Québec science, 1 janvier 2015, Mars 2015, Vol. 53, No. 6
[" quEbEc SciEncE À LA RECONQUÊTE DE L\u2019ÂME CYRULNIK LA MODE DES START-UPS ENTREVUE EXCLUSIVE DE L\u2019ÉLAN POUR L\u2019INNOVATION Mars 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA FANTASMES LA VRAIE NATURE DES Alambiqués, curieux, obsédants ou normaux, les fantasmes peuvent aussi devenir pathologiques.LE DÉNOUEMENT ET LE TEMPS D\u2019UNE PAIX LA GRANDE GUERRE 1418 40065387 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 Braconnage CRIME CONTRE NATURE Pergélisol UNE BOMBE CLIMATIQUE Serge Bouchard LA ROUTE, AU CIEL Nos cerveaux sont hyperactifs ulaval.ca/noscerveaux C r é d i t : M a r c R o b i t a i l l e 17 Jean-Pierre Rogel Rencontre avec un cousin dragon 50 Serge Bouchard Une route, au ciel 4 BILLET Sortir de l\u2019austérité Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 49 SUR LA TOILE/LIVRES Par Marine Corniou quEbEc SciEncE MARS 2015 C O U V E R T U R E : T O D D G I P S T E I N / C O R B I S EN COUVERTURE 20 Fantasmes: du côté de l\u2019interdit Alambiqués, curieux, obsédants, fleur bleue\u2026 Qu\u2019importe leur nature, les fantasmes sont toujours excitants et pimentent la vie sexuelle.Mais quand ils flirtent avec l\u2019interdit ou l\u2019inavouable, certains d\u2019entre eux peuvent devenir pathologiques.Par Marine Corniou TECHNOLOGIE 26 Une terre promise pour l\u2019innovation Le Québec traîne de la patte en matière d\u2019innovation technologique.Pourrait-il s\u2019inspirer de l\u2019État hébreu, champion des brevets et des start-ups?Par Dominique Forget 30 Une nouvelle forme d\u2019entreprenariat qui gagne Montréal ÉCOLOGIE 35 Crimes contre nature Nourri par une insatiable demande, le marché des cornes de rhinocéros et de défenses d\u2019éléphant est toujours florissant.Les pays impliqués, appuyés par la communauté internationale, commencent toutefois à se donner de meilleurs moyens pour enrayer cet odieux trafic.Par Jean-Pierre Rogel LA GRANDE GUERRE 14-18 40 Le dénouement et le temps d\u2019une paix La Grande Guerre devait être courte.Elle durera plus de quatre ans et laissera derrière elle des villes détruites, des empires écroulés, des millions de morts et de mutilés, beaucoup de désespoir et un monde à refaire.Par Raymond Lemieux ENTREVUE EXCLUSIVE 8 BORIS CYRULNIK ET LA RECONQUÊTE DE L\u2019ÂME « Quand la mémoire est saine, une représentation de soi cohérente et apaisante se construit en nous.Mais une mémoire traumatique ne permet pas la construction d\u2019une représentation de soi sécurisante.» Propos recueillis par Elias Levy CLIMAT 13 LA BOMBE PERGÉLISOL Dans le nord du Québec, sous les pattes des lagopèdes et des caribous, se trame une catastrophe.Si elle se produisait, les changements climatiques seraient gravement accélérés.Par Raymond Lemieux INNOVATION 15 LA COURSE AU FROID Jusqu\u2019à trois fois plus efficace que nos actuelles technologies de refroidissement, la réfrigération magnétique nous promet un frigo écolo d\u2019ici quelques années.Par Jean-Daniel Doucet ACTUALITÉS RUBRIQUES 26 4 Québec Science | Mars 2015 Sortir de l\u2019austérité \u2019économie est le système nerveux du monde.Elle a des humeurs, des douleurs, des crises et des moments heureux (comme une bonne croissance, selon nos indicateurs).Mais peut-on vraiment en faire une science?Le paramètre «humain» et sa gamme d\u2019émotions \u2013 cupidité, prudence ou audace \u2013 a un effet certain dans le jeu de l\u2019offre et de la demande, dans la décision d\u2019investir ou pas, ou dans la loi du marché.Cela ne se mesure pas comme la quantité de CO2 dans l\u2019atmosphère ou la distance entre la Terre et une planète extrasolaire.Alors, les projections économiques, aussi réfléchies soient-elles, peuvent-elles être fia - bles?Si oui, dans quelle mesure?Sinon, comment les décisions politiques qui en découlent peuvent-elles être bonnes?Comme on nous le ressasse depuis des années, une économie saine implique une gestion responsable.Pour l\u2019heure, cela signifie «déficit zéro» pour les gouvernements, «pas trop de dettes» pour les ménages, et un minimum de rentabilité \u2013 donc de profits \u2013 pour les entreprises.Pas besoin de connaître les théories de John Maynard Keynes, d\u2019Adam Smith ou de Karl Marx pour le comprendre! Pourtant, l\u2019économie comporte sa part d\u2019imprévisible et de réflexes humains et ça, c\u2019est plus compliqué.Gérer l\u2019imprévisible, qui peut réussir cela?Qui accepterait d\u2019écouter un conseiller ou un ministre des Finances qui admettrait être en proie au doute?On pourrait en parler aux Grecs, aux Argentins et aux Islandais! Conséquemment, on planifie.Et pour se rassurer, on écoute et on lit avec assiduité les analyses des quelques rares et brillants vulgarisateurs en économie que sont les Francis Vailles à La Presse, Gérald Fillion à Radio-Canada ou Pierre Fortin dans L\u2019actualité.Mais pour le reste, il faut faire con - fiance.C\u2019est ainsi que l\u2019on choisit de con - tracter une hypothèque pour 25 ans, d\u2019opter pour des REER ou bien de s\u2019offrir la piscine, le chalet ou le voyage rêvés, malgré les crises boursières récurrentes, les fluctuations des taux de change et le risque d\u2019augmentation des taux d\u2019intérêt.N\u2019empêche que le contexte économique est une bête plus capricieuse qu\u2019un lièvre et elle peut faire foirer en un rien de temps les plus beaux projets d\u2019avenir.Cependant, à l\u2019échelle d\u2019une société, peut- on se contenter de décisions économiques pruden - tes?Il n\u2019y a pas de lois de la physique pour le prouver, mais tous les Bombardier, les Hydro-Québec et les Cirque du Soleil sont là pour nous rappeler que, sans audace, il n\u2019y a ni innovation ni enrichissement.Et que cela implique une dynamique de confiance : il n\u2019y a pas que les marchés à rassurer pour relancer l\u2019économie, il y a aussi les contribuables.L\u2019idée qu\u2019avait introduite Daniel Kah- neman, prix Nobel d\u2019économie en 2002, c\u2019est que l\u2019émotion est un facteur déterminant dans une dynamique économique*.On est frileux; on ne fait rien?Alors le cercle vicieux s\u2019enclenche, et le fameux moteur économique, à défaut de carburant, s\u2019épuise.Une idée neuve, un certain culot, un projet solide qui inspire confiance?C\u2019est tout le contraire qui survient.On est donc en droit de se demander \u2013 en toute rationalité \u2013 si le choix de l\u2019austérité et de la rigueur qu\u2019elle implique est bien compatible avec le développement économique\u2026 ?QS * On ne fera pas de cachotteries, l\u2019économiste Daniel Kahneman est aussi psychologue.Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Simon Coutu, Jean-Daniel Doucet, Joël Leblanc, Elias Levy et Jean-Pierre Rogel Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Noam Chen, Frefon, Simon Coutu, Sarah Mongeau-Birkett Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Février 2015 (520e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE DÉCEMBRE VOLUME 53, NUMÉRO 6 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet On a beau faire un budget, surveiller ses dépenses, on n\u2019est pas des êtres économiquement rationnels, a déjà constaté Daniel Kahneman, prix Nobel\u2026 d\u2019économie.Et les économistes?Le sont-ils, rationnels?L FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa fi liale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est gestionnaire de fonds d\u2019investissement, gestionnaire des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planifi cation fi nancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fl uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.Voir notre vidéo : bit.ly/ferique40ans À GA GNER : 40 LOTS DE 1 000 $ Avec près de 22 000 clients et plus de 2 milliards $ d\u2019actifs, les Fonds FÉRIQUE sont devenus une présence ?nancière incontournable, au service des professionnels en génie, de leurs familles et de leurs entreprises.40 ANS ET BEAUCOUP PLUS QUE DES REER ! Assurez-vous simplement d\u2019avoir fait une cotisation nette d\u2019au moins 500 $ à un compte admissible : REER, CELI, REEE, CRI ou compte d\u2019investissement chez Services d\u2019investissement FÉRIQUE avant la date prévue aux règlements.Plus vous cotisez, plus vos chances de gagner augmentent ! Un premier tirage a eu lieu le 15 décembre dernier.Félicitations aux 20 gagnant(e)s ! Prochain tirage (20 lots) : 16 mars 2015 Détails et règlements : ferique.com Ils vous offrent des solutions de placement concurren tielles, des services-conseils de premier plan et un accompagnement de grande qualité à toutes les étapes de votre vie par l\u2019entremise de Services d\u2019investissement FÉRIQUE.À l\u2019occasion des 40 ans des Fonds FÉRIQUE, nous soulignons par un grand concours leur contribution à la réussite ?nancière de milliers de personnes. 1.PIED DE NEZ AUX CHASSEURS DE PLANÈTES Université de Montréal La découverte d\u2019une nouvelle exoplanè- te, unique en son genre, a retenu l\u2019attention d\u2019Anne Boucher de Montréal : «Depuis très longtemps les gens se posent la question: \u201cSommes nous seuls?\u201d Et c\u2019est avec la découverte d\u2019exoplanètes aussi étranges que celle-ci que nous arriverons à la réponse.Bravo encore!» De son côté, Anne Doustin de Gatineau trouve que : « La recherche de Marie-Ève Naud est un superbe modèle de curiosité intellectuelle et de persévérance.Penser autrement a permis de découvrir cette exoplanète esseulée et de faire avancer notre connaissance de l\u2019Univers.» Jean-Philippe Chassé de Mont réal note : «Cette découverte marque non seulement un nouveau record dans le monde des exopla - nètes, mais démontre aussi la puissance de la technique d\u2019imagerie directe.» 2.UN ANGE GARDIEN CONTRE L\u2019ALZHEIMER Université McGill Nombre de nos lecteurs ont été touchés par la découverte de Judes Poirier sur l\u2019alzheimer, une maladie qui nous concerne tous de près ou de loin.Milena Stojanac de Montréal l\u2019a classée en tête : «Parce qu\u2019elle touche la famille; parce qu\u2019elle apporte de l\u2019espoir dans un domaine où les découvertes se font rares; parce que la terrible maladie d\u2019Alzheimer nous atteint dans tout ce qu\u2019il y a de plus humain, ce qui fait de nous ce que nous sommes.» François Fournier de Montréal a tenu quant à lui à souligner la persévérance de l\u2019équipe : «Ce que j\u2019admire le plus chez certains scientifiques, c\u2019est leur capacité à sortir des sentiers battus ainsi que leur détermination à vérifier leurs hypothèses.En recherchant un facteur protecteur plutôt que causal pendant plus de 10 ans, cette équipe a fait montre de ces grandes qualités à la source des innovations scientifiques.» 3.L\u2019ÉPINETTE CONTRE-ATTAQUE Université Laval «La découverte chez l\u2019épinette d\u2019un gène résistant à la tordeuse représente un espoir énorme pour la foresterie du Québec, qui ne peut actuellement presque rien contre cet insecte», souligne Antoine Desrochers de Québec, qui a voté pour cette percée scientifique : «La plantation d\u2019épinettes résistantes garantirait une augmentation du rendement, augmentant ainsi le volume de bois disponible pour la récolte [\u2026].Il s\u2019agit là d\u2019une excellente nouvelle pour le secteur forestier, qui représente l\u2019un des plus gros employeurs du Québec.» Estelle Girard de Chicoutimi retient cette découverte pour son intérêt environnemental : «Voilà qui permettra d\u2019éviter l\u2019utilisation de pesticides chimiques néfastes pour l\u2019environnement.Un exem - ple de recherche qui prouve que la nature connaît les solutions à bien des problèmes et que nous devrions être plus attentifs à ses messages.» 4.CHOQUÉ À VIE Université du Québec à Trois-Rivières \u2013 Université McGill \u2013 Université du Québec à Montréal \u2013 Université de Montréal Hugues Leblond de Trois-Rivières a choisi comme découverte de l\u2019année celle de Louis De Beaumont sur les consé quences à long terme des commotions cérébrales : «Nous connaissons tous un sportif qui a été victime d\u2019une commotion cérébrale et voici enfin une percée majeure qui démontre les effets à long terme de ce traumatisme trop souvent banalisé.Bravo!» Ce travail a aussi obtenu la faveur de Camille Blanckaert de Montréal : «Les commotions cérébrales sont observées dans de nombreux sports, incluant le hockey et le football.[\u2026] Le milieu sportif professionnel est davantage conscientisé et amené à réagir plus vite.Ce qui ne résout pas pour autant le problème.[\u2026] Je crois donc important de faire progresser les travaux de recherche vers une meilleure compréhension et le développement de so lu tions thérapeutiques.» 5.PÉTROLE À HAUT RISQUE Université du Québec à Rimouski L\u2019étude des chercheurs sur les conséquences éventuelles d\u2019un accident d\u2019exploitation du site Old Harry a été sélectionnée par Eveline Ross-Phaneuf de Fatima aux Îles- de-la-Madeleine : «[Je suis] fière que des scientifiques prennent part, de façon indépendante, à des débats de société de cette envergure.» Mary-Christine Thouim de Gatineau a elle aussi retenu cette étude : «Choix difficile entre 10 sujets intéressants et de qualité.En optant pour \u201cPétrole à haut risque\u201d, je privilégie la \u201cscience-impératif\u201d plutôt que la \u201cscience-curiosité\u201d.Cette recherche nous touche directement et immédiatement.Elle concerne la continuité même de la vie au cours des décennies à venir.» Tous nos lecteurs qui ont voté pour cette étude soulignent l\u2019importance de préserver les ressources naturelles pour l\u2019avenir du Québec.6 Québec Science | Mars 2015 courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre Au moment de mettre sous presse, plus de 2 000 lecteurs ont déjà voté pour leur découverte 2014 préférée (Québec Science, janvier-février 2015).Et ils ne manquent pas d\u2019arguments pour faire valoir leur choix.L\u2019élu de cette année?Patience, il vous sera annoncé dans notre prochaine édition.Vos découvertes de l\u2019année 2014 6.UNE MANNE DE CELLULES SOUCHES Université de Montréal Multiplier les cellules souches du sang de cordon est synonyme d\u2019espoir pour les personnes souffrant de leucémie.Ce que Diane Huberdeau de Rosemère sait pertinemment: «Ayant été atteinte de leucémie aiguë et ayant reçu une greffe de moelle osseuse de ma sœur, je réalise la chance immense que j\u2019ai eue.Cette découverte permettra à ceux qui n\u2019ont pas de donneur d\u2019avoir l\u2019espoir de guérir et de vivre.» Jean-Pierre Dubost de Montréal penche lui aussi pour ce choix : «Encore une fois, la sélection de la découverte scientifique 2014 est une tâche difficile.Puisqu\u2019il faut choisir, je vote pour les cellules souches.Même si on les connaît depuis plusieurs années, leur production a toujours posé un problème.Elles sont la clé pour fabriquer du sang ou tout autre tissu vivant.» Brigitte St-Denis de Montréal souligne aussi : «Cette découverte prouve qu\u2019une institution publique du Québec peut se positionner comme un leader mondial dans la recherche sur le cancer.» 7.LES DESSOUS DE VÉNUS INRS Eau Terre Environnement - Commission géologique du Canada La découverte d\u2019unmécanisme «parallèle» à la tectonique des plaques, grâce à l\u2019observation de Vénus, a retenu l\u2019attention d\u2019Anne-Sophie Corriveau de Québec : «L\u2019étude du comportement des continents à la surface de la Terre il y a 2,5 milliards d\u2019années est un défi en soi.La comparaison avec une autre planète est une étude hors de l\u2019ordinaire qui nous transporte aussi loin dans le temps que dans l\u2019espace!» Gilles Bellemare de Lac-Beauport a lui aussi choisi ce sujet: «[Un] travail original sortant des sentiers battus, qui offre un modèle intéressant.» Martine Savard de Québec s\u2019enthousiasme également pour l\u2019hypothèse de ces deux chercheurs, car : «Cette découverte révolutionne notre conception des processus terrestres qui prévalaient lors de l\u2019enfance de notre planète!» 8.CETTE MOLÉCULE QUI NOUS DÉPRIME Université McGill Vaincre les préjugés sur la dépression et améliorer la prise en charge de cette maladie, c\u2019est l\u2019espoir qu\u2019offre la décou verte du docteur Turecki.Et c\u2019est ce qu\u2019ont apprécié les lecteurs qui l\u2019ont choisie.«Cette découverte ouvre la voie à la médecine personnalisée, mais aussi au repérage de la signature biologique des maladies psychiatriques», souligne Thierno Madjou Bah de Halifax, en Nouvelle-Écosse.«Il s\u2019agit d\u2019une découverte qui pourrait enfin permettre d\u2019améliorer notre prédiction quant à l\u2019efficacité des antidépresseurs.De nos jours, les psychiatres essayent différentes \u201crecettes\u201d d\u2019antidépresseurs en avançant plus ou moins dans le noir.Cette découverte permettrait de les éclairer quelque peu», estime Alexandra Hoehne de Montréal.Psychologue de formation, Sonya Jacques de Québec rappelle que : «La dépression a des coûts sociaux énor - mes et nous devons trouver ses causes afin de mieux cibler les traitements.» 9.DEUX PRINTEMPS ARCTIQUES Université Laval - Université du Québec à Rimouski Lamise en évidence d\u2019une deuxième «éclosion» de phytoplancton à l\u2019automne en dit long sur l\u2019impact des changements climatiques.«Cette découverte démontre à quel point ces changements peuvent être rapides et importants.Nous ignorons probablement encore les effets du \u201cdeuxième printemps arctique\u201d, mais cette découverte constitue un excellent point de départ», note François Clayer de Québec.Martine Lizotte, de Québec également, a choisi cette élégante étude : «Car elle met en lumière des modifications profondes par le biais des technologies de pointe à la disposition des océanographes.» Et de rappeler que l\u2019Arctique est un témoin fonda mental des changements biogéochimiques et climatiques de notre planète.10.COMME LES COQUILLAGES Université McGill S\u2019inspirer de la nacre des coquillages pour créer du verre 200 fois plus résistant, voilà un travail qui a plu à Miguel Levasseur de Québec : «Le développement de su- per-matériaux comme le verre microfissuré est annonciateur d\u2019avancées dans plusieurs autres domaines, comme la construction et le transport.C\u2019est une découverte à fort potentiel.» Huguette Thibeault de Belœil, enseignante de biologie au collégial, s\u2019enthousiasme elle aussi pour ce bel exemple de biomimétisme : «Observer, intégrer et transférer les apprentissages provenant des coquillages, voilà qui est sage! Prendre le temps d\u2019apprendre et de comprendre est l\u2019essence la science.L\u2019appliquer est une valeur ajoutée, que ce soit demain ou au siècle prochain.Bonne continuation!» R O B E R T D U M O N T / U d e S Bar des sciences Animé par Yanick Villedieu Surveillez notre site web ou notre page Facebook.Entrée libre Un bar des sciences Radio-Canada/Québec Science organisé en collaboration avec le Consulat général de France à Québec.Dette et austérité : comment sortir De la crise ?Tout comme au Québec, plusieurs économies dans le monde sont confrontées à une crise financière et une dette publique importantes.Des mesures de rigueur et d\u2019austérité sont maintenant appliquées pour assainir les finances des sociétés.Avec raison?L'économie est-elle une science assez éprouvée pour qu\u2019elle puisse nous fournir de vraies solutions pour sortir des crises?Le mardi 3 mars 2015, à 17 h 30, bistro l\u2019Barouf, 4171, rue Saint-Denis, Montréal À Montréal P ourquoi vous a-t-il fallu tellement de temps avant de raconter votre vie et votre expérience du malheur?Tous ceux qui ont vécu des situations comparables à la mienne ont éprouvé beaucoup de dif?culté à en parler.L\u2019idée de dire «je» m\u2019a longtemps horripilé.Cela tient à la représentation qu\u2019on se fait de soi sous le regard de l\u2019autre.Je dois préciser que ce livre n\u2019est pas une autobiographie.On y apprend très peu de choses sur ma vie personnelle, mis à part deux faits, déjà connus : que j\u2019étais un enfant juif dans la France occupée par les nazis dans les années 1940 et que je suis psychiatre.Il s\u2019agit d\u2019un livre de témoignages.J\u2019ai essayé de confronter ma mémoire à la mémoire des autres et aux archives.C\u2019est donc le devoir de mémoire qui vous a motivé à écrire?Ce n\u2019est pas le devoir de mémoire, mais la contrainte à la mémoire qui m\u2019a poussé à écrire cet ouvrage.Notamment le retour en force, ces dernières années en France, du négationnisme, le mouvement contestant la véracité du génocide des Juifs perpétré par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale.Au début des années 1970, vous avez retrouvé chez votre tante, qui vous a recueilli après la guerre, un texte rédigé en 1948 \u2013 vous aviez 11 ans \u2013 où vous exprimiez le souhait de devenir psychiatre.N\u2019était-ce pas étonnant pour un gamin de cet âge?Pendant la guerre, j\u2019étais un enfant juif persécuté par les nazis, qui vivotait dans un monde incroyable où des adultes incohérents le protégeaient, l\u2019insultaient, l\u2019aimaient et essayaient de le tuer.C\u2019est peut-être ça qu\u2019on appelait «folie».Pour maîtriser ce monde chaotique et ne pas y mourir, il fallait comprendre; c\u2019était ma seule liberté.Enfant dans de telles conditions, j\u2019ai cru que la psychiatrie, science de l\u2019âme, pouvait expliquer la folie du nazisme et l\u2019incohérence des gens qui m\u2019aimaient en souffrant.La nécessité de rendre cohérent ce chaos affectif, social et intellectuel m\u2019a rendu complètement psychiatre, dès mon enfance.Et comme la médecine était alors dans ses 30 glorieuses, que la pénicilline commençait à faire des miracles, autour de moi, on expliquait la guerre et l\u2019immense crime perpétré par les nazis en affirmant que Hitler était syphilitique.Dans mon esprit d\u2019enfant, je pensais qu\u2019il suf?sait que je devienne médecin et psychiatre pour soigner la syphilis de Hitler et empêcher que la folie du nazisme revienne sur Terre.La guerre a donc fait de vous un enfant précoce?Tous les enfants qui vivent dans des pays en guerre ou affrontent des situations graves de traumatisme familial, ou personnel, ont une maturation précoce.J\u2019ai fait comme tous les enfants vivant dans des pays ou des familles 8 Québec Science | Mars 2015 « Quand la mémoire est saine, une représentation de soi cohérente et apaisante se construit en nous.Mais une mémoire traumatique ne permet pas la construction d\u2019une représentation de soi sécurisante.» ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS La reconquête de l\u2019âme Arpenteur de l\u2019âme humaine, le neuropsychiatre, psychanalyste et éthologue français Boris Cyrulnik vient de publier le deuxième tome de ses mémoires, Les âmes blessées* (Éditions Odile Jacob).Il y raconte 50 ans de pratique psychiatrique.Spécialiste mondialement connu du phénomène de la résilience, dont il a été le premier théoricien, ce grand défenseur des enfants a consacré sa vie à aider des milliers d\u2019« âmes blessées » af?igées par le malheur, la pauvreté ou la guerre.Propos recueillis par Elias Levy * Le premier tome, Sauve-toi, la vie t\u2019appelle, a été publié en 2012 chez le même éditeur. en dif?culté : j\u2019ai mûri beaucoup trop tôt.Mais je ne suis pas le seul.Aujourd\u2019hui, en France, les Maghrébines prennent en charge toute leur famille à 10 ans.Elles remplissent les papiers administratifs, font les courses et s\u2019occupent de leurs petits frères.On les admire.On a tort, parce que ces ?llettes ne vont plus à l\u2019école, entravent leur développement et ont devant elles des perspectives de vie assez sombres.Les négationnistes n\u2019exploitent-ils pas, pour accréditer leur thèse, les défaillances de mémoire des survivants de la Shoah?Tous les criminels font ça.Quand un criminel est jugé, il cherche à mettre en doute le témoignage des autres.C\u2019est son système de défense.Depuis que des scienti?ques travaillent sur la mémoire, on a constaté que cette dernière ne cesse de changer, même chez ceux qui n\u2019ont pas subi de traumatisme.On a fait de nombreuses expérimentations \u2013 j\u2019en présente quelques- unes dans mon livre \u2013 qui démontrent que la représentation de notre passé change spontanément selon le contexte.N\u2019est-ce pas alors un exercice ardu et même périlleux que de revisiter, 60 ans plus tard, votre mémoire d\u2019enfant?Quand la mémoire est saine, une représentation de soi cohérente et apaisante se construit en nous.Mais une mémoire traumatique ne permet pas la construction d\u2019une représentation de soi sécurisante, puisque, en l\u2019évoquant, on fait revenir à la conscience l\u2019image du choc.Dans une mémoire saine, la représentation de soi raconte la manière de vivre qui nous permet d\u2019être heureux.Dans une mémoire traumatique, une déchirure insensée ?ge l\u2019image passée et brouille la pensée.Toute représentation de soi est alors une chimère.Chacun des éléments qui la composent est vrai; il n\u2019y a pas de mensonge dans ce complexe processus mémoriel.Les images enfouies dans la mémoire sont authentiques, mais la narration que nous faisons de notre passé est une recomposition qui évolue en fonction du contexte dans lequel nous vivons.La trace cérébrale d\u2019un événement est inscrite dans notre mémoire, alors qu\u2019on n\u2019en a pas conscience.C\u2019est pourquoi il est essentiel de faire une distinction entre la mémoire et le souvenir.Comment les différencier ?Le souvenir est une narration, une mise en scène théâtrale de soi.Ce n\u2019est pas un mensonge pour autant! Ce que le souvenir dit ne correspond pas forcément à la vérité des faits, mais à la vérité du sujet qui se Mars 2015 | Québec Science 9 G A I L O R E N S T E I N / N U R P H O T O / R E X / L A P R E S S E C A N A D I E N N E « Le XXe siècle a été celui des camps de concentration et d\u2019extermination.Le XXIe siècle sera celui des camps de réfugiés, af?rme Boris Cyrulnik.Les millions d\u2019enfants ballotés dans ces camps de l\u2019exil, qui essaiment aux quatre coins du monde, symbolisent avec éclat le désespoir démesuré qui continue de ronger l\u2019humanité.Blessés par l\u2019existence et la fatalité de la vie, ces jeunes réfugiés risquent d\u2019être poussés dans un torrent.Si ces enfants se laissent emporter par ce torrent, s\u2019ils n\u2019auront plus rien à quoi se rattacher.Viendra alors le moment fatal où ils se fracasseront.C\u2019est là où la résilience, c\u2019est-à-dire le processus permettant à une personne ayant subi un traumatisme grave de s\u2019en sortir dans la vie, peut jouer un rôle déterminant.La résilience, c\u2019est l\u2019art de naviguer dans les torrents.» Enfants syriens dans un camp de réfugiés en Turquie souvient d\u2019un événement à un moment précis de sa vie.Une personne ayant subi un traumatisme psychique choisira dans son souvenir les éléments qui légitiment le sentiment de malheur qu\u2019elle éprouve.Pour ma part, j\u2019ai essayé, dans ce livre, de revisiter, réinterpréter et corriger les erreurs contenues dans mes récits d\u2019enfant.Ces failles avaient pour fonction de rendre mon récit cohérent et supportable.J\u2019ai vécu, enfant, dans un réel complètement fou: c\u2019était fou d\u2019être condamné à mort pour une raison que je ne comprenais pas.Pour survivre, il y a eu des moments où j\u2019étais obligé d\u2019arranger des images, et ma mémoire en a gardé l\u2019empreinte.Par exemple, j\u2019ai cru un moment qu\u2019un of?cier allemand m\u2019avait laissé généreusement partir lors d\u2019une évasion.J\u2019avais besoin de croire ça \u2013 bien que ce n\u2019était pas vrai \u2013 pour m\u2019assurer que, dans l\u2019univers infernal où je vivais, il subsistait encore quelques bribes d\u2019humanité.Qui sont les « âmes blessées » aujourd\u2019hui ?C\u2019est vous, c\u2019est moi, c\u2019est tout le monde.À la ?n du XIXe et au début du XXe siècle, la psychiatrie offrait un modèle médical légitime qui traitait la folie, comme on disait à l\u2019époque, et les maladies mentales.Le mot «maladie» était pertinent, alors, parce que les livres de psychiatrie se fondaient sur les conséquences psychiques de la maladie physique.On luttait fougueusement contre la méningite syphilitique; la méningite tuberculeuse; la folie urémique (comme on ne savait pas soigner les maladies des reins, l\u2019urée intoxiquait le cerveau); le crétinisme (dû au manque d\u2019iode, comme dans certaines régions montagneuses); les maladies génétiques; les maladies traumatiques, etc.Aujourd\u2019hui, grâce aux grands progrès de la médecine, ces maladies ont complètement disparu.Et bien que certains continuent à chercher le modèle médical dans la maladie mentale, force est de constater qu\u2019il est rarement pertinent.En revanche, les souffrances psychiques se sont terriblement ampli?ées.C\u2019est pour cela que les «âmes blessées aujourd\u2019hui», c\u2019est vous autant que moi.Personne n\u2019échappe à la souffrance.Est-ce à dire que les souffrances psychiques peuvent dif?cilement être traitées médicalement?La neuro-imagerie permet d\u2019obtenir des descriptions très précises des troubles psychiques neuro-développementaux.On sait maintenant que l\u2019immense majorité des souffrances psychiques est de nature neuro-développementale, affective relationnelle ou socioculturelle.C\u2019est pourquoi, en psychiatrie, le modèle médical n\u2019est presque plus pertinent.Les souffrances psychologiques affectives causées par un divorce, l\u2019abandon ou la maltraitance, sont relationnelles.On attache de plus en plus d\u2019importance aux explications sociales et culturelles de la souffrance mentale, comme la migration, le harcèlement moral, les changements très rapides de culture qui ne laissent pas aux gens le temps de s\u2019adapter.On n\u2019a plus aucune raison de médicaliser des souffrances psychiques d\u2019origine relationnelle, développementale ou socioculturelle.Pourtant, on a l\u2019impression que la psychiatrie, particulièrement la bio-psychiatrie, médicalise encore la souffrance humaine.Le mot «psychiatrie» renvoie à un objet qui ne peut pas exister en dehors de son contexte culturel.Il est vrai que le mot «maladie», dans le champ psychiatrique, est dif?cile à distinguer de la souffrance d\u2019un être humain en bonne santé.Pour éviter la médicalisation des maladies psychiques, il faudrait impérativement que le développement de l\u2019enfant soit psychologiquement surveillé, que les adultes s\u2019efforcent ne pas provoquer de troubles affectifs chez lui et que nos politiciens prennent les dispositions nécessaires pour stabiliser les cultures dans nos sociétés.Il faudrait que les gens de culture conçoivent des rituels, des rencontres et des productions artistiques.C\u2019est certainement un vœu pieux, mais si on table sur cette voie plus prometteuse, on n\u2019aura presque plus de raisons de médicaliser la souffrance psychique.Par exemple, l\u2019hyperkinésie [NDLR: l\u2019équivalent du trouble de dé?cit de l\u2019attention] qui affecte surtout les garçons en Occident, est probablement attribuable à l\u2019immobilité physique, à l\u2019école ainsi que devant la télé et l\u2019ordinateur.La solution serait de réduire le temps passé devant les écrans et d\u2019augmenter les activités extrascolaires.Une «âme blessée» peut-elle s\u2019affranchir de son statut de victime?Je n\u2019utilise jamais le mot «victime».J\u2019emploie les termes «accident», «blessure», « choc », « troubles du développement ».Ce sont des blessures de la vie.L\u2019enjeu de la résilience, c\u2019est d\u2019essayer de comprendre comment un être humain peut se remettre 10 Québec Science | Mars 2015 On sait maintenant que l\u2019immense majorité des souffrances psychiques est de nature neuro- développementale, affective relationnelle ou socioculturelle.C\u2019est pourquoi, en psychiatrie, le modèle médical n\u2019est presque plus pertinent.ACTUALITÉS > d\u2019une blessure profonde ou d\u2019un grave traumatisme.Il faut parvenir à ne pas se considérer comme une «victime», mais comme une «âme blessée».Dans le terme «victime», il y a quelque chose de ?gé.On a démissionné, on s\u2019est laissé abattre.Se considérer comme une «âme blessée», c\u2019est reconnaître qu\u2019il y a eu un coup, mais qu\u2019il y aura aussi un « après-coup ».Comment vivre en résilient dans une société comme la nôtre où l\u2019anxiété est omniprésente?L\u2019angoisse fait partie de la condition humaine.Tout le monde, un jour ou l\u2019autre, fait l\u2019éprouvante expérience de l\u2019angoisse.Il est vrai que nous vivons aujourd\u2019hui dans des sociétés très anxieuses.Mais ce n\u2019est rien de nouveau.Les sociétés du Moyen Âge étaient terrorisées par la mort; elles y pensaient tout le temps.À chaque moisson, les gens étaient tourmentés par la pluie, parce que les récoltes, et par conséquent la survie de leurs familles, dépendaient d\u2019elle.Maintenant, ce sont nos technologies qui agissent sur le réel.Elles nous font miroiter un avenir regorgeant de progrès et de bonheur \u2013 ce qui, en réalité, n\u2019est que pure chimère.Alors, cette angoisse qui règne dans nos sociétés résulte-t-elle d\u2019un état dépressif généralisé ou s\u2019agit-il simplement de caprices d\u2019enfants gâtés?Au Congo, comme dans d\u2019autres pays pauvres où on souffre énormément, les gens sont d\u2019une gaieté surprenante.Je pense donc que l\u2019anxiété qui sévit dans nos sociétés modernes est plutôt un trait culturel inhérent à celles-ci.Cela expliquerait-il pourquoi de plus en plus de gens sont dépressifs et malheureux dans nos sociétés nanties ?Le bien-être n\u2019est pas le bonheur.Cette distinction est fondamentale.Par ailleurs, le mal-être n\u2019est pas nécessairement synonyme de malheur.Pour être heureux, il faut un projet qui donne un sens à l\u2019existence.La fable des casseurs de cailloux de Charles Péguy, que je trouve très belle, résume éloquemment la différence entre mal-être, bien-être et bonheur.La voici.Au cours d\u2019un pèlerinage à Chartres, l\u2019écrivain voit un homme exténué, suant, qui casse des cailloux.Il s\u2019approche de lui: «Qu\u2019est-ce que vous faites, monsieur?» Ce dernier répond: «Vous voyez bien, je casse des cailloux.C\u2019est un travail très dur; j\u2019ai soif, j\u2019ai chaud, j\u2019ai mal au dos.Je fais un sous-métier; je suis un sous-homme.» Un peu plus loin, un autre casse lui aussi des cailloux.Péguy s\u2019approche et demande : «Monsieur, qu\u2019est-ce que vous faites?» Son interlocuteur répond candidement : « Je gagne ma vie en cassant des cailloux.Je n\u2019ai pas trouvé d\u2019autre travail pour nourrir ma famille.Je remercie Dieu de m\u2019avoir donné cet humble emploi.» Péguy poursuit son chemin et rencontre un troisième casseur de cailloux, celui-là souriant et radieux, qui lui déclare, avec ?erté : «Moi, monsieur, je bâtis une cathédrale!» Le travail est le même, mais le sens donné est totalement différent.L\u2019attribution du sens est propre à chaque personne et au contexte social dans lequel elle vit.Quand on a comme dessein de bâtir une cathédrale, on ne casse pas les cailloux de la même manière que pour subvenir simplement aux besoins élémentaires de sa famille.Vous avez été témoin de l\u2019avènement de la psychiatrie moderne.Dans Les âmes blessées, vous dites fonder beaucoup d\u2019espoir sur les jeunes psychiatres d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019objet scienti?que est lui aussi un produit imaginaire.Une idée naît dans un esprit quand il n\u2019est plus soumis à la routine, et elle prend forme en affrontant d\u2019autres idées, nées dans d\u2019autres esprits.Toute nouvelle idée se renforce au sein de groupes où se rencontrent ceux qui partagent la même vision du monde, jusqu\u2019au moment où ces théories s\u2019éliminent d\u2019elles-mêmes parce qu\u2019elles ne sont plus adaptées au réel qui n\u2019a cessé d\u2019évoluer.Par bonheur, les jeunes psychiatres d\u2019aujourd\u2019hui savent faire bouillonner les idées.Je les trouve moins dogmatiques que leurs aînés.Plus que jamais, on sent dans leur travail leur plaisir de comprendre et leur bonheur de soigner les âmes blessées.Le Québec est très avancé en psychiatrie, dans la compréhension des enjeux relationnels et dans la ré?exion scienti?que sur la psychiatrie.Des études majeures menées par de jeunes psychiatres québécois nous servent souvent de modèle.Mais les jeunes psychiatres ne sont-ils pas contraints d\u2019exercer leur métier dans un cadre régi surtout par des impératifs budgétaires ?Ce triste constat est inéluctable en Occident.On voit par exemple réapparaître Mars 2015 | Québec Science 11 Résilience : le vrai sens du mot « Le mot \u201crésilience\u201d est très vite entré dans le langage courant, explique Boris Cyrulnik, premier théoricien du concept.Mais, en gagnant en visibilité, il a perdu en exactitude.On trouve de plus en plus d\u2019interprétations boiteuses de la notion de résilience.Cette boursou?ure sémantique, qui consiste à simpli?er le sens pour le rendre accessible, est une évolution normale, mais le terme nécessite d\u2019être précisé, surtout dans les livres où cette notion est traitée.Toutefois, le terme \u201crésilience\u201d n\u2019est pas le seul à être employé abusivement.On est en train de dénaturer aussi le contenu sémantique de la génétique, de la psychanalyse et de la sérotonine.En France, on dit désormais sans ambages : \u201cC\u2019est dans l\u2019ADN de l\u2019entreprise !\u201d « La résilience, ce n\u2019est pas \u201cfaire avec\u201d, c\u2019est \u201cfaire de\u201d.Tirer quelque chose de sa souffrance, et non pas s\u2019en accommoder.D\u2019une épreuve peut naître le meilleur.On peut réussir à extraire d\u2019un événement traumatisant un engagement politique, psychologique ou artistique, entre autres.Il y a un nombre incroyablement élevé d\u2019artistes, d\u2019écrivains, de psychiatres chez les individus résilients.» Pour être heureux, il faut un projet qui donne un sens à l\u2019existence. 12 Québec Science | Mars 2015 l\u2019administration excessive de médicaments.C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas assez de psychiatres.Or, les psychiatres prescrivent très peu de médicaments, comparativement aux généralistes.Humainement, intellectuellement, il est indéniable que les jeunes psychiatres ont une grande ouverture d\u2019esprit et sont beaucoup moins sectaires que leurs aînés.Mais je ne suis pas sûr que les politiciens veuillent améliorer l\u2019outil psychiatrique, essentiel pour bien soigner les âmes blessées.Quel regard portez-vous sur notre monde, où les progrès scienti?ques les plus prometteurs côtoient la misère la plus ignoble ?Quand j\u2019étais gamin, on croyait tous résolument à l\u2019idéologie du progrès.C\u2019est-à-dire qu\u2019on pensait que les médicaments allaient guérir toutes les maladies, que les droits de l\u2019homme allaient supprimer toutes les injustices, que la société ne ferait que des progrès.Aujourd\u2019hui, il nous faut déchanter.Les médicaments ont beau être très ef?- caces, ils ne peuvent pas guérir toutes les maladies, et on ne les prescrit pas toujours comme il le faudrait.L\u2019organisation de nos sociétés méprise une chose fondamentale: les tranquillisants naturels \u2013 l\u2019affection, la familiarité, l\u2019action.Ces « tranquillisants naturels» sont-ils indispensables?Absolument.Le non-recours à ces tranquillisants naturels explique certainement la montée de l\u2019angoisse dans nos sociétés.Par exemple, l\u2019immobilité devant les écrans et à l\u2019école fait que beaucoup d\u2019enfants deviennent anxieux parce qu\u2019ils ne bougent pas assez.Pourtant, l\u2019action a toujours été un très bon tranquillisant.Puis, le développement des hautes technologies et des ordinateurs fait qu\u2019on s\u2019envoie de plus en plus de messages, mais qu\u2019on se parle de moins en moins.Or, et c\u2019est un secret de polichinelle, la parole a aussi une fonction tranquillisante, surtout quand on est en famille.Dans nos sociétés, les tranquillisants naturels \u2013 la parole, l\u2019action, l\u2019affection, la culture \u2013 sont mis de côté.Ainsi, les organisations qui accueillent les jeunes en dehors de l\u2019école \u2013 scoutisme, sport de petit niveau, activités sociales ou caritatives, etc., ce que, en France, on appelle «patronage» \u2013 sont durement critiquées, parfois même méprisées.On constate aujourd\u2019hui que ces rituels d\u2019accueil permettaient aux enfants de se rencontrer.Pour se tranquilliser, il ne leur reste donc plus que les médicaments.C\u2019est une victoire chimique, mais pas une victoire humaine.nQS ANTIBIOTIQUES : UN NOUVEL ESPOIR Son nom: teixobactine.Sa mission: venir à bout des bactéries « multirésistantes ».C\u2019est du moins ce qu\u2019espèrent les chercheurs de l\u2019université Northeastern, à Boston, qui ont découvert ce nouvel antibiotique et l\u2019ont présenté dans la revue Nature, en janvier.Rappelons que la plupart des antibiotiques actuels proviennent d\u2019espèces bactériennes présentes dans les sols qui les sécrètent naturellement.Hélas, seulement 1 % de ces micro- organismes peuvent être cultivés en laboratoire.C\u2019est là le hic : les chercheurs, qui ont depuis des décennies fait le tour des sources possibles, peinent à trouver de nouveaux antibiotiques.Seules 2 nouvelles familles ont été découvertes en 30 ans ! Pour tirer pro?t des 99 % de bactéries encore inexploitées, les chercheurs de Boston ont mis au point une ingénieuse méthode.Plutôt que de tenter de les cultiver dans les habituelles boîtes de Pétri, ils les ont laissées croître dans la terre, grâce à une petite « puce » nommée iChip, composée de minuscules canaux dans lesquels viennent se loger les bactéries.En exposant ensuite le dispositif à des pathogènes, par exemple des staphylocoques dorés, les scienti?ques ont pu isoler 25 antibiotiques.Le plus prometteur d\u2019entre eux est la teixobactine, issue d\u2019une nouvelle espèce bactérienne, Eleftheria terræ.Son avantage ?La teixobactine s\u2019attaque à deux cibles sur les bactéries, ce qui limite grandement les risques de résistance.Testée chez des souris, elle s\u2019est montrée ef?cace contre de nombreuses infections résistantes aux antibiotiques classiques, comme le C.dif?cile ou le bacille de Koch.Les essais cliniques pourraient débuter d\u2019ici trois ans.Et il y a urgence : 700 000 personnes meurent chaque année dans le monde des suites d\u2019infections résistantes aux antibiotiques, et ce nombre pourrait atteindre 10 millions en 2050.BRANCHÉES, LES FRINGUES Des chercheurs de l\u2019Université Laval ont mis au point une ?bre textile «intelligente», capable de capter et de transmettre les signes vitaux du corps humain.Composée de cuivre, de polymères, de verre et d\u2019argent, la ?bre n\u2019en est pas moins ?exible.Elle peut être tissée à même du coton ou de la laine pour confectionner des vêtements qui mesurent les battements cardiaques, entre autres, ou détectent les mouvements et les chutes.Hypocondriaques, ne courez pas en boutique tout de suite.Le développement n\u2019en est qu\u2019au stade préliminaire.L\u2019équipe du professeur Younès Messaddeq, titulaire de la Chaire d\u2019excellence en recherche du Canada sur l\u2019innovation en photonique, se questionne encore à savoir si la ?bre pourra résister au lavage et aux détergents.Une demande de brevet a néanmoins été déposée et un partenaire industriel a conclu une alliance avec les chercheurs.ACTUALITÉS > Des bactéries cultivées dans la terre ! Mars 2015 | Québec Science 13 «Mettez tous les vêtements que vous pouvez!» Claude Tremblay, gérant des stations du Centre d\u2019études nordiques (CEN) de l\u2019Université Laval, n\u2019a pas l\u2019air de blaguer.Les bottes de ville?«Non, ça n\u2019ira pas, vous allez vous geler les pieds même avec trois paires de chaussettes.» Une tuque ?«Une chapka plutôt, avec un bon capuchon par-dessus.» Un jean ?«Surtout pas !» Nous sommes à Kuujjuarapik, au bord de la baie d\u2019Hudson.Ici, le maître des lieux, c\u2019est le froid.«Et il faut apprendre à vivre avec», ajoute notre hôte.Autrefois appelé Poste-de-la-Baleine, Kuujjuarapik est aujourd\u2019hui habité par plus de 650 Inuits, Cris et Blancs.C\u2019est aussi une étape obligée pour les scienti- ?ques qui explorent et étudient le monde nordique.Ce fabuleux laboratoire naturel \u2013 à condition d\u2019être bien vêtu \u2013 est parfait pour observer le pergélisol, c\u2019est-à-dire le sol gelé en permanence, typique de la région.« On constate que les limites des différentes zones de pergélisol sont en train de se déplacer vers le nord», dit Warwick F.Vincent, directeur scienti?que du CEN.Même que, plus au sud, le pergélisol a tendance à disparaître.Et on commence tout juste à comprendre que cette dégradation aurait des conséquences majeures sur le climat planétaire.Selon les données fournies par Ouranos, le consortium québécois de recherche sur les changements climatiques, la température du pergélisol à 4m et à 20m de profondeur s\u2019est élevée en moyenne de 1,1°C depuis 1994.Ça semble peu mais, au cours des prochaines décennies, les augmentations de température pourraient atteindre 7°C en hiver, toujours selon Ouranos.Les scien- ti?ques tentent maintenant de déterminer les facteurs responsables de ce phénomène.C\u2019est en hélicoptère qu\u2019il faut aller consulter les instruments de mesure du CEN, installés à quelques kilomètres de Kuujjuarapik.Vu du ciel, le paysage laisse voir une toundra ponctuée de monticules et de petites étendues de glace enneigées.La station de recherche, nommée QAT-1, est située sur une «palse», une butte formée par l\u2019action du gel et du dégel.Les lagopèdes ont déguerpi à l\u2019approche de l\u2019appareil, qui se pose en douce.Le froid est cinglant.Les smartphones sont hors d\u2019usage.Même l\u2019encre des stylos gèle.Les moteurs arrêtés, un immense silence s\u2019installe.Un calme parfait.Dif?cile de croire que, sous nos pieds, se cache une bombe climatique.Florent Dominé, directeur de recherche à l\u2019Unité mixte internationale Takuvik, fondée en collaboration avec le CEN, sort d\u2019une mallette quelques appareils de mesure.Ce chercheur en chimie, au Centre national de la recherche scienti?que (CNRS) en France, est un grand spécialiste des échanges chimiques entre la neige et l\u2019atmosphère, qu\u2019il étudie depuis 20 ans dans tous les environnements.Il relève d\u2019abord la température de l\u2019air (sans le facteur éolien, si cher aux urbains): -23,1°C.Puis, il plonge le thermomètre dans 10cm de neige.Cette fois, l\u2019instrument indique -7°C.Seize degrés de plus! Au pied de la butte, la neige s\u2019est davantage accumulée et son épaisseur fait quelque 80cm.Même opération.Cette fois, sous cette couche de neige à la rencontre du sol, la température atteint -1 °C.On comprend que la neige empêche le sol de geler plus profondément.«La neige est un isolant qui peut être aussi ef?cace que le polystyrène», ajoute Florent Dominé.Ce n\u2019est pas l\u2019idéal pour le pergélisol.D\u2019autant que les précipitations neigeuses vont augmenter dans les prochaines décennies, comme le signale Ouranos, ce qui va donc accroître la capacité isolante de la couche neigeuse.Comme si ce n\u2019était pas suf?sant, le chercheur fait remarquer que ce phénomène > NORD DU QUÉBEC La bombe pergélisol Dans le nord du Québec, sous les pattes des lagopèdes et des caribous, se trame une catastrophe.Si elle se produisait, les changements climatiques seraient gravement accélérés.Par Raymond Lemieux ACTUALITÉS R A Y M O N D L E M I E U X Florent Dominé, directeur de recherche à Takuvik: «Il y a plus de carbone dans le pergélisol de notre planète que dans les gisements de pétrole et de charbon.» se conjugue à un autre: l\u2019augmentation du couvert végétal dans le nord.«La végétation empêche le tassement de la neige par le vent, ce qui limite encore le refroidissement hivernal du sol», explique le chercheur.C\u2019est évidemment en été qu\u2019on remarque le mieux l\u2019augmentation du couvert végétal.Et l\u2019apparition de dépressions du terrain.«Le sol réchauffé est gorgé d\u2019eau en surface, et ponctué de mares et de petits lacs, les \u201cthermokarst\u201d, précise Paschale Bégin, une étudiante chercheuse au Centre.Ces mares prennent différentes couleurs, selon la matière organique et les minéraux contenus dans le sol.Cela donne un étrange paysage évoquant des pots de peinture!» Joli, certes.Mais les thermokarst sont des bioréacteurs qui favorisent la mise en circulation du carbone jusque-là emprisonné dans le pergélisol.«Les relevés indiquent qu\u2019ils sont très riches en micro-organismes et libèrent ainsi d\u2019importantes quantités de méthane et de CO 2 », ajoute Warwick F.Vincent.Ce n\u2019est pas tout: «Un dégel accru du pergélisol pourrait libérer davantage de ce carbone piégé dans le sol, renchérit Florent Dominé.Or, il y a plus de carbone dans le pergélisol que dans toutes les réserves de pétrole de gaz ou de charbon de la planète!» C\u2019est l\u2019équivalent de 1600 milliards de tonnes de CO 2 \u2026 «Ce paramètre a été mal pris en compte dans les modélisations climatiques comme celles du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC), fait remarquer le directeur Warwick F.Vincent.Certes, les observations sont encore récentes et il est trop tôt pour prédire la stabilité de ce vaste réservoir de carbone qui couvre pas loin de 25 % de l\u2019hémisphère nord.Il reste qu\u2019un dégel important pourrait libérer une telle quantité de gaz carbonique, que sa concentration dans l\u2019atmosphère pourrait en être doublée ou triplée.» De quoi renforcer de façon spectaculaire l\u2019effet de serre responsable du réchauffement de la planète.Le problème est en tout cas plus sérieux qu\u2019on l\u2019avait cru.Aussi, en décembre dernier, plus de 1000 experts se sont-ils donné rendez-vous à Ottawa pour partager leurs connaissances sur la question.Regroupés au sein de l\u2019Association internationale du pergélisol (fondée il y a près de 40 ans), ils ont convenu d\u2019une autre rencontre à Postdam, en Allemagne, dans 2 ans.Au Canada, une quinzaine de laboratoires sont déjà engagés dans un programme, baptisé Adapt, établi pour colliger un maximum d\u2019informations sur le sujet.En?n, un programme de recherche en ce sens a été mis sur pied par Takuvik, grâce à un don de la fondation BNP Paribas, une importante institution française de mécénat.Trois stations de mesure \u2013 établies respectivement sur l\u2019île Bylot, au 73e parallèle; à Umiujaq, près du lac Guillaume-Delisle, au 56e parallèle; puis à Kuujjuarapik, au 55e \u2013 collecteront des données jusqu\u2019en 2017, selon les trois zones types de pergélisol (voir la carte ci-contre).À la station de recherche QAT-1, les scienti?ques se trouvent en zone de pergélisol discontinu.Les transformations écologiques sont plus faciles à observer.«Déjà, on constate que les périodes de dégel sont plus longues», dit Florent Dominé.Et on comprend de mieux en mieux que la neige pourrait jouer ici un rôle aussi déterminant que paradoxal.Le froid pourra-t-il rester maître des lieux?Le gérant des installations scienti- ?ques, Claude Tremblay, qui a vu beaucoup d\u2019hivers neiger, ne s\u2019en plaindrait pas.«Ce n\u2019est pourtant pas si compliqué de vivre avec cette météo, dit-il.C\u2019est, en tout cas, certainement plus facile que de vivre l\u2019incertitude climatique qui frappera bientôt toute la planète.» nQS +Pour en savoir plus http ://ipa.arcticportal.org 14 Québec Science | Mars 2015 > ACTUALITÉS Pergélisol, c\u2019est ainsi que l\u2019on nomme le sol ou le sous-sol dont la température est égale ou inférieure à 0 °C pendant une période d\u2019au moins deux ans.Il peut atteindre des profondeurs de 700 m et présenter, à certaines latitudes, une couche dite active qui dégèle sporadiquement.Au Québec, le monde du pergélisol commence aux environs du 52e parallèle, c\u2019est-à-dire à la hauteur de la baie James.On rencontre d\u2019abord la zone de « pergélisol sporadique », où le sol reste gelé en profondeur mais devient marécageux en surface l\u2019été; puis, plus au nord, c\u2019est la zone de « pergélisol discontinu »; en?n, dans toute la portion nord-ouest du Nunavik, c\u2019est le monde de la glace et du « pergélisol continu », là où le sol est gelé en permanence.LE PERGÉLISOL Pergélisol continu Pergélisol discontinu et abondant Pergélisol discontinu et dispersé Pergélisol sporadique Limite des arbres Cette photo grossie 40 fois d\u2019un échantillon de sol normalement gelé montre l\u2019intense activité microbienne, génératrice de méthane, qui y règne pendant l\u2019été.C E N T R E D \u2019 É T U D E S N O R D I Q U E S P A S C H A L E B É G I N / C E N T R E D \u2019 É T U D E S N O R D I Q U E S O U R A N O S Les mares qui résultent de la fonte du pergélisol en surface dessinent un paysage typique du Moyen-Nord québécois. Mars 2015 | Québec Science 15 C réer du froid, ça réchauffe la planète! Les technologies qui conservent nos aliments et climatisent nos étés utilisent actuellement des gaz réfrigérants comme les hydro?uorocarbures, de funestes gaz à effet de serre ! Mais cette situation paradoxale pourrait être évitée grâce à une innovation technologique majeure, la réfrigération magnétique.C\u2019est ef?cace; c\u2019est vert; ça pourrait bien se retrouver dans nos frigos d\u2019ici quelques années.«Cette technique est fondée sur l\u2019effet magnétocalorique, explique Mohamed Balli, chercheur postdoctoral au département de physique de l\u2019Université de Sherbrooke.Certains alliages de métaux rares se réchauffent lorsqu\u2019ils se trouvent à proximité d\u2019un aimant, puis se refroidissent \u2013 sous leur température initiale \u2013 lorsqu\u2019ils en sont éloignés.» En répétant ce mouvement encore et encore, on obtient une pompe à chaleur qui peut refroidir un espace fermé, comme l\u2019intérieur d\u2019un réfrigérateur.Cependant, les aimants requis en réfrigération magnétique doivent être extrêmement puissants \u2013 1000 fois plus que les magnets sur les portes de nos frigos conventionnels.Compte tenu de la puissance du champ magnétique requis, éloigner l\u2019aimant du matériau refroidissant n\u2019est donc pas facile; cela requiert beaucoup d\u2019énergie.Un obstacle que Mohamed Balli a réussi à contourner, sous la supervision du physicien Patrick Fournier, professeur titulaire à l\u2019Université de Sherbrooke, qui se réjouit : «Nous venons de découvrir qu\u2019un effet magnétocalorique géant peut être produit par une simple rotation de 90° d\u2019un cristal de métaux rares (un oxyde de manganèse et d\u2019holmium) à l\u2019intérieur du champ magnétique ! » Le procédé, publié en juin dernier dans la revue Applied Physics Letters, est moins énergivore que les technologies actuelles de réfrigération magnétique.Si le principe de la réfrigération magnétique est connu depuis plus de un siècle, ce n\u2019est qu\u2019en 1997, avec la découverte de l\u2019effet magnétocalorique géant par des chercheurs états-uniens, qu\u2019une véritable course au froid démarre.Des équipes de partout dans le monde explorent la meilleure combinaison de matériaux et les meilleurs systèmes.Ainsi, le géant de l\u2019électroménager General Electric dévoilait-il, l\u2019an dernier, un prototype qu\u2019il espère commercialiser d\u2019ici cinq ans.Le temps presse donc pour les physiciens sherbrookois qui ont encore bien des problèmes à résoudre avant de gagner cette course au froid.Le principal dé?est de rendre ef?cace, à une température au-dessus de 0 °C, leur matériau qui ne fait encore effet qu\u2019autour de -269°C\u2026 En outre, les métaux rares nécessaires à ce frigo vert sont très chers.À lui seul, l\u2019holmium coûte environ 1 000 $ le kilo ! Malgré tout, le professeur Fournier demeure optimiste : «On combine actuellement des couches de matériaux incluant des atomes moins rares.La mise en commun de leurs propriétés faciliterait la fabrication de réfrigérateurs magnétiques pouvant produire une température d\u2019environ 20°C.Ne resterait qu\u2019à passer de cette température aux 4°C d\u2019un réfrigérateur normal.» Avec les ajustements nécessaires, M.Balli signale: «Les systèmes réfrigérants magnétiques pourraient fournir jusqu\u2019à trois fois plus de froid que les technologies actuelles, avec la même quantité d\u2019énergie.» Surtout, ces technologies fonctionneraient sans gaz réfrigérants polluants.nQS > La course au froid Jusqu\u2019à trois fois plus ef?cace que nos actuelles technologies de refroidissement, la réfrigération magnétique nous promet un frigo écolo d\u2019ici quelques années.Par Jean-Daniel Doucet ACTUALITÉS U N I V E R S I T É D E S H E R B R O O K E Mohamed Balli, chercheur de l\u2019Université de Sherbrooke : « Les systèmes réfrigérants magnétiques pourraient fournir jusqu\u2019à trois fois plus de froid que les technologies actuelles, avec la même quantité d\u2019énergie.» 16 Québec Science | Mars 2015 H U N G C H U N G C H I H / I S T O C K P H O T O DESTINATION: CÉRÈS « Un mystère presque total ! » Voilà comment les astronomes de la NASA décrivent Cérès, une protopla- nète qui vogue dans la ceinture d\u2019astéroïdes située entre Mars et Jupiter.Ce mystère, la NASA espère le percer en mars, lorsque la sonde Dawn se placera en orbite autour du petit astre.Lancée en 2007, Dawn a déjà fourni de précieux renseignements sur un autre astéroïde, Vesta, qu\u2019elle a observé entre juillet 2011 et septembre 2012.Cérès est sa seconde \u2013 et dernière \u2013 destination.Avec son diamètre de 950 km, Cérès est le plus gros corps de la ceinture d\u2019astéroïdes.Elle se classe dans la catégorie des planètes naines et son noyau, rocheux, est recouvert d\u2019un épais manteau de glace.La présence d\u2019eau y a été con?rmée l\u2019an dernier par le satellite Herschel qui a révélé que Cérès émet régulièrement de la vapeur (jusqu\u2019à 6 kg par seconde).D\u2019où vient cette vapeur ?D\u2019une mer située sous la couche super?cielle ?De poches isolées d\u2019eau liquide ?La sonde Dawn apportera peut-être la réponse, en plus de fournir des informations générales sur les astéroïdes, ces « vestiges », formés au cours des premiers millions d\u2019années d\u2019existence du Système solaire.TROP, C\u2019EST TROP On lui en demande trop.Notre planète arrive aux limites de ce qu\u2019elle peut endurer.L\u2019humanité est directement menacée.C\u2019est ce qu\u2019a annoncé en janvier dernier une équipe internationale de 18 chercheurs dans Science et au Forum économique mondial de Davos.Ces chercheurs avaient, en 2009, dé?ni la notion de « limites planétaires », une série de seuils à ne pas franchir sous peine de déséquilibrer de façon grave et irréversible les écosystèmes et de mettre l\u2019espèce humaine en danger.Hélas, quatre de ces neuf limites sont déjà franchies ou en cours de l\u2019être, constatent les experts.Sans surprise, il s\u2019agit des changements climatiques; de la perte de la biodiversité; de la déforestation, ainsi que des autres modi?cations du système terrestre; en?n, de la perturbation des cycles azote/phosphore par l\u2019agriculture et l\u2019industrie.Les problèmes les plus critiques ?Les changements climatiques et l\u2019érosion de la biodiversité.Si les espèces disparaissaient au rythme de 10 par an sur un capital de 1 million, il n\u2019y aurait pas d\u2019impact sur les sociétés humaines, estime-t-on.Or, le taux d\u2019érosion actuel est 10 à 100 fois supérieur ! Un verdict sans appel.> ACTUALITÉS DIS-MOI CE QUE TU « LIKE », JE TE DIRAI QUI TU ES Qui vous connaît le mieux ?Ce ne sont ni les membres de votre famille ni vos amis, mais bien\u2026 Facebook.C\u2019est ce qu\u2019avancent des spécialistes en intelligence arti?cielle, af?liés à l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni, et à l\u2019université Stanford, en Californie.Leur équipe a créé un algorithme en se basant sur les mentions « J\u2019aime » de 17 000 usagers de Facebook qui avaient, au préalable, rempli un questionnaire détaillé permettant de cerner leur personnalité.Les chercheurs ont ensuite mis leur programme à l\u2019essai.En décortiquant 10 mentions « J\u2019aime » d\u2019un internaute, l\u2019algorithme arrivait mieux à cerner la personnalité de l\u2019individu qu\u2019un de ses collègues de travail.En se mettant 70 mentions « J\u2019aime » sous la dent, l\u2019algorithme faisait mieux qu\u2019un ami.Et en analysant 150 mentions « J\u2019aime », la machine surpassait les membres de la famille.Les concepteurs de l\u2019algorithme croient que ce type de programme pourrait aider à mieux sélectionner les candidats qui répondent aux attentes d\u2019un employeur.Mais les premiers intéressés sont les experts en marketing qui désirent mieux vous connaître, pour af?cher sur votre écran des produits ou services qui sauront vous aguicher. Mars 2015 | Québec Science 17 J E A N - P I E R R E R O G E L Je n\u2019étais pas prêt pour le goanna.La veille, au parc national Ben Boyd, sur la côte australienne à 380km de Sydney, mon voisin m\u2019avait parlé d\u2019un lézard géant qui vivait alentour, mais je ne lui avais pas prêté attention.Et pour cause, pendant qu\u2019il me vantait les mérites de la faune locale, j\u2019observais derrière lui un petit groupe de kangourous qui venaient d\u2019apparaître dans la clairière.Ils étaient sept ou huit, et s\u2019étaient mis à brouter paisiblement sans manifester la moindre gêne.«Et eux, dis-je, ils vont aller jusqu\u2019où?» « Oh, ceux-là ?Dans 10 minutes, ils seront autour de nos camping-cars.Ils vont ratisser le secteur et progresser vers l\u2019est, avec le soleil dans le dos.Ce sont des habitués; il faut seulement se garder de les nourrir parce qu\u2019ils pourraient ensuite revenir quémander et devenir agressifs si on ne leur donne rien.» Quelques jours plus tôt, en randonnée dans un autre grand parc national, j\u2019étais tombé sur trois kangourous gris de l\u2019est, apparemment tout à fait sauvages.Je suivais un sentier le long d\u2019une rivière et ils étaient apparus dans une trouée d\u2019herbes, tête dressée, en alerte.Pendant de longues minutes, je n\u2019avais pas bougé du tout.Puis, lentement, j\u2019avais sorti mon appareil photo; j\u2019avais eu le temps de bien les observer et de prendre plusieurs clichés.Ils étaient repartis au rythme de leurs bonds puissants et gracieux.La veille, c\u2019était un wallaby noir qui avait surgi des buissons d\u2019herbacées, alors que je photographiais une zone en reboisement.Très grand et longiligne, debout sur ses pattes arrière, prêt à fuir.Ce qu\u2019il avait ?ni par faire après un long regard dans ma direction.Au parc national Ben Boyd, c\u2019est aussi un wallaby noir que j\u2019ai pu observer dans des bosquets côtiers, une femelle portant un petit \u2013 un jo, comme disent les Australiens.Il semblait enfoui dans la poche ventrale la tête la première, les pattes dépassant comme de petits bâtons noirs incongrus.Contrairement aux kangourous, les wallabies sont des animaux généralement solitaires, qu\u2019on voit assez peu.Tête arrondie, haute silhouette sombre, ils ont ?ère allure.Je disais donc que je n\u2019étais pas prêt pour un goanna.Un lézard géant?La belle affaire! J\u2019en avais déjà vu quatre ou cinq espèces différentes, de 10cm à 40cm\u2026 De gros lézards, quoi.Ce n\u2019était pas un de plus qui allait m\u2019impressionner.Donc, un 27 novembre, j\u2019entreprends une randonnée pédestre dans le parc Ben Boyd.C\u2019est la ?n du printemps, ici; le temps est superbe, le ciel intensément bleu et il reste encore des ?eurs dans certains arbres.Le sentier suit la côte entre les banksias et les eucalyptus; il traverse des secteurs plus découverts sur des falaises rouges.On entend des oiseaux, mais ils demeurent cachés.Après un pique-nique sur une petite plage déserte, je remonte sur la falaise et je suis un petit sentier secondaire.Puis, tout à coup, devant moi, un goanna.Le déclic se fait instantanément : mais oui, c\u2019est ça, un goanna\u2026 Cette énorme bête est, de fait, un varan; un cousin du fameux dragon de Komodo ! Le reptile qui se tient devant moi est long et massif, sa grosse tête est barrée de jaune sous la mâchoire.Il doit bien faire 2 m de long, sans compter la queue.Ses pattes puissantes sont terminées par de fortes griffes acérées.Il ne tourne pas la tête, il semble me regarder de côté.Je pose lentement mon sac à dos et je sors l\u2019appareil photo.Clic, clic et reclic\u2026 Je m\u2019approche un peu.Il ouvre la gueule, montrant une jolie langue se terminant en une fourche reptilienne qui remue.Alors le goanna se met à gronder formidablement.Un son sourd, Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Rencontre avec un cousin dragon Une histoire australienne qui rappelle que seules les vastes aires naturelles vierges ou protégées abritent une grande faune sauvage. 18 Québec Science | Mars 2015 continu et prononcé.Je recule prudemment de quelques pas.Cette fois, il tourne la tête et, me semble-t-il, se dresse sur ses pattes.Le grondement a cessé.J\u2019agrippe mon sac à dos et tourne vivement les talons avant qu\u2019il m\u2019attaque ou me considère comme un dîner sortant de l\u2019ordinaire.Plus tard, en voyant les photos, un biologiste australien me dira que c\u2019est un des plus gros goannas jamais vus.Par ailleurs, je remarque de gros coquillages vides et des os d\u2019oiseaux par terre, des indices qui tendent à prouver qu\u2019il était sur son terrier.Aurait-il pu m\u2019attaquer ?Non par agressivité naturelle, m\u2019a-t-on expliqué, mais pour se défendre; s\u2019il s\u2019était senti menacé ou coincé, oui, assurément.Il peut être très rapide sur de courtes distances et il mord avec force.D\u2019ailleurs, on a constaté, depuis peu, que sa morsure est venimeuse, bien qu\u2019elle ne semble pas fatale aux humains.Je m\u2019en tire pour une frayeur rétrospective ! Bref complément d\u2019information, Varanus varius, le varan bigarré, est une espèce endémique de l\u2019Australie.Ce saurien occupe plusieurs terriers sur un territoire d\u2019une dizaine de kilomètres carrés.Les femelles utilisent par ailleurs les nids de termites pour y cacher leurs œufs qui mettent exactement une année à éclore et elles les retrouvent toujours à cet endroit un an plus tard.Pourquoi vous raconter tout cela?Sans doute pour partager avec vous le plaisir de rencontres exceptionnelles qui nous changent un peu des histoires de castors et de ratons laveurs.Mais aussi parce que ces observations contiennent, je pense, une leçon assez générale et importante.La grande faune sauvage que nous aimons observer \u2013 et dans certains cas chasser, il est vrai \u2013 n\u2019existe que dans de vastes habitats préservés, qu\u2019ils aient acquis ou pas un statut of?ciel de conservation.Pour les animaux dont l\u2019habitat est étendu, il faut de grands écosystèmes fonctionnels, une faune et une ?ore bien intégrées sous un climat propice.Nous aimons voir ces animaux emblématiques, mais il faut chérir et préserver les habitats clés et les écosystèmes qui leur permettent de vivre.Sans eux, ils ne peuvent pas exister.Ce constat est aussi vrai pour les goannas et les wallabies que pour les ours blancs, les caribous ou les bélugas.Ce n\u2019est certes pas le seul enjeu environnemental de nos jours, mais la conservation «en état quasi naturel» des derniers grands écosystèmes est un des dé?s les plus pressants qui soient.Selon le biologiste états-unien renommé Edward O.Wilson, il y a même quelque chose de fondamental dans l\u2019expérience de la vie sauvage (Sauvons la biodiversité, Éditions Dunod, 2007, p.13): «Nous avons besoin de circuler librement dans des espaces n\u2019appartenant à personne et protégés pour tous, dont les horizons sont les mêmes que pour nos lointains ancêtres.Ce n\u2019est que dans ce qui reste de l\u2019Éden, grouillant d\u2019une vie indépendante de nous, que l\u2019on peut faire l\u2019expérience de cet émerveillement qui a marqué le psychisme humain dès ses origines.» nQS > ACTUALITÉS Un arbre occupe une place exceptionnelle dans votre vie?Participez avant le 31 mai 2015 Ce concours est organisé par vos magazines scienti?ques québécois.Tous les détails du concours au : www.arbredelanneequebec.com Racontez-nous son histoire! 20 Québec Science | Mars 2015 arriÈre-pensées Alambiqués, curieux, obsédants, fleur bleue\u2026 Qu\u2019importe leur nature, les fantasmes sont toujours excitants et pimentent la vie sexuelle.Mais quand ils flirtent avec l\u2019interdit ou l\u2019inavouable, certains d\u2019entre eux peuvent devenir pathologiques.Par Marine Corniou DU CÔTÉ DE L\u2019IN T FANTASMES Mars 2015 | Québec Science 21 es critiques sont unanimes : le roman est mal écrit, les dialogues sont navrants et l\u2019histoire est banale.Pourtant, jamais un livre ne s\u2019est vendu aussi vite ni aussi bien.Quatre mois après sa sortie, en 2012, Fifty Shades of Grey (Cinquante nuances de Grey, en français) s\u2019était déjà écoulé à 25 millions d\u2019exemplaires.Aujourd\u2019hui, plus de 100 millions de copies de la trilogie d\u2019Erika L.James ont été vendues dans le monde, traduites en 51 langues.Et le film éponyme vient de sortir sur grand écran, juste à temps pour la Saint-Valentin.La recette de ce succès?Un effet médiatique boule de neige, sans doute, mais surtout un mélange bien dosé de romance passionnée et de scènes érotiques, voire pornographiques.L\u2019histoire fait la part belle aux clichés, en dépeignant les ébats d\u2019une étudiante innocente et d\u2019un millionnaire viril, Christian Grey, adepte du fouet et de la fessée.En clair, le roman parle de sexe.Et il parle aux femmes.Et c\u2019est là ce qui a fait couler tant d\u2019encre : l\u2019ampleur du phénomène Cinquante nuances de Grey en dit long sur l\u2019imaginaire fantasmatique de la gent féminine, émoustillée par les scènes de bondage, les jeux de soumission et autres activités sadomasochistes.Scandale?Perversion?Ou simple reflet d\u2019une sexualité libérée?«Bizarrement, peu d\u2019études ont investigué la nature des fantasmes dans la population générale, indique Christian Joyal, professeur au département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Alors que les psychiatres s\u2019intéressent depuis longtemps aux fantasmes des criminels, ceux de Monsieur et Madame Tout-le-Monde sont encore mal connus.» Cette méconnaissance n\u2019a pas empêché l\u2019Association de psychiatrie des États-Unis, dans sa dernière version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM- L N TERDIT I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 5, d\u2019assigner à certains fantasmes et intérêts sexuels l\u2019étiquette «anormal».Par exemple?Le voyeurisme, le fétichisme, mais aussi le sadisme et le masochisme, tous considérés comme des paraphilies (ce dernier terme remplace «déviance», utilisé autrefois).«Le mot \u201canormal\u201d est fort, et dénote un jugement.Comment savoir ce qui est normal en matière de fantasmes?Et ce qui ne l\u2019est pas?» s\u2019est demandé Christian Joyal, qui est aussi chercheur à l\u2019Institut Philippe-Pinel et spécialiste de la neuropsychologie des agresseurs sexuels.C\u2019est pour y voir plus clair qu\u2019il a effectué une enquête par Internet auprès de 1 517 Québécois (799 hommes et 718 femmes) âgés entre 18 et 75 ans, en grande majorité hétérosexuels.Tous devaient sélectionner leurs fantasmes à partir d\u2019une liste de 55 affirmations (dont «J\u2019ai déjà fantasmé de faire l\u2019amour avec deux femmes» ou «J\u2019ai fantasmé de faire l\u2019amour dans un lieu public»), en plus de décrire en détail leur scénario sexuel favori.Les résultats, publiés fin octobre dans le Journal of Sexual Medicine, ont fait grand bruit dans les médias du monde entier.Parce qu\u2019ils confirment que, en matière de goûts sexuels, il n\u2019y a justement pas de norme.«D\u2019autres enquêtes avaient déjà suggéré cela avant la nôtre, mais elles avaient presque toutes été menées chez des étudiants, a priori plutôt imaginatifs parce qu\u2019en pleine période de développement sexuel, et elles n\u2019incluaient pas d\u2019analyses statistiques.Ce qu\u2019on a démontré, c\u2019est que très peu de fantasmes sont rares ou inhabituels», précise le chercheur.Ainsi, sur les 55 fantasmes étudiés, 2 seulement étaient «rares» (rapportés chez moins de 2,4 % des sondés, ils étaient en lien avec la zoophilie et la pédophilie); 9 étaient «inhabituels» (moins de 16 %); 30 étaient «communs»; et seulement 5 étaient «typiques» (faisant partie de l\u2019imaginaire de 84 % ou plus des participants).Autre constat, 64 % des femmes interrogées avaient des fantasmes de soumission; 52 % ressentaient du plaisir à s\u2019imaginer attachées; et 36 %, fessées ou fouettées.Ces résultats sont en phase avec ceux des rares enquêtes menées sur la question, notamment en France.En 2013, un sondage effectué par le magazine Femme actuelle et l\u2019Institut français d\u2019opinion publique (Ifop) auprès de 1 000 femmes de plus de 18 ans révélait ainsi que près de 1 femme sur 2 aimerait faire l\u2019amour en étant dominée ou en ayant les yeux bandés; et plus de 1 sur 4 en étant fessée ou ligotée.« Ça explique le succès de Cinquante nuances de Grey, s\u2019amuse Christian Joyal.Mais surtout, ça remet en question le jugement de valeur porté par le DSM-5.» arriÈre-pensées On y navigue incognito.Internet permet de laisser libre cours à son imagination, à l\u2019abri de tout jugement.Mais, alors que les utilisateurs tapent sans rougir des mots clés coquins dans leur moteur de recherche, leurs requêtes n\u2019en sont pas moins «publiques».Ce qui permet de faire d\u2019Internet «la plus vaste expérience au monde sur le comportement humain», selon les neurobiologistes états-uniens Sai Gaddam et Ogi Ogas.Informaticiens chevronnés, ils ont analysé, entre 2009 et 2010, environ 1 milliard de mots clés à connotation sexuelle, 1 million de sites porno, plus de 1 million de vidéos X, des dizaines de milliers de romans érotiques et 5 millions de petites annonces pour découvrir les désirs secrets de 100 millions d\u2019internautes provenant des États-Unis, mais aussi du Canada, d\u2019Inde, du Nigeria et du Royaume-Uni.Le résultat, un livre de 400 pages, intitulé A Billion Wicked Thoughts, dont les révélations sont parfois\u2026 inattendues.On y apprend, par exemple, que les hommes hétérosexuels sont friands de shemales, qu\u2019ils sont fascinés par les images de gros pénis et qu\u2019ils fantasment sur leurs femmes ayant des rapports avec d\u2019autres hommes.Les femmes, elles, préfèrent les histoires aux images (68 millions de Nord-Américaines achètent chaque année des romans érotiques en ligne) et elles aiment les histoires d\u2019amour mettant deux hommes en scène, comme Le secret de Brokeback Mountain.Sans surprise, l\u2019immense majorité des recherches sont faites par des hommes et l\u2019un des plus grands centres d\u2019intérêt est la domination associée à la soumission.Le mot «jeunesse» est le plus recherché par les hommes, suivi par «gay», mais les femmes plus âgées ne sont pas en reste.La porno impliquant des femmes de 50 ou 60 ans et les mots clés «mom» ou «granny porn» sont extrêmement populaires.Au total, 35 intérêts sexuels différents (dont: jeunes, Noirs, sexe en groupe ou fellation) constituent 90% de toutes les recherches.Dans leur ouvrage, les chercheurs tentent d\u2019expliquer ces préférences par des théories évolutionnistes.Un exemple?Les hommes aiment les talons aiguilles, car ils donnent l\u2019illusion de petits pieds et de longues jambes, de fesses plus rebondies, autant de signes de féminité et de fécondité! Quant à la fascination des hommes pour les pénis et les shemales, tout viendrait de la «compétition spermatique», bien connue des biologistes évolutionnistes, qui traduit la compétition entre les éjaculats de différents mâles pour la fertilisation des ovocytes.En voyant leurs femmes se faire prendre par d\u2019autres, ou indirectement en visualisant d\u2019autres pénis, le désir des hommes serait augmenté, car ils se sentiraient menacés par le fait que d\u2019autres puissent féconder leur femme.Tout s\u2019explique! 22 Québec Science | Mars 2015 Les dessous de la toile I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N i le DSM-5 reconnaît que fantasmer sur les para- philies (ou même les pratiquer) n\u2019est pas forcément pathologique, les qualifier d\u2019anormales n\u2019en est pas moins dangereux.«L\u2019évaluation des fantasmes fait partie du bilan psychiatrique des criminels, en particulier des criminels sexuels, et on y accorde une grande importance, précise le neuropsychologue.Cependant, beaucoup d\u2019agresseurs ont les mêmes fantasmes que la population générale, et inversement; puis, les violeurs n\u2019agissent pas tous en réalisant leurs fantasmes.Où se situe l\u2019anormalité, alors?» Qu\u2019on se rassure donc, avoir des fantasmes dits «pervers» ne fait pas forcément de nous des êtres malsains! En fait, dans bien des cas, ce serait même l\u2019inverse : plus une personne a de fantasmes, et plus ils sont variés, plus elle a tendance à être satisfaite de sa vie sexuelle.Car le fantasme, qu\u2019il prenne la forme d\u2019un scénario complexe ou d\u2019une simple image mentale, est avant tout une façon de pimenter les relations, de maintenir le désir ou d\u2019en augmenter l\u2019intensité.Il constituerait davantage un moteur de la libido qu\u2019un reflet des frustrations inconscientes, n\u2019en déplaise à Sigmund Freud, le premier à s\u2019intéresser en profondeur au sujet, il y a plus de 100 ans.«On n\u2019en est pas encore à comprendre ce qui se cache derrière les fantasmes, en particulier ceux de soumission et de domination, souligne toutefois Christian Joyal.Même s\u2019il existe de nombreuses théories psychanalytiques sur le sujet.» Il faut reconnaître qu\u2019il est difficile d\u2019expliquer pourquoi, par exemple, de nombreux hommes hétérosexuels sont attirés par le sexe anal ou par les shemales, ces personnes transgenres dotées à la fois d\u2019une opulente poitrine et d\u2019un imposant pénis.Quant aux femmes, plus de la moitié ont des fantasmes coercitifs, impliquant d\u2019être soumises, sexuellement contraintes, voire violées.«Entre 9 % et 17 % des femmes ont comme fantasme favori et le plus intense d\u2019être forcées.Cela n\u2019a aucun sens.Pourquoi une femme fantasmerait-elle sur un événement aussi terrible?» se demandaient en 2008 Jenny Bivona et Joseph Critelli, chercheurs en psychologie à l\u2019université North Texas.Pour mieux comprendre, ils ont interrogé 355 étudiantes sur leurs fantasmes et sondé leur personnalité.La moitié d\u2019entre elles fantasmaient effectivement sur le fait d\u2019être «sexuellement forcée par un homme», 20 % y rêvant même au moins une fois par semaine.Les chercheurs ont évalué les trois théories le plus souvent avancées pour l\u2019expliquer.Selon la première, le fantasme de viol serait une manière pour les femmes d\u2019exprimer leurs désirs sexuels sans honte ni culpabilité sociale.La seconde est en lien avec la «désirabilité»: les femmes aimeraient s\u2019imaginer si belles et si attirantes qu\u2019aucun homme ne pourrait se retenir à leur vue.Dernière hypothèse?Le fantasme de viol traduirait une ouverture d\u2019esprit, une audace sexuelle, une absence de tabou.Contre toute attente, l\u2019étude a démontré que cette dernière théorie est celle qui se vérifie le mieux, même si les chercheurs ont aussi trouvé une corrélation entre l\u2019estime de soi (voire le narcissisme) et la fréquence des fantasmes de viol.Rien de forcément dramatique ni tordu, donc, à fantasmer sur un rapport violent.Ce qui n\u2019étonne pas Christian Joyal.«Ce qu\u2019on a découvert Mars 2015 | Québec Science 23 SUR QUOI PEUT-ON FANTASMER?Le monde des fantasmes n\u2019a pas vraiment de normes ni de limites.Et l\u2019objet du désir peut parfois être inhabituel.Le sexologue Claude Crépault, cofondateur du département de sexologie de l\u2019Université du Québec à Montréal, relate dans son livre Les fantasmes, l\u2019érotisme et la sexualité (Odile Jacob, 2007) le cas d\u2019un de ses patients incapable de jouir autrement qu\u2019en pensant au chiffre sept.Une anecdote, certes, mais qui illustre la complexité de la sexualité humaine.«Les contenus des fantasmes peuvent être très variés, confirme la sexologue Joanne Lépine.Le fantasme est sexuel s\u2019il provoque, accompagne, suscite une excitation.Toutefois, son contenu n\u2019est pas obligatoirement sexuel.Le contenu fantasmatique n\u2019est pas l\u2019effet du hasard : il s\u2019inscrit quelque part dans l\u2019histoire personnelle de l\u2019individu concerné.Comme une semence qui germe dans un terrain fertile\u2026 Cela peut donc être tout, mais pas n\u2019importe quoi.» S en analysant nos résultats, c\u2019est que la plupart des hommes et des femmes qui rapportent des fantasmes de soumission ont aussi, parallèlement, des fantasmes de domination.Les uns n\u2019excluent pas les autres, au contraire; cela semble en effet associé à une vie sexuelle plus libérée que la moyenne.» Mais attention! Dans l\u2019enquête québécoise, la moitié des femmes fantasmant sur la soumission ont pris la peine de souligner qu\u2019elles n\u2019aimeraient pas que leur fantasme se réalise.«Chez les hommes, les fantasmes sont synonymes de souhait.Mais chez les femmes, un fantasme reste un fantasme», précise le professeur.D\u2019ailleurs, un fantasme donné est souvent plus compliqué à décrypter qu\u2019on pense.Il peut se prêter à plu - sieurs niveaux de lecture, ou cacher des significations radicalement différentes, en fonction du vécu de la personne.C\u2019est ce qu\u2019explique Joanne Lépine, sexologue à Laval et spécialiste en «sexoanalyse».«Rêver de faire l\u2019amour sur une plage, par exemple, ne dit pas grand- chose sur ce qui excite le rêveur ou la rêveuse.Est-ce que la plage est déserte?Est-ce qu\u2019il y a un risque de se faire surprendre?Avec qui la personne est-elle?De la même façon, des femmes qui lisent Cinquante nuances de Grey peuvent se croire attirées par le sadisme, alors que ce qui les excite, c\u2019est d\u2019être follement désirées, comme l\u2019héroïne du roman», précise Mme Lépine.Quant au fantasme de viol, il ressemble rarement à un viol.La femme reste maîtresse du scénario, c\u2019est son imagination qui est aux commandes.Et la peur, la douleur ou l\u2019horreur sont rarement au premier plan.Toutefois, si tel est le cas, cela révèle-t-il un problème?Y a-t- il des pensées intimes qu\u2019on ne devrait pas laisser s\u2019installer?«Oui, il existe des fantasmes sexuels pathologiques.Ce sont ceux qui impliquent des pratiques illégales, comme la pédophilie, la zoophilie et des partenaires non consentants; ceux qui induisent une souffrance; ou qui sont indispensables pour obtenir satisfaction», résume Christian Joyal.Ainsi, un fétichiste des souliers à talons aiguilles, qui ne peut être excité sexuellement qu\u2019en présence de ces objets, se trouve prisonnier de son fantasme et peut en souffrir terriblement.Joanne Lépine ajoute que l\u2019aspect pathologique d\u2019un fantasme peut faire référence aux valeurs sociales, à l\u2019éducation, à la crainte de ne pouvoir s\u2019empêcher de passer à l\u2019acte.«De plus, la notion de pathologie est aussi en relation avec le degré d\u2019hostilité.S\u2019il y a un réel plaisir à s\u2019imaginer anéantir l\u2019autre, le blesser, c\u2019est problématique.La perversion sexuelle est en fait l\u2019équivalent d\u2019une haine érotisée», souligne- t-elle.«Un intérêt paraphilique qui implique de faire du mal aux autres ou à soi-même pose problème, car la personne fait face au défi de maîtriser ses pulsions.On parle ici de fantasmes intenses, et récurrents, tels \u201cquand je me masturbe en pensant que je viole quelqu\u2019un, mon orgasme est extrêmement intense\u201d», 24 Québec Science | Mars 2015 «Chez les hommes, les fantasmes sont synonymes de souhait.Mais chez les femmes, un fantasme reste un fantasme.» arriÈre-pensées B E N & F R E F O N illustre Gerard Schaefer, psychologue à l\u2019Institut de psychologie sexuelle à Berlin.En 2011, son équipe a publié une étude menée auprès de 367 hommes (âgés entre 40 et 79 ans) sur diverses paraphilies \u2013 voyeurisme, travestissement, fétichisme, masochisme, sadisme, exhibitionnisme, frotteurisme et pédophilie.Au total, plus de 60 % des participants ont rapporté être excités à des degrés divers par au moins l\u2019une de ces paraphilies (en particulier par le biais de leurs fantasmes).Des fantasmes pédophiles étaient rapportés par 1 homme sur 10, alors qu\u2019ils étaient 3,8 % à affirmer avoir eu des comportements sexuels pédophiles réels.os résultats démontrent qu\u2019une grande proportion des individus qui ont des fantasmes impliquant de se faire mal ou de faire mal à quelqu\u2019un sont passés à l\u2019acte.Mais ce qui est encore plus inquiétant, c\u2019est que de nombreux hommes sont excités par ces pa- raphilies, mais n\u2019en ressentent aucune gêne ni aucune inquiétude.Il y a donc peu de chances qu\u2019ils aillent chercher de l\u2019aide pour mieux contrôler leurs pulsions», explique Gerard Schaefer qui a mis sur pied un programme appelé Don\u2019t offend, lequel incite les hommes aux penchants pédophiles à aller suivre une thérapie à l\u2019hôpital de la Charité de Berlin avant qu\u2019il soit trop tard.À l\u2019Institut Philippe-Pinel, où sont internés de nombreux agresseurs sexuels, Christian Joyal souhaite comprendre ce qui fait qu\u2019une personne passe à l\u2019acte.«Nous possédons une vaste base de données où sont consignés les récits des fantasmes de nombreux criminels.Nous allons les comparer avec ceux de la population», ex- plique-t-il.En attendant, il souhaite mieux cerner l\u2019imaginaire érotique du commun des mortels.Il a commandé une étude à une firme de sondage pour connaître les goûts et les pratiques de 1 000 personnes, un échantillon encore plus représentatif de la population québécoise que son premier groupe.Les résultats confirment qu\u2019entre 25 % et 30 % des gens ont déjà pratiqué le BDSM (bondage, domination, sadisme, masochisme) et ce sont par ailleurs ceux qui se disent le plus satisfaits sexuellement, révèle-t-il.«Ce que je souhaite, c\u2019est qu\u2019on cesse de pathologiser d\u2019emblée certains fantasmes à cause de leur nature, ou de les considérer comme critères suffisants pour indiquer un trouble mental, comme le fait le DSM-5.» Autrement dit, c\u2019est la détresse qu\u2019il faut prendre en compte.On peut souffrir de fantasmer sur sa collègue de travail et être parfaitement heureux en imaginant chaque nuit fesser des inconnus.À propos des Cinquante nuances de Grey, pour le professeur et son étudiante, rassurez-vous : tout est bien qui finit bien.Comme dans un conte de fées.?QS ÉTUDES DE CHRISTIAN JOYAL : LES EXTRÊMES \u2022 FANTASMES TYPIQUES (plus de 84 % des personnes interrogées) Ressentir des émotions romantiques pendant une relation sexuelle.Avoir des relations dans un endroit romantique (féminin et masculin).Recevoir du sexe oral ou avoir une relation avec deux femmes (masculin).\u2022 FANTASMES INHABITUELS (moins de 15,9%) (pour les femmes) Uriner sur son partenaire ou se faire uriner dessus; porter des vêtements du sexe opposé; forcer quelqu\u2019un à avoir une relation sexuelle; avoir une relation avec un(e) prostitué(e); abuser d\u2019une personne en état d\u2019ébriété ou inconsciente; faire l\u2019amour avec une femme qui a de très petits seins.(pour les hommes) Uriner sur son partenaire ou se faire uriner dessus; faire l\u2019amour avec deux hommes ou plus.\u2022 FANTASMES RARES (moins de 2,3 % des personnes interrogées) Avoir une relation sexuelle avec un jeune enfant ou avec un animal.«N I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 26 Québec Science | Mars 2015 les années start-up UNE TERRE PROMISE P LE QUÉBEC TRAÎNE DE LA PATTE EN MATIÈRE D\u2019INNOVATION TECHNOLOGIQUE.POURRAIT-IL Par Dominique Forget Tel Aviv est devenue un pôle d'innovation technologique sans égal et un lieu de prédilection pour les jeunes entrepreneurs et fondateurs de start-ups. a clé USB, les systèmes anticollision installés dans les voitures de luxe, les tomates cerises.Devant des journalistes scientifiques réunis à l\u2019Université hébraïque de Jérusalem, Isaiah Arkin \u2013 que tout le monde appelle «Shy» \u2013 énumère quelques- unes des inventions les plus célèbres à être sorties des laboratoires d\u2019Israël.Son surnom a beau signifier « timide» en anglais, le vice-président à la recherche et au développement de l\u2019Université hébraïque est tout sauf réservé lorsque vient le temps de vanter les innovations de son pays.«Vous utilisez tous, dans votre vie quotidienne, des produits conçus chez nous», as- sure-t-il.Avec seulement 8 millions d\u2019habitants (une population équivalente à celle du Québec), ses 67 ans tout juste (sa déclaration d\u2019indépendance date de 1948) et son territoire entouré de pays hostiles, Israël n\u2019en est pas moins reconnu comme une véritable terre de miracle technologique.C\u2019est le pays, dans le monde, qui compte, toutes proportions gardées, le plus d\u2019ingénieurs et de titulaires de doctorat.La densité des start-ups rivalise avec celle de Silicon Valley et l\u2019État hébreu compte plus de sociétés cotées au NASDAQ que n\u2019importe quel pays, à l\u2019exception Mars 2015 | Québec Science 27 E POUR L\u2019INNOVATION L L S\u2019INSPIRER DE L\u2019ÉTAT HÉBREU, CHAMPION DES BREVETS ET DES START-UPS ?N O A M C H E N des États-Unis.La cerise sur le gâteau : Israël a déjà récolté 12 prix Nobel.Quelle est la recette de ce succès?Pendant une semaine, une douzaine de journalistes scientifiques venus d\u2019Allemagne, du Japon, des États-Unis, d\u2019Italie ou du Québec ont tenté de percer le mystère, en visitant quelques-unes des institutions les plus productives au monde en regard de l\u2019innovation.L\u2019Université hébraïque de Jérusalem, d\u2019abord, qui compte parmi ses fondateurs Albert Einstein et Sigmund Freud.Sa société de transfert de technologie, Yissum (un mot hébreu signifiant «application»), génère annuellement des ventes de 2 milliards de dollars grâce à la commercialisation des inventions de ses chercheurs, protégées par 8 900 brevets! Le Technion (institut israélien de technologie), ensuite, berceau des ingénieurs, mais aussi des médecins et des architectes, situé à Haïfa.Près de 80 % des sociétés israéliennes cotées au NASDAQ sont dirigées par ses diplômés.Les Intel, Google, Microsoft, IBM et Motorola se sont tous installés aux alentours de son campus.La perle sur le circuit mondial de l\u2019innovation reste toutefois l\u2019Institut Weizmann.Situé à Rehovot, non loin de Tel-Aviv, il emploie près de 1 000 professeurs qui se consacrent exclusivement à la recherche et à l\u2019enseignement supérieur.Sa société de transfert technologique, Yeda («connaissance» en hébreu), génère des ventes de 2,5 milliards de dollars par année grâce à quelque 1 400 brevets.n en a un peu marre que les journalistes internationaux ne parlent d\u2019Israël que dans le contexte du conflit avec la Palestine», admet sans ambages Uri Dro - mi, ancien porte-parole des gouvernements d\u2019Yitzhak Rabin et de Shimon Peres, aujourd\u2019hui président du Jerusalem Press Club.C\u2019est lui qui a eu l\u2019idée d\u2019inviter des journalistes scientifiques en Israël.«Vous ne le savez peut-être pas, annonce-t-il, mais depuis quelques années, des acteurs de la recherche et du développement venus de partout dans le monde affluent en Israël.Tous tentent de percer le secret de notre modèle d\u2019innovation, en espérant le reproduire chez eux.» Certains tentent même carrément de le cloner! Ainsi, l\u2019homme d\u2019affaires chinois Li Ka-shing, huitième fortune mondiale, en collaboration avec le gouvernement de la province de Guangdong et la ville de Shantou, a versé 280 millions de dollars à Technion en échange de quoi l\u2019institut s\u2019est engagé à ouvrir un campus dans l\u2019Empire du Milieu, où seront formés des ingénieurs et des informaticiens chinois.Technion a même été invité à ouvrir un campus à Manhattan par l\u2019ex-maire de New York, Michael Bloomberg, qui espérait fouetter l\u2019entrepreneurship technologique dans sa ville.La nouvelle ins - ti tu tion, gérée en partenariat avec l\u2019uni versité Cornell, aux États-Unis, inaugurera ses locaux ultramodernes en 2017 sur Roosevelt Island.Plus modestement, quelques dirigeants de l\u2019Université de Montréal ont visité des instituts de recherche israéliens en 2013, à l\u2019initiative du recteur Guy Breton, radiologue de formation.«Je voulais savoir comment une petite nation de la taille du Québec, isolée linguistiquement, arrive à être un leader mondial de l\u2019innovation», explique-t-il.Ces dernières années, d\u2019autres Mont- les années start-up 28 Québec Science | Mars 2015 «La recherche ne doit pas être et des dirigeants des instituts de financent les domaines à la ce que l\u2019on connaît, comment «O P A T R I C I A A L V A R A D O N Ú Ñ E Z / G R A Z I O S O P I C T U R E S .C O M / P H O T O S 1 - 2 La perle sur le circuit mondial de l\u2019innovation est l\u2019Institut Weizmann, près de Tel-Aviv.Ici, le pavillon qui abrite l\u2019accélérateur de particules.L\u2019Université hébraïque de Jérusalem compte parmi ses fondateurs Albert Einstein et Sigmund Freud.Elle a une société de transfert de technologie qui génère annuellement des ventes de 2 milliards de dollars grâce à la commercialisation des inventions de ses chercheurs, protégées par 8 900 brevets. réalais, dont l\u2019homme d\u2019affaires Frank Baylis, spécialiste des technologies médicales et président du conseil d\u2019administration du Campus des technologies de la santé, à Montréal, ont visité Israël pour s\u2019en inspirer.Jacques Bernier et Cédric Bisson, de Teralys Capital, un fonds d\u2019investissement spécialisé en innovation au Canada, y ont également fait un saut, dans l\u2019espoir d\u2019apprendre à mieux décoder le modèle israélien.Tous sont revenus avec le même constat.Certes, les Israéliens peuvent compter sur les millions de dollars versés par la diaspora juive pour financer leurs activités de recherche et contribuer à l\u2019essor du pays.Mais l\u2019argent n\u2019est pas l\u2019ingrédient principal du succès israélien.L\u2019omniprésence du secteur militaire en Israël, qui a donné naissance à plusieurs sociétés dérivées, n\u2019explique pas tout non plus, puisque les sociétés de défense, de lutte antiterroriste et de sécurité ne représentent que 5 % du produit national brut d\u2019Israël.«Ce n\u2019est pas une question d\u2019argent, mais d\u2019ADN», avance le professeur Aaron Ciechanover, prix Nobel de chimie en 2004.Habillé d\u2019un jean et d\u2019une chemise à carreaux, le chimiste de 67 ans rigole avec quelques journalistes scientifiques en leur montrant la collection de camions jouets qui décore son bureau, à l\u2019institut Technion.«Les Israéliens n\u2019aiment pas trop les formalités ni la hiérarchie, dit-il.Je pense que, d\u2019une certaine façon, cela nous aide à penser très librement.Mais notre vraie force, à mon avis, c\u2019est que nous aimons profondément le risque.» Pour illustrer son propos, le biologiste raconte que, lorsque le Hezbollah lançait des roquettes à proximité de son laboratoire, en 2006 \u2013 la frontière du Liban se trouve à une vingtaine de kilomètres de là \u2013, il allait à son bureau tous les jours.«Je ne suis pas un héros, je faisais mon travail, c\u2019est tout, dit-il.Vous devez comprendre que les Israéliens sont arrivés ici, il y a 60 ans, sur une terre aride où on ne trouvait pratiquement pas de sources d\u2019eau potable, et pas de pétrole.Il a fallu tout construire, tout inventer.On pouvait tout risquer, parce qu\u2019on n\u2019avait rien à perdre.Cette attitude reste profondément ancrée en nous.» our assurer leur survie dans le désert, les ingénieurs israéliens ont trouvé le moyen de maximiser chaque goutte d\u2019eau.Au- jourd\u2019hui, 80 % des eaux usées en Israël sont réutilisées (à titre de comparaison, l\u2019Espagne se classe deuxième, avec 12 %).Pour irriguer les champs, ils ont aussi inventé la technologie dite goutte à goutte et fondé la multinationale Netafim, au- jourd\u2019hui présente dans 150 pays.«Les Israéliens ont appris à transformer les problèmes en occasions d\u2019affaires, constate Guy Breton, recteur de l\u2019Université de Montréal.Au Québec, on est bien bon pour se plaindre, mais on ne passe pas à l\u2019action.D\u2019une certaine façon, on est peut- être victime de l\u2019État providence.» Si les Israéliens sont les champions du monde de l\u2019innovation, tous ne sont cependant pas obsédés par la commercialisation de leurs découvertes.Le professeur Aaron Ciechanover a remporté la plus haute distinction scientifique qui soit, le prix Nobel, pour avoir mieux compris la Mars 2015 | Québec Science 29 re un business.La grande erreur des fonctionnaires e recherche, ailleurs dans le monde, c\u2019est qu\u2019ils la mode.Mais si on travaille seulement sur nt va-t-on faire des découvertes?» D A V I D S H A N K B O N E W E I Z M A N N I N S T I T U T E Le Technion (institut israélien de technologie), berceau des ingénieurs, mais aussi des médecins et des architectes.(Suite à la page 31) Parlez-nous de cette culture entrepreneuriale des start-ups.Aujourd\u2019hui, pour se lancer en affaires, il ne faut souvent qu\u2019une idée, un ordinateur et une connexion à Internet.Et c\u2019est accessible à tout le monde, depuis Rivière-du-Loup jusqu\u2019à Sherbrooke.Il faut seulement être capable de développer un bon produit et de le proposer aux bons acheteurs.C\u2019est pour ça que les start-ups vivent un véritable boum.Nous sommes encore bien loin du dynamisme de New York ou de la Californie; nous ne voulons toutefois pas copier le modèle des autres.Nous souhaitons créer une communauté start-up qui ait une couleur bien montréalaise.Nous vivons dans une des villes les plus abordables en Amérique du Nord pour y monter une petite entreprise.Pourtant, nous manquons vraiment de financement.Aussi, une initiative comme la maison Notman cherche-t-elle à freiner l\u2019exode vers les États-Unis ou Toronto.Quels sont les modèles de start-ups québécoises?Voici de bons exemples : le détaillant de vêtements pour hommes en ligne Frank and Oak; le site de commerce électronique Beyond the Rack; la pla- teforme de vente de billets d\u2019autobus Busbud; l\u2019outil de recherche sur les réseaux sociaux Wajam, etc.Pour plusieurs de ces entrepreneurs, ce serait plus facile d\u2019aller travailler aux États-Unis, où les ressources sont plus nombreuses.Mais ils aiment Montréal et veulent développer l\u2019entrepre- neuriat local.Dans la communauté start-up, on valorise l\u2019échec.Pourquoi?L\u2019échec est un incontournable.Pour nous, ce n\u2019est pas la fin du monde; c\u2019est une expérience.Avec une start-up, il est normal de travailler quelques mois sur un produit, de le tester et de tout recommencer si ça ne fonctionne pas.Ici, les gens investissent leur temps et leur savoir- faire en sachant que c\u2019est un travail à long terme.C\u2019est un concept nouveau pour le Québec.Au- jourd\u2019hui, aux États-Unis, plusieurs investisseurs refusent de fournir de l\u2019argent à des entreprises qui n\u2019ont jamais connu d\u2019échec.Une start-up a souvent des milliers d\u2019usagers et aucun modèle d\u2019affaires.Comme Facebook à ses débuts! Y a-t-il un dialogue entre Québec inc.et Québec 2.0?Ce sont deux mondes qui ne se comprennent pas.Bien sûr, il y a 30 ou 40 ans, des entrepreneurs ont bâti des fleurons québécois sans le concours de la technologie à laquelle nous avons accès au- jourd\u2019hui.Mais la mentalité a changé.Il faut maintenant incorporer les nouvelles technologies et la philosophie des start-ups québécoises aux grandes entreprises.Ce que l\u2019on sait aujourd\u2019hui va être différent dans trois mois.Il y a chez les start-ups une volonté demigrer vers des solutions plus flexibles.Québec inc.a beaucoup à appren - dre de leur façon de faire! DES RESSOURCES POUR DES IDÉES À la maison Notman \u2013 la maison du Web à Montréal \u2013, 23 jeunes entrepreneurs peuvent louer un bureau individuel pour 3 ou 6 mois.Ce faisant, ils bénéficient de services et de formations offerts gratuitement ou à tarif préférentiel par des firmes d\u2019avocats, de comptabilité et de marketing.Les start-ups locataires ont aussi accès à des financiers et à des mentors.Ainsi, la firme de capital de risque Real Ventures, l\u2019accélérateur FounderFuel, la Banque de développement du Canada, Microsoft et Vidéotron ont des représentants sur place.On y accueille par ailleurs des événements de réseautage et des hacka- tons où des développeurs se rassemblent, pendant quelques jours, pour faire de la programmation informatique collaborative intensive.Si une activité est gratuite, éducative et qu\u2019elle donne de la valeur à la communauté, l\u2019espace est prêté sans frais.La maison met aussi à disponibilité des espaces de travail à frais partagés et des salles de rencontre.30 Québec Science | Mars 2015 les années start-up UNE NOUVELLE FORME D\u2019ENTREPRENARIAT QUI GAGNE MONTRÉAL Tous les trois ou six mois, une vingtaine de nouveaux locataires investissent la maison Notman, le quartier général des start-ups à Montréal.Ces jeunes, créatifs, talentueux et motivés, rêvent tous de faire les prochains Snapchat, Instagram ou WhatsApp.Le directeur, Noah Redler, explique l\u2019engouement pour cette nouvelle forme d\u2019entrepreneuriat hautement techno.Par Simon Coutu Noah Redler, directeur de la maison Notman, à Montréal S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T façon dont se dégradent les protéines.«Vous savez tous comment faire cuire un œuf, lance-t-il aux journalistes scien - tifiques, mais comment renverser le processus?Comment le \u201cdé-cuire\u201d, en quelque sorte?C\u2019est ça qui m\u2019intéresse.» Puis, il se tape la cuisse : «Voilà un gros steak.Lui aussi, il cuit.Les protéines se déna - turent en raison du processus de vieillissement.Renverser ou stopper leur dégradation, c\u2019est le graal des chercheurs en biologie moléculaire.» Sa découverte de l\u2019ubiquitine, une molécule impliquée dans la dégradation des protéines, a permis la mise au point de médicaments anticancéreux et ouvert à l\u2019industrie pharmaceutique un marché estimé à 1 milliard de dollars.«Je n\u2019avais pas pris de brevet.Autrement, j\u2019aurais 100 millions dans mes poches», rigole le professeur Ciechanover, l\u2019air de n\u2019en avoir rien à cirer.«La recherche ne doit pas être un business, ce doit avant tout être un plaisir, approuve le physicien Daniel Zajfman, président de l\u2019Institut Weizmann.C\u2019est la grande erreur des fonctionnaires et des dirigeants des instituts de recherche, ailleurs dans le monde.Ils financent les domaines à la mode.Mais si on travaille seulement sur ce que l\u2019on connaît, comment va-t-on faire des découvertes?» À l\u2019Institut Weizmann, on se targue de ne soutenir que la recherche qui sert la curiosité.«On se fiche complètement de la discipline dans laquelle exercent les chercheurs que l\u2019on embauche, assure Daniel Zajfman.On ne choisit jamais nos professeurs en se fondant sur leur dossier.On va prendre une bière avec eux et on discute.On choisit les plus passionnés.» La stratégie semble payante.À lui seul, le Co- paxone, un médicament contre la sclérose en plaques mis au point grâce à une découverte réalisée à l\u2019Institut Weizmann puis commercialisé par la compagnie pharmaceutique Teva, représente annuellement 4 milliards de dollars en ventes.«L\u2019argent n\u2019est pas la clé du succès en recherche et développement, mais disons qu\u2019il ne nuit pas non plus», commente Frank Baylis, président de Baylis Medical, un fabricant d\u2019équipements médicaux de haute technologie, à Montréal.Il y a deux ans, il est allé visiter des incubateurs d\u2019entreprises mis sur pied par le gouvernement israélien.«Chaque start-up reçoit 250 000 $ par année, pendant deux ans, explique l\u2019homme d\u2019affaires.Au Canada, nos entrepreneurs ne reçoivent que des broutilles, peut-être Mars 2015 | Québec Science 31 FINALE QUÉBÉCOISE 16 AU 19 AVRIL 2015 Les 125 meilleurs projets de la province à l\u2019École Polyvalente Nicolas-Gatineau, à Gatineau Un programme du Grand partenaire RIVE-NORD (LAVAL, LAURENTIDES, LANAUDIÈRE) 12 au 14 mars Cosmodôme, Laval EST DU QUÉBEC 13 et 14 mars Cégep de la Gaspésie et des Îles, campus de Gaspé, Gaspé Volet primaire, secteur du Bas-Saint-Laurent 8 mai Édifice Claire-L\u2019Heureux- Dubé, Rimouski MONTRÉAL 25 au 28 mars Grande-Place du Complexe Desjardins ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 27 et 28 mars SUM du Cégep de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda MAURICIE, CENTRE-DU-QUÉBEC 27 et 28 mars Séminaire Saint-Joseph Trois-Rivières CÔTE-NORD 20 et 21 mars Cégep de Sept-Îles, Sept-Îles QUÉBEC ET CHAUDIÈRE-APPALACHES 20 et 21 mars Cégep de Lévis-Lauzon, Lévis ESTRIE 20 au 22 mars Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke, Sherbrooke OUTAOUAIS 13 et 14 mars Université du Québec en Outaouais, Gatineau MONTÉRÉGIE 19 au 21 mars Collège militaire royal de Saint-Jean, Pavillon Dextraze, Saint-Jean-sur-Richelieu SAGUENAY\u2013 LAC-SAINT-JEAN 19 et 20 mars Pavillon Wilbrod Dufour, Alma MONTREAL REGIONAL SCIENCE & TECHNOLOGY FAIR 29 au 31 mars Université Concordia, EV building, Montréal ENTRÉE GRATUITE - Heures d\u2019ouverture au public disponibles au exposciences.qc.ca - Luc Langevin, porte-parole national - « En mars et en avril, la relève scientifique s\u2019anime ! PARTEZ À SA RENCONTRE ET LAISSEZ VOUS SURPRENDRE EN VISITANT LES FINALES DES EXPO-SCIENCES ! » Aaron Ciechanover, prix Nobel de chimie en 2004: «Notre vraie force, c\u2019est que nous aimons profondément le risque.» D O M I N I Q U E F O R G E T (Suite de la page 29) 15 000 $ en crédits d\u2019impôt! On essaie de donner à tout le monde mais, ce faisant, on n\u2019aide personne.» Au total, 250 entreprises ont obtenu cet appui du gouver - nement israélien, pour un investissement total de 62 millions de dollars.Frank Baylis peste contre ces administrateurs de la recherche au Québec qui passent leur temps à vanter la créativité de nos chercheurs.«Les Israéliens, eux, ne perdent pas leur temps à dire qu\u2019ils sont bons.Ils agissent.Le Québec a des croûtes à manger.Il doit se retrousser les manches s\u2019il ne veut pas devenir une société complètement dépassée, voire obsolète.» Jacques Bernier et Cédric Bisson, de Te- ralys Capital, sont plus optimistes.Ils croient que la culture entrepreneuriale change, petit à petit, au Québec.«Il y a maintenant un festival de la start-up à Montréal, note Cédric Bisson.Quelques Québécois qui ont réussi à Silicon Valley reviennent donner un coup de main aux entrepreneurs d\u2019ici.» Mais ils ne se font pas d\u2019illusions non plus.«C\u2019est un grand paradoxe, poursuit M.Bisson.À mesure qu\u2019une société devient plus riche et s\u2019installe dans son confort, elle a moins \u201cfaim\u201d et devient moins agressive sur le plan de l\u2019innovation.» À l\u2019Université hébraïque de Jérusalem, Isaiah Arkin continue de vanter les prouesses technologiques d\u2019Israël, qui ont garanti à son pays un confort équivalent à celui de l\u2019Amérique du Nord ou de l\u2019Europe occidentale.«Mais on a encore la faim au ventre, dit-il.Ce désir de triompher nous tient toujours.» Avec les journalistes scientifiques, Isaiah Arkin a beau vouloir éviter de parler du conflit avec la Palestine, le sujet finit toujours par se frayer un chemin dans la conversation.«Parfois, je me demande si nos \u201cgentils\u201d voisins savent que, lors qu\u2019ils nous bombardent, ils utilisent des microprocesseurs conçus chez nous; que lorsqu\u2019ils conduisent leur Mercedes, ils sont protégés par nos systèmes anticollision; et que leurs jardins sont irrigués par nos systèmes goutte à goutte», ironise-t-il.?QS 32 Québec Science | Mars 2015 DU 1ER AU 7 AOÛT, ROULEZ L\u2019ÉVÉNEMENT CYCLISTE DE L\u2019ÉTÉ! veloquebecvoyages.com?>?>?Tout débute à moins d\u2019une heure de Montréal : splendides paysages, routes tranquilles, visites de vignobles et dégustations de produits locaux.L\u2019épicurisme de proximité a ses avantages! CANTONS-VERMONT.SI BEAUX, SI BONS, SI PRÈS! QUÉBEC ÉTATS-UNIS GRANBY MAGOG COWANSVILLE FARNHAM ST.ALBANS p h o t o s : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e , G a é t a n F o n t a i n e , T o u r i s m e C a n t o n s - d e - l \u2019 E s t / S é b a s t i e n L a r o s e «À mesure qu\u2019une société devient plus riche et s\u2019installe dans son confort, elle a moins \u201cfaim\u201d et devient moins agressive sur le plan de l\u2019innovation.» ?Cedric Bisson, Teralys Capital les années start-up Le plaisir d\u2019explorer, le besoin de comprendre ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous PROCUREZ-VOUS ÉGALEMENT les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions La Route verte à la dérive?La grande époque des six jours NOUVELLES RUBRIQUES Les applis cyclistes Chronique santé Les trucs pratiques GUIDE D\u2019ACHAT IVÉLOS DE ROUTE MARS 2015 Santa Barbara 4 0 0 6 5 3 8 7 VOLUME 34 N O 5 GRAND CONCOURS VÉLOMAG PLUS DE 9 000 $ EN PRIX À GAGNER 34% DE RÉDUCTION SUR LE PRIX EN KIOSQUE * * * 1 AN : 35 $ | 2 ANS : 63 $ | 3 ANS : 86 $ * Prix avant taxes Aussi disponible en édition numérique 46% DE RÉDUCTION SUR LE PRIX EN KIOSQUE 41% TION DE RÉDUC QUE S SUR LE PRIX EN KIO 4 0 0 6 5 3 8 7 4 S 201 U 6 MAR U\u2019A Q S UE JU Q EN KIOS p h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e Les prix sont valides pendant 60 jours à compter du 11 décembre 2014 (voir page 66).LIBRE COMME L\u2019AIR 2 0 1 5 70DESTINATIONS AU QUÉBEC ET À TRAVERS LE MONDE LE GRAND TOUR DESJARDINS Cantons-Vermont.si beaux, si bons, si près! Plus de départs En Liberté Pour en savoir plus sur nos 70 destinations, visitez notre site ou demandez notre brochure.veloquebecvoyages.com ?vous rêvez vacances?Pensez vélo! DESTINATIONS SOLEIL CUBA HOLGUÍN EN BOUCLES 8 au 15 mars 5 au 12 avril LES ÎLES DE GUADELOUPE 19 au 26 mars europe amérique Aussi en 2015 Plus de 15 destinations En liberté, formule de voyage destinée aux cyclistes autonomes.NOUVEAU NOUVEAU MAJORQUE 24 avril au 9 mai PUGLIA 23 mai au 7 juin TOSCANE EN LIBER 23 mai au 5 juin TUGAL POR 31 mai au 15 juin SONOMA ET NAP 11 au 18 avril TÉ ALLEY A V TUCSON 18 au 25 avril AH UT 25 avril au 2 mai FIVE BORO BIKE TOUR, NEW YORK 1er au 3 mai VIRGINIE 2 au 10 mai SAN FRANCISCO \u2013 A BARBARA SANT 9 au 17 mai CAPE COD 16 au 21 mai Mars 2015 | Québec Science 35 les cornes du diable CRIMES CONTRE NATURE Nourri par une insatiable demande, le marché des cornes de rhinocéros et de défenses d\u2019éléphant est toujours florissant.Les pays impliqués, appuyés par la communauté internationale, commencent toutefois à se donner les moyens d\u2019enrayer ce trafic.Par Jean-Pierre Rogel L O U I S E M U R R A Y / S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y uelques minutes suffisent aux contrebandiers.C\u2019est à la tronçonneuse ou à la hache qu\u2019ils sectionnent la corne convoitée après avoir endormi le rhinocéros avec une fléchette hypodermique.Puis, ils disparaissent.L\u2019a ni mal n\u2019en meurt pas tout de suite, il se relève et s\u2019effondre plus tard au bout de son sang.On le sait, parce qu\u2019on voit les traces et qu\u2019on trouve des carcasses loin du lieu de l\u2019attaque initiale.» Sean Willmore parle d\u2019expérience.En tant que président de la Fédération internationale des rangers (FIR), cet Australien athlétique au visage rond a accompagné de nombreuses fois ses collègues africains et indiens sur le terrain.Il connaît aussi la suite de l\u2019histoire.«Exportée clandestinement vers l\u2019Asie, ré- sume-t-il, la corne est revendue à des intermédiaires.Elle atteint des prix très élevés \u2013 autour de 100 000 $ pour une corne bien préservée.Elle est ensuite transformée en sculpture de luxe ou réduite en poudre et destinée aux usages de médecine traditionnelle.» Tout autant que la réalité du massacre \u2013 ces animaux sont tués un à un, sans relâ - che, malgré leur statut d\u2019espèce protégée \u2013, ce qui choque le ranger est que la plupart des cornes de rhinocéros sont pulvérisées pour être incorporées dans de pseudo-re- mèdes.Un marché qui, apparemment, ne cesse de s\u2019étendre en Asie.«Ces animaux sont délibérément mutilés et massacrés pour satisfaire des caprices irrationnels, dénonce Sean Wilmore.Quand on pense que leur corne est essentiellement faite de kératine, la même matière que celle de nos ongles\u2026 Si vous pensez que ces cornes peuvent régler vos problèmes de dysfonction érectile, ron- gez-vous donc les ongles à la place!» Pour le bouillant président de la FIR, il faut briser la chaîne, faite «de corruption, de cupidité et d\u2019imbécilité», qui va du braconnier local, recruté par des groupes criminels organisés, jusqu\u2019au consommateur berné et crédule.Au Congrès mondial sur les parcs (CMP), qui se tenait en novembre dernier à Sydney à l\u2019initiative de l\u2019Union internationale de conservation de la nature (UICN), il n\u2019était pas le seul à réclamer des autorités plus de fermeté à ce sujet.Tour à tour, Marco Lambertini, di - recteur général du WWF (la Fondation mondiale pour la faune sauvage qui, au passage, ne se donne plus la peine de traduire son sigle dans les pays fran co - phones), puis Widodo Ramono, président de la Rhino Conservation Foundation of Indonesia (YABI) et enfin Nadya Hata- gulung, directrice d\u2019une fondation de Singapour au nom si inspirant, Let Elephants Be Elephants \u2013 Laissons les éléphants être des éléphants \u2013, ont exprimé le même point de vue.Face à la «professionnali- sation» du braconnage des cornes de rhinocéros et des défenses d\u2019éléphant, ont- ils répété, il faut déployer les grands moyens et rompre la chaîne de l\u2019offre et de la demande.À l\u2019échelle du continent africain \u2013 le plus touché \u2013, les braconniers disposent maintenant de matériel militaire et de fusils d\u2019assaut modernes.Ils sont renseignés et bien organisés; ils peuvent entrer et sortir d\u2019un parc national en quelques heures grâce à des véhicules rapides et puissants, parfois en franchissant des frontières, ce qui nécessite des complicités.Disposant de moyens techniques considérables \u2013 jumelles à vision nocturne, fusils télescopiques, téléphones satellitaires pour sécuriser leurs communications \u2013, ils savent précisé- 36 Québec Science | Mars 2015 En Afrique, les braconniers disposent maintenant de matériel militaire et de fusils d\u2019assaut modernes.Ils sont bien organisés; ils peuvent entrer et sortir d\u2019un parc national en quelques heures grâce à des véhicules rapides et puissants.les cornes du diable Q « B R E N T S T I N T O N / G E T T Y ment où traquer les rhinocéros et les éléphants.Ils parviennent parfois à leurs fins en tendant des pièges, l\u2019un des plus courants étant d\u2019empoisonner à fortes doses d\u2019arsenic les mares fréquentées par les rhinocéros.Cruel et efficace.L\u2019Afrique du Sud, où vivent 80 % des rhinocéros africains \u2013 la population totale étant estimée à 25 000 individus \u2013, est au cœur des controverses.Malgré de nombreux efforts, elle ne semble pas réussir à protéger ses rhinocéros.Le bilan s'alourdit d'année en année.Alors qu'en 2013, le Ministère de l'environnement d'Afrique du Sud déplorait la mort de 1004 in - dividus, les derniers chiffres pour l'année 2014 font état de 1215 rhinocéros tués.En 2007, seuls 13 rhinocéros avaient été braconnés.C\u2019est dans le parc national Kruger, très apprécié des touristes pour sa vie sauvage, que la contrebande frappe le plus fort.Selon les bilans officiels, la chasse illégale initiée localement a diminué grâce à la surveillance accrue, ainsi qu\u2019à la mobilisation des communautés autour du parc.Mais depuis plusieurs années, des contrebandiers y font des incursions depuis le Mozambique voisin.Malgré la surveillance des rangers et de l\u2019armée, ils parviennent à entrer clandestinement et à s\u2019évanouir dans la nature avec leur butin.De source officielle, 827 rhinocéros ont été tués dans le parc Kruger cette année.out le monde s\u2019entend quant à la nécessité d\u2019une répression du trafic organisé par des groupes criminels internationaux.«Il est temps de recourir aux grands moyens», a déclaré à Sydney John Scanlon, le secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d\u2019extinction (CITES).«Devant la persistance et même, dans certains cas, la croissance du braconnage orchestré par des groupes criminels, la réponse des États concernés et de la communauté internationale doit être forte.Nous avons les moyens, nous pouvons décapiter ces réseaux de trafiquants.» Voilà qui est peut-être plus facile à dire qu\u2019à faire.Sur la même estrade, lors de ce congrès tenu dans une sorte de hangar du parc olympique de Sydney par une chaude soirée, la ministre des Affaires environnementales de l\u2019Afrique du Sud, Edna Molewa, prend la parole.Elle reconnaît que, malgré la mise en place de plusieurs mesures récentes, dont les patrouilles en hélicoptère et le déploiement de l\u2019armée de terre le long de la frontière avec le Mozambique, le phénomène persiste.Pis encore, le bilan s\u2019alourdit.«Malheureusement, souligne-t-elle, enrayer ce fléau n\u2019est pas simple.» Un plan de cinq ans a été dressé.Le premier volet consiste à soutenir économiquement les communautés bordant le parc.Il s\u2019agit de faire des villageois des partenaires en conservation, notamment en développant l\u2019écotourisme.Cela semble donner de bons résultats, puisque les raids de chasseurs locaux appâtés par le gain ont fortement diminué.Le second volet vise à lever ce que la ministre n\u2019hésite pas à appeler le «voile de l\u2019impunité».Lorsqu\u2019ils étaient arrêtés, les contrebandiers sud-africains étaient rarement traduits en justice, et encore plus rarement condamnés à de lourdes peines.Ce n\u2019est plus le cas.En juillet dernier, un contrebandier a été condamné à 77 ans de prison.Un mois plus tard, les membres d\u2019un réseau ayant opéré il y a quelques années ont été arrêtés et leur procès devrait s\u2019ouvrir sous peu.Une trentaine de dossiers semblables sont en instruction judiciaire.«C\u2019est une guerre contre un crime organisé Mars 2015 | Québec Science 37 Saisie de cornes de rhinocéros à Hong Kong.Un commerce absurde.«Si vous pensez que ces cornes peuvent régler vos problèmes de dysfonction érectile, rongez-vous donc les ongles à la place!» dit Sean Willmore, président de la Fédération internationale des rangers.T K I N C H E U N G / L A P R E S S E C A N A D I E N N E L A P R E S S E C A N A D I E N N E / K I N C H E U N G et la clé, dit la ministre, c\u2019est l\u2019intégration de toutes les mesures \u2013 répressives, préventives et éducatives.» Ministre important dans le cabinet sud- africain, Edna Molewa entend peser de tout son poids.Pour la première fois dans un pays africain \u2013 pour ne pas dire dans le monde \u2013, un ministre responsable de l\u2019environnement détient un pouvoir de décision exceptionnel.Reste à voir ce que cela donnera, disent les observateurs.Cette année, les services douaniers sud-africains seront coordonnés avec Interpol et l\u2019armée utilisera de nouveaux moyens techniques, comme des drones, pour traquer les contrebandiers.Si l\u2019Afrique du Sud est engluée dans ce problème, les pays voisins tentent plutôt d\u2019endiguer le trafic de défenses d\u2019éléphant, les braconniers étant toujours à l\u2019œuvre, particulièrement en Afrique centrale.Quoi qu\u2019il en soit, rien n\u2019égale les moyens anti- braconnage récemment mis en œuvre par l\u2019Afrique du Sud pour ses rhinocéros et, par la même occasion, pour ses éléphants et tous ses animaux menacés.\u2019autre élément dont on doit tenir compte, c\u2019est la persistance d\u2019une demande de la part de pays consommateurs, aussi bien pour les cornes des rhinocéros que pour l\u2019ivoire des éléphants.Comment réduire et, en fin de compte, supprimer la demande?Un très vieux débat, mais qui, selon John Scanlon, de la CITES, «commence à sortir de la rhétorique diplomatique et débouchera bientôt sur des actions concrètes au sein de la communauté internationale».Un nouveau sommet mondial sur la question, prévu pour ce printemps, devrait examiner plusieurs propositions concrètes.L\u2019une d\u2019entre elles conférerait des pouvoirs accrus à Interpol et aux services douaniers.On parle aussi de sanctions économiques envers les pays qui ferment les yeux sur des importations qui, de par les lois internationales, sont illégales.Ces mêmes pays transforment la «ma - tière première animale» et entretiennent \u2013 ou tolèrent \u2013 des marchés intérieurs florissants.On blâme les pays asiatiques, principalement le Vietnam, la Thaïlande et la Chine.Trois importateurs avérés où la consommation de produits de médecine traditionnelle est forte.Diverses potions 38 Québec Science | Mars 2015 les cornes du diable Après avoir amorcé un déclin dans les années 1990, le marché illégal des cornes de rhinocéros en Asie a repris de plus belle au milieu des années 2000.Pourquoi?Personne ne semblait le savoir.Puis, en 2007, l\u2019organisme non gouvernemental de surveillance Traffic a noté une forte augmentation de la demande intérieure au Vietnam.Comme ce pays n\u2019était pas le marché principal, l\u2019organisme a d\u2019abord pensé que la destination finale était la Chine, le Vietnam ne servant que de plaque tournante.Mais Traffic a dû se rendre à l\u2019évidence : la demande finale était bel et bien celle du marché intérieur vietnamien, et sa croissance était phénoménale.Que s\u2019est-il passé?On ne sait toujours pas avec exactitude.Mais, à l\u2019époque, comme par hasard, cette explosion de la demande a coïncidé avec la propagation d\u2019une rumeur à l\u2019effet que la poudre de rhinocéros permettait de guérir le cancer.Mieux, qu\u2019elle aurait guéri le cancer d\u2019un homme politique important qui, cependant, n\u2019a jamais été identifié.Un traitement contre le cancer?Voilà qui était nouveau.Comme l\u2019a déclaré à la revue Nature Huijun Shen, président de l\u2019Association de médecine traditionnelle chinoise du Royaume-Uni, il n\u2019existe absolument aucune mention de l\u2019utilisation de la poudre de rhinocéros pour traiter le cancer dans les textes de médecine chinoise ni, a fortiori, de son efficacité à cet effet.Peu importe, la rumeur aurait décollé et enflé en Asie, nourrissant un appétit pour les cornes.Selon un document de la CITES, on peut aussi penser que l\u2019accession des classes moyennes à une relative richesse matérielle, au Vietnam et en Chine, aurait contribué à faire gonfler ce marché.Aucune enquête sérieuse n\u2019a documenté ce qu\u2019on peut appeler la «rumeur du Vietnam».Du côté des pays pourvoyeurs, l\u2019Afrique du Sud a vu des réseaux d\u2019exportation se développer depuis 2008.Les autorités ont épinglé plusieurs Vietnamiens aux valises chargées de cornes de rhinocéros : du jamais vu.En 2012, l\u2019Afrique du Sud a conclu avec le Vietnam un accord de coopération qui lui a notamment permis, en novembre 2014, d\u2019arrêter des trafiquants vietnamiens s\u2019apprêtant à exporter 18 cornes depuis l\u2019aéroport de Johannesburg.De l\u2019eau mélangée à de la corne de rhinocéros, une panacée?Même pas! Heureusement, depuis 2012, l\u2019Afrique du Sud a conclu un accord avec le Vietnam pour freiner cette pratique.LA RUMEUR DU VIETNAM L A P R E S S E C A N A D I E N N E / N A S O N N G U Y E N L contenant ou prétendant contenir des extraits de corne de rhinocéros sont proposées comme traitement, notamment contre l\u2019anémie, les maux de ventre, les fièvres ou la faiblesse cardiaque.Bien que d\u2019éminents praticiens de la médecine chinoise se soient distanciés de ces prétendus remèdes, il reste que la demande populaire demeure forte.Au cours de ces dernières années, consciente de la désapprobation internationale, la Chine a commencé à réprimer les entrées illégales.Elle a même instauré un contrôle public des entreprises fabriquant des médicaments, afin de sévir contre les contrevenants.Mais les organismes in te r na tionaux qui luttent contre le trafic d\u2019animaux sauvages ne sont pas impressionnés.«Comme la fabrication de ces potions est clandestine et essentiellement artisanale \u2013 on parle d\u2019une multitude de petits ateliers et d\u2019échoppes locales \u2013, la Chine est très loin du compte.Même chose pour les autorités thaïlandaises et vietnamiennes : elles ne jouent pas franc jeu», estime le responsable d\u2019une ONG, rencontré à Sydney, qui préfère conserver l\u2019anonymat.«Tous les pays ont leur part de combat à mener contre ce fléau, affirme pour sa part la ministre sud-africaine Edna Molewa.Mais nous avons une responsabilité internationale à assumer, et si nous sommes capables de coopérer, nous enrayerons ce fléau, j\u2019en suis convaincue.» Il faudra attendre de voir si le prochain sommet sur la question accouchera de mesures efficaces.Mais cette fois, on sent une réelle détermination.?QS Mars 2015 | Québec Science 39 Il n\u2019existe absolument aucune mention de l\u2019utilisation de la poudre de rhinocéros pour traiter le cancer dans les textes de médecine chinoise, a déclaré Huijun Shen, président de l\u2019Association de médecine traditionnelle chinoise du Royaume-Uni.iric.ca medecine.umontreal.ca Bravo au Dr Guy Sauvageau, professeur à la Faculté de médecine et chercheur à l\u2019Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l\u2019Université de Montréal, pour la découverte de la molécule UM171.Cette percée ?gure parmi les 10 découvertes de l\u2019année 2014 de Québec Science.La molécule UM171 a la propriété de multiplier les cellules souches contenues dans le sang de cordons ombilicaux.Un plus grand nombre de cellules souches signi?e que davantage de patients atteints de cancer pourront ainsi être traités.BRAVO ! PERSONNALITÉ DE L\u2019ANNÉE La Presse 2014 \u2013 Sciences SCIENTIFIQUE DE L\u2019ANNÉE 2014 de Radio-Canada Lorem ipsum e sera le tout pour le tout.Le général allemandErich Ludendorff décide de mettre le paquet pour en finir avec cette guerre qui n\u2019en finit pas.Sur les 228 divi - sions que compte l\u2019ensemble de l\u2019armée allemande, il en mobilise 190 \u2013 soit 1 260 000 soldats \u2013 sur le front occidental.Tout le long de la ligne, où sont figées les armées depuis des mois, il déploie une artillerie d\u2019enfer \u2013 un canon tous les 10 m \u2013 pour appuyer un assaut mené par des troupes de choc équipées de mitrailleuses et de lance-flammes.Le 21 mars 1918, il ordonne l\u2019attaque.Elle est fulgurante.En une journée, les troupes du kaiser réussissent à enfoncer les lignes alliées et avancent de plusieurs dizaines de kilomètres.Les pertes britanniques sont très lourdes.Plus au nord, en Flandre, une autre offensive d\u2019envergure débute le 9 avril; elle est tout aussi dure.Le 27 mai, Lu- dendorff lance des attaques \u2013 encore réussies \u2013 en Champagne et le long du Chemin des Dames pour ouvrir la route de Paris.La victoire semble ne plus faire de doute.Mais ces succès ne rencontrent pas la sympathie souhaitée à Berlin ni ailleurs dans l\u2019Allemagne soumise au blocus depuis l914.En effet, la puissante flotte britannique empêche le trafic maritime par la mer du Nord.L\u2019Allemagne peine à nourrir sa population, au point que plus de un demi-million de civils y mourront de faim pendant ces funestes années.Des émeutes éclatent.Un important mouvement de grèves ébranle le régime impérial.Puis, au front, les munitions viennent à manquer pour l\u2019armée allemande qui commence à s\u2019épuiser.Une autre année de tranchées pour les soldats?Le 1er juillet 1918, 450 000 soldats états-uniens arrivent en renfort.Avec les troupes franco-britanniques, les «sammies» \u2013 comme les Français aiment à les surnommer \u2013 préparent une contre-offensive.Elle commence en août.Elle est rapide.Et elle réussit.Les villes sont reconquises les unes après les autres : Reims, Soissons, Château-Thierry, Saint-Quentin, Lille, Pass chendæle, Valenciennes, etc.Les troupes allemandes se replient précipitamment.Leur reddition s\u2019avère, après quelques mois de combats, inévitable.Le 9 novembre, le kaiser abdique.Le 11, l\u2019armistice est conclu Le dénouementet l 4e PARTIE DE 4 1418 la grande guerre Jamais, jusqu\u2019alors, une guerre n\u2019avait compté autant de sacrifices humains en si peu de temps.Où cela allait-il mener le monde?Les soldats dans les tranchées n\u2019en avaient aucune idée; les généraux non plus.C 40 Québec Science | Mars 2015 A .Y .J A C K S O N , T A I L L I S , L E S O I R , 1 9 1 8 © C O L L E C T I O N B E A V E R B R O O K D \u2019 A R T M I L I T A I R E / M U S É E C A N A D I E N D E L A G U E R R E / O T T A W A , O N T A R I O / C W M 1 9 7 1 0 2 6 1 - 0 1 8 6 Lorem ipsum LA GRANDE GUERRE DEVAIT ÊTRE COURTE.ELLE DURERA PLUS DE QUATRE ANS ET LAISSERA DERRIÈRE ELLE DES VILLES DÉTRUITES, DES EMPIRES ÉCROULÉS, DES MILLIONS DE MORTS ET DE MUTILÉS, BEAUCOUP DE DÉSESPOIR ET UN MONDE À REFAIRE.Par Raymond Lemieux t le temps d\u2019une paix Mars 2015 | Québec Science 41 près de Compiègne, en France.«On avait cessé de se battre, mais cela ne voulait pas dire que l\u2019on avait fait la paix», précise Carl Bouchard, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal.La diplomatie prend le relais.Comment les choses se sont-elles déroulées?«C\u2019est une période très peu étudiée, poursuit l\u2019historien.Il s\u2019agit pourtant d\u2019un moment extrêmement important, car les sociétés ont dû se préparer à réapprendre à vivre normalement tout en repensant le monde.» Paris est choisie pour recevoir les 34 délégations participantes aux négociations du processus de paix.Le président des États-Unis Woodrow Wilson se fait accompagner d\u2019un contingent de 1 500 conseillers et analystes.Les Allemands n\u2019y sont pas conviés.«C\u2019est un précédent en relations internationales.Jusque-là, les discussions pour en arriver à un accord impliquaient les vainqueurs et les vaincus, fait remarquer Carl Bouchard.Dans ce cas, on a prétexté que l\u2019Allemagne avait enfreint le droit international lorsqu\u2019elle avait envahi la Belgique, en 1914.Qu\u2019elle ne pouvait donc pas assurer quiconque de sa bonne foi.Mais il y avait aussi une autre raison, moins pu- blicisée : on ne souhaitait pas que Berlin tirât profit des divergences qui allaient surgir entre les vainqueurs pendant ces pourparlers.» Le traité de Versailles est signé l\u2019année suivante, le 28 juin 1919.Il est très dur pour l\u2019Allemagne.On la désigne comme seule et unique res - ponsable du désastre de la Grande Guerre.Ainsi, Berlin doit rendre 5 000 canons, 25 000 avions, ses quelques blindés et toute sa flotte (qui se sabordera au large de l\u2019Écosse).Son armée est réduite à 100 000 hommes et le pays est forcé d\u2019abolir le service militaire.\u2019Allemagne doit, en plus, rembourser les dommages causés en France.Une dette qu\u2019elle traînera jusqu\u2019au 3 octobre 2010.Elle perd aussi la propriété de tous ses brevets technologiques et scientifiques (dont celui de l\u2019aspirine !).Enfin, toutes ses colonies sont redistribuées entre les vainqueurs : le Togo, le Cameroun, l\u2019Afrique orien tale allemande (actuels Tanzanie, Rwanda et Burundi), le sud-ouest africain (Namibie), la Nouvelle- Guinée allemande, les îles Marshall, le Samoa occidental et l\u2019archipel Bismarck (intégré au- jourd\u2019hui à la Papouasie\u2013Nouvelle-Guinée).Pour Meher Khatcherian, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand de l\u2019Université du Québec à Montréal, ce traité n\u2019aurait pas pu rester un modèle.«Il était très \u201ceurocentrique\u201d.Les centres de pouvoir et d\u2019intérêts en présence étaient européens.On a pris en compte plusieurs critères matériels, ce qui était dans l\u2019esprit des traités de l\u2019époque.Mais on ne fait pas la paix en humiliant les vaincus.» Surtout que l\u2019Allemagne n\u2019a probablement jamais vraiment eu l\u2019impression d\u2019être défaite.D\u2019autant, fait à noter, que les armées adverses ne sont jamais allées combattre sur son territoire.Le traité et ses conséquences allaient 14-18 Le dénouement et le temps d\u2019une paix Engagez-vous, qu\u2019ils disaient Jusqu\u2019en 1917, Ottawa recrute quelque 300 000 hommes pour renforcer son Corps expéditionnaire canadien (CEC).Ce qui est respectable, compte tenu que la population de la colonie est alors de 8 millions de personnes.«Entre 60 % et 70 % des recrutés étaient nés au Royaume-Uni.C\u2019est la défense de la mère patrie qui les motivait», note Charles-Philippe Courtois, professeur d\u2019histoire au Collège royal militaire de Saint-Jean et coauteur d\u2019un ouvrage à paraître sur les Québécois et la Première Guerre mondiale.Les francophones ne constituaient alors que 12 % de ce contingent.Mais cet effort de guerre reste en deçà des objectifs du premier ministre Robert Borden.En juillet 1917, il fait adopter la Loi sur le service militaire et instaure la conscription pour augmenter les effectifs militaires du Canada.Une mesure qui sera vivement contestée.«On fournit des céréales et des munitions, pourquoi envoyer en plus des soldats?» interroge alors le journaliste et homme politique Henri Bourassa, un illustre pourfendeur de la conscription.Au Québec, ça joue dur.Une manifestation, le 1er avril 1918, est violemment réprimée dans la Vieille Capitale par des soldats venus de Toronto; cinq personnes sont tuées par les militaires.Aller à la guerre?Pour les francophones, cela ne va pas de soi d\u2019être soumis à un commandement anglophone et protestant.D\u2019ailleurs, mis à part le fameux Royal 22e Régiment, le ministre de la Milice ne tient pas à constituer d\u2019autres unités francophones.Un éditorial du journal La Presse suggère même de former des bataillons francophones devant plutôt être intégrés au sein de l\u2019armée française.Une idée pas nécessairement recevable à l\u2019époque, dit Charles-Philippe Courtois : «Cela équivalait à se battre pour une France mécréante républicaine, associée à des valeurs que notre Église catholique réfutait.» Cela dit, la conscription secoue d\u2019autres dominions de l\u2019empire britannique.À Terre-Neuve, elle provoque aussi maintes protestations; en Irlande, elle est refusée par les catholiques qui commencent à revendiquer leur indépendance afin de se soustraire à Londres; en Australie, elle sera carrément rejetée.«Dans l\u2019Ouest canadien non plus, les fermiers ne sont pas en faveur, rappelle Charles-Philippe Courtois.Ils veulent garder leurs fils pour les travaux des champs.» L instiller de la rancœur, de l\u2019incompréhension et de la stupéfaction chez les Allemands.«Au point qu\u2019ils se sont mis à chercher des ennemis intérieurs pour expliquer cette suite d\u2019événements et à désigner des boucs émissaires : ce seront les juifs et les communistes.» «Il y a une différence entre savoir faire la paix et la faire, poursuit le politologue, aussi expert dans les processus de réconciliation.Un traité résulte de bonnes intentions.Puisqu\u2019on voulait que cette guerre soit la dernière et que plus jamais ce genre de conflit ne se reproduise; on peut présumer que, pour l\u2019époque, ce traité constituait la meilleure des ententes possibles.» Que la paix soit durable, c\u2019est dans cet esprit que s\u2019ouvre, sept mois plus tard, en janvier 1920, la première réunion de la Société des nations (SDN), l\u2019ancêtre des Nations unies.Grâce à la participation d\u2019un diplomate québécois, Raoul Dandurand (qui donnera son nom à la chaire d\u2019études de l\u2019UQAM), le Canada obtiendra le statut de membre fondateur de la Société.Ce qui a fait dire à certains politiciens que le Canada, entré en guerre comme un dominion, en ressortait comme un pays.«La position du Canada reste déterminée par les intérêts britanniques, nuance Carl Bouchard.Mais cela en dit beaucoup sur l\u2019idée de vouloir, à l\u2019époque, bâtir un nationalisme canadien.» Les principes de la Société sont d\u2019une grande noblesse : ils proclament la nécessité du désarmement et de l\u2019arbitrage en cas de conflit entre les pays signataires.La SDN doit notamment défendre le «droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes», puis commande la création du Bureau international du travail, toujours actif aujourd\u2019hui.«Ces préoccupations reflétaient beaucoup celles du pré s i - dent états-unien qui, tout en remet - tant en question l\u2019ordre impérial et colonial \u2013 ce qui ne faisait pas trop l\u2019affaire de Londres et de Paris \u2013, développait un discours pour contrecarrer l\u2019influence montante des bolcheviks et des communistes en Europe», commente Carl Bouchard.Le comble, c\u2019est que le Sénat des États-Unis renverse la décision de Wilson et choisit de ne pas participer à l\u2019aventure de la SDN.Or, si cette dernière s\u2019avère en elle-même une bonne idée, elle risque bien, sans la participation de l\u2019Allemagne, de la Russie et des États-Unis, de n\u2019être une coquille vide.\u2019un des plus terribles secrets que l\u2019après- guerre a révélés aura sans doute été l\u2019accord de Sykes-Picot signé en mai 1916.Si les Britanniques avaient promis une indépendance aux Arabes en contrepartie de leur appui dans leur guerre contre Istanbul, (ce qui conduira en 1932 à la création du royaume Mars 2015 | Québec Science 43 Une nouvelle Europe Le traité de Versailles redessine la carte du continent européen.De nouveaux États sont créés : l\u2019Autriche, l\u2019Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie.VIMY, LE LIEU DU MYTHE «Entrée interdite.Munitions non éclatées.» Les alentours du spectaculaire monument de la crête de Vimy, en France, portent encore les marques des cratères et des tranchées.Administré par Parcs Canada, ce site est probablement le plus dangereux de tous les sites nationaux canadiens.Aujourd\u2019hui couvert d\u2019un pâturage brouté par des centaines de moutons nonchalants, le terrain a été cédé par la France au Canada en gage de reconnaissance pour le sacrifice de ses soldats.Rappelons que la crête de Vimy était un verrou stratégique pendant la Grande Guerre, puisqu\u2019elle dominait une immense plaine que traversait la route menant aux mines de fer du nord de la France.Contrôlé par les Allemands jusqu\u2019en avril 1917, Vimy a été le théâtre d\u2019une victoire des troupes canadiennes.Devenu mythique, le fait d\u2019armes est aujourd\u2019hui rappelé à l\u2019endos des billets de 20 $.L (Suite à la page 45) U W E Z U C C H I / C O R B I S M I C H E L R O U L E A U 1914 1919 Algérie Tunisie France Suisse Empire allemand Allemagne Pologne Tchécoslovaquie Roumanie Hongrie Autriche Yougoslavie Empire austro-hongrois Italie Serbie Grèce Grèce Bulgarie Albanie Albanie Estonie Lettonie Lituanie Prusse-Or.URSS Roumanie Belgique Russie Pays-Bas Danemark Suède R.-U.Espagne Algérie Tunisie France Suisse Italie Belgique P.-B.R.-U.Espagne P o r t u g a l Faut-il parler de «Grande Guerre» plutôt que de «Première Guerre mondiale»?En France et en Allemagne, on parle de Grande Guerre.Car jamais, dans notre histoire, on n\u2019aura été confrontés à un conflit de cette dimension.Surtout, ça a été une énorme surprise : la guerre ne devait durer que quelques semaines ou quelques mois.Personne n\u2019avait imaginé qu\u2019elle puisse durer quatre ans et encore moins mobiliser autant d\u2019hommes.Cette guerre immense et invraisemblable a même été considérée, en ce temps, comme la dernière des guerres.Elle était en effet tellement incroyable, que l\u2019on ne pouvait imaginer qu\u2019il y en aurait, un jour, une autre pareille.En réalité, 20 ans plus tard, on a recommencé.C\u2019est après la Deuxième Guerre qu\u2019on a pu nommer le conflit de 1914-1918 «Première Guerre mondiale».Cette grande guerre a en quelque sorte provoqué la chute des empires.En fait, au départ, c\u2019était une guerre européenne.On croyait qu\u2019elle allait permettre de régler les tensions qui existaient en Europe.Le fait qu\u2019il y ait eu deux groupes d\u2019États \u2013 la Triple Entente (France\u2013Royaume-Uni\u2013Russie) et la Triple Alliance (Allemagne\u2013Autriche-Hongrie\u2013 Italie) \u2013 le prouvait.Mais il ne faut pas croire que ces alliances étaient très solides.D\u2019ailleurs, l\u2019Italie est passée de l\u2019autre côté, tandis que le Royaume-Uni a beaucoup hésité à s\u2019engager.Si l\u2019Allemagne n\u2019avait pas envahi la Belgique \u2013 ce que les Britanniques ne pouvaient accepter \u2013, rien ne prouve qu\u2019ils se seraient engagés.En plus, Londres n\u2019avait pas vraiment d\u2019armée.Cela dit, quand une guerre fait, pour l\u2019ensemble de l\u2019Europe, 10 millions de «Jamais dans notre histoire, on n\u2019aura été confrontés à un conflit de cette dimension.» «L\u2019historien doit se méfier du temps présent», dit Jean-Jacques Becker, qui a présidé le centre de recherche de l\u2019Historial de la Grande Guerre de Péronne, situé au nord de Paris.Ce chercheur a consacré sa vie et sa carrière à étudier les causes et les conséquences du conflit de 1914-1918.«C\u2019est certain qu\u2019on peut mieux étudier cette période aujourd\u2019hui.» Entretien.44 Québec Science | Mars 2015 14-18 Le dénouement et le temps d\u2019une paix C O L L E C T I O N D ' A R C H I V E S G E O R G E - M E T C A L F M C G 1 9 9 3 0 0 1 2 - 5 2 8 F O N D A T I O N V A R E N N E morts et de blessés, c\u2019est un peu difficile de dire qu\u2019elle n\u2019était pas absolument nécessaire.Qu\u2019on le constate : 1,4 mil lion de morts en France, où la jeunesse a littéralement été décimée! On pourrait dire que, 100 ans après, tout ça est oublié; mais pas du tout.Les manifestations qui ont lieu à l\u2019occasion du centenaire le démontrent et le nombre de personnes qui y ont participé a surpris tout le monde.Pour l\u2019historien, est-ce plus difficile ou plus facile d\u2019étudier la guerre de 1914-1918 sans témoin vivant?Aujourd\u2019hui, on n\u2019interroge pas les évé- nements de la même façon qu\u2019il y a 20, 30 ou 40 ans.Cette guerre était-elle utile ou non?C\u2019est une question que l\u2019on ne se posait pas à l\u2019époque, mais qu\u2019on peut maintenant aborder.Et elle est im por - tante si on veut en comprendre les origines.Pendant longtemps, on ne s\u2019est pas préoccupé de cela.Imaginez que l\u2019on ait déclaré aux anciens combattants : «Cette guerre aurait pu ne pas avoir lieu.» Ils auraient eu du mal à accepter cette affirmation.Il y avait des tabous à lever?Oui, absolument.Si j\u2019avais dit àmon père : «Au fond, tout ça n\u2019a servi à rien», il l\u2019aurait mal pris.Il y avait eu trop de morts pour qu\u2019on puisse parler ainsi.Était-ce une guerre absurde?Dans la mesure où les Allemands sont maintenant devenus nos amis, on pourrait le penser.Mais je n\u2019emploierais pas le mot «absurde».Pour comprendre les choses, il faut se mettre dans l\u2019esprit de l\u2019époque.L\u2019idée de faire la guerre n\u2019était pas aussi décriée qu\u2019aujourd\u2019hui.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle n\u2019était pas redoutée.Mais elle faisait partie des relations internationales normales.Qu\u2019est-ce qui l\u2019a changée?L\u2019industrialisation dans la fabrication des armes! Elle a donné à cette guerre une ampleur que les précédentes n\u2019avaient jamais atteinte.Quel genre de recherche peut-on encore faire sur cette guerre?Quand on voit ce qui se passe au Proche- Orient, on constate qu\u2019il y a des liens.Avant la guerre, cette région appartenait à l\u2019empire ottoman.La guerre de 1914 a fait disparaître l\u2019empire et a entraîné la constitution de «colonies» européennes.La France a obtenu la Syrie et le Liban; le Royaume-Uni, l\u2019Irak, entre autres.Je crois que, dans une certaine mesure, le Proche-Orient tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui, morcelé, est un produit de la Grande Guerre.Et il n\u2019y a pas que le Proche-Orient.L\u2019Europe que l\u2019on connaît a été créée après 1918.Elle avait été modifiée par le nazisme mais, en 1945, on est revenu à l\u2019Europe telle qu\u2019elle avait été établie après la Grande Guerre, avec la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, la Pologne\u2026 Comment assumer le devoir de mémoire, aujourd\u2019hui?N\u2019oublions pas que c\u2019est une guerre victorieuse pour la France.La victoire, ce n\u2019est pas rien ! Elle fait maintenant partie de l\u2019histoire intime des Français.Il n\u2019y a pas un village sans un monument aux morts de la guerre 1914-1918; ils sont là pour l\u2019éternité.Mais quand on parle de commémoration, c\u2019est toujours plus difficile pour les vaincus.Aux yeux des Allemands, cela représente tout de même 2 mil lions de morts.C\u2019est pourquoi il faut laisser de côté l\u2019idée de victoire et de défaite.La commémoration est surtout celle des sacrifices faits par les popu - lations.Les soldats allemands se battaient pour leur pays comme les Français se battaient pour le leur.On peut avoir l\u2019impression que les Européens ne veulent plus se faire la guerre.La principale source d\u2019hostilité en Europe était la rivalité France-Allemagne, surtout à la suite de la guerre de 1870.Les rapports entre la France et l\u2019Allemagne ont bien changé depuis.La guerre entre ces deux nations est maintenant impossible.+Pour en savoir plus Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Jean-Jacques Becker avec Stéphane Audoin-Rou- zeau, Bayard, 2004.Mars 2015 | Québec Science 45 d\u2019Irak), ils leur cachent avoir conclu un accord sur le partage des restes de l\u2019empire ottoman avec les Français.Ces derniers se sont en effet réservé le Liban et la Syrie, tandis que les Britanniques se sont octroyé la Palestine, qui devait devenir zone sous administration internationale, ainsi que la Mésopotamie et ses champs de pétrole.Dès 1917, les Britanniques envisageaient en plus la création en Palestine d\u2019un foyer national pour les Juifs.On comprend que de nouvelles tensions vont se développer dans cette région où cohabitent Kurdes, Arabes sunnites et chiites, chrétiens d\u2019Orient et Juifs.En Europe, la Grande Guerre mènera à la Deuxième Guerre mondiale, selon plusieurs historiens.«Au point qu\u2019ils parleront d\u2019une nouvelle guerre de 30 ans, reconnaît Jean-Jacques Becker (voir l\u2019entrevue ci-contre).Et ce n\u2019est pas une idée farfelue.» «C\u2019est un débat perpétuel que de penser que la Deuxième Guer - re est une prolongation de 1914- 1918, dit Carl Bouchard.Pour les historiens, cette question conduit à une impasse méthodologique.Les contemporains de 1914-1918 ont fait ce qu\u2019ils ont pu pour refaire le monde et on ne peut pas leur reprocher d\u2019avoir raté la paix ni d\u2019avoir préparé une deuxième guerre mondiale qu\u2019ils ne voulaient certainement pas.» Il n\u2019empêche que plusieurs personnages marquants reviendront à l\u2019avant-scène en 1939-1945: Erwin Rommel qui avait le grade de capitaine en 1917; Hermann Gœ- ring qui s\u2019était fait connaître par ses exploits dans l\u2019aviation; Charles de Gaulle qui avait reçu son baptême du feu dans les combats de 1914; le caporal Adolf Hitler décoré de la croix de fer, aussi en 1914, lors de la sanglante bataille d\u2019Ypres; Winston Churchill, instigateur de l\u2019expédition des Dardanelles, qui deviendra premier ministre du Royaume- Uni.Pis, ils disposeront alors de machines de guerre plus perfectionnées et encore plus meurtrières.La Grande Guerre, hélas, n\u2019aura pas été la der des ders.?QS Le traité de Versailles est rédigé en français et en anglais.C\u2019est la première fois depuis le début du XIXe siècle en Europe que le français n\u2019est pas considéré comme la seule langue officielle de la diplomatie.L\u2019original du traité a été perdu en 1940.(Suite de la page 43) 46 Québec Science | Mars 2015 14-18 Le dénouement et le temps d\u2019une paix C O R P O R A T I O N C A M P S P I R I T L A K E Les scientifiques allemands ont fait l\u2019objet d\u2019un boycott par l\u2019ensemble des chercheurs.Ils ont été exclus de la grande majorité des congrès internationaux et la langue allemande n\u2019était plus utilisée lors des rencontres internationales.Il a fallu attendre que les relations entre les anciens belligérants se détendent pour que cela s\u2019améliore.En 1924, l\u2019opinion a commencé à changer.Plusieurs savants, surtout ceux des pays restés neutres, comme les Pays-Bas et la Suède, et ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, ont préconisé la reprise des relations avec leurs collègues d\u2019Allemagne, reprise qui n\u2019est toutefois pas passée par les canaux officiels.En Allemagne même, la difficile situation économique menaçait de réduire le soutien de l\u2019État à la recherche.Cela donnait à l\u2019industrie une influence que même Fritz Haber, un prix Nobel et un des acteurs importants de la recherche d\u2019alors, ne souhaitait pas voir.Il a tenté de trouver des moyens pour favoriser la recherche fondamentale, jouant ainsi un rôle de premier plan dans la fondation du Comité d\u2019urgence pour la science allemande ou Notgemeinschaft der Deutsche Wissenschaft.Ce comité avait pour but de trouver des fonds pour la recherche auprès des gouvernements et des Länder, et surtout auprès de mécènes privés en Allemagne et dans d\u2019autres pays.Certaines fondations étrangères, comme la fondation Rockefeller, travailleront ainsi de pair avec cet organisme et offriront des subventions à la fin des années 1920.Cela a permis, entre autres avantages, à la science allemande de traverser ces années difficiles, quoiqu\u2019elle n\u2019a jamais retrouvé le rayonnement qui était le sien avant 1914.Janvier 1915.Plusieurs centaines de personnes du jeune quartier Saint-Michel, à Montréal, reçoivent chez elles la visite impromptue de miliciens.Rien de bien agréable\u2026 Les agents les informent qu\u2019elles sont maintenant considérées comme «étrangers ennemis».Explication : ces gens sont pour la plupart des Ukrainiens de Galicie, région alors rattachée à l\u2019empire austro-hongrois.Or, ce dernier est en guerre contre le Royaume-Uni, donc contre le Canada.Ces «ennemis» sont mis, manu militari, à bord d\u2019un train qui les transporte près d\u2019Amos, au fin fond de la forêt boréale.Au total, ils seront 1 200 à être internés dans les baraques d\u2019un grand camp appelé Spirit Lake, l\u2019un des 24 lieux de détention pour étrangers mis sur pied, au pays, pendant la Grande Guerre.Les mois qui suivent seront éprouvants.Leurs conditions de détention sont exécrables et ils sont soumis aux travaux forcés sous la surveillance zélée de près de 200 gardiens.Le camp de Spirit Lake fermera ses portes en janvier 1917.Le calvaire des forçats ne sera pas terminé pour autant, puisqu\u2019on les affectera aux chaînes de production des usines d\u2019obus et de munitions de Montréal et de Québec.Même une fois l\u2019armistice signé, un député conservateur ontarien, Herbert Clements, en remet dans une déclaration en mars 1919: «J\u2019affirme sans hésitation que chaque étranger ennemi qui a été interné durant la guerre est aujourd\u2019hui tout autant un ennemi qu\u2019il l\u2019était alors, et j\u2019exige du gouvernement actuel que chacun des étrangers dans notre dominion soit déporté à la première occasion.Des bateaux destinés au transport du bétail feraient très bien l\u2019affaire.» Le camp de Spirit Lake a été transformé en ferme expérimentale après la Grande Guerre.C\u2019est aujourd\u2019hui un site patrimonial.Un centre d\u2019interprétation y était inauguré en 2010 et il a été reconnu, l\u2019an dernier, par le prix du jury des Grands prix du tourisme québécois.SOUVENIRS EXPLOSIFS Cent ans après la Grande Guerre, en bordure du village de Courcelette, un champ vient d\u2019être labouré.Un obus de 75 mm chargé de 800 g d\u2019explosifs sort de terre.Rare?Inquiétant?« Ça arrive souvent, ici, explique un agriculteur.Mais ne vous en faites pas, on va appeler le déminage.L\u2019année dernière, un voisin a roulé sur un de ces obus avec son tracteur.Il a sauté.Heureusement, il n\u2019a été que blessé.» Près de 3 000 000 d\u2019hectares de terres agricoles dans le nord de la France et en Belgique sont toujours contaminés par des obus dont certains portent des charges chimiques.D\u2019ailleurs, la construction de la ligne de TGV reliant maintenant Londres à Paris a été régulièrement interrompue par la découverte d\u2019obus oubliés.La guerre de 1914-1918 peut encore tuer.Le crime de ne pas être «pure laine» Marie-Eve Chagnon est chercheuse en histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal.Elle s\u2019intéresse particulièrement au rôle des scientifiques pendant la Grande Guerre.Elle a participé à l\u2019organisation d\u2019un colloque sur la question qui s\u2019est tenu à Dublin, en Irlande, en août 2014.Quel impact a eu la Grande Guerre sur l\u2019activité scientifique allemande?Elle explique.« » BALANCE BRANCHÉE Dans la déferlante des appareils intelligents, il manquait encore le pèse-personne.C\u2019est fait.Le Smart Body Analyzer, de la compagnie française Withings, ne se contente pas de vous donner votre poids.Il mesure aussi votre pourcentage adipeux, votre indice de masse corporelle et vos battements cardiaques, dès que vous prenez place dessus.Bien sûr, il peut transmettre toutes ces informations à votre téléphone intelligent.Il peut suivre jusqu\u2019à huit personnes différentes, qu\u2019il reconnaît instantanément lorsqu\u2019elles posent le pied sur sa surface.Il analyse même la teneur en CO2 dans l\u2019air de la pièce et vous prévient lorsqu\u2019il est temps d\u2019aérer.Il ne manque que l\u2019analyse d\u2019odeur de pieds! www.withings.com/us/smart-body-analyzer.html Mars 2015 | Québec Science 47 UNE RÉINCARNATION EN SAPIN?À votre mort, si un arbre prend racine dans vos cendres, il y aura un peu de vous dans ses branches.C\u2019est exactement l\u2019idée derrière Bios, une urne biodégradable de conception espagnole dans laquelle vos proches pourront déposer vos cendres.Le dessus du contenant renferme la graine de votre choix (érable, pin, ginkgo, chêne, frêne ou hêtre) et tous les nutriments pour bien germer, vos restes se trouvant en dessous.À mesure que le contenant se décompose dans le sol, les racines croissent dans vos cendres et y puisent les premiers minéraux dont elles ont besoin.Environ 180 $, disponible pour humains ou animaux de compagnie.https://urnabios.com Par Joël Leblanc Aujourd\u2019hui le futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > ROBOTS DE PAILLES Allez à votre resto rapide favori et faites (clandestinement) le plein de pailles de plastique! Grâce à un microprocesseur, le QuirkBot, qui ressemble à une étoile métallique, c\u2019est tout ce qu\u2019il faut de matière première pour construire des robots semblables à des animaux, des grues, des machines futuristes, des plantes carnivores\u2026 On peut ensuite programmer le robot afin qu'il commande les moteurs de votre création.À vrai dire, c'est le jouet parfait du futur roboticien! www.kickstarter.com/projects/1687812426/quirkbo t-make-your-own-robots-with-drinking-straws 48 Québec Science | Mars 2015 POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE PROVOQUER LE ÉBAT À lire dans notre prochaine édition Autisme : entre les tabous et la réalité Les diagnostics se raffinent afin d\u2019identifier les troubles de l\u2019autisme.Aujourd\u2019hui, on sait qu\u2019ils affectent au moins 1 enfant sur 100.Comment leur venir en aide?Ça, c\u2019est moins évident.Devant la complexité des cas, les psychoéducateurs sont souvent dépassés; et les parents, démunis.Que faire, alors?Qu\u2019en est-il de ces troubles?Quels traitements privilégier pour traiter les personnes qui en sont atteintes?Comment les enfants grandissent-ils avec un tel diagnostic?Quelle place la société peut- elle leur réserver?Québec Science vous propose dans sa prochaine édition une incursion troublante dans le monde de l\u2019autisme.À noter que 1 $ de chacun des numéros de Québec Science vendus en kiosque sera remis à la Fédération québécoise de l\u2019autisme.La Station spatiale internationale Faut-il couper, Houston?Julie Payette, Marc Garneau, Chris Hadfield et bien d\u2019autres astronautes d\u2019ici y ont vécu des moments de science inoubliables.Mais après quelque 90 000 révolutions autour de la Terre, des investissements de près de 115 milliards de dollars et habitée en permanence depuis 15 ans, la Station spatiale internationale a-t-elle encore sa raison d\u2019être?Quels progrès scientifiques peut-elle encore nous promettre?Dieu et Jésus, Allah et Mahomet, Yahvé et tous les prophètes ont-ils un droit à l\u2019image Comment se représenter un personnage que l\u2019on ne voit pas?Comment peindre ou dessiner Allah, Dieu ou Yahvé?Pourquoi ces derniers sont-ils souvent vêtus comme Aristote?Ou parfois coiffés d\u2019une tiare?Y a-t-il une façon décente de représenter les divinités?Comment définir, dans ce cas, la décence?L\u2019histoire des religions monothéistes est traversée par ces dilemmes.Mais peut-être encore plus aujourd\u2019hui à l\u2019ère du spectacle, du selfie, du tout-à-l\u2019image\u2026 Mars 2015 | Québec Science 49 VERTIGE D\u2019ÉTOILES «C\u2019est comme si on avait photographié une plage et que l\u2019on distinguait chaque grain de sable sur la photo», peut-on lire sur le site de la NASA.Il faut dire que l\u2019image de la galaxie d\u2019Andromède, publiée en janvier dernier, donne le vertige.Obtenue grâce à l\u2019assemblage de 7 398 clichés du télescope spatial Hubble, elle permet de distinguer environ 100 millions d\u2019étoiles les unes des autres.Incroyable, quand on sait que cette galaxie est située à plus de 2,5 millions d\u2019années- lumière du Soleil.Hubble\u2019s High-Definition Panoramic View of the Andromeda Galaxy www.nasa.gov/sites/ default/files/thumbnails/image/ hs-2015-02-a-hires_jpg.jpg LEÇON DE CHIMIE Beaucoup de salles de cours en ont un: le tableau périodique des éléments oublié sur un mur, souvent jauni et écorné.Il appartient au décor académique.Il y fait quasiment figure d\u2019œuvre d\u2019art, tant sa signification est abstraite pour la plupart d\u2019entre nous.Avec entre autres Lv, Se, O, As ou Sr, ses 118 symboles désignent autant d\u2019éléments chimiques classés dans un ordre bien précis, selon leur masse et la composition de leurs atomes, et ce, de manière à ce que les éléments figurant dans une même colonne présentent des propriétés chimiques semblables.C\u2019est le savant russe Dmitri Mendeleïev qui proposa la première classification en 1864, plusieurs fois mise à jour depuis.Mais qu\u2019est-ce qui se cache derrière ces cases?Quels sont ces éléments?Où les trouve-t-on?À quoi nous servent-ils?Le programme TED-Ed propose une incursion dans le célèbre tableau de Mendeleïev.En cliquant sur n\u2019importe quel élément, on a accès à une vidéo de quelques minutes animée par Martyn Poliakoff, un chimiste britannique aux allures de savant fou.La qualité de l\u2019image et du tournage laisse à désirer, mais l\u2019ensemble est ludique et instructif.On y apprend par exemple que l\u2019ununoctium, le dernier élément à être entré dans la liste, est exclusivement artificiel et tellement instable que seuls trois atomes ont pu être fabriqués jusqu\u2019ici! Quant aux éléments plus communs, comme le bore ou le fluor, des images filmées en laboratoire donnent un aperçu de leur aspect.Cristaux ou poudres métalliques, liquides et gaz en tout genre sont présentés, et parfois mis en réaction, pour illustrer leurs propriétés.http://ed.ted.com/periodic- videos (en anglais seulement).LE CANADA À LA TRAÎNE La situation n\u2019est pas nouvelle, mais elle ne s\u2019améliore pas.Le Canada est à la traîne en matière de connectivité.Internet y est plus lent et plus cher que dans de nombreux autres pays industrialisés, comme le confirme un nouveau rapport de la compagnie états-unienne Akamai.Le pays arrive ainsi en vingt-et-unième position du palmarès mondial quant à la vitesse moyenne des connexions; la Corée du Sud, Hong Kong et le Japon occupant la tête de liste.Quant aux États- Unis, ils se classent douzièmes.Les tarifs canadiens restent également très élevés, comme le démontre l\u2019analyse 2014 de l\u2019Open Technology Institute, qui compare l\u2019accès à Internet dans 24 villes.Alors que, à Séoul et à Paris, un abonnement variant entre 35 $ et 50 $ par mois donne accès à une connexion de 300 Mbits par seconde, le même tarif à Toronto offre une connexion 10 fois moins rapide.Par Marine Corniou Sur la toile Matières à lire RACONTE-MOI LA SCIENCE «Ce que la science sait est une chose, ce que la science est en est une autre.» Nous faire réfléchir sur la science, son rôle dans la société, son sens et son essence, voilà tout l\u2019enjeu de cet ouvrage aux allures de dialogue philosophique dans lequel le physicien français Jean-Marc Lévy- Leblond, en grand-père érudit, explique la science à sa petite-fille.Ce dialogue rafraîchissant saute du coq-à-l\u2019âne, abordant tour à tour la physique des particules, les extraterrestres, la nature de l\u2019ADN, mais aussi la définition même de la recherche.«Mais ça n\u2019est pas un peu frustrant de travailler sans jamais être certain qu\u2019on arrive à une réponse définitive?» demande naïvement l\u2019enfant à son «maître».Et si le travail de recherche consistait précisément à passer le plus clair de son temps à ne pas trouver?Un livre à mettre entre les mains de tous les amoureux de la connaissance scientifique.La science expliquée à mes petits-enfants, Jean-Marc Lévy-Leblond, Éditions du Seuil, 2014, 112 p.ESPRIT, ES-TU LÀ?Bruits de pas inquiétants, objets qui se déplacent, portes qui grincent et lumières qui s\u2019allument toutes seules\u2026 Les histoires de maisons hantées peuplent depuis toujours notre imaginaire.D\u2019ailleurs, n\u2019y croyons-nous pas tous un peu \u2013 ne serait-ce qu\u2019un instant \u2013 pour le plaisir d\u2019avoir quelque frisson?De son côté, Mireille Thibault, psychologue et ethnologue, prend la question au sérieux.Elle a déjà publié 3 ouvrages sur le sujet, et décrit dans ce nouveau tome le déroulement de son enquête scientifique, menée pendant 30 ans auprès de ceux qui ont vécu dans des lieux «hantés».Elle y présente une dizaine de témoignages, qui lui ont permis de recenser 354 événements étranges.L\u2019analyse méticuleuse de toutes ces manifestations, confrontée aux croyances et aux légendes populaires, apportera-t- elle une réponse quant à leur origine?Mystère\u2026 Lieux hantés, le mystère élucidé, Mireille Thibault, Presses de l\u2019Université Laval, 2014, 118 p.ICONOCLASTE En 1992, l\u2019«enfant terrible» de la philosophie des sciences, Paul Feyerabend, donne une série de conférences sur la nature et la connaissance.Leurs échos résonnent encore aujourd\u2019hui et les Éditions du Seuil a eu la bonne idée de réunir en un seul ouvrage ces quatre discours mythiques.Fidèle à sa réputation, Feyerabend critique vertement la vision du monde qu\u2019entretiennent les scientifiques, auxquels il prête des intentions «tyranniques ».Au cours de ses conférences \u2013 très vivantes et comprenant de nombreux échanges avec les auditeurs \u2013 le philosophe s\u2019emploie à déconstruire l\u2019idée d\u2019une science unitaire toute-puissante.Il plaide pour qu\u2019on intègre la vision des philosophes à la compréhension du monde, tout comme celle des poètes.À quoi servent les grandes théories si elles sont déconnectées des problèmes les plus pressants de l\u2019humanité, soit la guerre et la pauvreté?Un débat qui reste d\u2019actualité.La tyrannie de la science, Paul Feyerabend, Éditions du Seuil, 2014, 189 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 49 Québec Science | Mars 2015 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Cet hiver je suis encabané, comme un ours dans son trou.Je réfléchis, le museau entre les pattes, ma pensée se promène, j\u2019écris, j\u2019écris, et n\u2019ayant pas de route à parcourir, je vois dans ma tête celle qui mène d\u2019aujourd\u2019hui jusqu\u2019à la fin des temps.Cela va comme suit.Lorsque meurt un bon camionneur, Dieu le reçoit au ciel en lui remettant les clés d\u2019un beau camion flambant neuf, disons le camion de ses rêves\u2026 Le défunt prend aussitôt le volant et s\u2019engage sur une route infinie, sans goulots ni entraves.Le pavé est parfaitement lisse.Chaque jour, l\u2019asphalte a été posé la veille ; la surface est d\u2019une grande beauté noire, on peut sentir encore le goudron frais.Les lignes sont bien tracées, la peinture est fraîche et le trait, franc \u2013 lignes jaunes, blanches, pointillées \u2013 sans qu\u2019aucun maladroit ou petit drôle n\u2019ait roulé dessus avant qu\u2019elles ne soient tout à fait sèches.Cette route est une ligne droite, avec quelques courbes sympathiques, juste pour se rappeler qu\u2019on roule.Il n\u2019y a ni côtes dangereuses, ni descentes maudites.Le moteur céleste n\u2019a jamais besoin d\u2019ajustements, de révisions, de réparations.Inutile d\u2019ouvrir le capot, la mécanique est sans faille, les freins inusables, les pneus increvables.Même pas besoin de faire le plein de carburant.Dieu a fuelé la machine pour la distance de l\u2019éternité.Le camion est un Mack rouge pour ceux qui aiment le rouge, un Mack noir pour ceux qui aiment le noir, mat ou luisant, selon les désirs du chauffeur.Pour compagnon, parce que vous conduisez un Mack, Dieu vous donne un petit chien bouledogue, comme celui qui trône sur le nez du camion.Ce chiot s\u2019appelle Boris.Mais si vous le souhaitez, il n\u2019y a qu\u2019à demander une autre marque.Dieu honore tous les camions : il peut vous fournir un Peterbilt classique, un Western Star, un Freightliner, un International Eagle ou même un Volvo.Mais alors, vous n\u2019aurez pas de chien.Le camionneur dans le ciel livre des plumes pour les ailes des anges, des harpes et des partitions de cantiques, il charrie aussi des petits gâteaux, des sucreries, du Dream Whip, peut- être même des cerises de France.La route est parsemée d\u2019anciens truck stops, ces restaurants nostalgiques où la serveuse s\u2019appelle Lise.Elle vous sert un café et une soupe avant même que vous ne soyez assis.Vous pouvez manger des montagnes de viande hachée et des tartes à la meringue sans engraisser.Les paysages défilent, tous plus beaux les uns que les autres.Il y a des montagnes, des vallées, des vues sur l\u2019océan étourdissantes, on traverse des déserts, des forêts magnifiques d\u2019épinettes noires, on croise des boisés de chênes et quelquefois des ormes solitaires, on aperçoit des villes aussi, qui disent «Bienvenue !» \u2013 aucun bouchon n\u2019en gêne l\u2019entrée.Les essuie-glaces ne servent à rien, ni la chaufferette d\u2019ailleurs, car il fait toujours beau.Pas de verglas, de brouillards ou de blizzards, pas de vents latéraux, pas de vent dans la face.Les couchers de soleil sont à mourir \u2013 si on n\u2019était déjà mort.La radio joue du blues, du jazz, du country, du folk, la radio raconte parfois des histoires, les chauffeurs écoutent, ils écoutent des reprises de la fameuse émission De Remarquables Oubliés, en boucle, pendant des siècles.Lorsque la fatigue se fait sentir, ils s\u2019endorment comme des anges.Il y a dans le ciel une route du Nord.On y voit des caribous courir, des ours et des loups, des renards et des carcajous.Et la nuit, lorsque le camion ronronne, immobile sur le bord de la route, le lynx vient dormir en boule sur le capot, juste pour te faire plaisir.Il y a dans le ciel une route des Plaines.On y poursuit des nuages pendant des heures et des heures, sans jamais les rattraper.Il y a des routes qui traversent des déserts ; on roule tout le temps au soleil, un soleil climatisé, avec une remorque chromée qui ne se salit jamais.En prime, il ne se trouve sur ces routes idéales ni pesée pour trahir les excès de votre poids lourd, ni police des camions, ni postes de douane.Mon camion s\u2019appellerait Espérance ; dans cette cellule tranquille, je ferais des réflexions longues comme des prières et des méditations sur la voie, la liberté, interminables et profondes.J\u2019écrirais Travels with Boris.Mes amours me parleraient dans ma tête et je les rassurerais en retour, à propos de la paix, de la solitude bienfaisante, sachant qu\u2019au bout de la route, à la dernière sortie pour la dernière halte, nous allions tous nous retrouver.Voilà mon rêve, le soir pour m\u2019endormir, quand je veux chasser de mon esprit la fatigue des chicanes et des tempêtes de la vie.?QS Une route, au ciel Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 50 Québec Science | Mars 2015 LAISSEZ-VOUS SURPRENDRE SUIVEZ-NOUS canalsavoir.tv 60 0 0 0 M E MB R E S AU SERVICE DES QUÉBÉCOIS Découvrez toutes les facettes de la profession d\u2019ingénieur à www.placepourtoi.ca Concevoir le futur M a r s DU GÉNIE MOIS NATIONAL "]
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