Québec science, 1 janvier 2014, Janvier-Février 2014, Vol. 52, No. 5
[" quEbEc SciEncE JANVIER - FÉVRIER 2014 QUEBECSCIENCE.QC.CA 40065387 6 , 4 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 20 FÉVRIER 2014 VOTEZ POUR VOTR E DÉCO UVERT E DE L\u2019A NNÉE.VOIR P AGE 2 7 AUX LIMITES DE LA CONSCIENCE L\u2019ÂGE VÉRITABLE DES ÉTOILES UN GUIDE POUR VOYAGER DANS LE CERVEAU LE DOUBLE JEU DE LA MORPHINE ET 6 AUTRES SUCCÈS QUÉBÉCOIS LES 10 DECOUVERTES DE L\u2019ANNEE 21e ÉDITION BATAILLE POUR UNE PLANÈTE LES GRANDS MOMENTS DE LA SCIENCE EN 2013 www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.VOUS VOUS OCCUPEZ DU GÉNIE.NOUS NOUS OCCUPONS DES PLACEMENTS.Gestionnaire des Fonds FÉRIQUE, des solutions d\u2019épargne-placement uniques créées à l\u2019initiative d\u2019un groupe d\u2019ingénieurs il y a près de 40 ans, Gestion FÉRIQUE demeure un partenaire indéfectible de la science et du génie.Nous sommes ?ers d\u2019être le partenaire of?ciel de l\u2019Ordre des ingénieurs du Québec pour les fonds de placement, et d\u2019offrir aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises toute notre expertise ?nancière pour bâtir leur indépendance ?nancière.Il y a des partenariats\u2026 Et il y a des partenariats de génie. quEbEc SciEncE JANVIER-FÉVRIER 2014 16 Un guide pour voyager dans le cerveau Des neurologues viennent de mettre au point une carte interactive du cerveau.Un genre de Google Maps qui leur permettra de trouver leur chemin dans le labyrinthe des neurones.20 Marquées à vie Les traumatismes vécus durant l\u2019enfance affectent à tout jamais les victimes de violence.Leur cortex cérébral en garde même les traces.22 L\u2019âge véritable des étoiles Les étoiles, on le sait, sont bien vieilles.Mais quel âge ont-elles vraiment?Des astronomes viennent de le découvrir, grâce aux images de galaxies en ébullition obtenues par le nouveau télescope ALMA.25 Cancer et globules blancs: liaisons dangereuses On l\u2019a mille fois constaté, les infections aggravent le cancer.Des chirurgiens viennent de comprendre pourquoi.28 Le gène qui fait mal au cœur Au terme d\u2019une immense enquête génétique, on a pu décoder les mécanismes à l\u2019origine d\u2019une grave maladie du cœur, la sténose aortique.À la clé?L\u2019espoir d\u2019un traitement préventif.32 La pêche au carbone Le carbone, qu\u2019on croyait emprisonné dans le sol des forêts québécoises, trouve le moyen de s\u2019échapper dans l\u2019atmosphère.34 Aux limites de la conscience Les scientifiques ont identifié une nouvelle forme de coma profond : un état mental jusqu\u2019ici inconnu.36 Le double jeu de la morphine Chez certaines personnes, non seulement la morphine n\u2019arrive-t-elle pas à calmer la douleur, elle l\u2019accentue.Les chercheurs ont trouvé la clé pour verrouiller ce traître mécanisme.41 Nanotechno pour méga résultats Les nanomatériaux hybrides sont à nos portes.Ils annoncent une véritable révolution énergétique.44 Un univers parallèle chez les protéines Le corps humain produirait quatre fois plus de protéines que ce qu\u2019on pensait.Une révélation qui ébranle la médecine et la biologie.Les 10 découvertes de l\u2019année pour la découverte de l\u2019année 2013 ! Détails en page 27 VOTEZ Où nous mène la science?Vers une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, certes.Mais elle nous conduit aussi à mettre au point des innovations qui changent d'année en année notre société.Le Québec en donne des exemples, qui sont autant de succès de recherche.En voici 10 qui constituent le cru de l'année 2013.Des articles de Marine Corniou, Anabel Cossette Civitella, Dominique Forget, Joël Leblanc et Binh An Vu Van P A G E C O U V E R T U R E : J G R O U P / I S T O C K P H O T O / F É 4 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 es néologismes scientifiques sont toujours des invitations à découvrir de nouvelles réalités.Un «neutrophile», un «cortex sensorimoteur» ou une ligne «isoélectrique» décrivent des choses dont on n\u2019avait aucune idée quand le premier dictionnaire a été rédigé.Si lire permet de voir évoluer sa langue, cela nous permet aussi de voir évoluer les connaissances.Il faut admettre que certains auteurs ne font pas toujours l\u2019effort pour bien se faire comprendre.Ils nous balancent des mots tirés à quatre épingles qui ne figurent habituellement pas dans les ouvrages de référence d\u2019usa - ge commun.Ils nous servent, dans les documents de certains ministères ou de certaines entreprises, d\u2019étonnantes phrases «narcissico- invraisemblables».Cette manière de «babé- liser» la langue nous place alors, nous lecteurs, dans une classe à part, pas loin des bêtas.À quoi bon nous user les yeux sur des textes en langue de bois ou en jargon?Nous ne devrions cependant pas nous laisser intimider, car la paresse intellectuelle à laquelle ce genre de platitudes textuelles nous pousse fait le jeu de l\u2019illettrisme.Et cela a déjà provoqué assez de ravages! Notons qu\u2019il y a aujourd\u2019hui bien moins d\u2019analphabètes que jadis; bien moins de gens qui ne peuvent signer qu\u2019en apposant leur X.Mais il y a de quoi être effaré par le fait qu\u2019une majorité de citoyens n\u2019ont qu\u2019une compréhension limitée des textes.Dans un rapport publié en octobre dernier, l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un organisme qui regroupe les pays développés, faisait remarquer que 53% des Québécois avaient du mal à lire correctement.Le Québec décroche ainsi le pire pourcentage au Canada (avec Terre-Neuve\u2013et\u2013Labrador).Le Conseil canadien de l\u2019apprentissage avait obtenu des résultats semblables à la suite du dernier recensement.Il les a transposés sur une carte coast to coast illustrant le niveau de littéra- tie \u2013 la capacité de lire et de comprendre un texte suivi \u2013 des citoyens.Cinq degrés ont été établis qui vont de 1 (des compétences très faibles) à 5 (des compétences supérieures).Pour se faire une idée plus claire, disons qu\u2019une personne «de niveau 2» saura à peine comprendre la posologie sur une bouteille d\u2019aspirine.Que voit-on sur cette carte?Un Québec qui rougit de son illettrisme.Il a raison d\u2019être gêné: la moitié de sa population se situerait à un niveau de lecture qui lui donne à coup sûr des maux (mais pas des mots!) de tête.Comment arriver à se comprendre avec une telle faiblesse de lecture?Quelle culture peut-on s\u2019offrir collectivement si on a autant de mal à lire?C\u2019est qu\u2019une pareille incompétence implique que la signification donnée aux mots et aux idées instillées par une phrase n\u2019est pas toujours reçue ou comprise pour ce qu\u2019elle est.Ainsi, on pourrait avoir du mal à saisir des effets de style comme l\u2019ironie, le cynisme ou le deuxième registre de langage d\u2019un texte.Quelle idée peut-on alors comprendre si on ne saisit pas bien le sens des phrases qui l\u2019expriment?Les populistes et les démagogues, habiles dans les tournures «punchées» faciles, sont-ils donc en voie de devenir nos penseurs influents?Dans ce cas, il ne nous restera qu\u2019à nous farcir l\u2019esprit de romans populaires et d\u2019humour de bas étage.Sol, un humoriste comme il n\u2019en existe plus, faisait de ses mots autant de balles de jonglerie.Il rappelait comment on pouvait faire tellement «plusse mieux» avec les mots.Il disait «ess- tradinaire» et on comprenait.Il pouvait dire «il y a de la fuite dans les idées» ou parler des «œufs limpides» et on comprenait.Il maîtrisait ce jeu d\u2019intelligence que permet l\u2019épanouissement de la langue.Ce jeu d\u2019intelligence qui nous donne envie de lire bien au- delà d\u2019un quelconque niveau 2.Et puis, ce Sol avait une clé: il respectait son public.Il n\u2019habitait ni une tour de Babel ni une tour d\u2019ivoire.Il invitait à une autre dimension de la langue.Cela nous demandait un petit effort d\u2019attention comme il en faut pour comprendre un vocabulaire original qui porte des idées nouvelles et un savoir inédit.Ne pas pouvoir accéder à ce plaisir intellectuel est un malheur humain.?QS Par Raymond Lemieux Billet La clé de Sol Plus de la moitié des Québécois n\u2019auraient pas les compétences pour pouvoir bien lire.C\u2019est le constat d\u2019un récent rapport sur l\u2019illettrisme de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques.Inquiétant.Car c\u2019est grâce à la langue que la culture, la science et la société évoluent.L La plus récente carte du Conseil canadien de l\u2019apprentissage.Plus le pourcentage de citoyens (16 ans et plus) qui ont du mal à comprendre un texte suivi est élevé, plus la teinte de la zone tire vers le rouge.Comme on le voit, on lirait donc mieux sous le ciel de l\u2019Ouest.LA CARTE DE LA LITTÉRATIE S O U R C E : I A L S S 2 0 0 3 E T R E C E N S E M E N T C A N A D A 2 0 0 6 aStrophySiquE 8 La bataille des planètes Deux équipes d\u2019astronomes, une franco-québécoise et une états-unienne, rivalisent pour la découverte de la première planète flottante de l\u2019Univers.Par Dominique Forget EntrEvuE 12 Éric Pineault : l\u2019économie n\u2019est pas une science Propos recueillis par Dominique Forget 4 BILLET La clé de sol Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE EURÊKA 57 Super-batteries! Par Joël Leblanc SUIVEZ LE GUIDE 60 Parlez-vous oiseau?Par Catherine Girard Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Anabel Cossette Civitella, Serge Bouchard, Catherine Girard, Joël Leblanc, Jean-Pierre Rogel, Binh An Vu Van Editing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Pierre Dubois, Owen Egan, Frefon, Christian Fleury, Philippe Jasmin, Katy Lemay, Aaron McConomy, Anthony Tremmaglia Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : janvier 2014 (511e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2014 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Enseignement supérieur, Recherche, Science et Technonologie.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 11 Jean-Pierre Rogel L\u2019homme, l\u2019anchois et l\u2019ITH\u2026 62 Serge Bouchard Fatima de Quévillon Nos chroniqueurs quEbEc SciEncE JANVIER-FÉVRIER 2014 VOLUME 52, NUMÉRO 5 Le visiteur de l\u2019Oural ~ Un bon en avant pour les Chinois ~ Vol en CSeries ~ Un bébé (trop?) parfait ~ 49,6°C au mois de janvier ~ Une viande qui ne fait pas mal ~ Casse-tête autour de vieux crânes « Occupation double » sur Mars ~ La porte de l\u2019enfer ~ L\u2019enfance de l\u2019Univers en photo C M C A A U D I T E D 48 La science qui a fait jaser en 2013 Un signe de soumission?\u2019entrevue avec l\u2019historien Jean- Claude Bologne («Le voile n\u2019est pas religieux», décembre 2013), a suscité de nombreuses réactions sur notre site inter net.Normand Bourgault, de Gatineau, se dit en total désaccord avec le raisonnement du chercheur interviewé.«La crucifixion est bien antérieure au catholicisme.Est-ce que cela fait que le crucifix n\u2019est pas un symbole religieux?[.] Le voile islamique, à n\u2019en pas douter, est un symbole religieux.Si M.Bologne comprenait le sens de ses propres propos, disant que \u201cl\u2019obligation de porter un voile physique est née d\u2019une lecture radicale du Coran [.]\u201d, il devrait conclure que d\u2019empêcher ce radicalisme est une démarche libertaire.Le port du voile islamique n\u2019a rien à voir avec la pudeur.C\u2019est un signe de soumission.Qu\u2019un otage qu\u2019on libère se sente perdu les premiers jours n\u2019est pas une raison suffisante pour le laisser croupir en captivité.Si libérer les gens, c\u2019est leur faire violence, serait-ce donc que l\u2019esclavagisme devrait être maintenu?C\u2019est là la démonstration que fait M.Bologne.» Marc Parent rappelle que les mœurs évoluent lentement.«Plutôt que de recourir à la coercition, il faut ouvrir le dialogue avec les nouveaux arrivants et parler d\u2019égalité.Et l\u2019égalité passe par l\u2019éducation.Surtout que, lorsqu\u2019on interdit une chose, les personnes brimées sont encore plus tentées de passer outre.Ce sont les phrases clés de l\u2019argumentation de M.Bologne.La tolérance et l\u2019ouverture vont nous amener beaucoup plus loin, et le voyage va être plus agréable.Les personnes brimées ont tendance à se radicaliser, interdire le voile va donc créer un effet pervers.Plus de femmes musulmanes vont le porter après l\u2019interdiction.En outre, l\u2019interdiction de porter un foulard pour une raison religieuse est inapplicable, sauf si on interdit à tou - tes les femmes de mettre un foulard, musulmanes ou pas.» Comme dans l\u2019temps! Dans son Spécial du temps des fêtes, publié le mois dernier, Québec Science a fait le point sur les antibiotiques administrés aux animaux d\u2019élevage.Dans Internet, notre texte complémentaire sur les hormones a interpellé Sylvain Lévesque.«Pourquoi ne pas revenir aux principes d\u2019antan?Décentraliser les productions, ramener l\u2019élevage en milieu urbain et ainsi répondre aux besoins.Il en va de même pour le beurre et le lait.Cela aurait pour effet d\u2019encourager l\u2019économie régionale, de créer des emplois dérivés et d\u2019avoir des produits sains.» Vive les cadeaux?Daniel Paquet - te est resté circonspect devant le calcul réalisé au sujet de la valeur des cadeaux («C\u2019est pas des cadeaux», décembre 2013).Il prend un autre point de vue.Ces cadeaux représentent, pour lui, des milliards de dollars injectés dans l\u2019économie qui ne le seraient pas autrement.«L\u2019échange de cadeaux supporte les liens sociaux et si ces pratiques se maintiennent, peut-être est-ce parce qu\u2019elles ont une fonction sociale insoupçonnée.Alors, avant de jeter le bébé avec l\u2019eau du bain\u2026» L\u2019anorexie a plusieurs visages L\u2019entrevue avec le docteur Jean Wilkins («L\u2019anorexie : l\u2019adolescence assiégée», novembre 2013), publiée dans notre numéro de novembre, a fait réagir Delphine Hansen.«Je suis outrée par les généralisations [.] dans cet article.Le docteur Wilkins mentionne [.] que l\u2019anorexique \u201cest une jeune femme qui performe dans tous les domaines.Elle ne touche pas à la drogue ni à l\u2019alcool; elle ne rate jamais un examen à l\u2019école; elle fait du sport; elle ne sort pas.[.]\u201d.» En réalité, dit-elle, l\u2019anorexie se manifeste bien «différemment chez chacune et peut être également causée par un malaise psychologique relié à l\u2019estime de soi et non seulement au perfectionnisme mental».Elle poursuit : «Ayant moi-même fréquenté pendant six mois des hôpitaux dans les services de troubles alimentaires, j\u2019ai eu l\u2019occasion [.] de constater nombre de cas aussi différents les uns que les autres, mêlant drogues, mauvaises notes, histoires de garçons, sexualité débridée et tous les autres clichés de l\u2019adolescent imparfait.» Merci à elle de nous avoir fait part de son expérience.Oups! Ce n\u2019est pas l\u2019air qui voyage à 340 m/s dans les tuyaux d\u2019un orgue, mais bien l\u2019onde sonore («Orgue et délices», octobre 2013).Les molécules d\u2019air vibrent, mais ne se déplacent pas latéralement.Merci à notre lecteur Laurent Allen-Guérard pour cette précision.?QS 6 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre «Les personnes brimées ont tendance à se radicaliser, interdire le voile va donc créer un effet pervers.» R I A N O V O S T I / S P L B R U C E R O B E R T S L ALON AME ES =r Uz COMPLEXES NT 7 _ \u2014 \\\\ \u2026 | Bravo, ad Florin Amzica, qui 0 EN EX end DUAL NOTICE 1 eme = 3 inconnu: celui \u201cdes\u201d (1 ESET N.À IL TONE Et ETI REL profond, dans lequel | TX cerveau EX encore\u2019 FY GK et 11} pourrait S\u2019 avérer thérapeutique$ Nous sommes tres fiers de nos chercheurs et chercheuses®qui préparent l\u2019avenir.Tout ce que nous faisons à l\u2019Université de Montréal\u2019nous le VLAN CALE self lelfie faisons en pensant a demain.Et nous le faisons ar bi i rile al pour toute la société.= és ACNE de Selassie / a tere ) L \u2014 er rere mee campus Montreal & LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS actualites Deux équipes d\u2019astronomes, une franco-québécoise et une états-unienne, rivalisent pour la découverte de la première planète flottante de l\u2019Univers.Par Dominique Forget 8 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 Voici la planète CFBDSIR2149, telle qu\u2019imaginée par un artiste.En réalité, les photos obtenues par les astrophysiciens ne sont pas si nettes.Puisque les planètes flottantes ne tournent pas autour d\u2019une étoile, elles ne peuvent réfléchir de lumière.tienne Artigau a esquissé un léger sourire quand il a épluché les nouvelles scientifiques, le mois d\u2019octobre dernier.Une équipe états-unienne, annon- çait-on, avait découvert la toute première planète flottante de l\u2019Univers.Baptisée PSO J318.5-22, elle n\u2019était en orbite autour d\u2019aucune étoile et voguait librement dans l\u2019espace.On soupçonnait depuis une dizaine d\u2019années l\u2019existence de telles planètes, mais aucune n\u2019avait encore été identifiée à ce jour.Pourquoi le sourire d\u2019Étienne Artigau?Parce que, un an plus tôt, son équipe de l\u2019Université de Montréal, en collaboration avec des chercheurs de Grenoble, avait aussi rapporté avoir découvert la toute première planète flottante de l\u2019Univers.Il s\u2019agissait d\u2019un autre objet céleste et le groupe franco-québécois l\u2019avait baptisé CFBDSIR2149.«La course aux superlatifs est forte en astronomie, s\u2019amuse Étienne Artigau.Ça sonne bien de dire qu\u2019on a trouvé la planète la plus lointaine, la plus vieille, la plus froide.Ou la première planète d\u2019un nouveau genre.Ça fait de beaux titres dans les journaux.» Étienne Artigau ne prête pas de mauvaise intention à Michael Liu, l\u2019astronome de l\u2019université d\u2019Hawaii qui a annoncé la découverte de PSO J318.5- 22, et avec lequel il a collaboré dans le passé.«Ce n\u2019est sûrement pas lui qui a claironné qu\u2019il avait découvert la première planète flottante, avance-t-il.Proba - blement que les journalistes se sont emportés en communiquant la nouvelle.» Il admet du même souffle que son collègue états-unien, une véritable star de l\u2019astronomie, aime bien les feux de la rampe et qu\u2019il ne s\u2019est probablement pas empressé É E S O / L .C A L Ç A D A / P .D E L O R M E / R .S A I T O / V V V C O N S O R T I U M de corriger l\u2019«erreur» rapportée dans les journaux.Joint par téléphone à son observatoire d\u2019Hawaii, Michael Liu ne parle pas d\u2019«erreur».Pour lui, tout est une question d\u2019interprétation.«Les deux objets célestes sont intéressants mais, dans le cas de la découverte franco-québécoise, ce n\u2019est pas certain qu\u2019on puisse parler d\u2019une planète, estime-t-il.Les astronomes de France et de Montréal n\u2019ont pas pu mesurer exactement la distance qui sépare leur objet de la Terre.Ils l\u2019ont plutôt estimée.Du coup, l\u2019âge, la température et la masse de l\u2019objet ne peuvent pas être calculés avec exactitude.» L\u2019équipe franco-québécoise évalue que l\u2019âge de CFBDSIR2149 se situe entre 50 et 120 millions d\u2019années.Sa température avoisinerait les 440 °C et sa masse serait comprise entre 4 et 6 fois celle de Jupiter.«Lorsque la masse excède 13 fois celle de Jupiter, on ne parle plus d\u2019une planète, mais d\u2019une naine brune, ces objets célestes qui sont trop massifs pour être des planètes géantes, mais pas assez pour être des étoiles», explique Étienne Artigau, qui maintient que CFBDSIR2149 est bel et bien une planète.La planète détectée par l\u2019équipe de Michael Liu, elle, s\u2019est formée il y a 12 millions d\u2019années.Sa température est de 1 100 °C et sa masse équivaut à 6 fois celle de Jupiter.«Dans notre cas, on est certain», renchérit-il.Ces deux objets célestes, qu\u2019ils soient des planètes ou non, ont plusieurs points en commun.Il semble que tous les deux soient nés, comme les étoiles, dans une nébuleuse semblable à celle d\u2019Orion, de laquelle ils auraient été éjectés.Par ailleurs, les deux objets semblent avoir toutes les caractéristiques des planètes tournant autour d\u2019étoiles.«La plupart des exoplanètes connues à ce jour orbitent autour de soleils de moins de 200 millions d\u2019années, très brillants, ce qui rend impossible leur observation directe», explique Michael Liu.Les deux objets flottants récemment découverts, parce qu\u2019ils ne sont pas masqués par la lumière d\u2019une jeune étoile, permettront d\u2019aller voir de plus près à quoi peuvent ressembler les exoplanètes.«Finalement, qu\u2019importe qui a été le premier découvreur, poursuit Michael Liu.Ce qui compte, c\u2019est qu\u2019on fait avancer la science.» ?QS Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 9 UNE MOUCHE ARTIFICIELLE Il n\u2019a pas de beaux yeux globuleux à 3 000 facettes comme une mouche domestique, mais ce petit robot volant de 3 cm de long est une merveille de micro-technologie.C\u2019est de fait le plus petit drone jamais fabriqué.Mis au point à l\u2019université Harvard, il a fait l\u2019objet d\u2019une publication dans la revue Science.Ce sont ses deux ailes (qui battent 120 fois à la seconde et qu\u2019on peut désynchroniser si on veut programmer de difficiles mouvements de vol, comme le tangage), sa légèreté (80 mg seulement, grâce à la fibre de carbone) et sa capacité à se faufiler dans de petits espaces, qui l\u2019apparentent à la mouche.Vous ne risquez pas d\u2019en apercevoir de sitôt autour de votre bol à fruits, car le prototype fonctionne pour le moment avec un fil à la patte.Les ingénieurs travaillent cependant à produire une version télécommandée.Gare aux rubans anti-mouches pendouillant du plafond ou aux tue-mouches électriques qui grillent illico les insectes! LE VENT TOURNE À FUKUSHIMA Le Japon a inauguré en mer une première éolienne au large de Fu- kushima, à une vingtaine de kilomètres des réacteurs nucléaires gravement endommagés par le tsunami de 2011.D\u2019une hauteur de 100 m, flottant sur une plate- forme ancrée au fond de l\u2019océan, elle doit fournir l\u2019énergie à 1700 foyers.D\u2019ici 2020, le site devrait en compter 139 de plus, pour produire une quantité d\u2019énergie équivalente à celle générée par un réacteur nucléaire.Le pays du Soleil levant est très faiblement doté en ressources énergétiques et ses 50 réacteurs nucléaires sont actuellement arrêtés, en attendant une inspection de sécurité.En revanche, le Japon possède un littoral deux fois plus long que celui des États-Unis.Selon certaines simulations réalisées à l\u2019université de Tokyo, l\u2019exploitation de l\u2019énergie éolienne en haute mer pourrait générer 1 570 gigawatts d\u2019électricité, soit 8 fois la production actuelle du pays.Les sceptiques font valoir que ces estimations font fi de la fluctuation des vents, de l\u2019opposition attendue des pêcheurs et des perturbations causées au trafic maritime.Les coûts pèsent aussi dans la balance.La facture pour la construction des 3 premières éoliennes est estimée à plus de 20 000$ le kilowatt, près de 8 fois le coût de construction d\u2019une éolienne terrestre.La durée de vie des pales est évaluée à 20 ans, mais Shimizu, la compagnie qui les construit, a prévenu qu\u2019il était impossible de prédire avec certitude combien de temps elles pourront fonctionner. 10 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 ACTUALITÉS > UN FERMONT AU GROENLAND Le Groenland a accordé sa première grande concession minière.L\u2019heureuse élue est la compagnie britannique London Mining qui compte exploiter un gisement de fer à 150 km au nord-est de la capitale, Nuuk.La mine à ciel ouvert, qui sera baptisée Isua, doit produire 15 millions de tonnes de concentré par année, soit environ l\u2019équivalent de la production de la mine d\u2019Arcelor- Mittal à Fermont, sur la Côte-Nord du Québec.En plus d\u2019aménager la mine, London Mining doit construire une piste d\u2019atterrissage, une route de 105 km et un port en eau profonde.Elle prévoit embaucher de 1 000 à 3 000 travailleurs, selon les phases du projet de construction.La majorité d\u2019entre eux seront chinois, a indiqué la compagnie, qui souhaite ainsi réaliser des économies salariales.Durant la phase d\u2019opération, 810 personnes devraient être à l\u2019emploi de la mine et 55% d\u2019entre elles pourraient être groenlandaises.Le gouvernement social-démocrate du Groenland, au pouvoir depuis mars 2013, avait promis, lors de sa campagne électorale, de tirer profit de l\u2019intérêt des compagnies étrangères pour les ressources naturelles de l\u2019île.À l\u2019heure actuelle, ses 56 000 habitants dépendent largement de la pêche et des subsides versés par Copenhague.London Mining devrait verser au gouvernement des redevances de 1% au cours des 5 premières années d\u2019opération; de 3% au cours des 5 années suivantes; de 4% pour les années 11 à 15; et de 5% à partir de la 16e année.Les groupes environnementaux, dont le Fonds mondial pour la nature (WWF) au Danemark, s\u2019inquiètent du manque de transparence de la compagnie.Sur son site internet, London Mining se contente d\u2019écrire que le projet Isua «n\u2019aura pas d\u2019impacts environnementaux».La barre symbolique des 1000 exo - planètes a été franchie en octobre dernier, selon l\u2019Encyclopédie des planètes extrasolaires, une base de données gérée par l\u2019Observatoire de Paris.Depuis que la première de ces planètes a été repérée hors du Système solaire en 1992, le compteur s\u2019emballe.Rien qu\u2019en 2013, ce sont plusieurs centaines de «nouveaux mondes» qui se sont ajoutés à la liste.Pour la plupart, ils ont été découverts par le télescope spatial Kepler, hors service depuis mai 2013.Leur carte d\u2019identité?Près de 90% de ces planètes sont des géantes gazeuses, avec une masse supérieure de 10 à plus de 50 fois celle de la Terre.Les planètes dont la masse est proche de celle de la nôtre, vraisemblablement rocheuses, représentent moins de 15% des découvertes à ce jour.En tout, seules 12 d\u2019entre elles sont considérées comme habitables.Mais une nouvelle étude publiée dans PNAS avance que ces planètes lointaines pourraient être bien plus nombreuses que prévu.Selon les auteurs, de l\u2019université de Californie à Berkeley, on trouverait des planètes rocheuses autour de 22% des autres soleils de notre galaxie.Si on fait le calcul, cela représente au moins 2millions d\u2019autres «terres» situées dans une zone de température compatible avec la vie.De quoi redonner le sourire à ceux qui attendent un signe des extraterrestres.TOUT COMPTE FAIT > > À TOUT ROMPRE Avec ses vents à 315 km/h, et des pointes à près de 380 km/h, le typhon Haiyan qui a dévasté les Philippines au mois de novembre a atteint une puissance qui n\u2019avait jamais été mesurée.Les rafales ont été telles que certains climatologues proposent maintenant d\u2019ajouter un sixième échelon à l\u2019échelle de Saffir-Simpson qui permet de classifier les cyclones tropicaux selon la vitesse de leurs vents.Une augmentation d\u2019une trentaine de kilomètres à l\u2019heure fait normalement passer un cyclone à une classe supérieure.Or, l\u2019échelon 5, le plus élevé actuellement, est atteint lorsque les vents soufflent à 250 km/h.Cette proposition fait écho à la décision du Bureau météorologique australien qui, en janvier 2013, a décidé d\u2019ajouter une nouvelle couleur, le violet, aux cartes de températures pour tenir compte des récentes mesures supérieures à 50 °C.L O N D O N M I N I N G N O A A Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 11 \u2019homme est au même niveau que l\u2019anchois dans la chaîne alimentaire», pouvait-on lire dans les quotidiens au début de décembre dernier.Ou encore : «L\u2019homme et l\u2019anchois, même combat!» Difficile de manquer de tels titres.Ils coiffaient la présentation d\u2019une recherche de biologistes français qui, pour la première fois, ont attribué aux humains un niveau trophique.C\u2019est l\u2019Indice trophique humain ou ITH.Publié dans la revue PNAS, l\u2019article ne manque pas d\u2019intérêt.Mais, parce que la couverture médiatique a été plutôt superficielle dans l\u2019ensemble, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on en a surtout retenu cette idée-choc que l\u2019homme est l\u2019égal de l\u2019anchois dans la chaîne alimentaire; donc, que nous ne sommes pas de su- per-prédateurs.Cette interprétation entretient une confusion.En fait, l\u2019homme est bien un super-prédateur, même si, par son régime alimentaire, il se situe à un niveau intermédiaire du système trophique; pas au sommet.Cependant, là n\u2019est pas là l\u2019intérêt de l\u2019ITH.Ici, quelques rappels sont utiles.Le niveau trophique est une notion écologique de base, qui détermine la position d\u2019une espèce dans la chaîne alimentaire.Il représente donc le nombre d\u2019intermédiaires entre les producteurs primaires, qui sont au niveau 1, et leurs prédateurs.Ainsi, les végétaux, premiers producteurs de matières organiques, appartiennent au premier niveau trophique.Les herbivores, consommateurs des végétaux, se situent au deuxième niveau.Les carnivores, des prédateurs se nourrissant d\u2019herbivores, relèvent quant à eux des niveaux 3 à 6.L\u2019indice trophique est utilisé dans l\u2019étude des relations proies-prédateurs et des flux d\u2019énergie dans les écosystèmes.Or, bien qu\u2019il soit connu pour presque toutes les espèces étudiées, il n\u2019avait jamais été calculé pour l\u2019homme.En utilisant les données de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO) sur la consommation humaine pour la période 1961-2009, les chercheurs français ont calculé un niveau trophique de 2,2 pour l\u2019homme.Ce n\u2019est pas très surprenant.La diète humaine étant assez diversifiée et comprenant une part de végétaux, on pouvait penser en effet que l\u2019indice se situait quelque part entre 2 et 4, mais certainement pas à 5 ou 6 \u2013 du moins pour l\u2019homme moderne.Une partie de la confusion des médias semble venir d\u2019une phrase du communiqué de presse de l\u2019Institut français de recherche pour l\u2019exploitation de la mer (Ifremer), qui commente l\u2019ITH de la manière suivante : «Ce 2,2 est un résultat surprenant puisque c\u2019est un niveau proche d\u2019un anchois ou d\u2019un cochon, et bien loin de celui que peut atteindre un prédateur supérieur (5,5 pour l\u2019orque).» Voilà une phrase accrocheuse, mais ambigüe, qui attire l\u2019attention sur une question secondaire.Dans le même ordre d\u2019idées, il aurait été pertinent d\u2019ajouter que l\u2019orque partage son indice trophique avec des créatures très humbles comme certains insectes nécrophages, par ailleurs situés très bas dans la chaîne alimentaire.En résumé, que l\u2019ITH soit proche de celui de l\u2019anchois ou du cochon n\u2019est ni surprenant ni important.Alors, en quoi l\u2019ITH et cette étude inno- vent-ils?C\u2019est dans l\u2019analyse de la pression de l\u2019homme sur les écosystèmes.Appuyé sur les données comparatives de la FAO, cet indice permet de comparer les pays entre eux et de suivre l\u2019évolution de leurs régimes alimentaires.Par exemple, le Burundi a le score le plus bas, avec un ITH de 2,04, pour une alimentation composée essentiellement de végétaux.À l\u2019autre extrême, l\u2019Islande obtient un score de 2,54, ce qui reflète un régime assez carnivore (riche en poissons, en l\u2019occurrence).Ce qui est significatif, c\u2019est que l\u2019ITH soit globalement en augmentation de 3% depuis 1961.Pour les chercheurs, cela reflèterait la forte augmentation de la consommation de viande de la Chine et de l\u2019Inde.Dans les pays industrialisés, par contre, cette consommation a diminué pour des raisons de santé \u2013 c\u2019est le cas du Canada \u2013, et l\u2019indice est à peu près stable ou en légère diminution depuis 40 ans.Cela ne compense toutefois pas pour l\u2019augmentation dans les pays émergents; si bien qu\u2019il en résulte une pression accrue sur les écosystèmes.Des chercheurs comme Daniel Pauly de l\u2019université de Co- Par Jean-Pierre Rogel L\u2019homme, l\u2019anchois et l\u2019ITH\u2026 Où se situe l\u2019homme dans la chaîne alimentaire ?Au même niveau que l\u2019anchois et le cochon, selon une récente étude.Comique?Pas tellement, si on se penche sur la signification écologique de ce résultat.Les carnets du vivant «L F R E F O N lombie-Britannique, un des grands spécialistes des ressources marines, l\u2019affirment depuis longtemps : notre consommation, particulièrement de grands poissons, est dévastatrice et insoutenable pour les écosystèmes aquatiques.Il nous faut nous tourner par exemple vers les petits poissons, qui abondent dans la chaîne alimentaire et représentent moins de gaspillage ou de pertes énergétiques.Rappelons que, pour faire un kilogramme de vache, il faut 10 kg de maïs.Et que manger 1 kg de thon ou de requin équivaut à prélever 10 000 kg de plancton.Pas question évidemment de manger du plancton; mais se nourrir de petits poissons, d\u2019insectes ou encore de méduses est tout à fait envisageable.C\u2019est d\u2019ailleurs le titre du dernier livre de Pauly, qu\u2019il signe avec le Français Philippe Cury, de l\u2019Institut de recherche pour le développement (IRD): Mange tes méduses! (Éditions Odile Jacob, 2013).En définitive, cela me paraît l\u2019aspect le plus important de l\u2019ITH.Comme quelques autres indices novateurs, et au même titre que les analyses provocantes de Pauly, il nous incite à mesurer l\u2019impact de notre consommation sur l\u2019extraction des ressources naturelles.Maintenant que nous sommes près de 9 milliards d\u2019humains, c\u2019est une impérieuse nécessité.?QS 12 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 ACTUALITÉS > Au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis, des étudiants universitaires en économie se soulèvent et dénoncent ne pas être exposés aux courants de pensée hétérodoxes dans leur discipline.Au Québec, les étudiants sont-ils mieux servis?Pas du tout.Il y avait quelques économistes qu\u2019on aurait pu qualifier d\u2019alternatifs à l\u2019UQAM, mais ils ont graduellement pris leur retraite.Aujourd\u2019hui, les profs dans nos facultés sont à peu près tous de l\u2019école néoclassique.Ils défendent le libre marché et réfutent toute intervention pour le réguler.L\u2019histoire de la pensée économique n\u2019est plus enseignée, sauf dans les cours à option.Les étudiants peuvent compléter leur baccalauréat sans entendre parler de Marx ou de Keynes.Pourtant, les outils qui émanent des écoles de pensée de ces derniers sont les seuls qui peuvent aider à expliquer la stagnation actuelle.Les économistes néoclas- siques considèrent que le non-emploi durable, ça ne peut pas exister.Il n\u2019empêche que c\u2019est ce qu\u2019on vit aux États-Unis et en Europe.Les facultés de sciences économiques bloquent-elles systématiquement les candidatures des professeurs hétérodoxes?C\u2019est plus subtil que cela.Les grandes revues scientifiques sont dominées par les économistes néoclassiques.Ceux qui défendent des idées contraires sont condamnés à publier dans des revues qui sont considérées de seconde zone, dont le facteur d\u2019impact est moins élevé.Lorsque vient le moment de faire une demande de subvention de recherche à un organisme qui distribue des fonds publics, ça nuit au dossier du chercheur.Et sans subvention, ça devient compliqué de décrocher un poste.S\u2019il y avait eu plus de diversité dans les facultés d\u2019économie, aurait-on pu prévenir la crise de 2008?Le premier article qui décrivait comment allait se dérouler la crise bancaire et financière, je l\u2019ai lu en 2005, sous la plume de Gerald Epstein, un professeur d\u2019économie de l\u2019université du Massachusetts à Amherst.Cette université regroupe plusieurs économistes hétérodoxes.Malheureusement, leur voix est noyée par celles de tous les autres.Êtes-vous optimiste pour l\u2019avenir de la discipline?Malheureusement, non.Au cours des 20 dernières années, la pensée en sciences économiques s\u2019est cristallisée autour d\u2019un noyau dur.Cette année, on a remis le prix Nobel d\u2019économie à Eugene Fama qui défend mordicus la liberté des marchés et s\u2019oppose à toute régulation.Et ça, seulement cinq ans après la crise! Propos recueillis par Dominique Forget L\u2019économiE n\u2019Est pas unE sciEncE E n t r e v u e En principe, les scientifiques sont censés se remettre constamment en question.Ils confrontent leurs théories à l\u2019expérience pratique et apprennent de leurs échecs.Or, les professeurs de sciences économiques échappent de plus en plus à ces exigences, déplore Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l\u2019Univer - sité du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste des questions économiques.Les facultés universitaires, au Québec comme ailleurs, sont noyautées par les chantres de la pensée néolibérale qui défendent les vertus du libre marché et refusent les courants de pensée contraire.B I L D A G E N T U R - O N L I N E / O H D E / S P L PÉRIL JAUNE Le Kraft Dinner ne sera plus le même.La tartrazine \u2013 le E102 dans la liste des ingrédients \u2013 a été bannie de cette préparation de macaroni.La rumeur, entretenue par une pétition de 400000 signatures, associait ce colorant artificiel au développement de troubles de l\u2019attention chez les enfants.C\u2019est ce E102 qui donnait la couleur jaune aux célèbres pâtes.C\u2019est maintenant un mélange d\u2019épices comprenant le paprika et le curcuma qui donnera la nouvelle couleur \u2013 moins jaune \u2013 au plat.La compagnie Kraft promet que cela ne changera rien au goût. Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 13 L\u2019annonce officielle de la NASA est tombée le 4 décembre : la comète ISON n\u2019est plus.Le 28 novembre, date à laquelle elle contournait le Soleil, elle n\u2019est pas réapparue devant les caméras des sondes solaires STEREO et SoHO.Retransmise sur NASA TV et suivie partout dans le monde, grâce aux réseaux sociaux, la course folle s\u2019est arrêtée net.«La comète a été pulvérisée, et les restes du noyau sont invisibles», a confirmé Karl Battams, directeur de la Campagne d\u2019observation de la comète ISON de la NASA.Pour les 32 000 personnes qui suivaient l\u2019événement en direct sur Google+, la déception a été de taille.Si la comète s\u2019était contentée de fondre un peu plus sans exploser, ISON nous aurait offert un beau spectacle de fin d\u2019année! Mais depuis sa découverte, en septembre 2012, elle a tout de même laissé de beaux cadeaux : «Des données parmi les plus complètes et précises de l\u2019histoire de l\u2019astronomie cométaire», selon Karl Battams.Saguenay Trois-Rivières Gatineau Québec Rouyn-Noranda Montréal Rimouski Un réseau de 10 grandes www.uquebec.ca » 360 groupes et laboratoires de recherche, dont 156 chaires de recherche » 297 millions de dollars en subventions et contrats de recherche universités avant-gardistes 94 000 étudiants ISON aura frôlé le Soleil d'un peu trop près\u2026 La voici trois jours avant sa disparition, croquée par la sonde solaire STEREO.REPOSE EN PAIX, ISON 14 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 A A R O N M C C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M Les 10 découve r Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 15 e rtes de L\u2019année Où nous mène la science?Vers une meilleure compréhension des choses, d\u2019abord.Mais elle nous conduit aussi à mettre au point des innovations qui changent continuellement notre société.Depuis les découvertes fondamentales jusqu\u2019aux applications, la route est longue et sinueuse.C\u2019est en bonne partie la persévérance et l\u2019ingéniosité des chercheurs qui nous permettent, petit à petit, d'en arriver à ces progrès de connaissances.Ce sont toutes ces étapes de la recherche que Québec Science tient à célébrer chaque année, en sélectionnant 10 travaux québécois exceptionnels.Innovants ou pragmatiques, les 10 succès de recherche de l\u2019année 2013 ont été choisis parmi près de 80 candidatures, par un jury constitué de journalistes et de scientifiques.Ils soulignent la créativité des chercheurs québécois dans des domaines aussi variés que l\u2019astronomie, le génie, l\u2019écologie ou la médecine.Des articles de Marine Corniou, Anabel Cossette Civitella, Dominique Forget, Joël Leblanc et Binh An Vu Van.QUELLE SERAIT, SELON VOUS, LA DÉCOUVERTE SCIENTIFIQUE 2013 AU QUÉBEC?C\u2019est maintenant à votre tour de voter pour la découverte de l\u2019année, celle qui vous touche, vous impressionne ou vous inspire le plus.Rendez-vous sur le site www.quebecscience.qc.ca! Détails en page 27 Notre jury L\u2019équipe de Québec Science était soutenue par Vincent Allaire, agent pour les médias au Centre canadien science et médias; Martin Brouillette, professeur au département de génie mécanique de l\u2019Université de Sherbrooke et lauréat du Prix du public des découvertes de l\u2019année 2012; Robert Lamontagne, chercheur au département de physique de l\u2019Université de Montréal et directeur exécutif de l\u2019observatoire du Mont-Mégantic; Louis Lefebvre, professeur au département de biologie de l\u2019Université McGill; Anne-Laure Nouvion, directrice de la revue Médecine Sciences Amérique; Chantal Srivastava, journaliste au magazine Les années-lumière à Radio-Canada et Normand Voyer, professeur au département de chimie de l\u2019Université Laval. igBrain.Comme big bang.Comme Big Science, ça sonne gros, ça annonce de grandes choses.BigBrain c\u2019est le nom d\u2019une représentation graphique 3D extrêmement fine de l\u2019encéphale qu\u2019ont mise au point le spécialiste en neuro-ima- gerie Alan C.Evans et ses collègues de l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal, en partenariat avec une équipe du Centre de recherche de Jülich, en Allemagne.Cinquante fois plus précise que les cartes réalisées grâce à la résonance magnétique, BigBrain a une résolution de 20 micromètres \u2013 ce qui s\u2019approche de la taille d\u2019une cellule.En juin dernier, l\u2019équipe publiait un article sur le sujet dans la revue Science.La nouvelle a provoqué un véritable engouement: le texte a été téléchargé près de 14 000 fois! Le professeur Evans est encore sous l\u2019effet de la surprise.Et dire que cette nouvelle façon de cartographier, qui s\u2019avérera sans doute indispensable aux neurochirurgiens, n\u2019en est qu\u2019à ses débuts.L\u2019histoire de BigBrain commence en 2006, quand les chercheurs allemands Des neurologues viennent de mettre au point une carte interactive du cerveau.Un genre de Google Maps qui leur permettra de trouver leur chemin dans le labyrinthe des neurones.Par Anabel Cossette Civitella 16 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC B voyager dans le cerv e Un GUide poUr Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 17 C E N T R E D \u2019 I M A G E R I E C É R É B R A L E , L \u2019 I N S T I T U T N E U R O L O G I Q U E D E M O N T R É A L , U N I V E R S I T É M c G I L L v eau de Jülich s\u2019attaquent au problème de la représentation graphique du cerveau.Ils prélèvent le cerveau du cadavre d\u2019une sexagénaire.Après avoir coulé l\u2019organe dans la paraffine, ils le découpent à l\u2019aide d\u2019un microtome, sorte de trancheuse extrêmement précise.Ils obtiennent 7 404 rondelles de 20 micromètres d\u2019épaisseur.Plus fines qu\u2019un cheveu! Puis ils numérisent les tranches de cerveau au scanner.Deux ans de travail minutieux.Une fois colligées toutes les données recueillies par les experts allemands, l\u2019équipe de Montréal entre en scène.C\u2019est la deuxième phase du projet.Les chercheurs transforment la série de tranches numérisées en un modèle virtuel.« Il y avait une quantité incroyable d\u2019informations! En clair, un téraoctet de données.C\u2019était un véritable bordel, rigole le spécialiste en neuro-imagerie.Nous n\u2019avions pas réalisé que ce serait si long à traiter.» Le premier problème auquel ils se bu - tent, c\u2019est que les tranches sont tellement minces qu\u2019elles se plient, s\u2019étirent ou se déchirent.Résultat : beaucoup de manipulations et plusieurs trous dans les images numérisées.Au point qu\u2019il faut dessiner certaines parties au moyen d\u2019un logiciel, comme avec Photoshop \u2013 bien connu des gra phistes \u2013, ou faire appel à l\u2019interpolation, c\u2019est-à-dire reconstruire une section manquante à partir de la moyenne des images adjacentes.Après moult ajustements, le cerveau apparait enfin en 3D.Maintenant, on veut pouvoir s\u2019y balader, suivre les neurones comme on le ferait dans les rues d\u2019une ville au moyen de Google Maps.Pour cela, les scientifiques ont procédé à une décomposition hiérarchique.«Lorsqu\u2019on zoome sur une carte virtuelle, l\u2019image est floue, explique Alan C.Evans.Elle devient claire uniquement quand on arrête de zoomer.C\u2019est exactement de cette manière que fonctionne BigBrain.Et nous, on le fait en 3D.» Une innovation rendue possible grâce au savoir-faire de Louis Borgeat, concepteur de logiciels au Conseil national de recherches Canada.Le nouvel outil est déjà accessible gratuitement sur le Web pour les chercheurs du monde entier.Prochaine étape?«Voir le cerveau cellule par cellule», répond l\u2019explorateur.?QS 1100, rue Notre-Dame Ouest (angle Peel), Montréal Bonaventure www.etsmtl.ca 4 ans ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE DIMANCHE 26 JANVIER 2014 DE 10 H À 17 H Information sur les programmes d\u2019études en génie et les programmes de bourses Conférences sur les programmes de cycles supérieurs Démonstrations des prototypes étudiants (sous- marin à propulsion humaine, robots, voiture solaire, etc.) Rencontres avec des étudiants, des professeurs et des chercheurs passionnés Visites de l\u2019École et de laboratoires PORTES OUVERTES À L\u2019ÉTS Pour réaliser leur carte cérébrale, les chercheurs ont dû découper un cerveau en 7404 tranches! Alan C.Evans LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC C E N T R E D \u2019 I M A G E R I E C É R É B R A L E , I N S T I T U T N E U R O L O G I Q U E D E M O N T R É A L , U N I V E R S I T É M c G I L L O W E N E G A N / M c G I L L Professeur à la Faculté de médecine et directeur scienti?que de l\u2019Institut universitaire en santé mentale de Québec, Yves De Koninck a découvert, avec une équipe de chercheurs, la cause de l\u2019hypersensibilité à la douleur induite par la morphine.Ces travaux majeurs ont été reconnus comme l\u2019une des 10 découvertes de l\u2019année 2013 par le magazine Québec Science.Nous félicitons le professeur De Koninck et saluons le travail exceptionnel de toutes nos équipes de recherche, qui, par leur talent, leur persévérance et leur créativité, font avancer la science et améliorent le quotidien de toute une société.NOS CERVEAUX SONT PORTEURS D\u2019ESPOIR ulaval.ca partir d\u2019une radiographie des poumons, un pneumologue peut habituellement déterminer si son patient a abusé du tabac au cours de sa vie.Jens Pruessner, lui, arrive à savoir si une personne a été victime de traumatismes sexuels ou psychologiques durant son enfance, en scrutant des images de son cerveau.«Regardez ici, la zone en mauve», dit le chercheur, en pointant sur son ordinateur portable le cortex sensorimoteur d\u2019un cerveau affiché à l\u2019écran.«Il est plus mince que la normale», com- mente-t-il.On savait déjà que les événements traumatisants pouvaient modifier l\u2019expression de certains gènes, mais c\u2019est la première fois qu\u2019on constate qu\u2019ils peuvent altérer de façon permanente les structures du cerveau.Psychologue professeur à l\u2019Université McGill et chercheur à l\u2019Institut univer sitaire de santé mentale Douglas, Jens Pruessner a fait part de cette étonnante découverte dans l\u2019American Journal of Psychiatry.Un résultat qu\u2019il a obtenu en collaboration avec Christine Heim, qui dirige l\u2019Institut de psychologie médicale de l\u2019Hôpital universitaire de la Charité de Berlin, en Allemagne.Leur équipe a recruté 51 femmes victimes de traumatismes durant l\u2019enfance.Certaines avaient été négligées par leurs parents, d\u2019autres avaient été battues.D\u2019autres encore avaient été victimes de violences verbales ou sexuelles.Après avoir répondu à un long questionnaire préparé par les chercheurs, ces volontaires ont été examinées dans un appareil d\u2019imagerie par résonnance magnétique qui a scruté leur cerveau.«L\u2019épaisseur du cortex nous intéressait particulièrement», précise Jens Pruessner.Rappelons que le cortex est l\u2019enveloppe formée de substance grise qui recouvre les deux hémisphères cérébraux.C\u2019est cette couche externe qui perçoit en premier les informations sensorielles, avant de les relayer vers d\u2019autres régions cérébrales plus profondes, où elles sont analysées.L\u2019appareil d\u2019imagerie par résonance magnétique a beau être puissant, il n\u2019arrive pas à calculer l\u2019épaisseur du cortex.«Pour chaque volontaire, il a plutôt mesuré la position exacte de 40 000 points du cerveau, résume le chercheur.À partir de ces données, nous avons calculé la distance entre la surface de la matière grise et la couche de matière blanche, en dessous.Nous avons ainsi obtenu l\u2019épaisseur du cortex partout sur les hémisphères.C\u2019est un immense problème mathématique que nous avons dû résoudre.» À la lumière des résultats, Jens Pruessner et Christine Heim ont constaté que la portion du cortex recevant les signaux sensoriels en provenance des parties génitales était plus mince que la normale chez les femmes qui avaient été agressées sexuellement.«Le cerveau a probablement réagi aux agressions en tentant de bloquer les signaux, ce qui a empêché cette zone du cortex de se développer normalement», suggère Jens Pruessner.Les femmes qui ont subi ce type de traumatisme ont généralement plus de mal à éprouver du plaisir sexuel lorsqu\u2019elles arrivent à l\u2019âge adulte.Les raisons, à la lumière de ces résultats, ne seraient pas que psychologiques.Elles seraient aussi d\u2019ordre physiologique.Chez les volontaires qui avaient vécu d\u2019autres types de traumatismes, comme la négligence ou la violence verbale, ce sont d\u2019autres régions du cortex qui se sont révélées plus minces, notamment le cortex pariétal.«Ces femmes ont davantage tendance à souffrir de dépression ou d\u2019anxiété, signale le scientifique.On le sait grâce à de nombreuses études épidémiologiques, mais c\u2019est la première fois qu\u2019on formule une explication biologique.» Fait à retenir, il semble y avoir une relation directe entre la gravité des traumatismes subis durant l\u2019enfance et les dommages au cerveau.Autrement dit, plus les agressions ont été violentes, plus le cortex est mince.«Évidemment, c\u2019est difficile de quantifier la gravité d\u2019un traumatisme, surtout que les femmes doivent se souvenir d\u2019événe - ments qui se sont passés il y a parfois plusieurs décennies», concède le chercheur.Les résultats du professeur Pruessner sont plutôt déconcertants pour les femmes traumatisées.Les événements de leur enfance 20 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC Marquées à vie À Les traumatismes vécus durant l\u2019enfance affectent à tout jamais les victimes de violence.Leur cortex cérébral en garde même les traces.Par Dominique Forget les auraient-elles condamnées pour la vie?«Jusqu\u2019à l\u2019âge de 12 ans, le cerveau de - meu re assez malléable, répond le chercheur.Si les traumatismes cessent et que des expériences positives prennent le relais, il est probable que de nouvelles connexions neuronales se formeront pour réparer les rava - ges.Mais après 12 ans, c\u2019est plus difficile.» Heureusement, le cerveau conserve une certaine plasticité tout au long de la vie.Des études ont démontré que les adultes qui apprenaient le piano pouvaient «muscler» les régions du cerveau associées à la musique.«Mais à leur âge, les effets sont moins spectaculaires que chez les enfants.Et puis, ils ne doivent pas arrêter de jouer, sans quoi leur cerveau retrouvera l\u2019état qu\u2019il avait avant l\u2019apprentissage de la musique, précise Jens Pruessner.Les effets ne sont pas permanents.» Les femmes qui ont vécu des traumatismes pourraient donc, à force de thérapies et d\u2019expériences positives, soigner en quelque sorte leurs neurones.Elles deviendraient plus récep tives aux expériences sexuelles positives, également plus résistantes à la dépression et à l\u2019anxiété.«Mais elles garderont toujours une certaine vulnérabilité, croit le chercheur.C\u2019est important de retenir que ces femmes ont besoin de soutien.» ?QS Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 21 A N T H O N Y T R E M M A G L I A nfant, Yashar Hezaveh demandait à ses parents de le conduire à une cinquantaine de kilomètres de Téhéran pour observer le ciel.«On ne voit pas les étoiles en ville à cause de la pollution lumineuse», se désole l\u2019Iranien installé au Canada depuis l\u2019adolescence.Aujourd\u2019hui, à 32 ans, l\u2019astronome n\u2019a même plus besoin de sortir de son bureau pour scruter le firmament.Il lui suffit d\u2019étudier, sur l\u2019écran de son ordinateur, les images transmises depuis le Chili par le nouvel observatoire international ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) inauguré l\u2019an dernier à 5 000 m d\u2019altitude.En fait, ALMA est un ensemble de radiotélescopes, qui agit comme un unique télescope géant d\u2019un diamètre de 16 km! Pas étonnant que Yashar Hezaveh et ses collègues puissent voir ce que personne d\u2019autre n\u2019a observé avant eux : des galaxies à flambées d\u2019étoiles (starburst galaxy, en anglais) situées à plus de 12 milliards d\u2019années-lumière de la Terre.«Les galaxies sont composées d\u2019étoiles, mais aussi de trous noirs, de gaz et de poussières», explique Yashar Hezaveh qui est stagiaire postdoctoral à l\u2019université Stanford, en Californie, après avoir récemment terminé son doctorat à l\u2019Université 22 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC Les étoiles, on le sait, sont bien vieilles.Mais quel âge ont-elles vraiment?Des astronomes viennent de le découvrir, grâce aux images de galaxies en ébullition obtenues par le nouveau télescope ALMA.Par Dominique Forget des étoiLes L\u2019âge véritable E E S O / C .M A L I N Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 23 Avec ses 66 antennes installées en réseau dans le désert de l'Atacama, ALMA se comporte comme un télescope de 16 km de diamètre.C'est grâce à cet instrument unique que les astronomes ont pu observer d'énormes galaxies à flambées d\u2019étoiles, nées moins de 2 milliards d\u2019années après le big bang. McGill.«Les poussières et les gaz peuvent à l\u2019occasion entrer en collision et former de nouvelles étoiles.On pense qu\u2019au moment du big bang, ce processus était très actif et que de nouvelles étoiles se formaient à un rythme environ 1 000 fois supérieur à celui d\u2019aujourd\u2019hui.Ce sont ces galaxies en ébullition qu\u2019on appelle starburst.» Mais comment les observer?Le big bang, après tout, s\u2019est produit il y a 13,7 milliards d\u2019années.Les galaxies en ébullition ont eu le temps de se calmer! «Certai nes galaxies sont tellement éloignées de la Terre, répond l\u2019astronome, que la lumière qu\u2019elles ont émise à l\u2019époque où elles étaient à l\u2019état starburst vient tout juste de nous parvenir, au bout d\u2019un parcours de milliards d\u2019années-lumière.» Les télescopes actuels, ALMA compris, peinent à détecter les rayons qui proviennent d\u2019aussi loin.C\u2019est pour quoiYashar He- zaveh a pensé tirer profit de l\u2019effet de lentille gravitation - nelle.«Quand la lumière qui voyage dans l\u2019espace rencontre un objet céleste, une galaxie par exemple, ses rayons sont légèrement déviés par la gravité, explique-t-il.Ils sont concentrés, comme s\u2019ils passaient à travers une lentille.» insi, il est possible d\u2019observer une galaxie très lointaine, à condition que la lumière qu\u2019elle émet rencontre, sur son chemin vers la Terre, une seconde galaxie capable de concentrer ses rayons.«Évidemment, pour que cela fonctionne, il faut que les deux galaxies soient parfaitement alignées par rapport à nous», précise l\u2019astronome.Autrement dit, les rayons de la première galaxie doivent traverser la seconde galaxie avant de nous parvenir.Yashar Hezaveh, sous la direction de Joaquin Vieira de l\u2019Institut technologique de la Californie, a d\u2019abord utilisé le South Pole Telescope, installé en Antarctique, pour ratisser le ciel et identifier 48 de ces combinaisons, où des galaxies starburst sont parfaitement alignées avec une galaxie intermédiaire.C\u2019est seulement une fois trouvées les coordonnées spatiales de ces duos que l\u2019équipe a eu recours au télescope ALMA.«On a pointé les antennes du télescope dans les directions qui nous intéressaient et, en quelques minutes, nous avons obtenu des images fabuleuses des galaxies à flambées d\u2019étoiles!» raconte l\u2019astronome, encore ébloui.Le télescope ALMA a aussi permis de calculer l\u2019âge des galaxies starburst.«L\u2019expansion de l\u2019Univers fait en sorte que la longueur d\u2019onde des rayons lumineux s\u2019étire lorsqu\u2019ils effectuent leur parcours jusqu\u2019à nous, poursuit le chercheur.En mesurant les longueurs d\u2019onde étirées, on peut calculer la durée de leur trajet et assigner à chaque galaxie la place qui lui revient dans l\u2019histoire du cosmos.» La plus vieille des galaxies starburst repérées par l\u2019équipe avait 12,6 milliards d\u2019années.«La période active de formation des étoiles dans l\u2019Univers serait donc survenue seulement 1,1 mil liard d\u2019années après le big bang.C\u2019est un milliard d\u2019années plus tôt qu\u2019on pensait», résume Yashar Hezaveh.Les astronomes tiennent généralement pour acquis que toutes les parties de l\u2019Univers répondent aux mêmes lois de la physique.C\u2019est donc dire que la découverte de Yashar Hezaveh, en nous aidant à mieux comprendre comment et à quel moment les galaxies lointaines se sont formées, vient enrichir les connaissance des origines de notre propre galaxie, la Voie lactée.Pas mal pour un jeune homme qui confie ne pas être allé au bout de ses rêves : «À quatre ans, je voulais devenir astronaute.À huit ans, j\u2019ai changé d\u2019avis.Je me suis dit que je serais astronome.Ça me semblait plus réaliste.»?QS 24 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 En rencontrant un objet céleste, les rayons émis par une galaxie starburst sont déviés comme s\u2019ils venaient de traverser une lentille, explique Yashar Hezaveh.«La période active de formation des étoiles dans l\u2019Univers serait donc survenue seulement 1,1 milliard d\u2019années après le big bang.» A A L M A ( E S O / N R A O / N A O J ) , L .C A L Ç A D A ( E S O ) , Y .H E Z A V E H E T A L .galaxie intermédiaire galaxie starburst image amplifiée Voir plus loin dans le passé n bon chirurgien, le docteur Lorenzo Ferri aime le travail bien fait.Alors, quand un de ses patients atteint de cancer est mort, il y a quelques années, malgré une intervention chirurgicale réussie, il est demeuré perplexe.«Ce patient avait un cancer de l\u2019œsophage, dit-il en montrant le scan thoracique du malade sur son ordinateur.Je l\u2019ai opéré avec succès; j\u2019ai réussi à enlever toute la tumeur.Et pourtant, trois mois après, le cancer était partout.» Pourquoi un tel revirement de situation?«Entre-temps, cet homme a eu une infection, poursuit-il.Or, comme moi, plusieurs médecins ont remarqué que les personnes opérées d\u2019une tumeur, mais souffrant d\u2019une infection postopératoire, voient leur cancer revenir plus vite.» Il n\u2019en faut pas plus pour intriguer le chirurgien, qui est aussi directeur de la division de chirurgie thoracique et du programme de cancer du système digestif haut au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).En épluchant les études déjà publiées, il se rend compte qu\u2019il y a bel et bien une association entre l\u2019agressivité du cancer et le taux de globules blancs dans le sang.«En cas d\u2019infection, fait-il observer, le système immunitaire mobilise en premier lieu les neutrophiles, qui sont les globules blancs les plus abondants.Mais chez les personnes atteintes de cancer, un taux élevé de neutrophiles est corrélé à un mauvais pronostic.» Comme si les neutrophiles, véritables soldats anti-bactéries, donnaient contre toute attente un coup de main au cancer\u2026 L\u2019hypothèse est troublante, quand on sait On l\u2019a mille fois constaté, les infections aggravent le cancer.Des chirurgiens viennent de comprendre pourquoi.Par Marine Corniou Cancer et globules blancs Liaisons dangereuses E Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 25 Des cellules cancéreuses (en rouge) sont prises dans les filets d\u2019ADN des globules blancs.LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC J O N A T H A N C O O L S - L A R T I G U E que les personnes cancéreuses sont plus sujettes aux infections que les autres.«Dans le cas du cancer de l\u2019œsophage, les infections postopératoires surviennent dans 5% à 10% des cas.Mais ce taux peut grimper à 30% ou 40% après une intervention pour traiter un cancer de l\u2019intestin, par exemple.C\u2019est donc un problème majeur en cancérologie», explique le médecin.Dans leur laboratoire, au fond d\u2019un couloir du vieil Hôpital Royal Victoria, à Montréal, le docteur Ferri et son équipe veulent en avoir le cœur net.Les neutrophiles sont-ils coupables de trahison?Dans le foie d\u2019une souris cancéreuse, ils colorent les métastases et les globules blancs de deux teintes différentes et les prennent sur le fait! «Au microscope, on voit clairement que les cellules cancéreuses qui circulent dans le sang s\u2019arrêtent juste à côté des neutrophiles, comme si elles venaient s\u2019y coller», poursuit le médecin.Mais cela va plus loin.Lorsqu\u2019on détruit les neutrophiles de la souris, le cancer reste stable.Quand on les réinjecte, les métastases se développent à toute vitesse dans le foie ou les poumons.C\u2019est évident, les globules blancs pactisent avec l\u2019ennemi.Bien pis, ils le renforcent.Mais comment?Plusieurs chercheurs ont déjà démontré que les cellules malignes pouvaient reconnaître les protéines présentes à la surface des globules blancs et s\u2019y fixer.L\u2019équipe du docteur Ferri parvient donc à empêcher cette fixation, en bloquant les protéines en question.Mais rien n\u2019y fait, les cellules cancéreuses continuent à s\u2019agglutiner autour des neutrophiles.C\u2019est la preuve qu\u2019un autre mécanisme régit cette interaction.«C\u2019est là que nous avons pensé au piège extra- cellulaire du neutrophile, ou NET en anglais, un mécanisme découvert en 2004», raconte Lorenzo Ferri, non sans fierté.Pour combat - tre les bactéries, les neutrophiles ont en effet plusieurs tactiques.Les plus connues sont la «digestion» des intruses, avalées par le neutrophile, ou leur des truc tion par des molécules tueuses qu\u2019il relâche.Mais les neutrophiles ont une troisième corde à leur arc : ils sont capables d\u2019expulser leurs longs filaments d\u2019ADN pour en faire une sorte de toile d\u2019araignée, le NET, qui capture les bactéries.Ce faisant, les soldats de l\u2019immunité meurent, mais ils tuent aussi l\u2019enva hisseur.Un sacrifice, en somme.«Nos collaborateurs de Calgary sont les leaders dans la compréhension des NET, et je suis allé voir comment ils les étudiaient, raconte Jonathan Cools-Lartigue, résident en chirurgie, cher cheur au CUSM et premier auteur de l\u2019article paru en juin dernier dans Journal of Clinical Investigation.J\u2019ai voulu savoir si les neutrophiles pouvaient attraper les cellules cancéreuses avec leurs \u201cfilets\u201d de la même façon qu\u2019ils attrapent les bactéries.» Grâce à une coloration fluorescente permettant de teinter en vert l\u2019ADN du piège à neutrophiles, la réponse ne se fait pas attendre.«Les cellules cancéreuses sont arrêtées par les pièges, elles sont littéralement prises dans les filets», poursuit le jeune chercheur.Mais loin de tuer les cellules capturées, les NET semblent les rendre plus agressives! «On a démontré que les cellules cancéreuses entrées en contact avec les NET sont plus susceptibles de former des métastases.Les raisons ne sont pas encore claires, mais on sait que le NET n\u2019est pas constitué uniquement d\u2019ADN.Il contient aussi des centaines de protéines, dont certaines sont connues pour faciliter le développement du cancer», précise le docteur Cools-Lartigue.De plus, en immobilisant les cellules cancéreuses, les NET leur permettent d\u2019adhérer à un nouvel organe (le foie ou les poumons, souvent) et d\u2019y former un deu xième foyer cancéreux, c\u2019est-à-dire des métastases.De quoi aider la maladie à gagner du terrain, surtout en cas d\u2019infection.Car la mauvaise nouvelle, c\u2019est justement qu\u2019en cas d\u2019infection grave, par exemple une pneumonie ou une septicémie, les neutrophiles «paniquent» et produisent des NET à tout va, dans l\u2019organisme.Résultat, de nombreuses cellules cancéreuses sont pri ses au piège et boostées, paradoxalement, par les globules blancs.«C\u2019est ce qui pourrait expliquer pourquoi les infections graves accélèrent la propagation du cancer», résume le docteur Ferri.Là où cette découverte prend tout son sens, c\u2019est que les chercheurs ont réussi à limiter les interactions malsaines entre globules blancs et cancer, en détruisant les NET chez leurs souris en état d\u2019infection.«Nous avons utilisé un médicament ?la DNAse?qui détruit l\u2019ADN, donc les filets des neutrophiles.Nous avons également testé une autre substance, un inhi - biteur de l\u2019élastase, qui agit en amont, en empêchant les neutrophiles d\u2019éjecter leur ADN.Dans les deux cas, le traitement a permis de limiter la formation de métastases dans le foie des souris», se réjouit Jonathan Cools-Lartigue.Avantage non négligeable, la DNAse a déjà passé le cap des essais cliniques, puisqu\u2019elle est utilisée depuis longtemps chez les personnes atteintes de fibrose kystique.«En attaquant les NET, on détruirait la structure qui met le cancer en contact avec une forte concentration de protéines stimulantes, explique Lorenzo Ferri.Plutôt que de s\u2019attaquer à une molécule en particulier, on ciblerait l\u2019ensemble du mécanisme, tout en préservant les autres modes de défense des neutrophiles pour ne pas mettre le patient en danger.» Jonathan Cools-Lartigue, lui, est déjà à pied d\u2019œuvre pour mieux comprendre pourquoi ce contact avec les NET est si bénéfique aux cellules tumorales.«Nous sommes encore loin de pouvoir utiliser la DNAse chez les patients pour réduire les risques liés aux infections postopératoires, prévient-il, mais cette étude prouve que la période qui suit une intervention est cruciale pour la survie des malades.Elle démontre aussi qu\u2019il existe d\u2019autres options de traitement prometteu - ses contre le cancer.» ?QS 26 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC Les docteurs Lorenzo Ferri et Jonathan Cools-Lartigue ont constaté que les neutrophiles favorisent le développement des cellules cancéreuses.P I E R R E D U B O I S / C U S M On a pris en flagrant délit des globules blancs qui, au lieu de défendre l\u2019organisme, fricotent avec les cellules cancéreuses pour favoriser leur propagation. ?1 coffret DVD de la série Sur le Saint-Laurent, Canal Savoir et FCF VOTEZ POUR PRIX LE PRIX DU PUBLIC QUÉBEC SCIENCE DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2013 en collaboration avec Explora Notre jury d\u2019experts a sélectionné 10 percées scientifiques exceptionnelles issues des universités et des laboratoires du Québec.À votre tour de vous faire entendre.L\u2019équipe de chercheurs dont la découverte aura obtenu le plus grand nombre de voix, recevra le «Prix du Public Québec Science Découverte de l\u2019année 2013», en collaboration avec Explora.Pour participer et consulter le règlement du concours, allez au www.quebecscience.qc.ca/decouverte2013.N\u2019oubliez pas d\u2019expliquer votre choix en quelques mots, car votre réponse pourrait être publiée.Le vote prend fin le 20 février 2014.Les 10 découvertes de l\u2019année 2013 sélectionnées par notre jury feront l'objet d\u2019une émission diffusée sur les ondes de Canal Savoir à compter du 19 janvier à 19 h 30.10 PRIX OFFERTS ?1 coffret DVD de la 5e saison de la série Campus, Canal Savoir ?5 livres Il était une fois Québec Science\u2026 (valeur de 24,95 $ chacun) ?1 forfait estival De la Terre aux étoiles au Parc national du Mont-Mégantic pour une famille incluant : 2 nuits en tente prêt-à-camper Huttopia 1 visite de jour de l\u2019ASTROLab et de l\u2019Observatoire 1 soirée d\u2019astronomie à l\u2019ASTROLab (valeur 360 $ et valable de la mi-mai à la mi-octobre 2014) ?2 accès aux activités hivernales du Parc national du Mont-Mégantic pour une famille incluant : accès aux sentiers de ski de fond et de raquette, location d\u2019équipement de ski de fond ou de raquette, chocolat chaud (valeur de 130 $ chacun et valable du 20 décembre 2013 au 29 mars 2015) VOTEZ SUR www.quebecscience.qc.ca/decouverte2013 uatre ans de travail, 2 000 gènes analysés chez 10 000 patients appartenant à 6 cohortes internationales : l\u2019ampleur de l\u2019étude coordonnée par le cardiologue George Thanassoulis, professeur adjoint de médecine à l\u2019Université McGill, donne le vertige.Les efforts consentis par la quarantaine de chercheurs impliqués ont porté fruit.On a pu mettre en évidence pour la première fois le lien entre un certain profil génétique et le développement de la sténose aortique, une maladie qui touche une valve du cœur et qui affecte jusqu\u2019à 9% de la population de plus de 65 ans.Mieux, l\u2019étude, publiée dans le NewEngland Journal of Medicine, a levé le voile sur l\u2019un des mécanismes en cause dans cette mala - die fréquente, mais contre laquelle il n\u2019existe aucun moyen de prévention.«Nous avons été chanceux», commente modestement le docteur Thanassoulis, aussi directeur du programme de cardiologie préventive et de génomique cardiovasculaire au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).Il faut dire qu\u2019explorer les gènes associés à la sténose aortique revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin.«Les maladies cardiovasculaires ne sont pas dues à un seul gène dysfonctionnel.Elles ont des causes multiples, mais certains profils génétiques peuvent augmenter le risque de les développer», rappelle le cardiologue.Le hic, c\u2019est que le code génétique compte plus de 3 milliards de «lettres» (ou nucléotides A, T, G, C), identiques à 99,9% d\u2019une personne à l\u2019autre.Ce qui rend chacun de nous unique, ce sont de toutes petites variations, survenant au niveau d\u2019une lettre sur 1 000, environ.Pour localiser les régions de l\u2019ADN associées à une ma la die, il faut donc cibler ce 0,1% de différences.Et iden tifier lesquelles de ces lettres portent la poisse, en quelque sorte.«Il suffit d\u2019en changer une à un seul endroit, un G au lieu d\u2019un A, en l\u2019occurrence, pour que le risque de sténose aortique augmente de 60%», résume le chercheur.Afin d\u2019arriver à cette conclusion, les scientifiques ont comparé, par informa - tique, 2,5 millions de ces «lettres interchangeables» dans les génomes de 10 000 personnes, appartenant à plusieurs cohortes (des groupes que les médecins étudient sous toutes les coutures et dont les données médicales sont mises à la disposition des chercheurs).Un travail d\u2019autant plus colossal qu\u2019il a fallu, en parallèle, examiner le scan du cœur de chacun de ces patients, afin d\u2019évaluer l\u2019état de ses valves cardiaques et de faire le lien avec son bagage génétique.Car si les valves ont tendance à se calcifier avec l\u2019âge, elles s\u2019abîment plus vite chez certains individus.Les val ves sont ces petits clapets qui empêchent le sang de refluer dans le cœur une fois qu\u2019il a été éjecté par une con - traction cardiaque.Les chercheurs se sont surtout concentrés sur la valve aortique, située dans le gros vaisseau qui part du cœur.Lorsqu\u2019elle se calcifie et durcit, cette valve obstrue en partie l\u2019artère, provoquant son rétrécissement, ou sténose.«Cela entraîne un es- 28 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC Au terme d\u2019une immense enquête génétique, on a pu comprendre les mécanismes à l\u2019origine d\u2019une grave maladie du cœur, la sténose aortique.À la clé?L\u2019espoir d\u2019un traitement préventif.Par Marine Corniou Le gène qui fait mal au cœur Q «Si on pouvait retarder la progression des calcifications, on éviterait d\u2019opérer près de un million de personnes en Amérique du Nord.» Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 29 soufflement, de l\u2019angine de poitrine, des syncopes\u2026 Trois ans après l\u2019apparition des premiers symptômes, seule la moitié des patients sont encore en vie», souligne Georges Thanassoulis.Grâce à leur enquête d\u2019envergure, les chercheurs savent maintenant qu\u2019une variation dans un gène double le risque de calcification de la valve, première étape de la maladie.La bonne nouvelle, c\u2019est qu\u2019ils ont aussi découvert la cause du problème.«Souvent, en génétique, on remarque des variants associés à une maladie, mais sans savoir quel est leur rôle.Ici, la variation en cause se trouve dans un gène bien connu qui code la fabrication d\u2019un type de cholestérol appelé lipoprotéine A», précise le cardiologue.Ce «mauvais» variant commande la production d\u2019une plus grande quantité de lipoprotéine A (LPA).Autrement dit, il fait grimper le taux de ce cholestérol particulier! «On ne connaît pas bien le rôle de la LPA, mais on sait qu\u2019elle permet de réparer les vaisseaux endommagés et qu\u2019elle transporte des gras oxydés.Lorsque la valve aortique vieillit, il est possible que la LPA s\u2019y rende pour la réparer, mais qu\u2019elle y dépose en même temps des gras qui vont calcifier la valve», avance le chercheur.En voulant jouer son rôle, ce cholestérol trop abondant causerait donc des dommages collatéraux.«Contrairement au cholestérol dont on parle habituellement, la quantité de LPA n\u2019est pas modifiée par les habitudes alimentaires ni par l\u2019activité physique.Le taux sanguin est presque entièrement déterminé par la génétique.Et les statines, ces médicaments qui font baisser le taux de \u201cmauvais\u201d cholestérol, n\u2019ont aucun effet sur elle», note George Thanassoulis.Voilà qui explique, du moins en partie, pourquoi les statines ne réussissent pas à réduire le risque de sténose aortique.Les choses pourraient cependant chan - ger.Le chercheur, en collaboration avec l\u2019Université Laval et trois hôpitaux de McGill, est en train de recruter 250 patients pour tester l\u2019efficacité de la niacine, une vitamine ayant justement pour effet d\u2019abaisser le taux de LPA d\u2019environ 30%.«La sténose aortique touche principalement des personnes de plus de 70 ans.Lorsque la valve est trop calcifiée, il faut opérer à cœur ouvert pour la remplacer, mais c\u2019est une intervention dangereuse chez des personnes âgées.Si on pouvait retarder la progression des calcifications, ne serait-ce que de quelques années, on éviterait d\u2019opérer près de un million de personnes en Amérique du Nord», explique-t-il.Pour savoir si la niacine pourra contrecarrer ce variant génétique préjudiciable dont 13% d\u2019entre nous sommes dotés, rendez-vous dans 2 ans.?QS George Thanassoulis a coordonné une étude génétique colossale qui a permis d\u2019en savoir plus sur la sténose aortique, une maladie du cœur affectant 150 000 personnes au Canada.Bientôt un traitement préventif?P H I L I P P E J A S M I N FÉLICITATION5 GEORGE THANASSOULIS INSTITUT DE RECHERCHE DU CUSM A IDENTIFIÉ LA MUTATION GÉNÉTIQUE QUI ACCROÎT LE RISQUE DE VALVULOPATHIE AORTIQUE.YASHAR HEZAVEH DÉPARTEMENT DE PHYSIQUE, FACULTÉ DES SCIENCES A RÉÉCRIT LA CHRONOLOGIE DE LA CRÉATION DE L\u2019UNIVERS.JENS PRUESSNER INSTITUT UNIVERSITAIRE EN SANTÉ MENTALE DOUGLAS A DÉMONTRÉ L\u2019INCIDENCE DE LA MALTRAITANCE SUR LA STRUCTURE CÉRÉBRALE CHEZ L\u2019ENFANT. 5 N5 aux cinq chercheurs a?liés à McGill dont les travaux ?gurent parmi les 10 découvertes de l\u2019année de Québec Science.Nous sommes ?ers de nos chercheurs qui, par leurs travaux, répondent aux questions les plus importantes, améliorent notre qualité de vie et approfondissent notre compréhension du monde.ALAN EVANS LE NEURO A COCRÉÉ « BIG BRAIN , LE PREMIER MODÈLE 3D MICRODÉTAILLÉ DU CERVEAU HUMAIN.LORENZO FERRI INSTITUT DE RECHERCHE DU CUSM A PROUVÉ QUE NOS GLOBULES BLANCS CONTRIBUENT À LA PROPAGATION DU CANCER. ne longue table percée, deux grosses fioles de verre, des tubes métalliques, des planches, des vis et quelques appareils de mesure.L\u2019allure artisanale du montage, dans ce laboratoire du pavillon des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), a l\u2019air de gêner Paul del Giorgio, professeur d\u2019écologie.«Il a fallu mettre au point un système qui n\u2019existait pas», explique-t-il.Grâce à cet appareillage de fortune, son équipe et lui sont parvenus à mesurer l\u2019âge du gaz carbonique (CO2) émis par des lacs des Cantons-de-l\u2019Est.«Et le carbone qu\u2019ils rejettent dans l\u2019atmosphère est beaucoup plus vieux qu\u2019on ne le croyait, dit- il.Les modèles de prédiction des émissions de gaz à effet de serre devront être revus.» Qu\u2019est-ce à dire?Il faut savoir que, à l\u2019heure actuelle, les biologistes considèrent que la matière organique \u2013 feuilles mortes tombées dans l\u2019eau, érosion des berges immédiates, excréments d\u2019animaux, etc.\u2013 décomposée dans les cours d\u2019eau par les bactéries est «jeune», et que le cycle du carbone des lacs s\u2019étire sur quelques années seulement.Mais voilà que l\u2019étude de Paul del Giorgio, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, vient chambarder ce scénario : «Nous avons démontré que le carbone en question pouvait remonter à plusieurs milliers d\u2019années.» Comment explique-t-il qu\u2019une si vieille matière organique se retrouve en décomposition au fond des lacs?Cela est dû au ruissèlement souterrain des eaux de pluie, précise-t-il.En pénétrant dans le sol, les précipitations s\u2019immiscent dans le passé de la forêt, traversant les vieilles couches d\u2019humus et de sol, et attrapant au passage de petits morceaux de cette matière ancienne que les biologistes croyaient séquestrée pour de bon.C\u2019est grâce à son montage de laboratoire que l\u2019équipe de Paul del Giorgio a pu faire parler le CO2 des lacs et connaître ses secrets : «On a prélevé une soixantaine de litres d\u2019eau des lacs Stukely, Bowker et Fraser, au sud de Montréal.En laboratoire, nous avons transvasé cette eau dans des 32 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC pêche au carbone l a Le carbone, qu\u2019on croyait emprisonné dans le sol des forêts québécoises, trouve le moyen de s\u2019échapper dans l\u2019atmosphère.Par Joël Leblanc U C H A I R E B I C É A B À L \u2019 U Q A M ballons de verre hermétiques et nous avons laissé les bactéries faire leur travail.Puis nous avons prélevé le CO2 pur qu\u2019elles émettaient et nous avons fait des analyses isotopiques du carbone contenu dans ces échantillons.» Une précision s\u2019impose ici.Faire l\u2019analyse isotopique d\u2019un échantillon, c\u2019est dresser son «profil carbone».C\u2019est que les atomes de carbone existent en plusieurs versions.La version standard, c\u2019est le carbone 12, en référence à son noyau qui compte 6 protons et 6 neutrons.C\u2019est de loin la forme la plus abondante; elle compose en moyenne 98,9% de tout le carbone de la planète.Il y a ensuite le carbone 13 qui compte 7 neutrons et représente plus de 1% du carbone restant.«La concentration de carbone 13 varie en fait selon les milieux, souligne Paul del Giorgio.Elle n\u2019est pas la même en milieu terrestre ou en milieu aquatique.C\u2019est elle qui nous a permis de déterminer l\u2019origine de la matière orga - nique décomposée.» Finalement, on a le fameux carbone 14 qui ne se trouve qu\u2019en traces infimes, mais qui est si utile pour dater les objets d\u2019origine biologique.Cette version est instable, elle a tendance à disparaître avec le temps et à se transformer en azote.Mais comme on connaît la vitesse de cette disparition, on peut calculer l\u2019âge d\u2019un échantillon en mesurant la quantité de carbone 14 résiduel.La méthode a permis de voir que, dans les lacs à l\u2019étude, le carbone émis sous forme de CO2 provient d\u2019une matière organique âgée de 1 000 à 4 000 ans.Cette découverte n\u2019est pas une bonne nouvelle pour l\u2019environnement.«Cela signifie, signale Paul del Giorgio, que le carbone terrestre, qu\u2019on pensait enfermé dans les profondeurs du sol et dont on ne tenait pas compte dans les calculs d\u2019émission de gaz à effet de serre, est retourné dans l\u2019atmosphère par les lacs des milieux tempérés.» Quand on sait qu\u2019entre 15% et 20% de la surface du Québec est recouverte de lacs, de ruisseaux et de rivières, ça fait soudainement beaucoup de carbone libre qu\u2019on considérait piégé à jamais.«Il va falloir en tenir compte, conclut le chercheur, et modifier les modèles qui servent à faire les prédictions des changements climatiques.» ?QS Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 33 L'équipe de Paul del Giorgio (à droite sur la photo) a échantillonné de nombreux lacs, notamment dans la région de Schefferville, pour comprendre d'où vient le CO2 qui s'en échappe. LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC conscience Aux limites de lA Les scientifiques ont identifié une nouvelle forme de coma profond: un état du cerveau jusqu\u2019ici inconnu.Par Binh An Vu Van 34 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 ans la ville de Cluj-Napoca, en Roumanie, quand un patient tombe dans le coma, on appelle à son chevet le neurologue Bog- dan Florea, du Centre médical Reine- Marie.Le spécialiste examine alors les tracés d\u2019électroencéphalogramme, ces zigzags qui enregistrent l\u2019activité électrique du cerveau.Le docteur Florea a ainsi évalué l\u2019état de centaines de comateux.Mais en novembre 2011, tout son savoir n\u2019a pas suffi pour comprendre le cas qui se présentait à lui.Il s\u2019agissait d\u2019un patient qui avait sombré dans un coma profond après avoir pris un antiépileptique pour contrôler des convulsions.«Le tracé révélait une activité cérébrale qui ne correspondait à rien de connu et n\u2019était répertoriée dans aucun manuel de référence : de puissants sursauts électriques erratiques.J\u2019étais convaincu, se souvient le neurologue, que ces saccades étaient provoquées par les interférences d\u2019un réfrigérateur, d\u2019un ascenseur ou d\u2019un appareil à proximité!» Il se tourne alors vers l\u2019un des spécialistes mondiaux de la question, Florin Amzica, directeur du Laboratoire de neurophysiologie du sommeil et des états de conscience altérés à l\u2019Université de Montréal, pour lequel il ne cache pas son admiration.Ce dernier n\u2019a pas sourcillé.«Le professeur m\u2019a demandé de refaire mes devoirs et de réexaminer le patient», raconte le neurologue.Florin Amzica avait déjà sa petite idée sur ce que le médecin allait trouver : un coma plus profond que le coma de la ligne plate.Le trait plat, dit «isoélectrique», n\u2019est pas nécessairement le signe d\u2019une mort cérébrale.Il est, en effet, souvent interprété comme tel, si le coma est causé par un traumatisme.Mais si le coma a été induit par des médicaments, administrés par exemple pour soulager des douleurs extrêmes, et que le cerveau est encore en santé, il est généralement réversible.Jusqu\u2019ici, dans l\u2019un ou l\u2019autre cas, les médecins croyaient que ce coma à ligne iso- électrique était le plus profond.Et qu\u2019au-delà, il n\u2019y avait pas d\u2019autre état possible.«Les médecins tentent au - tant qu\u2019ils peuvent de tenir les patients loin de la ligne plate», note Florin Amzica pour expliquer que cet état est resté longtemps inconnu.Mais dans son laboratoire de Montréal, les chercheurs plongent quotidiennement des animaux dans différents stades de coma pour les étudier.«On était sur le coup.Nous avions observé ce type d\u2019activité de façon anecdotique sur nos animaux.L\u2019appel de Florea Bogdan nous a incités à formaliser une étude sur le phénomène», confirme Florin Amzica.Lui-même et son assistant Daniel Kroe - ger ont donc provoqué, sur 26 chats, ce coma avec un anesthésique.Tous sans exception ont manifesté les mêmes activités électriques que l\u2019équipe a baptisées «complexes Nu», et tous sont revenus de ce coma sans séquelles apparentes.«Nous nous sommes aperçu qu\u2019il était possible d\u2019inciter le cerveau à entrer et à sortir de cet état à volonté», dit Florin Amzica.La découverte a été publiée dans la revue scientifique en ligne PLOS ONE, en septembre 2013.Pour sonder les profondeurs du cerveau, les chercheurs montréalais ont ensuite employé une technique qui a fait la renommée mondiale de leur laboratoire : ils ont introduit de minuscules électrodes à l\u2019intérieur des neurones des félins et analysé les relations entre différentes cellules pendant la production des sursauts électriques.En étudiant les cellules deux par deux, les chercheurs sont ainsi parvenus à reconstituer la séquence des évé- nements.Qu\u2019est-ce qui déclenche les complexes Nu?Des neurones enfouis au milieu du cerveau, dans l\u2019hippocampe, le siège de l\u2019apprentissage et de la mémoire.La décharge se propage ensuite comme un éclair jusqu\u2019au cortex, à la surface, où les encéphalogrammes captent les sursauts.Florin Amzica interprète ses résultats en rappelant qu\u2019un cerveau qui plonge dans le coma traverse en fait les stades du sommeil.«Quand le sujet est parfaitement réveillé, le cortex est le boss.Il dicte quoi faire au reste du cerveau.À mesure que le patient s\u2019endort \u2013 ou qu\u2019il s\u2019enfonce dans un coma \u2013, le cortex perd de son autorité; les structures sous-corticales s\u2019organisent et prennent en partie le contrôle.Il semblerait que, lorsque le cortex est parfaitement silencieux, l\u2019activité de l\u2019hippocampe peut s\u2019amplifier et, dans ce coma profond, les rôles sont inversés : la structure sous-corticale peut alors dicter une réaction au cortex.» Cependant, cette découverte ne remet aucunement en question les méthodes diagnostiques de mort cérébrale; la médecine peut toujours compter sur des moyens fiables pour valider le décès des patients.Et loin de susciter des in - quiétudes, l\u2019existence de ce nouvel état du cerveau laisse entrevoir des voies thérapeutiques.«Le cerveau est comme un muscle.Si on ne s\u2019en sert pas, il s\u2019atrophie, explique le docteur Florea.S\u2019il faut maintenir des patients dans des comas prolongés, provo quer les \u201ccomplexes Nu\u201d conserverait peut-être mieux la santé du cerveau.» «Le professeur Amzica a ouvert aux chercheurs tout un monde à explorer au- delà de la ligne isoélectrique», observe Bogdan Florea.Y aurait-il d\u2019autres états encore plus profonds à découvrir?«Probablement pas, répond Florin Amzica.Je n\u2019en vois pas d\u2019autres.» ?QS Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 35 D K A T Y L E M A Y 36 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC morphine Le double jeu de la Chez certaines personnes, pas à calmer la douleur, pour verrouiller ce traître Par Dominique Forget \u2019orgueil mâle peut entraîner de graves conséquences.Daniel Lé- vesque l\u2019a appris, en 2008, quand il a voulu impressionner les amies de sa nièce venues se prélasser un après- midi d\u2019été à son chalet des Laurentides.Le banquier, qui n\u2019avait jamais fait de ski nautique de sa vie, s\u2019est laissé tirer par le bateau moteur pour tenter quelques figures.Il a en raté une.Avant d\u2019avaler la tasse, il a senti sa colonne vertébrale claquer.Sa vie venait de basculer.«J\u2019ai voulu épater la galerie, j\u2019ai payé pour», maugrée-t-il, cinq ans après l\u2019accident.Il a dû s\u2019aliter plusieurs semaines et, aujourd\u2019hui, il lui arrive encore de figer en se levant de sa chaise après une longue journée au bureau.Quand la douleur devient insoutenable, il voit son médecin qui lui administre une injection de morphine.«C\u2019est ma planche de salut», dit l\u2019homme de 52 ans.Au fil des années, il a fallu augmenter légèrement la dose pour le soulager.C\u2019est que, avec le temps, comme beaucoup de patients, il a développé une tolérance à la morphine.Depuis un an environ, le médicament semble même ne plus du tout apaiser sa douleur.En fait, Daniel n\u2019a jamais eu autant mal.Chez certaines personnes qui souffrent de douleurs chroniques, les doses répétées de morphine finissent par causer une hypersensibilité.Même une simple caresse est insoutenable.Le remède devient la source du mal! «On a longtemps pensé que le mécanisme biologique responsable de la tolérance à la morphine était le même que celui lié à l\u2019hypersensibilité», raconte Yves De Koninck, pro fesseur au département de psychiatrie et de neurosciences de l\u2019Université Laval.«En fait, on pensait que l\u2019hyper sen sibilité était une sorte de tolérance exacerbée.Nous avons démontré que ce n\u2019est pas le cas.Il s\u2019agit de deux mécanismes complètement séparés.» Le professeur, qui dirige le Réseau québécois de recherche sur la douleur, a publié cette découverte dans la revue Nature Neuroscience, en équipe avecMike Salter, son vieil ami et collègue de l\u2019université de To ron to, ainsi qu\u2019avec des collaborateurs italiens.La percée est porteuse d\u2019espoir pour les patients aux prises avec des douleurs chroniques.« Ça signifie que, en agissant sur le mécanisme moléculaire que nous avons identifié, on pourrait prévenir l\u2019hypersensibilité sans nuire au pouvoir analgésique de la morphine», se réjouit Yves De Ko- ninck.En principe, la douleur est bénéfique; c\u2019est un signal d\u2019alarme qui prévient le corps de la présence d\u2019un danger.«Ce sont les neurones de la moelle épinière qui reçoivent le message douloureux en provenance des nerfs sensitifs, ceux du bout des doigts qui viennent de frôler le feu, par exemple, explique Yves De Ko- ninck.Ces neurones peuvent amplifier le signal vers le cerveau quand il y a urgence d\u2019agir, ou l\u2019atténuer si nécessaire.» Il faut deux protéines pour faire ce boulot : la glycine et l\u2019acide gamma-amino- butyrique (GABA).Lorsque ces protéines se lient à la surface d\u2019un neurone, un canal s\u2019ouvre sur sa membrane, permettant à des ions chlorure d\u2019y pénétrer.Le neurone est alors inhibé \u2013 il n\u2019arrive plus à transmettre de signaux douloureux.Mais une condition préalable s\u2019impose.Afin que les ions chlorure puissent entrer dans le neurone, la concentration initiale des ions chlorure déjà à l\u2019intérieur de la cellule doit être peu élevée.C\u2019est une protéine nommée KCC2 qui tient le rôle de pompe et qui a pour mission de les évacuer.Quand la pompe fait défaut, le canal a beau s\u2019ouvrir, les nouveaux venus ne peuvent pas entrer dans la cellule.Les neurones n\u2019arrivent plus à bloquer les signaux et chaque petite douleur est relayée vers le cerveau.«Chez certains patients, la morphine cause une inflammation qui enraye le fonctionnement de la pompe KCC2», a découvert Yves De Koninck, récemment nommé directeur scientifique de l\u2019Institut universitaire en santé mentale de Québec.Le chercheur est déjà sur la piste de composés qui pourraient restaurer l\u2019activité de la pompe.Il serait possible de donner une molécule en conjonction avec la morphine, croit le professeur De Koninck.Le nouveau médicament pourrait être appelé à servir au traitement du cancer.En effet, c\u2019est parfois parce qu\u2019ils n\u2019arrivent plus à supporter la douleur causée par leur hypersensibilité à leurs traitements que les patients cancéreux abandonnent la chimiothérapie.«Une molécule qui les protégerait contre l\u2019hypersensibilité leur permettrait peut-être de pousser la thérapie plus loin», espère le chercheur.?QS Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 37 s, non seulement la morphine n\u2019arrive-t-elle , elle l\u2019accentue.Les chercheurs ont trouvé la clé e mécanisme.L Yves De Koninck et sa collègue Annie Castonguay.«On a longtemps pensé que le mécanisme biologique responsable de la tolérance à la morphine était le même que celui lié à l\u2019hypersensibilité», dit le chercheur.B E T T I N A S A L O M O N / S P L M A R C R O B I T A I L L E P H O T O La recherche sur le cancer à l\u2019Université de Sherbrooke, c\u2019est près d\u2019une soixantaine de professeurs-chercheurs, de professeurs-cliniciens et plus de 150 étudiants-chercheurs aux cycles supérieurs, sans compter le personnel hautement qualifié.Le cancer fait l\u2019objet d\u2019un large éventail d\u2019études allant de ses mécanismes biologiques sous-jacents jusqu\u2019à l\u2019intégration des connaissances fondamentales aux applications cliniques, du développement de nouvelles stratégies diagnostiques aux approches thérapeutiques.Le mieux-être des patients et de la population est le fil conducteur de l\u2019ensemble des travaux menés dans cette infrastructure ultramoderne.Des collaborations inédites sur le CANCER à l\u2019Université de Sherbrooke Avec un décès toutes les 26 minutes, le cancer est la première cause de mortalité au Québec.Chaque jour, plus de 130 Québécois reçoivent un diagnostic de cancer, une maladie qui continue de poser d\u2019innombrables défis auxquels la recherche tente de répondre.Afin de mieux relever ces défis importants, l\u2019Université de Sherbrooke s\u2019est récemment dotée d\u2019une infrastructure majeure grâce à une subvention conjointe des gouvernements fédéral et provincial au montant de 31,4 M$ : le Pavillon de recherche appliquée sur le cancer (PRAC).Une trentaine d\u2019équipes de recherche de la Faculté de médecine et des sciences de la santé ont emménagé, le printemps dernier, dans le tout nouveau bâtiment inauguré en avril 2013.Spécialisés en génomique fonctionnelle, en biologie de l\u2019ARN ainsi qu\u2019en oncologie moléculaire et cellulaire, ces chercheurs bénéficient désormais d\u2019installations de pointe intégrant plusieurs plateformes technologiques exclusives.Par exemple, la plateforme de RNomique permet l\u2019analyse du génome et s\u2019intéresse aux milliards de différences génétiques subtiles qui existent entre les humains.Dans le cas de la recherche sur le cancer, les échantillons de tumeurs sont comparés avec des tissus similaires sains pour les différencier et attribuer des fonctions à ces différences.Depuis huit ans, la plateforme a développé des forces uniques en matière de manipulation de l\u2019ARN et de l\u2019ADN, en développement d\u2019essais et en bioinforma- tique.Actuellement, la plateforme fournit des services à plus de 60 laboratoires universitaires, gouvernementaux et industriels à travers le monde.Les cancers du sein et de l\u2019ovaire, le cancer de la prostate et le cancer colorectal font tous l\u2019objet de projets novateurs qui rassemblent des experts de la recherche fonda - mentale en laboratoire, des cliniciens et des oncologues, dans le but de réaliser des percées qui auront un impact tant sur le dépistage précoce des personnes à risque que sur les soins des personnes atteintes.Les approches de la recherche translationnelle et de la médecine personnalisée sont au cœur de la réalisation de ces projets.Les chercheurs du PRAC sont tous des membres du Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et collaborent avec les équipes du Centre de recherche de l\u2019Hôpital Charles- Le Moyne et du Centre de recherche sur le vieillissement du CSSS-Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke.Véritable écrin technologique, le PRAC est avant tout un lieu où l\u2019on forme la relève scientifique, en menant une recherche d\u2019avant-garde reconnue mondialement.C R É D I T P H O T O : U N I V E R S I T É D E S H E R B R O O K E Voir la recherche comme une façon d'améliorer la vie Classée au 9° rang canadien pour l'impact de ses recherches en 2012, selon Research Infosource Au 1\u201c rang québécois pour l\u2019augmentation de ses , PART A revenus de recherche et 2° au Canada en 2012 i USherbrooke.ca/recherche IRR a | FÉLICITATIONS! Il y a de ces découvertes qui provoquent des bouleversements dans les connaissances et dans la compréhension que nous avons des maladies et de leurs causes.UNIVERSITÉ DE EE 53 SHERB RO OKE Félicitations à Xavier Roucou, professeur a la Faculté de médecine et des sciences de la santé, et à son équipe de recherche pour leurs travaux sur les protéines alternatives.Voir au futur \\ k > ~ Ne O; [ ee.) N i r 2 aX ©; iF C - = WEEN.> ) J D , A P P H O T O / A P V I D E O / L A P R E S S E C A N A D I E N N E LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉES AU QUÉBEC C\u2019est en octobre que le plus gros morceau de l\u2019astéroïde de Tcheliabinsk a été repêché.Une belle prise! L A P R E S S E C A N A D I E N N E Un bond en avant Les Chinois ont eu rendez-vous avec la Lune.Il était temps; ça faisait près de 40 ans que notre satellite naturel était délaissé.Un robot made in China appelé Yutu ou «lapin de jade» est parti y faire une balade de trois mois.Disons que c\u2019est un gros lapin avec ses 140 kg et ses 6 roues (non, il ne gambadera pas).Il a été largué par l\u2019atterrisseur de la mission Chang\u2019e 3 qui s\u2019est posé sur le sol lunaire le 14 décembre, dans la région du golfe des Iris qui borde la mer des Pluies.Objectif scientifique?Étudier la géologie et la topologie locales.La Chine est le troisième pays à réussir un alunissage après l\u2019Union soviétique et les États-Unis.Et ce n\u2019est pas une mince affaire.L\u2019atmosphère de la Lune étant presque inexistante, les ingénieurs ne peuvent pas recourir à des parachutes pour effectuer les manœuvres d\u2019approche.On aurait encore rien vu: le programme spatial chinois, soutenu par l\u2019armée, prévoit en 2020 la mise en orbite d\u2019une station spatiale et l\u2019envoi d\u2019un premier taïkonaute sur la Lune.> Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 49 2013 en revue 50 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 Le 16 septembre 2013.Le ciel est dégagé, la journée est idéale pour un baptême de l\u2019air.Au bout de la piste, à Mirabel, au nord de Montréal, le FTV1 étincelant attend son heure.Il s\u2019agit du premier appareil de la CSeries, une gamme d\u2019avions conçus pour transporter entre 110 et 149 passagers.Les réacteurs démarrent; l\u2019avion commence à rouler.Dans les gradins, les 2 700 invités retiennent leur souffle.Puis le prototype décolle.Il est 9 h 54.Un rêve et 15 années de recherche aboutissent enfin pour les ingénieurs et les travailleurs de Bombardier! Près de trois heures plus tard, le revoilà.Atterrissage tout en douceur.Vol inaugural réussi! En octobre dernier, le FTV1 réussissait son premier essai en haute altitude (7 620 m) à une vitesse de 740 km/h.La compagnie simulera au total 180 000 heures de vols tests.Particularité du CSeries : il est peu bruyant.Le fuselage est fait de nouveaux matériaux, dont l\u2019aluminium lithium, qui lui confèrent plus de légèreté et de résistance que les matériaux traditionnels.Bombardier dans la cour de Boeing et d\u2019Airbus?L\u2019entreprise a déjà enregistré près de 200 commandes.La mise en service est prévue vers la fin de 2014.Bombardier invite d\u2019ailleurs le public à suivre son aventure aéronautique au cseries.com/fr.> Vol en CSeries Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 51 Lorem ipsum Un bébé (trop?) parfait Né le 18 mai dernier, le petit Connor Levy a une bouille adorable, des parents comblés, ainsi qu\u2019un bagage génétique irréprochable.Et pour cause : il est le premier bébé né grâce à une nouvelle technique de sélection d\u2019embryons, qui pourrait révolutionner la fécondation in vitro (FIV).Ses parents, résidant à Philadel- phie, se sont tournés vers la FIV après plusieurs tentatives d\u2019insémination artificielle infructueuses.Ils décident de mettre toutes les chances de leur côté: avant d\u2019être implantés dans l\u2019utérus, les embryons seront scannés par sé- quençage à ultra haut débit, par des généticiens d\u2019Oxford, au Royaume-Uni.Le but?Sélectionner uniquement ceux qui possèdent un nombre correct de chromosomes.Pour cela, il a suffi de prélever une seule cellule par embryon et d\u2019analyser son génome, en seulement 16 heures.Il faut savoir qu\u2019en moyenne, au cours du processus de FIV, seuls 30% des embryons sont de qualité suffisante pour être implantés.Pis, 80% des implantations se terminent par une fausse couche, souvent en raison d\u2019anomalies génétiques et chromosomiques non décelées.Finalement, seuls 3 des 13 embryons du couple Levy se sont avérés génétiquement parfaits.Et l\u2019un deux est devenu Connor.Selon le docteur Dagan Wells, qui a mené l\u2019expérience à Oxford, le «séquençage nouvelle génération» pourrait augmenter le taux de succès des FIV, à un coût modique.Ensuite, rien n\u2019empêcherait de raffiner la sélection génétique, en analysant les gènes et pas seulement les chromosomes.Alerte à l\u2019eugénisme?On pourrait en effet déceler des maladies héréditaires, mais aussi choisir la couleur des yeux ou des cheveux des futurs bambins\u2026 Aux dernières nouvelles, en tout cas, Connor chéri se porte bien et il ne se soucie pas encore de problèmes éthiques.> B O M B A R D I E R 52 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 49,6 ºC au mois de janvier Déjà que le premier rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC), publié en octobre, n\u2019était pas très optimiste pour l\u2019avenir de la planète \u2013 augmentation de la température moyenne, montée des eaux, fonte de la calotte polaire, etc.\u2013, voilà que l\u2019Organisation météorologique mondiale (OMM) en rajoute.Selon les mesures qu\u2019elle a faites, l\u2019année 2013 aura été la plus chaude depuis que les relevés sur le climat existent.Ce qui coïncide avec le boom industriel de 1850.Ça chauffe?Le climat est sens dessus dessous?Et comment! À Moomba, en Australie, le mercure a atteint 49,6 °C le 7 janvier dernier, en été là-bas \u2013 un record national.En Afrique australe, l\u2019Angola et la Namibie ont traversé une des pires sécheresses de leur histoire.En Asie du Sud-Ouest, on a vu l\u2019une des périodes de mousson les plus longues jamais observées, tandis que la Russie connaissait des précipitations records dans la région du fleuve Amour, en Sibérie orientale.Après le typhon qui a ravagé les Philippines en novembre, on craint que l\u2019intensité des phénomènes météorologiques extrêmes soit liée aux changements climatiques.Ce qui ne serait pas de bon augure.Car la surchauffe terrestre engendrée par l\u2019effet de serre contribue à faire fondre les glaces et à dilater les océans, donc à hausser le niveau des eaux.Comme l\u2019a fait remarquer le GIEC, ce sont les populations côtières qui seront le plus durement touchées.Même que plusieurs îles du Pacifique pourraient ainsi être englouties.Robinson appelle au secours.Une viande qui ne fait pas mal Il a fallu trois mois aux biologistes pour confectionner cette belle boulette.C\u2019est l\u2019un des fondateurs de Google (un végétarien?) qui a tenu à en faire la promotion lors d\u2019une conférence de presse, l\u2019été dernier, en pleine saison du BBQ.Cette viande est issue de cellules souches prélevées par biopsie sur deux vaches.Elles ont permis d\u2019obtenir 20000 fibres musculaires.De la biotechnologie comme on ne l\u2019aurait pas cru (ou cuit?)! C\u2019est une bonne nouvelle pour ceux qui ragent contre le sort fait aux bêtes d\u2019élevage.Mais sur les étiquettes, faudra voir.«Viande cultivée dans nos cuisines»?«Steak issu de cellules prélevées sur un animal en liberté»?Un problème tout de même : cette viande revient, pour le moment du moins, à plus de 2 millions de dollars le kilo.Néanmoins, on prévoit que le prix pourrait baisser à environ quatre dollars le kilo.Le goût : pas très juteux, ont dit les premiers cobayes gastronomes, mais «ça tient en bouche».> > 2013 en revue L A P R E S S E C A N A D I E N N E L A P R E S S E C A N A D I E N N E Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 53 Skull 5 a tout pour semer la pagaille chez les paléontologues.Datant de 1,8 million d\u2019années, il est le plus vieux crâne d\u2019hominidé complètement préservé jamais mis au jour.Il a été découvert en 2005 au sud de la Géorgie, dans le Caucase à la limite de l\u2019Asie centrale, et, depuis, il soulève les passions.Ses larges dents ressemblent à celles d\u2019Homo rudolfensis, son long faciès fait penser à celui d\u2019Homo erectus et sa petite boîte crânienne de 546 cm3 rappelle celle d\u2019Homo habilis.Qui était-il donc?Quatre autres crânes trouvés sur le même site \u2013 pas tout à fait semblables, mais datant de la même époque \u2013 ont permis de formuler une hypothèse, publiée dans la revue Science, cet automne : rudolfensis, erectus et habilis ne seraient qu\u2019une seule et même espèce.En effet, les différences entre les vieux crânes retrouvés ne seraient pas plus importantes que celles que l\u2019on peut constater en comparant divers crânes d\u2019Homo sapiens, aujourd\u2019hui.Les Homo habilis et Homo rudolfensis ne seraient finalement que d\u2019autres Homo erectus.Si l\u2019hypothèse des chercheurs se confirme, il faudra émonder l\u2019arbre de l\u2019évolution humaine.La taille du cerveau pareille à celle d\u2019Homo habilis La longueur des dents semblable à celles d\u2019Homo rudolfensis Un long visage comparable à celui d\u2019Homo erectus Casse-tête autour de vieux crânes > L A P R E S S E C A N A D I E N N E «Occupation double» sur Mars Nombre de candidats à la première expédition visant à coloniser la planète rouge : 202 586, dont près de 8 000 Canadiens.La plupart des volontaires viennent des États-Unis, de l\u2019Inde et du Brésil.La présélection est déjà en marche et devrait aboutir à la composition de 6 à 10 équipes de 4 personnes, prêtes à suivre un entraînement qui durera 7 ans.Initiative d\u2019une équipe néerlandaise, en collaboration avec l\u2019entreprise Space X (qui fait déjà, pour la NASA, du transport de fret vers la Station spatiale internationale), le projet Mars One pourrait coûter 6 milliards de dollars.Mais il serait entièrement autofinancé par l\u2019exploitation médiatique de l\u2019opération, à la manière d\u2019une téléréalité.Un site web, www.mars-one.fr, est déjà accessible, aux curieux comme aux rêveurs.Le départ des premiers émigrants est fixé pour 2022.Ils arriveront en 2023 et passeront le reste de leur vie sur la planète rouge.Ils seront régulièrement approvisionnés en matériel et nourriture, promet-on.En outre, tous les deux ans, quatre nouveaux venus devraient venir grossir la colonie.Sur son site, Mars One précise son objectif : «Fonder un habitat permanent à partir duquel nous pourrons prospérer, apprendre et nous développer.» > 54 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 2013 en revue Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 55 s La porte de l\u2019enfer Les géologues l\u2019ont appelé le monstre.Il s\u2019agirait du plus gros volcan de la Terre.La superficie que couvrent ses gigantesques coulées de lave ancienne (près de 145 millions d\u2019années) est de 300 000 km2.L\u2019équivalent d\u2019un territoire allant de Montréal à Matane sur une largeur de 450 km! Il serait même comparable à Olympus Mons, le plus gros volcan du Système solaire, sur Mars, si ce n\u2019était sa hauteur (à peine 4 km, contre.27 km pour l\u2019extraterrestre).Situé dans l\u2019océan Pacifique à 6 000 m de profondeur, le Tamu \u2013 c\u2019est son nom \u2013 fait partie d\u2019un plateau océanique imposant appelé Shatsky Rise.L\u2019équipe de chercheurs y a conduit des missions de carottage dont on vient de révéler les résultats dans la revue Nature Geoscience.Une analyse a démontré que toute la roche volcanique provenait de la même cheminée magmatique.> O c é a n P a c i f i q u e Tamu 2013 en revue L\u2019enfance de l\u2019Univers en photo À quoi ressemblait l\u2019Univers juste après le big bang?À peu près à cette image pointilliste, obtenue par le télescope spatial Planck de l\u2019Agence spatiale européenne et publiée en mars, après 15 mois de mesures.Cette carte, illustre le «rayonnement de fond cosmologique», la première lumière émise par l\u2019Univers quelque 380 000 ans après sa naissance.À cette époque, le plasma bouillant s\u2019est enfin refroidi, atteignant les 2700°C.C\u2019est alors que la matière s\u2019organise : les atomes se forment et les photons, ces «grains» de lumière qui étaient englués dans le plasma, s\u2019échappent enfin en émettant un grand flash.Ce rayonnement ancestral se diffuse encore aujourd\u2019hui et le télescope Planck a réussi à le capter avec une précision sans précédent.Les petites fluctuations qu\u2019il a mesurées en disent long sur l\u2019organisation originelle du cosmos.Les zones les plus denses, en bleu, sont les agrégats de matière qui ont donné naissance aux étoiles et aux galaxies.La sensibilité des instruments a aussi permis aux scientifiques de réévaluer l\u2019âge de l\u2019Univers à 13,82 milliards d\u2019années, soit 80 millions d\u2019années de plus que ce qu\u2019on pensait.Après plus de quatre ans de bons et loyaux services, l\u2019observatoire Planck a été mis à la retraite en novembre.Mais il n\u2019a pas dit son dernier mot.Le prochain ensemble de données sera diffusé en 2014 avec, espérons-le, de nouvelles révélations cosmologiques.> 56 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 E S A E T P L A N C K Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 57 e petit creuset de métal se fait brasser frénétiquement dans tous les sens comme une boîte de peinture à la quincaillerie.On peut entendre les billes d\u2019acier qui ricochent à l\u2019intérieur.«C\u2019est un appareil à broyer du silicium, explique le chimiste Lionel Roué dans son laboratoire du Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Varennes.C\u2019est là notre façon de produire des matériaux nanostructurés pour pas trop cher.» Si simple?Après une dizaine d\u2019heures de ce traitement de choc, la matière obtient en effet des propriétés nanométriques.«Sous l\u2019impact des billes d\u2019acier, le silicium se casse, puis se ressoude, se recasse, se ressoude, puis se casse encore\u2026 À la fin, on obtient des particules de l\u2019ordre du micron, qui sont en fait des assemblements de parti - cules plus petites, de l\u2019ordre du nanomètre; en somme, des grappes de nanopar ti - cules », dit le chercheur.Et qui dit nanoparticules dit potentiel industriel fabuleux.Ce silicium concassé mécaniquement pourrait permettre de concevoir des batteries rechargeables dotées d\u2019une plus grande autonomie.Un progrès salué par la revue Energy & Environmental Science en mai dernier.Il faut dire que le silicium est l\u2019un des matériaux les plus prometteurs pour le développement des batteries : il est capable de stocker 10 fois plus d\u2019électrons que le graphite, utilisé actuellement dans les fameuses batteries lithium-ion, qui équipent, entre autres, les téléphones et ordinateurs portables, et les véhicules électriques.Comme toutes les batteries, elles possèdent une cathode et d\u2019une anode, faites de matériaux différents, entre lesquelles des ions lithium se déplacent par l\u2019intermédiaire d\u2019un électrolyte.Dans les batteries au lithium standard, la cathode est souvent faite d\u2019oxyde de cobalt, alors que l\u2019anode est en graphite.Lorsqu\u2019on utilise la batterie, des ions lithium, chargés positi- Super-batteries! Comment augmenter l\u2019autonomie des batteries rechargeables?Nul besoin de haute technologie, il suffit de concasser du silicium.Par Joël Leblanc ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT Eurêka ! L P H I L I P P E J A S M I N vement, se déplacent de l\u2019anode vers la cathode.Afin d\u2019équilibrer ce déplacement de charges positives, des électrons, chargés négativement, doivent aussi se rendre à la cathode, mais ils le font en passant à l\u2019extérieur de la batterie, par les fils du circuit.C\u2019est ainsi qu\u2019on obtient le courant.En connectant la batterie pour la recharger, on force les électrons à retourner à l\u2019anode, entraînant aussi, du même coup, les ions lithium.«Dans les batteries au lithium actuelles, fait remarquer Lionel Roué, l\u2019anode de graphite permet une capacité de stockage de 320 à 350 milliampères-heure pour chaque gramme de graphite.Avec une anode de silicium, la capacité de stockage pourrait être 10 fois plus grande.» Sauf que le silicium est capricieux.Si on le remplit de lithium, il prend de l\u2019expansion.Alors que l\u2019anode standard grossit d\u2019environ 10% lorsqu\u2019on la recharge, celle de silicium triple de volume! Et elle rétrécit d\u2019autant quand elle se décharge.«Résultat, le silicium se fissure et se fragmente un peu à chaque cycle, continue le chimiste.Après quelques dizaines de recharges, la structure est pulvérisée et la batterie est inutilisable.» C\u2019est en créant des nanostructures de silicium, soit des poudres et des fils extrêmement fins, qui peuvent grossir et se rétracter sans s\u2019endommager, que de nombreux laboratoires tentent de contourner ce problème.Mais la nanofabrication est complexe, ce qui rend ces batteries trop coûteuses; sans compter que les nanoparticules sont potentiellement toxiques.Le broyage devient alors un atout.Au lieu de construire des structures en assemblant des atomes, les chercheurs de l\u2019INRS concassent une poudre ordinaire de silicium en l\u2019agitant dans des creusets où s\u2019entrechoquent des billes d\u2019acier.« Vue au microscope, chaque nanoparticule obtenue est elle-même un agrégat de nanocristaux dans lesquels les atomes sont bien alignés en couches superposées», commente Lionel Roué.Et autour de chaque nanocristal, dans les nanoparticules, se trouvent des joints de silicium amorphe, c\u2019est-à-dire désor - ganisé.«Les ions lithium aiment cette configuration, poursuit le chercheur.C\u2019est dans ces zones qu\u2019ils circulent pour aller se stocker dans les cristaux.Grâce à ces chemins de diffusion, la distribution du lithium se fait plus uniformément, l\u2019expansion volumique est beaucoup plus progressive, et le matériau résiste beaucoup mieux.» Les chercheurs obtiennent en quelque sorte le meilleur des deux mondes, puisque les propriétés du silicium broyé approchent celles du silicium nanostructuré, mais à une fraction du prix.À l\u2019échelle industrielle, un kilogramme de cette poudre reviendrait à trois dollars, contre plusieurs centaines de dollars pour la version « nano ».«Après 900 recharges et décharges, nos anodes de silicium avaient encore 100% de leur capacité initiale», ajoute Lionel Roué.Ce qui n\u2019est pas peu dire dans le monde des batteries rechargeables, où même les plus performantes se détériorent après quelques centaines de cycles.Sans même augmenter le poids de leurs batteries, l\u2019autonomie des voitures électriques pourrait être notablement augmentée.Mais il reste des développements à réaliser avant que les batteries avec anodes en silicium puissent être utilisées à cette fin.«Dans les conditions du laboratoire, nos anodes en silicium broyé fonctionnent.Il faut maintenant les intégrer dans une batterie complète qui fonctionnera bien et longtemps.On est sur la bonne voie.» ?QS LION DE LOIN Comment photographier les animaux les plus féroces dans leur intimité sans se faire déchiqueter?En fixant son appareil photo sur un petit bolide téléguidé.C\u2019est ce que le photographe néozélandais Chris McLennan a fait pour réaliser de superbes clichés de lions au Botswana.Baptisé Car-L, le petit véhicule, chargé de son reflex Nikon D800E, a stimulé la curiosité des félins : ils s\u2019en sont approchés et ont même joué avec, permettant des clichés en très gros plan.L\u2019histoire ne dit pas comment le photographe a pu ramener son mini-bolide sans attirer les bêtes vers lui! www.w3sh.com/2013/11/25/ le-photographe-chris-mclennan- prend-en-photo-des-lions-avec-un- buggy-telecommande IMMERSION VISUELLE À l\u2019heure où le cinéma 3D s\u2019invite dans nos salons, la boîte de cinéastes états-unienne Condition One pousse le réalisme un peu plus loin en présentant le premier film 3D sur écran 360°.D\u2019une durée de 30 minutes, le reportage Zero Point délaisse la projection classique au profit des lunettes Oculus Rift, normalement dévolues aux jeux vidéo.Sensible aux mouvements de la tête, le casque permet au spectateur de «voir» autour de lui et d\u2019assister au film selon sa propre perspective.Une immersion quasi totale.www.tomsguide.fr/actualite/ film-oculus-rift,39447.html ÉNERGIE PORTABLE En cette ère techno, on trimballe son téléphone intelligent et sa tablette numérique partout et en tout temps, même dans les coins les plus reculés.Histoire de nous permettre de recharger ces bidules n\u2019importe où, voici HydroBee, une petite génératrice à turbine qui utilise l\u2019eau courante pour produire de l\u2019électricité.Il suffit de la laisser traîner derrière une embarcation à moteur ou de l\u2019immerger dans les rapides d\u2019une rivière pour refaire le plein d\u2019énergie en deux à trois heures.On peut même se servir de l\u2019eau du robinet.On n\u2019arrête pas le progrès! www.kickstarter.com/projects/burth amner/harvest-natures-energy-for- usb-power-to-go Aujourd\u2019hui le futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 58 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 59 Des marteaux, des clous et des lasers Do it yourself! C\u2019était l\u2019invitation faite jadis aux bricoleurs de tout acabit.Les Fab Labs, un mouvement commencé au Massachusetts Institute of Technology et qui essaime aujourd\u2019hui partout dans le monde, ont ajouté à cette devise do it with others; «faites-le avec les autres».Ce sont concrètement des lieux bien particuliers où se marient l\u2019esprit communautaire et les technologies numériques.Peut-être des incubateurs d\u2019une prochaine révolution industrielle?Quelques mois après l\u2019ouverture d\u2019un premier Fab Lab montréalais, nous sommes allés voir comment fonctionnent ces ateliers qui foisonnent dans le monde.Demain, l\u2019hôpital On ne construit pas un hôpital comme un édifice à logements.Il faut prévoir des blocs opératoires, des pièces étanches et aménager le tout de manière à limiter les risques d\u2019infections nosocomiales.C\u2019est du moins ce que souhaitent les concepteurs de ces nouveaux lieux de santé que seront le CHUM et le CUSM.Ce ne sera pas un luxe.«Actuellement, une usine à cornichons est mieux conçue qu\u2019un hôpital», nous a confié un ingénieur.Pas aussi facile que 2 et 2 font 4 Ils ont d\u2019énormes difficultés à faire de simples soustractions ou à estimer les distances qui les séparent d\u2019un objet.Ils ne saisissent pas qu\u2019un nombre soit plus grand qu\u2019un autre et ils ont du mal à comprendre le prix des choses sur une étiquette.Ces personnes sont atteintes de dyscalculie.Si c\u2019est le moins connu des troubles d\u2019apprentissage, il affecte tout de même entre 3% et 7% de la population.Le secret est dans la cabane Le sirop d\u2019érable aurait-il des vertus qu\u2019on ne lui soupçonnait pas?On pourrait le savoir bientôt puisqu\u2019on a enfin réussi à isoler le québécol, la substance active qui le caractérise.À lire prochainement 60 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 BAIGNÉ, LAVÉ, SÉCHÉ L\u2019historien et sociologue Georges Vigarello réédite son ouvrage Le propre et le sale dans une version magnifiquement illustrée avec des croquis, des gravures et des peintures.Le spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019hygiène et des représentations du corps (à qui l\u2019on doit aussi Métamorphose du gras) raconte comment le goût et le dégoût ont évolué depuis le Moyen Âge, époque où déféquer dans la rue ou jeter ses eaux usées par la fenêtre n\u2019enfreignaient nullement les normes, et où l\u2019épouillage était un signe de tendresse, voire de déférence.Le livre est splendidement illustré par des iconographies où l\u2019on voit par exemple les bains du Moyen Âge.L\u2019usage du bain, nous apprend Georges Vigarello, a été en vogue chez les mieux nantis jusqu\u2019au XVe siècle; jusqu\u2019à ce que les progrès de la médecine le rendent suspect.On craignait alors que l\u2019eau, en dilatant les pores de la peau, favorise la pénétration des miasmes.Sale histoire! Le propre et le sale ?l\u2019hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Georges Vigarello, Édition Seuil, collection Beaux livres, 2013.HERBES DU NORD C\u2019est une bible de plus de 500 pa - ges.Le premier des 4 tomes d\u2019un dictionnaire unique en son genre, Flore nordique du Québec et du Labrador, recense les végétaux au- delà du 54e parallèle nord jusqu\u2019au détroit d\u2019Hudson.Sous la houlette de Serge Payette, de la Chaire de recherche nordique en écologie des perturbations de l\u2019Université Laval, ce projet colossal est dirigé conjointement par le Centre d\u2019études nordiques et l\u2019Herbier Louis-Marie.Il repose sur une banque de données électroniques décrivant e chameau blatère, la sauterelle stridule et la souris chicote.Mais que disent-ils, exactement?C\u2019est ce qu\u2019on apprendra grâce à l\u2019exposition Charabia animal : sous-titré pour les humains, présentée au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, dès la mi-février.«Cette exposition, qui se divise en quatre modules, est l\u2019une des plus interactives que nous ayons jamais conçues, se réjouit Katy Crépeau, spécialiste de la communication scientifique, qui a collaboré au projet.Pour nous, l\u2019interaction était un critère important, non seulement parce qu\u2019elle va de pair avec le thème de la communication, mais aussi parce que la satisfaction de la clientèle est étroitement liée à son degré d\u2019échange avec les installations, comme vient de le démontrer un sondage réalisé par le musée ontarien Science Nord.» Quelques exemples : dans le module sur la séduction, le visiteur aura pour mission de deviner quel animal se cache derrière chaque déclaration d\u2019amour.Dans la zone traitant des réactions au danger, il pourra découvrir comment les chiens de prairie ou les singes vervet signifient à leurs congénères la présence de divers prédateurs.Ou encore, dans la section intitulée «Connexion», imiter la danse des abeilles! Le quatrième et dernier module, qui porte sur les interactions entre les humains et les bêtes, fera quant à lui entrer dans l\u2019univers d\u2019un dresseur d\u2019animaux de cinéma, d\u2019un éleveur de chiens guides et d\u2019un thérapeute équin, par le truchement de capsules vidéo.«Et puis, tout au long du parcours, des sons d\u2019animaux se déclencheront automatiquement sur le passage du visiteur», indique Marie-Claude Letarte, qui a dirigé la production de l\u2019exposition.Les apprentis éthologues pourront également tester leurs connaissances grâce à un jeu interactif.«Ce jeu est constitué de deux écrans reliés entre eux.Le premier interlocuteur devra choisir entre six types de messages.Pour chacun d\u2019eux, il sélectionnera une \u2018\u2018langue\u2019\u2019, c\u2019est-à-dire un animal, explique Katy Crépeau.Ce pourrait être \u2018\u2018tu me plais\u2019\u2019 à la manière d\u2019un manchot ou \u2018\u2018j\u2019ai faim\u2019\u2019 à la manière d\u2019un bébé merle.» Puis le second interlocuteur recevra une vidéo sous-titrée («pour éviter tout malentendu!» précise Marie-Claude Letarte) montrant l\u2019animal en train de communiquer son message; il devra ensuite faire connaître sa réponse.En plus d\u2019être hautement interactive, l\u2019exposition se veut multisensorielle.Car les animaux ne s\u2019expriment pas seulement par des sons ou des signes; ils utilisent aussi le langage du toucher ou laissent des messages olfactifs.«Lors qu\u2019un chien renifle les déjections d\u2019un autre chien, c\u2019est un peu comme s\u2019il consultait son profil Facebook!» illustre Katy Cré- peau.Le premier tableau présenté aux visiteurs met d\u2019ailleurs en scène un chien en train d\u2019uriner sur un lampadaire ayant, à côté, un tas d\u2019excréments.de même que la «fiche signalétique» de son auteur.De quoi nous rappeler de prendre garde où poser les pieds! Charabia animal : sous-titré pour les humains, au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, du 12 février au 1er septembre 2014.www.naturesciences.qc.ca Parlez-vous oiseau?La nouvelle production du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke révèle toute la complexité du langage des animaux.L Par Catherine Girard Suivez le guide Matières à lire Autre rendez-vous UNE NUIT AU MUSÉE Vous cherchez un endroit hors du commun pour célébrer l\u2019arrivée de la nouvelle année chinoise?Rendez-vous au Musée canadien de la nature, à Ottawa, pour la prochaine édition de l\u2019événement mensuel Nature Nocturne.Au programme : musique électronique aux accents de C-pop, bouchées et cocktails sur le thème du cheval (l\u2019année 2014 étant sous l\u2019égide de ce signe astrologique chinois) et, bien sûr, visite des galeries.Nature Nocturne, Musée canadien de la nature, 24 janvier, 20 $.Réservé aux 19 ans et plus.www.nature.ca PIMPANTS PONTS En attendant la construction du futur pont Champlain, l\u2019École de technologie supérieure invite les élèves du secondaire et du cégep à relever le Défi PontPop.Le concours, qui en est à sa 12e édition, consiste à concevoir un pont en n\u2019utilisant que des bâtons de Popsicle, des cure-dents, de la soie dentaire et de la colle blanche.Les prototypes seront d\u2019abord jugés selon des critères esthétiques, puis devront être soumis au test de la presse hydraulique.Lors des éditions précédentes, certains ponts ont supporté des charges supérieures à 1 500 kg, soit le poids d\u2019une petite berline! Défi PontPop, École de technologie supérieure, 22 février (pour les étudiants du cégep) et 24 février (pour ceux du secondaire), entrée libre.pontpop.etsmtl.ca Janvier ~ Février 2014 | Québec Science 61 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > LE PLUS GRAND HERBIER DU MONDE EST VIRTUEL Après quatre ans de travaux, la Galerie de Botanique du Jardin des Plantes, à Paris, a enfin rouvert ses portes au public.Pas moins de 8 millions de spécimens de plantes, de champignons, d\u2019algues et de lichens ont été inventoriés, restaurés, reclassés et, pour la plupart, numérisés.Si bien que l\u2019Herbier du Muséum national d\u2019Histoire naturelle de Paris est désormais le plus grand herbier virtuel du monde.Une équipe de réalisateurs et de photographes a pu assister à la métamorphose des lieux, et a documenté le travail de moine qu\u2019ont accompli les botanistes.Le résultat?Une websérie intitulée Herbier 2.0, contenant 40 chroniques photo et vidéo, qui dépeint la richesse de cette collection commencée en 1683 par Joseph Pitton de Tournefort, botaniste du Jardin du Roi.Enrichie par des échantillons récoltés au cours des grandes expéditions du XIXe siècle, sur les cinq continents, mais aussi par des collections personnelles comme celle de Jean-Jacques Rousseau, l\u2019Herbier national est un trésor inestimable.Y compris pour les scientifiques d\u2019aujourd\u2019hui qui ont découvert de nouvelles espèces en reclassant la collection non plus en fonction de la provenance géographique des plantes, mais en suivant leurs liens de «parenté».Réalisé par Anne-France Sion et Vincent Gaullier, le webdoc est visible à l\u2019adresse www.webdoc-herbier.com.L\u2019occasion de se perdre dans cette bibliothèque unique et même d\u2019en découvrir la plus vieille pièce, étonnamment bien conservée : l\u2019herbier d\u2019un étudiant en médecine, Jehan Girault, datant de 1558.L\u2019UNIVERSITÉ CHEZ VOUS C\u2019est le phénomène du moment: les cours en ligne accessibles à tous, ou MOOC (pour massive open online course).En quelques clics et gratuitement, les plateformes de MOOC permettent à n\u2019importe qui de suivre les cours des plus prestigieuses universités.L\u2019Université McGill vient d\u2019entrer dans la ronde en rejoignant la plateforme edX qui héberge déjà des cours des universités Berkeley, Harvard et Cornell.Elle propose un cours intitulé Food for Thought, élaboré notamment par le chimiste Ariel Fenster.McGill rejoint ainsi HEC Montréal qui était, jusqu\u2019ici, le seul établisse ment québécois à offrir des MOOC.Et tant mieux, car l\u2019engouement est planétaire.On estime qu\u2019environ 20 millions d\u2019étudiants à l\u2019échelle de la planète sont actuellement inscrits à des MOOC.www.edx.org Par Marine Corniou Sur la toile H E R B I E R 2 .0 © M U S É E C A N A D I E N D E L A N A T U R E 90 000 spécimens d\u2019herbiers du Québec, du Labrador et du Nunavut.Un ouvrage de référence dont la sortie s\u2019accompagne d\u2019un site internet: florenordique.ulaval.ca.Flore nordique du Québec et du Labrador, tome 1, Serge Payette, Presses de l\u2019Université Laval, 2013.SAGA SANGUINAIRE Certains chancèlent à la vue du sang, d'autres détournent le regard.Gérard Tobelem, lui, l\u2019a scruté à la loupe.Cet ancien professeur d\u2019hématologie s'est attaqué à l\u2019histoire du rouge liquide qui coule dans nos veines.De l\u2019époque où l\u2019on saignait les malades pour remédier à tous les maux jusqu'à celle des premières transfusions \u2014 souvent mortelles car on ne connaissait pas encore les groupes sanguins \u2014, le scientifique raconte l\u2019épopée des découvertes qui ont révélé le rôle et la nature de notre sang.Histoires du sang, Gérard Tobelem, Éditions Perrin, 2013. \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 J\u2019avais 20 ans lorsque la petite ville de Lebel-sur-Quévillon est apparue sur la carte.L\u2019expression «petite ville» est bien choisie.Dans le Nord, considérant l\u2019immensité du ciel, la grandeur des forêts, la majesté des rivières et la longueur des routes, tout est petit qui est humain.Il y a un demi-siècle, en 1960, aux alentours du lac Quévillon, un beau lac du Nord parmi les beaux lacs du Nord, situé à plus de 100 km au-delà de Senneterre, un grand bûcheron devant l\u2019éternel, Jean-Baptiste Lebel, rêvait d\u2019exploiter les forêts vierges de l\u2019Abitibi.Il voyait des moulins à scie et des moulins à papier, il imaginait des coupes de bois dans cet océan d\u2019épinettes boréales, ces arbres jusque-là qua li fiés d\u2019espèces «non commerciales» par les experts.Son rêve s\u2019est finalement réalisé, donnant naissance à une petite ville nommée en son honneur, comme en l\u2019honneur du beau lac, Lebel-sur-Quévillon.Petit plan Nord du temps de l\u2019Expo 67.Il y a un mois, j\u2019étais à Chibougamau pour donner une conférence sur l\u2019histoire du Nord, et sur son importance aussi.Le colloque réunissait des fonctionnaires de Chapais, de Chibougamau même, de Lebel-sur-Quévillon, de Matagami et de Radisson.Dans la salle, parmi la soixantaine de personnes présentes, il y avait au moins six participants d\u2019origine sénégalaise.Cela faisait écho à une autre conférence que je venais de donner à Regina.J\u2019y avais rencontré de nombreux professeurs, également sénégalais, qui enseignaient le français dans les écoles de la Saskatchewan.Il est étonnant de remarquer que l\u2019avenir de la langue française dans le monde passe par l\u2019avenir de l\u2019Afrique francophone, une Afrique qui résonne aujourd\u2019hui jusque dans les écoles ténoises du Grand lac des Esclaves.La conférencière qui me suivit au lutrin du colloque de Chi- bougamau ne s\u2019appelait pas Linda, elle s\u2019appelait Fatima.Elle ne venait pas de Laval; elle était originaire du Sénégal.Et les signes ostentatoires de son costume en disaient long sur le soleil d\u2019Afrique.Que cela colorait les lieux par ailleurs assez déprimants du vieil hôtel du premier temps des mines en novembre! La conférence de Fatima portait sur sa relation au Nord et sur son bonheur d\u2019y vivre.Son histoire est si simple, si bouleversante! Cette universitaire ne trouvait pas de travail à Montréal.Elle répondit à une annonce dans le journal, une offre d\u2019emploi des services sociaux de Lebel-sur-Quévillon.Ayant réussi son entrevue «à distance», elle obtint le poste.Elle chercha immédiatement à savoir où se trouvait la petite ville sur la carte; elle s\u2019en informa auprès de ses amis québécois \u2013 très montréalais \u2013, mais ceux-ci n\u2019en savaient pas grand-chose, sinon qu\u2019il fallait être désespéré pour s\u2019exiler au nord de l\u2019Abitibi.Ils la mirent en garde contre le froid, l\u2019isolement, les loups et la violence des blizzards; tout y passa pour l\u2019effrayer.À Lebel-sur-Quévillon, plutôt que le froid dans le dos de toutes les solitudes, Fatima se fit aussitôt aider dans la recherche d\u2019un appartement.Pouvant compter sur un bon emploi, elle put faire venir son amoureux du Sénégal : celui- ci combla un poste de professeur à l\u2019école primaire qui en avait grand besoin.Dans le froid, au milieu des meutes de loups, le couple fit un bel enfant.Fatima a acheté un bon véhicule avec traction aux quatre roues.Elle s\u2019est trouvé un médecin de famille près de chez elle et un spécialiste à Amos.La conclusion de sa présentation portait sur la communauté, manière de dire qu\u2019elle avait trouvé à Lebel-sur-Quévillon une société «tissée serrée» dans le bon sens du terme, le sens de la famille universelle, chose bien absente des grandes villes du monde.Il faut imaginer Fatima heureuse.Mais, dans les chiffres et les études, elle n\u2019existe pas.On nous dira que 90% des immigrants s\u2019installent sur l\u2019île de Montréal et les autres 10%, à Laval.Les études diront aussi que Lebel-sur-Quévillon est une ville mono-industrielle qui se bat constamment pour son avenir, que c\u2019est «ben loin», qu\u2019il fait «ben frette» et qu\u2019on ne peut s\u2019y rendre en hiver qu\u2019en traîneau à chiens.Même Google n\u2019arrive pas à la localiser exactement.La voix de la madame du GPS en perd son latin, pour ne pas dire son sénégalais.?QS 62 Québec Science | Janvier ~ Février 2014 Fatima de Quévillon Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu Lebel-sur-Quévillon \u2022 F R A N C I S V A C H O N INRS .CA TOUJOURS EN TÊTE Première université au Canada pour son intensité de recherche dans sa catégorie MANIPULER LA MATIÈRE, DÉCOUVRIR L\u2019ÉNERGIE DE DEMAIN My Ali E l Khakan i Ibrahima Ka opriétés inégalées.aux pr unique de concevoir une génération de nanomatériaux Ibrahima Ka et le doctorant élécommunications de l\u2019INRS, le pr T Dans les laboratoir ont développé une façon ofesseur gie Matériaux e Éner es du Centr My Ali El Khakani Québec Science de Félicitations à tous les laur et contribue à l\u2019innovation dans le domaine de l\u2019éner e université se démar notr Grâce à des avancées scienti?ques comme celle-ci, les photodétecteurs et les cellules solair e des nanohybrides qui per laser génèr ?cace et polyvalente, leur appr Simple, ef ! 2013 éats des découvertes que par l\u2019excellence de ses cher es du futur ont de développer mettr oche par ablation gie.cheurs . Quand on repousse les limites du savoir à la maîtrise et au doctorat.Tout est possible Portes ouvertes : mardi 11 février 2014 "]
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