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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Novembre 2014, Vol. 53, No. 3
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2014, Collections de BAnQ.

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[" quEbEc SciEncE VIEILLIR?ET PUIS APRÈS?40065387 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 UN QUÉBEC INCLUSIF Objectif 100 ans L\u2019IMMORTALITÉ Éternel fantasme LE TEMPS Une notion de physique si jeune PARKINSON, ALZHEIMER Une offensive contre des démons CRÈMES ANTIRIDES, DHEA, VITAMINES.Démêler le vrai du faux SERGE BOUCHARD Le bâton de vieillesse est un bâton mérité CE QU\u2019ON NE VOUS A JAMAIS DIT SUR LE BEL ÂGE Novembre 2014 QUEBECSCIENCE.QC.CA POUR LES 9 À 99 ANS NUMÉRO SPÉCIAL LL [=] HE y vo 4 { « 5.4 9° \\; EN her (A », pr I Jb 4 A & pa | R \\ y > Jat a\u2019 ke 2 ~~.ot oF \u2018a tous estdom S \u201d 4 2û y x \u2018+ -t °> %, 4 Xa ty 1 by = i» SH A en de | - *r >on Fa ay > \u201cy wh.Sh \u2018 > } jp NN } Led \u201cral ne XR {2 - ter {* EOGEN ENS LS 4 =.% ue.Y {=~ AR v4 Acfas-ca 2 \u201cXR NL x ¢ 4 : 4 » od ; 19 pars = siDIEE va Noy £ as \u2018p } > * = ON Ww \u2014 ~Y > TA an o \u20ac fu WW .& x A ~ * x Es je D\u201c Ne.: Fr qui \\ a A N Py |» Mots croisés et sudokus réduisent les risques d\u2019alzheimer > Le sport garde les os jeunes > La DHEA rajeunit > Les épinards prémunissent contre les maladies cardiovasculaires > Être zen prévient les cheveux gris > Un régime basses calories permet de vivre plus longtemps > Fumer cause des rides > Des suppléments de vitamine B préviennent l\u2019alzheimer > Les lunettes de soleil préviennent les cataractes > Les crèmes anti-âge ne servent à rien Par Binh An Vu Van et Dominique Forget MIEUX VIEILLIR C\u2019EST AUSSI MIEUX VIVRE C\u2019est le bel âge, c\u2019est le grand âge, c\u2019est l\u2019âge d\u2019or.Mais il requiert des soins.51 Pour un Québec vraiment inclusif Le système de santé québécois se prépare à affronter le tsunami gris des bébé-boumeurs.Par Hélène Matteau 56 Ce ne sont pas des remèdes de grand-mère Dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée, les deux tiers des résidants avalent quotidiennement au moins 10 médicaments.La pharmacologie aurait-elle basculé dans l\u2019excès?Par Marine Corniou 63 L\u2019esprit vif et l\u2019œil alerte grâce à Super Mario ! Les jeux vidéos auraient des vertus cognitives pour les 7 à 77 ans ! Par Simon Coutu 66 Cinq cent trente sept ans et toutes nos dents Novembre 2014 | Québec Science 5 21 Luc bureau L\u2019agitateur terrestre 37 Gaston Schwarz La beauté avant l\u2019âge 47 céline Lafontaine Gare aux néo-charlatans ! 62 Michel Faubert Passeur de mémoire Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Simon Coutu, Éric Grenier, Elias Levy, Binh An Vu Van Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Julie Durocher, Frefon, Simon Coutu, Jean-François Leblanc, Caroline Hayeur, Marc Taro Holmes, Donald Robitaille, Benoit Tardif Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : octobre 2014 (517e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2014 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE NOVEMBRE 2014 VOLUME 53, NUMÉRO 3 C M C A A U D I T E D 6 Le bâton de vieillesse est un bâton mérité Par Serge Bouchard l n\u2019y a pas de honte à chanceler.Les petits enfants et les très vieux se ressemblent: ils agrippent des chaises et des marchettes.Ils sont hésitants sur pattes et cette maladresse apparaît normale à celui qui fait son entrée dans la vie, comme à celui qui trottine dans le couloir de sortie.L\u2019enfant apprend à marcher; le vieux apprend à s\u2019asseoir.Dans les deux cas, cela peut entraîner quelques larmes.Aux deux extrémités du temps de vivre, le besoin de consolation est immense.Le corps est un compagnon que nous devons apprivoiser; cela prend des années à l\u2019habiter correctement.Il nous sert bien pendant un certain temps, nous lui faisons confiance.Il est fort et fidèle; il avance à grand train; il sait tomber; il sait comment se relever.Il s\u2019étire; il se blesse; il se répare.C\u2019est une machine merveilleuse qui peut accomplir des exploits et battre des records.Mais ce faisant, il consomme du carburant; il s\u2019use; il épuise des réserves qu\u2019il ne peut renouveler.Dans l\u2019histoire universelle de l\u2019individu humain, nul n\u2019a jamais gardé la forme indéfiniment.Le mot «vivant» est synonyme de «vieillissant».Seuls les vendeurs d\u2019éternité vous diront le contraire.Et les vendeurs de faux visages, de crèmes de jouvence, de recettes antioxydantes font aujourd\u2019hui des affaires d\u2019or.Personne ne veut reconnaître que 6 Québec Science | Novembre 2014 I J U L I E D U R O C H E R Le bâton de vieillesse e l\u2019âge?vu?par serge?bouchard l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019augmentation du temps passé à vieillir.Le corps est sain, il récupère, il fonctionne pleinement jusqu\u2019au jour où vous sentez quelques failles dans le système.Vos forces ne sont plus les mêmes, autant dire qu\u2019elles vous abandonnent graduellement.Chanceux, celui qui «descend égal»; celui qui ne sera pas foudroyé par un cancer en pleine course.La vie est bel et bien un sport extrême et dangereux.Les métaphores sont multiples qui tentent d\u2019atténuer la dure réalité de ce phénomène.Y a-t-il vraiment un âge d\u2019or?Non, pas vraiment.Le tout-petit apprend à être jeune; il dépense une énergie considérable pour devenir grand, pour faire comme les grands.D\u2019ailleurs, il vieillit à la vitesse grand V, chacun peut l\u2019observer dans ses étapes successives de croissance; voyez comme il a changé en une seule année! Ce n\u2019est pas long qu\u2019il va à l\u2019école, qu\u2019il prend l\u2019autobus, le voilà de plus en plus autonome sur les routes de sa propre vie.On peut parler d\u2019un vieil - lissement rapide.Nous utilisons plus volontiers l\u2019expression «mon Dieu qu\u2019il a vieilli!» en parlant d\u2019un jeune de 18 ans que nous avons connu à 8 ans, qu\u2019en parlant d\u2019une «ma tante» de 75 ans que nous n\u2019avions pas vue depuis une décennie.Pour ce qui est de vieillir, il n\u2019y a pas d\u2019âge.Une athlète de 40 ans est vieille à l\u2019échelle de son sport; elle ne peut plus skier comme avant, elle a perdu la fraction de seconde.Il lui faut alors se retirer de la compétition.Le vieux joueur de hockey, qui fut un champion, patine «sur la bottine» lors des cérémonies de commémoration nostalgiques.Dura lex, sed lex.L\u2019humain sait depuis toujours que la vieillesse est un naufrage, une série de deuils, une suite de renonciations; il sait que la sagesse et la philosophie de la résolution sont les seuls recours en ces circonstances.La vieille apprend encore; elle apprend à être vieille.Le vieux interroge la vie jusqu\u2019à son dernier souffle.Et la strophe de Nelligan résonne de toute la puissance poétique de ces quelques mots: «Qu\u2019est- ce que le spasme de vivre?» Nous vieillissons jusqu\u2019à la dernière seconde de notre dernière heure.Seule la mort nous libère du poids de ce corps qui, avec le temps, s\u2019est métamorphosé au point de devenir insupportable.Une chaise berçante, cela se mérite, tout comme le bâton de vieillesse; un jour vient où il faut désapprendre à cavaler comme un jeunot, tout comme nous avions appris à rouler tempête.C\u2019est la décélération fondamentale, le ralentissement de l\u2019être.Le jeune est un vieux en devenir et le vieux est un jeune parvenu.Celui qui a écrit que la vie est une maladie mortelle ne pouvait mieux illustrer la condition du vivant.Cette maladie commence à la naissance et elle s\u2019étale sur le temps d\u2019une vie.L\u2019âge avancé est un âge où l\u2019on se prépare, un âge où l\u2019on répète sa sortie, l\u2019âge où, dans sa tête, on se réconcilie avec soi-même.Du moins, il faut l\u2019espérer.Oui, je revois ma tante Ida, perdue dans ses pensées, bien assise dans sa chaise berçante, j\u2019entends encore le bruit de son bercement régulier, comme si elle prenait son élan.Jusqu\u2019au jour où la berçante s\u2019est immobilisée, la vieille étant partie à force de s\u2019élancer.Naître vient avec un grave inconvénient: la temporalité.Le lendemain de sa naissance, le poupon est déjà vieux d\u2019un jour.Cette journée-là, la première de toutes les autres journées d\u2019une vie, ne pourra plus jamais être rattrapée.Elle s\u2019inscrit déjà à l\u2019actif du temps passé.Le nouveau-né est moins nouveau une heure après sa naissance.Les gènes, les cellules, le programme, tout est en place et bien à l\u2019œuvre.J\u2019aime le mot «destin»; il n\u2019est pas très scien - tifique, mais ce qu\u2019il a à dire, il le dit bien.L\u2019espoir d\u2019échapper à sa propre dégénérescence est un rêve contre nature.La sagesse consiste donc à danser avec l\u2019absurde courbe du temps, dirait-on, tout en espérant éviter le scandale de la grande souffrance le plus longtemps possible.Plus la vie se prolonge, plus nous sommes à risque d\u2019en perdre des morceaux.Dans mon cas, entre autres pertes et déchéances, ce sont les jambes qui me laissent tomber, résultat catastrophique d\u2019un coincement neurologique sur venu dans la moelle épinière.Je me suis donc mis à aimer ma canne, lui trouvant des vertus qui dépassent sa stricte utilité.Elle est élégante; c\u2019est un objet qui me rassure.J\u2019en caresse le pommeau lorsque je suis en attente.Je peux m\u2019en servir pour donner des ordres, des directions; et nous savons tous que la canne est l\u2019arme du vieux qui veut se faire entendre.L\u2019été dernier, la canne n\u2019a pas suffi, j\u2019ai dû m\u2019asseoir.J\u2019étais en vacances à New York avec ma petite famille.Nous savions que nous allions devoir nous déplacer d\u2019un bout à l\u2019autre de Manhattan.Nous avons fait les choses habituelles et ordinaires des gens qui se préparent au tourisme urbain, c\u2019est-à-dire louer une chambre d\u2019hôtel, réserver des billets de spectacle et ainsi de suite.Mais ma blonde avait discrètement pris une précaution extraordinaire.Au cas où je serais incapable d\u2019arpenter les grandes avenues, elle avait réservé un fauteuil roulant qui fut livré à l\u2019hôtel le jour de notre arrivée.Incapable, je le fus.Je passe sur l\u2019état d\u2019âme, la détresse psychologique, la désastreuse impression de frapper le fond, le mur, la fin.Les vieux adages conviennent fort bien aux vieux: contre mauvaise fortune, bon cœur.J\u2019ai vu Manhattan différemment, à hauteur de fauteuil roulant, poussé par ma blonde et ma fille, qui se sont fait des bras et des mollets.Il y eut des essoufflements, des grognements et quelques rires sincères.Il faut danser avec la vie, même quand le plancher de danse se défile sous vos pieds.Jadis, sur une autre planète, les vieux et les vieilles s\u2019éternisaient dans des chaises berçantes et regardaient danser la belle jeunesse.Les vieux et les vieilles, souvent édentés, fumaient la pipe, et de cette pipe ancienne je rêve, car ils en fumaient du bon.?Novembre 2014 | Québec Science 7 \u201cLe jeune est un vieux en devenir et le vieux est un jeune parvenu.\u201d e est un bâton mérité Chaque décennie, le cerveau perd environ 2% de son volume.La vitesse de l\u2019influx nerveux entre les neurones baisse de 10% à 30% à partir de 50 ans.À 75 ans, ce sont près de 80% des gens qui éprouvent ainsi des problèmes de mémoire.Des chiffres et d Si la vie à deux n\u2019est pas toujours de tout repos, elle n\u2019est des couples se séparent au cours des cinq années la dépression à cause du sentiment de solitude.âgées n\u2019ont pas l\u2019occasion de La population mondiale de 60 ans et plus a doublé elle devrait compter 2 milliards de personnes d\u2019ici 100 ans La population du Québec compte environ 1 500 personnes de 100 ans et plus.Ce nombre passerait à 19 000 d\u2019ici 40 ans, selon l\u2019Institut de la statistique du Québec.On espère que nombre d\u2019entre elles pourront compter sur leurs enfants qui n\u2019auront alors qu\u2019entre 70 et 80 ans\u2026 L e s p e r s o n n e s â g é e s t i e n n e n t - e l l e s b i e n l e v o l a n t ?L e t a u x d e c o l l i - s i o n s d e s c o n d u c t e u r s d e p l u s d e 6 5 a n s e s t p a r m i l e s p l u s b a s d e t o u s l e s g r o u p e s d \u2019 â g e , n o t e l a S o c i é t é d e l \u2019 a s s u r a n c e a u t o m o b i l e d u Q u é b e c .M a i s l e s c h a u f f e u r s a î n é s r o u l e n t s u r d e p l u s c o u r t e s d i s - t a n c e s .S i b i e n q u e , e n m i l l i o n s d e k i l o m è t r e s , l e u r r i s q u e d \u2019 a c c i d e n t e s t c o m p a r a b l e à c e l u i d e s j e u n e s d e 1 5 à 2 4 a n s .I l f a u t a u s s i s a - v o i r q u e 4 0 % d \u2019 e n t r e e u x p r e n n e n t d e s b e n z o d i a z é p i n e s , p o u r l e s - q u e l s l e s p o l i c i e r s d e l a r o u t e n \u2019 e f f e c t u e n t a u c u n c o n t r ô l e . d es années st pas plus facile après la retraite.Près de 35% s suivantes.Entre 15% et 20% vont sombrer dans e.Il est à noter que 18% des personnes e communiquer chaque jour.L \u2019 â g e a v a n c é , c e n \u2019 e s t p a s n é c e s s a i r e m e n t « l e p i e d » p u i s q u e , à p i e d j u s t e m e n t , ç a r e s t e r i s q u é .U n e p e r s o n n e â g é e f a i t e n t r e 3 5 0 0 e t 6 5 0 0 p a s c h a q u e j o u r .E n c o m p a r a i s o n , u n e p e r s o n n e d \u2019 â g e m o y e n e n a u r a 1 0 0 0 0 à s o n p o d o m è t r e .E n c o r e f a u t - i l q u \u2019 e l l e r e g a r d e o ù e l l e m a r c h e , c a r 3 0 % d e s 5 5 a n s e t p l u s f o n t d e s c h u t e s .A p r è s 6 5 a n s , c e s d e r n i è r e s e n t r a î n e n t m ê m e d e s d o m m a g e s q u i p r o v o q u e n t l e c i n q u i è m e d e s d é c è s .lé depuis 1980; ci 2050.Quel est l\u2019état d\u2019esprit des personnes âgées?Une récente et vaste étude allemande lève le voile sur la façon dont elles envisagent l\u2019avenir.Près de 32% se disent optimistes, 43% se montrent pessimistes.Les autres s\u2019estiment lucides.Les chercheurs ont sondé 30 000 personnes pour le savoir.Faut-il voir la vie en rose pour bien vieillir?La même étude indique que les pessimistes vivent plus longtemps.L\u2019état de santé des optimistes est en effet plus fragile: leur risque de mourir avant les pessimistes est de 10% plus élevé.Étonnant?Peut-être les optimistes sont-ils plus déstabilisés par la vieillesse.32% 43% 9 0 a n s 8 8 a n s En la population québécoise comptera 10 millions de personnes.La part des aînés sera alors de 28% avec 2,9 millions d\u2019individus.L\u2019espérance de vie atteindra 87,8 ans pour les hommes et 90 ans pour les femmes.Il y a actuellement 1,3 million de Québécois de 65 ans et plus.2061 1927 C\u2019est en que le gouvernement fédéral adopte une Loi des pensions de vieillesse.Elle est fixée à 20 $ par mois et est offerte aux sujets britanniques de 70 ans ou plus vivant au Canada depuis au moins 20 ans et dont le revenu est en deçà de 365 $ par année.LA RETRAITE?CONNAIS PAS! L\u2019AN DERNIER, UN SONDAGE DE L\u2019ORDRE DES CONSEILLERS EN RESSOURCES HUMAINES AGRÉÉS PRÉCISAIT QUE 26% DES QUÉBÉCOIS ENVISAGENT DÉSORMAIS D\u2019ACCROCHER LEURS PATINS APRÈS 70 ANS.COMPRÉHENSIBLE: 35% DES TRAVAILLEURS NE METTENT PAS UN SOU DE CÔTÉ EN PRÉVISION DE LEURS VIEUX JOURS.LE TAUX D\u2019EMPLOI CHEZ LES HOMMES DE 65 À 69 ANS EST ACTUELLEMENT DE 30%, ET DE 19% CHEZ LES FEMMES. Vieillir problème?OÙ EST LE 10 Québec Science | Novembre 2014 LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION NOUS MÉNERAIT DROIT AU GOUFFRE SOCIAL ET ÉCONOMIQUE?BALIVERNES! uand tout un peuple est pris d\u2019une rage de rides, faut-il se préparer au pire?À une sorte d\u2019apocalypse \u2013 société sclérosée, économie dépressive, État en faillite, système de santé implosé et guerre intergénérationnelle?Ben voyons! C\u2019est au contraire une sacrée bonne nouvelle! «Que nous soyons devenus une société vieillissante, ça représente toute une percée.Cela veut dire que nous mourons moins de maladies et d\u2019accidents; que nous survivons mieux, dit le démographe Jacques Légaré, professeur associé à l\u2019Université de Montréal, Bref, nous avons cessé de nous reproduire comme des lapins et de tomber comme des mouches.» La science et les développements technologiques réussissent désormais à nous maintenir en bonne santé jusqu\u2019à plus de 75 ans, voire 90.«Ainsi, l\u2019implication de beaucoup de gens au sein de la collectivité se prolonge, poursuit le démographe \u2013 soit par le travail, soit par la transmission de leurs connaissances aux générations qui les suivent, soit par le bénévolat.Ça veut dire surtout que nous formerons à l\u2019avenir une société beaucoup plus expérimentée.» Bref, un Québec plus vieux ne sera\u2026 qu\u2019un Québec plus vieux.«Il n\u2019y a pas d\u2019urgence à tout bousculer, en risquant de créer la panique, ajoute Patrik Marier, directeur scientifique du Centre de recherche et d\u2019expertise en gérontologie sociale de l\u2019Université Concordia.Les changements provoqués par le vieillissement seront suffisamment graduels pour que nous ayons le temps de nous y adapter.» La proportion des personnes de plus de 65 ans au Québec a déjà doublé depuis le milieu des années 1970 \u2013 elle était de moins de 8% en 1971 et est passée à plus de 16% aujourd\u2019hui \u2013, sans que cela nous bouleverse.«Quand les 65 ans et plus compteront pour 25% de la population, les gens auront déjà le désir de prendre leur retraite à 67 ou 68 ans, et seront en bien meilleure santé qu\u2019on l\u2019imagine lorsqu\u2019on évoque la vieillesse», avance de son côté Yves Carrière, professeur agrégé en démographie à l\u2019Université de Montréal.«C\u2019est un phénomène important dans l\u2019histoire du Québec et, oui, ce Par Éric Grenier Un beau coup de vieux Q Novembre 2014 | Québec Science 11 J U L I E D U R O C H E R peut être inquiétant, reconnaît Nicole F.Bernier, directrice de recherche du programme Les défis du vieillissement, à l\u2019Institut de recherche en politiques publiques (IRPP).Mais cela ne signifie pas que les effets négatifs seront insurmontables.Des choix peuvent être faits maintenant, lesquels nous permettront d\u2019être prêts lorsque, dans moins de 20 ans, le quart de la population aura plus de 65 ans.» Quels choix?Voilà la question.Le report de l\u2019âge d\u2019admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse du gouvernement fédéral de 65 à 67 ans, de manière graduelle à partir de 2023, est l\u2019un de ces choix qui s\u2019offrent à une société vieillissante.«Fiscalement, cette décision n\u2019aura aucune incidence sur le budget du gouvernement, croit Patrik Marier.Et cela envoie le bon message à la population: les choses ne pourront plus continuer comme avant.» En attendant, ce qui est bien, c\u2019est que, malgré son vieillissement, la population québécoise maintient d\u2019année en année une croissance démographique, contrairement à ce qui s\u2019observe dans d\u2019autres sociétés vieillissantes, comme le Japon et la Russie, qui sont en pleine dépopulation.Mieux, la population du Québec aug - mente plus rapidement que celle des États- Unis, avec un taux de croissance de 9,1 \u2030 contre 7,3 \u2030 chez nos voisins du sud, confirment des données démographiques de Statistique Canada.C\u2019est un taux de croissance plus élevé que celui de la Suède, de l\u2019Allemagne, de la Chine, du Royaume- Uni et de la France, ces pays connaissant eux aussi le vieillissement rapide de leurs populations.Il n\u2019empêche que les contrecoups du vieillissement se font sentir sur le marché du travail.L\u2019année 2013 a d\u2019ailleurs été un moment charnière.Pour la première fois depuis le début de l\u2019ère industrielle, la population québécoise âgée entre 15 et 64 ans, qui répond à 97% des besoins du marché de l\u2019emploi, a cessé de croître.Elle avait pourtant augmenté à coup de 40 000 individus par année pendant toute la décennie précédente.En 2014, elle devrait même diminuer.C\u2019est ce qui s\u2019appelle frapper un mur.Cela expliquerait en partie, selon l\u2019économiste Pierre Fortin, la faiblesse du marché de l\u2019emploi québécois des dernières années et, par le fait même, les difficultés finan - cières du gouvernement.«Ça reflète bien les effets du choc démographique avec lequel le Québec devra composer dans les années à venir», dit-il.Pour que le Québec ne s\u2019appauvrisse pas, il devra pouvoir compter sur tous ses membres productifs, pas seulement sur l\u2019immigration.Autrement, la population active \u2013 celle qui est au travail ou prête à travailler \u2013 pourrait diminuer graduellement dans moins de quatre ans, si rien n\u2019est fait.«À ce chapitre, nous avons appris des autres sociétés déjà passées par là, poursuit Patrik Marier.La mise en place, ces dernières années, de bons outils comme les centres de la petite enfance (CPE), les congés parentaux ou l\u2019encouragement à la retraite progressive nous permet de maximiser la participation de la population au marché du travail.» n 20 ans, de 1993 à 2013, le taux d\u2019emploi des Québécoises de 15 à 64 ans, particulièrement des femmes avec enfants, est passé de 55% à 70%.Selon une étude de l\u2019Organisation de coopération et de développement écono - miques réalisée dans 17 pays, les CPE et les congés parentaux ne seraient pas les seules pistes à envisager pour assurer la participation des femmes au marché du travail.En effet, l\u2019aménagement des horaires et la possibilité d\u2019occuper des emplois de qualité à temps partiel figurent aussi parmi les outils efficaces.Lesquels s\u2019avèrent de plus d\u2019ex cel lents moyens de maintenir pro fes sion nel le ment actifs les plus de 55 ans qui représentaient le quart des employés à temps partiel en 2013.D\u2019où l\u2019importance, pour les employeurs, de se montrer ouverts aux ajustements d\u2019horaires.Déjà, la proportion des travailleurs de 55 ans et plus est passée de 24%, en 2003, à plus de 31% en 2013.Ce n\u2019est toutefois 12 Québec Science | Novembre 2014 vieillir où?est?le?problème?Suède vs Québec En 2008, la Suède, qui favorise la retraite progressive depuis 1976, affichait un taux d\u2019activité chez les 55-59 ans de 87%, contre seulement 72% des Québécois du même groupe d\u2019âge, selon une compilation effectuée par le fiscaliste Luc Godbout, de l\u2019Université de Sherbrooke.Chez les 60 à 64 ans, l\u2019écart se creusait: 67% contre 45%.Chez les plus de 65 ans, 22% des Suédois étaient actifs au travail, contre 19% des Québécois.\u201c E «On sous-estime grandement la productivité des travailleurs âgés, dit le démographe Jacques Légaré.Pourtant, leur expérience fait en sorte qu\u2019ils font moins d\u2019erreurs et provoquent moins d\u2019accidents.» A L Y N S T / I S T O C K P H O T O pas suffisant.«On sous-estime grandement la productivité des travailleurs âgés, dit Jacques Légaré.Pourtant, leur expérience fait en sorte qu\u2019ils font moins d\u2019erreurs et provoquent moins d\u2019accidents.Aussi, ils ne s\u2019absentent pas vraiment pour s\u2019occuper des enfants\u2026 Surtout, ils sont davantage loyaux, stables et fidèles que les plus jeunes.» Le milieu du travail aura cependant à s\u2019adapter à cette main-d\u2019œuvre grise.«La volonté de faire reculer l\u2019âge d\u2019ouverture des droits à la retraite doit s\u2019accompagner d\u2019une prévention exceptionnelle con - cernant les conditions de travail et l\u2019usure professionnelle tout au long de la carrière», peut-on lire dans une étude publiée en 2010 par l\u2019Union confédérale des retraités, un regroupement français.Dans cette optique, les auteurs recommandent un suivi à long terme des employés par des méde - cins du travail.Recommandation qui pourrait profiter à tout le monde! «L\u2019adaptation à une société plus vieille ne concerne pas que les personnes âgées, fait remarquer Nicole F.Bernier.Toutes les générations sont touchées, et toutes peuvent tirer bénéfice des changements apportés à l\u2019organisation de la société.Un exemple, l\u2019amélioration ergonomique des milieux de travail.» Ajoutons que ces mesures se révéleront d\u2019autant plus intéressantes que nous ne serons pas les vieux qu\u2019étaient nos parents.En effet, non seulement notre espérance de vie globale augmente, mais notre espérance de vie en bonne santé aussi.Cette dernière, que l\u2019Organisation mondiale de la santé appelle «espérance de vie corrigée de l\u2019incapacité», établit l\u2019âge jusqu\u2019auquel un individu peut espérer demeurer actif et jouir d\u2019une autonomie presque totale.Selon l\u2019Enquête sur la santé et les limitations d\u2019activités de Statistique Canada, effectuée à partir du recensement de 1986, les Québécois pouvaient espérer vivre sans trop de limitations de santé (comme, par exemple, une perte partielle de l\u2019ouïe) jusqu\u2019à 63 ans en moyenne.Vingt ans plus tard, en 2006, c\u2019était 67 ans.Mais ces données demeurent partielles et manquent cruellement de finesse, déplore Jacques Légaré.«Il y a eu trop de coupures à cet égard, notamment à Statistique Canada.Nous n\u2019avons pas un portrait suffisamment précis de l\u2019espérance de vie en bonne santé des Canadiens et des Québécois.Ce qui ne nous permet pas d\u2019établir des politiques réellement efficaces dans le contexte du vieillissement.» Le professeur suggère du même souffle que les gouvernements investissent davantage dans les études longitudinales.Une chose est sûre: contrairement aux idées reçues, le vieillissement ne participe que marginalement à l\u2019explosion des coûts de fonctionnement de notre réseau de santé.Il n\u2019expliquait que 10,6% du taux de croissance annuel moyen des dépenses en santé, entre 1998 et 2008, indiquent les évaluations de l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé.«En fait, ce sont davantage l\u2019inflation, la rémunération des professionnels ainsi que les dépenses asso ciées aux L\u2019adaptation à une société plus vieille ne concerne pas que les personnes âgées.Toutes les générations sont touchées, et toutes peuvent tirer bénéfice des changements apportés à l\u2019organisation de la société.\u201c \u201c Novembre 2014 | Québec Science 13 Vieux Japon En 1989, environ 12% des Japonais étaient âgés de 65 ans et plus.En 2014 c\u2019est près de 26%; plus d\u2019une personne sur quatre.Au Québec, la même tranche d\u2019âge représente aujourd\u2019hui 16% de la population, de sorte que, avant d\u2019atteindre le seuil japonais, il nous faudra attendre 2030, voire 2035, selon les différents scénarios de l\u2019Institut de la statistique du Québec.M E R C E D E S R A N C A Ñ O / I S T O C K P H O T O Vous aviez presque 30 ans au début de la Révolution tranquille.Était-ce l\u2019âge idéal pour faire la révolution?La Révolution tranquille, c\u2019était surtout l\u2019aventure des quarante- naires.Ils avaient eu un peu de succès comme avocats, professeurs ou ingénieurs et savaient que, s\u2019ils poussaient à la roue, les choses pourraient aller mieux au Québec.Ils avaient de jeunes enfants (les bébé-boumeurs) et ils se souciaient de leur éducation.Il leur fallait des écoles primaires et secondaires laïques.Le premier moteur de la Révolution tranquille a donc été la pression démographique, sur le plan de l\u2019éducation.Moi, à 30 ans, j\u2019étais déjà marié et j\u2019avais des enfants.Je partageais les préoccupations des acteurs de la Révolution et je me suis joint à eux.Y a-t-il un âge limite à partir duquel on est moins enclin à se battre pour changer les choses?Je pense que 50 ans, c\u2019est un âge critique.Il ne faut jamais sous-estimer l\u2019impact de la propriété et d\u2019un emploi stable.Quand on a 20 ans, on peut tout sacrifier, on n\u2019a rien! À 50 ans, c\u2019est autre chose.Les vieux ont davantage tendance à bloquer le changement, pour ne pas perdre leurs acquis.Évidemment, on ne le fait pas de mauvaise foi.On ne regarde pas les jeunes passer dans la rue avec leurs casseroles en se disant «on va les bloquer»! Mais on rigole un peu.On sait bien, à notre âge, qu\u2019on ne change pas le monde avec une casserole.Quand une génération, comme la mienne, a payé l\u2019hôpital pour l\u2019accouchement de ses premiers enfants, qu\u2019elle a travaillé comme une folle pour leur payer l\u2019université, puis voit ses petits-enfants se promener dans la rue en disant qu\u2019ils veulent tout gratuitement, elle doute.En théorie, je suis pour la gratuité scolaire, mais ça ne me semble pas possible.Devient-on plus intransigeant, en vieillissant?Je ne crois pas, mais il y a un discours jeune qui nous irrite.Prenez les vélos en ville.À 75 ans, on ne se met pas au vélo.Et ça nous agace, quand on est au volant, de voir passer un jeune insouciant qui se promène avec une main sur le guidon et dans l\u2019autre son téléphone cellulaire.Et moins créatif?Je ne le crois pas non plus.Certains grands peintres étaient encore très inspirés à la fin de leur vie.Pour les écrivains comme moi, c\u2019est dif- férent.On commence par la poésie qui demande une certaine curiosité, une naïveté, une disponibilité.Puis on cherche à atteindre un plus grand public, alors on évolue vers le roman.Après avoir connu la notoriété, si on a eu cette chance, on se tourne souvent vers l\u2019essai, quand on arrive à un âge avancé.On s\u2019interroge sur sa vie, sur sa place sur Terre, on se demande où on va.C\u2019est l\u2019évolution normale vers la maturité.Évidemment, il y a des poètes qui demeurent créatifs toute leur vie, comme Aragon ou Éluard, mais c\u2019est l\u2019exception.Est-ce parfois une bonne chose de freiner le changement?Les gens âgés peuvent peut-être jouer un certain rôle tampon pour éviter que les choses évoluent trop vite, sans réflexion.Moi, avant de me mettre à la tablette électronique pour lire mon journal, il va falloir que La Presse arrête d\u2019imprimer sa version papier.Et encore, je vais peut- être m\u2019abonner au Journal de Montréal, juste pour me venger! La jeunesse n\u2019est pas garante de changement non plus.La démographie n\u2019est pas tout, non.Dans certains pays du Moyen-Orient, 80% de la population a moins de 20 ans, mais la jeunesse est encadrée par un pouvoir médiéval qui est en retard de 800 ans, de 1 000 ans quant à la connaissance du monde.Pendant le printemps arabe, il y avait beaucoup de jeunes révolu tion - naires, mais les armées étaient aussi pleines de jeunes militaires qui bloquaient toute tentative d\u2019émancipation.La jeunesse ne peut pas changer la société si elle est ignare.À l\u2019inverse, la vieillesse peut-elle stimuler le changement?Au Japon, le vieillissement de la population inspire en effet toutes sortes d\u2019innovations.On crée des robots pour prendre soin des vieux, car les Japonais ne souhaitent pas assumer ces tâches et, contrairement à ici, on refuse là-bas de se tourner vers les immigrants.?Post-révolutionnaire Faut-il avoir moins de 40 ans pour brandir un drapeau et rêver de projets de société?Jacques Godbout, 81 ans, dit avoir pris du recul avec les années.Propos recueillis par Dominique Forget 14 Québec Science | Novembre 2014 Jacques Godbout : «La jeunesse ne peut pas changer la société si elle est ignare.» Écrivain et cinéaste, Jacques Godbout observe la société québécoise depuis la Révolution tranquille.ENTREVUE JACQUES GODBOUT J U L I E D U R O C H E R nouveaux médicaments et aux nouvelles technologies qui expliquent le taux de croissance des dépenses en santé», dit le professeur Yves Carrière.e démographe reconnaît que l\u2019accroissement du nombre de personnes de plus de 65 ans risque de grever les finances du système de santé, mais il reste tout de même une certaine marge de ma- nœuvre.Ainsi, il donne l\u2019exemple du Japon.Dans ce pays où le poids des personnes âgées est 50% plus important qu\u2019au Canada, seulement 9,5% du PIB était alloué à la santé en 2010.Au Canada, c\u2019était près de 12%.«Il faudra que la priorité du maintien à domicile sorte des discours et devienne réalité», avertit Nicole F.Bernier.Car l\u2019IRPP estime que les services à domicile ne répondent actuellement qu\u2019à 8% des besoins en termes de soins! «Le gouvernement compte encore sur les familles pour compenser l\u2019insuffisance des services», souligne-t-elle.Selon la chercheuse, 80% des adultes responsables des soins et de l\u2019aide à ap - porter à leurs parents sont des femmes, la plupart de plus de 50 ans.Pour l\u2019Institut, l\u2019une des solutions à envisager afin de faire face à cette demande de soins à domicile aurait été le projet d\u2019assurance-autonomie de l\u2019ancien ministre de la Santé Réjean Hé- bert, à laquelle les Québécois auraient été obligés de cotiser selon leur revenu.Avec cette assurance, environ 40% des besoins des personnes âgées à domicile auraient été pourvus, évalue l\u2019Institut.Mais le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a mis le projet de côté pour le moment.Pour Jacques Légaré, c\u2019est toute notre manière d\u2019aborder la santé et la recherche médicale qu\u2019il faut repenser: cesser de viser à tout prix le maintien en vie, et chercher plutôt à améliorer la qualitéde vie.«Vouloir guérir, trouver des remèdes à la maladie, c\u2019est bien; mais une société vieil lis sante doit mettre ses énergies davantage à améliorer la vie.Ce doit être la priorité.Lorsqu\u2019on leur demande si elles préfèrent vivre plus longtemps ou vivre moins longtemps mais assurément bien, les personnes âgées choisissent la seconde option.» Jacques Légaré croit que le défi, en santé, n\u2019est plus de trouver des remèdes à des maladies mortelles, mais des cures pour les maladies non mortelles, comme l\u2019arthrite.«Sans quoi, prévient-il, l\u2019impact sur la capacité de l\u2019État à fournir des soins à sa population risque de s\u2019alourdir.» En somme, le défi est double: vivre vieux et vivre mieux! ?Novembre 2014 | Québec Science 15 Le défi urbain La mobilité, c\u2019est la clé du bien vieillir, tous les spécialistes le disent.Et de plus en plus de municipalités l\u2019entendent.Alors, ça bouge! Depuis l\u2019été dernier, un petit casse-croûte et bar laitier de Québec est devenu en quelque sorte le reflet d\u2019une société qui s\u2019adapte en toute simplicité à sa nouvelle réalité démographique.L\u2019établissement, appelé Véloasis, s\u2019est doté d\u2019une borne de recharge électrique pour triporteurs et quadriporteurs, ces véhicules prisés par les personnes à mobilité réduite, dont une majorité sont âgées.Ce genre d\u2019initiative risque de se multiplier au cours des prochaines années.Car, au même titre que les régimes de retraite, l\u2019offre de services en santé ou le marché du travail, l\u2019organisation de nos villes et villages devra aussi être revue.L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) considère le Québec comme un chef de file en ce domaine.Elle en veut pour preuve l\u2019approche des Villes et villages amis des aînés (VADA), dont l\u2019objectif est d\u2019assurer à leur population un vieillissement actif.Un programme VADA, comme l\u2019entend l\u2019OMS, s\u2019articule autour de huit champs d\u2019intervention: habitat; transport; respect et inclusion; participation sociale; engagement social et citoyen; communication et information; soutien communautaire et services de santé; enfin, espaces extérieurs et bâtiments.Nicole F.Bernier, directrice de recherche du programme Les défis du vieillissement à l\u2019Institut de recherche en politiques publiques, juge favorablement le mouvement, mais elle rappelle l\u2019importance pour les autorités gouvernementales et locales de ne pas improviser, ni d\u2019y aller à la pièce.«Plusieurs municipalités optent pour la gratuité des transports en commun pour les personnes âgées sans se demander si c\u2019est vraiment utile.C\u2019est une mesure coûteuse, dont on ignore si ça aide les gens.Il faut non seulement analyser tous les besoins, mais aussi les conséquences des mesures qu\u2019on veut prendre pour les combler.» La chercheuse croit que cela pourrait signifier, pour le gouvernement, accorder plus de pouvoirs aux municipalités, revoir des tonnes de règlements et même l\u2019aménagement du territoire.À cet égard, le plan d\u2019aménagement du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, dont l\u2019objectif est de concentrer et de densifier le développement immobilier autour des pôles de transport en commun, est une idée parfaitement adaptée à une société vieillissante.Tout ce qui touche l\u2019offre d\u2019activités physiques et de plein air devra correspondre aussi aux besoins des personnes âgées.«C\u2019est incontournable si on veut faire du vieillissement une expérience meilleure, dit Patrik Marier, directeur scientifique du Centre de recherche et d\u2019expertise en gérontologie sociale (CREGES) de l\u2019Université Concordia.Ces infrastructures permettent aux personnes âgées de faire de l\u2019exercice et de maintenir un réseau social.Les Scandinaves nous en donnent l\u2019exemple.» Des travaux en neuropsychologie du vieillissement du chercheur Louis Bherer, directeur scientifique du Centre PERFORM de l\u2019Université Concordia, confirment l\u2019importance de maintenir physiquement actives les personnes âgées.Ce qui est bon pour le cœur (ça, on le savait), mais pour l\u2019âme aussi.Son étude, menée en 2010 auprès de 21 femmes et 4 hommes, démontre que la mémoire et la capacité d\u2019attention des participants s\u2019améliore avec l\u2019entraînement physique.Bougeons! Nos villes ne s\u2019en porteront que mieux.É.G.L J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C hM HEA AM LJIEEF mou.All AJE EE M Eh.Ad aE _\u2014\u2014 == Chaire de recherche Industrielle Alllante mn\" sur les enjeux économiques a 3 des changements démographiques .UNE ALLIANCE D\u2019AVANT-GARDE ENTRE LUNIVERSITÉ LAVALET ~~ L'UNIVERSITE DU QUEBEC A MONTREAL L'enjeu des changements démographiques sera probablement fe plus grand défi auquel la société devra faire face au cours des prochaines.années.ee, \u201c Le Québec vieilit.Et rapidement, Au début des années 2010, on comptait, sur le territoire québécois, plus de 4 personnes en âge de travailler pour un aîné.En 2030, ce ratio passera sous les 2,5.Ce phénomène aura des répercussions sur la croissance économique et sur le niveau de vie des citoyens.Il exercera également des pressions considérables sur (es revenus et les dépenses des gouvernements.C'est pour traiter de ce type d'enjeux que la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques a été créée, grâce à uns entente entre l'Université Laval et l'Université du Québec à Montréal (UQAM).La chaire vient combler l\u2019absence, au Québec et au Canada, d'organisations consacrées à la recherche économique sur les changements démographiques.Une équipe issue des deux universités a mis sur pied, au cours des dermières années, un programme de recherche umique au Canada portant sur ces questions et tournant autour de modèles de microsimulation.La crés- tion dé la chaire assure notamment le développement et l'expansion de ce programme.Au-delà d'une production scientifique de grands qualité et de la tenue d'activités de transfert accessibles a un large public, 1a chaire maximisera les retombées de ses travaux de pointe à l\u2019aide d'un bulietin de liaison, d\u2019un site Wab et de brèves notes vulgarisées.Mission u Améliorer l'état des connaissances scientifiques sur fes répercussions des changements démographiques sur les comportements, le niveau de vie, le développement social et économique ainsi que sur les finances publiques.um Contribuer à [a formulation \u2014 et à la compréhension des effets \u2014 de politiques privées et publiques pouvant permettre de mieux répondre aux enjeux économiques et sociaux auxquels le Québec et le Canada sont confrontés.u Nourrir le débat de soclété sur ces enjeux en faisant la promotion d'une meilleure compréhension et d\u2019une meilleure adaptation des politiques et des comportements ayant trait a ces enjeux, plus particulièrement des politiques et des comportements liés au travail, à la retraite, à l'épargne, à la famille et à la santé.u Assurer Une relève québécoise de qualité en Économique et en sclencés sociales en formant des étudiants.aux cycles supérieurs sur ces enjeux.* Unique en son genre La chaire réunira des chercheurs de l'Université Laval ét 7\u201d de l'Université du Québec à Montréal.Elle est dirigée par le professeur Jean-Yves Duclos (Département d'économique, Facufté des sciences sociales de l'Université Laval) et le professeur Plerre-Carl Michaud (Département des sciences étonomiques, ESG UQAM).Tous deux sont détenteurs d'un doctorat en économique, respectivement de la London School of Economics (Royaume-Uni) et de l'Université de Tiiborg (Pays-Bas).M, Duclos possède una longue feuille dé route en recherche, principalement sur les enjeux d'inégalites, de pauvreté, de capital humain ét de pofitiquas publiques.{I est directeur du Département d'économique et directeur scientifique du Partenarlat pour les politiques économiques, et ancien directeur du GIRPÉE.|| siège également à dé nombreux comités éditoriaux de revues savantes.M.Michaud est spécialisé en économie du travail, de la santé et du vieil- fissement, Siégeant lui aussi à plusieurs comités de revues, À a été nommé mémbre de fa Commission d'examèn sur la fiscalité québécoise au printemps 2014.A 4e 1 \u2014- \u2019 es.3) > _ ;, ey te \u2018 ap en a ! - - 9\u201d | - © L ~ i a Ce \\ J | ¢ , - - \\ oo bug a La chaire est unique en Son gern au Québec ef au Ganada.«Nous sommes à l'avant-garde en oo TM Des partenaires majeurs économique sig Les partenaires de la chaire ont Lin intérêt pour les questions les changements à étude ainst que pour les méthodes qui seront dévelop- démographiques», pes ef utilisées, Industrielle Alliance, quatrième compa- selon les gnie d'assurance de personnes en importance au Canada, cobtulaires est un fournisseur important de produits d'assurance vie et 4 Jean-Yves Duclos maladie et d'épargne: les connaissances développées par ; et Pierre-Cart la chalre généreront un regard privilégié sur les retombées 2 Michaud, des changements démographiques sur la demande pour ces ' * -sefvices et sur les perspectives financibres et de santé des Plerre-Carl Michaud de CUGAM aux côtés de Jean-Yves Duclos Québécois et des Canadiens.De même, de par sa mission de l'Université Lavai lors de l'inauguration de la chaire dont iis Pe ent cotitulaires, le 10 septembre 2014 à Québec.visant à contribuer à la sécurité financière des Québécois, la \u2014 Rêgie des rentes du Québec est un partenaire naturel pour ka chaire; son plan stratégique fait état de préoccupations ° quant au vieillissement de la population.Le programme de , la chaire est aussi d\u2019une grande pertinence pour le CIRAND, çÇ qui à récemment mis sur pled Un groupe visant # soutenir la \u2018 recherche sur [es changements démographiques, Hégie des rentes 2m Québec na _ Chaire de recherche Industrielle Alliance x \u2014 sur les enjeux économiques cron des changements démographiques ea AvAL UQAM REIN EEE Eile] B:l]li Bia Dans la vie quotidienne, le temps qui passe évoque le vieillissement, la mort.Comment la physique, elle, aborde-t-elle la question du temps?Nous avons l\u2019impression que c\u2019est le temps qui est responsable du vieillissement.C\u2019est peut-être aller un peu vite en besogne.Si l\u2019on en croit la physique, le temps et le changement ou, si vous préférez, le temps et le devenir, sont deux choses différentes.Le temps est représenté dans les équations comme une entité dont la nature ne change pas au cours du temps\u2026 Ainsi, ce n\u2019est pas le temps lui-même qui nous fait vieillir, mais ce qu\u2019il advient en nous à mesure qu\u2019il passe: les phénomènes biologiques, l\u2019usure cellulaire, etc.Roman Opalka, un peintre franco- polonais mort en 2011, a justement produit une œuvre qui sépare le temps du vieillissement, exactement comme le fait la physique.Pendant plus de 45 ans, il a peint la suite des nombres entiers, 1, 2, 3, etc., jusqu\u2019à plusieurs millions, pour représenter le cours du temps, la suite des instants, qui sont tous différents mais tous construits de la même façon.Parallèle ment, il s\u2019est pris en photo à intervalles réguliers, pour montrer son visage qui vieillissait.On distingue donc deux notions, D\u2019abord, ce que les physiciens appellent le «cours du temps», qui est le fait que le temps passe.Il est tel qu\u2019on ne peut pas retrouver dans le futur un instant qu\u2019on a déjà traversé dans le passé.La seconde est la «flèche du temps» qui est le fait que les choses changent de façon irréversible.Elle empêche qu\u2019un système retrouve dans le futur un état qu\u2019il a déjà connu dans le passé.La flèche du temps ne doit pas être confondue avec le cours du temps.Pourquoi est-ce si difficile de définir le temps?La principale difficulté est liée au langage qui a tendance à confondre le temps et les phénomènes temporels.Le mot «temps» est utilisé pour dire autre chose que lui- même.On l\u2019emploie pour désigner le vieillissement, la succession, la simultanéité, la durée, etc.Par exemple, si on observe des phénomènes cycliques, on a tendance à dire que le temps est lui-même cyclique.Ou bien on évoque un «temps biologique», sous prétexte qu\u2019il existe des temporalités propres aux phénomènes biologiques.Ainsi, on invente autant de sortes de temps qu\u2019il y a de phénomènes temporels.Le temps devient victime d\u2019une polysémie fulgurante qui empêche de le penser pour 18 Québec Science | Novembre 2014 ENTREVUE ÉTIENNE KLEIN Qu\u2019est-ce que c\u2019est, Directeur du Laboratoire des Recherches sur les Sciences de la Matière (LARSIM) du Commissariat à l\u2019énergie atomique (CEA), à Saclay, en France, Étienne Klein est aussi l\u2019auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation, dont Les tactiques de Chronos, paru en 2003, et Le facteur temps ne sonne jamais deux fois (Flammarion, 2007).Étienne Klein: «Ce n\u2019est pas le temps lui-même qui nous fait vieillir.» O S C A R B U R R I E L / S P L ce qu\u2019il est.Afin d\u2019y voir plus clair, il faudrait procéder, comme le suggérait Paul Valéry, à un «nettoyage de la situation verbale».Alors, comment devrait-on en parler?Toutes les définitions du temps dans le langage commun (quelque chose qui «passe», par exemple) présupposent ou contiennent déjà l\u2019idée de temps.Ce sont donc des métaphores du temps; pas des définitions de ce concept fondamental.En physique, on n\u2019a pas besoin de définir le temps.Il est posé a priori; il existe de lui-même.Mais on pourrait dire que le temps, c\u2019est ce qui fait que tout instant présent, dès qu\u2019il apparaît, est remplacé par un autre instant présent.Le temps est ce qui garantit l\u2019existence du présent en permanence.Un présent renouvelé, mais toujours manifeste.Depuis quand la notion de temps intéresse- t-elle les physiciens?Le paramètre temps est apparu avec Ga- lilée; et Newton l\u2019a formalisé.Ce sont eux qui ont eu l\u2019idée de l\u2019insérer dans la description des lois physiques, en commençant par la chute des corps.C\u2019est donc une notion moderne qui n\u2019existe que depuis quatre siècles.Newton a postulé que le temps est indépendant de ce qui se passe en son sein, et qu\u2019il n\u2019a aucune des propriétés que le langage commun lui attribue.Il est linéaire, continu.La simultanéité de deux événe- ments y est absolue.En d\u2019autres termes, le temps est universel; il est le même pour tous.Mais au début du XXe siècle, Einstein réfute cette notion de temps universel.Dans sa théorie de la relativité, il lie l\u2019espace et le temps, n\u2019est-ce pas?Il a en effet démontré que la séparation que l\u2019on fait entre l\u2019espace et le temps n\u2019est pas absolue, qu\u2019elle dépend du référentiel.La théorie de la relativité, qui est une révolution, est trop souvent présentée comme une simple modification de l\u2019espace et du temps de Newton.On dit ainsi que le temps a une vitesse qui dépend de l\u2019observateur.C\u2019est un raccourci trompeur car, mathématiquement, le temps ne peut pas avoir de vitesse.De plus, cela laisse entendre à tort qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019un seul temps, «élastique», qui s\u2019écoulerait différemment selon celui qui l\u2019observe.En fait, ce que dit la relativité, c\u2019est qu\u2019il existe autant de temps propres qu\u2019il existe d\u2019observateurs différents.Quand vous êtes en mouvement, tout se passe pour vous comme si vous n\u2019étiez pas en mouvement.Votre montre marque les secondes au même rythme que lorsque vous êtes immobile.En revanche, si vous vous déplacez par rapport à quelqu\u2019un, quand vous retrouverez cet observateur après votre voyage, vos montres, qui étaient synchronisées au départ, ne le seront plus.Les temps propres se désynchronisent quand les observateurs qui portent les Novembre 2014 | Québec Science 19 t, ce temps qui passe?Il se rappelle à nous constamment: tic-tac des horloges, succession des jours et des nuits, apparition des rides sur le visage.Le temps passe inéluctablement, insaisissable, qu\u2019on le trouve trop court ou trop long, qu\u2019on en manque ou qu\u2019on ne sache qu\u2019en faire.Comment le définir?Comment l\u2019expliquer?Pourquoi ne peut-on l\u2019arrêter?Autant de questions auxquelles se consacre Étienne Klein, physicien et philosophe des sciences.Propos recueillis par Marine Corniou montres se déplacent les uns par rapport aux autres.Quand on change de réfé - rentiel, il y a toujours du temps et de l\u2019espace, mais la séparation entre les deux s\u2019est déplacée.Cela se traduit par le fait que, dès lors que deux événements ayant lieu en deux endroits différents sont simultanés pour vous, ils ne le sont pas pour les observateurs en déplacement par rapport à vous.C\u2019est contre-intuitif.En effet! D\u2019ailleurs, dans le langage courant, on entend souvent que le temps «accélère» à mesure que l\u2019on vieillit.D\u2019un point de vue physique, dire que le temps accélère est absurde.Que notre perception des durées évolue avec l\u2019âge, soit.Mais le temps lui-même est complètement indépendant de notre âge, de ce qu\u2019on fait ou de notre état.Le temps n\u2019est pas affecté par notre état physique.D\u2019où vient cette certitude que le temps ne varie pas?Dans une équation physique, le paramètre t, qui représente le temps, ne dépend pas de t.Cela signifie que tous les instants qui se présentent, bien qu\u2019ils soient inédits, ont le même statut que tous ceux qui ont précédé et que tous ceux qui vont suivre.Autrement dit, les lois physiques sont les mêmes aujourd\u2019hui que dans le passé, elles ne dépendent pas du temps.Un four à microondes fonctionne aujourd\u2019hui et fonctionnera demain parce qu\u2019il a été construit à partir des lois de Maxwell, et ces lois n\u2019évoluent pas.Le temps ne fait que transporter avec lui l\u2019invariance des lois physiques.Pourtant, les physiciens ne sont pas tous d\u2019accord sur le temps.Certains, comme Carlo Rovelli du Centre de Physique Théorique, à Marseille, vont jusqu\u2019à dire que le temps n\u2019existe pas, que c\u2019est une illusion.Qu\u2019en pensez-vous?Pour dire que le temps n\u2019existe pas, il faut savoir exactement ce qu\u2019il est.Or, Carlo Rovelli, que je connais bien, utilise dans tous ses livres un langage temporel («évolution», «changements dynamiques», etc.).Il n\u2019arrive pas à énoncer sa théorie sur l\u2019absence du temps sans faire référence au temps.De nombreux physiciens travaillent comme lui sur des théories physiques plus abstraites, dans lesquelles le temps et l\u2019espace n\u2019existent pas a priori.Dans certains modèles, le temps apparaît alors comme une propriété qui émerge au-dessus d\u2019un substrat qui ne le contient pas.Il devient une entité, un peu comme l\u2019écume d\u2019une vague, qui se manifeste au-dessus, sans être présente dans la vague elle-même.Mais pour moi, penser l\u2019absence de temps, c\u2019est envisager la disparition de tout ce qui a été ou est présent.C\u2019est-à- dire envisager le néant.Les physiciens tentent depuis un siècle de réunir la relativité générale et la physique quantique en une théorie unique.Le temps a-t-il un rôle à jouer dans cette recherche?C\u2019est même le cœur du problème.L\u2019espace-temps de la physique quantique n\u2019est pas le même que l\u2019espace-temps de la relativité générale qui décrit la gravitation.L\u2019espace-temps de la mécanique quantique est statique; celui de la relativité générale est souple et dynamique, il dépend du contenu.Quand on veut unifier les deux théories, on a donc un problème de cohérence.Certains chercheurs, par exemple avec la théorie des cordes, ajoutent des dimensions supplémentaires à l\u2019espace-temps pour essayer de trouver une concordance.Il y a de nombreuses théories, mais la difficulté est de trouver un moyen de les tester expérimentalement.Quelles sont les autres énigmes que pose le temps?Celle du moteur du temps.Qu\u2019est-ce qui fait que le temps avance?Qu\u2019est-ce qui nous empêche de rester au même moment présent?Qu\u2019est-ce qui nous oblige à suivre le cours du temps?Le moteur du temps est-il le temps lui-même?Est- il physique?Est-il lié à notre conscience, à notre situation d\u2019observateur?On ne le sait pas.?20 Québec Science | Novembre 2014 Roman Opalka, peintre franco-polonais, s\u2019est photographié pour illustrer le vieillissement.«Il sépare le temps du vieillissement exactement comme le fait la physique», dit Étienne Klein.En octobre 1971, deux physiciens états-uniens, Joseph Hafele et Richard Keating, ont mesuré de façon directe l\u2019effet de la relativité d\u2019Einstein en embarquant quatre horloges atomiques sur des vols commerciaux.Après deux tours du monde (l\u2019un vers l\u2019ouest, l\u2019autre vers l\u2019est), ils ont comparé ces horloges à une horloge de référence située à Washington.Bilan?La désynchronisation prédite par la théorie était bien réelle.Les horloges ayant voyagé vers l\u2019est avaient un «retard» de 59 nanosecondes, et celles ayant volé vers l\u2019ouest, à l\u2019encontre du sens de rotation de la Terre, affichaient une «avance» de 273 nanosecondes. Dans un livre que vous avez écrit il y a quelques années La Terre et moi, vous avez fait un calcul assez amusant en vous demandant combien d\u2019espace de paysages on peut voir dans une vie.Cela mesure notre agitation terrestre, disiez-vous.Vous estimiez en avoir vu vous-même 10 000 km2.Est-ce suffisant?Je ne sais plus.Cela me fait penser à une légende racontée par Tolstoï.Un jour, dans la steppe, le diable propose un marché à un paysan.Ce dernier peut devenir propriétaire de toute la terre qu\u2019il arrivera à circonscrire entre le lever et le coucher du soleil.Le bougre accepte le pacte.Le matin venu, il se met à courir comme un déchaîné.Sans relâche, toute la journée.Mais, à quelques secondes du coucher du soleil, le souffle lui manque.Il tombe d\u2019épuisement et meurt.Le diable le rejoint et creuse un trou de 2 m2 pour l\u2019enterrer.«Voilà, c\u2019est tout ce qu\u2019il faut de terre à l\u2019homme», grogne-t-il entre ses crocs.Reste que, dans la vie réelle, «plus on vieillit, plus le champ des nouveaux horizons s\u2019amenuise et se ferme sur lui-même», notez-vous encore.Peut-on tout de même apprécier différemment les choses en prenant de l\u2019âge?Les séniors \u2013 comme disent les Français \u2013 sont les nouveaux errants.Dans les faits, ils voyagent de plus en plus, au point de composer au moins le tiers de la clientèle des agences de voyages.Cherchent-ils donc le paradis?Mais il ne faut pas se tromper; on n\u2019explore pas, lorsqu\u2019on va dans des lieux qui nous sécurisent.Notre expérience du monde reste d\u2019autant limitée.Il y en a certains pour qui voyager signifie «partir au loin», «partir à l\u2019autre bout du monde».A contrario, je pense au petit livre très amusant de Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre.On peut faire un riche voyage autour de son jardin ou le long de sa rue.Il faut remarquer que de nombreux progrès technologiques contribuent maintenant à notre expérience du monde.Je pense aux trains à grande vitesse, aux avions plus performants que jamais.Ils ont favorisé une accélération de nos déplacements qui a peut-être permis un accroissement de notre territoire, comme le voulait le paysan dans la légende de Tolstoï.Mais l\u2019habitat de l\u2019humain peut-il s\u2019apprécier de cette façon?Car, en revanche, on perd de plus en plus le sens du détail et du lieu.Vieillir, pour moi, devrait nous fournir l\u2019occasion d\u2019enrichir et de raffiner notre regard.Faut-il voyager pour ça?Je me le demande.On raconte qu\u2019un homme d\u2019affaires très riche de la Beauce restreignait son expérience du monde à sa propre entreprise et au petit restaurant du coin où il allait chaque matin bavarder avec ses employés en prenant un café.C\u2019était là un univers qui le satisfaisait pleinement.Il ne ressentait aucun besoin de voyager.Mais son épouse finit par le convaincre d\u2019aller en Europe.Ils se sont promenés en limousine avec chauffeur.Le plus souvent, notre bonhomme dormait.Son épouse le poussait du coude pour qu\u2019il admire les cathédrales, les châteaux, les musées et autres artéfacts, mais tout cela n\u2019avait pour lui aucune signification particulière.Devant chacun de ces monuments, il se contentait de dire: «Ah! que c\u2019est vieux!» Et il pensait à ses rencontres matinales au petit restaurant du coin qui avait bien plus d\u2019intérêt pour lui que tous les monuments anciens de la vieille Europe! J\u2019ai aimé voyager.Toutefois, j\u2019estime que les mots m\u2019ont aussi fait voyager.Ultimement, notre essence reste dans la manière d\u2019être habitant du monde.Y a-t-il un lieu, une ville où il ferait bon vivre et vieillir?Cela dépend de chacun de nous.Je crois qu\u2019une ville viable est une ville qui se laisse imaginer.Une ville qui ne se laisse pas construire par l\u2019imaginaire est une prison.Athènes, par exemple, c\u2019est 3 000 ans d\u2019histoire.Quand vous vous assoyez sur une pierre devant le Parthénon, vous pouvez vous raconter la ville à votre façon, c\u2019est divin.Toutes les villes n\u2019ont pas cette puissance.Qu\u2019est-ce que je pourrais dire d\u2019Edmonton?Désolé, ça ne me vient pas.Québec se laisse bien imaginer, en comparaison, L\u2019Amérique est-elle trop banale pour bien vieillir?Elle a tendance à nier l\u2019usure des choses, le vieillissement.C\u2019est dépassé?On démo - lit! L\u2019être humain y est perçu de la même façon.Vieillir?Notre société américaine nie l\u2019âge de nos apparences.Que voulez- vous, elle préfère les masques.?L\u2019agitateur terrestre «Notre essence, c\u2019est d\u2019habiter», dit le géographe, professeur et écrivain Luc Bureau.Nous l\u2019avons rencontré au bistrot Le Temps perdu, situé au 46.7857 latitude nord et 71.2688 longitude ouest.Un bon endroit pour discuter de la vie qui passe.Propos recueillis par Raymond Lemieux Novembre 2014 | Québec Science 21 Maintenant à la retraire, Luc Bureau a été professeur de géographie à l\u2019Université Laval.Il a notamment écrit: La Terre et moi, Boréal, 1991, Pays et mensonges, Boréal, 1999, L\u2019idiosphère, De Babel au village universel, l\u2019Hexagone, 2001 Luc Bureau: «Les séniors les nouveaux errants.» ENTREVUE LUC BUREAU corps change COMPRENDRE LE QUI LE TEMPS TRANSFORME TOUT.IL NOUS FAÇONNE ET IL NOUS VIEILLIT.NOUS SOMMES ŒUVRE DU TEMPS.22 Québec Science | Novembre 2014 n sait à peu près à quoi s\u2019attendre: un bébéHomo sapiens né au Canada en 2012 vivra en moyenne 80 ans.Idem pour les rejetons des autres pays développés, où les maladies infectieuses et la malnutrition tuent peu.Mais qu\u2019en est-il des autres espèces?Dans la nature, rares sont les animaux qui atteignent leur âge maximal potentiel.Souvent, la prédation, les accidents et les maladies les emportent bien avant la sénescence liée au poids des années.D\u2019ailleurs, les estimations de longévité des différents animaux proviennent, le plus souvent, d\u2019observations de spécimens en captivité.Il en ressort une diversité phénoménale! Ainsi, une mouche domestique termine son cycle de vie en 17 jours, alors que certaines reines termites peuvent vivre 17 ans.Une souris, même bien nourrie et protégée, ne vivra pas plus de 5 ans, alors qu\u2019une chauve-souris peut atteindre 20 ou 40 ans.Le rythme du vieillissement non plus n\u2019est pas constant.Un saumon va dégénérer et mourir en quelques jours après avoir frayé, alors qu\u2019une tortue pourra vivre plusieurs décennies sans montrer le moindre signe de sénescence.Et même au sein d\u2019une famille comme les primates, par exemple, la vieillesse ne frappe pas de façon équitable.Chez les humains, les centenaires ne sont pas rares et le record est détenu par Jeanne Calment, une Française morte à plus de 122 ans.Nos proches parents, les chimpanzés, atteignent exceptionnellement l\u2019âge vénérable de 60 ans, tandis que les ouistitis communs vivent en moyenne de 5 à 7 ans, avec un maximum enregistré de 16 ans en captivité.Certes, les plus gros animaux tendent à vivre plus longtemps que les petits, pour des raisons partiellement mystérieuses.On pense, étant donné leur métabolisme plus lent et leur cœur battant moins vite, que leurs cellules se dégradent plus lentement que celles des petites bêtes.Mais là encore, les exceptions sont courantes: si l\u2019énorme baleine boréale, dont le métabolisme est très lent, détient le record de longévité des mammifères \u2013 elle vit facilement plus de 150 ans \u2013, de petites palourdes d\u2019eau froide, elles, vont atteindre les 300 ou 400 ans! Et elles ne sont pas les seules vieillardes au sein du règne animal.En voici quelques autres.Novembre 2014 | Québec Science 23 Une loi de la nature Par Marine Corniou O 80 ans C O R B I S Les tortues géantes La légende raconte qu\u2019Harriet a été capturée aux Galápagos par Charles Darwin, lors de son fameux voyage de 1835 à bord du Beagle.Si les analyses génétiques ont indiqué qu\u2019elle provenait en fait d\u2019une île sur laquelle Darwin n\u2019a jamais mis les pieds, l\u2019âge attribué à cette tortue géante, lui, s\u2019est révélé exact.En 2006, la bête de 150 kg s\u2019est éteinte à 176 ans dans un zoo australien, après avoir passé, au début de sa vie, quelques années au Royaume-Uni.La même année, au zoo de Calcutta, en Inde, la tortue géante Adwaita fermait elle aussi les yeux, à un âge estimé à 255 ans, ce qui fait d\u2019elle l\u2019une des plus vieilles représentantes connues des vertébrés.Le titre de doyen est maintenant détenu par Jonathan, une tortue géante des Seychelles, qui coule des jours paisibles à Sainte-Hélène, dans l\u2019Atlantique Sud.Probablement capturé en 1882, alors qu\u2019il était déjà adulte, ce mâle costaud aurait au- jourd\u2019hui 182 ans.À une décennie près, il aurait pu côtoyer Napoléon, en exil sur l\u2019île.La baleine boréale Pouvant mesurer 20 m de long pour une centaine de tonnes, Balæna?mysticetus évolue dans les eaux arctiques et subarctiques.Il y a une quinzaine d\u2019années, des Autochtones d\u2019Alaska ont découvert plusieurs pointes de harpon en ivoire, centenaires, fichées dans la graisse d\u2019une baleine boréale fraîchement chassée.Alertés, des biologistes de l\u2019université d\u2019Alaska ont décidé d\u2019évaluer l\u2019âge de cinq baleines pêchées \u2013 en mesurant le taux d\u2019acide aspartique présent dans le globe oculaire des animaux.Verdict?La plus jeune avait 91 ans; et la plus vieille, 211 ans! Le rat-taupe nu Originaire d\u2019Afrique de l\u2019Est, Heterocephalus?glaber?n\u2019a pas un physique enviable, mais sa longévité est exceptionnelle.En effet, le rat-taupe nu peut vivre jusqu\u2019à 31 ans en captivité, soit de 5 à 10 fois plus que sa cousine la souris.Et ce n\u2019est pas tout: il ne développe jamais de cancer, ni naturellement ni en laboratoire lorsqu\u2019on lui injecte des cellules tumorales.Son secret de jouvence est encore bien gardé, mais le séquençage de son génome en 2011 a permis de lever le voile sur certains atouts du rongeur.Ainsi, le rat-taupe possède-t-il un gène, appelé p16, qui bloque instantanément toute prolifération anormale de cellules.En avril 2014, une étude a lié son étonnante durée de vie à la présence d\u2019une protéine appelée HSP25 qui joue un rôle de sentinelle dans les cellules et élimine efficacement les molécules anormales ou endommagées, avant qu\u2019elles ne puissent altérer l\u2019organisme (voir l\u2019article à la page 30).Méduses et compagnie En matière d\u2019immortalité, les méduses et les autres membres de l\u2019embranchement des cni- daires tiennent le haut du pavé.L\u2019hydre, notamment, un petit polype d\u2019eau douce de quelques millimètres, intéresse depuis longtemps les scientifiques de par sa capacité à se régénérer presque indéfiniment.Elle se reproduit d\u2019ailleurs par bourgeonnement, faisant pousser sur son corps une nouvelle petite hydre qui se détache ensuite pour vivre sa propre vie.En 2012, des chercheurs allemands ont découvert que le gène FoxO jouait un rôle dans la vitalité et le nombre des cellules souches présentes chez l\u2019hydre.Fait étonnant, ce gène est également présent chez les vertébrés, dont l\u2019homme, et il semble très actif chez les centenaires\u2026 Dans la même famille, plusieurs méduses possèdent elles aussi ce «don d\u2019immortalité».L\u2019espèce Turritopsis dohrnii, en particulier, est carrément capable d\u2019inverser son cycle de vie, en cas de famine ou de conditions difficiles.Elle parvient à retourner à l\u2019état larvaire, un peu comme un papillon qui redeviendrait chenille.Quand les conditions s\u2019améliorent, elle se développe à nouveau en un individu adulte.On ignore encore comment ses cellules parviennent à inverser ainsi le cours du temps.Les cellules immortelles Immortelles s\u2019il en est, les cellules cancéreuses ont ceci de redoutable qu\u2019elles deviennent insensibles au vieillissement.Se multipliant indéfiniment, elles parviennent à inactiver les gènes qui contrôlent normalement la mort cellulaire programmée, l\u2019apoptose.L\u2019exemple le plus célèbre est celui des cellules HeLa, véritables coqueluches des labos, citées dans pas moins de 60 000 publications scientifiques! À l\u2019origine, elles proviennent d\u2019une mère de famille,Henrietta Lacks, qui a été admise à l\u2019hôpital Johns Hopkins, à Baltimore, aux États-Unis, pour un cancer du col de l\u2019utérus en 1951.Prélevées sur la patiente, ces cellules particulièrement agressives sont les premières cellules humaines cancéreuses à avoir survécu en culture.Plus de 60 ans après la mort de Henrietta Lacks, les cellules continuent à se multiplier à une vitesse inédite dans des labos du monde entier.24 Québec Science | Novembre 2014 211 ans 255 ans 31 ans POUR ÉTUDIER LES MÉCANISMES DU VIEILLISSEMENT, LES CHERCHEURS UTILISENT LES MODÈLES «CLASSIQUES» DE LABORATOIRE, À SAVOIR DES SOURIS, DES RATS, DES DROSOPHILES, DES VERS ET DES LEVURES.MAIS ILS S\u2019INTÉRESSENT AUSSI À DES ANIMAUX PLUS ATYPIQUES.Quel est le lien entre vieillissement et cancer?Gerardo Ferbeyre, professeur à l'Université de Montréal, répond à cette question (et à bien d\u2019autres) sur www.quebecscience.qc.ca/podcast. Des bactéries du fond des âges Se réveiller frais et dispos après un sommeil de 250 millions d\u2019années, c\u2019est l\u2019exploit qu\u2019aurait réalisé, en 2000, une bactérie retrouvée dans un cristal de sel à 569 m de profondeur, à Carlsbad au Nouveau-Mexique.Isolée et plongée dans une solution nutritive, la belle s\u2019est réveillée comme si de rien n\u2019était.Bien que cette publication du journal Nature ait été vivement critiquée (certains suggérant qu\u2019une bactérie moderne aurait contaminé l\u2019échantillon), il ne s\u2019agit pas d\u2019un exemple isolé.Car il arrive souvent que des bactéries logées dans le permafrost ou la glace, par exemple, reviennent à la vie après plusieurs centaines de milliers d\u2019années d\u2019hibernation.En 2007, des bactéries d\u2019Antarctique ont même ressuscité, après 8 millions d\u2019années passées dans la glace.Immortelles, donc, les bactéries?En quelque sorte, oui.Car si elles succombent aux sécheresses, à la disette ou aux virus, elles ne meurent pas de vieillesse.Elles se reproduisent en se divisant, si bien qu\u2019une mère «devient» ses deux filles en se scindant en deux, accédant ainsi à la vie éternelle! La palourde Ming En 2006, des chercheurs britanniques ont prélevé, lors d\u2019une expédition en Islande, une palourde (Arctica islan- dica) dont l\u2019âge a été estimé à 507 ans.C\u2019est en comptant le nombre de cernes sur sa coquille et en confirmant leur résultat par une mesure au carbone 14 que les biologistes ont pu déduire l\u2019âge du mollusque.Malheureusement, les chercheurs l\u2019ont accidentellement congelé \u2013 et tué \u2013 sur le bateau.La bête a été nommée Ming, à titre posthume, du nom de la dynastie chinoise en place lors de sa naissance, en 1499.Sa forte résistance au stress oxydatif, c\u2019est-à-dire aux radicaux libres, et sa capacité à éliminer les protéines anormales pourraient expliquer en partie la surprenante durée de vie de cet animal.Les moins chanceux Les éphémères, aussi appelés «mannes», portent bien leur nom: ils font partie des insectes dont la vie adulte est la plus brève.Chez l\u2019espèce Dolonia americana, la femelle vit moins de cinq minutes, durant lesquelles elle doit trouver un partenaire, s\u2019accoupler et pondre.La plupart des autres espèces d\u2019éphémères, elles, ont la «chance» de bénéficier de quelques heures ou de quelques jours de plus pour accomplir leur mission.Si de nombreux insectes ont une vie adulte réduite, leur existence à l\u2019état larvaire est généralement plus longue.Certains coléop - tères xylophages peuvent ainsi passer de 30 à 40 ans dans un arbre ou un meuble, à l\u2019état de larve, avant de muer en adulte.Et les végétaux ?4 846 ans, c\u2019est l\u2019âge de Mathusalem, le nom donné à un pin Bristlecone (Pinus?longæva) des White Mountains de Californie longtemps considéré comme l\u2019arbre le plus vieux de la planète.Il a été détrôné en 2008 par un épicéa suédois, le vieux Tjikko, âgé de 9 550 ans à en croire le nombre de ses anneaux de croissance.Pas étonnant que des arbres vivent si vieux, puisque leurs cellules ne se dégradent pas avec le temps.Par contre, ils s\u2019affaiblissent avec l\u2019âge.C\u2019est surtout parce qu\u2019ils ont une croissance continue et que, à force de grandir, ils finissent par être trop lourds pour leur structure, ou trop développés pour que la sève puisse irriguer correctement leur feuillage.En outre, plus ils vivent longtemps, plus ils sont exposés aux virus, aux intempéries, aux champignons et aux autres parasites.Malgré tout, certains parviennent à déjouer les pièges du temps.Car les végétaux possèdent tous des cellules non différenciées qui constituent des tissus \u2013 les méristèmes \u2013 que l\u2019on trouve notamment dans les bourgeons.C\u2019est grâce à eux que l\u2019on peut bouturer une plante, et c\u2019est aussi ce qui permet à certains arbres de se cloner presque indéfiniment.En Utah, une colonie de peupliers faux-trembles (Populus?tremuloides) se reproduirait ainsi, à partir d\u2019un seul individu, depuis 80 000 ans, selon des analyses génétiques et une estimation du taux de croissance.L\u2019ensemble pèse aujourd\u2019hui 6 600 tonnes, troncs et système racinaire compris! Novembre 2014 | Québec Science 25 5 minutes 507 ans 4846 ans 250000000 d\u2019années reiner le vieillissement, prolonger la durée de vie ou même faire rajeunir les organes fatigués; ces rêves un peu fous sont en passe de devenir réalité.Car les avancées génétiques et moléculaires récentes ont permis de mieux comprendre les mécanismes qui entraînent la dégradation progressive de nos 10 000 milliards de cellules.Sous l\u2019effet du temps, en effet, celles-ci cessent peu à peu de se renouveler, leur machinerie interne se dérègle, les déchets s\u2019y accumulent, la qualité de leurs composantes se dégrade.Peut-on empêcher l\u2019inéluctable?La tâche, en tout cas, n\u2019est pas facile.Plus la recherche progresse, plus le constat s\u2019impose: le vieillissement résulte d\u2019une intrication complexe de nombreux facteurs, à la fois intrinsèques \u2013 notre organisme est programmé pour vieillir \u2013 et environnementaux \u2013 pollution, tabagisme, alimentation, exposition aux UV, etc.Au total, plus de 300 théories ont jusqu\u2019ici été élaborées pour expliquer pourquoi et comment notre organisme vieillit.Impossible, donc, de trouver un seul gène ou substance, qui pourrait garantir la jeunesse éternelle.Mais voici les pistes que privilégient les chercheurs.Les promesses des gérontogènes Les centenaires ont-ils de meilleurs gènes que les autres?La question turlupine les biologistes qui tentent depuis le début des années 2000 d\u2019identifier les gènes de la longévité, ou «gérontogènes», pour percer le secret du grand âge.En 2009, une équipe allemande a ainsi comparé les caractéristiques génétiques de 388 centenaires avec celles de 731 individus plus jeunes.Résultat, les centenaires sont nombreux à posséder une certaine variante du gène FOXO3A qui participe à l\u2019élimination des cellules endommagées ou âgées, limitant le risque de cancer.Autre gène important, l\u2019APOE, qui assure le transport du cholestérol, et dont une version «améliorée» se retrouve, elle aussi, chez de nombreux centenaires.Hélas, aucun gène ne suffit à expliquer, à lui seul, pourquoi certains arrivent vaillants à leur quatre-vingt- dixième anniversaire; et d\u2019autres, non.En fait, le vieillissement est régi par des dizaines, voire des centaines, de gènes qui interagissent.On sait, par exemple, qu\u2019environ 26 Québec Science | Novembre 2014 comprendre le?corps?qui?change F Les clés pour vieillir jeune LE TEMPS PASSE, LE CORPS S\u2019USE.INÉLUCTABLE RÉALITÉ.MAIS LES RESSORTS DE LA VIEILLESSE SONT DE MIEUX EN MIEUX COMPRIS.Par Marine Corniou Caenorhabditis?elegans, le chouchou des laboratoires de recherche qui travaillent sur le vieillissement.S T E V E G S C H M E I S S N E R / S P L 3%des gènes de levures (qui se retrouvent souvent chez l\u2019humain) permettent, s\u2019ils sont modifiés, d\u2019allonger l\u2019espérance de vie, en régulant notamment le métabolisme, la résistance au stress ou les mécanismes de réparation de l\u2019ADN.Pour autant, que ce soit chez les levures, les souris ou les humains, il suffit parfois qu\u2019un seul gène soit altéré pour provoquer un effet majeur sur la durée de vie.C\u2019est le cas, par exemple, du gène nhr-80, découvert en 2011 par une équipe française chez le ver de laboratoire Caenorhabditis elegans.S\u2019il est surexprimé, ce gène permet à lui seul d\u2019augmenter de 150% la durée de vie de son propriétaire! Mais pas facile de comprendre comment il accomplit cet exploit; nhr-80, qui est aussi présent chez l\u2019homme, enclenche indirectement l\u2019expression ou l\u2019inertie de centaines d\u2019autres gènes.Les manipulations génétiques permettront peut-être à nos descendants de vivre jusqu\u2019à 300 ans.Pour notre part, nous devrons nous contenter de laisser faire la nature.Certains d\u2019entre nous sont mieux dotés que d\u2019autres, mais il n\u2019y aura pas de miracle: le patrimoine génétique n\u2019explique que de 20% à 30% de la longévité de chaque individu.Les radicaux libres, amis ou ennemis?Les crèmes antioxydantes, vendues à grand renfort de publicité, mériteraient peut-être d\u2019être jetées à la poubelle.Censées protéger la peau des effets du temps, elles pourraient en fait aggraver les choses! C\u2019est ce que laissent entendre les travaux d\u2019une équipe de l\u2019Université McGill, à Montréal, qui a découvert que les an- tioxydants donnés à un petit ver, le nématode, écourtaient sa vie.De quoi infirmer com plètement le dogme selon lequel la consommation d\u2019antioxydants permet de lutter contre le vieillissement, en neutralisant les nocifs radicaux libres produits par les cellules lorsqu\u2019elles utilisent l\u2019oxygène.Ces radicaux libres endommageraient peu à peu les protéines, l\u2019ADN et toutes les grosses molécules, participant ainsi à la dégénérescence cellulaire.Mais Siegfried Hekimi, du département de biologie de l\u2019Uni- versté McGill, affirme l\u2019inverse: «La production de radicaux libres augmente avec l\u2019âge, non pas parce qu\u2019ils sont responsables du vieillissement, mais parce qu\u2019ils le combattent.» D\u2019ailleurs, son équipe a réussi à prolonger la durée de vie du nématode en forçant la production de radicaux libres dans ses cellules.La télomérase, une fontaine de jouvence En activant une simple molécule, des chercheurs ont réussi à faire rajeunir des souris! Un miracle que l\u2019on doit à la télomérase, une enzyme qui a valu le prix Nobel à ceux qui l\u2019ont découverte en 1985.Pour comprendre comment elle agit, il faut savoir que, lorsqu\u2019un individu vieillit, c\u2019est avant tout parce que ses cellules vieillissent.Par exemple, les cellules de peau humaine en culture cessent de proliférer après 40 ou 60 divisions.Leur durée de vie est étroitement liée à la longueur des télomères.Ces espèces de capuchons, formés de bases d\u2019ADN répétées, protègent l\u2019extrémité des chromosomes.À mesure que la cellule se divise, les télomères raccourcissent, comme rongés peu à peu par le temps.Et c\u2019est la télomérase qui a pour fonction de reconstituer ces extrémités protectrices après chaque division.Mais son activité et son Novembre 2014 | Québec Science 27 Les crèmes antioxydantes: beaucoup de questions se posent sur leur efficacité. efficacité diminuent avec l\u2019âge, si bien que les chromosomes finissent par perdre leurs télomères, et que la cellule cesse de se diviser.Pour mieux étudier le phénomène, le biologiste Ronald DePinho et son équipe de l\u2019université Harvard, aux États-Unis, ont créé des souris sans télomérase qui, en toute logique, subissaient un vieillissement accéléré, souffrant dès leur jeune âge d\u2019ostéopo rose, de diabète et de maladies neurodégénératives.En réactivant la té- lomérase chez ces pauvres animaux, les chercheurs espéraient freiner la sénescence.Ce qu\u2019ils ont observé a dépassé leurs espérances: les souris ont carrément rajeuni! Au bout d\u2019un mois, elles étaient redevenues fertiles; leur foie, leur rate et leurs intestins s\u2019étaient régénérés; leurs connexions neuronales, enrichies.L\u2019exploit a fait l\u2019objet d\u2019un article publié en 2010 dans la revue britannique Nature.Il a par la suite alimenté les manchettes de la planète médiatique.L\u2019âge réversible Et si le sang «jeune» détenait le secret de la vie éternelle?C\u2019est ce que suggère une série d\u2019études, dont la première est parue dans Nature en 2005.À l\u2019époque, le neurologue Thomas Rando, de l\u2019université Stanford, avait mené une expérience assez perturbante, au cours de laquelle il avait littéralement cousu deux souris ensemble, l\u2019une jeune et l\u2019autre âgée, de sorte que leurs vaisseaux sanguins étaient connectés.Après cinq jours de cette vie siamoise forcée (appelée parabiose hétérochronique), il est apparu que les cellules dégradées des muscles et du foie de la souris âgée avaient retrouvé une certaine vigueur juvénile.D\u2019autres expériences subséquentes sont arrivées à la même conclusion: le sang jeune peut faire rajeunir les cellules âgées! En mai, cette année, une équipe états- unienne a même publié, dans Nature Medicine, les résultats d\u2019une recherche démontrant que le sang d\u2019une jeune souris (en transfusion ou par création de siamois) permettait de donner un coup de fouet aux cellules du cerveau, en augmentant notamment le nombre de synapses dans l\u2019hippocampe, une zone impliquée dans la mémorisation.Ce phénomène semble être en partie le fait d\u2019un facteur appelé GDF11, une protéine présente dans le sang dont la quantité diminue avec l\u2019âge.On sait que, injecté seul à des souris au cœur défaillant, GDF11 permet d\u2019améliorer le fonctionnement des cellules cardiaques.Pourrait-on alors faire rajeunir des personnes âgées?C\u2019est ce qu\u2019on devrait savoir sous peu, puisqu\u2019un essai clinique visant à injecter du plasma de volontaires de moins de 30 ans à des patients atteints d\u2019alzheimer a débuté en octobre à la Stanford School of Medicine, en Californie, sous la houlette du chercheur Tony Wyss-Coray.Si les résultats sont probants, il restera à identifier quels facteurs, en plus de GDF11, sont responsables du rajeunissement, pour en faire un sérum thérapeutique.?28 Québec Science | Novembre 2014 comprendre le?corps?qui?change Quand un seul gène change la donne Certains malades pourraient, eux aussi, faire avancer la compréhension du vieillissement.C\u2019est le cas d\u2019une centaine de personnes vivant dans une vallée isolée en Équateur.Atteints d\u2019une forme de nanisme appelée syndrome de Laron, ces paysans, dont la taille dépasse rarement 1,20 m, ne souffrent jamais de diabète ni de cancer, comme l\u2019a découvert l\u2019endocrinologue équatorien Jaime Aguirre-Guevara qui les a étudiés pendant plus de 20 ans.Leur relative bonne santé serait directement liée à la mutation responsable de leur petite taille, qui affecte le récepteur de l\u2019hormone de croissance.Chez les enfants, l\u2019hormone de croissance déclenche normalement la sécrétion d\u2019une autre hormone, appelée IGF-1.Or, on sait que des taux bas d\u2019IGF-1 sont associés à une durée de vie accrue et à une résistance au cancer.Cette communauté, chez qui l\u2019IGF-1 est naturellement bas tout au long de la vie, a donc, malgré elle, ouvert une nouvelle piste de recherche.Moins chanceux, les rares patients atteints de progéria (une centaine de cas connus dans le monde) intriguent eux aussi les chercheurs.Cette maladie génétique, aussi appelée syndrome de Hutchinson-Gilford, se caractérise par un vieillissement précoce et accéléré.Les malades, dont la durée de vie dépasse rarement 13 ans, présentent dès la petite enfance des maladies cardiovasculaires graves, des douleurs articulaires, une peau fine et ridée, ainsi qu\u2019une alopécie.La progéria est due à une mutation du gène de la protéine lamine A, qui entraîne des anomalies dans la structure du noyau des cellules et une altération de la réparation et du renouvellement des tissus.En 2011, un modèle de souris atteint de cette mutation a été créé pour faciliter les recherches.De la même façon, le syndrome de Werner, qui survient surtout au Japon et en Sardaigne (prévalence de 1/50 000), est une forme héréditaire de vieillissement précoce qui apparaît au cours de la trentaine.Avec, dès cet âge, des cataractes, de l\u2019ostéoporose, du diabète et du cancer.Les mutations en cause, ici aussi, provoquent une instabilité du génome.Ces habitants d\u2019un coin reculé de l\u2019Équateur sont atteints d\u2019une forme rare de nanisme, mais ils ont une meilleure santé que la plupart des Équatoriens.Le vieillissement est-il réversible ?Antoine Roux, chercheur en biochimie à l'Université de Californie (États-Unis) répond à cette question (et à bien d\u2019autres) sur www.quebecscience.qc.ca/podcast PUBLIREPORTAGE 1 Au 31 décembre 2000.2 Au 31 août 2014.Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d\u2019assumer les frais de gestionnaires de portefeuille, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d\u2019administration du gérant des Fonds FÉRIQUE.Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d\u2019exploitation.Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu\u2019un porteur de parts souscrit par l\u2019entremise de Services d\u2019investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l\u2019entremise d\u2019un représentant et sa société.www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.QUATRE DÉCENNIES QUI ONT TOUT CHANGÉ Les Fonds FÉRIQUE célèbrent leur 40e anniversaire.Leur histoire est celle de visionnaires qui, en 1974, ont voulu faire une différence pour leurs pairs\u2026 et qui ont réussi.Nous vous invitons à découvrir ici la contribution originale de ces fonds à la réussite fi nancière des professionnels en génie du Québec.sans perdre ses valeurs, et met notamment de l\u2019avant une politique d\u2019investissement responsable.Enfi n, elle a toujours conservé une approche « boutique » qui privilégie un service personnalisé.Au cours des dernières années, Gestion FÉRIQUE a d\u2019ailleurs investi des efforts considérables pour offrir aux investisseurs, à travers sa fi liale Services d\u2019investissement FÉRIQUE, une plateforme de service axée sur la qualité de l\u2019expérience client.Son Centre de contact clients et son site transactionnel sont à la fi ne pointe, et l\u2019entreprise assure à ses clients un accompagnement de grande qualité à toutes les étapes de leur vie.Une formule gagnante ! Aujourd\u2019hui, pourquoi un diplômé en génie devrait-il envisager les Fonds FÉRIQUE pour ses placement s ?D\u2019abord pour la qualité du produit fi nancier lui-même.En 40 ans, les Fonds FÉRIQUE sont devenus une famille complète de fonds de placement qui couvre une diversité de catégories d\u2019actif, de marchés et de styles de gestion.Après toutes ces années, les principes fondateurs continuent de s\u2019appliquer : les frais sont minimes, la gestion des fonds est confi ée à des fi rmes externes de réputation nationale et internationale, et le travail de ces experts est supervisé par un Comité de surveillance des placements où siège une majorité d\u2019ingénieurs.Enfi n, le participant est plus qu\u2019un client : il peut devenir membre actif de la société et infl uencer ses décisions.FÉRIQUE est clairement ce que ses créateurs ont voulu : le premier choix des professionnels en génie, de leurs familles et de leurs entreprises pour leurs placements.Pour obtenir plus de renseignements ou pour ouvrir un compte : CENTRE DE CONTACT CLIENTS 514-788-6485 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d\u2019ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 20 h Une réponse innovatrice à un besoin criant Au début des années 1970, le système de retraite dont bénéfi ciaient les ingénieurs était en grande partie basé sur les fonds de pension des employeurs.Cela posait des problèmes lorsque l\u2019employé quittait son emploi.Un comité de 10 ingénieurs a donc monté pour l\u2019Ordre des ingénieurs du Québec le projet de doter la profession de sa propre caisse de retraite, pour procurer à ses membres plus de liberté dans leurs choix de carrière et mieux assurer leur avenir fi nancier.C\u2019est ce qui a mené à la création des Fonds FÉRIQUE le 16 août 1974.Il s\u2019agissait de la toute première famille de fonds communs de placement destinée à des professionnels au Québec.Depuis 40 ans, une solution de confi ance, stable, durable et performante Aujourd\u2019hui, les Fonds FÉRIQUE ont 40 ans\u2026 et ils offrent désormais bien plus que des régimes d\u2019épargne-retraite (REER).Ils constituent une gamme de fonds complète, incluant des solutions clés en main, qui se prêtent à une variété de projets : épargne personnelle, investissement, études, succession et autres.On peut les utiliser dans un compte d\u2019investissement, un CELI, un REEE, un CRI, un FERR, un FRV, bref dans tous les principaux produits fi nanciers.Ce sont aussi des fonds bâtis sur le long terme, non sur « la saveur du mois », qui ne cherchent pas les rendements les plus spectaculaires au risque de contreperformer spectaculairement l\u2019année suivante.La philosophie de FÉRIQUE est de miser plutôt sur la constance des rendements à long terme par un contrôle rigoureux du risque et de la volatilité.Une institution fi nancière différente Le modèle d\u2019affaires des Fonds FÉRIQUE est unique dans le monde fi nancier, puisque le gérant des Fonds, Gestion FÉRIQUE, est une société fi nancière sans but lucratif.L\u2019entreprise réinvestit donc tous ses profi ts au seul bénéfi ce de ses clients et leur assure des frais parmi les plus bas de l\u2019industrie.L\u2019entreprise a également su grandir 3 FONDS DE PLACEMENT 480 000 $ d\u2019actifs investisseurs 331 9 FONDS DE PLACEMENT 19 136 investisseurs 853 millions $ d\u2019actifs 11FONDS DE PLACEMENT 21 861 investisseurs 2,105 milliards $ d\u2019actifs 1974 20001 20142 C Œ U R L e c œ u r p o m p e m o i n s d e s a n g q u a n d i l v i e i l - l i t .D o n c , o n s e f a t i g u e p l u s v i t e e t i l f a u t p l u s d e t e m p s p o u r r é c u p é - r e r a p r è s l \u2019 e f f o r t .G O Û T L e n o m b r e d e p a p i l l e s g u s t a t i v e s c o m m e n c e à d é - c l i n e r d è s 5 0 a n s .L a p e r c e p t i o n d e s g o û t s \u2013 s a l é , s u c r é , a c i d e , a m e r \u2013 s \u2019 é m o u s s e .N E U R O N E S L e n o m b r e d e n e u r o n e s d é c r o î t , m e n a n t à u n e l é g è r e a t r o p h i e d u c e r v e a u e t d e l a m o e l l e é p i n i è r e .C e r t a i n s n e r f s p e r d e n t a u s s i l e u r c o u c h e p r o t e c t r i c e , r a l e n t i s - s a n t l a v i t e s s e d e t r a n s m i s s i o n d e s m e s s a g e s v e r s l e c e r v e a u .T A I L L E L e s d i s q u e s , c e s p e t i t s c o u s s i n s l o g é s e n t r e l e s v e r t è b r e s , s \u2019 a s s è c h e n t e t s \u2019 a m i n c i s s e n t .A i n s i , l a c o l o n n e v e r t é b r a l e s e c o m p r e s s e .A p r è s 4 0 a n s , o n p e r d 1 c m e n m o y e n n e t o u s l e s 1 0 a n s .O U Ï E L e s s o n s d e h a u t e f r é q u e n c e d e v i e n n e n t p l u s d i f f i c i l e s à d i s t i n g u e r .O r , l a p l u p a r t d e s c o n s o n n e s ( c o m m e l e f , l e s , l e t o u l e k ) s e s i - t u e n t d a n s l e s h a u t e s f r é q u e n c e s .C o n s é q u e n c e , l e s p e r s o n n e s â g é e s o n t p a r f o i s l \u2019 i m p r e s s i o n q u e l e u r s i n t e r l o c u t e u r s m a r m o n - n e n t , s u r t o u t q u a n d i l s \u2019 a g i t d \u2019 e n f a n t s o u d e f e m m e s , a u x v o i x p l u s a i g u ë s .« S a i s - t u q u e l t e m p s i l f a i t » d e v i e n t « è - u - e l - e n - i l - è » .P o u r l \u2019 e n t o u r a g e , r i e n n e s e r t d e p a r l e r p l u s f o r t ; i l f a u t a r t i c u l e r ! O D O R A T V e r s 7 0 a n s , l e n o m b r e d e t e r m i n a i s o n s n e r v e u s e s d a n s l e n e z s \u2019 a m e n u i s e .L e s m u q u e u s e s n a s a l e s , q u i c o n t r i b u e n t à m a i n t e n i r l e s m o l é c u l e s o d o r a n t e s p r è s d e s t e r m i n a i s o n s n e r v e u s e s , s e d é - g r a d e n t é g a l e m e n t .L e s e n s d e l \u2019 o d o r a t f a i b l i t .C H E V E U X C h a q u e c h e v e u p r e n d n a i s s a n c e d a n s u n f o l l i c u l e p i l e u x , u n e c a - v i t é e n f o r m e d e g o u t t e d \u2019 e a u .C e s m i n u s c u l e s u s i n e s r e n f e r m e n t u n e r é s e r v e d e k é r a t i n o c y t e s , d e s c e l l u l e s q u i s y n t h é t i s e n t l a k é r a - t i n e , m a t i è r e p r e m i è r e d e s c h e v e u x , e t d e s m é l a n o c y t e s q u i l e s c o - l o r e n t .A v e c l e s a n n é e s , l a r é s e r v e d e m é l a n o c y t e s s \u2019 é p u i s e , a l o r s q u e l e s s t o c k s d e k é r a t i n o c y t e s , e u x , s e m a i n t i e n n e n t .L e s c h e v e u x p o u s s e n t , m a i s n e s e c o l o r e n t p l u s .L E C O R P S E N J E U L e s 1 0 0 0 0 m i l l i a r d s d e c e l l u l e s q u i c o m p o s e n t n o t r e c o r p s s o n t c o m m e a u t a n t d e p e t i t e s h o r l o g e s .E l l e s m a r q u e n t l e t e m p s , p u i s , à l \u2019 u s u r e , s e d é r è g l e n t .N o s s e n s , n o s o r g a n e s , n o s o s .T o u s a c c u s e n t l e c o u p ! P a r D o m i n i q u e F o r g e t A R T I C U L A T I O N S L e c a r t i l a g e q u i t a p i s s e l e s a r t i c u l a t i o n s s \u2019 a m i n c i t à l \u2019 u s u r e e t l e s o s g l i s s e n t m o i n s b i e n l e s u n s c o n t r e l e s a u t r e s .L e s l i g a m e n t s , q u i c o n n e c t e n t l e s o s a u x a r t i c u l a t i o n s , a i n s i q u e l e s t e n d o n s q u i l i e n t l e s m u s c l e s a u x o s , p e r d e n t d e l e u r é l a s t i c i t é .R a i d e u r s e t d o u l e u r s a r t i c u l a i r e s a p p a r a i s s e n t .P E A U D a n s l a p e a u , d e u x t y p e s d e m o l é c u l e s s e d é g r a d e n t a v e c l e s a n n é e s : l \u2019 é l a s t i n e , u n e p r o t é i n e e x t e n s i b l e q u i d o n n e à l \u2019 é p i d e r m e s a s o u p l e s s e , e t l e c o l l a g è n e q u i l u i c o n f è r e s o l i d i t é e t r é s i s t a n c e .R é s u l t a t , l a p e a u d e v i e n t m o i n s é l a s t i q u e e t p l u s m i n c e .U n t e r r a i n p r o p i c e p o u r l e s p l i s e t l e s s i l l o n s ; l e s r i d e s , q u o i ! A R T È R E S L \u2019 é l a s t i n e , l a p r o t é i n e q u i d o n n e a u x a r t è r e s l e u r p l a s t i c i t é , s e d é g r a d e a v e c l \u2019 â g e .L e s v a i s s e a u x s e r i g i d i f i e n t e t a r r i v e n t p l u s d i f f i c i l e m e n t à s \u2019 é t e n d r e q u a n d l e f l o t s a n g u i n a u g m e n t e .L a t e n s i o n a r t é r i e l l e t e n d à s \u2019 é l e v e r .S Y S T È M E I M M U N I T A I R E L a c a p a c i t é d u s y s t è m e i m m u n i t a i r e à c o m b a t t r e l e s i n f e c t i o n s a t t e i n t s o n s o m m e t à l a p u b e r t é , p u i s d i m i n u e g r a d u e l l e m e n t a v e c l e s a n n é e s .L e s a n t i c o r p s s o n t m o i n s p r o m p t s à r é a g i r a u x a g r e s s i o n s , a u g m e n t a n t l a v u l n é r a b i l i t é a u x m a l a d i e s i n f e c t i e u s e s .E S T O M A C P a s s é 5 0 a n s , l e s c e l l u l e s d e l \u2019 e s t o m a c s é c r è t e n t m o i n s d \u2019 a c i d e g a s t r i q u e .O r , c e d e r n i e r c o n t r i b u e à l a d i g e s t i o n d e s p r o t é i n e s .E n a v o i r m o i n s d a n s l \u2019 e s t o m a c p e u t a u s s i d i m i n u e r l \u2019 a b s o r p t i o n d e l a v i t a m i n e B 1 2 , d e l \u2019 a c i d e f o l i q u e , d u c a l c i u m e t d u f e r .M U S C L E S L a m a s s e e t l a f o r c e m u s c u l a i r e s c o m m e n - c e n t à d é c l i n e r d è s 3 0 a n s .L e s f i b r e s à c o n t r a c t i o n r a p i d e s e d é g r a d e n t p l u s r a p i - d e m e n t q u e l e s f i b r e s à c o n t r a c t i o n l e n t e , c e q u i a u g m e n t e l e t e m p s d e r é a c t i o n d e s m u s c l e s .N o r m a l e - m e n t , l a m a s s e m u s - c u l a i r e n e d é c l i n e q u e d e 1 0 % à 1 5 % a u c o u r s d e l a v i e e t l a p l u p a r t d e s p e r s o n n e s â g é e s c o n s e r v e n t a s s e z d e f o r c e p o u r e f f e c t u e r t o u t e s l e s t â c h e s d u q u o t i d i e n .O S E n v i e i l l i s s a n t , l e c o r p s a b s o r b e m o i n s b i e n l e c a l c i u m .L e s o s d e v i e n n e n t p l u s f r a g i l e s , s u r t o u t l a t ê t e d u f é m u r ( q u i s \u2019 a t - t a c h e à l \u2019 o s i l i a q u e ) , l e r a d i u s e t l e c u b i t u s ( d a n s l \u2019 a v a n t - b r a s ) , l e s o s d u p o i g n e t e t l e s v e r t è b r e s .S E X U A L I T É A p r è s l a m é n o p a u s e e t l \u2019 a r r ê t d e l a s é c r é t i o n d \u2019 o e s t r o g è n e s p a r l e s o v a i r e s , l ' é l a s t i c i t é d u v a g i n d i m i n u e e t s e s p a r o i s s ' a m i n c i s s e n t , c e q u i e n t r a î n e u n e b a i s s e d e l a l u b r i f i c a t i o n v a g i n a l e l o r s d e s r e l a t i o n s s e x u e l l e s .C h e z l \u2019 h o m m e , l a s é c r é t i o n d e t e s t o s t é r o n e d i m i n u e p e u à p e u , m a i s d e f a ç o n m o i n s d r a s t i q u e q u e l e s h o r m o n e s f é m i n i n e s .L e v o l u m e d e l a p r o s t a t e a u g m e n t e , l \u2019 é r e c t i o n e s t p l u s l e n t e , m o i n s v i g o u r e u s e e t l e s e u i l d \u2019 e x c i t a t i o n s \u2019 é l è v e .C e l a é t a n t , i l s e m b l e q u e l a s e n s i b i l i t é d e s z o n e s é r o g è n e s n e d i m i n u e p a s a v e c l \u2019 â g e .BENOIT TARDIF, COLAGENE.COM orsque sa patiente meurt en avril 1906, le docteur Aloïs Alzheimer insiste pour pratiquer une autopsie.C\u2019est qu\u2019il n\u2019a jamais rencontré, jusque-là, de cas semblable.Il a vu Auguste Deter, une femme de 55 ans qu\u2019il soignait depuis quelques années, perdre une à une toutes ses capacités cognitives.Agressivité, pertes de mémoire, troubles du langage, confusion, démence, etc., les symptômes ont évolué rapidement.Pas étonnant, remarque-t-il, le volume du cerveau de la défunte est réduit presque de moitié.Au microscope, le médecin allemand distingue de nombreux dépôts, sortes d\u2019amas compacts, situés à l\u2019extérieur et au sein des neurones restants.Ce sont les fameuses plaques amyloïdes et dégénérescences neurofibril- laires caractéristiques de la maladie qui prendra le nom de son découvreur.La composition de ces lésions ne sera analysée que quelques décennies plus tard.Il s\u2019agit d\u2019agrégats de protéines présentes naturellement dans le cerveau: des peptides bêta-amyloïdes (A-bêta), entre les neu ro - nes, et des protéines tau à l\u2019intérieur.D\u2019où viennent ces amas et pourquoi sont- ils si nombreux?Comment peu- vent-ils envahir à ce point le cerveau?La réponse à cette question commence tout juste à se dessiner, et elle fait froid dans le dos.Ces agrégats de protéines se comportent un peu comme des virus ou des bactéries! Comme eux, ils ont la capacité de proliférer et de se disséminer.Une fois les premiers agrégats formés dans le cerveau, rien ne peut les arrêter.Les indices du comportement «infectieux» des protéines d\u2019alzheimer sont apparus dans les années 1990, quand des chercheurs britanniques ont constaté la présence de plaques de peptides A-bêta dans le cerveau de primates à qui ils avaient injecté des extraits de tissu cérébral d\u2019un patient décédé de la maladie.Pas de quoi prouver, toutefois, que le peptide A-bêta s\u2019auto-propageait.Mais depuis, les preuves en ce sens s\u2019accumulent.Plusieurs expériences ont ainsi démontré qu\u2019il suffit d\u2019injecter des protéines «malades» à des souris pour leur transmettre la maladie d\u2019Alzheimer.«C\u2019est clair.Il s\u2019agit d\u2019une maladie transmissible expérimentalement, affirme Xavier Roucou, spécialiste des protéines à l\u2019Université de Sherbrooke.Ce qui ne 32 Québec Science | Novembre 2014 comprendre le?corps?qui?change L ALZHEIMER, PARKINSON ET AUTRES DÉMONS LES MALADIES NEURODÉGÉNÉRATIVES, QUI TUENT CHAQUE ANNÉE DES MILLIONS DE PERSONNES, SE DÉVELOPPERAIENT À LA MANIÈRE DES MALADIES INFECTIEUSES.CE CONSTAT STUPÉFIANT POURRAIT OUVRIR LA VOIE À DE NOUVELLES STRATÉGIES POUR ENRAYER LEUR PROPAGATION.Par Marine Corniou Lorsqu'elle est produite, une protéine est une longue chaîne informe.Pour être fonctionnelle, elle doit se replier de façon complexe, à la manière d\u2019un origami.Mais si elle n\u2019adopte pas la forme qu'il faut, cela peut être un désastre.Une mécanique impitoyable se révèle C A R O L I N E H A Y E U R LT j.NY ¢ y \u2018 AN A À TS Mt Ny O° NAL LL \u201ca Su, h \\ es) a \\R 1\" gŸ Wil \\ f 2D i! ; = v À ' Qu \u2018.>, i 3 i rf À 4\" {) add x : LAL * n° à 2 7 © id ji./f i e.\"nat + Ï \\ | Uy 4 pe = pres $; ve ™~ 3 > 7 x < °° % N - ge, .Nd = mem de mm am adh - i ah ama aan aa aaa signifie pas qu\u2019elle est contagieuse d\u2019une personne à l\u2019autre, mais le constat soulève des questions.Ça a été un choc pour le monde scientifique.» Un choc d\u2019autant plus grand que la maladie d\u2019Alzheimer n\u2019est pas une exception.Au total, plus de 20 maladies neurodégé- nératives, dont la maladie de Parkinson, la maladie de Huntington et la sclérose latérale amyotrophique (SLA), intimement liées au vieillissement, se caractérisent par l\u2019accumulation de protéines toxiques capables de se disséminer par elles-mêmes dans le cerveau.La maladie de Parkinson, notamment, qui entraîne des troubles du mouvement et représente la maladie neurodégénérative la plus fréquente après l\u2019alzheimer, est liée à la propagation d\u2019une forme anormale de l\u2019alpha-synucléine, une protéine nocive dont on sait qu\u2019elle peut envahir les neurones sains dans le cerveau de malades.«Ces protéines agrégées peuvent se transmettre d\u2019un neurone à l\u2019autre et s\u2019amplifier: ce sont les deux conditions qui définissent l\u2019infection», explique Ronald Melki, directeur du Laboratoire d\u2019enzymologie et biochimie structurales (LEBS-CNRS) en région parisienne, en France.es protéines incontrôlables, mortelles, qui contamineraient les neurones de proche en proche.Voilà qui rappelle le mode d\u2019action du prion, responsable des épidémies de vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine) et de son équivalent humain, la maladie de Creutzfeldt-Jakob (voir l\u2019encadré à la page 33).Une similitude pour le moins inquiétante, le prion étant, lui aussi, une version anormale d\u2019une protéine cérébrale.«Jusqu\u2019aux années 2010, on croyait que le prion était unique, indique Ronald Melki.En fait, les protéines infectieuses sont la norme en matière de maladie neu- rodégénérative.» Mais comment des protéines, molécules essentielles à la vie, peuvent-elles devenir à ce point diaboliques?À première vue, elles n\u2019ont rien de bien agressif.Les protéines se présentent sous forme de longues chaînes, sortes de colliers dont les perles sont des acides aminés (il en existe 20).La séquence des acides aminés est codée, ou dictée, par l\u2019ADN.Ainsi, chaque gène donne les instructions pour bâtir une protéine spécifique, au rôle bien défini.34 Québec Science | Novembre 2014 D A M E L I E - B E N O I S T / B S I P / S P L comprendre le?corps?qui?change «Nous sommes constitués de protéines.Tous nos gestes, tous nos sens et tout le fonctionnement de nos cellules résultent de l\u2019action de dizaines de milliers de protéines», résumait, lors du dernier congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science (AAAS), en février, Susan Lindquist, spécialiste mondiale des protéines et biologiste au Whitehead Institute for Biomedical Research à Cambridge, dans le Massachusetts.«Mais pour être fonctionnelle, une protéine doit d\u2019abord se replier sur elle-même, et le faire selon un plan bien précis qui lui est propre, poursuit-elle.Un peu comme une feuille de métal doit être pliée pour fabriquer une trompette.Si elle n\u2019adopte pas la forme qu\u2019il faut, cela peut être un désastre.Le mauvais repliement des protéines est la principale cause des maladies humaines, y compris des cancers.» Il faut dire que, pour une protéine fraîchement fabriquée, se replier comme il se doit relève du tour de force.La complexité de ces «origamis» est l\u2019une des plus grandes énigmes de la biologie! Selon leur rôle, les protéines seront sphériques, allongées ou élastiques, certaines formeront des boucles, des hélices, d\u2019autres des feuillets rigides, d\u2019autres encore s\u2019assembleront avec des partenaires pour fabriquer une super-pro- téine\u2026 Les acides aminés (les «perles» du collier, dont le nombre varie de quelques- uns à plus de 1 000!), en formant spontanément des liaisons chimiques entre eux, contribueront à leur donner la bonne conformation.Mais pour acquérir leur structure tridimensionnelle, les protéines seront aussi aidées par des molécules dites «chaperonnes» \u2013 qui sont elles-mêmes des protéines.Autant dire que le processus est complexe\u2026 et fragile.«L\u2019environnement de la cellule est surchargé.Les protéines ne sont pas statiques, elles rebondissent continuellement les unes contre les autres, sont bombardées par leurs voisines.Dans ce contexte, ce n\u2019est pas surprenant que certaines ne parvien - nent pas à se plier de la bonne manière», précise Susan Lindquist.De plus, avant d\u2019arriver à sa forme stable finale, en 3D, la protéine doit passer par de nombreux stades intermédiaires.«Les protéines ne sont pas des cubes de béton.Ce sont des molécules flexibles, qui \u201crespirent\u201d, et qui peuvent aller d\u2019une conformation à l\u2019autre en quelques milliardièmes de seconde, ajoute Ronald Melki.C\u2019est cette flexibilité qui leur permet d\u2019accomplir certaines réactions chimiques, de transporter de l\u2019oxygène ou de s\u2019assembler entre elles, par exemple.» Novembre 2014 | Québec Science 35 De l\u2019animal à l\u2019humain La crise de la vache folle l\u2019a prouvé: le prion est un agent pathogène hautement transmissible.Le Royaume-Uni a été le siège d\u2019une véritable épizootie, avec plus de 180 000 animaux malades entre 1986 et 2000.La cause?Les farines alimentaires, données au bétail, produites à partir de carcasses de moutons atteints de la tremblante, une autre encéphalopathie à prion.Quant aux cas humains liés à la consommation de bœuf malade, ils sont rares, mais bien réels.Les protéines infectieuses en cause dans les maladies neurodégénératives, comme l\u2019alzheimer, pourraient-elles aussi être contagieuses?«Pour l\u2019instant, aucune expérience n\u2019a démontré que la transmission entre individus est possible, précise Ronald Melki, directeur du Laboratoire d\u2019enzymologie et biochimie structurales (LEBS-CNRS) français.Mais on ne peut pas éliminer cette possibilité.Le temps d\u2019incubation des maladies à prion est très long, et on n\u2019a pas assez de recul pour être formel.» Des études en cours tentent de confirmer que les maladies d\u2019Alzheimer et de Parkinson ne peuvent pas être transmises par don de sang ou greffe d\u2019organe, notamment.Dans le cas de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, on sait qu\u2019une greffe de cornée suffit à transmettre le prion.Quant à la maladie de Parkinson, elle peut être transmise lorsqu\u2019on greffe des neurones malades dans un cerveau sain de souris, comme l\u2019a démontré récemment l\u2019équipe de Ronald Melki.Le mauvais repliement des protéines est la principale cause des maladies humaines, y compris des cancers.\u201c \u201c Les maladies neurodégénératives les plus fréquentes Au Québec Cas dans le monde Dans le monde en 2014 en 2014 en 2050 Alzheimer et démences apparentées 120 000 44 millions (35,6 millions d\u2019alzheimer) 135 millions Parkinson 25 000 6,5 millions 13 millions Sclérose latérale amyotrophique 500 à 700 120 000 cas (chaque année) inconnu Il arrive, hélas, que certaines protéines dérapent.Par exemple, les protéines tau et A-bêta ne sont pas nocives en elles- mêmes; mais chez les personnes atteintes d\u2019alzheimer, elles adoptent une forme anormale qui les pousse à s\u2019agglutiner et à constituer des fibres insolubles qui détruisent les neurones.Le plus souvent, ces canards boiteux, difformes, sont éliminés par la cellule.«Avec le vieillissement, cependant, les repliements anormaux, qui sont aléatoires, sont plus nombreux.Les protéines chaperonnes sont aussi produites en moins grande quantité avec l\u2019âge», précise le chercheur.Résultat, l\u2019incidence des maladies neurodégénératives augmente de façon spectaculaire avec le vieillissement.À 70 ans, moins de 1 personne sur 40 est atteinte, alors que près du tiers des personnes de 90 ans sont touchées.Mais si la prévalence est à ce point exponentielle, c\u2019est aussi à cause de la tendance de certaines de ces protéines mal repliées à se répandre progressivement dans le cerveau.«Dans le cas des maladies neurodégé- nératives, les protéines anormales ne se contentent pas d\u2019être dysfonctionnelles, elles forcent celles qui sont normales à adopter la même conformation qu\u2019elles.On ne connaît pas encore les mécanismes, mais on sait qu\u2019il y a une interaction physique entre la protéine anormale et les autres», précise Xavier Roucou.Exactement comme le fait le prion, les protéines en cause dans l\u2019alzheimer ou la maladie de Parkinson «pervertissent» en quelque sorte leurs homologues normales.Une fois le processus enclenché, il s\u2019amplifie; un véritable effet domino! «On pense que, lorsqu\u2019une protéine adopte une conformation de fibre comme dans les agrégats, elle crée un site d\u2019ancrage qui lui permet de recruter une voisine qui se trouve, à un infime instant t, dans la même conformation», avance de son côté Ronald Melki.Un peu comme une tour de Lego, sur laquelle viendrait s\u2019emboîter constamment de nouveaux blocs.«Une fois constituée, cette conformation est verrouillée et irréversible», ajoute-t-il.Et comme les amas peuvent passer d\u2019une cellule à l\u2019autre, leur processus de «recrutement» est redoutable.La maladie commence dans une zone précise du cerveau et s\u2019étend progressivement d\u2019une région à l\u2019autre.«Si ce constat a d\u2019abord dérouté les scientifiques, on y voit aujourd\u2019hui un aspect positif.Comme le mécanisme infectieux est commun à toutes ces maladies, la stratégie thérapeutique peut elle aussi être commune, indique Xavier Roucou.En empêchant la transmission de cellule en cellule des formes mal repliées, on pourrait ralentir l\u2019évolution des maladies.» Plusieurs tactiques sont envisagées, notamment l\u2019utilisation d\u2019anticorps qui reconnaîtraient spécifiquement les protéines anormales et les empêcheraient de gagner du terrain.Les essais cliniques menés jusqu\u2019ici ont toutefois été décevants.Quant à l\u2019équipe de Ronald Melki, elle travaille à stimuler la production des protéines chaperonnes, histoire qu\u2019elles soient plus nombreuses à superviser le repliement des autres protéines.«Même si l\u2019on parvient à freiner la propagation des plaques, il reste un sérieux problème, avertit cependant le biologiste.C\u2019est que, au moment où les symptômes débutent, il est déjà trop tard.Ce qu\u2019il faut donc, c\u2019est trouver un moyen de diagnostiquer ces maladies de 15 à 20 ans avant l\u2019apparition des symptômes, notamment grâce à des tests génétiques.Cela prendra du temps, mais on y parviendra.N\u2019oublions pas que, il y a un siècle, on pouvait mourir d\u2019une simple infection.» Déjà, en juillet dernier, des chercheurs du King\u2019s College London, au Royaume-Uni, ont annoncé avoir mis au point un test sanguin reposant sur 10 protéines qui indiquent, avec une précision de 87%, la probabilité pour quelqu\u2019un qui souffre de problèmes de mémoire d\u2019être atteint dans l\u2019année de la maladie d\u2019Alzheimer.De quoi tester plus précocement les médicaments.?36 Québec Science | Novembre 2014 comprendre le?corps?qui?change La révolution du prion Quand Stanley Prusiner propose sa théorie en 1982, il déclenche un «orage de scepticisme et de colère» dans la communauté scientifique.En affirmant, dans la revue Science, que la tremblante du mouton est causée par une simple protéine, ce neurologue états-unien pulvérise alors les dogmes de la biologie.Comment une protéine, par définition inerte et inoffensive, peut-elle provoquer de tels ravages dans le cerveau des moutons, y détruisant des millions de neurones?Stanley Prusiner a tenu bon.Après 10 ans de travaux, il a écarté la thèse du virus, prisée par la plupart des biologistes de l\u2019époque pour expliquer l\u2019origine de cette maladie neurodégénérative qui décime les élevages.Le chercheur n\u2019a pas non plus trouvé de bactérie, ni de champignon, ni de parasite chez les animaux malades.En fait, il n\u2019y a aucune trace d\u2019ADN étranger qui témoignerait de la présence d\u2019un agent infectieux vivant.Le constat est implacable: seule une protéine, faisant partie intégrante de l\u2019organisme, peut être en cause.Il la baptise «prion», contraction de «particule protéique infectieuse» (en anglais proteinaceous infectious?particles).Révolutionnaire, cette hypothèse lui vaudra le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1997.Et elle changera à jamais le regard des chercheurs sur les protéines.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est trouver un moyen de diagnostiquer ces maladies de 15 à 20 ans avant l\u2019apparition des symptômes.\u201c \u201c Stanley Prusiner Vous remodelez des visages, des seins et des paupières depuis 43 ans.La quête de la jeunesse s\u2019est-elle transformée avec les années?À mes débuts, les femmes attendaient généralement la soixan - taine avant de se pointer dans mon bureau pour un lifting du visage.Aujourd\u2019hui, elles commencent dans la quarantaine.Le même phénomène s\u2019observe pour le lifting des seins.Autrefois, je voyais des femmes de 40 ans, alors que maintenant, certaines me consultent dès la fin de la vingtaine, après avoir eu leurs enfants.Les techniques se sont aussi beaucoup perfectionnées.Pour les seins, par exemple, on se contentait autrefois de remonter la peau; de nos jours, on combine souvent le lifting avec la pose d\u2019implants.Pas nécessairement pour grossir la poitrine, mais parce que ça permet aux seins de tenir mieux et plus longtemps.Il faut dire que les implants se sont améliorés.Avant, on était restreint à trois modèles: petits, moyens ou gros.Maintenant, les implants sont de toutes les formes et de tous les volumes.Si les clientes viennent vous consulter de plus en plus jeunes, viennent- elles aussi de plus en plus vieilles?Tout à fait.Ces dernières années, j\u2019ai fait un lifting du visage à une femme de 85 ans.J\u2019ai aussi remonté les seins d\u2019une patiente de 83 ans.Elle m\u2019a envoyé une carte postale de la Côte d\u2019Azur, où elle faisait du monokini et disait avoir un plaisir fou.Avez-vous constaté une évolution chez les hommes, également?Avant, les hommes ne passaient pratiquement jamais sous le bistouri alors que, aujourd\u2019hui, ils représentent 15% de ma clientèle.Chez eux, la chirurgie des paupières est la plus populaire.C\u2019est bien connu, les yeux qui tombent donnent un air fatigué et vieilli.Or, c\u2019est facile à corriger.Ils viennent me voir à partir de la quarantaine, normalement.La chirurgie esthétique s\u2019est aussi démocratisée?Elle était réservée aux riches quand j\u2019étais jeune médecin.Maintenant, j\u2019opère des gens issus de toutes les couches sociales.J\u2019en vois même qui hypothèquent leur maison pour se payer des interventions.Si leurs motivations sont saines, c\u2019est-à- dire si les femmes le font pour elles et non pour plaire à leur mari, je n\u2019y vois pas de problème.S\u2019ils ne le font pas pour faire plaisir à leur partenaire, qu\u2019est-ce qui motive vos clients à dépenser autant d\u2019argent pour paraître plus jeunes?Nous restons en forme bien plus longtemps que nos parents et nos grands-parents.Moi, par exemple, j\u2019ai 75 ans et j\u2019ai toujours autant de plaisir à venir travailler.Mais on a beau bien manger et faire du sport, la gravité est implacable.La peau s\u2019amincit et tombe.De l\u2019extérieur, on a 60 ans, mais à l\u2019intérieur, c\u2019est comme si on en avait 40.Tous mes clients me le disent après leur chirurgie: «L\u2019i - ma ge que me renvoie le miroir reflète enfin comment je me sens.» Mes patients veulent aussi améliorer leur apparence pour rester compétitifs sur le marché du travail.Plusieurs études ont démontré l\u2019importance de l\u2019aspect physique lors de la sélection des candidats.Les plus jeunes sont favorisés.Notre société n\u2019a jamais été très tolérante face à la vieillesse.Votre fils pratique avec vous depuis quelques années.Quelles sont les nouveautés qui l\u2019attendent?Mon fils a 40 ans et je suis prêt à parier qu\u2019il sera témoin d\u2019autant de progrès au cours des 35 prochaines années que moi pendant toute ma carrière.Les cellules souches, entre autres, vont révolutionner la pratique.Mon fils pourra peut-être effacer des rides de façon bien plus durable qu\u2019on peut le faire aujourd\u2019hui.?La beauté avant l\u2019âge Le docteur Gaston Schwarz, 75 ans, pratique la chirurgie esthétique depuis 1971.Plus il vieillit, plus sa clientèle rajeunit.Propos recueillis par Dominique Forget Novembre 2014 | Québec Science 37 Gaston Schwarz : «Notre société n\u2019a jamais été très tolérante face à la vieillesse.» Professeur de chirurgie plastique à l'Université McGill, où il enseigne toujours, le docteur Gaston Schwarz voit défiler depuis plus de 40 ans les membres de la haute société montréalaise, dans sa clinique de l\u2019avenue Docteur-Penfield.J U L I E D U R O C H E R ENTREVUE GASTON SCHWARZ L\u2019immortalité ravivée PAUVRES MORTELS QUI NE VEULENT PAS MOURIR! PRIS D\u2019UNE SI GRANDE CRAINTE DEVANT LE VERTIGE DE LA FINITUDE, ILS N\u2019ONT D\u2019AUTRE CHOIX QUE DE CHERCHER LE MOYEN DE TUER LA MORT! APRÈS LA MAGIE, LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION, LA SCIENCE RAVIVE AUJOURD\u2019HUI LE MYTHE DE L\u2019IMMORTALITÉ.Par Elias Levy La mort et l\u2019immortalité inspirent encore plusieurs cultures de la planète.Ici des figurines mexicaines confectionnées pour le rituel célébrant la Fête des morts.Le corps enterré, l\u2019âme reste.C O R B I S comprendre le?corps?qui?change ndissociable de l\u2019aspiration au bonheur, la quête effrénée de l\u2019immortalité taraude l\u2019homme depuis la nuit des temps.Déjà, les récits bibliques, grecs et médiévaux racontaient cette recherche désespérée de la vie éternelle; ce défi irrévérencieux lancé aux dieux.L\u2019épopée de Gilgamesh, dont le mythe haletant date de 4 000 à 2 500 ans avant notre ère, est indéniablement l\u2019une des légendes les plus marquantes et les plus populaires du fougueux combat mené depuis des lustres par les humains pour vaincre la mort.Roi de la ville mésopotamienne d\u2019Uruk, Gilgamesh, profondément bouleversé à la vue du cadavre de son meilleur ami Enkidu, se lance dans un long périple qui le mène jusqu\u2019aux confins du monde, dans l\u2019espoir de percer le secret de l\u2019immortalité.Après maintes péripéties rocambolesques, le héros fait la con nais sance d\u2019un illustre sage, Utanapishtim.Tout en l\u2019aidant à prendre conscience que l\u2019immortalité n\u2019est qu\u2019une pure chimère, cet ingénieux alchimiste lui dévoile le secret de l\u2019éternelle jeunesse: une plante fournissant l\u2019élixir de vie.Gilgamesh s\u2019empare par la force de ce végétal magique.Mais son exultation ne dure pas longtemps.Pendant qu\u2019il dort, un serpent lui dérobe son trésor.Gilgamesh comprend alors qu\u2019il devra accepter de partager le sort commun des mortels.La Bible hébraïque \u2013 l\u2019Ancien Testament des chrétiens \u2013 a fait sienne la leçon donnée à Gilgamesh.Par exemple dans le Livre de Job, où l\u2019homme est comparé à une fleur \u2013 «Il éclot, puis se fane» (Job 14:2) \u2013 et où la mort est «le rendez-vous de tout vivant» (Job 30:23).Puis dans le livre Qo- helet \u2013 l\u2019Ecclésiaste \u2013, où l\u2019on évoque la précarité de l\u2019existence humaine \u2013 «Le destin des fils de l\u2019homme et celui des bêtes est le même, l\u2019un meurt comme l\u2019autre» (Qohelet, 3:19).Mais si l\u2019homme doit se résigner au fait que le corps n\u2019est pas immortel, il ne renonce pas pour autant à l\u2019immortalité.Toutes les traditions religieuses, notamment celles des trois grandes religions monothéistes, quoique selon des modalités différentes, fondent en effet leur croyance sur l\u2019existence d\u2019une âme immortelle.Pour leurs fidèles, c\u2019est la pré mis se absolue de la réalité d\u2019un au-delà; l\u2019un des principaux fondements de la dimension religieuse de la vie.Il n\u2019y a pas que les religions ou les mythologies qui intègrent l\u2019immortalité.Au fil des siècles, d\u2019illustres penseurs non religieux, et même agnostiques, se sont escrimés à démontrer qu\u2019une interrogation métaphysique profonde sur la nature de l\u2019homme ne pouvait aboutir qu\u2019à l\u2019exis - tence d\u2019une âme immortelle.À commencer par Platon, une longue tradition philosophique concluant à la dualité corps mortel/âme immortelle a fait florès, particulièrement en Occident.Bref, remodelés selon les ambiances sociales et culturelles des époques, les fantasmes de l\u2019immortalité enfouis dans le subconscient des humains semblent eux-mêmes immortels! Le mythe très tenace du progrès sans fin, l\u2019un des principaux catalyseurs de la science moderne \u2013 perçue comme une forme laïque d\u2019eschatologie \u2013 en est un exemple.La tech no- science ne laisse-t-elle pas miroiter des remèdes qui pour raient stopper radicalement le vieil lis se ment, ouvrant ainsi à l\u2019humanité la voie de la jeunesse éternelle?Déjà, à la fin du XIXe siècle, le physiologiste et neurologue français Charles- Édouard Brown-Séquard menait des travaux d\u2019endocrinologie, convaincu que la longévité humaine pouvait être considérablement accrue grâce à un traitement révolutionnaire fondé sur l\u2019administration I Novembre 2014 | Québec Science 39 ?Entre 43 000 et 12 000 ans avant notre ère, les hommes de Cro-Magnon, comme ceux de Neandertal, enterraient leurs morts avec des outils leur ayant appartenu.Les sépultures contenaient aussi de l\u2019ocre.On n\u2019a jamais pu déterminer si ces objets avaient été placés là dans l\u2019espoir que la personne continue à vivre dans un autre monde ou s\u2019il s\u2019agissait tout simplement d\u2019un geste posthume d\u2019affection.?L\u2019une des plus anciennes mentions de l\u2019immortalité de l\u2019âme apparaît dans le dixième mandala du Rig-Veda, un ensemble d\u2019hymnes de louanges de l\u2019Inde antique composés entre 5 000 et 1 500 avant notre ère.?L\u2019Égypte des pharaons se tournait vers Osiris, dieu de la fertilité et du développement végétal, et l\u2019unique puissance divine habilitée à déterminer le lieu où un mort pourrait renaître.?Les briques ayant servi à ériger la tour de Babel portaient, dit-on, l\u2019inscription suivante: «J\u2019ai, Nabuchodonosor, fils de Nabopolassar, édifié cette tour en hommage au dieu Mardouk.Seigneur Mardouk, accorde-nous la vie éternelle.» ?Au VIIIe siècle avant notre ère, les Grecs étaient résolument convaincus qu\u2019aspirer à acquérir l\u2019immortalité était un défi insensé.D\u2019ailleurs, «immortel» et «dieu» sont souvent deux notions synonymes.Ainsi, Apollon dans l\u2019Iliade affirme: «Jamais ne seront même race les dieux qui sont immortels et les hommes qui foulent le sol.» Une idée du fond des âges \u201cToutes les traditions religieuses fondent leurs croyances sur l\u2019existence d'une âme immortelle.\u201d d\u2019extraits de glandes animales.Une cinquantaine d\u2019années plus tard, le physicien russe Alexandre Bogomoletz essayait de mettre au point un sérum d\u2019origine animale destiné à stimuler des fonctions physiologiques afin de limiter le processus de sénescence.En 1952, Ana Aslan, doc- teure roumaine spécialisée en gérontologie, proposait à son tour un «traitement an- tiâge», le Gérovital.De nombreuses personnalités politiques et artistiques \u2013 Charles de Gaulle, John Fitzgerald Kennedy, Tito, Charlie Chaplin, Kirk Douglas, Salvador Dalí \u2013 ont d\u2019ailleurs suivi ce traitement qui n\u2019a pas donné \u2013 on l\u2019a constaté \u2013 de résultats probants\u2026 Pendant ce temps, le chimiste Linus Pauling croyait ferme qu\u2019on pouvait retarder le vieillissement en administrant des doses massives de vitamine C.La version moderne du dualisme oppose désormais non plus le corps et l\u2019âme, mais l\u2019homme et son propre corps, dont il refuse la finitude.Le corps n\u2019incarne plus la singularité de l\u2019être humain.Il est devenu un objet transitoire, manipulable, métamor- phosable selon les humeurs et les rêves des scientifiques de tout acabit, Et «mar- chandisable».Dans cet esprit, des projets techno-scien- tifiques, souvent utopistes, ayant pour objectif de repousser les frontières de la mort, ont été mis en branle, ces dernières années.Ainsi, des entreprises états-uniennes et françaises spécialisées dans le séquençage de l\u2019ADN proposent à leurs clients un procédé insolite: conserver des cellules de peau, prélevées généralement sous les aisselles.Une fois transformées en simili cellules souches embryonnaires, elles sont congelées et conservées jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit possible de les cultiver pour «concevoir», dans un futur proche, des organes neufs qui remplaceront ceux qui seront devenus «défectueux».lus sérieusement, l\u2019audacieux projet Whole-Body Interdiction of Lengthening of Telomeres (WILT), lancé par des scientifiques états- uniens spécialisés en thérapie moléculaire, a pour but d\u2019étudier la réparation des télomères, les extrémités des chromosomes.Selon Elizabeth Blackburn, ces «marqueurs révolutionnaires» sont sans aucun doute l\u2019une des clés essentielles qui permettront un jour d\u2019inverser les mécanismes du vieillissement.Les travaux de la biologiste ont aussi démontré que le mauvais stress est l\u2019un des facteurs qui influent le plus sur la longueur des télomères.Or, au lieu de tabler sur des enzymes ou des médicaments pour essayer de les allonger \u2013 ce qui a pour effet délétère de provoquer des mutations génétiques minant le système immunitaire, de sorte que le risque de cancer est multiplié par 1 000 \u2013, Elizabeth Blackburn préconise plutôt l\u2019adoption d\u2019habitudes de vie saine.On les connaît: faire quotidiennement de l\u2019exercice physique, opter pour une bonne alimentation, cesser de fumer et, surtout, maintenir un état d\u2019esprit positif.Désormais, il ne s\u2019agit plus de mourir très vieux, mais de vivre jeune très longtemps.Une forme atténuée d\u2019immortalité, soit, mais qui a le mérite de s\u2019éloigner du mythe et de se rapprocher de la réalité! ?40 Québec Science | Novembre 2014 comprendre le?corps?qui?change Google veut nous rendre immortels Google s\u2019immisce partout dans nos vies.Téléphones, voitures, ordinateurs, lunettes, etc.Il semble qu\u2019il n\u2019y a rien à l\u2019épreuve du titan de l\u2019information.Il veut aujourd\u2019hui nous «guérir de la mort» grâce à une nouvelle compagnie nommée Calico.Fondée en 2013, cette nouvelle division de l\u2019entreprise, basée à Mountain View en Californie, veut s\u2019attaquer aux défis de la vieillesse et aux maladies qui y sont associées.Arthur Levinson, président d\u2019Apple et P.D.G.du géant biotechnologique Genentech, est aujourd\u2019hui à la tête de cet ambitieux projet.Un an après en avoir fait le lancement, Larry Page, le patron de Google, reste mystérieux au sujet de cette quête de l\u2019immortalité.«Ces problèmes nous affectent tous, se contente-t-il d\u2019écrire dans un communiqué.Depuis la diminution de notre mobilité et de notre agilité mentale, qui survient avec l\u2019âge, jusqu\u2019à des maladies mortelles qui font payer un lourd tribut aux familles.Et même si notre pari est à long terme, nous croyons pouvoir faire de très bons progrès à l\u2019intérieur de délais raisonnables.» Pour le moment, Calico filtre jalousement l\u2019information.Depuis septembre, on sait que la compagnie s\u2019est associée à l\u2019université du Texas pour continuer la recherche sur les troubles neuro - dégénératifs comme les maladies de Lou Gehrig et de Parkinson.Elle obtient donc la licence mondiale pour développer et commercialiser la molécule P7C3 qui aurait la capacité de stimuler la production de nouveaux neurones et de restaurer les capacités cognitives altérées par le vieillissement.Google est réputé pour gérer des masses de données grâce aux moteurs de recherche et aux services de courriel.Aussi surprenante qu\u2019elle puisse paraître, cette nouvelle initiative n\u2019est pas si loin de la mission première de la multinationale, soit «d\u2019organiser les informations à l\u2019échelle mondiale».De plus en plus, la médecine, particulièrement la génétique, devient une science de l\u2019information qui exige l\u2019analyse de gigantesques quantités de données à l\u2019échelle planétaire.Et Google est passé maître dans l\u2019interprétation du big data.Ce n\u2019est pas la première incursion de l\u2019entreprise dans le monde de la santé.En 2008, elle avait lancé Google Health, un service qui pouvait, par exemple, répertorier les vaccins, offrir aux internautes un espace pour stocker des données liées à leur santé ou organiser leur prise de médicaments.On sait aussi que Calico travaille avec le géant pharmaceutique AbbVie pour développer et mettre en marché des médicaments afin de combattre des maladies liées à la vieillesse, comme l\u2019alzheimer ou le cancer.«Si vous parvenez à guérir le cancer, dit Larry Page en entrevue au magazine Time, vous allez ajouter environ trois ans à l\u2019espérance de vie humaine.» Mais à long terme, il semble que le patron de Google veuille faire beaucoup plus que nous débarrasser de ce satané crabe.Quoi, au juste?Espérons vivre assez longtemps pour l\u2019apprendre\u2026 (Par Simon Coutu) P vos te) ~~ LES RÉSIDENCES SOLEIL SONT BIEN PRÉPARÉES JILIX POUR FAIRE FACE AU VIEILLISEMENT DE LA POPULATION GÉILIPE SAVE Les Résidences Solell sont depuis plus de 25 ans au service des gens du bel âge.À l'écoute des besoins des retraités d'aujourd'hui et de demain, l'entreprise familiale est plus que jamais consciente que le vieillissement de la population est Un phénomène mondial que rien ne pourra ralentir et qui changera le portrait démographique du Québec.La démographie chez nous subi des transformations majeures depuis quelques années et le mouvement ira en s'accentuant d'ici la prochaine décennie, en raison de l'arrivée massive des Boomers dans cette étape importante de leur vie, la retraite.ler Les natifs de 1945 auront 70 ans en 2015, alors que ceux nés en 1960 en auront 55! Ce sont donc des centaines de milliers de Québécois qui abordent ou qui sont déjà en phase de retraite, après avoir contribué à construire notre pays, une société qui fait l'envie du monde entier.Les Résidences Soleil sont directement concernées par les changements sociaux en cours et les ajustements auxquels la société et les gouvernements auront à faire face.Les aînés d'aujourd'hui sont souvent plus en forme et mieux préparés que ceux d'hier.Vivant plus longtemps qu'auparavent, le concept de liberté 55 est peu réaliste.Ainsi, même s'ils seront portés à prendre leur retraite plus tard, dans bien des cas, les retraités de demain n'auront pas nécessairement plus de capacité financière que la clientèle actuelle.ole - QL go) es.9 Le fondateur des Résidences Soleil, M.Eddy Savoie et sa famille travaillent continuellement pour l'amélioration de la qualité de vie des gens du bel âge.Leur contribution exceptionnelle a d'ailleurs permis au cours des dernières années d'accroître la contribution du gouvernement du Québec, au crédit d'impôt ainsi qu'à plusieurs autres programmes.Aujourd'hui encore procurer un environnement adapté, sécuritaire et accessible, même aux moins bien nantis, demeure une priorité pour le Groupe Savoie.Une grande famille œuvrant avec ses quelques 2000 employés, des gens de cœur, dans des environnements évolutifs, qui se sont et continuent de s'adapter afin de répondre aux besoins des retraités.Des gens passionnés qui veillent constamment à l'amélioration de la qualité de vie des gens du bel âge.val ete ui 92:15 Dpt lls sont maintenant plusieurs milliers de gens du bel âge à NET: ae lui vivre aux Résidences Soleil à travers le Québec, dont ha INN Cure .L .ear Wi EIS en à plusieurs seulement avec leur pension.Une vie d'hôtels oo - | So {| dans de magnifiques manoirs, en toute sécurité, dans un Piscine, sauna, spa, salles de jeux, | climat familial, entouré des enfants, petits-enfants ou de salon de cartes, billard, artisanat, | nouveaux amis pour vivre et parfois «revivre» le bonheur chorale, chapelle, cinéma, terrasses | ou quotidien.ensoleillées, bibliothèque, activités | quotidiennes, comité des résidents, ' Court séjour salon de coiffure, salle à manger convalescence et disponibles rs prix JPordables.Venez nous visiter, aux Résidences Soleil, c'est portes ouvertes à erices x2] familiale, sécurité et personnel 24h, période d\u2019essai l'année! soins et services à la carte et bien Aussi disponible à partir de 1b) S50%/jour incluant les trois repas va Plus encore vous attend! et toutes les commodités | , eng 2 NEA | Sainte arc = ESS ARDENNE temps passe DÉJOUER LE QUI LES RÊVES DE JEUNESSE DURENT TOUTE LA VIE.42 Québec Science | Novembre 2014 C O R B I S 1.mots croisés et sudokus réduisent les risques d\u2019alzheimer Si seulement c\u2019était si simple! Selon une étude publiée dans la revue Neurology, faire travailler ses méninges \u2013 que ce soit en résolvant des mots croisés et des sudokus, ou en apprenant une nouvelle langue \u2013 aide à ralentir légèrement le déclin cognitif chez les personnes âgées.D\u2019ailleurs, la maladie d\u2019Alzheimer se manifeste plus tard chez les gens qui pratiquent ce genre de gymnastique cérébrale.Mais il y a un bémol, et non le moindre.Une fois apparus les premiers symptômes de la maladie, les fonctions des individus actifs sur le plan cognitif déclineraient plus rapidement que chez les autres malades.Il semble que le fait d\u2019exercer ses méninges permet de compenser pendant un certain temps les lésions présentes dans le cerveau des personnes souffrant d\u2019alzheimer.Mais une fois que la maladie a atteint son point critique, cette béquille ne tient plus.Novembre 2014 | Québec Science 43 Vrai?Faux?10 idées reçues sous la loupe Vrai Par Binh An Vu Van et Dominique Forget F R E F O N Salvador Dali, La Persistance de la mémoire 1931 3.La dHea rajeunit Même si des scientifiques y ont presque cru, il n\u2019y a pas si longtemps.On l\u2019appelle souvent l\u2019«hormone de la jeunesse», parce que les glandes surrénales la sécrètent naturellement en abondance avant la puberté et jusqu\u2019à la vingtaine; ensuite, sa production décroît de 10% par décennie jusqu\u2019à 80 ans.Sans elle, point d\u2019œstrogène ni de testostérone, desquels elle est la matière première.Il suffirait alors tout simplement de rehausser, grâce à des suppléments, le taux corporel de DHEA pour retrouver certains bienfaits de la jeunesse.Dans les années 1990, des résultats prometteurs ont enflammé les médias féminins, ce qui a valu à l\u2019hormone la réputation d\u2019être une « fontaine de jouvence».Les essais, principalement menés sur les animaux, laissaient croire qu\u2019elle pouvait renverser les dommages de la vieillesse: réveiller la libido, faciliter la perte de poids, améliorer la mémoire, augmenter la densité osseuse et la masse musculaire.Bref, une panacée! Les espoirs se sont évanouis après une série d\u2019études ne trouvant aucun bénéfice clair à une sup- plémentation de DHEA chez l\u2019humain.L\u2019hormone «n\u2019a aucun effet physiologique significatif», écrivaient les chercheurs dans le New England Journal of Medicine en 2006.Non seulement les scientifiques ne sont pas parvenus à confirmer les bienfaits de la prise de DHEA, mais ils craignent qu\u2019elle pourrait stimuler la croissance de cancers hormonodépendants et augmenter les risques cardiovasculaires en diminuant le bon cholestérol HDL.4.Les épinards prémunissent contre Les maLadies cardiovascuLaires C\u2019est vrai pour les épinards, comme pour les spaghettis! Une méta-analyse publiée dans le International Journal of Clinical Practice a permis de mesurer les effets de la vitamine B9 (aussi appelée acide folique) sur 55 000 personnes, dans divers pays.D\u2019après les résultats, prendre de 0,4 mg à 0,8 mg d\u2019acide folique par jour diminuait de 8% en moyenne le risque de souffrir d\u2019un accident cardiovasculaire.Une demi-tasse d\u2019épinards cuits contient environ 0,15 mg d\u2019acide folique.On trouve aussi la vitamine B9 dans les abats (0,4 mg environ dans 100 g de foie de veau) ou les légumineuses (0,3 mg environ pour 100 g).D\u2019autres légumes verts, comme les asperges ou le brocoli, en renferment de petites quantités.Vous n\u2019aimez rien de tout ça?Rassurez-vous.Depuis 1998, au Canada, la farine blanche et les pâtes sont systématiquement enrichies d\u2019acide folique.Une demi-tasse de pâtes cuites en contient 0,12 mg.2.Le sport garde Les os jeunes Mais attention, pas n\u2019importe quel sport! Des chercheurs danois ont mené une étude auprès de 25 femmes non sportives qui se sont mises à pratiquer le soccer.Deux fois par semaine, elles participaient à une séance d\u2019entraînement de une heure.Au bout de 14 semaines, la densité minérale osseuse de leurs tibias avait augmenté d\u2019un peu plus de 2%.Un second groupe de femmes recrutées par l\u2019équipe s\u2019est plutôt adonné à des séances de jogging.Elles n\u2019ont pas amélioré la densité osseuse de leurs tibias.Selon les scientifiques danois, les impacts légers et réguliers subis par les os aident à les renforcer.Moins, toutefois, que les impacts variés (bottés, sprints, virages) qui surviennent durant un match de soccer.Les femmes qui se sont entraînées au soccer ont aussi accru la puissance musculaire de leurs jambes, de 3% en moyenne.Ces améliorations n\u2019ont pas été constatées chez les joggeuses.Les résultats sont publiés dans le Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports.dÉjouer?le?temps qui?passe Vrai Vrai Faux Faut-il manger moins pour vivre plus longtemps ?Hugo Aguilaniu, chercheur à l\u2019École normale supérieure de Lyon (France), répond à cette question (et à bien d\u2019autres) sur www.quebecscience.qc.ca/podcast I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 6.un régime basses calories permet de vivre plus longtemps Bien possible, mais l\u2019hypothèse n\u2019est pas validée chez l\u2019humain; et les expériences récentes sur les primates se suivent, mais ne se ressemblent pas.Dans les trois dernières décennies, en laboratoire, les diètes à faible teneur en calories (comportant de 30% à 40% moins de calories qu\u2019un régime normal, sans carence en nutriments) ont substantiellement allongé la vie de plusieurs petites bêtes, depuis l\u2019organisme unicellulaire jusqu\u2019à la mouche et au rongeur, dont l\u2019espérance de vie a été prolongée de 40%! Récemment, au Wisconsin, une étude de longue haleine menée pendant 25 ans sur des macaques confirme les bienfaits de cette réduction calorique.Cette expérience, comme d\u2019autres auparavant, a aussi permis d\u2019observer une diminution de l\u2019incidence de maladies associées au vieillissement: affections cérébrales et cardiaques, cancer, diabète, etc.Parallèlement, au Maryland, une étude publiée en 2012 a refroidi les convictions de la communauté scientifique.Conduite sur plus d\u2019une centaine de macaques et pendant 25 ans aussi, elle n\u2019a pour sa part mesuré aucune augmentation de l\u2019espérance de vie.Mais elle a quand même démontré des bénéfices pour la santé cardiovasculaire et une baisse du taux de cancer.Les deux équipes de chercheurs en sont venues à s\u2019affronter sur ce qu\u2019est au juste une «diète normale», la première offrant à son groupe contrôle une alimentation plus riche en sucrose que la seconde, laquelle a préféré un menu plus santé.Au moins, tous s\u2019entendent sur l\u2019effet positif d\u2019une diète moins calorique.Comment se traduisent ces résultats chez l\u2019humain?Cela demeure un mystère, puisqu\u2019il est pratiquement impossible d\u2019isoler les effets d\u2019une diète restrictive dans des études comparatives systématiques.Malgré cette incertitude, réduire les calories, tout en préservant un apport suffisant de nutriments, est encore considéré comme l\u2019approche la plus prometteuse parmi toutes celles dont nous disposons pour prolonger l\u2019espérance de vie.7.Fumer cause des rides Prenez un fumeur de longue date et son jumeau identique non fumeur.Le premier présentera davantage de rides, une peau plus flasque et des cernes plus marqués.C\u2019est ce qu\u2019ont observé les chercheurs du Case Western Reserve University, en Ohio, en comparant 79 paires de jumeaux recrutés au Festival des journées des jumeaux dans la ville de Twinsburg.Aidés du regard averti d\u2019un panel de chirurgiens-plasticiens ignorant tout des habitudes des sujets, ils ont constaté chez les fumeurs un épaississement de la peau, en plus d\u2019un vieillissement prématuré du visage, particulièrement dans sa partie inférieure.Un jumeau ayant cessé de fumer seulement cinq ans avant l\u2019autre présentait un visage moins ridé.Cette étude affermit une preuve scientifique déjà accablante construite sur 40 ans.D\u2019ailleurs, la recherche a même défini un «visage du fumeur» \u2013 cerné, ridé et aux joues creusées \u2013, identifiable auprès d\u2019environ la moitié des consommateurs de longue date.C\u2019est que la cigarette cause une constriction des vaisseaux sanguins qui irriguent la peau, réduisant son apport en oxygène et en nutriments.Aussi, plusieurs des composés issus de la combustion du tabac s\u2019attaquent à l\u2019architecture de la peau, dégradant ses structures portantes comme le collagène et l\u2019élastine.Novembre 2014 | Québec Science 45 Vrai Vrai 5.Être zen prévient les cheveux gris N\u2019abandonnez pas votre coloriste.Si on est prédisposé à avoir la tête grise, ce n\u2019est pas en faisant du yoga ou en récitant des mantras qu\u2019on va y échapper.Car ce sont surtout les gènes qui déterminent à quel âge et à quelle vitesse les cheveux perdent leur pigmentation.La légende veut pourtant que la tête de Marie-Antoinette soit devenue entièrement blanche en une nuit, juste avant de tomber sous la guillotine.La docteure Jennifer Lin, dermatologue et chercheuse au Dana-Farber/Harvard Cancer Center, croit qu\u2019il est possible que les hormones du stress, comme le cortisol ou l\u2019adrénaline, perturbent le bon fonctionnement des mélanocytes qui donnent aux cheveux leur couleur.Mais l\u2019effet se manifesterait subtilement, sur une longue période.Peut-être Marie-Antoinette avait-elle simplement trouvé inutile de mettre sa perruque avant de monter à l\u2019échafaud.Faux 8.des suppLéments de vitamine B préviennent L\u2019aLzheimer Malgré la rumeur populaire, c\u2019est faux.Des chercheurs britanniques et norvégiens l\u2019ont vérifié.Ils ont recruté 156 personnes âgées qui se plaignaient de troubles cognitifs légers (des oublis qui gênent la vie quotidienne, sans pour autant affecter significativement l\u2019autonomie de la personne).La moitié des volontaires ont reçu des suppléments de vitamine B (B6, B9 et B12); les autres ont pris un placebo.Des images du cerveau captées par résonnance magnétique ont démontré que, 24 mois après le début de l\u2019expérience, le volume de la matière grise avait diminué au sein des deux groupes.La bonne nouvelle: ceux qui avaient pris des suppléments de vitamine B avaient perdu moins de neurones.La mauvaise: malgré cela, leurs fonctions cognitives avaient décliné autant que celles du groupe placebo, lit-on dans les Proceedings of the National Academy of Science.10.Les crèmes anti-âge ne servent à rien Certains ingrédients ont prouvé maintes fois leur efficacité lors d\u2019études indépendantes, entre autres, la vitamine A (sous forme d\u2019acide rétinoïque ou de rétinol), la vitamine C (phosphate d\u2019ascorbyl de magnésium) et certains acides de fruits (alpha-hydroxy-acides, AHA, et beta-hydroxy-acides, BHA).Ces molécules pénètrent la peau et s\u2019attachent aux récepteurs des cellules épithéliales, désorganisées par l\u2019âge ou le soleil.«Ces cellules sont comme des soldats, explique Alain Dansereau, dermatologue spécialisé en soins de beauté.Lorsqu\u2019on leur \u201cparle\u201d \u2013 par le truchement de messagers chimiques \u2013, elles se \u201créenlignent\u201d.» Ainsi, ces crèmes agiront sur les ridules et amoindriront l\u2019apparence de certaines taches, mais elles ne pourront rien contre les sillons profonds.En outre, les étiquettes n\u2019aident pas à choisir le bon produit, car elles sont complexes à déchiffrer si on n\u2019a pas de notions de chimie.Il faut par exemple éviter les agents de conservation, en particulier les parabènes qui risquent d\u2019avoir des effets négatifs sur la fertilité et les tumeurs œstrogénodépen - dantes, comme le cancer du sein.De plus, les étiquettes n\u2019affichent pas les concentrations des ingrédients.Mieux vaut alors se fier aux dermatologues pour savoir quelle crème ne contient pas assez de composés actifs; et laquelle, trop dotée à cet égard, risque de provoquer des irritations.Il convient de savoir en tout cas qu\u2019aucune crème n\u2019agit réellement en quelques semaines.Elle peut au mieux réhydrater la peau.Seul un usage prolongé sur trois à six mois peut donner des résultats apparents.En fait, pour avoir une belle peau, rien ne vaut une bonne alimentation, l\u2019élimination de la cigarette et l\u2019emploi assidu d\u2019une crème solaire, les rayons nocifs du soleil étant l\u2019une des principales causes du vieillissement cutané prématuré! 9.Les Lunettes de soLeiL préviennent Les cataractes À condition que ces lunettes bloquent les rayons ultraviolets (UV).Des expositions répétées à la lumière solaire sont associées à une aggravation et à une accélération quant à l\u2019apparition des cataractes.Les rayons UV peuvent aussi augmenter le risque d\u2019autres anomalies ophtalmiques, comme la dégénérescence maculaire \u2013 la détérioration de la macula, la partie la plus sensible de la rétine \u2013 ou même des tumeurs malignes de l\u2019œil.Cependant, même en ne s\u2019exposant pas au soleil, il est impossible d\u2019éviter avec certitude les cataractes, la principale cause de cécité dans le monde.Un désavantage génétique, des facteurs environnementaux, comme la consommation de tabac, et des carences nutritionnelles favorisent le développement de la maladie.Pour choisir de bonnes lunettes, ne vous fiez pas à leur teinte; qu\u2019elles soient polarisantes ou non, roses, bleues ou même transparentes, la couleur n\u2019a rien à voir avec la protection que les verres offrent contre les UV.Faux Faux I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N Vrai Le stress a-t-il des effets positifs sur le vieillissement ?Éric Le Bourg, chercheur au Centre sur la cognition animale de Toulouse (France), répond à cette question (et à bien d\u2019autres) sur www.quebecscience.qc.ca/podcast Le titre de votre essai renvoie au concept de «bioéconomie».Comment le définissez-vous?C\u2019est un modèle de développement promulgué par l\u2019OCDE (Organisation de Coopé ration et de Développement Éco no - miques) dans lequel les processus biologiques deviennent source de productivité.La bioé- conomie touche donc l\u2019ensemble des secteurs de l\u2019activité sociale.On peut penser par exemple aux OGM qui sont censés accroître la productivité de l\u2019agriculture industrielle.Mais je m\u2019intéresse plus particulièrement à la bioéconomie du corps humain, cons - truite sur la marchandisation du corps en pièces détachées: organes, tissus, cellules, ovules, etc.Une fois transformée dans les laboratoires, cette «matière première» acquiert une valeur économique.Aujourd\u2019hui, presque tout le monde a un échantillon de son corps entreposé dans un laboratoire et devient ainsi l\u2019objet d\u2019expérimentations.En fait, le «corps-marché» constitue l\u2019infrastructure économique de la «société post- mortelle» dans laquelle le maintien, le contrôle, l\u2019amélioration et le prolongement de la vitalité corporelle sont devenus des valeurs centrales.Vous portez un regard très critique sur certaines tendances de la bioéconomie concernant la lutte contre le vieillissement.Pouvez-vous résumer votre point de vue sur cette question?La quête d\u2019immortalité par la science relève davantage du mythe et d\u2019une nouvelle religion que de la science elle-même.Quand un chercheur promet de prolonger indéfi- «Méfions-nous de la médecine régénératrice qui ne cesse de nous annoncer la fin imminente du vieillissement», avertit en entrevue la sociologue québécoise Céline Lafontaine.Propos recueillis par Elias Levy Novembre 2014 | Québec Science 47 Professeure agrégée de sociologie à l\u2019Université de Montréal, spécialiste reconnue des enjeux socioéconomiques de l\u2019innovation technologique médicale, Céline Lafontaine vient de publier un essai très documenté, brillant et dérangeant, sur la commercialisation effrénée du corps humain, Le corps-marché.La marchandisation de la vie humaine à l\u2019ère de la bioéconomie, aux Éditions du Seuil.Gare aux néo-charlatans! Céline Lafontaine : «On s\u2019achemine vers une médecine plus personnalisée, ce qui risque d\u2019accélérer la privatisation des soins de santé».ENTREVUE CÉLINE LAFONTAINE J U L I E D U R O C H E R niment la vie, il sort du cadre de la rationalité scientifique.L\u2019idéal de performance est au cœur du concept de société post-mortelle qui a pour but de transformer le corps humain.La nanomédecine offre un bon exemple du nouveau modèle de corps humain porté par la bioéconomie.C\u2019est le seul grand projet technoscientifique dans le domaine médical qui recoupe à la fois la médecine prédictive, la médecine personnalisée et la médecine régénératrice.Quand on analyse ce phénomène sous l\u2019angle sociologique, on s\u2019aperçoit qu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019une nouvelle conception du corps et d\u2019une nouvelle façon de penser l\u2019individu.La bioéconomie ne cesse en effet de clamer que le vieillissement sera prochainement vaincu.La bioéconomie promet aux personnes âgées de stopper leur vieillissement grâce aux thérapies cellulaires.Il faut bien comprendre que je ne suis pas contre la recherche.Si la médecine régénératrice permet, disons, de réparer des parties de la vessie d\u2019un enfant, je considère qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une avancée médicale extraordinaire.Mais en même temps, dans d\u2019autres domaines, la médecine régénératrice fait miroiter que ses techniques permettront bientôt de venir à bout de l\u2019âge.Le problème, c\u2019est que cette vision très utopiste accentue la dévalorisation du vieillissement qui, de plus en plus, est associé à une maladie.Ne nous leurrons pas: la bioéconomie se fonde sur de fausses promesses qui ne se réaliseront jamais! Menace-t-elle les systèmes de santé publics?Oui.C\u2019est tout le modèle sur lequel est érigé notre système public de santé qui est profondément chambardé et même remis en question.Pour comprendre les enjeux de la bioéconomie, il faut se rappeler que la recherche biomédicale repose en grande partie sur une économie du don (de sang, de tissus, de cellules) et que la logique d\u2019innovation et de commercialisation tend à transformer ces dons en valeur marchande, notamment par le truchement du brevetage.Nous acheminons-nous vers un nouveau type de médecine, qui pourrait remplacer un à un chacun de nos organes?Nous ne sommes pas encore rendus là.Mais les techniques médicales en développement visent à mettre fin à la pénurie d\u2019organes en les recréant en entier ou en partie.Un des enjeux majeurs qu\u2019elles sous-tendent, c\u2019est le passage de la pharmaceutique traditionnelle vers des produits d\u2019origine corporelle.Ainsi, au lieu de concevoir un médicament, c\u2019est-à- dire une molécule à usages multiples, on va avoir sous la main des cellules qui seront modelées en fonction des besoins spécifiques des patients.Cela est en train de changer toute notre conception de l\u2019individu.On s\u2019achemine vers une médecine plus personnalisée, ce qui risque d\u2019accélérer la privatisation des soins de santé.48 Québec Science | Novembre 2014 \u201c La quête d\u2019immortalité par la science relève davantage du mythe et d\u2019une nouvelle religion que de la science elle-même.\u201c Vous démontrez parallèlement, moult exemples à l\u2019appui, que la bioéconomie accentue les inégalités socioéconomiques selon les continents, et plus particulièrement entre les hommes et les femmes.On assiste aujourd\u2019hui à la mise en place d\u2019une économie des corps, notamment dans la foulée du développement de la recherche sur les cellules souches.Si l\u2019Inde et la Chine se sont taillé ces dernières années une place importante dans les domaines de la médecine régénératrice et de la nanomédecine, c\u2019est parce que dans ces deux pays émergents prévalent des conditions socio-sanitaires bien différentes de celles qui existent dans les pays occidentaux.Là-bas, la condition sociale des femmes contribue au développement d\u2019un marché des corps pour la recherche et l\u2019expérimentation scientifiques.Déjà, des Indiennes et des femmes asiatiques \u2013 mais aussi des Européennes de l\u2019Est \u2013 pro - duisent les cellules souches et les ovules utilisés par des laboratoires occidentaux.Ces pays sont aussi devenus de grands bassins pour l\u2019expérimentation clinique et pour le tourisme médical.Des personnes nanties, souvent déjà très malades, acceptent de devenir cobayes pour des expérimentations sur les cellules souches.C\u2019est d\u2019autant plus facile que les balises éthiques sont quasi inexistantes dans ces pays émergents.Comment contrer les effets néfastes du «corps-marché»?La façon la plus simple de contrer les effets délétères de la bioéconomie, c\u2019est d\u2019interdire certaines pratiques inhérentes à la marchandisation du corps humain.Par exemple, en France, les banques privées qui conservent du sang de cordon ombilical, comme il en existe au Québec, et les banques de sang menstruel, qui se développent aux États-Unis, sont interdites.L\u2019existence de ce type de bio-banques contribue à nourrir l\u2019imaginaire de l\u2019immortalité, tout en accentuant les pressions sur les femmes.Tout ça n\u2019a rien à voir avec la science.Ces banques sont tout simplement une nouvelle forme de marchandi- sation du corps féminin.Je me suis réjouie quand, un mois après la publication de mon livre, le CHU Sainte-Justine, à Montréal, a pris la décision courageuse d\u2019inter - dire dorénavant les transferts de sang de cordon ombilical vers les banques privées.Les médecins canadiens, qui saisissent très bien les enjeux de la marchandisation du corps, sont attachés au système de santé public.Par contre, beaucoup de femmes, souvent d\u2019une façon très naïve, investissent dans ce type de produits biomédicaux après qu\u2019on leur a fait miroiter des prouesses technoscientifiques.D\u2019ailleurs, les compagnies présentent ces pratiques de privatisation de sang de cordons ombilicaux comme une assurance-maladie pour les familles.Selon vous, la bioéconomie est la «nouvelle face du néo-capitalisme libéral».La santé est désormais considérée comme un capital individuel dans lequel il faut investir.Par exemple, on responsabilise de plus en plus les individus face à leur état de santé.En 1996, un rapport de la Banque mondiale concluait que le phénomène du vieillissement était «une catastrophe» sur le plan économique, de sorte que, au- jourd\u2019hui, il est considéré comme un facteur de décroissance.Au lieu d\u2019entreprendre une réflexion profonde et sérieuse sur le sujet, on a décidé d\u2019investir directement dans la lutte contre le vieillissement en limitant ce dernier à un phénomène purement biologique.Avec cette vision très néolibérale de la santé, on risque de restreindre les soins pour les gens qui n\u2019auront pas bien «investi» dans leur capital biologique.C\u2019est donc le concept même de santé publique qui est en jeu.À long terme, cette logique risque d\u2019engen drer un accroissement des inégalités sociales en santé, notamment chez les vieilles personnes qui n\u2019auront pas les ressources nécessaires pour s\u2019offrir les nouveaux traitements développés à même les finances publiques.Nous n\u2019en sommes pas encore là, mais il s\u2019agit d\u2019une tendance forte de la bioéconomie.?Les aînés, c\u2019est notre raison d\u2019être.Le RQRA regroupe et représente les résidences privées pour aînés du Québec.Af?cher le sceau du RQRA est un gage de qualité, de sécurité et de liberté de choix pour les aînés.Par cette marque et leur mission, les résidences privées se distinguent des ressources institutionnelles, comme les CHSLD.Résidences privées pour aînés.QUALITÉ CHOIX DISTINCTION rqra.qc.ca vieillir MIEUX C\u2019EST AUSSI VIVRE C'est le bel âge, c'est le grand âge, c'est l\u2019âge d\u2019or.Mais il requiert des soins, et une attention nouvelle.50 Québec Science | Novembre 2014 MIEUX mpossible d\u2019y échapper.Aux guichets du métro, du cinéma, du musée, une affichette vous saute au yeux.Elle inclut le droit d\u2019entrée qui varie selon l\u2019âge: un jour vous n\u2019êtes plus un enfant, vous n\u2019êtes plus un adulte.Vous êtes un vieux ou une vieille.Vous avez droit au prix de consolation.Car, à notre époque, c\u2019est triste d\u2019être un vieux.Au point que le mot est devenu tabou, particulièrement dans les textes et les discours officiels.«Notre société nord-américaine associe d\u2019entrée de jeu le vieillissement à la maladie, au déclin, à quelque chose de négatif, dit Michèle Charpentier, docteure en travail social, professeure et titulaire de la Chaire de recherche UQAM sur le vieillissement et la diversité citoyenne.Pas étonnant, quand j\u2019interroge des gens âgés, que la plupart se disent encore jeunes: le vieux, c\u2019est toujours l\u2019autre! L\u2019autre qui est \u201cplate\u201d et qui \u201cparle juste de ses bobos\u201d.Pourquoi?Pas parce qu\u2019ils nient leur âge, mais parce qu\u2019ils refusent d\u2019être catégorisés, réduits aux stigmates de la sénescence.Notre vision monolithique de la vieillesse, ça ne leur ressemble pas; ça ne parle pas d\u2019eux.» En réalité, explique-t-elle, le vieillissement est complexe et multidimensionnel.Il touche toutes les sphères de la vie.Il est conditionné par une multitude de caractéristiques personnelles \u2013 genre, orientation sexuelle, origine ethnique \u2013, de facteurs socioéconomiques ou historiques \u2013 on ne vieillit pas aujourd\u2019hui comme il y a 50 ans \u2013, de perspectives politiques et économiques \u2013 être vieux en Afrique, en Russie ou au Japon, ce n\u2019est pas pareil! Michèle Charpentier s\u2019enthousiasme: «Vous voyez toute la diversité, la complexité Pour un Québec vraiment inclusif I Par Hélène Matteau Novembre 2014 | Québec Science 51 J U L I E D U C R O C H E R du processus?Car vieillir n\u2019est pas un état, c\u2019est un processus, donc quelque chose de dynamique! Ce n\u2019est pas anodin si les professeurs et les chercheurs qui explorent le vieillissement, ici à la Chaire, proviennent de multiples disciplines, depuis le design et l\u2019architecture jusqu\u2019aux technologies de l\u2019information, en passant par la psychologie de la fin de vie.» Dans cet ordre d\u2019idées, paraissait d\u2019ailleurs, dès 2010, Vieillir au pluriel, perspec - tives sociales, le premier manuel fran co phone de gérontologie sociale traitant des différents aspects des vieillissements, dont Michèle Charpentier a codirigé le collectif.L\u2019ouvrage, à la fois théorique et pratique, rassemble les données de recherche et les expériences sur le terrain de 45 auteurs (professeurs, chercheurs et cliniciens) «aux trajectoires professionnelles et aux expériences variés».Le rôle \u2013 et le défi \u2013 de la Chaire de recherche est justement de redéfinir le vieillissement en fonction des personnes: «Nous devons voir les choses à la lumière de leur parcours, de leurs valeurs, de leur contexte.Nous leur donnons donc la parole.Nous allons voir les hommes et les femmes chez eux, dans leur milieu, riche ou pauvre; à la ville comme à la campagne, raconte Michèle Charpentier.Nos chercheurs ont rencontré aussi des gens en marge: itinérants; gays vivant avec le sida; réfugiés ayant tout laissé derrière eux; femmes issues de communautés culturelles.Notre but étant de mieux comprendre les expériences du vieillissement, afin de développer des pratiques et des interventions plus sensibles à la réalité des aînés, et qui devraient leur permettre de mieux exercer leurs droits de citoyen.» Facile à dire.Mais lourde tâche en soi! Car la diversité comportant l\u2019inégalité \u2013 des conditions de santé physique et mentale, des ressources du milieu, des moyens financiers \u2013, cela signifie, pour une société vieillissante, une multitude d\u2019ajustements.Impossible, on l\u2019a vu, de mettre tous les aînés dans le même panier.Personne ne vieillit de la même façon.Mais nous avons tous en commun que, avant d\u2019être des vieux, nous sommes majeurs et vaccinés! «Nous avons donc recentré la question du vieillissement en fonction d\u2019une société plurielle, en redonnant aux aînés leur place de citoyens», résume Michèle Charpentier.Au fait, à quel moment un adulte de- vient-il un vieux?«Mais on vieillit toute notre vie, répond la chercheuse en riant.Techniquement, on parle de 65 ans, qui est l\u2019âge d\u2019admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse, mais c\u2019est un truc pratique, un marqueur comme un autre; une construction sociale, sans plus.En 2023, on parlera de 67 ans.On aurait pu choisir l\u2019âge de la retraite, mais plusieurs ne prennent pas de retraite.Jean Coutu \u2013 celui de la pharmacie \u2013 est encore actif à 87 ans! Les gens sont bien plus que leurs rides, leur aphasie, leurs incapacités et, surtout, ils ne cessent jamais de changer.» Aussi des conclusions de recherches en gérontologie indiquent-elles clairement que la société doit privilégier une vision 52 Québec Science | Novembre 2014 mieux vieillir On est tellement obnubilé par une lecture économique de la société, que les individus sont mesurés au mérite de leur productivité.Il y aurait un vieillissement réussi, utile, et un qui ne l\u2019est pas.C\u2019est une lecture perverse.J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C Michèle Charpentier de l\u2019Université du Québec à Montréal E M I L I E T O U R N E V A C H E \u201c \u201c dynamique et inclusive de la vieillesse.«De la même façon que, aujourd\u2019hui, le Québec ne peut pas se penser sans sa diversité culturelle, il ne peut pas se couper de ses sé- niors! Surtout que, avec l\u2019arrivée à 65 ans de la cohorte des bébé-boumeurs, ils seront non seulement de plus en plus nombreux, mais de plus en plus scolarisés et intéressés à jouer un rôle actif dans la société.» ui, il y a du pain sur la planche.«Car nous avons du retard», affirme Michèle Charpentier.Dans notre conception du vieillissement \u2013 qu\u2019on voit comme un déclin \u2013, personne ne travaillera à donner aux aînés du pouvoir et du soutien dans ce qu\u2019ils veulent vivre.Des exemples?«Nos études ont démontré qu\u2019on a beaucoup idéalisé le maintien à domicile, affirme la chercheuse.En réalité, nombre d\u2019aînés en région se déplacent.Éventuellement, ils préfèrent déménager vers les centres urbains pour se rapprocher de leurs enfants et des services.De sorte que, à proximité de leur ancien domicile, les résidences pour personnes âgées ne sont pas toujours l\u2019option qui leur convient.On a beaucoup créé de modèles à partir de ce qu\u2019on pensait que les aînés voulaient.Mais à 80 ou 90 ans, on ne voit plus les choses de la même façon.«C\u2019est comme les CHSLD (Centre d\u2019hébergement de soins de longue durée).Quand on demande aux gens qui y vivent comment ils se sentent, ils vous répondent: \u201cCe n\u2019est pas le pire qui me soit arrivé dans la vie! Aujourd\u2019hui, je veux juste être soigné.\u201d Je peux vous dire qu\u2019il y a des gens que ça ne dérange pas de souper à cinq heures ou, s\u2019ils ne souffrent pas d\u2019incontinence, de ne prendre qu\u2019un bain par semaine.Ils composent avec leur nouvel état.Ils sont beaucoup plus dans le relationnel.Ce qui compte avant tout pour eux, c\u2019est la courtoisie du personnel.Vaut-il mieux qu\u2019ils restent seuls chez eux, à ne plus se faire à manger, tristes et déprimés?Il y a beaucoup à corriger dans ces centres, je suis la première à le reconnaître.Mais quand les gens sont très malades, qu\u2019est- ce qui est pire?Être au CHSLD ou tout seul à domicile?» Michèle Charpentier connaît bien la situation, dont elle a d\u2019ailleurs fait le sujet d\u2019un livre, Vieillir en milieu d\u2019hébergement \u2013 Le regard des résidents.Elle aborde un aspect qui la touche profondément: «La féministe en moi va vous faire remarquer que, quand on insiste sur le maintien à domicile, ce sont les femmes qui écopent! Les deux tiers des personnes en CHSLD sont des femmes qui ont assuré le maintien à domicile de leur mari et qui veulent que leurs enfants fassent leur vie.Que ces derniers viennent les voir, bien sûr, mais pas qu\u2019ils les lavent et leur fassent des repas! Mais si leur perte d\u2019autonomie n\u2019est pas marquée \u2013 ça s\u2019évalue en nombre d\u2019heu - res/soins, selon la lourdeur de leurs problèmes de santé, pas selon leur condition sociale \u2013, il n\u2019y a pas de place pour elles.Il reste le privé.Mais cela exige de l\u2019argent\u2026 qu\u2019elles n\u2019ont pas! À la Chaire, l\u2019économiste Ruth Rose a démontré que Novembre 2014 | Québec Science 53 Les mentalités seraient en train de changer.Les débats actuels, assez musclés, concernant les régimes de retraite remettent à l\u2019ordre du jour la question des inégalités sociales.\u201c \u201c O Manifestation en septembre 2014 à Montréal.Les régimes de retraite sont aujourd\u2019hui remis en question.Les futurs bénéficiaires s\u2019inquiètent.R Y A N R E M I O R Z / L A P R E S S E C A N A D I E N N E les femmes très âgées sont les plus pauvres, après les mères monoparentales.» Selon la chercheuse, le problème, à la base, vient de ce que nos politiques sociales «ont été pensées par des gens nantis qui trouvent, eux, que c\u2019est terrible de finir ses jours dans un CHSLD».Elle observe: «Voilà comment une mauvaise compréhension des diversités et des inégalités du vieillissement se traduit par des politiques sociales peu éclairées qui ont une vision uniquement physiologique de la vieillesse.» Le maintien à domicile, une arme à double tranchant?«Si un homme ou une femme peut s\u2019organiser avec les services du CLSC et payer les autres services à domicile, poursuit-elle, pas de problème! Qu\u2019ils restent à la maison est souhaitable.Mais pour ceux qui n\u2019ont pas tout à fait atteint le seuil \u201ccoté\u201d, qui vivent seuls dans un logement pas toujours adéquat (certains, par exemple, peuvent difficilement sortir de chez eux), je ne suis vraiment pas à l\u2019aise.Le maintien à domicile ne convient pas à tout le monde!» Bref, les politiques sociales sont mal adaptées.Elles doivent servir les gens, pas le contraire.Mais il y a de l\u2019espoir.Les mentalités seraient en train de changer.Ainsi, selon Michèle Charpentier, les débats actuels, assez musclés, concernant les régimes de retraite remettent à l\u2019ordre du jour la question des inégalités sociales.Et puis, on assiste de plus en plus à une sorte de coming out des vieux.Des gens qui assument et disent leur âge.«Autre chose, fait-elle remarquer.Alors que tout le monde s\u2019entendait pour dire que le vieillissement de la population jetterait par terre le système de santé, des études sont publiées, comme celles d\u2019André-Pierre Contandriopoulos de l\u2019Institut de recherche en santé publique, qui donnent l\u2019heure juste.Ce qui nous coûte le plus cher, ce ne sont pas les services et le suivi, mais la technologie médicale et les traitements agressifs utilisés surtout pour soigner les plus jeunes.» De l\u2019espoir aussi du côté de nos connaissances, grâce à la multiplication des recherches en gérontologie.«Mieux nous comprenons les expériences du vieillissement, mieux nous formons les intervenants de demain \u2013 avocats, architectes, travailleurs sociaux, ergonomes, etc.», dit Michèle Charpentier qui souligne aussi que le changement ne viendra pas que des institutions, mais de la solidarité \u2013 des solidarités, comme elle préfère dire \u2013 relationnelles, familiales, inter- et in tra-générationnelles.54 Québec Science | Novembre 2014 \u201c Il y a énormément de femmes de plus de 65 ans engagées dans toutes sortes d\u2019activités sociales, depuis l\u2019altermondialisme jusqu\u2019à l\u2019aide aux devoirs, sans parler des grands-mères qui s\u2019occupent des petits-enfants, par solidarité avec leurs filles qui mènent de front carrière et famille.\u201c \u201c Raging Grannies, un groupe de femmes socialement engagées C A R O L I N E H A Y E U R «On parle ici d\u2019inclusion sociale, fait remarquer la chercheuse.Du vieillir-en- semble: les amitiés entre personnes âgées qui se rencontrent et s\u2019entraident; le partage des pistes cyclables entre vélos et quadriporteurs; les groupes communautaires de quartier, entre autres.Quelque chose bouge.Saviez-vous qu\u2019il y a énormément de femmes de plus de 65 ans engagées dans toutes sortes d\u2019activités so cia les, depuis l\u2019altermondialisme jusqu\u2019à l\u2019aide aux devoirs, sans parler des grands- mères qui s\u2019occupent des petits-enfants \u2013 une contribution majeure \u2013, par solidarité avec leurs filles qui mènent de front carrière et famille?On pense bien sûr aux enfants aidant leurs parents malades, mais il y a aussi le vieux père qui repeint votre cuisine, vu qu\u2019il a le temps, et les grands-parents qui paient l\u2019université des petits-enfants.» Une société où chacun, quel que soit son âge, trouverait sa place.vouons qu\u2019il y a de quoi rêver.Comme on rêve devant la réjouissante image de séniors en pleine forme, chanteurs nonagénaires, coureurs cyclistes centenaires et autres actrices qui ne font surtout pas leur âge! Car, vu par le bout optimiste de la lorgnette, la vieillesse du XXIe siècle se porte bien, merci.Demain, serons-nous tous beaux, tous éternellement jeu - nes?Michèle Charpentier brosse un tableau plus réaliste.«D\u2019une part, on est dans le modèle de l\u2019aîné actif qui travaille encore ou fait du bénévolat, voyage et dépense; d\u2019autre part, dans celui de l\u2019aîné qui s\u2019amuse, se repose, tricote, étudie ou dessine.Bref, qui prend enfin son temps.C\u2019est qu\u2019on est tellement obnubilé par une lecture économique de la société, que les individus sont mesurés au mérite de leur produc - tivité.Il y aurait un vieillissement réussi, utile, et un qui ne l\u2019est pas.C\u2019est une lecture perverse.Ça nous ramène aux normes vieillesse égale déclin et jeunesse égale performance; au discours qui parle du \u201cproblème\u201d du vieillissement de la population, ce qui sert bien les intérêts politiques affirmant que les vieux coûtent cher, donc qu\u2019on est justifié de couper dans les services.Or, le vrai problème de la vieillesse, c\u2019est la pauvreté, la violence, la souffrance.Tant qu\u2019on va souhaiter que les gens qui gagnent en âge continuent de ressembler à des jeunes, nous n\u2019avancerons pas», déplore Michèle Charpentier.Car il y aura toujours des vieux, n\u2019est- ce pas?Même en allongeant la vie, on n\u2019empêchera sans doute jamais la vieillesse.«C\u2019est comme dans la nature, conclut avec le sourire la chercheuse qui porte fraîchement sa cinquantaine.Nous sommes la nature.Et vieillir, c\u2019est vivre! Pourquoi on se battrait contre ça?» ?Novembre 2014 | Québec Science 55 Tant qu\u2019on va souhaiter que les gens qui gagnent en âge continuent de ressembler à des jeunes, nous n\u2019avancerons pas.\u201c \u201c Un modèle de cohabitation des âges «On n\u2019est pas une maison de retraite, insiste Normand Gauthier, directeur général de Gestion 3 pignons (G3P).Ici, vivent des locataires de tous âges, de toutes origines, des familles, des couples, aussi bien que des gens seuls.Pas question de créer des ghettos! On vise la cohabitation réussie.» «Ici», ce sont les 3 tours Frontenac, 784 appartements, 1 200 résidants.Bien visibles depuis le pont Jacques-Cartier, elles sont à la limite est de l\u2019arrondissement Ville-Marie, voisin de celui de Mercier\u2013Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.Milieu peu favorisé, très urbain, très communautaire et multiethnique.Ce qui distingue cet ensemble pour locataires à revenu moyen des autres du genre, c\u2019est que sa gestion est assurée par un organisme propriétaire à but non lucratif.Les surplus servent à l\u2019amélioration de la qualité de vie.G3P poursuit depuis 1978 un projet social très clair, assumé par ses Services Plus: «Réduire le risque d\u2019isolement social; aider à l\u2019autonomie; contribuer à une meilleure qualité de vie, à un meilleur pouvoir d\u2019agir; et contrer l\u2019exclusion.» Cela à un prix «juste par rapport au marché et ajustable grâce aux subventions pour les moins nantis de la Société d\u2019hypothèque et de logement (SCHL)», précise Normand Gauthier.Pas une maison de retraite, plutôt un milieu de vie, sûr et stimulant, intégrant des aménagements appropriés \u2013 piscine, jardins, aires de jeux et de repos, salles communes, etc.Avec, bien sûr, une grande accessibilité aux commerces attenants! On pourrait considérer ce milieu comme un village, où les personnes vulnérables, dont les aînés, reçoivent une attention particulière.«Par exemple, on fait tout pour faciliter le maintien à domicile des gens âgés qui le demandent, dit Normand Gauthier, mais nous sommes conscients qu\u2019il ne représente pas la solution pour tous.» Aux tours Frontenac, une foule de services ciblés et d\u2019activités de loisir sont assurés par une quarantaine d\u2019employés et près de 150 bénévoles.Sur place, on compte une clinique médicale; des travailleurs sociaux et des intervenantes de milieu; un groupe de soutien pour proches aidants; une popote collective; un service de téléphone soleil donnant un coup de fil quotidien aux personnes seules qui le demandent; de l\u2019accompagnement; une clinique ponctuelle de vaccination et d\u2019impôt; un journal et une télé communautaires; enfin, une garderie.Les tours Frontenac sont en lien étroit avec le CSSS Jeanne-Mance et la bibliothèque voisine de la Maison de la culture Frontenac.Fortement intégré dans la vie de quartier, G3P est représenté aux conseils d\u2019administration, entre autres, de l\u2019Éco-quartier et du Regroupement des organismes pour les aînés des Faubourgs.«L\u2019exemple des tours Frontenac n\u2019est probablement pas unique, pense le directeur, mais très rare.» Voilà en tout cas, si l\u2019on en croit les études sur le bien-vieillir, un modèle ouvert dont pourraient s\u2019inspirer nos pratiques sociales dans l\u2019avenir.«On vise simplement à ce que les gens, quel que soit leur âge, soient heureux ensemble.Et respectés», résume Normand Gauthier.H.MA a lourde porte est verrouillée en permanence.Impossible d\u2019entrer au Pavillon des bâtisseurs \u2013 ou d\u2019en sortir \u2013 sans connaître le code d\u2019accès.Pourtant, l\u2019endroit, dans cette paisible rue de l\u2019arrondissement Ahuntsic- Cartierville, à Montréal, n\u2019a rien d\u2019une prison.Disposées en carré autour d\u2019une cour intérieure fleurie, les 14 chambres spacieuses et bien décorées sont ouvertes sur de larges corridors aux couleurs douces.«Ici, il n\u2019y a pas de chariot métallique qui passe bruyamment ni de va-et-vient d\u2019ascenseur», explique Josée Mayer, directrice de ce centre d\u2019hébergement pour personnes atteintes d\u2019alzheimer.Il n\u2019y a pas à dire, l\u2019atmosphère est sereine et l\u2019endroit est même charmant, avec son aquarium et sa volière où chante un petit oiseau coloré.À l\u2019entrée de chacune des chambres, une photo évocatrice aide son occupant à retrouver ses repères.«Ce peut être celle d\u2019un animal, d\u2019un objet; une photo actuelle ou ancienne de la personne», dit Josée Mayer en désignant le portrait en noir et blanc d\u2019une femme souriante, pris le jour de sa graduation, il y a une cinquantaine d\u2019années\u2026 Inauguré en 2004 grâce au soutien de la fondation Gracia, qui œuvre à l\u2019amélio - ration des services des sept établisse ments du CSSS de Bor deaux-Cartier vil le\u2013Saint- Laurent, le Pavillon des bâtisseurs est un centre modèle, conçu pour accommoder le mieux possible les personnes démentes.«La liste d\u2019attente est longue, reconnaît Josée Mayer en traversant la salle com- 56 Québec Science | Novembre 2014 mieux vieillir L Ce ne sont pas des re m DANS LES CHSLD, LES DEUX TIERS DES RÉSIDANTS AVALENT QUOTIDIENNEMENT AU MOINS 10 MÉDICAMENTS.À FORCE DE VOULOIR TOUT TRAITER, LA MÉDECINE AURAIT-ELLE BASCULÉ DANS L\u2019EXCÈS?Par Marine Corniou Pour illustrer ce reportage, l\u2019artiste Marc Taro Holmes s\u2019est rendu au Pavillon des bâtisseurs dans le nord de Montréal.Cet illustrateur est un des organisateurs du groupe Urban Sketchers Montreal qui se réunit chaque dernier dimanche du mois pour exécuter des croquis dans différents lieux de Montréal. mune où les malades, installés dans de gros fauteuils, viennent d\u2019assister à la messe télévisée.Nous n\u2019avons que 20 pla - ces et c\u2019est le seul centre d\u2019hébergement de ce type au Québec.» L\u2019originalité du lieu?Les pensionnaires y déambulent librement, à leur conve nan ce.«À un certain stade de la maladie, le besoin de marcher est fort.Dans les centres d\u2019hébergement classiques, au sein des hôpitaux, les patients font les cent pas dans les corridors, ce qui peut générer de la frustration et de l\u2019anxiété.Ici, ils \u201cfont le tour du carré\u201d sans avoir à rebrousser chemin, vont et viennent dans les chambres comme ils le veulent.On a disposé des fauteuils un peu partout afin qu\u2019ils puissent se reposer, avant de reprendre leur erran ce», souligne Josée Ma yer.Certes, les objets personnels se «promènent» de pièce en pièce et certains occu pants se sentent parfois envahis par leurs voisins.Mais, de manière générale, les patients sont apaisés, moins agressifs qu\u2019au sein d\u2019un centre conventionnel, soutient la directrice.Résultat, ils sont aussi moins médicamentés.«Quand les patients sont admis ici, je passe en revue la liste de leurs médicaments, explique la docteure Michèle Messier, omnipraticienne au Pavillon.Puis j\u2019essaie d\u2019en réduire le nombre, si c\u2019est possible.Surtout les doses d\u2019anxiolytiques et d\u2019antipsy - chotiques, que beaucoup de patients reçoivent pour calmer leurs troubles de comportement.» La pratique est en effet courante.Plusieurs études démontrent que, au Canada, au moins 25% des résidants des centres de soins de longue durée prennent des antipsychotiques.Dans de nombreux centres, ce taux atteint même 50%.Mais voilà, ces médicaments, normalement indiqués pour le traitement de la schizophrénie et du trouble bipolaire, sont très peu efficaces pour traiter l\u2019agressivité, l\u2019agitation ou l\u2019errance associées à la maladie d\u2019Alzheimer.Pis, plusieurs études récentes ont démontré que les antipsychotiques augmentaient le risque de décès chez ces malades, ce qui a conduit Santé Canada, par trois fois, à émettre des mises en garde pour restreindre les ordonnances dans ce con texte.«Malgré cela, ils sont prescrits à tout va! Leur utilisation chez les aînés avec un diagnostic de démence ne cesse de croître», déplore Marie-Andrée Bruneau, géron- topsychiatre à l\u2019Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM).À défaut d\u2019être efficaces, les antipsychotiques ont le «mérite» de calmer le patient.«C\u2019est une contention chimique», résume la chercheuse.Et la chimie, les personnes âgées y goûtent sans modération, les antipsychotiques n\u2019étant que la pointe la plus dérangeante de l\u2019iceberg pharmacologique.Dans les Centres d\u2019hébergement de soins de longue durée (CHSLD), les deux tiers des résidants avalent quotidiennement 10 médicaments ou plus, selon un rapport de l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS) paru au printemps dernier.Cette tendance à «gaver» les aînés de médicaments, le plus souvent avec les meilleures intentions du monde, commence à inquiéter sérieusement les sociétés de gériatrie.«En soins de longue durée, j\u2019ai déjà vu une personne qui prenait 27 pilules par jour, affirme Cara Tannenbaum, gériatre et titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement à l\u2019IUGM.C\u2019est un peu l\u2019effet collatéral de la réussite de la médecine moderne: les médicaments fonctionnent tellement bien, que les praticiens ne se posent pas de question.À chaque symptôme, une pilule! Mais le milieu prend aujourd\u2019hui cons - cience qu\u2019il y a un problème.» Ce problème a un nom: polypharmacie (ou polymédication), généralement définie par la prise quotidienne d\u2019au moins cinq médicaments.Une consommation qui débute tôt et qui est loin d\u2019être cantonnée aux CHSLD.Bien avant une quelconque perte d\u2019autonomie, près des deux tiers des Canadiens de plus de 65 ans les prennent, ces 5 médicaments d\u2019ordonnance! C\u2019est sans compter les pilules en vente libre, du genre Tylenol, Advil, vitamines et autres antiacides.«Les médecins qui travaillent en gériatrie ou en CHSLD sont sensibilisés au phénomène et ils ont tous le réflexe de vérifier la liste des médicaments, nuance la docteure Messier, qui travaille dans plusieurs centres.La qualité des ordonnances s\u2019est vraiment améliorée depuis 15 ans; leur nombre reste impressionnant, mais e mèdes de grand-mère Novembre 2014 | Québec Science 57 il ne faut pas oublier que les patients, au- jourd\u2019hui, vivent très vieux, avec plusieurs pathologies.» Il est vrai que souvent, dès 50 ans, la liste des affections à traiter \u2013 ou à prévenir \u2013 s\u2019allonge: cholestérol, hypertension, diabète, ostéoporose, arthrose, inconfort de la ménopause, etc.«En fait, les recommandations cliniques sont édictées pour une seule maladie.On sait très bien quelle est la marche à suivre pour traiter le diabète, par exemple.Mais en vieillissant, les personnes cumulent souvent trois ou quatre maladies chroniques.Et là, les médecins n\u2019ont pas de lignes directrices claires.Donc, ils extrapolent et additionnent les traitements», analyse la gériatre Cara Tannenbaum.A priori, cela semble logique.Sauf que les remèdes peuvent s\u2019avérer pires que les maux, car le risque d\u2019effets secondaires grimpe en flèche quand on multiplie les médicaments.«C\u2019est d\u2019autant plus vrai chez les personnes âgées», affirme Caroline Sirois, pharmacienne et professeure en sciences infirmières au site de Lévis de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).«Le vieillissement s\u2019accompagne de beaucoup de changements physiologiques, la répartition gras/muscle est modifiée, les reins fonctionnent moins bien.Des effets indésirables peuvent donc apparaître pour des doses qui sont sans danger chez un adulte plus jeune», explique-t-elle.Ce n\u2019est pas tout.Quand on mélange les molécules, celles-ci interagissent et le cocktail peut se révéler plus toxique que prévu.Ce risque d\u2019«interaction médicamenteuse» est estimé à 10% lors de la prise de deux médicaments, mais il grimpe à 80% dès lors qu\u2019on en prend cinq ou plus.«Beaucoup d\u2019études documentent les interactions entre les médicaments deux à deux, mais on sait encore très mal ce qui se passe lorsqu\u2019on en donne quatre, six ou huit en même temps», précise Caroline Sirois.Autant dire que les personnes âgées, qui ne sont quasiment jamais incluses dans les études cliniques, font office de cobayes.ais l\u2019augmentation de la toxicité des molécules n\u2019est pas le seul danger de la poly- pharmacie; elle peut aussi réduire l\u2019efficacité des traitements vitaux.En fait, plus de la moitié des médicaments sont métabolisés, c\u2019est- à-dire transformés ou dégradés, au niveau du foie, les autres étant éliminés par les reins.«Dans le foie, des enzymes permettent de rendre ces médicaments actifs.Mais lorsque plusieurs substances sont administrées en même temps, les enzymes ne peuvent pas les activer toutes.C\u2019est un peu comme si 100 personnes voulaient monter dans un bus en même temps.Il y en a forcément qui ne pourront pas entrer», explique Cara Tannenbaum, qui a fait de la polypharmacie son principal sujet d\u2019étude.Si on ajoute à cela les oublis \u2013 fréquents \u2013, les doses optimales sont souvent loin d\u2019être atteintes.Rien d\u2019étonnant à ce que, face aux mécanismes pharmacologiques complexes et à l\u2019absence de directives de traitement, les médecins, même s\u2019ils sont de plus en plus conscients des risques, soient parfois dépassés.D\u2019autant que les personnes âgées consultent souvent plusieurs soignants qui ne savent pas toujours pourquoi tel ou tel traitement a été prescrit par leurs confrères.Résultat, les «cascades médicamenteuses» sont légion.On ajoute de nouveaux médicaments pour traiter les inconvénients dus aux médicaments déjà prescrits.«Le vieillissement a le dos large! regrette 58 Québec Science | Novembre 2014 mieux vieillir M \u201c I L L U S T R A T I O N S : M A R C T A R O H O L M E S Les médicaments seraient responsables d\u2019environ 10% des hospitalisations de personnes de plus de 65 ans et de 20% d\u2019octogénaires, plus fragiles et plus souvent victimes de surdosages.\u201c Caroline Sirois.Trop souvent, unmédica- ment entraîne un effet secondaire que le médecin va interpréter comme un nouveau symptôme lié à l\u2019âge, et pour lequel il va prescrire une nouvelle drogue.» Un exemple?Pour soulager les douleurs de l\u2019arthrose, on préconise un anti-inflammatoire qui peut faire augmenter la pression sanguine.Du coup, un antihy per tenseur est prescrit qui, à son tour, peut causer une baisse du potassium sanguin qui amènera la prise de suppléments oraux, etc.Un vrai cercle vicieux! Il est grand temps de le briser: les médicaments seraient responsables d\u2019envi - ron 10% des hospitalisations de personnes de plus de 65 ans et de 20% d\u2019octogénaires, plus fragiles et plus souvent victimes de surdosages ou d\u2019erreurs.«La polypharmacie n\u2019est pas dangereuse en elle-même, tient toutefois à préciser Caroline Sirois.Il y a des polypharmacies judicieuses qui permettent de réduire la mortalité et d\u2019améliorer la qualité de vie, par exemple en cas de diabète.Mais la difficulté, c\u2019est de trouver un équilibre.De plus en plus d\u2019études parlent de \u201cdé- prescription\u201d, afin de réduire la lourdeur des ordonnances chez les patients âgés.» Mais comment «déprescrire»?Quels sont les médicaments indispensables?Ceux dont on peut se passer?Y a-t-il un risque, en retirant un médicament, de porter préjudice au patient?Ces questions ne sont pas abordées en cours de médecine.«Aucune ligne directrice ne dit, par exemple, qu\u2019à partir de quel âge on peut laisser tomber les statines, même si plusieurs associations de gériatrie ont commencé à se pencher sur la question», poursuit la spécialiste.Les statines, qui servent à réduire le taux de cholestérol, sont justement les médicaments les plus utilisés par les gens qui ont dépassé le cap des 65 ans.Selon le rapport de l\u2019ICIS, près de 50% d\u2019entre eux en prennent quotidiennement.Viennent ensuite les inhibiteurs de l\u2019ECA, indiqués pour traiter l\u2019insuffisance cardiaque et l\u2019hypertension, et les antiacides contre le reflux gastro-œsophagien.es médicaments sauvent des vies et soulagent la douleur, pas de doute là-dessus, reprend Cara Tannenbaum.Mais un traitement pertinent à 50 ans ne l\u2019est pas forcément à 80 ans.Il faut par exemple deux ans de traitement avec des statines pour que le risque cardiovasculaire commence à baisser.Ne serait-ce pas plus approprié de prendre en compte l\u2019espérance de vie et de soigner les problèmes immédiats, chez les personnes très âgées?Il y a un consensus sur le fait qu\u2019on abuse des médicaments de prévention.» C\u2019est aussi l\u2019avis de Jacques Potvin.Ce psychogériatre de 87 ans se bat depuis des années contre ce qu\u2019il considère comme de l\u2019acharnement thérapeutique.«J\u2019ai souvenir d\u2019une patiente de 97 ans, admise en CHSLD, qui a pris 22 médicaments par jour jusqu\u2019à sa mort.On a accepté ça sans rien changer», regrette-t-il.Depuis qu\u2019il a pris sa retraite en 2006, celui qui a fondé la Société québécoise de gériatrie, il y a 30 ans, continue de passer 1 jour par semaine auprès des malades déments, au CHSLD Saint-Au- gustin, à Québec.Il s\u2019occupe tout particulièrement d\u2019une vingtaine de patients au comportement «perturbateur», prêtant ainsi main-forte à l\u2019équipe médicale permanente.Jacques Potvin, qui connaît le nom de tous les malades, l\u2019histoire de chaque famille, plaide pour une médecine plus humaine et plus empathique.Une médecine qui s\u2019intéresserait au patient et pas uniquement aux symptômes, surtout chez les personnes en fin de vie.«Je prends six médicaments par jour pour maîtriser mes problèmes de santé.Cela a un sens, car j\u2019ai un rôle socio-familial actif, explique-t-il en arpentant les couloirs du CHSLD, où déambulent des aînés au regard perdu.Mais quand on est dément et en fin de vie, y a-t-il un sens à traiter l\u2019hypertension, le cholestérol, à prévenir les infarctus ou à prendre de la vitamine D?En tant que médecin, il faut accepter de ne pas pouvoir tout guérir.D\u2019autant que cela a un coût: au Québec, il y a plus de 45 000 lits en CHSLD.Si on enlevait à chacun des patients une ou deux pilules non nécessaires, on économiserait beaucoup.» Alors que la population mondiale vieillit, les coûts associés à la polypharmacie sont en effet montrés du doigt.Ne serait-ce qu\u2019au Québec, entre 2000 et 2012, les dépenses de l\u2019assurance médicament ont doublé.Les prescriptions inappropriées, polypharmacie en tête, sont devenues un problème de santé et de finances publiques.Et pourtant, les autorités tardent à réagir.Il n\u2019y a pour l\u2019instant aucun suivi de la poly médication au Québec.Caroline Sirois, de l\u2019UQAR, travaille justement avec l\u2019Institut national de santé publique du Québec pour tenter de mettre en place cette surveillance.«L\u2019un des premiers objectifs est Apprendre à s\u2019abstenir Bien soigner, c\u2019est aussi, pour un médecin, savoir s\u2019abstenir de prescrire.La campagne Choisir avec soin, lancée en deux temps, le 2 avril et le 29 octobre 2014, vise justement à encourager le dialogue entre médecins et patients pour éviter les examens, les traitements et les interventions inutiles.Sous l\u2019égide de l\u2019Association médicale canadienne, une trentaine de sociétés de spécialité médicale, dont la Société canadienne de gériatrie, ont fait la liste des actes et des traitements souvent pratiqués de façon non justifiée.«N\u2019utilisez pas d\u2019antipsychotiques comme premier choix pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence», peut-on lire par exemple dans la section Médecins du site www.choisiravecsoin.org qui fait écho à la campagne états-unienne Choosing Wisely lancée en 2012.D\u2019autres initiatives, comme celle du Journal of?the?American?Medical?Association?(JAMA), qui publie régulièrement des articles dans sa série Less Is More, voient le jour un peu partout dans le monde.Le British?Medical Journal a quant à lui lancé la campagne Too Much Medicine en 2013.On peut y lire, dans un éditorial, que, «face à la menace que représentent le surdiagnostic, ainsi que le gâchis d\u2019examens et de traitements non nécessaires, combattre les excès médicaux est l\u2019un des grands défis du siècle».«L Novembre 2014 | Québec Science 59 photo : Diane Dufresne et Yvan Monette europe et amérique MAJORQUE 24 avril au 9 mai PUGLIA 23 mai au 7 juin PORTUGAL 31 mai au 15 juin TOSCANE EN LIBERTÉ 23 mai au 5 juin SONOMA ET NAPA VALLEY 11 au 18 avril TUCSON 18 au 25 avril UTAH 25 avril au 2 mai FIVE BORO BIKE TOUR À NEW YORK 1er au 3 mai VIRGINIE 2 au 10 mai SAN FRANCISCO \u2014 SANTA BARBARA 9 au 16 mai CAPE COD 16 au 21 mai NOUVEAU NOUVEAU NOUVEAU Vivez l\u2019été quatre saisons Titulaire d\u2019un permis du Québec ?DESTINATIONS SOLEIL CUBA HOLGUÍN EN BOUCLES 27 décembre au 3 janvier 8 au 15 février 8 au 15 mars 4 au 11 avril CUBA VARADERO EN BOUCLES 28 décembre au 4 janvier 1er au 8 mars FLORIDE 21 au 28 février LES ÎLES DE GUADELOUPE 19 au 26 mars DESTINATIONS SOLEIL EN LIBERTÉ Optez pour Cuba ou les Îles de Guadeloupe selon la formule En liberté.RÉSERVEZ DÈS MAINTENANT ! de définir clairement ce qu\u2019est la polyphar- macie.Ensuite, on va faire des enquêtes avec les données de la régie», explique-t- elle.Selon Cara Tannenbaum, cette absence de chiffres reflète l\u2019inaction du gouvernement.«Dans la plupart des pharmacies et des hôpitaux, il n\u2019y a même pas de fichiers informatisés pour savoir ce qui a été prescrit et délivré aux patients ailleurs», déplore- t-elle.De fait, en 2013, sept ans après le début de l\u2019implantation du réseau Dossier Santé Québec (DSQ), censé permettre aux diverses institutions de santé de partager les données des patients, seulement 2% des cliniques, 19% des pharmacies et 21% des hôpitaux y étaient connectés.«En attendant, on continue de prescrire aux personnes âgées des médicaments d\u2019ordonnance potentiellement non appropriées (OPNA), même si cela altère leur qualité de vie et les met en danger», poursuit-elle, en citant l\u2019exemple des benzodiazépines.Ces somnifères sont fortement déconseillés aux vieilles personnes, car ils augmentent de 50% le risque de chute et sont associés à une probabilité accrue de démence.Pourtant, au Québec, environ 30% des femmes âgées en consommeraient régulièrement.«La American Geriatrics Society, qui vient de mettre à jour une liste de 53 médicaments à éviter chez les aînés, préconise d\u2019éviter les benzodiazépines, souligne la chercheuse.Malgré cela, ils sont beau - coup prescrits.Pourquoi continuent-ils à être remboursés?Aux États-Unis, le gouvernement impose une pénalité aux établissements de soins de longue durée dans lesquels la prise de somnifères excède 5%.» La gériatre vient justement de mener une étude auprès de 300 Québécois de 65 à 95 ans consommant des somnifères depuis 10 ans, en moyenne.Les participants ont reçu un document de sept pages dé cri vant les risques de cette habitude et ont été invités à discuter avec leur médecin ou leur pharmacien d\u2019un protocole de cessation graduelle du traitement.Les résultats, publiés en avril dans la revue 60 Québec Science | Novembre 2014 mieux vieillir M A R C T A R O H O L M E S JAMA Internal Medicine, sont éloquents: 62% des patients en ont parlé avec leur médecin.Six mois plus tard, 27% avaient réussi à se défaire de leur dépendance et 11% étaient en processus de sevrage.«Les gens sont intelligents, ils comprennent ce qui est bon pour leur santé, affirme la doc- teure Tannenbaum.Mais si on convainc quelqu\u2019un de se débarrasser de son somnifère, il faut pouvoir lui offrir une solution de rechange, par exemple une thérapie co - gnitive et comportementale pour traiter ses insomnies.» C\u2019est là que le bât blesse.«Dans un contexte d\u2019austérité financière, le taux d\u2019ordonnances risque d\u2019augmenter, car il y a de moins en moins de budget pour les interventions non pharmacologiques, comme la formation du personnel, les activités sociales ou artistiques», affirme Marie-Andrée Bruneau, gérontopsychiatre, qui a mené quant à elle une campagne d\u2019information sur les antipsychotiques auprès d\u2019une dizaine de médecins soignant les aînés de l\u2019IUGM.Mieux informés, les médecins ont réduit leur taux de prescription de 30% en six mois.Au Pavillon des bâtisseurs, où on tente de limiter les médicaments, les activités artistiques sont valorisées et les préposés connaissent l\u2019histoire de chaque patient.«On se sert de leurs goûts, de leurs passions, pour détourner leur attention au moment de la toilette, par exemple, ce qui leur permet d\u2019être plus détendus et de se laisser faire, détaille Josée Mayer.On utilise les massages, les petits plaisirs comme la manucure ou le chocolat, si on sait que c\u2019est quelque chose que le patient aimait avant sa maladie.» «Malheureusement, poursuit Cara Tan- nenbaum, c\u2019est plus facile de donner des pilules que de les remplacer par des interventions sociales, par un physiothéra- peute, un diététicien, des animateurs pour prévenir les dépressions, etc.Surtout que le taux de pauvreté chez les personnes âgées, en particulier les femmes, est très élevé.Les médicaments sont remboursés, mais les activités ne le sont pas.» Comme de plus en plus de médecins, elle pense qu\u2019une réflexion de société doit être menée, alors que la culture du «tout-médical» commence à montrer ses failles.?Novembre 2014 | Québec Science 61 POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE PROVOQUER LE ÉBAT Le vieillissement a le dos large! Trop souvent, un médicament entraîne un effet secondaire que le médecin va interpréter comme un nouveau symptôme lié à l\u2019âge.\u201c \u201c \u2019ai commencé à m\u2019intéresser à la tradition orale vers 18 ans, grâce à un travail d\u2019étudiant: aller voir les vieux de ma région \u2013 Vau- dreuil-Soulanges \u2013 pour enregistrer leurs chansons, leurs légendes et leurs contes.Si j\u2019ai continué, c\u2019est en tant qu\u2019artiste.Je voulais réinterpréter ce réper- toire-là.J\u2019ai donc fait longtemps de la collecte folklorique, un peu partout au Québec et en Acadie.Ces vieux que je rencontrais, ils étaient souvent nés entre 1885 et 1905.Leur mémoire était remplie de choses léguées par tra - dition familiale.Une Alvina Saint-Pierre, de Saint-Irénée dans la péninsule acadienne, par exemple, savait par cœur peut-être au-delà de 300 chansons, qui n\u2019avaient jamais été transcrites! J\u2019aime particulièrement les complaintes, qui parlent presque toujours de la mort, sans psychologie ni émotion.Et aux histoires tragiques et noires, comme les prêtres fantômes, le loup- garou, le diable, la Corriveau, etc.Je suis fasciné par cet univers un peu gothique.D\u2019ailleurs, plus jeune, j\u2019écoutais Bauhaus, j\u2019étais très accroché par le punk; je lisais Poe, Lovecraft et Claude Sei- gnolle.En relayant la parole des vieux \u2013 qui remonte à des siècles, parfois jusqu\u2019au Moyen Âge \u2013, j\u2019écarte le rideau de la mort et je regarde sans danger ce qu\u2019il y a de l\u2019autre bord.Il y a la mémoire inconsciente et la mémoire consciente et, parfois, les deux se mêlent.C\u2019est ce que j\u2019appelle les pièges créatifs de la mémoire.Au fur et à mesure qu\u2019on avance dans la vie, notre propre mémoire se contamine de la mémoire collective.Et on entre alors dans le monde de la légende.C\u2019est par exemple le drame de la Corriveau qui s\u2019amplifie.Elle a maintenant sept maris; elle les tue de sept manières différentes, l\u2019un en lui coulant du poison dans l\u2019oreille.comme dans Hamlet! Mais les conteurs lisaient-ils Shakespeare?Marie-Rose D\u2019Amour, à Rigaud, m\u2019a donné une chanson qui raconte le viol et le meurtre d\u2019une jeune fille dans une forêt, par trois brigands.C\u2019est, avec quelques différences, l\u2019histoire d\u2019une légende scandinave du XIVe siècle qu\u2019Ingmar Bergman a porté à l\u2019écran avec son film La source.Comment cette femme-là, jamais sortie de son village, pou- vait-elle chanter une telle lé gen de?Et toutes ces histoires de soucoupes volantes?Il y a toujours une ascension: l\u2019initié monte au «ciel», et en redescend plus sage et plus fort.La nuit des temps rejoint la modernité.Moi-même, dans les contes que j\u2019écris, je me sers de choses qui me sont arrivées.Mais sont- elles arrivées comme je les raconte?Actuellement, les détenteurs de contes et de chansons de tradition familiale se font de plus en plus rares.Parallèlement, le récit de vie a la cote.Dans les salons du livre, on trouve des quantités de biographies.Une tante, une grand-mère, une famille de garagistes, etc.Cela remet la mémoire des anciens à la mode.Pourtant, beaucoup de vieux ne veulent pas se voir comme des personnes âgées et pensent qu\u2019ils n\u2019ont rien d\u2019intéressant à raconter.Je crois qu\u2019ils ont tort.Car si on ne connaît pas ce qui est arrivé avant, comment peut-on prendre des décisions éclairées?J\u2019ai grandi à une époque où les vieux étaient des vieux.Aujourd\u2019hui, les vieux n\u2019existent plus; il n\u2019existe que des jeunes qui prennent de l\u2019âge.Leur défi, c\u2019est d\u2019essayer de sauter en parachute à 87 ans.Mais comment peut- on être le mentor d\u2019un jeune quand on veut être comme lui?Souvent, des gens me disent, après un spectacle: tu devrais venir écouter ma mère ou mon père.Je réponds: «Vous, demandez-leur de parler de leur jeunesse.Et sortez le magnétophone!» ?Propos recueillis par Hélène Matteau Passeur de mémoire Transmettre la parole des vieux là où elle rejoint le subconscient collectif, le mythe ou le fantastique,telle est sa quête.Conteur, chanteur et créateur, Michel Faubert a peut-être trouvé la clé de l\u2019immortalité! 62 Québec Science | Novembre 2014 J Entre Maudite mémoire (1992) et Mémoire maudite (2013), Michel Faubert a publié, seul ou avec Les charbonniers de l\u2019enfer, puis 12 Hommes rapaillés, une douzaine de disques \u2013 contes, chansons, spectacles.Dont Le passeur et La fin du monde.Michel Faubert: «J\u2019ai grandi à une époque où les vieux étaient des vieux.Aujourd\u2019hui, les vieux n\u2019existent plus; il n\u2019existe que des jeunes qui prennent de l\u2019âge.» ENTREVUE MICHEL FAUBERT J U L I E D U R O C H E R nstallée sur son canapé, Nadine Bas- tianelli presse frénétiquement le bouton de la manette et fait bondir sur l\u2019écran un petit plombier moustachu qui accumule des pièces de monnaie et élimine des créatures en forme de champignons shiitake.La femme de 61 ans joue à Super Mario 64 sur sa console Wii.Ce n\u2019est pas qu\u2019elle soit nostalgique de ce jeu, mis au point au Japon en 1995.C\u2019est qu\u2019elle participe à une étude du département de psychologie de l\u2019Université de Montréal sur les bienfaits cognitifs des jeux vidéo commerciaux auprès des personnes âgées.Pendant six mois, elle apprivoisera les subtilités ce jeu en 3D une trentaine de minutes par jour, cinq fois par semaine.L\u2019équipe du chercheur Gregory West, en collaboration avec l\u2019Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM), espère que ces heures passées devant l\u2019écran lui permettront d\u2019améliorer ses réflexes, sa vision et sa mémoire.Dans le bureau de Gregory West, les boîtes de Wii et de PlayStation s\u2019empilent.Grâce à ces outils scientifiques inhabituels, le chercheur souhaite observer chez ses sujets une augmentation du volume du cortex préfrontal latéral, siège de la planification et des fonctions exécutives; du cervelet qui joue un grand rôle dans le contrôle moteur; et de l\u2019hippocampe, important pour la santé cognitive à long terme.Le neuropsychologue s\u2019inspire d\u2019une étude de l\u2019université Humboldt de Berlin, réalisée avec des sujets dans la vingtaine, qui arrivait à ces conclusions.«Si les personnes âgées obtiennent les mêmes résultats que les jeunes adultes, ce serait une très bonne nouvelle, puisqu\u2019il y a un lien entre le volume de l\u2019hippocampe et les risques de développer la maladie d\u2019Alzheimer», dit-il.Toutefois, intéresser les personnes âgées à Super Mario est l\u2019un des plus grands défis du neuropsychologue, lui-même amateur de jeux vidéo! Il se désole: «Les gens croient que ça ne sert à rien! Par contre, mes collègues qui étudient les effets des cours de musique n\u2019ont pas de mal à trouver des participants.Savoir jouer d\u2019un instrument, ça fait rêver.Super Novembre 2014 | Québec Science 63 mieux vieillir L\u2019esprit vif et l\u2019œil alerte grâce à Super Mario! LES JEUX VIDÉO AURAIENT DES VERTUS COGNITIVES POUR LES 7 À 77 ANS ! Par Simon Coutu I Nadine Bastianelli S I M O N C O U T U Mario 64 est un peu moins noble, disons\u2026» Parallèlement à l\u2019étude de Gregory West, un autre groupe de personnes âgées suit en effet des leçons de piano pour la première fois et il est soumis aux mêmes analyses.«On veut savoir si ce sont spé - ci fi quement les activités faisant appel à la mémoire visuospatiale qui ont ces effets sur la plasticité du cerveau, ou si c\u2019est simplement le fait d\u2019apprendre quelque chose de nouveau qui est en cause», s\u2019interroge le chercheur.Simon Delorme, étudiant au doctorat en psychologie à l\u2019Université de Montréal et assistant de laboratoire de Gregory West, a pour tâche de familiariser les participants à leur nouveau jouet électronique.Pas si simple.«Toutes les personnes âgées ne sont pas technophiles, dit-il.Pour certaines, c\u2019est un nouvel apprentissage.Moi, j\u2019ai acquis les réflexes de manipuler des boutons dans ma jeunesse et je ne les ai plus remis en question.Mais je ne peux pas utiliser la manette à leur place!» Si Gregory West et Simon Delorme confirment leurs hypothèses, on comprendrait que les effets bénéfiques des jeux vidéo sur le cerveau se transfèreraient aussi dans la vie courante.Déjà, des neuropsycho- logues de l\u2019université de San Francisco, en Californie, sont arrivés à cette conclusion après avoir créé Neu- roRacer, un jeu de conduite automobile.Les participants y tiennent le volant et doivent appuyer sur un bouton lorsque certains symboles apparaissent à l\u2019écran.Ce jeu interactif sert à tester la capacité à faire deux choses à la fois qui, on le sait, diminue avec l\u2019âge.Cent soixante-quatorze personnes entre 20 et 70 ans ont d\u2019abord testé le jeu en portant un électroencéphalographe permettant de lire l\u2019activité cérébrale.Ensuite, une quinzaine de personnes entre 60 et 85 ans se sont mises à l\u2019entraînement en jouant, à la maison, 3 fois par semaine pendant 3 mois.Résultat, les analyses ont démontré que ceux qui s\u2019étaient entraînés avaient une meilleure capacité à faire deux choses en même temps que ceux qui n\u2019avaient essayé le jeu qu\u2019une seule fois.L\u2019étude souligne même, chez les personnes âgées, une amélioration de la mémoire à court terme et de la concentration, qu\u2019elles ont conservées pendant au moins six mois, sans jouer de nouveau à NeuroRacer.Étudiante au doctorat en neuropsychologie, Bianca Bier utilise un jeu très semblable pour ses recherches à l\u2019IUGM.Équipés d\u2019un masque de réalité virtuelle, les participants conduisent une voiture qui emprunte un tunnel.Lorsque certains panneaux apparaissent, ils doivent presser un bouton.La chercheuse leur donne aussi une liste de mots qu\u2019ils doivent ensuite répéter en ordre alphabétique.Bianca Bier se sert de ce jeu, mis au point par la compagnie cali- fornienne World Viz et adapté par l\u2019Université du Québec en Outaouais, à des fins d\u2019entraînement cognitif.«Ça aiguise notamment le contrôle attentionnel des aînés, soit leur capacité à déplacer leur attention de façon volontaire, dit-elle.Nous faisons appel à cette faculté par exemple lorsque nous conduisons, tout en tenant une conversation, et qu\u2019un ballon arrive dans notre champ de vision.» La réalité virtuelle lui permet aussi d\u2019évaluer ses patients dans des environnements complets qui ressemblent à ceux du quotidien.«On peut vraiment parler d\u2019un transfert des jeux vidéo à l\u2019univers médical, croit-elle.Les résultats sont plus justes que quand on fait remplir des questionnaires sur papier.On voit les gens agir en temps réel.» Tous les jeux vidéo, cependant, n\u2019ont pas les mêmes effets sur le cerveau, constate Sylvie Belleville, la directrice de la recherche à l\u2019IUGM.«On note les activations cérébrales grâce à l\u2019imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle et on est capable de voir les régions du cerveau qui sont modifiées, dit-elle.On note qu\u2019elles le sont très différemment selon le type de jeu.Ce n\u2019est pas du one size fits all.» Présentement, peu d\u2019options du jeu vidéo s\u2019adressent aux personnes aînées.L\u2019âge moyen du joueur, en Amérique du Nord, est aujourd\u2019hui de 34 ans.Mais la situation risque de changer à mesure que les premières générations de gamers vieilliront.«Les jeux de guerre ou de combat, même si on en trouve énormément sur le marché, n\u2019intéressent pas les personnes âgées, dit la docteure Belleville.Elles n\u2019ont jamais baigné dans ce monde! Alors elles refusent d\u2019y entrer.» Pourtant, si on réussit à les convaincre que les jeux offrent des bénéfices, les aînés n\u2019hésiteront pas à se procurer des consoles, croit-elle: «Quand on les interroge, ils disent que la mémoire et la cognition sont leurs plus grandes préoccupations.Ils veulent rester intellectuellement alertes.Et ils ne sont pas réfractaires à l\u2019utilisation des nouvelles technologies.D\u2019ailleurs, l\u2019arrivée des tablettes a été miraculeuse pour certains d\u2019entre eux.» «L\u2019éventail des jeux vidéo est très large, ajoute Simon Delorme.Et ce sont des activités mentales qui peuvent se pratiquer à la maison.C\u2019est idéal pour les aînés en perte de mobilité, entre autres.» L\u2019expérience de Gregory West ne fait que commencer, mais Nadine Bastianelli prend déjà goût à ses séances quotidiennes de SuperMario.«Je le vois comme un entraînement pour la tête, dit-elle.Je ne dis pas non à l\u2019idée de me procurer une console à la fin de l\u2019étude.Mais seulement pour des jeux colorés et mignons!» ?64 Québec Science | Novembre 2014 mieux vieillir >quebecsscience.qc.ca Voyez notre vidéo-reportage sur ce sujet.https://www.youtube.com/watch?v=E4DZb kLK30o#t=35 Toutes les personnes âgées ne sont pas technophiles.Pour certaines, c\u2019est un nouvel apprentissage.\u201c \u201c *Cette offre d\u2019abonnement se termine le 31 décembre 2014.Taxes en sus.velo.qc.ca/noel Contactez le service à la clientèle avant le 19 décembre 2014 au 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science examine les questions relatives à la science et à la technologie, et pose un regard scientifique sur les grands sujets d\u2019actualité.Sachez ! 8 numéros par année Vélo Mag parle vélo sous toutes ses formes: test de matériel, guides d\u2019achat, destinations, compétitions, entraînement et nutrition.Roulez! 6 numéros par année Géo Plein Air flaire les tendances: équipements et destinations, entraînement et nutrition, test de produits et guide d\u2019achat.Respirez! 6 numéros par année À Noël, abonnez vos proches et profitez d\u2019un tarif cadeau.ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 69% SUR LE PRIX EN KIOSQUE 1er Abonnement 25$* 2e Abonnement 15$* 3e Abonnement 15$* et 15$* pour tous les autres .OFFREZ AUTANT D\u2019ABONNEMENT QUE VOUS LE SOUHAITEZ! Serge Bouchard, 67 ans.La vie des peuples anciens le fascine.Notre collaborateur anthropologue a publié une quinzaine d\u2019ouvrages portant notamment sur les Inuits, les Amérindiens et les Métis, en plus de rappeler à notre mémoire l\u2019histoire de remarquables oubliés avec sa complice Marie-Christine Lévesque.La première fois qu\u2019il s\u2019est senti vieillir?«J\u2019avais 14 ans.Cette année-là, une femme du quartier, en l\u2019absence prolongée de son mari, m\u2019a initié à l\u2019art d\u2019aimer.Ce fut un agréable coup de vieux.Devenu un homme, j\u2019ai allumé ma première cigarette.» Hélène Matteau, 67 ans.Enseignante puis journaliste, elle a œuvré plusieurs années à la direction de magazines, dont Santé et Châtelaine, avant de joindre Québec Science.Ce n\u2019est pas ça qui l\u2019a fait vieillir.«Je me suis sentie vieille la première fois qu\u2019une ado m\u2019a offert sa place dans le métro, il y a trois ans.Ça m\u2019a foutu\u2026 le fou rire.» Luc Asselin, 59 ans.Tôt, il a voulu défier le temps en étudiant l\u2019histoire.Puis il s\u2019est mis à raconter des histoires.Il a publié trois ouvrages : des nouvelles \u2013 Guerre et Révolutions \u2013 et un roman, Phénix.Réviseur pour Québec Science depuis 1997, il ne compte plus les coquilles, il les corrige.«Mon coup de vieux, ce fut indubitablement quand j\u2019ai compris que je devais désormais porter des lunettes en permanence.J\u2019espère que vous, lecteurs, n\u2019en avez pas besoin\u2026» François Émond, 58 ans.Alors qu\u2019il était servant de messe, il n\u2019entendait jamais les cloches.La surdité, déjà?Non.Plutôt un symptôme de distraction créative! «Un petit pincement, à une fête de famille avec neveux et nièces, je me suis senti devenir officiellement mononcle!» Raymond Lemieux, 56 ans.Ça fait bientôt 20 ans qu\u2019il vieillit comme rédacteur en chef à Québec Science.«Mon premier coup de vieux, c\u2019est quand le médecin a voulu connaître mon taux de cholestérol.Depuis ce temps, j\u2019essaie de ne plus manger de croustilles.» Elias Levy, 45 ans.Diplômé de l\u2019École des hautes études commerciales de Montréal (HEC) en administration des affaires et de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) en science politique.Maintenant journaliste, il est féru de tennis, un sport qu\u2019il «pratique assidûment depuis l\u2019âge de six ans».Puis, il y a quelques années: «Mes smashs ne pouvaient plus être très fulgurants si je voulais éviter des tendinites régulières au coude.Tennis elbow.Ô rage! Ô désespoir!» Éric Grenier, 45 ans.Ancien rédacteur en chef de la revue Jobboom, il roule sa bosse en journalisme depuis près de 25 ans après avoir fait des études en science politique.«C\u2019est quand j\u2019ai commencé à perdre des cheveux, il y a très longtemps.Pour le reste, toujours aucun signe de vieillissement.» Chanceux, celui-là! Dominique Forget, 42 ans.Ingénieure, elle a vite pris goût au journalisme scientifique.Elle sait un peu de latin, appris dans ses jeunes années au pensionnat du Saint-Nom-de- Marie.Ça l\u2019a fait vieillir, le latin?Pas plus que son coiffeur.«Je suis devenue une grande personne à 14 ans, le jour où on m\u2019a coupé les nattes.Je me suis alors fait donner une permanente pour ressembler à Kelly McGillis dans Top Gun.» Binh An Vu Van, 33 ans.Elle a étudié la physique et l\u2019informatique, et est devenue journaliste scientifique à la télé, à la radio et à l\u2019écrit.«C\u2019est arrivé cette année, en m\u2019approchant très près de mon reflet dans le miroir.Ce reflet qui n\u2019a à peu près pas changé depuis 20 ans.Ce sont mes gènes asiatiques qui préservent mon apparente jeunesse.On me donne entre 13 et 22 ans, même pas l\u2019âge d\u2019une femme.Mais cette fois-là, j\u2019ai vu mon âge.C\u2019est subtil: la peau plus épaisse, les lèvres amincies, le front qui plisse légèrement.J\u2019ai figé.» Marine Corniou, 32 ans.Notre reporter, biologiste moléculaire de formation, connaît bien les mécanismes du vieillissement.Ça ne l\u2019a pas empêchée de subir les affres du temps qui passe.«On me donne généralement moins que mon âge\u2026 Je me suis fait \u201ccarter\u201d à la SAQ jusqu'à ce que j'y aille avec mon fils.On peut dire que sa naissance a fait accélérer le temps, en plus de me donner un coup de vieux.» Simon Coutu, 30 ans.Il est fou des nouvelles technologies de l\u2019information.Mais il se lasserait de rester campé devant son écran.Il a parcouru, caméra et ordi dans son sac, le Moyen-Orient, Haïti, le Ko- sovo, le Kenya et l\u2019Afrique du Sud.Il a compris que la vieillesse est transmissible génétiquement.«Plus je ressemble à mon père \u2013 qui sait rester jeune \u2013, plus je me sens vieux.» Simon Coutu est récipiendaire de la bourse du Centre de recherche en développement international/Québec Science.66 Québec Science | Novembre 2014 534 ans et toutes nos dents l\u2019Équipe Ce numéro spécial sur le vieillissement a nécessité des années d\u2019expérience.Belle démonstration que l\u2019intelligence collective augmente avec le temps.Ça ne nous empêche pas d\u2019avoir eu des coups de vieux.Nous vous les confions, par ordre d\u2019ancienneté.Sans tricher sur nos âges! 3 1 10 11 4 9 8 7 5 6 2 * Estimation faite en tenant compte d\u2019un taux marginal d\u2019imposition de 40 % et des crédits d\u2019impôt de 40 %, selon les règles fiscales en vigueur au 1er janvier 2014.Ces titres sont placés au moyen d\u2019un prospectus contenant de l\u2019information détaillée importante à leur sujet.Avant d\u2019investir, lisez le prospectus disponible sur le site de Fondaction : www.fondaction.com.Fondaction aide les Québécoises et les Québécois à préparer leur retraite en offrant une épargne-retraite à la portée de tous les budgets.Ils bénéficient de crédits d\u2019impôt de 40 %, en plus de la déduction REER, tout en contribuant au maintien et à la création d\u2019emplois.www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Une épargne qui soutient les entreprises d\u2019ici Épargner avec Fondaction, c\u2019est aussi permettre des investissements dans les entreprises québécoises et contribuer à une économie plus performante, plus équitable et plus verte.REER Fondaction de 5 000 $ Crédits d\u2019impôt de 40 % 2 000 $ Déduction REER 2 000 $ Économies d\u2019impôt totales 4 000 $ Coût net 1 000 $* VOYEZ L\u2019AVENIR SOUS UN AUTRE ANGLE."]
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