Québec science, 1 janvier 2014, Août-Septembre 2014, Vol. 53, No. 1
[" UN ZOO LA VILLE INTERNET COMMENT SURVIVRE AU DÉLUGE NUMÉRIQUE LA BIODIVERSITÉ AU COIN DE LA RUE quEbEc SciEncE Août ~ septembre 2014 QUEBECSCIENCE.QC.CA 4 0 0 6 5 3 8 7 6,45$ E N K I O S Q U E J U S Q U \u2019 A U 1 8 S E P T E M B R E 2 0 1 4 GARDERIES, ÉCOLES LA BATAILLE CONTRE LES CALORIES EN TROP Près de un enfant sur quatre est en surplus de poids.Est-ce grave, docteur?ASTRONOMIE LES NOUVELLES OREILLES DE LA TERRE RU-486 UN CHOIX POUR L\u2019AVORTEMENT À LA RECHERCHE DE LA TOMATE PERDUE 1418 la grande guerre UN TROU DE MÉMOIRE DANS NOTRE HISTOIRE CAHIER SPÉCIAL LES 40 ANS DE L\u2019ÉTS L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE ® FIGURE PARMI LES UNIVERSITES LES MIEUX COTEES AU CANADA POUR LA y ® QUALITÉ DE SON ENSEIGNEMENT ET L SA REPUTATION AUPRES DES EMPLOYEURS.SON OUVERTURE SUR LE MONDE ET SON ENGAGEMENT le pot entiel EXCEPTIONNEL VOUS OFFRENT TOUS LES MOYENS DE REALISER VOTRE en chacun de nous PLEIN POTENTIEL.~~ | N | USherbrooke.ca/futurs-etudiants _ a | 2 - Ty 3 e Près de 400 programmes aux trois cycles d'études e Des professeurs de renommée internationale e Des possibilités d'études et de stages à l'étranger e Un enseignement axé sur la pratique, l'innovation et la réussite UNIVERSITÉ DE Bl SHERBROOKE | Voir au futur 13 Jean-Pierre Rogel Anticosti, l\u2019erreur écologique 50 Serge Bouchard Requiem pour Rangifer tarandus caribou 4 BILLET Grossier! Par Raymond Lemieux 46 SUIVEZ LE GUIDE Des Bleuets et des fourrures Par Catherine Girard 47 SUR LA TOILE Par Marine Corniou 49 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc et Simon Coutu quEbEc SciEncE AOÛT-SEPTEMBRE 2014 C O U V E R T U R E : 1 3 / V I C T O R I A S N O W B E R / O C E A N / C O R B I S EN COUVERTURE 16 Trop de calories pour nos bouts-d\u2019choux?Près d\u2019un enfant sur quatre est trop gros, au Québec.Et si la chasse aux calories passait par les garderies?Par Dominique Forget ENVIRONNEMENT 20 La ville est aussi une jungle Une étude, menée dans 147 cités de la planète, nous apprend que la biodiversité y est bien plus riche qu\u2019on l\u2019imaginait.Par Marine Corniou ASTRONOMIE 28 Les nouvelles oreilles de la Terre Il faut voir grand pour observer l\u2019invisible! Au nord du Chili, à 5 000 m d\u2019altitude, un gigantesque ensemble d\u2019antennes nous montre l\u2019Univers autrement.Par Pierrick Blin et Antoine Dion-Ortega MÉDECINE 35 Le droit de choisir Au Canada, la pilule abortive, pourtant accessible dans 57 pays, n\u2019est toujours pas offerte.Par Marine Corniou ALIMENTATION 38 À la recherche de la tomate perdue Grosse, ferme et rutilante, Solanum lycopersicum vous fait de l\u2019œil au supermarché.Vous l\u2019achetez.Mais, une fois en bouche, déception : la pomme d\u2019amour ne goûte plus comme avant.Pourquoi?Par Simon Coutu LA GRANDE GUERRE 40 Le choc et l\u2019enlisement Le 4 août 1914, le Canada s\u2019engage dans un conflit délirant et dantesque qui conduira l\u2019Europe à un massacre sans pareil.Ce devait être une guerre éclair; elle va durer quatre ans.Par Raymond Lemieux ENTREVUE 6 LE DÉLUGE NUMÉRIQUE L\u2019humanité est entrée dans une ère nouvelle, celle du libre accès à des milliards de données numérisées.Devons-nous les craindre?Propos recueillis par Elias Levy ÉCOLOGIE 10 LES ENVAHISSEURS Les carpes asiatiques menacent de gagner les Grands Lacs.Elles saboteraient ainsi les écosystèmes en supplantant dorés et perchaudes.Par Dominique Forget GÉOLOGIE 12 UN CADEAU DU CIEL Un météorite serait à l\u2019origine d\u2019étranges perles de verre trouvées au large de Sept-Îles.Par Noémie Larouche BIOMÉDICAL 15 CONTROLER SES ENVIES Bonne nouvelle pour les incontinents.Un implant contrôlé par téléphone intelligent pourrait changer leur vie.Par Joël Leblanc ACTUALITÉS RUBRIQUES 28 4 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Grossier! La recette n\u2019a rien de secret; pour maintenir un poids santé, il faut manger sainement et rester actif.Mais pourquoi veut-on maintenant nous faire croire que pizzas, hot-dogs et boissons gazeuses ne seraient pas en cause dans l\u2019actuelle épidémie d\u2019obésité?rès de une personne sur cinq souffre de surpoids ou d\u2019un sévère embonpoint, mais il ne faut pas en faire une maladie.Car l\u2019obésité n\u2019est pas un problème au Canada.Je fais de l\u2019ironie?Pas du tout! Je rapporte ce que l\u2019Institut Fraser \u2013 un groupe de réflexion particulièrement en vue et passablement conservateur \u2013 vient de signifier dans une récente étude.Parce qu\u2019il n\u2019y aurait pas plus d\u2019obèses qu\u2019il y a 10 ans, affirme la recherche en question, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre l\u2019alimentation industrielle et un bide boursoufflé.La preuve circonstancielle : tandis qu\u2019on continue à se nourrir allègrement de malbouffe sous toutes ses formes, le taux de personnes en surplus de poids n\u2019augmente pas.Alors, disent ces chercheurs peu subtils, à quoi bon taxer les boissons gazeuses ainsi que les autres inventions salées et sucrées de l\u2019industrie agroali- mentaire?Grossier raccourci ! Nous pourrions tout de même nous demander à qui profite une étude comme celle-là.Certainement pas aux producteurs de tomates bio! En fait, elle tend à semer le doute, comme les compagnies de tabac l\u2019ont fait pendant des dizaines d\u2019années avant d\u2019admettre que leurs produits étaient cancérigènes (à tout le moins!).Il a ensuite fallu des années de palabres et de travaux pour arriver à y voir clair et à prendre d\u2019efficaces mesures anti-tabac.Un historien états-unien des sciences a trouvé un beau néologisme pour cerner la promotion du doute systématique comme le fait l\u2019Institut Fraser : l\u2019«agnologie».Cette astuce qui n\u2019a rien de scientifique et qui est assortie de mauvaise foi, perpétue intentionnellement l\u2019ignorance.Ce qui annule ou freine les actions et les mesures que la science sérieuse et le bon sens nous invitent à prendre dans toutes sortes de domaines.Ces derniers vont de l\u2019environ - nement (l\u2019ambiguïté qu\u2019entretiennent les climatosceptiques à propos des changements climatiques) à la santé publique (cette banalisation du surpoids).C\u2019est le discours parfait pour une stratégie du «non-agir».On n\u2019a pourtant pas à se mettre la tête dans le sable ou sous la table : la malbouffe hypothèque la santé.L\u2019embonpoint et l\u2019obésité entraînent des risques très élevés de diabète et de problèmes cardiovascu- laires.Il n\u2019y a plus aucun doute là-dessus.Bien manger, c\u2019est respecter sa santé.Et la bataille contre les kilos en trop doit commencer très tôt.D\u2019ailleurs, l\u2019UNICEF a publié un rapport qui plaçait le Canada au troisième rang des pays développés quant à l\u2019obésité infantile.Si cela n\u2019augu - re pas bien pour la suite des choses, la solution au problème n\u2019est certainement pas dans le déni.Au con traire, la situation nous invite à être plus attentif que jamais quant au contenu de la boîte à lunch de nos enfants, à leurs collations et au menu du dîner à la garderie ou à l\u2019école.Taxer les aliments junk?Pourquoi pas?Mais on peut aussi apprendre aux enfants à savourer autrement.Le sucré et le salé ne sont pas les seuls perceptions gustatives, rappellent tous les chefs cuisiniers du monde.Bien que marginales encore, des «classes de goût» ont été créées en Europe pour contrecarrer la surconsommation de sucre et de sel.Elles seraient drôlement bienvenues dans les écoles d\u2019Amérique.Et bien des adultes pourraient aussi en tirer profit.?QS Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Pierrick Blin, Simon Coutu, Antoine Dion-Ortega, Catherine Girard, Noémie Larouche, Joël Leblanc, Elias Levy, Jean-Pierre Rogel, Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Tara Hardy, Michel Huneault, Carol-Anne Pedneault Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : juillet 2014 (515e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression LMPI Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2014 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE AOÛT-SEPTEMBRE 2014 VOLUME 53, NUMÉRO 1 C M C A A U D I T E D P Par Raymond Lemieux Billet 55 Ch.des pionniers e.| 418 247 5001 | mmq.qc.ca L I S L E T S U R M E R Atelier de fabrication de cordage Visite guidée du Bras d\u2019Or Le noeud de l\u2019histoire Animation au Grand mât Visite du Ernest Lapointe 6 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Qu\u2019est-ce que le Big Data?Il s\u2019agit de l\u2019accumulation de milliards de données numérisées, concernant des millions de personnes et recueillies par des entreprises \u2013 comme Google, Facebook ou Twitter \u2013, des sites de vente en ligne, les gouvernements, etc.Un déluge numérique.Nous assistons à une «mise en données du monde», où la quantité d\u2019informations double tous les trois ans.Aujourd\u2019hui, 98% des informations sont sous forme numérique.Mais il ne cesse d\u2019en arriver de nouvelles.Gérer et stocker ces milliards de données, n\u2019est-ce pas une entreprise démesurée?La quantité de données numérisées, en effet, s\u2019accumule si vite, que le phénomène dépasse non seulement la capacité de stockage des ACTUALITÉS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS «Ne nous leurrons pas! Si l\u2019accès aux données massives offre d\u2019in?nies possibilités, le phénomène présente aussi une facette très inquiétante: une intrusion sans précédent dans notre intimité.Un Big Brother version XXIe siècle!» lance Kenneth Cukier, éditeur de la section «Data» du magazine The Economist, également collaborateur au New York Times et au Financial Times, et coauteur, avec Viktor Mayer-Schönberger, professeur à l\u2019Institut Internet d\u2019Oxford et conseiller chez Microsoft, du best-seller international Big Data.La révolution des données est en marche, dont la version française vient de paraître aux Éditions Robert Laffont.Dans cet essai troublant et éclairant, Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schönberger relatent avec brio la genèse de cette grande numérisation «aussi importante que l\u2019invention de l\u2019imprimerie».Propos recueillis par Elias Levy numérique Le déluge L\u2019humanité est entrée dans l\u2019ère du libre accès à des milliards de données numérisées.Des transformations majeures s\u2019annoncent sur le plan de la vie privée.Devons-nous les craindre?B A R R E T T L Y O N Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 7 outils technologiques les plus sophistiqués, mais aussi celle de l\u2019imagination humaine.On est tous abasourdis par la surabondance d\u2019information.Les sociétés d\u2019Internet ont été particulièrement submergées par le phénomène.Par exemple, Google traite quotidiennement plus de 24 pétaoctets de données \u2013 soit 24 millions de milliards d\u2019octets ou environ 200 millions de milliards de bits.Cela correspond, en volume, à des milliers de fois la quantité de tous les documents imprimés répertoriés à la bibliothèque du Congrès des États-Unis.Sur Facebook, qui n\u2019existait pas il y a 10 ans, plus de 10 millions de nouvelles photos sont téléchargées toutes les heures.Les membres cliquent sur «J\u2019aime» ou écrivent un commentaire près de trois milliards de fois par jour, créant ainsi une piste numérique exploitable.Par ailleurs, les 800 millions d\u2019utilisateurs mensuels du service YouTube de Google téléchargent plus d\u2019une heure de vidéo par seconde.Le nombre de messages sur Twitter augmente de près de 200% par an.Déjà, en 2012, on dépassait les 400 millions de micro-billets par jour.La révolution Big Data est donc déjà en marche.Jugez-en! Amazon est en mesure de recommander à ses clients le livre idéal; Google, de classer les sites Web selon leur pertinence; Facebook, de savoir ce qui nous plaît; LinkedIn, de connaître nos réseaux de contact.Avant longtemps, ce qui est aujourd\u2019hui du seul ressort de l\u2019appréciation humaine sera complété \u2013 ou remplacé \u2013 par des systèmes informatiques qui puiseront leurs informations dans des stocks de milliards de données.Cela ne concernera pas seulement la recherche du partenaire idéal, mais aussi des tâches plus complexes.Les mêmes technologies seront appliquées pour diagnostiquer des pathologies, prescrire des traitements et \u2013 qui sait \u2013 identi?er des criminels avant même qu\u2019ils aient commis leur forfait.Tout comme Internet a changé radicalement le monde en mettant les ordinateurs en communication les uns avec les autres, les méga-données vont changer notre vie dans ses aspects fondamentaux en lui conférant une dimension quantitative qu\u2019elle n\u2019avait jamais eue auparavant.Notre mode de vie risque donc d\u2019en être transformé.Absolument! Les Big Data sont en train de chambouler notre interaction avec le monde.Leur plus puissant impact?Nos sociétés devront mettre de côté la recherche de la causalité et se contenter de simples corrélations.Il ne s\u2019agira plus de connaître le «pourquoi», mais seulement le «quoi».Des pratiques établies depuis des siècles vont ainsi être bouleversées, car la nouvelle démarche remet en question la façon dont nous concevons fondamentalement la prise de décision et l\u2019appréhension de la réalité.La recherche scienti?que sera-t-elle touchée?Les Big Data ont déjà des répercussions majeures sur la recherche scienti?que dans de nombreux domaines: médecine, pharmacologie, génétique, physique, astronomie.etc.Des ordinateurs et des réseaux de plus en plus puissants permettent de capter de plus en plus rapidement des pléthores de données, de les stocker, les analyser et d\u2019en tirer des observations inattendues.L\u2019analyse de ces données massives permet aux chercheurs de formuler des prédictions inouïes, comme dans le cas des variations climatiques ou de certains types de pandémies.Elle ouvre des voies nouvelles dans les champs de la recherche et de l\u2019innovation: voiture sans pilote; détection de censure ou de fraude; suivi d\u2019épidémies; prise en charge de bébés très prématurés, etc.Selon vous, prendre des décisions en se fondant sur l\u2019examen des variables et en s\u2019appuyant sur des hypothèses n\u2019est plus ef?cace.Pourquoi?La taille des ensembles de données et la complexité du domaine d\u2019étude sont bien trop grandes pour cela! Grâce à leur nombre incroyable et à une énorme puissance de calcul, nous ne sommes plus contraints de choisir laborieusement des données substitutives, puis de les examiner une à une.On peut aujourd\u2019hui identi?er la donnée substitutive optimale grâce à une analyse élaborée.C\u2019est ce qu\u2019a fait Google, en 2009, avec son suivi de la grippe A (H1N1), après qu\u2019il eut passé en revue près de un demi-milliard de modèles mathématiques.Il n\u2019est plus nécessaire maintenant, pour tenter de comprendre un phénomène, de s\u2019appuyer à tout prix sur une hypothèse cohérente.Vous af?rmez aussi que les Big Data menacent sérieusement nos vies privées.Comment?La collecte et le stockage des données personnelles se poursuivent de plus belle.Nous sommes constamment surveillés quand nous utilisons notre carte de crédit, notre téléphone cellulaire ou notre numéro d\u2019assurance sociale.En 2007, les médias britanniques n\u2019ont pas manqué de souligner une coïncidence très ironique: plus de 30 caméras de surveillance étaient placées à moins de 200 m de l\u2019appartement londonien où George Orwell a imaginé le Big Brother de son roman 1984! Bien avant l\u2019avènement d\u2019Internet, des sociétés spécialisées comme Equifax, Experian et Acxiom ont collecté, compilé et mis à disposition les informations personnelles de millions de personnes dans le monde.Internet a même facilité le suivi de ces données en le rendant plus ef?cace et moins onéreux.Sommes-nous entrés dans une ère totalitaire?La réalité risque fort, hélas, de dépasser la ?ction.Il n\u2019y a pas que les agences gouvernementales de renseignement qui nous espionnent.Amazon surveille nos préférences en matière de consommation; Google épie nos habitudes de navigation sur le Web; Facebook fouille notre vie privée et nos relations sociales; Twitter collige nos pensées; les opérateurs mobiles savent non seulement à qui nous parlons, mais qui se trouve près de nous.Avec l\u2019expansion de la «datamasse», tout semble indiquer une forte intensi?cation de la collecte, du stockage et de la réutilisation de nos données personnelles par des tiers.Le volume et l\u2019échelle des collectes de données augmenteront d\u2019une manière fulgurante au fur et à mesure que les coûts de stockage diminueront et que les outils d\u2019analyse deviendront plus rigoureux et La numérisation des données à grande échelle remet en question la façon dont nous concevons fondamentalement la prise de décision et l\u2019appréhension de la réalité. 8 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 performants.Si l\u2019ère d\u2019Internet semblait menacer notre vie privée, celle des Big Data la mettra certainement en danger.De quels dangers parlez-vous?Nous n\u2019avons pas encore mesuré toute l\u2019étendue des dégâts que pourrait causer l\u2019accumulation effarante des Big Data.Ce qui est sûr, c\u2019est que nous risquons d\u2019être victimes d\u2019une dictature des données.Les institutions qui utilisent et manipulent ces milliards de renseignements pourraient en faire un mauvais usage.Employés avec intelligence, les ensembles de données constituent un outil ef?cace pour une prise de décision rationnelle.Mais détournés par des puissants mal intentionnés, ils peuvent se muer en instrument de répression, ce qui aura pour effet au mieux de mécontenter clients et employés; au pire, de porter préjudice aux citoyens.Il y a plus grave encore.Le changement d\u2019échelle, en ce qui concerne le traitement de nos données personnelles, se traduit aussi par un changement d\u2019état majeur.Non seulement protéger nos vies privées sera plus dif?cile, mais nous devrons faire face à une nouvelle menace: la pénalisation des intentions.C\u2019est- à-dire que les prévisions émanant des Big Data pourront servir à juger et punir des individus avant même qu\u2019ils aient commis un acte répréhensible.Ce qui constitue une atteinte ?agrante aux notions fondamentales formant la base des démocraties: l\u2019équité, la justice et le libre arbitre.Pourtant, n\u2019avons-nous pas tendance à minimiser, souvent à éluder, les conséquences délétères de l\u2019utilisation des Big Data?Ne devenons pas amnésiques! L\u2019histoire du XXe siècle nous rappelle que les données sur la vie privée ont servi de noirs desseins qui se sont soldés par l\u2019assassinat sciemment programmé de millions de personnes.Par exemple, quand, en 1940, les nazis ont envahi les Pays-Bas et commencé à déporter les Juifs, ils ont utilisé les registres d\u2019état civil, une source d\u2019information exhaustive.Les numéros à cinq chiffres tatoués sur l\u2019avant-bras des prisonniers de leurs camps de concentration correspondaient à des numéros de cartes perforées d\u2019IBM.Comment envisagez-vous l\u2019avenir de l\u2019humanité à l\u2019ère des Big Data?Ce que l\u2019homme est aujourd\u2019hui capable de collecter et de traiter n\u2019est qu\u2019une minuscule fraction des informations, comparé à celles qui ne sont pas encore numérisées! Un simulacre de la réalité, comme les ombres projetées sur les murs de la caverne de Platon.Il ne sera jamais possible d\u2019obtenir des informations parfaites.C\u2019est pourquoi nos prédictions sont intrinsèquement faillibles.Cela ne remet nullement en question les découvertes scienti?ques réalisées grâce aux données émanant de la datamasse, mais ces dernières doivent être prises pour ce qu\u2019elles sont: un outil qui apporte des réponses non dé?nitives, mais suf?santes, en attendant qu\u2019apparaissent de meilleures méthodes, donc de meilleures réponses.Cela nous exhorte à utiliser les Big Data avec beaucoup d\u2019humilité et d\u2019humanité.nQS ACTUALITÉS > Ils sont entre 1 et 3 milliards à visiter le Canada chaque année, à se ressourcer dans les espaces sauvages et les forêts boréales.Qui sont ces touristes?Des fuligules à collier, des grues blanches, des parulines tigrées, des aigles royaux et quelque 300 autres espèces d\u2019oiseaux qui quittent leurs sites d\u2019hivernage d\u2019un peu partout aux États-Unis et en Amérique du Sud pour passer l\u2019été chez nous.Dans quelques semaines, quand ils repartiront, leurs effectifs auront presque doublé car, cet été comme chaque année, environ 2 milliards d\u2019oisillons seront nés pendant cette halte migratoire.Lieu de reproduction et de nidi?cation, la forêt boréale, surnommée la «crèche des oiseaux», est un refuge encore presque intact, mais menacé par l\u2019exploitation grandissante du Grand Nord.Déjà, certaines des espèces qui se reproduisent au sud de la forêt boréale, où l\u2019empreinte industrielle est la plus importante, ont vu leur population décliner de 50% au cours des 30 dernières années.Pour prévenir l\u2019hécatombe, 2 organismes nord-américains de protection des oiseaux (Boreal Songbird Initiative et Canards illimités) ont publié, le printemps dernier, un rapport intitulé Boreal Birds Need Half (littéralement «les oiseaux boréaux ont besoin de la moitié»).C\u2019est- à-dire qu\u2019au moins 50% de la forêt boréale doit rester libre de perturbations industrielles, si on veut maintenir le spectre complet des oiseaux boréaux qui participent notamment à la pollinisation des plantes, à la redistribution des nutriments et au contrôle des insectes nuisibles.Au Québec, 65% de la super?cie de la forêt boréale est intacte.De quoi servir d\u2019aire de nidi?cation pour 300 à 500 millions d\u2019oiseaux appartenant à 180 espèces, dont certaines, comme le garrot d\u2019Islande et l\u2019arlequin plongeur, sont menacées.M.C.> > TOUT COMPTE FAIT 6558 C FE?RIQUE Publireportage QS_v5.indd 1 2014-06-19 11:50 Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.CAPSULE FINANCIÈRE En fait, les 18 ans d\u2019un enfant sont un bon moment pour prendre du recul, consulter des experts, et revoir sa stratégie.Et pourquoi ne pas le faire avec votre enfant lui-même ?L\u2019expérience sera formatrice et, après tout, il est désormais majeur (et sans doute vacciné, mais c\u2019est un autre dossier).Une version détaillée de cet article peut être consultée au www.ferique.com/materieleducatif D\u2019abord, il faut comprendre que, même majeure, une personne peut être « enfant à charge » si elle fréquente un établissement scolaire à temps plein.Cette notion a des conséquences légales et fiscales, et ce peut être une bonne idée d\u2019obtenir du conseil à ce sujet.18 MAJEUR MAIS PAS NÉCESSAIREMENT ADULTE ! Votre enfant devra produire des déclarations de revenus et pourra ainsi commencer à bâtir sa marge de cotisation au régime enregistré d\u2019épargne-retraite (REER).Cette marge peut être reportée dans le futur, et le jeune pourra l\u2019utiliser lors d\u2019une année où ses revenus seront plus importants, ce qui allégera ses impôts.Outre la marge de cotisation REER, il pourrait aussi avoir droit à des crédits ou déductions.Évidemment, toujours obtenir un conseil professionnel à ce sujet.Les institutions bancaires pourraient offrir une marge ou carte de crédit à votre enfant pour « l\u2019aider à bâtir son historique de crédit ».Ça peut être une bonne idée à condition qu\u2019il en profite pour se doter de saines habitudes de crédit.Pour ce faire, la supervision d\u2019un adulte est recommandée et la limite de crédit devrait être très basse.Autre idée : mettre à son nom les comptes qui le concernent.Il construira ainsi son historique\u2026 et une vision réaliste du coût des services.Autre idée : l\u2019inciter à faire un budget : rien n\u2019est plus éducatif qu\u2019un chiffre rouge ! Devenu majeur, l\u2019enfant hérite désormais directement.Souhaitez-vous vraiment que votre jeune hérite de grosses sommes avant qu\u2019il ne soit mature ?Vous pourriez vouloir plutôt consulter un notaire et un planificateur financier pour revoir votre planification successorale.On recommande généralement d\u2019opter pour le CELI jusqu\u2019à ce que l\u2019enfant ait des revenus substantiels, parce qu\u2019une cotisation REER appliquée contre un revenu minime ne lui procurera qu\u2019une déduction d\u2019impôt\u2026 minime.Il peut plutôt cotiser à un CELI et, lorsque ses revenus le justifieront, faire un retrait non imposable du CELI pour cotiser à son REER.Votre enfant peut désormais ouvrir des comptes par lui-même et accéder à une nouvelle dimension : l\u2019investissement.Par exemple, il peut ouvrir un compte d\u2019épargne libre d\u2019impôt (CELI) et y investir jusqu\u2019à 5 500 $ par année \u2013 ce qui crée une intéressante possibilité : s\u2019il entreprend des études postsecondaires, vous pouvez retirer chaque année jusqu\u2019à 5 500 $ d\u2019un REEE (ou 5 000 $ dans les 13 premières semaines du programme d\u2019études) pour les transférer dans son CELI.Comme ses revenus sont limités, votre enfant sera peu imposé, et ses retraits futurs du CELI, eux, seront entièrement exempts d\u2019impôt.AVOIR 18 ANS, QU\u2019EST-CE QUE ÇA CHANGE ?D\u2019un point de vue financier, beaucoup de choses\u2026 Si votre enfant s\u2019apprête à franchir le seuil des 18 ans, lisez ceci ! C\u2019est vraiment chouette d\u2019avoir 18 ans.On peut sortir dans les bars, voter\u2026 Selon le Code civil, la personne de 18 ans « cesse d\u2019être sous l\u2019autorité de ses parents et devient capable d\u2019exercer tous ses droits civils ».Mais cela implique aussi des choix qui peuvent avoir une incidence sur la personne comme sur sa famille.www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.IMPÔT REER OU CELI ?SUCCESSION CRÉDIT FINANCE 101 6558 C FE?RIQUE Publireportage QS_v5.indd 1 2014-06-19 11:50 10 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Les yeux au bas de la tête, la bouche béante, les écailles luisantes.La bête qui a attaqué Becky Cudmore, l\u2019été dernier, a une sale gueule.La directrice du Centre d\u2019expertise pour l\u2019analyse des risques aquatiques à Pêches et Océans Canada naviguait sur la rivière Illinois, quand une carpe asiatique a bondi de l\u2019eau et lui a assené un violent coup de queue sur la cuisse.Le poisson lui a laissé une large ecchymose en souvenir.«Elles sont voraces, les carpes», maugrée la chercheuse, sur le ton de quelqu\u2019un qui rêve de se venger.Sur YouTube, des vidéos visionnées par des centaines de milliers d\u2019internautes montrent des carpes asiatiques (plus spéci?quement l\u2019espèce argentée) sautant par centaines à plus de 1 m au-dessus de l\u2019eau, quand un bateau moteur vient troubler la quiétude des eaux.Certaines séquences évoquent le ?lm The Birds, d\u2019Alfred Hitchcock, où les oiseaux auraient été remplacés par des poissons volants.Importées d\u2019Asie dans les années 1970 et introduites dans des étangs piscicoles du sud des États-Unis pour lutter contre la prolifération d\u2019algues et de parasites, la carpe argentée et sa cousine, la carpe à grosse tête, se sont retrouvées accidentellement dans le ?euve Mississippi, lors de graves inondations en 1993.Depuis, ces deux espèces extrêmement proli?ques remontent les eaux du ?euve mythique, direction nord, détruisant sur leur passage des écosystèmes entiers.D\u2019un appétit insatiable, elles engloutissent des quantités faramineuses de plancton, ne laissant que des miettes pour les autres habitants des lieux.Des pêcheurs états-uniens qui fréquentent les eaux du Mississippi rapportent que de 80% à 90% des poissons qui se prennent dans leurs ?lets sont désormais des carpes asiatiques.«Si elles pénètrent dans les Grands Lacs, elles vont ravager les populations de dorés et de perchaudes», craint Marc Gaden, relationniste de la Commission des pêcheries des Grands Lacs, un organisme administré conjointement par les gouvernements canadien et états-unien.Ce scénario alarmiste est hélas fort crédible.Au cours des années 2000, les carpes ont atteint la rivière Illinois, un af?uent ACTUALITÉS > Les envahisseurs Les carpes asiatiques menacent de gagner les Grands Lacs.Elles saboteraient ainsi les écosystèmes en supplantant nos dorés et nos perchaudes.La solution?Ériger un mur aux portes de Chicago, pour isoler le lac Michigan du ?euve Mississippi, par lequel elles arrivent.Par Dominique Forget J I M W E B E R / Z U M A P R E S S / C O R B I S Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 11 du Mississippi.Elles ont poursuivi leur route vers le nord et voilà maintenant qu\u2019elles menacent de pénétrer dans le Chicago Sanitary and Ship Canal.«Si elles y arrivent, c\u2019est foutu», s\u2019inquiète Becky Cudmore.Une fois dans le canal, les carpes ne mettraient en effet que quelques semaines pour arriver au lac Michigan.De là, c\u2019est l\u2019ensemble des Grands Lacs et le ?euve Saint-Laurent qui s\u2019ouvriraient à elles.Pour bloquer le passage des indésirables, la ville de Chicago a fait aménager une barrière électrique en 2002, forti?ée en 2009 et en 2011, respectivement.Les poissons qui osent s\u2019engager dans le canal reçoivent une décharge censée les convaincre de rebrousser chemin.«Mais des poissons combatifs arrivent à se fau?ler», redoute Marc Gaden.Il n\u2019est pas le seul à se mé?er.En 2010, les États du Michigan, du Wisconsin, du Minnesota, de l\u2019Ohio et de la Pennsylvanie \u2013 tous en bordure des Grands Lacs \u2013 ont intenté un procès contre la Ville de Chicago et le gouvernement états-unien pour forcer la construction d\u2019un mur étanche qui fermerait dé?nitivement le canal.La Cour suprême des États-Unis les a déboutés, mais les plaignants n\u2019ont pas relâché la pression.L\u2019affaire est à suivre.Dans son bureau du Metropolitan Planning Council de Chicago, Josh Ellis pousse un long soupir lorsqu\u2019on évoque cette solution dé?nitive.«Fermer le canal, ce serait un joli casse-tête d\u2019ingénierie», dit cet expert en management de l\u2019eau, en déployant sur sa table de travail un immense plan de sa ville et des cours d\u2019eau environnants.Il rappelle que, en 1900, le cours de la rivière Chicago a été inversé.À l\u2019époque, les urbanistes cherchaient une solution aux cas de choléra et de typhoïde qui se multipliaient dans la ville.«Avant 1900, les eaux usées de Chicago étaient évacuées par la rivière, vers le lac Michigan.Elles aboutissaient tout près de la prise d\u2019eau potable», explique Josh Ellis.Grâce à la construction d\u2019un canal arti?ciel, les eaux usées ont pris la direction inverse.Elles coulent désormais vers le ?euve Mississippi.«S\u2019il faut fermer le canal avec un mur, où va-t-on envoyer nos eaux usées?s\u2019interroge M.Ellis.Depuis 1900, on a bien sûr construit une station d\u2019épuration qui les traite, mais la qualité de l\u2019eau à la sortie de l\u2019usine n\u2019est toujours pas assez bonne pour qu\u2019on puisse la déverser dans le lac Michigan, comme cela se faisait autrefois.» Outre les eaux usées, de nombreux bateaux de plaisance, mais aussi des navires transportant des marchandises, transitent par le canal de Chicago.Un mur leur bloquerait dé?nitivement le passage.Énormes pertes économiques en perspective.Le United States Army Corps of Engineers (une institution de génie civil responsable de certains travaux publics aux États-Unis, dont la construction de barrages et de ponts) a évalué le coût de la construction d\u2019un mur dans le canal à 18 milliards de dollars, compte tenu des modi?cations que la Ville de Chicago devrait apporter à ses infrastructures.Et les travaux s\u2019échelonneraient sur 25 ans! «Les carpes auront le temps de passer bien avant», ironise Josh Ellis.De ce côté de la frontière, l\u2019équipe de Becky Cudmore a modélisé la façon dont les carpes asiatiques se propageront chez nous, si elles franchissent la ligne des eaux canadiennes.«On sait qu\u2019elles aiment les eaux peu profondes, dit la chercheuse.Le lac Érié serait un écosystème idéal pour elles.» Selon les estimations des scienti?ques, les envahisseurs mettraient de cinq à sept ans pour se frayer un chemin jusqu\u2019au lac Érié.Après quoi, cependant, il leur faudrait probablement quelques décennies avant d\u2019atteindre le ?euve Saint-Laurent.«Elles seront tellement heureuses dans le lac Érié, qu\u2019elles ne seront pas pressées de poursuivre leur route, explique Mme Cudmore.Mais elles ?niront par le faire.» Aux États-Unis seulement, l\u2019industrie de la pêche dans les Grands Lacs est évaluée à 7 milliards de dollars.Au Canada, l\u2019impact économique d\u2019une invasion des carpes asiatiques n\u2019a pas encore été calculé.Pêches et Océans Canada s\u2019y affaire mais, pour l\u2019instant, on nage dans l\u2019inconnu.Chose certaine, on parle de centaines de millions de dollars perdus si une solution n\u2019est pas trouvée à temps.Becky Cudmore admet que la construction d\u2019un mur étanche parerait à la menace, mais ce ne serait pas une panacée pour autant.«On a trouvé des carpes asiatiques vivantes dans certains marchés publics de la région de Toronto, raconte-t-elle.Des amateurs les importent pour s\u2019en régaler, alors que c\u2019est illégal.On peut très bien imaginer que quelques spécimens en trop puissent être jetés dans un lac ou une rivière.À quoi bon construire un mur, si un idiot relâche des carpes de notre côté de la frontière?» nQS ACTUALITÉS > Carpe asiatique (espèce argentée) > Longueur: 1 m > Poids: jusqu\u2019à 40 kg > Alimentation: chaque jour, de 5% à 20% de son poids en plancton > Prolifération: chaque femelle peut pondre jusqu\u2019à 1 million d\u2019œufs par année > Prédateurs: très rares > Valeur commerciale: à peu près nulle; remplie d\u2019arêtes et de veines, sa chair est très dif?cile à apprêter; peut servir à la fabrication de fertilisants ou de nourriture pour chats Les écluses de Chicago.C\u2019est le trait d\u2019union entre la rivière Mississippi et les Grands Lacs.Favoriseraient-elles l\u2019avancée des carpes asiatiques?P R E S S E C A N A D I E N N E / M .S P E N C E R G R E E N F I L E 12 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 D É P A R T E M E N T D E G É O G R A P H I E D E L \u2019 U N I V E R S I T É L A V A L / S E R V I C E H Y D R O G R A P H I Q U E D U C A N A D A Quand on sait qu\u2019on peut déjà se brûler sous un jet d\u2019eau chauffée à seulement 60 °C, on comprend que 1 620 °C, c\u2019est très chaud.Beaucoup plus que le plomb liquide (327,5 °C) et même plus que la lave (entre 700 °C et 1 200 °C).«C\u2019est le point de fusion de l\u2019apatite, la température minimale pour que s\u2019y forment de petites perles de verre, comme celles que vous voyez ici», explique le géographe Patrick Lajeunesse, en désignant la photo d\u2019un fragment de brèche \u2013 une variété de roche \u2013 prise au microscope.Aucun phénomène terrestre ne peut expliquer l\u2019existence de telles perles.Seule une puissante source d\u2019énergie extérieure est capable de les créer.Leur présence dans ce fragment récolté au fond du Saint-Laurent, près de Sept-Îles sur la Côte-Nord, pourrait, en revanche, s\u2019expliquer par la chute d\u2019un météorite, il y a plusieurs millions d\u2019années.En 2001, une équipe du Service hydrographique du Canada, recrutée pour cartographier les fonds marins du golfe du Saint- Laurent, repère une structure surprenante, au sud de l\u2019île du Corossol, dans l\u2019archipel des Sept-Îles.Là, sous plus de 40 m d\u2019eau, se trouve une dépression circulaire d\u2019environ 4 km de diamètre et de 185 m de profondeur, présentant en son centre un dôme surélevé.Une forme atypique qui ressemble étrangement à un cratère lunaire.Érosion ?uviale et glaciale, relief karstique, intrusion; la nature a plus d\u2019un tour dans son sac lorsqu\u2019il s\u2019agit de sculpter le paysage.Mais l\u2019équipe de Patrick Lajeunesse soupçonne plutôt, ici, l\u2019œuvre d\u2019un météorite.Avec six de ses confrères, il décide donc d\u2019examiner les lieux à bord du navire-laboratoire Coriolis II.La forme de la structure a toutes les apparences d\u2019un cratère d\u2019impact.Les indices qui permettent d\u2019avancer cette hypothèse sont nombreux: la forme circulaire; le fond de la structure, craquelé comme par un heurt violent; mais surtout ce fragment de brèche de 4 cm qui renferme de microscopiques grains de verre.Sans compter que, au microscope, la structure interne de ce bloc apparaît déformée, comme si, sous un choc violent, il avait été propulsé dans les airs, avant de se liqué?er puis de se solidi?er à nouveau, pour ?nalement éclater en tombant au sol.«Sous l\u2019impact, la Terre s\u2019est ouverte de part et d\u2019autre du météorite, note le géographe.Puis, comme dans un retour de vague, elle a formé un monticule au centre de la dépression.Ce qui est intrigant, c\u2019est que le cratère est exceptionnellement petit.Un astroblème de cette taille aurait dû avoir la forme d\u2019une simple cuvette, comme celui des Pingualuit.» Pour prouver hors de tout doute qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019un cratère d\u2019impact, il manque cependant un morceau\u2026 de météorite.«Il faudrait aller plus loin, louer un sous-marin ou engager des plongeurs; faire du carottage.Ça coûterait une fortune», explique Patrick Lajeunesse.L\u2019île de Corossol va garder son secret encore un peu.nQS ACTUALITÉS > Image du cratère du Corossol produite par le département de géographie de l\u2019Université Laval à partir de données bathymétriques multifaisceaux.Un météorite pourrait être à l\u2019origine d\u2019étranges perles de verre trouvées au large de Sept-Îles.Par Noémie Larouche Un cadeau du ciel Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 13 En 1895, le roi du chocolat Henri Menier s\u2019est acheté une île en Amérique \u2013 quelque 8 000 km2 de terre vierge \u2013, un beau cadeau pour occuper ses loisirs.L\u2019industriel français a aussitôt entrepris de la transformer en un paradis de chasse.En 2 ans, il y a déménagé 220 cerfs de Virginie.Pour faire bonne mesure, il a aussi introduit des orignaux, des lièvres, des castors et des rats musqués.En l\u2019absence de prédateurs, la population d\u2019Odocoileus vir- ginianus a proliféré au point que le cervidé en question a complètement transformé la forêt d\u2019Anticosti et, de fait, tout le milieu naturel de l\u2019île.Il y a aujourd\u2019hui, pour environ 250 habitants, de 150 000 à 175 000 de ces ruminants, appelés «chevreuils» au Québec.Ils broutent intensément les plantes herbacées, les jeunes arbres, les arbustes et sont responsables, sur 100 ans, de la disparition de la moitié des sapinières.Ils ont aussi causé une importante perte de biodiversité en plantes, insectes et oiseaux.On le sait parce que la richesse initiale de ce milieu a bien été décrite tout au long du XXe siècle par des naturalistes quali?és.Les chevreuils seraient même responsables de la disparition récente de l\u2019ours noir, qui ne trouve plus sur l\u2019île assez de petits fruits pour se nourrir.Anticosti est le théâtre d\u2019une expérimentation écologique qui a mal tourné; le résultat est une importante perte globale de biodiversité.Ce que j\u2019af?rme ici n\u2019est pas neuf.Cette réalité est bien documentée, notamment par les travaux de la Chaire de recherches en aménagement intégré des ressources biologiques forestières de l\u2019île d\u2019Anticosti, de l\u2019Université Laval, dirigée par le biologiste Steeve Côté.Ceux qui ont la mémoire un peu longue se souviendront d\u2019un remarquable article de la revue Le Naturaliste canadien en 2001; ses auteurs, Christian Hébert et Luc Jobin, alors chercheurs au Service canadien des forêts, tiraient la sonnette d\u2019alarme devant ce qu\u2019on peut appeler l\u2019«erreur écologique d\u2019Anticosti».Depuis, très peu de choses ont été faites pour redresser la situation.La création du parc national d\u2019Anticosti, en 2002, a certes protégé 570 km2 de paysages spectaculaires: des rivières, des chutes, des canyons.Mais c\u2019est peu (moins de un dixième de la super?cie de l\u2019île) et c\u2019est insuf?sant pour maintenir les processus naturels responsables de la biodiversité sur l\u2019ensemble de ce territoire.Par ailleurs, une exploitation forestière plutôt intensive s\u2019est poursuivie jusqu\u2019à tout récemment et ne s\u2019est arrêtée que pour des raisons économiques.Quant à la prospection pétrolière et gazière, elle se déroule pratiquement sans contraintes, comme si elle allait de soi dans une île dont la plus grande partie est pourtant classée habitat faunique.Aujourd\u2019hui, si la défense de la beauté naturelle d\u2019Anticosti préoccupe les groupes environnementalistes, Nature Québec en tête, c\u2019est parce que l\u2019industrie pétrolière lance une série de travaux d\u2019exploration, ciblant la formation géologique Ma- casty qu\u2019il faudra fracturer, si on décide de l\u2019exploiter.Nul doute que ce contexte présente des enjeux très importants, mais le discours écologiste serait davantage crédible s\u2019il était plus réaliste.Peut-être serait-il temps de reconnaître que la folie des grandeurs d\u2019un capitaine d\u2019industrie d\u2019une époque révolue, et notre indifférence face à ce territoire isolé, nous ont conduits à un échec sur le plan de la biodiversité.Et qu\u2019il y a des erreurs à corriger.C\u2019est possible.Réduire radicalement la population de chevreuils est le premier pas à franchir.Compliqué?Sans doute, mais d\u2019autres pays ont réussi, lorsque des herbivores ont menacé leurs prairies ou leurs forêts.On peut accroître la pression de chasse, réduire les densités en aménageant certaines zones (cela s\u2019est fait et on en a tiré quelques leçons utiles), réintroduire l\u2019ours noir.Que sais-je?Consultons les spécialistes! Et puis, si on veut quelque chose d\u2019original pour cette île, pourquoi ne pas lancer une véritable industrie de l\u2019écotou- risme, avec des chalets et une infrastructure légère?Marketing Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Anticosti, l\u2019erreur écologique L\u2019île est loin d\u2019être un paradis écologique.Elle est plutôt le lieu d\u2019une expérimentation ratée.Il est temps de redresser la situation.T Q / B E N O Î T C H A L I F O U R Introduit sur l\u2019île d\u2019Anticosti il y a plus de 100 ans, le cerf de Virginie a complètement transformé la forêt. 14 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 international assuré: «Après Bali et le Costa Rica, visitez Anticosti, la perle de l\u2019écotourisme.» On s\u2019entend, cette île possède un immense potentiel.Mais il faut travailler à rééquilibrer sa situation écologique.C\u2019est une question de bon sens et d\u2019aménagement durable bien pensé.En y ré?échissant collectivement, on devrait y arriver.La «beauté sauvage à l\u2019embouchure du golfe du Saint-Laurent», comme disent les dépliants touristiques, vaut bien cet effort.nQS +Pour en savoir plus: Cheminements botaniques à travers Anticosti, Jacques Rousseau, Canadian Journal of Research, vol.28, section C, 1950.L\u2019île d\u2019Anticosti, un paradis?L\u2019in?uence du cerf de Virginie sur la végétation des sapinières, François Potvin, Suzie Poirier, Le Naturaliste canadien, vol.128, n° 1, hiver 2004.Impact du cerf de Virginie sur la biodiversité des forêts de l\u2019île d\u2019Anticosti \u2013 Les insectes comme indicateurs, Christian Hébert et Luc Jobin, Le Naturaliste canadien, volume 125-3, pages 96-107, automne 2001.Functional Responses and Resilience of Boreal Forest Ecosystem after Reduction of Deer Density, Marianne Bachand, Stéphanie Pellerin, Marco Moretti, Isabelle Aubin, Jean-Pierre Tremblay, Steeve D.Côté, Monique Poulin, PLOS One, 28 février 2014.ACTUALITÉS > DES ROUTES PHOTOVOLTAÏQUES?L\u2019idée semble si extraordinaire qu\u2019on hésite à y croire : des routes électroniques, recouvertes de panneaux solaires qui feraient fondre la neige et procureraient un éclairage et une signalisation lumineuse modulables.Julie et Scott Brusaw, un couple de l\u2019Idaho, aux États-Unis, ont bel et bien mis au point Solar Roadways, un système de pavés hexagonaux en verre trempé, emboîtés les uns dans les autres, Ils ont imaginé y intégrer des cellules photovoltaïques et des ampoules DEL.Ultraré- sistante, la structure pourrait supporter le passage de véhicules lourds.Malgré les nombreuses critiques de la communauté des ingénieurs sur la faisabilité du projet, l\u2019entreprise a récolté plus de 2 millions de dollars grâce à une campagne de socio?nancement, sur le site web Indiegogo.com, et à deux subventions du Département des transports des États-Unis.Verra-t-on un jour le cartel de l\u2019asphalte remplacé par celui du panneau solaire?S.C.S A M C O R N E T T / S O L A R R O A D W A Y S Dès cet été, le site Québec Science vous propose des entretiens audio menés par notre collaborateur Sylvain Lumbroso avec quelques-uns de nos meilleurs chercheurs.Chaque mois, venez écouter un scienti?que vous parler de ses passions et de son quotidien.Le premier de la série?Alexandre Blais, de l\u2019Université de Sherbrooke, qui dressera le tableau de l\u2019informatique quantique au Québec.DE LA GRAMMAIRE À LA SCIENCE Avec un catalogue de plus de 300 titres, la maison d\u2019édition MultiMondes était devenue un fer de lance pour les livres de culture et de vulgarisation scienti?ques.Elle a notamment fait connaître la plume claire du biologiste Claude Villeneuve concernant les changements climatiques, le propos critique de Marcel Thouin en enseignement des sciences et l\u2019esprit savant du physicien Normand Mousseau sur les enjeux posés par la gestion des ressources naturelles.Bref, une entreprise utile! Ses animateurs, Jean-Marc Gagnon et Lise Morin, qui sont bien connus, ont remis la destinée de leur boîte à Hurtubise HMH.Reconnue pour ses grammaires Bescherelle publiées depuis les années 1980, HMH consolide de cette façon sa production destinée à la clientèle scolaire.Faut-il maintenant espérer un Bescherelle de la langue des sciences ?R.L.NETTOYER LES FONDS MARINS AVEC DES ENTONNOIRS GÉANTS Boyan Slat, un jeune Néerlandais de 19 ans, a développé un système pour intercepter et extraire les millions de tonnes de plastique qui jonchent les fonds marins.Chaque année, des millions d\u2019animaux meurent après avoir ingéré ces déchets qui se retrouvent aussi dans la chaîne alimentaire.De plus, ils causent des millions de dollars de dommages à l\u2019équipement maritime.Slat, reconnu par l\u2019entreprise Intel comme l\u2019un des 20 plus jeunes entrepreneurs prometteurs au monde, a développé un assemblage de tuyaux ?ottants qui forment un barrage pour récupérer les fatras de plastique, en utilisant la force des courants marins.« Au lieu de gaspiller de l\u2019énergie pour ramasser les déchets, nous pouvons simplement attendre qu\u2019ils viennent à nous », dit-il sur la page de sa fondation, The Ocean Cleanup.L\u2019étudiant en génie aérospatial cherche présentement à lever 2 millions de dollars en 100 jours pour mener à terme son projet.Selon ses prédictions, sa méthode permettrait de débarrasser l\u2019océan Paci?que de la moitié de ses déchets en moins de 10 ans.Au moment d\u2019écrire ces lignes, il avait récolté près de 20 % de son objectif en 10 jours.S.C. Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 15 L \u2019incontinence urinaire.Faire pipi dans son pantalon comme un enfant et devoir porter une couche.La honte et l\u2019angoisse.Même si on quali?e souvent l\u2019incontinence de problème de vessie, il s\u2019agit en réalité bien souvent d\u2019un mauvais fonctionnement du sphincter vésical.Ce petit muscle circulaire qui referme l\u2019urètre comme une valve juste sous la vessie et qui retient l\u2019urine, joue les paresseux chez 15 % des personnes de plus de 85 ans, mais également chez des adultes dans la ?eur de l\u2019âge.Si une intervention chirurgicale peut parfois corriger le problème, dans certains cas, il faut poser un sphincter arti?ciel, minuscule manchon gon?able qui rappelle, en miniature, le brassard utilisé pour prendre la pression artérielle.Rempli d\u2019eau, le manchon comprime l\u2019urètre; une fois vidé, il se relâche et permet d\u2019uriner.Comment le contrôle-t-on?Exactement comme pour la pression artérielle : à l\u2019aide d\u2019une petite pompe.« Chez les hommes, cette pompe est dissimulée dans le scrotum, explique Sami Hached, étudiant en ingénierie à l\u2019École polytechnique de Montréal.Chez les femmes, c\u2019est dans l\u2019une des grandes lèvres.Avec tous les désagréments qu\u2019on peut imaginer.C\u2019est pire encore si le patient a des problèmes de motricité, comme la maladie de Parkinson, car il doit alors demander de l\u2019aide.Vous voyez la gêne?» Le jeune Tunisien a décidé d\u2019améliorer la qualité de vie de ces personnes en développant un sphincter arti?ciel contrôlé et alimenté à distance, sans ?l.Un dé?lancé au départ par son directeur de recherche, Mohamad Sawan, et par le docteur Jacques Corcos, urologue à l\u2019Hôpital général juif de Montréal.«Le manchon est toujours là, de même qu\u2019une petite réserve d\u2019eau.Mais maintenant, il est actionné par une pompe électrique qui puise l\u2019eau dans le réservoir et l\u2019envoie dans le manchon pour refermer l\u2019urètre.L\u2019ensemble est dissimulé dans l\u2019abdomen et peut être contrôlé de l\u2019extérieur, par exemple grâce à un téléphone intelligent.Plus besoin d\u2019actionner la pompe manuellement.» Alerté par une envie pressante, l\u2019utilisateur pourra aller seul aux toilettes et appuyer simplement sur une commande de son téléphone pour se soulager.Et c\u2019est toujours avec le téléphone qu\u2019il refermera le sphincter.Encore au stade de prototype, partiellement produit sur une imprimante 3D, le système fonctionne bien dans le bureau de Sami Hached, mais il ne sera pas implanté avant plusieurs années.« Il faut tester les composantes une à une pour s\u2019assurer qu\u2019elles sont biocompatibles et ne seront pas rejetées par le corps.Il reste aussi à déterminer à quel endroit du corps implanter le système.Idéalement, la recharge devrait se trouver juste sous la peau.» Inspiré par les surfaces sur lesquelles il suf?t de placer un appareil électrique pour le recharger, Sami Hached imagine un système similaire pour transmettre l\u2019énergie à distance.Le tout pourrait être intégré à un simple fauteuil, dans lequel le patient prendrait place de temps à autre, le temps de la recharge.« C\u2019est un dé?biomédical, mais j\u2019ai abordé le problème comme un ingénieur, explique l\u2019étudiant.Le travail de conception s\u2019est d\u2019ailleurs fait en collaboration avec d\u2019autres ingénieurs et des médecins.» Loquace autant que créatif, l\u2019ingénieur (et son projet) s\u2019est fait remarquer au concours Ma thèse en 180 secondes, organisé par l\u2019ACFAS et tenu à Montréal le 14 mai dernier.Sami Hached y a remporté le premier prix du jury, de même que celui du public.nQS ACTUALITÉS > Sami Hached, étudiant en génie à l\u2019École polytechnique de Montréal.Il a été le lauréat du concours Ma thèse en 180 secondes, organisé par l\u2019ACFAS.Contrôler ses envies Bonne nouvelle pour les incontinents.Un implant contrôlé par téléphone intelligent pourrait changer leur vie.Par Joël Leblanc H O M B E L I N E D U M A S L\u2019or et le sexe Lors de la 37e édition de la Fondation nationale des prix du magazine, tenue en juin à Toronto, Québec Science a remporté la médaille d\u2019or dans la catégorie Dossiers thématiques, pour le numéro spécial «Sexe, moteur de l\u2019évolution» (numéro d\u2019août-septembre 2013). uand Isabelle Sheehy va conduire son garçon de 15 mois à la garderie, à Montréal, elle emporte toujours un fruit, un pot de compote maison ou un yogourt dans son sac à main.«Je lis le menu du jour et, si le dessert ou les collations me semblent trop sucrés, je laisse des aliments santé pour mon fils», raconte la chapelière, qui travaille pour le Cirque du Soleil.Ainsi fait- elle obstacle aux biscuits Oreo, gaufres au sirop de poteau, ou autres gâteaux au chocolat.Mais quand le menu du midi affiche «saucisses, pâtes et craquelins au fromage», elle baisse les bras.«J\u2019essaie de rester zen», dit la végétarienne.Isabelle Sheehy a partagé ses préoccupations avec la directrice.Réponse : appor - tez vous-même des victuailles santé pour votre garçon! Elle a obtempéré, mais ressent une pointe d\u2019agacement.Après tout, la chapelière paie 40 $ par jour pour cette garderie privée du quartier Hochelaga-Maisonneuve.Quelques calories excédentaires ne feraient pas trop de mal à fiston s\u2019il pouvait les dépenser en s\u2019épivardant dans la salle de jeu.Peine perdue! «J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ici, on ne fait pas beaucoup bouger les enfants.On ne les a pas emmenés dehors une seule fois depuis que j\u2019ai inscrit mon fils, en février», se désespérait-elle, alors que le mois de mai tirait à sa fin.En 2013, un article publié dans le Journal of Pediatrics lui a donné froid dans le dos.Des chercheurs de l\u2019Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine ont suivi 1 649 enfants recrutés dans le cadre de l\u2019Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ).Les petits d\u2019âge préscolaire qui fréquentaient une garderie couraient 65% plus de risques d\u2019être en surpoids ou obèses que ceux qui restaient 16 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Près d\u2019un enfant sur quatre est obèse ou en surplus de poids, au Québec.Et si la chasse aux calories en trop passait par les garderies?Par Dominique Forget Trop de calories pour nos bouts- d\u2019choux?Q croustilles contre cruditÉs A N N E D D E / I S T O C K P H O T O à la maison.«Je ne m\u2019attendais pas à des résultats aussi frappants», dit la chercheuse en psychologie Marie-Claude Geoffroy, qui a dirigé l\u2019étude et qui se trouve elle- même être à la recherche d\u2019un endroit de confiance pour son poupon, en prévision de son retour au travail à Noël.Selon des données publiées en 2005 par l\u2019Institut national de santé publique du Québec, 26,1% des petits Québécois de deux à cinq ans souffriraient d\u2019embonpoint ou seraient obèses (contre 20,2% dans le reste du Canada).Ces chiffres inquiètent le docteur Dominique Garrel, endocrino- logue spécialisé dans le traitement de l\u2019obésité et des troubles alimentaires, et pro fes seur à l\u2019Université de Montréal : «Et les enfants en surpoids sont terriblement ostracisés.De plus en plus de cas de diabète de type 2 sont diagnostiqués chez eux.Et c\u2019est sans parler de la dimension psychosociale.» Sachant que 51% des jeunes d\u2019âge préscolaire au Québec passent leurs journées dans une garderie et qu\u2019ils y comblent la moitié de leurs besoins nutritionnels quotidiens, la question se pose : nos enfants se font-ils engraisser pendant qu\u2019on transpire au boulot?ucune étude n\u2019a analysé l\u2019offre alimentaire dans l\u2019ensemble des garderies au Québec.Si l\u2019on se fie aux té moi gnages des parents, on trouve de tout dans le réseau : le pire et le meilleur.Catherine Veillette, une infirmière maman de deux bouts de chou de trois ans et de cinq mois, a visité une quinzaine de garderies du quartier Villeray, à Montréal.«L\u2019aîné souffre d\u2019une allergie sévère aux œufs, alors j\u2019ai beaucoup interrogé les responsables de l\u2019alimentation», raconte-t-elle.Dans plu - sieurs garderies, elle a vu des réserves de bouillon en poudre hyper salés, des barres tendres aux brisures de chocolat ou des légumes en conserve.«Mais le pire, c\u2019était les saucisses à hot-dog non cuites, se sou- vient-elle.Dans une garderie, ils mettaient ça dans les lunchs des enfants, en prévision d\u2019un pique-nique au Jardin botanique.» Elle a finalement trouvé la perle rare : une cuisinière qui faisait tout à la main, préparait des smoothies, confectionnait des paniers de crudités pour le dîner.«Si elle servait du jambon, elle le faisait cuire elle-même», raconte la maman.La famille a depuis déménagé dans le quartier Saint-Léonard et «par miracle», Geneviève a trou vé une place dans un CPE.«Avec un CPE, on peut avoir confiance», estime-t-elle.Car il existe trois types de milieux de garde au Québec.D\u2019abord les CPE (centres de la petite enfance).Ce sont des organismes à but non lucratif, supervisés par un conseil d\u2019administration composé aux deux tiers de parents.Ensuite, les garderies privées.Certaines sont subventionnées par le gouvernement, d\u2019autres pas; mais toutes visent à faire des profits.Enfin, les services de garde en milieu familial (ceux qui accueillent sept enfants ou plus doivent obtenir un permis du gouvernement et sont encadrés par un bureau coordonnateur).Règle générale, les CPE sont considérés comme des milieux modèles.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019ils sont parfaits.De 2009 à 2011, Philippe Grand, un nutritionniste qui travaille pour le groupe Ex- tenso, affilié à l\u2019Université de Montréal, a visité 106 milieux de garde au Québec.Parmi eux, 98 CPE et 8 garderies privées, chacun accueillant au moins 80 en fants.Il a scruté les cuisines, épluché les menus et rencontré les responsables de l\u2019alimentation.«Il y a des milieux exemplaires et d\u2019autres qui ont besoin d\u2019accompagnement», résume-t-il, diplomate.Premier constat, les CPE situés dans les quartiers huppés s\u2019étaient plus souvent donné une politique alimentaire quant à la préparation des menus que ceux qui se trouvaient dans des milieux défavorisés.En outre, si certains CPE étaient équipés de cuisines dignes de restaurants, d\u2019autres préparaient à manger pour 80 enfants dans des locaux exigus dotés d\u2019une seule plaque chauffante et d\u2019un petit four.«C\u2019est certain que, dans ce type d\u2019environnement, on a davantage recours à des mélanges ou des aliments préparés, généralement plus gras, plus sucrés ou plus salés», dit Philippe Grand, aussi chef cuisinier de formation.Malgré quelques lacunes, il n\u2019a pas vu de menu horrifiant, de type Kraft Dinner, biscuits Oreo et Froot Loops en collation.«Les CPE sont une réfé - rence», estime le nutritionniste.Et les garderies privées?Les huit qui ont participé à l\u2019enquête d\u2019Extenso se sont volontairement prêtées au jeu.Les cancres n\u2019ont pas levé la main.«Certaines gar - deries privées pourraient être tentées de faire des économies en négligeant la qualité des aliments», estime Philippe Grand.Geneviève Hivon l\u2019a appris à la dure.Elle a travaillé pendant 10 ans comme éducatrice au sein d\u2019une garderie privée, près de Valleyfield.La qualité de la nourriture, assure-t-elle, était prioritaire.Mais lorsque l\u2019entreprise a été vendue, en 2012, le nouveau propriétaire a congédié la cuisinière et il a eu recours à un service de traiteur pour faire des économies.«Les croquettes de poulet et de poisson sont apparues au menu, raconte la jeune femme.Les saucisses hot-dog aussi.» Elle a changé d\u2019emploi.Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 17 Plus de 250 000 enfants fréquentent le réseau des milieux de garde du Québec.Type de milieu Nombre de places CPE 86 770 Garderies privées subventionnées 43 549 Garderies privées non subventionnées 46 641 Milieu familial 91 664 TOTAL 268 624 Note 1: Les services de garde en milieu familial qui accueillent moins de sept enfants n\u2019ont pas besoin d\u2019un permis et ne sont pas comptabilisés.Note 2: Le nombre de places ne correspond pas exactement au nombre d\u2019enfants, car deux ou trois enfants peuvent partager une même place.A Les petits d\u2019âge préscolaire qui fréquentent une garderie courent 65% plus de risques d\u2019être en surpoids ou obèses que ceux qui restent à la maison. Il n\u2019y a pas que la saine alimentation qui devrait se trouver au menu des garderies.Le docteur Garrel croit que les jardins d\u2019enfants devraient encourager les petits à dépenser de l\u2019énergie.«Les enfants sont de plus en plus souvent assis devant la télé, dit-il.Or, la télévision induit un relâchement musculaire qui réduit énormément la dépense énergétique.On brûle plus de calories en lisant un livre!» L\u2019équipe de Camille Gagné, professeure à la faculté des sciences infirmières de l\u2019Université Laval, a visité 20 CPE de la région de Québec pour évaluer le niveau d\u2019activité physique des petits.Au total, 242 enfants de 3 à 5 ans ont porté des accéléromètres (des dispositifs électroniques qui détectaient chacun de leurs mouvements).Résultat après comptabilisation, ces petits ne passaient que 13 minutes par jour à pratiquer des activités d\u2019intensité moyenne à élevée! À l\u2019hiver 2013, le Regroupement des centres de la petite enfance de l\u2019île de Montréal (RCPEIM) a pourtant mené un vaste sondage auprès de plusieurs centaines de CPE, haltes-garderies (des services de gardiennage de courte durée) et services de garde en milieu familial.À 92%, les éducatrices estimaient que les enfants dépensaient suffisamment d\u2019énergie.«Elles ont l\u2019impression que les petits bougent tout le temps, mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils jouent dans le parc qu\u2019ils s\u2019activent nécessairement», fait valoir Marie-Pascale Deegan, agente de recherche et d\u2019intervention au RCPEIM et responsable du projet Manger, bouger.Plaisir assuré!, dans lequel s\u2019inscrivait le sondage.elon les directives de santé publique, les enfants d\u2019âge préscolaire devraient consacrer au moins 180 minutes par jour à l\u2019activité physique! «Les petits doivent vraiment se dépenser, jusqu\u2019à en avoir les joues rouges, dit l\u2019agente de recherche.Faire des pâtés dans le carré de sable, ça ne compte pas.» Certains milieux de garde invoquent qu\u2019ils n\u2019ont ni l\u2019espace ni les équipements pour faire bouger les petits mais, selon Mme Deegan, il y a toujours moyen de s\u2019organiser.«Plutôt que de laisser les enfants marcher jusqu\u2019à leurs casiers, pourquoi ne pas les encourager à y aller en sautant?» suggère-t-elle.Les recherches de Camille Gagné ont par ailleurs démontré que les enfants dépensaient moins d\u2019énergie dans un parc de jeux luxueux \u2013 bien pourvu en toboggans, échelles ou balançoires \u2013 que dans une cour équipée de quelques cordes et ballons.«Les modules de jeux offrent tellement peu de défis, que les enfants s\u2019en lassent rapidement, constate la professeure, spécialiste en santé communautaire.Les enfants bougent plus quand ils peuvent faire appel à leur imagination et quand ils prennent eux-mêmes l\u2019initiative du jeu.Il ne faut pas les encadrer à tout moment de la journée.» Le sondage du RCPEIM a aussi révélé que 13% des parents ne voulaient pas que leurs enfants sortent l\u2019hiver, de peur qu\u2019ils attrapent un rhume.Pourtant, les petits devraient jouer dehors au minimum 45 mi - nutes par jour, été comme hiver, soutient Marie-Pascale Deegan.D\u2019autres parents demandent aux gardiennes de ne pas laisser leur petit faire la sieste, pour s\u2019assurer qu\u2019il dorme plus aisément la nuit.«Ces enfants risquent d\u2019être amorphes et de manquer d\u2019énergie pour se dépenser à la garderie», 18 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Petit dormeur, gros mangeur Une étude états-unienne publiée dans la revue Pediatrics en 2014 révèle que les enfants qui ne dorment pas assez sont plus susceptibles de souffrir d\u2019embonpoint ou d\u2019obésité, et ce, dès l\u2019âge de sept ans.Les mécanismes qui se cachent derrière ce constat n\u2019ont pas été élucidés, mais les scientifiques croient que le manque de sommeil pourrait dérégler les hormones qui dictent la faim et la satiété.Un enfant devrait dormir au moins 12 heures par jour, entre 6 mois et 2 ans; au moins 10 heures par jour, de 3 ans à 4 ans; et au moins 9 heures par jour, de 5 ans jusqu\u2019à 7 ans.Parmi les 1 000 enfants recensés pour l\u2019étude, 1 sur 3 ne dormait pas suffisamment.S «Les enfants bou gent plus quand ils peuvent faire appel à leur © R I C H A R D S C H U L T Z / C O R B I S fait remarquer l\u2019agente de recherche.L\u2019obsession de la sécurité fait aussi obstacle au jeu actif.«On passe notre temps à dire aux enfants de ne pas grimper, d\u2019aller moins vite, de peur qu\u2019ils se fassent bobo», note Camille Gagné.Dans le cadre d\u2019un projet-pilote, Marie- Pascale Deegan a accompagné cinq CPE, quatre haltes-garderies et un bureau coordonnateur chargé d\u2019encadrer des services de garde en milieu familial.Tous ont entrepris de changer leurs pratiques pour favoriser les bonnes habitudes de vie dans leur milieu.D\u2019autres jardins d\u2019enfants devraient emboîter le pas au cours des prochaines années.Car, au mois de mai 2014, le ministère de la Famille a lancé un nouveau cadre de référence intitulé Gazelle et potiron.Ces lignes directrices doivent inciter tous les milieux de garde à créer des environnements favorables à la saine alimentation, au jeu actif et au développement moteur.«Les garderies n\u2019écoperont pas d\u2019une amende si elles servent des croquettes de poulet», dit Véronique Martin, qui a travaillé à l\u2019élaboration du cadre de référence.En effet, les seules prescriptions légales auxquelles les garderies doivent se conformer, à l\u2019égard de l\u2019alimentation, sont de respecter le Guide alimentaire canadien, de contrôler la salubrité des aliments et d\u2019afficher le menu hebdomadaire pour consultation par le personnel et les parents.Aucune obligation n\u2019encadre l\u2019activité physique.«Gazelle et potiron n\u2019a pas force de loi, mais la pression sera grande pour pousser les garderies à s\u2019y conformer, poursuit Mme Martin.Nous allons le diffuser largement et les parents seront informés.» Même si tous les services de garde devenaient exemplaires, les problèmes d\u2019embonpoint chez les petits ne disparaîtraient pas du jour au lendemain.«C\u2019est la société entière, dans tous les pays industrialisés, qui doit faire face à la malbouffe et à la sédentarité, rappelle Marie-Pascale Dee - gan.Ce qu\u2019on observe dans les garderies, ce n\u2019est que le reflet de ce qui se passe en dehors.» Même Marie-Claude Geoffroy, qui a dirigé l\u2019étude publiée dans le Journal of Pediatrics, n\u2019est pas prête à jeter la pierre aux jardins d\u2019enfants.Ses chiffres ont démontré que, comparativement aux petits gardés chez eux par un parent, ceux qui sont pris en charge par une gardienne courent 27% plus de risques d\u2019être en surpoids.Et pour ceux qui sont gardés chez un proche de la famille, c\u2019est 50%.«Finalement, le simple fait d\u2019être gardé, peu importe où et par qui, semble augmenter les risques», constate-t-elle.Elle n\u2019a pas de réponse claire pour expliquer ce résultat.Seulement des hypothèses.«Peut-être que les parents qui travaillent et passent leur journée à courir n\u2019ont pas le temps de préparer des repas santé, le soir.Peut-être aussi qu\u2019ils sont trop crevés pour emmener leurs enfants jouer au parc la fin de semaine», ajoute-t-elle.Le docteur Dominique Garrel renchérit.«Il y a tellement de sucre, de sel et de gras dans les aliments transformés que la seule façon pour les parents de s\u2019assurer que leurs enfants mangent santé, c\u2019est de préparer les aliments eux-mêmes.» Faudrait-il renvoyer les mères au foyer, pour prévenir l\u2019obésité des enfants?Isabelle Sheehy s\u2019esclaffe : «Je suis prête à cuisiner bien des compotes avant d\u2019en arriver là!» ?QS Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 19 «Il y a tellement de sucre, de sel et de gras dans les aliments transformés que la seule façon pour les parents de s\u2019assurer que leurs enfants mangent santé, c\u2019est de préparer les aliments eux-mêmes.» Le réseau contre-attaque Conscients du problème de surpoids qui guette les enfants, les experts-conseils du réseau des milieux de garde multiplient les projets pour aider les garderies à faire mieux manger et bouger les petits.Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l\u2019Université de Montréal, a lancé cette année les formations Croqu\u2019Plaisir, offertes partout au Québec.Les responsables de l\u2019alimentation apprennent à remplacer les sandwichs de charcuterie ou la pizza par du poisson, du tofu, des légumineuses, des fruits et des légumes frais ou des céréales entières.Les éducatrices, elles, apprennent à manger à la même table que les enfants, à ne pas faire référence à leur poids et à ne jamais forcer un petit à finir son assiette.«Les pratiques d\u2019autrefois, où l\u2019on menaçait un enfant de ne pas avoir droit à son dessert s\u2019il ne finissait pas ses légumes, sont dépassées, dit Stéphanie Côté, d\u2019Extenso.Il faut demander aux petits de goûter à tout, mais jamais les forcer.Les recherches ont démontré que, si un enfant n\u2019a que rarement droit au gâteau, par exemple, il aura moins de retenue le jour où il pourra en manger tant qu\u2019il voudra.» À l\u2019Université Laval, l\u2019équipe de Camille Gagné, professeure à la faculté des sciences infirmières, planche sur le projet Bouger pour bien se développer qui devrait aider les milieux de garde à promouvoir l\u2019activité physique.L\u2019Association québécoise des CPE (AQCPE) a lancé de son côté Petite enfance, Grande forme, une pla- teforme accessible sur Internet, pour guider les garderies dans l\u2019élaboration d\u2019un plan d\u2019action, afin de se conformer aux lignes directrices de Gazelle et potiron.ur imagina tion et qua nd ils prennent eux-mêmes l\u2019initiative du jeu.» e renard traverse nonchalamment le jardin japonais, coupant la route aux promeneurs sans leur prêter la moindre attention.Il est ici chez lui, au Jardin botanique de Montréal, où près de un million de visiteurs déambulent pourtant chaque année.«Avec sa femelle, il occupe les lieux depuis quatre ans, et nous avons des portées de renardeaux chaque année, précise Jacques Dancosse, médecin vétérinaire et conseiller scientifique à la division de la recherche du Biodôme de Montréal.Les gens sont surpris de voir des renards en ville, pourtant c\u2019est normal d\u2019en trouver là, c\u2019est un animal qui s\u2019adapte facilement à de nombreux milieux.» Goupil n\u2019est pas le seul à se plaire dans nos espaces verts, nos ruelles et nos cours.À voir le nombre de têtes brunes surgir au parc Jean-Drapeau au printemps, on comprend que les marmottes n\u2019ont pas de problèmes non plus pour s\u2019y reproduire.« Idem pour les écureuils, les ratons laveurs, les moufettes, les goélands à bec cerclé ou les lapins, énumère Jacques Dan- cosse.On trouve même des coyotes sur l\u2019île de Montréal, là où il y a des cerfs, dont la population a également augmenté ces dernières années.» Montréal-la-forêt.La métropole québécoise est loin d\u2019être une exception.Depuis quelques années, même les grands prédateurs, comme les ours ou les coyotes, envahissent les villes d\u2019Amérique du Nord.Seth Magle en sait quelque chose.En plein centre de Chicago, ce biologiste tombe nez à nez avec des coyotes presque tous les jours.Depuis 10 ans, leur nombre dans le comté de Chicago aurait augmenté de 3 000%, pour atteindre environ 3 000 individus.«On les débusque dans les fourrés, derrière les immeubles, dans les parcs; là où il y a peu de circulation», indique le jeune homme, directeur du Urban Wildlife Institute, un centre de recherche mis sur pied en 2009, au cœur du zoo de Lincoln Park, dans le but d\u2019étudier la faune urbaine.Les bottes souillées et le bas de pantalon trempé, Seth Magle revient justement d\u2019une journée «sur le terrain».Entendez par là les parcs de la ville, les banlieues, les cimetières et les terrains vagues, où son équipe a installé une centaine de caméras permettant d\u2019observer le va-et-vient de la faune.«Cela nous a permis de voir quantité de coyotes, de ratons laveurs, d\u2019opossums, de renards roux, mais aussi des animaux que je ne m\u2019attendais pas à rencontrer en zone urbaine, comme des visons et des écureuils vo - lants», indique-t-il.Les villes seraient-elles la nouvelle arche de Noé?«Les animaux y sont de plus en plus nombreux, et ils ont eu le temps de s\u2019adapter à ce nouveau milieu, poursuit-il.De génération en génération, on observe chez ces différentes espèces des changements de comportement.Ce qui n\u2019est pas surprenant! Les villes regorgent de nourriture et ne cessent de gagner du terrain; il y a donc une pression évolutive très forte pour que les animaux apprennent à y vivre.» Les coyotes, justement, y sont comme des poissons dans l\u2019eau.Ils utilisent les feux de circulation pour traverser les rues, marquant l\u2019arrêt sur le terre-plein central et tournant la tête dans la bonne direction avant de s\u2019engager.«Et ils sont devenus nocturnes, alors qu\u2019ils sont naturellement crépusculaires.Cela leur permet d\u2019éviter les piétons et la circulation automobile», ajoute Seth Magle.Les jeunes coyotes nés à Chicago ont d\u2019ailleurs un taux de survie cinq fois plus élevé que celui de leurs cousins ruraux.Les oiseaux, eux aussi, sont passés maîtres dans l\u2019art d\u2019éviter les collisions.En seulement 30 ans, les ailes des hirondelles à front blanc vivant en zone urbaine au Nebraska se sont 20 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Faune urbaine La ville est aussi une Une étude, menée dans 147 cités de la planète, nous apprend que la biodiversité urbaine y est bien plus riche qu\u2019on l\u2019imaginait! Les villes regorgent d\u2019espèces animales et végétales qui s\u2019y adaptent et s\u2019y plaisent.Par Marine Corniou I L L U S T R A T I O N : T A R A H A R D Y Va, +.» *\u2014\" ÿ ÿ #i = a; 4 wT Hl 2 SO .a rs £9 £ = ; = - ; 3 : * 37e = gr i me 2 = er Tr AR eal 2 LC du Fh ad | ï Co = on J J \u201d se Mr + in = 2 Si \u2018 HR, es tp oy 4 ; ; I | Pe 1421705 | £ a hay Wu, x ro ar + a Cu 5 | (HI | at wa ll - , Ej Ji =, «8 ; i, \u2014 À ww.a | 4 gt, & > IF = : Lj ) flr per.b=: i * Er : \u2014 ule p/ i Lr Bee - ] HE ess Eh ; Sats?\u201d SM + 7 [ge] ap [5 } wl cu 4 > a Ge + x ta À y 1 41 \u2014\u2014\u2014gll y À fe Si) à, 4) *- A y rr aed Fo \u2014 ae > 8 Le sf \u20ac = pA A (5 ~~ 4 EL Al ie PF Lr A rt = ¢ FT a \u2019 he Jr Mgr Ter er F +, % 22 Pr ; ip aa ES * À - B® x od fo] 3 5 = A Fy - 3 \u201c1 PL RS wy + % + hy hi: fe RD en.3 AN wb + Lo Tg 3 y 3 y À RX se & Ld (Te A > Ÿ IL ; \\ \u20ac 4 Wi) | id 4 2 ry\u201d SP E sy 1 4 \"FA thi ! ¥ * rah .i CZ + = à à! # $1 y.= pr = f Fre a \u201c4e a \u2014-\u2014 : xX x Ÿ SN = N AE 9.£ = (A he = in 4 pes A al ( 4 = aa ee by ; ea ue == My ES \u201cA = ù \"ten, | Ew vy + 4 \u201cES tn .- 7 - \\ \u201cXn Vomd NE = er.NN LA réa £3 - = : \u20ac + - LA ji VES \u201d~ Er CR\u201d -_ yp.= pa 2 rte ey > Zw x hl 1) y A I 2 =F or oly nu who 2 F5 4 wil 2g.ul vy 4 A) & a HT t ol Ag A4 1 x NS (fa NN SH rs Ws + Vo [A rd = \u2018 v ANZ ne 7 AN AL fr x a à Au raccourcies, pour devenir plusmanœuvra- bles, selon une étude publiée en 2013 dans Current Biology.Conséquemment, elles sont de moins en moins nombreuses à périr sur la route.Quant aux bruants à gorge blanche de San Francisco, ils ont carrément changé la fréquence de leurs chants.Entre 1969 et 2005, alors que le bruit lié au trafic a augmenté, ces passereaux ont élevé la fréquence de leurs piaillements pour communiquer malgré le fond sonore.«De plus en plus d\u2019espèces apprivoisent la ville, mais beaucoup y sont présentes depuis longtemps.Si on les remarque mieux aujourd\u2019hui, c\u2019est aussi parce qu\u2019on les cherche davantage», nuance Seth Magle.es biologistes, en effet, commencent tout juste à s\u2019intéresser aux liens \u2013 étroits \u2013 entre centres urbanisés et vie sauvage.«On a tendance à croire que la nature, c\u2019est tout ce qui existe en dehors des zones habitées.C\u2019est faux : toutes les interactions écologiques normales se déroulent aussi en ville; par exemple, la recherche de partenaires ou d\u2019habitats, ainsi que les relations entre les prédateurs et les proies.Les règles sont ici aussi complexes que dans n\u2019importe quel écosystème», poursuit le chercheur.Au-delà des allées d\u2019arbres plantés et des jolis parterres de fleurs bien délimités, la nature prendrait donc à notre insu ses quartiers en ville.«Depuis peu, on réalise que la cité est riche en biodiversité, qu\u2019elle constitue un écosystème en tant que tel et non pas un amalgame de plusieurs fragments d\u2019écosystèmes.Cette prise de conscience est récente, surtout au Canada, analyse Stéphanie Pellerin, chercheuse à l\u2019Institut de recherche en biologie végétale de l\u2019Université de Montréal.On a tou - jours tenu pour acquis qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019espèces \u201cintéressantes\u201d en ville, où la flore est très influencée par l\u2019homme, mais c\u2019est faux.» À preuve, l\u2019un de ses étudiants a trouvé récemment dans un boisé de Montréal une espèce de plante qu\u2019on n\u2019avait pas vue au Québec depuis 1920.«C\u2019est un type de carex endémique au Canada, mais qu\u2019on pensait disparu chez nous, explique la botaniste qui mène depuis quatre ans des projets de recherche sur la biodiversité dans la grande région de Montréal.Nous avons aussi trouvé d\u2019autres espèces végétales indigènes rares.» C\u2019est justement pour mieux connaître l\u2019écosystème urbain que l\u2019Urban Wildlife Institute a été créé.«L\u2019idée, c\u2019est de mettre en évidence certains principes universels de la faune urbaine, qui pourraient s\u2019appliquer dans toutes les métropoles du monde, précise Seth Magle.On cherche à mieux comprendre les relations trophiques entre les mammifères, les insectes, les oiseaux, les plantes, etc.» Le biologiste souhaite aussi expliquer pourquoi certaines espèces se plaisent au milieu du bitume et des pots d\u2019échappement, alors que d\u2019autres n\u2019y survivent pas.«Ce n\u2019est pas toujours clair.Le renard roux se plaît en ville, mais pas le renard gris qui est pourtant très proche.Cela dit, les espèces observées dans les zones urbaines sont globalement plus flexibles, plus intelligentes, plus généralistes que les autres.Elles s\u2019accommodent de plusieurs types d\u2019habitats ou de régimes alimentaires», note-t-il.Pas étonnant, donc, que les moineaux, les pigeons ou les rats soient présents dans toutes les villes du monde.Pour autant, ces espèces peu exigeantes n\u2019ont pas le monopole des cités.La «jungle urbaine» est bien plus riche qu\u2019on l\u2019imaginait, comme vient de le démontrer une étude menée dans 147 villes de 36 pays par des chercheurs du centre national d\u2019analyses et de synthèses écologiques (NCEAS) de Santa Barbara, en Californie.«Nous avons recensé les espèces de plantes présentes dans 110 villes et celles d\u2019oiseaux dans 54 villes.Par rapport aux milieux naturels, les densités d\u2019espèces sont très faibles, comme on pouvait s\u2019y attendre.Mais les villes abritent tout de même 20% des espèces d\u2019oiseaux et 5% des espèces de plantes de la planète», explique Myla Aronson, première auteure de cette étude publiée au début de l\u2019année.Chaque centre urbain héberge en fait des espèces locales (endémiques) qui constituent une sorte d\u2019échantillon biologique typique des écosystèmes alentour.«Cette découverte est une grande surprise, commente la chercheuse.Même si certaines espèces se retrouvent partout, chaque ville abrite sa faune et sa flore spécifiques.Et c\u2019est tant mieux! Plusieurs études ont démontré que les plantes endémiques attirent des communautés d\u2019oiseaux et d\u2019insectes beaucoup plus riches que les plantes \u201cimportées\u201d qui ne font pas partie de l\u2019écosystème initial.» De là à dire que les villes pourraient contribuer à préserver la biodiversité, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Mais Myla Aronson n\u2019hésite pas à le franchir.«Nous avons trouvé des espèces menacées ou en voie d\u2019extinction dans les villes, souligne-t-elle.Les es- 22 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Faune urbaine U R B A N W I L D L I F E I N S T I T U T E A T L I N C O L N P A R K Z O O L\u2019Urban Wildlife Institute de Chicago a installé une centaine de caméras dans les parcs de la ville et de la banlieue.Surprise! Elles ont capté quantité de coyotes (1), de ratons laveurs (2), d\u2019opossums (3), de renards roux, et même des visons et des écureuils volants. paces verts sont devenus des refuges importants pour les animaux endémiques et migrateurs.Il faut en tenir compte, surtout dans les villes tropicales, dont la croissance est la plus forte, et qui sont situées là où la biodiversité est la plus riche.» Seth Magle n\u2019est pas étonné par les résultats de l\u2019étude.Son équipe s\u2019est aperçue que le bihoreau à couronne noire, une espèce de héron menacée, a élu domicile autour du zoo de Lincoln Park et semble s\u2019y épanouir.Non loin de Chicago, dans la ville de Milwaukee, c\u2019est la couleuvre à petite tête, en voie de disparition, qui a trouvé refuge.Idem pour les abeilles, qui «tombent comme des mouches» dans les campagnes, mais s\u2019installent en ville où elles trouvent une grande variété d\u2019espèces végétales et moins de pesticides qu\u2019à la campagne.«Avec l\u2019extension de l\u2019urbanisation et la perte des habitats naturels, on n\u2019a pas le choix de considérer les villes comme un espace utile pour la conservation des espèces.Certains biologistes sont encore réticents face à cette idée, mais elle s\u2019impose de plus en plus», affirme Seth Magle.«Les villes utilisent les trois quarts des ressources produites par la planète, mais elles font aussi partie de la solution pour préserver la nature.C\u2019est là que naissent les idées innovantes et les outils de gouvernance», a rappelé Braulio Ferreira de Souza Dias, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique de l\u2019Organisation des nations unies, lors d\u2019une journée de conférence sur la biodiversité urbaine à l\u2019Université Concordia, à Montréal, en mars dernier.«Les villes doivent devenir leaders en matière de protection des écosystèmes, pour que ces derniers puissent continuer à fournir à leurs habitants des services vitaux comme de l\u2019eau propre, un air sain, la sécurité alimentaire et la résilience face aux événements climatiques extrêmes.» rotéger la biodiversité urbaine, contribue aussi à améliorer la vie des citadins.Car les arbres dépolluent l\u2019air, en stockant le CO2 et les particules fines, retien - nent l\u2019eau, protègent contre les îlots de chaleur.En 2008, des chercheurs de l\u2019université Columbia, à New York, ont démontré que planter 340 arbres supplémentaires par kilomètre carré suffisait à faire baisser de 25% le taux d\u2019asthme chez les enfants de 4 et 5 ans.Quant à l\u2019ombre fournie par les arbres des rues, elle peut faire baisser de 2 °C à 5 °C la température de l\u2019air en été, réduisant de 30%, du même coup, les besoins en climatisation.Et comme la nature est bien faite, ce sont les mélanges d\u2019espèces endémiques qui sont les plus efficaces pour remplir ces missions.En favorisant les espèces végétales locales, on soutient les oiseaux, les pollinisateurs et toute la chaîne alimentaire qui en dépend.À titre d\u2019exemple, un entomologiste de l\u2019université du Delaware, aux États-Unis, a prouvé, en 2009, que les espèces locales de chêne pouvaient nourrir jusqu\u2019à 537 espèces de chenilles, alors que le ginkgo, un arbre d\u2019origine chinoise très répandu en ville, n\u2019en accommode que 3.Les plantes exotiques, jolies mais mal adaptées à nos régions \u2013 et potentiellement envahissantes \u2013, n\u2019auront plus leur place dans les villes du futur.«Notre étude démontre que les villes ne font vivre que 8% des espèces d\u2019oiseaux et 25% des espèces de plantes qui peuplent les espaces naturels alentour, assure Myla Aronson.Or, il est possible d\u2019améliorer Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 23 Apprendre à cohabiter La faune en ville?Pour beaucoup, cela n\u2019évoque rien d\u2019autre que les invasions de pigeons, les poubelles éventrées par les ratons laveurs et les jardins pillés par les écureuils.Seth Magle, directeur du Urban Wildlife Institute à Chicago, reconnaît que la «gestion de conflits» entre citadins et animaux est un volet important de sa recherche, qu\u2019il s\u2019agisse de prévenir les dégâts matériels, les accidents de voiture ou les attaques contre les chiens et les chats.«Beaucoup de ces conflits émergent parce que les gens nourrissent les animaux, dont les coyotes et les oies», précise le biologiste.Ces derniers associent alors l\u2019homme à leur pitance et deviennent insistants, voire dangereux.«Paradoxalement, les animaux qui se débrouillent le mieux en ville sont ceux qui ont le moins de contacts avec l\u2019homme.Beaucoup de gens paniquent lorsqu\u2019ils voient un coyote près de chez eux mais, dans 99% des cas, il n\u2019y a aucun risque.Pour un animal urbain, être agressif envers l\u2019homme est une très mauvaise stratégie», analyse-t-il.Pour autant, difficile de laisser totalement quartier libre à la nature.«Certains animaux, comme les ratons laveurs, peuvent être porteurs de la rage et doivent être vaccinés; d\u2019autres, comme les castors, pullulent et doivent être stérilisés, comme c\u2019est le cas dans certaines zones périurbaines de Montréal», rappelle Jacques Dancosse, vétérinaire.Mais ce n\u2019est qu\u2019en décodant les comportements des animaux en ville, la façon dont ils sélectionnent leur habitat ou sillonnent leurs territoires, que l\u2019on pourra gérer au mieux leurs populations.«La ville est un système construit et la gestion de la faune y est indispensable, mais il faut mener des recherches pour déterminer les stratégies les plus efficaces, ajoute Seth Magle.Certaines espèces sont indésirables, comme les pumas, dont un spécimen débarque de temps en temps à Chicago.C\u2019est incompatible avec la ville! Mais en comprenant mieux l\u2019écologie urbaine, on parviendra à changer la façon dont on construit les parcs, par exemple, pour attirer certaines espèces et en repousser d\u2019autres.» Histoire de pouvoir profiter en paix des chants d\u2019oiseaux et des pollinisateurs de jardinières\u2026 Et la cohabitation est d\u2019autant plus primordiale que, pour une majorité de Terriens, le seul et unique contact avec la biodiversité se fera au pied des immeubles.«Les villes font aussi partie de la solution pour préserver la nature.C\u2019est là que naissent les idées innovantes et les outils de gouvernance.» U R B A N W I L D L I F E I N S T I T U T E A T L I N C O L N P A R K Z O O Seth Magle ces densités en recréant des habitats naturels dans les parcs et les jardins.» C\u2019est aussi l\u2019avis d\u2019Andrew Gonzalez, professeur au département de biologie de l\u2019Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la biodiversité.À la demande du ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs (MDDEP), son équipe travaille avec la fondation Suzuki à mettre en place, dans la grande région de Montréal, un réseau d\u2019espaces verts pour assurer la continuité entre les milieux naturels.«On souhaite créer des réseaux écologiques, c\u2019est-à-dire des habitats naturels reliés entre eux par des corridors verts permettant aux espèces de se déplacer librement.Le but est de minimiser l\u2019impact des villes sur l\u2019environnement.Jusqu\u2019à maintenant, chaque municipalité travaillait dans son coin, sans coordination», ex- plique-t-il.La phase pratique du projet, à savoir la plantation d\u2019arbres, devrait débuter au cours des deux prochaines années.«Les habitats fragmentés sont associés à moins de biodiversité.À plus long terme, la connectivité augmentera la capacité d\u2019adaptation des espèces aux changements climatiques», poursuit le chercheur qui est aussi directeur du Centre de la science de la biodiversité du Québec.Cette prise de conscience verte a beau être tardive, elle reste d\u2019actualité: 60% des surfaces qui seront urbanisées en 2030 ne le sont pas encore; elles gagneraient à être conçues dans le respect des écosystèmes.«De nombreuses villes, comme Montréal, doivent aussi rénover toute leurs infrastructures.Il est donc temps de repenser le réseau de façon plus intelligente», ajoute Andrew Gonzalez.Si les urbanistes ne peuvent plus concevoir les villes comme des forteresses de béton, les citadins, eux, doivent accepter de partager leur espace.«L\u2019éducation de la population est primordiale.J\u2019ai vu des gens tenter d\u2019abattre un couple de faucons qui s\u2019était installé dans la tour du parc olympique, parce qu\u2019ils tuaient \u201cleurs\u201d pigeons», déplore Jacques Dancosse, vétérinaire au Biodôme.Il faudra pourtant s\u2019en accommoder; il suffit de chasser la nature de l\u2019asphalte pour qu\u2019elle revienne au galop.?QS 24 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Faune urbaine La biodiversité des villes en chiffres Montréal abriterait plus de 1 060 espèces de plantes, plus de 270 espèces de papillons, plus de 120 espèces d\u2019oiseaux et plus de 80 espèces de poissons.À Québec, sur le campus de l\u2019Université Laval, on recense près de 1 000 espèces de plantes, une dizaine d\u2019espèces de mammifères, plus de 120 espèces d\u2019oiseaux et même une population de salamandres cendrées.On trouve à Bruxelles 50% des espèces florales de Belgique.À New York, dans Central Park, on a dénombré 270 espèces d\u2019oiseaux migrateurs.À Sheffield, au Royaume-Uni, une étude a recensé 4 000 espèces d\u2019invertébrés et 1 000 espèces de plantes dans seulement 61 jardins résidentiels urbains.VOUS RÊVEZ VACANCES ?PENSEZ VÉLO ! AMÉRIQUE ET DESTINATIONS SOLEIL CAPE COD 6 au 11 septembre SONOMA ET NAPA VALLEY 4 au 11 septembre CUBA HOLGUÍN EN BOUCLES 8 au 15 // 15 au 22 novembre CUBA VARADERO EN BOUCLES 9 au 16 novembre NOUVEAU EUROPE TOSCANE 9 au 24 septembre 25 septembre au 10 octobre PROVENCE 17 septembre au 2 octobre PORTUGAL 21 septembre au 6 octobre ANDALOUSIE 22 septembre au 7 octobre MAJORQUE 26 septembre au 11 octobre EN LIBERTÉ Formule de voyage destinée aux cyclistes autonomes.Trois destinations entre mai et octobre : Majorque, Provence et Toscane.veloquebecvoyages.com ?» ?p h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e e sa main gantée, le vétérinaire attrape habilement la minuscule grenouille.Il la coince entre ses doigts, la pique rapidement avec une seringue, puis la dépose dans un bocal.«Sui van - te!» dit-il en changeant d\u2019aiguille.Pendant une heure, Jacques Dancosse répète la ma- nœuvre avec une vingtaine de rainettes dites faux-grillons de l\u2019Ouest, dans une petite salle au sous-sol du Biodôme de Montréal.Pas plus grosses qu\u2019une pièce de deux dollars, les bestioles, mâles et femelles, subissent la piqûre sans broncher, avant d\u2019être placées dans un gros aquarium où flottent bouts de bois et plantes aquatiques.Le but du traitement?Réveiller leur libido! Le produit injecté est un cocktail d\u2019hormones, une sorte de viagra pour amphibien.«Les rainettes faux-grillons ne se reproduisent pas en captivité, précise le vétérinaire.Depuis cinq ans, on a tout essayé, on a fait varier la température, l\u2019éclairage\u2026 Sans succès.» Pourtant, il y a urgence.Cette petite grenouille, que l\u2019on ne trouve au Canada que dans le sud du Québec et de l\u2019Ontario, est gravement menacée.Ses effectifs sont en chute libre, surtout à cause de l\u2019urbanisation et de l\u2019agriculture intensive qui détruisent son habitat.Depuis les années 1950, son aire de répartition s\u2019est ainsi réduite de 90%.«Il ne reste plus que neuf populations au Québec, dont la plus grande a diminué de moitié entre 2004 et 2009.À ce rythme, dans 10 ans, il n\u2019en restera plus que 3 ou 4, isolées les unes des autres, d\u2019autant qu\u2019un ensemble immobilier va être cons truit à La Prairie, sur la Rive- Sud de Montréal, sur l\u2019un des territoires majeurs de la rainette», se désole Tommy Montpetit, chargé de projet au Centre d\u2019information sur l\u2019environnement de Longueuil (CIEL) et membre de l\u2019équipe de rétablissement de la rainette faux- grillon de l\u2019Ouest.Hélas, le dernier inventaire, effectué ce printemps, n\u2019augure rien de bon.«On procède chaque année à un inventaire auditif qui permet d\u2019évaluer le nombre de rainettes à partir de l\u2019intensité des chants, poursuit l\u2019écologiste.Cette année, les nouvelles sont mauvaises, et le tiers des étangs qui existaient en 2009 ont disparu.» Si la rainette faux-grillon est à ce point vulnérable, c\u2019est qu\u2019elle se reproduit dans des flaques d\u2019eau ou des étangs temporaires, exempts de prédateurs, qui s\u2019assèchent naturellement à l\u2019été.On trouve parfois des têtards dans les empreintes profondes de pattes d\u2019animaux dans la terre meuble ou dans les ornières creusées par les tracteurs.Le reste de l\u2019année, la rainette se cache dans les friches, sous les racines des arbres ou en bordure des marais.Or, en Montérégie, ces terrains humides sont drainés ou comblés, Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 25 Faune urbaine Le chant d\u2019espoir des rainettes Victime de l\u2019urbanisation galopante, la rainette faux-grillon, la plus petite grenouille du Québec, est menacée de disparition.Le Biodôme et le Zoo Ecomuseum de Sainte- Anne-de-Bellevue ont trouvé le moyen de doper sa libido.Par Marine Corniou B E N J A M I N T U R Q U E T disparaissant sous des lotissements qui fragmentent son habitat.D\u2019où l\u2019importance de constituer, en captivité, une «population de survie» apte à être réintroduite un jour en milieu naturel.Mais comment y parvenir, alors que les rainettes boudent obstinément la saison des amours?En forçant un peu la nature\u2026 C\u2019est ce que fait Vance Trudeau, un chercheur de l\u2019Université d\u2019Ottawa passé maître dans l\u2019art de stimuler la reproduction de grenouilles dans les zoos.Muni de son kit d\u2019injections d\u2019hormones, le biologiste s\u2019est rendu au chevet des rainettes du Biodôme dès le mois d\u2019avril, au sortir de l\u2019hibernation.Moins d\u2019une heure après la série de piqûres, Odile Colin, préposée aux soins des amphibiens, sortait en courant de la pièce : «Vous avez entendu?Les mâles ont commencé à chanter!» Le coassement, étonnamment puissant pour un animal qui ne pèse que deux grammes, retentit dans le corridor.«Les mâles chantent pour attirer les femelles.Si tout se passe bien, ils vont s\u2019agripper à elles puis fertiliser les œufs», s\u2019enthousiasme Jacques Dancosse.Quelques jours plus tard, le philtre d\u2019amour a rem - pli sa mission : les chants ont continué de plus belle, les femelles ont pondu\u2026 Au total, l\u2019équipe du Bio- dôme aura obtenu plus de 600 têtards, évoluant sans encombre vers le stade de grenouillettes.«C\u2019est la magie des hormones!» résume Vance Trudeau, le père de la technique.Fort de ce succès, il a rendez-vous deux semaines plus tard, début mai, à l\u2019Eco- museum de Sainte-Anne-de-Bellevue, à l\u2019ouest de Montréal, pour renouveler l\u2019expérience sur un autre lot de rainettes faux-grillons.Ces dernières ont été récupérées au stade d\u2019œufs en 2010, dans un étang condamné au milieu d\u2019un chantier de lotissement.Mais à l\u2019Ecomuseum, pas moyen non plus de les faire se reproduire.«On ne sait pas trop pourquoi, mais c\u2019est le cas de la plupart des grenouilles en captivité.Elles sont stressées, et il manque probablement un facteur environnemental nécessaire au déclenchement de leur reproduction», indique Vance Trudeau qui a longtemps travaillé sur les poissons.«En pisciculture, poursuit-il, on stimule les pontes depuis longtemps grâce à une combinaison d\u2019hormones.Mais personne n\u2019avait songé à le faire chez les grenouilles.Après quelques ajustements, j\u2019ai réussi, en 2007, à transposer la méthode sur une grenouille géante d\u2019Argentine.Depuis, ça a fonctionné avec une douzaine d\u2019espèces, et même avec une salamandre.J\u2019ai appelé ça la méthode Amphiplex.» La recette?Un mélange de deux substances qui, une fois injectées dans l\u2019abdomen, vont agir sur le cerveau des animaux.«On utilise la GnRH, une hormone produite naturellement dans le cerveau des vertébrés, pour déclencher l\u2019ovulation chez les femelles et la libération du sperme chez les mâles.Mais la GnRH seule ne suffit pas, de sorte que beaucoup de chercheurs ont échoué jusqu\u2019ici.En fait, l\u2019ovulation est verrouillée par la dopamine, un neurotransmetteur.J\u2019ajoute donc une molécule qui contre l\u2019effet de la dopamine.Cela suffit pour que la GnRH fasse son travail : l\u2019accouplement a lieu dans les deux jours qui suivent.» L\u2019Amphiplex a tout de la technique miracle.«Les produits que j\u2019utilise ne sont pas chers, fonctionnent bien d\u2019une espèce à l\u2019autre et n\u2019importe qui peut concocter cette mixture-là», précise le biologiste qui distribue gratuitement son mélange à qui le demande et travaille avec plusieurs zoos au Canada et aux États-Unis.Grâce à l\u2019Amphiplex, la rainette faux-grillon pourrait bien bénéficier d\u2019un sursis.«À terme, nous aimerions qu\u2019elle se reproduise sans hormones, indique Jacques Dancosse.Mais si on peut maintenant obtenir facilement autant de têtards, cela nous permettra d\u2019envisager de réintroduire le surplus de jeunes grenouilles en milieu naturel.» Restera tout de même une ombre au tableau.Car trouver des étangs sauvages où relâcher les grenouillettes n\u2019est pas une mince affaire.À Longueuil, afin de contourner le problème, des mares artificielles ont été aménagées pour tenter d\u2019accommoder une population de rainettes.«C\u2019est loin d\u2019être idéal et c\u2019est encore expérimental.Il faudra attendre une quinzaine d\u2019années avant de savoir si la rainette peut vivre durablement dans ce genre d\u2019aménagement», spécifie Tommy Montpetit.On connaît encore très mal ce minuscule animal, d\u2019une discrétion absolue en dehors de la saison des amours, où il laisse libre cours à son chant caractéristique.Imitant le bruit d\u2019un grillon, le coassement annonçait autrefois le printemps à des kilomètres à la ronde.Ainsi, dans les années 1950, entendait- on les rainettes chanter depuis le pont Jacques- Cartier! ?QS 26 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Faune urbaine La couleuvre brune victime des condos Les serpents sont mal aimés partout.Autant dire qu\u2019en ville personne n\u2019insiste pour les protéger.La couleuvre brune, qui ne vit que sur l\u2019île de Montréal, les îles de Boucherville et une petite partie de Laval, est une des premières victimes de l\u2019urbanisation galopante.«Elle vit dans les talus, les terrains en friche ou buissonneux, que personne n\u2019est enclin à protéger.Il s\u2019agit d\u2019un animal très discret, difficile à observer et très rare.Pourtant, il n\u2019a toujours pas le statut d\u2019espèce menacée.Résultat, aucune autorisation n\u2019est requise pour construire des condos sur les terrains où la couleuvre se trouve», explique Sébastien Rouleau, biologiste spécialiste des reptiles et coordonnateur recherche et conservation à l\u2019Ecomuseum de Sainte-Anne-de-Bellevue.Au pied de la falaise Saint-Jacques, notamment, près de l\u2019échangeur Turcot, une population est particulièrement fragile.D\u2019ici 2018, la falaise sera bordée par un nouveau tronçon de l\u2019autoroute 20.On trouve aussi ces serpents aux abords du pont Champlain.La solution des constructeurs?Les déplacer, pour avoir la conscience tranquille.«Malheureusement, les études démontrent que les couleuvres déplacées tentent de revenir dans leur habitat initial.Ce n\u2019est donc pas une solution très efficace», déplore Sébastien Rouleau.«Vous avez entendu?Les mâles ont commencé à chanter!» C\u2019est la magie des hormones! Jacques Dancosse B E N J A M I N T U R Q U E T E C O M U S E U M ETS_Cahier spécial 1 ETS_Cahier spécial École de technologie supérieure célèbre ses 40 ans cette année.Un projet modeste au départ, mais une formidable histoire d\u2019innovation.Avec plus de 7500 étudiants, elle forme aujourd\u2019hui le quart des ingénieurs québécois, des ingénieurs reconnus pour leurs compétences techniques alignées sur les besoins de l\u2019industrie.Coup d\u2019œil sur une nouvelle «grande» école de génie, son immersion dans un quartier, ses services de soutien à l\u2019entreprenariat, et la vitalité de ses étudiants.CE DOSSIER A ÉTÉ RÉALISÉ SOUS LA SUPERVISION DE QUÉBEC SCIENCE ET DE L\u2019ÉTS L\u2019 Chinook, la voiture éolienne de l\u2019ÉTS, remporte le premier rang du Racing Aeolus 2012 de Hollande, après seulement deux participations.C H I N O O K n dimanche de janvier à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).Le hall d\u2019entrée du pavillon principal grouille de monde.Les visiteurs se rassemblent autour de kiosques.Les «clubs étudiants», ces regroupements scientifiques et technologiques formés de futurs ingénieurs, présentent leur sous-marin à propulsion humaine, leur drone, leur canoë de béton ou leur voiture éolienne.Les départements offrent des visites guidées de leurs locaux toutes les 15 minutes.L\u2019événement attire son lot de curieux: certains cégépiens sont venus en autobus nolisés d\u2019aussi loin que de la Gaspésie pour assister à cette journée portes ouvertes.Devant autant d\u2019efforts déployés pour satisfaire les quelque 3000 visiteurs, on pourrait conclure que la concurrence entre universités est féroce.Lorsqu\u2019on lui pose la question, Christophe Guy, directeur général à l\u2019École Polytechnique de Montréal, est catégorique.«C\u2019est faux cette idée que les universités sont en compétition et s\u2019arrachent les étudiants.Quand elle a commencé à décerner des diplômes d\u2019ingénieur, l\u2019ÉTS a certainement fait en sorte que d\u2019autres facultés de génie se sont réveillées.Cela a contribué à améliorer l\u2019enseignement partout au Québec.Il s\u2019agit d\u2019une saine émulation.Mais aujourd\u2019hui, au baccalauréat, nous ne sommes pas en concurrence avec l\u2019ÉTS.Elle est dans un créneau vraiment à part.» Ce créneau, c\u2019est la formation supérieure des techniciens en provenance du cégep, qui constituent près de 85% des étudiants de l\u2019École.Les autres, issus du programme général, doivent suivre une mise à niveau avant de poursuivre: le cheminement universitaire en technologie.«À la base, notre clientèle étudiante est différente, annonce Jean-Luc Fihey, directeur des études et de la recherche.Alors on a inversé le modèle traditionnel de formation et on commence par le technique pour terminer par le conceptuel.Cela fait en sorte que, lorsqu\u2019ils seront dans des cours théoriques de physique ou de chimie, les étudiants auront toujours des exemples pratiques en tête.Cela donne une couleur à notre formation.» LES STAGES EN ENTREPRISE Une autre spécificité de l\u2019ÉTS réside dans les trois stages obligatoires requis pour l\u2019obtention du baccalauréat.Au Québec, seule la faculté de génie de l\u2019Université de Sherbrooke offre un programme similaire.«On s\u2019engage à trouver un stage à tous nos étudiants, précise Jean-Luc Fihey.On peut faire cette promesse parce qu\u2019une majorité d\u2019entre eux sont déjà des techniciens; ils ont donc déjà quelque chose à offrir, même en première année.» Ces stages permettent de sensibiliser les étudiants aux besoins en industrie.«Cela fait d\u2019eux des étudiants plus aptes à intégrer le milieu des affaires, avec moins d\u2019idées préconçues», affirme Luc Larocque, vice-président aux ventes de Sologlobe.L\u2019entreprise, spécialisée en gestion d\u2019entrepôts, emploie présentement cinq étudiants de l\u2019ÉTS.« Les stages permettent aux étudiants de préciser leurs champs d\u2019intérêt.Et il y a toujours la possibilité pour l\u2019entreprise d\u2019engager le stagiaire.» Les statistiques le confirment: plus du tiers des étudiants à l\u2019ÉTS trouvent leur premier emploi grâce à leur stage.« Le passage des étudiants en entreprise nous permet de vérifier si nos programmes génèrent les qualités attendues dans la vraie vie, ajoute Jean-Luc Fihey.La rétroaction en provenance de l\u2019industrie nous force aussi à nous ajuster.Cela 2 ETS_Cahier spécial LES 40 ANS DE L\u2019ÉTS En misant d\u2019abord sur la formation technique, l\u2019ÉTS a fait naître une nouvelle génération d\u2019ingénieurs.Et une équipe de chercheurs très pragmatiques.Un dossier de Benjamin Tanguay U Le nouveau directeur général Pierre Dumouchel.Son arrivée confirme le «virage recherche» de l\u2019ÉTS UNE APPROCHE DIFFÉ R G I L B E R T D U C L O S nous donne des programmes vivants, qui ne s\u2019empoussièrent pas.» «Il existe différents profils d\u2019ingénieurs, soutient Christophe Guy.Ceux qui sont formés à l\u2019ÉTS sont généralement plus techniques.» Cette couleur particulière a permis à ces diplômés de jouir d\u2019une grande popularité auprès des PME, qui embauchent près des deux tiers des finissants.Elles obtiennent ainsi une personne cumulant des compétences de technicien et d\u2019ingénieur, un avantage lorsque le nombre d\u2019employés est restreint.Pour Jean-Luc Fihey, le défi futur de l\u2019ÉTS consiste à convaincre les PME d\u2019engager des étudiants qui ont aussi une maîtrise ou un doctorat.« Les Allemands ont le même modèle de formation que nous et leurs industries trouvent cela normal d\u2019engager des diplômés issus des cycles supérieurs, explique-t-il.Au Québec, nous devons encore convaincre les entreprises de changer leur façon de voir.» L\u2019ACCENT SUR LA RECHERCHE Cet accent mis sur les cycles supérieurs correspond à une évolution récente de l\u2019ÉTS.Lui-même chercheur de carrière, le nouveau directeur général de l\u2019ÉTS, Pierre Dumouchel, mise là-dessus.« Notre programme de maîtrise n\u2019a que 23 ans; notre doctorat, 15 ans.Aux cycles supérieurs, il y a encore beaucoup de place à la croissance.» La recherche à l\u2019ÉTS s\u2019articule autour de cinq secteurs d\u2019affaires : les technologies de la santé, les technologies de l\u2019information et des communications (TIC), l\u2019environnement et la construction, l\u2019aérospatiale et le transport terrestre, et l\u2019énergie.Au total, les fonds récurrents de recherche ont connu une croissance de 40% entre 2008 et 2013, pour s\u2019approcher des 20 millions de dollars, auxquels il faut ajouter près de 12 millions de dollars de contrats et subventions.Dès sa première allocution à titre de directeur général, en avril dernier, M.Dumouchel a placé la barre haut : «Vous savez, l\u2019École n\u2019est pas différente des autres universités : notre principal atout réside dans notre matière première, le savoir.Nous allons poser des actions précises pour atteindre notre plein potentiel en recherche.Je m\u2019engage à faire en sorte qu\u2019au terme de mon directorat, nous comptions à l\u2019ÉTS au moins 40 chaires de recherche pour 40 millions de dollars\u2026 et 40 nouveaux professeurs et maîtres d\u2019enseignement.» Pierre Dumouchel est bien placé pour tenir parole.Avant d\u2019être nommé directeur général, il a été professeur à l\u2019ÉTS pendant 20 ans.Il a ensuite occupé, pendant 5 ans, le poste de vice-président, recherche et développement, au Centre de recherche informatique de Montréal.De retour à l\u2019ÉTS, il a dirigé la maîtrise en technologies de l\u2019information et poursuivi des recherches sur le développement de logiciels capables de décoder les émotions.Mais il ne se fait pas d\u2019illusion : la concurrence entre chercheurs universitaires pour obtenir du financement public se fait de plus en plus féroce, et l\u2019avenir de la recherche universitaire passe selon lui par une augmentation des contributions du secteur industriel.«Une des meilleures stratégies est de simplifier les règles de propriétés intellectuelles entourant la re cher che, affirme Pierre Du- mouchel.C\u2019est un gros frein à l\u2019établissement de partenariats.» Sur ce plan, la longue histoire de collaboration avec l\u2019entreprise donne à l\u2019ÉTS une longueur d\u2019avance.UNE OREILLE BIONIQUE C\u2019est un peu cette approche dans le domaine du financement qu\u2019a empruntée Jérémie Voix, professeur spécialisé en Œuvre publique en façade du pavillon B.Cet anneau rappelle le vrai jonc de l\u2019ingénieur en fer martelé, remis aux nouveaux ingénieurs à la fin de leurs études par la Société des 7 gardiens à l\u2019occasion de la cérémonie d\u2019engagement de l\u2019ingénieur.É RENTE DU GÉNIE L\u2019ÉTS EN QUELQUES CHIFFRES \u2022 L\u2019ÉTS compte plus de 7500 étudiants, dont au moins 1600 aux cycles supérieurs.Elle accueille annuellement environ 1700 nouveaux étudiants, un chiffre en hausse constante depuis 2008.\u2022 Près du quart des étudiants proviennent de l\u2019extérieur de la grande région de Montréal.Fait intéressant, l\u2019ÉTS envoie plus d\u2019ingénieurs dans les régions qu\u2019elle ne reçoit d\u2019étudiants en provenance de celles-ci.\u2022 Le taux de placement des finissants est évalué à près de 100% \u2022 Près de un ingénieur sur quatre au Québec est diplômé de l\u2019ÉTS.\u2022 L\u2019ÉTS place plus de 2700 stagiaires par année dans 900 entreprises.\u2022 L\u2019École compte environ 190 professeurs et maîtres d\u2019enseignement.Les professeurs ont tous fait un séjour dans l'industrie d'au moins un an.///////////////////// ETS_Cahier spécial 3 C H R I S T I A N F L E U R Y É T S «Ici, tu vois, il va y avoir un parc sur le toit du stationnement.» Les yeux rivés à la fenêtre d\u2019un corridor achalandé de l\u2019École de technologie supérieure, Patrice Catoir se permet de rêver.Dehors, un trou dans la terre et quelques pieux.Mais le doigt du directeur à la planification et au développement du campus dessine déjà le projet dans ses moindres détails.Massif électrique par-ci, stationnement intérieur par-là, rien n\u2019y échappe.Au fil de la discussion, la structure métallique d\u2019en face prend les airs d\u2019un « bâtiment signature » qui rendra l\u2019École plus conviviale pour ses étudiants, dès 2015.La Maison des étudiants, en partie financée par quelques commerces qu\u2019elle abritera, sera dédiée aux services offerts aux étudiants, mais sera également ou- 4 ETS_Cahier spécial 40 ANS DE L\u2019ÉTS acoustique et directeur de la Chaire de recherche Sonomax-ÉTS.Même s\u2019il obtient de plus en plus d\u2019argent des programmes de subventions, l\u2019essentiel provient des entreprises qui pourront en retour utiliser l\u2019une ou l\u2019autre de ses innovations.Mai 2014, il me fait visiter son laboratoire.Ici, certains projets sont dignes de science-fiction.On développe par exemple une «oreille bionique», une oreillette sur mesure permettant de protéger l\u2019ouïe, de communiquer d\u2019une personne à l\u2019autre, ou de tester automatiquement la perte auditive de l\u2019usager.Un étudiant postdoctoral cherche même à récupérer l\u2019énergie déployée par la mâchoire quand l\u2019utilisateur parle ou mâche de la gom me, pour alimenter la prothèse.Ingénieux! Dans ses recher - ches, Jérémie Voix conserve la philosophie pragmatique de l\u2019École.« Je suis un peu à l\u2019image de l\u2019ÉTS.Quand j\u2019étais au doctorat, une PME m\u2019a demandé de développer un bouchon d\u2019oreille intelligent.Pour ce problème de recher che appliquée, j\u2019ai dû développer une expertise de plus en plus fondamentale.Ça fonctionne com me ça, à l\u2019ÉTS.On va du concret vers l\u2019abstrait.» Sylvie Nadeau, directrice de l\u2019équipe de recherche en sécurité du travail (ÉREST), une des plus vieilles unités de recherche de l\u2019École, a été témoin de ce « virage recherche».«Quand je suis arrivée en 2001, la recherche démarrait tout juste.Les sujets étaient beaucoup plus restreints qu\u2019au- jourd\u2019hui.» Au milieu des années 2000, la hausse rapide du nombre d\u2019étudiants a obligé l\u2019université à embaucher plusieurs nouveaux professeurs.Cet influx de personnel qualifié avec des projets de recherche de pointe a permis de mener des études de plus en plus ambitieuses.«À l\u2019ÉREST, nous en sommes à la troisième génération de chercheurs, affirme Sylvie Nadeau.La première génération a démarré la recherche, la deuxième l\u2019a positionnée et, maintenant, nous sommes préoccupés par le legs du patrimoine de recherche.» ?LES 40 ANS DE L\u2019ÉTS LES NOUVEAUX VOISINS Avec l\u2019ÉTS, le centre-sud de Montréal devient le Quartier de l\u2019innovation « G I L B E R T D U C L O S verte aux citoyens.Dans la cour arrière, on prévoit un parc avec espace interactif.La programmation reste à définir, mais Patrice Catoir évo que d\u2019éventuelles expositions temporaires.« L\u2019ÉTS arrive présentement à maturité dans son développement de campus, souligne- t-il.On peut maintenant se permettre de mettre de l\u2019avant des projets qui vont combler les lacunes héritées de notre croissance fulgurante.» HISTOIRE DE DÉMÉNAGEMENT La route pour en arriver à ce point fut longue.À son inauguration en 1974, l\u2019École loge au coin des rues Sainte-Ca- therine et Hôtel-de-Ville.Une décennie plus tard, l\u2019établissement est éparpillé entre plusieurs bâtiments.On prend la décision de déménager avenue Henri-Julien, dans une ancienne polyvalente.En 1989, l\u2019ÉTS obtient l\u2019aval du Bureau canadien d\u2019agrément des programmes de génie (BCAPG) pour former des ingénieurs et non seulement des technologues.Les inscriptions croissent de manière soutenue, si bien qu\u2019en 1997, l\u2019École fait ses boîtes et change à nouveau d\u2019adresse, pour de bon cette fois.Elle reprend les anciens locaux de la brasserie Dow, rue Notre- Dame.En se promenant avec Patrice Catoir dans les corridors de l\u2019ÉTS, on ressent facilement cet héritage brassicole.Ancien responsable de la gestion de capital chez MolsonCoors, le directeur se plaît à rappeler la fonction d\u2019origine des bâtiments de l\u2019ÉTS.«Ce pavillon, c\u2019est là où on faisait le packaging pour la bière, explique-t-il.De l\u2019autre côté de la rue, où se trouve le pavillon B, c\u2019était le terminal ferroviaire de Dow.» Depuis que l\u2019École s\u2019est installée dans l\u2019ancienne brasserie, elle s\u2019y est développée par vagues : résidences d\u2019étudiants, pavillon B, agrandissements divers.En tout, 300 millions de dollars d\u2019actifs investis sur 120000 m2.Mais ce développement «en courtepointe» a pour corollaire un campus où les bâtiments ne forment pas un ensemble organique.C\u2019est un défaut auquel on veut remédier avec la Maison des étudiants, son parc et ses sentiers et la pié- tonnisation de la rue Murray qui la sépare du pavillon ALE QUARTIER DE L\u2019INNOVATION (QI) L\u2019arrivée de l\u2019ÉTS dans l\u2019ancienne brasserie a contribué à la revitalisation d\u2019un quartier devenu un noman\u2019s land.«Il n\u2019y avait presque plus d\u2019activité dans le secteur», se souvient Patrice Catoir qui y habitait déjà à l\u2019époque.Mais la bouillonnante université a refusé d\u2019attendre que les choses prennent leur temps.En collaboration avec McGill, elle a lancé en 2013 le Quartier de l\u2019innovation (QI) qui regroupe une vingtaine de projets pour améliorer la vie urbaine, la formation et la recherche, les industries ainsi que la vie sociale et culturelle, dans le quadrilatère formé par la rue Guy, le canal Lachine, l\u2019autoroute Bonaventure et la rue Saint- Antoine.«Préoccupée par le développement du quartier, l\u2019ÉTS s\u2019est interrogée sur son devenir, commente Isabelle Péan, directrice de projets pour le QI à l\u2019Université McGill.Elle nous a approchés pour qu\u2019on se mette ensemble pour améliorer la qualité de vie dans le secteur.Un des buts du QI est de faire en sorte que nos deux universités mettent leurs connaissances au service de la communauté.» Les initiatives mises de l\u2019avant sont variées.On parle d\u2019efforts pour protéger le patrimoine d\u2019une église, de projets d\u2019agriculture urbaine, de l\u2019organisation d\u2019un quatrième sommet sur l\u2019innovation regroupant cette année des acteurs des industries créatives et de la santé, et même d\u2019une formation appliquée en aérospatiale.Les dossiers sont tantôt pilotés par McGill, tantôt par l\u2019ÉTS.Parfois encore, les deux universités s\u2019impliquent conjointement dans un projet.Quant à la récente reprise du Planétarium Dow par l'ÉTS, Patrice Catoir explique :«Ce qu\u2019on veut faire est de créer, à l\u2019intérieur du bâtiment, une zone ouverte qu\u2019on pourrait modeler en fonction des besoins.Dans le dôme qui servait à la projection, on veut aménager un étage supplémentaire, avec des locaux qu\u2019on utiliserait comme hub de créativité et comme ETS_Cahier spécial 5 X DES BÂTIMENTS PERFORMANTS \u2022 L\u2019ETS connaît depuis plusieurs années une croissance immobilière d\u2019environ 25 millions de dollars par an.\u2022 La consommation énergétique de ses pavillons est jusqu\u2019ici exemplaire: 0,51 GJ/m2, contre une moyenne canadienne qui se situe à 2,59 GJ/m2.////////////////// G I L B E R T D U C L O S L I N O C I P R E S S O 6 ETS_Cahier spécial 40 ANS DE L\u2019ÉTS LES 40 ANS DE L\u2019ÉTS espace de recherche.» L\u2019université s\u2019est en outre engagée à transformer le stationnement en parc et à injecter dans le projet cinq millions de dollars sur trois ans.ENGAGEMENT ÉTUDIANT C\u2019est justement ce dossier qui a convaincu Samuel Rispal, un étudiant en deuxième année de maîtrise en génie électrique, de fonder un club \u2013 le DécliQ \u2013pour engager ses pairs dans le QI.«Le projet de hub de créativité m\u2019a parlé », explique-t-il simplement.Apprenant qu\u2019il faudra attendre 2016 pour que les rénovations de l\u2019ancien planétarium soient terminées, l\u2019étudiant prend contact avec Francine Verrier, directrice des relations avec la collectivité.Celle-ci est alors sur le point de monter l\u2019École d\u2019innovation citoyenne dans le but d\u2019amener les universitaires à s\u2019engager dans leur communauté.Avec d\u2019autres partenaires, ils mettent en route un projet de micro-bibliothèque dans un parc, un autre de toit vert avec panneaux solaires pour un organisme luttant contre le décrochage scolaire, un projet de sentier guidant des touristes à travers plusieurs lieux historiques dans la Petite-Bourgogne, etc.En tout, huit dossiers sont à diverses étapes de leur conception.«Les étudiants m\u2019ont bien fait comprendre qu\u2019ils veulent avoir un impact», dit Francine Verrier.«C\u2019est quelque chose qui m\u2019a manqué dans ma formation d\u2019ingénieur, affirme Samuel Rispal.On passe des heures à travailler sur des projets académiques, sans effets sur le monde réel.Pourquoi ne pas mettre ces énergies au profit de la société, dans des projets avec des organismes communautaires ou des entreprises?» Lorsqu\u2019on lui parle du QI, Isabelle Péan semble encore étonnée que le projet ait même pu voir le jour.« L\u2019ÉTS est une université dynamique, engagée dans sa communauté et ouverte aux partenariats, résume-t-elle.Les chercheurs de diverses universités ont beau collaborer quotidiennement, c\u2019est rare que les administrations fassent de même.D\u2019accepter de coopérer avec une université anglophone en plus?Chapeau!»?Francine Verrier, directrice des relations avec la collectivité.«Les étudiants m\u2019ont fait comprendre qu\u2019ils veulent avoir un impact».C\u2019est en forgeant (des prototypes) qu\u2019on devient\u2026 ingénieur CLUBS E uelque 400 jeunes du secondaire crient leurs encouragements.Sur scène, la force exercée par une presse hydraulique sur un pont fait de bâtons de popsicle augmente inexo - ra blement.Après 20 secondes de suspense et de cris, la construction cède\u2026 sous3,2 tonnes de pression.C\u2019est la performance la plus convaincante des quatre équipes de l\u2019école secondaire Dorval-Jean XXIII qui dominent la compétition.Mais 30 minutes plus tard, c\u2019est le revirement de situation.La structure de la polyvalenteGeorges-Vanier, avec un meilleur rapport charge supportée par poids, brise l\u2019hégémonie de Dorval-Jean XXIII et remporte la première place.Cris.Joie.Les victorieux n\u2019en reviennent pas.Catherine Vaillancourt les observe, un sourire en coin.Il y a 10 ans, cette habituée de l\u2019événement, aujourd\u2019hui juge, y participait avec son équipe du cégep du Vieux-Montréal.« Après avoir mis 800 heures sur un pont, l\u2019amener ici pour l\u2019écrabouiller nous rendait tellement fébriles, se rappelle-t-elle.Je sens la même chose chez eux.» Pour Richard Sicotte, professeur des quatre équipes de l\u2019école secondaire Dor- val-Jean XXIII, classées 2e, 3e, 4e et 5e au concours, PontPop permet d\u2019appliquer plusieurs concepts techniques.«Cela permet aussi de leur enseigner la valeur du travail bien fait, ajoute-t-il.Ils travaillent sur ce projet depuis septembre.En 10 ans de participation à PontPop, trois de mes anciens élèves se sont inscrits à l\u2019ÉTS.C\u2019est un bel outil de sensibilisation.Catherine Vaillancourt a aussi suivi ce Q G I L B E R T D U C L O S ETS_Cahier spécial 7 S ET DÉFIS chemin.« Je ne pensais pas aller à l\u2019université après avoir fait ma technique en architecture.Mais avec PontPop, j\u2019ai gagné une bourse qui m\u2019a finalement convaincue de faire le saut.Grâce à cela, je suis aujourd\u2019hui ingénieure.» Si PontPop sert à sensibiliser les jeunes du secondaire ou du collégial au génie et au travail en équipe, la même approche prévaut dans la formation, au sein même de l\u2019École.Plus de 600 jeunes, soit près de 10% des étudiants de l\u2019ÉTS, font partie de «clubsétudiants » qui participent à des compétitions d\u2019ingénierie : motoneige écologique, bolide tout-terrain (baja), voiture solaire, drones\u2026 la liste des projets est longue.Simon Paradis est membre du club Baja.Lorsqu\u2019on lui demande combien d\u2019heures il y a investies, il peine à répondre.«J\u2019aime mieux ne pas savoir.C\u2019est énormément de travail.» Lui et son équipe ont bâti leur véhicule de A à Z.Conception, usinage, soudage, moulage, montage, etc.Tout cela pour tenter d\u2019améliorer les propriétés des véhicules tout-terrain .«Mais le vrai but est de gagner des courses», ajoute-t- il avec un sourire complice.Quand nous lui avons parlé, son équipe revenait tout juste du Texas pour la première des trois compétitions annuelles de Bajas.Déçus d\u2019avoir obtenu une 8e place alors qu\u2019ils visaient un podium, les étudiants étaient déjà auboulot pour fignoler leur bolide en vue de leur prochaine compétition.Robert Lemieux, directeur des Services aux étudiants, n\u2019en finit plus d\u2019énumérer les avantages de ce type de concours.«Ces clubs sont une manière de développer leur sens de la créativité et de l\u2019innovation.Tout ce qu\u2019ils vont \u201cpatenter\u201d, les idées qu\u2019ils vont avoir pour améliorer leur véhicule, c\u2019est de l\u2019innovation.Ce sont des manières de renforcer leur fibre entrepreneuriale et créatrice.» « Il y a vraiment une relation entre ceux qui participent activement à ces clubs étudiants et leur niveau de réussite scolaire, » explique Alan Carter, professeur et ancien capitaine de club.«Ce ne sont pas nécessairement des premiers de classe, mais ils s\u2019en tirent très bien.Quand c\u2019est le temps de trouver un travail par la suite, c\u2019est plus facile parce qu\u2019ils ont déjà une expérience au niveau gestion et de la connaissance des matériaux» Mai 2014.Pour la première fois de sa jeune histoire, le club Dronolab atteint le 2e rang d\u2019une compétition étudiante de drones.Une formidable ascension après seulement quatre participations.L\u2019équipe a fait preuve d\u2019une remarquable audace pour réaliser l\u2019épreuve imposée par le scénario de compétition, soit la géolocalisa- tion et la mesure d\u2019une fuite de pipeline dans une région agricole.En effet, l\u2019utilisation simultanée de deux plateformes plutôt qu\u2019une seule a permis de cartographier la zone deux fois plus vite.Une première dans l\u2019histoire de la compétition.«Aucune équipe n\u2019avait jamais osé demander le permis de vol pour plus d\u2019un drone à Transport Canada.Nous, on a misé sur cette stratégie et cela nous a valu le 2e rang et une mention des juges », raconte le capitaine Pascal Chiva-Bernard.?Quiets, la motoneige écologique C L U B B A J A LES 40 ANS DE L\u2019ÉTS Où vous voyez-vous dans dix ans?» « Quelle est la clientèle cible de votre produit?» «Quels risques court votre entreprise?» Nous sommes au Centech.Au podium d\u2019une salle de con - férence, deux hommes, début trentaine, essuient un barrage de questions.Un jury de sept experts a écouté leur exposé sur un système de contrôle à distance de prises électriques et des appareils qui y sont branchés.Ils testent maintenant leurs aptitudes d\u2019entrepreneurs.On se croirait à l\u2019émission Dans l\u2019œil du dragon.Les jurés, issus du milieu des affaires, devront prendre une décision simple : accepte-t- on l\u2019entreprise au sein de l\u2019organisme?Fondé en 1996, le Centech a reçu en 2013 le titre de meilleur incubateur de l\u2019Association canadienne des incubateurs d\u2019entreprises (CABI).Les trois étages du bâtiment, à deux pas de l\u2019ÉTS, logent une vingtaine d\u2019entreprises dans des domaines allant de la conception de jeux vidéo à celle de ponts d\u2019aluminium ou de voitures électriques.Nul besoin d\u2019avoir étudié à l\u2019ÉTS pour y être admis: depuis deux ans, le Centech abrite aussi des équipes provenant d\u2019autres universités.Une fois acceptées, ces start- ups ont accès aux laboratoires et aux professeurs de l\u2019ÉTS, en plus de disposer du savoir-faire administratif du per sonnel du Centech.«Nous permet tons d\u2019accélérer le développement d\u2019entreprises parce que nous appuyons chaque étape de leur développement », résume Hélène Filion, conseillère auprès des aspirants entrepreneurs.Matin, midi et soir, les locaux de l\u2019organisme sont le lieu d\u2019une activité frénétique: des stagiaires, employés et entrepreneurs mettent des heures à peaufiner quelques détails sur un produit ou remplir des formulaires pour obtenir des fonds.Parmi eux, Pierre Blanchet a bien rodé la présentation de son projet.Son entreprise, Idénergie, se spécialise dans la fabrication d\u2019hydroliennes de rivières.Au cours des trois dernières années, l\u2019homme d\u2019affaires et ses deux associés ont réussi à obtenir beaucoup de financement.Ils espèrent vendre bientôt leurs premières unités à des villages éloignés en quête d\u2019une énergie renouvelable facile d\u2019utilisation.«Si on n\u2019avait pas eu le Centech, on n\u2019y serait jamais arrivé, confie-t-il.Ça peut être très effrayant de faire des demandes de financement.On se trompe et la compagnie meurt.On se donne énormément de conseils entre entrepreneurs.C\u2019est un des avantages de l\u2019organisme.» CENTRE D\u2019EXCELLENCE «D\u2019entrée de jeu, la devise de l\u2019ÉTS, c\u2019est le génie pour l\u2019industrie, affirme Sabin Boily, directeur à l\u2019innovation et aux relations avec l\u2019industrie.C\u2019est aussi de plus en plus le génie pour l\u2019entreprenariat.C\u2019est cet écosystème qu\u2019on veut développer.» Autant le Centech, que le Carrefour d\u2019innovation Ingo ou le Quartier de l\u2019innovation (QI) se situent dans cette veine, tout comme le micropro- gramme en entreprenariat \u2013 qui offre aux étudiants des connaissances non technologiques comme la comptabilité ou le marketing \u2013 et les clubs scientifiques, que plusieurs comparent à des mini-PME.Le grand nombre de partenariats entre l\u2019ÉTS et l\u2019industrie est, pour Sabin Boily, le trait distinctif de l\u2019École.«Nous essayons d\u2019anticiper l\u2019évolution du marché pour adapter nos enseignements et nos travaux de recherche aux besoins de demain.C\u2019est pour ça que les industries reviennent nous voir.Ce niveau d\u2019innovation et de relation avec les entreprises ne se retrouve nulle part ailleurs au Canada.» Sabin Boily souhaite positionner l\u2019ÉTS comme un pôle d\u2019excellence dans le domaine manufacturier.« L\u2019idée est d\u2019aider les compagnies à adopter et adapter leurs techniques manufacturières », explique-t- il.On parle, par exemple, de techniques en impression 3D, en robotique avancée et en numérique.Québec a déjà annoncé sa participation au dossier ; le directeur a l\u2019ambition d\u2019aller chercher aussi l\u2019appui du fédéral.Si tout va bien, le projet de pôle manufacturier devrait bénéficier de quelque 100 millions de dollars sur cinq ans.«Avec ce centre d\u2019excellence, le hub de créativité et un futur projet d\u2019impression en trois dimensions dans le QI, l\u2019ÉTS offre une large gamme de services.Anticiper les besoins du marché, c\u2019est un peu ça.On essaie aussi d\u2019enseigner cette approche à nos étudiants.» ?Gilles Trottier (cofondateur), Julie Ancel (employée) et Soufiane Zerouale (stagiaire) assemblent le prototype d\u2019hydrolienne Idénergie.TOUT POUR L\u2019INNOVATION « Le bras robotisé Kinova, développé au Centech L\u2019ÉTS anticipe les besoins de l\u2019entreprise.Celles qui naissent, celles qui mutent\u2026 I D É N E R G I E K I N O V A Le plaisir d\u2019explorer, le besoin de comprendre ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous PROCUREZ-VOUS ÉGALEMENT les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions 34% DE RÉDUCTION * * * 41% DE RÉDUCTION 1 AN : 35 $ | 2 ANS : 63 $ | 3 ANS : 86 $ * Prix avant taxes Aussi disponible en édition numérique 46% DE RÉDUCTION astronomie extrÊme ALMA LES NOUVELLES O R Le désert d\u2019Atacama au nord du Chili.C\u2019est là que les chercheurs comptent percer quelques-uns des secrets de l\u2019Univers.On aperçoit la base de recherche, située à 2 900 m d\u2019altitude, à droite (la bande blanche).Au fond, c\u2019est le plateau de Chajnantor à 5 000 m. O REILLES DE LA TERRE Il faut voir grand pour observer l\u2019invisible ! Au nord du Chili, à 5 000 m d\u2019altitude, un gigantesque ensemble d\u2019antennes capte des ondes qu\u2019aucun instrument n\u2019avait encore pu déceler.Voilà qui promet d\u2019élargir formidablement l\u2019horizon de la recherche en astronomie.Par Pierrick Blin et Antoine Dion-Ortega ~ Photos : Michel Huneault L\u2019observatoire ALMA : une soixantaine d\u2019antennes paraboliques géantes, les oreilles de la Terre La nuit est tombée sur le plateau de Chajnantor, mais pas le vent glacé.Réfugiés dans notre camionnette, nous tirons de nos sacs tout ce que nous pouvons de chaussettes, de tuques, de gants et de foulards avant de sortir nous-mêmes, entravés par les tubes de nos bonbonnes d\u2019oxygène.Devant nous, dans les bourrasques de neige, improbable champ de fleurs métalliques, ont poussé des antennes, immobiles.Une alarme retentit soudain.Tels de gigantesques tournesols nocturnes, les voilà qui s\u2019activent dans une chorégraphie parfaite; elles pivotent toutes d\u2019un seul mouvement, puis s\u2019immobilisent à nouveau dans la nuit.Ce ballet, c\u2019est celui d\u2019ALMA, pour Atacama Large Millimeter/submillimeter Array.Il s\u2019agit d\u2019une soixantaine d\u2019antennes géantes perchées à 5 000 m d\u2019altitude, attendant patiemment que leur parvienne du ciel le murmure des galaxies.Les oreilles de la Terre ont enfin commencé à écouter.Nous sommes au cœur de l\u2019Atacama, le désert le plus aride du monde, au nord du Chili.Les touristes qui affluent à la ville voisine de San Pedro ignorent, pour la plupart, que, à quelques dizaines de kilomètres d\u2019eux, pas moins de 360 employés s\u2019affairent à orchestrer dans leurs moindres détails les observations scientifiques les plus prometteuses de l\u2019astronomie moderne.Sur la route du célèbre Salar de Atacama, un panneau routier indique l\u2019entrée de la base, construite sur le flanc d\u2019une chaîne de volcans à 2 900 m d\u2019altitude.Entre les bâtiments, des ânes sauvages venus on ne sait d\u2019où mastiquent péniblement les petits arbustes secs.Le jour de notre arrivée, l\u2019indice UV hésite entre «très fort» et «extrême».Dans ces terres hautes et arides, la crème solaire est aussi essentielle que l\u2019eau.ur les écrans de la salle de contrôle, quatre opérateurs surveillent les antennes plantées 2 100 m plus haut, qui attendent docile ment le prochain mot d\u2019ordre.Selon les consi gnes des astronomes, ils préparent la prochaine séance d\u2019observation.«À 20 h, nous allons recueillir des données pour nos premières études, explique Héctor Alarcón qui dirige l\u2019équipe des opérateurs.Mais on surveille les conditions météo.Si elles ne sont pas bonnes, on va mettre les antennes en position de survie.» Inauguré il y a tout juste un an, l\u2019observatoire est en période de calibration; il n\u2019a pas encore déployé sa pleine puissance.«Nous avons déterminé que, si les vents sont supérieurs à 20 m/s, les antennes vibrent et la collecte de données n\u2019a pas de sens», donne en exemple M.Alarcón.Il en va de même des précipitations ajoute-t-il : «L\u2019an dernier, l\u2019hiver altiplanique a été très rigoureux.On a perdu une semaine entière d\u2019observation.Cette année, les conditions sont meilleures.» À ce jour, le nombre record d\u2019antennes mobilisées lors d\u2019une mê - me observation a été de 53, sur une capa cité maximale de 66.Dans la cour arrière du bâtiment, près 30 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 astronomie extrÊme S des hangars de montage, une dernière antenne attend toujours de rejoindre ses compagnes.Sans miroir, cette coupole d\u2019aluminium d\u2019une quinzaine de mètres de haut tient davantage de la soucoupe parabolique que du télescope optique.C\u2019est que, de miroir comme on en trouve dans les vieux observatoires, ALMA n\u2019en a guère besoin.Ce ne sont pas les ondes visibles qui l\u2019intéressent, mais les ondes millimétriques et sous-millimétriques; beaucoup plus longues, elles sont invisibles à l\u2019œil.Ces ondes, qui vont de celles émises par nos micro-ondes à celles de nos radars, se trouvent sur une fourchette de 3 mm à 0,3 mm, c\u2019est-à-dire des fréquences de 100 GHz à 950 GHz.Elles sont gigantesques, si on les compare aux ondes captées par les télescopes optiques, tels ceux d\u2019Hawaï ou du Mont-Mégantic, au Québec.Ces dernières se situent entre 390 nm et 780 nm, soit des fréquences de 385 THz à 790 THz; c\u2019est 1 000 fois plus petit.Lorsque les ondes venues de l\u2019espace atterriront sur la coupole polie à une précision de 25 micromètres (µm) \u2013 c\u2019est de deux à trois fois moins que le diamètre d\u2019un cheveu! \u2013, elles seront toutes concentrées sur le même réflecteur qui lui fait face à la pointe de l\u2019antenne.Elles seront ensuite renvoyées au récepteur, situé au centre de la surface.Les instruments à l\u2019intérieur de l\u2019antenne se chargeront de réduire leur fréquence afin de les rendre plus «digestes», puis les numériseront pour les transmettre enfin à l\u2019ordinateur central.LMA est au moins 10 fois plus puissant que n\u2019importe quel radiotélescope, affirme Lewis Knee, astronome au Conseil national de recherche du Canada ayant activement participé à la construction d\u2019ALMA.Il a déjà montré qu\u2019il va avoir un énorme impact dans toutes les sphères de l\u2019astronomie.» C\u2019est en 1932 qu\u2019un ingénieur et physicien de la société Bell, Karl Guthe Jansky, constate que des signaux parasites affectent la captation et la qualité de la réception des antennes.C\u2019est ainsi qu\u2019il découvre, par le plus grand des hasards, le principe du radiotélescope.Sans s\u2019en douter, il ouvre un champ d\u2019études à l\u2019observation astronomique, limitée jusque- là au spectre visible.Tous les objets émettent des ondes de différentes longueurs.Ainsi, nous produisons nous-mêmes des ondes infrarouges.C\u2019est que plus sa température est élevée, plus un objet émet intensément sur un segment particulier du spectre électromagnétique.Il suffit pour s\u2019en convaincre de chauffer une pièce de métal et d\u2019observer l\u2019évolution de sa couleur, donc de sa longueur d\u2019onde.À mesure que sa température augmente, elle passe au rouge \u2013 une grande longueur d\u2019on de du visible \u2013, puis atteint graduellement le bleu, de longueur plus courte.Il en va de même des objets célestes.«Les étoiles plus chaudes vont nous apparaître bleues, alors que les plus froides, comme le Soleil, vont être plus près du rouge», illustre Lewis Knee.Mais que se passe-t-il avec les objets plus froids qu\u2019une étoile, tels les nuages de poussière ou de gaz?Leur température dans l\u2019espace étant beaucoup plus basse, soit entre 10 degrés kelvin (K) et 100 K (soit -263°C à 173°C), leurs radiations sont émises à des longueurs d\u2019onde trop grandes pour être visibles à l\u2019œil.Ce sont précisément ces objets que traque ALMA dans le ciel.«En fin de compte, le choix des longueurs d\u2019onde que capte ALMA a été dicté par la température des objets spatiaux qu\u2019on voulait observer, dit M.Knee.La plupart de nos travaux vont avoir pour objet le gaz et la poussière.» La plupart, mais pas tous.ALMA peut «A LES NATIONS UNIES POUR L\u2019ESPACE En 1993, Masao Saito, un ancien du National Astronomical Observatory of Japan (NAOJ), devenu directeur de programmes à ALMA, hésitait encore entre la carrière astronomique et le baseball! Étudiant, il eut la chance d\u2019être impliqué dans le projet ALMA en se joignant à l\u2019équipe chargée d\u2019évaluer la qualité des sites les plus favorables à l\u2019observation.Après 21 ans à l\u2019observatoire, il est bien placé pour parler des défis qu\u2019a pu représenter sa construction.ALMA est le fruit d\u2019une collaboration internationale entre les agences d\u2019observation européenne (ESO), états-unienne (NRAO) et japonaise (NAOJ), qui ont décidé de fusionner, au début des années 2000, leurs projets d\u2019observatoire d\u2019ondes millimétriques.Le choix du site avait déjà été arrêté en 1996, avec l\u2019accord du gouvernement chilien qui obtenait 10% du temps d\u2019observation.La première antenne a pris place sur le plateau en 2009; en octobre 2011, ALMA «ouvrait les oreilles» pour la première fois.Curieusement, le plus grand défi de l\u2019époque n\u2019était pas technique, mais administratif.Il n\u2019était pas facile de travailler avec des normes différentes.«Les 16 antennes japonaises étaient les premières, dit M.Saito.Elles devaient établir les normes pour les 25 antennes états-uniennes et les 25 européennes qui allaient suivre.C\u2019était un sacré défi.» «Ce fut une expérience d\u2019apprentissage extrêmement riche, ajoute l\u2019astronome Lewis Knee, lui aussi un vétéran d\u2019ALMA.Comment amener trois grandes agences astronomiques, qui ont leur propre mode de fonctionnement, à travailler ensemble à un projet plus grand que ce qu\u2019aucune d\u2019elles n\u2019aurait jamais pu réaliser?» Le projet, évalué à 1,3 milliard de dollars, a été inauguré en mars 2013.Salle de contrôle à la base Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 31 aussi observer la partie invisible des objets visibles, tels les champs magnétiques autour d\u2019étoiles comme le Soleil, qui émettent eux aussi dans le millimétrique.uisque la radioastronomie travaille dans l\u2019invisible, elle ne «montre» rien.Les données qu\u2019elle recueille n\u2019arrivent pas sous la forme d\u2019images, mais de signaux binaires, convertis en graphiques.«C\u2019est un désavantage dont nous souffrons, ironise Violette Impellizzeri, astronome résidente à ALMA.En astronomie optique, ils vous montrent une image en direct et tout le monde s\u2019exclame : \u201cWow, incroyable, quelle magni - fique nébuleuse !\u201d De notre côté, nous montrons des graphiques de signaux, de bruits et d\u2019autres trucs plutôt moches.» Bien qu\u2019elle soit moins spectaculaire, l\u2019observation des ondes millimétriques et sous-millimétriques donne non seulement accès à de nouveaux objets dans l\u2019invisible, mais elle comble de nombreux «trous» laissés par l\u2019observation dans le visible.L\u2019un des principaux problèmes que doit résoudre la radioastronomie, surtout à des longueurs d\u2019ondes millimétriques, c\u2019est que l\u2019atmosphère \u2013 la vapeur d\u2019eau en particulier \u2013 absorbe les radiations que l\u2019on tente d\u2019observer.«ALMA devait donc être construit à une très haute altitude, dans un désert très sec.Il fallait en outre que le site puisse accueillir 66 antennes, de 7 m à 12 m de diamètre, parfois réparties sur des distances atteignant 16 km», explique M.Knee.Mais pour quoi un site aussi inhospitalier que le plateau de Chaj- nantor?«Peu de lieux sur terre sont aussi étendus et plats à 5 000 m!» répond-il.La disposition apparemment chaotique des antennes \u2013 qui semblent avoir été jetées çà et là telles des caisses lors d\u2019un déménagement \u2013 ne doit pas nous induire en erreur.32 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Violette Impellizzeri, astronome résidente à ALMA.«En astronomie optique, on obtient des images directes et tout le monde s\u2019exclame : \u201cWow, incroyable, quelle magnifique nébuleuse!\u201d Nous, on produit des graphiques de signaux, de bruits et d\u2019autres trucs plutôt moches, mais le ciel ne paraîtra plus comme jadis.» LE SUCRE DE LA TERRE S\u2019il est un sujet populaire, c\u2019est bien celui de la vie extraterrestre.En 2012, une équipe danoise découvrait avec ALMA une molécule de sucre \u2013 du glycolaldéhyde \u2013 dans les gaz entourant une étoile comparable au Soleil, IRAS 16293-2422.Ce sucre, assez proche de celui que l\u2019on met dans le café, avait déjà été détecté dans l\u2019espace interstellaire, mais jamais aussi proche d\u2019un système similaire au nôtre.Or, cette molécule est un ingrédient de l\u2019ARN, une des pièces maîtresse de la vie.L\u2019équipe du chercheur Jes K.Jørgensen, de l\u2019Institut Niels Bohr de l\u2019université de Copenhague, a ainsi pu prouver que les ingrédients de la vie sont déjà présents dans un système où les planètes sont encore en formation.USINE À POUSSIÈRE Début 2014, une équipe internationale faisait les manchettes à la suite de l\u2019observation, dans le Grand Nuage de Magellan, de la supernova 1987A, le résidu d\u2019une étoile qui a explosé en février 1987, avec ALMA.Selon les prévisions, le refroidissement des gaz après l'explosion doit se traduire par l'agglomération d'atomes d'oxygène, de carbone et de silicium, et par la formation de vastes quantités de poussière dans les régions froides et centrales de E S O / L .C A L Ç A D A A L E X A N D R A A N G E L I C H ( N R A O / A U I / N S F P EN DIRECT DU CHILI Leur configuration, c\u2019est la clé de voûte d\u2019ALMA, ce qui lui assure toute sa puissance qu\u2019on doit à l\u2019interférométrie.C\u2019est généralement là que, pour le néophyte, les choses se corsent.L\u2019interférométrie consiste à combiner la lumière reçue par plusieurs antennes réparties sur une vaste surface, qui agissent alors de concert, comme un unique télescope géant.Car en astronomie, il y a une règle universelle : plus gros sera l\u2019observatoire, meilleure sera l\u2019observation.C\u2019est d\u2019autant plus vrai lorsqu\u2019on travaille dans des longueurs d\u2019on - de plus grandes.Mais techniquement et financièrement, il y a des limites à ce qu\u2019il est possible de faire en une seule pièce.Par exemple, explique Lewis Knee, le radiotélescope d\u2019Arecibo, à Porto Rico, fait bien 305m de diamètre, mais les coûts de sa structure et de sa construction en ont limité substantiellement la puissance.«Et comme il se trouve dans une dépression, précise l\u2019astronome, il ne peut pointer partout.Seule une petite partie du ciel lui est accessible.» ALMA, pour avoir une résolution intéressante dans les longueurs d\u2019onde millimé - tri ques, aurait dû être constitué d\u2019une an ten ne unique d\u2019au moins 15 km de diamètre ! L\u2019interférométrie était la seule solution.Et elle offre une puissance inégalée : ALMA a une résolution 10 fois supérieure à celle du télescope spactial Hubble.«Vous pouvez voir le réseau d\u2019antennes d\u2019ALMA comme de petits morceaux d\u2019un énorme miroir dont le reste des pièces aurait été enlevées», poursuit M.Knee.Cela créera certes des «trous» dans l\u2019image.Mais heureusement pour les astronomes, l\u2019objet céleste ne bouge pas, ce qui permet, comme en photographie, d\u2019effectuer de longues expositions sans que l\u2019image devienne floue.L\u2019interféromètre utilise la rotation de la Terre pour modifier naturellement la position des antennes.Ainsi, au cours de l\u2019observation, cha que antenne aura pris des mesures d\u2019un même objet à partir d\u2019une multitude de points.Au bout d\u2019un certain temps, avec la bonne configuration d\u2019antennes, la majeure partie des trous pourront ainsi être «remplis».«C\u2019est pour ça qu\u2019on a besoin d\u2019autant d\u2019antennes et c\u2019est pourquoi celles d\u2019ALMA semblent disposées de façon aléatoire», explique Violette Impellizzeri.La beauté d\u2019ALMA, c\u2019est que la configuration des antennes est modulable.Le site comporte 250 emplacements pour les recevoir, éloignés entre eux de 150 m à 16 km.Or, quand on augmente la distance entre les antennes (en les déplaçant par grue et par camion), on augmente aussi la résolution de l\u2019interféromètre, lui permettant de détecter de plus petits détails.Ce faisant, par contre, on perd en sensibilité \u2013 qui, elle, renvoie à la quantité de lumière reçue par rapport au diamètre du télescope.Pour mieux comprendre, prenons une voiture qui avance dans la nuit.La sensibilité de nos yeux nous fait apercevoir la lumière des phares au loin, tandis que la résolution nous permet de distinguer les phares l\u2019un de l\u2019autre.ALMA accorde donc aux astronomes une certaine marge de manœuvre dans ce compromis difficile.Afin d\u2019obtenir une bonne sensibilité, il suffit de sacrifier un peu de résolution en rapprochant les antennes les unes des autres.On augmentera ainsi la surface de réception en réduisant la proportion de «trous».n dernière instance, c\u2019est le sujet de recherche qui tranchera le dilemme : grande résolution pour distinguer des protopla- nètes de leur étoile; grande sensibilité pour détecter de jeunes galaxies situées à plus de 10 mil - liards d\u2019années-lumière.«Celles-là sont tellement loin, d\u2019ailleurs, que tout ce que vous pouvez espérer, c\u2019est de les détecter, pas les distinguer», spécifie Lewis Knee.Une fois la configuration choisie, il faut bien sûr synchroniser l\u2019ensemble des si- Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 33 SCRUTER LES TROUS NOIRS, DÉCOUVRIR DES PROTOPLANÈTES, DÉTECTER DE JEUNES GALAXIES.ALMA PROFITE D\u2019UN SUPER- ORDINATEUR QUI TRAITE 17 QUADRILLONS D\u2019OPÉRATIONS PAR SECONDE.E restes de supernova.Mais les observations précédentes de 1987A, aux télescopes infrarouge, dans les 500 jours qui ont suivi l'explosion, n'avaient permis de détecter qu'une faible quantité de poussière chaude.Grâce à ALMA, l\u2019équipe a pu mesurer une quantité très importante de poussière froide au centre de l\u2019objet (en rouge sur l\u2019image), nouvellement formées, équivalant à environ 25% de la masse solaire.C\u2019est l\u2019une des premières preuves directes de la capacité d\u2019une supernova à produire de la poussière, indiquant que ces explosions d\u2019étoiles pourraient en être les principales sources dans l\u2019Univers, en particulier dans les jeunes galaxies.LA NAISSANCE D\u2019UNE PLANÈTE La haute résolution d\u2019ALMA a démontré son utilité, il y a quelques mois, quand un groupe de chercheurs japonais a fait une découverte majeure sur les protoplanètes.En observant des disques de poussière et de gaz autour d\u2019une jeune étoile \u2013 HD 142527\u2013 dans la constellation du Loup, ils se sont rendu compte que ceux-ci n\u2019étaient pas parfaits \u2013 comme le laissent parfois croire les illustrations pour le grand public \u2013, mais plutôt nettement asymétriques.Les Japonais y ont aussitôt vu un début d\u2019accrétion, première étape vers la formation d\u2019une planète.Bref, ils assistaient à rien de moins qu\u2019à une naissance «en direct»! Évidemment, l\u2019équipe planifie déjà de revenir à cette jeune étoile, en plus d\u2019en observer d\u2019autres similaires. astronomie extrÊme 34 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 gnaux captés par chacune des antennes, selon sa position et selon le moment.Tâche pharaonique, puisque ces variations de temps sont de l\u2019ordre de la nanoseconde! C\u2019est le corrélateur qui s\u2019en charge.Ce su- perordinateur d\u2019une capacité de 17 quadrillons d\u2019opérations par seconde, soit l\u2019équivalent de 3 millions d\u2019ordinateurs portables, transmet aux astronomes des données utilisables pour leurs logiciels.Or, le corrélateur se trouve à si haute altitude qu\u2019il devient vulnérable aux neutrinos projetés par les tempêtes solaires.Les neutrinos faussent régulièrement des données en traversant les unités de mémoire.Mais les ingénieurs ont trouvé le moyen de détecter les unités affectées et de mettre de côté leurs données erratiques.«Voulez-vous du café?» propose Violette Impellizzeri tandis que nous revenons à la base, encore tout engourdis par le froid et l\u2019altitude.C\u2019est un peu par accident que cette Italienne trentenaire est venue à l\u2019astronomie.«Je voulais être journaliste scientifique, mais je pensais que c\u2019était trop compétitif, dit-elle.J\u2019ai donc étudié la physique.Personne ne voulait faire ça, alors la voie était libre!» C\u2019est au télescope d\u2019Effelsberg, en Allema - gne, qu\u2019elle connaît ses premières amours avec l\u2019observation astronomique : «Je me suis d\u2019abord passionnée pour les instruments.La science est venue après.» Astronome résidente d\u2019ALMA depuis deux ans, elle s\u2019apprête à réaliser la cartographie des nuages de gaz qui entourent les trous noirs du centre des galaxies, avec pour référence première la molécule d\u2019eau.Un projet de recherche qu\u2019elle chérit.«L\u2019énergie dans le trou noir est si importante, explique-t-elle, que les molécules d\u2019eau s\u2019excitent, chauffent et émettent à une certaine fréquence», que seul ALMA peut capter avec précision.Une fois ces disques de gaz cartographiés dans le détail, il deviendra possible d\u2019obtenir l\u2019angle entre deux points d\u2019une même galaxie et ainsi de calculer sa distance exacte.En fait, c\u2019est sur la constante de Hubble que Violette Impellizzeri travaille.Cette constante traduit la relation entre la distance de l\u2019objet et la vitesse à laquelle il s\u2019éloigne, en raison de l\u2019expansion de l\u2019Univers.«Une fois connue la distance précise de ces galaxies, on pourra calculer avec encore plus de précision la constante, ex- plique-t-elle.L\u2019accélération de l\u2019Univers est un sujet assez sexy en ce moment.Il a été l\u2019objet d\u2019un prix Nobel il y a deux ans.» Il n\u2019y a probablement que les ânes sauvages qui réussissent à contenir leur enthousiasme, sur les flancs du plateau de Chajnantor.Les demandes de temps d\u2019observation \u2013 du «temps d\u2019antenne?» \u2013 à ALMA dépassent déjà celles du télescope spatial Hubble.À peine un an après son inauguration, plus d\u2019une centaine d\u2019articles sur les découvertes d\u2019ALMA ont déjà été publiés! «En ce printemps 2014, nous avons testé l\u2019observatoire avec des distances entre les antennes ne dépassant même pas le kilomètre, illustre le directeur de programmes, Masao Saito.À pleine puis sance, ce sera 15 km, donc une résolution 15 fois meilleure que celle d\u2019au- jourd\u2019hui!» On est tenté de dire que, à ALMA, on n\u2019a encore rien vu.«Regardez n\u2019im porte où vers le ciel et plus rien ne va vous paraître comme avant», promet Violette Impellizzeri.?QS valse-hésitation pour une pilule orsqu\u2019elle apprend qu\u2019elle est enceinte de trois semaines, fin 2007, Valérie sait d\u2019emblée qu\u2019elle veut mettre fin à sa grossesse.Mais au CLSC auquel elle s\u2019adresse, à Joliette, elle se fait répondre que l\u2019avortement ne peut pas avoir lieu avant six semaines de grossesse.Ce délai, précaution prise afin d\u2019augmenter les chances de réussite de l\u2019intervention chirurgicale, est un supplice pour la jeune femme.«L\u2019at - tente a été des plus traumatisantes.J\u2019ai enduré les nausées, les vomissements et je pleurais chaque jour.J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019on me forçait à rester enceinte le plus longtemps possible, se souvient-elle.Je n\u2019ai pu subir l\u2019in ter vention qu\u2019à 10 se maines.» Si elle avait vécu aux États-Unis, en Europe, en Russie ou en Chine, Valérie aurait probablement pu bénéficier d\u2019un avortement immédiat, simplement en prenant un Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 35 AU CANADA, LA PILULE ABORTIVE, POURTANT ACCESSIBLE DANS 57 PAYS, N\u2019EST TOUJOURS PAS OFFERTE.CONSÉQUENCE, ALORS QUE UNE CANADIENNE SUR TROIS AVORTE AU COURS DE SA VIE, ELLE N\u2019A PAS LE CHOIX DE LA MÉTHODE.Par Marine Corniou LE DR IT DE CHOISIR RU-486 L C A R O L - A N N E P E D N E A U L T / M I S S I L L U S T R A T I O N comprimé de mifépristone.Plus connue sous le nom de RU-486, cette pilule abortive bloque l\u2019action de la progestérone, une hormone indispensable au maintien de la grossesse.Il suffit d\u2019en prendre un comprimé, chez soi ou au bureau du médecin, suivi un ou deux jours plus tard d\u2019une dose de misoprostol qui permet d\u2019évacuer le contenu de l\u2019utérus.Pour bien des femmes, cet avortement médicamenteux est considéré comme une méthode de choix, préférable à l\u2019aspiration chirurgicale pratiquée au bloc opératoire.En France, en Suède ou au Royaume-Uni, plus de la moitié des interruptions volontaires de grossesse (IVG) se font ainsi par médicament, avant cinq ou sept semaines, selon la législation du pays.Aux États- Unis, c\u2019est le cas dans 20% des procédures.Mais au Canada, la mifépristone est introuvable.«L\u2019avortement médicamenteux?Ça ne se pratique pas ici», confirme au bout du fil une employée du Centre de santé des femmes de Montréal.Et pour cause, aucun fabricant n\u2019ayant jusqu\u2019ici déposé de demande d\u2019approbation auprès de Santé Canada, le médicament n\u2019est tout simplement pas commercialisé au pays.Marché trop petit?Lourdeurs administratives?Coûts élevés des démarches?«On ne connaît pas les raisons de ce retard.Ce qui est sûr, c\u2019est que, plus un pays se débrouille longtemps sans un médicament, moins la demande est forte et moins c\u2019est intéressant pour une compagnie d\u2019entreprendre les démarches d\u2019approbation», estime la docteure Sheila Dunn, directrice du Family Practice Health Centre au Women\u2019s College Hospital à Toronto.es choses pourraient toutefois changer.Santé Canada examine depuis plus de 18 mois la première demande de commercialisation de la mifépristone, déposée fin 2012 par un laboratoire pharmaceutique.La décision serait imminente.«Il est important que cette soumission n\u2019éc - houe pas», écrivait Sheila Dunn dans un éditorial du CanadianMedical Association Journal (CMAJ) en novembre dernier.Alors que une Canadienne sur trois avorte au cours de sa vie, les femmes n\u2019ont toujours pas accès à cette méthode sécuritaire, efficace et souvent privilégiée dans de nombreux autres pays.» Faute de mieux, au Canada, on propose parfois aux femmes d\u2019avorter à l\u2019aide d\u2019un médicament de second choix, le métho- trexate (toujours en combinaison avec le misoprostol).Au Québec, moins de 1% des interruptions de grossesse se feraient par méthotrexate, ainsi utilisé «hors étiquette», c\u2019est-à-dire hors des indications du fabricant.«Nous n\u2019avons pas de données précises, puisque les avortements médicamenteux ne sont pas recensés; mais ils sont rares», précise Sheila Dunn.Car le méthotrexate est loin d\u2019être idéal, ni pour les médecins ni pour les patientes.Il s\u2019administre par voie intramusculaire et son action est lente.«L\u2019avortement peut prendre entre 1 à 2 semaines, parfois plus, ajoute-t-elle, alors qu\u2019avec la mifépristone, tout est terminé en 48 heures.C\u2019est donc une procédure lourde, et elle nécessite davantage de suivi que la chirurgie.» Autre inconvénient sérieux du métho- trexate : il est hautement tératogène, c\u2019est- à-dire qu\u2019il entraîne des malformations chez le fœtus si la grossesse se poursuit.«Le taux d\u2019échec de la procédure est de 1% à 2%.Si la grossesse continue, et si la mère ne souhaite pas d\u2019avortement chirurgical, le risque d\u2019anomalies graves du fœtus est très élevé, déplore Sheila Dunn.C\u2019est un médicament dit cytotoxique, c\u2019est- à-dire qui a des effets toxiques sur les cellules; il est notamment utilisé contre le cancer.» Enfin, alors que le méthotrexate ne peut être utilisé que jusqu\u2019à cinq semaines de grossesse (sept semaines d\u2019aménorrhée), la mifépristone peut être proposée jusqu\u2019à sept semaines, par n\u2019importe quel médecin de famille.Valérie, si elle avait eu le choix, n\u2019aurait pas hésité.«Si j\u2019avais pu prendre un médicament pour avorter plus tôt, je l\u2019aurais fait dès que j\u2019ai su que j\u2019étais enceinte», affirme-t-elle.Cette exception canadienne est dénoncée depuis longtemps par les médecins et les associations pour le droit des femmes.En 2009, la Société canadienne des obstétriciens et gynécologues avait d\u2019ailleurs appelé Santé Canada à trouver un arrangement avec l\u2019industrie pharmaceutique pour rendre la mifépristone disponible.La demande est restée lettre morte.«Délivrée par les médecins de famille, les infirmières praticiennes et les sages-femmes, la mifépristone pourrait permettre de réduire les délais d\u2019accès à l\u2019avortement et de libérer les salles d\u2019opération dans les hôpitaux», ajoute la docteure Dunn dans l\u2019éditorial du CMAJ.Dans les pays où elle est offerte, la pilule abortive a en effet permis de réduire le délai moyen au terme duquel les avortements sont pratiqués.En France, la proportion d\u2019avortements effectués avant 7 semaines de grossesse est passée de 12%, avant l\u2019introduction de la mifépristone, à 20%, 10 ans plus tard.De même en Suède, où la proportion d\u2019avortements pratiqués avant 10 semaines est passée de 51% à 67% en 10 ans d\u2019usage du médicament.Plus important encore, la mifépristone pourrait permettre aux Canadiennes d\u2019obtenir un avortement dans des délais convenables, quel que soit leur lieu de résidence, ce qui est loin d\u2019être le cas aujourd\u2019hui.Certes, à Montréal ou à Québec, il est possible d\u2019obtenir un rendez-vous pour une interruption de grossesse en quelques jours à peine.Mais dans les zones rurales, il en va autrement.Et dans les autres pro- 36 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 valse-hésitation pour une pilule L La carte de la RU-486.En vert, les pays où la pilule abortive est accessible. vinces, les centres proposant des services d\u2019avortement se comptent sur les doigts de la main.Ainsi, seul un hôpital sur six pratique des IVG au Canada \u2013 un sur quatre au Québec \u2013, et ils sont presque tous situés dans les grandes villes.Conséquence, l\u2019accès aux services d\u2019avortement est «difficile dans le meilleur des cas, impossible dans certaines régions du pays».C\u2019est ce que conclut une étude publiée en 2013 par Christabelle Sethna, professeure à l\u2019Institut d\u2019études des femmes de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Elle a estimé que, dans certaines provinces comme l\u2019Alberta ou le Manitoba, le tiers des femmes sou - haitant avorter doit effectuer plus de 100 km pour accéder aux services.C\u2019est d\u2019autant plus vrai dans les Maritimes et dans le Nord, notamment pour les femmes autochtones qui, elles, doivent parcourir parfois plus de 3 000 km! Pourtant, l\u2019avor tement est un service considéré par la loi comme «médicalement nécessaire», censé être fourni par les gouvernements provinciaux.«Au Québec, le problème est moindre, c\u2019est la province qui offre le meilleur accès à l\u2019IVG.On y trouve autant de ressources que dans tout le reste du Canada, affirme Edith Guilbert, médecin-conseil à l\u2019Institut national de santé publique du Québec et spécialiste des questions de contraception.Toujours est-il que la combinaison mifé- pristone et misoprostol permettrait d\u2019offrir un choix aux femmes, une réelle solution de rechange à la chirurgie.Cela répondrait au besoin qu\u2019expriment certaines de vivre ce moment en privé, chez elles.» i la demande d\u2019approbation du RU-486 déposée en 2012 laisse espérer un déblocage de la situation, rien cepen - dant n\u2019est encore gagné.«Santé Canada doit vérifier si le médicament respecte les exigences réglementaires, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle molécule, alors que c\u2019est un produit qui a été utilisé des millions de fois et pour lequel il existe une surveillance et un recul importants», résume Sheila Dunn.De fait, la mifépristone est approuvée dans 57 pays, souvent depuis plus de 10 ou 20 ans (depuis 1988 en Chine et en France).Elle figure en outre sur la liste des médicaments essen tiels de l\u2019Organisation mondiale de la santé.Alors, y a-t-il vraiment un risque que Santé Canada rejette le RU-486?Oui, si le passé est garant de l\u2019avenir.« Il est arrivé que les approbations de médicaments contraceptifs prennent plus de temps que la moyenne, en dépit des preuves d\u2019innocuité», explique Dawn Fowler, directrice de la National Abortion Federation.«Certains pensent que Santé Canada maintient une attitude défavorable envers les médicaments liés à la reproduction, avec des exigences, auprès les fabricants, plus onéreuses que celles imposées en Europe ou aux États- Unis», indique quant à lui l\u2019éditorial du CMAJ.À ce propos, une étude publiée en 2004 dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada (JOGC) soulignait que le délai moyen d\u2019approbation par Santé Canada pour 6 contraceptifs s\u2019élevait à 29,6 mois, alors qu\u2019il est indiqué, sur le site officiel, que la procédure d\u2019appro - bation d\u2019un médicament prend généralement 18 mois.Pourquoi?«Les procédures de Santé Canada ne sont pas du tout transparentes; personne ne sait ce qui passe à l\u2019interne», déplore Sheila Dunn.Les dépôts de soumission sont secrets, tout comme les motifs qui peuvent amener l\u2019organisme à refuser un médicament \u2013 alors que la Food and Drug Administration (FDA) et l\u2019Agence européenne des médicaments les rendent publics.Ce n\u2019est pas tout.Depuis que la presse a révélé que Santé Canada se penche sur le dossier de la mifépristone, les activistes anti-avortement, dont le groupe Cana - dian Physicians for Life, se démè nent pour tenter de couper court au processus.Leur argument?Ce médicament serait dangereux pour les femmes.Ainsi rap- pellent-ils que lors d\u2019un essai clinique mené en 2001 au Canada sur le RU-486, une femme a contracté une infection bactérienne mortelle.En 2011, la FDA rapportait que 14 États-Uniennes étaient mortes après avoir pris du RU-486; 8 d\u2019en - tre elles des suites d\u2019une septicémie.Elle n\u2019établissait toutefois pas de lien causal.«Ce sont des infections très rares, associées à la grossesse, à l\u2019accouchement et à certains actes gynécologiques, spécifie Sheila Dunn.Aucune étude n\u2019a toutefois démontré de lien direct entre la prise de mifépristone et ce type d\u2019infection.» En revanche, les études sur l\u2019innocuité du RU-486 ne manquent pas.Et elles sont rassurantes : une revue récente portant sur 45 000 avortements par mifépristone a conclu que le taux d\u2019échec \u2013 la poursuite de la grossesse \u2013 n\u2019était que de 1,1%, moins que les 5% associés à la procédure chirurgicale, et que les complications graves, comme des hémorragies, ne survenaient que dans 0,4% des cas.«Il n\u2019y a vraiment aucune raison pour que Santé Canada retarde sa décision ou rejette ce médicament, dont l\u2019usage est répandu partout dans le monde et s\u2019est avéré très sûr», commente Dawn Fowler.Alors que la clinique Morgentaler de Fredericton, seul centre d\u2019avortement du Nouveau- Brunswick, a fermé ses portes à la fin du mois de juillet par manque de financement, le Canada peine à tenir ses promesses en matière de santé des femmes.Vingt-six ans après la décriminalisation de l\u2019avortement par la Cour suprême, l\u2019arrivée de la mifépristone pourrait aider le pays à rattraper son retard.?QS Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 37 «Il n\u2019y a vraiment aucune raison pour que Santé Canada retarde sa décision ou rejette le médicament RU-486, dont l\u2019usage s\u2019est avéré très sûr.» 38 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 hez Les jardiniers du chef, cultiver la tomate est un art.Depuis une vingtaine d\u2019années, Pierre-André Daigneault teste des centaines de variétés anciennes sur sa ferme biologique.Qu\u2019importe si ses fruits sont bruns, jaunes, mauves, potelés ou fendus, le plaisir des papilles est la priorité du producteur qui fournit certaines des meilleures tables au Québec.Mais pour obtenir des tomates savoureuses, le maraîcher de Blainville doit nécessairement sacrifier le rendement.Du moins, à ce titre, il n\u2019arrive pas à la cheville des géants de l\u2019industrie.«Travailler la tomate est pour moi un passe-temps, dit ce diplômé en psychologie qui a tout plaqué pour un retour à la terre.C\u2019est beaucoup d\u2019ouvrage et ce n\u2019est pas très payant.Ça représente 1% de ma production maraîchère.Mais il n\u2019y a pas de demande pour les variétés plus goûteuses.» Chercheur au département de phytologie de l\u2019Université Laval, Charles Goulet explique que, en effet, le choix des variétés de tomates se fonde principalement, au- jourd\u2019hui, sur le rendement, la résistance aux maladies et aux insectes, l\u2019apparence du fruit et sa conservation.«À partir des années 1950, la sélection est devenue plus industrielle, raconte Mathilde Causse, directrice de l\u2019unité Génétique et amélioration des fruits et légumes à l\u2019Institut national de la recherche agronomique (INRA), en France.Elle a été réalisée dans des laboratoires de recherche et par des compagnies privées qui sont devenues les multinationales vendeuses de semences.Le goût, c\u2019est le dernier maillon de la chaîne!» Bien pis : «Sur le plan génétique, nous apprend Charles Goulet, plusieurs des caractéristiques sélectionnées ont même eu un effet négatif sur la saveur de la tomate.» Les consommateurs veulent tout de même des tomates bien rouges.Or, alors qu\u2019elles sont encore immatures sur le plant, un collet vert se dessine autour du pédoncule de nombreuses variétés de tomates anciennes.La faute au gène SIGLK2, dit une étude, publiée par un groupe de chercheurs de l\u2019université À la recherche de la tomate perdue Grosse, ferme et rutilante, Solanum lycopersicum vous fait de l\u2019œil au supermarché.Vous l\u2019achetez.Mais, une fois en bouche, déception : la pomme d\u2019amour ne goûte plus comme avant.Patientez un peu, la phytobiologie pourrait bien lui redonner sa saveur authentique! Par Simon Coutu C deCalifornie àDavis, en 2012.Ce gène est responsable de la production de chloro- plastes, des structures microscopiques responsables de la photosynthèse et contenant la chlorophylle qui donne aux plantes leur couleur verte.Lors de la photosynthèse, ils transforment le dioxyde de carbone et l\u2019eau en sucre et en oxygène.Dans les années 1950, des sélectionneurs ont donc procédé à des hybridations pour produire des fruits à l\u2019apparence parfaite.C\u2019est la «mutation u», pour uniform ripening, elle permet d\u2019obtenir des tomates d\u2019un rouge uni, mais les fruits accumulent alors peu de sucre.Voilà notamment pourquoi les tomates du supermarché n\u2019ont pas un goût aussi intense que certaines variétés anciennes au collet foncé.Le parcours génétique de la tomate moderne ne s\u2019est pas limité à ce changement.À la fin des années 1980, les chercheurs israéliens de la société Hazera ont développé la variété Daniela, conçue pour voyager sur des centaines de kilomètres sans se transformer en purée.Elle est la première à posséder une mutation naturelle dans un gène baptisé RIN, pour ripening inhibitor.«Les fruits se conservaient trois fois plus longtemps, explique Mathilde Causse qui étudie la génétique du fruit depuis 15 ans.Cette variété a rapidement gagné le commerce.Elle permettait de produire au Mexique pour les États-Unis et le Canada, ainsi qu\u2019au Maroc pour l\u2019Europe, sans trop de pertes dans le transport.» Toutefois, le gène RIN a été intégré dans un patrimoine de piètre qualité.«On a obtenu des fruits très fermes pour améliorer la conservation, mais la texture de la tomate n\u2019est plus la même.Bien que la teneur en sucre et en acide n\u2019est pas modifiée, le consommateur perçoit une perte de saveur.Tout est intimement lié.» omme le bon vin, le goût de la tomate ne se résume pas à sa teneur en sucre et en acide, ou à sa texture, mais aussi à son odeur.Alors qu\u2019il effectuait son postdoctorat à l\u2019université de Floride entre 2009 et 2012, Charles Goulet a participé à l\u2019analyse des quelque 400 molécules volatiles qui s\u2019échappent des différentes variétés de tomates.«Une soixantaine de ces molécules con tri buent à l\u2019arôme du fruit, dit le chercheur.Ces composés exhal- tent tout, depuis le gazon fraîchement coupé jusqu\u2019à la rose, sauf la tomate ! Mais notre cerveau intègre l\u2019information recueillie par nos récepteurs olfactifs et les additionne pour recréer l\u2019arôme typique de la tomate.» De tels arômes sont d\u2019ailleurs si complexes, qu\u2019ils font de la tomate un excellent modèle à étudier pour un botaniste.«Ces molécules se retrouvent aussi dans presque tous les fruits et les fleurs, dit le chercheur en phytobiologie.Nos travaux nous permettent alors d\u2019iden tifier les mêmes gènes chez d\u2019autres espèces.» Au-delà de la génétique, pour provoquer une explosion de saveur à la première bouchée, il s\u2019agit aussi de cultiver la tomate avec attention et de la récolter à maturité.La plante bénéficie alors de ressources maximales qu\u2019elle peut transmettre au fruit.«La tomate, c\u2019est 95% d\u2019eau, rappelle Mme Causse.Plus elle en accumule, plus elle est lourde et plus elle est rentable.Comme le producteur favorise le rendement, il y a antagonisme entre la qualité et la rentabilité.De son côté, le consommateur est coupable d\u2019être ambigu dans sa demande.Il veut des fruits parfaits et uniformes, mais il n\u2019est pas prêt à payer pour leur saveur.» Autre problème, la tomate traverse parfois un continent entier dans un camion réfrigéré avant d\u2019atter rir dans notre assiette.C\u2019est long\u2026 sans compter le temps qu\u2019elle va passer dans un étalage.Pour ne pas qu\u2019ils soient blets à l\u2019achat, on cueille donc les fruits lorsqu\u2019ils sont encore verts.Or, c\u2019est pendant la dernière phase de la maturité que les arômes se dégagent.Quand on laisse longtemps les tomates au frigo, elles perdent encore plus de goût.(En passant, Mathilde Causse conseille de garder les tomates à température ambian te 24 heures avant de les con sommer.) «Comme on veut des tomates à l\u2019année, ajoute-t-elle, il faut aller les chercher de plus en plus loin.L\u2019hiver, elles sont produites en serre, alors qu\u2019il y a beaucoup moins de lumière, un facteur déterminant du goût.Quand j\u2019étais gamine, on n\u2019avait des tomates qu\u2019en été.On les trouvait tellement bonnes! D\u2019autant qu\u2019on n\u2019en avait pas eu depuis l\u2019automne précédent.» Rien n\u2019est perdu pour les nostalgiques.Si les croisements génétiques des dernières années sont en partie responsables de la perte du goût de la tomate, la science pourrait bien être à l\u2019origine de son retour.Charles Goulet, dans les laboratoires de l\u2019Université Laval, continue toujours de cerner un à un les gènes impliqués dans la synthèse des arômes.«L\u2019objec - tif ultime est de sélectionner des cultivars qui offrent à la fois de bons rendements, une résistance aux maladies et une belle apparence, tout en conservant la saveur authentique des fruits, attendue par le con - sommateur, dit-il.Je crois qu\u2019on va réussir : d\u2019ici deux décennies, on aura retrouvé le goût d\u2019antan.» Avant l\u2019arrivée de cette «super-tomate», les épicuriens à la recherche d\u2019expériences senso rielles devront attendre la belle saison et se procurer des fruits cultivés localement avec soin, comme ceux de la ferme de Pierre-André Daigneault.Des fruits à l\u2019anatomie plus audacieuse avec des noms aussi évocateurs que Mémé de Beauce, Big Beef ou Green Zebra.«Mon approche n\u2019est pas scientifique, dit le maraîcher : irri gation, gestion de la lumière et lutte intégrée.Je ne fais pas jouer du Mozart à mes tomates.Mais au marché Jean-Talon, on dit que ce sont les meilleures!» ?QS Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 39 Tomates sous la loupe Un vidéo-reportage de Simon Coutu Sur www.quebecscience.qc.ca, visitez les champs et les serres de tomates de l\u2019Université Laval où ont lieu les expériences du chercheur Charles Goulet.Des tonnes de tomates Le marché de la tomate est lucratif.Premier exportateur mondial, le Mexique a généré près de 1,6 milliard de dollars en 2010 grâce au fruit rouge.Les États-Unis en importent quant à eux pour près de 2 milliards de dollars.Originaire d\u2019Amérique du Sud, il s\u2019en produit près de 150 millions de tonnes par année, sous toutes les latitudes.Et ce n\u2019est pas le choix qui manque.On dénombre des milliers de variétés, dont quelque 7 500 sont conservées à l\u2019Institut Vavilov (du nom du renommé botaniste et généticien) de Saint-Pétersbourg, en Russie.C Légume ou fruit?Du point de vue botanique, la tomate est un fruit, puisqu\u2019elle est un organe né de la fécondation de l\u2019ovaire de la fleur et composé d\u2019une enveloppe qui contient une ou plusieurs graines. Le choc et l\u2019enlisement LE 4 AOÛT 1914, LE CANADA S\u2019ENGAGE DANS UN CONFLIT DÉLIRANT CONDUIRA L\u2019EUROPE À UN MASSACRE SANS PAREIL.CE DEVAIT ÊTRE VA DURER QUATRE ANS.UNE PREMIÈRE GUERRE À LA FOIS MONDIALE Par Raymond Lemieux 40 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 PREMIER D\u2019UNE SÉRIE DE 4 ARTICLES 1418 la grande guerre T ET DANTESQUE QUI UNE GUERRE ÉCLAIR; ELLE E ET INDUSTRIALISÉE.anadiens, c\u2019est le moment d\u2019agir.N\u2019attendez pas que les Boches viennent mettre tout à feu et à sang au Canada.Canadiens, soyez hommes! Ne restez pas en arrière.Enrôlez-vous dans nos régiments canadiens-français.» L\u2019affiche de propagande produite par le Comité de recrutement canadien- français ne fait pas dans la dentelle pour inviter des volontaires à s\u2019engager.L\u2019illustration a même des relents xénophobes : une femme, avec son enfant dans les bras, tout juste abattue par un soldat allemand.C\u2019était il y a 100 ans.Près de 65 000 Canadiens français s\u2019enrôleront à un moment ou l\u2019autre pour faire la Grande Guerre sous les drapeaux de l\u2019empire britannique.Une guerre entre deux âges.On verra les premiers chars d\u2019assaut partager les champs de bataille avec près de 10 millions de chevaux, avec des catapultes pour lancer des grenades et avec des canons tirés par des cyclistes.Lors de leur entraînement à la base de Valcartier, qui vient alors d\u2019être installée près de Québec, les officiers apprennent encore le maniement du sabre et de l\u2019épée.Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 41 « C M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T «On avait l\u2019idée que les guerres se gagnaient grâce au courage du soldat, à l\u2019assaut et même au corps à corps», note Carl Bouchard, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal.Le courage?L\u2019aversion pour les Allemands?«Beaucoup de jeunes ont aussi vu ça comme une occasion de voyager et de partir à l\u2019aven - ture.Cette guerre pouvait leur sembler romantique», dit Michel L\u2019Italien, de la Direction \u2013 Histoire et patrimoine au ministère de la Défense nationale.Et on était certain que la guerre serait brève, qu\u2019elle serait terminée avant Noël.Mais les premiers arrivés au front se sont vite rendu compte que ce n\u2019était pas une guerre «ordinaire» .Rappel des faits.Quand l\u2019Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, le 28 juillet, l\u2019Allemagne, un des piliers de la Triple-Alliance, et la Turquie la suivent.La Russie va soutenir la Serbie.Le tsar entraîne ainsi le Royaume-Uni et la France avec lesquels il avait conclu l\u2019accord de la Triple-Entente.Ainsi, quelques jours plus tard, le 1er août, une mobilisation générale est décidée en Allemagne et en France.Strasbourg, Metz et Colmar, aujourd\u2019hui en France, appartenaient alors au pays d\u2019Albert Einstein et de Max Planck.n très peu de temps, les belligérants déploient leurs armées aux frontières.Des moyens logistiques sans précédent sont utilisés.«En quelques jours, il a fallu transporter de cinq à six millions de soldats, tout en prévoyant nourriture et services de santé, poursuit Carl Bouchard.Les généraux croyaient, de part et d\u2019autre, qu\u2019il y aurait une bataille décisive et que le sort allait rapidement en être jeté.Il leur fallait donc maintenant frapper fort et vite.» Puis, le 3 août, l\u2019empereur allemand Guillaume II déclare la guerre à la France et à la Serbie.Le lendemain, ses troupes déferlent sur la Belgique.À son tour, le Royaume-Uni, allié de la France, entre dans la ronde infernale, entraînant ses dominions comme Terre-Neuve, l\u2019Australie la Nouvelle-Zélande, l\u2019Afrique du Sud et le Canada.L\u2019Autriche-Hongrie ouvre les hostilités contre la Russie, le 6 août.Les armées du Kaiser franchissent la frontière et envahissent la France.Elles sont stoppées sur les bords de la Marne, au nord et à l\u2019est de Paris.Sur le front oriental, les armées tsaristes foncent et attaquent, sans succès cependant, car les troupes allemandes les défont à Tannenberg, aujourd\u2019hui Stebark, en Pologne.Les combats s\u2019étendent ensuite sur un front de 2 000 km.Ils sont très violents.Les Russes y perdront deux millions d\u2019hommes en quelques mois.Si, à l\u2019est, les armées mènent une guerre dite de mouvement, à l\u2019ouest, les lignes de front se dessinent puis se figent.Une guerre d\u2019usure sans précédent commence.Le ciel est lacéré de tirs et le silence de la campagne, déchiré par un vacarme incessant.Les soldats se terrent.Aucun bataillon ne peut vraiment manœu vrer sans encourir de très lourdes pertes.«Il suffisait que l\u2019infanterie tente une percée pour qu\u2019une mitrailleuse \u2013 \u201cinnovation\u201d qui remonte à la guerre de Sécession aux États-Unis \u2013 fauche tout le monde, souligne Carl Bouchard.Les armements étaient conçus pour la défensive, alors que la doctrine militaire n\u2019était plus adaptée à ça.» Résultat, de part et d\u2019autre, on consolide ses positions.On troque 42 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 14-18 Le choc et l\u2019enlisement M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T E L\u2019europe en guerre ALLIANCES MILITAIRES EN EUROPE 1914-1915 le fusil pour la pelle, on installe des barbelés et on ouvre des tranchées qui deviendront le symbole fort de ce conflit.«Les soldats apprennent à vivre une guerre pour laquelle ils n\u2019avaient pas été entraînés.Ce n\u2019était pas évident.Même que, au début, ils faisaient un peu preuve de négligence, note Michel L\u2019Italien.Dans les journaux personnels que j\u2019ai pu consulter, on note que les gars fument, relèvent la tête pour regarder autour d\u2019eux.Tout pour se faire remarquer! Plus d\u2019un s\u2019est fait tuer comme ça.La réalité aura été dure.On n\u2019était plus à Valcartier.» Pis, les combattants canadiens sont mal équipés.Le ministre de la Milice et de la Défense, Samuel Hugues, un nationaliste canadien qui n\u2019aime pas trop les Britanniques, va vouloir encourager la mise en place d\u2019une industrie militaire canadienne.Ainsi, on n\u2019achète pas les uniformes fabriqués au Royaume-Uni, on les confectionne ici; ils ne seront pas assez chauds.Même chose pour les bottes; elles s\u2019useront trop vite.Et pour les fusils, le ministre impose une arme fabriquée à Québec, le fusil Ross, inventé par un Écossais de ses amis.«Trop lourds, les Ross s\u2019enrayaient facile ment à cause de la poussière et de l\u2019humidité des tranchées, ajoute Michel L\u2019Italien.Beaucoup de soldats vont paniquer avec une telle arme en main.Elle était faite pour la mousqueterie ou le tir de compétition.» Le fameux fusil Ross sera quand même utilisé jusqu\u2019en 1916.Le comble : à force de nourrir le feu dans une guerre que l\u2019on voulait pourtant brève, les armées commencent à manquer d\u2019obus, de poudre, de munitions, d\u2019explosifs.Ça non plus, ça n\u2019avait pas été prévu.Au Canada, c\u2019est d\u2019abord un Comité des obus qui doit résoudre le problème, mais la corruption brouille son fonctionnement.Une Commission impériale des munitions, pré- Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 43 «Dans la guerre, il n\u2019y a pas de certitude scientifique du résultat, mais nos lecteurs doivent partager la confiance inébranlable, la conviction absolue en la victoire qui anime nos soldats», lit-on dans le mot de présentation d\u2019une édition spéciale de la revue française Science et Vie de janvier 1915.M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T LE FAMEUX 22e Le pays comptait à l\u2019époque 3 000 soldats dûment formés et 50 000 miliciens citoyens.Ce sont eux qui ont d\u2019abord été appelés, à l\u2019été 1914.Près de 30 000 d\u2019entre eux seront choisis pour suivre un entraînement à la base de Valcartier qui vient alors d\u2019être installée.Ils formeront le premier contingent envoyé en Europe.«On ne connaît pas le nombre exact de francophones qui en ont fait partie, car il n\u2019y avait pas de question portant sur l\u2019usage de la langue maternelle lors du recrutement», dit Michel L\u2019Italien, du ministère de la Défense nationale.Ils intègrent néanmoins le Corps expéditionnaire canadien, à l\u2019intérieur duquel on organisera, quelques mois plus tard, un premier bataillon exclusivement francophone.Ce sera le «22nd Infantry Battalion (French Canadian) »\u2026 C\u2019est Arthur Migneault, médecin et milicien, qui a fait fortune dans la vente de la «pilule rouge» pour soigner les femmes anémiques, qui financera la création de ce contingent.D\u2019octobre 1914 à mars 1915, les futurs soldats du 22e s\u2019entraîneront à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, puis en Nouvelle-Écosse.En février 1916, le major Thomas- Louis Tremblay en prend le commandement.Il deviendra le seul général canadien francophone commandant au front au cours de la Première Guerre mondiale.L\u2019ENGRENAGE, UN MYTHE?«Les médias font leurs choux gras en parlant de mécanique infernale ou d\u2019engrenage.Toutefois, le cours des événements a été plus complexe que ça.Ce ne sont quand même pas des accords et des traités qui décident d\u2019aller en guerre.Quand on fait des alliances, c\u2019est pour se rassurer.Ça peut donc aussi être un facteur de paix.Lorsque les pays pactisent, c\u2019est davantage pour se protéger», explique Carl Bouchard, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal.Alors?Les Austro-Hongrois prétexteront l\u2019assassinat de l\u2019archiduc François-Ferdinand, prince héritier de l\u2019empire à Sarajevo, le 28 juin 1914, pour justifier leur attaque aux dépens de la Serbie.«Mais ce devait être une guerre locale, comme il y en a eu en 1912 et en 1913 dans les Balkans», poursuit Carl Bouchard.Dans la région, de nombreux pays étaient alors déjà sur un pied de guerre, comptant profiter de l\u2019affaiblissement de l\u2019empire ottoman pour agrandir leur territoire.La Grèce voulait Constantinople; la Bulgarie, la Macédoine; la Serbie, la Macédoine également, en plus de la Bosnie- Herzégovine.De leur côté, les Russes rêvaient d\u2019un accès aux détroits, dont le Bosphore.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la tension était à son comble.Les Allemands ont signifié leur soutien à l\u2019Autriche-Hongrie en pensant que ça se règlerait vite.On connaît la suite.Un cours de tir à la mitrailleuse pour le 22e régiment à Saint-Jean-sur-Richelieu, janvier 1915 L\u2019empire britannique pouvait s\u2019enorgueillir, au début du XXe siècle, d\u2019être la plus grande puissance navale de la planète.La compagnie britannique Vickers a construit pas moins de 24 sous-marins et 214 frégates de lutte anti-sous- marin dans son usine jadis installée au bout de la rue Viau, dans le port de Montréal.«C\u2019est là que se trouvait la plus grande cale sèche de tout le Dominion», rappelle Réjean Charbonneau, directeur de l\u2019Atelier d\u2019his toire Hochelaga- Maisonneuve.L\u2019usine de la Vickers a joué de ce fait un rôle non négligeable dans la Grande Guerre.L\u2019imposition d\u2019un blocus naval à l\u2019Allemagne forcera le Kaiser à lancer une importante production de sous-marins, les fameux U-boots.Il faudra attendre la mise au point des sonars, en 1915, pour savoir les repérer sous l\u2019eau.sidée par un charcutier et grand fournisseur de bacon pour les Britanniques, Joseph Flavelle, prend le relais en 1915.La production est réorganisée à l\u2019échelle industrielle.Près de 600 usines sont mises à contribution et environ 250 000 personnes \u2013 en grande majorité des femmes \u2013 y travaillent.«L\u2019industrialisation a été l\u2019élément déterminant de cette guerre, dit Bill Rawling, historien au ministère de la Défense nationale et auteur de plusieurs ouvrages sur la Grande Guerre.C\u2019est de cette façon qu\u2019on a su répondre à la demande.Il en a été de même pour les sous-marins et les avions.» Montréal conserve encore quelques édifices témoins de cette période.Comme l\u2019ancienne Canadian Munition Factory (transformée en entrepôt), rue Notre-Dame Est, tout près de la base militaire de Longue-Pointe, ou encore l\u2019usine de la British Munition Supply (recyclée en condominiums), rue de la Poudrière, à Verdun.C\u2019est là que l\u2019on confectionnait des cartouches pour la mitrailleuse Vickers, utilisée par l\u2019armée britannique.Selon le Dictionnaire biographique duCanada, jusqu\u2019à 100 000 obus seront fabriqués quotidiennement au pays.Un effort de guerre qui 44 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 En 1914, l\u2019Allemagne est considérée comme un pôle de recherche majeur.Treize des premiers prix Nobel de physique ou de chimie avaient été jusqu\u2019alors remportés par des chercheurs germaniques.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019Université de Strasbourg, alors ville allemande, qui se dote de la première faculté des sciences du monde.Cela donne-t-il alors un avantage stratégique à l\u2019Allemagne?On pouvait le craindre.En France, les militaires veulent établir des ponts avec les chercheurs.L\u2019État favorise le projet en créant une Direction des inventions.Au Royaume-Uni, la tendance est la même.On inaugure un Board of Invention and Research, conduit notamment par le physicien Ernest Rutherford, puis un Department of Scientific and Industrial Research qui travaillera avec leurs équivalents du Canada, de l\u2019Australie et de la Nouvelle-Zélande.Aux États-Unis, un National Research Council est fondé en 1917.Washington croit aussi que l\u2019effort de recherche doit rejoindre les intérêts de la Défense nationale.Notons également que c\u2019est pendant la Première Guerre que le Conseil national de la recherche scientifique (CNRC) est créé, en 1916.Il sera surtout actif dans la recherche agricole.C\u2019est plutôt pendant le conflit de 1939-1945 qu\u2019il fournira un effort de guerre.Il en découlera d\u2019ailleurs, en 1946, un Bureau de recherche de la défense.L\u2019usine de la British Munitions Supply Co.Ltd.de Verdun, Québec, en 1916 B I B L I O T H È Q U E E T A R C H I V E S C A N A D A T R A N - Q H M - 0 8 / A T E L I E R D \u2019 H I S T O I R E D \u2019 H O C H E L A G A - M A I S O N N E U V E aura coûté, à l\u2019époque, plus de 1 milliard de dollars (soit 20 milliards de dollars d\u2019au- jourd\u2019hui!).Pour payer tout ça, Ottawa instaure un impôt sur le revenu, mesure qui sera maintenue après le conflit, comme chaque contribuable le constate tous les 30 avril.ur le front occidental, où sont affectés les Canadiens, la guerre s\u2019est enlisée.Comment donc briser les défenses adverses?Où tirer lorsqu\u2019on ne voit pas l\u2019adversaire?Partout! Et les bombardements sont dévastateurs.Comme si ce n\u2019était pas assez, on améliore de plus en plus l\u2019artillerie.Les canons deviennent plus lourds et plus précis.«Il y aura plus d\u2019hommes tués par les obus que par le combat pour lequel ils étaient entraînés», rappelle Michel L\u2019Italien.En outre, des batteries complètes de mitrailleuses sont installées.Cette guerre impose une collaboration accrue avec les ingénieurs.«Le Canada avait en moyenne 100 000 hommes stationnés au front avec des milliers de chevaux.Il fallait s\u2019assurer qu\u2019ils puissent avoir accès à des sources d\u2019eau et installer des aqueducs pour les alimenter tous», dit l\u2019historien Bill Rawling.Après chaque attaque destructrice, on reconstruisait.D\u2019ailleurs, un étonnant Canadian Forestry Corps, mobilisant des centaines de bûcherons, a été envoyé dans les forêts de France et d\u2019Écosse pour y couper les arbres et les transformer en bois d\u2019œuvre utilisé pour étayer les tranchées.La pluie, le froid, la boue.La mort, les tirs incessants.On n\u2019annonçait pas ça sur les affiches de propagande.Engagez-vous, qu\u2019ils disaient\u2026 Finalement, les soldats passent Noël dans les tranchées.Et ils commencent à se demander comment une guerre pareille pourra un jour finir.?QS Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 45 SCIENTIFIQUES ET INTELLECTUELS ALLEMANDS DANS LA GUERRE Le 1er octobre 1914, 93 intellectuels allemands dont une dizaine de prix Nobel \u2013 comme Max Planck qui a établi la théorie des quanta; Wilhelm Röntgen, découvreur des rayons X; Paul Ehrlich, père de la chimiothérapie; Fritz Haber, inventeur de l\u2019arme chimique \u2013 signent une pétition par laquelle ils soutiennent les initiatives de leur armée engagée dans la Grande Guerre.Albert Einstein s\u2019abstient de la signer.On n\u2019y trouve le nom d\u2019aucune femme.Voici un extrait de cette lettre d\u2019appui.«En qualité de représentants de la science et de l\u2019art allemands, nous, soussignés, protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies avec lesquelles nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l\u2019Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence.[.] «Il n\u2019est pas vrai que l\u2019Allemagne ait provoqué cette guerre.Ni le peuple, ni le gouvernement, ni l\u2019empereur allemand ne l\u2019ont voulue.Jusqu\u2019au dernier moment, jusqu\u2019aux limites du possible, l\u2019Allemagne a lutté pour le maintien de la paix.[.] «Il n\u2019est pas vrai que nous fassions la guerre au mépris du droit des gens.Nos soldats ne commettent ni actes d\u2019indiscipline ni cruautés.En revanche, dans l\u2019est de notre patrie, la terre boit le sang des femmes et des enfants massacrés par les hordes russes et, sur les champs de bataille de l\u2019ouest, les projectiles dum-dum de nos adversaires déchirent les poitrines de nos braves soldats.Ceux qui s\u2019allient aux Russes et aux Serbes, et qui ne craignent pas d\u2019exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu\u2019on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre au rôle de défenseurs de la civilisation européenne.[.] «Croyez-nous! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu\u2019au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l\u2019héritage d\u2019un Gœthe, d\u2019un Beethoven et d\u2019un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer.Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur.» PROCHAINS ÉPISODES: 2 LE FER ET LE FEU 3 LA TERREUR ET LA NÉVROSE 4 LE DÉNOUEMENT ET LA PAIX Chemin de boue menant à Passchendaele.Cette peinture de l\u2019artiste soldat Douglas Culham, réalisée vers 1917, représente des hommes et des chevaux transportant des munitions destinées aux artilleurs.Je me souviens\u2026 de quoi?De nombreuses rues, dans plusieurs villes du Québec, portent des noms rappelant des faits d\u2019armes ou des héros de la Grande Guerre.Entre autres, de Castelnau, Courcelette, Jean Brillant, Liège, Lille, Louvain, Reims, Vimy, etc.La toponymie semble cependant être la seule trace que la Grande Guerre ait laissé dans nos mémoires.«Nous sommes restés avec l\u2019idée que cette guerre ne nous a pas concernés.Il n\u2019y avait jamais eu de cours d\u2019histoire de la Première Guerre mondiale à l\u2019Université de Montréal avant que j\u2019y arrive! C\u2019est dire le manque d\u2019intérêt, même dans les hautes sphères du savoir, dit le professeur Carl Bouchard.Il faut noter que, au Québec, ce conflit n\u2019est pas un objet de fierté, comparativement au Canada anglais.Peut-être à cause de cette idée des Québécois qu\u2019ils sont des gens pacifiques.Peut-être aussi parce que cette guerre impliquait d\u2019abord l\u2019empire britannique.Il faut dire que le Canada s\u2019y est engagé alors qu\u2019il n\u2019était pas maître de sa politique étrangère.» © C O L L E C T I O N B E A V E R B R O O K D \u2019 A R T M I L I T A I R E ; M U S É E C A N A D I E N D E L A G U E R R E ; O T T A W A ; O N T A R I O ; 1 9 8 9 0 2 2 2 - 0 0 1 S \u2019après les registres officiels, Chicoutimi \u2013 qui forme au- jourd\u2019hui, avec La Baie et Jonquière, la ville de Saguenay \u2013 n\u2019a vu le jour qu\u2019en 1842.Pourtant, le lieu était fréquenté depuis très longtemps par les Amérindiens et les Européens.Au XVIIe siècle, ces derniers y ont même construit un poste de traite afin de faciliter le commerce des fourrures, en se rapprochant des peuples autochtones.S\u2019appuyant sur les fouilles archéologiques menées sur le site, ces dernières années, La Pulperie de Chi- coutimi consacre sa nouvelle exposition permanente à son ancien comptoir commercial.«Même s\u2019il n\u2019est pas aussi connu que celui de Tadous- sac, le poste de traite de Chi- coutimi revêt une grande importance pour notre région, puisqu\u2019il s\u2019agit de son tout premier établissement permanent.Ce projet s\u2019inscrit donc parfaitement dans notre mandat de valorisation du patrimoine local», souligne fièrement Rémi Lavoie, directeur général adjoint de La Pulperie.Si le sujet est historique, l\u2019exposition Chek8timi \u2013 Jusqu\u2019où l\u2019eau est profonde, elle, se veut résolument moderne.Dès son arrivée, le visiteur peut se munir d\u2019un iPad.«C\u2019est le même principe qu\u2019un audioguide, avec des compléments d\u2019information en français et en anglais.Mais comme il s\u2019agit d\u2019une tablette, on a accès aussi à des images et à de courtes vidéos», explique M.Lavoie.Par contre, la fantaisie orthographique dans le titre de l\u2019exposition n\u2019a rien à voir avec le langage SMS si prisé par les jeunes.«Croyez-le ou non, nous avons retrouvé cette graphie dans plusieurs écrits datant de l\u2019époque du poste de traite!» révèle-t-il.Votre «iguide en main», vous pénétrez d\u2019emblée dans le fjord du Saguenay, reconstitué à l\u2019aide de photos haute définition.Les concepteurs ont reproduit ce paysage grandiose sur les parois du couloir menant à la salle d\u2019exposition.Ainsi, vous vous imaginez à bord d\u2019un canot d\u2019écorce, comme les Amérindiens et les coureurs des bois, en route vers le poste de traite de Chi- coutimi! L\u2019intérieur de la salle se pare quant à lui de trois immenses cartes, elles aussi à haute résolution.La première représente Chicoutimi; la seconde, le Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean et la troisième, le Québec.«Plutôt que d\u2019aller du plus vaste au plus res - treint, nous avons fait l\u2019inverse.Ce changement de perspective permet de mieux situer le poste de traite dans l\u2019espace», estime le directeur général adjoint.L\u2019ancien comptoir commercial est aussi bien situé dans le temps, grâce à de nombreux artéfacts.«Ce sont notamment des bijoux, des pièces de monnaie et des poteries.Bref, plusieurs objets facilement échangeables contre des fourrures», précise Rémi Lavoie.Les pièces proviennent essentiellement des fouilles archéologiques récemment menées au confluent des rivières Saguenay et Chicoutimi, là où s\u2019élevait le poste de traite.D\u2019ici quelques mois, l\u2019exposition aura un volet à l\u2019extérieur.La Pulperie de Chicoutimi est en effet située à quelques centaines de mètres du site historique du Poste-de-traite-de-Chicoutimi.«Nous voulons faire de cet endroit un parc urbain.Les visiteurs ne seront pas autorisés à s\u2019y rendre avec nos tablettes, mas ils pourront télécharger, sur leurs propres appareils mobiles, l\u2019ap- La nouvelle exposition permanente de La Pulperie nous ramène à l\u2019époque amérindienne.Des Bleuets et des fourrures Par Catherine Girard Suivez le guide D ÉCHEC À L\u2019ÉVALUATION L\u2019Université McGill est-elle supérieure à l\u2019Université de Montréal?Oui, et de beaucoup, si l\u2019on se fie au classement de Shanghai qui attribue chaque année une note aux universités de la planète, au grand bonheur des institutions privées qui trônent au sommet, dont Harvard et Princeton.Or, ce palmarès n\u2019a aucun fondement scientifique.Dans son récent ouvrage Les dérives de l\u2019évaluation de la recherche.Du bon usage de la bibliométrie, le sociologue des sciences Yves Gingras, dont la verve n\u2019a d\u2019égale que la rigueur, s\u2019applique à démontrer que les indicateurs de performance utilisés dans le monde de la recherche et de l\u2019enseignement supérieur reposent souvent sur des bases fallacieuses.Les universités ne sont pas les seules à goûter à cette médecine.Les revues savantes se font attribuer un «facteur d\u2019impact»; les scientifiques, un «indice H».Pour Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences à l\u2019UQAM, les indicateurs sont avant tout des outils marketing qui servent à faire mousser la notoriété de ceux qui savent en tirer profit.Le temps est venu pour les scientifiques de se réapproprier leur évaluation.Les dérives de l\u2019évaluation de la recherche.Du bon usage de la bibliométrie, Yves Gingras, Éditions Raisons d\u2019agir, Paris, 126 p.PMA: FAUT-IL CRIER AU LOUP?Jusqu\u2019où ira la médicalisation de la procréation?C\u2019est la question que pose Jacques Testart, biologiste de renom et «père» du premier bébé-éprouvette français, dans son plus récent ouvrage.Il se dit inquiet face à la «permissivité croissante» des lois et dénonce la surmédicalisation de la reproduction, estimant que Matières à lire 46 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 S T E V E N F E R L A T T E Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 47 plication qui leur servira de guide», indique Rémi Lavoie.À des endroits bien précis, les appareils projetteront des images des bâtiments, comme la chapelle ou la poudrière, tels qu\u2019ils apparaissaient à l\u2019époque.Ceux qui le souhaitent pourront même participer à des séances de fouille supervisées.Leurs trouvailles seront peut-être les prochaines vedettes de l\u2019exposition, qui sait?Chek8timi \u2013 Jusqu\u2019où l\u2019eau est profonde, à La Pulperie de Chicoutimi, dès le 28 juin 2014.www.pulperie.com Autre rendez-vous L\u2019ARAIGNÉE DÉMYSTIFIÉE Sur les quelques dizaines de milliers d\u2019espèces d\u2019araignées répertoriées dans le monde, seule une quinzaine peuvent être dangereuses pour l\u2019homme.Pourtant, l\u2019arachnophobie ?la peur des araignées ?est un mal largement répandu.Pour nous aider à mieux cohabiter avec elles, l\u2019Arboretum Morgan, à Sainte-Anne-de-Bellevue, organise une conférence sur ces bestioles.On y parlera, entre autres, de leur rôle au sein de l\u2019écosystème, de leur redoutable instinct parental, de même que des propriétés de la soie qu\u2019elles fabriquent.Araignées: les toiles de l\u2019Arboretum, à l\u2019Arboretum Morgan, le 17 août 2014, de 10 h à midi, entrée payante.www.morganarboretum.org CULTURE SCIENTIFIQUE À l\u2019occasion des Journées de la culture, plusieurs musées ouvrent gratuitement leurs portes au grand public.C\u2019est notamment le cas du musée Armand- Frappier qui fête son vingtième anniversaire cette année.D\u2019autres activités, comme des géorallyes ou des laboratoires et des conférences à saveur scientifique, auront lieu aux quatre coins du Québec.Les 18e Journées de la culture, dans toutes les régions, les 26, 27 et 28 septembre 2014.www.journeesdelaculture.qc.ca APPLE PREND VOTRE SANTÉ EN CHARGE Annoncée début juin par Apple à San Francisco, lors de sa conférence annuelle destinée aux développeurs, l\u2019application Health (Santé, en français) a déjà fait beaucoup parler d\u2019elle.D\u2019abord, parce qu\u2019une start-up australienne a accusé le géant à la pomme de lui avoir piqué l\u2019idée.Mais ensuite, et surtout, parce que Apple met ainsi officiellement le pied dans le monde prometteur de l\u2019i-santé.L\u2019idée de cette appli : rassembler les données personnelles collectées par tous les appareils mobiles et les applications compatibles (applications de course comme Nike+, Fitbit, etc.) pour ensuite les intégrer dans une sorte de tableau de bord.Les pèse-personnes connectés et les bracelets qui mesurent l\u2019activité ou le sommeil de leur propriétaire pourront alimenter ce carnet de santé, tout comme la probable montre connectée Apple, dont la sortie fait l\u2019objet de rumeurs grandissantes.De nombreuses données \u2013 rythme cardiaque, nombre de calories brûlées, pression sanguine \u2013 pourront ainsi être compilées et stockées dans une gigantesque base de données, accessible aux développeurs, nommée Healthkit et établie en coopération avec la clinique Mayo.Le tout sera lancé sur l\u2019iOS 8, le nouvel OS destiné aux appareils mobiles d\u2019Apple.L\u2019appli Santé permettra bien sûr de suivre l\u2019évolution des indicateurs de santé d\u2019une personne et de transmettre des « fiches » détaillées au personnel médical.Car plusieurs hôpitaux états-uniens sont déjà partenaires du projet, en particulier les prestigieux Stanford Hospital & Clinics, Penn Medicine, Johns Hopkins Medicine et la Cleveland Clinic.Les patients de ces établissements pourront choisir d\u2019intégrer les données de Healthkit à leur dossier médical; une fonction utile, par exemple, pour le suivi de l\u2019hypertension artérielle ou du diabète.L\u2019annonce, très attendue, a fait écho à la présentation, fin mai, par Samsung du système SAMI, un service de base de données destiné à collecter les informations biométriques transmises par son bracelet Simband.MALADE ?AIME LA PAGE ! Facebook ne sert pas qu\u2019à épier la vie des autres, à faire circuler des vidéos de chatons ou des montages photos.Le réseau social s\u2019avère très puissant lorsqu\u2019il s\u2019agit de recruter des personnes atteintes de maladies rares afin de constituer des cohortes de patients ou de lancer des essais cliniques.C\u2019est ce qu\u2019a démontré une étude publiée en avril dernier dans l\u2019American Journal of Medical Genetics.Des chercheurs de l\u2019Université de Washington souhaitant constituer un registre de malades atteints de neurofibromatose de type 1, une maladie génétique touchant environ une personne sur 3500, ont testé 4 méthodes de recrutement: l\u2019appel sur Facebook et Google, la diffusion d\u2019information sur des sites gouvernementaux et universitaires, le contact direct avec des associations de malades et le contact direct avec des médecins.En un an, 880 patients ont pu être recrutés.Grâce, en premier lieu, à Facebook, qui a permis d\u2019identifier 72% de ces malades (ce qui a été sept fois plus efficace que de contacter les médecins).Par Marine Corniou Sur la toile presque un tiers des fécondations in vitro sont abusives, pratiquées sans indications médicales suffisantes.Bien pis, écrit-il, les techniques génétiques, de plus en plus pointues, combinées à notre amour pour la surconsommation et la compétitivité, nous précipiteraient droit dans le gouffre de l\u2019eugénisme.La procréation médicalement assistée (PMA) serait en train de dériver vers la fabrication d\u2019enfants sur mesure, exempts de défauts génétiques, marionnettes victimes de notre «pulsion de croissance sans fin» et de la «démesure technoscientifique».Si l\u2019essai verse un peu vite dans l\u2019alarmisme, il a le mérite de faire le bilan de la PMA et de soulever des questions éthiques importantes, comme l\u2019obtention d\u2019un nombre toujours plus élevé d\u2019embryons ou l\u2019utilisation du diagnostic préimplantatoire pour écarter des maladies minimes.Faire des enfants demain, Jacques Testart, Éditions du Seuil, 2014, 216 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 48 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 L\u2019immunothérapie pour mater le cancer Une des propriétés des cellules cancéreuses, c\u2019est d\u2019être immortelles.Quel serait donc leur talon d\u2019Achille ?Notre système immunitaire pourrait-il alors les mettre hors-jeu?Les récentes recherches supposent que oui.Une incursion dans la médecine du futur.Surfer en cachette Ils savent défier des régimes autoritaires, redonner la liberté d\u2019expression aux internautes bafoués.Qui sont ces nouveaux activistes du Net qui œuvrent en Iran ou en Chine depuis Montréal et Toronto?Le fer et le feu 1914, des millions de soldats sont mobilisés dans une guerre où luttent les empires.Sur le front ouest, les armées sont enlisées.Cela provoquera néanmoins des batailles et des combats terribles auxquels les Canadiens participeront.Pour plusieurs, c\u2019est un baptême du feu; pour d\u2019autres, une rencontre avec la mort.À lire dans notre prochain numéro 1418 la grande guerre 2e d\u2019une série de 4 articles Août ~ Septembre 2014 | Québec Science 49 SUPER-POMPIER Les pompiers pourraient bientôt être équipés d\u2019un exosquelette, tel que celui proposé par le designer industriel Ken Chen, de l\u2019université Monash de Melbourne, en Australie.Il s\u2019agit d\u2019une sorte d\u2019armure high-tech servo- assistée, grâce à laquelle le sapeur porte sur lui des bonbonnes d\u2019oxygène, ses outils, des canons à eau et des mâchoires de désincarcération.De plus, l\u2019appareil articulé l\u2019assiste au moment de gravir des escaliers et de soulever des poids atteignant jusqu\u2019à 90 kg.Il suffit de tirer une poignée pour désassembler l\u2019exosquelette.(J.L.) www.theloop.com.au/kenchen420/project/166140 PLANCHE POUR PARESSEUX?Le transport électrique dans sa plus simple expression : une planche à roulettes en fibre de carbone et de kevlar, qui peut filer à 32 km/h avec une autonomie de 16 km, grâce à un petit moteur et une pile électrique rechargeable en 90 minutes.Annoncée sur le site de financement collectif Kickstarter et ayant atteint presque quatre fois son objectif de 98 000 $, la Marbel devrait être livrée aux premiers acheteurs dès cet automne.D\u2019un poids de 4,5 kg, elle coûte environ 1 100 $.L\u2019accélération et le freinage se contrôlent d\u2019un mouvement du pouce avec une télécommande sans fil.Le système électronique et la batterie sont intégrés à l\u2019intérieur de la planche; une application pour téléphone intelligent permet de personnaliser la puissance des accélérations.(J.L.) www.kickstarter.com/projects/1664522105/marbel-the-lightest-electric- skateboard-in-the-wor DES YEUX TOUT LE TOUR DE LA TÊTE Après la récente arrivée des casques de projection 3D de type Oculus Rift et Project Morpheus de Sony, permettant de s\u2019introduire littéralement dans un film ou un jeu vidéo, voici la caméra qui permet d\u2019obtenir les films idoines.Développée à Londres par Figure Digital, la Panopticam est une grosse boule comprenant 36 caméras HD qui filment à 360°, ainsi qu\u2019en plongée et en contre-plongée.Une fois votre voyage immortalisé, il suffit d\u2019enfiler le casque de réalité virtuelle pour revivre, dans toutes leurs dimensions, vos souvenirs de vacances! (J.L.) www.cnet.com/news/360-degree-camera- shoots-vr-movies-for-oculus-rift/ La communauté Web de Montréal dispose maintenant d\u2019un lieu de ralliement dans la vieille demeure du photographe William Notman, rue Sherbrooke Ouest.Inauguré le 3 juin, le centre se veut un incubateur pour la communauté start-up montréalaise.« Nous voulions offrir un espace où des entrepreneurs se retrouveraient, histoire d\u2019encourager le développement, le financement de projets et la rencontre avec des mentors », dit Noah Redler, le directeur du campus Notman.Les rénovations de la maison ont coûté quelque 6,5 millions de dollars.Vingt-trois entreprises peuvent y siéger, dans autant de locaux, loués pour des périodes de trois à six mois.« Nous ne sommes pas un complexe immobilier, explique M.Redler.En logeant ici seulement pour une courte durée, les entrepreneurs vont être pressés de profiter au maximum des ressources offertes.» Le fonds d'amorçage Real Ventures, le programme d\u2019accélération FounderFuel et la Banque de développement du Canada ont leurs bureaux sur place, à la recherche de talents et d\u2019occasions d\u2019affaires.Au mois de septembre, s\u2019y ouvrira un restaurant où le Québec 2.0 pourra côtoyer le Québec inc.Les Montréalais sont d\u2019ailleurs invités à venir flâner dans l\u2019un des nombreux espaces ouverts du campus, où l\u2019on trouve la connexion Internet publique la plus rapide de la province, avec 200 Mbit/s.(S.C.) Aujourd\u2019hui le futur LES START-UPSMONTRÉALAISES ONT PIGNON SUR RUE \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Il y a quelques années, sur la route 117 près de Val-d\u2019Or, un panneau routier aussi saisissant qu\u2019attachant avertissait les automobilistes de la présence de caribous dans les parages.La silhouette dessinée sur fond jaune était bel et bien celle d\u2019un caribou, pas celle d\u2019un orignal.Quelle magnifique entrée dans le subarctique, quelle belle occasion de remarquer la présence des pessières à cladonie, des pinèdes grises et des peuplements d\u2019épinettes noires adultes bien pourvus en réserves de lichens arboricoles.Bienvenue dans le Nord, bienvenue en Abitibi, voilà la petite harde des caribous de Val-d\u2019Or ! Le Rangifer tarandus caribou aime la paix sacrée des solitudes conifériennes.Son maître mythique, Pap- pakasik, réside dans les montagnes blanches, en plein cœur nordique du Québec.Ce maître algon- quien est capricieux et il s\u2019offusque du moindre sacrilège commis envers lui.Avant 1970, il restait encore des pays et des paysages sauvages dans la grande boréalie québécoise.Mais depuis, le calme s\u2019est défait et tout le monde sacré des caribous des bois s\u2019est écroulé.L\u2019espèce est d\u2019ailleurs en voie de disparaître dans tout le Canada.Contrairement à son frère, le caribou de la toundra, celui des bois ne se regroupe pas dans des hardes innombrables et spectaculaires.Il est plus discret, occupant par petits groupes les grandes forêts du subarctique.Nous ne connaissons pas ses habitudes, ses goûts et ses dégoûts.Mais nous savons qu\u2019il ne supporte pas le bruit des hommes.La motoneige, les VTT, les opérations forestières agressives vers le Nord, les nouveaux chemins forestiers, les camps de chasse et de pêche, les pourvoiries, le trafic des camions pickup, le bruit de la machinerie lourde, tout a défloré ces terres vierges.Le Maître des caribous réagit : il retire aux humains cette espèce patrimoniale qu\u2019ils ne méritent pas.Les caribous de Val-d\u2019Or ne sont plus que 20 individus, ils touchent au seuil du non-retour.Un peu plus et il faudra une agence de rencontre pour croiser les mâles et les femelles et des pouponnières pour protéger les faons lors des mises à bas.Étudier la harde, la sauver de l\u2019extinction, tout cela coûterait bien trop cher.Les caribous de Val-d\u2019Or ne valent pas le bois dans lequel ils vivent, ils ne seront jamais la fierté du lieu.Ils vont vivoter et probablement mourir, semble-t-il, dans l\u2019indifférence générale, comme les har - des des monts Otish au nord de Chibougamau et du lac Magpie sur la Côte-Nord.Qu\u2019en est- il de ceux du lac des Cœurs en haut d\u2019Essi - pit, tout près du lac Gorgoton?Aucun gouvernement n\u2019aura pris des mesures draconiennes pour sauvegarder le caribou des bois, tout comme nous n\u2019au rons jamais su protéger nos territoires pour sauver la notion même de terres vierges.Les impératifs très ostentatoires de l\u2019économie de croissance respectent rarement la sacralité des lieux.La religion du dollar n\u2019est pas une religion subtile.Que sont 20 caribous du pléistocène ?à part 20 pièces de 25 cennes! ?dans le projet financier de la société avide qui juge son bonheur à la qualité de l\u2019asphalte dans le stationnement du Canadian Tire ?Le panneau nous annonçant ces caribous sur la route 117 a été enlevé.C\u2019est comme un constat de décès.Et, l\u2019an prochain, nous verrons émus, au Canal D, un documentaire européen sur la sauvegarde du dernier léopard des neiges ou du dernier toucan verbeux\u2026 ?QS 50 Québec Science | Août ~ Septembre 2014 Requiem pour Rangifer tarandus caribou Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 Caribous forestiers de la harde de Val-d\u2019Or M I N I S T È R E D E S F O R Ê T S , D E L A F A U N E E T D E S P A R C S D A - Activités de découverte de la nature - Visites de jour de l'ASTROLab et de l'Observatoire - Soirées d'astronomie - Hébergement ry Parc national me du Mont-Mégantic Conserver.Protéger.Découvrir.YI \u2014\u2014\u2014 ame - Activités de découverte de la nature - Visite de jour du Musée d'histoire naturelle - Dévoilement du fossile complet d'Elpistostege - Randonnée à la falaise de fossiles ry Parc national ef de Miguasha Conserver.Protéger.Découvrir.mn vp rn TY ee \"NOS ANCÈTRE - Activités de découverte de la nature - Activités de fouilles archéologiques - Voyage malécite en rabaska - Visites des sites archéologiques du parc avec un archéologue - Hébergement rn Parc national me du Lac-Témiscouata Conserver.Protéger.Découvrir.parcsquebec.com - 1 800 665-6527 ALLL ; Y av \\J WYON DOTE A i CT LO TV ON.L Fu J a) |} fe J \\ OL J TAL: x \\ à y 7 74 q à 4 , 2 J % : ° > I vu £ 7 Go - oo 2.I, > \u20ac 7%, Ww o 4° me 2% ms ne, 6 ee ¢.L | > Joey LL 4 2, * = S CSS N À pr Le _ = % ~ WN
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