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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Août-Septembre 2015, Vol. 54, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2015, Collections de BAnQ.

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[" quEbEc SciEncE Août ~ Septembre 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 NOS ANIMAUX Un monde d\u2019intelligences Allergies : bientôt un vaccin ?Non à la maltraitance Enquête sur un mystérieux attachement Le mot de Serge Bouchard NOS BÊTES, PORTEUSES DE RÊVES ET DE PEURS Rover, le chien de notre lectrice Danielle Bastien, de Montréal U N N U M É R O TOTA L E M E N T A N I M A L Du certi?cat aux stages postdoctoraux medvet.umontreal.ca FORMÉ AU QUÉBEC CHAQUE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE Votre animal de compagnie sera bien soigné DE NOTRE FACULTÉ EST DIPLÔMÉ C O U V E R T U R E : G R A C I E U S E T É D E D A N I E L L E B A S T I E N Attachants! 8 Vive la compagnie! Une relation singulière nous lie maintenant aux animaux.Nous leur avons fait une place dans nos familles.Pouvons-nous aujourd\u2019hui nous en passer?10 Comment un félin est devenu matou Ils ont beau être 600 millions dans le monde, les chats domestiques ont longtemps été laissés pour compte par les scientifiques.Leur génome révèle progressivement l\u2019histoire de leur domestication.14 Les loups parmi nous Il a fallu 30 000 ans pour transformer le loup en chihuahua, en caniche ou en bouledogue.Et en faire notre meilleur ami.16 Traités comme des rois Elle est loin l\u2019époque où le chien de la famille dormait dehors dans sa niche.Aujourd\u2019hui, Médor a son propre lit \u2013 orthopédique s\u2019il vous plaît \u2013, se fait détartrer les dents et voit un psy quand il a le moral à plat.23 Allergies: bientôt un vaccin?Espoir à l\u2019horizon pour les amis des animaux, qui éternuent lorsqu\u2019ils partagent le canapé de Garfield (ou de Milou).25 Chassé puis chasseur Il y a 2 millions d\u2019années, notre relation avec les autres animaux s\u2019est transformée.Notre ancêtre, Homo?ergaster, est passé du camp des proies à celui des animaux prédateurs.Une révolution! Pas bêtes! 29 Un monde d\u2019intelligences Longtemps dominée par l\u2019anthropomorphisme, l\u2019étude de l\u2019intelligence animale prend une nouvelle tournure.34 Personnalités multiples Capricieux, le chien?Paresseux, le chat?Stoïque, le poisson rouge?Déprimé, le canari?Pour le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie comportementale, le biologiste Denis Réale, les animaux peuvent avoir beaucoup de caractère.36 Des souris et des hommes Un catalogue propose près de 8 000 «modèles» de souris de laboratoire.Pour le bénéfice des chercheurs.Éthique, ce commerce?37 Les révélations des bonobos C\u2019est une leçon d\u2019humanité que l\u2019essayiste Deni Béchard a reçue des primates.38 Des droits pour les animaux! Le bien-être des animaux ne peut pas n\u2019être qu\u2019une vue sentimentaliste.Entrevue avec Martin Gibert, philosophe.40 Libérez-les! Le combat de la généticienne brésilienne Juliana Machado Ferreira: stopper le trafic d\u2019espèces animales rares.Inspirants! 43 L\u2019histoire que l\u2019on ne nous a jamais racontée En adoptant le point de vue des animaux, l\u2019historien français Éric Baratay, professeur à l\u2019Université de Lyon, a développé une autre version de la marche des civilisations.47 Sur tous les fronts Depuis les époques les plus reculées, les animaux ont été intégrés dans les armées et mis au service de l\u2019effort de guerre.q u E b E c S c i E n c E A O Û T - S E P T E M B R E 2 0 1 5 Nos animaux, leurs secrets Un dossier de Marine Corniou, Dominique Forget, Joël Leblanc, Elias Levy, Jean-Pierre Rogel, Fabien Gruhier, Hélène Matteau, Simon Coutu, Bihn An Vu Van, Serge Bouchard et Marie Lambert-Chan 52 Serge Bouchard : Le carcajou nous a quittés pour Hollywood Ce que la science révèle sur nos compagnons 4 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa filiale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa filiale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planification financière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Gestion FÉRIQUE et Services d\u2019investissement FÉRIQUE ne garantissent pas l\u2019exactitude ou la fiabilité des informations publiées ou divulguées et ne pourront pas être tenues responsables de toute perte ou de tout dommage éventuel résultant de l\u2019utilisation de ces renseignements.La présente communication ne constitue ni une offre, ni une sollicitation de quiconque dans aucune juridiction dans laquelle une telle offre ou sollicitation ne serait pas autorisée ou à toute personne envers qui il serait illégal de faire une telle offre ou sollicitation.Les renseignements fournis ne constituent pas des conseils particuliers de nature financière, juridique, comptable ou fiscale concernant des placements.L\u2019INVESTISSEMENT RESPONSABLE : FACTEUR DE CHANGEMENT RÉEL ET ACTUEL CAPSULE CONSEIL La récente progression de l\u2019investissement responsable (IR) au Canada est impressionnante.Entre 2012 et 2014, les actifs touchés par cette approche sont passés de 589 à 945 milliards de dollars, une croissance de 61 %1.C\u2019est qu\u2019on reconnaît de plus en plus que l\u2019IR peut générer une plus-value à long terme pour les investisseurs.LES ENJEUX ACTUELS En 2014, plusieurs questions ont été soulevées par les tenants de l\u2019IR, questions qui continueront de faire les manchettes en 2015.C\u2019est le cas, entre autres, du transport du pétrole par train et de l\u2019étiquetage des ingrédients OGM.Les enjeux de gouvernance suivants2 risquent aussi de faire l\u2019objet de débats, particulièrement lors des assemblées annuelles des entreprises concernées.Rémunération des dirigeants d\u2019entreprise La rémunération des dirigeants de certaines sociétés est jugée excessive.Plusieurs actionnaires souhaitent que les mesures d\u2019évaluation de cette rémunération soient divulguées.D\u2019autres proposent que le ratio entre la rémunération des dirigeants et celle des employés (ratio d\u2019équité interne) soit utilisé pour limiter le salaire des dirigeants.La Security and Exchange Commission pourrait instaurer prochainement une règle forçant les compagnies américaines à divulguer de nouvelles données sur la rémunération, dont ce ratio.Options d\u2019achat En plus de contribuer au problème de la rémunération, l\u2019attribution d\u2019options aux dirigeants représente un sérieux risque de gouvernance.Cette rétribution variable peut entraîner des décisions plus risquées ou davantage axées sur le court terme afin de faire hausser rapidement la valeur des actions.Bon nombre d\u2019entreprises canadiennes pourraient faire l\u2019objet de propositions d\u2019actionnaires visant l\u2019élimination de cette pratique.Nous vous présentons aujourd\u2019hui une approche de gestion des risques extra?nanciers de plus en plus présente : l\u2019investissement responsable.1 Global Sustainable Investment Alliance (GSIA), Global Sustainable Investment Review 2014.2 Source : Groupe investissement responsable, Enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance d\u2019entreprise 2015.Compétences des administrateurs De plus en plus d\u2019actionnaires doutent de la capacité des administrateurs à considérer les enjeux environnementaux, de responsabilité sociale et de gestion des risques dans leurs décisions à long terme.Ils proposent d\u2019intégrer aux conseils d\u2019administration des membres dotés de cette expertise.Cette année, une dizaine d\u2019entreprises pourraient être ciblées au Canada par des propositions d\u2019actionnaires en ce sens.La présence d\u2019administrateurs qualifiés dans ces domaines pourrait devenir une norme.Élections contestées S\u2019ils s\u2019opposent à certains aspects de la gouvernance d\u2019une entreprise, des actionnaires peuvent exiger des changements à son conseil.Ils peuvent chercher à faire élire leurs propres candidats ou à obtenir un siège pour avoir un certain pouvoir sur l\u2019entreprise.Pour de plus en plus de sociétés, l\u2019élection des administrateurs mène à une course aux procurations (proxy fight).Les opposants cherchent alors à regrouper les procurations d\u2019un maximum d\u2019actionnaires pour faire élire les candidats de leur choix.En 2014, plus du tiers des sociétés canadiennes ont adopté une politique de préavis sur la nomination des administrateurs, afin de mieux encadrer l\u2019exercice du vote.L\u2019APPROCHE DES FONDS FÉRIQUE L\u2019IR est une partie intégrante des pratiques des Fonds FÉRIQUE depuis près de 10 ans.Cette dimension enrichit leur gestion globale du risque de placement.Elle permet de promouvoir les meilleures façons de faire et d\u2019augmenter les probabilités de bonne performance à moyen et long terme des entreprises dans lesquelles les fonds investissent.Cette approche s\u2019articule autour de trois vo lets : 1.Exercice des droits de vote par procuration Ce moyen permet aux actionnaires d\u2019influencer les entreprises dans lesquelles ils investissent.La Politique des Fonds FÉRIQUE régissant l\u2019exercice des droits de vote par procuration est guidée par trois principes : la rentabilité à long terme, la responsabilisation et la transparence.Les Fonds FÉRIQUE cherchent ainsi à encourager les entreprises à adopter un comportement plus responsable afin de protéger l\u2019avoir à long terme des porteurs de parts et de leur procurer de solides rendements.2.Intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d\u2019analyse et de décision relatif aux placements L\u2019intégration des critères ESG permet aux gestionnaires des Fonds FÉRIQUE de dresser un portrait plus complet des entreprises ainsi que des risques et des occasions de placement.Les Fonds FÉRIQUE favorisent la collaboration avec leurs gestionnaires et évitent d\u2019exclure des titres ou de donner des directives en ce sens.3.Engagement actionnarial Cette stratégie vise à influencer les entreprises afin qu\u2019elles améliorent leurs pratiques ESG.Différents moyens tels l\u2019envoi de lettres, les rencontres de dirigeants et l\u2019enregistrement de propositions d\u2019actionnaires sont utilisés.Les interventions de Gestion FÉRIQUE, en tant que gestionnaire des Fonds FÉRIQUE, ciblent principalement les enjeux de gouvernance, parce que de bonnes pratiques dans ce domaine permettent de rehausser les autres pratiques des entreprises.Comme les actifs sous l\u2019influence de cette approche sont grandissants, l\u2019investissement responsable est un levier de changement de plus en plus important.Les enjeux débattus sont nombreux, et Gestion FÉRIQUE y participe en accord avec sa Politique d\u2019investissement responsable.En mettant les critères ESG au cœur de ses priorités, Gestion FÉRIQUE poursuit sa mission de contribuer à la santé financière des ingénieurs tout en reflétant leurs intérêts.SERVICE- CONSEIL 514 788-6485 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d\u2019ouverture du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h > Pour lire d\u2019autres articles sur le sujet, consulter la section Investissement responsable de notre site web \u2013 ou pour en savoir davantage sur les Fonds FÉRIQUE : ferique.com \u2019ai souvent partagé mon petit déjeuner avec Lorenzo et Pedro.Deux perruches effrontées qui n\u2019hésitaient pas à venir, à tire-d\u2019aile, s\u2019agripper à une tartine pour en grignoter quelques miet tes (je me demande encore si ce n\u2019était pas pour me narguer.), puis à sauter sur le rebord de ma tasse, plonger le bec dans mon café et en boire quelques gouttes.Rigolo.Des anecdotes comme celles-là, nos animaux de compagnie nous en donnent des milliers, des millions, à raconter.Un Québécois sur deux possède au moins un animal de compagnie, indique un récent sondage de Léger Marketing.René Descartes, le philosophe français qui ne reconnaissait aux animaux ni âme ni culture, en aurait peut-être été tourmenté.Peut-on faire de la philosophie autour des caprices territoriaux et alimentaires de Minou et Toutou?Certainement, peut-on affirmer 375 ans plus tard.L\u2019étrange phénomène de rapprochement que les citadins connaissent aujourd\u2019hui avec les animaux est sans précédent dans notre histoire.Une personne sur cinq estime même que son animal est plus important que son conjoint (toujours selon le sondage Léger).On peut discuter \u2013 voire débattre \u2013 longuement de cette empathie nouvelle à l\u2019endroit des animaux, mais il reste que leur souffrance est de moins en moins acceptable aux yeux du public.Malgré cela, nous serions encore l\u2019une des rares sociétés occidentales à ne pas faire la distinction entre un animal et un jouet, ou un lave-vaisselle.Selon Animal Defense Legal Funds, le Québec, avec le Nunavut, figure comme la pire société au Canada en ce qui a trait à la maltraitance animale (pire que l\u2019Alberta et son Stampede?).Le gouvernement du Québec a eu l\u2019heureuse initiative, par le truchement de son ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation, de déposer un projet de loi qui devrait sortir le Québec du bête cartésianisme.En effet, cette nouvelle loi modifierait le statut juridique de l\u2019animal, «être doué de sensibilité ayant des impératifs biologiques».Elle catégoriserait deux types : les animaux de compagnie et les animaux d\u2019élevage.On encadrera mieux les chenils et on imposera des amendes à ceux qui abandonnent sans vergogne leur animal au milieu de nulle part sur la route des vacances.De la dignité pour nos bêtes, enfin! Les vétérinaires seront tenus de signaler toutes les situations d\u2019abus ou de négligence.Et si nombre d\u2019animaux sont intégrés à notre régime alimentaire omnivore, ce ne sera plus une raison de les élever dans n\u2019importe quelles conditions.Cela ne réglera pas nos drôles de relations avec les animaux.Comment choisir, dans une ferme, un lapin appelé Oscar (ou Descartes!) puis l\u2019assommer, le dépecer et le faire rôtir en soirée sans être bourrelé de remords?On ne dédaigne pourtant pas le civet de lapin tout emballé sur l\u2019étal d\u2019un magasin d\u2019alimentation! Ce paradoxe nous renvoie peut- être à l\u2019idée que l\u2019on se fait de la vie.Vaste question! Chose certaine, je n\u2019aurais jamais mangé mes perruches, cela s\u2019entend.Mais je sais que mon chat d\u2019alors \u2013 il s\u2019appelait Courant d\u2019air \u2013 était obsédé par l\u2019envie de les capturer pour s\u2019en faire un lunch.C\u2019est aus si ça, la vie animale ; c\u2019est plein d\u2019arrière-pensées! Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 5 Une empathie nouvelle! Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Simon Coutu, Fabien Gruhier, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Elias Levy, Hélène Matteau, Jean-Pierre Rogel et Bihn An Vu Van Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Julie Durocher, Frefon, Jean-François Leblanc, Donald Robitaille Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Juillet 2015 (523e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE AOUT-SEPTEMBRE 2015 VOLUME 53, NUMÉRO 1 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet N\u2019ont-ils pas la vie belle, nos chats, nos chiens, nos perruches et nos poissons rouges?Hélas, pas toujours.Heureusement, nous commençons à comprendre qu\u2019ils ne sont pas des objets.Et ça, c\u2019est un grand pas pour l\u2019humanité.J Leurs doux yeux nous font craquer, leur ronronnement nous conforte, leur présence nous rassure.Comment s\u2019est tissé ce mystérieux attachement à un chat, un chien ou un oiseau?Les lecteurs et lectrices découvriront, dans ce numéro, quelques centaines de photos de chats et de chiens.Elles nous ont de juin.L\u2019abondance de photos reçues nous a bien fait comprendre l\u2019attachement de tous et chacun pour les Médor et les Vos photos tout au long des pages ATTACHANTS ! t été envoyées par nos amis Facebook en réponse à notre appel à tous du mois s Raminagrobis de ce monde.Merci! Pourquoi voulons-nous un animal de compagnie?L\u2019attachement des humains à leurs animaux de compagnie est un sujet complexe.On s\u2019entoure d\u2019animaux pour de nombreuses raisons, et la façon dont on s\u2019attache à eux dépend fortement du type d\u2019animal et de la raison pour laquelle on l\u2019a choisi.Certains animaux sont recherchés uniquement pour leur beauté \u2013 les poissons tropicaux, par exemple \u2013, d\u2019autres pour le statut qu\u2019ils confèrent \u2013 chiens de combat ou gros serpents.Mais l\u2019objectif est presque toujours d\u2019avoir un compagnon.Les chiens (mais pas les chats) facilitent aussi les relations entre les gens.Des études ont démontré qu\u2019une personne qui se présente accompagnée d\u2019un chien est considérée comme plus digne de confiance que si elle se présente sans lui.D\u2019ailleurs, beaucoup de gens se font des amis en promenant leur chien! Qu\u2019est-ce qui nous pousse à aimer un animal?Sur le plan individuel, on peut considérer que l\u2019attachement s\u2019articule en deux phases distinctes, qui se chevauchent toutefois.En premier lieu vient l\u2019attirance spontanée pour l\u2019animal : notre cerveau réagit devant les chiots et les chatons presque de la même façon que devant les bébés humains.Cela déclenche non seulement une réaction émotionnelle \u2013 liée aux hormones de la reproduction et à l\u2019ocytocine \u2013, mais favorise aussi une amélioration temporaire de la dextérité manuelle qui prépare la personne à mieux prendre soin du bébé (animal ou humain).Plusieurs études ont ainsi prouvé que l\u2019on est plus habile à effectuer certaines tâches manuelles après avoir visionné des images «mignonnes», comme des photos de bébés animaux.Et justement les animaux, même adultes (surtout les chats), ont des traits qui rappellent les bébés \u2013 un visage rond, de grands yeux, un large front.Cela éveille chez nous l\u2019instinct de protection, l\u2019envie de pouponner.Le fait que les chats et les chiens aiment jouer est aussi quelque chose de naturellement attirant.8 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Vive la c Fondateur de l\u2019Institut d\u2019anthrozoologie, la science des interactions entre humains et animaux, qu\u2019il dirige aujourd\u2019hui à l\u2019université de Bristol, au Royaume-Uni, John Bradshaw étudie les bêtes à poils et leurs relations avec les humains depuis 25 ans.Spécialiste reconnu du bien-être des animaux de compagnie, il est aussi l\u2019auteur de plusieurs ouvrages dont In Defence of Dogs: Why Dogs Need Our Understanding (Pourquoi les chiens ont besoin que nous les comprenions) et de Cat Sense, paru en français sous le titre La vie secrète des chats, aux éditions ADA en 2014.Il décrypte pour nous ces liens étroits.Propos recueillis par Marine Corniou Comment expliquer ce rapport so traiter comme des membres à A L A N P E T E R S Cependant, cela n\u2019explique pas pourquoi la plupart des propriétaires restent gagas de leurs animaux toute leur vie.On sait encore peu de choses sur les raisons pour lesquelles une telle relation se maintient, mais son développement suit un schéma très proche de celui qui lie les parents à leurs enfants.La plupart des propriétaires d\u2019animaux éprouvent d\u2019ailleurs un chagrin considérable à la mort de leur compagnon, comparable à celui qu\u2019on ressent quand on perd un membre de sa famille.D\u2019ailleurs, on traite souvent les animaux comme des humains\u2026 En effet, de nos jours, les propriétaires de chats et de chiens les traitent de plus en plus comme des membres de la famille, en les autorisant à dormir dans leur lit, en leur achetant de la nourriture «gourmet» \u2013 alors que les animaux étaient autrefois nourris avec des restes \u2013 ou encore en déboursant des sommes importantes pour des interventions vétérinaires toujours plus sophistiquées, comme des greffes ou des prothèses.Est-ce un comportement excessif?Les opinions sont divisées sur le rôle précis que joue l\u2019animal au sein de la famille, et sur ce qui doit être considéré comme une attitude saine ou non.Certains chercheurs font le lien entre la dévotion croissante des humains envers leurs animaux et la baisse de la natalité dans la plupart des pays occidentaux.Ils suggèrent que les jeunes femmes, surtout, utilisent les animaux comme des substituts aux enfants.D\u2019autres disent que les animaux de compagnie comblent le fossé affectif créé par la fragmentation de la famille nucléaire traditionnelle en cellules familiales plus petites et plus isolées.Mais il n\u2019y a pas de réponse simple à cette question.Les animaux nous aiment-ils, en retour, autant que nous les aimons?Sur ce point, il y a une différence importante entre les chiens et les chats.Les chiens s\u2019attachent très rapidement aux humains.Chez des chiens abandonnés depuis peu, on a vu des liens se former aussi rapidement qu\u2019après 15 minutes d\u2019interaction avec une nouvelle personne bienveillante.Les chiens détestent être seuls.Une étude récente a démontré que 85 % des chiens laissés à la maison montraient des signes de détresse, soit dans leur comportement \u2013 aboiements, hurlements, mastication, allers-retours, défécation, miction ou vomissement \u2013, soit par des réactions physiologiques, comme l\u2019augmentation du taux d\u2019hormones de stress.Les chats, qui descendent quant à eux d\u2019une espèce solitaire et territoriale, s\u2019attachent avant tout à un lieu.Cela explique pourquoi certains chats retournent dans leur ancienne maison quand leurs propriétaires déménagent.Cependant, une fois qu\u2019ils se sentent en sécurité sur un territoire familier, ils s\u2019attachent eux aussi aux humains.Cela se traduit notamment par le fait qu\u2019ils se frottent aux jambes de leur maître, l\u2019un des comportements typiques, d\u2019après nos observations, qui maintiennent la cohésion au sein d\u2019une colonie de chats.Les chats restent moins démonstratifs que les chiens, mais cela ne veut pas dire qu\u2019ils ne s\u2019attachent pas.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 9 a compagnie! Simone et Pitou (photo envoyée par Louise Dupont) t souvent si fort qu\u2019il nous conduit à les à part entière de la famille?On ne s\u2019explique pas pourquoi la plupart des propriétaires restent gagas de leurs animaux toute leur vie. innamon est une chatte affectueuse mais un peu timide, selon les vétérinaires qui la côtoient chaque jour, au centre de recherche de l\u2019université du Missouri.Elle est quand même devenue un symbole pour les généticiens : c\u2019est le premier chat dont le génome a été entièrement séquencé, fin 2014.Celui du chien avait été déjà décrypté en 2005; ceux de la poule et du rat en 2004; celui de la souris dès 2002.Pour le chat, il était temps! Car lui aussi peut être utile à la science.Il partage en effet avec l\u2019humain plus de 250 affections génétiques, telles que la dystrophie musculaire ou certains troubles de la rétine, et subit les assauts de virus proches des nôtres, comme celui du sida félin.Mais l\u2019ADN de Cinnamon ne servira pas uniquement à faire avancer la médecine.Il a déjà permis aux scientifiques de mieux comprendre l\u2019histoire d\u2019amour nous liant aux félins.«En fait, le chat reste un animal semi-domestiqué», tient à préciser Michael Montague, chercheur à l\u2019université Washington à Saint Louis, aux États-Unis, et premier auteur de l\u2019analyse génétique parue dans PNAS.Il faut dire que le chat s\u2019est acoquiné assez tard avec les humains.Alors que le chien a été domestiqué il y a plus de 30 000 ans, le petit félidé ne s\u2019est approché des villages qu\u2019il y a 10 000 ans environ, en Mésopotamie, peu après l\u2019apparition de l\u2019agriculture.Attirés par les rongeurs rôdant autour des stocks de grains, certains chats sauvages du désert ont compris qu\u2019ils avaient tout intérêt à se rapprocher des agriculteurs, notamment pour finir les restes de leurs repas et bénéficier d\u2019une protection contre les prédateurs, comme les hyènes.En 2004, des archéologues français ont d\u2019ailleurs mis au jour la plus ancienne preuve de ce lien : ils ont découvert à Chypre les ossements d\u2019un chat enterré avec un homme dans une sépulture datée de 9 500 ans avant notre ère.Un chat dont les ancêtres ont dû être amenés par bateau, puisque les îles méditerranéennes n\u2019hébergeaient pas de félins sauvages.Quatre mille ans plus tard, Minou avait conquis le cœur des Chinois ou, du moins, leurs villages.À preuve, sur le site archéologique de Quan hu cun, dans le Hunan, des chercheurs ont découvert en 2013 des os datant de plus de 5 300 ans.L\u2019analyse au carbone 14 de ces os de chats et de ceux de rongeurs a démontré que les premiers se nourrissaient des seconds, attirés là par les champs de millet.Les matous vivaient donc à proximité des fermiers, et tout le monde y trouvait son compte! L\u2019histoire d\u2019amour entre le chat et l\u2019humain restera, pendant des millénaires, celle d\u2019une tolérance mutuelle et d\u2019un opportunisme réciproque.Car à la différence des autres animaux domestiques, dont de multiples va- 10 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Ils ont beau être 600 millions dans le monde, les chats domestiques ont longtemps été laissés pour compte par les scientifiques.Leur génome révèle progressivement l\u2019histoire de leur domestication.Par Marine Corniou Comment un félin est devenu matou Cynthia Simard Poirier et Géraldine C riants ont été sélectionnés au fil du temps pour leur viande ou leur lait, pour leur talent de chasseur ou de gardien de troupeaux, les chats ont été laissés libres d\u2019évoluer à leur guise.«Contrairement aux chiens, explique Michael Montague, ils ont subi peu de pressions de sélection visant à favoriser des traits de caractère ou certaines aptitudes.De plus, les chats domestiques ont toujours continué à se croiser avec les populations sau - vages, dont ils sont restés généti - quement proches.» l reste que même «légère», cette domestication est inscrite au- jourd\u2019hui dans leur ADN.C\u2019est ce qui ressort de l\u2019analyse des généticiens qui ont aussi comparé le génome de Cinnamon à celui d\u2019autres chats domestiques puis à celui de chats sauvages et d\u2019autres animaux, dont le tigre.«Nous avons été étonnés de réussir à mettre en évidence des différences reflétant l\u2019effet de la domestication, reprend Michael Montague.Les gènes les plus modifiés chez le chat domestique sont des gènes impliqués dans la croissance et le développement des neurones, dans la physiologie du cerveau et les neurotransmetteurs.Notre hypothèse, c\u2019est que ces changements ont permis aux chats de devenir plus dociles et de mieux interagir avec les humains.» Parmi ces gènes, certains jouent aussi un rôle dans la réponse à la peur, dans la mémoire, dans la capacité à apprendre de nouveaux comportements et dans la réceptivité face à une récompense alimentaire.Une «sensibilité» qui aurait achevé de convaincre les chats les plus farouches de mettre leur nature antisociale en sourdine pour rester à proximité des humains.Si on ajoute à cela leur ronronnement réconfortant et leurs irrésistibles postures, on comprend qu\u2019ils aient eu peu à peu raison de nos réticences; il y a aujourd\u2019hui trois fois plus de chats que de chiens dans le monde! Roux ou tigrés, à poils ras ou longs, au museau pointu ou rond, et même en version sphynx dénudé: on trouve maintenant des chats pour tous les goûts.Cela fait pourtant seulement 200 ans qu\u2019on les sélectionne suivant des critères esthétiques.Le persan, le bleu russe, le siamois et l\u2019angora ont été les premiers enregistrés en Europe.À ce jour, on dénombre environ 80 races distinctes de chats, bien que les associations félines n\u2019en reconnaissent officiellement qu\u2019une quarantaine.Toutefois, aussi variés et dissemblables soient-ils, ces 600 millions de compagnons sont tous les rejetons d\u2019un même groupe de chats sauvages, Felis silvestris lybica, originaire du Moyen-Orient.Plus précisément, ils descendraient de cinq femelles mésopotamiennes \u2013 sans doute plus malignes et aventureuses que la moyenne! C\u2019est ce qu\u2019a suggéré en 2007 une étude menée par l\u2019équipe de Carlos Driscoll, du laboratoire de diversité génétique du National Cancer Institute aux États-Unis.Pour arriver à cette conclusion, le chercheur a passé 6 ans à récolter de l\u2019ADN mito- chondrial de 979 chats sauvages aux quatre coins du monde, depuis l\u2019Écosse jusqu\u2019à la Namibie, en passant par Israël et la Mongolie, et à le comparer à celui de centaines de chats domestiques.Quand on aime, on ne compte pas! Leslie Lyons, généticienne de l\u2019université UC Davis, en Californie, est elle aussi éprise de ces «fauves altiers de la maison», comme les désignait le poète chilien Pablo Neruda.Cette spécialiste mondiale de la génétique Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 11 UNIQUES EN LEUR GENRE STAR DU WEB Si le caractère du chat est unique, sa biologie, elle aussi, est singulière.L\u2019étude menée à l\u2019université Washington au Missouri a prouvé que les chats ont l\u2019ouïe plus aiguisée que les autres carnivores.Ils ont aussi un système digestif très efficace pour digérer les matières grasses de leurs repas particulièrement riches en viande (le chat est un hyper-carnivore, alors que le chien est omnivore).Le chercheur Michael Montague ajoute : «Leur système de détection des phéromones est très développé par rapport à celui des chiens, des vaches ou des humains.On pense que cette capacité à détecter les phéromones vient du mode de vie solitaire des chats sauvages qui en avaient besoin pour évaluer leur environnement et repérer des partenaires.» Et ce n\u2019est pas tout: les chats sont de remarquables nyctalopes; leur vision nocturne est exceptionnelle.Avec son air boudeur, ses babines tombantes et son corps trapu, Grumpy Cat est le chat le plus célèbre du Web, et sans doute le plus lucratif.Sa propriétaire, une jeune femme de l\u2019Arizona, a amassé plus de 100 millions de dollars depuis qu\u2019elle a mis en ligne une photo, puis une vidéo, de cette petite chatte au faciès grognon, fin 2012.Entre les clics récoltés sur YouTube, les séances photo pour la presse, les tournages de publicités, de docu - mentaires, et la vente de produits dérivés (tasses, teeshirts et même boissons Grumppuccino), l\u2019animal âgé de trois ans règne sur un empire commercial et amuse des centaines de milliers de fans.Un comble pour ce chat atteint, entre autres difformités, d\u2019un nanisme plutôt disgracieux aux yeux des amateurs de félins.Le généticien Michael Montague, de l\u2019université de Washington à Saint Louis, et son chat «Les gènes les plus modifiés chez le chat domestique sont des gènes impliqués dans la croissance et le développement des neurones, dans la physiologie du cerveau et les neurotransmetteurs.» I féline, qui a participé au décryptage de l\u2019ADN de Cinnamon, vient de lancer le programme 99 Lives (99 vies), dans le but de séquencer finement au moins 99 autres génomes de chats provenant de toutes les régions du monde.Au coût de 7 000 $ par génome, 99 Lives promet d\u2019identifier les mutations génétiques responsables de maladies affectant certaines races.Leslie Lyons pro - pose d\u2019ailleurs à qui le veut de lui faire parvenir l\u2019ADN de son chat (recueilli sur ses gencives avec un coton-tige).Pour une centaine de dollars, on saura si l\u2019animal possède des mutations génétiques délétères, s\u2019il descend de l\u2019une des 29 races majeures ou si un rusé chat de ruelle a entaché son pedigree.De quoi pouvoir se vanter, preuve à l\u2019appui, de posséder un vrai persan ou un vrai ashera, cette race hypo- allergénique créée en 2007, croisement entre un chat léopard d\u2019Asie, un serval africain et un chat domestique, dont les spécimens rarissimes peuvent valoir jusqu\u2019à 125 000 $.12 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 www.multim.com L\u2019évolution nous interpelle, car elle nous informe de notre passé.D\u2019où vient l\u2019humanité ?C\u2019est une question qui nous fascine tous.Également disponible en version numérique CHATS DU DIABLE On le sait, le Moyen Âge n\u2019a pas été marqué par de grandes avancées en matière de droits de la personne\u2026 ni des animaux.Les chats, plus que toute autre espèce, en ont pris pour leur grade.En 1233, l\u2019Église catholique a même pris la décision de les exterminer sur tout le continent européen.Rien de moins.Le motif?Les chats, surtout noirs, étaient «des serviteurs du diable».Jusqu\u2019au XVIIe siècle, des millions de chats ont donc été torturés et tués, le sort réservé à leurs propriétaires (surtout de sexe féminin) n\u2019ayant pas toujours été plus enviable. Voici Filou, le chien guide de Frédéric Gauthier.«Avec lui, je me sens toujours en sécurité», confie Frédéric.Depuis sa création, en 1981, la Fondation MIRA a dressé et donné plus de 2 000 chiens à des personnes qui n\u2019auraient pas pu profiter aussi bien de la vie.Avec les yeux du cœur J U L I E D U C R O C H E R evant une tablée de juges, les colleys, caniches et autres chows-chows défilent sur un tapis rouge au côté de leur maître.C\u2019est l\u2019exposition annuelle de l\u2019Association canine de la Mauricie, à Sainte-Anne-de-la-Pérade.Un événement comme il s\u2019en déroule des dizaines, partout au Québec, et qui attirent des milliers de fans.À tour de rôle, les toutous montent sur une petite table où on les examine sur toutes les coutures.Port de tête, longueur de la queue, angle des pattes, hauteur au garrot, rien n\u2019échappe aux experts.C\u2019est la bête correspondant le mieux aux standards de sa race qui sera invitée sur le podium.Et son maître recevra une médaille.Mais, pour le biologiste Cyrille Barrette, les chiens de pure race sont en réalité des monstres.«Les bouledogues ont des problèmes respiratoires et dentaires à cause de leur museau trop court; les replis de peau des mastiffs sont sujets à infections; les teckels souffrent de problèmes de dos; les bergers allemands font des dysplasies de la hanche.Afin de gagner des concours, l\u2019humain a fabriqué des consanguins extrêmes.» Ce n\u2019est pas comme la vieille Benji et tous les Fido de ce monde.Ses gènes de beagle, de fox-terrier, de labrador et d\u2019on ne sait quoi d\u2019autre qui cohabitent dans ses cellules sont le cadet de ses soucis.«La meilleure race, c\u2019est le bâtard, poursuit le professeur émérite de l\u2019Université Laval.En maintenant la pureté des races, on a créé des tarés; on a détruit toute variabilité génétique.Relâchées dans la nature, ces bêtes auraient peu de chances de survie.Tout le contraire des bâtards.» Au commencement, il y a des milliers d\u2019années, les chiens étaient des animaux sauvages.Plus exactement, les chiens étaient des loups.De vrais loups, comme le démontre aujourd\u2019hui la génétique.D\u2019ailleurs, le loup (Canis lupus) et le chien (Canis fa- miliaris) peuvent encore s\u2019accoupler et engendrer une progéniture viable et fertile, ce qui fait dire à la plupart des biologistes que le chien est en réalité un loup modifié.D\u2019où la tendance de ces spécialistes, depuis quelques années, à rebaptiser Canis fami- liaris en Canis lupus familiaris, ramenant le chien au rang de sous-espèce du loup.Tous les chiens descen draient du loup.Depuis le chihuahua jusqu\u2019au grand danois.«Probablement différentes populations de loups, précise Cyrille Barrette.Pendant un temps, sur la base de caractères corporels, on a cru que certaines races de chiens pouvaient descendre du chacal, mais les tests génétiques ont écarté cette hypothèse.» «L\u2019histoire a commencé il y a longtemps, au Moyen-Orient ou en Europe, comme l\u2019indique la grande variabilité génétique et morphologique des chiens dans ces régions, poursuit-il.Un peu partout, ce sont des populations locales de loups \u2013 et leur ADN \u2013 qui ont en quelque sorte servi de matière première aux chiens.» Des recherches génétiques récentes, dont les résultats sont parus dans le numéro de juin 2015 de Current Biology, situent la séparation loup-chien entre 27 000 et 40 000 ans avant aujourd\u2019hui (A.A.).Ce que confirme la datation des plus anciens fossiles de chiens trouvés en Belgique (36 000 ans A.A.), en Russie (33 500 ans A.A.) et en République tchèque (entre 32 000 et 22 000 ans A.A.).«Mais l\u2019interprétation des fossiles n\u2019est pas aisée, surtout pour ces temps reculés où les chiens devaient encore ressembler à des loups, explique Cyrille Barrette.Ce qu\u2019on cherche, sur les os de canidés, ce sont les caractères typiques de la domestication : un crâne proportionnellement petit, de petites dents, D Les loups parmi n 14 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 un petit cerveau, parfois des malocclusions des prémolaires.» Autrement dit, les critères qui ont fait du loup un bon chien.Les conséquences de la domesti cation sont bien visibles sur Benji.Malgré sa bonne taille pour un chien, elle ne ferait pas le poids face à un loup gris adulte, au moins deux fois plus grand qu\u2019elle.Ses dents sont menues, en effet, et ses muscles masticateurs sont plus fins, comme on peut le sentir en tâtant le dessus de son crâne, bien lisse sous la peau; alors que chez le loup, une imposante crête osseuse courant vers l\u2019arrière du crâne sert d\u2019attache à ces puissants muscles.Réveillée par la palpation, la chienne bâille, se lève, va chercher un jouet et revient en agitant la queue.La docilité est aussi l\u2019un des caractères liés à la domestication.«Nos ancêtres ont choisi les loups les plus faciles à dominer, ceux qui se reproduisaient à un jeune âge, dit le biologiste.Consé - quence : nous nous sommes retrouvés avec un animal petit, malléable et obéissant.Le chien, même adulte, a tous les traits d\u2019un loup juvénile.La prédisposition au jeu, par exemple, qui disparaît norma lement avec l\u2019âge chez de nombreux mammifères, persiste à peu près toute la vie chez le chien.Même chose pour le jappement \u2013 les loups adultes sont très silencieux, seuls les louveteaux jappent.Les chiens sont des adolescents perpétuels.En biologie, on parle de néoténie fixée.» La façon dont cette domestication s\u2019est produite ne sera jamais connue en détail, mais deux hypothè - ses sont habituellement avancées.La première est celle de l\u2019adoption : des humains à la chasse tombent sur des louve - teaux sans parents et décident de les ramener vivants au campement.Les petits grandissent et trouvent leur place dans la hiérarchie humaine, comme s\u2019ils étaient dans une meute.Au fil du temps et des générations de chiens, les sujets autrefois agressifs laissent la place à des bêtes plus douces.La seconde hypothèse implique une relation écologique évolutive.Vivant dans le même milieu et chassant les mêmes proies avec les mêmes stratégies, loups et hommes se sont côtoyés naturellement.Les loups ont pu tirer avantage de la proximité des hommes qui laissaient de grosses carcasses à ronger; et les moins peureux ont dû s\u2019approcher des campements.De leur côté, les hommes ont aussi pu profiter des talents de chasseurs des canidés en leur volant leurs proies lors de périodes difficiles.Les loups se seraient en somme «auto-domes- tiqués» à force de côtoyer l\u2019homme.«Il y a une compatibilité écologique indéniable entre le loup et l\u2019homme, dit Cyrille Barrette.Tous deux sont des chasseurs de grande taille, au sommet de leur chaîne alimentaire, et tous deux ont une organisation sociale assez similaire, avec un couple dirigeant un clan où tous les membres s\u2019entraident.Un loup chez les hommes n\u2019est pas si dépaysé.» Benji, en tout cas, semble bien peu stressée en mâchouillant son jouet.Une fois accomplie la domestication, les tribus dotées de chiens-loups ont obtenu plus de succès à la chasse \u2013 jusqu\u2019à trois fois plus de prises, selon l\u2019éthologue français Pierre Jouventin.Elles ont donc prospéré et les chiens leur sont devenus indispensables.Et nous voilà, 35 000 ans plus tard, faisant parader sur un tapis rouge des centaines de races de chiens, certaines encore très semblables à leur ancêtre sauvage, d\u2019autres s\u2019apparentant plutôt à des caricatures.«Il semble que le loup transporte, dans son bagage génétique, une très grande plasticité, qu\u2019on ne retrouve chez aucun autre animal domestique, explique le professeur Barrette.Les chats, les vaches, les chevaux ont atteint une certaine diversité de races, mais pas de l\u2019ampleur de celle des chiens.» Une fois établi le lien entre l\u2019homme et la bête, les deux semblent avoir évolué de concert sous plusieurs aspects.Des chercheurs chinois ont même repéré, chez les deux espèces, des changements parallèles \u2013 parmi les gènes impliqués dans la digestion et le métabolisme, de même que dans les processus neurologiques et la prédisposition au cancer \u2013, comme s\u2019il ne s\u2019agissait plus que d\u2019une seule espèce.En octobre 2014, une étude états-unienne diffusée dans Plos One a démontré, grâce à l\u2019imagerie cérébrale, que les zones qui s\u2019activent dans le cerveau d\u2019une mère sont les mêmes lors - qu\u2019elle regarde une photo de son enfant et une photo de son chien.Et en avril dernier, une équipe japonaise a fait paraître, dans la revue Nature, des résultats démontrant que le taux d\u2019ocytocine augmente chez le chien et son maître lorsqu\u2019ils se regardent dans les yeux.L\u2019ocytocine est surnommée «hormo ne de l\u2019attachement».C\u2019est la première fois qu\u2019un lien affectif est aussi clairement démontré entre deux espèces différentes.Une histoire d\u2019amour, quoi! Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 15 «Il y a une compatibilité écologique indéniable entre le loup et l\u2019homme.» Il a fallu 30 000 ans pour transformer le loup en chihuahua, en caniche ou en bouledogue.Et en faire notre meilleur ami.Par Joël Leblanc i nous M I K E K E M P / I N P I C T U R E S / C O R B I S Traités c La vétérinaire Marie-Élaine Roy pratique aussi l\u2019acupuncture sur les animaux.Toiletté.massé.opéré. e sapristi demal de dos! À l\u2019âge vénérable de 14 ans, Courgette en a eu sa dose.C\u2019est le lot des teckels, qu\u2019on ap pel le souvent les «chiens saucisses».Leur colonne vertébrale, qui s\u2019étire à l\u2019ho ri zontale, finit par s\u2019affaisser sous l\u2019effet de la gravité.Heureusement pour Courgette, elle n\u2019a pas encore de hernie discale.La docteure Marie- Élaine Roy espère bien lui éviter cette souffrance grâce à sa connaissance de la médecine chinoise.Des séances régulières d\u2019acu puncture devraient garder Courgette leste et enjouée, espère la vétérinaire.Dans une petite salle décorée de bambous et d\u2019une statuette de chat en posture de méditation, au Bureau vétérinaire Shop Angus, dans le quartier Rosemont à Montréal, la doc- teure Roy commence par tâter le pouls de l\u2019animal.«Il est plus faible à gauche, constate-t-elle.Le yin a pris le dessus sur le yang.» Après quoi, elle palpe les points d\u2019acupuncture, le long de la colonne vertébrale de la chienne.Le premier est associé aux poumons, le deuxième correspond au cœur, le suivant au sang, puis au foie (ce point-là est un peu «creux», ce qui laisse supposer une insuffisance hépatique, ana- lyse-t-elle), à la vésicule biliaire, à la rate, à l\u2019estomac, etc.Mme Roy plante une vingtaine d\u2019aiguilles chinoises sur la tête et le corps de l\u2019animal.Courgette ne semble pas s\u2019en formaliser.Une fois le rituel terminé, elle s\u2019ébroue \u2013 cinq aiguilles s\u2019envolent dans les airs \u2013 et se couche en boule, la mine détendue.Bien qu\u2019elle ne soit pas reconnue comme une spécialité de la médecine vétérinaire, l\u2019acupuncture est désormais admise com me une avenue prometteuse pour soulager la douleur chez les animaux de compagnie, études scientifiques à l\u2019appui.Selon Marie-Élaine Roy, qui pratique la médecine vétérinaire depuis 27 ans et qui a suivi, il y a 3 ans, la formation dispensée par l\u2019International Veterinary Acupuncture Society, basée aux États-Unis, les aiguilles chinoises peuvent faire beaucoup plus.«Elles peuvent soigner pratiquement tout, depuis l\u2019asthme jusqu\u2019aux problèmes digestifs», as- sure-t-elle.La littérature scientifique ne rapporte cependant pas ces autres bienfaits de la méde cine chinoise.«C\u2019est parce qu\u2019il se fait encore très peu de recherche dans le domaine», explique Mme Roy.À raison de 120 $ l\u2019heure, les propriétaires de chiens et chats, mais aussi de lapins, d\u2019oiseaux ou d\u2019igua nes peuvent offrir ce genre de traitement à leur ami à poils, à plumes ou à écailles.«Ce ne sont pas uniquement des gens fortunés qui me consultent, remarque la vétérinaire.Grâce à l\u2019acupuncture, les clients peuvent parfois éviter à leur animal une chirurgie coûtant plusieurs milliers de dollars.» Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 17 C Chats 8,6 millions Poissons 8,4 millions Chiens 5,1 millions Oiseaux 2,6 millions Petits mammifères (gerboises, chinchillas, lapins, furets, etc.): 1,2 million Reptiles 0,3 million 26 MILLIONS D\u2019AMIS Le Canada compte presque autant d\u2019animaux de compagnie (26 millions) que d\u2019humains (35 millions).S O U R C E : P A C K A G E D F A C T S , 2 0 1 3 s comme des rois Elle est loin l\u2019époque où le chien de la famille dormait dehors dans sa niche.Aujourd\u2019hui, Médor a son propre lit \u2013 orthopédique s\u2019il vous plaît \u2013, se fait détartrer les dents et voit un psy quand il a le moral à plat.Par Dominique Forget J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C F R E F O N Ici, on peut aussi offrir à son compagnon une séance de chiropractie.Au mois d\u2019avril dernier, la docteure Madeleine Tremblay était en pleine séance avec Maîa, une patiente féline souffrant d\u2019arthrite.«Je travaille au niveau des articulations, où se rencontrent les nerfs et les vaisseaux sanguins, pour défaire les tensions et les adhérences», explique la vétérinaire en exerçant des pressions de part et d\u2019autre de la colonne vertébrale de la petite chatte siamoise.Les études scientifiques n\u2019ont pas encore prouvé les bienfaits de la chiropractie chez les animaux, mais ce n\u2019est qu\u2019une question de temps, estime-t-elle.La médecine douce est marginale au sein de la pratique vétérinaire, mais la docteure Diane Berthelet, propriétaire du Bureau vétérinaire Shop Angus, croit qu\u2019elle est appelée à se développer.Bientôt, une massothérapeute devrait se joindre à son équipe qui compte déjà sept vétérinaires généralistes en plus de nombreux collaborateurs qui prodiguent des soins spécialisés, depuis la dentisterie jusqu\u2019à l\u2019ophtalmologie, en passant par la dermatologie.«De plus en plus, constate la docteure Berthelet, les animaux de compagnie sont des membres à part entière de la famille et leurs propriétaires veulent leur offrir les meilleurs soins possibles, pour améliorer leur espérance de vie.» et attachement envers nos amis les bêtes nourrit une industrie des soins vétérinaires et du confort animal en croissance constante.Au Canada, bon an mal an, les ventes de produits et services pour animaux de compagnie augmentent de 4,3%.En 2013, elles ont atteint 6,6 milliards de dollars.Un peu plus du tiers de cette somme était dévolue aux soins vétérinaires qui sont de plus en plus variés et perfectionnés.Désormais, on peut soumettre son animal malade à une résonance magnétique pour connaître l\u2019origine de sa souffrance, à des séances de chimiothérapie ou de radiothérapie si on lui découvre une masse cancéreuse, ou à une chirurgie de rempla - cement de la hanche.Votre caniche est déprimé ou agressif?Un vétérinaire comportementaliste \u2013 un psy pour animaux \u2013 peut venir à sa rescousse.«Les soins vétérinaires, de nos jours, ressemblent beaucoup à ceux de la médecine humaine», dit Jean Gauvin, président de l\u2019Association canadienne des médecins vétérinaires et propriétaire de la Clinique vétérinaire Lachine, dont la moitié des «patients» sont des animaux exotiques.Avec 35 années d\u2019expérience à son actif, le docteur Gauvin en a vu de toutes les couleurs.Ainsi a-t-il déjà raccommodé, morceau par morceau, la carapace d\u2019une tortue qui avait subi un accident de la route.Également à son palmarès : une césarienne effectuée sur un serpent qui retenait ses œufs.Généraliste, il recommande ses patients à des 18 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 «DES PROPRIÉTAIRES D\u2019ANIMAUX ENVOIENT JUSQU\u2019À MONTRÉAL POUR LUI FAIRE PASSER C Notre lectrice Valérie De Bellefeuille avec son toutou VIEUX ET BEDONNANTS Comme la population humaine, la population des animaux de compagnie est vieillissante.et ventripotente.Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, en 2011, l\u2019âge moyen du chat de compagnie, au pays, s\u2019établissait à 5,7 ans et celui du chien, à 5,9 ans.Ces moyennes sont à la hausse.En outre, seulement 2% des maîtres nourrissent leur animal de compagnie en tenant compte des recommandations du fabricant, selon un sondage mené par l\u2019Association canadienne des médecins vétérinaires (2011).Ils les laissent plutôt manger à volonté.Selon les vétérinaires sondés, le contrôle du poids serait la première action à poser quand on veut prolonger la durée de vie de son ami à quatre pattes.I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N spécialistes lorsque le mal dépasse son champ de compétence.«Il y a 20 ans, raconte-t-il, on trouvait des spécialistes presque uniquement dans les facultés de médecine vétérinaire, comme celle de l\u2019Université de Montréal à Saint- Hyacinthe, ou celle de Guelph, en Ontario.Aujourd\u2019hui, on n\u2019a plus besoin de sortir de la région de Montréal.» En plus du Centre DMV \u2013 un centre de référence en urgence et en soins spécialisés installé à Lachine, qui compte aussi des points de service à Saint-Hubert et à Blainville \u2013, on trouve désormais, dans la grande région métropolitaine, l\u2019Hôpital vétérinaire Rive- Sud, à Brossard, et le Centre vétérinaire Laval.Ces hôpitaux sont équipés de salles d\u2019opération dernier cri, de locaux réservés à la chimiothérapie, à l\u2019endoscopie, à la radiographie, l\u2019échographie ou même la physiothérapie, ces derniers étant munis de tapis roulants aquatiques.Les services d\u2019ambulance pour animaux, comme K911, desservent tous ces hôpitaux, 24 heures par jour.«Des propriétaires d\u2019animaux envoient leur chien ou leur chat par avion jusqu\u2019à Montréal pour lui faire passer une résonance magnétique ou un CT-scan, raconte le docteur Michel Pépin, directeur général de l\u2019Association des médecins vétérinaires du Québec.Ils exigent les meilleurs services.Si nos hôpitaux ne sont pas dotés des équipements dernier cri, ils s\u2019insurgent.Ils font valoir que ces machines existent à New York; alors pourquoi pas chez nous?» Il n\u2019y a pas de carte soleil au nom de M.Ca - nin ou de Mme Féline.Quand un chat entre en urgence à l\u2019hôpital vétérinaire pour un problème mineur comme une gastroen- térite, son propriétaire s\u2019en tire à bon compte avec une facture de 1 000 $.Pour traiter une tumeur grâce à la radiothérapie, il faut prévoir entre 2 000 $ et 6 000 $, selon le nombre de séances requises.Les hôpitaux vétérinaires, après tout, doivent acheter leurs appareils de résonance magnétique ou leur anesthésiant au même prix que les établissements qui se consacrent à la médecine humaine.arce qu\u2019ils paient les soins vétérinaires de leur poche, les propriétaires d\u2019animaux ont parfois des attentes plus élevées pour Pitou que pour leur beau-frère.«Ils veulent des résultats, comme lorsqu\u2019ils confient leur voiture au garage, constate la docteure Claude Lefebvre qui pratique la médecine d\u2019urgence au Centre DMV depuis 2003.Mais les médecins vété - rinaires n\u2019ont pas plus de pouvoir que les médecins qui soignent les humains.» Les traitements d\u2019acupuncture ou de radiothérapie pour animaux peuvent faire rire certains d\u2019entre nous et en scandaliser d\u2019autres.Comment peut-on dépenser 5 000 $ pour faire irradier un chien, alors que des enfants n\u2019ont pas à déjeuner?«C\u2019est vrai qu\u2019il y a des enfants qui ne déjeunent pas, mais quand des gens s\u2019achètent de grosses télés, des croisières ou des vêtements à ne plus savoir quoi en faire, on ne s\u2019en formalise pas, fait valoir Mme Lefebvre.Chacun ses valeurs; chacun ses choix.» Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 19 P T LEUR CHIEN OU LEUR CHAT PAR AVION R UNE RÉSONANCE MAGNÉTIQUE.» S O U R C E : I P S O S , 2 0 1 3 Au Québec, 39% des ménages comptent au moins un chat, alors que 29% ont au moins un chien.Minou remporte aussi la palme de l\u2019animal de compagnie le plus populaire en Ontario et dans les provinces de l\u2019Atlantique.De la Colombie-Britannique au Manitoba, cependant, c\u2019est Pitou qui arrive en tête.Pourcentage des foyers québécois qui possèdent Au moins un chat : 39%, au moins un chien : 29%, un autre type d\u2019animal : 10%, aucun animal de compagnie : 39% [NDLR: Certains ménages peuvent avoir des animaux de compagnie d\u2019espèces différentes.] MINOU PLUS POPULAIRE QUE PITOU IMMUNISÉS CONTRE L\u2019AUSTÉRITÉ La vente de produits et services pour animaux au Canada a augmenté de 4,3% en moyenne, chaque année depuis 2008, pour atteindre 6,6 milliards de dollars en 2013.Les deux tiers des dépenses (66%) sont dirigées vers les chiens alors que les chats récoltent 30% du gâteau et les autres animaux, 4%.Ventes annuelles Services vétérinaires : 2,25 milliards Alimentation : 2 milliards Fournitures diverses (jouets, vêtements, laisses, litières, etc.): 1,3 milliard Services non médicaux : 0,9 milliard Or, les valeurs et les choix des Occidentaux à l\u2019égard des animaux de compagnie ont été bouleversés en quelques décennies, poursuit-elle.«À l\u2019époque de mon grand-père, quand le chien était malade, on l\u2019emmenait derrière la maison pour mettre fin à ses souffrances.La génération de mes parents était déjà différente.Les propriétaires d\u2019animaux pouvaient faire traiter la plaie de leur minou lorsqu\u2019il s\u2019était fait mordre, pourvu que ça ne dépasse pas une centaine de dollars, car ils trouvaient un peu étrange de dépenser pour un animal.» Aujour - d\u2019hui, le détartrage des dents de Médor est considéré comme un soin de base.Laisser souffrir son chien d\u2019un abcès dentaire est considéré par plusieurs comme de la cruauté.C\u2019est la relation à la vie elle-même qui a changé, estime la docteure Lefebvre.À l\u2019époque où les gens avaient 13 en fants, il leur arrivait d\u2019en perdre un et ils considéraient que ça faisait partie de la vie.«Au- jourd\u2019hui, on n\u2019accepte plus la mort \u201cinjuste\u201d, constate-t-elle.On se bat coûte que coûte contre la maladie, pour sauver ceux qu\u2019on aime.En cours de route, on a transposé ce désir aux chats et aux chiens.Peut-être parce que les familles sont moins nom - breuses.J\u2019ai des clients dont l\u2019animal de compagnie est le seul être qui, à la fin de la journée, les accueille à la maison.» Claude Lefebvre a fait des rencontres marquantes au cours de ses 12 années de pratique au Centre DMV.Celle d\u2019une danseuse qui ne se sentait protégée que par son rottweiler et qui était prête à tout pour le faire soigner.Ou d\u2019un chauffeur de camion qui a hypothéqué son véhicule pour faire traiter son chien, son seul compagnon sur la route.À l\u2019autre bout du spectre, elle voit des clients qui ont encore la mentalité de la génération de son grand-père et qui refusent de dépenser pour un animal.Puis, il y a ceux qui se situent entre les deux, tiraillés entre leur compte en banque et l\u2019attachement qu\u2019ils éprouvent.Au Centre DMV, une mère a déjà demandé à sa fille de 12 ans de choisir entre «sauver le chat ou aller en vacances» .«L\u2019enfant a choisi les vacances et on a euthanasié l\u2019animal», raconte la vétérinaire.Les étudiants choisissent la médecine vétérinaire pour sauver des animaux mais, en fin de compte, ce sont les sentiments humains qu\u2019ils soignent.La docteure Annie Ross, qui a travaillé huit ans au Centre DMV et qui enseigne maintenant au Cégep de Saint-Hyacinthe au programme de techniques de santé animale, regrette que les étudiants ne reçoivent pas davantage de formation sur les relations avec la clientèle, la gestion du deuil et la psychologie humaine en général.«Les gens vivent des histoires d\u2019amour avec leur animal et cette relation se retrouve au cœur de notre pratique», dit la vétérinaire, qui travaille aussi à mi-temps dans une clinique de Laval.20 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 «LES ÉTUDIANTS CHOISISSENT LA MÉDECINE EN FIN DE COMPTE, CE SONT LES SENTIMENTS Kate Turcotte et sa chatte Dora COMBIEN ÇA COÛTE?Selon les calculs du magazine Protégez-Vous (mars 2015), la facture totale pour prendre soin d\u2019un chat qui a une durée de vie de 15 ans s\u2019élève à 30 429 $.Pour un chien ayant une espérance de vie de 12 ans, la facture se chiffre à 30 602 $.I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N i ces amoureux fous n\u2019hésitent pas à payer des milliers de dollars en soins vétérinaires, il s\u2019en trouve aussi qui achètent sans compter des accessoires ou des services non médicaux, dont l\u2019utilité n\u2019est pas toujours avérée.Des 6,6 milliards dépensés en produits et services pour les animaux de compagnie au cours de l\u2019année 2013, 2 milliards ont servi à acheter de la nourriture.« Ça vaut le coup de choisir une nourriture de qualité, estime le docteur Michel Pépin.Si vous achetez une marque bon marché, l\u2019animal va en manger deux fois plus et vous ne serez pas gagnant.» Mais qu\u2019est-ce qu\u2019une nourriture de qualité?La réponse ne va pas de soi : aucun contrôle de la qualité n\u2019est imposé pour la nourriture animale au Canada.Derrière les soins vétérinaires et la nourriture, les accessoires pour animaux arrivent en troisième position au palmarès des dépenses, générant des recettes de 1,3 milliard de dollars en 2013.Hormis les habituelles laisses et litières, les suppléments de glucosamine pour chiens, les matelas orthopédiques et les vêtements griffés ont la cote.Enfin, les propriétaires d\u2019animaux, au Canada, ont dépensé 900 millions de dollars, en 2013, pour des services non médicaux.Chez Cabotin, à Mirabel dans les Basses-Laurentides, il faut compter entre 100 $ et 125 $ pour le massage de base d\u2019un chien de la taille d\u2019un golden retriever.Pour ce prix, le maître-chien plonge dans les eaux du bain à remous avec toutou, lui massant les coussins et l\u2019enduisant de «shampoing thérapeutique relaxant».Pas le temps de sortir votre chien?Sybille Pluvinage, qui a lancé la petite entreprise En attendant mon maître, l\u2019emmènera en promenade sur le mont Royal pour 20 $ de l\u2019heure.À l\u2019hôtel Muzo, en bordure du canal de La- chine, à Montréal, votre chien peut loger dans une suite présidentielle, au coût de 85 $ la nuitée, pendant que vous êtes en voyage.La «suite» comprend un lit avec douillette, des bols surélevés, une télé, une webcam et l\u2019accès au gym.On peut même venir chercher l\u2019animal en «limousine» (une camionnette adaptée), pour une trentaine de dollars.La docteure Annie Ross ne porte officiel - lement pas de jugement sur ce qu\u2019elle qualifie de «luxes et babioles».Mais il lui arrive de sourciller.Dans la clinique vétérinaire où elle travaille, à Laval, elle a déjà vu des bouviers bernois \u2013 une race parfois utilisée en Suisse pour retrouver des skieurs enfouis sous la neige \u2013 habillés de chauds manteaux d\u2019hiver.Ou d\u2019autres chiens dont les griffes avaient été peintes de vernis à ongle.«Les gens oublient parfois que ce qui est bon pour eux ne l\u2019est pas nécessairement pour leur animal, dit la vétérinaire.Le pire, c\u2019est quand j\u2019en vois mettre une fortune sur des babioles, mais rogner sur les soins vétérinaires au point même de refuser de faire stériliser leur animal ou de le faire vacciner.Les gens ne placent pas toujours les priorités au bon endroit.» Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 21 IMPROVISATION AU MENU Aucun exercice de contrôle de la qualité n\u2019encadre la production de la nourriture animale, une industrie de 2 milliards de dollars au Canada.Depuis quelques années, une nouvelle mode s\u2019est emparée du marché : la viande crue.«Dans la nature, les animaux mangent la viande crue, mais ils n\u2019ingèrent pas que le muscle, dit la docteure Claude Lefebvre, du Centre vétérinaire DMV.Ils avalent les os, le contenu des intestins, etc.» Certains fabricants de nourriture crue tentent de reproduire l\u2019expérience en ajoutant à la viande des os finement broyés.«J\u2019ai vu des cas où la poudre d\u2019os s\u2019est agglomérée pour former une boulette dans les intestins, raconte la vétérinaire.Il faut alors opérer pour la retirer.» PAS DE CARTE SOLEIL Au Québec, à peine 1% des chats et chiens sont protégés par une assurance pour couvrir les frais en cas d\u2019accident ou de maladie.Les assureurs \u2013 dont Desjardins, PetSecure et Trupanion \u2013 font les paons pour séduire les propriétaires d\u2019animaux de compagnie.Selon l\u2019âge, la race (les bouledogues anglais, connus pour leur petite nature, sont particulièrement difficiles à assurer) et l\u2019état de santé de Prince ou Choupette, il en coûte jusqu\u2019à plus de 1 000 $ par année pour couvrir son animal.C\u2019est sans compter la franchise qu\u2019il faut débourser quand survient une maladie ou un accident, et qui peut facilement atteindre quelques centaines de dollars.QUAND ON AIME, ON NE COMPTE PAS E VÉTÉRINAIRE POUR SAUVER DES ANIMAUX MAIS, S HUMAINS QU\u2019ILS SOIGNENT.» S > Beaucoup de produits pour les animaux sont devenus trop chers : 63% > J\u2019ai réduit les dépenses pour mon animal de compagnie à cause de la conjoncture économique défavorable : 26% > Je suis prêt à dépenser davantage pour assurer le bien-être de mon animal de compagnie : 69% Selon un sondage mené en 2013, voici la proportion de Canadiens qui sont «plutôt d\u2019accord» ou «parfaitement d\u2019accord» avec les affirmations suivantes: 22 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Affectueux, un serpent ?Philippe Lamarre, président de l\u2019Association d\u2019herpétologie de Montréal possède plus d\u2019une vingtaine de serpents.«C\u2019est sûr qu\u2019on ne peut pas partager beaucoup de sentiments avec ces animaux qui fonctionnent principalement à l\u2019instinct.L\u2019intérêt est surtout contemplatif», dit-il.Petit rappel qu\u2019il tient à faire : «On n\u2019a pas le droit de garder de faune native.» Lire l\u2019entretien qu\u2019il nous a accordé sur notre site web.L\u2019étreinte de l\u2019instinct D O N A L D R O B I T A I L L E ls préfèrent se débarrasser de leur allergologue plutôt que de leurs animaux de compagnie», disent à la blague les médecins au sujet de leurs patients récalcitrants en proie aux éternuements, larmoiements et démangeaisons.Déni?«Il n\u2019existe aucune solution efficace et sécuritaire pour soigner ces patients», explique le docteur Philippe Bégin, aller go logue au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal et au CHU Sainte-Justine.En réalité, la seule chose à faire est d\u2019éviter tout contact avec l\u2019animal.Et c\u2019est d\u2019autant plus néces - saire que les antihistaminiques, les gouttes pour les yeux ou les vaporisateurs nasaux ne soulagent que partiellement les symptômes et ne guérissent rien du tout.Mais il y a tout de même de l\u2019espoir pour les 10% de Nord-Américains qui doivent se résoudre à renoncer à l\u2019affection des compagnons poilus! Le docteur Mark Larché, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les allergies et la tolérance du système immunitaire à l\u2019université McMaster de Hamilton, s\u2019attend à voir aboutir, d\u2019ici deux ans, le développement d\u2019un vrai vaccin contre les allergies dues aux animaux.Le fruit d\u2019une décennie de recherche.«Le problème avec le traitement actuel, c\u2019est qu\u2019on injecte au patient la substance à laquelle il est allergique, explique l\u2019immunologue.Pas étonnant alors qu\u2019il y réagisse parfois de manière importante!» Dans le cas d\u2019une exposition au chat, la protéine en cause est bien connue des scientifiques, c\u2019est la Fel d 1, présente sur la peau, dans la salive et dans l\u2019urine de l\u2019animal.Pour les chiens, c\u2019est un peu plus compliqué.Plusieurs molécules seraient impliquées et elles ne sont pas encore parfaitement connues.Chez les personnes allergiques, une classe d\u2019anticorps, les IgE, est présente en quantité anormalement élevée dans le sang et dans les tissus conjonctifs.Ces anticorps, habituellement produits pour nous défendre contre les parasites \u2013 rares dans les pays occidentaux \u2013, sont conçus afin de reconnaître un allergène spécifique.À chaque anticorps, son ennemi.Dès qu\u2019il détecte la présence de l\u2019allergène, il peut déclencher une cascade de processus allergiques \u2013 dans la peau (urticaire), les poumons (asthme), l\u2019estomac (vomissements) \u2013, voire des réactions anaphylactiques, rapides, graves et même potentiellement fatales.L\u2019idée de Mark Larché est de déjouer ces vigiles en injectant sous la peau du bras des fragments de la protéine Fel d 1.«Nous avons conçu les peptides de façon qu\u2019ils soient trop petits pour interagir avec les anticorps allergiques, donc pour provoquer une réaction allergique, résume le professeur.De cette façon, nous pouvons injecter plus rapidement des doses plus importantes.La désensibilisation peut ainsi se faire en 4 injections, sur 3 mois, au lieu des 50 à 80 injections habituelles sur 3 ans.» Mark Larché ne peut encore expliquer comment son vaccin de peptides parvient Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 23 Espoir à l\u2019horizon pour les amis des animaux qui éternuent lorsqu\u2019ils partagent le canapé de Garfield (ou de Milou).Par Bihn An Vu Van «I Allergies: bientôt un vaccin?F R E F O N si bien à traiter les patients allergiques aux chats dans les essais cliniques menés jusqu\u2019à présent.«L\u2019objectif d\u2019un traitement d\u2019immunothérapie est de parvenir à rééduquer les lymphocytes T \u2013 les chefs d\u2019orchestre de la réaction \u2013, sans déclencher l\u2019allergie», résume de son côté Philippe Bégin.Car ce sont les lymphocytes T, un type de globule blanc, qui commandent la production d\u2019IgE lorsqu\u2019ils voient, par exemple, circuler la protéine du chat dans le système lymphatique.«Ce sont donc les lymphocytes T qu\u2019il faut exposer aux allergènes en grande quantité.» En laboratoire, Mark Larché a ainsi déterminé dans des échantillons de sang quelles sections de la Fel d 1 activaient les lymphocytes T.Ces sections passeraient donc sous les radars des IgE, mais parviendraient quand même à entrer en contact avec les lymphocytes T, et à les «rééduquer» à force d\u2019exposition.Les compagnies pharmaceutiques Adiga Life Sciences et Circassia mènent en ce moment la troisième phase clinique \u2013 la dernière série d\u2019essais avant la commercialisation \u2013 sur 1 300 patients en Amé - rique du Nord et en Europe.Si les résultats sont aussi probants que ceux de la phase précédente, cette nouvelle forme d\u2019immunothérapie pourrait être vendue, en Europe comme ici, dès 2017.«Les remèdes actuels soulagent entre 10% et 40% des symptômes allergiques.Nous avons observé que notre vaccin, par rapport à un placebo, permettait une réduction moyenne de 50% des symptômes», dit le professeur Lar- ché.n Suisse, une autre approche suscite l\u2019intérêt des chercheurs : l\u2019immunothérapie intralymphatique (ITIL).«Ils ont déposé l\u2019allergène directement dans les ganglions», explique Philippe Bégin.La substance allergène se rend ainsi directement là où se trouvent les lymphocytes T, sans trop se répandre dans le corps, donc sans déclencher de réactions allergiques indésirables.«Le système lymphatique ne conduit vers les ganglions que 1% des allergènes des vaccins sous-cutanés conventionnels.Cette approche a l\u2019avantage d\u2019améliorer l\u2019innocuité du traitement d\u2019immuno thérapie, et d\u2019en aug - menter l\u2019efficacité», ajoute le chercheur.En effet, les ganglions lymphatiques sont comme des postes frontières par lesquels doit passer toute substance qui pénètre le corps.Dans les ganglions, des «douaniers» \u2013 plusieurs types de lymphocytes T \u2013 dépistent les intrus.Chaque type de lymphocyte T est entraîné à reconnaître une seule substance, et à y réagir de façon spécifique.Certains lymphocytes, les Th1, sont par exemple dressés à lutter contre les bactéries et les virus, comme ceux de la grippe; d\u2019autres, les Th2, servent aux invasions parasitaires, activés à tort dans le processus allergique; d\u2019autres encore, les lymphocytes T régulateurs, «tolèrent» l\u2019entrée de substances normales ou les bactéries amicales du corps et empêchent les réactions auto- immunes.C\u2019est cette réaction de tolérance que recherchent les scientifiques qui veulent donner une chance aux amis des animaux.L\u2019ITIL nécessiterait alors seulement trois injections en trois ans, dans les ganglions de l\u2019aine.Les chercheurs sont encore en recrutement de sujets pour une toute première phase de tests sur les humains.Une autre série de révélations sur le comportement du système immunitaire est en train de bouleverser notre façon de percevoir les allergies.«En 2008, on s\u2019est rendu compte qu\u2019un des facteurs de risque importants pouvant favoriser le développement des allergies alimentaires était l\u2019eczéma», raconte Philippe Bégin.Et cela serait peut- être vrai aussi pour les allergies aux animaux, selon quelques nouvelles études.«Autrefois, poursuit-il, on croyait que ça se passait par étape, c\u2019est ce qu\u2019on appelait la marche atopique.En bas âge, l\u2019enfant développe de l\u2019eczéma, puis des allergies alimentaires à deux ans, puis l\u2019asthme et la rhinite allergique à l\u2019âge adulte.» Mais la recherche permet de penser qu\u2019il serait peut-être possible de stopper cette cascade de réactions.«Si l\u2019enfant reçoit les allergènes par la bouche ou par les voies respiratoires, dans une situation normale, le mécanisme de tolérance serait plus susceptible de se mettre en place», fait remarquer le docteur Bégin.Les plaques d\u2019eczéma constitueraient en somme une porte d\u2019entrée.«Mais si, pendant la formation du système immunitaire, l\u2019enfant entre en contact avec des substances potentiellement allergènes accompagnées d\u2019une foule de messages inflammatoires, les douaniers du corps vont se dire \u201cquel - que chose cloche\u201d et développeront des réactions allergiques.» Il s\u2019agirait alors de refermer la porte.«Des études récentes ont démontré que traiter de manière intensive les plaques d\u2019eczéma des nouveau- nés avec de la crème hydratante permettait de rétablir l\u2019imperméabilité de la peau», explique le docteur Bégin.«Nous croyons que le vaccin sur lequel nous travaillons est le premier d\u2019une série de plusieurs produits prometteurs, dit Mark Larché.La protéine impliquée dans les réactions d\u2019allergie au chat est une molécule simple, et c\u2019est pour cette raison que nous l\u2019avons privilégiée.» C\u2019est Minou qui va être content.24 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 LA DÉSENSIBILISATION?PAS POUR TOUT LE MONDE Dans certains cas particuliers, les médecins proposeront des «vaccins allergiques», ou de l\u2019«immunothérapie sous-cutanée», un traitement mis au point au début du siècle dernier, qui requiert discipline et persévérance, qui ne fonctionne que dans une minorité de cas et qui, de surcroît, présente des risques d\u2019effets secondaires importants.Le traitement consiste à injecter sous la peau du bras de très petites doses de l\u2019allergène, qu\u2019on augmente graduellement jusqu\u2019à atteindre la désensibilisation.Ces vaccins sont administrés sous supervision médicale, une fois par semaine pendant plusieurs mois, puis une fois par mois pendant trois à cinq ans.À la suite de chacune des rencontres, les patients doivent rester en observation à la clinique au moins 30 minutes en cas de réaction allergique ou même anaphylactique.E FINIES, LES ALLERGIES?À l\u2019Hôpital de Montréal pour enfant, ce sont toutes les allergies respiratoires, dont celles aux animaux, que la docteure Christine McCusker souhaite prévenir! Pour ce faire, elle envisage d\u2019intervenir dès la toute petite enfance, pendant la formation \u2013 ou l\u2019éducation \u2013 du système immunitaire.Son espoir : développer un vaccin universel qui réduirait temporairement, au cours de l\u2019enfance, la formation de douaniers parasitaires, les lymphocytes Th2.Son étude, menée pour le moment sur les souris, a été publiée dans le magazine Mucosal Immunology, en mai dernier.«L\u2019individu conserve tout de même sa capacité de réagir aux parasites, explique la chercheuse.Mais nous remplaçons la réaction \u201cpar défaut\u201d à des stimulus légers d\u2019allergènes par une réaction de tolérance, comme cela se passe chez la majorité des personnes non allergiques.» Une infection pathogène est un événement agressif; elle active de nombreux éléments du système qui provoquera une réaction inflammatoire.Le vaccin bloque alors le STAT6, une protéine inflammatoire clé dans la formation des Th2, redirigeant le système immunitaire vers une réaction de tolérance, plutôt qu\u2019allergique, et donc une multiplication des T régulateurs.«Nous devrons à présent comprendre ce qui arrive précisément aux molécules injectées et vérifier s\u2019il y a des réactions de toxicité», conclut Christine McCusker. oronto, Jeuxpanaméricains, juillet 2015.Des athlètes de plus de 40 pays sont présents pour défendre leur drapeau.Le public qui s\u2019est massé pour assister à leurs proues - ses l\u2019ignore probablement, mais deux des disciplines sportives auxquelles il assiste permettent à l\u2019être humain de dominer le monde, depuis 2 millions d\u2019années : le marathon et le lancer du javelot.Dans l\u2019ensemble du monde animal, il est le seul à pouvoir courir aussi longtemps et à lancer des projectiles avec force et précision.Le combo du parfait chasseur.Qui l\u2019eût cru?Des extraterrestres venus sur notre planète il y a 3 ou 4 millions d\u2019années auraient probablement à peine remarqué ces australopithèques qui déambulaient craintivement dans la savane.Sans griffes, sans crocs, lents et fragiles, nos lointains ancêtres n\u2019étaient guère plus que des proies faciles pour les grands prédateurs qui régnaient alors sur l\u2019Afrique, comme le révèlent des traces de dents sur des ossements fossilisés d\u2019australo pithè ques.Personne n\u2019aurait parié sur leur aptitude à devenir de grands chasseurs.Et pourtant.À partir du genre Homo, il y a environ 2 millions d\u2019années, une série de traits physiques et sociaux ont fait de nous, les humains, les bêtes les plus dangereuses.D\u2019abord, l\u2019endurance à la course.La bi- pédie, acquise plus tôt, nous a conféré des genoux larges et robustes, des muscles fessiers proéminents et des orteils courts, ce qui est parfait pour courir.Et notre pilosité réduite a favorisé l\u2019évacuation de la chaleur.Même si nous ne sommes pas très rapides au sprint, aucun autre animal, même pas le cheval, ne peut courir d\u2019une traite les 42,2 km d\u2019un marathon.Avantage : poursuivre un animal dans la savane pendant deux heures permet de l\u2019épuiser et de rendre sa mise à mort plus facile.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 25 Il y a 2 millions d\u2019années, notre relation avec les autres animaux s\u2019est transformée.Notre ancêtre, Homo ergaster, est passé du camp des proies à celui des animaux prédateurs.Une révolution! Par Joël Leblanc Chassé puis chasseur T La chasse a établi un nouveau rapport entre les humains et les autres êtres vivants.On en trouve la trace dans les premières manifestations artistiques de Homo Sapiens.Ici, une partie de fresque préhistorique du sud de l\u2019Algérie actuelle. L\u2019autre arme secrète de l\u2019homme, c\u2019est son bras.Quand il a cessé de grimper aux arbres, l\u2019articulation de son épaule est passée d\u2019une orientation vers le haut à une orientation vers le côté, ce qui lui a permis d\u2019effectuer de puissants mouvements de lancer.La station debout a aussi libéré sa taille et l\u2019a rendue plus flexible, laissant libre cours aux mouvements de torsion nécessaires à une projection.Chez les lanceurs de baseball (qui peuvent décocher une balle à plus de 170 km/h), l\u2019énergie, accumulée dans l\u2019épaule par l\u2019impulsion du corps puis relâchée lors du jet, fait tourner momentanément l\u2019articulation d\u2019environ 180° en 1/50 de seconde.Aucune autre articulation ne bouge si vite.Et cette énergie cinétique est transmise au projectile.Parfait pour planter une lance dans les flancs d\u2019un gnou à 10 m.Cette habileté servira à nos ancêtres pour abattre des animaux à distance ou encore pour éloigner d\u2019une proie les autres prédateurs qui viennent de la tuer, puis de la leur voler.À ces deux grandes aptitudes physiques s\u2019ajoutent des qualités précieuses.D\u2019abord, la cohésion sociale et la communication entre individus, qui vont permettre à l\u2019humain de concocter un plan d\u2019attaque efficace; ensuite, l\u2019intelligence de produire des armes de pierre et de bois de plus en plus efficaces et meurtrières.Nous voilà donc devant un être qui, malgré ses apparences chétives, a eu dès lors toutes les chances de devenir maître de la savane, et \u2013 pourquoi pas?\u2013 du globe.\u2019est ainsi dans l\u2019est de l\u2019Afrique.Homo ergaster est devenu un redoutable carnivore, introduisant dans son menu une quantité non négligeable et régulière de protéines animales.Et nous, ses descendants, aussi.À preuve, nous n\u2019avons plus les molaires larges et plates qui permet taient à notre ancêtre australopithèque de mastiquer des plantes coriaces, et notre cage thoracique est passée de la forme d\u2019un entonnoir renversé \u2013 qui laisse beaucoup de place au long intestin nécessaire à la digestion des végétaux et qu\u2019on retrouve chez les autres grands singes \u2013 à celle d\u2019un baril.Et nous avons un gros cerveau, qui exige un apport constant et important d\u2019énergie.Comme, à poids égal, la viande est plus riche en énergie que les végétaux, c\u2019est probablement l\u2019alimentation carnée qui a permis la croissance de notre boîte crânienne.Alors que les australo pithèques avaient un cerveau d\u2019environ 400 cm3, et que Homo ergaster en avait un de 600 cm3, nous voilà aujour- d\u2019hui avec de grosses têtes de 1 400 cm3, un volume qui n\u2019aurait jamais pu être atteint sans un apport en viande.Une fois amorcé, le phénomène n\u2019a pu que s\u2019amplifier.Plus de viande a permis un cerveau plus gros et un cerveau plus gros a permis de penser à de nouvelles façons d\u2019obtenir plus de viande : outils, techniques de chasse, partage des idées, etc.Sans oublier l\u2019organisation sociale entraî - née par la chasse aux grosses proies, incluant le partage de la viande et la division du travail : aux hommes la poursuite du gros gibier; aux femmes le petit et la cueillette des végétaux.Ce serait donc la chasse qui a fait l\u2019homme et son gros cerveau.On la soupçonne aussi d\u2019avoir obligé le développement de lamaî- trise de soi chez nos ancêtres.Contrairement à l\u2019ima ge qu\u2019on s\u2019en fait spontanément, la chasse n\u2019est pas une question d\u2019agression.Si nos cousins les chimpanzés sont si agressifs lors - qu\u2019ils partent en chasse, c\u2019est qu\u2019ils peuvent compter sur leur force brute et leurs dents pour parvenir à leurs fins.Chez des humains, qui ne peuvent compter que sur leur cerveau, le silence est d\u2019or et les embuscades sont bien souvent plus payantes que les charges endiablées.Le sang-froid étant indispensable, chasse et agressivité ont dû être dissociées.Désormais capables d\u2019obtenir leur nour- 26 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Un cerveau plus gros a permis de penser à de nouvelles façons d\u2019obtenir plus de viande : outils, techniques de chasse, partage des idées, etc.Au fil de l\u2019évolution, le crâne des hominidés a pris de l\u2019expansion.Et c\u2019est probablement l\u2019alimentation carnée qui a permis la croissance de notre boîte crânienne.C E .R .D E G G I N G E R / S P L riture de n\u2019importe quel autre animal de taille suffisante, les humains ont pu s\u2019élancer hors d\u2019Afrique et partir explorer le monde.Ils ont essaimé jusqu\u2019en Europe et en Asie.De nombreux paysages, dans ces contrées, ressemblaient à la savane africaine et les nouveaux arrivants s\u2019y sont sentis comme chez eux.S\u2019il est indiscutable que la viande a fait partie des repas d\u2019Homo ergaster (ou Homo erectus, comme on l\u2019appelle une fois qu\u2019il a atteint l\u2019Asie), l\u2019une des interrogations qui turlupinent les paléo- anthropologues est de savoir s\u2019il était chasseur ou charognard.Le débat a duré longtemps, mais de récentes trouvailles ont permis de trancher la question.Une étude, parue en février 2014 dans la revue Quarternary International, a porté sur le site baptisé FLK, dans les fameuses gorges d\u2019Olduvaï, en Tanzanie.Là, il y a 1,8 million d\u2019années, des hominidés ont transporté de très nombreuses carcasses de gnous et d\u2019autres grands mammifères pour les débiter et les manger.Afin de savoir si les proies ont été tuées par ces humains ou volées à d\u2019autres prédateurs, les chercheurs ont analysé l\u2019âge des animaux.Résultat : les restes retrouvés présentaient une large proportion d\u2019individus dans la force de l\u2019âge, ce qui ne ressemble pas aux stratégies de chasse des autres grands prédateurs.Le lion, par exemple, s\u2019attaque plutôt aux individus âgés d\u2019un troupeau.Par ailleurs, sur le site fossilifère Kanjera South, sur les rives du lac Victoria au Kenya, on a retrouvé des milliers d\u2019outils de pierre et des os dont on avait retiré la viande et la moelle, il y a 2 mil lions d\u2019années.Très peu de ces os portent des traces de dents de grands prédateurs, ce qui laisse encore supposer que les antilopes dont ils proviennent ont été tuées par des humains.La révolution était donc en marche à cette époque; déjà, nous étions passés du statut de proies à celui de prédateurs.Ce changement a certainement eu des conséquences sur tout l\u2019écosystème.Peut-être même plus qu\u2019on le pense.En mars 2013, un article, paru dans PLOSONE et signé par des paléontologues de Suède et des États-Unis, a révélé un fait surprenant.Selon le registre fossile, la diversité des grands carnivores qui hantent la savane africaine s\u2019est alors inopinément modifiée.Il y a 7,5 millions d\u2019années, sur la rive ouest du lac Turkana, au Kenya, vivaient des félins aux dents de sabre, des espèces d\u2019hyènes aux longues pattes, un groupe de grands carnivores ressemblant à des chiens et des mustélidés de la taille d\u2019un léopard contemporain.Durant les millions d\u2019années qui ont suivi, la diversité des grands carnivores s\u2019est maintenue, puis sont graduellement apparus les lions, hyènes et chacals actuels.Mais il y a 2 millions d\u2019années, le registre fossile démontre qu\u2019un déclin important s\u2019est enclenché.De grands groupes, comme les félins à dents de sabres, se sont éteints.Au total, les carnivores ont perdu près de 99% de leur biodiversité! Et cela coïncide fortement avec l\u2019arrivée d\u2019ergaster le chasseur\u2026 En poursuivant les mêmes proies que les grands félins et autres carnivores, nos ancêtres ont lancé une forte compétition dont ils sont sortis gagnants.Ils ont littéralement enlevé la nourriture de la gueule des prédateurs.Non seulement contribuaient-ils à raréfier leurs ressources, mais comme ils étaient encore omnivores, ils s\u2019en tiraient mieux lors des périodes difficiles où les proies se faisaient plus rares.Les grands chats, exclusivement carnivores quant à eux, ne pouvaient pas se tourner vers les plantes.Certains paléo-anthropologues, opposent à cette théorie que le déclin des carnivores pourrait être dû à des changements climatiques au cours du Pléistocène (l\u2019ère géologique qui va de 2 millions d\u2019années à 10 000 ans avant notre ère).Mais, selon les auteurs de l\u2019article, si c\u2019était le cas, les petits carnivores, comme les mangoustes ou les civettes, auraient aussi connu un déclin, ce qui n\u2019est pas le cas.On avance également que les populations humaines de cette époque devaient être beaucoup trop restreintes pour entraîner de telles conséquences.Peut-être, mais il reste que la coïncidence est frappante.Si les modalités exactes de ce grand changement restent inconnues, il est évident qu\u2019il a eu lieu : les humains sont devenus des super-prédateurs et se sont arrogés le pouvoir sur la planète.Ce n\u2019est que beaucoup plus tard, il y a entre 10 000 et 12 000 ans, que nos ancêtres sont passés du mode de vie de chasseurs- cueilleurs à celui de cultivateurs-éleveurs et qu\u2019ils ont pu faire reposer leur survie sur des proies retenues en enclos plutôt que sur le hasard des parties de chasse.L\u2019homme a inventé la chasse et la chasse a modelé l\u2019homme en retour.Nous sommes faits pour manger et digérer la viande, comme le confirment moult éléments de notre anatomie.Avec cette perspective sur un très long terme, il est difficile de ne pas sourire devant le mouvement tout récent \u2013 à l\u2019échelle évolutive \u2013 de retour à une alimentation végétarienne chez certains Homo sapiens.Dans un passé pas si lointain, cela aurait été impensable.«Dans mon Sénégal d\u2019origine, pourrait lancer l\u2019humoriste Boucar Diouf, la définition de végétarien est : chasseur qui revient bredouille.» Mais quand on connaît les conditions modernes d\u2019élevage des animaux de boucherie, on peut en effet considérer qu\u2019elles constituent de solides raisons de revenir au menu des australopithèques.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 27 P A S B Ê T E S ! Les animaux ne sont pas sans âme.Il nous aura fallu bien du temps avant de savoir qu\u2019ils peuvent comprendre certaines choses.Stéphane Lavoie a un drôle de surnom.C\u2019est lui qui prend soin des célèbres poules de La maisonnette des parents dans le quartier Rosemont à Montréal.Il ne doute plus de leur intelligence: «Elles ont un sens de la hiérarchie assez étonnant, aussi.» Elles sont des vedettes pour cet organisme qui œuvre à renforcer la confiance, l\u2019entraide, la solidarité et la prise en charge des familles.Papapoule D O N A L D R O B I T A I L L E egardez un poisson rouge tourner en rond dans son bocal, les yeux vitreux, ouvrant et fermant la gueule.Comparez-le à un chimpanzé, capable d\u2019imiter vos gestes et d\u2019exé cuter des tâches complexes.Pas difficile d\u2019imaginer lequel des deux est le plus malin! Après tout, ne dit-on pas de quelqu\u2019un qui a la mémoire courte qu\u2019il a une «mémoire de poisson rouge»?Et pourtant\u2026 Pourtant, des études récentes font mentir cette expression populaire.Les poissons, à qui on prêtait une mémoire d\u2019à peine quelques se - condes, pourraient en fait se souvenir d\u2019événements plusieurs mois après coup.Et ce n\u2019est pas tout! Certains poissons peuvent même développer des traditions complexes, coopérer entre eux et utiliser des outils, à l\u2019instar du labre à nageoires jaunes.Ce poisson de récif a été observé en 2011 alors qu\u2019il jetait des palourdes sur des rochers pour les briser.Quant aux épinoches et aux guppys, ils s\u2019en sortent aussi bien que les rats lors de tests dans un labyrinthe! Les poissons, si éloignés de nous sur le plan de l\u2019évolution, seraient-ils donc moins idiots qu\u2019ils n\u2019en ont l\u2019air?Et que dire des oiseaux, dont les prouesses ne cessent, depuis une dizaine d\u2019années, d\u2019être révélées par les biologistes?Depuis le corbeau, plus performant qu\u2019un enfant de six ans pour la résolution de tâ - ches complexes, jus - qu\u2019au kéa, un perro quet de Nouvelle-Zélande qui utilise des outils et bat les gibbons à plate couture dans certains tests tech - ni ques, il y a de quoi perdre des plumes.Il faut faire remarquer que, jus - qu\u2019aux années 1990, les biolo gistes se sont concentrés sur les primates, nos plus proches cousins, pour in- vestiguer l\u2019intelligence animale.Avec l\u2019idée que les facultés intellectuelles du monde vivant pré sen tent un «agencement pyramidal», au som - met duquel trône Homo sapiens, suivi par les singes, puis les cétacés, puis d\u2019autres mammifères; oiseaux, poissons et insectes étant d\u2019emblée relayés dans les bas-fonds de ce classement anthropocentrique.«La dichotomie entre les primates et les autres animaux n\u2019a pas lieu d\u2019être, assure Louis Le- febvre, éthologue et professeur de biologie à l\u2019Université McGill, à Montréal.On pensait en effet qu\u2019il n\u2019y avait que le cortex des mammifères, organisé en six couches, qui permettait d\u2019agir intelligemment.Ce n\u2019est pas le cas.Le cerveau aviaire est très différent : il n\u2019y a pas de cortex, pas d\u2019organisation en couches et ça n\u2019empêche pas les oiseaux de faire des choses incroyables!» À preuve, certains passereaux, comme le cassenoix d\u2019Amérique, peuvent dissimuler plus de 30 000 graines dans 2 000 cachettes différentes et en retrouver près de 80%, plusieurs mois plus tard! Ces exploits relèvent-ils pour autant de l\u2019intelligence?Et d\u2019ailleurs, comment définit-on ce concept si abstrait?«Pour moi, le terme \u201cintelligence\u201d ne veut rien dire d\u2019un point de vue scientifique.Je ne pense pas que l\u2019in- Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 29 Longtemps dominée par l\u2019anthropomorphisme, l\u2019étude de l\u2019intelligence animale prend désormais une nouvelle tournure.Par Marine Corniou R Un monde d\u2019intelligences P A S B Ê T E S ! telligence soit unique, même chez l\u2019humain», indique Anne-Sophie Darmaillacq, biologiste à l\u2019université de Caen, en France, et spécialiste des céphalopodes, qui préfère utiliser le terme «cognition».«La meilleure définition que je puisse trouver de l\u2019intelligence est la capacité d\u2019agir efficacement face à une situation complexe», explique de son côté Marciej Henneberg.Ce professeur de biologie évolutive à l\u2019université d\u2019Adélaïde, en Australie, mène depuis des années une croisade contre l\u2019anthropocentrisme qui prévaut dans l\u2019étude de l\u2019intelligence animale.S\u2019ils ne sont pas tous d\u2019accord, les biologistes s\u2019entendent quand même sur le fait que certaines espèces font preuve de comportements flexibles, d\u2019une capacité à innover, à résoudre de nouveaux problèmes et à faire face aux changements de l\u2019environnement que l\u2019on pourrait, par facilité, qualifier d\u2019intelligence «globale».Mais voilà, si définir l\u2019intelligence n\u2019est pas chose facile, la jauger, la quantifier et la comparer pose un défi encore bien plus grand! D\u2019abord, tous les représentants du vivant ne se prêtent pas au jeu de la science.«Les primates et les oiseaux se laissent bien observer, fait remarquer Louis Lefebvre.C\u2019est donc sur eux qu\u2019on a le plus de données.» Ensuite, il va de soi qu\u2019on ne peut pas tester les capacités mentales d\u2019un poulpe ou d\u2019un pinson de la même manière que celles d\u2019un ouistiti.Enfin, affirme sans ambages Arthur Saniotis, chercheur en neurosciences et collègue de Marciej Henneberg à l\u2019université d\u2019Adelaïde : «La façon dont les humains testent l\u2019intelligence animale est problématique.» Jugeons-en.our établir un classement des animaux les plus «évolués», l\u2019éthologie s\u2019est longtemps fondée sur des tests universels, dont celui du miroir, inventé dans les années 1970 et censé révéler si un animal a conscience de lui-même ou non.Après l\u2019avoir habitué à se regarder dans un miroir, on l\u2019anesthésie, on lui dessine une marque colorée sur le front, puis on le met de nouveau face au miroir.S\u2019il tente de toucher la tache, c\u2019est qu\u2019il est capable de se reconnaître, qu\u2019il a conscience de sa propre identité.Singes, mais aussi éléphants, dauphins et même pies entrent dans cette catégorie.«Or, le test du miroir est complètement biaisé, surtout lorsqu\u2019on le fait passer à un animal dont le sens dominant n\u2019est pas la vision, commente M.Saniotis.Ainsi les chiens, qui utilisent surtout l\u2019ouïe et l\u2019odorat, réussissent mal cette épreuve.Que peut-on en conclure pour autant?Ce biais existe pour tous les tests, nous ne pouvons pas y échapper.» Autre problème, les études sur la co - gnition sont difficiles à reproduire, faute de grandes cohortes animales à évaluer.Ainsi, les publications scientifiques se sont longtemps fondées sur des anecdotes, relatant les exploits d\u2019un seul corbeau ou d\u2019un seul chimpanzé, savant et bien entraîné.«Aujourd\u2019hui, on essaie plutôt d\u2019évaluer l\u2019intelligence globale d\u2019une espèce, reprend Louis Lefebvre.Ce n\u2019est pas facile, car nous-mêmes définissons notre intelligence de plusieurs façons.Quelqu\u2019un qui comprend la théorie de la relativité ou qui a un quo - tient intellectuel de 140 sera perçu comme intelligent.Mais, dans un autre environnement \u2013 la jungle par exemple \u2013, le plus intelligent sera celui qui parvient à survivre dans la nature! Avec les animaux, il faut donc avoir deux appro ches : étudier les manifestations de leur intelligence en les obser - vant dans la nature et leur faire effectuer certaines tâches complexes en laboratoire.Quand les deux convergent et qu\u2019on réussit à démontrer qu\u2019une espèce qui ne fait pas telle chose dans la nature se met à la faire en captivité, par exemple utiliser un outil, c\u2019est la preuve qu\u2019elle a une bonne intelligence générale.» À mesure que les biologistes affinent le prisme à travers lequel ils jugent les «bêtes», il devient évident que, au cours de l\u2019évolution, l\u2019intelligence a émergé plusieurs fois, dans des branches parfois très éloignées d\u2019un point de vue phylogénétique.Le point commun entre les Einstein à poils, à plumes ou à écailles?D\u2019abord, la taille du cerveau.«C\u2019est sûr que la taille du cerveau est corrélée à l\u2019intelligence.Mais ce n\u2019est pas une corrélation parfaite, de sorte que certains animaux à petits cerveaux ont des capacités inattendues», nuance toutefois Louis Lefebvre.C\u2019est le cas du goéland, par exemple, qui malgré sa petite cervelle est très innovateur et parvient à tirer profit d\u2019environnements variés.«L\u2019intelligence a aussi coévolué avec la sociabilité, la capacité de dispersion et l\u2019opportunisme, c\u2019est-à-dire la capacité à modifier rapidement son comportement alimentaire.Les animaux solitaires, très spécialisés, qui ont un régime alimentaire strict et un petit cerveau ne sont généralement pas très inventifs», explique le biologiste.Une vaste étude, menée en 2014 sur 36 espèces de mammifères et d\u2019oiseaux \u2013 depuis l\u2019écureuil jusqu\u2019au diamant mandarin, en passant par le chimpanzé et la gerbille \u2013, corrobore ces observations.Au total, les scientifiques (d\u2019une vingtaine d\u2019universités dont celles de Duke, Stanford, Yale et McGill) ont évalué la capacité d\u2019autocontrôle de 567 animaux, en leur faisant exécuter divers exercices.Dans l\u2019un deux, par exemple, on avait caché de la nourriture dans un cylindre opaque; si l\u2019animal voulait l\u2019atteindre, 30 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 «Pour moi, le terme \u201cintelligence\u201d ne veut rien dire d\u2019un point de vue scientifique.Je ne pense pas que l\u2019intelligence soit unique, même chez l\u2019humain.» P il devait donc passer par les extrémités ouvertes du cylindre.Puis, le cylindre opaque a été remplacé par un cylindre transparent: si l\u2019animal préférait passer par l\u2019extrémité ouverte plutôt que d\u2019essayer d\u2019attraper la récompense à travers les parois vitrées, on le considérait comme capable de s\u2019autocontrôler, c\u2019est-à-dire d\u2019inhiber un comportement naturel mais contreproductif.Et donc de «raisonner» pour résoudre un problème.Les chercheurs ont réussi à démontrer que les espèces dont le cerveau était le plus volumineux (dans l\u2019absolu et non pas par rapport à la taille de leur corps) s\u2019en sortaient mieux que les autres.Les grands singes en premier, bien sûr.La variété du régime alimentaire, qui traduit l\u2019opportunisme, était éga le ment un facteur prédictif de réussite au test.«Pourquoi y a-t-il une telle variation dans la taille des cerveaux?C\u2019est un grand mystère de l\u2019évolution.Pourquoi certains primates, par exemple, ont-ils eu besoin de neurones supplémentaires, alors que les abeilles peuvent accomplir énormément de choses avec de tout petits cerveaux?» s\u2019interroge Simon Reader, spécialiste de l\u2019innovation et de l\u2019apprentissage social chez les animaux, à l\u2019Université McGill, et l\u2019un des auteurs de cette immense étude.«La taille du cerveau, qu\u2019est-ce que ça signifie?demande Louis Lefebvre.En soi, pas grand-chose! En réalité il faut compter les neurones, évaluer le nombre de synapses, la complexité des connexions, des neurotransmetteurs, et voir ce qui fonctionne à quel moment dans la prise de décision.», explique le biologiste qui a commencé à mener ce type d\u2019analyse sur son modèle d\u2019étude, un petit pinson de la Barbade (voir l\u2019encadré ci-dessus).Quant à savoir quel est l\u2019animal le plus futé\u2026 Les éthologues sont passés à autre chose, et s\u2019intéressent davantage aux différentes facettes de la cognition.«Il y a de nombreuses formes d\u2019intelligence et d\u2019habiletés.Nous, les humains, sommes bons surtout dans deux domaines : le langage et la fabrication d\u2019outils, parce que cela nous N\u2019EST PAS OPPORTUNISTE QUI VEUT ! Presque à l\u2019extrémité sud des Petites Antilles, l\u2019île de La Barbade fait le bonheur des touristes.Et les touristes font le bonheur des sporophiles, de petits pinsons que Louis Lefebvre, de l\u2019Université McGill, observe depuis de nombreuses années, dans la nature comme en captivité.«La Barbade produit de la mélasse, raconte le chercheur, mais beaucoup de visiteurs étrangers n\u2019aiment pas ça.Les restaurants importent donc de petits sachets de sucre blanc raffiné qu\u2019ils placent sur les tables.» Le sporophile de la Barbade, grand amateur de nectar, a vite compris l\u2019intérêt de ces sachets : il les vole et se délecte du sucre qu\u2019il en tire.Chose étrange, toutefois, le sporophile cici, son plus proche cousin génétique qui vit aussi sur l\u2019île, n\u2019a, lui, toujours pas compris le truc.«Il est très conservateur, beaucoup moins opportuniste, explique Louis Lefebvre et, quand on le teste en captivité sur la résolution de problèmes, il performe moins bien.» À quoi est due cette différence?«On n\u2019en sait encore rien, répond le biologiste.Aussi commençons-nous à vérifier les différences génétiques entre les deux oiseaux, ainsi que les neurotransmetteurs agissant dans leur cerveau.» GÉNIAUX CORBEAUX Longtemps considérés comme des oiseaux de malheur, les corvidés (geais, choucas, pies, corbeaux et corneilles) ont pris leur revanche.Ils suscitent désormais l\u2019admiration des biologistes, car leurs aptitudes à résoudre certains problèmes égale même celles des grands singes et des humains! Parmi les expériences les plus célèbres, citons la «fable d\u2019Ésope»: des corbeaux freux sont mis en présence de cailloux et d\u2019un tube vertical contenant de l\u2019eau, à la surface de laquelle flotte une récompense inaccessible.La plupart des corbeaux testés saisissent les pierres pour faire monter le niveau de l\u2019eau à une hauteur où il devient possible d\u2019attraper la gâterie.Mieux, si on leur donne le choix entre des pierres plus ou moins grosses, des objets flottants et des objets pleins ou creux, ils choisissent les plus efficaces.Dans la nature aussi, les corvidés débordent d\u2019ingéniosité.Le corbeau de Nouvelle-Calédonie fabrique des crochets avec des tiges de feuilles pour déloger des larves dans des écorces.Le corbeau freux, qui n\u2019utilise pas d\u2019outil en milieu naturel, parvient à le faire en captivité.Enfin, au Japon, des corbeaux ont été filmés en train de lâcher des noix sur une route pour les faire broyer par les voitures.Afin de faciliter la récupération du butin, ils préfèrent même les lâcher au- dessus des passages piétonniers, car il leur suffit d\u2019attendre le feu rouge pour aller les ramasser en toute sécurité! Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 31 Le biologiste Louis Lefebvre de l\u2019Université McGill et un sporophile Il n\u2019y a pas de finalité dans la nature, pas d\u2019infériorité, pas de supériorité; juste des variations. a aidés à nous adapter à notre environnement, rien de plus.Les autres animaux ont déve loppé d\u2019autres adaptations pour améliorer leurs chances de survie.Il n\u2019y a pas de finalité dans la nature, pas d\u2019infériorité, pas de supériorité; juste des variations.Ce qui fonctionne, la nature le conserve», résume Arthur Saniotis.Anne-Sophie Dar- maillacq acquiesce : «Les animaux trouvent des solutions à des problèmes nouveaux auxquels ils doivent faire face dans leur milieu; ils s\u2019adaptent.C\u2019est peut-être sim - plement ça, être intelligent.» Ce qui est sûr, c\u2019est que chez les animaux comme chez les humains, l\u2019intelligence a un prix.«On part du principe que l\u2019intelligence est quelque chose de bon.En affaires, ceux qui innovent prennent des risques.Chez les animaux, c\u2019est pareil : l\u2019innovation a un coût», précise Simon Reader qui a prouvé que les espèces de primates les plus créatives ont plus de parasites transmis par l\u2019environnement que les espèces plus conservatrices! «Le cerveau, c\u2019est lent à se développer; la gestation doit être plus longue et cela coûte cher sur le plan métabolique», ajoute Louis Lefebvre.32 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 VOUS RÊVEZ VACANCES?PENSEZ VÉLO! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ MAINTENANT DESTINATIONS SOLEIL HOLGUÍN EN BOUCLES 7 au 14 novembre | 14 au 21 novembre | 27 décembre au 3 janvier VARADERO EN BOUCLES 22 au 29 novembre | 27 décembre au 3 janvier AMÉRIQUE UTAH 28 septembre au 5 octobre SONOMA ET NAPA VALLEY 3 au 10 octobre SAN FRANCISCO-SANTA BARBARA 11 au 19 octobre TUCSON EN BOUCLES 24 au 31 octobre EUROPE PORTUGAL 20 septembre au 5 octobre ANDALOUSIE 21 septembre au 6 octobre TOSCANE 24 septembre au 9 octobre MAJORQUE 25 septembre au 10 octobre PIÉMONT 27 septembre au 12 octobre Ils ont beau être cousins des huîtres et des moules, les céphalopodes, regroupant poulpes, seiches et autres calmars, font preuve de capacités cognitives déroutantes, comparables à celles des vertébrés.Il suffit de voir la vidéo de cette pieuvre des côtes indonésiennes pour s\u2019en convaincre.Après avoir récupéré deux moitiés de noix de coco vides près d\u2019un port, elle les trimballe avec une dextérité surprenante et les utilise comme abri, pour se camoufler sur le sol sablonneux.Outre cette utilisation «d\u2019outil», on a vu des pieuvres parvenir à dévisser le couvercle d\u2019un pot en verre contenant un crabe, s\u2019échapper de LES TENTACULES DU SAVOIR labyrin thes en un temps record et mettre au point de redoutables stratégies de chasse.«Les céphalopodes servent depuis longtemps de modèle pour étudier la cognition», confirme Anne-Sophie Darmaillacq qui se spécialise dans l\u2019étude de la mémoire et de l\u2019apprentissage chez les seiches, à l\u2019université de Caen, en France.«Les mollusques ont un système nerveux divisé en de nombreux ganglions.Chez les céphalopodes, en revanche, il y a centralisation des ganglions dans une boîte comparable à la boîte crânienne des vertébrés», explique-t-elle.Au total, le poulpe, avec ses 500 millions de cellules nerveuses, peut même se targuer d\u2019avoir plus de neurones que la souris.De quoi lui permettre d\u2019innover, de mémoriser, de se camoufler, mais aussi de tromper un adversaire.Ainsi, chez certaines seiches d\u2019Australie, alors que les gros mâles ont l\u2019avantage lors de la reproduction, les plus petits réussissent à se «déguiser» en femelles, en changeant leurs motifs cutanés, pour tromper la vigilance de leurs concurrents.«Mieux, certains colorent différemment leur côté exposé à la femelle et celui exposé aux autres mâles», précise la chercheuse.Dans son laboratoire, elle a démontré que les embryons de seiche étaient capables, dans l\u2019œuf translucide, de capter des informations et d\u2019adapter leur comportement en fonction de ce qu\u2019ils voient (en l\u2019occurrence, après l\u2019éclosion, se tourner vers un type de proie plutôt qu\u2019un autre).Et ce n\u2019est pas tout: son équipe a prouvé que les seiches pouvaient apprendre à associer un signal à un type de proie (crevettes ou crabes), et qu\u2019elles pouvaient se retenir de manger un crabe si elles savaient qu\u2019une crevette, leur gâterie préférée, allait leur être donnée plus tard.«C\u2019est une étude préliminaire, mais qui montre que les seiches peuvent anticiper», conclut Mme Darmaillacq.Les capacités des céphalopodes sont telles que la réglementation de l\u2019Union européenne sur l\u2019expérimentation animale, en vigueur depuis le 1er janvier 2013, les inclut désormais, histoire de préserver leur bien-être et de leur éviter toute douleur.https ://www.youtube.com/watch?v=GCir6br6JKk Pour ouvrir les oranges du Natal, fruits durs et coriaces qu\u2019ils affectionnent, les chimpanzés de Zambie ont développé pas moins de six techniques différentes, d\u2019après une observation menée en 2014 par des chercheurs états-uniens.Et si certaines de ces techniques sont partagées par tous les singes, d\u2019autres sont exclusives à quelques colonies.Voilà un bel exemple de «culture animale» \u2013 c\u2019est-à-dire de transmission de traditions uniques au sein d\u2019un groupe.Si cet apprentissage social est bien connu chez les grands singes, il l\u2019est un peu moins chez les oiseaux.Pourtant, dans les années 1920, au Royaume-Uni, on a vu se répandre un phénomène étonnant.Tout a commencé dans le village de Swaythling, aujourd\u2019hui une banlieue de Southampton dans le Hampshire, quand quelques mésanges futées ont réussi à enlever l\u2019opercule fermant les bouteilles de lait déposées devant les maisons pour y boire la crème en surface.En quelques années, ce comportement s\u2019était répandu dans tout le pays, et même dans toute l\u2019Europe.Simple coïncidence?Non, répond Lucy Aplin, du département de zoologie de l\u2019université d\u2019Oxford, au Royaume-Uni, qui étudie une population de mésanges charbonnières suivie par les scientifiques depuis 40 ans.Elle s\u2019intéresse à l\u2019apprentissage social chez ces oiseaux, et ce qu\u2019elle a découvert est pour le moins surprenant.Au total, elle a équipé de micropuces près de 1 200 individus, et a pu reconstituer leur incroyable réseau social (qui côtoie qui et qui connaît qui).Elle a mis au point des mangeoires constituées d\u2019un trou couvert par un bouchon que l\u2019oiseau peut pousser vers la droite ou vers la gauche pour y dénicher de la nourriture.Elle a «enseigné» la technique d\u2019ouverture vers la gauche à deux oiseaux, et vers la droite à deux autres.Puis, elle les a relâchés et a laissé faire la nature.Grâce à ses nombreuses mangeoires réparties sur tout le territoire et équipées pour lire les puces, elle a démontré que, après 20 jours, entre 68% et 83% des oiseaux, dans les populations où avaient été relâchées les mésanges entraînées, parvenaient à faire fonctionner la mangeoire \u2013 contre 9% à 53% dans les populations sans «professeur».Et on pouvait clairement distinguer les populations ayant appris du «droitier» de celles qui avaient pris exemple sur le «gaucher».«Un seul oiseau innovateur suffit à implanter un comportement arbitraire de façon persistante, puisque la tradition est toujours présente à la troisième génération», a expliqué la chercheuse, lors d\u2019une conférence à l\u2019Université McGill, en mai dernier.Elle s\u2019est d\u2019ailleurs amusée en offrant une meilleure récompense aux oiseaux (un ver plutôt qu\u2019une graine) s\u2019ils poussaient la mangeoire du côté inhabituel.«En quelques jours, la plupart des oiseaux, surtout les jeunes, ont changé leurs habitudes.De plus, si on déplace certaines mésanges \u201cgauchères\u201d pour les déposer sur un territoire de \u201cdroitiers\u201d, elles peuvent se mettre à pousser la porte vers la droite.C\u2019est comme dans la société humaine : l\u2019individu se range souvent du côté de la majorité.» Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 33 Une mésange futée APPRENDRE DES AUTRES N I G E L C A T T L I N / S P L 34 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Attribuer une personnalité aux animaux, n\u2019est-ce pas un peu anthropocentriste?On ne définit pas la personnalité animale de la même façon que la personnalité humaine.On parle ici de différences comportementales individuelles qui se main tien nent dans le temps.Les biologistes ont longtemps été réticents à cette idée qui était davantage explorée par les psychologues (y compris chez le rat et la souris).Mais il y a au- jourd\u2019hui consensus sur l\u2019existence de personnalités chez les animaux, et ce, au sein de toutes les espèces, depuis les mam - mifères jusqu\u2019aux arai gnées, en passant par les insectes et les poissons.On n\u2019a pas besoin de parler d\u2019intelligence pour parler de personnalité.À l\u2019heure actuelle, il y a même un engoue - ment énorme envers ce sujet, à un moment où tous les domaines de la recherche s\u2019intéressent aux différences individuelles \u2013 en médecine, en immunologie, en écologie.On se rend compte que les variations interin dividuelles peuvent aussi avoir des réper cussions dans des domaines concrets, comme la gestion de la chasse.Ainsi, chez les ours, les wapitis ou les mouflons d\u2019Amérique équipés d\u2019un collier GPS, on constate que ce sont les individus les plus hardis qui se font plus souvent tuer.Comment évaluez-vous la personnalité d\u2019un animal?On ne peut pas étudier tous les aspects de sa personnalité, bien sûr! En général, on place l\u2019animal dans un nouvel environnement, histoire de voir comment il s\u2019adapte, à quel point il est capable de prendre des risques, quelles sont ses craintes face à un nouvel objet (ce qu\u2019on appelle néophobie), etc.Je travaille sur les tamias dans les Monts Sutton, en Montérégie, et on observe chez eux de grosses différences interindividuelles.Ainsi, certains se font capturer 10 fois par jour, alors que d\u2019autres évitent consciencieusement les pièges! Dans un nouvel environnement, certains tamias privilégient une longue exploration très minutieuse, d\u2019autres une exploration beaucoup plus rapide mais peu approfondie.Comment expliquez-vous ces variations?C\u2019est une question fondamentale, d\u2019un point de vue de la biologie évolutive.Pendant très longtemps, on pensait que la sélection naturelle devait réduire les va riations, en favorisant un seul type de comportement.Au contraire, on voit aujourd\u2019hui qu\u2019elle peut favoriser les différences.De nom - breuses hypothèses expliquent cette variabilité: des différences génétiques, mais aussi des aspects développementaux comme les expériences précoces, surtout liées à la mère, et les expériences acquises au cours de la vie.Enfin, il existe des stratégies d\u2019histoire de vie diverses, notamment chez le tamia.Vous avez des exemples?Les tamias se nourrissent de graines de hêtre, dont la production fluctue d\u2019une année à l\u2019autre.On ne sait pas comment, mais ils parviennent à anticiper la production massive qui a lieu en fin d\u2019été.Les bonnes années, ils se reproduisent donc à l\u2019été et à l\u2019automne, car il y a abondance de ressources.Selon leur date de naissance et selon les conditions environnantes, certains tamias vont se reproduire à six mois, alors que d\u2019autres devront attendre un an et demi (leur espérance de vie est de deux ans).Les premiers privilégient donc une stratégie d\u2019histoire de vie rapide, avec plus de prises de risque, mais avec des bénéfices immédiats.Les seconds sont plus prudents, car leur priorité est de survivre longtemps.Et nous observons une corrélation entre ces stratégies et les patrons d\u2019exploration en environnement nouveau.On cherche maintenant à voir si on peut associer certains traits de personnalité entre eux (par exemple l\u2019agressivité avec le fait de privilégier une exploration rapide), et s\u2019il y a des caractéristiques biologiques, hormonales et im- munologiques propres à chaque type de personnalité.Les propriétaires de chiens ou de chats le savent: les animaux ne se ressemblent pas; ils ont chacun leur caractère, leur personnalité.Certains, aventureux, n\u2019hésitent pas à explorer de long en large leur territoire, alors que d\u2019autres, casaniers, ne s\u2019éloignent jamais vraiment.Certains sont câlins, d\u2019autres réservés.Il y a des grognons et des enjoués.Et c\u2019est la même chose dans la nature, dit Denis Réale, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie comportementale.Propos recueillis par Marine Corniou Personnalités multiples Le biologiste Denis Réale, de l\u2019Université du Québec à Montréal et un bébé marmotte Certains tamias peuvent être aventureux, d\u2019autres non; la sélection naturelle favorise les différences.C H A R L I N E C O U C H O U X La garde d\u2019un animal de compagnie à Tokyo, Kyoto ou Osaka est pratiquement impossible compte tenu de la petitesse des appartements.C\u2019est pourquoi les Japonais ont inventé le concept de café à chats.Nous en avons maintenant à Montréal.Un café de la rue Saint-Denis est devenu territoire félin.Plus d\u2019une vingtaine de matous nonchalants y vont et viennent parmi les clients, tout en profitant de leurs câlins.«On s\u2019intéresse aussi à la ronronthérapie», dit le gérant du lieu, Youssef Labib.L\u2019endroit n\u2019est pas trop recommandé aux personnes allergiques.Sur la photo, avec le maître de la place, de bas en haut : Shibou, Snow, Peace et Sauvageon La compagnie des chats J U L I E D U R O C H E R endant queMickeyMouse danse la claquette, pilote un bateau à vapeur et joue du piano, au Jackson Laboratory, dans l\u2019État du Maine, les souris œuvrent à sauver des vies humaines, rien de moins.Au risque d\u2019y laisser leur peau.Sur des étagères de cette institution de Bar Harbor \u2013 reconnue comme La Mecque de la production des souris de laboratoire, avec Charles River Laboratories \u2013, plus de 1 500 «variétés» de souris trottent dans leurs cages en attendant de trouver preneur.Elles ont été modifiées génétiquement; certaines servent à étudier le cancer, d\u2019autres à élucider les mécanismes moléculaires responsables du glaucome et d\u2019autres encore à tester des médicaments contre la dystrophie musculaire.«Ces 1 500 lignées qu\u2019on garde vivantes sur les tablet - tes, ce sont nos modèles les plus populaires», explique Charlie Miller, directeur du marketing au Jackson Laboratory, une organisation sans but lucratif qui vend chaque année entre 2 millions et 2,5 millions de souris à des chercheurs aux quatre coins de la planète.«Nous avons plus de 6 000 autres variétés que nous conservons à l\u2019état d\u2019embryons congelés, poursuit le directeur.Quand un chercheur passe une commande, on implante quelques embryons dans l\u2019utérus d\u2019une femelle pour qu\u2019elle accouche des souris transgéniques désirées.» Les scientifiques peuvent consulter le catalogue en ligne, sélectionner le type de mutantes qui les intéresse, puis entrer leur numéro de carte de crédit.Les rongeurs, placés dans des caisses embarquées dans la soute d\u2019un avion, leur seront livrés à leur laboratoire.Le prix?À partir de 20 $ l\u2019unité, pour les souris les plus communes, jusqu\u2019à 3 000 $ l\u2019unité pour les plus rares.Et ça exclut les frais de livraison! «Faire traverser les frontières à des souris, ce n\u2019est pas simple, dit Charlie Miller.Aux douanes, il faut suivre des protocoles très stricts.» Cela fait un siècle que la souris sert de modèle aux chercheurs qui désirent étudier les systèmes immunitaire, endocrinien, nerveux, cardiovasculaire ou squelettique des mammifères.Comme les humains, les souris sont sujettes à nombre de maladies \u2013 cancers, ostéoporose, diabète, par exemple \u2013 qui hypothèquent ces systèmes physiologiques.D\u2019autres maux, qui affectent les humains mais épargnent normalement les rongeurs, com - me la fibrose kystique ou la maladie d\u2019Alzheimer, peuvent être induits grâce à des manipulations génétiques.«On arrive maintenant à être très précis, explique Jeffrey Mogil, professeur à l\u2019Université McGill et spécialiste de la douleur, qui achète des milliers de souris par année auprès du Jackson Laboratory.Par exemple, on peut désactiver un gène dans la zone préfrontale, mais le garder intact ailleurs dans le cerveau d\u2019une souris.» Lorsqu\u2019un scientifique arrive à créer un nouveau modèle de souris, il peut choisir d\u2019envoyer quelques mâles et femelles au Jackson Laboratory, qui verra à les accoupler en vue de les partager avec d\u2019autres chercheurs dans le monde.«Notre mission est de favoriser la collaboration en science», dit Charlie Miller.Ses intentions ont beau être nobles, Charlie Miller ne se fait pas d\u2019amis chez les défenseurs des droits des animaux.Les comités d\u2019éthique des universités peuvent bien s\u2019assurer que les chercheurs n\u2019utilisent que le nombre d\u2019animaux strictement nécessaire, que les conditions dans lesquelles sont gardées les bêtes respectent des normes favorisant leur bien-être, rien n\u2019y fait.Au printemps dernier, en Europe, des milliers de manifestants descendaient dans les rues pour dénoncer la décision de la Commission européenne de ne pas bannir l\u2019expérimentation animale.D\u2019autres détracteurs font valoir que les souris sont loin d\u2019être un modèle idéal.Elles ont beau partager 95% de leur bagage génétique avec l\u2019homme, les résultats obtenus chez l\u2019une ne sont pas si facilement transposables chez l\u2019autre.«C\u2019est vrai, concède Jeffrey Mogil.Mais on n\u2019a rien de mieux.» 36 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Un catalogue propose près de 8 000 «modèles» de souris de laboratoire.Pour le bénéfice des chercheurs.Éthique, ce commerce?Par Dominique Forget P Des souris et des hommes Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 37 Vous dites que les humains seraient moitié bonobos, moitié chimpanzés.Pourquoi?Avec les siècles, ces singes ont adopté respectivement des modes de vie très différents.Les chimpanzés sont reconnus pour leur caractère agressif et belliqueux.Chaque groupe est dominé par un mâle, jusqu\u2019à ce qu\u2019un autre vole sa place! Les sociétés de chimpanzés sont ainsi très instables.Au contraire, les bonobos vivent dans des groupes paisibles, chacun géré par une femelle qui détient le pouvoir jusqu\u2019à sa mort.Ils ne se tuent pas les uns les autres; ils s\u2019entraident et protègent tous leurs enfants.Ce sont les seuls grands singes à faire l\u2019amour en-dehors des périodes d\u2019ovulation.Ils s\u2019accouplent pour le plaisir de se rapprocher, mais aussi pour désamorcer des conflits.Les êtres humains agissent à la fois comme des chimpanzés et comme des bonobos.Cependant, nous racontons notre histoire à la façon des chimpanzés, car ce sont eux que les scientifiques ont découverts en premier.Ils se sont dit : «Voilà une espèce qui nous ressemble beaucoup : les mâles sont aux commandes et se battent.» Or, que serait-il arrivé si nous étions tombés sur les bonobos en premier?Aurions-nous misé davantage sur notre capacité à faire la paix et à bien vivre ensemble?Aurions-nous évolué différemment?Qu\u2019avez-vous retiré de votre expérience chez les bonobos?Au départ, je ne voyais que des primates poilus vivant dans des arbres.Mais rapidement, j\u2019ai perçu chez eux une grande similarité avec nous, tant dans leurs expressions faciales que dans leur façon de bouger, d\u2019observer et d\u2019interagir.Si bien que j\u2019avais la nette impression d\u2019être face à des humains.D\u2019ailleurs, une fois revenu chez moi, à New York, je ne voyais plus des hommes et des femmes dans la rue, mais bien de grands singes! Nous ne serions pas si différents des bonobos, alors?Nous nous voyons comme une espèce spéciale et nous tendons à tout expliquer à travers le prisme de notre individualité.Nous croyons ainsi que nos émotions sont le fruit de motifs complexes et mystérieux.Pourtant, les grands singes ont les mêmes réponses émotives que nous : l\u2019empathie, la jalousie, la colère, la tristesse, le deuil, etc.Si ces primates vivent naturellement et simplement leurs sentiments depuis des siècles, pourquoi ne ferions-nous pas la même chose?N\u2019est-ce pas libérateur de savoir que nos réactions trouvent leurs origines dans notre évolution?Pour moi, ça l\u2019est.+Pour en savoir plus Des bonobos et des hommes, Écosociété, 2014, 448 p.Le bonobo partage près de 99% de son ADN avec nous, ce qui en fait notre plus proche cousin.Espèce en voie d\u2019extinction, ce grand singe pacifique à la sexualité débridée vit en République démocratique du Congo, dans les confins de la deuxième plus grande forêt pluviale de la planète, elle-même menacée de disparition.«C\u2019est une espèce fascinante qui nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes \u2013 et dont nous pourrions prendre exemple», dit le journaliste et écrivain Deni Béchard, qui a tiré de son séjour auprès d\u2019eux un essai passionnant, Des bonobos et des hommes.Entretien.Propos recueillis par Marie Lambert-Chan Les révélations des bonobos C H R I S T I A N Z I E G L E R 38 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Notre vision des animaux a évolué au fil des siècles.Où en sommes-nous au- jourd\u2019hui?Dans la tradition chrétienne et dans la pensée de René Descartes en particulier, les hommes ont longtemps considéré les animaux comme étant d\u2019une nature différente de la leur, ce qui justifiait notamment qu\u2019ils se les approprient comme des biens.La première grande rupture avec cette façon de voir est venue avec Charles Darwin au XIXe siècle, lorsque ce dernier a démontré qu\u2019il y avait une vraie continuité dans le vivant et aucune différence de nature entre les humains et les autres animaux.Depuis, les découvertes en biologie et en cognition animale n\u2019ont fait que renforcer cette conclusion.Cela n\u2019empêche pas qu\u2019il y ait d\u2019importantes différences entre la cognition humaine et la cognition non humaine, mais cela signifie que, en ce qui concerne les espèces «sen- tientes» \u2013 c\u2019est-à-dire capables de ressentir de la douleur \u2013, on ne devrait plus se comporter comme nos ancêtres du XVIIe siècle.En 2012, à l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni, des experts scientifiques de plusieurs disciplines ont signé la Déclaration de Cambridge sur la conscience animale.Quelle est la valeur réelle de ce document?Pour la première fois, on reconnaissait que « les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience» .Donc, que des animaux non humains, notamment l\u2019ensemble des mammifères et des oiseaux, ainsi que les pieuvres, pouvaient comme nous ressentir du plaisir, de la douleur et des émotions.C\u2019est sur cette constatation que se fonde le mouvement de libération animale, mené notamment par l\u2019éthicien australien Peter Singer.Rejetant l\u2019idée d\u2019une démarcation entre les hommes et les bêtes, qui ferait de ces dernières de simples propriétés à exploiter, on considère les animaux dans une optique d\u2019égalité avec les humains.Ce mouvement, selon moi, devrait prendre beaucoup d\u2019ampleur dans les années à venir.Notre rapport avec les animaux commence à changer, affirme Martin Gibert dans son tout récent essai Voir son steak comme un animal mort; est-ce un progrès?Pour le philosophe chargé de cours en éthique et en philosophie du droit à l\u2019Université McGill, cela ne fait aucun doute.Propos recueillis par Jean-Pierre Rogel Le Stampede de Calgary : un festival de maltraitance animale?Des droits pour les a L A P R E S S E C A N A D I E N N E / J E F F M C I N T O S H La science a démontré que les grands singes ressentent de la douleur et expriment des émotions, d\u2019où une remise en question de leur captivité dans les zoos.Mais cela vaut-il également pour les poulets et les anchois, par exemple?La question est encore relativement ouverte.Mais la Déclaration de Cambridge englobe tous les vertébrés, sur la base du fait que la structure de leur cerveau est semblable à celle du nôtre.C\u2019est au- jourd\u2019hui le nouveau consensus en éthique animale.Par ailleurs, plus on étudie les animaux, plus on est surpris de leurs capacités.On sait ainsi depuis peu qu\u2019une vache peut dissimuler son veau à l\u2019éleveur et que des cochons se plaisent à jouer à des jeux vidéo.Si on considère que les animaux et les humains sont égaux, on considère aussi l\u2019égalité de leurs droits.Mais peut-on parler des mêmes droits?Il y a toutes sortes de droits humains qui ne concernent pas les animaux; il serait ridicule de prétendre le contraire.Mais si un animal a la capacité de ressentir de la douleur, il a un intérêt à ne pas la ressentir, à ne pas souffrir.Par conséquent, il a droit à l\u2019intégrité physique \u2013 à ne pas être battu.Il a aussi droit à la vie \u2013 à ne pas être tué.Et droit à la liberté \u2013 à se déplacer librement sur son territoire.Il s\u2019agit de droits fondamentaux.Vous soutenez que notre rapport aux animaux témoigne d\u2019une perception morale confuse: nous ne voulons pas voir l\u2019oppression dont ils sont victimes.Vous dénoncez le «carnisme» dominant qui soutient que tuer des animaux pour les manger est normal, et vous parlez de dissonance cognitive.Que voulez-vous dire?Si on avait conscience de la quantité de souffrance animale que notre plaisir gustatif exige \u2013 car c\u2019est bien de plaisir qu\u2019il s\u2019agit, puisqu\u2019on n\u2019a pas besoin de consommer des produits animaux pour être en santé \u2013, je pense qu\u2019on serait un peu horrifiés.Pourquoi ne la perçoit-on pas?Parce que le cerveau humain est très habile; il a plein de stratégies pour continuer à faire comme si de rien n\u2019était.Et c\u2019est là qu\u2019intervient la dissonance cognitive.Ce concept, en psychologie morale, se définit comme étant l\u2019inconfort ressenti lorsque deux pensées, ou bien une pensée et un comportement, sont en contradiction.Comme nous n\u2019aimons pas l\u2019inconfort de la contradiction, nous cherchons à atténuer la dissonance cognitive.Or, la manière la plus efficace de le faire, c\u2019est de changer son comportement: ne plus consommer d\u2019animaux, donc devenir végétarien ou «végane» [NDLR: le «véganisme», c\u2019est-à-dire le végétalisme intégral, est un mouvement moral et politique qui lutte pour la justice animale].Mais la manière de loin la plus commune est de changer ses pensées.On se tourne alors vers des arguments qui nient ou minimisent la contradiction.Ce sont les suivants : «ils ne souffrent pas vraiment»; «nous avons besoin de protéines animales»; «on a toujours exploité les animaux»; «les changements ne dépendent pas de moi».Certains ont aussi recours à la rationalisation.Ils se disent par exemple qu\u2019il est naturel de manger de la viande, ce qui n\u2019est pas faux puisque l\u2019homme est omnivore.La rationalisation consiste à se servir de ce fait pour justifier la consommation de viande.Ce procédé \u2013 passer d\u2019un jugement de fait à un jugement de valeur \u2013 n\u2019est pas acceptable sur le plan logique.C\u2019est un sophisme naturaliste.Vous êtes devenu végane, vous ne consommez au cun produit animal ou dérivé d\u2019animal.Vous sou li gnez que le véganisme n\u2019est pas un régime alimentaire, mais une position philosophique.Pourquoi ce choix radical?Dans mon rapport aux animaux, je suis un type normal.Sauf que je suis aussi sensible aux arguments et aux raisons morales.Et aujourd\u2019hui, ces raisons, en éthique animale et environnementale, sont devenues trop sérieuses pour qu\u2019on rejette le véganisme d\u2019un haussement d\u2019épaules.Considérer qu\u2019on ne devrait pas faire souffrir un être vivant si ce n\u2019est pas nécessaire, je ne trouve pas cela radical, c\u2019est tout simplement le bon sens.Le véganisme s\u2019est imposé progressivement à moi.Aussi suis-je aujourd\u2019hui plutôt optimiste quant à notre capacité collective de transformer notre rapport aux animaux.Un philosophe comme Peter Singer insiste souvent sur une idée qui me semble très importante et qu\u2019il appelle l\u2019«extension du cercle de la moralité», c\u2019est-à-dire de l\u2019ensemble de ce qui est considéré comme moralement pertinent.Depuis l\u2019Antiquité, en effet, nous avons progressivement inclus dans ce cercle un certain nombre d\u2019individus qui en étaient exclus \u2013 les femmes, les enfants, les étrangers, les personnes d\u2019autres races, les handicapés, les homo sexuels.Il y a eu un réel progrès moral.Maintenant, nous sommes à l\u2019étape de nous demander si nous devrions ou pas inclure dans ce cercle les animaux non humains.Sur quelle base?Eh bien, sur la base de leur capacité de «sentience» et de leur intérêt à ne pas souffrir! En résumé, comment vivre avec les animaux?Faut-il tenir compte de leurs intérêts lorsque nous prenons des décisions qui les concernent?C\u2019est une question morale et politique.C\u2019est surtout une question sérieuse, c\u2019est- à-dire à laquelle un silence gêné ne constitue pas une réponse acceptable.+Pour en savoir plus Voir son steak comme un animal mort, Lux Éditeur, 2015, 256 p.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 39 s animaux! Quel est votre rôle, au juste?Mon travail consiste à identifier différentes populations génétiques au sein d\u2019une même espèce et à retracer celles qui se ressemblent le plus.Ainsi, quand la police réussit à contrecarrer les plans des contrebandiers, je peux ramener dans leur milieu naturel, au bon endroit, grâce à leur ADN, les animaux saisis.De quelle façon l\u2019ADN d\u2019un animal vous permet-il d\u2019identifier son milieu?Il faut savoir que le génome des populations d\u2019animaux isolées les unes des autres s\u2019adapte à leur milieu de vie.En étudiant l\u2019ADN d\u2019un animal, on peut donc apprendre à quelle population il appartient et où il vit.Comment procédez-vous?Je sillonne le Brésil en collectant des échantillons de sang d\u2019oiseaux d\u2019une même espèce.J\u2019étudie les marqueurs, dans l\u2019ADN, que l\u2019on appelle microsatellites.Ce sont des séquences très ré pé titives qui ont tendance à muter; c\u2019est ce qui me permet de voir les différences entre les populations et de retracer celle à laquelle appartient l\u2019animal.Quand jugez-vous qu\u2019un animal est prêt à retrouver son habitat naturel?Il doit d\u2019abord être en bonne santé.Or, garder en cage des animaux faits pour vivre en groupe et pour voler des kilo - mètres par jour n\u2019est pas sans consé - quence! Leurs muscles s\u2019atrophient, leur foie fonctionne mal et ils sont stressés.Il faut les remettre en forme.Ensuite, on doit s\u2019assurer qu\u2019ils savent se comporter dans la nature.Parfois, les animaux arrachés à leur milieu ont perdu leur instinct et ne sont plus en mesure de s\u2019accoupler, de reconnaître les prédateurs ou de trouver de la nourriture.Cela dit, je crois qu\u2019il est possible de faire des libérations responsables, sans qu\u2019elles soient nécessairement parfaites.J\u2019aime mieux prendre le petit risque qu\u2019ils ne s\u2019adaptent pas que de les voir mourir en cage au poste de police.Quels risques court un animal s\u2019il n\u2019est pas réintégré dans le milieu adéquat?Le plus grand risque, c\u2019est la dépression hybride, c\u2019est-à-dire une réduction de la fertilité d\u2019un individu lorsque ses parents sont issus de deux populations trop éloignées ou génétiquement divergentes.Deux oiseaux de la même espèce, par exemple, ne sont pas nécessairement faits pour s\u2019accoupler et se reproduire.Comment vos interventions peuvent- elles aider la police à freiner le trafic?Seulement dans l\u2019État de São Paulo, la police saisit 30 000 animaux par année.Alors, quand nos analyses démontrent par exemple que les animaux saisis proviennent d\u2019une région donnée, elles constituent en quelque sorte des pistes d\u2019enquête pour les autorités.J\u2019ai développé cette technique durant mon doctorat.Nous devons encore peaufiner la méthode avant qu\u2019elle soit utilisée par les forces de l\u2019ordre.Posséder un animal exotique de compagnie est-il toujours une mauvaise chose?Les animaux sauvages ne sont pas faits pour grandir en captivité.Point final.Si vous voulez un animal de compagnie, achetez un chien ou un chat.Sinon, allez faire une promenade et observez les animaux dans leur environnement naturel.Sachez que les animaux tropicaux arrachés illégalement à leur milieu se retrouvent au Canada, aux États- Unis, en Europe et en Australie.Et les animaux d\u2019élevage?Les animaux exotiques issus de l\u2019élevage, même s\u2019ils ne sont pas arrachés à leur milieu, demeurent sauvages! La plupart du temps, ils conservent leur instinct.Mais si vous voulez absolument en posséder un, assurez-vous qu\u2019il est bien issu de l\u2019élevage : demandez à voir les documents relatifs à son importation.«Vous aimez les animaux exotiques?Eh bien, prenez l\u2019avion et venez les admirer dans leur habitat naturel!» dit la biogénéticienne Juliana Machado Ferreira.Chercheuse à l\u2019université de São Paulo, elle lutte activement, au sein de l\u2019ONG Freeland Brazil, contre le trafic illégal d\u2019espèces animales rares \u2013 des oiseaux, en particulier \u2013 qui, dénonce-t-elle, mine la biodiversité de son pays.Un trafic qui rapporte chaque année plus de 2 milliards de dollars et arrache à leur milieu de vie quelque 38 millions de bêtes libres, sans compter les poissons et les invertébrés, qu\u2019on retrouvera encagées dans nos animaleries.Propos recueillis par Simon Coutu Libérez-les! 40 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 E R I C A P A C I F I C O L\u2019autre dimension de l\u2019actualité ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous Aussi offert en édition numérique gratuitement pour les abonnés de Québec Science 2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes Trois des belles vaches de la fromagerie Au Gré des champs à Richelieu.Elles vivent toute leur vie à brouter les prés lentement sans stress.Sylvain Gosselin et sa fille Marie-Pier en prennent bien soin.Le lait qu\u2019elles donnent permet la production d\u2019un des meilleurs fromages de lait cru au Québec.Les animaux heureux sont les amis des épicuriens.Clarice, Laurelle et Martha V I R G I N I E G O S S E L I N Votre démarche historiographique est plutôt inusitée: vous racontez l\u2019histoire des rapports entre l\u2019hom - me et l\u2019animal en adoptant le point de vue de l\u2019animal.Les animaux ont été très souvent traités comme des objets indignes de participer à la marche de l\u2019histoire.Pourtant, la version animale de cette histoire est elle aussi épique, contrastée, tourmentée, souvent violente, parfois apaisée, quelquefois comique, même.Elle est faite de chair et de sang, de sensations et d\u2019émotions, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences partagées.L\u2019histoire des animaux est loin d\u2019être anecdotique ou secondaire.Elle rejaillit directement sur les hommes, au point de structurer de plus en plus celle des humains.Adopter le point de vue de l\u2019animal, c\u2019est donner forme à une autre version de l\u2019histoire, tout aussi vraie que celle racontée par les hommes.Selon vous, ce que vous appelez la «version humaine» de la relation avec les animaux est incomplète.Pourquoi?Parce que cette relation ne peut être réduite à un homme actif qui imposerait des choses à un animal passif.Aujourd\u2019hui, les études en éthologie démontrent très clairement que c\u2019est une relation bien plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît ! Il y a une véritable interaction entre les hommes et les animaux.Donc, si on ne s\u2019en tient qu\u2019à la position humaine, on déforme substantiellement cette relation.Quand on prend en considération le point de vue animal et qu\u2019on analyse ensuite les différentes facettes de notre relation avec les animaux, on se rend compte que les hommes, sans le dire ou même sans le voir, tiennent compte des animaux.La relation entre les hommes et les animaux a tout de même profondément changé depuis 200 ans.Oui, notamment au XXe siècle, avec la prise en compte progressive de la valeur animale et, conséquemment, la reconnaissance du fait que les animaux doivent être respectés et protégés.Cette prise de conscience s\u2019est appliquée concrètement de diverses manières.Dans le cas des animaux sauvages, on a vu émerger une forte volonté de protection des espèces qui a débouché sur la création de réserves \u2013 malheureusement pas toujours très efficaces.Dans le cas des animaux domestiques, on le sait, cette prise de cons - cience s\u2019est traduite par une augmentation exponentielle des animaux de compa - gnie.Il y a toujours eu des animaux de compagnie; la nouveauté, à partir du XXe siècle, c\u2019est que c\u2019est devenu un phénomène de masse en Occident et dans le monde urbain occidentalisé chinois.On a ainsi transformé certains animaux, parti cu liè rement le chien et le chat, en espèces destinées uniquement à tenir compagnie aux êtres humains.L\u2019essor fulgurant de ce phé no mè ne, cependant, n\u2019a pas empêché parallèlement le développement de l\u2019élevage industriel dans des con ditions extrêmement rudes.C\u2019est pourquoi cette considération de la valeur animale demeure encore bien relative.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 43 L\u2019histoire qu\u2019on ne nous avait jamais racontée Les sociétés animales ne sont pas sans histoire.Et c\u2019est un historien qui le dit.Professeur à l\u2019Université de Lyon, Éric Baratay a entrepris de raconter cette histoire grâce à une dizaine d\u2019essais sur la condition animale et les rapports culturels entre l\u2019homme et les animaux, dont Le point de vue animal: une autre version de l\u2019histoire (Éditions du Seuil, 2012).Il publiera prochainement un ouvrage sur les religions et leur perception de la vie animale.Propos recueillis par Elias Levy I N S P I R A N T S ! Ils ont souvent été pris à partie dans d\u2019invraisemblables aventures humaines, à la guerre, dans le sport ou en science.Mais ils ont nourri notre imaginaire et continuent à le faire. Peut-on réellement qualifier de «culturels» les rapports entre l\u2019homme et les animaux?Absolument.Le but de ma recherche est de montrer la variation culturelle quant à la relation entre les hommes et les animaux dans le temps et dans l\u2019espace.À l\u2019instar des hommes, les animaux évoluent avec le temps et s\u2019adaptent dans l\u2019espace où ils vivent.Les chiens de compagnie du XIXe siècle ne sont pas ceux d\u2019aujourd\u2019hui; les chiens occidentaux ne mènent pas la même vie que les chiens chinois.Comme on le sait très bien aujourd\u2019hui, l\u2019environnement modifie le patrimoine génétique.Ces conditions différentes dans le temps et dans l\u2019espace entraînent donc chez les hommes et chez les animaux une évolution des comportements et des manières de s\u2019adapter.En somme, des variations culturelles.Si on prend le cas du chien de compagnie en Occident entre le XIXe et le XXe siècle, on voit que les hommes ont changé petit à petit leurs demandes par rapport aux chiens et que les chiens, en conséquence, se sont adaptés \u2013 ou ont été adaptés par une sélection et une éducation progressives.Même phénomène pour les chats.Les animaux s\u2019adaptent aux demandes évolutives des hommes.Aujourd\u2019hui, l\u2019abattage des animaux suscite des débats enflammés qui interpellent les religions.Les notions de croyance religieuse et de respect du droit des animaux sont-elles antinomiques?Ce débat apostrophe particulièrement le judaïsme et l\u2019islam, deux religions qui considèrent l\u2019abattage des animaux comme une pratique rituelle et culturelle.Mais l\u2019erreur des Occidentaux de culture chrétienne, c\u2019est de croire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul judaïsme et qu\u2019un seul islam, alors que le débat sur la souffrance des animaux a bien révélé, particulièrement au Royaume-Uni et aux États- Unis, un autre islam et un autre judaïsme beaucoup plus ouverts.Depuis une vingtaine d\u2019années, on a amorcé au Royaume-Uni, pays à l\u2019avant-garde en ce qui concerne la protection des animaux, une réflexion très poussée sur l\u2019islam et ces derniers.Objectif : adapter l\u2019islam au respect des bêtes.Cette adaptation ne devrait pas être très difficile, puisque, à l\u2019instar de l\u2019Ancien Testament, on trouve dans le Coran et les hadiths [NDLR: les enseignements du prophète Mahomet] des passages très élogieux sur les animaux.Malheureusement, dans l\u2019islam comme dans le judaïsme, cette volonté d\u2019adaptation est contrée par un phénomène pernicieux qui sévit dans ces deux grandes religions depuis une vingtaine d\u2019années : le radicalisme et l\u2019ultra-orthodoxie.S\u2019agrippant à la tradition, les islamistes radicaux et les juifs ultra-ortho- doxes défendent farouchement leur position sur la controversée question de l\u2019abattage rituel.44 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 ON DÉCOU VRE AUJOURD\u2019 SONT DÉTENTEURS D\u2019UNE EXTRAORDINAIRES, QU\u2019ON Ces religieux ont donc imposé l\u2019idée, selon vous «fallacieuse», que les abattages halal et casher sont des traditions sacrées intouchables.Oui.Par contre, d\u2019autres musulmans et d\u2019autres juifs, minoritaires, pensent qu\u2019il est possible d\u2019adapter l\u2019abattage rituel afin de respecter l\u2019animal.Pour certains musulmans, il est tout à fait faisable de concilier l\u2019étourdissement préalable des animaux avec l\u2019abattage rituel halal.Cela per mettrait de conjuguer à la fois une injonction religieuse et le respect de l\u2019animal.De leur côté, des rabbins plus libéraux suggèrent de procéder à l\u2019abattage immédiat de l\u2019animal après l\u2019égorgement, afin de lui éviter une longue souffrance, comme c\u2019est le cas dans l\u2019abattage casher.Il y a donc des solutions à ce problème qui paraît insoluble au premier abord.Comment envisagez-vous l\u2019avenir des relations entre les hommes et les animaux?Je suis assez pessimiste.Le mouvement de prise en considération des animaux n\u2019a pas produit jusqu\u2019ici des résultats très encourageants quant à la préservation des espèces animales.La propension à l\u2019exploitation ou au massacre des animaux est pour l\u2019instant beaucoup plus forte, même dans les pays occidentaux.En une quarantaine d\u2019années, l\u2019Europe occiden - tale a perdu un quart de ses espèces animales à cause de l\u2019utilisation débridée d\u2019insecticides et de pesticides.Jusqu\u2019ici, la considération à l\u2019endroit des animaux se limite à des mots bienveillants et à des gestes de tendresse de la part de gens possédant un animal de compagnie.En réalité, l\u2019élevage industriel, qui entraîne une extinction progressive, bat son plein partout sur la planète.Ce sera l\u2019un des grands reproches que nos successeurs nous adresseront, parce que nous sommes en train de gaspiller un patrimoine incommensurable.On décou - vre aujourd\u2019hui à quel point les animaux sont détenteurs d\u2019une richesse fabuleuse et de capacités extraordinaires, qu\u2019on a minorées jusqu\u2019à présent.Pourtant, et c\u2019est là une grande contradiction, l\u2019humanité continue à vivre de l\u2019utilisation et de l\u2019exploitation éhontées, souvent à des fins commerciales, des animaux.Et ce phénomène abject ne cesse de prendre de l\u2019ampleur.En effet, même si la consommation de viande tend à stagner, voire à régresser, en Europe occidentale et aux États-Unis, ouvrant la porte au végétarisme, elle est en train d\u2019exploser à l\u2019échelle planétaire, entraînant un élevage industriel débridé.Cela, malheureusement, augure d\u2019un avenir assez noir pour un grand nombre d\u2019espèces.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 45 \u2019 HUI À QUEL POINT LES ANIMAUX E RICHESSE FABULEUSE ET DE CAPACITÉS N A MINORÉES JUSQU\u2019À PRÉSENT.I M A G E S O U R C E / C O R B I S «Chaque fois que je monte à cheval, c\u2019est un sentiment paisible que j\u2019éprouve.Cela me permet de décrocher ! » raconte Majolie Nadeau qui est acrobate au sein de Cavalia.Bello est l\u2019un de ses chevaux.«C\u2019est celui qui a la plus forte personnalité.Avec le temps, nous avons établi une relation de partage.Je me sens en sécurité avec lui.Et sa personnalité m\u2019enrichit.» L\u2019âme équestre J U L I E D U R O C H E R \u2019est sans doute la Première Guerre mondiale qui aura marqué l\u2019apogée de l\u2019embrigadement massif des animaux dans les conflits humains.Qu\u2019on en juge : 14 mil lions de chevaux, ânes et mulets sur tous les fronts (dont 10 millions devaient périr sur les champs de bataille), 200 000 pigeons voyageurs et 100 000 chiens (de garde, d\u2019attaque ou de trait).Lors des commémorations du centenaire de cet abominable conflit, la Fondation Brigitte Bardot n\u2019a pas manqué de s\u2019apitoyer, en particulier sur les «centaines de pigeons voyageurs qui ont porté des messages sous le feu ennemi\u2026 ne les oublions pas».On est bien d\u2019accord.Nous essaierons, dans la nomenclature qui suit, de n\u2019oublier personne.Mais quelles que soient les époques et les guerres, les animaux \u2013 soldats malgré eux \u2013 auront bien mérité de leurs patries respectives.En plus des services rendus sur les champs de bataille, ils ont toujours joué un rôle psychologique important en soutenant le moral des troupes bipèdes, leur apportant un réconfort affectif et servant de mascottes aux régiments.Aussi, des hommages leur ont-ils été rendus, des monuments leur ont-ils été élevés.On leur a même décerné des médailles.En 1918, Cher Ami, un pigeon voyageur ayant Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 47 Depuis les époques les plus reculées, les animaux ont été intégrés dans les armées et mis au service de l\u2019effort de guerre.Ils ont alors joué des rôles souvent essentiels.Par Fabien Gruhier et Hélène Matteau C Des chiens antichars dressés par les Soviétiques pendant la Deuxième Guerre mondiale.Sur tous les fronts rendu service aux sammies, recevait solennellement la Croix de guerre.Une vingtaine d\u2019années plus tard, Hitler décorait ses chiens de la Croix de fer\u2026 Mieux, les Britanniques ont créé une distinction réservée aux animaux : la Médaille Dickin, cerclée d\u2019une couronne de laurier et gravée des mots : «For Gallantry» et «We Also Serve».Créée en 1943, elle a été octroyée 65 fois depuis, à des chiens, des chevaux, des pigeons et\u2026 un chat.Le dernier lauréat en date (2014) fut Sacha, un chien de recherche ayant servi en Afghanistan.On peut toutefois supposer que cette étrange distinction ne sera plus souvent remise, car nous ne voyons plus les animaux du même œil, au point qu\u2019il est devenu très délicat de les employer, même utilement, aux fins de la recherche scientifique.Alors, pourra-t-on encore longtemps les envoyer à la guerre?oies sentinelles En 390 avant notre ère, Rome peut compter sur des sentinelles zélées et fiables : les oies sacrées du Capitole.Lorsque les guerriers gaulois tentent, de nuit, une attaque surprise, ce sont elles qui donnent l\u2019alerte.pigeons espions Ils peuvent parcourir d\u2019une traite jusqu\u2019à 1 000 km, à une vitesse atteignant entre 60 km/h et 100 km/h, et savent porter les messages depuis 3 000 ans.Pendant les deux guerres mondiales, on a en outre chargés les pigeons voyageurs de la reconnaissance du territoire, grâce à des appareils photo miniatures à déclenchement automatique \u2013 une photo toutes les 20 secondes \u2013 , attachés sur leur ventre.Hitler comptait sur 50 000 pigeons et 800 hommes pour s\u2019en occuper.S\u2019ils se sont trouvés sous les drapeaux dès 1870 en Europe, les pigeons, souvent plus sûrs que les communications radio, ont continué de servir partout, notamment pendant les guerres de Corée, d\u2019Algérie et même du Golfe.Mouettes anti-sous-Marins Dès que votre sous-marin émerge, vous lancez à l\u2019intention des mouettes d\u2019énormes quantités de pain.Résultat, chaque fois que, d\u2019en haut, elles voient se dessiner un sous-marin dans les profondeurs, elles se massent au- dessus.C\u2019est comme ça que les Britanniques, au cours de la Première Guerre mondiale, ont dressé les gracieux volatiles au repérage des sous-marins allemands! chèvres torches Au XVe siècle, Skanderbeg, seigneur albanais, lâche de nuit, face aux troupes ottomanes du sultan Mourad II qui l\u2019attaquent, un troupeau de chèvres dont il a fait garnir les cornes de torches enflammées.Et les assaillants de déguerpir, se croyant menacés par une armée supérieure en nombre.48 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 éléphants chars d\u2019assaut En 218 avant notre ère, Hannibal lance une expédition contre Rome à la tête d\u2019une armée de 90 000 fantassins, 12 000 cavaliers et 38 éléphants! Ce sont eux surtout qui sèment la terreur et feront la légende du général carthaginois.Plus près de nous, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les éléphants seront employés par les Japonais et les Alliés pour terroriser l\u2019ennemi sur le front asiatique, notamment en Birmanie.Et dans le Cambodge des années 1970, les Khmers rouges se servent des pachydermes, dressés, semble-t-il, à écraser sous leurs pattes la tête des hommes tombés à terre. ânes, mules, mulets serviteurs Ils sont au service de tous.Leur taille et leur robustesse leur permet de passer à peu près partout \u2013 boyaux, tranchées, collines.Ils portent ou tirent les vivres, l\u2019équipement, les munitions, le matériel médical, le courrier, etc.Les soldats parlent d\u2019eux comme de «compagnons».chiens auxiliaires Ils ont été de toutes les armées.Si, dans l\u2019Antiquité et encore au Moyen Âge, ils sont généralement des molosses dressés pour le combat, ils auront plus tard une foule d\u2019autres fonctions.Les chiens sont gardes du corps, estafettes, pisteurs ou facteurs, renifleurs de mines \u2013 ils en détecteront des millions au XXe siècle \u2013, poseurs de bombes, patrouilleurs, bêtes de bât, tireurs de traîneaux ou dératiseurs.Même secouristes, comme les «chiens sanitaires» de l\u2019armée française pendant la Première Guerre mondiale ou ces chiens de l\u2019armée soviétique, qui évacueront 700 000 blessés entre 1941 et 1945.Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 49 chevaux guerriers Ils sont domestiqués depuis 6 000 ans et font la guerre depuis presque aussi longtemps.Avec les Scythes nomades des steppes eurasiennes, les Hourrites de Mésopotamie, les Grecs, les Romains, les Byzantins ou les Gaulois\u2026 Sur le champ de bataille, le cheval tire un char bien avant d\u2019être monté par un cavalier.À mesure que ce char s\u2019allège et devient plus maniable, les techniques militaires, donc le rôle du cheval, se transforment.Mais qu\u2019il emporte à toute vitesse les archers imbattables de Gengis Khan ou tire péniblement les canons de la guerre de Sécession aux États-Unis, le cheval est le véritable frère d\u2019armes du guerrier.Ce que reconnaît l\u2019empereur allemand Guillaume II quand il déclare, en août 1914: «Nous allons nous défendre jusqu\u2019au dernier souffle de nos hommes et de nos chevaux.» dromadaires porteurs et chameaux tracteurs Le 29 décembre 1798, Napoléon, qui se lance dans la campagne d\u2019Égypte, crée le régiment des dromadaires.Les camélidés, qui peuvent parcourir 60 km par jour sans manger ni boire, remplaceront les chevaux, mal adaptés aux conditions du désert.Ils serviront aussi de bêtes de bât et même d\u2019ambulances! Dans le même esprit, aux XIXe et XXe siècle, l\u2019armée coloniale française d\u2019Afrique et d\u2019Orient emploie des escadrons de surveillance des frontières, les compagnies méharistes \u2013 de mehari, le nom arabe du dromadaire.Bataille de Stalingrad, 1942-1943, l\u2019une des plus meurtrières de l\u2019histoire avec 750 000 militaires, 250 000 civils et nombre de chevaux tués.Pour remplacer ces derniers, on mobilisera des chameaux \u2013 plus de 300.phoques kamikazes En 1942, les Suédois envoient au-devant de sous-marins, pour les faire exploser, des phoques chargés chacun d\u2019une mine à résonance magnétique.Aujour d\u2019hui, on s\u2019en sert pour le repérage des mines. dauphins détecteurs Jusqu\u2019à récemment, les États-Unis ont mené un programme d\u2019utilisation militaire des dauphins et autres mammifères marins, le U.S.Navy Marine Mammal Program.À l\u2019origine, en 1960, il s\u2019agissait seulement de copier l\u2019hydrodynamisme de ces animaux, pour améliorer la configuration des torpilles.Puis on s\u2019avisa de l\u2019intelligence exceptionnelle des mammifères marins, et on songea à leur confier diverses missions, comme le minage ou le déminage.Selon la marine états-unienne, ces recherches aboutirent à divers succès, notamment lors de la guerre d\u2019Irak en 2003.chats boulets En 525 av.notre ère, pendant les guerres contre l\u2019Égypte, les Perses catapultent des chats dans le camp ennemi ou bien s\u2019en servent comme bouclier.Pourquoi?Parce que les chats sont des animaux sacrés aux yeux des Égyptiens qui préfèrent capituler plutôt que de les laisser se faire massacrer.moutons démineurs Normandie, juin 1944.Les Alliés dispersent des troupeaux de moutons sur le littoral.Objectif : vérifier, au péril de leur vie, que le terrain n\u2019est pas miné.Des centaines de moutons ont sauté\u2026 ouf ! pour les chauves-souris Des chauves-souris lestées de phosphore incendiaire et lâchées contre l\u2019ennemi.Une expérience de cette nature, tentée par l\u2019armée états-unienne au début des années 1940, n\u2019a été abandonnée que du fait de l\u2019avancement du projet Manhattan.C\u2019est donc dire que la mise au point de la bombe atomique a sauvé les chiroptères\u2026 +Pour en savoir plus Les animaux-soldats.Histoire militaire des animaux des origines à nos jours, Martin Monestier, Cherche-Midi, 1996, 251 p.50 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Finale nationale 2 mai 2015 CEC en Charlevoix scienceontourne.com 23e édition Concours scientifique intercollégial Un événement du Gabriel Lalonde, Miguel Baril-Lahaie et Francis Roy Cégep de Saint-Jérôme Félicitations aux gagnants ! Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 51 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P À lire dans notre prochaine édition ÉDUCATION La fin des stylos et des crayons?Depuis l\u2019an dernier, les systèmes scolaires de 43 États américains ont opté pour l\u2019écriture au clavier.À l\u2019ère du numérique, des ordinateurs et des tablettes électroniques, on a estimé que l\u2019apprentissage de l\u2019écriture en lettres attachées \u2013 l\u2019écriture cursive \u2013 n\u2019est pas essentiel.A-t-on raison?Quelle est la tendance qui se dessine au Québec?SANTÉ L\u2019herbe du Canada et la petite fumée «La marijuana séchée n\u2019est pas un médicament approuvé au Canada.Le gouvernement du Canada ne cautionne pas l\u2019utilisation de la marijuana.» C\u2019est écrit en toutes lettres sur le site de Santé Canada.Mais en même temps, les tribunaux soutiennent que les personnes qui ont besoin de Cannabis sativa doivent pouvoir s\u2019approvisionner correctement.En juin dernier, ils ont même approuvé la distribution de biscuits au cannabis pour les malades.Quelles sont donc les vertus réelles de ce «pot» légal?Est-ce le début de la fin de la prohibition en ce qui concerne l\u2019usage de cette plante?Sommes- nous en train de la banaliser dangereusement?MÉDECINE Les soins en fin de vie : un débat qui n\u2019est pas fini Aider à mourir?Une bonne partie des médecins qui travaillent en soins palliatifs y sont opposés.Comment sera alors administrée la Loi sur les soins de fin de vie qui entrera en vigueur incessamment? Nous n\u2019avons jamais cessé de rêver les animaux.Ils servent nos peurs les plus extrêmes comme nos plus insatiables besoins de consolation.Entre King Kong et Bambi, il y a une éthologie virtuelle qui semble être sans limite aucune.Un chien n\u2019a jamais été un chien ; de Cerbère à Lassie, qu\u2019il ait trois têtes ou une bonne bouille, c\u2019est le pire et le meilleur de notre humanité que nous mettons en scène.Entre le cheval de trait et le cheval de Troie, il y a l\u2019histoire du monde.Quelque part sur le mât du totémisme, plus que jamais nous pénétrons dans la mémoire des représentations symboliques.Le passage des animaux au bestiaire fabuleux des films et des bandes dessinées obéit à des lois étonnantes où le jeu consiste à couvrir le champ entre l\u2019hyperméchan ceté et l\u2019hypertendresse.Le cinéma d\u2019aujourd\u2019hui recycle à grands frais d\u2019effets spéciaux de très anciennes images qui existent dans nos têtes depuis des lunes.Ici, dans le Livre de notre jungle nationale, le castor a longtemps officié comme personnage principal.Laborieux, ingénieux, il apparaît dans les armoiries de la ville Ville de Montréal, dans celles de New York aussi, il fut le logo du Canadien Pacifique, on l\u2019a sculpté dans la pierre aux frontons des Banque de Montréal, les quincaillers l\u2019ont recruté comme bricoleur, bref, le castor canadien a occupé les champs de l\u2019imaginaire, sans pour autant devenir un grand personnage de bande dessinée ou de film catastrophe.Cela n\u2019existe pas, un super-castor nommé Beaverman en lutte cosmique contre le Grand Lièvre de la Mort, quelque part dans le vide entre les deux constel lations nommées d\u2019après eux.C\u2019est un fait peu remarqué que, de toute la faune canadienne, c\u2019est le carcajou qui a été retenu au panthéon des super-héros universels des comics et des films à grand budget.Le carcajou, sous son nom américain de Wolverine \u2013 un nom convoité aussi bien dans le monde du sport que dans celui du crime \u2013, est devenu l\u2019Indestructible au grand écran.Curieux paradoxe pour une espèce qui est justement en voie d\u2019extinction.Il disparaît du territoire 52 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Par Serge Bouchard Le carcajou nous a qu K A T Y L E M A Y pour mieux se reproduire dans notre imagination.Jadis, avant d\u2019être le diable des trappeurs canadiens-français, le carcajou avait déjà toute une réputation.Sa légende est précolombienne.Il a fasciné des générations et des générations de chasseurs nomades algonquiens.C\u2019est le Kwekwatsew des Innus.Il s\u2019est prêté à des histoires fantastiques, des dires et des ouï- dire, des exploits, des légendes, des mythes.L\u2019animal a des pouvoirs de force et de métamorphose, il est supérieurement intelligent, sanguinaire, effrayant.Gulo gulo \u2013 ainsi qu\u2019on le désigne dans la nomenclature linéenne \u2013 est si glouton qu\u2019on l\u2019imagine manger tout ce qu\u2019il trouve sur sa route, de la bête en décomposition jusqu\u2019au pot de confiture.Il est en effet charognard, sa mâchoire puissante broie les os des grandes carcasses, il dévore le congelé, il avalera tout ce qu\u2019il trouve.Son poil ne givre pas, sa fourrure est fort précieuse, mais comment le capturer ?Il est si difficile à apercevoir, qu\u2019on a parfois l\u2019impression qu\u2019il n\u2019existe que dans nos têtes.Le carcajou fuit les mondanités, il est démesurément sauvage.Comme le caribou des bois, il déteste le bruit des moteurs, les routes de gravier, l\u2019odeur du fuel, l\u2019haleine de l\u2019homme avide.Il vit à l\u2019envers du monde, la nuit, l\u2019hiver, dans les forêts boréales inconnues.On dit qu\u2019il est fort comme un ours noir, courageux comme un loup en chasse, intelligent comme un corbeau, solitaire comme un vieux lynx, obstiné comme un chien du Nord, soyeux comme une moufette, puant comme une belette.Avec autant de qualités imaginaires et de dons aussi intriguants que magiques, le carcajou était un bon candidat pour notre nouveau bestiaire cinématographique.Il a passé l\u2019examen, il a fait son entrée dans les castings, il est devenu un personnage : le Wolverine.Avec le loup-garou, le loup, la chauve-souris et le vampire, toutes des bêtes assoiffées de sang, il a pris sa place dans la grande aventure, autant que le requin Jaw, autant que le gorille King Kong.Il s\u2019en est allé refaire sa légende à Hollywood, en passant d\u2019abord par les comics Marvel, où il est devenu un des X Men.Dans ces bandes dessinées, le héros est bel et bien une forme humaine du carcajou, le résultat d\u2019une mutation.On dira de lui qu\u2019il est d\u2019origine canadienne (certainement ca- nadienne-anglaise).Ses premières aventures se situent d\u2019ailleurs dans le Grand Nord où il va combattre Hulk et le dangereux Windigo.Ce dernier étonne, car il s\u2019agit aussi d\u2019un personnage lé- Août ~ Septembre 2015 | Québec Science 53 quittés pour Hollywood gendaire algonquien dont la force est inouïe, une sorte de cannibale, peut-être le sasquatchdesAnishinabes, un géant qui hante les forêts laurentiennes et boréales, à la recherche d\u2019humains à dévorer.Saluons le Carcajou, devenu une vedette de film.Il a des griffes rétractables en métal, sa coiffure laisse poindre des cornes lucifériennes en poil.C\u2019est une machine à tuer.Loin des Mickey Mouse et Bugs Bunny de ce monde, il évolue dans l\u2019arène sombre et violente des super-héros modernes.Le Wolverine rejoint Batman, l\u2019homme chauve-souris, et Spiderman, l\u2019homme-araignée, dans la galerie des héros malheureux.Car, derrière son armure d\u2019adamantium, le métal le plus dur de l\u2019univers, notre super-carcajou a un cœur.C\u2019est l\u2019Immortel qui traîne sa peine, une puissance monstrueuse et attachante perdue dans l\u2019univers glauque de la méchanceté absolue.* * * Nous le disions, nous rêvons depuis toujours les animaux.Le cochon est devenu un cochon en traversant les imaginaires humains : dans le jardin de nos idées, il nous fallait un cochon, c\u2019est sur ce brillant porcidé que la cochonnerie autant que la cochonnaille sont tombées.Et l\u2019animal, s\u2019il pouvait parler, nous dirait qu\u2019il n\u2019est pas si cochon que cela.En jouant avec les comportements, les mœurs, les traits d\u2019espèces, nous avons donné libre cours à nos fabulations : il est des des requins blancs qui mangent des goélettes, comme Moby Dick coulait des barques, comme le poulpe de Jules Verne s tentait d\u2019avaler le Nautilus.En vérité, l\u2019ère moderne prolonge l\u2019ancienne ; nous sommes encore et toujours à ériger le totem de tous les temps, les fables de tous les lieux.L\u2019Égypte pharaonique avait déifié le chat.Les Romains ont placé un chien aux portes des Enfers, ils ont adoré une louve aux fondations de Rome, les Britanniques honorent le lion, lequel a détrôné l\u2019ours brun dans le panthéon européen du roi des animaux.Dans les cultures amérindiennes du nord- ouest de l\u2019Amérique, on retrouve le corbeau, l\u2019orque épaulard, l\u2019aigle à tête blanche.L\u2019humain des villes contemporaines est capable de tout, d\u2019installer deux lions couchés à l\u2019entrée de sa maison, de planter des flamands roses en plastique sur ses pelouses.N\u2019a-t-il pas sculpté des gargouilles aux murs des cathédrales ?Revoilà le bestiaire original, l\u2019inventaire illustré des géants, des dragons, des monstres aériens, marins, terrestres : il y a ici de puissantes ailes, des griffes, des cornes, des dents pointues, des yeux rouges, du feu, les attributs infernaux des démons.Maintenant, posons-nous la question : que deviennent les animaux sur Internet et Facebook ?Que serait YouTube sans les chats ?Les animaux n\u2019ont plus aucun secret depuis que tant de iPhone sont tournés vers eux, dans les univers domestiques comme dans les grands espaces sauvages.Désormais, toutes les combinaisons, toutes les transgressions sont mises au jour, sinon mises en scène.Voici le chien qui joue avec le faon, le chat qui allaite un lapin, l\u2019orang-outang qui donne le biberon à un bébé tigre, l\u2019hippopotame qui sauve le gnou de la noyade, la vache qui aime l\u2019accordéon, le lion qui embrasse une belle fille, l\u2019orignal qui se fait caresser par la voisine d\u2019à-côté\u2026 On ne savait pas cela, avant.* * * Jurassic Parknousdonne finalement la clé.Nous, les modernes, disposons de grands moyens pour satisfaire notre émerveillement.L\u2019imaginaire a trouvé des champs et des champs de nouvelles applications.La passion humaine pour les dinosaures s\u2019explique certainement par nos nouvelles technologies de représentations et d\u2019effets spéciaux.Nous reproduisons à l\u2019écran les scénarios les plus inimaginables : cela ressemble à quoi, un tyranosaure ?Et un paysage jurassien ?On admirait autrefois les dinosaures dans les musées d\u2019histoire naturelle, dans leur forme squelettique, parfaitement immobiles.Il y avait quelque chose de sérieux, de sacré, d\u2019académique dans cette visite.Nous les apercevons désormais au Colossus de Laval, sur écran géant, en 3D, ils se présentent en couleur, en odeur, vivants, animés et notre siège vibre même sous ses pas.Les animaux ?Il n\u2019est plus possible de réaliser un documentaire original sur le castor.Pour arriver à séduire un diffuseur, il faudrait inventer un castor géant avec des dents métalliques, des griffes empoisonnées, une queue qui tue, des barrages qui inondent des villes, bref, un castor à l\u2019haleine de feu, capable de carboniser à distance un vélociraptor, de paralyser l\u2019homme- araignée venu en renfort, capable même de pulvériser le Wolverine aux quatre s coins de la Boréalie.Nous sommes loin de Bimbo, l\u2019éléphanteau volant, mais il faut ce qu\u2019il faut au monde sulfureux des bestiaires les plus extrêmes.54 Québec Science | Août ~ Septembre 2015 Que serait YouTube sans les chats ?Les animaux n\u2019ont plus aucun secret depuis que tant de iPhone sont tournés vers eux, dans les univers domestiques comme dans les grands espaces sauvages.K A T Y L E M A Y Urgence vétérinaire et soins spécialisés Préparation au deuil Imagerie médicale Comportement Physiothérapie Acupuncture Radiothérapie Oncologie Anesthésiologie Traitement à l\u2019Iode 131 Cardiologie Dentisterie Chirurgie Médecine interne Dermatologie Neurologie Ophtalmologie Soins intensifs Urgence Confiez-nous votre compagnon dans l\u2019un de nos 3 établissements et nous le remettrons sur pattes ! 1 800 463-8555 www.centredmv.com Centre DMV DMV-Sud DMV-Nord Montréal St-Hubert Blainville Dre Kate Alexander Radiologiste Restons en contact ir z Pe TY A Z.ws a rgd 4% 4 l= aL pi UF À Z Z F4 Wie \u201c4, i = By, =.a Ee 3 7 ME TE ET 2 VS sv 3 / |! or 5 7 FY, | Fu DR Ie x = ! < 3 à ER j J h fy j j ; fi! ih 4 Pe 5 t elle A f f | do : se tb ww wt ale S SS J \u2014\u2014 LE BCE JA NE oa SANE > ISESEPARESSEWX | - BIilets en ligne: espacepourlain espace pour la ($ Le vie 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