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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Octobre 2016, Vol. 55, No. 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2016, Collections de BAnQ.

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[" 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 OCTOBRE 2016 Plus du tiers de la population mondiale risque d\u2019être myope en 2020.Une épidémie qui affecte surtout les enfants.TOUS MYOPES?quEbEc SciEncE LE HUM, UN BRUIT QUI REND FOU LES FEMMES JOUENT-ELLES LES SECONDS VIOLONS DANS LES LABOS?.RÉALITÉ VIRTUELLE : UNE COURSE À OBSTACLES DEPUIS 20 ANS OCTOBRE 2016 CRISPR Le scalpel génétique qui changera le monde L\u2019orme du Vieux-Québec L\u2019érable à sucre de Laval Le peuplier de St-Henri L\u2019orme de Farnham Inscrivez votre vote en ligne du 1er au 30 se ptembre 2016 CHRONIQUES RUBRIQUES 4 BILLET Des souris et des WEIRD Par Marie Lambert-Chan 5 AU PIED DE LA LETTRE 47 MATIÈRES À LIRE P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : M A R I E - R E I N E M A T T E R A 14 Jean-Pierre Rogel Couguar : la légende continue\u2026 40 Normand Baillargeon Le retour de l\u2019eugénisme?49 Jean-François Cliche Un succédané de gravité 50 Serge Bouchard La machine à pinottes RÉALITÉ VIRTUELLE 24 Une nouvelle réalité?On dit que 2016 est l\u2019année de la réalité virtuelle.Pourtant, on af?rmait pareille chose il y a 20 ans ! Histoire d\u2019une course à obstacles qui est loin d\u2019être ?nie.Par Mélissa Guillemette GÉNIE GÉNÉTIQUE 32 Un scalpel génétique tout-puissant CRISPR; six lettres qui désignent des ciseaux génétiques appelés à changer la face du monde.Pour le meilleur et peut-être pour le pire.Par Joël Leblanc ÉNIGME SONORE 43 L\u2019abominable hum Un son grave et inexpliqué casse les oreilles du monde d\u2019un bout à l\u2019autre de la planète.Enquête pour trouver ce qui cause cet abominable hum.Par Mélissa Guillemette ACTUALITÉ ENTREVUE 6 LE DROIT DE RÉPLIQUE DE L\u2019ADN Luc-Alain Giraldeau, biologiste spécialisé en comportement animal, explique que la course à la réplication de l\u2019ADN forge le vivant encore aujourd\u2019hui, y compris dans nos comportements les plus intimes.Propos recueillis par Brïte Pauchet 9 DES TEXTOS POUR LA PAIX Dans le delta du ?euve Tana, une région du Kenya où les tensions ethniques sont vives, les rumeurs, abondantes et terri?antes, sont véri?ées et démenties un texto à la fois.Par Mélissa Guillemette 11 PARTAGE DES TÂCHES INÉGAL DANS LES LABOS Non seulement les femmes sont-elles moins nombreuses dans le monde de la recherche, mais elles occupent les seconds rôles.Par Mélissa Guillemette DOSSIER SANTÉ VISUELLE 16 Myopes comme des taupes Plus du tiers de la population mondiale risque d\u2019être myope en 2020.Une véritable épidémie laquelle, si rien n\u2019est fait, entraînera une hausse des maladies graves de l\u2019œil, y compris la cécité.Finirons-nous tous aveugles ?22 Une huile essentielle En Tanzanie, la cécité guette plus du tiers des enfants de moins de cinq ans, en raison de graves carences en vitamine A.L\u2019huile de cuisson pourrait changer la donne.Par Martine Letarte OCTOBRE 2016 P artout, on réclame une plus grande diversité : au petit comme au grand écran; au sein de la classe politique; dans les conseils d\u2019administration; dans la publicité; dans le sport professionnel; et même dans l\u2019univers des émoticônes.Le monde, tel qu\u2019on nous le présente, est trop blanc, trop mâle, trop hétéro.La science n\u2019échappe pas à cette mobilisation.Les études en biomédecine et en psychologie sont tout particulièrement pointées du doigt, car elles s\u2019entêtent à utiliser des cobayes faits sur le même moule.La biomédecine n\u2019en a que pour les mâles \u2013 tant chez les rongeurs que chez les humains \u2013, tandis que la psychologie concentre ses efforts de recherche sur ceux qu\u2019on appelle les WEIRD, l\u2019acronyme de « Western, Educated, Industrialized, Rich and Democratic », qui désigne des individus riches et éduqués issus de pays occidentaux, industrialisés et démocratiques.Pourquoi se borne-t-on à ces sujets ?En un mot, parce que c\u2019est plus pratique.Bâtir des échantillons en tenant compte systématiquement de données telles que le sexe, l\u2019origine ethnique, la culture ou l\u2019orientation sexuelle exige du temps et de l\u2019argent \u2013 deux éléments qui font souvent défaut aux chercheurs.Dans un monde scienti?que gouverné par la maxime « publier ou périr », il est plus commode de s\u2019en tenir aux WEIRD.Certains diront que cela facilite aussi la reproduction des études.Néanmoins, de plus en plus de voix s\u2019élèvent contre cette logique aux conséquences potentiellement délétères.Un chercheur de l\u2019université Clark au Massachusetts a démontré que, entre 2003 et 2007, 96 % des volontaires recrutés pour des études publiées dans les principales revues de l\u2019Association de psychologie des États-Unis étaient des WEIRD.Comment peut-on réellement comprendre la complexité de la pensée et des comportements humains en se basant sur un pro?l sociodémographique aussi uniforme ?L\u2019amour, l\u2019amitié, le deuil, le passage à l\u2019âge adulte, la parentalité; tout cela se vit et s\u2019exprime différemment d\u2019une culture à l\u2019autre.Il en va de même pour les problèmes de santé mentale.Par conséquent, n\u2019est-il pas présomptueux de croire que tout être humain peut béné?cier des traitements psychologiques découlant de ces études ?En juillet dernier, Jeffrey S.Mogil, professeur de psychologie à l\u2019Université McGill, a signé un commentaire publié par la revue Nature dans lequel il s\u2019insurge contre le fait que la recherche préclinique sur la douleur repose sur un boy\u2019s club à quatre pattes.Il signale que, en 2015, le journal scienti?que Pain a publié 71 études ayant eu recours à des souris.Combien ont choisi des cohortes 100 % mâles ?Cinquante-six.Pourtant, rappelle Jeffrey S.Mogil, les hommes et les femmes expérimentent la douleur différemment.« Nous [les chercheurs] manquons à nos devoirs si nous menons des recherches qui n\u2019utilisent que des rongeurs mâles, produisant ainsi des résultats qui pourraient ne pro?ter qu\u2019aux hommes », conclut-il.Heureusement, les organismes subven- tionnaires comme les National Institutes of Health aux États-Unis, et les Instituts de recherche en santé du Canada encouragent de plus en plus les chercheurs à inclure des animaux femelles dans leurs travaux.L\u2019argent étant le nerf de la guerre, on peut espérer que de telles initiatives fassent boule de neige et ouvrent la voie à toutes les formes de diversité.Car, par dé?nition, la science se tient loin des dogmes et des recettes toutes faites.Elle est ouverte d\u2019esprit et n\u2019hésite pas emprunter les chemins les moins fréquentés.Ne devrait-elle pas naturellement embrasser la diversité \u2013 et toute la complexité qui s\u2019y rattache ?Il ne peut qu\u2019en émaner des connaissances plus ?nes sur l\u2019humain, des médicaments et des traitements mieux adaptés et, au ?nal, une science moins ethnocentrique.*** Je tiens à prendre ces quelques lignes pour saluer mon prédécesseur, Raymond Lemieux.Pendant 22 ans, il a dirigé Québec Science de main de maître, contre vents et marées.Si ce n\u2019était de sa vision, de sa passion et de sa détermination, je n\u2019occuperais pas cette chaise aujourd\u2019hui \u2013 pas plus que vous ne tiendriez ce numéro entre vos mains.Merci Raymond ! lQS 4 Québec Science | Octobre 2016 Le billet Par Marie Lambert-Chan OCTOBRE 2016 VOLUME 55, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan mlchan@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Joël Leblanc, Martine Letarte, Brïte Pauchet, Jean-Pierre Rogel Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Michael Byers, Frefon, Alexi Hobbs, Marie-Reine Mattera, Donald Robitaille, Sébastien Thibault Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Septembre 2016 (532e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau www.quebecscience.qc.ca Pour noti?er un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada: 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis: 64 $, Outre-mer: 95 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca C M C A A U D I T E D DES SOURIS ET DES WEIRD En biomédecine et en psychologie, les cobayes se suivent.et se ressemblent un peu trop.Il est grand temps d\u2019y injecter de la diversité.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. LE SAINT-LAURENT BIEN-AIMÉ Vous avez été nombreux à apprécier notre numéro spécial «La redécouverte du Saint-Laurent».«Magni?que tour d\u2019horizon d\u2019un joyau et d\u2019une richesse oubliée, voire ignorée», commente Marc-An- dré Saint-Onge.De son côté, Gilles Côté dit avoir apprécié que nous ayons abordé le sujet du traitement de l\u2019eau du ?euve, bue quotidiennement par 3,7 millions de Québécois.«Dans la grande région de Québec, face à la qualité douteuse de cette eau [du ?euve et du lac Saint-Charles], il existe la solution de l\u2019approvisionnement d\u2019une eau plus ?able, celle de la rivière Jacques-Cartier», signale-t-il.Notre photo de la baudroie, ce poisson du golfe Saint-Laurent que les Québécois n\u2019ont pas l\u2019habitude de consommer, n\u2019a laissé personne indifférent.Nicolas Pellerin est catégorique: «Je n\u2019ai jamais rien vu d\u2019aussi laid!» Marilyn Thorne apporte une nuance : « Sous l\u2019eau, il est de toute beauté !» Sur notre page Facebook, l\u2019équipe de la revue d\u2019histoire naturelle Espèces, basée en Corse, nous con?rme que, en France, la baudroie est «considérée comme l\u2019un des meilleurs Octobre 2016 | Québec Science 5 Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Trois collaborateurs de Québec Science ont récolté les honneurs au cours des derniers mois.Notre chroniqueur Serge Bouchard a été décoré du grade d\u2019of?cier de l\u2019Ordre national du Québec.Il s\u2019agit de la plus prestigieuse reconnaissance décernée par le gouvernement québécois.Notre journaliste Marine Corniou a reçu la Médaille d\u2019excellence en journalisme dans le domaine de la recherche médicale, décernée par les Canadiens pour la recherche médicale et Sano?-Pasteur, pour son reportage «L\u2019or vert des pharmas», publié dans le numéro de juin-juillet 2015.Le texte, à relire en intégralité sur notre site, fait le point sur la « moléculture », une technique qui permet d\u2019utiliser des plantes pour fabriquer sur mesure des médicaments.Quant à la journaliste Hélène Matteau, elle a reçu une mention honorable lors des Prix du magazine canadien pour son dossier « Écrire ou taper » qui faisait la une de notre numéro d\u2019octobre 2015.Bravo à tous ! poissons du monde.[\u2026] On l\u2019appelle lotte et elle n\u2019est jamais présentée sur les étals avec la tête !» Ce numéro spécial était le dernier chapeauté par le rédacteur en chef Raymond Lemieux qui vogue vers de nouveaux dé?s aux éditions Mul- tiMondes, après 22 ans chez Québec Science.Félix Maltais, éditeur du magazine jeunesse Les Débrouillards, écrit: «Son dernier, un numéro formidable, et l\u2019un de ses.100 meilleurs !» Une lectrice, Michelle Belzile, rend hommage à notre ancien capitaine: «Merci beaucoup pour toutes ces années de partage scienti?que et humain.» ERRATUM Une erreurs\u2019estglissée dansl\u2019article«Le Saint-Laurent en vrai», à la page 59 de notre dernier numéro (août-septembre 2016).Le Centre d\u2019interprétation de la station de recherche des îles Mingan n\u2019est pas géré par le Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins; il s\u2019agit d\u2019une organisation autonome.DE QUOI ÊTRE FIERS J U L I E D U R O C H E R Il a suf?d\u2019une étincelle, d\u2019une seule molécule capable de se dédoubler pour que la vie apparaisse sur Terre.Ce hasard incroyable a amené l\u2019invention de millions d\u2019organismes dans un grand «copier- coller» du vivant.Dans son plus récent livre, Dans l\u2019œil du pigeon: évolution, hérédité et culture (Boréal), Luc-Alain Giraldeau, biologiste spécialisé en comportement animal et doyen de la faculté des sciences de l\u2019Université du Québec à Montréal, explique que cette course à la réplication de l\u2019ADN forge le vivant encore aujourd\u2019hui, y compris dans nos comportements les plus intimes.Propos recueillis par Brïte Pauchet Entrevue D O N A L D R O B I T A I L L E / A U M U S É E R E D P A T H \u2013 U N I V E R S I T É M c G I L L P ourquoi vous intéressez-vous à ce qui s\u2019est passé il y a 4 milliards d\u2019années pour expliquer le comportement des humains d\u2019aujourd\u2019hui?Avant de comprendre le comportement humain, ou celui du chien ou du lézard, il faut comprendre ce qu\u2019est la vie; ce qui l\u2019a créée.Pourquoi les animaux tiennent-ils tant à se reproduire?Dans le vivant, il n\u2019y a pas d\u2019autre logique que la reproduction.Comme le saumon qui vient mourir sur les galets pour se reproduire, nous ne sommes qu\u2019un agencement temporaire de gènes dont la seule fonction est d\u2019en faire d\u2019autres.Par ailleurs, la vie n\u2019a pas débuté avec l\u2019objectif de créer des humains.Une fois qu\u2019est apparue la première molécule «autoréplicante», alors a commencé la course à qui se multiplie le mieux.Nous n\u2019en sommes qu\u2019une version.Le pigeon en est une autre.C\u2019est ça qui est affolant : on n\u2019est qu\u2019une variante d\u2019une même course ! Cela démontre à quel point nous sommes uniques et éphémères.Autant en pro?ter pendant que ça dure.La course à la réplication de l\u2019ADN est-elle le principal élément qui explique nos comportements?Tout objet vivant (plante, animal, bactérie ou virus) se situe à l\u2019interaction constante entre deux histoires : une histoire qui n\u2019est pas tout à fait la sienne et dont il hérite \u2013 celle de sa lignée \u2013 et une histoire anecdotique, la sienne propre.Le comportement est le résultat de cette interaction.Il peut ainsi exister deux explications à un même comportement sans qu\u2019elles entrent en con?it l\u2019une avec l\u2019autre.Par exemple, je mange parce que je ressens personnellement la faim et je mange pour rester en vie.Y a-t-il un lien entre la sélection naturelle et la course à la réplication de l\u2019ADN?Tout le monde pense comprendre ce qu\u2019est l\u2019évolution par sélection naturelle sans réaliser qu\u2019elle s\u2019applique, encore aujourd\u2019hui, aux plantes, aux animaux et également à nous, les humains.Il ne peut y avoir de sélection naturelle sans multiplication du vivant.Il faut un groupe pour réaliser une sélection.6 Québec Science | Octobre 2016 LE DROIT DE RÉPLIQ UE Octobre 2016 | Québec Science 7 IQ UE DE L\u2019ADN 8 Québec Science | Octobre 2016 La sélection naturelle ne plani?e rien.Elle agit toujours dans le court terme: ce qui est bon pour moi ici et maintenant.Elle ne tient pas compte des conséquences.Dans leur course à la réplication, les gènes ont inventé toutes sortes de «véhicules»: les êtres vivants.Chacun est adapté à sa niche écologique.Le colibri a un bec ?n pour extraire le nectar des ?eurs.Si les ?eurs à longue corolle se raré?ent, seuls les colibris capables de se nourrir autrement transmettront leurs gènes.Ainsi, la sélection naturelle mène invariablement à l\u2019extinction d\u2019espèces: celles qui sont moins aptes, dans le sens biologique, c\u2019est-à-dire qui ne transmettront pas leurs gènes aux générations suivantes.Plus de 99% des espèces vivantes ont disparu depuis l\u2019apparition de la vie sur Terre.À quoi ressemblaient les premiers «réplica- teurs» de l\u2019ADN?Les paléobiologistes supposent que cette molécule capable d\u2019agencer les éléments qui l\u2019entourent a?n de produire une copie d\u2019elle-même était une sorte d\u2019acide ribonucléique apparié à une protéine dont il permettait la synthèse.Comment l\u2019être humain, réparti partout sur la planète, se positionne-t-il dans cette course à la survie?Les véhicules créés par les gènes varient: une cellule bactérienne, un assortiment de cellules, un organisme complexe, une colonie d\u2019abeilles où un seul individu, la reine, transmet les gènes pour tous.Selon le chercheur britannique Mark Pagel, la diversité culturelle des humains serait une évolution des gènes vers un autre type de regroupement : le «véhicule culturel».C\u2019est la somme des connaissances passées et actuelles d\u2019un groupe, transmises d\u2019une génération à l\u2019autre.Façonné par le langage et la soif d\u2019apprendre, il renferme les clés de la survie.C\u2019est pourquoi on se comporte envers le véhicule culturel d\u2019une manière qui a un sens biologique.Les humains s\u2019y entraident de manière très poussée.Ils risquent leur vie pour lui; par exemple, les pompiers.En conséquence, certains individus auront moins de chances de transmettre leurs propres gènes.Mais en protégeant le véhicule culturel, ils favorisent la réplication de ceux de leur groupe ou de leur fratrie, à l\u2019image de ce qui se passe chez les insectes sociaux.D\u2019un point de vue probabiliste, la survie du groupe est un moyen plus ef?cace de réplication des gènes que celle d\u2019un seul individu.Où se situe notre libre arbitre dans ce contexte?Les gènes ne contrôlent pas ?nement nos actions individuelles.Ils se chargent des besoins essentiels, de l\u2019instinct de survie, de la crainte de la mort, de l\u2019amour envers les enfants.Bref, tout ce qui favorise la transmission du matériel génétique.Le libre arbitre se situe entre ces fonctions de base et ce que nous sommes réellement.Le comportement est rarement déterministe.Il n\u2019y a pas de «gène de la violence» ou de «gène du racisme» comme il y a des gènes qui déterminent la couleur des yeux.Même si le véhicule culturel peut en partie expliquer certains comportements répréhensibles, nous avons le pouvoir d\u2019agir pour les désamorcer.lQS Pour en savoir plus : Dans l\u2019œil du pigeon : évolution, hérédité et culture, Éditions du Boréal, 2016.Entrevue Animation : Catherine Mathys, journaliste Réalisation : Michel Fénollar et Lamia Chraibi Dès le 21 septembre Les mercredis à 20 h 30 TÉLÉ + WEB PARTENAIRE MÉDIA © P H O T O : M É L A N I E E L L I O T T Octobre 2016 | Québec Science 9 Sur une carte satellite, il est facile de repérer la vallée du ?euve Tana: un long trait vert au milieu de la terre ocre de l\u2019est du Kenya.Pourtant, sa dernière portion avant d\u2019arriver à l\u2019océan Indien est nettement isolée du reste du pays sur le plan des infrastructures routières, mais aussi sur le plan social.Un véritable coin perdu, oublié.Si bien que le delta du Tana est dépourvu de médias locaux sérieux.Même le journal national y arrive en retard! L\u2019information se transmet donc d\u2019une personne à l\u2019autre, avec tout ce que le «téléphone arabe» génère comme distorsion\u2026 Un phénomène qui ne manque pas d\u2019attiser les tensions entre les Pokomo et les Orma, deux groupes ethniques de la région, qui ont connu des épisodes sanglants au cours des dernières années.«Si une personne disparaît dans un village, la rumeur voudra que ce soit cinq personnes une fois que l\u2019information sera relayée dans la localité suivante», illustre Christine Mutisya, diplômée en mathématiques et en développement international, et chargée de projet pour l\u2019initiative Una Hakika.Una hakika signi?e «es-tu certain?» en swahili, la langue nationale du pays.Il s\u2019agit d\u2019un projet mis sur pied par The Sentinel Project, une organisation non gouvernementale (ONG) canadienne qui souhaite que la population se questionne davantage avant de croire aux nombreux ouï-dire causant insécurité et violence.Pour mener ce combat contre les rumeurs, l\u2019ONG utilise une arme inusitée : les cellulaires.On dit souvent que tout le monde a un cellulaire en Afrique.Ce n\u2019est pas faux.Dans le delta du Tana, plus de 85% des adultes en possèdent un.Depuis octobre 2013, les habitants acheminent des rumeurs par textos, de façon anonyme, à Una Hakika.Elles sont véri?ées par des citoyens «ambassadeurs» dispersés sur le territoire, et aussi par des chefs de villages, des ONG et les forces policières.Le résultat de cette enquête est renvoyé par messagerie texte aux abonnés.Les références ethniques sont effacées.«On parlera d\u2019un fermier, sans préciser que c\u2019est un Pokomo», indique, par exemple, Christine Mutisya.L\u2019équipe d\u2019Una Hakika a vite réalisé qu\u2019un bon lot d\u2019informations en circulation sont complètement fausses.Sur les 400 rumeurs uniques que l\u2019organisme avait véri?ées entre ses débuts et mars 2016, moment où nous l\u2019avons visité, seulement la moitié se sont révélées fondées.Les cancans les plus récurrents concernent des vols ainsi que des individus inconnus et armés aperçus à proximité d\u2019un village.«Ces racontars ne sont pas faciles à véri?er», admet Christine Mutisya.Des rumeurs courent DES TEXTOS POUR LA PAIX Dans le delta du ?euve Tana, une région du Kenya où les tensions ethniques sont vives, les rumeurs, abondantes et terri?antes, sont véri?ées et démenties un texto à la fois.Par Mélissa Guillemette Actualités M É L I S S A G U I L L E M E T T E Des habitants du delta du ?euve Tana participent à une réunion où on leur explique le projet Hakika. 10 Québec Science | Octobre 2016 également à propos du groupe islamiste Al-Shabab, alors que la frontière avec la Somalie, pays d\u2019origine de cette organisation terroriste, est tout près.Quand l\u2019équipe tombe sur une information véridique qui pourrait mettre le feu aux poudres, c\u2019est une autre histoire.Les responsables tentent de calmer le jeu avant de prononcer leur verdict.Christine Mu- tisya se souvient d\u2019un cas où des vaches avaient été volées.«Des éleveurs d\u2019un village sont entrés dans les maisons d\u2019un autre village pour abattre ceux chez qui de la viande cuisait, les jugeant coupables.On a reçu cette information alors que ça se passait.On a dit à nos usagers : \u201cOn fait des véri?cations, il est important de demeurer calme, la police est sur le dossier.\u201d Si on avait tout de suite con?rmé l\u2019événement, plus de vies auraient été perdues.» Dans de tels cas, le rapport d\u2019Una Hakika est acheminé aux abonnés, une fois la poussière retombée.L\u2019équipe transmet également des renseignements importants, comme le lieu où s\u2019enregistrer en vue des élections.«La désinformation est particulièrement intense en période électorale, explique la chargée de projet.Au moins, on fournira des renseignements exacts.» En 2015, les usagers ont donné une note de 8,5/10 au projet pour ses effets bénéfiques contre la circulation des rumeurs.Et l\u2019adoption par la population est plutôt bonne; plus de 2 500 personnes ont adhéré au service et ce nombre ne cesse d\u2019augmenter.Pas si mal, quand on considère que les abonnés partagent l\u2019information reçue avec 30 personnes en moyenne.«Les gens adorent ce qui est gratuit ! » analyse Kode Komorra, un des ambassadeurs d\u2019Una Hakika, qui vit à Garsen, une petite ville du delta.Bien que ses parents soient originaires de la région, ce jeune homme de 28 ans a passé les 14 premières années de sa vie à Nairobi, la capitale, où il a côtoyé des gens appartenant aux 47 ethnies recensées au Kenya.Il a été étonné des tensions raciales lors de son déménagement dans le delta en 2002; en tant que Pokomo, il considère les Orma comme ses frères.«J\u2019ai joint Una Hakika pour changer mon peuple.Ce n\u2019est pas facile, mais au moins, on essaie.» Quand une rumeur concerne sa ville, il procède à des véri?cations pour aider Una Hakika dans son analyse.Le succès du projet est tel que The Sentinel Project en implante une version semblable en Birmanie, où les Rohingya, des musulmans, sont persécutés.«On aimerait être présent au Burundi aussi, si on obtient du ?nancement», indique Christine Mutisya.Elle espère néanmoins que, un jour, la population du delta du Tana ne dise plus una hakika, mais plutôt hakuna matata : «pas de soucis», en swahili.lQS « J\u2019ai joint Una Hakika pour changer mon peuple.Ce n\u2019est pas facile, mais au moins, on essaie.» \u2013 Kode Komorra, ambassadeur du projet. La place des femmes en recherche scienti?que semble encore être à la cuisine.Bon, elles ne sont pas aux chaudrons, mais bien aux pipettes, aux microscopes et aux boîtes de Petri; bref, à la partie expérimentale d\u2019une étude.C\u2019est d\u2019ailleurs la seule portion du travail où les chercheuses sont plus susceptibles d\u2019être présentes que les chercheurs, selon une vaste recension menée par Vincent Larivière, professeur à l\u2019Université de Montréal, ainsi que des collègues de l\u2019Université du Québec à Montréal et de l\u2019université de l\u2019Indiana à Bloomington.Ils ont examiné 85000 articles dans le domaine des sciences biomédicales parus dans les journaux en ligne PLOS entre 2008 et 2013.Sur le lot d\u2019auteurs, environ le tiers étaient des femmes.Rien de nouveau sous le soleil; de nombreuses études ont déjà fait état de cet écart.«Mais on est allé voir qui fait quoi», raconte Vincent Larivière qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante.Dans PLOS, la contribution de chacun des chercheurs d\u2019un même article est clairement détaillée, ce qui n\u2019est pas le cas dans toutes les publications.Des informations précieuses qui ont révélé que, toutes proportions gardées, les femmes sont 50% plus susceptibles de mener les expériences au laboratoire que les hommes, autant au début qu\u2019à la ?n de leur carrière.Pendant ce temps, les hommes se chargent majoritairement de la conception de l\u2019étude, de la contribution matérielle et de l\u2019écriture de l\u2019article.Quant à l\u2019analyse de données, c\u2019est une tâche légèrement plus masculine en début de carrière et légèrement plus féminine en ?n de carrière.«Le fossé est immense, constate Vincent Larivière.Aux hommes va le plus conceptuel; aux femmes, le plus technique.» Plus un chercheur des sciences biomédicales avance dans sa carrière, moins il s\u2019occupe de la partie expérimentation.Ce n\u2019est pas que cette tâche soit moins importante, bien au contraire.«C\u2019est une activité au cœur de la recherche ! assure Vincent Larivière.Les femmes contribuent donc directement à la qualité de la science.» Néanmoins, le temps passé au microscope leur gobe beaucoup de temps et, en ?n de compte, mine leur productivité.Pas étonnant que, individuellement, les chercheuses écrivent moins d\u2019articles scienti?ques que leurs collègues masculins.Pourquoi se retrouvent-elles davantage « les deux mains dans les données » ?Vincent Larivière propose deux hypothèses : «Soit il leur est plus dif?cile d\u2019obtenir des postes de direction de laboratoire, ou alors c\u2019est qu\u2019elles sont moins capables de déléguer quand elles y parviennent, ce qui contribue à les surcharger.Des forces sociales les cantonnent dans ces rôles de collecte et d\u2019analyse des données.Je ne suis pas convaincu que c\u2019est ce qu\u2019elles souhaitent.» Pour illustrer ces obstacles structurels, le chercheur cite le cas type d\u2019une scienti?que qui ?nit son doctorat vers 30 ans: «Que se passe-t-il souvent à cet âge?Le désir d\u2019avoir des enfants.Plutôt que d\u2019aller faire un postdoctorat aux États-Unis, ce qui l\u2019aiderait à obtenir un poste de directrice de laboratoire, elle va plutôt prendre un poste de technicienne.En général, les hommes sont plus mobiles.» C\u2019est navrant, mais le long congé parental québécois, qui fait l\u2019envie de tous à l\u2019échelle internationale, nuit aussi à l\u2019avancement des chercheuses.«Elles écrivent moins à cause de cette longue absence et manquent les discussions de corridor informelles, mais importantes.À l\u2019opposé, les hommes qui prennent un congé parental en profitent pour écrire deux articles!» La pression sur les femmes est différente au boulot comme à la maison.Qui doit agir maintenant pour s\u2019assurer que les femmes parviennent là où elles le veulent vraiment?«Tout le monde! Depuis les chercheurs jusqu\u2019aux gouvernements, en passant par les départements universitaires !» s\u2019exclame Vincent Larivière, trop conscient de sa chance, en tant que jeune papa parvenu à la tête d\u2019une chaire de recherche, d\u2019être en mesure de déléguer les portions plus techniques de son travail.lQS Octobre 2016 | Québec Science 11 PARTAGE DES TÂCHES INÉGAL DANS LES LABOS Non seulement les femmes sont-elles moins nombreuses dans le monde de la recherche, mais elles occupent les seconds rôles.Par Mélissa Guillemette Actualités 12 Québec Science | Octobre 2016 Des superhéros de bande dessinée, lequel est le plus puissant ?Les étudiants de l\u2019université Leicester, au Royaume-Uni, ont minutieusement évalué leurs pouvoirs à la lumière des lois et des principes scienti?ques.SUPERMAN serait le meilleur des superhéros.Il supplante théoriquement tous ses rivaux avec sa capacité à générer une vague d\u2019énergie solaire qui brûle tout dans un rayon de un demi- kilomètre.Bien qu\u2019il s\u2019alimente à l\u2019énergie solaire avec la même ef?cacité qu\u2019une cellule photo- voltaïque, il lui est impossible de voler aussi longtemps que dans les bédés, soit huit heures à altitude constante.Les cellules de WOLVERINE se régénèrent très rapidement, en cas de blessure, et à l\u2019in?ni.Ce pouvoir est toutefois incompatible avec la limite de Hay?ick, qui veut qu'une cellule dispose d'un nombre maximal de divisions.SPIDERMAN utilise une soie d\u2019araignée ayant un diamètre de 1 cm.Une taille disproportionnée par rapport aux besoins du tisseur de toile ! En effet, un seul de ses ?ls peut soutenir 8 800 kg.Par ailleurs, la soie d\u2019araignée a une élasticité de 40 %, ce qui risquerait de faire en sorte que le héros percute le sol.Oups ! La combinaison d\u2019IRON MAN devrait faire 3 m d\u2019épaisseur pour réellement résister aux projectiles et aux explosions.BATMAN est le moins bien loti.Il n\u2019a pas de pouvoirs, outre sa cape qui lui permet de planer.À la vitesse à laquelle il ?le, il aurait en réalité besoin d\u2019un parachute, ou d\u2019une quelconque technologie a?n de ralentir, s\u2019il veut atterrir sans se tuer.CANADA 6,3 7,4 GUATEMALA 9,1 9,5 BRÉSIL 10,7 10,4 GROENLAND 14,5 15,4 INDE 4,6 2,9 CORÉE DU SUD 20,1 15,1 MADAGASCAR 1,52,8 10,3 AUSTRALIE 10,4 NIGER 2,0 3,8 1 2 4 3 5 Certaines populations sont davantage en croissance que d\u2019autres.Littéralement ! Des chercheurs ont combiné près de 1 500 études menées partout dans le monde pour comparer l\u2019évolution de la taille des personnes de 18 ans, entre 1914 et 2014.Une forte poussée de croissance s\u2019expliquerait par l\u2019amélioration des conditions de vie et de l\u2019alimentation pendant l\u2019enfance \u2013 ce qui semble malheureusement faire défaut aux jeunes adultes en Afrique et en Asie du Sud, comme l'illustre la carte ci-dessus.Une étude de taille FEMME HOMME Croissance en cm Capsules S O U R C E : E L I F E DES HÉROS NULS EN SCIENCE La route du cannabis Une partie de la route de la soie, liant l\u2019Europe et l\u2019Asie, a d\u2019abord servi de route du cannabis ! C\u2019est du moins ce qu\u2019avancent des chercheurs allemands qui ont effectué une revue de la littérature scienti?que pour publier un article dans Vegetation History and Archeobotany.Ils ont découvert des traces de l\u2019usage du cannabis en Europe et en Asie de l\u2019Est datant de plus de 8 000 ans.Toutefois, des peuples nomades qui vivaient au nord de la mer Noire auraient contribué à populariser la plante et ses fruits, il y a environ 5 000 ans, au ?l de leurs échanges commerciaux et des migrations autant vers l\u2019est que vers l\u2019ouest.Les premiers pushers, quoi ! Les carnivores seront confondus Un végéburger qui imite le brunissement de la viande hachée cuite sur le gril.Voilà ce qu\u2019ont réussi des étudiants de l\u2019Université McGill.Ils ont remporté un prix, à la conférence internationale du Institute of Food Technologists, avec une boulette qui reproduit la texture, le goût et l\u2019apparence de la viande du burger traditionnel.Elle est composée de shiitakes, de protéines de soya texturées et de légumineuses.Des extraits riches en anthocyanes lui donnent sa couleur rouge qui change lors de la cuisson.Les étudiants cherchent maintenant des investisseurs pour arriver à commercialiser leur trompe-l\u2019œil protéiné.Le paradoxe de la ménopause Est-ce le vieillissement qui cause la ménopause ou l\u2019inverse ?Un questionnement presque aussi complexe que celui de l\u2019œuf et de la poule ! Des chercheurs de l\u2019université de Californie à Los Angeles (UCLA) pensent pouvoir y répondre, après avoir analysé le sang et la salive de 3 100 femmes.Ils ont découvert que la ménopause accélère le vieillissement des cellules de 6 %.L\u2019insomnie pourrait être en cause, selon une autre étude de l\u2019UCLA regroupant quelque 2 000 participantes.Les cellules des femmes ménopausées et insomniaques avaient l\u2019équivalent de près de deux ans de plus que celles des femmes du même âge qui dormaient bien.« Ne pas avoir suf?samment de sommeil réparateur pourrait affecter plus que notre fonctionnement du lendemain; cela accélère peut-être le tic-tac de notre horloge biologique », avance l\u2019un des auteurs, Judith Carroll.De quoi faire davantage d\u2019insomnie\u2026 Octobre 2016 | Québec Science 13 500 ans C\u2019est l\u2019âge que pourraient atteindre certains requins du Groenland, selon une étude parue dans Science.En mesurant le taux de carbone 14 «emprisonné» année après année, depuis leur vie fœtale, dans les yeux de 28 requins du Groenland pêchés entre 2010 et 2013, une équipe de l\u2019université de Copenhague a pu déterminer que le plus gros spécimen (5 m de long) avait entre 272 et 512 ans\u2026 Voilà qui en fait le doyen des vertébrés, détrônant une baleine boréale âgée de 211 ans.U N I V E R S I T É M c G I L L P I C T U R E - A L L I A N C E / D P A / O C E A N S I M A G E 14 Québec Science | Octobre 2016 Dans mon coin de forêt en Estrie, un voisin m\u2019a récemment plongé dans des histoires de félins fantômes.Il croyait avoir aperçu, un soir, un couguar \u2013 aussi appelé puma, lion des montagnes ou panthère \u2013 au détour d\u2019un sentier.Grand et sombre, l\u2019animal a disparu devant lui en quelques bonds souples.L\u2019assemblée des voisins s\u2019est aussitôt mise sur le cas.Voyons, quelle taille avait-il exactement?Quelle couleur?Avait-on vu la queue?Des empreintes?On l\u2019aime tant au Québec, cette légende.On a du mal à croire qu\u2019elle ait disparu.Jadis commun au Canada, le grand félin à robe fauve trouvait une abondante nourriture dans nos forêts \u2013 surtout des cerfs de Virginie \u2013, mais il a été pourchassé par les colons effrayés.Parmi les témoignages d\u2019époque, un des plus révélateurs est rapporté par l\u2019ethnologue états-unien Cyrus Thomas dans son livre Contributions to the History of the Eastern Townships, publié en 1868.Le récit concerne le neveu de Nicholas Austin, pionnier et fondateur du village des Cantons-de-l\u2019Est qui porte aujourd\u2019hui son nom: «Arrêtant son traîneau, il (Nicholas Austin junior) lança sauvagement sa hache en direction du monstre.Ayant manqué son coup, il ramassa une barre de métal dont on se servait pour les billots de bois et la lança violemment sur le ?anc de l\u2019animal, qui alors sortit d\u2019un bond et s\u2019enfuit.» Le lendemain, précise l\u2019auteur, le courageux colon traqua la «panthère» et l\u2019abattit à coups de fusil.Pour revenir à la silhouette aperçue, notre comité d\u2019enquête s\u2019est prononcé pour un lynx roux.Sa queue était courte, mon voisin en était certain; ce ne pouvait donc être Puma concolor couguar, la sous-espèce indigène appelée couguar de l\u2019Est.Voilà qui n\u2019est pas une surprise car, selon les biologistes, elle a disparu de nos forêts.Mais attention! Même s\u2019il n\u2019existe plus de véritable population au Québec (si c\u2019était le cas, on retrouverait les carcasses des proies et on aurait des images des couguars sur les caméras installées en forêt par les techniciens de la faune et les chasseurs), cela n\u2019empêche pas qu\u2019il y ait encore des individus isolés.Ce qui renforce cette hypothèse, c\u2019est que des biologistes ont relevé des poils de couguars dans plusieurs régions \u2013 en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent et en Estrie \u2013 sur des pièges installés à cet effet; des «poteaux de frottage».J\u2019entends les sceptiques : «Et comment sait-on qu\u2019il s\u2019agit de couguars?» Réponse scienti?que : grâce à une analyse d\u2019ADN des poils en question.Publiée en 2013 par l\u2019équipe du biologiste François-Joseph Lapointe de l\u2019Université de Montréal, l\u2019étude démontre que, sur un total de 19 échantillons positifs d\u2019ADN de couguar, 3 sont d\u2019origine indéterminée, 10 appartiennent à la sous-espèce de l\u2019Amérique du Nord et 6 à celle d\u2019Amérique du Sud.Qu\u2019est-ce que tout cela signi?e?D\u2019une part, il est possible que des couguars d\u2019origine sud-américaine aient été achetés très jeunes comme animaux de compagnie, puis relâchés à l\u2019âge adulte.Des cas sans doute exceptionnels, mais on sait que les grands félins font l\u2019objet d\u2019un tra?c illégal.Que faire lorsque le sympathique bébé couguar se transforme en un fauve réclamant ses 10kg de viande par jour et de l\u2019espace à explorer?On le libère discrètement dans une forêt proche.D\u2019autre part, il est aussi possible que quelques couguars du centre du continent aient migré jusque dans nos régions.Qu\u2019ils aient parcouru quelque 3000km paraît invraisemblable, mais on possède une preuve à l\u2019effet du contraire.En 2011, un couguar mâle a été frappé à mort par une camionnette sur une route du Connecticut.Par chance, son pro?l ADN ?gurait dans une banque de recherche scienti?que; on a pu ainsi déterminer qu\u2019il était né au Dakota-du-Sud, quatre à cinq ans plus tôt (au passage, admirez la fantastique capacité d\u2019endurance chez cet animal!).Permettez-moi de fabuler, d\u2019imaginer un scénario, surtout qu\u2019il nous reste, au Québec, de grandes zones de forêts peu habitées.«Nos» couguars, ces fantômes trahis par leurs poils, ne pourraient-ils pas se rencontrer, se reproduire et, à terme, arriver à constituer une population là où ils avaient disparu?De l\u2019extinction annoncée au retour non programmé\u2026 Un destin singulier pour un animal qui l\u2019est tout autant.lQS Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel COUGUAR : LA LÉGENDE CONTINUE\u2026 Du couguar de l\u2019Est, il reste des fantômes et des cousins échappés.Mais le grand félin n\u2019a peut-être pas dit son dernier mot.E R I C I S S E L É E : I S T O C K P H O T O 80% DE L\u2019APPRENTISSAGE d\u2019un enfant passe par sa vision et pourtant, 2 enfants sur 3 font leur entrée à l\u2019école sans même que leur vision et leurs yeux n\u2019aient été examinés.Les enfants ne peuvent pas savoir s\u2019ils voient normalement.Un examen de la vision complet par un optométriste à chaque année, et ce, jusqu\u2019à l\u2019âge adulte, contribue à la réussite scolaire de vos enfants.Et puisque cet examen est couvert par la RAMQ pour les moins de 18 ans, il n\u2019y a pas de raison de s\u2019en passer.QUE FERONT VOS ENFANTS QUAND ILS SERONT GRANDS?Aidez vos enfants à réaliser leurs rêves, contactez votre optométriste aoqnet.qc.ca A C C E S S O I R E S : M E R C I À D O C T E U R C H R I S T I A N P I E T T E , O P T O M É T R I S T E 16 Québec Science | Octobre 2016 Octobre 2016 | Québec Science 17 À huit ans, Violette Bour- deau a commencé à lire difficilement au tableau et à souffrir de maux de tête.Au point que son enseignante a cru bon d\u2019en informer ses parents.Leur ?lle, écrivait-elle, plissait constamment les yeux pour tenter de mieux voir en classe; il serait important qu\u2019elle passe un examen de la vue.La mère de Violette, Roxane Lessard, était stupéfaite: la petite était allée chez l\u2019optométriste quelques mois plus tôt et tout était parfait.Sa ?lle serait-elle devenue myope en si peu de temps?Violette n\u2019est pas la seule dans cette situation.La myopie connaît une progression fulgurante, constate avec inquiétude l\u2019optométriste Patrick Simard.Et elle frappe des enfants de plus en plus jeunes.«Avant, on voyait la myopie apparaître chez les enfants vers l\u2019âge de 13 ou 14 ans, alors que, maintenant, c\u2019est souvent autour de 10 ans», explique le docteur Simard, chargé de clinique en lentilles cornéennes à l\u2019École d\u2019optométrie de l\u2019Université de Montréal (UdeM).Aujourd\u2019hui, en Amérique du Nord et en Europe, environ la moitié des jeunes adultes sont myopes.C\u2019est plus du double qu\u2019il y a 50 ans.L\u2019Asie de l\u2019Est atteint toutefois des sommets : dans de nombreuses régions, plus de 9 jeunes adultes sur 10 voient mal les objets éloignés.On compte désormais environ 2 milliards de myopes sur Terre, d\u2019après l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Parmi eux, 200 millions sont atteints d\u2019une forte myopie, un trouble qui peut conduire à la cécité.«C\u2019est une épidémie et aucune région n\u2019est épargnée», af?rme Silvio Paolo Mariotti, responsable du programme de prévention de la cécité à l\u2019OMS.Et cette épidémie prend de l\u2019ampleur.D\u2019après certaines estimations, le tiers de la population mondiale, soit 2,5 milliards de personnes, aura du mal à voir de loin d\u2019ici 2020.Pis, en 2050, la myopie affectera la moitié de la planète.M Y O P E S C O M M E D E S T A U P E S Plus du tiers de la population mondiale risque d\u2019être myope, en 2020.Une véritable épidémie laquelle, si rien n\u2019est fait, entraînera une hausse des maladies graves de l\u2019œil, y compris la cécité.Finirons-nous tous aveugles ?Par Martine Letarte Photos: Marie-Reine Mattera 18 Québec Science | Octobre 2016 reportage lorem MYOPIE POUR LES NULS Qu\u2019est-ce donc que ce mal qui touche désormais les jeunes de façon si foudroyante ?Concrètement, l\u2019œil myope est plus allongé que l\u2019œil normal.On peut même prédire une myopie en observant la croissance de la longueur axiale de l\u2019œil, c\u2019est-à-dire la distance entre le fond de l\u2019œil et la cornée.Chez l\u2019adulte, la longueur axiale de l\u2019œil normal se situe entre 23 mm et 24 mm.Par contre, si l\u2019œil d\u2019un enfant atteint 23,5 mm, on peut prédire qu\u2019il deviendra myope.Avec le temps, les objets reculés lui apparaîtront de plus en plus ?ous, car la focalisation de l\u2019image s\u2019opérera en avant de la rétine, plutôt que dessus.Jusqu\u2019à quel point ?Le degré de myopie varie d\u2019un individu à l\u2019autre.Pour le mesurer, on calcule la distance entre l\u2019œil et le point le plus éloigné encore vu clairement.On mesure la puissance des verres correcteurs en dioptries.Avec une myopie de -1 dioptrie, l\u2019œil voit net jusqu\u2019à 1 m; à -2 dioptries, jusqu\u2019à 50 cm; et à -5, jusqu\u2019à 20 cm seulement.En Amérique du Nord, dans les dernières décennies, le degré moyen de la myopie est passé de -2,5 à -3,5 dioptries.À QUI LA FAUTE?Depuis toujours, on soupçonnait la génétique pour expliquer la myopie d\u2019un enfant.Bien sûr, le fait d\u2019avoir des parents myopes augmente grandement le risque de le devenir à son tour.Les recherches démontrent toutefois que l\u2019environnement dans lequel cet enfant évolue joue un rôle important.En effet, si nos ancêtres exerçaient chaque jour leur vision de loin pour chasser le mammouth ou scruter leurs champs jusqu\u2019à l\u2019horizon, le mode de vie actuel des pays industrialisés nous force à passer de plus en plus de temps entre quatre murs à utiliser notre vision de près, ce qui favoriserait le développement de la myopie.«L\u2019avènement de la scolarisation et la grande place qu\u2019occupe la lecture dans nos vies sont des éléments relativement nouveaux pour l\u2019espèce humaine », rappelle Langis Michaud, président de l\u2019Ordre des optométristes du Québec.« Une théorie, pas admise par tous cependant, explique que le système visuel chercherait à s\u2019adapter à nos besoins de façon à être plus ef?cient, poursuit le docteur Michaud.La vision est très énergivore pour le cerveau; elle utilise le tiers des neurones sensoriels.Le cerveau ramènerait donc son plan de focalisation là où sont ses besoins pour utiliser le moins d\u2019énergie possible en effectuant la tâche demandée.Nous ne chassons plus le mammouth, mais nous avons les yeux collés sur un écran huit heures par jour, alors c\u2019est devenu le principal besoin.» Des statistiques soutiennent cette théorie.Par exemple, la prévalence de la myopie est plus élevée chez les personnes qui ont fait de longues études.C\u2019est aussi le cas de celles qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires.L\u2019image caricaturale du jeune studieux à lunettes reposerait donc sur une base solide.On remarque aussi que la myopie est principalement une maladie de pays riches et industrialisés, et qu\u2019elle gagne du terrain à mesure que les économies se développent.Une analyse prédictive publiée dans Ophthalmology indique que, en Afrique par exemple, la myopie, qui touche au- jourd\u2019hui moins de 10% de la population, devrait atteindre entre 20% et 30% des gens en 2050.En Amérique latine, un individu sur quatre est myope; et, en 2050, ce sera un sur deux.D\u2019autres recherches ont prouvé que la myopie se retrouve moins chez les enfants qui passent davantage de temps que la moyenne à l\u2019extérieur; et qu\u2019elle progresse chez eux moins rapidement.«L\u2019intensité de la lumière extérieure jouerait un rôle régulateur», explique Langis Michaud.À preuve, une étude menée sur 1900 écoliers chinois a montré que le fait de jouer 40 minutes de plus dehors chaque jour diminuait de 23% la survenue de la myopie.Selon les résultats, publiés dans le Journal of the American Medical Association en 2015, 30% des enfants qui avaient passé plus de temps dans la cour d\u2019école étaient myopes au bout de trois ans, contre 40% de ceux qui n\u2019avaient pas béné?cié de cette récréation supplémentaire.Ce genre de résultat ne laisse pas l\u2019OMS indifférente.«Nous véri?ons plusieurs recherches liées à l\u2019exposition à la lumière Nous passons de plus en plus de temps entre quatre murs à utiliser notre vision de près, ce qui favoriserait le développement de la myopie. Octobre 2016 | Québec Science 19 solaire qui aurait pour effet de ralentir la progression de la myopie, indique Silvio Paolo Mariotti.Nous étudions aussi le temps d\u2019exposition nécessaire, selon la latitude des pays, pour être en mesure de faire des recommandations.Nous devons être sûrs des faits, parce que les positions de l\u2019OMS ont une in?uence très importante sur les mesures prises par les pays.» BIEN PIRE QU\u2019UNE VISION FLOUE Si les chercheurs multiplient les efforts pour mieux comprendre et freiner la myopie, c\u2019est que ses conséquences vont au-delà du simple inconfort de devoir porter des lunettes ou des verres de contact.« La myopie comme telle n\u2019est pas grave, affirme Langis Michaud.Le problème, c\u2019est qu\u2019elle progresse.Lorsqu\u2019elle atteint -5 dioptries, on se retrouve avec une augmentation signi?cative des risques de pathologies graves de l\u2019œil, comme le glaucome, la dégénérescence maculaire et le décollement de la rétine, qui peuvent mener à la cécité.» En fait, chaque tranche de -0,25 dioptrie augmente de 17 % les risques de développer ces maladies.«Plus un œil est myope, plus il s\u2019étire et plus il se fragilise, explique Langis Michaud.Prenons l\u2019exemple d\u2019une chemise portée par un homme de 80kg.S\u2019il prend 30kg et porte la même chemise, les coutures vont forcer.S\u2019il prend encore 30kg et garde la même chemise, elle se déchirera.C\u2019est ce qui peut se passer pour le nerf optique et la structure de la rétine.» En plus, un peu comme le tour de taille, l\u2019œil myope a tendance à prendre de l\u2019expansion au ?l des ans.Et le phénomène s\u2019accentue.Au cours des 30 dernières années, la progression moyenne de la myopie est passée de -0,25 à -0,50 dioptrie par année.Ainsi, un enfant de 12 ans dont la myopie de -1 augmente de -0,5 par année arrivera à -5 dioptries à l\u2019âge de 20 ans.Comme la vision se stabilise normalement au début de l\u2019âge adulte, le jeune s\u2019en sortira beaucoup mieux que si sa myopie avait commencé dès 10 ans, ou dès 8 ans comme chez Violette Bourdeau.« Le pire, c\u2019est que plus la myopie apparaît tôt, plus elle augmente rapidement, précise le docteur Michaud.On voit souvent des augmentations de -0,75 par année chez les jeunes enfants.» Et même si un myope obtient une vision parfaite grâce à une intervention au laser, il ne réduira pas ses risques de développer une maladie.La chirurgie remodèle la cornée, mais pas l\u2019œil qui L\u2019Asie de l\u2019Est bat tous les records de myopie.En Chine, 90 % des adolescents et des jeunes adultes sont myopes.Il y a 60 ans, en comparaison, c\u2019était moins de 20 %.À Taiwan, plus de 80 % des gens de 18 ans ont une mauvaise vue de loin.Dans la ville de Séoul, en Corée du Sud, le taux de prévalence atteint près de 97 % chez les hommes de 19 ans.Quant aux jeunes enfants, les statistiques sont tout aussi inquiétantes.À Hong Kong, plus de 18 % des enfants de six ans sont myopes et 0,7 % d\u2019entre eux souffrent déjà d\u2019une forte myopie.Quant à ceux de 12 ans, ils sont touchés à près de 62 % et près de 4 % d\u2019entre eux sont très myopes.L\u2019Asie de l\u2019Est n\u2019y voit rien ! Prévalence de la myopie chez les jeunes de 20 ans 100 80 60 40 20 0 1930 1950 1970 1990 2010 n Hong Kong n Taiwan n Singapour n Corée du Sud SOURCE : UNIVERSITÉ NATIONALE AUSTRALIENNE 20 Québec Science | Octobre 2016 demeurera toujours trop long et plus fragile.D\u2019où l\u2019importance d\u2019agir en amont a?n de stopper la progression de la myopie.VISION REVUE ET CORRIGÉE Si certaines régions du monde sont bien avancées en matière de correction de la vue, d\u2019autres n\u2019en sont encore qu\u2019aux balbutiements.Il y a quelques années, l\u2019OMS a estimé que 43% des dé?ciences visuelles étaient causées par une vision embrouillée non corrigée, due le plus souvent à une myopie.«La première chose à faire est de s\u2019assurer que ces personnes ont accès à la correction, af?rme le docteur Mariotti.Plusieurs barrières \u2013 logistiques, ?nan- cières, culturelles \u2013 se dressent.Dans beaucoup de pays, porter des lunettes est encore un stigmate, particulièrement chez les jeunes femmes.Et puis certains parents refusent toujours que leurs enfants portent des lunettes, de crainte d\u2019empirer leur vision, ce qui n\u2019est pas du tout fondé scienti?quement.» Corriger une myopie chez l\u2019enfant pour qu\u2019il y voie clair, c\u2019est élémentaire.Et c\u2019est ce qu\u2019on s\u2019est longtemps contenté de faire, ici comme ailleurs.Mais aujourd\u2019hui, les praticiens vont plus loin : ils ont accès à différentes interventions pour freiner la progression de la myopie.La stratégie souvent privilégiée est l\u2019or- thokératologie.Cette méthode consiste à faire porter au myope, la nuit, des lentilles rigides qui remoulent la cornée de façon temporaire.Le matin, le patient retire ses lentilles et, comme par magie, sa vision est claire ! «On vise une réduction de la progression de la myopie de 50%, ce qui peut grandement diminuer les risques de développer des pathologies», explique le docteur Michaud.Mélicia Lafontaine, 16 ans, a adopté l\u2019orthokératologie il y a 3 ans.«Mes parents sont très myopes et, en quatrième année, j\u2019étais déjà à -1, raconte-t-elle.En première secondaire, j\u2019étais rendue à -3,5.Alors, j\u2019ai commencé à porter des lentilles rigides la nuit.C\u2019était dif?cile à mettre au début mais, après un mois, je me suis habituée.» Résultat?Sa myopie a cessé d\u2019augmenter et elle n\u2019a plus besoin de porter de lunettes du tout ! Pour Violette Bourdeau, l\u2019expérience s\u2019est avérée plus dif?cile.«Je n\u2019étais pas bien pendant les mois où je portais ces lentilles et je redoutais toujours le moment où ma mère me les mettait.» Elle a donc abandonné l\u2019orthokératologie, même si pendant les 10 mois au cours desquels elle a porté ces lentilles, sa myopie s\u2019est pratiquement stabilisée.Maintenant âgée de 11 ans, Violette a une myopie de -4 dioptries.Pour tenter de freiner la progression, elle tente d\u2019autres méthodes, comme les lentilles souples multifocales combinées à l\u2019atropine, ce médicament utilisé par les optométristes pour dilater la pupille a?n de faciliter l\u2019examen des Des praticiens recommandent aux parents de limiter le temps que leurs enfants passent collés aux écrans et de les envoyer jouer dehors ! Octobre 2016 | Québec Science 21 yeux et qui gêne la vision de près.«Avant, on utilisait l\u2019atropine à une concentration de 1%, indique le docteur Michaud, mais on ne le fait plus parce que, si on cessait l\u2019utilisation de ce médicament, la progression de la myopie faisait un grand bond.À 0,01%, on reste prudent, mais il ne semble pas avoir d\u2019effet de \u201crebond\u201d.L\u2019ef?cacité des lentilles multifocales combinées à 0,01% d\u2019atropine pour stopper la progression de la myopie se situe entre 70% et 75%.» Parmi toutes ces stratégies, laquelle choisir?Pas toujours facile de trancher.En mars 2016, les docteurs Langis Michaud, Patrick Simard et Rémy Marcotte-Collard ont publié un article dans la revue scienti?que Contact Lens Spectrum pour aider les professionnels à adopter la bonne stratégie a?n de ralentir la progression de la myopie chez leurs patients.Le docteur Simard a aussi commencé, en janvier, à enseigner les principales méthodes aux étudiants en optométrie à l\u2019UdeM.«Une première mondiale», af?rme-t-il.Bien que les professionnels soient de plus en plus à l\u2019affût des avancées technologiques pour lutter contre la myopie, plusieurs n\u2019hésitent pas à s\u2019attaquer aussi aux habitudes de vie.C\u2019est le cas de Patrick Simard qui incite ses patients à adopter une meilleure hygiène visuelle.«Par exemple, lorsqu\u2019on utilise la vision de près, on applique la règle du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, on regarde à 20 pieds [6m] pendant 20 secondes», explique-t-il.Des praticiens recommandent aussi aux parents de limiter le temps que leurs enfants passent collés aux écrans et de les envoyer jouer dehors! Quant à la fameuse tablette, les optométristes en préconisent un usage très modéré.«Avant 3 ans, on ne devrait pas utiliser de tablette; et entre 3 et 8 ans, on devrait limiter l\u2019utilisation à 30 minutes par jour, précise le docteur Michaud.Après huit ans, il faut limiter le temps selon les besoins scolaires.» UN PROJET PLANÉTAIRE Mais l\u2019enjeu de santé publique existait bien avant l\u2019engouement pour la tablette.En fait, l\u2019OMS se préoccupe de la myopie depuis une vingtaine d\u2019années.Silvio Paolo Mariotti constate que plusieurs pays ont fait du chemin en deux décennies.Québec Science l\u2019a d\u2019ailleurs joint au Tadjikistan où il travaille à mettre au point des solutions durables pour assurer une bonne santé oculaire à la population.« Le gouvernement du Tadjikistan a contacté l\u2019OMS pour obtenir un accompagnement, se réjouit le docteur Mariotti.On n\u2019aurait pas vu cela il y a 20 ans, parce que ce n\u2019était pas une priorité.Certains gouvernements doutaient même de l\u2019intérêt d\u2019agir.Maintenant, c\u2019est différent.Au Tadjikistan, le taux de prévalence de la myopie n\u2019est pas aussi élevé que dans d\u2019autres pays d\u2019Asie, mais le gouvernement reconnaît que c\u2019est un enjeu et qu\u2019il n\u2019a pas encore mis en place les mesures nécessaires pour répondre aux besoins de sa population.» Programmes de dépistage précoce chez les enfants et accès à des lunettes : l\u2019OMS aide les pays à mettre en place ces initiatives.Mais chacun doit être convaincu de l\u2019importance d\u2019agir et être prêt à le faire selon ses moyens.Il semble d\u2019ailleurs que ce soit un investissement très rentable.En 2012, le Brien Holden Vision Institute de l\u2019université de New South Wales, en Australie, un organisme international à but non lucratif visant à éliminer la cécité évitable, avançait qu\u2019on économiserait mondialement 265 milliards de dollars par année si les gouvernements investissaient, sur cinq ans, 37 milliards de dollars en examens des yeux et en lunettes.Des données intéressantes pour l\u2019OMS qui souhaite que tous les pays établissent un plan pour offrir à leur population un accès permanent aux soins ophtalmologiques complets \u2013 dépistage, traitement et réadaptation.Et le plus rapidement possible.L\u2019OMS espère ainsi se conformer au troisième objectif de développement durable des Nations unies pour 2030: permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous, à tout âge.Alors, guérirons-nous nos myopies ou ?nirons-nous tous aveugles?Le docteur Mariotti est optimiste quant à l\u2019évolution des choses.«Alors que la population mondiale s\u2019accroît, on a réussi à stabiliser le nombre de cas de cécité grâce aux efforts des gouvernements et des organisations non gouvernementales.Le travail se poursuit maintenant pour réduire le nombre de personnes touchées et offrir de la réadaptation à ceux qu\u2019on n\u2019a pu sauver.» lQS Quand faire examiner son enfant ?Votre enfant semble avoir une vision tout à fait normale ?Ce n\u2019est pas une raison pour ne pas faire examiner ses yeux ! L\u2019Ordre des optométristes du Québec recommande un petit examen de la vue vers l\u2019âge de six mois, puis un examen complet à trois ans.Juste avant l\u2019entrée à l\u2019école, à 5 ans, il faut refaire véri?er les yeux de son enfant, puis une fois par année ensuite, jusqu\u2019à 23 ans.La Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ) couvre l\u2019examen de la vue et de la santé de l\u2019œil pour les enfants de 18 ans et moins.Or, seulement 30 % des enfants sont vus par un optométriste avant leur entrée à l\u2019école.Pourtant, la santé des yeux est cruciale lorsque vient le temps d\u2019apprendre : 80 % de l\u2019apprentissage passe par l\u2019acquisition d\u2019informations par la vue ! En plus de risquer de créer des dif?cultés d\u2019apprentissage et de concentration, un problème visuel non traité peut entraîner des complications comme le développement d\u2019un œil paresseux ou la perte d\u2019une bonne vision en trois dimensions.Au Québec, environ 25 % des enfants de 5 à 14 ans ont des problèmes visuels qui nécessitent un traitement par l\u2019optométriste ou l\u2019ophtalmologiste.Chez les 15 à 19 ans, c\u2019est plus de 30 %. reportage lorem Maïs, manioc et légumineuses; voilà les aliments principaux dans les campagnes de la Tanzanie.La viande est peu disponible pour les ruraux et ne cherchez pas au marché local des carottes, du chou frisé ou des courges! Or, les produits animaux \u2013 particulièrement les abats \u2013, les légumes verts ainsi que les fruits et légumes orangés sont les meilleures sources de vitamine A.Ce micronutriment essentiel fait donc cruellement défaut aux Tanzaniens.Les conséquences sont désastreuses : chez les jeunes, une telle carence ralentit la croissance et augmente les risques de mortalité à la suite de maladies comme la rougeole et la diarrhée.Surtout, leur vision est menacée.«Un apport insuf?sant en vitamine A peut causer la xérophtalmie, une maladie qui rend la cornée des enfants opaque et ?nit par la détruire», explique Nadira Saleh, chargée de projet en Afrique orientale, du Sud et centrale, de Mennonite Economic Development Associates (MEDA), une organisation non gouvernementale (ONG) qui utilise le développement économique pour lutter contre la pauvreté.Les femmes enceintes sont quant à elles à risque de cécité nocturne, un trouble qui affecte la vision dans l\u2019obscurité.Le gouvernement a pourtant mis en place, ces dernières années, des mesures pour fournir suf?samment de la précieuse vitamine à sa population.Il offre gratuitement des suppléments aux enfants de moins de cinq ans.Il a aussi voté une loi en 2012 pour obliger les entreprises productrices d\u2019huile végétale à y ajouter de la vitamine A qui se dissout facilement dans les corps gras.«Par contre, on constate qu\u2019il est ardu de rejoindre tous les enfants a?n de leur prodiguer les suppléments et la loi est dif?cilement applicable dans les régions 22 Québec Science | Octobre 2016 Une huile essentielle SANTÉ VISUELLE EN TANZANIE P H O T O S : S T E V E S U G R I M éloignées, plus pauvres, où les petites et moyennes entreprises dominent la production d\u2019huile», explique Nadira Saleh.Ces entreprises n\u2019ont pas toujours les connaissances et les technologies nécessaires pour enrichir leur produit.DES RÉGIONS CRITIQUES L\u2019équipe de MEDA a choisi de travailler d\u2019abord avec de petits producteurs d\u2019huile de tournesol de Manyara, dans le nord du pays, où la carence en vitamine A touche de 39% à 51% des enfants de six mois à cinq ans.Les producteurs locaux fabriquent une huile non raf?née; il fallait s\u2019assurer qu\u2019on pouvait enrichir ef?cacement ce produit brut.Une première ! Un projet-pilote a été réalisé en 2012-2013 et il fut couronné de succès.L\u2019initiative, soutenue notamment par le Centre de recherches pour le développement international du Canada, s\u2019est ensuite déployée à plus grande échelle à Manyara, ainsi que dans la région de Shinyanga, où 31% à 39% des enfants de six mois à cinq ans souffrent d\u2019une insuf?sance de ce micronutriment.Au- jourd\u2019hui, trois entreprises produisent de l\u2019huile enrichie grâce au projet de MEDA et plus de 15000 litres ont déjà été vendus.CHANGER LES HABITUDES L\u2019idée de consommer de l\u2019huile de tournesol enrichie fait présentement son chemin, surtout que l\u2019ONG a mené une grande campagne de marketing.« Même à Shinyanga où, traditionnellement, la population n\u2019utilisait pas d\u2019huile de tournesol, mais des huiles moins dispendieuses, on voit maintenant beaucoup de gens se procurer notre produit», raconte Goodluck Mosha, gestionnaire du projet en Tanzanie pour MEDA.Afin d\u2019inciter encore davantage la population à prendre le virage, l\u2019ONG a créé des bons de réduction électroniques envoyés par texto pour permettre aux consommateurs de se procurer l\u2019huile enrichie à un prix semblable à celui de l\u2019huile régulière.La stratégie fonctionne, mais elle n\u2019a pas encore comblé les attentes de MEDA.Nadira Saleh avance une hypothèse : «Très souvent, les Tanzaniens à faibles revenus n\u2019achètent pas de contenants d\u2019huile.Ils vont plutôt voir le commerçant et lui demandent de leur verser la petite quantité dont ils ont besoin sur le moment.Ainsi, plusieurs ne béné?cient pas de notre rabais et prennent l\u2019huile non enrichie, moins dispendieuse.» Depuis l\u2019été dernier, MEDA tente donc une nouvelle tactique: donner les bons de réduction aux commerçants.Ils peuvent en faire pro?ter les clients, même lors de l\u2019achat de petites quantités d\u2019huile en vrac.Si le projet est concluant avec les quelques détaillants ciblés, les autres suivront, espère l\u2019ONG.Un autre grand dé?est d\u2019augmenter le nombre de commerces des régions ciblées où l\u2019huile enrichie est disponible.Actuellement, près de 200 commerçants sont de la partie et MEDA souhaite en atteindre 300, voire 400, pour permettre à quelque 400000 Tanzaniens de béné?cier du projet.«Plusieurs commerçants ont manifesté leur intérêt, mais lorsque vient le temps de s\u2019approvisionner, ils remettent le projet à plus tard, explique Goodluck Mosha.Ils manquent de capitaux et les petits commerçants n\u2019ont généralement pas accès au crédit en Tanzanie.Il faut faire preuve de persévérance et de patience.» L\u2019objectif ultime du MEDA?Créer une demande à long terme pour le produit forti?é chez les habitants de Manyara et de Shinyanga.L\u2019ONG espère ensuite se retirer du projet et voir les entreprises croître grâce à un modèle d\u2019affaires bien huilé ! lQS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.Octobre 2016 | Québec Science 23 En Tanzanie, la cécité guette plus du tiers des enfants de moins de cinq ans, en raison de graves carences en vitamine A.L\u2019huile de cuisson pourrait changer la donne.Par Martine Letarte 24 Québec Science | Octobre 2016 UNE NOUVELLE RÉ G E O R G E F O K / C E N T R E P H I Octobre 2016 | Québec Science 25 On dit que 2016 est l\u2019année de la réalité virtuelle.Pourtant, on af?rmait pareille chose il y a 20 ans ! Histoire d\u2019une course à obstacles qui est loin d\u2019être ?nie.Par Mélissa Guillemette VELLE RÉALITÉ? n 1989, Macintosh lance son premier portable; la même année, le World Wide Web est inventé.Pendant ce temps, CAE, un fabricant montréalais de simulateurs de vol, met sur le marché un casque de réalité virtuelle.Oui, oui : en 1989 ! Certes, il pesait plus de 2kg et il était relié au générateur d\u2019images par un câble d\u2019un diamètre supérieur à celui d\u2019un tuyau d\u2019arrosage.Reste qu\u2019il faisait son effet ! Grâce à lui, les pilotes militaires en formation se trouvaient immergés en zone de con?it, quelle que soit la direction où ils tournaient la tête.«C\u2019était incroyable! raconte avec ?erté Andrew Fernie, devenu fellow technique senior chez CAE et qui a travaillé à l\u2019époque au système de détection de la position de la tête.Les couleurs étaient très saturées et il y avait beaucoup de contraste et de brillance dans les images.Il y avait même un suivi du mouvement des yeux pour que la résolution soit meilleure là où le regard se ?xait.Je ne pense pas qu\u2019il y ait un autre casque aujourd\u2019hui qui fasse ça.» Pas même le nouvel Oculus Rift de Facebook dont la résolution demeure bien en deçà du dispositif de CAE.L\u2019année 2016, celle de la réalité virtuelle?Allons donc! Les geeks plus âgés, comme Andrew Fernie, ont une impression de déjà-vu.C\u2019est que les technologies de réalité virtuelle \u2013 casques, dômes et autres gants électroniques \u2013 étaient déjà bien avancées dans les années 1980 et 1990, notamment dans les industries de simulation et de design automobile.On joue à faire semblant depuis longtemps, quoi.Différentes technologies ont même failli gagner le grand public dans les années 1990.Lors de la première édition de l\u2019Electronic Entertainment Exposition, en 1995 \u2013 un salon considéré aujourd\u2019hui comme le plus important dans le monde du jeu vidéo \u2013, la grande tendance était nulle autre que la réalité virtuelle ! Les casques comme Virtual Boy, de Nintendo, et Atari Jaguar VR laissaient entrevoir l\u2019avenir du jeu vidéo comme plus réaliste que jamais.On a oublié ce pan de l\u2019histoire, remarque Linda Jacobson, auteure de Garage Virtual Reality, The Affordable Way to Explore Virtual Worlds, paru en 1994.Mais elle-même se souvient encore très clairement de sa première expérience de réalité virtuelle en 1990, qui l\u2019a motivée à publier cet ouvrage.Le sentiment de présence, cette impression de se trouver réellement dans l\u2019univers simulé, était déjà excellent, af- ?rme-t-elle.« J\u2019étais dans un jardin du style Alice au pays des merveilles et un petit gremlin volant, sorti de nulle part, s\u2019est approché de mon visage en criant \u201cAttrape-moi!\u201d avant de s\u2019envoler.Le son suivait ses mouvements.Je portais des gants électroniques et je suis parvenue à l\u2019attraper.Ça m\u2019a convaincue de consacrer ma vie à la réalité virtuelle !» Dans son livre, Linda Jacobson donnait les clés pour créer ses propres univers parallèles sur les ordinateurs personnels PC, Macintosh et Amiga.Elle y décrivait d\u2019ailleurs le casque de CAE qui aurait pu être utilisé par les plus débrouillards, si ce n\u2019était qu\u2019il se vendait 75000$.«Sur les babillards électroniques, une communauté s\u2019entraidait pour essayer toutes sortes de choses, raconte-t-elle.Plusieurs ont programmé le Power Glove de Mattel (voir \u201cLes ancêtres de l\u2019Oculus Rift\u201d, à la page 29) a?n de l\u2019utiliser comme synthétiseur pour créer de la musique.Ils pouvaient alors jouer de l\u2019air guitar, de l\u2019air piano ou de l\u2019air harp !» Malheureusement, leur enthousiasme n\u2019était pas toujours partagé.David Paquin, professeur et directeur de l\u2019Unité d\u2019enseignement et de recherche en création et nouveaux médias à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), se souvient d\u2019avoir acheté un magazine états-unien, dans les années 1980 ou 1990, pour un article sur la réalité virtuelle dont le titre résume bien pourquoi l\u2019industrie allait dans le mur.Si l\u2019année de parution et le nom du magazine sont ?ous dans sa mémoire, le titre de l\u2019article y est 26 Québec Science | Octobre 2016 E Au total, CAE a vendu une dizaine de casques de réalité virtuelle comme celui-ci.Les systèmes de simulation en dôme se sont avérés plus ergonomiques et moins onéreux pour l\u2019entreprise montréalaise.Des employés de CAE ont récemment apposé leur signature sur le casque, quand son inventeur, Brian Welch, est décédé.Les technologies de réalité v avancées dans les années 1980 et 1990.O joue à faire semblant depuis Octobre 2016 | Québec Science 27 gravé.«Je m\u2019en rappelle comme si c\u2019était hier; c\u2019était \u201cI Tried Virtual Reality and It Sucked\u201d [J\u2019ai essayé la réalité virtuelle et c\u2019était de la merde], raconte-t-il.Le journaliste constatait plusieurs faiblesses liées aux infrastructures, à la puissance de calcul, à la qualité des moteurs de rendu 3D de l\u2019époque, à des problèmes de latence [NDLR: le délai entre le mouvement de la tête et l\u2019ajustement des images en conséquence] qui causait des malaises physiques importants\u2026 Ça m\u2019a attristé, parce que j\u2019espérais tester la réalité virtuelle rapidement et j\u2019espérais aussi qu\u2019elle se répande.» Cela dit, les entreprises comme CAE et les universités utilisaient alors des systèmes de bonne qualité, nuance David Paquin.« Mais les technologies destinées à Monsieur et Madame Tout-le-Monde avaient une résolution ridicule.» D\u2019où leur échec cuisant auprès du grand public.On en était, en fait, à la préhistoire de la réalité virtuelle.Une vingtaine d\u2019années plus tard, c\u2019est un jeune Californien de 18 ans, Palmer Luckey, qui a fait tourner le vent.En 2011, ce «patenteux» a utilisé des pièces de cellulaires pour créer le prototype d\u2019un casque qui aurait en?n le pouvoir de démocratiser la réalité virtuelle : l\u2019Oculus Rift.Facebook a acheté son entreprise en 2014 \u2013 pour 2,6 milliards de dollars ! \u2013 et le casque se détaille 600$ depuis sa sortie, en mars dernier.«C\u2019est un outil qui offre une performance très proche de celle des technologies utilisées dans les grandes industries et qui valent des dizaines de milliers de dollars», dit David Paquin.Notez qu\u2019il faut néanmoins un ordinateur très puissant (encore une dépense!) pour l\u2019utiliser ef?cacement.Au rayon des prix modiques, c\u2019est toutefois Google qui remporte la palme.En 2014, le géant du Web lançait le Cardboard, un casque de carton brun à 20$ dans lequel on insère un téléphone intelligent qui sert d\u2019écran.La qualité des systèmes qui fonctionnent grâce à un cellulaire (c\u2019est aussi le cas du casque Gear VR qui utilise l\u2019écran des téléphones Samsung) n\u2019est toutefois pas aussi impressionnante que celle des produits alimentés par un ordinateur.UN DEUXIÈME BOOM Il reste que les possibilités semblent désormais in?nies.La recherche scienti?que, le monde de l\u2019éducation et l\u2019industrie de la construction, entre autres, peuvent tous tirer pro?t de la réalité virtuelle.Des entrepreneurs comme Yan Cyr ne demandent qu\u2019à les aider! Dans les bureaux de sa jeune entreprise Beam Me Up \u2013 pour les admirateurs de Star Trek qui se le demandent: oui, on y trouve une cabine de télépor- tation \u2013, sise au Technohub Saint-Laurent, à Montréal, des travailleurs créent des univers virtuels variés : bord de plage pour la méditation, démo du futur look d\u2019un parc montréalais qui sera réaménagé, circuit pour observer des dinosaures.La réalité virtuelle étaient déjà bien vancées dans les années 1980 et 1990.On joue à faire semblant depuis longtemps.UNE QUESTION DE FEELING Tromper le sens du toucher, c\u2019est ce que promet le développement de dispositifs haptiques pour les environnements virtuels.« Un jour, on pourra ressentir les températures, les textures, les pressions, prédit l\u2019auteure et consultante états-unienne Linda Jacobson.Ce pourra être grâce à un habit complexe, un gant de données ou alors un contrôleur qui résiste ou vibre quand on touche un objet dans le monde virtuel.» Encore une fois, l\u2019industrie de la simulation a de l\u2019avance dans ce domaine.Chez CAE, qui dispose d\u2019une division santé et de tout un catalogue de simulateurs chirurgicaux, nous avons pu faire descendre une caméra dans la gorge, puis l\u2019estomac, d\u2019un patient virtuel qui souffrait d\u2019un ulcère.Un écran diffusait en temps réel ce que la caméra « captait » comme images et le tube résistait vraiment quand il rencontrait des tissus.En réalité, il n\u2019y avait pas de patient ni de tissus, juste un trou dans un appareil où faire glisser le tube.Même portrait dans le simulateur de vol, où le volant du Boeing 737 opposait la résistance appropriée à la situation de l\u2019appareil quand nous le manipulions.Des simulations plus vrais que nature! S\u2019exercer sur des patients virtuels: c\u2019est ce que permettent les simulateurs de CAE Santé.C A E réalitÉ virtuelle dÉ?s Réels 28 Québec Science | Octobre 2016 particularité des univers de Beam Me Up?On peut y circuler.Il faut savoir que, habituellement, quand un utilisateur en?le un casque, ses pas n\u2019ont aucune influence dans l\u2019univers virtuel.Il aurait beau courir un marathon, il s\u2019y trouverait toujours au même point.Mais Yan Cyr, lui, ajoute un système de capteurs aux casques Gear VR qu\u2019il emploie.On peut ainsi circuler sur son bateau de pirate, depuis la barre, sur la dunette, jusqu\u2019au gaillard d\u2019avant.C\u2019est-à-dire, en réalité, dans une salle vide du Technohub.«On travaille aussi avec des doctorants en neuroscience de l\u2019Université de Montréal pour que la salle s\u2019adapte à l\u2019utilisateur», signale-t-il.Des capteurs installés sur le crâne des utilisateurs scrutent les micro-impulsions électriques du cerveau pour décoder l\u2019effort mental, l\u2019engagement et les émotions.«La salle peut ensuite guider, apaiser ou stimuler l\u2019utilisateur, selon son état d\u2019esprit.On se demande aussi comment scénariser les expériences pour passer d\u2019une émotion à l\u2019autre», dit l\u2019entrepreneur qui conserve précieusement un exemplaire de Garage Virtual Reality, le livre de Linda Jacobson.Yan Cyr vient aussi en appui à Jérôme Waldispühl, professeur à l\u2019École d\u2019informatique de l\u2019Université McGill.Ce dernier, un bioinformaticien, veut aider les généticiens à visualiser le génome humain, pour arriver à faire de nouvelles percées.«Le génome ressemble à une pelote de laine, explique le professeur.On sait depuis quelques années que le séquen- çage [NDLR: l\u2019ordre des «lettres» dans l\u2019ADN] ne suf?t pas pour comprendre tout ce qui se passe dans le génome.Il faut aussi observer la structure de la pelote de laine.» Jérôme Waldispühl et ses étudiants avaient déjà mis au point le 3D Genome Browser qui permet de visualiser le génome sur un ordinateur, mais la réalité virtuelle permettra bientôt aux chercheurs de circuler à l\u2019intérieur même de la pelote de laine, grâce à un casque de réalité virtuelle.À terme, des chercheurs sur des continents différents pourront s\u2019y «promener» ensemble et discuter.LA COURSE À OBSTACLES CONTINUE Si vous n\u2019avez jamais en?lé de casque de réalité virtuelle, demeurez indulgents.Côté son, la technologie est prête.Mais les univers virtuels ne sont pas encore réalistes à 100%, en raison de la qualité insuf?sante de l\u2019image.Recréer un environnement plus vrai que vrai exigera encore plusieurs années de recherche.«D\u2019une certaine façon, la réalité virtuelle est dans sa phase ingrate d\u2019adolescence», dit Linda Jacobson.Autre dé?, le fameux «cybermalaise».«Quand on bouge, l\u2019oreille interne signale au cerveau qu\u2019il y a un mouvement, explique Bertrand Nepveu, président de Vrvana, une entreprise bien de chez nous qui développe un casque ultra performant, le Totem.Si le système visuel dit \u2018\u2018Je bouge\u2019\u2019, mais que l\u2019oreille interne dit \u2018\u2018Je ne bouge pas\u2019\u2019, certaines personnes vont avoir la nausée.L\u2019être humain a évolué de sorte que s\u2019il y a discordance entre ses sens, il sera malade, parce qu\u2019il croit à un empoisonnement.» C\u2019est le même principe que celui qui cause le mal de mer.Il serait possible de pirater l\u2019oreille interne grâce à la stimulation vestibulaire galvanique.Une décharge électrique serait dirigée vers les nerfs du système vestibulaire qui transmettent au cerveau toute l\u2019information liée aux mouvements du corps.Toutefois, cette technique demeure trop imprécise, quoique Samsung travaille à mettre au point une telle technologie: l\u2019Entrim 4D, qui ressemble à une paire d\u2019écouteurs.«L\u2019autre façon de régler ce problème, c\u2019est de bouger pour vrai », rappelle Bertrand Nepveu.Comme dans les uni- Yan Cyr est P.D.G.de Beam me up, une entreprise montréalaise qui crée des univers virtuels dans lesquels on se déplace réellement.A L E X I H O B B S Octobre 2016 | Québec Science 29 LES ANCÊTRES DE L\u2019OCULUS RIFT Le STÉRÉOSCOPE, c\u2019est le physicien anglais Charles Wheatstone qui l\u2019a mis au point et breveté en 1838.La stéréoscopie est l\u2019art de donner une impression de profondeur aux images en deux dimensions.Ce qui confère du relief aux objets que l\u2019on voit, c\u2019est la combinaison des deux images perçues par les yeux, sous des angles différents.Le stéréoscope offre donc deux images à son utilisateur, ce qui lui donne une impression de 3D.LE SENSORAMA est breveté en 1962 aux États-Unis; cet appareil immersif permet de visionner des vidéos stéréoscopiques agrémentées d\u2019une bande sonore en stéréo, de l\u2019émission de 10 odeurs différentes, de vents et de vibrations du siège.Son inventeur, Morton Heilig, pense révolutionner le cinéma.Il ne réussit malheureusement pas à convaincre les investisseurs et le Sensorama atterrit plutôt dans les arcades.Morton Heilig avait également breveté le Telesphere Mask, le premier casque de réalité virtuelle, en 1960.Le SWORD OF DAMOCLES est mis au point en 1968 par Ivan Sutherland et Bob Sproull à l\u2019université Harvard.Il est si lourd qu\u2019il est suspendu au plafond, d\u2019où son nom d\u2019épée de Damoclès.L\u2019utilisateur peut bouger la tête dans un espace de trois pieds autour de l\u2019axe central pour avoir une perspective différente sur l\u2019objet.On en parlerait aujourd\u2019hui comme d\u2019un système de réalité augmentée, car il permettait d\u2019ajouter des objets, un cube blanc par exemple, à l\u2019environnement réel.Le POWER GLOVE, produit par Mattel pour Nintendo en 1989, est l\u2019ancêtre de la Wii, lancée en 2006.En bougeant le bras, l\u2019utilisateur peut contrôler le personnage sur l\u2019écran de la télé.SEGA VR est un casque de réalité virtuelle qui devait sortir en 1993 au coût de 200 $.L\u2019entreprise promettait une révolution.Mais son casque ne sera jamais mis en marché, en raison de problèmes techniques.Le TIGER R-ZONE, produit par Tiger Electronics en 1995, sera un échec lamentable.Un projecteur diffuse des jeux sur un minuscule écran qui ne couvre que l\u2019œil droit ! Sa production est abandonnée en 1997.Le casque VIRTUAL BOY, par Nintendo, sort en 1995.Ses jeux vidéo sont en 3D, mais seulement en rouge et noir.Il est lié à une manette et peut être posé sur une table, grâce à un support.Les ventes sont terriblement décevantes, si bien qu\u2019il est abandonné l\u2019année suivante.Le JAGUAR VR est un casque développé pour la console Atari en 1995.Il ne sera ?nalement jamais lancé.Oculus Rift réalitÉ virtuelle dÉ?s Réels 30 Québec Science | Octobre 2016 OUBLIER SES BLESSURES « Je n\u2019en reviens pas ! » C\u2019est ce qu\u2019a dit la physiothérapeute quand un grand brûlé âgé de 22 mois n\u2019a pas pipé mot pendant son changement de pansements, lui qui, habituellement, hurlait de douleur quand venait le temps de traiter son abdomen et sa cuisse, touchés au deuxième degré.Mais ce jour-là, il était bien trop occupé à regarder les bulles attaquer les personnages colorés autour de lui.Le bambin participait au pilote d\u2019une étude sur la réalité virtuelle qui sera menée cet automne au CHU Sainte-Justine sous la supervision de Sylvie Le May, professeure à la faculté des sciences in?rmières de l\u2019Université de Montréal.Chaque année, une centaine d\u2019enfants y atterrissent en raison d\u2019une grave brûlure.« Pour soulager leur douleur et leur anxiété pendant le changement de pansements, on administre des opioïdes et des sédatifs, dit la chercheuse.Ce n\u2019est pas sans risque.À très forte dose, ces médicaments rendent les enfants léthargiques et peuvent affecter leurs signes vitaux.» L\u2019équipe veut véri?er si une expérience immersive réduirait les besoins pharmacologiques de ces petits.« Le clown et la musique, ce n\u2019est pas suf?sant pour eux, ajoute la doctorante Christelle Khadra.L\u2019idée est de transporter l\u2019enfant loin de l\u2019hôpital, vers un endroit plus plaisant où il peut s\u2019amuser et oublier sa douleur.» Cette expérience s\u2019inspire des travaux du chercheur états-unien Hunter Hoffman qui a créé le jeu SnowWorld à l\u2019intention des vétérans grands brûlés.Il l\u2019a adapté pour les enfants mais, au CHU Sainte-Justine, ce sera la première fois qu\u2019il sera testé chez des enfants aussi jeunes (entre quatre et neuf ans).Pour ceux entre un et trois ans, un univers différent a été développé, Bubbles, en collaboration avec David Paquin, professeur à l\u2019UQAT.« Quand notre système nerveux est très sollicité par plusieurs sens en même temps, on constate qu\u2019il ne traite qu\u2019une seule partie de l\u2019information; c\u2019est la théorie du portillon, explique le chercheur.La réalité virtuelle a justement la capacité de stimuler les sens de façon très dynamique.» Il leur fallait tout de même trouver un système sans contact avec la peau du visage, puisque la plupart sont brûlés au haut du corps.Pas de casque, donc.La Société des arts technologiques a aidé l\u2019équipe à trouver la solution parfaite : un dôme Cobra d\u2019une valeur de 15 000 $.Il entoure le bain où le changement de pansements a lieu, sans gêner les mouvements du personnel soignant.« Ça va plus loin que la distraction passive, comme quand on regarde la télé, explique Christelle Khadra.Nos jeux immersifs ont un aspect interactif.» Dans Bubbles, par exemple, l\u2019enfant peut créer plus de bulles en pressant une poire.S\u2019il ne peut pas interagir avec ses mains, en raison de ses blessures, l\u2019environnement interagit avec lui.Il faudra attendre un moment pour obtenir les résultats de cette étude.« Mais, jusqu\u2019à maintenant, ça semble très prometteur », dit la professeure Le May.Et pas seulement lors de la première expérience des petits.Ils semblent aussi captivés lors des changements de pansements suivants.vers de Beam Me Up, mais aussi comme dans la réalité augmentée où l\u2019utilisateur reste connecté à son environnement.C\u2019est ce que permet le Totem, sur lequel Vrvana travaille depuis huit ans, grâce à des caméras qui retransmettent à l\u2019écran l\u2019environnement de l\u2019utilisateur.L\u2019expérience a de quoi étonner.Toujours conscient du décor réel, l\u2019usager peut diriger un petit avion de guerre virtuel à l\u2019aide d\u2019une manette \u2013 et faire feu accidentellement sur son voisin, comme cela nous est arrivé lors de notre passage chez Vrvana.(Rassurez-vous, personne n\u2019a été véritablement blessé dans le cadre de ce reportage.) «En tant que gamer hardcore, la réalité virtuelle m\u2019excite plus, mais je constate que la réalité augmentée a peut-être davantage de potentiel, dit Bertrand Nepveu.Surtout que le délai entre le photon qui arrive sur la caméra du Totem et le photon qui arrive dans la rétine est minime: il est de 15 millisecondes, alors que le cerveau accepte ce qu\u2019il voit comme étant réel à partir de 20 millisecondes.Si on ajoute un élément virtuel au portrait, le cerveau y croit aussi.» Plusieurs observateurs pensent que c\u2019est ça, l\u2019avenir du virtuel : il doit s\u2019ancrer dans la vraie vie.Selon des prévisions de Digi-Capital, une ?rme de consultants en fusion-acquisition dans le monde techno, implantée dans la Silicon Valley, le marché de la réalité augmentée sera trois fois plus gros que celui de la réalité virtuelle en 2020.L\u2019immersion virtuelle pourrait, à terme, être reléguée au secteur du divertissement : jeu, cinéma, parc d\u2019attractions, musées.«Dans la vie de tous les jours, on ne peut pas se couper de la réalité longtemps, fait remarquer Julien Coll, chargé du développement des affaires pour le Centre de développement et de recherche en imagerie numérique, basé à Matane.Je crois que les gens vont ?nir par s\u2019en lasser et plutôt opter pour la réalité augmentée.» Le dé?technique consiste maintenant à faire interagir les éléments virtuels avec le décor réel.« Le casque ou les lunettes vont scanner l\u2019environnement et les personnages vont interagir avec les objets réels \u2013 les HoloLens de Microsoft peuvent déjà le faire d\u2019ailleurs [NDLR: et le Totem aussi], dit Julien Coll.Dans un jeu d\u2019enquête créé par le studio Asobo, à Bordeaux, les personnages circulent dans la pièce où vous jouez et peuvent s\u2019asseoir sur votre canapé.» Une nouvelle réalité entrera alors dans nos salons.lQS Octobre 2016 | Québec Science 31 UNE MACHINE À EMPATHIE Dif?cile de ne pas avoir une boule au ventre en visionnant The Displaced.Ce ?lm de 11 minutes, réalisé par le New York Times Magazine et la compagnie de production Vrse.works, et présenté au Centre Phi l\u2019été dernier, suit trois enfants qui ont fui leur maison en raison de la guerre : une Syrienne, un Ukrainien et un Sud-Soudanais.Produit avec des caméras de réalité virtuelle, le documentaire nous plonge carrément dans leur misère.Depuis toujours, le cinéma, la littérature et les reportages ont cette faculté de nous faire ressentir ce que les personnages vivent.Mais la réalité virtuelle serait plus ef?cace.« Le sentiment de présence permet de susciter beaucoup plus d\u2019empathie qu\u2019à travers un média traditionnel », explique David Paquin, professeur à l\u2019UQAT.Il a d\u2019ailleurs un projet sur sa table à dessin : une visite des communautés autochtones du Québec.« On veut se servir du virtuel pour que les gens soient plus sensibles à leur réalité.On peut habiter Rouyn-Noranda et ignorer que, juste à côté, dans la réserve de Lac-Si- mon, c\u2019est le tiers-monde.» La méthode a fait ses preuves.Même les psychopathes éprouvent de l\u2019empathie dans un environnement de réalité virtuelle.Ce n\u2019est pas peu dire ! En effet, le professeur Paquin a conçu des contenus pour une équipe de l\u2019Institut Philippe-Pinel, qui voulait mesurer le niveau de compassion des personnes en examinant leur activité cérébrale.Ils ont confronté des délinquants violents à un avatar d\u2019eux-mêmes gémissant de douleur.« Chez certains prédateurs, ça a été le premier contact avec l\u2019empathie », raconte David Paquin.L\u2019équipe espère arriver à entraîner des patients qui n\u2019en éprouvent que peu, ou même pas du tout, à en?n ressentir de la compassion.Tout un lot d\u2019applications est imaginable.Une étude a déjà révélé que voir un avatar de nous- mêmes à 65 ans nous pousse à économiser pour la retraite.D\u2019autres chercheurs et entrepreneurs veulent faire découvrir au public ce que c\u2019est que d\u2019être handicapé ou encore de souffrir de maladie mentale ou de migraines.Quant aux vidéos comme The Displaced, elles peuvent certainement sensibiliser les donateurs, les politiciens et les représentants des Nations unies.JE VEUX L\u2019ESSAYER ! Pour tester des expériences de réalité virtuelle, rendez-vous dans le Vieux-Montréal.Du 15 octobre au 12 novembre, le centre DHC/ ART Fondation pour l\u2019art contemporain présente Björk Digital, une série d\u2019œuvres numériques et vidéo réalisées par l\u2019auteure-compo- sitrice-interprète islandaise et des collaborateurs.Le Jardin de réalité virtuelle du Centre Phi occupe quant à lui les locaux du Centre d\u2019histoire de Montréal jusqu\u2019au 20 novembre.C\u2019est l\u2019occasion de visionner gratuitement la trilogie Nomads de Felix & Paul Studios, une boîte de production québécoise spécialisée dans les contenus immersifs.Participez à l\u2019élaboration de la prochaine Soumettez votre vision et vos idées sur la plateforme collaborative economie.gouv.qc.ca/SQRI RÉvolution gÉnÉtique Un scalpel génétique tout-puissant I L L U S T R A T I O N : S É B A S T I E N T H I B A U L T A u début des années 2010, n\u2019entrait pas qui voulait dans le laboratoire d\u2019Emmanuelle Charpentier.De toute façon, personne ne voulait y aller.Sous haute sécurité et soumis à des protocoles très stricts, l\u2019endroit hébergeait des colonies de Streptococcus pyogenes, l\u2019infâme «bactérie mangeuse de chair».La chercheuse française, alors à l\u2019université d\u2019Umeå, en Suède, a confronté la bête pendant plus de trois ans.Le jeu en valait la chandelle, car le microbe cachait dans ses gènes un outil moléculaire ultra puissant que la professeure a réussi à dompter.D\u2019une 32 Québec Science | Octobre 2016 CRISPR; SIX LETTRES QUI DÉSIGNENT DES CISEAUX GÉNÉTIQUES APPELÉS À CHANGER LA FACE DU MONDE.POUR LE MEILLEUR ET PEUT-ÊTRE POUR LE PIRE.Par Joël Leblanc bactérie capable de tuer, elle a soutiré une biotechnologie qui sauvera des vies et qui est déjà au cœur d\u2019une incroyable révolution dans le monde de l\u2019ingénierie génétique : CRISPR/Cas9 \u2013 ou plus familièrement, dans l\u2019intimité des labos, «CRISPR».Prononcé à l\u2019anglaise crisper, le nom sonne comme une marque de croustilles ou de chocolat.Il s\u2019agit pourtant de l\u2019outil le plus précis jamais conçu pour modi?er les gènes à volonté.Depuis déjà trois ans, il est utilisé dans tous les laboratoires de biologie moléculaire du monde.Percée capitale, découverte fondamentale ou révolution, ces expressions surutilisées en science deviennent des euphémismes quand il est question de CRISPR qui a fait passer le génie génétique de l\u2019âge de pierre à l\u2019ère spatiale.Emmanuelle Charpentier, qui est maintenant directrice de l\u2019Institut Max-Planck de biologie infectieuse de Berlin, a codé- veloppé cette biotechnologie avec Jennifer Doudna, professeure 34 Québec Science | Octobre 2016 RÉvolution gÉnÉtique à l\u2019université de Californie à Berkeley.On n\u2019hésite pas à leur prédire un Nobel avant longtemps.C\u2019est que CRISPR ouvre toutes les portes aux généticiens.Se rendre à un endroit précis dans l\u2019ADN de n\u2019importe quel organisme vivant et modi?er, éliminer ou ajouter un gène, ou même une petite partie d\u2019un gène, est devenu un jeu d\u2019enfant.Jamais de telles interventions n\u2019ont été aussi rapides, précises et faciles \u2013 sans compter leur coût 100 fois moins élevé qu\u2019avec les méthodes préexistantes.Au point même d\u2019accélérer tout un mouvement de bio-pirates qui peuvent désormais s\u2019amuser à faire du génie génétique dans leur sous-sol (voir l\u2019encadré «Biologistes de garage» à la page 38).ARME NATURELLE «Nous n\u2019avons pas inventé cette technologie, concède Emmanuelle Charpentier.Le mécanisme existait déjà dans la nature, chez de nombreuses bactéries.Nous l\u2019avons simplement détourné de sa fonction première qui est de défendre ces dernières contre les virus.» Il faut savoir que les bactéries, tout comme nous, peuvent être assaillies par des virus.On appelle ces virus des bactériophages, ou simplement des «phages».Lorsqu\u2019un phage attaque une bactérie, il s\u2019y ?xe et injecte son matériel génétique à l\u2019intérieur, pour «pirater» la cellule.Cet ADN viral est lu par la machinerie cellulaire de la bactérie qui fabrique alors des centaines de copies du virus.De 20 à 30 minutes plus tard, la cellule détraquée, trop pleine, ?nit par éclater et libérer dans les environs tous ces nouveaux phages qui s\u2019en prendront à leur tour aux bactéries voisines.Mais plusieurs bactéries savent se défendre.Leur «système immunitaire» mémorise les tentatives d\u2019agressions passées et les mate lorsqu\u2019elles se présentent de nouveau.Ce système, c\u2019est le fameux CRISPR, dont le mécanisme a été compris et décrit en 2007 par l\u2019équipe de Sylvain Moineau, professeur titulaire au département de biochimie, de microbiologie et de bio-informatique de l\u2019Université Laval, à Québec, et directeur de la Chaire de recherche du Canada sur les bactériophages.Dans son laboratoire, au sous-sol du pavillon de médecine dentaire de l\u2019Université Laval, quelques bouteilles de champagne vides trônent sur une étagère, souvenirs de ces moments « eurêka » qui ont ponctué l\u2019histoire récente de l\u2019équipe.« Il y a presque 30 ans, rappelle Sylvain Moineau, des chercheurs japonais avaient repéré des séquences étranges dans l\u2019ADN de bactéries E.coli.Il s\u2019agissait de courtes sections d\u2019ADN qui se répétaient à l\u2019identique en plusieurs exemplaires dans le génome.Et toutes ces sections identiques étaient séparées par des sections tout aussi courtes, mais variables, qu\u2019on a appelées spacers.Dans une même cellule bactérienne, on pouvait trouver 10, 15, 30 répétitions de la même section, toutes séparées par des séquences variables.On a par la suite trouvé cette même zone étrange chez d\u2019autres espèces de bactéries, mais personne ne savait à quoi elle servait.» Cette zone bizarre a reçu différentes appellations avant qu\u2019on lui donne dé?nitivement le nom de CRISPR, acronyme anglais pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats ou, en français, « courtes répétitions palindromiques regroupées et régulièrement espacées».Le quali?catif «pa- lindromique» indique que les séquences d\u2019ADN répétées sont identiques, qu\u2019on les lise dans une direction ou dans l\u2019autre, comme le mot kayak.«En 2005, se rappelle Sylvain Moineau, j\u2019ai été contacté par des microbiologistes de Danisco, la compagnie danoise de fromage et yogourt.Ils avaient repéré une zone CRISPR dans le génome des bactéries utilisées pour la fabrication de leurs produits.Mais surtout, ils avaient découvert que les spacers, entre les séquences identiques, correspondaient parfaitement à des séquences génétiques de virus qui attaquent couramment ces souches bactériennes.Ils soupçonnaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un système immunitaire des bactéries et ils me demandaient d\u2019en trouver le mécanisme.» Deux ans plus tard, en 2007, les chercheurs de Danisco et de l\u2019équipe de Sylvain Moineau publiaient le résultat de leurs travaux dans la prestigieuse revue Science.Dans l\u2019ADN d\u2019une bactérie, CRISPR est CRISPR ouvre toutes les portes aux généticiens.Se rendre à un endroit précis dans l\u2019ADN de n\u2019importe quel organisme vivant et modi?er, éliminer ou ajouter un gène, ou même une petite partie d\u2019un gène, est devenu un jeu d\u2019enfant.Emmanuelle Charpentier (à gauche) et Jennifer Doudna ont révolutionné la biologie, en détournant un système immunitaire bactérien pour en faire un scalpel génétique universel.Déjà lauréates de nombreux prix, elles sont pressenties pour recevoir, bientôt, un prix Nobel. Octobre 2016 | Québec Science 35 en fait une banque d\u2019ADN viraux, stockés en mémoire par les ancêtres de la bactérie et transmis depuis plusieurs générations.«Ce mécanisme est possible parce que certains virus peuvent être défectueux, explique Sylvain Moineau.Une bactérie agressée par un virus défaillant ne meurt pas.Elle intègre l\u2019ADN du virus dans son propre génome, en le plaçant entre deux sections identiques d\u2019ADN CRISPR.» Les différents spacers constituent donc, en quelque sorte, un archivage génétique des anciens ennemis.Ils sont tous «copiés» par la cellule, et y dérivent, comme autant de petits patrouilleurs.Mais ils ne patrouillent pas seuls.«Nous avons aussi découvert que, sur le même brin d\u2019ADN bactérien, un peu avant la zone CRISPR, se trouvent des gènes qui servent à produire des protéines particulières.Comme elles sont associées au CRISPR, ces protéines sont nommées Cas, pour CRISPR associated.Il en existe plusieurs, dont la Cas9», poursuit-il.Or, ces protéines sont de véritables scalpels à ADN.Chaque « patrouilleur » (aussi appelé ARN-guide) s\u2019associe à une protéine Cas9, formant un formidable attelage.Si un virus connu se pointe et injecte son ADN dans la bactérie, le complexe CRISPR/Cas9 correspondant s\u2019y attache.La protéine Cas9 fait alors son travail : elle sectionne l\u2019ADN viral, ce qui le rend inopérant.« La protéine Cas9 est redoutable pour couper avec précision un brin d\u2019ADN, mais elle est aveugle : c\u2019est son brin d\u2019ARN-guide qui la positionne à l\u2019endroit où il faut couper», précise Sylvain Moineau.C\u2019est ainsi que le chercheur de l\u2019Université Laval a ouvert la voie au désormais célèbre outil génétique d\u2019Emmanuelle Charpentier et de Jennifer Doudna.«Nous avons trouvé comment remplacer l\u2019ARN-guide du complexe CRISPR/Cas9 par la séquence d\u2019ARN de notre choix, a?n qu\u2019elle puisse s\u2019apparier précisément n\u2019importe où dans le génome de n\u2019importe quel organisme, explique la professeure Charpentier, dont le travail a été publié dans Nature en 2011.Une fois à la bonne place, la protéine Cas9 fait son travail et coupe l\u2019ADN à l\u2019endroit voulu.» Un peu à la manière de la fonction «rechercher» dans un texte, qui permet de repérer un mot bien précis au milieu d\u2019un paragraphe.Très vite, dès 2013, plusieurs scienti?ques s\u2019emparent de ces ciseaux génétiques et montrent leur ef?cacité chez les souris, les levures, les plantes\u2026 et les cellules humaines.En cisaillant ainsi l\u2019ADN, l\u2019outil permet ARN-guide L\u2019ARN-guide reconnaît la zone cible et s\u2019y attache.L\u2019ADN ainsi coupé peut être inactivé, ou peut être réparé avec un nouveau gène fourni par les scienti?ques.Au tour de Cas9 de jouer : elle coupe l\u2019ADN à la manière d\u2019un scalpel.ARN-guide Cible ADN ARN-guide: il conduit Cas9 jusqu\u2019à la région du génome qu\u2019on veut modi?er.Cas9 est une protéine capable de cisailler l\u2019ADN Comment CRISPR réécrit le génome Cette portion du guide peut être modi?ée à loisir, pour s\u2019apparier à n\u2019importe quel gène.Ces deux éléments s\u2019associent et «scannent» le génome à la recherche de leur cible.S É B A S T I E N T H I B A U L T / S O U R C E : C A N C E R R E S E A R C H U K M I G U E L R I O P A / A F P / G E T T Y I M A G E S 36 Québec Science | Octobre 2016 RÉvolution gÉnÉtique de désactiver n\u2019importe quel gène.Mais pas seulement : si on fournit en même temps un nouveau gène à la cellule, elle réparera son ADN brisé en y insérant ce nouveau code.De quoi modi?er à volonté les génomes, réparer les gènes malades, les remplacer, ou permettre à un organisme de produire des protéines totalement nouvelles.Une véritable chirurgie génétique! LA PANACÉE Bien sûr, les chercheurs n\u2019ont pas attendu CRISPR pour manipuler les génomes.Il y a quelques décennies déjà, ils y parvenaient en bombardant les cellules de microparticules enrobées d\u2019ADN, en espérant que ce dernier se loge dans le génome.Un taux de succès de 1 sur 1000 était considéré comme excellent.Par la suite sont arrivées des techniques plus pointues, comme les enzymes à doigts de zinc ou les TALENs (en 2010), qui permettaient d\u2019agir à des endroits précis du génome.Mais chaque nouvelle manipulation génétique nécessitait des mois, voire des années de travail.Pour exécuter une nouvelle modi?cation, même minime, il fallait chaque fois repartir de zéro.« L\u2019avantage de CRISPR, explique Sylvain Moineau, c\u2019est que la protéine Cas9 est toujours la même.Tout ce qui change, c\u2019est le brin d\u2019ARN-guide.Et ça, c\u2019est facile à obtenir.Lorsqu\u2019on connaît le gène à cibler, on peut acheter la séquence d\u2019ARN appropriée et la recevoir en une ou deux semaines.» Voilà pourquoi la méthode s\u2019est propagée comme une traînée de poudre.Les start-ups n\u2019ont pas tardé à bourgeonner, attirées par d\u2019éventuels pro?ts, et les annonces se sont multipliées.Une firme chinoise a modifié le génome d\u2019un cochon a?n de désactiver certains gènes responsables de sa croissance; destiné au marché des animaux de compagnie, l\u2019animal ne dépasse pas la taille d\u2019un beagle.En Californie, on veut immuniser des porcs contre la peste porcine africaine en insérant dans leur génome des gènes de phacochères, animaux qui portent le virus sans développer la maladie.Ailleurs, on tente de rendre des abeilles plus résistantes aux maladies pour renverser leur déclin.Dans un centre de recherche australien, on travaille à modi?er le génome des poules a?n qu\u2019elles pondent des œufs ne causant pas d\u2019allergies chez l\u2019humain.À Boston, un chercheur ambitieux veut transformer des éléphants d\u2019Asie en mammouths laineux, rien de moins.Les espoirs suscités par CRISPR/Cas9 vont bien au-delà des espèces animales.Des levures pourraient être altérées pour produire ef?ca- cement des biocarburants à partir de déchets agricoles et limiter, voire éliminer, notre dépendance aux combustibles fossiles.En agriculture, on teste des céréales, des légumes et des légumineuses ayant le potentiel de résister aux ravages des insectes, des maladies et des sécheresses.Un champignon modi?é par CRISPR pour brunir moins rapidement a déjà obtenu en avril le feu vert du gouvernement états-unien.Et en médecine, tous les espoirs sont permis.Par exemple, CRISPR/Cas9 donne des munitions aux chercheurs qui, depuis des décennies, explorent l\u2019idée de modi?er génétiquement « C\u2019est là la grande force de CRISPR.On va en?n pouvoir connaître le rôle et la fonction des gènes pris un à un.» Le microbiologiste Sylvain Moineau (ici avec l\u2019étudiante au doctorat Siham Ouennane), de l\u2019Université Laval, a compris le mode de fonctionnement de CRISPR/Cas9 chez la bactérie.Sans ses travaux, l\u2019outil CRISPR n\u2019aurait peut-être pas vu le jour.L I P M A N S T I L L P I C T U R E S / C R S N G Octobre 2016 | Québec Science 37 La technologie CRISPR/Cas9 suscite-t-elle de nouvelles questions éthiques ?Le débat n\u2019est pas nouveau.Ce sont des questions qui datent de 40 ans.En théorie, nous avons la capacité de modi?er génétiquement l\u2019humain depuis des décennies.En pratique, les méthodes n\u2019étaient pas assez bonnes.Mais CRISPR/Cas9 change complètement la donne.Nous pouvons maintenant apporter une modi?cation chez un humain et toute sa lignée.Est-ce que notre espèce peut s\u2019autoriser à faire ça ?Peut-elle le permettre au moins dans un but thérapeutique?Malgré la conférence de Washington, nous ne nous sommes pas entendus.Il y a différentes façons de percevoir l\u2019humain selon les cultures, différentes valeurs éthiques qui dépendent de perspectives morales.Alors que des chercheurs sont d\u2019avis qu\u2019on ne peut pas « jouer à Dieu » en modi?ant la lignée humaine, d\u2019autres avancent qu\u2019il est de notre responsabilité de faire disparaître des maladies si ce nouvel outil nous le permet.Cette diversité dans les conceptions et les règles d\u2019une nation à l\u2019autre entraîne-t-elle des risques ?Les scienti?ques désireux de mener des travaux sur les embryons humains pourraient simplement émigrer dans un pays où la réglementation est plus permissive.Il faut arrêter ce tourisme scienti?que et s\u2019entendre sur des règles à suivre à l\u2019échelle internationale.Pour le moment, il y a un semblant de moratoire, mais personne n\u2019est dupe : on s\u2019empêche encore de modi?er l\u2019humain simplement parce que la technologie n\u2019est pas parfaitement au point.Présentez-nous un scénario qui pourrait être considéré comme éthiquement correct.D\u2019abord, la recherche fondamentale que permet CRISPR/Cas9, elle, doit continuer.Il y a un grand intérêt à mieux comprendre le génome.Ensuite, il faut permettre la recherche clinique et les actions thérapeutiques.Modi?er le génome d\u2019un seul individu pour lui permettre de régler un problème de santé ne pose pas vraiment de question éthique.Dans toutes les institutions, il y a déjà des comités d\u2019éthique qui peuvent très bien gérer ces demandes.La réelle frontière est celle de la modification de cellules germinales : ovaires, spermatozoïdes et embryons très jeunes.Des modi?cations apportées à ces cellules pourraient persister à jamais dans le patrimoine génétique de l\u2019humanité.Il faut une conversation mondiale.Il faut que plein de gens se prononcent; les chercheurs, mais aussi le public.Il faudra ?nalement tenir compte des diversités éthiques et religieuses, et atteindre un consensus.Il faut discuter d\u2019abord, et agir ensuite, pas l\u2019inverse.Voyez-vous quand même une menace à courte échéance ?Il va falloir faire attention au bioterrorisme.Si les instituts de recherche se donnent des règles éthiques et des limites à ne pas franchir, ce ne serait pas le cas d\u2019un laboratoire clandestin qui pourrait se lancer dans la fabrication d\u2019armes biologiques.CRISPR/ Cas9 le permet déjà.J.L.Gène éthique Françoise Baylis est philosophe et bioéthicienne à l\u2019université Dalhousie à Halifax, en Nouvelle-Écosse.Directrice de la Chaire de recherche du Canada en bioéthique et philosophie, elle fait partie du comité qui a organisé la grande conférence éthique sur CRISPR/ Cas9, à Washington, en décembre 2015.U N I V E R S I T É D E D A L H O U S I E 38 Québec Science | Octobre 2016 RÉvolution gÉnÉtique les moustiques dans le but d\u2019empêcher la propagation de maladies comme la dengue, le paludisme ou le zika.Au même moment, des laboratoires tentent de produire des cellules humaines résistantes au virus du sida.Ailleurs, on travaille sur la thérapie génique qui guérirait dé?nitivement la ?brose kystique, l\u2019hémophilie ou d\u2019autres maladies génétiques.En juillet dernier, en Chine, un groupe de recherche annonçait le début d\u2019essais sur l\u2019humain pour vaincre le cancer du poumon en injectant chez des volontaires des cellules modi?ées génétiquement par CRISPR/Cas9.Des essais similaires devraient débuter en 2017 aux États-Unis.Leucémies, alzheimer, dystrophies et autres affections pourraient en?n perdre du terrain face aux offensives de CRISPR.RÊVES ET CRAINTES L\u2019outil est d\u2019autant plus puissant qu\u2019il est versatile, malléable à l\u2019envi, à la manière d\u2019un couteau suisse.Ce qu\u2019il révolutionne donc en premier lieu, c\u2019est la vie des chercheurs qui peuvent désormais comprendre les fonctions des gènes, fabriquer des modèles animaux, rechercher et tester de nouvelles cibles thérapeutiques en un tournemain.Certains ont remanié la protéine Cas9 pour qu\u2019elle ne coupe pas le gène cible, mais qu\u2019elle stimule son activité ou au contraire l\u2019inhibe, ou encore qu\u2019elle agisse uniquement sous certaines conditions chimiques.D\u2019autres ont même rendu Cas9 lumineuse, pour visualiser certaines régions du génome par imagerie.«C\u2019est là la grande force de CRISPR, s\u2019enthousiasme Sylvain Moineau.On va en?n pouvoir connaître le rôle et la fonction des gènes pris un à un.En éteignant et rallumant un gène, on peut découvrir à quoi il sert dans une cellule.Le génome humain compte quelque 24000 gènes.Seule une petite partie de ce nombre a un rôle connu.Tout ça va changer rapidement.» Parlez-en aux entreprises de biotechnologies pour lesquelles CRISPR est devenu le nouveau sésame.Feldan Therapeutics, par exemple, sise à Québec, exploite depuis peu le complexe CRISPR/Cas9.« Nous nous spécialisons dans les solutions permettant d\u2019acheminer des substances à l\u2019intérieur des cellules, explique David Guay, directeur de la recherche.Nous avons mis au point une molécule qui peut traverser la membrane d\u2019une cellule et se retrouver intacte à l\u2019intérieur.Le plus beau, c\u2019est qu\u2019on peut associer cette molécule à n\u2019importe quoi, par exemple un complexe CRISPR/Cas9.» Il faut savoir que le scalpel génétique a beau être ef?cace, les techniques permettant de l\u2019administrer à l\u2019intérieur des cellules sont encore imparfaites.Mais les choses progressent vite.C\u2019est pourquoi François-Thomas Michaud, P.D.G.de Feldan, est convaincu que CRISPR est une mine d\u2019or.«D\u2019ici 20 ans, les retombées économiques mondiales de cette technologie se chiffreront entre 50 et 100 milliards de Biologistes de garage Mars 2015.Comme chaque année, le festival South by South West bat son plein à Austin, au Texas.Dans un bungalow loué, en banlieue de la ville, une vingtaine de personnes discutent, écoutent de la musique, prennent une bière.Sur la table de la cuisine, au milieu des verres à moitié vides, traînent des boîtes de Petri et des pipettes.Dans un coin du salon se trouve l\u2019incubateur où croissent des colonies de bactéries modi?ées génétiquement.L\u2019événement, organisé par la start-up toron- toise Synbiota, en est un de biohacking : on pirate des cellules vivantes a?n de leur faire produire de nouvelles protéines.Voici venue l\u2019ère de la biologie de garage.« Des OGM maison, ça semble effrayant pour certains, explique Connor Dickie, P.D.G.de Synbiota.Mais notre mission est de démocratiser les biotechnologies.Rendre les technologies d\u2019ingénierie génétique accessibles aux gens ordinaires permettra de créer de nouveaux produits auxquels on n\u2019aurait même pas rêvé.» La compagnie Synbiota vend déjà des kits de manipulation génétique à utiliser chez soi, reposant sur des techniques classiques.La version « débutant » consiste à prendre des bactéries E.coli inoffensives et à leur insérer un gène pour leur faire produire une protéine colorée; rose, bleue ou verte, à vous de choisir ! Avec l\u2019arrivée de CRISPR, le terrain de jeu n\u2019aura bientôt plus de limites.« Dans les années 1950 et 1960, les ordinateurs étaient programmés par des informaticiens.Les logiciels étaient avant tout pratiques et avalaient puis recrachaient des colonnes de chiffres.Et ils étaient moches.Aujourd\u2019hui, tout le monde peut s\u2019improviser développeur de logiciels, plus besoin d\u2019informaticien.Les biotechnologies sont en train de suivre la même voie : jusqu\u2019à maintenant l\u2019apanage presque exclusif des biologistes, elles seront bientôt à la portée de tous.Un biohac- ker pourra ainsi mettre au point un remède pour des maladies orphelines avec une fraction des sommes actuellement investies en recherche pharmaceutique.» Octobre 2016 | Québec Science 39 dollars par année», prédit-il.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse attendre d\u2019une technologie qui a le potentiel de tout guérir, ou presque.Si l\u2019engouement est immense, il amène son lot d\u2019interrogations éthiques.Les manipulations génétiques ne sont pas sans conséquence, surtout si elles sont effectuées sur un embryon: la modi?cation s\u2019inscrit alors dans toutes les cellules, y compris les cellules reproductives, et elle est transmise aux générations suivantes.Jouer avec le génome humain est-il acceptable?Dans la «folie CRISPR », difficile de freiner les ardeurs.En avril 2015, après quelques semaines de rumeurs, des chercheurs de l\u2019université Sun Yat-Sen à Canton, en Chine, ont con?rmé avoir modi?é génétiquement des embryons humains avec CRISPR/Cas9 a?n de «corriger» les gènes responsables d\u2019une grave maladie du sang, la bêta-thalassémie.Comme leur but n\u2019était pas de créer des humains modi?és génétiquement, mais de tester l\u2019ef?cacité de la méthode, ils ont mené leur expérience sur des embryons non viables.Ils ont démontré que l\u2019outil reste imparfait : un nombre important de modi?cations génétiques ont surgi à des endroits non prévus.Leur avancée a ravivé le débat éthique dans la communauté scienti?que.En décembre dernier, à Washington, une conférence internationale a rassemblé des chercheurs ainsi que des philosophes états-uniens, canadiens, britanniques et chinois a?n que tous puissent partager leur point de vue et parvenir à un consensus.Un rapport est attendu cette année (voir l\u2019encadré «Gène éthique» à la page 37).Mais pour l\u2019heure, les règles varient d\u2019un pays à l\u2019autre.Le Canada, par exemple, interdit toute recherche sur des embryons humains.Aux États-Unis, aucun ?nancement public n\u2019est accordé à la recherche sur ceux-ci, mais aucune loi ne l\u2019empêche non plus; alors que, au Royaume-Uni, l\u2019édition génétique sur des embryons humains peut être autorisée en recherche, mais pas en clinique.Cela dit, tout le monde s\u2019entend sur une chose: il faudra s\u2019assurer de l\u2019ef?cacité de la technique et de son innocuité avant de modi?er pour de bon le génome humain.Des animaux modifiés par CRISPR/ Cas9 semblent parfaitement normaux, mais le nombre d\u2019essais demeure faible et les observations ne s\u2019étirent que sur un ou deux ans.Les chercheurs en sont conscients et les comités d\u2019éthique de leurs institutions veillent.Toutefois, il y a un réel danger que des cliniques de fécondation in vitro tentent d\u2019utiliser la technique prématurément pour éliminer des risques de maladie, mais aussi pour «améliorer» des traits aussi banals que la taille de l\u2019enfant ou la couleur de ses yeux.Dans certains pays, incluant les États-Unis, ce ne serait pas illégal.«La science n\u2019est pas rendue là, tempère Sylvain Moineau.Pour modifier un caractère précis d\u2019un organisme, il faut savoir quels sont le ou les gènes impliqués, et les remanier de la bonne façon.On est encore bien loin de posséder ce savoir.Prenez la taille : elle est probablement régie par plusieurs gènes, lesquels s\u2019in?uencent les uns les autres, et il y a peut-être des mécanismes qui prennent la relève si un gène s\u2019éteint.Pour le moment, cela demeure de la science-?ction.» Qu\u2019en pense la découvreuse de CRISPR/ Cas9?«Les scénarios extrémistes présentés dans certains médias ne me font pas sourire, même s\u2019ils sont souvent risibles, admet Emmanuelle Charpentier.Cette technologie très puissante est à la portée de plusieurs.J\u2019espère une certaine sagesse de la part de l\u2019humanité.» À plus court terme, celle qui a déjà reçu une quinzaine de prestigieux prix pour ses accomplissements poursuit ses travaux, consciente qu\u2019il n\u2019y aura sûrement pas de deuxième moment CRISPR/ Cas9 dans sa carrière.«Lorsque nous avons créé cette nouvelle technologie, nous savions que nous avions touché là quelque chose de gros, que ça aurait un impact sur la communauté scienti?que et sur la recherche.Mais je n\u2019étais pas prête à ce qui a suivi.Tous les médias du monde ne cessent d\u2019en parler.» Preuve que CRISPR/Cas9 n\u2019a pas ?ni de chatouiller les rêves et les peurs de l\u2019humanité.lQS Tout le monde s\u2019entend sur une chose : il faudra s\u2019assurer de l\u2019ef?cacité de la technique et de son innocuité avant de modi?er pour de bon le génome humain.D A V I D G O O D S E L L Chez certaines bactéries, la protéine Cas9 s\u2019associe à un ARN CRISPR (ici en rouge) pour neutraliser le virus correspondant (en jaune). 40 Québec Science | Octobre 2016 V ous le savez peut-être, je suis un grand admirateur du philosophe et mathématicien Bertrand Russell (1872- 1970).Or, quand j\u2019ai commencé, très jeune, à le fréquenter, j\u2019ai été stupéfait d\u2019apprendre que Russell, homme de gauche, avait aussi été un temps eugéniste.J\u2019allais découvrir rapidement qu\u2019il n\u2019avait pas été le seul dans ce cas.L\u2019eugénisme, même si on l\u2019oublie parfois, a été prôné dès la ?n du XIXe siècle par un nombre grandissant de personnes, y compris des intellectuels (conservateurs ou progressistes), et mis en œuvre par des politiciens, eux aussi de toutes allégeances.DE GALTON À NOUS Tout cela commence avec le cousin de Charles Darwin, Francis Galton (1822-1911).Anthropologue, psychométricien et statisticien, ce savant polyvalent, père de la psychologie différentielle et de la statistique moderne, soutenait que les meilleurs individus produisent les meilleurs rejetons et les moins bons\u2026 les moins bons ! Aussi, la société devrait-elle viser à obtenir plus d\u2019enfants des premiers et moins d\u2019enfants des seconds.Le mot « eugénisme », qui vient du grec eu (bien) et gennaô, (engendrer), signi?e d\u2019ailleurs « bonne naissance ».Inspirés par cette idée, de nombreux pays vont mettre en place des politiques eugénistes.Pour aller à l\u2019essentiel, disons que ces programmes comprennent généralement deux volets.D\u2019une part, un eugénisme positif qui encourage les personnes jugées les meilleures (selon telle ou telle acception ou critère) à se reproduire entre elles; d\u2019autre part, un eugénisme négatif qui limite, et même empêche \u2013 parfois par stérilisation forcée \u2013, la reproduction des personnes jugées inférieures, parmi lesquelles, bien entendu, Le retour de l\u2019eugénisme?La technique de modi?cation génétique CRISPR/Cas9 ouvre la porte aux ambitions eugénistes.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon Octobre 2016 | Québec Science 41 celles souffrant de handicaps ou de dé?ciences de toutes sortes.Cette histoire est fort laide et, sans doute en partie pour cela, on ne la raconte guère.D\u2019autant que, comme chacun sait, l\u2019Allemagne nazie, par ses politiques racistes d\u2019extermination, a achevé, dans nos esprits, de repousser l\u2019eugénisme dans la catégorie des idées absolument inacceptables.D\u2019où mon étonnement devant l\u2019épisode eugéniste de Russell.Mais le concept pourrait bien s\u2019imposer de nouveau d\u2019ici très peu.C\u2019est par un étrange acronyme qu\u2019il ferait son retour : CRISPR/Cas9 (Voir l\u2019article «Un scalpel génétique tout-puissant», à la page 32).UNE RÉVOLUTION EN GÉNIE GÉNÉTIQUE Le système CRISPR/Cas9 désigne une méthode précise, peu coûteuse et ef?cace, qui agit comme une sorte d\u2019outil à couper-coller permettant de modi?er le génome des cellules germinales humaines.Les espoirs qu\u2019il suscite sont immenses.Sur le plan de la connaissance, il devrait notamment permettre de mieux comprendre le rôle exact d\u2019un gène dans l\u2019apparition de tel trait ou caractère.Sur le plan technique, il ouvre des possibilités réellement extraordinaires : éradiquer diverses maladies, par exemple le paludisme, en modi?ant les moustiques qui les portent; en traiter d\u2019autres (alzheimer, cancer, sida, etc.) plus ef?cacement; ressusciter des espèces; produire des animaux transgéniques pour consommation humaine.Et j\u2019en passe.Mais, théoriquement, la technique permettra aussi, peut-être avant une dizaine d\u2019années, de favoriser chez les enfants à naître l\u2019expression de certains traits et qualités jugés désirables.Cette perspective de « bébés à la carte » et de perfection sur mesure de la nature humaine est tellement réelle \u2013 mais tout aussi inquiétante pour certains \u2013 que des scienti?ques, des philosophes et des éthiciens se sont réunis, ?n 2015, pour en discuter.Au programme, les enjeux, scien- ti?ques et moraux, de CRISPR/Cas9 et l\u2019opportunité d\u2019un moratoire sur son utilisation.Devant cette possibilité d\u2019amélioration de l\u2019être humain, la question de l\u2019eugénisme devrait très probablement ressurgir.Mais il faut savoir que, déjà, elle est abondamment débattue, notamment par des philosophes et des partisans ou des adversaires du « transhumanisme ».Elle l\u2019est sous le nom d\u2019eugénisme dit « libéral », par lequel le nouvel eugénisme \u2013 consenti \u2013 se distingue de l\u2019eugénisme classique.QUELQUES ENJEUX PHILOSOPHIQUES Dans ces débats, des thèmes éthiques sont récurrents.Une première préoccupation, cruciale, concerne les inégalités de toutes sortes que pourraient engendrer ces technologies qui risquent bien entendu de n\u2019être accessibles qu\u2019à celle ou celui qui peut se les payer.Aux grandes inégalités de fait et de chance que représente l\u2019accès aux biens et services que, souvent, seuls les privilégiés peuvent se procurer (comme des écoles privées, des livres, des facilités ou des ressources de toutes sortes), s\u2019ajouterait le fait de naître avec des capacités et des traits avantageux.On pourra alors être tenté de limiter ou même d\u2019interdire à tous le recours à ces technologies.Mais une telle entrave à la liberté doit être justi?ée.On se retrouve alors devant un de ces cas, fréquents, où une valeur (la liberté) entre en opposition avec une autre (l\u2019égalité des chances, disons).Justi?er une certaine limitation de la liberté n\u2019est pas impossible, mais pas facile non plus.Pour y arriver, une piste envisageable est de considérer les effets, sur l\u2019ensemble de la société, du recours à ces technologies par certains de ses membres.Si on arrive à raisonnablement suggérer qu\u2019une technologie menacera la stabilité sociale, la démocratie ou le bien-être de l\u2019ensemble de la population, on sera alors tenté de conclure que certaines restrictions sont justifiables.On rappellera sans doute dans ce contexte que la recherche médicale répond déjà à la « loi du 90/10 » : en raison de la capacité de payer des clients potentiels, cette recherche concentre en effet 90 % de ses activités et produits à des maladies qui n\u2019affectent que 10 % des personnes.Ce que cette manière de faire laisse présager, en ce qui concerne des pratiques d\u2019eugénisme libéral et l\u2019allocation des ressources en recherche médicale, se laisse aisément deviner\u2026 Le contre-argument consisterait ici à soutenir que tous pourront béné?cier des avantages que procure l\u2019amélioration de certains.Toutefois, les raisons invoquées pour défendre cette conclusion devraient être examinées avec le plus grand soin.Les pratiques d\u2019eugénisme libéral sont sans doute à nos portes.Elles soulèvent des questions de faisabilité technique que l\u2019on estime énormes; mais elles suscitent aussi, on le voit, des questions éthiques tout aussi considérables.Il n\u2019est pas trop tôt pour commencer à y ré?échir sérieusement.lQS Théoriquement, la technique permettra peut-être avant une dizaine d\u2019années, de favoriser chez les enfants à naître l\u2019expression de certains traits et qualités jugés désirables. ea UE] Il > SUN qu 28 li = à Ch C la (26 CURIEUX BOUCAR ak.Le 2 Ta » TT \u201c ë V bik feux 1 DEBE | ÉBEC SCERCE] a medécouvei 7 L7 ec [Re pps du Sin Ln SOMMES-HOUS FUTS 1 30 eT POURQUOI VOTRE CERVEAU Natalie Je oor Lica Flt AR ne MAG.VOLE VON \u2014 a £ a \u201ciy = HL (J ex = i : s 1 .a \"I 0 J sa ABONNEZ-VOUS'A QUEBEC SCIENCE! qUEDECSCIENCE.JE.CadPFHHE/IVO LISS \u2014 9) (ar (CC y ya] 41% de uction LDL ITT | QUEBEC SEN La MA HY - EIS wpa Ll] e pr L000 =\" ar crinf-Lavquri = mr apd MV & LEER REE ERE RENNER ru IE I I I IT CC TR I I I I CC CC TETE 3 \u2014 [17] {I ert en Ged A veloun.Lee ADRENALINE AL [1g 1) PLAN A: Fao) EI] \u201cje, \u2018 re SECURIT PROCUREZ-VOUS ÉGALE Si ( LE \u201c | tre EVIE, SR par Velo le siii(oig
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