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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Août-Septembre 2016, Vol. 55, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2016, Collections de BAnQ.

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[" quEbEc SciEncE AOÛT-SEPTEMBRE 2016 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 AOÜT-SEPTEMBRE 2016 SERGE BOUCHARD UNE PLONGÉE DANS LE SAINT-GONTRAN UNE EAU ENCORE BONNE À BOIRE?~ LES BÉLUGAS OU LE PÉTROLE?du Saint-Laurent La edécouverte LA FAUNE DES PROFONDEURS COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS VUE DES SUSHIS 100% QUÉBÉCOIS L\u2019ÉTONNANT SECRET DES VAGUES Les scientifiques nous révèlent la vraie nature du géant bleu NUMÉRO SPÉCIAL Fédérer et animer les forces vives en recherche et en innovation dans différents domaines liés au secteur maritime.Devenir le lieu privilégié au Québec pour le codéveloppement de connaissances et d\u2019initiatives de recherche d\u2019envergure dans ce secteur.Constituer un puissant outil de veille, de formation, de partage intersectoriel d\u2019expertises scientifiques et techniques de pointe, et de réponses à des enjeux de développement maritime durable.Mobiliser et canaliser les expertises québécoises en faveur du développement optimal et durable de ses ressources et de ses environnements maritimes contribuant alors à l\u2019essor de la société québécoise.Devenez membre de cette structure collective de recherche, de transfert de savoirs et de technologies pour favoriser l\u2019émergence d\u2019un lieu privilégié de codévelop- pement de connaissances et d\u2019innovation.Ce nouveau réseau vise à concerter les acteurs de la recherche et de l\u2019innovation du Québec autour des enjeux du développement maritime durable et à positionner le Québec comme un phare maritime international.MISSION du Réseau Québec maritime F I E R P A R T E N A I R E THÈMES DE RECHERCHE: - Santé des écosystèmes - Santé des communautés humaines - Surveillance, sûreté et sécurité maritime - Transport maritime durable et intelligent - Ressources, énergies marines et santé du secteur économique maritime www.uqar.ca/RQM Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 3 I l voulait l\u2019Asie; il a trouvé des épinettes plutôt que des bambous.Il a vu des castors plutôt que des pandas.Il a rencontré Donnacona plutôt que les disciples de Confucius.Il cherchait de l\u2019or; il a trouvé un monde tout à fait inconnu.S\u2019il n\u2019est pas arrivé là où il l\u2019avait souhaité, il n\u2019empêche que notre Jacques Cartier était en pâmoison lorsqu\u2019il a sillonné ce cours d\u2019eau plus large, plus puissant, plus capricieux que n\u2019importe quel ?euve du royaume de France.« C\u2019est le plus grand, sans comparaison possible, que l\u2019on ait jamais vu.» Et c\u2019est par ce ?euve, véritable bras de mer, que l\u2019épopée française a vraiment commencé en Amérique.Un tournant qui tient généralement en quelques pages dans les livres d\u2019histoire.Pourtant, cela n\u2019a pas dû être une partie de plaisir pour les découvreurs.Il fallait que leur curiosité et leur audace soient formidables pour leur insuf?er la force de surmonter le stress et les craintes que devait susciter ce Nouveau Monde inconnu.Et la persévérance que cela exigeait valait bien plus que les peaux de castor.Les premiers arrivants d\u2019Europe (pour la plupart nos ancêtres) se sont ainsi progressivement établis le long des deux rives du Saint-Laurent.Ils se sont mis à vivre au rythme du ?euve.Mais, plusieurs générations plus tard, nous nous sommes \u2013 avouons-le \u2013 détournés de lui.Nous y pêchons peu; nous nous déplaçons surtout par les routes et dans les airs; c\u2019est à peine si nous regardons passer les bateaux.En adoptant, en 2015, la première Stratégie maritime de son histoire, Québec tente de briser cette indifférence en rappelant combien le ?euve est un atout social majeur.C\u2019est encore par le Saint-Laurent qu\u2019arrivent et repartent la majorité de nos biens et de nos produits de consommation.Le Saint-Laurent peut-il donc nous inspirer davantage qu\u2019un week-end d\u2019observation des baleines à Tadoussac ?Bien sûr, il nous faut rénover des infrastructures portuaires, assurer la pérennité des pêcheries et la qualité de l\u2019eau, nous protéger des espèces envahissantes comme la carpe asiatique, la moule zébrée ou le crabe vert.Mais il y a plus : le Saint-Laurent nous rappelle qu\u2019il nous faut renouer avec l\u2019audace qui a jadis inspiré ceux et celles qui s\u2019y sont aventurés.Osons penser que l\u2019eau de ce ?euve coule encore dans les veines de chacun de nos artistes, de nos scienti?ques et de nos entrepreneurs.* * * Pour avancer sur les ?ots tourmentés du monde des médias, Québec Science est comme une goélette : parfaitement adapté à son environnement.Et il navigue depuis bientôt 55 ans.J\u2019ai tenu la barre de cette merveilleuse voiture d\u2019eau pendant 22 ans.À chaque numéro, je l\u2019ai vue accoster dans les kiosques où des dizaines de milliers de lecteurs et de lectrices lui réservaient un accueil des fois heureux, des fois mitigé, mais toujours ?dèle.Quel bonheur ! Comme les premiers explorateurs, les journalistes scienti?ques sont des observateurs privilégiés du monde.Depuis 1994, on a vu l\u2019expansion planétaire du réseau Internet, le début du clonage, la découverte d\u2019une multitude d\u2019exoplanètes, la mise au point de nouveaux moyens de production énergétique, etc.Cela, grâce à la recherche et à cette propension, si merveilleusement humaine, à vouloir tout connaître.Une aventure qui ne se terminera jamais.L\u2019équipage de notre goélette m\u2019a souvent fait comprendre que ces voyages de la connaissance ne peuvent être entrepris qu\u2019en faisant converger de multiples talents, dont celui de savoir raconter et expliquer ces progrès scientifiques.C\u2019est ce qui permettra d\u2019ailleurs à Québec Science de naviguer encore longtemps.Aujourd\u2019hui, je cède la barre à une nouvelle capitaine, Marie Lambert-Chan.Et je monte à bord d\u2019un autre navire, les éditions MultiMondes qui naviguent également avec le souci de rendre la science accessible à tous.Car oui, la science est comparable à un long et large Saint-Laurent puissant et riche, sans cesse à explorer.lQS Garder le cap Billet Par Raymond Lemieux Tout au long de notre histoire, le Saint-Laurent nous a inspiré les plus incroyables aventures.Pourquoi lui tournerait-on le dos, aujourd\u2019hui ?AOÛT-SEPTEMBRE 2016 VOLUME 55, NUMÉRO 1 Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Serge Bouchard, Pascale Guéricolas, Nathalie Kinnard, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Jean-Pierre Rogel et Guillaume Roy Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Martin Beaulieu, Caroline Hayeur, Alexi Hobbs, Pierre Lahoud, Jérôme Laurent, Sarah Mongeau-Birkett, Marc Ross, Guillaume Roy et Jean-Sébastien Veilleux Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Juillet 2016 (531e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau www.quebecscience.qc.ca Pour noti?er un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada: 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis: 64 $, Outre-mer: 95 $w Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. 4 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ 8 À voile et à vapeur Hauts-fonds, battures, écueils, brume, sans compter les corsaires et les pirates.Naviguer sur le Saint-Laurent n\u2019a jamais été de tout repos.Ça mérite d\u2019être raconté.Par Raymond Lemieux 11 Une vallée si ancienne Il a fallu des centaines de millions d\u2019années pour façonner le Saint-Laurent.On peut encore y lire les marques des ères glacières et celles du mouvement des plaques tectoniques.Par Joël Leblanc 12 Une renaissance attendue Dès le XVIIe siècle, le long du Saint- Laurent, la construction et la réparation de bateaux ont constitué d\u2019importantes activités économiques.L\u2019ère de la haute technologie va-t-elle relancer cette industrie?Par Pascale Guéricolas AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE 18 Rouler sur l\u2019eau À cargaison équivalente, le navire émet moins de gaz à effet de serre que le train ou le camion.Faut-il pour autant augmenter le tra?c naval sur le Saint- Laurent?Par Mélissa Guillemette 23 Une eau encore bonne à boire?Même si 99 % des résidences et des industries québécoises sont reliées à une station de traitement des eaux usées, il reste bien des dé?s à relever pour que le ?euve demeure la source d\u2019eau potable des Québécois.Par Nathalie Kinnard 26 Dans les bayous de Sorel Mal-aimées, ignorées, les zones humides rendent pourtant de grands services.Ici et ailleurs, les préserver ou les restaurer est une priorité.Par Jean-Pierre Rogel 15 Mylène Paquette L\u2019instinct de l\u2019exploratrice 27 Mario Cyr Plongée et contre-plongée 21 Érik Orsenna C\u2019est la mer qui prend l\u2019homme 31 Jean D\u2019Amour Les deux pieds dans l\u2019eau 57 Sandra Gauthier De l\u2019eau à la bouche 48 Chantal Caron Danse avec les oies 10 Alexandre Poudret Une histoire qui remonte à la surface Sommaire ENTREVUES À BÂBORD ET À TRIBORD NUMÉRO SPÉCIAL : LA REDÉCOUVERTE D\u2019UN GÉANT P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : P I E R R E L A H O U D 28 Pétrole: prudence\u2026 Exploration et exploitation des hydrocarbures ne vont pas de soi dans un écosystème comme celui du Saint- Laurent.Par Joël Leblanc 32 L\u2019or de la mer Notre ?euve recèle une véritable richesse économique: la pêche! Zoom sur cette industrie québécoise prometteuse.Par Joël Leblanc 34 Des algues plein l \u2019assiette Autrefois utilisées pour engraisser les champs, les algues marines feront bientôt leur apparition directement dans nos assiettes.Des sushis québécois ?Par Joël Leblanc AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE 38 Science à bord Le Coriolis II est un navire de recherche océanographique sur lequel les équipes scienti?ques se succèdent dès le printemps pour sonder l\u2019estuaire et le golfe du Saint-Laurent.Québec Science s\u2019est embarqué en mai dernier.Par Mélissa Guillemette 44 Un retard à rattraper Le parc marin du Saguenay\u2013Saint- Laurent a maintenant 15 ans.Un autre projet, la réserve aquatique de Manicouagan, est en développement.Mais est-ce suf?sant pour protéger le Saint-Laurent?Par Nathalie Kinnard 46 Surf nouvelle vague Dans le golfe, les vagues sont plus grosses et plus fréquentes, au point de ronger les côtes.Mais elles font aussi le bonheur des surfeurs.Par Guillaume Roy 49 Fous en déclin La fameuse colonie de fous de Bassan de l\u2019île Bonaventure ne va pas bien.Encore la faute au réchauffement climatique?Par Joël Leblanc 50 Mystérieuses créatures Le golfe et l\u2019estuaire du Saint-Laurent fourmillent de vie.On y trouve environ 120 espèces de poissons et plus de 2 200 espèces d\u2019invertébrés! C\u2019est dire qu\u2019il y, existe une faune marine méconnue, voire carrément inusitée.Par Marie Lambert-Chan VUE SUR LE LARGE 56 Les croisiéristes à l\u2019assaut Le mot «croisière» a beau évoquer surtout la chaleur des Caraïbes, le nombre de vacanciers qui choisissent les eaux froides du Saint-Laurent ne cesse d\u2019augmenter.Petite histoire d\u2019un succès touristique.Par Marie Lambert-Chan 58 Le golfe pour voir la mer 61 L\u2019estuaire pour lire l'histoire 63 Le ?euve pour suivre la Voie 66 Serge Bouchard Le cours puissant du Saint-Gontran TROIS CIRCUITS POUR REDÉCOUVRIR LE SAINT-LAURENT A L E X I H O B B S 6 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Vivre avec le Sai AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ P H O T O : C H A R L E S - E U G È N E B E R N A R D .M U S É E D E L A G A S P É S I E .F O N D S C H A R L E S - E U G È N E B E R N A R D .P 6 7 / B / 5 A / 1 / 2 9 / 6 Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 7 C\u2019EST LE SAINT-LAURENT QUI A DONNÉ NAISSANCE AU PAYS.IL A FAÇONNÉ NOTRE IDENTITÉ CULTURELLE.MAIS NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE EST-ELLE EN TRAIN DE PRENDRE L\u2019EAU ?Vivre avec le Saint-Laurent Chaloupe de pêche, à Percé dans les années 1950.En arrière-plan, la maison Frederick-James. \u2019ai été sept fois au Canada et, quoique je m\u2019en sois bien tiré, j\u2019ose assurer que le plus favorable de ces voyages m\u2019a donné plus de cheveux blancs que tous ceux que j\u2019ai faits ailleurs.» C\u2019est le capitaine Gédéon Nicolas de Voutron qui écrivait ça dans son journal de bord en 1716.Il n\u2019a pas été le seul à avoir des sueurs froides en s\u2019engageant dans le Saint-Laurent où les naufrages se sont comptés par centaines.Notre géant bleu a souvent, été impitoyable.«On peut bien espérer apprivoiser le Saint-Laurent, mais c\u2019est prétentieux! Car le ?euve ne change pas.Et il ne changera pas », dit l\u2019ethnologue Alain Franck, conservateur au Musée maritime du Québec.Certes, après quelques explorations, les navigateurs français ont ?ni par tracer, au XVIIe siècle, une route vers l\u2019intérieur du continent; mais le trajet n\u2019aura jamais été une partie de plaisir.«Entrer dans le ?euve, c\u2019est entrer dans un cimetière marin», a écrit l\u2019illustre historien québécois Marcel Trudel, spécialiste de la Nouvelle-France.Partis de La Rochelle, Saint-Malo, Hon?eur ou Cherbourg, en France, les capitaines calculaient, selon la force des vents et des courants marins, entre deux et trois mois pour traverser l\u2019Atlantique.Déjà, ce n\u2019était pas facile.Mais c\u2019est quand ils arrivaient dans les eaux du golfe que les choses se corsaient.Les navires mettaient le cap sur l\u2019île Brion, aujourd\u2019hui réserve écologique de l\u2019archipel des Îles-de-la-Madeleine, pour ensuite s\u2019orienter sur le cap des Rosiers, en Gaspésie, à bâbord.Puis ils allaient vers le nord-ouest, en direction de Sept-Îles, en longeant la côte sud-ouest de l\u2019île d\u2019Anticosti.En?n, ils remontaient le ?euve vers Québec.Lorsqu\u2019ils empruntaient le chenal entre l\u2019île aux Coudres et la rive de Charlevoix, le voyage devenait pénible; voire cauchemardesque.Les vaisseaux de combat ne se risquaient d\u2019ailleurs pas plus loin: «Ce sont des gabares, bateaux et chaloupes que l\u2019on chargeait de troupes, de munitions et de vivres jusqu\u2019à Québec», rapporte le géographe québécois Pierre Camu, dans un ouvrage monumental sur la navigation publié en 1996, Le Saint- Laurent et les Grands Lacs au temps de la voile, 1608-1850.Cet ancien président de l\u2019administration de la Voie maritime rappelle aussi que «seules les frégates et les corvettes s\u2019y rendaient quand les vents étaient favorables».Un autre segment, appelé la Traverse, à l\u2019extrémité nord-est de l\u2019île d\u2019Orléans, en rebutait plus d\u2019un.Et les gilets de sauvetage ne seront inventés qu\u2019au milieu du XIXe siècle.B ien que nous ayons accès à très peu de récits de navigation \u2013 les journaux de bord n\u2019étaient pas conservés \u2013, il reste que les témoignages des pilotes, nombreux, ont permis la rédaction, en 1739, du premier traité de navigation du Saint-Laurent.Un outil essentiel, certes, mais la navigation restera un art! Pendant longtemps, les capitaines ont autrement eu recours à des portulans, c\u2019est-à-dire des cartes marines qui per- 8 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 HAUTS-FONDS, BATTURES, ÉCUEILS, BRUME, SANS COMPTER LES CORSAIRES ET LES PIRATES.NAVIGUER SUR LE SAINT-LAURENT N\u2019A JAMAIS ÉTÉ DE TOUT REPOS.ÇA MÉRITE D\u2019ÊTRE RACONTÉ.Par Raymond Lemieux À voile et à vapeur AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ «J mettaient d\u2019identi?er les repères servant de guides.Ce sera le cas du rocher Percé, de la pointe des monts Pelés (entre Sept- Îles et Baie-Comeau), des mamelles de Matane (deux montagnes rapprochées, comme on le devine), du Bic, de l\u2019île aux Pommes (près de Trois-Pistoles; en fait une île de canneberges que l\u2019on nommait alors «pommes de terre»\u2026), de La Malbaie, de l\u2019île aux Oies (au large de L\u2019Islet-sur-Mer), du cap Tourmente et de l\u2019île de Bacchus (qui deviendra l\u2019île d\u2019Orléans).Tout au long du trajet, les capitaines devaient aussi prévoir des lieux pour mouiller lorsque le temps \u2013 et le vent \u2013 ne leur était pas favorable.Bref, en plus de guetter les corsaires ou les pirates qui rôdaient, il leur fallait être patients.Par exemple, au XVIIIe siècle, Le Chameau, un voilier qui transportait quelque 300 passagers, a mis 28 jours pour compléter le trajet entre l\u2019entrée du golfe Saint-Laurent et la ville de Québec.Ce ?euve imprévisible a constitué longtemps une défense naturelle qui rendait impossible la prise de la colonie par les Anglais.«Les écueils dont le ?euve est rempli, sa navigation, la plus dangereuse et la plus dif?cile qu\u2019il y ait, sont le meilleur rempart de Québec», a noté le fameux explorateur de Bougainville \u2013 qui fut le premier navigateur français à faire le tour du monde \u2013, alors qu\u2019il était en mission à Québec.Il a d\u2019ailleurs fallu toute une armada pour que les Britanniques réussissent à capturer la ville de Québec en 1759.L \u2019axe de navigation du Saint-Laurent a également été l\u2019axe de peuplement.«Le pays est né du ?euve, dit Jacques Mathieu, historien et longtemps professeur à l\u2019Université Laval.L\u2019échancrure béante qu\u2019était le Saint-Laurent dans le continent nous a permis de nous rendre plus loin à l\u2019intérieur, jusque dans la région des Grands Lacs, et d\u2019entrer en contact avec plusieurs nations amérindiennes.Champlain avait même décrit le cap aux Diamants comme un site de douane idéal, s\u2019il fallait éventuellement contrôler le commerce vers la Chine.» Une situation toute différente de celle des colonies anglaises, alors ?xées à la côte atlantique.L\u2019emplacement des villages de la colonie \u2013 donc du Québec d\u2019aujourd\u2019hui \u2013 est tributaire de cette colonisation des rives du Saint-Laurent.«La division et la concession des terres en longues bandes étroites donnant sur le ?euve le démontre bien, poursuit Jacques Mathieu.Cela assurait un accès à cette voie de communication et d\u2019approvisionnement.» Il faut cependant noter que le ?euve n\u2019était navigable que sept mois par année, entre Québec et Montréal.De plus, autour du lac Saint-Louis, le voyage se compliquait encore à cause des rapides qui empêchaient d\u2019aller vers l\u2019ouest.Pas étonnant que l\u2019on ait songé dès 1700 à canaliser le Saint- Laurent en amont de Montréal.Dans les années 1740, l\u2019industrie navale prend une place importante dans l\u2019économie.Dès lors, et jusqu\u2019en 1759, quantité de navires sont construits à Québec.Des navires qui pouvaient jauger 500 tonnes! «C\u2019était la plus grosse industrie de l\u2019époque, note Jacques Mathieu, qui en a fait l\u2019objet de sa thèse de doctorat.Cette activité avait plein de rami?cations.Elle impliquait par exemple, d\u2019une part, d\u2019aller couper le bois de chêne et de pin sur les rives du lac Champlain; ensuite, le bois était ?otté sur la rivière Richelieu pour être acheminé jusqu\u2019à Québec.D\u2019autre part, les ancres et les pièces de fer étaient façonnées aux Forges du Saint-Maurice, près de Trois-Ri- vières.L\u2019intendant de la colonie, François Bigot, avait aussi émis deux ordonnances a?n de favoriser la culture de chanvre et de lin, qui allaient servir à la production des cordages et des voiles.» En amont du ?euve, au fort Frontenac \u2013 l\u2019actuelle ville de Kingston \u2013, les ingénieurs se sont aussi mis à construire des bateaux pour naviguer sur les Grands Lacs.Si les Français ont ?nalement acquis de bonnes connaissances concernant le Saint- Laurent.Les Anglais ont dû à leur tour faire le même travail à partir de 1759.Le célèbre explorateur James Cook, master \u2013 l\u2019of?cier responsable de la navigation à bord des vaisseaux britanniques \u2013 du Pembroke, par exemple, livrera des cartes d\u2019une précision remarquable, comme celles de la baie de Gaspé, des Îles-de- la-Madeleine ou du chenal naturel du Saint-Laurent.Le nouveau gouvernement entreprendra ensuite la construction de phares.Le plus ancien du Québec sera érigé en 1809 à la pointe est de l\u2019île Verte.Un ingénieur écossais, James Watts va déterminer la suite des choses.En 1769, en effet, il propulse \u2013 et c\u2019est vraiment le cas de le dire \u2013 le Royaume-Uni et le monde dans la révolution industrielle en mettant au point une machine à vapeur performante.Ce qui aura des répercussions jusque sur les rives du Saint-Laurent.Ainsi, en 1809, un étrange navire, l\u2019Accommodation, propriété de John Molson, entreprend la descente du Saint-Laurent de Montréal à Québec.Il fonctionne avec une chaudière à vapeur ! Les archéologues retrouveront son épave au cours des années 1980 dans un chenal des îles de Boucherville, près de Montréal.Fini, les caprices éoliens?Les goélettes, brigantins, senaus, barges, chalands et trois-mâts ne seront toutefois pas mis tout de suite au rancart.Il faudra attendre près de 75 ans avant que le tonnage des navires à vapeur dépasse celui des voiliers, dont certains seront exploités jusqu\u2019en 1925, souligne Pierre Camu.On n\u2019était pas près Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 9 L\u2019ethnologue Alain Franck, du Musée maritime du Québec : « Le Saint-Laurent n\u2019est pas qu\u2019un paysage.» J E A N - S É B A S T I E N V E I L L E U X 10 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 de se passer des goélettes, les fameuses «voitures d\u2019eau», dont le gréement et la coque étaient parfaitement adaptés à notre ?euve.Le bateau pouvait en effet être laissé sur le fond à marée basse, donc pas besoin de quai pour le déchargement de la marchandise.C\u2019est une époque où le Saint-Laurent est encore très lié à la vie sociale et économique.«Dans les meilleures années, au XIXe siècle, c\u2019était plus de 2500 navires qui étaient mis à l\u2019eau chaque année dans les différents chantiers navals le long du ?euve», relate Alain Franck.Mais avec l\u2019arrivée des bateaux à vapeur, l\u2019industrie spécialisée dans la construction de coques de bois allait connaître une crise.D\u2019autant plus que la mise en service d\u2019écluses et de canaux permettant désormais l\u2019aller-retour entre Montréal et les Grands Lacs favorisera l\u2019essor de ces navires dotés d\u2019abord de roues à aubes et ensuite d\u2019hélices.Petits vapeurs, laquiers (conçus pour naviguer dans les canaux et célèbres dans les Grands Lacs) et cargos commencent à remplacer goélettes et caboteurs.«Un grand nombre de chantiers navals ont alors cessé d\u2019exister», note Alain Franck.Bon nombre d\u2019ébénistes y travaillaient.Les plus inspirés, ceux qui réalisaient les ?gures de proue, par exemple, se sont mis à travailler dans les églises et à faire de la sculpture sur bois.Seuls les chantiers qui ont su s\u2019adapter à cette innovation et répondre à la nouvelle demande de coques en acier survivront.Comme les chantiers de la Davie à Lévis et de la Vickers à Montréal.C\u2019est là que l\u2019on a construit quelques-uns des premiers navires fonctionnant au pétrole.Mais la concurrence du transport en train et du camionnage, à partir des années 1950, changera la donne, une fois de plus.«Le monde des affaires perdit le contact avec la mer», écrit Pierre Camu.«On a tourné le dos au ?euve, se désole aussi Alain Franck.Pour plusieurs, aujourd\u2019hui, le Saint-Laurent, ce n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un paysage.On n\u2019a plus conscience de sa valeur historique.On ne sait plus lire le ?euve.On ne connaît plus les marées.On ne sait même plus lire l\u2019eau: on pense parfois qu\u2019elle est sale alors qu\u2019elle est turbide.» Assistons-nous au naufrage de notre culture maritime?Pourrions-nous devenir analphabètes de notre Saint-Laurent?Alain Franck prend un air navré.Une volée d\u2019oies blanches traverse le ciel.Le ?euve est passé au mauve.L\u2019ethnologue ré?échit: «Au fond, c\u2019est peut-être la navigation de plaisance qui va le mieux perpétuer notre culture et notre savoir maritimes.» Larguons les amarres, alors! lQS Notre identité culturelle par rapport au Saint-Laurent est-elle en train de changer ?Elle a déjà changé; et elle va continuer à évoluer.Malheureusement, nous nous éloignons toujours un peu de ce qu\u2019est vraiment le Saint-Laurent.Notre relation avec le ?euve était utilitaire; il était associé au transport ou à la pêche commerciale.Mais elle n\u2019est plus fondée là-dessus.Y a-t-il une sorte de déni dans cette méconnaissance ?Peut-être.Quand j\u2019ai fait de l\u2019archéologie subaquatique en France, entre 2003 et 2012, j\u2019ai découvert qu\u2019une société pouvait avoir un vrai lien avec la mer \u2013 le Saint-Laurent est ici une mer parce qu\u2019il y a des marées \u2013 et j\u2019ai constaté la grande différence qui existait entre le monde des marins et nous qui en sommes maintenant un peu déconnectés.Ça me désole.Nous avons pourtant la mer dans notre géographie ! Certes, certaines de nos communautés ont encore des racines marines.Je pense aux Gaspésiens ou aux gens du Nouveau-Brunswick.En fait, ce sont peut-être eux, les gardiens de notre identité maritime.Quel enseignement peut-on recevoir d\u2019eux ?La grande capacité des marins, c\u2019est l\u2019adaptation.Un marin ne tient pas les choses pour acquises.C\u2019est une attitude intéressante face à la vie.Cela devrait nous interpeller.En mer, le temps n\u2019a pas la même signi?cation.On ne ?xera pas nécessairement une heure pour larguer les amarres, car cela dépend des marées, du vent.Un vent trop fort ?Même si son bateau a un moteur, le capitaine pourra juger qu\u2019il ne prendra pas la mer.Comme archéologue subaquatique, préférez-vous le Saint-Laurent sous sa surface ?C\u2019est l\u2019archéologie qui m\u2019amène à plonger, ce n\u2019est pas la plongée qui m\u2019amène à l\u2019archéologie.En surface, on est plus près de la réalité des marins, lesquels n\u2019étaient évidemment pas des plongeurs.Quand on explore une épave, on cherche à comprendre ce qui s\u2019est passé avant le naufrage.Y a-t-il eu une tempête, par exemple ?Mais l\u2019archéologie subaquatique reste surtout un moyen d\u2019étudier les sociétés du passé.Un gobelet, ou une jarre, que trouve un plongeur est un objet de la vie quotidienne souvent relié à tel port d\u2019attache.Le Saint-Laurent, c\u2019est aussi une mémoire qui peut en dire beaucoup sur nos origines.Propos recueillis par Raymond Lemieux Une histoire qui remonte à la surface Alexandre Poudret- Barré, archéologue et plongeur.Ex-directeur du Musée maritime du Québec à L\u2019Islet-sur-Mer, Alexandre Poudret- Barré a étudié la dendrochronologie, ce qui l\u2019a conduit à s\u2019intéresser au bois des épaves.Il a travaillé pendant plus de 10 ans, en France, a?n de contribuer à réaliser un atlas des sites archéologiques immergés.AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ ENTREVUE M U S É E M A R I T I M E D U Q U É B E C C\u2019est par un chemin forestier qu\u2019on atteint la bien nommée «vallée des coquillages».À une douzaine de kilomètres au nord de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, une petite agora naturelle s\u2019ouvre dans le sol de la forêt.Au premier regard, les parois de sable et de gravier ressemblent à celles de n\u2019importe quelle sablière.Mais, soudain, quelque chose saute aux yeux: dans ce gâteau de sédiments gisent des milliers et des milliers de coquilles blanches et grises, reliques ancestrales des bivalves qui ont vécu là.Des coquillages marins en pleine forêt?Voilà un signe irréfutable qu\u2019une ancienne mer a déjà inondé ce territoire.«La mer de Goldthwaith a recouvert l\u2019estuaire et le golfe du Saint-Laurent, à l\u2019est de Québec, il y a entre 14000 et 2000 ou 3000 ans, explique Patrick Lajeunesse, professeur au département de géographie de l\u2019Université Laval à Québec.C\u2019était plus qu\u2019un élargissement du ?euve, c\u2019était l\u2019océan qui avait envahi l\u2019intérieur des terres.» Les zones submergées les plus étendues ont été la Côte-Nord, entre Les Escou- mins et Blanc-Sablon; la côte sud, entre Lévis et Tourelle, en Gaspésie, et une partie de l\u2019île d\u2019Anticosti.Mais ce n\u2019est pas tout.L\u2019eau de mer a aussi envahi les Basses-Terres du Saint-Laurent en amont de Québec, ainsi que la vallée de l\u2019Outaouais et le lac Champlain.«Dans ces secteurs, poursuit Patrick Lajeunesse, on parle plutôt de la mer de Champlain, bien que la limite entre les deux mers ne soit pas très précise.» Logiquement, on croirait que le niveau de la mer a été haussé durant cet épisode, mais c\u2019est le continent qui s\u2019est abaissé.«À la ?n de la dernière ère glaciaire, tout le sud du Québec était recouvert de plusieurs milliards de tonnes de glace, ce qui a fait s\u2019enfoncer la croûte terrestre.Une fois la glace fondue, elle a laissé une dépression dans laquelle la mer s\u2019est engagée.» Ainsi, le territoire de l\u2019actuelle ville de Sept-Îles s\u2019est retrouvé à 131m de profondeur, Tadoussac à 167m et Trois-Rivières, à 210m sous la mer! La croûte a repris sa forme au bout de quelques milliers d\u2019années et la mer s\u2019est retirée.Une partie de ces terres ont émergé, laissant place à un ?euve Saint-Laurent étroit plutôt qu\u2019à une large mer.C\u2019est pourquoi, depuis l\u2019Outaouais jusqu\u2019à la Côte-Nord, on trouve encore des fossiles de coquillages, de poissons ou même de morses et de bélugas, vestiges d\u2019une mer froide comparable aux mers arctiques d\u2019aujourd\u2019hui.Mais tout cela, c\u2019est de l\u2019histoire récente ! «Avant la dernière grande glaciation, dit Patrick Lajeunesse, un ?euve coulait probablement déjà à cet endroit, parce que la vallée du Saint-Laurent existe depuis très longtemps.» En fait, il faut remonter avant le Cambrien, il y a plus de 600 millions d\u2019années, pour assister à la formation de cette vallée.Le continent appelé Laurentia s\u2019éloigne alors des continents Baltica et Avalonia, et laisse place à l\u2019océan Iapétus.Au cours de l\u2019écartement, la croûte terrestre s\u2019amincit en bordure du Laurentia, s\u2019affaiblit et s\u2019affaisse un peu, laissant apparaître de longues failles parallèles, un peu comme le Grand Rift est-africain en ce moment.Un rift \u2013 c\u2019est-à-dire une région autour d\u2019une zone centrale affaissée \u2013 s\u2019est donc formé à la marge du continent Laurentia.Deux cents millions d\u2019années plus tard, lorsque les continents se sont rapprochés de nouveau et que l\u2019océan Iapétus s\u2019est refermé, il y a eu formation des Appalaches au sud de la zone affaissée.Ainsi est née une grande vallée, coincée entre le Bouclier canadien au nord et la chaîne des Appalaches au sud.À quel moment un premier cours d\u2019eau y a-t-il coulé?Des dinosaures s\u2019y sont-ils abreuvés ?Ça, on ne le sait pas.Pas encore\u2026 lQS Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 11 L E J A R D I N D E S G L A C I E R S D E B A I E - C O M E A U Il a fallu des centaines de millions d\u2019années pour façonner le Saint-Laurent.On peut encore y lire les marques des ères glaciaires et celles du mouvement des plaques tectoniques.Par Joël Leblanc Une vallée si ancienne AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ À Baie-Comeau, une agora naturelle où se trouvent des milliers de coquillages témoigne de la présence d\u2019une mer. Une renaissance atendue Le navire Canadian Hunter construit au chantier Davie, livré à l\u2019été 1920.Sa construction s\u2019inscrivait dans le cadre d\u2019une politique visant à doter le pays d\u2019une ?otte marchande pour transporter les produits d\u2019exportation.AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ Il a suf?que la lumière bleue du rayon laser jaillisse sur la plaque d\u2019acier pour que fusent les applaudissements dans l\u2019immense hangar.Une vague sonore à la hauteur de l\u2019espoir que suscite la nouvelle mouture du Chantier Davie Canada.Après des décennies de déboires, de faillites, de défaut de paiement, les 1300 employés du chantier naval veulent croire que la reprise par la Holding Ivoncea va être la bonne.Voilà pourquoi la simple découpe de la première plaque d\u2019acier à être posée sur le navire de ravitaillement Astérix les enthousiasme tant.Pour ces soudeurs, charpentiers, électriciens et peintres réunis autour du bassin où la machine à plasma effectue sa tâche, la construction sur mesure de navires à la ?ne pointe de la technologie constitue une grande ?erté.«Faire partie de la Davie» les a d\u2019ailleurs souvent motivés à revenir sur le chantier, malgré les mises à pied multipliées au ?l des ans.Beaucoup de ces ouvriers appartiennent à des familles de la région de Québec très liées à la construction navale.Cette industrie plonge profondément ses racines sur les deux rives du Saint-Laurent.Dès le XVIIe siècle, en effet, Louis XIV ?nance un chantier à Québec pour construire des bateaux d\u2019abord destinés au commerce avec les Antilles, puis avec la France.Après 1763, les Britanniques prennent le relais.Friands des essences de bois du Nouveau Monde, ils commandent des centaines de navires aux nombreux chantiers qui s\u2019étalent autour du port de Québec.Vers la ?n du XVIIIe siècle, plus de la moitié de la main-d\u2019œuvre de la ville travaille dans l\u2019industrie navale, selon l\u2019historien Jean-Marie Lebel.Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 13 DÈS LE XVIIE SIÈCLE, LE LONG DU SAINT-LAURENT, LA CONSTRUCTION ET LA RÉPARATION DE BATEAUX ONT CONSTITUÉ D\u2019IMPORTANTES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES.L\u2019ÈRE DE LA HAUTE TECHNOLOGIE VA-T-ELLE RELANCER CETTE INDUSTRIE?Par Pascale Guéricolas Une renaissance atendue À la barre : Chantier maritime Verreault Plusieurs autres chantiers navals perpétuent la tradition de construction et surtout de réparations le long du Saint- Laurent.Industries Océan, par exemple, travaille sur les remorqueurs.Chantier Naval Forillon, à Gaspé, se spécialise dans les bateaux de pêche et les remorqueurs, tout comme Méridien Maritime à Matane.Sans oublier les réparations navales effectuées par Mount Royal Walsh et Navamar à Montréal.Mais le plus important de tous, Chantier maritime Verreault, se situe aux Méchins, à une quarantaine de kilomètres de Matane.Denise Verreault dirige cette entreprise fondée en 1956 par son père.Orienté jusqu\u2019à présent vers la mécanique marine, les réparations de coques et leur sablage, son chantier vise maintenant la réparation de navires de plus grande taille.Mais pour cela, il lui faut augmenter la surface de sa cale sèche et surtout sa porte d\u2019entrée.La dirigeante veut s\u2019attaquer au marché des Panamax, ces grands navires qui empruntent le canal de Panama et circulent sur le Saint- Laurent.Ils ne cessent de prendre du volume.Or, les faire réparer en Europe signi?e souvent plusieurs semaines de navigation de perdues.« J\u2019ai déjà été contactée par des armateurs qui ont un problème semblable, explique Denise Verreault.On pourrait aussi prendre en charge les navires qui font la navette entre Terre-Neuve et les plateformes pétrolières, qui vont aussi se faire réparer en Europe, actuellement.» Déjà, 14 millions de dollars ont été investis dans l\u2019agrandissement de la cale.Un investissement de 36 millions de dollars supplémentaires e st nécessaire pour la seconde phase du projet qui devrait comprendre aussi la construction d\u2019une station de pompage pour évacuer l\u2019eau de la cale sèche.Un projet qui, à terme, exigerait de doubler le nombre d\u2019ouvriers, qui sont actuellement environ 200.L\u2019Atlantic Vision en cale sèche au Chantier maritime Verreault C H A N T I E R D A V I E G R O O U P E M A R I T I M E V E R R E A U L T Et cela ne se limite pas à Québec.À cette époque, les marteaux des maîtres charpentiers qui fabriquent des pièces de bois à partir de gabarits retentissent le long du Saint-Laurent.L\u2019Isle-aux-Coudres dans Charlevoix, L\u2019Islet-sur-Mer dans Chaudière-Appalaches, l\u2019île d\u2019Orléans, Sainte-Anne-des- Monts en Gaspésie ont tous leurs chantiers navals.On y construit des voiliers à deux ou trois mâts, des goélettes, de petits caboteurs ou de simples canots à glace, qui sillonnent ensuite le ?euve.Tous en bois, jusqu\u2019à ce que les coques de métal s\u2019imposent au XIXe siècle.En 1833, le premier bateau à vapeur prêt à franchir l\u2019Atlantique, le Royal Williams, équipé d\u2019un moteur de 200 chevaux, sort d\u2019ailleurs du chantier de la rivière Saint-Charles à Québec.Devant ce foisonnement de chantiers, Allisson Davie, un Écossais d\u2019origine, opte pour Lévis et la réparation de navires.Il s\u2019établit juste en face de Québec, là où arrive l\u2019actuel traversier faisant la navette entre les deux rives.Une pente douce facilite l\u2019arrivée des navires que l\u2019on répare à marée basse, jusqu\u2019à ce que l\u2019ingénieux Écossais, associé à son beau- père, ait l\u2019idée d\u2019appliquer une technologie propre à son pays d\u2019origine.Sous son impulsion, le chantier Davie accueille le premier plan de halage en Amérique du Nord.Désormais, plus besoin d\u2019attendre que la marée se retire pour s\u2019attaquer aux réparations de la coque.Les navires sont tirés sur la berge par un treuil, puis stationnés sur la rive.Cet esprit d\u2019innovation marque toute l\u2019histoire de la Davie.Près de 190 ans plus tard, l\u2019historien David Gagné, qui travaille pour la ville de Lévis, en a eu la preuve.En 2006, il triait les archives, jetées à la poubelle après la faillite de l\u2019entreprise, lorsqu\u2019il a fait une découverte étonnante : des contrats de bulbes de sonar que le Chantier Davie avait construits pendant des décennies pour les bateaux de la marine des États-Unis.«Des ouvriers qui y avaient travaillé, de grands bonshommes de 60 ans, pleuraient quand je leur ai montré les documents, raconte l\u2019historien.Cela leur rappelait beaucoup de souvenirs.Je les ai déjà vus sculpter une feuille de métal avec de simples brûleurs et de la glace sèche pour qu\u2019elle s\u2019adapte parfaitement à un moule.Il fallait une main-d\u2019œuvre vraiment très quali?ée pour fabriquer ces immenses micros, installés sur l\u2019étrave des navires.» C\u2019est justement la formation des ouvriers sur le chantier qui a poussé Alex Vice?eld de la Holding Ivoncea, un groupe monégasque, à se porter acquéreur de la Davie en 2012, même si le chantier avait cessé ses activités.«Disposer d\u2019un bassin aussi important d\u2019employés quali?és à proximité, c\u2019est vraiment unique, fait remarquer le dirigeant de l\u2019entreprise.En plus, peu de chantiers navals en Europe peuvent compter sur des cales sèches aussi grandes.» La cale Champlain, la plus grande cale sèche au Canada, mesure en effet 365m de longueur.L\u2019autre, la cale Lorne, construite en 1886 par le gouvernement canadien à Lauzon, une municipalité aujourd\u2019hui intégrée à Lévis, fait près de 185m.Flairant la bonne affaire, un des ?ls d\u2019Allisson Davie achète des terrains à proximité.Par un heureux hasard, le courant du Saint-Laurent qui passe devant cette pointe facilite l\u2019approche des navires qui nécessitent une réparation.Et voilà le site actuel du Chantier Davie installé pour les décennies à venir.Au ?l du temps, des navires de guerre appartenant aux marines canadienne, britannique et française, des plateformes de forage pour des compagnies pétrolières internationales, des brise-glace, des traversiers et des navires de recherche sont sortis de ce chantier consacré meilleur constructeur naval nord-américain en 2015 par la prestigieuse revue 14 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE IDENTITÉ Pour tout savoir du Projet Saint-Laurent www.projetsaintlaurent.org Le Projet Saint-Laurent Création de zones d\u2019innovation Dépollution du leuve Croissance du tourisme Développement du transport maritime Décontamination des sols « Le Saint-Laurent, c\u2019est le symbole le plus puissant de l\u2019aventure des Québécois en terre d\u2019Amérique.Mais c\u2019est aussi un trésor que nous avons peut-être oublié.Il faut redonner le Saint-Laurent aux Québécois! » Député de L\u2019Assomption Chef du deuxième groupe d\u2019opposition Réparation de bateau au chantier Davie (photo d\u2019archives) C H A N T I E R D A V I E maritime Lloyd\u2019s.Un des derniers-nés porte le numéro 717.Il s\u2019agit d\u2019un navire complexe et polyvalent de construction sous-marine, fabriqué au départ pour Cecon, une entreprise norvégienne d\u2019exploitation pétrolière.Sauf que la baisse du prix du carburant a coupé l\u2019herbe sous le pied à l\u2019acheteur.Désormais, ce bateau capable de garder une position ?xée par satellite, grâce à ses six propulseurs électriques et à sa technologie de positionnement dynamique, pourrait servir à l\u2019exploration marine scienti?que dans les zones polaires.«Assister à la naissance d\u2019un navire comme le 717, c\u2019est vraiment grandiose», af?rme, admiratif, Raphaël Jobin.Entré à la Davie en 2007 comme mécanicien d\u2019entretien, l\u2019actuel président du syndicat CSN des travailleurs du chantier naval de Lauzon Inc.a déjà un bon aperçu des hauts et des bas de l\u2019industrie navale : un tiers de sa carrière s\u2019est déroulée hors chantier.Les yeux rivés sur l\u2019Astérix, un porte-conteneurs transformé actuellement en pétrolier ravitailleur d\u2019escadre destiné à la marine royale canadienne, un soudeur jovial décrit son métier qui l\u2019oblige souvent à se transformer en contorsionniste pour réussir à passer les tuyaux dans les espaces très réduits de la cale.«Parfois, raconte-t-il, on doit se rouler en boule ou s\u2019allonger sur le dos à même le plancher glacé de la cale, l\u2019hiver, pour pouvoir souder.On a des lampes frontales comme les mineurs pour passer de cale en cale.Par contre, dès qu\u2019on veut de l\u2019air, il nous suf?t de monter sur le navire, avec vue sur le Château Frontenac et le ?euve.Dire qu\u2019il y en a qui payent pour cette vue-là !» Les ouvriers, sur le chantier, semblent relativement optimistes.La direction a déjà investi dans de nouveaux équipements, signe qu\u2019elle entend bien fabriquer d\u2019autres navires.Et elle ne baisse pas les bras face aux commandes de construction de futures frégates pour la marine canadienne, qui lui sont passées sous le nez et qui représentaient 33 milliards de dollars.Le précédent gouvernement conservateur les a octroyées seulement à Irving Shipbuilding, de Halifax, et à Vancouver Shipyards.D\u2019âpres négociations attendent donc les libéraux fédéraux s\u2019ils refusent d\u2019accorder l\u2019équité au chantier québécois, comme le demande le maire de Lévis.La Davie garde le cap! lQS La descente du Saint-Laurent s\u2019est-elle avérée un bon entraînement en prévision de votre traversée de l\u2019océan ?J\u2019étais super naïve avant de la faire ! Parce que, en réalité, ramer sur le ?euve, c\u2019est plus rigoureux que sur l\u2019Atlantique.Sur l\u2019océan, tout le matériel est attaché.Alors si ça brasse, je mets l\u2019ancre ?ottante et je rentre dans ma cabine.La seule chose que je pourrais frapper, c\u2019est un autre navire, et c\u2019est très peu probable.Sur le Saint-Laurent, le danger était de m\u2019échouer sur la côte et de détruire le bateau.À côté du numéro de série de mon embarcation, d\u2019ailleurs, c\u2019est écrit en très gros de ne pas l\u2019utiliser ailleurs que sur l\u2019océan.Elle est lourde et peu manœuvrable.Qu\u2019avez-vous découvert sur ce grand trajet ?Que le Saint-Laurent change d\u2019un kilomètre à l\u2019autre.Entre Montréal et Boucherville, on a l\u2019impression de faire un voyage dans le temps.Près des îles de Boucherville, on ne se croirait jamais à proximité de la ville ! Après, on découvre que le lac Saint-Pierre est immense et vraiment pas profond.Près de la ligne où passent les cargos, il y a des amoncellements de roches : je devais faire très attention.À Trois-Rivières, les marées commencent déjà.À partir de Saint-Jean-Port-Joli, il fallait mettre mon ego de côté et accepter de rester à terre certaines journées où le temps était mauvais.De Rivière-du-Loup à Rimouski, ce n\u2019est pas de la petite bière, côté vents, marées et courants.La Haute-Gaspésie est le plus beau segment, mais c\u2019est le plus traître aussi.Puis, dans la dernière portion entre la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, j\u2019avais la visite de bateaux de pêche qui s\u2019approchaient parce que les gens avaient entendu parler de moi ! Les Québécois pro?tent-ils véritablement de leur ?euve ?Chaque année, je fais le tour de l\u2019île de Montréal en kayak au pro?t de la Fondation Charles-Bruneau et je me rends bien compte que la rive n\u2019appartient pas aux citoyens.Elle appartient à quelques propriétaires de maisons énormes ! Mais les marinas et leurs alentours sont souvent pleins de vie.On y vient en gang.J\u2019habite devant les rapides de Lachine, à Montréal, et je vois tous les jours des gens promener leur chien ou faire des piqueniques au bord du ?euve.Il faut trouver sa propre façon de pro?ter du Saint-Laurent.Pour ma part, malgré ma peur à l\u2019idée d\u2019être dans l\u2019eau, je me sens très bien sur l\u2019eau.Propos recueillis par Mélissa Guillemette On connaît surtout l\u2019ambassadrice du Saint-Laurent de la Fondation David Suzuki pour sa traversée de l\u2019Atlantique Nord à la rame, en solitaire, il y a trois ans.Mais plus tôt, en 2011, Mylène Paquette, partie de Montréal, avait rallié les Îles-de-la- Madeleine.À l\u2019huile de bras.Toute une façon de connaître le ?euve ! L\u2019instinct de l\u2019exploratrice ENTREVUE L A U R E N C E L A B A T 16 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Cap sur le f AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE C H A N T I E R D A V I E Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 17 LE SAINT-LAURENT CONSTITUE UN ATOUT ÉCONOMIQUE SANS ÉGAL.IL PEUT AUSSI ÊTRE UN PÔLE EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE.r le futur À la fenêtre du bureau de Michel Gadoua, un immense navire passe d\u2019un carreau à l\u2019autre.Le président-directeur général de la Société du port de Valley?eld est aux premières loges de la Voie maritime du Saint-Laurent.Bien que ce port soit le dernier sur le ?euve, «On préfère dire ici que c\u2019est le premier!» af?rme-t-il.Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de marchandises arrivent à l\u2019un ou l\u2019autre de ses huit quais et en repartent.M.Gadoua pense pouvoir annoncer bientôt la construction d\u2019un nouveau quai pour assurer la croissance du port municipal.«Nos quais sont engorgés, alors qu\u2019on a encore de l\u2019espace terrestre pour l\u2019entreposage», dit-il en pointant, avec un laser, une photo aérienne du site sur le mur faisant face à son bureau.Quelques dizaines de kilomètres en aval, l\u2019Administration portuaire de Montréal projette elle aussi d\u2019élargir ses horizons en construisant un terminal à conteneurs sur sa réserve foncière à Contrecœur.À Québec, c\u2019est un nouveau quai multifonctionnel que prévoit le projet Beauport 2020.Le port de Saguenay veut construire un terminal maritime sur la rive nord.Et la liste des projets est encore longue.Il faut savoir que plus de 80% de tous les biens transportés dans le monde le sont par bateau.«C\u2019est le cas de pratiquement tout ce que vous avez sur vous en ce moment», souligne M.Gadoua, en parlant de mon manteau, de mon magnétophone, de mon calepin et de mon stylo déposés sur sa table de verre à piètement de bois en forme de gouvernail.Notre ?euve, porte d\u2019entrée sur l\u2019Amérique du Nord, voit passer environ 110 millions de tonnes de marchandises annuellement, soit 1% du tra?c mondial.Ce tra?c contribue à faire du corridor Saint-Laurent\u2013Grands Lacs le quatrième espace économique en Amérique du Nord, après la Californie, le Texas et New York, selon le Bureau d\u2019information maritime.Au Québec seulement, l\u2019industrie fournit du travail à environ 13000 personnes, selon le Comité sectoriel de main-d\u2019œuvre de l\u2019industrie maritime.Grâce au vaste programme d\u2019infrastructures annoncé par le gouvernement fédéral et à la Stratégie maritime québécoise qui commence à se déployer, l\u2019industrie 18 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 À CARGAISON ÉQUIVALENTE, LE NAVIRE ÉMET MOINS DE GAZ À EFFET DE SERRE QUE LE TRAIN OU LE CAMION.FAUT-IL POUR AUTANT AUGMENTER LE TRAFIC MARITIME SUR LE SAINT-LAURENT?Par Mélissa Guillemette Rouler s AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE À l\u2019approche des écluses de Beauharnois, un navire passe devant Kahnawake.© M A R T I N B E A U L I E U imagine déjà une relance spectaculaire.Citoyens, militants écologistes et scien- ti?ques surveillent tout ça de près.«La Stratégie maritime du gouvernement du Québec a identi?é 16 zones industria- lo-portuaires à développer; c\u2019est beaucoup, estime Robert Michaud, biologiste et directeur scienti?que du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM).Peut-être devrait-on en oublier quelques-uns, comme le secteur de Cacouna, près de Rivière-du-Loup.» Tous ces ports et ces entreprises qui souhaitent accroître leurs activités sur le ?euve doivent fournir une analyse détaillée des effets de leurs projets pour espérer obtenir le feu vert du gouvernement fédéral ou provincial, selon l\u2019endroit.À la suite du dépôt de son étude d\u2019impact environnemental en mars dernier, l\u2019Administration portuaire de Québec a d\u2019ailleurs dû fournir plus de documents, dont certains concernant les espèces menacées, à l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale.À Contrecœur, si le terminal souhaité par l\u2019Administration portuaire de Montréal se construit, une petite partie des herbiers fréquentés par le chevalier cuivré serait perdue.Il s\u2019agit du seul poisson québécois qui n\u2019existe nulle part ailleurs dans le monde.Il fait d\u2019ailleurs l\u2019objet d\u2019un plan de rétablissement depuis 1995, car sa population est en déclin.«En général, les citoyens, là-bas, ne s\u2019intéressent pas à ce poisson qui n\u2019est même pas comestible! Mais c\u2019est notre devoir de le protéger», a déclaré le vice-président aux opérations de l\u2019Administration portuaire de Montréal, Daniel Dagenais, lors d\u2019une rencontre internationale des Initiatives pour l\u2019avenir des grands ?euves, tenue à Montréal, en avril dernier.Michel Gadoua considère que la réglementation, combinée à l\u2019engagement des communautés, oblige les organisations à parvenir au meilleur programme possible.«C\u2019est sûr que certains règlements sont agaçants.À Salaberry-de-Valley?eld, on va devoir compenser le dérangement de l\u2019habitat d\u2019une couleuvre qu\u2019on a vue ici à peu près 3 fois en 10 ans\u2026 Mais c\u2019est correct! On va concentrer nos mesures de compensation dans la rivière Saint-Charles [qui sépare la Grande-Île de l\u2019île de Sala- Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 19 Escalier maritime La Voie maritime du Saint-Laurent est un immense escalier, lequel, depuis 1959, permet aux navires d\u2019atteindre les Grands Lacs.Sous le pont Jacques-Cartier, les transporteurs entament la partie Montréal-lac Ontario, qui s\u2019étend sur 306 km et comprend sept écluses.Le secteur du canal Welland se compose quant à lui de huit autres écluses canadiennes et permet aux bateaux de passer du lac Ontario au lac Érié.Au total, les écluses soulèvent les navires jusqu\u2019à une hauteur de 175 m ! Ils peuvent ensuite poursuivre leur chemin jusqu\u2019au lac Supérieur.Il faut huit à neuf jours pour relier l\u2019océan Atlantique et Duluth, au Minnesota.En 2015, 36 millions de tonnes de marchandises sont passées dans la Voie maritime du Saint-Laurent.À titre de comparaison, le commerce maritime mondial a atteint 9,84 milliards de tonnes l\u2019an dernier.er sur l\u2019eau berry], comme le désire la communauté.À la ?n, on aura un beau projet.» Le gouvernement du Québec espère également stimuler le transport maritime de courte distance, c\u2019est-à-dire le cabotage.Cet objectif est non seulement inscrit dans sa Stratégie maritime, mais aussi dans son Plan d\u2019action 2013-2020 sur les changements climatiques.Le cabotage, qui représente actuellement le quart du tra?c sur le Saint-Laurent, est une façon de retirer des camions de la route.En théorie, tout peut être transporté par bateau, indique Emmanuel Guy, professeur en science de la gestion et titulaire de la Chaire de recherche en transport maritime de l\u2019Université du Québec à Rimouski.Avec un volume égal de carburant, un navire de taille moyenne parcourt quatre fois la distance que franchit un camion et deux fois celle du train.Surtout, ce navire transporte l\u2019équivalent de la marchandise de 870 camions! «Mais ce n\u2019est pas réaliste de penser qu\u2019on pourrait approvisionner les Canadian Tire par bateau, alors que les succursales sont très dispersées sur le territoire, nuance le professeur.Il faudrait d\u2019abord acheminer, par camion, toutes les marchandises vers les ports de Montréal ou de Québec.Il faudrait aussi des camions dans les ports régionaux pour transférer les cargaisons vers les succursales de Gaspé, Matane, Rimouski, etc.Chaque fois, il faut charger et décharger les camions et le bateau, à moins de mettre les camions directement sur le bateau.Ça allonge la chaîne logistique.» Évidemment, les expéditeurs devraient plani?er les transports en conséquence, car on n\u2019affrète pas un navire à quelques heures d\u2019avis, comme on peut le faire pour un camion, dit Martin Fournier, directeur général des Armateurs du Saint-Laurent.«Le problème, c\u2019est que les entreprises n\u2019ont plus d\u2019entrepôt.Leurs entrepôts, ce sont les camions sur la route !» Dans tous les cas, on ne reviendra pas aux goélettes.Mais les administrations portuaires et les armateurs n\u2019ont plus le choix, ils doivent tenir compte de la protection des écosystèmes et de la réduction des 20 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE UNE AUTRE FAÇON D\u2019INNOVER.L\u2019UQAR, l\u2019excellence en formation et en recherche dans le secteur maritime.DANS SA CATÉGORIE, selon RE$EARCH Infosource Inc., 2014 DANS SA CATÉGORIE, selon RE$EARCH Infosource Inc., 2013 2011 DANS SA CATÉGORIE, selon RE$EARCH Infosource Inc., 2012 DANS SA CATÉGORIE, selon RE$EARCH Infosource Inc., 2015 www.uqar.ca/mer Plus de rafinage S.V.P.! Bien que les navires émettent moins de gaz à effet de serre que les autres modes de transport pour expédier une même quantité de marchandises, il y a place à l\u2019amélioration au chapitre des carburants.Ces derniers sont moins raf?nés que ceux qu\u2019utilisent les camions, et ce, pour des raisons ?nancières.« Or, plus le mazout est de mauvaise qualité, plus la teneur en soufre est élevée et plus les émissions de particules ?nes, d\u2019oxyde d\u2019azote et de métaux sont élevées », dit Richard St-Louis, professeur au département de biologie, chimie et géographie à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Les villes portuaires sont évidemment les plus touchées.« L\u2019industrie en est très consciente et projette de réduire ses émissions », ajoute le professeur.Mais quand ?Ça presse, selon Olaf Merk, administrateur au Forum international des transports de l\u2019OCDE.Il déclarait, en mai dernier : « L\u2019Organisation maritime internationale et les nations doivent vraiment faire un effort considérable, cette année.Sinon, je pense que leurs intentions seront tournées en ridicule par les ONG environnementales et peut-être même par la population.» émissions.Les meilleurs élèves du programme de certi?cation environnementale Alliance verte pour 2014 sont les armateurs Canada Steamship Lines et Groupe Desgagnés; les administrations portuaires de Halifax, Montréal et Vancouver; et les terminaux de Rio Tinto Alcan (Port-Alfred), Federal Marine Terminals et Neptune Bulk Terminals.La Société du port de Valley?eld a obtenu des niveaux 2 et 3 sur une échelle de 5, ce qui la place dans la moyenne des organisations certi?ées.Aussi étonnant que cela puisse paraître, c\u2019est un mollusque venu d\u2019Europe qui a incité l\u2019industrie à se doter d\u2019un tel programme en 2007.Arrivée dans les Grands Lacs à la ?n des années 1980, la moule zébrée aurait été rejetée avec les eaux de ballast d\u2019un navire transocéanique.Quelques années plus tard, elle tapissait certains secteurs des lacs et du Saint-Laurent, semant l\u2019inquiétude, car elle modi?e les écosystèmes, en plus de bloquer des conduites.Quelques-uns sont allés jusqu\u2019à réclamer la fermeture de la Voie maritime du Saint-Laurent! «Cette crise a mis l\u2019industrie sur la sellette; et elle n\u2019a pas réagi aux critiques, raconte David Bolduc, directeur général de l\u2019Alliance verte.Ce n\u2019était pas une bonne idée; cela a creusé un déficit d\u2019acceptabilité sociale.» Pour démontrer leur volonté de réduire leur impact environnemental, sept associations états-uniennes et canadiennes de l\u2019industrie maritimedu Saint-Laurent et des Grands Lacs ont bâti le programme de l\u2019Alliance verte, avec l\u2019aide des agences gouvernementales, de comités scien- ti?ques et de groupes écologistes.Ses 12 indicateurs de performance sont continuellement mis à jour par cette brochette d\u2019intervenants.L\u2019Alliance compte aujourd\u2019hui une centaine d\u2019organisations participantes, surtout canadiennes et états-uniennes.Elles s\u2019engagent à améliorer leur cote chaque année.La biologiste Véronique Nolet est directrice de projet pour l\u2019habitat marin à l\u2019Alliance verte.Elle travaille à ce que la réduction du bruit sous-marin devienne un indicateur de performance du programme de certi?cation, au même titre que la réduction des émissions atmosphériques.«Il faut faire un grand travail de sensibilisation et d\u2019éducation auprès de l\u2019industrie.Il faut expliquer que le bruit dérange davantage dans l\u2019eau qu\u2019à l\u2019ex- Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 21 Peut-on être aussi attaché à un ?euve qu\u2019à la mer ?Pourquoi pas ?C\u2019est lié ! Je ne connais pas vraiment le Saint- Laurent, mais j\u2019ai navigué sur plusieurs ?euves du monde comme l\u2019Amazonie, le Gange, le Danube et le Niger.Je suis d\u2019eau douce, pas seulement d\u2019eau salée.Les gens peuvent s\u2019attacher profondément à un ?euve.Mais quand des projets de développement portuaire sont mis de l\u2019avant, cela n\u2019ouvre-t-il pas la voie à des con?its ?Il faut situer la question d\u2019une manière plus large.Il existe une compétition féroce entre les ports, dans le monde.Si l\u2019un d\u2019eux n\u2019arrive pas à répondre à la contrainte de la concurrence, il va disparaître.On peut très bien imaginer que les bateaux ne viennent plus à Montréal ou qu\u2019ils y viennent moins.Or, si le port est en déclin, la ville de Montréal est en déclin; le Québec et le Canada aussi.Il y a des gens qui pensent que ce n\u2019est pas grave; moi, si.Ma conviction est claire : il faut miser sur le développement.Développer veut dire changer.On s\u2019est aperçu, de manière générale, que ce que l\u2019on croyait immobile ne l\u2019est pas.Les espèces varient; c\u2019est le darwinisme.Les plaques continentales bougent.La vie économique bouge.Tout bouge ! Même si l\u2019être humain veut que les choses restent stables.Comment s\u2019assurer que ce changement \u2013 ce développement \u2013 puisse améliorer nos vies ?Remarquez que ce ne sont pas uniquement les autorités portuaires qui doivent prendre les décisions.Plus encore, je milite pour que les projets se concoctent en commun et surtout pas dans le secret, ?nancés par on ne sait qui.Il faut de la transparence et de la discussion.Ça prend du temps ?C\u2019est normal ! Ça touche la vie des riverains ! Ça touche notre vie ! Il semble aujourd\u2019hui qu\u2019on se réconcilie de plus en plus avec les rivières et les ?euves dans nombre de villes; n\u2019est-ce pas rassurant ?La conscience de la nécessité d\u2019une relation équilibrée avec la nature est beaucoup plus grande qu\u2019avant.Autrefois, nous nous en remettions aux autorités \u2013 aux municipalités, par exemple \u2013 quand il était question de la gestion de l\u2019eau.Maintenant, il y a une prise de conscience assez généralisée qui va dans le sens du respect de la nature.Quand on la méprise, la nature se venge.Et nous ne pouvons pas vraiment la maîtriser.Je suis marin.Je peux vous dire que personne ne maîtrise la mer ! Vous allez avec la mer, pas contre elle.La conscience de notre fragilité nous rend intelligents.Et la fragilité ne nous prive pas du tout de la nécessité d\u2019agir.Tout au contraire.Propos recueillis par Raymond Lemieux C\u2019est la mer qui prend l\u2019homme Erik Orsenna, économiste et écrivain.Président de l\u2019organisation internationale Initiatives pour l\u2019avenir des grands ?euves, Erik Orsenna est économiste, écrivain et navigateur.Auteur notamment de L\u2019exposition coloniale, un roman qui lui a valu le prix Goncourt en 1988, il a été reçu à l\u2019Académie française en 1998 où il occupe le siège laissé par l\u2019océanographe Jacques-Yves Cousteau.Il était de passage à Montréal en avril dernier.ENTREVUE 22 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 térieur, puisque les mammifères marins ne s\u2019orientent pas à vue, mais aux sons.Le bruit d\u2019un navire, pour les cétacés, c\u2019est comme un voile qu\u2019on jetterait sur les yeux d\u2019un humain.» Le GREMM tente justement de véri?er si la pollution sonore n\u2019expliquerait pas en partie la mort de plusieurs jeunes bélugas.Ce n\u2019est pas une mince affaire, car on enregistre chaque année plus de 5000 passages de navires marchands dans l\u2019estuaire.«Quand les jeunes se sentent en danger, ils imitent le cri de contact de leur mère, explique Robert Michaud.Ce cri maternel est bien construit, il se situe sur un très large éventail de hautes et basses fréquences.Les nouveau-nés n\u2019arrivent toutefois qu\u2019à émettre les basses fréquences, celles-là mêmes que masque le bruit des navires.» Si l\u2019Organisation maritime internationale des Nations unies, basée à Londres, propose de changer les hélices et les coques des navires pour réduire les émissions sonores, l\u2019Alliance verte fournit des solutions plus abordables.«Déjà, en les nettoyant bien, on perd quelques décibels», signale Véronique Nolet.Réduire la vitesse de croisière à 10 nœuds dans les zones critiques est une autre mesure efficace, d\u2019autant plus que cela permet de limiter les risques de collision avec les mammifères marins.L\u2019industrie maritime peut même contribuer à l\u2019avancement des connaissances scienti?ques pour la conservation des espèces marines, affirme Véronique Nolet.Elle travaille déjà avec les équipages du Groupe Desgagnés et de Canada Steamship Lines a?n de les aider à identi?er correctement les cétacés pour ensuite rapporter leur présence au Réseau d\u2019observation de mammifères marins, une autre organisation pour laquelle travaille la biologiste.«Les budgets de recherche diminuent et c\u2019est donc dif?cile de suivre la répartition des baleines loin des côtes.Ces grands transporteurs, qui naviguent de façon presque continue et sur un très grand territoire, peuvent nous fournir des données.» Mais pour améliorer la cohabitation entre la faune et la marine marchande, il est primordial d\u2019établir des aires protégées, des zones où éviter tout développement, estime Robert Michaud.«Surtout que trois espèces sont en voie de disparition dans le Saint-Laurent : la baleine noire, la baleine bleue et le béluga.» lQS Le NM F.-A.-Gauthier, qui relie Matane, Baie-Comeau et Godbout pour la Société des traversiers du Québec, est le premier navire au Canada à utiliser le gaz naturel liqué?é (GNL).Le GNL émet 25 % moins de gaz à effet de serre que le diesel habituellement utilisé par les bateaux.Deux nouveaux navires propulsés au gaz naturel liqué?é assureront la traversée Tadoussac\u2013 Baie-Sainte-Catherine à partir de cet automne.Il s\u2019agit d\u2019une transition équivalente à celle du charbon au pétrole, selon le directeur général de l\u2019Alliance verte, David Bolduc.Il faudra donc du temps pour que ce nouveau mode de propulsion se généralise.« Le problème, pour le moment, c\u2019est le réseau d\u2019approvisionnement; il y a peu d\u2019endroits où un navire peut aller faire le plein.Ce n\u2019est pas pour rien que les premiers navires au GNL sont des traversiers, qui s\u2019approvisionnent toujours au même endroit.» Pour sauver des baleines Le nombre de collisions entre les navires et les mammifères marins dans le Saint- Laurent est inconnu.Il est dif?cile de les comptabiliser, car les navires n\u2019accusent pas nécessairement le choc quand un cétacé est frappé et les carcasses peuvent couler et n\u2019être jamais trouvées.Pour tenter de déterminer les risques, le Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM), Pêches et Océans Canada, Parcs Canada et le chercheur postdoctoral Clément Chion ont mis au point un modèle de simulation du tra?c maritime et du mouvement des mammifères marins dans les limites du parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent.« Nous avons intégré 25 ans de données sur les déplacements des navires et des animaux dans le modèle, explique Robert Michaud, du GREMM.Le résultat est comme un jeu vidéo; des rorquals s\u2019y déplacent comme le font de vrais animaux.Nous avons réalisé que, a?n de réduire le nombre de collisions, en plus de la vitesse, nous pouvons ajuster les lignes de navigation pour éviter les secteurs où les risques sont les plus élevés, c\u2019est-à-dire là où les baleines passent le plus de temps à la surface.Nous avons produit une carte et demandé aux bateaux d\u2019éviter une zone, et de ralentir dans une autre.L\u2019industrie a accepté.» Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une mesure volontaire, elle fonctionne à merveille.Plus de 72 % des navires voguaient à une vitesse de moins de 11,8 nœuds en 2014 dans l\u2019aire de vitesse réduite, contrairement à 13 % en 2012.Les risques de collisions ont donc diminué d\u2019environ 40 %, selon les experts.« Et ça ne nous retarde que de 15 à 30 minutes », indique Martin Fournier, directeur général des Armateurs du Saint-Laurent.Ce n\u2019est pas la mer à boire.AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE Mieux que le diesel J .L .P R O V E N C H E R / P A R C S C A N A D A Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 23 Même si 99 % des résidences et des industries québécoises doivent leur eau aux stations de traitement, il reste bien des dé?s à relever pour que le ?euve reste une source d\u2019eau potable pour les Québécois.Par Nathalie Kinnard Une eau encore bnne à boire?D epuis une dizaine d\u2019années, certains poissons du Saint-Laurent développent à la fois des ovaires et des testicules.Les coupables ?Les œstrogènes rejetés dans les égouts.Ces hormones s\u2019acheminent normalement vers les stations d\u2019épuration des eaux usées, mais une certaine proportion aboutit dans le ?euve.Sébastien Sauvé, professeur en chimie analytique environnementale à l\u2019Université de Montréal, et ses collègues ont mesuré dans l\u2019eau rejetée par la station d\u2019épuration Jean R.Marcotte, à la pointe est de l\u2019île de Montréal, des concentrations d\u2019hormones jusqu\u2019à 100 fois supérieures à celles qui provoquent une féminisation des poissons mâles dans des bassins contrôlés en laboratoire ! La communauté scienti?que sonne l\u2019alarme; il faut empêcher les œstrogènes de prendre le chemin du ?euve et de notre verre d\u2019eau.En effet, quand on pense que 3,7 millions de Québécois boivent cette eau-là, il y a de quoi sourciller ! Les œstrogènes sont fabriqués naturellement par les femmes, particulièrement lors de la grossesse.On en retrouve aussi des versions synthétiques dans les contraceptifs oraux et les traitements de la ménopause.Toutes ces molécules s\u2019éliminent par les urines.En agriculture, c\u2019est le lisier de porc qui contient le plus Sébastien Sauvé, professeur en chimie analytique environnementale à l\u2019Université de Montréal : « On parle de polluants émergents, parce qu\u2019on est depuis peu capable de les mesurer avec les techniques modernes.» S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T d\u2019œstrogènes.Comme si ce n\u2019était pas suf?sant, de nombreux plastiques, pesticides, médicaments et produits d\u2019usage domestique libèrent des molécules qui agissent comme des œstrogènes.Les études scienti?ques les accusent de bouleverser le fonctionnement de nombreuses glandes, telles que la thyroïde et les testicules, et d\u2019affecter la qualité du sperme chez les hommes en plus d\u2019augmenter le risque de cancer des testicules.Les œstrogènes et autres perturbateurs endocriniens font partie de ce qu\u2019on appelle les polluants émergents, qui incluent des molécules issues d\u2019antibiotiques, d\u2019antidépresseurs, de stéroïdes et de crèmes de nuit, mais aussi des composés toxiques comme le bisphénol A (BPA) utilisé pour la fabrication de matières plastiques.« On parle de polluants émergents, parce qu\u2019on est depuis peu capable de les mesurer avec les techniques modernes», précise Sébastien Sauvé.Les usines de traitement de l\u2019eau n\u2019ont pas été conçues pour éliminer de si petites particules résistantes.Et les autorités n\u2019ont toujours pas établi de normes concernant les limites acceptables d\u2019hormones ou de composés chimiques pharmaceutiques pouvant être rejetés dans nos plans d\u2019eau.On se ?e plutôt au principe de dilution: les fortes concentrations de contaminants rejetés par une usine d\u2019assainissement s\u2019amoindriront une fois mélangées aux eaux laurentiennes, et seront probablement devenues inoffensives une fois détournées vers l\u2019aqueduc qui les amène à nos robinets.Mais est-ce vraiment le cas?«Les contaminants sont en effet en partie dilués dans le ?euve.Cependant, même en in?mes quantités, les substances de type œstrogénique restent très actives», soutient M.Sauvé.Selon le chercheur, toutes les stations d\u2019épuration des eaux usées devraient absolument être équipées d\u2019un système de désinfection.Celle de Montréal, pourtant la troisième plus grosse au monde, n\u2019en a pas.«Montréal déverse quotidiennement dans le fleuve des polluants qui résistent aux traitements d\u2019assainissement actuels », renchérit Patrick Drogui, chimiste et professeur au Centre Eau Terre Environnement de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).Ce sera corrigé, assure-t-on.La Ville de Montréal va en effet doter son usine d\u2019épuration d\u2019un système de désinfection par ozonation qui sera fonctionnel à partir de 2018.On respire.On boira mieux! Ce traitement permettra de supprimer 95% des bactéries, 75% des substances pharmacologiques et la plupart des virus qui transitent par ses installations.«L\u2019ozone est un agent oxydant et un désinfectant puissant capable d\u2019éliminer les polluants qui résistent aux autres étapes d\u2019épuration.Il est injecté sous forme de bulles à la base du bassin où circule l\u2019eau.Au contact du gaz, la matière organique s\u2019oxyde, les bactéries sont détruites et les virus deviennent inactifs», explique Patrick Drogui.En prime, l\u2019ozonation élimine les odeurs et les goûts désagréables.Sébastien Sauvé considère que l\u2019ozo- nation nous fera faire un grand pas vers une eau plus propre.«Toutefois, dit-il, c\u2019est une option technologiquement lourde, énergivore et coûteuse qu\u2019il faut bien maîtriser pour ne pas générer de sous-produits toxiques.» Et qu\u2019en sera-t-il des fameux polluants émergents ?Les scienti?ques s\u2019accordent pour dire que la majeure partie des hormones et des perturbateurs endocriniens seront mis K.-O.par l\u2019ozonation.Mais pour d\u2019autres molécules douteuses, il faudra plus.C \u2019est ainsi que Patrick Drogui entend puri?er les eaux usées chargées de produits pharmaceutiques en y faisant courir de l\u2019électricité.Un courant traverse ainsi le bassin d\u2019eau, d\u2019une électrode à l\u2019autre, foudroyant les molécules indésirables sur son passage.«C\u2019est une technologie verte, car elle ne nécessite pas de produits chimiques comparativement aux méthodes classiques qui utilisent notamment du chlore, précise le professeur Drogui.De plus, on peut adapter l\u2019électrolyse selon les types de polluants et les différentes étapes de traitement de l\u2019eau usée ou potable.» Les tests menés à grande échelle dans des stations d\u2019épuration de la région de la Capitale Nationale se sont d\u2019ailleurs avérés prometteurs.Le chercheur, qui collabore avec Sébastien Sauvé, propose également un bioréacteur à membrane, pour supprimer 99% du bisphénol A \u2013 un cancérigène \u2013 présent dans les eaux usées.«Il faudrait installer ce système à la sortie des hôpitaux et des industries pour traiter à la source leurs eaux chargées en micropolluants, avant qu\u2019elles ne se dirigent vers les égouts, puis les stations d\u2019épuration des villes», suggère-t-il.Le bioréacteur à membrane combine le système conventionnel de boues activées \u2013 des bactéries qui digèrent les polluants \u2013 et la désinfection.Une membrane synthétique est immergée dans les boues a?n de séparer les solides de l\u2019eau, tout en retenant les bactéries.Des travaux sont en cours pour valider la capacité du système breveté à traiter six familles de médicaments, dont les antidépresseurs, les antibiotiques et les hormones.Mais les micropolluants ne sont pas les seules menaces à la qualité de l\u2019eau.Des polluants traditionnels causent toujours des maux de tête aux municipalités.Selon le ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), le suivi des concentrations de coliformes fécaux effectué dans le ?euve entre 2009 et 2011 révélait encore la mauvaise qualité bactériologique de l\u2019eau en aval de Montréal.Au grand désespoir des villes comme Trois-Rivières ou même Québec, qui puisent une partie de leur eau potable dans le ?euve.«La contamination fécale reste un problème avec l\u2019intensi?cation des activités agri- 24 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE Du Saint-Laurent au robinet À Montréal, l\u2019eau est pompée ou puisée en surface du ?euve, puis acheminée à une station d\u2019assainissement.Les gros débris sont interceptés par une grille.Des produits chimiques tels que l\u2019alun, le chlore et la chaux sont ajoutés dans les bassins de rétention pour favoriser l\u2019agglomération des particules en suspension, suivant le même principe que les stations d\u2019épuration des eaux usées.L\u2019eau poursuit son chemin à travers des ?ltres de sable de charbon actif qui éliminent 85 % des bactéries.L\u2019ultime étape est celle de la désinfection au chlore, nécessaire pour tuer les virus et éviter la prolifération de bactéries dans le réseau de distribution.Le traitement dure environ six heures. coles, note Richard Villemur, chercheur en microbiologie de l\u2019environnement au Centre INRS\u2013Institut Armand-Frappier.Les excréments des animaux se diffusent dans les eaux et affectent la qualité des sources d\u2019eau potable.» Tout comme certaines fosses septiques en milieu rural.L\u2019eau présente ainsi souvent un taux important de coliformes et doit être traitée au chlore avant d\u2019être acheminée vers nos robinets.«Une bonne eau potable passe par une bonne gestion des bassins versants», croit Richard Villemur.Pour cela, il faut pouvoir identi?er rapidement les sources de contamination.C\u2019est en misant sur les cellules qui recouvrent les parois intérieures des intestins qu\u2019il compte le faire.« Ces cellules se renouvellent tous les jours et sont expulsées du corps par les fèces, explique le chercheur.J\u2019utilise l\u2019ADN de leurs mitochondries pour identi?er précisément l\u2019origine de la contamination fécale dans l\u2019eau.» Les marqueurs génétiques mis au point par le scienti- ?que ont fait leurs preuves récemment lorsqu\u2019un citoyen, propriétaire d\u2019une fosse septique, est subitement tombé malade.Étaient-ce ses propres déjections qui contaminaient l\u2019eau de son puits ou plutôt celles du cheptel bovin de la ferme voisine?Richard Villemur a analysé le génome des mitochondries de micro-organismes retrouvées dans l\u2019eau contaminée.Constat : le puits avait été sali par les déjections bovines.Le voisin a donc dû relocaliser son troupeau loin du puits.M.Villemur tente maintenant de standardiser ses marqueurs génétiques a?n d\u2019en faire un outil de plus lors des analyses de qualité de l\u2019eau.V oilà de beaux progrès, certes.Mais pour Martine Chatelain, présidente d\u2019Eau Secours, un organisme à but non lucratif qui milite pour une gestion responsable de l\u2019eau, le dé?pour les prochaines années va au-delà de l\u2019amélioration du traitement de l\u2019eau.«Avant de penser à nettoyer, il faudrait penser à moins salir», dit-elle.Car le Québec a la chance de compter encore plusieurs lacs, rivières et ruisseaux non pollués.Pour préserver cet or bleu, il faudra notamment revoir nos méthodes agricoles, mais surtout notre mode de vie axé sur la consommation.Un exemple?«Tous les produits chimiques nettoyants que nous utilisons se retrouvent immanquablement dans nos cours d\u2019eau», note l\u2019écologiste.Par ailleurs, des chercheurs de l\u2019École polytechnique de Montréal ont signalé l\u2019urgence de rénover les infrastructures existantes de canalisations et de stations d\u2019assainissement, car les changements climatiques amèneront davantage d\u2019épisodes de fortes pluies, principales responsables des débordements d\u2019eaux usées qui s\u2019écoulent alors directement dans le fleuve.Richard Villemur est d\u2019accord : «Nos égouts combinés, qui recueillent l\u2019eau des précipitations et les eaux usées dans les mêmes conduites, datent de un siècle.Pas étonnant qu\u2019il y ait des débordements!» Le MDDELCC estime les investissements nécessaires à la rénovation à plus de 6 milliards de dollars.Auxquels s\u2019ajouteront 3,2 milliards de dollars pour doter de stations d\u2019épuration la centaine de petites localités qui ne traitent toujours pas leurs eaux usées et pour mettre à niveau les 150 municipalités qui rejettent toujours trop de polluants dans l\u2019eau.lQS Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 25 Les immenses réservoirs de la station d\u2019épuration Jean R.Marcotte de Montréal A L L E N M C I N N I S / M O N T R E A L G A Z E T T E .Des toiletes au Saint-Laurent Une fois la chasse des toilettes actionnée, l\u2019eau voyage pendant environ six heures dans les canalisations souterraines de la Ville de Montréal.À la station d\u2019épuration, elle passe d\u2019abord à travers des grilles qui emprisonnent papiers, bouts de branches, sacs de plastique et autres gros déchets.Elle poursuit son chemin à travers des tamis qui retiennent sable, gravier et graisses.Débarrassée de ces impuretés, l\u2019eau arrive dans un bassin de rétention où on ajoute des produits, comme le chlorure ferrique, l\u2019alun ou autre sel ferrique \u2013 qui facilitent l\u2019agglomération des particules en suspension \u2013, et le phosphore.C\u2019est ce qu\u2019on appelle le traitement physico-chimique.En s\u2019agglutinant, les particules forment des ?ocons qui coulent au fond du bassin où elles constituent les boues.On extrait ces boues, qui seront asséchées puis incinérées ou enfouies.Certaines stations d\u2019épuration utilisent le procédé à boue activée, une technique biologique qui fait appel aux bactéries.Ces dernières « mangent » divers polluants comme le phosphore, l\u2019azote et le carbone.En?n, quelques stations ajoutent une étape de désinfection qui élimine les coliformes et autres molécules n\u2019ayant pas succombé aux traitements précédents.Actuellement, au Québec, 60 % des eaux usées traitées sont rejetées sans désinfection. 26 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 I magine! Toutes ces journées à glisser ainsi sur l\u2019eau, tranquille, les poissons et les oiseaux alentour.» Michel n\u2019est pas bavard, mais il vient d\u2019exprimer son bonheur d\u2019habiter près du lac Saint- Pierre, dans la plaine du Saint-Laurent.Ce lac est un élargissement du ?euve, baignant les 103 îles d\u2019un archipel de près de 400km2.Nommé par Samuel de Champlain en 1603, mais fréquenté par les Abénakis depuis bien plus longtemps, il est entouré de 22 localités, dont une quinzaine de petits villages agricoles.La majorité des îles sont aujourd\u2019hui protégées sous divers statuts, dont celui de site Ramsar et celui de réserve de biosphère de l\u2019UNESCO; quelques îles servent encore à l\u2019agriculture.Le milieu riverain est formé de grands herbiers aquatiques et de marais, souvent sillonnés par des dédales de petits cours d\u2019eau et de canaux.Un paradis pour la sauvagine.Michel parcourt cet univers d\u2019avril à novembre dans sa barque motorisée à fond plat, et parfois en canot lorsqu\u2019il part «tranquille» observer les oiseaux.Ce natif de Montréal se dé?nit surtout comme un pêcheur et chasseur passionné.«Un \u201ctriple A\u201d pour amateur assidu et acharné», précise-t-il.De son propre aveu, il ne vivrait pas ailleurs que dans cette immense zone humide qui en?e et désen?e avec les caprices du temps, au ?l des saisons.«J\u2019aimerais que tu ne mentionnes pas mon nom dans ton article, dit-il.Déjà que tu attires l\u2019attention sur les marais.Plein de gens risquent de débarquer ici!» Non, ras- sure-toi, je ne pense pas que les gens soient fanatiques de marais.Malheureusement, les préjugés ont la vie dure.Nombreux sont ceux et celles qui voient les zones humides comme des endroits insalubres et vaguement dangereux, pleins de créatures grouillantes et malfaisantes.«Ah! on voit bien qu\u2019ils ne sont jamais venus pêcher le brochet ou le doré ici ni même observer les migrations des outardes!» fait-il, en relançant d\u2019un clic son moteur.L\u2019histoire est connue: au siècle dernier, l\u2019agriculture a fortement rogné ces terres d\u2019eau, tandis que les projets industriels et la construction de maisons, ainsi que de routes, a aussi «assaini» (assailli?) le territoire, et que la pollution s\u2019est installée.Il y a toutefois une note optimiste dans ce tableau.Grâce aux efforts de dépollution et aux mesures de protection, la qualité de l\u2019eau s\u2019est améliorée au cours des 20 dernières années.Mais les pressions au- Dans les bayous de Sorel Mal-aimées, ignorées, les zones humides rendent pourtant de grands services.Ici et ailleurs, les préserver ou les restaurer est une priorité.Par Jean-Pierre Rogel AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE « Le lac Saint-Pierre héberge la plus grande héronnière du monde.M A R C R O S S Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 27 tour du lac augmentent et un moratoire sur la pêche à la perchaude a dû être instauré depuis 2012.Seule une gestion intégrée de l\u2019ensemble du territoire assurera ici un développement durable, et ce n\u2019est pas gagné.Ce cas illustre assez bien ce qui se passe ailleurs sur la planète.On estime que 64% des zones humides ont disparu depuis 1900, une réalité qui force à réagir.Pour Christopher Briggs, secrétaire général de la Convention de Ramsar sur les zones humides, le constat est clair: «Il y a un lien entre le déclin des zones humides et celui des ressources en eau disponibles, avec les effets qui en résultent sur l\u2019économie et la stabilité du monde, déclarait-il en juin dernier, à l\u2019ouverture de la conférence des pays signataires de la Convention, à Punta del Este en Uruguay.Les services écosystémiques fournis par les zones humides sont indispensables à la vie.Il est donc vital d\u2019utiliser ces zones de manière rationnelle pour soutenir la vie et atteindre nos objectifs de développement.En conséquence, restaurer et préserver les zones humides sont des priorités.» À l\u2019échelle du monde, on estime que 700 millions d\u2019habitants des côtes ou d\u2019insulaires dépendent directement des estuaires ou des estrans pour trouver de la nourriture, qu\u2019elle soit pêchée, chassée ou cultivée.Sous les tropiques, les mangroves \u2013 une forme particulière de marais maritime \u2013 servent aussi bien de pouponnières à poissons et à crustacés que de protections pour les habitants contre les inondations et les tempêtes.À l\u2019intérieur des terres, les services que les zones humides rendent à l\u2019agriculture sont aussi très importants.Des milliards d\u2019humains dépendent des zones humides pour irriguer leurs champs et élever leur bétail.La denrée la plus essentielle de l\u2019humanité, le riz, n\u2019est produite que sur des sols inondés.En?n, les zones humides ?ltrent et dépolluent naturellement les eaux usées; ce sont ainsi des compléments, voire des solutions de rechange, aux investissements publics dans les systèmes d\u2019assainissement.Au lac Saint-Pierre, Michel ne se sent pas concerné par l\u2019avenir des mangroves, mais il est prêt à faire entendre sa voix pour que l\u2019accaparement des marais cesse et que les canards menacés reviennent en force.Il n\u2019est pas seul; nombre de membres bénévoles d\u2019associations locales aiment passionnément ce coin de pays.Et c\u2019est déjà beaucoup.La bataille des zones humides sera locale, sur des enjeux planétaires.lQS Pour en savoir plus: Musée de la réserve de la biosphère du lac Saint- Pierre : www.biophare.com/index.html Site de la Convention de Ramsar (du nom de la ville iranienne où fut signée la convention en 1971) : www.ramsar.org/fr Votre travail est-il différent de celui d\u2019un caméraman habituel ?Nous utilisons le même genre de caméra.Sauf que la mienne est protégée par un habitacle sous-marin.Je dois également tenir compte du fait que l\u2019eau est un ?ltre.Quand je ?lme les animaux, il me faut donc m\u2019en approcher le plus possible si je veux assurer aux images une belle dé?nition et obtenir les vraies couleurs.Que voulez-vous dire ?La lumière s\u2019atténue en profondeur; les couleurs aussi.On perd d\u2019abord le rouge, puis l\u2019orange, le jaune, et ainsi de suite.À 35 m de profondeur, tout a l\u2019air vert-brun.Il faut donc ajouter une source de lumière pour redonner ses couleurs au décor.On découvre alors que ce qui semblait brun est en réalité orange ! Quels paysages voit-on dans le fond du Saint-Laurent ?Il y a des vallées, des buttes, des espaces plats; des fonds de roche, de vase, de galets.Le problème, c\u2019est que les gens ont peur de découvrir ces paysages.Même les plongeurs ! Il y en a deux types au Québec : ceux qui ont appris à plonger dans le ?euve et ceux qui ont suivi des cours dans le Sud.Ces derniers sont découragés à l\u2019idée de plonger dans une eau à 4 °C.Pourtant, ça vaut le coup.Il y a des centaines d\u2019espèces : plie, oursin, dollar des sables, maquereau, hareng, chaboisseau, corail mou, etc.Quel est l\u2019animal le plus dif?cile à ?lmer dans le Saint-Laurent ?Quand je vois une baleine, ici, ça ne dure que cinq secondes.Les baleines ne s\u2019arrêtent jamais, sauf pour s\u2019alimenter.Les capter est plus facile en Antarctique; elles viennent vers moi et je peux passer une demi-heure à les regarder.Là-bas, elles sont curieuses, parce qu\u2019il est rare qu\u2019elles aient de la visite.Dans le Saint-Laurent, il y a beaucoup de circulation.Et l\u2019animal le plus fascinant ?Le béluga.Il est très paci?que et il travaille en équipe.J\u2019ai vu de vieux bélugas pousser des bancs de poissons vers les plus jeunes pour leur faciliter la capture.Et ils portent bien leur surnom de canaris des mers; quand on les croise, ça crie de partout ! Propos recueillis par Mélissa Guillemette Plongée et contre-plongée Bouteille sur le dos et palmes aux pieds, le photographe et caméraman sous- marin Mario Cyr passe des heures à chercher et ?lmer ses vedettes aquatiques pour de grandes productions.Ce natif des Îles-de-la- Madeleine passe de six à neuf mois par année à plonger un peu partout dans le monde, surtout en eaux froides.Il cumule également des milliers de visites dans l\u2019estuaire et le golfe du Saint- Laurent.ENTREVUE 28 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 EXPLORATION ET EXPLOITATION DES HYDROCARBURES NE VONT PAS DE SOI DANS UN ÉCOSYSTÈME COMME CELUI DU SAINT-LAURENT.Par Joël Leblanc L ors des fêtes de famille, Philippe Archambault aime bien jouer les sondeurs : «Je demande à mes oncles et mes tantes ce qu\u2019ils pensent de l\u2019exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, raconte le professeur, responsable du laboratoire en écologie benthique de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Bien sûr, tout le monde est contre.Ensuite, je demande ce qu\u2019ils penseraient si 100% des redevances pétrolières étaient versées dans notre système de santé.Et là, leur discours change: \u2018\u2018Ben, si c\u2019est pas pour enrichir seulement les compagnies\u2026\u2019\u2019 Les risques deviennent tout à coup plus acceptables.» Ce n\u2019est pas d\u2019hier que le pétrole du golfe alimente les conversations dans les chaumières.Les géologues s\u2019entendent pour dire que le secteur est prometteur depuis au moins les années 1960.La défunte Société québécoise d\u2019initiative pétrolière (SOQUIP), créée en 1969, reconnaissait dans les formations géologiques du golfe toutes les caractéristiques requises pour trouver de bons gisements.Il y a plus de 400 millions d\u2019années, la région se trouvait à l\u2019équateur et les eaux chaudes hébergeaient une vie ?orissante.De vastes dépôts de matière organique, notamment des algues, se sont accumulés au fond de l\u2019eau, puis ont été recouverts de sédiments.Progressivement, couche par couche, ces sédiments se sont épaissis et ont enfoui la matière organique de plus en plus profondément.La grande pression et la chaleur de la croûte terrestre ont transformé cette matière en pétrole et en gaz.Plus légers que la roche, ces hydrocarbures sont remontés en surface et se sont dissipés dans l\u2019environnement, mais pas partout.Çà et là, des couches géologiques imperméables ont pu empêcher leur remontée; des réservoirs souterrains se sont créés à ces endroits.Un tel réservoir pourrait bien se trouver en plein chenal laurentien, sous 450m d\u2019eau, et quelques dizaines de mètres de roc: la formation géologique Old Harry, dans les environs des Îles-de-la-Madeleine.Sa forme rappelle une grosse arachide, longue d\u2019une trentaine de kilomètres et large de 12km.Les relevés sismiques menés par la pétrolière de Halifax Corridor Resources indiquent qu\u2019il pourrait bien s\u2019agir d\u2019un gisement de 140 millions de mètres cubes, l\u2019équivalent de la consommation de gaz naturel du Québec pendant 20 ans.«Mais il n\u2019y a encore aucune preuve, rappelle Philippe Archambault.Aucun forage exploratoire n\u2019a encore été fait pour voir si le gisement existe bel et bien.» Mais les défenseurs du Saint-Laurent s\u2019inquiètent déjà du fait que des relevés sismiques, qui ont permis de repérer ce qui semble être un gisement, ont été réalisés.Concrètement, il s\u2019agissait d\u2019émettre des sons forts, à très basse fréquence, et de relever comment ils se répercutent dans les couches géologiques.Les échos captés permettent de recréer en trois dimensions les formations géologiques frappées par les ondes.Pendant plusieurs jours, un vacarme sous-marin a empli quelques milliers de kilomètres carrés du golfe.«S\u2019il n\u2019y a pas de preuve formelle de conséquences graves sur l\u2019audition des mammifères marins et des poissons, il reste que leurs comportements sont perturbés lorsqu\u2019il y a du dérangement, explique Émilien Pelletier, professeur associé à l\u2019Institut des sciences de la mer de l\u2019UQAR.Dans ces cas, les animaux fuient le secteur.» En période de reproduction, par exemple, les impacts peuvent être notables.L e site Old Harry est au centre du golfe, à 81km des Îles-de-la-Made- leine, 75km de Terre-Neuve, 94km de la Nouvelle-Écosse.Cette proximité des côtes habitées préoccupe bien des riverains.Le cauchemar écologique La formation géologique Old Harry, dans le golfe Saint-Laurent, telle que repérée par sonar.AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE Pétrole : prudence\u2026 Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 29 causé par l\u2019explosion de la plateforme Deepwater Horizon en 2010 dans le golfe du Mexique hante les esprits de tous.Et si un tel accident arrivait dans le golfe du Saint-Laurent?«Notre golfe est une mer intérieure plus petite que le golfe du Mexique, explique Philippe Archambault, mais sa biodiversité est beaucoup plus grande.Et surtout, nous le connaissons encore trop peu.Avant de démarrer un programme d\u2019exploitation, il faudrait s\u2019assurer d\u2019avoir établi un suivi assez long de toutes les facettes biologiques des êtres qui l\u2019habitent.Prenez l\u2019exemple du crabe des neiges, une espèce dont les effectifs alternent naturellement entre abondance et rareté selon un cycle de sept ans.Les suivis méticuleux de Pêches et Océans Canada ont permis de découvrir ce cycle.Si une marée noire survenait et qu\u2019on remarquait une baisse des effectifs de crabe l\u2019année suivante, on serait en mesure de savoir si c\u2019est la catastrophe qui est en cause ou si le cycle naturel est à l\u2019œuvre.Malheureusement, nous n\u2019avons pas de telles informations pour toutes les espèces.C\u2019est d\u2019ailleurs un problème, en Louisiane.Après la marée noire de Deepwater Horizon, la crevette s\u2019est raré- ?ée.Est-ce à cause du pétrole ou la crevette est-elle simplement dans un creux naturel?On l\u2019ignore, car il n\u2019existe pas de suivi à long terme pour cette espèce.» Et les risques qu\u2019un accident semblable se produise ?« Il faudrait d\u2019abord se demander quelles sont les possibilités qu\u2019il y ait exploitation pétrolière un jour, nuance Émilien Pelletier.Avant même de parler d\u2019exploitation, il faut faire de l\u2019exploration; il faut trouver les réservoirs.Et contrairement au forage sur terre, une plateforme de forage en mer, ça coûte cher et c\u2019est compliqué à gérer.Seuls les gros joueurs de l\u2019industrie peuvent se l\u2019offrir.Or, au prix où en est le pétrole à ce jour, ça ne vaut pas la peine pour eux d\u2019investir dans un projet aussi hypothétique.» Le pétrole, en effet, c\u2019est comme les métaux : ses prix varient au gré de l\u2019économie, s\u2019ajustant quelque part entre l\u2019offre et la demande mondiales, faisant ponctuellement écho aux guerres et aux évé- nements politiques et sociaux.Le 2 juillet 2008, le baril de pétrole a atteint un sommet historique de plus de 180$, résultat d\u2019une montée qui durait depuis plus de quatre ans.Puis il a replongé pour rester sous la barre des 85 $ depuis décembre 2014.Au moment d\u2019écrire ces lignes (début juin « Notre golfe est une mer intérieure plus petite que le golfe du Mexique, mais sa biodiversité est beau coup plus grande.Et surtout, nous le connaissons encore trop peu.» Pétrole : prudence\u2026 D E B B I E H A N F O R D / I S T O C K 30 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE 2016), il était à 62$.Rien pour attirer dans le golfe les grandes pétrolières et leur équipement de forage, alors que des nappes beaucoup plus accessibles se font pomper sur le continent, souvent par fracturation hydraulique.Et l\u2019île d\u2019Anticosti?Les réserves demeurent encore hypothétiques.«Anticosti est en quelque sorte un cas hybride, soutient Émilien Pelletier.L\u2019exploitation, si elle a lieu, se fera sur la terre ferme, ce qui la facilitera; mais comme ça se passera sur une île, ça impliquera quand même l\u2019écosystème du Saint-Laurent.Il faudra bien le sortir de l\u2019île, ce pétrole!» Selon le professeur, installer un pipeline sous-marin entre l\u2019île et la Côte-Nord ne sera pas envisageable, puisque le Saint- Laurent est trop profond à cet endroit.Le transport devra se faire par pétrolier.De plus, il faudra construire un port abrité du côté nord, car le ?anc sud de l\u2019île est trop exposé aux éléments.Les deux chercheurs s\u2019entendent pour dire que les risques réellement courus par l\u2019exploitation et le transport du pétrole sont minimes et que, aller de l\u2019avant une fois ces risques connus, relèvera d\u2019un choix de société.Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019un accident pourrait causer des bouleversements importants dans l\u2019écosystème du golfe et de l\u2019estuaire.Une fuite comme celle qui s\u2019est produite dans le golfe du Mexique en 2010 serait dramatique pour un écosystème petit et fragile comme celui de notre golfe.Corridor Resources, la compagnie qui possède les permis d\u2019exploration pour Old Harry, se fait rassurante.Si jamais un déversement survenait, assure-t-elle, la nappe de pétrole se dégraderait avant d\u2019atteindre les côtes.Les promoteurs se fondent sur un rapport d\u2019ingénierie produit par la ?rme SL Ross Environmental Research, basée à Ottawa et spécialisée en déversements pétroliers.Selon ce rapport, les hydrocarbures se concentreraient dans un éventail de 40km sur 20km sans atteindre les rives pourtant proches.Mais il pourrait être bourré d\u2019erreurs, si l\u2019on en croit trois chercheurs de l\u2019UQAR.Frédéric Cyr, Daniel Bourgault et Dany Dumont ont fait des simulations par ordinateur en tenant compte des connaissances les plus à jour sur les courants de surface, les marées et les saisons dans le golfe.Ils ont constaté qu\u2019une fuite atteindrait assurément la côte ouest de Terre-Neuve en une seule journée.Après 10 jours, l\u2019île du Cap-Breton serait touchée aussi et, après 100 jours, les Îles-de-la-Madeleine, l\u2019île d\u2019Anticosti et la Basse-Côte-Nord.«Et on ne parle même pas des conditions hivernales, relance Émilien Pelletier.Le pétrole et la glace ont tendance à s\u2019amalgamer et il devient impossible de les séparer pour récupérer le pétrole.Tout ce que nous pourrions faire, c\u2019est suivre la nappe sans pouvoir agir.Le froid, le vent et les glaces compliqueraient d\u2019ailleurs grandement les tentatives de sauvetage et de réparation, sans compter la récupération du pétrole.Il est déjà contraignant de faire ces opérations par temps chaud et clément; en hiver, multipliez les problèmes par 10.Un enfer !» Qui dit extraction de pétrole en mer dit aussi transport par pétrolier.«Le cas de l\u2019Exxon Valdez en Alaska en 1989 nous en a appris beaucoup sur les dif?cultés de nettoyer une marée noire en milieu froid, ajoute Philippe Archambault.Là-bas, c\u2019est plus froid qu\u2019ici, mais nous avons une couverture de glace plus importante et de plus longue durée \u2013 six mois par année! On peut imaginer les complications.» Mais de tous les moyens de transport, le pétrolier demeure le plus sécuritaire et \u2013 paradoxalement \u2013 le plus vert.« Il vaut mieux transporter du pétrole sur la mer que par la route ou les rails, dit Philippe Archambault.Il faudrait 20000 camions-citernes pour transporter la cargaison d\u2019un seul pétrolier.» E t même si l\u2019on n\u2019exploite ni Anti- costi ni Old Harry, le transport de pétrole par bateau risque quand même de devenir plus important sur le ?euve dans les prochaines années.«La raf?nerie Jean-Gaulin de Lévis a été rachetée par Valero Energy il y a quelques années, rappelle Émilien Pelletier.Son terminal, en face de Québec, a reçu pendant longtemps les navires de la mer du Nord.Mais la société états-unienne Valero privilégie une certaine autonomie de l\u2019Amérique du Nord.Si cela était, le port recevrait de plus en plus son pétrole de navires ayant un tonnage réduit, qui descendraient le ?euve en provenance de Montréal et des Grands Lacs.Cela fera augmenter les transports maritimes La marée noire de Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique en 2010 : un désastre écologique sans précédent.Philippe Archambault, professeur, responsable du laboratoire en écologie benthique de l\u2019Université du Québec à Rimouski : « En cas de déversement, on tente de sauver les oiseaux, mais on oublie souvent le reste de l\u2019écosystème, principalement la ?ore bactérienne.» G E R A L D H E R B E R T / L A P R E S S E C A N A D I E N N E de pétrole.» Et les risques d\u2019accidents, par le fait même.« Les régions qui bordent le Saint- Laurent devraient s\u2019équiper correctement et mettre en place des plans d\u2019urgence pour répondre rapidement en cas de déversement dans le fleuve, affirme Philippe Archambault.En effet, une réponse rapide peut tout changer dans l\u2019évolution d\u2019un écosystème.Cela dit, un port qui n\u2019accueille que 3 pétroliers par an ne serait pas aussi à risque que celui qui en reçoit 100.» Le scénario du pire?Un pétrolier fait la navette entre Montréal et Lévis en hiver et, en pleine tempête nocturne, sort de la voie maritime et s\u2019éventre sur un haut-fond.Le pétrole se répand, au rythme de milliers de litres à l\u2019heure, et se mélange à l\u2019eau et à la glace.Que pourra-t-on faire?Pas grand-chose.Une fois la tempête passée, on pourra tenter de répandre des dispersants dans l\u2019eau pour fractionner le pétrole en gouttelettes plus faciles à métaboliser par les bactéries.Reste à voir l\u2019ef?cacité de ces microbes à 0°C.Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019on pourra essayer de nettoyer les berges et les fonds, ou de libérer quelques oiseaux aquatiques de leur enduit de pétrole.«Dans ces situations, complète Philippe Archambault, on tente de sauver les oiseaux, mais on oublie souvent le reste de l\u2019écosystème, principalement sa ?ore bactérienne.Les rives engluées sont souvent nettoyées au moyen de boyaux, comme ceux des pompiers, qui lancent de l\u2019eau sous pression a?n de déloger le pétrole et de le pulvériser.Mais ce traitement détruit toute vie au passage.C\u2019est à se demander si le remède n\u2019est pas aussi dangereux que le mal qu\u2019il tente de soigner.» Émilien Pelletier reste pragmatique : « On me reproche souvent de ne pas être assez environnementaliste dans ce dossier.En fait, je ne vois pas d\u2019avenir pour le pétrole au Québec.Nous avons la chance d\u2019avoir diversi?é nos énergies il y a longtemps et c\u2019étaient de très bons choix.Même l\u2019inversion de l\u2019oléoduc d\u2019Énergie Est ne me stresse pas trop.Les probabilités d\u2019accidents sont in?mes, comparées au train et à la route.Pourvu qu\u2019on soit préparés à réagir vite et bien, en cas de malheur.» lQS Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 31 Le gouvernement du Québec s\u2019était engagé à protéger 10 % du territoire marin pour 2015.Finalement, la stratégie vise 2020.Cet objectif est-il donc si dif?cile à atteindre ?Il ne s\u2019agit pas simplement de prendre un crayon et d\u2019encercler sur une carte le territoire à protéger.C\u2019est un processus lourd qui implique aussi le gouvernement fédéral.Mais dans la lettre de mandat que j\u2019ai reçue de mon premier ministre, c\u2019est très clair : je dois livrer ça.Probablement que, à la reprise des travaux parlementaires en septembre, on pourra préciser quand, où et dans quelles conditions cela va se produire.Vos 16 nouvelles « zones industrialo-portuaires », c\u2019est-à-dire des sites autour des ports où des entreprises s\u2019installeront, vont récolter une bonne partie du budget.Pourquoi ne pas avoir concentré vos énergies autour de deux ou trois grands ports ?Chacune des régions est différente.Rimouski, par exemple, a une vocation scienti?que.On ne mettra pas de l\u2019industrie lourde dans son centre-ville.Du côté de Gaspé, il pourrait y avoir une spécialité forestière.On cherche par-dessus tout les investissements étrangers.Je veux donc un portfolio de 16 zones, parmi lesquelles les investisseurs peuvent choisir.Dans quel état sont nos ports ?Le gouvernement fédéral n\u2019a pas beaucoup investi au cours des deux dernières décennies pour l\u2019entretien des infrastructures qui, majoritairement, lui appartiennent.Il nous propose d\u2019ailleurs un programme de dessaisissement de 25 structures \u2013 avec lequel je suis plutôt d\u2019accord.Mais pas question que le monde municipal ou le gouvernement du Québec procède à l\u2019acquisition de quais sans contrepartie ?nancière du fédéral.Avez-vous prévu un budget pour la recherche scienti?que ?Deux millions de dollars vont à la création du Réseau Québec maritime qui réunira l\u2019ensemble des travaux de recherche.Si ce réseau identi?e une dimension où il faudrait investir 15 millions de dollars pour la recherche, j\u2019ai la marge de manœuvre nécessaire.On a aussi ouvert le chemin à la création d\u2019un institut franco-québécois pour la recherche dans le domaine maritime.Le passage du Nord-Ouest, en Arctique, pourrait-il un jour faire compétition au transport sur le Saint-Laurent ?Ce serait une révolution maritime qui toucherait non seulement le Québec, mais nos différents marchés aussi.Ce n\u2019est pas éliminé de mon radar.Propos recueillis par Mélissa Guillemette Les deux pieds dans l\u2019eau Le ministre délégué aux Affaires maritimes du Québec, Jean D\u2019Amour, a grandi les pieds dans l\u2019eau, à Rivière- du-Loup.Il af?rme d\u2019ailleurs que le Saint-Laurent est son repère.Il est maintenant chargé d\u2019en faire un levier économique, suivant la Stratégie maritime du Québec, dotée d\u2019un budget de 1,5 milliard de dollars pour les cinq prochaines années.ENTREVUE J O U R N A L I N F O D I M A N C H E 32 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 E n plein milieu de l\u2019estuaire du Saint-Laurent, entre Mont-Saint- Pierre en Haute-Gaspésie et Sept- Îles sur la Côte-Nord, l\u2019équipage du Steven Paul en est à sa huitième levée de chalut en deux jours.Les poches de crevettes rouge orangé s\u2019accumulent dans la glace concassée de la cale.Au large de Gaspé, c\u2019est le crabier Jean Jordannie qui lève ses casiers depuis l\u2019aube et, près des Îles-de-la-Madeleine, les marins du chalutier Jean-Mathieu pêchent le sébaste à la demande de Pêches et Océans Canada pour évaluer l\u2019état des stocks.Chaque bateau est accompagné de son cortège de goélands et de fous de Bassan; une journée d\u2019été comme les autres sur les eaux du ?euve et du golfe.Chalutiers, crevettiers, crabiers, homar- diers, etc.La ?otte commerciale québécoise compte un peu plus de 1000 navires.En 2014, au Québec, 57000 tonnes de poissons, crustacés et mollusques ont été prélevées de la mer et débarquées à quai; elles ont rapporté 203 millions de dollars à 2900 pêcheurs et aides-pêcheur.Dans les usines de transformation, cette ressource a fourni du boulot à plus de 4000 employés et a été vendue plus de 420 millions de dollars.Il fut un temps où la majeure partie des recettes provenait de la morue et d\u2019autres poissons de fond.Mais avec l\u2019effondrement des stocks et le moratoire qui persiste depuis 1992, la pêche est devenue à 85% une affaire de crustacés (crabes, homards et crevettes).Jadis boudé pour son apparence de grosse araignée, le crabe des neiges a longtemps servi d\u2019engrais.Il est maintenant l\u2019espèce qui rapporte le plus aux pêcheurs! En 2014, c\u2019est près de 16000 tonnes de crabes des neiges qui ont été extraites des eaux profondes de l\u2019estuaire et du golfe, pour une valeur à quai de 90 millions de dollars.Compte tenu de son importance, l\u2019espèce fait l\u2019objet d\u2019un suivi très serré par les biologistes de Pêches et Océans, et d\u2019un réajustement régulier des prises autorisées; on ne voudrait pas d\u2019un autre effondrement des stocks.Malgré un effort de pêche important, l\u2019évaluation annuelle de l\u2019état des stocks indique que les crabes des neiges semblent bien se porter dans le Saint-Laurent.Même si on la dit «de Matane», la L\u2019or de la mer AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE J É R Ô M E L A U R E N T NOTRE FLEUVE RECÈLE UNE VÉRITABLE RICHESSE ÉCONOMIQUE : LA PÊCHE ! ZOOM SUR CETTE INDUSTRIE QUÉBÉCOISE PROMETTEUSE.Par Joël Leblanc À bord du crevettier le Steven Paul, au large de Mont-Louis, en Gaspésie crevette nordique se pêche surtout au nord de l\u2019estuaire du Saint-Laurent, notamment en face de Sept-Îles.Son appellation populaire est surtout due à la localisation des usines qui la transforment.Lors de la saison 2014, plus de 18000 tonnes de crevettes québécoises, d\u2019une valeur de 33,5 millions de dollars, ont été débarquées dans ces usines.Une récolte plus importante que celle du crabe, mais qui ne rapporte pas autant.On croit à tort que ces crevettes sont toutes de petit format.C\u2019est qu\u2019on voit rarement les grosses: elles sont exportées à l\u2019étranger parce que le marché québécois préfère les petites.Leurs carapaces, qui sont en général jetées, sont très riches en chitine de laquelle on peut obtenir une ?bre, le chitosane, un composé prometteur comme biomatériau en médecine.Le homard américain complète le trio québécois des crustacés pêchés commercialement.Il est le plus pro?table; sa valeur est presque le double de celle du crabe.Pêché près des côtes à partir de petites embarcations, il abonde dans le sud du golfe et dans la baie des Chaleurs, et fait la réputation culinaire des Îles-de-la-Madeleine.Le bar rayé n\u2019est plus une espèce commerciale dans l\u2019estuaire du Saint- Laurent, mais il l\u2019a déjà été; poisson combatif, il manque à de nombreux pêcheurs.La dernière prise commerciale recensée remonte à 1969.On attribue sa disparition aux activités de dragage du chenal maritime et à la surpêche.Mais l\u2019espèce survit encore dans le sud du golfe et dans la baie de Fundy, et on la trouve dans de nombreux cours d\u2019eau sur la côte Atlantique jusqu\u2019en Floride.Comme le saumon, le bar rayé est anadrome, c\u2019est-à-dire qu\u2019il grandit en eau salée et revient en eau douce pour se reproduire.Comme l\u2019état du ?euve Saint-Laurent s\u2019est amélioré au cours des dernières décennies, on a amorcé un programme de réintroduction dans l\u2019estuaire en 2002 a?n de rétablir l\u2019espèce.Plusieurs dizaines de milliers de juvéniles \u2013 obtenus par des géniteurs de la population du sud du golfe \u2013 sont introduits dans le ?euve depuis cette année-là et les résultats sont encourageants.On a repéré au moins deux frayères dans des rivières tributaires du ?euve et les prises accidentelles sont de plus en plus fréquentes chez les pêcheurs sportifs qui ont le devoir de les remettre à l\u2019eau.Au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, on parle d\u2019une nouvelle population de bars Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 33 Le ?euve et le golfe du Saint-Laurent sont de gigantesques boîtes noires.Il n\u2019est pas facile de savoir tout ce qui s\u2019y passe du côté de la biodiversité.À Pêches et Océans Canada, les biologistes ont la tâche d\u2019estimer régulièrement les stocks de toutes les espèces commerciales.Leurs résultats servent aux décideurs a?n de déterminer les limites de l\u2019exploitation.« Nous fondons nos estimations sur un grand nombre de données, explique Hugo Bourdages, biologiste en évaluation des stocks à l\u2019Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli.Nous faisons nos propres échantillonnages, auxquels nous ajoutons les données des pêcheurs qui doivent tenir un journal de bord à chaque sortie, des échantillonnages relevés sur leurs bateaux et à quai, et le suivi par satellite de certains bateaux de pêche.Notre but étant d\u2019obtenir des estimations aussi proches que possible de la réalité.» Toutes les espèces ne se gèrent pas de la même façon.Il faut prendre en compte la biologie de l\u2019espèce, son cycle vital, sa période de reproduction, sa durée de vie, sa répartition, etc.La crevette nordique, par exemple, fait l\u2019objet d\u2019un suivi ininterrompu et très rigoureux depuis 1990.« Chaque année, en août, après la saison de pêche, le même relevé scienti- ?que est fait aux mêmes endroits, avec les mêmes engins de pêche, selon les mêmes procédures, explique Hugo Bourdages.On compte les mâles et les femelles; on les mesure; on véri?e leur état de santé.Cette approche statistique permet une estimation très précise de la population.Plus on a de données sur le long terme, plus les statistiques sont ?ables.» Ces relevés sont en fait multidisciplinaires.Chaque trait de chalut est un échantillon de tout ce qui vit dans le fond \u2013 crevettes, morues, sébastes, ?étans de l\u2019Atlantique, ?étans du Groenland, etc.On en pro?te aussi pour prendre des mesures de l\u2019eau à différentes profondeurs : température, acidité, taux d\u2019oxygène, matière organique en suspension.On note même, au passage, les observations d\u2019oiseaux et de mammifères marins.En 2015, à bord du NGCC Teleost, un gros chalutier de la Garde côtière canadienne, le relevé, qui a duré un peu plus de 1 mois, a totalisé 190 traits de chalut.« On voit que les deux espèces de ?étans se portent bien, que les capelans diminuent vite depuis deux ans, illustre le biologiste.Le cas du sébaste est intéressant.Quasiment disparus de nos chaluts depuis une vingtaine d\u2019années, des juvéniles sont soudainement réapparus en 2013 et la tendance se maintient.Ils reviennent dans leurs aires de répartition historiques, principalement entre An- ticosti et Terre-Neuve, de même que dans tout le chenal.» Une fois compilées, les données des biologistes et des pêcheurs permettent d\u2019évaluer les stocks.« Nous faisons ensuite nos recommandations selon différents scénarios de quotas, continue Hugo Bourdages.En gardant en tête qu\u2019il doit y avoir assez d\u2019individus dans un stock pour assurer la reproduction et le recrutement à long terme.» En février et mars de chaque année, les scien- ti?ques du Ministère rencontrent les gestionnaires, les pêcheurs et les Autochtones.Les données sont présentées, de même que les quotas envisagés.On écoute tout le monde avant d\u2019en venir à un consensus pour la saison à venir.« Tous ces gens sont informés, conscientisés et, surtout, ils sont en contact étroit et permanent avec la ressource.Ils la connaissent bien.Ils peuvent donc voir des choses qui nous échappent.» J.L.L\u2019évaluation des stocks et la ?xation des quotas rayés.Comme quoi il n\u2019y a pas que de mauvaises nouvelles dans l\u2019univers de la biodiversité ! Reste à voir si l\u2019humain ne sabotera pas lui-même ses efforts.La pêche commerciale est interdite, car l\u2019espèce est encore fragile mais, depuis que ces deux frayères ont été repérées, les pêcheurs sportifs af?uent dans les deux rivières concernées.P endant cinq siècles, tout le développement du nord- ouest de l\u2019Atlantique a reposé en grande partie sur la morue.Considérés comme inépuisables, les stocks se sont effondrés.Pour expliquer ce désastre, différentes causes ont été avancées : prédation par le phoque, dégradation de l\u2019habitat, des hivers trop rigoureux: mais la surpêche attribuée aux avancées technologiques d\u2019importance, comme l\u2019arrivée des chalutiers, est la première coupable.Ainsi, en 1968, on a pêché 1800000 tonnes de morue, autant dans le golfe que sur les grands bancs à l\u2019est de Terre-Neuve.Bien sûr, les pêcheurs canadiens ont mis la faute sur les Européens qui exploitaient la ressource sans restrictions et trop près des eaux canadiennes.Mais personne n\u2019était dupe: l\u2019exploitation sauvage de la morue par trop de monde pendant trop longtemps a mené à la catastrophe.La crise, et le moratoire qui a suivi pour en freiner la pêche, a poussé plus de 30000 personnes au chômage partout autour du golfe.Et 24 ans plus tard, les populations de morue ne sont toujours pas rétablies.Comme si le seuil d\u2019exploitation à ne pas dépasser avait été franchi.Malgré l\u2019absence quasi totale de pêche, la présence accrue de phoques, l\u2019océan qui devient de plus en plus acide et de moins en moins oxygéné, ainsi que le fond marin raclé par des décennies de chalutage sont parmi les grands obstacles qui empêcheront son retour.Le sébaste semble avoir plus de chance que la morue.Ce gros poisson rouge a lui aussi été frappé d\u2019un interdit de pêche.Entre 1984 et 1995, date de l\u2019implantation du moratoire, on estime que ses effectifs ont baissé de 97% dans le golfe, à cause de la surpêche.Les relevés scienti?ques de Pêches et Océans Canada démontrent toutefois une hausse importante du nombre de juvéniles au cours des années 2011, 2012 et 2013, une première en 25 ans.Les larves de sébaste ont besoin de conditions particulières et les études océanographiques des dernières années permettront peut-être de savoir ce qui joue 34 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Cueillies à la main près de la côte, bien souvent en apnée, les algues sont une ressource pour plusieurs petites entreprises du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.Alarie, varech, goémon deviennent wakamé, kombu, nori dans les assiettes des habitués de cuisine asiatique.Chez Merinov, un centre de recherche en aquaculture et en pêcheries basé à Gaspé, on cultive même les algues en serre ! Un nouveau secteur économique en développement ?« Nous travaillons de concert avec des fermes marines pour les aider à trouver les conditions optimales de culture et obtenir une récolte maximale », dit Éric Tamignaux, biologiste, pro- fesseur-chercheur et titulaire d\u2019une chaire de recherche industrielle du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) en valorisation des macroalgues marines.Un agronome de la mer, en quelque sorte.Habituellement réservées à l\u2019élevage des moules, les fermes marines disposent de tout l\u2019équipement requis pour faire croître des algues.L\u2019installation typique est d\u2019abord constituée de deux gros blocs de béton placés au fond de l\u2019eau à une centaine de mètres l\u2019un de l\u2019autre.À ces deux blocs sont attachés des câbles verticaux, chacun relié à des bouées.Entre ces câbles, une corde horizontale est tendue, à quelques mètres sous la surface.Les grandes algues s\u2019y accrochent pour croître.« Ça ressemble beaucoup à la culture des moules mais, dans ce cas, ce sont des boudins d\u2019algues qui s\u2019accrochent à la corde », précise Éric Tamignaux.Certaines espèces croissent en hiver et au printemps, alors que les moules grandissent plutôt durant l\u2019été.Cela permet aux fermiers marins de faire deux récoltes par an.Mieux, les deux cultures se complètent merveilleusement.« Alors que les élevages de poissons et de mollusques génèrent des déchets azotés Des algues plein l´assiete AU COEUR DE NOTRE ÉCONOMIE Autrefois utilisées pour engraisser les champs, les algues marines feront bientôt leur apparition directement dans nos assiettes.Des sushis québécois ?Par Joël Leblanc en leur faveur en ce moment.Sa pêche demeure interdite, mais déjà on s\u2019interroge sur l\u2019impact que pourrait avoir cette espèce prédatrice sur l\u2019écosystème laurentien.En plus des algues, qui commencent à se tailler une place sur le marché, d\u2019autres espèces font l\u2019objet d\u2019une exploitation méconnue ou émergente.C\u2019est le cas de deux échinodermes, des cousins de l\u2019étoile de mer.Les premiers oursins verts ont été pêchés commercialement en 1991 dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent.Ils sont recherchés essentiellement pour leurs gonades (ovaires et testicules) qui peuvent représenter jusqu\u2019à 25% de leur poids total.Si, lors de la première année de pêche, on a récolté 7 tonnes d\u2019oursins verts, en 2006 et 2007, des récoltes records de 684 et 762 tonnes ont été enregistrées, essentiellement pour répondre à la demande des gourmets d\u2019Asie.Résultat, les prix grimpent et les pêcheurs se battent pour obtenir de nouveaux permis.En?n, le concombre de mer, qui vit sur le fond, entre 10m et 60m de profondeur \u2013 pas très séduisant au premier coup d\u2019œil avec ses allures de ballon de football dégon?é \u2013, est l\u2019objet de pêche «exploratoire».Elle a commencé en 2008 sur la rive nord de la Gaspésie et en 2009 aux environs de Havre-Saint-Pierre.Les concombres de mer pêchés sont transformés au Québec et dans le Maine, et les produits sont exportés principalement vers les marchés asiatiques.Il n\u2019y a présentement aucun marché local.Les débarquements ont totalisé 1489 tonnes en 2013.lQS Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 35 Des algues plein l´assiete et phosphatés, explique Éric Tamignaux, les algues en culture assainissent l\u2019eau en prélevant l\u2019azote et le phosphore pour leur croissance.Placées près des zones côtières, les cultures d\u2019algues pourraient aider à freiner l\u2019eutrophisation due aux surplus de nutriments causés notamment par des activités agricoles.» La culture des algues se fait en deux étapes.Il y a d\u2019abord la production de bébés en bassins intérieurs.On peut alors contrôler l\u2019éclairage, la température ainsi que les nutriments, et générer nombre de petites algues.La deuxième étape consiste à transplanter ces bébés dans les bassins en pleine mer où l\u2019on ne contrôle plus grand-chose.Les petits plants se ?xent alors sur les cordes et l\u2019on espère qu\u2019ils vont « prendre racine ».« Le CRSNG ?nance le programme OPTIMAL, continue Karine Berger, nutritionniste chez Merinov.Il vise à mettre en place une industrie algale viable au Canada en aidant à optimiser le rendement à l\u2019hectare des fermes marines.Et bien sûr en valorisant tout ce qui peut être tiré des algues, comme source de nourriture ou de coproduits.De nombreuses molécules à haute valeur ajoutée peuvent en être extraites.Déjà, quelques tonnes ont été récoltées la première année et les stocks seront suf?sants en 2017 pour être vendus.Mais on s\u2019attaque à un marché alimentaire largement dominé par les Asiatiques.» Les algues ont de belles forces nutritionnelles.« Elles sont antioxydantes, riches en polyphénols et en ?bres, explique Karine Berger.Les minéraux et les vitamines sont nombreux aussi : magnésium, potassium, calcium, un peu de fer, acide folique, etc.Il n\u2019existe pas d\u2019aliment magique, mais les algues sont un incroyable complément nutritif à notre alimentation habituelle, composée de nourritures terrestres.» Précisons qu\u2019elles contiennent aussi moins de 1 % d\u2019acides gras, ce qui en fait d\u2019excellents aliments minceur.Elles contiennent plus d\u2019iode que n\u2019importe quel végétal terrestre.En plus, jusqu\u2019à 30 % du poids sec est constitué de protéines.Mieux que le steak ! Selon les spécialistes de Merinov, les retombées de ces travaux sont imminentes et les algues québécoises de culture devraient aboutir dans nos marchés dès l\u2019an prochain.Nous trouverons donc bientôt des algues du Saint-Laurent dans nos sandwichs et nos pots de crème de beauté.On en trouve même déjà dans un gin (le gin Saint-Laurent, distillé à Ri- mouski) et dans certains chocolats.Et les gens de Merinov promettent une bière aux algues, produite par une microbrasserie de la Gaspésie ! lQS Palmaria palmata, une algue fréquente dans le Saint-Laurent.Récolte d\u2019algues au large de la Gaspésie M E R I N O V - C C T T D E S P Ê C H E S , 2 0 1 6 36 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Une rech AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE La professeure Alexandra Rao et les étudiants Maude Sirois et Jérémy Charnier, de l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski, carottent un bloc de sédiment recueilli au fond du Saint-Laurent sur le pont du navire de recherche Coriolis II.LES ÉTUDES PORTANT SUR LE SAINT- LAURENT NOUS RÉVÈLENT LA VRAIE NATURE DU GÉANT BLEU.MAIS COMMENT SAUVEGARDER SON INTÉGRITÉ ÉCOLOGIQUE EN CES ANNÉES DE CHANGEMENTS CLIMATIQUES ?R O D O L P H B A L E J / M D D E L C C Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 37 Une recherche d 'équilibre JOUR 1 20 h Nous sommes à quai à Rimouski.Pourtant, ici, dans le salon du navire de recherche Coriolis II, ça ne sent pas la mer.Ça sent les pieds ! Toute l\u2019équipe scienti?que, en pieds de bas, a pris place sur les canapés.On s\u2019est rassemblé pour faire le point : rappeler l\u2019horaire des 11 prochains jours et établir les besoins de chacun en échantillons d\u2019eau et en carottes de sédiments.Deux géochimistes, une biogéochimiste, un microbiologiste, une chargée de laboratoire et sept étudiants composent cette brigade provenant de quatre universités québécoises et états-uniennes.Ce qui unit tous ces chercheurs, c\u2019est le désir de mieux comprendre la chimie de l\u2019estuaire du Saint-Laurent.Assis sur un pouf entre les deux hublots de la pièce, le chef de mission, Alfonso Mucci, directeur du département des sciences de la terre et des planètes de l\u2019Université McGill de Montréal, souligne le dé?que cela représente.«Ce qui est dif?cile avec le Saint-Laurent, c\u2019est qu\u2019il est hyper grand.C\u2019est facile d\u2019étudier de long en large la Gironde, en France.Nous, en 11 jours, on a juste le temps d\u2019échantillonner sur une ligne !» C\u2019est-à-dire entre Québec et le détroit de Cabot, un trajet de 2450km, si on fait le calcul en partant de Rimouski.Alfonso Mucci a tout de même déjà démontré, avec des collègues en 2011, que le fond de l\u2019estuaire s\u2019acidi?e encore plus rapidement que les océans.La faute en est aux émissions de dioxyde de carbone (CO2) causées par les activités humaines et que l\u2019eau absorbe.Ce gaz se convertit en acide carbonique, lequel, une fois dissous, abaisse le pH du Saint-Laurent.«Vous connaissez la profondeur de l\u2019estuaire ici?» demande George Luther aux intruses de Québec Science.Professeur à l\u2019université du Delaware et respecté fellow de la Geochemical Society, l\u2019homme a 38 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Le Coriolis II est un navire de recherche océanographique sur lequel les équipes scienti?ques se succèdent dès le printemps pour sonder l\u2019estuaire et le golfe du Saint-Laurent.Québec Science s\u2019est embarqué en mai dernier.Par Mélissa Guillemette photos: Louise Bilodeau AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE Science à bord Il ne faut pas négliger les mesures de sécurité avant de partir sur les eaux du Saint-Laurent.Exercice un: apprendre à en?ler les combinaisons de survie, au cas où! l\u2019air d\u2019un vieux loup de mer.Eh bien non, nous ne savons pas.«Elle peut atteindre jusqu\u2019à 350m, répond-il, et, dans le golfe, 500m.» C\u2019est beaucoup.Mais pour ce chercheur qui travaille parfois dans un submersible pouvant descendre jusqu\u2019à 4000m, c\u2019est de la petite bière.Là où nous nous trouvons \u2013 et c\u2019est vrai pour toute la portion entre Tadoussac et le golfe \u2013, la colonne d\u2019eau est divisée en trois couches, l\u2019été.La première, en surface, fait une trentaine de mètres d\u2019épaisseur et descend vers l\u2019océan; sa température varie de -1ºC à 16ºC selon la saison.La couche du milieu (de 30m à 150m environ) court en sens inverse, car elle se forme à partir des eaux froides de l\u2019hiver dans le golfe; sa température oscille d\u2019ailleurs autour de -1ºC.Puis, jusqu\u2019au fond, l\u2019eau de la dernière couche est à 5ºC ou 6ºC et tire sa source du Gulf Stream et du courant du Labrador.En hiver, les deux premières couches se mélangent.21 h Branle-bas de combat pour installer le matériel dans les laboratoires, mais surtout pour le sécuriser.Si le bateau tangue, rien ne doit bouger.Du ruban adhésif gris retient un énorme bécher au comptoir, de la ?ne ?celle orange zigzague entre le voltmètre et un agitateur, et des sangles élastiques immobilisent des bacs.Constance Guignard, chargée de laboratoire à l\u2019Université McGill, s\u2019assure que tout va bien du côté des équipements qui serviront à découper les carottes de sédiments sous atmosphère d\u2019azote.Maintenant, tous au lit! «Je voulais me laver les cheveux, regrette-t-elle, mais on va oublier ça.» Chacun le sait : ce périple de travail intense n\u2019aura rien d\u2019une sinécure.«La qualité de notre travail futur dépend de la qualité de notre travail ici», rappelle Alfonso Mucci.Vers une heure du matin, à marée haute, la levée de l\u2019ancre fera tout un boucan et les moteurs se mettront en marche vers la première station de travail.JOUR 2 8 h Ça y est, la rosette de prélèvement peut être lancée à l\u2019eau à la station 23, à deux heures de navigation en face de Rimouski, après quoi nous pourrons mettre le cap sur Québec, où commence la ligne dont parlait le chef de mission.Ce barillet supporte 12 bouteilles de prélèvement d\u2019une capacité de 12 litres chacune.Il descend dans l\u2019eau, retenu par un câble relié à un treuil.Une sonde permet d\u2019en suivre la progression.Quand la rosette atteint un point où il faut recueillir de l\u2019eau, le technicien en électronique Gilles Desmeules actionne, en un clic de souris, le système de fermeture des bouchons d\u2019une bouteille (ou deux, ou trois, selon les besoins), puis la descente se poursuit.Les courants peuvent jouer des tours.Le technicien raconte qu\u2019une rosette ?ambant neuve a déjà sombré dans les profondeurs de l\u2019estuaire.«Après la mise à l\u2019eau, la rosette prenait le large.Le bateau a donc tenté de s\u2019en rapprocher.Puis, un courant inverse l\u2019a entraînée dans les hélices qui ont coupé le câble.» Les chercheurs se retrouvent le bec à l\u2019eau quand un tel pépin survient.«Pour les professeurs, c\u2019est moins grave, car nous pouvons nous reprendre l\u2019année suivante, mais pour les étudiants, rallonger leur parcours de une année est un drame, raconte Alfonso Mucci, tout en analysant le pH d\u2019un premier échantillon d\u2019eau.De quoi leur miner le moral.» Heureusement pour son étudiante à la maîtrise, Ashley Dinauer, originaire du Wisconsin, la rosette multiplie au- jourd\u2019hui sans problème les saucettes.Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 39 Alfonso Mucci, chef de mission à bord du Coriolis II.Récolte savante: la rosette de prélèvement ressort de l\u2019eau, ses 12 bouteilles pleines. 40 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Le coin de travail de la jeune femme se situe à la jonction des deux laboratoires aménagés à l\u2019intérieur du Coriolis II.Le mal de mer l\u2019a un peu amortie.Mais quand elle se met à parler de son projet de recherche, elle se ravive.C\u2019est le documentaire de Davis Guggenheim présentant la conférence de Al Gore sur les changements climatiques, An Inconvenient Truth \u2013 en français Une vérité qui dérange \u2013, présenté il y a 10 ans, qui lui a révélé son projet de carrière.«Bon, je ne prétends pas régler les changements climatiques grâce à mon projet de maîtrise mais, au moins, je contribue à faire mieux comprendre un petit morceau de ce grand casse-tête.» Si Ashley Dinauer s\u2019intéresse à l\u2019estuaire du Saint-Laurent, c\u2019est pour véri?er s\u2019il s\u2019agit d\u2019un puits absorbant le dioxyde de carbone de l\u2019atmosphère ou d\u2019une source émettrice \u2013 à savoir si c\u2019est la respiration microbienne ou la photosynthèse qui domine.« On cherche à comprendre comment évolue le phénomène quand on passe de l\u2019eau douce à l\u2019eau salée», précise-t-elle.À partir des données recueillies par son professeur lors de missions précédentes, elle a déjà pu remarquer de grandes tendances.«Dans l\u2019estuaire ?uvial, ex- plique-t-elle, d\u2019importants ?ux de matière organique, qui arrivent des terres par ruissellement, stimulent la respiration microbienne qui relâche du CO2 dans l\u2019eau .Cette région tend donc à être une source de dioxyde de carbone.Puis, au fur et à mesure qu\u2019on va vers le golfe, les taux de photosynthèse surpassent ceux de la respiration microbienne; l\u2019estuaire devient un puits de carbone.» 10 h Au cœur du navire se trouve la salle à manger, où il est strictement interdit de parler de religion, de politique et d\u2019argent.Ici, on relaxe; il y a même un jeu de bataille navale dans un coin.À table, l\u2019équipage et les scienti?ques peuvent compter sur Tommy Chouinard pour restaurer leurs forces.Le chef a été cuisinier, serveur et sommelier.Il s\u2019est recyclé en matelot, puis en chef sur l\u2019eau.Dans ses casseroles retenues par des barrières de métal, il mitonne des potages de courge à la ?eur de lavande, des croustilles de maïs au chimichurri, du riz collant façon créole, des fondants au chocolat blanc et thé matcha.«Quand ça brasse, j\u2019évite de faire de la friture et des trucs qui peuvent déborder des chaudrons.On oublie aussi les œufs miroir au déjeuner, car si je casse un œuf sur la plaque, le jaune part d\u2019un bord et le blanc de l\u2019autre.C\u2019est de la cuisine rodéo ! » précise-t-il, avant de nous inciter à goûter à sa dernière collation, franchement «décadente».15 h Sur le pont, le soleil est éclatant et il fait chaud.Alexandra Rao porte pourtant une tuque bien épaisse.Il faut dire qu\u2019elle vient de sortir de l\u2019espace de travail de son équipe : un réfrigérateur assez grand pour accueillir deux chercheurs à la fois.Il est installé directement sur le pont, dans un conteneur converti en laboratoire.« C\u2019est dommage de travailler dans un frigo par si beau temps.Mais c\u2019est l\u2019histoire de ma vie!» blague la chercheuse, professeure à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) de l\u2019Université du Québec à Rimouski.Dans cet environnement réglé à 5ºC, trois étudiants reproduisent avec elle le fond de l\u2019estuaire maritime pour découvrir, entre autres, comment il répond à l\u2019hypoxie, c\u2019est-à-dire à une concentration très faible d\u2019oxygène dans l\u2019eau.Une zone totalisant environ 1300km2, un peu à l\u2019est de Tadoussac et principalement autour AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE 1 de Rimouski, mais qui s\u2019étend parfois jusqu\u2019à Sept-Îles, est hypoxique depuis le milieu des années 1980.«On ne sait pas encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019un phénomène naturel ou s\u2019il est causé par les activités humaines», explique la biogéochimiste.On sait toutefois que certains poissons et crustacés n\u2019arrivent pas à survivre dans ces zones, tandis que d\u2019autres en pro?tent au contraire.Plus tôt, un carottier a plongé jusqu\u2019au fond pour lui rapporter un beau cube de pouding argileux très froid, dans lequel vivent quelques étoiles de mer, des vers et des ophiures.À l\u2019aide de grands tubes de plastique, Alexandra Rao et trois étudiants de l\u2019ISMER ont fabriqué 10 carottes de 15cm de longueur avec ces sédiments.Ils ont ensuite ajouté, dans chaque tube, 15cm d\u2019eau récoltée au fond également.Des capteurs optiques mesurent en continu les taux d\u2019oxygène de ces incubations dans le réfrigérateur.Puisque la concentration d\u2019oxygène est faible dans le sédiment, des micro-organismes utilisent le deuxième oxydant le plus puissant pour générer de l\u2019énergie et décomposer la matière organique: le nitrate, un azote dissous, essentiel à la vie.C\u2019est ce que veut mesurer l\u2019équipe d\u2019Alexandra Rao: «On sait que ce processus survient dans les zones hypoxi- ques du Saint-Laurent, car des pro?ls de la colonne d\u2019eau démontrent une accumulation d\u2019azote gazeux, résultat du processus.Mais nous ne comprenons pas encore la variabilité du phénomène le long du chenal laurentien et l\u2019in?uence de l\u2019hypoxie sur le processus de déni- tri?cation.» Des données pertinentes, puisque des nitrates d\u2019origine agricole, industrielle et urbaine contaminent de plus en plus l\u2019estuaire.Pendant les 36 prochaines heures, des échantillons d\u2019eau recueillis dans ces incubations seront soit congelés, ?ltrés ou additionnés d\u2019agents de préservation.Après la mission, dans les labos de l\u2019université, on en mesurera l\u2019alcalinité et les ?ux d\u2019oxygène, de nutriments, de dioxyde de carbone et d\u2019azote gazeux.Aussi bien dire que l\u2019équipe ne dormira pas beaucoup la nuit prochaine\u2026 JOUR 3 13 h «Est-ce qu\u2019on est prêts à changer de station?» demande Catherine Hétu, par la porte du laboratoire.Un walkie-talkie accroché à son col de chemise, ses tresses blondes pendant sous son casque blanc, la première of?cière fait le lien entre la timonerie, les marins sur le pont et les scienti?ques, en plus de veiller à la sécurité de tous.Elle trouve son boulot sur le Coriolis II pas mal différent de celui qu\u2019elle avait sur un vraquier, où les seuls passagers étaient les membres de l\u2019équipage.«Avec des scienti?ques, c\u2019est autre chose.Ils sont moins conscients des dangers.Il faut leur rappeler de mettre un casque et de ne pas passer sur le pont pendant les opérations d\u2019échantillonnage.C\u2019est un peu comme gérer un CPE, des fois!» Elle est à l\u2019œuvre sur l\u2019eau depuis six ans et c\u2019est le «sentiment de liberté» ressenti chaque fois qu\u2019elle quitte un quai qui la fait vibrer.14 h Là-haut, dans la timonerie, la capitaine Danielle Duranceau ne se tient pas derrière la barre, comme le voudrait le cliché.Son rôle en est plutôt un de supervision.«Je suis comme la maman de tout le monde à bord, admet-elle.Le capitaine fait tout et ne fait rien à la fois; il délègue!» Ses tâches vont de la préparation des trajets à la gestion de la paye.La grosse boussole sur pied vert pastel Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 41 1 Mathilde Couturier et Maude Sirois, étudiantes à la maîtrise à l\u2019ISMER, ?ltrent le sédiment pour recueillir les organismes qui y vivent.2 et 3 Une ophiure et des étoiles de mer trouvées dans le sédiment.4 Véronique Oldham, étudiante au doctorat à l\u2019université du Delaware, et Bradley Tebo, professeur à l\u2019université de la santé et des sciences de l\u2019Oregon, ?ltrent des échantillons d\u2019eau.4 2 3 42 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 de cet ancien bateau de la Garde côtière canadienne tranche avec les outils sophistiqués utilisés pour orienter le navire.«On n\u2019a plus besoin de sortir une calculatrice pour déterminer le temps que ça va nous prendre pour arriver à la prochaine station, selon notre vitesse et la distance.On entre les coordonnées des stations d\u2019échantillonnage des scienti?ques dans le système de carte électronique et ça se fait tout seul.On peut aussi programmer des alertes automatiques, par exemple pour être averti si le bateau se retrouve dans moins de 10m d\u2019eau.» Nous mettons le cap vers la prochaine station, à la hauteur de l\u2019anse aux Vaches.La circulation sur le Saint-Laurent ne ressemble en rien à la circulation sur les routes terrestres.«La voie recommandée, sur les cartes marines, c\u2019est une ligne, dit la capitaine.Si je la suis, et qu\u2019un autre navire la suit dans l\u2019autre sens, il faut se \u201ctasser\u201d chacun à sa droite.» Des traversiers et des bateaux de pêche peuvent également arriver des côtés ou de l\u2019arrière.Mais le tra?c est plutôt faible sur le Saint-Laurent, explique Danielle Duranceau.«Il y aurait de la place pour beaucoup plus de navires.Reste qu\u2019on n\u2019aura jamais le tra?c de la Manche [entre le Royaume- Uni et la France] ou du détroit de Malacca [entre la Malaisie et l\u2019île de Sumatra].» Et les vagues?«Il peut y en avoir de 2m de haut, dans l\u2019estuaire, quand il fait vraiment mauvais.Un vraquier ne le sentira même pas mais, dans un plus petit navire comme celui-ci, il faut se tenir!» 18 h Près de L\u2019Isle-aux-Coudres, Alexandra Rao et les étudiants de l\u2019ISMER échantillonnent une dune sous-marine créée par les courants.Fait étonnant, les scienti?ques connaissent l\u2019existence des champs de dunes dans le Saint-Laurent depuis moins d\u2019une décennie.Elles peuvent pourtant faire des dizaines de kilomètres de long! 19 h Autant le travail peut être intense par moments, autant il y a des temps morts.« La chimie, c\u2019est toujours de la patience, philosophe Olivier Sulpis, originaire de Bourges, dans le centre de la France, et étudiant à l\u2019Université McGill.On passe tout notre temps à attendre les réactions chimiques !» Le projet de recherche de ce surdoué \u2013 cet automne, il passera directement au doctorat, sans diplôme de maîtrise \u2013 est assez étonnant.Il tente de reproduire en laboratoire du sédiment riche en carbonates, comme on en trouve autour de l\u2019île d\u2019Anticosti.Ce type de sédiment est un tampon pour le CO2.Le jeune homme souhaite étudier la vitesse à laquelle les carbonates se dissolvent quand du CO2 est ajouté à l\u2019eau.Pendant les moments d\u2019attente que décrit Olivier Sulpis, la croisière s\u2019amuse et les histoires fusent.Dont celle d\u2019Alfonso Mucci qui a rencontré de vrais pirates des Caraïbes au début de sa carrière.Il voguait avec une équipe scienti?que aux Bahamas quand des brigands se sont approchés pour grimper sur le pont.«La Garde côtière des États-Unis nous avait dit qu\u2019ils allaient nous tuer.Elle avait demandé si on était armés.Il se trouve que le capitaine était un collectionneur d\u2019armes à feu.Il en avait un paquet derrière un faux mur.Quand les pirates ont constaté que nous avions de quoi nous défendre, ils se sont enfuis!» Ça ressemble à une histoire de pêche\u2026 «Non, non, tout est vrai !» assure le professeur.JOUR 4 9 h Dans le laboratoire, Véronique Oldham joue de la pipette.Cette doctorante à l\u2019université du Delaware travaille sur le manganèse depuis plus de trois ans.«J\u2019ai voulu faire un doctorat avec George [Luther, son superviseur de thèse, notre vieux loup de mer] parce qu\u2019il étudiait les métaux dans un sous-marin.C\u2019était intrigant ! Mais ?nalement, je vais faire mon premier tour sous la mer seulement en avril prochain, après la ?n de ma thèse», dit-elle en riant.L\u2019étude des niveaux de manganèse peut sembler moins excitante que celle du réchauffement ou de l\u2019acidi?cation des eaux.«Pourtant, objecte Véronique Oldham, c\u2019est tellement important de savoir comment le manganèse est transporté dans le Saint-Laurent jusqu\u2019à l\u2019océan!» De la même façon que les humains ont besoin de fer pour transporter l\u2019oxygène dans leur sang, des organismes utilisent le manganèse pour assurer leur fonctionnement.Les plantes et les algues, elles, l\u2019utilisent pour la photosynthèse.Bref, sans manganèse, il n\u2019y aurait pas d\u2019oxygène dans l\u2019atmosphère ni de vie dans les océans.Véronique Oldham s\u2019intéresse particulièrement à une forme de manganèse dissous, le manganèse III, qu\u2019on ne croyait pas présent dans les milieux aquatiques jusqu\u2019à tout récemment.En 2014, ses collègues et elle ont d\u2019ailleurs démontré qu\u2019il est omniprésent dans l\u2019estuaire maritime et dans le fjord du Saguenay.« Le manganèse III est particulier.Il peut accepter et donner des électrons et peut donc participer à des centaines de Un nom scientiique Le navire Coriolis II doit son nom à une pseudo force en physique.C\u2019est l\u2019ingénieur français Gaspard-Gustave Coriolis qui l\u2019a décrite mathématiquement en 1835.Il s\u2019agit d\u2019une force inertielle; elle donne l\u2019impression de faire dévier un objet de sa trajectoire quand son environnement est en rotation.C\u2019est le cas des océans, par exemple.Les courants dérivent vers la droite dans l\u2019hémisphère nord et vers la gauche dans l\u2019hémisphère sud.Toutefois, si la Terre ne tournait pas sur elle-même, on verrait bien que, en réalité, ils sont rectilignes.Depuis la timonerie, la capitaine Danielle Duranceau s\u2019assure du bon déroulement du périple. Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 43 réactions chimiques», explique la doctorante.Il a ainsi une grande in?uence sur la disponibilité de différents nutriments pour les organismes aquatiques.15 h Le Coriolis II s\u2019approche de l\u2019embouchure du Saguenay.Ici débute le chenal Laurentien, une vallée sous-marine qui s\u2019étend jusqu\u2019au large de la Nouvelle-Écosse.La profondeur de l\u2019estuaire passe d\u2019une vingtaine de mètres à 350m; il y a carrément un mur.«Vous allez peut-être voir des baleines, allez sur le pont !» nous suggère-t-on.C\u2019est que, en heurtant le mur, le courant salé du fond, qui arrive de l\u2019océan Atlantique, fait remonter à la surface de grandes concentrations de krill.La région est donc un fabuleux garde-manger pour les poissons et les baleines.Pas de mammifères marins à l\u2019horizon pour l\u2019instant, mais nous percevons une franche distinction de couleur entre les eaux bleues de l\u2019estuaire et celles du Saguenay, qui tirent sur le violet, ce jour-là.16 h Le périple de Québec Science s\u2019arrête ici.Nous montons à bord d\u2019un zodiac pour rejoindre la rive.Les chercheurs, eux, échantillonneront l\u2019eau du Saguenay toute la journée du lendemain, avant de reprendre leur route vers le détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.La météo leur permettra-t-elle de se rendre au bout du trajet prévu?«En 20 ans, on a réussi à le faire juste une fois, avait raconté plus tôt Alfonso Mucci.On s\u2019est même rendus à 200km à l\u2019est de Cabot.Mais on l\u2019a payé cher au retour.Ça brassait tellement dans le navire qu\u2019on glissait dans nos lits.On s\u2019est réveillés le matin et on n\u2019avait plus de poil sur les jambes, à cause de la friction!» Une autre histoire de pêche?Depuis le quai de Baie- Sainte-Catherine, nous nous attardons à regarder progresser au loin le navire bleu et or\u2026 et le mal de terre nous serre le cœur, mille milliards de mille sabords! lQS La in de l\u2019histoire Les scienti?ques à bord du Coriolis II n\u2019ont hélas pas pu se rendre au détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, par manque de temps.Mais ils rapportent des données étonnantes.« Les eaux de fond sont encore plus chaudes qu\u2019avant; elles dépassent les 6 ºC dans le golfe, a dit le chef de mission Alfonso Mucci, à son retour.En comparaison, la température a augmenté de 0,3 ºC depuis deux ans, ce qui est énorme ! » 3-E?cologie_aout-sept 2016.indd 43 2016-06-28 5:03 PM 44 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Le parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent a maintenant 15 ans.Un autre projet, la réserve aquatique de Manicouagan est en développement.Mais est-ce suf?sant pour protéger le Saint-Laurent?Par Nathalie Kinnard Un retard à ratraper L e béluga du Saint-Laurent devra encore patienter avant de pouvoir nager dans le ?euve en toute quiétude.«Je serais très étonnée que le Québec réussisse à atteindre son objectif de protéger 10% de son territoire marin d\u2019ici 2020», soutient Sophie Gallais, chargée de projet Aires protégées pour Nature Québec, un organisme à but non lucratif qui œuvre à la protection de l\u2019environnement.Les projets d\u2019aires marines protégées se font rares pour le Québec; la dernière annonce en ce sens remonte à 2013.Elle concernait la création de la réserve aquatique projetée de Manicouagan, dans la région de la Côte-Nord.Dès lors, toute exploitation minière, pétrolière ou gazière a été proscrite de façon à ne pas polluer ce garde-manger fréquenté par plusieurs organismes marins, dont la petite baleine blanche, désignée espèce en voie de disparition depuis 2014 par le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada.Trois ans plus tard, où en sommes-nous?La nouvelle réserve aquatique de 712km2 qui borde la péninsule de Ma- nicouagan, à l\u2019ouest de Baie-Comeau, est ajoutée aux 1246km2 du parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent, le premier écosystème marin protégé au Québec.Il ne resterait maintenant que quatre ans pour créer l\u2019équivalent de sept autres parcs marins.«C\u2019est l\u2019objectif ?xé mais malheureusement, nous en sommes très loin », se désole le biologiste Sylvain Archambault, représentant de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) au sein de la Coalition Saint- Laurent qui milite pour un moratoire sur les activités pétrolières dans le golfe du Saint-Laurent.Cela dit, la création d\u2019une aire de protection ne se fait pas en criant «béluga».«C\u2019est un long processus qui implique deux paliers de gouvernement et exige de nombreuses consultations avec les régions, les municipalités, et les of?ces du tourisme concernés», précise Sophie Gallais.Il y a donc beaucoup de pain sur la planche.D\u2019autant plus que, trois ans après l\u2019annonce de sa création, la réserve aquatique projetée de Manicouagan n\u2019a toujours pas son statut of?ciel.Selon le ministère du Développement durable, de R O D O L P H B A L E J / M D D E L C C S A N D R A O V O N O Une des plages qui seront intégrées à la future réserve aquatique de Manicouagan.Ce sera le deuxième écosystème marin protégé du Québec. Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 45 l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), la Loi sur la conservation du patrimoine naturel qui encadre le statut de réserve aquatique prévoit un délai de quatre ans avant l\u2019obtention du statut permanent; une période qui laisse aux responsables le temps de peau?ner, avec les intervenants du milieu, les plans de conservation et de gestion.«Ce n\u2019est pas 3 ou 4 ans de plus qui vont nous décourager, alors que nous planchons sur le projet de cette zone marine depuis 15 ans», dit Denis Cardinal avec philosophie.Le directeur général du Parc Nature de Pointe-aux-Outardes se réjouit que la valeur écologique de la péninsule de Manicouagan ait été reconnue et qu\u2019elle soit maintenant légalement protégée.Le jeu en vaut la chandelle, croit-il.E n effet, le secteur maritime de la péninsule de Manicouagan est composé d\u2019une mosaïque d\u2019habitats uniques.Denis Cardinal cite en exemple le plus important banc de mollusques et de crustacés du Québec, dominé par la mye commune.Ce mollusque, qui peut « traiter» jusqu\u2019à 54 litres d\u2019eau par jour, est un formidable ?ltre naturel à polluants.On peut aussi penser au marais salé du Parc Nature de Pointe-aux-Outardes, halte privilégiée pour quelque 255 espèces d\u2019oiseaux attirés par ce milieu humide riche en matière organique.Avis aux ornithologues: l\u2019endroit est l\u2019un des meilleurs sites d\u2019observation de l\u2019avifaune au Québec! Plusieurs spécimens menacés d\u2019extinction, comme le râle jaune, le hibou des marais et le bruant de Nelson, y trouvent refuge.Le gestionnaire mentionne également l\u2019herbier de zostères marines, le troisième plus important du système laurentien.Ces plantes, que certains appellent foin de mer, servent de cachette, d\u2019aire de restauration, de pouponnière ou de maison pour plusieurs espèces.Le phytoplancton et le zooplancton se ?xent aux feuilles de zostères.Ces êtres microscopiques, végétaux et animaux, sont particulièrement abondants à cet endroit, là où les eaux douces provenant des trois plus grandes rivières de la Côte-Nord \u2013 la Bersimis, la rivière aux Outardes et la Manicouagan \u2013 rencontrent les eaux salées de l\u2019estuaire Saint-Laurent.Le plancton végétal et animal étant à la base de la chaîne alimentaire, les eaux de la péninsule de Manicouagan deviennent alléchantes pour le béluga, le rorqual bleu, le rorqual commun, la morue franche ou le marsouin commun, des espèces considérées en péril au Québec et au Canada.«En préservant cette source de nutriments parmi les plus importantes des eaux laurentiennes, on protège aussi la qualité de l\u2019air et la vie des citoyens, car le phytoplancton est le plus grand producteur d\u2019oxygène et le plus grand capteur de CO 2 à l\u2019échelle des océans!» indique Denis Cardinal.Ce qui fait de la réserve aquatique de Manicouagan un petit poumon pour le Québec.Pour le moment, la péninsule béné?cie d\u2019un environnement sain, peu affecté par l\u2019activité humaine.C\u2019est pour préserver cela qu\u2019est né le projet de création de réserves aquatiques.«On veut prévenir au lieu de guérir», signale le directeur du Parc Nature.Il ajoute qu\u2019il souhaite faire de cette oasis un milieu dynamique, axé sur l\u2019éducation, qui permettra de protéger les espèces et les ressources tout en laissant une place à la pêche, à la chasse ou aux sports nautiques.«Nous allons miser sur l\u2019enseignement et la sensibilisation plutôt que sur l\u2019interdiction, et faire de la réserve une belle vitrine touristique pour la région de Manicouagan», explique-t-il.Cette vision semble justement avoir fait ses preuves.Selon une étude de Parcs Canada, le parc marin du Sague- nay\u2013Saint-Laurent générait en effet, dès 2006, des retombées économiques de 204 millions de dollars, provenant des visiteurs et excluant les activités de chasse et pêche.Mais pourquoi parle-t-on de «parc marin» pour Saguenay et de «réserve» pour Manicouagan?Agathe Cimon, directrice à la Direction des aires protégées du MDDELCC, répond que la distinction vient du mode de gestion.Le parc marin est géré conjointement par Parcs Canada et la SEPAQ (Société des établissements de plein air du Québec), alors que la réserve relève du MDDELCC, du Parc Nature de Pointe-aux-Outardes et de son comité de partenaires.Mais tous deux poursuivent les mêmes objectifs : préserver les écosystèmes d\u2019une partie du Saint-Laurent au pro?t des générations actuelles et futures, sans pour autant y bannir toute activité humaine.Ainsi, tout comme le parc marin du Saguenay\u2013Saint- Laurent est devenu un «terrain de jeu» pour plusieurs chercheurs, Denis Cardinal veut, à Manicouagan, développer la recherche scienti?que sur les différents milieux naturels et sur la quarantaine de sites archéologiques préhistoriques amérindiens, dont l\u2019un se trouve justement en milieu marin! Et il se plaît à rêver, comme les membres de Nature Québec et de la SNAP, que les projets d\u2019aires marines envisagées en Gaspésie ou aux Îles-de-la-Madeleine aboutiront rapidement.Le Québec a du retard à rattraper dans la sauvegarde de sa richesse marine.En effet, il fait piètre ?gure sur ce plan à l\u2019échelle internationale.Car même lorsqu\u2019il atteindra les fameux 10 %, il fera moins bien que l\u2019Australie, les États-Unis et la Russie, lesquels protègent respectivement 33%, 30 % et 11,6 % de leur patrimoine océanique.lQS ZOSTÈRES \u2022Bersiamites \u2022Pointe-aux-Outardes \u2022Chute-aux-Outardes Baie-Comeau \u2022 Pointr Lebel \u2022 \u2022 46 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 DANS LE GOLFE, LES VAGUES SONT PLUS GROSSES ET PLUS FRÉQUENTES, AU POINT DE RONGER LES CÔTES.MAIS ELLES FONT AUSSI LE BONHEUR DES SURFEURS.Par Guillaume Roy surf nouvelle va AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 47 va gue S ous le chaud soleil du mois d\u2019août, six surfeurs s\u2019amusent dans les vagues de près de 2m qui déferlent sur la plage de Sept-Îles.La Côte-Nord est d\u2019ailleurs en train de se positionner comme une destination de surf, depuis que Frédéric Dumoulin a lancé la boutique-école Surf Shack en 2011.«Le bonheur, ça se partage», dit le surfeur de 38 ans qui initie chaque été une centaine de personnes, dont près de la moitié provient de l\u2019extérieur de la région.À Sept-Îles, on compte désormais près de 80 surfeurs actifs.Dans le secteur de Baie-Comeau, 25 autres, dont Daniel Lavoie qui a commencé à surfer au début des années 2000.«Le surf est un sport d\u2019exploration, car les vagues sont éphémères.Mais quand on y a goûté, ça devient plus qu\u2019une passion; c\u2019est un mode de vie», dit-il.Les vagues ont toujours été bien présentes dans le Saint-Laurent.Même si elles sont plus petites que celles de l\u2019océan, elles se comportent de la même manière.Les premiers frissonnements apparaissent parce qu\u2019il y a des différences de pression à la surface de l\u2019eau, explique Dany Dumont, professeur et chercheur en océanographie physique à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER).«La vague se déplace comme une onde.C\u2019est le vent qui en fait augmenter l\u2019amplitude en poussant derrière, créant ainsi une dépression devant.» Lorsque les vagues commencent à se former, la période entre elles est courte, soit deux ou trois secondes.Plus le vent souf?e longtemps, plus les vagues s\u2019éloignent.Dans l\u2019océan, la période peut atteindre jusqu\u2019à 25 secondes mais, dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent, elle n\u2019est généralement que de 4 à 6 secondes, de sorte que le travail des surfeurs qui tentent d\u2019atteindre les vagues au large est plus dif?cile, puisque toutes les 4 ou 6 secondes, ils doivent en affronter une nouvelle ! Plus le vent est fort, plus il souf?e longtemps sur une grande distance sans rencontrer d\u2019obstacle, plus les vagues seront grandes et puissantes, explique pour sa part Urs Neumeier, professeur en géologie marine à l\u2019ISMER.«La vague va grossir progressivement, puis elle va se propager.Si elle devient trop \u201craide\u201d, elle s\u2019écroule, ce qui crée du moutonnement.Son énergie se dissipe alors et la vague s\u2019allonge», ajoute le spécialiste qui étudie l\u2019érosion côtière et le transport sédimentaire dans le Saint-Laurent.Pour connaître l\u2019amplitude maximale des vagues et leur impact sur la côte, l\u2019ISMER a implanté des stations de recherche à différents endroits.C\u2019est ainsi que le géologue a pu calculer que les vagues les plus hautes atteignent en moyenne 3,6m à Sept- Îles, 3,2m à Saint-Ulrich près de Matane, 4,9m à Cap-d\u2019Espoir (à 15km au sud de Percé) et même 6m aux Îles-de-la-Madeleine.«Ces données sont impressionnantes, mais la plupart du temps, les vagues sont beaucoup plus faibles», af- ?rme le professeur Neumeier qui fait remarquer au passage que les marées n\u2019in?uencent la formation des vagues que de façon indirecte, en faisant varier la topographie sous-marine à l\u2019approche des côtes.«La vague ralentit lorsqu\u2019elle commence à \u201csentir\u201d le fond, ajoute-t-il.Elle a alors tendance à devenir plus haute et plus pentue, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle déferle.» En pleine tempête, les conditions sont rarement idéales pour le surf, car les vagues brisent de tous les côtés.C\u2019est pourquoi les vagues de houle sont plus propices au surf.Qu\u2019est-ce que la houle?«Une vague grossira jusqu\u2019à ce que sa vitesse de propagation atteigne la vitesse du vent.Si le vent diminue, la vague ira plus vite que le vent, et c\u2019est ce qu\u2019on appelle la houle», explique Dany Dumont.Les surfeurs doivent donc se faire météorologues et savoir comment les vents se développent au large.Ils peuvent ainsi prédire la venue des grosses vagues deux ou trois jours plus tard, explique Daniel Lavoie.En apprivoisant la dynamique des vagues, cet amoureux de la mer est en mesure de surfer une à deux fois par semaine près de Baie-Comeau.À Sept-Îles, les bonnes conditions sont un peu plus fréquentes et les sportifs les plus motivés Le surfer Daniel Lavoie P H O T O S : G U I L L A U M E R O Y 48 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 peuvent surfer jusqu\u2019à 150 jours par année, soutient de son côté Frédéric Dumoulin.Naturellement, pour surfer autant, il ne faut pas avoir froid aux yeux et il faut pro?ter des vagues hiver comme été.D\u2019autant plus que la saison du surf s\u2019allonge, la glace étant de moins en moins présente dans le Saint-Laurent.C\u2019est que la température de l\u2019air a augmenté de 2,1 °C en moyenne depuis 1873, note Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à l\u2019Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada) à Mont-Joli : « Le couvert de glace dépend principalement de la température de l\u2019air hivernal, laquelle est influencée, à long terme, par les changements climatiques et, ponctuellement, par des événements comme El Niño l\u2019hiver dernier.» Alors que la glace couvrait jadis les côtes du Saint-Laurent de décembre à mars, la période d\u2019englacement est maintenant de un ou de deux mois seulement.Au large, la glace devrait même avoir complètement disparu entre 2050 et 2100.Il ne restera alors qu\u2019un peu de glace de mer dans les baies en hiver, prévoit Urs Neumeier.«Comme les tempêtes majeures frappent entre novembre et avril, les côtes ne sont plus aussi bien protégées et il y a maintenant plus d\u2019érosion.On remarque que la hauteur des plus fortes vagues a déjà augmenté de 10% à 15%», dit-il.Les infrastructures côtières n\u2019ont toutefois pas été conçues pour résister à de tels assauts.A?n d\u2019améliorer leur design, le ministère des Transports du Québec a donc donné aux chercheurs de l\u2019ISMER le mandat de modéliser le régime des vagues.Mais ce ne sera certainement pas suf?sant.En effet, l\u2019élévation du niveau de la mer de 0,4m à 2m d\u2019ici 2100 ne fera qu\u2019ampli?er le problème.L\u2019érosion côtière augmentera partout et certaines zones dans la baie des Chaleurs et même de la ville de Québec pourraient être submergées.« Ça créera des impacts majeurs et il faut s\u2019y préparer.On doit considérer l\u2019érosion côtière d\u2019un point de vue régional car, en faisant des interventions ponctuelles, on ne fait que déplacer le problème chez le voisin», conclut le professeur Neumeier qui suggère à nos lecteurs d\u2019y ré?échir à deux fois avant de faire l\u2019achat d\u2019une maison en bord de mer.Ce qui est vraisemblablement plus risqué que s\u2019offrir une planche de surf.lQS Comment le Saint-Laurent vous a-t-il invitée à danser ?Si je n\u2019avais pas l\u2019apport de la nature, je ne pourrais pas continuer à faire de la danse contemporaine ou à imaginer des chorégraphies.La vie, c\u2019est le mouvement; et le mouvement de la vague est une signature.C\u2019est l\u2019énergie de l\u2019eau, son calme tout autant que sa fougue.Comme le ?euve, la vie est aussi une dérive.Même quand l\u2019eau donne l\u2019impression de ne pas bouger, elle bouge ! C\u2019est obsédant.Le ?euve, c\u2019est ça : un parcours.Mon parcours.Il nous invite à plonger dans le vrai.Il y a les oies blanches, aussi ! Oh oui ! Les oies et le ?euve, c\u2019est intimement lié.Et puis, regarder ces oiseaux et leurs mouvements m\u2019a donné beaucoup de courage.J\u2019ai repris leur gestuelle.Mes danseurs vont donc marcher en demi-pointe tout en avançant leur poitrine.Je leur demande aussi de reproduire les mouvements d\u2019ondulation avec leur colonne vertébrale.C\u2019est voluptueux.Vous savez, je suis dans un domaine où le corps et les beautés sont essentiels : c\u2019est ça qu\u2019on rappelle au monde.Ces oies blanches qui parcourent des milliers de kilomètres depuis l\u2019Arctique jusqu\u2019ici nous ramènent à notre rapport à la planète.Comment les spectateurs accueillent-ils vos chorégraphies ?À Saint-Jean-Port-Joli, nous avons choisi de faire nos présentations sur le terrain des pontons, un site où on stationnait autrefois les bateaux.C\u2019est très symbolique.Nous avons déjà rassemblé 2 000 personnes pour un tel spectacle.En même temps que les gens voient la danse, ils voient le ?euve.J\u2019oserais dire qu\u2019ils se réapproprient ainsi le ?euve grâce à la danse, qu\u2019ils comprennent ce que le ?euve leur offrait et qu\u2019ils ne voyaient pas.Propos recueillis par Raymond Lemieux Nous pourrons assister à une chorégraphie de Chantal Caron lors de la prochaine Fête des chants de marins qui se tiendra à Saint-Jean-Port-Joli, du 17 au 21 août 2016.Il faudra être matinal, car la représentation, Le souf?e de l\u2019aube, aura lieu à 6 h 30, le samedi 20 août, sur les rives Saint-Laurent.« Tout est possible, le matin », dit l\u2019artiste.Pour plus d\u2019infos : chantsmarins.com.Danse avec les oies Chantal Caron, chorégraphe.Comme le peintre Jean-Paul Riopelle, elle s\u2019inspire des oies blanches et du grand ?euve.Son art, c\u2019est la danse contemporaine.Sa passion, c\u2019est le mouvement.C\u2019est ainsi qu\u2019elle fait voir le Saint-Laurent à hauteur d\u2019oie.Elle a coréalisé le ?lm Glace, crevasse et dérive qui a reçu plusieurs mentions dans de nombreux festivals internationaux.S A I N T - J E A N - P O R T - J O L I V I L L A G E C R É A T I F 2 0 1 5 / J E A N - S É B A S T I E N V E I L L E U X ENTREVUE AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE P remier choc: le bruit est assourdissant et l\u2019odeur est acide et fétide.La randonnée sur l\u2019île Bonaventure est un incontournable, mais on a beau nous avoir prévenus, l\u2019arrivée à la colonie de fous de Bassan est pour le moins déroutante.Les cris perçants et incessants des 100000 volatiles blancs et noirs, et les forts relents d\u2019ammoniac de leurs ?entes, impressionnent autant que leur nombre.Les fous se contentent de monticules s\u2019élevant d\u2019à peine 10 cm au-dessus du sol et espacés de 1m ou 2m pour pondre et couver leurs œufs.Les oisillons y restent jusqu\u2019à leur premier vol.En forçant un peu, on peut les trouver beaux.Puis vient le deuxième choc: la cruauté de la nature.Plusieurs petits fous gisent entre les nids.Plaqués au sol, immobiles, ils font de leur mieux pour se protéger des coups de bec répétés des adultes.Faibles, sous-alimentés, plusieurs succombent chaque jour aux attaques.« C\u2019est un comportement normal, explique le naturaliste du parc en poste sur le trottoir de bois.Un petit qui sort de son nid est rapidement attaqué par les adultes, même par ses parents qui ne semblent plus le reconnaître et ne le nourrissent plus.Les oisillons doivent rester dans le nid pour survivre.» L\u2019île Bonaventure, en face du village gaspésien de Percé, héberge la deuxième plus grande colonie de fous de Bassan au monde (la première est en Écosse).Mais depuis 2009, la colonie perd des plumes.Cette année-là, la population avait atteint un record de 60000 couples, mais son succès de reproduction \u2013 le nombre de poussins qui survivent jusqu\u2019à l\u2019envol par rapport au nombre d\u2019œufs pondus \u2013 était descendu à 50%.Pour que la colonie se maintienne, ce taux doit atteindre au moins 67%.Le succès de reproduction des fous de Percé est descendu à 22% en 2011, 8% en 2012, 28% en 2013, 44% en 2014, 35% l\u2019an dernier\u2026 Pour les biologistes, pas de doute, même si les effectifs sont stables, la colonie est vouée à sa perte d\u2019ici quelques années.Mais pourquoi les oisillons ne survivent-ils pas en plus grand nombre?Qu\u2019arrive-t-il donc aux œufs ou aux poussins?«On croit que les petits ont du mal à s\u2019alimenter, avance David Pelletier, doctorant à l\u2019Université du Québec à Rimouski et enseignant en biologie au Cégep de Rimouski.La grande marée noire de 2009 dans le golfe du Mexique pourrait être en partie responsable, puisqu\u2019environ le quart des fous de Bassan de l\u2019île Bonaventure migrent dans cette région chaque hiver.Mais on soupçonne surtout un changement dans la disponibilité des proies, ici, dans le golfe du Saint-Laurent.» Les fous de Bassan ont un mets préféré: le maquereau.D\u2019ordinaire abondants dans le golfe, les stocks ont baissé au cours des dernières années, notamment en raison d\u2019une recrudescence de l\u2019effort de pêche de cette espèce par l\u2019homme.Même chose avec le hareng, une autre proie appréciée de ces oiseaux.« Nous avons aussi une autre hypothèse, enchaîne David Pelletier.Les maquereaux préfèrent des eaux entre 8°C et 16°C.Avec le réchauffement climatique, il se pourrait qu\u2019ils se déplacent vers le nord et qu\u2019ils nagent plus en profondeur pour trouver des températures confortables.Même si les fous savent plonger et nager sous l\u2019eau, ils peuvent avoir de la difficulté à les atteindre.» Pour en avoir le cœur net, l\u2019enseignant recrute des étudiants de son cégep chaque année depuis cinq ans et, dans le cadre d\u2019un cours d\u2019initiation à la recherche, les emmène sur l\u2019île étudier les fous de Bassan.«Nous munissons quelques adultes d\u2019un émetteur GPS, puis nous suivons leurs déplacements durant l\u2019été, tout en notant leur succès de reproduction.» Les résultats sont impressionnants.Lorsqu\u2019un parent quitte l\u2019île, il n\u2019est pas rare de repérer sa trace aussi loin que les Îles-de-la-Madeleine, Rivière-du-Loup ou la Nouvelle-Écosse.C\u2019est dire combien la nourriture est dif?cile à trouver! Moins de nourriture pour les parents signi?e aussi moins de nourriture pour les jeunes.Et si un parent tarde trop en mer, l\u2019autre, tenaillé par la faim, peut partir à son tour en laissant l\u2019oisillon seul au nid.« Une absence prolongée des parents, précise David Pelletier, implique aussi un manque de protection face aux intempéries.Un orage ou de forts vents peuvent faire mourir de froid un oisillon ou le pousser hors du nid contre son gré.Nos résultats démontrent que, entre 2012 et 2014, les couples ayant réussi à élever l\u2019oisillon jusqu\u2019à l\u2019envol avaient parcouru une distance moyenne de voyage de pêche d\u2019une centaine de kilomètres inférieure à ceux n\u2019ayant pas réussi.» Reste à voir si la corrélation indique un cas de cause à effet.Pour creuser la question, l\u2019enseignant et ses étudiants veulent équiper des oiseaux de consignateurs de plongée et de thermistors (capteurs de température), en plus des balises GPS.Mais il faut faire vite, pendant qu\u2019il y a encore des fous.lQS Fous en déclin La fameuse colonie de fous de Bassan de l\u2019île Bonaventure ne va pas bien.Encore la faute au réchauffement climatique ?Par Joël Leblanc Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 49 La baudroie d\u2019Amérique Avec son air de sortir tout droit de la préhistoire et son immense gueule pleine de dents semblables à des crochets, la baudroie d\u2019Amérique a de quoi effrayer \u2013 ou du moins surprendre \u2013 n\u2019importe qui.«Disons qu\u2019elle est bizarre !» résume Denis Chabot.Surnommée «crapaud de mer» ou «poisson pêcheur», la baudroie, qui peut atteindre plus de 1m, avale à peu près tout ce qui est attiré par son leurre, le ?lament pêcheur \u2013 un rayon de nageoire modi?é, dressé sur sa tête, au bout duquel se trouve un petit morceau de chair mobile.«C\u2019est comme sa propre canne à pêche», illustre M.Chabot, en précisant que ce drôle de poisson mange même ses semblables.En Europe, la baudroie est considérée comme un produit de luxe.On n\u2019en consomme que la queue, dont le goût rappelle celui du pétoncle ou du homard.«Au Canada, il n\u2019y a pas de pêche spéci?que à la baudroie, signale Denis Chabot.Si c\u2019était le cas, il faudrait auparavant lancer une étude de population, car, sans être rare, cette espèce n\u2019est pas très abondante dans nos eaux.» Le poisson- alligator Comme l\u2019indique son nom, le poisson-alligator a le corps recouvert de plaques osseuses lisses qui le font ressembler à un reptile.Les scienti?ques pensent que cette cuirasse le protégerait des prédateurs.En 2011, Denis Chabot a analysé les contenus de 26 000 estomacs de morues et de 17 000 estomacs de ?étan du Groenland.« Tant chez 50 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 LE GOLFE ET L\u2019ESTUAIRE DU SAINT-LAURENT FOURMILLENT DE VIE.ON Y TROUVE ENVIRON 120 ESPÈCES DE POISSONS ET PLUS DE 2200 ESPÈCES D\u2019INVERTÉBRÉS! C\u2019EST DIRE QU\u2019IL Y EXISTE UNE FAUNE MARINE MÉCONNUE, VOIRE CARRÉMENT INUSITÉE.Par Marie Lambert-Chan Mystérieuses créatures Une sélection de 10 espèces fascinantes, choisies en collaboration avec Denis Chabot et Claude Nozères, respectivement chercheur en bioénergétique et technicien spécialiste en taxonomie à Pêches et Océans Canada, et Philippe Archambault, professeur d\u2019écologie marine à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski.A U C O E U R D E N O T R E É C O L O G I E BAUDROIE D\u2019AMÉRIQUE POISSON ALLIGATOR les morues que chez les ?étans, moins de 0,1 % de la masse des proies correspondait au poisson-al- ligator ou à son proche parent, l\u2019agone atlantique », rapporte-t-il.Le chercheur demeure cependant prudent dans ses conclusions.Élancé et rachitique, le poisson-alligator pourrait tout simplement être perçu par d\u2019éventuels prédateurs comme un bien maigre repas.« Il est peut-être aussi en moins grand nombre », suppute M.Chabot qui explique que la population des poissons-alligators est dif?cile à estimer, leur petite taille (10 cm) rendant leur capture laborieuse lors des relevés scienti?ques annuels.Le loup de mer À première vue, on dirait une anguille obèse ou une murène sans museau, mais il s\u2019agit en fait d\u2019un loup de mer.Le Saint-Laurent en compte trois espèces : le loup atlantique, le loup à tête large et le loup tacheté.« Ils ne vont pas très bien, constate Denis Chabot.Le statut du loup atlantique est considéré comme inquiétant, tandis que les deux autres sont en péril.On ne sait pas trop pourquoi.» Certains pensent que les pêcheurs qui les attrapent par mégarde ont tôt fait de les tuer, parce qu\u2019il semblerait que ce soit des bêtes hargneuses.« Le loup a la réputation de ne pas lâcher la rame ou la botte à laquelle il s\u2019accroche ! » s\u2019exclame le chercheur.D\u2019autres af?rment que la faute revient aux chaluts qui détruisent l\u2019habitat des loups, amateurs de recoins et de crevasses.Quoi qu\u2019il en soit, le loup demeure une espèce méconnue qui continue d\u2019étonner les chercheurs.Par exemple, on croyait qu\u2019il aimait vivre seul.En tout cas, c\u2019est ce que les photos de plongeurs laissent à penser.Cependant, en captivité, les loups tachetés ont l\u2019habitude de s\u2019empiler les uns sur les autres, sans jamais s\u2019attaquer mutuellement.« C\u2019est très surprenant », reconnaît Denis Chabot.Le ver de mer Connu également sous son nom latin, Allita virens, le ver de mer est aussi discret qu\u2019essentiel.Très abondant dans le Saint-Laurent, il creuse son terrier dans la vase ou le sable et se charge de le ventiler.« Le ver amène ainsi de l\u2019oxygène dans les sédiments, ce qui les garde en santé et permet à d\u2019autres espèces d\u2019y vivre », explique Philippe Archambault.Le ver de mer peut atteindre la taille impressionnante de 40 cm.C\u2019est un prédateur relativement important se nourrissant de tous les petits invertébrés qui habitent la zone de balancement des marées.En revanche, il est aussi considéré comme un appât idéal par les pêcheurs.Pour cette raison, certains pays, comme le Royaume-Uni, ont commencé à en faire l\u2019élevage.Fait incroyable, l\u2019hémoglobine du ver de mer serait compatible avec la nôtre.On pourrait l\u2019utiliser pour la culture cellulaire, la préservation d\u2019organes et la transfusion de sang.Des brevets ont déjà été accordés, d\u2019ailleurs ! Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 51 LOUP DE MER La moule bleue Voilà un mollusque certainement abondant, mais qui n\u2019en demeure pas moins méconnu.« Tout le monde connaît la moule bleue pour l\u2019avoir déjà mangée, mais peu savent que c\u2019est un organisme essentiel à l\u2019écosystème côtier », déclare Philippe Archambault.Tel Spiderman, les moules projettent un ?l élastique et résistant, appelé byssus, qui leur permet de s\u2019accrocher aux roches et de résister à l\u2019assaut des vagues.Elles s\u2019accumulent ainsi et ?- nissent par former un banc.« Réunies, elles ralentissent les courants, un peu comme les barrages des castors, illustre M.Archambault.De plus, des sédiments s\u2019entassent entre elles, et d\u2019autres espèces viennent s\u2019y installer.Si les moules bleues n\u2019existaient pas, l\u2019environnement en prendrait un coup.» Mais tel le colosse aux pieds d\u2019argile, les bancs de moules se fragilisent lorsque leur taille devient trop importante.Un seul coup de vague peut suf- ?re à anéantir la charpente de bivalves.La caprelle japonaise Espèce exotique envahissante, la caprelle japonaise est apparue dans nos eaux entre les années 2006 et 2008, charriée par des navires.En 2005, dans la baie des Chaleurs, on en trouvait plus de 465 000 au mètre carré ! Ce minuscule crustacé de un demi-centimètre de longueur est muni d\u2019une puissante pince qui lui permet non seulement de saisir ses proies, mais aussi de s\u2019accrocher à tout ce qui est ?lamenteux, entre autres aux systèmes de cordage des aquaculteurs qui ne l\u2019aiment pas beaucoup.« C\u2019est que la caprelle écrase les jeunes moules d\u2019élevage et les consomme », dit Philippe Archambault.En plus d\u2019avoir une poigne solide, elle se reproduit à la vitesse de l\u2019éclair, croît en un temps record, mange de tout et survit à des températures allant jusqu\u2019à -2 °C.Bref, dif?cile de s\u2019en débarrasser à moins de compter sur ses rares prédateurs.« Tout ce qu\u2019on peut faire pour la contrôler, c\u2019est de ne pas la transporter d\u2019un endroit à l\u2019autre », af?rme le chercheur.Le merlu argenté Le Saint-Laurent accueille parfois des visiteurs des eaux chaudes.C\u2019est le cas du merlu argenté qui se tient généralement entre le plateau néo-écossais et le cap Hatteras en Caroline du Sud.« On en voit beaucoup plus dans l\u2019estuaire depuis 2012, une année plus chaude qu\u2019à l\u2019habitude.C\u2019est une des conséquences des changements climatiques », indique Denis Chabot.Le merlu argenté est-il destiné à s\u2019installer à demeure chez nous ?Rien n\u2019est moins sûr.« Le dérèglement du climat entraîne des extrêmes de température plus fréquents, note-t-il.Des étés très frais alternant avec des étés très chauds, par exemple.La présence du merlu risque de varier en fonction de ces conditions.» Nageur rapide aux ?ancs argentés, le merlu fait partie de la famille des morues.Mais contrairement à elles, sa mâchoire inférieure n\u2019est pas ornée d\u2019un barbillon.Si jamais vous le pêchez, sachez qu\u2019il faut le réfrigérer immédiatement, car sa chair se ramollit très vite, ce qui altère son goût.La grosse poule de mer Aussi appelée « lompe », la grosse poule de mer se 52 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 AU COEUR DE NOTRE ÉCOLOGIE MOULE BLEUE CAPRELLE JAPONAISE distingue par son apparence unique.Sa forme rappelle celle du ballon de football.Sa peau est émaillée de petites bosses et de rangées de tubercules pointus.Tel un requin, la grosse poule de mer possède beaucoup plus de cartilages que d\u2019os.Elle nage un peu partout dans l\u2019estuaire et le golfe, mais on peut aussi l\u2019apercevoir tout près de la côte où, grâce à sa ventouse, elle aime s\u2019attacher à des casiers à homards.Si on la capture par hasard, on sera surpris de constater que sa couleur varie du bleu au gris en passant par le vert.« Elle a tendance à adopter les teintes de son environnement », explique Denis Chabot, ajoutant que les mâles ont le privilège d\u2019arborer un rouge pourpre vibrant pendant la période de reproduction.Autre caractéristique étrange : après avoir pondu, la femelle prend ses jambes à son cou (manière de parler\u2026), alors que le mâle reste à protéger les œufs jusqu\u2019à leur éclosion.Les grosses poules de mer peuvent se vanter d\u2019avoir inversé les rôles traditionnels de genre ! Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 53 La plume de mer Plantées dans le sable, dans les parties profondes du golfe et de l\u2019estuaire, les plumes de mer déploient leurs grands bras rouges et se balancent doucement au gré des courants.Ce magni?que invertébré est un corail mou.«Les gens pensent souvent qu\u2019on trouve des coraux seulement dans le Sud, mais ce n\u2019est pas vrai.Nous en avons aussi.Seulement, ils sont moins nombreux et plus dif?ciles d\u2019accès», observe Philippe Archambault.L\u2019exploitation des fonds marins par les engins de pêche a malheureusement réduit le nombre de plumes de mer.La Convention sur la diversité biologique en a d\u2019ailleurs fait une espèce protégée «parce que sa structure pourrait faciliter la vie à d\u2019autres espèces», dit le spécialiste.Il y a trois ans, des scienti?ques ont découvert en effet que les plumes de mer jouent un rôle important dans la reproduction des sébastes.Les œufs de ces derniers s\u2019agglutinent dans leurs intersections.«Arracher les plumes de mer met donc en danger plus d\u2019une espèce.Combien d\u2019autres?Nous ne le savons pas; la plume de mer, n\u2019ayant pas de valeur commerciale, reste peu étudiée jusqu\u2019à présent», explique M.Archambault.La morue polaire À l\u2019hiver 2008, un pêcheur du Saguenay a eu l\u2019immense surprise de capturer une morue polaire, une espèce qui nage uniquement dans l\u2019Arctique.L\u2019homme n\u2019a fait ni une ni deux, il a congelé le spécimen et l\u2019a envoyé illico à l\u2019Institut Mau- rice-Lamontagne à Mont- Joli.« Mes collègues étaient vraiment étonnés, raconte Denis Chabot.On n\u2019a jamais vu de morue polaire dans nos eaux et, jusqu\u2019à preuve du contraire, c\u2019est la seule qui se soit aventurée jusqu\u2019ici.Elle a certainement descendu le long du Labrador et ?lé dans le golfe par le détroit de Belle Isle.En hiver, ces eaux peuvent être aussi froides que celles de l\u2019Arctique.» De la taille d\u2019un petit poisson des chenaux, la morue polaire nage loin de la côte, tout juste sous le couvert de glace.Les ours blancs, les bélugas et les phoques annelés apprécient particulièrement sa chair. DISPONIBLE SUR Téléchargez l\u2019application, abonnez-vous et proitez du premier mois gratuit.VOTRE QUOTIDIEN COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS LU.À découvrir dans la nouvelle version de l\u2019application : \u2022 Une interface revisitée \u2022 Une lecture intuitive dans un environnement épuré \u2022 L\u2019actualité boniiée : des photoreportages saisissants REDÉCOUVRIR LE FLEUVE POUR RENOUER AVEC LUI ?ET SI CELA PASSAIT PAR LE TOURISME ?Une invitation au voyage C A R O L I N E H A Y E U R VUE SUR LE LARGE L \u2019industrie québécoise des croisières internationales a le vent dans les voiles.Entre 2008 et 2015, le nombre de croisiéristes a plus que doublé, passant de 127000 à 270000.«Le Québec a beaucoup à leur offrir, estime René Trépanier, directeur général de l\u2019Association des croisières du Saint-Laurent (ACSL).Le ?euve et ses mammifères marins, le fjord du Saguenay, les Îles-de-la-Madeleine, le rocher Percé, l\u2019île Bonaventure, le cap Diamant; c\u2019est un spectacle naturel perpétuel.» Dans un marché où la demande dépasse largement l\u2019offre \u2013 23 millions de personnes dans le monde ont fait une croisière l\u2019an dernier, et leur nombre croît de 7% chaque année \u2013 le Québec se positionne comme une destination aux attraits inédits.«Les gens qui font des croisières en font beaucoup, en moyenne huit ou neuf dans leur vie, indique M.Trépanier.Quand un touriste est allé trois fois dans les Caraïbes et qu\u2019il a déjà sillonné la Méditerranée, il a envie d\u2019autre chose.Et nous représentons la nouveauté!» Si le Québec est tant prisé par les croisié- ristes, ce n\u2019est pas seulement en raison de sa beauté naturelle.C\u2019est surtout grâce à la Stratégie du développement durable et de promotion des croisières internationales de Tourisme Québec.Une vaste opération qui s\u2019est déroulée de 2008 à 2013 et qui a concentré des investissements de 156 millions de dollars dans un réseau de neuf escales of?cielles: Montréal, Québec, Trois-Rivières, Saguenay, Gaspé, Baie-Co- meau, Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre et les Îles-de-la-Madeleine.«Au début, plusieurs n\u2019y croyaient pas et disaient que c\u2019était de l\u2019argent lancé par les fenêtres, se rappelle Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l\u2019UQAM et directeur du Réseau de veille en tourisme.Ça n\u2019a pas été facile: il fallait convaincre les compagnies de croisière d\u2019inclure le Saint-Laurent dans leur itinéraire, de se coordonner avec le gouvernement fédéral \u2013 qui contrôle les infrastructures portuaires \u2013, d\u2019avoir l\u2019appui des municipalités destinées à accueillir les navires, de mettre en place une offre récréotouristique pertinente pour les croisiéristes une fois sur la terre ferme, etc.Mais aujourd\u2019hui, on peut af?rmer que c\u2019est un bel et rare exemple d\u2019une stratégie sectorielle touristique qui a porté des fruits.» « Il fallait un brin de folie pour se lancer là-dedans.Surtout pour une ville comme la nôtre, dont l\u2019économie est avant tout industrielle», reconnaît Renée Dumas, directrice générale de Croisières Baie-Comeau.Mais la municipalité y a cru, persuadée que le Saint-Laurent était le chemin le plus court pour attirer chez elle des touristes états-uniens et européens.Les premiers croisiéristes ont débarqué en 2006.Depuis, la ville a investi des millions pour la réfection de son centre-ville, la construction d\u2019un carrefour maritime, l\u2019aménagement de promenades et la création du Jardin des glaciers, un centre d\u2019interprétation sur la dernière glaciation.Le jeu en vaut-il la chandelle?Absolument, répond-elle.Entre 2006 et 2015, les croisiéristes et les membres d\u2019équipage ont dépensé plus de 3,7 millions de dollars dans la région.Et, bien sûr, les citoyens jouissent de toutes les nouvelles infrastructures.Devant une telle réussite, plusieurs villes af?chent également leur désir de se lancer dans l\u2019aventure.Mais, dans ce dossier, aucune municipalité ne fait autant parler d\u2019elle que Tadoussac.Le village reçoit des navires de croisière depuis au moins 20 ans, af?rme Patrick Noël, agent de promotion et de marketing pour la municipalité.«Déjà, en 2008, nous souhaitions poser notre candidature comme escale officielle.Mais Tadoussac est située dans le parc marin du Saguenay\u2013Saint-Laurent.Nous devions donc étudier les conséquences sur l\u2019environnement de l\u2019arrivée de gros bateaux, explique-t-il.Cependant, une 56 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Le mot «croisière» a beau évoquer surtout la chaleur des Caraïbes, le nombre de vacanciers qui choisissent les eaux froides du Saint-Laurent ne cesse d\u2019augmenter.Petite histoire d\u2019un succès touristique.Par Marie Lambert-Chan Les croisiéristes à l\u2019assaut VUE SUR LE LARGE © M A T H I E U D U P U I S / A C S L Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 57 t fois que nous avons eu l\u2019étude en main, l\u2019échéance était dépassée.» Huit ans et maints rapports plus tard, même si elle ne réclame pas le titre d\u2019escale, Tadoussac désire toujours se tailler une place dans l\u2019industrie des croisières, en accueillant de petits navires d\u2019au plus 600 passagers.Les ambitions du village dérangent.Il est perçu comme une destination de trop par les trois municipalités escales de la Côte-Nord, qui se partagent seulement une trentaine de navires par année.«En raison de notre proximité géographique, explique Renée Dumas, les bateaux ne font jamais deux arrêts, encore moins trois.En ajoutant une escale, on dilue le produit touristique.» Patrick Noël ne se rend pas à ces arguments.«Sur la côte est des États-Unis, les escales sont très rapprochées, ce qui n\u2019empêche pas les navires de s\u2019y attarder, dit-il.Et Tadoussac ne se considère pas comme un compétiteur des autres escales de la Côte-Nord, mais comme un complément.» «On ne peut empêcher les voyageurs de visiter Tadoussac, convient René Tré- panier.Après tout, c\u2019est le libre marché.Néanmoins, il n\u2019y a pas de place pour un autre joueur, car nous sommes une jeune industrie en croissance qui n\u2019a pas encore atteint le seuil de la rentabilité.» Le directeur général de l\u2019ACSL semble d\u2019ailleurs bien conscient que le succès du Québec auprès des croisiéristes n\u2019est pas chose acquise.«Il faut continuer de \u201clivrer la marchandise\u201d, c\u2019est-à-dire de toujours bien recevoir les visiteurs et de leur proposer un séjour digne de ce nom.Si les touristes ne vivent pas une bonne expérience, ne serait-ce que lors d\u2019une seule escale, ça peut nous faire mal», croit-il.Voilà pourquoi l\u2019ACSL poursuit l\u2019objectif d\u2019offrir « le meilleur accueil au monde».Rien de moins.Et n\u2019en déplaise aux sceptiques, elle pourrait bien y arriver.Il n\u2019y a qu\u2019à jeter un œil du côté du port de Saguenay, lequel, à quatre reprises, a remporté le prix international du meilleur accueil portuaire décerné par le magazine britannique Insight Cruise.«Une quarantaine de comédiens bénévoles de La Fabuleuse histoire d\u2019un royaume attendent au quai les croisiéristes et leur souhaitent la bienvenue en chantant, en dansant et en leur tendant des bouchées de tartelettes aux bleuets ou de tire d\u2019érable, décrit René Trépanier.Croyez-moi, je n\u2019ai jamais rien vu de tel, sauf en Polynésie française où des danseurs locaux saluent l\u2019arrivée des passagers!» lQS Comment s\u2019effectue la sélection des espèces de votre liste annuelle ?À partir du répertoire de toutes les espèces comestibles du Saint-Laurent \u2013 il y en a environ 90 \u2013, on se pose 3 questions.Quel est l\u2019état des stocks ?Quelle méthode de pêche est présentement utilisée ?Est-ce un produit méconnu ?Quand on a répondu de manière satisfaisante aux trois questions, l\u2019espèce est ajoutée à une liste sommaire, soumise à un comité de validation externe comprenant des scienti?ques et des représentants de l\u2019industrie de la pêche.Est-ce que des critères gustatifs entrent en jeu ?Tout peut devenir bon, ça dépend seulement du chef ! Pourquoi ne mangeons-nous pas déjà tout ce qui est comestible dans le Saint-Laurent ?Plusieurs poissons de notre liste étaient consommés par nos ancêtres.Les pêcheurs ramenaient à la maison tout ce qu\u2019ils avaient dans le bateau.Avec l\u2019industrialisation de la pêche, on s\u2019est mis à manger seulement les poissons qui ont une « belle gueule ».Les autres, on les a oubliés.Pourtant, ailleurs, ils sont appréciés.La baudroie, par exemple.Elle est vraiment laide.Mais en Europe, elle est prisée et très chère.Notre crabe commun, nos oursins et nos couteaux de mer partent vers des marchés internationaux.C\u2019est fou.On exporte des produits très haut de gamme, et on importe du bas de gamme comme la crevette de Taiwan et le tilapia.Les chefs cuisiniers sont-ils ouverts à traiter vos laiderons ?Plus la bête est incroyable, plus ils sont contents ! Ces espèces sont-elles chères en poissonnerie ?Certaines le sont, parce qu\u2019elles sont rarement disponibles.D\u2019autres sont moins chères parce qu\u2019elles ne sont pas connues.Dans tous les cas, Fourchette bleue aide le pêcheur à obtenir un montant juste.Est-ce facile d\u2019apprêter le poulamon atlantique ou le lacet de mer à la maison ?On fournit régulièrement des recettes de nos chefs sur notre site web, exploramer.qc.ca/fr/fourchette-bleue, et sur notre page Facebook.Et elles sont très appréciées ! Propos recueillis par Mélissa Guillemette De l\u2019eau à la bouche Vous avez déjà goûté le poulamon atlantique?La tanche tautogue?Le lacet de mer?Vous devriez, puisque ces espèces présentes dans le Saint- Laurent sont des vedettes du logo Fourchette bleue.Depuis 2009, ce programme, qui vise la saine gestion des ressources marines, liste annuellement les produits de la mer méconnus, quoiqu\u2019abondants, et certi?e les restaurants ainsi que les poissonneries qui les mettent en valeur.Sandra Gauthier, directrice générale d\u2019Exploramer, gère Fourchette bleue.C A R O V U K O F O T O ENTREVUE Pays de fer, de titane, de forêts, de pêche et de chasse, la Côte-Nord af?rme aussi depuis longtemps son caractère maritime.C\u2019est en cabotant le long de la Basse-Côte-Nord et en suivant la route des morutiers basques, portugais et normands que Jacques Cartier a exploré le golfe Saint-Laurent, en 1534, découvrant au passage les Îles- de-la-Madeleine, la baie des Chaleurs, la baie de Gaspé et l\u2019île d\u2019Anticosti, qu\u2019il avait baptisée «Isle de l\u2019Assumption».Aujourd\u2019hui, c\u2019est Tadous- sac, au con?uent du ?euve et de la rivière Saguenay, qui est considéré comme la porte d\u2019entrée de la Basse-Côte- Nord.Pour bien donner le ton à notre périple, une visite s\u2019impose d\u2019abord au Centre d\u2019interprétation des mammifères marins, un organisme géré par le Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM).On comprendra mieux l\u2019espace de vie de ces cétacés attirés par le krill et le poisson.Il est d\u2019ailleurs possible d\u2019apercevoir, depuis 58 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Sa source est une mer intérieure composée des Grands Lacs, un immense bassin qui contient la plus importante réserve d\u2019eau douce de la planète.Le Saint-Laurent est un corridor qui commence à la hauteur de Kingston, en Ontario, et descend jusqu\u2019à Montréal où son cours est gon?é par la rivière des Outaouais.Ensuite, environ 90 km plus loin, le ?euve se dilate; c\u2019est le lac Saint-Pierre, réserve mondiale de la biosphère.Il se resserre jusqu\u2019à Québec, pour ensuite s\u2019élargir et former un bel estuaire.C\u2019est là qu\u2019il prend de plus en plus le goût du sel.Devenu golfe, le voilà qui se donne un air résolument maritime: horizon ouvert, marées, grandes vagues et tempêtes.Voyager à la rencontre du Saint-Laurent?Vaste programme! Aussi avons- nous dé?ni à votre intention trois circuits en boucle: le golfe, l\u2019estuaire et le ?euve lui-même.Trois circuits bien différents pour découvrir les multiples visages de notre géant bleu et mieux connaître le Québec.Le Saint-Laurent en rai VUE SUR LE LARGE Gaspé \u2022 3 CIRCUITS POUR REDÉCOUVRIR LE SAINT-LAURENT L I N D A T U R G E O N / T O U R I S M E Q U É B E C \u2022Percé \u2022Port-Cartier \u2022Sept-Îles \u2022Mingan \u2022La Romaine \u2022Matane \u2022Rivière-du-Loup \u2022Rimouski Le golfe pour aller voir la mer île d\u2019Anticosti le littoral, quelques espèces de rorquals (le petit, le bleu, le commun ou le bossu), des cachalots, des dauphins à ?ancs blancs, des épaulards, des bélugas, des marsouins communs et des baleines bleues.La route des Baleines (la 138), vers l\u2019est, est ponctuée de près de 25 postes d\u2019observation des mammifères marins.Mais c\u2019est un peu après Les Bergeronnes que le Centre d\u2019interprétation et d\u2019observation du cap de Bon-Désir offre un des meilleurs points de vue sur la mer (et sur ses habitants).Ce qui peut en étonner plusieurs, c\u2019est que la région est parsemée de longues et magni?ques plages.Mentionnons le banc de Portneuf et la pointe des Fortin à Port- neuf-sur-Mer, la plage de Pointe-aux-Outardes, juste avant Baie-Comeau, celles de Pointe-aux-Anglais et de Rochelois, à Port-Cartier.Beaucoup plus loin sur notre itinéraire, passé Sept-Îles et un peu avant Havre-Saint-Pierre, le Centre d\u2019interprétation de la station de recherche des îles Mingan (aussi géré par le GREMM) propose, entre autres activités, des journées en mer avec des biologistes.À VOIR EN CHEMIN Naviguer n\u2019a pas été une chose facile sur le Saint-Laurent.De très nombreux naufrages le rappellent.À Baie-Trinité, le Centre national des naufrages du Saint- Laurent rend hommage au courage des pêcheurs et des navigateurs.Une trentaine de kilomètres plus loin, des recherches archéologiques ont d\u2019ailleurs permis de mettre en lumière les circonstances de l\u2019un des plus terribles drames maritimes du golfe survenu lorsque la ?otte de l\u2019amiral britannique Hovenden Wal- Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 59 Saint-Laurent en rai La route des phares Jadis, les phares signalaient la présence de la terre aux marins.On peut dire aujourd\u2019hui, comme Vincent Guigueno, un ingénieur et historien français spécialiste de la navigation maritime, que les phares indiquent plutôt la présence de la mer aux vacanciers.Le chapelet de phares établis le long du Saint-Laurent en fait une bonne démonstration.Certains sont aménagés pour que les visiteurs puissent y passer la nuit.Notons, sur la Côte-Nord, le phare de Pointe- des-Monts, à Baie-Trinité, érigé en 1830 (www.pointe-des- monts.com/ pharepointe-des- monts.com) et le phare de l\u2019île aux Perroquets, en face de Longue-Pointe-de-Mingan (pc.gc.ca/fra/pn-np/qc/mingan/ visit/visit1/Perroquets.aspx).Côté sud, la société Duvetnor propose l\u2019hébergement dans le phare des îles du Pot à l\u2019Eau-de- Vie, au large de Rivière-du-Loup (duvetnor.com).Plusieurs autres phares valent le détour.Le plus ancien est situé sur l\u2019île Verte (phareileverte.com), à 30 km de Rivière-du- Loup.Le plus haut est à Cap-des-Rosiers (pharecapdesrosiers.ca), dans le parc Forillon.Mentionnons aussi le Musée des phares à La Martre (museedesphares.org/), où l\u2019on peut suivre l\u2019évolution du système d\u2019aide à la navigation; celui de Pointe-à-la-Renommée, à l\u2019anse à Valleau (pointe- a-la-renommee.com/); et, à quelques kilomètres à l\u2019est de Rimouski, celui de pointe au Père (pc.gc.ca/pointeaupere), tout près du musée de l\u2019Empress of Ireland aménagé en mémoire du naufrage de ce paquebot qui a fait plus de un millier de morts, le 29 mai 1914.É M I L E B O U L I A N E Île Verte La Martre Cap-des-Rosiers Festival de la Chanson de Tadoussac 60 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 ker s\u2019est échouée près de l\u2019île aux Œufs en 1711, entraînant dans la mort près de un millier de marins et soldats.Le Musée Louis-Langlois, à Pointe-aux-Anglais, rappelle d\u2019ailleurs cette page d\u2019histoire.Dangereux le Saint-Laurent?Il n\u2019empêche que le golfe a été un gagne-pain pour les premiers Nord-Côtiers et les Acadiens venus s\u2019installer dans la région.À Havre- Saint-Pierre, la maison de la culture Roland-Jomphe \u2013 dans l\u2019ancien magasin général de la Labrador Stores \u2013, rappelle ces temps de grandes pêches, tout comme, 150km plus loin, le site historique des Galets de Natashquan, un ensemble de petits «magasins», c\u2019est- à-dire de baraques de pêche, au moins centenaires et très bien conservés.On pourrait y entendre Gilles Vigneault.Il n\u2019est pas facile de longer le littoral au-delà de Kegaska, où se termine la route 138.Si, en hiver, la motoneige permet de franchir les rivières, en été, il faut se rabattre sur la navigation.Le bateau-ravitail- leur de Relais Nordik fait la navette entre les villages, jusqu\u2019à Blanc-Sablon.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut arriver à Bonne-Espérance et visiter le petit musée Whiteley qui fait aussi revivre les années de pêche intensive qu\u2019a jadis connues la région.En?n, à Blanc-Sablon, où l\u2019on peut voir passer les icebergs au printemps, le Centre d\u2019interprétation rappelle aussi la place importante qu\u2019occupait la morue.C\u2019est un séjour garanti oméga-3! Comme Jacques Cartier, vous pourrez ensuite remonter le golfe avec le bateau ravitailleur, jusqu\u2019à l\u2019ouest de l\u2019île d\u2019Anticosti, pour mettre le cap vers Rimouski.(Il faut cependant réserver et noter que les traversées ne se font qu\u2019une fois par semaine.) Ou bien vous reprenez la route, jusqu\u2019à Godbout ou Baie-Comeau où le traversier vous emmènera à Matane, en Gaspésie.Vous voilà côté sud.À Baie-des-Sables, 30km avant d\u2019arriver à Matane, un musée rappelle la dernière bataille navale qui s\u2019est déroulée sur le Saint-Laurent et qui a opposé la marine d\u2019Adolf Hitler et celle du Canada.En direction de la Gaspé- sie, \u2013 une des péninsules les plus illustres du monde, \u2013 des falaises spectaculaires se révèlent progressivement.À Sainte-Anne- des-Monts, le complexe Exploramer invite les visiteurs à une découverte unique: la vie sous-marine et la biodiversité du Saint- Laurent.Ceux et celles qui ne sont pas adeptes de la plongée s\u2019ouvrent alors à un monde qui leur est autrement inaccessible.Dans cette petite ville est aussi née l\u2019initiative de la Fourchette bleue, destinée à promouvoir des produits de la mer \u2013 cette année, 41 espèces! \u2013 autrement peu connus des cuis- Comme un navire Les Îles-de-la-Madeleine sont souvent décrites comme des perles au milieu du golfe.C\u2019est un pays en soi.Le seul coin du Québec qui pro?te d\u2019un climat résolument maritime, c\u2019est-à-dire un hiver doux et un été sans canicule ! Et des plages à n\u2019en plus ?nir (22 km de long pour la Dune-du-Sud) ! Lors de son premier voyage, en 1534, Jacques Cartier avait nommé ces îles « les Araynes », du latin arena pour dire « sable ».À ne pas manquer, le Musée de la mer, à Havre-Aubert (musée- delamer-im.com).C H A R L E S - E U G È N E B E R N A R D .M U S É E D E L A G A S P É S I E Musée de la Gaspésie Les Galets de Natashquan Ce n\u2019est pas encore la mer, mais on le croirait.L\u2019eau sent l\u2019iode, il y a la marée, et ses beaux mouvements prennent de l\u2019amplitude à mesure qu\u2019on approche du golfe.L\u2019estuaire du Saint- Laurent touche six régions : Bas-Saint-Laurent, Chau- dières-Appalaches, Charle- voix, Québec, Mauricie et Centre-du-Québec.Ne soyons pas «mon- tréalocentriques»! On peut entamer cette boucle en partant de la rive sud du lac Saint-Pierre, en empruntant la route 132, que les plani- ?cateurs touristiques ont baptisée «route des Navigateurs».Elle commence à Baie-du-Febvre, dans la région du Centre-du-Qué- bec, pour s\u2019étirer jusqu\u2019à Sainte-Luce-sur-Mer, un peu à l\u2019est de Rimouski.Au retour, on ira par bateau du côté nord, dans la région de Charlevoix.Soit à partir de Trois-Pistoles pour accoster à Les Escoumins, un peu passé Tadoussac; soit à partir de Rivière- du-Loup, pour aborder à Saint-Siméon.On s\u2019offrira ensuite le Saint-Laurent en le remontant jusqu\u2019à Québec puis Trois-Rivières.À VOIR EN CHEMIN Baie-du-Febvre nous met tout de suite au parfum: l\u2019estuaire est le royaume des oies blanches.Un Centre d\u2019interprétation nous explique l\u2019incroyable cycle de migration de cet oiseau voyageur (oies.com).L\u2019estuaire?On est dans le secteur désigné estuaire ?uvial par les géographes, même si, après Nicolet, le Saint-Laurent se resserre et reprend son allure de ?euve.En traversant la série de villages historiques qui le bordent \u2013 Deschaillons-sur- Saint-Laurent, Lotbinière, Sainte-Croix, Saint-An- toine-de-Tilly \u2013, on comprend mieux que jamais le lien intime que les ancêtres français ont rapidement établi avec le géant bleu.Quelque 150km plus loin \u2013 il faut être à vélo pour vraiment pro?ter du paysage spectaculaire \u2013, le parcours des Anses, à Lévis, offre aux cyclistes une vue imprenable, comme on dit dans les guides de voyages, sur la ville de Québec.Tout près du quai, le Lieu historique national du Chantier A.C.Davie rappelle la très grande époque des voiliers et des chantiers navals au XIXe siècle.Après la traversée des villages de Beaumont, de Saint-Michel-de-Bellechasse et de Saint-Vallier, une escapade s\u2019impose! On part Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 61 tots; des poissons comme la baudroie et le gaspareau, des algues comme l\u2019alarie.La vie entre mer et montagne que les Gaspésiens ont développée depuis Grande-Vallée jusqu\u2019à Sainte-Madeleine-de-la- Rivière-Madeleine en passant par Mont-Saint-Pierre nous est racontée comme une saga au Musée de la Gaspésie, à Gaspé (après une excursion tout le long du littoral du parc Forillon).C\u2019est aussi l\u2019une des étapes de la route de la Morue (routedelamorue.com), surnommée ainsi en hommage à ce poisson si étroitement associé à l\u2019histoire du Québec maritime.Juste avant d\u2019arriver à Percé et son monument géologique (le fameux rocher, bien sûr), les amateurs de nature peuvent apprécier la plus grosse lagune du Québec, le barachois de Malbaie, où les ornithologues et les oiseaux marins se donnent rendez-vous.Plus loin, quelques autres lieux à ne pas manquer du côté de la baie des Chaleurs: le Parc du Bourg de Pabos, assez peu connu des touristes, témoigne fort bien d\u2019une activité piscicole qui remonte au temps de la Nouvelle-France; la baie de Port-Daniel où on dit pêcher les meilleurs homards; le site historique du Banc-de-Pêche-de-Paspébiac (shbp.ca) dont les bâtiments d\u2019époque racontent en détail l\u2019histoire des pêcheurs de morue; le Musée acadien du Québec à Bonaventure; ainsi que le site patrimonial de la pointe Duthie, à New Richmond, un ancien port et chantier naval.En?n, pour remonter encore plus loin dans le temps \u2013 à près de 400 millions d\u2019années \u2013, le parc national de Miguasha nous apprend que les mers n\u2019ont pas toujours été pareilles ni les poissons qui les peuplent.Une belle façon de clore le circuit.lQS Québec \u2022 \u2022 Trois-Rivières \u2022 Baie-du-Febvre Baie-Saint-Paul \u2022 \u2022 Saint-Jean-Port-Joli \u2022 Lévis \u2022 La Malbaie \u2022 Rivière-du-Loup île d\u2019Orléans L\u2019 estuaire pour lire l\u2019histoire Le village de Lotbinière, où débute l\u2019estuaire.P I E R R E L A H O U D C L A U D E B O U C H A R D / T O U R I S M E Q U É B E C de Berthier-sur-Mer, «capitale de la voile», à bord du Vent des îles des Croisières Lachance, jusqu\u2019au Lieu historique national de la Grosse-île-et-le-Mémorial- des-Irlandais, un lieu patrimonial émouvant qui relate des décennies d\u2019immigration.Le Saint- Laurent, c\u2019est aussi un voyage dans le temps! À proximité, l\u2019île aux Grues offre également un passé à revisiter.C\u2019est à partir de Montmagny que l\u2019on peut y accéder, en traversier bien sûr.Mais attention: le Saint-Laurent parle à la Lune, il faut tenir compte des heures de marées pour bien plani?er ses déplacements.S \u2019il est facile de constater combien l\u2019histoire de tous les villages de la rive sud est associée au Saint-Laurent, une visite du Musée maritime du Québec, à L\u2019Islet, à 23km après Montmagny, nous en donnera la pleine mesure.Si on est à la ?n du mois d\u2019août, on s\u2019arrêtera à Saint-Jean- Port-Joli, le village voisin, pour célébrer cet attachement au Saint-Laurent dans le cadre du Festival des chants marins.La route des Navigateurs nous révèle la fabuleuse région de Kamouraska.Tout au long du parcours, des haltes maritimes (bsl.ca) ont été plani?ées.À certains endroits, on fait encore la pêche à l\u2019anguille et à l\u2019esturgeon.À goûter ! Avant de gagner Saint-Si- méon, sur la rive nord, par le traversier de Rivière-du- Loup, on s\u2019offrira un petit détour à l\u2019île Verte, juste un peu passé Cacouna, pour découvrir un cabinet de curiosités à nul autre pareil: le Musée du squelette, et le plus vieux phare du Québec, toujours debout contre vents et marées (www.ile- verte-tourisme.com).Et si on traversait plutôt à Les Escoumins depuis Trois-Pistoles?Alors il faut aller à l\u2019île aux Basques voir les fours à baleine qui témoignent du passage des premiers Européens \u2013 des Basques en l\u2019occurrence.Venus au XVIe siècle, ils chassaient les mammifères marins pour en tirer graisse et viande.Le site est aujourd\u2019hui la propriété de la Société Provancher d\u2019histoire naturelle.Côté nord, la région de Charlevoix nous offre un panorama radicalement différent du Saint-Laurent qui se dévoile ici dans toute sa splendeur (inoubliable même sans les couchers de soleil).Jusqu\u2019à La Malbaie, on se trouve à longer le parc marin du Saguenay\u2013 Saint-Laurent.Des excursions sont proposées en chemin (parcmarin.qc.ca).Toujours sur la 138 Ouest, il faut s\u2019arrêter à L\u2019Isle-aux- Coudres et visiter son musée Les Voitures d\u2019eau, rendez-vous immanquable des «saint-laurentphiles».En revenant de l\u2019île, à Saint-Jo- seph-de-la-Rive, on pourra en pro?ter pour découvrir le Musée maritime de Charle- voix et ses goélettes (musee- maritime.com).C\u2019est un événement survenu il y a 350 millions d\u2019années qui a pour ainsi dire sculpté l\u2019astroblème de Charlevoix et son paysage si typique.Un gigantesque astéroïde a alors percuté la Terre, formant un cratère, le onzième plus grand du monde.U ne fois franchies les montagnes charle- voisiennes, la côte de Beaupré et l\u2019île d\u2019Orléans (le paradis des agrotou- ristes) nous rappellent encore le lien important que devaient entretenir nos aïeux européens avec le Saint-Laurent.À Québec, premier établissement français permanent en Amérique du Nord, il faut visiter le Musée naval de Québec, avec une bonne pensée pour les pilotes et les navigateurs du ?euve.Car sans eux, la ville \u2013 et même le pays \u2013 n\u2019aurait même pas existé! On reprendra, vers l\u2019amont, la route 138 \u2013 le chemin du Roy, la première route d\u2019Amérique du Nord \u2013 où dé?lent les villages historiques, de Cap-Rouge (où Roberval a tenté d\u2019établir, en 1541 \u2013 50 ans avant Champlain \u2013 la première colonie française et dont témoigne le site archéologique Car- tier-Roberval), Saint-Augus- tin-de-Desmaures, Neuville, Donnacona, Portneuf, Cap- Santé, Deschambault-Gron- dines (où on peut visiter le Centre d\u2019interprétation du chemin du Roy), Sainte- Anne-de-la-Pérade, Batiscan, Champlain et Trois-Rivières où est racontée la grande histoire du papier au centre d\u2019histoire Boréalis.Pour revenir au point de départ, on emprunte le pont Laviolette, à Trois-Ri- vières, le plus long ouvrage à charpente métallique du Québec.Et on ne peut s\u2019empêcher de penser qu\u2019il en a coulé de l\u2019eau à cet endroit du ?euve depuis l\u2019époque de la drave et de la pitoune! lQS VUE SUR LE LARGE Les Éboulements, en Charlevoix Le pont Laviolette, à Trois-Rivières P A U L H U R T E A U - C L A U D E P A R E N T / T O U R I S M E Q U É B E C L a portion la plus peuplée du Saint-Laurent c\u2019est aussi celle qui est la moins visitée.À tort! Elle raconte les débuts de l\u2019agriculture, au temps des Amérindiens, et l\u2019aventure industrielle.Et cela a laissé pas mal de traces.Le ?euve touche ici les régions du Centre-du-Québec et de La- naudière, de la Montérégie et de Montréal.Jusqu\u2019à l\u2019Ontario et l\u2019État de New York! Cette fois, on partira de la source du ?euve, côté nord, à Kingston en Ontario.Puis, en empruntant la route 401 à partir de là, on descendra jusqu\u2019au lac Saint-François.On s\u2019arrêtera à Montréal où le Saint-Laurent est omniprésent, puis on continuera jusqu\u2019aux îles de Sorel.On reviendra du côté sud, par la 132 et l\u2019autoroute 15, jusqu\u2019à la frontière avec les États-Unis.Un périple historique aussi riche que méconnu! À VOIR EN CHEMIN La limite occidentale du Saint-Laurent se situe à Everett Point, sur le bord du lac Ontario, selon l\u2019Encyclopédie canadienne.À 44º 12\u2019 de latitude nord, plus précisément.En fait, c\u2019est un cap que l\u2019on rejoint par le boulevard Lakeshore à quelques kilomètres à l\u2019ouest du centre-ville de Kingston.Rien de franchement épatant.C\u2019est une banlieue tout ce qu\u2019il y a de plus ordinaire.Pourtant, les environs sont chargés d\u2019histoire.Fondée en 1673, Kingston a d\u2019abord été nommée Cataraqui par Frontenac.C\u2019est la plus ancienne ville de l\u2019Ontario.L\u2019endroit était hautement stratégique, puisqu\u2019il donnait accès, par l\u2019ouest, à la colonie.Histoire de bien faire le lien entre les Grands Lacs et le Saint-Laurent, on s\u2019arrêtera au Marine Museum of the Great Lakes (Marmuseum.ca).À Kingston, le débit du ?euve est déjà impressionnant avec ses 6000m3 d\u2019eau à la seconde qui courent entre les îles d\u2019un archipel s\u2019étalant sur une longueur de près de 80km, les Mille- Îles.On en compterait en fait 1865.Il faut dire qu\u2019une île est ici dé- ?nie comme tout morceau de terre d\u2019au moins 2m2 situé au-dessus du niveau de l\u2019eau 365 jours par année et où poussent au moins deux arbres ou arbustes.On y pense à deux fois avant de faire venir l\u2019émondeur\u2026 L\u2019ensemble a été désigné réserve de la biosphère de l\u2019UNESCO en 2002.Il a été appelé « l\u2019arche de Frontenac».Les départs pour des excursions en bateau sont proposés à Gananoque.On longera le ?euve côté nord en passant par Bro- ckville, Prescott et Morris- burg.Jadis, le Saint-Laurent était ici ponctué de rapides Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 63 Le leuve pour suire la Voie Les Mille-Îles, dont une partie a été désignée réserve de la biosphère de l\u2019Unesco.lac Saint-Pierre \u2022 Sorel \u2022 Montréal \u2022 Cornwall Brockville \u2022 \u2022 Kingston qui ont quasiment disparu lors de la construction de la Voie maritime.Nous sommes à 70m au-dessus du niveau de la mer.Ce sont les écluses de la Voie maritime qui permettent, depuis 1959, le passage des navires entre l\u2019Atlantique et les Grands Lacs.C\u2019est dans le cadre de ce mégaprojet d\u2019ingénierie qu\u2019a été érigé le barrage hydroélectrique Moses Saunders entre Massena, aux États-Unis, et Cornwall.En créant un réservoir nommé lac Saint-Laurent, il a fait disparaître sous l\u2019eau une demi-douzaine de villages.L\u2019écluse 21 est d\u2019ailleurs un lieu de plongée prisé : à 20m sous la surface, les plus aventureux peuvent reconnaître des vestiges engloutis il y a 60 ans.Upper Canada Village, entre Iroquois et Ingleside, rappelle justement l\u2019époque d\u2019avant les écluses.C\u2019est là qu\u2019ont été déménagées les maisons historiques des villages au- jourd\u2019hui disparus.À Cornwall, en aval du barrage, le ?euve s\u2019élargit un peu avant de gagner le lac Saint-François, frontière entre l\u2019Ontario et le Québec.À Coteau-du-Lac, à la hauteur de Valley?eld, un lieu historique national souligne l\u2019importance stratégique, technologique et économique des premiers ouvrages de canalisation du Saint-Laurent aux XVIIIe et XIXe siècles.On y met en lumière le rôle du ?euve dans les transports et les communications vers l\u2019intérieur du pays, depuis les temps paléohistoriques jusqu\u2019à nos jours.Sur le site, des circuits pédestres invitent à découvrir le jardin archéologique regroupant une vingtaine de bâtiments militaires, vestiges du premier canal à écluses forti?é construit en Amérique du Nord.Après avoir admiré au passage l\u2019impressionnant lac des Deux-Montagnes qui reçoit l\u2019eau de la rivière des Ou- taouais, le touriste rejoindra vite Montréal (une île, ce qu\u2019on oublie souvent !) par l\u2019ouest.Une visite du Vieux-Port et un arrêt à Pointe-à-Callière, musée d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal permet de mesurer toute l\u2019importance qu\u2019avait l\u2019eau en des temps anciens.Dans la crypte archéologique du musée, une fresque interactive retrace l\u2019histoire du développement 64 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 VUE SUR LE LARGE Le parc des îles de Boucherville, près de Montréal.P I E R R E L A H O U D portuaire de la métropole et une exposition évoque l\u2019épopée des corsaires du Saint-Laurent.On va ensuite, à l\u2019est de l\u2019île, apprécier l\u2019incroyable paysage où les eaux de la rivière des Prairies et de la rivière des Mille Îles se mêlent à celles du ?euve.Par la route 138, on traversera Repentigny, La- valtrie, Lanoraie et Berthier- ville avant de bifurquer vers les îles de Sorel (qui abritent la plus grande héronnière du monde), ainsi que vers l\u2019archipel du lac Saint-Pierre.Des entreprises proposent d\u2019ailleurs des excursions sur le lac, dont l\u2019importance écologique et la fragilité sont présentées dans une exposition permanente au Biophare de Sorel-Tracy, sur la rive sud, au con?uent de la rivière Richelieu.On y accède par traversier, depuis Saint-Ignace-de-Loyola sur l\u2019île du même nom.Il est temps d\u2019entreprendre la deuxième partie de la boucle.Par la 132, rive sud, on remonte le ?euve, passant par Verchères, Varennes, Boucherville, Longueuil, Saint-Lambert (vue spectaculaire sur les écluses qui permettent d\u2019éviter les rapides et d\u2019atteindre les lacs Saint-Louis et Saint-François), Sainte-Ca- therine, Beauharnois (autre vue spectaculaire, sur le barrage hydroélectrique).Il faut se permettre un petit détour et s\u2019arrêter au Musée québécois d\u2019archéologie (pointedubuisson.com), à la pointe du Buisson.Le site, exceptionnel, a été pendant 5000 ans le rendez-vous des populations amérindiennes.En longeant ensuite le lac Saint-François, toujours côté sud, on pourra continuer jusqu\u2019à Saint-Anicet (à 25km de l\u2019État de New York) et aller visiter le Centre d\u2019interprétation du site archéologique Drou- lers-Tsiionhiakwatha (site- droulers.ca).Cet ancien village iroquois est sans doute le mieux choisi pour boucler la boucle de notre périple.Une halte de ré?exion pour comprendre combien les cultures amérindiennes étaient liées à Magtogoek, « le chemin qui marche», ce Saint-Laurent mythique qui semblait promettre l\u2019Asie à ce bon vieux Jacques Cartier.lQS À consulter: http://itineraires.musees.qc.ca/ fr/?euve-saint-laurent Août ~ Septembre 2016 | Québec Science 65 Le Saint-Laurent, une richesse naturelle unique Apprenez-en plus sur ce que nous faisons pour protéger sa biodiversité, assurer la pérennité de ses usages et améliorer la qualité de son eau Vieux-Port de Montréal, une fenêtre attendue sur le ?euve.M A R C D U F R E S N E / I S T O C K P H O T O Il aurait pu s\u2019appeler le ?euve aux Anguilles, car il en gigotait des tonnes, jadis, dans ses grandes eaux, ou encore le ?euve aux Oies blanches, en l\u2019honneur de cette extraordinaire migration qui fait s\u2019arrêter les oies par centaines de milliers, deux fois par année, un peu partout le long de son cours, nombreuses comme des ?ocons de neige, belles et légères, symboles bruyants du passage du temps et du retour des saisons.Il aurait pu se dire la rivière Canada ou le grand ?euve Hoche- laga, comme il fut nommé à certaines époques, ou conserver son beau nom algonquin, Magtogoek, c\u2019est-à-dire «le chemin qui marche» ; mais non, il a fallu qu\u2019il s\u2019appelle Saint-Laurent parce que Jacques Cartier l\u2019a reconnu le jour de la fête de Saint- Laurent au calendrier des martyrs de l\u2019Occident chrétien.Si Cartier était passé le jour de la fête de Saint-Gontran, il n\u2019y aurait jamais eu de Laurentides : le curé Labelle aurait colonisé les Gontranides et le frère Marie-Victorin aurait écrit la ?ore gontranienne.Voyez ce que peut faire un mot, un seul mot.Il y aurait du Saint-Gontran partout, des bélugas du Saint-Gontran aux couchers de soleil du Bas-Saint-Gontran, et jusqu\u2019au fameux boulevard Saint-Gontran qui divise la ville de Montréal en deux.Dans sa con?guration actuelle, les géologues af?rment que ce ?euve est jeune, il n\u2019aurait que 10 000 ans.Durant les deux derniers millions d\u2019années, tout le pays se cachait, écrasé et gelé, sous des calottes de glace de très grandes épaisseurs.Ce furent les quatre âges glaciaires dont chacune des fontes a raboté, délavé, érodé et sculpté la surface du bouclier canadien.Le ?euve est jeune, mais il coule sur de la bien vieille pierre, de la pierre cambrienne datant d\u2019un milliard d\u2019années.Il aurait pu s\u2019appeler le ?euve du Grand Castor qui, prisonnier des glaces dans les lacs gigantesques de l\u2019amont, s\u2019ouvrit un chemin vers la mer en creusant une faille, à coup d\u2019incisives, entre les Appalaches et le Bouclier.Ne me dites pas que cette faille s\u2019appelle Logan, j\u2019en perdrais mes élans poétiques.Le ?euve est jeune, c\u2019est un berceau et un creuset, une vallée de la naissance et de la renaissance.Les gars de la rive nord voulaient séduire les ?lles de la rive sud, ils ont traversé pour aller accrocher leurs lanternes aux balcons de leurs belles, et les bébés ont suivi, des familles nombreuses, très nombreuses, des enfants partout, des petits gars qui ont retraversé sur l\u2019autre rive\u2026 Le ?euve est une maternelle, une promesse, une aube remplie de tous les espoirs.C\u2019est une pouponnière pour les bélugas, la grande frayère d\u2019entre les frayères.Il est assez grand pour recevoir de grandes baleines.Des légions de saumons y entrent, ce qui reste d\u2019anguilles en sortent pour leur long voyage vers la mer des Sargasses, des loups marins se prélassent sur ses berges.Des courants, des marées, tout ce ?euve est un incessant va-et-vient, un éternel bouillonnement de démesure et de turbulente beauté \u2013 il a d\u2019ailleurs protégé Québec de la marine anglaise qui n\u2019arrivait pas à comprendre ses mouvements et ses subtilités, ses traîtrises et ses complexités.Le ?euve n\u2019a jamais aimé les Anglais, il a brisé ses ?ottes, déprimé ses généraux, retardé ses projets d\u2019empire.Louis Jolliet avait fait du ?euve son commerce et son obsession.Hydrographe du roi, il passa sa vie à le cartographier, à l\u2019interroger, à le comprendre.Lui qui avait remonté le Ouisconsin \u2013 mot potaouatomi signi?ant « rivière rouge » ; lui qui avait reconnu la source du Mississipi à la hauteur de la Prairie du Chien ; lui qui avait descendu la Grande Rivière jusqu\u2019au pays des Alabamas ; lui qui avait failli périr dans les rapides de Lachine lors de son voyage de retour, on peut dire qu\u2019il s\u2019y connaissait en grandes eaux.Fréquentant les Innus, il devait d\u2019ailleurs connaître la légende du Grand Castor.Et sans doute aurait-il préféré, comme moi, que le ?euve porte un nom américain, algonquien, iroquoien ou même emprunté au vieux français des explorateurs, ces gens de peu de lettres, peut-être, mais pourtant si admirablement versés dans l\u2019art de nommer.Ce n\u2019est pas une question de goût, c\u2019est une question d\u2019amour et de poésie.Tant de gens ont aimé avec passion ce ?euve, tant d\u2019histoires humaines y sont associées, tant de sédiments de notre mémoire s\u2019y sont déposés, je ne peux pas croire qu\u2019il s\u2019agisse bêtement du ?euve Saint-Gontran, ou Saint-Laurent, ce qui revient au même.Il aurait pu s\u2019appeler le ?euve des Glaces de Janvier, de la Lune d\u2019Automne, du Grand Maskinongé.Le ?euve des verchères, des voiliers et des voiles, le ?euve des goélettes et des canots, des bateaux et des cargos, le ?euve des caboteurs, des naufrages, des pilleurs d\u2019épaves, le ?euve des fascines, des ?lets et des pêcheurs, des chasseurs de sauvagines, le ?euve du vent et des fantômes, la belle Échancrure, le grand Chemin d\u2019eau qui donne accès à trois mille kilomètres d\u2019Amérique, Saint-Gontran, priez pour nous ! lQS 66 Québec Science | Août ~ Septembre 2016 Le cours puissant du Saint-Gontran L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard P I E R R E L A H O U D civellité scdeniificrre le DORISS Ce TOUS | ; Han BOUCAR > a PLANETE VIVENTILS?at si NG Vi x ce ER || i 7 ae | a J ee, E\u201d ORTEGA / Pus A ' SOMMES-NOUS FAITS POUR VIVHE EN \\ MOLE POUR | VOTRE 4) Lig Ula oom Jac a ti Le LE tT : dll Mit des LE lj 2 ET ] ABON EZ-VOUS CIENCE-! 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