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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril-Mai 2013, Vol. 51, No. 7
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2013, Collections de BAnQ.

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[" LE QUÉBEC PEUT-IL ASSUMER SON IDENTITÉ NORDIQUE ?Avril-mai 2013 Q U E B E C S C I E N C E .Q C .C A 6,45$ E N K I O S Q U E J U S Q U \u2019 A U 2 3 M A I 2 0 1 3 4 0 0 6 5 3 8 7 Comment les gaz de schiste ont tué les grands barrages L\u2019avenir nordique est autochtone Mines, mythes et dynamite Forêt boréale : les leçons du passé PRÉFACE DE PAUL PICHÉ L\u2019APPEL DU NORD L\u2019ESPACE, LE RÊVE, LA RICHESSE UepishtikeiaU \u2013 tshissenitamUn fÑ4\u20acSô3ni6 Québec Science S MOBILISÉS POUR LE NORD DURABLE Chef de ?le mondial dans la recherche nordique et polaire depuis plus de 50 ans, l\u2019Université Laval se mobilise autour des enjeux et des priorités de la recherche universitaire liés au développement du Nord-du-Québec.Plus d\u2019une cinquantaine de scienti?ques et d\u2019experts ont jeté les bases d\u2019un plan de recherche pour assurer l\u2019essor harmonieux des communautés et des territoires nordiques.Démarche unique à l\u2019échelle d\u2019un campus, cette vaste initiative accroît le leadership de notre établissement dans la recherche nordique et con?rme sa place enviable sur l\u2019échiquier mondial.ulaval.ca/norddurable e ne sais pas où on est.»Mille fois les explorateurs, les prospecteurs ou les coureurs de bois d\u2019autrefois ont dû se rendre à cette évidence en consultant les cartes bien approximatives du territoire sauvage qu\u2019ils traversaient.C\u2019étaient des braves.Et il faut encore, aujourd\u2019hui, avoir de la bravoure dans le cœur, la tête et les bras pour oser le Nord.Les Inuits, les Cris, les Innus, les Naskapis, les Jamésiens, les Jeannois, les Abitibiens et les Nord-Côtiers peuvent en témoigner.Et ils en ont vus, des plans pour le Nord! C\u2019était en 1840 pour cultiver la terre au Saguenay et au lac Saint-Jean; en 1920 pour défricher l\u2019Abitibi.C\u2019était en 1940 pour aller chercher l\u2019or, les diamants et l\u2019argent dans le Chibougamau; puis en 1950 pour le fer des montagnes du Labrador et de l\u2019Ungava.C\u2019était en 1960 pour exploiter la puissance des rivières sauvages.Qu\u2019ils en ont entendu, de belles promesses de richesse! Qu\u2019ils en ont faits, des rêves! La réalité qu\u2019ils rencontraient était pourtant dure.Et le Nord nous semble encore et toujours difficile d\u2019accès.À un point où on se demande maintenant si on l\u2019a perdu, ce Nord.À vrai dire, on ne l\u2019a jamais gagné.C\u2019est un pays en soi, nous disent les Cris, les Inuits, les Naskapis et les Innus.La toponymie en révèle d\u2019ailleurs beaucoup sur notre relation trouble avec le Nord.Que font donc un cap du Palmier ou une pointe du Soleil-d\u2019Afrique, près du 62e parallèle?On dirait une blague à la Boucar Diouf! Ces noms expriment-ils la nostalgie de colonisateurs épris de douceur tropicale?Ces «nommeurs à gros sabots» auront quand même transformé les lieux-dits autochtones \u2013 trop difficiles à prononcer ou à orthographier \u2013 en Fort Chimo, Fort Rupert, Fort George.Drôle de façon d\u2019apprivoiser un pays.On pourrait emprunter un mot aux Innus pour décrire ça : Kamushkuapetshishkuakanishit qui signifie «s\u2019accrocher les pieds dans les racines».(C\u2019est le plus long mot autochtone connu.Il vaut bien notre «anticonstitutionnellement», non?) Signe de changement, dans les années 1970, ces balises colonialistes ont été balayées.On a vu apparaître sur nos cartes des noms comme Kuujjuaq, Waskaganish, Oujé-Bougoumou.Des noms qui doivent sembler bien exotiques aux gens du sud pour qui le Nord reste encore mal défini, d\u2019autant plus s\u2019ils oublient que sa vraie nature est dominée par l\u2019hiver.Mais le Québec peut-il arriver à assumer son identité écologique nordique, à l\u2019instar des pays scandinaves?Il veut le Nord pour ses épinettes noires, ses filons d\u2019or et de cuivre; il veut le Nord pour y travailler et pour s\u2019enrichir, pas pour y vivre.Après avoir signé la Paix des Braves, en 2002, il veut la paie des Braves.Quel étrange message il envoie aux Autochtones! Après le Plan Nord tabletté et la Paix des Braves, le Nord mérite un plan des Braves.S\u2019il a fallu du courage pour s\u2019installer et vivre dans le Nord, il en faudra encore pour engager maintenant ce pays sur la voie d\u2019une économie qui en respecte la fragilité.N\u2019est-ce pas ça, le Québec de demain?QS Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 3 billet?par?raymond?lemieux Le plan des Braves Saurons-nous un jour véritablement apprivoiser le pays de la toundra et de la taïga au-delà du 49e parallèle?Le Québec pourrait-il se donner des airs de Finlande ou de Suède en assumant parfaitement son identité écologique?«J J .J .B E R G E R O N / E N V I R O F O T O / M T Q PAYS?SAUVAGE La conquête du Nord est une aventure conjointe.Car si explorateurs, coureurs des bois, naturalistes et commerçants blancs ont parcouru les grands espaces du Nord, ce sont les peuples autochtones - Inuits, Cris, Innus et Naskapis - qui leur en ont livré les secrets.12 Une grande histoire pour les pays d\u2019en haut Il en a fallu des plans pour oser le Nord où rien n\u2019est facile.Et où rien ne le sera jamais.Par Raymond Lemieux 14 À quand un vrai Plan Nord?C\u2019est le jeu de la grande séduction pour attirer les chercheurs d\u2019emploi vers le Nord.Ne seront-ils que des étrangers de passage dans une région d\u2019accueil comme une autre?Par Raymond Lemieux 26 Jos Chibougamau, roi prospecteur Pays?de richesses Sous «quelques arpents de neige» sont enfouis, depuis des centaines de millions d\u2019années, de l\u2019or, des diamants, du cuivre et du fer.Mais il se pourrait bien que la richesse du sous-sol doive s\u2019obtenir au prix \u2013 encore incalculé \u2013 de l\u2019environnement.Comment réagirons-nous ?31 Trésors précambriens De l\u2019or, du nickel, du fer, mais aussi du scandium, du lithium et de l\u2019uranium.C\u2019est tout un pan du tableau périodique qui dort dans le sous-sol du Nord québécois.Par Dominique Forget 32 À ciel ouvert Fini l\u2019époque où l\u2019on creusait patiemment des galeries souterraines pour suivre un filon d\u2019or.Aujourd\u2019hui, la machinerie lourde récupère chaque poussière du précieux métal.Rentable pour les minières, sans doute.Mais pas sans dommages.Par Dominique Forget 40 Le Nord à l\u2019envers Les compagnies minières qui ratissent les territoires reculés du Nord prospectent aussi le grand Sud, non sans rencontrer de résistance.Par Dominique Forget 44 La Chine boulimique Pour soutenir son rythme effréné de croissance, la Chine a besoin de minerais.Et le Nord du Québec n\u2019échappe pas à son appétit.Par Martine Turenne PAYS?DE?DÉFIS Ça chauffe au-delà du 49e parallèle! Aussi, la faune et la forêt subissent-elles les énormes pressions des changements climatiques.Comment s\u2019adapteront- elles?Et nous?Il faudrait sans doute repenser tout de suite notre gestion de la nature.50 Chaud devant! L\u2019eau, le sol et la faune du Nord seront sévèrement affectés par les changements climatiques.Et notre potentiel hydroélectrique aussi.Par Nicolas Mesly AVRIL - MAI 2013 VOLUME 51, NUMÉRO 7 Michèle Audet 19 Ne nous laissez pas pour compte! Jean Désy 21 L\u2019identité, c\u2019est la santé.Douglas Cardinal 23 Architochtone Joé Juneau 25 Victoire pour les Nordiks Pour ce numéro spécial, nous avons voulu faire un clin d\u2019œil aux quatre grands peuples autochtones qui habitent le Nord québécois.Sur la page couverture, on peut donc lire Québec?Science en innu-aimun, en naskapi, en cri et en inuktitut.Com - me le mot «science» n\u2019existe dans aucune de ces langues, nos traducteurs l\u2019ont remplacé par différentes expressions, comme «études de la terre», ou «connaissances diverses».S O M M A I R E E N T R E V U E S Billet 3 Le plan des Braves Préface 7 Un pays multiple P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : M A T H I E U D U P U I S 56 La fin des grands barrages La chute du prix du gaz aux États-Unis sonnerait la fin des grands projets d\u2019Hydro-Québec dans le Nord.Par Gilles Drouin 60 Forêt sous surveillance Plus les scientifiques l\u2019étudient, mieux la forêt se porte.Et mieux l\u2019industrie se comporte.Par Joël Leblanc 63 Le SOS du caribou Il grogne, il renâcle.Et c\u2019est un appel au secours.La survie du caribou forestier est compromise.Par Joël Leblanc 64 Le monstre boréal Le vrai visage de la mouche noire.Par Joël Leblanc 65 Noble épinette L\u2019épinette noire est en train de gagner ses lettres de noblesse dans le monde de l\u2019architecture.Par Raymond Lemieux 67 Maud Watt, indignée avant l\u2019heure Par Marie-Christine Lévesque 68 Le modèle du voisin Il y a cinq ans, l\u2019Ontario lançait son plan d\u2019aménagement du Grand Nord.Une initiative d\u2019envergure, dont le Québec pourrait peut-être s\u2019inspirer, à la condition qu\u2019il puisse compter sur les Autochtones.Par Jean-Pierre Rogel 70 Feux célestes Pour les scientifiques, le mystère des aurores boréales persiste.Par Olivier Rey 71 Laitues, tomates, chicoutai et camarine.Libérées des glaces, les terres du Nord offriront un étonnant potentiel alimentaire.Par Nicolas Mesly 73 Une traversée de la toundra Sur 3 400 km inoubliables, les routes du Nord ouvrent leurs perspectives sur la nature, l\u2019histoire, la géologie et l\u2019immense solitude.Par Catherine Girard 76 Le rayon Nord Quelques œuvres qui vont au-delà des clichés et des mythes pour lire et voir le Nord autrement.Par Catherine Girard 78 Nomade 2.0 Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 5 Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou, Dominique Forget et Catherine Girard Collaborateurs Gilles Drouin, Dominique Forget, Joël Leblanc, Marie-Christine Lévesques, Nicolas Mesly, Olivier Rey, Jean-Pierre Rogel, Martine Turenne Révision Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Gilles Boutin, Maude Chauvin, Mathieu Dupuis, Robert Fréchette, Frefon, Patrice Halley, Stéphane Lemire, Olivier Pontbriand, Marcelo Riveros, Catherine Solyom Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Sandra Larochelle Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Avril 2013 (505e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2013 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Québec Science S Henri Jacob 33 «Ah ! Les écolos d\u2019ville!» Daniel Roy 35 Fabriqué au Québec Lise Pelletier 37 Une ville, ça a besoin de ses citoyens.Michel Allard 52 Objectif : éducation Henri Vernes 75 Sur les traces de Bob Morane 6 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 \u2019ai eu l\u2019immense privilège de fouler le sol d\u2019un pays aujour - d\u2019hui inatteignable.Un immense territoire forestier gavé d\u2019une faune et d\u2019une flore exubérantes, traversé par des puissances d\u2019eau saisissantes qui n\u2019avaient d\u2019égal que les grands ciels qui s\u2019y déployaient.Une expression forte de la nature comme je n\u2019en avais jamais connue.Ce pays, personne ne le verra plus jamais.Il est sous l\u2019eau.À la baie James, au début des années 1970, la science et la technologie trépignaient d\u2019impatience pour créer le plus grand plan d\u2019eau douce au Québec.Quatre fois grand comme le lac Saint-Jean, on l\u2019appellerait réservoir Caniapiscau.Nous étions en territoire vierge.En fait, il n\u2019était vierge que de nos ambitions, puisqu\u2019il hébergeait depuis des siècles des hommes, des femmes et des enfants qui en arpentaient les recoins chaque saison.Et le grand harnachement de rivières qui allait engloutir leurs traces ne se ferait pas sans peine.Ainsi, avant qu\u2019ils ne soient inondés pour faire notre richesse collective, ces territoires avaient fait bien vivre, et durant des millénaires, des familles cries qui avaient su s\u2019adapter à une écologie lente et fragile.Elles réussissaient, elles aussi, un exploit technologique.De quoi rendre fiers leurs descendants d\u2019aujourd\u2019hui.Chaque science a ses audaces, ses prouesses et ses défis.Ceux de l\u2019archéologie sont de faire vivre au présent des gestes du passé.D\u2019ajouter à nos connaissances celles des sociétés disparues.C\u2019est donc l\u2019archéologie, et surtout le manque d\u2019archéologues expérimentés prêts à aller se faire déposer au bout du monde, sans contact avec la civilisation pendant des mois, avec une tente, une truelle et une ligne à pêche, qui allait réunir toutes mes passions dans une même expédition.Notre travail, cela allait de soi, se ferait avec la collaboration et l\u2019accord des Autochtones.Ces derniers y avaient vu un intérêt, celui de faire la preuve de l\u2019occupation millénaire de leur territoire.Nous avons pu confirmer assez rapidement ce fait avec quelques trouvailles, mais pour moi, la plus grande découverte fut ces gens eux-mêmes.Ces Indiens magnifiques et rieurs.Ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Cette civilisation de l\u2019intériorité, son confort calme, presque douillet.L\u2019artisanat de la survie, le geste beau et utile, les regards souriants qui s\u2019affichaient aussi naturellement que le vent dans les arbres.J\u2019ai partagé avec eux, à travers leur douceur et leurs silences, cette expérience de la nature qui vous enveloppe par l\u2019isolement et l\u2019éloignement qu\u2019elle impose, ce retour forcé à soi- même, à ses tripes, à son ventre, à son cœur et même à sa tête, qui doit veiller aux repères.Je me suis profondément attaché à ces grands amoureux de leurs enfants et de tout ce qui bouge dans la nature comme la feuille, l\u2019animal ou le nuage.À la toute fin, j\u2019y ai vécu un des moments les plus déchirants de ma vie.J\u2019ai vu des adultes pleurer.Jusque-là, ceux que j\u2019avais connus contenaient le plus souvent leurs larmes, même dans le deuil.Mais eux, ils ont pleuré sans retenue à notre départ.Non pas qu\u2019ils étaient si tristes de nous voir partir, mais parce qu\u2019ils savaient qu\u2019ils devraient bientôt abandonner ces lieux pour ne plus jamais y revenir.Rien ne se perd rien ne se crée, disait de Lavoisier.Doit-on comprendre que lors - qu\u2019on gagne une chose, on doit certainement en perdre une autre ?Il n\u2019y a que l\u2019altruisme, qualité unique et salvatrice de la race humaine, qui peut nous faire voir que la sim - ple accumulation d\u2019argent sonnant n\u2019est pas la preuve de notre grandeur.Le partage et le vivre-ensemble qui fondent l\u2019écologisme moderne étaient des qualités intrinsèques à ces hommes et ces femmes qui m\u2019ont appris plus en quelques mois sur la société, sur l\u2019histoire et sur moi-même que toutes mes années d\u2019université.Si nous avons des ambitions pour ce Grand Nord, réfléchissons à ce qui est bien pour nous, pour les autres et pour ceux qui viendront.Unissons la science qui nous propose les merveilles technologiques à celle qui nous permet de mesurer les drames humains qui en résultent parfois.Cessons de craindre l\u2019écologie qui nous permet simplement d\u2019harmoniser nos interventions dans ce grand projet de la vie initié par notre planète.Créons une richesse cette fois inépuisable pour l\u2019humanité.Permettons à tous d\u2019entrer dans la modernité sans se perdre, avec sa différence et son identité.Encourageons le développement et la mise en valeur des richesses de ces territoires par ceux qui en ont les moyens en les associant directement à ceux qui en ont la garde naturelle.Voilà la responsabilité que les Québécois doivent assumer collectivement pour ce pays à la fois cri, inuit, innu et jamésien.QS Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 7 Préface?par?paul?piché J Un pays multiple C I N D Y B O Y C E a CONFÉRENCES 4e N La chimie de \"amour / N Pluton va en appel! Lo Votre soutenance / \\ La peur d'avoir peur x XI WR NP if, PERFORMANCES À Le hockey vu du divan I VE rar Aa h La colonie retrouvée N\u2014 \\ | O / / \u2014O en 180 secondes f 4 CS = ES 4 + 4 EXPOSITIONS ET PARCOURS % (ON La preuve par l'image / EMISSIONS Quand I'histologie | devient une ceuvre d'art ue RADIO } Les années lumière Développement durable pr ATELIER, FORU , ' Innovation sociale Villes intelligentes : Réalité augmentée : Sous le patronage A : racture numérique : del/'UNESCO p = NS Organisation .En collaboration avec la des Nations Unies - Commission canadienne pour l'éducation, - pour l'UNESCO la science et la culture .Enseignement supérieur, Recherche, Science et Technologie « Association francophone pour fe ya =O Acfas ww RADIO | TELEVISION | INTERNET Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 9 Le Nord dont on parle s'étend au delà du 49e parallèle.Il couvre le Nunavik, la Baie-James, le partie septentrionale du Saguenay- Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord.Cela représente, en superficie, les deux-tiers du Québec.Près de 120 000 personnes y habitent; le quart d\u2019entre elles sont des Innus, des Cris, des Naskapis et des Inuits.I L L U S T R A T I O N : K A T R I N N P E L L E T I E R / C O L A G E N E .C O M 10 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?sauv a Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 11 ?v age LA CONQUÊTE DU NORD EST UNE AVENTURE CONJOINTE.CAR SI EXPLORATEURS, COUREURS DES BOIS, NATURALISTES ET COMMERÇANTS BLANCS ONT PARCOURU LES GRANDS ESPACES DU NORD, CE SONT LES PEUPLES AUTOCHTONES \u2014 INUITS, CRIS, INNUS ET NASKAPIS \u2014 QUI LEUR EN ONT LIVRÉ LES SECRETS. Pays sauvage Une?gr?a ?pour?les?Il en a fallu des plans pour oser ?r?ande?histoire?les?pays?d\u2019en?haut?r le Nord où rien n\u2019est facile.Et où rien ne le sera jamais.Figé dans la glace pendant presque 80 000 ans, le territoire du Québec d\u2019aujourd\u2019hui a profité d\u2019un réchauffement climatique, amorcé il y a plus de 10 000 ans.Cela l\u2019a débarrassé de son immense chape de glace, épaisse de plusieurs milliers de mètres.Il a alors commencé à être fréquentable.Ce furent des peuples nomades, Thuléens et Dorsétiens, descendants des Inuits arrivés par l\u2019Arctique, ainsi que les ancêtres des Cris et des Innus montés depuis le sud, qui ont d\u2019abord découvert ce monde neuf.Les chercheurs s\u2019entendent pour dire que le pays des Cris, Eeyou Istchee, était habitable il y a 6 000 ans.Les grands projets de la baie James et le développement du savoir-faire québécois en archéologie préhistorique ont permis de mettre au jour des centaines de sites fréquentés par les ancêtres des Autochtones, essentiellement chasseurs, pêcheurs et cueilleurs.Naturellement, la préhistoire du Québec est encore à réviser au fur et à mesure des découvertes archéologiques.Un site de fouilles à proximité de l\u2019embouchure de la rivière Rupert a révélé un des plus anciens lieux de rencontres autochtones de la région.Il remonte à 5 400 ans.Les archéologues y ont notamment mis au jour des outils taillés dans de la quartzite de Mistassini.Fait intéressant, cette pierre aurait été extraite de la colline Blanche sur la rivière Témiscamie, à l\u2019est du lac Albanel.Aurions-nous là la première carrière du Nord?Vignes et Vikings.Des navigateurs scandinaves parvenus en Amérique grâce à leurs impressionnants drakkars explorent le littoral de la Côte-Nord et du Labrador.C\u2019est l\u2019abondance de vignes sauvages qui leur aurait inspiré le nom de la région : Vinland.Auraient-ils aussi établi les premiers contacts commerciaux avec les Autochtones?La population du Nord québécois et du Labrador de cette époque est estimée à 13 000 personnes.Pêche et chasse.Basques, Bretons et Portugais s\u2019aventurent jusque dans les eaux du golfe Saint-Laurent pour pêcher la morue et le flétan, ainsi que pour chasser baleines et bélugas dont l\u2019huile sert à alimenter les lampes.C\u2019était avant l\u2019électricité et Greenpeace.Ces pêcheurs, une fois rentrés en Europe, auraient indiqué à Jacques Cartier comment traverser l\u2019Atlantique.L\u2019explorateur parcourra la Basse-Côte-Nord en cherchant un passage vers l\u2019Asie.La route des Français.À son tour, Samuel de Champlain navigue le long de la Côte-Nord et il en fait la description dans son journal de bord.Les côtes dentelées et rocailleuses du Nord seront donc les premiers paysages d\u2019Amérique aperçus par les Français venant s\u2019établir au Québec.Plus au nord.Les explorateurs anglais Henry Hudson puis Thomas James choisissent de passer au-delà du 55e parallèle pour éviter de mauvaises rencontres avec les Français et les Innus.Il n\u2019empêche, Henry Hudson et son navire Discovery ne sont pas très bien accueillis par un groupe d\u2019Inuits.Une altercation survient aux environs d\u2019Ivujivik.Missions.Les pères Gabriel Druillettes et Claude Dablon conduisent la première expédition française «officielle» au nord du lac Saint-Jean.Ils rencontrent des Cris, qu\u2019ils appellent «gens des Petites Nations».Loin d\u2019être péjorative, l\u2019expression désigne simplement un peuple vivant en périphérie de la Nouvelle- France.XIe?siÈcle 1500-1540 1603 1610-1631 1642 Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 13 TERRES NEUVES H E I K O W I T T E N B O R N / M T Q I R Q U M I A J U A N A S I A L U K / I N S T I T U T C U L T U R E L A V A T A Q l fallait montrer patte blanche pour franchir les portes du Salon des ressources naturelles qui se tenait au Palais des congrès de Montréal, début février.Fouille, vérification d\u2019identité, refouille.Les organisateurs ont tout fait pour empêcher l\u2019accès aux trouble- fêtes.Mais la patience des visiteurs est récompensée.À l\u2019entrée, on lit un panneau avec l\u2019inscription « Index des postes à pourvoir» .Y sont énumérées de nombreuses offres pour des géologues, des chauffeurs, des arpenteurs, des mécaniciens et des superviseurs.Les salaires proposés sont très élevés.Au kiosque d\u2019ArcelorMittal, qui exploite une mine près de Fermont, d\u2019immenses photos ont tout pour impressionner.Les plus gros camions du monde, une gigantesque mine à ciel ouvert, des paysages à couper le souffle.«On est sur une autre planète», dit le présentateur.Indiscutablement! Dix-huit millions de tonnes de fer sont extraites de ces lieux faustiens, Pays sauvage Guerres au sud.Les Iroquois prennent le contrôle de la traite des fourrures dans le Haut- Saint-Laurent et les Grands Lacs.Mais ils mènent aussi des raids en Abitibi, au lac Saint-Jean et en Haute- Mauricie.Les communautés wendates sont décimées le long du Saint-Laurent.Une géopolitique qui force les Français à explorer davantage l\u2019arrière-pays nordique.Première concession au-delà du 49e parallèle.La Compagnie des Cent-Associés cède à François Bissot de Québec, considéré comme le premier entrepreneur sérieux de la Nouvelle-France, la seigneurie de Mingan comportant l\u2019île aux Œufs et l\u2019île Nue de Mingan.C\u2019est là que, 10 ans plus tard, la flotte de l\u2019amiral britannique Hovenden Walker, partie prendre Québec, s\u2019échoue.Sept navires sont perdus et 900 hommes périssent.Un lac pour une mer.Alors qu\u2019il dirige une expédition de 44 canots à la recherche d\u2019une éventuelle mer du Nord, le colon et coureur des bois Guillaume Couture, mandaté par le gouverneur d\u2019Avaugour, remonte le Saguenay et atteint la rivière Rupert, découvrant au passage le plus grand lac naturel du Québec, le lac Mistassini.Plan Nord, plan castor.Le roi Charles II d\u2019Angleterre fait un beau cadeau à son cousin, le prince Rupert du Rhin : un territoire de chasse qui 1661 1663 1648 1670 14 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 C\u2019est le jeu de la grande séduction pour attirer les chercheurs d\u2019emploi vers le Nord.Ne seront-ils que des étrangers de passage dans une région d\u2019accueil comme une autre?Par Raymond Lemieux À quand un vr a I F R E F O N M U S É E M c C O R D Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 15 comprend tout le bassin de la baie d\u2019Hudson, c\u2019est-à-dire des parties de l\u2019Ontario, des trois provinces des Prairies, des Territoires du Nord- Ouest, du Nunavut et de quatre États du nord des États-Unis.Le prince n\u2019y mettra jamais les pieds mais, comme gouverneur de la Compagnie de la baie d\u2019Hudson, il finance les expéditions de coureurs des bois comme Pierre-Esprit Radisson et son beau-frère, Médard Chouart des Groseilliers, désavoués par le gouverneur de la Nouvelle-France.Ce sont eux qui construisent le fort Charles sur la Nemiscau (la Rupert d\u2019aujourd\u2019hui), le premier établissement européen dans le Nord.Une guerre des fourrures va commencer.En 1682, les Français fondent la Compagnie de la Baie du Nord pour concurrencer les Britanniques.Puis, en 1686, le fort est pris par Pierre Le Moyne, sieur d\u2019Iberville parti en guerre contre les Anglais.Cours de devises.Le traité d\u2019Utrecht, qui met un terme à une guerre que se livraient Français, Espagnols, Hollandais et Anglais dans la lointaine Europe, cède le pays des castors et des caribous aux Britanniques.L\u2019aventure nordique des Français est terminée.Le poste de traite tant disputé est rebaptisé fort Rupert.La Compagnie de la baie d\u2019Hudson, qui retrouve le privilège de faire le commerce des fourrures dans la région, implantera près d\u2019un demi-millier de postes semblables au pays.La qualité de la fourrure est évaluée en fonction de la valeur du pelus, une peau de castor souple et grasse portée pendant tout un hiver.Douze pelus correspondent à un fusil de quatre pieds, un seizième de pelus donne un ruban à jarretières et un demi-pelus vaut un chapeau ordinaire.Sur le marché des devises, une peau de castor se transige pour une peau de loup ou une demi-peau d\u2019ours noir ou pour 10 livres de plumes.La traite des fourrures se poursuit, dans l\u2019ensemble du territoire nordique, jusqu\u2019au milieu du XXe siècle.Sur le site de fort Rupert se trouve aujourd\u2019hui le village cri de Waskaganish.Il est accessible par la Route de la baie James depuis 2001.Des fouilles archéologiques 1713 r ai Plan Nord?M U S É E M c C O R D chaque année.Une moitié est transformée en boulettes; l\u2019autre, broyée et expédiée vers les marchés étrangers.On avance dans le futur en suivant les rangées de kiosques.Depuis des entreprises minières jusqu\u2019aux vendeurs d\u2019«huile à chaîne» ou de récepteurs satellites, en passant par l\u2019Office québécois de la langue française, tous veulent s\u2019associer à la conquête du Nord.En coulisses toutefois, on n\u2019ose plus trop parler du Plan Nord, ce projet mis de l\u2019avant il y a deux ans par le gouvernement du Québec.«Le problème, c\u2019est que le contexte mondial est bien volatil pour que l\u2019on puisse y voir clair», note Guy Simard, directeur technique pour l\u2019organisme Innovation et développement Manicoua- gan.«Cela peut avoir une influence sur le développement nordique futur.» À Baie-Comeau, Sept-Îles, Radisson, Was - ka ga nish, Chibougamau ou Kuujjuaq, la mondialisation n\u2019est pas une vue de l\u2019esprit.«C\u2019est toujours très risqué, l\u2019économie des ressources naturelles», continue Guy Simard.Et bien des choses peuvent se passer entre le moment où on décide de lancer un projet minier et celui où il doit se concrétiser.D\u2019ailleurs, c\u2019est notamment à cause de l\u2019incertitude entourant le marché des métaux que le Canadien National a décidé de ne plus construire la voie ferrée qui devait traverser le Québec de Sept-Îles à Kuujjuaq.Il s\u2019agissait d\u2019un projet de quelques milliards de dollars.«Le lien qui allait être réalisé est pourtant essentiel pour les futures mines aux environs de Fermont et de Labrador City, puisque les trains devaient servir à transporter du fer jus qu\u2019aux quais de la Côte- Nord», poursuit le directeur.Pas de voie ferrée, pas de mines supplémentaires.Des nuages noirs se formeraient-ils dans le ciel boréal?Le Plan Nord est-il mort?«Nos entreprises sont solides et ce qui existe peut continuer, soutient Guy Simard.Je souhaite quand même que, collectivement, on se ressaisisse pour qu\u2019on sache où on va.» Ce climat d\u2019incertitude n\u2019a pourtant rien de surprenant pour Camil Girard, directeur Pays sauvage ont actuellement lieu au fort Richmond, plus au nord, en collaboration avec Avataq, l\u2019organisme culturel des Inuits du Nunavik.La fin des naufrages?Le géographe James Cook, qui accompagnait le général James Wolfe lors de la conquête de la Nouvelle-France, effectuera les premières cartes hydrographiques du littoral de la Côte-Nord, reconnu pour avoir provoqué plus d\u2019une centaine de naufrages jusqu\u2019alors.Un Plan Nord forestier.La fourrure n\u2019a plus la cote, mais le bois, oui.C\u2019est à cause de Napoléon Bonaparte.L\u2019Angleterre était en guerre contre la France.Soumise à un blocus commercial, elle avait besoin de bois pour construire ses navires; elle s\u2019était alors tournée vers sa colonie du Canada, dont les réserves forestières n\u2019avaient jamais vraiment été exploitées.Ce grand défrichement ouvre les terres du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean jusqu\u2019alors considérées comme domaine du roi et réservées à la seule traite des fourrures.Tant qu\u2019à y être, pourquoi ne pas y développer l\u2019agriculture?Une rare pétition réunissant 254 noms de Charlevoisiens le revendique.Le clergé donne sa bénédiction à cette initiative dans l\u2019espoir qu\u2019elle dissuadera les jeunes de s\u2019exiler vers les villes de l\u2019Ouest et des États-Unis.La requête est satisfaite en 1838.Cette année, le Saguenay fête donc son 175e anniversaire.Fais-moi un dessin.Le naturaliste Jean- Jacques Audubon, en voyage sur la Côte- Nord, a un coup de cœur pour la faune ailée qui y niche.Il produit des dessins qui, aujourd\u2019hui, valent une petite fortune sur le marché de l\u2019art ancien.Vie de famille.Une loi force la Compagnie de la baie d\u2019Hudson à accepter des établissements permanents sur la Côte-Nord.Ce sont les familles acadiennes des Îles-de-la- Madeleine qui, les premières, s\u2019installent à Pointe-aux-Esquimaux.Elles fondent, en 1856, le premier village blanc du coin.Il s\u2019appelle aujourd\u2019hui Havre-Saint-Pierre.Patience et longueur de temps?Les Innus envoient une pétition à l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada.Ils réclament qu\u2019on confirme les titres de leurs propriétés le long du littoral entre la rivière Saguenay et la rivière Moisie.Ils attendent toujours.Côte-Nord science.Une exploration scientifique est organisée le long de la rivière Moisie sous la direction de Henry Youle Hind, professeur de chimie et de géologie à Toronto.L\u2019équipe de chercheurs remonte la rivière sur 160 km pour relever les caractéristiques du pays.Ce ne sera plus un territoire connu des seuls coureurs des bois.Plus tard, la Commission géologique du Canada mandate un géographe, Albert Low, qui se rend jusqu\u2019au lac Mistassini.Il fait état de riches dépôts de fer et rapporte l\u2019existence des chutes Churchill, ou Mishta-Paushtik pour les Innus.Les forges de la Moisie.Une première usine sidérurgique est construite sur la Côte-Nord à l\u2019embouchure de la 1847 1842 1759-1765 1829 1861 1867 1833 16 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 F R E F O N M U S É E D E L A C I V I L I S A T I O N , C O L L E C T I O N D U S É M I N A I R E D E Q U É B E C , 1 9 9 3 .3 4 8 1 5 , P H O T O G R A P H E : J A C Q U E S L E S S A R D de la Société d\u2019histoire du Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean.«Le Nord a toujours été en plan», dit-il.Mais il constate qu\u2019un clivage inquiétant est en train de s\u2019installer sournoisement entre le Québec des villes et celui des régions.«Le Québec est distendu dans sa réalité! Montréal, c\u2019est 55% de la population et 2% du territoire, rap- pelle-t-il.C\u2019est comme si cela définissait l\u2019identité du Québec au complet.Comment est alors perçu le pays, hors de nos centres urbains?Comme une multiplicité de réserves! Des réserves de poissons, d\u2019orignaux, d\u2019eau, d\u2019attraits touristiques, de bois, de minerais, de main-d\u2019œuvre, d\u2019Autochtones ! Résultat, on se comporte comme si on vivait dans deux mondes séparés.C\u2019est bien malheureux.» Un vrai Plan Nord aurait cherché à remédier à cela, selon lui.«Pendant trois siècles, la colonisation et l\u2019occupation du pays étaient soutenues par des projets de développement agricole, poursuit-il.Puis, les initiatives de colonisation nous ont conduits hors de l\u2019axe du fleuve Saint-Laurent; dans l\u2019arrière-pays, comme on disait.C\u2019est à cela qu\u2019on doit l\u2019existence du Saguenay\u2013 Lac-Saint-Jean.» \u2019est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale que notre manière d\u2019occuper le territoire s\u2019est radicalement modifiée.Il fallait du fer pour les automobiles, les réfrigérateurs et les laveuses; et du cuivre pour les fils électriques.Le rêve de l\u2019American way of life a transformé celui de la conquête du Nord.«On a alors mis de côté les stratégies de peuplement pour les remplacer par un objectif d\u2019utilisation du territoire.On a privilégié l\u2019exploitation des ressources énergétiques, forestières et minières, qui ont redé fini notre rapport au Nord, ajoute Camil Girard.On a dépeint le Nord sans son hiver, sans sa nature et sans les traditions des Autochtones qui l\u2019habitent depuis si longtemps.» C\u2019est ainsi qu\u2019à peu près tous les gouver- rivière Moisie, près de ce qui est aujourd\u2019hui Sept-Îles.Le projet est soutenu par plusieurs bailleurs de fonds dont le brasseur William Molson, et des soldats sudistes qui ont dévalisé une banque du Vermont.On y installe 12 fourneaux à charbon pour traiter 24 tonnes de fer par jour.Le métal est destiné à l\u2019exportation au sud de la frontière.Mais les États-Unis haussent les tarifs douaniers de 500%.L\u2019usine ne peut être rentable; elle ferme en 1875.Un Plan Nord colonisateur.«La nation catholique française» est «le cœur du catholicisme dans l\u2019Amérique septentrionale» et elle est appelée «à jouer le rôle du peuple juif au milieu des nations infidèles».C\u2019est ce que pense le curé Antoine Labelle qui trouve pour ses ouailles une terre promise, les Laurentides.Lui aussi veut freiner l\u2019émigration des Canadiens Français vers la Nouvelle-Angleterre.Au total, il établit 5 000 habitants au nord de Saint-Jérôme.Mais est-ce vraiment le Nord?Perspicacité.Le gouvernement canadien diffuse un rapport produit 13 ans plus tôt par un géologue, James Richardson.Il décèle la présence d\u2019importants indices de fer et de cuivre dans les secteurs des lacs Opemiska et Chibougamau.Il faudra attendre après la Première Guerre mondiale pour que les prospecteurs relisent attentivement les notes du scientifique et comprennent qu\u2019il y a là un pactole.Des dizaines de compagnies vont s\u2019activer dans la région.Mais en territoire sauvage, et en l\u2019absence de routes ou de chemins de fer, le transport de matériel s\u2019avère très coûteux.La fièvre minière retombe quand survient la crise économique de 1929.L\u2019affaire est chocolat.Henri Menier, grand chocolatier français, s\u2019offre l\u2019île d\u2019Anticosti qui compte alors 67 habitants.Il y fait construire une immense jetée, quelques établissements industriels et un chemin de fer.Soucieux de pouvoir faire vivre son île en parfaite autarcie, il tente aussi de développer l\u2019agriculture et importe des «chevreuils» et des ours.Pas plus Henri Menier que les ours n\u2019ont tenu le coup, mais l\u2019île est aujourd\u2019hui un paradis pour les cerfs de Virginie.Nature et fourrure.Un jeune aristocrate quitte sa Belgique natale et s\u2019installe 90 km à l\u2019ouest de Natasquan, dans un petit village, qui compte aujourd\u2019hui 94 habitants, au nom changeant (Piashite-pets, Piashtibé, Piashtepeu en innu; Piastre-Baie, Baie du 1867 1870 1895 1897 Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 17 Le Nord, c\u2019est où, déjà ?Le Nord vu par les gens du sud est-il vraiment le Nord?«On emploie souvent ce mot au Québec pour désigner un ailleurs, au-delà des zones peuplées de la vallée du Saint-Laurent», dit Camil Girard, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Dans cette optique, le Nord aura donc désigné aussi bien Saint-Jérôme, dans les Laurentides, qu\u2019Amos en Abitibi ou Shefferville sur la Côte-Nord.Des villes, on le concède, fort différentes.Et encore \u2013 rien n\u2019est simple avec cette géographie de l\u2019ailleurs \u2013, le Nord dont on parle au Québec est bien souvent le «Moyen-Nord», cet espace qui constitue, comme l\u2019a noté le géographe Louis-Edmond Hamelin, une zone de transition entre le pays peuplé et le pays «plus ou moins vide d\u2019hommes».C J O S E S C H E L L / M T Q nements québécois, depuis Maurice Du- plessis jusqu\u2019à Jean Charest, se sont fait un «Plan Nord».Et c\u2019est dans cette foulée qu\u2019entre 300 000 et 400 000 personnes ont été, à un moment ou l\u2019autre, employées sur les grands chantiers nordiques du Labrador, de la Manicouagan ou de la baie James.La crise du fer de la fin des années 1970 a sonné le glas de cette ruée commencée après la guerre.Les cours des métaux ont chuté et ils ont stoppé les activités de prospection et d\u2019extraction minières.«En plus, la crise du bois d\u2019œuvre a tué de nombreuses entreprises forestières», dit Catherine Pellerin, chercheuse à la Société d\u2019histoire de la Côte-Nord.Au bout du compte, l\u2019économie du «Moyen-Nord» était dans un état si lamentable qu\u2019on a décidé de fermer carrément Shefferville et Gagnon.On est même allé jusqu\u2019à se demander s\u2019il ne fallait pas fermer la Côte- Nord au complet! «On sait maintenant qu\u2019il faut diversifier et organiser autrement nos économies pour éviter que cela ne se reproduise», reconnait Guy Simard.La Conférence ré- Pays sauvage Pillage, entre autres appelations en français).Scientifique autodidacte, il devient un véritable bienfaiteur pour la région, comme médecin, mais surtout comme naturaliste et commerçant de fourrures.Sa spécialité est l\u2019élevage du renard argenté, dont il contribue, par sélection génétique, à fixer la race.En 1930, il est nommé directeur du service de l\u2019élevage des animaux à fourrure de la province de Québec.En 1936, il est fait docteur ès sciences par l\u2019Université de Montréal.Trente ans plus tard, la municipalité prend officiellement son nom : Baie-Johan-Beetz.Il y a des limites.La frontière nord est officiellement repoussée au 52e parallèle, à la hauteur de la rivière Eastman qui prend naissance dans les monts Otish.Jusqu\u2019alors, les administrateurs gouvernemen - taux suivaient la ligne de partage des eaux, au-delà de laquelle les rivières coulent vers la baie James, alors que, en deçà, elles se déversent dans le Saint-Laurent.Sept-Îles avant l\u2019heure.Les frères George, James, John et William Clarke, de New York, connaissent la Côte-Nord, car ils y viennent faire la pêche.Comme ils sont aussi éditeurs de l\u2019Encyclopædia Britannica, ils constatent que la région pourrait fort bien les approvisionner en papier.Ils achètent donc une forêt, font construire un moulin à papier en 1901, une centrale hydroélectrique puis un chemin de fer pour le transport du bois.Ils donnent leur nom à leur établissement: Clarke City.Une city?Il faut dire que l\u2019on vit là un boom économique.La compagnie Marine Hay y exploite la zostère, une herbe aquatique utilisée pour le rembourrage des sièges et la Quebec Steam Whaling vient de faire construire un quai pour le dépeçage des baleines.Près de 150 personnes y travaillent et constituent aussi l\u2019équipage du Falken, un navire de chasse à la baleine.Clarke City fusionne avec Sept-Îles en 1970.Un Plan Nord politique.Lomer Gouin, premier ministre du Québec, annonce son intention d\u2019annexer l\u2019Ungava \u2013 qui deviendra plus tard le Nouveau-Québec puis le Nunavik \u2013 «pour ses ressources minières incalculables, ses richesses de toutes sortes et ses immenses possibilités de développement», explique-t-il.Trois ans plus tard, c\u2019est chose faite.«Nous avons la conviction de voir le génie saxon prendre racine à côté du génie latin pour y faire fleurir l\u2019agriculture, le commerce et l\u2019industrie.» Gouin avance que ce territoire sera un jour aussi peuplé que la Suède ou la Norvège.Au moment de l\u2019annexion, le recensement de 1912 indique que le territoire compte 8 Anglais, 2 Écossais, 453 «Esquimaux», 663 «Indiens» et 46 Métis.1909 1990 1898 Quebec Steam Whalin g 18 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 La fin du commerce des fourrures Tel qu\u2019ils l\u2019ont exercé pendant 300 ans, les Autochtones ont continué le commerce des fourrures jusque dans les années 1950.«Cela s\u2019est terminé quand les Innus ont cessé leurs migrations saisonnières vers le nord», explique Catherine Pellerin, de la Société d\u2019histoire de la Côte-Nord.Le gouvernement d\u2019alors avait imposé aux enfants l\u2019instruction obligatoire.Avant l\u2019âge de 12 ans, ils devaient fréquenter une école.Par conséquent, leurs parents ne pouvaient plus partir à la chasse et migrer comme ils l\u2019avaient toujours fait.«C\u2019est tout un savoir ancestral et une connaissance du territoire qui ont progressivement été perdus, poursuit l\u2019historienne, car les Innus savaient où trouver les gués.Ils savaient remonter de nombreuses rivières, dont la Manicouagan, et savaient franchir des chutes aujourd\u2019hui remplacées par des barrages.» F R E F O N gionale des élus de la Côte-Nord a d\u2019ailleurs souligné l\u2019absence d\u2019une institution universitaire dans la région.Un outil qu\u2019elle estime «essentiel et structurant» pour pouvoir renforcer l\u2019économie.Réjean Girard est professeur «en presque tout» au cégep de Saint-Félicien.Il va plus loin, avançant qu\u2019il faut aussi envisager une autre gouvernance.C\u2019est lui qui a dirigé la production de Histoire du Nord-du-Québec, récemment paru aux Presses de l\u2019Université Laval.«On a déjà fait de notre région une entité administrative, mais cela n\u2019a aucun rapport avec l\u2019occupation du territoire et avec la réalité sociale des Jamésiens blancs, des Cris et des Inuits, dit-il.On comprend maintenant que Oui, mon colonel! Le colonel Robert Rutheford McCormick, président du quotidien Chicago Tribune, décide de bâtir une usine de papier journal à Baie- Comeau.Pour l\u2019alimenter, il signe un bail avec le gouvernement qui lui donne accès aux forêts à l\u2019est de la rivière Manicouagan.Montant annuel du loyer, 6 000 $.En outre, il planifie la construction d\u2019une centrale hydroélectrique sur la rivière aux Outardes.Il faudra toutefois attendre 1936 pour voir l\u2019usine de pâte à papier de la Quebec North Shore Company.Le premier rouleau en sort le 25 décembre 1936.1923 Les développeurs du Nord misent sur la participation des Autochtones.Mais qu\u2019en est-il dans les faits?Quand l\u2019ancien premier ministre Jean Charest a annoncé le Plan Nord, il se vantait d\u2019avoir l\u2019appui des Autochtones.Or, des 41 communautés présentes sur le territoire du Québec, moins d\u2019une dizaine ont été consultées.Par exemple, il a été décidé que ce projet s\u2019appliquerait à la région située au-delà du 49e parallèle.Les Autochtones n\u2019ont pas cette définition du Nord.Ils divisent plutôt le territoire en fonction des repères naturels, comme les cours d\u2019eau.Quelle contribution les peuples autochtones peuvent-ils apporter au développement nordique?Leur savoir traditionnel peut aider à développer le territoire d\u2019une manière plus durable.Récemment, le gouvernement de Terre- Neuve-et-Labrador a complètement interdit la chasse au caribou de la rivière George, parce que, en moins de 30 ans, le nombre de bêtes est passé de 800 000 à quelque 20 000 individus.Si on avait pris en compte les connaissances que les Autochtones ont de leur milieu, le développement aurait été fait autrement, et cette situation aurait sans doute pu être évitée.Et qu\u2019en est-il de la contribution des femmes autochtones?Il a été prouvé que les femmes autochtones sont plus pauvres que l\u2019ensemble des Canadiennes.Le développement du Nord peut être l\u2019occasion d\u2019améliorer leurs conditions de vie, mais il faut qu\u2019on leur facilite l\u2019accès à des formations qui mènent vers des emplois spécialisés.D\u2019autant plus que tout le monde le dit: dans le domaine de la machinerie lourde, les femmes constituent une main-d\u2019œuvre recherchée parce qu\u2019elles sont appliquées.C.G.Ne Nous laissez pas pour compte ! Michèle Audette est présidente de l\u2019Association des femmes autochtones du Canada.Elle est de toutes les tribunes pour défendre les enjeux qui les concernent.Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 19 A L I C E B E A U D O I N les décisions sur le Nord doivent être prises par des gens du Nord.Sinon, on restera dans la dynamique d\u2019une région ressource.Il y a ici un mouvement qui émerge dans ce sens.On prépare notre Révolution tranquille!» Dans un tel contexte, il y a assurément de l\u2019avenir au nord, croit Manon Cyr, mairesse de Chibougamau : «Il y a 30 ans, notre région était la grande productrice d\u2019or et de cuivre.Même s\u2019il n\u2019y a plus une seule mine en opération dans le secteur, on a trouvé le moyen de conserver une activité économique de base.Nous avons une centaine de résidants de plus, depuis l\u2019année dernière.C\u2019est excellent! Il y a un peu de tourisme, des services publics et notre fleuron Chantiers Chibougamau fournit des matériaux de construction en bois de deuxième et troisième transformation (lire le texte à la page 65).De plus, tout comme les Cris, les Jamésiens tirent profit de l\u2019exploitation des ressources hydrauliques.Et puis, on peut penser renouer avec les mines.Nous avons une diversité minérale prometteuse : du diamant, du fer, du titane, de l\u2019uranium.On ne pouvait pas penser ça, il y a quelques années.Mais on a été résilients.» Le renforcement des communautés va de pair avec un véritable développement durable, estime Réjean Girard.«Pour faire un vrai développement dans le Nord, il faut que des gens s\u2019y installent, prévient- il.Ça, ça ferait un vrai Plan Nord.Même pour les entreprises privées, ce serait avantageux, car elles pourraient jouer sur l\u2019acceptabilité sociale des projets qu\u2019elles mettent de l\u2019avant.On a beau nous promettre 300 emplois, s\u2019ils sont pour des gens du sud qui retournent dans le sud, cela peut localement très mal passer.L\u2019idée de faire venir de la main-d\u2019œuvre temporaire aussi peut causer des problèmes, étouffer Pays sauvage Frère de la Côte.L\u2019illustre naturaliste Conrad Kirouac, mieux connu sous le nom de frère Marie-Victorin, visite l\u2019île d\u2019Anticosti et la Basse-Côte- Nord.Il écrit : «Les Laurentides sont un éden, un éden boréal et un peu sévère peut-être, mais où la vie déborde, riche, fraîche, vigoureuse.Arrêtons-nous ici un instant à imaginer la silencieuse remontée des unités militantes de la forêt canadienne vers le nord.C\u2019est un grand tableau biologique déployé sur le mur des temps révolus.» En arpentant les environs de Havre- Saint-Pierre, il remarque une grande plante pâle aux «capitules ramassées» qu\u2019il n\u2019avait jamais vue.Elle porte aujourd\u2019hui son nom (en latin, bien sûr): Cirsium minganense Vict., le chardon de Mingan.Pitié pour le castor! Une Gaspésienne quelque peu excentrique, Maud Maloney, s\u2019entiche d\u2019un Écossais, traiteur pour la Compagnie de la baie d\u2019Hudson, qui l\u2019emmène vivre à Fort Chimo (Kuujjuak).Elle constate le mauvais parti que l\u2019on fait subir au castor.En fait, on l\u2019a tant trappé et dépecé, depuis 300 ans, qu\u2019il est maintenant en voie de disparition.Elle s\u2019en émeut et crée la première réserve de castors au Québec.Le Plan Nord de Dieu.Pour lutter contre les effets de la crise économique qui secoue l\u2019Occident, le ministre de la Colonisation lance un plan pour pousser les familles du sud à s\u2019installer au Nord.«Avec l\u2019aide de Dieu, vous ferez reculer la forêt, le colon [\u2026] ne connaîtra pas la faim qui ronge le ventre de nos villes.» L\u2019Abitibi sera d\u2019abord le théâtre de ce vaste projet qui gagnera le nord avec la création de villages comme Beaucanton, Villebois et Val-Paradis, situés aujourd\u2019hui dans le sud-ouest de la Jamésie.Cet épisode inspire l\u2019écrivaine Arlette Cousture, dont le roman Le?cri?de?l\u2019oie?blanche, second tome de Les?filles?de?Caleb, devient une série télévisée extrêmement populaire, intitulée Blanche, dans les années 1990.1934 1929 1924 20 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 F R E F O N J A R D I N B O T A N I Q U E / E S P A C E P O U R L A V I E l\u2019esprit communautaire et créer de la méfiance autant chez les Autochtones que chez les Blancs qui vivent ici depuis peu.» «Si les jeunes du sud hésitent à venir dans le Nord, c\u2019est souvent parce qu\u2019ils en ont une fausse idée.Ils associent ces grands espaces à la désolation, l\u2019ennui, la tristesse et le froid, estime Réjean Girard.Il fait -48 °C en janvier, à Shefferville?Et puis après?On vit dans des maisons; en plus elles sont isolées!» Manon Cyr est partie de Montmagny, dans le Bas-Saint-Laurent pour s\u2019installer à Chibougamau.Elle en sait quelque chose, de l\u2019aventure nordique.«Il y a aussi des secrets bien gardés comme la qualité de vie ou l\u2019accès à la nature qui est remarquable.Il faut voir les montagnes quand elles prennent un ton bleuté au coucher du soleil !» poursuit la mairesse.Les mouches noires?Elle hésite : «J\u2019haïs ça pour m\u2019en confesser, mais c\u2019est pas pire qu\u2019à Saint-Jérôme.Et puis, ça ne dure que deux semaines.Les aurores boréales, elles, on les a à longueur d\u2019année.C\u2019est un spectacle unique! Il faut en avoir vu au moins une fois dans sa vie!» Tiens, on n\u2019a même pas parlé de ces aurores au Salon des ressources naturelles\u2026 QS Le Plan Nord du fer.La Hemicot Copper Corporation fait évaluer les gisements du lac Allard, à 40 km en amont de la rivière Romaine.Prometteurs?Très.La compagnie entreprend de les exploiter.Elle installe un concasseur et bâtit un chemin de fer pour transporter le minerai jusqu\u2019aux États-Unis.Entre 1950 et 1960, elle va ainsi extraire plus de 1 million de tonnes de fer par année.Mégaprojet.La ruée vers le fer est bel et bien commencée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.La Iron Ore Company investit 375 millions de dollars dans une mine et dans une ville qui seront reliées à l\u2019estuaire par un chemin de fer de 600 km.Les redevances?Le gouvernement ne demande pas grand-chose : un cent la tonne.Mais cela permet, dit-on, d\u2019ouvrir ce nouveau territoire.Shefferville est fondée l\u2019année suivante.Le premier ministre Maurice Duplessis s\u2019y rendra en 1959.Pour lui, ce sera un aller simple.Il y meurt le jour de la fête du Travail.L\u2019événement clôt son règne, qualifié par plusieurs de Grande Noirceur.1947 1944 Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 21 Quel regard portez-vous sur les problèmes sociaux qui affectent les communautés autochtones que vous avez connues?Les problèmes sociaux dépassent l\u2019entendement médical.Le mot le dit: ce sont des problèmes de société.La déliquescence de bien des communautés autochtones est liée à l\u2019histoire, à toutes sortes de façons d\u2019être dans le monde.Pour vivre «en santé», ces communautés doivent retrouver leur identité et elles doivent se donner un but commun.Il faut insister sur l\u2019aspect culturel, au sens le plus large.Quand un Inuit comme Zacharias Kunuk fait le film Atanarjuat, la légende de l\u2019homme rapide, c\u2019est tout un peuple qui prend la parole.Cela contribue à atténuer bien des problèmes.Devant cette réalité, vous est-il déjà arrivé de vous sentir plus travailleur social que médecin?Dans la société du sud, en général, chacun a sa spécialité.Dans le monde nordique, en particulier chez les Autochtones, on voit les choses autrement; la structure mentale est différente de la nôtre.Bien qu\u2019ils se soient sédentarisés, les peuples du Nord pensent toujours comme des nomades.Cela modifie forcément leur rapport au monde.À leurs yeux, nous avons une fonction beaucoup plus large, plus globale.Ce n\u2019est pas une mauvaise chose, puisque cela nous oblige à adopter une attitude plus humble face à notre métier.Vous avez écrit: «Dans le Nord, je suis utilisé à juste escient.» Que vouliez-vous dire?En général, dans les villages nordiques, les soins de première ligne sont dispensés par le personnel infirmier, sous la supervision d\u2019un médecin.J\u2019aime beaucoup ce type d\u2019organisation, parce cela me permet de me concentrer sur les cas complexes.C\u2019est un mode de gestion des soins plus coopératif et égalitaire.C.G.L\u2019identité, c\u2019est La santé Jean Désy, né au Saguenay, a pratiqué la médecine sur la Côte- Nord, au Nunavik et sur le territoire de la baie James.Il a aussi écrit de nombreux livres sur le thème de la nordicité.D O L A C O M M U N I C A T I O N S 22 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 Pays sauvage La vallée du cuivre.Un chemin longtemps réclamé par les prospecteurs est ouvert entre Saint- Félicien, au Lac-Saint-Jean, et l\u2019Abitibi.Cela entraîne la création de plusieurs mines de cuivre et de la nouvelle ville de Chibougamau.Parmi les prospecteurs, un jeune étudiant, canoteur et portageur, Gilles Vigneault.«Que d\u2019images, que de thèmes poétiques j\u2019ai rapportés de ce séjour», écrit-il.C\u2019est à Chibougamau que ses personnages Isidore le prospecteur ou Lionel Jacob sont créés.Un album produit en 2007, Le chant du portageur, s\u2019inspire en partie de cette période.Rentrée scolaire forcée.Le gouvernement canadien modifie la Loi sur les Indiens et contraint les jeunes Autochtones à fréquenter l\u2019école.Les enfants de 6 à 12 ans doivent assister à des cours donnés dans les petites écoles de réserve ou près des postes de traite.Les ados de 12 à 17 ans doivent se rendre dans des pensionnats comme ceux de Fort George \u2013 aujourd\u2019hui Chisasibi \u2013, La Tuque ou Amos.Ils demeurent ainsi séparés de leur famille pendant les 10 mois de l\u2019année scolaire.L\u2019enseignement se fait en anglais.Rien pour leur faire aimer l\u2019école.En 2011, seulement 15% des Cris réussissent leur cinquième secondaire.C\u2019est quand même 10 fois plus qu\u2019en 2004, alors qu\u2019à peine 1,6% décrochaient un diplôme d\u2019études secondaires.Hydro-Québec entre en scène.Première initiative de la compagnie Hydro-Québec (avant la grande nationalisation).La société entreprend la construction de quatre barrages, du village de Labrieville et d\u2019une centrale de 912 mégawatts.On en tire une fière leçon : les Québécois francophones peuvent réaliser des projets majeurs.Le grand chantier de la Manicouagan suivra.Il mobilisera près de 6 000 travailleurs.Ligne de défense.Au début de la guerre froide et de la course à l\u2019arme atomique, le Canada et les États-Unis commencent à craindre une attaque des bombardiers soviétiques.Paranoïa?Ils tracent néanmoins une ligne de défense appelée Pinetree.Elle suit le 49e parallèle depuis Terre-Neuve jusqu\u2019à l\u2019île de Vancouver.On y installe 33 stations radars, notamment au mont Bourbeau, à Chibougamau, et au mont Bell, à Senneterre.Dans cette foulée, une base aérienne pour des chasseurs est ouverte à Bagotville.La ligne Pinetree sera remplacée quelques années plus tard par les lignes Mid-Canada et DEW, chacune plus au nord.La guerre froide n\u2019aura jamais été aussi froide.Un nouvel axe minier.Quebec Cartier Mining creuse à son tour une mine de fer près d\u2019une ville qu\u2019elle construit de toutes pièces, Gagnon.La nouvelle mine est reliée à Shelter Bay, qui devient Port-Cartier, par un chemin de fer de 320 km.Après 10 ans d\u2019exploitation, le gisement est toutefois épuisé; les géologues de l\u2019entreprise se tournent alors vers le mont Wright, 125 km au nord.Ce qui motive la fondation d\u2019une autre ville, Fermont.Road story.De 1945 à 1960, la route 2 (aujourd\u2019hui la 138) n\u2019allait pas plus loin que Baie- Comeau.Elle est enfin prolongée jusqu\u2019à Sept-Îles.Le début de la fin pour le cabotage.La route rejoindra Havre-Saint-Pierre en 1976, Natashquan en 1996 et Kegaska en 2013.Avec bien des «croches».Car la rumeur insinue que les constructeurs de route étaient alors payés au kilomètre.C\u2019était bien avant la Commission Charbonneau.Précision boréale.Le géographe Louis-Edmond Hamelin crée un néologisme : nordicité.Ce concept permet de définir les caractéristiques culturelles et sociales distinctes de la zone froide de l\u2019hémisphère boréal.Il en tire un ouvrage qui obtient un grand retentissement: Nordicité canadienne, édité chez Hurtubise.1957 1954 1953 1951 1949 1959 1960 Pages de publicité parues dans le magazine Science et Aventures en 1948.Construction du chemin de fer de Shefferville, 1952 S O C I É T É D ' H I S T O I R E R É G I O N A L E D E C H I B O U G A M A U M U S É E R É G I O N A L D E L A C Ô T E - N O R D Un Plan Nord électrique.Le 22 septembre, première coulée de béton du barrage Manic-5 qui s\u2019achèvera deux ans plus tard et sera mis en service en 1970.Ce mégaprojet, le plus imposant barrage à voûtes multiples et contreforts du monde, retient toujours très solidement les 139 km3 d\u2019eau qui ont rempli un gigantesque cratère météoritique.On en tire aujourd\u2019hui plus de 5 200 mégawatts d\u2019électricité.Il enorgueillit le Québec de la Révolution tranquille pour au moins une décennie! Entre-temps, en 1966, George Dor enregistre sa célébrissime La Manic qui, en quelques jours, se vend à plus de 100 000 exemplaires et devient numéro 1 au palmarès.Invention économique.Mise en service de la première ligne à haute tension du monde! Et c\u2019est un Québécois, l\u2019ingénieur Jean-Jacques Archambault, qui l\u2019a inventée.Elle fait transiter 735 000 volts entre les centrales et Québec ou Montréal.Sans une telle innovation, on n\u2019aurait pas pu aller chercher l\u2019électricité aussi loin au nord.Ça prend des racines.Les urbanistes embauchés par la compagnie forestière Domtar, afin de concevoir la ville que rêvait de bâtir l\u2019entrepreneur forestier Jean- Baptiste Lebel, ne sont pas à court d\u2019imagination.Leur plan prend la forme d\u2019un arbre.À Lebel-sur- Quévillon, le centre scolaire et commercial constitue le tronc de l\u2019arbre et les rues résidentielles, le branchage.Cela dit, l\u2019arbre a perdu quelque peu ses feuilles depuis que l\u2019usine a été fermée en 2008.1962 1965 1966 Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 23 Peut-il y avoir une architecture autochtone?D\u2019un architecte à l\u2019autre, les approches varient.Je considère que l\u2019architecture autochtone est plus organique; les lignes courbes sont généralement privilégiées et les bâtiments intègrent autant que possible des matériaux comme le bois qui rappellent les constructions traditionnelles.On a donc fait des erreurs.Un projet conçu selon une perspective coloniale, comme il y en a tant dans le Nord, ne répond pas aux besoins et au mode de vie de la communauté.Les petits bungalows typiques des réserves amérindiennes le démontrent bien.Ces logements ne sont pas seulement affreux, leurs divisions et leurs matériaux ne sont pas du tout adaptés à la réalité des Autochtones.Cela donne les résultats qu\u2019on connaît: surpeuplement des maisons, dégradation des installations, conditions de vie misérables.Et quel impact un projet d\u2019architecture autochtone peut-il avoir sur l\u2019environnement?Le développement durable est au cœur de l\u2019architecture autochtone.Par exemple, les bâtiments d\u2019Oujé-Bougoumou, près de Chibougamau, sont inspirés des habitations traditionnelles cries, comme les tipis.Mais ils intègrent des technologies de pointe, dont un système de chauffage centralisé alimenté par des biocarburants.Cette ville crie a d\u2019ailleurs été primée par les Nations unies pour son respect des principes de développement durable.C.G.Architochtone À 79 ans, l\u2019architecte Douglas Cardinal a encore de nombreux projets sur sa planche à dessin.Descendant des Pieds-Noirs d\u2019Alberta, il s\u2019est inspiré de ses racines autochtones pour concevoir de nombreux bâtiments, dont le Musée canadien des civilisations, à Gatineau, et l\u2019Institut culturel cri d\u2019Oujé- Bougoumou, près de Chibougamau.A A N I S C H A A U K A M I K W I N S T I T U T C U L T U R E L C R I M A T H I E U D U P U I S Lamer, droit devant.L\u2019Ordre des conquérants du Nord, un regroupement spontané de vaillants et impatients ouvriers, décide d\u2019ouvrir un chemin jusqu\u2019à la mer, de La Sarre à Waskaganish.La machinerie est prêtée par les entrepreneurs de la ville, les épiceries fournissent la nourriture aux bénévoles.Message reçu par le gouvernement.Le ministère des Transports prend le relais.La route est achevée en 1970.Émotion.Le 26 septembre, le premier ministre du Québec, Daniel Johnson est en visite à la Manicouagan pour l\u2019inauguration du barrage Manic-5 devant se tenir le lendemain.Dans la nuit, il meurt d\u2019une crise cardiaque.Le monumental barrage, qui portera son nom, sera inauguré un an plus tard, jour pour jour.PlanNord électrique (bis).Le premier ministre Robert Bourassa annonce la construction, au coût de 5,8 milliards de dollars, d\u2019une série de barrages hydroélectriques sur la rivière La Grande; il promet 100 000 emplois.La rivière est cependant difficile d\u2019accès.La création d\u2019importantes infrastructures sera nécessaire pour concrétiser le projet qui cependant, n\u2019obtient pas l\u2019adhésion souhaitée.L\u2019éditorialiste du quotidien Le Devoir, Claude Ryan, remet notamment en question la faisabilité économique du projet et les conséquences qu\u2019il aura sur le mode de vie des Autochtones.L\u2019Association des Indiens du Québec \u2013 qui deviendra le Grand Conseil des Cris \u2013 décide de s\u2019y opposer.Elle y voit une initiative entraînant les mêmes conséquences que la déportation des Acadiens au XVIIIe siècle.Le Parti québécois, de son côté, prône l\u2019énergie nucléaire en guise de solution de rechange.Le mur.Long de plus de 1 km, haut de 20 m à 50 m, le mur de Fermont sert de rempart contre le vent du nord.Une curiosité architecturale, certes, mais sans grand charme.Il s\u2019agit, en fait, d\u2019un édifice de 500 logements.Épicerie, pharmacie, resto, bar de danseuses, bureau de poste, écoles, hôtel, centre sportif et services municipaux s\u2019y trouvent aussi.La structure a été conçue pour permettre aux résidants (autres que les travailleurs miniers) de rester à l\u2019intérieur durant l\u2019hiver qui s\u2019étire, à cette latitude, sur sept mois.Les architectes du mur, Maurice Desnoyers et Norbert Schœnauer, se sont inspirés d\u2019ouvrages similaires comme celui de Svappavaara, en Suède.Au recensement de 2011, la population de Fermont était de 2 874 habitants.Le tiers habite le mur.La Convention.Après quatre ans de délibérations, les Autochtones en arrivent à une entente historique avec le gouvernement du Québec.Le 11 novembre, les Cris de la baie James, les Inuits du Nunavik, Hydro-Québec et la Société de développement de la Baie-James enterrent la hache de guerre et signent la Convention de la Baie James.Des territoires exclusifs de chasse et pêche ainsi qu\u2019un dédommagement de 225 millions de dollars sont accordés aux Autochtones qui obtiennent aussi la gestion des systèmes d\u2019éducation et de santé.La nature pour tous! Jusqu\u2019alors lieux privilégiés des grands de ce monde, les clubs privés de chasse et de pêche sont abolis par le nouveau gouvernement du Parti québécois.Des droits d\u2019exploitation sont plutôt octroyés à des pourvoiries et à des organismes sans but lucratif qui gèrent des zones d\u2019exploitation contrôlée (ZEC).Il existe maintenant 63 ZEC, sur 50 000 km2, et près de 600 pourvoiries dont la majeure partie du territoire est située au nord du 49e parallèle.Les années plastiques.C\u2019est la catastrophe sur le marché mondial du fer.Les manufacturiers accordent de plus en plus leur préférence au plastique et à l\u2019aluminium.La crise de l\u2019industrie entraîne la fermeture de plusieurs mines autour de Chibougamau, Shefferville et Gagnon.On commence à diversifier les activités économiques dans la région en exploitant la dolomite, la silice, le graphite et le nickel.Sur la Côte-Nord, comme ailleurs au Québec, on entend faire plus de place aux alumineries.La compagnie Reynolds agrandit ses installations de Baie-Comeau.La construction d\u2019une nouvelle aluminerie est promise à Sept-Îles.Last call.Les lumières de Shefferville s\u2019éteignent: Iron Ore a cessé ses opérations, la ville est pratiquement fermée.Michel Rivard en tire Shefferville, le dernier train, la merveilleuse chanson qui constitue la trame sonore du film Le dernier glacier de Roger Frappier et Jacques Leduc.Si y a personne qui reste / J\u2019vas partir moi aussi / Mais c\u2019est moi qui veux fermer / Les lumières de la ville / Lorsque le dernier train / Partira pour Sept-Îles Grande-Baleine.Le chef cri Matthew Coon Come part en canot.Il se rend au siège des Nations unies à New York pour dénoncer Grande-Baleine, le projet hydroélectrique du premier ministre Robert Bourassa.Premier grand chantier d\u2019Hydro-Québec envisagé au Nunavik, il provoquerait l\u2019inondation de près de 1 700 km2 de toundra.L\u2019électricité que l\u2019on compte en tirer \u2013 plus de 3 000 méga - watts \u2013 est essentiellement destinée à l\u2019exportation.Les Autochtones sont en désaccord.Et leur stratégie de communication réussit: plusieurs compagnies d\u2019électricité des États-Unis, mal à l\u2019aise, annulent leur contrat d\u2019achat.Élu premier ministre en 1994, Jacques Parizeau s\u2019empresse d\u2019annuler le projet.Une première victoire de l\u2019écologisme sur le développement économique à tous crins?Graffitis.Découverte de peintures rupestres étonnantes aux environs de Forestville sur la Côte-Nord.Attribuées aux Innus, ces œuvres, réalisées sur une falaise il y a près de 2 000 ans, pourraient toutefois mal résister au passage du temps.L\u2019erreur boréale.Ce documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie, qui dénonce l\u2019exploitation désastreuse de la forêt boréale, fait couler beaucoup d\u2019encre.Le monde de la foresterie proteste.Le gouvernement met sur pied une commission d\u2019étude pour tirer les choses au clair.Le rapport 1975 1974 1978 1979 1982 1991 1971 1968 1967 1992 1999 24 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 Pays sauvage G E O R G E S V A C H E R / M T Q de son président, Guy Coulombe, entérine la vision de L\u2019erreur boréale.En 2005, la Loi sur les forêts est modifiée en faveur d\u2019une gestion plus responsable du patrimoine forestier.Braves gens.Un accord appelé Paix des braves est signé par le premier ministre du Québec Bernard Landry et Ted Moses chef du Grand Conseil des Cris.Une paix?Ce n\u2019est certes pas la guerre, mais il faut tout de même s\u2019entendre sur la manière de vivre en ce pays.On convient d\u2019établir une nouvelle relation «de nation à nation».Les Cris obtiendront des dédommagements pour l\u2019exploitation des ressources hydrauliques et des ressources forestières sur leur territoire ancestral.Ainsi, 4,5 milliards de dollars leur seront versés sur une période de 50 ans.L\u2019entente est considérée comme l\u2019une des plus avant-gardistes pour un peuple autochtone.«Nous ne pouvons plus blâmer les gouvernements.Nous devons assumer nos responsabilités et elles sont mises dans nos mains aujourd\u2019hui», dit Ted Moses.Une pierre, pas mal de mousse.Un étudiant au doctorat de géologie de l\u2019Université McGill, Jonathan O\u2019Neil, trouve d\u2019étranges pierres en marchant le long de la côte de la baie d\u2019Hudson, à 40 km au sud d\u2019Inukjuak.Il les fait analyser par son collègue Don Francis et deux autres chercheurs, Richard Carlson du Carnegie Institution for Science à Washington aux États-Unis, et Ross Stevenson de l\u2019Université du Québec à Montréal.Les scientifi - ques n\u2019en croient pas leur yeux, les pierres datent de 4,28 milliards d\u2019années! Rappelons que la Terre a été formée il y a 4,6 milliards d\u2019années.Ces roches pourraient donc livrer de précieuses informations sur l\u2019apparition de la vie.Un Plan Nord à renouveler.Jean Charest, premier ministre du Québec, a de grands desseins pour le Nord.Il présente un plan qui oriente le développement des deux tiers de la province et devrait entraîner des investissements de 80 milliards de dollars sur 25 ans.Il mise toutefois sur une augmentation des cours mondiaux du fer, de l\u2019or, du cuivre et des terres rares.Excès d\u2019optimisme?Un an plus tard, il est chassé du pouvoir.Et les cours des métaux ne sont plus aussi alléchants.Il faut maintenant repenser le Plan Nord.QS 2008 2011 2002 Joé Juneau, ancienne vedette de hockey, est passé des amphithéâtres de la Ligue nationale aux arénas des villages du Nunavik.Il est aujourd\u2019hui l'un des entraîneurs des Nordiks, une équipe de jeunes Inuits.Vous consacrez beaucoup de votre temps aux jeunes Autochtones.Le jeu en vaut-il la chandelle?Pour être honnête, plusieurs choses n\u2019ont pas beaucoup changé.Les villageois du Nunavik ont vécu une explosion de population, mais l\u2019immobilier n\u2019a pas suivi.Les familles s\u2019entassent à 15 par maison et malheureusement plusieurs foyers comptent leur lot de toxicomanes.C\u2019est dans ce genre de milieu que plusieurs jeunes grandissent.Il y a du bruit et on se couche tard.Ensuite, on leur demande de se lever tôt le matin pour aller à l\u2019école.Pas facile.Sans compter l\u2019attitude générale de plusieurs adultes qui n\u2019accordent souvent que peu d\u2019importance à l\u2019éducation.Rien pour encourager la persévérance scolaire.Seulement 10% d\u2019entre eux terminent leur secondaire dans les temps requis.Que leur apporte le programme de hockey que vous avez développé?C\u2019est une façon de faire de l\u2019éducation, mais c\u2019est avant tout un programme de prévention de la criminalité.On utilise le hockey pour redonner aux jeunes une fierté, un but, un projet.On insiste sur le travail d\u2019équipe, la persévérance, l\u2019effort, l\u2019honnêteté, la confiance, le sentiment de compétence, l\u2019estime de soi, etc.Des choses qu\u2019ils n\u2019apprennent pas nécessairement dans leur milieu.Quels sont les principaux obstacles que vous devez surmonter?Sûrement pas les jeunes! Le hockey, ça les allume vraiment! Ils sont prêts à beaucoup d\u2019efforts et de sacrifices pour se présenter à chaque entraînement afin de se faire sélectionner pour les tournois «dans le sud».Il nous faut surtout composer avec une bureaucratie et un système scolaire pas toujours bien adaptés à leur réalité et leurs besoins.J.L.Victoire pour les Nordiks Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 25 La Société d\u2019histoire régionale de Chibougamau a dans ses archives quelques-unes des photos de Joseph Mann, alias Jos Chibougamau.Des photos qui remontent aux premier temps de la ville de Chibougamau et qui témoignent de l\u2019ambiance quelque peu «western» qui y régnait.Roi prospecteur Jos Chibougamau 26 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 Pays sauvage Le Nord a fourni son lot de personnages mythiques, tous aussi hauts en couleur les uns que les autres.Dans cette galerie, Jos Chibougamau fait belle figure.Il arbore une barbe remarquable et sacre comme un charretier.Son vrai nom est Joseph Mann, nous apprend le chroniqueur Larry Wilson dans son livre L\u2019appel du Chibougamau.On le dit coureur de jupons, mais c\u2019est aussi un prospecteur très actif dans les années 1950.Le géographe Louis-Edmond Hamelin le décrit ainsi dans une édition de la revue historique Saguenayensia: «Il pèse environ 100 kg et étale d\u2019amples épaules; ses larges mains laissent entrevoir les stigmates que produirait un simple coup de poing.Son embarcation obéit facilement à la manœuvre de l\u2019aviron, même quand le vent pogne.Sa technique légendaire lui permet de porter allègrement un canot de 18 pieds dans des portages encombrés.Une telle capacité en fait un être apprécié dans un milieu rude où puissance corporelle et avantages se rejoignent.La santé de Jos est bonne, et les rhumatismes ne gênent pas la pression du doigt sur la gâchette! Il consomme des steaks d\u2019orignal et des filets de truite, étant loin de ces futurs écolos nourris aux graines d\u2019oiseaux.Dans les restaurants anglophones du Nord, il choisit au petit déjeuner le menu \u201cProspector\u2019s Six\u201d, soit six jus, six œufs, six saucisses, six cafés, deux fois six toasts abondamment beurrés.» Par Raymond Lemieux S O C I É T É D ' H I S T O I R E R É G I O N A L E D E C H I B O U G A M A U 2 0 1 3 TOUR choisis tour de l'ile dim 2 juin des parcours de tour la nuit ven 31 mai ton tour A u D E D E L\u2019ILE MONTREAL 25 50 100km 28 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses pays?de?Rich SOUS «QUELQUES ARPENTS DE NEIGE» SONT ENFOUIS, DEPUIS DES CENTAINES DE MILLIONS D\u2019ANNÉES, DE L\u2019OR, D BIEN QUE LA RICHESSE DU SOUS-SOL DOIVE S\u2019OBTENIR AU PRIX \u2013 ENCORE INCALCULÉ \u2013 DE L\u2019ENVIRONNEMENT.C Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 29 ?chesses , DES DIAMANTS, DU CUIVRE ET DU FER.MAIS IL SE POURRAIT COMMENT RÉAGIRONS-NOUS ?Mine du Mont-Wright près de Fermont 4 MAI 2013 Cégep de l\u2019Abitibi- Témiscamingue FINALE NATIONALE deS prix EN Or! CONCOURS SCIENTIFIQUE INTERCOLLÉGIAL 21e édition scienceontourne.com Deux voyages à la Baie-James Un voyage en France Des milliers de dollars en argent et en bourses d\u2019études Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 31 t rois, voire 4 milliards d\u2019années et des poussières.Les plus vieux cailloux de la Terre, c\u2019est ici, dans le Nord du Québec, qu\u2019on les trouve.«Plus les roches sont vieilles, plus elles sont susceptibles de recéler des gisements riches», rappelle Michel Jébrak, géologue et professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal.C\u2019est que, au fil du temps, les mouvements de la croûte terrestre ont concentré les métaux et les minéraux dans des filons, dans d\u2019anciennes cheminées volcaniques, au fond de mers aujourd\u2019hui asséchées.Résultat, un vrai coffre aux trésors! Mais rien n\u2019est parfait en ce bas monde.«Le Nord est isolé, continue le géologue.Au-delà de la baie James, il n\u2019y a même plus de route pour sillonner le territoire.Les coûts deviennent vite prohibitifs.» C\u2019est la raison pour laquelle le potentiel minier de la région est resté largement inexploré tout au long du XXe siècle.Les cartes géologiques, au nord du 49e parallèle, ne sont précises qu\u2019à 1/500 000e (sur la carte, 1 cm correspond à 5 km sur le terrain) ou, au mieux, à 1/200 000e.Ce sont finalement les Chinois qui ont fait fondre les appréhensions des prospecteurs d\u2019ici.La demande insatiable de l\u2019Empire du Milieu pour le fer et le nickel, en vue de produire de l\u2019acier et construire ses gratte-ciel, a fait bondir le prix des métaux et a rendu possible l\u2019aventure nordique.L\u2019appétit des consommateurs de gadgets électroniques a aussi poussé les géologues à affronter le froid.«Avant, une poignée de métaux pouvaient satisfaire à peu près tous nos besoins, résume Michel Jébrak.Du fer, du cuivre, du plomb, du bronze et de l\u2019étain.Aujourd\u2019hui, c\u2019est tout le tableau périodique qui y passe.On a besoin de terbium pour les lasers rouges, de scandium pour les lecteurs DVD et de lithium pour les piles de nos téléphones cellulaires.» Au cours de l\u2019année 2010, près de 270 sociétés minières ont mené des activités d\u2019exploration et de mise en valeur de nouveaux gisements au Québec.Collecti - vement, elles ont investi 483 mil lions de dollars dans l\u2019aventure, contre 94 millions en 2000.Leurs équipes survolent le Nord québécois à bord de petits avions et mesurent, à l\u2019aide d\u2019un aimant, le magnétisme émis par les roches, ce qui leur donne une certaine idée de leur composition.D\u2019autres collectent des échantillons de boue au fond des lacs.«Un lac draine tout un bassin versant.Si on trouve un indice de minéralisation, de l\u2019or par exemple, on sait qu\u2019il y a un gisement potentiel dans un diamètre de quelques kilomètres», explique Michel Jébrak.Pour repérer l\u2019emplacement exact du minerai, cependant, aucune technologie n\u2019a encore remplacé l\u2019œil humain.Les géologues arpentent toujours le terrain, marteau à la main, pour identifier chaque type de roche.Toutefois, il vaut mieux être patient et optimiste pour pratiquer le métier.Avant d\u2019aboutir à l\u2019ouverture d\u2019une seule mine, il faut avoir mené, en moyenne, 1 000 projets d\u2019exploration.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019un gisement de zinc, à la baie James, porte le nom de Persévérance ! «Même quand le filon est bon, la volatilité du prix des métaux peut tout faire flancher, signale Michel Jébrak.Au XXIe siècle, la prospectionminière, c\u2019est encore l\u2019aventure.» QS trésors précambriens De l\u2019or, du nickel, du fer, mais aussi du scandium, du lithium et de l\u2019uranium.C\u2019est tout un pan du tableau périodique qui dort dans le sous-sol du Nord québécois.Par Dominique Forget Michel Jébrak effectue des mesures avec une boussole de géologue dans la mine d\u2019or du lac Bachelor, dans le nord de l'Abitibi.pays?de?richesses e bout de terrain devant le bungalow de Raphaël Sabou- rin est l\u2019endroit idéal pour regarder passer, bien installé sur sa chaise pliante, la parade du Festival Western de Malartic.Chaque année, fin juin, cowboys, majorettes et chars allégoriques se succèdent sur la route 117, l\u2019artère principale qui traverse la ville minière de 3 500 habitants, à l\u2019ouest de Val-d\u2019Or.«Il y a des as du rodéo qui viennent ici.Mais des fois, dit Raphaël, un gaillard imposant aux bras tatoués et au sourcil percé, j\u2019ai l\u2019impression que les vrais cowboys sont de l\u2019autre bord du mur.» Le «mur» dont parle Raphaël Sabou - rin est en réalité une butte gazonnée de 15 m de hauteur, aménagée par la compagnie Osisko pour servir d\u2019écran entre les maisons de Malartic et l\u2019immense fosse à ciel ouvert de sa mine, la Canadian Malartic.Au fond de la fosse, des pelles mécaniques et des camions surdimensionnés s\u2019affairent, depuis 2011, à extraire des tonnes de minerai dont on fera des lingots d\u2019or.Lorsqu\u2019on aura prélevé tout le métal convoité, d\u2019ici une quinzaine d\u2019années, estime-t-on, le trou s\u2019étirera sur 2 km et fera 780 m de largeur.Il sera profond de 380 m, assez pour recevoir l\u2019une par-dessus l\u2019autre la Place Ville Marie et la tour de la Bourse de Montréal ! Et déjà, la compagnie minière voit plus grand.Elle songe à dévier la 117 pour 32 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 Fini l\u2019époque où l\u2019on creusait patiemment des galeries souterraines pour suivre un filon d\u2019or.Aujourd\u2019hui, la machinerie lourde récupère chaque poussière du précieux métal.Rentable pour les minières, sans doute.Mais pas sans dommages.Par Dominique Forget À ciel ouvert L O L I V I E R P O N T B R I A N D / L A P R E S S E aller chercher la poussière d\u2019or de l\u2019autre côté de la route.Si ce projet d\u2019expansion se réalise, la fosse s\u2019étirera sur 3 km! Pour faire place au gouffre, la compagnie a déplacé ou détruit plus de 200 maisons qui reposaient sur le gisement.Raphaël Sabourin a vu les bungalows de ses voisins être soulevés, remorqués avec tout leur mobilier, puis transplantés sur de nouvelles fondations dans le secteur nord de la ville.«Ceux-là, ce sont les chanceux!» estime l\u2019ouvrier de 35 ans qui travaille pour une t Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 33 Henri Jacob, président de l\u2019Action boréale en Abitibi-Témiscamingue (ABAT), croit que les environnementalistes auraient avantage à aller voir le Nord de près.Vous n\u2019êtes pas toujours tendre envers certains groupes écologistes.Que leur reprochez-vous?Ils sont trop souvent déconnectés de la réalité du terrain.Bien au chaud dans leur condo en ville, ils entendent parler des régions dans les médias.Puis ils se bricolent des pancartes et réclament l\u2019interdiction des coupes à blanc ou la fermeture des mines.Ils n\u2019ont pas l\u2019air de comprendre que, si une mine cesse ses opérations, ce sont des centaines de travailleurs qui perdent leur emploi et autant de familles qui se retrouvent en difficulté.Avec ce genre de «solution», on ne fait que transformer un problème environnemental en un problème social.Devraient-ils rester dans leur condo et cesser de vous embêter?Au contraire! Ils devraient sortir plus souvent visiter les régions, rencontrer ceux qui vivent de la forêt et des mines.On n\u2019a pas le choix d\u2019exploiter nos ressources.Ceux qui «pitonnent» sur leur ordinateur ou leur téléphone devraient le savoir : leurs petites machines sont pleines de terres rares! Il faut bien les prendre quelque part\u2026 Seulement, il est essentiel de respecter les communautés.Une mine à ciel ouvert en plein milieu d\u2019une ville, comme à Malartic, ça n\u2019a aucun sens! Il faut faire les choses intelligemment.Que suggérez-vous?D\u2019abord, d\u2019évaluer nos besoins réels.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on trouve un gisement quelque part qu\u2019il faut absolument l\u2019exploiter.Ensuite, on doit s\u2019assurer de créer le maximum de richesses à partir de nos ressources, en les transformant chez nous au lieu de les brader à l\u2019étranger.L\u2019Abitibi a longtemps été un centre mondial d\u2019extraction du cuivre et on n\u2019avait même pas d\u2019usine de fabrication de tuyaux! Avec Malartic, on a maintenant la plus importante mine d\u2019or du Canada.On pourrait se mettre à fabriquer des calices pour le Vatican?Après tout, on a failli avoir un pape québécois\u2026 D.F.« ah les écolos d\u2019ville ! » C A R O L I N E H A Y E U R La mine Osisko à Malartic entreprise d\u2019entretien et de réparation de carrosseries d\u2019avion.Parce que la maison de la famille Sa- bourin n\u2019est pas assise sur l\u2019or, mais juste à côté, Osisko n\u2019a pas offert de la déménager.La butte écran, à quelques dizaines de mètres, est une bien mince consolation.«Chaque fois que ça blaste à la mine, toute la verrerie se met à trembler», raconte Marie-Soleil Lachance, la conjointe de Raphaël.C\u2019est que la maison est construite direc - tement sur le roc.Lorsqu\u2019on fait sauter des explosifs à la mine (deux fois par jour en principe), les murs de la maison vibrent sur leurs fondations.«On dirait que le plafond va nous tomber sur la tête», s\u2019exaspère Raphaël.Le couple a eu la frousse quand, en avril 2012, un nuage orange est apparu de l\u2019autre côté du mur : du dioxyde d\u2019azote.À la suite d\u2019un sautage, ce gaz, connu pour irriter les poumons, s\u2019était répandu dans l\u2019atmosphère.Le phéno - mène s\u2019est reproduit quelques mois plus tard.Raphaël a craint pour la santé de ses deux jeunes enfants et pourtant il assure ne pas être contre la mine : «Je viens d\u2019une famille de mineurs.Je sais bien qu\u2019Osisko amène des bonnes jobs en ville.Mais il y a une façon de faire les choses!» La «façon de faire les choses» au sein de l\u2019industrie aurifère est bel et bien en train de changer.Et pas seulement en Abitibi, mais aussi en Australie, aux États-Unis, au Pérou et au Mexique.34 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 FeRMont L\u2019exploitation du minerai de fer dans la Fosse du Labrador pour alimenter la Chine (qui consomme 50 % de l\u2019acier produit dans le monde) a fait doubler la population de Fermont, une ville de 3 000 habitants auxquels se greffent maintenant 3 000 travailleurs fly in-fly out.Les analystes prédisent toutefois que la construction d\u2019infrastructures dans l\u2019Empire du Milieu commencera à ralentir en 2017.La compa - gnie minière Cliffs a annoncé en 2012 qu\u2019elle suspendait ses travaux d\u2019expansion.Whabouchi La demande croissante pour les piles de téléphones cellulaires, d\u2019ordinateurs portables, de voitures hybrides ou électriques fait rêver les prospecteurs de lithium.Plusieurs gisements ont été identifiés en Abitibi et à la baie James.Nemaska Lithium s\u2019apprête à franchir le fil d\u2019arrivée.Son concentré de spodumène (un silicate d\u2019aluminium et de lithium) sera bientôt acheminé par train jusqu\u2019à Valleyfield où il sera transformé en carbonate de lithium ou en hydroxyde de lithium.aRnaud Le projet de mine Arnaud, à 7 km du centre- ville de Sept-Îles, suscite une vive opposition.Les citoyens craignent qu\u2019une mine d\u2019apatite à ciel ouvert, pour la production de fertilisants agricoles, perturbe leur qualité de vie.Ils redoutent le bruit, l\u2019émission de particules fines dans l\u2019atmosphère et la contamination du lac des Rapides, leur source d\u2019eau potable.éléonoRe L\u2019envolée du prix de l\u2019or au début des années 2000 a provoqué une véritable ruée vers la baie James.Le gisement Éléonore a été découvert en 2001 et, depuis, la carte des titres miniers, qui illustre les droits acquis par les sociétés d\u2019exploration, s\u2019est colorée de rouge.L\u2019ouverture de la première mine d\u2019or est prévue pour 2014.les pRojets du Québec MinieR nunavik nickel Une première compagnie minière sous contrôle chinois, Canadian Royalties, s\u2019est implantée en sol québécois en 2012 pour puiser du nickel dans le sol du Nunavik.Ce sont toutefois des Japonais qui s\u2019affairent à construire le brise-glace d\u2019une capacité de 25 000 tonnes qui transportera le minerai de baie Déception, près de Salluit, jusqu\u2019à une fonderie finlandaise.Zeus Les éléments des terres rares entrent autant dans la fabrication d\u2019écrans plats que de disques durs ou d\u2019éoliennes.La Chine contrôle actuellement 95 % de la production mondiale, mais la découverte de gisements au Québec, parmi les plus prometteurs du monde, pourrait changer la donne.RenaRd Pour atteindre les diamants des monts Otish, on s\u2019affaire à prolonger de 243 km la route 167, à partir du lac Albanel jusqu\u2019au site du projet Renard.La nouvelle route devra traverser 152 cours d\u2019eau et nécessitera la construction d\u2019au moins 18 ponts.Coût anticipé: 471 millions de dollars, soit près de 2 millions de dollars par kilomètre.Matoush Le gisement d\u2019uranium découvert dans les monts Otish appartient à la même famille géologique que celui de McArthur River, en Saskatchewan, la plus grande réserve d\u2019uranium connue dans le monde.Au Québec, les Cris s\u2019opposent fermement au projet Matoush, de la minière Strateco.On craint que les résidus miniers radioactifs contaminent le sol et les cours d\u2019eau. Partout où les prospecteurs trouvent de la poussière d\u2019or.«Autrefois, on trouvait un filon et on creusait des galeries souterraines pour le suivre», explique Richard Simon, profes - seur en génie minier à l\u2019École polytechnique de Montréal.En Abitibi, par exemple, au cours des 100 dernières années, on a creusé la faille de Cadillac, le long de laquelle ont été fondées des villes comme Rouyn-No- randa, Val-d\u2019Or et Malartic.«On prenait l\u2019or très concentré dans la veine et on laissait la poussière d\u2019or diluée dans le sol autour, poursuit l\u2019ingénieur.Ça ne valait pas la peine d\u2019aller la chercher.» Sauf qu\u2019aujourd\u2019hui, les filons les plus facilement accessibles ont pratiquement tous été exploités.Du coup, la «poussière» laissée derrière brille d\u2019un nouvel éclat.Dans les premiers filons exploités en Abi- tibi au début du XXe siècle, la concentration d\u2019or pouvait atteindre 20g par tonne de minerai.Dans les mines souterraines installées aujourd\u2019hui le long de la faille de Cadillac, elle est typiquement de 4 g à 6 g.Mais dans le gisement exploité par Osisko, on trouve un seul gramme d\u2019or par tonne! Autrement dit, il faudra fracturer, broyer et traiter environ une tonne de roche afin d\u2019extraire suffisam ment d\u2019or pour produire un jonc de 10 carats.À une autre époque, il aurait fallu être complètement fou pour se lancer dans un tel projet.Aujourd\u2019hui, avec le prix de l\u2019or qui avoisine les 1 600 $ l\u2019once (environ 52 $ le gramme), la folie devient la norme.«Mais même à ce prix, il faut traiter d\u2019immenses volumes à grande vitesse pour que ce soit rentable», précise Richard Simon.L\u2019usine d\u2019extraction d\u2019Osisko à Malartic peut avaler 55 000 tonnes de minerai par jour.La deuxième mine d\u2019or en importance de la région, la mine Goldex, en traitait environ 8 000 avant d\u2019être forcée de suspendre temporairement ses opérations en octobre 2011, quand le terrain au-dessus des galeries s\u2019est affaissé.Ce sont les progrès technologiques réalisés ces dernières années par les ingénieurs mécaniques et miniers qui rendent possible ce gigantisme.Dans les camions des mines d\u2019autrefois, on pouvait charger «seulement» 50 tonnes de minerai.Ceux qui sillonnent le fond de la fosse, à Malartic, peuvent en transporter 240, l\u2019équivalent d\u2019une quarantaine d\u2019éléphants dans la benne! «Tout le monde veut se faire photographier à côté d\u2019une roue» (deux fois haute comme un homme), lance Denis Cimon, directeur général de Canadian Malartic, tandis qu\u2019il me fait visiter son Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 35 L\u2019appel?du Nord Vous dites que le développement du Nord peut représenter une chance pour l\u2019économie du sud.Qu\u2019entendez-vous par là?Le Nord du Québec, dont l\u2019économie repose beaucoup sur le secteur primaire, est en pleine effervescence.Mais l\u2019industrie manufacturière, située dans les régions plus au sud, est en déclin.D\u2019après une étude réalisée par la firme de services professionnels Deloitte, en 2000, le secteur manufacturier représentait 23% du PIB du Québec.En 2010, il ne comptait plus que pour 16%.Si la tendance se maintient, il aura chuté à 13% en 2015.La survie de notre industrie manufacturière passe donc par la transformation des ressources extraites du Nord.Toutefois, à l\u2019heure actuelle, une bonne partie de ces ressources sont transformées dans les pays émergents.Le Québec a-t-il l\u2019expertise nécessaire pour transformer lui-même ses ressources?Tout à fait! Le fer, les terres rares, le graphite et le lithium, par exemple, peuvent être transformés au Québec.Ces métaux et minéraux entrent d\u2019ailleurs dans la composition de batteries pour les véhicules électriques.Le Québec a donc le potentiel de devenir un leader dans la fabrication des moyens de transport de demain.Comment inciter les multinationales qui exploitent nos ressources à en transformer une part significative au Québec?Les entreprises sont là pour faire de l\u2019argent.Le meilleur incitatif se situe donc sur le plan fiscal.Les redevances minières, par exemple, pourraient être modulées en fonction du pourcentage de transformations effectuées au Québec.Une compagnie comme Nemaska Lithium, qui s\u2019apprête à opérer une mine dans la région de la baie James et qui s\u2019est engagée à construire une usine de fabrication de batteries au lithium à Valleyfield, mérite d\u2019être récompensée.C.G.Fabriqué au québec Daniel Roy a été soudeur-assembleur pour une entreprise de la Côte-Nord pendant une quinzaine d\u2019années.Il est aujourd\u2019hui président du Syndicat des Métallos, le plus grand regroupement de travailleurs du secteur des mines au Québec.M A T H I E U D U P U I S Après l\u2019extraction, pourrait-on transformer le minerai ici, au Québec? «gros garage» où l\u2019on procède à l\u2019entretien des monstres.«Un seul pneu coûte 40 000 $», dit fièrement le directeur, qui a travaillé pour des mines d\u2019or au Guyana et au Suriname avant de venir à Malartic, en 2007.«Chacune des pelles mécaniques, chacun des camions est équipé d\u2019un système de géolocalisation», m\u2019expliquera-t-il un peu plus tard, alors que nous serons perchés sur un promontoire surplombant la fosse, à regarder ces géants s\u2019activer au fond du gouffre.C\u2019est un système de contrôle centralisé qui dicte la cadence de toute cette machinerie et optimise ses moindres mouvements.Les conducteurs suivent les indications transmises sur un écran à l\u2019intérieur de leur cabine et savent exactement comment positionner leur pelle, ou quel tracé suivre.«On ne voit jamais de camions attendant en file pour décharger leur cargaison dans la zone d\u2019empilement du minerai, me fera remarquer le directeur.Le temps perdu, c\u2019est de l\u2019argent qui nous file entre les doigts.» 36 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses Les camions qui sillonnent le fond de la fosse à Malartic peuvent chacun transporter l\u2019équivalent de 40 éléphants.«Tout le monde veut se faire photographier à côté d\u2019une roue», dit Denis Cimon, directeur général de Canadian Malartic.La Loi sur les mines, qui encadre les activités minières au Québec, n\u2019a pas été revue de fond en comble depuis la fin du XIXe siècle! Les groupes environ nementaux pressent le gouvernement de la mettre à jour pour mieux protéger l\u2019environ - nement et les populations.Les compagnies minières, de leur côté, soutiennent qu\u2019un encadrement trop serré nuirait à l\u2019intérêt économique du Québec.Depuis 2009, deux projets visant à modifier la Loi sur les mines sont morts au feuilleton.Le gouvernement péquiste promet de déposer sa propre mouture d\u2019ici juin 2013.Selon les groupes environne - mentalistes, la future loi devrait: > Forcer les compagnies à verser en garantie 100 % des coûts anticipés pour restaurer le site minier, une fois l\u2019exploitation terminée.Cela éviterait que l\u2019État doive éponger la facture si la société déclare faillite en cours de route.Au 31 mars 2011, on répertoriait au Québec 679 sites miniers abandonnés.Les coûts pour leur restauration étaient évalués à 892 millions de dollars.> Soumettre tous les projets miniers à une étude d\u2019impact environnemental.Pour l\u2019instant, seules les sociétés qui prévoient extraire plus de 7 000 tonnes de minerai par jour doivent passer sous la loupe du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement.Le territoire visé par la Convention de la Baie James et du Nord québécois n\u2019est pas assujetti au BAPE, mais à un processus d\u2019évaluation particulier.> Obliger les sociétés d\u2019exploration à aviser au moins trois mois à l\u2019avance lorsqu\u2019elles prévoient mener des travaux de prospection sur un territoire municipal afin d\u2019éviter que des échantillons soient pris sur les terrains sans la permission des citoyens.La coalition Pour que le Québec ait meilleure mine va encore plus loin et demande qu\u2019on instaure un registre public.«Actuellement, le gouvernement n\u2019a aucune idée des travaux de prospection menés sur le terrain, ce qui rend l\u2019encadrement quasi impossible», dénonce Ugo Lapointe, ingénieur géologue qui a travaillé pour l\u2019industrie de l\u2019exploration avant de se joindre à la Coalition.Halte au free mining M A T H I R U D U P U I S À la fermeture de la Canadian Malartic, les déchets miniers formeront des montagnes artificielles qui culmineront à 100 m au-dessus du sol. ros camions et gros volumes; donc, gros profits et grosses jobs payantes\u2026 Mais gros impacts environnementaux aussi.«En règle générale, les mines à ciel ouvert laissent une empreinte environnementale plus importante que les mines souterraines», souligne Édith van de Walle, directrice du pôle d\u2019expertise nordique et minier au ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP).Ainsi, dans une mine à ciel ouvert, il faut parfois retirer 10 fois plus de roches stériles (qui ne contiennent pas d\u2019or et sont simplement mises de côté) pour un même volume de roches minéralisées.Aux stériles, bien sûr, s\u2019ajoutent les résidus miniers (les roches broyées et traitées au cyanure pour en dégager l\u2019or).À la fermeture de la Canadian Malartic, le volume des stériles devrait atteindre 165 millions de mètres cubes (l\u2019équivalent du volume de 55 000 piscines olympiques) et celui des résidus, 191 millions de mètres cubes (64 000 piscines olympiques).Ces montagnes artificielles culmineront à 100 m au-dessus du sol.«Heureusement, les roches de Malar - tic ne contiennent pas une importante proportion de sulfure», rassure Bruno Bussière, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la restauration des sites miniers abandonnés, à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témisca- mingue (UQAT).Un plus, quand on sait que les roches qui renferment des composés sulfurés forment, une fois retirées du sol et entrées en contact avec l\u2019air et l\u2019eau de pluie, des acides corrosifs qui mettent en solution les métaux qu\u2019elles contiennent.N\u2019empêche, les groupes environnementaux auraient bien voulu qu\u2019Osisko remette toutes ces roches concassées dans le trou qu\u2019elle aura créé.La compagnie estime que ce serait trop cher payé pour de simples considérations esthétiques.Pour les habitants des alentours, ces balafres dans le paysage ne sont qu\u2019un souci parmi d\u2019autres.Car les mines à ciel ouvert causent aussi davantage de bruit et de poussière que les galeries souterraines.«On lave les fenêtres, mais c\u2019est à recommencer le lendemain», se plaint Raphaël Sabourin.Entre le 19 août 2009 et le 15 août 2012, le MDDEFP a reçu 976 plaintes de citoyens relativement aux activités de Canadian Malartic.La compagnie a elle-même reconnu ne pas arriver à respecter les normes Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 37 G Comme beaucoup de villes minières, Fermont accueille des travailleurs qui font la navette entre leur résidence dans le sud et leur emploi dans le Nord.Quel impact cela a-t-il sur le développement de la ville?Pour des besoins ponctuels, comme la construction de nouvelles unités de logement, le fly in-fly out, ou «fifo», ne pose pas de problème.Mais pour des emplois à long terme, comme ceux qu\u2019offre une mine qui décide de s\u2019installer pour des dizaines d\u2019années, le fifo n\u2019a pas sa place, puisqu\u2019il ne favorise ni le sentiment d\u2019appartenance ni le développement durable de la ville.En étant seulement de passage, les travailleurs dépensent en effet la majeure partie de leur paie chez eux, dans le sud.Quels effets cela a-t-il sur le plan social?Depuis qu\u2019ArcelorMittal a annoncé l\u2019agrandissement de son complexe minier Mont-Wright, en 2011, notre population a doublé! Cette arrivée massive de travailleurs a coïncidé avec le départ de nombreux citoyens très impliqués dans la communauté, mais qui ont décidé de retourner s\u2019établir dans le sud pour leur retraite.Ce grand bouleversement a créé beaucoup de tensions.D\u2019un côté, il y avait ceux qui ont un sentiment d\u2019appartenance envers la ville et ont à cœur son développement, et, de l\u2019autre, ceux qui ne sont là que pour travailler.Comment pouvez-vous inciter les travailleurs à s\u2019installer de façon permanente?En investissant dans nos infrastructures, notamment dans le logement.À Fermont, nous avons ouvert de nouvelles rues pour permettre la construction de 150 autres unités d\u2019habitation.Pour encourager la venue des familles, il faut aussi leur offrir plus de services adéquats.Des garderies, par exemple.C.G.Une ville, ça a besoin de ses citoyens À la suite du boom du secteur minier, la population de Fermont a doublé en l\u2019espace de quelques mois.La mairesse de la ville, Lise Pelletier, a un défi à relever: accueillir les nouveaux habitants, tout en préservant la qualité de vie fermontoise.M A U D E C H A U V I N de bruit initialement fixées.Elle souhaite les faire passer de 40 à 45 décibels la nuit et de 50 à 55 décibels le jour.«Plusieurs résidants disent être stressés et avoir de la difficulté à dormir», rapporte le docteur Réal Lacombe, directeur de la santé publique pour l\u2019Abitibi-Témisca- mingue.Même s\u2019il n\u2019y a pas de sautage la nuit, les pelles mécaniques qui heurtent le sol ne cessent jamais leur vacarme.Le médecin se soucie également des nuages orange.«Le dioxyde d\u2019azote peut irriter les poumons à une concentration aussi basse que 15 parties par million (ppm), signale le docteur Lacombe.Or, quand il forme un nuage jaune ou brunâtre, c\u2019est que la concentration atteint entre 1 000 et 10 000 ppm.» L\u2019explosif utilisé par Osisko pour faire sauter le minerai au fond de la fosse est un mélange de nitrate d\u2019ammonium et de diesel.Les ingrédients forment une émulsion qui s\u2019infiltre dans les fissures du roc.La portion qui ne détone pas brûle lentement et ce sont les gaz ainsi produits qui forment le nuage orange.«On surveille la compagnie de près, assure le docteur Lacombe.Les sautages sont censés se faire uniquement quand les vents ne soufflent pas dans la direction de la ville.» Selon une enquête réalisée à la fin de 2011 par une équipe de l\u2019UQAT, le tiers des Malarticois quitteraient la ville s\u2019ils le pouvaient.« Ça n\u2019a aucun sens que notre santé soit tributaire de la direction des vents», s\u2019insurge Jacques Saucier, porte- parole du Comité de vigilance de Malartic, lequel réunit une quinzaine de citoyens, le noyau dur des opposants à la mine.Les membres du comité ne sont pas au bout de leurs peines, si l\u2019on se fie au nombre de grues et de foreuses qui fouillent le sol de l\u2019Abitibi.La société Mines Aurizon espère ouvrir une mine d\u2019or à ciel ouvert près de l\u2019aéroport de Rouyn- Noranda d\u2019ici quelques années.Si son projet, baptisé Joanna, se concrétise, une dizaine de maisons devront être déloca- lisées pour laisser place à une fosse de 2,2 km de longueur, 600 m de largeur et 320 m de profondeur.La faisabilité économique du projet reste cependant à démontrer.La société Royal Nickel, elle, prévoit aménager une fosse longue de 5 km, large de 1,4 km et profonde de 560 m pour extraire le nickel à basse teneur d\u2019un gisement situé à 2 km du village de Launay.Plus à l\u2019est, près de Barraute, une autre fosse sera ouverte pour alimenter l\u2019usine de la mine Québec Lithium.Jacques Saucier et une poignée d\u2019organismes locaux ont mis sur pied, en 2010, le Regroupement pour un débat public sur les mines à ciel ouvert de l\u2019Abitibi- Témiscamingue.«On voulait forcer la discussion, mais les élus n\u2019en veulent pas de ce débat, constate-t-il sévérement.Pour eux, la qualité de vie des citoyens, ça se calcule en signes de piastre.» Les Malarticois, illustre le militant, sont devenus des rats de laboratoire.«Les scientifiques viennent faire des études sur nous, les journalistes nous interviewent\u2026 Tout le monde nous regarde pour voir si, oui ou non, c\u2019est une bonne idée de développer un territoire en creusant des gouffres partout.Moi, je peux vous le dire : la réponse, c\u2019est non.L\u2019Abitibi-Té- miscamingue, c\u2019est pas un trou!» QS pays?de richesses Accueillant, beau et sauvage 2011 -201 2 3 4 GUID E TO URIS TIQU E OFFI CIEL Accue illant, bea u et sauv age 1 888 5 94-342 4 www .nunav ik-tou rism.com 2011-2 012 3 4 GUIDE TOURIS TIQUE OFFICIE L Accue illant, beau et sau vage 1 888 594-342 4 www.nuna vik-touri sm.com 2011-2012 3 4 GUIDE TOURISTIQUE OFFICIEL Accueillant, beau et sauvage 1 888 594-3424 www.nunavik-tourism.com Pour plus d'information ou une copie gratuite du Guide touristique officiel du Nunavik : Association touristique du Nunavik 1 888 594-3424 / 819 964-2876 www.nunavik-tourism.com D A N I E L R O M P R É Le plaisir d\u2019explorer, le besoin de comprendre ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnement CURIEUX MARTIEN Le 5 août 2012, moment de joie chez les ingénieurs et scientifiques : Curiosity est arrivée sur Mars.| N A S A 34% DE RÉDUCTION * * * 46% DE RÉDUCTION 1 AN : 35 $ | 2 ANS : 63 $ | 3 ANS : 86 $ | ISMER-UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À RIMOUSKI ENVIRONNEMENT Le secret du cratère L Le professeur-chercheur Guillaume St-Onge (ISMER-UQAR) lors d\u2019une récente expédition (septembre 2012) au cratère des Pingualuit.On profite du court été pour cartographier avec précision les rives du lac.P I E R R E - A R N A U D D E S I A G E / I S M E R - U Q A R * Prix avant taxes r t é r r a p e g a n i e r f e d e m è t s y s n u \u2019 d n e y o m u a e i t n e l a r s i u p , e é u g r a l e r t ê \u2019 d t n a v a h / m k 0 0 0 1 2 à e n n e ti r a m e r è h p s o m t a \u2019 l s n a d e é v i r r a t s e e l l e , s e r t è m o l ki e d s n o i l l i m 0 7 5 e d e c n a t s i d e n u r u s e l u d o m n u r a p e é t r o p s n a r T .x u e i t i b m a z e s s a e l p i r é p n u s i r p e r t n e a y t i s o i r u C e d n o s a l , ) 3 0 0 2 ( t i r i p S t e ) 3 0 0 2 ( y t i n u t r o p p O , ) 6 9 9 1 ( r e d n fi h t a P , ) 6 7 9 1 ( g n i k i V s è r p A e.g u o r e t è n a l p a l r u s t i u s r u o p e s e u q i t o b o r e é p o p é L\u2019 x u e d t n a d n e p r u o j r a p m 0 4 e d e s s e t i v a l à a r e l u o r l I .e é n g i s é d a i u l n o \u2019 u q e d u t é \u2019 d e n o z a l e d s e r t è m o l i k s e u q l e u q à t i a r e s n i g n e L\u2019 ! t i a r t r o p o t u a n u s i m r e p e m ê m t s e \u2019 s e l l E .é t e t t e n e l b a y o r c n i e n u \u2019 d s e l a t s o p s e t r a c s e d t n a y a l e r n e t u o t , n o ti a r o l p x e n o s é c n e m m o c e t i u s n e a y t i s o i r u C .m 0 0 7 à e n i m l u c i u q p r a h S t n o m u d e s a b a l à é u t i s \u2013 m 0 0 2 4 e d d n o f o r p \u2013 e l a G e d e r è t a r c u d d n o f u a r i r r e t t a n i f n e r u o p , s e é s u f o .e i v a l à s e c i p o r p s n o i t i d n o c s e d t n a r é g g u s s e c i d n i s e d r i n e t n o c e d s e l b i t p e c s u s s e l i g r a s e d r e t u r c s : n o i s s i m a S .A S A N a l e r è p s e , s n a 41% TION DE RÉDUC 5 5 e c n e i c S c e b é u Q 3 1 0 2 r e i r v é es Canadiens, s\u2019ils se pointent ici, on va leur bloquer la route.Et s\u2019il faut faire exploser leurs camionnettes pour leur montrer qu\u2019on n\u2019entend pas à rire, on va le faire.C\u2019est la guerre!» Les propos sont durs, et pourtant la voix et le regard de Jenny Lujàn demeu rent posés, paisibles même.Assise à côté d\u2019un portrait de Che Guevara dans son salon aux murs de pierre, sirotant son maté dans une tasse à l\u2019effigie du sous-commandant Marcos, cette Argentine assure qu\u2019elle n\u2019a rien d\u2019une révolutionnaire.«À Famatina, tout le monde pense comme moi.On s\u2019op pose tous au projet d\u2019Osisko.» Heureusement pour les journalistes qui s\u2019aventurent jusqu\u2019ici, à 1 300 km au nord-ouest de Buenos Aires, Jenny Lujàn n\u2019en veut pas à tous les Canadiens.Elle s\u2019en prend aux compagnies minières qui reluquent l\u2019or de la cordillère des Andes, et tout particulièrement à Osisko, une société basée à Montréal, qui envisage d\u2019ouvrir une mine sur le mont General Belgrano, à quelques kilomètres de Famatina, où Jenny travaille comme psychologue.Il y a 9 ans que ce village de 6 000 âmes se bat contre l\u2019ouverture d\u2019une mine d\u2019or à ciel ouvert, un projet initialement proposé par une autre compagnie canadienne, Barrick Gold.Partout à la ronde, les murs des commerces, comme ceux des maisons, sont couverts de slogans du type «El agua vale mas que el oro» (l\u2019eau vaut plus que 40 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses «L Les compagnies minières qui ratissent les territoires reculés du Nord prospectent aussi le grand Sud, non sans rencontrer de résistance.Par Dominique Forget Le Nord à L\u2019eN v l\u2019or).Même l\u2019église affiche ses couleurs.Sur la porte du presbytère, on peut lire «Famatina no se toca» (on ne touche pas à Famatina).L\u2019opposition a atteint son comble le 2 janvier 2012, quand Osisko a voulu mener des travaux d\u2019exploration sur le terrain pour sonder la teneur du minerai.Les villageois et leurs partisans se sont réunis par centaines pour ériger une barrière humaine et bloquer le chemin d\u2019accès au site.Depuis, les adversaires de la compagnie se relaient jour et nuit pour faire le guet, au cas où une camionnette conduite par des Canadiens s\u2019aventurerait à passer par là.«Je suis allée au Québec, je sais ce qu\u2019Osisko a fait à Malartic», dénonce Jenny Lujàn, en faisant référence à la mine d\u2019or à ciel ouvert que la compagnie exploite depuis 2011 en Abitibi.«On ne veut pas de ça ici.» En Argentine comme ailleurs en Amérique latine, le drapeau canadien a perdu de son lustre, ces dernières années, et se fait parfois littéralement traîner dans la boue.L\u2019ascension du prix des métaux amène les compagnies minières à creuser des fosses, à puiser l\u2019eau potable, à générer des tonnes de déchets miniers.Et ce grand dérangement est souvent associé à la feuille d\u2019érable.«Les trois quarts des compagnies minières qui fouillent le sol de la planète ont leur siège social au Canada», explique Alain Deneault, coauteur de Paradis sous terre.Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l\u2019industrie minière mondiale (Les Éditions Écosociété, 2012).«Comme il existe un laisser-faire pour les banques en Suisse, il y a au Canada un cadre législatif très complaisant à l\u2019égard des sociétés minières, de sorte que la plupart des multinationales choisissent de se fixer chez nous», ajoute-t-il.Roxana Reyes, une avocate qui habite à une trentaine de kilomètres de Famatina, le connaît par cœur, ce cadre législatif.Pour elle, les mineurs canadiens sont les conquistadors des temps modernes.«Il y a toujours eu des étrangers qui ont voulu s\u2019emparer de l\u2019or de la cordillère, tonne cette mère d\u2019un bébé de un an, qui occupe une partie de ses week-ends à faire le guet sur la route menant au site minier.De l\u2019Équateur au Chili, en passant par le Pérou, ils ont raflé les filons les plus riches et les plus facilement accessibles.Maintenant, ils creusent des fosses et décapitent les montagnes pour aller chercher la poussière qui reste.» Les habitants de Famatina craignent qu\u2019en faisant exploser le roc dans les montagnes, la compagnie minière détruise les glaciers qui constituent leur réserve d\u2019eau.Le climat de la région est semi-désertique, comme en témoigne le sol rocailleux; et les filets d\u2019eau qui s\u2019écoulent des neiges éternelles, en haut des Andes, sont essentiels pour irriguer les quelques vergers, vignes ou oliveraies qui alimentent des gens du village.«On vit simplement, mais on ne manque de rien, dit Paloma, une propriétaire de dépanneur, qui refuse de donner son nom de famille de peur que je sois une espionne à la solde d\u2019Osisko.La compagnie fait miroiter des emplois payants, comme si elle savait ce qu\u2019il y a de mieux pour nous.On n\u2019en veut pas, de ces emplois.On se débrouille très bien comme ça.» Fin janvier 2012, Osisko a annoncé qu\u2019elle suspendait temporairement ses activités à Famatina.«On ne fera rien tant que la population ne sera pas d\u2019accord», assure la porte-parole de la compagnie, Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 41 N vers La mine Pascua-Lama de Barrick Gold entrera en production en 2014, au sommet des Andes, à cheval entre le Chili et l\u2019Argentine.L\u2019eau est plus précieuse que l\u2019or, clament les Argentins et les Chiliens qui vivent à proximité des projets miniers.C A T H E R I N E S O L Y O M , T H E ( M O N T R E A L ) G A Z E T T E .M A R C E L O R I V E R O S Hélène Thibault, rencontrée à Malartic.Jenny Lujàn n\u2019est pas convaincue.«Ils ont simplement changé de stratégie, re- doute-t-elle.Ils ne tentent plus de venir sur le terrain, mais ils travaillent en sous- main pour acheter des appuis politiques.On ne va pas se laisser embobiner.» e l\u2019autre côté de la cordillère des Andes, au Chili, Luis Faura aurait bien souhaité que les gens de son village fassent preuve d\u2019autant de solidarité pour s\u2019opposer aux com pagnies minières venues du nord.L\u2019ex-conseiller municipal d\u2019Alto del Carmen, un patelin de 5 000 habitants situé aux portes du désert d\u2019Atacama, dans la vallée de la rivière Huasco, enrage d\u2019avoir perdu la bataille contre Barrick Gold.La compagnie torontoise prévoit ouvrir dès 2014 une gigantesque mine d\u2019or à ciel ouvert, baptisée Pascua-Lama, à 45 km de chez lui et à 5 200 m d\u2019altitude.«Ils vont raser le sommet de la montagne», s\u2019étonne l\u2019homme au visage buriné qui survit en effectuant de menus travaux depuis qu\u2019il a perdu ses dernières élections.En date du 1er novembre 2012, Barrick Gold avait investi 3,7 milliards de dollars pour aménager la mine de Pascua-Lama, dans l\u2019un des endroits les plus inaccessibles et les moins hospitaliers du globe.Au sommet des Andes, la raréfaction de l\u2019oxygène donne le vertige.Les vents peuvent atteindre des pointes à 200 km/h; les températures peuvent grimper à 30 °C le jour, en été, et descendre à -40 °C durant la nuit, en hiver.Le contexte juridique représente aussi un défi, car le gisement d\u2019or se situe à cheval entre le Chili et l\u2019Argentine.Les deux pays ont dû signer un traité pour paver la voie à la minière canadienne.La mine aura sa propre douane, profitera d\u2019un cadre fiscal sur mesure et de droits sur l\u2019eau qui coule sur «son» territoire.«Tout ça pour de la poussière d\u2019or», soupire Luis Faura.Comme à Malartic et comme à Famatina, l\u2019or de Pascua-Lama ne se retrouve pas sous forme de filons, mais est disséminé dans le minerai, à de très faibles concentrations.Barrick Gold devra excaver des dizaines de milliers de tonnes de roche tous les jours pour extraire la précieuse poussière et en faire des lingots.«Dans ce genre de projet, seul le gigantisme est rentable, poursuit l\u2019ex-politicien.Pour les actionnaires, le jeu en vaut certainement la chandelle.Mais pour les paysans qui peuplent la vallée de la rivière Huasco et pour les commerçants du village d\u2019Alto del Carmen, c\u2019est une catastrophe qui s\u2019annonce.» Barrick Gold prévoit produire 24 ton - nes (850 000 onces) d\u2019or annuellement à Pascua-Lama, soit 50% de plus que la Canadian Malartic.Profits annoncés : 1,4 mil liard de dollars par année.Pour traiter le minerai et produire tous ses lingots, la société canadienne prévoit utiliser jusqu\u2019à 34 millions de litres d\u2019eau par jour.« Ça pourrait être désastreux pour mes récoltes», s\u2019inquiète Enrique Gaetan en se baladant dans ses vignes, tandis que les employés de sa petite usine artisanale emballent des raisins verts et des raisins rouges destinés au Canada.«On vit dans l\u2019une des régions les plus arides du monde.Si on survit, c\u2019est grâce au filet d\u2019eau qui descend des glaciers perchés au sommet des Andes.» En 2009, la Direction générale des eaux du Chili, qui supervise les ressources hydriques du pays, a publié un rapport indiquant que le volume de trois glaciers situés à proximité du site minier de Pas- cua-Lama \u2013 Toro I, Toro II et Esperanza \u2013 avait diminué de 50% à 70% depuis 1997, l\u2019année où Barrick Gold a entrepris ses travaux sur le terrain.Selon les environnementalistes, les activités de dynamitage ont couvert de poussière une partie des neiges éternelles.Comme les couleurs foncées absorbent davantage la chaleur du soleil, cette pluie de fins débris aurait accéléré la fonte des neiges.«Les glaciers rapetissent, la mine va consommer une quantité astronomique d\u2019eau et, en plus, on se coltine le réchauffement climatique», maugrée Jose Maria Campiyai qui élève des chèvres dans le village de Conay, dernier hameau sur la route qui monte à la mine.«Bientôt, tout sera sec et mes bêtes n\u2019auront plus rien à brouter.» Le vieil homme redoute aussi qu\u2019un accident provoque un déversement de cyanure dans la 42 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses D « La compagnie fait miroiter des emplois payants.On n\u2019en veut pas, de ces emplois.On se débrouille très bien comme ça.» Luis Faura, un ex-conseiller municipal du Chili : « Ils vont raser le sommet de la montagne.Tout ça pour de la poussière d\u2019or! » P H O T O S : M A R C E L O R I V E R O S rivière Huasco.Le cyanure de sodium est utilisé pour séparer l\u2019or de la roche.À ses détracteurs, Barrick Gold rétorque que la poussière tombée sur les glaciers est avant tout d\u2019origine naturelle; qu\u2019elle ne puisera que 1% du débit de la rivière Huasco; et que le cyanure de sodium sera conservé en circuit fermé, sans rejet dans l\u2019environnement.«Mon œil, rétorque Luis Faura.On ne leur fait pas confiance.» Avec des centaines de ses concitoyens, l\u2019ex-conseiller muni - cipal a tout fait pour mettre en péril le projet de Barrick Gold, bloquant même la route aux camions de la compagnie, jusqu\u2019à ce que la police force la levée du barrage humain, en 2007.«On a presque réussi, mais la compagnie a acheté l\u2019appui d\u2019une partie de la population.Elle a payé pour des autobus scolaires, branché des villages à Internet, construit des digues d\u2019irrigation pour les cultivateurs.Elle a réussi à nous diviser, puis nous est passée sur le corps.» S\u2019ils ne sont pas parvenus à stopper Pas- cua-Lama, les opposants ont tout de même réussi à mettre des bâtons dans les roues de Barrick Gold.Les procédures judiciaires se sont multipliées, le projet a pris du retard et les coûts ont explosé.De 3 milliards de dollars en 2009, la réalisation du projet est maintenant estimée à 8,5 milliards.Luis Faura et ses alliés ont surtout permis d\u2019éveiller des consciences, croit Marian Sola, professeure de sociologie à la Universidad Nacional de General Sar- miento, à Buenos Aires, qui a mené des recherches sur le mouvement d\u2019opposition populaire à Famatina.«Pascua-Lama a servi de détonateur.En plusieurs endroits d\u2019Amérique latine, la résistance s\u2019organise contre les visées des compagnies minières canadiennes, raconte-t-elle.Du côté chilien, un autre projet de mine d\u2019or à ciel ouvert dans les Andes est bloqué depuis bientôt un an, parce la communauté indigène Husacoaltina s\u2019y oppose.» C\u2019est la Cour suprême du Chili qui a imposé la suspension temporaire des travaux au site El Morro, propriété des canadiennes Goldcorp et NewGold.Elle a ordonné aux compagnies de s\u2019entendre avec la population locale avant d\u2019aller plus loin.Selon Marian Sola, les compagnies minières canadiennes rencontreront de plus en plus de résistance dans les années à venir.«En Amérique latine, on se bat depuis 500 ans pour le droit à la terre, analyse la sociologue.Ça fait partie de notre ADN.Cette tradition n\u2019existe pas au Canada, où des gens acceptent de déplacer leur maison parce qu\u2019elle se trouve sur un gisement d\u2019or.Comme à Malartic.» Paloma, qui philosophe derrière le comptoir de son dépanneur, au cœur du village de Famatina, offre une autre explication à la résistance de son peuple.«Pour les Nord-Américains, le développement rime avec voitures de luxe et gros téléviseurs.Pour nous, le développement passe par le sourire de nos petits-enfants.On veut leur léguer l\u2019eau pure, la fierté du travail de la terre, la douceur de vivre.On n\u2019a peut-être pas toutes les richesses du premier monde, mais on a quelque chose de plus précieux : la dignité.» QS Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 43 Dominique Forget s\u2019est rendue en Argentine et au Chili grâce à la Bourse en journalisme scientifique CRDI (Centre de recherches pour le développement international)-Québec Science.Enrique Gaetan, Sadia Remos, Adriana Campiyai et Jose Maria Campiyai vivent de la terre, à la lisière du désert de l\u2019Atacama, le plus aride du monde.Ils cultivent des raisins, des pêches, des noix et élèvent des chèvres.« La mine va consommer une quantité astronomique d\u2019eau et, en plus, on se coltine le réchauffement climatique», s\u2019inquiète Jose Maria Campiyai, photographié avec son âne. a première mine 100% chinoise du Nord québécois, Nunavik Nickel, commence tout juste à produire.Ses milliers de tonnes de concentré de nickel seront vendues à la société russe Norilsk, pour ses activités en Finlande.Quant à son cuivre, il devrait prendre aussi le chemin de l\u2019Europe.Mais si Nunavik Nickel cherche d\u2019a - bord et avant tout à faire des affaires, les cinq autres projets impliquant des sociétés chinoises dans le Nord québécois visent un autre but, soit la sécurité de l\u2019approvisionnement en matières premières.«Comme toutes les grandes puissances avant elle, la Chine a d\u2019énormes besoins.Il n\u2019y a là rien de nouveau sous le soleil.Mais son territoire, c\u2019est la planète», dit l\u2019économiste Ianik Marcil.Au cours des deux dernières décennies, le développement à très grande vitesse de la Chine, mais aussi du sud de l\u2019Asie, a fait exploser la demande pour les ressources naturelles, surtout les minerais, dont les terres rares (très prisées des Japonais, car elles entrent dans la fabrication de téléphones cellulaires, notamment), le fer et le nickel.Des ressources dont le Nord québécois regorge.«Ce sont des métaux de construction», explique Michel Jebrak, professeur au département des sciences de la Terre et de l\u2019atmosphère à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM): «Les Chinois fabriquent et consomment plus de la moitié de l\u2019acier dans le monde.Ils sont dans leur phase de construction d\u2019infrastructures, de ponts, de routes et d\u2019immeubles.C\u2019est comme si on s\u2019apprêtait à bâtir plusieurs New York, là-bas.» Ainsi, le gouvernement chinois a-t-il décidé, autour de l\u2019année 2000, de s\u2019ouvrir 44 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses Pour soutenir son rythme effréné de croissance, la Chine a besoin de minerais.Et le Nord du Québec n\u2019échappe pas à son appétit.Par Martine Turenne La Chine bouli L au monde.Car ses ressources sont insuffisantes.Et la Chine a beaucoup, beaucoup de liquidités.Ce n\u2019est donc pas étonnant de trouver le géant de l\u2019acier Wisco (Wuhan Iron & Steel) impliqué dans un projet minier évalué à 13 milliards de dollars au lac Otelnuk, 170 km au nord de Schef- ferville.S\u2019il voit le jour, ce sera le plus important jamais réalisé au pays.Wisco s\u2019est alliée à la minière torontoise Adriana Resources.Les deux ont créé une entreprise conjointe dont la chinoise détient 60% des parts.Les premières études de faisabilité commenceront sous peu et doivent durer un an.Si tout fonctionne comme prévu, la mine de fer sera opérationnelle en 2018.L\u2019exploitation pourra durer au-delà de 100 ans.Plus de 2 000 employés y travailleront.On doit construire une voie ferrée de 850 km afin d\u2019acheminer les boulettes de fer jusqu\u2019au port de Sept-Îles, avant leur départ pour la Chine, où elles seront transformées dans les aciéries de Wisco, bien sûr.«Le Canada a toujours fait appel à des investisseurs étrangers pour développer et exploiter ses mines», dit le président- directeur général d\u2019Adriana, Allen J.Pal- mieri.Tout comme l\u2019Australie, d\u2019ailleurs, qui est aussi un pays vaste et sous-peuplé, avec une pénurie de main-d\u2019œuvre et des matières premières à revendre.Dans le passé, ces investisseurs étaient états-uniens et européens.De nos jours, ils sont indiens (les géants ArcelorMittal et Tata Steel) et, surtout, chinois.«Exploiter le fer coûte très cher, martèle M.Palmieri.Le Canada est un petit marché.Il a besoin de ces investissements.» «Si les Chinois n\u2019étaient pas présents dans nos mines de fer, il n\u2019y en aurait aucune en activité, dit Michel Jebrak.Ce sont eux qui garantissent l\u2019achat de nos minerais.» Les Chinois débarquent avec leurs importants capitaux, alors que les liquidités se réduisent comme peau de chagrin tant au Québec qu\u2019ailleurs dans le monde.«Le secteur minier vit un krach», constate Réjean Girard, président d\u2019IOS Services Géoscientifiques, une firme de Chicoutimi présente dans tout ce que le Québec compte de projets miniers.Ce docteur en géologie a roulé sa bosse aux quatre coins du monde.Il arrivait tout juste du Soudan, au moment de l\u2019entrevue, et s\u2019apprêtait à repartir pour le Congo.«Plus un sou ne sort de Wall Street», dit-il.es seules liquidités disponibles sortent des banques chinoises qui prêtent à leurs entreprises d\u2019État et s\u2019allient ensuite à des sociétés occidentales, minoritaires la plupart du temps.Ce sont ces dernières qui prospectent et construisent, en attendant, si tout va bien pour elles, de se faire acheter par les sociétés principales.Avec tous leurs capitaux disponibles, les entreprises chinoises rachètent à vil prix des minières, un peu partout dans le monde.Comme en 2009, en pleine crise financière, Canadian Royalties, une petite minière de Val-d\u2019Or, a été reprise au rabais par Jilin Jien Nickel Industry, le deuxième producteur de nickel en Chine.L\u2019industrie minière est d\u2019une extrême volatilité.Les prix montent et descendent comme des yoyos hyperactifs, ce qui encourage la spéculation.Or, la Chine suit une autre logique.Elle n\u2019est pas au Québec pour faire de l\u2019argent, mais plutôt pour s\u2019assurer qu\u2019elle aura le fer dont elle a besoin, précise M.Jebrak.Ainsi, ils seront moins chatouilleux quant aux fréquentes fluctuations du prix des métaux et minéraux.«Actuellement, on vit une période de volatilité importante dans les prix, explique Nochane Rous - seau, associé leader du secteur minier pour le Québec chez Pricewaterhouse- Coopers.Cela pourrait ralentir des projets.Mais les Chinois ont des intérêts à plus long terme.Si le prix du fer baisse, ce n\u2019est pas une mauvaise nouvelle pour eux, au contraire.Ils sont dans l\u2019intégra- Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 45 ulimique L Sous le ciel de Shanghai, quelques gratte-ciel faits d\u2019acier et de fer québécois.F Z A N T / I S T O C K P H O T O tion verticale et l\u2019économie d\u2019échelle.» Cela dit, le Québec n\u2019est pas seul au monde à avoir du fer dans son sous-sol.Ce minerai est très répandu.Et le nôtre, explique Michel Jebrak, est de qualité moyenne, avec des teneurs oscillant autour de 35%.Dans les pays tropicaux, le fer est de meilleure qualité et peut être directement transformé, réduisant ainsi les coûts de production.«C\u2019est pénalisant, dit Michel Jebrak.En ce moment, le transport n\u2019est pas trop cher, mais il pourrait le devenir.» Et le Québec est loin, très loin de la Chine.«Nos mines sont situées au milieu de nulle part, dit Réjean Girard.Dans une région froide et hostile.Par ailleurs, tout ce qu\u2019on extrait de la Fosse du Labrador, où se situent la plupart des projets, c\u2019est de la taconite, un mélange de fer et de quartz, très dure à broyer et coûteuse à exploiter.» Les coûts d\u2019extraction sont faramineux, résume-t-il.Le risque c\u2019est maintenant de voir la Chine connaître une récession, car son rythme de croissance n\u2019est pas soutenable, croit-il à l\u2019instar de plusieurs observateurs : «C\u2019est une bombe à retardement.Le gouvernement a une main sur le couvercle de la marmite, mais ça va sauter.» orcée de réduire ses besoins, la Chine se retirera des exploitations qu\u2019elle jugera non rentables ou non essentielles.«Je crains que tous ces beaux projets dans le Nord du Québec ne se réalisent jamais», affirme Réjean Girard, pessimiste.Quand on lui parle de ralentissement économique en Chine, de bulle immobilière qui éclatera tôt ou tard et des répercussions sur la rentabilité et la viabilité des mines de fer au Québec, le pdg Allen J.Palmieri se fait au contraire rassurant: «On analyse la Chine avec les perspectives économiques occidentales.Les problèmes qu\u2019on prédit depuis cinq ans ne se concrétisent pas.Et même avec un marché en baisse, les besoins en fer des Chinois resteront importants.» La gestion politique et économique de la Chine est entourée d\u2019une aura de mystère.Sa culture d\u2019affaires n\u2019y est pas facile à décrypter, estiment les Occidentaux.L\u2019économiste Ianik Marcil ne s\u2019en formalise pas.«Les Chinois ne se distinguent pas des autres investisseurs, dit-il.C\u2019est vraiment business as usual, la logique de l\u2019argent.Ce sont des entreprises d\u2019un État plus ou moins démocratique.Mais elles sont soumises aux mêmes règles environnementales et aux mêmes redevances.Il n\u2019y a pas deux poids, deux mesures.» Michel Jebrak, pour sa part, a déjà entendu des histoires moins reluisantes impliquant des sociétés chinoises, no tam ment en environnement: «En Afri que, les Chinois ont tenté d\u2019outrepasser les lois locales.Ils essaient de négocier des conditions particulières.Il y a toujours des annexes secrètes aux contrats.» Réjean Girard entend parfois parler de petits fournisseurs d\u2019entreprises chinoises qui doivent atten - dre longtemps pour recevoir leur chèque, au point qu\u2019ils font faillite.«Le milieu des mines est en soi très \u201ccow-boy\u201d», ajoute-t-il.«Nous connaissons peu la culture chinoise, ajoute le professeur en communication Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing à l\u2019UQAM.Les Chinois ont une approche plus fermée.Ils font des affaires à leur manière.Il n\u2019y a certainement pas chez eux de stratégie de communication», explique ce spécialiste de l\u2019image.Mais le Québec n\u2019a pas les moyens de faire la fine bouche, estime Michel Jebrak.«Si on n\u2019est pas accueillants, dit-il, les Chinois ne viendront pas, c\u2019est tout.Ce n\u2019est pas de l\u2019amour, c\u2019est de la business.» Il y a une course mondiale à l\u2019exploitation des ressources, et le Québec doit être dans le coup, estime-t-il.Le centre du monde, aujourd\u2019hui, c\u2019est Pékin.«Un boom minier ne dure pas éternellement.Le Québec se doit d\u2019en profiter.» QS 46 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de richesses F chinatown dans la toundra Bernard Motulsky, professeur au département de communication sociale et publique à l\u2019UQAM, revient tout juste d\u2019Afrique.Du Niger, plus précisément.Le tiers des passagers du vol Paris-Niamey étaient d\u2019origine chinoise.«Il y a un quartier complet de Niamey ceinturé de murs, habité par la communauté chinoise, avec son restaurant, ses services, etc.» Pourrait-on imaginer pareille chose dans la toundra?Verra-t-on débarquer des centaines, voire des milliers de travailleurs chinois, comme c\u2019est le cas en Afrique et même en Colombie- Britannique?Là-bas, 200 travailleurs sont arrivés directement de Chine afin de prêter main-forte à la mine de charbon Tumbler Ridge, détenue par la Chinoise HD Mining.Non sans heurts : le syndicat a entamé des poursuites contre la minière.La pénurie de main-d\u2019œuvre qui a provoqué cet afflux de travailleurs chinois existe également au Québec.C\u2019est bien ce qui inquiète le pdg d\u2019Adriana Resources, Allen J.Palmieri.Quelque 2 000 personnes devront être embauchées pour assurer le bon fonctionnement de la mine du lac Otelnuk.Et ce n\u2019est pas à proximité de grandes villes.Adriana installera un village fly in-fly out pour ses travailleurs, car les Inuits ne veulent pas d\u2019installations permanentes sur leur territoire.Eux-mêmes seront les premiers embauchés, assure M.Palmieri, suivis des travailleurs de la région, puis des autres.«On est réalistes.On sait qu\u2019on devra aller chercher la main-d\u2019œuvre dans les villes du sud, peut-être même ailleurs au Canada.» Mais pas en Chine, assure-t-il.Très certainement en Chine, le contredit Réjean Girard, toujours très sceptique sur les manières de faire des affaires dans l\u2019Empire du Milieu : «Le jour où les Chinois vont débarquer, ce sera avec leurs machines et leurs employés.Ils engagent les travailleurs locaux pour laver la vaisselle, c\u2019est tout.» A D R I A N A R E S O U R C E S I N C . En pénétrant dans l\u2019antre de Fibo, le visiteur comprend qu\u2019il va vivre une expérience pas comme les autres.Une simple affichette sur une porte de la rue Notre-Dame indique l\u2019entrée.Le mystère plane.Un escalier l\u2019emmène dans les combles du bâtiment où il aboutit dans un lieu chaud et accueillant.Tout ici, des poutres aux murs de briques brutes, reflète l\u2019ambiance de l\u2019authentique grenier qui se trouvait là.Comme dans celui d\u2019une demeure ancienne, l\u2019hôte soupçonne que des trésors l\u2019attendent.L\u2019effet est voulu : le propriétaire veut accueillir ses clients comme des amis arrivant à une soirée-surprise préparée en leur honneur.Et les surprises figurent au menu.Car si le décor respire le passé, les plats, eux, ont le goût futuriste de la cuisine moléculaire.Jonathan et Frédéric, les barmen et hôtes, souhaitent la bienvenue aux invités en leur concoctant des cocktails étonnants et en expliquant la science des plats spectaculaires qu\u2019ils vont déguster : des huîtres aphrodisiaques, des champignons magiques, des meringues au Chanel n°5\u2026 Le gourmet garde la sensation de vivre un moment privilégié tout au long de la soirée car pas plus d\u2019une cinquantaine «d\u2019amis » ont été conviés.Un seul service qui s\u2019étire souvent jusque tard le soir tant il est difficile de quitter une ambiance à la fois si chaleureuse et si surprenante.UN UNIVERS DE SURPRISES Sylvain Proulx chef-propriétaire 215 Notre-Dame Ouest, Montréal www.fibo.ca 514-508-FIBO DANS LE PROCHAIN NUMÉRO, DÉCOUVREZ LES COCKTAILS HALLUCINANTS DU RESTAURANT FIBO.HUÎTRES APHRODISIAQUES CHAMPIGNONS MAGIQUES MERINGUES AU CHANEL N°5 P A T R I C E H A L L E Y pays?de?défis ÇA CHAUFFE AU-DELÀ DU 49E PARALLÈLE! AUSSI, LA FAUNE ET LA FORÊT SUBISSENT-ELLES LES ÉNORMES PRESSIONS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES.COMMENT S\u2019ADAPTERONT-ELLES?ET NOUS?IL FAUDRAIT SANS DOUTE REPENSER TOUT DE SUITE NOTRE GESTION DE LA NATURE.Iqaluit au Nunavik es huit millions de Québécois dépendent des rivières du Nord pour éclairer et chauffer leurs maisons.Le Québec produit en effet près de 100% de son électricité en faisant turbiner l\u2019eau accumulée par ses grands barrages.Et cette hydroélectricité compte pour 40% de notre approvisionnement énergétique.Le réchauffement climatique changera-t-il la donne?« Il va falloir s\u2019adapter!» répond René Roy, directeur général intérimaire du consortium de recherche Ouranos sur la climatologie et chargé de projets sur les changements climatiques à Hydro-Québec.Une température plus élevée et des précipitations plus importantes vont modifier la stratégie de gestion des centrales d\u2019Hy- dro-Québec, y compris celles du complexe en construction de La Romaine, sur la Côte-Nord.Le processus est déjà en cours.Il y a 20 ans, il neigeait en décembre à la centrale La Grande, à la baie James.Au- jourd\u2019hui, il pleut plus souvent et Hydro- Québec doit calibrer ses réservoirs pour accueillir cette eau.Étape cruciale, puisque l\u2019eau emmagasinée en décembre comble le pic de demande d\u2019électricité de millions de foyers en janvier.Auparavant, il fallait attendre la fonte des neiges au printemps pour remplir les réservoirs.En fait, avec plus d\u2019eau dans les rivières, le réchauffement climatique peut être aussi une bonne nouvelle pour industrialiser le Grand Nord.Une voie maritime praticable presque toute l\u2019année dans l\u2019océan Arctique va faciliter l\u2019accès aux minerais, au pétrole ou au gaz.Et il y a dans les rivières du Nunavik un potentiel hydroélectrique d\u2019environ 6750 MW soit la moitié du complexe de la baie James (13 000 MW) pour alimenter entre autres ces industries, grandes dévoreuses d\u2019énergie.Mais attention, prévient Caroline Larivée, responsable des projets de recherche liés aux impacts des changements climatiques sur les infrastructures et le bâti chez Ouranos : «On veut développer le Nord à un rythme accéléré, mais nous n\u2019avons pas toutes les connaissances voulues pour le faire.» Avant d\u2019envisager la construction de villages, de routes, de chemins de fer ou d\u2019aéroports, la première mesure à prendre dans les régions les plus nordiques du Québec est de déterminer où construire, explique Michel Allard, professeur au département de géographie de l\u2019Université Laval et grand spécialiste du pergélisol.Le pergélisol, en anglais permafrost, désigne le sol gelé en permanence.On peut construire dessus sans risques, car il est solide comme du béton.Cependant, comme 10% à 70% du volume de pergélisol est constitué de glace, selon sa composition (gravier, glaise ou autre), le réchauffement l\u2019altère et peut le transformer en véritable sable mouvant.Les recherches de Michel Allard menées à Salluit lui ont permis de mettre au point un «protocole de caractérisation du pergélisol».Salluit, c\u2019est ce petit village (1 300 habitants) du Nunavik où un affaissement de terrain dû à la dégradation du pergélisol a forcé, en 1998, l\u2019arrêt d\u2019un développement résidentiel et le démantèlement de 20 maisons.Le «protocole Allard» s\u2019appuie sur les données de cartes satellites ultra précises pour analyser la morphologie du terrain susceptible de receler de la glace.Il recourt aussi à des forages pour en déterminer le taux.Aujourd\u2019hui, les autorités 50 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 pays?de défis L Chaud devan L\u2019eau, le sol et la faune du Nord seront sévèrement affectés par les changements climatiques.Et notre potentiel hydroélectrique aussi.Par Nicolas Mesly Dans le village de Quaqtaq au Nunavik S T É P H A N E L E M I R E Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 51 ant! l\u2019effet albédo Le Nord du Québec: une des régions du monde les plus affectées par les changements climatiques.Le puissant simulateur de climats d\u2019Ouranos concocte ses prévisions d\u2019après la quantité de gaz à effet de serre produite par les activités humaines d\u2019ici 30 ans, 50 ans ou 80 ans.Les résultats qu\u2019il obtient sont sans équivoque : la température moyenne du Nord-du-Québec et des régions polaires grimpera de 4,5 °C à 6,5 °C d\u2019ici 2050.D\u2019où vient ce réchauffement accéléré?De l\u2019effet albédo, c\u2019est-à-dire au coefficient de réflexion très important de la surface blanche.Sans son couvert de glace, l\u2019océan Arctique absorbe la chaleur et, à son tour, fait fondre la glace.Et ça va vite.Rien qu\u2019au cours des 3 dernières années, la banquise polaire permanente a fondu passant de 12 000 km3 à 4 000 km3.Bientôt, l\u2019océan Arctique sera navigable une partie de l\u2019année, ouvrant la porte à l\u2019industrialisation. de Salluit disposent d\u2019une radioscopie détaillée de leur territoire municipal.Elles savent donc exactement où construire de nouvelles habitations, hors des zones de pergélisol instable.L\u2019Administration régionale Kativik (ARK) entend ainsi carto- graphier 13 des 14 villages du Nunavik, le quatorzième étant construit sur du roc.La dégradation du pergélisol exige aussi le développement de toute une ingénierie nordique déjà mise en application au Nu- navik.Les techniques et les technologies de construction doivent varier selon la nature des bâtiments et leur poids.Par exemple, les maisons reposent sur des pilotis, des pieux ou des vérins, à environ 1 m du sol.Le but: empêcher que la chaleur passe dans le pergélisol.Les constructeurs de route devront aussi prendre sérieusement le réchauffement climatique en considération.«En faisant des routes, on intercepte l\u2019eau et la neige qui ont un énorme effet pervers, car elles réchauffent le sol.Si en plus on les asphalte, on se trompe, car ce revêtement attire la chaleur», explique Guy Doré.Cet expert en ingénierie nordique à la faculté des sciences et de génie de l\u2019Université Laval est aussi responsable du programme canadien ARKULUK dont le nom signifie «routes endommagées» en inuktitut.Il planche sur des techniques de drainage et de refroidissement pour évacuer la chaleur, notamment sur un tronçon de la route de 3 km qui relie l\u2019aéroport au village de Salluit et que la fonte du pergélisol a transformée en montagnes russes.Selon les chercheurs, le pergélisol pourrait réserver de bien mauvaises surprises aux entrepreneurs, ingénieurs et compagnies minières, qui prévoient la construction de routes ou de chemins de fer, car ils le connaissent mal.«Les changements climatiques vont exiger des infrastructures spéciales et un entretien coûteux.Il est impossible de nier ce fait», insiste Caroline Larrivée.Outre le sol, les changements clima tiques vont aussi affecter la faune et la flore du Nord.Au premier chef, le caribou migrateur, traditionnellement indispensable à la sécurité alimentaire des communautés nordiques.Les nuées d\u2019insectes, la disponibilité des plantes en été, du lichen en hiver, la couche de neige, voilà autant de facteurs qui risquent d\u2019altérer les 6 000 km de son tracé migratoire.L\u2019augmentation de 30% à 40% des précipitations va entraîner de grandes débâcles au cours de printemps prévus plus chauds et plus hâtifs.«La noyade de 10 000 caribous en 1984 dans la rivière Caniapiscau 52 Québec Science | Avril ~ Mai 2013 Sommes-nous assez conscients des changements climatiques?Les Québécois et les Canadiens sont parmi les peuples les plus sensibilisés aux changements climatiques.Mais ceux qui n\u2019ont jamais mis les pieds dans le Nord ne réalisent pas à quel point le réchauffement est rapide.Comment cela se traduit-il concrètement?Dans les années 1990, j\u2019étais «climatosceptique», comme on dit aujourd\u2019hui.Mais je passe deux ou trois mois par année dans le Nord.Je suis bien forcé d\u2019admettre que la glace de mer fond beaucoup plus rapidement que les modèles de simulation climatique ne l\u2019avaient prévu.J\u2019ai constaté que le pergélisol fondait presque à vue d\u2019œil.Quantité de nouveaux petits lacs apparaissent.Les arbustes se répandent partout dans la toundra.La durée du temps de glace raccourcit.La neige arrive plus tard à l\u2019automne et fond plus tôt au printemps.Il pleut en hiver; les Inuits n\u2019avaient jamais vu ça.Et des glissements de terrain se produisent un peu partout à cause de la dégradation du sol.Quel rôle pourraient jouer les Autochtones?Depuis longtemps, le développement nordique est fondé sur l\u2019exploitation des ressources naturelles.La principale préoccupation de la presse et du public touche les redevances.Or, il y a un véritable clivage de responsabilité citoyenne entre nous et les peuples du Nord; un déficit énorme de fraternisation.Les Inuits du Nunavik et les Cris sont en train de produire leurs propres plans de développement.Ils veulent protéger ou valoriser certains secteurs.Ils veulent des redevances pour financer leur éducation.Ils veulent du tourisme.Il nous faut établir une stratégie commune pour bien vivre ensemble sur ce territoire.Il émerge aujourd\u2019hui une nouvelle société autochtone, mieux éduquée, et qui devra relever l\u2019énorme défi de sauter de plain-pied dans la modernité malgré un contexte de changements climatiques.Il faudra donc apprendre à mieux se connaître réciproquement?Le prochain défi du Nord se situe en effet plus dans l\u2019éducation que dans la fonte du pergélisol.N.M.Objectif : l\u2019éducatiOn Michel Allard, expert en pergélisol, enseigne au département de géographie à l\u2019Université Laval.Membre du consortium de recherche Ouranos sur la climatologie, il a collaboré à la rédaction du rapport De la science aux politiques publiques au Nunavik et au Nunatsiavut, publié l\u2019an dernier par ArcticNet, un réseau de chercheurs voué à l\u2019étude des impacts des changements climatiques et de la modernisation dans l\u2019Arctique canadien côtier.Glissement de terrain survenu dans le village d\u2019Umiujaq la côte est de la Baie d\u2019Hudson, au Nunavik.La cause : la fonte du pergélisol.D E N I S S A R R A Z I N / A R C T I C N E T à la baie James pourrait se répéter», dit Steeve Côté, professeur au département de biologie à l\u2019Université Laval et responsable d\u2019un projet de recherche sur la migration des caribous et l\u2019influence des changements climatiques chez Ouranos.Toutefois, il n\u2019est nul besoin d\u2019attendre pour se préoccuper de l\u2019avenir de ce cervidé.La population de caribous a récemment fondu de moitié.Elle est passée de 1 million à 500 000 têtes.La situation d\u2019un des deux troupeaux migrateurs, celui de la rivière George qui fréquente le Labrador et l\u2019est du Nunavik, est encore plus inquiétante.Sa population est passée de 800 000 têtes dans les années 1990 à 20 000 aujourd\u2019hui! «Cette catastrophe a des causes multiples : la pression d\u2019une telle population de caribous sur l\u2019habitat, les prédateurs comme les loups ou les ours noirs, la chasse, etc.», poursuit Steeve Côté, également fondateur du site internet Caribous Ungava destiné à renseigner le grand public sur le sort de cet animal.Le gouvernement de Terre-Neuve-et- Labrador vient de décréter l\u2019interdiction de la chasse sportive et autochtone sur son territoire pour les cinq prochaines années.Québec n\u2019a pas encore fait connaître sa décision.«Si on veut sauver l\u2019autre troupeau migrateur, celui de la rivière aux Feuilles qui vit dans l\u2019ouest du Québec, il est impératif de mieux connaître les raisons d\u2019un tel déclin, surtout dans un contexte de changement climatique», dit le chercheur.Mais l\u2019interdiction de la chasse est loin de faire l\u2019unanimité parmi les communautés autochtones.De plus, ces dernières ne comptabilisent pas le nombre de leurs prises, ce qui rend plus difficile la gestion des troupeaux.De son côté, un groupe de propriétaires de pourvoiries du Nord-du- Québec poursuit le gouvernement provincial pour l\u2019absence d\u2019un plan efficace de gestion.La chasse sportive prélève chaque année entre 17 000 et 25 000 bêtes, et rapporte 30 millions de dollars, selon un rapport du réseau scientifique ArcticNet.Autre espèce emblématique du Nord et cruciale dans le garde-manger des Autochtones : l\u2019omble chevalier.Ce poisson adore les eaux très froides et la hausse de température va chambouler son existence au point qu\u2019il pourrait disparaître de certains cours d\u2019eau.«Avec le concours d\u2019Ouranos, on essaie d\u2019anticiper quels seront les lacs et les rivières où le poisson pourra survivre d\u2019ici 50 ans, explique Michel Huneault, bio - logiste au ministère des Ressources natu - relles et de la Faune (MRNF).On n\u2019exclut pas la possibilité d\u2019introduire le poisson dans les milieux qui lui seront restés favorables.» QS Avril ~ Mai 2013 | Québec Science 53 Deux importants glissements de terrain ont eu lieu en septembre 1998, à Salluit, à cause du dégel du pergélisol.Le village en pleine expansion doit maintenant se construire à l\u2019écart des sols instables, indiqués en différentes nuances de bleu sur la carte.Le village de Salluit, dans le nord de l\u2019Ungava I S A B E L L E D U B O I S *2*>)B(39:6.692*+&A32)*:.:6* 92.59*&9132)*92*239:*00* 1&2.C6*)G*27*.,2*60&'*&98B)*7 4&=7&,*7)*0&&.*&1*792*2)63.83E :386*(3286.'98.327*6&79'78&28.*00*7&27 (3148*6(*59*:397*26*8.6*6*>&31 1.77.327(30&.6*(6.*).74*27*)*77*6:.(*7 B)9(&8.+7)946B7(30&.6*&97*(32)&.6*&.27.59G&9:397 @2386*B59.4**8.2:*78.77*>:397)&2792* *0G&2,0&.7 *8390*+6&2A&.77*0320*'*73.22397 &.1*6.327:3976*2(3286*> 986&.8*1*28)*'&7*46B:94&60* !7G&/398*28)*746.1*779'78&28.*00*7 )GB03.,2*1*28*8)*6B8*28.32&.27.59* )G&986*7&:&28&,*786C7&886&=&2870.B7 238&11*28&9.2(096*92*(34.*)*:386* (*68.+.(&839'6*:*8)G*27*.,2*1*28&:*( :386*&440.(&8.32 *74378*7(3286&(89*072B(*77.8*2892* 1&D86.7*)*0G&2,0&.749.759*(*780&0&2,9* 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