Québec science, 1 janvier 2015, Avril-Mai 2015, Vol. 53, No. 7
[" quEbEc SciEncE 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 80 000 Québécois en sont affectés.Et s\u2019ils avaient des intelligences différentes?Provocation POURQUOI L\u2019IMAGE DE DIEU FAIT SCANDALE Intoxication DE LA COCAÏNE DANS LES EAUX USÉES Désillusion À LA FERRAILLE LA STATION SPATIALE?Avril ~ Mai 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA La marginalisation doit cesser Pour chaque copie vendue, 1$ sera remis à la Fédération québécoise de l\u2019autisme.AUTISME La molécule UM171, découverte par le Dr Guy Sauvageau, a la propriété de multiplier les cellules souches contenues dans le sang des cordons ombilicaux.Cette découverte ranime l\u2019espoir chez les patients atteints de cancer, car cette augmentation du nombre de cellules souches signifie que davantage de malades cancéreux pourront être traités.Guy Sauvageau est professeur à la Faculté de médecine et chercheur à l\u2019Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l\u2019Université de Montréal.Merci à tous ceux qui ont voté et qui ont fait de la molécule UM171 la découverte scientifique 2014 du magazine Québec Science.Université +h de Montréal 13 Jean-Pierre Rogel Trois parents et un couffin 58 Serge Bouchard Un serpent toxique à Gogama 4 BILLET Place à la neurodiversité! Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 55 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 57 SUR LA TOILE/LIVRES Par Marine Corniou quEbEc SciEncE AVRIL-MAI 2015 AÉROSPATIALE 44 À la ferraille la Station spatiale?Les États-Unis n\u2019ont plus de navette pour s\u2019y rendre.Mais la Station spatiale internationale peut-elle être encore utile?Par Mario Masson ENVIRONNEMENT 48 Les eaux dopées Les eaux usées sont les témoins de vos pires vices : cocaïne, ecstasy, opioïdes, etc.Tout ce que vous consommez s\u2019y retrouve.Les scientifiques analysent ces eaux souterraines pour y découvrir ce que vous cachez et cartographier le réseau clandestin du trafic de drogue.Par Binh An Vu Van BIODIVERSITÉ 50 À la rescousse du bush L\u2019Australie s\u2019est dotée de 500 parcs nationaux pour protéger sa faune incomparable, sa flore unique et aussi son gigantesque arrière-pays, le bush.Suffisant?Par Jean-Pierre Rogel ENTREVUE 6 ON NE VEUT PAS LE VOIR, ON VEUT LE CROIRE ! Le droit à l\u2019image existe-t-il pour Dieu et ses prophètes ?Un artiste peut-il sculpter, peindre, dessiner voire caricaturer la divinité au gré de son imagination ?Trois penseurs nous offrent ici des regards croisés et éclairants sur l\u2019iconophobie.Propos recueillis par Elias Levy ENVIRONNEMENT 10 L\u2019AGRILE DU FRÊNE, LÀ POUR RESTER Repéré à Montréal il y a quatre ans, l\u2019agrile du frêne semble maintenant bien installé.Au point que son éradication ne serait plus envisageable.Par Marion Spée ACTUALITÉS RUBRIQUES 19 Brigitte Harrisson : «Le combat quotidien, ce sont les orages dans le cerveau.» 22 Quand je serai grand, je serai.neurotypique 28 Une avalanche de diagnostics 30 Vivre en société quand on ne sait pas mentir 34 Casse-tête pour neuropsy 40 Un monde oublié?Un enfant sur 100 reçoit un diagnostic de trouble du spectre de l\u2019autisme.Comment peuvent-ils grandir avec un tel diagnostic?Comment leur venir en aide?Devant la complexité des cas, les psychoéducateurs sont souvent dépassés; et les parents, démunis.Quels traitements privilégier pour aider les personnes qui en sont atteintes?Quelle place la société peut-elle leur réserver?AUTISME: UN MONDE EN SOI À voir Le photoreportage sur l\u2019autisme de Jacques Nadeau sera exposé au Cosmodome de Laval, à partir du 3 mai 2015.> Un dossier de Marine Corniou et de Dominique Forget + Un photoreportage de Jacques Nadeau C O U V E R T U R E : J A C Q U E S N A D E A U elégués pendant longtemps dans la catégorie des problèmes mentaux, les cas d\u2019autisme sont maintenant inscrits, dans le fameux DSM-5 \u2013 le manuel de référence en psychiatrie \u2013, à l\u2019enseigne des TSA, c\u2019est-à-dire des troubles du spectre de l\u2019autisme.Le mot «spectre» sonne étrangement dans ce contexte.Comme s\u2019il laissait entendre que les personnes affectées par l\u2019autisme sont en quelque sorte des fantômes sociaux! Il reste que l\u2019augmentation spectaculaire des cas d\u2019autisme force une réflexion inédite.Les autistes ne sont pas des malades.Simplement, ils ne réagissent pas comme nous, les neuroty- piques.Ils ne pensent pas com - me nous.Et quelle place leur réserve-t-on en société?La mar - ge, le plus souvent.C\u2019est cette marginalisation que dénoncent, depuis quelques années, plusieurs autistes militants montés au créneau, qui, du même souffle, font valoir l\u2019intelligence particulière les caractérisant.À l\u2019instar des écologistes qui parlent de biodiversité, eux parlent désormais de neurodiversité.L\u2019Américain Jim Sinclair est l\u2019un de ces activistes pour la défense de la neurodi- versité.En 1993, à Toronto, cet autiste devenu aujourd\u2019hui célèbre a prononcé un discours, à l\u2019adresse des parents, qui fait encore jaser.Il racontait: «Vous essayez d\u2019entrer en contact avec votre enfant et l\u2019enfant ne réagit pas.Il ne vous voit pas; vous ne pouvez pas l\u2019atteindre; il n\u2019y a rien qui passe.C\u2019est la chose la plus dure à supporter, n\u2019est-ce pas?«Sauf que ce n\u2019est pas vrai.«Reconsidérez cela : vous essayez d\u2019en - trer en contact de parent à enfant, et vous utilisez pour cela votre propre compréhension des enfants normaux et vos propres sentiments sur la parentalité.[\u2026] Cela signifie seulement que vous adoptez un système commun, une compréhension commune de signes et de significations que, dans les faits, votre enfant ne partage pas.Comme si vous tentiez d\u2019avoir une conversation amicale avec quelqu\u2019un qui ne comprend pas votre langue.» Ainsi, éduquer un enfant autiste ne peut pas être simple.Pour les parents, c\u2019est un véritable et très lourd défi.Pis encore, il faut considérer que se posera par la suite un autre problème, qui pourrait peser sur tout le reste de la vie d\u2019un individu autiste : son intégration à la société.Heureusement, plusieurs autistes sont parfaitement à l\u2019aise dans l\u2019environnement informatique ainsi que dans le monde virtuel, et le marché du travail fait preuve maintenant d'ouverture à leur endroit.Des centres d\u2019em ploi pour autistes ont été mis sur pied un peu partout dans le monde.Un groupe comme Action main- d\u2019œuvre à Montréal, par exem - ple, vise l\u2019insertion des autistes sur le marché du travail.Si les entreprises gagnent à miser sur leur intelligence particulière, il y a une contrepartie qu\u2019un responsable des ressources humaines de n\u2019importe quelle boîte va devoir considérer.Bien qu\u2019ils soient rigoureux, loyaux et créatifs, comme le disait aussi Jim Sinclair, les autistes ne sont pas trop habiles en matière de relations sociales et ils sont incapables de mentir ou d\u2019user de diplomatie dans leurs échanges.Un patron se trompe?Ils le soulignent devant tout le monde en réunion.On comprend que cela puisse provoquer quelques malaises dans des milieux de travail fragiles\u2026 Certes, notre monde n\u2019est pas encore adapté à la neurodiversité, mais on devine déjà les atouts que cela peut représenter.Et, surtout, elle nous donnerait une sacrée belle occasion de repenser en profondeur la nature humaine.?QS 4 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 Place à la neurodiversité! Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Joël Leblanc, Elias Levy, Mario Masson, Jean-Pierre Rogel, Marion Spée et Binh An Vu Van Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Aaron McConomy, Jacques Nadeau, Jean-Pierre Rogel Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Avril 2015 (521e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE AVRIL-MAI 2015 VOLUME 53, NUMÉRO 7 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet Les autistes ont une perception singulière du monde et de la réalité.Cela leur rend la vie plus difficile.Ainsi qu\u2019à leurs proches.Doivent-ils pour autant être marginalisés?R Le photojournaliste Jacques Nadeau a fréquenté pendant deux ans le monde des autistes.Il nous fait partager en exclusivité son travail au fil du dossier que l\u2019on vous propose ce mois-ci. Le bon usage d\u2019une pilule L\u2019article sur les vertus anticancéreuses de l\u2019aspirine (décembre 2014) a fait réagir plusieurs de nos lecteurs, dont Gaston Fortier.«J\u2019aimerais vous mentionner qu\u2019il est très naïf de penser que l\u2019aspirine n\u2019intéresse pas a priori les compagnies pharmaceutiques.Elle est comme un rat de laboratoire, car elle sert à faire des \u201cpreuves de concept\u201d avec une molécule bien connue pour ensuite développer des produits \u201cpayants\u201d.Par exemple, comme le mentionne l\u2019introduction de l\u2019article, quand il a été démontré que l\u2019aspirine avait des propriétés antiplaquettaires certaines et utiles en prévention des événements thromboemboliques, l\u2019industrie pharmaceutique, au cours de la décennie qui a suivi, s\u2019est empressée de mettre sur le marché quantité d\u2019autres molécules imitant son mécanisme d\u2019action, mais \u201ctellement\u201d plus sécuritaires.De cette course ne sont finalement ressorties que la Ticlodipine et le Clopidogrel qui ont fait la fortune (relative) des compagnies qui les avaient brevetées.[\u2026] Le passé étant parfois garant de l\u2019avenir, surveillons donc les 10 prochaines années en matière de prévention du cancer.» Psycho-nomie Le professeur Michel Sabourin, attaché au département de psychologie de l\u2019Université de Montréal a salué le billet portant sur l\u2019austérité (mars 2015) qu\u2019il juge «pertinent et stimulant».Il se permet toutefois d\u2019appor ter une précision au sujet de Daniel Kahneman, prix Nobel d\u2019économie.«Il n\u2019est pas un économiste de formation, mais bien un psychologue qui s\u2019intéresse à l\u2019économie et qui a beaucoup publié dans des revues d\u2019économie.[.] Ce pourquoi il a reçu le Nobel est dû aux travaux qu\u2019il a faits pendant plus de 30 ans avec son collègue et très grand ami, Amos Tversky.Ces travaux concer naient le jugement et la prise de décision dans des situations d\u2019incertitude (judgment and decision-making under uncertainty).» À croupetons Dans la chronique de Serge Bouchard (jan- vier-février 2015) qui relate une aventure d\u2019enfance dans un pipeline, il aurait fallu lire «en petit bonhomme» (plutôt que «à crou- petons») comme l\u2019avait écrit notre ami anthropologue dans son texte original.Oups! Dans le dossier des découvertes de l\u2019année du numéro de janvier-février 2015, une erreur s\u2019est glissée dans la présentation de l\u2019article «L\u2019épinette contre-attaque», en haut de page.La découverte est attribuée à l\u2019Université McGill, or ce sont bien les chercheurs de l\u2019Université Laval, comme il est mentionné dans le texte, qui ont mené ces travaux.Toutes nos excuses pour cette coquille! ?QS Pour recueillir des données dans le cadre d\u2019une grande expérience scientifique québécoise qui aura lieu en avril 2015 dans toute la province.Toutes les informations au www.buzzons.ca cliquez Grande Expérience.1000 2000$ à l\u2019Université Laval 14 18 Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 5 ous avez été plus de 3500 à voter pour votre découverte de l\u2019année préférée.Au terme d\u2019une compétition serrée, c\u2019est l\u2019équipe de Guy Sauvageau, de l\u2019Institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC), qui a remporté le plus de voix (31%).Le prix du public lui a été remis le vendredi 13 mars, à l\u2019IRIC, afin de souligner l\u2019importance de la découverte de l\u2019UM171, une petite molécule capable de multiplier par 10 le nombre de cellules souches présentes dans le sang de cordon ombilical.Une cérémonie qui fut l\u2019occasion pour Marc Therrien, directeur scientifique de l\u2019IRIC, de rappeler « le rôle essentiel de Québec Science» pour faire sortir la science des laboratoires et la rendre accessible à tous.Félicitations aux gagnants ! VPrix du public \u2013 Découverte 2014 Retrouvez les entrevues vidéo des 10 finalistes sur notre site quebecscience.qc.ca/decouverte2014.Les entrevues sont aussi disponibles sur le site de Canal Savoir et en vidéo sur demande, en version de une demi-heure.> courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre De gauche à droite : Marc Therrien, directeur scientifique et chercheur principal à l\u2019IRIC; Guy Sauvageau, chercheur principal à l\u2019IRIC; Anne Marinier; directrice de la chimie médicinale et chercheuse principale à l\u2019IRIC; Raymond Lemieux, rédacteur en chef de Québec?Science. 6 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS On ne veut pas le voir, on veut le croire ! Œuvre persane du XVIe siècle représentant Mahomet avec le visage voilé.Le droit à l\u2019image existe-t-il pour Dieu et ses prophètes ?Un artiste peut-il sculpter, peindre, dessiner voire caricaturer une divinité au gré de son imagination ?Cet acte peut-il constituer un blasphème ?Ces questions, surgies dans l\u2019actualité à la suite des récents attentats terroristes, ne sont pas nouvelles.Elles nous plongent directement dans l\u2019histoire des religions monothéistes, comme nous le rappellent Malek Chebel, anthropologue des religions et spécialiste de l\u2019islam, Marc- Alain Ouaknin, rabbin et philosophe, et Olivier Bauer, professeur de théologie et de sciences des religions.Trois penseurs qui nous offrent ici des regards croisés et éclairants sur l\u2019iconophobie.Propos recueillis par Elias Levy Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 7 MALEK CHEBEL Il est spécialiste des textes coraniques.Philosophe, psychanalyste et anthropologue des religions, il est l\u2019auteur d\u2019une trentaine de livres sur l\u2019islam et les grands penseurs de la tradition musulmane, dont plusieurs sont étudiés dans les milieux universitaires.Son dernier ouvrage : L\u2019inconscient de l\u2019islam (CNRS Éditions, 2015).L\u2019islam est-il plus iconophobe que le judaïsme ou le christianisme ?L\u2019islam n\u2019est pas plus iconophobe que le judaïsme ou le christianisme, qui ont connu aussi leur période sombre de batailles contre les images représentant des personnages divins, juifs ou chrétiens.Dans le christianisme, les Byzantins ont mené dès le VIIIe siècle, et pendant 200 ans, une rude guerre en faveur de l\u2019aniconisme, c\u2019est-à-dire contre les images représentant la divinité.Ce courant de pensée, très dominant, a fortement in?uencé les musulmans.Le grand paradoxe, c\u2019est que la question de la représentation des personnages divins se pose de nouveau avec acuité à un moment de l\u2019histoire de l\u2019humanité où l\u2019image est omniprésente.Or, les musulmans aiment toutes les formes de représentations visuelles, y compris celles qui sont véhiculées par les outils technologiques \u2013 ils sont d\u2019ailleurs très branchés sur les nouveaux médias.Leur rapport avec les images n\u2019est pas du tout archaïque ni conservateur.Ce qu\u2019ils n\u2019aiment pas, c\u2019est qu\u2019on insulte et qu\u2019on rabaisse le prophète Mahomet en le montrant dans des situations ou des postures outrageantes.L\u2019islam n\u2019interdirait donc pas la représentation du prophète Mahomet ou de Dieu.Dans la tradition islamique, on n\u2019est autorisé à représenter ni le Prophète ni Dieu.Mais ni le Coran ni aucun autre texte fondateur de l\u2019islam ne formule explicitement cette interdiction.En réalité, c\u2019est l\u2019usage qui a fait que toute image de Mahomet est effectivement devenue prohibée.Ce qui est surtout condamné dans les textes sacrés de l\u2019islam, c\u2019est l\u2019idolâtrie, par ailleurs considérée aussi comme un grave péché par le judaïsme et le christianisme.Dans le monde islamique, y a-t-il consensus sur cette épineuse question?À ce sujet, je viens de lire un article du savant exégète Henri Lammens, prêtre jésuite, grand orientaliste et arabisant, décédé dans les années 1930, sur la position de l\u2019islam primitif.Ce spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019islam af?rme lui aussi très clairement qu\u2019il n\u2019y a aucun texte dans le Coran, ni ailleurs dans la tradition musulmane, qui interdit la représentation de Mahomet ou d\u2019autres grandes ?gures de l\u2019islam.D\u2019après lui, ce sont des textes de la tradition hébraïque \u2013 il faut savoir que, à l\u2019époque de Mahomet, une communauté juive vivait à La Mecque \u2013 sur la question de la représentation des ?gures divines qui ont in?uencé l\u2019attitude de l\u2019islam primitif envers les images.Attitude rigoriste qui s\u2019est traduite au ?l du temps par l\u2019interdiction pure et simple de toute représentation du Prophète ou de Dieu.Mais des représentations très explicites de Mahomet existent bel et bien dans des œuvres picturales religieuses perses, turques et même indiennes! Ces représentations sont apparues assez tardivement, au XVIe siècle, dans les milieux princiers, essentiellement en Iran.Il y a eu des représentations de Mahomet et de ses compagnons, et cette tradition s\u2019est perpétuée pendant plusieurs siècles dans le monde chiite, surtout parmi les élites iraniennes.À cette époque et au siècle suivant, le Prophète était représenté d\u2019une manière explicite.Mais à partir du XVIIIe siècle, on a commencé à escamoter et à brouiller les représentations de Mahomet et celles d\u2019autres ?gures emblématiques de l\u2019islam.Comment expliquer que la calligraphie, art très populaire dans la tradition arabo-isla- mique, ne s\u2019adonne pas à la représentation du Prophète, de Dieu ou d\u2019autres ?gures de proue de l\u2019islam ?Elle s\u2019y adonne, mais à sa manière.L\u2019islam étant une religion abstraite, il a fallu trouver un système pour représenter Mahomet.On a alors inventé la calligraphie qui est née dans les mosquées.Certains calligraphes ont transposé des images de façon à représenter des humains ou des animaux sous forme graphique, à partir du croisement des lettres de l\u2019alphabet arabe.Ainsi, la représentation de Dieu est la transcription du mot «lui».Mais ce «lui» peut aussi être Mahomet.Cependant, ces représentations ne sont pas suf?samment explicites pour qu\u2019on puisse af?rmer qu\u2019il s\u2019agit bien de Dieu ou de Mahomet.Le premier prêche public de Mahomet, en 613.L\u2019illustration date du XVe siècle.«Les musulmans aiment toutes les représentations visuelles.» Marc-Alain Ouaknin Rabbin et docteur en philosophie, Marc-Alain Ouaknin est un spécialiste réputé de l\u2019herméneutique des textes de la tradition juive et de l\u2019œuvre du célèbre philosophe Emmanuel Levinas.Il est l\u2019auteur d\u2019une quarantaine de livres sur la pensée juive, la kabbale, le hassidisme, la phénoménologie de la religion, les grands philosophes juifs, etc.Il produit et anime une émission radiophonique hebdomadaire consacrée à la pensée juive, Talmudiques, diffusée sur France Culture.Le judaïsme autorise-t-il la représentation de ?gures divines ?Dans la tradition juive, on ne lit pas les textes sacrés de façon littérale, c\u2019est-à-dire en prenant les mots à la lettre, mais avec les commentaires \u2013 c\u2019est le Talmud.La spéci?- cité de la lecture juive des écritures, c\u2019est de refuser que le texte écrit soit le porteur de la signi?cation.Il est donc impératif d\u2019interpréter ce qu\u2019on lit.C\u2019est pourquoi le Talmud interprète le texte des 10 commandements nous enjoignant de «ne pas faire d\u2019images» de la manière suivante: ce qui est interdit, ce sont les images constituant des idoles.À partir du moment où ceux qui produisent les images refusent que ceux qui les reçoivent les interprètent, l\u2019image devient une idole.La tradition juive interdit strictement toute forme d\u2019idolâtrie.Donc, le judaïsme interdit la sacralisation des images.Si le but est d\u2019«enfermer» une image et de la «sacraliser», celle-ci, en effet, est interdite.Par contre, si l\u2019image en question est mise en mouvement par l\u2019interprétation, elle est autorisée.Le Talmud raconte que le rabbin Gamliel, une haute autorité du judaïsme pharisien pendant la première moitié du Ier siècle, gardait dans son grenier un planétarium dans lequel étaient représentés le soleil, les étoiles et la lune.Les autres rabbins lui demandèrent : « Comment peux-tu avoir dans ton grenier des représentations des étoiles, de la lune et du soleil alors qu\u2019il est spéci?é très clairement dans les 10 commandements : \u201cTu ne feras pas d\u2019images de ce qui est en haut dans le ciel, en bas sur la terre\u201d ?» Le rabbin Gamliel répondit sans ambages : « Si c\u2019est pour étudier, c\u2019est permis.» Il leur expliqua que ce planétarium et les images des astres qu\u2019il contenait lui permettaient de ré?échir sur la question du temps, sur la manière dont il se construit et se déploie.Dans la tradition juive, on autorise les images à caractère divin si elles ont une ?nalité pédagogique.Il y a des exceptions autorisées en ce qui a trait à la représentation de personnages divins, n\u2019est-ce pas?Dans la tradition juive, l\u2019interdit de la représentation n\u2019est pas ce que l\u2019on croit.Il y a interdit quand la représentation d\u2019une image ou d\u2019une pensée enferme la réalité du monde, la réalité des idées ou la réalité des sentiments au lieu de les laisser s\u2019exprimer et couler dans l\u2019énergie du vivant.Tant qu\u2019il y a un dynamisme du vivant, la représentation du divin est permise.Mais dès qu\u2019une représentation emprisonne le vivant, elle est interdite.C\u2019est pourquoi le judaïsme considère toutes les idéologies comme une idolâtrie.Donc, dans le judaïsme, Dieu ne peut pas être représenté.Dans la tradition juive, la non-représen- tation de Dieu s\u2019explique par le fait qu\u2019il faut laisser à l\u2019in?ni la possibilité de rester in?ni.Quand vous con?nez Dieu dans un concept ou une dé?nition \u2013 y compris mais pas nécessairement dans une image \u2013, vous êtes considéré comme un idolâtre.L\u2019image n\u2019est pas uniquement esthétique ou visuelle; elle est un système de signes fermé sur lui-même.Dans le judaïsme, quand il est dit : «Tu ne feras pas d\u2019images», le terme employé en hébreu est temouna qui vient du mot hébraïque min, signi?ant «espèce».Quand on parle de l\u2019espèce animale ou de l\u2019espèce humaine, on parle d\u2019une catégorie.Or, dans le judaïsme, quand vous prenez un homme et l\u2019enfermez dans la catégorie «homme», c\u2019est de la représentation, c\u2019est donc une image.Le judaïsme interdit très explicitement la catégorisation des humains, parce que, au lieu de considérer l\u2019homme dans sa singularité et son exception, elle le dépouille de sa dimension de sujet unique et le dissout dans une catégorie générale conceptuelle appelée «homme».Le langage a très bien retenu cette formule: quand on veut insulter quelqu\u2019un, on le traite d\u2019«espèce de\u2026» et l\u2019insulte est dans le mot «espèce».On prive ainsi l\u2019homme de sa singularité.Et de plus, Dieu ne peut jamais être nommé.Dans le judaïsme, il n\u2019existe pas de mot pour désigner Dieu, parce que Dieu est in?ni et que tout mot est toujours ?ni.Il y a donc contradiction entre l\u2019in?nité du divin et la ?nitude du langage.La seule possibilité de parler de Dieu, c\u2019est à travers la poésie, parce que l\u2019acte poétique est un acte d\u2019éclatement qui n\u2019enferme pas le réel, mais l\u2019ouvre au contraire à une respiration toujours différente, toujours autre.Le nom de Dieu doit toujours être dit et dédit.Ainsi le terme adonai, employé pour parler de Dieu, signi?e « faire silence ».Dans le judaïsme, le commentaire assume cette double vocation: dire et dédire le nom de Dieu.8 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 Image dans une synagogue du IIIe siècle.On n\u2019a pas osé montrer Dieu, mais on voit ses mains.«Il y a interdit quand la représentation d\u2019une image enferme la réalité du monde.» Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 9 Olivier Bauer Professeur agrégé à la faculté de théologie et de sciences des religions de l\u2019Université de Montréal, Olivier Bauer est un spécialiste reconnu de la ritualité et de la transmission de la foi dans la tradition chrétienne.Il est l\u2019auteur de plusieurs essais remarqués, dont Une théologie du Canadien de Montréal (Bayard Canada, 2011).L\u2019iconophobie existe-t-elle aussi dans le christianisme ?À la différence du judaïsme et de l\u2019islam, le christianisme est une religion de l\u2019image.Le fait que, pour les chrétiens, Dieu s\u2019est incarné en Jésus-Christ, et du coup a pris un visage et une apparence visibles, cela a permis au christianisme de se démarquer du judaïsme en représentant de manière très large et très fréquente différentes ?gures du divin, y compris celle de Dieu.Quand les premières images de ?gures divines sont-elles apparues dans le christianisme ?Au IIe siècle, l\u2019évêque Irénée de Lyon fut le premier théologien chrétien à formuler l\u2019idée que Jésus, le Fils, était l\u2019image visible du Père.C\u2019est à partir de ce moment que Dieu a pris la forme d\u2019un être humain dans la tradition chrétienne.Cette af- ?rmation d\u2019Irénée de Lyon a légitimé le visuel dans le christianisme.Mais ce n\u2019est qu\u2019à partir du IIIe siècle que sont apparues les premières images spéci?quement chrétiennes, c\u2019est-à-dire des illustrations de grands personnages bibliques comme il y en avait déjà dans le judaïsme : Adam et Ève, Jonas, Noé, Moïse, etc.Ce n\u2019est qu\u2019à partir du IVe siècle que Jésus et Dieu sont représentés dans des fresques et des ouvrages religieux.Qu\u2019est-ce qui a légitimé, dans le christianisme, la représentation de ?gures divines?C\u2019est le fait que Jésus est considéré à la fois comme un vrai Dieu et comme un vrai homme \u2013 ce qui permet donc de le représenter.Au VIe siècle, le pape Grégoire le Grand utilisa une formule qui deviendra célèbre : « Ce que l\u2019écrit procure aux gens qui lisent, la peinture le fournit aux analphabètes qui la regardent, puisque ces ignorants y voient ce qu\u2019ils doivent imiter.» S\u2019il y a consensus dans l\u2019islam et le judaïsme pour bannir toute forme de représentation visuelle de personnages divins, ce n\u2019est pas le cas dans le christianisme.Même que la question divise les Églises depuis des lustres\u2026 Dans la chrétienté, à partir du VIIIe siècle, plusieurs courants iconoclastes vont farouchement s\u2019opposer à la représentation des ?gures divines.Des images représentant Jésus, Dieu et de grands personnages de la Bible seront même détruites.Le premier con?it majeur, appelé Querelle des images, opposa, au VIIIe siècle, l\u2019empire romain d\u2019Orient à l\u2019empire romain d\u2019Occident.Le second Concile de Nicée statuera d\u2019une manière quasi dé?nitive sur cette controverse en déclarant of?ciel- lement l\u2019iconoclasme \u2013 c\u2019est-à-dire le rejet de toute représentation des ?gures divines \u2013, contraire à la tradition chrétienne.Y a-t-il toujours des chrétiens icono- phobes ?À partir du IXe siècle, l\u2019Église chrétienne d\u2019Orient, ou Église byzantine, ?xe des limites à la production d\u2019images et favorise plutôt les icônes.Il y a dans cette Église une grande mé?ance envers la sculpture et la statuaire.Ses hérauts considèrent que, si une image ne fait pas d\u2019ombre, elle est acceptable.Par contre, en relief ou en trois dimensions, elle devient suspecte parce qu\u2019elle s\u2019approche trop de la statuaire grecque et païenne.Les dirigeants de l\u2019Église d\u2019Orient craignent que le personnage représenté ne devienne une idole.Aussi vont-ils tabler sur l\u2019art des icônes, dont la réalisation est rigoureusement codi?ée et surveillée par la tradition et la communauté.D\u2019ailleurs, une icône ne se «dessine» pas, elle s\u2019«écrit».Le motif ne s\u2019improvise pas.Il n\u2019y a pas de place pour la créativité et l\u2019individualité de l\u2019artiste dans l\u2019Église d\u2019Orient.À l\u2019opposé, dans l\u2019Église d\u2019Occident, l\u2019artiste chrétien jouit d\u2019une grande liberté.Quelle est la position du monde protestant face aux images divines?Au XVIe siècle, des mouvements iconoclastes protestants apparaissent en France, aux Pays-Bas et en Écosse.En ce qui a trait à la représentation des saints, la principale critique des réformistes à l\u2019endroit du catholicisme est que, prenant ?gure dans des statues et sur des images, les personnages divins risquent de se transformer en idoles.Les protestants craignent que, en devenant populaires, Jésus, Marie et les autres ne se métamorphosent en demi-dieux et ne soient vénérés à la place de Dieu.À leurs yeux, ces images sont donc pernicieuses.Ils les ont souvent détruites et ont toujours refusé d\u2019en décorer leurs temples.La manière de représenter Jésus-Christ est-elle l\u2019objet de différends dans le monde chrétien?Dans le monde chrétien, l\u2019idée de représenter artistiquement Jésus-Christ est largement consensuelle.Les controverses portent plutôt sur la manière dont il est représenté ! Vous avez d\u2019un côté le Jésus grec aux yeux bleus, qui ressemble à un surfeur californien à barbe blonde et, de l\u2019autre, le Jésus sémite, qui prend les traits d\u2019un homme barbu, à la peau brune et aux cheveux noirs frisés.Sur les images, c\u2019est le Jésus grec qui a gagné.nQS C\u2019est l\u2019Église byzantine qui a dé?ni l\u2019art de représenter Jésus et tous les saints.«Jésus est considéré à la fois comme un vrai Dieu et comme un vrai homme, ce qui permet de le représenter.» > ACTUALITÉS 10 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 De mémoire d\u2019entomologiste, on n\u2019a jamais vu ça , admet Robert Lavallée, chercheur à Ressources naturelles Canada (RNCan).On pensait pouvoir éradiquer l\u2019agrile du frêne, lorsqu\u2019on l\u2019a découvert sur le territoire, mais on sait aujourd\u2019hui que c\u2019est impossible, compte tenu de sa biologie et des outils de lutte dont nous disposons.» Il faut dire que l\u2019insecte vert émeraude avec des re?ets métalliques a toujours eu une longueur d\u2019avance sur l\u2019attirail déployé contre lui.Il a été remarqué pour la première fois au Canada \u2013 à Windsor en Ontario \u2013 dès 2002, mais semble en fait être arrivé sur le continent dans les années 1990, une douzaine d\u2019années auparavant.Ce ravageur originaire d\u2019Asie a sans doute voyagé par l\u2019intermédiaire du bois d\u2019emballage des marchandises de commerce international.Sans ennemi naturel en Amérique du Nord, l\u2019agrile s\u2019est rapidement acclimaté et multiplié.«Un arbre infesté meurt au bout de trois ou quatre ans, explique Robert Lavallée, mais les premières années, il reste asymptomatique.Si bien que plusieurs générations d\u2019insectes \u2013 leur cycle de vie dure de un à deux ans \u2013 voient le jour avant que l\u2019arbre devienne moribond et qu\u2019on s\u2019aperçoive de quelque chose.» L\u2019agrile a déjà causé la mort de quelque 75 millions d\u2019arbres en Amérique du Nord.Sur l\u2019île de Montréal, l\u2019intrus est apparu en juillet 2011.Il menace directement les 200000 frênes que compte l\u2019espace public, c\u2019est-à-dire 1 arbre sur 5.Les couper tous?Impossible à envisager.La présence des arbres et de la canopée (l\u2019étage supérieur de la couche arborée) a des effets positifs avérés sur la santé humaine et l\u2019environnement.« Les arbres permettent entre autres de réduire les îlots de chaleur, de régulariser le débit des égouts en temps de pluie, d\u2019améliorer la qualité de l\u2019air, de séquestrer du carbone\u2026», énumère Daniel Kneeshaw, professeur d\u2019écologie forestière à l\u2019Université du Québec à Montréal.La ville compte d\u2019ailleurs faire passer son couvert arborescent de 20 % à 25 % d\u2019ici 2025, ce qui revient à l\u2019augmenter d\u2019une surface équivalente à 65 fois celle du parc La Fontaine.Dans un tel contexte, la voie suivie par Montréal consiste à protéger et conserver les arbres existants \u2013 ils augmentent le couvert végétal par leur simple croissance \u2013, mais aussi à ralentir l\u2019infestation pour sauver le plus de frênes possible.Pour cela, il faut en savoir davantage sur l\u2019insecte.«L\u2019agrile ne causant pas de dommages en Asie, d\u2019où il provient, peu d\u2019informations étaient disponibles.Si bien que, en 2002, on n\u2019avait que quelques textes décrivant seulement l\u2019insecte adulte.On a dû tout découvrir», con?e Robert Lavallée.Depuis, on compte des centaines de publications scienti?ques à son sujet.Parallèlement, les moyens de lutte gagnent en ef?cacité.Par exemple, la technique d\u2019échantillonnage des branches de la canopée, développée par RNCan, qui permet de détecter l\u2019agrile dans 75% des cas, est une prouesse ! Ou l\u2019utilisation de pièges (développés par RNCan et l\u2019INRS) dans lesquels l\u2019agrile est attiré grâce à des leurres olfactif: une phéromone, émise par la femelle, et une kairomone, émise par l\u2019arbre.Une fois prisonnier, l\u2019insecte se contamine en marchant sur les spores d\u2019un champignon pathogène placé là expressément.Dès lors, non seulement ses jours sont comptés, mais l\u2019agrile a le temps de disséminer ces spores nocives auprès de ses semblables avant de succomber.D\u2019une pierre, deux coups! On a aussi recours à un biopesticide (de TreeAzin) qui cible à la fois les adultes, en réduisant leur capacité de reproduction, et les larves, en les empêchant de créer des galeries sous l\u2019écorce et de bloquer la circulation de la sève.La coupe préventive ou la destruction des arbres les plus infestés fait aussi partie du programme de lutte de la Ville.Quelque 1500 frênes ont ainsi été abattus l\u2019an passé.Mais l\u2019insecte continue à évoluer dans le bois coupé et peut ainsi encore se répandre.«L\u2019agrile peut parcourir jusqu\u2019à 10km», rappelle Daniel Kneeshaw.Cependant, pour Robert Lavallée : «Le principal vecteur de sa propagation, c\u2019est indéniablement l\u2019activité humaine.» Par le transport du bois de chauffage, du matériel de pépinière, de palettes de bois destinées au transport de marchandises, etc.« Sensibiliser la population est primordial, au moins autant que les moyens de lutte mis en place », insiste le chercheur.Et Daniel Kneeshaw ajoute: «Si on veut éviter de voir l\u2019histoire se répéter, il faut diversi?er les espèces d\u2019arbres plantés en milieu urbain.Il est aussi primordial que la stratégie de lutte soit commune pour qu\u2019elle soit le plus ef?cace possible : qu\u2019un frêne subisse les mêmes traitements que son voisin d\u2019en face, même si le nom de la ville change au milieu de la rue.» nQS L\u2019agrile du frêne, là pour rester Repéré à Montréal il y a quatre ans, l\u2019agrile du frêne semble maintenant bien installé.Au point que son éradication ne serait plus envisageable.Par Marion Spée « 6796 C FE?RIQUE Cycle de vie_QcScience_v2.indd 1 2015-03-09 14:50 R E S S O U R C E S N A T U R E L L E S C A N A D A Les renseignements contenus dans ce publireportage sont fournis à titre indicatif seulement.Certaines conditions s\u2019appliquent relativement aux produits et services mentionnés dans cet article.Gestion FÉRIQUE et Services d\u2019investissement FÉRIQUE ne garantissent pas l\u2019exactitude ou la iabilité des informations publiées ou divulguées et ne pourront pas être tenues responsables de toute perte ou de tout dommage éventuel résultant de l\u2019utilisation de ces renseignements.La présente communication ne constitue ni une offre, ni une sollicitation de quiconque dans aucune juridiction dans laquelle une telle offre ou sollicitation ne serait pas autorisée ou à toute personne envers qui il serait illégal de faire une telle offre ou sollicitation.Les renseignements fournis ne constituent pas des conseils particuliers de nature inancière, juridique, comptable ou iscale concernant des placements.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa iliale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et est le gestionnaire des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planiication inancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur luctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.OÙ EN ÊTES-VOUS AVEC VOS FINANCES ?CAPSULE CONSEIL CENTRE DE CONTACT CLIENTS 514-788-6485 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d\u2019ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 20 h 25-30 ANS Vous êtes dans la phase de démarrage, en termes d\u2019épargne et de placements.1.Renseignez-vous.Devenez familier avec tout ce qui touche les finances personnelles.Par exemple, abonnez-vous à notre infolettre, inscrivez-vous à nos webinaires, assistez à nos conférences en région, consultez nos articles éducatifs.2.Commencez à épargner.Que diriez-vous de débuter avec 50 $ par mois dans un plan automatique de cotisation (PAC) ?Plus tôt vous commencez à cotiser, plus vite vous pouvez arrêter et laisser votre actif profiter.3.Ouvrez un REER (régime enregistré d\u2019épargne-retraite) et/ou un CELI (compte d\u2019épargne libre d\u2019impôt).Cela mettra votre épargne à l\u2019abri de l\u2019impôt.Pensez CELI si vos revenus sont modestes, puis REER lorsqu\u2019ils augmenteront : comme les cotisations REER sont déductibles, elles vous procureront une économie d\u2019impôt plus grande si votre taux d\u2019imposition est plus élevé.4.Remboursez vos dettes d\u2019études\u2026 ou non.Si votre taux d\u2019intérêt est plus bas que le rendement de vos placements, vous avez intérêt à prendre votre temps.30 ANS Vous êtes probablement dans votre phase initiale d\u2019accumulation.1.Continuez de vous renseigner.Si ce n\u2019est déjà fait, visitez le ferique.com et abonnez- vous à notre infolettre, inscri- vez-vous à nos webinaires, assistez à nos conférences en région, consultez nos articles éducatifs.2.Continuez d\u2019épargner.Dans un REER, un CELI, un REEE, dans votre maison en remboursant votre hypothèque.Consultez un expert pour avoir un plan optimal.3.Financez les études de vos enfants.Le REEE (régime enregistré d\u2019épargne- études) vous permet d\u2019accumuler des fonds et d\u2019obtenir de généreuses subventions.4.Mariez-vous ! Ou plutôt, si vous êtes en couple, officialisez cette union par un contrat de mariage ou de vie commune qui vous protégera en cas de séparation.5.Protégez vos acquis.Comment maintiendrez- vous votre niveau de vie si un accident ou une maladie vous empêche de travailler ?Comment vos proches vivront-ils si vous décédez ?Bref, le temps de l\u2019assurance est arrivé.Et, aussi, celui de rédiger votre testament.6.Planifiez sérieusement.Vous en êtes à l\u2019étape où on devient propriétaire, fonde une famille, installe sa carrière.Rencontrez un planificateur financier.40-50 ANS Vous êtes probablement dans la seconde phase d\u2019accumulation.1.Plus que jamais, renseignez-vous.Procurez -vous notre brochure sur les défis financiers des personnes de 50-65 ans.Redécouvrez aussi nos nombreux outils d\u2019information : notre infolettre mensuelle, nos webinaires, nos conférences en région, nos articles éducatifs.2.Accélérez votre épargne.Mettez à jour vos projections et, au besoin, donnez-vous un plan de rattrapage.3.Tenez compte de vos enfants.S\u2019ils accèdent à la majorité, des choix s\u2019imposent peut-être pour vous.Consultez notre Petit guide de survie à l\u2019intention du jeune adulte et de ses parents, au ferique.com.4.Planifiez la suite.Si ce n\u2019est pas fait, rédigez votre testament et votre mandat d\u2019inaptitude.Mieux : intégrez-les dans une planification successorale complète.5.Faites le tour de vos options.Notre système de retraite est composé de plusieurs régimes, et plus d\u2019un s\u2019appliquent peut-être à votre situation.Évaluez les revenus que chacun vous offrira.60 ANS ET PLUS Vous êtes, ou serez bientôt, dans votre phase de décaissement.1.Faites le point.Si votre emploi vous procure des assurances ou avantages sociaux, pourrez- vous les conserver à la retraite ?Sinon, pouvez- vous envisager un plan de remplacement ?2.Rééquilibrez votre portefeuille.Assurez- vous qu\u2019il protège votre capital et vous procure des liquidités, mais puisse aussi produire une croissance de votre capital (car une retraite dure longtemps !).3.Précisez votre plan de décaissement.D\u2019où viendront vos revenus aux différents moments de votre retraite ?Agencez CELI, REER, FERR, RRQ, Sécurité de la vieillesse et toute autre source de revenus dans une stratégie qui minimisera votre impôt.4.Revoyez votre planification successorale.Tenez compte notamment de l\u2019impôt que votre succession devra payer sur certains de vos actifs (REER/FERR, maison secondaire, placements non enregistrés).Vous désirez passer à l\u2019action ?Obtenir du conseil ou un accompagnement personnalisé ?Toute notre équipe est à votre disposition.Voici quelques pistes que vous voudrez peut-être explorer cette année.6796 C FE?RIQUE Cycle de vie_QcScience_v2.indd 1 2015-03-09 14:50 12 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 > MOMIE CACHÉE Un moine peut en cacher un autre\u2026 C\u2019est ce qu\u2019a découvert une équipe du Drents Museum, aux Pays-Bas, en restaurant une statue chinoise du Bouddha vieille de 1 000 ans.Après avoir aperçu des restes humains en enlevant le socle, l\u2019équipe a fait analyser l\u2019objet dans un centre médical, pour qu\u2019il passe au scanner et qu\u2019il subisse une endoscopie.Résultat ?Le bouddha cache bien un squelette, en position du lotus, qui aurait été celui du moine Liu Quan, selon les indications trouvées auprès de la statue.Le moine a visiblement été momi?é, comme en témoignent les rouleaux de papier couverts de textes chinois placés au niveau de ses poumons.Si son histoire n\u2019est pas connue en détail, on sait qu\u2019il existait au XIe et XIIe siècle, en Asie, une tradition d\u2019auto-momi?cation.Les moines bouddhistes subissaient pendant des mois une diète censée éliminer le plus de gras et d\u2019eau possible de leur organisme, se sustentant d\u2019épines de pin, d\u2019écorces et de noix séchées.Ils pouvaient aussi boire du thé empoisonné pour empêcher la croissance bactérienne après la mort et préserver leur corps de toute putréfaction.HALTE AUX MALADIES NÉGLIGÉES ! Ulcère de buruli, trachome, maladie de Chagas, leishmaniose, échinococcose\u2026 Ces maladies ne vous disent rien ?Elles font pourtant partie des 17 maladies recensées dans un récent rapport de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), qui tuent chaque année 500 000 personnes et en touchent 1,5 milliard.Presque exclusivement tropicales, elles intéressent peu l\u2019industrie pharmaceutique et les chercheurs.L\u2019OMS, qui les considère comme des « maladies négligées », vient de lancer un appel aux pays membres pour qu\u2019ils y consacrent davantage d\u2019argent.Selon Margaret Chan, directrice générale de l\u2019OMS, « une augmentation des investissements de la part des gouvernements peut permettre de soulager la misère humaine [\u2026] et de libérer les masses condamnées depuis longtemps à la pauvreté ».Un investissement annuel de 3,6 milliards de dollars serait nécessaire jusqu\u2019en 2020, si l\u2019on veut combattre \u2013 voire éliminer \u2013 ces affections d\u2019un autre âge qui, du fait des changements climatiques, risquent de gagner du terrain.8 millions de tonnes, c\u2019est la quantité de plastique qui aurait abouti dans les océans en 2010, selon une nouvelle étude parue dans Science.Ce qui pourrait signi?er qu\u2019il y a 1000 fois plus de plastique caché dans les mers que ce que les scienti?ques avaient mesuré jusqu\u2019ici dans les « continents » de plastique ?ottants.« C\u2019est l\u2019équivalent de 5 sacs de plastique de format épicerie, eux- mêmes remplis de plastique, tous les 30 cm sur chacun des rivages côtiers de la planète.Et tout ça ?nit dans l\u2019océan », a expliqué Jenna Jambeck, de l\u2019université de Georgie, première auteure de l\u2019étude, lors du congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science (AAAS) à San Jose, en Californie, au cours du mois de février.Les chercheurs ont constaté depuis longtemps la présence de plastique dans l\u2019écosystème marin, ?ottant à la surface ou niché dans les organismes depuis le zooplancton jusqu\u2019aux baleines bleues.Mais aucune étude n\u2019avait jusqu\u2019ici évalué la quantité de déchets entrant annuellement dans l\u2019eau.L\u2019équipe de Jenna Jam- beck a donc conçu un modèle fondé, entre autres, sur la production de déchets par pays et par habitant, sur la performance des systèmes de traitement des déchets et sur la densité des populations côtières.Parmi les 192 pays maritimes, 20 contribueraient à 83% des fuites de plastique en mer, qu\u2019il s\u2019agisse de déchets abandonnés près des rivages ou de déchets non ou mal récupérés.Sans surprise, les pires pollueurs sont des pays très peuplés d\u2019Asie, au développement économique rapide, la Chine arrivant en tête de liste.Les États-Unis, champions en termes de quantité de déchets générés par habitant, arrivent 20e (le Canada, en raison de sa faible densité, est loin derrière).« L\u2019idée n\u2019est pas de désigner les cancres, mais plutôt de cibler les actions pour limiter les déversements, a souligné Jenna Jambeck.Retirer le plastique déjà présent dans l\u2019eau n\u2019est pas réaliste; il faut limiter la production et mieux récupérer les déchets.» Si rien ne change, les chercheurs estiment que, d\u2019ici 2025, la quantité de plastique se retrouvant dans les mers chaque année pourrait décupler.ACTUALITÉS > > TOUT COMPTE FAIT F E R G R E G O R Y / I S T O C K P H O T O Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 13 C omme toujours, tout a commencé par une percée scien- ti?que.Des chercheurs de l\u2019université de Newcastle, au Royaume-Uni, ont mis au point une nouvelle technique de fécondation in vitro (FIV) et l\u2019ont expérimentée sur des animaux.Après discussion et consultations, les chercheurs ont demandé à l\u2019Autorité britannique sur la fécondation humaine et l\u2019embryologie (HFEA) d\u2019autoriser la technique; puis la HFEA s\u2019est à son tour adressée aux élus pour en encadrer la mise en application.Si bien que le 22 février dernier, le parlement britannique donnait son feu vert à l\u2019expérimentation, pour la première fois dans le monde, de la FIV dite «avec remplacement mitochondrial».Et la lame de fond d\u2019un solide débat éthique et social s\u2019est aussitôt soulevée.Nous y viendrons, mais décrivons d\u2019abord la technique.Au départ, il s\u2019agit d\u2019éviter de transmettre au bébé des défauts génétiques portés par les mitochondries des cellules de sa mère.Les mitochondries sont les «générateurs d\u2019énergie » des cellules; elles ont leur propre ADN qui est différent de celui du noyau.La technique consiste à retirer les mitochondries défectueuses pour les remplacer par des mitochondries saines provenant d\u2019une autre femme qui agit ici comme donneuse.Puis, en laboratoire, on féconde l\u2019ovule avec le sperme du père et on l\u2019implante dans l\u2019utérus maternel.En procédant de cette manière, on s\u2019assure non seulement que le bébé n\u2019aura pas le défaut génétique de sa mère, mais que la modi?- cation apportée sera transmissible aux générations suivantes.Les mutations de l\u2019ADN mitochondrial (ADNmt), toujours héritées de la mère, ne sont pas très fréquentes, mais elles causent plus de 600 maladies métaboliques, non curables à ce jour.Atteintes dégénératives au cœur ou au foie, anémies, faiblesses musculaires, etc.Les manifestations cliniques sont parfois tellement graves que les enfants atteints meurent très jeunes.Éviter toutes ces souffrances, en débarrassant les générations suivantes d\u2019un tel défaut, constitue un but médical bien valable.Même si, précisons-le, le risque ne touche que très peu de naissances: environ 150 par année au Royaume-Uni; 75 au Canada, dont 15 à 20 au Québec.Jetons maintenant un bref coup d\u2019œil sur les principaux arguments invoqués au parlement britannique.Très favorable, la ministre de la Santé a déclaré que cette technique était «la lumière au bout d\u2019un noir tunnel».Pour sa part, le premier ministre David Cameron a plaidé la compassion envers les enfants atteints de maladies mitochondriales.« Alors, si la science peut aider [\u2026], a-t-il conclu, nous devons nous assurer que ces traitements seront accessibles.» Pour leur part, les opposants craignent que cette autorisation ouvre la porte à d\u2019autres types de manipulations génétiques et à une dérive eugéniste, voire à des «bébés à la carte améliorés».Ils condamnent les modi?cations de ce qu\u2019on appelle la lignée ger- minale, c\u2019est-à-dire celle des cellules participant à la fécondation.Ces modi?cations sont transmissibles aux descendants, on ne peut plus les effacer.Le débat éthique tourne aussi autour de la notion d\u2019«enfant à trois parents».Il est vrai que le bébé possédera l\u2019ADN de sa mère, de son père et de la donneuse.Ici, les questions peuvent être d\u2019abord psychologiques et sociales.Quelle sera l\u2019identité de l\u2019enfant, son image de soi en sera-t-elle perturbée ?Quel sera le statut de la donneuse?Selon la loi votée par le parlement britannique, elle ne sera pas considérée comme parent, mais qu\u2019en sera-t-il dans les faits ?À Londres, le ministère de la Santé fait valoir qu\u2019on ne peut pas parler d\u2019un enfant à trois parents, parce que la contribution génétique du père et de la mère est de 99,9%, la donneuse ne contribuant que pour 0,1%.Cela est dû au fait qu\u2019il existe très peu de gènes mitochondriaux, une quarantaine au total \u2013 une peccadille lorsqu\u2019on compare avec les quelque 20000 gènes de l\u2019ADN du noyau.De plus, l\u2019ADN mitochondrial ne permet pas de contribuer aux traits physiques de l\u2019enfant ni à son intelligence; il ne lui permet que d\u2019avoir, dans ses cellules, des «moteurs énergétiques» fonctionnant normalement.Si bien qu\u2019appliquer cette technique, «c\u2019est un peu comme changer la pile d\u2019un ordinateur», a fait valoir un expert.Dans le même ordre d\u2019idées, lord Robert Winston, professeur de science et d\u2019éthique à l\u2019Imperial College de Londres, a déclaré au Daily Telegraph que «la transfusion de mitochondries n\u2019est pas différente de la transfusion de globules rouges dans un cas d\u2019anémie sévère ».Hum\u2026 On parle toutefois de mitochondries qui vont rester là à perpétuité et qui viennent d\u2019un don de gamète! Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Trois parents et un couf?n « Lumière au bout d\u2019un noir tunnel » ou « porte ouverte sur l\u2019eugénisme » ?Une nouvelle technique de fécondation in vitro relance un réel débat éthique.P A S I E K A / S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y Vue d\u2019artiste d\u2019une mitochondrie, centrale d\u2019énergie des cellules. DES PEANUTS DANS LE BIBERON ?L\u2019allergie aux arachides prend des proportions épidémiques.Au cours des 10 dernières années, sa prévalence a doublé dans les pays occidentaux.Pour que les enfants cessent de gon?er à l\u2019approche d\u2019une « pinotte », la solution serait de leur en faire manger régulièrement et de commencer avant qu\u2019ils aient 11 mois ! Contre-intuitif ?C\u2019est pourtant ce que démontre une étude menée auprès de 640 nourrissons à fort risque de développer des allergies, au London Children\u2019s Hospital, au Royaume-Uni.Les bébés âgés entre 4 et 11 mois ont été séparés en 2 groupes : le premier s\u2019est vu interdire la consommation d\u2019arachides jusqu\u2019à l\u2019âge de 5 ans; dans le second, les arachides ont été introduites tôt dans les purées.À l\u2019âge de cinq ans, 13,7 % des enfants du premier groupe étaient allergiques, contre seulement 1,9 % de ceux qui avaient mangé des cacahuètes plus jeunes.Voilà qui con?rme ce que les allergologues soupçonnent depuis longtemps : en voulant être trop prudent, on rend les petits trop sensibles ! 14 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 > ACTUALITÉS Dans ces débats, il est souvent utile de prendre un peu de recul, de se demander si le jeu en vaut la chandelle.Ou plutôt, s\u2019il existe d\u2019autres possibilités, moins controversées sur le plan éthique, ou moins risquées sur le plan médical (car il y a aussi des risques inhérents à toute nouvelle technique, testée seulement sur des animaux et vis-à-vis de laquelle on n\u2019a pas encore pris de distance).Or, il se trouve qu\u2019il en existe, des techniques de rechange.Le père scienti?que du premier bébé éprouvette français, le docteur René Frydman, a soulevé cette question lorsqu\u2019il a déclaré préférer, de son côté, développer le diagnostic préimplantatoire qui consiste à détecter des anomalies génétiques dans les embryons après fécondation in vitro.Autre solution, le don classique d\u2019ovocyte.Il existe depuis longtemps et il est bien encadré légalement.En somme, quand on tient compte de la réalité, on peut se demander si les Britanniques ne sont pas en train de «faire compliqué quand on peut faire simple».Et aussi, pourquoi\u2026 À cause d\u2019une fascination pour l\u2019exploit technique, peut-être?nQS Finale nationale 2 mai 2015 CEC en Charlevoix scienceontourne.com 23e édition Concours scientifique intercollégial Un événement du bisunesns SCENE 8 ET 9 MAI 2015 PARTOUT AU QUEBEC! PLUS DE 300 ACTIVITES SCIENCE & TECHNO WWW.SCIENCE2LHEURES.(OM \u201c ; = Economi [Hil SZ \u20ac, p AS Économie, == A ANNÉE INTERNATIONALE I nnova tion Organisation : Commission DE LA LUMIÈRE et Exportations des Nations Unies: canadienne = la science et la culture .se Ki 2Ahdescience Educational, Scientificand .Commission Cuitural Organization ; for UNESCO ce, 7015 Québec r =10usl: 16 Québec Science | Avril ~Mai 2015 un monde en soi Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 17 quEbEc SciEncE AUTISME UN MONDE EN SOI Un dossier de Marine Corniou et de Dominique Forget Un reportage photo de Jacques Nadeau Un enfant sur 100 reçoit un diagnostic de trouble du spectre de l\u2019autisme.Comment peuvent-ils grandir avec un tel diagnostic?Comment leur venir en aide?Devant la complexité des cas, les psychoéducateurs sont souvent dépassés; et les parents, démunis.Quels traitements privilégier pour aider les personnes qui en sont atteintes?Quelle place la société peut-elle leur réserver? 40 EXPOSANTS seront sélectionnés pour représenter le QUÉBEC à la FINALE PANCANADIENNE du 9 AU 16 MAI 2015 au Nouveau-Brunswick ! VISITEZ LA FINALE QUÉBÉCOISE DU 16 AU 19 AVRIL 2015 à l\u2019École Polyvalente Nicolas-Gatineau et suivez la cérémonie de remise de prix en direct sur le Web le dimanche 19 avril dès 13 h.Un événement du Organisé conjointement avec Grand partenaire L\u2019autisme est difficile à saisir.On a tous en tête beaucoup de clichés : depuis Rain Man surdoué jusqu\u2019à l\u2019enfant «fermé» qui se tape la tête contre les murs\u2026 Où se situe la réalité?Comment vous, qui êtes autiste, définissez-vous l\u2019autisme?L\u2019autisme, ce n\u2019est pas ce que j\u2019ai, mais ce que je suis.C\u2019est une autre façon d\u2019être.Nous, les autistes, ne donnons pas le même sens que vous au monde.Par exemple, nous ne pouvons pas tenir compte de ce que nous ne voyons pas.Ce n\u2019est pas un trouble du comportement, pas un problème d\u2019habiletés sociales, ni un trouble relation nel ou émotionnel, encore moins un problème de déficience intellectuelle.L\u2019autisme est un problème de connexions, dont les impacts sont déve- loppementaux.C\u2019est un trouble neuro- développemental.C\u2019est physique, c\u2019est involontaire \u2013 ce qu\u2019on commence tout juste à comprendre.En fait, trois choses nous différencient de vous.les neurotypiques.D\u2019abord, la particularité de la perception.Dans une pièce, je ne me mets pas à compter les tuiles que je vois, mais mon cerveau me dit instantanément, sans que j\u2019y pense, qu\u2019il y en a 600.Par contre, quand je vous parle, je dois me concentrer sur vous et me rappeler sans cesse que je parle à une neurotypique.Ensuite, la particularité des représentations mentales.Mon cerveau ne me donne que du concret venu de l\u2019extérieur.Il est statique, il ne traite que ce qu\u2019il reconnaît.Un autiste a des difficultés de flexibilité et donc de planification.Enfin, la particularité des émotions.Les autistes n\u2019ont pas les mêmes déclencheurs d\u2019émotions que les neurotypiques, puisque leur cerveau est concret, et non social.Qu\u2019entendez-vous par cerveau «non social»?Les autistes sont des «aveugles sociaux».L\u2019accès de leur cerveau au social se fait d\u2019une façon très particulière.Par exemple, si un interlocuteur soupire parce qu\u2019il est fatigué d\u2019être avec moi, je ne vois pas ce signe; je ne peux donc pas en tenir compte dans mon comportement.On va m\u2019accuser d\u2019être impolie, mais accuserait-on un sourd d\u2019impolitesse s\u2019il ne tournait pas la tête Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 19 onférencière et auteure, Brigitte Harrisson consacre sa vie à aider les personnes qui, comme elle- même, sont autistes, notamment en mettant au point des outils et un modèle d\u2019intervention \u2013 appelé SACCADE \u2013 en collaboration avec Lise St-Charles, intervenante et spécialiste des troubles du spectre de l\u2019autisme (TSA).Diagnostiquée à 38 ans, elle plaide pour une meilleure prise en considération des besoins des autistes et tente de mieux faire comprendre comment fonctionne leur cerveau.Elle nous livre ici sa propre définition et sa vision personnelle de l\u2019autisme.Propos recueillis par Marine Corniou «Le combat quotidien, ce sont les orages dans le cerveau.» cun monde en soi J A C Q U E S N A D E A U Brigitte Harrisson vers quelqu\u2019un qui lui dit bonjour?Mon cerveau ne capte pas le social, car il est connecté autrement.Le cerveau autiste est aussi plus visuel, dit- on.Qu\u2019est-ce que cela signifie?Il nous faut voir en temps réel le sens de l\u2019expérience pendant qu\u2019elle se passe.Par exemple, si un autiste se fait une petite coupure au doigt, il va réagir beaucoup, non pas à cause de la douleur, mais parce que l\u2019image de son corps est modifiée.Par contre, s\u2019il se casse un bras, il ne réagira pas, car il ne peut pas voir la douleur du bras cassé.Mais il le bougera, comme si quelque chose l\u2019agaçait.Ce quelque chose, c\u2019est la douleur en fond que son corps vit, mais que ses yeux ne peuvent pas aller chercher, ce qui, par le fait même, prive sa tête de l\u2019information en avant-plan.De même, quand une personne qu\u2019il connaît change d\u2019aspect (par exemple, une nouvelle coupe de cheveux), l\u2019autiste doit reconstruire l\u2019image et l\u2019associer à ce qu\u2019il connaît.Tout ce travail se fait manuellement.«Manuellement»?Notre cerveau est connecté différemment et il ne demande pas la même gestion que le cerveau neurotypique.Il fonctionne comme une transmission manuelle d\u2019automobile.Il nous faut stabiliser l\u2019information, parce que le système qui la fait entrer «coupe» \u2013 un peu comme si on coupait l\u2019électricité dans une maison.Nous devons donc entrer les infos une à la fois, par une gymnastique cognitive et de manière consciente.Si nous restons sans «électricité», nous avons l\u2019impression d\u2019être derrière une vitre, ce que les gens appellent la «bulle» .Dans la bulle, plus rien ne fonctionne.Je ne peux ni penser ni parler.Je suis en état de veille, comme un ordinateur! Mais vous arrivez à contrôler tout cela, à fonctionner en apparence «normalement»\u2026 Quand vous devenez un bon conducteur manuel, les gens ne peuvent plus savoir, vu de l\u2019extérieur, si votre cerveau est manuel ou automatique.Comme plus rien ne paraît, les gens croient que je ne suis plus autiste ou que je suis guérie.Mais dès que la situation se complexifie, mon cerveau redemande de l\u2019aide et, là, mon autisme redevient apparent.Le combat quotidien, ce sont les orages dans le cerveau.Si je ne peux pas gérer l\u2019équilibre interne, il y aura un orage à l\u2019intérieur de ma tête et tout m\u2019échappera.C\u2019est ce que je trouve de plus cruel : l\u2019autiste est dépendant de l\u2019environnement, alors que personne ne semble comprendre ce qui lui arrive.Avant d\u2019agir auprès des autistes, vous étiez travailleuse sociale.Cela paraît en opposition avec l\u2019image qu\u2019on se fait des autistes.Qu\u2019est- ce qui vous a attirée dans ce métier?C\u2019est le désir de comprendre le fonctionnement humain.J\u2019ai toujours été guidée par l\u2019instinct à ce niveau.Mais ce n\u2019était pas le métier idéal.Je devais être musicienne, sauf qu\u2019il est arrivé un pépin en chemin et j\u2019ai dû faire un choix «non éclairé»! Je voulais être chef d\u2019orchestre : j\u2019ai recommencé la musique il n\u2019y a pas longtemps, je joue du piano, de la trom- un monde en soi «Tout le monde parle au nom des autistes et c\u2019est d\u2019un ridicule incroyable.On nous prend pour des roches! C\u2019est pour ça que les parents ne savent plus où donner de la tête.» Benjamin avec son père Mathieu Gratton, comédien.Benjamin reçoit de l\u2019aide de la clinique L\u2019essence en mouvement dans l\u2019arrondissement LaSalle, à Montréal.SUR LE VIF JACQUES NADEAU 20 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 pette, du cor français, de la guitare, de l\u2019accordéon.J\u2019apprends vite.En parlant de don pour la musique, est-ce vrai que la perception sensorielle chez les autistes est plus aiguisée, plus performante que chez les autres?La perception sensorielle est difficile parce que, comme je l\u2019expliquais, nos yeux doivent tout recevoir.Il y a un délai de traitement, ce qui donne l\u2019impression d\u2019être vite saturé: nous ne pouvons pas traiter les informations à la même vitesse que vous.Par exemple, si quelqu\u2019un me touche à l\u2019improviste, cela peut causer un désé - quilibre à l\u2019intérieur de moi.Comme mes yeux doivent voir le toucher, qu\u2019ils doivent voir où est le contact physique pour que je le fasse correspondre à la sensation interne, que je puisse la trouver, si je ne le vois pas le geste, il devient une agression.Est-ce ce sentiment d\u2019agression qui empêche les autistes d\u2019aller facilement vers les autres?Les autistes ne rejettent pas les contacts; ils n\u2019ont pas cette intention.Ils n\u2019ont pas non plus de problème pour s\u2019attacher.Mais un autiste peut ne pas être affectueux, au départ, surtout s\u2019il ne reçoit pas d\u2019aide pour atteindre son système d\u2019émotions ou si la plupart des gens interfèrent avec ses efforts de stabilisation à l\u2019intérieur.Il est en mode survie.Sa réaction de rejet n\u2019est pas contre l\u2019autremais pour soi.Les autistes donnent parfois l\u2019impression de ne pas aimer être touchés.Est-ce votre cas?Le problème, ce n\u2019est pas le contact, mais la façon dont il se produit : c\u2019est l\u2019improvisation qui est rejetée.Par exemple, si je suis concentrée à regarder quelqu\u2019un qui me parle dans un lieu public et qu\u2019une autre personne passe et me touche ou me frôle, je ne peux plus rester concentrée sur la personne qui me parlait, car ma tête cherche à traiter l\u2019information du toucher.Toute ma concentration va s\u2019en aller faire ce travail.Je n\u2019ai pas le choix : je dois m\u2019en occuper.Vous avez reçu le diagnostic d\u2019autisme à l\u2019âge adulte, à 38 ans.Comment avez-vous réagi?J\u2019essayais depuis longtemps de faire ce qu\u2019on me disait de faire, mais c\u2019était toujours difficile.Je trouvais le quotidien très compliqué.Il fallait penser à des tonnes de détails.De plus, je faisais des crises dont j\u2019ignorais la cause.C\u2019était très inquiétant.Je ne savais pas non plus que tout le monde ne se battait pas, comme moi, contre son cerveau.Le diagnostic a été un soulagement, parce que j\u2019ai pu savoir sur quoi j\u2019avais du contrôle et sur quoi je n\u2019en avais pas.J\u2019ai aussi pu recevoir l\u2019aide nécessaire afin de développer les schémas sociaux dont j\u2019étais encore privée et qui me permettent aujourd\u2019hui de fonctionner en société.L\u2019étiquette d\u2019autisme fait très peur aux parents.Qu\u2019avez-vous envie de dire à ceux dont l\u2019enfant vient d\u2019être diagnostiqué?Les troubles du spectre de l\u2019autisme sont présentés comme s\u2019ils s\u2019agissait de défi - cience intellectuelle ou de problèmes de comportement.Or, les troubles de comportement ne viennent pas avec l\u2019autisme; ni l\u2019agressivité, d\u2019ailleurs.C\u2019est la méconnaissance de l\u2019autisme qui fait que les résultats sont aussi mauvais.Les intervenants se sentent impuissants et plusieurs cumu - lent des échecs à longueur de journée parce qu\u2019ils n\u2019ont pas les bonnes indications pour travailler avec les autistes.Mais aujourd\u2019hui, l\u2019autisme n\u2019est plus une fin en soi.C\u2019est un point de départ.Et quand on comprend comment il fonctionne, on peut aider la personne à se rendre beaucoup plus loin.Quelles sont les priorités, selon vous, pour assurer le bien-être des personnes autistes?Tout le monde parle au nom des autistes et c\u2019est d\u2019un ridicule incroyable.C\u2019est pour ça que ça ne marche pas : on nous prend pour des roches! Et c\u2019est aussi pour ça que les parents ne savent plus où donner de la tête.Comment peut-on demander à des parents d\u2019être des spécialistes d\u2019un trouble neuro-développemental que le milieu professionnel lui-même n\u2019a même pas encore saisi?Quand les gens vont comprendre ce qui appartient aux autistes \u2013 les manifestations autistiques externes (la face apparente du trouble) reliées aux effets autistiques internes (la face cachée) \u2013, quand ces signaux, avec leur fonction, seront mieux connus, il y aura moins de confusion.À partir de là, on aura très peu de troubles graves du comportement comme on en voit aujourd\u2019hui.Et plus loin dans la chaîne, les personnes souffrant du syndrome d\u2019Asperger seront moins anxieuses et elles deviendront plus rapidement autonomes.Elles pourront espérer avoir une meilleure vie.Dans notre société actuelle, on qualifie de réussite une intervention qui «efface» l\u2019autisme.Donc, une société où il n\u2019y aurait aucune différence serait une réussite.Dites-moi : comment j\u2019explique cela aux autistes?Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 21 UN ÉVENTAIL D\u2019AUTISMES Utilisé pour la première fois en 1911, le mot «autisme» vient du grec autos, qui signifie «soi-même».En un siècle, la classification des troubles autistiques a été revue maintes fois.Dans le précédent Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), l\u2019autisme faisait partie des «troubles envahissants du développement», ou TED.Dans la version actuelle \u2013 le DSM-5 \u2013, on parle de trouble du spectre de l\u2019autisme (TSA), ce qui reflète bien la variété des formes cliniques et des degrés d\u2019atteinte.Par définition, les points communs à toutes les formes d\u2019autisme sont la présence d\u2019un trouble de la communication sociale ainsi que de comportements et intérêts restreints ou répétitifs.DES SIGNES AVANT-COUREURS Un diagnostic de TSA est généralement posé dans l\u2019enfance, vers l\u2019âge de trois ans.Près de 90 % des parents décèlent toutefois une anomalie dans le compor - tement de leur enfant avant 24 mois.«Dès 12 mois, il est possible de voir des signes de TSA: la rigidité quand on tient le bébé dans les bras, le fait que l\u2019enfant ne pointe pas du doigt ou ne réagisse pas à son nom, par exemple», précise la psychologue Nathalie Poirier, professeure à l\u2019Université du Québec à Montréal.NEUROTYPIQUE Ce terme désigne les gens qui ne sont pas atteints par des troubles du spectre autistique (TSA).Il a été inventé par l'entourage des personnes autistes afin de ne pas les stigmatiser.Pour eux, l'autisme n'est pas une maladie mentale, c'est une autre forme d'intelligence.Ainsi, il existerait une «neurodiversité» au sein de la population et le fonctionne ment cognitif de la majorité serait «neurotypique» (et non «normal»).1% Au Québec, le taux de prévalence selon l\u2019Institut national d\u2019excellence en santé et en services est de 79 pour 10 000 enfants (soit 1 sur 126), mais plusieurs études avancent le chiffre de 1 sur 100.Aux États-Unis, on considère que 1 enfant sur 68 est autiste. est un moyen de transport, ça vole dans le ciel et on peut monter à son bord quand on part en voyage.» Dans la clinique spécialisée en autisme, à Brossard, tous les yeux sont tournés vers Medhi, 7 ans.Ceux de la psychologue Sylvie Bernard, ceux de l\u2019éducatrice Évelyne Hodge, ceux du père de Medhi, et les miens, la «dame journaliste».Le petit garçon fait manifestement un effort pour ne pas regarder sa figurine de pompier.Il pourra la reprendre seulement quand l\u2019exercice sera terminé.«Sais-tu de quoi il s\u2019agit?» l\u2019encourage Sylvie Bernard, en cachant l\u2019image de l\u2019avion contre sa poitrine.«Un moyen de transport!» essaie le petit.La psychologue doit lui réexpliquer le rôle de chacun : elle donne les indices et, Medhi, lui, doit deviner.La séance dure depuis déjà deux heures.Avant les devinettes, Medhi s\u2019est exercé à placer, selon un ordre logique, des illustrations formant une histoire (un petit garçon en slip sur une première, enfilant un pantalon sur la seconde, puis un chandail sur la troisième), jonglant avec des concepts comme «au début», «après» et «à la fin».À l\u2019occasion d\u2019un autre exercice, Sylvie Bernard lui a enlevé soudainement son pompier jouet.Puis elle lui a expliqué qu\u2019il avait le droit d\u2019exprimer son désaccord, mais pas de faire une crise.«Attention : dans certaines situations, par exemple quand un professeur donne une consigne, 22 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 En intervenant très tôt auprès des enfants autistes, on aiderait certains d\u2019entre eux à atteindre leur indépendance.Mais si les experts s\u2019accordent généralement sur ce principe, ils ne s\u2019entendent pas toujours sur le choix des thérapies.Éclaircissements.Par Dominique Forget Iheb Diego Omri.Il ne se lasse pas de sauter sur le trempoline.un monde en soi « \u2019 QUAND JE SERAI GRAND, JE SERAI.NEUROTYPIQUE S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 23 on ne peut pas dire non», a poursuivi la psychologue.Pour Medhi, la nuance est difficile à saisir.Le papa est ravi des progrès de fiston.«Il y a trois ans, Medhi n\u2019arrivait pas à parler et il faisait une crise au moindre changement dans sa routine», raconte-t-il, demandant que son nom ne soit pas publié, pour protéger l\u2019intimité de sa famille.«Ma femme l\u2019accepte difficilement, dit-il.Elle croit que Medhi va se \u201creplacer\u201d.» Aucune thérapie, aucun médicament ne peut guérir l\u2019autisme.En revanche, la plupart des experts s\u2019entendent pour dire qu\u2019une intervention très précoce et très intensive peut aider les enfants atteints du trouble du spectre autistique (TSA) à acquérir des compétences sociales et des outils de communication qui leur permettront de fonctionner à peu près correctement dans l\u2019univers des neurotypiques (les gens «normaux»).Les plus chanceux auront conservé très peu de traces de leur condition à leur entrée à l\u2019école primaire.C\u2019est fort de ce postulat que, en 2003, sous la pression de groupes de parents, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec adoptait le plan d\u2019action Un geste porteur.Il confiait aux CRDITED (Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement) le mandat d\u2019offrir 20 heures de thérapie par semaine aux enfants autistes âgés entre 2 et 5 ans.Douze années plus tard, le réseau a bel et bien atteint ses objectifs, mais dans un contexte de rareté des ressources, alors que la prévalence de l\u2019autisme ne cesse d\u2019augmenter, les CRDITED peinent maintenant à répondre à la demande.«Si je m\u2019étais contenté des services publics, j\u2019attendrais encore», ironise le père de Medhi.Une recherche, réalisée en 2011 auprès de 15 CRDITED (sur 21 au total) par l\u2019équipe de Carmen Dionne, professeure au département de psychoéducation de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en intervention précoce, a révélé que le temps d\u2019attente avant d\u2019avoir accès aux services variait entre 4 et 24 mois, selon les régions.Et que le nombre d\u2019heures d\u2019intervention hebdomadaire s\u2019échelonnait entre 11 et 20.Restent les services privés, mais ils s\u2019adressent aux comptes en banque bien garnis.Il faut prévoir environ 40 000 $ par année pour 20 heures de thérapie hebdomadaire.Le père de Medhi, lui, a offert 40 heures par semaine à son fils.Maintenant que ce dernier est entré à l\u2019école primaire, dans une classe régulière, l\u2019éducatrice Évelyne Hodge \u2013 qui semble avoir une patience infinie \u2013 continue de lui rendre visite, à la maison, à raison de 18 heures par semaine.Aux deux semaines, père et fils viennent ici, à la clinique de Brossard, voir la psychologue Sylvie Bernard, chargée de superviser la thérapie et les progrès de Medhi.andis que les parents se plaignent des problè - mes d\u2019accès aux services publics, le docteur Laurent Mottron, lui, s\u2019inquiète plutôt de la nature des services que le gouvernement du Québec préconise depuis 2003.Chercheur et clinicien à l\u2019Hôpital Rivière-des-Prairies, figure connue du milieu de l\u2019autisme au Québec, le psychiatre estime que le réseau public a trop misé sur l\u2019approche behavioriste (ou comportementale), notamment sur la méthode ICI, pour «intervention comportementale intensive».Essentiellement, cette approche thérapeutique consiste à enseigner des comportements ou des compétences aux enfants, en appliquant les principes du conditionnement.Pour apprendre à un autiste qui n\u2019arrive pas du tout à communiquer \u2013 à dire «bonjour», par exemple \u2013, une éducatrice s\u2019assoira devant lui et répétera la syllabe «bon» jusqu\u2019à ce qu\u2019il arrive à la reproduire, l\u2019encourageant, lorsqu\u2019il réussit, par une récompense \u2013 un bonbon, un jouet, une chatouille \u2013, que les psychologues appellent un «renforcement».L\u2019éducatrice enchaînera avec le son «bonjjjj» et ainsi de suite.«Les comportements ou les compétences à acquérir sont fractionnés en petites étapes, explique la psychologue Sylvie Bernard qui recourt à cette méthode d\u2019intervention.Les essais sont répétés, pour consolider la réponse.» Au fil des séances et des années, les apprentissages évoluent, jusqu\u2019à ce que l\u2019enfant, si tout se passe bien, arrive à reproduire des mots, à s\u2019asseoir de façon autonome, à décoder des émotions, à exprimer ses besoins, à identifier des couleurs ou des chiffres, à s\u2019habiller et se dévêtir seul, etc.Les récompenses, elles, sont progressivement atténuées.Une étude publiée par le psychologue Ivar Lovaas, en 1987, avait rapporté que 47 % des enfants (9 sur 19) qui avaient suivi ce type de thérapie s\u2019intégraient parfaitement à l\u2019école, à l\u2019âge de 6 ans, au point d\u2019être «indiscernables de leurs pairs».«Mais attention, ces enfants avaient reçu 40 heures de thérapie par semaine et non 20, comme on le propose au Québec, signale Sylvie Bernard.En plus, aucun des enfants suivis dans cette étude ne présentait d\u2019atteinte cérébrale.Lovaas lui-même disait que son échantillon n\u2019était pas représentatif de la population des personnes 24 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi t Le docteur Laurent Mottron, chercheur clinicien à l\u2019Hôpital Rivière-des-Prairies, à Montréal.Selon lui, notre réseau est trop axé sur l\u2019approche dite behavioriste. autistes.» Dans la clinique que Sylvie Bernard dirige en collaboration avec la psychologue Nathalie Poirier, professeure à l\u2019UQAM, ce sont plutôt 20 % des enfants qui arriveraient à s\u2019intégrer parfaitement à l\u2019école à l\u2019âge de six ans.Le docteur Laurent Mottron ne va même pas jusque-là.«Faire avaler des Smarties à un enfant pour lui apprendre à dire bonjour à peu près correctement, pour la bagatelle de 40 000 $ par année, c\u2019est outrageant!» lance-t-il.Pour lui, les études qui démontrent l\u2019efficacité de l\u2019ICI seraient insatisfaisantes sur le plan de la méthodologie et de l\u2019interprétation des résultats.«Au Royaume-Uni, les lignes directrices du National Institute of Health and Clinical Excellence, le NICE, qui servent de référence dans le monde entier, ne mentionnent même pas cette méthode pour intervenir auprès des autistes», fait valoir le psychiatre.Certes, concède-t-il, certains enfants font des progrès quand ils sont suivis par des spécialistes de l\u2019ICI.«Mais rien ne prouve qu\u2019ils n\u2019auraient pas progressé de toute façon, dit-il.Beaucoup d\u2019enfants autistes se mettent naturellement à parler vers l\u2019âge de quatre ans.» En outre \u2013 et sur ce point, les experts s\u2019entendent \u2013, rien ne permet de distinguer, au départ, les enfants susceptibles de progresser grâce à la méthode ICI de ceux pour lesquels les efforts seront vains.«Lorsque le réseau public a privilégié l\u2019approche ICI, en 2003, il a largement surestimé ses bénéfices, sous-estimé ses coûts et l\u2019hétérogénéité des enfants autistes, poursuit Laurent Mottron.Aujourd\u2019hui, l\u2019ICI aspire tous les budgets de santé dévolus à l\u2019autisme, sans résultats scientifiques à l\u2019appui.» lutôt que de miser uniquement sur l\u2019approche comportementale, on devrait faire plus de place à l\u2019approche déve- loppementale, estime-t-il.Autrement dit, plutôt que de chercher à pallier les déficits des enfants autistes, les interventions devraient nourrir leurs forces.«Certains autistes se tiennent complètement en dehors du langage verbal pendant trois ou quatre ans, mais arrivent très bien à détecter des formes ou à compléter des suites logiques, dit le docteur Mottron.Pourquoi ne pas profiter de cette période pour maximiser leurs capacités à traiter du matériel non verbal, au lieu de s\u2019entêter à leur apprendre à dire bonjour ou à regarder les gens dans les yeux?» C\u2019est un peu le principe de la méthode TEACCH (Treatment and Education of Autistic and Related Communication Handicapped Children), mise au point aux États-Unis dans les années 1970 par le psychologue Eric Schopler, grand rival d\u2019Ivar Lovaas.La méthode \u2013 et ses dérivées \u2013 est largement employée dans les écoles du Québec offrant des classes spécialisées aux autistes.«Plutôt que d\u2019enseigner à ces enfants à s\u2019adapter à l\u2019environ - nement des neurotypiques, l\u2019approche TEACCH adapte l\u2019environnement pour permettre aux autistes de mieux fonctionner», résume Annie Arruda, technicienne en éducation spécialisée à l\u2019école Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal.L\u2019école d\u2019environ 200 élèves héberge 4 classes spécialisées, de 8 élèves chacune, en plus d\u2019accueillir 13 élèves moins atteints, intégrés dans des classes régulières.Dans chaque salle de classe spécialisée, l\u2019espace et le temps sont «structurés», selon la terminologie employée par les spécialistes de cette méthode.Des repères visuels permettent aux enfants de distinguer par exemple le coin réservé à la lecture de celui prévu pour la collation.Afin de réduire les sources de distraction, chaque pupitre est séparé des autres par un isoloir.De plus, chaque élève dispose d\u2019un horaire personnalisé, présenté sous forme de pictogrammes ou de mots attachés à une bande velcro.Quand une activité est terminée, l\u2019enfant peut détacher le pictogramme correspondant ou le biffer à l\u2019aide d\u2019une croix.«Les autistes n\u2019aiment pas les imprévus, explique Annie Arruda.Ils peuvent devenir très anxieux et faire des crises quand ils ne savent pas ce qui s\u2019en vient.S\u2019il y a un changement à la routine, comme la visite d\u2019une journaliste, ce matin, il faut les y préparer soigneusement.» Un Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 25 «Les autistes n\u2019aiment pas les imprévus.Ils peuvent devenir très anxieux quand ils ne savent pas ce qui s\u2019en vient.» Tout se joue avant un an?Pourrait-on réduire les probabilités qu\u2019un enfant soit atteint d\u2019autisme en intervenant avant même qu\u2019un diagnostic puisse être posé, vers l\u2019âge de 18 mois?Ce n\u2019est pas complètement farfelu, si on se fie à une étude publiée dans The Lancet, à laquelle Mayada Elsabbagh, professeure au département de psychiatrie de l\u2019Université McGill, a contribué.Son équipe a recruté, au Royaume-Uni, 54 bébés de moins de 1 an dont un grand frère ou une grande sœur avait reçu un diagnostic d\u2019autisme (le poupon courant ainsi de 10 % à 20 % plus de risques d\u2019être atteint).Les chercheurs ont enseigné aux parents différentes stratégies pour entrer en relation avec leur enfant, pour stimuler l\u2019intérêt du nourrisson envers son environnement ou améliorer ses capacités à communiquer.Après six mois d\u2019intervention, les bébés stimulés avaient progressé davantage que ceux du groupe contrôle.Il est encore trop tôt pour savoir si les enfants testés recevront ou non un diagnostic d\u2019autisme et dans quelle proportion.«Même si les enfants stimulés reçoivent moins de diagnostics d\u2019autisme, ça ne prouvera rien, met en garde Mayada Elsabbagh.La taille de l\u2019échantillon est trop petite pour obtenir des résultats statistiquement significatifs.Mais l\u2019intervention précoce semble avoir une influence positive sur les bébés.» C\u2019est une bonne raison de s\u2019inquiéter du temps d\u2019attente avant d\u2019obtenir un diagnostic ou une thérapie dans le réseau public au Québec, pense-t-elle. gros chronomètre installé sur chaque pupitre permet aux petits de bien suivre le temps consacré à chaque activité.L\u2019école Saint-Anselme n\u2019applique par la méthode TEACCH à la lettre.Comme dans la plupart des milieux d\u2019enseignement, les intervenants l\u2019ont mise à leur main et y ont intégré des éléments de l\u2019approche behaviorale de Lovaas.«Il faut tout de même apprendre aux enfants certaines habiletés, comme lever la main pour répondre lorsque le professeur pose une question», explique Annie Arruda.La tâche est plus ardue qu\u2019il n\u2019y paraît.«Les autistes ont beaucoup de difficulté avec le concept du hasard, rappelle l\u2019éducatrice.Si l\u2019enfant lève la main et qu\u2019il n\u2019est pas choisi par le professeur pour répondre à la question, il ne comprend pas pourquoi.Il faut lui expliquer que son tour va finir par venir.Et souvent, il faut reprendre l\u2019explication le lendemain.» On enseigne aussi aux petits à décoder les émotions de leurs camarades et à se tourner vers la bonne personne-ressource s\u2019ils se retrouvent en situation de conflit.À titre de renforcement, les élèves autistes peuvent parfois recevoir des Smarties, des chips, des «crottes de fromage», des guimauves, etc.Ou des renforcements non alimentaires, comme le privilège de jouer quelques minutes avec une tablette numérique.epuis l\u2019époque où Lovaas et Schopler ont développé leurs approches respectives, de nombreux spécialistes ont tenté d\u2019en inventer de nouvelles.La métho de PECS (Picture Exchan - ge Com mu nication System) a recours à des pictogrammes repré sentant des objets ou des actions de la vie quotidienne.L\u2019enfant autiste non verbal s\u2019en sert pour exprimer ses désirs et ses besoins (boire un verre de lait ou aller à la toilette, par exemple).Parmi les autres approches proposées, on compte le programme ESDM (Early Start Denver Model), le DIR (Developmental Individual-difference Relationship-based Model), le SCERTS (Social Communication Emotional Regulation and Transactional Support), etc.Pour un parent dont l\u2019enfant vient d\u2019être diagnostiqué autiste, il y a de quoi en perdre son latin! Le père de Medhi raconte avoir tenté différentes approches avec son fils avant de se tourner vers la clinique de Nathalie Poirier et Sylvie Bernard.«À part l\u2019ICI, rien n\u2019a fonctionné», dit-il.Pour Johanne Leduc, mère de deux garçons diagnostiqués avec un TSA, c\u2019est l\u2019inverse.«La méthode ICI n\u2019a rien donné, surtout pour mon plus vieux, Simon, qui est non verbal», raconte un monde en soi Etienne D.Lorrain, Asperger, est passionné par l\u2019art et l\u2019histoire du Moyen-Âge.Et par les bandes dessinées de Lucky Luke.d Tablette ou médicaments Selon le rapport publié par l\u2019Institut national d\u2019excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec en 2014, deux médicaments antipsychotiques sont régulièrement prescrits aux enfants atteints d\u2019un trouble du spectre autistique (TSA): la rispéridone et l\u2019aripiprazole.«Ils ne traitent pas l\u2019autisme comme tel, mais les problèmes associés», spécifie la pédiatre Dominique Cousineau, chef au Centre de développement du CHU Sainte-Justine.Les antipsychotiques comme la rispéridone et l\u2019aripiprazole peuvent aider à réduire les comportements agressifs, l\u2019agitation et l\u2019automutilation.La docteure Cousineau affirme aussi prescrire des psychostimulants aux autistes qui souffrent d\u2019un trouble d\u2019attention, avec ou sans hyperactivité.«Grâce à la médication, certains autistes sont plus réceptifs aux autres thérapeutiques comme l\u2019ICI», observe Mme Cousineau.Depuis quelques années, la pédiatre constate que les «bidules électroniques» (tablettes ou autres) peuvent retarder le moment où la médication devient nécessaire chez certains enfants.Chez d\u2019autres, ils permettent de réduire la dose.«Devant leur tablette, les autistes sont plus concentrés, captivés même.De plus en plus de spécialistes mettent au point des applications pour favoriser leur développement par le truchement des outils électroniques.C\u2019est prometteur.» SUR LE VIF JACQUES NADEAU 26 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 la cofondatrice du Salon de l\u2019autisme.Elle ne jure que par la méthode SACCADE (structure et apprentissage conceptuel continu adapté au développement évolutif), développée au Québec par Brigitte Harrisson et Lise St-Charles.Qui a raison?En 2014, l\u2019Institut national d\u2019excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec, qui a pour mission d\u2019évaluer les coûts et les bénéfices de différents médicaments, interventions ou technologies de santé, a publié un avis sur l\u2019efficacité de différentes interventions de réadaptation auprès des enfants âgés entre 2 et 12 ans ayant un TSA.Résultat?«Les données probantes sur l\u2019efficacité des interventions de réadaptation demeurent insuffisantes pour conclure hors de tout doute qu\u2019une intervention produit les effets attendus», peut-on lire dans ce rapport.Le niveau de preuve a été jugé «faible» pour la méthode Lovaas et «insuffisant» pour les autres approches.« Ça ne veut pas dire que ces méthodes ne servent à rien, avertit la psychoéducatrice et professeure Carmen Dionne, de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.On n\u2019est pas dans le domaine de la pharmacologie où l\u2019on peut réaliser des essais cliniques randomisés, dans lesquels la moitié des patients reçoivent le médicament et les autres, un placebo.Éthiquement, on ne peut pas priver des enfants de traitement pour vérifier s\u2019ils vont progresser quand même.En plus, les effets d\u2019une intervention sur le fonctionnement de l\u2019enfant ne sont pas toujours faciles à mesurer.» Elle souligne que d\u2019autres organismes dont le National Autism Center, aux États-Unis, concluent à l\u2019efficacité de plusieurs approches, dont ICI.«Ce qui fait le plus cruellement défaut, insiste Carmen Dionne, c\u2019est une façon de déterminer quelle méthode employer avec quel enfant, à quel moment, pendant combien de temps.La science n\u2019est pas rendue là.» Julie McIntyre, orthophoniste et professeure à l\u2019Université de Montréal, a travaillé, dans le passé, au sein de deux CRDITED, à Laval et en Montérégie.«Les centres de réadaptation sont moins rigides qu\u2019on pourrait le craindre, dit-elle, C\u2019est vrai que certains centres sont encore des inconditionnels de l\u2019ICI, mais d\u2019autres innovent et tentent différentes approches, en tenant compte des besoins spécifiques et des intérêts de chaque enfant.» Elle-même, au CRDITED de Laval, a contribué à adapter la méthode SCERTS, qui fait appel à différentes stratégies dont celles de l\u2019ICI, de TEACCH et de PECS.Elle a imaginé un jeu où les intervenants cachent de petits dinosaures dans des œufs en plastique, en prenant bien soin, au préalable, de les montrer aux enfants autistes.«On colle ensuite les œufs sur le mur.L\u2019enfant a absolument besoin de l\u2019aide d\u2019un adulte pour les récupérer.De cette façon, il comprend l\u2019intérêt des interactions sociales.» L\u2019équipe de Carmen Dionne a recensé les approches thérapeutiques de 15 CRDITED du Québec et la chercheuse confirme les propos de Julie McIntyre.«La majorité d\u2019entre eux utilisent l\u2019approche de Lovaas, mais il y a une certaine flexibilité», dit-elle.Elle a constaté qu\u2019un certain nombre de CRDITED combinent une approche comportementale et une approche développementale.Elle poursuit ses analyses afin de mesurer leurs succès.Mais le docteur Mottron insiste : le Québec devra s\u2019interroger sérieusement sur les orientations à donner aux services publics et actualiser la loi de 2003 pour tenir compte des connaissances scientifiques actuelles.«S\u2019il est une donnée essentielle pour comprendre l\u2019autisme, c\u2019est bien sa très grande hétérogénéité, in- siste-t-il.Pour l\u2019instant, le gouvernement prescrit la même chose à tout le monde : 20 heures d\u2019ICI par semaine.Alors que certains enfants, très fonctionnels, n\u2019ont peut-être même pas besoin d\u2019intervention par des professionnels, seulement de guidance parentale.C\u2019est comme si on prescrivait le même médicament, avec la même posologie, dans tous les cas d\u2019hépatite.C\u2019est absurde.En outre, on a tout investi pour aider les petits de deux à cinq ans.Pour les adultes, il n\u2019y a pratiquement rien!» ?Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 27 École Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal.Geneviève Levert (éducatrice spécialisée), Isabelle-Annie Mondoux (enseignante en adaptation) et Annie Arruda (éducatrice spécialisée) accompagnent un élève visiblement très concentré. l faut patienter huit mois avant d\u2019obtenir un premier rendez-vous.Huit mois durant lesquels les parents rongent leur frein et passent des heures sur Internet à essayer de comprendre pourquoi leur petit n\u2019est pas tout à fait comme les autres.Quand ils arrivent enfin dans le bureau de la pédiatre Dominique Cousineau, chef du Centre de développement du CHU Sainte-Justine, ils ne veulent savoir qu\u2019une chose : leur enfant est-il, oui ou non, autiste?L\u2019équipe de la docteure Cousineau \u2013 qui réunit non seulement des médecins, mais aussi des orthophonistes, des ergothéra- peutes, des psychologues, etc.\u2013 interroge longuement les parents et observe l\u2019enfant en situation de jeu.«Au besoin, on peut même aller voir comment il se comporte à la maison ou dans son milieu de garde», précise Maryline Bénard, psychoéducatrice.Les professionnels évaluent la façon dont l\u2019enfant interagit socialement, dit Myriam Rousseau, professeure associée au département de psychoéducation de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Par exemple, on cherche à voir si l\u2019enfant est capable d\u2019attention conjointe.«C\u2019est le fait de pouvoir partager un événement avec autrui, résume la spécialiste.Ainsi, quand un bébé se fait indiquer un objet par un adulte, il doit normalement tourner la tête dans la direction de l\u2019objet, et ensuite revenir vers l\u2019adulte, pour lui signifier qu\u2019il a vu l\u2019objet.» Myriam Rousseau, qui a participé au 28 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 Les cas d\u2019autisme ont été multipliés par 10 depuis 25 ans.Les diagnostics sont-ils tous bons?Par Dominique Forget UNE AVALANCHE DE DIAGNOSTICS diagnostic de centaines d\u2019enfants, notamment au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles enva - his sants du développement (CRDITED) de la Mauricie et du Centre-du-Québec, estime que, dans 80% des cas de trouble du spectre autistique (TSA), le diagnostic posé par une équipe interdisciplinaire est clair.«Dans les 20% restants, ce peut être ambigu, dit-elle.Il y a des confusions possibles avec le trouble de déficit de l\u2019attention, notamment, et même avec le trouble de l\u2019attachement.» Le diagnostic est lourd de conséquences, fait valoir Dominique Cousineau.«S\u2019il est positif, il collera des années durant à la peau de l\u2019enfant, probablement toute sa vie, dit-elle.En revanche, si j\u2019annonce aux parents que leur enfant n\u2019est pas autiste, qu\u2019il a plutôt un trouble obsessif compulsif, ou un déficit de l\u2019attention, il n\u2019aura accès à pratiquement aucun service public.» Il y a en effet, au Québec, une incroyable disparité quant à l\u2019accès aux services pour les enfants atteints de troubles neuro-déve - loppementaux, selon le diagnostic posé par le médecin.Un enfant chez qui on a décelé un TSA a droit, jusqu\u2019à l\u2019âge scolaire, à 20 heures par semaine de thérapie comportementale intensive, dispensée par un centre de réadaptation.En principe du moins, car les listes d\u2019attente sont longues et l\u2019éventail des services varie d\u2019une région à l\u2019autre.Certains médecins seraient-ils enclins à poser des diagnostics de TSA pour des enfants qui ne satisfont pas tout à fait aux critères, afin d\u2019assurer un peu de répit aux parents?Le docteur Laurent Mottron, psychiatre à l\u2019Hôpital Rivière-des-Prairies, s\u2019en défend.«Ce serait contraire à notre code de déontologie», insiste ce spécialiste qui a vu au moins 2 000 enfants autistes au cours de sa carrière.Il admet toutefois retirer régulièrement des diagnostics à des enfants mal évalués dans le passé.«Je vois des mères éclater en sanglots quand ça se produit, parce qu\u2019elles savent qu\u2019elles n\u2019auront plus de services.» Selon le psychiatre, les critères flous du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) seraient responsables des faux diagnostics.Des études menées aux États-Unis et au Royaume-Uni ont démontré qu\u2019il suffit de modifier légèrement la formulation des symptômes énumérés dans le manuel pour que les cas soient pratiquement réduits de moitié.«C\u2019est avec les autistes dits de \u201chaut niveau\u201d que les choses se corsent, explique Laurent Mot- tron.Ceux qui sont fonctionnels, mais chez lesquels on détecte un petit quelque chose de différent.Par exemple, ils ont un intérêt exceptionnel pour un sujet précis, comme les dinosaures ou l\u2019informatique, et ne se mêlent pas aux autres.» Certains médecins, constate le docteur Mottron, sont prompts à coller un dia g - nostic aux enfants qui ne cadrent pas parfaitement dans le moule de la conformité sociale.«Prenez un jeune garçon qui a un quotient intellectuel supérieur à la moyenne et placez-le dans une classe d\u2019enfants médiocres, illustre-t-il.Il va peut- être regarder ses camarades de haut, ne s\u2019intéresser qu\u2019à l\u2019astrophysique et ne pas se soucier de séduire les filles.Son professeur risque de le trouver étrange.Ses parents aussi, peut-être.Mais changez-le d\u2019école; placez-le dans une classe de surdoués.C\u2019est possible qu\u2019il se remette rapidement à socialiser.» Notre société, se désole le psychiatre, serait devenue intolérante envers la différence.«L\u2019originalité sociale n\u2019est pas une maladie», insiste-t-il.?Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 29 Lumière invisible Un peu plus de la moitié des enfants autistes qui communiquent très peu ou pas du tout verbalement ont une intelligence normale, voire supérieure à la moyenne.C\u2019est le résultat d\u2019une recherche réalisée par Isabelle Soulières, professeure au département de psychologie de l\u2019Université de Montréal.Son équipe a évalué 30 enfants autistes, placés dans 2 écoles spécialisées de Montréal.«Quand on a eu recours à la méthode Wechsler, traditionnellement utilisée pour évaluer le quotient intellectuel, aucun des 30 enfants n\u2019a pu compléter le test», raconte la chercheuse qui est aussi affiliée à l\u2019Hôpital Rivière-des-Prairies.«C\u2019est normal.Les enfants, selon cette méthode, doivent effectuer des tâches qui reposent beaucoup sur le langage.Ils doivent comprendre des consignes orales et répondre à des questions ouvertes.» D\u2019où l\u2019idée d\u2019évaluer l\u2019intelligence des petits autistes au moyen d\u2019autres types de tests, où les enfants comprennent intuitivement la tâche à accomplir.L\u2019équipe montréalaise a eu recours aux matrices progressives de Raven, par exemple, où il s\u2019agit de trouver la suite logique d\u2019une série de dessins.«Plus de la moitié \u2013 56,7% \u2013 des enfants autistes non verbaux se comparaient très bien à ceux de notre groupe contrôle, composé d\u2019enfants neurotypiques», résume la chercheuse.Même s\u2019ils sont intelligents, ces enfants ne pourraient pas, pour autant, intégrer des classes régulières, convient Isabelle Soulières.«Ils ont besoin de matériel adapté pour apprendre, explique-t- elle.Mais leur potentiel passe inaperçu.Et ils perdent leur temps dans les écoles spécialisées, où ils sont mêlés aux déficients intellectuels.Il faut trouver des façons d\u2019aller chercher leur potentiel et de le développer.Mais on ne sait pas encore comment.» S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U Antoine Ouellette, Asperger, musicologue, compositeur et conférencier sur l\u2019autisme.Il est cofondateur du mouvement Aut\u2019Créatifs.« L\u2019artiste brut crée a partir de lui-même : il ne cherche pas à s\u2019identifier à une tradition.L\u2019artiste se place d\u2019emblée en marge du collectif et de l\u2019institutionnel», dit-il. ude arrive au rendez-vous avec 15 minutes d\u2019avance.Être à l\u2019heure, pour elle, c\u2019est sacré.«Je pars à mes cours chaque matin à 11 h 30.S\u2019il est 11 h 28, j\u2019attends qu\u2019il soit 11 h 30 pile avant de sortir», dit-elle avec amusement.Aude aime la précision, mais elle est aussi capable de rire de ses «habitudes bizarres».Car cette jolie étudiante de 23 ans a toujours su qu\u2019elle était différente des autres.«Petite, j\u2019avais des difficultés à l\u2019école.Quand j\u2019ai eu autour de sept ans, on m\u2019a diagnostiqué un trouble de l\u2019attention.Puis, un trouble d\u2019audition centrale, comme si les informations avaient du mal à se rendre jusqu\u2019à mon cerveau.En fait, ce n\u2019était ni l\u2019un ni l\u2019autre : je suis autiste», résume- t-elle.Le diagnostic de syndrome d\u2019Asperger, tombé il y a deux ans, s\u2019est avéré pour elle, après plus des années d\u2019errance médicale, un véritable soulagement.«Beaucoup de personnes atteintes de ce syndrome sont diagnostiquées à l\u2019âge adulte, parfois à 40 ou 50 ans.Mais elles ont souvent connu des années de souffrance au cours desquelles elles ont bien vu que quelque chose n\u2019allait pas, sans comprendre ce qui passait.Ça leur fait du bien de mettre un mot sur leur \u201cétrangeté\u201d, et de réaliser que d\u2019autres sont comme elles», explique la psychologue Isabelle Hénault, directrice de la Clinique Autisme et Asperger de Montréal.Décrit pour la première fois en 1944, le syndrome d\u2019Asperger fait partie du spectre de l\u2019autisme.Il se caractérise par des difficultés dans les interactions sociales, des problèmes à développer des relations amicales et à comprendre les émotions de l\u2019entourage.Cependant, contrairement à d\u2019autres formes d\u2019autisme, il ne s\u2019accompagne d\u2019aucun retard de développement cognitif ni, le plus souvent, de retard de langage.«Dans la nouvelle classification du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), le syndrome d\u2019Asperger n\u2019existe plus.On parle uniquement d\u2019autisme de haut niveau, précise Isabelle Hénault.Mais comme la distinction entre l\u2019autisme de haut niveau et le syndrome d\u2019Asperger n\u2019a jamais été très claire, on continue, en pratique, à utiliser le terme \u201cAsperger\u201d.» Comme toujours en autisme, les catégories sont floues, tant la gamme de symptômes est vaste.«La variabilité est considérable.Certains patients sont très typiques, d\u2019autres présentent seulement quelques traits de personnalité Asperger et sont donc souvent diagnostiqués tardivement.Dans les faits, certains d\u2019entre eux ont même eu un retard dans l\u2019acquisition du langage», ajoute la spécialiste.Contrairement aux clichés, les Asperger ne sont donc pas tous des phénomènes de foire, à l\u2019instar de Daniel Tammet, ce Britannique capable de réciter par cœur 22 514 décimales de pi, ou de Stephen Wiltshire qui a réussi à dessiner toute la ville de Rome après une courte observation depuis un hélicoptère.«Certains ont des capacités extraordinaires, mais ils sont loin d\u2019être la majorité», fait observer Mme Hénault.30 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi Pas facile de s\u2019intégrer pour les autistes.Mais le regard de la société à leur endroit change peu à peu.À condition d\u2019en parler ouvertement.Par Marine Corniou VIVRE EN SOCIÉTÉ QUAND ON NE SAIT PAS MENTIR Michel Blanchet se cherche un emploi comme informaticien ou camionneur.« Après mon diagnostic, j\u2019ai fait la relation entre le fait d\u2019être autiste et ma pensée.J\u2019ai su qu\u2019il y a un bon nombre d\u2019autistes qui font de l\u2019informatique.Ma théorie est qu\u2019on trouve un endroit sécurisant dans cette structure logique.» SUR LE VIF JACQUES NADEAU Les «Aspie», comme ils s\u2019appellent parfois entre eux, présentent en général des intérêts restreints, typiques des TSA.C\u2019est-à-dire qu\u2019ils développent une passion pour certains sujets \u2013 comme l\u2019histoire, les dinosaures, les animaux ou les jeux vidéo \u2013, sur lesquels ils peuvent accumuler un savoir encyclopédique.Aude, lorsqu\u2019elle était petite, adorait les mangas.«J\u2019avais aussi une obsession pour la durée des films.Je me souviens encore que Blanche Neige et les sept nains durait 84 minutes; Les 101 dalmatiens, 79 minutes; et La Belle au Bois Dormant, 75!» dit-elle en riant.Autant de particularités qui font passer les autistes de haut niveau pour des gens décalés \u2013 tantôt arrogants, tantôt maniaques \u2013, même lorsqu\u2019ils sont insérés dans la vie active ou dans le cursus scolaire.«Ils ont une intelligence normale, voire supérieure, mais présentent un décalage de maturité affective, comportementale et sociale.Résultat, 70 % des personnes autistes \u2013 Asperger comme les autres \u2013 ont été intimidées à l\u2019école à cause de leur différence», déplore Isabelle Hénault.Philippe et Jean-François, des jumeaux de 21 ans tous deux autistes, en savent quelque chose.L\u2019école leur en a fait baver.«J\u2019ai dû changer d\u2019établissement au secondaire parce que je me faisais harceler», raconte Philippe, aujourd\u2019hui étudiant au cégep de Saint-Laurent en technologie de l\u2019architecture.Son frère, lui aussi, a traversé des périodes sombres.Après Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 31 l\u2019école primaire, où il avait pu bénéficier de l\u2019aide quotidienne d\u2019une accompagnatrice, il a dû intégrer une classe spéciale pour les autistes.«J\u2019avais l\u2019impression d\u2019être avec des handicapés, j\u2019étais très en colère», explique Jean-François qui a mis du temps à accepter son diagnostic.Devenus de beaux jeunes hommes aux doux yeux bleus, ceux qui me reçoivent dans la maison familiale du quartier Pierrefonds, à Montréal, sous le regard bienveillant de leur mère Francine, se disent aujourd\u2019hui plus sereins et mieux dans leur peau.Ce qu\u2019ils souhaitent?«Acquérir notre autonomie et gagner notre vie», comme dit Jean-François, actuellement en stage chez Canadian Tire dans le cadre d\u2019une formation à l\u2019exercice d\u2019un métier semi-spécialisé.Comme Aude, les deux jeunes font partie de la clientèle toujours plus nombreuse d\u2019Isabelle Hénault.Ils tentent avec elle de mieux se connaître et de s\u2019armer pour se tailler une place dans la société.«Contrairement à ce qu\u2019on croit, les autistes Asperger veulent à tout prix aller vers les autres, indique Isabelle Hénault.Mais ils ont besoin de solitude, de se retirer pour recharger leurs batteries.Le contact social les fatigue beaucoup.Ils ne savent pas comment s\u2019y prendre, ils ont souvent fait des erreurs et ne veulent plus être rejetés.Ils doivent apprendre tous les codes sociaux qui sont naturels pour nous.» La psychologue, qui est avant tout sexologue, a mis au point il y a 16 ans un programme «d\u2019habiletés socio-sexuelles» qui s\u2019appuie sur des fiches, des vidéos, des mises en situation et des ateliers structurés.Aujourd\u2019hui, le programme a été traduit en neuf langues et Mme Hénault forme des intervenants du monde entier.«Le premier atelier s\u2019intitule Comment être un bon ami.Au fur et à mesure, on aborde les questions d\u2019empathie, la gestion des émotions, mais aussi la puberté et la sexualité», ajoute-t-elle.Ces sujets intimes tracassent en effet Aude, Jean-François et Philippe.«Une de mes craintes, c\u2019est de ne pas réussir à trouver une \u201cblonde\u201d.Mais je ne me sens pas encore prêt», confie Jean- François.Aude, elle, a déjà eu un copain, mais se pose beaucoup de questions.«Tu crois que c\u2019est normal, toi, de ne pas rester avec son premier chum?» demande-t-elle.Si les trois jeunes peuvent aujourd\u2019hui compter sur quelques amis fidèles, ils ont encore du mal à s\u2019insérer dans des groupes.Pour Philippe, les travaux d\u2019équipe au cégep sont un cauchemar.Aude, de son côté, s\u2019étonne de ne pas encore avoir sympathisé avec ses camarades, alors qu\u2019elle vient d\u2019entreprendre un cours pour devenir préposée aux bénéficiaires.«En groupe, j\u2019ai toujours l\u2019impression de ne pas réagir comme 32 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi 70 % des personnes autistes ont été intimidées à l\u2019école à cause de leur différence. il faut au bon moment.Ça me rend anxieuse», dit-elle.Une importante partie du travail d\u2019Isabelle Hénault consiste justement à aider ses protégés à rebâtir leur confiance en eux.Et elle n\u2019a pas besoin de se forcer pour les valoriser.«Les Asperger ont de très belles personnalités.Ils sont généreux, sans filtre; ils ne savent pas mentir.Ce sont des gens que j\u2019admire, qui ont une résilience et une force qui m\u2019inspirent», précise celle qui raconte avoir eu un véritable coup de foudre pour le syndrome d\u2019Asperger au cours de sa maîtrise en sexologie.Musicienne de talent, Aude a suivi un cursus en guitare classique jusqu\u2019à la maîtrise.Elle a choisi de devenir préposée aux bénéficiaires pour gagner sa vie et aider les autres.Philippe, lui aussi, a le cœur sur la main.«J\u2019aimerais voyager, travailler dans le domaine humanitaire et me sentir utile», dit-il.Il souhaite que l\u2019on parle davantage de l\u2019autisme dans les classes, pour que les enfants soient plus tolérants et posent un regard positif sur les TSA.«Il est temps de voir leurs forces et de les valoriser, acquiesce Isabelle Hénault.D\u2019autant que 1 personne sur 88 se situe dans le spectre de l\u2019autisme au Québec, et que la majorité des diagnostics récents sont des syndromes d\u2019Asperger.C\u2019est ce qui a fait gonfler les chiffres !» Dans son bureau, elle voit aussi de plus en plus de femmes qui passaient jusqu\u2019ici entre les mailles du filet.«Les critères diagnostiques ont en effet été élaborés pour le profil masculin.Mais nous avons maintenant des grilles adaptées aux femmes et elles sont de plus en plus nombreuses à recevoir le diagnostic.Leurs symptômes sont moins évidents que ceux des hommes parce que, plus intéressées qu\u2019eux à l\u2019aspect social, elles apprennent beaucoup par imitation et savent camoufler leurs difficultés, observe la psychologue qui n\u2019en revient pas du nombre de sollicitations qu\u2019elle reçoit.Nous sommes 10 dans l\u2019équipe et, chaque jour, je vois entre 6 et 8 personnes ayant un syndrome d\u2019Asperger.Rien que la semaine dernière, j\u2019ai eu 15 demandes de diagnostic par Internet et 10 par téléphone!» Elle compte parmi ses patients des réalisateurs de télévision, des artistes, des peintres, des médecins, des scientifiques, des informaticiens, des chefs d\u2019entreprise, des profs d\u2019université, des agents d\u2019administration, etc.La liste est longue.Elle sent que le regard de la société commence petit à petit à changer.Un exemple?Cet été, un chercheur en neurobiologie, Bruno Wicker, lancera Aspertise, une entreprise montréalaise de programmation dont la main-d\u2019œuvre sera presque exclusivement composée d\u2019autistes, reconnus pour être des employés logiques, méticuleux et dotés d\u2019une grande mémoire.Une première main tendue.?Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 33 Angelique Lafrance et Guillaume Jutras, autistes et amoureux S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U 34 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi epuis des années, Henry Markram poursuit un projet fou : modéliser le cerveau humain neurone par neurone, en reproduisant fidèlement les caractéristiques physiologiques, biologiques et fonc tionnelles de chaque cellule.Son Human Brain Project, financé par l\u2019Union européenne, mobilise 256 laboratoires de 24 pays.S\u2019il voit le jour, ce simulateur de cerveau constituera un outil formidable au service de la communauté scientifique.Mais il permettra peut-être aussi à Henry Markram, ce virtuose des neurosciences, professeur à l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, de répondre à la question qui motive toutes ses recherches : que se passe-t-il dans le cerveau de son fils autiste?Question qui taraude d\u2019ailleurs tous les parents qui se trouvent dans sa situation.Depuis la description des premiers cas, il y a 70 ans, et en dépit de milliers de publications scientifiques sur le sujet, les causes des troubles autistiques restent mystérieuses.Une certitude, tout de même : l\u2019autisme est fortement lié à la génétique.Ainsi, les risques que les frères et sœurs d\u2019un enfant atteint d\u2019autisme le soient aussi sont environ 10 fois plus élevés que dans le reste de la population.Et chez les vrais jumeaux, quand l\u2019un des deux est touché, la probabilité que l\u2019autre le soit peut atteindre entre 80 % et 90 %.Mais rien n\u2019est simple pour autant.Les chercheurs estiment qu\u2019entre 400 et 800 facteurs génétiques \u2013 dont une centaine seulement ont été identifiés à ce jour \u2013 seraient impliqués dans la maladie.Et ces gènes ne font pas tout! L\u2019environnement, en particulier celui qui influence le fœtus au cours de son développement, peut aussi moduler le risque de trouble du spectre autistique (TSA).En fait, sa part de responsabilité atteindrait même 50 %, à égalité avec les facteurs génétiques, si l\u2019on en croit une étude suédoise publiée l\u2019an dernier, menée auprès de 2 millions d\u2019enfants, nés entre 1982 et 2006, dont près de 15 000 étaient autistes.Les coupables?Ils sont nombreux.La prise de médicaments pendant la grossesse (notamment l\u2019acide valproïque, contre CASSE-TÊTE POUR NEUROPSY L\u2019autisme présenterait autant de formes et découlerait de presque autant de causes qu\u2019il y a de personnes atteintes, lesquelles sont de plus en plus nombreuses! Rien pour nous aider à les comprendre.Par Marine Corniou Patrice est un autiste non-verbal.Il vit dans un monde fermé, presque toujours chez lui.Ses parents ont beaucoup de difficulté à vivre avec son problème.S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U d l\u2019épilepsie), l\u2019âge avancé du père, le fait que la mère souffre d\u2019une maladie auto-immune ou la prématurité, entre autres facteurs, sont associés à un risque accru de trouble neuro-déve- loppemental.Les contaminants environnementaux, comme les métaux lourds ou les pesticides, sont aussi montrés du doigt.En juin dernier, une étude californienne menée auprès de 486 en - fants a ainsi prouvé qu\u2019une femme enceinte qui vit aux alentours d\u2019une ferme utilisant certains pesticides court un risque 66% plus élevé de voir son enfant développer une forme d\u2019autisme.«Cette étude est convaincante et soulève de graves questions», estime Maryse Bouchard, professeure et chercheuse en santé environnementale à l\u2019Université de Montréal et spécialiste des effets des métaux et des pesticides sur le système nerveux.«C\u2019est un fait, plusieurs contaminants environnementaux ont le potentiel de perturber le développement du système nerveux du fœtus, et cela peut entraîner des symptômes de TSA, ajoute-t-elle.Des études récentes démontrent aussi que la pollution de l\u2019air pourrait avoir des effets similaires, car les particules très fines, qui contiennent entre autres des métaux lourds, passent dans le sang de cordon.» Selon une étude menée à l\u2019université Harvard, aux États-Unis, Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 35 l\u2019exposition à l\u2019air pollué au troisième trimestre de grossesse irait jusqu\u2019à doubler les risques de TSA chez l\u2019enfant à naître.Notre environnement moderne, bourré de toxines, pourrait-il expliquer l\u2019«épidémie» d\u2019autisme?Il n\u2019y a aucune certitude, mais il est permis de le croire.«La seule chose qui est claire, c\u2019est qu\u2019on maîtrise encore mal ce sujet, résume Maryse Bouchard.D\u2019abord, il y a débat sur la part de la génétique et celle de l\u2019environnement dans l\u2019autisme.Et les experts ne s\u2019entendent pas plus quand il s\u2019agit de déterminer si l\u2019explosion récente de cas est réelle ou si elle découle simplement d\u2019un meilleur diagnostic.Or, la prévalence, c\u2019est la base sur laquelle on s\u2019appuie pour étudier une maladie.» À ce propos, les chiffres officiels sont tous en augmentation.Aux États-Unis, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) estiment la prévalence actuelle des TSA à 1 en fant sur 68 \u2013 comparativement à 1 sur 250 en 2001, et à 1 sur 110 en 2009.Au Québec, depuis 2000, la prévalence double tous les quatre ans et rejoint celle des États-Unis.Certes, les TSA sont de mieux en mieux connus des parents et des médecins.Ils sont donc de mieux en mieux diagnostiqués.En outre, plusieurs ajustements de classification ont été introduits récemment, avec pour conséquence d\u2019élargir les critères et d\u2019inclure de plus en plus de personnes dans le spectre de l\u2019autisme.«Sauf que les outils diagnostiques sont restés à peu près les mêmes depuis 15 ans.On devrait donc commencer à voir un plateau, et ce n\u2019est pas le cas.L\u2019augmentation de la prévalence est réelle, mais elle ne s\u2019explique pas encore bien», précise de son côté Nathalie Poirier, chercheuse au département de psychologie de l\u2019UQAM.Hélas, comprendre l\u2019influence des facteurs environnementaux sur l\u2019autisme exige un travail de bénédictin.Il faut suivre d\u2019immenses cohortes d\u2019enfants sur des années, en commençant avant la naissance et en tenant compte de centaines de facteurs.Si bien que, dernièrement, ce sont plutôt les études génétiques qui ont monopolisé les budgets de recherche.es gènes interagissent toujours avec l\u2019environnement.Séparer les deux n\u2019a pas vraiment de sens, affirme toutefois Carl Ernst, chercheur à l\u2019Institut Douglas et professeur au département de psychiatrie de l\u2019Université McGill.Les effets des pesticides ou des toxines environnementales peuvent être radicalement 36 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi ai 2015 10 000 génomes Séquencer, en entier, les génomes de 10 000 personnes autistes et de leurs familles, c\u2019est l\u2019ambitieux projet mené par Stephen Scherer, de l\u2019université de Toronto, qui vient de franchir la première étape en publiant le génome complet de 170 enfants atteints.En partenariat avec la fondation Autism Speaks et Google, le projet générera un volume gigantesque de données, stockées dans le Google Cloud et mises à la disposition des chercheurs.Notre environnement moderne, bourré de toxines, pourrait-il expliquer l\u2019«épidémie» d\u2019autisme?Il est permis de le croire.«L différents d\u2019une personne à l\u2019autre, en fonction du bagage génétique de chacune.» Le chercheur en est persuadé, c\u2019est en décortiquant leur profil génétique qu\u2019on comprendra enfin ce qui cloche dans le développement du cerveau des autistes.Et qu\u2019on pourra, peut-être, affiner les diagnostics et mieux aider les familles, en les orientant vers le traitement le plus adapté.La tâche n\u2019est pas aisée.À mesure que les techniques de sé- quençage du génome s\u2019améliorent et se répandent, l\u2019incroyable complexité génétique de l\u2019autisme se dessine.Contrairement à certaines maladies purement génétiques, comme la fibrose kystique, l\u2019autisme n\u2019est lié à un seul gène défectueux que dans moins de 2 % des cas! Dans les autres, le trouble n\u2019apparaît qu\u2019en présence d\u2019une combinaison de petites variations génétiques qui, prises indépendamment, ne causeraient pas de symptômes.Mais additionnées les unes aux autres, elles font basculer le cerveau vers l\u2019autisme.C\u2019est ce qu\u2019a confirmé l\u2019an dernier un consortium de chercheurs de plus de 50 instituts et universités du monde, après avoir passé au crible les génomes de milliers d\u2019enfants autistes.Ils ont identifié plus de 100 gènes qui, légèrement modifiés, augmentent le risque de trouble autistique.Chacun pèse plus ou moins lourd dans la balance; et certaines associations malchanceuses de mutations peuvent s\u2019avérer redoutables.Publiés dans Nature en juillet 2014, les résultats démontrent que la plupart de ces mutations ne sont pas transmises par les parents; elles surviennent spontanément au moment de la fécondation.Elles touchent des gènes impliqués dans la formation et le fonctionnement des synapses (les points de communication entre les neurones), mais aussi des gènes qui régulent l\u2019expression d\u2019une foule d\u2019autres gènes.Un vrai casse-tête! Histoire de compliquer encore les choses, nombre de ces variations génétiques sont aussi associées à d\u2019autres pathologies comme la schizophrénie, le déficit d\u2019attention, le déficit intellectuel, Ci-contre, Heidi Vormer.Une artiste de haut niveau qui fait preuve d\u2019une grande précision documentaire dans ses dessins (son site web : www.remrovsartwork.com).«Les artistes autistes, ce qu'ils ont de plus communiquant à offrir au monde, c'est leur art et ça marche très bien», dit le docteur Laurent Mottron.Photo de gauche : Marie-Pier, vit près du fleuve à Pointe-aux-Trembles, à Montréal avec sa famille.Elle aime jouer des tours.Elle rit beaucoup.Une photo au bord du fleuve?Spontanément, elle met les deux pieds dans l\u2019eau et éclabousse le photographe.S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U Autisme et vaccins: trop de bruit pour rien Les mythes ont la vie dure, surtout en matière de vaccination.Il suffit de taper «cause de l\u2019autisme» dans un moteur de recherche pour trouver des pages et des pages d\u2019articles et de forums faisant le lien entre vaccins et autisme.Tout est parti d\u2019une étude publiée en 1998 dans la revue médicale The Lancet, par le médecin britannique Andrew Wakefield.Ses travaux, menés sur 12 enfants, concluaient que ces derniers étaient devenus autistes peu de temps après l\u2019administration du vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO).Son hypothèse?Le virus atténué de la rougeole, utilisé lors de la vaccination, attaquerait les intestins de l\u2019enfant, causant une inflammation et des problèmes de développement neurologique.Prise très au sérieux par la communauté scientifique, l\u2019étude a ensuite été démentie.D\u2019abord, personne n\u2019a pu reproduire les résultats expérimentaux.Puis, le suivi de centaines de milliers d\u2019enfants n\u2019a jamais permis de démontrer de liens entre la vaccination et l\u2019autisme.Finalement, il a été révélé, en 2011, que l\u2019étude était non seulement erronée, mais également frauduleuse.Selon une enquête publiée par le British Medical Journal, Wakefield avait falsifié ses données, avec l\u2019idée de commercialiser ensuite son propre vaccin.Ainsi, sur les neuf enfants considérés comme autistes régressifs dans l\u2019étude, un seul l\u2019était réellement, et cinq d\u2019entre eux souffraient déjà de troubles du développement avant la vaccination.La supercherie n\u2019a pourtant pas fini de causer du tort.Les mouvements antivaccinalistes continuent de sévir, et la rougeole s\u2019offre un retour fracassant en Amérique du Nord.Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 37 l\u2019épilepsie, etc.Il est désormais évident qu\u2019il existe des milliers de sous-types génétiques qui expliqueraient l\u2019immense variabilité clinique des troubles autistiques observés.Les quelques mutations connues à ce jour ne sont probablement que la partie émergée de l\u2019iceberg.«Les généticiens se sont concentrés pour l\u2019instant sur le séquençage des exons, ces régions du génome qui contiennent l\u2019information nécessaire à la fabrication des protéines, explique Carl Ernst.Mais les exons ne représentent que 1 % de tout le matériel génétique!» En fouillant dans le reste du génome \u2013 le génome «silencieux» \u2013, les chercheurs continueront à dénicher d\u2019autres variations associées à l\u2019autisme.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que vient de confirmer Stephen Scherer, généticien réputé mondialement pour ses travaux sur l\u2019autisme, au Hospital for Sick Children et à l\u2019université de Toronto.Avec son équipe de chercheurs, il a séquencé le génome entier \u2013 pas seulement les exons \u2013 de 85 familles ayant chacune 2 enfants autistes; c\u2019est la plus grosse étude de ce type à ce jour.La conclusion, publiée fin janvier dans Nature Medicine, est déconcertante : dans la majorité des cas (70 %), les frères et sœurs autistes n\u2019ont pas les mêmes altérations génétiques.«C\u2019est dire que, génétiquement et cliniquement, chaque enfant autiste est unique.À l\u2019image d\u2019un flocon de neige», résume Stephen Scherer.Mais alors, comment s\u2019y retrouver?Comment dégager une vision d\u2019ensemble?«L\u2019idée, c\u2019est de trouver des points de convergence.Par exemple, toutes ces mutations pourraient avoir des effets similaires sur la cellule et affecter des mécanismes communs», suggère Carl Ernst qui a publié une étude sur la question en octobre dernier, dans l\u2019American Journal of Human Genetics.En laboratoire, Carl Ernst a travaillé sur des cellules souches, dont certains gènes mutés étaient connus pour causer des troubles neuro-développementaux de type autistique.«On a fait de grandes études moléculaires pour regarder tout ce qui se passait dans ces cellules, poursuit le généticien.On a pu observer des similitudes, même si les mutations initiales étaient différentes.Ce qu\u2019on a vu, c\u2019est que les cellules souches mutées basculaient un peu trop vite vers la différenciation.Elles ont encore un aspect de cellules souches, mais quand on regarde les molécules qu\u2019elles expriment, on voit des signatures associées normalement aux neurones différenciés.» En d\u2019autres termes, les neurones semblent devenir matures trop rapidement.Comme s\u2019ils sautaient des étapes, empêchant le «câblage» cérébral de se faire normalement.«C\u2019est vrai que certains gènes jouent un rôle critique au moment du développement.Défectueux, ils peuvent entraîner un trouble autistique.Mais que font-ils, par la suite?S\u2019ils sont encore exprimés, quel est leur rôle?On a tendance à dire que l\u2019autisme est un trouble développemental, et qu\u2019il n\u2019y a donc plus grand-chose à faire après la naissance.Or, le cerveau est dynamique, même chez les adultes.Je suis sûr qu\u2019on pourra un jour agir sur ces gènes et atténuer les symptômes; c\u2019est ma profonde conviction», affirme le chercheur qui espère pouvoir apporter des solutions concrètes aux familles.Chose certaine, il n\u2019y aura jamais un seul remède miracle pour traiter l\u2019autisme.Mais on apprendra peut-être à mieux distinguer les mille visages de cette maladie, que ce soit grâce à des études génétiques de grande ampleur, au suivi d\u2019immenses cohortes d\u2019enfants, à l\u2019imagerie de milliers de cerveaux ou même \u2013 qui sait?\u2013 au projet futuriste de modélisation cérébrale de Henry Markram.?un monde en soi La flore intestinale au banc des accusés Quel est le rapport entre l\u2019intestin et le cerveau?A priori, aucun.Pourtant, de plus en plus d\u2019études suggèrent que les bactéries intestinales pourraient influencer le développement du système nerveux.C\u2019est notamment l\u2019hypothèse que défend Derrick MacFabe, chercheur à l\u2019université de Western Ontario.Selon lui, lorsque la flore intestinale est déséquilibrée (par exemple, par la prise d\u2019un antibiotique), certains produits bactériens comme l\u2019acide propionique pourraient être produits en trop grande quantité et, chose étonnante, favoriser l\u2019autisme.Plusieurs études démontrent d\u2019ailleurs que la grande majorité des autistes souffrent de troubles gastro-intestinaux, notamment de troubles inflammatoires de l\u2019intestin et d\u2019anomalies de la flore bactérienne.Ce n\u2019est pas tout: restaurer une flore intestinale normale permettrait d\u2019atténuer certains symptômes de l\u2019autisme.En décembre 2013, l\u2019équipe d\u2019Elaine Hsiao, à l\u2019Institut de technologie de Californie, a démontré qu\u2019il est possible d\u2019atténuer les troubles comportementaux de souris autistes en leur administrant une «bonne» bactérie, Bacteroides fragilis.Reste à savoir si les anomalies du microbiome observées chez les autistes sont une conséquence ou une cause de leur condition.38 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 Alexis et son père Alexandre Contant, autistes, et Naomie en attente d'un diagnostic.«Notre petite famille n\u2019est pas ordinaire, c\u2019est bien vrai car elle vit dans un autre univers.Nous sommes tous uniques, avec nos forces et nos faiblesses.Guidés par la compréhension et la diversité, nous misons sur les richesses de tous nos membres et acceptons leurs difficultés.Notre petite famille n\u2019est pas ordinaire, elle est extraordinaire», dit Alexandre.Mario, avec la spécialiste du spectre de l'autisme Anne Marie Couture dans sa clinique L'essence en mouvement.La personne autiste doit sentir que ses parents et les personnes significatives lui font confiance, comme le dit Brigitte Harrisson, auteure et autiste.(Entretien à la page 17.) Un excès de connexions?Comment fonctionne le cerveau des autistes?C\u2019est la question à laquelle de nombreux chercheurs ont espéré répondre en scrutant par imagerie la matière grise de leurs patients.Si aucune particularité ne saute aux yeux, certaines études ont pu mettre en évidence la présence de zones «hyper connectées», notamment dans les aires cérébrales associées à la vision ou dans celles qui permettent de trier les informations provenant du corps et de l\u2019environnement.Ainsi, selon une étude parue en août dernier et réalisée à l\u2019université de Columbia, aux États-Unis, le cerveau des enfants autistes comporterait beaucoup plus de synapses que celui des neurotypiques.L\u2019élagage du surplus de synapses, qui s\u2019effectue au cours du développement normal, serait altéré et le cerveau se retrouverait saturé de liaisons nerveuses.De son côté, Eric Courchesne, directeur de l\u2019Autism Center of Excellence à l\u2019université de Californie à San Diego, a découvert en mars 2014 que l\u2019architecture cérébrale était désorganisée dans les cas d\u2019autisme.En fait, son équipe a repéré des patches de neurones de forme irrégulière, situés dans les cortex frontal et temporal \u2013 des aires importantes pour les interactions sociales et le langage.Ce problème de migration des neurones surviendrait aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse.Bien que prometteuses, ces études ont un défaut majeur: elles n\u2019ont été menées que sur très peu de patients (22 cerveaux dans le cas de celle d\u2019Eric Courchesne) et ne reflètent peut-être pas la diversité des anomalies.S U R L E V I F J A C Q U E S N A D E A U SUR LE VIF JACQUES NADEAU Vous dressez un bien triste bilan de la politique Un geste porteur d\u2019avenir\u2026 Le Québec n\u2019a donc pas atteint sa cible, selon vous.Il en est loin! Cette politique du ministère de la Santé et des Services sociaux visait tous les groupes d\u2019âge, mais sa mise en œuvre consiste essentiellement à offrir des services aux tout-petits âgés entre deux et cinq ans.Et même eux sont mal servis.D\u2019abord, le temps d\u2019attente d\u2019un diagnostic, dans le réseau public québécois, peut atteindre un an et demi.Ensuite, une fois diagnostiqués, les enfants doivent pa- 40 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 Lorsque Jo-Ann Lauzon s\u2019est jointe à la Fédération québécoise de l\u2019autisme, le gouvernement du Québec était en pleine consultation en vue d\u2019élaborer une politique qui assurerait des services adéquats pour les autistes et leur famille.Le plan d\u2019action Un geste porteur d\u2019avenir était finalement adopté en 2003.Douze ans plus tard, la directrice de la Fédération fait un bilan désolant de l\u2019action gouvernementale.Elle veut d\u2019urgence sensibiliser Québec afin qu\u2019il augmente ses ressources, notamment en faveur des autistes adultes, littéralement laissés à eux-mêmes.Propos recueillis par Dominique Forget Le Québec n\u2019a pas encore pris tous les moyens pour relever le défi de l\u2019autisme.En particulier chez les adultes.UN MONDE OUBLIÉ? Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 41 Cynthia Boufard, massothérapeute à la clinique L\u2019essence en mouvement, et Angelo.Comme lui, les personnes autistes ont une sensibilité exacerbée.SUR LE VIF JACQUES NADEAU Quand l\u2019autisme devient une occasion d\u2019affaires La tête hirsute, il ressemble au personnage du savant excentrique dans le film Back to the Future.Au mois d\u2019octobre dernier, à la première édition du Salon de l\u2019autisme, au Cosmodôme de Laval, Hughes Pascis accueille avec entrain les mamans (les pères se font rares) à la recherche d\u2019un peu d\u2019espoir pour leur enfant.Sa solution: la chambre hyperbare portative.Ce diplômé du American College for Advancement in Medicine (connu pour sa défense de thérapies douteuses) assure que le fait de respirer de l\u2019oxygène sous pression «allume les cellules du cerveau» et améliore le comportement des enfants autistes.Le coût d\u2019une chambre hyperbare portative: 18 900 $! Et l\u2019entreprise de Hugues Pascis, HyperSanté, loue aussi des chambres, moyennant 2 500 $ par mois.Or, aucune étude scientifique sérieuse n\u2019a confirmé les bienfaits de l\u2019oxygène hyperbare pour les enfants autistes.Au total, ils étaient près de 100 exposants à ce Salon de l\u2019autisme.On trouvait de tout, le pire comme le meilleur.De très sérieux représentants de services publics ou de cliniques privées côtoyaient une dame offrant des «traitements énergétiques» (120 $ pour une séance de deux heures) devant aider les autistes à «descendre dans leur corps».Une petite compagnie d\u2019assurance claironnait être la seule au Québec à octroyer des assurances vie aux parents d\u2019enfants autistes.Et Costco vendait des pots d\u2019oméga-3 et de vitamines Les Pierrafeu, format familial.La cofondatrice du Salon, Johanne Leduc, reconnaît qu\u2019il est facile de s\u2019y perdre devant la vaste gamme de services offerts par le privé à des parents prêts à s\u2019accrocher à n\u2019importe quelle parcelle d\u2019espoir pour trouver un peu de répit.«Nous ne sommes pas là pour juger quelle méthode est la bonne, dit-elle.Nous voulons que les parents aient accès au plus large éventail d\u2019information possible, afin qu\u2019ils puissent tirer leurs propres conclusions.» Le Salon, ajoute-t-elle, est aussi une occasion pour les parents de briser leur isolement.Jo-Ann Lauzon, directrice de la Fédération québécoise de l\u2019autisme, reconnaît que quelques charlatans tentent de profiter du désarroi des parents.Elle suggère aux familles qui ne savent pas à quel saint se vouer de contacter leur association régionale.«Ces associations sont des ressources neutres et sûres, et qui s\u2019appuient sur des données scientifiques», rappelle-t-elle.D.F.tienter \u2013 jusqu\u2019à deux ans dans certaines régions \u2013 avant d\u2019avoir accès aux services de thérapie dans un CRDITED [NDLR: Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement].Si bien, que les petits ont souvent passé l\u2019âge de cinq ans quand le téléphone sonne et qu\u2019on leur annonce que les services vont leur être offerts.Or, après cinq ans, les enfants ne sont plus admissibles à la thérapie comportementale intensive.Le Ministère tient pour acquis que le réseau scolaire prend la relève quand les enfants atteignent six ans.C\u2019est de la pensée magique.En janvier dernier, la journaliste Rima Elkouri, de La Presse, rapportait le cas d\u2019un petit garçon, autiste non verbal avec une déficience intellec - tuelle, expulsé de l\u2019école qu\u2019il fréquentait parce qu\u2019il était trop agressif.Une école pourtant spécialisée dans l\u2019accueil des enfants autistes! Les parents se retrouvent sans ressources.Qu\u2019en est-il des adultes?Ils semblent avoir été oubliés.Complètement.Les jeunes adultes qui ont des limitations fonctionnelles ont le droit de fréquenter l\u2019école publique jusqu\u2019à l\u2019âge de 21 ans.Après?C\u2019est le vide.Plusieurs autistes seraient en mesure de travailler, mais les services spécialisés de main-d\u2019œuvre (SSMO) [NDLR: qui relèvent d\u2019Emploi-Québec et sont censés aider les personnes atteintes de handicaps à trouver leur place sur le marché de l\u2019emploi] ont très peu d\u2019expertise en autisme.Sauf celui de Montréal, Action main-d\u2019œu- vre inc., un petit bijou d\u2019organisation qui arrive à dénicher du travail pour les autistes en tenant compte de leurs besoins, de leurs habiletés et de leurs goûts.Les personnes autistes peuvent faire tellement plus que trier des matériaux à recycler! Qu\u2019advient-il de ceux qui ne sont pas assez autonomes pour travailler?Les CRDITED leur offrent peu de ressources, débordés qu\u2019ils sont à essayer de subvenir aux besoins des enfants.Et les centres de jour qui accueillent les adultes autistes sont rarissimes.Les services d\u2019hébergement aussi sont inadéquats.Un rapport publié par le Vérificateur général du Québec, en 2013, sur les ressources offertes aux personnes autistes, a souligné que le délai pour obtenir une place dans une résidence pouvait atteindre 11 ans! Je n\u2019appelle plus ça une liste d\u2019attente; j\u2019appelle ça une « liste des oubliés» .Et quand il y a des places, on peut les offrir, dans une même résidence, à des adultes souffrant de déficience intellectuelle, de handicaps physiques et d\u2019autisme.Ça ne va pas du tout! Certains autistes auraient pourtant besoin de très peu de services pour arriver à vivre de façon autonome.Une visite à domicile quelques fois par semaine suffirait.Mais ce type de services d\u2019appoint n\u2019existe pas.Généralement, l\u2019un des parents est forcé de quitter son emploi quand un enfant autiste arrive à l\u2019âge adulte.Et il y a très peu de places de répit pour les parents d\u2019adultes autistes.Eux aussi ont été oubliés par le système public.Les cas d\u2019autisme se multiplient, mais les ressources du gouvernement, elles, rétrécissent.Comment faire face à l\u2019avenir?À tout le moins, je pense que le ministère de la Santé, le ministère de l\u2019Éducation et le ministère de la Famille devraient se concerter afin de coordonner leurs efforts.On connaît mieux la population autiste et ses besoins qu\u2019en 2003.Les rapports se sont succédés.En 2009, le MSSS a publié son Bilan de lamise enœuvre 2005- 2007 du plan d\u2019action.Un geste porteur d\u2019avenir.En 2012, le Protecteur du citoyen y est allé d\u2019un rapport sur les services aux jeunes et aux adultes.En 2013, c\u2019était le tour du Vérificateur général du Québec.Les problèmes, on les connaît.Il faut maintenant faire preuve d\u2019ingéniosité et trouver des idées pour les résoudre.?42 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 un monde en soi Autisme et TSA, Quelles réalités pour les parents au Québec?Sous la direction de Catherine Des Rivières-Pigeon et Isabelle Courcy, Presses de l\u2019Université du Québec, 2014.Le trouble du spectre de l\u2019autisme Sous la direction de Nathalie Poirier et Catherine Des Rivières-Pigeon, Presses de l\u2019Université du Québec, 2013.Le syndrome d'Asperger \u2013 Guide complet Tony Attwood, Chenelière Éducation, 2009.+Pour en savoir plus L\u2019autre dimension de l\u2019actualité ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA ARCHIVES OUVERTES Nos archives les plus récentes seront disponibles sous peu, au format PDF.Relisez nos reportages, nos entrevues et nos actualités à volonté ! REJOIGNEZ-NOUS ! Visitez notre page Facebook pour des nouvelles scientifiques fraîches, des infos sur les événements de science au Québec, et pour nous faire part de vos commentaires et de vos envies.2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes L\u2019UNIVERS AUTISTE Depuis deux ans, le photographe Jacques Nadeau capte les différents visages de l\u2019autisme, au travers de portraits touchants qui illustrent notre dossier spécial.Retrouvez le reste de son photoreportage en ligne.Chercheurs: leur quotidien et leurs passions Les entretiens de Québec Science 44 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 derniers tours de terre 1984 La NASA, encouragée par le président Ronald Reagan, présente l\u2019idée d\u2019une station spatiale internationale.1985 L\u2019Europe, le Canada et le Japon s\u2019engagent dans le projet.1993 Les Russes deviennent partenaires.Ils délaissent du coup leur station spatiale MIR.1998 Russes et États-Uniens envoient les modules de service, d\u2019alimentation électrique, de régulation thermique et de télécommunications pour l\u2019assemblage en orbite.2003 Sept astronautes meurent dans l\u2019explosion de la navette Columbia; l\u2019assemblage de la Station prend du retard.On abandonne les navettes spatiales.2005 Les opérations reprennent.2008 Les laboratoires scientifiques de l\u2019Europe et du Japon intègrent la Station.2013 L\u2019assemblage est terminé et Chris Hadfield devient le premier commandant canadien de la Station.SSI: en 30 ans C\u2019est l\u2019objet le plus dispendieux jamais construit.Son coût est évalué à 190 milliards de dollars.À LA FERRAILLE LA STATION SPATIALE ?Les États-Unis n\u2019ont plus de navette pour s\u2019y rendre.Mais la Station spatiale internationale peut-elle être encore utile?Par Mario Masson lle fait jaser depuis longtemps, la Station spatiale internationale! Les États-Unis y voyaient déjà une bonne façon de garder occupés les scientifiques russes qui, depuis 1989, s\u2019accommodaient comme ils le pouvaient de l\u2019effondrement de l\u2019URSS.Elle constituait aussi une sorte de main tendue aux pays que tentait l\u2019aventure spatiale.Et depuis 1998, l\u2019Union européenne, le Japon et le Canada n\u2019ont pas pu résister à l\u2019idée de s\u2019envoyer en l\u2019air dans la course à la recherche scientifique la plus novatrice du monde; en théorie du moins\u2026 Le projet ne date pas d\u2019hier.Il est d\u2019abord lancé par Ronald Reagan en 1983.Mais tout de suite, des difficultés de construction ralentissent l\u2019assemblage de ce gigantesque mécano céleste, au point que ce n\u2019est que depuis quatre ou cinq ans que les expériences scientifiques ont pu réellement débuter, puis s\u2019enchaîner.La NASA affirme que les expériences réalisées sur la Station se comptent maintenant par centaines, avec des résultats probants, comme la mise au point d\u2019un vaccin potentiel contre la salmonelle, ou encore la fabrication de microcapsules capables d\u2019aller porter des médicaments au cœur même des cellules cancéreuses.Pratiquement, il y a eu quelques retombées bénéfiques pour l\u2019humanité.Dans le domaine de l\u2019observation de la Terre, en télémédecine et en cristallographie.Ou en robotique avec, entre autres, la conception et la construction du bras canadien puis de Dextre, le petit frère de l\u2019autre, plus agile, qui l\u2019aide quand les tâches sont trop délicates.Mais ces découvertes, pour intéressantes qu\u2019elles soient, auraient-elles pu se faire sur Terre, et pour beaucoup moins cher?Plusieurs critiques le croient.Ces derniers prétendent que maintenant, dans la Station, la recherche ne fait que tourner en rond.Chose certaine, les astronautes mettent plus de temps à réparer la Station qu\u2019à faire de la science.Le docteur Bob Thirsk, le seul Canadien avec Chris Hadfield à avoir séjourné six mois sur la Station, se rappelle fort bien avoir passé beaucoup d\u2019heures à jouer au mécanicien de l\u2019espace.Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 45 Avec ses quatre panneaux solaires, la Station spatiale internationale est plus étendue qu\u2019un terrain de football: 108 m de largeur sur 74 m de longueur.La Station tourne autour de la Terre à la vitesse de 8 km/s, c\u2019est-à-dire 28 800 km/h.Elle accomplit une orbite complète en 92 minutes; 340 personnes ont déjà séjourné sur la Station.L\u2019espace habitable est de 1 250 m3, autant qu\u2019un bungalow de cinq chambres à coucher.E Quand ce n\u2019était pas l\u2019épurateur de CO2 qu\u2019il lui fallait réparer, c\u2019était la toilette.Le grand fait d\u2019armes de la Station, c\u2019est d\u2019être là-haut depuis déjà 16 ans.Il s\u2019agit d\u2019un exploit.C\u2019est la plus longue présence humaine en continu dans l\u2019espace.Le record précédent était détenu par la station russe MIR: 9 ans et 357 jours.En outre, la Station spatiale internationale a été visitée par des astronautes de 15 nations différentes et par une variété de navettes sur une base régulière.Cependant, au moment même où les budgets pour la recherche se tarissent partout dans le monde, faut-il maintenir à grands frais cette installation fragile et vieillissante?La facture globale est d\u2019au moins 100 milliards de dol lars, rien que pour les États-Unis! Et c\u2019est sans compter les 50 milliards investis par leurs partenaires.L\u2019inspecteur général de la NASA, celui qui analyse le travail que l\u2019agence accom - plit et les budgets qu\u2019elle recevra, propose de prolonger la vie utile de la Station jusqu\u2019en 2024.C\u2019est le temps qu\u2019il faudra pour mener à terme la recherche sur les difficultés reliées aux vols spatiaux de longue durée.La longévité de la Station passerait ainsi de 15 à 26 ans, soit 11 années de plus, mais au coût de 4 milliards de dollars par année.i le projet va de l\u2019avant, la Station deviendra alors ce qu\u2019elle aurait dû être dès le début: un tremplin pour préparer les premiers voyages au long cours dans l\u2019espace.Cela nécessitera une collaboration internationale étendue \u2013 avec la participation des nouvelles puissances spatiales comme la Chine, l\u2019Inde et la Corée du Sud \u2013 et des fonds qui feraient rougir d\u2019envie tout pharaon.On parle ici d\u2019une aventure qui s\u2019étalera sur au moins 30 ans et d\u2019une facture qui dépasserait les 500 mil - liards de dollars.Auparavant, il faut régler quelques contentieux qui opposent la Russie et les États-Unis.Ce qui se passe en Ukraine changera-t-il la donne?Quand la NASA a mis les navettes spatiales au rancart, en 2011, elle misait sur les Soyouz russes pour assurer le va-et-vient entre la Terre et la Station.Cette entente prendra fin en 2020.Si les partenaires, en particulier la Russie, se désistent, Washington décidera-t-il de faire cavalier seul?Les États-Unis veulent continuer à mener la charge dans le domaine de l\u2019exploration spatiale, en utilisant la Station comme plateforme de recherche, mais cette solution forcera les administrateurs de la NASA à laisser tomber d\u2019autres projets, comme Asteroid Redirect Mission (ARM) qui vise à développer un vaisseau spatial habité afin d\u2019aller capturer un astéroïde ou un morceau d\u2019astéroïde de 10 m de diamètre pour le mettre en orbite autour de la Lune.Garder la Station opérationnelle donnera peut-être à l\u2019industrie aéronautique états- unienne le temps de finir la mise au point des navettes du futur, ce qui rendrait superflue l\u2019utilisation des Soyouz russes.Actuellement, les entreprises aéronautiques SpaceX et Orbital Sciences Corporation doivent approvisionner la Station jusqu\u2019en 2017.Par la suite, elles devraient être en mesure de transporter des astronautes.Sierra Nevada Corporation lorgne aussi ce contrat.Boeing vient de réintégrer les rangs, de même que Lockheed Martin, ce qui permettrait la réapparition de navettes lourdes, très intéressantes pour l\u2019entretien de la Station.Les anciennes navettes pouvaient transporter des pièces de rechange beaucoup plus volumineuses que ne le pourront les navettes projetées.D\u2019ailleurs, c\u2019est la raison pour laquelle la NASA a, dans ses cartons, les projets d\u2019une fusée monstre, appelée SLS, pour Space Launch System, capable d\u2019atteindre la Station en transportant à la fois du matériel et des astronautes, grâce à sa capsule Orion.Au total, 70 tonnes.Avec une possibilité maximale de 130 tonnes, si la version grand format est acceptée.Aux fins de comparaison, la fusée Saturn V, qui avait rendu possible les vols habités vers la Lune, pouvait lever 120 tonnes.La NASA prévoit faire les premiers essais du SLS en 2017 ou 2018.Cependant, si les plans de la NASA ne sont pas financés adéquatement, il lui faudra envisager de faire s\u2019abîmer la Station dans le Pacifique en 2020.Selon William H.Gerstenmaier, le grand patron des vols habités en espace profond de la NASA, il ne faut pas en arriver là: 46 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 derniers tours de terre Comme se plaît à dire l\u2019astronaute canadien Chris Hadfield, les quincailliers sont rares dans l\u2019espace.Pour assurer la pérennité d\u2019une mission, les astronautes doivent donc apprendre divers métiers et savoir jouer les hommes à tout faire dans le contexte bien particulier de la Station.Par exemple, à cause de l\u2019apesanteur, la poussière \u2013 en particules fines \u2013 ne se dépose pas; elle demeure en suspension.Il faut donc passer l\u2019aspirateur as- sidument, sinon les filtres risquent de se bloquer\u2026 Mais l\u2019apesanteur, à long terme, cause des problèmes spécifiques plus sérieux : l\u2019atrophie des muscles, la détérioration du squelette, l\u2019ostéoporose, la redistribution des fluides dans le corps, un ralentissement du système cardiovasculaire et l\u2019affaiblissement du système immunitaire.La micro gravité ne fait vraiment pas l\u2019affaire du corps humain.Quant à créer une gravité artificielle, comme dans les films de science-fiction, ce n\u2019est pas demain la veille.Pour mémoire, envoyer en orbite ce dont les astronautes ont besoin au jour le jour coûte en moyenne 20 000 $ le kilogramme.Afin d\u2019éviter, ou du moins réduire l\u2019impact de l\u2019apesanteur, l\u2019exercice physique est efficace, car il aide à maintenir la masse musculaire et la capacité vasculaire, mais il faut le pratiquer au moins deux heures par jour.Aussi la Station estelle équipée de tapis roulants et d\u2019une bicyclette stationnaire.Les astronautes se retiennent à ces appareils par des cordons élastiques qui servent aussi à augmenter la résistance lors des exercices.Quant à la perte de la densité osseuse, il n\u2019y a pour l\u2019instant rien à faire.Mais il reste important que les astronautes conservent une bonne condition générale s\u2019ils veulent être en mesure d\u2019être physiquement capables de travailler sur Mars, bien que la gravité n\u2019y soit que le tiers de celle de la Terre.Difficile de dormir dans la Station : trop de bruit! C\u2019est à cause de toute la machinerie qui en assure les fonctions vitales, en particulier les ventilateurs.Ils fonctionnent en permanence pour traiter l\u2019air ambiant qui deviendrait vite irrespirable dans ce petit monde à l\u2019atmosphère stagnante.La vie dans la Station S Chris Hadfield a passé six mois à vivre en orbite.N A S A «Il faut profiter de cette petite tête de pont qu\u2019est la Station spatiale internationale pour continuer à nous installer dans l\u2019espace!» dit-il.La NASA se propose de mettre le pied sur Mars en 2030.C\u2019est un programme ambitieux, d\u2019autant plus que, avant d\u2019y parvenir, il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur la physiologie et la psychologie humaines, sur la technologie de survie à long terme en espace profond, ainsi que sur la manière d\u2019atterrir sur Mars et d\u2019en repartir.Comme pendue au bout d\u2019un fil cosmique, la Station fait une orbite complète autour de la Terre toutes les 92 minutes.Certaines nuits, on peut la voir qui trace son sillon de lumière au-dessus de nos têtes.C\u2019est de là que Chris Hadfield a fait son dernier tour de piste, en clôturant sa mission historique avec un hommage à David Bowie et sa chanson SpaceOddity.Il s\u2019agirait, selon la NASA, du premier vidéoclip réalisé dans l\u2019espace.Ce pourrait aussi être l\u2019éloge funèbre d\u2019un projet à nul autre pareil dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.?QS Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 47 www.multim.com LES ÉDITIONS MULTIMONDES Parce qu\u2019on veut toujours en savoir plus.Également disponibles en version numérique EtMars?Les aventures des rovers comme Spirit, Opportunity et Curiosity ont relancé l\u2019intérêt pour la conquête spatiale.Les gens se sont attachés à ces petits robots qui arpentent vaillamment le territoire martien.Leurs prouesses sont telles que certains observateurs remettent en doute la pertinence d\u2019envoyer un jour des humains sur la planète rouge.Pourquoi ne pas y envoyer uniquement des robots?Ils sont plus solides, plus résistants, plus efficaces que nous! Ainsi, des dizaines de ces petits soldats pourraient être mis en fonction et disséminés à travers le Système solaire pour faire le travail de terrain.Mais d\u2019autres observateurs rétorquent que, si les robots sont à l\u2019avant-garde de la conquête du Système solaire, arrivera un moment où le génie humain, irremplaçable de par sa créativité, devra prendre la relève.Mais ce n\u2019est pas pour demain.Par ailleurs, la NASA a identifié plusieurs champs de recherche sur lesquels se pencher pour rendre possible une virée sur Mars.Par exemple, la question des rayons cosmiques.Parce qu\u2019elle est placée en basse orbite, la Station est partiellement protégée par le champ magnétique terrestre qui dévie les rayons cosmiques et les vents solaires autour de la Terre, donc de la Station.Sans une telle protection, les voyages interplanétaires restent pour l\u2019instant impossibles.À titre de comparaison, un astronaute reçoit de cinq à six fois plus de rayons cosmiques qu\u2019un pilote de ligne, lui-même beaucoup plus exposé qu\u2019une personne qui travaille dans un bureau.Mais en l\u2019absence du champ magnétique, et sans la protection adéquate, la dose serait 100 fois plus élevée! Elle causerait des dommages importants aux cellules du corps humain et augmenterait considérablement les risques de cancer.Or, les métaux qui composent la structure des engins spatiaux n\u2019offriraient pas nécessairement la meilleure protection contre les radiations.Les ingénieurs se penchent donc sur des plastiques multi- couches, ou sur l\u2019aluminium soufflé.On songe aussi à l\u2019eau comme agent protecteur.Puisque les astronautes devront emporter sur Mars leur nourriture et leur eau, on pense utiliser cette dernière comme écran, en la distribuant tout autour du vaisseau spatial.Parlant de nourriture et d\u2019eau, il n\u2019est pas concevable pour l\u2019instant d\u2019apporter à bord tous les aliments nécessaires à un voyage qui durera au moins six mois.Alors, que faire?Peut-être cultiver des légumes et des fruits dans le vaisseau spatial, grâce à des bassins hydroponiques où toute l\u2019eau serait recyclée, y compris celle issue des fluides corporels. 48 Québec Science | Avril ~Mai 2015 es Québécois ont une drogue de prédilection : la cocaïne.Dans une ville de la taille de Montréal, il s\u2019en consommerait environ 25 000 doses par jour, soit 15 do - ses par 1 000 habitants.Ces données ne proviennent pas des services d\u2019enquête de la police.Elles ont été calculées par des chimistes et sont, par conséquent, beaucoup plus fiables.Étudiant au baccalauréat en chimie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Nicolas Gilbert s\u2019est immiscé dans le monde interlope de la consommation de drogues illicites armé d\u2019un spec- tromètre de masse, un appareil de chimie analytique qui permet de détecter la présence d\u2019à peu près n\u2019importe quelle molécule dans un échantillon d\u2019eau.Au sein de l\u2019équipe d\u2019André Lajeunesse, professeur au département de chimie-biochimie et physique de l\u2019UQTR, et de Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l\u2019Université de Montréal, l\u2019étudiant a entrepris d\u2019analyser les eaux usées de deux villes québécoises (les chercheurs refusent de révéler lesquelles, pour ne pas nuire à l\u2019image de ces municipalités).Les «eaux usées», ce sont ces eaux provenant de nos toilettes, nos lavabos ou nos baignoires.Elles s\u2019engouffrent dans les immenses canalisations du réseau d\u2019égouts et cheminent vers une station d\u2019épuration, où elles sont «nettoyées» dans la mesure du possible, avant d\u2019être relâchées dans l\u2019environnement \u2013 souvent, au Québec, quelque part le long du fleuve Saint-Laurent.L\u2019équipe d\u2019André Lajeunesse a collecté des échantillons d\u2019eaux usées juste avant qu\u2019elles n\u2019atteignent la station d\u2019épuration.Pendant six mois, à raison d\u2019une fois par semaine, les chercheurs ont mesuré la concentration d\u2019une trentaine de molécules \u2013 produits pharmaceutiques, polluants ou autres.Dans la liste de ces substances figuraient trois drogues illicites : la cocaïne, l\u2019ecstasy et le Fentanyl, ce dernier étant un médicament d\u2019ordonnance de 80 à 100 fois plus puissant que la morphine, parfois détourné pour un usage récréatif.La détection des résidus de drogues présents dans les urines des résidants des deux villes québécoises a révélé quelques faits inusités.Un exemple : alors que la consommation de la cocaïne est plutôt constante de jour en jour, celle de l\u2019ecstasy augmente les week-ends.Éric Langlois, conseiller scientifique à la Direction de la santé environnementale et de la toxicologie à l\u2019Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), croit que cette nouvelle façon de mesurer la consommation de drogues est promet- En analysant la composition des eaux usées qui sortent de nos maisons, les chercheurs peuvent maintenant faire la géographie de la consommation de drogues.Par Binh An Vu Van Les eaux dopées L A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E dÉpistage Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 49 teuse.«C\u2019est une source originale d\u2019information, un complément aux outils dont nous disposons déjà», dit-il.La technique n\u2019est pas totalement fiable, admettent les chercheurs.Plusieurs éléments peuvent venir brouiller les cartes, dont la dégradation des drogues par les bactéries présentes dans les égouts, ou la dilution des eaux usées dans les eaux de pluie.Néanmoins, elle présente plusieurs avantages.Traditionnellement, pour évaluer la consommation de drogues au sein d\u2019une population, les chercheurs ont recours aux enquêtes populationnelles.Mais les consommateurs de drogues illicites sont peu enclins à révéler leurs vices! En outre, ils ne savent pas toujours précisément ce qu\u2019ils achètent.Des études ont démontré que, souvent, l\u2019ecstasy vendue dans la rue ne contient pas de 3,4-mé- thylènedioxy-méthamphé- tamine (ou MDMA), la molécule que sont censés renfermer les comprimés d\u2019ecstasy.Des pilules frelatées contiennent plutôt de la métham phé tamine, de la caféine, du LSD, ou même des savons! Les appareils de spectrométrie, eux, ne mentent pas.Éric Langlois n\u2019est pas le seul à trouver la méthode prometteuse.Elle est de plus en plus utilisée pour cartographier la consommation de drogues illicites ailleurs dans le monde.«Tout a débuté en Italie», raconte Viviane Yargeau, professeure au département de génie chimique de l\u2019Université McGill, qui mène des travaux dans le même domaine.u début des années 2000, des chimistes environnementaux de l\u2019Institut de recherche pharmacologique Mario Negri, à Milan, avaient mesuré des traces de cocaïne et de benzoylecgonine (une forme métabolisée de la cocaïne présente dans l\u2019urine et les selles) dans le fleuve Pô, coulant au nord de l\u2019Italie.Ils avaient aussi prélevé des échantillons à l\u2019entrée des stations d\u2019épuration situées en bordure du cours d\u2019eau.Leurs mesures avaient révélé que, tous les jours, 4 kg de cocaïne étaient déversés dans le fleuve.Sachant que 5 millions de personnes, dont 1,4 million de jeunes adultes, rejetaient leurs eaux usées en direction du Pô, les chercheurs avaient déduit que la consommation moyenne de cocaïne se chiffrait à 100 mg (une pincée) par 1 000 jeunes adultes.C\u2019était deux fois plus que les quantités dévoilées dans les sondages.«La communauté scientifique a découvert, grâce à cette étude, que les concentrations de drogues illicites dans les eaux usées étaient comparables à celles d\u2019autres médicaments, raconte Viviane Yargeau.Auparavant, nous pensions que leurs concentrations étaient trop faibles pour être mesurées.» L\u2019étude italienne, dont les résultats ont été publiés en 2005, a déterminé des dizaines de laboratoires européens à explorer cette voie de recherche dans un consortium baptisé Sewage Analysis CORe group Europe (SCORE).Ce consortium a reproduit l\u2019expérience italienne à l\u2019échelle du continent.En mai 2014, il publiait une cartographie de la consommation de drogues illicites dans 42 villes de 21 pays européens.On apprenait que la capitale de la consommation de cocaïne par personne était la ville belge d\u2019Anvers.Elle partageait le podium avec Amsterdam, qui se classait deuxième, suivie par Londres, puis Zurich.En outre, la cartographie a révélé que la consommation de méthamphétamine, qu\u2019on croyait concentrée en République tchèque et en Slovaquie, était en voie de se répandre en Allemagne et dans le nord de l\u2019Europe.D\u2019ici quelques mois, le réseau SCORE publiera une nouvelle cartographie qui comprendra cette fois, grâ ce au travail de Viviane Yargeau, deux villes nord-américaines, Montréal et Granby.Pour réaliser ce portrait, les scientifiques du réseau ont tous échantillonné leurs eaux usées au même moment \u2013 pendant la deuxième semaine du mois de mars 2014, une fois par jour, pendant sept jours.«La collaboration avec le consortium européen nous permet d\u2019affiner nos méthodes, de devenir plus précis et de détecter un plus grand nombre de drogues, souligne la chercheuse.Par exemple, l\u2019héroïne est très difficile à mesurer.Elle se dégrade rapidement dans les eaux usées.Mais les mé thodes actuelles pour la mesurer tien - nent compte d\u2019une forme de dégradation, et elles ne cessent de se raffiner.» Pour leur part, les responsables de la santé publique, dont Éric Langlois, à l\u2019INSPQ, aimeraient bien avoir des don - nées sur les drogues émergentes, comme les «sels de bain» (surnom des benzyl- pipérazines) et le spice (cannabinoïdes de synthèse).Un défi que ne peut relever pour le moment le laboratoire de Viviane Yargeau.Car pour arriver à programmer leurs spectromètres, les chercheurs doivent avoir en main la drogue recherchée.Les scientifiques peuvent obtenir assez aisément des échantillons de cocaïne ou d\u2019ecstasy auprès de laboratoires spécialisés; mais, pour les drogues émergentes, il faut descendre dans la rue, un risque que Viviane Yargeau n\u2019est pas prête à prendre.Une solution serait d\u2019obtenir des échantillons provenant de saisies.André Lajeu- nesse, de l\u2019UQTR, travaille justement à développer une collaboration avec les forces de l\u2019ordre en ce sens.«Nous voulons mettre nos méthodes au service des enquêtes, dit-il.En prélevant des échantillons directement dans les conduites d\u2019égout, dans les quartiers chauds des villes, on pourrait aider à retracer l\u2019emplacement de laboratoires clandestins.» Mais avant, il faudra s\u2019interroger sur la violation potentielle de la vie privée.Car bientôt, les techniques pourraient devenir si perfectionnées qu\u2019elles permettront d\u2019exposer les secrets d\u2019une famille en échantillonnant les eaux usées directement à la sortie d\u2019une maison.«Où est la limite de l\u2019acceptabilité?s\u2019interroge Viviane Yar- geau.Serions-nous prêts à utiliser ces méthodes pour savoir ce qui se passe dans un établissement carcéral?Dans des résidences de personnes âgées?Dans les bureaux d\u2019un employeur?» La chercheuse a elle-même tenté de convaincre des responsables d\u2019institutions carcérales et de certaines villes de collaborer avec elle.Ils ont refusé, craignant de stigmatiser des personnes ou des quartiers.«Quand la technique aura fait ses preuves, dit Viviane Yargeau, peut-être que nous aurons un meilleur accueil.» ?QS A Des traces de cocaïne, d\u2019ecstasy et de Fentanyl dans le fleuve. u haut de la colline qui domine sa propriété, Tony Magee pointe du doigt un bosquet : «Là-bas! dit-il.À l\u2019ombre des grands arbres! Un petit groupe\u2026» Au début, je ne vois rien, puis je distingue des silhouettes de kangourous.«À cette heure, explique le fermier, ils se reposent.Mais ils vont repartir.» Et ils créent des dégâts?«Bien sûr, ils broutent l\u2019herbe destinée à mes moutons.» Les kangourous sont-ils donc un fléau?«Je ne le vois pas comme cela, répond Tony.Nous avons la chance d\u2019être un pays développé, riche en animaux sauvages et peu peuplé.Avec de l\u2019intelligence et de la chance, nous pouvons protéger notre biodiversité sans manquer de terres productives.» L\u2019Australie est l\u2019un des 17 pays que le Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature (WCMC), une agence du Programme des Nations unies pour l\u2019environnement, a qualifié de «mégadivers».Ce sont les pays les plus riches de la planète en matière de biodiversité, car ils détiennent ensemble plus de 70% des espèces végétales et animales, et chacun présente un fort degré d\u2019endémisme, c\u2019est-à-dire d\u2019espèces qu\u2019on ne trouve nulle par ailleurs.«Mais alors que la grande majorité des autres pays mé- gadivers sont pauvres, ce n\u2019est pas le cas de l\u2019Australie, et cela crée des responsabilités sur le plan mondial; nous devons donner l\u2019exemple», fait valoir James Fitzsimons, directeur de la conservation, pour l\u2019Australie, de l\u2019ONG The Nature Conservancy.50 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 À LA RESCOU BIODIVERSITÉ D D I R K F R E D E R / I S T O C K P H O T O Le pays, immense, possède 37 000 km de côtes riches en vie marine, mais aussi des plaines, des déserts, des forêts tropicales et des montagnes enneigées l\u2019hiver.Si on fait exception d\u2019un cordon littoral où se concentre 75% de la population comptant 23 millions d\u2019habitants, on trouve encore de vastes zones naturelles ou peu perturbées.L\u2019exploitation intensive des ressources naturelles est somme toute assez récente, puisque que c\u2019est seulement il y a deux siècles et demi, en avril 1770 pour être précis, que le capitaine James Cook a débarqué et revendiqué ces terres au nom de couronne britannique.Cela dit, l\u2019impact qu\u2019ont eu les colons européens sur l\u2019environnement a été majeur.Dans un bilan publié par le Journal of Plant Ecology en 2011, Corey Bradshaw, un biologiste réputé de l\u2019université d\u2019Adélaïde, résume de manière lapidaire : «En tout, l\u2019Australie a perdu 40% de ses forêts et la végétation native qui reste est très fragmentée.À mesure que la colonisation se déployait, la déforestation touchait principalement les sols les plus fertiles, situés près des côtes.» Dans l\u2019intérieur du pays, l\u2019élevage extensif a perturbé l\u2019équilibre écologique des prairies et des savanes.Au total, 50 espèces de mammifères et d\u2019oiseaux ont disparu, ainsi que 75 espèces de plantes.Il faut ajouter les ravages des espèces introduites, comme le lapin et le renard roux, qui sont devenues sauvages et incontrôlables.Avant d\u2019inspirer des romans et des films, les rabbit-proof fences ont été une réalité australienne.Dans ces conditions, reste- t-il une biodiversité à célébrer et à protéger?«Absolument! s\u2019exclame Fitzsimons.Elle reste extraordinaire! À titre d\u2019exemple, l\u2019État de Victoria, à lui seul, possède beaucoup plus d\u2019espèces d\u2019orchidées que l\u2019Amérique du Nord et l\u2019Europe.Nous comptons plus de 600 espèces d\u2019eucalyptus, ainsi que plus d\u2019espèces de lézards, de requins et de raies que n\u2019importe quel pays au monde.Mais notre originalité se situe surtout dans les espèces endémiques.C\u2019est ce qui fait de l\u2019Australie un des pays phares de la biodiversité mondiale.» Protéger cette biodiversité dans «ses écosystèmes, ses espèces et ses gènes» est une tâche primordiale, explique le biologiste, puisqu\u2019elle assure le maintien de la qualité des services fournis par les écosystèmes.«Ce sont des services essentiels.Et là-dessus, estime-t-il, l\u2019Australie a fourni un effort important à la suite du Sommet de Rio, en 1992.Le gouvernement a lancé des études scientifiques et défini une stratégie globale de conservation.En initiant le National Reserve System, il a permis de développer un réseau d\u2019aires protégées publi - ques représentatives et de bonne taille.» Vers la fin des années 1990, le gouvernement a ouvert un nouveau volet en facilitant la conversion de terres privées à des fins de conservation.Sensibles à la cause, de riches propriétaires terriens s\u2019en sont prévalu, aidés par les nombreuses fondations env i ronnementa l e s .«Dans notre cas, explique fièrement Anette Stewart de la fondation Bush Heritage, nous avons commencé, en 1991, par acheter 240 hectares de vieille forêt en Tasmanie.Aujourd\u2019hui, nous avons acquis en propre plus de 35 réserves.Ce qui, compte tenu de nos accords de partenariat, nous permet de consacrer plus de 3 millions d\u2019hectares à la conservation.» Au total, l\u2019Australie possède aujourd\u2019hui un réseau de quelque 500 parcs nationaux, auquel il faut ajouter une centaine de forêts d\u2019État protégées et de très nombreuses réserves de conservation intégrale ou semi- intégrale, tant publiques que privées.Le pays a même innové en créant des catégories comme celle de «monument géologique protégé».Autre caractéristique, l\u2019implication des Aborigènes, «lente et acquise douloureusement, mais réelle», selon les mots de John Christophersen, de la région de West Arnhem.Ce dernier est l\u2019un des sept membres élus au Northern Land Council, l\u2019organisme qui dirige le développement des terres autochtones dans le Territoire du nord.Je l\u2019ai rencontré au congrès mondial des parcs à Sydney.Au cours des années 1980, m\u2019a-t-il expliqué, les Aborigènes sont Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 51 OUSSE DU BUSH L\u2019Australie s\u2019est dotée de 500 parcs nationaux pour protéger sa faune incomparable, sa flore unique et aussi son gigantesque arrière-pays, le bush.Suffisant?Par Jean-Pierre Rogel Perruche royale Arbre fougère J E A N - P I E R R E R O G E L J E A N - P I E R R E R O G E L sortis de l\u2019oppression et ont notamment acquis le droit de gérer leurs territoires ancestraux.Ils veulent développer l\u2019exploi - tation des plantes et des animaux par le biais de petites entreprises locales, ainsi que de l\u2019écotourisme.Cependant, selon lui, ce n\u2019est pas facile.«Le processus légal nous a redonné nos terres, reconnaît-il.Mais nous faisons face à de multiples pressions, notamment celles des compagnies minières qui veulent exploiter notre territoire.J\u2019aimerais que nous passions plus de temps à assurer la santé de nos écosystèmes, car ils sont la base de notre avenir.» Ce souci environnemental peut se révéler payant.Sur le plan national, le tourisme de nature rapporte chaque année 32 milliards de dollars à l\u2019économie australienne.C\u2019est 10 fois plus qu\u2019au Canada, si on en croit une étude de Parcs Canada datant de 2009.Selon l\u2019organisme Tourism Research Australia, 3,3 millions de touristes étrangers ont visité ce pays en 2009 pour découvrir la nature.À eux seuls, les parcs nationaux de Kakadu et d\u2019Uluru-Kata Tjuta \u2013 les joyaux du «Centre rouge» \u2013 contribuent pour plus de 320 millions de dollars par an à l\u2019économie régionale du Territoire du nord.Mais si ce tourisme progresse, il reste que ce sont les Australiens eux-mêmes, fervents de plein air, qui fréquentent ces parcs.Très bien équipés, ils s\u2019y installent pour quelques jours avec leurs camping- cars, leurs vélos de montagne, leurs canots et leurs cannes à pêche.De nombreux organisateurs de voyages offrent des activités, à l\u2019intérieur des parcs, qui ne seraient jamais offertes au Canada.Un exemple, «l\u2019aventure en 4x4 dans nos paysages typiques», des circuits en véhicule hors piste.Cette gestion des parcs suscite de la grogne, notamment face à l\u2019augmentation des coûts d\u2019accès et de camping (ainsi, il faut débourser 65 $ la nuit pour camper au Wilson\u2019s Promontory).«Depuis quel - ques années, on voit aussi des réductions dans les services, surtout dans l\u2019État de Victoria», commente David Payne, un assidu de plusieurs parcs nationaux de la côte est.Mais ce qui inquiète davantage les environnementalistes, c\u2019est que le Système national des réserves ne progresse plus.«Cela signifie, souligne James Fitz- simons, qu\u2019on ne peut plus étendre le réseau alors qu\u2019on le devrait, ne serait-ce que pour faire face aux changements climatiques.Nous oublions qu\u2019une grande partie de nos chances d\u2019y parvenir est liée à ces aires protégées.» Directeur d\u2019un projet de restauration écologique en milieu rural, l\u2019agronome Graham Fifield, de l\u2019ONG Greening Australia, appuie ces propos : «Déjà, nous avons ici des sécheresses prolongées, et il est évident que la résistance du milieu dépend des aires protégées, petites et grandes.Parce qu\u2019elles maintiennent les ressources en eau et favorisent la régénération naturelle, elles sont la clé de la capacité d\u2019adaptation des écosystèmes.» huit heures du matin, le soleil frappe déjà fort sur les plateaux de la Nou- velle-Galles du Sud.Il fait 34 ºC.Nous roulons vite sur des chemins de gravier dans un paysage vallonné et ouvert.Alentour, des champs truffés de tas de pierres et clôturés, mais pas de moutons ni de vaches, ni même de bâtiments de ferme.Nous suivons une bifurcation et, 1 km plus loin, franchissons un portail en bois surmonté d\u2019un écriteau : «Gu- nyah».C\u2019est ici, dans 550 hectares de collines, L\u2019australie, un modèle de biodiversité?Le conflit est évident.La majorité des kangourous vivent là où les humains élèvent des concurrents écologiques, le mouton et le bœuf.Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait?On gère, bien sûr.C\u2019est-à-dire que l\u2019État autorise la chasse ou l\u2019abattage (la «récolte») des kangourous, selon un système de quotas par régions.En mo yen - ne, un peu plus de 3 millions de kangourous sont ainsi abattus chaque année sur les terres publiques.Cela génère une industrie importante, le commerce des peaux et de la viande \u2013 cette dernière, peu appréciée des Australiens, servant surtout à la fabrication de nourriture pour animaux.Sur les terres privées, la situation est plus confuse; on chasse aussi avec permis, mais, souvent, les éleveurs n\u2019hésitent pas à abattre les roos qui, selon eux, perturbent leurs élevages.Au milieu de tout cela, des chercheurs surveillent les populations, leur reproduction et leur dynamique.Ce n\u2019est pas simple.Si on s\u2019en tient aux kangourous au sens strict \u2013 donc sans compter les wallabys et les autres petits macropodidés \u2013, la dernière statistique accessible fait état de 11,5 millions de «grands roux», Macropus rufus; À 52 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 34 MILLIONS DE KANGOUROUS POUR 23 Graham Fifield, de l\u2019ONG Greening Australia John Christophersen, du Northern Land Council : «La santé de nos écosystèmes est la base de notre avenir.» que Tony et JennyMagee élèvent des moutons et quelques vaches.«Quand nous avons acheté, il y a 12 ans, dit Tony, les champs étaient en piteux état.La végé - tation était appauvrie, brûlée par les sécheresses successives et il y avait des remontées de sel en surface.» Le fermier a d\u2019abord protégé les ruisseaux et divisé les champs.Puis il a remis ses moutons en pacage, mais sur de petites parcelles, en alternance et en rotations courtes.«La végétation naturelle a repris, explique Tony, mais on pensait pouvoir faire mieux».Il a donc contacté Greening Australia.L\u2019ONG offre un programme qui consiste à retirer une parcelle de la production afin de la reboiser et à créer des couloirs de végétation entre les autres champs, tout en compensant le fermier pour ses pertes temporaires de revenu.«Ici, nous avons planté 17 km d\u2019arbres et d\u2019arbustes, et le résultat est spectaculaire, estime Graham Fifield.La biodiversité végétale est de retour, et les moutons broutent Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 53 de 16 millions de «gris de l\u2019est», Macropus giganteus; de 4,3 millions de Wallaroos-euros, Macro- pus robustus; et de 2,3 millions de «gris de l\u2019ouest», Macropus fu- liginosus.Donc, quatre espèces différentes, vivant dans des habitats très variés.Remarquons au passage que ces marsupiaux ont trouvé une solution géniale pour se déplacer.Stockée dans les muscles et les tendons des pattes arrière, leur force de propulsion est très efficace.Comparés aux mammifères placentaires de taille équivalente, ils ont besoin de moins d\u2019énergie pour se déplacer, donc de moins de nourriture.Le revers de la médaille, c\u2019est que ces herbivores ont un solide appétit.Et qu\u2019ils apprécient l\u2019herbe tendre des pâturages, dont ils franchissent allègrement les clôtures.En toile de fond, il faut voir que l\u2019Australie fait face au réchauffement climatique et que les sécheresses sont plus marquées qu\u2019autrefois.Même s\u2019ils sont très résistants, les kangourous en souffrent et certaines populations régionales sont en déclin.Mais pour le gouvernement fédéral, conduit par le «climato sceptique» Tony Abbott, il n\u2019y a pas de quoi fouetter un chat; encore moins un kangourou.UR 23 MILLIONS D\u2019AUSTRALIENS Gunyah, sur les plateaux de la Nouvelle-Galles du Sud.L\u2019idée d\u2019associer les agriculteurs au maintien de la biodiversité est au cœur de plusieurs programmes gouvernementaux et privés.Menaces sur la Grande Barrière «La plus grande structure créée par des organismes vivants au monde», affirment les publicités.Sur les images satellites, on a en effet l\u2019impression d\u2019une superstructure unique.Mais c\u2019est plutôt un ensemble d\u2019îles et de récifs formés de milliards d\u2019organismes minuscules \u2013 des coraux polypes \u2013 qui sécrètent leur propre exosquelette.Dans des eaux peu profondes d\u2019un bleu lumineux, la Grande Barrière de corail abrite plus de 1 500 espèces de poissons et de crustacés, et 350 espèces de coraux.Site- vedette du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO, elle attire plus de 2 millions de visiteurs par an.Une large partie du récif est protégée par le Great Barrier Reef Marine Park qui impose des limites à la pêche et contrôle le tourisme.Un système imparfait, puisqu\u2019il y a chaque année des arrestations pour pêche illégale dans le parc marin.Les groupes environnementaux demandent aussi que la pêche dans la zone adjacente au parc soit réduite.Par ailleurs, la Grande Barrière est affectée par les sédiments et la pollution charriée par les rivières de la côte.Récemment, d\u2019ailleurs, l\u2019autorisation gouvernementale donnée à un projet de méga-mine de charbon dans le Queensland a relancé les inquiétudes à ce sujet.Autre menace, le changement climatique s\u2019accompagne du blanchissement des coraux, un phénomène qui est en croissance dans les océans sans qu\u2019on sache bien l\u2019expliquer.En gros, disons que le corail se décolore à la suite de l\u2019expulsion des algues qu\u2019il abrite et qu\u2019il finit par mourir.Selon une étude publiée en octobre 2012 par la revue scientifique états-unienne PNAS, la surface récifale de la Grande Barrière aurait diminué de moitié depuis 1985, sans qu\u2019on sache par contre si c\u2019est dû au blanchissement corallien, aux typhons ou aux dégâts de l\u2019acanthaster pourpre, une étoile de mer vorace qui se nourrit de corail.L\u2019avenir de la Grande Barrière est-il menacé?Pas nécessairement, selon les experts.Certaines de ses zones se portent bien, et sont même en croissance.Face aux menaces, il est urgent d\u2019étendre les zones de protection marine, et l\u2019Australie s\u2019est engagée à le faire.La mobilisation pour sauver ce que certains qualifient de huitième merveille du monde s\u2019organise aussi à l\u2019international.«Le 18 juin prochain, au Qatar, confie un expert australien au fait du dossier, l\u2019UNESCO doit décider ou non d\u2019inscrire la Grande Barrière sur la liste des sites naturels mondiaux en danger.Paradoxalement, si la décision est positive, cela pourrait enclencher ici des moyens considérables pour redresser la situation.L\u2019Australie ne voudra pas perdre la face.» N A S A / I S S de l\u2019herbe de qualité tout en profitant de l\u2019ombre.» L\u2019idée d\u2019associer les agriculteurs au maintien de la biodiversité est en fait au cœur de plusieurs programmes gouvernementaux et privés en Australie.On se préoc - cupe aussi beaucoup d\u2019aménager des zones tampons autour des aires protégées, depuis qu\u2019on a compris que les parcs ne peuvent pas être des îlots de nature assiégés par des activités dégradant le milieu, les sols et les ressources hydriques.Un des projets les plus ambitieux à cet égard est Gondwana Link, en Australie- Occidentale.Cette initiative privée cherche à protéger, en un arc continu de plus 1 000 km de longueur, des écosystèmes allant des forêts côtières humides (intactes) aux plaines sèches (dégradées) de Nullar- bor.«En rétablissant la connectivité écologique, fait-on valoir sur le site web du projet, les plantes, les insectes et les animaux circuleront mieux.Le pollen et le nectar, en particulier, seront plus abondants lors des périodes critiques.» Idéaliste?L\u2019approche est scientifiquement fondée.De récentes recherches ont en effet démontré que, si on veut améliorer la polli- nisation dans cette région, la mesure la plus efficace serait de protéger les habitats favorables aux oiseaux et à la souris à miel (un minuscule opossum), qui sont ici les grands pollinisateurs.L\u2019Australie est considérée par l\u2019Union internationale pour la protection de la nature (IUCN) comme un pays en bonne voie d\u2019atteindre l\u2019objectif de protéger 17% de sa superficie terrestre d\u2019ici 2020.En 2012, selon les données de l\u2019IUCN, l\u2019Australie protégeait 12,8% de ses terres (troisième pays au monde après les États-Unis et la Russie), le Canada étant à 8,6%.Quant à son territoire marin, l\u2019Australie en protégeait 11,5%; le Canada, seulement 0,8%.L\u2019enthousiasme des Australiens pour la défense de leur bush \u2013 le mot signifie pour eux la nature, l\u2019arrière-pays ou outback, voire tout espace qui n\u2019est pas en ville \u2013, a quelque chose de prometteur.?QS 54 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 L\u2019australie, un modèle de biodiversité?L\u2019art de la dérive L\u2019histoire géologique de l\u2019Australie est singulière.Depuis quelque 45 millions d\u2019années, la plaque tectonique qui la porte s\u2019est détachée des autres masses continentales, emportant avec elle une faune et une flore particulières; une dérive vers le nord-est qui se poursuit à raison de 5 cm par an en moyenne.Pas de danger de collision avec l\u2019Amérique du Sud avant 150 millions d\u2019années! Lors de ce périple, de grandes périodes de sécheresse ont alterné avec des périodes plus humides et des submersions marines.Le retrait de ces mers a laissé tout le centre aride et plat.Ce continent est aussi celui dont les sols sont les plus pauvres, faute de déglaciation récente et de volcanisme actif.Les plantes, les animaux et les micro-organismes ont eu beaucoup de temps pour évoluer en isolement.Les marsupiaux, en particulier, ont connu un grand succès adaptatif; ils occupent des niches écologiques occupées dans d\u2019autres pays par des mammifères placentaires.Enfin, l\u2019occupation par les Aborigènes \u2013 arrivés il y a environ 60 000 ans \u2013 est assez récente et ils n\u2019ont jamais été très nombreux.Ils ont peut-être causé la disparition de l\u2019ancienne mégafaune il y a quelque 10 000 ans mais, quoi qu\u2019il en soit, la faune qui lui a succédé s\u2019est déployée sur tout le continent sans problème.DU 1er AU 7 AOÛT, ROULEZ L\u2019ÉVÉNEMENT CYCLISTE DE L\u2019ÉTÉ ! veloquebecvoyages.com ?>?>?p h o t o s : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e , G a é t a n F o n t a i n e , T o u r i s m e C a n t o n s - d e - l \u2019 E s t / S é b a s t i e n L a r o s e ERMONT.SI BE V NTONS- A C ! AUX, SI BONS, SI PRÈS ! de proximité a ses avantages dégustations de produits locaux.L paysages, routes tranquilles, visites de vignobles et out débute à moins d\u2019une heure de Montréal T \u2019épicurisme : splendides IMPRIMANTE DE POCHE Un téléphone qui bouge tout seul sur une feuille de papier?Mais oui: il imprime.Deux designers sud-coréens proposent le concept d\u2019un boîtier de téléphone intelligent doublé d\u2019une imprimante.Équipé de petites roues et de cartouches d\u2019encre, le tout est à peine plus épais qu\u2019un boîtier normal.Une fois l\u2019image choisie, on place l\u2019appareil bien à plat sur une feuille de papier où il fait ses aller-retour en imprimant graduellement le document, alimenté par la batterie du téléphone.L\u2019idée a mérité à ses auteurs le premier prix d\u2019un concours de design.Reste à concrétiser le tout.www.yankodesign.com/2014/11/17/ the-ultimate-mobile-printer/ Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 55 ÉNERGIE D\u2019ÉGOUTS Ouvrir un robinet; tirer la chasse d\u2019eau.Ces petits gestes mille fois répétés font circuler des millions de litres d\u2019eau dans les tuyaux des grandes villes.À Portland, en Oregon, on a décidé d\u2019extraire l\u2019énergie de cette eau courante en plaçant des turbines dans des dizaines de canalisations souterraines.L\u2019électricité générée équivaut à la consommation d\u2019une école ou d\u2019une bibliothèque.Les promoteurs soulignent qu\u2019il est rare de trouver une nouvelle source d\u2019énergie n\u2019ayant aucun impact environnemental.Il est vrai qu\u2019à l\u2019intérieur des tuyaux d\u2019égouts, peu de poissons risquent de se faire charcuter dans les turbines.Mais qu\u2019en est-il des rats?http ://inhabitat.com/ portlands-water-pipes-are- the-newest-source-of-clean- energy/ Par Joël Leblanc Aujourd\u2019hui le futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > OUBLIEZ APPLE, VOICI LA BANANA! Les dispositifs électroniques portables se multiplient: montres, bracelets, vêtements intelligents, lunettes branchées, etc.Dole, le plus grand distributeur mondial de fruits, a accroché un sourire aux participants du marathon de Tokyo, le 22 février dernier, en concevant le premier appareil portable mangeable: une banane modifiée.Insérés sous la pelure du fruit, des capteurs, un processeur, un éclairage à DEL et une batterie ont permis à quelques coureurs de connaître leur temps de course, leur distance, leur rythme cardiaque.La banane, fixée au poignet, affichait même les tweets d\u2019encouragement des supporters et les moments où il était temps de manger une banane (normale).Les bananes techno ont été gobées à la fin de la course! www.dole.co.jp/wearablebanana/en/ > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 56 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE PROVOQUER LE ÉBAT À lire dans notre prochaine édition La formule 1 : bientôt électrique et sans pilote?En septembre dernier, la ville de Pékin en Chine a présenté une première édition de Grand prix de F1 électrique.Ce qui n\u2019a pas manqué d\u2019inspirer le maire de Montréal Denis Coderre qui souhaite maintenant accueillir une telle compétition (que l\u2019on imagine plus silencieuse et moins polluante).Qu\u2019à cela ne tienne, ces courses pourraient aussi se faire sans pilote, nous disent les informaticiens.Ce qui tue les bélugas Il n\u2019y a pas que le bruit des moteurs de navires qui embêtent les marsouins blancs.Le Saint-Laurent cache aussi des poisons qui sont en train de les exterminer.Ce sont, entre autres, 80 espèces de microalgues potentiellement nuisibles et toxiques.Pouvons-nous contrôler leur prolifération?Pharmacien et.jardinier Les vaccins contre la grippe sont fabriqués avec des œufs depuis 70 ans.Une entreprise de Québec compte maintenant utiliser une plante, Nicotiana benthamiana, une cousine du tabac, pour y arriver.L\u2019avantage?La production de protéines vaccinales ne prendrait que quelques semaines, plutôt que des mois.Enfin, un vrai casse-grippe pour les prochains hivers? Avril ~ Mai 2015 | Québec Science 57 C\u2019EST GRAVE, DOCTEUR?On l\u2019a tous expérimenté: taper nos symptômes dans Google pour tenter de s\u2019auto-diagnosti- quer est une expérience aussi anxiogène que déstabilisante.On en ressort avec une liste interminable de maladies toutes plus graves les unes que les autres, et avec plus de questions que de réponses.Pourtant, 1 recherche sur 20 effectuées sur Google porte sur des signes médicaux.C\u2019est dire si la demande est grande! Google a donc pris le problème à bras-le- corps.Le géant est actuellement en train de tester, aux États-Unis, une nouvelle fonctionnalité qui propose à certains internautes choisis au hasard de discuter en ligne avec un médecin.Pendant cette phase de test, à propos de laquelle peu d\u2019informations ont filtré, les coûts de la consultation virtuelle seront bien sûr assumés par Google.Par la suite, le service serait payant, mais aurait l\u2019avantage d\u2019être instantané.L\u2019expérience a en outre permis à l\u2019entreprise de modifier son algorithme pour apporter des réponses plus précises et plus efficaces aux divers problèmes de santé.Des graphiques permettant de résumer les symptômes typiques et les traitements de différentes maladies, ainsi que leur fréquence et leur contagiosité, entre autres, s\u2019afficheront désormais en priorité dans le moteur de recherche.Des illustrations médicales seront aussi proposées.L\u2019idée étant de fournir l\u2019information de base pour que l\u2019internaute puisse mieux cibler ses recherches et savoir quoi demander à son médecin.Pas sûr que cela fasse baisser le niveau d\u2019anxiété\u2026 AU VOLANT, ON RACCROCHE La nomophobie, cette peur d\u2019être séparé de son téléphone cellulaire, s\u2019avère particulièrement dangereuse sur la route, car certains conducteurs distraits ne peuvent s\u2019empêcher de répondre à leurs textos ou de changer leur statut Facebook au volant.Une compagnie albertaine, AppColony, souhaite les aider à «décrocher», grâce à l\u2019application One Tap.Celle-ci détecte, à l\u2019aide du GPS, que la personne est en train de conduire, et se charge de répondre automatiquement aux appels et aux textos en signalant la situation aux divers interlocuteurs.La police de Calgary soutient l\u2019initiative qui n\u2019est pour l\u2019instant disponible que pour les téléphones Android.CROISADE CONTRE LE DÉNI CLIMATIQUE Pas toujours facile d\u2019argumenter face à un individu convaincu que l\u2019humain n\u2019a rien à voir avec le réchauffement climatique.Pour parer à toutes les attaques rhétoriques, John Cook, un australien qui tient un blog sur le climat (Skeptical Science), a mis en pla - ce un cours en ligne pour large public (MOOC), qui offre des outils permettant de mieux communiquer la science des chan ge - ments climatiques à un auditoire sceptique ou anti-science.Le cours débute en avril, dure sept semaines et demande une ou deux heures d\u2019implication hebdomadaire.Au boulot! «Making Sense of Climate Science Denial», plateforme edX.Par Marine Corniou Sur la toile Matières à lire RETOUR SUR LE BOSON Alors que le Grand collisionneur de hadrons (LHC), du CERN à Genève, vient de reprendre du service, le boson de Higgs pourrait bien refaire parler de lui.Fonctionnant à pleine puissance après 2 ans de maintenance, le LHC devrait permettre cette année d\u2019en apprendre plus sur cette particule désormais célèbre.Que savons- nous d\u2019elle, au juste?Dans cet ouvrage, la physicienne québécoise Pauline Gagnon, qui travaille au CERN depuis 20 ans, reprend toutes les explications depuis le début.Qu\u2019appelle-t-on particules élémentaires?Que se passe-t-il dans le LHC?Et comment peut-il nous aider à mieux comprendre l\u2019Univers?L\u2019écriture est agréable; le livre est bien illustré.Même si certains passages restent costauds, il y a là de quoi satisfaire ceux qui désirent en savoir plus sur la physique des particules.Qu\u2019est-ce que le boson de Higgs mange en hiver?, Pauline Gagnon, Éditions MultiMondes, février 2015, 263 p.LA MAGIE DES MATHS Le chiffre sept est le préféré de la plupart d\u2019entre nous.Voilà ce qu\u2019a découvert Alex Bellos, mathématicien diplômé d\u2019Oxford, en faisant son propre sondage en ligne.C\u2019est en abordant cette dimension émotionnelle des maths que l\u2019auteur, aujourd\u2019hui conservateur au Science Museum de Londres, et connu pour son livre Alex au pays des chiffres (Laffont, 2011), débute son nouvel ouvrage.Il y vulgarise encore une fois avec brio \u2013 et humour \u2013 le monde des mathématiques, à coups d\u2019anecdotes, de jeux de hasard et de portraits de mathématiciens de toutes les époques, arguant que les équations sont comparables à des blagues: des récits constitués d\u2019un développement et d\u2019une chute qui provoque le sourire.À le lire, on finit par le croire! Alex et la magie des nombres, Alex Bellos, Éditions Robert Laffont, février 2015, 348 p.L\u2019IMMENSITÉ BLEUE Hubert Reeves quitte les étoiles pour redescendre sur Terre et nous parler de\u2026 la mer! Reprenant le modèle de son ouvrage L\u2019Univers?expliqué?à?mes?petits- enfants, il s\u2019associe cette fois à Yves Lancelot, un océanographe français, pour répondre à toutes les questions, aussi naïves que profondes, que leur posent leurs petits-enfants sur l\u2019océan.Les réflexions, tant poétiques que scientifiques, passent en revue les mécanismes des marées, l\u2019origine de l\u2019eau terrestre, sans oublier les forces des courants et la symbolique de la mer.On aborde aussi les dérèglements climatiques, la pollution et la surpêche, qui menacent aujourd\u2019hui ce patrimoine essentiel à la vie et à la survie de l\u2019humanité.Un cri d\u2019amour instructif.La mer expliquée à nos petits-enfants, Hubert Reeves et Yves Lancelot, Éditions du Seuil, janvier 2015, 96 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Jeme souviensd\u2019être passé là, il y a quelques années.Je voyageais dans cette région de l\u2019Ontario pour donner des conférences sur les réalités autochtones auprès des entreprises forestières.Dit autrement, j\u2019allais parler de l\u2019histoire des Amérindiens aux «gars de bois», question d\u2019apaiser les esprits, de réconcilier les âmes, de construire un avenir.Travail difficile en vérité, au fil de routes isolées et exigeantes, ah ! que les heures étaient longues et les restaurants rares ! Cette tournée me menait à Kapuskasing, Timmins, Chapleau, Sudbury \u2013 en passant par Gogama.Oui, je me souviens de la 144 nord, de ma Honda enneigée, d\u2019un orignal en particulier et d\u2019un froid à faire sautiller le corbeau.Je me disais qu\u2019en ces pays, la beauté des rivières, le mystère des forêts, la pureté de l\u2019eau et les animaux sauvages constituaient un trésor national.Vous me voyez venir, bien sûr.J\u2019imagine un beau train sillonnant ces paysages.Car un train peut être beau, et serviable, avec sa locomotive bien dessinée, ses wagons familiers, son allure de légende.Le train fait partie de l\u2019histoire du Canada, on le sait.Il a charrié tant de blé, des planches et des madriers, des tonnes de marchandises, il a charrié des gens, des histoires.Cependant, le voilà qui déraille, littéralement, ce train commode qui reliait des gens et des régions, celui-là qui nous faisait rêver et voyager ; n\u2019essayez pas de le prendre, il a disparu.Nos rails ne sont plus au service des gens, ils sont au service du pétrole.Au Canada, il faut être un baril pour voyager en train.Au Canada, de toute manière, il faut être un orignal ou un anthropologue pour faire un croche par Gogama.La communauté des Anishinabes (algonquins ojibways) de Mattagami vit sur les rives du lac du même nom, dans le nord de l\u2019Ontario.Le toponyme est identique \u2013 à un «t» près \u2013 à celui du lac Matagami en Abitibi et il signifie «rencontre des eaux» dans les langues algonquiennes.Le beau lac se décharge dans la rivière appelée aussi Mattagami qui, elle, s\u2019en va rejoindre la rivière Moose vers la baie James.Oui, une région magnifique ! Les Anishinabes du lac Mattagami ont signé le Traité numéro 9 en 1905.Contre des promesses faites par des fonctionnaires à la langue plus que fourchue, dont le fabuleux Duncan Campbell Scott, grand mépriseur d\u2019Indiens et longtemps chef des Affaires indiennes du Canada, ils ont cédé leurs terres ancestrales du nord de l\u2019Ontario aux bons soins du gouvernement fédéral.Durant le XXe siècle, ils ont vu se construire le chemin de fer du CN ainsi que de nombreux barrages ; ils ont été témoins de l\u2019exploitation très intensive de la forêt, ont vu ouvrir et fermer de grandes scieries, ont connu les feux et les repousses.Près de Mattagami se trouve le village de Gogama qui compte moins de 1000 résidants regroupés sur les rives du lac Minisinakwa.On parle français à Gogama, on parle algonquin à Mattagami, et dans les deux cas, on compte sur la beauté de la nature pour assurer l\u2019avenir des communautés.De la pêche, de la chasse, du canot, des lacs et des lacs, de la méditation en forêt boréale.C\u2019est une chose précieuse et rare que de pouvoir respirer en paix dans la paix virginale du monde.Or, imaginez que dans cette paix virginale, un convoi de pétrole déraille et explose.Eh oui, comme c\u2019est arrivé à Gogama, en pleine nuit, on dirait en cachette.Le convoi arrivait de l\u2019Alberta bitumineuse et se rendait à la raffinerie de Lévis.Tout un trajet pour un pareil char - gement, cela s\u2019appelle tenter le diable.Les accidents ferroviaires se multiplient et ce n\u2019est pas la première fois que le pire arrive.En matière de transport pétro - lier, nous sommes immensément floués.Non, ne comptez plus sur le train pour vous déplacer, ne comptez pas sur lui pour faire partie de la vie.Le train est devenu une ombre noire qui serpente dans nos cours, c\u2019est un serpent toxique, c\u2019est une poudrière de matières dangereuses en mouvement, un poison explosif qui traverse des villages vulnérables et des forêts précieuses.Il est inconcevable d\u2019avoir transformé le réseau ferroviaire canadien en un pipeline sur rail, sans le dire à personne.Il est irresponsable de transporter une telle quantité de pétrole sale dans des wagons-citernes dont on sait qu\u2019ils quittent les rails régulièrement, qu\u2019ils s\u2019éventrent, s\u2019enflamment, qu\u2019ils tuent des gens et noircissent les lieux et les rivières, qu\u2019ils entachent la beauté du monde.Qui, au Canada, connaissait le lac Mégantic avant la tragédie du train fantôme ?Qui, au Québec, connaissait Gogama avant le déraillement des wagons de pétrole ?Nous apprenons notre géographie au fil des tragédies.À Gogama, ce ne sont plus les poissons qui sautent, ce sont les trains.?QS Un serpent toxique à Gogama* Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 58 Québec Science | Avril ~ Mai 2015 \u2022 *Gogama: poisson sauteur en langue anishinabe Le concours débute le 9 MARS 2015 à midi et prend fin le 19 AVRIL 2015 à minuit.Règlement détaillé à www.geopleinair.com/palmares2015.Géo Plein Air dévoilera cette année le top 10 des municipalités les plus plein air du Québec .GRAND PRIX D\u2019UNE VALEUR DE 4000$ Forfait Grand Nord aux Écogîtes du Lac Matagami à la Baie-James PARTICIPEZ MAINTENANT À WWW.GEOPLEINAIR.COM/PALMARES2015 VOTEZ POUR VOTRE MUNICIPALITÉ PRÉFÉRÉE ET PARTICIPEZ AUTOMATIQUEMENT AU CONCOURS! 8500$ Plus de EN PRIX À GAGNER! VÉLO DE ROUTE SPECIALIZED Modèle AWOL Élite Valeur de 1779 $ FORFAIT DÉCOUVERTE À TADOUSSAC pour 2 personnes Valeur de 1050 $ ENSEMBLE DE CAMPING pour 2 personnes offert par La Cordée Valeur de 1035 $ ENSEMBLE DE 2 SACS À DOS OSPREY Valeur de 520 $ PORTE-VÉLO DE THULE Valeur de 300 $ INSCRIVEZ-VOUS ASMA RIQUE GO Du 24 au 31 mai 2015 DÉFI MÉTROPOLITAIN TOUR LA NUIT TOUR DE L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL PRÉSENTE EN COLLABORATION AVEC "]
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