Québec science, 1 janvier 2015, Novembre 2015, Vol. 54, No. 3
[" quEbEc SciEncE Novembre 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 CE QUI SE PASSE VRAIMENT DANS VOTRE VENTRE PSYCHOLOGIE CE QUE LES SINGES NOUS APPRENNENT RADICALISME POURQUOI LES ADOS SONT À RISQUE Le jeu des citations avec Albert Einstein Le savon, la bactérie et le marketing NORMAND BAILLARGEON JEAN-FRANÇOIS CLICHE LA NOUVELLE GALERIE DE L\u2019UNIVERS Un pouvoir insoupçonné.Un fantastique monde de bactéries qui agit comme un deuxième cerveau. er 2257 = oui A ç 0 JV HS = {) ).> eee ~~ Papen Yair Ed Ere = + [T= vr nV AE 5 de 4 Sa 2 4 4 ~ 3 7 5 / ods * nv Rx Ara 1} NOSE UD IAN SEIN SENT AED N see : | @VIZ LWBES SN DINAN map RE J > Voir au futur \"bmn \u201cuy \u2014 a FN pd FE, CG > 8 D - 44 a D 1e *\\ L 3 » PL =\" NL I ed [ke #4 \\ WV RE \u201c} £ -~d on Ay \"VTT UNIVERSITE DE SHERBROOKE \u2014rf] \u2014 ok, & ad A i Full Pra \"ow + = dc \u2014 = \u2014 se A ma = Portes ouvertes DU BACCALAUREAT AU DOCTORAT ie \u2014 4 EE + = 2h = y: aly mai.er 1 5 LÉ | < a quEbEc SciEncE NOVEMBRE 2015 ENTREVUE 6 LES ATOMES DE L\u2019ORIENT De l\u2019uranium sur la route de la soie?L\u2019Iran est maintenant en voie de devenir une puissance nucléaire.Un risque pour la sécurité mondiale?Propos recueillis par Elias Levy 9 UN GRAFFITI POUR LA VIE ?Vous ne supportez plus le nom de votre amour de jeunesse tatoué sur votre bras?Vous pouvez maintenant penser à l\u2019effacer.À condition d\u2019accepter d\u2019y mettre du temps.Et de souffrir un peu.Par Maxime Bilodeau 10 CE BLEU DANS LE BLANC DE TES YEUX Les nouvelles ampoules DEL: dangereuses ou pas pour la vue?Par Martine Letarte 12 DÉPOLLUTION EXTRÊME Des nanoparticules ont démontré leur efficacité pour retirer des polluants de l\u2019eau et des sols.Par Marine Corniou ACTUALITÉS C O U V E R T U R E : S E B A S T I A N K A U L I T Z K I / S P L 13 Normand Baillargeon Le jeu des citations avec Albert Einstein 18 Jean-Pierre Rogel Des océans de plastique 47 Jean-François Cliche Le savon, la bactérie et le marketing 50 Serge Bouchard Les deux par quatre de Hearst PSYCHOLOGIE 26 Ados et contre tous Pourquoi et comment des ados se laissent-ils séduire par le radicalisme religieux?L\u2019exemple que fournit le djihadisme est lourd d\u2019enseignement.Par Marie Lambert-Chan ASTRONOMIE 32 La nouvelle galerie de l\u2019Univers Les images fournies par le télescope Hubble offrent un panorama sans égal de l\u2019infini cosmique.Par Joël Leblanc ÉVOLUTION 40 Ce que les singes nous ont appris Pour mieux comprendre l\u2019évolution des sociétés humaines, l\u2019anthropologue Bernard Chapais a choisi l\u2019étude des primates.Il a découvert chez nos cousins de quoi bouleverser notre façon de voir le monde.Explications.Par Pascale Guéricolas RUBRIQUES CHRONIQUES SANTÉ 20 Ventre fantastique Bien plus complexes que nous l\u2019imaginions, nos entrailles constitueraient un deuxième cerveau et abriteraient une biodiversité microbienne inouïe.Un champ d\u2019exploration qui pourrait bien révolutionner la médecine.Par Fabien Gruhier 4 BILLET Le niqab et les valises Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 44 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 45 SUR LA TOILE Par Marine Corniou ommage que nos leaders se soient laissé piéger par la mode des messages clips.Le débat sur le port du niqab lors d\u2019une cérémonie de citoyenneté a-t-il valu celui \u2013 qui n\u2019a pas eu lieu \u2013 sur le bâillonnement des scientifiques fédéraux?Les discussions touchant une intervention militaire en Syrie auraient-elles dû supplanter celles traitant des enjeux énergétiques?Le prix d\u2019un contenant de jus d\u2019orange à Iqaluit a-t-il constitué un enjeu national aussi grave que les changements climatiques?Chose certaine, la partie qu\u2019ont disputée les aspirants au pouvoir à Ottawa en aura laissé plusieurs sur leur faim.Nous avions pourtant 78 jours pour parler politique.Cette campagne, la plus longue de l\u2019histoire du Canada après celle de 1872, aurait pu donner le temps de trier, d\u2019élargir et d\u2019approfondir les enjeux trop souvent traités de façon superficielle.Mais les échanges espérés se sont résumés à une suite de phrases répétées, soumises ensuite au jeu du «qui dit vrai» ou de l\u2019«autopeluredebananisme».Des messages formatés pour séduire les électeurs, comme si on leur avait attribué le quotient intellectuel d\u2019une valise.À quelques semaines de la Conférence sur le climat, il y avait notamment tout lieu de se pencher sérieusement sur notre avenir énergétique et sur celui de nos ressources naturelles.Cela aurait été la moindre des choses, quand on sait que le Canada est le cinquième plus grand producteur de pétrole et de gaz naturel de la planète, et le troisième plus important producteur d\u2019hydroélectricité.Quand on sait aussi que la consommation énergétique laisse une empreinte environnementale très marquée.Qu\u2019est-ce qu\u2019on en a dit officiellement?«Nous continuons à soutenir l\u2019exploration pour des combustibles fossiles, la construction de pipelines, l\u2019efficacité des transports et l\u2019amélioration des usines pour augmenter l\u2019efficacité de la conversion énergétique et réduire les émissions de polluants et de gaz à effet de serre», indiquait le Parti conservateur.«Ensemble, nous avons l\u2019occasion de positionner l\u2019Amérique du Nord en vue d\u2019un avenir énergétique plus propre», clamait le Parti libéral.«Comme premier ministre, Tom stimulera la production d\u2019énergies renouvelables et abaissera les émissions de gaz à effet de serre.Il fera payer les gros pollueurs», affirmait le Nouveau parti démocratique.Comment donc soutenir un échange édifiant en servant de pareilles inepties?Et s\u2019il n\u2019y avait que ça ! On a pris connaissance, fin septembre, des statistiques alarmantes touchant les ressources piscicoles de la planète.Une dévastation en marche qui affectera la sécurité alimentaire de nombreux pays.Quel est donc l\u2019état de nos stocks de poissons, considérant que le littoral du Canada est baigné par trois océans?Ah, c\u2019est vrai! les scientifiques ne peuvent plus en parler! Le saumon, le capelan ou la morue ne font sans doute pas le poids avec le bœuf de l\u2019Ouest, Angus AAA! Une longue campagne aurait pu nous offrir un moment privilégié de réflexion et de brassage d\u2019idées.Peut-être cela aurait-il enfin permis d\u2019entrer dans une autre dimension de la politique; avec \u2013 qui sait?\u2013 plus de science.Un gouvernement bien élu est certainement un gouvernement qui peut mieux gouverner.?QS 4 Québec Science | Novembre 2015 Le niqab et les valises Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Pascale Guéricolas, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Martine Letarte, Elias Levy, Hélène Matteau et Jean-Pierre Rogel Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Sarah Mongeau- Birkett, Anthony Tremmaglia Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Octobre 2015 (525e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE C M C A A U D I T E D Trop long, 78 jours de campagne électorale fédérale?Et si, au contraire, cela avait été un laps de temps correct pour permettre aux politiciens de débattre d\u2019un maximum de sujets et aux électeurs de bien faire leur choix?D Billet Par Raymond Lemieux NOVEMBRE 2015 VOLUME 54, NUMÉRO 3 Frères d\u2019armes Béatrice Bossé, de Montréal, a apprécié notre numéro hors série portant sur la Grande Guerre.«Après la mort de mon père, Henri Bossé, j\u2019ai trouvé, dans une armoire fermée à clé, deux albums de photos de l\u2019époque où il était soldat dans le 1st Canadian Tank Battalion.J\u2019ignorais l\u2019existence de ce trésor.Tout ce je savais, c\u2019est que papa aurait voulu servir dans l\u2019aviation.Il ne nous a jamais parlé de la guerre.Mais toute sa vie, il a gardé le contact avec ses camarades du bataillon; ils venaient à la maison et s\u2019enfermaient des heures pour jaser.Votre numéro sur la Grande Guerre m\u2019a fait comprendre bien des choses.» Lever les tabous Louis Lapierre a pour sa part émis quelques réserves.«Pourquoi ce hors série?Je suis tanné de cette propagande militaire.Les guerres actuelles prouvent que les gens meurent pour des croyances dépassées.» Parler des guerres, ce n\u2019est pas en faire la promotion.Et si nous avons abordé en particulier celle de 1914-1918 (qui devait être la dernière de toutes\u2026), c\u2019est qu\u2019elle a déterminé la suite du XXe siècle en ce qui touche les sciences, comme la médecine, la chirurgie et les technologies.Il s\u2019agit pour nous d\u2019un devoir de mémoire.Bonne question\u2026 Diane Carrière, de Montréal, qui nous lit depuis le tout début, nous fait part d\u2019une réflexion bien intéressante.«J\u2019aimerais vous suggérer un sujet d\u2019article: \u201cQu\u2019a-t- on fait de ce qu\u2019on sait?\u201d Un exemple: la construction du nouveau pont Champlain.Suivrons-nous les recommandations des experts?Ou encore le développement des érablières.Tient-on compte de ce que la science nous apprend?» Voilà une vaste question.Nous allons y réfléchir en commençant par suivre les prochaines négociations sur le climat.Nous servirons-nous de ce que nous sa vons?Notre numéro de décembre en fera état.Novembre 2015 | Québec Science 5 J O E A L V O E I R O Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca R O B E R T D U M O N T / U d e S Animé par Yanick Villedieu Surveillez notre site web ou notre page Facebook.L\u2019entrée est gratuite.Climat : le Paris de la derniÈre ChanCe Le dimanche 1er novembre, à midi.À l\u2019Espace La Fontaine, 3933, av.du Parc-La Fontaine, Montréal Radiodiffusé en direct à l\u2019émission Les?années?lumière?de Radio-Canada Pour plus d'information : (514) 280-2525 ou consultez la page Facebook de Québec Science.des sciences Le père d\u2019une de nos lectrices devant l\u2019un des premiers chars d\u2019assaut de la Grande Guerre Et le gagnant du concours * L\u2019arbre de l\u2019année Québec 2015 est\u2026 Le hêtre de Sainte-Angèle-de-Monnoir Ce?tricentenaire?exceptionnel,?dernier?spécimen?d\u2019une?forêt?disparue?et?survivant?du verglas?de?1998,?est?depuis?150?ans?l\u2019ange tutélaire?du?cimetière?paroissial.* Organisé par Les Amis du Jardin botanique de Montréal 6 Québec Science | Novembre 2015 C royez-vous que l\u2019accord conclu le 14 juillet dernier à Vienne entre les grandes puissances occidentales et l\u2019Iran est une réussite ?C\u2019est un accord nécessaire.Parce que ça faisait 12 ans que le P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l\u2019ONU \u2013 États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni \u2013 plus l\u2019Allemagne) négociait avec l\u2019Iran à propos de son programme nucléaire.Pour la première fois, les deux parties sont parvenues à parapher un accord raisonnablement solide, qui traite le problème du nucléaire iranien d\u2019une manière assez conséquente.C\u2019est un document très dense : 150 pages très techniques qui s\u2019efforcent de couvrir tous les sujets dif?ciles.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un engagement politique classique, mais d\u2019un accord complet et rigoureux qui établit le cadre des activités nucléaires iraniennes pour la prochaine décennie.En signant cet accord, ne vient-on pas de reconnaître l\u2019Iran comme une puissance nucléaire?L\u2019Iran s\u2019est engagé depuis longtemps à ne pas avoir de bombe atomique.Il est l\u2019un des pays signataires du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, et il a le statut d\u2019État non doté de l\u2019arme nucléaire.Le contentieux qui existait entre Téhéran et les pays occidentaux tient au fait qu\u2019un certain nombre d\u2019initiatives prises par l\u2019Iran ces dernières décennies contredisaient cet engagement.Mais un problème demeure : l\u2019Iran est désormais l\u2019un des rares pays dans le monde qui, tout en étant, du point de vue du Traité sur la non-prolifération, un État non nucléaire, dispose de capacités d\u2019enrichissement de l\u2019uranium, ce qui est l\u2019une des conditions pour fabriquer la bombe atomique.Quelques autres pays sont dans la même situation, dont les Pays-Bas et le Japon.Mais ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019ont mené des activités illicites dans des sites nucléaires non déclarés.Sous cet angle, l\u2019accord reconnaît de facto que l\u2019Iran est dans la catégorie très particulière des pays qui, sans être des puissances nucléaires militaires, ont des activités d\u2019enrichissement d\u2019uranium pouvant servir à des ?ns militaires.Dans ce contexte, je pense qu\u2019il appartient au régime de Téhéran de rétablir la con?ance auprès de la communauté internationale, après des années d\u2019activités illicites et de contentieux relatifs aux objectifs de ce programme nucléaire.Et la communauté internationale doit surveiller étroitement ce programme.Cet accord est tout de même imparfait, pensez-vous.Pourquoi?Il ne couvre que les 10 prochaines années.Et les négociateurs occidentaux n\u2019ont obtenu qu\u2019un gel temporaire du développement des activités nucléaires sensibles, plutôt que leur cessation dé?nitive.En effet, l\u2019accord permet à l\u2019Iran de conserver des capacités de recherche et de développement en maintenant fonctionnelles plus de 5 000 centrifugeuses.Mais 10 ans, c\u2019est court à l\u2019échelle des affaires stratégiques internationales ou de l\u2019histoire.Pour une civilisation multi- Après 12 longues années de tergiversations et d\u2019âpres négociations, les grandes puissances occidentales et l\u2019Iran viennent de conclure un accord dit historique au sujet du développement de la ?lière nucléaire iranienne.Une autre puissance nucléaire est-elle donc née?Pas si vite! Cet accord n\u2019est « ni dé?nitif ni irrévocable », avertit l\u2019un des meilleurs spécialistes européens de ce dossier, Camille Grand.Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), professeur à l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris et à l\u2019École nationale d\u2019administration (ENA), Camille Grand est aussi l\u2019auteur de nombreux ouvrages, monographies et articles consacrés en particulier aux questions de sécurité européenne, à la politique nucléaire, à la non-prolifération nucléaire et au désarmement.Propos recueillis par Elias Levy De l\u2019uranium sur la route de la soie?L\u2019Iran est maintenant en voie de devenir une puissance nucléaire.Un risque pour la sécurité mondiale?LES ATOMES DE Actualités Novembre 2015 | Québec Science 7 millénaire comme l\u2019Iran, ce n\u2019est pas une contrainte inacceptable, d\u2019autant moins que, au-delà, le pays va progressivement se libérer des contraintes de cet accord.Pensez-vous que l\u2019accord tiendra la route ?Sa mise en application sera extraordinairement compliquée.Il y aura, à mon avis, de multiples crises à chacune des phases.Des retards du côté iranien en ce qui a trait au démantèlement des installations nucléaires ou des retards du côté des pays occidentaux en ce qui a trait à la levée des sanctions économiques imposées à l\u2019Iran.Ces deux scénarios, s\u2019ils se concrétisent, pourraient transformer un contentieux technique en une crise majeure.Au point même d\u2019en venir à une suspension ou à un retrait unilatéral de l\u2019accord.Des dispositions spéci?ques ont certes été enchâssées dans l\u2019entente pour éviter la répétition des événements de 2006 quand, malgré l\u2019entente nucléaire conclue en 1994, la Corée du Nord, après l\u2019échec de la poursuite des négociations avec les États-Unis, a procédé à un essai nucléaire.Mais tout cela dépendra de la bonne foi des Iraniens au ?l du temps et aussi des aléas de leur politique intérieure.Même si, sur le fond, on peut af?rmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un accord substantiel et robuste, et non pas d\u2019une entente boiteuse qui implosera au bout de quelques mois.ES DE L\u2019ORIENT L\u2019inspection de la centrale nucléaire de Bushehr.L\u2019Iran est maintenant un pays considéré comme «non nucléaire» qui dispose de la capacité d\u2019enrichissement de l\u2019uranium, une condition pour fabriquer l\u2019arme atomique.A B E D I N T A H E R K E N A R E H / C O R B I S 8 Québec Science | Novembre 2015 Le système d\u2019inspection des sites nucléaires iraniens prévu dans l\u2019accord de Vienne pour- rait-il détecter une éventuelle duplicité de la part des Iraniens ?Il a obtenu que les inspections menées sur son territoire relèvent pour l\u2019essentiel du droit commun.Ainsi, l\u2019Agence internationale d\u2019énergie atomique (AIEA) aura un droit d\u2019accès aux sites nucléaires iraniens, mais il ne s\u2019agira pas d\u2019inspections à l\u2019improviste.Les Iraniens pourront refuser une inspection ou la présence d\u2019un inspecteur si la nationalité de ce dernier les incommode.Ce mécanisme d\u2019inspection devrait tout de même permettre de déceler les manquements des Iraniens à leur obligation de respecter l\u2019accord et à leurs engagements en matière de non-prolifération nucléaire.S\u2019ils se mettaient à fabriquer une bombe nucléaire ou à réactiver des centrifugeuses non autorisées, le système d\u2019inspection devrait pouvoir repérer ces actions illicites, comme cela a été le cas dans le passé.Disons que, à long terme, il n\u2019est pas facile de camou?er un programme nucléaire.Les mesures d\u2019inspection pourront-elles freiner les ambitions nucléaires de l\u2019Iran ?Avec cet accord, les principaux sites nucléaires iraniens connus \u2013 Arak, Natanz et Fordow \u2013 voient leurs activités strictement encadrées; et leur capacité de production, et d\u2019enrichissement d\u2019uranium, considérablement réduite.L\u2019autre voie vers l\u2019arme nucléaire qui pouvait s\u2019ouvrir grâce au réacteur à eau lourde d\u2019Arak est également bloquée, l\u2019Iran s\u2019étant engagé à revoir le design de cette centrale et à exporter tout le combustible nucléaire usagé, duquel le plutonium, nécessaire à la fabrication de l\u2019arme atomique, aurait pu être extrait.Seules les centrifugeuses du type moins élaboré pourront être utilisées; et leur nombre sera réduit.Dans le passé, les Iraniens sont parvenus à camou?er des sites nucléaires aux inspecteurs de l\u2019AIEA.Cela pourrait-il se reproduire ?C\u2019est une hypothèse qu\u2019on ne peut pas exclure.En effet, dans le passé, les Iraniens ont construit des sites nucléaires secrets.Comme la grande usine d\u2019enrichissement d\u2019uranium de Fordow, enfouie sous terre et sous des tonnes de béton.Mais aussi longtemps qu\u2019ils autoriseront l\u2019AIEA à faire des inspections intrusives, ils courront le risque réel de se faire prendre la main dans le sac s\u2019ils trichent.L\u2019intérêt des Iraniens, c\u2019est plutôt de montrer patte blanche au début de la mise en œuvre de l\u2019accord.Mais que se passera-t-il si, à Téhéran, il y a changement de position sur le dossier nucléaire ou un durcissement du régime ?Pour le moment, les Occidentaux parient sur un changement de génération, sur une ouverture du régime iranien après 40 années de révolution islamique\u2026 Si la politique d\u2019ouverture contrôlée du président actuel, Hassan Rohani, et de son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, perdure, cet espoir se sera avéré réaliste.Mais ce scénario n\u2019est pas garanti.Force est de rappeler que, depuis l\u2019époque du shah, et quels que soient les aléas du régime au pouvoir, l\u2019Iran souhaite atteindre le seuil nucléaire.Nous verrons bien, en 2025, où les Iraniens en seront et ce qu\u2019ils souhaiteront faire des capacités nucléaires qu\u2019ils auront pu conserver grâce à l\u2019accord conclu à Vienne.Naturellement, il reste toujours la sombre hypothèse que le régime puisse se durcir à la suite de con?agrations ou de tensions internes dans la société iranienne.Les craintes exprimées par les opposants à cet accord, notamment par Israël, sont-elles fondées et légitimes ?Certaines préoccupations des opposants, tout particulièrement des Israéliens ou des monarchies du Golfe, sont légitimes.D\u2019ici un ou deux ans, quand la levée des sanctions imposées par les pays occidentaux sera pleine et entière, l\u2019un des effets de l\u2019accord de Vienne sera de permettre à l\u2019Iran, qui est une grande puissance régionale et qui a un énorme potentiel économique, une population éduquée et un grand marché de 80 millions d\u2019habitants, de se transformer en une nation émergente du Moyen-Orient.Chose certaine, cet accord va renforcer de manière considérable les capacités ?nancières et la puissance politique de l\u2019Iran qui est déjà un acteur majeur dans beaucoup de crises de la région \u2013 en Syrie, en Irak et au Liban.Même sous le coup de sanctions économiques draconiennes, l\u2019Iran reste le principal soutien du régime syrien de Bashar el-Assad, du Hezbollah et du gouvernement chiite en Irak.Le régime de Téhéran récupérera prochainement, avant même que la levée des sanctions ne produise ses effets économiques, plusieurs dizaines de milliards de dollars qui étaient gelés dans des banques occidentales.Une manne ?nancière considérable qui servira sans doute à développer l\u2019économie du pays et le bien-être de sa population, mais certainement aussi à nourrir ses ambitieux projets de modernisation militaire et à soutenir différents groupes, dont certains constituent une menace pour Israël, comme le Hezbollah libanais.En revanche, si l\u2019on juge l\u2019accord sur ses mérites nucléaires propres, il faut reconnaître qu\u2019il présente des avantages qu\u2019aucune autre approche n\u2019offrait.De ce point de vue, l\u2019opposition radicale du premier ministre d\u2019Israël, Benjamin Netanyahou, n\u2019est pas partagée par de nombreux politiques et experts israéliens.Cet accord sur le nucléaire fera-t-il de l\u2019Iran un partenaire ?able pour les Occidentaux ?Il y a de la naïveté chez certains membres de l\u2019administration Obama qui semblent convaincus que cet accord va permettre aux Iraniens de redevenir des partenaires dans la gestion des crises qui embrasent le Moyen-Orient, car beaucoup de signes indiquent que l\u2019Iran va demeurer un interlocuteur très dif?cile lorsque les Occidentaux aborderont de front les sujets de la Syrie, de l\u2019Irak, etc.Il ne faut pas oublier que l\u2019accord porte seulement sur le nucléaire.Les autres sujets de discorde \u2013 les droits de l\u2019homme, le soutien à des organisations terroristes, l\u2019appui à des régimes comme celui de Bashar el-Assad \u2013 restent sur la table et continueront à peser sur les relations entre l\u2019Iran et les Occidentaux.nQS «L\u2019Iran va demeurer un interlocuteur très dif?cile.Il ne faut pas oublier que l\u2019accord porte seulement sur le nucléaire.Les autres sujets de discorde \u2013 les droits de l\u2019homme, le soutien à des organisations terroristes, l\u2019appui à des régimes comme celui de Bashar el-Assad \u2013 continueront à peser lourd sur les relations entre l\u2019Iran et les Occidentaux.» Actualités Novembre 2015 | Québec Science 9 Un graf?ti pour la vie?Vous ne supportez plus le nom de votre amour de jeunesse tatoué sur votre bras?Vous pouvez maintenant penser à l\u2019effacer.À condition d\u2019accepter d\u2019y mettre du temps.Et de souffrir un peu.Par Maxime Bilodeau C \u2019était il y a 17 ans.Mai Lebel était une adolescente un brin impulsive et plutôt provocatrice.Un soir, elle se rend dans un salon de tatouage « de fond de village » a?n de se faire graver dans la peau un dessin de son cru, disons\u2026 très personnel.La partie du corps qu\u2019elle choisit pour accueillirle tatouage: sa poitrine.Ou, comme elle le dit candidement, sa «craque de seins».Une semaine plus tard, c\u2019est la catastrophe: son tatouage n\u2019est plus qu\u2019un dessin décoloré et informe.Que faire?«Un cover-up [NDLR: une méthode qui consiste à camou?er un tatouage indésirable avec un nouveau] n\u2019aurait rien changé, puisqu\u2019il était déjà très gros et, disons-le, plutôt mal situé», admet-elle.Sans un sou et à court de solutions, elle apprend à vivre avec.Aujourd\u2019hui, Mai est sur le point de corriger la situation.La jeune professionnelle de 34 ans subit depuis peu des traitements a?n de faire enlever son tatouage lequel, si tout va bien, devrait être devenu, d\u2019ici quelques mois, un simple souvenir.«Je me suis assagie, dit-elle.Je suis moins arrogante, moins ?yée.Et puis, je veux récupérer ma poitrine ! » L\u2019histoire de Mai n\u2019est pas unique.Comme elle, des milliers d\u2019individus se tournent vers des studios de détatouage a?n d\u2019effacer à tout jamais une erreur de jeunesse ou un travail bâclé.Aux États-Unis, cette nouvelle industrie représentait 75,5 millions de dollars en 2014, selon les chiffres compilés par IBISWorld, une société qui se spécialise dans les études de marché.Une augmentation de 500 % depuis 10 ans.Bien qu\u2019aucune statistique ne soit disponible pour le Canada, José Vitobello, propriétaire de la clinique NUYU Déta- touage au Laser, à Montréal, con?rme tout de même le phénomène.«Depuis cinq ans, un ?ot constant d\u2019individus viennent nous consulter, soutient-t-il.Ce sont généralement des gens à l\u2019aise ?nancièrement qui ont honte de leurs tatouages et qui souhaitent vraiment s\u2019en débarrasser.» Par contre, les gens qui se sont fait tatouer de très grandes surfaces du corps recourent très rarement au détatouage.On peut comprendre pourquoi.La majorité des consommateurs se tournent vers le laser.Selon la dermatologue Geneviève Thérien, c\u2019est, à ce jour, « le plus ef?cace et le plus sécuritaire des traitements de détatouage ».Lorsqu\u2019il balaie la peau, le laser fait éclater les pigments de couleur déposés dans le derme, la couche médiane située entre l\u2019épiderme et l\u2019hypoderme.Les plus petites Actualités B O Z A U N D E R S / C O R B I S 10 Québec Science | Novembre 2015 Ce bleu dans le blanc de tes yeux Les nouvelles ampoules DEL: dangereuses ou pas pour la vue?Par Martine Letarte Peu énergivores, très lumineuses et dotées d\u2019une longue durée de vie, les diodes électroluminescentes (DEL) se trouvent maintenant à peu près partout: dans les écrans vidéo, les ampoules domestiques, les phares de voiture et même les colliers pour chien.La Ville de Montréal suit la tendance.Dès le printemps prochain, elle commencera à convertir aux DEL ses 110 000 lampadaires.Les DEL émettent plus de lumière bleue que d\u2019autres sources lumineuses comme les ampoules incandescentes ou certains tubes ?uorescents.Cette lumière bleue peut-elle avoir des effets nocifs sur la rétine?Pas mal de gens se posent la question.En France, l\u2019Agence nationale de sécurité sanitaire de l\u2019alimentation, de l\u2019environnement et du travail s\u2019en inquiète, particulièrement pour les populations les plus sensibles, comme les enfants, les personnes atteintes de certaines maladies oculaires et les travailleurs soumis à des éclairages de forte intensité.Santé Canada, pour sa part, n\u2019a diffusé aucun avertissement concernant ces produits, mais continue d\u2019examiner les études scienti?ques et les réglementations adoptées par d\u2019autres pays.Justement, indique Benoît Frenette, professeur à l\u2019École d\u2019optométrie de l\u2019Université particules ainsi créées sont alors absorbées par les globules macrophages.Quant aux autres, elles ?nissent éventuellement par disparaître, après plusieurs répétitions du traitement.Outre la douleur, les effets secondaires \u2013 comme les cicatrices ou les réactions in?ammatoires \u2013 sont minimes.Mais le laser a ses limites.Même si, contrairement à la chirurgie (ablation ou dermabrasion), elle ne laisse pas de cicatrices, la technique nécessite tout de même de nombreuses visites chez le détatoueur \u2013 parfois de l\u2019ordre d\u2019une dizaine \u2013, sans parler du temps de cicatrisation entre les traitements, qui peut être de plusieurs mois.L\u2019ensemble du processus peut donc s\u2019étirer sur nombre d\u2019années.Et il y a le prix; entre quelques dizaines de dollars par séance pour de très petits tatouages et plusieurs centaines de dollars pour ceux de taille moyenne.«Pour un tatouage qui couvre l\u2019ensemble du dos, on peut même atteindre le millier de dollars par séance », af?rme José Vitobello.Cela dit, il existe quelques autres solutions moins coûteuses que le laser pour enlever ses tatouages.La plus populaire est Eliminink, une solution d\u2019oxyde de magnésium et d\u2019acide gly- colique qui fait remonter l\u2019encre à la surface.Mais attention : «J\u2019ai vu de multiples histoires d\u2019horreur reliées à ce produit, prévient la docteure Thé- rien.Des peaux brûlées sévèrement, des réactions in?ammatoires démesurées\u2026 Tout ça pour économiser quelques malheureux dollars et accélérer le traitement.» A?n de ne pas troquer un tatouage contre une cicatrice, la dermatologue suggère d\u2019opter dès le départ pour un tatouage neutre, petit et foncé, «puisque l\u2019encre foncée réagit mieux aux traitements laser que l\u2019encre pâle».De préférence, elle insiste sur le fait d\u2019y penser à deux fois, avant de se commettre.Mai Lebel est bien d\u2019accord.Même si son traitement de détatouage va plutôt bien, elle ne recommencera pas, juré.nQS L\u2019ABC d\u2019un tatouage De l\u2019encre, dont la composition varie selon la couleur (pour l\u2019encre noire, par exemple : oxyde de fer, carbone et encre de Chine), est déposée dans le derme à l\u2019aide d\u2019une aiguille à tatouage stérile.Une partie du pigment est « mangée » par des macrophages alertés par la blessure causée au moment de la pénétration de la peau par l\u2019aiguille.Le reste se fait absorber par les ?broblastes, des cellules qui assurent la souplesse du derme.Le colorant ainsi ?xé reste visible à perpétuité\u2026 Jusqu\u2019à écœurement?Actualités Novembre 2015 | Québec Science 11 V O L K E R S T E G E R / S P L de Montréal, «des articles scienti?ques font de plus en plus l\u2019analogie entre l\u2019exposition prolongée à la lumière bleue et la dégénérescence maculaire liée à l\u2019âge (DMLA), laquelle peut conduire à une perte de la vision centrale».L\u2019optométriste explique: «La lumière bleue engendre un phénomène de stress oxydatif de la rétine.Les photorécepteurs exposés de façon prolongée à cette lumière réagissent; des radicaux libres se créent et oxydent certains éléments dans la rétine.» Le spectre électromagnétique visible pour l\u2019homme \u2013 l\u2019arc-en-ciel \u2013 s\u2019étend de 400 nanomètres (nm) à 700 nm de longueur d\u2019onde, environ.La plage du bleu se situant entre 400nm et 500nm, elle couvre les ondes les plus courtes.Or, plus la longueur d\u2019onde est courte, plus il s\u2019y trouve d\u2019énergie.Le Soleil émet énormément de lumière bleue.Différentes formes d\u2019éclairage intérieur en émettent aussi, ainsi que les écrans.Quand on sait que beaucoup de gens passent près de 10 heures par jour devant leur téléphone, leur tablette ou leur ordinateur, on comprend que Benoît Frenette insiste sur la prévention en suggérant à ses clients concernés d\u2019opter pour un traitement des verres qui ré?échit une partie de la lumière bleue.Pourtant, les DEL ne préoccupent pas Santiago Costantino, physicien et chercheur principal au Laboratoire de biophotonique, à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Rosemont.«Je ne crois pas que la différence entre la quantité de lumière bleue émise par les DEL, et absorbée par nos yeux, et celle d\u2019autres sources lumineuses soit suf?samment importante pour nous inquiéter, af?rme-t-il.Et puis, à l\u2019heure actuelle, il n\u2019a pas été clairement démontré que la lumière bleue induit des maladies oculaires.» Spécialisé dans la recherche appliquée de technologies au laser pour le dépistage de maladies de l\u2019œil, le chercheur est même plutôt rassuré par l\u2019évolution technologique.«Les vieux écrans à tubes cathodiques émettaient aussi de la lumière bleue, rappelle-t-il, et ils émettaient en plus d\u2019autres types de radiation, comme des rayons X!» Quelle que soit la source, explique-t-il, tout se joue avec la quantité de lumière bleue absorbée par nos yeux.«Il n\u2019y a aucune différence entre la lumière bleue émise par les DEL d\u2019un écran et n\u2019importe quel autre bleu que l\u2019on regarde, un papier par exemple, s\u2019il est de la même intensité, explique Santiago Costantino.Si le papier est éclairé par le Soleil, il pourrait même faire entrer plus de lumière bleue dans les yeux, puisque l\u2019intensité serait plus forte.» Naturellement, la distance à laquelle on regarde la source lumineuse peut tout changer.Plus l\u2019œil est loin de la source, plus la quantité de lumière perdue est grande.À 30cm, les DEL très puissantes des lampadaires pourraient brûler des parties de la rétine; mais personne ne se tient aussi près des ampoules de lampadaires! «C\u2019était la même chose avec l\u2019ancienne technologie», indique M.Costantino.Et comme l\u2019intensité des DEL des lampadaires n\u2019est pas comparable à celle des écrans, nous pouvons pousser un soupir de soulagement.Ce qui ne nous empêche pas de faire traiter nos verres, de varier nos sources lumineuses et de fermer de temps en temps nos écrans pour aller au soleil! nQS Les ampoules Del, un succès de génie électrique.Elles sont très lumineuses et peu énergivores. A ux yeux de Nicolas Bertrand, du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec-Uni- versité Laval, les nanoparticules sont avant tout de formidables outils pour libérer des médicaments dans le corps humain.Mais à force de travailler sur ces minuscules molécules, le chercheur en pharmacie leur a trouvé une fonction plutôt inattendue: le nettoyage de l\u2019eau et des sols contaminés.«Nous avons mis au point des particules qui permettent d\u2019absorber plusieurs types de polluants, dont des perturbateurs endocriniens et des pesticides.Et nous avons démontré qu\u2019elles pouvaient être employées pour épurer l\u2019eau ou les sols», résume-t-il.L\u2019idée paraît assez saugrenue, quand on sait que les nanoparticules sont souvent décriées à cause des dangers qu\u2019elles peuvent représenter pour la santé et l\u2019environnement.« La particularité de notre technique, explique le chercheur, c\u2019est justement de faire précipiter les nanoparticules en gros agrégats faciles à récupérer, une fois qu\u2019elles se sont liées aux polluants.» La découverte, qui a fait l\u2019objet d\u2019une publication, fin juillet, dans Nature Communications, provient de ses travaux comme postdoctorant au Massachusetts Institute of Technology (MIT).Il a fallu faire preuve d\u2019une grande ingéniosité pour mettre au point ces mini-éboueurs, dont le diamètre, entre 45 nanomètres (nm) et 120 nm, est 1 000 fois plus petit que celui d\u2019un cheveu! Les minuscules billes associent en fait deux composés : l\u2019un hydrophile (soluble dans l\u2019eau), l\u2019autre hydrophobe.C\u2019est ce dernier qui se lie aux polluants organiques.«Des polluants comme les perturbateurs endocriniens sont eux aussi hydrophobes, explique Nicolas Bertrand.C\u2019est ce qui leur permet de pénétrer dans nos cellules et de persister dans l\u2019environnement.Or, nos nanoparticules créent un milieu auquel ils peuvent s\u2019attacher, un peu comme lorsqu\u2019on utilise du savon dans l\u2019eau de vaisselle pour \u201cattirer\u201d la graisse.» Une fois les polluants piégés dans les particules, il fallait toutefois trouver un truc pour récupérer le tout.«L\u2019astuce, dit le scienti?que, ce sont les rayons ultraviolets (UV).Le lien entre les parties hydrophile et hydrophobe des nanoparticules est photosensible.Quand on l\u2019irradie avec des UV, il se rompt et les billes hydrophobes associées aux polluants s\u2019agrègent entre elles.Elles forment des ?laments dans l\u2019eau, un peu comme un mouchoir en papier mouillé, de sorte qu\u2019elles sont très faciles à récupérer.» La partie hydrophile, elle, disparaît tout simplement.Si les dé?s à relever avant de pouvoir dépolluer l\u2019eau ou les sols avec ces nano- particules sont encore très nombreux, la technique est prometteuse.«D\u2019abord, les stations d\u2019épuration utilisent déjà des UV pour traiter l\u2019eau, dit Nicolas Bertrand.Ensuite, nos particules sont composées d\u2019un polymère biodégradable, le polyacide lactique, qui n\u2019est pas cher à produire et dont l\u2019empreinte écologique est faible.» De plus, ces petits épurateurs sont très polyvalents.Les chercheurs les ont testés avec succès sur 22 polluants différents, dont les fameux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).«La technique pourrait notamment permettre de dépolluer en urgence des eaux dans lesquelles un produit chimique a été déversé», estime le chercheur.Seule ombre au tableau, la méthode laisse s\u2019échapper les nanoparticules hydrophiles, composées de polyéthylèneglycol (PEG), non biodégradable.« Le PEG est un additif alimentaire très utilisé, par exemple comme épaississant dans les crèmes glacées, souligne-t-il; on le retrouve donc déjà partout.La quantité relarguée par notre méthode serait négligeable, mais on peut aussi envisager de remplacer ce composé par des polysaccharides biodégradables.» nQS 12 Québec Science | Novembre 2015 Dépollution extrême Des nanoparticules ont démontré leur ef?cacité pour retirer de nombreux types de polluants de l\u2019eau et des sols.Par Marine Corniou Actualités Novembre 2015 | Québec Science 13 I l y a tout juste un siècle, Albert Einstein présentait sa théorie de la relativité générale.Elle reste son plus grand titre de gloire.Jointe à plusieurs autres remarquables accomplissements, dont la théorie de la relativité restreinte élaborée 10 ans plus tôt, la relativité générale contribuerait à faire d\u2019Einstein un sérieux candidat au concours du plus grand scientifique de tous les temps, s\u2019il devait avoir lieu un jour.La liste de ses concurrents ne serait pas bien longue, je crois : Aristote ?Isaac Newton ?Charles Darwin?Et encore\u2026 Quoi qu\u2019il en soit, Einstein est indiscutablement le premier, parmi les scientifiques, à avoir acquis cette notoriété qu\u2019on réserve d\u2019habitude aux stars.Sur ce plan, il reste aujourd\u2019hui encore inégalé.Sa silhouette est familière à tout le monde, chacun connaît sa formuleE=mc2.Il est par excellence l\u2019incarnation d\u2019une idée populaire du génie, mélange de suprême intelligence et d\u2019amusants travers \u2013 distraction, originalité vestimentaire, etc.Dans ces conditions, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019on le cite si souvent.Cependant, il arrive aussi que les propos qu\u2019on lui prête ne soient pas du tout de lui.Et sa prestigieuse signature donne alors crédit à une idée qu\u2019il n\u2019approuverait pas ! Voici une sélection des plus célèbres usurpations.Extraterrestres et ovnis.Cette idée, extraite de la quatrième de couverture d\u2019un livre de Claude Mac Duff intitulé Le procès des soucoupes volantes (1976), est attribuée à Einstein : « Les soucoupes volantes existent et le peuple qui les possède est un peuple d\u2019humains parti de la Terre il y a 20000 ans.» Vrai?Faux?On ne trouve nulle part trace de cette af?rmation.Le faux est grossier.Notons cependant qu\u2019Einstein a bien dit deux choses au sujet des ovnis.La première: «Je n\u2019ai aucune raison de penser qu\u2019il y ait quoi que ce soit de vrai derrière toutes ces histoires de soucoupes volantes.» Et la seconde, cette fois à propos des soi-disant témoins : «Ces gens ont bien vu quelque chose; mais je n\u2019ai aucune envie de savoir quoi.» Un cerveau sous-utilisé.« Nous n\u2019utilisons que 10% de notre cerveau.» Cette phrase, abondamment reprise, particulièrement en éducation, est très souvent attribuée à Einstein.Or, les recherches menées dans les archives du grand physicien pour retracer cet hypothétique propos ont toutes été infructueuses.Il convient d\u2019accorder à cette phrase une attention particulière, à l\u2019heure où les avancées des neurosciences sont notables.On pourrait dire que nous avons là un beau «neuromythe».Autrement dit, une assertion spectaculaire qui va à l\u2019encontre de tous les résultats des sciences neurologiques et de la pratique médicale rapportés à ce jour, lesquels démontrent au contraire que le cerveau est un système hautement complexe qui comporte, certes, des zones spécialisées particulières, mais dont les parties interagissent dans une vaste interconnectivité fonctionnelle.L\u2019astrologie.« L\u2019astrologie est une science en elle-même et elle comprend une éclairante somme de connaissances.Elle m\u2019a appris beaucoup de choses et j\u2019ai envers elle une grande dette.Les données géophysiques montrent la puissance des étoiles et des planètes sur la Terre.Et c\u2019est pourquoi l\u2019astrologie est pour l\u2019humanité une manière d\u2019élixir de vie.» Cette citation, ou quelque chose s\u2019en approchant, est souvent attribuée à Einstein.Mais d\u2019où vient cette inconcevable paternité?On doit au Québécois Denis Hamel d\u2019avoir patiemment résolu le mystère et prouvé, dans la revue Québec Sceptique (numéro 57), que cette fausse citation a très vraisemblablement été forgée par l\u2019auteur allemand Carl Heinrich Huter, dans son Huters Astrologischer Kalender, une sorte d\u2019almanach astrologique.Le jeu des citations avec Albert Einstein On lui a fait dire tant de choses, depuis la simple fausseté jusqu\u2019aux pires sornettes, que le génial physicien a dû se retourner mille fois dans sa tombe ! I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon 14 Québec Science | Novembre 2015 Le problème du mal.À l\u2019heure des nouvelles technologies, la pratique d\u2019invoquer Einstein à tort et à travers s\u2019est modernisée.Nous en avons eu une démonstration récente par une brève vidéo dans laquelle on voit l\u2019enseignant d\u2019une école primaire allemande d\u2019autrefois avancer un argument en faveur de l\u2019athéisme [https:// goo.gl/nBZHUZ].En substance, il propose une formulation quelque peu bancale de ce qu\u2019on appelle « le problème du mal».La voici : «Dieu a créé le monde et ce qui s\u2019y trouve, or le mal existe dans le monde.Donc Dieu, qui doit ressembler à ses œuvres, est le mal.» Sous le nom de « théodicées », des trésors d\u2019ingéniosité ont été déployés depuis des siècles en philosophie et en théologie pour résoudre ce problème, habituellement mieux formulé.Quoi qu\u2019il en soit, dans ladite vidéo, un élève prend la parole et, arguant que le Mal n\u2019existe pas plus que le froid ou l\u2019obscurité, qui sont des absences \u2013 respectivement de chaleur et de lumière \u2013, il contraint le maître à ravaler son arrogance d\u2019athée.Vous avez deviné le nom de l\u2019élève, qu\u2019on nous dévoile de façon touchante à la ?n de cette histoire inventée de toutes pièces : Albert Einstein.Cancre en maths.Non, Einstein n\u2019a pas échoué ses mathématiques au primaire.Quand on lui fait dire : «Ne vous en faites pas avec vos problèmes en mathématiques: je peux vous assurer que les miens sont encore plus grands», on ne renvoie pas à sa médiocrité dans cette discipline.En réalité, enfant, il était déjà incroyablement en avance sur le programme scolaire.En fait, on cite plutôt une lettre consolatrice qu\u2019il a envoyée à une jeune élève, Barbara Wilson, le 7 janvier 1943.La folie, la crainte et le droit.«La folie consiste à refaire sans cesse la même chose, mais en espérant un résultat différent.» Le mot est en réalité de la scénariste et romancière états-unienne Rita Mae Brown, dans Sudden Death (1983).«Deux choses m\u2019inspirent de la crainte: le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi.» Il s\u2019agit d\u2019une paraphrase d\u2019un mot du philosophe Emmanuel Kant.«Le droit international, cela n\u2019existe que dans les manuels de droit international.» C\u2019est plutôt Ashley Montagu qui a prononcé ces mots, au cours d\u2019une conversation qu\u2019il a eue avec Einstein.Les nouvelles technologies.La leçon à tirer de tout cela est sans doute celle que nous donne Einstein lui-même, quand il écrit sur sa page Facebook: «N\u2019allez surtout pas croire que j\u2019ai dit tout ce qu\u2019on m\u2019attribue sur Internet !» nQS Pour en savoir plus: The Ultimate Quotable Einstein, Alice Calaprice, Princeton University Press, 2013, 576 p.Un précieux outil pour démêler le vrai du faux et du probable.veloquebecvoyages.com 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 506 RéseRvez maintenant À vélo QuéBeC voYaGes L\u2019ÉTÉ SE POURSUIT.*Destinations en liBeRté Les Îles de Guadeloupe en boucles, Sonoma et Napa Valley, Tucson en boucles ainsi que plusieurs destinations européennes vous sont aussi offertes, au moment vous convenant, en formule En liberté.Contactez-nous.Photos : Diane Dufresne et Yvan Monette, Patrice Francoeur CuBa, HolGuÍn en boucles 27 décembre au 3 janvier 7 au 14 février 27 février au 5 mars 5 au 12 mars 2 au 9 avril CuBa, vaRaDeRo en boucles 27 décembre au 3 janvier 13 au 20 mars 9 au 16 avril Costa RiCa 11 au 18 février les Îles De GuaDelouPe en boucles* 20 au 27 mars PueRto RiCo nouveau 27 mars au 3 avril sonoma et naPa valleY* 9 au 16 avril tuCson en boucles* 16 au 23 avril utaH 23 au 30 avril Et bien plus encore.Actualités 6906 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v1.indd 1 2015-08-25 15:54 * Certaines conditions s\u2019appliquent.Les règles relatives au CELI doivent être respectées.Pour plus d\u2019informations, veuillez communiquer avec l\u2019équipe du Service-conseil de Services d\u2019investissement FÉRIQUE.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa ?liale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de plani?cation ?nancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à re?éter les valeurs futures d\u2019un Fonds ou le rendement d\u2019un placement dans un Fonds.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur ?uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.FÉRIQUE: il y a du génie là-dedans ! ferique.com LE CELI FÉRIQUE.ZÉRO IMPÔT.* ET TOUS LES CONSEILS QU\u2019IL VOUS FAUT.Communiquez avec notre Service-conseil pour mettre en place une stratégie optimale pour vous.514 788-6485 I 1 800 291-0337 6906 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v1.indd 1 2015-08-25 15:54 LES FRUITS DE L\u2019ERREUR Vous allez ramasser des fruits?Vous choisissez naturellement les plus beaux.Ce qui ne signifie pas que votre verger ne contient que des fruits aussi parfaits.Il en est de même avec les arguments et données scientifiques.Qu\u2019on les collige ou qu\u2019on en prenne connaissance, on aurait tendance à sélectionner ceux qui confirment notre théorie, croyance, opinion ou intuition.Et à négliger les autres, surtout s\u2019ils risquent de nous contredire.Les anglophones appellent ce processus bien humain cherry picking \u2013 le « picorage », en français.C\u2019est la « recherche orientée », menant éventuellement à la preuve.16 Québec Science | Novembre 2015 UN P\u2019TIT NOUVEAU DANS LA FAMILLE ?C\u2019est l\u2019anthropologue Michelle Drapeau, de l\u2019Université de Montréal, qui se penchera sur le cas d\u2019Homo naledi, cet « être bizarre », comme elle dit, découvert il y a près de deux ans avec une quinzaine de ses congénères dans une grotte d\u2019Afrique du Sud.Il n\u2019est pas grand.Ses mains ressemblent aux nôtres; il devait donc fabriquer des outils.Ses dents fines montrent qu\u2019il transformait ses aliments ou savait les choisir tendres.Il a un bien petit cerveau et un drôle de fémur, genre d\u2019hybride entre celui d\u2019un marcheur et celui d\u2019un grimpeur.Spécimen d\u2019une espèce éteinte, encore inconnue, cet Homo naledi était- il ou n\u2019était-il pas de la famille des humains?Là est la question majeure à laquelle la chercheuse, qui travaille à comprendre les processus d\u2019hominisation, devra répondre.Pour cela, la datation des restes sera déterminante.À ce jour, on sait seulement qu\u2019il a au moins un million d\u2019années.Que sommes-nous ?D\u2019où venons-nous ?Voilà deux questions qui hantent les humains depuis que le monde est monde, c\u2019est-à-dire depuis que le monde est en constante métamorphose.À défaut de fournir une réponse \u2013 personne, à ce jour, n\u2019y est encore parvenu \u2013, on peut tenter d\u2019approfondir la question.Humain, l\u2019expo dont vous êtes le héros a choisi de le faire en privilégiant l\u2019expérience (et les expériences) de la transformation du corps depuis les origines.Une toute nouvelle installation permanente de 600 m2, dans un environnement interactif.Où vous pourrez même retourner, pendant quelques instants, dans le ventre de votre mère.À partir du 8 octobre, au Centre des sciences de Montréal.www.centredessciencesdemontreal.com Ascenseur fiction Imaginez une tour d\u2019ascenseur à structure de kevlar, maintenue par un système de sections pneumatiques gonflées à l\u2019hélium, alimentée en électricité de source éolienne et haute de 20 km (on pense même à 200 km un jour!).Un genre de haricot magique pour un Jack astronaute.On peut aussi penser à l\u2019échelle de Jacob mais, pour le moment, le détenteur du concept, Brendan Quine, professeur de génie et de physique à l\u2019université York de Toronto et fondateur de Thoth Technology, en est encore à la planche à dessin.L\u2019ascenseur remplacerait simplement la fusée.Il transporterait les astronautes et toute espèce de matériel jusqu\u2019à une plateforme extérieure, où les véhicules spatiaux viendraient les cueillir ou s\u2019approvisionner.D\u2019où une économie de carburant estimée à 30 %.Après maints rêveurs et romanciers, la NASA jongle avec cette idée d\u2019ascenseur depuis plusieurs décennies.Mais les alliages qui en permettraient la réalisation ne peuvent pas encore être produits en quantité suffisante.BIENTÔT MOINS DE PRÉMATURÉS?C\u2019est souvent l\u2019inflammation du tissu utérin qui provoque un accouchement avant terme.D\u2019où vient cette inflammation?D\u2019une molécule, l\u2019interleukine 1, qui peut être neutralisée grâce à certains agents thérapeutiques.Sauf que l\u2019interleukine a aussi la fonction de protéger le fœtus contre les infections! Pour ne pas jeter le bébé avec l\u2019eau du bain, il fallait trouver autre chose.Voilà qui est fait.Une équipe de chercheurs, du CHU Sainte-Justine et de l\u2019Université de Montréal, vient de concevoir une toute petite molécule qui devrait protéger à la fois le fœtus et le tissu utérin.Baptisée 101.10, la nouveau-née sera bientôt testée sur des femmes à haut risque.Rappelons que, dans le monde, 10 % des enfants naissent avant terme, avec des risques de complications physiques, psychologiques et intellectuelles.MÉTAMORPHOSES E X P O U N I V E R S I T É D E M O N T R É A L Actualités Michelle Drapeau Novembre 2015 | Québec Science 17 Science farfelue Chaque année, depuis 25 ans, les prix IgNobel sont attribués le plus sérieusement du monde à des recherches scientifiques étranges, absurdes ou inutiles.Du moins à première vue.Des 10 expériences primées cette année, Québec Science a ses préférées.Les voici.La vitesse du pipi Tous les mammifères (ou presque) de plus de 3 kg mettent entre 8 et 34 secondes \u2013 une moyenne de 21 secondes \u2013 pour vider leur vessie.Mais combien de fois par jour?La recherche n\u2019est pas allée si loin.La marche de l\u2019évolution Comment marchaient les dinosaures?Comme des poulets emmanchés sur un bâton.C\u2019est prouvé, vidéo à l\u2019appui.Aller se faire décuire un œuf Grâce à une sorte de centrifugeuse qui démêle les protéines, des chercheurs ont « débouilli » un œuf dur.Ils sont maintenant en lice pour le Bocuse d\u2019or.Arithmétique astronomique La masse de la Voie lactée vient d\u2019être estimée, par des astronomes de l\u2019université Columbia de New York, à 210 milliards de fois celle du Soleil, laquelle est 333 000 fois celle de la Terre, qui est de 6 quadrillions de kilogrammes.Vous aimeriez connaître le chiffre exact?Il vous suffit d\u2019effectuer cette multiplication : 6 000 000 000 000 000 000 000 000 X 330 000 X 210 000 000 000 Voilà ! C\u2019est tout simple, non ?Solution à la page 48 Magistrales, troublantes aussi, des images noir et blanc du journaliste photographe Vincent Hilaire, correspondant d\u2019expédition à bord de la goélette TARA, qui sillonne le globe pour étudier les changements climatiques.L\u2019exposition D\u2019un pôle à l\u2019autre \u2013 La poésie des glaces, au Musée de la civilisation de Québec, est en cours jusqu\u2019au 3 janvier 2016.www.mcq.org/fr/exposition?id=298911 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > E X P O « Les mathématiques ne rendent pas de compte à la réalité, elles s\u2019en défont, construisent leur propre réalité, s\u2019imposent des règles du jeu, créent des concepts étranges et pourtant, paradoxalement, elles permettent d\u2019expliquer, ou du moins de comprendre en partie, l\u2019Univers.» Antoine Houlou-Garcia, Le?monde?est-il?mathématique?\u2013?Les?maths?au?prisme?des?sciences?humaines, Champion Essais, 2015. 18 Québec Science | Novembre 2015 L a mer n\u2019est pas une poubelle, dites- vous.Et pourtant ! Selon une étude publiée en février dernier dans la revue Science par Jenna Jambeck, une ingénieure chercheuse en environnement de l\u2019université de l\u2019État de Géorgie, et ses collaborateurs des États-Unis, une moyenne de 8millions de tonnes de déchets de plastique se retrouvent chaque année dans les océans.Une quantité minime par rapport au total produit, mais qui augmente et doublera d\u2019ici 10 ans, avertissent les auteurs.Rien qu\u2019en 2010, calculent-ils, 275millions de tonnes de débris de plastique ont été générées par 192pays côtiers dans le monde.Où finissent tous ces détritus ?Une partie reste le long des côtes et revient aux rivages, polluant les plages, que les pays les plus riches nettoient plus ou moins bien, à grands frais.Quant aux pays les plus pauvres, faute de moyens, ils voient les débris s\u2019accumuler sur leurs côtes, asphyxiant une partie de la vie marine.Toutefois, une bonne proportion de ces déchets familiers \u2013 bouteilles d\u2019eau et de boissons gazeuses, emballages, morceaux de plastique de tout acabit, etc.\u2013 est emportée au large et ?otte à la surface au gré des courants et des tempêtes.Ces 10 dernières années, de tels résidus se sont accumulés sur les océans en d\u2019immenses amas qui, chose étonnante, tournent sans ?n sur eux-mêmes.Le plus gros de ces tourbillons \u2013 les scienti?ques parlent de «gyre», mot tiré du grec gyros, anneau \u2013 est celui du Paci?que qui se trouve à peine à 200 km des côtes de Californie et s\u2019étend au point d\u2019englober l\u2019archipel d\u2019Hawaï.Un monstre! Bien entendu, la majorité de ces déchets se dégradent sous l\u2019action combinée des rayons ultraviolets et de l\u2019eau de mer.Mais cette action est lente et les produits de dégradation sont souvent plus toxiques pour la vie marine que les matières plastiques elles-mêmes.Au rythme accéléré où ces amas grossissent, il ne semble pas y avoir beaucoup d\u2019espoir.Pour la plupart des experts, la solution est à la source : il faut réduire la production de plastiques, instaurer une meilleure gestion des déchets \u2013 entre autres, un recyclage systématique \u2013 et mettre en marché des plastiques biodégradables, dé?auquel l\u2019industrie s\u2019est attelée depuis peu.Malheureusement, les coûts ridiculement bas de la production de matières plastiques «traditionnelles» limitent ces efforts.En attendant, que fait-on des gyres de débris dans les océans?Plusieurs spécialistes ont conclu que nettoyer ces amas au moyen de navires et de pompes est pratiquement impossible, ou prendrait une éternité et nuirait à la vie marine.O C E A N C L E A N U P A R R A Y Des océans de plastique Nettoyer les océans de leurs amas de détritus de plastique, mission impossible ?Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Novembre 2015 | Québec Science 19 Mais cela, c\u2019était avant que Boyan Slat n\u2019entre dans la danse.En 2013, ce jeune ingénieur néerlandais présente aux sociétés d\u2019ingénieurs puis, par Internet, au grand public, ce qu\u2019il appelle le Ocean Cleanup Array.Au lieu d\u2019envoyer des navires récolter des déchets au milieu de l\u2019océan, Slat propose d\u2019ancrer, dans les gyres, des filets qui ?ltreraient et extrairaient les déchets sur place.Chaque ?let, en forme de V et long de 2km, présente à la pointe du V une sorte de tapis roulant, fonctionnant à l\u2019énergie solaire, qui charge les déchets et les engloutit dans un grand cylindre ?ottant debout.Ce cylindre est vidé tous les 45 jours par un navire (il faut quand même des navires, dans ce système!), et les déchets recueillis sont ensuite recyclés.La réaction initiale des experts à ce concept est très critique.Selon eux, le dispositif ne serait pas ?able dans les conditions océaniques.De plus, il laisserait passer la majorité des mi- cro-déchets et comporterait des risques importants pour la faune aquatique, dont la capture des œufs de poissons et d\u2019oiseaux marins.Mais Boyan Slat ne se décourage pas.Un an et demi plus tard, ayant entre- temps fondé une entreprise et trouvé le ?nancement nécessaire au démarrage de son projet, il revient à la charge.Après avoir effectué de nombreux tests techniques, il publie une étude détaillée de 530pages (enveloppée dans du plastique océanique recyclé\u2026) qui conclut que son dispositif est fonctionnel et ?able pour nettoyer les océans des déchets de plastique.Avec un modeste déploiement de quelques-uns de ses dispositifs ?ottants, estime-t-il, il suf?rait de 20ans pour se débarrasser entièrement du gyre du Paci- ?que.Optimisme démesuré ou réalisme prudent d\u2019un jeune audacieux?On devrait bientôt avoir la réponse, puisque le Ocean Cleanup Array sera testé à grande échelle l\u2019an prochain au large de l\u2019île Tsushima, au Japon.Au moins, on aura essayéde faire quelque chose; on n\u2019aura pas baissé les bras! nQS Pour en savoir plus: www.theoceancleanup.com Boyan Slat, ingénieur néerlandais visionnaire, sauveur des océans à 20 ans ! Des ?ltres installés dans des nappes de déchets plastique qui dérivent dans le Paci?que pourraient capturer et «digérer» les polluants. usqu\u2019ici, nous les regardions d\u2019un œil plutôt sympathique.Après tout, les myriades de colonies bactériennes installées à demeure dans nos intestins ne sont pas nocives et nous rendent même de fiers services, en échange de l\u2019hébergement confortable offert par la douceur nutritive de notre ventre.Bref, un parfait exemple de symbiose biologique, sur lequel nous n\u2019avions pas grand-chose à dire, tant abondent, dans la nature, de pareils exemples de cohabitation mutuellement profitable.Nos micro-organismes intestinaux occupaient pacifi que ment le terrain, tout en nous protégeant, du seul fait de leur présence, de l\u2019installation de germes nuisibles.Un peu comme les fromages au lait cru, habités de «bonnes» bactéries, nous épargnent en principe la venue des mauvaises.Il s\u2019agissait donc d\u2019une sorte de barrière protectrice, à laquelle on voulait bien reconnaître quelque autre utilité, comme une contribution à la chimie digestive.Mais une formidable révolution vient de se produire, touchant pratiquement tous les secteurs de la médecine, qu\u2019elle éclaire d\u2019un jour nouveau en offrant la perspective de nombreux progrès thérapeutiques.Des dizaines de milliers de chercheurs, en effet, n\u2019ont d\u2019yeux que pour ces peu ragoûtantes populations bactériennes qu\u2019ils considèrent désormais comme un organe à part entière.Baptisé «microbiote», il jouerait un rôle clé dans toutes les fonctions du corps humain.Si bien que nos 2 kg de vulgaires bactéries saprophytes intestinales ont obtenu l\u2019élégant label de «deuxième cerveau» (lequel est 25% plus lourd que le «premier»).L\u2019expression «deuxième cerveau» reprend le titre d\u2019un livre paru en 1998, The Second Brain.Son auteur, Michael Ger- shon, de la Chaire d\u2019anatomie et de biologie cellulaire de l\u2019université Columbia, à New York, avait d\u2019abord été frappé par la ressemblance structurelle de cette espèce de tapisserie entérique, où s\u2019agrègent inextricablement des bactéries et des neurones, avec le «vrai» cerveau.Il a ensuite constaté que les deux cerveaux (celui du haut et celui du bas) communiquaient inten - sément, formant un axe intestins-cerveau.Et même que certaines bactéries synthétisaient des neurotransmetteurs.20 Québec Science | Novembre 2015 le baladi des bactÉries Bien plus complexes que nous l\u2019imaginions, nos entrailles constitueraient un deuxième cerveau et abriteraient une biodiversité microbienne inouïe.Un champ d\u2019exploration qui pourrait bien révolutionner la médecine.Par Fabien Gruhier VENTRE j A N T H O N Y T R E M M A G L I A FANTASTIQUE Novembre 2015 | Québec Science 21 Lorem ipsum our les paléoanthropo- logues, cette incroyable sophistication du mi- crobiote humain, avec délocalisation intestinale d\u2019une partie des fonctions cérébrales, peut s\u2019interpréter com - me un important avantage évolutif : le cerveau numéro un peut ainsi se consacrer à des tâches plus nobles que la gestion de la digestion! Et cette dernière peut se dérouler même chez les sujets plongés dans le coma, ou paralysés par une rupture accidentelle de la moelle épinière.On doit aussi constater que nos ancêtres australopithèques d\u2019il y a 3 millions d\u2019années, genre Lucy, ne disposaient que d\u2019un intestin d\u2019une longueur limitée (1,20 m, environ).Tandis que notre tractus digestif s\u2019étire sur 8 m, offrant au microbiote et à ses neurones une surface intérieure d\u2019environ 200 m2 \u2013 l\u2019équivalent d\u2019un terrain de tennis! De quoi abriter 200 millions de neurones, et 100 000 milliards de bactéries (soit 10 fois le nombre total de nos cellules), qui se répartissent en 8 000 à 10 000 espèces distinctes.Chiffre encore plus vertigineux, la variété chromosomique des bactéries hébergées se monte à environ 500 000 gènes, constituant un «mégagé- nome intestinal» qui surclasse de beaucoup notre propre génome (lequel ne compte que 22 000 gènes).Un dernier détail enfin, aussi étonnant que trivial, nos matières fécales sont composées à 90% de bactéries éliminées.Mais comment diable ce microbiote essentiel à la vie se forme-t-il soudain, à partir d\u2019un cocktail de microbes dont l\u2019intestin stérile du nouveau-né avait été protégé jusqu\u2019au moment de sa naissance?«Cette implantation est encore mal connue, répond Marie-José Butel, microbiologiste à l\u2019université Paris Descartes.On pense que les bactéries s\u2019installent en fonction des caractéristiques génétiques de l\u2019enfant.» Seule certitude, ces bactéries, normalement bienfaisantes, proviennent surtout de la maman, spécialement de son vagin et de 22 Québec Science | Novembre 2015 le baladi des bactÉries P S C I E P R O / S P L son anus.Le contact avec les bactéries fécales, en provenance directe du microbiote maternel, joue donc un rôle primordial.S\u2019ajoutent ensuite \u2013 en fonction des circonstances, de l\u2019environnement local, du mode d\u2019alimentation (sein ou biberon) et des pratiques d\u2019hygiène en vigueur \u2013 des bactéries venues de l\u2019extérieur.Remarque d\u2019importance : le terrain génétique de l\u2019enfant est plus ou moins propice à l\u2019installation de telle ou telle bactérie.Autrement dit, il y a une part d\u2019hérédité dans le peuplement bactérien de notre système digestif, dans la mesure où les bactéries venues de l\u2019extérieur sont iné ga le ment tolérées par le jeune organisme qu\u2019elles colonisent.ce propos \u2013 tous les spécialistes s\u2019accordent à le dire \u2013, beaucoup se joue dans les premiers instants de l\u2019accouchement.Ainsi, la fréquence croissante du recours à la césarienne change tout, déclare le microbiologiste Brett Finlay, des laboratoires Michael Smith de l\u2019université de Colombie-Britannique.Les enfants nés par césarienne, non exposés à la naissance aux bactéries fécales et vaginales de leur mère, affichent toujours un microbiote différent de celui des enfants nés par voie naturelle.Avec, notamment, une plus grande susceptibilité à la maladie asthmatique.Ainsi, l\u2019asthme pourrait venir du ventre, ce que l\u2019on n\u2019avait encore jamais soupçonné.Il faut par ailleurs s\u2019interroger sur l\u2019effet des médicaments administrés, pour de légitimes raisons thérapeutiques, aux enfants en bas âge.Car, dès 2012, une étude du même Brett Finlay, menée à Vancouver sur des souriceaux, démontrait que certains antibiotiques (en particulier la vancomy- cine, d\u2019usage courant en pédiatrie) perturbaient sérieusement la composition du microbiote, augmentant en conséquence les risques d\u2019asthme et d\u2019allergies.Les mêmes antibiotiques administrés à la souris adulte se sont avérés sans effets néfastes; la fragilité du microbiote semblerait donc limitée à la période néonatale, jusqu\u2019à environ l\u2019âge de 24 mois chez les humains.Mais, on va le voir, beaucoup d\u2019autres surprises stupéfiantes se nichent dans ce curieux organe, à la fois intestinal et neuronal.D\u2019une façon générale, il semble au- jourd\u2019hui admis que le microbiote s\u2019avère d\u2019autant plus performant qu\u2019il est riche en microbes divers.Plus la flore est variée, mieux c\u2019est.Ce qui amène plusieurs spécialistes à s\u2019interroger sur les excès d\u2019hygiène caractérisant les pays développés.En réduisant les occasions de contact avec certaines bactéries, on réduirait l\u2019étendue du précieux spectre, ouvrant la porte à ces affections dont le monde moderne déplore l\u2019explosion : obésité, allergies, dia - bète, hypertension, déficits immunitaires, affections cardiovasculaires, maladie de Crohn, etc.Les soupçons d\u2019une influence psycho-microbiotique sur les maladies s\u2019étendent aujourd\u2019hui jusqu\u2019aux pathologies mentales, aux troubles cognitifs, à ceux du comportement, aux états dépres - sifs et même à l\u2019autisme.Concernant l\u2019obésité, la preuve de l\u2019avantage que constitue une plus grande richesse en bactéries intestinales a été apportée par deux études internationales publiées dans la revue Nature en août 2013.Dans la première, les chercheurs ont comparé la diversité bactérienne des microbiotes de 292 adultes danois (123 non obèses et 169 obèses), ce qui leur a permis d\u2019abord de confirmer le désavan - tage d\u2019une faible diversité.Ensuite, ils ont pu identifier les espèces bactériennes qui limitent la prise de poids.Enfin, ils ont constaté que six espèces bactériennes cruciales suffisent à différencier les microbiotes «pauvres» des «riches».Cela laisse penser Novembre 2015 | Québec Science 23 Notre tractus digestif s\u2019étire sur 8 m, offrant au microbiote et à ses neurones une surface intérieure d\u2019environ 200 m2 \u2013 l\u2019équivalent d\u2019un terrain de tennis! De quoi abriter 200 millions de neurones, et 100 000 milliards de bactéries, qui se répartissent en 8 000 à 10 000 espèces distinctes.Une jungle, quoi! À Notre intestin renfermerait autant de bactéries qu\u2019on trouve de grains de sable sur une plage de 1 km.Lorsque la combinaison entre tous ces microbes est adéquate, l\u2019humain serait protégé non seulement contre les troubles gastro-intestinaux, mais contre une pléthore de problèmes de santé.Par Dominique Forget CONTRE L\u2019OBÉSITÉ Quelques bactéries transplantées dans les intestins pour- raient-elles aider les obèses à lutter contre les kilos en trop?«Des études ont démontré que les enfants qui prennent des antibiotiques à un très jeune âge sont plus susceptibles d\u2019avoir des problèmes de poids plus tard», souligne André Marette, professeur au département de médecine de l\u2019Université Laval.On sait que les antibiotiques qu\u2019on administre pour soigner une infection, par exemple une otite, ne s\u2019attaquent pas qu\u2019aux bactéries pathogènes; ils détruisent aussi une partie des «bonnes» bactéries des intestins.Reste à trouver la combinaison de bactéries qui protégeraient contre l\u2019obésité et à trouver le moyen de la transplanter.À l\u2019université Washington, à Saint- DES ALLIÉS qu\u2019il serait assez facile de mettre au point un test de dépistage des individus à risque.Mais la conclusion la plus importante de cette étude, c\u2019est qu\u2019un régime alimentaire adapté, proposé aux sujets obèses, leur a permis non seulement de maigrir, mais aussi d\u2019améliorer la composition de leur microbiote en l\u2019enrichissant durablement des «bonnes» bactéries qui manquaient à l\u2019appel.La deuxième étude, celle-là franco-sino- suédoise, publiée en août dernier dans la revue Immunity et concernant le diabète de type 1, vient d\u2019illustrer le rôle protecteur et même curatif de certaines bactéries du microbiote.Ainsi, en leur transférant des bactéries microbiotiques de souris saines, les chercheurs ont réussi à guérir des souris diabétiques.Et comme «des données préliminaires suggèrent qu\u2019un mécanisme similaire pourrait être reproduit chez l\u2019homme», tous les espoirs sont permis.Du côté des affections mentales, le professeur Stephen Collins, gastroentérologue à l\u2019université McMaster de Hamilton, en Ontario, a été le premier à suggérer que «les bactéries résidentes intestinales pour- 24 Québec Science | Novembre 2015 le baladi des bactÉries Louis au Missouri, des chercheurs ont fait quelques essais préliminaires.Ils ont transplanté à des souris des bactéries intestinales prélevées soit chez des humains obèses, soit chez des humains minces.Les rongeurs qui ont reçu les bactéries des sujets sveltes sont restés minces alors que ceux qui ont reçu les bactéries d\u2019individus obèses ont grossi, et ce, même si les deux groupes ont suivi exactement la même diète.Les résultats ont été publiés en 2013, dans la revue Science.CONTRE LA DÉPRESSION Les bonnes bactéries dans l\u2019intestin auraient un effet apaisant sur le cerveau.Guy Rousseau, de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, en a fait la démonstration chez le rat.«Après un infarctus du myocarde, 65% des patients présentent des symptômes dépressifs», dit le chercheur.C\u2019est que l\u2019infarctus libère dans le sang des molécules inflammatoires, appelées cytokines.«Ces dernières provoquent la mort de cellules dans l\u2019amygdale et dans l\u2019hippocampe, deux régions du cerveau impliquées dans la régulation des émotions.C\u2019est ce qui causerait la dépression», poursuit Guy Rousseau.En laboratoire, le Montréalais a démontré que des rats auxquels ont administrait des probiotiques souffraient moins souvent de dépression après un infarctus.Les pro- biotiques (de «bonnes» bactéries) empêcheraient les cytokines produites dans l\u2019intestin de se retrouver dans le sang.«Je n\u2019y croyais pas avant de réaliser cette étude, admet Guy Rousseau.D\u2019ailleurs, il y a encore beaucoup de méfiance chez les médecins en ce qui concerne l\u2019efficacité des probiotiques pour combattre diverses maladies.» Le chercheur ajoute du même souffle qu\u2019il y a encore loin de la coupe aux lèvres : «Il faut encore déterminer quels probiotiques donner à quel patient et dans quelles circonstances.» CONTRE L\u2019ALZHEIMER, LE PARKINSON ET LA SLA Ici, on est encore dans l\u2019univers de la spéculation, mais quelques indices laissent croire qu\u2019il y aurait bel et bien un lien entre les fonctions cognitives et les bactéries qui tapissent les intestins.On sait par exemple que des souris élevées dans un milieu aseptisé voient leurs fonctions cognitives ralenties.Par ailleurs, certaines données suggèrent qu\u2019une diète méditerranéenne protégerait en partie contre la maladie d\u2019Alzheimer.Or, la diète a une influence directe sur la composition du microbiote.En outre, les trois principales maladies neurodégénératives \u2013 alzheimer, parkinson et sclérose latérale amyo- trophique (SLA) \u2013 ont toutes une composante gastro-intestinale.«Il semble que plusieurs patients qui reçoivent un diagnostic de maladie de Parkinson ont souffert de problèmes intestinaux avant de vivre des problèmes neuromoteurs», fait remarquer le docteur Richard Marchand, microbiologiste et infectio- logue à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal, qui se passionne pour toutes les nouvelles voies thérapeutiques ouvertes par les connaissances récentes sur le microbiote. raient produire des substances influant le cerveau».La microflore digestive, en effet, communique avec l\u2019encéphale, agissant sur la biochimie cérébrale.C\u2019est elle qui régule notre comportement, nos humeurs et la gestion de notre stress; bref, notre bien-être.Des recherches poussées permettront peut-être bientôt de «déterminer quelle bactérie produit telle molécule neu- roactive, seule ou en coopération avec d\u2019autres et sur quelle cible elle agit».Nous n\u2019en sommes pas encore là.Mais déjà, en 2009 à Montréal, le professeur Guy Rousseau, de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur, s\u2019était illustré en soulageant la dépression post-infarctus du myocarde à l\u2019aide de bactéries.À London, Derrick MacFabe, directeur du Groupe de recherche Kilee Patchell-Evans sur l\u2019autisme de l\u2019université de Western Ontario, lui, soupçonne une piste bactérienne micro- biotique dans le cas de l\u2019autisme.Cette maladie connaît, dans le monde industrialisé, une expansion foudroyante \u2013 constatée et étudiée, au Canada, chez de très jeunes enfants émigrés de Somalie.Selon le chercheur, ce sont les toxines sécrétées par leurs bactéries intestinales, incapables de digérer certains de nos aliments locaux \u2013 dont le blé et les produits laitiers \u2013, qui entraînerait l\u2019autisme.Cette piste, encore controversée, n\u2019en est pas moins explorée dans les laboratoires, avec l\u2019espoir d\u2019un remède à portée de main, toujours par «correction» bactérienne du micro- biote.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019analyse de notre microbiote se poursuit.Il s\u2019agit d\u2019une recherche d\u2019une très grande complexité, compte tenu du nombre des bactéries impliquées et des gènes que contient chacune, ainsi que des multiples différences entre les milliards d\u2019humains abritant chacun un microbiote unique au monde.On commence toutefois à pouvoir classifier ces flores intestinales si variées en grandes catégories, un peu comme on l\u2019a fait pour le sang.Aux dernières nouvelles, les mi- crobiotes se rangent dans trois familles, ou «entérotypes», nommées selon le type de la majorité de leurs bactéries : Bacte- roïdes, Prevotella ouRuminococcus.Il ne s\u2019agit sans doute que d\u2019une première approche, encore rudimentaire, mais qui permet déjà d\u2019effectuer des comparaisons statistiques.Les catégories de microbiotes sont appelées à bourgeonner en multiples subdivisions et variantes.Un jour, peut- être, chacun de nous aura en poche sa «carte de microbiote» permettant aux médecins, en cas d\u2019urgence, de savoir quelles bactéries lui greffer dans l\u2019intestin.En attendant, on peut se réjouir de quelques réussites ponctuelles, par exemple des transferts de bactéries fécales, prélevées dans les selles de quelqu\u2019un d\u2019autre.Les agences sanitaires devront décider si ces thérapies sont à ranger dans la catégorie des greffes ou dans celle des médicaments.Pour le moment, une chose est sûre : greffées ou pas, les bactéries provenant du microbiote constitueront une source intarissable de remèdes.Et dans un avenir pas si lointain.?QS Novembre 2015 | Québec Science 25 >Pour en savoir plus Le microbiote ne passionne pas que les spécialistes, mais aussi le grand public, si on en juge par l\u2019exceptionnel succès du livre de Giulia Enders, une jeune doctorante allemande de l\u2019université de Francfort.Paru à Berlin en 2014 sous le titre Darm mit Charme, cet ouvrage s\u2019est vendu dans la seule Allemagne à plus de 1 million d\u2019exemplaires, assure l\u2019éditeur.Avec talent et entrain, l\u2019auteure nous dit tout de ce deuxième cerveau qu\u2019elle connaît si bien en tant que chercheuse.Mieux, elle le fait en liant ce passionnant sujet avec son histoire personnelle, sa propre guérison d\u2019une grave maladie de peau, grâce à un changement draconien de son alimentation, un régime qui lui a permis de modifier sa propre flore intestinale.Il s\u2019ensuit que le livre est truffé de quantité de conseils diététiques à l\u2019usage de tout un chacun.Ainsi, sa lecture, très agréable pour le premier cerveau, est aussi excellente pour le microbiote! En français : Le charme discret de l\u2019intestin \u2013 Tout sur un organe mal aimé, Giulia Enders, Actes Sud, 2015, 352 p.Guy Rousseau, directeur adjoint à la recherche fondamentale du Centre de recherche de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T endant que des adolescents rêvent à l\u2019élu de leur cœur ou à leur première voiture, d\u2019autres aspirent au Shâm, cette Grande Syrie mythique, englobant une partie de l\u2019Irak et de la Syrie actuelle, où le groupe armé État islamique (EI) a proclamé son califat.Au Québec, une trentaine d\u2019ados ont déjà quitté le pays ou tenté de le faire pour accomplir leur hijra, leur émigration en terre d\u2019Islam.Selon le Centre international pour l\u2019étude de la radicalisation, basé au King\u2019s College à Londres au Royaume-Uni, plus de 4 000 jeunes ressortissants des pays occidentaux, certains âgés d\u2019à peine 14 ans, ont suivi des rabatteurs de l\u2019EI, tels les enfants de la légende de Hamelin séduits par la mélodie de l\u2019infâme joueur de flûte qui les entraîne finalement à leur perte.Ce nombre n\u2019inclut que les jeunes qui ont réussi à grossir les rangs des groupes terroristes.Des dizaines d\u2019autres, comme ceux qui ont été arrêtés in extremis à l\u2019aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, à Montréal, en mai dernier, n\u2019ont jamais pu mener leur plan à terme.Ainsi, depuis 2012, la liste des ados radicalisés s\u2019al- longe-t-elle, au grand désarroi des parents impuissants et des autorités déroutées.Fait particulièrement troublant, les jeunes enrôlés par les islamistes radicaux n\u2019ont aucun point en commun, sinon leur âge.« Ils ont en moyenne 17 ou 18 ans», signale Benjamin Ducol, post - doctorant au Centre international de criminologie comparée de l\u2019Université de Montréal.Depuis 2013, le sociologue se promène en France, en Belgique et au Canada pour interviewer des familles dont l\u2019enfant a fui vers la Syrie ou l\u2019Irak.«Le portrait est très dif- férent entre le Québec et l\u2019Europe», révèle-t-il, en affirmant avoir de plus en plus de mal à parler aux familles, effarouchées par les médias.Tous les parents approchés dans le cadre de cet article ont d\u2019ailleurs décliné les demandes d\u2019entrevue deQuébec Science.«En Europe, il s\u2019agit de familles mixtes, c\u2019est-à-dire composées d\u2019un parent d\u2019origine belge ou française et d\u2019un parent d\u2019origine arabe de confession musulmane; et de familles dites typiques, c\u2019est-à-dire dont les deux parents, belges ou français, sont catholiques, poursuit Benjamin Ducol.Au Québec, ce sont surtout des enfants d\u2019immigrants de confession musulmane.» Dans la plupart des cas étudiés, il s\u2019agissait de garçons, brillants et sans histoire.En France, l\u2019anthropologue Dounia Bouzar fait un constat similaire.Dans son Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l\u2019islam (CPDSI), elle s\u2019emploie actuellement à «désembrigader» quel - que 80 jeunes tombés dans les filets des recruteurs de l\u2019EI ou du Front al-Nosra, mouvement djihadiste affilié à al-Qaïda.« Il y a quelques années, nous 26 Québec Science | Novembre 2015 L\u2019emprise c ntre pPourquoi et comment des ados se laissent-ils séduire par le radicalisme religieux?L\u2019exemple que fournit le djihadisme est lourd d\u2019enseignement.Par Marie Lambert-Chan TOUS ADOS ET Novembre 2015 | Québec Science 27 avions des cas classiques de garçons issus de milieux défavorisés, nés de familles arabes immigrantes, sans figure paternelle ni repères, sans espoir social, à la recherche d\u2019une toute-puissance offerte par le discours intégriste.Mais ce n\u2019est plus le cas au- jourd\u2019hui», dit-elle.Les statistiques tenues par son centre sont éloquentes : parmi les 400 familles qui ont fait une demande d\u2019aide à ce jour, 40% se déclarent athées, 40% catholiques, 19% musulmanes et 1% juives.Environ 59% appartiennent à la classe moyenne, 30% à la classe populaire et 11% à la classe supérieure.Le Centre reçoit autant de garçons que de filles.«Nous rencontrons des enfants de médecins, de professeurs et d\u2019avocats ayant grandi dans des foyers harmonieux en plein centre de Paris; des premiers de classe qui basculent dans la radicalisation en moins de deux mois», relate-t-elle.e phénomène étonne mais, d\u2019une certaine façon, il n\u2019a rien de nouveau.«Les adolescents sont vulnérables à toutes sortes de comportements déviants», rappelle Jocelyn Bélanger, professeur de psychologie à l\u2019Université du Québec à Montréal, qui a contribué à la création, tout récemment, du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).La courbe âge-crime, une mesure classique en criminologie, démontre en effet un accroissement des crimes vers la fin de l\u2019adolescence, avec un apogée vers l\u2019âge de 20 ans.L\u2019attirance des jeunes pour les conduites à risque \u2013 rouler en cow-boy sur l\u2019autoroute ou devenir combattant de l\u2019EI \u2013 s\u2019expliquerait en partie par la structure du cerveau adolescent, estiment plusieurs spécialistes, dont la doc- teure B.J.Casey, directrice de l\u2019Institut Sackler de psychobiologie du développement au collège de médecine de l\u2019université Cornell, dans l\u2019État de New York, une experte mondialement reconnue en la matière.À cette étape de la vie, le système lim- bique, responsable de la prise de risque, est fortement activé.Mais le contrôle des impulsions, qui sert en quelque sorte de contrepoids, est situé dans le cortex pré- frontal, lequel n\u2019atteint sa maturité que dans la vingtaine.Voilà pourquoi les ados agiraient à l\u2019instinct, sur le coup de l\u2019émotion ou de l\u2019incitation, sans songer aux conséquences à long terme.«Si l\u2019on se fiait à cet argument un peu simpliste, on conclurait que tous les adolescents agissent de manière stupide.Or, ce n\u2019est pas le cas», rétorque la neurologue Lesley K.Fellows qui poursuit des recherches sur les fonctions des lobes frontaux et les processus de prise de décision chez l\u2019humain à l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal.Elle cite une étude où des jeunes placés dans un simulateur de conduite prenaient davantage de risques en compagnie de pairs que lorsqu\u2019ils étaient seuls derrière le volant.«L\u2019environnement joue un rôle important dans le comportement des ados et c\u2019est un facteur à considérer dans un phénomène aussi complexe que celui de la radicalisation», dit-elle.Si des jeunes sont attirés par les promesses des islamistes radicaux, c\u2019est surtout parce qu\u2019ils traversent une période ingrate de leur vie, caractérisée par l\u2019incertitude, estime Arie Kruglanski, éminent spécialiste en psychologie sociale du terrorisme.«Ni enfants ni adultes, les adolescents sont dans une espèce de no man\u2019s land, ignorant ce que la vie leur réserve.Leur identité n\u2019est pas affirmée.Leurs émotions sont à fleur de peau et leurs opinions, très influençables.Ils trouvent un exutoire dans les idéologies extrémistes qui leur offrent un monde sans ambiguïté», explique le psychologue, professeur à l\u2019université du Maryland où il a fondé START (National Consortium for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism), un centre de recherche financé en partie par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis.28 Québec Science | Novembre 2015 L\u2019emprise Tout plaquer à 18 ans pour se battre aux côtés des islamistes radicaux paraît insensé.Pourtant, ceux que des médias ont baptisés les «nouveaux fous d\u2019Allah» ne sont pas fous au sens propre du terme.«Jusqu\u2019à présent, les scientifiques de par le monde n\u2019ont découvert aucune donnée probante liant la maladie mentale à la radicalisation», déclare le psychologue Jocelyn Bélanger.Par ailleurs, enrôler un individu présentant un problème de santé mentale grave représente un risque pour une organisation terroriste.«Par exemple, une personne qui souffre d\u2019une schizophrénie établie ou d\u2019un trouble de personnalité aura du mal à entrer en relation avec les autres et à se structurer.Ce n\u2019est pas une recrue intéressante pour ces regroupements», soutient le docteur Pierre David, psychiatre et chef du Programme des troubles relationnels et de la personnalité à l\u2019Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM).N\u2019empêche, on remarque des vulnérabilités psychologiques chez des aspirants djihadistes, lesquelles pourraient se révéler un terreau fertile pour le développement de maladies mentales.«Cela ne veut pas dire que ces jeunes ont une psychopathologie au moment de leur départ, précise d\u2019entrée de jeu le docteur Luigi De Benedictis, psychiatre et chef du Programme des troubles psychotiques à l\u2019IUSMM.Une fragilité psychologique n\u2019est pas pathologique mais, chez certains de ces jeunes, elle pourrait prédisposer au développement de problèmes d\u2019anxiété, de troubles de personnalité ou de troubles de l\u2019humeur.» En France, Dounia Bouzar en a été témoin à quelques reprises.Au cours de leur désembrigadement, des ados ont manifesté des symptômes de paranoïa ou de schizophrénie.«C\u2019est comme si l\u2019embrigadement avait colmaté le problème de santé mentale, avance l\u2019anthropologue.Lorsqu\u2019on fait tomber le château de cartes, tout cela éclate au grand jour avec une telle force qu\u2019on a dû procéder à des hospitalisations d\u2019urgence avant que ces jeunes ne se jettent par la fenêtre.» Fous d\u2019Allah, vraiment?L Ces idées radicales offrent un réconfort particulier aux jeunes fragilisés par le décès d\u2019un proche, un chagrin d\u2019amour, des actes d\u2019intimidation ou des symptômes dépressifs \u2013 des moments de rupture observés fréquemment chez les embrigadés.«Certains se tournent vers la religion pour trouver des réponses à leur malaise, explique Benjamin Ducol.Au début, la famille croit à une conversion standard.Puis, le jeune passe par une phase de repli identitaire; il devient rigide dans sa pratique et de plus en plus intolérant dans sa pensée.C\u2019est à ce moment, parfois, que les proches se réveillent, mais il est déjà tard.Ils ont le sentiment qu\u2019on leur a volé leur enfant sous leur nez.» Le chercheur ne blâme pas les parents : «C\u2019est très difficile de discerner la radicalisation d\u2019un individu, même pour les spécialistes.En revanche, un signe qui ne ment pas, c\u2019est l\u2019apologie de la violence.» ans l\u2019histoire humaine, la violence a toujours été un moyen de prédilection pour connaître la gloire, fait remarquer Arie Kruglanski.«C\u2019est une aspiration avec laquelle ne peuvent rivaliser d\u2019autres causes comme la lutte contre la pauvreté ou la défense de l\u2019environnement \u2013 des combats où un individu peut s\u2019illustrer, mais au prix de plusieurs années d\u2019efforts.Voilà pourquoi le djihad séduit même des jeunes qui mènent une vie rangée.La réussite sociale, telle qu\u2019on la conçoit ici, est une pente longue à gravir : étudier, bâtir une carrière, amasser de l\u2019argent, fonder une famille, etc.Joindre l\u2019EI, se battre et mourir en héros est un raccourci qui apparaît intéressant pour ces ados en quête de sens.» En effet, les apprentis djihadistes ne sont pas des idéologues, mais des chercheurs de sens, reprend Jocelyn Bélanger qui a fait son doctorat en psychologie sous la houlette d\u2019Arie Kruglanski.«La preuve est qu\u2019ils comprennent mal les raisons pour lesquelles ils se battent», affirme-t- il, en rappelant l\u2019histoire de ces deux jeunes Britanniques qui ont commandé L\u2019islam pour les nuls et Le Coran pour les nuls sur Amazon avant de partir pour la Syrie.Les djihadistes l\u2019ont compris depuis belle lurette, se désole Dounia Bouzar.«Telle une équipe de psychologues très futés rôdant sur la Toile, ils individualisent leur mode d\u2019embrigadement en proposant des mythes adaptés à l\u2019éducation et à la culture du jeune pour l\u2019hameçonner.» Aux adolescentes affichant leur désir de devenir infirmière ou médecin sur Twitter, les recruteurs parleront des enfants gazés par le président syrien Bachar el-Assad.Ils titilleront plutôt le fantasme guerrier des garçons adeptes de jeux vidéo de type Call of Duty [NDLR: une série en 12 épisodes vendue à 175 millions d\u2019exem plaires dans le monde, depuis son lan ce ment en 2003, où le joueur fait la guerre en vision subjective, comme s\u2019il était lui-même le héros].Cependant, ajoute l\u2019anthropo - logue française, l\u2019embrigadement demeure conjoncturel : «Le jeune peut y échapper s\u2019il n\u2019y a pas adéquation entre son mal- être, ses besoins et le mythe vendu par les intégristes.» Si Dounia Bouzar est persuadée que l\u2019embrigadement se déroule en premier lieu sur le Web, Benjamin Ducol n\u2019en est cependant pas trop convaincu.«Je ne nie pas le rôle d\u2019Internet, mais je pense qu\u2019il arrive dans un deuxième temps, dit-il.On oublie que ce qui se trame dans notre vie quotidienne est surtout déterminé par les gens de notre entourage.» L\u2019influence des pairs dans le terrorisme est bien documentée.«Entre 66% et 75% des individus recrutés dans un groupe radical le sont parce qu\u2019ils connaissent déjà un membre, que ce soit un parent ou un ami», signale Jocelyn Bélanger.À peu près tous les aspirants djihadistes partent en duo ou en groupe, avec le soutien d\u2019un agent qui évolue dans leur cercle rapproché.Ainsi, une multitude de forces sont à l\u2019œuvre derrière la radicalisation des adolescents.Mieux les comprendre permet aux spécialistes de perfectionner le processus de désembrigadement.«Il est possible de \u201cdéradicaliser\u201d un individu avec succès si l\u2019on prend le temps de sonder ses motivations profondes, comme l\u2019ont démontré des interventions menées auprès des Tigres tamouls au Sri Lanka, des dji- hadistes en Irak et en Arabie saoudite, ainsi que chez les néonazis en Allemagne», assure Jocelyn Bélanger.Dounia Bouzar et l\u2019équipe du CPDSI ont mis au point une méthode de désem- brigadement, détaillée dans Comment sortir de l\u2019emprise «djihadiste»?paru en 2015.Les intervenants du Centre prônent une approche humaniste auprès des rescapés.Ils travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement afin de ne pas judi- ciariser ces jeunes.La majorité a été stoppée à la frontière, tandis que quelques-uns sont sortis du pays puis ont réussi à revenir, cruellement déçus et profondément traumatisés par la réalité du terrain.«Quand on les rencontre, ils sont complètement anesthésiés, robotisés, relate Dounia Bouzar.Les terroristes leur ont appris à oublier leur ancienne vie.Avec l\u2019aide de leurs parents, on utilise la technique de la madeleine de Proust; on tente de faire revivre des événements de leur enfance au moyen d\u2019images, d\u2019odeurs, de musique, etc.Pratiquement tous les jeunes Novembre 2015 | Québec Science 29 «Les adolescents sont dans une espèce de no man\u2019s land, ignorant ce que la vie leur réserve.Leur identité n\u2019est pas affirmée.Leurs émotions sont à fleur de peau et leurs opinions, très influençables.Ils trouvent un exutoire dans les idéologies extrémistes qui leur offrent un monde sans ambiguïté.» D finissent par avoir une réminiscence de ce qu\u2019ils ont essayé de broyer en eux.» Après quoi, le plus dur reste à faire : affronter la réalité.Les intervenants et les parents coécrivent un scénario dont le but est d\u2019amener le jeune à une séance de dé - sembrigadement à son insu.Là, sa présence sera à peine remarquée.L\u2019accent sera plutôt mis sur des témoignages de «repentis» soigneusement choisis afin qu\u2019ils fassent écho au parcours de l\u2019ado.«Peu à peu, une dissociation cognitive se produit, explique l\u2019anthropologue.Le jeune prend conscience des mécanismes de l\u2019embrigadement.Au bout de deux heures, il craque et nous déballe tout ce qu\u2019il a vécu.» S\u2019amorce ensuite le «post-désembriga- dement», une période où l\u2019adolescent ressent un lourd clivage.«Il peut appeler la police pour dénoncer trois copains en route pour la Syrie et, quelques jours plus tard, il retourne auprès de ses recruteurs et leur dit qui on est, ce qu\u2019on lui fait, qu\u2019on est les pires personnes du monde, illustre Dounia Bouzar.Cette ambivalence peut durer des mois.C\u2019est d\u2019autant plus difficile avec les jeunes qui ne se coupent pas d\u2019Internet et, par conséquent, de leur tribu numérique, de laquelle ils reçoivent de 50 à 100 messages par jour.Du véri - table harcèlement!» À ce stade, les dé - sembrigadés vivent ce qui ressemble à une cure de désintoxication.Ils se rencontrent d\u2019ailleurs tous les 15 jours pour discuter de leurs épreuves, un peu comme le font les Alcooliques anonymes.Sur les 80 jeunes suivis par le Centre, une dizaine sont considérés comme sortis d\u2019affaire et les autres seraient en bonne voie de l\u2019être.«Mais il reste toujours quelques cas irrécupérables, surtout quand la famille est elle aussi radicalisée, signale Dounia Bouzar.Pour eux, nous n\u2019avons pas encore trouvé de solution.» Malgré les succès du CPDSI, elle avoue, en soupirant, ne pas faire preuve d\u2019optimisme : «Nous avons 10 ans de retard sur l\u2019EI et ça nous met en difficulté.» Arie Kruglanski a davantage confiance en l\u2019avenir : «Oui, des jeunes se rebellent contre l\u2019establishment en rejoignant les rangs de l\u2019EI, mais il est fort probable que leurs propres enfants se rebelleront contre eux, rejetant ainsi leur rêve de califat.L\u2019histoire est cyclique et cela me donne l\u2019espoir qu\u2019il y aura une fin à tout cela.» ?QS À lire Comment sortir de l\u2019emprise «djihadiste»?, Dounia Bouzar, Éditions de l\u2019Atelier, 2015, 160 p.30 Québec Science | Novembre 2015 John Maguire est probablement le plus célèbre des «enrôlés» canadiens.Il avait fait une vidéo menaçante en répétant que le jour du jugement viendrait.Il a été tué lors d\u2019un combat en Syrie, l\u2019hiver dernier.Quand André Gagné a pris connaissance du plan de lutte contre la radicalisation du gouvernement du Québec, il a été surpris du peu de place accordée à l\u2019éducation.«C\u2019est très étonnant, s\u2019exclame le professeur agrégé aux départements des sciences des religions et d\u2019études théologiques de l\u2019Université Concordia.Le meilleur moyen de prévenir la radicalisation reste l\u2019éducation.» Pour éviter que des jeunes tombent dans le panneau des prêcheurs de l\u2019EI, le spécialiste estime que tous, dès la petite enfance, devraient suivre un cours d\u2019éducation des religions enseigné selon une approche historique, humaniste et séculière.«Il faut aller au-delà du programme d\u2019éthique et de culture religieuse [NDLR: actuellement obligatoire au primaire et au secondaire] et parler des religions de manière objective: de leur arrivée sur la scène mondiale, de leurs bons coups, de leurs côtés obscurs, détaille André Gagné.Il s\u2019agit de développer des outils de pensée critique pour les jeunes, afin qu\u2019ils comprennent que les religions sont des modes de vie présupposant l\u2019existence, ni vérifiable ni quantifiable, de puissances ou d\u2019êtres.» Des cours de littératie numérique devraient aussi être mis au programme, croit le sociologue Benjamin Ducol.«Ce n\u2019est pas parce que cette génération est née à l\u2019ère du numérique qu\u2019elle sait se servir d\u2019Internet, rappelle-t-il.On doit apprendre aux jeunes à bien analyser leurs sources et à faire attention à qui ils rencontrent sur le Web.» À l\u2019image des programmes de prévention destinés à réduire les abus d\u2019alcool et de drogue, Arie Kruglanski propose d\u2019instaurer dans les écoles et les communautés des ateliers où l\u2019on déboulonnerait les mythes du discours idéologique tenu par les radicaux.Soit, mais ne pourrait-on pas accuser les tenants de cette solution de faire, malgré eux, le jeu des propagandistes?«C\u2019est une question importante, concède l\u2019expert.Ça ne peut pas venir de vous ou moi, ni de la Défense des États-Unis ou du Canada.Il faut des intervenants crédibles, comme d\u2019anciens combattants qui raconteraient la réalité du terrain et démontreraient par exemple que les promesses des djihadistes sont fausses.» Ça se voit déjà: le Français Mourad Benchel- lali, ex-combattant d\u2019al-Qaïda et ex-détenu de Guantanamo, lutte contre la radicalisation des jeunes en leur racontant son histoire.L\u2019éducation, toutefois, ne suffit pas.Les ados du djihad ont soif de sens.Il faut arriver à rediriger leur quête vers d\u2019autres engagements, comme le bénévolat à la soupe populaire ou l\u2019aide humanitaire à l\u2019étranger.«Aux yeux de certains jeunes, cela semble moins glamour que le djihad, convient Arie Kruglanski, mais justement, on doit trouver des moyens de rendre ces options aussi gratifiantes et significatives.» La prévention passe par l\u2019éducation Magazines branchés ! Lecteurs allumés ! mag des azines com .cience 32 Québec Science | Novembre 2015 LA NOUVELLE GALERIE DE L\u2019UNIVERS lbert Einstein a connu Hubble.L\u2019astronome, pas le télescope.En 1929, Edwin Hubble, alors âgé d\u2019à peine 40 ans, venait de démontrer que l\u2019Univers était en expansion.Il apportait ainsi un appui de taille à la théorie de la relativité générale.Einstein avait en effet stipulé que l\u2019Univers devait être soit en expansion, soit en contraction.Mais les astronomes de l\u2019époque réfutaient cette idée.Intimidé, Einstein avait maladroi tement corrigé ses équations en introduisant une «constante cosmologique», geste qu\u2019il a lui-même qualifié, après la découverte de Hubble, de «plus grande bavure de sa vie».Bref, Edwin Hubble méritait bien qu\u2019on lui dédie un télescope spatial.D\u2019autant plus que l\u2019astronome avait déjà d\u2019autres exploits scientifiques à son crédit.Par exemple, avant 1924, on considérait que la Voie lactée représentait la totalité de l\u2019Univers, qu\u2019elle mesurait dans les 150 000 années-lumière de diamètre et que ce qu\u2019on appelait «nébuleuses» étaient des objets encore indéfinis à l\u2019intérieur de notre galaxie.Or, Hubble a réussi à mesurer la distance entre le Soleil et la nébuleuse d\u2019Andromède: 900 000 années- lumière, suivant ses calculs de 1923.(Aujourd\u2019hui, elle est estimée à 2,5 millions d\u2019années-lumière.) La preuve était faite: Andromède se situait à l\u2019extérieur de la Voie lactée et elle constituait en elle-même une autre galaxie.L\u2019Univers était donc immensément plus vaste qu\u2019on croyait.«L\u2019histoire de l\u2019astronomie est celle d\u2019horizons que l\u2019on repousse», a dit Hubble.Et, depuis plus de 25 ans, c\u2019est exactement ce que fait le télescope spatial qui porte son nom.La démonstration en 12 photos.Par Joël Leblanc L\u2019ÉVEIL En avril 1990, lorsque le télescope ouvre son œil après sa mise en orbite, les astronomes déchantent.Les images sont loin d\u2019être à la hauteur.Les contours sont flous; les galaxies sont résolument\u2026 nébuleuses.On découvre que le miroir principal présente un défaut de courbure, dû à une mauvaise calibration des instruments qui avaient servi à le polir en 1979.Cinquante fois plus fine que l\u2019épaisseur d\u2019un cheveu, l\u2019erreur de réglage avait suffi à rendre Hubblemyope.C\u2019est seulement en décembre 1993 que des astronautes pourront enfin aller lui mettre des «lunettes» et lui redonner sa vision parfaite.Les deux clichés ci-dessus présentent le cœur de la galaxie M-100, à 55 millions d\u2019années-lumière de nous.Celui de gauche a été pris le 27 novembre 1993 (avant l\u2019intervention des astronautes optométristes); et celui de droite, le 31 décembre de la même année.A LES IMAGES FOURNIES PAR LE TÉLESCOPE HUBBLE OFFRENT UN PANORAMA SANS ÉGAL DE L\u2019INFINI COSMIQUE.«l\u2019histoire de l\u2019astronomie est celle d\u2019horizons que l\u2018on repousse » Novembre 2015 | Québec Science 33 Cette photo, prise en février 2015 dans la constellation de la Grande Ourse, montre deux galaxies bien brillantes, entourées d\u2019arcs qui confèrent à l\u2019ensemble l\u2019allure du plus gros happy face de l\u2019Univers.Ces courbes sont en fait des galaxies lointaines en arrière-plan dont la lumière est déformée par un effet de lentille gravitationnelle.Albert Einstein avait prédit un tel phénomène dans sa théorie de la relativité générale.Une grande masse (comme un amas de galaxies) a la capacité de déformer l\u2019espace-temps, donc de faire dévier la lumière.Si une telle masse se trouve entre nous et un objet très lointain, l\u2019image de cet objet peut être déformée et amplifiée.Et lorsque tous ces éléments sont parfaitement alignés, l\u2019image forme des lignes courbes, baptisées «anneaux d\u2019Einstein».Hubble a pu prendre des dizaines de clichés où la présence de tels anneaux permet d\u2019observer de très lointains objets qui seraient invisibles sans cet effet de lentille.Einstein avait écrit, dans un article paru en 1936 dans la revue Science, qu\u2019il n\u2019y avait aucun espoir de voir de tels anneaux un jour, car les instruments d\u2019observation n\u2019offriraient jamais une résolution suffisante\u2026 LE SOURIRE D\u2019EINSTEIN VÉNÉRABLE UNIVERS L\u2019un des graal de l\u2019astrophysique, c\u2019est de déterminer l\u2019âge et les dimensions de l\u2019Univers, un défi que le télescope spatial a permis de relever.L\u2019objet de prédilection des astronomes est la céphéide, un type d\u2019étoile variable de 1 000 à 100 000 fois plus brillante que le Soleil.Ces étoiles, repérées pour la première fois dans la constellation de Céphée, ont un éclat qui augmente et diminue de façon cyclique et selon une fréquence très stable (allant de quelques jours à quelques mois).L\u2019intérêt réside dans le fait que cette fréquence est directement proportionnelle à l\u2019intensité lumineuse qu\u2019atteint l\u2019étoile.Sachant cela, lorsqu\u2019une céphéide est détectée, il suffit de l\u2019observer assez longtemps pour mesurer sa fréquence de pulsation et découvrir du même coup sa brillance réelle.Or, comme cette brillance s\u2019atténue avec la distance, on peut calculer cette dernière en comparant sa brillance apparente et sa brillance réelle.Hubble est passé maître dans l\u2019étude des céphéides.Après huit ans d\u2019observation de ces étoiles, les astrophysiciens sont parvenus à mesurer le taux d\u2019expansion de l\u2019Univers : les galaxies s\u2019éloignent les unes des autres au rythme de 70 km par seconde, pour chaque tranche de 3,26 millions d\u2019années les séparant.Autrement dit, plus deux galaxies sont éloignées, plus elles s\u2019éloignent rapidement l\u2019une de l\u2019autre.Ce chiffre, c\u2019est la constante de Hubble, à laquelle on a maintenant pu donner une valeur précise.Connaissant les dimensions de l\u2019Univers, il ne restait plus aux chercheurs qu\u2019à reculer dans le temps et à calculer le moment où tout ce mouvement avait commen cé, c\u2019est-à-dire au big-bang, il y a 13,7 milliards d\u2019années.La photo montre RS Puppis, une céphéide repérée dans la constellation de la Poupe (visible dans l\u2019hémisphère sud), à 6 500 années-lumière de nous.L\u2019intensité de sa lumière varie d\u2019un facteur 5 tous les 40 jours.34 Québec Science | Novembre 2015 AURORES SATURNIENNES Saturne, comme la Terre, est entourée d\u2019un champ magnétique et reçoit parfois des flots de particules chargées en provenance du Soleil.Le résultat est le même qu\u2019ici: des aurores polaires.À une différence près, sur Saturne, l\u2019événement peut durer plusieurs jours.Si Hubble a pu capter ces lumières, c\u2019est grâce à sa caméra sensible à l\u2019ultraviolet, car ces manifestations sont invisibles à l\u2019œil nu.De tels phénomènes ont aussi été observés sur Jupiter. Novembre 2015 | Québec Science 35 La photo des «Piliers de la création» \u2013 des colonnes de poussières interstellaires au cœur de la nébuleuse de l\u2019Aigle \u2013, publiée en 1995, a servi à lancer la carrière médiatique de Hubble.«Outre le fait qu\u2019elle montre une région de formation d\u2019étoiles, avec une précision inégalée à l\u2019époque, cette image a aussi joué un rôle crucial dans la réhabilitation du télescope», rappelle Robert Lamontagne, astrophysicien à l\u2019Université de Montréal.Cette spectaculaire image a réconcilié le public états-unien avec les astrophysiciens et leur dispendieux «jouet».Depuis, il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu\u2019un beau cliché astronomique ne fasse les nouvelles, dit Robert Lamon- tagne.Tous les observatoires jouent maintenant le jeu des images très léchées pour faire leur autopromotion.Cette photo est une vue plus récente (janvier 2015) des «Piliers».On a ainsi pu remarquer des mouvements dans les nuages de poussières.POUPONNIÈRE D\u2019ÉTOILES 36 Québec Science | Novembre 2015 UNE ÉTOILE ET SON ÉCRIN Les étoiles de type Wolf-Rayet se caractérisent par une température très élevée (entre 30 000 °C et 200 000 °C) et par l\u2019éjection massive de matière autour d\u2019elles.Ici, l\u2019étoile WR 124 a généré en moins de 10 000 ans ce «nid» de matière \u2013 que les astronomes appellent nébuleuse M1-67 \u2013, visible dans la constellation du Sagittaire. La plus impressionnante des images de Hubble.Il a fallu 550 heures de temps de pose, réparties sur une dizaine d\u2019années, pour obtenir ce «champ extrêmement profond».Le bout de ciel qu\u2019il montre compte plus de 5 000 galaxies! Les plus proches, à l\u2019avant-plan, sont à moins de 5 mil liards d\u2019années-lumière.Mais les plus lointaines se trouvent à plus de 13 milliards d\u2019années-lumière.C\u2019est dire que ces objets sont parmi les tout premiers à s\u2019être formés à la suite du big-bang.Cela nous apprend que des galaxies ont été créées très tôt et qu\u2019elles étaient plus petites que leurs consœurs plus récentes.AUX CONFINS DE L\u2019UNIVERS FIN LUMINEUSE Une supernova est un phénomène rare.Une étoile très brillante apparaît soudain dans le ciel et disparaît après quelques mois.Nos ancêtres n\u2019en ont été témoins qu\u2019à quelques reprises au cours des millénaires.On sait maintenant qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la naissance d\u2019une étoile, mais plutôt de sa mort.En 1987, un tel spectacle a eu lieu dans le Grand Nuage de Magellan, à 163 000 années-lumière de nous.C\u2019était la première supernova visible à l\u2019œil nu depuis presque quatre siècles.Trois ans plus tard, Hubble entre en scène et on se presse de le pointer vers l\u2019étoile morte.Pour la première fois, on a pu observer la dispersion des cendres d\u2019une étoile éclatée.Au fil des années, on a vu l\u2019anneau de matière qui entoure le cadavre d\u2019étoile s\u2019allumer une perle à la fois pour former un chapelet lumineux. 38 Québec Science | Novembre 2015 RUBAN D\u2019ÉLECTRONS L\u2019un des principaux apports du télescope Hubble aura été d\u2019apporter des preuves que la plupart des galaxies hébergent en leur centre un trou noir super massif.Ce qui n\u2019a pas été facile à voir, puisque ces corps célestes, d\u2019une densité inouïe, retiennent même la lumière dans leur champ gravitationnel.Ils sont donc invisibles.Mais des indices laissent deviner leur présence.Comme ce jet d\u2019électrons qui s\u2019échappe du centre de la galaxie M-87, dans la constellation de la Vierge.Le jet de matière fait 5 000 années-lumière de longueur et file presque à la vitesse de la lumière.Le trou noir aurait une masse 4 000 milliards de fois plus grande que celle du Soleil.Tout cela se passe à 50 millions d\u2019années-lumière d\u2019ici. Novembre 2015 | Québec Science 39 L\u2019ÉTOILE QUI RESTERA PETITE Cette chenille bleue est en fait une étoile, à un stade très précoce de son évolution.Elle en est à accumuler de la matière à partir de l\u2019enveloppe de gaz qui l\u2019entoure.Mais cette enveloppe se fait éroder par un groupe d\u2019étoiles renégates, invisibles sur la photo, qui se trouveraient à droite.Il s\u2019agit de 65 des plus chaudes et plus brillantes étoiles connues dans la constellation du Cygne.Elles sont à 15 années-lumière de la prétendante et leurs radiations décoiffent complètement cette dernière.Dans cette région, une jeune étoile peut normalement espérer atteindre jusqu\u2019à 10 fois la masse du Soleil.Mais compte tenu de ses voisines embêtantes, celle-là sera probablement bien plus petite.Nous le saurons vraiment dans quelques dizaines de millions d\u2019années.VOILE DE DENTELLE Les supernovæ sont décidément photogéniques.Cette petite section de la nébuleuse NGC6960, surnommée «nébuleuse du Voile», se trouve à moins de 2 000 années-lumière.Il s\u2019agit en fait d\u2019une partie des Dentelles du Cygne, une superstructure formant dans la Voie lactée un gigantesque cercle dû à l\u2019explosion d\u2019une étoile, il y a de cela entre 5 000 et 8 000 ans.Malgré son immensité \u2013 3° de diamètre, soit 6 fois la pleine Lune \u2013 la structure a la réputation, chez les astronomes amateurs, d\u2019être difficile à observer, à cause de la légèreté de son «voile» et parce qu\u2019une grande partie de cet objet céleste n\u2019est visible qu\u2019en ondes radio ou en rayons X.Constitué de gaz chauffés et ionisés, le «voile» exposé sur ce cliché récent est un habitué du télescope Hubble. 40 Québec Science | Novembre 2015 Ce que les singes nous Pour mieux comprendre l\u2019évolution des sociétés humaines, Chapais a choisi l\u2019étude des primates.Il a découvert chez notre façon de voir le monde.Explications.Par Pascale Guéricolas i nombre de chercheurs en sciences sociales partagent les vues de Charles Darwin sur l\u2019évolution des espèces, la plupart répugnent cependant à appliquer les mêmes principes aux rapports sociaux.Résultat, le débat opposant nature et culture \u2013 anthropologie sociale et primatologie comportementale \u2013 con - tinue de faire rage dans les salles de cours et de réunion des universités du monde.Vaines discussions?C\u2019est en tout cas l\u2019avis du primatologue québécois Bernard Chapais.Après avoir passé 25 ans à étudier les macaques japonais, ce professeur au département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal se définit comme un trait d\u2019union entre ces deux approches.«Les gens ne réalisent pas à quel point la vie sociale humaine est enracinée dans la biologie», résume-t-il.Dans Liens de sang, son livre qui vient juste de paraître aux Éditions du Boréal \u2013 et qui reprend en partie Primeval Kinship, paru en 2008 aux Éditions de l\u2019université Harvard \u2013, Bernard Chapais nous invite à remonter dans le temps soit jusqu\u2019à il y a 6 ou 7 millions d\u2019années, alors que les ho- mininés \u2013 la lignée à laquelle appartient l\u2019espèce humaine \u2013 et les grands primates ont commencé à évoluer séparément.En étudiant comment vivent certains des singes (bonobos, chimpanzés, gorilles), les prima- tologues ont constaté la genèse de certains de nos traits comportementaux, jusque-là pourtant estampillés 100% humains.Ainsi, des phénomènes comme le lien conjugal, la coopération ou les inégalités sociales n\u2019auraient rien d\u2019inventions spontanées.Leurs racines se trouveraient dans des comportements déjà en vigueur chez nos ancêtres communs.Puis l\u2019évolution des facultés cognitives et de la capacité culturelle aurait multiplié et complexifié les règles et les fonctions sociales humaines.«Au fil des années, des chercheurs, comme Robin Fox l\u2019anthropologue culturel spécialiste de la parenté, ont réalisé de façon cumulative que de plus en plus de caractéristiques, que l\u2019on pensait uniquement humaines, étaient partagées par les autres primates.Comme le tabou de l\u2019inceste, mais aussi la reconnaissance des proches parents et le lien sexuel stable, qu\u2019il s\u2019agisse de monogamie ou de polygynie», précise Bernard Chapais.Dans son ouvrage, l\u2019auteur sou - tient que la comparaison des humains et des primates révèle l\u2019existence d\u2019une struc - Novembre 2015 | Québec Science 41 s s ont appris s, l\u2019anthropologue Bernard z nos cousins de quoi bouleverser © C O R B I S ture commune à toutes les sociétés humaines, au même titre qu\u2019il existe une structure sociale propre au chimpanzé et ancrée dans sa biologie.Après avoir décrit cette structure profonde, il s\u2019emploie à en reconstituer l\u2019évolution depuis la séparation des lignages humain et chimpanzé.Déjà, dans les années 1960, l\u2019anthropologue Claude Lévis-Strauss soutenait que les sociétés humaines étaient nées avec le tabou de l\u2019inceste, l\u2019exogamie \u2013 le mariage avec un partenaire d\u2019un autre groupe \u2013 et les ententes matrimoniales entre groupes.L\u2019étude des primates démontre que de nombreux autres aspects du modèle développé par le célèbre anthropologue sont présents chez ces espèces.On les retrouve cependant en pièces détachées et sous des formes plus simples, selon Bernard Chapais.Ce dernier écrit : «À l\u2019encontre de toute logique, les études sur les primates peuvent nous éclairer non seulement sur les traits que nous partageons avec eux, mais aussi sur des traits spécifiquement humains.» Ainsi, la relation privilégiée qu\u2019entretient le père avec ses enfants, tout comme la façon dont ces derniers reconnaissent leur géniteur, trouverait son fondement dans l\u2019existence d\u2019un lien re - pro duc teur stable que connaissaient déjà les primates.ongtemps, les chercheurs ont pensé que les premiers homininés étaient passés d\u2019une promiscuité sexuelle totale, comme la pratiquent les chimpanzés et les bonobos \u2013 nos plus proches parents \u2013, à la monogamie.Or, c\u2019est faux.L\u2019étude des primates indique plutôt que ce développement est passé par la polygynie.D\u2019ailleurs, l\u2019auteur cite dans son ouvrage l\u2019exemple du gorille des montagnes, dont les unités reproductrices comprennent un seul mâle.Ce dernier pratiquerait moins l\u2019infanticide au détriment des petits nés dans son propre groupe qu\u2019il ne le fait aux dépens de ceux nés ailleurs.Les échanges matrimoniaux et les alliances qui en découlent seraient aussi hérités de nos lointains ancêtres, et cela, bien avant l\u2019apparition du langage.Depuis plusieurs décennies, des recherches témoignent en effet de l\u2019importance de l\u2019exogamie chez de nombreux primates.À la puberté, selon les espèces, les mâles ou les femelles quittent volontairement leur groupe pour aller fonder ailleurs une nouvelle famille.Chez les chimpanzés, la femelle, après avoir enfanté, perd le contact avec ses propres parents.Par contre, elle noue des relations au sein de sa nouvelle famille : toilettage mutuel et soutien en cas de conflits sociaux.Liens de sang décrit donc soigneusement les différents cas de figure des relations sociales chez les espèces de primates.Avec quelle lignée entretient-on des liens?Celle du père ou de la mère?Jusqu\u2019à quel degré de parenté se reconnaît-on pour s\u2019allier?Comment choisit-on son partenaire sexuel?Autant de questions et d\u2019informations qui permettent, selon Bernard Chapais, de lire notre passé commun avec, notamment, le chimpanzé.Cela dit, le primatologue précise quand même que cet animal a continué d\u2019évoluer au cours des dernières 6 millions d\u2019années et qu\u2019il n\u2019a rien d\u2019un fossile! Pour se bâtir, les sociétés humaines auraient emprunté de nombreux éléments comportementaux en vigueur chez nos ancêtres, éléments qui, en se combinant, ont peu à peu abouti à des phénomènes sociaux très complexes.Contrairement à Claude Lévis-Strauss, Bernard Chapais considère donc que les 42 Québec Science | Novembre 2015 de la tribu à la famille L « Les études sur les primates peuvent nous éclairer non seulement sur les traits que nous partageons avec eux, mais aussi sur des traits spécifiquement humains.» \u2014 Bernard Chapais prémisses de l\u2019échange matrimonial ont un fondement biologique et que leur compréhension s\u2019inscrit dans une perspective évolutionniste.«On peut décomposer ce phénomène très complexe et culturellement variable en plusieurs matériaux sociaux, cognitifs, émotionnels.On en retrouve certains chez les primates, d\u2019autres sont originaux», explique le professeur.Dans son livre, Bernard Chapais insiste sur l\u2019importance de la monogamie pour faciliter les rapports amicaux entre groupes.Le lien reproducteur stable a permis au père de reconnaître ses propres enfants et à ces derniers de le reconnaître, lui.En cas de rencontre entre deux groupes, les mâles étaient en mesure de reconnaître leurs filles, leurs sœurs, qu\u2019ils avaient fréquentées plusieurs années, tout comme ils reconnaissaient les conjoints de leurs sœurs et leurs gendres, pour ensuite nouer des relations amicales avec eux.Ces rapports auraient ainsi donné naissance aux premiers réseaux de parenté multigroupes.oncrètement, les frères et sœurs deviennent des alliés à vie, ce qui n\u2019est pas le cas chez les autres primates.Les grands-parents maternels et paternels peuvent prendre soin d\u2019un enfant; et les mâles, protéger des descendants qu\u2019ils auraient pu autrement attaquer.À partir de ce que l\u2019auteur appelle la tribu primitive, les sociétés humaines seraient ensuite passées à des structures de solidarité emboîtées les unes dans les autres au sein de fédérations.Les échanges mutuels d\u2019enfants, garants de ces alliances, découlent de ce type d\u2019entente que l\u2019on retrouvera en vigueur dans de nombreux modèles culturels partout sur la planète.Selon le chercheur, les rois donnant en mariage leur fille au fils du souverain d\u2019un autre royaume, les mariages entre cousins croisés, le fait d\u2019épouser la femme de son frère décédé ou, pour un veuf, de se marier avec la sœur de son épouse seraient autant de manifestations culturelles d\u2019un phénomène ayant des bases biologiques multiples.Longtemps, les anthropologues ont considéré que l\u2019énorme variabilité cultu - relle avait affranchi l\u2019être humain de sa biologie.Mais Bernard Chapais réfute absolument cette hypothèse.«La biologie détermine une vaste gamme d\u2019objectifs comportementaux généraux, tandis que la culture apporte une grande variété de moyens de satisfaire chacun de ces objectifs», écrit-il dans Liens de sang.À ses yeux, les individus \u2013 qu\u2019ils soient Inuits, Pygmés, Japonais ou Québécois \u2013 partagent une psychologie commune, universelle, dont la connaissance est essentielle pour véritablement expliquer les phénomènes sociaux.Convaincu, le professeur espère faire des adeptes parmi les chercheurs en sciences sociales, en com men çant par convaincre les an thro - pologues culturels de la nécessité de la biologie.Son rêve le plus cher?Que les manuels universitaires d\u2019anthropologie comportent une section sur les origines biologiques de l\u2019être humain et de sa sociabilité.Cela permettrait aux spécialistes des sciences sociales de prendre conscience qu\u2019une véritable révolution de l\u2019étude de la condition humaine est en marche! ?QS Novembre 2015 | Québec Science 43 C ous s HUMAIN BONOBO CHIMPANZÉ GORILLE ORANG-OUTANG GIBBON HOMINOIDEA HOMINIDEA HYLOBATIDAE HOMININAE PONGINAE HOMININI GORILLINI HOMO PAN GORILLE PONGO HYLOBATES L\u2019Homo?sapiens est issu d\u2019une lignée d\u2019homininés apparue il y a plus de 4 millions d\u2019années.Nous partageons ces mêmes origines avec les bonobos et les chimpanzés, ce qui en fait nos plus proches cousins primates.Si on remonte plus loin encore, nous pouvons remarquer d'autres embranchements qui ont permis au fil du temps l\u2019avènement d\u2019une diversité d\u2019espèces de primates dont plusieurs sont aujourd\u2019hui disparus.D'ailleurs, l\u2019espèce Homo?sapiens est la dernière des espèces Homo parmi lesquels figuraient notamment Homo?neanderthalensis, Homo?habilis, Homo?erectus.Bernard Chapais C O P Y R I G H T © C Y R I L R U O S O / J H E D I T O R I A L / M I N D E N P I C T U R E S > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > VOYAGER EN SUPER TAPIS ROULANT Prenez une ligne de métro et retirez les trains.Enlevez aussi les rails et remplacez-les par des trottoirs roulants comme ceux des grands aéroports.Plus besoin d\u2019attendre la prochaine rame, vous sautez sur le trottoir à votre arrivée et vous le quittez à la station voulue.C\u2019est l\u2019idée que la firme d\u2019architectes londonienne NBBJ a proposée pour décongestionner la Circle Line, une ligne de métro circulaire, dans le centre de Londres, envahie chaque jour par 300 000 usagers.Comme une autoroute, le système compterait plusieurs voies.Le passager «montant» sur une voie lente (5 km/h) pourrait atteindre, en se déplaçant graduellement jusqu\u2019à la voie rapide, une vitesse de croisière de 15 km/h.Entre les stations, les voies pourraient accélérer encore.www.wired.com/2015/09/real-plan-replace-londons-tube-moving-walkways/ COMÈTE AU CUBE Sur un astre très petit, comme un astéroïde ou une comète, la gravité est minime.Si bien qu\u2019y envoyer un rover, comme ceux qui explorent Mars, est impossible: la rotation des roues suffirait à le faire capoter et à le rendre inopérant.La NASA et le Massachusetts Institute of Technology ont donc mis au point le Hedgehog.C\u2019est un petit robot cubique qui cache dans sa structure trois volants d\u2019inertie, c\u2019est- à-dire des disques lourds qu\u2019il peut faire tourner à grande vitesse.Si l\u2019un des disques freine soudainement, son énergie se transmet à tout le robot qui tourne alors sur lui-même dans l\u2019axe voulu.Testé en microgravité, le petit cube s\u2019est avéré très agile et peut se sortir sans problème de trous ou de trappes de sable où un véhicule à roues resterait coincé.Le Hedgehog peut fonctionner sur n\u2019importe laquelle de ses faces.Il ne reste maintenant qu\u2019à le munir de caméras et d\u2019appareils de mesure.www.jpl.nasa.gov/news/news.php?feature=4712 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > SOULIERS DE GAZELLE Après la vague des chaussures à semelle hyper absorbante, puis celle, plus récente, des chaussures minimalistes, voici Enko, la chaussure littéralement équipée de ressorts.Fruit de 12 ans de recherches et de prototypage par un ingénieur français accro à la course, ce soulier est équipé de deux ressorts latéraux d\u2019une grosseur adaptée au poids du coureur.Et pourquoi ces ressorts?Pour encaisser en douceur l\u2019impact, puis restituer l\u2019énergie au coureur.«Les chocs s\u2019effacent, la foulée est fluide et les sensations, inédites», prétend en effet le concepteur.De quoi se sentir léger, surtout après avoir déboursé plus de 500 $ pour s\u2019en procurer une paire\u2026 http ://fr.enko-running-shoes.com 44 Québec Science | Novembre 2015 A u j o u r d \u2019 h u i l e f u t u r \u203a \u203a P a r J o ë l L e b l a n c > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 2015, ANNÉE DE LA LUMIÈRE À l\u2019occasion de l\u2019année internationale de la lumière [NDLR: nous présenterons un dossier spécial sur ce sujet dans le numéro de décembre 2015 en collaboration avec l\u2019Université du Québec], le Commissariat à l\u2019énergie atomique et l\u2019Institut d\u2019astrophysique spatiale d\u2019Orsay, en France, se sont associés pour concevoir une exposition immersive baptisée 2015: L\u2019odyssée de la lumière.L\u2019expo s\u2019accompagne d\u2019un documentaire web qui reconstitue l\u2019incroyable voyage de la lumière à partir de deux particules.L\u2019une est issue du cœur du Soleil; et l\u2019autre, des confins de l\u2019Univers.Consacré à l\u2019astrophysique, le documentaire associe entrevues auprès de chercheurs, animations et vidéos diverses.Le résultat: instructif et vertigineux.www.odysseedelalumiere.fr voir Webdoc VEILLER SUR LE GOLFE La protection du golfe du Saint-Laurent est un sujet sensible.Et récurrent, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire! Les divers projets de développement menacent constamment l\u2019équilibre de ce milieu fragile.Le site Notre golfe, que l\u2019on peut aussi consulter sur les réseaux sociaux, rassemble un comité scientifique composé d\u2019acteurs clés du Saint-Laurent en sciences naturelles et sociales.Il compte lancer des projets de recherche interdisciplinaire sur l\u2019éventuelle exploitation des hydrocarbures.Le site internet est encore incomplet, mais l\u2019initiative a de beaux jours devant elle.www.notregolfe.ca, Twitter @notregolfe Et si l\u2019on revenait 60 ans en arrière, alors que d\u2019audacieux scientifiques ont émis l\u2019hypothèse que les activités humaines perturbaient le climat?C\u2019est ce que propose le documentaire La?glace?et?le?ciel?projeté hors compétition au dernier Festival de Cannes et sorti cet automne sur les écrans français.Réalisé par Luc Jacquet, à qui l\u2019on doit aussi La?marche?de?l\u2019empereur, le film retrace l\u2019odyssée du glaciologue français Claude Lorius, aujourd\u2019hui octogénaire, et relate ses premières expéditions scientifiques en Antarctique, en hivernage dans un abri souterrain.À cette époque, on ne sait encore rien du continent blanc découvert un siècle plus tôt, raconte Claude Lorius qui est le premier à avoir compris que la glace pouvait donner de précieuses indications sur le passé climatique de la planète.Dès les années 1970, d\u2019ailleurs, le chercheur affirme que la température de la Terre et le taux de gaz à effet de serre sont liés et que, «depuis 100 ans, les émissions de CO2 de l\u2019homme modifient le climat à une vitesse jamais enregistrée».En attendant que le film sorte sur nos écrans, on peut consulter la section «programme pédagogique» du site web, qui offre un documentaire passionnant, combinant entrevues, images d\u2019archives, BD animées, et récits d\u2019expédition.Une mine d\u2019information sur les premiers pas de la science polaire.http ://education.laglaceetleciel.com Matières à lire L\u2019ÂGE DE MÉTAL Le monde des métaux est bien mal connu.Pourtant, il est au centre d\u2019enjeux décisifs à l\u2019échelle internationale sur les plans scientifique, technologique, politique, économique, environnemental et social.Ce livre offre non seulement un panorama des ressources minérales de notre planète, mais aussi des réponses à des questions brûlantes comme celle de l\u2019exploitation des mines dans une perspective de développement durable.L\u2019auteur est professeur de sciences de la Terre à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Il est également titulaire de la Chaire en entrepreneuriat minier UQAT-UQAM.Quels métaux pour demain?Les enjeux des ressources minérales,Michel Jébrak, collection UniverSciences, Dunod, 2015, 252 p.ENFANTS SOUS INFLUENCE «Ne sommes-nous pas en train de médicaliser des comportements d\u2019enfants normaux?» demande l\u2019auteur, sociologue, qui s\u2019insurge contre l\u2019explosion du nombre de diagnostics de Trouble déficitaire de l\u2019attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et d\u2019ordonnances de psychostimulants comme le Ritalin ou le Concerta.Ces médicaments ont des effets secondaires peu ou pas divulgués, dénonce-t-il, et qui sont parfois pires que la «maladie».En conséquence, l\u2019auteur en appelle à des essais indépendants, en même temps qu\u2019à une remise en perspective de notre approche psychosociale.D\u2019où le point d\u2019interrogation du titre.TDAH?Pour en finir avec le dopage des enfants, Jean-Claude St-Onge, Écosociété, 2015, 214 p.LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS Qu\u2019ont en commun la longueur de nos jambes, la vivacité de notre mémoire, la rage au volant, la boulimie, le risque de sclérose en plaques ou le succès d\u2019un flirt?Réponse: tout cela peut être mis en rapport avec les humeurs de l\u2019atmosphère.Gilles Brien, biométéorologue, et Wilhelm Pellemans, biologiste, anthropologue et chirurgien, ont rassemblé dans ce livre aussi dense que divertissant les résultats de dizaines de recherches concernant l\u2019influence du climat sur nos corps, nos vies et nos «tempéraments» (le mot a la même racine que «température»).Bref, nous, humains, sommes aussi faits du temps qu\u2019il fait.En fin de livre, un glossaire météo bien utile, depuis «Acclimatation» jusqu\u2019à «Zonda».Les baromètres humains \u2013 Comment la météo nous influence \u2013 Santé, humeur, crime, suicide, Gilles Brien avec Wilhelm Pellemans, Les Éditions Québec-Livres, 2015, 256 p.Par Marine Corniou Par Hélène Matteau Sur la toile LA GLACE ET LE CIEL Novembre 2015 | Québec Science 45 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 80 000 Québécois en sont affectés.Et s\u2019ils avaient des intelligences différentes?Provocation POURQUOI L\u2019IMAGE DE DIEU FAIT SCANDALE Intoxication DE LA COCAÏNE DANS LES EAUX USÉES Désillusion À LA FERRAILLE LA STATION SPATIALE?Avril ~ Mai 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA La marginalisation doit cesser Pour chaque copie vendue, 1$ sera remis à la Fédération québécoise de l\u2019autisme.AUTISME LES GRANDS LACS DES PLAGES À FAIRE RÊVER TOURISME AUTOCHTONE LA TRADITION EN HÉRITAGE GUIDE D\u2019ACHAT 11 SACS DE COUCHAGE AU BANC D\u2019ESSAI LES GORILLES DANS LA BRUME DU RWANDA RAID INTERNATIONAL GASPÉSIE DES ACTIVITÉS À PRATIQUER PRÈS DE L\u2019EAU ! LA COURSE QUI REND HEUREUX La Route verte à la dérive?La grande époque des six jours NOUVELLES RUBRIQUES Conseils santé Chronique techno Les trucs pratiques GUIDE D\u2019ACHAT IVÉLOS DE ROUTE MARS 2015 Santa Barbara GRAND CONCOURS VÉLOMAG PLUS DE 9 500 $ EN PRIX À GAGNER Vélo Mag Géo Plein Air Québec Science 1ER ABONNEMENT 25 $* ET 15 $ POUR CHAQUE ABONNEMENT ADDITIONNEL * À NOËL, EN PRIME LE GUIDE DES ACTIVITÉS 2015 DE L\u2019ÉTÉ $ 5 4 , 6 7 8 3 5 5 3 6 0 0 4 P P Novembre 2015 | Québec Science 47 ue valent réellement les savons dits antibactériens pour éliminer des microbes?Est-ce qu\u2019on devrait s\u2019y fier ou s\u2019en méfier?» demande Noëlla Lavi - gueur, de Québec.Dans la plupart des cas, c\u2019est une molécule nommée triclosan qui sert d\u2019ingrédient actif dans les savons à vaisselle et les savons à main vendus avec l\u2019étiquette «antibactériens».Mais comme le triclosan est soupçonné d\u2019être un perturbateur endocrinien \u2013 une substance qui «dérègle», pour ainsi dire, nos hormones \u2013, certaines compagnies le remplacent par de l\u2019acide lactique.Sauf que ce dernier, pour être assez efficace comme antimicrobien, doit se trouver en concentration relativement élevée dans la formule et «il n\u2019a pas très bonne odeur», ajoute Joe Schwarcz, chimiste à l\u2019Université McGill.Alors, tenons-nous-en au triclosan.Quand on le teste en laboratoire, c\u2019est un produit très efficace; certains hôpitaux s\u2019en servent d\u2019ailleurs comme dé - sinfectant.Plusieurs études ont trouvé que les savons qui en contiennent (habi tuellement autour de 0,1%) laissent effectivement moins de bactéries vivantes sur la peau que les savons réguliers.Mais pas toutes les études.Pas plus tard que le mois dernier, un article paru dans le Journal of Antibacterial Chemotherapy n\u2019a trouvé aucune différence significative entre les deux types de savons; mais l\u2019échantillon de 16 personnes était mince, disons-le.Il existe heureusement une autre façon de mesurer la performance de ces savons.Et c\u2019est sans doute un test encore meilleur que les décomptes de microbes sur les mains.Car le vrai problème, avec les bactéries, n\u2019est pas tant leur simple présence que le fait que certaines peuvent nous rendre malades.Seule une petite minorité d\u2019entre elles sont des pathogènes, remarquez bien, mais c\u2019est à cause d\u2019elles que les gens achètent des savons antibactériens.Un bon test, donc, pour juger de l\u2019efficacité des savons anti- bactériens : vérifier si ceux qui s\u2019en servent tombent moins souvent malades que les autres.Or, c\u2019est là un examen que ces produits ont déjà échoué plusieurs fois.En 2004, par exemple, des chercheurs new-yorkais publiaient, dans la revue Annals of Internal Medicine, les résultats d\u2019une expérience au cours de laquelle ils avaient suivi, pendant près de 1 an, 238 ménages comptant au moins 1 enfant d\u2019âge préscolaire.La moitié d\u2019entre eux recevaient des produits antibactériens pour la lessive, pour le nettoyage de la maison et pour le lavage des mains.L\u2019autre moitié des familles recevaient des produits «non antibacté- riens».Chaque semaine, les chercheurs contactaient les participants pour savoir si quelqu\u2019un présentait un ou plusieurs symptômes parmi toute une liste (toux, nez qui coule, fièvre, diarrhée, vomissements, conjonctivites, etc.).Les résultats laissent peu de place au doute : aucune différence significative n\u2019a été observée entre les ménages avec et les ménages sans produits antibac - tériens, quels que soient les symptômes mesurés.Trois autres études de la sorte, celles-là menées en Asie, sont arrivées à la même conclusion.Bref, comme le résume Joe Schwarcz : «Les savons antibactériens ne sont pas nécessaires, à part dans des hôpitaux ou des cliniques.Le savon normal suffit pour le reste, si les techniques de lavage des mains sont respectées.» ?QS Pour en savoir plus - E.L.Larson et al., «Effect of Antibacterial Home Cleaning and Handwashing Products on Infectious Disease Symptoms : a Randomized, Dou- ble-blind Trial», Annals of Internal Medicine, 2004, http ://goo.gl/fqZ1XC.- A.E.Aiello et al., «Consumer Antibacterial Soaps : Effective or Just Risky?», Clinical Infectious Diseases, 2007, http ://goo.gl/UshJqR.- Center for Diseases Control, Handwashing, CDC, 2015, http ://goo.gl/gPkCMx.Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre! «Q Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Le savon, la bactérie et le marketing Comment mesurer la performance des savons? 48 Québec Science | Novembre 2015 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P À lire dans notre prochaine édition SANTÉ PROFESSION DE FOIE On en demande beaucoup au foie; il est une véritable usine biochimique.C\u2019est l\u2019organe qui métabolise entre autres les médicaments que l\u2019on consomme ou l\u2019alcool que l\u2019on ingurgite.Ce qui est, parfois, beaucoup lui demander.À l\u2019occasion du temps des fêtes, nous vous proposons une étrange incursion dans une médecine mal connue : l\u2019hépatologie.TECHNOLOGIE SOUS LE PATIN, LA GLACE La glace a des secrets que même les hockeyeurs ou les athlètes du patinage artistique ne connaissent pas.Quelle technologie permet de faire une glace pas trop molle ni trop sèche pour le coup de patin?Y a-t-il des normes pour avoir une bonne glace?Comment la fabrique-t-on?Est-elle différente d\u2019un aréna à l\u2019autre?ENVIRONNEMENT CLIMAT: NOUVELLES DU FRONT SUD Alors que l\u2019on va débattre sur la manière de limiter les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, des villages et des villes des pays en développement mettent au point des solutions innovantes pour relever ce défi du XXIe siècle.De quoi inspirer les participants au Sommet de Paris qui se tient en décembre.I S T O C K P H O T O AUSSI : LES CHRONIQUES HABITUELLES DE NORMAND BAILLARGEON, SERGE BOUCHARD, JEAN-FRANÇOIS CLICHE ET JEAN-PIERRE ROGEL Solution de la page 17 : 42 000 milliards de milliards de milliards de milliards kg, soit 42000000000000000000000000000000000000000 DISPONIBLE EN KIOSQUE PRIX SPÉCIAL POUR NOS ABONNÉS SUR : www.quebecscience.qc.ca UN DOCUMENT EXCEPTIONNEL ! NOUVEAU 50 Québec Science | Novembre 2015 L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard C\u2019est bien la forêt de Hearst que je vois, couchée dans la cour d\u2019une gigantesque scierie \u2013 le panorama depuis ma chambre du Companion Hotel- Motel.Il y a là des arbres et des arbres, au moins un kilomètre de troncs maigres, juste assez larges pour faire des deux par quatre, desmillions de corps d\u2019épinettes noires épluchées et empilées, vision apocalyptique d\u2019une pile de bâtonnets qu\u2019aurait collectionnés un géant pour s\u2019amuser.Les immenses grues nourrissent la scierie avec des paquets de billots qu\u2019elles tiennent dans leurs grosses pinces comme s\u2019il s\u2019agissait de fétus de paille.Les moulins sont des ogres, jamais repus ; les scies mangent la forêt.Cette usine fabrique aussi des copeaux, elle recycle le bran de scie et autres débris, cela fait des files et des files de camions- remorques qui attendent de se faire remplir, l\u2019un après l\u2019autre, par les payloaders, cela fait des voyages et des voyages de camions de copeaux.Cent cinquante personnes, 150 seu le ment, suffisent pour faire rouler cette machine infernale.Les Fontaine, les Lévesque et combien d\u2019autres familles sont autrefois venues ici, sur cette terre plate, cette langue d\u2019argile sertie dans le bouclier de roche cambrienne, au cœur de la forêt boréale, au beau milieu des loups, des orignaux et du froid, à la frontière du pays des Ojibwés et de celui des Cris.Les pionniers ont suivi le rail, en 1913, ils sont montés dans des wagons, le godendard sur l\u2019épaule, la sciotte dans une main, la hache dans l\u2019autre.Ils ont emmené des chevaux pour tirer des traîneaux de billots, mais aussi pour faire de la terre.Ils ont construit des maisons modestes.La petite ville de Hearst, qui devrait s\u2019appeler «Bout du Monde», est centenaire aujourd\u2019hui.Elle a l\u2019âme bûcheronne, en souvenir de ces gaillards qui se sont échinés dans le bois, et de ces femmes colonisatrices ; en souvenir des petits moulins et des petits «camions à gaz» et de ces voyages de planches que l\u2019on pouvait admirer, bille par bille; en souvenir du travail bien fait.Oui, c\u2019est la forêt de Hearst que je vois couchée là, juste derrière mon motel.Nous n\u2019en sommes plus à l\u2019échelle humaine, oubliez la Fontaine Lumber des années 1940.Aujourd\u2019hui, la machine grignote la forêt virginale comme un diabétique, un plat de bonbons.Chaque année la cour se vide, chaque année la cour se remplit.Les grosses grues s\u2019activent pour gaver les scieries.Les piles de deux par quatre s\u2019accumulent en retrait, au bout de la chaîne, palettes enveloppées d\u2019un plastique blanc, comme des cadavres ramassés par la morgue, paquets anonymes que l\u2019on chargera sur des wagons ou des remorques de camions.Cela tombe bien : le chemin de fer de la Ontario Northland passe dans la cour de la méga-usine.Quand ces trains-là ne charrient pas des milliers de wagons de pétrole, ils charrient des milliers de wagons de deux par quatre.Cela tombe bien aussi pour le transport routier : Hearst est une oasis le long de la route 11, la route maîtresse du nord de l\u2019Ontario.Ici les camions sont aussi beaux que les ours.On veut toujours plus de forêts drues à récolter ; il faut des arbres, il faut des arbres.L\u2019épinette s\u2019essouffle, elle n\u2019a plus l\u2019énergie ni le temps, la forêt sait de source sûre qu\u2019un mal la ronge, littéralement.La crise du bois est permanente, nous sommes toujours en crise.La ville va-t-elle survivre ?En attendant, la forêt s\u2019envole, par grands pans.Voilà l\u2019exploit, voilà l\u2019exploitation moderne de la ressource.Cette avidité exponentielle nous fait aller toujours plus vite vers une catastrophe annoncée : la métamorphose de nos forêts en fardoche.J\u2019ai choisi de revenir à Montréal par la route 101 qui pique tout droit vers Rapide-Danseur, en Abitibi.Du côté de l\u2019Ontario, dans le coin de Matheson, les arbres viennent justement d\u2019être récoltés, c\u2019est comme s\u2019il y avait eu la guerre, comme si une violente confrontation avait eu lieu.La terre est défigurée.Oui, la bombe de l\u2019exploitation forestière est tombée ici.Elle tombera bientôt du côté de Kanasuta, sur le chemin qui mène de Kirkland Lake à Rouyn.La grande forêt sauvage, les paysages, les arbres, tout se transforme en pick-up F-150, en quatre roues, en seadoo, en voyages au Mexique, une semaine par année.Il y a une forêt entière couchée dans la cour de ce complexe industriel.C\u2019est le contraire d\u2019une forêt debout.Vue du motel, cette vision est surréaliste.Plus d\u2019un kilomètre de billots étalés, comme un mur.Je pense : le triste mur contre lequel nous allons demain buter.?QS Les deux par quatre de Hearst C O L L E C T I O N D E L ' É C O M U S É E D E H E A R S T E T D E L A R É G I O N / G R A C I E U S E T É D E M .R E N É F O N T A I N E Chargement de billots.On reconnaît Ronaldo Fournier, à gauche, et René Fontaine. vous en idee, JICOL[}S: d'emaedn VOYEZ L\u2019AVENIR SOUS UN AUTRE ANGLE."]
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