Québec science, 1 janvier 2014, Décembre 2014, Vol. 53, No. 4
[" quebec scIence 4 0 0 6 5 3 8 7 6,45$ M E S S A G E R I E D Y N A M I Q U E 1 0 6 8 2 Décembre 2014 QUEBECSCIENCE.QC.CA GUEULE DE BOIS UN MYSTÈRE INSOLUBLE?Faux bœuf, faux sirop d\u2019érable, faux poisson.ALERTE AUX ALIMENTEURS! LA PHILOSOPHIE, REMÈDE POUR UN QUÉBEC MOROSE LA MÉDECINE AU FRONT Ils arrIvent ! LES DRONES DANS LE CIEL DU QUÉBEC CESSER DE FUMER, DE BOIRE ET DE STRESSER COMMENT TENIR NOS RÉSOLUTIONS LA GRANDE GUERRE 1418 LES PROMESSES DE L\u2019ASPIRINE EFFICACE CONTRE LE CANCER? FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa fi liale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est gestionnaire de fonds d\u2019investissement, gestionnaire des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planifi cation fi nancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fl uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.4 À GAGNER : 40 LOTS DE 1 000 $ Avec près de 22 000 clients et plus de 2 milliards $ d\u2019actifs, les Fonds FÉRIQUE sont devenus une présence ?nancière incontournable, au service des professionnels en génie, de leurs familles et de leurs entreprises.40 ANS ET BEAUCOUP PLUS QUE DES REER ! Assurez-vous simplement d\u2019avoir fait une cotisation nette d\u2019au moins 500 $ à un compte admissible : REER, CELI, REEE, CRI ou compte d\u2019investissement chez Services d\u2019investissement FÉRIQUE avant les dates prévues aux règlements.Plus vous cotisez, plus vos chances de gagner augmentent ! 1er tirage (20 lots) : 15 décembre 2014 2e tirage (20 lots) : 16 mars 2015 Détails et règlements : ferique.com Ils vous offrent des solutions de placement concurren tielles, des services-conseils de premier plan et un accompagnement de grande qualité à toutes les étapes de votre vie par l\u2019entremise de Services d\u2019investissement FÉRIQUE.À l\u2019occasion des 40 ans des Fonds FÉRIQUE, nous soulignons par un grand concours leur contribution à la réussite ?nancière de milliers de personnes.Voir notre vidéo : bit.ly/ferique40ans 13 Jean-Pierre Rogel Réparer la planète: place à la diplomatie positive! 46 Serge Bouchard Les rêveries du routier solitaire 4 BILLET Ebola: la bravoure plutôt que la paranoïa Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 43 SUR LA TOILE/LIVRES Par Marine Corniou 45 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc quEbEc SciEncE DÉCEMBRE 2014 ANTI-CANCER 15 Les promesses de l\u2019aspirine Commercialisée depuis 116 ans, l\u2019aspirine est plus que jamais sous le feu des projecteurs.De toutes récentes études lui attribuent en effet des vertus anticancéreuses hors pair.Par Marine Corniou TECHNOLOGIE 20 L\u2019ère des drones Ils peuvent être pompiers, arpenteurs, biologistes et même livreurs de pizza.Et c\u2019est à Alma que les drones commencent leur conquête du ciel québécois.Par Simon Coutu DANS L\u2019ASSIETTE 26 Alerte aux alimenteurs Après le faux sac Vuitton et la fausse montre Rolex, voici que les fraudeurs nous refilent du faux thon rouge, du faux bœuf, du faux sirop d\u2019érable ou de la fausse vodka.Mais les scientifiques sont sur leurs talons.Par Dominique Forget PSYCHOLOGIE 32 Quand on veut, on peut\u2026?Mincir, étudier, recycler, épargner; cesser de fumer, de boire, de stresser, etc.Voilà d\u2019excellentes résolutions pour la nouvelle année.Mais comment les tenir?Par Mélissa Guillemette LA GRANDE GUERRE 14-18 36 La douleur et la névrose On les a appelés névrosés de l\u2019obus, gueules cassées, amputés de guerre.Dans leur âme et leur chair, des centaines de milliers de militaires seront marqués à jamais par le feu de la Grande Guerre.Par Raymond Lemieux ENTREVUE 6 TOUS PHILOSOPHES! La philosophie peut représenter un grand apport pour les sciences.Mais réussit-t-elle à prendre la place qui lui revient dans la société québécoise?Par Mélissa Guillemette PHYSIOLOGIE 9 MYSTÈRE ET GUEULE DE BOIS Le lendemain de veille, un mal millénaire.Que la science, étonnamment, n\u2019est pas pressée d\u2019étudier.Donc, pas encore de remède en vue.C\u2019est peut-être mieux ainsi\u2026 Par Joël Leblanc ENVIRONNEMENT 11 DU PLASTIQUE AU FOND DU SAINT-LAURENT! Les microbilles de plastique de nos produits cosmétiques et nettoyants sont en train de contaminer le Saint- Laurent.Trop petites, elles échappent aux usines de filtration des eaux et se retrouvent dans le lit du fleuve.Par Marion Spée ACTUALITÉS RUBRIQUES 20 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC La science sous zéro L\u2019hiver, un défi d\u2019adaptation sans cesse renouvelé L\u2019hiver, un défi d\u2019adaptation sans cesse renouvelé La science sous zéro Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec.A u c e n t r e C O U V E R T U R E : S P L 4 Québec Science | Décembre 2014 Ebola : la bravoure plutôt que la paranoïa rossi au microscope, il a des allures de serpent.Charrié par des chauves-souris depuis le fin fond de la jungle équatoriale africaine, le virus Ebola a maintenant infecté près de 10 000 personnes.Et il en a tué près de la moitié.Il sévit surtout en Afrique de l\u2019Ouest, mais après la diffusion de spectaculaires images montrant un personnel soignant vêtu comme un équipage d\u2019astronautes, il a alimenté la machine médiatique mondiale au point de devenir la grande affaire médicale de l\u2019année.Il fait peur.Sur le plan de la psychose collective, ce virus filiforme a réussi à éclipser, au Québec, le virus du Nil occidental et la bactérie de la maladie de Lyme.Pourtant, ce microbe \u2013 terrible \u2013 n\u2019est pas des plus contagieux.Il ne se transmet qu\u2019au moment où le malade présente des symptômes, et au contact de ses fluides corporels comme la sueur, la salive et le sang.Il faut cependant le stopper rapidement tant il est meurtrier et ravageur.Or, dans un contexte d\u2019urgence comme celui-là, un système de santé publique minimalement organisé et correctement équipé peut faire toute la différence entre la vie et la mort.Le Nigeria a en fait la preuve.Le pays de plus de 170 millions d\u2019habitants était, cet été déjà, engagé dans une bataille contre la polio.Le filet de sécurité sanitaire qu\u2019il avait alors déployé s\u2019est avéré d\u2019une utilité incomparable pour neutraliser l\u2019avancée du virus Ebola lorsqu\u2019une vingtaine de cas ont été signalés.En quelques semaines, les responsables nigérians ont examiné quelque 18 000 personnes et en ont placé en quarantaine 900 autres qui avaient été en contact avec les malades.Aujourd\u2019hui, Ebola est disparu du pays.Coût de l\u2019opération : 30 millions de dollars.C\u2019est deux fois ce que le Canada a déjà dépensé contre le virus alors qu\u2019aucun cas n\u2019y a été enregistré.La situation a été tout autre en Guinée, au Sierra Leone et au Libéria.C\u2019est que le virus trouve là un environnement favorable pour se propager : celui de sociétés délabrées à la suite de terribles guerres civiles.Sans l\u2019action des ONG, comme Médecins sans frontières, qui ont compensé la faiblesse sanitaire de ces pays africains, on imagine que l\u2019épidémie aurait eu une ampleur encore plus effrayante! On devine aussi que ces médecins et infirmières volontaires ont dû user de tact, de patience et de courage.Surtout que, parmi les populations touchées, le bruit courait que les médecins blancs inoculaient eux-mêmes le virus afin de prélever reins, foie, cœur ou poumons pour le lucratif marché des organes.Comment alors prendre le temps, dans l\u2019urgence, de désamorcer de telles inepties, d\u2019éduquer les gens et de bien expliquer les choses?Pourtant, on n\u2019en sort pas, c\u2019est bien par là qu\u2019il faut passer.Car la facilité avec laquelle les microbes peuvent aujourd\u2019hui voyager oblige un resserrement des suivis sanitaires et une solide confiance envers le personnel soignant.Ebola ne sera probablement pas disparu de la carte avant l\u2019été prochain.Pour- rait-il muter et devenir encore plus dangereux?On ne sait pas! C\u2019est une raison de plus pour l\u2019éradiquer rapidement et pour toujours, comme on l\u2019a fait avec la variole.L\u2019action des intervenants locaux \u2013 la première ligne, comme on dirait au pays des CLSC \u2013, devient, dans ce contexte, critique et essentielle.Et elle est plus efficace que la paranoïa.?QS Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Simon Coutu, Mélissa Guillemette, Joël Leblanc, Jean-Pierre Rogel, Marion Spée Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Simon Coutu, Alain Décarie, Michel Huneault Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Novembre 2014 (518e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2014 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE DÉCEMBRE VOLUME 53, NUMÉRO 4 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019un nouveau virus contagieux et mortel apparaît.Mais l\u2019action des ONG, comme Médecins sans frontières, démontre que l\u2019on peut gagner un temps précieux et freiner sa progression.G Décembre 2014 | Québec Science 5 courrier@quebecscience.qc.ca au pied de la lettre R O B E R T D U M O N T / U d e S Bar des sciences Animé par Yanick Villedieu Surveillez notre site web ou notre page Facebook.L\u2019entrée est gratuite.virus : la course contre la mort Ebola, grippe aviaire, SRAS, VNO, VIH\u2026 les virus ne connaissent plus de frontières et nous font la vie dure.Les maladies émergentes vont-elles se multiplier?Sommes-nous prêts à faire face aux grandes pandémies?Doit- on craindre un autre virus qui décimerait une partie importante de la population mondiale comme la grippe espagnole de 1918?Bientôt à Montréal Éloge de la fuite Serge Cotineau, de Vaudreuil, est un fervent lecteur des chroniques de Serge Bouchard.«Merci de nous pondre chaque mois un si joli cadeau qui vous vient du cœur et de l\u2019âme», lui écrit-il.Notre lecteur tient à faire part ici de son sentiment devant la transformation de Mont-Tremblant («Manitou Ewitchi Saga ou l\u2019émergence du vide», octobre 2014).«Voir ce qu\u2019est devenue cette région suscite de la tristesse.Le bonheur de l\u2019avoir connue dépouillée de ses atours \u201cà la DIX30 de Brossard\u201d suscite plutôt la nostalgie, un sentiment bien plus noble.[\u2026] «Même la petite ville de Vaudreuil, où j\u2019ai déménagé mes pénates en 1986 pour y élever mes enfants, et qui, à cette époque, fleurait bon le foin et les étables en périphérie, se transforme en vulgaire \u201cboulevard Taschereau\u201d.On la dit ville-pilote, ville modèle\u2026 de quoi, au juste?Ah oui! De la culture et de la croissance démographique! Vous devriez voir jusqu\u2019où s\u2019élève la culture dans cette ville, belle d\u2019antan, de Vaudreuil-Dorion.Notre boulevard de la Gare, anciennement appelé Félix-Leclerc, en est un témoignage affligeant.On ne peut que se réjouir que la mémoire de Félix n\u2019y soit plus rattachée.» Son vœu?«M\u2019enfuir d\u2019ici! Et trouver un petit coin tranquille où poser ma besace et mes livres, et n\u2019être dérangé la nuit que par le hurlement des coyotes et le sifflement du vent dans la pinède.» Requiem pour les poux Jérôme Dautzenberg nous écrit : «Je frémis chaque fois que j\u2019entends parler des produits contre les poux.On met, ou on a déjà mis, sur la tête de nos enfants des neurotoxiques comme on en trouve dans les produits pour tuer les fourmis!» Après avoir lu notre article («Venir à bout du pou», octobre 2014), il tient à partager avec nous une solution qu\u2019il a adoptée.«Il existe depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019années un peigne en inox qui, contrairement à la version traditionnelle, inefficace, comporte de grosses dents rondes avec une cannelure en spirale qui vient casser effica - ce ment les lentes.Un coup sous l\u2019eau bouillante entre deux passages, pour plus de sûreté, et c\u2019est tout.L\u2019entreprise qui a créé ce peigne sous le nom de Assy 2000 a, je crois, fait partie d\u2019un programme de subvention pour le développement par l\u2019Unesco.»M.Daut zenberg affirme avoir définitivement résolu un problème d\u2019infestation, dans le village du sud de la France où il habitait avec quatre enfants, grâce à ce peigne.Éric Chassé, d\u2019Otterburn Park, tient lui aussi à réagir à cet article.«À deux reprises, nos enfants ont été victimes de ces petites bestioles.Chaque fois, les traitements aux pesticides se sont avérés inefficaces.Mon ami pharmacien, qui a participé à un atelier sur le sujet, m\u2019a suggéré ceci.Au coucher, nous nous sommes badigeonné les cheveux d\u2019huile minérale (tous les membres de la famille sans exception), en prenant soin de nous couvrir ensuite la tête d\u2019un bonnet de bain (j\u2019ai aussi déposé une grande serviette sur nos oreillers).Trois ou quatre shampoings le matin et le tour était joué! Il ne restait qu\u2019à laver la literie à l\u2019eau chaude.Fini les poux, et ce, à un coût dérisoire.» F R E F O N 6 Québec Science | Décembre 2014 La philosophie peut-elle être pertinente et s\u2019intéresser aujourd\u2019hui aux préoccupations de la société?C\u2019est ce que la philosophie a toujours fait! Elle donne parfois l\u2019impression d\u2019être détachée, parce qu\u2019elle ne se sent pas obligée de se préoccuper de ce qui est à la toute dernière mode.Si la tendance, par exemple, est d\u2019analyser un phénomène de téléréalité, la philosophie ne se sent pas tenue d\u2019en faire une priorité.Elle identi?e ce qui est important et c\u2019est tout à son honneur.Prenez Platon et Aristote, ou même Augustin: leurs livres nous parlent encore.S\u2019ils sont toujours pertinents, c\u2019est justement parce que leurs auteurs ne cherchaient pas à prendre uniquement le pouls de l\u2019époque.De nos jours, quelle in?uence les philosophes ont-ils, concrètement?Nous avons un impact sur la recherche scienti?que; sur les politiques publiques, aussi.Du côté des sciences, nous agissons comme des consultants théoriques.Nous observons le modèle des chercheurs et soulignons les conséquences de l\u2019adoption de telles dé?nitions plutôt que de telles autres.Par exemple, un chercheur peut dé?nir la biodiversité de manière qu\u2019elle soit tout à fait appropriée aux mammifères, mais pas tout à fait au monde microbien.Et puis, les philosophes soulèvent des questions fondamentales.Ainsi, en recherche biomédicale, tout le monde veut atténuer la douleur et prolonger la vie humaine.Mais une fois cela établi, on peut se demander pourquoi les humains veulent vivre plus longtemps.Jusqu\u2019à quel âge et dans quelles conditions?Qu\u2019est-ce que la qualité de la vie?Ces questions sont philosophiques.Notre ré?exion sur le sujet crée une chaîne de rétroactions qui vont in?uer la recherche de thérapies.Est-ce un grand ou un petit effet?Je ne m\u2019en préoccupe pas.Si ma contribution ne se limitait qu\u2019à encourager un scienti?que à regarder dans une direction où il ne regardait pas, je considérerais avoir fait mon boulot.Notre in?uence sur les politiques publiques est moins directe.Beaucoup de chercheurs en sciences humaines, dont des philosophes, contribuent aux décisions publiques au sein de différents conseils, agences et comités.Leur action est toutefois beaucoup plus diffuse et moins visible.Est-ce que des organisations con?ent aux philosophes des mandats de recherche?Plusieurs organisations sont à l\u2019aise avec l\u2019idée de nous demander une opinion raisonnée.Mais d\u2019autres vont éprouver une certaine gêne.Pourtant, n\u2019importe quelle organisation a besoin d\u2019une diversité de regards sur les grandes questions concernant ses orientations.Dans le secteur économique, ça se fait peu, puisque la ?nalité est souvent déjà déterminée: c\u2019est l\u2019augmentation de la valeur de l\u2019action.Quel espace le Québec accorde-t-il à ses penseurs, par rapport à d\u2019autres pays?Grâce aux cours de philosophie, obligatoires au cégep, les Québécois sont sensibilisés à ce qu\u2019elle peut apporter.C\u2019est aussi le cas en France et dans plusieurs autres pays européens.Mais des philosophes contribuent aux organisations partout dans le monde.Plusieurs sites recensent d\u2019ailleurs La philosophie peut représenter un grand apport pour les sciences.Mais réussit-t-elle à prendre la place qui lui revient dans la société québécoise?ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS Tous philosophes! Le département de philosophie de l\u2019Université de Montréal a reçu un don anonyme de 1,5 million de dollars pour encourager l\u2019essor de la discipline.Grâce à cette contribution inusitée, la Chaire Ésope a vu le jour, ?n novembre.«Ce don arrive à point, parce que la société a bien besoin de prendre du recul par rapport à elle-même.La nouvelle chaire donne une visibilité à la contribution des philosophes dans ce contexte», dit son titulaire Frédéric Bouchard, philosophe des sciences et aussi directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).Selon lui, les sciences naturelles et la philosophie ont tout intérêt à dialoguer.Propos recueillis par Mélissa Guillemette I S A B E L L E B E R G E R O N Décembre 2014 | Québec Science 7 le cheminement d\u2019anciens étudiants en philosophie.On est toujours un peu surpris de les voir devenir chefs d\u2019entreprise ou cadres dans des ministères.Moi, je trouve ça hautement prévisible! La philosophie ne fait pas souvent les manchettes.Est-elle boudée par les médias?Le simple fait que cette question soit posée périodiquement démontre qu\u2019on est une société philosophique.J\u2019observe une grande soif du public pour une ré?exion poussée au sujet des choses qui comptent.Il s\u2019inquiète du fait que beaucoup de choix de société semblent actuellement orientés vers une ?nalité purement économique.La philosophie permet de remettre ces choix en perspective.Diriez-vous que le commun des mortels fait de la philosophie?La plupart des meilleurs philosophes de la biologie que je connais sont des biologistes.Si je leur disais: «Vous êtes des philosophes», ils seraient étonnés.Ils se posent pourtant des questions fondamentales auxquelles les faits empiriques n\u2019apportent pas de réponses.Par exemple, un être humain et son microbiome intestinal représentent-ils un seul «super-organisme» ou s\u2019agit-il d\u2019un organisme et de ses parasites?Je suis convaincu que la majorité d\u2019entre nous se livrent à des ré?exions philosophiques.Quel est le sens de l\u2019existence?Qu\u2019est-ce que la justice?Quelles valeurs transmettre à nos enfants?Ce sont des questions essentielles.Mais en ce moment, la ré?exion philosophique n\u2019est pas encouragée dans nos collectivités.La tendance est aux solutions pratiques et urgentes; on éteint des feux.Cet emballement est en contradiction avec l\u2019effort de ré?exion.Que peut apporter l\u2019étude de la philosophie?Dans les offres d\u2019emplois, on demande rarement un diplôme en philosophie.Par contre, les aptitudes des personnes formées en philosophie sont prisées.Mes collègues et anciens étudiants qui œuvrent dans des ministères et des organisations non gouvernementales n\u2019ont pas été recrutés pour avoir écrit une maîtrise sur le libre arbitre chez Spinoza, mais parce qu\u2019ils ont développé une pensée rigoureuse et la capacité de bien la communiquer.Aucune organisation ne dit: «Chez nous, on préfère la pensée molle.» Les espèces qui béné?cient d\u2019une plus grande diversité ont le plus grand potentiel de survie et elles peuvent répondre au changement.De la même manière, la société a besoin de gens quali?és dans L\u2019école d\u2019Athènes et ses philosophes.Encore inspirante ?«Plus il y a de têtes bien formées, plus l\u2019économie a du bon sens.» 8 Québec Science | Décembre 2014 toutes sortes de disciplines pour combler ses besoins.Plus il y a de têtes bien formées, plus l\u2019économie a du bon sens.Les jeunes doivent étudier ce qui les passionne, et non ce qui répond aux besoins de l\u2019économie.De toute façon, personne ne peut prévoir les besoins de l\u2019économie! Et même si on y arrivait, qu\u2019est-ce qu\u2019on ferait si tout le monde travaillait en aéronautique?Ça n\u2019a pas de sens.L\u2019intérêt des jeunes pour la philosophie se maintient-il?Aux cycles supérieurs, le département de philosophie de l\u2019Université de Montréal est probablement le plus gros en Amérique du Nord.Le besoin de consacrer du temps à faire de la philosophie est bien réel.D\u2019ailleurs, plus de la moitié des étudiants, dans mon cours d\u2019introduction à la philosophie de la biologie, ne sont pas des étudiants en philosophie, mais en biologie, en chimie ou en physique.Ils aspirent à élargir leurs horizons, car ils sentent qu\u2019ils seront de meilleurs scienti?ques s\u2019ils se permettent d\u2019être philosophes de temps en temps.Que peut faire la philosophie pour les scien- ti?ques?Je ne connais pas de grand scienti?que qui n\u2019est pas un peu philosophe.Si Watson et Crick ont pu mettre au point la représentation du code génétique, c\u2019est qu\u2019ils avaient effectué un changement radical de perspective.Il y a un acte philosophique dans ce rejet du statu quo.Ça ne veut pas dire que le scienti?que invoquera David Hume ou Thomas Hobbes.Mais il a besoin d\u2019une démarche philosophique pour justi?er ce changement de perspective.À l\u2019inverse, je pense que tous les étudiants en philosophie devraient aussi suivre un cours de science.Il y a souvent un mur entre les sciences humaines et les sciences naturelles.Comment ce cours de science enrichirait-il leur ré?exion?Rien que de réaliser qu\u2019ils sont des cousins éloignés de la moisissure changerait complètement leur rapport au vivant! Des cours d\u2019astronomie ou d\u2019astrophysique, quant à eux, donnent un recul par rapport à notre importance dans l\u2019Univers, ce qui est profondément philosophique.Quoi qu\u2019il en soit, je m\u2019inquiète face à toute formation «mono-disciplinaire».nQS 305 000 C\u2019est le nombre de fois qu\u2019un article scienti?que de 1951 a été cité comme référence dans d\u2019autres publications, ce qui le hisse en tête des 100 articles les plus cités de l\u2019histoire récente des sciences.Ce classement vient d\u2019être divulgué par l\u2019éditeur Nature qui s\u2019est «amusé» à recenser les textes scienti?ques publiés depuis 1900 et à les classer selon le nombre de fois où un article rédigé ultérieurement, par une autre équipe, y fait référence.Ce critère, dé?ni comme le Science Citation Index (SCI), re?ète indirectement la qualité des méthodes, idées ou résultats exposés, puisqu\u2019il détermine le degré d\u2019importance que la communauté scienti?que accorde à la publication.Pour obtenir la liste des gagnants, Nature (et ses ordinateurs) ont passé en revue 58 millions d\u2019articles.«S\u2019ils étaient imprimés, cela ferait une pile haute comme le Kilimandjaro, peut-on lire dans le communiqué.Et les 100 plus cités ne représenteraient que 1 cm au sommet de cette pile!» Autrement dit, seulement 14499 articles sont cités plus de 1000 fois, et les 100 meilleurs ont généré au moins 12 119 citations chacun! Mais qui dit «cité» ne dit pas forcément excitant.L\u2019article vainqueur décrit une technique qui permet de déterminer la quantité de protéines présentes dans une solution\u2026 > > TOUT COMPTE FAIT LE TOURISME SPATIAL TOMBE DE HAUT Coup dur pour Virgin Galactic et ses 400 ingénieurs! SpaceShipTwo, leur prototype de vaisseau destiné au tourisme spatial, s\u2019est écrasé ?n octobre au cours d\u2019un vol d\u2019essai dans le désert de Mojave, en Californie.Une enquête a été ouverte au Bureau national de la sécurité des transports des États- Unis suite à l\u2019accident qui a causé la mort du pilote et blessé grièvement le copilote.Contrairement à ce qui a été relayé dans les médias, le réservoir et le moteur de l\u2019appareil étaient intacts, prouvant qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019explosion en vol, a af?rmé Richard Branson, quelques jours après le drame.Le milliardaire britannique, patron de Virgin, a juré de poursuivre son programme de vols spatiaux commerciaux.SpaceShipTwo est conçu pour transporter 6 passagers à 110 km d\u2019altitude, où il pourront vivre 5 minutes d\u2019apesanteur, pour un coût modique de 200 000 $.ACTUALITÉS > Décembre 2014 | Québec Science 9 La première fois, c\u2019était quelque part en Afrique, il y a des centaines de milliers d\u2019années.Un petit clan de chasseurs tombe sur des fruits fermentés, s\u2019en gave par curiosité et découvre l\u2019ivresse.Le lendemain, tout le monde le regrette: estomac au bord des lèvres et mal de tête carabiné, il faut annuler la chasse.La première gueule de bois de l\u2019histoire humaine?Tous jurent que ça n\u2019arrivera plus! On connaît la suite\u2026 La veisalgie \u2013 c\u2019est le terme médical pour désigner la gueule de bois \u2013 entraîne aux États-Unis des pertes de productivité de l\u2019ordre de 160 milliards de dollars annuellement.Et même si elle affecte ponctuellement des centaines de millions de personnes dans le monde, on ignore encore exactement ce qui la cause et comment la traiter.«La gueule de bois est largement ignorée de la science, con?rme Adam Rogers, journaliste scienti?que et éditeur au magazine Wired.Au cours des 50 dernières années, plus de 658 000 études ont été publiées sur l\u2019alcool, principalement sur ses modes d\u2019action dans l\u2019organisme et sur les dépendances ou les maladies qu\u2019il peut engendrer.De ce nombre, seulement 406 ont porté sur la gueule de bois.» Adam Rogers a fait enquête sur le sujet et a épluché la littérature scienti?que pour rédiger Proof: The Science of Booze, un livre sur la science de l\u2019alcool.Son constat: on en sait à peine plus sur la question que nos ancêtres africains.«À peu près tout ce qu\u2019on vous a dit sur les causes du lendemain de veille est faux ou non démontré, continue l\u2019auteur.Et pour brouiller les pistes un peu plus, l\u2019intensité des symptômes ne semble pas directement corrélée au taux d\u2019alcoolémie atteint la veille \u2013 elle varie même d\u2019un individu à l\u2019autre et d\u2019une fois à l\u2019autre chez un même individu.Les quelques recherches des dernières années, si elles n\u2019ont pas élucidé les causes, ont au moins le mérite d\u2019avoir revisité les idées préconçues.» La déshydratation?Il semble logique de croire qu\u2019elle est en cause, puisque l\u2019éthanol fait uriner plus souvent.«Mais les études ont véri?é que la concentration des électrolytes dans le corps n\u2019est pas très différente avant et après la cuite.De toute façon, cette concentration n\u2019est aucunement corrélée avec la sévérité des symptômes.Si ceux de la déshydratation s\u2019apparentent en effet à ceux du lendemain de veille, ils disparaissent lorsqu\u2019on se réhydrate.Ce n\u2019est pas le cas de la gueule de bois qui ne disparaît pas si on avale de l\u2019eau.Oui, vous êtes déshydraté, mais ce n\u2019est pas la cause du problème.» Même chose pour les sous-produits du métabolisme de l\u2019alcool par le foie.Les enzymes hépatiques éliminent l\u2019éthanol en le transformant en acétaldéhyde, substance aussi mise en accusation.Cependant, les symptômes de la gueule de bois sont à leur maximum de 12 à 14 heures après la consommation, lorsque les quantités d\u2019acétaldéhyde sont à leur plus bas.Le lendemain de veille, un mal millénaire.Que la science, étonnamment, n\u2019est pas pressée d\u2019étudier.Donc, pas encore de remède en vue.C\u2019est peut-être mieux ainsi\u2026 Par Joël Leblanc Mystère et gueule de bois I S T O C K P H O T O / F É ACTUALITÉS > 10 Québec Science | Décembre 2014 ACTUALITÉS > Et les tanins ou autres substances présentes dans les boissons?«Ici, la piste est plus crédible, puisque les alcools foncés semblent provoquer les pires gueules de bois, explique Adam Rogers.À quantités égales d\u2019éthanol, le bourbon serait le plus dangereux, suivi par le brandy et le vin rouge.Les moins dommageables seraient le gin et la vodka.» Certains accablent aussi le méthanol.Si ce cousin de l\u2019éthanol (l\u2019alcool «ordinaire»), qui se trouve en très faible quantité dans toute boisson alcoolisée, n\u2019est pas spécialement problématique, ses sous-produits métaboliques le sont.C\u2019est que les enzymes du foie produisent du formaldéhyde quand on leur donne du méthanol (le composé actif du formol), substance qu\u2019elles transforment ensuite en acide formique (le venin de certaines fourmis)! En grande quantité, le formaldéhyde provoque des lésions aux yeux et au cerveau; mais, à petites doses, il pourrait être responsable du mal de bloc typique d\u2019une consommation excessive.«L\u2019hypothèse la plus plausible, et la plus récente, est que la gueule de bois serait en fait une réponse in?ammatoire de l\u2019organisme à l\u2019agression qu\u2019il a subie.Il ne faut pas oublier que l\u2019alcool est toxique et que se soûler, c\u2019est s\u2019intoxiquer.Le traumatisme déclencherait dans l\u2019organisme toute une série de réactions de défense, dont une in?ammation généralisée qui dure presque une journée.» À preuve, le sang qui coule dans les veines d\u2019un fêtard au lendemain d\u2019une beuverie est chargé de cytokines, d\u2019interleukines et d\u2019interférons gamma; tous des messagers du système immunitaire en cas d\u2019agression.En laboratoire, injecter ces substances dans un sujet sain déclenche immédiatement la migraine et la nausée.Autrement dit, cela entraîne une veisalgie arti?cielle.«Ce qu\u2019on oublie souvent, souligne Adam Rogers, c\u2019est qu\u2019environ 23% de la population est insensible à la gueule de bois.Des analyses génétiques ont démontré chez ces personnes une certaine variation dans les gènes servant à fabriquer une des enzymes du foie qui métabolisent l\u2019éthanol.Mais dans des études précédentes, cette même particularité génétique avait été reliée à un plus grand risque de développer l\u2019alcoolisme.Et c\u2019est logique: si on ressent peu les effets secondaires de l\u2019alcool, on a moins de réticence à en boire; on est donc plus à risque de développer une dépendance.» Mais une question demeure.Quand on songe à tous ces buveurs qui ne demanderaient qu\u2019à gober une pilule pour se remettre d\u2019aplomb, le lendemain, pourquoi la science est-elle si peu pressée de trouver ce fameux remède au potentiel commercial prometteur?«Peut- être à cause des répercussions possibles sur la santé publique, répond Adam Rogers.Les compagnies pharmaceutiques et les gouvernements craignent peut-être qu\u2019un tel médicament ouvre la porte à l\u2019abus d\u2019alcool.On tombe dans la morale: supprimez la punition et le péché devient encore plus tentant.» nQS +Pour en savoir plus Proof: The Science of Booze, Adam Rogers, Houghton Mif?in Harcourt, 2014.L\u2019INSTINCT DE LA COLÈRE Sourcils froncés, lèvres crispées, narines dilatées et regard noir: un visage en colère ne laisse pas de doute sur l\u2019état d\u2019esprit de son propriétaire.Mais ce qu\u2019on ne soupçonnait peut-être pas, c\u2019est que cette expression furieuse, fruit de millions d\u2019années d\u2019évolution, a aussi pour effet de faire paraître l\u2019individu plus fort physiquement.C\u2019est ce que conclut une étude, parue dans le journal Evolution and Human Behavior, menée par des chercheurs de l\u2019université de Californie et de l\u2019université Grif?th, en Australie.En se fondant sur des visages générés par ordinateur, les chercheurs ont démontré que chaque trait caractéristique de la colère, même pris séparément (par exemple, un seul sourcil froncé), donnait l\u2019impression aux observateurs que la personne était bien plus costaude que lorsque le même visage était présenté avec une expression neutre.«L\u2019évolution a bien fait les choses, car aucun des éléments en présence n\u2019est arbitraire.Ils ont tous pour fonction d\u2019intimider le vis-à-vis et de lui donner l\u2019impression que la personne peut frapper fort et in?iger du mal si le con?it n\u2019est pas résolu, notent les chercheurs.C\u2019est une forme d\u2019intimidation, comme quand une grenouille se gon?e pour paraître plus grosse ou qu\u2019un babouin exhibe ses canines.» Pour parvenir à ce résultat «grossissant», sept groupes musculaires faciaux se contractent.Et ce schéma est universel.Ainsi, le visage colérique est identique dans toutes les cultures, et même les enfants aveugles de naissance af?chent cette expression lorsqu\u2019ils sont fâchés.EN PLEIN CŒUR Des cardiologues de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ont implanté pour la première fois au Québec un stimulateur cardiaque plus petit qu\u2019une pile AAA.À la différence d\u2019un stimulateur traditionnel, il réside entièrement dans le ventricule droit du cœur.Ce stimulateur, qui sert à réguler le rythme cardiaque, ne nécessite pas de sonde et s\u2019implante sans incision thoracique.Il ne laisse donc ni cicatrice, ni protubérance sous la peau. Décembre 2014 | Québec Science 11 P H O T O S : G U Y L \u2019 H E U R E U X E mprisonné dans la banquise, incrusté dans la roche, amassé au milieu des océans, le plastique est en train de coloniser les moindres recoins de notre planète.Nouvelle preuve, des chercheurs de l\u2019Université McGill et du gouvernement du Québec viennent d\u2019en découvrir dans les sédiments du Saint-Laurent, un endroit supposé encore vierge.C\u2019est la première fois que des micro-fragments de plastique sont découverts dans un ?euve en Amérique du Nord.On appelle «micro-plastiques» les fragments de plastique mesurant moins de 5 mm de diamètre.Soit ils proviennent de la dégradation de déchets \u2013 emballages, sacs, bouteilles \u2013 accélérée par le rayonnement solaire et les mouvements de l\u2019eau, soit ils sont directement fabriqués sous forme de microbilles de polyéthylène et ajoutés comme abrasifs dans les produits cosmétiques \u2013 savons exfoliants, pâtes dentifrices \u2013 et les nettoyants.Ce sont ces microbilles que des scienti?ques ont ramenées par hasard du fond du Saint Laurent.«On les a remarquées alors qu\u2019on échantillonnait des organismes vivant dans le sédiment», raconte Rowshyra Castañeda, première auteure d\u2019une étude récemment publiée dans la revue Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, aujourd\u2019hui doctorante à l\u2019université de Toronto.Elles se présentent sous la forme de sphères multicolores d\u2019une moyenne de 0,76 mm, la taille d\u2019un grain de sable.Sur une section de 320 km, entre le lac Saint-François et la ville de Québec, les scienti?ques en ont trouvé dans 8 des 10 zones inspectées.À certains endroits, ils ont compté plus de 1 000 microbilles par litre d\u2019eau! «Cela rivalise avec les sédiments océaniques les plus contaminés de la planète», note la biologiste.Et encore, les concentrations sont sûrement sous-estimées, ajoute-t-elle, puisque les tamis utilisés ne laissaient passer que les particules de moins de 5 mm.La pollution plastique dans les écosystèmes marins est maintenant très documentée, si bien que les scienti?ques estiment que 88% de la surface des océans est polluée par des micro-fragments de plastique.Mais ce n\u2019est que très récemment que cette contamination a été constatée dans ACTUALITÉS > Du plastique au fond du Saint-Laurent! Les microbilles de plastique de nos produits cosmétiques et nettoyants sont en train de contaminer le Saint-Laurent.Trop petites, elles échappent aux usines de ?ltration des eaux et se retrouvent dans le lit du ?euve.Par Marion Spée Rowshyra Castañeda, au milieu du ?euve Saint-Laurent.Elle a signé l\u2019étude révélant la contamination des sédiments par le plastique. F R E F O N 12 Québec Science | Décembre 2014 les milieux aquatiques d\u2019eau douce, soit dans la colonne d\u2019eau ou à la surface des lacs et des rivières.Qu\u2019on en découvre maintenant au fond de l\u2019eau, c\u2019est une première! «On pensait que les micro-plastiques ?ottaient, passant des Grands Lacs aux océans où ils s\u2019accumulaient», admet la biologiste.Il y a pire: le polyéthylène qui les compose est une véritable éponge à contaminants.Il attire les polluants chimiques comme les pesticides, les polychlorobiphényles (PCB) ou encore l\u2019huile de moteur qui se trouvent dans le ?euve.«De sorte que les microbilles s\u2019alourdissent, coulent vers le fond du ?euve et se retrouvent dans les sédiments», explique Rowshyra Castañeda.Le risque est donc élevé pour que les animaux évoluant dans le fond du Saint- Laurent en ingèrent et se contaminent eux aussi.«Le gobie à taches noires, le fouille-roche zébré, la perchaude, la bar- botte brune, le meunier noir ou la carpe commune pourraient accidentellement avaler des micro-plastiques en se nourrissant d\u2019invertébrés qui vivent au fond du ?euve», craint Anthony Ricciardi, professeur agrégé à l\u2019Université McGill, qui a supervisé l\u2019étude et vient de commencer à examiner le contenu de l\u2019intestin de centaines de gobies à taches noires.Pour l\u2019instant, une seule étude, menée en France, a démontré que des poissons de rivières, des goujons Gobio gobio, ingéraient effectivement des micro-plastiques, puisque des fragments ont été retrouvés dans leur système digestif.En raison de leur extrême petitesse, les microbilles échappent aux usines de traitement des eaux usées.Pour Rowshyra Castañeda, il faudrait carrément arrêter de produire ce genre de micro-granules et privilégier des solutions plus naturelles avec des composants dégradables, a?n d\u2019éviter que le fond du ?euve en soit totalement recouvert.Certains États (Illinois, New York, Minnesota, Ohio et Californie) ont d\u2019ores et déjà décidé d\u2019interdire l\u2019utilisation de produits contenant des microbilles.Au Canada, rien n\u2019a encore été proposé à ce sujet.De grands fabricants de produits cosmétiques et nettoyants (Unilever, Johnson & Johnson, Procter & Gamble ou encore L\u2019Oréal) se sont néammoins engagés à les supprimer et à les remplacer par des matériaux plus respectueux de l\u2019environnement, comme les sels marins ou les éclats de fruits à coques.nQS ACTUALITÉS > UN DINOSAURE DÉMASQUÉ Il aura fallu 50 ans pour résoudre l\u2019énigme.On sait désormais à quoi ressemblait Deinocheirus miri?- cus, un dinosaure dont seuls les gigantesques membres antérieurs ont été découverts en 1965 dans le désert de Gobi.Mesurant 2,4 m de longueur, ces grosses pattes griffues, semblables à celles d\u2019un tyrannosaure, ont longtemps perturbé les paléontologues.À quoi pouvait bien ressembler le monstre à qui elles appartenaient?S\u2019il s\u2019agissait bel et bien d\u2019un cousin du tyrannosaure, il aurait dû mesurer 91 m de long! Entre 2006 et 2009, de nouveaux ossements, plus complets, ont ?nalement été découverts en Mongolie par l\u2019équipe internationale du Korea-Mongolia International Dinosaur Project (KMID).Hélas, le site avait été en partie pillé, ajoutant un degré de dif?culté au casse-tête.Finalement, les chercheurs ont conclu, dans un article publié par Nature en août 2014, que ces fossiles étaient bien des os de Deinocheirus miri?cus \u2013 littéralement «horribles mains».Verdict?Rien à voir avec un tyrannosaure! La bête appartenait en fait à la famille des Ornithomimidés, des dinosaures aux allures d\u2019autruche.Si son gabarit est plutôt réduit par rapport aux estimations initiales, Deinocheirus miri?cus mesurait tout de même 11 m (la longueur d\u2019un bus), et pesait plus de 6 tonnes.Il se servait probablement de ses pattes avant pour creuser et arracher des plantes, ou pour pêcher.Il possédait également de grandes épines dorsales, un crâne de plus de 1 m de long et il était doté d\u2019une sorte de bec.«Un dinosaure très bizarre, avec des airs d\u2019énorme poulet», résume le paléontologue Philip John Currie, de l\u2019université d\u2019Alberta, qui a participé à la découverte.LE CRISTAL D\u2019AQUAMAN Respirer sous l\u2019eau comme un poisson, sans être harnaché à de lourdes bouteilles d\u2019oxygène, ce sera peut- être possible d\u2019ici quelques années, grâce à un nouveau matériau cristallin mis au point à l\u2019université du Danemark du Sud.Ce cristal est capable d\u2019«aspirer» l\u2019oxygène environnant, que ce soit dans l\u2019air ou dans l\u2019eau.«C\u2019est à la fois un capteur et un réservoir.Un peu comme de l\u2019hémoglobine arti?cielle solide», explique dans un communiqué la chimiste Christine McKenzie qui est à l\u2019origine de la découverte.Selon elle, un seau rempli de ce cristal, composé de cobalt lié à une molécule complexe, suf?rait à capter tout l\u2019oxygène d\u2019une pièce! Et la bonne nouvelle, c\u2019est que cette absorption est réversible: l\u2019oxygène stocké peut être libéré, par exemple en chauffant le matériau.Un peu comme une éponge qui se gorge d\u2019eau puis la relâche quand on l\u2019essore.Suivant la température et la pression ambiantes, le «chargement» du matériau prendrait de quelques secondes à quelques jours.Les applications sont encore à venir, mais pourraient intéresser la médecine et la plongée sous-marine.Quelques grains, rechargeables à l\u2019in?ni en oxygène, suf?sent à stocker le volume nécessaire à une inspiration. Décembre 2014 | Québec Science 13 Il est très fort, ce Nicolas Hulot.L\u2019ex-présentateur du magazine Ushuaia, à la télé française, est aujourd\u2019hui ambassadeur des questions climatiques du président François Hollande.Le 6 octobre dernier, il était à Montréal dans le cadre d\u2019une tournée intitulée FACTS, pour French-Ameri-Can Climate Talks.Notez la subtilité du «Ameri-Can»: c\u2019est pour signi?er que la tournée, organisée par la diplomatie française en préparation du sommet de l\u2019ONU sur le climat de décembre 2015, s\u2019intéresse aussi aux Canadiens, pas seulement aux Americans.D\u2019où arrêts à Montréal, Ottawa et Vancouver.Donc, Nicolas Hulot débarque et annonce qu\u2019il veut rencontrer Stephen Harper (bonne chance\u2026).Puis il inaugure une table ronde au Centre des sciences, à Montréal, et plaide en faveur d\u2019une action internationale pour contrer les effets du réchauffement climatique: «On mobilisera, dit-il, si on est capable de montrer deux choses.Que la trajectoire de l\u2019humanité telle que nous l\u2019avons engagée au XXIe siècle est sans dénouement heureux, quelles que soient nos responsabilités.Mais nous parviendrons à mobiliser si, en même temps, nous décidons d\u2019un modèle de société et d\u2019un modèle économique qui nous fassent rêver.Mais pas rêver hors sol\u2026 Rêver parce qu\u2019il y a un chemin possible.» Il est très éloquent, cet homme, un plaisir à écouter; je le dis sans malice.Nous avons besoin d\u2019hommes et de femmes comme lui, qui incarnent la passion de sauver la planète.Mais en ce domaine, la «diplomatie positive» \u2013 l\u2019expression est de lui \u2013 n\u2019est pas neuve et elle n\u2019a, hélas, pas été à la hauteur des promesses qu\u2019elle représentait.Depuis le Sommet de la Terre de 1972, à Stockholm, jusqu\u2019à celui de Nairobi en 1982; de Rio de Janeiro en 1992, et Johannesburg en 2002, puis à nouveau Rio de Janeiro en 2012 (Rio +20), le chemin parcouru est long, mais les résultats sont minces.Certes, le Sommet de 1972 a donné naissance au Programme des Nations unies pour l\u2019environnement et celui de 1992 a jeté les bases de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques.Laquelle Convention a débouché plus tard sur le Protocole de Kyoto, puis sur l\u2019Accord de Copenhague.Ce dernier incarne cependant l\u2019échec des diplomaties internationales, sous la houlette de l\u2019ONU, à s\u2019entendre sur des objectifs et des mesures communes.Nicolas Hulot avait d\u2019ailleurs quali?é les résultats de la conférence de Copenhague d\u2019«af?igeants» et de «consternants».Alors, que des dirigeants \u2013 français ou autres \u2013 reprennent le bâton du pèlerin et tentent une nouvelle fois d\u2019in?échir le modèle économique actuel qui nous conduit droit à la catastrophe, c\u2019est louable.On verra bien, rien n\u2019est joué.Mais disons que le bilan Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Réparer la planète: place à la diplomatie positive La «diplomatie verte» mondiale sous l\u2019égide de l\u2019ONU a ses limites.Aussi, de nouvelles alliances se forgent-elles pour régler les problèmes d\u2019une planète bien mal en point.Ambassadeur écologiste pour la France, Nicolas Hulot fait actuellement le tour de la planète en vue de la prochaine conférence internationale sur les changements climatiques prévue à Paris, en décembre 2015.L A P R E S S E C A N A D I E N N E 14 Québec Science | Décembre 2014 ACTUALITÉS > Le marché du carbone se déploie Le marché québécois du carbone connaîtra un tournant en 2015.Que va-t-il se passer?Début 2015, Québec va pousser les distributeurs de produits pétroliers, dont Gaz Métro, Shell, Valero ou Suncor, à intégrer le marché du carbone.Ces compagnies ne paieront pas pour leurs propres émissions (elles ne polluent pas directement, car elles se contentent d\u2019importer ou de distribuer le pétrole ou le gaz naturel), mais elles devront couvrir les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la combustion de leurs produits.En d\u2019autres termes, les distributeurs vont payer pour chacun de nous et pour tous les «petits émetteurs».L\u2019arrivée de ces joueurs sur le marché est un énorme changement, puisqu\u2019ils vont représenter environ les trois quarts des émissions couvertes.Les distributeurs de carburant répercuteront le coût des droits d\u2019émission sur les produits qu\u2019ils vendent.Ainsi, à partir de janvier, l\u2019essence pourrait augmenter d\u2019environ 2 ¢ le litre, voire plus si le prix du carbone augmente.Les analystes prévoient qu\u2019il augmentera d\u2019environ 7% par an.À quoi va servir cette taxe indirecte?Le but, c\u2019est d\u2019inciter petit à petit les consommateurs à changer de comportement.De plus, le gouvernement s\u2019est engagé à ce que 100% des sommes issues des enchères de droits d\u2019émission (environ 3 milliards de dollars cumulés d\u2019ici 2020) soient versées au fond vert qui ?nancera des programmes de lutte aux changements climatiques.Ces programmes sont actuellement en train d\u2019être dé?nis.Rappelez-nous le fonctionnement de ce marché.Le marché du carbone, ou SPEDE \u2013 pour Système de plafonnement et d\u2019échange de droits d\u2019émission \u2013, est en vigueur depuis deux ans; il est commun au Québec et à la Californie depuis le début de 2014.Il s\u2019agit d\u2019un marché de droits d\u2019émission de GES créé et géré par les gouvernements.Actuellement, seuls les gros industriels, comme les cimenteries, les raf?neries ou les alumineries, y sont assujettis.Ces entreprises ont l\u2019obligation, à la ?n d\u2019une période de deux ou trois ans, de remettre au gouvernement un nombre de droits d\u2019émission de carbone égal à la quantité de ce qu\u2019elles ont effectivement émis.Elles peuvent obtenir ces droits de diverses façons, notamment au cours d\u2019enchères organisées par l\u2019État.Mais, chaque année, le nombre de droits d\u2019émission émis diminue (entre 3% et 4%), ce qui crée une rareté progressive.En augmentant ainsi la pression sur le prix du carbone, le gouvernement souhaite inciter les entreprises à moins polluer.D\u2019ici 2020, l\u2019objectif est d\u2019atteindre une réduction des niveaux d\u2019émission de GES de l\u2019ordre de 20% par rapport à ceux de 1990.M.C.passé des dirigeants mondiaux ne porte pas à un optimisme béat, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Simple observateur de ces efforts à l\u2019échelle planétaire, je suis plus impressionné par certaines initiatives de coopération environnementale à une échelle plus modeste; continentale ou régionale.Ces initiatives engagent parfois des États mais, pour la plupart, elles sont lancées par des groupes environnementalistes qui s\u2019allient à l\u2019industrie.Là, j\u2019ai l\u2019impression que les choses bougent.Des alliances nouvelles se forgent entre des gens qui ne se parlaient pas auparavant.Sur la base de constats scienti?ques, on se mobilise, on agit pour régler des problèmes concrets.Faute d\u2019espace, je me contenterai de deux exemples.En ce moment, en Amérique du Nord et en Europe, le programme de certi?ca- tion FSC \u2013 pour Forest Stewardship Council \u2013 est en train de changer la foresterie.Ce label indépendant, fruit d\u2019une collaboration entre l\u2019industrie et les environnementalistes, assure que la production de bois respecte les règles censées garantir une gestion durable des ressources.Ce n\u2019est pas une panacée, mais c\u2019est une bonne nouvelle pour les forêts de la planète.Et l\u2019on ne rêve pas «hors sol», pour reprendre l\u2019expression de Hulot.Ensuite, regardons du côté de la sauvegarde de la biodiversité.De très nombreux États se sont engagés à atteindre des cibles mondiales de protection, mais n\u2019y arrivent pas.Si on met de côté la mauvaise volonté politique, il faut reconnaître que la bio- diversité est un concept que beaucoup de pays comprennent mal, ou mettent mal en application.Il fallait un outil pour les aider.L\u2019Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est intervenue; elle a récemment monté un projet de consultation à grande échelle.Ce travail a abouti à dé?nir des critères et une méthodologie scienti?ques permettant d\u2019identi?er les zones clés pour la biodiversité (ZCB) dans une perspective globale.Un outil théorique?Pas du tout.Dans le contexte actuel, il est utile et deviendra même, selon certains experts, indispensable à l\u2019atteinte des objectifs mondiaux de conservation.Je n\u2019arrive pas à être cynique: l\u2019ONU et sa «diplomatie verte» méritent peut-être une seconde chance.Nous verrons ce que cela donnera.Mais si on sauve un jour la planète malgré tout, ce sera aussi et surtout grâce au travail de ces organismes de l\u2019ombre et de ces scienti?ques qui les conseillent.nQS À lire aussi, une entrevue exclusive avec Nicolas Hulot sur notre site : www.quebecscience.qc.ca/ actualites/Climat-L-avenir-de-l-humanite-est-en-jeu Début 2015, les distributeurs de produits pétroliers, comme les raf?neries et les importateurs, seront assujettis au marché du carbone.Bertrand Fouss, vice-président commercial à la COOP Carbone, une coopérative regroupant des entreprises considérées comme de petits émetteurs de gaz à effet de serre, nous explique la raison d\u2019être de cette mesure.E n t r e v u e Décembre 2014 | Québec Science 15 le retour d\u2019une star Commercialisée depuis 116 ans, l\u2019aspirine est plus que jamais sous le feu des projecteurs.De récentes études lui attribuent en effet des vertus anticancéreuses hors pair.Par Marine Corniou les promesses de l\u2019aspirine ANTI-CANCER S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y 16 Québec Science | Décembre 2014 le retour d\u2019une star i vous avez pris froid, si vous avez un rhume, Aspirine vous soulagera en quelques minutes, arrêtera le pro grès du mal et évitera les complications.» Ce slogan plein de promesses faisait déjà des émules en 1935.Huit décennies plus tard, le comprimé blanc n\u2019a rien perdu de sa popularité.Avec plus de 40 000 tonnes produites par année, soit 80 milliards de cachets, sachets et autres gélules, c\u2019est sans conteste l\u2019un des médicaments les plus consommés dans le monde.Pourquoi un tel succès?D\u2019abord, parce que c\u2019est un antidouleur et un anti- inflammatoire puissant qui ne coûte rien, ou presque.Ensuite, parce que l\u2019aspirine fluidifie le sang, permettant ainsi de réduire le risque d\u2019accidents cardiovasculaires.Elle est donc largement utilisée à titre préventif, en particulier par les diabétiques, les hypertendus ou ceux qui ont déjà fait une crise cardiaque.Ainsi, aux États-Unis, près de 20% des adultes prennent de l\u2019aspirine (ou acide acétylsalicylique) à faible dose.Au Canada, le médicament fait partie de la diète quotidienne de plus de 4 millions de personnes.Et voilà que ce comprimé centenaire, qu\u2019on trouve dans toutes les armoires à pharmacie, suscite un engouement renouvelé.Car il se révèle, contre toute attente, un allié précieux contre le cancer! Tout a commencé il y a une vingtaine d\u2019années, quand des médecins ont remarqué que leurs patients traités par aspirine en prévention d\u2019éventuels problèmes cardiaques étaient moins sujets que les autres au cancer colorectal.Aujourd\u2019hui, plusieurs méta-analyses, portant sur des dizaines de milliers de personnes, viennent confirmer le phénomène.Mieux, l\u2019aspirine a un effet préventif non seulement contre le cancer colorectal, mais contre presque tous les autres cancers.Elle pourrait également agir sur les cellules cancéreuses existantes, en diminuant le risque de métastases et en augmentant le taux de survie des malades.Miraculeux, l\u2019acide acétylsalicylique?«L\u2019aspirine est un médicament très spécial et je ne pense pas que d\u2019autres molécules puissent être aussi efficaces pour prévenir le cancer et les maladies cardio- vasculaires», résume Mangesh Thorat, chercheur postdoctoral au Queen Mary College, à Londres.Il vient de mener, sous la houlette du chercheur Jack Cuzick, qui dirige le Centre de prévention du cancer de la même université, une vaste étude colligeant tous les essais cliniques accessibles sur le sujet.Publiés en août dernier dans la revue Annals of Oncology, les résultats sont sans équivoque : la prise quotidienne d\u2019aspirine pendant 10 ans permet de réduire le taux de cancer du côlon de 35%; et de 40% le nombre de décès dus à cette maladie! Ce n\u2019est pas tout.L\u2019aspirine réduit aussi de 30% le risque de cancer de l\u2019œsophage et de l\u2019estomac \u2013 et de 35% à 50% la mortalité qui y est associée.En médecine, rares sont les substances dont l\u2019effet protecteur est aussi radical ! D\u2019autant que plusieurs analyses précédentes, menées notamment par une équipe de l\u2019université d\u2019Oxford, ont démontré que l\u2019aspirine réduisait aussi le risque de cancer du sein, de l\u2019ovaire, du pancréas, du poumon et de la prostate.Certes, l\u2019effet est moindre que pour les cancers digestifs, mais la protection oscille tout même entre 9% et 29%.Plus encore, en 2012, l\u2019équipe d\u2019Oxford, sous la direction du neurologue Peter Roth- well, fondateur de l\u2019Unité de recherche sur la prévention des accidents vasculaires, a publié plusieurs articles dans The Lancet concluant que l\u2019aspirine réduisait de 30% à 50% le risque qu\u2019un cancer produise des métastases et atteigne d\u2019autres organes.Alors, faut-il mettre tout le monde sous aspirine?Certains chercheurs affirment que oui, d\u2019autres restent sceptiques.John Potter, professeur émérite d\u2019épidémiologie à l\u2019université de Washington, se penche 911 + aspirine Fin octobre, Santé Canada a accordé à Bayer le droit de promouvoir l\u2019aspirine comme traitement d\u2019urgence des crises cardiaques.En cas de symptômes suspects, il est désormais conseillé de prendre un ou deux cachets, en attendant l\u2019arrivée des secours.«S L'acide acétylsalicylique, ou aspirine, a des vertus antalgiques, anti-inflammatoires, anticoagulantes et\u2026 anticancéreuses.Et pourtant, le mode d'action de cette toute petite molécule reste en grande partie mystérieux.S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y Les Égyptiens ne connaissaient pas l\u2019aspirine, mais ils profitaient déjà, il y a 4 000 ans, des vertus antalgiques de l\u2019acide salicylique présent dans l\u2019écorce de saule.Un papyrus datant du XVIe siècle avant notre ère décrit clairement l\u2019utilité des décoctions de feuilles ou d\u2019écorce de saule pour traiter les douleurs.Dans la Grèce Antique, Hippocrate (IVe siècle avant notre ère) prescrivait lui aussi des tisanes de saule blanc pour faire baisser la fièvre et soulager les douleurs de l\u2019enfantement.Sur tous les continents, les racines, l\u2019écorce, les feuilles ou la sève des saules ont toujours fait partie de l\u2019arsenal médicinal traditionnel, au même titre que la reine-des-prés, ou la saga de l\u2019aspirine depuis longtemps sur la pertinence d\u2019une prévention pharmacologique des cancers.«On évite de traiter le cancer avec un seul médicament de chimiothérapie, pour limiter les résistances.Cela a-t-il du sens d\u2019utiliser une seule molécule pour prévenir les cancers?» s\u2019interroge-t-il.Le doute est ravivé par le fait que, en mai dernier, l\u2019agence états-unienne du médicament (FDA) a déconseillé l\u2019utilisation de l\u2019aspirine par l\u2019ensemble de la population dans le but de prévenir les problèmes cardiovasculaires, arguant que cette pratique n\u2019est efficace que chez les personnes ayant déjà subi un AVC ou une crise cardiaque.Pour les individus en bonne santé, le risque lié à la prise de l\u2019anticoagulant serait trop élevé.Ses effets secondaires sont en effet nombreux et non négli - geables : hémorragies digestives, ulcères gastriques et perforations, saignements divers, etc.La vaste analyse publiée cet été pourrait toutefois amener la FDA à revoir sa copie.Jack Cuzick et Mangesh Thorat ont indéniablement les chiffres dans leur camp.Leur analyse est la première à démontrer clairement que, passé un certain âge, les bénéfices de la prise d\u2019aspirine dans le but de prévenir le cancer surpassent les risques liés à ses effets secondaires.En bref?Si 1000 personnes de plus de 60 ans prenaient de l\u2019aspirine quotidiennement pendant 10 ans, cela permettrait d\u2019éviter 16 décès dus au cancer et un décès par crise cardiaque.On pourrait en revanche déplorer deux morts de plus, du fait de saignements causés par le médicament.Pour Cuzick, la conclusion est claire.«Prendre de l\u2019aspirine est la chose la plus importante à faire pour réduire le cancer, après l\u2019arrêt du tabac et la lutte contre l\u2019obésité, et ce sera sûrement une mesure plus facile à appliquer», affirme-t-il dans un communiqué de presse.Il calcule que, au Royaume-Uni, cette stratégie permet - trait de sauver plus de 120 000 vies en 20 ans.«Je pense que tous les adultes de plus de 50 ans devraient prendre de l\u2019aspirine à titre préventif, à moins qu\u2019ils aient un problème connu de saignement», nous confirme-t-il.«Nous avons estimé les risques dans la population, à partir d\u2019analyses incluant \u201cPrendre de l\u2019aspirine est la chose la plus importante à faire pour réduire le cancer, après l\u2019arrêt du tabac et la lutte contre l\u2019obésité.\u201d \u203a plus de 95 000 personnes, ajoute Man- gesh Thorat, son collaborateur.S\u2019il est vrai que l\u2019aspirine augmente le risque de saignement en général, aucune des études ne fait état d\u2019une augmentation des saignements mortels de type hémorragie cérébrale.Dans notre analyse, on a fait comme si les saignements fatals augmentaient autant que les autres saignements.On a donc surestimé volontairement les risques et, malgré cela, le bénéfice est net.» Et d\u2019ajouter, avec bon sens : «On ne peut pas nier le fait que, entre des saignements non fatals qui nécessitent une visite à l\u2019urgence et un diagnos tic de cancer, la plupart des gens choisiraient les premiers.» Si les preuves sont là, la mise en pratique n\u2019est pas aisée pour autant.«Il reste encore à déterminer la durée d\u2019utilisation la plus appropriée.Les effets se voient dès la cinquième année, mais sont plus importants après 10 ans.On ne sait cependant pas s\u2019il y a un âge à partir duquel les risques l\u2019emportent sur les bénéfices.La dose optimale n\u2019est pas non plus connue, car il n\u2019y a pas eu d\u2019études permettant de comparer les dosages», peut-on lire dans l\u2019analyse de Cuzick.Il faut dire que l\u2019aspirine présente un gros «défaut» .Le brevet de ce médi - cament commercialisé depuis 1899 a expiré il y a belle lurette.Or, pour faire la preuve d\u2019un effet préventif, il faut mener des essais incluant des milliers de patients suivis sur de longues périodes.Donc, pouvoir disposer de beaucoup d\u2019argent pour le faire.«Mais vu qu\u2019il n\u2019y a plus de propriété intellectuelle pour l\u2019aspirine, les compagnies pharmaceutiques ne sont pas intéressées à investir dans la recherche.S\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle molécule, nul doute que ce serait un blockbuster», souligne Mangesh Thorat.Heureusement, les promesses anticancéreuses de l\u2019aspirine ont piqué l\u2019intérêt de nombreux financeurs publics.Plusieurs essais cliniques sont en cours ou sur le point de démarrer, dont l\u2019essai ASPREE qui évaluera, aux États-Unis, le rapport bénéfices/risques de l\u2019aspirine auprès de 19 000 personnes de plus de 65 ans.Ou encore l\u2019essai ADD-Aspirin qui permettra de déterminer si l\u2019aspirine permet de prolonger la vie des personnes atteintes de cancer après une chirurgie, une chimiothérapie ou une radiothérapie.En attendant les résultats (en 2025!), les chercheurs doivent encore plancher le retour d\u2019une star spirée ulmaire, une herbacée européenne qui contient elle aussi de l\u2019acide salicylique.Il faut toutefois attendre le XIXe siècle pour qu\u2019un pharmacien français, Joseph Leroux, parvienne à extraire sous forme de cristaux la substance active du saule, qu\u2019il baptise «salicyline» (de salix, le nom latin de cet arbre).Des chimistes européens synthétisent ensuite l\u2019acide salicylique qui suscite un intérêt médical limité, car il est très toxique pour l\u2019estomac.En 1853, un jeune chimiste stras- bourgeois, Charles-Frédéric Ger- hardt, réussit la première synthèse de l\u2019acide acétylsalicylique, en faisant réagir du salicylate de sodium et du chlorure d\u2019acétyle.Il ouvre sans le savoir la voie à la production industrielle de l\u2019aspirine, ignorant tout des propriétés thérapeutiques de son produit.À ce moment, il n\u2019a pas identifié clairement la molécule et pense avoir synthétisé un «anhydride d\u2019acide» comme un autre.C\u2019est sur ce type de composés chimiques qu\u2019il mène des recherches, et il en produit ainsi plusieurs.Le laboratoire allemand Bayer dépose finalement le brevet du médicament, sous la marque Aspirin (qui signifie «fait sans spirée»), après qu\u2019un de ses chimistes, Félix Hoffmann, eut mis au point une méthode simple pour le produire.Dès 1899, l\u2019aspirine est commercialisée sous forme de poudre dans un flacon de verre.L\u2019année suivante, elle est offerte en comprimés.Le succès est immédiat et mondial.Son utilisation intensive pendant la Première Guerre mondiale et lors de l\u2019épidémie de grippe espagnole \u203a Félix Hoffman «Sauf exception, tous les adultes de plus de 50 ans devraient prendre de l\u2019aspirine à titre préventif», affirme Jack Cuzick, directeur du Centre de prévention contre le cancer au Queen Mary College.L A P R E S S E C A N A D I E N N E / A P P H O T O / D A V I D R A M O S sur le mode d\u2019action de ce médicament car, aussi bizarre que cela puisse paraître, on sait encore très peu de choses sur l\u2019acide salicylique, le principe actif de l\u2019aspirine.«Le mystère de l\u2019aspirine s\u2019explique principalement par le fait que l\u2019acide salicylique est une toute petite molécule.Elle peut se lier à de nombreuses protéines, et elle agit donc à de multiples niveaux.On ne cesse de découvrir de nouvelles cibles!» explique Gregory Steinberg, professeur d\u2019endocrinologie à l\u2019université McMaster, en Ontario.Certes, on sait que l\u2019inflammation chronique contribue au développement de nombreuses maladies, dont le cancer.En inhibant la synthèse des prostaglandines \u2013 des molécules impliquées dans la réaction inflammatoire \u2013, l\u2019aspirine réduit l\u2019inflammation.«Mais cet effet n\u2019explique pas, à lui seul, l\u2019action anticancéreuse», précise le chercheur.Il y a deux ans, le professeur, en collaboration avec deux équipes, une écossaise et une australienne, révélait dans la revue Science un mode d\u2019action jusque-là inconnu de l\u2019acide salicylique : il active une protéine appelée AMPK, impliquée dans la croissance cellulaire.«L\u2019AMPK contrôle le métabolisme dans les cellules.Il faut savoir que la plupart des cellules tumorales consomment énormément de glucose pour proliférer.Lorsque l\u2019AMPK est activée, la cellule bascule dans un mode moins consommateur d\u2019énergie, et sa croissance est ralentie», détaille Greg Steinberg qui s\u2019apprête à publier un deuxième article sur les mécanismes anticancéreux de l\u2019aspirine et de l\u2019un de ses dérivés, plus sécuritaire, le salsalate.«Dans le tube digestif, après consommation d\u2019aspirine, on sait que les doses d\u2019acide salicylique sont suffisantes pour activer l\u2019AMPK, et c\u2019est justement sur les cancers digestifs que son effet protecteur est le plus prononcé», ajoute-t-il, apportant une explication plausible aux vertus anticancéreuses de ce médicament qui n\u2019a pas fini de faire des adeptes.?QS Note: Tenté de vous mettre en mode «aspirine»?Tous les intervenants interrogés dans l\u2019article soulignent les dangers de l\u2019automédication et l\u2019importance de discuter de tout traitement avec son médecin.Mieux vaut prévenir, comme on dit toujours.Décembre 2014 | Québec Science 19 de 1918 renforce sa popularité.Mais la guerre a un autre effet.Bayer, comme bon nombre d\u2019entreprises allemandes mises au ban par les Alliés, se voit retirer son brevet, notamment en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni, où le nom Aspirin tombe dans le domaine public.Cela étant, Aspirin reste aujourd\u2019hui une marque déposée dans 80 autres pays, dont le Canada.Une affiche de Savignac, 1964 Priorité au déPistage Il faut généralement des années pour que des résultats de recherche soient intégrés dans les lignes directrices de soins.L\u2019aspirine n\u2019échappe pas à la règle.Son intérêt en cancérologie reste encore très théorique.«Pour l\u2019instant, la communauté médicale n\u2019en discute pas vraiment.Il faut au moins cinq ans de prise quotidienne d\u2019aspirine pour voir diminuer le risque de polypes, ces excroissances qui précèdent les cancers du côlon.C\u2019est long!» indique le docteur Louis-Charles Rioux, gastroentérologue à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.Il se dit toutefois impressionné par l\u2019ampleur de la protection conférée par le médicament contre les cancers digestifs.«Peut-être que, un jour, tous les patients ayant déjà été opérés pour un cancer colorectal ou pour des polypes se verront prescrire de l\u2019aspirine, admet-il.Mais cela ne remplacera jamais le dépistage précoce.» En 2012, le cancer colorectal a été responsable de plus de 2 400 décès au Québec, ce qui en fait le deuxième cancer le plus meurtrier, après celui du poumon.Pour réduire le risque, le maintien d\u2019un poids santé, une alimentation saine et une activité physique régulière sont évidemment conseillés.«Le dépistage joue aussi un rôle primordial, car il permet de détecter le cancer colo- rectal dès les premiers stades et d\u2019abaisser le taux de mortalité», souligne le spécialiste.Ce dernier mène actuellement un projet pilote à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui devrait permettre de généraliser sous peu le FIT (Fecal Immunochemical Test).Ce test simple permet de détecter des traces de sang microscopiques dans les selles, un signe souvent révélateur de lésions tumorales.Il remplace le test au gaïac utilisé jusqu\u2019à maintenant.«Le FIT sera proposé par les médecins traitants à toutes les personnes âgées entre 50 et 74 ans, qui pourront l\u2019effectuer tous les 2 ans», précise-t-il.À terme, le programme concernera 1,2 million de Québécois.On estime que le dépistage précoce est susceptible d\u2019éviter environ un décès par cancer colorectal sur six. 20 Québec Science | Décembre 2014 L\u2019ère des d Décembre 2014 | Québec Science 21 grâce au ciel ! ans un hangar de l\u2019aéroport d\u2019Alma,Marc Moffat, le grand gaillard qui dirige le Centre d\u2019excellence sur les drones (CED), me présente le jouet dont il est le plus fier, le Mis- kam.Soigneusement astiqué, l\u2019aéronef tout blanc brille comme une voiture neuve.Il peut voler 24 heures sans pilote.Depuis 2012, la société canadienne d\u2019aviation CAE et l\u2019entreprise israélienne Aeronautics le font évoluer au-dessus du lac Saint-Jean dans le cadre d\u2019un projet de recherche sur l\u2019usage des drones dans un contexte civil.Inspection des complexes hydroélectriques, arpentage de mines à ciel ouvert, opérations de sauvetage en forêt, dénombrement de cheptels de caribous, etc.«On ne soupçonne pas encore toutes les applications que les drones peuvent avoir, s\u2019exclame le directeur Moffat.Notre imagination est la seule limite !» Et celle des grandes compagnies, comme la librairie virtuelle Amazon, l\u2019entreprise de livraison DHL et le fabricant de pizzas Domino, qui viennent d\u2019annoncer \u2013 beau coup de marketing \u2013 que la livraison de leurs marchandises aux particuliers serait éventuellement assurée par des «paket kopters» ou autres plateformes.Ne serait-ce qu\u2019une question de temps avant que des drones qua - drillent effectivement le ciel de nos quartiers?« Ça va arriver, croit fermement M.Moffat, et ça va révolutionner nos vies ! Comme le cellulaire l\u2019a fait.» En attendant, l\u2019innovation technologique n\u2019est pas l\u2019apanage exclusif des multinationales.Parmi les partenaires du CED, le Centre de géomatique du Québec (CGQ) basé à Saguenay, qui possède le statut de centre collégial de transfert de technologie (CCTT), est un pionnier de la recherche sur les applications scientifiques des drones dans la province.Depuis 2006, il travaille à convaincre les entreprises de l\u2019utilité de ces plateformes.Notamment en partenariat avec l\u2019Université de Sherbrooke, il a mis au point un système de surveillance phytosanitaire des cultures de pommes de terre.Le professeur Jérôme Théau utilise un drone équipé d\u2019une caméra infrarouge thermique pour car- tographier les champs, identifier les problèmes de croissance et détecter les maladies des plantes.«On voit facilement les plants stressés qui font de la fièvre, comme les humains, dit-il.Les données peuvent ensuite être utilisées pour traiter très précisément certaines parties d\u2019un champ.Ainsi, on réduit à la fois les coûts et la quantité de produits chimiques épandus.» Ils peuvent être pompiers, arpenteurs, biologistes et même livreurs de pizza.Et c\u2019est à Alma que les drones commencent leur conquête du ciel québécois.Par Simon Coutu s drones D Marc Moffat, directeur du Centre d\u2019excellence sur les drones : «Ces aéronefs vont révolutionner nos vies, comme l\u2019a fait le téléphone cellulaire.» C E D W E S T W I N D G R A P H I C S / I S T O C K P H O T O 22 Québec Science | Décembre 2014 Biologiste de formation, Jérôme Théau vient aussi de terminer un projet de recherche visant à faire l\u2019inventaire de la faune.Un drone dénombre les cerfs de Virginie sur un territoire donné grâce à une caméra thermique et une caméra traditionnelle.«Aujourd\u2019hui, les inventaires de grands mammifères se font à partir d\u2019un avion ou d\u2019un hélicoptère.Avec un drone, ce serait beaucoup moins cher et moins risqué, affirme le chercheur.Cette technologie pourrait aussi servir à Transport Québec pour identifier chevreuils et orignaux, et prévenir les accidents de la route.» Le CGQ, l\u2019entreprise Pêcheries Uapan d\u2019Uashat et le Centre d\u2019innovation de l\u2019aquaculture et des pêches du Québec développent aussi sur la Côte-Nord une technologie de drones qui permettra d\u2019évaluer la quantité d\u2019algues des zones côtières et de fournir des données sur leur biomasse algale, une ressource encore très peu exploitée au Québec.«Elle offre un grand potentiel dans le domaine des cosmétiques, de l\u2019alimentation et des fertilisants, dit Yoann Perrot, analyste en géomatique au CGQ.De plus, la région de la Côte-Nord, au Québec, a besoin de diversifier ses activités.» es drones étant de plus en plus performants et polyvalents, le CGQ s\u2019intéresse particulièrement à la recherche sur les capteurs, tels que les caméras \u2013 traditionnelles, infrarouges et thermiques \u2013 ou les lidars (pour Light detection and ranging).Ce dernier outil de télédétection envoie des pulsations sous forme de rayons laser, lesquels reviennent, ce qui permet de mesurer la distance entre des objets.Cette tech nologie est notamment très prisée en foresterie, puisqu\u2019elle permet de faire un portrait du sol, sous la canopée.«Un drone n\u2019est qu\u2019un véhicule, au même titre qu\u2019un satellite.En y installant des capteurs, poursuit M.Perrot, on peut récolter l\u2019information à laquelle on n\u2019avait pas accès.» Mais à l\u2019ère du big data, les drones acquièrent parfois plus de données que peuvent en analyser les scientifiques.Cher cheur L Deux grandes familles Les drones prennent la forme d\u2019avions, d\u2019hélicoptères et même de dirigeables.Ils se répartissent en deux catégories.P H O T O S : S I M O N C O U T U 2 - 5 / F L Y T E R R A 1 - 3 - 4 Josée Dallaire,directrice générale et Yoann Perrot, analyste en géomatique, centre de géomatique du Québec Sébastien Long et Francis Pelletier de Flyterra grâce au ciel ! Les drones revitalisent Alma Le ciel du lac Saint-Jean se prête mieux à la recherche que celui des États-Unis! Décembre 2014 | Québec Science 23 Sur la petite piste d\u2019atterrissage d\u2019Alma, les avions se faisaient de plus en plus rares depuis quelques années.Aussi l\u2019implantation du Centre d\u2019excellence sur les drones (CED) est-elle arrivée à point nommé pour revitaliser l\u2019aéroport de la municipalité.Depuis 2011, cet incubateur d\u2019entreprises accompagne les institutions privées, universitaires et collégiales dans leur recherche concernant les drones.Installé à l\u2019entrée de la ville, le Centre peut bénéficier de vastes espaces aériens.De plus, la densité de population dans la région est assez faible pour qu\u2019on puisse sans danger effectuer des tests.La proximité de la base militaire de Bagotville facilite aussi la gestion des corridors.«C\u2019est un environnement sécuritaire, qui rassure Transport Canada pour l\u2019intégration des drones dans le ciel», affirme Marc Moffat, directeur du CED.Si les drones de plus que 35 kg doivent obtenir un certificat de Transport Canada avant le décollage, sous peine d\u2019une amende de 25 000 $, et que les vols hors de portée optique de même que les missions urbaines ne sont toujours pas autorisés au Canada, il reste que la législation est moins sévère que celle en vigueur aux États-Unis.Ce qui avantage la recherche chez nous.Toutes ces raisons ont poussé Flyterra, un opérateur de drones dans les domaines minier, gazier, pétrolier et agricole, à ouvrir des bureaux en sol jeannois, alors que son président, Vivien Heriard, comptait d\u2019abord mener ses opérations à partir de New York.«On se butait constamment aux restrictions de l\u2019administration fédérale de l\u2019aviation civile des États-Unis (FAA), raconte Sébastien Long, responsable des ventes chez Flyterra.Actuellement, il n\u2019y a pas de vols autorisés de drones aux États-Unis, à moins qu\u2019ils soient coordonnés avec les recherches des universités.C\u2019est pourquoi il est difficile pour nous d\u2019effectuer des tests là-bas .» 2.Multirotors Le décollage de ces drones se fait sans piste.Ils peuvent être lancés directement des bras du pilote et offrent une grande stabilité.Ces petits hélicoptères ont au moins quatre hélices et autant de moteurs.Leur autonomie en vol est de moins de une heure et ils sont assez lents.1.À voilure fixe Ils ressemblent à des avions et ont besoin d\u2019une piste pour décoller et atterrir.Ils peuvent parcourir de longues distances et voler plusieurs heures.Ces drones sont furtifs et silencieux.au département de génie électrique de l\u2019École polytechnique de Montréal, Jérôme Le Ny s\u2019intéresse justement à améliorer l\u2019autonomie des drones quant au tri de l\u2019information.«Pour l\u2019instant, c\u2019est l\u2019humain qui fait le travail.Dans l\u2019armée états-unienne, les drones renvoient des gi- gaoctets de données qui ne sont jamais analysés.Je développe donc des systèmes qui permettront aux drones de traiter l\u2019information et d\u2019en conserver l\u2019essentiel.» Le jour n\u2019est donc pas encore venu où les robots à hélices s\u2019affranchiront des cerveaux humains.Les engins qui volent librement dans le ciel des grandes villes relèvent encore de la science-fiction.Mais pour combien de temps encore?Dans leur petit bureau du Centech, l\u2019incubateur d\u2019entreprises de l\u2019École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS), Pascal Chiva-Bernard et Charles Brunelle travaillent justement à développer des ordinateurs de bord capables de détecter les obstacles.Des contrôleurs de vol, en somme, que leur entreprise, Ara Robotique, veut commercialiser d\u2019ici les deux prochaines années.«On construit le cerveau du drone de façon à pousser l\u2019automatisation qui lui permettra notamment de rester stable dans les airs, dit Pascal Chiva-Bernard.À l\u2019avenir, sur le toit des immeubles à bureaux, on va peut-être trouver de petits aéroports à drones pour recevoir les livraisons! On espère bien retrouver notre technologie dans ces machines!» Les deux audacieux entrepreneurs croient que le jour viendra où même les avions de ligne seront des drones.«Déjà, les ordinateurs de bord savent quoi faire 90% du temps, dit Charles Brunelle.Mais les gens ne sont pas prêts à monter dans un avion sans pilote.À vrai dire, je ne le suis pas non plus! Cependant, si la technologie des drones et des capteurs devient assez \u201crobuste\u201d, elle pourrait assurer un niveau de sécurité bien supérieur à celui des aéronefs avec pilote.» C\u2019est l\u2019avenir.Pour le moment, la technologie des drones \u2013 civils, du moins \u2013 en est encore à ses balbutiements.Il est toujours beaucoup trop dangereux de laisser ces aéronefs s\u2019aventurer au-dessus des rues de nos villes, souligne David Saussié, chercheur en aéronautique à l\u2019École polytechnique, à Montréal, «L\u2019avionique des plateformes devra être certifiée, de la même manière que le sont les avions, croit- il.Il faut des algorithmes de contrôle beaucoup plus puissants pour forcer l\u2019at ter rissage des drones en cas de pépin.» ans parler des risques de piratage.En 2013, un hacker états- unien a publié sur Internet un mode d\u2019emploi pour prendre le contrôle de n\u2019importe quel drone de marque Parrot en détournant sa connexion WiFi.«On peut littéralement transformer un drone en bombe volante, poursuit M.Saussié.En piratant son système GPS, on peut le faire changer de direction et s\u2019écraser n\u2019importe où.» En outre, aucune formation n\u2019est encore exigée pour faire voler un drone.Pilote d\u2019hélicoptères commerciaux, Mathieu Boulianne, président de Spectral Aviation inc., offre déjà un cours théorique de 40 heures spécifiquement adapté aux opérateurs de dro - nes.«On transfère notre savoir acquis dans l\u2019aviation civile, dit-il.À l\u2019instar d\u2019un avion, on ne peut pas faire voler un drone comme on veut.Autour d\u2019un aéroport ou d\u2019une prison, au- dessus des gens, il y a des règles à suivre.» Une formation qui pourrait bien être utile aux milliers d\u2019amateurs de prises de vue aériennes.Au- jourd\u2019hui, certains modèles de drones sont vendus moins de 500 $ dans de nombreux magasins d\u2019équipement électronique.Le gouvernement canadien tolère ces «modèles réduits d\u2019aéronef», à condition qu\u2019ils soient utilisés à des fins de loisir.Par ailleurs, la démocratisation des drones soulève de nombreuses questions éthiques et juridiques.Comment réagir si votre voisin s\u2019amuse à vous épier au moyen de la caméra de son petit engin volant au-dessus de votre maison?Auparavant, la violation de l\u2019intimité supposait que quelqu\u2019un entre chez vous par la porte.Aujourd\u2019hui, la menace peut venir des airs; et le ciel peut vous tomber sur la tête! «C\u2019est préoccupant, confirme Pierre Trudel, professeur de droit des technologies de l\u2019information à l\u2019Uni - versité de Montréal.Heureusement, dans la plupart des cas, des principes existent déjà qui permettent d\u2019organiser l\u2019arrivée des drones dans le ciel.L\u2019utilisation de l\u2019espace au-dessus de nos têtes est déjà encadrée.» Mais le juriste souligne que les légis - lateurs doivent rester à l\u2019affût, à mesure que les drones prennent leur place dans toutes les sphères de la société, pour être en mesure de réagir à temps.«Je remarque que le gouvernement fédéral n\u2019est pas à jour en ce qui concerne l\u2019innovation technologique, poursuit-il.S\u2019il ne veut pas de mauvaise surprise, il se doit d\u2019être en phase avec la recherche.» Que ce soit dans le domaine civil ou militaire, les drones font rêver.Le jour viendra peut-être où ils bourdonneront au-dessus de nos têtes, dans des corridors aériens spécialement réservés.Toutefois, si « le ciel n\u2019est plus la limite» en ce qui concerne la recherche en robotique, il reste bien du chemin à faire avant que votre pizza vous soit livrée chez vous par un petit engin à hélices.?QS 24 Québec Science | Décembre 2014 grâce au ciel ! Des drones pompiers L\u2019équipe des pompiers d\u2019Alma peut aujourd\u2019hui compter sur un nouveau membre, un drone à huit hélices.Le service de prévention des incendies est ainsi le seul premier répondant au Québec à faire appel aux aéronefs sans pilote dans le cadre de ses opérations.L\u2019engin de fabrication française a la forme d\u2019une soucoupe volante de couleur orange.Muni de caméras thermique et vidéo, le drone aide à la prise de décision dans des contextes d\u2019urgence.«Il survolera des secteurs qui pourraient se révéler dangereux, explique le directeur du Service des incendies d\u2019Alma, Bernard Dallaire.Avant même d\u2019envoyer des gens, nous pouvons maintenant faire une saisie d\u2019image.Dans bien des cas, c\u2019est la vue en plan qui nous manquait pour pouvoir agir efficacement.» Le Service des incendies compte utiliser le drone notamment dans le cadre de recherches en forêt, de sauvetages en hauteur ou sur les glaces du lac Saint-Jean.L\u2019engin peut couvrir une distance de 800 m en restant dans le champ visuel de l\u2019opérateur.«Le drone permet aussi d\u2019améliorer la portée de nos communications, ajoute le directeur Dallaire.En territoire forestier, nos systèmes radio sont très limités.On pourrait donc lui faire porter un émetteur qui nous servirait d\u2019antenne.» Les pompiers d\u2019Alma ne sont pas les seuls à s\u2019intéresser aux drones.La Sûreté du Québec jongle aussi avec l\u2019idée de les utiliser.«Les gens sont \u201cfrileux\u201d parce que piloter un drone exige beaucoup de dextérité, dit M.Dallaire qui a suivi une formation de 40 heures.Mais c\u2019est un nouvel outil.Dans notre cas, on l\u2019intègre progressivement à nos opérations.» Le directeur du Service des incendies d'Alma, Bernard Dallaire, avec sa nouvelle recrue Une vieille histoire ! On voit les drones comme des objets futuristes, mais leur conception remonte à la Grande Guerre.La première «torpille aérienne» a été inventée par l\u2019ingénieur anglais Archibald Montgomery Low pour être lancée sur les zeppelins qui bombardaient le Royaume-Uni.Fait de bois et d\u2019étain, l\u2019appareil comptait sur un moteur de 25 chevaux.Il nécessitait deux contrôles radio; un pour le déplacement à la verticale, l\u2019autre pour le déplacement à l\u2019horizontale.Son premier vol, en 1917, a été très bref et s\u2019est soldé par un écrasement.L\u2019armée britannique a alors mis un terme au projet.S S I M O N C O U T U *Cette offre d\u2019abonnement se termine le 31 décembre 2014.Taxes en sus.velo.qc.ca/noel Contactez le service à la clientèle avant le 19 décembre 2014 au 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science examine les questions relatives à la science et à la technologie, et pose un regard scientifique sur les grands sujets d\u2019actualité.Sachez ! 8 numéros par année Vélo Mag parle vélo sous toutes ses formes: test de matériel, guides d\u2019achat, destinations, compétitions, entraînement et nutrition.Roulez! 6 numéros par année Géo Plein Air flaire les tendances: équipements et destinations, entraînement et nutrition, test de produits et guide d\u2019achat.Respirez! 6 numéros par année À Noël, abonnez vos proches et profitez d\u2019un tarif cadeau.ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 69% SUR LE PRIX EN KIOSQUE 1er Abonnement 25$* 2e Abonnement 15$* 3e Abonnement 15$* et 15$* pour tous les autres .OFFREZ AUTANT D\u2019ABONNEMENT QUE VOUS LE SOUHAITEZ! ominique Gauthier ne peut réprimer une grimace en reni - flant les effluves s\u2019échappant de la bouteille clairement étiquetée «Huile d\u2019olive pressée à froid» qu\u2019il vient de déboucher.Une étrange odeur de purin assaille ses narines.«C\u2019est une fraude», soupçonne immédiatement le chimiste, à l\u2019emploi depuis 28 ans du Laboratoire d\u2019expertises et d\u2019analyses alimentaires affilié au ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ).Un simple test confirmera ses soupçons.Gardée au frigo pendant quelques heures, l\u2019huile évaluée par le MAPAQ restera bien liquide.De la vraie huile d\u2019olive, elle, se serait cristallisée.Pour étoffer le dossier dans l\u2019éventualité d\u2019une poursuite judiciaire, Dominique Gauthier mettra quelques gouttes d\u2019huile dans un appareil de chromatographie en phase gazeuse, pour vérifier la concentration des différents acides gras.«Une huile d\u2019olive pure contient 77% d\u2019acide oléique, résume-t-il.On est loin du compte avec ce produit.» C\u2019est dans ce vaste laboratoire tout blanc, au complexe scientifique du Gouvernement du Québec, à Sainte-Foy, qu\u2019a - boutissent plusieurs «pièces à conviction» reliées à des histoires de fraudes alimentaires.Ici, on analyse du supposé veau haché qu\u2019on suspecte être du porc (au grand dam des consommateurs juifs et musulmans), du sirop d\u2019érable qui goûte le sirop de poteau ou des jus de fruits coupés de sirop de maïs.«C\u2019est l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments [ACIA] qui a la responsabilité de vérifier l\u2019authenticité des produits alimentaires importés au pays, lorsqu\u2019ils passent la douane, précise d\u2019emblée Louise Blanchet, coordonnatrice des activités au Laboratoire d\u2019expertises et d\u2019analyses alimentaires du MAPAQ.Mais une fois que les aliments se retrouvent dans l\u2019un des 40 000 établissements de vente au détail ou points de restauration du Québec, ça devient notre responsabilité.Les inspecteurs du MAPAQ recueillent les plaintes et, au 26 Québec Science | Décembre 2014 arrière-goût Alerte aux alime D Après le faux sac Vuitton et la fausse montre Rolex, voici que les fraudeurs nous refilent du faux thon rouge, du faux bœuf, du faux sirop d\u2019érable ou de la fausse vodka.Mais les scientifiques sont sur leurs talons.Par Dominique Forget Dominique Gauthier, chimiste au ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec.Ne lui refilez pas de l\u2019huile de canola en prétendant que c\u2019est de l\u2019huile d\u2019olive ! D O M I N I Q U E F O R G E T menteurs Décembre 2014 | Québec Science 27 besoin, nous envoient des échantillons de produits pour vérification.» Les 180 inspecteurs du MAPAQ ne suffisent cependant pas à la tâche.En effet, depuis quelques années, les «alimenteurs» semblent de plus en plus nombreux à s\u2019infiltrer jusque dans l\u2019assiette.Le «Horsegate» qui a éclaté en Europe, en 2013, lorsque de la viande de cheval a été retrouvée dans des plats surgelés censés être à base de bœuf, a éveillé la conscience des consommateurs partout sur la planète.Cette fraude gigantesque, dont les tentacules s\u2019étendaient dans toute l\u2019Europe et même jusqu\u2019en Asie, a forcé le rappel de 4,5 millions de plats cuisinés.La même année, des enquêteurs britanniques ont épinglé une bande criminelle qui avait mis sur le marché des milliers de bouteilles de vodka coupée avec du mé- thanol industriel! Les fraudes ne concernent pas que l\u2019Europe, tant s\u2019en faut.Selon des recherches menées récemment aux États-Unis, le tiers des produits de la mer seraient mal étiquetés et une bouteille d\u2019huile d\u2019olive sur trois vendues en magasin contiendrait une huile de moindre qualité; de tournesol, par exemple.«La chaîne alimentaire est devenue si complexe, elle implique tellement d\u2019intermédiaires, qu\u2019il est devenu extrêmement difficile de savoir exactement entre quelles mains nos aliments sont passés avant d\u2019arriver au marché d\u2019alimentation», se désole Sylvain Charlebois, professeur à l\u2019université de Guelph, en Ontario, et l\u2019un des experts les plus renommés au pays en matière de sécurité alimentaire.Le scandale de la viande de cheval survenu en Europe est éloquent à cet égard.La viande était achetée en Roumanie par des courtiers néerlandais qui la revendaient, en France, au Royaume-Uni ou en Belgi - que, à des entreprises de transformation, dont certaines confiaient à des sous- traitants la fabrication de plats surgelés.«De sorte que, au bout de la chaîne, les entreprises qui préparaient les plats ne savaient probablement même pas qu\u2019on leur livrait du cheval haché à la place du bœuf», résume Sylvain Charlebois.Le MAPAQ n\u2019a jamais mis au jour une fraude d\u2019une telle ampleur au Québec.«Faute de moyens, notre laboratoire se concentre depuis la fin des années 1990 sur l\u2019innocuité alimentaire, explique Louise Blanchet.Nous nous assurons que les aliments ne sont pas nocifs, qu\u2019ils ne sont pas contaminés par des pesticides ou des bactéries pathogènes, par exemple.» Si l\u2019ingestion d\u2019huile de tournesol quand on croit prendre de l\u2019huile d\u2019olive ne met pas sa santé en danger, le portemonnaie encaisse tout de même le coup, puisqu\u2019on paie plus cher pour un produit de moindre qualité.De la même façon, la viande de cheval n\u2019a rendu personne malade.«Pour ce genre de fraude, de nature économique, nos inspecteurs se contentent de répondre aux plaintes des consommateurs, poursuit Mme Blanchet.Ils ne font plus la vérification systématique des produits.» Du côté du gouvernement fédéral, les inspecteurs de l\u2019ACIA manquent aussi de ressources pour débusquer les fraudes, affirme Bob Kingston, président du Syndicat de l\u2019agriculture qui représente les employés de l\u2019ACIA au sein de l\u2019Alliance de la fonction publique du Canada.«En vertu de la loi, l\u2019Agence est censée analyser les aliments pour s\u2019assurer de la conformité des étiquettes, mais il n\u2019y a plus assez d\u2019inspecteurs pour faire ce travail», affirme le chef syndical.Le service des communications de l\u2019ACIA a décliné notre demande d\u2019entrevue, se limitant à nous référer, dans un court courriel, à des textes génériques sur la loi et les responsabilités des inspecteurs.Impossible de savoir à quelle fréquence s\u2019effectuent les contrôles, si les inspecteurs se limitent à répondre aux plaintes ou s\u2019ils font des vérifications systématiques pour dépister les fraudes.fin de faire obstacle aux tricheurs, Métro, chef de file de la distribution alimentaire au Québec, a décidé de prendre les choses en main et d\u2019embaucher sa propre équipe de détectives scientifiques.Il y a quatre ans, la société s\u2019est adjoint les services du biologiste et océanographe Michel Bélanger.Avec son collègue microbiologiste Étienne Brizard, il a pour mandat d\u2019assurer l\u2019authenticité des produits de la mer vendus dans les épiceries regroupées sous la bannière de l\u2019entreprise.Les poissons et les fruits de mer sont 28 Québec Science | Décembre 2014 arrière-goût 1.Michel Bélanger, un des rares océanographes à l\u2019emploi d\u2019une entreprise alimentaire.2.Le travail qu\u2019il mène avec son équipe : vérifier l\u2019authenticité des produits de la mer vendus dans les épiceries de ont recours à des test d\u2019ADN.4.Étienne Brizard en fait la démonstration : trois filets de poisson à chair blanche; impossible de distinguer la morue de l\u2019Atlantique, de la plie ou de l\u2019aiglefin.A 1 2 P H O T O S : M I C H E L H U N E A U L T l\u2019une des filières alimentaires les plus touchées par la fraude.En 2013, une enquête réalisée à l\u2019échelle du Québec par le Journal de Montréal, en collaboration avec le professeur Louis Bernatchez du département de biologie de l\u2019Université Laval, a révélé que, dans la moitié des cas, les poissons vendus dans les marchés d\u2019alimentation ou les restaurants de sushis n\u2019étaient pas de l\u2019espèce indiquée sur l\u2019étiquette.Plutôt que du thon rouge, par exemple, on refilait aux consommateurs du thon à nageoires jaunes qui vaut beaucoup moins cher.«Même pour nous, c\u2019est parfois difficile de différencier deux espèces de poisson, alors imaginez pour les consommateurs!» fait remarquer Michel Bélanger, en traversant l\u2019immense entrepôt réfrigéré dans lequel convergent tous les poissons et fruits de mer achetés par Métro, avant d\u2019être acheminés vers les marchés d\u2019alimentation aux quatre coins du Québec.Plus de 80 espèces aquatiques transitent par ici \u2013 depuis les crevettes d\u2019Asie du Sud-Est jusqu\u2019au ti- lapia pêché dans les eaux de la Colombie, en passant par les homards du Québec.«Dans certains cas, pour les huîtres notamment, on s\u2019approvisionne directement auprès du producteur, expli que le biologiste.Mais pour d\u2019autres produits, il peut y avoir plusieurs inter mé diaires entre les pêcheurs et nous.» Quand les poissons arrivent entiers, Michel Bélanger et Étienne Brizard peuvent assez aisément identifier les espèces.Mais lorsqu\u2019ils ont été découpés en filets, les biologistes en perdent parfois leur latin.Dans un petit laboratoire annexé à l\u2019entrepôt, Étienne Brizard montre trois filets de poisson à chair blanche : morue de l\u2019Atlantique, aiglefin et plie.Impossible à l\u2019œil de distinguer une espèce de l\u2019autre! De la même façon, un filet de truite steel- head ressemble à s\u2019y méprendre à un filet de saumon.Pour s\u2019assurer que leurs distributeurs ne les bernent pas et que le poisson correspond bel et bien à l\u2019éti - quette sur l\u2019emballage, les deux scientifiques ont recours à des tests d\u2019ADN, comme des policiers tentant d\u2019identifier un criminel.Étienne Brizard saisit une pince, dont il a pris soin d\u2019aseptiser les extrémités, retire quelques fragments de la chair des filets et les dépose au fond d\u2019un tube rempli d\u2019alcool.Les échantillons seront envoyés à l\u2019Université Laval, au laboratoire de Louis Bernatchez, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques.Au fil des années, le chercheur a constitué un catalogue recensant le profil génétique de 750 espèces de poissons et fruits de mer.«Quand on reçoit un échantillon, on séquence l\u2019ADN qui se cache dans les mitochondries des cellules, puis on compare le résultat avec les données du catalogue.» Le professeur Bernatchez a collaboré avec l\u2019équipe de Paul Hébert, de l\u2019université de Guelph, pour développer la technique et bâtir son catalogue.À terme, les scientifiques croient que l\u2019ADN de toutes les espèces vivantes pourrait se retrouver dans un catalogue numérique.« Il n\u2019est pas complètement farfelu de penser que, un jour, des scanneurs bon marché pourront être mis à la disposition des consommateurs, avance-t-il.Ces derniers pourront soumettre à l\u2019appareil un échantillon d\u2019aliment pour savoir rapidement s\u2019il s\u2019agit réellement d\u2019agneau ou de thon.» Contrairement aux échantillons collectés par les journalistes du Journal de Montréal, ceux analysés pour le compte du distributeur Métro révèlent rarement des fraudes, assure Michel Bélanger.«Nos four nisseurs savent que nous suivons nos affaires de près.Il est fort possible qu\u2019ils se soient passé le mot.» e dépistage de l\u2019ADN ne peut toutefois pas détecter toutes les fraudes.Il fonctionne à merveille lorsqu\u2019on a affaire à un poisson ou à une pièce de viande, mais lorsqu\u2019on se retrouve devant un plat cuisiné à partir de plusieurs ingrédients, les choses sont autrement plus compliquées.Pour s\u2019attaquer à ce problème, le chimiste Nicholas Low, professeur à l\u2019université de la Saskatchewan, a mis au point des traceurs que l\u2019on pourrait dissoudre dans les jus de fruits, ajouter aux yogourts ou incorporer aux soupes.« Il s\u2019agit de molécules de la famille des oligosaccharides, qui sont sans saveur et parfaitement inoffensives pour la santé», assure le professeur.En attente d\u2019un brevet pour son invention, il se Décembre 2014 | Québec Science 29 l\u2019entreprise Métro.3.Truite ou saumon ?Lorsque découpé, il est parfois difficile, même pour un spécialiste, de reconnaître les espèces de poisson mises sur le marché.Pour être certains, les biologistes L 3 4 fait avare de détails.Il se contente de dire que, en jouant avec les assemblages des atomes, il arrive à créer une grande variété de ces molécules.«Elles agissent un peu comme un code barre, explique- t-il.Un scanneur très simple pourrait les détecter dans les aliments.» Un producteur d\u2019oranges, qui vend du concentré à un fabricant de jus, pourrait ajouter le traceur en concentration bien précise à son produit.«Si, à destination, la concentration du traceur est moins élevée que prévu, l\u2019acheteur saura que le produit a été coupé», explique le professeur Low qui a travaillé pour de nombreuses multinationales de l\u2019alimentation et qui a témoigné comme expert lors de plusieurs procès pour fraude, aux États-Unis notamment.Il signale que les arnaques sont courantes dans la filière des jus de fruits.« Ça risque d\u2019être particulièrement vrai au cours des prochains mois, prédit-il.Les producteurs de fruits ont connu un été difficile et la tentation sera grande d\u2019allonger leurs concentrés avec du sirop de maïs!» Même s\u2019il obtient son brevet, il y a fort à parier que Nicholas Low ne commercialisera pas ses traceurs de sitôt.Car les consommateurs risquent d\u2019être peu enthousiastes à l\u2019idée que des molécules étrangères soient ajoutées à leur nourriture, même si elles sont sans effet sur la santé.Ils risquent aussi de refuser de payer plus cher pour les produits qui incorporeraient cette technologie.« Les Canadiens exigent des aliments bon marché et n\u2019y consacrent que 9,2% de leur budget, contre près de 15% en Europe», signale Sylvain Charlebois.Dans le cadre de ses recherches, le professeur a analysé les systèmes de traçabilité des aliments dans 21 pays de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).Loin de se classer en tête, le Canada n\u2019a obtenu qu\u2019une note moyenne.Les pays les mieux cotés se trouvaient tous en Europe.« Ils font du meilleur boulot que nous sur le plan de la règlementation du suivi de leurs aliments.Ils veulent savoir par quelles mains ils vont passer.Évidemment, au bout du compte, ça coûte plus cher au consommateur.Malgré cela, ils se sont retrouvés avec le scandale de la viande de cheval sur les bras\u2026 Ce serait faire l\u2019autruche que de penser que ça ne peut pas arriver au Canada.» ?QS 30 Québec Science | Décembre 2014 arrière-goût 8MENSONGES QU\u2019ON Une cuite au méthanol?Un hamburger au zébu?Les «alimenteurs» ne manquent pas d\u2019imagination.C\u2019est qui le poisson ?Une enquête publiée par le Journal de Montréal en octobre 2013, réalisée en collaboration avec l\u2019Université Laval, a démontré que la moitié des poissons vendus au Québec étaient mal étiquetés.L\u2019équipe a prélevé 167 échantillons dans des restaurants \u2013 de sushis, surtout \u2013 et des poissonneries; 79 ne correspondaient pas à ce qui était proposé.Dans la plupart des cas, les clients se faisaient refiler un poisson de moins bonne qualité que celui pour lequel ils avaient payé.Épices exotiques Soies de maïs, pelures d\u2019oignon colorées, fibres de betterave, etc.Ce sont seulement quelques-uns des succédanés que les fraudeurs font passer pour du safran, révèle une base de données sur la fraude alimentaire, constituée par l\u2019organisation US Pharmacopeial Convention (USP).I S T O C K / F É Décembre 2014 | Québec Science 31 Meuh non ! Vous aimez votre bœuf saignant, bien cuit ou.bossu?Certains restaurants nord-américains proposent du «bœuf première qualité» à leurs clients, mais servent en réalité du zébu, affirme Paul Hébert, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité moléculaire à l\u2019université de Guelph, qui collabore régulièrement avec l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments.Le zébu, élevé au Brésil ou en Amérique centrale, appartient à la même famille que le bœuf Angus, mais sa viande est beaucoup moins tendre.Les nouveaux apiculteurs Mélangez 50 g de fructose et 45 g de glucose.Ajoutez une pincée de chlorure de potassium, un filet d\u2019acide glycolique et un soupçon d\u2019enzymes.Délayez avec de l\u2019eau, puis faites chauffer.Le mélange sucré obtenu ressemble à s\u2019y méprendre à du miel, mais n\u2019en a ni les saveurs ni les vertus thérapeutiques.Chimiquement, le produit est identique au trésor doré des abeilles; les fraudes sont donc difficiles à démasquer.D\u2019après des analyses réalisées à l\u2019université Texas A&M en 2011, 76% des miels vendus commercialement dans les supermarchés aux États-Unis ne contiennent pas de pollen et pourraient être adultérés.Méchant lendemain de veille Plus de 165 000 bouteilles de vodka diluée avec du méthanol industriel avaient déjà été écoulées sur le marché lorsque, en 2011, des enquêteurs britanniques ont surgi dans une usine illégale d\u2019embouteillage du comté de Leicestershire, au Royaume-Uni.La bande de faussaires avait en main des étiquettes de la marque Glen\u2019s Vodka et de faux timbres d\u2019import-export.À haute dose, le méthanol peut provoquer la cécité, même la mort.Les réseaux de fabrication et de distribution d\u2019alcool frelaté n\u2019ont jamais été aussi bien organisés qu\u2019aujourd\u2019hui, selon les autorités britanniques.Un empire pour un cheval Début 2013, en France, des tests d\u2019ADN révèlent que des plats surgelés \u2013 lasagnes, moussaka ou hachis parmentier \u2013 à base de bœuf contiennent plutôt de la viande de cheval.La découverte met ainsi au jour une fraude alimentaire tentaculaire qui touche la plupart des pays européens.L\u2019entreprise française de transformation de viande Spanghero est mise en cause.Elle aurait changé l\u2019étiquetage de viande de cheval roumaine pour «Viande bœuf origine UE».Des dizaines de milliers de tonnes de plats surgelés sont rappelés.La gigantesque fraude ne met pas en danger la santé des consommateurs, mais dévoile la complexité de la chaîne de production des aliments commerciaux.N NOUS FAIT AVALER Vierge offensée C\u2019est une fraude «classique», disent les experts.Des huiles d\u2019olive produites en Espagne, au Maroc ou en Tunisie sont exportées en Italie où elles sont allongées d\u2019huiles bon marché, comme de l\u2019huile de canola, de soya ou de tournesol.Au besoin, on ajoute quelques produits pour réajuster le goût et la couleur.Ces huiles trafiquées sont ensuite vendues avec les mentions «Fabriquée en Italie» et «Huile d\u2019olive extra vierge».Au Canada, en 2009, les entreprises Jan K.Overweel (distributeur des huiles d\u2019olive Casa Italia, Emma et Cortina) et Santa Maria Foods (distributeur de la marque Mastro) ont écopé respectivement d\u2019amendes de 40 000$ et de 150 000$ pour avoir vendu des «huiles d\u2019olive» contenant jusqu\u2019à 50% d\u2019huile de tournesol.Malgré les soupçons, les contrôles restent rares. 32 Québec Science | Décembre 2014 on n\u2019est pas parfait Quand on veut, F R E F O N u nouvel an 2014, Éva La- rouche-Lebel, 28 ans, s\u2019est inscrite au demi-marathon de New York.«Mon chum et moi, on s\u2019est dit que ça nous motiverait à courir.» La bonne idée! Au moment où nous avons réalisé l\u2019entrevue, elle s\u2019apprêtait justement à partir pour la «Grosse Pom - me».Mais ses souliers de course allaient rester à la maison.«Je ne suis vraiment pas prête.» Car il se trouve qu\u2019Éva La- rouche-Lebel n\u2019a pas couru autant qu\u2019elle l\u2019espérait en 2014.Essoufflée entre ses obligations professionnelles et sociales, la Montréalaise avoue avoir souvent préféré relaxer sur son sofa plutôt que d\u2019user ses beaux souliers rose fluo.«J\u2019ai vraiment de la misère avec les résolutions et la discipline.Je suis même étonnée d\u2019être parvenue où j\u2019en suis aujourd\u2019hui!» admet cette brillante vétérinaire qui a réussi à obtenir un internat dans l\u2019un des plus grands hôpitaux du genre au pays, le Veterinary Emergency Clinic and Referral Center, à Toronto, et qui travaille aujourd\u2019hui aux urgences d\u2019un centre de Laval.Son histoire vous rappelle votre dernière résolution?Pas étonnant.Selon une étude menée en 2007 auprès de 3 000 volontaires à l\u2019université du Hertfordshire, au Royaume-Uni, seulement 12% des gens respectent leur engagement formulé au nouvel an.Les autres pourraient sans doute dire, comme l\u2019écrivain Oscar Wilde : «Je peux résister à tout, sauf à la tentation.» Le faible taux de succès est-il une raison de renoncer aux résolutions?«Si les gens pouvaient suivre un cours sur la motivation afin d\u2019en comprendre les principes et les théories, ils feraient des choix plus éclairés au sujet des changements de comportement qu\u2019ils décident d\u2019entreprendre», estime Luc Pelletier, professeur de psychologie à l\u2019Université d\u2019Ottawa (qui s\u2019entraîne pour sa part tous les jours, soit dit en passant).S\u2019intéresser aux mécanismes de la motivation serait donc la première étape à franchir sur le chemin de la réussite.On passerait chaque jour pas moins de trois à quatre heures \u2013 plus du cinquième de notre période d\u2019éveil \u2013 à résister aux tentations.Il n\u2019y a toutefois pas de consensus quant à ce qui explique que nous y cédions tout à coup.Selon l\u2019une des figures marquantes de la recherche sur la volonté, Roy F.Baumeister, professeur de psychologie à l\u2019université d\u2019État de Floride et coauteur du livre à succès Willpower: Rediscovering the Greatest Human Stren - gth (Penguin Books, 2011), notre capacité à nous restreindre est une ressource limitée.Un peu comme le réservoir d\u2019essence d\u2019une voiture qui se vide au fil des kilomètres, nous épuiserions nos réserves d\u2019autocon- trôle à force de réprimer nos impulsions et nos comportements.Une centaine d\u2019expériences en labo - ratoire dans le monde ont démontré depuis une quinzaine d\u2019années que les performances sont généralement moins bonnes à la deuxième épreuve quand un individu doit affronter deux tâches consécutives demandant de l\u2019autocontrôle (par exemple, persister à compléter un casse-tête après avoir résisté à la tentation de manger des biscuits fraîchement sortis du four).La fatigue mentale occasionnée, que Roy F.Baumeister a baptisée ego depletion, ou épuisement de l\u2019ego, aurait raison de nos meilleures intentions.C\u2019est ce qui expliquerait pourquoi, après une grosse journée au boulot, nous laissons volontiers tomber les résolutions, et qu\u2019une soirée sur le canapé nous semble si méritée! Le professeur Baumeister estime tout de même que cette ressource limitée peut être renforcée comme un muscle, à force de pratique.Michael Inzlicht, professeur de psychologie à l\u2019université de Toronto, met toutefois cette théorie en doute, dans un article publié en 2014 par la revue Trends in Cognitive Science, «Why Self-Control Seems (but May Not Be) Limited».«Puisque nous sommes un produit de l\u2019évolution, il est possible que nous soyons en effet avares de notre énergie, parce que nous nous souvenons combien trouver de la nourriture Décembre 2014 | Québec Science 33 Mincir, étudier, recycler, épargner; cesser de fumer, de boire, de stresser, etc.Voilà d\u2019excellentes résolutions pour la nouvelle année.Mais comment les tenir?Par Mélissa Guillemette t, on peut\u2026?A a été difficile dans le passé», convient-il.Mais prétendre que la volonté est une ressource limitée est carrément dangereux, selon lui.«Ironiquement, des expériences ont démontré que plus les gens croient que leur volonté est une ressource limitée, plus ils risquent d\u2019abandonner leurs objectifs!» ajoute le chercheur qui approuve la maxime «quand on veut, on peut».ous n\u2019avons peut- être pas l\u2019impres sion de pouvoir faire de l\u2019exer cice ou de demeurer patient avec nos enfants après une longue journée stressante au travail.Mais si nous sommes suffisamment motivés, ajoute-t-il, nous pouvons surmonter cette impression initiale.» Car l\u2019être humain cherche un équilibre entre le devoir et le plaisir.La clé pour maintenir une résolution \u2013 le devoir \u2013 serait donc de l\u2019envisager sous l\u2019angle du plaisir.Plusieurs études récentes vont dans le même sens, dont l\u2019une comprenant une expérience menée auprès de 46 adultes aux États-Unis.Tous les participants devaient accomplir un parcours d\u2019un peu plus de 1 km sur le campus d\u2019une université située dans le nord-est du pays.À une moitié d\u2019entre eux, on a dit que cette marche était une activité physique et qu\u2019ils devaient noter à six moments, sur le circuit, leur niveau d\u2019énergie.Aux autres, on a plutôt parlé d\u2019une activité de découverte et demandé de noter, aux mêmes endroits, les éléments visuels intéressants.À la fin, les participants, en guise de récompense, pouvaient se servir à volonté de friandises chocolatées.Les marcheurs en mode «exercice» en ont pris deux fois plus que ceux en mode «touriste»! Comment résister à la tentation après avoir travaillé si fort?Souvent, l\u2019objectif final d\u2019une résolution (maigrir ou économiser pour l\u2019achat d\u2019une maison, par exemple) est source de motivation.«Les moyens et les comportements pour y arriver, souligne Luc Pelletier, doivent eux aussi être motivants.Il s\u2019agit donc d\u2019y réfléchir et de bien les choisir.C\u2019est là que les gens échouent.» Voilà pourquoi remplacer des repas par des boissons protéinées devient rapidement ennuyant.34 Québec Science | Décembre 2014 on n\u2019est pas parfait \u201cL\u2019être humain cherche un équilibre entre le devoir et le plaisir.La clé pour maintenir une résolution \u2013 le devoir \u2013 serait donc de l\u2019envisager sous l\u2019angle du plaisir.\u201d Petit guide de la résolution Choisir une résolution qui correspond à ses valeurs et qu\u2019on a vraiment envie d\u2019accomplir pour soi-même.La formuler de façon qu\u2019elle soit concrète.Plutôt que «je veux réduire ma consommation de nicotine», opter pour «je vais fumer moins de quatre cigarettes par jour».C\u2019est plus facile ainsi de s\u2019évaluer au quotidien.Se limiter à une ou deux résolutions.Trouver du plaisir dans les moyens choisis pour atteindre l\u2019objectif.Trouver l\u2019information et l\u2019encadrement pertinents afin d\u2019être convaincu que les moyens choisis seront efficaces.Prendre des résolutions qui auront du sens à long terme, dans six mois, dans un an\u2026 Ce sont les plus sûres.Planifier l\u2019exécution de la résolution de sorte qu\u2019elle fasse naturellement partie de ses activités.Être indulgent envers soi-même si on triche.1 2 3 4 5 6 7 8 «N La décision à 277$ En 2011 et 2012, le professeur Jean-Denis Garon et son équipe de l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM ont suivi le parcours de près de 1 000 personnes abonnées à un réseau de centres de conditionnement physique dans la région de Montréal.Ils ont constaté que plus de 4 sur 10 auraient mieux fait de payer à la visite plutôt que d\u2019opter pour un abonnement.Cette erreur leur a coûté en moyenne 277$! C\u2019est que, à la signature du contrat, les répondants prévoyaient en moyenne passer au gym 3 fois par semaine, mais ils l\u2019ont plutôt fait 1,3 fois.Et ceux qui affirmaient avoir des problèmes de discipline au moment de la signature du contrat avaient fréquenté le centre 20% moins souvent que les autres.Ils avaient pourtant prévu y aller aussi souvent que les plus disciplinés! I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N Les 10 résolutions les plus populaires en 2014 (aux États-Unis!) Économiser davantage 12% Être une meilleure personne 12% Faire plus d\u2019exercice 12% Perdre du poids 11% Être plus en santé 8% Manger sainement 8% Cesser de fumer 8% Retourner à l\u2019école 6% Trouver un meilleur emploi 5% Passer plus de temps en famille 2% Source: Institut de sondage Marist Poll Décembre 2014 | Québec Science 35 achez que les motivations intrinsèques sont plus efficaces que les motivations extrinsèques.Choisir soi- même d\u2019opérer un changement de comportement qui correspond à ses valeurs est donc plus facile.«Au con - traire, quand la motivation vient de pressions externes, comme bien paraître ou plaire à l\u2019entourage, explique le professeur, elle mène souvent à l\u2019abandon.» Et puis - qu\u2019il n\u2019est pas toujours possible d\u2019aimer ce qu\u2019il faut faire pour respecter un objectif, il est bon de se répéter régulièrement les raisons pour lesquelles on l\u2019a choisi.La personnalité et le profil psychologi - que de chaque personne ont aussi de l\u2019importance, renchérit Catherine Bégin, professeure de psychologie à l\u2019Université Laval.Dans son laboratoire, elle suit des femmes qui désirent maigrir.«Celles qui affirment avoir une plus grande sensibilité émotionnelle, qui vivent plus de tristesse, de colère ou d\u2019anxiété que la moyenne, ont plus de mal à perdre du poids, précise la professeure.Elles ont d\u2019ailleurs une motivation plutôt extrinsèque : elles veulent maigrir parce qu\u2019elles se sentent coupables ou honteuses dans une société qui valorise la minceur.» Celles qui ont une bonne estime de soi, au contraire, obtiennent plus de succès.Chose certaine, pour tenir le coup, les adeptes de résolutions du nouvel an doivent éviter de se juger trop durement, ont souligné les trois psychologues en entrevue.«La capacité à se restreindre, c\u2019est souvent vu comme tout ou rien : on réussit ou on échoue, remarque Catherine Bégin.Pourtant, quand on veut changer un comportement, il ne faut pas imaginer un processus linéaire : il y aura des hauts et des bas.C\u2019est possible que, un soir, après un verre de vin ou deux, je ne respecte pas mon régime parce que je suis désinhibée.Ce n\u2019est pourtant pas une raison d\u2019abandonner.Un écart est une occasion de mieux se comprendre.» Et de voir venir le coup lors du prochain apéro.Les résolutions écologiques sont quant à elles plus difficiles à tenir, parce que le résultat est moins tangible.«Si vous adoptez un comportement comme bien vous nourrir et que vous observez une amélioration de votre état de santé, ça vous touche personnellement, expose Luc Pelletier.Vous avez une connexion directe entre la planification de l\u2019action, son exécution et ses conséquences.À l\u2019opposé, ce n\u2019est pas parce que vous éteignez les lumières à la maison pour économiser de l\u2019énergie que la planète va immédiatement cesser de se réchauffer.Devant un problème vaste, il faut donc être vraiment convaincu de l\u2019importance de son apport personnel.Si on réussit à changer un tel type de comportement, on peut changer à peu près n\u2019importe quoi.» Tout compte fait, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019Éva Larouche-Lebel, bien que coureuse indisciplinée, ait trouvé la motivation pour exceller à l\u2019université.Elle était absolument passionnée par son domaine; et les études représentaient à ses yeux une valeur primordiale.Mais la santé aussi ! Alors, qu\u2019est-ce qui explique l\u2019échec de sa résolution de 2014?«Elle aurait peut-être gagné à choisir une activité physique plus encadrée que la course à pied, suggère Luc Pelletier.L\u2019encadrement, c\u2019est peut-être ce qui l\u2019a aidée à l\u2019université.» Alors, des cours de cardio militaire pour 2015, peut-être?QS S \u201cQuand la motivation vient de pressions externes, comme bien paraître ou plaire à l\u2019entourage, elle mène souvent à l\u2019abandon de la résolution.\u201d La douleur et la névrose 3e PARTIE DE 4 1418 la grande guerre La Grande Guerre est un banc d\u2019essai pour de nouvelles armes terrifiantes: lance-flammes, armes chimiques et chars d\u2019assaut.Les obus pleuvent et les mitraillettes déciment les bataillons.Le nombre de morts, de disparus et de blessés gonfle de jour en jour sur tous les fronts.La Patrie, 1916, tableau du peintre de guerre C.R.W.Nevinson C H R I S T O P H E R R I C H A R D W Y N N E N E V I N S O N ( 1 8 8 9 - 1 9 4 6 ) / B I R M I N G H A M M U S E U M S A N D A R T G A L L E R Y / B R I D G E M A N I M A G E S n sale boulot», laisse tomber Bill Rawling, historien au ministère de la Défense nationale.Bien sûr, il n\u2019était pas là, dans les tranchées de la guerre 14- 18.Mais il imagine bien.«Quand on parle de la Grande Guerre, on pense surtout aux batailles.On oublie souvent qu\u2019il a fallu soigner des milliers et des milliers de soldats».et accomplir dans l\u2019urgence, avec les moyens du bord, de nombreux exploits médicaux et chirurgicaux.Jamais médecins, chirurgiens, infirmières et brancardiers n\u2019auront été autant sollicités sur un champ de bataille.«Près de 80% des blessures, pendant cette guerre, sont causées par les canons et les mortiers», rappelle le chercheur.Comment porter secours aux victimes de cette apocalypse?Par la mise sur pied d\u2019un système hospitalier jamais vu! À lui seul, par exemple, le Canada dépêche la moitié de tous ses médecins.La moitié! «Ils ne savent pas trop à quoi s\u2019attendre, il y aura donc beaucoup d\u2019apprentissage sur le tas», raconte David Boulanger, professeur à l\u2019Institut de la profession des armes adjudant-chef Osside, rattaché au Collège militaire royal de Saint-Jean.«De plus, l\u2019usage des nouvelles armes a changé la nature des blessures à traiter», souligne-t-il.Des dizaines e ON LES A APPELÉS NÉVROSÉS DE L\u2019OBUS, GUEULES CASSÉES, AMPUTÉS DE GUERRE.DANS LEUR ÂME ET LEUR CHAIR, DES CENTAINES DE MILLIERS DE MILITAIRES SERONT MARQUÉS À JAMAIS PAR LE FEU DE LA GRANDE GUERRE.Par Raymond Lemieux «U d\u2019hôpitaux sont établis en dehors des zones de combat.Ils disposeront de près de un demi- million de lits qui recevront \u2013 sur le front ouest seulement \u2013 2,7 millions d\u2019éclopés.Oui, ça a été un sale boulot pour les médecins.Il faut préciser que la trousse médicale n\u2019a alors à peu près pas évolué depuis les dernières guerres du XIXe siècle en Europe et en Amérique.Une visite au musée du Service de santé des armées de Val-de-Grâce, à Paris, en donne une bonne idée.Le nécessaire du chirurgien de l\u2019époque comprend de multiples types de ciseaux, un vilebrequin de Heine (qui permet de préserver les parties molles lors des résections osseuses), un rétracteur à amputation, diverses scies et tutti quanti.«La chirurgie est alors considérée comme inférieure à la médecine, poursuit David Boulanger.Cependant, dans les circonstances, les praticiens seront vite obligés de commencer à apprendre des techniques réservées jusque-là aux chirurgiens.» On devine qu\u2019ils en auront plein les bras.Heureusement, les progrès thérapeutiques du tournant du siècle les aideront à pratiquer des interventions de manière moins primitive.ans un article paru dans le magazine Science et vie de janvier 1915, le docteur Eugène Rochard, chi - rurgien de l\u2019hôpital Saint-Louis, à Paris, donne une idée du travail au front: «Quand un membre est atteint par un gros fragment, il peut être arraché; nous en avons constaté des cas.Les éclats moyens pénètrent dans les tissus et font des ravages considérables.Le plus fréquemment, l\u2019éclat d\u2019obus reste dans la plaie.Ce qui complique encore ces blessures, ce qui en augmente la gravité, ce sont 38 Québec Science | Décembre 2014 14-18 la douleur et la névrose Beaucoup de blessures affectaient le visage, lors de la Grande Guerre.Cela a permis l\u2019essor d\u2019une médecine et d\u2019une chirurgie nouvelles.D Trousse de campagne.Elle servait aux chirurgies ordinaires sur le terrain.Les instruments permettaient d'extraire des balles et des fragments d'obus et de suturer les plaies.La trousse en toile pouvait s\u2019enrouler, ce qui la rendait facile à transporter.© M U S É E C A N A D I E N D E L A G U E R R E les débris de vêtements que l\u2019éclat entraîne avec lui, de telle sorte qu\u2019on voit sortir par ces plaies non seulement une sanie brunâtre, mais encore des parcelles noires plus ou moins épaisses.» Le docteur Rochard observe aussi un changement dans le genre de blessures causées par les balles de fusil : «Les plaies laissées par les balles dites humanitaires sont régulières et elles peuvent être peu meurtrières.Grâce à leur énorme vitesse, ces projectiles traversent de part en part un membre en faisant ce qu\u2019on appelle une plaie de séton, c\u2019est-à-dire un petit tunnel avec un orifice d\u2019entrée et un orifice de sortie.Ces plaies en séton guérissent rapidement et sont particulièrement bénignes.Nous avons même constaté, et c\u2019est un fait reconnu de tous, que les balles peuvent traverser le poumon sans occasionner d\u2019accidents graves quand un gros vaisseau de cet organe n\u2019a pas été atteint.» Sauf que toutes les munitions ne sont pas «humanitaires».Des esprits malins décident en effet d\u2019ôter l\u2019extrémité des cartouches des balles, laissant à découvert la pointe de plomb.Au moment du coup de feu, le plomb, malléable, se transforme en une masse irrégulière à bords plus ou moins tranchants.Ces balles, surnommées «dum-dum», font alors beaucoup de dégâts.Soigner?Fort bien.Mais il faut faire vite.La menace principale est celle depuis toujours redoutée à la guerre : la gangrène.La mise au point (en 1916) par le chimiste britannique Henry Dankin et le chirurgien français Alexis Carrel d\u2019un antiseptique à base d\u2019hypochlorite de sodium à 0,5% de chlore actif, signera la première victoire médicale en faveur des blessés du champ de bataille.L\u2019eau (on dit aussi la liqueur) de Dankin s\u2019avère en effet un succès dans la désinfection des plaies.C\u2019est son odeur caractéristique qui flotte encore aujourd\u2019hui dans les couloirs de nos hôpitaux.Un article paru en 1914 dans le Canadian Medical Association Journal explique que la bactérie responsable de la gangrène se multiplie en l\u2019absence d\u2019oxygène, relate l\u2019historien Bill Décembre 2014 | Québec Science 39 Une réforme dans l\u2019urgence Dès le début du XIXe siècle, le médecin français Pierre-François Percy avait développé ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la «médecine de première ligne», en misant sur l\u2019évacuation des blessés et l\u2019administration des premiers soins.«Mais, encore en 14-18, un soldat ne devait pas être blessé trop tôt dans la journée si l\u2019attaque alliée tournait à l\u2019échec, puisqu\u2019il ne pouvait être sauvé par le brancardier \u2013 et évacué \u2013 qu\u2019à la nuit tombée», raconte l\u2019historien Bill Rawling.Un poste de secours est d\u2019abord installé près de la ligne de front.C\u2019est là que le blessé reçoit les premiers soins après avoir été secouru ou ramassé.Là aussi où l\u2019on procède au triage.Il y a les «intransportables», qui seront traités dans les ambulances; les «inévacuables», gardés dans les hôpitaux à proximité des zones de combat; les «évacuables», que l\u2019on estime pouvoir guérir en quatre à cinq semaines; enfin les «évacuables de l\u2019intérieur» qu\u2019il faut mettre à l\u2019abri en dehors des zones de combat.Un poste de traitement est aménagé entre 5 km et 10 km du front.C\u2019est l\u2019endroit le plus rapproché des combats pour le personnel infirmier.Grâce à la découverte des groupes sanguins, quelques années plus tôt, on peut réaliser les premières transfusions.«C\u2019était rudimentaire.On connectait un gars à un autre», raconte David Boulanger, professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean.Puis, en 1917, on rend l\u2019intervention plus facile lorsque les troupes états-uniennes popularisent un procédé de glucose dans le sang mis au point par le capitaine Oswald Robertson.Cette technique permet de conserver le précieux liquide pendant près de un mois.Les premières banques de sang voyaient le jour! Le poste de traitement peut normalement recevoir autour de 200 blessés et dispose d\u2019appareils de radiographie.Les rayons X viennent en effet d\u2019être découverts.Ils permettent de localiser les morceaux de balle ou d\u2019obus dans le corps du blessé avant qu\u2019il soit évacué vers l\u2019un des hôpitaux établis à la limite de la zone des armées et de celle de l\u2019intérieur \u2013 c\u2019est-à-dire entre 50 km et 150 km des zones de combat où sont installés les blocs chirurgicaux.Les évacuables de l\u2019intérieur seront transportés vers des hôpitaux, parfois spécialisés \u2013 rhumatismes, maladies vénériennes, troubles psychiques \u2013, où ils pourront suivre des traitements à long terme.Dans ce contexte, une dizaine d\u2019hôpitaux canadiens sont créés au Royaume-Uni.En France, à Joinville-le-Pons et à Troyes, deux hôpitaux comptent un personnel soignant canadien-français.Les deux établissements disposent de plus de 2 000 lits \u2013 quatre fois plus que notre CHUM! L\u2019hôpital de Joinville-le-Pons est soutenu et financé par un certain docteur Arthur Mignault qui a fait fortune en vendant aux femmes ses célèbres «pilules rouges» contre l\u2019anémie.M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T 40 Québec Science | Décembre 2014 Rawling.«On adopte donc, dans les techniques de soins, des pansements permettant à la blessure de respirer, ce qui évite la formation de la gangrène.Il faut dire que l\u2019on vient tout juste de comprendre le rôle des microbes, grâce aux travaux de Louis Pasteur et de Robert Kock, et que l\u2019on intègre rapidement leur théorie à la pratique.» Dans cette foulée, on procède aussi aux premières vaccinations contre la typhoïde.Et parce que la guerre est statique sur le front ouest, on fait transporter l\u2019eau potable pour assurer le ravitaillement des troupes; aussi, on creuse des conduits d\u2019évacuation et des égouts.L\u2019effort sanitaire est sans précédent.«Il faut se rappeler que, jadis, les principales pertes dans les guerres étaient causées davantage par la maladie que par les balles ou les bombes», fait remarquer Bill Rawling.À preuve, dans le camp canadien, on a soigné 65 000 cas d\u2019influenza; 18 000 cas de syphilis; 45 000 cas de gonorrhée; 20 000 cas d\u2019amygdalite et de maux de gorge; 15 000 cas de myalgie; et 18 000 cas de fièvre des tranchées, une curieuse maladie transmise par les poux.La pratique de la médecine ne va tout de même pas de soi pour les responsables militaires.Ils ont alors la hantise des simulateurs, ces soldats qui feignent la maladie pour éviter d\u2019aller au front.Une blessure, ça ne se conteste pas; une douleur, oui.«S\u2019occuper des malades n\u2019est pas aussi facile que soigner les blessés, note le chirurgien R.J.Mannion dans ses souvenirs de guerre, publiés en 1918.[\u2026] Le soldat est-il vraiment malade ou a-t-il simplement décidé de joindre les rangs des Independant Workers of the World?» (Une organisation syndicale qui cherchait à réformer le capitalisme en organisant une grève générale.) René Gareau, enrôlé dans le 22e bataillon (ca- nadien-français) \u2013 le futur Royal 22e régiment \u2013 a fait les frais de ce scepticisme.Blessé à la suite d\u2019un raid ennemi, en janvier 1916, le soldat ne peut plus marcher et se plaint de maux de dos.On diagnostique une sclérose de la colonne vertébrale, mais on ne repère aucune lésion.Son médecin lui prescrit du repos et une diète à base de produits laitiers.Son cas \u2013 un parmi tant d\u2019autres \u2013 n\u2019est toutefois pas clair aux yeux de tous les soignants.Quelque temps après, on le dit plutôt atteint de myalgie.René Gareau est transféré dans un hôpital du Royaume-Uni.Il n\u2019a pas le moral et pleure à tout bout de champ.Après plusieurs mois de convalescence, un médecin note : «L\u2019homme est un simulateur.» Le soldat est forcé de retourner au front.âcheté?Faiblesse?Comment lire dans la tête d\u2019un homme à une époque où la psychiatrie balbutie et où n\u2019existent encore ni imagerie médicale, ni antidépresseurs, ni Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), ce guide qui oriente aujourd\u2019hui nombre de psychologues et psychiatres?«Les conditions de vie dans les tranchées créent un terreau fertile au développement des névroses et des psychoses diverses», écrit l\u2019historienne Geneviève Allard dans un rare ouvrage (publié à titre posthume) sur le sujet.Sur le front, des soldats sans lésions apparentes tremblent, vomissent, s\u2019agitent dans tous les sens ou tombent en léthargie.«La théorie voulant que les explosifs soient responsables de L\u2019EFFORT MÉDICAL Au cours de la Grande Guerre, le Corps de santé royal canadien (CSRC) a mobilisé 21 453 hommes et femmes, qui ont soigné près de 540 000 personnes.Selon l\u2019historien Bill Rawling, ils servirent non seulement en France et au Royaume-Uni, mais aussi en Égypte; et en Turquie, lors de la bataille des Dardanelles.Près de 1 325 d\u2019entre eux vont perdre la vie en service.L L\u2019infirmière Blanche Lavallée sur un quai du port de Montréal au moment de partir pour l\u2019hôpital de guerre stationnaire de Saint- Cloud, en 1915.Cet hôpital était fait de baraques et de tentes installées sur un hippodrome.M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T dommages imperceptibles du système nerveux, écrit-elle, offre alors une explication plausible aux médecins qui voient coïncider l\u2019utilisation d\u2019armes plus puissantes, plus bruyantes et plus destructrices avec l\u2019augmentation du nombre de militaires souffrant de troubles nerveux.Ce concept, appelé effet de vent, présupposait que la violence des explosifs provoquait des spasmes musculaires capables d\u2019engendrer la rupture des organes internes ou la fracture des os.» Des affections aux noms étranges \u2013 myoclo- niques rythmiques, météoriques abdominaux, spondylitiques \u2013 apparaissent sous la plume des médecins psychiatres français qui regroupent l\u2019ensemble de ces maux sous le terme d\u2019«obu- site»; les Anglais disent shell shock.En 1915, ce diagnostic global est accepté.Et il correspond bien à une réalité douloureuse puisque, l\u2019année suivante lors de l\u2019épouvantable bataille de la Somme, dans le nord de la France, 40% des militaires britanniques blessés ou malades reçoivent ce diagnostic! Chez les Canadiens?On ne sait trop.Un médecin civil, le doc - teur J.P.S.Cathcart, embauché en 1924 par le ministère du Rétablissement civil des soldats, a calculé que 9 500 hommes sont atteints de troubles mentaux, de choc et de névroses, ce qui représente un peu plus de 5% des blessés du corps expéditionnaire canadien.Il estime qu\u2019une première épidémie de shell shock les a frappés en 1916 \u2013 ce qui coïncide avec les épou vantables mois des combats de la Somme.Près de 3 200 cas auraient alors été recensés.Malgré leur nombre, ces malades se heurtent à des préjugés parmi les médecins.Geneviève Allard fait remarquer que «certains officiers médicaux [\u2026] refusent l\u2019existence de la névrose de guerre de sorte que [leurs] patients risquent d\u2019être punis plutôt que soignés».On soupçonne en effet ces derniers d\u2019être paresseux ou de vouloir se soustraire à leur devoir.Est-ce pour cette raison que le syndrome de choc post-trau- matique n\u2019est apparu dans le DSM qu\u2019après la guerre du Vietnam, soit en 1980?Le célèbre Sigmund Freud ne tardera pas à s\u2019intéresser à ce phénomène qui survient alors que la psychiatrie se trouve à une croisée des chemins.Les spécialistes se demandent si la maladie mentale est un processus organique et provoqué par des causes internes ou si elle est associée à des causes psycho lo giques et au contexte envi ron ne mental.À Budapest, à l\u2019automne 1918, le Ve Congrès international de psychanalyse accorde une grande partie de sa réflexion aux névroses de guerre.On étudie Décembre 2014 | Québec Science 41 Un musée de cire inhabituel! Vitrine pédagogique des Archives médicales militaires des États-Unis, illustrant les progrès de la chirurgie reconstructrice durant et après la Première Guerre mondiale.A R C H I V E S M É D I C A L E S M I L I T A I R E S D E S É T A T S - U N I S l\u2019«ancien moi pacifique et le nouveaumoi guerrier».Freud cherche à voir les différences et les points communs entre les névroses traumatiques de guerre et celles survenant pendant les périodes de paix.«On pourrait dire que, dans les névroses de guerre, à la différence des névroses traumatiques pures et par rapprochement avec les névroses de transfert, ce qui fait peur, c\u2019est bel et bien un ennemi interne», écrit-il.La psychanalyse n\u2019était certainement pas très populaire dans les tranchées.Le «nouveau moi guerrier» est au bout du compte bien amoché.On comptera environ 6,5 millions d\u2019invalides, dont près de 300 000 personnes totalement mutilées.Les blessés du visage \u2013 les gueules cassées \u2013 auront à porter, en plus, de lourdes séquelles psychologiques pendant le reste de leur vie.«Au lendemain de la Grande Guerre, la défiguration n\u2019a pas été reconnue comme un traumatisme, car elle n\u2019empêchait pas d\u2019aller travailler aux champs», dit Marie-Dominique Colas, psy - chiatre et professeure agrégée à l\u2019École militaire du Val-de-Grâce et à l\u2019université Paris Descartes, en France.Bien que l\u2019on procède aux premières tentatives de greffe de peau et de chirurgie maxillofaciale parmi les blessés au visage, souligne la psychiatre, on doit bien constater que la défiguration n\u2019est pas une blessure comme une autre.«Entre 40% et 50% des blessés du visage sont aussi affectés d\u2019un traumatisme psychique.La défiguration arrache le corps, affecte l\u2019intégrité de l\u2019appareil psychique et fait vaciller le lien à l\u2019autre, ex- plique-t-elle lors d\u2019un colloque tenu à l\u2019École militaire de Paris, en octobre dernier.Ce traumatisme psychique constitue une rupture radicale dans la vie d\u2019un individu, une rupture qui vient mettre en exergue l\u2019impossible retour à un avant.» Un impossible retour à un avant comme un impossible oubli\u2026 Le jour de la signature du Traité de Versailles, l\u2019accord scellant le drame qui venait de secouer l\u2019Europe, c\u2019est d\u2019ailleurs devant des soldats défigurés que les émissaires des États belligérants ont dû défiler.Une manifestation hautement symbolique, selon Marie- Dominique Colas.On n\u2019allait dès lors jamais plus perdre de vue, ajoute-t-elle, que «la victoire avait ce visage»! ?QS 42 Québec Science | Décembre 2014 14-18 la douleur et la névrose POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE PROVOQUER LE ÉBAT +Pour en savoir plus À lire Sur les névroses de guerre, Sigmund Freud, Sandor Ferenczi, Karl Abraham, Payot & Rivages, Petite bibliothèque Payot, 2010, 144 p.Névrose et folie dans le Corps expéditionnaire canadien (1914- 1918), le cas québécois, Geneviève Allard, Éditions Athéna, 2012.La thèse de doctorat de cette brillante historienne, décédée avant d\u2019avoir pu la soutenir.La mort pour ennemi \u2013 La médecine militaire canadienne, Bill Rawling, Éditions Athéna, 2007.Un travail exhaustif pour raconter l\u2019évolution de la médecine militaire canadienne jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.DANS NOTRE ÉDITION DE MARS 2015: 4 LE DÉNOUEMENT ET LA PAIX Décembre 2014 | Québec Science 43 photo : Diane Dufresne et Yvan Monette amérique SONOMA ET NAPA VALLEY 11 au 18 avril TUCSON 18 au 25 avril UTAH 25 avril au 2 mai FIVE BORO BIKE TOUR À NEW YORK 1er au 3 mai VIRGINIE 2 au 10 mai SAN FRANCISCO \u2014 SANTA BARBARA 9 au 17 mai CAPE COD 16 au 21 mai NOUVEAU NOUVEAU Titulaire d\u2019un permis du Québec ?DESTINATIONS SOLEIL CUBA HOLGUÍN EN BOUCLES 28 décembre au 3 janvier 8 au 15 février 8 au 15 mars 4 au 11 avril CUBA VARADERO EN BOUCLES 1er au 8 mars FLORIDE 21 au 28 février LES ÎLES DE GUADELOUPE 19 au 26 mars RÉSERVEZ DÈS MAINTENANT ! europe MAJORQUE 24 avril au 9 mai PUGLIA 23 mai au 7 juin PORTUGAL 31 mai au 15 juin TOSCANE EN LIBERTÉ 23 mai au 5 juin D A V I D D O R H O U T LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE À LIRE DANS LE PROCHAIN NUMÉRO 22e ÉDITION ! LA SCIENCE À TABLE Éviter soigneusement de proposer des recettes santé et produire plutôt des articles fouillés sur l\u2019alimentation au sens large du terme, c\u2019est le créneau original qu\u2019a choisi Le nutritionniste urbain.Au menu de ce blogue très couru, des études scientifiques décryptées sur les édulcorants, la fonction sociale des repas ou encore l\u2019effet du piment sur l\u2019appétit; des réflexions sur les enjeux éthiques, sociaux et environnementaux de l\u2019alimentation; des nouvelles, des chiffres et des données.Le but de l\u2019exercice, nous aider à mieux manger et à mieux consommer.L\u2019auteur, Bernard Lavallée, est nutritionniste pour Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l\u2019Université de Montréal, depuis 2011.En véritable vulgarisateur scientifique, il prend plaisir à déboulonner les mythes nutritionnels et se livre à une analyse pertinente des comportements alimentaires des Québécois.C\u2019est bien écrit, bien présenté et surtout instructif.Pas étonnant que Le nutritionniste urbain connaisse un succès fulgurant.Depuis sa mise en ligne en février 2014, le blogue compte plus de 200 000 pages lues.«Je crée également du contenu spécifique pour les médias sociaux.Si on veut vivre à 100% l\u2019expérience Le nutritionniste urbain, il faut donc consulter aussi sa page Facebook, déjà suivie par 12 000 personnes», précise Bernard Lavallée.À consommer sans modération! http://nutritionnisteurbain.ca/ QUAND FACEBOOK RÉÉCRIT L\u2019ACTUALITÉ C\u2019est devenu le réflexe de beaucoup d\u2019entre nous: consulter Facebook dès le matin, histoire de ne rien louper d\u2019important.Conséquence de cette manie?Le fil d\u2019actualité de Facebook est en passe de devenir LA vitrine de l\u2019actualité mondiale et de changer notre rapport au journalisme.C\u2019est ce qu\u2019on apprend dans un article de Ravi Somaiya publié en octobre dans le New York Times.Fini la lecture du journal imprimé au petit-déjeuner.Un tiers des États-Uniens lit désormais ses nouvelles sur Facebook, filtrées et «pré-mâchées» par un algorithme complexe qui vise à cibler au mieux les intérêts de l\u2019utilisateur.En outre, un cinquième de la population mondiale se connecte au réseau social au moins une fois par mois.De plus, Facebook amène jusqu\u2019à 20% du trafic vers les nouveaux sites, entraînant en quelques jours certains d\u2019entre eux à se «viraliser» et d\u2019autres, comme Upworthy ou Distractify (des sites d\u2019«infotainement»), à décliner rapidement.Autrement dit, le réseau fait la pluie et le beau temps sur la Toile.Conclusion, si on trouve essentiel de multiplier les portes d\u2019accès à l\u2019information et d\u2019en encourager la diversité, il faut soutenir les bons vieux journaux, les sites d\u2019actualité sérieux et les magazines imprimés! MATH-MOBILE Beaucoup en ont rêvé, aussi la compagnie MicroBlink l\u2019a-t-elle réalisée: une application capable de résoudre les équations mathématiques complexes.C\u2019est Photo- Math qui ne fait qu\u2019une bouchée des fractions, équations linéaires et fonctions en tout genre.Il suffit de photographier l\u2019antipathique formule et de la soumettre pour voir la solution s\u2019afficher comme par magie.Adieu calcul mental et raisonnement! L\u2019intention officielle des concepteurs est toutefois d\u2019aider à comprendre, pas à tricher.Début novembre, PhotoMath avait déjà été téléchargée plus de 1,6 million de fois.Par Marine Corniou Sur la toile Matières à lire POUR L\u2019AMOUR DES SINGES Maya, Spock, Merlin et Sophie ont été les premiers «enfants» du biologiste québécois Daniel Paquette.Ces quatre chimpanzés ont fait naître sa vocation pour l\u2019éthologie, alors qu\u2019il venait d\u2019entrer à l\u2019université.Ils ont aussi été des modèles qui lui ont permis d\u2019étudier durant plusieurs années la théorie de l\u2019attachement et d\u2019explorer les liens parent-enfant.Au fil d\u2019un récit qui mêle anecdotes de la vie quotidienne auprès des singes, réflexions scientifiques et expérience personnelle avec ses propres enfants, Daniel Paquette dresse un portrait troublant des similitudes entre petits primates et petits humains, et propose une interprétation (discutable, bien sûr) du rôle des liens et des jeux père-enfant dans le développement social et affectif des jeunes.Ce que les chimpanzés m\u2019ont appris, Daniel Paquette, Éditions MultiMondes, 2014, 97 p.L\u2019UNIVERS EN 100 QUESTIONS Des livres qui vulgarisent l\u2019astronomie, ce n\u2019est pas ce qui manque.En voici un de plus, qui a le mérite d\u2019aller droit au but.Jean-Pierre Luminet, un des grands astrophysiciens français, aborde ici l\u2019Univers sous tous les angles (sa composition, son exploration, son origine), en répondant à 100 questions.Que sont les neutrinos?D\u2019où vient l\u2019énergie du Soleil?Pourquoi la nuit est-elle noire?Les réponses sont claires et concises (jamais plus de deux pages), et permettent de mettre un peu d\u2019ordre dans les histoires de big-bang, de comètes, d\u2019antimatière et d\u2019ondes gravitationnelles dans lesquelles ont s\u2019emmêle parfois un peu.L\u2019auteur donne les clés pour comprendre toutes ces notions, sans fioritures.C\u2019est efficace et ça n\u2019empêche pas de faire rêver, tant le sujet est vertigineux! 100 questions sur l\u2019Univers, Jean-Pierre Luminet, La Boétie, 2014, 240 p.DANS L\u2019ANGLE MORT DE LA DÉMOCRATIE Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans l\u2019indifférence quasi totale.Toutes proportions gardées, ce chiffre équivaut à 7 000 Québécoises, dont les morts violentes auraient assurément semé la consternation et l\u2019intervention urgente des gouvernements.La journaliste indépendante Emmanuelle Walter a mené une longue enquête sur ce qu\u2019elle qualifie de «féminicide».Dans son livre Sœurs voilées, elle relate l\u2019histoire de deux de ces femmes autochtones, Maisy Odjick et Shannon Alexander, adolescentes originaires de Maniwaki, portées disparues depuis septembre 2008.De témoignages en coupures de presse, en documents officiels, elle remonte le fil de cette tragédie et expose la négligence dont fait preuve le gouvernement.À lire, pour sortir de l\u2019indifférence.Sœurs volées.Enquête sur un féminicide au Canada, Emmanuelle Walter, Lux éditeur, 2014, 224 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 44 Québec Science | Décembre 2014 Décembre 2014 | Québec Science 45 SPERMATOROBOT Voici MagnetoSperm.Ce n\u2019est pas le nom d\u2019un nouveau super-héros, mais celui d\u2019un robot microscopique dont le design est inspiré des spermatozoïdes humains.Long de 322 microns (0,322 mm), le minuscule engin nage dans les liquides en battant du flagelle sous l\u2019impulsion d\u2019un faible champ magnétique oscillant.Les roboticiens, qui viennent de le mettre au point à l\u2019université de Twente aux Pays-Bas, arrivent même à le piloter en jouant avec l\u2019orientation du champ magnétique.Encore six fois plus grand que les spermatozoïdes qu\u2019il imite, on vise à le miniaturiser encore afin de l\u2019utiliser en fécondation in vitro ou, dans le corps humain, pour livrer des médicaments, faire des micro-interventions chirurgicales, etc.http://phys.org/news/2014-06-magnetosperm-tiny-robot-human-sperm.html UN DRONE COMME UNE LIBELLULE À peine plus gros qu\u2019une libellule, voici le Cargo Pocket ISR, un drone minuscule développé pour l\u2019armée états-unienne.Équipé d\u2019une caméra et d\u2019une batterie qui lui fournit 20 minutes d\u2019autonomie, le petit hélicoptère peut survoler presque incognito une zone ennemie ou un terrain inconnu et en transmettre les images à ses opérateurs.Comme l\u2019engin ne pèse que 16 g, un soldat peut en trimballer autant que peut l\u2019exiger la durée d\u2019une mission.Des espions aussi furtifs que des colibris.www.army.mil/article/130189/Army_researchers_develop_Cargo_Pocket_ISR/ LA LUNE, DÉTECTEUR DE RAYONS COSMIQUES En continu, des particules traversent l\u2019espace à des vitesses inimaginables.Les astrophysiciens les appellent rayons cosmiques.Les plus faibles en énergie sont les plus fréquents: chaque centimètre carré de la Terre en encaisse un toutes les minutes.Mais les rayons cosmiques à ultra haute énergie \u2013 les particules les plus énergétiques de l\u2019Univers \u2013 sont plus rares et on n\u2019en détecte qu\u2019une quinzaine par année.De plus on n\u2019en connaît pas l\u2019origine.Lorsque l\u2019un d\u2019eux nous parvient, il frappe les molécules de l\u2019atmosphère en émettant une gerbe de particules secondaires et c\u2019est elle que détectent les radiotélescopes.Or, ces derniers ne couvrent qu\u2019une petite surface d\u2019atmosphère, d\u2019où la rareté des détections.Mais Justin Bray, astrophysicien à l\u2019université de Southampton, au Royaume-Uni, a eu l\u2019idée d\u2019utiliser la Lune comme détecteur.Le futur radiotélescope SKA (Square Kilometer Array), prévu pour entrer en opération au début des années 2020, sera suffisamment sensible pour repérer les particules secondaires émises lorsqu\u2019une collision aura lieu sur la Lune.Avec une si grande surface d\u2019observation, on devrait en détecter 165 par an.On découvrira peut-être enfin d\u2019où viennent ces rayons cosmiques.www.southampton.ac.uk/mediacentre/news/2014/sep/14_175.shtml#.VDvYyb5x_-w SMARTMAT, LE MATELAS CONNECTÉ À l\u2019heure où tout est connecté, même le tapis de yoga devient intelligent.Que vous exécutiez la salutation au soleil ou preniez la posture du lotus, le tapis est garni de capteurs qui détectent vos points de contact avec le sol et la répartition de votre poids.L\u2019information est relayée à votre téléphone intelligent qui l\u2019analyse et vous recommande des ajustements.Le système peut travailler en trois modes: dynamique (il vous corrige), passif (il vous encourage) ou zen (il se tait).Mais, à 500 $, bonne chance pour rester zen.www.smartmat.com Par Joël Leblanc Aujourd\u2019hui le futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 J\u2019aime bien parcourir en voiture les 1 200 km qui me séparent de Havre-Saint-Pierre.La route 138 a un je-ne-sais-quoi qui vous replace les idées.Ce pèlerinage est dur pour les excités, les impatients et les pressés.D\u2019abord, il faut affronter l\u2019extraordinaire platitude de la route 20 pour combler l\u2019inaltérable écart qui sépare Montréal de Québec.Puis, au-delà de Sainte-Anne-de-Beaupré et des battures, on atteint le pied de la grande côte.La voiture décolle alors comme un avion qui s\u2019envole, le museau vers le ciel; le fleuve sur la droite, les montagnes sombres sur la gauche.Commence le jeu des montées et des descentes, dans les décors assez relevés du comté de Charlevoix.Nous traversons l\u2019ancien pays des Fraser, des Murray et autres riches Écossais qui n\u2019allaient pas ignorer la valeur de si beaux décors.Je croirais voir le fantôme de Pantaléon Bouchard, grand cultivateur s\u2019il en est un, le parangon des habitants de ces robustes paysages.Puis, nous allons vers Tadoussac, le Tsheshagut des Innus, où je revois Samuel de Champlain et François Gravé, le 27 mai de l\u2019an 1603, réunis avec Tessouat l\u2019Algoumequin, Anadabidjou l\u2019Innu et Ouagimou, l\u2019Ouolostogiuk.La route entreprend de suivre le cordon de la côte basse.Défilent Les Bergeronnes, Bon-Désir, Les Escoumins et Essipit, ainsi que Pessamit et le pays des Papinachois.Viendra ensuite Les Îlets-Jérémie, là où il y a du castor et des âmes, des épinettes et des loups marins en masse.Nous passons Godbout, le pays de Napoléon-Alexandre Comeau, avec ses souvenirs des glaces flottantes et des grandes morues.Le paysage devient dur.De plus en plus dur, de plus en plus beau, entre le nutshimit (forêt) des Innus et les grandes eaux du Saint-Laurent.Le chemin est long qui mène à la Baie des Sept Îles.Nous arrivons à la Mista Shipo (Moisie), la rivière glorieuse, la Mecque des saumons, la grande route de l\u2019intérieur, vers le cœur du Nitassinan, le nord labradorien.Passés le pont, nous entrons dans une sorte de transe historique.Nous voilà sur le sentier qui mène à Rivière-au- Tonnerre.Ici, le cran rocheux se donne des airs sauvages.Les épinettes se recueillent et s\u2019isolent, le courage des pêcheurs pèse encore lourd dans l\u2019air.Si la tranquillité a un royaume, il se cache en ces lieux, entre le cran, les vents, les vagues et les marées.Il y a des os blanchis de baleines échouées depuis des siècles enfouis dans le sable des grèves.Des âmes de vieux loups s\u2019accrochent aux branches sèches des arbres morts de froid, jadis, dans le silence d\u2019une nuit bleue.Nous traversons le pont de la Patamo Shipo (rivière Saint-Jean), autre voie sacrée qui s\u2019enfonce vers le nord, puis nous arrivons à Longue- Pointe-de-Mingan, le village des Paspéyas exilés de la baie des Chaleurs.Reste à rejoindre la communauté des Innus d\u2019Ekouanishit, avant de traverser les plaines de mélèzes nains qui séparent Mingan du Havre-Saint- Pierre des Cayens.Rio Tinto, Fer et Titane est là assurant le confort de la petite ville devenue prospère.Il ne lui manque qu\u2019un Tim Hortons; peut- être bien un bon hôtel, avec vue sur la mer.La fenêtre de ma chambre donne sur les bureaux et les entrepôts de la mine, des bâtiments pauvres en tôle verte; une architecture à s\u2019enlever la vie.Quelqu\u2019un me demande : «Vous n\u2019êtes pas venus en voiture, toujours ben?En avion, ça prend deux heures et des poussières pour faire Montréal\u2013Sept-Îles! Vous aviez du temps à perdre!» Oui, j\u2019avais du temps à penser sur l\u2019interminable route 138 que seuls les conducteurs d\u2019Express Havre St-Pierre sont obligés de suivre, hiver comme été.sur le chemin de Compostelle des saints chauffeurs de truck! Je mange un «club au crabe», chez Julie, et je réfléchis.Quelle est la distance qui sépare une méditation d\u2019une autre?Dans le cimetière innu de Mingan, ce nom sur une pierre tombale : Mathieu Mestokosho.Très cher ami qui a tant marché sur ces terres dans le temps où les routes n\u2019existaient pas.Il est peut-être long le chemin qui mène à Havre-Saint- Pierre, mais l\u2019essentiel s\u2019aperçoit mal dans un coucou d\u2019Air Canada Jazz, à 22 000 pieds dans les airs.?QS 46 Québec Science | Décembre 2014 Les rêveries du routier solitaire Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 Havre-Saint-Pierre J U L E S E T Y V E T T E O R B A N 3 3 7 DÉCOLLAGE IMMÉDIAT ! Empress of Irela nd : un naufrage historique Des photos pour ré?échir Magazines branchés ! Lecteurs allumés ! NE SUR I AZ G : MA US INCL A ANAD OIRE DU C T S I \u2019H L com .ds ouillar debr les E7769 PP40063645 MAI 2014 - 4,95 $ mag des azines com .cience Il était une fois le temps VERTIGES Billets en ligne?: espacepourlavie.ca À l\u2019affiche au Planétarium Rio Tinto Alcan U VIA a c .e i v a l r u o p e c a p s e LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC La science sous zéro L\u2019hiver, un défi d\u2019adaptation sans cesse renouvelé le voit, pour que la recherche en climatologie ne s\u2019enferme pas dans ses milliers de lignes de code, elle doit se comparer aux mesures prises sur le terrain.Aussi les chercheurs d\u2019OURANOS collaborent-ils notamment avec Hydro-Québec, en confrontant les résultats des modélisations avec le cycle hydrologique mesuré (parfois depuis 1960) de certains bassins versants, comme celui de La Grande ou de Caniapiscau.«Les simulations sont évaluées par rapport aux mesures historiques des températures, des précipitations, des glaces marines, des eaux, des radiations.Elles sont aussi comparées aux images satellites, notamment en ce qui concerne l\u2019étendue des nappes de neige», précise Dominique Paquin.Les modèles se sont considérablement perfectionnés depuis que René Laprise a créé, dans les années 1990, le tout premier modèle régional canadien qui en est à présent à sa cinquième version.Et les chercheurs continuent d\u2019en raffiner les processus.«Autrefois, par exemple, on ne considérait les sols que comme une frontière de l\u2019atmosphère qui se contentait de réfléchir la chaleur.Aujourd\u2019hui, les modèles intègrent les phénomènes hydrologiques, biogéochi- miques et les échanges de carbone», explique Sus- hama Laxmi, aussi chercheuse au centre ESCER et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en modélisation régionale du climat.Son équipe détaille les processus terrestres des modèles canadiens.Et elle est notamment en train d\u2019y introduire un nouveau volet, celui de la végétation dite «dynamique» .«Autrefois, dans nos modèles, dit René Laprise, la végétation était influencée par le climat, mais elle ne pouvait en retour influencer le climat.À présent, la végétation peut elle aussi se transformer en modifiant le cycle du carbone.Chaque couche de sol a son propre profil de température et d\u2019humidité; la profondeur à laquelle pénètre la pluie dépend du type de végétation et des racines; et la densité de la canopée évolue au fil des saisons et affecte la quantité d\u2019eau qui tombe au sol.» Autre projet d\u2019importance du modèle régional : greffer une modélisation de la dynamique des océans.«En ce moment, explique René Laprise, les données sur l\u2019océan proviennent du modèle mondial, car nous ne disposions que de peu de données fiables à ce sujet au Canada.» Mais le modèle mondial, peu défini, reproduit mal des processus précis comme l\u2019influence du Gulf Stream.Les chercheurs enrichissent donc leurs connaissances grâce au réseau de sondes ARGO.Ce réseau rassemble 3 000 sondes autonomes, dispersées sur tous les océans, qui plongent jusqu\u2019à 2 000 m de profondeur, me surant régulièrement température et salinité.Même avec leurs nouveaux paramètres \u2013 nuages, glaciers, lacs, forêts, océans et rivières \u2013, les modèles ne chambouleront pas la vision actuelle du futur climatique : «Je suis satisfait de nos progrès, même si, parfois, je trouve que ça n\u2019avance pas assez vite.Mais c\u2019est ainsi que la science évolue», remarque René Laprise qui travaille sur ces modèles depuis 25 ans.Et, pour les chasseurs de primeurs, il ajoute : « Il n\u2019y aura pas, à mon avis, de nouvelles révélations bouleversantes dans les prochaines années.» Mais avons-nous besoin d\u2019encore plus de précisions avant d\u2019agir?Noël en 2100 Neigera-t-il le 25 décembre 2100?Ne posez pas la question aux climatologues! Comme ils doivent le rappeler sans cesse, leur science ne leur permet pas de prédire l\u2019occurrence d\u2019événements précis comme une tempête de neige, mais bien d\u2019obtenir des portraits statistiques généraux sur des périodes de plusieurs années.Il en va de même pour leurs collègues météorologues qui, eux, ne peuvent prédire que le temps des prochains jours.Et encore\u2026 Mais, beau joueur, le chercheur René Laprise, qui travaille aussi au Réseau canadien de modélisation et diagnostics du climat régional (MDCR), se prête à l\u2019exercice.«Les hivers seront plus chauds et plus courts, avec encore des températures sous zéro, dit-il en rappelant les conclusions de ses analyses climatiques.En outre, l\u2019atmosphère sera plus chargée d\u2019eau, les précipitations seront donc plus intenses.Alors, s\u2019il y a des chutes de neige, elles seront plus importantes.Qu\u2019est- ce qui l\u2019emportera: le raccourcissement des hivers ou l\u2019augmentation des précipitations?Des hivers plus courts!» é duQuébec L\u2019hiver sous la loupe V AUTOUR DE ZÉRO Une mosaïque de post-it encadre l\u2019écran d\u2019ordinateur de Julie Thériault, dans son petit bureau de l\u2019UQAM.La jeune chercheuse au Département des sciences de la Terre a griffonné dessus des dates et des lieux de récentes tempêtes.«Fin mars au Nouveau- Brunswick, il y a eu une bonne tempête, avec beaucoup de pluie verglaçante; une autre à Toronto avant Noël», peut-on y lire, par exemple.Lorsqu\u2019il tombe un mélange de pluie, de grésil et de glace, qui se transforme au sol en «sloche» \u2013 en névasse, si on préfère \u2013 , Julie Thériault est sans doute l\u2019une des seules personnes au pays à s\u2019en réjouir.Car le phénomène lui fournit des données pour mieux comprendre ces tempêtes mal aimées.Elle a passé ses années d\u2019études à courir ces événements pour les observer, développant un œil exercé à distinguer la pluie verglaçante de la neige qui fondra au sol.À présent, elle les modélise, elle traduit leurs données physiques en algorithmes informatiques.«Je m\u2019intéresse aux processus de formation des précipitations hivernales à des températures oscillant autour de zéro pour comprendre dans quelles conditions se constitueront le grésil ou la pluie verglaçante.» Pour y arriver, Julie Thériault tient compte des types de nuages, des particules en suspension, de la température de l\u2019air à différentes altitudes et d\u2019une foule d\u2019autres facteurs: «S\u2019il y a de la pluie au sud et de la neige au nord, où se trouvera la bande de transition?De quelle largeur sera-t-elle?» Des questions futiles pour le citadin aux pieds mouillés, mais cruciales pour Hydro-Québec ou les compagnies de transport.Incontournables aussi pour les futurs modèles climatiques, les «modèles HD» comme les surnomme René Laprise, chercheur au Centre ESCER, son voisin de bureau.Alors que, dans les continents virtuels actuellement simulés sur les superordinateurs, l\u2019atmosphère est pixellisée en cubes de 45 km de côté, les chercheurs testent des modèles avec des points de grille espacés de 15 km ou même de 5 km.La résolution des modèles augmente à mesure que les ordinateurs deviennent plus puissants et que programmeurs, mathématiciens et physiciens trouvent des astuces pour simplifier les calculs sans perdre en qualité de prédiction.«À 45 km, explique Julie Thériault, nous ne voyions pas les phénomènes locaux.Nous sommes impressionnés par ce que nous pouvons à présent observer: des phénomènes causés par la topographie de la vallée du Saint-Laurent, par exemple, ou les microclimats des Grands Lacs.» Avec de meilleures représentations de nuages et de verglas, les modèles pourraient reproduire des phénomènes comme la tempête de 1998, quand, décrit-elle, «un vent chaud et humide du sud-ouest, canalisé par la vallée du Saint-Laurent, a causé des précipitations humides gelées par un vent glacial venant du nord en surface». X 3 DES ISOLATEURS GLACIOPHOBES Janvier 1998, crise du verglas.Si l\u2019événement reste inoubliable pour tous les Québécois qui l\u2019ont vécu, il s\u2019est avéré déterminant pour Christophe Volat qui arrive de France à ce moment.«Je venais faire mes études de doctorat à la Chaire industrielle sur le givrage atmosphérique des équipements des réseaux électriques (CIGELE) de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Mes travaux portaient sur la distribution du courant sur des isolateurs recouverts de glace.» Aujourd\u2019hui professeur au Département des sciences appliquées de l\u2019UQAC, il est bien placé pour expliquer les leçons tirées de la crise.«Le verglas de 1998 a été d\u2019une intensité qui ne se produit qu\u2019une fois tous les 100 ans.Les autorités ont quand même décidé de renforcer le réseau dans les grandes zones urbaines, malgré ce faible risque.» Les pylônes qui peuvent s\u2019écrouler sous le poids de la glace sont disparus et ont laissé place à des structures étroites qui rappellent des arbres.On a aussi ajouté des lignes électriques de contournement pour assurer la distribution, même si des fils sont coupés dans une zone.Ces lignes supplémentaires ont une autre fonction, comme l\u2019explique Christophe Volat: «Quand une ligne est recouverte de verglas, on peut faire passer l\u2019électricité par une autre voie.Pendant ce temps, on fait circuler un courant continu dans la première ligne pour la chauffer et faire fondre la glace.Une crise comme celle de 1998 ne pourrait pas se reproduire de nos jours.» Mais la spécialité de l\u2019ingénieur ne s\u2019intéresse ni aux pylônes ni au chauffage des fils.«Je me consacre aux isolateurs.Car le danger moins connu du verglas, c\u2019est qu\u2019il peut provoquer des coupures de courant par arcs électriques au niveau des isolateurs.» Les isolateurs, ce sont ces structures en boudins qui retiennent les câbles électriques aux pylônes et empêchent le courant de se rendre au sol.Une fois recouverts de glace, les isolateurs sont encore efficaces, mais quand cette glace commence à fondre, la pellicule d\u2019eau peut conduire le courant.Alors, des arcs électriques se produisent.«J\u2019ai mis au point des isolateurs dont le profil empêche la formation d\u2019un manchon de glace continu.Il a fait ses preuves sur des postes à 735 kV.» Mais puisque les couches de gâteau sous la route sont censées drainer l\u2019eau, comment cette dernière peut-elle s\u2019y accumuler?«Le problème, ce n\u2019est pas le gâteau, c\u2019est l\u2019assiette en dessous, répond le chercheur.Si le sol naturel sous la route est constitué d\u2019argile, par exemple, il absorbera l\u2019eau et s\u2019en gorgera, ce qui le rendra propice à la déformation par le gel.S\u2019il se trouve à une assez grande profondeur \u2013 c\u2019est- à-dire si la route est épaisse \u2013, il ne gèlera pas; il n\u2019y aura alors aucun problème.Sauf que les gâteaux épais coûtent cher à réaliser.C\u2019est pourquoi les \u201croutes d\u2019élection\u201d \u2013 construites à la hâte pour séduire les électeurs \u2013 se décomposent vite.Elles ont été réalisées à peu de frais, sont peu profondes et l\u2019assiette sous- jacente est trop proche de la surface.L\u2019eau s\u2019y accumule, gèle en hiver, et la chaussée écope.» Mais comment l\u2019eau peut-elle s\u2019infiltrer, puisque la chaussée \u2013 la «croûte» \u2013 est réputée imperméable?«Il est là, le principal problème de l\u2019hiver.Le revêtement bitumineux de nos routes est un peu comme un caramel.Quand il fait très chaud, il ramollit, puis durcit quand il fait très froid.Surtout, il prend de l\u2019expansion et se contracte suivant les variations de température.Le problème, au Québec, ce n\u2019est pas précisément le froid, ce sont les écarts de température : jusqu\u2019à 70 °C d\u2019amplitude entre l\u2019été et l\u2019hiver ! Le bitume qui se contracte au froid ne peut que se fissurer.» Et voilà l\u2019eau qui risque de détremper le gâteau.La piste de recherche d\u2019Alan Carter : trouver la recette qui permettra au bitume de garder son intégrité malgré les cycles d\u2019expansion/contraction que lui imposent nos changements de saison.«On essaie de créer le revêtement parfait : il aurait toutes les qualités du bitume actuel, mais serait plus élastique.» Durant toute la conversation, le chercheur évite le terme «asphalte» et parle plutôt d\u2019«enrobé bitumineux» pour désigner cette substance noire avec laquelle on pave nos routes.«Le mot \u201casphalte\u201d est galvaudé, puisqu\u2019il s\u2019agit en réalité du nom d\u2019un com - posé lourd et très visqueux qu\u2019on trouve dans le pétrole.Ce qu\u2019on met sur les routes, c\u2019est près de 95% de petits cailloux enrobés de 5% de bitume.Le défi, c\u2019est de bien enrober les graviers afin qu\u2019ils collent parfaitement les uns aux autres et forment une surface bien étanche.» Pour ce faire, il faut liquéfier le bitume en le chauffant à plus de 150 °C, d\u2019où la chaleur intense des chantiers d\u2019été sur nos routes et les composés volatils qui s\u2019échappent de la mixture et irritent nos muqueuses.«Nous travaillons aussi à abaisser la température nécessaire à l\u2019enrobage des granulats.On a découvert qu\u2019on peut chauffer le bitume un peu moins \u2013 à 120 °C \u2013, puis y injecter de fines gouttelettes d\u2019eau.Sous la chaleur, l\u2019eau s\u2019évapore et prend de l\u2019expansion, ce qui crée des microbulles dans le bitume.Résultat, on obtient une mousse légère et pleine d\u2019air, comme celle d\u2019un dessert.Il devient alors facile d\u2019y faire pénétrer les graviers et de les enrober.» «Une crise de verglas comme celle de 1998 ne pourrait pas se reproduire.» La recherche dans le réseau de l\u2019Université La recherchedans le réseau de l\u2019Université En voie de disparition?«On n\u2019a jamais l\u2019hiver qu\u2019on veut», chante Gilles Vigneault.Nous avons en effet une étrange relation avec cette saison de moins en moins froide, de moins en moins enneigée et de plus en plus courte.Pourtant, l\u2019hiver est notre allié.Il nous a lancé un formidable défi d\u2019adaptation et il nous force à élaborer une science distincte ainsi que singulière.À preuve, les remarquables progrès touchant les infrastructures de transport, les approvisionnements énergétiques, la recherche de nouveaux matériaux, l\u2019architecture ou les prévisions météorologiques.Arrivons-nous pour autant à bien vivre avec nos hivers?Pas certain.Qui prend des vacances au Québec en janvier ou en février?En ville, on veut des rues parfaitement déneigées, des terrasses chauffées.Tout juste si on ne réclame pas des quartiers sous cloche de verre! Nier l\u2019hiver, c\u2019est s\u2019imaginer vivre ailleurs; c\u2019est devenir apatride.Bien sûr, il y a toujours une limite à endurer des hivers pourris \u2013 pas de neige, juste de la pluie glaciale, transformée au sol en verglas qui tourne à la névasse sale et salée.Ces hivers-là ne seraient-ils pas une conséquence des changements climatiques?Il faut donc sauver les vrais, les blancs; les hivers vivables! C\u2019est aujourd\u2019hui devenu ni plus ni moins qu\u2019une bataille écologique.II Éditorial Ce dossier est inséré dans le numéro de décembre 2014 du magazine Québec Science.Il a été financé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité éditorial était formé de : Sylvie B.de Grosbois (UQAM) Sébastien Charles (UQTR) Stéphane Allaire (UQAC) Frédéric Descheneaux (UQAR) André Manseau (UQO) Maryse Delisle (UQAT) Josée Charest (INRS) Josée Gauthier (ENAP) Sébastien Rodrigue- Prive (ÉTS) Éric Lamiot (TÉLUQ) Céline Poncelin de Raucourt (UQ) Valérie Reuillard (UQ) David H.Mercier (UQ) Raymond Lemieux (Québec Science) Coordination: Raymond Lemieux et Valérie Reuillard Rédaction: Marine Corniou, Dominique Forget, Joël Leblanc, Binh An Vu Van Graphisme: François Émond Révision: Hélène Matteau Correction-révision: Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scientifique du Québec et au développement de ses régions.III QUEL TEMPS EN 2100?Pour mieux voir l\u2019évolution climatique, les chercheurs recréent une planète à l\u2019ordinateur.VI L\u2019ÉRABLE À SUCRE, UN MODÈLE L\u2019arbre emblème aurait du mal à s\u2019enraciner plus au nord.VI AU PARADIS DE LA MOUSSE Un élément essentiel pour le maintien du pergélisol.VII LE SECRET DE LA MÉSANGE On connaît assez bien les mécanismes qui permettent aux oiseaux de survivre à l\u2019hiver.Mais comment réagis- sent-ils aux redoux imprévisibles?Les mésanges de la forêt Macpès, à Rimouski, devraient bientôt nous donner la réponse.VIII DES TECHNOLOGIES POUR AFFRONTER L\u2019HIVER Nos voitures, nos routes, nos lignes électriques, nos éoliennes arriveront-elles un jour à faire fi du froid, du gel et du givre?Des ingénieurs québécois s\u2019attaquent à la question.XII LE PÈRE NOËL EST-IL CANADIEN ?Professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique, le politologue Stéphane Roussel se passionne pour les questions de souveraineté et de sécurité dans le Grand Nord.Sommaire P A G E C O U V E R T U R E : M A R I O N O W E N D B A C A R O T T E , I N C ./ C O R B I S A L A I N D É C A R I E é duQuébec ne «brique» de 2 500 pages, résultat de la contribution de plus de 2 000 scientifiques ayant décortiqué près de 20 000 études et projections climatiques.Tel est le cinquième rapport du Groupe d\u2019experts inter na tional sur l\u2019évolution du climat (GIEC), dont la dernière version paraissait en mars 2014.Le document est un concentré des connaissances actuelles sur l\u2019avenir du climat planétaire, sur les effets des changements de température et sur de possibles mesures d\u2019atténuation.On y lit que les humains sont certainement les responsables du réchauffement.Une augmentation de 2,6°C à 4,8 °C est prévue pour la fin du siècle, de même qu\u2019une élévation du niveau des océans variant entre 26 cm et 82 cm, selon les scénarios.Il y aura augmentation des précipitations aux pôles et elles diminueront dans les régions déjà arides.René Laprise, directeur des études de 2e cycle en science de l\u2019atmosphère et chercheur au Centre pour l\u2019étude et la simulation du climat à l\u2019échelle régionale (ESCER) à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), a participé activement à la rédaction d\u2019une précédente version du rapport.Ce qu\u2019il a trouvé le plus intéressant dans la nouvelle mouture?«C\u2019est justement ce qui a déplu aux journalistes ! On y démontre qu\u2019il y a peu de changements dans les projections.En dépit de modèles informatiques plus raffinés, et d\u2019une puissance de calcul accrue, on obtient les mêmes résultats ! » Et ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019on connaît le rôle des gaz à effet de serre sur l\u2019avenir climatique.Le tout premier article sur le sujet remonte à 1896! Déjà, son auteur, le chimiste suédois Svante Arrhenius, estimait, à partir de quelques équations simples, que la température terrestre moyenne augmenterait de 5°C (soit à peine plus que les 4,8°C calculés par le GIEC) si les rejets de CO2 doublaient à cause des activités humaines.Dans les années 1960, les premiers modèles informatiques ont à leur tour prédit que ce réchauffement se produirait particulièrement en Arctique et que la haute atmosphère se refroidirait pendant que la basse atmosphère verrait grimper sa température.Ces projections, fruit d\u2019une science infiniment moins avancée que celle qui fonde le rapport du GIEC, se sont avérées.«La recherche s\u2019est complexifiée, mais le message des scientifiques est demeuré le même.On le dit simplement avec de plus en plus de certitude», renchérit Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques au consortium OURANOS.«Prévoir le climat de la planète n\u2019est conceptuellement pas plus difficile que prévoir le déplacement d\u2019une boule de billard, illustre René Laprise, si on connaît la position initiale de l\u2019objet, son poids, sa masse, la force avec III Pour mieux voir l\u2019évolution climatique, les chercheurs recréent une planète à l\u2019ordinateur.Par Binh An Vu Van QUEL TEMPS EN 2100?U L\u2019équipe du Centre pour l\u2019étude et la simulation du climat à l\u2019échelle régionale de l\u2019UQAM.De gauche à droite : Sushama Laxmi, René Laprise, Dominique Paquin et Julie Thériault laquelle on va la frapper et le frottement sur la table.» Le climat de la planète est évidemment un système plus complexe, affecté par davantage de facteurs.Aussi, pour évaluer l\u2019évolution du climat, les scientifiques comme René Laprise modélisent-ils, dans leurs ordinateurs, la planète \u2013 ou encore un continent.Ils commencent par l\u2019atmosphère : les vents, les températures, la pression, etc.Ils ajoutent les éléments, comme la dynamique des océans, les radiations solaires ou le cycle du carbone, qui peuvent influencer le climat.Les chercheurs vont aussi programmer les grands principes physiques \u2013 comme la conservation de l\u2019énergie \u2013 qui dictent les mouvements des masses d\u2019air et d\u2019eau.Quant aux activités humaines, difficiles à prévoir, les scientifiques travaillent sur un éventail de projections, depuis les plus optimistes \u2013 si nous réduisons radicalement nos émissions de gaz à effet de serre \u2013 jusqu\u2019aux plus pessimistes \u2013 advenant que nous choisissions le statu quo.Une fois la planète recréée, il est temps de la faire tourner.Pour la démarrer, les chercheurs choisissent une année dans le passé et introduisent dans le modèle les conditions climatiques telles qu\u2019elles étaient alors, selon les enregistrements historiques.«Disons que nous amorçons la simulation au 1er janvier 1950.L\u2019ordinateur résout toutes les équations, puis rend l\u2019état du climat, à chaque point de grille du globe, à 00 h 15 le même jour, puis à 00 h 30, et ainsi de suite, par tranches de un quart d\u2019heure, jusqu\u2019en 2100!» explique Dominique Paquin.Ensuite, ils n\u2019ont plus qu\u2019à attendre.Ils laissent leur planète virtuelle évoluer librement et les lois de la physique agir.Ainsi, le Soleil numérique réchauffe l\u2019atmosphère et le CO2 s\u2019accumule.Les superordinateurs effectueront ainsi leurs calculs pendant plusieurs mois pour une seule projection.Si elle est bien construite et si toutes les forces sont en place, la simulation reproduira l\u2019histoire climatique des dernières décennies.Même La Niña et El Niño de vraient apparaître à l\u2019occasion : «Leur fréquence et leur durée ne sont pas exactes.Dans les modèles, ces phénomènes surviennent parfois aux sept à huit ans, parfois quatre ou cinq; alors que, selon les observations, ils apparaissent plutôt aux cinq à sept ans», précise Dominique Paquin.Bien sûr, les modèles informatiques ne sont ni exacts ni parfaits; aucun ne reproduit absolument la réalité.«Un modèle parfait exigerait de la part des ordinateurs une quantité infinie de calculs», explique René Laprise.Les bâtisseurs de planètes numériques doivent donc évacuer des détails, faire des approximations.C\u2019est pour cette raison que le GIEC, quand il établit ses projections officielles, tient compte d\u2019une cinquantaine de modèles créés par différents laboratoires dans le monde.Parmi ceux-là, le modèle régional canadien se démarque par sa capacité surprenante à reproduire fidèlement les cycles journaliers de pluie.« Il semble être vraiment le meilleur ! Mais nous n\u2019avons pas encore compris pourquoi, dit René Laprise.Par exemple, dans certaines régions du Québec, les pluies surviennent en fin d\u2019après-midi; ailleurs, c\u2019est autour de minuit.En testant nos simulations, même sur le climat africain, nous constatons que notre modèle fait apparaître correctement \u2013 c\u2019est-à-dire en concordance avec les observations sur le terrain \u2013 les pics de précipitations !» es modèles climatiques sont des machines à voyager dans le passé plutôt que dans le futur.Les simulations représentant l\u2019avenir ne cons - tituent que 10% du travail.En réalité, la principale tâche des équipes de René Laprise et de Dominique Paquin est d\u2019établir le diagnostic des modèles, de les « faire rouler» sur le passé, afin de s\u2019assurer qu\u2019ils reproduisent bien le climat connu.«La recherche sur les modèles climatiques est soumise à un degré de validation incroyable, comme on n\u2019en retrouve dans aucun autre domaine», observe d\u2019ailleurs le scientifique.Un exemple, l\u2019équipe de René Laprise a décelé un travers systématique du modèle régional climatique cana dien (MRCC): «Pour des projections sur 30 ou 50 ans, il avait toujours tendance à être de 2°C trop chaud, en hiver.» Pourquoi?«Nous avons cherché pendant presque une année ! Et nous avons trouvé: le modèle fonctionnait comme si les arbres de la forêt boréale couvraient 100% du territoire forestier ! » Un paramètre avait été négligé: la forêt peut présenter des éclaircies, exposant des surfaces enneigées, et la cime des arbres peut se couvrir de neige.Or, une végétation foncée reflète seulement 15% de la chaleur solaire, alors que la neige en renvoie 90%.Une différence telle qu\u2019elle fausse les projections.Comme on Le monde à différentes échelles Il existe deux grands types de modèles climatiques.D\u2019abord, les modèles mondiaux qui recréent la planète au complet; puis, il y a les modèles régionaux qui simulent un territoire limité ou un continent, en plus haute définition.Ces derniers doivent relever l\u2019immense défi théorique consistant à assimiler les données générées par les modèles mondiaux aux frontières de leur territoire.Au Canada, un modèle planétaire est développé à Vancouver, tandis que René Laprise, à Montréal, au Centre ESCER, peaufine le modèle régional climatique canadien (MRCC).Changements projetés pour la température hivernale en Amérique du Nord avec le modèle régional canadien du climat développé à l\u2019UQAM.Plus le réchauffement est prononcé, plus la couleur va vers le rouge.La recherche dans le réseau de l\u2019Université L IV IX Les tests que mènent l\u2019ingénieur et son équipe sur différentes voitures électriques permettent de dévelop - per les algorithmes qui donneront la possibilité à ces véhicules de déterminer eux-mêmes s\u2019ils doivent cesser de chauffer leurs batteries lors des arrêts prolongés, ou continuer lors des périodes d\u2019utilisations multiples.« Il faudra bien sûr tenir compte de la température extérieure, mais aussi de celle des composantes mécaniques de la voiture, précise Loïc Boulon.Selon la position des éléments, certaines batteries sont mieux isolées que d\u2019autres et maintiennent plus facilement leur chaleur.Chaque voiture a ses particularités.» 2 UN BITUME PLUS ÉLASTIQUE En matière de transport, les batteries des voitures ne sont pas le seul talon d\u2019Achille des Québécois.Comme on sait, les routes elles-mêmes doivent endurer toutes les misères que leur impose notre climat.Qui n\u2019a pas déjà laissé échapper un juron bien senti en mettant la roue dans un nid-de-poule au printemps?À l\u2019École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS), Alan Carter, professeur au Département de génie de la construction, parle de chaussée comme s\u2019il parlait de cuisine! «Une route, explique-t-il, c\u2019est un peu comme un millefeuille.Elle compte plusieurs épaisseurs qui ont chacune une utilité structurelle précise.Les couches du dessous, faites de graviers de différentes grosseurs, sont à la fois bien compactes et perméables à l\u2019eau, si elles sont bien conçues.La couche du dessus, celle sur laquelle on roule, c\u2019est la croûte, théoriquement imperméable.» Alan Carter ne cesse d\u2019insister sur l\u2019importance de l\u2019eau dans la dégradation de nos routes.Si elle s\u2019infiltre en dessous et y reste coincée, elle gèlera l\u2019hiver venu.L\u2019eau qui gèle prend de l\u2019expansion en écrasant ce qui l\u2019entoure et en fragilisant sa structure.Au printemps, la glace fond et laisse un vide.Le passage de quelques camions lourds suffit pour ouvrir le cratère.Bonjour le nid-de-poule ! Assis dans la cabine, Loïc Boulon, professeur au département de génie électrique et génie informatique à l\u2019UQTR.À droite, Daniel Herrera, étudiant à la maîtrise en génie électrique.O GIES POUR AFFRONTER L\u2019HIVER D A N I E L J A L B E R T / U Q T R é duQuébec L\u2019hiver sous la loupe Un sous-bois de sphaignes avec du thé du labrador (Rhododendron groenlandicum), qui montre l\u2019épaisseur de la colonie de mousses.L\u2019ÉRABLE À SUCRE, UN MODÈLE L\u2019arbre emblème aurait du mal à s\u2019enraciner plus au nord.ans une forêt près de Windsor, en Estrie, Nicolas Bélanger creuse la terre et compte les arbres.«Je mesure la température des sols, leur humidité et la disponibilité des nutriments, dans le but de comprendre les aires de distribution des espèces.» Son modèle, c\u2019est l\u2019érable à sucre.Depuis l\u2019Estrie jusqu\u2019à l\u2019Abitibi, en passant par les Laurentides, le professeur à la Télé- université et chercheur au Centre d\u2019étude de la forêt traque les érables comme des fugitifs.Le paradigme actuel veut que, à la faveur du réchauffement du climat, les espèces migreront graduellement vers les terres nordiques.«Mais, en réalité, on n\u2019a encore trouvé aucun exemple de cela.Il y a plein de cas d\u2019espèces forestières dont le territoire grimpe en altitude avec le réchauffement.L\u2019érable à sucre, par exemple, pousse maintenant 100 m plus haut qu\u2019il y a 40 ans dans les massifs du Vermont.Mais aucune espèce n\u2019a encore étendu son aire de répartition vers le nord.» Il faut dire que ce n\u2019est pas simple, pour une essence d\u2019arbre, de «déménager»! Soit, on pense aux variables climatiques \u2013 importantes \u2013, mais on ne doit pas oublier qu\u2019une espèce arrivant en terrain inconnu doit interagir avec d\u2019autres, auxquelles elle n\u2019a jamais eu affaire auparavant.Plantes nouvelles, champignons, micro-organismes, etc.Difficile, l\u2019adaptation dans un écosystème étranger ! «Un érable à sucre qui tente de pousser en forêt boréale doit faire face à un sol plus acide et à un humus plus riche en carbone et en azote.Des conditions dues aux conifères qui poussent là depuis longtemps, explique Nicolas Bélanger.Pas sûr que l\u2019espèce puisse s\u2019adapter assez vite.Même chose pour les mycorhizes de l\u2019érable, ces champignons microscopiques indispensables qui doivent s\u2019associer aux racines de l\u2019arbre.Elles sont très sensibles au pH du sol et pourraient ne pas pouvoir vivre dans ces sols acides.» Tous ces facteurs, et d\u2019autres dont on n\u2019a pas tenu compte au cours des 20 dernières années, pourraient bien venir changer les prédictions en matière de migration des espèces.«En fait, il faut tenir compte des interactions biotiques, pas seulement du climat, résume le chercheur.En somme, les modèles devront être plus écolo - giques que climatiques.» (J.L.) AU PARADIS DE LA MOUSSE Un élément essentiel pour le maintien du pergélisol.icole Fenton parle des mousses comme un entrepreneur en construction parle de laine minérale.«Selon l\u2019épaisseur et l\u2019espèce, dit-elle, un tapis de mousse peut avoir un pouvoir isolant de R2, R3 ou R4.» Mais la professeure et chercheuse à l\u2019institut de recherche sur les forêts de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témis camingue (UQAT), sait que les mousses, les sphaignes et autres bryophytes jouent un rôle bien plus grand \u2013 et fort méconnu \u2013 dans le maintien de la dynamique écologique de la forêt boréale.En Abitibi, la chercheuse travaille dans la «ceinture d\u2019argile», ces sédiments très fins qui se sont déposés il y a longtemps au fond d\u2019un ancien lac.Un territoire compacté et mal drainé; le paradis des mousses.Ses travaux s\u2019étendent aussi sur la Côte- Nord et dans le Grand Nord québécois; autres terrains propices.«Les tapis de mousse, en isolant le sol de l\u2019air ambiant, ralentissent le gel en hiver et le dégel au printemps, explique-t-elle.Dans les régions nordiques, où l\u2019été est court, cela peut suffire à garder le sol gelé toute l\u2019année.» Un pergélisol «mousso-dépendant», en somme.En cette ère «climato-changeante», on entend souvent parler de la fonte à venir du pergélisol et du dégagement de méthane qui s\u2019ensuivra, accélérant encore le processus de réchauffement.« Ça, c\u2019est oublier le pouvoir isolant des tapis de mousse, nuance la chercheuse.Non seulement la mousse peut-elle préserver le pergélisol, mais sa croissance est favorisée par le réchauffement, ce qui permet la formation de tapis plus épais, donc encore plus isolants.» Quand on sait que la mousse recouvre une très grande partie du sol de la forêt boréale et de la taïga, et que l\u2019épaisseur du tapis de certaines mousses peut atteindre 60 cm, on ne peut que vouloir réévaluer les prévisions climatiques concernant les sols gelés.Selon Nicole Fenton, cette mousse n\u2019empêchera pas complète - ment le pergélisol de dégeler, mais elle ralentira le processus.«Dans les modèles climatiques actuels, on ne tient pas assez compte de cette variable.C\u2019est ce qu\u2019il faut maintenant clarifier.» (J.L.) VI La recherche dans le réseau de l\u2019Université N I C O L E F E N T O N N D VII e thermomètre est passé sous la barre des -15 °C et le vent glacial souffle sans relâche.Emmitouflés, bottés, chapeautés et gantés, les passants accélèrent le pas, pressés de se réfugier dans le confort de leurs maisons bien chauffées.Et dire que l\u2019hiver ne fait que commencer ! Si les premiers froids mettent nos organismes à l\u2019épreuve, imaginez un instant ce que subissent les animaux pendant des mois\u2026 «Pour ceux qui n\u2019hibernent pas, c\u2019est tout un défi ! Surtout les petits animaux, qu\u2019il s\u2019agisse de mammifères ou d\u2019oiseaux », précise François Vézina, chercheur en écophysiologie animale à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Il tente justement de comprendre comment les mésanges à tête noire passent le cap de l\u2019hiver.Contrairement à beaucoup de petits oiseaux, ces passereaux au cri caractéristique (le fameux «chik-a-didi») ne migrent pas.«Pour vivre, les mésanges doivent maintenir leur température interne à 40°C ou 41°C.Quand il fait -30 °C dehors, elles doivent donc générer 70 °C, et elles ne pèsent que 10 g !» rappelle le scientifique, admiratif devant son modèle de recherche.Il y a de quoi ! Car plus le corps d\u2019un animal est petit, plus sa surface en contact avec l\u2019air est élevée par rapport à son volume.Résultat, ces bêtes perdent proportionnellement davantage de chaleur que les grosses, et doivent dépenser beaucoup plus d\u2019énergie pour maintenir leur température.«L\u2019hiver, la dépense énergétique des mésanges est telle que, au lever du soleil, elles ont tout juste assez de réserves pour survivre quelques heures.Elles doivent manger dès le matin pour engraisser et pouvoir jeûner la nuit suivante.Leur masse fait donc \u201cle yoyo\u201d dans la journée !» explique François Vézina qui arpente depuis cinq hivers la Forêt d\u2019enseignement et de recherche (FER) de Macpès, gérée par le cégep de Rimouski, où vivent quelques centaines de mésanges.Avec ses étudiants, il a équipé ses protégées (de 200 à 300 individus) de bagues de couleur, pour pouvoir On connaît assez bien les mécanismes qui permettent aux oiseaux de survivre à l\u2019hiver.Mais comment réagissent-ils aux gels et aux redoux aussi subis qu\u2019imprévisibles?Par Marine Corniou LE SECRET DE LA MÉSANGE é duQuébec L\u2019hiver sous la loupe F R A N O I S V É Z I N A L les observer sans avoir à les capturer systématiquement.Le but de l\u2019opération?En apprendre plus sur la capacité des oiseaux à s\u2019ajuster rapidement, d\u2019un jour à l\u2019autre, aux variations de température.«La thermorégulation chez les oiseaux est étudiée depuis les années 1950, et on commence à bien connaître les mécanismes impliqués à l\u2019échelle saisonnière, dit le biologiste.Mais on ne sait pas encore ce qui se passe lorsque la température varie de 0°C à -30°C en 24 heures, par exemple.De plus, avec les changements climatiques, il y a davantage d\u2019épisodes de redoux.Les oiseaux perçoivent-ils ce signal comme un relâchement des contraintes thermiques?Perdent-ils en partie leur capacité d\u2019endurance?À quelle vitesse leur métabolisme s\u2019ajuste-t-il en cas de réchauffement soudain?C\u2019est ce que nous voulons découvrir.» Entre septembre et mars, les mésanges de la forêt Macpès sont donc capturées, pesées et mesurées.Leur performance métabolique est également évaluée.Pour ce faire, les scientifiques placent les oiseaux dans une «chambre métabolique» dont la température est strictement contrôlée.«On mesure le métabolisme de base, qui correspond aux coûts de maintenance de l\u2019organisme, ainsi que le métabolisme maximal.Pour cela, on fait frissonner l\u2019animal en abaissant la température, et on mesure sa consommation d\u2019oxygène jusqu\u2019à ce que le métabolisme n\u2019augmente plus.C\u2019est un peu comme lorsqu\u2019un athlète passe un test de consommation maximale d\u2019oxygène!» illustre François Vézina.Pour pousser plus loin les analyses, l\u2019équipe souhaite aussi comparer les performances des mésanges avec celles de deux autres espèces, le plectrophane des neiges qui passe sa vie entre la toundra arctique et le sud du Canada, où il est exposé à des conditions froides toute l\u2019année, et le bruant à gorge blanche qui fuit au contraire le froid en migrant vers le sud des États-Unis, en hiver.«L\u2019idée, derrière tout ça, c\u2019est de mieux comprendre comment les changements climatiques vont affecter les espèces, et quelles sont celles qui s\u2019adapteront le mieux à un environnement très variable», résume le chercheur.?VIII Nos voitures, nos routes, nos lignes électriques, nos éoliennes arriveront-elles un jour à faire fi du froid, du gel et du givre?Ce sont quatre défis qui retiennent l\u2019attention de nos ingénieurs chercheurs.Par Joël Leblanc DES TECHNOLO G COMMENT LES MÉSANGES S\u2019ADAPTENT AU FROID Pour survivre à l\u2019hiver, les mésanges multiplient les stratégies.D\u2019abord, elles profitent d\u2019un plumage dense qu\u2019elles peuvent gonfler pour y emprisonner l\u2019air.C\u2019est en quelque sorte ce que nous faisons quand nous rembourrons nos manteaux de duvet, un merveilleux isolant.«Mais chez les petits oiseaux, il y a une limite physique à la quantité et au volume des plumes!» nuance François Vézina, chercheur au laboratoire d\u2019écophysiologie à l\u2019UQAR.Les mésanges, comme d\u2019autres espèces, doivent donc miser sur des changements physiologiques importants.«La nuit, par exemple, leur température interne descend de cinq à six degrés, ce qui leur permet de réduire la consommation de leurs réserves», précise-t-il.Mais il leur faut plus.Pour augmenter leur endurance au froid, ces petits passereaux commencent à modifier leur physiologie dès la fin de l\u2019été.D\u2019abord, leur taux de globules rouges dans le sang (hématocrite) s\u2019accroît.Conséquemment, ces derniers transportent davantage d\u2019oxygène, ce qui permet à l\u2019oiseau de maintenir son métabolisme élevé.Ensuite, la taille de plusieurs organes, dont le cœur, les intestins et les muscles pectoraux \u2013 les muscles du vol \u2013 augmente elle aussi.«N\u2019importe quel muscle, en se contractant, produit de la chaleur.Ainsi, quand les mésanges se mettent à frissonner, contractant leurs muscles très rapidement, elles réchauffent leur organisme entier.Plus la masse de leurs muscles pectoraux est grande, plus ils produisent de chaleur.Et plus ils assurent leur endurance au froid», précise François Vézina.Évidemment, tous les individus ne sont pas égaux quand le mercure chute.Certains tirent mieux que d\u2019autres leur épingle du jeu.Lesquels?Le biologiste croit qu\u2019il existe un lien entre l\u2019endurance au froid d\u2019un individu et son succès reproductif.C\u2019est ce qu\u2019il compte mettre en évidence.«Jusqu\u2019ici, personne n\u2019a encore prouvé que les individus les plus performants l\u2019hiver sont aussi ceux qui transmettent le plus leurs gènes», dit-il.Son équipe a donc relevé, lors de la dernière saison de reproduction, le «succès» d\u2019une quarantaine de couples, dont les performances hivernales seront enregistrées.Difficile d\u2019en suivre un plus grand nombre: la forêt Macpès compte 1 100 nichoirs, mais les mésanges préfèrent de loin les sites de nidification naturels.1DES BATTERIES DE VOITURE INTELLIGENTES Il est loin ce temps où la jument familiale assurait le transport de toute la maisonnée en tirant la charrette ou le traîneau.Quoique rustique, ce mode de transport avait l\u2019avantage de fonctionner aussi bien l\u2019été que l\u2019hiver.Aujourd\u2019hui, nous nous déplaçons plus loin et plus vite.Mais à l\u2019aube du remplacement des voitures à essence par leurs équivalentes électriques, l\u2019hiver constitue notre défi technologique principal.Pour Loïc Boulon, professeur au Département de génie électrique et génie informatique, et chercheur principal à l\u2019Institut de recherche sur l\u2019hydrogène de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le défi du transport électrique est double.«D\u2019abord, les batteries ne peuvent livrer qu\u2019une fraction de leur énergie, puisque le froid ralentit leurs réactions chimiques internes, dit-il.Ensuite, on doit tirer plus d\u2019énergie de ces batteries, déjà moins performantes, pour chauffer l\u2019habitacle et assurer le confort des passagers.En fin de compte, poireauter dans les bouchons de Montréal par -30 °C peut épuiser la batterie en une heure, pour une autonomie concrète de 2 km! Toute l\u2019électricité disponible est utilisée pour le chauffage.» Loïc Boulon planche sur une meilleure configuration électromécanique pour les batteries des voitures.Une des avenues qui se présentent consiste à utiliser une partie de l\u2019énergie de la batterie pour réchauffer celle- ci.«Les réactions électrochimiques à l\u2019intérieur s\u2019y déroulent alors mieux et, paradoxalement, elle peut fournir plus d\u2019énergie que si on ne la chauffe pas.» Mais il est exclu de la garder chaude en tout temps, surtout si on ne s\u2019en sert pas.«Pour optimiser la gestion de l\u2019énergie, explique le professeur, il vaut parfois la peine d\u2019arrêter le chauffage de la batterie si on prévoit ne pas utiliser la voiture pendant un certain temps, quitte à la chauffer de nouveau au besoin.» La recherche dans le réseau de l\u2019Université XI Pour mettre à l\u2019épreuve les éoliennes, les chercheurs ont recours à des laboratoires-souffleries.On peut alors mesurer l'adhésion et l'accumulation de glace et évaluer si un revêtement permettrait à la pale de se déglacer elle-même grâce à la force centrifuge.Les pales d\u2019éolienne et les hélices d\u2019hélicoptère présentent les mêmes défis d\u2019ingénierie.Dans les deux cas, leur profil a été étudié pour tirer profit au maximum du flux d\u2019air.Recouvrez-les de givre et elles perdent rapidement leurs propriétés.Si, dans le cas d\u2019une éolienne, il n\u2019en résultera qu\u2019une perte d\u2019efficacité, ce sera autrement plus critique pour un hélicoptère.«Intégrer un système de dégivrage sur un hélicoptère n\u2019est pas aisé, explique Jean Perron, physicien, professeur au Département des sciences appliquées de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur du Laboratoire international des matériaux antigivre.Certains des plus gros hélicoptères possèdent des systèmes de dégivrage fondés sur le chauffage thermique des pales.Mais nous avons peu de solutions pour les petits hélicoptères de six passagers et moins.Le problème, c\u2019est qu\u2019un système de dégivrage est encombrant et ajoute du poids, sans compter l\u2019énergie qu\u2019il consomme.Un hélicoptère est un engin déjà très optimisé.Le poids et l\u2019espace sont à la limite des performances mécaniques.» Depuis quelques années, le chercheur et son équipe travaillent avec le fabricant Bell Helicopter Textron de Mirabel pour trouver des solutions.«On explore la voie thermique, en tentant de trouver comment transmettre l\u2019énergie entre la cabine et les pales qui tournent.Nous planchons aussi sur l\u2019élaboration d\u2019enduits qui empêcheraient la glace d\u2019adhérer aux pales.Le défi, c\u2019est que ces enduits glaciophobes, quand ils fonctionnent, adhèrent difficilement au métal.» Autre angle d\u2019attaque: des éléments piézoélectriques dans les pales qui pourraient les faire vibrer durant quelques secondes afin de briser le givre accumulé.Ici encore, on est loin de la commercialisation, car les vibrations doivent être importantes et nécessiteraient aussi beaucoup d\u2019énergie.À Montréal, François Morency, professeur au Département de génie mécanique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), se penche de son côté sur le givrage des éoliennes.«Il serait théoriquement possible d\u2019implanter des systèmes chauffants sur les pales pour faire fondre le givre, explique-t-il.Cependant, les pales sont si grandes, et tournent si vite dans l\u2019air froid, que l\u2019énergie requise est trop importante et que les éléments chauffants pomperaient presque toute l\u2019énergie produite par l\u2019éolienne.» Il vaut mieux stopper les éoliennes lorsqu\u2019elles deviennent inefficaces.«Nous travaillons surtout sur la détection du givre.Nous compilons des bases de données climatiques pour les régions du Québec et nous tentons de bâtir des modèles permettant de prédire la formation de givre à petite échelle.D\u2019autant que les éoliennes elles-mêmes fournissent des informations importantes.On peut suivre en temps réel leur production d\u2019électricité.Lorsque les valeurs sont trop basses pour le vent mesuré, on déduit que du givre s\u2019est formé.Vaut mieux alors les arrêter et attendre que la glace se détache», estime le chercheur.Quelques autres avenues sont explorées, comme des coussins de caoutchouc, sur le bord d\u2019attaque des pales, qui se gonfleraient pour déloger la glace.?LES CHEMINS DE BOIS MENACÉS Le Québec est traversé de part en part par des centaines de kilomètres de chemins forestiers.Un réseau méconnu qui pourrait souffrir du réchauffement climatique.«Une partie de ce réseau est situé en terrain marécageux.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi, historiquement, la coupe de bois se faisait en hiver, quand le sol était gelé, relate Guy Chiasson, politologue à l\u2019Université du Québec en Outaouais et directeur du Centre de recherche sur le développement territorial.Il était aussi plus facile, alors, de transporter les billots.» Mais le monde forestier a changé.Tout comme nos hivers.«Il faut maintenant s\u2019attendre à des coups d\u2019eau provoqués par des pluies torrentielles plus fréquentes, prévient-il.Et qui endommagent les chemins.» Ce qui pose autrement la question de l\u2019entretien: à qui cela incombe-t-il?Surtout que les utilisateurs ne sont plus seulement les camionneurs, mais aussi les villégiateurs et les motoneigistes.Pis, l\u2019hiver, certains tronçons sont connectés par des ponts de glace qu\u2019il faut aussi baliser et surveiller.Or, avec nos périodes de gel écourtées, ces chemins s\u2019avèrent plus souvent impraticables.Faudra-t-il donc sonner bientôt le glas des ponts de glace et des chemins de traverse?(R.L.) 4 ET LES PALES?ON EXPLORE LA VOIE THERMIQUE é duQuébec L\u2019hiver sous la loupe e Canada a considérablement augmenté les ressources militaires déployées dans le Grand Nord, ces dernières années.Comment doit-on interpréter cela?Officiellement, le gouvernement veut assurer une présence dans le Nord pour veiller à la sécurité et à l\u2019application des lois.Mais il y a une autre raison, qu\u2019on passe souvent sous silence : le Canada est en plein processus de reconstruction identitaire.Le pays symbolique que les Canadiens ont porté durant la seconde moitié du XXe siècle \u2013 celui de la paix, de la négociation, de la tolérance \u2013 est en train de laisser place au pays qui gagne ses guerres, qui se bat contre les «méchants» et qui a des richesses extraordinaires à offrir.L\u2019Arctique joue un rôle central dans la cons - truction de cette nouvelle identité.Il devient un élément de fierté, de richesse et de prospérité.Le Canada voudrait exercer sa souveraineté sur un éventuel passage du Nord- Ouest ouvert à la navigation.A-t-il les mo yens de ses ambitions?Oui, mais ces moyens seront très limités et il faudra nécessairement accepter une forme de gestion du risque.On ne pourra jamais atteindre là-bas le niveau de sécurité qu\u2019on a dans le fleuve Saint-Laurent.Par exemple, on ne dispose pas de bases militaires dans le Nord, ce qui compliquerait les opérations de recherche et de sau - vetage.Il faut huit heures à un avion Hercules pour faire le trajet entre la base de Trenton, dans le sud de l\u2019Ontario, et Resolute Bay, au Nunavut.Il faudra collaborer avec les États-Uniens, les Danois et peut-être avec les Russes, aussi.Même les États-Uniens, malgré les moyens énormes dont ils disposent, ont un seul brise- glace et très peu de ressources dans l\u2019Arc - tique.En cas de catastrophe, le Canada pourra autant prêter main-forte aux États-Unis que l\u2019inverse.Les pays côtiers de l\u2019océan Arctique préparent leurs revendications en vue de s\u2019approprier une portion du plancher océanique.Une sorte de «Guerre froide» pourrait-elle se développer entre le Cana - da et les États-Unis?Ces questions vont se régler par voie diplomatique, en s\u2019appuyant sur des informations scientifiques.Des géologues sont en train de déterminer à quels territoires sont reliées les chaînes de montagnes sous-marines.Bien sûr, il y aura des chevauchements.Le pôle Nord sera réclamé au moins par le Canada et par la Russie, peut-être aussi par le Danemark.Or, on n\u2019y trouve aucune ressource naturelle.L\u2019intérêt du pôle Nord est strictement symbolique.Il est question de déterminer la nationalité du père Noël ! On a toujours tenu pour acquis qu\u2019il était canadien.On peut en rire, mais ce conte collectif, qu\u2019on se raconte depuis des décennies, participe à l\u2019identité nationale.Il y a peu de symboles qui font consensus au Canada.Les Russes, eux, ont d\u2019autres choses sur lesquelles tabler.Pour un gouvernement qui accorde autant d\u2019importance à l\u2019Arctique, le fédéral ne semble pas être particulièrement fier que le Canada assume la présidence du Conseil de l\u2019Arctique depuis 2013.Pourquoi?Le gouvernement conservateur entretient une triple méfiance à l\u2019égard du Conseil de l\u2019Arctique.D\u2019abord, c\u2019est une initiative des Libéraux, née sous Jean Chrétien.Ensuite, le Conseil s\u2019est toujours préoccupé avant tout des questions environnementales, et non des questions économiques.Enfin, les Conservateurs sont d\u2019office méfiants à l'endroit des organisations internationales qu\u2019ils perçoivent comme inefficaces et coûteuses.Depuis son arrivée à la présidence, le Canada tente de réorienter les priorités du Conseil de l\u2019Arctique dans le but d\u2019en faire une organisation de coopération pour le développement du Nord.Il est trop tôt pour savoir si cela sera un succès.Un des signes sera la présidence états-unienne qui débutera en mai prochain.On verra si elle aura les mêmes priorités.?Propos recueillis par Dominique Forget XII Professeur titulaire à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), le politologue Stéphane Roussel se passionne pour les questions de souveraineté et de sécurité dans le Grand Nord.LE PÈRE NOËL EST-IL CANADIEN ?Patrouille militaire canadienne au-dessus de l\u2019île de Baffin, l\u2019été dernier A D R I A N W Y L D / L A P R E S S E C A N A D I E N N E L "]
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