Québec science, 1 janvier 2016, Janvier-Février 2016, Vol. 54, No. 5
[" 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 quEbEc SciEncE VACCINS DE QUOI AVONS- NOUS PEUR?CLIMAT PARIS ET APRÈS.LA FIN DES PONTS DE GLACE 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE LES Janvier | Février 2016 QUEBECSCIENCE.QC.CA Votez pour votre découverte de l\u2019année Détails page 54 Roberto Morandotti, du Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019INRS, à Varennes Et aussi les chroniques de Serge Bouchard et de Normand Baillargeon ONNIQU, 110) | (ETaCANNOUS'REUSSITgPsUT®TgBIEN) Quatreade,nos,découvertes,se,.sontaclassées, parmi les*10_découvertes de l\u2019'année\u201dlL-Université-de Montréal [] félicite.ses-chercheurs WI Ure aPres EJ INE | x frontieres E connaissance dans tous les domaines\u201d © - © Universite, oh QP de*Mont red | 22 Pour l\u2019égalité des sexes au labo Jusqu\u2019ici, pour comprendre la douleur chronique, on a surtout utilisé des souris mâles.Mais les femelles réagissent différemment.Ce qui change notre manière de comprendre le circuit de la douleur.25 Adieu, engrais chimiques! Une collaboration souterraine entre racines, bactéries et mycorhizes permet aux plantes de s\u2019alimenter de phosphates québécois.28 Clair comme du verre En intégrant des conduits microscopiques au cœur du verre de nos écrans, des chercheurs ont développé une interface étonnante.30 Bientôt, moins de bébés prématurés Les naissances avant 37 semaines sont liées à une inflammation précoce des voies utérines.Des chercheurs ont mis au point une molécule qui inhibe ce processus.32 Encore plus petit Un matériau de quelques atomes d\u2019épaisseur pourrait ouvrir la voie à des ordinateurs plus performants que jamais.35 L\u2019énergie de la frustration Le graal de la chimie organique : des catalyseurs plus écologiques.On en a un! 38 Une stratégie antiallergique Pollens, poussières, poils et autres ne feront plus éternuer les enfants.Du moins, c\u2019est ce qu\u2019on peut maintenant espérer.40 D\u2019un polymère à l\u2019autre La chimie des polymères entreprend maintenant un véritable virage écolo pour améliorer ailes d\u2019avion et circuits électroniques.42 Mise en échec Les chercheurs ont réussi à freiner la progression de la sclérose en plaques.44 Dompter les éclairs Maîtriser l\u2019une des forces les plus impressionnantes de la nature, voilà la prouesse qu\u2019un physicien a réalisée dans son laboratoire, ouvrant ainsi la voie à de multiples applications.quEbEc SciEncE JANVIER-FÉVRIER 2016 C O U V E R T U R E : D O N A L D R O B I T A I L L E 6 UN VACCIN CONTRE L\u2019OBSCURANTISME Vacciner ou pas?La question ne devrait même pas se poser.Propos recueillis par Elias Levy 10 LE DERNIER PONT La route blanche reliant, l\u2019hiver, le continent à l\u2019Île Verte, l\u2019une des îles habitées du Saint-Laurent, risque de n\u2019être, hélas, qu\u2019un souvenir.Par Pascale Guéricolas 12 HALLUCINANT! Fabriquer de la morphine à partir de levure de bière?Possible.Et le FBI est aux aguets.Par Nathalie Kinnard 15 LES QIMMIIT RÉAPPRIVOISÉS Le meilleur moyen de soigner les chiens du Nord est de comprendre leur rôle dans les communautés inuites.Par Mélissa Guillemette ACTUALITÉS RUBRIQUES 4 BILLET Science et confiance Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 55 SUR LA TOILE Par Joël Leblanc LES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE le meilleur de la recherche québécoise en 2015 Un dossier réalisé par Marine Corniou, Mélissa Guillemette, Nathalie Kinnard, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Adèle Mazurek, Bouchra Ouatik, Marc-André Sabourin 46 LES DÉCOUVERTES DANS LE MONDE 13 Normand Baillargeon Malaise en psycho 18 Jean-Pierre Rogel Un accord, enfin! 57 Jean-François Cliche Microbes en héritage 58 Serge Bouchard Le diable est dans la cabane Extraterrestres,?mais?où?sont-ils ?~?Méchante?sirène !?~?De?l\u2019eau?sur?Mars ~?Tous?végétariens?~?Le?fond?de?l\u2019air?est?chaud ~?Victoire?contre?Ebola ! ~ Homo?naledi:?un?nouveau?dans?la?famille ~ Les?scans?du?pharaon ~?Matière?à?Nobel ~ L\u2019année?Pluton?~?Le?retour?de?la?morue CHRONIQUES Votez pour votre découverte de l\u2019année! Celle qui vous surprend, vous impressionne ou vous inspire le plus.Voir page 54 es bienfaits du thé vert remis en cause.» C\u2019est l\u2019une des manchettes scientifiques auxquelles ont eu droit les auditeurs de Radio-Canada, le mois dernier.Des chercheurs californiens venaient de constater que des mouches drosophiles exposées à de fortes doses de thé vert vivaient moins longtemps.Voilà le genre de nouvelles qui enragent nombre de scientifiques.Et qui déroutent bien du monde.Encore une recherche montée en épingle sans nuances, sans explications réelles?C\u2019est donc ça, la science dans les médias?Quelques jours avant cette histoire, les Fonds de recherche du Québec, des organisations qui financent nombre de travaux de doctorants et de scientifiques, ont tenu une journée de discussions assez instructives sur la place des chercheurs dans les médias, ainsi que sur la perception qu\u2019ils ont du monde de l\u2019information.Le nœud, ont notamment relevé les participants à cette rencontre, c\u2019est que, au-delà des manchettes, la science est souvent beaucoup plus complexe qu\u2019on nous la présente.Il faut parfois des années de travail et de manipulations fastidieuses avant d\u2019arriver à faire une découverte.On est loin des drosophiles dans une tasse de thé vert.Mais qui s\u2019intéresse vraiment à tout ce long processus, mis à part les chercheurs eux- mêmes?Qui s\u2019intéresse à la caractérisation des effets de la fucoxanthine sur la viabilité, l\u2019apoptose et la voie NF-KB?La recher che dont on ne parle pas estelle pour autant de la science inutile?Évidemment, non.Mais quand les discours des dénialistes (comme les climatosceptiques), les campagnes des antivaccinalistes et les sites Web pseudo-scientifiques se mettent à concurrencer l\u2019information sérieuse, cela donne du bon cirque; cependant, admettons-le, c\u2019est plutôt dangereux.Tout le monde y perd : les chercheurs qui sont mis au même niveau que des hurluberlus; les journalistes qui n\u2019arrivent pas à faire la part des choses; et, surtout, le public qui ne sait plus trop où donner de la tête.Les chercheurs, soutient Louise Dan- durand, présidente de l\u2019Association francophone pour le savoir (ACFAS), ont néanmoins une obligation morale d\u2019entrer dans la danse.Surtout que le public leur fait confiance à 84%, au Québec.(Deux fois plus qu\u2019aux journalistes qui ne récoltent que 43%, selon le Baromètre Léger des professions!) Voire, 81% des répondants affirment que, aujourd\u2019hui, les scientifiques ont un rôle plus important à jouer que par le passé dans les débats de société! Cela dit, en investissant davantage la place publique, les chercheurs ne ris- quent-ils pas de gaspiller le crédit qu\u2019on leur accorde?Signeraient-ils ainsi un pacte avec le diable?En tout cas, ça ne changera pas pour autant la logique des médias qui en rebute plus d\u2019un.La primauté de la phrase-choc ou de la nouvelle exclusive n\u2019a en effet pas toujours à voir avec le style nuancé et policé des savants.Sans compter qu\u2019«on prend parfois le chercheur pour un jack of all trades» (quelqu\u2019un qui peut tout commenter), comme l\u2019a fait remarquer l\u2019historien et physicien Yves Gingras.De surcroît, peu nombreux sont les chercheurs qui ont les qualités médiatiques requises pour aller à l\u2019avant- scène, note-t-il aussi.Alors, partie perdue?Reconnaissons-le, scientifiques et journalistes ne peuvent pas vraiment se passer les uns des autres, une fois qu\u2019on a convenu de ne pas laisser les savoirs enfermés dans des tours d\u2019ivoire.Il reste à miser sur la confiance.«Science sans confiance est ruine de la connaissance», s\u2019est amusé à dire Yves Gin- gras en parodiant le célèbre aphorisme de Rabelais.Le risque, bien sûr, est que le thé vert soit édulcoré.Ce qui n\u2019a quant même jamais tué personne.?QS 4 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Science et confiance Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Pascale Guéricolas, Nathalie Kinnard, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Elias Levy, Hélène Matteau, Adèle Mazurek, Bouchra Ouatik, Jean-Pierre Rogel et Marc-André Sabourin Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Alexi Hobbs, Katy Lemay, Sarah Mongeau-Birkett, Donald Robitaille, Marc Robitaille, Sébastien Thibault, Benjamin Turquet Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Parution : Janvier 2016 (527e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est, Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE C M C A A U D I T E D Les scientifiques savent-ils parler au public?Devraient-ils laisser aux journalistes le soin de le faire?Et planter une antenne sur leur tour d\u2019ivoire?«L Billet Par Raymond Lemieux JANVIER-FÉVRIER 2016 VOLUME 54, NUMÉRO 5 SERVICE AUX ABONNÉS Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Confusion et ignorance La chronique de Normand Baillargeon sur le dénialisme («Un nouvel ennemi : le dénialisme», décembre 2015) a provoqué des réactions bien senties chez nos lecteurs du Web.Guy Dufour, par exemple, écrit: «M.Baillargeon dénonce tous ces climato- sceptiques, qui nous rebattent les oreilles avec leurs théories du complot farfelues, et leur profond mépris de la science, en des termes bien plus élégants que moi.Mais il reste que leur mélange indigeste de sornettes frôle la pornographie intellectuelle et créebeaucoupde confusion chez les gens mal informés.» Justement, un autre lecteur, Douglas Carnall, qui a trouvé lui aussi l\u2019article «excellent», suggère un outil à ceux qui veulent s\u2019informer davantage sur le dénia- lisme : pinboard.in/u :juliusbeezer/t:agno- tology.«Le dénialisme tombe dans le domaine de l\u2019agnotologie (l\u2019étude de la fabrication de l\u2019ignorance; agnotology, en anglais), qui offre plusieurs champsd\u2019intérêt; par exemple les machinations des pro- ducteursde tabacàpartir des années1960, quand les effets nocifs de la cigarette ont été démontrés une bonne fois pour toutes.» Pessimisme\u2026 Parlant de changements climatiques, le billet de Raymond Lemieux, intitulé «Il est minuit moins un degré» (décembre 2015) concluait : «[\u2026] cette prise de conscience sur le climat nous invite à changer à jamais notre rapport à la Terre».Dans cette optique, Daniel Rous- sety blâme nos responsables politiques.Il écrit: «Tant que cette mentalité qui dit que l\u2019écologie nuit à l\u2019économie persistera, on continuera à détruire la planète.Nos gouvernements n\u2019ont pas compris que c\u2019est l\u2019économie qui nuit à l\u2019écologie.[\u2026] Le monde moderne voit la nature comme un ennemi et détruit tout ce qui le dérange: insectes, micro-organismes, supposées mauvaises herbes, etc.Bref, je suis très pessimiste pour l\u2019avenir de la planète.» Idéal L\u2019article «Ados contre tous» (parMarie Lambert-Chan, novembre 2015), qui traitait de la radicalisation chez certains jeunes, a fait réagir Mathieu Fortin: «Ce n\u2019est pas difficile à comprendre.Nous avons tous au fond de nous-mêmes un grand besoin d\u2019idéal, de grandeur, de noblesse.Les ados voient en l\u2019islam une cause à défendre, celle d\u2019un empire spirituel qui engloberait la Terre.Vous voulez changer cela?Changez les valeurs de la jeunesse! Personnellement, c\u2019est le nationalisme quim\u2019a séduit; la défense de la culture et de la tradition de mes ancêtres me guide.»?QS Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Toutes les informations au www.buzzons.ca cliquez Grande Expérience.1000 2000$ à l\u2019Université Laval 14 18 Pour recueillir des données dans le cadre d\u2019une grande expérience scientifique québécoise qui aura lieu en janvier et février 2016 dans toute la province.Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 5 UN HOMMAGE MÉRITÉ Pierre Demers vient de recevoir le Prix Marie-Victorin \u2013 du nom du botaniste qui a été son premier maître à penser \u2013 en reconnaissance de son apport original à la vie intellectuelle et scientifique québécoise.On peut dire qu\u2019il n\u2019était pas trop tôt pour lui faire cet honneur.Né en 1914, Pierre Demers a d\u2019abord été attiré par la botanique, les mathématiques et l\u2019astronomie, mais c\u2019est à la physique qu\u2019il a choisi de consacrer sa vie.Il a notamment travaillé dans le cadre du projet Manhattan qui a conduit \u2013 à son insu, il faut le dire \u2013 au développement de la bombe atomique.Il est aussi le créateur de l\u2019ionographie corpusculaire qui fera faire des pas de géant à la physique nucléaire.Professeur à l\u2019Université de Montréal pendant près de 35 ans, il formera des milliers de physiciens, dont Hubert Reeves.Défenseur du français, fervent indépendantiste, il a aussi fondé, en 1980, la Ligue internationale des scientifiques pour l\u2019usage de la langue française.Infatigable, il invente en 1995 un tout nouveau système périodique des éléments, allié à la biomathématique.Un modèle qu\u2019il baptise \u2013 on peut le deviner \u2013 le Québécium.Nos félicitations, monsieur! B L A N C H E D E N E I G E 6 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Le docteur Paul A.Of?t est la bête noire du mouvement antivaccin aux États-Unis.Ce pédiatre, professeur et chercheur à l\u2019université de Pennsylvanie, spécialiste de renommée internationale en vaccination, virologie et immunologie, poursuit un combat homérique pour convaincre un maximum de sceptiques de la nécessité des vaccins.Il est aussi l\u2019un des concepteurs du vaccin contre les rotavirus \u2013 le RotaTeq\u2013, première cause de diarrhée grave chez les petits.Nous l\u2019avons rencontré à Montréal, alors qu\u2019il était invité par l\u2019Université McGill, il y a quelques semaines.Propos recueillis par Elias Levy Vacciner ou pas?La question ne devrait même pas se poser.Actualités De plus en plus de gens, surtout des parents de jeunes enfants, alertés par les réseaux sociaux, sont réfractaires aux vaccins.Cela vous surprend-il?On peut comprendre que de nombreuses personnes, particulièrement des parents de bébés ou de jeunes enfants, éprouvent des craintes envers les substances qu\u2019on introduit dans le corps.Surtout que, dans les premières années de sa vie, un enfant se verra administrer pas moins de 14 vaccins différents, et jusqu\u2019à 5 inoculations en même temps.Comme tout médicament ou toute intervention chirurgicale, les vaccins ne sont pas exempts de risque.Mais aujourd\u2019hui, ils ont fait l\u2019objet de tests très rigoureux avant d\u2019être approuvés par les autorités chargées de veiller à la santé publique, et ils ont tous fait leurs preuves.Les vaccins comptent indéniablement parmi les produits médicaux les plus ?ables.Quel argument employez-vous pour convaincre les parents?Je ne cesse de leur expliquer que le risque de se faire vacciner est moindre que celui de contracter une maladie infectieuse grave.Surtout à une époque où de sérieuses maladies contagieuses sont en train de réapparaître en Amérique du Nord.Car il y a de nouveau chez nous des épidémies de rougeole, de grippe, de coqueluche, de varicelle, etc.Décider de vacciner ou non son enfant, c\u2019est comme décider de l\u2019asseoir ou non dans un siège d\u2019auto spécialement conçu; et de le retenir ou pas au moyen d\u2019une ceinture de sécurité.L\u2019année dernière, dans l\u2019hôpital où je travaille, cinq enfants sont décédés de la grippe H1N1.Aucun d\u2019eux n\u2019avait été vacciné contre cette maladie respiratoire impitoyable.Au printemps, un bébé de 11 mois dont les parents, pour des motifs religieux, avaient refusé qu\u2019il soit vacciné à l\u2019âge de 4 mois contre le pneumocoque a été terrassé par une méningite foudroyante.Son cerveau a été sérieusement endommagé.Une équipe médicale est parvenue in extremis à le sauver, mais cet enfant devra vivre avec de graves séquelles.Son espérance de vie ne sera que de 17 ou 18 ans.Ceux qui ont décidé de ne pas le faire vacciner ont fait un très mauvais choix.Vous af?rmez que les vaccins sont victimes de leur succès.Que voulez-vous dire?Dans les années 1920 et 1930, mes parents ont vu la diphtérie se transformer en tueuse d\u2019enfants et la poliomyélite entraîner une paralysie permanente chez nombre de petits.Dans les années 1950 et 1960, époque où les vaccins ef?caces n\u2019étaient pas légion, j\u2019ai moi- même contracté la rougeole, la rubéole et la coqueluche.Aujourd\u2019hui, beaucoup de gens n\u2019ont plus peur de ces maladies.Mais c\u2019est parce qu\u2019ils ne les connaissent pas! Ils n\u2019ont jamais été témoins de leurs conséquences, grâce justement à la vaccination qui a protégé contre elles des milliers et des milliers d\u2019enfants.Jusqu\u2019au jour où ils sont mis en face de la dure réalité\u2026 Récemment, dans le sud de la Californie, une vague de rougeole, dont un jeune visiteur du parc d\u2019attractions Disneyland était porteur, s\u2019est rapidement propagée jusqu\u2019au Québec et en Colombie-Britannique.Au bout du compte, 158 personnes ont été infectées.Et, soudain, des parents affolés se sont rués vers les cliniques pour faire vacciner leurs enfants.Un vaccin contre l\u2019obscurantisme? Ces dernières années, des médecins et des scienti?ques opposés à la vaccination ont prétendu qu\u2019il existe un lien entre l\u2019autisme et les vaccins.Que doit-on en penser?C\u2019est une controverse inepte.Elle a éclaté en 1998 quand un gastroentérologue britannique, Andrew Wake?eld, a publié dans la revue médicale The Lancet les résultats d\u2019une étude mettant en cause la composante rougeole du vaccin RRO \u2013 Rougeole-Rubéole-Oreillons.Selon lui, cette composante provoquerait une réaction in?ammatoire de l\u2019intestin qui, en rendant plus poreuse la barrière intestinale, absorberait des substances toxiques, lesquelles attaqueraient ensuite les zones les plus névralgiques du cerveau.Andrew Wake- ?eld af?rmait avec une assurance déconcertante que l\u2019autisme était causé par cette intoxication, alors que son étude ne s\u2019appuyait que sur le cas de huit enfants à qui on venait d\u2019administrer le vaccin RRO.Un échantillon bien insuf?sant pour arriver à une conclusion catégorique sur une question aussi complexe.Depuis, l\u2019hypothèse avancée par Andrew Wakefield a été réfutée par pas moins de 14 études scientifiques rigoureuses menées auprès de groupes beaucoup plus larges d\u2019enfants autistes, dont seulement la moitié avait reçu le vaccin RRO.Andrew Wake?eld a d\u2019ailleurs été accusé de «mauvaise conduite professionnelle grave» par le General Medical Council du Royaume- Uni.[NDLR: En 2004, 10 des 13 chercheurs de l\u2019étude dirigée par Wake- ?eld se sont rétractés et, en 2010, The Lancet a carrément retiré l\u2019article de ses archives.] En réalité, l\u2019hypothèse défendue par Wake?eld ressemblait plus à une croyance religieuse qu\u2019à une certitude fondée sur la rationalité scienti?que.L\u2019automne dernier, un groupe de chercheurs québécois a dénoncé la campagne de vaccination contre les infections par les virus du papillome humain (VPH).Ils estiment encore trop peu nombreuses les recherches ?ables prouvant l\u2019innocuité du vaccin et sa réelle ef?cacité.Où vous situez-vous?Ce vaccin, qui protège actuellement contre 9 différentes souches de VPH, va prévenir annuellement environ 29000 cas de cancer de la tête, du cou, de l\u2019anus, de la vulve, du vagin, du pénis et du col de l\u2019utérus, et éviter 5000 décès; et ce, rien qu\u2019aux États-Unis.Depuis son homologation, environ un million de personnes l\u2019ont reçu dans le cadre de tests pour véri?er son innocuité.Son seul effet secondaire, outre une douleur et une sensibilité au point d\u2019injection, est l\u2019évanouissement.Le vaccin contre le VPH est par ailleurs produit grâce à la même technologie que le vaccin contre l\u2019hépatiteB \u2013 par recombinaison de l\u2019ADN \u2013, qui existe depuis 25 ans.C\u2019est C H R I S T O P H E R F U T H E R / I S T O C K P H O T O Le vaccin contre le papillome humain (VPH), «c\u2019est peut- être une controverse culturelle, mais certainement pas scienti?que».Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 7 8 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 peut-être une controverse culturelle, mais certainement pas scienti?que.Faut-il craindre le mercure contenu dans les vaccins?Sept études médicales récentes ont démontré que la quantité de mercure contenue dans un vaccin n\u2019est pas nuisible à la santé.La plupart des vaccins contiennent (à raison de 0,01% par dose) du thimérosal, un agent de conservation à base de mercure, utilisé pour prévenir la contamination du vaccin par des bactéries pendant sa production.Dans le corps, le thimérosal se transforme en éthylmercure, une forme de mercure non toxique, contrairement au méthyl- mercure qu\u2019on retrouve dans certains poissons, comme le thon.Mais même si sa non-toxicité a été démontrée, dans bon nombre de pays, dont le Canada, il n\u2019y a plus de thimérosal dans la majorité des vaccins pour enfants, à l\u2019exception de ceux contre la grippe et l\u2019hépatiteB.Aux États-Unis, les militants antivaccins vous accusent de collusion avec des compagnies pharmaceutiques.Que répondez-vous?Ils me reprochent d\u2019avoir vendu mon âme au diable en m\u2019associant à la compagnie pharmaceutique Merck & Co.pour mettre au point le vaccin RotaTeq.En réalité, ces militants sont complètement déconnectés des réalités et des contraintes liées à l\u2019univers médical du XXIe siècle.Établir un partenariat avec une ?rme pharmaceutique, ce n\u2019est pas trahir la science ni se métamorphoser en hyper- capitaliste cupide! Seules les compagnies pharmaceutiques ont les ressources et l\u2019expertise nécessaires à l\u2019élaboration de nouveaux vaccins ou médicaments, qui ne sont pas des préparations qu\u2019on peut bricoler seul dans un coin de sa cuisine.RotaTeq sauve des millions de vies dans de nombreux pays.Je suis ?er d\u2019avoir participé à sa conception.Pourquoi s\u2019attaquent-ils à vous?Parce que mes arguments sont fondés sur la science plutôt que sur des opinions culturelles.Mes contempteurs ne sont jamais arrivés à réfuter mes thèses scienti?ques à partir d\u2019autres thèses scienti?ques.Un vieil aphorisme juridique dit : «Si la loi est de ton côté, tu plaideras tes arguments en te référant à la loi; si les faits sont de ton côté, tu plaideras tes arguments en te basant sur des faits; et si rien n\u2019est de ton côté, il ne te restera plus qu\u2019une option : attaquer ton opposant.» C\u2019est ce que font aujourd\u2019hui les membres du mouvement antivaccin.nQS Actualités Pour en savoir plus : Deux ouvrages clés du docteur Paul A.Of?t : Autism\u2019s False Prophets.Bad Science, Risky Medicine, and the Search for a Cure, Columbia University Press, 2008, 298 p.Deadly Choices \u2013 How the Anti-Vaccine Movement Threatens us All, Basic Books, 2011, 288 p.PORTES OUVERTES À L\u2019ÉTS le dimanche 31 janvier 2016 de 10 h à 16 h BONNES RAISONS D\u2019Y PARTICIPER 8 www.etsmtl.ca/portesouvertes 1100, rue Notre-Dame Ouest, Montréal Bonaventure ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE Université du Québec Parution :QC sc\u2022 date limite :10 dec \u2022 format : demi-page 7 1/8\u201d x 4 7/8\u201d \u2022 De : ÉTS, anick.legare@etsmtl.ca 514-396-8800 (7374) 7011 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v3.indd 1 15-12-11 13:21 Veuillez noter que la formule est utilisée à des ins d\u2019illustration.FÉRIQUE est une marque enregistrée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa iliale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de planiication inancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur luctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.FÉRIQUE: il y a du génie là-dedans ! VOUS ASPIREZ À L\u2019INDÉPENDANCE FINANCIÈRE ?NOUS AVONS UNE FORMULE POUR VOUS.Comment voyez-vous votre vie dans quelques années ?Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur ?Vous pourriez peut-être vous en rapprocher à l\u2019aide d\u2019une simple formule à quelques variables.Découvrez-la au ferique.com 7011 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v3.indd 1 15-12-11 13:21 P our faire un pont de glace, prenez trois nuits autour de -20°C, ajoutez un bon nordet (un vent provenant de l\u2019aval du Saint-Laurent) et observez les marées, sachant que de faibles amplitudes sont préférables à des fortes.Puis lancez au hasard une date, entre la ?n décembre et la mi-janvier, qui serait celle de l\u2019ouverture du pont reliant l\u2019Île Verte et le continent.Vous pourriez remporter une bouteille de vin offerte par l\u2019ensemble des insulaires qui, chaque année, prennent plaisir à spéculer sur le sujet ! Mais ce rituel va-t-il disparaître?Jusqu\u2019à la ?n des années 1970, pas moins de trois ponts de glace permettaient aux habitants de vaquer à leurs occupations sur la rive sud du Saint-Laurent.Depuis quelques décennies, seul celui du milieu, qui relie le restaurant Entre-Deux-Marées, sur l\u2019île, au quai de la rivière des Vases, à la sortie de Cacouna, tient le coup.Les autres passages ne gèlent plus suf?sam- ment, rendant impossible la traversée du chenal, large de 100m.Et puis le pont survit moins longtemps aujourd\u2019hui qu\u2019il y a 10 ou 20 ans; soit de 6 à 8 semaines, contre 12 autrefois.Longtemps, le curé a pu célébrer la messe de Noël sur l\u2019île à 22h, avant de traverser le ?euve gelé, juste à temps pour la messe de minuit sur la rive.Aujourd\u2019hui, le pont est prêt au mieux début janvier, mais généralement plutôt autour du 15.Professeur à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski, Dany Dumont connaît bien la réalité de ces ponts de glace que les anciens utilisaient l\u2019hiver un peu partout au Québec.Sa thèse de doctorat a porté sur une arche de glace, visible par satellite, située en Arctique dans le nord de la baie de Baf?n.L\u2019étude et la modélisation de cette structure naturelle lui ont permis de mieux comprendre le phénomène (voir l\u2019encadré dessous).«On pourrait penser que l\u2019augmentation de 2 °C de la température du Saint-Laurent explique le retard dans la formation du pont, mais en fait c\u2019est surtout la température de l\u2019air qui joue un facteur déterminant», explique-il.La glace, illustre-t-il, a la ?uidité du sable qui s\u2019écoule à l\u2019intérieur d\u2019un sablier.Dans un passage étroit, elle a tendance à faire preuve de cohésion, de la même façon que des grains de sable se collent les uns aux autres.Cette propriété mécanique expliquerait la capacité de la glace à résister au courant et à la force du vent.Tout comme la propension de ce matériau, a priori très friable, à supporter une certaine ?exion et des déformations, particulièrement en eau salée.En effet, dans un milieu salin, comme dans le ?euve, les blocs de glace emprisonnent des poches microscopiques d\u2019eau contenant du sel, ce qui augmente la porosité et la malléabilité de la glace.Les chemins sur le ?euve résistent donc relativement bien à la force des marées modérées, ainsi qu\u2019à celle des vagues, comme le constate sur le terrain Jacques Fraser, le surveillant du pont, basé à l\u2019Île Verte.« Le pont de glace peut monter et L U C I L L E V I E N Actualités LE DERNIER PONT La route blanche reliant, l\u2019hiver, le continent à l\u2019Île Verte, l\u2019une des îles habitées du Saint-Laurent, risque de n\u2019être, hélas, qu\u2019un souvenir.Par Pascale Guéricolas 10 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Moins de glace, moins de vie Le pont de glace formé dans le nord de la baie de Baf?n, qu\u2019a étudié Dany Dumont, professeur à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski, donne naissance chaque année à une polynie, « une oasis au milieu de ce désert glacé », comme dit le chercheur.Un embâcle se forme en effet dans l\u2019étroit passage étroit de 40 km entre le Groenland et l\u2019île d\u2019Ellesmere à une latitude de 78 °N, et les forts vents du nord poussent la glace loin du pont.Lorsque la lumière du soleil revient dans l\u2019Arctique, au printemps, elle pénètre directement dans l\u2019eau dépourvue de glace, favorisant la multiplication du phytoplancton, des poissons ainsi que des mammifères marins et terrestres.La situation est cependant en train de changer.Depuis le milieu des années 1990, la rupture du pont de glace se produit un mois plus tôt, en juin.« L\u2019analyse des images prises par satellite de cette zone indique que la production primaire dans la polynie, celle des micro-algues, est beaucoup moins centralisée qu\u2019avant, explique Dany Dumont.La concentration des formes de vie diminue, au fur et à mesure de l\u2019évolution du pont de glace.» Avec les conséquences que l\u2019on imagine.Le pont de glace de l\u2019Île Verte, dans le Bas-Saint-Laurent M U S É E M c C O R D descendre d\u2019environ 1m selon les marées, et l\u2019eau ressort sur les côtés», explique M.Fraser.Capitaine de bateau à la belle saison, pilote d\u2019hélicoptère en automne et au printemps, il sonde la glace régulièrement, de décembre jusqu\u2019à ?n février.Lorsque le temps se fait doux, l\u2019hiver, ou que de grosses marées s\u2019annoncent, Jacques Fraser parcourt les 2,5km de la traversée, balisés par 300 têtes d\u2019épinette, pour véri?er l\u2019épaisseur de la glace à l\u2019aide d\u2019une pince de 1m de long.«Si je ne passe pas à travers après deux ou trois coups, c\u2019est que la glace est solide», explique-t-il.Les motoneigistes, les raquetteurs, les skieurs de fond et, par beau temps, même les automobilistes peuvent alors passer sans danger d\u2019une rive à l\u2019autre.Selon lui, les grosses marées constituent un risque beaucoup plus élevé pour la sécurité du pont de glace que les redoux.En apparence, la glace semble lisse et sans trous, mais en fait «elle est rongée par en dessous», explique Jacques Fraser.Cette variable a une importance capitale quand on sait que avant de se retrouver sur les battures, il faut franchir un chenal de 100m.«Son épaisseur, l\u2019hiver, a beaucoup diminué, constate Gérald Dionne, agent de développement à la MRC de Rivière- du-Loup, et insulaire depuis toujours.On est passé d\u2019une couche de glace de six ou sept pieds, sur le bord de la rive, à un pied et demi ou deux, aujourd\u2019hui.» Une diminution qui peut aussi expliquer que le pont lâche plus facilement que par le passé, car ses extrémités sont bien moins solides.Véritable trait d\u2019union entre les habitants de l\u2019Île Verte et ceux du continent, le pont de glace occupe une place de choix dans le cœur des citoyens, libérés pour quelques semaines des contraintes des marées, l\u2019été, et de l\u2019horaire de l\u2019hélicoptère, l\u2019hiver.La trentaine d\u2019insulaires permanents ont conscience que cette liberté hivernale aura sans doute une ?n.Probablement autour de 2020, si l\u2019on en croit les modèles climatiques.En attendant, ils pro?tent au maximum de leur pont de glace, le long duquel les pêcheurs, dans leurs cabanes, taquinent l\u2019éperlan, les pieds sur la bavette du poêle.Pas sorteux, ils offrent même aux amateurs de beauté hivernale de pro?ter de ce passage glacé le 6 février 2016, pour une promenade mémorable aux ?ambeaux.L\u2019une des dernières?nQS Pour en savoir plus : www.ileverte-tourisme.com/le-blogue/billet-vue- seul/article/ile-verte-sur-glace/ D\u2019une rive à l\u2019autre Dès les débuts de la Nouvelle-France, et encore au XXe siècle, les ponts de glace, particulièrement sur le Saint-Laurent, s\u2019avèrent des agents in?uents de la dynamique économique, politique et sociale.Spécialisé en histoire régionale, auteur de plusieurs ouvrages, dont Les ponts de glace sur le Saint-Laurent, aux Éditions GID, l\u2019historien Yves Hébert raconte comment.À quoi servent ces « chemins d\u2019hiver », à l\u2019époque?Ils sont d\u2019une grande importance économique.Le pont de glace constitue un raccourci pour les voyageurs de commerce et surtout facilite le déplacement des grosses marchandises, comme la viande de boucherie congelée, le bois de chauffage et de construction, le foin, etc.C\u2019est très pro?table pour les cultivateurs; pour les bâtisseurs de maisons, aussi.Surtout que, l\u2019hiver, le transport est moins cher par ce chemin, car moins risqué que par canot.Si bien que, dès l\u2019ouverture du pont de glace de Lévis, par exemple, le prix des denrées sur le marché de Québec baisse automatiquement.C\u2019est un facteur économique si important, que la Ville de Québec, vers 1830, commande une sorte de commission d\u2019étude qui, des années durant, cherchera comment accélérer la formation de la glace et prolonger le maintien des ponts qu\u2019elle forme entre Québec et Lévis ! Mais sans succès.Et sur le plan social et politique ?Le pont de glace, large de 15 à 30 pieds et long de quelques milles, selon les endroits, oblige les municipalités à s\u2019entendre pour former, baliser et entretenir chacune sa moitié de pont.La zone centrale est non réglementée; aussi apparaissent bientôt des «caboulots», où on vend de l\u2019alcool.Le pont favorise les rencontres familiales, amoureuses et sociales.C\u2019est souvent un lieu où on fait la fête.Carnaval, courses de carrioles, de chevaux, patin, raquette et, en 1760, à l\u2019initiative du gouverneur James Murray, la toute première partie de curling en Amérique du Nord.Pas étonnant que les ponts de glace aient inspiré écrivains, peintres et photographes.Propos recueillis par Hélène Matteau Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 11 Entre Montréal et Longueuil, 1903 Entre Québec et Lévis, 1890 F abriquer des narcotiques sans pavot, c\u2019est faisable.Pour remplacer la plante, il faut du sucre et des levures semblables à celles utilisées pour faire le pain et la bière.Mais les chercheurs Vincent Martin, de l\u2019Université Concordia, à Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et génie microbien, et John Dueber, du département de biologie végétale et microbienne de l\u2019université de la Californie, à Berkeley, ont mis volontairement en veilleuse la réalisation complète de leur recette de morphine synthétique et autres opiacés.Ils sont en pourparlers avec des autorités comme Santé Canada et le Federal Bureau of Investigation (FBI) a?n de mieux protéger leur invention, tout en empêchant qu\u2019elle tombe aux mains des contrebandiers.D\u2019emblée, Vincent Martin se fait rassurant, car leur méthode est actuellement très dif?cile à recréer.Pour commencer, il faudrait reproduire les levures qu\u2019ils ont génétiquement modi?ées de façon à ce qu\u2019elles imitent la plante de pavot et convertissent le sucre de table en réticuline, un précurseur des opiacés.Il leur a fallu six ans pour y arriver.Ce n\u2019est qu\u2019ensuite, à partir de cet ingrédient, qu\u2019on pourrait synthétiser divers analgésiques utilisés dans le milieu médical, comme la morphine ou la codéine.Mais cela demande de la patience.« Avant d\u2019obtenir des molécules de morphine, il faut produire une quinzaine de substances intermédiaires, ce qui ne peut se faire qu\u2019en une trentaine d\u2019étapes clés », précise le chercheur.Par ailleurs, les levures ne sont pas encore assez performantes pour produire des analgésiques en quantité industrielle.En?n, explique Vincent Martin : « Pour optimiser notre recette, il reste encore plusieurs recherches à faire.Par exemple, transformer génétiquement les enzymes pour renforcer leur ef?cacité à produire spéci?quement les composés souhaités.» Mais John Dueber et lui ont con?ance d\u2019y arriver d\u2019ici une dizaine d\u2019années.D\u2019où leur souci de bien encadrer juridiquement leurs travaux.« Nous tenons Santé Canada informé de toutes les étapes du développement.Également, nous ré?échissons sur les mesures de sécurité à prendre concernant des projets comme le nôtre », indique Vincent Martin.Notamment, les chercheurs suggèrent que la survie des levures productrices de substances contrôlées soit dépendante d\u2019un ingrédient nutritif secret.L\u2019agent spécial du FBI, Edward You, qui suivait ces travaux, est rassuré par ces initiatives : « Les recherches de Vincent Martin et son équipe forcent une ré?exion qui mettra la table pour des projets similaires.Car la biologie synthétique est en pleine émergence, et elle pourrait s\u2019avérer une solution en cas de pénurie de certains médicaments, comme les opiacés.» La biologie synthétique, qui combine l\u2019ingénierie et la biologie, c\u2019est le génie génétique poussé à l\u2019extrême.Son utilité est de concevoir des systèmes biologiques inexistants dans l\u2019environnement ou, encore, générer en laboratoire des composés produits seulement par la nature, a?n d\u2019en favoriser l\u2019industrialisation.« C\u2019est ce que j\u2019ai fait avec l\u2019artémisinine durant mon projet de postdoctorat, raconte Vincent Martin.Ce médicament contre la malaria, extrait à l\u2019origine d\u2019une plante herbacée, est aujourd\u2019hui synthétisé à moindre coût grâce à des levures.» Le chercheur a voulu reproduire l\u2019expérience avec les opiacés, car le Canada se bute régulièrement à des problèmes d\u2019approvisionnement en morphine et autres analgésiques.En effet, les opiacés sont traditionnellement dérivés de l\u2019opium, lui-même extrait de la plante de pavot sous forme de gomme blanche.Comme le pavot n\u2019est pas cultivé au Canada, le pays doit importer la matière première.Sa production de traitements antidouleur dépend donc des quelques contrées productrices de pavot légal comme la Hongrie, l\u2019Autriche, l\u2019Allemagne, la France ou l\u2019Australie, qui doivent cependant satisfaire à la demande constante des hôpitaux à l\u2019échelle mondiale.En 2009, l\u2019Of?ce des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estimait la surface de plantations légales de pavot à 181 000 hectares produisant 7 754 tonnes d\u2019opium.Le fait que ces molécules soient très coûteuses, et qu\u2019elles soient réglementées en tant que substances contrôlées, complique également l\u2019importation.La synthèse des molécules analgésiques par des levures plutôt que par le pavot non seulement réglera ces problèmes d\u2019approvisionnement, mais elle sera plus ef?cace et moins chère pour les compagnies pharmaceutiques.« Sans compter que les médicaments produits à partir du pavot peuvent contenir des impuretés provenant de l\u2019extrait de la plante, ce qui n\u2019est pas le cas avec les levures », d\u2019ajouter Vincent Martin.Le chercheur croit d\u2019ailleurs que son processus pourra être adapté à la création d\u2019autres substances thérapeutiques, comme des antibiotiques ou des anticancéreux.nQS Actualités Hallucinant! Fabriquer de la morphine à partir de levure de bière?Possible.Et le FBI est aux aguets.Par Nathalie Kinnard 12 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Culture de levures (à droite), une étape vers la production d\u2019opiacé sans pavot W I L L I A M D E L O A C H E / U C B E R K E L E Y Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 13 P ouvoir reproduire un résultat (d\u2019une expérience, d\u2019une recherche, d\u2019une découverte) est non seulement un trait distinctif crucial de la science, mais aussi une condition du progrès scienti?que et une garantie de la valeur des applications techniques qui pourraient en découler.Car seule la reproduction d\u2019un résultat, comme l\u2019écrivait le philosophe des sciences Karl Popper, dans La logique de la découverte scienti?que, peut nous convaincre que nous ne nous trouvons pas devant une simple coïncidence, mais devant des faits que leur régularité et leur reproductibilité rendent publiquement testables.C\u2019est dans cet esprit que Brian Nosek, professeur et chercheur au département de psychologie de l\u2019université de Virginie, aux États-Unis, a convaincu 270 de ses collègues de près d\u2019une trentaine de pays de travailler avec lui à un projet de reproduction de résultats de recherches en psychologie.Il s\u2019agissait de tenter de reprendre 100 recherches récemment publiées dans 3 revues réputées traitant de psychologie générale, de psychologie sociale et de psychologie cognitive.Une grande attention a été portée à la sélection des articles et à la reproduction des expériences, exécutées souvent avec la collaboration de leurs auteurs.Le projet a été lancé en novembre 2011.Des résultats préliminaires ont commencé à paraître en 2015.Ils ont été systématisés dans un article publié en août dans la prestigieuse revue Science.Disons-le, ces résultats sont décevants.Pour aller à l\u2019essentiel et à la donnée la plus percutante à retenir de cette étude: si 97% des recherches publiées rapportaient à l\u2019origine des résultats statistiquement signi?catifs, ce n\u2019était plus le cas que pour 36% d\u2019entre elles quand elles étaient reproduites.Prenons deux exemples: une recherche a permis de suggérer qu\u2019on serait plus enclin à partager ses opinions avec un groupe de gens qui auraient les mêmes.Brian Nosek a véri?é ça.Autre conclusion de recherche mise sous la loupe: les femmes, plus que les hommes, lorsqu\u2019elles interagissent avec une personne de l\u2019autre sexe, ont la capacité de distinguer entre des signaux qui indiquent l\u2019amitié et ceux qui indiquent une attirance sexuelle.Juste une de ces deux études a été reproduite avec succès.Laquelle, selon vous?(Je vous donne la réponse à la ?n de l\u2019article.) Les nombreux débats qui ont suivi, dans les revues savantes et jusque dans les grands médias, ont été d\u2019autant plus acrimonieux que la psychologie, depuis quelques années, a connu des déboires de ce genre, notamment en raison de l\u2019impossibilité de reproduire certains résultats pourtant admis par la profession, voire présentés dans des manuels.C\u2019est ainsi qu\u2019on n\u2019a pas pu reproduire certaines expérimentations portant sur l\u2019amorçage, cette in?uence présumée de la présentation préalable d\u2019un stimulus (qui est l\u2019amorce) sur le traitement du stimulus suivant (appelé la cible).L\u2019affaire d\u2019un chercheur de l\u2019Université Yale, John A.Bargh, a notamment fait grand bruit quand on n\u2019a pu reproduire son résultat publié dans un article fameux, cité près de 2000 fois, qui soutenait que des mots relatifs à la vieillesse (amorce) incitaient les sujets à marcher plus lentement en quittant le laboratoire (cible) ! Mais je pense qu\u2019il sera sage de ne pas précipiter les conclusions, ce qui risquerait de nous faire commettre à notre tour des erreurs, et nous empêcherait d\u2019aller au fond des choses.L\u2019écart entre les articles publiés et leurs réplications pourrait avoir de nombreuses causes, qu\u2019il faudra soigneusement identi?er si on veut porter un jugement sûr.Il peut s\u2019agir de faux positifs (le premier résultat annoncé n\u2019était pas avéré), Malaise en psycho Quand la science s\u2019étudie elle-même, elle peut découvrir ses failles.La psychologie en fournit un bel exemple.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon 14 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 ou de faux négatifs (la réplication aurait erronément conclu à l\u2019absence d\u2019effet).Cet écart peut aussi être dû à des défauts d\u2019analyse statistique ou d\u2019échantillonnage.Ou encore, dépendre de la méthode d\u2019évaluation utilisée.Ce faisant, on devra aussi s\u2019assurer que les données quanti?ées ne sont pas «détachées» ou «semi-détachées», c\u2019est- à-dire rendues peu signi?antes à cause d\u2019une absence totale ou partielle de réfé- rent.Dans quelle mesure, par exemple, peut-on ou non généraliser à l\u2019ensemble de la psychologie les conclusions qu\u2019on en tirera éventuellement?Ou encore \u2013 et c\u2019est une question importante \u2013, comment la psychologie se situe-t-elle, sur le plan de la reproductibilité, par rapport à d\u2019autres disciplines des sciences sociales ou des sciences naturelles?Quand par exemple, Daniele Fanelli, chercheuse à l\u2019université Stanford, en Californie, suggère que la recherche en biologie du cancer ne se porte guère mieux que celle en psychologie, a-t-elle raison?Peut-on tenir pour représentatives les décevantes conclusions de la toute récente tentative de réplication, en économie, des résultats de 67 recherches pourtant publiées dans des revues sérieuses?Et que penser encore, sur ce plan, des recherches en pharmacologie, dont bien des carences ont été documentées?L\u2019une de ces carences est cette tendance à publier des résultats positifs, d\u2019ailleurs exposée justement par Mme Fanelli, pour un grand nombre de secteurs de la recherche scienti?que.Je suggère pour ma part que c\u2019est dans l\u2019avenue qui s\u2019ouvre ici, qui est celle d\u2019une certaine sociopo- litique du ?nancement de la recherche et de la science actuelles, qu\u2019il faudra passer pour aller au fond des choses.Le travail réalisé par Brian Nosek offre en somme une occasion précieuse de nous interroger sur les effets, pas toujours béné?ques, de cette course à la publication qu\u2019entretient désormais un certain contexte organisationnel et ?nancier dans lequel se déroulent typiquement les activités de recherche scienti?que.Publier, publier sans cesse, ne publier que des résultats positifs, spectaculaires autant que possible, ne plus disposer ni de temps ni de subventions publiques pour véri?er des résultats déjà publiés\u2026 Il se peut bien que ces manières de faire mettent à mal quelques-unes des normes qui doivent encadrer l\u2019activité scienti?que pour en préserver la rigueur qui est censée la distinguer.Vaste dossier que je n\u2019ouvre que pour aussitôt le refermer.Il me reste d\u2019ailleurs à dire ce que chacun sait,mais qui mérite d\u2019être rappelé.Des débats, remises en question et questionnements, comme ceux auxquels nous contraint l\u2019entreprise de reproduction menée en psychologie, sont aussi courants que nécessaires en science et font que celle-ci peut aspirer à être une entreprise «autocorrectrice».Une entreprise humaine, imparfaite sans doute, mais disposant des moyens de s\u2019améliorer, si seulement nous le voulons.Oh! J\u2019allais oublier : c\u2019est la recherche sur les signaux (d\u2019amitié ou sexuels) qui a été reproduite avec succès ! nQS Actualités VOTRE ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE Consultez les articles sur substance.etsmtl.ca École de technologie supérieure Université du Québec SUBSTANCE Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 15 Actualités U n massacre, un vrai désastre, une honte.La première mesure de gestion des chiens imposée au Nunavik, au tournant des années 1960, a vraiment mal tourné.À cette époque, les Inuits commençaient alors à se sédentariser autour des écoles, seul recours à leur disposition a?n d\u2019obtenir une aide ?nancière.Leur vie était très dure.Au nom de la santé publique, les policiers ont tué tous les chiens malades ou qui n\u2019étaient pas en laisse dans ces nouveaux villages, soit plus d\u2019un millier de bêtes, seulement au Nunavik.Un malentendu funeste, car depuis toujours les Inuits estiment que les chiens doivent bouger et, surtout, trouver eux-mêmes leur pitance; les attacher n\u2019avait donc pas de sens ! « Les gouvernements (fédéral et provincial) s\u2019étaient mis à administrer les Inuits sans arrière-pensée, bien que de façon paternaliste : ils voulaient les inclure dans le monde moderne, raconte Francis Lévesque, professeur et anthropologue spécialiste des questions autochtones à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témis- camingue.Mais ils ne se sont pas souciés de ce que les Inuits pensaient.» Cela n\u2019a pas été sans laisser des séquelles.Ce grand timide à la bouille sympathique, du genre qui écoute et observe, s\u2019en préoccupe, lui.C\u2019est pourquoi, près de 60 ans plus tard, il démarre un projet de recherche de 2 ans qui mènera son équipe à Iqaluit et à Kuujjuaq.L\u2019objectif est de comprendre la place du chien dans la société inuite contemporaine.Francis Lévesque fait le pari que les résultats aideront les vétérinaires et les autorités concernées à soigner les chiens du Nord dans le respect des valeurs inuites.Car, pour le moment, il y a vraiment une problématique de santé publique et on n\u2019arrive pas à la résoudre.Pourquoi?« Parce qu\u2019on crée des règlements en se disant qu\u2019on va \u201céduquer\u201d les Inuits.Mais ça ne marche pas comme ça! » déplore-t-il.Encore aujourd\u2019hui, des chiens se promènent en liberté dans les villages, d\u2019où une surpopulation canine.Et puis les bêtes causent des accidents, dont des morsures.Sans compter que la rage est endémique au Nunavik; des citoyens sont donc parfois exposés à ce virus, tandis que d\u2019autres sont touchés par différents parasites qui se transmettent du chien à l\u2019humain.« C\u2019est la sédentarisation imposée qui a créé cette situation», rappelle André Ravel, vétérinaire épidémiologiste et professeur à l\u2019Université de Montréal, qui étudie les zoonoses, notamment celles associées aux chiens au Nunavik, en collaboration avec Francis Lévesque.«Avant, il y avait moins de problèmes de santé, car les chiens étaient plus souvent isolés les uns des autres.» Le chien \u2014 le qimmit \u2014 a longtemps été au cœur de la société inuite, puisqu\u2019il permettait les déplacements pour la chasse.Il était d\u2019ailleurs le seul animal à porter un prénom, a appris Francis Lévesque au cours de précédentes recherches.On pouvait nommer un chiot en l\u2019honneur d\u2019un proche, défunt ou parti au loin, et on s\u2019adressait ensuite à lui comme s\u2019il était cette personne.Le lien entre un maître et ses chiens était si fort qu\u2019on établissait une causalité entre la santé de l\u2019un et celle des autres.Ainsi, il arrivait qu\u2019on sacri?e un chien dans l\u2019espoir que son maître guérisse d\u2019une affection; ou encore, quand un chien était malade, on déclarait que le maître l\u2019avait échappé belle.Aussi, un chien qui avait mordu un humain ne devait pas être tué avant que le blessé soit remis.Les qimmiit réapprivoisés Le meilleur moyen de soigner les chiens du Nord est de comprendre leur rôle dans les communautés inuites.Par Mélissa Guillemette Le chien a longtemps été au cœur de la société inuite, puisqu\u2019il permettait les déplacements pour la chasse.Il était d\u2019ailleurs le seul animal à porter un prénom.A L E X I H O B B S Mais, de nos jours, les traditionnels attelages se font rares au nord du 55e parallèle.«Nourrir les bêtes coûte cher et elles exigent beaucoup de temps », explique Michael Gordon, vice-président de la Société Makivik, une organisation qui veille au développement du Nunavik.Les chiens restent toutefois toujours importants dans la vie des Inuits, quoiqu\u2019ils aient des statuts très différents.«Les chiens d\u2019attelage sont dorlotés; et les chiens de compagnie \u2013 labrador ou chihuahua \u2013 ont seuls la permission d\u2019entrer dans les maisons, explique Francis Lévesque.Il y a aussi des chiens que les Inuits gardent dehors, attachés ou en liberté, mais qui ne tirent pas de traîneau.Et, ?nalement, il y a les chiens errants.» Cela fait beaucoup de«pitous»\u2026 Mais pas un seul vétérinaire n\u2019est en poste de façon permanente au Nunavik.Des cliniques de vaccination contre la rage ont tout de même lieu annuellement dans les villages qui en font la demande au ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec, et des Inuits sont formés sur place pour vacciner la gent canine.Un guide de premiers soins adapté aux réalités locales a aussi été rédigé à l\u2019intention des propriétaires de chiens par le Groupe international vétérinaire de l\u2019Université de Montréal, qui propose aussi une ligne téléphonique de conseils vétérinaires, en plus d\u2019organiser des cliniques ponctuelles sur place.Mais ces outils, tout comme les vétérinaires en visite au Nunavik, sont parfois reçus avec indifférence, voire avec mé- ?ance.«J\u2019ai déjà entendu à la radio, de la bouche d\u2019un Inuit, que les Qallunaat (non-Inuits) continuent de tuer nos chiens en les vaccinant», dit Michael Gordon, qui se dit lui-même sceptique devant les injections, qui «tuent beaucoup de chiots», d\u2019après lui.La tradition, surtout, est un argument puissant dans le Nord, a déjà remarqué Francis Lévesque.«Par exemple, certains propriétaires d\u2019attelage ne vaccinent pas leurs chiens, parce que, traditionnellement, on ne le faisait pas.» Dans le passé, les Inuits avaient tout de même leurs propres méthodes pour soigner les maux de leur meute.Il reste que d\u2019autres propriétaires font désormais spontanément traiter leurs chiens.C\u2019est le cas d\u2019Aisa Surusilak, un meneur d\u2019attelage de 27 ans qui réside à Puvirnituq.Ses 11 chiens de traîneau reçoivent tous les médicaments, crèmes et vaccins suggérés par le vétérinaire lors de la course Ivakkak.«Si on ne les vaccine pas, ils deviennent malades et meurent, particulièrement en novembre et en décembre, car les renards s\u2019approchent d\u2019eux et peuvent leur transmettre la rage.C\u2019est arrivé à beaucoup, beaucoup de chiens de mon village.» André Ravel a déjà hâte de consulter les résultats des travaux de Francis Lévesque.«On ne veut pas changer la vision qu\u2019ont les Inuits de leurs chiens, mais la prendre en considération pour trouver des réponses avec eux.» Pour faire partie de la solution.Sans causer de nouveaux problèmes comme en 1960.nQS 16 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 A?n de revaloriser la tradition des chiens de traîneau, la Société Makivik organise annuellement la course Ivakkak, où des Inuits et leur attelage repoussent leurs limites pendant une semaine.En mars 2015, 10 équipes se sont ainsi affrontées pendant 1 semaine sur plus de 600 km.« La grati?cation est énorme quand on peut se déplacer comme dans le bon vieux temps! » assure Michael Gordon, vice-président de Makivik.Un vétérinaire accompagne le groupe.Beaucoup de «pitous»\u2026 Mais pas un seul vétérinaire n\u2019est en poste de façon permanente au Nunavik A L E X I H O B B S P I E R R E D U N N I G A N ™S a) À oO d 0 J À fi a 3 J Pi \u2014 Jd = TI.J 0 1% | ] 9 rs S : a © AU Se UNREARS D133 D Cd CI SS ® fez] .[A .»* ° yl VO dVd OVa r preservental' environnement, Slats: tre [ Edda cISanteYpousseniglesyimites devigiteChnNc ala prosperite des Canadiennes sorte creator exept ional ens] anadiens TEEN La recherche au service des collectivités INNOVATION.CA CANADA FOUN ge LAL Fo LEAT 18 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 L a tâche était complexe.Les délégations de 195 pays réunies à Paris devaient parvenir à un texte d\u2019accord universel et contraignant sur le dérèglement climatique.Un parcours truffé de périls, car, en négociant, il arrive qu\u2019on découvre de nouveaux points de divergence.De fait, lors de la première semaine, les discussions ont traîné autour du texte préliminaire de 51 pages qui a ?ni par compter plus de mille crochets.«Les énoncés entre crochets, explique un habitué du processus, sont des quali?catifs ou des morceaux de phrase ajoutés au texte, comme \u201cobligatoire\u201d, \u201cincitatif\u201d ou \u201c?nancement qui sera croissant\u201d.Ils représentent des éléments, qu\u2019il faut parvenir à éliminer ou à intégrer.» Le 6 décembre, le président de la conférence, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, intervient pour fouetter les troupes : « Il faut accélérer ! » Il établit quatre groupes thématiques qui doivent lui faire rapport quotidiennement.Sur cette base, le travail progresse, mais encore trop lentement.À mi-parcours, la ministre canadienne de l\u2019Environnement, Christine McKenna, résume : « C\u2019est un travail d\u2019avocat; je suis avocate, je comprends cela.Mais, pour arriver à un accord, c\u2019est la volonté politique qui compte.» Un accord, en?n! Paris : un pas décisif vient d\u2019être franchi pour rendre la planète plus habitable.Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Le 10 décembre, le texte est réduit à 28 pages et à une cinquantaine de crochets.Le lendemain, Laurent Fabius accorde 24 heures de plus à ses scribes pour remettre une copie ?nale.Les tensions s\u2019accumulent; on négocie fébrilement en coulisses.En?n, le 12 décembre, le texte ?nal est déposé.Il est adopté en séance plénière à 19h20, par consensus, comme c\u2019est l\u2019habitude à l\u2019ONU.L\u2019accord entrera en vigueur en 2020 et engage les signataires à des efforts pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.Chaque pays devra présenter une «contribution nationale» de réduction des émissions et en rendre compte, de manière transparente et véri?able.Les cibles de réduction seront révisées tous les cinq ans.L\u2019accord engage les parties sur trois points majeurs, nommés en langage onusien «niveau d\u2019ambition», «différenciation» et «?nancement en soutien».Ce dernier terme renvoie à la responsabilité historique des pays industrialisés dans les émissions de gaz à effet de serre.Ces pays ayant par ailleurs une plus grande capacité à faire face aux effets du changement climatique, ils doivent s\u2019engager plus sérieusement que les autres dans la lutte contre le réchauffement.\u2022 Niveau d\u2019ambition : Le consensus s\u2019est fait sur une hausse maximale de 2 °C depuis la période préindustrielle, seuil au- delà duquel le dérèglement deviendrait incontrôlable.La limite plus ambitieuse de 1,5 °C est mentionnée, mais n\u2019est pas retenue.De nombreux scientifiques pensent toutefois que ce n\u2019est pas dramatique.Ils parient plutôt sur l\u2019atteinte des objectifs de réduction des émissions.\u2022 Différenciation : Les pays pauvres voulaient des garanties que la réduction de leurs émissions ne ralentisse pas leur essor économique.Ils ne les ont pas obtenues.Les pays riches voulaient que certains pays émergents, comme la Chine et le Brésil, les aident à payer la facture de l\u2019aide aux pays pauvres.Le résultat est mitigé.La Chine fera sa part, mais hors de l\u2019accord.\u2022 Financement en soutien : Les pays développés promettent de donner 100milliards de dollars par an d\u2019ici 2020 aux pays plus pauvres; somme qui devra être ajustée par la suite.Ce n\u2019était pas ma première conférence sur les changements climatiques.Je dirais que, six ans après le rendez-vous manqué de Copenhague, cet accord marque une volonté de changer nos habitudes et de rendre la planète plus habitable.Cependant, il faudra donner suite à cet élan nouveau.Pour reprendre les mots de Laurent Fabius: «Nous voici presque au bout du chemin, et sans doute au début d\u2019un autre.» nQS Consommez moins ! Stockez ! Les débats en parallèle de la conférence de Paris ont souligné que l\u2019ef?cacité énergétique reste la mesure la moins chère pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.Le message n\u2019est pas nouveau.Il rappelle un peu la propagande of?cielle dans les pays alliés lors de la Deuxième Guerre mondiale : « Consommez moins, soutenez l\u2019effort de guerre ! » Dans la lutte au réchauffement climatique, il faut consommer le moins d\u2019énergie possible et cesser de gaspiller.Un autre message fort, porté par les groupes environnementalistes, rappelle qu\u2019il faut laisser les énergies fossiles dans le sol.Certains pays producteurs de pétrole ou de charbon rétorquent que c\u2019est impossible.Tout le monde semble cependant s\u2019accorder sur la nécessité de miser sur les énergies renouvelables; en particulier, de faire décoller le solaire et l\u2019éolien.Pour cela, il faut trouver des moyens de stocker ces formes d\u2019énergie, grâce à des technologies de pointe.Près de chez nous, en Ontario, des industries utilisent déjà de grosses batteries qui fonctionnent sur le principe des petites piles au lithium (les ions voyageant entre les deux électrodes pour générer de l\u2019électricité).Pas très pratique, puisque le poids de chaque unité est d\u2019environ 40 tonnes ! Pour sa part, Hydro-Québec s\u2019est récemment associée à Sony, dans la création de la société Technologies Esstalion, pour fabriquer une nouvelle génération de batteries.Elle dit avoir con?ance de rendre ces batteries ?ables et légères.Il reste que, selon certains experts, c\u2019est à la surconsommation d\u2019énergie qu\u2019il faut d\u2019abord s\u2019attaquer.Économiste aux Hautes études commerciales, Pierre-Oliver Pineau fait valoir que les investissements nécessaires en stockage sont encore trop importants.Il souligne que, au Québec, les études ont démontré que les mesures d\u2019ef?cacité énergétique permettraient de réduire notre consommation d\u2019électricité de 15 % et qu\u2019il y a encore beaucoup à faire en ce sens.À Paris, le premier ministre Philippe Couillard a af?rmé vouloir relever ce dé?.Mais il a surtout insisté sur son nouveau cheval de bataille, l\u2019électri?cation des transports.En prenant appui sur l\u2019hydroélectricité du Québec, M.Couillard veut atteindre, d\u2019ici 5 ans, le nombre de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables.Et faire du Québec « un chef de ?le mondial de l\u2019utilisation de moyens de transport propulsés par l\u2019électricité ».Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 19 G U I L H E M / L A P R E S S E C A N A D I E N N E 20 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Qu\u2019est-ce qui caractérise un esprit scientifique?La rigueur et la persévérance, certainement.Et qu\u2019est-ce qui déclenche l\u2019idée de génie?La créativité, sans doute.On pourrait dire aussi la curiosité et l\u2019inspiration, l\u2019ingéniosité, la sérendipité (faites-vous plaisir, allez voir la définition sur Wiki\u2026) et pourquoi pas, l\u2019innovation, le mot à la mode ces années-ci.Bref, voici, pour la 23e année, les 10 découvertes québécoises sélectionnées parmi près de 100 candidatures que nous avons reçues de la part des scientifiques.Nos critères : chaque découverte doit avoir fait l\u2019objet d\u2019un article dans une publication savante reconnue, elle doit avoir été annoncée entre le 1er novembre 2014 et le 31 octobre 2015 et elle doit être\u2026 particulièrement épatante! Un dossier coordonné par Joël Leblanc 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE LES F É / I S T O C K P H O T O >Retrouvez les 10 découvertes en vidéo sur www.quebecscience.qc.ca et sur Canal Savoir, le 12 janvier à 20 h Notre jury, cette année Robert Lamontagne, Université de Montréal; Louis Lefebvre, Université McGill; Mathieu Picard, Université de Sherbrooke; Benoît St-Jacques, Institut de Recherche en Immunologie et en Cancérologie (IRIC); Chantal Srivastava, Les Années Lumière, Radio-Canada Première; Normand Voyer, Université Laval; Joël Leblanc, Marine Corniou, Pierre Sormany et Raymond Lemieux de Québec Science.Votez pour celle de nos découvertes qui vous surprend, vous impressionne ou vous inspire le plus.VOIR EN PAGE 54 rop de laboratoires vivent dans le passé.À une certaine époque, les scientifiques croyaient que les souris mâles étaient des cobayes plus fiables que les femelles, trop influencées par leurs fluctuations hormonales.On sait maintenant que c\u2019est faux; une méta- analyse regroupant des centaines d\u2019études confirme même que, au contraire, ce sont les mâles qui sont plus instables.Au Laboratoire de génétique de la douleur de l\u2019Université McGill, il y a depuis longtemps autant de femelles que de mâles qui s\u2019en donnent à cœur joie dans les copeaux de bois et c\u2019est grâce à cette mixité que le généticien Jeffrey Mogil et son équipe ont découvert que les femelles et les mâles n\u2019utilisent pas les mêmes cellules immunitaires pour transmettre le signal de douleur à leur système nerveux.Voilà une découverte majeure; d\u2019autant plus si elle devait se confirmer également auprès des humains, puisque 70% des patients souffrant de douleurs chroniques sont des femmes.Tout a commencé quand l\u2019équipe est parvenue à des résultats qui contredisaient ceux d\u2019une étude de l\u2019école de médecine du Dartmouth College aux États-Unis, publiée en 2005, selon laquelle les souris sans copie fonctionnelle du gène TLR4 ressentaient moins la douleur que les autres.«En faisant des expériences sur la douleur, nous avons remarqué que, si l\u2019étude était juste, elle ne l\u2019était que pour les mâles», raconte le chercheur.Comme de coutume, l\u2019étude avait été menée uniquement sur des rongeurs mâles.Erreur! Jeffrey Mogil et son équipe ont réfléchi.On sait que le gène TLR4 produit une protéine qui est exprimée par la microglie, un ensemble de cellules immunitaires responsables de la transmission de la douleur vers le système nerveux des souris.Mais si ces cellules microgliales signalaient la douleur uniquement chez les souris mâles?Il s\u2019agissait là d\u2019une idée révolutionnaire, car on présumait depuis près de 20 ans que, à ce chapitre, ce qui était vrai pour les mâles l\u2019était aussi pour les femelles.«Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires.» C\u2019est cette citation de l\u2019astronome Carl Sagan que Michael Salter, neurophysio- logiste, chef de la recherche à l\u2019Hôpital pour les enfants malades, à Toronto, et spécialiste de la douleur, avait en tête quand son collègue Jeffrey Mogil l\u2019a contacté.«C\u2019était tellement opposé à tout ce que les chercheurs du domaine pensaient\u2026 Sauf Jeff! On a donc voulu être bien certains que les résultats seraient les mêmes en dehors de son laboratoire», explique-t-il.Eh bien, les expériences ont été concluantes.En collaboration avec l\u2019universitéDuke, de Caroline du Nord, les chercheurs ont constaté que les cellules transmettant le message de douleur du système immunitaire au système nerveux sont en effet différentes, selon que les souris sont des femelles ou des mâles.Chez les premières, au lieu des cellules microgliales, ce sont les cellules immunitaires de type lymphocytes T qui sonnent l\u2019alarme lorsqu\u2019une blessure survient.Mais les deux systèmes produisent exactement le même résultat; ils transmettent la même intensité de douleur! La découverte a été publiée dans la revue Nature Neu- roscience en juin dernier.La différence est évidente, bien tranchée, ce qui est rare en biologie, fait remarquer Michael Salter.De sorte que, si la parité avait régné dans les cages, il y a longtemps qu\u2019on aurait fait la distinction! « Ça fait 20 ans qu\u2019on étudie la microglie qui signale la douleur chez les mâles, rappelle Jeffrey Mogil.On doit maintenant refaire tout ce travail pour comprendre le circuit des femelles.Le plus ironique, c\u2019est que le système des femelles est celui qui fonctionne \u201cpar défaut\u201d.Ainsi, chez un mâle castré, les lymphocytes T signalent la JUSQU\u2019ICI, POUR COMPRENDRE LA DOULEUR CHRONIQUE, ON A SURTOUT UTILISÉ DES SOURIS RÉAGISSENT DIFFÉREMMENT.DE QUOI CHANGER NOTRE MANIÈRE DE COMPRENDRE LE CIRCUIT Par Mélissa Guillemette POUR?L\u2019ÉGALITÉ DE ?LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE GÉNÉTIQUE | UNIVERSITÉ McGILL 1 C L A U D I O C A L L I G A R I S / U N I V E R S I T É M c G I L L T 22 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 S É B A S T I R N T H I B A U L T Jeffrey Mogil S MÂLES.MAIS \u2013 SURPRISE ! \u2013 LES FEMELLES T DE LA DOULEUR.?DES?SEXES?AU?LABO douleur, comme chez les femelles.C\u2019est seulement quand l\u2019animal a suffisamment de testostérone qu\u2019il passe au systèmemi- croglial.Ça fait donc 20 ans qu\u2019on étudie l\u2019autre circuit!» Il s\u2019agit probablement de la première fois qu\u2019on identifie un mécanisme où des cellules différentes sont utilisées selon le sexe sans qu\u2019il y ait de lien avec le système reproductif.«C\u2019est peut-être l\u2019exception qui confirme la règle, avance Jeffrey Mogil.Ou alors il y a des différences entre les sexes partout en biologie et on ne les a pas vues parce que les labos travaillaient seulement avec des souris mâles.» Alors, on invite Minnie, la prochaine fois?QS L\u2019équipe de chercheurs: Robert Sorge, Josiane Mapplebeck, Sarah Rosen, Simon Beggs, Sarah Taves, Jessica Alexander, Loren Martin, Jean-Sebastien Austin, Susana Sotocinal, Di Chen, Mu Yang, Xiang Qun Shi, Hao Huang, Nicolas Pillon, Philip J.Bilan, Yu Shan Tu, Amira Klip, Ru-Rong Ji, Ji Zhang Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 23 MÊME?PORTRAIT?CHEZ?LES?HUMAINS?Il est trop tôt pour dire si le circuit de la douleur chez les femmes est différent de celui des hommes, comme c\u2019est le cas chez la souris.Mais si c\u2019est le cas, la recherche de médicament contre les douleurs chroniques sera influencée par ce constat.Bien que, pour l\u2019instant, aucun traitement ne cible les cellules immunitaires en cause, ce pourrait toutefois être un jour le cas.Les chercheurs Jeffrey Mogil et Michael Salter réfléchissent d\u2019ailleurs tous les deux à des moyens de tester si la différence repérée chez les souris est également présente chez l\u2019humain.Ce qui n\u2019est pas une mince affaire.«Il n\u2019y a pas de scanner qui puisse nous aider à vérifier ça, dit Jeffrey Mogil.Il faudrait injecter un médicament qui bloquerait l\u2019un ou l\u2019autre des systèmes, ce qui pourra se faire uniquement lors de tests cliniques pour l\u2019approbation d\u2019un tel médicament.À moins qu\u2019on fasse des tests sur des sidéens qui n\u2019ont plus de lymphocytes T.» Encore là, outre la question éthique que cela soulèverait, les résultats pourraient ne pas être fiables, puisque ces patients ont une santé précaire. I N S T IT U T D E CO N C E P T I O N E T D \u2019 I N N OVAT I O N A ÉRO S PAT I A LE D E CO N CO R D I A C O N C O R D I A .C A A I D E R L\u2019 I N D U S T R I E A É R O S P AT I A L E À AT T E I N D R E D E N O U V E A U X S O M M E T S ENSEMBLE, REPENSONS LE MONDE a Tunisie des touristes est paradisiaque.Mais celle des habitants de Sfax, deuxième plus grande ville du pays, à 270 km au sud- est de la capitale Tunis, offre plutôt une scène désolante.Depuis plus de 60 ans, des usines y transforment des minéraux phosphatés en engrais, livrés aux quatre coins du monde.De sorte qu\u2019un énorme amoncellement de particules grisâtres, colline artificielle de plus de 50 m de hauteur, se dresse maintenant au bord de la Méditerranée.C\u2019est un dépôt de phospho- gypse, résidu de la transformation du minerai de phosphate, qui empoussière l\u2019air et contamine les eaux souterraines.C\u2019est dans cette ville qu\u2019a grandi Salma Taktek.«Ces usines et leurs montagnes de phosphogypse, situées à quelques kilomètres du centre-ville, ont coupé les habitants de la mer.Les plages sont inaccessibles.» Mais les travaux que l\u2019ingé- nieure en biotechnologie a menés au Centre de recherche en innovation sur les végétaux (CRIV) de l\u2019Université Laval, à Québec, pourraient bien lancer une révolution agricole et faire baisser la demande mondiale pour les engrais phosphatés : «Nous avons découvert qu\u2019il existe des associations naturelles entre micro-organismes, dans le sol, qui pourraient permettre aux plantes d\u2019obtenir le phosphore dont elles ont besoin à partir de sources disponibles au Québec, mais considérées jusqu\u2019ici comme insuffisamment riches.» La découverte, publiée en août 2015 dans la revue Soil Biology and Biochemistry, met en lumière une triple association entre les racines des plantes, les mycorhizes (des champignons) et des bactéries capables de solubiliser le phosphate.«L\u2019association entre les plantes Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 25 Lorem ipsum LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AGRICULTURE | UNIVERSITÉ LAVAL 2 L ADIEU, ENGRAIS?CHIMIQUES! F E R M O N S L A S I A P E UNE ÉTONNANTE COLLABORATION SOUTERRAINE ENTRE LES RACINES, LES BACTÉRIES ET LES MYCORHIZES PERMET AUX PLANTES DE S\u2019ALIMENTER DE PHOSPHATES QUÉBÉCOIS.Par Joël Leblanc Sfax, en Tunisie et les mycorhizes commence à être bien connue, explique J.-André Fortin, chercheur émérite au Centre d\u2019étude de la forêt (CEF) et cosignataire de l\u2019article.Mais nous connaissions mal l\u2019ampleur de leurs relations avec le reste de la bio- diversité microbienne du sol.Les racines des plantes ont besoin des mycorhizes pour obtenir de nombreux nutriments, mais ces mycorhizes ont besoin de certaines bactéries pour soutirer le phosphore du minerai solide.» Les mycorhizes sont en fait des champignons microscopiques qui établissent une collaboration symbiotique avec les racines des plantes.Les hyphes du champignon, ces filins vivants aux allures de soie d\u2019araignée, s\u2019associent étroitement aux racines.Elles leur fournissent le phosphore ainsi que d\u2019autres minéraux et reçoivent en échange les sucres produits par la plante et nécessaires à leur survie.«Cependant, les mycorhizes sont incapables de dissoudre les phosphates solides, explique Salma Taktek.Elles ont donc besoin de bactéries qui, elles, peuvent le faire grâce aux acides organiques qu\u2019elles produisent.» Ces fameuses bactéries se cachent dans les sols.Dans un premier temps, Salma Taktek les a isolées.Elle en a repéré 941 souches.«De ce nombre, nous apprend- elle, environ 12% avaient la capacité de dissoudre le phosphate minéral et de le rendre soluble dans l\u2019eau, donc assimilable par la plante.» La chercheuse a ensuite vérifié si ces bactéries pouvaient s\u2019associer aux hyphes des mycorhizes.Ce qu\u2019elles ont fait.Dans des boîtes de Petri, elles ont effectivement 26 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 2 Nous sommes ?ers des quatre équipes a?liées à McGill dont les travaux ?gurent parmi les 10 découvertes de l\u2019année de Québec Science.CHRISTINE MCCUSKER et son équipe (Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill) ont découvert un vaccin qui pourrait prévenir les allergies respiratoires.JEFFREY MOGIL et son équipe (Département de psychologie) ont découvert que les mécanismes de la douleur sont di?érents chez les souris mâles et femelles.Les équipes de GUILLAUME GERVAIS (Département de physique) et de THOMAS SZKOPEK (départements de génie électrique et de génie informatique), ainsi que leurs collègues de l\u2019Université de Montréal, ont démontré le potentiel du phosphore noir pour la conception de futurs dispositifs électroniques.FÉLICITATIONS x 4! Salma Taktek B E N J A M I N T U R Q U E T formé des biofilms sur les petits hyphes.Il ne restait qu\u2019à tester l\u2019efficacité de toutes ces associations.«Des tests en serre ont été menés sur des plants de maïs, continue Salma Taktek.Les plants ont été fertilisés, certains avec des engrais phosphatés industriels, d\u2019autres avec de l\u2019apatite, c\u2019est-à-dire un minerai qu\u2019on trouve ici même, au Québec, et qui contient du phosphore.Certains étaient mis en présence de bactéries pouvant solubiliser le phosphate, d\u2019autres pas.» Après huit semaines de croissance, les plants enrichis à l\u2019apatite, et qui bénéficiaient de la complicité des bactéries, ont connu une croissance de 20% supérieure aux plants nourris à l\u2019apatite, mais sans bactéries.Chez ceux enrichis aux engrais industriels, Salma Taktek a trouvé les mêmes taux.Une souche de bactéries, Burkholderia anthina \u2013 surnommée «Ba8» par les chercheurs, s\u2019est d\u2019ailleurs avérée particulièrement performante.Alors, fini les engrais industriels?«L\u2019apatite a longtemps été considérée comme une mauvaise source de phosphore pour les plantes, parce qu\u2019elle est difficile à solubiliser, explique J.-André Fortin.Mais ce que Salma Taktek vient de démontrer, c\u2019est que si on l\u2019associe aux bonnes mycorhizes et aux bonnes bactéries, on peut obtenir les mêmes rendements agricoles qu\u2019avec les engrais industriels.En plus, la flore microbienne et mycorhizienne protège la plante contre des maladies, des parasites, etc.» De l\u2019apatite, il y en a, au Québec, et de la bonne.Assez pour développer ici une agriculture biologique fondée sur l\u2019association mycorhizes-bactéries qui la privilégierait.Fini, les usines de transformation chimique de minerai, les montagnes de phosphogypse, la pollution causée par le transport international de tonnes et de tonnes d\u2019engrais! Le temps est peut-être venu de changer les pratiques agricoles.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Salma Taktek, J.-André Fortin, Martin Trépanier, Paola Magallon Servin, Marc St-Arnaud, Yves Piché et Hani Antoun Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 27 Biofilm de Burkholderia anthina sur les hyphes du champignon mycorhizien en présence de phosphates de roche du Quebec e demandez pas à Jérôme Lapointe de vous montrer son invention.«Elle est invisible, c\u2019est ça l\u2019innovation!» sourit le doctorant en génie physique à Polytechnique Montréal.Entre ses doigts robustes se trouve une mince plaque de «Gorilla Glass», le verre ultra résistant qui forme l\u2019écran de nos téléphones et tablettes.À l\u2019œil nu, la vitre est parfaitement transparente.Elle renferme pourtant des dizaines de conduits trois fois plus minces qu\u2019un cheveu, lesquels en font une interface étonnamment polyvalente.Touchez le verre du bout du doigt et obtenez votre température.Déposez-y une goutte de liquide et mesurez son indice de réfraction.Voilà seulement deux des multiples applications rendues possibles par la lumière qui circule dans les conduits appelés guides d\u2019onde.«Ce sont en quelque sorte des circuits où les électrons sont remplacés par des photons», explique Jérôme Lapointe.Le chercheur de 32 ans s\u2019est intéressé à la physique optique parce qu\u2019il est daltonien.Au cours de ses études, il a d\u2019ailleurs inventé une prothèse oculaire à pupille artificielle qui réagit à la luminosité ambiante.Le résultat est beaucoup plus réaliste que l\u2019œil de verre ordinaire.Mais son grand rêve, c\u2019est la conception d\u2019ordinateurs-écrans transparents, semblables à ceux des films de science-fiction.Ses guides d\u2019onde invisibles en constituent le premier jalon.En eux-mêmes, les guides d\u2019onde n\u2019ont rien de nouveau.Des chercheurs en ont gravé à l\u2019aide de lasers dans du verre dès 1996.De minces lignes blanches, semblables à des rayures, étaient toutefois apparentes.Surtout, les pertes lumineuses étaient trop importantes pour la plupart des applications, si bien que la technologie a été mise de côté.Jérôme Lapointe, en équipe avec Ray- man Kashyap, professeur en génie physique et électrique à Polytechnique Montréal, était persuadé de pouvoir faire mieux.«Quand on casse une coupe de vin en faisant la vaisselle, on a de la difficulté à distinguer les morceaux, car la lumière est déviée de manière semblable par le verre et par l\u2019eau», illustre le doctorant.C\u2019est ce phénomène que les deux hommes voulaient reproduire avec les guides d\u2019onde et le Gorilla Glass.Les guides d\u2019onde sont tracés à l\u2019aide d\u2019un laser dont le foyer se fait à l\u2019intérieur du verre, laissant ainsi la surface indemne.Les chercheurs ont donc étudié l\u2019interaction entre le laser et la matière, puis trouvé une méthode pour polir les parois des conduits, réduisant ainsi la déviation de la lumière.Ensuite venait l\u2019heure des tests.Jérôme Lapointe a varié et optimisé les paramètres du laser pendant deux ans : «J\u2019ai peut-être fait 10 000 essais!» L\u2019effort en a valu la peine; les guides d\u2019onde créés par Rayman Kashyap et lui sont non seulement invisibles à l\u2019œil nu, mais aussi 10 fois plus performants que les meilleurs jamais fabriqués jusqu\u2019ici.Cet exploit n\u2019aurait probablement pas été possible sur un autre type de verre que le Gorilla Glass.Sa densité et sa résistance, les propriétés qui font d\u2019ailleurs sa popularité dans le milieu électronique, se sont avérées parfaites pour les guides d\u2019onde.«Elles diminuent les pertes et permettent d\u2019inscrire sans bris des conduits à seulement quelques microns sous la surface.» L\u2019invention a attiré l\u2019attention de nombreux fabricants de téléphones et de tablettes, dont le géant sud-coréen Samsung.«L\u2019espace est une énorme contrainte pour ces compagnies», note Jérôme Lapointe.Pour elles, la mise au point de l\u2019écran à guides d\u2019onde équivaut à la découverte d\u2019unnouveau continent, de tout un territoire de possibilités à explorer.Ne nous attendons toutefois pas à voir un verre interactif dans le prochain iPhone.Ni dans le suivant.Car, pour être fonctionnel, chaque guide d\u2019onde doit être relié à une source lumineuse, ainsi qu\u2019à un détecteur.Une tâche plus facile à réaliser dans un laboratoire de photonique que dans un téléphone! Plusieurs multinationales ont offert à Jérôme Lapointe de venir relever le défi entre leurs murs.Mais le jeune homme a décliné ces invitations, préférant lancer sa propre entreprise au Québec afin de développer sa découverte et, un jour, la commercialiser.D\u2019ici là, l\u2019inventeur peut rêver en contemplant l\u2019écran de son téléphone intelligent, sur lequel il a tracé un guide d\u2019onde pour s\u2019amuser.Le guide n\u2019est peut-être pas fonctionnel, mais il est bien invisible.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Jérôme Lapointe, Rayman Kashyap, François Parent, Jean-Sébastien Boisvert et Mathieu Gagné 28 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 EN INTÉGRANT DES CONDUITS MICROSCOPIQUES AU CŒUR DU VERRE QUI COMPOSE LES ÉCRANS, DES CHERCHEURS ONT DÉVELOPPÉ UNE INTERFACE ÉTONNANTE.Par Marc-André Sabourin LES 10 DÉCOUVERTES DE L \u2019ANNÉE GÉNIE DES MATÉRIAUX | ÉCOLE POLYTECHNIQUE 3 D O N A L D R O B I T A I L L E CLAIR?COM E?D ?N E DE MONTRÉAL ?E?DU?VERRE Jérôme Lapointe et Jean-Sébastien Boisvert l\u2019unité des naissances du CHU Sainte-Justine, à Montréal, les réceptionnistes ont l\u2019habitude d\u2019accueillir certaines futures mamans terriblement stressées.Leur grossesse n\u2019est pas encore arrivée à terme, que des symptômes se manifestent déjà: contractions, crampes, saignements importants, pression pelvienne, douleurs lombaires, etc.Entre 5% et 15% des bébés naissent trop tôt et la prématurité constitue la première cause mondiale de décès chez les nouveau-nés.Heureusement, cette situation pourrait être bientôt de l\u2019histoire ancienne, grâce à une toute nouvelle molécule qui empêcherait les bébés de se pointer un peu trop tôt le bout du nez.Cette molécule, on l\u2019a baptisée «101.10».Développée par l\u2019équipe du néonato- logiste Sylvain Chemtob, chercheur au CHU Sainte-Justine et auteur principal 30 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE MÉDECINE | CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE 4 A BIENTÔT,?MOINS?DE?B ON SAIT QUE LES NAISSANCES AVANT 37 SEMAINES SONT LIÉES À UNE INFLAMMATION PRÉCOCE QUI INHIBE CE PROCESSUS INFLAMMATOIRE.Par Adèle Mazurek de l\u2019étude, 101.10 prévient la prématurité.Déjà, elle a donné des résultats plus que concluants chez la souris.«Notre molécule fonctionne à de faibles concentrations avec une grande efficacité», s\u2019enthousiasme Christiane Quiniou, associée de recherche.«Les naissances prématurées constituent un problème de santé publique commun, dont le taux ne diminue pas», déplore Mathieu Nadeau-Vallée, doctorant en pharmacologie à l\u2019Université deMontréal sous la supervision de Sylvain Chemtob.Les progrès médicaux fulgurants des dernières années ont permis d\u2019améliorer les chances de survie des enfants nés entre 22 et 37 semaines de gestation (sur 40), mais ils n\u2019ont pas réussi à retarder les accouchements s\u2019annonçant précoces.«À ce jour, des médicaments peuvent réduire les contractions utérines, mais ils ne prolongent pas la gestation de plus de quelques jours et engendrent souvent des effets indésirables», ajoute le doctorant.Les conséquences psychologiques sur la famille et le risque de problèmes de santé à long terme pour l\u2019enfant sont donc toujours bien présents.Pour mieux comprendre le fonctionnement de la nouvelle molécule conçue au CHU Sainte-Justine, dont la découverte a été publiée dans The Journal of Immunology en août dernier, il faut connaître les processus à l\u2019origine d\u2019un accouchement prématuré.«Nous savons que, lors d\u2019un accouchement à terme, c\u2019est généralement une inflammation normale des tissus de l\u2019utérus qui déclenche les contractions, explique Mathieu Nadeau-Vallée.Dans le cas d\u2019une naissance prématurée, nous avons observé qu\u2019une infection peut déclencher le processus inflammatoire trop tôt.» À ce sujet, l\u2019interleukine-1 (IL-1) retient l\u2019attention des chercheurs depuis 25 ans.Il s\u2019agit d\u2019une protéine majeure, impliquée dans tous les processus inflammatoires.Lors d\u2019un accouchement prématuré, on remarque que son taux est anormalement élevé chez la mère.De plus, lorsqu\u2019on l\u2019administre à forte dose à des souris et à des singes, elle déclenche l\u2019accouchement.Mais en même temps, elle s\u2019avère un véritable garde du corps pour le fœtus en développement, qu\u2019elle protège, entre autres, contre les infections.L\u2019idéal serait donc d\u2019empêcher l\u2019inflammation, tout en conservant l\u2019effet protecteur.«Justement, explique Christiane Quiniou, la caractéristique de notre nouvelle molécule, c\u2019est qu\u2019elle bloque une partie de l\u2019effet biologique de l\u2019IL-1.» N\u2019en gardant, en somme, que lemeilleur.Il a fallu une dizaine d\u2019années de recherche pour mettre au point 101.10.ChristianeQuiniou l\u2019a d\u2019abordmodifiée et optimisée.Elle l\u2019a ensuite testée in vitro.Puis elle a vérifié son efficacité sur des maladies inflammatoires comme l\u2019arthrite.«Les résultats obtenus étaient encourageants, dit-elle.Nous sommes donc passés à l\u2019étape suivante : prouver l\u2019efficacité de notre petite molécule dans la prévention de la prématurité.» C\u2019est alors que Mathieu Nadeau- Vallée est entré en scène.Il a utilisé des souris gestantes.«Tout l\u2019été 2014, je les ai surveillées régulièrement à l\u2019animalerie, se rappelle-t-il.Lorsque j\u2019ai vu que seules les femelles traitées avec 101.10 n\u2019accouchaient pas prématurément, j\u2019ai su que nous avions réussi !» Le doctorant ne s\u2019est pas arrêté à ce premier succès.Il a reproduit l\u2019expérience en simulant cette fois-ci une infection chez les souris.Encore une fois, celles qui avaient bénéficié du nouveau traitement thérapeutique ont été les seules à mettre bas à terme.Une première! Moléculemiracle, ceminuscule peptide constitué de seulement sept acides aminés?L\u2019avenir le dira.L\u2019équipe du docteur Sylvain Chemtob collabore donc avec d\u2019éminents chercheurs en prématurité des universités de l\u2019Alberta et d\u2019Adélaïde, en Australie.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Sylvain Chemtob, Christiane Quiniou, Mathieu Nadeau-Val- lée, Julia Palacios, Xin Hou, Atefeh Erfani, Ankush Madaan, Mélanie Sanchez, Amari- lys Boudreault, François Duhamel, José Carlos Rivera, Tang Zhu, Baraa Noueihed, William D.Lubell et Sylvie Girard Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 31 E SAINTE-JUSTINE C O R B I S ?E?BÉBÉS PRÉMATURÉS E DES VOIES UTÉRINES.DES CHERCHEURS ONT MIS AU POINT UNE MOLÉCULE oujours plus petits; toujours plus puissants.C\u2019est ce que prédit, depuis 50 ans, la loi deMoore (du nomde l\u2019ingé- nieurGordonMoore, l\u2019un des fondateurs d\u2019Intel, le premier fabricant mondial de semi-conducteurs) au sujet des circuits intégrés qui composent les ordinateurs.Depuis la création des premièresmachines, qui occupaient une salle complète, jusqu\u2019aux téléphones intelligents, cette loi s\u2019est avérée juste.Cependant, il devient de plus en plus difficile de miniaturiser les transistors à la base des circuits intégrés.Car on approche des limites du matériau privilégié jusqu\u2019ici, le silicium.Dans un circuit électrique, le silicium joue le rôle d\u2019un interrupteur, laissant passer ou non le courant.C\u2019est ce qu\u2019on appelle un semi-conducteur.Mais, à de très petites échelles, le silicium n\u2019est plus efficace : il laisse passer le courant en continu.«C\u2019est comme le système d\u2019égouts deMontréal; s\u2019il y a beaucoup de fuites, on n\u2019obtient plus un aussi bon rendement!» illustre Thomas Szkopek, chercheur au département de génie électrique de l\u2019Université McGill.La course auxmatériaux plus efficaces que le silicium est donc lancée.Course à laquelle se sont joints l\u2019ingénieur et ses collègues.«Depuis que je suis jeune, je vois la vitesse des ordinateurs augmenter, explique- t-il.Mais beaucoup d\u2019améliorations sont encore possibles si l\u2019on va au cœur de certainsmatériaux de pointe.»C\u2019est donc là qu\u2019a plongé le chercheur qui, on l\u2019a compris, travaille à l\u2019échelle atomique.Thomas Szkopek s\u2019est d\u2019abord tourné vers le graphène.Cematériau, composé d\u2019une seule couche d\u2019atomes de carbone, s\u2019obtient en séparant le graphite en fines lamelles.Cette découverte a d\u2019ailleurs valu à ses auteurs, Andre Geim et Kons- tantin Novoselov, le Prix Nobel de physique 2010.Le graphène conduit extrêmement bien l\u2019électricité.Comme il n\u2019est composé que d\u2019une seule couche d\u2019atomes, ses électrons subissent peu de collisions dans leurs déplacements.Inversement, il se révèle cependant peu efficace comme semi-conducteur; il ne répond donc pas au critère essentiel d\u2019un transistor.D\u2019autres matériaux présentant une structure semblable à celle du graphène pouvaient-ils offrir des propriétés plus intéressantes?Le chercheur est allé voir du côté du phosphore.Comme le carbone, qui peut être tantôt diamant, tantôt graphite, le phosphore peut prendre plusieurs formes.C\u2019est sous celle dite de «phosphore noir», un semi- conducteur naturel, qu\u2019il a attiré l\u2019attention de Thomas Szkopek.D\u2019un gris très sombre (étonnant pour unmatériau dont le nom signifie en grec «porteur de lumière»), le phosphore noir n\u2019a pas que sa couleur en commun avec le graphite.Il est lui aussi composé d\u2019un empilement de couches de un atome d\u2019épaisseur.Des couches très faciles à séparer.Pour étudier l\u2019efficacité de ces infimes couches de phosphore noir, l\u2019équipe de recherche s\u2019est rendue au Laboratoire national des champs magnétiques intenses de Tallahassee, en Floride.«Il s\u2019agit du plus fort aimant du monde», souligne Thomas Szkopek.En soumettant le matériau à un champmagnétique très intense, il devient possible de mesurer avec précision le mouvement de ses électrons.«Nous avons démontré que, dans une couche de phosphore noir de quelques atomes d\u2019épaisseur, unmou- vement bidimensionnel des électrons est possible», note l\u2019ingénieur.Cela ouvre la voie à des transistors infiniment plus petits que ce qui existe en ce moment.Le phosphore noir dans les puces d\u2019ordinateur, ce n\u2019est toutefois pas pour demain, concède Thomas Szko- pek; il reste encore bien des étapes à franchir avant qu\u2019on puisse en envisager la fabrication.Mais une chose est certaine : dans la course vers l\u2019ordinateur le plus petit et le plus performant jamais conçu, Thomas Szkopek et son équipe ont désormais une longueur d\u2019avance.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Thomas Szkopek, Richard Martel, Guillaume Gervais, Vahid Tayari, Nicholas Hemsworth, Ibrahim Fakih, Alexandre Favron, Étienne Gaufrès 32 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 UN MATÉRIAU DE QUELQUES ATOMES D\u2019ÉPAISSEUR POURRAIT OUVRIR LA VOIE À LA CONCEPTION D\u2019ORDINATEURS PLUS PERFORMANTS QUE JAMAIS.Par Bouchra Ouatik LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 5 S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T T ENCORE?PLUS P GÉNIE ÉLECTRIQUE | UNIVERSITÉ McGILL/UNIVER Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 33 ?S PETIT R S ITÉ DE MONTRÉAL Thomas Szkopek LES PRIX DU QUÉBEC SONT LA PLUS HAUTE DISTINCTION GOUVERNEMENTALE EN CULTURE ET EN SCIENCE ET RÉCOMPENSENT CHAQUE ANNÉE DES CARRIÈRES EXCEPTIONNELLES DANS CES DOMAINES.Vous connaissez un chercheur ou une chercheuse dont les réalisations sont remarquables ?Soumettez sa candidature dès le 1er février! Visitez le site prixduquebec.gouv.qc.ca pour connaître toutes les modalités.Découvrez les réalisations de ces scienti?ques québécois qui in?uencent nos vies et qui font évoluer notre société.2015 PRIX ARMAND-FRAPPIER Patrick Paultre Génie parasismique et dynamique des structures PRIX MARIE-VICTORIN Pierre Demers Physique PRIX WILDER-PENFIELD Michel Chrétien Médecine PRIX LÉON-GÉRIN Marcel Boyer Sciences économiques PRIX MARIE-ANDRÉE-BERTRAND Benoît Lévesque Sociologie économique PRIX LIONEL-BOULET Tony Falco Physique médicale Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 35 Lorem ipsum LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE CHIMIE | UNIVERSITÉ LAVAL 6 M A R C R O B I T A I L L E / U N I V E R S I T É L A V A L L\u2019ÉNERGIE?DE LA?FRUSTRATION LE GRAAL DE LA CHIMIE ORGANIQUE : DES CATALYSEURS PLUS ÉCOLOGIQUES.ON EN A UN ! Par Nathalie Kinnard rédéric-Georges Fontaine est un véritable artiste moléculaire.Tel un peintre qui mélange les couleurs pour trouver la meilleure teinte, il a testé pendant un an des agencements d\u2019atomes avec son équipe du département de chimie de l\u2019Université Laval.L\u2019œuvre finale verdit plus que jamais le blason de la chimie durable : des molécules simples, peu coûteuses et écologiques, aptes à remplacer les métaux dans les réactions catalytiques si importantes pour l\u2019industrie du médicament et de la pétrochimie.«Nous avons sondé le potentiel réactif F de la relation entre les bases et les acides dits de Lewis», raconte le chercheur.Ces entités chimiques se neutralisent lors qu\u2019elles se rencontrent pour former des molécules stables.C\u2019est ce qu\u2019on observe par exemple quand la soude (l\u2019hydroxyde de sodium), utilisée pour déboucher les tuyaux de lavabo, réagit avec de l\u2019acide chlorhydrique, employé notamment pour abaisser le niveau de pH dans les piscines.Dans cette réaction, l\u2019ion d\u2019hydrogène de l\u2019acide (H+) réagit avec l\u2019ion hydroxyde (HO-) de la base pour former de l\u2019eau (H2O).Accessoirement, la réaction produit aussi du sel de table (NaCl).Mais lorsqu\u2019on fige une base et un acide en insérant une clôture d\u2019atomes entre les deux, ils n\u2019arrivent pas à se réunir.Les chimistes parlent alors d\u2019une paire de Lewis frustrée qui devient très réactive.C\u2019est cette «énergie de frustration» que Frédéric-Georges Fontaine et ses collègues ont décidé d\u2019exploiter comme solution de remplacement aux métaux pour briser les liens carbone- hydrogène présents dans la majorité des composés organiques comme les glucides et les hydrocarbures.Pourquoi?«Si on veut créer de nouvelles molécules à partir de composés organiques, il faut d\u2019abord briser les liens très forts qui unissent les atomes de carbone et d\u2019hydrogène, explique le chercheur.Pour ce faire, on a souvent recours à un catalyseur, une substance qui augmente la vitesse d\u2019une réaction chimique naturellement lente.» Ce principe de la catalyse se trouve à la base même de la chimie verte.En effet, elle rend les synthèses chimiques plus efficaces et moins énergivores, tout en réduisant la quantité de déchets émis.Environ 80% des produits manufacturés, comme les plastiques, les carburants et les médicaments, sont le fruit d\u2019une réaction catalysée.Actuellement, ce sont principalement des métaux, tel l\u2019iridium, que l\u2019on utilise comme catalyseurs.La plupart d\u2019entre eux sont rares, donc très coûteux.Et comme ils sont aussi très réactifs, ils peuvent également causer des dommages à l\u2019environnement et à la santé si on ne les élimine pas correctement.«Il faut procéder à un nettoyage des métaux à l\u2019aide de grandes concentrations de solvants, une étape elle aussi onéreuse et délicate pour l\u2019environnement», dit le professeur de chimie.La seule solution, et c\u2019est la quête de plusieurs chercheurs, consiste à rendre la catalyse plus écologique et plus économique en trouvant des remplaçants aux métaux.Créatif, Frédéric-Georges Fontaine croit qu\u2019on peut y arriver en exploitant «l\u2019énergie de frustration» de simples éléments abondants dans la nature, c\u2019est- à-dire des acides et des bases faits de bore, de carbone, d\u2019hydrogène et d\u2019azote.Une hypothèse risquée : les livres de chimie stipulent même que c\u2019est pratiquement impossible\u2026 À grands coups de modélisation moléculaire avec des superordinateurs, l\u2019équipe de M.Fontaine a ainsi testé des dizaines de catalyseurs pendant un an.«Nous avons fait des réglages sur un concept très peu connu et jugé peu intéressant par plusieurs chimistes, soit la réactivité d\u2019une paire de Lewis, en jouant sur la force d\u2019une base ou d\u2019un acide et en modifiant les groupements d\u2019atomes de façon sélective», raconte Marc-André Légaré, l\u2019un des chercheurs, postdoctorant en chimie.Les scientifiques-artistes ont ainsi mis au point un catalyseur contenant notamment des atomes de bore et d\u2019azote \u2013 un complexe aminoborane \u2013 dont le pouvoir de «frustration» rivalise en réactivité avec les meilleurs composés métalliques pour activer les liens carbone- hydrogène.Aussitôt brevetée et publiée en 2015 dans la revue Science, la découverte a provoqué plusieurs réactions \u2013 c\u2019est le cas de le dire \u2013 positives.Les secteurs manufacturiers des piles solaires, de l\u2019électronique organique et de la pharmacologie ont déjà démontré de l\u2019intérêt envers cette nouvelle méthode de catalyse.«Il faut maintenant travailler à augmenter la puissance de la réaction et tenter d\u2019appliquer le concept à plusieurs transformations où les métaux sont présents.On pense que le tout sortira des labos dans les prochaines années», anticipe M.Fontaine.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Frédéric-Georges Fontaine, Marc-André Courtemanche, Étienne Rochette et Marc-André Légaré 36 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE CHIMIE | UNIVERSITÉ LAVAL 6 Marc-André Légaré M A R C R O B I T A I L L E / U N I V E R S I T É L A V A L LEUR PROJET EN PHOTONIQUE NOMMÉ UNE DES DIX DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE PAR QUÉBEC SCIENCE FÉLICITATIONS À NOS CHERCHEURS ! PR RAMAN KASHYAP DÉPARTEMENT DE GÉNIE PHYSIQUE ET DÉPARTEMENT DE GÉNIE ÉLECTRIQUE JÉRÔME LAPOINTE ÉTUDIANT AU DOCTORAT DÉPARTEMENT DE GÉNIE PHYSIQUE LEURS TRAVAUX PORTANT SUR LA CONCEPTION DE CAPTEURS SENSORIELS TRANSPARENTS INTÉGRÉS DANS LES ÉCRANS TACTILES ANNONCENT DES APPLICATIONS QUI RENDRONT VOS TÉLÉPHONES ENCORE PLUS INTELLIGENTS! Découvrir les travaux de nos chercheurs polymtl.ca/innovatio UNE?STRATÉGIE A LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE BIOLOGIE MOLÉCULAIRE | CENTRE UNIVERSITAIRE 7 BIENTÔT, POLLENS, POUSSIÈRES, POILS ET AUTRES NE FERONT PLUS ÉTERNUER LES ENFANTS.Par Marie Lambert-Chan 38 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 F É / I S T O C K P H O T O ?E ANTIALLERGIQUE our les prochaines générations, les allergies respiratoires pourraient bien n\u2019être qu\u2019un vague souvenir.Adieu éternuements à répétition, yeux rougis et larmoyants, écoulement nasal et crise d\u2019asthme ! Une équipe de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill a découvert la recette qui devrait mener à la création du tout premier vaccin contre les allergies respiratoires.«Nous avons mis au point et testé un peptide, le STAT6-IP, qui enseigne au système immunitaire à tolérer les allergènes», explique la docteure Christine McCusker, de l\u2019Hôpital deMontréal pour enfants et professeure au département de pédiatrie de l\u2019UniversitéMcGill, qui a dirigé les travaux.Les chercheurs ont administré le peptide, unpetit morceau de protéine, à l\u2019aide d\u2019un vaporisateur nasal à des souriceaux nouveau-nés une fois par jour pendant cinq jours.À six semaines, âge équivalant à l\u2019adolescence chez l\u2019humain, les animaux ne présentaient plus aucune réaction quand ils étaient exposés à des allergènes comme l\u2019herbe à poux.«En fait, leur système immunitaire ne réagit plus à aucun allergène, que ce soit du pollen ou des poils de chien et de chat.N\u2019est-ce pas merveilleux?» se réjouit la chercheuse qui a récemment vu son peptide breveté par l\u2019Université McGill.La compagnie pharmaceutique Liffey Biotech en a acquis la licence, ce qui fait dire à la docteure McCusker que le vaccin pourrait faire l\u2019objet d\u2019essais cliniques d\u2019ici cinq ans.Il serait destiné aux nourrissons d\u2019environ six semaines, mais cela reste à confirmer.L\u2019histoire de cette découverte commence il y a plusieurs années quand ChristineMcCusker entreprend demet- tre des bébés souris en contact avec des lipopolysaccharides (LPS), un composé de la membrane extérieure des bactéries capable de stimuler le système immunitaire.De toutes petites doses sont donc déposées à l\u2019intérieur des narines des souriceaux dans la semaine suivant leur naissance.«Nous partions de l\u2019hypothèse hygiéniste voulant que notremode de vie aseptisé empêche notre système immunitaire de bâtir de solides défenses et le conduit plutôt à réagir à des choses inoffensives commedupollen, indique-t-elle.Plusieurs études épidémiologiques ont démontré que des enfants élevés dans un environnement complexe ont un meilleur système immunitaire.Prenez une ferme : il y a là des animaux, du foin, des mouches, des bactéries.Un bébé qui vit là verra son système immunitaire apprendre très vite à tolérer tous ces éléments.» En utilisant les LPS, très présents en milieu rural, la docteure McCusker recréait en somme l\u2019air de la campagne pour ses souriceaux.L\u2019expérience s\u2019est révélée une réussite.Exposées par la suite à des allergènes, les souris n\u2019ont eu aucune réaction.«Nous avons forcé le système immunitaire des animaux à choisir la voie de la réponse non allergique, ce qu\u2019on appelle la tolérance, explique- t-elle.Le système immunitaire est fait de telle façon qu\u2019il lui faut toujours privilégier une stratégie.Cette décision dépend d\u2019une part de la génétique et de l\u2019autre des signaux reçus par le système, quand par exemple un virus s\u2019introduit dans le corps.Dans le cas des allergies, une fois que le système a décidé d\u2019emprunter la voie de la réponse allergique, il peut difficilement faire marche arrière.Il existe bien sûr des traitements de désensibilisation, mais ils sont conçus pour bloquer la route à des allergènes spécifiques, et non pourmodifier la perception que peut avoir le système immunitaire de l\u2019ensemble des allergènes.» Au même moment, dans les laboratoires Meakins-Christie où travaille la chercheuse, une collègue, la docteure Elizabeth Fixman, étudiait la molécule STAT6 qui joue un rôle important dans le déclenchement des allergies.Pour bloquer son activité, elle a mis au point le peptide STAT6-IP.«Nous l\u2019avons testé sur des souris déjà allergiques et avons découvert que, après coup, elles ne réagissaient plus aux allergènes», raconte la docteure McCusker.L\u2019idée d\u2019un vaccin a surgi lorsque l\u2019équipe a remarqué que les effets du peptide se prolongeaient sur plusieurs semaines, et ce, même si le peptide est éliminé du corps 12 heures après la vaporisation nasale.«Les réactions allergiques réapparaissaient éventuellement, signale la chercheuse.N\u2019empêche, cela signifiait qu\u2019il était possible d\u2019entraîner le système à tolérer les allergènes.Enm\u2019inspirant de l\u2019expérience avec les LPS, j\u2019ai eu l\u2019intuition qu\u2019on pourrait modifier le système immunitaire des souriceaux avant qu\u2019il ait le temps de choisir la voie de la réponse allergique.» Et c\u2019est ce qu\u2019elle a fait.Est-ce le début de la fin des allergies?À long terme, Christine McCusker espère trouver une manière d\u2019utiliser le peptide pour traiter les personnes déjà aux prises avec une forme ou l\u2019autre d\u2019allergie, c\u2019est-à-dire entre 20% et 30% de la population canadienne.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Christine McCusker, Husheem Michael, Yuanyi Li, Yufa Wang, Di Xue, Jichuan Shan, Bruce D.Mazer, Elizabeth Fixman Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 39 E DE SANTÉ McGILL P L ' U N I V E R S I T É M c G I L L Christine McCusker .DU MOINS, C\u2019EST CE QU\u2019ON PEUT MAINTENANT ESPÉRER. u point de vuemoléculaire, les thermoplastiques, avec leurs longuesmolécules entrelacées, ressemblent à des spaghettis.Un thermodurcissable, avec son réseau tridimensionnel demolécules fixées les unes aux autres, ressemble plutôt à des spaghettis gratinés.» JérômeClaverie, professeur de chimie à l\u2019Université du Québec à Montréal, parle comme un cuisinier qui présente sa nouvelle recette : un polymère thermodurcissable écolo.L\u2019univers des plastiques se divise en plusieurs grandes familles, dont deux sont plus connues.La première est celle des polymères thermoplastiques \u2013 les spaghettis moléculaires \u2013 qui fondent quand on les chauffe et qui redeviennent solides en refroidissant, de sorte qu\u2019ils sont recyclables.Le polyéthylène, le polystyrène ou le polycarbonate sont tous des thermoplastiques.La deuxième famille regroupe les po- lymères thermodurcissables (les spaghettis gratinés).Ceux-là, une fois durcis, ne peuvent pas être refondus, sinon ils brûleraient.On ne peut donc en faire usage qu\u2019une fois.«Non seulement ils ne sont pas recyclables, précise Jérôme Claverie, mais leur fabrication elle-même est bien souvent polluante.» Comme son nom le laisse deviner, un polymère est l\u2019assemblage de plusieurs sous-molécules appelées monomères.«Dans les polymères époxy, donne en exemple le chimiste, le constituant de base est un bisphénol.Le plus connu est le bisphénol A, un perturbateur endocrinien qui a été banni des biberons et autres bouteilles, il y a quelques années.» Quant aux autres types de bisphénols (il en existe près de 20), ils pourraient bien, selon de récentes études, ne pas 40 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 D\u2019UN POLYMÈRE?LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE CHIMIE | UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL 8 LA CHIMIE DES POLYMÈRES DATE DES ANNÉES 1950.ELLE ENTREPREND MAINTENANT UN VÉRITABLE Par Joël Leblanc «D RE?À?L\u2019AUTRE être aussi inoffensifs qu\u2019on le croyait.Car aussi durable qu\u2019il puisse paraître, un matériau en époxy, au fil du temps, libère graduellement des fragments de bisphénol dans le milieu.De plus, lors de sa fabrication, il a nécessité des produits toxiques, comme l\u2019épichlorydrine.Le professeur Claverie avait donc une double mission : découvrir un procédé chimique plus écolo pour produire des époxys et les produire sans bisphénol.Il existe déjà des époxys «verts» composés à 100% de matière biosourcée, c\u2019est à-dire de biomasse d\u2019origine végétale ou animale.Mais leurs propriétés mécaniques ne sont pas à la hauteur.«Ils sont trop mous», déplore le chercheur.Il fallait trouver donc un compromis pour faire de l\u2019époxy par chimie verte.Jérôme Claverie y est parvenu, grandement épaulé en cela par Basile Com- marieu, alors doctorant.«Notre polymère peut contenir jusqu\u2019à 60%dematériaux biosourcés, dit-il.Mais notre réussite, c\u2019est que nous sommes arrivés à polymériser des norbornènes (les monomères qui remplacent les bisphénols).Ces nor- bornènes sont obtenus à partir du dicy- clopentadiène, un sous-produit peu utilisé dupétrole, que les raffineries se contentent d\u2019ailleurs souvent de brûler.» Sans bisphénol, et à moitié biosourcé, le nouveau polymère est dur comme le verre, mais il se démarque surtout par sa fabrication réalisée sans solvants organiques dangereux ni composés organiques volatils.Comment est-ce possible?Le secret réside dans une méthode de polymérisation que les chercheurs ont baptisée rectification-insertion, où les monomères de norbornènes se lient les uns aux autres selon un patron moléculaire en zigzag.Le polymère ainsi obtenu peut résister à des températures de 350 °C.Du jamais vu dans lemerveilleux monde des époxys! Ce n\u2019est pas tout.Il est aussi exceptionnellement durable.«Contrairement aux époxys à base de bisphénol, explique Jérôme Claverie, il ne contient aucune unité hydrolysable, ce qui le préserve de la dégradation par l\u2019humidité.» Et cela a été possible parce que les chercheurs ont trouvé le bon catalyseur.Un catalyseur est une substance qu\u2019on ajoute aux réactifs de base pour favoriser et accélérer la réaction chimique, et qui reste intacte à la fin de la réaction.« Ça, on le doit à Basile, qu\u2019on surnomme \u201cdocteur Norbornène\u201d depuis qu\u2019il a obtenu son doctorat, blague le professeur.J\u2019explorais l\u2019idée depuis 20 ans, mais c\u2019est lui, par sa ténacité et sa sagacité, qui a trouvé le catalyseur parfait pour cette polymérisation.Je n\u2019aurais pas pu faire ça sans lui ni lui sans moi.» Le catalyseur est à base de palladium, unmétal rare.Il est très actif, mais coûte très cher.Malheureusement, il se perd dans le polymère à la fin de la réaction.Aussi les chercheurs planchent-ils déjà sur les moyens de le récupérer.La découverte a été publiée dans la revue Chemical Science en avril 2015.Déjà, de grands industriels se sont informés auprès de Jérôme Claverie au sujet du nouveau polymère qu\u2019on pourrait bien voir un jour dans des revêtements de plancher, des colles pour ailes d\u2019avion ou des circuits électroniques de grande puissance dégageant beaucoup de chaleur.«À court terme, il se retrouvera sûrement dans vos téléphones cellulaires, annonce le chercheur, mais je ne peux pas dire où.» Secret industriel.C\u2019est bon signe\u2026 ?QS L\u2019équipe de chercheurs: Jérôme Claverie et Basile Commarieu Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 41 E VIRAGE ÉCOLO POUR AMÉLIORER AILES D\u2019AVION ET CIRCUITS ÉLECTRONIQUES.Jérôme Claverie et Basile Commarieu es symptômes sont apparus brusquement, alors que Patricia avait 20ans.Des engourdissements dans les jambes, qui ne l\u2019ont d\u2019abord pas trop inquiétée.Mais, deux ans plus tard, lorsque sa vision se brouille subitement, les résultats de l\u2019IRM sont sans appel : la jeune femme souffre de sclérose en plaques.«Ce diagnostic fait peur, parce qu\u2019on ne sait pas vraiment ce qui nous attend», se souvient la jeune femme, aujourd\u2019hui âgée de 33 ans.Et pour cause, cette maladie auto-immune, qui touche environ 15 000 Québécois, est hétérogène et imprévisible.Pour des raisons qu\u2019on ignore, certains globules blancs se retournent contre l\u2019organisme et s\u2019attaquent à la myéline, la gaine qui entoure les nerfs et assure la transmission rapide des messages nerveux.En fonction de la localisation des lésions (ou plaques) dans le cerveau et la moelle épinière, différents symptômes peuvent survenir : maux de tête, troubles de la vision, de la marche, paresthésies (sensations anormales) ou paralysie dans les membres, etc.«Lamaladie évolue généralement par \u201cpoussées\u201d qui durent entre quelques semaines et quelques mois.Entre ces périodes, le patient se rétablit.Mais, au bout de 10 ou 15 ans, la plupart des malades entrent dans une phase dite progressive, au cours de laquelle le handicap s\u2019installe et évolue, parfois de façon fulgurante», explique Alexandre Prat, directeur du laboratoire de neuro-immunologie au Centre de recherche du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CRCHUM).Alors qu\u2019on dispose de quelques médicaments permettant d\u2019espacer les poussées et de réduire leur intensité en début de maladie, il n\u2019existe absolument rien pour lutter contre la forme progressive.Résultat, environ la moitié des patients ont besoin d\u2019un fauteuil roulant 20 ans après l\u2019apparition des symptômes.«Il y a un manque criant de traitements.Pour l\u2019instant, on ne peut pas prévenir le handicap à long terme», résume le chercheur.Mais ses travaux vont peut-être changer la donne.L\u2019équipe du CRCHUM, en effet, a identifié unemolécule qui aide les globules blancs anormaux à pénétrer importunément dans le cerveau, où ils font des ravages.En la neutralisant, les chercheurs ont pu réduire de plus de moitié le degré de handicap chez des souris (mesuré avec une échelle clinique).«C\u2019est la première fois qu\u2019un traitement se montre efficace pour freiner cette progression», s\u2019enthousiasme Alexandre Prat.Cettemolécule, appeléeMCAM, est présente à la surface des globules blancs \u2013 ou lymphocytes \u2013 agressifs.«Normalement, les lymphocytes ne pénètrent pas dans le système nerveux central.Mais chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, la protéine MCAM leur facilite le passage», explique Alexandre Prat.À la manière d\u2019une ventouse, elle permet aux lymphocytes de s\u2019accrocher aux vaisseaux du cerveau et de franchir la barrière hématoen- céphalique, censée filtrer les intrus.«Les lymphocytes anormaux sont en quelque sorte \u201caspirés\u201d dans le système nerveux central à cause de cette molécule», ajoute-t-il.Dans une étude parue en mai dans Annals of Neurology, l\u2019équipe a démontré que la protéine MCAM était bien plus abondante sur les lymphocytes des malades lors des poussées que pendant les phases de rémission, preuve qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un acteur clé de la maladie.Mais la bonne nouvelle, c\u2019est que, en bloquant cette molécule à l\u2019aide d\u2019un anticorps chez des souris atteintes d\u2019un trouble équivalent à la sclérose en plaques, les chercheurs ont pu court-circuiter la progression de la maladie.42 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 9 L K A T Y L E M A Y MISE EN ÉCHEC C R C H U M MÉDECINE | CENTRE HOSPITALIER DE L\u2019UNIVERSITÉ Alexandre Prat LES CHERCHEURS ONT RÉUSSI À FREINER LA PROGRESSION DE LA SCLÉROSE EN PLAQUES.Par Marine Corniou É DE MONTRÉAL «On a réussi à la fois à limiter les poussées et à ralentir fortement la progression à long terme», précise Alexandre Prat.Une première! Car en empêchant ainsi l\u2019intrusion des agresseurs, le traitement agit en amont et prévient la formationmêmedes lésions.«La molécule MCAM est d\u2019autant plus intéressante qu\u2019elle n\u2019est pas spécifique à la sclérose en plaques.Elle pourrait jouer un rôle dans d\u2019autres maladies auto- immunes, comme le psoriasis ou l\u2019arthrite rhumatoïde», se réjouit le chercheur.Une entreprise de biotechnologie, Prothena Corporation, a d\u2019ores et déjà mis au point un médicament anti-MCAM, en collaboration avec le CRCHUM.La première phase d\u2019essais cliniques, sur des volontaires sains, s\u2019est montrée prometteuse et la deuxième phase devrait débuter en 2016 sur des personnes atteintes de psoriasis, une maladie auto-immune de la peau.Si le chemin est encore long avant que le traitement puisse être proposé aux patients souffrant de sclérose en plaques, comme Patricia, les chercheurs sont optimistes.«On a commencé à tester différents anticorps capables de neutraliser MCAM, dont l\u2019un contient une sorte de \u201cbombe\u201d qui détruit la membrane des lymphocytes anormaux pour les empêcher de sévir», ajoute Alexandre Prat.La bataille est sérieusement engagée.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Alexandre Prat, Catherine Larochelle, Marc-André Lécuyer, Jorge Alvarez, Marc Charabati, Olivia Saint-Laurent, Soufiane Ghannam, Hania Kebir, Ken Flanagan, Ted Yednock, Pierre Duquette, Nathalie Arbour DOMPTER?LES?É ls déchirent l\u2019air.Des zigzags aussi spectaculaires qu\u2019imprévisibles.Depuis toujours, ils fascinent les humains.Les Grecs de l\u2019Antiquité, par exemple, les associaient à la force de leur dieu suprême, Zeus, qui pouvait lancer des éclairs à quiconque osait le défier.Maîtriser la foudre comme Zeus?Pourquoi pas?s\u2019est demandé le physicien Roberto Morandotti, du Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scientifique, à Varennes.Mais si le chercheur espérait effectivement trouver la façon de diriger la trajectoire des éclairs, il ne s\u2019est pas aventuré dans les détonantes sphères célestes.Avec modestie, il s\u2019est simplement intéressé aux décharges électriques.Les décharges, ce sont ces petits éclairs que l\u2019on observe par exemple dans la vie courante en présence d\u2019électricité statique.Elles ont une foule d\u2019utilités.Entre autres, elles font fonctionner les lampes au néon, déclenchent l\u2019allumage des moteurs de voiture, servent à couper ou à souder le métal.Elles feraient beaucoup plus, surtout dans le domaine industriel, si elles étaient plus précises.Mais, tout comme la foudre, elles suivent une trajectoire erratique.Si on trouvait le moyen de corriger cette trajectoire, explique M.Morandotti, on améliorerait certainement la précision des décharges.Le chercheur a commencé par créer des décharges électriques \u2013 autrement dit, des éclairs \u2013 en faisant passer un courant entre deux électrodes espacées de quelques centimètres.Il a ensuite dirigé un faisceau laser extrêmement puissant vers ce courant.Comme le laser crée sur son chemin un plasma \u2013 un nuage d\u2019électrons \u2013 dont la densité est moins grande que celle de l\u2019air, l\u2019éclair s\u2019est trouvé confiné à l\u2019intérieur de ce tunnel de plasma.Mais cela ne l\u2019a toujours pas empêché de suivre une trajectoire irrégulière.Pour parvenir à contrôler plus fine- 44 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE PHYSIQUE | INRS-CENTRE ÉNERGIE MATÉRIAUX 10 D O N A L D R O B I T A I L L E i MAÎTRISER L\u2019UNE DES FORCES LES PLUS IMPRESSIONNANTES DE LA NATURE, VOILÀ LA PROUESSE À DE MULTIPLES APPLICATIONS.Par Bouchra Ouatik Roberto Morandotti ?S?ÉCLAIRS ment l\u2019éclair, le physicien a répété l\u2019expérience avec différentes formes de laser.Un laser traditionnel a une forme gaussienne, c\u2019est-à-dire que son intensité est plus importante au centre du faisceau et diminue graduellement à mesure que l\u2019on s\u2019en éloigne.Le chercheur a choisi deux types de faisceaux plus fins : les faisceaux dits d\u2019Airy et de Bessel.Dans les deux cas, le laser se compose d\u2019un faisceau très mince et très intense au centre, entouré de plusieurs faisceaux d\u2019intensité moindre.Le faisceau d\u2019Airy permet en plus de donner au laser une trajectoire courbe; ou encore, si on combine deux faisceaux d\u2019Airy, une trajectoire en S.«Avec ces types de faisceaux, vous pouvez créer des canaux de plasma très étroits dans lesquels la décharge tend à se propager», explique Roberto Mo- randotti.Si étroits, que l\u2019éclair n\u2019a plus d\u2019espace pour zigzaguer.Le voilà condamné à suivre une ligne droite! Les faisceaux laser d\u2019Airy et de Bessel ont une autre curieuse propriété que n\u2019ont pas les faisceaux gaussiens.Lorsqu\u2019ils se heurtent à un obstacle, ils se reforment de l\u2019autre côté, comme si l\u2019obstacle n\u2019existait pas.Et puisque les décharges électriques suivent exactement la trajectoire du laser, elles se trouvent elles aussi à faire fi des obstacles sur leur chemin.Le chercheur y voit déjà des applications concrètes, par exemple en mi- crofabrication.Des décharges dirigées par laser permettraient de graver des matériaux avec une très grande précision.Suivant ce concept, peut-on imaginer pouvoir un jour maîtriser la foudre?Ce n\u2019est pas impossible, croit Roberto Mo- randotti.« Ça représenterait des défis techniques énormes! Et ça aurait une utilité bien réelle : empêcher la foudre de faire des dommages.N\u2019avons-nous pas toujours rêvé de contrôler la météo?» dit-il.?QS L\u2019équipe de chercheurs: Matteo Clerici, Yi Hu, Philippe Lassonde, Luca Razzari, François Vidal, François Légaré, Roberto Morandotti Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 45 X TÉLÉCOMMUNICATIONS QU\u2019UN PHYSICIEN A RÉALISÉE DANS SON LABORATOIRE, OUVRANT AINSI LA VOIE 46 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 L\u2019étoile KIC8462852, située à 1 500 années-lumière de la Terre, a tout pour intriguer les astronomes; certains parmi eux la surnomment l\u2019«étoile la plus mystérieuse de la Voie lactée».Au début de la dernière année, on a remarqué qu\u2019une grande quantité de matière orbite autour d\u2019elle, bloquant par moments, mais de façon non régulière, plus de 20 % de sa luminosité.Pourquoi?Incompréhensible ! L\u2019hypothèse que le phénomène soit dû à la présence de structures artificielles gravitant autour de l\u2019étoile a déjà fait son chemin.Bref, avions-nous là un indice de la présence d\u2019extraterrestres?L\u2019Institut Seti de recherche d\u2019intelligence extraterrestre a voulu savoir.Pendant 15 jours, fin octobre, les antennes du radiotélescope Allen, en Californie, ont été pointées vers l\u2019étoile dans l\u2019espoir de capter des ondes radio intelligentes.Déception sur toutes les fréquences.Pas de message d\u2019E.T.Mais les astrophysiciens ne sont pas près de jeter l\u2019éponge dans leur recherche de vie extraterrestre.Surtout que le célèbre Stephen Hawking s\u2019est mis de la partie.Avec le soutien d\u2019un milliardaire russe, il a dévoilé, en juillet dernier, le plus important projet de détection d\u2019intelligence jamais pensé, baptisé Breakthrough Listen.L\u2019équivalent de près de 175 millions de dollars sera investi pour surveiller durant 10 ans près de 1 million de systèmes solaires avoisinant l\u2019étoile.Au Québec, le mécène Lorne Trot- tier, cofondateur de la compagnie Matrox qui œuvre dans les circuits intégrés, n\u2019a pas voulu être en reste dans cette course.Il a versé 1 million de dollars à l\u2019Université de Montréal pour aider les chercheurs à traquer des signaux provenant de l\u2019espace.Les oreilles sont maintenant grandes ouvertes pour écouter le cosmos.MAIS?OÙ?SONT-ILS ?I N S T A G R A M S E T H S H O S T A K / S E T I I N S T I T U T E MÉCHANTE SIRÈNE ! Il y a eu Cecil, ce vieux lion victime de l\u2019instinct de tueur d\u2019un dentiste orgueilleux.Et il y a aussi ce valeureux thon rouge, appâté par Stéphanie Choate, une pêcheuse professionnelle de Floride.La scène a été croquée en Nouvelle-Écosse, l\u2019an dernier, mais l\u2019histoire n\u2019a été révélée que récemment.Ce sont des enquêteurs de Pêches et Océans Canada qui ont piégé la m\u2019as-tu-vu en se faisant passer pour des pêcheurs admiratifs.Le thon rouge, doit-on le rappeler, est une espèce en voie de disparition.Mais le comble, c\u2019est que cette bronzée est la directrice de Wild Oceans, un organisme états-unien voué à la protection des espèces de poissons en danger et à la pratique d\u2019une pêche responsable! La «sportive» tentait de battre le record du monde du plus gros thon rouge capturé.Celui-là pesait 421 kg, mais ce n\u2019était pas assez pour le Livre Guinness des records.Contrairement à l\u2019équipage du bateau dans lequel elle prenait place, elle n\u2019a été l\u2019objet d\u2019aucune accusation.On ne sait pas ce qu\u2019il est advenu du thon rouge.S E T H S H O S T A K / S E T I I N S T I T U T E LES?DÉCOUVERTES?DA N ? Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 47 DE?L\u2019EAU SUR?MARS Le nec plus ultra de la gastronomie du XXIIe siècle sera probablement de servir du sel de Mars à table ! On sait maintenant que des ruisseaux de saumure, une eau comportant une très haute concentration de sel, coule à la surface de la planète rouge.Ce qui renforce l\u2019espoir d\u2019y trouver une forme de vie.Ces ruisseaux apparaissent comme de curieuses lignes qui dévalent les pentes des collines martiennes, racontent les chercheurs dans un article publié par la revue Nature Geoscience.C\u2019est en utilisant la sonde Mars Reconnaissance Orbiter (MRO) qu\u2019ils ont pu réaliser des analyses chimiques de la surface et trouver des traces de certains sels, le long de falaises situées dans la région équatoriale, qui ne peuvent se former qu\u2019en présence d\u2019eau.Notons que le «cycle de l\u2019eau» sur Mars n\u2019a rien à voir avec celui que l\u2019on connaît sur Terre, où l\u2019eau s\u2019évapore et se condense dans l\u2019atmosphère pour former les nuages.Sur la planète rouge, l\u2019eau qui glisse avec les sels s\u2019évapore plus vite; ce cycle d\u2019écoulement et d\u2019évaporation se reproduit à tous les étés martiens.Mais alors où se cache-t-elle entre-temps?Dans un glacier souterrain?Un aquifère?Le découvrir permettrait de repérer d\u2019éventuelles zones d\u2019atterrissage, dans l\u2019éventualité de missions habitées, où l\u2019eau pourrait être recueillie.Et le sel aussi, tant qu\u2019à y être.TOUS?VÉGÉTARIENS?La viande rouge?Probablement cancérogène pour l\u2019humain ! Les produits carnés, les charcuteries et toutes les viandes salées maturées, fermentées, fumées ou séchées?Cancérogène pour l\u2019humain ! Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l\u2019OMS sont catégoriques.Selon un article publié dans la revue médicale The Lancet Oncology, les responsables de santé publique devraient maintenant prendre sérieusement en compte le risque de cancer lié aux «viandes rouges et aux charcuteries».Les experts mandatés par le CIRC ont passé en revue 800 études sur le cancer chez l\u2019humain.On soupçonne que le fer présent dans le sang que contient la viande, ainsi que les nitrates et nitrites utilisés pendant leur transformation en produits carnés, serait en cause dans de nombreux cancers du côlon, du pancréas et de la prostate.En outre, ils ont remarqué qu\u2019une consommation quotidienne de 50 g de viande transformée accroît de 18 % le risque de cancer colorectal.Selon les critères de santé publique, la viande transformée se retrouve dans la même catégorie de facteurs de cancer que l\u2019amiante et le tabac.Un smoked meat avec ça?N A S A ?A NS?LE?MONDE 48 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES DÉCOUVERTES DANS LE MONDE E N R E V U E On n\u2019aura pas parlé que de pluie et de beau temps à Paris, en décembre dernier.On aura cherché à voir comment contenir les changements climatiques qui affectent la planète et \u2013 surtout \u2013 les sociétés.Les retombées de cette grande rencontre sont difficiles à mesurer au moment de mettre sous presse, mais l\u2019événement aura eu le mérite de réunir à une même table tous les chefs d\u2019État et de gouvernement directement concernés par cette tragédie.Il n\u2019empêche que les signes d\u2019aberrations climatiques se multiplient.Outre le recul des glaciers aux pôles, les chercheurs ont notamment constaté qu\u2019El Niño \u2013 le réchauffement périodique de la surface de l\u2019océan Pacifique à l\u2019équateur lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique \u2013 risque d\u2019advenir désormais avec une ampleur jamais encore observée.El Niño provoque dans le monde une cascade d\u2019événements météorologiques, comme des poussées de chaleur et de fortes précipitations.Les relevés effectués par l\u2019Agence d\u2019étude des océans et de l\u2019atmosphère des États-Unis (NOAA) confirment qu\u2019il s\u2019est développé plus rapidement que la normale au cours des derniers mois.Rappelons que, en 1998, El Niño avait provoqué d\u2019importantes inondations en Équateur et au Pérou, des incendies de forêt en Australie et, au Québec, cinq jours consécutifs de pluie verglaçante qui auront provoqué l\u2019un des plus importants désastres naturels en Amérique du Nord.Sortez vos crampons ! VICTOIRE CONTRE EBOLA ! Le virus assassin enfin maté! Partie de Guinée en 2013, l\u2019épidémie provoquée par Ebola aura tout de même emporté 11 300 personnes en Afrique de l\u2019Ouest.Et ce nombre serait sous-estimé, à en croire l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).L\u2019incroyable détermination des médecins et des infirmières dépêchés sur ce front a sans conteste rendu possible cette victoire.Quoique moins connue qu\u2019eux, l\u2019équipe de chercheurs regroupée autour de Gary Kobinger, du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg, y a aussi été pour quelque chose.Ces chercheurs ont en effet réussi à mettre au point un véritable vaccin contre Ebola, en plus de confectionner un médicament contre les fièvres hémorragiques.Baptisé Zmapp, ce vaccin est produit à partir de plants de tabac (en collaboration avec une entreprise pharmaceutique de San Diego en Californie).Le docteur Kobinger poursuit maintenant sa carrière comme directeur du Centre de recherche en infectiologie de l\u2019Université Laval, à Québec.LE?FOND?DE?L\u2019AIR?EST?CHAUD U N I V E R S I T É D U M A N I T O B A N O A A Gary Kobinger ulaval.ca #FiertéUL UN?NOUVEAU?DANS?LA?FAMILLE Bienvenue à Homo naledi, la toute nouvelle espèce d\u2019hominidés à s\u2019accrocher à notre arbre généalogique ! C\u2019est dans une grotte profonde et difficile d\u2019accès, en Afrique du Sud, que des chercheurs ont découvert quelque 1 550 ossements associés à une quinzaine d\u2019individus Homo naledi de différents âges.Même des bébés ! Les fouilles pour les exhumer ont duré près deux ans.Les restes ne sont pas encore datés, l\u2019interprétation des sédiments dans ce genre de conditions étant assez complexe.Mais les paléontologues pensent qu\u2019ils pourraient remonter jusqu\u2019à 2 millions d\u2019années.Naledi avait des mains capables de se servir d\u2019outils, des pieds semblables aux nôtres \u2013 il pouvait se tenir debout et marcher sur ses deux jambes.Cependant, l\u2019adulte, délicat, mesurait au plus 1,50 m, pesait 45 kg et son cerveau avait la taille d\u2019une pomme dans un crâne proche de celui des australopithèques, comme le révèle un article cosigné par l\u2019anthropologue montréalaise Michelle Drapeau de l\u2019Université de Montréal et publié dans la revue Nature communications.L E E R O G E R B E R G E R 50 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 51 MATIÈRE?À?NOBEL Lauréat du prix Nobel de physique 2015 (avec le Japonais Takaaki Kajita), Arthur McDonald, le physicien canadien, est directeur de l\u2019Observatoire de neutrinos (SNO) de l\u2019université Queen\u2019s à Sudbury, en Ontario.Il explique ici l\u2019intérêt de la découverte qui lui a valu cet honneur : les oscillations des neutrinos.Que signifie pour vous ce prix Nobel de physique?Il reconnaît que notre travail, commencé par la publication, en 2002, de nos premiers résultats et qui s\u2019est poursuivi depuis, est d\u2019une grande importance scientifique pour comprendre l\u2019Univers.Je suis aussi particulièrement fier du fait que 260 collaborateurs ont pu célébrer avec moi notre découverte, consacrée à l\u2019automne par le Comité du prix Nobel, puis par celui du Breakthrough Prize.Quel est le principal défi que vous avez dû relever au cours de vos travaux à l\u2019Observatoire?Nous avons construit un détecteur de neutrinos d\u2019une dizaine d\u2019étages dans une mine de nickel.Le cœur de notre projet était une immense sphère d\u2019acrylique remplie d\u2019eau lourde, surveillée par 9 500 détecteurs de lumière à l\u2019affût des faibles éclairs qui se produisent lorsque les neutrinos entrent en collision avec les atomes de deutérium de l\u2019eau lourde.Et qu\u2019est-ce que vos expériences vous ont appris?Jusqu\u2019ici, le modèle standard des particules élémentaires donnait une masse nulle aux neutrinos.Désormais, nous savons que les neutrinos, au contraire, ont une masse précise et même qu\u2019ils changent d\u2019état pendant qu\u2019ils se déplacent.Ce résultat surprenant revêt une grande importance, car il a plusieurs conséquences.D\u2019abord, les neutrinos influencent la formation des étoiles et des galaxies.Ensuite, les processus en jeu contribuent à l\u2019effondrement des étoiles sur elles-mêmes, c\u2019est-à-dire aux supernovæ.Ces supernovæ créent tous les éléments plus lourds que le fer.Finalement, nous avons maintenant la confirmation de la grande précision de nos calculs décrivant les réactions nucléaires responsables de la puissance solaire.Ces processus physiques sont les mêmes que ceux que l\u2019on compte mettre à profit pour produire la fusion nucléaire sur Terre.Qu\u2019aimeriez-vous encore apprendre sur les neutrinos?Nous allons maintenant tâcher de découvrir les propriétés des neutrinos qui ont provoqué la désintégration et la disparition de l\u2019antimatière, créant ainsi notre univers dominé par la matière.Grâce à l\u2019Observatoire, nous parviendrons peut-être un jour à déterminer la masse absolue des neutrinos.Et puis, nous souhaitons accroître nos connaissances sur la radioactivité et les flux de chaleur de notre Terre, ainsi que sur notre Soleil.Ce sont là des questions fascinantes! Elles me motivent à rester actif dans ce domaine de recherche.Propos recueillis par Jean-Marc Fleury LES?SCANS?DU?PHARAON Les chercheurs de trois grandes institutions \u2013 l\u2019Université Laval, à Québec, l\u2019université Nagoya, au Japon, et l\u2019université du Caire en Égypte \u2013 joindront leurs efforts pour tenter de percer, enfin, le mystère de la Grande Pyramide.On pense qu\u2019il existe une antichambre, encore jamais mise au jour, dans le monument funéraire du pharaon Khéops.Annoncé en octobre dernier, ce projet permettra de faire une lecture à l\u2019infrarouge afin d\u2019établir une carte thermique.[Québec Science a déjà fait état de cette technologie dans son numéro de juin 2011.] Des ondes de très basse fréquence seront émises vers la pyramide; lorsqu\u2019elles rencontreront une interface pierre-air, qui révélera la présence d\u2019une cavité dans la structure, elles rebondiront et reviendront à la surface, offrant ainsi une lecture de l\u2019intérieur du monument.Cela permettrait aussi de comprendre comment cette merveille du monde a pu être édifiée, à une époque où on ne connaissait ni la roue de transport ni le levier hydraulique.Depuis des décennies, égyptologues et archéologues de tout acabit se demandent en effet comment les Égyptiens ont pu superposer 2,5 millions de blocs, dont des dalles de granit de 63 tonnes élevées à 60 m.Trois autres ensembles de monuments égyptiens, tous datés de près de 4 500 ans, seront scrutés de la sorte.B E R N A R D C L A R K / Q U E E N ' S U N I V E R S I T Y ) E N R E V U E LE?RETOUR DE?LA MORUE Notre morue prend du mieux.Si, dans les années 1990, on recensait quelque 10 000 tonnes de morue dans la partie du golfe du Saint-Laurent qui va de la Côte-Nord à Terre-Neuve, on en compte maintenant 200 000 tonnes.Cette mesure a été établie à partir de relevés acoustiques réalisés par l\u2019Université Memorial de Terre- Neuve.Bien que ce ne soit pas suffisant pour relancer la pêche commerciale \u2013 il en faudrait au moins 600 000 tonnes \u2013, ça pourrait devenir possible dans une dizaine d\u2019années\u2026 si la tendance se maintient.Bonne nouvelle?Les pêcheurs qui sont soumis à un moratoire depuis maintenant 23 ans pourraient l\u2019espérer.Mais il faut cependant savoir que deux populations distinctes de morue fréquentent le Golfe.Les données obtenues concernent la population du nord.Les morues concentrées autour de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine ne font plus depuis 2009 l\u2019objet d\u2019évaluation par Pêches et Océans.Cela rend les pronostics plus incertains dans cette région.De plus, les chercheurs estiment que la mortalité y est plus élevée, compte tenu des prédateurs comme les flétans et les phoques.?QS 52 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 LES DÉCOUVERTES DANS LE MONDE Une si petite planète! Pourtant, elle a révélé beaucoup de choses depuis que la sonde New Horizons, en juillet dernier, lui a rendu visite.La revue Science a récemment fait état des premiers résultats d\u2019observation.Du bonbon pour les astronomes ! Classée comme planète naine (son diamètre est moins important que celui de la Lune) au même titre que Cérès et Éris, la lointaine et froide Pluton a souvent été considérée comme géologiquement morte.On vient cependant de découvrir qu\u2019elle est, en réalité, très jeune (quelques centaines de millions d\u2019années) et elle comporte nombre de montagnes et de vallées, mais peu de cratères météoritiques.Elle possède une atmosphère (très faible, cependant) et abrite de l\u2019eau sous forme de glace.La sonde, qui a réalisé un voyage de 6,4 milliards de kilomètres avant de pouvoir s\u2019approcher du petit astre, poursuit maintenant son périple à l\u2019intérieur de la ceinture de Kuiper, ce gigantesque anneau qui entoure le Système solaire et contiendrait près de 70 000 astres de plus de 100 km de diamètre.Ce serait là le berceau des comètes qui gravitent autour du Soleil.L\u2019ANNÉE?PLUTON N A S A / J H U A P L / S W R I E N R E V U E parcsquebec.com | 1 800 665-6527 CET ÉTÉ, VOYAGEZ JUSQU'AUX ORIGINES! PARCS QUÉBEC L\u2019UNIVERS LA VIE NOS ANCÊTRES VOTEZ POUR LE PRIX DU PUBLIC QUÉBEC SCIENCE DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2015 En collaboration avec Canal Savoir L\u2019équipe des chercheurs dont la découverte aura obtenu le plus grand nombre de voix recevra le « Prix du Public Québec Science Découverte de l\u2019année 2015 », en collaboration avec Canal Savoir.Pour participer et consulter le règlement du concours, allez au www.quebecscience.qc.ca/decouverte2015.Le vote prend fin le 18 février 2016.Dès le 12 janvier à 20 h, Canal Savoir diffusera une émission consacrée aux 10 découvertes de l\u2019année 2015.VOTEZ SUR www.quebecscience.qc.ca/decouverte2015 Courez la chance de gagner un forfait estival De la Terre aux étoiles au Parc national du Mont-Mégantic pour une famille ?2 nuits en chalet EXP ?1 visite de l\u2019ASTROLab et de l'Observatoire de jour ?1 soirée d\u2019astronomie à l'ASTROLab ?1 accès aux 60 km de sentiers Valeur de 450 $ 10 DÉCOUVERTES LES DE L\u2019ANNÉE Notre jury d\u2019experts a sélectionné 10 percées scientifiques exceptionnelles issues des universités et des laboratoires du Québec.À votre tour de vous faire entendre. Matières à lire REMUE-MÉNINGES! Les lecteurs anglophones le connaissent grâce à son blogue, whatif.xkcd.com.Les francophones peuvent enfin le découvrir grâce à son livre traduit de l\u2019anglais.L\u2019auteur, un physicien assez rigolo, suggère une série de questions que nous ne nous sommes jamais posées.Tout pour nous embêter?Non, tout pour susciter notre curiosité! «Combien de temps pourriez-vous nager dans une piscine remplie de déchets nucléaires?» «Si tous les habitants de la planète restaient à l\u2019écart les uns des autres pendant deux ou trois semaines, est-ce que ça éliminerait définitivement le rhume?» «Si nous appelons un numéro de téléphone au hasard et disons \u201cÀ vos souhaits\u201d, quelles sont les chances que la personne qui répond vienne d\u2019éternuer?» Les questions ne sont pas banales; les réponses, encore moins.Un plaisir de lecture aussi, admettons-le.Et si.?, Randall Munroe, Flammarion, 2015, 320 p.LE BON EXEMPLE EST DANS LA NATURE La nature permet d\u2019effectuer les plus fantastiques transferts technologiques.Léonard de Vinci en a fait la démonstration, il y a longtemps.Mais le sujet reste inépuisable.Samare, chauve-souris, moules, éléphants ou baudroies ont encore de quoi inspirer les ingénieurs et les écologistes, disent la pédagogue Andrée Mathieu et la biologiste Moana Lebel.Selon ces chercheuses, de nombreux problèmes environnementaux peuvent être corrigés si on sait observer et imiter la nature.L\u2019ouvrage qu\u2019elles nous proposent est une initiation au concept de biomimétisme.L\u2019art d\u2019imiter la nature, le biomimétisme, Andrée Mathieu et Moana Lebel, Éditions MultiMondes, 2015, 120 p.CECI N\u2019EST PAS UN PIPELINE Voilà un sujet vers lequel convergent des enjeux scientifiques, techniques et politiques: le transport du pétrole.Le réalisateur Olivier D.Asselin a suivi pendant près de trois ans des militants et des militantes: Alyssa Symons- Bélanger, une jeune activiste sociale pleine d\u2019originalité; André Bélisle, un vétéran de l\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique; Mikael Rioux, un kayakiste qui a déjà à son actif le sauvetage de la rivière des Trois Pistoles; et enfin Daniel Breton qui a été très brièvement ministre de l\u2019Environnement.Chacun à sa façon bataille pour sortir le Québec du pétrole.Mais, en filigrane, on peut se demander jusqu\u2019où peut aller le militantisme.Est-ce que le politicien bénéficie de plus de marge de manœuvre que l\u2019activiste?Est-ce que les citoyens ont encore leur mot à dire dans les choix énergétiques?Vrai, les bélugas étaient menacés par la mise en service du port pétrolier à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent; vrai, ils le sont toujours par le passage des superpétroliers.Mais encore?Le film ne nous en apprend pas beaucoup sur les raisons de dire non au pétrole et aux oléoducs.Pipeline, pouvoir et démocratie, Olivier D.Asselin, Office national du film, 2015, 88 minutes.Par Joël Leblanc Par Raymond Lemieux Sur la toile Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 55 VOUS MOUILLEREZ-VOUS?La température de la planète augmentant, les glaciers vont fondre et l\u2019océan va se dilater un peu.Résultat, le niveau de la mer va s\u2019élever.De combien?Cela dépendra de l\u2019amplitude du réchauffement.Le troisième rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) annonçait une possibilité de 77 cm d\u2019ici 2100.D\u2019autres sources, plus alarmistes, parlent d\u2019une hausse de plusieurs mètres.Vous retrouverez-vous les pieds dans l\u2019eau?La carte interactive Flood Map, qui permet de jouer avec le niveau moyen des océans et de voir ce qu\u2019il advient des marges continentales, vous le dira.Fondée sur des données de la NASA, l\u2019application montre qu\u2019il suffit de 1 m d\u2019élévation pour faire disparaître une bonne partie des Pays-Bas et que, à 5 m, la Nouvelle-Orléans et Shanghai écopent sérieusement.À 20 m d\u2019élévation du niveau de la mer, la Haute-Ville de Québec devient une île.À 50 m, le sommet du mont Royal est tout ce qu\u2019il reste de l\u2019île de Montréal.Et la Terre qu\u2019on laissera à nos enfants sera d\u2019autant rétrécie.http ://flood.firetree.net VERTIGINEUX.Les médias sociaux sont une bulle en expansion.Les Facebook, YouTube, Instagram et autres grands portails du Web 2.0 engrangent en continu les nouveaux profils d\u2019utilisateurs, les photos, les commentaires, les gazouillis, etc.Toutes ces données gonflent le Web à un rythme inimaginable.Une infographie (voir l\u2019adresse ci-dessous) créée par le distributeur de coupons-rabais numériques Coupofy, montre en temps réel les nouvelles données qui s\u2019accumulent sur les grands réseaux sociaux.Si Facebook est le champion incontesté du nombre d\u2019utilisateurs, Google+, son concurrent, en recrute à un taux plus élevé (6 contre 13 par seconde).Sur YouTube, c\u2019est 167 millions de vidéos qui sont visionnées chaque heure.Et la chanteuse Katy Perry voit un nouveau fan s\u2019ajouter à son compte Twitter toutes les deux secondes.Ces informations, et bien d\u2019autres, qui évoluent sur l\u2019écran donnent le vertige.Elles sont le résultat de la compilation de plusieurs sites, dont les sources officielles des réseaux sociaux.On s\u2019y sent bien petit, avec notre commentaire Facebook toutes les trois semaines.www.coupofy.com/social-media-in-realtime/ + 30 mètres CINÉMA 56 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P À lire dans notre prochaine édition PSYCHOLOGIE L\u2019anxiété: comment cesser de s\u2019en faire Face à l\u2019incertitude, ils ne peuvent s\u2019empêcher d\u2019appréhender le pire.Aussi les anxieux sont-ils toujours sur le qui-vive.Cette hyper-vigilance les épuise.Leur corps surréagit : de la transpiration à l\u2019hyperventilation jusqu\u2019aux symptômes de maladie cardiaque, autant de raisons de s\u2019inquiéter davantage.Mais d\u2019où vient donc l\u2019anxiété?Est-elle dangereuse?Est-ce une maladie?Se guérit-elle ou du moins se maîtrise-t-elle?PHARMACOLOGIE Le sirop d\u2019érable peut-il nous soigner ?Des comprimés de sirop d\u2019érable pourraient-ils s\u2019ajouter à la pharmacopée?De récentes recherches ont permis de révéler la composition moléculaire de notre traditionnel sirop d\u2019érable.Surprise! il présente de réelles vertus médicinales.TECHNOLOGIE Attention : robots intelligents! L\u2019introduction de l\u2019intelligence artificielle dans notre quotidien a bouleversé notre monde en un rien de temps.Et ce n\u2019est pas terminé : l\u2019avènement d\u2019une génération de robots capables de simuler des émotions marquera un autre tournant dans les progrès informatiques.Cet androïde ultra intelligent pourrait-il cependant se transformer en menace pour le genre humain?Faut- il adopter dès maintenant un moratoire sur la recherche en intelligence artificielle?AUSSI : LES CHRONIQUES DE NORMAND BAILLARGEON, SERGE BOUCHARD, JEAN-FRANÇOIS CLICHE ET JEAN-PIERRE ROGEL Janvier ~ Février 2016 | Québec Science 57 n touche ici à ce qui est sans doute l\u2019une des plus grandes révélations scientifiques du dernier demi-siècle.On avait toujours pensé que les bactéries étaient des vecteurs de maladies ou, du moins dans le meilleur des cas, qu\u2019elles étaient simplement neutres.On sait maintenant qu\u2019elles peuvent s\u2019avérer tout à fait bénéfiques, à tel point que nous en avons besoin pour vivre.Non seulement sont-elles essentielles à notre digestion \u2013 celles qui vivent dans notre intestin sécrètent des enzymes que nous n\u2019aurions pas autrement \u2013, mais il semble à peu près acquis que l\u2019exposition à divers micro-organismes en début de vie est nécessaire pour que le système immunitaire se développe bien.On soupçonne d\u2019ailleurs fortement que l\u2019épidémie de maladies auto-immunes comme l\u2019asthme et les allergies, en nette croissance dans les sociétés occidentales depuis quelques décennies, y prend son origine, au moins en partie.Nos milieux de vie sont tellement propres, tellement aseptisés, que les systèmes immunitaires de nos enfants seraient insuffisamment stimulés, ne trouvant pas assez de microbes auxquels se frotter pour se renforcer convenablement.Mais il y a plus que les bactéries que l\u2019on «oublie» de laisser traîner sur nos comptoirs.Celles qui logent dans notre intestin jouent aussi un rôle dans la maturation du système immunitaire, et ce, dès nos premiers instants.Lors de l\u2019accouchement, la mère transmet en effet une partie de sa flore bactérienne à son enfant.Mais les bébés qui naissent par césarienne, eux, ne passent pas par le tract vaginal (et sa flore bactérienne); aussi leur flore intestinale est-elle par la suite plus pauvre que celle des autres.Ils courent d\u2019ailleurs un risque environ 20%plus grand de souffrir d\u2019asthme et d\u2019autres affections du genre.Cependant, cela ne signifie pas qu\u2019une mère née par césarienne n\u2019a pas un microbiote complet à transmettre à ses enfants.«Il n\u2019y a pas de doute que l\u2019accouchement vaginal est toujours recommandé, même chez les femmes nées par césarienne.De toute manière, en préparation à l\u2019accouchement, des changements dans la flore vaginale et intestinale se produisent chez toutes les femmes au cours de leur grossesse», a commenté, lors d\u2019un échange de courriels, la chercheuse Anita L.Kozyr- skyj, de l\u2019université de l\u2019Alberta, qui étudie le microbiote des bébés depuis des années.L\u2019une de ses études, parue cette année, a démontré que l\u2019effet de la césarienne sur la flore intestinale s\u2019estompe assez rapidement avec le temps.En séquençant l\u2019ADN bactérien dans les selles de près de 200 poupons, la chercheuse a trouvé que les différences entre les naissances naturelles et les césariennes, évidentes à trois mois, s\u2019effacent presque entièrement avant l\u2019âge de un an, surtout chez les nourrissons allaités.Mme Kozyrskyj n\u2019a pas connaissance d\u2019études qui compareraient la transmission du microbiote sur plusieurs générations.Mais ses résultats suggèrent que, à l\u2019âge adulte, les femmes nées par césarienne ont malgré tout un bon «héritage» microbien à transmettre à leurs rejetons.?QS Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre ! Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Microbes en héritage «J\u2019ai appris beaucoup de choses, dernièrement, sur le microbiote [NDLR: L\u2019ensemble des microbes qui habitent le corps humain où ils jouent divers rôles].Entre autres, que l\u2019accouchement par césarienne réduit sa diversité chez le bébé, nuisant ainsi au développement de son système immunitaire.Justement, mon frère, ma sœur et moi sommes nés de cette façon; et nous souffrons d\u2019allergies, d\u2019asthme, d\u2019eczéma et de vitiligo.Mes deux fils sont nés par césarienne.Alors, si je leur avais donné naissance par voie naturelle, auraient-ils bénéficié des mêmes avantages que les enfants issus d\u2019une mère née naturellement, même si mon microbiote est incomplet?» demande Olivia Pelka.O H A R V I N D E R S I N G H / S P L 58 Québec Science | Janvier ~ Février 2016 L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard Permettez-moi de revenir à Montréal.En particulier au nord de ce qui est devenu la rue Sherbrooke Ouest, entre Atwater et la rue du Fort, où il y avait jadis un village amérindien.Plus de 25 familles occupaient l\u2019endroit en permanence, certaines avaient même construit de petites maisons.Vers 1684, les Sulpiciens firent ériger sur les lieux un fort avec de belles tours aux quatre coins, refuge éventuel en cas d\u2019attaques iroquoises.On parlera alors de la Mission de la Montagne, aussi appelée Fort des Messieurs de Saint-Sulpice.Disons que ces Messieurs avaient de grandes urgences évangéliques.Il faut savoir que l\u2019île de Montréal en son entièreté était devenue sulpicienne en 1663, elle appartenait au siège de la communauté à Paris.Remarquez que, de la même manière, l\u2019île Jésus appartenait en propre à Monseigneur Laval.Nous baignons ici dans le religieux, le bien foncier, le vœu de pauvreté.Selon les saintes statistiques de l\u2019époque, on trouvait près de 250 âmes dans ce village de fortune \u2013 des Algonquins kitchesipi - rinis de l\u2019Outaouais, des Iroquois agniers christianisés, des Hu- rons-Ouendats réfugiés et peut-être des gens d\u2019autres nations \u2013, tandis que Montréal naissante, à environ un kilomètre au sud, comptait un peu plus de 1 000 habitants.Les Indiens fréquentaient l\u2019Hôtel-Dieu, ils venaient souvent «en ville», traversant des hectares de forêts virginales, pour faire commerce.En retour, les Montréalais se rendaient au village de la Montagne pour la foi du bon Dieu et pour la cause du Diable.Les coureurs des bois y cherchaient l\u2019aventure auprès des femmes d\u2019adon, les malfaisants y vendaient de l\u2019eau-de-vie, les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame tentaient d\u2019éduquer les jeunes filles pour les éloigner du mal et des coureurs des bois, les autorités religieuses suppliaient le gouverneur d\u2019interdire le trafic d\u2019alcool, bref il s\u2019en brassait, des affaires, sous les chênes et les pins.Les temps étaient difficiles; les maladies, les guérillas, les installations françaises, le désespoir des réfugiés, l\u2019immense pouvoir des missionnaires, l\u2019alcool, tout participait à l\u2019effondrement des mondes autochtones.Comme il arrive souvent lorsque l\u2019anxiété collective atteint des niveaux insupportables, des shamans apparurent qui témoignaient de leurs visions.Elles étaient apocalyp - tiques, ces visions, et les Indiens du village en furent terrorisés.Virent-ils apparaître la femme cannibale des mythes iroquoiens ou surgir le Ouindigo, lui aussi cannibale, des Algonquiens?Quoi qu\u2019il en soit, on se mit à danser jusqu\u2019à la transe, à jeûner et à se recueillir, à chanter, à multiplier les sueries et à fumer pour contrer ce mal universel qui allait détruire les enfants, les ancêtres, la forêt, les animaux; un mal qui allait contaminer l\u2019eau, empoisonner l\u2019air, obscurcir le soleil, bref changer le temps, la température et le climat.Bien sûr, ce grand dérangement spirituel vint aux oreilles des chrétiens de Montréal, qui s\u2019en affolèrent à leur tour.Le diagnostic fut vite établi : les Indiens de la Montagne étaient possédés.À Paris, le supérieur des Sulpiciens dépêcha un missionnaire exorciste dont la responsabilité consista autant à chasser ces démons qu\u2019à faire le silence autour du scandale.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce contexte que le Fort des Messieurs, ces seigneurs de l\u2019île, fut construit.Cependant, rien n\u2019empêcha le Diable de mettre le feu dans la cabane.Une conflagration emporta le village des Indiens en 1694.Doit-on accuser les forces du mal ou plutôt les exorcistes qui nettoyèrent la place?Cette chasse aux sorciers, sur laquelle les archives officielles gardèrent un silence qui confina au secret, fut très intense.Tous se mirent d\u2019accord pour abandonner ces lieux maudits.Les Indiens se réfugièrent par petits groupes au Sault-au-Récollet, sur les rives de la Rivière- des-Prairies, à Ahuntsic, où les Sulpiciens construisirent un nouveau bâtiment, le fort Lorette.Une vingtaine d\u2019années plus tard, les prêtres firent en sorte que les Indiens évacuent l\u2019île de Montréal une fois pour toutes.Ils les déplacèrent à Oka, où ils fondèrent la mission du Lac-des-Deux-Montagnes.Le temps passa.Les Algonquins oueskarinis de l\u2019île Jésus se firent canadiens, catholiques, francophones, et se fondirent littéralement dans la population, changeant leur nom, s\u2019habillant comme des cultivateurs, le dimanche.Leurs terrains de chasse devinrent de bonnes terres appelés Terrebonne, les chasseurs durent choisir entre la fuite vers les pays plus haut ou l\u2019oubli de tout ce qu\u2019ils avaient été.Sur la rue Sherbrooke Ouest, à l\u2019angle de la rue du Fort, il reste deux tours, les derniers vestiges du Fort de ces Messieurs.Une révolution toponymique tourne dans ma tête : et si Montréal avait un boulevard des Algonquins, une avenue des Iroquois, une place des Sorciers, une impasse Kitchesipirini, une rue de l\u2019Eau-de-Feu ?QS J E A N G A G N O N Le diable est dans la cabane Rouyn-Noranda Gatineau Rimouski Saguenay Trois-Rivières Montréal Québec www.uquebec.ca » 208 millions de dollars en subventions et contrats de recherche » 472 groupes et laboratoires de recherche, dont 196 chaires de recherche Un réseau de 10 établissements universitaires tournés &,$ & & & / & Université du Québec à Montréal Université du Québec à Trois-Rivières Université du Québec à Chicoutimi Université du Québec à Rimouski Université du Québec en Outaouais Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue École de technologie supérieure Télé-université Mardi 9 février 2016 15 h à 20 h "]
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