Québec science, 1 janvier 2015, Juin-Juillet 2015, Vol. 53, No. 8
[" 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 Juin ~ Juillet 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA Physique LES DÉCOUVERTES À VENIR Archéologie COMMENT ON FAIT PARLER LES RESTES HUMAINS Montréal pourrait accueillir un Grand prix de Formule électrique Une Formule sans pétrole Contamination CE QUI TUE LES BÉLUGAS Vaccination DU JARDINAGE CONTRE EBOLA Civilisation LA FIN DES AZTÈQUES parcsquebec.com | 1 800 665-6527 L\u2019UNIVERS LA VIE NOS ANCÊTRES DÉCOUVREZ NOS ORIGINES À A P RCS NATIONA TROIS VERS TRA UX isites de l\u2019ASTROLab et de l\u2019Observatoire V \u2022 TIONAL ARC NA DU MONT P -MÉGANTIC isite V \u2022 du Musée d\u2019histoire naturelle ASHA TIONAL DE MIGU ARC NA P Activités de fouilles archéologiques \u2022 T ARC NA IONAL DU LA P A T A C-TÉMISCOU Soirées d\u2019astronomie \u2022 Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 : Adrian Burke, Mathieu Dupuis, Patrick Eid, Johanne Kerr Photos , NASA et Luc Rousseau D \u2022 évoilement du fossile complet d\u2019Elpistostege Activités de découverte \u2022 Randonnée à la falaise de foss \u2022 iles oyage malécite en rabaska V \u2022 \u2022 isites des sites V parc avec un archéologue Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 archéologiques du I _ _ i . quEbEc SciEncE JUIN-JUILLET 2015 ENTREVUE 8 LE MYSTERE AZTÈQUE Comment de puissantes et opulentes sociétés préhispaniques \u2013 Mayas, Aztèques et Incas \u2013 ont-elles pu s\u2019effondrer en l\u2019espace de quelques années ?L\u2019anthropologue Louise I.Paradis explique.Propos recueillis par Elias Levy ACTUALITÉS C O U V E R T U R E : F R A N C O I S E S C A L M E L / A U T O F I A F O R M U L A - E 13 Jean-Pierre Rogel Jet-stream fou 46 Serge Bouchard Nos grands-mères s\u2019appellent toutes Nokomis 4 BILLET Du courant sur le circuit Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 43 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 45 SUR LA TOILE/LIVRES Par Marine Corniou ENVIRONNEMENT 16 Nouvelle menace sur les bélugas Le déclin de nos marsouins reste mystérieux.Une étrange marée rouge survenue il y a sept ans n\u2019est peut-être pas étrangère à leurs malheurs.Enquête.Par Marion Spée PHYSIQUE 21 Après le boson de Higgs, ce qu\u2019il reste à découvrir Le Grand collisionneur de hadrons (LHC) a repris du service, à des énergies jamais atteintes.Mais au fait, que cherchent encore les physiciens?Par Marine Corniou 22 L\u2019Univers va-t-il disparaître?La découverte du boson de Higgs a ouvert un monde plein d\u2019inconnues.Le chercheur Yves Sirois nous livre un état des lieux de la physique d\u2019aujourd\u2019hui.Par Pierre Sormany EN COUVERTURE 26 Formule 1?Non, Formule E! Coureurs professionnels, manufacturiers, investisseurs ou simples amateurs, ils sont de plus en plus nombreux à se passionner pour la Formule E, où se joue \u2013 ils en sont convaincus \u2013 l\u2019avenir de l\u2019automobile.Par Daniel Bastien BIOTECHNOLOGIE 32 L\u2019or vert des pharmas Les plantes servent à soigner l\u2019humanité depuis toujours.Aujourd\u2019hui, elles peuvent en plus nous aider à synthétiser des vaccins et des médicaments complexes, à moindre coût et avec une rapidité jamais vue.C\u2019est la «moléculture».Une révolution en pharmacologie?Par Marine Corniou ARCHÉOLOGIE 38 Leçon d\u2019anatomie En étudiant les squelettes exhumés des anciens cimetières d\u2019hôpitaux, des bioarchéologues refont l\u2019histoire de la dissection des cadavres et de l\u2019enseignement de la médecine.Par Dominique Forget RUBRIQUES Quand la science sort des sentiers battus Passeport pour l\u2019inconnu Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec.A u c e n t r e A T A our bien des écologistes, les Grands prix automobiles sont des manèges de métal et de moteurs pareils aux courses de chevaux pour les animalistes : un scandale, une honte, un faux sport, une folie «pétrodoriférante» futile et bruyante.Comme si ce n\u2019était pas suffisant, l\u2019événement se drape dans un glamour assez agaçant pour ceux et celles qui ne lisent pas Paris Match, Tempo, ¡Hola! ou Cosmopolitan.Il a un côté m\u2019as-tu-vu, chromé et lustré qui a tout pour heurter les tenants de la simplicité volontaire.Ce n\u2019est pas demain que Slow Food commanditera un tel spectacle.Ni le Conseil du statut de la femme, d\u2019ailleurs.Pis, cela nous fait oublier que ces courses sont également des expériences technologiques extrêmes et de parfaits bancs d\u2019essai pour nos voitures de demain.Ainsi, on ne devrait pas se surprendre que le monde du sport automobile commence à tourner à l\u2019électricité.La FE (pour Formule électrique) est maintenant sur le fil de départ.Et c\u2019est de bon augure pour ceux qui veulent s\u2019affranchir du pétrole.Le 13 septembre dernier, la Fédération internationale de l\u2019automobile (FIA) a tenu, à Pékin, la première course de FE de l\u2019histoire.Puis, la Malaisie et l\u2019Uruguay ont accueilli les étapes suivantes, en novembre et en décembre.Une compétition à laquelle Montréal souhaite maintenant s\u2019ouvrir en 2016 ou 2017, si on en croit le maire Denis Coderre.S\u2019il est vrai que l\u2019enjeu de la course tient dans la vitesse et la performance*, le bolide doit être sécuritaire et assorti d\u2019une mécanique fiable.C\u2019est une nécessité: le parcours d\u2019un Grand prix est composé de segments qui permettent des accélérations spectaculaires, mais aussi de courbes qui forcent à ralentir subitement.De quoi mettre à dure épreuve les freins, le moteur, les boîtes de vitesses et les pneus de ces bolides, tout en exigeant des pilotes une parfaite maîtrise du volant.(Seront-ils, un jour, remplacés par des robots?) Le prochain rendez-vous de Formule 1 à Montréal est fixé aux 5, 6 et 7 juin prochains.On verra les parades habituelles des écuries; un cirque que d\u2019aucuns commencent à trouver plutôt ringard.Même les marmottes paraissent indifférentes au passage des bolides assourdissants.La FE pourrait être bien placée pour doubler la F1.Pourquoi pas?Ça n\u2019enlèvera rien au clinquant de la fête.* Pour l\u2019anecdote, le record du tour de piste au Grand prix de Montréal (4,3 km) est de 1 minute 13 secondes.Il est détenu, depuis 2004, par le pilote brésilien Rubens Barrichello.4 Québec Science | Juin ~Juillet 2015 Du courant sur le circuit Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Joël Leblanc, Elias Levy, Mario Masson, Jean-Pierre Rogel, Pierre Sormany et Marion Spée Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Alain Décarie, François Escalmel, Christian Fleury, Frefon, Philippe Henry Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Mai 2015 (522e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE JUIN-JUILLET 2015 VOLUME 53, NUMÉRO 8 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet Ça vrombit au royaume clinquant et chromé des Grands prix de Formule 1.Un bon show?Certes! Mais aussi un véritable laboratoire d\u2019ingénierie.P Grand prix de FE en Uruguay, l\u2019an dernier Un prétexte Roger Dumont a été interpellé par le billet «Place à la neurodiversité» (avril-mai 2015) présentant notre dossier sur l\u2019autisme.«Dans votre premier paragraphe, vous avez sans doute voulu démystifier le terme \u201cspectre\u201d appliqué à l\u2019autisme.Ce mot n\u2019est pas pris dans son sens premier d\u2019allure fantomatique, mais au sens physique, com me pour le spectre lumineux, le spectre sonore, le spectre électromagnétique.Dans cette acception, il annonce la pluralité des formes de l\u2019autis me.Comme on pourrait parler des formes de \u201cneurotypisme\u201d chez les autres humains, les non-autistes.«Ce message ne se veut pas un correctif à votre billet, mais plutôt un prétexte afin de vous féliciter du magnifique travail accompli par vous et toutes les personnes impliquées dans la réalisation de ce magazine.Non seulement vous nous informez des progrès de la démarche scientifique chez nous, mais vous le faites dans une langue bien adaptée à notre culture.Et dans une tenue à l\u2019égal des revues comme Science et Vie, Sciences et Avenir, La Recher che, etc.«Chapeau pour le dossier sur l\u2019autisme! Merci de nous faire mieux con - naître et apprécier ces personnes, et celles vouées à leur faciliter la vie.» Des Smarties indigestes Normand Giroux, psychologue à la Clinique Autisme et Asperger de Montréal, a pour sa part tenu à commenter l\u2019article «Quand je serai grand, je serai\u2026 neuro- typique» qui se penche sur les méthodes de traitement précoce de l\u2019au tisme.«Des fragments de l\u2019article [me] font grincer des dents, écrit-il.Ainsi, l\u2019étude de l\u2019INESSS (2013) sur le traitement de l\u2019autisme n\u2019est pas intégralement citée, laissant croire que l\u2019Institut ne recommande pas l\u2019intervention comportementale intensive (ICI) alors qu\u2019il dit bien que \u201cl\u2019intervention [de ce type] est reconnue comme celle où les données probantes sont les mieux établies pour ce qui est de la cible (enfants les plus jeunes possible) et de l\u2019intensité (au moins 20 heures par semaine)\u201d.Et plus loin, dans Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 5 courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre Illustrer la science?Le défi n'est pas des plus faciles.Il a été relevé par des étudiants et des étudiantes de l\u2019Université du Québec en Outaouais à l'initiative de l\u2019organisme Science pour tous, auquel on doit l\u2019événement 24 heures de science qui se tient en mai de chaque année au Québec.Ce sont les découvertes de l\u2019année de Québec Science (janvier-février 2015) qui ont constitué la source d'inspiration des jeunes graphistes.Sous la supervision de Jacques Kirouac, directeur général de Science pour tous, de Valérie Yobé et Johanne Sylvestre-Drouin, professeures à l\u2019École multidisciplinaire de l\u2019image (ÉMI) de l\u2019UQO, les étudiants et les étudiantes ont hérité d\u2019un sujet et avaient pour mission de présenter, un mois plus tard, trois projets d\u2019esquisses pour la découverte qui leur avait été attribuée.Marion Spée (journaliste scientifique indépendante), Johanne Sylvestre-Drouin et Jacques Kirouac ont constitué le premier jury.«Les illustrations collaient à la réalité scientifique, avec une touche artistique originale qui permettait de d\u2019ajouter un indéniable plus», dit M.Kirouac.Puis, les artistes devaient peaufiner leurs œuvres qui ont été ensuite soumises de nouveau au jury auquel s'est joint François Émond, directeur artistique à Québec Science.Parmi les 22 illustrations présentées, 5 se sont démarquées.Les voici.De gauche à droite : 1Pétrole à haut risque, d\u2019Anne-Sophie Rochette; 2Une masse de cellules souches, d\u2019Alex Donaldson; 3Pied de nez aux chasseurs de planètes, de Marie- Hélène Morin; 4Choqué à vie, de Karima Benelbachir; 5Comme les coquillages, d\u2019Areli Noriéga-Alonso; De l\u2019art et de la science Photos et émotions Le reportage du photographe Jacques Nadeau sur l\u2019univers des personnes autistes a suscité de nombreux commentaires positifs.Marie-Andrée Dupont écrit: «Ce reportage rend compte de la diversité des expériences vécues par les personnes autistes.Merci!» Nos lecteurs le qualifient «d\u2019essentiel et touchant» et de «magnifique».Vous pouvez revoir le reportage ici : www.quebecscience.qc.ca/ reportage_qs/photoreportage-autisme ses re commandations: \u201cQue l\u2019intervention comportementale intensive précoce demeure l\u2019intervention privilégiée pour les enfants d\u2019âge préscolaire, compte tenu de ses effets sur le fonctionnement cognitif, le langage et les comportements adaptatifs.\u201d Finalement, comme si cela n\u2019était pas assez clair, dans une étude de suivi en 2014, l\u2019INESSS dira: \u201cLa recommandation de l\u2019avis indiquant une cible de 20 heures par semaine [d\u2019ICI] est [\u2026] maintenue compte tenu des listes d\u2019attente actuelles au Québec.\u201d La journaliste n\u2019a pas été au fond des choses.«Mais ce sont les témoignages qui ressortent avant tout dans Québec Science.Le docteur Laurent Mottron apporte un avis discordant et réducteur sur l\u2019ICI: \u201cFaire avaler des Smarties à un enfant pour lui appren dre à dire bonjour à peu près correctement, pour la bagatelle de 40 000 $ par année, c\u2019est outrageant!\u201d Le docteur Mottron y va ainsi de déclarations à l\u2019emporte-pièce qui sont fausses ou inexactes, pour la plupart, ou tendancieuses.Il jette un discrédit sur l\u2019ICI.Le gouvernement du Québec, sans discernement, dénonce-t-il, aurait décidé en 2003 d\u2019appliquer la même médecine, soit 20 heures d\u2019ICI par semaine, à tout le monde.Et le docteur mise sur la rémission spontanée: \u201cRien ne prouve qu\u2019ils n\u2019auraient pas progressé de toute façon.\u201d Alors que l\u2019expérience commune est autre et même contraire: l\u2019autisme, laissé à lui-même, n\u2019évolue pas bien.Il s\u2019enlise.Les comor- bidités le rongent.La maladie mentale rôde.Cette inopportunité du docteur Mot- tron n\u2019a pas sa place.Ses Smarties sont indigestes.» Un jour, guérir! Claude Martin, de Longueuil, a des félicitations à nous faire.«Bravo pour votre dossier sur l\u2019autisme! Il sera très utile.En tant que père d\u2019une autiste de 26 ans, j\u2019ai cependant une réserve quant au thème de votre éditorial.Sa lecture pourrait laisser penser que l\u2019autisme n\u2019est qu\u2019une des formes de la diversité existant chez les humains, au même titre que la diversité culturelle.Mais, pour une grande proportion des autistes, il s\u2019agit bien d\u2019un terrible handicap qui n\u2019est pas qu\u2019un produit social.L\u2019autisme se présente très souvent avec une déficience intellectuelle, ce qui complique singulièrement la vie.«Considérer la façon dont l\u2019esprit des personnes autistes fonctionne est certainement une avenue de recherche nécessaire, mais je trouve cruel, pour plusieurs, de décrire ce phénomène comme ne demandant que l\u2019acceptation d\u2019une certaine perception du monde.L\u2019autiste a besoin de beaucoup plus, particulièrement de la part de ses parents et aussi des intervenants.Les souffrances qui accompagnent l\u2019autisme ne sont pas que de l\u2019ordre de la perception.J\u2019oserais donc proposer le slogan suivant: \u201cUn jour, guérir l\u2019autisme.\u201d» Le choix des mots Lucila Guerrero, auteure, artiste et autiste Asperger (qui est aussi la mère de Luka, l\u2019enfant dont la photo était en couverture du numéro d\u2019avril-mai), nous fait parvenir la remarque suivante : «Je vous écris pour vous remercier de votre volonté d\u2019informer sur la situation des autistes et de leurs familles.Je vous fais parvenir un document du collectif Aut\u2019Créatifs, auquel je participe, qui présente une terminologie respectueuse des personnes autistes et de leur condition.Il y a dans vos textes certains mots que nous, les autistes, ne trouvons pas assez justes.Voici le lien : autcreatifs.com/2014/12/19/raconter-lautis- me-autrement.Bonne continuation!» ?QS 6 Québec Science | Juin ~Juillet 2015 Un lancement réussi C'est à l\u2019Hôtel de ville de Montréal qu'a été lancé le dernier numéro de Québec Science qui portait sur l\u2019autisme.L\u2019occasion était belle : la sortie de notre magazine en kiosque coïncidait alors avec la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme, le 2 avril dernier.Nombre de représentants des groupes qui œuvrent dans le domaine de l'autisme se sont déplacés.L'écrivaine Kim Thuy (1), la responsable du développement social et communautaire à la Ville de Montréal, Monique Vallée, et la directrice générale de la Fédération québécoise de l'autisme (FQA), la conférencière Brigitte Harrison (2), ont notamment pris la parole.Des mots bien sentis, émouvants et surtout très justes.On a pu en profiter pour apprécier l'ensemble du travail que le pho- toreporter Jacques Nadeau (3) a réalisé en rencontrant plusieurs familles qui vivent la réalité de l'autisme.Comme vous l\u2019aviez certainement remarqué, c'est d'ailleurs lui qui avait mis en images l\u2019ensemble de notre dossier.Plusieurs des «sujets» étaient d'ailleurs présents lors de l\u2019événement.Comme nous l\u2019avions signifié, Québec Science va verser à la FQA un dollar pour chaque numéro vendu en kiosque.1 2 3 Au pied de la lettre Note : Les renseignements contenus dans ce publireportage sont fournis à titre indicatif seulement.Certaines conditions s\u2019appliquent relativement aux produits et services mentionnés dans cet article.Gestion FÉRIQUE et Services d\u2019investissement FÉRIQUE ne garantissent pas l\u2019exactitude ou la fiabilité des informations publiées ou divulguées et ne pourront pas être tenues responsables de toute perte ou de tout dommage éventuel résultant de l\u2019utilisation de ces renseignements.La présente communication ne constitue ni une offre, ni une sollicitation de quiconque dans aucune juridiction dans laquelle une telle offre ou sollicitation ne serait pas autorisée ou à toute personne envers qui il serait illégal de faire une telle offre ou sollicitation.Les renseignements fournis ne constituent pas des conseils particuliers de nature financière, juridique, comptable ou fiscale concernant des placements.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa filiale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est gestionnaire de fonds d\u2019investissement et est le gestionnaire des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planification financière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.PUBLIREPORTAGE CENTRE DE CONTACT CLIENTS 514-788-6485 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d\u2019ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 20 h En matière de REER, la théorie est parfois plus simple que la pratique.Et cela commence par le montant que vous avez le droit de cotiser à votre régime chaque année.La théorie : 18 % de votre revenu gagné de l\u2019année précédente (jusqu\u2019à concurrence d\u2019un plafond préétabli), plus toute marge de cotisation inutilisée dans le passé.Simple.La pratique : ce 18 % inclut aussi l\u2019épargne-retraite constituée en vertu d\u2019un régime de pension agréé (RPA) ou d\u2019un régime de participation différée aux bénéfices (RPDB).Si vous participez à un tel régime, vous devez donc tenir compte de votre « facteur d\u2019équivalence » (FE) pour établir votre cotisation.Sinon, vous risquez de dépasser votre limite et d\u2019encourir des pénalités.QU\u2019EST-CE QUE LE FACTEUR D\u2019ÉQUIVALENCE ?Le facteur d\u2019équivalence est la valeur attribuée à la cotisation ou à la prestation acquise par un participant à un régime de pension agréé (RPA).Dans un régime à cotisations déterminées, le FE est simplement égal aux cotisations versées au régime par l\u2019employeur et par l\u2019employé.Par exemple, si vous avez gagné 70 000 $ en 2014 et que ces cotisations ont été de 6 600 $, votre marge sera établie comme dans l\u2019exemple 1, ci-contre.Dans un régime à prestations déterminées, le FE est plutôt lié à la valeur des prestations accumulées, laquelle est établie selon une formule prescrite par la Loi de l\u2019impôt sur le revenu et qui est illustrée dans notre exemple 2 (la formule peut différer dans certains régimes).Les employeurs sont tenus de calculer un FE pour chaque participant à un régime de retraite et de l\u2019inscrire sur son T4.Si le FE est inférieur à la marge de cotisation du participant, celui-ci peut cotiser la différence.Sinon, il n\u2019a plus de marge de cotisation.Simple ?Mais non.DEUX AUTRES FE Car deux autres notions entrent en jeu : le facteur d\u2019équivalence rectifié (FER), et le facteur d\u2019équivalence pour services passés (FESP).Le premier tient compte de la réalité d\u2019un employé qui cesse de participer à un RPA et qui reçoit une prestation de fin de participation inférieure à la somme des facteurs d\u2019équivalence qui lui ont été attribués pour toute période postérieure à 1989 : le FER vient rétablir ses droits de cotisation REER en conséquence.Quant au FESP, il apparaît dans un régime à prestations déterminées lorsque survient un « fait lié aux services UN PEU À L\u2019ÉTROIT DANS VOTRE REER ?On dit souvent que les Canadiens ne cotisent pas assez à leur REER.Hélas, certains n\u2019ont tout simplement pas le droit de cotiser davantage ! Heureusement, il existe des solutions.passés » qui entraîne le redressement rétroactif des prestations pour des services rendus après 1989.Par exemple, si votre régime a été modifié de telle sorte que des années de service donnant droit à pension ont été ajoutées à votre crédit, vous aurez un FESP.DES STRATÉGIES POUR COMPOSER AVEC LE FE Alors, comment épargner pour la retraite avec de telles limites ?Le CELI Le compte d\u2019épargne libre d\u2019impôt (CELI) est un complément idéal, et parfois même un substitut, au REER parce qu\u2019il met vos investissements à l\u2019abri de l\u2019impôt et n\u2019a aucun lien avec vos facteurs d\u2019équivalence.Certes, vos cotisations ne sont pas déductibles, mais vos retraits ne sont pas imposables et ils ne sont pas pris en compte dans le calcul de la pension de la Sécurité de la vieillesse.Le compte d\u2019investissement S\u2019il vous reste des sommes à investir, envisagez un compte d\u2019investissement.Nos représentants en épargne collective peuvent vous aider à mettre en place une stratégie qui intégrera vos objectifs financiers et minimisera la morsure du fisc sur vos placements.Le REEE Pensez aussi au régime enregistré d\u2019épargne-études (REEE), qui vous permet d\u2019épargner des sommes à l\u2019abri de l\u2019impôt en vue des études de vos enfants, en plus de procurer de généreuses subventions.Quand l\u2019enfant fera ses études postsecondaires, il pourra recevoir des paiements d\u2019aide aux études constitués par les subventions et la plus-value accumulée.Quant à vous, vous pourrez récupérer vos cotisations en franchise d\u2019impôt et les affecter au projet de votre choix.comme la retraite.Rembourser vos dettes Une autre façon de composer avec le FE est de jouer sur l\u2019autre colonne de votre bilan : le passif.Ne plus avoir d\u2019intérêts à payer sur une somme due, c\u2019est comme obtenir un rendement équivalent sur un placement \u2013 et même plus, puisque la grande majorité des intérêts que nous payons sur nos dettes ne sont pas déductibles d\u2019impôt, alors que la grande majorité du rendement que nous obtenons finit par être imposable (sauf dans un CELI).Pour toute question, consultez un représentant en épargne collective FÉRIQUE ! www.ferique.com REVENU GAGNÉ MARGE DE COTISATION AVANT FE MARGE DE COTISATION FE 70 000 $ 12 600 $ - = x 18 %= 6 600 $ 6 000 $ Exemple 1 FE PRESTATION ACQUISE - 600 $ = 9 X Exemple 2 8 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 Quelles sont les principales civilisations précolombiennes?Les civilisations dites « préhispa- niques », que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui plus volontiers «civilisations anciennes des Amériques», se sont développées et ont connu leur apogée en Mésoamérique \u2013 une aire géographique comprenant les territoires du sud du Mexique, du Guatemala, du Belize, du Salvador ainsi que les portions occidentales du Honduras, du Nicaragua et du Costa Rica \u2013 et en Amérique du Sud, avant la venue de Christophe Colomb, en 1492.Les plus connues sont les civilisations maya et aztèque, en Mésoamérique, et inca dans l\u2019aire andine.Mais la plus ancienne civilisation de Mésoamérique, sans doute à l\u2019origine de toutes les autres, est la civilisation olmèque qui s\u2019est développée chez les diverses entités ethniques et linguistiques habitant le territoire mésoaméricain entre 1200 et 500 avant notre ère.Ces sociétés partageront un premier système symbolique qui marquera la pierre, la céramique, les coquillages et le bois.Les autres peuples anciens de la Mésoamérique \u2013 Mayas, Zapotèques, Mixtèques et Aztèques \u2013 seront très in?uencés par le legs culturel de la civilisation olmèque.Quelle a été la plus in?uente des civilisations précolombiennes ?Celle des Aztèques, dont l\u2019immense empire a étonné les premiers colons européens par son étendue géographique, sa richesse et sa complexité, comparables à celles des sociétés les plus évoluées de l\u2019Europe du XVIe siècle.La civilisation aztèque est l\u2019aboutissement de 3000 ans de civilisation précolombienne.Selon les documents historiques, souvent émaillés de mythes et de légendes, les Aztèques sont l\u2019une des 10 tribus nahuas venues du nord \u2013 du pays des chasseurs-cueilleurs et des guerriers chichimèques, considérés comme des barbares par les habitants des villes du sud du Mexique.Les Aztèques arrivent dans le bassin de Mexico, où ils connaissent des débuts très dif?ciles, vers 1250 de notre ère.Exécrés et méprisés par les peuples avoisinants, ils erreront et serviront de mercenaires pour les Acolhuas pendant une centaine d\u2019années avant d\u2019établir dé?nitivement leurs pénates dans les marécages du lac Texcoco.En 1325, les Aztèques fondent leur capitale, Tenochtitlan, à l\u2019emplacement de l\u2019actuelle ville de Mexico, qui deviendra l\u2019une des plus grandes villes du monde avec plus de 200000 habitants.Selon la tradition aztèque, Huitzilo- pochtli, son dieu tutélaire, avait dit au peuple qu\u2019il devrait ériger sa capitale dans un endroit marécageux où on pourrait voir un aigle sur un cactus.Ce signe prémonitoire tant attendu apparut un jour de l\u2019an 1325 au milieu des marais du lac Texcoco, une zone insalubre.Les Aztèques y édi?èrent pourtant une petite bourgade, qu\u2019ils nommèrent Tenochtitlan et qui deviendra, quelques décennies plus tard, la capitale d\u2019un grand empire.L\u2019aigle est au- jourd\u2019hui l\u2019un des ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS Comment les grandes civilisations disparaissent-elles ?Comment de puissantes et opulentes sociétés préhispaniques \u2013 Mayas, Aztèques et Incas \u2013 ont-elles pu s\u2019effondrer en l\u2019espace de quelques années ?Spécialiste reconnue des civilisations anciennes des Amériques, l\u2019anthropologue Louise I.Paradis, diplômée de l\u2019université Yale, pro- fesseure associée au département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal, où elle enseigne depuis 40 ans, livre quelques éléments de ré?exion qui aident à comprendre les enjeux inhérents à la grandeur et à la décadence des grandes civilisations préhispaniques.Propos recueillis par Elias Levy LE MYSTÈRE RE AZTÈQUE Chorégraphie traditionnelle aztèque pour souligner l\u2019anniversaire de la fondation de Tenochtitlan.E D O U A R D O M E J I A / C O R B I S 10 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 symboles du drapeau du Mexique.Les Aztèques ont donc réussi, en l\u2019espace d\u2019à peine un siècle, entre 1428 et 1519, à passer de la situation d\u2019une tribu de chasseurs-cueilleurs à celle d\u2019un État expansionniste qui couvrira une bonne partie de la Mésoamérique.Comment les Aztèques sont-ils parvenus à édi?er un empire aussi riche et in?uent en si peu de temps ?La société aztèque, hautement hiérarchisée et centralisée, a bâti et consolidé son pouvoir en mettant en œuvre simultanément deux stratégies politico-idéologiques.D\u2019une part, une politique de conquête et d\u2019expansion dans les provinces et États limitrophes, organisée autour du prélèvement de tributs, ainsi qu\u2019une politique de commerce avec les peuples environnants.D\u2019autre part, ils ont pratiqué l\u2019intégration de l\u2019idéologie religieuse et du pouvoir.Les dirigeants de l\u2019État aztèque ne demandaient pas aux peuples des territoires limitrophes sous leur domination d\u2019adopter la langue aztèque, de renoncer à leur religion ni d\u2019être gouvernés par des émissaires aztèques.Ils se contentaient d\u2019envoyer dans ces provinces des fonctionnaires pour prélever les impôts.La mort occupe une place centrale dans l\u2019idéologie politico-religieuse des Aztèques.Comme les Mayas, ils offraient à leurs dieux des sacri?ces humains.Comment justi?aient-ils cette pratique sacri?cielle?Le sacri?ce humain, présent depuis déjà de nombreux siècles en Mésoamérique, devient en effet une véritable institution chez les Aztèques.Il occupe une place centrale dans leur système idéologique et religieux.Au point de devenir le principal moteur des conquêtes militaires.C\u2019est la soif des divinités, du soleil et des autres forces de la nature pour le sang générateur de vie qui en fait une nécessité.Car chez les Aztèques, tout principe de vie \u2013 le soleil, la lune, la naissance des hommes\u2026 \u2013 doit son origine, et surtout sa perpétuation, au sacri?ce qu\u2019ont fait leurs dieux, à l\u2019aube du cinquième soleil ou sixième âge.Ainsi, Quetzalcoatl verse son sang sur les ossements de ceux qui seront les hommes; Nanauatzin et Tecucitecatl se sacri?ent pour se métamorphoser respectivement en soleil et en lune.Tous les dieux offrent leur sang pour que le soleil continue à donner la vie aux hommes et à la nature.À l\u2019image de leurs dieux, les Aztèques doivent donc aussi se sacri?er en donnant leur sang.Dans leur tradition, tout comme chez les Mayas et d\u2019autres civilisations mésoaméricaines, le sang des créateurs, et ensuite le sang des hommes, est le seul qui puisse assurer la pérennité de l\u2019existence humaine.La vie naît de la mort et la mort naît de la vie.Comment expliquer la fascination suscitée aujourd\u2019hui par les expositions consacrées aux Aztèques et aux autres civilisations pré- hispaniques?Ce qui fascine les visiteurs de ces expositions, c\u2019est la richesse, la puissance et la majesté des civilisations anciennes, notamment les civilisations maya, inca et aztèque.Les objets, les rites, les temples, les calendriers et les sites archéologiques qu\u2019elles nous ont légués continuent de nourrir les imaginaires collectifs.L\u2019engouement pour ces civilisations s\u2019explique aussi peut-être par l\u2019important mouvement de revendication identitaire apparu dans les Amériques, il y a une trentaine d\u2019années.Les descendants des peuples autochtones réclament avec force que leurs droits et leur identité, bafoués pendant des siècles, soient reconnus.Il y a eu en 2005, à New Haven, dans l\u2019État du Connecticut, une grande exposition sur les Incas.De nombreux artéfacts et sculptures trouvés par des archéologues états-uniens lors de leurs fouilles à Machu Pichu, au Pérou, ont été présentés.Or, à la demande de groupes d\u2019Indiens descendants des Incas, le gouvernement péruvien a exigé des organisateurs de cette exposition, en > ACTUALITÉS La ville de Tenochtitlan selon une murale de Diego Rivera exposée au Palacio Nacional de México. particulier de l\u2019université Yale, la restitution de tous les objets et sculptures découverts durant les fouilles archéologiques de ces lieux où les Incas ont vécu.Au Canada, les descendants des communautés amérindiennes mènent un combat identitaire analogue.Il y a une trentaine d\u2019années, qui, au Québec et au Canada, comprenait les revendications des peuples autochtones ?Dans les Amériques, les «néo-Indiens» réclament vigoureusement et très légitimement que leur identité, leurs droits et leur riche héritage ancestral soient réhabilités et reconnus à leur juste mesure.Comment des civilisations aussi prospères et puissantes que celles des Aztèques, des Mayas et des Incas ont-elles pu être si vite anéanties?Dans les cas de la civilisation aztèque et de la civilisation inca, on a une réponse historique très précise : c\u2019est l\u2019arrivée des conquistadors espagnols.Précisons que, au moment où les Européens débarquent dans le Nouveau Monde, les grandes cités mayas, elles, n\u2019existent plus depuis longtemps.Le 21 avril 1519, Hernán Cortés, el conquistador, met pied à terre non loin de la ville de Cempoala (État de Veracruz) avec 600 hommes, 16 chevaux et 14 canons.Il détruira le puissant empire aztèque en l\u2019espace de deux ans.Hernán Cortés comprend très vite que ce dernier est fondé sur l\u2019expansion économique.Les Aztèques ont en effet consolidé leur légitimité et leur pouvoir politique grâce à leur puissance économique basée sur l\u2019or, le cacao \u2013 produit alimentaire de base qui leur servait de monnaie d\u2019échange \u2013, les tissus de coton, etc.Cortés s\u2019allie donc plusieurs peuples de la région, notamment les Totonaques et les Tlaxcaltèques, qui détestent les Aztèques et veulent à tout prix s\u2019affranchir de leur oppression.C\u2019est à la tête de sa petite armée, accompagnée par plusieurs milliers d\u2019Amérindiens, qu\u2019il entre dans Tenochtitlan le 8 novembre 1519.Il fait prisonnier le roi Moctezuma II et s\u2019empare du pouvoir.Dans un premier temps, les Aztèques réussissent à chasser les Espagnols de Tenochtitlan à la ?n de juin 1520, durant la Noche Triste.Les Espagnols se réfugient chez leurs amis Tlaxcaltèques pour préparer leur retour dans la capitale aztèque qu\u2019ils assiègent, provoquant une épouvantable famine.Le dernier empereur aztèque, Cuauhtemoc, capitule l\u2019année suivante.L\u2019empire aztèque est décapité.Scénario semblable chez les Incas, qui seront vaincus, en 1532-1533, par un autre conquistador espagnol, Francisco Pizarro.C\u2019est donc la guerre qui tue les civilisations?La disparition complète d\u2019une grande civilisation est une question fondamentale qui nous préoccupe toujours et à laquelle il n\u2019est pas aisé d\u2019apporter des réponses convaincantes.Dans le cas de la civilisation aztèque, comment un monde aussi puissant, aussi remarquablement bien organisé sur le plan social et aussi opulent a-t-il pu s\u2019effondrer?Il est vrai que, parfois, des facteurs environnementaux, climatiques, sociaux \u2013 des voisins très hostiles ou une dépendance économique auprès de partenaires commerciaux \u2013 ont pu contribuer à l\u2019anéantissement d\u2019une grande civilisation.En ce qui concerne les sociétés préhispaniques comme les Aztèques et les Incas, ce sont essentiellement des raisons économiques qui ont entraîné leur chute.C\u2019est l\u2019avidité sans scrupule des conquistadors, leur immense désir de faire fortune rapidement, qui a détruit ces empires qui paraissaient pourtant invincibles.Que reste-t-il aujourd\u2019hui des civilisations anciennes des Amériques?Aujourd\u2019hui, les descendants des Mayas vivent au Mexique, au Guatemala, au Belize, au Honduras et au Salvador.Les descendants des Incas vivent en Équateur, au Pérou et en Bolivie.Les descendants des Aztèques vivent au Mexique.Les Mayas et les Aztèques nous ont légué un riche héritage culturel et patrimonial : des temples, les vestiges de cités grandioses et un système de calendriers très sophistiqués qui continuent, des siècles plus tard, à émerveiller l\u2019humanité.Une partie importante de ce qui fut la Mésoamérique est donc encore habitée par les populations indiennes qui continuent de parler leur langue et dont les pratiques culturelles et rituelles combinent des croyances millénaires de la Mésoamérique, de l\u2019Espagne et du monde occidental.Cela peut encore générer des dynamismes culturels nouveaux.nQS Peuple du soleil À l\u2019été 2015, Pointe-à-Callière, musée d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, présentera une grande exposition internationale consacrée aux Aztèques : Les Aztèques, peuple du soleil.À voir, une foule d\u2019artéfacts témoignant de l\u2019histoire et de la grandeur de la civilisation aztèque.Des masques et des statues; des bijoux et des ?gurines; des sceaux et des pierres; des vases et des céramiques; des objets reliés au culte du soleil, comme des boîtes à offrandes; et des fac-similés de codex.L\u2019exposition souligne plusieurs épisodes de l\u2019histoire des Aztèques comme leur migration ou la fondation en 1325 de la fabuleuse cité de Tenochtitlan, capitale de leur empire (devenue Mexico en 1521 à la suite de la conquête espagnole).Elle raconte aussi le quotidien des gens, démontre leurs techniques agricoles, fait découvrir le Templo Mayor et explique les rites sacri?ciels.L\u2019exposition a pu être réalisée grâce à la collaboration de plusieurs musées mexicains dont le Musée national d\u2019anthropologie et le fameux Museo del Templo Mayor.Chevalier aigle, Museo del Templo Mayor, Mexico L\u2019avidité sans scrupule des conquistadors, leur immense désir de faire fortune rapidement, a détruit ces empires qui paraissaient pourtant invincibles. 12 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 > ACTUALITÉS N A S A UN JUMEAU EN ORBITE L\u2019astronaute états-unien Scott Kelly devra être patient.En mars 2015, il a rejoint le Russe Mikhail Kornienko pour un séjour d\u2019un an dans la Station spatiale internationale.Une durée record qui devrait permettre à la NASA de mieux connaître les effets de l\u2019environnement spatial sur le corps humain, en prévision d\u2019un éventuel voyage vers Mars, qui durerait au moins 500 jours.Mais Scott Kelly présente un avantage unique pour la recherche : il a un vrai jumeau, Mark Kelly, lui aussi astronaute, qui va jouer le rôle du « témoin » resté sur Terre.De quoi permettre aux chercheurs d\u2019étudier avec plus de précision les changements physiologiques, génétiques et psychologiques que subira Scott en orbite, du fait des radiations, du con?nement et de l\u2019absence de gravité.LA GREFFE FÉCALE : ENCORE PLUS EFFICACE QUE CE QU\u2019ON PENSAIT La thérapie n\u2019est pas très ragoûtante, mais elle fonctionne : la transplantation de matières fécales est non seulement béné?que à court terme contre la redoutable infection au Clostridium dif?cile, mais ses effets persistent pendant une moyenne de 21 semaines.Encore marginale, la « thérapie fécale » consiste à prélever de la matière fécale chez un donneur, à la puri?er et à l\u2019injecter par coloscopie au receveur.L\u2019idée ?Remplacer les mauvaises bactéries intestinales par une ?ore saine, dans l\u2019espoir de rééquilibrer le microbiome.Elle semble ef?cace à 95 % contre C.dif?cile, quand les antibiotiques sont impuissants.La nouvelle étude a été menée par des chercheurs de l\u2019université du Minnesota sur seulement 14 patients, mais elle démontre que les transplantations fécales permettent de modi?er le microbiome intestinal à long terme.LES FILLES DÉFAVORISÉES ?L\u2019inégalité des sexes commence bien avant la naissance.Alors qu\u2019on compte en moyenne dans le monde 105 naissances de garçons pour 100 naissances de ?lles, il apparaît que garçons et ?lles sont conçus en proportions égales lors de la fécondation.Mais les embryons femelles ont moins de chances de survie durant la grossesse.C\u2019est ce qui ressort de la plus vaste étude jamais menée sur la question, incluant 30 millions de données issues d\u2019embryons de 3 à 6 jours, d\u2019embryons provenant d\u2019interruptions de grossesse, de 800 000 amniocentèses, et de naissances vivantes et décès in utero enregistrés aux États-Unis entre 1995 et 2004.Les résultats, publiés dans la revue PNAS, révèlent que les embryons femelles sont plus susceptibles que les mâles de mourir vers la ?n du premier trimestre de grossesse.« On sait que le ratio garçons/?lles peut être in?uencé par la pollution et le stress maternel, mais on connaît peu de choses sur les mécanismes.On souhaite mieux comprendre ce qui se passe à quel moment de la grossesse », a indiqué l\u2019un des auteurs, David Steinsaltz de l\u2019université d\u2019Oxford, dans un communiqué.F R E F O N Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 13 Nous vivons dangereusement, menacés par des serpents qui sif?ent au-dessus de nos têtes.Mais s\u2019ils sont réels, ils ne mordent pas; ils se contentent de détraquer la météo.De plus en plus, semble-t-il.Ces serpents sont les jet-streams \u2013 les courants-jets.Ce sont des courants d\u2019air rapides de haute altitude, de plusieurs milliers de kilomètres de longueur sur quelques centaines de largeur, et de faible épaisseur (moins de 3 km).Dans l\u2019hémisphère nord, suivant la rotation de la Terre, ils circulent d\u2019ouest en est.Précisons qu\u2019il y a un courant-jet subtropical et un courant-jet polaire par hémisphère et qu\u2019ils présentent tous deux une forme naturellement sinueuse.Ces courants peuvent se diviser, se combiner et même circuler en boucle régionalement, mais laissons ces subtilités et considérons leur circulation principale.Celui qui in?uence le plus le temps qu\u2019il fait est le courant-jet polaire.Très rapide, il se manifeste surtout dans les latitudes moyennes (il in?uence notamment le vol des avions de ligne, d\u2019où son nom de « courant-jet », d\u2019ailleurs).Les gigantesques méandres du jet-stream polaire l\u2019emmènent loin vers le sud, puis le ramènent vers le nord.Quand l\u2019ondulation s\u2019ampli?e, les masses d\u2019air déplacées parcourent le globe plus lentement, ce qui engendre, pendant un certain temps, des conditions météo inhabituelles stables.C\u2019est ce qui est arrivé, pense-t-on, lors des deux derniers hivers.Résultat ?En 2014, tout le nord-est des États-Unis a vécu de grands froids (cette année, le même phénomène s\u2019est produit, mais de façon plus limitée et il a surtout touché le Québec), tandis que, au sud du grand méandre, sous une barrière de haute pression, la Californie vivait son hiver le plus chaud depuis 1850.On commence à relier ces sinuosités des courants aériens à la plus grande fréquence des phénomènes climatiques extrêmes : grands froids ou fortes tempêtes de neige l\u2019hiver; périodes de sécheresse prolongée ou de grandes chaleurs, l\u2019été.Le phénomène serait déjà bien installé.Selon une étude publiée en 2013 par le géophysicien et climatologue Vladimir Petoukhov et son équipe de l\u2019Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, les blocages des méandres des courants-jets auraient été, lors des 11 derniers étés, plus nombreux que par le passé.Ils auraient causé notamment, en 2010, la pire vague de chaleur jamais enregistrée en Russie, qui fut responsable, selon les autorités, de près de 50 000 décès.Dans un article publié le 12 mars dernier par la revue Science, un collègue de Pe- toukhov, Dim Coumou, s\u2019est intéressé à un aspect voisin de la question.Il présente une analyse de ce qu\u2019on pourrait appeler la puissance globale du courant-jet polaire pendant l\u2019été au cours des 33 dernières années.Aux latitudes moyennes de l\u2019hémisphère nord, constate-t-il, l\u2019énergie du système a sensiblement diminué.Il y a eu moins d\u2019orages, ou des orages moins intenses, pendant l\u2019été.« Or, c\u2019est quelque chose de très important pour la météo continentale, explique Coumou en entrevue dans Science.L\u2019été, ces systèmes apportent de l\u2019air frais et humide venant des océans, et ils ont un effet modérateur sur le temps qu\u2019il fait sur le continent.» En l\u2019absence de ces orages, ajoute-t-il, le risque de sécheresses ou de vagues de chaleur augmente.Maintenant, la grande question : qu\u2019est-ce qui cause l\u2019accroissement de la sinuosité des courants-jets ?Est-ce le réchauffement Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Jet-stream fou On n\u2019a jamais l\u2019hiver ni l\u2019été qu\u2019on veut.Caprice de civilisation?Peut-être.Mais il reste que nos quatre saisons ne semblent plus tout à fait normales.Il y a de quoi s\u2019interroger.N A S A Les courants d\u2019air ne circulent plus de la même façon en haute altitude.Encore une conséquence des changements climatiques? MERCURE, PEINTE PAR LES COMÈTES Si Mars est connue sous le nom de planète rouge, Mercure pourrait l\u2019être sous celui de planète noire.Sa couleur sombre a longtemps intrigué les scienti?ques, mais une équipe de l\u2019université Brown, dans le Rhode Island, aux États-Unis, vient de lever le voile sur ce mystère.Cette petite planète, la plus proche du Soleil, aurait été peu à peu « peinte » en noir par de la poussière cométaire, au ?l des milliards d\u2019années de son existence.Publiée dans la revue Nature Geoscience, l\u2019étude suggère que la situation de Mercure la rend plus susceptible que les autres planètes de recevoir des débris cométaires, à mesure que les comètes fondent et perdent de la matière en approchant du Soleil.Composées de 25 % de carbone, les poussières cométaires, noires comme du charbon, feraient of?ce de bombe aérosol assombrissant la planète.À tel point que, aujourd\u2019hui, la surface de Mercure contiendrait de 3 % à 6 % de carbone sombre.14 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 > ACTUALITÉS climatique (dû, comme chacun devrait le savoir maintenant, à l\u2019augmentation des gaz à effet de serre relâchés dans l\u2019atmosphère par l\u2019activité industrielle humaine) ?Si oui, le phénomène va-t-il s\u2019accélérer et détraquer le climat ?Et comment ?Là-dessus, la discussion va bon train parmi les climatologues.La majorité d\u2019entre eux restent prudents et n\u2019établissent pas de lien direct de cause à effet.Par contre, de plus en plus de spécialistes se rangent derrière l\u2019hypothèse formulée il y a quelques années par la climatologue Jennifer Francis, de l\u2019université Rutgers du New Jersey, aux États-Unis.Madame Francis parle d\u2019« ampli?cation arctique ».C\u2019est un concept pas trop facile à expliquer.« L\u2019ampli?cation arctique, écrit-elle en 2012 dans la revue universitaire Yale Environment 360, commence par le réchauffement des températures, plus prononcé sous les hautes latitudes nordiques que dans le reste de l\u2019hémisphère nord.Ce phénomène est lié à la présence de neige et de glace de mer et à des réactions en boucle.À mesure que la couverture de glace de mer rétrécit, la lumière solaire qui aurait été renvoyée par la glace est plutôt absorbée par l\u2019océan qui se réchauffe ainsi et fait fondre encore plus de glace.Depuis qu\u2019on observe un réchauffement lié à l\u2019emploi massif de combustibles fossiles, les températures arctiques ont augmenté deux fois plus que la moyenne des températures du globe.[\u2026] Toute cette chaleur relâchée dans l\u2019atmosphère affecte le temps qu\u2019il fait, localement et à plus vaste échelle.» Comment ?Étant donné que les régions nordiques se réchauffent plus que celles des latitudes moyennes, explique la scienti?que, la différence de température entre le nord et le sud de l\u2019hémisphère s\u2019atténue.D\u2019une part, cela ralentit la vitesse de déplacement du courant \u2013 d\u2019où des conditions météo momentanément « stagnantes ».D\u2019autre part, cela déforme ses ondulations en poussant les crêtes plus profondément vers le nord et vers le sud.Bref, le réchauffement de l\u2019Arctique serait bel et bien responsable du comportement de nos « serpents ».Le temps que nous aurons cet été ren- forcera-t-il cette hypothèse ?Nous verrons bien.S\u2019il est clair qu\u2019une saison anormale ne change pas le climat \u2013 pas plus qu\u2019une seule hirondelle ne fait le printemps \u2013, prenons tout de même acte que les chercheurs observent des changements climatiques bien réels.nQS > > TOUT COMPTE FAIT 17% C\u2019est l\u2019augmentation des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, enregistrée l\u2019an dernier.Ce progrès est en partie dû à l\u2019engouement de la Chine et du Japon pour l\u2019énergie solaire, et à des investissements records de l\u2019Europe dans des éoliennes installées en mer.Les énergies vertes, comme l\u2019éolienne, la solaire, la géothermique, l\u2019hydroélectrique, auront contribué à produire 9,1% de toute l\u2019électricité planétaire, contre 8,5% en 2013.F R E F O N Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 15 VOTRE ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE Consultez les articles sur substance.etsmtl.ca École de technologie supérieure Université du Québec SUBSTANCE LA LUNE, SŒUR DE LA TERRE L\u2019hypothèse date des années 1970 : la Lune serait une « projection » issue d\u2019une collision entre la Terre et un autre corps céleste, survenue quelque 100 millions d\u2019années après la naissance du Système solaire.Mais, jusqu\u2019ici, les scienti?ques restaient perplexes face à la similarité des roches lunaires et terrestres.Ils s\u2019attendaient à trouver des traces, dans la composition de la Lune, de cet « impacteur » aussi gros que Mars.Selon les modélisations, la Lune serait même composée à 80 % de résidus de cet étranger ! Dans une étude publiée par la revue Nature, des chercheurs israéliens et français viennent toutefois de proposer un nouveau modèle qui résout le problème.Selon leurs calculs, de 20 % à 40 % des collisions ayant eu lieu dans le jeune Système solaire auraient impliqué des corps de composition presque similaire (les précédents modèles chiffraient cette probabilité à 1 % seulement).L\u2019hypothèse dite de l\u2019« impact géant » semble donc plus crédible que jamais, expliquant pourquoi la Lune et la Terre sont si proches.H A G A I P E R E T S 16 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 La marée rouge de 2008, alors qu\u2019elle avait gagné Sainte-Flavie, près de Mont-Joli.LE DÉCLIN DE NOS MARSOUINS RESTE IL Y A SEPT ANS N\u2019EST PEUT-ÊTRE P Ê C H E S E T O C É A N S C A N A D A as Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 17 adoussac, été 2008.Le vent est léger et il pleut à boire debout.À l\u2019embouchure du Saguenay, l\u2019eau prend une couleur rougeâtre.Une floraison d\u2019algues toxiques, appelée aussi marée rouge, envahit le fleuve.Un phénomène de cette ampleur, personne n\u2019a jamais vu ça, ici ! Mont-Joli, 2015.Michel Starr, chercheur en écologie du phytoplancton à Pêches et Océans Canada, raconte : «C\u2019était une floraison exceptionnelle.La coupable : Alexandrium tamarense, l\u2019algue la plus commune et la plus toxique du Saint-Laurent.À l\u2019époque, cette marée rouge, poussée au gré des courants vers la rive sud, a stagné près de 10 jours au large de Rivière-du- Loup et du Bic.Puis un vent fort a mis fin au carnage : plusieurs milliers d\u2019oiseaux marins, des poissons, une centaine de phoques, plusieurs marsouins communs, un rorqual commun et au moins 10 bélugas ont été retrouvés morts.» «On ne s\u2019attendait pas à ce que ces algues puissent causer la mort de bélugas, admet de son côté Pierre Béland, directeur scientifique à l\u2019Institut national d\u2019écotoxi- cologie du Saint-Laurent.L\u2019événement de 2008 nous a ouvert les yeux, il a révélé une menace beaucoup plus grave que ce que nous imaginions.» Restreinte, isolée et déjà fragile, la population de bélugas n\u2019avait certes pas besoin de ça.Alexandrium tamarense est un unicellulaire naturellement présent dans le Saint- Laurent.Il produit cependant une toxine paralysante associée à la famille des saxi- toxines.Ces dernières bloquent les récepteurs responsables de la transmission de l\u2019influx nerveux dans les muscles et les nerfs.Résultat, une paralysie générale et une asphyxie qui peuvent être mortelles.«La toxine de l\u2019Alexandrium est aussi foudroyante que l\u2019arsenic, dit Michel Starr.Il en suffit de peu pour que les animaux filtreurs, comme les mollusques, en accumulent et deviennent toxiques à leur tour.» La toxine ne les tue pas, mais persiste dans leur chair, comme dans le système digestif et le foie des poissons.Puisque les bélugas se nourrissent d\u2019invertébrés (crevettes, calmars, etc.) et de poissons (capelans, pou- lamons, lançons, harengs, etc.), ils sont contaminés à leur tour.Comme les humains peuvent l\u2019être.«On savait depuis longtemps que les algues toxiques constituaient une menace pour les humains, notamment par l\u2019intermédiaire des mol - lus ques», poursuit Pierre Béland, évoquant la présence fréquente, sur les bords du fleuve, de panneaux indiquant la fermeture de plages ou de secteurs coquilliers.«Mais qu\u2019elles puissent provoquer une telle catastrophe, ce fut une vraie surprise.» bélug Par Marion Spée Nouvelle menace sur les T TE MYSTÉRIEUX.UNE CURIEUSE MARÉE ROUGE SURVENUE RE PAS ÉTRANGÈRE À LEURS MALHEURS.ENQUÊTE. Les scientifiques semblent avoir mis le doigt sur un nouveau poison.La liste des menaces auxquelles notre marsouin blanc doit faire face est pourtant déjà bien longue : contaminants chimiques, collision avec des bateaux, empêtrement dans des engins de pêche, augmentation de la température moyenne de l\u2019eau du Saint-Laurent, entre autres.Pis, l\u2019algue est bel et bien là pour rester.«Elle est parfaitement adaptée aux conditions estivales et elle est là depuis au moins aussi longtemps que le Saint-Laurent est étudié», dit Michael Scarratt, chercheur en océanographie biologique à Pêches et Océans Canada.Sa floraison est un phénomène naturel, mais l\u2019intensité et l\u2019étendue de celle qu\u2019on a vue en 2008 étaient exceptionnelles.Cette année- là, par un concours de circonstances, les conditions étaient réunies pour qu\u2019elle se développe avec une telle ampleur : des pluies abondantes et un vent faible.«Le ruissellement d\u2019eau douce apportée par les pluies abaisse la salinité de l\u2019eau, élève la température de surface, favorise la stratification de la colonne d\u2019eau et permet un apport de matière humide qui favorise la croissance de l\u2019algue», explique le biologiste.À l\u2019instar des poisons des romans policiers d\u2019Agatha Christie, l\u2019algue est une arme parfaite.«Elle ne laisse aucune trace», dit Michel Starr.Ainsi, aucune preuve, aucune lésion physique ne peuvent laisser penser à une intoxication.Autant dire que c\u2019est un vrai casse-tête pour les chercheurs.En présence d\u2019une carcasse, les spécialistes doivent trouver le coupable en récoltant chaque indice.Selon Stéphane Lair, responsable du programme de nécropsie des bélugas à la faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal à Saint- Hyacinthe, il faut pratiquer un examen médical comme le ferait la police scientifique sur un cadavre humain, incluant des analyses en laboratoire et des examens approfondis des tissus.Et comme pour compliquer encore leur tâche, l\u2019état de décom - position dans lequel sont parfois retrouvées les carcasses rend la détection des toxines difficile.Mais ce n\u2019est pas tout.«Ces dernières années, ajoute Robert Michaud, président du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM) et directeur des programmes de recherche, on manque d\u2019informations sur les algues toxiques et les contaminants.Certains laboratoires d\u2019écotoxicologie impliqués dans ces analyses précises ont été fermés.» Cela complique grandement la tâche de ceux qui veulent comprendre ce qui arrive aux baleines blanches.Alors comment les chercheurs limiers peuvent- ils mettre en accusation la sinistre Alexandrium tamarense?«En 2008, le diagnostic en était un d\u2019exclusion», répond Stéphane Lair.C\u2019est-à-dire qu\u2019il a fallu exclure les autres causes de mortalité avant de pouvoir conclure à l\u2019implication des algues toxiques.«Depuis, on sait qu\u2019Alexandrium tama- rensedoit être suspectée chaque fois qu\u2019onne trouve 18 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 bÉlugas dans le rouge Les scientifiques croyaient que la population des bélugas du Saint-Laurent était stable, mais elle est en déclin depuis les années 2000.«Leur situation est plus qu\u2019inquiétante, presque paniquante», assure Robert Michaud, président du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM) et directeur des programmes de recherche.En théorie, pourtant, les baleines blanches du Saint-Laurent sont chanceuses : leur chasse est interdite depuis 1979, les prédateurs naturels sont inexistants et les cancers qui affectaient sensiblement la population il y a quelques années semblent être de l\u2019histoire ancienne.«Aucun béluga né après 1971 n\u2019est mort du cancer», précise Stéphane Lair.Pourtant, selon l\u2019évaluation la plus précise, la population avoisine à peine 890 individus.C\u2019est 20% de moins qu\u2019en 2000.Si bien que, en 2014, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l\u2019a classé comme étant «en voie de disparition».Appelé aussi le canari des mers en raison des sons aigus qu\u2019il émet, le béluga est un animal arctique par excellence.La population du Saint-Laurent occupe région la plus au sud de l\u2019aire de distribution de l\u2019espèce.Reliquat de la dernière glaciation, la population a été isolée géographiquement et génétique - ment depuis au moins 7 000 ans de ses cousins de l\u2019Arctique.Le béluga est le seul cétacé à vivre toute l\u2019année dans le fleuve : il s\u2019y nourrit, s\u2019y reproduit et y met bas.Depuis le début des années 1980, il a été le prétexte d\u2019une importante mobilisation pour protéger et assainir le Saint-Laurent: décontamination, réglementation des rejets industriels, ou encore interdiction des activités d\u2019exploration et d\u2019exploitation des hydrocarbures dans l\u2019estuaire.L\u2019animal a aussi été le porte-étendard de la création du parc marin du Saguenay\u2013 Saint-Laurent en 1998.Le taux inhabituel de mortalité chez les bélugas, ces dernières années, rend les chercheurs à la fois circonspects et inquiets.Qu\u2019on en juge : 8 veaux décédés Chronique d\u2019un déclin P Ê C H E S E T O C É A N S C A N A D A / F É Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 19 en 2008, 8 également en 2010 et 16 en 2012.En comparaison, moins de quatre ont été retrouvés morts à chacune des années antérieures.S\u2019il est assez clair que l\u2019épisode de floraison d\u2019algues toxiques doit être associé aux mortalités de 2008, la raison des hécatombes des années suivantes reste floue : impossibilité de suivre leur mère, manque de lait maternel, décès de leur mère, etc.«Dès 2010, parallèlement à la mortalité des baleineaux, on a observé une augmentation des femelles mortes lors de la mise bas ou rapidement après : les dystocies \u2013 mises bas problématiques \u2013 concernaient 10% des femelles avant 2010 et près de 50% depuis», note Robert Michaud.Il ajoute que cela pourrait fortement accentuer le déclin amorcé de la population observée ces 15 dernières années.Les scientifiques retiennent quatre hypothèses pour expliquer pourquoi les bélugas sont si peu nombreux.Outre le déclin majeur de plusieurs espèces de proies (notamment des harengs, dont dépendrait l\u2019alimentation printanière des bélugas) et la diminution du couvert de glaces, ils pointent aussi du doigt l\u2019augmentation rapide, dans les années 2000, du taux de polybromodiphényléthers (PBDE) \u2013 des produits utilisés comme retardateurs de flamme \u2013 qui ont abouti dans les eaux du fleuve.Également, on soupçonne le bruit occasionné par le trafic maritime et l\u2019activité touristique.Il est stressé, notre béluga.Et ça ne lui va pas du tout.in annoncé Robert Michaud du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins : «La situation est plus qu\u2019inquiétante, elle est presque paniquante.» A L A I N D É C A R I E pas d\u2019autre cause», précise Michel Starr.«Les bélugas sont adaptés à tolérer et à gérer une certaine concentration de cette toxine.Si bien que sa présence ne révèle pas forcément une intoxication mortelle», nuance Stéphane Lair.Voilà de quoi se poser de nouvelles questions.Par exemple, la toxine peut-elle être nuisible à l\u2019animal sans pour autant causer sa mort?Quels sont les effets d\u2019une intoxication faible, mais chronique?«L\u2019exposition aux toxines pourrait affaiblir les bélugas, les rendant éventuellement plus susceptibles à l\u2019é choua ge ou aux collisions avec les bateaux», avance Michael Scarratt.Les préoccupations des scientifiques ne s\u2019arrêtent pas là.Ayant découvert qu\u2019une algue toxique pouvait être aussi dange - reuse, ils surveillent de près les autres algues de l\u2019estuaire.«On suit notamment des algues du genre Pseudo-nitzschia, révèle Michel Starr, dont certaines espèces produisent une toxine différente de celle de l\u2019Alexandrium, mais tout aussi mortelle : l\u2019acide domoïque.» Il reste que la vigilance est plus que jamais nécessaire.Même si la marée rouge de 2008 avait un caractère exceptionnel, le phénomène pourrait se reproduire.«On observe d\u2019ailleurs une augmentation de la fréquence et de l\u2019intensité de la floraison des algues toxiques, et notamment d\u2019Alex- an drium, partout dans le monde», note Michel Starr.En cause, le réchauffement climatique (encore lui!), mais aussi l\u2019eutrophisation des eaux côtières causée par l\u2019apport excessif de nutriments.Voilà hélas qui n\u2019augure rien de bon pour les bélugas du Saint-Laurent.?QS 20 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 bÉlugas dans le rouge PEUPLE DU SOLEIL LES Partez à la découverte d'une fascinante civilisation mexicaine! Exposition été 2015 Une exposition réalisée par Pointe-à-Callière en collaboration avec le Conseil national pour la culture et les arts \u2013 Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique.C h e v a l i e r a i g l e : C o n s e i l n a t i o n a l p o u r l a c u l t u r e e t l e s a r t s \u2013 I N A H , p h o t o M i c h e l Z a b é Transport d\u2019un béluga vers la faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal à Saint-Hyacinthe afin d\u2019en faire l\u2019autopsie.A L A I N D É C A R I E Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 21 PHYSIQUE CE QU\u2019IL RESTE À DÉCOUVRIR Après deux ans de révision, le Grand collisionneur de hadrons (LHC) a repris du service, et à des énergies jamais atteintes.Mais au fait, que cherchent encore les physiciens?Par Marine Corniou E nfoui à 100 m sous la frontière franco- suisse, près de Genève, le Grand collisionneur de hadrons (Large Hadron Collider ou LHC) est la plus imposante machine jamais construite.Une machine d\u2019une incroyable précision, qui permet de faire entrer en collision, à la vitesse de la lumière, deux faisceaux de protons, propulsés en sens contraire, d\u2019un diamètre équivalant à un dixième de l\u2019épaisseur d\u2019un cheveu.Le but?En concentrant autant d\u2019énergie en un si petit point, on peut créer de la matière (selon la fameuse équation E = m c2 qui exprime l\u2019équivalence entre la masse et l\u2019énergie).Chaque collision de protons donne lieu, en quelque sorte, à un feu d\u2019artifice de particules diverses, que plusieurs détecteurs permettent de caractériser.De 2010 à 2013, le LHC a servi à effectuer les collisions à des énergies de 8 TeV (8 000 milliards d\u2019électronvolts), ce qui a permis la découverte du boson de Higgs.Mais le LHC a été conçu pour fonctionner à des énergies presque deux fois plus élevées.Avec plus de puissance dans les faisceaux, les collisions peuvent produire des particules plus massives et donc offrir un tout nouveau terrain de jeu aux physiciens.Le LHC a donc été arrêté pendant 2 ans, le temps que soient consolidées 10 000 jonctions électriques et renforcées 1 700 intercon - nexions entre les aimants supraconducteurs qui servent à courber les faisceaux dans l\u2019accélérateur.Il devrait pouvoir atteindre 13 TeV d\u2019ici la fin de l\u2019année.Mais, pour y arriver, il faut augmenter la puissance progressivement, pour «entraîner» en quelque sorte les aimants et leur laisser le temps de s\u2019adapter.Alors que les collisions ont repris en juin, la machine devrait tourner à plein régime en 2016-2017.De quoi permettre, peut-être, la résolution de quelques problèmes.Entre autres, les quatre qui suivent.1 Mieux caractériser le boson de Higgs Ce second tour de piste permettra de produire 10 fois plus de bosons de Higgs qu\u2019entre 2009 et 2013.«Cela devrait nous permettre de mieux caractériser le boson et de voir s\u2019il se comporte différemment de ce que prédit susy, les wimps et les sparticules I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 22 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 susy, les wimps et les sparticules la théorie, par exemple en produisant des particules inconnues», a expliqué Beate Heinemann, lors du congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science, en février.«La production de bosons de Higgs reste rare, et nous avons besoin d\u2019accumuler les données», ajoute la professeure de physique, attachée à l\u2019université Berkeley, en Californie, et membre du groupe ATLAS au CERN, qui a codécouvert le Higgs avec le groupe CMS en 2012.Il faut savoir que le boson de Higgs, dès qu\u2019il est créé, se désintègre en d\u2019autres particules plus stables, par exemple des photons ou des bosons Z.C\u2019est cette signature, appelée canal de désintégration, que les détecteurs observent.Le boson de Higgs peut se désintégrer de plusieurs façons \u2013 cinq, pour être précis \u2013 et les physiciens espèrent que la fréquence de certains de ces canaux de désintégra tion sera un peu différente de la théorie.Ce qui suggérerait que le Higgs peut aussi «éclater» en produisant des particules dites exotiques, ouvrant la porte à une nou velle physique.L\u2019étude de ce boson ne pourra cependant pas se faire en une nuit: elle s\u2019étalera sur les 20 prochaines années.2 Mettre la main sur la matière noire C\u2019est un des grands mystères de l\u2019Univers : la matière noire, cette entité mystérieuse dont l\u2019existence a été postulée en 1933, constituerait environ 25% de l\u2019Univers.Il y en aurait six fois plus que de matière L\u2019UNIVERS VA-T-IL DISPARAÎTRE?n commence tout juste à comprendre à quel point la découverte du boson de Higgs, avec la masse qu\u2019on lui a trouvée, remet toute la physique en question», laisse tomber Yves Sirois, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et responsable pour la France d\u2019une des expériences du grand collisionneur du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN).«On répète souvent dans les médias les mêmes clichés, les mêmes idées \u201ccopiées-collées\u201d qui n\u2019abordent les choses qu\u2019en surface.Pourtant, ce qui s\u2019est passé à Genève, il y a trois ans, nous force à repenser tous les fondements de la physique et le rôle de la méca - nique quantique», insiste-t-il.Rien de moins.Yves Sirois, qui dirige en France une équipe de 25 chercheurs, était aux premières loges lors de la découverte du boson de Higgs.De passage à Montréal en février dernier, il a tenu à démontrer pourquoi cette percée, qui devait mettre la touche finale à ce que les phy siciens appellent le «modèle standard» (une théorie qui regroupe trois forces fondamentales de l\u2019Univers et l\u2019ensemble des particules connues sous un même ensemble mathématique), a plutôt tout chamboulé, au contraire.Car ces nouvelles données suggèrent que l\u2019Uni - vers est intrinsèquement instable, et qu\u2019il pourrait même dis paraître.Pour suivre le raisonnement, il faut prendre du recul face aux évidences.«Vous savez, on nous présente comme des physiciens des particules; mais, les particules, ce n\u2019est plus vraiment ce qui nous intéresse», précise le chercheur avec un brin de provocation.Il y a en effet bien d\u2019autres choses à pren- La découverte du boson de Higgs, en juillet 2012, a couronné une quête expérimentale qui durait depuis plus de 50 ans.Mais loin de signer la fin de la recherche en physique des particules, elle a plutôt ouvert un monde plein d\u2019inconnues et de remises en question.C\u2019est ce que croit le chercheur Yves Sirois qui nous livre un état des lieux de la physique d\u2019aujourd\u2019hui.Par Pierre Sormany Sans la matière noire, les galaxies se disloqueraient «O I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N ordinaire.Son existence n\u2019est toutefois pas prédite par le modèle standard; elle a été postulée pour expliquer certaines obser - vations, notamment la cohésion des galaxies dans les amas.Sans cette matière invisible, mais pesante, les galaxies se disloqueraient sous l\u2019effet de la rotation.À ce jour, cependant, les physiciens n\u2019ont jamais «vu» la moindre particule de matière noire, bien qu\u2019il existe plusieurs hypothèses quant à sa nature.L\u2019une d\u2019elles met en scène les WIMPs (weakly interacting massive particles), des particules très massives qui ne pourraient être produites, si elles existent, qu\u2019à très haute énergie.Les particules super symétriques en font partie (voir numéro 3 ci-contre).3 Trouver une preuve de la super-symétrie Le modèle standard, utilisé pour décrire l\u2019Univers, repose sur deux principes fonda - mentaux : premièrement, toute la matière est faite de particules et, ensuite, ces particules interagissent entre elles en s\u2019échangeant d\u2019autres particules (les particules de matière sont les fermions; les particules d\u2019interaction, les bosons).Ce modèle fonc - tionne bien, ses prédictions ont toutes été vérifiées expérimenta lement\u2026 Reste qu\u2019il cloche.D\u2019abord, il n\u2019inclut pas la gravitation, l\u2019une des quatre forces fondamentales.Puis, il n\u2019explique pas l\u2019asymétrie entre la matière et l\u2019antimatière, pourtant produites toutes deux en quantité égale après le big- bang (voir numéro 4 à la page suivante).Les physiciens planchent donc sur une nouvelle théorie qui permettrait de régler ces anomalies, et bien d\u2019autres encore.En somme, ils cherchent une sorte de modèle standard bonifié.L\u2019une des solutions, très populaire, porte le nom de SuSy, ou supersymétrie.Cette théorie avance que toutes les particules connues possèdent une particule «miroir» \u2013 le gluon Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 23 dre en compte depuis que, en 1915, la mathématicienne allemande Emmy Noether a démontré que toutes les lois de conservation de la physique \u2013 conservation de la masse, des charges, de l\u2019énergie, des mouvements rotatifs, etc.\u2013 répondaient à des symétries fondamentales de la nature.Quand les physiciens ont commencé à s\u2019intéresser à ces «symétries mathématiques», ils ont découvert que les forces apparaissaient inévitablement comme conséquence de ces symétries.« Les forces sont liées aux propriétés de l\u2019espace.Les physiciens parlent de \u201cchamps\u201d (gravitationnel, électromagnétique, etc.).Une particule de matière ou d\u2019interaction, ce n\u2019est rien d\u2019autre que la perturbation locale d\u2019un champ.Ce qui nous intéresse depuis, ce ne sont plus les particules; ce sont ces champs qui constituent ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019univers sous-jacent », résume Yves Sirois.Le modèle standard, tel que défini initialement, n\u2019explique donc pas la masse des particules.Pis, quand on leur donne une masse, les équations de la physique quantique aboutissent à des impossibilités.À très petite échelle, par exemple, les énergies deviennent infinies.Qu\u2019à cela ne tienne.Pour régler ce problème de la masse, quelques théoriciens ont postulé, dans les années 1960, l\u2019existence d\u2019un autre «champ», présent dès les premiers instants de l\u2019Univers.C\u2019est l\u2019interaction de ce champ fondamental \u2013 qu\u2019on a appelé le champ de Higgs, du nom d\u2019un des théoriciens qui l\u2019a proposé \u2013 et des autres propriétés de l\u2019espace-temps qui conférerait aux particules une certaine inertie.Pour concrétiser les choses, on peut imaginer le champ de Higgs comme un fond visqueux dans lequel se déplacent les particules.Plus ces dernières interagissent avec l\u2019«huile» du fond, plus elles apparaissent ralenties, et plus elles nous semblent donc avoir une masse élevée.«La masse, c\u2019est une illusion quantique.C\u2019est juste le résultat apparent d\u2019une interaction de particules de masse nulle avec le vide, en présence du champ de Higgs», explique Yves Sirois, toujours soucieux d\u2019éviter les approximations.Dans le monde quantique, chaque fois qu\u2019on a un «champ» d\u2019interaction, on voit apparaître une particule porteuse de son énergie, un «boson».Le boson qui accompagne le champ de Higgs est très particulier : ce n\u2019est ni tout à fait une particule de matière, ni tout à fait un boson d\u2019interaction.C\u2019est ce fameux boson associé au champ responsable de la masse de toutes les autres particules qu\u2019on cherchait à observer depuis la fin des années 1960.Quelle énergie (ou quelle masse) devait avoir ce boson?Deux grandes écoles s\u2019opposent à ce sujet.D\u2019un côté, les défenseurs des modèles mathématiques soutenant l\u2019existence d\u2019une espèce d\u2019univers miroir, avec toute une panoplie de «super-particules» encore inconnues, avancent que le boson doit avoir une énergie inférieure à 125 gigaélectron- volts (un GeV, ou gigaélectronvolt, est à peu près égal à la masse d\u2019un proton).«L\u2019avantage de cette approche dite «su- persymétrique» est qu\u2019elle permet, en plus d\u2019expliquer la masse du boson de Higgs, d\u2019avoir un univers qui, une fois apparu, continue d\u2019exister pour toujours.Il est stable, observe Yves Sirois.Les théories sut sous l\u2019effet de la rotation.> aurait son binôme, appelé le gluino, le photon son photino, les quarks leurs «squarks»\u2026 Ces super-partenaires (ou sparticules) permettraient, en quelque sorte, de rendre l\u2019Univers plus logique et plus harmonieux.«Ainsi, les particules lourdes sont associées à une super-particule légère, et vice versa.Cela donne un monde beaucoup plus équilibré et élucide l\u2019étrange disparité dans la masse des particules élémen - taires qui vont de l\u2019ultralégère à la super lourde», expliquait la physicienne Pauline Gagnon à Québec Science en 2012.La bonne nouvelle, c\u2019est que le LHC pourrait produire ces lourdes particules super symétriques.De plus, la plus légère d\u2019entre elles possèderait exactement les propriétés attendues de la matière noire.«Si elle existe, comme elle n\u2019est pas très lourde, on pourrait voir sa trace dès les premiers mois suivant la remise en route du LHC, expliquait la physicienne Beate Heinemann en février dernier.Ce serait un moment incroyablement excitant!» 4 Comprendre l\u2019asymétrie entre matière et antimatière Petit retour en arrière\u2026 Quelques instants après le big-bang, la matière se forme, en même temps que l\u2019antimatière qui est la même chose que la matière, mais avec des charges électriques opposées.Matière et antimatière ont dû être produites en quantités égales, et auraient dû s\u2019annihiler immédiatement.Or, l\u2019Univers actuel ne contient presque pas d\u2019antimatière.Où est-elle passée?D\u2019où vient cette asymétrie?Encore un mystère que le modèle standard ne résout pas.Mais le LHC a déjà réussi à produire de petites quantités d\u2019antimatière, notamment de l\u2019anti-hydrogène.À plus haute énergie, les expérimentateurs parviendront à produire plus d\u2019antiparticules et à mieux les étudier.?QS susy, les wimps et les sparticules 24 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 persymétriques pourraient aussi expliquer l\u2019existence de la matière noire.Mais ces théories n\u2019expli - quent pas ce qui se passe à très petite échelle : en-dessous de 10-33 cm, la physique quantique ne tient plus ».De l\u2019autre côté, les théories des super-cordes (un modèle mathématique où les particules sont en fait définies comme des oscillations de filaments infinitésimaux dans un espace à 10 dimensions) peuvent beaucoup mieux décrire la physique de l\u2019infiniment petit.Mais dans ce cas, pour que l\u2019Univers puisse être stable, le boson de Higgs devrait «peser» plus de 130 GeV.«La nature est bien malicieuse, reprend le physicien.Elle a donné au boson de Higgs, que l\u2019on a enfin observé au LHC, une masse d\u2019environ 125 GeV.Avec cette masse, on a quelque chose qui peut expliquer l\u2019Univers à toutes les échelles\u2026 Toutefois, c\u2019est un Univers possiblement instable.Il pourrait disparaître n\u2019importe quand.» La nouvelle est perturbante, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire\u2026 «Je ne peux pas accepter l\u2019idée que l\u2019Univers puisse disparaître bientôt!» précise le chercheur, mi-sérieux,mi-espiè- gle.Selon lui, il faut donc postuler qu\u2019il existe quelque chose d\u2019autre qui stabilise le tout.Il faudra que les physiciens inventent un autre champ, ou repensent complètement leurs équations.Il évoque même que la solution pourrait être liée à l\u2019«inflaton», un champ qu\u2019on n\u2019a pas encore pu observer ni décrire, qui expliquerait la fulgurante expansion de l\u2019Univers dans les premiers instants après le big-bang : « Il y a peut-être un lien profond entre les interactions quantiques et l\u2019émergence de l\u2019espace et du temps ».Des particules d\u2019énergie (des bosons) associées à d\u2019autres champs pourraient alors expliquer une autre des grandes énigmes de la physique, la masse manquante \u2013 ou matière noire \u2013, que le modèle standard ne peut pas intégrer.«Nous vivons des années extraordinaires en ce qui concerne la physique, dit Yves Sirois.C\u2019est comme en 1900, quand, aux États-Unis, Albert Michelson affirmait que les physiciens connaissaient tout, qu\u2019il ne leur restait que quelques petits ajustements à faire.Cinq ans plus tard, on découvrait la relativité, la mécanique quantique et les symétries.On est dans le même état d\u2019esprit aujourd\u2019hui.On pensait que le boson de Higgs compléterait notre édifice.Or, il bouleverse notre compréhension de l\u2019Univers.» On comprend alors que la remise en route du collisionneur du CERN, il y a quelques semaines, s\u2019accompagne d\u2019une fébrilité inédite.Car l\u2019avenir de la physique se trouve, plus que jamais, entre les mains des expérimentateurs.SUR LEWEB Vous pouvez visionner la conférence de M.Yves Sirois pour la Fondation humaniste du Québec à l\u2019adresse suivante : www.fondhum.org > L\u2019UNIVERS VA-T-IL DISPARAÎTRE?I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC PASSEPORT POUR L\u2019INCONNU Quand la science sort des sentiers battus Au-delà de cette frontière, la science est encore valable Autrefois, ils exploraient les mers et les continents avec des compas et des cartes en récoltant des témoignages ainsi que des récits; ensuite, ils ont utilisé des télescopes, des microscopes, des bathyscaphes, des radars, des satellites pour scruter l'infiniment grand et l'infiniment petit.Les chercheurs explorateurs agrandissaient ainsi la sphère de nos connaissances.Aujourd'hui, de nouveaux outils informatiques permettent de repousser encore les frontières du connu.Mais il y a aussi toujours un facteur déterminant : le ou la scientifique avec sa persévérance, sa patience, son flair, son intuition, sa rigueur et son courage.Ce dossier nous conduit hors des sentiers battus.Là où s\u2019aventurent les chercheurs.Un dossier de Joël Leblanc II Éditorial Ce dossier est inséré dans le numéro de juin-juillet 2015 du magazine Québec Science.Il a été financé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de: Marie Auclair, UQAM Michèle Lapointe, UQTR Claude Gilbert, UQAC Frédéric Deschenaux, UQAR André Manseau, UQO Josée Charest, INRS Sylvain G.Cloutier, ÉTS Éric Lamiot, TÉLUQ Céline Poncelin de Raucourt, UQ Valérie Reuillard, UQ David H.Mercier, UQ Raymond Lemieux, Québec Science, Joël Leblanc, Québec Science Coordination : Raymond Lemieux et Valérie Reuillard Rédaction : Joël Leblanc Graphisme: François Émond Révision: Hélène Matteau Correction-révision : Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scientifique du Québec et au développement de ses régions.III DES CAROTTES DU FOND DE MER L\u2019exploration des dorsales océaniques.IV L\u2019 ATOUT CARBONE Le potentiel du territoire boréal québécois pour la mise en culture de nouvelles forêts.V COBAYES DE L\u2019EXTRÊME Comment le corps humain peut s\u2019adapter à des conditions extrêmes.VI JAMES BOND CHEZ LES CARIBOUS Les déplacements des derniers cervidés de la région suivis par ordinateur.VIII DRONE DE GLACIER Un drone pour étudier le comportement des glaciers.X COMMUNICATION 101 Les projets miniers peuvent-ils tous être «acceptables»?XI TROUVER DES CACHETTES Celles des anciens contrebandiers.XII EBOLA: UNE BATAILLE POUR LA CONFIANCE Pourquoi les Guinéens doutent-ils des traitements proposés pour combattre l\u2019Ebola?XIII TABOUS ET CHÂTIMENTS Pour que cesse la fessée en Haïti.XIV MOI, MA VILLE, MES ÉMOTIONS Dessine-moi une carte émotive de Montréal.XV PRÉVENTION D\u2019ABORD Objectif: stopper la transmission des ITSS.XVI DU TEMPS POUR LES ENFANTS De meilleurs liens de société pour lutter contre la pauvreté.XVI SONS ET LEÇONS La musique pour la sociologie.Sommaire P A G E C O U V E R T U R E : C H R I S T O P H E K I N N A R D es Canadiens ont l\u2019Amundsen, les Allemands ont le Polarstern, un grand brise-glace conçu pour la recherche scientifique.Embarquée sur le navire à Tromsø, en Norvège, le 5 août 2014, Anne de Vernal, titulaire de la Chaire de recherche UQAM (Université du Québec à Montréal) sur le climat et l\u2019évolution de l\u2019Arctique, y a passé deux mois à naviguer dans les eaux de l\u2019Arctique.«Nous étions des dizaines de chercheurs de différentes origines.La mission, la 87e du navire, visait à travailler sur la dorsale océanique Alpha, du côté canadien du pôle, et celle de Lomonossov, du côté russe», explique la paléontologue, spécialiste des microfossiles marins.À cause du froid et des conditions météo, le travail n\u2019était pas toujours facile, mais la chercheuse, affectée au carottage des sédiments, a pu explorer un passé fabuleux.En effet, chaque mètre de sédiment représente 100 000 années d\u2019histoire climatique! «Je faisais du carottage multicore, explique-t-elle.On le réalisait grâce à une grande rosace descendue au fond à l\u2019aide d\u2019un treuil pour prélever huit carottes à la fois.À bord du navire laboratoire, je tamisais les échantillons afin de repérer et d\u2019identifier les microfossiles, foraminifères et autres.Puis, nous les dations.» Au cours de l\u2019évolution de la Terre, les périodes où l\u2019Arctique était libre de glaces ont vu la production d\u2019organismes marins augmenter, puisque la lumière solaire pouvait arriver jusqu\u2019à eux.À l\u2019inverse, il y a eu moins de vie aux époques où la banquise s\u2019est imposée.«Cela se constate sur le plancher de l\u2019océan, précise Anne de Vernal.Les couches de sédiments riches en fossiles correspondent aux périodes sans glaces et les plus pauvres témoignent que les glaces étaient là.On arrive ainsi à écrire l\u2019histoire de l\u2019Arctique.» Les données obtenues s\u2019ajouteront à la grande aventure scientifique de compréhension des changements climatiques.?III DES CAROTTES DU FOND DE MER Mission: à bord du navire de recherche allemand Polarstern, explorer les dorsales océaniques Alpha et Lomonossov.L COORDONNÉES : 69° 39\u2019 30\u2019 \u2019 N 18° 58\u2019 0\u2019 \u2019 E LIEU : TROMSØ, NORVÈGE, ET CERCLE POLAIRE ARCTIQUE Nouveaux outils, nouvelles frontières Le Polarstern, navire de recherche allemand.La chercheuse Anne de Vernal s\u2019est jointe pendant deux mois à l\u2019équipe de scientifiques à bord.J E S S I C A V O L Z auvre en nutriments, le sol de la forêt boréale?Pas si sûr, si on en croit Claude Villeneuve et Jean-François Boucher, professeurs au département des scien ces fondamentales de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Leurs recherches dans le Nord de la province ont révélé que le sol de la Boréalie est aussi riche que ce lui du sud et que, avec un petit coup de pouce, les ar bres peuvent s\u2019y implanter très bien.À la clé, une croissance accrue des forêts dans le Grand Nord et une augmentation de la quantité de carbone séquestré.«Théoriquement, le territoire du Nord serait trop pauvre pour que la forêt y pousse, rappelle Claude Villeneuve.Or, c\u2019est archi-faux.En faisant des scarifications dans le sol, c\u2019est-à-dire en le creusant et en le retournant un peu, on peut faire pousser facilement des épinettes et d\u2019autres conifères.Nous avons compris que la terre y est aussi fertile qu\u2019ailleurs, mais qu\u2019elle est inaccessible aux graines des arbres à cause de son épais tapis de lichens et d\u2019éricacées.En ouvrant le sol, on enlève cette barrière et on ouvre la porte à la forêt.» Depuis des siècles, les lichens, malgré leur banalité, règnent en maîtres sur ces régions.Ils empêchent les semences concurrentes d\u2019atteindre le sol minéral et, même après un incendie, récupèrent trop rapidement pour laisser la chance aux arbres de s\u2019implanter.«Cela change complètement la donne quant à la position du Québec en regard des changements climatiques, explique Claude Villeneuve.En aidant la pousse de la forêt dans ces secteurs où l\u2019on croyait cela impossible, on augmentera de beaucoup la quantité de carbone qui pourra être stockée par les arbres.» Dans un contexte où s\u2019établit progressivement un marché mondial du carbone, la découverte a de quoi favoriser fortement le Québec.«Sans compter que, pour une fois, on peut prendre de vitesse le réchauffement climatique, avance Claude Villeneuve.Imaginez: on a l\u2019occasion d\u2019enclencher la croissance de nouvelles forêts et, surtout, de sélectionner les arbres qu\u2019on y plantera.En boisant avec des arbres provenant de latitudes inférieures, on aura des forêts déjà adaptées aux températures plus clémentes.Donc, une forêt dont la production de bois \u2013 et par conséquent la séquestration de carbone \u2013 sera optimale.» L\u2019intérêt est grand, car le territoire est immense et la méthode nécessite très peu de moyens technologiques et financiers.Les calculs des chercheurs permettent d\u2019espérer qu\u2019une nouvelle forêt de 400 000 hectares absorberait 8% des émissions actuelles de CO2 du Québec! Il reste à se résigner à travailler avec les mouches noires.«Elle est là, l\u2019aventure! dit Claude Villeneuve en souriant.J\u2019ai l\u2019habitude d\u2019expliquer aux étudiants que les insectes piqueurs sont le pont qui leur permet de s\u2019intégrer à l\u2019écosystème et de compenser pour le dérangement qu\u2019ils lui causent: leur sang entre dans la chaîne alimentaire et contribue à la survie d\u2019autres animaux.» ?IV La recherche dans le réseau de Scarifiage du sol.L\u2019opération permet de créer des sillons où des plants seront mis en terre.P L\u2019 ATOUT CARBONE Mission: étudier le potentiel du territoire boréal québécois pour la croissance de nouvelles forêts et la séquestration de carbone.J E A N - F R A N Ç O I S B O U C H E R COORDONNÉES : ENTRE 45° N et 70° N LIEU : FORÊT BORÉALE QUÉBÉCOISE ans un pub aux lambris de bois et au plafond bas, la lumière tamisée laisse tout de même deviner la carrure des marins installés aux tables par petits groupes.Ici, à Ushuaïa, sur la Terre de feu, à l\u2019extrême sud de l\u2019Argentine, ça discute ferme autour de grands rouleaux de cartes marines tracées à la main.Les uns pointent du doigt les hauts-fonds; les autres, les courants forts à éviter.On argumente sur des détails.Ces cartes marines indiquent toutes le chemin vers l\u2019Antarctique.Parmi ces gaillards, une jeune Québécoise s\u2019est glissée et prend part aux discussions.Andrée-Anne Parent fera bientôt la traversée et elle absorbe comme une éponge les conseils des navigateurs d\u2019expérience.«C\u2019était au début de l\u2019année 2014, se souvient l\u2019étudiante en kinanthropologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Dans les jours suivants, je devais piloter le Spirit of Sydney, pour traverser le détroit de Drake, entre la Terre de Feu et la péninsule antarctique, un passage de plus de 800 km reconnu pour ses conditions de navigation très difficiles.Il n\u2019existe pas de carte marine fiable de cet endroit et les explorateurs s\u2019échangent leurs informations de bouche à oreille.» L\u2019absence de vent a rendu la traversée facile, mais longue.À bord, six aventuriers québécois trépignaient d\u2019impatience avant de pouvoir se lancer à l\u2019assaut de montagnes encore vierges sur le continent antarctique.Et la kinanthropologue avait bien hâte de les observer en action.«Ils nous avaient contactés à l\u2019Université un an plus tôt en disant vouloir servir de cobayes, se rappelle en souriant Alain-Steve Comtois, professeur au département des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019UQAM.Ils planifiaient une expédition de 55 jours en autonomie complète dans le froid de l\u2019Arctique pour le plaisir d\u2019explorer et se sont dit que ça pourrait intéresser la science.» Ainsi s\u2019était amorcée l\u2019expédition XPAntarctik.Alain-Steve Comtois et son collègue Jean P.Boucher avaient alors également alerté leurs contacts à l\u2019Agence spatiale canadienne.«Comme les conditions que ces sportifs allaient rencontrer seraient en partie analogues à celles que vivent les astronautes, ils se sont montrés très intéressés à en profiter pour tester l\u2019AstroSkin, un t-shirt techno qui permet le monitoring à distance de plusieurs signes vitaux.» Les «cobayes» allaient donc doublement servir la science: d\u2019abord, en testant la fameuse combinaison des astronautes, puis en permettant à Andrée-Anne Parent de prendre des données sur l\u2019adaptation humaine aux conditions extrêmes.C\u2019est donc vêtus d\u2019un AstroSkin littéralement collé à la peau (ils devaient le porter en permanence pendant 55 jours) et équipés de skis et de pulkas de 80 kg que les 6 aventuriers ont posé le pied en Antarctique et mis le cap sur les monts intouchés du Forbidden Plateau.«Je suis restée sur le bateau pendant leur expédition.Tous les jours, je les contactais par téléphone satellite pour prendre de leurs nouvelles et les interroger sur leur état.Ces informations s\u2019ajoutaient aux données obtenues par la combinaison de l\u2019Agence spatiale canadienne.Ils devaient aussi prélever tous les jours un échantillon de leur salive et l\u2019emballer pour conservation.» Revenus un peu plus tôt que prévu à cause de la maladie de l\u2019un d\u2019eux, les explorateurs ont offert à «leur» scientifique des échantillons de cheveux.«L\u2019analyse de la salive me permettra de connaître leur niveau de stress au jour le jour pendant la mission, et les cheveux me permettront de voir s\u2019ils ont souffert de carences.» Mais pour le moment, les résultats préliminaires n\u2019incitent pas trop à l\u2019inquiétude pour les athlètes: une très légère baisse de gras, pas de perte osseuse ni de perte musculaire.«Il faut dire qu\u2019ils avaient été super préparés.Ils avaient déjà effectué une expédition au champ de glace Columbia, en Alberta, et ils se sont très bien alimentés pendant la randonnée, précise Alain-Steve Comtois.Ils ont mangé 6 000 calories par jour, soit 4 fois plus que les besoins normaux d\u2019un humain!» À leur retour à Montréal, les athlètes étaient vraiment acclimatés au froid.Sortir à -20 °C leur était aussi agréable que se promener par une journée de printemps à 5 °C.«Cela, et d\u2019autres données tirées de leur expédition, me permettront de proposer une \u201crecette\u201d pour se préparer adéquatement à ce genre de séjour en conditions extrêmes, conclut Andrée-Anne Parent.Ça pourra servir aux futurs explorateurs polaires, mais aussi aux astronautes.» ?V e l\u2019Université duQuébec Passeport science Andrée-Anne Parent ajustant un analyseur métabolique portable, permettant de mesurer l'oxygène consommé lors d'une épreuve maximale.COORDONNÉES : 48° 59\u2019 18\u2019\u2019 S 65° 56\u2019 54\u2019\u2019 O LIEU : USHUAÏA, ARGENTINE, ET FORBIDDEN PLATEAU, ANTARCTIQUE U Q A M COBAYES DE L\u2019EXTRÊME Mission: gravir des sommets inexplorés de l\u2019Antarctique et étudier l\u2019adaptation du corps humain aux conditions extrêmes.D égulièrement, Martin-Hugues St-Laurent, professeur en écologie animale à l\u2019Université du Québec à Rimouski, (UQAR) ouvre des cour- riels en pro venance de 43 caribous.«Je reçois en fait les coordonnées GPS des 43 colliers émetteurs que nous avons installés au cou de ces caribous du Parc de la Gaspésie.Les engins enregistrent les positions toutes les deux heures et nous envoient les données aux deux jours.On a pu ainsi étudier leurs déplacements pendant plus de deux ans.» La population de caribous montagnards du Parc national de la Gaspésie intrigue les chercheurs depuis VI JAMES BOND CHEZ LES CARIBOUS Mission: suivre les déplacements des derniers cervidés de la région.R des décennies.Si on s\u2019est déjà demandé ce que faisait là ce petit troupeau isolé des autres caribous du Grand Nord, on s\u2019interroge maintenant sur ce qui accélère son déclin.En effet, entre 2007 et 2011, le nombre d\u2019individus est passé de 230 à seulement 110.«Ils sont moins de 100 en ce moment, précise le chercheur.L\u2019hypothèse acceptée était que les faons étaient victimes des prédateurs, coyotes et ours, de plus en plus abondants dans le secteur.Nous avons voulu vérifier s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autres raisons.» À partir de l\u2019hiver 2013, des caribous ont donc été attrapés un par un au lance-filet par un technicien d\u2019expérience travaillant depuis un hélicoptère.«Pas de fléchette anesthésiante, précise Martin-Hugues St-Laurent.Ces caribous sont déjà trop rares, on ne veut pas augmenter les risques de prédation ou de chute dans un ravin après leur réveil.» L\u2019opération est digne d\u2019une aventure de James Bond.L\u2019hélicoptère, piloté par un as, vole à basse altitude au-dessus des hauts plateaux des massifs du mont Logan, du mont Albert et des monts McGerrigle, incluant le mont Jacques-Cartier.Lorsque les cervidés sont repérés, l\u2019engin s\u2019en approche.Perturbées, les bêtes détalent.La poursuite commence.Un technicien est sanglé dans la porte latérale, le pilote doit voler de côté pour maxi- VII Les hauts sommets enneigés du Parc de la Gaspésie sont parfois le théâtre de folles poursuites entre hélicoptère et caribous.À partir de l\u2019appareil, un technicien immobilise l\u2019animal à l\u2019aide d\u2019un filet.«Le but est d\u2019empêtrer les bêtes afin qu\u2019elles tombent dans la neige sans se blesser, raconte Martin-Hugues St-Laurent.Parfois, c\u2019est le caribou qui gagne; on ne parvient pas à le diriger dans un secteur suffisamment enneigé.» COORDONNÉES : 48° 59\u2019 18\u2019\u2019 N 65° 56\u2019 54\u2019\u2019 O LIEU : SOMMETS DU PARC NATIONAL DE LA GASPÉSIE, QUÉBEC P H O T O S : P H I L I P P E H E N R Y miser sa marge de manœuvre.Le but est d\u2019isoler un individu et de le diriger vers un endroit où le couvert de neige est assez épais.À quelques mètres de l\u2019animal, on lance le filet, le caribou trébuche et roule dans la neige.Rapidement, on pose l\u2019hélicoptère à proximité, l\u2019équipe de chercheurs se précipite vers la bête pour lui lier les pattes avec des lanières de cuir.On lui couvre aussi les yeux d\u2019un masque pour réduire son stress.À quatre, on retire le filet tout en gardant la bête au sol, le temps de prélever poils, sang et excréments, de vérifier la présence de parasites et, surtout, de lui poser le précieux collier émetteur.L\u2019opération terminée, l\u2019animal déguerpit, un peu étourdi, mais indemne.Déjà, même si les analyses ne sont pas terminées, les données amassées offrent un panorama intéressant des habitudes du caribou.«On a une meilleure connaissance de son comportement, de ses déplacements, de sa tolérance aux perturbations, explique Martin- Hugues St-Laurent.Une des premières constatations est la présence dérangeante des randonneurs.L\u2019accès aux monts est déjà réglementé dans le Parc: il est interdit au printemps pendant la reproduction, ainsi que le soir et la nuit.Mais nos colliers nous montrent que les caribous se déplacent et s\u2019éloignent du mont Jacques-Cartier dès que les premiers promeneurs atteignent le sommet.» Afin de corroborer ces données, des caméras ont maintenant été placées dans les sentiers afin de surveiller aussi les touristes.Est-ce suffisant pour expliquer le déclin des caribous?«Ça peut y contribuer, avance Martin-Hugues St-Laurent.Le temps qu\u2019ils passent à se déplacer, ils ne le passent pas à manger ou à s\u2019occuper des petits.Mais il y a d\u2019autres hypothèses à l\u2019étude.Par exemple, les prélèvements sanguins nous diront si les anciennes exploitations minières dans le territoire du Parc ont relâché des métaux lourds qui les intoxiqueraient graduellement.Les caribous semblent aussi éviter les routes et les sentiers.L\u2019habitat semble bon pour eux, mais cette crainte de la présence humaine les garde peut-être loin d\u2019une partie du garde-manger.» De plus, les changements climatiques ne feront rien pour les aider.Les pluies hivernales plus fréquentes encroûtent le couvert de neige et rendent plus difficile l\u2019accès à la nourriture qui se trouve dessous.Sans compter que des printemps plus hâtifs déneigent les sommets de bonne heure, ce qui ouvre la porte aux coyotes qui accèdent plus tôt aux faons, plus faciles à croquer.?DRONE DE GLACIER Mission: observer les changements du glacier au moyen de drones.laciologue et professeur au département des sciences de l\u2019environnement de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Christophe Kinnard ne travaille plus seulement avec des ordinateurs, des piolets, des mousquetons, des pelles et des harnais; il a ajouté le drone à son attirail de recherche.Un drone?«Prendre des mesures sur les glaciers est un travail ardu, explique le chercheur.Ils sont souvent en altitude et difficilement accessibles; ils sont fendillés de crevasses et il faut un personnel qualifié en escalade pour les étudier.Je suis en train de valider la possibilité d\u2019accomplir une partie du travail à l\u2019aide d\u2019un drone.» Le petit appareil noir et jaune se lance à la main, VIII G JAMES BOND CHEZ LES CARIBOUS > comme un avion de papier.Équipé d\u2019un GPS et d\u2019un appareil photo, il a une envergure d\u2019environ 1 m et fait moins de 1 kg.Une fois qu\u2019il a pris son essor, il s\u2019élève à 120 m et suit son plan de vol pendant plusieurs dizaines de minutes.L\u2019étude des glaciers est capitale pour comprendre les changements du climat.«Ils sont les premiers à annoncer un réchauffement.S\u2019ils sont insensibles aux variations saisonnières de température, ils prennent cependant de l\u2019expansion ou bien ils rapetissent selon les variations à long terme.» Pour faire le suivi d\u2019un glacier, c\u2019est-à-dire obtenir un bilan de sa masse glaciologique, il faut d\u2019abord connaître son volume de glace.On obtient la mesure de son épaisseur grâce à des radars, mais on doit s\u2019y rendre pour mesurer la quantité de neige tombée à la fin de l\u2019hiver; puis encore à la fin de l\u2019été, lors de la fonte.Un bilan positif signifie que le glacier est en train de gagner de la masse (il avance) et un bilan négatif annonce qu\u2019il recule.Les moyens traditionnels impliquent l\u2019installation d\u2019un réseau de balises \u2013 des tiges profondément enfoncées dans la glace dont on suit les mouvements.L\u2019usage de drones viendra simplifier tout ce travail.Pour le moment, le glaciologue teste son drone et ses méthodes sur le Saskatchewan, un petit glacier exutoire, c\u2019est-à-dire qui «coule» à partir du champ de glace Columbia, en Alberta.«On doit placer des points de repère sur le glacier \u2013 de gros sacs en plastique orange \u2013 pour bien recomposer la mosaïque de photos obtenues, poursuit Christophe Kinnard.À 120 m d\u2019altitude et avec les appareils photo modernes, on obtient une résolution de 10 cm par pixel.Les photos prises sous différents angles nous permettent de recréer la topographie en 3D avec une haute précision.Tout cela en quelques minutes !» L\u2019autre raison d\u2019étudier les glaciers, c\u2019est qu\u2019ils constituent des réservoirs d\u2019eau potable pour de nombreux humains vivant en montagne.«Dans les Andes, où j\u2019ai travaillé, la fonte des glaciers au printemps alimente les cours d\u2019eau.Lors des années chaudes et sèches, ils compensent en fondant plus que lors des années froides et humides.Ils constituent donc des réservoirs tampons qui assurent la constance de l\u2019approvisionnement en eau.Les habitants de ces régions en sont bien conscients et se préoccupent beaucoup de l\u2019état de santé de \u201cleurs\u201d glaciers.» ?IX COORDONNÉES : 52° 08\u2019 19\u2019\u2019 N 117° 11\u2019 36\u2019\u2019 O LIEU : GLACIER SASKATCHEWAN, PARC NATIONAL DE BANFF, ALBERTA Gabriel Meunier Cardinal, étudiant à la maitrise en Sciences de l\u2019environnement à l\u2019UQTR, avec son drone équipé d\u2019un GPS et d\u2019un appareil photo.L\u2019outil lui permet de mieux étudier les glaciers fendillés de crevasses et difficiles d\u2019accès.C H R I S T O P H E K I N N A R D COORDONNÉES : 13° 32\u2019 N 2° 05\u2019 E LIEU : TERRAINS MINIERS POTENTIELS DANS PLUSIEURS PAYS D\u2019AFRIQUE es géologues connaissent les roches, mais pas les gens.» Lorsque l\u2019ambassadrice du Canada en République démocratique du Congo lui a livré cette boutade, le cotitulaire de la Chaire de recherche en entrepreneuriat minier UQAT-UQAM, Michel Jébrak, l\u2019a reçue comme une révélation.Lui, il savait faire parler les roches pour trouver les gisements miniers.Et il venait de comprendre qu\u2019il lui fallait aussi apprendre à parler aux hommes et aux femmes pour qu\u2019une mine puisse être ouverte près de leur ville ou leur village.«L\u2019acceptabilité sociale est maintenant une composante incontournable de tout projet minier, concède le géologue.En ce moment, le quart des projets miniers de la planète est bloqué par les populations qui refusent l\u2019implantation d\u2019une mine chez eux.» Le Niger, en Afrique sahélienne, fournit un bon exemple des problèmes que les prospecteurs rencontrent actuellement.Assis sur des gisements d\u2019uranium parmi les plus importants de la planète, le pays est pourtant l\u2019un des plus pauvres.«La richesse n\u2019étant pas redistribuée dans la population, tout nouveau projet rencontre vite l\u2019opposition publique.Ça complique les choses.Il est difficile de circuler là-bas sans escorte.Mais comme les militaires qui nous accompagnent sont peu ou pas payés, nous devons les nourrir, ce qui constitue de la corruption involontaire.On ne s\u2019en sort pas facilement.» C\u2019est pour étudier et tenter de régler ce genre de situations que la Chaire de recherche a été créée.«Notre objectif est de former plus d\u2019entrepreneurs, mais surtout de meilleurs entrepreneurs qui tiennent compte de l\u2019aspect humain de tout projet minier potentiel.Lorsqu\u2019on se déplace dans un pays pour faire de l\u2019exploration, il faut rencontrer tout le monde: les patrons, la hiérarchie politique, mais aussi les mineurs et creu- seurs.» Un travail qui conduit le géologue partout: Afrique, Europe, Indonésie, Ouzbékistan, Nouvelle-Zélande, etc.«Lors d\u2019une mission en Algérie, nos déplacements se sont faits en convois, avec de l\u2019équipement pour brouiller les ondes qui permettraient à des gens malintentionnés de déclencher des explosifs.À chaque arrêt que nous faisions pour examiner un affleurement géologique prometteur, c\u2019est tout un régiment qui se déployait autour de nous, incluant une unité spéciale de détection de mines antipersonnelles.» Michel Jébrak note principalement trois aspects qui peuvent propulser un projet de mine, ou le faire échouer.«Il y a d\u2019abord l\u2019historique de la compagnie qui tente de s\u2019installer.Si elle s\u2019est bien comportée ailleurs, elle sera plus facilement acceptée.Il y a ensuite l\u2019historique de la communauté d\u2019accueil; une mauvaise expérience peut échauder durablement une population.Finalement, il y a tous les risques de corruption; si les habitants se doutent que des individus ou des politiciens vont s\u2019en mettre plein les poches à leur détriment, ils vont organiser la résistance.» ?X L\u2019audace dans les zones à risque Au Niger, tout nouveau projet minier rencontre de l\u2019opposition à un point tel que les scientifiques doivent y circuler sous escorte armée.«L COMMUNICATION 101 Mission: prospecter des sites et travailler sur l\u2019acceptabilité sociale de projets miniers.M I C H E L J É B R A K u début du XXe siècle, la loi de la prohibition interdisait toute fabrication et toute vente d\u2019alcool au Canada (et aux États-Unis).Les îles Saint- Pierre et Miquelon, appartenant à la France, n\u2019y étaient pas soumises.Elles ont donc accueilli de nombreux fournisseurs d\u2019alcool qui allaient ensuite et clandestinement livrer leur cargaison aux gosiers asséchés des Nord-Américains de l\u2019est.Mais s\u2019il était facile de quitter les îles avec un bateau plein de tonneaux, il était autrement plus difficile d\u2019accoster sur le continent pour décharger la marchandise.Tout un réseau de caches de contrebande en Gaspésie et dans le Bas- Saint-Laurent s\u2019est alors développé.Aujourd\u2019hui, Manon Savard et Nicolas Beaudry, tous deux professeurs de géographie, d\u2019histoire et d\u2019archéologie à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), revivent cette page d\u2019histoire.Leurs travaux les ont amenés à dénicher et à fouiller quelques-unes des fameuses cachettes, dans l\u2019espoir de découvrir de précieux vestiges; car les trafiquants ont laissé peu de documents écrits.«L\u2019une de ces caches se trouve dans la municipalité du Bic, révèle Manon Savard.C\u2019est une grande dépression rectangulaire, creusée dans le sol, dont les parois sont consolidées par des planches.À l\u2019une des extrémités de la fosse, le sol remonte doucement en pente, ce qui permettait d\u2019y descendre l\u2019alcool ou de l\u2019en remonter.De nombreuses \u201ccanisses\u201d de métal de 2,5 gallons [11 litres] de marque Hand Brand ont été trouvées sur place.C\u2019était un alcool très concentré qui était distillé aux îles Saint-Pierre et Miquelon.» Une autre cache en tous points similaire a aussi été repérée sur l\u2019île Saint-Barnabé, à 3 km au large de Ri- mouski.«Ici, on ne peut que supposer sa fonction, nuance Nicolas Beaudry.Elle est semblable à celle du Bic, mais on n\u2019y a trouvé aucune \u201ccanisse\u201d d\u2019alcool.» Il reste que l\u2019île intéresse particulièrement les deux chercheurs, car elle a été utilisée ponctuellement par différents groupes à plusieurs époques, puis son accès a été limité par la forestière Price Brothers and Company qui en a été propriétaire pendant quelques décennies.«Depuis le début de nos fouilles, en 2009, on y a trouvé des traces d\u2019une occupation amérindienne préhistorique, des indices d\u2019agriculture, puis d\u2019exploitation forestière, énumère Nicolas Beaudry.Nous y sommes allés surtout à la demande de la Ville de Rimouski qui en est main - tenant propriétaire et voulait en savoir plus sur un ermite appelé Toussaint Cartier qui y aurait vécu.» Ce curieux personnage aurait habité l\u2019île, seul, pendant une quarantaine d\u2019années, de 1727 jusqu\u2019à sa mort en 1768.On raconte qu\u2019il y avait trouvé refuge après le décès de son amoureuse.«Nous avons des preuves d\u2019une présence au XVIIIe siècle, mais rien pour confirmer celle de l\u2019ermite, explique Manon Savard.Toutefois, la légende et nos travaux d\u2019archéologie ont rendu l\u2019île attirante pour les Rimous- kois, qui se la réapproprient et viennent chaque été voir l\u2019avancement de nos travaux.» Sans compter les touristes fervents d\u2019aventures et de récits.?XI M A N O N S A V A R D Sabrina Longchamps, une étudiante de l\u2019UQAR, montre un site de fouilles particulièrement riche en bouteilles d'alcool (bière Dow et gin); le «dépotoir» trouvé à l\u2019île Saint- Barnabé au large de Rimouski a livré d'autres artéfacts associés à l'exploitation forestière et à la chasse.A COORDONNÉES : 48° 28\u2019 N 68° 35\u2019 O LIEU : ÎLE SAINT- BARNABÉ ET PARC NATIONAL DU BIC, BAS-SAINT- LAURENT, QUÉBEC TROUVER DES CACHETTES Mission: faire parler les caches de contrebandiers du début du XXe siècle. n arrivant dans les régions de la Guinée touchées par l\u2019épidémie d\u2019Ebola de l\u2019an dernier, Lonzozou Kpanake a appris une chose stupéfiante sur cette maladie: le virus était en réalité une arme biologique mise au point par la Défense nationale des États-Unis et les Guinéens ont servi de cobayes.«Les habitants avaient une très mauvaise représentation de la maladie, se rappelle ce psychologue de la santé et chercheur à la TÉLUQ.Par exemple, ils étaient persuadés que les guérisseurs traditionnels étaient plus compétents que les médecins pour soigner la fièvre d\u2019Ebola.» On s\u2019en doute, ces préjugés ont joué en faveur du virus: en Guinée, 3 500 personnes ont été infectées et 2 300 en sont mortes.L\u2019épidémie de fièvre d\u2019Ebola de 2014 a été la plus dévastatrice depuis la découverte du virus en 1974.Elle a surtout touché l\u2019Afrique occidentale.Puis, il y a eu l\u2019aide médicale internationale.«Lorsque l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) a rapporté que les médecins étrangers ren - contraient des réticences importantes chez certaines populations, au point que des émeutes avaient éclaté, ça m\u2019a mis la puce à l\u2019oreille, raconte Lonzozou Kpanake.Mes travaux portent sur la perception des risques.Alors je suis allé enquêter sur place, étudier comment la population percevait le virus.» Le psychologue n\u2019en était pas à ses premières armes dans ce domaine.Togolais d\u2019origine, il est déjà retourné dans son pays pour comprendre les comportements des populations face à des problèmes de santé comme le VIH-sida, l\u2019hépatite C ou le paludisme.«Un vaccin contre le paludisme a été approuvé par l\u2019OMS et sera bientôt distribué, donne-t-il en exemple.Mais au Togo, l\u2019acceptabilité d\u2019un vaccin n\u2019est pas spontanée! Sur 200 nouveaux parents que j\u2019ai rencontrés, seulement la moitié étaient disposés à faire vacciner leurs enfants.L\u2019autre moitié disait qu\u2019ils refuseraient le vaccin, soit à cause de son coût, soit parce qu\u2019ils avaient des doutes sur son efficacité.» Pourtant, le paludisme tue plus du quart des enfants qui sont infectés\u2026 En plus de la perception, Lonzozou Kpanake étudie aussi les comportements à risque, comme la résistance à l\u2019utilisation du condom dans le cas des maladies transmises sexuellement, ou l\u2019étrange pratique de la dépigmentation de la peau, au moyen de composés toxiques, pour des raisons esthétiques.«Mon objectif ultime est la prévention des maladies.En comprenant mieux ce qui incite les gens à prendre des risques, je peux proposer des campagnes de sensibilisation et de rééducation appropriées, et réduire l\u2019incidence des problèmes de santé.» Dans ces pays au passé colonial, les citoyens sont souvent réfractaires aux étrangers qui tentent de leur dire quoi faire.Mais si le message est transmis par un enfant du pays, peut-être a-t-il de meilleures chances de passer.C\u2019est en tout cas ce qu\u2019espère le chercheur.?XII T É L U Q Lonzozou Kpanake dans une séance d'entrevue de groupe avec des villageois de Kaniamboua, au nord du Togo.COORDONNÉES : 7° 32\u2019 17\u2019\u2019 N 8° 29\u2019 50\u2019\u2019 O LIEU : GUINÉE EBOLA: UNE BATAILLE POUR LA CONFIANCE Mission: comprendre la perception qu\u2019ont les Guinéens du virus Ebola et des traitements proposés pour le combattre.E nviron 80% des Haïtiens vivent avec moins de 2 $ par jour.«Ils sont toujours en mode survie», résume Yves Lecomte, psychologue et professeur titulaire à la TÉLUQ.Ajoutez à cette pauvreté le surpeuplement, surtout dans la capitale Port-au-Prince; la violence; le bruit incessant; le manque d\u2019intimité; la chaleur extrême; l\u2019instabilité politique.Tous les ingrédients sont réunis pour générer des problèmes mentaux.«Le pays ne compte que quelques médecins et infirmières spécialisés en santé mentale.On essayait depuis 2006 d\u2019implanter un réseau communautaire en ce domaine.On a pu y parvenir après le séisme de 2010, grâce à l\u2019aide internationale.» Mais chez les Haïtiens, les problèmes mentaux sont tabous.Il fallait donc trouver comment s\u2019y attaquer.Les collègues haïtiens d\u2019Yves Le- comte ont eu l\u2019idée d\u2019aborder le problème par la bande en implantant un programme d\u2019aide aux parents.«Là-bas, 82% des parents utilisent les châtiments corporels comme méthode éducative.Pour attaquer le problème de la violence intrafamiliale, on a donc choisi de joindre les adultes en passant par leurs enfants», explique le chercheur.Comment?Par une panoplie d\u2019outils: un programme éducatif à l\u2019intention des enfants de première année du primaire sur les stratégies d\u2019adaptation face aux conflits; des patrouilles ambulantes qui rendent visite aux nouvelles mamans chez elles pour leur offrir du soutien émotif (et leur proposer un petit boulot dans une boutique d\u2019aménagement floral pour gagner quelques sous); des ateliers de compétences parentales où l\u2019on explique les effets négatifs des châtiments corporels chez l\u2019enfant, tout en proposant des méthodes alternatives d\u2019éducation.Mais le plus beau succès est probablement une série de 41 émissions sur le développement psychosocial, depuis le fœtus jusqu\u2019à l\u2019âge adulte, diffusée à la radio haïtienne.Le sujet de la violence a subtilement été abordé à la trentième émission.«Le succès est au rendez-vous, affirme Yves Lecomte avec émotion.L\u2019émission est suivie assidûment.Dans les villages, les gens se regroupent autour des quelques postes disponibles et l\u2019écoutent ensemble.» Tout ce travail repose sur une bonne équipe: neuf aidants naturels là-bas, en Haïti, assistés de deux psychologues-chercheurs haïtiens pour le programme de compétences parentales.À Montréal, des psychologues, des éducateurs, des médecins proposent bénévolement de la formation et de la supervision, à distance et sur place lors de brefs séjours.Déjà, 2 200 parents et leurs enfants ont été touchés.Et les enquêtes du chercheur révèlent que la violence intrafamiliale recule auprès de plusieurs de ces familles.«Malgré toute leur misère, les Haïtiens ont une stratégie d\u2019adaptation admirable, souligne le chercheur de la TÉLUQ.Ils sourient tout le temps, leur joie de vivre est contagieuse et nous transforme, nous aussi.\u201cÇa ira mieux demain\u201d est leur devise.» On peut les croire.?XIII E COORDONNÉES: 18° 26\u2019 N 72° 46\u2019 O LIEU: GRAND- GOÂVE, HAÏTI Un monde incertain: la société des humains TABOUS ET CHÂTIMENTS Mission: implanter un réseau de santé mentale en Haïti et aider les familles à se détourner des châtiments corporels comme méthode éducative.Marché à Port-au-Prince, Haïti N E C I P Y A N M A Z / S T O C K P H O T O n 2006, les citadins constituaient la moitié de la population du globe.On estime que, d\u2019ici 2030, leur proportion atteindra 60%.«Avec de plus en plus de gens dans les villes, notre vision du monde change, commente Julie-Anne Boudreau.Les villes sont des lieux d\u2019événements qui peuvent déclencher des émotions intenses.» La diplômée en sciences politiques et en études urbaines est professeure au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019INRS et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l\u2019urbanité, l\u2019insécurité et l\u2019action politique.«Je m\u2019intéresse à la perception du risque, de l\u2019incertitude et de l\u2019insécurité par les citadins au sein des grandes métropoles.Plein de choses contribuent à l\u2019insécurité actuelle: les menaces terroristes, l\u2019augmentation des éclosions de maladies humaines et animales, l\u2019explosion démographique, la volatilité économique, etc.» Les manifestations étudiantes du printemps 2012 à Montréal lui ont notamment servi de laboratoire pour tester des outils biométriques.L\u2019année suivante, elle est retournée sur les lieux des affrontements avec quelques-uns des militants.Chacun portait des lunettes équipées d\u2019une caméra et, au poignet, un bracelet pouvant mesurer sa température corporelle et son rythme cardiaque.«Je les accompagnais dans ces lieux où, pour la plupart, ils revenaient pour la première fois depuis les événements et je leur laissais me raconter ce qu\u2019ils avaient vécu.Après coup, je comparais la vidéo et la bande- son avec les relevés biométriques.De fortes émotions négatives, comme la rage, la colère et la sensation de trahison, sont associées à certains endroits.Ailleurs, au contraire, les émotions positives comme le sentiment d\u2019appartenance et l\u2019amitié dominent.» L\u2019ensemble des données lui a permis de faire une «carte émotive» du centre-ville de Montréal.De tels événements laissent des traces, on le comprend.Il en serait de même à Bruxelles, Hanoi, Los An- geles, Mexico, Paris ou Toronto que Julie-Anne Boudreau arpente afin de trouver des similarités dans les situations où les jeunes en arrivent à prendre des risques.«Mes travaux serviront à déterminer les sources du sentiment d\u2019insécurité des citadins et l\u2019intensité de leur inconfort selon le groupe social auquel ils appartiennent et le quartier où ils habitent.» Utile?La chercheuse soutient que ses travaux aideront les décideurs à trouver des solutions aux tensions urbaines.?XIV COORDONNÉES: LES VILLES DU MONDE LIEUX: MONTRÉAL, MEXICO, HANOI, LOS ANGELES.MOI, MA VILLE, MES ÉMOTIONS Mission: relever les émotions des citadins ayant vécu des événements extraordinaires.E La carte émotive du centre-ville de Montréal au printemps 2012 pendant les manifestations étudiantes.Julie-Anne Boudreau et son étudiant Alain Philoctète à la station de métro Saint-Michel de Montréal La recherche dans le réseau de C H R I S T I A N F L E U R Y otonou, la plus grande ville du Bénin.La nuit est tombée; la chaleur, tempérée par le golfe de Guinée, est moins écrasante.Dans une vaste cour intérieure menant à de multiples chambres, des femmes et leurs clients vont et viennent.Un manège à la fois intrigant et désolant.Dans un coin obscur, la lumière d\u2019une lampe de poche vacille de temps à autre, éclairant furtivement une petite table où se trouve une équipe de chercheurs composée de Béninois et d\u2019une Québécoise, qui réalise des entretiens individuels et prend des notes.«En tant que psychologue spécialisée en santé communautaire, je travaille à la prévention du VIH auprès des travailleuses du sexe et de leurs clients, explique Emmanuelle Bédard, professeure à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), campus de Lévis.J\u2019interroge ces femmes, je parle à leurs clients, j\u2019essaie de coller à la culture locale pour me faire accepter afin d\u2019obtenir des entretiens sincères.Ça prend du temps.» À Cotonou, sous les étoiles, une prostituée perd soudain patience et se met à engueuler un client.«J\u2019ai aussi fait des observations à Ouagadougou, au Burkina Faso, de même qu\u2019à Québec, poursuit la psychologue.Si les problèmes prennent des couleurs différentes, ils sont similaires: la consommation de drogues, la violence des clients, le harcèlement exercé par les policiers\u2026 Et bien sûr, les risques d\u2019attraper le VIH.» À d\u2019autres moments, Emmanuelle Bédard est allée travailler dans les rues.Blanche, jeune, occidentale: le contact avec les gens de la nuit n\u2019est pas toujours facile et certains refusaient de lui accorder leur confiance.Elle réussissait tout de même à parler aux clients des prostituées.C\u2019est aussi ça, la prévention! «Ce n\u2019est qu\u2019avec le temps que j\u2019ai appris à discerner ceux qui répondaient franchement et ceux qui me menaient en bateau.Certains clients sont rébarbatifs dès qu\u2019on leur parle de prévention des maladies sexuellement transmissibles.\u201cElle veut me faire porter un condom\u201d, se disent-ils tout de suite.Il faut user de diplomatie et amener le sujet en douce.» Au cours de ses interventions en Afrique, Emmanuelle Bédard ne croit pas avoir changé beaucoup de choses.Modestie?Peut-être.Car les statistiques récentes obtenues au Bénin démontrent une augmentation de l\u2019usage du préservatif et la diminution du VIH chez les travailleuses du sexe et leurs clients.«Il y a plusieurs interventions sur le terrain.Ce sont les actions com - binées qui fonctionnent le mieux.Ma contribution n\u2019a été qu\u2019un grain de sel.» Parallèlement à ce travail, la psychologue s\u2019intéresse à l\u2019empowerment des prostituées, c\u2019est-à-dire à leur capacité de prendre plus de pouvoir sur leur travail, sur leur vie et sur leur santé en général.«Comme chercheuse, continue-t-elle, j\u2019ai contribué au regroupement des travailleuses du sexe de Cotonou dans le cadre d\u2019un projet de recherche sur l\u2019équité en santé chez ces femmes.» À Québec, de la même manière, elle a contribué à l\u2019émergence du Projet L.U.N.E., un programme mis au point par et pour les prostituées de rue utilisatrices de drogues injectables, qui les aide à reprendre un peu la maîtrise de leur vie.?XV C COORDONNÉES: 6° 21\u2019 36\u2019\u2019 N 2°26\u2019 24\u2019\u2019 E LIEU: MAISON DE PASSE DE COTONOU, BÉNIN PRÉVENTION D\u2019ABORD Mission: prévention du VIH et des autres ITSS auprès des travailleuses du sexe à Cotonou, au Bénin.e l\u2019Université du Québec Passeport science S P E N C E R P L A T T / S T O C K P H O T O rois-Rivières, ce n\u2019est pas le Bronx, mais la criminalité et la délinquance y font tout de même bien des dégâts.Parlez-en aux résidants des quartiers Adélard-Dugré et Jean-Nicolet où les policiers doivent souvent se rendre pour répondre à des appels.«Il y a un dealer presque à chaque coin de rue, on vend de la drogue à l\u2019école primaire, décrit Sylvie Hamel.Un jour, une citoyenne de ces quartiers en a eu assez et a demandé de l\u2019aide.Elle s\u2019est tournée vers Les Trois Pivots, un organisme de justice alternative responsable du suivi des peines de travaux communautaires chez les jeunes délinquants primaires.L\u2019organisme s\u2019est à son tour adressé à ses partenaires, au ministère de la Sécurité publique et à des chercheurs.» Psychologue communautaire, Sylvie Hamel fait de la recherche en psychoéducation à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et est membre du Centre international de criminologie comparée, le CICC.«D\u2019un commun accord, tous les joueurs se sont entendus pour tester Communities That Care, un programme qui a fait ses preuves aux États-Unis.Le but est de mieux intégrer les adolescents à leur communauté.» Mais on s\u2019est aperçu qu\u2019avant l\u2019attachement à la communauté, il manquait quelque chose de fondamental à ces jeunes: l\u2019attachement à leur famille.C\u2019est que les parents, souvent criblés de dettes, sans emploi, aux prises avec des problèmes de dépendance et écrasés par le stress négligent de simplement passer du temps avec leurs enfants.«Il en résulte des familles peu soudées, dont les membres se connaissent mal et se respectent peu.Nous avons donc aussi mis en branle le programme de Renforcement des familles (adaptation de Strengthening Families qui a fait ses preuves partout dans le monde).Tout se joue autour de gros repas de famille, de grandes tablées comme autrefois.Des parents sont invités à venir souper avec leurs adolescents.» Le repas, prétexte à la réunion, est suivi d\u2019un atelier où l\u2019on rencontre les parents séparément de leurs jeunes, puis tout le monde se réunit à nouveau pour échanger sur ce qui vient de se dire.On se revoit la semaine suivante, pour un total de 14 repas en 14 semaines.«Institué en 2012 pour une période de cinq ans, le programme a déjà touché une quarantaine de familles, annonce Sylvie Hamel.Pour une population habituée à la police, à la DPJ et aux organismes qui la prennent en main sans trop la consulter, et qui se méfie des chercheurs, la réponse est très bonne.J\u2019assure un suivi auprès des parents qui le désirent pendant plusieurs mois après le programme.Mon indicateur de succès n\u2019est pas la criminalité; ça nécessiterait 10 ans pour faire des comparaisons! Non, je mesure surtout l\u2019engagement, l\u2019attachement dans les familles, la compétence dans la communauté.» Résultat, la vie change dans ces quartiers de Trois- Rivières.Non seulement les relations parents-enfants s\u2019améliorent-elles, mais celles du voisinage aussi.«On voit les gens s\u2019ouvrir aux autres, devenir moins \u201csauvages\u201d, s\u2019échanger des numéros de téléphone, se parler dans la rue.Du jamais vu !» ?XVI COORDONNÉES: 46° 21\u2019 N 72° 33\u2019 O LIEU: QUARTIERS DÉFAVORISÉS DE TROIS-RIVIÈRES DU TEMPS POUR LES ENFANTS Mission: donner aux habitants des quartiers défavorisés les moyens de se relever.T Graduation d\u2019une cohorte de familles ayant participé au programme avec les animateurs des ateliers et les coordonnateurs du projet.SONS ET LEÇONS ans une petite galerie d\u2019art de Yangon, auMyanmar, quelques dizaines de curieux écoutent et observent Dimitri della Faille.Accroupi avec ses pieds nus au milieu des câbles électriques, l\u2019artiste manie fébrilement les boutons d\u2019une petite console de son.Puis, sous les lumières intermittentes, les sons rappellent tantôt le vacarme d\u2019une usine, tantôt le bruit du vent.De l\u2019art! «Je suis aussi un chercheur, dit ce professeur de sociologie à l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO).Ces expériences artistiques me permettent d\u2019établir un contact avec les gens de façon bien plus naturelle et spontanée que si je me présentais comme sociologue.Ils me parlent sans filtre.» Myanmar, Philippines, Vietnam, Colombie, le chercheur et artiste arrive ainsi à prendre le pouls des sociétés en pleine révolution sociale.Et sur scène, il devient ainsi spectateur de ceux qui viennent le voir.Il en tire autant des sons et des leçons qu\u2019il transmet à son tour à ses étudiants de Gatineau.Un cours fort en décibels, pré- sume-t-on.D COORDONNÉES: 16° 48\u2019 N 96° 09\u2019 E LIEU: YANGON, MYANMAR S Y L V I E H A M E L F I N D A R S L\u2019autre dimension de l\u2019actualité WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA REJOIGNEZ-NOUS ! Visitez notre page Facebook pour des nouvelles scientifiques fraîches, des infos sur les événements de science au Québec, et pour nous faire part de vos commentaires et de vos envies.ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes Chercheurs: leur quotidien et leurs passions Les entretiens de Québec Science ARCHIVES OUVERTES Nos archives les plus récentes seront disponibles sous peu, en format PDF.Relisez nos reportages, nos entrevues et nos actualités à volonté ! UNE SAGA SCIENTIFIQUE AUDIO EN 4 ÉPISODES ! Elles ont leurs propres gènes, sont présentes par centaines dans chacune de nos cellules et auraient joué un rôle dans notre évolution.Les mitochondries sont d\u2019étranges «parasites», indispensables et mystérieux, qu\u2019on vous propose de découvrir sous forme d'une enquête audio, à écouter ou télécharger sur quebecscience.qc.ca.DE L\u2019ART ET DE LA SCIENCE Des étudiants de l\u2019Université du Québec en Outaouais ont relevé le défi d\u2019illustrer les 10 découvertes de l\u2019année de Québec Science (janvier-février 2015).Voyez leurs œuvres sur notre site. 26 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 sur le fil de départ Coureurs professionnels, manufacturiers, investisseurs ou simples amateurs, ils sont de plus en plus nombreux à se passionner pour la Formule E, où se joue \u2013 ils en sont convaincus \u2013 l\u2019avenir de l\u2019automobile.Montréal pourrait-elle accueillir un Grand Prix de FE?Par Daniel Bastien Formule 1?Non, es voitures au profil aérodynamique d\u2019avant-garde.Des monoplaces puissantes représentant le summum technologique du sport automobile.Des vitesses impressionnantes.Des pilotes de haut calibre.Un son hors du commun.Des constructeurs réputés.Voilà qui définit bien la Formule 1 mais, depuis quelques mois, la Formule E peut aussi se targuer de ces atouts, en ajoutant à la liste que pas une goutte d\u2019essence n\u2019est consommée en piste! «E», vous l\u2019aurez compris, c\u2019est pour «électrique».Depuis des décennies, la F1 est la reine du sport automobile.En 2014, elle prenait un très important virage, en remplaçant son moteur V8 atmosphérique par un V6 turbo hybride.Ainsi, la consommation d\u2019essence a chuté de un tiers, même si la puissance globale du système carbu- rant-électricité est égale \u2013 sinon supérieure \u2013 à celle de l\u2019ancien moteur, plus gourmand.Cette technologie hybride a été adoptée pour une très bonne raison : certains manufacturiers participant au championnat, notamment Mercedes et Renault, exigeaient une meilleure adéquation entre la F1 et l\u2019industrie automobile.L\u2019objectif étant de créer un lien encore plus pertinent, quant à la motorisation, avec les voitures de série que nous conduisons.Car, encore et toujours, la course automobile est le banc d\u2019essai par excellence pour les concepts destinés aux voitures de tourisme.Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 27 D Formule E ! F I A F O R M U L A - E C\u2019est le même principe qui est à la base de la création du championnat de Formule E dont la première saison, inaugurée à l\u2019automne dernier, prendra fin au cours de l\u2019été 2015.L\u2019un de ses objectifs principaux (en plus d\u2019offrir un bon spectacle, bien sûr!) est de «promouvoir une compétition technologique», selon les mots d\u2019Alejandro Agag, le P.D.G.de la Formule E.«Nous voulons que ce championnat soit la plateforme sur laquelle différentes techno logies seront testées.Elles pourront ensuite être intégrées aux modèles de série», explique-t-il.D\u2019ailleurs, de grands noms de l\u2019industrie automobile et du sport ont relevé le défi de la Formule E: notamment Renault (surtout pour les châssis), McLaren (pour la transmission et l\u2019électronique), Williams (pour les batteries).Le quadruple cham - pion de F1 Alain Prost est directe ment impliqué dans l\u2019écurie électrique eDams, comme l\u2019acteur Leonardo DiCaprio l\u2019est au sein de l\u2019équipe Venturi.Selon McLaren Applied Technologies, le moteur électrique ayant la plus grande densité énergétique au monde, c\u2019est le sien.Son ratio énergie/poids (8 kw/kg) est de trois à quatre fois supérieur à ce qui existe actuellement dans l\u2019industrie automobile.Le secret de cette merveille de 26 kg?Une efficacité électromagné - tique très élevée et, compte tenu de la chaleur que cette énergie génère, l\u2019intégration d\u2019un système très développé de refroidissement.Il est clair que, en regard de l\u2019énergie propre, plusieurs approches novatrices ont déjà été adoptées en Formule E.Francesco Nenci, l\u2019ingénieur en chef du Trulli Formula E Team, l\u2019une des 10 écuries inscrites au championnat de cette année, est à la fois impressionné et inspiré par le potentiel de ce qu\u2019il voit à l\u2019œuvre.«À ma connais sance, dit-il, peu de systèmes peuvent gérer les niveaux de puissance que nous avons en Formule E.Nous n\u2019en sommes qu\u2019au début, mais je crois que nous serons bientôt au sommet dans ce secteur.C\u2019est pourquoi nous nous y investissons totalement ! Et comme elles coûtent actuellement plus cher que les voitures à propulsion traditionnelle, nous devons aussi faire en sorte que ce que nous développons soit abordable.C\u2019est très diffé rent de ce que nous faisions aupa - ravant; nous sommes des pionniers.» este maintenant à attendre que les manufacturiers s\u2019intéressent da van tage au potentiel de la voiture électrique.Francesco Nen ci croit que certaines entreprises investissant leurs fonds de recherche en FE pourraient un jour «être considérées comme des manufacturiers automobiles» à part entière grâce aux développements réalisés en piste.Jarno Trulli, un vétéran de la F1 ayant remporté le légendaire Grand Prix de Monaco, est du même avis : «Cette technologie se retrouvera demain dans les voitures de série!» Cependant, ils ont beau se ressembler, les bolides de Formule 1 et de Formule E présentent des différences fondamentales.Par exemple, alors que la plupart des épreu ves de F1 se disputent sur des circuits, toutes les courses de FE ont lieu au cœur des grandes villes.En verra-t-on sur le boulevard René-Léves que?Le maire de Montréal, Denis Coderre, a manifesté son intérêt pour un Prix de Formule E, à partir de 2016 ou 2017.Dans l\u2019ouest canadien, Vancouver explore également cette possibilité.Précisons.Si la F1 peut foncer à plus de 28 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 Comme un essaim Le cri strident des F1 a disparu avec l\u2019arrivée des moteurs hybrides, mais le vrombissement actuel atteint néanmoins 135 décibels (db).En FE, la propulsion électrique ne signifie pas un silence complet, loin de là! Le moteur émet tout de même 80 dB, soit une dizaine de plus qu\u2019une auto conventionnelle.Alors que les monoplaces de Formule 1 produisent un son quasi guttural, celles de la Formule E donnent l\u2019impression d\u2019être habitées par des milliers d\u2019abeilles en furie.Sachant que le bruit fait partie de l\u2019expérience du spectateur, cette facette moins agressive de la FE fera-t-elle en sorte que plusieurs s\u2019en désintéresseront?«Le son est très bizarre, admet le vétéran de la F1 Jarno Trulli, passé à la FE.Le premier contact peut même être assez difficile.Mais si vous êtes vraiment passionné par les voitures de course, et surtout par les courses, vous aurez à décider si le bruit est bien nécessaire!» Le pilote Jamo Trulli : «La façon de conduire une FE n\u2019est pas du tout différente; mais la façon dont on va gérer la voiture, oui.» R «LA FORMULE 1 SERA TOUJOURS L\u2019EXPRESSION ET LA FORMULE E, L\u2019EXPRESSION MAXIMALE 350 km/h, sa cousine électrique n\u2019atteindra «que» 225 km/h, ce qui demeure néanmoins impressionnant pour une voiture à propulsion entièrement électrique! De plus, alors qu\u2019une F1 complète une course d\u2019une heure et demie sans ravitaillement, une FE videra ses batteries ion-lithium en 20 à 25 minutes.Pour con tour ner cette contrainte technologique, et offrir tout de même un spectacle d\u2019une heure au public, chaque pilote doit rentrer au stand, vers la mi-course, et sauter dans une seconde voiture, identique.Mais cette nécessité n\u2019en sera plus une d\u2019ici quatre ans, croit- on, grâce aux développements techniques et logiciels.En F1, compte tenu de la limite imposée sur la quantité de carburant, les pilotes doivent gérer leur consom - mation d\u2019essen ce, tout en se servant de la puissance électrique pour gagner autant de terrain que possible.En FE, ce n\u2019est pas tout à fait la même chose.«Tout est basé sur une gestion efficace de l\u2019électricité, explique Francesco Nenci.La quantité d\u2019énergie est limitée.Il faut donc être aussi rapide que possible dans les lignes droites mais, dans les virages, toute l\u2019énergie [cinétique] dépensée pour ralentir la voiture doit être récupérée de façon à maintenir la batterie à son plus haut niveau possible.Croyez-moi, c\u2019est un gros défi pour les ingénieurs et les pilotes!» «D\u2019une certaine façon, les voitures sont très similaires», ajoute Jarno Trulli qui a quitté la Formule 1 à la fin de 2011 et se trouve aujourd\u2019hui pilote de Formule E au sein de sa propre écurie.«La façon de conduire n\u2019est pas du tout différente; mais la façon dont on va gérer la voiture, oui.C\u2019est vraiment différent en FE, même pour les ingénieurs.» Une recharge complète nécessite un branchement de 50 minutes.Mais la FE expérimente l\u2019utilisation d\u2019un système de recharge sans câble, fonctionnant sur le principe de l\u2019induction magnétique.Il se pourrait même, à l\u2019avenir, qu\u2019une «ligne de recharge» soit intégrée à même une portion de la piste.Ce sera au pilote de s\u2019en servir ou pas, et sa décision aura une influence sur sa stratégie, donc sur le spectacle! Justement, dans l\u2019ensemble, au-delà des similitudes et des différences, le spectacle est-il aussi bon et enthousiasmant en Formule E qu\u2019en Formule 1?Pour les amateurs ayant vu les deux séries au cours des derniers mois, oui! Le son des moteurs est différent (voir l\u2019encadré à la page 28), comme l\u2019environnement des circuits et le format des courses mais, dans les deux cas, il y a de l\u2019action en piste.Quant à la qualité des pilotes, plusieurs anciens de F1 ont joint la FE, alors que d\u2019autres espèrent faire le chemin inverse.Il y a de quoi se passionner pour l\u2019un, pour l\u2019autre\u2026 et pour les deux! Toutefois, il n\u2019y aura peut-être plus de choix possible, un jour.Il semble en effet inévitable que le moteur à combustion cédera sa place à des moteurs propres, pro- Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 29 FE Puissance \u2022Moteur à combustion hybride F1: environ 900 chevaux.\u2022Moteur FE: environ 270 chevaux (200 kilowatts).Accélération 0-100 km/h Environ deux secondes en F1, trois secondes en FE.Efficacité \u2022En F1 comme en FE, le pilote doit gérer sa consommation d\u2019énergie.\u2022En F1, on pousse les motoristes à mettre au point des groupes propulseurs au débit de carburant limité, pouvant soutirer le maximum d\u2019énergie de chaque goutte d\u2019essence.\u2022Même principe en FE, où l\u2019on tente de prolonger au maximum l\u2019autonomie de la propulsion électrique, tout en évitant de sacrifier les performances.F1 N MAXIMALE DU SPORT AUTOMOBILE CONVENTIONNEL.E DE L\u2019ÉLECTRIQUE.» bablement électriques, même si cela doit pren dre des décennies.Assisterons-nous à la fusion d\u2019une Formule 1 entièrement électrifiée \u2013 et toujours au pinacle du sport automobile \u2013 avec la Formule E?«Ce sont des choses différentes, spécifie Francesco Nenci.La FE n\u2019est pas en compétition avec la F1, elle explore des technologies différentes.Les voitures en F1 seront les plus rapides encore longtemps.Notre objectif est différent: développer une voiture performante grâce à une source d\u2019énergie renouvelable.La Formule 1 suit les tendances actuelles de l\u2019industrie automobile; nous, nous travaillons à ce qui deviendra la tendance.» Jarno Trulli complète : «La Formule 1 sera toujours l\u2019expression maximale du sport automobile conventionnel.Et la Formule E, l\u2019expression maximale de l\u2019électrique.Les deux ne vont jamais se rencontrer, sinon dans beaucoup, beaucoup d\u2019années.» D\u2019ici là, les équipes d\u2019ingénieurs de F1 et de FE travaillent en parallèle sur des moteurs dont le développement signera l\u2019avenir de l\u2019industrie automobile.Et le genre de voiture que conduiront Monsieur et Madame Tout-le-Monde demain.?QS +Pour en savoir plus Formule E: www.fiaformulae.com Formule 1: www.formula1.com Trulli Formula E Team : http ://trulli.fia-fe.com 30 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 Jarno Trulli, vétéran de la F1 Cette technologie se retrouvera demain dans les voitures de série! Compétition de Formule E en Malaisie, en novembre dernier.RÉSERVEZ veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 CANTONS-VERMONT.SI BEAUX, SI BONS, SI PRÈS ! Tout débute à moins d\u2019une heure de Montréal : splendides paysages, routes tranquilles, visites de vignobles et dégustations de produits locaux.L\u2019épicurisme de proximité a ses avantages ! p h o t o : G a é t a n F o n t a i n e D\u2019ICI LE 15 JUIN X U GE A ANT V A IX R P au 7 août er Du 1 on y gagne En gang, TION OMO R P sur le fil de départ F I A F O R M U L A - E UVE PAR ai f+) CONCOURS 2015; - À 44 AT a Ÿ -\u2014 » 7 0 y = ç \\ m0 I~ YT v1 - \u2014e ~~ To ~ 2 £ a V ; &! a.*, oF a Yee eo.Yi \u2019 v \u2014 \"A .- ° # > >» \u20ac - BN a CG.Exe vA 75 \u201cIv '.2 TN do yg a ,, À Cv Xx, F $ J p % < -@ Ô y J ww ; Pp ea \u2018a ) = ®, «\u201d o£ - 4 aA \" IS J / i er - L se\u201d À Es À & > -& 71; 2.> » - ps y Ji e Gy , 7 PRIX DU PUBLIC EUREKA! 2014 SACHA CAVELIER, UNIVERSITÉ McGILL 20 images produijtes par des cheures et des chercheurs » v M 1 (AOJul 2 JA NY vl AY FORT AISSION DECOUVERTE Regis HE (FLENLYG al al 9 AOU conomie innovation gay alg dah FESTIVAL or CASNG CTE TS de dépôt é1 placement Québec EUREKA! oi pd PROGRAMMATION KA! a ingt-cinq mille personnes touchées et plus de 10 000 morts en moins de 1 an : l\u2019épidémie de fièvre Ebola a pris le monde par surprise.Même l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) a été forcée de reconnaître le manque de réactivité de ses troupes face à ce redoutable virus.Si la menace est encore loin d\u2019être écartée, elle aura eu au moins le mérite de donner un coup d\u2019accélérateur à la recherche, en permettant de tester sur le terrain plusieurs vaccins et traitements expérimentaux, dont le Zmapp, un sérum composé d\u2019anticorps censés neutraliser le virus et accélérer la guérison.Développé conjointement par le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, au Manitoba, et la société californienne Mapp Bio- pharmaceutical, le Zmapp a démontré son efficacité sur des singes infectés et a été admi - nistré en urgence à plusieurs malades en 2014.En février dernier, un essai clinique a officiellement débuté au Libéria, sous l\u2019égide de l\u2019Institut national états-unien de l\u2019allergie et des maladies infectieuses (NIAID).Et voilà que le département de la santé des États-Unis fait aujourd\u2019hui appel à une entreprise québécoise, Medicago, pour l\u2019aider à produire davantage de ce Zmapp prometteur.Établie à Québec, dans le Parc technologique, Medicago n\u2019a pourtant rien d\u2019un géant de la pharmaceutique.Le bâtiment ne paie pas de mine, mais c\u2019est l\u2019intérieur qui surprend le plus : lorsqu\u2019on pousse la porte d\u2019entrée, une douce odeur de terreau monte aux narines.Ici, pipettes et boîtes de Pétri ont laissé la place aux bottes de caoutchouc et aux rangées de végétaux! Car les vaccins et les médicaments sont fabriqués par des plantes, dans une serre chaude et humide attenante aux bureaux.Plus précisément, c\u2019est Nicotiana benthamiana, une cousine australienne du tabac, qui travaille sans relâche.C\u2019est elle qui fournit en quelque sorte la «machinerie» cellulaire et la matière première que les biologistes détournent à leurs fins, la contraignant à fabriquer des molécules thérapeutiques.Hauts d\u2019une trentaine de centimètres, les plants aux larges feuilles arrivent en effet à fournir, et en seulement une dizaine de jours, une quantité importante de protéines d\u2019intérêt médical, que les procédés classiques ne permettraient d\u2019obtenir qu\u2019en plusieurs semaines, si ce n\u2019est plusieurs mois.Les doses de Zmapp produites par Medicago seront bientôt utilisées dans le cadre d\u2019une étude d\u2019efficacité sur des primates, mais elles pourraient un jour sauver des vies.Marc-André D\u2019Aoust, le vice-président de la 32 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 retour à la terre Les plantes servent à soigner l\u2019humanité depuis toujours.Aujourd\u2019hui, elles peuvent en plus nous aider à synthétiser des vaccins et des médicaments complexes, à moindre coût et avec une rapidité jamais vue.C\u2019est la «moléculture».Une révolution en pharmacologie?Par Marine Corniou L\u2019OR VERT DES PHARMAS V I L L U S T R A T I O N : F R A N Ç O I S E S C A L M E L / D \u2019 A P R È S A M E R I C A N G O T H I C D E G R A N T W O O D We % Ra ; 2d ge 4 He oo a a */ nN Feu - it - = oF 2 à | EEE #4 ei ve =o Te CT _\u2014 \u2014 Le \u2014\"\u2014_ b \u2014 -\u2014\u2014\u2014 Te A A = TS Ba ) nh.fs) ¥ cs .y = ps .ih > _ lle a oA yd gai | a.Ed me 2 y FT fy = == Pr re [a PN a » CR + \u201cre fra = = : lly a ae Le ET aa \u2014 .oy ir I ww PTT Fa = 1 Ry JR J N e.Ye mal £ Ly apt =, x ) fi % 7 CE = eue\u201d y À 4 A ¢ \\ a wr, 4 Sa) recherche et de l\u2019innovation deMedicago, y croit.«Le sérum Zmapp est très prometteur, explique-t-il en déam bulant entre les plants éclairés par une kyrielle de lampes jaunes.Mais la capacité de production en Californie est limitée.Si le gouvernement des États-Unis est intéressé par notre procédé, c\u2019est qu\u2019il permet justement de réagir très rapidement en cas de crise.» l faut dire que Medicago n\u2019en est pas à son coup d\u2019essai.La start-up québécoise, achetée en 2013 par la firme japonaise Mitsubishi Tanabe Pharma (pour plus de 400 millions de dollars), possède aussi, en plus de ses installations de Québec, une immense serre automatisée en Caroline du Nord.C\u2019est là-bas que, en 2012, déjà à la demande du gouvernement états-unien, l\u2019entreprise a réussi à produire 10 millions de doses d\u2019un vaccin contre la grippe H1N1 en moins de 1 mois! Quand on sait que, lors de la pandémie de 2009, il a fallu presque six mois pour élaborer le premier vaccin, on comprend l\u2019intérêt grandissant des autorités de santé pour l\u2019agriculture moléculaire \u2013 ou «mo- léculture» \u2013, même si elle n\u2019en est encore qu\u2019au stade de développement.«Cela fait 20 ans que les scientifiques travaillent à mettre la moléculture au point.Leurs efforts vont enfin déboucher sur des applications concrètes.Il faut s\u2019attendre à une véritable explosion», observe Dominique Michaud, chercheur au département de phytologie de l\u2019Université Laval.Une «explosion» qui pourrait bien révolutionner notre façon de faire face aux situations d\u2019urgence, comme le bioterro- risme et les épidémies de fièvre Ebola ou de grippe.Cela dit, il n\u2019y a pas que la rapidité de production qui fait des plantes des outils incom parables pour produire des médi - ca ments en urgence.Leur utilisation permettrait aussi de diviser par 10 les coûts de production d\u2019un vaccin antigrippal, par exemple.Et même de diviser par 100, environ, l\u2019investissement nécessaire au développement d\u2019anticorps comme ceux du Zmapp.«Aucune entreprise pharmaceutique classique n\u2019aurait financé le développement d\u2019un tel produit, destiné à une maladie circonscrite aux pays en développement», estime Julian Ma, directeur de l\u2019Institute for Infection and Immunity du St.George\u2019s Hospital Medical School, à Londres, et spécialiste international de la moléculture.Sans cette biotechnologie, le Zmapp n\u2019aurait probablement pas vu le jour.En effet, les anticorps, comme d\u2019autres protéines utiles en médecine, sont des molécules complexes qui ne peuvent être fabriquées que par des cellules vivantes.On utilise habituellement des levures, des bactéries et, de plus en plus souvent, des cellules animales (d\u2019insecte ou de mammifère), aptes à produire des assemblages plus élaborés.Or, ces cultures cellulaires coûtent cher, et doivent être maintenues dans des bioréacteurs stériles.En comparaison, les plantes ont l\u2019avantage majeur de se contenter d\u2019amour et d\u2019eau fraîche, ou presque.\u2019idée de produire des composés pharmaceutiques à l\u2019aide de végétaux taraude d\u2019ailleurs les chercheurs depuis longtemps.«En fait, la première publication scientifique fai - sant état d\u2019un médicament produit par une plante date de la fin des années 1980.Mais le premier produit commercial [NDLR: l\u2019enzyme taliglucérase alfa, permettant de soigner une maladie génétique rare appelée maladie de Gaucher] a été approuvé en 2012», précise Julian Ma.Mise au point par Protalix Biothera- peutics, une entreprise israélienne, la taliglucérase alfa est fabriquée par des cellules de carotte génétiquement modifiées, cultivées en suspension.Le coût par patient : 150 000 $ par an, ce qui est encore loin d\u2019être bon marché.«Les scientifiques ont d\u2019abord pensé produire des médicaments avec des plantes génétiquement modifiées, notamment avec du maïs, en laboratoire et aussi en plein champ.Mais les géants de la pharmacie ne souhaitaient pas exposer leurs produits aux intempéries ni aux maladies.De plus, en Europe, la confrontation avec les activistes anti-OGM a refroidi l\u2019enthousiasme», analyse Loïc Faye, ancien chercheur au Centre national I 34 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 retour à la terre Medicago n\u2019en est pas à son premier succès «molécole», elle avait déjà fourni en 19 jours 10 millions de doses d\u2019un vaccin contre la grippe H1N1.L Marc-André D\u2019Aoust, de Medicago : «Avec une nouvelle technologie, il faut faire la preuve de tout.» P H O T O S : M E D I C A G O de recherche scientifique français, spécialiste de la moléculture.D\u2019autant que fabriquer de toutes pièces un OGM végétal capable de produire une molécule précise demande des mois, voire des années de travail.«C\u2019est pourquoi, aujourd\u2019hui, la plupart des compagnies utilisent la même plante, Nicotiana benthamiana, et la même technologie de production, beaucoup plus rapide et offrant un rendement multiplié par 30 ou 40», précise-t-il.Cette technique, choisie par Medicago, c\u2019est l\u2019«expression transitoire».C\u2019est celle qui consiste à introduire, dans une plante normale, le gène correspondant à la protéine que l\u2019on souhaite obtenir, et à forcer la plante à en fabriquer de grandes quantités.Contrairement aux OGM, ce gène ne s\u2019intégrera pas de façon permanente au génome et ne pourra donc pas être transmis aux graines ni au pollen.Pour l\u2019introduire de façon transitoire, on utilise une bactérie du sol, Agrobacterium tumefaciens, qui peut, de façon naturelle, transférer de l\u2019ADN dans les cellules végétales.«Notre but est de mettre ensuite toutes les cellules de la plante en contact avec Agrobacterium pour maximiser la production de protéines», précise Marc-André D\u2019Aoust.Pour ce faire, les plantes sont plongées à l\u2019envers dans un bain où flottent d\u2019innombrables bactéries porteuses du gène qui intéresse les biologistes.«On fait d\u2019abord le vide pour que les feuilles se rétractent.Puis on rétablit la pression.Alors les feuilles se gonflent comme des éponges, et elles absorbent le liquide et les bactéries», ajoute-t-il.L\u2019opération dure à peine quelques minutes.Les plantes en ressortent trempées et un peu ratatinées.Puis, pendant une dizaine de jours, presque chaque cellule, dans chacune des feuilles, va se mettre à produire la précieuse protéine en grande quantité, en bonne ouvrière disciplinée.Dans une salle jouxtant la serre, des employés en sarrau blanc broieront ensuite les feuilles, «comme on hache des épinards».Puis le produit sera finalement extrait, filtré et purifié, non loin de là, dans une autre usine de Medicago.Le tour est joué! Cela dit, il aura fallu ruser pour arriver à ces résultats : les plantes ne se plient pas de bonne grâce à la production de protéines qui leur sont parfaitement inutiles.«Une cellule de plante qui exprime un gène étranger va le reconnaître comme tel et réagir en tentant d\u2019interrompre cette production parasite», explique Dominique Michaud, de l\u2019Université Laval.Quand elle détecte la présence de matériel génétique étranger, la plante est capable de le séquestrer et de le neutraliser.La parade qu\u2019utilise Medicago pour déjouer cette réaction consiste à introduire Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 35 L\u2019ESSOR DES PROTÉINES EN MÉDECINE Molécules essentielles au fonctionnement de l\u2019organisme, les protéines ont des rôles incroyablement variés.Leur synthèse chimique étant impossible à grande échelle, leur utilisation en médecine est encore limitée, bien qu\u2019elle soit en plein essor.D\u2019ici 2 ans, le marché mondial des protéines thérapeutiques pourrait en effet dépasser 100 milliards de dollars.Plusieurs «biothérapies» sont déjà employées, toutes fabriquées par des cellules vivantes : des protéines modulant la réponse immunitaire (interféron), des hormones (insuline, hormone de croissance), des facteurs de coagulation, des enzymes (comme la taliglucérase alfa pour la maladie de Gaucher) ou encore des anticorps (pour le diagnostic ou le traitement de nombreuses maladies dont des cancers).Du côté des vaccins, les protéines ouvrent aussi de nouvelles voies, grâce aux vaccins dits à «pseudo-particules virales».«Les vaccins utilisés aujourd\u2019hui sont composés de virus (ou de bactéries) vivants ou atténués, ou de virus inactivés par un traitement chimique.Mais il y a une autre solution : utiliser uniquement des protéines de virus, qui provoquent aussi une réponse immunitaire, et de façon très sécuritaire», explique Marc- André D\u2019Aoust, vice-président de la recherche et de l\u2019innovation de Medicago.Il suffit pour cela de bien choisir le fragment de virus en question.«Dans le cas de la grippe, nous utilisons l\u2019hémagglutinine, présente en grande quantité à la surface des virus grippaux, que le système immunitaire repère facilement», précise-t-il.Lorsqu\u2019elle est fabriquée dans les plantes, l\u2019hémagglutinine a même l\u2019étonnante propriété de former naturellement des boules ressemblant au virus grippal, en «volant» des lipides végétaux pour reconstituer une sorte de capsule sphérique.Résultat, le produit final ressemble en tout point à un virus, mais sans matériel génétique. dans la plante, en plus du gène qui produira la protéine médicale, un autre gène appelé P19.Ce gène de virus empêche naturellement les végétaux d\u2019activer leurs moyens de défense.La plante n\u2019y voit donc que du feu, et fabrique à la pelle les protéines étrangères, lesquelles peuvent représenter de 10% à 15% de la masse totale des protéines de la feuille (même jusqu\u2019à 50% dans certains cas!).our autant, il est encore possible d\u2019améliorer le rendement, croit Dominique Michaud.«D\u2019une part, toutes les feuilles n\u2019ont pas le même taux de production.Et surtout, d\u2019autre part, les protéines une fois produites se font souvent tronquer ou détruire», dit-il.Travaillant de près avec Me- dicago, il s\u2019intéresse à la moléculture depuis ses tout premiers pas.Son terrain de jeu?Les protéines, leur circulation dans la cellule, les étapes de leur transformation.«Je cherche à comprendre l\u2019impact des processus naturels de dégradation sur le rendement en protéines, et à trouver des façons de garder les produits finaux intacts», ex- plique-t-il.Justement, l\u2019une des pistes consiste à bloquer les protéases, les enzymes qui détruisent les protéines étrangères.«On peut aussi stabiliser la protéine qui nous intéresse en lui greffant un \u201cpartenaire\u201d qui la rend plus solide, ou qui facilite son stockage dans certaines parties de la feuille et sa purification.» Autre voie d\u2019amélioration : la glycoli- sation, l\u2019étape finale de la production de protéines.«La cellule ajoute des sucres, les glycanes, sur les protéines, pour les stabiliser ou les rendre actives.Chez les plantes, la glycolisation est presque identique à la nôtre, mais il y a des différences.Certains glycanes de plante, comme le fu- cose, peuvent causer des allergies ou altérer le fonctionnement de la protéine», précise le biologiste, qui tente de contrôler ces mécanismes.Il n\u2019empêche, chez Medicago comme ailleurs, le rendement obtenu par les plantes est désormais suffisant pour assurer la rentabilité.La moléculture \u2013 le pharming, comme on dit de plus en plus \u2013 est bel et bien arrivée à un tournant.«Nous pouvons produire dans des plantes des substances qui ne peuvent pas être produites autrement \u2013 soit pour des raisons techniques, soit pour des raisons de coût \u2013, se réjouit Julian Ma, dont l\u2019équipe s\u2019apprête à lancer un essai clinique pour évaluer l\u2019efficacité d\u2019anticorps anti-VIH produits par des plants de tabac génétiquement modifiés.En bref, la moléculture n\u2019est ni une solution de rechange ni une menace pour les procédés pharmaceutiques classiques, mais bien un complément qui nous autorise à imaginer des produits totalement inédits.» Surtout que, outre sa rapidité (il ne s\u2019écoule que 12 jours entre l\u2019introduction du gène et la récolte de la protéine), le processus est plus sécuritaire que les cellules animales habituellement utilisées pour produire les protéines thérapeutiques.«Il n\u2019y a pas de risque de contamination par des virus d\u2019humains ou de mammi - fères, donc pas besoin de milieu stérile», souligne M.D\u2019Aoust.Chez Medicago, deux vaccins antigrip- paux à base de protéines \u2013 l\u2019un contre les grippes pandémiques de type H5 et l\u2019autre contre la grippe annuelle (ciblant quatre souches virales) \u2013, sont actuellement en cours d\u2019essai clinique de phase II.«Au total, 2 000 patients ont déjà reçu nos vaccins, indique le biologiste.Le profil d\u2019innocuité est excellent et la protection semble même meilleure que celle des vaccins actuels.» Ça tombe bien.Car en matière de vaccination antigrippale, la performance n\u2019est pas toujours au rendez-vous.Cette année, par exemple, l\u2019efficacité du vaccin saisonnier contre l\u2019influenza était proche de zéro au Québec, et très faible (23% seulement), aux États-Unis.«L\u2019OMS tente chaque année de prédire quelles seront les prin- P OGM OU EXPRESSION TRANSITOIRE?Bien que l\u2019expression transitoire dans Nicotiana benthamiana soit aujourd\u2019hui la technique privilégiée de moléculture, les plantes transgéniques n\u2019ont pas dit leur dernier mot.«L\u2019expression transitoire offre une production rapide et flexible, appropriée en cas d\u2019urgence ou pour les vaccins antigrippaux, explique Julian Ma, directeur de l\u2019Institute for Infection and Immunity du St.George\u2019s Hospital Medical School, à Londres.Les techniques plus stables, c\u2019est-à-dire la production de plantes génétiquement modifiées, dans lesquelles le gène d\u2019intérêt est intégré définitivement, permettent de produire à plus grande échelle, avec des équipements plus simples.Cela les rend plus adaptées pour la production de gros volumes (vaccins contre la rage, VIH, etc.) et pour le transfert de technologie dans les pays en développement.» M E D I C A G O On insère un gène «médical» dans la bactérie Agrobacterium.1 La bactérie est mise en solution.2 Les plantes sélectionnées sont plongées dans la solution, après mise sous vide, pour permettre un contact des cellules du végétal avec les bactéries.3 La protéine médicale est produite dans les feuilles pendant une dizaine de jours.4 On récolte et on hache les feuilles.5 Par filtration et traitements chimiques on procède à l\u2019extraction de la protéine.On la purifie ensuite.7 Elle devient la substance active du vaccin.8 Comment fonctionne l\u2019usine à vaccin M I C H E L R O U L E A U 6 cipales souches de virus qui circuleront l\u2019hiver suivant, pour laisser le temps aux compagnies pharmaceutiques de produire le vaccin correspondant.Cet hiver, les souches circulantes n\u2019étaient pas celles qu\u2019on attendait, d\u2019où l\u2019inefficacité du vaccin», précise Marc-André D\u2019Aoust.S\u2019il faut tant de temps pour produire les vaccins antigrippaux, c\u2019est qu\u2019il est d\u2019abord nécessaire d\u2019isoler la souche virale, puis de la modifier pour améliorer sa multiplication (on l\u2019hybride avec d\u2019autres souches).Elle est alors injectée dans des milliers d\u2019œufs de poule fécondés mis à incuber.Au bout de quelques jours, le blanc d\u2019œuf contient des millions de virus vaccinaux qu\u2019il faut extraire et inactiver.Au total, après l\u2019identification d\u2019une nouvelle souche de virus grippal, il faut donc de cinq à six mois pour obtenir un vaccin.En comparaison, Medicago, dans ses installations de Caroline du Nord, y est parvenu en 19 jours.«On ne manipule pas le virus.Il nous suffit de connaître et de copier l\u2019un de ses gènes \u2013 en l\u2019occurrence celui de l\u2019hémag- glutinine, une protéine présente à la surface du virus.En cas de pandémie, la mise au point d\u2019un nouveau vaccin peut donc être très rapide», résume le directeur.Voilà qui pourrait rassurer les autorités de santé.Car selon le docteur Keiji Fukuda, sous-directeur général en charge de la Sécurité sanitaire à l\u2019OMS, Ebola n\u2019est qu\u2019un avant-goût des drames médicaux que l\u2019humanité pourrait devoir affronter.«Aussi terrible que soit la maladie à virus Ebola, il existe de pires scénarios, en particulier celui d\u2019une pandémie grippale entraînant de graves symptômes respiratoires», a-t-il souligné il y a quelques mois, lors du congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science (AAAS).Ajoutons que la souplesse de l\u2019expression transitoire est aussi une force pour la recherche.Medicago a d\u2019ailleurs mis au point un robot capable de tester chaque semaine 200 approches différentes.«On veut développer d\u2019autres vaccins que celui contre l\u2019influenza.Mais, pour chaque virus, les contraintes sont très différentes, précise M.D\u2019Aoust.On travaille, entre autres, à trouver de nouveaux vaccins contre le ro- tavirus et le virus de la rage.» Sans oublier la production d\u2019anticorps contre Ebola destinée au gouvernement états-unien.S\u2019ils s\u2019avèrent réellement efficaces, ils pourraient même, à terme, être fabriqués directement dans les pays affectés par l\u2019épidémie.C\u2019est ce que soutient Julian Ma, persuadé que les faibles coûts de la moléculture ouvriront l\u2019accès à la production pharmaceutique dans les pays pauvres.La moléculture peut en effet se pratiquer partout, l\u2019agriculture n\u2019étant un secret pour personne.«On peut même faire de la production dans un sous-sol d\u2019immeuble, grâce à la culture hydroponique», soutient Loïc Faye qui a, quant à lui, créé en 2010 la société Angany Genetics en France.Il s\u2019apprête à commercialiser des protéines pour le diagnostic et le traitement des allergies.«Aujourd\u2019hui, la moléculture se pratique dans un milieu entièrement contrôlé.Chez Angany, les plantes sont disposées sur plusieurs étages, ce qui permet une très grande capacité de production sur une petite surface», explique-t-il, privilégiant lui aussi la technique d\u2019expression transitoire dans Nicotiana benthamiana.«Cette technologie est mature, il n\u2019y a plus de gros problèmes techniques, sauf que les grandes compagnies pharmaceutiques restent routinières», déplore-t-il.Les autorités de santé, elles aussi, demeurent frileuses.«Avec une nouvelle technologie, il faut faire la preuve de tout, indique Marc-André D\u2019Aoust.De notre côté, il est difficile de mesurer de façon objective la capacité de nos vaccins à générer une réponse immunitaire, même si les résultats cliniques sont excellents.Les protocoles utilisés pour étudier les vaccins classiques doivent d\u2019abord être améliorés et adaptés à nos produits.» Le vent pourrait toutefois tourner, et le Zmapp aura eu le mérite de révéler au monde les atouts de la moléculture.Les plantes, après avoir été, pendant des millénaires, des outils de base de la médecine traditionnelle, sont peut-être bien en passe de devenir des outils de pointe de la médecine moderne.?QS Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 37 Les faibles coûts de la moléculture ouvriront l\u2019accès à la production pharmaceutique dans les pays pauvres.ANIMAUX ET ALIMENTS Les plantes peuvent fabriquer des protéines thérapeutiques, mais les animaux transgéniques aussi! Vaches, chèvres, brebis, souris, cochons, lapins ont tous prêté leurs corps à des fins pharmaceutiques.En 2006, l\u2019Union européenne a d\u2019ailleurs autorisé la commercialisation d\u2019anti - thrombine humaine (un inhibiteur de la coagulation sanguine) obtenue dans du lait de chèvre transgénique.Du côté des végétaux, de nombreux essais sont aussi menés pour mettre au point des fruits ou des graines «alicaments».Entre autres, une banane ou du riz OGM enrichis en vitamine A, une pomme de terre faisant office de vaccin oral contre l\u2019hépatite B, ou encore des tomates censées protéger contre la maladie d\u2019Alzheimer. e repos éternel.C\u2019est ce que les prêtres ont toujours promis à leurs ouailles.Après une vie de labeur et de rudes épreuves, les fidèles pourraient enfin reposer en paix, six pieds sous terre.Et peut-être, s\u2019ils avaient été justes et bons, leur âme monterait-elle au paradis.Or, pour des milliers de fidèles décédés au XVIIIe ou au XIXe siècle en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou ici même au Québec, cette promesse de paix éternelle ne s\u2019est jamais matérialisée.Leur corps avait à peine été enseveli que, la nuit venue, il était déterré.«À partir du XVIIIe siècle, des \u201crésurrec tion - nistes\u201d [body snatchers en anglais] se sont mis à déterrer les cadavres la nuit suivant leur enterrement, alors qu\u2019ils étaient encore \u201cfrais\u201d, afin de les vendre aux étudiants avides d\u2019acquérir de nouvelles connaissances en anatomie», raconte Piers Mitchell, professeur à l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni.Tout comme les résurrectionnistes autrefois, le professeur Mitchell déterre aujourd\u2019hui les restes humains de ces malheureux, souvent inhumés, après avoir été disséqués, dans des cimetières d\u2019hôpitaux ou d\u2019écoles de médecine.«En examinant les ossements, je remonte le fil du temps et découvre les moyens qu\u2019employaient les anatomistes pour disséquer les corps», résume le bioar chéologue qui, avec des collègues, a signé un livre sur le sujet, intitulé Anatomical Dissection in Enlightenment England and Beyond.Autopsy, Pathology and Display (Ashgate, 2013).38 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 histoire d\u2019os LEÇON D\u2019A N L En étudiant les squelettes exhumés des anciens cimetières d\u2019hôpitaux ou d\u2019écoles de médecine, des bioarchéologues retracent l\u2019histoire de la dissection des cadavres et de l\u2019apprentissage de la pratique médicale.Par Dominique Forget M U S É E M c C O R D Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 39 A NATOMIE Crânes conservés à l\u2019université de Cambridge au Royaume-Uni : le premier (en haut) montre une dissection verticale, le deuxième, une craniotomie qui permettait de sortir le cerveau de la boîte cranienne.Mise en scène lugubre faite par des étudiants de l\u2019Université McGill, au XIXe siècle.Elle montre l\u2019apprentissage de la dissection.J E N N A D I T T M A R L\u2019équipe de Piers Mitchell a frémi de bonheur quand, en 2006, des travaux d\u2019agrandissement menés au Royal London Hospital ont conduit à la découverte de 109 cercueils et de plusieurs fosses communes contenant des os humains entre - mêlés à des ossements de chiens, de lapins, de tortues ou de cochons d\u2019Inde (l\u2019anatomie comparée, qui consiste à établir des parallèles entre l\u2019anatomie des humains et celle des animaux, étant particulièrement en vogue au XIXe siècle).Au total, les restes d\u2019au moins 259 humains, enterrés entre 1829 et 1854, ont été exhumés \u2013 la moitié des hommes et le quart des femmes et des enfants portaient des marques de dissection.Plusieurs autres sites archéologiques britanniques, à Londres, à Oxford, à Newcastle ou à Worcester, où se situaient autrefois des hôpitaux, des infirmeries, des écoles de médecine ou des prisons, tiennent les bioarchéologues occupés.«La première chose qu\u2019on fait lorsqu\u2019on trouve des restes humains dans ces anciens cimetières, c\u2019est de déterminer si la personne a été disséquée ou autopsiée», explique Jenna Dittmar, étudiante au doctorat au sein de l\u2019équipe de Piers Mitchell, rencontrée alors qu\u2019elle présentait ses recherches au congrès de l\u2019American Association for the Advancement of Science, à San Francisco, en février dernier.L\u2019autopsie, rappelle-t-elle, vise à déterminer les causes d\u2019un décès.«Au XVIIIe et au XIXe siècle, c\u2019était pratiquement un honneur qu\u2019on rendait à l\u2019individu décédé, explique la doctorante.On s\u2019intéressait suffisamment à lui pour vouloir comprendre le mal qui l\u2019avait emporté.La dissection, à l\u2019opposé, était faite sans égard envers la personne.» Par exemple, les cadavres disséqués ont pratiquement tou - jours fait l\u2019objet d\u2019une craniotomie; on a découpé le dessus de leur crâne pour en sortir le cerveau et l\u2019observer.En outre, dans le cas d\u2019une dissection, on trouve souvent des crânes ou des membres isolés du reste du squelette.«À Londres, un même cadavre pouvait être partagé entre plusieurs écoles de médecine», explique Mme Dittmar.En observant les marques de coupe sur les ossements à l\u2019aide d\u2019un microscope à balayage électronique, la doctorante arrive à reconstituer la façon dont ont évolué les instruments chirurgicaux utilisés aux fins de dissection.«Avant 1700, les anatomistes et leurs étudiants avaient recours à des outils très grossiers, comme ceux utilisés en menuiserie, raconte-t-elle.Graduellement, les scies sont devenues de plus en plus minces et les techniques de coupe se sont affinées.» Ainsi, Jenna Dittmar a constaté que, jusqu\u2019à la fin des années 1880, les anatomistes coupaient le dessus du crâne d\u2019un seul trait horizontal, ce qui avait pour conséquence d\u2019endommager le cerveau.Plus tard, ils ont commencé à pratiquer une ouverture en arc, pour préserver son précieux contenu, comme on le fait encore aujourd\u2019hui.Dans quelques rares cercueils, les bioar- chéologues ont remarqué, à côté des ossements, des résidus de cire ou même des traces de mercure.«À l\u2019époque, on pouvait remplir certains organes de cire de couleur pour qu\u2019ils conservent leur forme et soient plus faciles à différencier des structures voisines, explique Piers Mitchell.Pour la même raison, on injectait parfois du mercure dans les veines afin de leur donner une couleur argentée.» Voleurs de cadavres, prenez garde! «Voleurs de cadavres prenez garde! Nous avons pu voir, aujourd\u2019hui, une nouvelle arme remarquable à l\u2019usage du gardien du cimetière de la Côte-des-Neiges.C\u2019est un fusil volumineux et chargé avec des balles de gros calibre.Les bandes de jeunes gens qui auront l\u2019intention d\u2019aller y déterrer une dépouille mortelle seront la cible d\u2019une formidable volée de plomb.Un bon tir sur quelques violeurs de sépultures permettra sûrement de fournir les salles de dissection en sujets à disséquer pendant plusieurs semaines.» Traduction d\u2019un extrait du Montreal Evening Star du 11 février 1871.Tiré de Histoire de la médecine au Québec 1800-2000.De l\u2019art de soigner à la science de guérir, Septentrion, 2014.40 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 Les plus riches faisaient installer des grillages sur leur tombe pour la protéger des résurrectionnistes, au XIXe siècle.Piers Mitchell et Jenna Dittmar retracent l\u2019évolution des méthodes de dissection.I V Y H U I - Y U A N Y E H e ce côté-ci de l\u2019Atlantique, quelques sites archéologiques permettent aussi aux bioarchéologues de faire l\u2019histoire de la médecine.Sur le campus de l\u2019université Harvard, au Massachusetts, plus de 3 300 fragments \u2013 os d\u2019humains et d\u2019animaux, mêlés à des fragments de vaisselle de laboratoire ou à des déchets de construction \u2013 ont été découverts au fond d\u2019un puits, sous la chapelle Holden qui a servi d\u2019école de médecine au début du XIXe siècle.Plus au sud, des travaux de rénovation au Medical College of Georgia, dans la ville d\u2019Augusta, ont conduit à la découverte de plus de 9 000 ossements humains et de 300 os d\u2019animaux enfouis sous le plancher d\u2019un sous-sol.La salle avait servi à l\u2019enseignement de l\u2019anatomie.«C\u2019était généralement les corps des pauvres qu\u2019on volait pour la dissection», raconte Ken Nystrom, professeur d\u2019an - thro pologie à l\u2019université d\u2019État de New York.«Ils n\u2019avaient pas les moyens de protéger leurs tombes avec des grilles de fer, comme pouvaient le faire les riches.» Aux États-Unis, plusieurs squelettes soumis à des craniotomies ont été découverts dans d\u2019anciens cimetières qui jouxtaient des poorhouses (des maisons pour les nécessiteux).Ken Nystrom travaille sur l\u2019un de ces cimetières, dans le comté d\u2019Erie, dans le nord-ouest de l\u2019État de New York, où 376 squelettes ont été trouvés, dont 20 affichent des marques de dissection.Dans le sud des États-Unis, ce sont essentiellement les cadavres des Noirs que les videurs de tombes dérobaient, ont révélé les recherches menées en Géorgie.«On estimait qu\u2019ils n\u2019étaient pas des êtres humains à part entière et les anatomistes avaient peu de scrupules à piller leurs tombes», poursuit Ken Nystrom.Le Québec n\u2019a pas été épargné par la curiosité des étudiants en médecine.Dans Histoire de la médecine au Québec 1800- 2000.De l\u2019art de soigner à la science de guérir (Septentrion, 2014), les auteursDenis Goulet et Robert Gagnon racontent comment la pratique de la dissection est devenue particulièrement intensive dans les écoles de médecine du Québec à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.Chaque étudiant pouvait, au cours de ses études, disséquer une centaine de cadavres lors de séances quotidiennes qui se déroulaient entre 20 h et 22 h, ou même la nuit si les étudiants étaient surchargés.Un «démonstrateur d\u2019anatomie» supervisait les activités et l\u2019approvisionnement en cadavres.«Les étudiants de l\u2019Université McGill pouvaient se procurer des dépouilles auprès de résurrectionnistes pour 40 $ ou 50 $, raconte l\u2019historien Denis Goulet.Les cadavres étaient souvent déterrés au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, dans la section où étaient inhumées les personnes peu fortunées.Le gardien fermait les yeux en échange de quelques dollars.» Plus pauvres, les étudiants francophones de l\u2019École de médecine et de chirurgie de Montréal n\u2019avaient pas les moyens de se Musée cherche philanthrope Le docteur Richard Fraser a découvert une véritable pièce de collection au fond d\u2019un cagibi de l\u2019Université McGill : enveloppé dans du papier journal et couvert de poussière, un crâne troué de part en part.«La balle est entrée de ce côté et est ressortie par là, dit le professeur de pathologie en pointant les trous.C\u2019est probablement un spécimen qui date des années 1860 et qui provient de la guerre de Sécession aux États-Unis», estime-t-il.L\u2019Université McGill a déjà abrité trois musées de médecine.Un premier réservé aux spécimens utiles à l\u2019enseignement de la pathologie (des organes ou des os présentant des anomalies); un second réservé à l\u2019enseignement de l\u2019anatomie (des organes ou des os «normaux»); et un troisième garni d\u2019os et d\u2019organes d\u2019animaux.«En 1907, le bâtiment qui abritait les musées de pathologie et d\u2019anatomie a été la proie des flammes et une grande partie de la collection s\u2019est envolée en fumée, raconte le pathologiste.La docteure Maude Abbott \u2013 la toute première femme à obtenir son diplôme de médecin au Québec \u2013, qui dirigeait le musée de pathologie à l\u2019époque, a demandé des renforts auprès de ses vis-à-vis aux États-Unis.Le Army Medical Museum, à Washington, a répondu en envoyant plusieurs centaines de spécimens à Montréal.» À l\u2019époque de la guerre de Sécession, les soldats étaient dans l\u2019obligation de léguer leur dépouille au gouvernement et les musées militaires de médecine disposaient de vastes collections d\u2019organes et d\u2019ossements.Le docteur Fraser est aujourd\u2019hui à la recherche de fonds pour mettre en place le Musée Maude Abbott de l\u2019histoire de la médecine.L\u2019Université McGill lui a assigné des locaux dans le pavillon Strathcona, là où étaient autrefois logés les musées de pathologie et d\u2019anatomie.Le pathologiste monte déjà de petites expositions temporaires à l\u2019intention des étudiants.En février dernier, une vitrine sur les troubles du développement in utero présentait quelques fœtus affectés de divers maux, préservés dans le formaldéhyde.«Notre collection est aussi riche que celle du prestigieux musée Mütter, à Philadelphie, qui reçoit plus de 100 000 visiteurs par année, s\u2019enthousiasme le docteur Fraser.Il faut seulement trouver le moyen de la mettre en valeur.» Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 41 Le docteur Richard Fraser.Son projet: fonder un musée d\u2019histoire médicale.D M A U D E A B B O T T M E D I C A L M U S E U M procurer les dépouilles auprès des revendeurs.Ils déterraient donc eux-mêmes les morts.«Certains voleurs se faisaient pincer, mais la justice était plutôt clémente à leur endroit», dit Denis Goulet.L\u2019Université Laval, pour sa part, était approvisionnée par l\u2019Hôpital de la Marine, situé à Lévis.Les marins qui décédaient ne pouvant être rapatriés, ils prenaient le chemin de la faculté de médecine.«La Loi concernant l\u2019anatomie, adoptée au Canada en 1843, devait régler le problème d\u2019approvisionnement en cadavres, explique Martin Robert, étudiant au doctorat en histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal.Cette loi obligeait les institutions publiques, dont les hôpitaux, à livrer aux écoles de médecine les dépouilles non réclamées.Encore une fois, on visait les pauvres, dont les familles n\u2019avaient pas les moyens d\u2019enterrer leurs proches.» Les responsables des hôpitaux, souvent des religieuses, ont longtemps refusé d\u2019obéir à la loi, jugeant immoral de livrer des corps à la dissection.Il a fallu durcir la loi pour qu\u2019elles acceptent enfin de se conformer.ucun cimetière québécois n\u2019a encore livré les secrets de la pratique de la dissection chez nous, mais les vestiges de cette épo - que n\u2019ont pas entièrement disparu pour autant.À l\u2019Université McGill, dans une aile du pavillon Strathcona, 750 spécimens d\u2019os et quelques squelettes entiers s\u2019entassent aux côtés de plus de 2 000 «spécimens humides» \u2013 des organes divers conservés dans une solution de formaldéhyde (voir l\u2019encadré «Musée cherche philanthrope» à la page 41).«Rien n\u2019indique qu\u2019ils proviennent de dépouilles volées», affirme le docteur Richard Fraser, professeur de pathologie, qui veille sur la collection durant ses \u2013 rares \u2013 temps libres.«Ce sont probablement des personnes décédées à l\u2019hôpital dont le corps n\u2019a pas été réclamé», poursuit le médecin qui a trouvé au fond d\u2019un vieux coffre humide les registres où était consignée la provenance de chaque spécimen.Sur le même étage du pavillon Strath- cona, à quelques pas des cagibis où s\u2019entassent les os, les cœurs ou les foies centenaires, des étudiants en médecine procèdent, derrière des portes closes, à la dissection de cadavres, donnés ceux-là par des individus qui ont librement choisi d\u2019offrir leur corps à la science.L\u2019Université McGill est la seule des facultés de médecine du Québec qui impose encore à ses étudiants de procéder à la dissection d\u2019un cadavre.L\u2019Université de Montréal a fermé son laboratoire de dissection en 1993, jugeant que les modèles numériques d\u2019organes en trois dimensions suffisaient désormais à enseigner l\u2019anatomie aux étudiants.L\u2019Université Laval et l\u2019Université de Sherbrooke ont considérablement réduit leurs propres laboratoires.Pour le docteur Fraser, une image numérique ne pourra jamais remplacer une dépouille en chair et en os, qu\u2019on peut toucher et manipuler.Le pathologiste qui, au sous-sol de l\u2019Hôpital Royal Victoria passe encore des heures à ouvrir et à examiner les tissus des morts en vue d\u2019élucider les causes du décès des malades, se souviendra toujours du premier cadavre qu\u2019il a disséqué alors qu\u2019il était étudiant, en 1972.«C\u2019était une femme, se rappelle le médecin.C\u2019était mon premier contact avec la mort.C\u2019était tellement plus qu\u2019une leçon d\u2019anatomie; c\u2019était une leçon d\u2019humanité.» ?QS 42 Québec Science | Juin ~ Juillet 2015 histoire d\u2019os L\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est en voie de devenir un véritable centre d\u2019anatomie au Québec.Environ 50 corps y sont disséqués chaque année.Les «pièces» (des membres ou des organes) sont embaumées et servent à l\u2019enseignement auprès de plusieurs centaines d\u2019étudiants qui viennent des quatre coins de la province.«On a ouvert le laboratoire en 1993 pour former nos étudiants en chiropractie et en médecine podiatrique, explique le professeur d\u2019anatomie Gilles Bronchti.Mais depuis que l\u2019Université de Montréal a fermé son propre laboratoire de dissection, et que l\u2019Université Laval et l\u2019Université de Sherbrooke ont réduit les leurs, plusieurs de leurs étudiants viennent suivre un stage chez nous.Ils sentent qu\u2019il manque quelque chose à leur formation.» Les étudiants en médecine qui en sont à leurs premières années peuvent suivre un stage facultatif au cours de l\u2019été, où ils s\u2019initient à l\u2019anatomie à l\u2019aide de pièces «prédisséquées».Des étudiants plus avancés peuvent suivre des stages de chirurgie sur des pièces spécialement embaumées à cette fin; elles se conservent des années tout en préservant leur texture.Selon Gilles Bronchti, les individus qui donnent leur corps à l\u2019Université proviennent en grande majorité de la Mauricie.«Ils ne donnent pas leur corps à la science, ils le donnent à l\u2019UQTR, dit le professeur.Ils connaissent l\u2019immense respect dont tous nos employés et nos étudiants font preuve.» Je donne mon corps.à l\u2019UQTR Fouilles archéologiques dans un cimetière d\u2019hôpital à Londres, au Royaume-Uni.M O L A M U S E U M O F L O N D O N A R C H A E O L O G Y U Q T R A VOTRE CÔTÉ OBSCUR Les claviers virtuels se répandent.Un petit boîtier projette les touches sur la surface du bureau et détecte les endroits où se trouvent les doigts de l\u2019utilisateur.Pour le fan de Star Wars en vous, voici le clavier virtuel R2-Q5.Le jumeau sombre du sympathique robot R2-D2 a été modélisé par la firme japonaise IMP, spécialisée en produits électroniques dérivés de films à succès.Le gadget n\u2019a été produit qu\u2019à 500 exemplaires.Ils ont été mis en vente le 4 mai dernier, journée mondiale de Star Wars.À 325 $ l\u2019unité, que la force soit avec vous! http ://hitek.fr/42/r2d2-clavier-virtuel_1911 Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 43 LE VÉLO LE PLUS RAPIDE DE TOUS LES TEMPS Atteindre 145 km/h par la force des jambes?C\u2019est le défi fou que le canadien Todd Reichert, un athlète et ingénieur en aérospatiale, tente de relever.L\u2019Eta est un vélo où le cycliste \u2013 le pilote, devrait-on dire \u2013 est couché sur le dos.Si le concept n\u2019est pas nouveau, cette machine se distingue par une coquille externe à l\u2019aérodynamisme poussé à l\u2019extrême: il offre 100 fois moins de résistance à l\u2019air qu\u2019une voiture moyenne.Financé par Google, développé par une dizaine d\u2019ingénieurs de l\u2019équipe AeroVelo de l\u2019université de Toronto et équipé d\u2019une caméra qui permet au pilote de voir la route malgré l\u2019absence de fenêtre, l\u2019Eta s\u2019annonce pour être, selon ses concepteurs, le vélo le plus rapide de tous les temps.www.aerovelo.com/projects/speedbikes/introduction/ www.wired.com/2015/04/human-powered-machines/ P a r J o ë l L e b l a n c A u j o u r d \u2019 h u i l e f u t u r > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > RÉINVENTER LA ROUE Sorte d\u2019hybride entre la planche à neige et la planche à roulettes, le OneWheel est doté d\u2019une seule roue bien large, d\u2019un moteur électrique à l\u2019intérieur de cette roue et d\u2019un processeur comme ceux qui équipent nos téléphones.Aussi à l\u2019aise sur le bitume que dans les sentiers forestiers, l\u2019engin peut filer à 20 km/h et sa batterie peut tenir une dizaine de kilomètres.Inventé par le planchiste canadien Kyle Doerksen, la planche contrôle l\u2019équilibre, en ajustant son angle 14 000 fois par seconde grâce à son microprocesseur, ce qui la rend étonnamment facile à contrôler.http ://rideonewheel.com > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 44 Québec Science | Juin ~Juillet 2015 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P À LIRE DANS NOTRE PROCHAINE ÉDITION Connaissez-vous vraiment votre chat ou votre chien?Que pense- t-il de vous?Pourquoi est-il aussi attachant?Québec Science profite de l\u2019été pour faire le point sur les incroyables découvertes touchant l\u2019intelli - gence et les émotions des animaux.Ce sera aussi l\u2019occasion de démystifier l\u2019étrange relation que nous entretenons avec les bêtes depuis des millénaires.Car, en plus d\u2019être attachants, les animaux ont été bien utiles au genre humain.Vedettes de cirque comme les lions, les éléphants et les tigres; gibier comme les lapins, les perdrix et les ours dans les forêts; bêtes de ferme comme les chevaux, les vaches et les cochons; ou cobayes comme les souris, les singes et les rats dans les laboratoires.Les animaux nous ont été incontestablement utiles.À se demander si, sans eux, nous aurions pu évoluer.Dans cette édition spéciale consacrée à ces chers com - pagnons, il sera aussi question d\u2019allergies (pourquoi Coco nous fait-il éternuer?); de zoothérapie (eh oui, Molosse est aussi affectueux que Minette!); de médecine vétérinaire (ils ne sont pas à l\u2019abri des microbes ni des dépres sions); et même de l\u2019alimen tation bien particulière qu\u2019on leur propose (non, il ne sont pas tous carnivores).Ce sera un numéro à lire pendant que la minette Frida ronronne sur vos genoux et que Fido chasse le chat jusque dans la cour du voisin.LES ANIMAUX : QUE PENSENT-ILS DE NOUS ? Juin ~ Juillet 2015 | Québec Science 45 TEXTER: IMPOSSIBLE DE S\u2019EN EMPÊCHER «Inapproprié».C\u2019est ce qui vient à l\u2019esprit lorsqu\u2019on voit quelqu\u2019un texter de manière frénétique au salon funéraire, lors d\u2019un repas de famille ou dans l\u2019obscurité d\u2019une salle de théâtre.Ces accros du cellulaire savent pourtant que leur comportement est déplacé, mais ils sont incapables de se refréner! C\u2019est, en substance, ce qu\u2019ont conclu des chercheurs en psychologie de l\u2019université Penn State, aux États-Unis, en soumettant 150 étudiants de collège à un questionnaire en 70 points.Alors que tous les participants s\u2019accordent pour dire que le fait de texter tout en prenant une douche, par exemple, est «socialement inacceptable», ils sont 34% à le faire malgré tout.Idem pour les textos envoyés lors d\u2019un service religieux: ils sont pourtant 22% à le faire, et ils sont même 7% à pianoter sur leur «cell» pendant les relations sexuelles! Selon les chercheurs, cette dépendance pourrait être imputable aux millions d\u2019années d\u2019évolution qui nous ont rendus si réceptifs aux stimulus.«Nous sommes programmés pour remarquer les mouvements et les sons.Le bruit d\u2019un texto qui arrive ou l\u2019écran du téléphone qui s\u2019éclaire détournent l\u2019attention de l\u2019environnement présent, car ils s\u2019apparentent à la possibilité d\u2019une menace ou d\u2019une opportunité à saisir», expliquent les auteurs.Sachant que plus du tiers des jeunes de l\u2019étude envoyaient et recevaient plus de 100 textos par jour, on réalise que leur niveau d\u2019alerte (et de distraction) est maximal.C\u2019est l\u2019été, le temps de privilégier les fruits et légumes frais: les juteux, les sucrés, les goûteux, les colorés et\u2026 les moches.Ces légumes «difformes» sont habituellement jetés, car ils ne correspondent pas aux attentes des consommateurs.Mais le vent tourne: plusieurs mouvements, notamment en France, militent pour leur réhabilitation.Il faut dire que entre 30% et 50% des aliments produits dans le monde finissent à la poubelle, ou pourrissent, faute de stockage adéquat.Au total, ce sont 1,3 milliard de tonnes de nourriture qui sont gâchées chaque année à l\u2019échelle du globe.Cela avait conduit les députés européens à déclarer 2014 l\u2019Année européenne contre le gaspillage alimentaire.Une décision qui a encouragé les supermarchés et les consommateurs du vieux continent à regarder d\u2019un autre œil les produits hors calibre ou de forme inhabituelle, tels que des carottes à deux «jambes» ou des pommes bosselées.Au Québec aussi, ces invendus regagnent leurs lettres de noblesse.En mars dernier, les épiceries Maxi ont annoncé que les fruits et légumes imparfaits feraient leur entrée sur les étals, sous l\u2019appellation Naturellement imparfaits, à un prix jusqu\u2019à 30% moins élevé.La petite entreprise Marché SecondLife www.second-life.ca a lancé une phase de test sur son site, proposant l\u2019achat de légumes « laids» en ligne.Pour l\u2019instant, les seuls points de chute sont à Montréal, mais l\u2019initiative est inspirante.Matières à lire LE FUTUR FOU Amoureux des maths, de la physique et vulgarisateur de talent, Stéphane Durand propose depuis 2012, à l\u2019émission radiophonique Les années lumière de Radio- Canada, une chronique de trois minutes dans laquelle il aborde un sujet insolite ou déroutant, et tente de prédire ce qui nous attend dans le futur.Le professeur de l\u2019Université de Montréal a regroupé 32 de ses chroniques dans un ouvrage ludique, parsemé des dessins humoristiques de Lison Bernet, qui fait état de plusieurs «idées extravagantes» du monde scientifique.La super-intelligence menacera-t-elle l\u2019humanité?Les voyages dans le passé et la télépathie seront-ils possibles?La réalité est-elle réelle?Autant de questions et de théories allant de plausible à «pas impossibles, bien que tellement folles».Les carnets insolites du prof Durand, Stéphane Durand, Flammarion Québec, avril 2015, 146 p.SAUVER LA PLANÈTE EN MANGEANT La planète pourra-t-elle continuer à nourrir l\u2019humanité, si on continue à miser sur l\u2019élevage intensif et à vider les océans?La réponse est évidente.Bernard Lavallée, qui tient le blogue du «nutritionniste urbain», affiche un objectif ambitieux avec son premier ouvrage: celui de faire changer les comportements et les habitudes alimentaires.Il y livre une centaine de conseils pratiques pour adopter une alimentation durable, plus locale et plus respectueuse de l\u2019environnement.Son but?«Montrer qu\u2019une saine alimentation allie la santé humaine à la santé de la planète.» Et que le consommateur, aussi «insignifiant» soit-il, peut toute de même faire bouger les choses.Sauver la planète une bouchée à la fois, Bernard Lavallée, Éditions La Presse, mars 2015, 228 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > Par Marine Corniou Sur la toile PLACE AUX LAIDERONS S E C O N D L I F E A N T O N I O G U I L L E M / S T O C K P H O T O \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Il y a dans les noms de lieux des enseignements précieux.Mais il arrive que l\u2019on s\u2019habitue trop vite à un nom; nous avons l\u2019oreille molle, peut-être même l\u2019oreille morte, plus rien ne nous interroge ou ne nous émerveille lorsque nous entendons les beaux noms défiler.Je suis en train d\u2019écrire un livre sur l\u2019histoire du peuple innu.Je termine justement un long passage qui souligne, entre autres choses, que l\u2019innu-aimun, la langue des Innus, appartient à la famille des langues algon- quiennes, qu\u2019elle est très semblable à celle des Eeyous (Cris) et qu\u2019elle affiche une remarquable continuité spatiale dans ses variantes parlées, d\u2019Ekuanitshit (Mingan) jusqu\u2019à la Traverse des Pieds-Noirs, aux environs de Calgary.Les linguistes l\u2019ont beaucoup étudiée au fil du temps, à l\u2019instar des langues algonquiennes en général.L\u2019innu-aimun est encore bien vivant aujourd\u2019hui, il fait partie de notre patrimoine à tous.Récemment, dans les médias, à l\u2019annonce du décès d\u2019un joueur de hockey célèbre, très cher aux vieux amateurs des Canadiens de Montréal, on a pu entendre prononcer le beau nom de Nokomis : Elmer Lach, le grand compagnon deMaurice Richard, était originaire de la communauté de Nokomis en Saskatchewan.Cette petite ville existait depuis à peine 10 ans lorsqu\u2019il y est né, en 1918.Une gare, un hôtel, un magasin général, un bureau de poste, Nokomis se résumait alors à peu de choses.Nous parlons bien d\u2019une petite ville dans le Far West.Le chemin de fer du Grand Trunk Pacific s\u2019arrêtait en effet à cet endroit que l\u2019on nomma d\u2019abord Junction City.C\u2019est la maîtresse de poste qui le rebaptisa Nokomis, en 1908, après avoir lu le grand poème épique de Henry Longfellow, The Song of Hiawatha.Nokomis, tombée de la lune, est la grand-mère du héros et la maîtresse de poste s\u2019appelait Florence.Voilà un bel exemple de la continuité et de la grandeur des langues algonquiennes.Nokomis signifie «ma petite grand- mère» dans la langue des Cris des Plaines, tout comme en innu- aimun contemporain.D\u2019ailleurs, la ville québécoise de Grand-Mère tire elle-même son nom d\u2019un immense rocher dont la forme évoque le profil d\u2019une vieille femme et qui servait autrefois de repère aux Amérindiens sur la rivière Saint-Maurice.Selon la Commission de toponymie du Québec, les Algonquins appelaient ce rocher kokomis et les Abénaquis, kokemesna, ces deux noms signifiant respectivement «la grand-mère» et «notre grand-mère».Lorsque le petit garçon nommé Elmer Lach jouait au hockey sur les étangs gelés des grandes prairies, et Dieu sait qu\u2019ils étaient gelés, ces étangs, il patinait au milieu des premières mines de charbon et des futurs puits de pétrole.Malgré cela, malgré toutes ses richesses naturelles aussi sales que prometteuses, Nokomis n\u2019est pas devenue la plus grande ville de l\u2019Ouest canadien, comme ses habitants l\u2019espéraient en 1908.Elle est demeurée une petite place écartée dont le plus célèbre citoyen \u2013 trophée Hart, trois coupes Stanley \u2013 a été intronisé en 1966 au Temple de la Renommée du hockey.Il y a beaucoup de Manitou dans ces coins-là du Canada.Le petit Lach s\u2019est sûrement baigné en été à la plage Manitou, tout près de Nokomis.Le Manitou est la grande force des Algonquiens des temps classiques, le principe même de la vie, une sorte d\u2019Allah ou de Dieu, sans port d\u2019attache.Bien peu de Canadiens connaissent le sens des mots Saskatchewan et Manitoba.En cri, le premier signifie «courant rapide» et le second, «passage du Grand Esprit» \u2013 ou du ma- nitabau.Le grand lac Winnipeg signifie «une mer où l\u2019eau sent quelque chose» et le lac Winipegosis, sans doute «petite mer où l\u2019eau sent quelque chose» car osis est un diminutif et, en effet, ce lac est plus petit que le grand.Oui, lors du décès d\u2019Elmer Lach, à l\u2019intention de nos enfants innus, eeyous, anishinabes, mais aussi de tous nos enfants du Québec, nous aurions eu une belle occasion de faire ces liens.«Ma petite grand-mère», lieu de naissance du numéro 16 des Canadiens, Nokomis, la langue des Cris qui est celle des Innus, les noms algonquiens des provinces, des lacs et des villes, et ainsi de suite.Une belle occasion qui nous aurait fait parler de la fierté des Première Nations, de Carey Price, des Chilkotins dans les Rocheuses, du Rocher de Grand-Mère qu\u2019on a transporté pierre par pierre des eaux de la rivière Saint-Maurice jusqu\u2019au cœur de la ville en 1912 pour faire place à une centrale hydroélectrique, de la poésie américaine, du Manitou qu\u2019on entendait jouer du tambour sur une plage du lac Manitoba et d\u2019autant de sujets passionnants pour des jeunes en mal d\u2019histoires.Je vous écris tout cela au moment où débutent les séries éliminatoires du hockey, je vous écris face à la rivière des Prairies où défilent les glaces dans le «courant rapide» \u2013 eh oui, Saskatchewan \u2013 et je me dis que cette eau sent la coupe.?QS Nos grands-mères s\u2019appellent toutes Nokomis Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 46 Québec Science | Juin ~Juillet 2015 \u2022 \u2022 Elmer Lach en 1953 L A P R E S S E C A N A D I E N N E .com Research InfoSource 2014 LA TROISIEME NOUS SOMMES Et nous faisons avancer la science en français UNIVERSITE DE RECHERCHE "]
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