Québec science, 1 janvier 2015, Décembre 2015, Vol. 54, No. 4
[" quEbEc SciEncE Décembre 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 Le jour où l\u2019homme a commencé à boire Les conseils du Pharmachien VOTRE FOIE, CE HÉROS «Ceux qui font fi de la science devraient être jugés pour crimes intergénérationnels.» SPÉCIAL TEMPS DES FÊTES Au pays de la petite enfance SERGE BOUCHARD Un nouvel ennemi : le dénialisme NORMAND BAILLARGEON DE LA NOUVELLE GLACE POUR NOS ARÉNAS DAVID Suzuki INTERVIEWÉ PAR LUCIE PAGÉ MONDE $y VOYONS GRAND.us - 1 & va 29 ; ; : A =) + ces =zerwes + IFEIBRII HANAN # \u2014 0 = = I _ > = | > OY AY + 1.» \u201csl \"9 «> \u2018.tp CV Le dr ass, eut ane rm NY Sv Rr {- A5 YA fl Van su Pe À >.sk.& og 3 1 rb > '{ ¢, © me - \u2014 > 4.\u201cwn, De : AS Po ¢ -, \u2018dt sp few tx A >\" ART FYI peer 4 and fy an qa fu ure a» 41 pnd = quEbEc SciEncE DÉCEMBRE 2015 ENTREVUE 6 SAGE ET INDIGNÉ Pour David Suzuki, ceux et celles qui font fi de la science devraient être jugés pour « crimes intergénérationnels ».Propos recueillis par Lucie Pagé 10 LE SOLEIL NON COUPABLE ! Les changements climatiques provoqués par le Soleil?Bel exemple de science improbable! Par Joël Leblanc 16 PLUS DE FEU DANS LA CHEMINÉE ?Chaleureux, rassembleur, romantique\u2026 mais polluant ! Le poêle à bois, roi des hivers québécois, serait-il condamné?Rassurons-nous, la technologie vient à sa rescousse.Par Maxime Bilodeau ACTUALITÉS C O U V E R T U R E : J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C 12 Normand Baillargeon Un nouvel ennemi : le dénialisme 17 Jean-Pierre Rogel Trop de hot-dogs sur Terre 49 Jean-François Cliche N\u2019ajustez pas votre appareil 50 Serge Bouchard Au pays de la petite enfance ARCHÉOLOGIE 31 Toutankhamon cache-t-il Néfertiti?Disparue il y a 3 000 ans, la mystérieuse Néfertiti, puissante reine d\u2019Égypte, pourrait bien se trouver dans une pièce du tombeau de Toutankhamon.L\u2019idée fait monter la fièvre chez les égyptologues.Par Martine Letarte INGÉNIERIE 34 Le palais des glaces Il y a un génie des glaces à Québec.Il a fait la patinoire du nouvel amphithéâtre.Par Guillaume Roy CHANGEMENTS CLIMATIQUES 40 Les leçons du Sud Ils sont loin d\u2019être les plus grands producteurs de gaz à effet de serre de la planète.Pourtant, les pays du Sud sont gravement touchés par les changements climatiques qui causent des phénomènes météorologiques extrêmes comme des pluies intenses, des inondations et des sécheresses.Voici comment ils tentent d\u2019y faire face.Par Bouchra Ouatik RUBRIQUES CHRONIQUES Spécial temps des fêtes 18 La bataille du foie Robuste, résilient et multitâches, le foie est la pierre angulaire de notre corps.Pourtant, on ne s\u2019y intéresse guère; on le néglige, même.Radiographie d\u2019un organe méconnu.Par Marie Lambert-Chan 24 Le mythe de la détox On a fait ripaille pendant les fêtes, on se plaint d\u2019avoir «le foie engorgé» ou «mal au foie».Le pharmacien Olivier Bernard \u2013 alias le Pharmachien \u2013 nous met en garde contre les fausses idées de détox.Propos recueilis par Marie Lambert-Chan 27 Le p\u2019tit coup de l\u2019évolution Homo sapiens buvait déjà bien avant d\u2019inventer la bière.En témoignent les enzymes de notre foie depuis 10 millions d\u2019années.Par Joël Leblanc 4 BILLET Il est minuit moins un degré Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 47 SUR LA TOILE Par Hélène Matteau AU?CENTRE L\u2019année-?lumière Un?supplément?réalisé?en?collaboration?avec?le?réseau?de?l\u2019Université?du?Québec. ême si on le voit se lever à l\u2019est et se coucher à l\u2019ouest, plus personne ne pense que le Soleil tourne autour de la Terre.C\u2019est ce que la science a un jour démontré, même si cela allait à l\u2019encontre de notre perception.Il en était de même avec la météo et le climat.On a des hivers froids et des étés chauds.Tout est normal?Non! On sait depuis peu que l\u2019équilibre climatique est au fond bien précaire.On peut ne pas y croire, comme jadis on réfu tait Galilée, mais les preuves du réchauffement climatique sont incontestables.Un bel acquis de la science.Mais un gigantesque défi humain.Récapitulons très simplement: en 100 ans, la composition chimique de l\u2019atmosphère a changé.On y mesure aujour d\u2019hui 400 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone, alors que ça n\u2019a jamais dépassé 300 millions de ppm depuis un million d\u2019années.C\u2019est une conséquence de notre industrialisation dopée par le pétrole, le charbon et le gaz.Et ça continue, puisque nous émettons encore chaque année près de 50 gigatonnes de CO2.C\u2019est ce qui accentue l\u2019effet de serre et fait augmenter la température moyenne de la planète.Oh! pas de beaucoup! Pour le moment, juste d\u2019un peu moins de 1 °C.Si peu?Mais ce n\u2019est pas fini.Et là est le problème.Au rythme où nous crachons du carbone dans l\u2019air, nous sommes à la veille de dépasser 2 °C d\u2019augmentation, voire 3 °C.C\u2019est une poussée de fièvre comme la planète n\u2019en a jamais eue.Jamais! Il est sensible, le climat.La température moyenne de la Terre est de 15 ºC.Pour quelques degrés de moins (c\u2019est déjà arrivé), le Bouclier canadien s\u2019est couvert d\u2019une couche de glace épaisse de 3 km.Pour quelques degrés de plus \u2013 la tendance actuelle \u2013, nous nous retrouverions avec une montée des océans de 6 m à 8 m.Bref, des villes entières englouties; une production agricole en chute.On ne pourrait pas vraiment s\u2019adapter à ça.En faisant leurs calculs, mesures et analyses, les climatologues ont fixé la limite critique au-delà de laquelle la mécanique s\u2019emballerait.Il nous reste une marge d\u2019un seul petit degré! Au rythme où nous polluons, les chercheurs estiment que cela arrivera en 2030.Dans 15 ans.La bataille climatique du XXIe siècle entre dans une période fatidique.Il faut freiner nos ardeurs carbonifères.Et c\u2019est toute la machine économique et notre production éner gé tique qui sont remises en cause.Le rendez-vous de Paris, la Conférence mondiale sur le climat, revêt ainsi \u2013 ne nous le cachons pas sous prétexte d\u2019éviter l\u2019alarmisme \u2013, un caractère dramatique.Chose certaine, ce n\u2019est plus le moment de soulever de pseudo- doutes pseudo scientifiques à ce propos \u2013 c\u2019est tellement plus facile de discutailler que d\u2019agir pour transformer notre système de production énergétique! La science a su nous révéler avec certitude un phénomène qui ne nous était pas évident au quotidien.Aujourd\u2019hui, cette prise de conscience sur le climat nous invite à changer à jamais notre rapport à la Terre.L\u2019éducation devrait d\u2019ailleurs consolider la place de ce savoir dans notre bagage collectif.Comme on a su le faire avec la découverte de Gali- lée, il y a 500 ans, quand il a démontré, contre toute apparence, que le Soleil ne tournait pas autour de la Terre.C\u2019est ainsi que notre économie cessera de graviter autour du baril de pétrole.?QS 4 Québec Science | Décembre 2015 Il est minuit moins un degré Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Marie Lambert- Chan, Joël Leblanc, Martine Letarte, Bouchra Ouatik, Hélène Matteau, Lucie Pagé, Jean-Pierre Rogel et Guillaume Roy Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Christian Fleury, Virginie Gosselin, Jean-François Leblanc, Ron Levine Éditrice Suzanne Lareau Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Novembree 2015 (526e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE C M C A A U D I T E D Ce n\u2019est quasiment rien, au thermomètre planétaire.Mais quelques petits degrés en plus, et notre civilisation cessera d\u2019être viable.Il a fallu la science pour nous ouvrir les yeux.Il nous faut maintenant sortir du pétrin.M Billet Par Raymond Lemieux DÉCEMBRE 2015 VOLUME 54, NUMÉRO 4 Écran de fumée Henri Jacob, de l\u2019Action boréale Abi- tibi-Témiscamingue (ABAT), tient à féliciter notre chroniqueur Jean-Pierre Rogel au sujet de son texte («Le Nord à l\u2019envers», octobre 2015).L\u2019objectif de 50 % de protection au Nord est un écran de fumée, corrobore-t-il.«L\u2019urgence de conservation se trouve au sud du 49e, là où on n\u2019arrivera pas à protéger 12 % de territoires représentatifs des écosystèmes d\u2019ici la fin de 2015, cible du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.Tout ça à cause de la non-volonté de son ministre David Heur- tel, du budget déficient de son ministère (0,3% du budget québécois) et bien sûr du lobby influent des compagnies d\u2019extraction des ressources naturelles.» Et si les experts étaient en conflit d\u2019intérêt?La chronique «Autodéfense intellectuelle» soulève l\u2019intérêt de nombreux lecteurs et lectrices.Comme Odette Hélie, qui nous écrit, en référence à «C\u2019est un complot\u2026 mais peut-être pas» (octobre 2015).«L\u2019article de Normand Baillargeon est certainement utile en ces temps où il est si facile de disséminer des sornettes, nous fait-elle remarquer.Cependant, j\u2019apporterai un bémol au sujet d\u2019une de ses recommandations: consulter les experts.Dans le domaine médical, c\u2019est risqué! En effet, conflits d\u2019intérêts, articles bâclés, réfutation par des attaques personnelles.Ici, l\u2019avis des experts est à prendre avec des pincettes!» Bon sujet pour une prochaine chronique.De son côté, Richard Gélineau tient à remercier le chroniqueur «de nous faire remarquer ces fausses citations au sujet d\u2019Einstein» (novembre 2015).Il en propose même une autre: «Einstein croyait en Dieu.Mais le dieu dont parlait Einstein est celui de Spinoza, pas le dieu à barbe assis sur un nuage.» Dyslexique, ce cher Albert?À propos du génial physicien, Vincent Destroismaisons, professeur de mathématiques, se demande quant à lui si Einstein était réellement dyslexique : «Étant assez sceptique, je crois, comme certains de mes collègues, qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une rumeur à l\u2019appui de la politique d\u2019intégration à tout prix des élèves.Si nous avons raison, il faudra ajouter l\u2019Einstein dyslexique aux choses qu\u2019Einstein n\u2019aura pas dites, pas faites.ou pas été!» Normand Baillargeon a voulu répondre à notre lecteur : «Il est risqué, dit-il, de se prononcer sur les putatifs troubles ou maladies dont ont pu souffrir des gens célèbres à propos desquels, éloignement oblige, nous n\u2019avons que peu d\u2019information fiable.À plus forte raison si ces troubles sont aujourd\u2019hui davantage etmieux diagnostiqués qu\u2019autrefois.S\u2019agissant de la prétendue dyslexie d\u2019Einstein, ces deux conditions sont réunies.«Le site Albert-Einstein.org, que je tiens pour sérieux et fiable, aborde directement la question [www.albert-ein- stein.org/article_handicap.html].On y lit (c\u2019est moi qui traduis): \u201cL\u2019argument le plus solide pour affirmer qu\u2019Einstein n\u2019était pas dyslexique est qu\u2019il maîtrisait parfaitement la langue allemande et que sa capacité à s\u2019exprimer par écrit et oralement montre de grandes compétences en matière de compréhension, de précision et de capacité à établir des distinctions.\u201d Le texte suggère en outre que les (légers) problèmes scolaires d\u2019Einstein ont bien plus tenu à une aversion pour un certain type d\u2019enseignement qu\u2019à des problèmes d\u2019apprentissage.» Décembre 2015 | Québec Science 5 J U L I E D U R O C H E R Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca 420000000000000000000000000000000000000000 La bosse des maths Louise Pâquet n\u2019a pas peur des chiffres.Mieux : cette lectrice s\u2019est attaquée à notre petit problème mathématique (novembre 2015) et elle a trouvé une erreur! «Votre solution diffère d\u2019un facteur 10 avec le bon résultat, qui est de 420 000 (et non de 42 000) milliards de milliards de milliards de milliards de kg», écrit-elle.Un grand honneur ! C\u2019est en reconnaissance de son «éclairage nouveau et convaincant sur l\u2019existence» que notre chroniqueur depuis plus de 10 ans, l\u2019anthropologue Serge Bouchard, vient de recevoir le prix du Québec Gérard-Morisset (patrimoine).Extrait du texte de présentation du prix : «\u2026 cet homme de terrain féru d\u2019archives s\u2019acharne à redresser les torts en prenant le parti des Amérindiens, des Métis, des coureurs des bois, des pionniers francophones, tous \u2013 et toutes! \u2013 occultés dans l\u2019histoire officielle.» Bravo, Serge ! F R E F O N Z U 6 Québec Science | Décembre 2015 Chez les Cris, on l\u2019appelle Kimisominaw, ce qui veut dire « notre grand-père », surnom affectueux, comme celui que portait Nelson Mandela \u2013 Tata dans la langue xhosa \u2013, des mots qui veulent dire sage père ou grand sage, et qui désignent des gens reconnus pour leur humanité et leur sens de la justice.À l\u2019aube de ses 80 ans, David Suzuki, 6 fois grand-papa, tremble et rage devant l\u2019état de la planète que nous laisserons aux jeunes.Son message est pourtant clair; il le claironne si brillamment depuis 50 ans: la survie de l\u2019espèce humaine dépend de celle de la nature.Gaïa ?nira par avoir raison de la cupidité de Wall Street qui croit que la planète est une poubelle magique et que ses ressources sont illimitées.L\u2019humanité est au bord du précipice.En fait, selon ce généticien, militant écologiste et grand communicateur, elle commence même à « pendre dans le vide ».Aussi en appelle-t-il à un changement de conscience.Au Canada, par exemple, les dégâts de l\u2019ère Harper sont incommensurables, à tel point que David Suzuki croit que ceux qui font ?de la science devraient être jugés pour « crimes intergénérationnels ».D\u2019ailleurs à quoi sert la science, si ce n\u2019est à assurer la pérennité de l\u2019humanité?L\u2019heure est si grave que Kimisominaw doute parfois que ses petits-enfants puissent mourir de mort naturelle.Propos recueillis par Lucie Pagé Pour David Suzuki, ceux et celles qui font ?de la science devraient être jugés pour « crimes intergénérationnels ».Actualités J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C N ous savons ce que votre tête de scienti?que pense de l\u2019état de l\u2019environnement.Votre cœur de père, lui, dit quoi?Severn, ma ?lle aînée issue de mon deuxième mariage, milite depuis l\u2019âge de cinq ans.En 1992 \u2013 elle avait 12 ans \u2013, elle a prononcé un vibrant discours au premier Sommet de la Terre à Rio.Elle connaît donc très bien l\u2019état de la planète.Alors, le jour où elle m\u2019a annoncé qu\u2019elle était enceinte, j\u2019ai été sous le choc! J\u2019ai dit: «Sev! Tu connais l\u2019état de la Terre! Comment peux-tu y amener un bébé?» Elle a répondu: «Oui.Mais refuser de faire un enfant, c\u2019est abandonner la lutte.Mon enfant, c\u2019est mon engagement envers la Terre.La raison pour laquelle je me battrai jusqu\u2019au bout.» Je n\u2019ai rien eu à redire.Elle avait raison.Les politiciens et les P.D.G.de grandes compagnies ont aussi des enfants\u2026 Oui, mais ils jouent un jeu.Laissez-moi vous raconter une histoire.Un jour, j\u2019ai reçu la visite d\u2019un P.D.G.de l\u2019une des plus grandes compagnies de sables bitumineux.Je lui ai dit : «Vous pouvez entrer dans mon bureau, mais à une condition; que vous laissiez votre chapeau de P.D.G.à la porte et qu\u2019on discute d\u2019humain à humain, parce que je ne veux pas me battre avec vous.Avant de négocier quoi que ce soit, nous devrons nous entendre sur ce qui est essentiel pour vivre.» Il n\u2019était pas Sage et indigné «Je n\u2019aurais jamais imaginé que l\u2019on inventerait un système où l\u2019argent viendrait avant toute autre chose; même avant la vie.» Décembre 2015 | Québec Science 7 content.Sans ce chapeau, il se sentait nu.Je lui ai d\u2019abord demandé ce qu\u2019était la chose la plus importante pour tout être humain.Je vous jure que des signes de «piastres» sont apparus dans ses yeux! J\u2019ai répondu pour lui : si nous manquons d\u2019air pendant plus de trois minutes, nous mourons! Et si nous respirons de l\u2019air pollué, nous sommes malades.Alors, il faudrait d\u2019abord nous entendre sur le fait que l\u2019air est le premier besoin de tout être humain.Ensuite, sans eau pendant trois ou quatre jours, c\u2019est la mort ! Et si nous buvons de l\u2019eau polluée, nous sommes malades.Il faut donc mettre l\u2019eau sur la liste, avec l\u2019air.Ensuite, si nous ne mangeons pas pendant quatre à six semaines, nous mourons.Et si nous mangeons de la nourriture empoisonnée, nous sommes malades.Or, la majorité de nos aliments viennent de la terre.Donc, la terre doit aussi être sur la liste.En?n, toute l\u2019énergie que nous brûlons, celle de notre corps et celle de l\u2019environnement \u2013 le bois, le charbon, le pétrole \u2013, vient du Soleil.Les plantes captent la lumière par photosynthèse et la convertissent en énergie que nous utilisons quand nous mangeons des plantes ou des animaux.La photosynthèse est donc aussi une priorité.Alors, ne pouvons-nous pas, d\u2019humain à humain, nous entendre sur le fait que ce sont là les trois priorités de la vie?A-t-il acquiescé?Comment le pouvait-il ?Retourner chez ses actionnaires et dire \u2013 «David Suzuki a raison, il faut protéger l\u2019air, l\u2019eau et la terre»?Il aurait été congédié sur-le-champ ! Notre système économique ne se soucie pas de ces choses.C\u2019est la raison pour laquelle nous sommes maintenant au bord du précipice.Je n\u2019aurais jamais imaginé que l\u2019on inventerait un système où l\u2019argent viendrait avant toute autre chose; même avant la vie.Alors pourquoi écoutons-nous la propagande au lieu de la vérité?Les politiciens au lieu des scienti?ques?Les politiciens sont au service des grandes sociétés qui ?nancent leurs campagnes électorales.On nous vend l\u2019idée que l\u2019économie, c\u2019est tout; que c\u2019est un gros dragon qu\u2019il faut absolument nourrir, même s\u2019il est insatiable.C\u2019est complètement dingue! Pourtant, le dernier rapport de la Banque mondiale et d\u2019autres rapports de grands économistes parlent de catastrophe si on n\u2019agit pas tout de suite.C\u2019est ce que je ne comprends pas.Même Nicholas Stern [NDLR: économiste, ancien 8 Québec Science | Décembre 2015 vice-président de la Banque mondiale et auteur du Rapport Stern sur l\u2019économie du changement climatique en 2006] a dit que, pour éviter les changements climatiques, il faut investir 3% de notre PIB.Mais si nous ne faisons rien maintenant, cela nous en coûtera éventuellement 20%! À votre avis, ceux qui font ?de la science, comme Stephen Harper, sont-ils coupables?Absolument ! Ils devraient être jugés pour «crimes intergénérationnels», car c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit.Le problème, c\u2019est que nous n\u2019avons pas les moyens légaux pour porter de telles accusations.Si vous êtes P.D.G.d\u2019une compagnie et que vous ignorez ou supprimez délibérément de l\u2019information dans le cadre de votre travail, vous allez en prison pour «aveuglement volontaire».Je crois que l\u2019ex-premier ministre Stephen Harper a été volontairement aveugle.Le problème, c\u2019est que sa cécité aura des effets incommensurables à long terme, sur la vie de nos enfants et de nos petits-enfants.La science est claire: il faut à tout prix laisser 80% des réserves de combustibles fossiles connues là où elles sont.Cela implique de mettre un terme à l\u2019exploitation des sables bitumineux, entre autres.Ainsi, on élimine du même coup tous les litiges au sujet des pipelines.Il faut aussi mettre un prix sur le carbone.Harper a toujours dit que ça allait détruire l\u2019économie.Et il est censé être économiste?Regardez la Suède! Elle a imposé une taxe de 133$ par tonne en 1991 (168$ en 2014).Entre 1991 et 2008, elle a réduit ses émissions de 40% et son économie a crû de 44%! Ce sont des chiffres éloquents.Exactement ! Si ce n\u2019est pas suf?sant pour jeter Harper en prison, je ne sais pas ce qui l\u2019est ! Si la nouvelle génération suit nos pas, ce sera un suicide planétaire.Les jeunes doivent tracer un nouveau chemin.Ils ont donc besoin de nouveaux outils.Lesquels?Le dé?n\u2019est ni technologique, ni politique, ni économique.C\u2019est notre conscience qu\u2019il faut changer radicalement.C\u2019est d\u2019ailleurs le raisonnement derrière le mouvement Bleu Terre [NDLR: un projet de la Fondation David Suzuki].Nous voulons inscrire dans la constitution canadienne le droit à un environnement sain et propre, comme cela s\u2019est fait dans 110 États du monde.Pour le moment, si une compagnie verse du poison dans une rivière, c\u2019est au peuple de prouver que cela lui sera néfaste.C\u2019est insensé.Les Autochtones ont-ils un rôle à jouer?Sans eux, nous aurions déjà perdu beaucoup plus ! Regardez où sont les points chauds pour les luttes environnementales et vous les retrouverez.Les Autochtones sont toujours sur la ligne de front.Et ailleurs dans le monde, est-ce que ça bouge un peu?Je dois avouer que l\u2019entente de 2014 entre les États-Unis et la Chine m\u2019a jeté par terre.Les deux plus grands pollueurs de la planète s\u2019étaient alors engagés à réduire les gaz à effet de serre (GES) de façon signi?cative.Une sacrée belle surprise ! Nous verrons à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (COP 21) s\u2019ils sont vraiment sérieux.Mais il y a eu une autre surprise, un cadeau tombé \u2013 je ne dirai pas du ciel, parce que je suis athée \u2013 de quelque part.Il s\u2019agit de l\u2019encyclique Laudato Si du pape François Ier sur la sauvegarde de la maison commune.J\u2019aurais tant aimé l\u2019avoir écrite ! Je l\u2019ai lue plusieurs fois.Et je pleure chaque fois.Parce qu\u2019il a fait quelque chose que personne d\u2019entre nous n\u2019avait fait avant : il a pris les problèmes comme la faim, la pauvreté, l\u2019injustice sociale, la surconsommation, la pollution, et a opposé au tout une profonde moralité.Vous savez, la moralité n\u2019est pas un mot qui émane du chœur des écoles d\u2019économie.Et pourtant, c\u2019est la base du vivre ensemble.Votre boule de cristal vous dit quoi sur l\u2019issue de la COP21?Écoutez, il y a eu 20COP.Vingt échecs.Pourquoi la 21e réussirait-elle?Il faut un changement de perspective.C\u2019est- à-dire comprendre que la planète n\u2019est pas divisée en 195 parcelles, associées respectivement aux 195 pays, mais que la Terre est un tout et qu\u2019il faut une conscience collective pour y vivre sainement.Il faut un drapeau de la Terre auquel tout le monde prête allégeance.Mais nous avons besoin d\u2019aide.Ou d\u2019une grande catastrophe?Quand est arrivé l\u2019ouragan Katrina, j\u2019ai cru que cela permettrait un changement.Même chose avec Sandy, puis Fukushima.Mais non.Lors de la crise économique de 2008, je me suis dit : «Ça y est ! On va changer !» On a plutôt ren?oué et remis en place un système brisé qui ne fonctionne pas.C\u2019est de la folie ! La meilleure chose qui puisse nous arriver, c\u2019est que tout le système s\u2019effondre.Pleurez-vous parfois devant ce désastre prévisible?Plus maintenant.Mais je me mets en colère.Et votre cœur de grand-père, celui de Kimi- sominaw, il dit quoi?Si nous n\u2019agissons pas immédiatement, nous devrons vivre dans un monde dévasté.Peut-être quelques centaines de milliers de personnes survivront-elles, peut-être pas.Mais ce sera terrible; ça, je le sais.Quand je vois mes petits-enfants, ils me remplissent d\u2019une joie sans nom même si je suis très inquiet de leur avenir.Un collègue me disait récemment, et plusieurs scienti?ques commencent à l\u2019af?rmer, que la fonte du pergélisol sera catastrophique pour l\u2019humanité.Non seulement il ne captera plus les GES, mais il émettra le méthane qu\u2019il Actualités «Je veux être capable de regarder mes petits-enfants dans les yeux et de leur dire : Je ne suis qu\u2019un homme.Je n\u2019ai pas pu sauver le monde, mais j\u2019ai fait du mieux que j\u2019ai pu.» P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C Décembre 2015 | Québec Science 9 emmagasine depuis toujours.C\u2019est une chose trop atroce à imaginer\u2026 [Il marque une pause.] J\u2019adore mes petits-enfants.Je suis content qu\u2019ils soient nés.Quel âge a le plus jeune?Un an.Nous n\u2019avons plus le luxe du temps.Je sais.Nous sommes comme ce coyote \u2013 vous savez, dans le dessin animé \u2013 qui a dépassé le bord du précipice et qui court dans le vide.[Il imite la scène.] Et puis là, il se retourne et dit «Holy shit !», et puis «Boum!» [Il laisse tomber les bras et regarde par terre.] C\u2019est ma plus grande peur: qu\u2019on ait dépassé la limite; qu\u2019on ait franchi le point de non-retour.L\u2019avons-nous effectivement franchi?Je ne sais pas.Vous êtes-vous forgé un cœur de pierre?Avez-vous abandonné?Je ne peux pas abandonner ! Mais j\u2019espère mourir comme mon père, entouré de ma famille.Je veux être capable de regarder mes petits-enfants dans les yeux et de leur dire: «Je ne suis qu\u2019un homme.Je n\u2019ai pas pu sauver le monde, mais j\u2019ai fait du mieux que j\u2019ai pu.» C\u2019est tout ce que je pourrai dire : j\u2019ai fait du mieux que j\u2019ai pu.nQS Pour en savoir plus : Discours de Severn Suzuki, premier Sommet de la Terre à Rio, 1992 https://www.youtube.com/ watch?v=oJJGuIZVfLM Bleu Terre, un projet de la Fondation David Suzuki www.bleuterre.ca Fondation David Suzuki www.davidsuzuki.org Texte intégral de la lettre encyclique Laudato Si du pape François Ier sur la sauvegarde de la maison commune http://w2.vatican.va/ content/francesco/fr/ encyclicals/documents/pa- pa-francesco_20150524_en- ciclica-laudato-si.html À lire: Lettres à mes petits-enfants, David Suzuki, Boréal, 2015.Demain, il sera trop tard, mon ?ls, Lucie Pagé, avec la collaboration de Kami Nai- doo-Pagé et de Jay Naidoo, Stanké, 2014.Lucie Pagé, auteure de Demain, il sera trop tard, mon ?ls, et David Suzuki qui signe Lettres à mes petits-enfants. 10 Québec Science | Décembre 2015 A u matin du 19 novembre 2014, les automobilistes montréalais qui s\u2019agglutinent sur l\u2019autoroute 40 remarquent un nouveau panneau publicitaire dans l\u2019arrondissement Anjou.«Le Soleil est le principal facteur des changements climatiques.Pas vous.Pas le CO 2 », peut-on lire avec en image de fond une éruption solaire, le tout signé par Friends of Science, une organisation de Calgary fondée par une ?rme de relations publiques et ?nancée par des intérêts pétroliers.Les médias sociaux ne tardent pas à s\u2019en?ammer.Une semaine plus tard, l\u2019Association des communicateurs scienti?ques du Québec (ACS) riposte en faisant installer trois panneaux qui remettent les pendules à l\u2019heure: «Ce que la science dit VRAIMENT: Le climat change.À cause de nous.» «Il fallait absolument répliquer à cette désinformation, explique la journaliste scienti?que Binh An Vu Van, alors présidente de l\u2019ACS.Il fallait réagir pour empêcher ces messages dangereux de s\u2019implanter; des messages qui minaient nos efforts pour contrer les changements climatiques.» Près d\u2019une centaine de plaintes ont aussi été déposées auprès des Normes canadiennes de la publicité pour représentation mensongère.Verdict: les plaignants ont eu raison et Friends of Science a dû retirer ses publicités de dénialistes (voir la chronique de Normand Baillargeon en page 12).Tous ces panneaux sont maintenant disparus.Il reste que certaines personnes doutent toujours de l\u2019in?uence de l\u2019espèce humaine dans le phénomène du réchauffement actuel.Et si elles avaient raison?Si c\u2019était la faute du Soleil?«Bien sûr que non! s\u2019exclame Shaun Lovejoy, professeur au département de physique de l\u2019Université McGill à Montréal.À preuve, la température moyenne sur Terre ayant monté de 1°C depuis le XIXe siècle, cela signi?e Actualités Le Soleil non coupable! Les changements climatiques provoqués par le Soleil?Bel exemple de science improbable! Par Joël Leblanc Décembre 2015 | Québec Science 11 A I A .I M S A L .C O M que l\u2019augmentation du rayonnement solaire aurait dû être d\u2019environ 1,2%.Or, les variations de l\u2019activité solaire, qui s\u2019étalent sur un cycle moyen d\u2019à peu près 11ans1, sont de l\u2019ordre de 0,10% à 0,15%.Pour réchauffer la Terre de 1°C, il aurait donc fallu une augmentation de l\u2019activité solaire 10 fois plus grande que les variations naturelles.Rien de tel n\u2019a été mesuré.» À ce sujet, dans un article publié en 2014 par la revue Climate Dynamics, le professeur Lovejoy présentait justement des calculs sur les probabilités qu\u2019un réchauffement soit d\u2019origine naturelle.Avant la révolution industrielle, écrivait-il, les variations de température étaient d\u2019environ 0,2°C par siècle.L\u2019augmentation de 1°C en un peu plus de un siècle représente donc cinq fois cette variation.«C\u2019est énorme, lance le chercheur.J\u2019ai calculé que la probabilité que ça survienne naturellement est de moins de 1 sur 1000.C\u2019est dire que nous pouvons rejeter cette théorie solaire avec plus de 99,9% de certitude.La seule autre hypothèse qui reste, c\u2019est que ce réchauffement soit dû à l\u2019homme.Aucun scienti?que sérieux n\u2019a pensé que le Soleil pouvait être en cause.» Mais les dénialistes, qui exigent des preuves plus tangibles que des calculs théoriques et probabilistes, font remarquer que le registre des taches solaires, qui donne une idée indirecte de l\u2019activité de l\u2019astre depuis les premières observations de Galilée il y a 400 ans, montre un accroissement de l\u2019intensité des pics d\u2019activité solaire au cours des dernières décennies.Foutaises encore, selon Frédéric Clette, physicien solaire à l\u2019Observatoire royal de Belgique, qui vient d\u2019analyser tout le registre des taches solaires.Des astronomes ont observé le Soleil et ses taches sans discontinuité depuis 1610, explique-t-il.Nous avons les dessins et les notes de plus de 500 observateurs sur 4 siècles.«C\u2019est l\u2019observation scienti?que la plus longue de toute l\u2019humanité», dit M.Clete.Et alors?Il existe deux listes of?cielles de taches solaires et elles divergent à certains moments.Aidé de plusieurs collaborateurs, le physicien a repéré des erreurs dans les deux.«Quant à la plus ancienne, un pic d\u2019activité semblait apparaître au XXe siècle, mais il est dû à un changement de la méthode de comptage par l\u2019Observatoire de Zurich.Et dans la plus récente (1998), on a estimé les taches à partir de plaques photographiques, à une époque où les négatifs avaient un grain très gros et où les images n\u2019étaient pas toujours claires.» La correction de ces erreurs, et de bien d\u2019autres, a amené Frédéric Clette à noter une augmentation de l\u2019activité solaire au XVIIe et XVIIIe siècle et à la réduire au XXe.«Globalement, les deux séries racontent la même histoire: il n\u2019y a pas eu d\u2019augmentation de l\u2019activité solaire.L\u2019intensité est la même depuis le minimum de Maunder, une période de 70 ans pendant laquelle le Soleil a été très tranquille.Le paramètre Soleil étant constant depuis 1715, il faut donc chercher ailleurs la cause du réchauffement actuel.» Selon nos chercheurs, on s\u2019égare à in?rmer une hypothèse que l\u2019on sait improbable, alors qu\u2019il faudrait mettre toutes nos ressources et nos énergies à trouver comment se libérer de l\u2019économie du carbone.«Je ne perdrais pas mon temps à démontrer l\u2019invalidité de l\u2019hypothèse si ça n\u2019était des retombées politiques et sociales, reconnaît Shaun Lovejoy.Il s\u2019agit d\u2019une action plus politique que scienti?que.» nQS 1 Pour en savoir plus sur le cycle de variation de l\u2019activité solaire de 11 ans, consulter les éditions de décembre 2009-janvier 2010 et d\u2019avril-mai 2014 de Québec Science.Dans 10 000 ans, nous aurons l\u2019hiver en juillet et l\u2019été en janvier Dans la valse sans ?n qui unit la Terre au Soleil, tout n\u2019est pas si stable qu\u2019il y paraît.D\u2019abord, l\u2019oblicité de l\u2019axe de rotation de la Terre fait que, tantôt, c\u2019est son pôle Nord qui reçoit plus d\u2019énergie solaire; tantôt, son pôle Sud.C\u2019est ce qui amène l\u2019alternance des saisons, temporellement opposées dans les deux hémisphères, sur un cycle de 365,25 jours.Cet axe varie entre 22,1° et 24,5° sur une période de 41 000 ans, ce qui peut in?uencer la rigueur des hivers ou la chaleur des étés.Mais cet axe de rotation change aussi de façon plus globale, un peu comme une toupie qui, lorsqu\u2019elle tourne sur elle-même, s\u2019incline d\u2019un côté puis de l\u2019autre de façon continue en traçant sur le sol des cercles imaginaires.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la précession climatique qui déplace un peu les saisons au cours des années et dont le cycle se complète en 21 000 ans.Dans 10 000 ans, nous aurons l\u2019hiver en juillet et l\u2019été en janvier.À tout cela s\u2019ajoutent les modi?cations de la trajectoire de notre planète autour du Soleil.On parle d\u2019excentricité: l\u2019orbite terrestre passe d\u2019un cercle presque parfait à une ellipse plus allongée puis redevient circulaire en 100 000 ans, ce qui fait varier la distance Terre-Soleil, donc la quantité d\u2019énergie qui nous parvient de l\u2019étoile.En 1930, l\u2019astronome et climatologue serbe Milutin Milankovitch lie ces variations célestes aux périodes glaciaires, intuition qui sera validée dans les années 1970 par des données plus précises sur les ères climatiques.«L\u2019un des cycles de Milankovitch \u2013 l\u2019oblicité \u2013 correspond effectivement aux registres des températures du globe pour la période s\u2019étendant de 2,5 millions d\u2019années à 700 000 ans avant aujourd\u2019hui, précise Shaun Lovejoy, physicien à l\u2019Université McGill.Ensuite, c\u2019est beaucoup moins clair.Mais l\u2019important, c\u2019est l\u2019échelle de temps: ces in?uences astronomiques, si elles sont réelles, agissent sur des périodes de milliers d\u2019années.L\u2019actuel réchauffement, sur 120 ans seulement, est beaucoup trop rapide pour être attribué à d\u2019autres causes que l\u2019homme.» «Avant la révolution industrielle, les variations de température étaient d\u2019environ 0,2 °C par siècle.L\u2019augmentation de 1 °C en un peu plus de un siècle représente donc cinq fois cette variation.C\u2019est énorme.» 12 Québec Science | Décembre 2015 A u milieu des années 1950, le scepticisme scienti?que voyait le jour, sous l\u2019impulsion, entre autres, de Martin Gardner, esprit libre et grand vulgarisateur états-unien.Le mouvement se proposait de mettre le rationalisme au service d\u2019un travail de déboulonnage des croyances aberrantes ou mal fondées.Cette forme d\u2019hygiène de l\u2019esprit se justi?e par des raisons intrinsèques \u2013 on veut penser le plus clairement possible \u2013, mais aussi par des raisons instrumentales.Il arrive en effet que certaines des croyances ainsi démontées soient nuisibles, voire dangereuses, aux personnes crédules; par exemple en matière de santé.(Et parfois fort lucratives pour qui en fait la promotion.) Mais voilà que, depuis quelques années, un nouvel ennemi se pro?le.Celui-ci réclame de la part des sceptiques un enrichissement de leur arsenal et de leur pratique.Ce nouvel ennemi, c\u2019est le «dénialisme».Le mot désigne le refus systématique, buté et doctrinaire, de certains faits avérés; même de certaines théories pourtant admises par la communauté scientifique (ou à tout le moins considérées comme très probables).La paternité du concept, transmis et entretenu sur le site web denialism.com, reviendrait aux frères Mark et Chris Hoofnagle, respectivement professeur de droit et chirurgien aux États-Unis.On pourra être tenté de traduire leur denialism par «négationnisme».Cependant, ce serait oublier que ce mot désigne déjà, en français, le refus d\u2019admettre la réalité de la Shoah, un fait historiquement prouvé.Cela constitue bien, sur le terrain de l\u2019histoire, une forme de dénialisme, mais ce n\u2019est pas la seule.Les personnes qui refusent d\u2019admettre l\u2019ef?cacité et l\u2019innocuité quasi totale des vaccins sont aussi des dénialistes.Tout comme celles qui refusent d\u2019admettre la réalité du réchauffement climatique anthropique; qui ne croient pas que le VIH cause le sida; ou qui refusent d\u2019admettre la théorie de l\u2019évolution.Cette nouvelle réalité nous contraint à soulever quelques questions.Comment en expliquer l\u2019apparition ?Quelles stratégies argumentatives particulières les dénialistes dé- ploient-ils?Et celle qui pourrait bien être la plus importante de toutes: comment lutter ef?cacement contre ces idées, étant admis qu\u2019elles peuvent avoir et ont souvent des conséquences dramatiques sur l\u2019ensemble de la société?Le dénialisme peut être compris si on se le représente comme une prise de position, soutenue par des motifs idéologiques, économiques ou religieux, visant à s\u2019«autocréditer» en attaquant le consensus scienti?que au moyen d\u2019un arsenal de stratégies rhétoriques soigneusement mises au point.Parfois assez habiles, ces stratégies peuvent jeter le doute chez des personnes peu informées.On jouera ainsi sur le fait que, au contraire d\u2019un dogme, une théorie scienti?que est susceptible d\u2019être révisée et améliorée, et d\u2019autant plus si elle porte sur un sujet complexe.Elle présente ainsi, à tout moment, des points encore débattus, des inconnues, des divergences de résultats, des imperfections, des tensions, des désaccords.Cette caractéristique est systématiquement exploitée par les dénialistes, grâce à une sélection des faits.Un parfait exemple de ce procédé est l\u2019évocation, par les dénialistes de l\u2019évolution, de «trous» ou de chaînons manquants, dans l\u2019histoire des fossiles.Ils exploiteront de la même manière les cas d\u2019erreurs humaines, voire de fraudes, pour jeter le doute sur tout un ensemble de recherches et de travaux, sinon pour carrément les discréditer.Peut-être en donnant à penser qu\u2019une conspiration (disons de scienti?ques en mal de subventions) explique telle ou telle théorie.Le dénialisme procède en?n à une sorte de dévoiement, puis de retournement de la pensée critique contre elle-même.Voici un exemple de cette manière de faire.On sait que l\u2019appel à la foule est le plus souvent un sophisme: le fait que la majorité pense une chose ne rend pas cette chose Un nouvel ennemi : le dénialisme Il n\u2019y a pas de réchauffement climatique.La cigarette n\u2019est pas nocive.Les vaccins tuent.Et nier la vérité, voire l\u2019évidence, c\u2019est souvent bon pour les affaires.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon Décembre 2015 | Québec Science 13 vraie pour autant.Imaginons donc que le dénialiste argue que le consensus des scienti- ?ques aptes à se prononcer sur la réalité du réchauffement climatique anthropique est un appel à la foule et que la science ne se décide pas par consensus.Quoique séduisante, cette erreur de raisonnement est bien grossière.Car la foule, ici, est celle des experts.C\u2019est parce qu\u2019ils sont en mesure d\u2019examiner la question que leur jugement fait autorité; pas parce qu\u2019ils sont nombreux à penser de la même façon.Le résultat visé par les dénialistes est de susciter un doute, dans le public, quant à la vérité de la théorie scienti?que.Ce doute, espèrent-ils, pourra faire en sorte que les médias traitent leur position à égalité avec celle des scienti?ques.Le dénialisme fait désormais l\u2019objet d\u2019études multidisciplinaires, auxquelles collaborent des chercheurs de nombreux horizons.L\u2019enjeu n\u2019est pas que théorique ou philosophique.Le dénialisme est aussi un réel problème politique et même, bien souvent, une mise en scène motivée par des intérêts économiques.Les dénialistes, ne l\u2019oublions pas, ce sont aussi ces cigarettiers qui ont triché pour cacher la nocivité de leur produit.Ces entreprises, comme Exxon Mobil, qui ?nancent des recherches dont l\u2019objectif est de nier soit la réalité du réchauffement climatique, soit le rôle qu\u2019y joue l\u2019activité humaine.Ce sont des individus comme les frères Koch, des multimilliardaires libertariens aux États-Unis, qui entretiennent des organismes de désinformation œuvrant dans le même sens que leurs opinions.La conversation démocratique est alors mise à mal, en même temps que deux de ses indispensables alliées : la science et la recherche scienti?que, en tant qu\u2019institutions régies par des idéaux normatifs comme la vérité, la diffusion des résultats et l\u2019impartialité.Il faudra donc amorcer de sérieux échanges sur ce qu\u2019il convient de faire pour combattre le dénialisme, dans l\u2019indispensable respect de la liberté d\u2019expression, de la liberté académique et du droit à la dissidence, y compris en science.Vaste programme.Je me permettrai cependant deux modestes ré?exions.La première étant qu\u2019il est du devoir des scienti?ques de s\u2019impliquer dans ce débat.Venez; on vous attend, on vous espère.La deuxième est que, pour cette lutte, dans certains cas à tout le moins, outre l\u2019indispensable dénonciation de la partialité, de l\u2019ignorance et de la duplicité, le recours à l\u2019humour et au ridicule peut s\u2019avérer extrêmement ef?cace.nQS veloquebecvoyages.com 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 506 RéseRvez maintenant À vélo QuéBeC voYaGes L\u2019HIVER SERA CHAUD.*Destinations en liBeRté Les Îles de Guadeloupe en boucles, Sonoma et Napa Valley, Tucson en boucles ainsi que plusieurs destinations européennes vous sont aussi offertes, au moment vous convenant, en formule En liberté.Contactez-nous.Photos : Diane Dufresne et Yvan Monette, Patrice Francoeur CuBa, HolGuÍn en boucles 27 décembre au 3 janvier 7 au 14 février 27 février au 5 mars 5 au 12 mars 2 au 9 avril CuBa, vaRaDeRo en boucles 27 décembre au 3 janvier 13 au 20 mars 9 au 16 avril Costa RiCa 11 au 18 février les Îles De GuaDelouPe en boucles* 20 au 27 mars PueRto RiCo nouveau 27 mars au 3 avril sonoma et naPa valleY* 9 au 16 avril tuCson en boucles* 16 au 23 avril utaH 23 au 30 avril Et bien plus encore.Le résultat visé par les dénialistes est de susciter un doute, dans le public, quant à la vérité de la théorie scienti?que.Ce doute, espèrent-ils, pourra faire en sorte que les médias traitent leur position à égalité avec celle des scienti?ques. 14 Québec Science | Décembre 2015 Alerte bleue Les huit premiers mois de 2015 ont été plus chauds que la normale sur l\u2019ensemble de la planète, révèle cette carte de l\u2019Agence d'observation océanique et atmosphérique des États-Unis.À l\u2019exception, cependant, de quelques rares zones bleues (dont le Québec), et particulièrement de cette tache bleu foncé dans l\u2019Atlantique, au sud du Groenland.Le phénomène pourrait s\u2019expliquer par un ralentissement de la circulation dans l\u2019océan, attribuable à la fonte des glaciers.Un important apport d\u2019eau douce dans les courants venant du nord bloquerait le mélange habituel avec les courants d\u2019eau salée du sud, en raison des différences de densité.Si cette théorie se confirme, et que le phénomène s\u2019accélère, le climat de l\u2019Europe et celui de l\u2019Amérique du Nord seront sans nul doute affectés .PASSONS LE MOT Pierre, Jean et Jacqueline lisent le même mot.Surprise, leur cerveau ne réagit pas pareillement.Cela confère à chacun une empreinte cérébrale unique, aussi personnelle que l\u2019empreinte digitale ou le scan de la rétine.C\u2019est ce que viennent de découvrir des chercheurs de l\u2019université de New York à Binghamton.La vérification de nos ondes cérébrales remplacera-t-elle un jour nos passeports et nos mots de passe ?Peut-être.Il faudra d\u2019abord ultra simplifier l\u2019encéphalographie\u2026 Record de froid Beaucoup plus froid Plus froid Dans la moyenne* Plus chaud Beaucoup plus chaud Record de chaleur * Établie à partir des données des 80 dernières années.N O A A PAPA PANIQUE Pas facile de se faire à l\u2019idée de devenir papa.Plus de 13 % des futurs pères présentent un taux élevé de symptômes dépressifs au cours du dernier trimestre de grossesse de leur conjointe, selon une étude réalisée à l\u2019Institut de recherche du Centre univer - sitaire de santé McGill.À quand un suivi de grossesse pour les messieurs?Actualités PARA : c\u2019est ainsi qu\u2019on surnomme le parachutiste canadien, un fantassin pas comme les autres.L\u2019exposition nous le fait découvrir, dans un contexte historique aussi bien que dans une perspective actuelle.Ce qu\u2019il est.Ce qu\u2019il fait et comment.Ses missions, ses objectifs.Du 11 novembre 2015 au 4 septembre 2016, au Musée Royal 22e Régiment, à la Citadelle de Québec.expo M U S É E R O Y A L 2 2 E R É G I M E N T AUTISME Un prototype multisensoriel Son nom :Moti.Ce que c\u2019est: un petit robot jouet, très résistant, en forme de boule.À quoi ça sert : à capter l\u2019attention de l\u2019enfant autiste, à l\u2019éveiller à la communication en l\u2019incitant à réagir, à l\u2019aider à tisser des liens, à stimuler ses fonctions sensorielles, à renforcer ses «bons» comportements.Comment ça fonctionne : un minirobot, dans la boule, la fait rouler, émettre des sons et de la musique, s\u2019allumer, changer de couleur, vibrer\u2026 Bref, réagir de différentes manières quand l\u2019enfant entre en contact avec lui.Le parent, ou l\u2019éducateur, peut servir d\u2019intermédiaire et programmer le jouet en fonction des besoins de l\u2019enfant.Voir une vidéo : https://vimeo.com/100504959.À savoir : créé par un jeune ingénieur français en biotechnologie, Ladislas de Toldi, en collaboration avec des spécialistes de l\u2019autisme, des parents et des chercheurs.Commentaire de Jo-Ann Lauzon, directrice générale de la Fédération québécoise de l\u2019autisme : «Il semble que, pour plusieurs enfants autistes, l\u2019utilisation de ce type de technologie permet de faire des apprentissages intéressants, particulièrement au niveau des comportements sociaux et de la communication.À ce jour, la seule critique entendue est que ce matériel éducatif risque de coûter très cher.» Reste donc à voir.C\u2019est le nombre de cellules sensibles à la température que contient chaque centimètre carré de notre peau.460 Les homophobes sur Le divan Si l\u2019homosexualité a longtemps été considérée comme une maladie mentale, aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019homophobie qu\u2019on soupçonne d\u2019être une pathologie, à en croire une étude publiée dans The Journal of Sexual Medicine.Des chercheurs italiens ont évalué le niveau d\u2019homophobie de 551 étudiants et leur santé psychologique.Ils ont découvert que les sujets homophobes ont souvent un problème d\u2019attachement, des mécanismes de défense immatures et une personnalité caractérisée par l\u2019agressivité et la colère.Selon l\u2019auteur principal de cette étude, l\u2019endocrinologue et sexologue Emmanuele A.Jannini, de l\u2019université de Rome Tor Vergata, l\u2019homophobie pourrait un jour figurer dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), la référence internationale en matière de psychiatrie.Devant la fragilité de la planète : « Il est temps de passer à l'action! Nos neurones peuvent servir à trouver des solutions plus intelligentes que la cupidité et les rendements à court terme.» Gilles Bœuf, biologiste, conseiller scientifique pour l'environnement, la biodiversité et le climat au ministère français de l\u2019Écologie, du Développement durable et de l\u2019Énergie.Décembre 2015 | Québec Science 15 16 Québec Science | Décembre 2015 M arc Bédard «tripe» sur le chauffage au bois.Sa maison unifamiliale est située en banlieue de Québec; et ce pompier de 39 ans la tient au chaud exclusivement grâce à un poêle à semi-combustion lente.Des ventilateurs diffusent uniformément la chaleur dans les pièces.Marc brûle chaque année une vingtaine de cordes de bois, récoltées sur la terre familiale de huit hectares située à Saint-Antoine-de-Tilly.Pruches, merisiers et hêtres, tout est bûché, scié, fendu, pilé et séché presque deux ans à l\u2019avance.«J\u2019aime le confort que me procure le chauffage au bois», assure le père de famille qui ne compte plus le temps consacré chaque année à l\u2019entreprise.Chez lui, la «culture du chauffage au bois» se transmet de génération en génération, dit-il.Malheureusement, n\u2019en déplaise à Marc, chauffer au bois entraîne chaque année près de 2000 décès prématurés, révèle une étude de l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2008; rien qu\u2019à Montréal, la Direction de la santé publique parle de près de 900 décès.Les grands responsables : les contaminants atmosphériques issus de la combustion du bois, comme le monoxyde de carbone (CO), les composés organiques volatils (COV), l\u2019oxyde d\u2019azote (NOx), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).Mais, surtout, les particules inférieures à 2,5 micromètres (PM2,5) qui pénètrent profondément dans les poumons et irritent les voies respiratoires.Les particules ?nes contenues dans la «boucane» sont si préoccupantes pour la santé, que la Ville de Montréal a adopté une réglementation sur le chauffage au bois en août 2015.Dès le 1er octobre 2018, les poêles à bois et les foyers émettant plus de 2,5 grammes de particules par heure (g/h) seront interdits dans les 19 arrondissements de la métropole.Objectif : réduire de 80% les émissions de particules ?nes.À ce jour, Montréal est la seule municipalité québécoise à avoir adopté de telles mesures.Chez les spécialistes, cette décision de la Ville est perçue comme une victoire.D\u2019autant plus que la version initiale du règlement, qui prévoyait d\u2019interdire purement et simplement l\u2019installation de nouveaux appareils de chauffage au bois, permettait l\u2019utilisation sans restriction des 50000 vieux modèles déjà installés.Ces derniers sont réputés très polluants \u2013 on parle d\u2019émissions de l\u2019ordre de 70g/h de particules ?nes, soit 15 fois le seuil maximal de 4,5g/h actuellement en vigueur partout en Amérique du Nord! «Je trouvais stupide le scénario de l\u2019interdiction », admet Jamal Chaouki, professeur titulaire en génie chimique à l\u2019École polytechnique de Montréal et spécialiste des questions de combustion.Le bois, rappelle-t-il, est une source énergétique abondante au Québec; il ne doit pas être négligé.«De toute façon, ajoute-t-il, s\u2019il n\u2019est pas utilisé, il pourrit dans les forêts, relâchant le CO 2 qu\u2019il contient.Aussi bien le brûler et en tirer de l\u2019énergie !» Même son de cloche du côté de l\u2019Association des professionnels du chauffage.«Les technologies actuelles ne sont plus comparables à celles des vieux poêles à bois», af?rme Chantal Demers, directrice générale de l\u2019organisme qui regroupe 250 membres et partenaires de l\u2019industrie du chauffage d\u2019appoint.Présence d\u2019une deuxième arrivée d\u2019air qui favorise la double combustion, isolants qui préservent la chaleur, briques réfractaires, dé?ecteurs.Dans les poêles modernes, tout est optimisé a?n de garder la chaleur et réduire les émissions polluantes.Pour s\u2019en convaincre, il suf?t d\u2019observer ce qui sort de la cheminée.« Dans le cas d\u2019un vieux poêle, on verra une généreuse fumée blanche, tandis que, dans celui d\u2019un appareil homologué par l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement des États- Unis (EPA), ce sera de la vapeur d\u2019eau», garantit Chantal Demers.Les fabricants d\u2019appareils de chauffage au bois n\u2019auront pas le choix: ils devront améliorer le design de leurs produits a?n de se conformer à la norme de 2,5g/h que l\u2019EPA compte mettre en place en 2020.Combien coûtent ces nouveaux poêles conformes?Cher: de 3000$ à 5000$ pour l\u2019appareil, l\u2019installation et la main-d\u2019œuvre.Parfois même plus.Il y a sept ans, Marc Bé- dard a payé plus de 12000$ pour le sien, aménagement compris.Un choix qu\u2019il ne regrette pas, bien au contraire : «Chez nous, le poêle est l\u2019attrait principal.Nos invités se regroupent spontanément autour, c\u2019est immanquable!» Sans doute les fêtes, sans lui, seraient-elles un peu\u2026 froides! nQS Actualités Plus de feu dans la cheminée ?Chaleureux, rassembleur, romantique\u2026 mais polluant ! Le poêle à bois, roi des hivers québécois, serait-il condamné ?Rassurons-nous, la technologie vient à sa rescousse.Par Maxime Bilodeau Décembre 2015 | Québec Science 17 D écouvrir comment est fabriqué un hot-dog n\u2019est déjà pas trop rassurant.Il y a quelques années, la chaîne de télévision canadienne Discovery Channel avait présenté un documentaire qui avait coupé l\u2019appétit à plus d\u2019un amateur.Des parties indistinctes de viande de bœuf et de porc passaient dans des broyeurs industriels, formant un mélange grumeleux auquel on ajoutait une pâte lisse à base de bas morceaux de poulet, nous disait-on.On incorporait alors de l\u2019air, du sel, du sirop de maïs et de mystérieux « agents de conservation », avant de fourrer le tout dans des boyaux synthétiques et de les cuire au four.Le 4 juillet dernier, à Coney Island, à New York, devant des milliers de spectateurs, Matt Stonie, 22 ans, réussissait à avaler 62 hot-dogs en 10 minutes, battant de justesse le champion en titre qui n\u2019en a englouti « que » 60.Ce concours est organisé depuis 1919 par la chaîne de fast-food Nathan\u2019s Famous.Fait surprenant, les « performances » des concurrents d\u2019au- jourd\u2019hui sont très supérieures à celles de leurs prédécesseurs, le nombre moyen de hot-dogs ingurgités ne cessant d\u2019augmenter.Explication ?L\u2019épreuve s\u2019est allongée de plusieurs minutes et les concurrents peuvent tremper leurs saucisses dans l\u2019eau et boire en même temps, ce qui leur permet d\u2019en avaler plus.Élément encore plus signi?catif, me semble-t-il, le concours de Coney Island est devenu une très grosse affaire commerciale : processus de sélection à l\u2019échelle du pays, commanditaires, publicité, champions, entraîneurs\u2026 et enthousiasme des médias, toujours prêts à couvrir l\u2019événement et à célébrer la goinfrerie la plus stupide qui soit.Avec ou sans ketchup, l\u2019indigestion guette; arrêtons-nous donc là.Je n\u2019en veux pas particulièrement à la saucisse de Frankfort servie chaude dans un petit pain.Mais la projeter ainsi au centre des modèles alimentaires a quelque chose d\u2019indécent dans un monde en proie à des problèmes croissants d\u2019obésité.Un hot-dog reste un aliment dont tout nutritionniste vous dira qu\u2019il ne faut pas abuser si on veut se nourrir sainement.Selon une étude parue en 2010 dans la revue scienti?que Circulation, manger chaque jour aussi peu que 57 g de ce type de viande augmente le risque de diabète de 19 % et celui de maladie cardiaque de 42 %.Sur ce plan aussi, arrêtons-nous; le message est clair.Une dimension moins connue de ce que j\u2019ai envie d\u2019appeler « le drame du hot-dog » concerne le coût écologique de cette nourriture.Globalement, la production mondiale de porcs, de volailles et de bovins ne cesse d\u2019augmenter, sans qu\u2019on réussisse pour autant à nourrir la planète.Selon les derniers chiffres de la FAO (Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture), les pâturages couvrent désormais 68 % de toutes les terres agricoles, tandis que le fourrage occupe 35 % des terres arables.Les pays du Sud, en particulier, font face à des problèmes de déforestation massive, d\u2019érosion des sols et de pollution des eaux liés à la pression de l\u2019industrie alimentaire mondiale.Au Brésil, on déboise l\u2019Amazonie pour faire place à des pâturages où paissent des bœufs destinés à l\u2019exportation.En Afrique, de riches investisseurs privés achètent chaque année des millions d\u2019hectares de surfaces agricoles, pour les consacrer à des cultures d\u2019exportation.Cela déstabilise les sociétés rurales et accroît l\u2019insécurité alimentaire.Autre enjeu environnemental, et non des moindres dans le contexte du réchauffement climatique : l\u2019élevage est au- jourd\u2019hui responsable de 15 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre dans le monde.Prendre des mesures pour juguler cette croissance est l\u2019un des enjeux de la conférence de Paris sur le climat, qui se déroule en ce moment; il faudra surveiller ce qui en sortira.De plus en plus de voix s\u2019élèvent pour dire que le modèle actuel de production de viande n\u2019est pas soutenable à long terme pour notre Terre.Sommes-nous tous alors condamnés, à moyen terme, à devenir végétariens ?On verra bien.C\u2019est une question redoutable, dans ses dimensions économiques, politiques et sociales.Mais sur le plan individuel, quiconque choisit aujourd\u2019hui de réduire au maximum sa consommation de viande (à tout le moins, de viande produite industriellement) ou quiconque choisit carrément de s\u2019en passer me semble franchir un premier pas béné?que à sa santé\u2026 et à celle de la planète.Finalement, manger est peut-être bien, selon l\u2019expression du militant paysan du Kentucky Wendell Berry, « un acte agricole ».Agricole et environnemental.C\u2019est tout bête à dire, mais c\u2019est bien vrai, dans le fond : ce qu\u2019on mange oriente le monde.nQS Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Trop de hot-dogs sur Terre Ce n\u2019est plus seulement une question de santé ou de goût.La production industrielle de la viande bon marché menace la planète.Pouvons-nous y faire quelque chose ? 18 Québec Science | Décembre 2015 Robuste, résilient et multitâches, le foie est la pierre angulaire de notre corps.Pourtant, on ne s\u2019y intéresse guère; on le néglige, même.Radiographie d\u2019un organe méconnu.Par Marie Lambert-Chan L\u2019usine f LA BATAILLE DU FOIE \u2019abord, il nettoie le sang \u2013 dont il pompe 1,4 litre à la minute \u2013 de l\u2019alcool et des médicaments que nous ingérons, ainsi que des déchets, comme l\u2019ammoniac, que nous produisons naturellement.Ensuite, il se charge de fabriquer et de fournir une foule d\u2019éléments essentiels au bon fonctionnement de notre corps : du glucose pour lui procurer de l\u2019énergie; des enzymes et des protéines pour assurer sa résistance aux infections et aider le sang à coaguler; et de la bile pour lui permettre de digérer puis d\u2019excréter les substances toxiques.Il stocke les vitamines et les minéraux, régule le cholestérol, sécrète et équilibre les hormones sexuelles et thyroïdiennes, décompose les vieux globules rouges, etc.Merveilleux foie! En tout, il est responsable de plus de 500 fonctions essentielles à la bonne marche du corps humain.C\u2019est le plus gros et le plus lourd de nos organes internes.«Et c\u2019est sans doute le plus important», affirme le docteur Marc Bilodeau, hépatologue et chercheur au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM).Comme s\u2019il était conscient de ce rôle prépondérant, le foie refuse de se laisser abattre facilement.Hyper robuste, il poursuit son petit bonhomme de chemin même quand les deux tiers de sa masse sont mis hors d\u2019usage par la maladie.Sa résilience laisse pantois : il est le seul organe à pouvoir se régénérer.Si on lui en enlève une partie, celle qui lui reste croîtra jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait retrouvé son volume originel \u2013 au bout de quelques semaines.Avec de telles performances, le foie devrait occuper une place de choix dans notre imaginaire collectif.Mais, au panthéon des organes, il est plutôt refoulé au deuxième sous-sol, en compagnie de la rate, du pancréas et de la vésicule biliaire.C\u2019est que le foie n\u2019a ni l\u2019énergie du cœur ni la prestance du cerveau.C\u2019est un travailleur de l\u2019ombre.«Nous voyons ce qui sort de notre vessie et de nos intestins, nous sentons notre cœur battre et nos poumons se soulever, nous sommes bien conscients que notre cerveau est actif, mais nous n\u2019observons jamais directement le travail du foie, corrobore le docteur Bilodeau.De plus, nous ne percevons pas sa présence; pas plus que les fruits de son labeur.À tel point qu\u2019une personne atteinte d\u2019une hépatite chronique n\u2019en ressent les premiers symptômes que de 20 à 30 ans après avoir été infectée.Le foie a l\u2019habitude d\u2019encaisser les coups jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019en puisse plus.C\u2019est un organe qui vit et souffre en silence.» En conséquence, nous ne manifestons envers lui que peu ou pas d\u2019intérêt.«Les gens savent que c\u2019est un abat qui se sert avec des oignons, que l\u2019alcool est l\u2019ennemi du foie et que les hépatites B et C sont des maladies à ne pas attraper, mais c\u2019est à peu près tout!» s\u2019exclame le docteur Eric Yoshida, président du comité consultatif médical de la Fondation canadienne du foie (FCF) et gastro-entéro- logue à l\u2019hôpital général de Vancouver.Il n\u2019en a pas toujours été ainsi.Dans l\u2019Antiquité, le foie occupait le haut du pavé.Les Grecs affirmaient qu\u2019il était le siège de l\u2019âme.Aujourd\u2019hui, on connaît si mal le foie que même les expressions qui s\u2019y réfèrent font D \"2 | 7 ruil | i \u20ac LY \\r vi AA) mer met TP pe de} =) z= 7\u201d id y ih { )) | | | i I ASS RS os NS Ra NY] .A I ro ND S / Pa / ; / mh ; 7 &X \\\\ AN 7 3 M A Il I | \\ \\ N a RENTAL | | li h | .\\ Ea $ S \\ N WN j 15 | 3 \\ \\ AR N S N \" d / Wy [= S 23 N v7 \\ N NN | yy A Te EN ° RRR N S à NM N Le i / AN JA 0 ) il | 4 Uf 4 y 7) 7 \u2019 A = | 1) » CN | 7 { in ll | Ai bp MN CE CCE, ZZ fausse route.«Crise de foie, mal au foie, foie engorgé, foie fatigué: ça n\u2019existe pas!» s\u2019exclame le pharmacien Olivier Bernard, qui s\u2019amuse à déboulonner les mythes scientifiques et médicaux dans son blogue Le Pharmachien (lire l\u2019entrevue à la page 24).«En vérité, les gens qui se plaignent de leur foie souffrent de problèmes de digestion ou de ballonnements, poursuit-il.Comme quoi le foie est exploité comme une catégorie poubelle où sont balancés tous les maux abdominaux.» l n\u2019y a pas que Monsieur et Madame Tout-le-Monde qui ignorent le b.a.-ba du foie.Par exemple, le Centre d\u2019aide aux personnes atteintes de l\u2019hépatite C (CAPAHC) offre une formation à des professionnels œuvrant auprès de clientèles infectées par ce virus ou à risque de l\u2019être.Ce sont des travailleurs de rue, des travailleurs sociaux, des infirmières.Un chapitre entier du cours est consacré au foie.«Certains d\u2019entre eux ne savent même pas si leur foie se trouve à droite ou à gauche», s\u2019étonne Laurence Mersilian, directrice du Centre.(La bonne réponse : à droite.) Même des médecins affichent une méconnaissance à l\u2019égard du foie et de ses maladies.Ainsi, un sondage Ipsos-Reid mené en 2012 pour le compte de la FCF 20 Québec Science | Décembre 2015 L\u2019usine f CARCINOME HÉPATOCELLULAIRE C\u2019est la forme la plus courante de cancer primaire du foie.Le carcinome prend naissance dans les cellules hépatiques.La présence d\u2019une maladie chronique du foie accroît les risques de ce type de cancer.Ce n\u2019est qu\u2019à un stade avancé que les premiers symptômes se manifestent: jaunisse, liquide dans l\u2019abdomen, perte de poids et d\u2019appétit, douleur abdomi - nale.Le taux de mortalité du carcinome hépatocellulaire est en augmentation au pays.CIRRHOSE C\u2019est à la cirrhose qu\u2019aboutissent la plupart des maladies chroniques du foie.À ce stade, l\u2019organe est couvert de cicatrices.Chez une partie des patients, elle peut rester asymptomatique jusqu\u2019à ce que se produisent des complications, comme une hémorragie interne, l\u2019accumulation de liquide dans l\u2019abdomen ou un comportement erratique.Les patients cirrhotiques sont évidemment plus à risque de souffrir d\u2019un cancer du foie.HÉPATITE B Plus contagieuse que le VIH, l\u2019hépatite B est une infection virale transmise par le sang ou d\u2019autres liquides corporels.Elle provoque l\u2019inflammation du foie.Après avoir traversé une phase aiguë, la maladie peut devenir chronique QUAND ON LUI FAIT LA VIE DURE Le foie est vulnérable à une centaine de maladies, voici les plus graves.I V I R G I N I E G O S S E L I N révélait que seulement 35% des omnipraticiens canadiens croyaient connaître très bien les symptômes de l\u2019hépatite C et 57%ne savaient pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une maladie curable.«Quand je donne des conférences de formation continue, je dis parfois à mes collègues, dans l\u2019assistance, que deux organes nous font peur : le cerveau et le foie», raconte le docteur Fernando Alvarez, hépatologue pédiatrique au CHU Sainte-Justine.Il faut dire qu\u2019une centaine de maladies peuvent attaquer le foie et que plusieurs d\u2019entre elles sont peu fréquentes.«Or, pour pouvoir poser un diagnostic, il faut déjà en avoir une idée, ce qui n\u2019est pas toujours évident avec des infections rares», constate-t-il.Quant aux maladies du foie les plus communes, comme les hépatites virales, elles passent trop souvent sous le radar.En 2013, dans un rapport de 75 pages sur les maladies du foie au Canada, la FCF notait que les omnipraticiens «sont peu sensibilisés à l\u2019hépatite B et à l\u2019hépatite C ainsi qu\u2019aux conséquences d\u2019une infection» et qu\u2019ils «ont besoin de plus de formation sur le diagnostic des maladies du foie, l\u2019évaluation des niveaux de gravité de ces maladies et les options thérapeutiques disponibles».À ce chapitre, Laurence Mersilian en a entendu des vertes et des pas mûres depuis la fondation de son Centre en 2003.«Les personnes qui le fréquentent nous rapportent des choses terribles, dit- elle.Certaines se font dire par leur médecin de famille que leur virus [de l\u2019hépatite C] est en dormance, que c\u2019est comme s\u2019ils ne l\u2019avaient plus», alors que l\u2019infection est toujours là et entraîne des dommages sournois.LaurenceMersilian en sait quelque chose : pendant 20 ans, elle a souffert de fatigue chronique sans jamais se douter qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un symptôme de l\u2019hépatite C.«J\u2019ai sans Décembre 2015 | Québec Science 21 chez 5% des adultes.De ce groupe, entre 15% et 20% développeront une cirrhose.L\u2019hépatite B chronique est une maladie silencieuse : les premiers symptômes apparaissent seulement quand le foie est très endommagé.Heureusement, il existe des traitements, ainsi qu\u2019un vaccin.HÉPATITE C Le virus de l\u2019hépatite C se transmet également par le sang.C\u2019est l\u2019une des maladies du foie les plus répandues dans le monde et aucun vaccin ne peut encore la prévenir.Le quart des personnes infectées élimineront spontanément le virus au cours des six premiers mois.Chez les autres, l\u2019hépatite évoluera vers la chronicité \u2013 souvent à leur insu, puisqu\u2019elle est asymptomatique.Dans ce groupe, 1 personne sur 4 court le risque de souffrir, 20 ou 30 ans plus tard, d\u2019une cirrhose, d\u2019une insuffisance hépatique ou d\u2019un cancer du foie.L\u2019hépatite C est aujourd\u2019hui curable.MALADIE ALCOOLIQUE DU FOIE Provoquée par une consommation d\u2019alcool, de modérée à excessive, toujours de longue durée, cette pathologie finit par causer des lésions qui se muent au fil du temps en cirrhose.Près de la moitié des patients qui reçoivent un diagnostic de cirrhose alcoolique meurent dans les cinq années suivantes.La bonne nouvelle : avant que la maladie n\u2019atteigne un stade avancé, il est possible d\u2019en guérir.en pratiquant l\u2019abstinence.STÉATOSE HÉPATIQUE NON ALCOOLIQUE La stéatose hépatique non alcoolique (foie graisseux) résulte d\u2019une accumulation de graisses dans les cellules du foie.Elle provoque des lésions semblables à celles de la maladie alcoolique du foie.Les personnes obèses sont toutes à risque de stéatose hépatique.Pour le moment, le seul remède consiste à adopter une alimentation saine et à faire régulièrement de l\u2019activité physique.Aujourd\u2019hui, on connaît si mal le foie que même les expressions qui s\u2019y réfèrent font fausse route.« Crise de foie, mal au foie, foie engorgé, foie fatigué : ça n\u2019existe pas ! » Marc Bilodeau, hépa- tologue et chercheur au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal : «Quand le foie va mal, le corps entier va vraiment mal.Ce n\u2019est pas beau à voir.» doute contracté le virus lors d\u2019une transfusion sanguine au cours d\u2019une césarienne», soupçonne-t-elle.Le diagnostic est tombé en 2001.Une biopsie révélait que son foie était couvert de cicatrices fibreuses, ce qu\u2019on appelle la fibrose.«Dix ans de plus et je me retrouvais avec une cirrhose [NDLR: l\u2019étape suivant la fibrose grave], peut-être même avec un cancer du foie», dit-elle.Laurence Mersilian est aujourd\u2019hui guérie.«J\u2019ai été chanceuse, certes, mais j\u2019ai perdu 20 ans de ma vie à être fatiguée.» e drame est loin d\u2019être unique.Au Canada, on estime que 240 000 individus sont infectés par l\u2019hépatite C, nombre que plusieurs jugent conservateur.Autant \u2013 sinon plus \u2013 de gens seraient atteints de l\u2019hépatite B.«Pourtant, on parle bien moins de ces infections que du VIH qui, selon les derniers estimés, touchent beaucoup moins de gens [NDLR: entre 71 000 et 72 000 Canadiens en 2011]», déplore Naglaa Shoukry, chercheuse au Centre de recherche du CHUM et directrice du Réseau national de collaboration sur l\u2019hépatite C.Les hépatites virales sont considérées comme une véritable épidémie.Le Sud-Est asiatique vit une crise de l\u2019hépatite B sans précédent.En Égypte, 20% de la population est porteuse du virus de l\u2019hépatite C.L\u2019Organisation mondiale de la santé estime que, à l\u2019échelle internationale, 240 millions de personnes souffrent de l\u2019hépa - tite B; et 150 millions, de l\u2019hé pa tite C.La majorité de ces gens ignorent tout de leur condition, car le dépistage systématique n\u2019existe pas.Autre maladie du foie à l\u2019étendue insoupçonnée : la stéatose hépatique non alcoolique.C\u2019est-à-dire l\u2019accumulation de graisse dans le foie.En raison de l\u2019épidémie galopante d\u2019obésité, une personne sur trois ou quatre en serait atteinte dans les pays occidentaux \u2013 encore une fois, à son insu \u2013 ce qui en fait la maladie du foie la plus fréquente de toutes.La plupart des individus ayant un foie graisseux en resteront à ce stade, sans plus de complication.«Mais 30% d\u2019entre eux développeront une stéatohépatite, c\u2019est-à-dire une stéatose avec de l\u2019inflammation, qui peut se transformer en cirrhose, puis en cancer», affirme la docteure Giada Sebastiani, hépatologue et directrice du centre diagnostique pour les maladies du foie du Centre universitaire de santé McGill.Désormais, la moitié de sa clientèle est composée de patients présentant un foie graisseux et ce nombre est appelé à augmenter.Le phénomène n\u2019épargne pas les enfants.«À ma clinique, chaque semaine, je rencontre un ou deux nouveaux cas d\u2019enfants avec un foie graisseux.J\u2019ai même traité un garçon de 14 ans qui souffrait d\u2019une cirrhose, chose exceptionnelle en pédiatrie», indique le docteur Alvarez que cette tendance inquiète beaucoup.«Si seulement 1% des enfants atteints de stéatose simple deviennent, à l\u2019âge adulte, des patients souffrant d\u2019une stéatohépatite ou d\u2019une cirrhose, vous multipliez par 10 les besoins de transplantations hépatiques», avance-t-il.Les spécialistes projettent que d\u2019ici 2030, la stéatose hépatique deviendra la première cause de transplantation du foie, devant les hépatites et la maladie alcoolique du foie.Problème, il n\u2019y a pas suffisamment de donneurs d\u2019organes pour répondre à la demande.«Nous serons bientôt devant une situation impossible où il nous faudra davantage de foies sains, mais où il y aura de plus en plus de foies malades», craint Giada Sebastiani.Déjà dramatique, le bilan des maladies du foie s\u2019alourdit encore devant la hausse toujours inexpliquée des hépa - tites auto-immunes, sans compter les répercussions des excès d\u2019alcool sur le foie.Le nombre exact d\u2019individus aux prises avec une maladie alcoolique du foie demeure inconnu, mais la progression de la consommation d\u2019alcool laisse croire aux hépatologues qu\u2019il y en a beaucoup plus qu\u2019on le croit.Au Canada, en 2000, chaque personne buvait, en moyenne, 7,6 L d\u2019alcool par année.Ce chiffre est passé à 8,2 L en 2010.«Chaque augmentation de 1 L de la 22 Québec Science | Décembre 2015 L\u2019usine f C Autre maladie du foie à l\u2019étendue insoupçonnée: la stéatose hépatique non alcoolique.C\u2019est-à-dire l\u2019accumulation de graisse dans le foie.En raison de l\u2019épidémie galopante d\u2019obésité, une personne sur trois ou quatre en serait atteinte dans les pays occidentaux.G U S T O I M A G E S S P L Décembre 2015 | Québec Science 23 * Certaines conditions s\u2019appliquent.Les règles relatives au CELI doivent être respectées.Pour plus d\u2019informations, veuillez communiquer avec l\u2019équipe du Service-conseil de Services d\u2019investissement FÉRIQUE.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa ?liale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de plani?cation ?nancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à re?éter les valeurs futures d\u2019un Fonds ou le rendement d\u2019un placement dans un Fonds.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur ?uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.FÉRIQUE: il y a du génie là-dedans ! ferique.com LE CELI FÉRIQUE.ZÉRO IMPÔT.* ET TOUS LES CONSEILS QU\u2019IL VOUS FAUT.Communiquez avec notre Service-conseil pour mettre en place une stratégie optimale pour vous.514 788-6485 I 1 800 291-0337 24 Québec Science | Décembre 2015 L\u2019usine f vons-nous raison de vouloir nettoyer notre foie?L\u2019idée de «détoxifier» le foie vient d\u2019une conception erronée de sa fonction.Les gens perçoivent cet organe comme le filtre d\u2019une piscine qui retient tous les déchets.Or, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait si on veut que la piscine reste propre?On nettoie le filtre! L\u2019ennui, c\u2019est que le foie ne fonctionne pas tout à fait de cette manière.Son rôle ne consiste pas tant à retenir les déchets qu\u2019à transformer des molécules en vue de les éliminer.Pourtant, sur les emballages de produits naturels, on peut lire toutes sortes d\u2019allégations comme «nettoie le foie», «soutient la fonction hépatique», «soulage le foie engorgé».La réglementation pour les produits naturels est tellement permissive que les compagnies peuvent affirmer ce qu\u2019elles veulent sur les emballages.Parmi les allégations que vous mentionnez, la seule qui soit acceptable d\u2019un point de vue scientifique est le soutien de la fonction hépatique.Cependant, qu\u2019est-ce que cela signifie dans ce cas?Votre fonction hépatique a-t-elle besoin d\u2019être soutenue?Si oui, de quelle façon?Ce genre d\u2019affir mation peut être attrayante pour des consommateurs, mais elle ne veut malheureusement rien dire.Quel est l\u2019effet réel des plantes médicinales généralement recommandées pour le foie?La plupart des herbes médicinales proposées pour supposément soutenir la fonction hépatique, comme le chardon-Marie et l\u2019artichaut, stimulent la production de bile.C\u2019est rarement efficace, excepté chez une personne ayant une production biliaire insuffisante qui lui cause des problèmes de digestion.Mais à ce mo- ment-là, il est question de digestion et non de fonction hépatique.Dans certains cas, ces plantes peuvent même causer du tort.Par exemple, chez un individu aux prises avec des calculs biliaires, stimuler la production de bile risque d\u2019entraîner une surcharge de la vésicule déjà malmenée.Quant aux gens atteints de maladies chroniques du foie, je leur conseille consommation par personne par année est associée à un accroissement de 16% de la mortalité liée à la cirrhose chez les hommes, et de 12% chez les fem - mes», souligne le rapport de la FCF.Faites le calcul.«Le foie est attaqué de toutes parts.Le coût humain et social est terrible», déclare Eric Yoshida.En effet, entre 2005 et 2013, les décès causés par les maladies du foie ont bondi de près de 30%.Trop de patients sont diagnos - tiqués sur le tard et souffrent atrocement.«Quand le foie va mal, le corps entier va vraiment mal.Ce n\u2019est pas beau à voir», commente Marc Bilodeau.Les patients cirrhotiques ont la peau jaune et sont extrêmement maigres, à l\u2019exception de leur ventre énorme, distendu par l\u2019ascite, une accumulation de liquide dans l\u2019abdomen.Leur foie est méconnaissable : ses lobes spongieux couleur marron sont à présent verts et durs comme de la roche.L\u2019état mental de ces patients se détériore également, car, selon la théorie souvent avancée mais pas entièrement confirmée, leur foie n\u2019arrive plus à se débarrasser de l\u2019ammoniac qui, libéré dans le sang, se rend au cerveau et provoque un ralentissement de l\u2019activité cérébrale.C\u2019est l\u2019encéphalopathie hépatique.Elle s\u2019accom pagne de symptômes troublants, mais réversibles si le foie est bien traité: agitation, dépression, irritabilité, changements de personnalité, désorientation, confusion, tremblements, paranoïa, etc.Des cas aussi lourds, le docteur Bi- lodeau en voit de plus en plus.Il comprend mal qu\u2019on s\u2019intéresse si peu aux maladies du foie, malgré la gravité de la situation : « Ça reste des maladies laissées-pour-compte.J\u2019oserai même dire honteuses.Le mot \u201chépatite\u201d reste entaché d\u2019une stigmatisation importante.» D\u2019aucuns y associent spontanément l\u2019usage de drogues injectables et les rapports sexuels non protégés \u2013 des causes de trans mission connues, qui ne sont toutefois pas les seules.Par exemple, il est courant que les immigrants en provenance de pays où l\u2019hépatite B est endémique aient été infectés par leur mère.«Parfois, c\u2019est de la malchance : on peut contracter le virus de l\u2019hépatite C en se faisant tatouer avec des instruments mal stérilisés, ou encore en utilisant le rasoir d\u2019une personne infectée qui ignore elle- On a fait ripaille pendant les fêtes, on se plaint d\u2019avoir «le foie engorgé» ou «mal au foie».Branle-bas de combat: il faut se débarrasser des toxines accumulées, grâce à des produits naturels ou à des cures proposées sur le Web.Ah oui?Le pharmacien Olivier Bernard \u2013 alias le Pharmachien \u2013 blogueur à l\u2019affût des affabulations à saveur médicale, nous remet en mémoire certaines notions de base d\u2019anatomie et de physiologie.Propos recueillis par Marie Lambert-Chan Suite à la page 26 LE MYTHE LA DÉTOX A OLIVIER BERNARD ALIAS LE PHARMACHIEN V I R G I N I E G O S S E L I N Décembre 2015 | Québec Science 25 fermement de s\u2019abstenir de consommer ces plantes parce qu\u2019on ignore les effets qu\u2019elles pourraient provoquer chez eux.Les jus verts sont-ils meilleurs?Si vous mettez des fruits et des légumes dans un extracteur à jus, vous obtiendrez essentiellement un concentré d\u2019eau sucrée avec des minéraux et des vitamines, sans protéine ni fibre.C\u2019est mieux qu\u2019un jus commercial dans la mesure où on n\u2019y trouve pas de sucre ajouté.Mais en pratique, cela n\u2019aide pas le foie; il s\u2019agit ici de la digestion.C\u2019est sûr qu\u2019une personne qui fait une cure de jus verts après avoir trop mangé se sentira moins ballonnée.Qu\u2019en est-il des aliments amers, le citron en particulier?Ses vertus curatives pour le foie sont vantées sur le Web.On a affaire ici à unmélange de croyances.Des idées erronées sont véhiculées au sujet des répercussions de taux d\u2019acidité élevés dans le corps.Par exemple, certains prétendent que l\u2019arthrite est causée par un trop-plein d\u2019acidité, ce qui est faux.Néanmoins, des produits tablent sur cette croyance et prétendent combattre l\u2019acidité.Dans ce discours, le citron est évoqué comme un aliment alcalinisant qui provoque des réactions chimiques et désa - cidifie le corps.Mais ce n\u2019est pas vrai du tout.Que boire de l\u2019eau citronnée puisse avoir un effet quelconque sur l\u2019acidité globale de l\u2019organisme, c\u2019est impensable.Le corps est une machine d\u2019homéostasie, c\u2019est- à-dire qui vise à rester en équilibre.Le pH des liquides corporels est régulé par les reins et les poumons.Si quelqu\u2019un mange des aliments plus acides, aussitôt ces organes s\u2019ajustent pour éliminer l\u2019acidité en trop.Et le foie?Je ne vois pas trop ce qu\u2019il vient faire ici.Que dire de «l\u2019expulsion hépatique», unemé- thode consistant à boire une grande quantité d\u2019huile d\u2019olive mélangée à des sels d\u2019Epsom?Je n\u2019avais jamais entendu cette expression auparavant.Par contre, n\u2019essayez pas ça à la maison! Boire de l\u2019huile est dangereux en raison des risques d\u2019aspiration.Si par malheur une personne s\u2019étouffe en avalant de l\u2019huile, le liquide restera prison nier de ses bronches et de ses poumons, et une mort rapide peut s\u2019ensuivre.C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019on ne recommande plus l\u2019huile minérale comme laxatif.Alors, détoxifier le foie, c\u2019est inutile?Tout à fait.?QS E DE X même sa condition», rappelle Na- glaa Shoukry.Les préjugés à l\u2019égard des maladies du foie ne datent pas d\u2019hier.«Quand j\u2019étais résident, dans les années 1980, j\u2019ai vu des collègues manifester du dédain pour les maladies hépatiques, comme cette docteure qui a balayé un cas du revers de la main simplement parce que le patient concerné était alcoolique», se remémore Marc Bilodeau.Il faut dire que, à l\u2019époque, il y avait très peu à faire pour ces patients, car l\u2019hépatologie n\u2019était guère avancée.«Depuis, se réjouit le médecin, on a connu une révolution diagnostique et thérapeutique.On a identifié le virus de l\u2019hépatite C et les gènes de maladies hépatiques héréditaires comme la maladie de Wilson [NDLR: liée à une accumulation de cuivre dans l\u2019organisme] et l\u2019hémochromatose [NDLR: due à une surcharge de fer dans l\u2019organisme].On a grandement amélioré la transplantation du foie.Au début de ma carrière, les gens subissaient une soixantaine de trans - fusions sanguines au cours d\u2019une greffe, une procédure extrêmement lourde.On a vu apparaître le vaccin contre l\u2019hépatite B et des traitements efficaces pour les hépatites B et C.Le chemin parcouru est extraordinaire!» e foie et ses maladies auraient cependant besoin d\u2019une seconde révolution, autant scientifique qu\u2019économique.De gran - des lacunes persistent.Le monde attend impatiemment un vaccin contre l\u2019hépatite C qui ne verra sans doute pas le jour avant nombre d\u2019années.Plusieurs demandent davantage de tests de dépistage de l\u2019hépatite C (aux États-Unis, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont même recommandé que tous les individus nés entre 1945 et 1965 soient testés).Des médecins spécialistes réclament davan tage de ressources.«Pour le cancer du foie, on n\u2019est même pas capable d\u2019avoir une infirmière pivot pour assurer, en cours de traitement, l\u2019accès des malades aux ressources spécialisées.À un moment donné, on va échapper des patients», craint Marc Bilodeau.Un grand travail de sensibilisation doit également être entrepris pour défaire les mythes entourant les hépatites.Il faut aussi combattre l\u2019apologie de la consommation d\u2019alcool dans les médias, de même qu\u2019il faut contrer la consommation de la malbouffe, car les saines habitudes de vie demeurent les seules mesures valables pour prévenir et freiner la maladie alcoolique du foie et le foie graisseux.«L\u2019industrie agroa- limentaire s\u2019en met plein les poches au détriment de la santé de nos enfants, en les séduisant à coups de publicités de mets gras et sucrés.En tant que pédiatre, ça me fait mal au cœur», dénonce avec dépit Fernando Alvarez.Et puis il y a l\u2019argent, le nerf de la guerre.Encore une fois, le foie fait figure de parent pauvre.Entre 1990 et 2013, les instituts de recherche en santé du Canada ont accordé 11 millions de dollars à l\u2019hépatite B, 93 millions de dollars à l\u2019hépatite C et 518 millions de dollars au VIH.Du côté des médicaments, les prix demeurent prohibitifs : les nouveaux médicaments sans interféron contre l\u2019hépatite C \u2013 qui ne provoquent pas les effets secondaires éprouvants des générations précédentes de traitements \u2013 coûtent entre 55 000 $ et 60 000 $ par patient.Le gouvernement du Québec a d\u2019ailleurs choisi de ne rembourser que les plus malades, car la facture serait astronomique pour la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec si elle acceptait tous les patients.La bataille s\u2019annonce rude.Tant pis.Car si un organe mérite qu\u2019on le défende, c\u2019est bien le foie.«Vous savez, c\u2019est un organe noble qui ne demande pas grand-chose, mais qui, au bout du compte, paie les conséquences de notre indifférence», observe le docteur Fernando Alvarez.N\u2019est-il pas temps de lui dire merci?QS 26 Québec Science | Décembre 2015 L\u2019usine f DES PERCÉES PROMETTEUSES Les propriétés uniques du foie offrent un monde de possibilités aux chercheurs de la planète, notamment à ceux qui travaillent en immunologie.«Quand on greffe un foie à un patient, on doit lui administrer des immunosuppresseurs qui affaibliront son système immunitaire afin que ce dernier ne rejette pas l\u2019organe.La dose d\u2019immunosuppresseurs est moins importante que dans les cas de transplantation de cœur, de poumons ou de reins, car le foie est en lui-même un régulateur du système immunitaire», explique le docteur Simon Turcotte, chirurgien hépatobiliaire et chercheur en cancérologie sur les cancers hépatobiliaires et pancréatiques au CHUM.Des scientifiques ont d\u2019ailleurs mis au point des médicaments immunomodulateurs, qui stimulent cette propriété du foie, de sorte que l\u2019administration d\u2019immunosuppresseurs aux patients greffés ne serait plus nécessaire, permettant de réduire le nombre de décès causés par des complications liées aux immunosuppresseurs.Les immunomodu- lateurs sont toutefois au stade des études précli- niques et ne seront pas mis en marché avant plusieurs années.Il existe également des immunomodulateurs, appelés Immune Checkpoint Inhibitors, qui aident à combattre le cancer du foie.Ceux-là sont rendus à l\u2019étape des essais cliniques.«Les taux de réponse des patients sont plus significatifs que ce qui a été observé jusqu\u2019ici avec les chimiothérapies traditionnelles et les thérapies ciblées, signale le docteur Turcotte.On ne peut pas encore parler de guérison, mais cette solution offre plus d\u2019espoir aux patients.» Des scientifiques cherchent de leur côté à générer un nouveau foie à partir de cellules souches.S\u2019ils ont réussi à reproduire en laboratoire des hé- patocytes \u2013 des cellules du foie \u2013, ils ont encore fort à faire pour en arriver à un foie entier.«Il faut mettre au point l\u2019architecture de soutien du foie à laquelle pourront s\u2019accrocher ces hépatocytes, explique Simon Turcotte.Or, le foie est un organe complexe, traversé par des vaisseaux.On attend donc toujours une percée dans ce domaine.» L Suite de la page 24 Suite du dossier à la page 27 I LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC P h i l i p p e B o i s s o n n e t Mises à l\u2019honneur en 2015 par les Nations unies, les technologies de la lumière bouleversent le monde de la recherche.Et le Québec n\u2019est pas en reste.Cette image lumineuse est un sujet d\u2019expérimentation pour Philippe Boissonnet, professeur d\u2019arts visuels et médiatiques à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Nous voyons ici le détail d\u2019un hologramme intitulé La conscience des limites : galileo .L\u2019ANNÉE II P h i l i p p e B o i s s o n n e t Œuvre holographique de Philippe Boissonnet (détail).Elle a été réalisée en 2013.E lle a permis l\u2019essor de la vie sur Terre et symbolise le divin dans toutes les religions.Elle rythme notre quotidien.Elle est un outil privilégié pour les ingénieurs et a toujours fasciné les physiciens.La lumière a amené quantité de découvertes scienti?ques.Mise à l\u2019honneur par les Nations unies, qui ont déclaré 2015 l\u2019Année internationale de la lumière et des technologies fondées sur la lumière, elle est, au plan scienti?que, l\u2019un des phénomènes les plus complexes et mystérieux à saisir.« Les scienti?ques se sont interrogés très tôt sur la nature de la lumière.On a longtemps cru que c\u2019était l\u2019œil qui l\u2019émettait et éclairait les objets », rappelle Yves Gingras, professeur d\u2019histoire et de sociologie des sciences à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).C\u2019est aux alentours de l\u2019an 1000 que le scienti?que arabe Ibn al-Haytham met à mal cette théorie et démontre que l\u2019œil est un instrument d\u2019optique et non pas un générateur de lumière.Cela dit, la «géométrie» de la lumière, elle, est comprise très tôt.« Dès l\u2019Antiquité, notamment grâce à Ptolémée, on décrit les lois de la ré?exion de la lumière sur les miroirs, par exemple », poursuit l\u2019historien.Ibn al-Haytham reprend aussi les travaux de Ptolémée et les complète, étudiant la réfraction, c\u2019est-à-dire la déviation d\u2019un rayon lumineux lorsqu\u2019il passe d\u2019un milieu à un autre ; par exemple de l\u2019air à l\u2019eau.Le savant est aussi l\u2019un des premiers à soupçonner que la vitesse de la lumière est ?nie.Celle-ci ne sera évaluée précisément qu\u2019en 1676 par l\u2019astronome danois Ole Römer.Mais l\u2019histoire de la lumière ne s\u2019est pas arrêtée là.Elle continue même à être un sujet de science et de technologie largement étudié, notamment en ce qui concerne la mise au point et l\u2019utilisation de lasers.Et le do ssier que nous vous proposons ici vous permettra d\u2019entrer de plain-pied dans la recherche de pointe en ce qui concerne notre futur lumineux.n SOMMAIRE QU\u2019EST-CE QUE LA LUMIÈRE ?À la fois onde et particule, la lumière a donné du il à retordre aux physiciens depuis l\u2019Antiquité.La recherche dans le réseau de Ce dossier est inséré dans le numéro de décembre 2015 du magazine Québec Science.Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de : Marie Auclair, UQAM Sébastien Charles, UQTR Stéphane Allaire, UQAC Frédéric Deschenaux, UQAR André Manseau, UQO Josée Charest, INRS Josée Gauthier, ENAP Sylvain G.Cloutier, ÉTS Éric Lamiot, TÉLUQ Céline Poncelin de Raucourt, UQ Valérie Reuillard, UQ David H.Mercier, UQ Raymond Lemieux, Québec Science Coordination: Raymond Lemieux et Valérie Reuillard Rédaction: Marine Corniou Graphisme: Maxime Girard Révision: Hélène Matteau Correction-révision: Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.Une énigme très ancienne III Il y a 3,8 milliards d\u2019années, la Grande Oxydation Et la lumière fut Une brève histoire de la lumière L\u2019invention du siècle ?VI La lumière mise en boîte Les lasers pour « voir » la matière En mode acceléré Un spectre d\u2019innovations XI La photonique contre les micro-embouteillages L\u2019âge des cristaux La vie en vraies couleurs La signature de l\u2019eau Éclairer le futur L a b o l u x Un dossier réalisé par Marine Corniou III L a Terre, jadis, était peu propice à la vie.« La couche d\u2019ozone n\u2019existait pas et les premières bactéries devaient donc résister aux ultraviolets qui bombardaient la Terre », explique Philippe Juneau, professeur au département des sciences biologiques de l\u2019UQAM.Quant au taux d\u2019oxygène dans l\u2019atmosphère, il équivaut alors à 0,001% du taux actuel.La planète bleue est irrespirable ! Un peu plus de 1 milliard d\u2019années plus tard, pourtant, tout change.C\u2019est la « Grande Oxydation » qui correspond à une augmentation brutale de la concentration d\u2019oxygène dans l\u2019air.Que s\u2019est-il passé ?Cette bouffée d\u2019oxygène, c\u2019est majoritairement aux cyanobactéries qu\u2019on la doit.« Ce sont les bactéries qu\u2019on appelle à tort des algues bleu vert.Elles font partie des premiers orga nismes apparus sur Terre », précise le biologiste.Leur coup de génie, c\u2019est d\u2019avoir « inventé » la photosynthèse, cette capacité à exploiter la lumière du soleil pour produire de l\u2019énergie en libérant de l\u2019oxygène.Une innovation qui permettra à la vie de quitter les fonds océaniques et de conquérir progressivement toute la planète.Car sous l\u2019effet du rayonnement UV, l\u2019apparition d\u2019oxygène a permis l\u2019accumulation d\u2019ozone dans les couches supérieures de l\u2019atmosphère, créant ainsi un milieu plus clément et permettant l\u2019émergence de formes de vie plus complexes.Aujourd\u2019hui encore, la photosynthèse est à la base de la chaîne du vivant, permettant la prolifé ration du phytoplancton.C\u2019est le seul mécanisme capable d\u2019assurer le renouvellement constant de l\u2019oxygène.« La photosynthèse est le cœur de la vie sur Terre, reprend le chercheur.Il y a plusieurs hypothèses quant à la date d\u2019apparition des premières réactions photosyn- thétiques, mais nous savons que c\u2019est survenu très tôt dans l\u2019histoire de notre planète.» En se nourrissant de lumière pour créer de la matière carbonée, les premières cyanobactéries ont ouvert la voie de la photosynthèse à tous les végétaux, apparus des millions d\u2019années plus tard.En effet, les chloroplastes, ces petits organites qui réalisent la photosynthèse chez les plantes, sont très probablement issus d\u2019une cyanobactérie « absorbée » par une autre cellule \u2013 un phénomène appelé endosymbiose.Ces bactéries ancestrales n\u2019ont pas disparu.Elles constituent la majorité du phytoplancton, et IL Y A 3,8 MILLIARDS D\u2019ANNÉES LA GRANDE OXYDATION Si l\u2019on ne sait pas exactement comment la vie est apparue sur Terre, une chose est sûre, c\u2019est le « domptage » de la lumière qui a permis aux organismes primitifs de conquérir la planète et de rendre l\u2019atmosphère respirable.dans le réseau de l\u2019Université du Québec L\u2019année-lumière C\u2019est en se nourrissant de lumière pour créer la matière carbonée que les premières cyanobactéries ont ouvert la voie de la photosynthèse à tous les végétaux.UNE ÉNIGME TRÈS ANCIENNE J e r e m y B u r g e s s / S P L IV La recherche dans le réseau de on les trouve absolument partout sur le globe, que ce soit dans l\u2019eau douce ou salée, dans la glace ou les déserts, dans les eaux thermales brûlantes ou même sur les rochers, où elles vivent en symbiose avec un champignon pour former du lichen.À quoi doivent-elles leur succès ?« Elles possèdent des pigments qui leur permettent d\u2019exploiter la majeure partie du spectre de la lumière », précise Philippe Juneau, spécialiste de ces micro-organismes.Il faut savoir que, a?n de capter la lumière, les organismes photosynthétiques font appel à plusieurs pigments, le plus connu et le plus abondant étant la chlorophylle.Au contact des photons, les électrons de ces pigments s\u2019excitent \u2013 sont « énergisés » \u2013 et sont transférés de molécules en molécules.Grâce à ces réactions en chaîne, les cellules parviennent à produire de l\u2019énergie chimique à partir d\u2019eau ; cela leur permet, dans un second temps, de fabriquer des glucides à partir du dioxyde de carbone de l\u2019air.Pour exploiter au mieux la matière première lumineuse, les pigments doivent pouvoir capter le plus de longueurs d\u2019onde possible \u2013 c\u2019est-à-dire, le plus de couleurs du spectre possible.La chlorophylle, à elle seule, est loin du compte.« Elle n\u2019absorbe pas dans le vert, c\u2019est pourquoi les plantes apparaissent vertes.D\u2019autres pigments, les caroténoïdes, sont aussi omniprésents chez les plantes, mais les cyanobactéries possèdent en plus des phycocyanines et des phycoérythrines qui absorbent la lumière là où la chlorophylle n\u2019est pas ef?cace », ajoute Philippe Juneau.Résultat, elles pro?tent au maximum des photons du soleil.Certaines études ont même démontré que les cyano- bactéries pouvaient changer leur pigmen- De légendes en croyances, de contes en mythologies, les peuples du monde entier ont imaginé toutes sortes d\u2019histoires pour expliquer la naissance du Soleil ou celle de la lumière, souvent perçus comme des incarnations du divin.Mais la lumière et ses origines fascinent aussi les cosmologistes.Il faut dire qu\u2019il est encore possible d\u2019observer, aujourd\u2019hui, la première lueur de l\u2019Univers, émise 380 000 ans après le big-bang.Petit retour en arrière.Juste après sa naissance, l\u2019Univers ressemble à une soupe extrêmement dense et chaude de particules (de noyaux d\u2019hydrogène et d\u2019électrons), totalement opaque.Avec l\u2019in?ation, c\u2019est-à-dire l\u2019expansion brutale du cosmos, cette purée de pois se dilate et se refroidit, jusqu\u2019à atteindre 2 700 °C au bout de 380 000 ans.C\u2019est à cette température que les atomes commencent à se former, libérant d\u2019un coup les photons jusqu\u2019ici englués dans la «soupe».Le cosmos devient soudainement transparent ; la lumière fuse.Ce «?ash» originel nous parvient, encore aujourd\u2019hui, après un long voyage de 13,8 milliards d\u2019années.Cette « lumière» arrive en fait sous forme d\u2019émission très faible, dans le domaine de longueur d\u2019onde des microondes (entre l\u2019infrarouge et les ondes radio).Elle est décelable par certains télescopes.L a lumière visible par l\u2019œil humain est composée de l\u2019ensemble des ondes dont la longueur est comprise entre 380 nanomètres (nm) et 780 nm (un nanomètre est égal à un millionième de millimètre).Dans cet intervalle appelé spectre, chaque longueur d\u2019onde corres pond à une couleur.Le spectre visible n\u2019est qu\u2019un fragment du spectre électromagnétique ; les autres longueurs d\u2019onde correspondent à celles que l\u2019on ne voit pas, soit le rayonnement UV, les micro-ondes, les rayons X, etc.Cependant, on parle souvent de « lumière » infrarouge ou ultraviolette.n LE SPECTRE DE LUMIÈRE UNE ÉNIGME TRÈS ANCIENNE ET LA LUMIÈRE FUT. IX « Ces lasers permettent de voir les réactions chimiques se produire en temps réel, car toutes les réactions à l\u2019échelle de l\u2019atome ou des molécules se produisent sur des échelles de temps extrêmement brèves », précise le chercheur.Tel un stroboscope, le laser femtoseconde bombarde donc la matière vivante pour prendre des clichés instantanés des molécules.« Actuellement, le laser \u201ctire\u201d environ 10 coups par seconde, mais la prochaine génération pourrait aller jusqu\u2019à 1 000 coups par seconde.Le but est de visualiser de façon dynamique les molécules complexes, comme la myoglobine.Cette enzyme change de con?guration pour transporter et relâcher l\u2019oxygène au niveau des muscles, en une fraction de seconde.En la martelant avec un laser, on peut induire ce changement de structure et le visualiser », ajoute-t-il.Il devient donc possible de suivre les mouvements des atomes qui se séparent ou se rapprochent au sein d\u2019une molécule, et même de détecter les transferts d\u2019électrons entre atomes.En 2014, l\u2019équipe du professeur François Légaré a ainsi réussi à faire un « ?lm moléculaire » révélant la transformation d\u2019une molécule naturelle, l\u2019acétylène, en vinylidène, une molécule présente dans le plastique.« Nous avons réussi à suivre le déplacement d\u2019un proton, qui saute d\u2019un côté à l\u2019autre de la molécule lors de ce réarrangement.Obtenir des images dynamiques des systèmes chimiques, c\u2019est l\u2019avenir de l\u2019imagerie », explique François Légaré dont l\u2019exploit a été publié dans la revue Nature Communications et s\u2019avère prometteur pour la recherche en chimie, biologie ou pharmacologie.Et ce n\u2019est pas tout ! Les lasers peuvent aussi constituer des sources de rayonnement utiles en imagerie médicale.« Lorsqu\u2019on fait interagir le laser avec un solide, on peut focaliser l\u2019énergie sur une toute petite surface, de quelques micromètres carrés, ce qui fait chauffer la matière et entraîne l\u2019émission de rayons X », reprend Jean-Claude Kieffer.Ces sources de rayons X sont 50 à 100 fois plus faibles que les sources conventionnelles utilisées en médecine : « Cela nous permet d\u2019avoir des images à très haut contraste et de bien meilleure résolution, poursuit-il.Ces sources pourraient être utilisées en médecine d\u2019ici trois ans, et elles pourraient constituer des outils puissants pour la détection de tumeurs précoces.» n Jean-Claude Kieffer, professeur au Centre Énergie Matériaux J e a n - C l a u d e K i e f f e r Le chercheur Sylvain Fourmaux de l\u2019INRS (à droite) en train de préparer une expérience d\u2019accélération de protons avec un laser de très haute puissance.Il est aidé du physicien Daniel Houde.Christian Fleury V dans le réseau de l\u2019Université du Québec L\u2019année-lumière tation en quelques jours lorsqu\u2019on les expose à une lumière d\u2019une certaine longueur d\u2019onde, histoire de capter plus ef?c acement cette couleur dominante.« En laboratoire, les cyanobactéries sont utilisées comme des organismes modèles pour étudier la photosynthèse », indique le biologiste.Hélas, les « algues bleu vert » ont aujourd\u2019hui mauvaise presse.Avec leur forte capacité d\u2019adaptation, elles ont une fâcheuse tendance à envahir les lacs, libérant des substances toxiques.« Le problème, aujourd\u2019hui, ce sont les variations dans l\u2019état de notre environnement qui engendrent dans certains cas un déséquilibre entre les algues et les cyanobactéries, et favorisent leur prolifération », déplore Philippe Juneau, qui étudie le phénomène.Ce qui ne devrait pas nous faire oublier les ?ers services qu\u2019elles ont rendus au monde du vivant.n UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA LUMIÈRE EN TROIS TEMPS Newton.Au XVIIe siècle, Isaac Newton franchit une étape majeure en décomposant, à l\u2019aide d\u2019un prisme, le spectre de la lumière blanche et en démontrant qu\u2019il est composé de plusieurs couleurs.Le physicien théorise aussi sur la nature de la lumière.Pour lui, chaque couleur correspond à des « corpuscules » se déplaçant à des vitesses différentes.Huygens.À peu près au même moment, le physicien hollandais Christiaan Huygens décrit au contraire la lumière comme une onde, similaire à celles que l\u2019on peut observer à la surface de l\u2019eau.C\u2019est la théorie qui va dominer jusqu\u2019au XXe siècle.Einstein.Le con?it sur la nature corpusculaire ou ondulatoire de la lumière va durer jusqu\u2019à ce que les travaux de physique d\u2019Albert Einstein, en 1909, permettent de trancher.« Pour expliquer l\u2019effet \u201cphotoélectrique\u201d [NDLR : correspondant à l\u2019émission d\u2019électrons observée lorsque de la lumière UV frappe une surface métallique], Einstein conclut que la lumière est à la fois un faisceau de particules et une onde.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la dualité onde- corpuscule.Il quali?e lui-même ses travaux de révolutionnaires », note l\u2019historien Yves Gingras.Avouons que le concept est encore dif?cile à saisir.La lumière se comporte tantôt comme une onde électromagnétique, tantôt comme un ?ux de particules (les photons).D\u2019ailleurs, en mars dernier, des chercheurs de l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, ont réussi à « photographier » simultanément les deux aspects de la lumière, en utilisant un ?ux d\u2019électrons.I s a a c N e w t o n C h r i s t i a a n H u y g e n s A l b e r t E i n s t e i n VI Q uand le physicien états-unien Theodore Maiman met au point le premier laser en 1960, la communauté scienti?que est loin de se douter qu\u2019une révolution est en marche.La découverte intrigue, mais elle est quali?ée de « solution dont on cherche encore le problème »\u2026 Aujourd\u2019hui, les lasers sont partout.Ils permettent de générer et de stocker de l\u2019information (?bres optiques, CD, etc.), de pratiquer des interventions chirurgicales, de découper des matériaux, de décaper des bâtiments, d\u2019analyser la matière, de faire de la microscopie ou de l\u2019astronomie, ou encore de guider des missiles.« Je ne fais plus vraiment le compte, mais au-delà de 50 prix Nobel, que ce soit en chimie, en physique ou en médecine, sont liés à l\u2019utili sation des lasers », aime à rappeler Sylvain Cloutier, professeur au département de génie électrique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).Il faut dire que la lumière émise par les lasers n\u2019a rien de banal.Elle est même radicalement différente de la lumière naturelle.Alors que cette dernière est constituée d\u2019ondes qui se déplacent dans toutes les directions, le faisceau laser, lui, est très directionnel et se propage sans diverger, ou très peu.Alors que la lumière du jour est composée de toutes les couleurs (ou longueurs d\u2019onde) de l\u2019arc-en-ciel, la lumière laser est soit faite d\u2019une seule longueur d\u2019onde, lorsque le rayonnement est continu \u2013 comme dans les pointeurs laser \u2013, ou de plusieurs longueurs d\u2019onde très proches les unes des autres, lorsque le laser émet plutôt des ?ashs de lumière (impulsions) de durée dé?nie.En?n, dans la lumière « classique », les différentes ondes sont chaotiques et indépendantes les unes des autres.« Dans un ?ash laser, les différentes ondes sont \u201cen phase\u201d.On force toutes les ondes à se déplacer dans la même direction pour qu\u2019elles puissent communiquer (interférer) ensemble et créer ce qu\u2019on appelle l\u2019impulsion », explique François Légaré, spécia liste des lasers au Centre Énergie Maté riaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS) à Varennes.Pour domestiquer ainsi la lumière, il a fallu des décennies de travail théorique, initié par Einstein en 1905.Derrière le mot « laser » se cache d\u2019ailleurs un acronyme complexe, issu de la langue anglaise, signi- ?ant « ampli?cation de lumière par émission stimulée de rayonnement ».Comme son nom l\u2019indique \u2013 de façon assez obscure, convenons-en ! \u2013 le laser consiste donc à ampli?er la lumière et à l\u2019ordonner.Il se compose d\u2019un milieu ampli?cateur (il peut s\u2019agir d\u2019un gaz, d\u2019un liquide ou d\u2019un solide), d\u2019une cavité composée de deux miroirs qui « emprisonne » la lumière et d\u2019une source externe d\u2019énergie pour exciter le milieu ampli?cateur.LA LUMIÈRE MISE EN BOÎTE Les lasers sont partout : dans l\u2019industrie, dans la vie quotidienne et dans les laboratoires de recherche.Mais il a fallu des décennies avant que les scientiiques parviennent ainsi à domestiquer la lumière.La recherche dans le réseau de Les équipements de système laser nécessitent des ajustements minutieux comme le fait ici le technicien François Poitras de l\u2019INRS à Varennes.J e a n - C l a u d e K i e f f e r On est aujourd\u2019hui capable de générer des impulsions laser ultracourtes, de moins de 1 millionième de milliardième de seconde.L\u2019INVENTION DU SIÈCLE ? Pour comprendre, un rappel s\u2019impose : lorsqu\u2019un atome reçoit un photon, il l\u2019absorbe et atteint un niveau d\u2019énergie supérieur.On dit qu\u2019il est excité, c\u2019est un état qui ne dure pas.En repassant à un niveau plus bas d\u2019énergie, il émet à nouveau un photon, dans une direction aléatoire.Cependant, Albert Einstein a découvert que, lorsqu\u2019un atome déjà excité reçoit un photon, il en émet deux dans la même direction, c\u2019est l\u2019émission stimulée.Ce qui permet d\u2019obtenir une lumière homogène (on dit « cohérente »).Dans le laser, en excitant le milieu ampli?cateur (ce qu\u2019on appelle le « pompage optique », à l\u2019aide de décharges électriques ou d\u2019un autre laser), on transmet donc de l\u2019énergie aux atomes pour les faire passer dans un état excité.Les atomes émettent alors un photon chacun, lequel rencontre un autre atome qui va l\u2019absorber, et qui va émettre deux photons de façon « stimulée », et ainsi de suite.L\u2019effet de cascade permet d\u2019ampli?er rapidement le rayonnement, d\u2019autant que les photons rebondissent sur les miroirs de la cavité laser et traversent plusieurs fois le milieu actif.Finalement, l\u2019un des miroirs partiellement ré?échissants laisse s\u2019échapper de la lumière : c\u2019est le faisceau laser.Si le premier laser a fonctionné avec un cristal de rubis, l\u2019arsenal optique des chercheurs s\u2019est beaucoup diversi?é depuis.Et on est aujourd\u2019hui capable de générer des impulsions laser ultracourtes, de moins de 1 millionième de milliardième de seconde.François Légaré, qui est directeur du Labo ratoire de sources femtosecondes (LSF) de l\u2019INRS, s\u2019intéresse justement à ces outils.« Ce sont les lasers basés sur des cristaux de titane-saphir comme milieu ampli?cateur qui sont les plus utilisés pour cela, mais ils ont leurs limites.En les faisant interagir avec un gaz, on peut par contre convertir leur longueur d\u2019onde vers une longueur d\u2019onde plus courte, ce qui permet de générer des impulsions attosecondes (10 -18 seconde, soit 1 milliardième de milliardième de seconde) plutôt que femtosecondes (10 -15 seconde) », explique le spécialiste.Le but ?« Observer les dynamiques d\u2019électrons, qui sont des éléments de base des atomes, et qui, lorsqu\u2019ils sont échangés entre différents ato mes, permettent de créer des liaisons chimiques, donc des molécules », dit-il.Par exemple, les atomes dans une molécule vibrent à l\u2019échelle de la femto- seconde, et un électron fait le tour d\u2019un atome d\u2019hydrogène en 152 attosecondes.« Quand on veut photographier une Formule 1 qui met une minute à faire le tour du circuit, il faut un appareil photo rapide.C\u2019est pareil pour les électrons : il faut faire des ?ashs de lumière plus courts que 152 attosecondes ! » ajoute le scienti?que qui vient de recevoir la médaille Herzberg de l\u2019Association canadienne des physiciens et physiciennes pour sa contribution dans le domaine de l\u2019imagerie.ultrarapide.n C h r i s t i a n F l e u r y dans le réseau de l\u2019Université du Québec L\u2019année-lumière Situées entre les domaines micro-onde et infrarouge (entre 0,1 térahertz (THz) et 15 THz), les ondes térahertz sont longtemps restées une portion inexplorée du spectre électromagnétique, parce qu\u2019il était dif?cile de les détecter et de les produire.« Les impulsions lasers ultracourtes permettent maintenant de les générer et de les détecter », explique François Blanchard, chercheur à l\u2019ÉTS qui travaille étroitement avec l\u2019université de Kyoto, au Japon, où il a terminé un postdoctorat sur la microscopie des térahertz.« Les techniques de laser associées à ces ondes sont particulières.Elles permettent de mesurer l\u2019amplitude et la phase de l\u2019onde, comme pour l\u2019électricité.Et depuis 10 ans, la recherche dans le domaine explose ! » L\u2019intérêt ?Les applications sont nombreuses, car ces rayons passent à travers plusieurs matériaux opaques, comme le plastique, le papier, le bois ou les vêtements.« Mais elles sont moins énergétiques et donc en principe moins dangereuses que les rayons X, poursuit-il.Ces ondes sont fortement absorbées par l\u2019eau.Elles ont donc un grand intérêt en médecine pour, par exemple, visualiser les cellules cancéreuses de la peau, puisque ces dernières n\u2019absorbent pas les ondes de la même manière que les cellules saines.» Jusqu\u2019ici, les térahertz ont surtout été utilisées dans le domaine de la sécurité des transports.De nombreux voyageurs s\u2019y sont déjà exposés dans les aéroports, en passant dans les « scanners corporels » qui permettent littéralement de voir à travers les vêtements.Il faut dire que les photons térahertz permettent de caractériser ?nement, sans contact, les composants d\u2019une substance solide, liquide ou même gazeuse.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la spectroscopie térahertz.D\u2019où l\u2019idée de les utiliser pour repérer des explosifs, comme le RDX (ou cyclotriméthylènetrinitramine) qui pourrait être caché sous les vêtements ou dans des paquets.« Avec ces ondes, on peut même détecter la présence d\u2019objets métalliques dans le chocolat.On pourrait aller jusqu\u2019à déterminer son taux de sucre », précise François Blanchard.Du côté de la recherche, les ondes térahertz permettent de sonder la matière et d\u2019évaluer la conductivité des matériaux de pointe comme le graphène et la pérovskite, qui serviront pour le stockage et la conversion plus ef?cace de l\u2019énergie solaire.« Elles constituent un outil fantastique pour le développement et la caractérisation des matériaux », note le chercheur.François Légaré, directeur du Laboratoire de sources femtosecondes de l\u2019INRS, vient de recevoir la prestigieuse médaille Herzberg de l\u2019Association canadienne des physiciens et physiciennes.L\u2019AVÈNEMENT DES TÉRAHERTZ VII VIII O n les trouve dans les lecteurs de code- barres ou de DVD, dans l\u2019industrie pour la découpe métallique ou l\u2019impression 3D, dans les photocopieuses ou les imprimantes, ou encore au bloc opératoire d\u2019un hôpital.Les lasers sont partout.Y compris, bien sûr, dans les laboratoires, où ils constituent un outil précieux pour étu dier les matériaux ou les tissus vivants.« Comme le laser focalise énormément d\u2019énergie sur une petite surface, il peut faire vibrer les matériaux, les exciter.De notre côté, en regardant comment le matériau réagit, on peut obtenir des informations précises sur ses propriétés fondamentales et électroniques », explique Sylvain Cloutier, professeur au département de génie électrique de l\u2019ÉTS.L\u2019étude des interactions laser-matière est désormais au cœur de l\u2019innovation, dans tous les domaines, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019aéronautique ou des nanotechnologies.Le chercheur a même, par le passé, travaillé en collaboration avec des restau rateurs d\u2019œuvres d\u2019art aux États-Unis, qui cherchaient à caractériser le type de peinture utilisée sur un tableau.« Leur crainte était que, en restaurant la couleur avec un autre pigment, il y ait des réactions chimiques inattendues.Grâce au laser, on peut découvrir la \u201csignature moléculaire\u201d des peintures utilisées et éviter les mauvaises surprises », explique-t-il.À l\u2019ÉTS, Sylvain Cloutier a troqué les toiles de maître contre des semi-conducteurs.« Le cœur de ma recherche, c\u2019est de développer de nouveaux matériaux avec des propriétés uniques.On a par exemple découvert qu\u2019en perçant des nano-trous dans le silicium, on pouvait modi?er ses propriétés », poursuit-il.De quoi inventer des revêtements de surface uniques pour l\u2019aérospatiale ou encore créer des cellules photovoltaïques imprimables capables de se plier.« L\u2019idée, c\u2019est de développer des matériaux un peu moins performants que ce qui se fait actuellement, mais à un coût de production environ 1 % de ce qu\u2019il est présentement.Par exemple, plutôt que d\u2019utiliser un bloc entier de semi-conducteur, dont la synthèse est très onéreuse, on utilise des nanoparticules de silicium qui s\u2019accrochent l\u2019une à l\u2019autre grâce à une molécule \u201cvelcro\u201d.Les nano- billes s\u2019assemblent couche par couche.Bien que la performance soit un peu diminuée par rapport au silicium pur, cela coûte tout de même beaucoup moins cher.En changeant la molécule velcro utilisée, on pourrait encore modi?er les propriétés du matériau », observe l\u2019ingénieur.Si les lasers permettent d\u2019en savoir plus sur les matériaux composites de demain, à l\u2019INRS, au Laboratoire de sources femtosecondes LSF), Jean- Claude Kieffer les emploie pour en savoir plus sur\u2026 la matière vivante.« Notre installation est unique au Canada et est dotée de lasers ultracourts qui génèrent des impulsions de 20 à 30 femtosecondes (10 -15 seconde) », explique-t-il.Inventés il y a 25 ans, ces lasers femtosecondes ne prennent réellement leur essor que depuis une dizaine d\u2019années.En concentrant l\u2019énergie des impulsions en un temps très court, de l\u2019ordre du millionième de milliardième de seconde, ils permettent d\u2019atteindre une puissance énorme, d\u2019environ 200 térawatts (1012 watts) (à comparer à la puissance de production électrique de la planète Terre d\u2019environ 4 térawatts !).LES LASERS POUR « VOIR » LA MATIÈRE La lumière sait faire parler les matériaux, et peut révéler leurs propriétés cachées.L\u2019interaction « laser-matière » est au centre de nombreux domaines de recherche.L\u2019INVENTION DU SIÈCLE ?J e a n - C l a u d e K i e f f e r X C\u2019est la plus grosse machine jamais construite par l\u2019homme.Avec son anneau d\u2019une longueur de 27 km, le Grand collisionneur de hadrons (LHC) de Genève est un terrain de jeu de rêve pour les physiciens.Mais tous les chercheurs ne disposent pas d\u2019un accélérateur de ce calibre, pour dévoiler les secrets fondamentaux de la matière ! Jean- Claude Kieffer, lui, a trouvé la parade.Dans son Laboratoire de sources femtosecondes, à l\u2019INRS, ce sont les lasers qu\u2019il utilise pour accélérer les électrons.« Les lasers nous permettent de créer de mini- accélérateurs de particules, explique-t-il.En fait, on se sert de la lumière comme d\u2019un piston qui exerce une pression sur la matière et l\u2019accélère.» Son laboratoire, leader canadien dans le domaine, expérimente deux techniques d\u2019accélération : par plasma et par champ laser.Alors que le laser agit directement sur les électrons, l\u2019accélération laser- plasma s\u2019obtient de façon indirecte.« Les impulsions laser ultracourtes interagissent d\u2019abord avec un gaz et l\u2019ionisent au fur et à mesure, créant des particules chargées.Dans ce plasma, il apparaît alors des sortes de vagues, sur lesquelles les électrons \u201csurfent\u201d pour accélérer », explique le chercheur.Comme un sillage laissé à la surface de l\u2019eau par un bateau, ces ondes créent en fait des champs électriques intenses capables d\u2019accélérer les particules rapidement et sur de très courtes distances.« À titre de comparaison, on atteint une vitesse donnée en 1 cm, tandis que les accélérateurs linéaires y parviennent en 100 m ! » indique-t-il.En décembre dernier, l\u2019accélérateur laser-plasma le plus puissant du monde, situé au Lawrence Berkley National Laboratory aux États-Unis, a permis d\u2019accélérer des électrons jusqu\u2019à une valeur d\u2019énergie de 4,25 gigaélectronvolts (GeV) dans un tube long de 9 cm.Soit un gradient d\u2019énergie 1 000 fois plus important que ce que des accélérateurs de particules classiques, permettent d\u2019obtenir ! C\u2019est dire l\u2019enthousiasme que suscitent ces nouveaux outils, capables de « propulser » avec une puissance extrême les électrons, mais aussi les protons ou les ions.À l\u2019INRS aussi, on s\u2019apprête à battre des records.Grâce à un ?nancement privé, le laboratoire va pouvoir augmenter, dès janvier 2016, la puissance de ses installations laser, qui passeront de 200 à 500 térawatts, ce qui équivaut à quelques centaines de fois la puissance de toutes les centrales électriques du monde.Mais ce n\u2019est pas tout : en réduisant considérablement la taille et le coût des dispositifs requis pour accélérer les particules, les lasers femto- secondes ouvrent la voie à de nombreuses applications industrielles et médicales.C\u2019est d\u2019ailleurs une source de motivation pour Jean-Claude Kieffer qui espère notamment mettre au point de nouveaux outils de protonthérapie.Cette technique consiste à détruire les cellules cancéreuses en les bombardant avec un faisceau de protons très précis, minimisant les « dommages collatéraux ».Actuellement, elle implique des accélérateurs conventionnels (de gros cyclotrons) dans lesquels des champs magnétiques et électriques accélèrent les protons de façon circulaire jusqu\u2019à atteindre les énergies nécessaires.Sans surprise, peu d\u2019institutions dans le monde peuvent aujourd\u2019hui offrir à leurs patients la protonthérapie, surtout indiquée pour traiter les cancers du cerveau et de l\u2019œil.Mais les lasers femtosecondes pourraient la démocratiser.« Lorsque l\u2019on bombarde une cible solide avec un laser à impulsions ultracourtes, on fait chauffer la matière ; les électrons sont expulsés, arrachant avec eux des ions et des protons, par effet de fronde », explique le physicien.Résultat, on peut générer des faisceaux de protons avec des machines bien plus compactes qu\u2019un cyclotron.On pourrait donc en installer dans les hôpitaux à un coût moindre.n EN MODE ACCÉLÉRÉ Les lasers femtosecondes repoussent les frontières de la physique.LASER DE 4E GÉNÉRATION Au Laboratoire de sources femtosecondes, Jean-Claude Kieffer focalise son énergie sur un projet ambitieux : la création d\u2019un laser dit à électrons libres, en collaboration avec le Centre canadien de rayonnement synchrotron situé à Saskatoon.Contrairement aux lasers classiques qui utilisent des atomes ou des molécules excités pour ampli?er la lumière, cette nouvelle génération de lasers fonctionne grâce à un faisceau d\u2019électrons libres \u2013 c\u2019est-à-dire non liés à des atomes \u2013 accélérés à une vitesse proche de celle de la lumière.« On fait passer ces électrons dans un onduleur, c\u2019est-à-dire une série d\u2019aimants, et ils se mettent à osciller ainsi qu\u2019à émettre de la lumière », explique le physicien.Les lasers à électrons libres permettent d\u2019émettre des impulsions très courtes et d\u2019ajuster la fréquence dans une gamme très large, depuis l\u2019infrarouge jusqu\u2019aux rayons X, en modi?ant la vitesse des électrons.Mais leur coût est prohibitif : il n\u2019en existe pour l\u2019instant que deux dans le monde, un en Allemagne et l\u2019autre aux États-Unis, à Stanford.Ce dernier, le Linac Coherent Light Source (LCLS), le plus puissant du monde, produit des impulsions de rayons X au moins 1 milliard de fois plus intenses que les sources conventionnelles les plus puissantes.« Notre but est de créer un laser à électrons libres à un coût très réduit : il devrait être opérationnel dès 2016 », annonce M.Kieffer.Le fameux Grand collisionneur de hadrons situé à la frontière franco-suisse.Maximilien Brice / CERN XI V oyageant à 300 000 km/s, la lumière est tellement rapide qu\u2019on a cru, jusqu\u2019au XVIIe siècle, qu\u2019elle était instantanée.« L\u2019idée d\u2019uti liser la lumière pour communiquer ne date pas d\u2019hier, rappelle Sylvain Cloutier.Déjà, dans l\u2019Antiquité, les Grecs utilisaient des signaux lumineux pour la navigation.» Aujourd\u2019hui, c\u2019est à la lumière que l\u2019on doit nos connexions internet haut débit et notre monde « branché ».Un incroyable réseau de ?bres optiques sillonne en effet la planète, reliant les grandes métropoles entre elles et les continents par des câbles sous-marins.Si les moyens se sont perfectionnés depuis les premiers phares, le concept reste globalement le même : « On envoie des impulsions lumineuses, un peu comme un code morse.Les ?bres optiques permettent de transporter ces signaux lumineux du point A au point B », résume le professeur au département de génie électrique de l\u2019ÉTS à Montréal.Ces ?ls de verre souples et ?ns, mis au point dans les années 1970, sont constitués de deux matériaux à base de silice, le cœur et la gaine, qui ont des indices de réfraction différents.De quoi con?ner et guider la lumière qui se ré?échit sur l\u2019interface entre le cœur et la gaine et se propage ainsi avec un minimum de perte.« Grâce aux lasers, on peut générer des impulsions très courtes pour véhiculer énormément d\u2019information », précise Sylvain Cloutier.L\u2019ef?cacité des ?bres optiques n\u2019est plus à démontrer.« Alors qu\u2019une paire de ?ls de cuivre pour le téléphone peut transmettre jusqu\u2019à 3 000 conversations simultanées sur une distance de quelques centaines de mètres tout au plus, grâce à des électrons, une ?bre optique peut en transmettre plus de 1 million sur des distances pouvant atteindre 10 000 km, grâce aux photons ! » indique Christine Tremblay, professeure et fondatrice du Laboratoire de technologies de réseaux au département de génie électrique de l\u2019ÉTS.Pour atteindre de telles capacités de transmission, on utilise la technique de multiplexage en longueur d\u2019onde appelée WDM.« Un tel système de transmission permet de transporter dans une seule ?bre optique presque une centaine d\u2019ondes lumineuses de couleurs différentes, chacune portant indépendamment son ?ux de données.Les systèmes actuels transportent environ 100 gigabits par seconde par longueur d\u2019onde, ce qui est considérable », précise la chercheuse spécialiste des réseaux de télécommunications.« À la ?n des années 1990, la ?bre optique est devenue le moyen de transmission de choix pour les grandes distances.Mais si on peut se permettre d\u2019en installer entre New York et Montréal, par exemple, les équipements optiques qui sont situés LA PHOTONIQUE CONTRE LES EMBOUTEILLAGES La ibre optique permet de transmettre de l\u2019information sur de très longues distances à une vitesse fulgurante.Mais pour éviter la congestion des réseaux de télécommunications, on mise sur de nouvelles puces de silicium.UN SPECTRE D\u2019INNOVATIONS R o n L e v i n e De nombreux étudiants-chercheurs s\u2019initient aux dé?s de communication que représente la circulation de l\u2019information sur les réseaux électroniques.Ici, au Laboratoire de technologies de réseaux (de gauche à droite) : Feriel Nabet, Thomas Brugière et Zhenyu Xu s\u2019intéressent à la question. XII La recherche dans le réseau de à chaque extrémité sont encore très chers », ajoute Michaël Ménard, chercheur du Laboratoire de microtechnologies et de mi- crosystèmes (Micro²) de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Résultat, dans les réseaux locaux et les nœuds de commutation, l\u2019électron est encore souvent le seul maître à bord, ce qui ralentit considérablement le ?ux des données.Ainsi, dans le cas d\u2019Internet, les routeurs électroniques doivent convertir, trier et mémoriser une quantité colossale de paquets de données « lumineuses », qui arrivent de manière prati quement simultanée.Et le tra?c des données numériques, qui se fait majoritairement par le biais des centres de données (data centers), repose encore essentiellement sur des transmissions électriques.« Or, nos besoins en capacité augmentent sans cesse.L\u2019optique doit donc pénétrer dans des réseaux plus courts », poursuit le chercheur.Car les ?ls de cuivre saturent, un peu comme le pont Champlain aux heures de pointe\u2026 Pourra-t-on s\u2019affranchir complètement des liaisons électriques, en passant à l\u2019ère du tout optique ?C\u2019est en tout cas vers cet objectif que convergent de nombreuses recherches, dont celles de Christine Tremblay et de Michaël Ménard.« L\u2019idée est de miniaturiser et d\u2019intégrer des dispositifs qui manipulent la lumière sur des puces en silicium », résume l\u2019ingénieur, en montrant un prototype de puce optique, sur laquelle sont disposés des « guides d\u2019onde », de minuscules ?bres optiques, en silicium.En remplaçant les liaisons électriques entre les puces ou les microprocesseurs par des guides d\u2019onde et des circuits optiques, la « photonique intégrée sur silicium » est la solution qui s\u2019impose pour faire face à la croissance effrénée du nombre d\u2019appareils mobiles intelligents, des services offerts sur Internet, du visionnage de vidéos en ligne, du partage de ?chiers, etc.« Les composants photoniques utilisés aujourd\u2019hui font appel à des semi-conducteurs comme l\u2019arséniure de gallium ou le phosphure d\u2019indium, propices à la fabrication de lasers, mais coûteux.Notre but est de mettre au point des circuits intégrés capables de manipuler des signaux optiques, en utilisant le silicium, le matériau le plus utilisé dans l\u2019électronique, pour une production à grande échelle et à coût réduit », ajoute-t-il.Mais il y a encore des obstacles à franchir, notamment pour assurer la ?abilité des dispositifs.De plus, si le silicium conduit bien la lumière, il ne permet pas de la générer ef?cacement, contrairement au phosphure d\u2019indium, par exemple.Il faut donc ruser.« Les approches émergentes consistent à intégrer un morceau micrométrique de phosphure d\u2019indium sur le silicium pour y générer la lumière et faire en sorte que tout soit sur la même puce », indique le chercheur.Et les applications commerciales commencent déjà à voir le jour.Plusieurs entreprises, comme Intel et IBM, qui développent la photonique sur silicium depuis une quinzaine d\u2019années, prévoient de l\u2019implanter prochainement dans certains centres de données et supercalculateurs pour connecter des serveurs distants de quelques dizaines à quelques centaines de mètres.Micro², quant à lui, s\u2019est associé en mars dernier à la start-up Aeponyx pour intégrer des composantes optiques dans les centres de données.De son côté, Christine Tremblay mise sur la photonique sur silicium pour fabriquer des outils de télécommunication plus compacts et moins énergi- vores.Avec une équipe de l\u2019université Jiao Tong de Shanghai, en Chine, elle développe et teste des circuits optiques sur puce de silicium pour « traiter » l\u2019information au bout des ?bres optiques.« Il s\u2019agit de micro-anneaux qui ont un diamètre entre 10 micromètres (µm) et 20 µm, et qui agissent un peu comme des carrefours giratoires.Ils permettent de guider, d\u2019extraire les longueurs d\u2019onde et de les diriger vers les bonnes voies de sortie, explique-t-elle.Sur une puce de 2 cm sur 1 cm, nous pouvons mettre plusieurs centaines de micro- anneaux ! » s\u2019enthousiasme-t-elle.Outre la compacité, la photonique sur silicium offre l\u2019immense avantage de fonctionner avec des tensions très faibles, de quelques volts seulement.« Cela permet d\u2019avoir des dispositifs qui consomment beaucoup moins d\u2019énergie, et qui sont aussi très ?exibles, car il est possible d\u2019agir sur la lumière et de manipuler le signal activement et non seulement de le guider de façon passive », précise la chercheuse.Cumulant bien des avantages, la photonique sur silicium devrait donc devenir la norme dans les décennies à venir.« Elle permet de régler beaucoup de problèmes liés à la densité croissante des câblages dans les centres de réseaux », conclut Christine Tremblay.n É m i l i e T o u r n e v a c h e UN SPECTRE D\u2019INNOVATIONS Pour coupler un signal lumineux à une puce photonique, cette étudiante-chercheuse de l\u2019ÉTS aligne les ?bres dites « d\u2019entrée » et de « sortie ».Il faut aujourd\u2019hui répondre aux besoins croissants de transport d\u2019information.Cela passe par de meilleures technologies. XIII dans le réseau de l\u2019Université du Québec L\u2019année-lumière L \u2019entrée du laboratoire dirigé par Michel Lamothe, au département des sci en ces de la Terre et de l\u2019atmosphère de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), ressemble à un antre de magicien.Deux étudiants poussent une porte en forme de demi-cylindre noir qu\u2019ils font pivoter avant de disparaître.De l\u2019autre côté de ce sas, l\u2019obscurité est presque totale.Seules quelques lampes recouvertes de ?ltres rouge foncé permettent de distinguer les paillasses sur lesquelles s\u2019entassent des échantillons de roches et de sable provenant de partout dans le monde.Ces vieilles pierres attendent de révéler leurs secrets.« En éclairant les échantillons avec des faisceaux lumineux, on peut savoir à quel moment ces roches ont été enfouies.C\u2019est une méthode de datation qui permet de remonter jusqu\u2019à 500 000 ans en arrière, soit 10 fois plus loin que les autres méthodes de datation », explique le chercheur.Ainsi, la luminescence stimulée optique- ment \u2013 c\u2019est le nom de la technique \u2013 permet de faire parler les sédiments pour, par exemple, reconstituer l\u2019histoire des glaciations ou encore déterminer le moment où des céramiques ancestrales ont été enfouies dans le sol.Michel Lamothe revient d\u2019ailleurs d\u2019Alaska, où il a analysé des échantillons provenant de glaciers \u2013 son premier centre d\u2019intérêt \u2013, mais aussi de sites archéologiques datant de 13 000 à 14 000 ans.« Des chercheurs de partout m\u2019appellent pour des projets de datation.Notamment, en archéologie, il nous est par exemple possible de dire en quelques minutes si une roche a été chauffée, et donc si elle provient d\u2019un foyer préhistorique », précise le géologue.La luminescence n\u2019a pourtant rien de magique.Les roches enfouies, irradiées au ?l des ans par la radioactivité naturelle, ont la propriété d\u2019émettre de la lumière lorsqu\u2019elles sont soumises à une stimulation thermique (c\u2019est la thermoluminescence) ou lumineuse (c\u2019est la luminescence stimulée optiquement ou OSL).La quantité de lumière qu\u2019elles émettent est alors proportionnelle à leur âge, ou plutôt à la durée de leur enfouissement dans le sol.« Il faut savoir que les cristaux, dans les roches, sont imparfaits.Il existe, çà et là, des \u201ctrous\u201d, appelés \u201cvacances\u201d.C\u2019est principalement le cas dans les cristaux de quartz et de feldspath, des minéraux que l\u2019on retrouve dans tous les sédiments et toutes les céramiques », explique Michel Lamothe.Au ?l des ans, la radioactivité de l\u2019enviro nnement contribue à dégrader ces cristaux et à éjecter des électrons des atomes.Ces électrons errants sont susceptibles de venir se nicher dans les trous, au sein des défauts cristallins.« Ils se retrouvent piégés, mais restent instables.Si on envoie de l\u2019énergie, en chauffant le cristal ou en l\u2019éclairant avec un faisceau de lumière, on peut les déloger », précise-t-il.Ce faisant, ils libèrent des photons.« On parle en réalité de millions de milliards d\u2019électrons et de photons », ajoute ce spécialiste mondial de la luminescence, tout en plaçant un échantillon-test dans une machine d\u2019OSL.En quelques secondes, l\u2019échantillon, de la taille d\u2019une pièce de 10 ¢, devient littéralement phosphorescent, émettant une jolie lumière bleutée dans la pénombre du laboratoire.« Le nombre d\u2019électrons piégés dépend de la quantité totale de radiations auxquelles le cristal a été exposé au ?l du temps.En mesurant la lumière émise et la radioactivité environnante, dont le débit est constant dans le temps, on peut savoir depuis quand le sédiment était enfoui », résume Michel Lamothe.On comprend que les échantillons doivent être protégés contre toute lumière, jusqu\u2019au moment de leur datation.« On doit utiliser un faisceau ayant une longueur d\u2019onde différente de celle que renverra la roche pour réaliser la mesure », poursuit le géologue.Bien que la marge d\u2019erreur soit actuellement entre 5 % et 8 %, cette méthode est pro metteuse.« Elle a un gros potentiel d\u2019application, que ce soit en archéologie ou en paléoclimatologie, que ce soit pour connaître la variation historique des niveaux marins, et même pour authenti?er des œu- vres d\u2019art », dit Michel Lamothe, dont l\u2019un des projets porte sur la datation de peintures rupestres dans des grottes d\u2019Afrique du Sud.Il a même été jusqu\u2019à mener une étude de faisabilité pour utiliser la méthode sur Mars ! n L\u2019ÂGE DES CRISTAUX Faire parler les sédiments avec la lumière, c\u2019est ce à quoi s\u2019applique le géologue Michel Lamothe.Le travail en laboratoire de luminescence se fait en lumière tamisée et ?ltrée pour longueur d\u2019onde se rapprochant de l\u2019orange.Le site archéologique de Wonderkrater, en Afrique du Sud est un lieu clé pour la recherche en paléoclimatologie.Michel Lamothe a été appelé à y travailler pour déterminer la datation de certaines découvertes.L a b o l u x L a b o l u x XIV V oir la « vraie » couleur des choses n\u2019est pas si simple.À preuve, cet étrange débat qui a en?ammé les réseaux sociaux il y a quelques mois, après la diffusion d\u2019une banale photo de robe rayée.La robe était-elle noire et bleue, ou dorée et blanche ?En une semaine, le monde était divisé sur la question, chacun défendant avec véhémence sa propre vision de la chose.En réalité, la robe était bleue, mais cela importe peu (la photo était surexposée et certaines personnes corrigeaient inconsciemment le défaut, se ?ant davantage à leur correction qu\u2019à leur vision).Ce que rappelle cette anecdote, c\u2019est que les couleurs sont « fabriquées » et interprétées par le cerveau.« On sait que la perception des couleurs est relative et dépend de l\u2019éclairage », indique Sylvain Cloutier.Ainsi, un citron éclairé avec une lumière rouge apparaîtra rouge ; éclairé par une lumière bleue, il semblera noir.Or, notre œil est habitué à la lumière du soleil, une lumière « blanche naturelle » qui résulte de la somme de radiations de différentes longueurs d\u2019onde, allant du violet au rouge (les fameuses couleurs de l\u2019arc-en-ciel).C\u2019est cette lumière qui nous permet d\u2019apprécier avec le plus d\u2019exactitude les diverses nuances des couleurs (on dit qu\u2019elle a un excellent indice de rendu de couleur).Restituer cet aspect naturel a toujours été un dé?dans le domaine de l\u2019éclairage.Depuis les lampes au sodium jaunes jusqu\u2019aux néons blafards, pas facile de produire une lumière agréable.« La lumière du jour offre un indice de rendu de couleur très proche de 100.Les ampoules à incandescence, elles, ont un rendu de couleur d\u2019environ 90, alors que celui des DEL conventionnelles tourne autour de 78 ou 80, précise Sylvain Cloutier.Si bien qu\u2019avec les DEL, on économise sur la facture, mais leur rendu de couleur n\u2019est pas très naturel.» La lumière bleutée des DEL leur a en effet longtemps porté préjudice.Mais François Roy-Moisan et Gabriel Dupras, deux étudiants à la maîtrise à l\u2019ÉTS, pourraient bien avoir résolu le problème, en produisant un éclairage à DEL plus vrai que nature\u2026 ou presque.« On a atteint un rendu de couleur supérieur à 99 », indiquent-ils.Forts de ce succès, en janvier dernier, ils ont créé la start-up Sol- lum Techno logies.Premier objectif, proposer leur produit à des musées.« Notre éclairage imite la lumière du soleil, mais sans les rayons nocifs, c\u2019est-à-dire les rayons ultraviolets et infra rouges qui peuvent endommager les œuvres d\u2019art », explique François Roy-Moisan.Mieux, il est ajustable, pouvant fournir diverses nuances de couleurs selon le désir de l\u2019utilisateur.Comment ont-ils réussi cette prouesse ?Il faut savoir que chaque diode émet dans une longueur d\u2019onde bien précise.En fait, les diodes sont fabriquées à partir de l\u2019empilement de couches de différents maté riaux semi-conducteurs.En faisant varier les matériaux et les épaisseurs de chaque couche, on fait varier la couleur émise.Les deux étudiants ont donc analysé la composition du spectre visible de la lumière du jour (qui contient plus de radiations bleu vert que de rouges, par exemple) et l\u2019ont reproduite.« On a disposé de multiples diodes différentes de façon bien précise, et on les a réglées pour ajuster la couleur ?nale », expli- quent-ils, ?ers d\u2019avoir breveté leur technique.Leur imitation quasi parfaite de la lumière du jour, qui tient dans un luminaire de 10 cm sur 10 cm, pourrait avoir de nombreuses applications.« Comme on peut moduler la lumière, le dispositif pourrait également être utilisé dans des serres, où il permettrait de reproduire la lumière du printemps, de l\u2019été, de l\u2019automne ou de l\u2019hiver de façon cyclique ou encore d\u2019obtenir la lumière du matin, du midi ou du soir », ajoute François Roy-Moisan.Cet éclairage pourrait aussi être employé en chirurgie, ou dans les transports.n LA VIE EN VRAIES COULEURS Comment les ampoules DEL peuvent-elles imiter la lumière du soleil ?Des étudiants de l\u2019École de technologie supérieure à Montréal ont relevé le déi.LA RÉVOLUTION DEL UN SPECTRE D\u2019INNOVATIONS François Roy-Moisan et Gabriel Dupras ont réinventé la lumière du Soleil.Depuis les lampadaires de rue jusqu\u2019aux musées, en passant par les phares de voiture et les lampes de salon, la diode électroluminescente est en train de révolutionner l\u2019éclairage.Sur tous les continents, les vieilles ampoules à ?lament rendent l\u2019âme les unes après les autres.Depuis le 1er janvier 2014 au Canada et depuis ?n 2012 en Europe, elles sont progressivement retirées des étalages des magasins.Nos veillées se déroulent désormais sous les ampoules ?uocompactes et les diodes électroluminescentes (DEL, ou LED pour Light Emitting Diode).Mais au train où elles gagnent des parts de marché, ces dernières pourraient vite devenir la norme a?n d\u2019éclairer le monde : on estime que, ?n 2016, elles auront conquis 45 % du marché mondial, et 70 % en 2020 (selon une étude du cabinet McKinsey).Plusieurs villes, dont Los Angeles ou Pittsburgh, ont déjà opté pour l\u2019éclairage public aux DEL.Et Montréal envisage de changer 110 000 lampadaires au sodium en faveur des lampes à DEL.Il faut dire qu\u2019elles cumulent les qualités : insensibles aux chocs, leur durée de vie peut atteindre 40 000 heures, contre 8 000 pour les lampes ?uocompactes.« La DEL est constituée de couches de matériaux semi-conducteurs, dont la propriété intrinsèque est d\u2019émettre de la lumière quand on y fait passer un courant électrique », précise Sylvain Cloutier de l\u2019ÉTS.Résultat, la DEL émet très peu de chaleur et est donc très économe en énergie.Un atout considérable, quand on sait que 20 % de l\u2019électricité mondiale sont utilisés pour l\u2019éclairage.« Malheureusement les DEL sont encore chères, mais on travaille à les rendre plus abordables », af?rme M.Cloutier. XV S imon Bélanger passe une bonne partie de son temps en bateau, au large de Rimouski.Mais il prend aussi de la hauteur pour observer le ?euve.Directeur du Laboratoire d\u2019optique aquatique et de télé détection de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), il surveille le Saint- Laurent grâce aux images captées depuis les satellites.« On sait que la couleur de l\u2019eau change en fonction des constituants.La télédétection permet de déduire la richesse en sédiments, matières organiques et en phyto- plancton des eaux », explique-t-il.C\u2019est cette « signature spectrale » de l\u2019eau, qui diffère selon l\u2019activité biologique et les écosystèmes, que le chercheur compare aux données du terrain.« Entre 90 % et 100 % de la lumière qui arrive dans les océans est absorbée par la colonne d\u2019eau, poursuit-il.Il y a donc très peu de lumière rétrodiffusée, mais cette ré?ectance captée par les satellites donne de nombreuses indications sur la santé de l\u2019océan.» Par exemple, la chlorophylle du phytoplancton absorbe la lumière rouge ; la composition de la lumière ré?échie permet donc de déduire le niveau de productivité du phytoplancton.L\u2019équipe de l\u2019UQAR travaille de près avec Pêches et Océan Canada.« Le Ministère a mis en place un système de monitorage de l\u2019eau au large de Rimouski grâce à des bouées qui mesurent la température, la salinité, etc., ajoute Simon Bélanger.Il y a aussi des capteurs optiques, et nous utilisons leurs données pour valider les informations des satellites et af?ner les méthodes de télédétection.» De quoi se préparer à faire le décryptage des données des satellites Sentinel-3, dont la mise en orbite est prévue entre 2015 et 2017 par l\u2019Agence spatiale européenne, et qui sont destinés à la surveillance de l\u2019environnement.n LA SIGNATURE DE L\u2019EAU L\u2019analyse de la couleur des océans permet d\u2019en savoir plus sur leur activité biologique.La photo montre ce que l\u2019on appelle un bloom de phytoplanctons, survenu en août 1999 dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent.Il faut une bonne quantité de lumière pour que le phénomène se produise.N A S A G a b r i e l L a d o u c e u r Les océanographes ont recours à des bouées pour prendre des mesures qui leur permettent de comprendre la dynamique marine du Saint-Laurent.Elles sont notamment dotées de capteurs qui calculent la quantité de lumière que reçoit l\u2019estuaire, une donnée déterminante pour suivre l\u2019activité de photosynthèse de cet écosystème. XVI ÉCLAIRER LE FUTUR Pour Federico Rosei, la lumière, c\u2019est avant tout de l\u2019énergie.Et ce pourrait être l\u2019énergie de demain.I N R S / U N E S C O UN SPECTRE D\u2019INNOVATIONS L e curriculum vitæ du physicien Federico Rosei a de quoi impre ssionner.Mem - bre de l\u2019Académie européenne des sci ences ainsi que de la Société royale du Canada, il a reçu, entre autres, le prix international Bessel de la Fondation Alexander von Humboldt, en reconnaissance de ses travaux sur les nanomatériaux en 2011, la médaille Herzberg du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada, la médaille Rutherford en chimie de la Société royale du Canada en 2011, etc.La liste de ses récompenses est longue ! L\u2019an passé, c\u2019est le Conseil culturel mondial qui lui a remis le prix José Vasconcelos en éducation.Le rapport avec la physique ?La conviction profonde qu\u2019a le professeur Rosei qu\u2019il est possible de combler l\u2019écart technologique des pays en développement, et de contribuer ainsi à changer le monde.Fort de ses compétences dans le domaine des matériaux photovoltaïques, il s\u2019est donné comme mission de promouvoir les énergies renouvelables, et en particulier l\u2019énergie solaire.Il a mis sur pied en 2014 la Chaire de l\u2019UNESCO sur les matériaux et les technologies pour la conversion, l\u2019économie et le stockage de l\u2019énergie, dont il est titulaire.« Le but est de valoriser les échanges scienti?ques avec les pays en développement et le transfert de connaissances en matière d\u2019énergie solaire, explique-t-il.Car je pense qu\u2019il est plus sage d\u2019enseigner à quelqu\u2019un à pêcher que de lui donner du poisson.» Dans ce cadre, il a déjà noué des partenariats avec des universités de nombreux pays, depuis la Chine jusqu\u2019au Mexique, en passant par le Bénin, l\u2019Inde, le Vietnam et l\u2019Algérie, entre autres.« Lorsqu\u2019on est proche de l\u2019Équateur, le soleil se couche tôt, et de façon très soudaine.De nombreux villageois se retrouvent donc dans le noir à 18 h, et les enfants ne peuvent pas étudier le soir.Le fait d\u2019avoir accès à un éclairage ?able peut faire une grosse différence pour promouvoir l\u2019éducation », af?rme-t-il.Le Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019INRS, où le chercheur encadre une équipe de 30 personnes, est donc le pôle névralgique de cette chaire Nord-Sud, qui forme des étudiants étrangers, propose des programmes d\u2019échanges et des bourses de doctorat.« Le solaire, c\u2019est la technologie de l\u2019avenir.Le Soleil nous envoie en une heure assez d\u2019énergie pour combler les besoins énergétiques de toute la planète pendant un an, explique Federico Rosei.Pourtant, cette énergie ne représente encore que 2 % du gâteau énergétique mondial.» L\u2019homme, modeste, est toutefois conscient des dé?s.« Quand on touche à l\u2019énergie, on se heurte à des enjeux politiques et sociaux ; aux lobbies des énergies fossiles », indique-t-il.Ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019être optimiste : « Pendant longtemps, le solaire était freiné par un problème de coût.Au- jourd\u2019hui, les prix ont beaucoup baissé, même si cela s\u2019est fait aux dépens de la stabilité et de la durée de vie des matériaux.» Pour améliorer les cellules photovoltaïques sans augmenter leur coût, plusieurs pistes sont envisagées par la communauté scien- ti?que.L\u2019une d\u2019elles a été développée en 2014 par Riad Nechache, de l\u2019équipe du professeur Rosei.Il a eu l\u2019idée d\u2019utiliser une nouvelle classe de matériaux, dits « multi- ferroïques », pour recouvrir des cellules solaires à base de silicium a?n d\u2019accroître leur rendement.Ces matériaux, constitués notamment de bismuth, de fer, de chrome et d\u2019oxygène, sont abondants et assez peu coûteux, et permettraient aussi de prolonger la longévité des panneaux solaires.« Le plus grand problème des énergies renouvelables reste le stockage », souligne le professeur Rosei.Là encore, les chercheurs du monde, dont une douzaine à l\u2019INRS, ont mis l\u2019épaule à la roue.« Mais il y a aussi un choix à faire.Par exemple, si une voiture électrique doit être rechargée tous les 150 km, mais que cela est béné?que pour l\u2019environnement, c\u2019est un inconvénient qui en vaut peut-être la peine », estime-t-il.Une chose est sûre, Federico Rosei est un homme de convictions.Et sa volonté d\u2019aller de l\u2019avant est encore plus forte depuis qu\u2019il a rencontré Al Gore dans le cadre du Sommet des Amériques sur le climat, en juillet dernier à Toronto.Paradoxalement, croit-il, c\u2019est peut-être le Soleil qui nous sauvera du réchauffement climatique.n Selon le physicien Federico Rosei, le Soleil nous envoie en une heure assez d\u2019énergie pour combler les besoins énergétiques de toute la planète pendant un an. est un adulte mature.De temps à autre, il sort boire avec des amis, puis retourne chez lui, un peu éméché.Rien de bien singulier, si ce n\u2019est que FF est un chimpanzé sauvage.Le «bar» qu\u2019il fréquente est une palmeraie d\u2019Afrique occidentale.Près du village de Bossou, à l\u2019extrême sud-est de la Guinée, des villageois entaillent les palmiers à raphia (Raphia farinifera), comme nos acériculteurs entaillent leurs érables, pour en soutirer la sève et fabriquer du vin de palme.Puis, ils fixent à l\u2019arbre un contenant de plastique afin de recueillir le liquide blanchâtre et laissent la gravité faire son travail.En quelques heures à peine, une fermentation naturelle s\u2019amorce dans le godet où l\u2019alcool s\u2019accumule graduellement.Entre deux passages des villageois, les chimpanzés du coin ne se gênent pas pour venir trinquer.Kimberley Hoc- kings, spécialiste en écologie comportementale à l\u2019université Brookes d\u2019Oxford, au Royaume-Uni, les a vus faire.«La première fois, ça a vraiment suscité mon intérêt, se souvient-elle.Mais je n\u2019ai pu observer ce comportement qu\u2019à quelques occasions.Alors, j\u2019ai contacté d\u2019autres chercheurs qui ont travaillé avec cette communauté de singes au cours des 20 dernières années et je leur ai demandé de fouiller leurs cahiers de notes.» Le résultat est un article collaboratif, publié en juin dernier dans la revue Royal Society Open Science, fondé sur 51 observations de consommation d\u2019alcool par les chimpanzés.On y apprend même que les singes se confectionnent des «cuillères» à partir de feuilles; qu\u2019ils Décembre 2015 | Québec Science 27 Homo sapiens buvait déjà bien avant d\u2019inventer la bière.En témoignent les enzymes de notre foie, qui détoxifient notre organisme depuis 10 millions d\u2019années.Par Joël Leblanc ça s\u2019arrose! FF LE P\u2019TIT COUP DE L\u2019ÉVOLUTION F R E F O N les plongent dans le liquide puis les portent à leur bouche environ neuf fois à la minute.Et on ne parle pas de petit jus : les mesures des chercheurs ont révélé que le vin de palme avait une teneur moyenne en alcool de 3,1%, certaines cuvées pouvant atteindre 6,9%.Si les quantités étaient d\u2019ordinaire restreintes, certains individus pouvaient en avaler jusqu\u2019à 3 L! De quoi être bien «paf»! «Nous avons parfois noté des signes d\u2019ébriété chez les buveurs après leur apéro, ajoute la chercheuse.Certains tombaient endormis, sur place, tout de suite après avoir bu la sève fermentée! Pourtant, même s\u2019il est nutritif, le liquide n\u2019a pas bon goût.Après 24 heures, il devient acide et vinaigré.Moi, je le trouve imbuvable!» La preuve n\u2019est donc plus à faire : même si ça n\u2019a pas bon goût, nous ne sommes pas les seuls primates à boire volontairement de l\u2019alcool.C\u2019est grâce à une biochimie interne qui s\u2019est élaborée il y a 10 millions d\u2019années que cela a été rendu possible.Avec les gorilles, les chimpanzés et bonobos, nous faisons donc partie d\u2019un petit groupe sélect dont les organismes sont capables de dégrader efficacement l\u2019alcool, grâce à des enzymes spécialisées qui se trouvent notamment dans notre foie.Il faut ce qu\u2019il faut ! Car l\u2019éthanol, produit de la fermentation naturelle des sucres, est toxique.Un fruit tombé de son arbre et qui fermente depuis un moment est dangereux pour la santé; la plupart des animaux dédaigneront d\u2019en manger.Mais comme les ressources sont parfois rares et qu\u2019à fruit tombé on ne regarde pas la pourriture, l\u2019évolution a doté les animaux frugivores d\u2019enzymes pouvant détoxifier leur organisme de l\u2019éthanol qu\u2019ils pourraient ingérer.Afin de décomposer l\u2019alcool, les animaux ont développé une famille d\u2019enzymes appelées alcool déshydrogénases, ou ADH.Lorsqu\u2019elles rencontrent une molécule d\u2019éthanol, ces enzymes la transforment en acétaldéhyde, un composé qui sera à son tour transformé en acide acétique inoffensif par d\u2019autres enzymes.Mais les ADH, qu\u2019à peu près toutes les cellules de l\u2019organisme peuvent produire pour se défendre d\u2019une agression toxi - que, peuvent facilement être débordées si les quantités d\u2019éthanol sont trop élevées.Il peut s\u2019ensuivre l\u2019ébriété, voire le coma éthylique et la mort.Cependant, chez les hominidés, raconte Matthew Carrigan, biologiste à la Foundation for Applied Molecular Evolution à Gainsville, en Floride, une mutation est survenue, rendant l\u2019une de ces enzymes, l\u2019ADH4, extrêmement performante.Sa vitesse de réaction a été multipliée par 40! «Cette mutation est survenue chez l\u2019ancêtre commun des humains, des chimpanzés et des gorilles, avant que chacune des lignées ne prenne ça s\u2019arrose! Sur cette image, on voit le chimpanzé FF (devenu célèbre) se servir une rasade de sève de palme en utilisant une feuille comme cuillère.Une enzyme, c\u2019est une protéine qui sert à faciliter une réaction chimique particulière.Comme toutes les protéines, les enzymes sont composées d\u2019une succession d\u2019acides aminés, un peu comme les perles d\u2019un collier.Dans une cellule, lorsqu\u2019une enzyme est fabriquée à partir de l\u2019information contenue dans les gènes, elle ne garde pas longtemps sa forme linéaire.Selon les acides aminés qui la composent, elle se replie sur elle-même et adopte une configuration tridimensionnelle bien précise qui la rend apte à faire son travail.Un seul acide aminé différent et la molécule peut s\u2019en trouver complètement transformée.OUTIL MÉTABOLIQUE G .O H A S H I S P L sa direction évolutive particulière, pré- cise-t-il.Il se pourrait bien que cet aïeul soit Ouranopithecus macedoniensis, dont nous connaissons quelques fossiles et qui vivait à cette époque.» Matthew Carrigan et plusieurs de ses collègues de différentes universités ont publié un article, en janvier 2015 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, où ils révèlent l\u2019ancienneté de ce mécanisme de tolérance élevée à l\u2019alcool.La mutation, en permettant à l\u2019ADH4 de s\u2019attaquer plus efficacement et plus rapidement à l\u2019éthanol, aurait permis à Ouranopithecus macedoniensis d\u2019ingérer de plus grandes quantités d\u2019alcool sans en être trop affecté.Et cela coïncide avec le moment où l\u2019on estime que nos ancêtres primates ont quitté les arbres et commencé à vivre au sol.«Quand on vit dans les arbres, poursuit Matthew Carrigan, on peut se nourrir de fruits frais cueillis directement sur les branches.Mais si on se déplace sur le sol, on risque de ramasser des fruits tombés, partiellement fermentés.» La sélection naturelle a donc favorisé les hominidés qui pouvaient, jusqu\u2019à un certain point, tolérer l\u2019intoxication.Dans un milieu où rôdent les prédateurs, pouvoir se nourrir rapidement sans risquer de perdre sa vigilance et de devenir une proie constitue un net avantage.Mieux : consommer des fruits fermentés, c\u2019est nutritif.L\u2019éthanol, en effet, apporte 7,1 kilocalories par gramme (kcal/g), bien plus que ce que fournissent les glucides non fermentés (4,1 kcal/g).résente dans le foie, mais aussi dans les muqueuses de la bouche, de l\u2019œsophage, de l\u2019estomac et de l\u2019intestin, ADH4 est l\u2019une des premières enzymes qui agissent sur l\u2019alcool qu\u2019on ingère.En comparant sa structure, qui compte 380 acides aminés, chez deux espèces évolutivement pro - ches, le macaque et le babouin, l\u2019équipe de Matthew Carrigan est arrivée à déduire de quoi avait l\u2019air l\u2019enzyme chez leur ancêtre commun.Les chercheurs ont recréé cette enzyme en laboratoire, testé son efficacité, puis répété l\u2019exercice en la comparant avec celle du vervet, l\u2019espèce voisine du groupe macaque-ba- bouin.«Nous avons refait l\u2019expérience avec 19 espèces de primates et nous avons pu retracer l\u2019histoire évolutive de l\u2019enzyme ADH4 au cours des dernières 75 millions d\u2019années.À chaque étape de l\u2019arbre généalogique, nous avons repéré quels acides aminés avaient subi une mutation.C\u2019est comme ça que nous avons découvert que l\u2019enzyme ancestrale de l\u2019humain, du chimpanzé, du bo- nobo et du gorille était pleinement fonctionnelle.Mais quand on recule dans le temps jusqu\u2019au moment de la dichotomie avec l\u2019orang- outang, il y a quelque 18 millions d\u2019années, on voit que la différence ne tient qu\u2019à un seul acide aminé: une alanine a été remplacée par une valine.» C\u2019est ce petit changement, au sein d\u2019une modeste enzyme, dû à une mutation, qui a multiplié par 40 la capacité du foie à métaboliser l\u2019éthanol et qui a permis à quelques primates aventuriers de mieux survivre au sol, d\u2019engendrer une plus grande progéniture et de transmettre cet avantage à leurs descendants.Une découverte qui bouscule une idée reçue.Jusqu\u2019ici, on croyait que la capacité à métaboliser l\u2019alcool était apparue quand nos ancêtres avaient commencé à faire volontairement fermenter de la bière et du vin, il y a tout au plus 15 000 ans.Nous savons maintenant que notre espèce a toujours eu cette aptitude.Aussi certains chercheurs se demandent-ils si nous n\u2019aurions pas mis au point la technique de fermentation contrôlée justement pour assouvir notre prédilection naturelle pour l\u2019éthanol\u2026 D\u2019autres pensent même que nous aurions inventé la culture céréalière, il y a 10 000 ans, non pas pour nous assurer d\u2019avoir de la farine à manger, mais de la bière à boire! Autrement dit, avant que d\u2019être sa- piens, l\u2019Homo aurait été, comme son cousin FF le chimpanzé, un joyeux ebrie- tus\u2026 Et se serait organisé, au fil des siècles et des «partys», pour le rester! ?QS P La sélection naturelle a donc favorisé les hominidés qui pouvaient, jusqu\u2019à un certain point, tolérer l\u2019intoxication.Et l\u2019alcoolismE?Pour les habitants de l\u2019île Saint- Christophe, dans les Petites Antilles, les touristes font partie intégrante du décor.Les singes aussi.Puisque les quelques vervets introduits d\u2019Afrique il y a 300 ans ont engendré une colonie de près de 40 000 individus en liberté.Plusieurs d\u2019entre eux ont pris l\u2019habitude de fréquenter les plages afin de chiper leurs cocktails aux vacanciers endormis.Les singes ivres qui titubent et s\u2019écroulent amusent les touristes et intéressent les chercheurs.Roberta Palmour, professeure de génétique humaine à l\u2019Université McGill à Montréal, a assisté plusieurs fois à leur manège.Elle se rend sur l\u2019île deux ou trois fois par année pour étudier ces petits primates.Si environ 15% d\u2019entre eux ne boivent pas du tout ou très peu, a-t-elle remarqué, 65% sont des buveurs sociaux, préférant l\u2019alcool dilué dans du jus de fruits, et seulement en compagnie d\u2019autres singes.Autour de 15% aussi sont des buveurs réguliers, qui prennent leur alcool pur.Et enfin, 5% sont de gros buveurs : ils avalent vite, se battent avec les autres et boivent jusqu\u2019au coma.Si l\u2019alcool est abondant, ils finissent par en mourir au bout de deux ou trois mois.De là à conclure que l\u2019alcoolisme est naturel chez les primates, il n\u2019y a qu\u2019un pas\u2026 «Cette distribution des comporte - ments ressemble beaucoup à celle des communautés humaines, souligne la chercheuse.Comme chez nous, il y a naturellement des alcooliques et des buveurs plus raisonnables.Moi qui m\u2019intéresse à la génétique des problèmes psychiatriques, je peux dire que cette communauté de singes m\u2019a appris beaucoup de choses.» Surtout qu\u2019il n\u2019existe pas un gène majeur pour l\u2019alcoolisme, mais plutôt un grand nombre de gènes qui contribuent à la susceptibilité d\u2019un individu à tomber dans l\u2019abus.« Chez ces singes, le fait d\u2019être alcoolique \u2013 ou pas \u2013 dépend de la façon dont leur cerveau traite l\u2019information; de la manière selon laquelle ils répondent à l\u2019environnement et de plein d\u2019autres facteurs.Plutôt qu\u2019une maladie, l\u2019alcoolisme est une condition possible chez les singes qui ont un certain profil et cette condition ne s\u2019exprime pas en absence d\u2019alcool.Comme chez les humains.» Décembre 2015 | Québec Science 29 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 80 000 Québécois en sont affectés.Et s\u2019ils avaient des intelligences différentes?Provocation POURQUOI L\u2019IMAGE DE DIEU FAIT SCANDALE Intoxication DE LA COCAÏNE DANS LES EAUX USÉES Désillusion À LA FERRAILLE LA STATION SPATIALE?Avril ~ Mai 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA La marginalisation doit cesser Pour chaque copie vendue, 1$ sera remis à la Fédération québécoise de l\u2019autisme.AUTISME LES GRANDS LACS DES PLAGES À FAIRE RÊVER TOURISME AUTOCHTONE LA TRADITION EN HÉRITAGE GUIDE D\u2019ACHAT 11 SACS DE COUCHAGE AU BANC D\u2019ESSAI LES GORILLES DANS LA BRUME DU RWANDA RAID INTERNATIONAL GASPÉSIE DES ACTIVITÉS À PRATIQUER PRÈS DE L\u2019EAU ! LA COURSE QUI REND HEUREUX La Route verte à la dérive?La grande époque des six jours NOUVELLES RUBRIQUES Conseils santé Chronique techno Les trucs pratiques GUIDE D\u2019ACHAT IVÉLOS DE ROUTE MARS 2015 Santa Barbara GRAND CONCOURS VÉLOMAG PLUS DE 9 500 $ EN PRIX À GAGNER Vélo Mag Géo Plein Air Québec Science 1ER ABONNEMENT 25 $* ET 15 $ POUR CHAQUE ABONNEMENT ADDITIONNEL * À NOËL, EN PRIME LE GUIDE DES ACTIVITÉS 2015 DE L\u2019ÉTÉ $ 5 4 4 5 , 6 7 8 8 7 3 5 6 0 0 4 P P Trésor caché Disparue il y a 3 000 ans, la mystérieuse Néfertiti, puissante reine d\u2019Égypte, pourrait bien se trouver dans une pièce du tombeau de Toutankhamon.L\u2019idée fait monter la fièvre chez les égyptologues.Par Martine Letarte Décembre 2015 | Québec Science 31 C O R B I S Toutankhamon cache-t-il Néfertiti? 32 Québec Science | Décembre 2015 Trésor caché \u2019hypothèse est séduisante : dans la chambre où reposait le jeune pharaon Toutan- khamon, deux murs dissimuleraient des portes.Et c\u2019est derrière elles que se trouverait la royale momie de Néfertiti, la femme la plus recherchée du monde! La théorie ne provient pas d\u2019un hurluberlu, comme on pourrait le penser, mais du réputé égyptologue Carl Nicholas Reeves, spécialiste de la XVIIIe dynastie.Les précieux tombeaux de la Vallée des rois piquent la curiosité des archéologues depuis toujours, mais les autorités égyptiennes y autorisent rarement les fouilles.Le projet de ce chercheur britannique attaché à l\u2019université d\u2019Arizona a cependant suscité leur intérêt.Et, à la fin de septembre dernier, Carl Nicholas Reeves a réalisé ses premiers examens dans la tombe de Toutankhamon.À l\u2019issue des analyses, l\u2019égyptologue et ministre égyptien des Antiquités et du Patrimoine, Mamdouh Al-Damaty, a dit avoir bon espoir qu\u2019on trouvera au moins une chambre derrière les murs de la tombe.Les deux murs en question sont couverts de scènes peintes.En 2014, CarlNi- colas Reeves a obtenu des images de ces fresques à l\u2019aide de scanneurs numériques à haute résolution dans le cadre d\u2019un projet de reproduction à l\u2019identique à l\u2019intention des touristes.En les analysant, il a remarqué des fissures et des traces verticales que seule cette nouvelle technologie permettait de déceler.«C\u2019est qu\u2019on peut supprimer les couleurs et, ainsi, voir ce qui est dissimulé sous la peinture», a expliqué l\u2019égyptologue anglais.Mam douh Al-Damaty a quant à lui noté des similitudes entre la surface des murs et celle qui dissimulait l\u2019entrée du tombeau de Toutankhamon, découvert en 1922 par Howard Carter.C\u2019est grâce au géoradar (voir l\u2019encadré à la page 33) qu\u2019on pourra bientôt valider ou non l\u2019hypothèse des portes.«Puis, lorsque nous serons certains à 100% de trouver quelque chose derrière ces murs, nous réaliserons d\u2019autres études pour savoir comment y accéder tout en préservant les scènes peintes», a pré cisé, enthousiaste, Mam- douh Al-Damaty lors d\u2019une conférence de presse, le 1er octobre au Caire, en compagnie deCarlNicholas Reeves.À ses yeux, la mise au jour de chambres secrètes dans le tombeau KV62 pourrait bien constituer «la plus importante découverte du XXIe siècle».Tous les spécialistes s\u2019entendent pour dire que le tombeau de Toutankha- mon, mort vers l\u2019âge de 19 ans, est inhabituel pour un pharaon.«Il est très petit, dit Jean Revez, égyptologue, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université duQuébec à Montréal.On explique cela par le fait que Toutankhamon étant mort jeune, on n\u2019aurait pas eu le temps d\u2019aménager un tombeau aux dimensions dignes d\u2019un pharaon.» Carl Nicholas Reeves, de son côté, croit même que le tombeau du jeune roi pourrait avoir été, à l\u2019origine, celui de Néfertiti\u2026 Chose certaine, cette période ancienne de l\u2019histoire égyptienne reste particulièrement mystérieuse.Toutankhamon, onzième pharaon de la XVIIIe dynastie, fils d\u2019Akhenaton, est né vers 1345 et est mort vers 1327 avant notre ère.«C\u2019est que le règne d\u2019Akhenaton a été très dif- férent des autres.C\u2019est aussi pour cela qu\u2019on s\u2019y est particulièrement intéressé», souligne M.Revez.En rupture majeure avec son époque, le père deToutankhamon a en effet bouleversé la société égyptienne, en instaurant une forme de monothéisme autour du culte d\u2019Aton, un dieu solaire.Il a même créé de toutes pièces, en plein désert, Akhetaton, une ville dont le nom signifie «l\u2019horizon d\u2019Aton», aujourd\u2019hui Amarna.Akhenaton a quitté Thèbes, alors siège du pouvoir et ville la plus importante d\u2019Égypte, pour s\u2019y installer.«Traditionnellement, l\u2019Égypte adorait plusieursdieux.En l\u2019espace de seulement17ans,Akhenatona procédé à un réel renversement des valeurs, explique M.Revez.La documentation concernant cette époque est assez confuse; elle nous est parvenue par bribes et est rédigée en plusieurs langues, soit l\u2019égyptien, le hittite et le babylonien.Cela prête à différentes interprétations.Mais moins on en sait, plusoncherche etplusonécrit sur le sujet; et ladécouvertededocuments faitbien sûr évoluer nos théories.» Ainsi, de nouveaux artéfacts pourraient permettre une meilleure compréhension de cette période de l\u2019histoire.«Il serait intéressant, par exemple, de trouver un cercueil, car les cercueils sont toujours associés à un nom et à un titre; dumobilier funéraire ou des bijoux, espère M.Revez.Ces éléments nous permettraient de confirmer ou d\u2019infirmer bien des hypothèses.» Comme celle qui veut queNéfertiti soit la mère de Toutankhamon?Car bien qu\u2019on connaisse son visage, largement re- Le sarcophage de Toutankhamon Autre chambre Lieu possible de la tombe de Néfertiti L T H E B A N M A P P I N G P R O J E C T Décembre 2015 | Québec Science 33 produit par des statuettes et des bas- reliefs, cette reine est encore entourée de mystère.On sait qu\u2019elle était l\u2019une des épouses d\u2019Akhenaton, le père du jeune roi, et qu\u2019elle lui a donné six filles.«On a découvert récemment, dans la tombe de la deuxième fille d\u2019Akhenaton, une scène peinte représentant une nourrice tenant dans ses bras un enfant royal, qui serait Toutankhamon, raconte Jean Re- vez.Elle est entourée de Néfertiti et d\u2019Akhenaton.Il serait donc logique que Néfertiti soit la mère.» D\u2019autres égyptologues croient cependant que la mère de Toutankhamon est «Young Lady», une momie découverte en 1898 dans la Vallée des rois.Des tests génétiques réalisés il y a quelques années vont en ce sens.«C\u2019est certain queYoung Lady et Toutankhamon sont de la même famille, mais sont-ils vraiment mère et fils?» se demande M.Revez.Néfertiti était d\u2019une très grande beauté; et son influence, hors du commun.«Elle semble de plus avoir exercé, comme reine, un pouvoir exceptionnel, affirme JeanRevez.Dans plusieurs scènes, elle est représentée avec les atours et les prérogatives d\u2019un pharaon.Par exemple, on la voit face à son mari Akhenaton, chacun assis sur un trône gravé d\u2019un symbole habituellement réservé aux pharaons.» Serait-elle allée jusqu\u2019à prendre le pouvoir pendant une courte période, juste avant Toutankhamon?Des signes permettent à certains égyptologues d\u2019y croire.Entre le règne d\u2019Akhenaton et celui de Toutankhamon, environ quatre ans se sont écoulés.Le pharaon Smenkhkarê, très peu connu, aurait régné très brièvement, puis une femme, Ânkh-Khépe- rourê Néfernéferouaton, aurait pris le pouvoir.Si plusieurs pensent que cette femme estMérytaton, fille aînée d\u2019Akhenaton et de Néfertiti, l\u2019historien Jean Revez, comme d\u2019autres avant lui, croit plutôt qu\u2019il s\u2019agit de Néfertiti.«Avant, on pensait qu\u2019elle était morte en l\u2019an 12 du règne d\u2019Akhenatonmais, récemment, on a découvert des documents où elle est citée en l\u2019an 16, soit un an avant la fin du règne.Alors peut-être qu\u2019elle a survécu à son mari.De plus, il y a une ressemblance dans les noms Néfertiti et Néfer- néferouaton.» Et puis, on a retrouvé aussi dans le tombeau de Toutankhamon des éléments féminins, comme la représentation d\u2019un roi avec des seins.Est-ce l\u2019image d\u2019Ânkh-Khéperourê Néfernéfe- rouaton, dont la momie se trouverait derrière le mur?«C\u2019est plausible, affirme M.Revez.Mais il reste à le prouver.» À suivre! ?QS >Pour en savoir plus Pour lire (en anglais) la thèse de l\u2019égyptologue Carl Nicholas Reeves : www.academia.edu/14406398/The_Burial_of _Nefertiti_2015 Carl Nicholas Reeves (au centre) dans la chambre funéraire de Toutankhamon le 28 septembre dernier.Derrière le mur, une autre sépulture?S T R I N G E R / E P A / C O R B I S Qu\u2019est-ce qu\u2019un géoradar?L\u2019équipe de Carl Nicholas Reeves a choisi d\u2019utiliser un géoradar, aussi appelé radar à pénétration de sol, pour vérifier s\u2019il y a bien une chambre derrière le mur du tombeau de Toutankhamon.Utilisé en génie civil depuis les années 1970, le géoradar permet notamment de mesurer l\u2019épaisseur d\u2019une dalle de béton, d\u2019y détecter les armatures d\u2019acier ou une fissure majeure.Le principe du radar est simple : il émet des ondes électromagnétiques dans le sol.Chaque matériau a ses propres propriétés de propagation.Lorsque les ondes rencontrent un matériau différent, ou un vide, une partie des ondes est réfléchie.Le récepteur du radar décèle ces ondes réfléchies.Puis, au moyen d\u2019un logiciel spécifique, ces données sont traitées et une image en trois dimensions du milieu exploré est reconstruite.Depuis les années 1980, on a aussi utilisé le géoradar en archéologie.Jamal Rhazi, ingénieur physique, chercheur au Centre de recherche sur les infrastructures en béton à l\u2019Université de Sherbrooke et spécialiste de ces radars, a d\u2019ailleurs été amené, il y a quelques années à travailler à Québec à la recherche (restée infructueuse) du tombeau de Samuel de Champlain.Pour l\u2019ingénieur, il est fort possible qu\u2019on voie tout de suite, avec un radar, si une pièce se trouve derrière ce mur du tombeau de Toutankhamon.«Et si cette pièce existe bel et bien, puis si sa configuration et les caractéristiques du radar le permettent, on pourrait éventuellement y voir des objets.» Les recherches par géoradar pour trouver le tombeau de Champlain à Québec A S S O C I A T I O N P O U R L A R E C H E R C H E D U S I T E H I S T O R I Q U E D E L A C H A P E L L E C H A M P L A I N Lorem ipsum LE PALAISD Il y a un génie des glaces à Québec.Il a fait la patinoire du nouvel amphithéâtre.Par Guillaume Roy DES GLACES a première fois que les joueurs de la Ligue nationale de hockey (LNH) ont sauté sur la glace du Centre Vidéotron, en septembre dernier (c\u2019était lors d\u2019unmatch préparatoire entre les Canadiens de Montréal et les Pingouins de Pittsburgh), les senseurs situés sous la patinoire ont automatiquement réagi.La patinoire subissait un coup de chaleur produit par la friction des patins.Le cycle de réfrigération s\u2019est d\u2019abord déclenché et la température de la glace a pu se maintenir à -4°C.Les spectateurs n\u2019ont rien vu, mais un exploit technologique venait d\u2019avoir lieu.Certes, on le sait, pour fabriquer leur glace, les arénas petits et grands utilisent un système de réfrigération mécanique semblable à celui de nos congélateurs.En bref, un gaz \u2013 fréon, ammoniac ou CO2 \u2013 est comprimé puis liquéfié dans un condenseur pour refroidir un circuit.Lorsque ce liquide absorbe la chaleur, il retourne à l\u2019état gazeux et le cycle recommence.Au Centre Vidéotron, le système de réfrigération mécanique utilise l\u2019ammoniac car, d\u2019un point de vue éner- L V I L L E D E Q U É B E C 36 Québec Science | Décembre 2015 Génie sous zéro gétique, c\u2019est le réfrigérant le plus efficace répondant aux normes de la LNH.Ce réfrigérant sert à refroidir de l\u2019éthylène glycol, un liquide similaire au lave-vitre, qui circule dans la dalle de béton de la patinoire pour en réfrigérer la surface.Fait à noter, un circuit de chauffage court également sous la dalle pour éviter que le béton se fissure.Dans le but d\u2019obtenir une certification LEED (Leadership in Environmental and Ecological Design), on a aussi installé un important système de récupération de chaleur dans l\u2019amphithéâtre, ce qui réduit de moitié (49%) sa consommation énergétique.«Par exemple, toute l\u2019énergie dégagée par les compresseurs pour faire la glace peut être réutilisée dans le réseau de chauffage de l\u2019amphithéâtre», explique Samuel Paradis, ingénieur de SNC-Lavalin responsable de la surveillance de chantier et chargé de projet pour la réfrigération, la ventilation et la plomberie à l\u2019amphithéâtre deQuébec.On ne peut pas se servir de n\u2019importe quelle eau pour fabriquer la glace.C\u2019est la LNH qui en fixe les normes de qualité.Pour une glisse optimale, l\u2019eau doit d\u2019abord être déminéralisée, grâce à un système d\u2019osmose inversée.«Les impuretés, comme les minéraux ou les gaz, sont rejetées par les cristaux de glace.Lorsqu\u2019elles s\u2019accumulent, ces impuretés causent des zones plus fragiles», explique Patrick Ayotte, physicien de formation et professeur de chimie à l\u2019Université de Sherbrooke.L\u2019eau est alors chauffée entre 71 °C et 82 °C, ce qui réduit la quantité de gaz qui y est dissout, avant d\u2019être pulvérisée afin de former de fines couches de glace.«Après avoir éliminé l\u2019air et les minéraux, l\u2019eau gèle presque instantanément lorsqu\u2019elle tombe sur le béton réfrigéré», spécifie Claude Deslauriers, responsable de la glace du Centre Vi- déotron.Pour atteindre une épaisseur de 2,5 cm à 3,8 cm, il faudra superposer, sur une période de 3 jours, près de 150 couches d\u2019eau translucide, blanche ou colorée selon qu\u2019on réalise le fond, les lignes ou les publicités.La peinture ajoute un coefficient de difficulté lors de la préparation, car elle doit être soluble dans l\u2019eau, souligne Pierre Beaudet, technicien de la glace qui a lancé Science de la glace, une entreprise spécialisée dans ce type de surfaces.«L\u2019eau colorée doit être appliquée à une température de -10 °C pour assurer la stabilité de sa molécule.Car dès que la température atteint -3 °C, cette molécule se sépare de la peinture», ajoute le spécialiste.Si fabriquer de la glace est plutôt simple, produire et conserver une glace de qualité professionnelle, c\u2019est une autre histoire.Et c\u2019est un sacré défi, dans un amphithéâtre où plus de 18 000 spectateurs dégagent chaleur et humidité, deux facteurs qui ont une influence majeure sur la qualité de la glace.Car dès que le taux d\u2019humidité augmente, il se forme de la condensation à la surface de la patinoire, et la glace ramollit, rappelle Samuel Paradis.Dans les nouveaux amphithéâtres, la glace est p lus dure.C\u2019est plus facile pour les jambes.On croit voler Pour atteindre une épaisseur de 2,5 cm à 3,8 cm, il faut superposer, sur une période de 3 jours, près de 150 couches d\u2019eau translucide.V I L L E D E Q U É B E C Décembre 2015 | Québec Science 37 1.Elle glisse\u2026 pourquoi?C\u2019est seulement depuis la fin des années 1990 que l\u2019on a découvert pourquoi la glace glisse! Il faut dire qu\u2019elle est unique: c\u2019est le seul matériau solide autolubrifiant.«Quand on observe la surface de la glace au microscope, on peut voir une mince couche semi-liquide, explique le professeur de chimie Patrick Ayotte.Cette couche se forme, même si la température est sous le point de congélation (jusqu\u2019à -157 °C).C\u2019est cette \u201clubrification\u201d caractéristique de la glace qui fait que l\u2019on peut patiner», dit-il.Aucun autre solide ne possède cette propriété.2.L\u2019eau chaude gèle plus vite que l\u2019eau froide\u2026 des fois Au début des années 1960, le Tanzanien Ernesto Mpemba, alors élève au secondaire, tentait de faire de la crème glacée à partir de lait porté à ébullition.Pressé par le temps, il a congelé le liquide bouillant sans le refroidir\u2026 pour se rendre compte que le lait avait gelé plus rapidement que celui refroidi par ses amis! Dénommé l\u2019effet Mpemba, ce paradoxe, connu depuis l\u2019Antiquité, a par la suite été observé par plusieurs scientifiques.Mais personne n\u2019a encore compris pourquoi.L\u2019effet Mpemba, avance-t-on, serait la somme de différents effets comme l\u2019évaporation, la surfusion, les courants de convection qui accélèrent les transferts thermiques et l\u2019élimination des gaz dissous lorsque l\u2019eau est chauffée.À suivre.3.La masse volumique de la glace est moindre que celle de l\u2019eau On n\u2019a pas fini de percer les secrets de la molécule H2O.Récemment, on a observé plusieurs anomalies de l\u2019eau en état de surfusion, qui demeure parfois liquide à des températures allant jusqu\u2019à -10 °C, note le professeur Patrick Ayotte.«Si on peut connaître tous les aspects de la molécule individuelle, le comportement collectif des molécules d\u2019eau est différent de ce que leur structure laisse prévoir», ajoute-t-il.Comme si les molécules d\u2019eau avaient un «comportement social, car les interactions émergent de l\u2019ensemble».Ces interactions expliquent en partie une autre anomalie: la masse volumique de la glace \u2013 c\u2019est-à-dire le rapport entre la masse et le volume \u2013 est plus faible que celle de l\u2019eau, ce qui est inusité pour un solide.Au total, 72 anomalies de la molécule H2O ont été répertoriées.>Pour en savoir plus www1.lsbu.ac.uk/water/water_sitemap.html oler au-dessus de l a patinoire.Et on p eut beaucoup mieux maîtriser la rondelle.na commencé àprésenter des matchs de hockey à l\u2019intérieur vers 1875.À l\u2019époque, commeonpeut l\u2019imaginer, les arénas étaient mal ventilés.La condensation était parfois telle qu\u2019un épais brouillard se formait.Même dans l\u2019ancienColisée deQuébec, bâti en 1949 et rénové dans les années 1990, il n\u2019était pas rare que la température ambiante monte de 10 °C pendant unmatch, pour atteindre 28 °C ! Encore aujourd\u2019hui, dans plusieurs amphithéâtres de la LNH, des déshumidificateurs doivent être ajoutés lors des matchs des séries éliminatoires de mai et de juin, pour assurer la qualité de la glace.Heureusement, les plus récents arénas de la Ligue, comme celui de Dallas, sont équipés de déshumidificateurs de haute performance.Cela change tout, soutient Simon Gagné, joueur étoile de la LNH qui a remporté la Coupe Stanley avec les Kings de LosAngeles en 2012.«Dans ces nouveaux amphithéâtres, explique- t-il, la glace est plus dure.C\u2019est plus facile pour les jambes; on croit voler au- dessus de la patinoire.Et on peut beaucoup mieux maîtriser la rondelle.» Pour maintenir dans le Centre Vidéo- tron le taux d\u2019humidité déterminé par la LNH\u2013 entre 30% et 40%d\u2019humidité relative pour une température se situant entre 16 °C et 18 °C \u2013, la ville deQuébec a installé un système dit «à roue dessic- cante».Ce système permet un transfert d\u2019humidité dans une roue en mouvement, où l\u2019air froid qui pénètre dans l\u2019amphithéâtre est déshumidifié lorsqu\u2019il entre en contact avec de l\u2019air chaud et sec qui est par la suite évacué.De plus, explique l\u2019ingénieur Samuel Paradis, O TROIS MYSTÈRES DE LA GLACE dans la roue se trouve un gel de silice (similaire au gel ensaché que l\u2019on met dans les boîtes de chaussures) qui absorbe l\u2019humidité.Selon Simon Gagné, l\u2019installation de cette technologie de pointe avantagera les joueurs, surtout les plus rapides, puisque la glace restera belle plus longtemps.Le contrôle de l\u2019humidité n\u2019est cependant qu\u2019une pièce du casse-tête.La ventilation en est une autre.Au Centre Vidéotron, on a encore innové enmisant sur un système unique au monde dans un amphithéâtre : la ventilation par déplacement.Les ingénieurs de SNC- Lavalin se sont inspirés d\u2019un concept déjà développé pour la Maison symphonique deMontréal et le PalaisMont- calm àQuébec.C\u2019est en travaillant avec les équipes de design et de simulation tridimensionnelle en flux numérique que l\u2019idée de créer un bouclier thermique leur est venue.Ainsi, au lieu de propulser de l\u2019air du plafondvers le bas, commedans la plupart des amphithéâtres, la ventilation par déplacement s\u2019effectue auniveaudes gradins, derrière les dosserets des sièges où, l\u2019air circulant très lentement, la turbulence se trouve réduite.«En ventilant à leur hauteur, on peutmieux oxygéner et rafraîchir les spectateurs», explique Samuel Paradis.De plus, comme ce système est moins bruyant que la ventilation habituelle, il peut aussi servir lors de spectacles.Autre innovation, toujours à Québec : la ventilation par le tableau d\u2019affichage.«On diffuse de l\u2019air froid sous le tableau d\u2019affichage pour maintenir une zone à basse température au dessus de la patinoire.Et comme cette technique de ventilation permet une stratification de l\u2019air, donc un contrôle ciblé de la température, l\u2019air est moins froid dans les gradins», ajoute le jeune ingénieur de 33 ans.Complètement informatisé, le réseau de domotique duCentreVi- déotron permet de voir comment le bâtiment se comporte en temps réel et d\u2019ajuster les paramètres selon les besoins.La température, l\u2019humidité et la vitesse de l\u2019air peuvent ainsi être contrôlées indépendamment dans chacun des quatre secteurs de l\u2019amphithéâtre.«Avec le temps, on pourra mesurer et analyser les tendances pour mieux comprendre comment le bâtiment réagit et pour calibrer les équipements», dit Samuel Paradis, fier d\u2019avoir été enmesure de livrer l\u2019édifice dans le temps et le budget prescrits.Un budget de 7 millions de dollars a été prévu pour assurer la conformité aux normes et faire les ajustements qui s\u2019imposent au cours de la prochaine année, ajoute Louis Tremblay, adjoint au directeur du projet pour la Ville deQuébec.D\u2019ici un an, le Centre Vidéotron fabriquera l\u2019une des plus belles glaces du monde.Reste à voir si un jour, une équipe appelée «Nordiques» pourra en profiter! ?QS 38 Québec Science | Décembre 2015 Génie sous zéro La meilleure glace du monde Pour faire la meilleure glace du monde, il faudrait être en mesure d\u2019utiliser un modèle unique de cristaux de glace, présentant une structure égale sur toute la surface, soutient le professeur de physique Patrick Ayotte.«Mais cette glace-là mettrait probablement une centaine d\u2019années à se constituer», lance-t-il en riant.D\u2019ici là, nous sommes condamnés à mettre au point des outils de plus en plus précis pour mesurer les propriétés de la glace afin d\u2019en prédire le comportement.V I L L E D E Q U É B E C Décembre 2015 | Québec Science 39 Le Centre Vidéotron, c\u2019est\u2026 70 unités de ventilation, totalisant 785 000 pieds cubes par minute (pcm) d\u2019air de ventilation, soit assez pour ventiler 5 230 maisons unifamiliales.12 chaudières de chauffage à condensation au gaz naturel, totalisant 36 millions de BTU/h, soit l\u2019équivalent de 820 barbecues domestiques.4 refroidisseurs de climatisation, totalisant 2 332 tonnes (t) de refroidissement, soit l\u2019équivalent de 1 555 climatiseurs domestiques.3 compresseurs, totalisant 300 t de réfrigération pour la patinoire (l\u2019équivalent de ce qu\u2019il faut pour réfrigérer les patinoires de 4 arénas typiques).15 km de conduits de ventilation.52 km de conduites d\u2019eau.Les patinoires extérieures en voie de disparition?Changements climatiques obligent, il est de plus en plus difficile de jouer au hockey ou de patiner en hiver.Si la tendance climatique se maintient, en 2090, il ne restera qu\u2019une quarantaine de jours de patinage en moyenne à Montréal et à Toronto.Ces données sont tirées de Rink Watch, un projet de science citoyenne lancé par Colin Robertson et Robert McLellan, professeurs de géographie à l\u2019université Wilfrid Laurier de Waterloo, en Ontario.Rink Watch est en fait un réseau d\u2019utilisateurs de patinoires extérieures qui, chaque hiver, enregistrent des données sur la qualité de la glace.Lors des deux premiers hivers à l\u2019étude (2012-2013 et 2013-2014), plus de 10 000 observations sur la qualité de la glace de près de 1 000 patinoires ont été enregistrées, d\u2019un océan à l\u2019autre.«C\u2019est une manière intéressante de constater les effets des changements climatiques dans notre vie de tous les jours et de faire en sorte que les gens en parlent», soutient Colin Robertson.Pour patiner, peu importe les conditions climatiques, on trouve de plus en plus de glaces artificielles extérieures, comme à la Place d\u2019Youville, à Québec, ou au Centre Martin Brodeur, à Saint-Liboire.Il suffit de dérouler un tapis de tubes à haut débit réfrigérant, idéalement de recouvrir le tout d\u2019un toit, pour assurer une belle patinoire d\u2019octobre à avril.«On peut même faire des patinoires en plein milieu du désert», lance Pierre Beaudet, technicien de glace depuis 32 ans.Mais il faut y mettre le prix: un tel système coûte quelques centaines de milliers de dollars.La patinoire de la place d\u2019Youville, à Québec V I L L E D E Q U É B E C / I S T O C K Lorem ipsum Les leçons du S C H A N G E M E N T S C L I M A T I Q U E S Pakistan, 10 septembre 2010 40 Québec Science | Décembre 2015 >Depuis cinq ans, le Pakistan a été touché par des catastrophes naturelles de grande ampleur.La pire de l\u2019histoire du pays fut, en 2010, une série d\u2019inondations qui ont recouvert un cinquième du territoire, affectant 20 millions de personnes.L\u2019année suivante, à peine relevés, les Pakistanais faisaient face à une autre inondation majeure dans la zone semi-aride de Sindh.«Les changements climatiques rendent le temps erratique.Une année, ce sont des inondations massives, l\u2019année suivante, c\u2019est la sécheresse», dit AdilNajam, doyen de la Frederick S.Pardee School ofGlobal Studies, à l\u2019université de Boston auxÉtats- Unis.Il d\u2019ailleurs mené un projet de recherche au Pakistan, avec la Lahore University of Management Sciences (LUMS), afin de comprendre comment les agriculteurs peuvent s\u2019adapter aux aléas du climat.«Quand vous ne savez pas à quel temps vous attendre, votre vie entière est chamboulée», souligne-t-il.Cela est particulièrement vrai pour les agriculteurs.Adil Najam calcule que, d\u2019ici 25 ans, la productivité agricole du Pakistan risque d\u2019être réduite de 8% à 10% en raison des changements climatiques.Le projet de recherche mené par la LUMS, en collaboration avec le Social Policy and Development Centre et le Pakistan Institute of Development Economics (PIDE), vise donc à aider les agriculteurs à améliorer leurs pratiques.L\u2019équipe de chercheurs est allée discuter de ses méthodes de travail et tenter de trouver avec eux ce qui pourrait être fait différemment, tout en minimisant les coûts.«On leur propose de modifier le type de cultures.Par exemple, en période de sécheresse, ils pourraient passer de la culture de la canne à sucre à celle dumaïs qui nécessite moins d\u2019eau», explique-t-il.Déjà, dans certaines régions, des agriculteurs ont délaissé la culture des bananes et du blé pour celle de la moutarde et des dattes, qui survivent mieux dans un sol aride.Avec les changements climatiques, les agriculteurs doivent aussi corriger leur calendrier.Ils vont, par exemple, semer plus tard dans la saison et intercaler différents types de cultures au cours de l\u2019année.Adil Najam note que de telles adaptations permettront même aux fermiers d\u2019être plus productifs qu\u2019autrefois, quand le climat ne posait pas encore de problème.«Leurs pratiques agricoles n\u2019étaient pas toujours efficaces, remarque-t-il.Ils ont maintenant l\u2019occasion de bonifier leurs pratiques et leurs résultats.» Cependant, même si les agriculteurs parviennent à long terme à adapter leurs pratiques au climat, le chercheur insiste : il faut corriger le problème à sa source.«Lameilleure solution, rappelle-t-il, c\u2019est encore de réduire les émissions de gaz à effet de serre.» Décembre 2015 | Québec Science 41 Ils sont loin d\u2019être les plus grands producteurs de gaz à effet de serre de la planète, pourtant les pays du Sud sont gravement touchés par les changements climatiques qui causent des phénomènes météorologiques extrêmes comme des pluies intenses, des inondations et des sécheresses.Voici comment ils tentent d\u2019y faire face.Par Bouchra Ouatik u Sud Semer autrement Pakistan Adil Najam calcule que, d\u2019ici 25 ans, la productivité agricole du Pakistan pourrait être réduite de 8% à 10% en raison des changements climatiques.G I D E O N M E N D E L F O R A C T I O N A I D / C O R B I S >Avec plus de 1,2 milliard d\u2019habitants, la population de l\u2019Inde ne cesse de croître et, par le fait même, de transformer le pays.« Ici, le climat n\u2019est pas la seule chose qui change.Tout change!» explique Veena Srini- vasan, sociohydrologiste au Ashoka Trust for Research in Ecology and the Environment (ATREE), basé à Bangalore, une ville de 4 millions d\u2019habitants, dans le sud de l\u2019Inde.L\u2019équipe de la chercheuse étudie comment différents facteurs \u2013 climat, surpopulation, pollution \u2013 affectent ici l\u2019accès à l\u2019eau, tirée du bassin de la rivière Arkavathy.«Si vous vous promenez dans Bangalore, pour- suit-elle, la première chose que vous remarquez, c\u2019est à quel point tout prend de l\u2019expansion; les routes, les bâtiments, tout.» Par conséquent, les habitants doivent changer peu à peu leur mode de vie.«Personne ne veut rester en agriculture, car c\u2019est plus facile de se trouver un travail en ville, explique Veena Srinivasan.Ceux qui persévèrent se tournent vers la culture de l\u2019eucalyptus qui nécessite cependant de creuser des puits de plus en plus profondément.» Problème : à la ville comme à la campagne, la demande d\u2019eau augmentant sans cesse, la nappe phréatique s\u2019épuise.Pour parvenir à maîtriser la situation, les chercheurs se sont donné comme objectif de sensibiliser les agriculteurs à la gestion de l\u2019eau.«Par exemple, nous leur apprenons comment mesurer les niveaux d\u2019eau souterraine», explique Mme Srinivasan.Il n\u2019y a pas que ça.La région de Bangalore abrite aussi plusieurs usines de construction automobile, de textile et d\u2019électronique, qui non seulement utilisent de grandes quantités d\u2019eau, mais déversent leurs eaux usées, contenant des métaux lourds, dans les bassins servant à la production agricole.«Il y a des règlements, mais ils ne sont pas appliqués», se désole Veena Srinivasan.En étudiant les différentes menaces qui pèsent sur les réserves d\u2019eau potable, l\u2019équipe de chercheurs d\u2019ATREE compte fournir des données précises aux gouvernements locaux, afin de les amener à mieux réglementer l\u2019utilisation de l\u2019eau.«La situation actuelle est inquiétante, dit Veena Srinivasan.Ce qui risque surtout d\u2019arriver, c\u2019est que nous épuisions nos réserves d\u2019eaux souterraines.» La chercheuse insiste sur le fait que les changements climatiques ne doivent pas être étudiés de manière isolée, puisqu\u2019ils ne constituent qu\u2019une pièce dans un casse-tête géant.42 Québec Science | Décembre 2015 C H A N G E M E N T S C L I M A T I Q U E S «Nous risquons d\u2019épuiser nos réserves d\u2019eau souterraine», Veena Srinivasan, sociohy- drologiste au Ashoka Trust for Research in Ecology and the Environment (ATREE), basé à Bangalore.Quand les villes grandissent trop vite Inde Bangalore en Inde.La demande d\u2019eau augmente avec l\u2019industrialisation.S T E V E R A Y M E R / C O R B I S > Le Maroc, au nord de l\u2019Afrique, est un territoire en partie aride, où les pluies sont rares, mais où l\u2019agriculture prospère malgré tout.Les changements climatiques ont cependant eu ici des effets majeurs dans les dernières années.Les précipitations ont diminué de 20 % et les vagues de chaleur ou de froid sont de plus en plus fréquentes.«Le Maroc a peu contribué aux causes des changements climatiques, mais c\u2019est un des pays qui en a subi les conséquences avec une grande acuité», explique Moulay Driss Hasnaoui.L\u2019expert en ressources hydriques fait partie d\u2019un groupe de recherche de l\u2019École Mohammadia d\u2019ingénieurs, à Rabat, qui s\u2019intéresse aux effets des changements climatiques sur l\u2019eau, l\u2019agriculture et la santé, plus précisément dans la région de la Haute-Moulouya, dans le nord-est marocain.Ainsi, les périodes prolongées de températures extrêmes bouleversent le mode de vie des habitants des régions rurales.«Cela mène à l\u2019exode des populations vers les villes, explique M.Hasnaoui.Aussi à la déscolarisation des filles, puisqu\u2019elles doivent aller chercher de l\u2019eau plus loin lors des sécheresses, ce qui leur enlève du temps pour l\u2019école.» En plus, le chergui, un vent chaud et sec venu du Sahara, vient tuer la végétation.En recueillant des données hydrométéorologiques de la région, les chercheurs ont mis au point un modèle mathématique qui permet de prédire à moyen terme l\u2019évolution de ces épisodes climatiques.«Grâce à ce modèle, nous sommes en mesure de prévoir la situation, donc de prévenir des catastrophes, en agriculture comme en santé humaine», explique le chercheur.Ainsi, les habitants d\u2019une région touchée pourront amasser plus de bois de chauffage pour faire face au froid ou encore irriguer plus abondamment leurs terres si la sécheresse risque de se prolonger.Éventuellement, affirment les chercheurs, un outil de prévision en temps réel sera mis au point.Les modélisations du groupe de recherche serviront aussi à voir venir à plus long terme.«Cela nous permettra d\u2019analyser les scénarios afin d\u2019optimiser l\u2019utilisation de l\u2019eau en fonction des changements climatiques», explique le directeur du projet et expert en ressources hydriques, Driss Ouazar.Autre objectif important: concevoir de nouveaux barrages, mieux adaptés aux variations des ressources en eau.Les ouvrages actuels sont pour la plupart construits sur des terrains friables.Alors, quand les pluies sont abondantes, les sédiments au sol sont entraînés vers les barrages et dégradent la qualité de l\u2019eau.Le Département de l\u2019eau se dit déjà très intéressé par les recherches du groupe de l\u2019École Mohammadia d\u2019ingénieurs.L\u2019État souhaite les mettre en pratique dans d\u2019autres régions du Maroc, explique Driss Ouazar, en ajoutant que cela sera aussi utile ailleurs au Sahel, où les mêmes problèmes surgissent.«Cela s\u2019inscrit dans le plan vert du Maroc, souligne-t-il.C\u2019est-à-dire optimiser chaque goutte d\u2019eau.» Décembre 2015 | Québec Science 43 La valeur de l\u2019eau Maroc Les montagnes du Haut-Atlas marocain.Dans les vallées, des systèmes de captation d\u2019eau permettent de faire des cultures.Driss Ouazar.Il juge nécessaire d\u2019optimiser chaque goutte d\u2019eau.R I C H A R D T .N O W I T Z / C O R B I S > L\u2019Angola bénéficiait autrefois d\u2019une riche base de données climatiques.Mais 30 ans de guerre civile, entre 1973 et 2002, ont détruit 98% des stations météorologiques du pays et les données associées.La guerre a aussi poussé un grand nombre de familles des régions rurales à fuir le centre du pays; elles se sont installées dans les villes du littoral, dans l\u2019ouest, la région la plus affectée par les changements climatiques.Aujour- d\u2019hui, 70% de la population urbaine y vit.«Les données nous montrent que les zones côtières subissent des pluies plus courtes et plus intenses, ainsi que des sécheresses plus longues», explique le chercheur Allan Cain, directeur de l\u2019organisme Development Workshop Angola.Et les plus touchés par les soubresauts du climat sont bien souvent les moins nantis.«Les personnes pauvres tendent à s\u2019établir là où les terrains valent le moins cher.Or, ce sont aussi les secteurs les plus à risque d\u2019inondation», dit-il.De plus, dans ces quartiers, les conditions sanitaires sont mauvaises, l\u2019eau est polluée; les maladies, telles que le choléra et la malaria, se transmettent donc plus facilement.L\u2019équipe du Development Workshop Angola a collecté \u2013 par images satellites entre autres \u2013 les informations nécessaires pour établir une carte des risques auxquels font face les régions côtières de Luanda, Cabinda, Benfuela et Lobito, quatre villes densément peuplées.Elle a aussi délégué auprès des résidants des dizaines d\u2019enquêteurs équipés de tablettes électroniques pour recueillir des informations.Des cartes détaillées des conditions sur le terrain pourront ainsi être établies dans chaque secteur.Ces renseignements sont d\u2019une grande utilité pour la planification urbaine.Par exemple, les enquêteurs font le relevé des points d\u2019eau potable dans les villes, afin de déterminer où, précisément, de nouveaux systèmes d\u2019approvisionnement en eau devront être installés.En connaissant mieux les secteurs à risque d\u2019inondation, les autorités pourront également réglementer en conséquence la construction de nouveaux bâtiments.Disposant de toutes ces donnéesmétéorologiques, les chercheurs sont mieux équipés pour voir venir les catastrophes naturelles.«En avril et mai 2015, nous avons été en mesure de prévenir les populations de Luanda et Lubito des inondations qui allaient survenir», se félicite Allan Cain.Ce qui a permis d\u2019évacuer des centaines de familles.L\u2019équipe de chercheurs a d\u2019ailleurs été sollicitée par le gouvernement angolais pour participer à l\u2019élaboration d\u2019une stratégie nationale et d\u2019un plan d\u2019action sur les changements climatiques.Allan Cain, directeur de l\u2019organisme Development Workshop Angola.Il rappelle que les plus touchés par les soubresauts du climat sont bien souvent les moins nantis.44 Québec Science | Décembre 2015 C H A N G E M E N T S C L I M A T I Q U E S Mieux prévoir Angola M I K E H U T C H I N G S / C O R B I S > Lorsqu\u2019un quartier risque d\u2019être inondé, la solution la plus logique est de construire de nouvelles maisons dans des zones plus sûres et d\u2019y relocaliser les habitants.Mais à Dakar, la capitale du Sénégal, les choses ne sont pas si simples.La région du Sahel a connu une longue période sans précipitations dans les années 1970, 1980 et 1990.«Quand il y a sécheresse, les populations rurales migrent vers les villes», expliqueOumar Cissé, secrétaire exécutif de l\u2019Institut africain de gestion urbaine.Ainsi, à Dakar, des familles sont venues s\u2019installer dans des zones considérées comme «humides» mais qui étaient depuis longtemps asséchées.«Le problème, c\u2019est que les pluies reviennent depuis une dizaine d\u2019années, dit Oumar Cissé.Alors bonjour les dégâts!» Dans la capitale et ses banlieues souvent surpeuplées, les inondations touchent fréquemment des dizaines de milliers de maisons.«Si les pluies s\u2019installent définitivement, nous risquons de voir la moitié de la banlieue aux prises avec ce genre de problème», explique le chercheur.En 2012, l\u2019État sénégalais a mis sur pied un programme d\u2019aide de 1,5milliard de dollars, qui comprenait la construction d\u2019infrastructures de drainage et le réaménagement de nouveaux quartiers.Cependant, les chercheurs ont constaté avec étonnement que les familles des quartiers inondés choisissaient souvent de rester sur place, plutôt que de déménager.Pourquoi?OumarCissé explique que les résidants des quartiers vulnérables gagnent généralement leur vie dans le secteur de l\u2019économie informelle, par exemple comme vendeurs aumarché local.Une relocalisation pourrait leur faire perdre leur gagne-pain.Et il ajoute qu\u2019un tiers des résidants de Yeumbeul Nord, en banlieue de Dakar, sont venus s\u2019installer dans cette commune après que la région a été touchée par de sérieuses inondations.Plutôt que de partir, les gens s\u2019adaptent aux aléas du climat.Plusieurs rasent leur maison, surélèvent leur terrain et rebâtissent.«La moitié de ceux qui ont construit leur maison après les inondations ont d\u2019ailleurs été épargnés», observeOumarCissé, au sujet de la commune de Yeumbeul Nord.Mais cela ne règle pas tout.Lors des inondations, les routes de sable deviennent impraticables et les fosses septiques débordent.Au lieu de déplacer les populations, l\u2019équipe de l\u2019Institut africain de gestion urbaine a donc misé sur la construction de canaux de drainage, de bassins de rétention, de stations de pompage ainsi que de fosses septiques en PVC, plus étanches.Oumar Cissé croit que les villes du Sénégal ont tout intérêt à régler rapidement leurs problèmes d\u2019infrastructures, puisque les pluies pourraient s\u2019intensifier dans les années à venir.«Nous avons des pluies normales, de 200mmpar année.Mais quand on en sera à 900 mm, qu\u2019est-ce qui arrivera?» Décembre 2015 | Québec Science 45 Rester à tout prix Sénégal Les inondations dans la commune de Yeumbeul Nord Oumar Cissé, de l\u2019Institut africain de gestion urbaine.Selon lui, il faut améliorer les infrastructures urbaines pour pouvoir faire face aux pluies plus intenses. >Au cœur de l\u2019Afrique subsaharienne, les éleveurs et les agriculteurs se sont toujours appuyés sur les connaissances que leur ont transmises leurs aînés \u2013 par exemple, pour savoir quand semer ou quand vendre le bétail.Mais les changements climatiques ont modifié la donne.Le cycle des saisons est de plus en plus imprévisible.Le projet de recherche mené par l\u2019organisme à but non lucratif FHI 360 et l\u2019université Ma- kerere dans les districts de Nakasongola, Soroti et Sembabule, dans le centre du pays, vise à aider les agriculteurs et les éleveurs à planifier leur travail grâce aux prévisions météo à court terme.À partir de données quotidiennes collectées dans les régions les plus touchées, les chercheurs préparent des bulletins météo sur 10 jours, dans lesquels ils incluent une foule d\u2019informations pratiques.«Comment gérer leurs plantations, économiser l\u2019eau, se débarrasser des parasites; mais aussi les prix hebdomadaires du marché pour les récoltes et pour le bétail, illustre le directeur de FHI 360, Behrane Gebru.Dans les périodes de stress, les fermiers s\u2019empressent de vendre, continue le chercheur.Les commerçants viennent au village et annoncent: voici le prix.Mais si nous leur avons fourni les véritables prix dumarché, les fermiers sont enmesure de mieux négocier ou de juger si c\u2019est le bonmoment pour vendre.» L\u2019équipe utilise tous les moyens technologiques à sa disposition \u2013 radios FM locales, textos, annonces au haut-parleur dans les villages \u2013 et joint ainsi quelque 100 000 producteurs.Cela dit, certains ont parfois du mal à prendre ces communications au sérieux, reconnaît Behrane Gebru : «Notre étude a démontré que 97% des répondants ne faisaient pas confiance aux textos reçus sur leur téléphone cellulaire, car ils sont habitués à recevoir des messages de fraudeurs.» Les chercheurs ont donc sollicité la collaboration des autorités locales, chefs de village et leaders religieux.«Nous diffusons un talk-show chaque mois, où nous invitons, par exemple, un expert en agriculture ou en développement pour décrire la situation et expliquer aux fermiers ce qu\u2019ils peuvent faire», continue Behrane Gebru.Et une tribune téléphonique invite les producteurs à poser leurs questions ou à dispenser leurs conseils.Le projet pilote a permis, dans les régions étudiées, de réduire de 67% les pertes des producteurs et d\u2019augmenter les revenus des ménages de 325 $, en moyenne, par année.L\u2019équipe de chercheurs espèremaintenant étendre ce projet au reste de l\u2019Ouganda, voire à d\u2019autres pays.La leçon à retenir : une bonne information ne suffit pas; il faut savoir aussi comment la transmettre.?QS 46 Québec Science | Décembre 2015 Lorem ipsum C H A N G E M E N T S C L I M A T I Q U E S Ouganda Travail saisonnier Pour Behrane Gebru de l\u2019université Makerere, il faut mieux informer pour mieux planifier.Ce dossier décrit les travaux financés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.S\u2019inscrivant dans l\u2019action du Canada en matière d\u2019affaires étrangères et de développement, le CRDI investit dans le savoir, l\u2019innovation et les solutions afin d\u2019améliorer les conditions de vie et les moyens de subsistance dans les pays en développement.Un marché public à Kampala, en Ouganda T H O M A S M U K O Y A / C O R B I S Matières à lire PASTEUR, SA VIE, LA VIE Le romancier Erik Orsenna ne connaissait absolument rien à la biologie quand il a obtenu le fauteuil qu\u2019avait déjà occupé Louis Pasteur à l\u2019Académie française.Il s\u2019est donc plongé dans la vie du pionnier de la microbiologie pour la raconter et parler, en parallèle, de la vie avec un grand V.Il décrit un travailleur infatigable, qui n\u2019avait pas tout à fait la bosse des sciences au départ, et qui a commencé sa carrière en étudiant le jus de betterave, pour finir par mettre au point un vaccin contre la rage.Un cours d\u2019histoire fort bien écrit.La vie, la mort, la vie : Louis Pasteur 1822-1895, Erik Orsenna, Fayard, 2015, 198 p.M.G.« UN MONDE À PEINE CONNU ET DÉJÀ MENACÉ » Lui est ingénieur énergéticien, spécialiste de la plongée polaire ; elle, professionnelle de la navigation à voile.Ils en sont à leur deuxième expédition Under the pole.À bord de Why, leur goélette d\u2019aluminium de 19,5 m au nom évocateur, ils sont 12, dont le photojournaliste qui réalisera les photos exceptionnelles de ces 21 mois d\u2019exploration du Groenland.L\u2019expédition sert aussi de contexte à six programmes scientifiques, depuis «l\u2019étude de la physiologie des plongeurs en milieu extrême jusqu\u2019à celle de la glace, du requin du Groenland ou des bivalves ».Le défi que s\u2019est lancé ce couple de découvreurs : « Plonger plus profond que jamais auparavant, dans l\u2019eau la plus froide du monde, pour aller voir à quoi ces profondeurs ressemblent et les documenter.» Un livre qui nous entraîne, au fil des jours, à la rencontre des gens et des animaux, des paysages et des villages, des eaux et de la vie dessous, dans un monde de lumières et d\u2019ombres à nul autre comparable, «à peine connu, écrivent les auteurs, et déjà menacé».Immersion polaire, Emmanuelle Périé-Bardout, Ghislain Bardout, photos Lucas Santucci, Ulmer, 2015, 216 p.H.M.Par Hélène Matteau Sur la toile BEAUTÉS MICROBIENNES Décembre 2015 | Québec Science 47 Une boîte de Petri, de l\u2019agar-agar et\u2026 choisissez des bactéries, c\u2019est elles qui apporteront couleurs et motifs selon leur espèce et au gré de leur prolifération dans la gelée.Telle est l\u2019idée fantasque de la Société de microbiologie des États-Unis qui a lancé un concours de « tableaux » microbiens.On peut voir les œuvres en tapant 2015 Agar Art contest | Facebook dans Google. 48 Québec Science | Décembre 2015 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P D A V I D D O R H O U T LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE À LIRE DANS LE PROCHAIN NUMÉRO 23e ÉDITION ! Décembre 2015 | Québec Science 49 \u2019écoute souvent la radio en auto, mais quelque chose d\u2019étrange se produit parfois quand je dois arrêter à une intersection: la radio se met à \u201cgricher\u201d, sans raison apparente, puis tout redevient normal si j\u2019avance un peu.Le signal provient d\u2019une station située à 50 km ou 75 km.Alors quelle différence peuvent bien faire 1 m ou 2 m?» demande Pierre Létourneau de Sainte- Adèle.Ce n\u2019est pas, en effet, une affaire de distance, explique Jean-Jacques Laurin, directeur du Centre de recherche en électronique ra- diofréquence (CREER) de la Polytechnique à Montréal.Habituellement, quand la radio se met à faire de la friture, c\u2019est qu\u2019on se trouve dans un endroit trop fermé pour que les ondes puissent se rendre jusqu\u2019au récepteur.Mais à un coin de rue, en plein air?Il y a autre chose en cause, estime-t-il.«On a tendance à visualiser les communications radio comme s\u2019il y avait d\u2019un côté une antenne émettrice et, de l\u2019autre, une antenne réceptrice; entre les deux, une ligne droite, directe.Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, dit M.Laurin.Ce qu\u2019on reçoit, la majeure partie du temps, ce sont des échos, des rebonds d\u2019ondes sur des obstacles.Les exemples sont nombreux d\u2019endroits clos où on peut recevoir la radio! Ça démontre que ce qu\u2019on reçoit, la plupart du temps, ce sont des réflexions.» Si les ondes radio se répercutent ainsi sur les murs, leurs rebonds se croisent en de multiples endroits.Et quand deux ondes se rencontrent, il se produit un phénomène nommé «interférence».C\u2019est presque toujours sans conséquence pour les émissions radio mais, dans certaines circonstances, cela peut carrément embrouiller localement le signal.On peut en effet se représenter les ondes radio comme des sortes de vagues, des séries de crêtes et de creux.Quand deux ondes se croisent, il arrive que leurs crêtes s\u2019alignent l\u2019une sur l\u2019autre.Les ondes vont alors s\u2019additionner, se renforcer, si l\u2019on préfère.Mais il peut arriver aussi que les crêtes s\u2019alignent sur des creux.Les deux ondes vont alors se soustraire l\u2019une de l\u2019autre; et si elles sont de force à peu près égale, il n\u2019en restera plus grand-chose.«C\u2019est ce qui va provoquer un évanouissement du signal, dit M.Laurin.Il y a des endroits où les évanouissements sont plus profonds qu\u2019à d\u2019autres, c\u2019est caractéristique des milieux compliqués.Ce qu\u2019on reçoit, c\u2019est une superposition de plusieurs ondes qui se réfléchissent sur plusieurs obstacles.» Les signaux radio n\u2019ayant pas tous la même longueur d\u2019onde (la distance entre deux «crêtes de vague») ni le même lieu d\u2019origine, ils peuvent interférer de façon radicalement différente d\u2019un endroit à l\u2019autre.Comme l\u2019a constaté M.Létourneau, notre lecteur, on entre et on sort de ces « trous radiophoniques» en seulement quelques mètres.Fait à noter, ajoute Christophe Caloz, collègue de Jean-Jacques Laurin à la Polytechnique et lui aussi membre du CREER, ce genre d\u2019évanouissement est plus fréquent aux intersections.Car n\u2019importe quelle onde électromagnétique émise par n\u2019importe quelle source, directe ou réfléchie, peut interférer avec les signaux radio.Ce peut être un fil ou un appareil électrique, un portable; n\u2019importe quoi.Et comme il y a plus de véhicules, plus d\u2019immeubles (donc plus d\u2019angles de réflexion pour les ondes) aux intersections que le long des routes droites, alors il s\u2019y produit plus d\u2019interférences.?QS Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre! Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche N\u2019ajustez pas votre appareil Caprices et crépitements des ondes radio.«J Mot if d' inte rfére nce simu lée d e de ux s ourc es d e la mêm e lon gueu r d'o nde s po nctu elles .Les posi tion s de s so urce s so nt c arac téris ées par des croix .Ma xima des deu x va gues par des cerc les d e co uleu r. 50 Québec Science | Décembre 2015 L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard Les petits enfants habitent le pays de leur enfance.Ils n\u2019habitent pas de beaux ou de moins beaux quartiers, ils sont sans nationalité, sans identité.De 0 à 5 ans, tous les enfants se ressemblent, au-delà de leur aspect physique et de leur environnement.Chacun habite le territoire sacré de sa venue aumonde, chacun écoule le temps précieux où l\u2019être se découvre, se rencontre lui- même, s\u2019exerce à tout, prend contact avec les autres.Ici, il est autant de géographies qu\u2019il est de petits yeux ouverts sur des terrains nouveaux.C\u2019est une chambre, un corridor, une ruelle, une cour, un champ, ce sont des paysages, des visages d\u2019adultes, des animaux, les images ont un relief où chaque détail revêt une grande importance : le nez de ce monsieur, le parfum de cette dame, cette colline au loin, une tache à la surface de la lune, la boucane noire du train, l\u2019odeur de l\u2019encens, un glaçon, la signature du froid coupant, un foulard et des mitaines gelées.Ce sont des chansons, des cris, les sons d\u2019une langue maternelle, de grosses peines, de grands bonheurs, et puis des peurs.Adultes devenus, nous croyons voyager, nous allons de pays en pays, nous volons d\u2019un continent à l\u2019autre.Ces déplacements dans l\u2019espace sont des voyages à l\u2019intérieur d\u2019une grande bulle qui s\u2019appelle la planète Terre.En réalité, nous tournons en rond et nous faisons des allers-retours, tous les grands voyageurs savent cela.Il apparaît impossible de sortir de ce cercle.Quoi que nous fassions, nous ne sommes jamais bien loin de là où nous sommes déjà allés, et dans ce tournoi des destinations exotiques, un jour ou l\u2019autre, nous revenons sur nos pas.En vérité, la vie finit par nous enseigner que le vrai voyage se situe dans le temps et ce voyage-là est aussi fascinant qu\u2019effrayant.S\u2019il est toujours possible de «découdre» son chemin dans l\u2019espace, il est impossible de remonter le compte des années.Quand je pense au pays de mon enfance, je vois bien que l\u2019on est tous condamnés à l\u2019exil, du moment que l\u2019on vieillit.Je suis si loin de mon petit tricycle, de ce vieil érable, de la pluie de samares que nous appelions des hélicoptères, de ces feux de trottoir qui sentaient si bon, elle me revient chaque automne, cette odeur de fumée émanant des tas de feuilles mortes qui se consumaient lentement \u2013 et qui s\u2019empilent à présent dans les rues car cela ne se fait plus, brûler des feuilles mortes.Aujourd\u2019hui, je suis si loin de l\u2019immensité de tout ce qui m\u2019entourait, des épaules de mon père, de la noirceur de l\u2019automne, de la blancheur de la neige, de la beauté des automobiles.En ce pays de mon enfance, j\u2019étais si innocent que je croyais les fourmis importantes, j\u2019admirais les briquettes de charbon qui tombaient des wagons noirs immobilisés sur la voie ferrée, je trouvais les maisons grandes, la rue interminable, la lune magique.Dans le pays de mon enfance, la pluie avait un je-ne-sais-quoi de pluvieux, les orages grondaient beaucoup plus fort qu\u2019aujourd\u2019hui, il y avait des chiens-loups, les bateaux sur le fleuve revenaient de très loin, ils s\u2019en allaient plus loin encore, les moineaux domestiques étaient intéressants, les fruits étaient sucrés et j\u2019aimais tant les sandwiches au Paris Pâté.Si je vous dis tout cela, c\u2019est que j\u2019arrive de ce pays, c\u2019est-à- dire du Forum Tous pour eux organisé par le projet collectif Avenir d\u2019enfants.Il y avait là plus de 550 personnes réunies dans un hôtel de Québec, en majorité des femmes, bien sûr, aussi bien des intervenantes en développement social que des éducatrices de garderie, des psychologues, des administratrices qui se désâment à agir, à réfléchir, à prendre soin, à se préoccuper de cette question fondamentale : la petite enfance.Trois jours de conférences et de colloques et de tables rondes et d\u2019ateliers pour tourner autour de ce noyau dur : on n\u2019a qu\u2019une enfance, il n\u2019y aura pas de deuxième chance.Un seul enfant négligé ou battu, abusé ou délaissé, et voilà notre société en échec.Ce pays de l\u2019enfance doit être cultivé, fréquenté, surveillé, comme un jardin aussi précieux que fragile, ce fameux jardin de l\u2019enfance où tous les petits, sans exception, seront protégés contre le mauvais temps, le mauvais sort, la négligence.Entre 0 et 5 ans, la partie se joue, l\u2019enfant grandira sur ces fondations, sur le terrain de ses premiers jours, de ses premiers mois, et tout un destin repose sur ces cinq premières années.En ce pays de la petite enfance, les petits enfants s\u2019amusent, ils mangent à leur faim, ils dorment sur leurs deux oreilles, ils évoluent en sécurité dans le milieu d\u2019un cercle, comme l\u2019éléphanteau au centre de sa harde de géants et de géantes qui font mur autour de lui contre l\u2019adversité du monde.?QS Au pays de la petite enfance Bébé Serge, 7 mois Etes-vous gramme à rene y » ~-
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.