherchent aussi une qualité de vie, dont une vie culturelle intéressante», constate ensuite Madeleine Gauthier.À cet égard, les régions ne sont plus les déserts culturels qu\u2019ils pouvaient être jadis.«L\u2019implantation des universités et des cégeps a contribué à enrichir la vie cul tu relle à Rimouski, à Gaspé, à Saguenay ou encore à Rouyn-Noranda.» QS V e l\u2019Université duQuébec Régions Les régions éloignées se vident de leurs jeunes, dit-on.Et si ce n\u2019était qu\u2019un mythe?LE RETOUR DES JEUNES AU BERCAIL Festival des guitares du monde 2012, Agora des arts à Rouyn-Noranda H U G O L A C R O I X L ors des dernières élections municipales de 2009, la proportion des femmes occupant les postes de conseillères a atteint 29%.Le siège de maire est maintenant occupé par une femme dans 17% des villes et municipalités.Nous sommes loin de la parité entre les hommes et les femmes, mais la statistique réjouit Esther Lapointe.« Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais les femmes sont en train de prendre leur place sur la scène politique municipale et régionale ainsi qu\u2019aux autres niveaux de gouvernement», assure la directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD).La présence des femmes en politique municipale connaît de fait une forte progression d\u2019une élection à l\u2019autre.En 2005, elles représentaient 25% des conseillères et 13% des maires.Passer de 13% à 17% signifie 35 mairesses de plus au Québec.Créé en 1999, grâce à l\u2019initiative de l\u2019ex-jour- naliste Élaine Hémond, le GFPD a décidé de relever le défi de stimuler la relève, appelant plus précisément les femmes à sauter dans l\u2019arène politique.Quelques leaders étudiants ont aussi suivi la formation afin d\u2019occuper des postes au sein de leur association.Les premières activités de formation ont eu lieu en 2004 et 2005, en vue des élections municipales.Par la suite, le groupe s\u2019est allié à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).Appuyé princi palement par les professeures Nathalie Rinfret et Madeleine Moreau, cette institution est devenue le partenaire du GFPD dans la création du Centre de développement femmes et gouvernance.La mise en place de ce centre a permis de porter à plus de quatre fois par année la tenue des «Écoles Femmes et Démocratie» .Il s\u2019agit de formations intensives, à raison de plus de 12 heures par jour, pendant 4 jours.Une bonne partie des cours porte sur les habiletés de communication : parler en public, s\u2019adresser aux médias ou encore participer à un débat.«En général, note Esther Lapointe, les femmes n\u2019aiment pas les débats.» Il est donc essentiel de les former en ce sens puisqu\u2019on imagine mal faire de la politique sans avoir à défendre ses idées en public.La formation, en grande partie axée sur la pratique, porte également sur le rôle à jouer au sein d\u2019un conseil d\u2019administration.Depuis les débuts, environ 300 femmes ont participé à ces activités de formation intensive.Ce n\u2019est pas tout : en collaboration avec l\u2019École nationale de l\u2019humour, on offre aussi des classes pour apprendre aux femmes à répliquer habilement aux commentaires qui portent sur leur robe plutôt que sur le contenu de leur allocution ou de leur programme politique.Esther Lapointe estime que le fait d\u2019offrir de la formation sur la politique encourage les femmes à briguer les suffrages.«L\u2019idée vient des femmes elles-mêmes.Elles reconnaissent que si elles hésitent à se lancer, c\u2019est parce qu\u2019elles manquent de confiance et qu\u2019elles doutent de leur compétence pour occuper des fonctions politiques.» QS VI La recherche dans le réseau de FEMMES AU POUVOIR Le Groupe Femmes, Politique et Démocratie a fait le pari que, en formant les femmes à la prise de parole, elles allaient oser se lancer en politique.Après huit ans, le résultat impressionne.S T E V E A D A M S VII e l\u2019Université du Québec Régions LES MAISONS DES JEUNES PASSENT LE TEST En 2007, les maisons des jeunes de l\u2019Abitibi-Témiscamingue ont demandé au sociologue Patrice Leblanc d\u2019évaluer la portée de leurs actions auprès des adolescents et des jeunes adultes qui les fréquentaient.«À peu près tous les intervenants sociaux étaient conscients que les activités menées par les centres de jeunes avaient des effets positifs, mais personne n\u2019avait procédé à un examen objectif, scientifique et crédible de la question», remarque le titulaire de la Chaire de recherche Desjardins en développement des petites collectivités de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).L\u2019enquête de Patrice Leblanc a duré trois ans.Son équipe a rencontré les jeunes, les animateurs, les parents bénévoles et même les maires des municipalités concernées.Cette recherche a mis en évidence des effets positifs rattachés à chacun des objectifs des organisations de jeunes, dont la promotion de saines habitudes de vie (hausse de l\u2019activité physique ainsi que diminution du tabagisme et des toxicomanies), la prévention des infections transmises sexuellement ou l\u2019engagement citoyen.«Les maires des villages ont témoigné d\u2019une baisse notable des méfaits attribués aux jeunes.Ils ont aussi un engagement plus marqué dans leur communauté», mentionne Patrice Leblanc.Le réseau des locaux de jeunes de la région a pris goût à cette démarche d\u2019évaluation.«Nous allons faire un suivi des retombées tout en alimentant la réflexion sur d\u2019autres rôles que pourraient jouer les locaux de jeunes», annonce Patrice Leblanc.DÉBLOQUER L\u2019INNOVATION Pour sortir de la crise, les entreprises du secteur forestier doivent apprendre à coopérer entre elles.Tout un changement de culture! En Outaouais, deux emplois sur trois sont rattachés au secteur public.Il y a aussi l\u2019«autre Outaouais», celle des municipalités régionales de comté de Pontiac, de Papineau et de la vallée de la Gatineau, dont l\u2019économie rime avec l\u2019industrie du bois et la foresterie.Mais une crise secoue le secteur forestier depuis plusieurs années.Les usines ferment.Elles n\u2019ont plus les ressources nécessaires pour mettre en place les innovations qui leur permettraient de traverser la tourmente.Le politicologue Guy Chiasson et le sociologue Martin Robitaille, tous deux professeurs à l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO) ont examiné le potentiel d\u2019innovation des entreprises du secteur de la transformation du bois en Outaouais.L\u2019étude, terminée au début de 2012, met en lumière les difficultés que rencontrent les entreprises en régions périphériques.«Nous notons principalement un manque de concertation entre les entreprises qui œuvrent dans le même domaine, dit Guy Chiasson.Elles affirment souhaiter le partenariat, mais elles sont généralement encore en mode compétition.» Deuxième problème, les entreprises ont de la difficulté à trouver la main-d\u2019œuvre spécialisée.Enfin, la prédominance de la fonction publique ainsi qu\u2019une histoire économique liée à celle de grandes sociétés multinationales laissent la région en manque d\u2019entrepreneurs.Tout n\u2019est pas noir, cependant.L\u2019étude démontre que les acteurs institutionnels (les financiers, les élus locaux, les chercheurs universitaires, etc.) ont une bonne capacité à travailler ensemble.Des initiatives pointent çà et là, comme la mise en place d\u2019un incubateur industriel autour de l\u2019usine de la compagnie Fortress, à Thurso (une usine de production de cellulose spécialisée, utilisée entre autres dans le papier monnaie plus sécuritaire).Avec le soutien de la MRC, l\u2019incubateur tente d\u2019attirer des entreprises de secteurs connexes.«Un système régional d\u2019innovation dans le secteur du bois est en train de se mettre en place, estime Guy Chiasson qui est aussi codirecteur du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT).Mais il faudra que les entreprises s\u2019intègrent davantage à ce système qui repose sur la collaboration étroite de tous les acteurs.» QS P A M E L A M O O R E / I S T O C K S P H O T O U Q A T A vec plus de 235 entreprises, la grappe aérospatiale du Québec, Aéro Montréal, constitue un des grands moteurs économiques de la région métropolitaine.La mise en place d\u2019une grappe industrielle \u2013 aussi appelée cluster \u2013 constitue une des stratégies pour stimuler l\u2019innovation grâce aux échanges que cela favorise entre les entreprises et les centres de recherche universitaires.En ce sens, Aéro Montréal profite pleinement des universités de la métropole, plus particulièrement de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).«Aucune université au Canada ne cumule autant d\u2019expertise industrielle et de recherche en aérospatiale», affirme l\u2019ingénieur Hany Moustapha, professeur à l\u2019ÉTS et directeur d\u2019AÉROÉTS.Depuis 2010, AÉROÉTS regroupe une cinquantaine de chercheurs qui s\u2019intéressent à temps plein ou à temps partiel au secteur de l\u2019aérospatiale.«Notre mission est aussi de favoriser la mise en place de projets avec les entreprises d\u2019ici ou d\u2019ailleurs», ajoute Hany Moustapha, qui a passé la plus grande partie de sa carrière chez le constructeur de moteurs d\u2019avion Pratt & Whitney, comme responsable de la technologie et des relations avec les universités.L\u2019ÉTS possède une expertise dans des champs variés du domaine aérospatial : la production industrielle; l\u2019analyse et la conception de matériaux; l\u2019avionique; les systèmes électroniques et informatiques; la conception de moteurs; l\u2019étude de l\u2019aérodynamisme.L\u2019École bénéficie également d\u2019une grande expérience en matière de collaboration universités-entreprises.«De 80% à 90% de nos projets de recherche sont réalisés en collaboration avec l\u2019industrie, précise Hany Moustapha.Nous collaborons avec plus de 70 entreprises du secteur.» L\u2019École participe entre autres au projet de développement de l\u2019avion de la Série C de Bombardier.Cette collaboration profite aussi aux étudiants.Une centaine d\u2019entre eux, tant à la maîtrise qu\u2019au doctorat, ont participé à des projets de recherche dans le domaine de l\u2019aérospatiale, et 400 étudiants au baccalauréat ont effectué un stage dans une entreprise de ce secteur, pour la seule année 2012.QS VIII La recherche dans le réseau de GRAPPE DE CROISSANCE En recherche aérospatiale, Montréal arrive au cinquième rang mondial.Une performance qui repose en partie sur une solide collaboration universités-entreprises.Hany Moustapha, directeur d\u2019AÉROÉTS à l\u2019École de technologie supérieure: «De 80% à 90% de nos projets de recherche sont réalisés en collaboration avec l\u2019industrie.» B O M B A R D I E R O L I V I E R J E A N D écembre 2010.Une violente tempête frappe la Gaspésie.Les vagues balaient les rivages, grugeant la côte çà et là, endommageant des maisons, inondant des rues.Les Gaspésiens sont sous le choc, à Maria comme à Sainte-Flavie.Mais on n\u2019aurait encore rien vu ! Dans un contexte de changements climatiques, on nous prédit une recrudescence de ce genre d\u2019événement.Comment préparer les communautés côtières à faire face à la situation?« En misant sur la résilience et la capacité des gens à s\u2019organiser », affirme le géographe Steve Plante.Professeur au département sociétés, territoires et développement de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), Steve Plante est codirecteur de l\u2019Alliance de Recherche Universités-Communautés (ARUC) Défis des communautés côtières.Comme son nom l\u2019indique, une ARUC est une approche de recherche qui mise sur la collaboration active entre les chercheurs et les citoyens concernés.L\u2019intervention de cette ARUC déborde la Gaspésie et s\u2019étend tout autour de l\u2019estuaire du golfe du Saint-Laurent, l\u2019épicentre des événements météorologiques extrêmes.Pourquoi miser sur la résilience?« Les gens sont souvent très émus quand ils parlent de ce qu\u2019ils ont vécu.Les discussions tournent autour de leurs épreuves, la déception de voir leur terrain englouti, le niveau des dommages subis\u2026 Au contraire, quand on se concentre sur leur résilience, leur capacité de s\u2019organiser, nous parlons de ce que sont ces communautés, comment elles apprennent des expériences qu\u2019elles vivent, ce qu\u2019elles en retiennent.C\u2019est une approche moins déprimante.Il est alors possible de revenir à la vulnérabilité, à ce qu\u2019il faut corriger, au moment où les gens sont capables de rationnaliser leur situation, de peser le pour et le contre des solutions possibles.» L\u2019ARUC travaille dans plusieurs localités de l\u2019estuaire du Saint-Laurent (telles que Rivière-au-Tonnerre, Baie- Trinité ou encore Sainte-Flavie) ou de la baie des Chaleurs (comme Maria et Bonaventure).Elle s\u2019inspire d\u2019expériences similaires menées par les chercheurs au Nou- veau-Brunswick.L\u2019approche varie d\u2019une municipalité à l\u2019autre, selon le souhait des citoyens.À Bonaventure, ce sont des assemblées de cuisine.À Maria, l\u2019ARUC a collaboré avec les citoyens à l\u2019organisation d\u2019un « café des sciences » .Cette rencontre commençait par une présentation théorique suivie de discussions en petits groupes, puis d\u2019une table ronde où les citoyens ont pu exprimer leurs préoccupations, leurs perceptions des défis, leurs idées pour s\u2019adapter.À partir de là, les animateurs de l\u2019ARUC amènent les gens à faire X La recherche dans le réseau de LA RÉSILIENCE CONTRE VENTS E Pour aider les municipalités victimes de catastrophes naturelles à s\u2019en remettre, il faut miser sur leur capacité de rebondir.J A C Q U E S G R A T T O N le bilan de ce qu\u2019ils comprennent, de ce qu\u2019ils ont appris des événements.«Comprendre comment les gens apprennent, comment ils tirent des leçons, c\u2019est l\u2019inverse d\u2019une approche qui consiste à arriver de l\u2019extérieur avec le savoir et les solutions, les citoyens n\u2019ayant plus qu\u2019à se soumettre.Nous ne dirons pas aux gens ce qu\u2019ils doivent faire, poursuit Steve Plante.Il est important de donner davantage de voix aux citoyens et aux municipalités dans la prise de décision.» QS XI e l\u2019Université duQuébec Régions TS ET MARÉES À Maria, l\u2019ARUC a collaboré avec les citoyens à l\u2019organisation d\u2019un «café des sciences».Sainte-Flavie, en Gaspésie, après la tempête de décembre 2010 XII Régions A ussi surprenant que cela puisse paraître, le réseau Internet est une source importante d\u2019émissions de gaz à effet de serre (GES).Il générerait pour 2% des rejets polluants dans l\u2019atmosphère de la planète.Et cela va aller en augmentant.«Une seule recherche sur Google demande, pour les serveurs de l\u2019entreprise californienne, une consommation d\u2019énergie qui équivaut à celle nécessaire pour chauffer l\u2019eau d\u2019une tasse de café», mentionne Kim Nguyen, associé de recherche à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) à Montréal.C\u2019est que les serveurs et autres pièces d\u2019équipement nécessaires au traitement et à la transmission des données ont chaud.« Il faut un système de climatisation pour les refroidir constamment», précise Kim Nguyen.La facture énergétique est salée : environ 800 millions de dollars par année pour l\u2019ensemble de l\u2019industrie des technologies de l\u2019information (TI).Un réseau Internet alimenté par des énergies renouvelables à faible empreinte carbone serait pourtant possible.Ou, mieux encore, pourquoi ne pas placer les équipements d\u2019Internet dans des zones où il n\u2019y a pas besoin de climatisation pour une bonne partie de l\u2019année : le Grand Nord?En prime, l\u2019installation de centres de serveurs dans les régions lointaines contribuerait à leur développement technologique et à la création d\u2019emplois.Le professeur Mohammed Chériet, de l\u2019ÉTS, est le chercheur principal du projet Greenstar Network.Soutenu financièrement par CANARIE, le réseau canadien de fibres optiques destiné aux équipes de scientifiques, et par quelques grands joueurs des TI, le consortium Greenstar Network vise à installer un prototype du réseau Internet du futur.Rappelons que le réseau Internet se déploie comme un grand filet.Chaque intersection est un nœud, un point de connexion entre deux segments.Chaque nœud du réseau Greenstar peut héberger un centre de données semblable, par exemple, à ceux de Google.On y trouve des routeurs, des serveurs de calcul et d\u2019autres équipements servant à traiter et à relayer les données transmises.Les nœuds de Greenstar seront alimentés par des sources d\u2019énergie renouvelable (solaire, éolien, hydroélectrique, etc.) situées à proximité.De cette façon, l\u2019électricité voyagera le moins possible, subissant donc moins de perte.L\u2019équipe de l\u2019ÉTS participe à la conception et à la configuration de ce réseau, ainsi qu\u2019à la programmation des algorithmes de contrôle des nœuds.Il faudra, entre autres, tenir compte du manque de régularité de l\u2019alimentation en énergie éolienne et solaire, tout en s\u2019assurant que le réseau demeure parfaitement fonctionnel 24 heures par jour.Pour Kim Nguyen, l\u2019occasion est belle d\u2019amorcer ce virage au vert : « Il y a plusieurs projets de reconstruction des réseaux Internet, tant aux États-Unis qu\u2019en Europe.» C\u2019est le temps d\u2019innover, et le Canada a pris une certaine avance.«Nous sommes en train de construire le premier réseau alimenté entièrement par l\u2019énergie renouvelable, dit Kim Nguyen.Il y a deux nœuds alimentés par panneaux solaires, un nœud par l\u2019éolien et trois nœuds par l\u2019hydroélectricité.» QS L\u2019AUTRE PLAN NORD Le réseau Internet est vorace en énergie.Il faudra miser à l\u2019avenir sur les énergies renouvelables.Et placer certains équipements dans des zones où la climatisation sera moins nécessaire.Pourquoi pas le Grand Nord ?Mohammed Chériet, chercheur principal du projet Greenstar Network.Il œuvre à moderniser le réseau Internet afin de le mettre au vert.É T S "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.