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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril-Mai 2016, Vol. 54, No. 7
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2016, Collections de BAnQ.

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[" quEbEc SciEncE Avril-Mai 2016 QUEBECSCIENCE.QC.CA 6,45$ M E S S A G E R I E D Y N A M I Q U E 1 0 6 8 2 PP 40065387 L\u2019AMOUR.COUPLE?SOMMES-NOUS FAITS POUR VIVRE EN AÉRONAUTIQUE VOLER VERT CARIES À LA RACINE DU MAL ASTRONOMIE ONDES DE CHOC EMBALLEZ LA SCIENCE ! Même nos vêtements deviennent intelligents CURIEUX BOUCAR ENTREVUE Boréal www.editionsboreal.qc.ca Traduit de l\u2019anglais par Hervé Juste L\u2019homme est un singe (pas) comme les autres Bernard Chapais signe un livre révolutionnaire qui fait dialoguer anthropologie et primatologie.368 pages \u2022 29,95 $ \u2022 PDF et ePub : 21,99 $ « Bernard Chapais propose un récit neuf et stimulant des origines des hominidés.Sa thèse nous oblige à réfléchir très attentivement sur ce qui fait que les humains sont si différents des autres primates.» Monique Borgerhoff Mulder, Nature « Le livre est érudit, redessine les frontières entre de ombreuses disciplines et ouvre des perspectives nouvelles.» Normand Baillargeon, Les Libraires quEbEc SciEncE AVRIL-MAI 2016 ENTREVUE AVEC BOUCAR DIOUF 6 EMBALLEZ LA SCIENCE! « À partir du moment où on dit : \u201cAsseyez- vous, je vais vous raconter une histoire\u201d, les gens sont disponibles.Leur cerveau est \u201csarclé\u201d, il est prêt à recevoir.» Propos recueillis par Chantal Srivastava ASTRONOMIE 10 EINSTEIN AVAIT ENCORE RAISON La détection des ondes gravitationnelles ouvre la voie à une toute nouvelle façon de découvrir l\u2019Univers.Par Mélissa Guillemette BIOLOGIE 14 PARESSEUSE COMME UNE FOURMI Des travailleuses infatigables, les fourmis?Pourtant, la moitié d\u2019entre elles se tournent les pattes et sont de vraies fainéantes.Par Mélissa Guillemette ACTUALITÉS 12 Normand Baillargeon C\u2019est pour demain ! (Ou peut-être pas\u2026) 18 Jean-Pierre Rogel L\u2019intelligence de la pieuvre 49 Jean-François Cliche Le «man cave» de Kim Jong-un 50 Serge Bouchard Nous sommes de belles machines SANTÉ 34 Caries: les racines du mal Depuis la nuit des temps, les caries nous pourrissent les incisives, canines et molaires! Pourquoi?Comment?La réponse vient des archéologues.Par Marie Lambert-Chan AÉRONAUTIQUE 38 Voler vers le futur La bataille contre le CO2 est engagée dans l\u2019industrie de l\u2019aérospatiale, qui s\u2019est résolue à réduire ses émissions polluantes de moitié d\u2019ici 2050.Et l\u2019initiative va métamorphoser les avions.Par Guillaume Roy RUBRIQUES CHRONIQUES En couverture 20 Sommes-nous faits pour être en couple?Qu\u2019est-ce que l\u2019amour?Chimère hollywoodienne?Pulsion primaire?Le couple prend-il racine dans notre imaginaire, notre culture, nos hormones, nos émotions ou nos gènes?Par Kenza Bennis 4 BILLET La science contre le mal Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 45 À LIRE AU CENTRE HAUTE COUTURE 28 L\u2019intelligence prête-à-porter On réussit à confectionner des vêtements tissés de coton et de composantes électroniques, mais leur mise en marché est difficile.Par Maxime Bilodeau P A G E C O U V E R T U R E : K A T E J A C O B S / S P L - J U L I E D U R O C H E R - S H E R M I N E S A W A L H A SANTÉ Un système dans la tourmente Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec. aris, New York, Ouagadougou, Tunis, Bagdad, Istanbul.Les mercenaires de l\u2019invisible et de la lâcheté frappent partout, n\u2019impor - te quand, sans avertissement.Certes, c\u2019est Alfred Nobel qui a inventé la dynamite, Mikhaïl Kalachnikov qui a développé le redoutable fusil d\u2019assaut et de véreux chimistes qui ont mis au point le Captagon, une drogue adoptée par les combattants fous en Syrie.La science serait complice des forces du mal?Peut-être.Mais ce pourrait aussi être le contraire.Forte de l\u2019espoir qu\u2019elle porte, cohérente par la compréhension du monde qu\u2019elle offre, la science peut mener une bataille contre la culture du mal.C\u2019est ce que pensent plusieurs chercheurs français, choqués par les attentats de Paris, en novembre dernier, qui se sont engagés dans une association appelée Les étoiles brillent pour tous, dont Hubert Reeves est le parrain.Ces scientifiques ont compris que, si les prêches obscurantistes des recruteurs de chair à canon ont trouvé un terreau fertile, c\u2019est bien dans le désert de l\u2019ignorance et dans les milieux où se concentrent les exclus de la société civile.C\u2019est à la rencontre de ces «publics empêchés» qu\u2019ils se portent.«Nous leur permettons de s\u2019extraire de leur milieu, de rompre leur solitude, d\u2019ouvrir leurs esprits et surtout de réfléchir et de rêver en exacerbant leur curiosité; ils prennent conscience qu\u2019il existe un monde, voire un univers, au-delà des quatre murs de leur cellule, de leur chambre ou de leur cité.C\u2019est enfin l\u2019opportunité, en discutant de grands sujets sociétaux actuels, comme l\u2019évolution du climat, de leur rappeler leur rôle de citoyens dans une cité qui souvent les abandonne, les stigmatise, les marginalise, ou les renie», écrivent les astro- physiciens Didier Barret, Bernard Dupré, Thierry Contini, membres de l\u2019Association, dans un manifeste récemment paru dans le magazine Ciel et espace.«Une société qui exclut et stigmatise ne peut conduire qu\u2019à la montée des extrémismes et, dans les pires cas, à la violence et au terrorisme.Permettre à tous, en particulier aux plus vulnérables d\u2019entre nous, d\u2019accéder à l\u2019éducation et à la culture scientifique doit être une absolue priorité d\u2019une démocratie en danger», poursuivent-ils.On comprend aussi que la culture scientifique, ça ne sert pas qu\u2019à former une relève utile au marché du travail et à faire rouler l\u2019économie.«Lutter contre les formes d\u2019exclusion en rendant la culture scientifique accessible à tous par des initiatives de terrain, au plus près des exclus, c\u2019est promouvoir l\u2019égalité et contribuer à plus de justice dans notre société», disent les chercheurs.L\u2019initiative de l\u2019association Les étoiles brillent pour tous n\u2019est pas sans rappeler l\u2019extraordinaire travail abattu depuis 1990 par les Souverains anonymes, une émission radiophonique devenue une production web télé réalisée à partir de la prison de Bordeaux, à Montréal.Des scientifiques connus comme l\u2019éthicien René Villemure, le toxicologue Jacques Mabit, l\u2019astrophysicien Hubert Reeves, ou les regrettés Bernard Arcand, l\u2019anthropologue, et Albert Jacquard, le généticien, y ont déjà contribué.Efficace?«La qualité d\u2019écoute et d\u2019é - chan ge que nous rencontrons devant les publics empêchés est très souvent supérieure à celle des publics ordinaires», témoignent les instigateurs de l\u2019Association.Incroyable force d\u2019inspiration, d\u2019éducation et \u2013 pourquoi pas?\u2013 de réinsertion sociale, la science a tout ce qu\u2019il faut pour ouvrir les esprits et les horizons.Peut-être faudrait-il songer à octroyer un prix Nobel de la paix à tous ceux et celles qui contribuent à l\u2019extraordinaire aventure de la communication scientifique.N\u2019est-ce pas, Alfred?QS 4 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 La science contre le mal Peut-on opposer la puissance des pulsars, l\u2019incroyable épopée d\u2019Homo sapiens et les impérieux défis écologiques aux idées obscurantistes du terrorisme?P Billet Par Raymond Lemieux Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Kenza Bennis, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Marie Lambert-Chan, Jean-Pierre Rogel, Guillaume Roy et Chantal Srivastava Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Frefon, Julie Durocher, Caroline Hayeur, Hugo Lacroix, Jean-François Leblanc, Donald Robitaille, Marc Robitaille Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Parution : Mars 2016 (529e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE AVRIL-MAI 2016 VOLUME 54, NUMÉRO 7 SERVICE AUX ABONNÉS Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certifié FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. Recyclage intelligent Danielle Coutu est abonnée depuis très longtemps à Québec Science.Elle a ainsi accumulé des dizaines de numéros.«Je ne voulais pas les jeter, car j\u2019estime le contenu trop valable.J\u2019ai communiqué avec une école secondaire qui les a acceptés après avoir consulté le professeur de sciences qui va les utiliser dans son cours.N\u2019est-ce pas génial ?» Elle salue aussi notre concours des Découvertes de l\u2019année : «Il contribue à l\u2019éducation de tous en science.» Grand merci ! Piqûre «Depuis quand, en science, y a-t-il des questions \u201cqui ne devraient pas être posées?\u201d» demande Hildegund Janzing, en faisant référence à notre entrevue publiée dans le numéro de janvier-février 2016 («Un vaccin contre l\u2019ob - scurantisme»).«Se peut-il que le mouvement mené contre les vaccins soit justement nourri par l\u2019attitude arrogante \u2013 sinon obscurantiste! \u2013 de l\u2019industrie pharmaceutique et de ses collaborateurs?Pour pouvoir départager le vrai du faux, le mythe de la science, ainsi que l\u2019émotif du rationnel \u2013 et afin de permettre des choix éclairés \u2013, un débat ouvert est indispensable dans tous les domaines.Si les questions concernant les risques des vaccins sont invariablement reçues avec condescendance (parce qu\u2019elles \u201cne devraient pas être posées\u201d), cela ne nourrit certainement pas la confiance envers notre corps médical ni nos chercheurs.Par ailleurs, si tous les pays n\u2019appliquent pas la même politique en termes de vaccination (vaccins prescrits, nombre de rappels, âge recommandé, etc.), c\u2019est bien parce qu\u2019il y a des questions à poser et que,mêmedevant les faits scientifiques, tous les experts et décideurs n\u2019y répondent pas de la même façon.» Trop positif, Québec Science?«Dans sa chronique, Normand Baillar- geon nous informe que \u201cune [\u2026] carence [des revues scientifiques sérieuses] est cette tendance à publier des résultats positifs\u201d» («Malaise en psycho», janvier-février 2016), remarque Yves Panneton.Il continue en disant: «Le travail réalisé par Brian Nosek offre en somme une occasion précieuse de nous interroger sur les effets, pas toujours bénéfiques, de cette course à la publication qu\u2019entretient désormais un certain contexte organisationnel et financier dans lequel se déroulent typiquement les activités de recherche scientifique.Son article n\u2019est-il pas, en soi, une invitation pour Québec Science de se démarquer en présentant, de temps à autre, des articles sur des projets scientifiques dont l\u2019échec ouvre les portes sur une connaissance tout aussi valable que ceux qui présentent des résultats positifs?» Un défi?Plus que Dieu «La religion embrasse plus qu\u2019une simple notion de Dieu», affirme Marius Morin qui réagit à l\u2019entrevue accordée par l\u2019historien Yves Gingras («Dieu et la science, irréconciliables !», mars 2016).«Cette vision est très réductrice, malheureusement.La science pointe vers un réel non matériel et non physique.Soyons ouverts et moins dogmatiques!» Foie de pharmacien L\u2019article sur le foie (décembre 2015) a laissé Jean B.Couvrette quelque peu perplexe.Surtout l\u2019entrevue menée auprès d\u2019Olivier Bernard, alias le «Pharmachien», qui critique les cures antitoxines à base de produits naturels.«Ce pharmacien suggère aux gens atteints de maladies du foie de s\u2019abstenir de consommer des plantes parce qu\u2019on ne connaît pas les effets qu\u2019elles pourraient avoir.Et la combinaison de médicaments?N\u2019est-ce pas tout aussi dangereux?C\u2019est quand même étrange qu\u2019il n\u2019en parle pas, parce que ces mauvaises combinaisonsmédicamenteuses sont plus néfastes pour la santé que de manger deux ou trois plantes\u2026» Précisons qu\u2019Olivier Bernard parle d\u2019her - bes médicinales censées soutenir la fonction hépatique, comme le chardon-Marie ou l\u2019artichaut, et qui peuvent, en réalité, causer du tort à des personnes déjà affectées par des maladies chroniques du foie.Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 5 B E N J A M I N T U R Q U E T Animé par Yanick Villedieu Surveillez notre site web ou notre page Facebook.L\u2019entrée est gratuite.Terrorisme, la guerre sans fin?Le mercredi 20 avril 2016, de 17h30 à 19h, au bistro l\u2019Barouf, 4171, rue Saint-Denis, Montréal Un bar des sciences Radio-Canada/Québec Science organisé en collaboration avec le Consulat général de France à Québec.des sciences Les terroristes sont devenus les nouveaux ennemis des puissances militaires et démocratiques, mais nos connaissances et nos moyens sont-ils à la mesure de ces menaces clandestines?Les nouvelles technologies jouent-elles vraiment un rôle catalyseur dans ce domaine?Doit-on combattre les terroristes ou plutôt lutter contre le terrorisme à sa source?Vous avez des questions qui vous tarabustent?Envoyez-les à notre chroniqueur Jean- François Cliche.(Voir page 49.) Votre découverte de l\u2019année 2015 C\u2019est la découverte de l\u2019équipe de Salma Taktek, regroupant des scientifiques de l\u2019Université Laval, de l\u2019entreprise Premier Tech et de l\u2019Université de Montréal, qui a obtenu la faveur de nos lecteurs et de nos lectrices.Elle remporte donc le titre «Découverte de l\u2019année 2015».Ses travaux portaient sur l\u2019utilisation de nouveaux engrais pour l\u2019agriculture.Le prix sera remis prochainement, à l\u2019Université Laval.Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca 6 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 Les contes ont bercé son enfance au Sénégal où il est né.Aujourd\u2019hui, il raconte la science, sa muse.Et il s\u2019amuse.Tout a commencé alors qu\u2019il enseignait la biochimie à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Ses étudiants l\u2019ont trouvé tellement drôle qu\u2019ils l\u2019ont inscrit aux auditions d\u2019un festival d\u2019humour.De ?l en aiguille, le docteur en océanographie a ?ni par troquer le sarrau pour la plume.Il est devenu humoriste, conteur et animateur.Sur scène, dans les livres, à la radio; partout, la science l\u2019inspire.Rencontre avec un homme tellement polyvalent et éclectique qu\u2019il donne le tournis ! Un conteur-né qui s\u2019inspire de tout ce qui bouge et qui, en plus, vous explique le pourquoi et le comment de ce mouvement.Propos recueillis par Chantal Srivastava À partir du moment où on dit : « Asseyez-vous, je vais vous raconter une histoire », les gens sont disponibles.Leur cerveau est « sarclé », il est prêt à recevoir.Entrevue Qu\u2019est-ce que le conte apporte à la science?Pourquoi passer par lui pour en parler?Parce que le conte entre plus facilement dans le cerveau humain! Je blague, mais j\u2019exagère à peine.C\u2019est probablement parce que, au cours de notre évolution, pendant longtemps \u2013 bien avant d\u2019inventer l\u2019écriture \u2013, nous nous sommes raconté des histoires.C\u2019est aussi parce que les enfants apprennent à partir des contes.Le conte touche les gens.C\u2019est simple: tu mets en scène un personnage, tu ajoutes de la chair autour de l\u2019os et tu l\u2019envoies aux gens.Et puis ça marche! Les religions ont compris ça.Elles racontent tout sous forme de contes.Mais la science exige de la rigueur.C\u2019est compatible avec le charme et la poésie du conte?Oui.Le conte permet d\u2019emballer la science.Ce qu\u2019il y a à l\u2019intérieur est vrai, mais il faut un emballage attirant pour que les gens aient le goût de venir voir.Nous vivons dans une société d\u2019images.Dans mon spectacle Pour une raison X ou Y, sur la physiologie de la reproduction, lorsque je parle aux gens du spermatozoïde, je ne leur parle pas des protéines de ?xation; je vais à l\u2019essentiel pour piquer leur curiosité.Comment le spermatozoïde a-t-il été découvert?Quelles sont ses différentes parties : la tête, la pièce intermédiaire, le ?agelle.Quels sont les mythes qu\u2019on véhicule sur le spermatozoïde?Et ça intéresse tout le monde.On peut aussi, de la même manière, raconter la photosynthèse : dire que les arbres ont leur manière de respirer; raconter comment ils fabriquent toutes ces molécules carbonées qui stockent les nutriments dans leurs racines, leurs tiges et leurs fruits.À partir du moment où on leur dit : «Asseyez-vous, je vais vous raconter une histoire», les gens sont disponibles.Leur cerveau est «sarclé», il est prêt à recevoir.Prêt à recevoir de la science complexe?Vraiment?C\u2019est dif?cile de raconter comment une enzyme se lie à son substrat.Mais c\u2019est possible.Il n\u2019y a pas de limites.Il faut trouver la bonne image.Un de mes professeurs disait tout le temps : «La pédagogie, c\u2019est l\u2019art de dire la même chose de quatre façons différentes.» L\u2019intelligence est plurielle.Quand tu changes ta façon de dire, tu vas chercher d\u2019autres gens qui n\u2019avaient pas compris auparavant.Pour moi, c\u2019est la base.J\u2019ai enseigné la biochimie structurale à l\u2019université : les protéines, les lipides, les hydrates de carbone, la composition des membranes cellulaires, etc.Rapidement, j\u2019ai compris que mes étudiants s\u2019intéressaient davantage à la gestion de la faune et des habitats qu\u2019aux molécules.Alors je les ai raccrochés en utilisant des voies de contournement.J\u2019ai eu l\u2019idée de me servir de la cuisine.J\u2019ai monté le cours complet à partir des aliments, des réactions de Maillard.D\u2019où vient le goût d\u2019un aliment cuit au barbecue?Pourquoi le lait débor- de-t-il quand on le fait bouillir?Autant de Boucar Diouf Emballez la science! Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 7 petits exemples qui permettent de faire comprendre un concept sans assommer avec de la grosse théorie.Diriez-vous que vous avez trouvé comment allumer la ?amme pour que la science puisse en même temps instruire et séduire?À cet égard, j\u2019ai été bien inspiré.Au lycée, au Sénégal, un professeur d\u2019écologie m\u2019a profondément marqué.Il s\u2019appelait Weber.Dans nos villages, on disait que, lorsque les geckos pissaient dans la nourriture, ils nous transmettaient la diarrhée.Un beau jour, en classe, Weber nous a dit: «Ça suf?t! Premièrement, un gecko, ça ne pisse pas.C\u2019est un reptile.Les reptiles n\u2019ont même pas d\u2019organes individualisés pour pisser.Deuxièmement, le gecko n\u2019est pas votre ennemi.C\u2019est plutôt votre ami, car il mange les moustiques dans vos maisons.Et \u2013 vous le savez \u2013 les moustiques peuvent vous transmettre la malaria.» Puis, un jour, il est arrivé en classe avec un gecko.On a trouvé dégueulasse le simple fait qu\u2019il le touche! Il a mis le gecko dans un verre d\u2019eau, il l\u2019a ressorti et il nous a dit : «Maintenant, je vais boire.» On pensait qu\u2019il était fou! Le lendemain, il est revenu et nous a dit : «Vous voyez que je n\u2019ai rien, hein?Absolument rien!» Ça, c\u2019est hot ! Parce qu\u2019il a déboulonné un mythe.Un mythe profondément ancré dans notre culture et qu\u2019on se transmettait de génération en génération.Moi, c\u2019est J U L I E D U R O C H E R «L\u2019intelligence est plurielle.Quand tu changes ta façon de dire, tu vas chercher d\u2019autres gens qui n\u2019avaient pas compris auparavant.» 8 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 ça qui m\u2019intéresse dans la science.Voir les yeux qui brillent et me dire : «Ayoye! ils l\u2019ont \u201cpogné\u201d pour de vrai, là !» Vous avez enseigné la biochimie à l\u2019Université du Québec à Rimouski lorsque vous étiez étudiant au doctorat en océanographie.Pourquoi avez-vous abandonné la recherche scienti?que?Je voulais faire de l\u2019emballage ! Quand j\u2019ai commencé à enseigner, j\u2019ai réalisé que j\u2019adorais ça.L\u2019enseignement, c\u2019est du spectacle; je faisais des capsules d\u2019humour en classe ! En plein cours sur les protéines, je pouvais commencer à parler de cannibalisme; raconter que, puisqu\u2019on mange un bœuf, on pourrait tout aussi bien manger un humain.Au fond, ce sont les mêmes protéines; les mêmes séquences d\u2019acides aminés.Et les étudiants rigolaient! À tel point que le vice-recteur m\u2019a dit un jour : «Boucar, il faut que tu \u201cslaques\u201d un peu l\u2019humour dans tes cours.» Mes étudiants m\u2019ont même inscrit aux auditions du Festival juste pour rire ! Puis j\u2019ai commencé à faire les festivals d\u2019humour.C\u2019est devenu trop dif?cile d\u2019enseigner en même temps.Au fond, je pense que c\u2019est quand on s\u2019approche de ce que l\u2019on est vraiment qu\u2019on réussit à convaincre les gens.Quand on aime la vulgarisation et qu\u2019on aime la scène, il faut faire un spectacle d\u2019humour sur la vulgarisation ! Et il y a des sujets en quantité industrielle.Y a-t-il une démarche pour écrire un conte ou un sketch d\u2019humour, comme il y a une démarche en science?À la base du conte, il y a des personnages.Je dois donc trouver des personnages et faire en sorte que les gens puissent s\u2019y attacher.Dans mon livre Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres, j\u2019ai fait raconter une histoire à un baobab.Des amis m\u2019ont dit que mon baobab ne pouvait pas savoir tout ça.Mais dans un conte, tout est permis.L\u2019important, c\u2019est que les gens soient émus d\u2019entendre le baobab leur dire : «Nous, les vieux arbres, nous sommes là, mais toute la jeunesse est partie.On s\u2019ennuie.Vous savez, la solidarité, c\u2019est important.Même pour les végétaux.» En disant cela, le baobab parle de la symbiose avec les bactéries et les mycorhizes.Si j\u2019avais raconté tout ça moi-même, ça aurait moins marché.Qu\u2019un baobab de 800 ans le raconte, cela fait toute la différence.Si vous aviez à mettre une étiquette sur vos écrits, diriez-vous que c\u2019est de la science, de la culture ou de la culture scienti?que?De la culture scienti?que.L\u2019important, pour moi, c\u2019est de rendre les sujets accessibles.C\u2019est fondamental.C\u2019est aussi \u2013 sinon plus \u2013 important que la recherche en laboratoire.Pouvoir compter sur une base de connaissances scienti?ques, c\u2019est un atout incroyable dans la vie.Il faut se familiariser avec les sciences de l\u2019évolution, savoir d\u2019où l\u2019on est parti.Savoir que, il y a 70000 ans, l\u2019humain était en Afrique.Qu\u2019il y a eu une révolution cognitive.Qu\u2019Homo sapiens s\u2019est ensuite répandu partout sur la planète.Que la sédentarisation s\u2019est faite il y a à peu près 10000 ans.Quelqu\u2019un qui sait ça, c\u2019est dur de lui dire : «Viens! On va aller se faire tuer, car tout a été créé en sept jours par un dieu!» La culture scienti?que est un facteur de «dé-radicalisation».Cela étant dit, connaître n\u2019empêche pas de croire.Il faut croire.Il y a quelque chose chez l\u2019humain que la croyance sécurise.Penser qu\u2019on peut faire ?des religions, c\u2019est une erreur fondamentale.Mais la connaissance permet de relativiser.De ne pas aller se faire Actualités En vente chez votre libraire et sur notre site internet pressespoly.ca Les meilleures ventes des Presses Polytechnique et Universitaires Romandes Le minimum théorique Véritable phénomène d\u2019édition aux États-Unis (40 000 ex.vendus) Comprendre la physique Une référence dans l\u2019enseignement de la physique Traces d\u2019armes à feu, 2e édition Pour une expertise dans le domaine des armes à feu Traité de la matière Livre de science et livre d\u2019art à la fois P H O T O S : J U L I E D U R O C H E R Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 9 exploser en Syrie.De se dire: «OK.On va prendre ça mollo.» C\u2019est pour ça que je pense que la culture scienti?que, la vulgarisation scienti?que, c\u2019est fondamental.Le problème, c\u2019est que, contrairement au conte, la science n\u2019est pas d\u2019emblée charmante! Si la science n\u2019est pas charmante, c\u2019est parce qu\u2019on ne mise pas sur la communication.Mais dans le monde universitaire, si tu veux surtout communiquer, enseigner, faire de la vulgarisation, tu ne seras pas très hot ! Le plus hot, c\u2019est celui qui fait de la recherche et va chercher des subventions.Il y a des exceptions mais, en règle générale, les chercheurs les plus proli?ques sont rarement ceux qui font le plus d\u2019enseignement.Je crois qu\u2019il faudrait une mondialisation des disciplines.La sociologie a quelque chose à apprendre à la biologie et inversement.Je suis en train de lire Sapiens : une brève histoire de l\u2019humanité, de l\u2019historien israélien Yuval Noah Harari.Tout se croise dans ce livre.On va de la physiologie à la domestication du blé, en passant par la disparition des gros animaux quand l\u2019homme est arrivé en Australie il y a 45000 ans.Il est aussi question du rôle de la religion qui a réussi à propulser Homo sapiens en resserrant les liens.Ce livre, c\u2019est à la fois de l\u2019histoire, de la paléontologie et de la physiologie.Tout ce qu\u2019a écrit Richard Dawkins\u2013 Le gène égoïste, Pour en ?nir avec Dieu \u2013, tous ces bouquins de vulgarisation, j\u2019adore.Sur scène et dans les livres, vous avez raconté les bélugas, le baobab, la sexualité et la reproduction.Sur quoi travaillez-vous, en ce moment?J\u2019aimerais faire un spectacle sur le ?euve Saint-Laurent.Revenir à l\u2019eau.J\u2019aimerais aussi écrire sur l\u2019héritage de Samuel de Champlain, mais en m\u2019inspirant des animaux.Si on ramenait aujourd\u2019hui le chef amérindien Donnacona, que Jacques Cartier avait emmené de force en France et qui n\u2019est jamais revenu, qu\u2019est-ce qu\u2019il faudrait lui expliquer ?Que la vache, le mouton, la chèvre, le chat sont arrivés ici en son absence.Même le ver de terre, c\u2019est un immigrant.Les abeilles mellifères aussi.Tout comme le pissenlit.Ces animaux, ces végétaux sont tous venus d\u2019ailleurs.Le retour au bercail de Donnacona servirait de prétexte pour parler de ça, pour faire réaliser aux gens que les Indiens d\u2019Amérique avaient domestiqué la dinde et le lama; et c\u2019est tout.Donc, que nous sommes tous des immigrants, ici ! C\u2019est le genre de thème qui m\u2019inspire.nQS Pour en savoir plus : Sur scène Pour une raison X ou Y, www.boucar-diouf.com En librairie Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres, Éditions La Presse, octobre 2015.Sous l\u2019arbre à palabres, mon grand-père disait., Intouchables, octobre 2013.Le Brunissement des baleines blanches, Intouchables, avril 2011.À la radio La nature selon Boucar Début de la 3e saison, le samedi 14 mai, à 11h.Rediffusion les dimanches à 16 h, Ici Radio-Canada Première.annuairefeep.com/sciences LA PASSION DES SCIENCES, ÇA COMMENCE À L\u2019ÉCOLE ! «C\u2019est quand on s\u2019approche de ce que l\u2019on est vraiment qu\u2019on réussit à convaincre les gens.» Simulation d\u2019une rencontre de deux trous noirs par le projet Ligo L e signal en dents de scie détecté le 14 septembre 2015 ne dure qu\u2019une fraction de seconde.Même pas le temps d\u2019un tic ou d\u2019un tac.Pourtant, il porte assez d\u2019information pour décrire un événement survenu il y a 1,3 milliard d\u2019années dans une autre galaxie.Ce signal, telle une signature, nous informe de la fusion fracassante de deux trous noirs.L\u2019annonce de sa détection, en février dernier, a fait entrer l\u2019astronomie dans une nouvelle ère, après que les scienti?ques eurent étudié le ciel pendant des décennies au moyen des ondes électromagnétiques.«La lumière visible, les ondes radio et les rayons X, ça fait partie d\u2019un même spectre, rappelle Serge Pineault, astrophysicien et professeur à l\u2019Université Laval.Mais les ondes gravitationnelles, c\u2019est complètement différent.» Contrairement à un signal lumineux, qui traverse l\u2019espace-temps, les ondes gravitationnelles déforment cet espace-temps en s\u2019éloignant du site de l\u2019événement qui les a causées.Comme des vagues qui traverseraient l\u2019Univers à la vitesse de la lumière pour nous informer que quelqu\u2019un a fait un plongeon, là-bas, depuis un tremplin! Quand la vague venue des profondeurs de l\u2019espace a traversé la Terre, ce 14 septembre 2015, les deux détecteurs du Ligo (Laser Interferometer Gravitation- nal-Wave Observatory) l\u2019ont perçue.Chacun de ces interféromètres installés aux États-Unis \u2013 l\u2019un dans l\u2019État de Washington, l\u2019autre en Louisiane \u2013 a deux bras de quatre kilomètres de longueur, placés en L.Un faisceau laser les parcourt aller-retour grâce à un jeu de miroirs.Si la lumière des deux bras ne revient pas au même moment au détecteur situé au creux du L, c\u2019est que des ondes gravitationnelles les ont étirés et comprimés lors de leur passage.Des déformations de l\u2019ordre du millième de la taille d\u2019un noyau atomique, et qui n\u2019ont duré 10 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 Actualités Einstein avait encore raison La détection des ondes gravitationnelles ouvre la voie à une toute nouvelle façon de découvrir l\u2019Univers.Après le télescope, l\u2019interféromètre.Par Mélissa Guillemette Représentation de l\u2019espace-temps à deux dimensions.Elle permet de comprendre schématiquement l\u2019effet des masses sur la courbure de l\u2019espace selon la relativité générale.Un astre plus massif (en jaune) déforme davantage l\u2019espace, qu\u2019un astre plus «léger» (en rouge et en orange).Le passage d\u2019ondes gravitationnelles déforme aussi cette grille, L I G O C H R I S T O P H E C A R R E A U / E S A que 0,12 seconde lors de cette première détection! Le signal, qui rappelle un cardiogramme, transmet donc sur écran la subtile déformation des bras des interféromètres.Mais comment de petites oscillations sur un schéma peuvent-elles nous permettre de mieux comprendre l\u2019Univers ?«Le nombre de petites bosses dans le signal, leur rapidité, leur intensité: tout ça, c\u2019est très, très riche en information», explique Julie Hlavacek-Larrondo, professeure adjointe à l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en astrophysique observationnelle des trous noirs.«Par exemple, dans le cas des deux trous noirs, le signal nous indique la masse des objets avant la fusion, leur vitesse de rotation et la masse du nouveau trou noir après la fusion.» Pour déchiffrer ce message de l\u2019Univers, il a suf?d\u2019utiliser les équations de la théorie de la relativité générale qu\u2019Albert Einstein a publiée, il y a 100 ans.Le meilleur est à venir, car le Ligo venait tout juste de commencer à utiliser de nouveaux détecteurs sophistiqués quand les ondes ont été perçues.Les scienti?ques espèrent repérer quelques «événements» du genre chaque année.Ce nouvel outil d\u2019étude de l\u2019espace devrait s\u2019avérer ef?cace, car rien ne brouille les ondes gravitationnelles.Elles traversent tous les objets sur leur passage.Cependant, elles sont faibles et faiblissent encore plus à mesure qu\u2019elles s\u2019éloignent de leur lieu d\u2019origine.Parce que les détecteurs, bien qu\u2019impressionnants par leur précision, seront bien plus performants dans quelques années.On ne peut même pas imaginer ce qui s\u2019en vient, estime Serge Pineault: «Quand Galilée a pointé sa première lunette astronomique vers le ciel, il ne pouvait pas se douter qu\u2019on fabriquerait un jour des télescopes de 30m!» Il faudra cependant plus d\u2019interféromètres comme ceux du Ligo.Il existe présentement un seul autre interféromètre dans le monde, le Geo600 en Allemagne, beaucoup plus petit avec ses bras de 600m.«Les interféromètres du Ligo ne peuvent pas localiser l\u2019événement ayant causé les ondes gravitationnelles.Ils donnent une idée de la région de l\u2019espace où la fusion s\u2019est produite, mais ça couvre une trop grande partie du ciel.À mesure qu\u2019il y aura plus d\u2019interféromètres, la détection va s\u2019améliorer.» On attend donc avec impatience la mise en marche de Virgo, en Italie, prévue cet automne, tandis que l\u2019interféromètre Kavra est en construction au Japon et fera ses premières observations en 2018.L\u2019Inde souhaite également se doter d\u2019un tel instrument.Ces installations pourront travailler sur des fréquences différentes, pour détecter d\u2019autres types d\u2019événements.De plus, un premier interféromètre devrait être positionné en orbite à partir de 2034, le eLISA (Evolved Laser Inter- ferometer Space Antenna), de l\u2019Agence spatiale européenne.Il aura l\u2019avantage de ne pas être perturbé par les mouvements sismiques, un facteur que les chercheurs doivent contrôler au sol.Ça promet! Les ondes gravitationnelles pourraient aussi nous permettre d\u2019étudier l\u2019origine de l\u2019Univers.Ce dernier a 13,6 milliards d\u2019années et, avec les ondes électromagnétiques, les scientifiques peuvent seulement retourner jusqu\u2019à environ 300000 ans après le big-bang.Au-delà de ce seuil, l\u2019Univers est opaque.«Les ondes gravitationnelles causées lors du big-bang, ça a dû être sérieux ! dit le professeur Pineault.C\u2019est sûr qu\u2019elles se seront promenées longtemps avant de nous parvenir \u2013 elles auront faibli \u2013, mais on espère pouvoir les détecter.» Ce n\u2019est donc qu\u2019un début.Quels seront les prochains messages de l\u2019Univers ?«En astronomie, on prédit beaucoup de choses et on essaie ensuite de trouver les signaux pour con?rmer nos théories, dit Julie Hlavacek-Larrondo.Mais la plupart des grandes découvertes se font ?nalement en rapport à des choses qu\u2019on n\u2019attendait pas !» nQS Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 11 L\u2019interféromètre installé dans l\u2019État de Washington.Il peut écouter l\u2019espace. 12 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 L e mot « singularité» passe pour avoir été employé la première fois, en 1983, par Vernor Vinge, chercheur en mathématiques et auteur de science-?ction.Mais, ce moment où l\u2019intelligence arti?cielle (IA) surpassera l\u2019intelligence humaine, avait été pressenti par un autre mathématicien, John von Neumann, dans les années 1950.Puis, en 1965, dans un article intitulé«Speculations Concerning the First Ultraintelligent Machine», le statisticien britannique Irving J.Good (1916-2009) la formulait très clairement: «Posons la dé?nition suivante d\u2019une machine super intelligente: dans toutes les activités intellectuelles, elle surpasse l\u2019être humain le plus intelligent.Puisque la conception de machines se trouve être l\u2019une de ses activités intellectuelles, cette machine super intelligente pourra concevoir de meilleures machines qu\u2019elle.Il s\u2019ensuivra une explosion de l\u2019intelligence et celle des êtres humains sera rapidement dépassée.La première machine super intelligente ne pourra donc qu\u2019être l\u2019ultime invention des êtres humains.» On le devine, une telle hypothèse soulève de nombreuses questions très sérieusement débattues, notamment en philosophie, en biologie, en informatique, mais aussi chez Google, chez Apple et jusque dans cette nouvelle Singularity University, située bien entendu dans la Silicon Valley californienne.Est-il plausible qu\u2019un tel événement survienne?Si oui, quand se produira-t-il ?Sera-t-il, globalement, une bonne ou une mauvaise chose pour l\u2019être humain?Et comment nous y préparer?À toutes ces questions, les intellectuels et scienti?ques apportent des réponses variées, au point d\u2019être irréconciliables.Il y a d\u2019abord ceux qui sont convaincus que la singularité est proche.Le grand champion de cette catégorie est l\u2019inventeur Ray Kurzweil, auquel on doit entre autres la «Kurzweil C\u2019est pour demain (ou peut-être pas\u2026) Les machines arriveront-elles vraiment à être plus intelligentes que l\u2019humain?On peut toujours le penser et l\u2019imaginer.C\u2019est l\u2019hypothèse de la singularité.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon Reading Machine», un dispositif permettant aux aveugles de lire et dont le premier exemplaire a appartenu au chanteur Stevie Wonder.Kurzweil est persuadé que la singularité va survenir vers 2045.Il arrive à cette date en se fondant, entre autres théories, sur la fameuse loi de Moore, jusqu\u2019ici véri?ée, et souvent interprétée comme prédisant le doublement de la puissance des ordinateurs aux 18 mois.Kurzweil y croit tellement qu\u2019il prend quelque 250 comprimés et vitamines par jour a?n d\u2019augmenter ses chances d\u2019être vivant à cette date; il est né en 1948.Certes, Kurzweil admet que la singularité nous posera quelques dé?s, mais il pense qu\u2019elle nous apportera surtout d\u2019immenses bienfaits, par exemple la possibilité de télécharger notre cerveau sur une machine et de parvenir ainsi à une forme d\u2019immortalité.On comprend mieux sa consommation de pilules ! Puis il y a ceux qui, parce qu\u2019ils croient la singularité possible et dangereuse, exhortent à l\u2019urgence d\u2019approfondir la ré?exion.Comme le philosophe australien David Chalmers qui assure qu\u2019elle s\u2019avérerait l\u2019un des plus importants événements de l\u2019histoire de la Terre, entraînant des effets béné?ques (comme l\u2019élimination de toutes les maladies connues et de la pauvreté), aussi déterminants que de possibles bouleversements funestes (la ?n de la race humaine, une guerre entre machines pouvant détruire la planète, etc.).Elon Musk, P.D.G.de Tesla Motors, craint tant ces catastrophes qu\u2019il a créé une société pour les prévenir.Le célèbre cosmologiste Stephen Hawking est aussi de cet avis et émet de sérieuses mises en garde contre l\u2019IA: «Les humains, limités par leur lente évolution biologique, dit-il, ne pourront gagner la compétition contre [ces machines] et seront surpassés.» En?n, d\u2019autres penseurs tout aussi éminents n\u2019ont pas peur du tout, pour la simple et bonne raison qu\u2019ils ne croient pas la singularité possible.C\u2019est le cas du linguiste et philosophe Noam Chomsky qui la décrit comme ni plus ni moins que de la science-?ction.Les machines, dit-il, exécutent simplement des programmes formulés par des êtres humains et le font de mieux en mieux.Cela explique que le superordinateur Deep Blue ait, dès 1996, pu vaincre Garry Kasparov, le meilleur joueur d\u2019échecs au monde.De la même manière, le programme informatique Watson a pu battre les meilleurs au jeu Jeopardy!; et on propose déjà des voitures se conduisant elles-mêmes.Mais entre cela et penser, parler ou être conscient, activités spéci?quement humaines, il y a une marge que les programmes des ordinateurs ne franchiront pas.L\u2019IA résoudra sans doute dans les années à venir des problèmes liés à la reconnaissance vocale ou visuelle.Mais ceux du langage ou de l\u2019intelligence générale, dont la singularité exige la résolution, ne le seront pas.Le philosophe du langage John Searle a formulé de manière claire ce type d\u2019argumentaire par une célèbre expérience de pensée appelée la «Chambre chinoise».Une personne est enfermée dans une pièce entièrement close, à l\u2019exception d\u2019une fente pratiquée dans l\u2019un des murs par laquelle elle reçoit des bouts de papier couverts de signes qui lui sont incompréhensibles.Elle consulte alors un immense registre, y repère les signes se trouvant sur la feuille.À ceux-là correspondent d\u2019autres signes qu\u2019elle recopie sur une autre feuille qu\u2019elle envoie à l\u2019extérieur, par la fente.Cette chambre est appelée «chinoise», parce que les signes reçus et envoyés sont du chinois, une langue qu\u2019ignore totalement la personne.Mais, à l\u2019extérieur, un autre individu a posé une question dans cette langue et a reçu une réponse pleinement satisfaisante.Il pourrait donc croire que la chambre (ou quoi que ce soit qui s\u2019y trouve ou la constitue) parle chinois.Mais ce n\u2019est pas le cas.La signi?cation de cette analogie est limpide.La personne dans la pièce représente l\u2019unité centrale de l\u2019ordinateur; les instructions qu\u2019elle consulte dans le registre représentent le programme; les bouts de papier qui entrent et sortent sont respectivement les intrants et les extrants.La chambre chinoise fait donc exactement ce que ferait un ordinateur programmé pour «parler» chinois et elle le fait comme lui.Mais c\u2019est sans les comprendre qu\u2019elle manipule les symboles.Cela constitue l\u2019intelligence arti?cielle en version faible; la singularité demanderait de l\u2019intelligence arti?cielle en version forte.Mais selon les sceptiques, nous ne l\u2019aurons sans doute jamais.Les partisans de la singularité ne se laissent pas démonter et attendent que les progrès de l\u2019IA fassent mentir ces pessimistes.Ils pourraient par exemple invoquer ce «Deep Learning», auquel prend activement part le chercheur en IA Yoshua Bengio, de l\u2019Université de Montréal, et qui met en jeu de nombreuses couches de modules computationnels, constituant des sortes de neurones arti?ciels simulant mieux, espère-t-on, l\u2019intelligence humaine, et possédant à terme ce qui ressemble à son pouvoir d\u2019abstraction.Le premier programme à l\u2019emporter au jeu de go à la ?n de 2015, tâche redoutablement dif?cile, a été conçu sur cette base.Je pense pour ma part qu\u2019on est ici face à un de ces désaccords d\u2019experts où il est sage, pour le néophyte, de réserver son jugement.nQS Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 13 L\u2019IA résoudra sans doute dans les années à venir des problèmes liés à la reconnaissance vocale ou visuelle.Mais ceux du langage ou de l\u2019intelligence générale, dont la singularité exige la résolution, ne le seront pas. 14 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 Actualités Paresseuse comme une fourmi Des travailleuses infatigables, les fourmis?Pourtant, la moitié d\u2019entre elles se tournent les pattes et sont de vraies fainéantes.Par Mélissa Guillemette Pour étudier le rôle des fourmis dans leur colonie, et les reconnaître, les chercheurs les ont peintes de couleurs différentes. F ainéantes ! Opportunistes ! Plus de la moitié des fourmis Temnotho- rax rugatulus paressent, pendant que l\u2019autre moitié soignent les larves, cherchent de la nourriture et travaillent à aménager le nid.Non, la fourmi n\u2019est pas toujours la besogneuse mise en scène par Jean de La Fontaine et Ésope.À l\u2019instar des autres insectes sociaux (abeilles, guêpes, termites), elle sait aussi se la couler douce.Daniel Charbonneau, un biologiste québécois, chercheur doctorant à l\u2019université d\u2019Arizona, à Tucson, et Anna Dornhaus, sa directrice de thèse, ont remarqué que le farniente est même une spécialité \u2013 un métier, quoi! \u2013 chez cette espèce de fourmis.Ils ont recueilli cinq colonies de Tem- nothorax rugatulus dans les monts Santa Catalina, au nord de la ville, pour les réinstaller dans des fourmilières arti?cielles en laboratoire.Ils ont ensuite peint de petits points de différentes couleurs sur la tête, l\u2019abdomen et le dos des bestioles pour arriver à les reconnaître individuellement.Chaque nid a été ?lmé 18 fois, pendant 5 minutes, à différentes heures, et sur une période de 2 ou 3 semaines.Quatre groupes ont émergé dans cette étude publiée dans Behavioral Ecology and Sociobiology : les travailleuses extérieures, les nourricières, les patrouil- leuses-toiletteuses et\u2026 les inactives.Au total, 46% des fourmis observées assez régulièrement pour compter dans l\u2019échantillon ne faisaient rien.«Elles ne travaillent pratiquement pas; de façon générale, elles sont complètement immobiles, explique Daniel Charbonneau.Si la charge de travail augmente, ce sont les autres qui en font plus.Pas elles.» Les rares fois où certaines s\u2019activent, c\u2019est pour se laver ou nettoyer une autre fourmi, ou encore pour soigner les jeunes.Rien pour remporter le titre d\u2019employé du mois.Voilà un comportement qui soulève plusieurs questions.Peut-être ces dé- sœuvrées sont-elles des superviseures?« Non, ce sont elles qui interagissent le moins avec les autres individus, a remarqué le chercheur.Bien pis, elles sont dans les jambes des travailleuses.Il me semble que si je ne voulais pas travailler, j\u2019irais me cacher dans mon coin ! Mais non, elles tendent à rester quelque part entre le centre du nid et le mur extérieur.Si une autre fourmi leur rentre dedans, on voit qu\u2019elles se réveillent : leurs antennes bougent un peu.Puis elles se ?gent de nouveau.» Peut-être la vie en laboratoire est-elle tellement simpli?ée que tout le monde n\u2019a pas besoin de mettre la patte à la pâte.Pas du tout, ont démontré Daniel Charbonneau et ses collègues en 2014, dans une étude publiée par Insectes sociaux, la revue de l\u2019Union internationale pour l\u2019étude des insectes sociaux.Ils ont comparé le temps alloué aux différentes tâches par des Temnothorax rugatulus observées en laboratoire et par d\u2019autres dans leur milieu naturel pour conclure que le taux de ?emmardise est le même.Pourquoi tant de temps perdu, alors?Certaines semblent le faire par pur égoïsme, af?rme Daniel Charbonneau.«Normalement, explique-t-il, les travailleuses ne se reproduisent pas; tout passe par la reine.Arrive-t-il que certaines décident: \u201cMoi, je ne travaille pas.Vous allez me nourrir et je produis mes propres œufs\u201d?Un de mes étudiants a véri?é cette explication et conclu qu\u2019elle ne s\u2019applique qu\u2019à une toute petite portion.» L es autres hypothèses laissent plutôt croire que les inactives servent la colonie.La plus répandue étant que ces ?âneuses sont des employées en réserve.«Une seule expérience a réussi à \u201créveiller\u201d les inactives, raconte le chercheur.Les auteurs ont enlevé toutes les fourmis du nid, sauf les inactives et, alors, elles ont commencé à travailler.Ça prenait donc une catastrophe majeure pour qu\u2019elles se mettent au boulot.Ce genre de situation arrive-t-il assez souvent dans la nature pour que ça vaille la peine, pour la colonie, d\u2019entretenir des travailleuses en réserve?» Après tout, produire de nouvelles ouvrières ne se fait pas en criant ciseaux; il faut des semaines, voire des mois.Ou peut-être ces fourmis ne voient- elles tout simplement pas l\u2019urgence de travailler.«Le concept de \u201cseuil de réponse\u201d est prévalent chez les insectes sociaux, dit Daniel Charbonneau.Chacun aurait son seuil à partir duquel il devient actif; les inactives auraient donc un seuil très élevé.» Comme un coloc qui fait la vaisselle uniquement quand toutes les assiettes et tous les bols sont sales\u2026 Autre chose, les inactives tendent à présenter un abdomen gon?é.Peut-être alors sont-elles des garde-mangers, au cas où la nourriture viendrait à manquer.«Les fourmis partagent la nourriture, souligne l\u2019entomologiste.Elles ont un jabot social, un estomac où elles peuvent entreposer de la bouffe pour la régurgiter ensuite.» Son équipe fait présentement des analyses du contenu des abdomens.Dernière hypothèse, les fourmis inactives sont des individus trop jeunes pour travailler; ou, au contraire, trop vieux.Le chercheur suit une colonie sur plusieurs années pour y voir plus clair.Daniel Charbonneau pense que l\u2019explication, quand elle sera connue, pourrait servir aux organisations humaines.«Si, par exemple, les inactives sont des employées en réserve, et que cela confère un avantage à la colonie, peut-être que des entreprises gagneraient à payer des ouvriers à ne rien faire la plupart du temps, mais qui seraient là quand on aurait vraiment besoin d\u2019eux, bien que ça semble contre-intuitif.» nQS Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 15 « Elles ne travaillent pratiquement pas; de façon générale, elles sont complètement immobiles.Si la charge de travail augmente, ce sont les autres qui en font plus.» D A N I E L C H A R B O N N E A U 16 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > Des villes autoréparables Les fichus nids-de-poule, cadeaux du printemps, pourraient-ils ne plus être qu\u2019un souvenir?L\u2019équipe du professeur Phil Purnell de l\u2019École de génie civil de l\u2019université de Leeds, au Royaume-Uni, a commencé à concevoir des villes qui se répareraient toutes seules.La chose pourrai t se concrétiser grâce à une armée de petits robots et de drones spécialisés capables de signaler tous les problèmes liés aux infrastructures, aux canalisations, au réseau routier ainsi qu\u2019à l\u2019éclairage, et de les régler rapidement avec un impact environnemental minime, sans perturber le train-train de la ville ni celui de ses habitants.On pourra alors parler de ville intelligente! Reste à voir comment se fera la cohabitation avec les cols bleus.Selon l\u2019American Bird Conservancy, entre 400 et 900 millions d\u2019oiseaux meurent chaque année aux États- Unis parce qu\u2019ils foncent dans une fenêtre.Ils confondent les vitres-miroirs, dont sont dotés plusieurs édifices, avec le ciel.Pour que cesse ce massacre, l\u2019Association vient de produire un guide afin d\u2019aider les architectes et les propriétaires d\u2019immeubles à mieux choisir les matériaux vitrés.Actualités Bricolage neuronal Les maladies du système nerveux sont difficiles à soigner.Si certaines lésions semblaient jusqu\u2019ici irréparables, une équipe de chercheurs de l\u2019Université McGill a réussi à créer de nouvelles connexions neuronales capables de transmettre l\u2019influx nerveux, rien de moins.C\u2019est aussi un exploit technologique, démontre-t-on dans un récent article publié dans The Journal of Neuroscience, car les outils pour manipuler un neurone, lequel fait le centième du diamètre d\u2019un cheveu, ne se trouvent pas nécessairement dans la trousse d\u2019un bricoleur ou d\u2019une dentellière.Avec un microscope atomique, les chercheurs ont réussi à attacher une bille de polystyrène à un segment de neurone pour ensuite l\u2019étirer et le connecter à un autre neurone.Il reste maintenant à voir si ces connexions fabriquées ont les mêmes propriétés que les connexions naturelles.PITIÉ POUR LES OISEAUX! 34millions C\u2019est le nombre d\u2019érables à sucre entaillés au Québec.Ils fournissent 70% de tout le sirop d\u2019érable consommé dans le monde, estime la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.Mieux, la gastronomie rime avec l\u2019écologie, notent les producteurs de sirop en faisant valoir que les forêts d\u2019érables d\u2019ici représentent 2,7 milliards de dollars dans un éventuel marché du carbone.En clair, les érablières en exploitation retiendraient l\u2019équivalent des émissions de carbone de 770 000 voitures, soit le quart du parc automobile du Québec.L Y N E M O R I S S E T T E VISITE RARE ! «De loin, on voyait une nageoire qui sortait de l\u2019eau, et ce n\u2019était clairement pas un mammifère marin!» raconte Lyne Morissette.En effet, il s\u2019agissait d\u2019un poisson-lune.La chef de mission, à bord du voilier Roter Sand en mission récemment sur le fleuve Saint- Laurent, n\u2019en revenait pas.«Les poissons-lunes, dit- elle, ne sont pas très agiles ni rapides; on a donc pu manœuvrer et bien le voir dans l\u2019eau, surtout qu\u2019il faisait plus de 1 m.» Le poisson-lune, appelé aussi môle, est le plus lourd poisson osseux de la planète: 1000 kg pour 2 m de longueur, en moyenne.Que faisait-il là?L\u2019histoire ne le dit pas.Normalement, ce mastodonte nage dans des eaux tropicales et tempérées, et se nourrit de méduses. LE MONDE EST PETIT @ NOUS VOYONS GRAND 7g ar 1 Na 2 pa A /{ 7 = | À; Un, [5 2 \u2014 \\ A NE > RQ ~~ _ OPÉRER LE CŒUR PLUS EN DOUCEUR GRÂCE À LA NANOTECHNOLOGIE ENSEMBLE, REPENSONS LE MONDE IVERSITE - CONCORDIA.CA ncordia À Co T16-30918 U n jour, alors que je plongeais en apnée, une pieuvre m\u2019a volé mon harpon.C\u2019était un dard avec un manche qu\u2019on utilisait dans mon coin de Bretagne pour pêcher les plies, des poissons de fond, et je l\u2019avais introduit dans une faille entre deux rochers.Le poulpe a fermement agrippé le harpon avec ses tentacules et ne l\u2019a pas lâché.J\u2019ai secoué et tiré, j\u2019ai même coupé un bout de tentacule avec mon couteau \u2013 en?n, il me semble \u2013, mais je paniquais un peu à vrai dire, craignant que les gros tentacules bruns ne s\u2019enroulent autour de mon bras.Au bout du compte, j\u2019ai dû lâcher prise.Je me suis souvenu de cet incident en prenant récemment connaissance de nouvelles recherches sur les pieuvres.D\u2019après les chercheurs, elles semblent avoir toutes les qualités : elles changent de couleur, chassent vite et bien, se fau?lent dans de tout petits trous, boxent avec leurs huit bras et ont une vie sexuelle amusante.Plusieurs études ont démontré que, placées dans un labyrinthe dressé dans un aquarium, elles trouveront rapidement la sortie.Leur intelligence dépasserait de loin celle des homards et des crabes, et se comparerait à celle des corbeaux.Tout récemment encore, le biologiste David Scheel, de l\u2019université du Paci?que en Alaska, et ses deux collaborateurs de l\u2019université de Sydney, Peter Godfrey-Smith et Matthew Lawrence, publiaient dans la revue Current Biology, puis dans Nature, les résultats d\u2019observations sur un site unique.C\u2019est une baie peu profonde, située près de Jervis sur la côte est de l\u2019Australie, où vivent côte à côte de nombreuses pieuvres de l\u2019espèce Octopus tetricus.Une eau limpide, un endroit idéal pour ?lmer et observer.Les chercheurs montrent que les pieuvres de cet endroit prennent des couleurs qui sont associées à des comportements de menace et d\u2019attaque.Si une pieuvre veut en chasser une autre, elle se dresse de toute sa taille, étend ses bras et prend une couleur noire \u2013 les chercheurs appellent cela la «posture Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel Actualités 18 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 L\u2019intelligence de la pieuvre Plus on les étudie, plus les pieuvres apparaissent comme étant les nouvelles stars de la zoologie.Doit-on s\u2019extasier sur ces céphalopodes?La pieuvre prend la couleur noire et la «posture Nosferatu» pour annoncer une attaque.D A V I D S C H E E L Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 19 Nosferatu» (les tissus des pieuvres contiennent des millions de cellules pigmentaires appelées chromatophores qui leur permettent de changer de couleur).Si l\u2019autre animal ne fuit pas et montre aussi des couleurs sombres, il risque fort d\u2019être attaqué.Tandis que s\u2019il prend une couleur pâle, l\u2019attaque n\u2019aura pas lieu.Les chercheurs quali?ent ces comportements de «signaux».Cependant, à la lecture des résultats, j\u2019ai quelques doutes; je ne trouve pas qu\u2019on puisse conclure que les signaux en question sont produits pour être vus par les autres animaux et induire des comportements de soumission ou de fuite.Si bien qu\u2019il me semble qu\u2019il faudra creuser un peu plus la question.Mais comme le soulignent les auteurs, «ces résultats suggèrent que les interactions ont un plus grand impact sur l\u2019évolution des pieuvres que ce qu\u2019on pensait jusqu\u2019ici, et ils soulignent l\u2019importance de l\u2019évolution convergente dans les comportements».C\u2019est vrai que de nombreux oiseaux et mammifères af?chent ce genre de comportements agressifs.Et à propos d\u2019agressivité, notons qu\u2019une autre étude rapporte que des pieuvres jettent des coquillages pour leurrer ou toucher leurs proies \u2013 autre preuve selon certains qu\u2019elles seraient « très intelligentes».Dans Internet, on ne compte plus les vidéos où on les voit dévisser des bouchons de bouteille en un clin d\u2019œil.D\u2019accord, mais arrêtons-nous un instant sur la notion d\u2019intelligence chez l\u2019animal.Essentiellement, on présuppose ici que le système neuronal d\u2019un modeste céphalopode, nettement moins développé que celui d\u2019un mammifère par exemple, ne serait pas capable de produire des comportements complexes, comme celui de trouver une sortie dans un labyrinthe d\u2019aquarium.Et donc chaque fois qu\u2019on découvre chez les poulpes des comportements semblables à ceux des animauxdits «supérieurs», on a tendance à s\u2019émerveiller.Ce qui est très bien, car la vie animale a effectivement de quoi nous étonner et chaque espèce est source d\u2019émerveillement.Comme le disait si bien Charles Darwin, dans la dernière phrase de L\u2019origine des espèces : «Tandis que notre planète, obéissant à la loi ?xe de la gravitation, continue à tourner sur son orbite, une quantité in?nie de belles et admirables formes, sorties d\u2019un commencement si simple, n\u2019ont pas cessé de se développer et se développent encore.» Mais justement, il s\u2019agit d\u2019apprécier le vivant dans sa complexité.Pas besoin pour cela de comparer les performances des uns à celles des autres, et de les classer sur des échelles dites d\u2019« intelligence», une notion plutôt ?oue et scienti?quement disputée.Pour ma part, je ne vois pas de raison particulière de s\u2019extasier sur l\u2019«intelligence des pieuvres».Ni sur celle des corbeaux, des lions ou des papillons, à vrai dire.Ce qui est extraordinaire, c\u2019est de pouvoir étudier tous ces animaux et de nous émerveiller de leur existence.De ce point de vue, nous devons toujours nous garder de cette tendance à attribuer aux animaux des réactions humaines et à les juger selon des critères que nous valorisons \u2013 à faire de l\u2019anthropomorphisme, en somme.Mais je reconnais que ce n\u2019est pas toujours facile.Tenez, moi par exemple, j\u2019ai déjà pensé et probablement même écrit que les pieuvres étaient intelligentes et rusées.La preuve: elles volent des harpons aux pêcheurs! nQS 20 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 À cœur battant SOMMES - EN C Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 21 e neurobiologiste Jean-Didier Vincent se souvient d\u2019avoir visité, à sept ans, la grotte de Lascaux et d\u2019y avoir ressenti une «émotion sacrée».Sur les murs de ce «Versailles de la préhistoire», des peintures vieilles de près de 17 000 ans représentent des chevaux, des taureaux, des bisons et un homme couché sur le dos, en érection.Cette dernière image, dit-il, est à l\u2019origine de son questionnement de scientifique sur le désir sexuel.Il n\u2019est pas le seul à s\u2019être torturé les méninges sur l\u2019amour, un thème longtemps chargé de tabous qui reçoit au- jourd\u2019hui une nouvelle lecture grâce à la biologie.Et, 70 ans après son «émotion sacrée», Jean-Didier Vincent reste captivé par le sujet.Il a récemment fait publier l\u2019essai Biologie du couple (Éditions Robert Laf- font) dans lequel il fait appel aux dernières découvertes de l\u2019écologie comportementale, de l\u2019éthologie et de la physiologie pour tenter de percer les mystères du désir, de l\u2019amour et du couple.«Selonmoi, dit-il, ce n\u2019est ni la sélection naturelle ni la sélection sexuelle, qui sont l\u2019essence de la vie.C\u2019est la sélection érotique \u2013 c\u2019est-à-dire le désir qui porte un individu vers l\u2019autre \u2013 qui constitue le facteur essentiel du phénomène de reproduction et donc de conservation de l\u2019espèce.» Le sexe, que l\u2019auteur ne différencie pas de l\u2019amour, devient donc, grâce au plaisir qu\u2019il procure, le moteur de la reproduction sexuée, laquelle permet d\u2019introduire la diversité génétique, assurant ainsi à notre espèce de meilleures chances de survie.Cet instinct sexuel, soutient le neurobio- logiste français, est inscrit depuis toujours dans nos gènes, notre cerveau et nos pro- Qu\u2019est-ce que l\u2019amour?Chimère hollywoodienne?Pulsion primaire?Le couple prend-il racine dans notre imaginaire, notre culture, nos hormones, nos émotions ou nos gènes ?Par Kenza Bennis ES -NOUS FAITS POURVIVRE L N COUPLE?C A R O L I N E H A Y E U R cessus physiologiques.Si, au fil du temps, nous avons rompu l\u2019alliance biologique entre sexe et reproduction, nous restons programmés pour cette «intellectualisa- tion du rut» qu\u2019est l\u2019amour.L\u2019anthropologue états-unienne Helen Fisher, elle, distingue le désir \u2013 une faim de gratification sexuelle, peu importe le partenaire \u2013 de l\u2019amour \u2013 l\u2019exultation et l\u2019obsession associées à un partenaire spécifique.Mais elle aussi pense que le sentiment amoureux est profondément inscrit dans la structure et la chimie du cerveau humain.«À l\u2019instar de la faim, de la soif ou de l\u2019instinct maternel, l\u2019amour est un besoin physiologique, écrit-elle dans son essai Pourquoi nous aimons?(Éditions Robert Laffont); un système de motivation primaire du cerveau, autrement dit, une pulsion fondamentale de l\u2019accouplement humain.» Helen Fisher tire ces conclusions de six années passées, en tant que chercheuse à l\u2019Institut Kinsey de l\u2019université d\u2019Indiana, aux États-Unis, à analyser l\u2019activité cérébrale d\u2019hommes et de femmes amoureux grâce à la récente technologie d\u2019imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle.À partir de ces images du cerveau, l\u2019anthropologue affirme que l\u2019amour est un sentiment humain universel, élaboré par certaines substances neurochimiques et certains réseaux cérébraux.Ainsi, le désir serait lié à la testostérone; le sentiment amoureux, à la dopamine; et l\u2019attachement, à l\u2019ocytocine et la vasopressine.Est-ce le secret de l\u2019amour humain?ormand Voyer, professeur de chimie à l\u2019Université Laval, connaît bien ce cocktail de molécules; il va donner en avril sa deux centième conférence sur la chimie de l\u2019amour.Il explique : «L\u2019amour se passe en trois phases, chacune associée à des molécules spécifiques.» La première est celle du coup de foudre ou de l\u2019amour passionnel.Elle dure entre une journée et quatre ans.«Durant cette période, observe le chimiste, quatre neurotransmetteurs prennent notre corps en charge.C\u2019est pourquoi, à cette étape, les amoureux ne sont pas dans un état normal ! » Il y a d\u2019abord la phényléthylamine qui induit un sentiment de bonheur et donne l\u2019impression de flotter sur un nuage.Ce neurotransmetteur favorise aussi la production de deux autres molécules : la dopamine qui stimule la transmission nerveuse, améliore l\u2019humeur et suscite l\u2019enthousiasme, et la noré- pinéphrine qui provoque un sentiment d\u2019euphorie et pousse à faire toutes sortes de folies.À son tour, la noré- pinéphrine va se transformer en dopamine, la «molécule de l\u2019urgence», qui augmente le rythme cardiaque et la pression artérielle et fait si facilement rougir les amoureux.«Au bout de 18 mois, les concentrations de ces 4 molécules commencent à décliner, continue le chimiste.Si bien que, au bout de quatre ans, il n\u2019y a plus aucune trace d\u2019elles.» Il faut souligner ici que tout le monde ne connaît pas cette étape passionnelle.Plusieurs couples accèdent directement à la deuxième phase, qui est celle de l\u2019amour durable.Elle se caractérise par la production d\u2019ocytocine, la fameuse hormone de l\u2019attachement que les femmes sécrètent lors de l\u2019accouchement et quand elles allaitent, et qui est aussi produite au moment de l\u2019orgasme.«L\u2019ocytocine est un relaxant musculaire, précise Normand Voyer.Elle procure un sentiment de bien-être et de confort.Mais, avec le temps, le corps cesse de la produire, sans qu\u2019on sache exactement pourquoi ni comment.Ce qu\u2019on observe, en revanche, chez les couples qui ont plus de 50 ans de vie commune, c\u2019est qu\u2019une dépendance s\u2019installe entre les partenaires.Leur relation devient fusionnelle.Les molécules en cause pendant cette période sont les endorphines, de puissants antidou- leurs qui ont un effet positif sur l\u2019anxiété.Ainsi, quand, par exemple, un vieux monsieur attend sa compagne qui est en retard, il a tendance à vivre un stress aigu.La 22 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 À cœur battant L\u2019AMOUR EST «BIOCULTUREL»; IL EST CHIMIQUE, DÉMOGRAPHIQUE.LE DÉSIR, OU L\u2019AMOUR, EST C\u2019EST CHIMIQUE.MAIS CE QUI FAIT NAÎTRE CE N Normand Voyer, professeur de chimie à l\u2019Université Laval : «Chez les couples qui ont plus de 50 ans de vie commune, une dépendance s\u2019installe entre les partenaires.Leur relation devient fusion- nelle.Les molécules en cause pendant cette période sont les endorphines, de puissants antidouleurs qui ont un effet positif sur l\u2019anxiété.M A R C R O B I T A I L L E voir arriver va déclencher chez lui la production d\u2019endorphines qui vont le relaxer et lui donner un sentiment de sécurité.» L\u2019amour serait-il donc un simple processus chimique?Sans aucun doute, mais pas seulement, allèguent les scientifiques qui se sont penchés sur la question.Pour Jean-Didier Vincent, l\u2019amour est «bioculturel»; il est chimique, génétique, sociologique et démographique.«Le désir, ou l\u2019amour, est provoqué par le cerveau, énonce-t-il.C\u2019est chimique.Mais ce qui fait naître ce désir est lié à la culture.Nous tombons amoureux de telle ou telle personne en fonction de notre histoire, de notre imaginaire, de nos constructions mentales, etc.» elon Helen Fisher, une des forces principales qui conduit à trouver irrésistible telle ou telle personne est notre «grille amoureuse», laquelle est tissée de mille et une expériences : les rituels familiaux, le type d\u2019attachement qui nous lie à nos parents, les influences (télévisuelles, artistiques, religieuses, etc.), nos oncles et tantes, les professeurs ou les amis qui nous ont marqués.Bref, qui remplit une espèce de boîte noire unique à chacun, plutôt mystérieuse et en partie inconsciente, et qui module nos goûts.Mais ces éléments liés à notre psyché et à notre environnement ne sont pas les seuls à affecter nos émois.Comme l\u2019explique une autre neurobiologiste, Lucy Vincent dans son ouvrageComment de- vient-on amoureux?(Éditions Odile Jacob), il y a plus que l\u2019«influence cognitive», c\u2019est-à-dire ce qu\u2019on peut apprendre sur la vie de l\u2019autre et sa façon d\u2019être, qui nous pousse dans ses bras.Il y a aussi une « influence primitive», constituée de messages chimiques renseignant sur la constitution génétique de l\u2019autre.Ces messages chimiques passent principalement par notre odeur corporelle, laquelle est liée à nos gènes.Les gènes produisent en effet des protéines qui influent sur notre odeur.L\u2019expression «je ne peux pas le sentir» aurait des bases scientifiques, comme l\u2019a illustré une expérience assez connue menée en 1995 par les biologistes Claus Wedekind et Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 23 C A R O L I N E H A Y E U R E, GÉNÉTIQUE, SOCIOLOGIQUE ET T PROVOQUÉ PAR LE CERVEAU.DÉSIR EST LIÉ À LA CULTURES Dustin Penn.Les chercheurs ont demandé à des femmes et à des hommes de sentir des teeshirts imprégnés de sueur.Leur conclusion : nous sommes attirés par les personnes qui ont les gènes HLA les plus éloignés des nôtres.Or, les gènes HLA (human leucocyte antigen) caractérisent notre système immunitaire et plusieurs scientifiques estiment que, plus on mélange ces gènes au sein d\u2019une population, plus on a de chances de créer des combinaisons génétiques avantageuses quant à la résistance immunitaire.Mais si les gènes immunitaires éloignés des nôtres ont des vertus aphrodisiaques, il n\u2019en est pas de même pour tous les gènes.En réalité, les études démontrent une grande homogamie chez les humains.Qui se ressemble s\u2019assemble, dit l\u2019adage, et cela s\u2019avère vrai.Les conjoints se ressemblent en effet à bien des égards, autant psychiquement que physiquement.Et ce n\u2019est pas leur mode de vie qui y change quelque chose, car ces similitudes sont présentes autant chez des couples de longue date que chez de jeunesmariés, précise Lucy Vincent qui cite des recherches comparant divers paramètres (niveau d\u2019instruction, anxiété, taille des parties du corps, pression sanguine, etc.) chez les conjoints.Et, oui, l\u2019odorat semble également jouer un rôle dans ce choix de partenaire qui nous ressemble.En fait, nous serions séduits par les individus qui nous rappellent nos géniteurs : leurs expressions, un trait physique, le même humour ou la même odeur.Pourquoi?Rappelons qu\u2019il existe deux types de relations interpersonnelles indispensables pour la survie et la reproduction : le lien pa- rent-enfant (sans lequel nous n\u2019aurions pu survivre) et le lien de couple (sans lequel nous n\u2019aurions pas de descendance).Or, ces deux liens impliquent les mêmesmécanismes dans les systèmes nerveux et hormonal, note Lucy Vincent.«Dans un tel contexte, écrit- elle, il n\u2019est pas étonnant d\u2019être attiré par quelqu\u2019un qui fournit des stimulus semblables à ceux de nos parents.» Si les recherches en neurosciences sont encore récentes et les mécanismes 24 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 À cœur battant NOTRE «GRILLE AMOUREUSE » EST TISSÉE DE MILLE ET UNE EXPÉRIENCES.UNE ESPÈCE DE BOÎTE NOIRE UNIQUE À CHACUN, PLUTÔT MYSTÉRIEUSE ET EN PARTIE INCONSCIENTE.T H I E R R Y B E R R O D / M O N A L I S A P R O D U C T I O N / S P L Votre recherche révèle l\u2019émergence de nouvelles formes de relations intimes.Le couple est-il en train de se transformer?La très vaste majorité des répondants à notre étude avaient adopté le modèle dyadique monogame.Quant aux autres formes de relations, on distingue les configurations conjugales et celles qui ne le sont pas.Du côté des relations conjugales, les couples monogames sont encore majoritaires, mais on observe d\u2019autres modèles qui varient en fonction de trois critères : l\u2019exclusivité sexuelle (la fidélité), l\u2019exclusivité amoureuse, ainsi que le rapport à la domesticité (principalement le fait de vivre ensemble ou non).On voit ainsi des couples qui choisissent de ne pas vivre sous le même toit; d\u2019autres, de ne pas avoir d\u2019exclusivité sexuelle avec leur partenaire, ce qu\u2019on appelle un couple ouvert; d\u2019autres encore, de pratiquer le «poly- amour», par exemple en ajoutant un troisième partenaire à leur couple.Les relations non conjugales sont-elles aussi diversifiées?Bien sûr.En fait, chez les personnes qui vivent leur relation en dehors du modèle conjugal et ne se considèrent pas en couple, nous avons déterminé cinq configurations.1.La relation sexuelle à occurrence unique, au cours de laquelle les partenaires ont un seul rapport sexuel.2.Le partenariat centré sur la sexualité \u2013 les rapports sont en majorité de nature sexuelle.3.Le partenariat sexuel centré sur l\u2019amitié où dominent des relations principalement amicales, mais aussi sexuelles.4.Les ex-partenaires qui continuent d\u2019avoir des contacts sexuels et des activités sociales ensemble, mais ne se considèrent plus en couple.5.Le partenariat intime et sexuel, où les partenaires entretiennent un lien affectif ou amoureux, s\u2019adonnent à des activités sexuelles et sociales de façon régulière, mais ne se considèrent pas comme un couple.Ce qui est intéressant dans ces relations non conjugales et qui va à l\u2019encontre des croyances populaires, c\u2019est que les relations sexuelles (même celles d\u2019une nuit) ont lieu majoritairement entre personnes qui se connaissent déjà.De plus, ces relations incluent, pour la plupart, des formes d\u2019amitié ou de sociabilité.Quel type de lien vous semble le plus nouveau?C\u2019est qu\u2019il y a une plus grande réserve à se considérer comme étant en couple.Les partenaires mettent plus de temps avant de s\u2019engager de façon formelle, que ce soit sur le plan sexuel, amoureux ou domestique.Est-ce que l\u2019amour romantique reste un idéal, au- jourd\u2019hui?Une constante ne se dément jamais d\u2019une étude à l\u2019autre : l\u2019importance de l\u2019amour.Ce qui a changé, c\u2019est ce qu\u2019on attend de cet amour.Les critères et les exigences sont plus élevés qu\u2019avant.Il faut donc plus de temps avant de reconnaître une relation comme amoureuse.On note également que la fin de la relation fait partie du projet culturel du couple.On ne s\u2019engage plus en se disant que c\u2019est pour la vie.Les idéaux roman tiques restent, mais on est plutôt, aujourd\u2019hui, dans une recherche de compromis.À une époque, les partenaires acceptaient de se mettre au service d\u2019un projet conjugal qui les dépassait.De nos jours, c\u2019est un peu l\u2019inverse.Nous souhaitons que le couple s\u2019adapte à nos intérêts personnels et qu\u2019il soit un instrument de réalisation de soi.Cette recherche de solutions contribue à la diversification des configurations des relations intimes, qu\u2019elles soient conjugales ou non conjugales.Un sixième (16,5%) des répondants de votre étude déclarent être bisexuels, «queer», «pansexuels», etc.Les frontières entre l\u2019homosexualité et l\u2019hétérosexualité sont-elles plus floues, aujourd\u2019hui?Ce que suggère cette diversification des étiquettes, c\u2019est que les gens refusent de plus en plus d\u2019être enfermés ou de s\u2019enfermer dans des catégories binaires qu\u2019ils jugent trop étroites pour témoigner de leur réalité.Il y a d\u2019ailleurs une catégorie en émergence dans les études, celle des personnes qui se déclarent principalement hétérosexuelles (deux femmes sur cinq et un homme sur cinq) et non exclusivement hétérosexuelles.Cela démontre une admission plus grande de la fluidité sexuelle dans la société.Et cette fluidité sexuelle augmente, sans doute à cause de la diminution des pressions sociales.Mais qu\u2019est-ce qui est l\u2019œuf, qu\u2019est-ce qui est la poule, dans ce cas-ci?Je ne le sais pas.Lancé en 2013 par l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), l\u2019Université Laval et l\u2019université Windsor, en Ontario, le projet Études des parcours relationnels intimes et sexuels (ÉPRIS) vise à mieux comprendre comment nos contemporains interagissent dans leur intimité amoureuse et sexuelle.Nous avons demandé au codirecteur de cette étude, le sociologue et professeur de sexologie Martin Blais, de l\u2019UQAM, de nous en dire plus sur les nouvelles configurations relationnelles.SEXE, AMOUR ET NOUVELLES RELATIONS Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 25 C A R O L I N E H A Y E U R neurologiques liés au choix du partenaire ainsi qu\u2019à l\u2019influence des odeurs et des gènes pas encore complètement élucidés, ces études suggèrent néanmoins que l\u2019amour aurait, en effet, des fondements bioculturels.CommeLucyVincent, BernardChapais, professeur d\u2019anthropologie à l\u2019Université de Montréal, pense que l\u2019attachement a des bases biologiques : «Il s\u2019agit d\u2019unmé- canisme très ancien, présent chez tous les primates.On sait par exemple qu\u2019un jeune chimpanzé qui perd sa mère peut faire une dépression et en mourir.» Il en est de même pour le mécanisme de coopération.«Comme l\u2019attachement, ajoute- t-il, ce système de réciprocité (je te toilette, tume toilettes; je te donnede la nourriture, tume donnes de la nourriture) existe depuis très longtemps.» Bernard Chapais ne s\u2019arrête pas là pour expliquer l\u2019origine biologique du couple.Pour lui, la jalousie, ainsi que la réceptivité sexuelle continue des femmes, est aussi un indice en ce sens.Le fait que les femmes puissent avoir des relations sexuelles hors des périodes d\u2019ovulation, pendant qu\u2019elles sont enceintes et qu\u2019elles allaitent, est une spécificité humaine.«C\u2019est une adaptation très probable au lien de couple, car c\u2019est un mécanisme qui le cimente», soutient-il.ais plus que cela, ce sont les causes de la monogamie qui révèlent l\u2019importance de la biologie dans nos relations amoureuses, croit l\u2019anthropologue.Ces causes font d\u2019ailleurs l\u2019objet de tout un chapitre dans son récent essai Liens de sang, aux origines biologiques de la société humaine (Éditions du Boréal).Bernard Chapais y expose sa vision qui va à l\u2019encontre de l\u2019explication la plus courante de la monogamie.Selon lui, les parents avaient un avantage évolutif à coopérer pour s\u2019occuper des enfants, lesquels, au sein de l\u2019espèce humaine, nécessitent énormément de soins, et ce, de façon prolongée.À partir d\u2019une approche comparative entre le comportement humain et celui des primates, le scientifique soutient que lamonogamie apparaît en premier et crée des conditions favorables à l\u2019émergence des soins paternels (et non l\u2019inverse).Ensuite, notre espèce n\u2019est pas passée de la promiscuité sexuelle (un systèmeoùmâ- les et femelles se reproduisent avec de nombreux partenaires) à la monogamie,mais de la promiscuité sexuelle à la polygynie (un mâle a des relations stables avec plusieurs femelles), puis à lamonogamie.Enfin, ce passage de la polygynie à lamonogamie s\u2019explique par troismécanismes indépendants qui se sontmis en place au cours de l\u2019évolution.Le premier, appelé «modèle de la surcharge paternelle», met en évidence qu\u2019il devenait trop exigeant pour les mâles de nourrir plusieurs femelles.Le deuxième, le «modèle du nivellement des écarts de force», démontre que, avec le développement des armes, les mâles les plus forts n\u2019étaient plus les seuls à pouvoir gagner les affrontements; ils n\u2019ont donc plus été capables de garder plusieurs femelles pour eux seuls.Le troisièmemo- dèle, celui du «compromis de coopération», se met en place en même temps qu\u2019une hausse importante des activités de coopération entre mâles (comme la chasse).Dans ce contexte, les mâles dominants avaient plus intérêt à partager leurs ressources \u2013 que ce soit les femelles ou les aliments \u2013 qu\u2019à rester seuls.Selon Bernard Chapais, ces trois mécanismes, vieux de centaines de milliers d\u2019années, mettent en évidence les racines biologiques du couple.Les différentes étapes promis- cuité-polygynie-monogamie vont aussi dans ce sens, car elles font partie de notre héritage évolutionnaire.Aujourd\u2019hui, la monogamie (sur le long terme ou en série) est le modèle le plus répandu dans nos sociétés, mais il n\u2019en reste pas moins que la promiscuité sexuelle et la polygy- nie existent.«Ce système mixte est spécifique aux humains, fait observer le professeur d\u2019anthropologie.Les autres espèces n\u2019ont qu\u2019un seul modèle, soit la promiscuité sexuelle (comme chez le chimpanzé), la polygynie (chez le babouin hamadryas) ou la monogamie (comme chez le gibbon).» En fait, soutient Bernard Chapais : «Les fondements biologiques du couple sont évidents.Cela ne veut pas dire pour autant que la culture ne joue aucun rôle.Au contraire.C\u2019est elle qui transforme cet héritage et lui donne les multiples formes qu\u2019il prend selon les contextes.Ainsi, dans notre société occidentale, il existe diverses façons d\u2019être à deux.Il y a des couples hétérosexuels, homosexuels, avec ou sans enfants, qui restent plus oumoins longtemps ensemble, etc.Mais le couple ne disparaît pas pour autant et reste à la base de notre structure sociale.L\u2019attachement, la réciprocité, le besoin d\u2019aimer sont profondément ancrés en nous!» ?QS 26 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 À cœur battant DANS NOTRE SOCIÉTÉ OCCIDENTALE, IL EXISTE DIVERSES FAÇONS D\u2019ÊTRE À DEUX.MAIS LE COUPLE NE DISPARAÎT PAS POUR AUTANT ET RESTE À LA BASE DE NOTRE STRUCTURE SOCIALE.M LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC PXAA POAXAXU Quandaxrs battus SANTÉ Un système dans la tourmente Des défis de gestion inédits Des changements technologiques qui vont encore bouleverser notre système de santé Et l\u2019empathie, dans tout ça? Soins intensifs Notre système de santé est régulièrement remis en question en ce qui concerne son accessibilité, son efficacité, ses coûts, son organisation.À tort ou à raison?Il n'en demeure pas moins que les transformations de certaines pratiques médicales, le vieillissement de la population et la qualité des soins prodigués composent un ensemble de défis qui interpellent autant les gestionnaires que les praticiens et les chercheurs.Quelle direction doit-on prendre aujourd'hui pour avoir un système de santé qui répond à nos besoins?Comment définir les priorités d'interventions?En matière de prévention?En matière d'organisation des soins?Y a-t-il des choses à instaurer ou à défaire?Mais au-delà de ces grandes questions, il y a le patient.Est-il bien servi par notre système de soins?Savons-nous l'écouter ?Ce dossier permet de nous informer sur les enjeux de la santé et nous révèle quelque chose de tout simple : nous avons les moyens d'avoir un meilleur système de santé.Et que plusieurs initiatives sont menées par les chercheurs de partout pour l\u2019améliorer.II Ce dossier est inséré dans le numéro d\u2019avril-mai 2016 du magazine Québec Science.Il a été financé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de: Marie Auclair, UQAM Sébastien Charles, UQTR Stéphane Allaire, UQAC Frédéric Deschenaux, UQAR André Manseau, UQO Jo Ann Lévesque, UQAT Josée Charest, INRS Josée Gauthier, ENAP Éric Lamiot, TÉLUQ Céline Poncelin de Raucourt, UQ Valérie Reuillard, UQ David H.Mercier, UQ Raymond Lemieux, Québec Science Coordination : Raymond Lemieux et Valérie Reuillard Rédaction : Maxime Bilodeau, Marie Lambert-Chan, Raymond Lemieux Graphisme: François Émond Éditing: Hélène Matteau Correction-révision : Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scientifique du Québec et au développement de ses régions.3 UN SYSTÈME DANS LA TOURMENTE Notre système de santé demande de plus en plus de ressources financières.Mais la nécessité d\u2019en arriver à une meilleure gestion a-t-elle pris le dessus sur le souci de prodiguer des soins adéquats?4 DU SCALPEL AU SCANNER Kafka et les bonnes intentions, depuis 1947.9 SOYEZ TRANSFORMATIONNELS! Le changement, dans la structure d\u2019une organisation, commande davantage d\u2019intelligence émotionnelle chez les cadres.10 UN PEU DE RECONNAISSANCE, SVP! Les préposés aux bénéficiaires : essentiels, mais laissés dans l\u2019ombre.11 LE WEB, NOUVEL ACTEUR DANS LE MONDE DE LA SANTÉ Comment le Web peut personnaliser la prévention.12 COMMENT MIEUX AIDER LES AIDANTS Une affaire de psychologie et\u2026 d\u2019empathie.13 MARQUÉ PAR L\u2019ENVIRONNEMENT L\u2019environnement socioéconomique a un impact direct sur la santé.L\u2019obésité chez les enfants en donne la preuve.15 BOULIMIE PHARMACOLOGIQUE Trop de pilules peuvent rendre malade.16 L\u2019INTELLIGENCE ARTIFICIELLE À LA RESCOUSSE Des algorithmes aident à mieux interpréter les images médicales.Sommaire Billet P A G E C O U V E R T U R E E T S O M M A I R E : C H U M oyons positifs, nous avons les moyens de nos ambitions en matière de santé et de services sociaux ! L\u2019État québécois alloue 32,8 milliards de dollars à l\u2019ensemble de son réseau de santé.Presque deux fois plus qu\u2019à l\u2019éducation (16,9 milliards de dollars) et 50 fois plus qu\u2019à l\u2019entretien et la gestion des routes (656 millions).«Nous n\u2019avons pas de problèmes de ressources en santé, nous avons un problème de répartition de cet argent dans le réseau», dit Louis Demers, professeur titulaire à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).Alors?«Nous sommes coincés par un système mis en place dans les années de l\u2019après-guerre, alors que les populations avaient de la difficulté à s\u2019offrir des soins de santé», renchérit Jean-Louis Denis, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance et la transformation des organisations et systèmes de santé, à l\u2019ENAP.«On assiste maintenant à des progrès spectaculaires qui dépassent un peu les gestionnaires en ce qui concerne les technologies médicales et les interventions cliniques.» Les maladies cardiovasculaires sont, par exemple, mieux traitées qu\u2019autrefois.Les gens qui ont un infarctus à 64 ans peuvent vivre encore plusieurs années; de nombreux types de cancers sont aujourd\u2019hui en voie de devenir chroniques et d\u2019être soignés par des chimiothérapies qui peuvent même se faire à domicile; les diagnostics sont plus raffinés grâce, entre autres outils, aux scanners; et les chirurgies sont moins invasives avec la laparoscopie.Résultat, quand on a un problème grave de santé, on a nettement plus de chances de s\u2019en sortir qu\u2019il y a 50 ans.L\u2019envers de la médaille \u2013 et c\u2019est là le nœud du problème \u2013, c\u2019est une pression sans précédent en ce qui concerne l\u2019accessibilité aux ressources.«Comme société, nous nous sommes mis d\u2019accord pour que tous aient accès à des soins.Tous s\u2019attendent donc à recevoir beaucoup de ce système, avec le meilleur de ce qu\u2019offre la médecine», note Jean-Louis Denis.Mais sur quoi mettre aujourd\u2019hui l\u2019accent?Sur les interventions chirurgicales de pointe ou sur le maintien à domicile?Sur les services aux personnes très âgées affectées par l\u2019alzheimer III UN SYSTÈME DANS LA TOURMENTE Notre système de santé demande de plus en plus de ressources financières.Mais la nécessité d\u2019en arriver à une meilleure gestion a-t-elle pris le dessus sur le souci de prodiguer des soins adéquats?C H U M S ou sur les soins aux bébés nés prématurément?Le comble, ce sont les difficultés que l\u2019on devait surmonter dans les années 1960 et qui sont toujours là: engorgement des urgences, temps d\u2019attente important avant d\u2019obtenir une chirurgie ou même une simple consultation.Des problèmes qui persistent comme une plaie qui ne guérit pas.Encore récemment, une enquête conjointe du Fonds du Commonwealth sur les politiques de santé et du Conseil canadien de la santé indiquait que le Québec faisait piètre figure en ce qui concerne l\u2019accès rapide à un médecin.Un Québécois sur quatre n\u2019a pas demédecin de famille.Et dès qu\u2019il a besoin d\u2019en consulter un, à peine un grippé-blessé-nauséeux-fiévreux sur cinq (22%) peut voir un docteur le jour même où il en manifeste le besoin.En France, c\u2019est 95% des patients qui y arrivent; au Royaume-Uni, 86%; aux États-Unis, 74%; en Colombie- Britannique, 62%; et en Ontario, juste de l\u2019autre côté de la rivière des Outaouais, 59%.otre système tourne au ralenti?Pourtant, en 2014, près de 84 millions d\u2019actes médicaux ont été facturés à l\u2019État par quelque 18 500 médecins.Pourrait-on augmenter leur rendement?Facile à dire, mais une clinique ou un établissement hospitalier ne se gère pas comme une usine.Pour Louis Demers, tout se passe comme si le système était piégé par des orientations décidées il y a longtemps.Un phénomène que les gestionnaires appellent path dependence (traduction littérale : dépendance au sentier, au chemin déjà tracé\u2026).«Le système de santé canadien évolue difficilement.De tous les systèmes dans le monde, c\u2019est celui qui s\u2019ajuste le moins à l\u2019évolution démographique», dit le chercheur.Et personne ne peut dire que nous n\u2019avons pas essayé de changer les choses! «Mais les réformes se sont succédé sans apporter de véritables effets», reconnaît-il.Tant d\u2019énergie pour rien?Les sciences de la gestion progresseraient-elles moins bien que la médecine?Pour Jean-Louis Denis, tout a été fait pour éviter la confrontation 1947 Un battement d\u2019ailes dans les Prairies.Pour favoriser l\u2019accès aux soins de santé sans égard aux revenus, le gouvernement de la Saskatchewan instaure un programme d\u2019assurance universel.Un précédent en Amérique.(C\u2019est ce que le président Barack Obama fera aux États-Unis, 50 ans plus tard.) 1948Du béton et des lits.Ottawa met en place un Programme national de subventions en matière de santé.Il finance la construction d\u2019établissements hospitaliers, ce qui accroît la place qu\u2019occupe l\u2019hôpital dans le système de santé.Mais tomber malade est une malchance qui peut coûter cher.Les régimes d\u2019assurance privée \u2013 pour ceux qui peuvent se les offrir \u2013 ont donc le vent en poupe.1951 Le temps de la jeunesse.On est en plein baby- boom.Et 40% de la population a moins de 18 ans.L\u2019avenir?Le recensement canadien indique que l\u2019espérance de vie des hommes et des femmes au Québec atteint respectivement 64 et 68 ans.1961 La poire en deux.Le gouvernement fédéral crée une Commission royale d\u2019enquête sur les services de santé, présidée par le juge Emmett Hall.Le modèle mis en place en Saskatchewan lui semble exemplaire.Ottawa adopte une loi pour étendre le principe de l\u2019universalité des soins à l\u2019ensemble du pays, tout en promettant aux provinces qui emboîteront le pas d\u2019en assumer la moitié des coûts.Un détail : la loi confirme que le médecin reste un entrepreneur libre et le mode de rémunération à l\u2019acte est maintenu.1962Nouveau partage.Québec modernise le monde de l\u2019hôpital qui sent le dakin et l\u2019encens.Jusque-là placés sous la houlette des communautés religieuses et des médecins, les hôpitaux doivent maintenant être régis par un conseil d\u2019administration.1966Médecine globale.L\u2019hôpital étant devenu plus accessible, le nombre de bénéficiaires augmente.Le réseau de la santé ne répond pas bien à l\u2019afflux de malades.Québec crée la Commission d\u2019enquête Castonguay-Nepveu sur la santé et le bien-être social, qui propose d\u2019offrir des services plus complets pour améliorer l\u2019état de santé de la population «par l\u2019instauration d\u2019une médecine globale basée sur la personne» tout en cherchant à assainir le milieu où vit cette population.Une vision dite systémique.IV La recherche dans le réseau de DU SCALPEL AU SCANNER La découverte des microbes et la mise au point des premiers antiseptiques, des antibiotiques et des vaccins ont bouleversé la pratique médicale.Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les chirurgies peuvent être réalisées de manière plus sécuritaire et les hôpitaux deviennent des endroits de convalescence où on peut mieux soigner les malades.Le réseau de la santé se réorganise pour répondre à ces nouvelles exigences.L\u2019accès à cette médecine de pointe devient une priorité au pays.Le Québec suit le mouvement.Petite histoire.Claude Castonguay N Guérir le corps, assurer le salut de l\u2019âme Parce que l\u2019on ne connaissait alors rien aux microbes, des maladies de toutes sortes \u2013 coqueluche, jaunisse, maux de dents, dysenterie \u2013 ont embêté les premiers habitants du pays.Elles ont été longtemps l\u2019affaire des guérisseurs de tout acabit.D\u2019ailleurs, l\u2019espérance de vie ne dépassait pas beaucoup 40 ans, en Nouvelle- France.Les soignants étaient surtout des chirurgiens.Ils traitaient les foulures et les fractures, alors que les accouchements étaient l\u2019exclusivité des sages-femmes.Pour le reste, les soins de santé relevaient des hôpitaux tenus par des congrégations religieuses.On tentait d\u2019y guérir le corps, mais \u2013 il n\u2019y a pas de risque à prendre devant l\u2019Éternel \u2013 on assurait aussi le salut des âmes.Il a fallu attendre le XIXe siècle avant que les médecins, qui se distinguent par leur formation scientifique, commencent à prendre plus de place dans la société et obtiennent la reconnaissance juridique de leur profession, ainsi qu\u2019un droit de pratique exclusive.C\u2019était avant même la «province of Quebec» et la création du Canada.L\u2019histoire de notre médecine est superbement racontée dans l\u2019ouvrage coécrit par les historiens Robert Gagnon et Denis Goulet, professeurs respectivement à l\u2019Université du Québec à Montréal et à l\u2019Université de Sherbrooke : Histoire de la médecine au Québec 1800-2000, publié aux éditions du Septentrion. avec le pouvoir des médecins.«Nos décisions tiennent pour acquis que nous ne pouvons pas modifier le mode de rémunération desmédecins.Nous contournons donc le problème plutôt que de l\u2019affronter.Ainsi, par-delà les réformes, rien n\u2019altère le pouvoir médical.» Sous prétexte aussi de rationaliser les dépenses et d\u2019améliorer le fonctionnement de notre réseau, nous avons plutôt centralisé l\u2019organisation, poursuit Louis Demers.Et les dernières mesures adoptées par le ministère de la Santé et des Services sociaux suivent cette tendance imposée au fil des réformes.Conséquemment, on réduit le nombre d\u2019établissements et de directeurs généraux.« Il y a 30 ans, il aurait fallu louer un aréna pour réunir la totalité des directeurs; aujourd\u2019hui une petite salle suffit ! », dit-il.«De plus, tout le monde est maintenant assujetti aux orientations et aux directives ministérielles alors que, jadis, un directeur pouvait s\u2019appuyer sur son conseil d\u2019administration pour prendre une décision, remarque V Concrètement, cela ira de pair avec l\u2019instauration des Centres locaux de services communautaires (CLSC) et la création d\u2019une Régie, en 1969, qui veillera à l\u2019administration d\u2019un régime «complet et universel d\u2019assurance maladie», la RAMQ.1970 La grève et la crise.Les médecins du Québec s\u2019opposent à cette mainmise de l\u2019État sur la santé que certains comparent à une «soviétisation» du système.Ils font la grève.Une loi spéciale les force à retourner au travail.Mais le gouvernement leur concède le droit d\u2019être rémunérés à l\u2019acte et non selon un salaire.Cette prise de bec ne fera pas beaucoup parler d\u2019elle, car la Province a les yeux ailleurs : elle est placée sous la Loi des mesures de guerre à la suite des enlève - ments politiques commis par le Front de libération du Québec.1971Kafka s\u2019en mêle.Une nouvelle Loi sur la santé et les services sociaux confirme la philosophie mise de l\u2019avant par la commission Castonguay-Nepveu.Elle conduit à la création de 12 conseils régionaux de santé et services sociaux (les CRSSS), alors que les CLSC deviennent en quelque sorte la porte d\u2019entrée du réseau.Les centres hospitaliers sont catégorisés, selon leur vocation, en centres de soins de courte durée (CHSCD), centres de soins de longue durée (CHSLD) et centres psychiatriques.On développe un volet d\u2019établissements constitués de centres de services sociaux (CSS) ainsi que de centres d\u2019accueil que sont les centres d\u2019hébergement (CAH) et les centres de réadaptation (CAR).Deux ans plus tard, s\u2019ajouteront les Départements de santé communautaire (DSC).Problème : la loi ne dit pas grand-chose sur les mécanismes qui permettraient aux établissements de coordonner leur travail.1976 Coucher de soleil.La carte d\u2019assurance maladie émise depuis 1970 reproduit une photo prise au crépuscule par un chasseur à Senneterre, en Abitibi.Depuis, c\u2019est la «carte soleil», aussi appelée «castonguette», en référence au ministre de la Santé Claude Castonguay qui l\u2019avait établie.À partir de 1998, le détenteur peut y apposer un autocollant indiquant que, à son décès, il consent à ce que ses organes soient prélevés.1979 Le retour d\u2019Emmett.À la demande d\u2019Ottawa, et 18 ans après avoir présidé une commission royale qui a tout bouleversé, le juge Emmett Hall entreprend une nouvelle étude sur les services de santé.Il constate que les soins de santé dispensés au pays se classent parmi les meilleurs au monde.Rassurant?Il souligne néanmoins que la surfacturation des médecins et les frais modérateurs prélevés par les hôpitaux créent un système à deux vitesses qui menace l\u2019accessibilité.Cela conduit le gouvernement fédéral à adopter, en 1984, une nouvelle Loi canadienne sur la santé qui incite les provinces à décourager la surfacturation pour les services médicaux.1985Remue-méninges.L\u2019État est mis à mal par la récession économique qui frappe l\u2019Amérique.Ottawa réduit sa contribution financière aux provinces.Québec forme alors une Commission présidée par le docteur Jean Rochon de l\u2019Organisation mondiale de la santé (il y a fondé la Direction des programmes en santé publique).La Commission réévalue le fonctionnement et le financement du réseau.Elle y constate une belle cacophonie.Extrait du rapport: «Tout se passe comme si le système était devenu prisonnier des innombrables groupes d\u2019intérêts qui le traversent: groupes de producteurs, groupes d\u2019établissements, groupes de e l\u2019Université du Québec Santé CHUS~ CAR~CRSSS~ CLSC~CHSCD~ CHSLD~CSS~CAH ~CARDSC~CHUM ~CUSM~CHUL~ CHUS~CAR CLSC Pensez globalement Suivant l\u2019exemple de la Saskatchewan qui avait instauré, en 1947, une assurance-hospitalisation publique et universelle, le gouvernement fédéral a adopté une Loi sur l\u2019assurance-hospitalisation et les services diagnostiques en 1957, puis une Loi sur les soins médicaux, en 1966.Ottawa s\u2019est alors engagé à assurer la moitié du financement de l\u2019ensemble des services de santé.En contrepartie, les provinces s\u2019engageaient notamment à garantir l\u2019universalité, dans le cadre de leur régime d\u2019assurance maladie public.La santé pour tous, d\u2019un océan à l\u2019autre! «L\u2019une des dernières provinces à l\u2019établir a été le Québec, précise Louis Demers de l\u2019ENAP.Mais nous avons placé sous une même autorité la santé et les services sociaux, ce qui est encore unique au Canada.Et nous avons créé des Centres locaux de services communautaires (CLSC), largement inspirés des cliniques populaires de Californie, qui regroupent en un même lieu des services médicaux et psychosociaux.On parlait déjà de médecine globale et on se souciait aussi de régionalisation des services.» (Suite à la page VII) pression [\u2026] que seule la loi du plus fort opérait et que les mécanismes démocratiques d\u2019arbitrage ne suffisaient plus; que la personne à aider, la population à desservir, les besoins à combler, les problèmes à résoudre \u2013 bref le bien commun \u2013 avaient été oubliés au profit des intérêts propres à divers groupes.» Ainsi, on est davantage dans une logique de services qu\u2019une logique de changement social.Jean Rochon se demande : «Comment un ministère peut-il prendre toutes les décisions qui s\u2019imposent pour gérer 900 établissements?» Prescription : remplacer les CRSSS par des Régies régionales aux pouvoirs accrus, et élargir la participation des communautés.1991Remue-ménage.La cacophonie persiste.Le ministre québécois de la Santé d\u2019alors, Marc-Yvan Côté, décide de prendre le taureau par les cornes.Il souhaite voir «un système axé sur le citoyen» et veut faire en sorte que «les médecins ne soient pas des électrons libres dans ce système».S\u2019il pense que les CLSC doivent rester la porte d\u2019entrée du réseau, il concède aux médecins le droit de constituer des polycliniques.De toute façon, note-t-on, très peu de médecins vont en réalité pratiquer en CLSC.Puis, comme l\u2019avait recommandé Jean Rochon, il abolit les CRSSS et les Départements de santé communautaire.Il institue 18 Régies régionales qui organiseront des assemblées populaires (qui ne feront pas long feu) afin de mieux être à l\u2019écoute des usagers.Objectif : améliorer l\u2019accessibilité des services médicaux, tout en en réduisant les coûts.Toujours le même idéal.1994 Le virage ambulatoire.Jean Rochon prend le relais comme ministre.Il doit rapidement affronter la récession qui secoue, à nouveau, l\u2019économie.Pour la première fois, la part du budget québécois alloué à la santé diminue.Des programmes de retraite anticipée sont proposés aux médecins et aux infirmières; des hôpitaux ferment; d\u2019autres sont regroupés sous les chapeaux universitaires : le CHUM, le CUSM, le CHUL et le CHUS.En plus, des CHSLD sont fusionnés.Cette reconfiguration est rendue possible par des interventions chirurgicales réalisées plus rapidement.On parle de virage ambulatoire.Ainsi, le nombre de chirurgies dites «d\u2019un jour» augmente et le nombre de lits dans les soins dits de courte durée baisse de 30%.1997 Une pilule, une granule.Les personnes qui ne sont pas couvertes par une assurance privée peuvent maintenant s\u2019inscrire à un régime public d\u2019assurance médicaments.1998On écrase! La Loi sur le tabac est probablement l\u2019un des plus grands succès de santé publique au pays.Qui se souvient encore que l\u2019on fumait dans les lieux publics, dans les classes et\u2026 dans les hôpitaux?2000 Une nouvelle gestion comme remède.D\u2019une réforme à l\u2019autre, les patients qui attendent dans les corridors ne voient pas d\u2019amélioration.Une commission, conduite par l\u2019avocat Michel Clair, se penche sur le mal chronique des hôpitaux.«On valorise trop la pratique professionnelle individuelle, l\u2019autonomie juridique et budgétaire de chaque établissement, le fonctionnement en silos», déplore-t-elle.Cependant, les recomman - dations \u2013 bien accueillies \u2013 ne sont pas des plus innovantes : l\u2019accent est mis sur la prévention et la définition d\u2019orientations stratégiques.Sa médication : «de fortes doses de management dans le système», dit son rapport.Il recommande aussi de placer sous le chapeau d\u2019un même conseil d\u2019administration les CLSC et les CHSLD d\u2019un territoire, et de créer des groupes de médecine de famille \u2013 ils verront le jour en 2002 \u2013 qui se retrouveront en première ligne, réservant ainsi aux CLSC le volet social.Il VI Louis Demers, de l\u2019ENAP: «Les médecins, individuellement et collectivement, disposent d\u2019une grande autorité au sens moral du terme.Dans la société québécoise, le médecin de village ou de quartier était l\u2019un des rares citoyens à avoir reçu une éducation supérieure.Alors, on l\u2019écoutait.Sa notoriété et le fait qu\u2019il puisse guérir les gens lui conféraient un grand prestige.Encore aujourd\u2019hui, les médecins \u2013 tout comme les infirmières \u2013 sont toujours en haut de la liste, dans les sondages.» L O U I S E B I L O D E A U La recherche dans le réseau de Louis Demers.Des décisions prises à Québec seraient le fait de gens pas nécessairement en mesure de savoir ce qui se passe vraiment à Sherbrooke, à Baie-Comeau ou à Trois-Rivières.En plus, ça dévalorise la fonction de gestionnaire.À quoi ça sert, un gestionnaire, s\u2019il ne peut décider de beaucoup de choses?» «Pourtant, toutes les études au sujet des systèmes de santé indiquent que plus une organisation est complexe, plus elle doit être décentralisée.Moins on laisse demarge de manœuvre aux gens de la base pour travailler, plus on s\u2019expose à des effets non désirés, dit le chercheur.Les vrais problèmes peuvent alors être dissimulés et les gestionnaires sont susceptibles de prendre demauvaises décisions.» C\u2019est pourquoi, soutient-il encore, les universitaires ont presque unanimement rejeté les récentes réformes, qui vont toujours dans le sens de la centralisation, en créant les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) En fait, notre système de santé reste surtout configuré pour des soins de courte durée.Avec ce que cela comporte de problèmes.Maud-Christine Chouinard, des sciences de la santé de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a d\u2019ailleurs mis le doigt sur un phénomène particulier en examinant le profil des usagers des établissements de santé de sa région.Elle a noté qu\u2019entre 5% et 10% des usagers utilisent la moitié des ressources.Ce qui a conduit à l\u2019élaboration d\u2019un programme de suivi de ces grands utilisateurs.« Il faut voir ce phénomène d\u2019une manière plus large, car on constate que ces gens sont aussi affectés par des problèmes socioéconomiques.» Pour Maud-Christine Chouinard, une meilleure relation entre les médecins et les infirmières est également de mise dans une configuration plus « facilitante» .«On n\u2019a pas assez développé la place de l\u2019infirmière dans le milieu.Cela dit, on constate aujourd\u2019hui que les médecins, surtout les jeunes, sont plus ouverts qu\u2019avant à l\u2019idée de laisser davantage d\u2019espace aux infirmières dans l\u2019administration des soins, particulièrement dans les groupes de médecine familiale.Leur formation est d\u2019ailleurs de plus en plus orientée en ce sens.L\u2019approche centrée sur le patient, ça fait longtemps que c\u2019est inscrit dans la formation !» l reste que la société a passablement changé depuis la création de la carte soleil.En d\u2019autres termes, les Québécois ont vieilli et cela, on s\u2019en doute, n\u2019est pas sans conséquence sur le réseau.En 2021, dans 5 ans, c\u2019est plus de 20% de la population qui aura au- delà de 65 ans, rappelle Dominique Gagnon, professeur à l\u2019Unité d\u2019enseignement et de recherche en VII recommande également que «le gouvernement se dote d\u2019une politique-cadre de partenariat avec le secteur privé».2003 Kafka, toujours.Un neurochirurgien doué, Philippe Couillard, est nommé ministre.Il «rebrasse les cartes».Les régies régionales sont remplacées par des agences qui doivent mieux intégrer l\u2019ensemble des services.On crée 95 Centres de santé et de services sociaux, composés de CLSC et de CHSLD.Ils peuvent inclure des entreprises d\u2019économie sociale, des organismes communautaires, des pharmacies communautaires et des groupes de médecins de famille.2010 Les mégahôpitaux.On parle beaucoup de gestion, d\u2019engorgement dans les urgences, mais on veut aussi des hôpitaux neufs.À Montréal, deux immenses chantiers démarrent.À l\u2019ouest, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) annonce la construction d\u2019un hôpital de 500 lits et 33 salles d\u2019opération sur le terrain d\u2019une ancienne gare de triage; à l\u2019est \u2013 plutôt au centre- ville \u2013, première pelletée de terre pour le Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) qui comptera 772 chambres et une quarantaine de blocs opératoires.Enfin, le XXIe siècle! 2012Quinze ans de plus, qu\u2019est-ce que je fais?Si le Québec a affiché pendant très longtemps la plus faible espérance de vie de toutes les provinces canadiennes, celle-ci s\u2019établit désormais à 79,8 ans chez les hommes et à 83,8 ans chez les femmes, révèle l\u2019Institut de la statistique du Québec.La plus forte progression à ce titre depuis 1970, au Canada.2015 Un nouvel ordre médical.Ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette est titulaire du ministère de la Santé.Il n\u2019attend pas les recommandations d\u2019une quelconque commission et amorce des changements majeurs qui secouent le système.Ainsi, les agences régionales sont abolies et les établissements de santé sont regroupés dans des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et des Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) dont les conseils d\u2019administration sont composés de membres nommés par le ministre, alors que les 182 Centres de santé et de services sociaux (CSSS) ne sont plus que 33.De leur côté, les médecins se voient «obligés» de garantir un meilleur accès aux soins.Puis \u2013 c\u2019est promis \u2013, les patients ne perdront plus leur temps dans les salles d\u2019attente.À l\u2019urgence, les spécialistes devront voir 40% des patients en moins de deux heures et 75% en moins de quatre heures.Enfin, le ministre veut aussi attribuer un prix moyen pour chacun des soins de santé offerts.Les budgets versés aux établissements seraient alors établis en fonction de ces montants et du volume d\u2019activité.Un pari aussi risqué qu\u2019audacieux.Les hôpitaux deviendront-ils des usines à guérison?Que restera-t-il des services sociaux?De la santé préventive?Comment le système de santé saura-t-il offrir correctement des soins de longue durée nécessaires à une société vieillissante?Mais, surtout, le réseau de la santé, fleuron des années 1960, retrouvera-t-il le souffle pour innover, s\u2019offrir les technologies médicales de pointe, et nous aider à vivre mieux et\u2026 en santé?2016: un système sous tension I e l\u2019Université du Québec Santé L A P R E S S E C A N A D I E N N E sciences du développement humain et social à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).«Ce groupe d\u2019usagers demande des soins différents, rappelle ce gérontologue de formation.Il y a plus de problèmes chroniques, plus de problèmes cognitifs et psychologiques.Il faut intervenir sur plusieurs aspects.Chose certaine, on ne peut plus penser à un système uniquement centré sur les soins hospitaliers.Car l\u2019hôpital ne répond pas très bien aux besoins des personnes qui souffrent de problèmes chroniques ou psychologiques, devant être traités à long terme et nécessitant plusieurs types d\u2019interventions», dit-il.«On voit ça venir depuis longtemps, fait-il remarquer.Déjà, en préparant la réforme des années 2000, on avait une idée assez claire de ce qu\u2019il fallait faire pour adapter le système au vieillissement de la population.C\u2019est ce qui incitait les responsables de santé à favoriser le maintien à domicile : il fallait sortir de l\u2019\u201chospitalocentrisme\u201d.» ussi, bien des gestionnaires ont-ils misé sur l\u2019intégration accrue des services professionnels et cliniques.«On pouvait penser que cela aurait un effet positif sur les pratiques cliniques, notamment dans les CLSC, et permettrait une meilleure prise en charge de la clientèle.Plusieurs études ont par la suite démontré que cette intégration prend beaucoup de temps à se réaliser.Pis, la controversée rémunération à l\u2019acte, exclusive aux médecins, ne favorise pas toujours la collaboration interprofessionnelle.» Les organisations de santé de l\u2019Abitibi-Témiscamingue ont néanmoins développé un outil qui permet de faire contrepoids à une dynamique trop orientée sur le curatif.En collaboration avec le CSSS de Rouyn-Noranda et plusieurs intervenants locaux, elles ont mis en place, en 2013, des plateformes informatiques utilisées avec le soutien à domicile.«Une petite innovation qui semble anodine, souligne Dominique Gagnon, mais qui a énormément favorisé le partage d\u2019informations.Un dossier clinique numérisé fait en sorte que les différents acteurs \u2013 ergothérapeute, travailleuse sociale, médecin \u2013 savent ce qui se passe chez le patient.Ils sont d\u2019autant plus en mesure de constater comment sa santé évolue, car les informations cliniques sont régulièrement mises à jour.La plateforme renforce aussi la coordination avec le médecin du groupe de médecine familiale.Par exemple, une travailleuse sociale pourra mieux agir en mode prévention en signalant une amélioration ou une dégradation de l\u2019état de ses clients.Quand on intervient en amont des maladies, on peut ralentir les processus de perte d\u2019autonomie, sinon mieux accompagner la personne dans sa perte progressive d\u2019autonomie.Mais ce qui m\u2019inquiète avec la logique de performance qui semble se développer dans le réseau, c\u2019est qu\u2019on risque dorénavant de moins travailler en prévention et plus en réaction.» Trop dans le court terme, la gestion du monde de la santé?Aurait-on perdu l\u2019idéal d\u2019une approche globale?France Gagnon, politicologue et professeure à la Télé- université, n\u2019est pas loin de le penser.«La tendance va vers le curatif, pas vers la prévention.C\u2019est un ministère de la Maladie que nous avons; pas un ministère de la Santé», dit-elle.Dans une telle optique, la santé publique est devenue «un parent pauvre dans un système riche»! Il faut renouer avec l\u2019idéal de santé pour tous, sou- tient-elle.«Ce n\u2019est pas seulement une question d\u2019individu, mais de société.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi, quand on parle de promotion de la santé, de santé publique, il faut envisager la question de façon globale et très large, ce qui n\u2019est pas sans heurter les gens et certains décideurs.VIII La recherche dans le réseau de A Dominique Gagnon, de l\u2019Université du Québec en Abitibi- Témiscamingue, note qu\u2019il y a moins de ressources spécialisées en région qu\u2019en milieu urbain.«Mais en contrepartie, les professionnels se connaissent mieux; il existe une coordination que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019informelle.On peut régler bien des choses autour d\u2019une table en prenant un café.» H U G O L A C R O I X Le prolongement d\u2019une autoroute?Le projet de terminal pétrolier?Plusieurs se demandent quel lien ça peut avoir avec la santé [NDLR: favoriser l\u2019usage des carburants fossiles entraînant une augmentation des émissions de gaz carbonique peut provoquer une hausse des maladies respiratoires].On est perçus comme des ayatollahs, déplore MmeGagnon.Mais on oublie les progrès que nous avons faits : les campagnes de vaccination, la lutte contre le tabagisme, la promotion des aliments moins salés et moins sucrés.Il y a des modèles de bonnes pratiques qu\u2019il faut s\u2019approprier collectivement.Cela est tout à fait cohérent avec l\u2019objectif d\u2019une société en santé.» N\u2019est-ce d\u2019ailleurs pas le but ultime?Prochain épisode, le Commissaire à la santé et au bien-être a lancé un «appel de mémoires» axé sur l\u2019idée du «panier de services» qui serait une liste de soins à prioriser ou pas.L\u2019initiative devrait «guider les choix futurs en matière de soins et de services assurés au Québec».Mais cela renforcerait-il le curatif au détriment de la prévention?Cela augure-t-il une autre réforme?Les résultats seront connus à l\u2019automne.Au moins, on aura fait l\u2019économie d\u2019une commission.?Par Raymond Lemieux IX ans le réseau de la santé, les cadres intermédiaires et les directeurs en ont vu de toutes les couleurs, reconnaît Natalie Rinfret, professeure titulaire de la Chaire La Capitale en leadership dans le secteur public à l\u2019École nationale d\u2019administration publique.On est dans un contexte continuellement en changement, mais ce ne sont pas tous les gestionnaires qui possèdent le leadership approprié pour faire face aux remous, note-t-elle.Un leader capable de créer une relation émotionnelle avec ses collaborateurs sera plus en mesure de transcender les aspirations individuelles pour porter le projet commun.» La psychologue distingue deux types de gestionnaires : le transactionnel \u2013 «celui qui fixe les objectifs et informe les gens de ce qu\u2019ils doivent faire pour atteindre ces objectifs, tout en les incitant à performer » \u2013 et le transformationnel \u2013 « un gestionnaire inspirant, qui crée des relations de confiance avec ses collaborateurs» .Selon elle, l\u2019intelligence émotionnelle (IE), un concept mis de l\u2019avant dans les années 1990, et le leadership transformationnel sont deux compétences essentielles pour pouvoir soutenir des changements au sein des organisations.Cela est particulièrement pertinent quand on parle, comme au- jourd\u2019hui, de restructuration.«Quand un directeur fait preuve d\u2019IE, il exerce davantage un leadership transformationnel.Ses collaborateurs sont motivés, plus satisfaits, moins stressés et capables de faire face aux changements», affirme Mme Rinfret.Mais ces leaders sont-ils suffisamment présents dans le réseau de la santé, continuellement soumis à des soubresauts?En 2009, Natalie Rinfret a conduit une étude auprès de directeurs et de cadres afin de sonder leurs aptitudes transformationnelles.Épaulée par l\u2019Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, elle a recueilli les avis de plus de 500 répondants, auxquels elle a présenté un questionnaire élaboré.Votre directeur a-t-il de la difficulté à maîtriser sa colère?A-t-il de la difficulté à comprendre ce que pensent les autres?Quand il commence à parler, s\u2019arrête-t-il difficilement?Change-t-il difficilement d\u2019opinion?S\u2019adapte-t-il facilement à de nouvelles conditions?Bien que la moitié des cadres ont estimé que leurs supérieurs faisaient preuve d\u2019intelligence émotionnelle, près de 40% n\u2019avaient pas l\u2019impression d\u2019être en présence d\u2019un leader transformationnel.Est-ce suffisant dans un monde qui change?«On vise actuellement l\u2019équilibre budgétaire, sans vouloir faire de vagues, dit la psychologue.Cela crée néanmoins un climat de compétition qui peut affecter la culture de l\u2019organisation.Dans un contexte où on veut faire des changements, une organisation où la confiance est insuffisante peut avoir bien du mal à traverser une période de remous.C\u2019est d\u2019autant plus délicat en période d\u2019austérité, car les moyens qui permettraient d\u2019innover ou de faire les choses autrement risquent de manquer.» ?(R.L.) SOYEZ TRANSFORMATIONNELS! Le changement, dans la structure d\u2019une organisation, commande chez les cadres davantage d\u2019intelligence émotionnelle.e l\u2019Université du Québec Santé «D D E N I S C H A L I F O U R Natalie Rinfret: «Ce ne sont pas tous les gestionnaires qui possèdent le leadership approprié pour faire face aux remous.» Le travail, c\u2019est la santé Au Québec, on compte plus de médecins par habitant que partout ailleurs au Canada.Leur nombre n\u2019a cessé d\u2019augmenter depuis 10 ans pour atteindre 18 483 en 2014, fait remarquer Louis Demers de l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).«Avant, les médecins pouvaient travailler 60 heures par semaine; maintenant, ils tiennent à leur qualité de vie et peuvent s\u2019en tenir à 40 heures.À quoi ça sert de travailler 20 heures de plus pour augmenter des revenus déjà substantiels?Cependant, cette façon de faire a réduit la productivité.» Au moins, nos médecins se donnent des chances d\u2019être eux-mêmes en meilleure santé! uxiliaires de santé, infirmières et infirmiers auxiliaires, préposés aux bénéficiaires, etc.Pratiquement au bas de l\u2019échelle du système, ils sont les laissés-pour-compte des réformes de la santé.Pourtant, leur apport est indispensable.Ils travaillent dans les centres d\u2019hébergement pour les personnes âgées ou dans les hôpitaux.«Dans le réseau de la santé, c\u2019est le personnel le plus affecté par les accidents de travail et le plus exposé au stress professionnel», soutient François Aubry, professeur au département de travail social de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO).Ce sociologue et gérontologue est l\u2019un des rares chercheurs à suivre la situation de ces travailleurs oubliés, qui sont à 80% des femmes lorsqu\u2019on parle de préposés aux bénéficiaires.Selon lui, l\u2019intensification du travail, occasionnée par les récents boule - versements dans le réseau de la santé, n\u2019a aidé en rien.«On met les problèmes du réseau sur les épaules des préposés, dit-il.C\u2019est assez terrible, car ce milieu est déjà extrêmement fragilisé.Et il y a un corollaire à cela : les soignants ont du mal à se rapprocher de leurs patients.Il leur est maintenant difficile de concilier le relationnel avec leurs tâches habituelles.Ne disposer que de 15 minutes pour donner son bain à un patient, ça ne donne pas le temps de créer des liens !» En CHSLD, les bénéficiaires sont de plus en plus nombreux à montrer des déficits cognitifs de toutes sortes, ajoute François Aubry.«Plus les personnes âgées sont dépendantes, plus les soins de base auxquels elles ont droit sont difficiles à prodiguer.» Résultat, on assiste à un accroissement du travail qui a un impact direct sur les conditions de santé et de sécurité.D\u2019autant plus que le vieillissement de ce personnel soignant commence à se faire sentir aussi.L\u2019Association paritaire de santé et de sécurité du travail, secteur «affaires sociales», note d\u2019ailleurs que les préposés aux bénéficiaires constituent 30% du personnel soignant présentant des lésions indemnisées par la CSST; 10% sont des infirmières auxiliaires qui souffrent surtout de blessures au dos.Si leur travail en pâtit, leur réputation aussi.François Aubry a d\u2019ailleurs été curieux de voir quelle image le public pouvait se faire des préposés aux bénéficiaires ou des auxiliaires en santé à partir des informations transmises par les médias.«Trois fois sur quatre, lorsque les médias parlaient d\u2019eux, c\u2019était pour signaler, à tort ou à raison, des problèmes de négligence et de maltraitance.» Pas facile pour le moral des troupes ! Bien pis, les choses ne devraient pas s\u2019améliorer, craint le chercheur : «La moyenne d\u2019âge de ce personnel est maintenant de 46 ans dans les établissements.Ça fait peur aux gestionnaires qui voient venir, en plus, une vague de départs à la retraite.Autant d\u2019employés dévoués qu\u2019il faudra remplacer.» ?(R.L.) X S H A P E C H A R G E / I S T O C K P H O T O UN PEU DE RECONNAISSANCE,SVP! Les préposés aux bénéficiaires: essentiels, mais laissés dans l\u2019ombre.A La recherche dans le réseau de XI anger moins de viande rouge, éviter le sucre et le gras, ajouter moins de sel dans les plats, faire plus d\u2019activité physique, cesser de fumer, boire modérément ! Ces conseils de santé sont répétés à satiété.«En matière de santé publique, il ne suffit plus de convaincre; on doit aussi accompagner ceux et celles qui veulent changer leur mode de vie», dit François Boudreau, professeur au département des sciences infirmières de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).Et c\u2019est avec les technologies de l\u2019information et Internet que ce chercheur estime cela possible.«Ces technologies peuvent être un parfait complément pour joindre les gens au quotidien.» Miser sur la prévention et l\u2019adoption d\u2019un mode de vie plus sain peut aussi avoir des effets bénéfiques sur le système de santé.Entre autres, freiner l\u2019augmentation des dépenses associées aux principales maladies chroni - ques, comme le faisait remarquer le Conference Board du Canada, en novembre 2014.L\u2019organisme anticipe que, au Québec, ces dépenses passeront de 7,6 mil - liards à 12,6 milliards de dollars entre 2010 et 2030.Pour François Boudreau, il n\u2019y a donc pas d\u2019hésitation à prendre le virage de la prévention.Surtout que « les économies réalisées pourraient atteindre 800 millions de dollars par année», toujours selon les économistes du Conference Board.Mais sur le Net, n\u2019y a-t-il pas déjà plusieurs sites conçus pour nous renseigner?« Ils offrent des informa tions qui visent tout le monde, et personne en particulier, tranche François Boudreau.Mais nous pouvons maintenant développer des interventions sur mesure, qui collent mieux à l\u2019individu.En anglais, on appelle ça le computer tailoring.L\u2019idée est de transmettre le bon message à la bonne personne au bon moment.Un peu comme la médecine personnalisée.» François Boudreau a conduit deux projets de recherche en ce sens depuis 2012.Il s\u2019est inspiré de travaux menés à ce propos à l\u2019université de Maastricht, aux Pays-Bas.La beauté de la chose tient à l\u2019élaboration d\u2019algorithmes qui permettent d\u2019orienter l\u2019usager vers un scénario santé sur mesure.Dans le cadre de son plus récent projet, le chercheur et son équipe, sous l\u2019égide des instituts de recherche en santé du Canada, ont suivi une cohorte de près de 244 personnes sédentaires.«Cela impliquait des séances web qui ne duraient pas plus d\u2019une dizaine de minutes, pendant quatre à cinq semaines.Rien de bien lourd, souligne-t-il.Et on a obtenu des résultats très intéressants en ce qui concerne le changement de comportement.En effet, au début de l\u2019expérience, les participants effectuaient 50 minutes d\u2019activité physique par semaine.Ils devaient viser l\u2019objectif prescrit en santé publique : 150 minutes.Or, c\u2019est en moyenne ce à quoi ils sont arrivés après trois mois!» Une réussite?« Il nous reste encore à convaincre bien des acteurs pour implanter cette approche dans les milieux cliniques», tempère le professeur.Mais il est certain que l\u2019on peut faire d\u2019une pierre deux coups avec ce modèle.«D\u2019abord, on peut éviter des dépenses en santé clinique et, en plus, on a une population en bonne santé qui peut contribuer à la prospérité commune.On gagne sur les deux plans!» ?(R.L.) LE WEB, NOUVEL ACTEUR DANS LE MONDE DE LA SANTÉ Comment personnaliser la prévention.M e l\u2019Université du Québec Santé Le virage de la prévention grâce au Web? La recherche dans le réseau de es aidants naturels sont souvent des partenaires de santé essentiels pour les personnes en perte d\u2019autonomie.Mais ils ne sont pas toujours préparés pour les accompagner, constate Nancy Guberman, l\u2019une des rares chercheuses à s\u2019être penchées sur leur rôle.Longtemps professeure à l\u2019École de travail social de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), Nancy Guberman a vu la contribution des aidants naturels \u2013 ou proches aidants \u2013 prendre de plus en plus d\u2019importance.Au point que, aujourd\u2019hui, ils assurent entre 80% et 85% des services de maintien à domicile.Le personnel du secteur public n\u2019y contribue qu\u2019entre 10% et 15% de l\u2019effort, note-t-elle, c\u2019est- à-dire 2,5 heures par semaine.À titre de comparaison, en France, la part du secteur public pour le maintien à domicile atteint 25 heures par semaine.«Si leur travail était rémunéré à 12 $ l\u2019heure, il en coûterait pas loin de 5 milliards de dollars au Québec, a-t-on déjà calculé, en 2003.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui, alors que près de 400 000 personnes présentant des incapacités importantes bénéficient en majeure partie du soutien de leurs proches?» Si, de façon générale, entre 60% et 80% de cette aide concerne les personnes âgées, pour le reste, elle profite par exemple aux jeunes affectés par des problèmes de santé mentale, aux personnes atteintes de sclérose en plaques, aux convalescents qui se remettent d\u2019une chirurgie, etc.Très important, alors, le rôle des proches aidants! Malgré cela, ils ont un sérieux problème de reconnaissance, affirme Nancy Guberman.Et ils sont plus ou moins bien intégrés dans les plans d\u2019intervention des cliniciens, «quand ils ne sont pas que des exécutants aux yeux de certains profes sionnels».Pourtant, soutient-elle, on pourrait con tri buer à faire une sorte de transfert de connais sances des intervenants professionnels vers l\u2019entourage.Un besoin incontestable.À preuve, aujourd\u2019hui à la retraite, Nancy Gu- berman continue de donner des formations aux intervenants pour les entraîner à écouter les aidants.«Rien que leur apprendre à se réserver une heure pour les écouter, c\u2019est énorme.Leur montrer comment bien faire pour aider, ça leur enlève beaucoup d\u2019anxiété.» « Il faut dire que les aidants n\u2019ont pas de distance professionnelle comme peuvent en avoir les intervenants.Sur le plan émotif, c\u2019est très exigeant pour eux d\u2019accompagner un malade ou un proche en perte d\u2019autonomie.Ils sont en présence d\u2019une personne qui souffre, poursuit-elle.Leur rôle dépasse donc celui de parent, d\u2019ami, de frère ou de sœur.Aussi, ils ont bien des deuils à faire dans tout ça.» ?(R.L.) XII COMMENT MIEUX AIDER LES AIDANTS Une affaire de psychologie et\u2026 d\u2019empathie.L Les institutions pouvaient-elles prendre soin des personnes en difficulté ou en perte d\u2019autonomie mieux que leurs propres familles?On a pu le penser avec l\u2019avènement de l\u2019État providence.«Mais cette institutionnalisation n\u2019a pas réussi, c\u2019était trop bureaucratique, dit Nancy Guberman, professeure à la retraite de l\u2019École de travail social de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).De plus, au milieu des années 1980, on s\u2019est rendu compte que cela coûtait très cher.On a donc commencé à parler de prise en charge communautaire pour soutenir la vague de désinstitutionnalisation qui a suivi.Mais de fait, cela n\u2019a jamais été accompagné d\u2019une redistribution de l\u2019argent vers les services.Cet argent est resté dans les hôpitaux.» J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C e l\u2019Université du Québec Santé es quartiers du Grand Montréal n\u2019ont plus de secrets pour Tracie Barnett, professeure à l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) \u2013 Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.Densité populationnelle, nombre de parcs, trafic routier : aucun détail n\u2019échappe à cette spécialiste en épidémiologie de l\u2019obésité pédiatrique, qui étudie l\u2019influence de l\u2019environnement bâti sur le poids corporel des jeunes.«Je souhaite mieux comprendre l\u2019histoire naturelle du développement de l\u2019obésité chez les enfants et les adolescents, à partir des lieux où ils jouent, se scolarisent et vivent», explique-t-elle.Pour cela, elle étudie 630 jeu - nes provenant majoritairement de la région métropo - litaine de Montréal : la cohorte QUALITY (QUebec Adipose and Lifestyle InvesTigation in Youth).Recrutés en 2007 alors qu\u2019ils avaient entre 8 et 10 ans, ces enfants devenus adolescents sont classés selon les quartiers où ils habitent.En tout, cinq profils distincts de secteurs ont été définis.L\u2019analyse de la masse de données collectées indique que l\u2019obésité pédiatrique se concentre tout particulièrement dans les endroits où il y a beaucoup de circulation automobile, ainsi que peu d\u2019aménagements piétonniers faciles d\u2019accès et sécuritaires.Au banc des inculpées : la pollution sonore, la perturbation du sommeil, l\u2019absence de couvert forestier ou une combinaison de ces facteurs.«On n\u2019en trouvera pas un plus décisif que les autres, mais une multitude qui, lorsqu\u2019ils sont cumulés, ont un effet global significatif sur la sédentarité, le temps passé devant les écrans ou la consommation d\u2019aliments \u201cobésogènes\u201d», analyse Tracie Barnett.Pour l\u2019instant, les résultats de ses recherches tendent XIII L MARQUÉ PAR L\u2019ENVIRONNEMENT L\u2019environnement socioéconomique a un impact direct sur la santé.L\u2019obésité chez les enfants en donne la preuve.A N D Y R I C H T E R / A U R O R A P H O T O S / C O R B I S surtout à renforcer, dans la prise en charge globale de l\u2019obésité chez les jeunes, l\u2019importance de l\u2019activité physique dans les déplacements quotidiens.«Finalement \u2013 on ne le se cachera pas \u2013, je souhaite que mes travaux influencent la manière dont seront conçues nos villes», confie-t-elle.Parallèlement, Patricia Blackburn, professeure et directrice de maîtrise en médecine expérimentale à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), s\u2019intéresse à l\u2019environnement premier des jeunes : leur famille.«Beaucoup de nos habitudes de vie nous sont léguées par nos parents, par l\u2019entremise de la cellule familiale.En fait, la propension à prendre du poids est moins génétique qu\u2019environnementale», souligne-t-elle.Ces jours-ci, la chercheuse s\u2019affaire à recruter 20 familles dont au moins un membre est un adoles - cent qui présente un surplus pondéral.Elles doivent être désireuses de participer à un vaste projet interdisciplinaire, nommé FAMILLE.Psycho lo gues, médecins, nutritionnistes, kinésiologues, tous mettront à contribution leur expertise respective afin d\u2019amener les participants à modifier durablement leurs habitudes de vie.Après une évaluation initiale exhaustive, les familles bénéficieront d\u2019un suivi aux trois mois pendant un an.«À la fin, espère Patricia Blackburn, on s\u2019attend à ce qu\u2019elles bougent plus, mangent mieux et aient perdu du poids.Mais on ignore si ces changements survivront à la barre des deux ans.» Une dernière évaluation, à ce moment-là, permettra à l\u2019équipe de recherche de vérifier si les gains obtenus auront perduré.À l\u2019heure actuelle, force est de constater que le recrutement de familles pour ce projet n\u2019a pas beaucoup de succès.Ce que la chercheuse attribue certes à l\u2019exigence du projet, mais surtout aux réticences des parents.«L\u2019air de rien, ça en dit beaucoup sur les freins à l\u2019adoption de saines habitudes de vie», glisse-t-elle au passage.Patricia Blackburn l\u2019admet: elle élude généralement le sujet de la perte de poids auprès des participants à ses projets de recherche, bien que ce soit l\u2019objectif poursuivi.«Nous évacuons de notre discours toutes les références au poids corporel et limitons le plus possible le nombre de pesées, explique-t-elle, parce que nous ne voulons pas créer un problème en tentant d\u2019en régler un autre.» Ce problème, c\u2019est la distorsion de l\u2019image corporelle, porte d\u2019entrée à l\u2019ensemble des troubles du comportement alimentaire (TCA).Socialement mieux vus que les problèmes de surpoids, les TCA n\u2019en sont pas moins répandus chez les jeunes.Seulement au Québec, plus de 100 000 enfants et ados, chaque année, sont à risque de souffrir d\u2019un trouble alimentaire.De l\u2019avis de Johana Monthuy-Blanc, professeure à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), obésité et TCA sont les deux revers d\u2019une même médaille.«Les deux conditions ont trait à la santé mentale, à un déséquilibre psychologique menant à un déséquilibre nutritionnel», analyse la responsable du Laboratoire de recherche interdisci plinaire sur les troubles du com portement alimentaire en lien avec la réalité virtuelle et la pratique physique (Loricorps).Dans ce laboratoire, la chercheuse mène ce qu\u2019il convient d\u2019appeler des recherches in virtuo où, là encore, l\u2019environnement tient une place prépondérante.En collaboration avec des experts de tous horizons, elle utilise la puissance d\u2019immersion des outils de réalité virtuelle \u2013 du genre de ces fameux casques Oculus Rift ou Playstation VR encore en cours de développement \u2013 afin de placer ses sujets dans des décors ludiques où ils revêtent différentes enveloppes corporelles (plus en chair, plus mince, etc.).Ainsi, elle est en mesure d\u2019évaluer comment les participants perçoivent leur «nouveau» corps et gèrent des situations comme le choix de leurs aliments à l\u2019épicerie ou leur façon de manger.En plus d\u2019améliorer l\u2019efficacité des interventions en TCA et de rendre moins taboue la santé mentale, cette approche novatrice est riche en enseignements de toutes sortes.«Nous avons demandé à plusieurs de nos sujets de \u201cmettre\u201d les corps idéaux présentés à la télévision et dans les magazines.Étonnamment, nos premiers résultats semblent indiquer que les gens aiment mieux regarder ces corps que les habiter.Comme s\u2019ils préféraient être un peu plus ronds que maigres», rapporte la chercheuse qui y voit une piste de réflexion porteuse.Son prochain objectif : développer des mesures en temps réel qui permettront d\u2019évaluer à quel point un environnement comme la cuisine ou le restaurant est anxiogène, même à un stade très précoce de la maladie.Car, en matière de TCA, mieux vaut prévenir que guérir.«Une fois que quelqu\u2019un est touché par ce trouble, le pronostic est mauvais.La rémission ne survient que dans 30% à 60% des cas; 40% ne s\u2019en remettront jamais, malgré les interventions répétées», conclut-elle.?Par Maxime Bilodeau XIV La recherche dans le réseau de «Beaucoup de nos habitudes de vie nous sont léguées par nos parents.En fait, la propension à prendre du poids est moins génétique qu\u2019environnementale.» amais nous n\u2019avons avalé autant de pilules.Le problème toucherait plus particulièrement les aînés.Ainsi, les statistiques de la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec démontrent que le nombre moyen d\u2019ordonnances par année chez les 65 ans et plus est passé de 62,5, en 2003, à 111,7, en 2013.Et ces chiffres n\u2019incluent pas les médicaments en vente libre.«Beaucoup d\u2019indices donnent à penser qu\u2019il y a surconsommation», dit Caroline Sirois, professeure à l\u2019Université du Québec à Rimouski, qui étudie la polypharmacie, c\u2019est-à-dire la prise de plus de 5 \u2013 voire plus de 10 \u2013 médicaments par jour.Alimentée, entre autres facteurs, par le vieillissement de la population et la croissance des maladies chroniques, cette boulimie pharmacologique a des conséquences délétères : médication inappropriée, interactions médicamenteuses, effets indésirables pouvant entraîner l\u2019hospitalisation; et même la mort.Cela dit, la polypharmacie n\u2019est pas toujours néfaste.Elle est même parfois indiquée.«Certaines maladies sont soignées au moyen de plusieurs médicaments.Au lieu d\u2019utiliser un seul produit, on en prescrit deux ou trois à plus faible dose et agissant de façon complémentaire, ce qui génère moins d\u2019effets indésirables», indique Caroline Sirois.C\u2019est d\u2019ailleurs un des soucis de la chercheuse : comment distinguer la bonne de la mauvaise polypharmacie?Elle travaille présentement avec l\u2019Institut national de santé publique du Québec à élaborer un indicateur de polypharmacie.L\u2019outil, qui devrait être accessible d\u2019ici deux à trois ans, est conçu pour éclairer non seulement les professionnels de la santé, mais aussi le grand public qui, grâce à lui, verra d\u2019un œil plus averti le contenu de sa pharmacie.En attendant, Caroline Sirois prêche pour un changement de culture dans le système de la santé: «Comme pharmacienne \u2013 et ce doit être aussi vrai pour les médecins \u2013, j\u2019ai été formée pour traiter les maladies en suivant des lignes directrices.Mais on ne m\u2019a jamais enseigné à m\u2019interroger sur le nombre de médicaments consommés par un patient.En prend-il trop?Tel traitement est-il encore pertinent pour sa condition?Tel symptôme est-il causé par une maladie ou est-ce un effet secondaire d\u2019un autre médicament?Autant de questions qu\u2019on se pose trop peu souvent.» La chercheuse invite les professionnels de la santé à revoir la liste de médicaments de leurs patients à chaque visite et à «dé- prescrire», si cela s\u2019avère nécessaire.Au-delà de la pharmacopée, Caroline Sirois croit en la prévention par la promotion de saines habitudes de vie et au potentiel des interventions non pharmacologiques, comme les thérapies.«Les pilules ne règlent pas tout», résume-t-elle.?Par Marie Lambert-Chan XV e l\u2019Université du Québec Santé BOULIMIE PHARMACOLOGIQUE Trop de pilules peuvent rendre malade.J J E A N - F R A N Ç O I S L E B L A N C haque jour, les cliniciens sont inondés demilliards d\u2019images obtenues par radiographie, échographie, résonance magnétique ou tomographie.Voilà, aux yeux du professeur Ismail Ben Ayed, de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), un potentiel médical inexploité.On comprend pourquoi : analyser et interpréter toutes ces données est un travail de moine ! Un exemple : « Pour calculer la fraction d\u2019éjection du cœur [NDLR: mesure de l\u2019efficacité de pompage du cœur], un radiologue doit regarder environ 400 images en deux dimensions, dessiner sur chacune les contours du ventricule gauche pour faire des approximations des différences de volume et imaginer le tout en trois dimensions.Ça prend du temps», déplore l\u2019ingénieur.Beaucoup, beaucoup de temps.La solution?Recourir à l\u2019intelligence artificielle.«Entre 2012 et 2015, la vision artificielle a connu des percées fulgurantes, rappelle M.Ben Ayed.Pensez seulement au programme de reconnaissance faciale de Facebook.Aujourd\u2019hui, on tente de faire la même chose dans le domaine médical.Cependant, c\u2019est beaucoup plus complexe d\u2019apprendre à une machine à identifier une tumeur que de reconnaître un chat ou une table.» À l\u2019aide d\u2019algorithmes élaborés, il tente d\u2019instiller une partie du savoir médical dans des programmes informatiques qui faciliteront le boulot des chirurgiens et des radiologues.Alors qu\u2019il travaillait chez GE Healthcare, une entreprise qui fournit des technologies et des services médicaux, il a mis au point un logiciel capable justement d\u2019évaluer la fraction d\u2019éjection du cœur.Il a aussi développé un algorithme qui annote automatiquement les os de la colonne vertébrale.Ces deux programmes sont déjà utilisés en milieu hospitalier.«Nous avons résolu des problèmes assez faciles en comparaison de ce qui nous attend à l\u2019avenir », prévoit le chercheur, récemment nommé titulaire de la Chaire de recherche ÉTS sur l\u2019intelligence artificielle en imagerie médicale.Ismail Ben Ayed rêve de créer des algorithmes qui pourront détecter ce qui est invisible à l\u2019œil nu, et ainsi prédire des maladies.Il donne en exemple les individus aux prises avec des maux de dos.«On estime qu\u2019environ 5% des patients qui passent une imagerie par résonance magnétique pour ce type de douleur présentent des risques d\u2019anévrisme de l\u2019aorte abdominale, indique-t-il.Si ça survient, c\u2019est la mort immédiate.Imaginez un programme qui repérerait automatiquement un diamètre anormal de l\u2019aorte, signe qu\u2019une rupture risque de se produire.On pourrait sauver des vies.On pourrait aussi corréler des images tirées de milliers de chirurgies, ce qui nous permettrait de prévenir des problèmes postopératoires chez des patients.» ?(M.L.-C.) XVI C L\u2019INTELLIGENCE ARTIFICIELLE À LA RESCOUSSE Des algorithmes aident à mieux interpréter les images médicales.S T O C K D E V I L / I S T O C K P H O T O L\u2019actualité scientifique à la portée de tous ! ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous PROCUREZ-VOUS ÉGALEMENT les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions Aussi?offert?en?édition?numérique.?Gratuit?pour?les?abonnés?de?Québec?Science.2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes [ ] L\u2019EAU VIVE DÉMYSTIFIÉE VOTRE NATURE 5 ESCAPADES POUR CÉLÉBRER LE PRINTEMPS Des aliments pour performer TERRITOIRES DU NORD-OUEST UNE DESTINATION POUR L\u2019AVENTURE DOSSIER SPÉCIAL ÉQUIPEMENT OURSE C GUE DIS ON L CE AN T L I VR S_A MAR 6 6,45 $ 1 0 2 7 8 3 P40065 P M D 0 6 8 4 1 AVRIL 2016 EN VEDETTE PÉDALER À MEXICO   Montréal-Boston par le chemin des écoliers NUTRITION Une petite pilule ou un vrai bleuet ?HISTOIRE Major Taylor, l\u2019homme le plus rapide du monde à Montréal L\u2019ULTRACYCLISME, POUR LES FOUS GUIDE D\u2019ACHAT MONTAGNE URBAIN athieu Tourangeau est un crack de l\u2019entraînement.De cinq à six fois par semaine, l\u2019adepte de course à obstacles enfile ses chaussures de sport et sort fouler le bitume.Sa montre GPS au poignet, il analyse en temps réel son allure, sa fréquence cardiaque et sa consommation d\u2019oxygène.Sa forme physique, le quadragénaire la connaît sur le bout des doigts.Ou presque car, malgré l\u2019abondance de données auxquelles il a accès, Mathieu peine à expliquer certaines de ses performances.«Par exemple, je comprends difficilement pourquoi je peux maintenir une fréquence cardiaque de presque 200 battements par minute pendant 45 minutes, tout en contrôlant bien ma respiration», dit-il.Désireux de «mieux se connaître», il s\u2019est donc récemment procuré un maillot biométrique qui peut mesurer la fréquence cardiaque, la fréquence et le volume respiratoire, les déplacements et le sommeil.Ses premières impressions après quelques semaines d\u2019utilisation?Bonnes, mais pas dithyrambiques.«Je trouve ça dommage de ne pas avoir accès à toutes mes données pendant que je cours.Il faudrait que j\u2019aie une montre intelligente pour bien les visualiser en direct et ne pas avoir à traîner mon téléphone», re- grette-t-il.Aussi, il ne sait pas trop quoi penser des informations supplémentaires auxquels il a accès : «La fréquence et le volume respiratoires, c\u2019est bien beau, mais ça veut dire quoi?» Prix prohibitifs, données difficiles à consulter et à interpréter, les commentaires peu flatteurs de Mathieu à l\u2019endroit des «vêtements du futur» ont de quoi refroidir les ardeurs.Surtout, ils vont à l\u2019encontre d\u2019un discours démesurément optimiste selon lequel la «révolution» des vêtements intelligents est pour demain.«Dans 10 ans, tout le monde aura au moins une pièce de vêtement intelligent», prédisait Jacek Mlynarek, P.D.G.du Groupe CTT (Centre des techno- le high tex M ON RÉUSSIT À CONFECTIONNER DES VÊTEMENTS TISSÉS DE COTON ET DE COMPOSANTES ÉLECTRONIQUES, MAIS LEUR MISE EN MARCHÉ EST DIFFICILE.Par Maxime Bilodeau 28 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 L\u2019intelligence PRÊTE-À-PORTER La couture du XXIe siècle.En haut, des vêtements conçus dans le laboratoire de recherche XS Labs de l\u2019Université Concordia. Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 29 J O A N N A B E R Z O W S K A K A R E N Z A L A M E A / M I C H A E L L O V E G U I L L A U M E P E L L E T I E R S H E R M I N E S A W A L H A / H U G U E S B R U Y È R E 30 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 le high tex EN MATIÈRE DE MARKETING, LES CONNAISSANCES SONT À POINT.LÀ OU ÇA BLOQUE, C\u2019EST DANS LA PRODUCTION À GRANDE ÉCHELLE.logies textiles) à Saint-Hyacinthe, dans le numéro d\u2019août 2002 de L\u2019actualité.«La réalité, en 2016, c\u2019est que les gens ne portent pas ce type de vêtements au quotidien», tranche Joanna Berzowska, professeure titulaire de la Chaire de design et d\u2019arts numériques de l\u2019Université Concordia et directrice-fondatrice du laboratoire de recherche XS Labs.D\u2019ailleurs, des chiffres sur l\u2019industrie des technologies portables (wearables), dévoilés en 2015 par l\u2019International Data Corporation, le confirment : ce sont les bracelets, montres et lunettes intelligentes qui envahiront le marché canadien d\u2019ici 2019, pas les vêtements.«En matière de matériaux, de design et de procédés de fabrication, les connaissances sont pourtant à point», affirme Joanna Berzowska qui travaille également comme directrice des textiles intelligents au sein de la compagnie montréalaise OMSignal.Ainsi, pour confectionner un gilet pouvant capter des données biométriques, il suffit d\u2019intégrer àmême le textile un fil conducteur recouvert de particules d\u2019argent, de cuivre ou de polymères.Parfois, il faut doter le vêtement de petites «poches» renfermant des composantes électroniques.Le tout pendant ou après sa fabrication, selon le niveau d\u2019intégration souhaité.Là où ça bloque, c\u2019est surtout dans la production à grande échelle de ces vêtements.Il existe, au dire de Joanna Ber- zowska, un énorme fossé entre les prototypes conçus en laboratoire et la chaîne de production.Un exemple?Le partenariat d\u2019OMSignal avec Ralph Lauren pour fabriquer le PoloTech Shirt, un polo intelligent.«Le manufacturier sri-lankais avec qui nous faisions affaire a dû repenser au complet sa manière de produire des maillots, ce qu\u2019il fait pourtant depuis aumoins 100 ans, raconte-t-elle.La raison : un simple millimètre de jeu dans le tissage des fibres introduit un bruit dans le signal, ce qui rend le vêtement \u201cdysfonctionnel\u201d.» Joanna Berzowska, professeure titulaire de la Chaire de design et d\u2019arts numériques de l\u2019Université Concordia, à Montréal : «Il existe un énorme fossé entre les prototypes conçus en laboratoire et la chaîne de production.» D O N A L D R O B I T A I L L E / O S A I M A G E S Tisser la fibre optique! C\u2019est ce que réussit à faire l\u2019équipe de Younès Messaddeq, de l\u2019Université Laval.utre obstacle majeur qui freine l\u2019adoption en masse du prêt-à- porter du futur : les contraintes \u2013 nombreuses \u2013 qu\u2019il impose à ceux et celles qui l\u2019enfilent.D\u2019abord, tout le monde n\u2019est pas prêt à porter des vêtements mou - lants.Et puis, rares sont ceux qui apprécient la présence, à l\u2019aisselle, d\u2019un boîtier miniaturisé faisant office de batterie et de transmetteur.Et c\u2019est sans parler des considérations esthétiques.Adieu le petit kit qui «fitte»; bonjour, chandails et pantalons monochromes ou carrément futuristes! Enfin, il y a le problème de la machine à laver.Malgré les techniques de laminage, de revêtement et de finition utilisées pour préserver les fibres, le risque de les rendre «idiotes» en les aspergeant de détergent et en les passant au cycle délicat est bien réel.«Il y a un danger que le tissage se rompe, que les fils s\u2019oxydent et que leurs propriétés électromécaniques changent», convient Joanna Berzowska.Devant l\u2019absence de normes ISO propres à cette question, chaque compagnie a aujourd\u2019hui ses propres protocoles d\u2019évaluation maison, à l\u2019efficacité au mieux avérée; au pire, douteuse.Cette longue liste de défauts, Younès Messaddeq, professeur à l\u2019Université Laval et titulaire de la Chaire d\u2019excel - lence en recherche du Canada sur l\u2019innovation en photonique, ne la connaît que trop bien.«Aujourd\u2019hui, ce qu\u2019on trouve sur le marché, ce sont essentiellement des composantes électroniques ajoutées à des textiles.À mes yeux, ce sont des tentatives plus ou moins réussies d\u2019application à des vêtements de technologies conçues pour des accessoires portables.Avec tous les défis et les problèmes que cela occasionne», analyse le spécialiste du verre et des fibres optiques.Intelligent, dites-vous?En 2002, Jacek Mlynarek, du Groupe CTT (Centre des technologies textiles) à Saint- Hyacinthe, affirmait que, 10 ans plus tard, tout le monde aurait au moins un vêtement intelligent dans son placard.«Selon la définition que l\u2019on donne au terme \u201cintelligent\u201d, on peut dire que ma prédiction n\u2019était pas fausse.Bien au contraire! s\u2019exclame aujourd\u2019hui le P.D.G.Qui, en effet, n\u2019a pas un maillot qui respire bien et sèche rapidement?» «De fait, fait valoir Olivier Vermeersch, vice- président du Groupe CTT et titulaire de la Chaire de recherche industrielle dans les collèges du CRSNG en textiles techniques innovants, lorsqu\u2019on parle de vêtements intelligents, on pense presque toujours à des vêtements biométriques capables de lire les données biologiques.Or, ces derniers ne représentent qu\u2019une infime partie du domaine des textiles intelligents.Il y en a bien d\u2019autres!» Comme les semelles chauffantes Thermastrom, les sacs de maroquinerie avec DEL intégrés Joanel ou les ceintures de sécurité intelligentes Bell-Tech, tous des produits développés au Québec ou au Canada.(-) Électrode négative Alternance d\u2019électrodes positives et négatives Capteur cardiaque Fil conducteur Fil isolateur L\u2019ÉTOFFE DES NERDZ A Comment on tisse et on adapte des vêtements biométriques pour les sportifs.S T E P A N G O R G U S T A (+) Électrode positive EXTRAIT DE: K.JOST, B.ANASORI, M.BEIDAGHI, G.DION, Y.GOGOTSI, WEARABLE POWER, SCIENCE, 343, 602-603 (2014) (FIRST PLACE AND PEOPLE\u2019S CHOICE WINNER IN THE INTERNATIONAL SCIENCE AND ENGINEERING VISUALIZATION CHALLENGE) StepanGorgutsa, étudiant au doctorat en physique à l\u2019Université Laval et proche collaborateur deM.Messaddeq, est encore plus catégorique : on n\u2019a pas innové en ce domaine depuis 20 ans! Selon lui, les vêtements intelligents d\u2019au- jourd\u2019hui «ressemblent beaucoup» à ceux mis au point par le Georgia Institute of Technology à la fin des années 1990.«En fait, seul l\u2019aspect esthétique et fonctionnel s\u2019est un peu amélioré, mais à peine», résume-t-il, en référence au Wearable Motherboard, considéré comme le premier chandail intelligent du monde.\u2019équipe multidisciplinaire dirigée par Younès Mes- saddeq travaille depuis plus de trois ans à la conception d\u2019une fibre de nouvelle génération qui réinventerait le vêtement intelligent.Son idée, exposée au grand jour dans un article publié fin 2014 dans le journal en libre accès Sensors, est de tisser de la fibre optique \u2013 une technologie qui a maintes fois fait ses preuves par le passé \u2013 avec des textiles standard obtenus à partir de la laine ou du coton, entre autres.Plus précisément, l\u2019équipe a intégré un verre multifonctionnel à une fibre à base de cuivre, de polyimide et d\u2019argent, qui agit à la fois comme capteur et comme antenne.Le résultat est un prototype de tissu théoriquement capable de capter des informations sur le taux de glucose, le rythme cardiaque, l\u2019activité cérébrale, les mouvements, les coordonnées spatiales ou toute autre fonction souhaitée.«La qualité de signal impeccable des fibres permet au tissu de communiquer avec n\u2019importe quel réseau wifi ou cellulaire déjà établi, sans subir d\u2019interférences électromagnétiques ou radio.Concrètement, cela signifie que le porteur pourrait être connecté 24 heures par jour, mais sans qu\u2019il s\u2019en rende vraiment compte», s\u2019extasie Younès Mes- saddeq qui rêve de voir un jour ses vêtements 3.0 sauver des vies et apaiser des souffrances.Outre son coût de fabrication peu élevé \u2013 «Tout le matériel pour le prototype a été acheté à la boutique du coin», jure StepanGorgutsa \u2013 et sa quasi- indépendance relativement à l\u2019alimentation électrique due à la miniaturisation de ses composantes, c\u2019est l\u2019apparente simplicité de ce tissuqui étonne.Pas de boîtier miniaturisé ni de fils conducteurs visibles.L\u2019étoffe semble, à tous points de vue, normale et commercialisable.«Mais avant, il va falloir régler la question du lavage et du traitement de toute cette masse de données captées», convient Younès Messaddeq.Le but des deux chercheurs est clair : concevoir un vêtement intelligent identique à celui qu\u2019on porte tous les jours.«Les gens ne veulent pas d\u2019un maillot plus lourd, moins flexible, plus chaud ou moins beau.Ils désirent continuer de s\u2019habiller à leur goût, tout en profitant de fonctionnalités intelligentes», dit YounèsMessaddeq qui, malgré son enthousiasme, se garde bien de se lancer dans le jeu des prédictions : «Je laisse ce plaisir-là à d\u2019autres.» ?QS 32 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 le high tex QUELQUES VÊTEMENTS INTELLIGENTS Lumo Un short pour la course à pied, doté de capteurs biométriques à la taille.Heddoko Un habit de compression intelligent avec capteurs de mouvement intégrés qui détectent en 3D les mouvements de tout le corps.Garrison Bespoke Un complet-cravate bon chic, bon genre\u2026 et à l\u2019épreuve des balles.Fuel Wear Un chandail intelligent à manches longues, qui assure une température corporelle constante à celui ou celle qui le porte.Athos Un ensemble maillot et culotte de compression qui mesure l\u2019activité musculaire en temps réel.À LA GUERRE COMME À LA GUERRE Adidas, Ralph Lauren, Carré Technologies (Hexoskin), OMSignal, Victoria\u2019s Secret: la liste des compagnies poursuivies par Sarvint Technologies est longue.L\u2019entreprise états- unienne, qui regroupe plusieurs des concepteurs du Wearable Motherboard \u2013 et qui en détient la propriété intellectuelle depuis 2014 \u2013, prétend que ces dernières ont violé les deux brevets relatifs à son maillot intelligent en commercialisant leur propre version.Cet épisode n\u2019est qu\u2019un des nombreux chapitres dans ce que Geneviève Hallé-Désilets, avocate spécialisée en droit des marques de commerce et en droit d\u2019auteur au cabinet canadien Robic, désigne comme «la guerre des vêtements intelligents».«Ceux-là, contrairement à un teeshirt de coton ordinaire, sont dotés de plusieurs composantes pouvant être brevetées, explique-t-elle.On n\u2019a qu\u2019à penser aux circuits électroniques, aux capteurs et aux systèmes d\u2019exploitation.» Les deux seuls critères à respecter pour obtenir un brevet: la nouveauté et l\u2019utilité.Une fois cela fait, le demandeur a le droit exclusif d\u2019utiliser l\u2019idée pendant 20 ans.«Si un tiers empiète sur ce monopole, il est en contrefaçon et s\u2019expose donc à payer des dommages et intérêts», souligne l\u2019avocate.Dans sa plainte déposée devant un tribunal du district d\u2019Atlanta, aux États-Unis, en janvier 2015, Sarvint Technologies exige justement une condamnation pour contrefaçon, ainsi qu\u2019une injonction permanente contre les compagnies qu\u2019elle poursuit.L\u2019air de rien, cette bataille juridique en dit long sur le marché des vêtements.«C\u2019est une vraie mine d\u2019or à breveter», illustre Geneviève Hallé- Désilets.L GB ET-7 MAI 2016 PARTOUT AU QUÉBEC ! @IB GHDPLS-DE*300\"ACTIVITÉSÉSCIENCE &TECHN O GP SCIENCE24HEURES.COM Y @24hdescienceM Ki 24hdescience A Applications mobiles sur Google Play et l'AppStore Ç ] AY Economie, Science : [ | | [ rganisation - Commission Co CRSNG es Po = N SERC United Nations , Canadian > cc.= Educational, Scientificand .Commission ization for UNESCO et Innovation Québec es quenottes des petits Québécois sont mal en point.À la fin des années 1990, on trouvait des caries chez 56% des élèves de la deuxième année du primaire.En 2012- 2013, ce n\u2019était guère mieux : 53% des jeunes de sept et huit ans avaient de mauvaises dents.Une situation qui n\u2019a rien d\u2019unique.L\u2019Organisation mondiale de la santé estime que de 60% à 90% des enfants scolarisés et pratiquement tous les adultes de la planète sont touchés, ce qui en fait l\u2019une des maladies chroniques les plus répandues.Étonnant?Pas aux yeux des bioarchéologues et anthropologues qui étudient son évolution.La carie nous tourmente depuis que le monde est monde.«On le sait, car c\u2019est la maladie la plus facilement observable sur des restes humains exhumés de sites archéologiques», indique Luis Pezo Lanfranco, chercheur au Laboratoire d\u2019anthropologie biologique et médicale de l\u2019université de São Paulo, au Brésil.La carie est une cavité creusée à coup de sécrétions acides émises par des bactéries friandes de sucre.Elle s\u2019imprime sur la composante la plus résistante du corps humain, aussi dure que de la roche : l\u2019émail dentaire.Voilà pourquoi les dents \u2013 et la carie non traitée \u2013 résistent si bien au temps.Parce qu\u2019on associe spontanément le sucre à la carie, les scientifiques ont longtemps pensé que cette maladie bucco- dentaire avait surgi au néolithique avec l\u2019émergence de l\u2019agriculture, de la culture de céréales et de la consommation de farines.« On ne devrait pas tenir pour acquis un tel lien de cause à effet, déclare 34 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 sourire usé DEPUIS LA NUIT DES TEMPS, LES CARIES NOUS POURRISSENT LES INCISIVES, CANINES ET MOLAIRES! POURQUOI?COMMENT?LA RÉPONSE VIENT DES ARCHÉOLOGUES.Par Marie Lambert-Chan L B R I T I S H L I B R A R Y LES RACINES DU MAL CARIES M.Lanfranco.La réalité est beaucoup plus complexe.Les lésions carieuses sont liées à la consommation de glucides trans - formés, qu\u2019ils soient de nature sauvage ou issus de l\u2019agriculture.Si ces glucides sont cuits, moulus ou raffinés, ils peuvent causer des caries.» C\u2019est ce qu\u2019a démontré l\u2019étude des restes de 52 individus ayant vécu il y a entre 12 600 et 15 000 ans, et dont les sépultures ont été découvertes dans la grotte des Pigeons, à Tarofalt, au Maroc.Leur squelette raconte une histoire terrible : à l\u2019exception de trois d\u2019entre eux, tous présentent une dentition cariée à plus de 50% avec des traces d\u2019abcès qui devaient induire d\u2019atroces douleurs.«Même s\u2019ils étaient chasseurs-cueilleurs, ces individus se nourrissaient de plantes sauvages, indique Louise Humphrey, chercheuse au Musée d\u2019histoire naturelle de Londres et auteure principale de l\u2019étude publiée en 2014.Sur le site, nous avons découvert des plantes carbonisées, surtout des glands de chêne vert, reconnus pour être sucrés et collants.Nous croyons que ce recours fréquent à des végétaux riches en glucides fermentescibles a provoqué un changement dans la flore buccale de ces gens et entraîné l\u2019apparition de la carie, du moins dans cette population.» De tels exemples demeurent cependant rares au paléolithique.Mais, même à cette époque, on ne tolérait pas indéfiniment une rage de dents.En 2015, une équipe de paléoanthropologues a observé d\u2019étranges incisions sur une molaire en partie pourrie datant de 14 000 ans.Après plusieurs analyses, les scientifiques ont conclu qu\u2019on avait tenté à l\u2019époque une opération sur la dent à l\u2019aide d\u2019un Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 35 silex.Une fraise préhistorique en quelque sorte.L\u2019ancêtre du «plombage», lui, aurait été inventé il y a plus de 6 500 ans : des chercheurs ont trouvé en Slovénie une canine fissurée qui avait été recouverte d\u2019une couche de cire d\u2019abeille afin de protéger la dentine exposée.Autrement, pendant longtemps, les «soins dentaires» se sont résumés au travail rudimentaire d\u2019arracheurs de dents, à des décoctions douteuses ainsi qu\u2019à de fausses croyances.«À partir de 5 000 ans avant notre ère jusqu\u2019à la fin du XVIIIe siècle, on croyait que la carie était causée par des vers qui rongeaient la dent de l\u2019intérieur», raconte Pierre Baron, président de la Société française d\u2019histoire de l\u2019art dentaire.Entre le néolithique et le XVIIIe siècle, la prévalence de la carie progresse à petits pas.Mais il arrive qu\u2019elle connaisse des hausses affolantes.Par exemple, signale Luis Pezo Lanfranco, la carie a touché 71,6% d\u2019un groupe d\u2019adultes de la Rome antique retrouvés dans la nécropole de Quadrella, en Italie.«On mangeait alors beaucoup de pain et de porridge de céréales», rappelle-t-il.Des produits bour - rés de glucides dont les débris devaient s\u2019immiscer facilement dans les interstices dentaires et, faute d\u2019une bonne hygiène, devenaient des agents provocateurs de carie.La véritable explosion de caries survient à la Révolution industrielle avec la popularisation de produits sucrés, autrefois réservés à la noblesse.«Jusqu\u2019au XVIIe siècle, en France, le sucre était considéré comme un remède.Ce sont les apothicaires qui le vendaient», explique Anne- Marie Grimoud, chirurgienne-dentiste spécialisée en anthropologie médicale et maître de conférence à l\u2019université Toulouse III \u2013 Paul Sabatier, où elle enseigne l\u2019histoire de la carie dentaire.«Avec l\u2019arrivée des Médicis à la cour, au XVIe siècle, on voit apparaître les confiseurs.J\u2019ai d\u2019ailleurs vu des photos de crânes de Médicis dont les mâchoires sont criblées de caries et de dents abîmées.Mais c\u2019est surtout la popularité du chocolat, sous Louis XIV, qui a exacerbé la carie, car les gens ont pris l\u2019habitude de sucrer leur boisson de cacao.Ce n\u2019est pas pour rien que les personnages de cette époque dévoilent rarement leurs dents sur leurs portraits !» a carie était aussi une affaire de riches au Québec, comme en attestent les résultats préliminaires d\u2019une étude comparative entre des restes humains trouvés dans le cimetière anglican de St.Matthew, à Québec, et ceux du cimetière de l\u2019ancienne église Notre-Dame, à Montréal.«Nous voulions comprendre l\u2019état de santé, les habitudes alimentaires et les pratiques d\u2019hygiène de ces populations qui ne vivaient pas la même situation sociale et économique», dit Isabelle Ribot, professeure au département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal, qui a mené ce projet en collaboration avec Anne-Marie Grimoud.Décédés quelque part dans les années chevauchant le XVIIIe et le XIXe siècle, les individus du cimetière St.Matthew étaient d\u2019origine anglaise et faisaient partie des mieux nantis.Les chercheuses ont remarqué que 53% des enfants et 86% des adultes avaient au moins une lésion carieuse.À première vue, c\u2019est certainement deux fois plus que les individus du cimetière Notre-Dame, pour la plupart des ouvriers d\u2019origine française ayant vécu au XVIIIe siècle.Ces derniers souffraient par contre d\u2019usure dentaire.«On voit même les marques laissées par les aiguilles et les clous que les couturières et les cordonniers tenaient entre leurs dents», précise Anne-Marie Grimoud.«On peut supposer que les individus, plus fortunés, de St.Matthew consommaient des aliments mieux cuits et plus riches en sucre \u2013 qu\u2019on importait en plus grande quantité à partir du XIXe siècle.Par conséquent, la nourriture collait davantage aux dents.De leur côté, les paroissiens de Notre- Dame n\u2019avaient pro ba blement accès qu\u2019à des aliments peu sucrés,mais plus grossiers, durs et fibreux.Ils devaient mastiquer plus longtemps et plus fort, ce qui assurait un autonettoyage des dents, mais aussi une usure prématurée», avance Isabelle Ribot qui dévoilera l\u2019ensemble des résultats de cette étude le 15 avril prochain lors d\u2019une conférence organisée conjointement 36 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 IL A FALLU ATT ENDRE LES ANNÉES 1950 POUR QUE L\u2019UTILISATION L Fouille au cimetière anglican de St.Matthew à Québec.Les chercheurs ont remarqué sur les ossements dentaires que la carie était aussi une affaire de riches.sourire usé E T H N O S C O P par l\u2019Université deMontréal et la Ville de Montréal.C\u2019est seulement en 1890 qu\u2019un dentiste des États-Unis, Willoughby D.Miller, introduisit l\u2019idée que les responsables de la carie étaient de vilaines bactéries.Puis, il a fallu attendre les années 1950 pour que l\u2019utilisation de la brosse à dents et du dentifrice entre dans les mœurs.Aujourd\u2019hui, la carie est plutôt le lot des défavorisés qui connaissent peu ou mal les pratiques d\u2019hygiène dentaire et se rabattent sur des produits alimentaires peu coûteux, mais transformés à l\u2019excès, riches en sucres rapides et en féculents.Les conséquences sont désastreuses.«En France, des enfants et de jeunes adultes, souvent des migrants, révèle Anne-Marie Grimoud, n\u2019ont plus de dents ou si peu parce que, là d\u2019où ils viennent, le meilleur traitement est encore de se faire arracher les dents de façon clandestine, dans le fond d\u2019un garage.» i la carie est favorisée par la pauvreté, elle est stoppée net par la guerre.«Durant la Deuxième Guerre mondiale, on a observé une chute du taux de carie dentaire.Sans doute en raison des pénuries d\u2019aliments riches en glucides», croit Pierre Baron.Ce fut le cas notamment au Royaume- Uni et au Japon.En Irak, la consommation de sucre a dégringolé pendant les années où le pays vivait sous le coup de sanctions des Nations unies.Résultat : le taux de carie chez les enfants a diminué de moitié.D\u2019autres expériences de changement de mode de vie ont démontré que le régime occidental riche en sucre nuit à la santé dentaire.La plus célèbre histoire est celle des habitants de l\u2019île volcanique Tristan da Cunha, territoire britannique d\u2019outremer dans l\u2019Atlantique Sud.«Jusqu\u2019à la Deuxième Guerre mondiale, les insulaires ne se nourrissaient que de poissons et de pommes de terre, relate Luis Pezo Lan- franco.Ils n\u2019avaient pratiquement pas de caries.Pendant la guerre, le Royaume- Uni a fait construire sur l\u2019île des usines et des installations militaires, facilitant du coup l\u2019importation de denrées alimentaires et bouleversant les habitudes des habitants.» La consommation de sucre dans la population est passée de 1,8 g par jour, en 1938, à 150 g par jour, en 1966.La prévalence de carie a grimpé de 2% à 17,5% chez les 13-19 ans et de 11% à 32% chez les 40-49 ans.«S\u2019il y a une leçon à tirer de l\u2019histoire de la carie dentaire, c\u2019est qu\u2019il ne suffit pas de se brosser les dents et de voir le dentiste, affirme Anne-Marie Grimoud.Il faut aussi changer sa façon de s\u2019alimenter en mangeant moins de sucre et, surtout, moins fréquemment.Grignoter entre les repas conserve la bouche dans un état propice à la multiplication des bactéries qui engendrent la carie.» Des scientifiques ont déjà cru qu\u2019on pourrait venir à bout de la carie grâce à un vaccin.«C\u2019est de la fumisterie.Je ne pense pas qu\u2019on puisse l\u2019éradiquer.Malheureusement, la carie n\u2019a pas fini de nous torturer», conclut-elle sur un ton sans appel.?QS Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 37 N DE LA BROSSE À DENTS ET DU DENTIFRICE ENTRE DANS LES MŒU RS.S L\u2019ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ ESTIME QUE DE 60% À 90% DES ENFANTS SCOLARISÉS ET PRATIQUEMENT TOUS LES ADULTES DE LA PLANÈTE SONT TOUCHÉS PAR LA CARIE, CE QUI EN FAIT L\u2019UNE DES MALADIES CHRONIQUES LES PLUS RÉPANDUES.B R A U N S / I S T O C K P H O T O vril 2046.Sur le tarmac de l\u2019aéroport Pierre-El- liott-Trudeau, à Montréal, un avion en forme de raie manta géante s\u2019apprête à accueillir ses passagers.Il vaut mieux qu\u2019ils ne soient pas claustrophobes, car l\u2019avion n\u2019a pas de hublots.Les parois de la carlingue sont trop minces pour que l\u2019on puisse y percer des ouvertures.Mais tout au long du vol, les voyageurs pourront apprécier le panorama céleste en réalité virtuelle.Les ingénieurs ont commencé à travailler sur cet appareil en 2010.Objectif déclaré: concevoir un avion écologique.Ainsi, tout a été pensé pour qu\u2019il soit léger et peu énergivore.L\u2019appareil est propulsé grâce à un système d\u2019assistance alimenté à l\u2019électricité.À 10 000 m d\u2019altitude, au moment où il atteint sa vitesse de croisière, le pilote coupe les moteurs à combustion et enclenche la propulsion électrique.L\u2019appareil file maintenant dans un silence impressionnant.Puis, il va se joindre à un groupe d\u2019avions volant dans une formation en V, comme le font les oiseaux migrateurs.C\u2019est la précision des systèmes de navigation qui leur permet de mimer les oies blanches, réduisant ainsi la traînée aérodynamique et les coûts énergétiques.Pour les mêmes raisons, les ailettes (win- glets) sont positionnées verticalement aux extrémités des ailes, là où se développent des tourbillons d\u2019air.Un rêve vert, ce vol en 2046?En tout cas, c\u2019est celui des constructeurs d\u2019avions et des compagnies aériennes qui entendent trouver le moyen de réduire de 70% leur consommation de carburant.En 2014, 3,3 milliards de personnes ont pris l\u2019avion.Leur empreinte écologique est énorme.Un seul vol aller-retour Montréal-Paris émet 3,27 tonnes de CO2; c\u2019est l\u2019équivalent de l\u2019utilisation d\u2019une petite voiture sur près de 17 000 km.Au total, les voyages en avion rejettent 750 millions de tonnes de CO2 dans l\u2019atmosphère, soit 2% des émissions annuelles de la planète.Et on n\u2019a rien vu! Car l\u2019Association internationale du transport aérien (AITA) prévoit une croissance annuelle de 5% des déplacements au cours des années à venir.Christopher Droney, superviseur du programme Subsonic Ultra Green Aircraft Research (SUGAR Volt) pour Boeing, fait partie des chercheurs qui innovent afin d\u2019améliorer les technologies visant à réduire l\u2019empreinte environnementale de l\u2019industrie aéronautique.En collaboration avec la NASA, Boeing travaille sur un nouveau concept d\u2019avions bimoteurs à propulsion hybride.Ce qui semble, à première vue, une technologie simple déjà disponible pour le transport terrestre se prête cependant beaucoup moins bien à faire voler un avion de la taille de l\u2019Airbus A380, qui pèse jusqu\u2019à 560 tonnes, ou même un aéronef de taille moyenne comme le Bombardier CS300 qui pèse 67,5 tonnes.38 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 aéronautique La bataille contre le CO2 est engagée dans l\u2019industrie de l\u2019aérospatiale, qui s\u2019est résolue à réduire ses émissions polluantes de moitié d\u2019ici 2050.Et l\u2019initiative va métamorphoser les avions.Par Guillaume Roy Voler Vers le fu t A N A S A / L O C K H E E D M A R T I N Rappelons que la consommation de carburant d\u2019un avion est intimement liée à son poids, souligne Christopher Droney.Pour qu\u2019un appareil commercial comme le SUGAR Volt soit efficace en vol, la densité d\u2019énergie dans les batteries devra être multipliée par trois.«Car, nous pouvons transporter beaucoup moins d\u2019énergie dans un kilo de batteries que dans un kilo de carburant», dit-il.C\u2019est pourquoi on ne peut pas s\u2019attendre à voir des avions hybrides dans le ciel avant 2030, voire 2050, estime M.Droney.«Un système de propulsion qui implique deux sources d\u2019énergie est très complexe, ajoute-t-il.Dans certains de nos tests, par exemple, la quantité d\u2019énergie totale nécessaire pour faire voler l\u2019avion augmentait la dépendance sur les batteries si on voulait réduire au minimum la consommation de carburant, ce qui n\u2019est pas souhaitable.On doit trouver le juste milieu pour optimiser les gains d\u2019efficacité.» Le SUGARVolt aurait néanmoins un potentiel de réduction de carburant de 70%.Mise à part la propulsion hybride, cet atout lui serait conféré par un nouveau design des ailes (plus longues et plus étroites) qui lui assurerait une meilleure portée, tout en réduisant la friction.Ces ailes plus longues seraient rétrac- tables (ou pliables) pour faciliter la circulation dans les aéroports actuels.Jay Dryer, le directeur du programme de conception d\u2019avions avancés de la NASA, est très encouragé par les technologies permettant de réduire le poids de l\u2019appareil et d\u2019améliorer son aéro- dynamisme telles qu\u2019elles ont été développées au cours des dernières années.«En 2050, nous croyons que nous aurons mis au point les technologies qui nous permettront de réduire notre consommation de carburant de 70%, dit-il.Reste à savoir si nous pourrons rendre ces technologies rentables pour les constructeurs.Pour nous, c\u2019est une période très excitante.» Réduire le poids des aéronefs est l\u2019un des principaux défis à relever si on veut pouvoir utiliser moins de kérosène.Une diminution de poids de 1% représente une économie en carburant avoisinant 0,75%.Pour les chercheurs en aéronautique de l\u2019Université Concordia, à Montréal, l\u2019enjeu tient aussi à la composition des matériaux.Ils se sont adjoint le robot XTP-500 pour optimiser leur résistance et en réduire la quantité.Le bras robotisé sait adapter l\u2019angle des fibres qu\u2019il dépose couche par couche en fonction du design développé par les ingénieurs.«Nous pouvons positionner les fibres des matériaux composites comme nous le voulons, ce qui nous permet de fabriquer des équipements plus légers et plus résistants», affirme SuongVanHoa, professeur au département de génie industriel et mécanique de l\u2019Université Concordia, et membre de l\u2019Institut de conception et d\u2019innovation en aérospatiale (ICIA).Fini les pièces métalliques uniformes, machinées et soudées; les matériaux composites permettent bien Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 39 utur La NASA examine actuellement plusieurs versions d\u2019avions verts.Dans tous les cas, les changements écotechnologiques modifieront grandement le design des aéronefs. plus de flexibilité.«C\u2019est un procédé de fabrication additive qui nous permet de réaliser des formes plus complexes», précise l\u2019assistant chercheur et étudiant à la maîtrise, Jeffrey Fortin-Simpson.À l\u2019heure actuelle, le robot de l\u2019Université Concordia travaille principalement avec des thermoplastiques ou des thermodurcissables, deux matériaux composites à base de poly- mères.Si les seconds sont plus économiques à fabriquer, les premiers sont généralement plus résistants et ils peuvent être recyclés.«Nous travaillons sur un matériau à base d\u2019époxy, mais qui contient aussi des agents \u201cautoguérisseurs\u201d, sous la forme de micro- capsules.Quand un bris survient, l\u2019air stimule les catalyseurs qui régénèrent alors la partie manquante», explique Suong VanHoa.Autrement dit, une aile d\u2019avion pourra s\u2019«au- toréparer».Si les technologies de l\u2019avenir laissent présager une métamorphose de nos avions, l\u2019industrie aéronautique a convenu aussi de s\u2019attaquer aux émissions de GES.C\u2019est le moment ou jamais pour réaliser ce bon en avant! En effet, près de 30 000 nouveaux avions seront nécessaires d\u2019ici 2035 pour remplacer les appareils vieillissants et répondre à la demande croissante.C\u2019est dans cette optique que Bombardier a développé les appareils de saCSeries, qui consomment 20% moins de carburant que les appareils similaires en production à l\u2019heure actuelle.Pour y parvenir, Bombardier a réduit le poids des avions de 5% à 15%, selon les configurations choisies, grâce à l\u2019utilisation de matériaux composites et de nouveaux alliages d\u2019aluminium-lithium.Une meilleure aérodynamique a aussi permis de gagner entre 5% et 10% d\u2019efficacité.Afin de réduire à la source la consommation de carburant, Bombardier a implanté unmo- teur plus performant, développé par Pratt & Whitney, souligne Fassi Kafyeke, directeur principal, Technologies stratégiques et conception avancée chez Bombardier.«Le système de turbosoufflante à engrenage affiche l\u2019un des taux de dilution (12:1) les plus élevés de toutes les turbosoufflantes du monde, ce qui permet des réductions de consommation de 10% à 20%», dit-il.hristian Moreau, professeur en génie mécanique et industriel à l\u2019Université Concordia, connaît bien ce nouveau moteur.Il travaille d\u2019ailleurs avec la compagnie Pratt & Whitney pour en améliorer l\u2019efficacité.Avec son équipe, il cherche à développer des revêtements qui permettront d\u2019augmenter les températures d\u2019opération dumoteur et de prolonger sa durée de vie, tout en réduisant son poids et en atténuant son impact environnemental.«Les nouveaux 40 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 aéronautique Grâce aux matériaux composites, on peut aujourd\u2019hui repenser le design des avions.Fini le temps où ces derniers se limitaient à une structure tubulaire dotée d\u2019ailes.«Avec des matériaux composites, les ailes et le fuselage peuvent être construits en une seule pièce», affirme Jeffrey Fortin-Simpson, assistant chercheur du professeur Suong Van Hoa de l\u2019Université Concordia.Ces avions au fuselage intégré (blended-wing body) sont déjà fabriqués à des fins militaires, mais la NASA travaille maintenant avec Boeing afin de l\u2019adapter au transport de passagers.Le résultat: un avion en forme de raie manta géante, sans queue, qui consomme 20% moins de carburant grâce à une meilleure portance et une résistance réduite en vol.Le design offre également plus d\u2019espace aux passagers et les moteurs, situés au- dessus du fuselage, réduisent le bruit de 50 décibels.Des tests sont actuellement en cours avec des modèles réduits afin de présenter ce design sur les marchés.Avez-vous pris un avion, cette année?Si oui, vous avez probablement fait exploser votre empreinte carbone! Pour atténuer vos remords en compensant l\u2019émission de GES, voici quelques initiatives à votre portée sur le marché québécois du carbone volontaire.Carbone boréal Compensez vos GES en finançant des projets de plantation d\u2019arbres et la recherche à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Le but: mesurer le potentiel de séquestration du carbone en forêt boréale.http ://carboneboreal.uqac.ca La bourse du carbone scol\u2019ERE \u2013 forêt d\u2019Arden Financer des projets éducatifs dans les écoles du Québec.Chaque tonne de CO2 évitée est convertie en crédits carbone éducatifs pour créer la Bourse du carbone scol\u2019ERE.Les entreprises qui veulent agir pour le climat peuvent ensuite acheter ces Compenser les émissions de Gaz à effet de serre C Suong Van Hoa et Jeffrey Fortin-Simpson, de l\u2019Université Concordia, devant le robot XTP-500 G U I L L A U M E R O Y matériaux vont permettre d\u2019augmenter de quelques centaines de degrés les températures d\u2019opération des moteurs, ce qui ferait gagner un certain pourcentage d\u2019efficacité», fait-il remarquer.C\u2019est un procédé de projection par plasma de suspension qui est utilisé pour fabriquer de tels revêtements.«On fait fondre des grains de poudre de métal ou de céramique, d\u2019une taille comprise entre 10 et 70 microns, portés à des températures qui varient entre 10 000 °C et 15 000 °C, pour en faire des gouttelettes, et on les projette à haute vitesse sur un substrat que l\u2019on veut protéger», explique Christian Moreau qui est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en ingénierie de surface et projection thermique.Pour l\u2019instant, le matériau de prédilection est la zircone (ZrO2), une céramique qui commence à se transformer à 1 200 °C.Pour augmenter les performances des barrières thermiques, l\u2019équipe de Christian Moreau travaille sur une nouvelle génération de matériaux à base de zircone et de terres rares, qui permet de réduire la conductivité thermique.Ils cherchent aussi à bâtir des barrières thermiques nanostructurées, avec des particules et une structure beaucoup plus fines.«Quand on contrôle bien le procédé, on Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 41 Ça vole haut ! Trois innovations auxquelles travaille l\u2019industrie aéronautique pour réduire son empreinte carbone.Le vol très light Trop de carburant dans un avion, c\u2019est comme un boulet à traîner.En calculant précisément la quantité d\u2019essence à charger pour effectuer un déplacement, Air Canada a réduit ses émissions de CO2 de 2 500 tonnes par an.Ajoutez à cela l\u2019utilisation de biocarburants et une bonne planification de vol, et Air Canada estime les réductions des GES à 40%, comparativement à un vol standard.Le vol à volts On est encore loin de l\u2019avion électrique pour le transport de passagers mais, il y a quelques mois, un appareil de la compagnie Airbus a réalisé un vol électrique de 74 km en 36 minutes entre le Royaume-Uni et la France.L\u2019aiguillage amélioré Une meilleure gestion du trafic aérien permettrait de réduire encore le temps d\u2019attente avant l\u2019atterrissage ou avant le décollage.Au sol, le recours à des «taxis» électriques est envisagé pour déplacer les avions.L\u2019institut de technologie du Massachusetts travaille avec la NASA sur un tout nouveau concept: l\u2019avion siamois.En juxtaposant deux fuselages côte à côte, les chercheurs croient être en mesure de réduire la consommation de carburant de 70%.Pour y arriver, les appareils devraient toutefois réduire leur vitesse de croisière de 10%.crédits de carbone éducatifs pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.www.boursescolere.com SOCODEVI Mécanisme de compensation avec des plantations d\u2019arbres au Québec, au Guatemala et au Pérou.http ://socodevi.org/nos- projets/arbre-de-lintercooperation CO2 Environnement Entreprise privée qui réalise des projets de reboisement.http ://co2environnement.com Université Laval Pour compenser l\u2019émission de GES, l\u2019Université Laval reboise des territoires dans la forêt Montmorency, la plus grande forêt d\u2019enseignement et de recherche du monde.www2.ulaval.ca/developpement-du- rable N A S A L A N G L E Y / D A V I D .C .B O W M A N peut faire croître le revêtement pour augmenter les performances de la barrière thermique», soutient l\u2019expert.Il reste toutefois beaucoup de travail à faire pour bien comprendre le comportement physique et mécanique des différents matériaux pulvérisés à haute vitesse et à haute température.«Avoir un matériau hyper performant, c\u2019est bien; mais il faut être capable d\u2019uniformiser le procédé pour qu\u2019il puisse être répété de manière commerciale dans les différentes usines d\u2019une entreprise», nuance le professeur.Les moteurs de CSeries de Bombardier peuvent aussi utiliser jusqu\u2019à 50% de biocarburants dans leurs mélanges, souligne Fassi Kafyeke.On parle ici d\u2019huile de cuisson; de gaz émis dans les dépotoirs; d\u2019huile de cameline, d\u2019algues, de tabac, de canne à sucre ou de résidus forestiers; de biocarburants de deuxième génération principalement issus de déchets et des parties non comestibles d\u2019une récolte.Embraer, le géant brésilien de l\u2019aviation, principal compétiteur de Bombardier, mise aussi sur la réduction de carburants fossiles, souligne son directeur des communications, Marcio de Meo.«D\u2019un point de vue technologique, les biocarburants devront être de type drop-in, c\u2019est-à-dire qu\u2019on pourra les mélanger avec les carburants fossiles dans les infrastructures existantes», précise-t-il.Mais maintenant que les moteurs peuvent brûler plus de biocarburants, il revient aux compagnies aériennes de les utiliser.Deux problèmes persistent cependant, note Fassi Kafyeke : «Les quantités disponibles sur les marchés sont faibles et les coûts sont très peu compétitifs.» Plus la demande sera grande et plus la recherche permettra de produire des biocarburants à faible coût.D\u2019ici 2020, l\u2019industrie souhaite remplacer 6% des carburants fossiles par des biocarburants.La compétition entre les grands manufacturiers d\u2019avions a aussi un effet favorable sur l\u2019environnement.«La CSeries a poussé les trois autres grands manufacturiers d\u2019avions à \u201cremotori- ser\u201d leurs appareils qui consomment maintenant 10% moins de carburant», soutient le chercheur de Bombardier.L\u2019industrie a aussi fait consensus pour produire des déclarations environnementales de produit (DEP) qui présen - tent une analyse complète du cycle de vie d\u2019un avion, incluant le bilan complet des matières premières, ainsi que les quantités d\u2019énergie et d\u2019eau utilisées pour le fabriquer.Et c\u2019est Bombardier qui imposera en quelque sorte les standards, puisqu\u2019il produira la première DEP dans le cadre du lancement des avions de la CSeries.Lors de la prochaine assemblée de l\u2019Organisation internationale de l\u2019avia - tion civile (OACI), à Montréal en septembre 2016, les États et les trans por teurs aériens souhaitent d\u2019ailleurs s\u2019entendre sur un système de compensation mondial des émissions de GES, dans le but d\u2019en assurer le contrôle.Un autre pas dans la bonne direction.?QS 42 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 aéronautique scienceontourne.com 24e édition Concours scientifique intercollégial 30 avril 2016 Finale national e Cégep de Trois-Rivièr es Un événement du Un programme du Grand partenaire 22 AU 24 AVRIL Club de curling Aurèle-Racine, Sorel-Tracy VENEZ DÉCOUVRIR LES 125 MEILLEURS PROJETS DU QUÉBEC ENTRÉE GRATUITE exposciences.qc.ca Participez avant le 31 mai 2016 Un arbre occupe une place exceptionnelle dans votre vie ou celle de votre communauté ?Racontez-nous son histoire ! UNE GRANDE HISTOIRE Les sciences ont transformé les sociétés de fond en comble, mais aussi la manière de penser.Dans un imposant ouvrage, une Histoire des sciences et des savoirs, publié en trois tomes, un collectif d\u2019universitaires s\u2019est penché sur les progrès qui, depuis 500 ans, façonnent notre monde.Dans l\u2019activité scientifique, il y a une bonne part de créativité dont découlent les inventions.En cela, elle est prédéterminée par des interactions étroites «entre les sciences et univers techniques, entre ces savoirs et les mondes productifs, politiques, militaires et impériaux».Comme promis, le lecteur découvrira «des continents ou des aspects inconnus dont il n\u2019avait pas jusqu\u2019alors soupçonné l\u2019existence, et que cela réjouira».Mais ce lecteur doit cependant s\u2019atteler à des textes parfois rébarbatifs et dompter un langage savant \u2013 «état développe- mentiste», «méthodologie du risque», «l\u2019ambition nomologique», «régime de savoir» \u2013 qui ajoute, admettons-le, une rigueur de pensée et une précision dans les mots.Mais qui, en contrepartie, plombe plusieurs des textes.«Cette histoire ne prend pas la science comme une chose évidente et donnée, comme une réalité \u201ctranshistorique\u201d, comme une catégorie non problématique», rappelle-t-on dans le mot d\u2019ouverture.Son objet n\u2019a en effet rien de stable ni d\u2019univoque.Cette histoire regarde au contraire, selon les lieux et au fil du temps, les définitions variables que prennent les savoirs, et les «savoirs scientifiques» en particulier.Ainsi, poursuit-on dans la présentation de l\u2019ouvrage : «L\u2019idée centrale de ce travail est donc de prendre à bras-le-corps une gamme de questions souvent marginalisées dans les grandes histoires de science.Il s\u2019agit d\u2019abord de maintenir vives les questions politiques ou économiques qui lient organiquement les mobilisations des sciences et les trajectoires nationales ou globales.» Le troisième tome est consacré au dernier siècle de recherche, alors que la science a gagné «tous les aspects de la vie sociale, économique et culturelle».Cela pourrait plus particulièrement nous intéresser, puisque c\u2019est bien du monde dans lequel nous baignons qu\u2019il est question.«Du pouvoir de l\u2019atome au consumérisme high-tech, de la \u201cscientifisation\u201d de la guerre à la \u201cmolécularisation\u201d de la médecine et de l\u2019agriculture, de l\u2019affirmation des sciences économiques et sociales au monitorage scientifique du réchauffement climatique, rares sont les fragments de notre réalité qui n\u2019ont pas été transformés par les sciences, les techniques et les savoirs contemporains.» On y note au demeurant que si, dans les premiers temps du XXe siècle, «les sciences physiques fondamentales ont façonné les normes de la \u201cbonne science\u201d, depuis les années 1980, ce sont les sciences de la vie, les \u201cbio-techno-nano-sciences\u201d qui ont acquis cette prééminence».«Ce qui annonce de \u201cnouvelles pratiques marchandes\u201d», signale-t-on.(R.L.) Histoire des sciences et des savoirs, 3 tomes.(1.De la Renaissance aux Lumières, 2.Modernité et globalisation, 3.Le siècle des technosciences), Collectif Éditions du Seuil, 2015.UN JARDIN OUBLIÉ Il compte pour près de la moitié du territoire Québec-Labrador.C\u2019est le vrai «pays d\u2019en haut»; le Nord; le monde au-delà du 54e parallèle, souvent décrit comme inhospitalier.Pourtant, il cache un incroyable jardin, nous rappelle Jacques Cayouette, botaniste et auteur d\u2019un ouvrage qui saura piquer la curiosité des horticulteurs en tout genre.On y apprend que de beaux Rhodiola?rosea, dont les racines ont des vertus médicinales, abondent chez les Inuits; les magnifiques Harrimanella?hypnoides, en forme de blanches clochettes, fleurissent aux environs du lac Tasiujaq \u2013 anciennement lac Guillaume-Delisle; tout comme les gracieuses Pedicularis?lappo- nica, près de la rivière Koroc.Un monde à part, lentement mis au jour par des explorateurs missionnaires et des botanistes aventuriers, autant finlandais, états-uniens, britanniques que québécois.Des chapitres sont d\u2019ailleurs consacrés au géographe Jacques Rousseau, au botaniste autodidacte Marcel Raymond et au conservateur de l\u2019herbier de l\u2019Université de Sherbrooke Albert Legault.Ce n\u2019est pas pour négliger des dizaines d\u2019autres scientifiques dont la somme des découvertes et des recherches composent aujourd\u2019hui un magnifique patrimoine scientifique que Jacques Cayouette met en valeur.En science aussi, il y a de remarquables oubliés, pour reprendre l\u2019expression de notre chroniqueur Serge Bouchard.Jacques Cayouette relate cette quête de connaissances depuis les débuts de la colonisation.Assortis de nombreuses photos et illustrations \u2013 ça tombe pile parce que l\u2019on veut voir! \u2013 son ouvrage, un peu académique tout de même, nous plonge dans ce Québec peu accessible et mal connu.Il se range bien dans la bibliothèque à côté de Flore laurentienne.(R.L.) À la découverte du Nord, Jacques Cayouette, Éditions MultiMondes, 2014, 372 p.Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 45 Matières à lire Sur la Web Les archéologues fouillent maintenant les sites de la Première Guerre mondiale.Si la plupart des victimes ont été inhumées dans des cimetières, il y en a au moins 700 000 qui ont disparu sur les champs de bataille.Cette production multimédia propose une expérience immersive troublante et fascinante.http ://700000.fr/# 46 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 DISPONIBLE SUR Téléchargez l\u2019application, abonnez-vous et profitez du premier mois gratuit.VOTRE QUOTIDIEN COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS LU.À découvrir dans la nouvelle version de l\u2019application : un environnement épuré des photoreportages saisissants À lire dans notre prochaine édition ASTRONOMIE Les extraterrestres : la chasse est ouverte Une vie intelligente ailleurs?«Il n\u2019y a pas de plus grande question», a dit l\u2019astrophysicien Stephen Hawking en lançant récemment le plus ambitieux projet de détection d\u2019intelligence extraterrestre.Les astronomes examineront près de un million d\u2019étoiles (et leurs planètes) dans une centaine de galaxies en quête d\u2019un message.PLEIN AIR La neuropsychologie des vacances Une balade dans les montagnes du Bas-Saint- Laurent; une partie de pêche dans les Lauren- tides; une randonnée à vélo en Estrie; un moment de farniente sur une plage de Gaspésie.Les vacances offrent le meilleur moment pour se reposer et même modifier le cerveau.Les neurologues expliquent comment et pourquoi le vagabondage mental est important pour notre santé.AGRICULTURE L\u2019étonnant pouvoir des champignons Il y a ceux que l\u2019on connaît bien \u2013 les bolets, les chanterelles et les morilles \u2013, mais il y a aussi ceux qui pullulent dans la bière, sur les croûtes de certains fromages, dans les systèmes de ventilation et dans les champs agricoles.Néanmoins, leur diversité et leurs vertus sont encore mal connues.Une incursion inouïe sur planète champignon.AUSSI: LES CHRONIQUES DE NORMAND BAILLARGEON, SERGE BOUCHARD, JEAN-FRANÇOIS CLICHE ET JEAN-PIERRE ROGEL pi Banc\u201d wy F1 Eee © - \u2014 iy ¢ - Au pois ae Las : i» Pa #4 Ï 8.Ph ENERGIE = if > 31 ; f, Fit due PL Li Desjardins : Bp doin) 7-3 Er PRÉSENTE A > 1] = 1 LA 2x FESTIVAL - +3 Lips 4 5 D + des GO VELO MTL GYO | h * fa Te TE WW x + 5 = h\\ = = = A WN Sh Rouge pos] _\u2014 = nn.a V0 À gllt \u2014 { 4, ; Pa, ig ey [LSE SG AT, 755; , mA u lr - CT ok: k $ \u2018ce 4e 4 = A\u2019 Ay RW = TOUFISME / MONTréaL Be Sp.v 7 JA, .: iii CE Ë = = JE - La ae KT aE) bu YC a >, A TR rl A Ua Ti | / / (e RO roe i Nay sa LIFE Montréal vr Lo» A : 3 # i \u201coy AX 5 > = 5 .I iL 2 =.23 (I -\u2014a a oe { 4 t'a pr > si : 2 Cup | ya aa.| W \u20ac P NE à \"TELUS = lpn hive, \u2014 2 - Québecas evelo.qc.ca@ 5 ; TN \u2014 I : u JUL Eng a LA + 7 l existe effectivement deux principaux types de bombes nucléaires.Historiquement, la première à avoir été mise au point a été la bombe à fission \u2013 ou bombe A \u2013 qui tire son énergie d\u2019une réaction en chaîne où des noyaux massifs d\u2019uranium ou de plutonium sont brisés en noyaux plus petits.Ce sont des bombes A qui ont explosé au-dessus de Hiroshima et de Nagasaki, en 1945.Mais, dès le début des années 1950, le deuxième membre de cette sinistre famille voyait le jour : les bombes à fusion nucléaire, ou «thermonucléaires», dites bombes H.Lorsqu\u2019elles explosent, les noyaux d\u2019hydrogène s\u2019assemblent pour former des noyaux d\u2019hélium.Ces réactions de fusion dégagent beaucoup plus d\u2019énergie que celles associées à la fission nucléaire.Les bombes H sont des centaines de fois plus puissantes que les bombes A.Maintenant, en excluant la force de la déflagration, peut- on distinguer une explosion thermonucléaire d\u2019une simple explosion atomique?«Oui, si elle se produit dans l\u2019atmosphère.On pourrait alors faire la différence avec une bombe à fission, dit le chercheur de l\u2019Université de Sherbrooke et spécialiste de l\u2019énergie nucléaire Marcel Lacroix.Mais puisque l\u2019essai était souterrain, on ne le pourra probablement pas.» Les stations d\u2019essais nucléaires sont généralement construites à quelques centaines de mètres sous terre et la Corée du Nord respecte scrupuleusement cette «tradition».C\u2019est un moyen d\u2019éviter que les installations ne soient détruites lors d\u2019une attaque.Si les rayons gamma peuvent, jusqu\u2019à un certain point, traverser la matière \u2013 un peu comme les rayons X \u2013, ils traversent difficilement des centaines de mètres de roc.La principale méthode permettant de savoir si un pays a réalisé un essai nucléaire reste donc la sismologie, explique M.Lacroix.Mais les sismographes ne renseignent que sur la force de l\u2019explosion et sur sa localisation; pas sur ce qui l\u2019a provoquée.Pour être vraiment sûr que l\u2019on a affaire à un essai nucléaire, on va chercher des «gaz de fission» qui sont produits lors de l\u2019explosion; en particulier, du xénon radioactif qui peut finir par percoler jusqu\u2019à la surface.Toutefois, il reste encore à distinguer si cela provient d\u2019une bombe thermonucléaire.Ce n\u2019est pas simple, car l\u2019hydrogène des bombes H ne fusionne pas tout seul; il faut lui donner beaucoup d\u2019énergie et le confiner dans un très petit espace.Et il n\u2019y a qu\u2019une manière d\u2019y parvenir : il faut\u2026 une explosion atomique.Dans toute bombe H, il y a donc aussi une bombe A qui sert de «détonateur».De quoi brouiller les cartes.Cependant, dit M.Lacroix, une explosion thermonucléaire laisse derrière elle des traces de tritium, un isotope de l\u2019hydrogène extrêmement rare dans la nature, mais essentiel à la fabrication d\u2019une bombe thermonucléaire.Et comme il n\u2019y en a pas dans les bombes A, cela peut en principe servir de «pièce à conviction».En pratique, cela risque d\u2019être impossible dans le cas nord- coréen.Les quantités sont en effet infimes.«On parle de milligrammes qui sont dispersés dans l\u2019environnement, et ce n\u2019est pas un émetteur gamma.C\u2019est un émetteur bêta [NDLR: une autre forme de rayonnement radioactif] qui est très difficile à détecter, prévient M.Lacroix.Il faut pour ce faire prendre des échantillons sur place et espérer qu\u2019une petite partie [du tritium] se soit échappée du sol.Cela dépend donc de la profondeur à laquelle l\u2019essai a eu lieu, du type de sol et de la puissance de l\u2019engin nucléaire.Et lorsqu\u2019on prend en compte ces trois aspects, il devient très difficile de débusquer le tritium en surface.» Restent alors les preuves circonstancielles.Pas l\u2019idéal, mais certaines plaident quand même très fortement contre l\u2019hypothèse d\u2019une bombe H.«Personnellement, tranche M.Lacroix, je suis du même avis que tous les autres experts là-dessus : passer de la bombe à fission à la bombe H, c\u2019est un peu comme de passer des peewee à la Ligue nationale.Je n\u2019y crois pas.C\u2019est beaucoup trop compliqué pour un pays comme la Corée du Nord.» ?QS Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre ! Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Le «man cave» de Kim Jong-un «Dernièrement, la Corée du Nord a procédé à un essai nucléaire.Tous les médias ont supposé qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une bombe A plutôt qu\u2019une bombe H et ont mentionné la secousse que l\u2019explosion a provoquée, d\u2019une magnitude de 4,85, pour le prouver.Alors je me demande si, lorsqu\u2019une bombe nucléaire explose, on peut savoir de quel type il s\u2019agit (A ou H) en fonction des rayons gamma qu\u2019elle produit?» demande Jean-Pierre Dubost, de Montréal.I 48 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 Une fleur pour les astronautes! Elle est comestible en plus! Vous avez probablement déjà vu cette merveille horticole, un zinnia, qui a éclos dans la Station spatiale internationale, il y a quelques mois.Un exploit, car cette fleur a eu du mal à supporter l\u2019humidité de l\u2019habitacle et la microgravité.Comique, l\u2019astronaute Scott Kelly, s\u2019est exclamé : «Oui, il y a d\u2019autres formes de vie dans l\u2019espace ! » Quelques mois auparavant, les astronautes avaient pu savourer une laitue.Ces expériences horticoles hydroponiques sont menées dans le cadre du Vegetable Production System (Veggie).Et ce n\u2019est pas terminé.Maintenant, on attend la tomate! Objectif : pouvoir un jour développer une petite serre spatiale.Et se passer un peu plus des mets déshydratés.Faudra-t-il être végétarien pour être astronaute?POUCE VERT EN ORBITE Avril ~ Mai 2016 | Québec Science 49 La science en image N A S A 50 Québec Science | Avril ~ Mai 2016 L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard À Huberdeau, j\u2019ai un voisin romantique, nostalgique, respectueux de l\u2019histoire et du patrimoine.Il aime sa famille, la forêt, le village, la rivière, les chevaux et les vieilles machines.Ce sont des amours simples à comprendre.Mon voisin vient de s\u2019acheter un Bombardier snowmobile B12 de l\u2019année 1948.C\u2019est une bête à chenille, avec de gros yeux ronds, un curieux insecte qui laisse dans la neige des traces de mastodonte, un véhicule original qui a marqué aussi brièvement que profondément l\u2019histoire du Québec territorial.Il a charrié la poste, le médecin de campagne, le prêtre de l\u2019extrême-onction, il a conduit les enfants à l\u2019école; ils sont nombreux les Abitibiens, les Gaspé- siens, lesMauriciens, les gens du Lac-Saint-Jean, du Saguenay et de la Côte-Nord à garder un souvenir attendri des «snow» qui ont sauvé tant de vies et établi des ponts entre les villages isolés dont on ne pouvait sortir en hiver, à cause des chemins bloqués par des murs de neige.Je serai toujours surpris de constater à quel point nous sommes collectivement incapables de générer un discours mythique qui se tienne quand il s\u2019agit de magnifier notre propre réalité historique.Musée modeste, mini-série, nous avons fait quelques pas sur le sentier de la reconnaissance du phénomène Bombardier.Mais nous sommes loin du compte au chapitre du retentissement symbolique, de la commémoration, du souvenir.De l\u2019autoneige à la motoneige, de la courroie au rail et jusqu\u2019à l\u2019aéronautique, nous aurions là le matériau d\u2019un récit fabuleux \u2013 d\u2019autant plus que s\u2019appeler Bombardier et finir par fabriquer des avions, cela ne s\u2019invente pas.Or, parce que l\u2019histoire n\u2019est pas notre force et que la fierté n\u2019est pas notre premier sujet, nous ne faisons plus vraiment le lien entre le beau B12 et le puissant avionneur.Ce simple lien donnerait pourtant au débat actuel sur le financement de Bombardier une dimension qui lui fait grossièrement défaut.Bien sûr, je suis un anthropologue et je rêve.Je suis fatigué de me faire répéter ad infinitem que nos aïeux étaient des catholiques à la limite de l\u2019autisme, des colons misérables qui défrichaient des petites vallées de roches et de larmes.En voyant un B12, j\u2019aperçois les éléments fondateurs d\u2019un grand récit qui est le contraire des «séraphinades» demonsieur Grignon.À l\u2019envers de l\u2019enfermement paroissial, voilà l\u2019ouverture et les «découvertures» comme le disaient les anciens Français.L\u2019histoire commence avec la raquette des Amérindiens que les coureurs de bois ont adoptée, elle se poursuit avec l\u2019exploration des grands espaces nord- américains.Viennent ensuite les luttes épiques contre l\u2019hiver, contre la contrariété des blizzards et pour nos déplacements dans les tempêtes.Nos ancêtres furent de grands aventuriers, mais ils furent prudents, hautement inventifs, créatifs et débrouillards.Disons qu\u2019ils étaient ingénieux.Ils ont constamment résolu des problèmes de transport et demobilité.Le magnifique cheval canadien (français) tirait des sleighs et des boggies superbement ouvrés.Nous fûmes maîtres dans les carosses et les carosseries.Lorsque monsieur Bombardier peaufinait son «snow», monsieur Sicard fabriquait de gros camions de transport, des ca- mions-charrues et des souffleuses à neige, la famille Prévost fabriquait des autobus, la famille Thi- beault, des camions de pompier.Les bricoleurs devenaient des fabricants de renom.Cela a donné mille choses dont un skidoo, et je crois que cettemachine existait déjà dans les rêves de Radisson.Jeune, lorsque je passais sur le boulevard Marcel-Laurin à Montréal, je voyais les immenses installations aéronautiques d\u2019une compagnie qui arborait fièrement son logo sur la façade de l\u2019usine : Canadair.Aujourd\u2019hui, quand je repasse au même endroit, les installations sont encore plus grosses et la façade est encore plus fière, elle affiche le nom de Bombardier.Oui, je rêve que nous ayons un jour une pensée monumentale pour nos ancêtres qui, dans les bois, dans les campagnes, sur leur ferme, ont été de fabuleux bricoleurs et ingénieurs.Autant poursuivre le travail et souhaiter un monde où nos petits-enfants feront des trains encore plus rapides et des avions plus silencieux, des beaux ponts qui durent mille ans, des projets ambitieux, dans la lignée de notre élan.Il n\u2019est pas interdit de se trouver beaux, originaux et de traduire dans nos ouvrages un certain sens de la grandeur.Le B12 a mon âge et dans ce temps-là on faisait de belles machines.Mon voisin a le sens de la continuité, il aime le passé, mais, à travers ses quatre enfants, il a parié sur le futur.Il y a à Huberdeau des petits qui voient le monde par les hublots d\u2019un snowmobile bleu foncé, ils s\u2019émerveillent dans la chaleur d\u2019une capsule à remonter le temps.?QS Nous sommes de belles machines © M U S É E J .A R M A N D B O M B A R D I E R TA Ordre Rebbe dn i des ingénieurs + a du Québec LES INGÉNIEURS, DES PROFESSIONNELS AU SERVICE DU PUBLIC L'Ordre des ingénieurs du Québec c'est 62 108 membres qui contribuent au bien-être de la société québécoise oiq.qc.ca c wer ; | / Marilou Biggas, ing.Yanick Aubé, ing.jr Membre \\ | d jobs 2073 { Membre depuis 2014 1 jf ulaval.ca #FiertéUL "]
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