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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Décembre 2016, Vol. 55, No. 4
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2016, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE DÉCEMBRE 2016 6 , 4 5 $ P P 0 6 5 3 8 7 MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 ORIGINES DE L\u2019HUMANITÉ: LE MYSTÈRE DES NOUVEAUX FOSSILES .QUAND LES SCIENTIFIQUES ESPIONNENT LES ANIMAUX .DU SPORT EN COMPRIMÉS LA MACHINE QUI METTRA INTERNET K.O.ORDINATEUR QUANTIQUE DÉCEMBRE 2016 Contrôler des objets par la pensée On l\u2019a testé ! I N V I T E R L E S E X P E R T S - E N T R E P R E N E U R S À F A I R E L A C L A S S E O P É R E R L E C Œ U R P L U S E N D O U C E U R G R  C E À L A N A N O T E C H N O L O G I E C O N C E V O I R U N P R O C E S S U S I N D U S T R I E L R E N O U V E L A B L E E T D U R A B L E T E C H N O L O G I E D \u2019AV A N T- G A R D E P R Ê T E À P O R T E R P O U R O R C H E S T R E E N T O U R N É E C O N C O R D I A .C A ENSEMBLE, REPENSONS LE MONDE RUBRIQUES 4 BILLET Haro sur les fraudeurs Par Marie Lambert-Chan 5 Au pied de la lettre 47 Matières à lire C O U V E R T U R E : S H U T T E R S T O C K 10 Normand Baillargeon Quand le crabe s\u2019invite dans l\u2019espace public\u2026 49 Jean-François Cliche Comment se débarrasser des déchets nucléaires 50 Serge Bouchard Gomme balloune et morve au nez PALÉOANTHROPOLOGIE 18 La famille humaine s\u2019agrandit L\u2019histoire de l\u2019humanité est bien plus complexe qu\u2019on ne le pensait.Les paléoanthro pologues s\u2019arrachent les cheveux en essayant d\u2019intégrer de nouveaux cousins à notre arbre généalogique.Doit-on réécrire nos origines?Par Marine Corniou BIOLOGIE 32 La vie secrète des animaux Aujourd\u2019hui, les scienti?ques ont accès à un arsenal digne des plus grands agents secrets a?n d\u2019espionner l\u2019intimité des animaux\u2026 sans trop les gêner.Par Marion Spée INFORMATIQUE 36 La quête quantique Dans les laboratoires de physique du monde \u2013 le Québec inclus \u2013, la course à l\u2019ordinateur quantique bat son plein.Le but : construire une machine si puissante qu\u2019elle pourra mettre Internet K.O.Par Joël Leblanc INTERNATIONAL 40 Maladie sans frontières À la frontière du Paraguay, de l\u2019Argentine et du Brésil, les cas de leishmaniose explosent.Transmise par un parasite, cette infection potentiellement mortelle fait la vie dure aux chercheurs qui la combattent.Enquête.Par Anne Caroline Desplanques ACTUALITÉS ENTREVUE 6 DU JETABLE AU FAIT MAISON Des objets à usage unique aux produits écologiques en passant par les articles fabriqués à la main, les habitudes de consommation évoluent, observe Claudia Déméné, professeure en design.Propos recueillis par Mélissa Guillemette SANTÉ 9 DU SPORT EN COMPRIMÉS Une pilule peut-elle remplacer les bienfaits de l\u2019activité physique?Par Maxime Bilodeau ASTRONOMIE 12 UN MILLIARD D\u2019ÉTOILES Le télescope Gaia nous livre l\u2019image la plus nette qu\u2019on n\u2019ait jamais eue de notre galaxie et propulse l\u2019astronomie dans une nouvelle ère.Par Jean François Bouthillette CHIMIE VERTE 17 PRÉCIEUSES ÉPICES Et si les épices étaient toujours les meilleurs agents de conservation ?Par Martine Letarte EN COUVERTURE 26 Le pouvoir du mental Les chercheurs veulent lire dans nos pensées pour nous permettre de contrôler des objets et d\u2019optimiser le fonctionnement de notre cerveau.Faut-il s\u2019en réjouir ou s\u2019en inquiéter ?Par Mélissa Guillemette DÉCEMBRE 2016 Elle s\u2019appelle Sophie Jamal.Elle aurait souhaité qu\u2019on se souvienne d\u2019elle comme étant une brillante chercheuse ayant découvert qu\u2019un onguent de nitroglycérine pouvait combattre l\u2019ostéoporose chez des femmes ménopausées.L\u2019histoire se souviendra plutôt d\u2019elle comme étant la première scienti?que canadienne publiquement dénoncée par un organisme de recherche fédéral.En juillet dernier, on l\u2019a trouvée coupable d\u2019avoir intentionnellement manipulé ses données.Sa punition : elle ne pourra plus jamais demander de subventions de recherche fédérales et devra rembourser tout l\u2019argent injecté dans son étude frauduleuse.Courante aux États-Unis, la pratique du name and shame (désigner et blâmer) apparaît de ce côté-ci de la frontière.On ne peut que s\u2019en réjouir.Car, pendant longtemps, plusieurs ont accusé le gouvernement fédéral de manquer de transparence au sujet de la fraude scienti?que.Retraction Watch, un blogue réputé qui traque les articles erronés et retirés des revues scienti?ques, a applaudi la manœuvre, af?rmant du même souf?e que le Canada devenait ainsi « l\u2019un des rares pays à nommer les individus sanctionnés pour inconduite en recherche ».La dénonciation de Sophie Jamal est d\u2019autant plus marquante que cette dernière a entrepris ses travaux avant 2011, année charnière à partir de laquelle tout chercheur qui demande du ?nancement fédéral doit, en échange, consentir à la divulgation de ses renseignements personnels s\u2019il commet une violation grave.Ce qui veut dire que les manquements de la chercheuse ont été jugés suf?samment graves pour invoquer une exception à la Loi sur la protection des renseignements personnels permettant de lever le voile sur son identité pour des raisons d\u2019intérêt public.Après tout, il s\u2019agit d\u2019un détournement de fonds publics.Ne pas révéler son identité aurait pu être dommageable tant pour les organismes subventionnaires que pour leur Secrétariat à la conduite responsable en recherche, chien de garde de l\u2019éthique scienti?que.Au-delà de la réputation de tout un chacun, la divulgation du nom des chercheurs coupables d\u2019inconduite est nécessaire pour maintenir la crédibilité de la communauté scienti?que \u2013 déjà mise à mal par le nombre exponentiel d\u2019articles retirés \u2013, susciter la con?ance de la population et, aussi, protéger la santé de milliers d\u2019individus.Jusqu\u2019à preuve du contraire, les méfaits de Sophie Jamal n\u2019ont pas mis en danger les sujets de ses recherches.Mais il existe des études frauduleuses aux effets toxiques, à commencer par la tristement célèbre étude d\u2019Andrew Wake?eld qui a lié le vaccin rougeole-oreillons-rubéole à l\u2019autisme, en 1998, dans The Lancet.Des résultats totalement infondés, faut-il le rappeler, qui ont donné naissance à un mouvement anti-vaccin et à des éclosions de cas de rougeole et d\u2019oreillons.Et, même si la revue s\u2019est rétractée en 2010, la ?ction perdure.Jeter l\u2019opprobre sur les scienti?ques malhonnêtes suf?ra-t-il à décourager ceux qui seraient tentés de les imiter ?Probablement que non.C\u2019est pourquoi on doit miser sur la prévention et inculquer aux chercheurs en herbe les principes d\u2019une conduite responsable dès leurs premiers pas en laboratoire.Il faut les initier aux vertus de l\u2019humilité, un trait qui semble faire défaut aux plus grands escrocs de la science moderne, tous assoiffés de reconnaissance internationale.Car il vaut mieux voir son nom publié comme troisième auteur ou dans une revue moins prestigieuse que dans un avis of?ciel de divulgation pour violation grave.lQS 4 Québec Science | Décembre 2016 Le billet Par Marie Lambert-Chan DÉCEMBRE 2016 VOLUME 55, NUMÉRO 4 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan mlchan@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean François Bouthillette, Jean-François Cliche, Martine Letarte, Marion Spée, Joël Leblanc, Anne-Caroline Desplanques Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Jean-François Hamelin, Tara Hardy, Audrey Malo, Pablo E.Piovano, Renaud Philippe Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Novembre 2016 (534e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau www.quebecscience.qc.ca Pour noti?er un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada: 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis: 64 $, Outre-mer: 95 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca HARO SUR LES FRAUDEURS Pour la première fois, le gouvernement fédéral lève le voile sur l\u2019identité d\u2019une scienti?que malhonnête.C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. DE LA THÉORIE DES CORDES Dans le numéro de novembre, notre chroniqueur Normand Baillargeon s\u2019est intéressé au débat entourant la théorie des cordes : est-elle scienti?que ou pseudoscienti?que?Plusieurs lecteurs ont souhaité ajouter leur grain de sel.« Très bon résumé vulgarisé de la théorie des cordes, commente Marc Chapleau.Une question me turlupine : sur quoi repose votre prédiction selon laquelle dans 10 ans nous aurons résolu la question de la scienti- ?cité de la théorie des cordes?» «Il y a un autre aspect dont il faut discuter sur la théorie des cordes, qui fait exploser le point de vue épistémologique popperien, c\u2019est l\u2019aspect mathématique, remarque pour sa part David Chataur.La théorie des cordes a offert des prédictions mathématiques qui sont devenues des théorèmes de géométrie énumérative et ce n\u2019est pas négligeable.Ces prédictions ont nécessité et nécessitent la mise en place de paysages géométriques neufs qui se révèlent des plus fascinants.» Laurent Chaurette, étudiant au doctorat et membre du Groupe de recherche sur la théorie des cordes de l\u2019université de Colombie-Britannique, émet quelques réserves: «Malgré tout mon respect pour M.Baillargeon, je me vois très déçu par cet article qui n\u2019apporte aucune nouvelle perspective et aurait pu être écrit mot pour mot il y a 10, 20 ou même 30 ans.Pour donner un sens à son article, M.Bail- largeon aurait dû premièrement établir la théorie dans son contexte historique et expliquer les raisons qui ont mené à son élaboration.Deuxièmement, il aurait dû nous informer des récents domaines de recherche en théorie des cordes : que font les théoriciens et est-ce scienti?que ou pseudoscientifique ?Finalement, il aurait dû contraster la théorie avec d\u2019autres découvertes en physique quant au temps requis pour effectuer des expériences concluantes.[.] «Donnons un peu de contexte en ce qui a trait au temps requis pour valider une théorie scienti?que.M.Baillargeon semble penser que, si l\u2019on ne peut en tester une directement, on donne alors dans la pseudoscience.Pourtant, certaines des plus grandes découvertes de la physique ont exigé des années avant d\u2019être observées expérimentalement.Par exemple, il fallut 71 ans pour la première observation d\u2019un conden- sat Bose-Einstein et environ 90 ans pour la découverte d\u2019ondes gravitationnelles.Cela relègue-t-il les théoriciens au rang de pseu- doscienti?ques?[.] «D\u2019après ma lecture de cet article, M.Bail- largeon n\u2019a pas fait ses devoirs.Il n\u2019a pas pris le temps de se questionner sur les activités de recherche des théoriciens des cordes et n\u2019a pas mis la théorie dans un contexte plus large.Il a plutôt donné dans le sensationnalisme et n\u2019a apporté rien de nouveau à une discussion vieille de plus de 30 ans.» La réponse de Normand Baillargeon : Je pensais qu\u2019il était clair que ce texte entendait faire comprendre non pas tant la théorie des cordes dans toute sa subtilité, mais bien un aspect du vif et bien réel débat qui la concerne, de l\u2019avis même des physiciens, à savoir son éventuelle scienti?cité.Manifestement, cela n\u2019a pas été toujours compris.Néanmoins, ce que j\u2019ai dit de la théorie des cordes me semble suf?sant pour faire comprendre cela à un néophyte.En ce qui concerne le moment où cette question sera tranchée, je reconnais que je peux tout à fait me tromper.Mais mon estimation repose sur le fait que la théorie aura quelque 50 ans dans une décennie environ, ce qui est bien long, me semble-t-il, en comparaison du temps qu\u2019il a fallu pour faire accepter les quantas ou la relativité générale, théories audacieuses et dif?ciles à établir.Même si ce n\u2019est pas un argument concluant, je tiens aussi à dire que ce que j\u2019ai défendu dans ce papier est partagé par un très grand nombre de physiciens et de philosophes, comme en témoigne le colloque auquel je faisais référence et n\u2019est donc nullement la simple opinion d\u2019une personne qui ne connaîtrait rien au sujet.À LA THÉORIE DU CHAOS Dans son article «Trump: une anomalie qui nargue les politologues», le journaliste Jean-Frédéric Légaré-Tremblay explique que le politologue Rafael Jacob a prédit la montée de Donald Trump en utilisant une approche non linéaire.« Un des modèles non linéaires intéressants est la théorie du chaos, signale Yves Panneton.Brièvement, elle explique que les systèmes sociaux ont tendance à maintenir leur cohésion par des ajustements internes.Ils ont donc une tendance naturelle à résister au changement.Lorsque les pressions exercées sur le système dépassent la capacité d\u2019adaptation interne, le système s\u2019adapte par un remaniement qui se produit brusquement, souvent de façon spectaculaire et de façon très rapide a?n de retrouver un nouvel équilibre le plus tôt possible.[.] «Les modèles non linéaires demandent de sortir des cadres de référence normaux pour identi?er les mouvements sociaux importants qui affectent un phénomène social et d\u2019en estimer leur impact potentiel sur le dénouement.«Vu sous cet angle, le \u201cphénomène Trump\u201d n\u2019est plus aussi déroutant.En effet, il y a une grande frustration chez les cols bleus américains et une désillusion générale quant à \u201cla politique conventionnelle\u201d.Ces deux mouvements constituent une vague de fond importante dans la politique contemporaine américaine.[.] «Peut-être est-il temps de faire une place plus grande aux modèles non linéaires dans la recherche scienti?que.A?n de stimuler la créativité des chercheurs québécois et de familiariser les lecteurs de Québec Science, pourquoi ne pas publier un article sur la théorie du chaos?» lQS Décembre 2016 | Québec Science 5 Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Entrevue 6 Québec Science | Décembre 2016 Dès l\u2019arrivée massive des objets jetables, dans les années 1960, les hippies ont dénoncé cette nouvelle société de consommation.Manifestement, leur message n\u2019a pas été entendu.Pourquoi?Les hippies n\u2019étaient peut-être pas la meilleure communauté pour porter ce message, car on les stigmatisait beaucoup au sujet de leur style de vie, en rupture avec celui de leurs aînés.Mais ils n\u2019ont pas été les seuls à dénoncer ce nouveau phénomène.Plusieurs rapports scienti?ques ont également tiré la sonnette d\u2019alarme, à l\u2019époque.Finalement, le message des hippies a quand même atteint plus de personnes que celui des scienti?ques.Sommes-nous en voie de revenir à cette époque où les produits duraient plus longtemps et étaient usés jusqu\u2019à la corde avant d\u2019être jetés?Aucune étude n\u2019a prouvé que les produits étaient réellement plus durables autrefois.Leur fonctionnement était certainement plus simple, et peut-être qu\u2019on les gardait plus longtemps non pas par choix, mais parce qu\u2019il y avait très peu d\u2019offre et que les biens étaient plus chers.Je pense néanmoins que la société est sur la bonne voie.Je participe au Baromètre de la consommation responsable [mené chaque année par l\u2019Observatoire de la consommation responsable de l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019Université du Québec à Montréal] et on constate que les Québécois ont de plus en plus envie de consommer de façon ré?échie.L\u2019alimentation est le secteur où ce désir se manifeste le plus; il y a un engouement pour les produits locaux, biologiques et éthiques.Par ailleurs, aujourd\u2019hui, on paie des écofrais quand on achète un produit électronique neuf.Ce montant permet de participer ?nancièrement à son recyclage.C\u2019est une façon de responsabiliser les consommateurs, même si cette redevance n\u2019est pas représentative de ce que le recyclage coûte réellement.Ne faudrait-il pas surtout s\u2019attaquer au problème de l\u2019obsolescence programmée, soit le fait que les produits sont souvent conçus pour avoir une durée de vie très courte?On a tendance à voir les fabricants comme de grands méchants et les consommateurs comme de pauvres victimes.C\u2019est parfois le cas, mais beaucoup d\u2019études démontrent que les consommateurs ne se servent pas de leurs produits jusqu\u2019à leur ?n de vie utile.Quand ma laveuse tombe en panne, plutôt que de la réparer, est-ce que j\u2019y vois un prétexte pour la changer parce qu\u2019elle est moche et que j\u2019en veux une toute belle en inox?C\u2019est une forme d\u2019obsolescence dont on ne parle pas : l\u2019obsolescence psychologique.Il y a aussi l\u2019obsolescence écologique.Quand les téléviseurs à écrans plats ont été mis sur le marché, un argument très fort a été avancé: ces écrans consomment moins d\u2019énergie que leurs pendants cathodiques.Mais comme les téléviseurs à écrans plats sont moins volumineux, les acheteurs ont choisi d\u2019augmenter la taille de leur appareil.Finalement, il n\u2019y a pas eu d\u2019économie d\u2019énergie; la consommation a plutôt augmenté.Les produits dits écologiques nous pousseraient donc à consommer davantage?Ça dépend à qui l\u2019on s\u2019adresse ! Avec des collègues, j\u2019ai publié un article en 2014 qui porte sur l\u2019engagement des consommateurs québécois.On avait rencontré deux groupes: le premier était faiblement à moyennement engagé dans la consommation responsable; et le second, moyennement à fortement engagé.On a constaté que les personnes qui achetaient le plus d\u2019écoproduits étaient celles qui se disaient moins engagées dans la consommation responsable.Elles le faisaient au nom de l\u2019environnement et de la société.Les plus engagés, eux, privilégiaient l\u2019achat d\u2019occasion, le «fait maison» et l\u2019emprunt.Bref, ils cherchent à combler leurs besoins autrement que par l\u2019achat.Et ils le font pour leur propre bien-être.Mais comment se mettre au fait maison, alors qu\u2019on manque tous de temps?Ces consommateurs très responsables se lancent dans le fait maison pour sortir de la spirale de la consommation de masse.Toujours courir, toujours acheter, ça ne rend pas les gens plus heureux; plusieurs études l\u2019ont prouvé.Que peut faire le monde du design pour lutter contre la surconsommation?Puisque le designer est l\u2019interlocuteur entre le consommateur et les activités de consommation, sa responsabilité est énorme.Pendant longtemps, il était employé par l\u2019industrie comme un levier pour imaginer de beaux produits.Aujourd\u2019hui, le designer ne crée plus Bing Crosby joue en boucle dans les centres commerciaux; le papier d\u2019emballage est placé en évidence à la pharmacie; les suggestions de cadeaux originaux abondent dans les médias.Aucun doute : les fêtes approchent.Québec Science en a pro?té pour discuter avec Claudia Déméné, professeure à l\u2019École de design de l\u2019Université Laval, qui s\u2019intéresse aux habitudes de consommation des Québécois et aux solutions concrètes pour les faire évoluer.Elle nous invite d\u2019ailleurs à nous interroger sur la pertinence de chaque achat, d\u2019ici le 25 décembre.Et pour le reste de l\u2019année aussi ! Propos recueillis par Mélissa Guillemette Du jetable au fait maison R E N A U D P H I L I P P E Décembre 2016 | Québec Science 7 Du jetable au fait maison de besoins par l\u2019objet, mais répond de manière responsable à un besoin grâce à un produit, un service ou un système.On peut citer comme exemple le BIXI, conçu par le designer Michel Dallaire.Le designer ne peut plus se contenter de dire, pour se démarquer, que son produit est fabriqué localement, avec des matériaux durables, etc.Il doit aussi s\u2019assurer de créer un lien entre le consommateur et l\u2019objet, pour que l\u2019acheteur le conserve jusqu\u2019à sa ?n de vie utile.Comment y arriver?Les stratégies restent à identi?er, car il n\u2019y a pas eu de recherche sur le sujet, mais j\u2019y travaille! On constate toutefois que les adeptes du fait maison ont un véritable lien affectif avec leurs objets.Comment peut-on transposer cet attachement dans des stratégies de conception de produits?Faut-il impliquer le consommateur dans la fabrication?Car plus on comprend le fonctionnement d\u2019un produit, plus on sera à même d\u2019intervenir s\u2019il y a une défaillance et, ainsi, d\u2019allonger sa durée de vie.Vous vous intéressez à l\u2019idée d\u2019inscrire cette durée de vie sur l\u2019emballage des produits pour guider le consommateur.Pourquoi?Aujourd\u2019hui, le prix des produits ne correspond plus vraiment à leur qualité.Le consommateur n\u2019a donc plus de repère.L\u2019af?chage environnemental de la durée de vie pourrait l\u2019aider à s\u2019y retrouver.Des certifications le font déjà.Par exemple, c\u2019est obligatoire en Europe d\u2019af?cher le nombre d\u2019heures de fonctionnement des ampoules.Ici, j\u2019ai vu inscrite la durée de vie des cartouches d\u2019encre des imprimantes.Aux dernières nouvelles, l\u2019Union européenne (UE) souhaite instaurer un tel affichage pour tous les produits électroniques, mais ces travaux sont à l\u2019étape de développement.Ce n\u2019est pas simple.Comment afficher la durée de vie pour qu\u2019elle soit bien comprise ?S\u2019il est inscrit que telle laveuse pourra accomplir 10 000 cycles, est-ce que ça parle aux gens ?Est-ce que ça inclut l\u2019entretien et la réparation ?Il y a toute une méthodologie à mettre en place.Est-ce que Québec étudie cette possibilité?J\u2019ai eu quelques échanges avec le gouvernement et on m\u2019a con?rmé que l\u2019af?chage de la durée de vie était une voie qui pouvait l\u2019intéresser, notamment en vertu du plan d\u2019action de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.Qu\u2019en pensent les consommateurs?Il faut plus d\u2019études à ce sujet.Le Department for Environment, Food and Rural Affairs du Royaume-Uni s\u2019est penché sur la question en 2011.Il a organisé des groupes de discussion auprès de consommateurs britanniques.Ces derniers ont dit que l\u2019af?chage de la durée de vie des appareils serait inutile, parce qu\u2019il y a trop de facteurs qui l\u2019in?uencent.À l\u2019inverse, un sondage téléphonique mené par l\u2019UE en 2012 a démontré que 92% des répondants étaient favorables à un tel af?chage.Cela dit, ces initiatives ont eu recours à des outils de collecte de données complètement différents; ça pourrait expliquer ces conclusions contradictoires.Du point de vue des consommateurs québécois, tout reste à faire, car aucune étude n\u2019a sondé leur opinion sur la question.C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que je m\u2019y intéresse dans mes recherches.Il y a un vide à combler.Que voulez-vous pour Noël?Le plus beau cadeau qu\u2019on puisse m\u2019offrir, c\u2019est du temps.C\u2019est le nerf de la guerre, aujourd\u2019hui.Combien d\u2019heures est-on prêt à accorder à quelqu\u2019un plutôt que de sortir une carte de crédit?lQS 8 Québec Science | Décembre 2016 Décembre 2016 | Québec Science 9 L e nouvel an approche; vous vous promettrez de vous mettre en forme, de bouger plus, de perdre du poids.Et comme la majorité de ceux qui s\u2019inscrivent au gym au mois de janvier, vous aurez abandonné le combat deux mois plus tard.Et si l\u2019on vous offrait plutôt une pilule produisant le même effet qu\u2019un cours de « fesses de fer» sans la sueur?L\u2019idée d\u2019une telle molécule semble-t-elle relever du rêve?Il n\u2019en est rien.Depuis 2004, date de publication du premier article scienti?que consacré au sujet, des chercheurs du monde entier évoquent la possibilité de déclencher arti?ciellement le jeu de domino métabolique qui se met en branle à l\u2019effort.Le dé?est de taille: plus de 1000 événements distincts surviennent dans chaque muscle lorsqu\u2019on bouge, rapporte une étude de 2015 publiée dans Cell Metabolism.Imaginez dans tout le reste de l\u2019organisme! « Actuellement, de 10 à 15 bons candidats de pilules de l\u2019exercice sont connus, même si la vaste majorité est encore au stade expérimental», af?rme Ismail Laher, professeur au département d\u2019anesthésiologie, de pharmacologie et de médicamentation de l\u2019université de la Colombie-Britannique.«Vous pouvez toutefois être sûr qu\u2019il en existe plusieurs autres dont l\u2019existence est gardée secrète», souligne le coauteur d\u2019une revue de littérature exhaustive sur le sujet.L\u2019une des plus récentes pilules de l\u2019exercice est le composé 14.Mise au point par une équipe de l\u2019université de Southampton, au Royaume-Uni, cette molécule active l\u2019AMPK, une enzyme surnommée l\u2019« interrupteur principal» du métabolisme.Sous l\u2019action de cette enzyme, l\u2019organisme vient à croire que ses réserves d\u2019énergie sont basses et mobilise donc davantage de glucose pour combler l\u2019appétit de ses cellules.Les chercheurs britanniques ont observé qu\u2019un traitement d\u2019une semaine au composé14 améliore de 30% la capacité des cellules de l\u2019organisme d\u2019absorber le glucose circulant dans le sang et réduit signi?cativement le tour de taille.Seul bémol : ces conclusions ne s\u2019appliquent pas nécessairement à l\u2019humain étant donné que l\u2019étude a été menée chez un groupe de souris obèses\u2026 «DE PÂLES IMITATIONS» Selon Martin Juneau, directeur de la prévention à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal, ce n\u2019est là qu\u2019un des défauts de ce type de recherches qui s\u2019inscrivent dans une «tendance réductionniste de la science moderne».«Sécrétion d\u2019endorphines, réduction du stress, formation de nouvelles synapses : l\u2019activité physique fait tout ça et même plus ! Les molécules développées actuellement ne font qu\u2019imiter, en partie, un de ces nombreux effets.Ce sont de pâles imitationsqui entretiennent la fausse idée selon laquelle l\u2019exercice peut être évité», déplore-t-il.Le chercheur dresse un parallèle avec une classe de médicaments bien connue: les statines.Très ef?caces pour réduire le taux de «mauvais» cholestérol, leur consommation ne reproduit pas pour autant les effets globaux d\u2019une saine alimentation.« Pourtant, nombreux sont les gens qui considèrent les statines comme des prescriptions qui les autorisent à mal manger, ajoute-t-il.Je crains ce même effet si une soi-disant pilule de l\u2019exercice est un jour mise en marché.» Comme le souligne d\u2019ailleurs Ismail Laher, ce n\u2019est pas le commun des mortels qui tirerait le plus parti d\u2019une pilule de l\u2019exercice, mais bien les individus aux prises avec des handicaps physiques graves.«Pensons à ceux ayant subi une lésion de la moelle épinière, comme les tétraplégiques.Pour eux, l\u2019intérêt est clair : ils pourraient contourner leurs limitations et retirer certains béné?ces qui, autrement, leur sont inaccessibles», estime le chercheur.Pour l\u2019instant, ce sont plutôt les sportifs qui en «pro?tent».Ces dernières années, des cyclistes russes et costaricains ont été contrôlés positifs au GW1516, une pilule de l\u2019exercice dont le développement avait pourtant été interrompu en 2007 après qu\u2019il eut été démontré qu\u2019elle était cancérigène.Finalement, votre abonnement au gym reste, pour l\u2019heure, votre meilleur allié.lQS Actualités DU SPORT EN COMPRIMÉS Une pilule peut-elle remplacer les bienfaits de l'activité physique?Par Maxime Bilodeau S K Y N E S H E R / I S T O C K P H O T O 10 Québec Science | Décembre 2016 C ancer ! Sitôt prononcé, ce simple mot suscite de vives émotions.Et pour cause.La prévalence de cette maladie est telle que nous connaissons probablement tous une personne qui a été atteinte d\u2019un cancer, qui l\u2019est toujours ou, pis, qui en est décédée.Certains s\u2019en remettent, mais le chemin qui conduit à la victoire contre la maladie peut être long et très dif?cile.Aussi, quand Josée Blanchette, journaliste au Devoir, arrive dans l\u2019espace public et médiatique pour raconter sa douloureuse odyssée personnelle, a?n de faire état des conclusions auxquelles elle est parvenue après avoir étudié la question et ré?échi sur son expérience, son propos suscite-t-il facilement des échos.Et soulève aussitôt une polémique, malgré toutes les nuances qu\u2019elle aura pu vouloir apporter dans son ouvrage Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand il est pourri.(Je tiens à préciser que je n'ai pas lu son livre, qui n'est pas le sujet de ce texte.) Pour aller au-delà des inévitables émotions et passions, je suggère de cerner ce qui fait controverse, puis de comprendre comment chacun de nous peut le plus lucidement possible prendre position dans un débat aussi lourd de conséquences.UNE MALADIE COMPLEXE Idéalement, la médecine est une pratique qui prend appui sur un savoir scienti?que et qui s\u2019exerce dans le respect de normes éthiques claires et convenues.Dans les faits, on le devine, les choses se compliquent souvent.Parce que le savoir scienti?que est ténu ou contesté.Parce que les balises éthiques sont mal dé?nies, remises en question ou dif?ciles à suivre.Parce que la commercialisation croissante de la recherche biomédicale, l\u2019omniprésence de l\u2019industrie pharmaceutique et le coût souvent excessif des médicaments alimentent la confusion, réelle ou simplement perçue, et avivent des soupçons chez plus d\u2019un.N\u2019oubliez pas que le cancer est une maladie complexe.Il vaudrait d\u2019ailleurs mieux parler de multiples cancers, certains plus bénins ou mieux soignés, et d\u2019autres, gravis- simes.Ces pathologies sont traitées par des moyens différents (essentiellement la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie), avec des effets eux-mêmes variés selon les cancers, leurs états d\u2019avancement et l\u2019historique des patients.Pensez à tout cela et vous conviendrez certainement que la situation, si elle laisse place aux débats, ne peut être décrite à coups de généralisations et de simpli?ca- tions, lesquelles, en ?n de compte, ne peuvent qu\u2019être trompeuses.À vrai dire, on se trouve ici sur un terreau très fertile pour les charlatans de tous horizons.La situation pourrait s\u2019envenimer puisque la Société canadienne du cancer, en collaboration avec l\u2019Agence de la santé publique du Canada et Statistique Canada, a récemment prédit que le nombre de nouveaux cas de cancer bondira d\u2019au moins 35% au Québec au cours des 15 prochaines années.Comment le citoyen lambda peut-il rester critique devant un sujet aussi grave et sensible?Il arrive un moment où toute démocratie rencontre un dilemme: ses citoyens éclairés prennent part à la conversation et à la prise de décision sur une in?nité de sujets, mais à propos desquels ils n\u2019ont pas forcément les compétences requises.En pratique, la solution à ce dilemme est connue depuis toujours : offrir, voire imposer, à chacun une instruction de base.Cette instruction publique se prolonge, notamment par un travail de vulgarisation accompli en particulier par les médias, généralistes ou spécialisés.Leur importance est depuis toujours reconnue, comme l\u2019a écrit le philosophe John Stuart Mill en 1867: «Tant que les vérités élémentaires de la science Quand le crabe s\u2019invite dans l\u2019espace public\u2026 Pour nous faire une idée juste à propos du cancer, il vaut mieux se ?er aux informations validées par les journalistes scienti?ques, plutôt qu\u2019aux émotions et aux anecdotes.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon ne sont pas vulgarisées, le public ne peut distinguer le certain de l\u2019incertain, l\u2019homme [sic! ] compétent de celui qui ne l\u2019est pas et, alors, ou bien il se dé?e du témoignage de la science ou bien il est dupe des charlatans et des imposteurs.» Une idée peut-être banale à première vue, mais non moins cruciale ! Ces mots prennent une résonance bien particulière devant l\u2019« affaire Blanchette », tout spécialement en ces temps où, il faut le dire, le journalisme scienti?que est sérieusement menacé.C\u2019est pourtant par la vulgarisation scienti?que que nous apprenons d\u2019indispensables outils d\u2019autodéfense intellectuelle pour nous faire une idée à propos du cancer et, en certains cas, pour prendre la décision la plus judicieuse quant au traitement à adopter.C\u2019est donc souvent par cette voie et elle seule qu\u2019on saura ce qu\u2019est une généralisation hâtive; qu\u2019on apprendra la diversité des cancers et leur traitement; qu\u2019on saura comment distinguer les niveaux de preuve; qu\u2019on comprendra ce que sont une anecdote, une expérience avec ou sans contrôle de variables, une expérience menée en double aveugle; qu\u2019on appréciera ce qu\u2019est une méta-analyse et qu\u2019on pourra expliquer pourquoi certaines sont ?ables et d\u2019autres moins; qu\u2019on saura ce qu\u2019est une revue avec comité de lecture; sans oublier ce que veut dire le consentement éclairé et ce qui permet de s\u2019assurer qu\u2019il l\u2019est réellement.MON ANECDOTE INSPIRANTE Tout le monde a une histoire au sujet du crabe.Moi aussi, j\u2019ai la mienne.Et j\u2019ose croire qu\u2019elle illustre de manière instructive et inspirante l\u2019importance de la ré?exion scienti?que quand on reçoit un diagnostic de cancer.En juillet 1982, l\u2019éminent biologiste Stephen Jay Gould apprend qu\u2019il souffre d\u2019un cancer de la paroi abdominale, un cancer dit incurable dont la survie médiane des patients n\u2019est que de huit mois après le diagnostic.Gould porte alors une grande attention à cette donnée.La médiane est une des mesures de tendance centrale, avec la moyenne et le mode: c\u2019est le point qui divise exactement en deux des données.Mais elle cache une grande variété de cas et Gould, d\u2019abord abasourdi, s\u2019est mis à ré?échir.Il a alors jugé que ses données personnelles (son âge, le moment de détection de la maladie, sa manière d\u2019y faire face, etc.) le plaçaient dans le groupe des gens qui sont signi?cati- vement éloignés de la médiane et que, combinées à l\u2019adoption des meilleurs traitements proposés et des meilleures pratiques adoptées par les survivants, son espérance de vie était bien supérieure à huit mois.Il a raconté tout cela dans un court article intitulé La médiane n\u2019est pas le message, (disponible en ligne), qui a réconforté bien des gens.Gould a en effet guéri de ce cancer et il est mort\u2026 20 ans plus tard, d\u2019un autre cancer.S\u2019il m\u2019arrive quelque jour de tomber dans ce grand tourbillon qui accompagne immanquablement l\u2019annonce d\u2019un cancer, j\u2019ose espérer que je saurai me souvenir et appliquer la leçon de Gould.lQS LE MAGAZINE POUR VOS ADOS ! Par l'équipe des TECHNO S CIENCE SOCIÉTÉ Décembre 2016 | Québec Science 11 12 Québec Science | Décembre 2016 A u cours de la première phase de sa mission, le télescope Gaia a déjà cartographié 1,142 milliard d\u2019étoiles dans notre galaxie.Ce catalogue est, de loin, le plus vaste jamais constitué.Des chiffres à donner le vertige ! Or on y voit aussi soudain beaucoup plus clair dans le cosmos.C\u2019est comme si l\u2019humanité myope avait en?n mis ses lunettes et découvrait l\u2019ampleur d\u2019un spectacle qu\u2019elle n\u2019avait pu que deviner.«C\u2019est jubilatoire!» s\u2019en?amme François Mignard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scienti- ?que, en France, et membre de l\u2019équipe de la mission Gaia, à l\u2019Agence spatiale européenne.«C\u2019est une avancée prodigieuse, dans les traces des grands événements de l\u2019histoire du recensement du ciel.» Il faut dire que, au cours de ses cinq années de mission, Gaia ne se contentera pas d\u2019un simple inventaire.Il mesurera la distance d\u2019environ 1 milliard d\u2019objets célestes par rapport au Soleil et évaluera leur progression dans l\u2019espace avec une précision jamais atteinte.Pour ce faire, chaque astre sera photographié environ 70 fois ! Avec sa première fournée de données, livrée mi-septembre, Gaia offre déjà ces mesures précieuses pour 2 millions d\u2019objets célestes.«D\u2019un seul coup, c\u2019est 20 fois plus que ce qu\u2019on avait grâce au satellite Hipparcos qui lui-même avait fait faire un bond extraordinaire à l\u2019astrophysique, dans les années 1990», souligne l\u2019astronome français.UNE VIGIE HYPERACTIVE Avec son bouclier thermique déployé, le télescope spatial ne paie p as de mine : il a l\u2019air du dessin naïf d\u2019une soucoupe volante, fait par un enfant pressé.Pourtant, c\u2019est un assemblage de technologies ultra sophistiquées.Depuis son poste d\u2019observation, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, il travaille fort depuis janvier 2014, analysant en moyenne plus de 50 millions d\u2019étoiles par jour ! Gaia est en fait constitué de 2 télescopes et de 106 capteurs, pour des images d\u2019une résolution inouïe de 1 milliard de pixels.Résultat : là où l\u2019on ne «voyait» qu\u2019une étoile, jusqu\u2019à cet été, on en distingue parfois plusieurs.Ainsi, Gaia vient de découvrir 400 millions d\u2019étoiles jamais encore observées.Pour François Mignard, il ne fait aucun doute que la mission a déjà laissé sa marque indélébile dans l\u2019histoire de l\u2019astronomie.Mais pourquoi s\u2019emballer ainsi?Après tout, 1 milliard d\u2019étoiles, c\u2019est encore moins de 1% de notre galaxie\u2026 C\u2019est que la précision des données de Gaia, et notamment celle de ses mesures de distance, permet de raf?ner l\u2019ensemble des outils dont on dispose pour comprendre l\u2019Univers.«La distance, c\u2019est l\u2019un des ingrédients cruciaux pour calibrer tous les autres pa- UN MILLIARD D\u2019ÉTOILES Le télescope spatial européen Gaia nous livre l\u2019image la plus nette qu\u2019on n'ait jamais eue de notre galaxie.En répertoriant plus de 1 milliard d\u2019étoiles, mais surtout en mesurant leur distance avec une précision inouïe, il propulse l\u2019astronomie dans une nouvelle ère.Par Jean François Bouthillette Actualités E S A / A T G M E D I A L A B ramètres, explique l\u2019astrophysicien Robert Lamontagne, directeur de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic et chercheur à l\u2019Université de Montréal.Ça va percoler dans tout le reste de nos données: la brillance des étoiles, leur vitesse, etc.Connaître la distance des objets, c\u2019est une façon de trouver sa place dans le cosmos!» Jonathan Gagné, astrophysicien au Carnegie Institute de Washington, témoigne lui aussi de l\u2019enthousiasme fébrile de la communauté des chercheurs.Ces données, dit-il, même préliminaires, « battent déjà à plate couture toutes les mesures que nous avions à notre disposition; c\u2019est un peu comme si nous avions une vision statique des étoiles de notre galaxie et que, soudainement, nous appuyions sur play», faisant s\u2019animer la vidéo de la Voie lactée en trois dimensions.On s\u2019en doute, la masse de données fournies par Gaia est\u2026 astronomique.Du jamais vu.L\u2019Agence spatiale européenne et les États qui ont ?nancé l\u2019aventure (à hauteur d\u2019environ 3 milliards de dollars) ont d\u2019ailleurs choisi de les rendre immédiatement accessibles à tous.Au vu des quelque 10000 demandes d\u2019accès aux données faites dès la mi-septembre, François Mignard estime qu\u2019elles alimenteront plusieurs centaines d\u2019articles scienti?ques d\u2019ici un an; et des milliers, au cours des décennies à venir.Jonathan Gagné est de ceux qui ont déjà plongé.«Dès le tout premier jour, précise ce spécialiste des naines brunes [NDLR: des objets plus massifs que des planètes géantes, mais moins que des étoiles].J\u2019ai déjà ajouté ces données à un article que j\u2019avais soumis il y a quelques semaines à l\u2019Astrophysical Journal.Elles ont rendu mes résultats plus précis.» «Les retombées scienti?ques de Gaia seront immenses», prédit le chercheur.Elles pourraient permettre d\u2019en apprendre davantage sur la taille, la structure et la dynamique de notre Voie lactée, y compris sur la place qu\u2019y occupe la mystérieuse matière sombre.«On va trouver beaucoup de choses sur l\u2019histoire et la formation des étoiles», anticipe François Mignard.SOMMES-NOUS SEULS, GAIA ?Gaia devrait contribuer aussi à l\u2019explosion prochaine d\u2019un autre catalogue : celui des exoplanètes, les planètes qu\u2019on découvre hors du Système solaire.Pour l\u2019instant, on en connaît un peu plus de 3500.Mais ce nombre pourrait dépasser 30000 d\u2019ici la ?n de la mission en 2020, estime Robert Lamontagne, grâce au travail de Gaia, mais aussi des télescopes spatiaux TESS et James-Webb, que la NASA doit lancer d\u2019ici 2 ans.M.Lamontagne, qui dirige l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes à l\u2019Université de Montréal, s\u2019en réjouit.«Plus on connaîtra d\u2019exoplanètes, explique-t-il, plus on aura de chances d\u2019en trouver de semblables à la Terre, en termes de caractéristiques physiques et de distance à l\u2019étoile.Plus grandes, alors, seront les chances de détecter de la vie extraterrestre, que ce soit sous forme de microbes ou de vie intelligente.» «Gaia, croit-il, nous amènera peut-être bientôt à pouvoir répondre à LA grande question: \u201cY a-t-il de la vie ailleurs dans le cosmos?\u201d Nous sommes la première génération dans l\u2019histoire de l\u2019humanité à avoir les moyens technologiques de répondre à cette question.Nous sommes la génération qui va connaître la réponse! D\u2019ici 10 ans, peut-être.» lQS LA RECHERCHE NOTRE MOTEUR.Consultez l\u2019actualité scienti?que de l\u2019ÉTS sur substance.etsmtl.ca SUBSTANCE ÉTS Suivez-nous Ils ont trouvé le bison de Higgs Sur les parois de plusieurs grottes préhistoriques, en France, d\u2019étranges bisons ont été dessinés, il y a plus de 15 000 ans.Ces bisons à petites cornes ne ressemblent ni aux bisons européens actuels ni aux bisons des steppes qui peuplaient l\u2019Ancien Continent durant la période glaciaire.Des dessins ratés?Pas du tout.Grâce à eux, des scienti?ques australiens viennent de résoudre une énigme génétique qui les taraudait depuis une quinzaine d\u2019années.Ils étaient en effet tombés, en analysant l\u2019ADN extrait d\u2019os de bisons anciens, sur une espèce inconnue.Ils l\u2019avaient baptisée «bison de Higgs», en référence à la particule que les physiciens ont passé 50 ans à traquer.Mais cet ADN ancien était endommagé et les chercheurs se demandaient si l\u2019espèce avait vraiment existé.C\u2019est en interrogeant des préhistoriens français qu\u2019ils ont eu la réponse: nos ancêtres avaient, par leurs dessins, très bien documenté ce ruminant.L\u2019étude parue dans Nature Communications révèle ainsi que le bison de Higgs est issu d\u2019une hybridation ayant eu lieu il y a 120 000 ans entre un aurochs (l\u2019ancêtre de nos bovins actuels) et un bison des steppes.14 Québec Science | Décembre 2016 Capsules Carburer au CO 2 Ces temps-ci, le dioxyde de carbone n\u2019a pas bonne presse.On en a trop, et c\u2019est (beaucoup) à cause de lui que la Terre se réchauffe.Des chercheurs du laboratoire national d\u2019Oak Ridge, dans le Tennessee, ont peut-être trouvé la parade.Ils ont réussi à transformer du CO 2 en éthanol, c\u2019est-à-dire en alcool qui peut être utilisé comme carburant.Et ce, par accident ! Ils testaient l\u2019effet d\u2019un catalyseur (produit censé accélérer les réactions chimiques) constitué de nanoparticules de cuivre et de carbone sur le CO 2 dissous dans l\u2019eau.Surprise! En y appliquant un courant électrique favorisant les échanges ioniques, ce dispositif a accompli bien plus qu\u2019une seule réaction chimique, menant directement à la synthèse de 63 % d\u2019éthanol ! Selon les chercheurs, ce procédé pourrait être appliqué à grande échelle.Sortez les tomates du frigo ! Vous en avez sûrement déjà fait l\u2019expérience : les tomates gardées au frigo se conservent plus longtemps, mais elles perdent leur saveur.Des chercheurs de l\u2019université de Floride viennent de comprendre pourquoi.En dessous de 12 °C, les gènes qui commandent la production de plusieurs composés aromatiques sont inactivés.De retour à 20 °C, certains de ces gènes reprennent du service; d\u2019autres, hélas, restent « éteints » dé?nitivement, ce qui rend la tomate presque insipide. ÉCOCIDE Un intrus dangereux Un champignon tout mignon prolifère dans les rues de Victoria et de Vancouver, ainsi que dans la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique.Cela n\u2019augure rien de bon, car l\u2019amanite phalloïde, également surnommée « calice de la mort », est le champignon qui cause le plus de décès dans le monde.Il y a quelques années, on n\u2019en trouvait pas dans la région.Originaire d\u2019Europe, il a été introduit quand des feuillus importés ont été plantés en Colombie-Britannique, il y a de cela plusieurs décennies.Il vit de 40 à 50 ans dans les racines des arbres avant de montrer son chapeau, d\u2019où son apparition récente.La direction de la santé publique provinciale invite les citoyens à redoubler de prudence avant de cuisiner une poêlée de champignons.Dé?nition : nom qui désigne une grave atteinte à un écosystème.En octobre, un tribunal citoyen a organisé un procès symbolique à La Haye, aux Pays-Bas, contre le géant américain Monsanto, qu\u2019il accusait de crimes contre l\u2019environnement.Des juges de renom y ont pris part, dans l\u2019espoir que le concept d\u2019écocide soit of?ciellement reconnu par la Cour pénale internationale.J U S T I N P I E R C E / M U S H R O O M O B S E R V E R La couleur du système immunitaire Sommes-nous tous égaux devant les infections ?Le généticien Luis Barreiro, de l\u2019Université de Montréal, et des collègues des États-Unis ont découvert que les Afro-Américains et les Américains d\u2019ascendance européenne les combattent différemment.Les chercheurs ont extrait des monocytes, des cellules qui ont pour fonction d\u2019éliminer les pathogènes, du sang de 175 Américains.Ils les ont confrontés à deux bactéries, la salmonelle et la listeria.Après 24 heures d\u2019infection, les cellules des Afro-Américains ont exterminé les intruses trois fois plus vite que celles des seconds, apprend-on dans leur article publié dans Cell.L\u2019équipe émet l\u2019hypothèse que les humains ayant migré hors du continent africain, à la préhistoire, ont rencontré moins de pathogènes et que leur système a donc évolué pour réagir moins fortement.Autre explication possible : les gènes légués à nos ancêtres européens par l\u2019homme de Neandertal, qui vivait hors d\u2019Afrique, seraient à l\u2019origine de ces différences.Une bonne nouvelle pour les Afro-Amé- ricains ?Pas nécessairement, car une réponse immunitaire forte est aussi associée à plus de maladies in?ammatoires, telle que la maladie de Crohn.MOT TENDANCE Décembre 2016 | Québec Science 15 magazinesdescience.com Magazines branchés ! Lecteurs allumés ! V O L U M E 3 9 , N O 3 Maca, une racine à saveur de biopiraterie Légumes frais sous le cercle arctique Quelques secrets de l\u2019eucalyptus V O L U M E 4 0 , N O 1 P U B L I C A T I O N C A N A D I E N N E N O 4 0 0 4 3 5 0 2 / P r i n t e m p s 2 0 1 6 - 6 , 9 5 $ Étonnantes légumineuses VOLUME 27 \u2014 NUMÉRO 4 ÉTÉ 2016 La tourterelle en déclin?Spa et buvette Le huard CONSERVATION CÔTÉ COUR PORTRAIT Saguenay Cap sur le fjord D evant le buffet des fêtes, on attrape une tranche de jambon, puis trois ou quatre saucisses enroulées dans le bacon et un morceau de terrine.Comment résister ?Pourtant, l\u2019Organisation mondiale de la santé considère les charcuteries comme cancérigènes depuis 2015.On suspecte notamment les nitrites et les nitrates, des agents de conservation synthétiques ou naturels, d\u2019augmenter les risques de cancer (de très peu, mais tout de même).La chercheuse Satinder Kaur Brar du Centre Eau Terre Environnement de l\u2019Institut national de la recherche scien- ti?que (INRS) et son collègue Khaled Belkacemi, de l\u2019Université Laval, ont trouvé une solution de rechange bien relevée à ces nitrites et nitrates : des épices aux multiples bienfaits.Dans plusieurs pays, dont l\u2019Inde d\u2019où est originaire Satinder Kaur Brar, les épices servent depuis des siècles à préserver les viandes.Son équipe a décidé d\u2019insuf?er un peu de science à ce savoir traditionnel.Elle a analysé les propriétés antimicrobiennes et antioxydantes de plusieurs épices.Les chercheurs devaient exclure celles qui contiennent des nitrites et nitrates naturels, comme le sel de céleri.Ce dernier est ajouté dans des charcuteries dites « sans nitrite ajouté » ou « sans agent de conservation ».Ces saucissons et terrines « naturels » contiennent donc quand même des nitrites.C\u2019est ?nalement sur la cannelle, le clou de giro?e, le poivre noir, la poudre de raisin et la poudre de baies que les chercheurs ont jeté leur dévolu a?n de remplacer les agents de conservation pour de bon.Ces épices permettent aussi à la viande de garder une belle couleur rosée.Pas de souci, votre jambon ne risque pas de goûter le pain d\u2019épice! «Nos tests de goût ont con?rmé qu\u2019on pouvait utiliser les condiments en faible concentration de façon à ce qu\u2019elles ne changent pas énormément les propriétés organolep- tiques, soit la saveur, l\u2019odeur, l\u2019aspect et la texture de la viande», explique la chercheuse.Pour qu\u2019une commercialisation soit possible, il fallait aussi porter une attention particulière au coût de fabrication.« C\u2019est certain que les épices sont plus dispendieuses que les sels nitrés injectés dans les charcuteries, mais on réussirait à produire notre jambon au même coût que son pendant biologique, précise Satinder Kaur Brar.Je crois que la population sera prête à payer ce prix.» Impossible par contre encore de savoir quand on pourrait voir ces nouvelles charcuteries sur les rayons des supermarchés.«La technologie est facilement applicable et pratiquement prête à être utilisée pour la commercialisation, indique la chercheuse.Tout dépendra de la volonté des industriels à aller de l\u2019avant.Ou peut-être seront-ils forcés de le faire en raison d\u2019une nouvelle réglementation.» Pour la petite histoire, soulignons que Satinder Kaur Brar est végétarienne depuis sa plus tendre enfance.« La viande, ce n\u2019est pas pour moi, af?rme- t-elle, mais je suis très consciente que bien des gens en mangent beaucoup et qu\u2019il était important de trouver une solution santé pour remplacer les agents de conservation.» lQS Actualités PRÉCIEUSES ÉPICES Et si les épices étaient toujours les meilleurs agents de conservation ?Par Martine Letarte Décembre 2016 | Québec Science 17 La famille humaine s\u2019agrandit L e 10 septembre 2015.Sous les applaudissements et les crépitements incessants des ?ashs des journalistes, Lee Berger et ses collègues dévoilent leur dernière trouvaille : un squelette presque complet appartenant à « une nouvelle espèce du genre humain ».Il semble combiner des traits à la fois primitifs et modernes.Son nom ?Homo naledi, qui signi?e « étoile » en sesotho et fait référence à la grotte Rising Star, située en Afrique du Sud, où il a été découvert.Cette grotte se trouve dans un secteur près de Johannesburg surnommé « Berceau de l\u2019humanité », car il a livré le tiers des fossiles humains anciens.Il reste que la découverte du paléoanthropologue vedette de l\u2019université Witwatersrand est exceptionnelle.Plus de 1 550 ossements, appartenant à une quinzaine d\u2019individus de tous âges, ont été récupérés en rampant à 30 m sous terre.Il est rarissime de découvrir en un même lieu autant de fossiles, et de disposer à la fois des crânes et des os du reste du corps, en plusieurs exemplaires.Surtout, Homo naledi n\u2019est pas n\u2019importe qui; il possède des pieds et des mains semblables à ceux des humains modernes, tout en ayant des phalanges courbes lui permettant de grimper aux arbres, et un L\u2019HISTOIRE DE L\u2019HUMANITÉ EST BIEN PLUS COMPLEXE QU\u2019ON NE LE PENSAIT.LES PALÉOANTHROPOLOGUES S\u2019ARRACHENT LES CHEVEUX EN ESSAYANT D\u2019INTÉGRER DE NOUVEAUX COUSINS À NOTRE ARBRE GÉNÉALOGIQUE.DOIT-ON RÉÉCRIRE NOS ORIGINES?Par Marine Corniou 18 Québec Science | Décembre 2016 W I T S U N I V E R S I T Y Voici Homo naledi, découvert en 2015.Son crâne est à peu près deux fois moins volumineux que le nôtre.Décembre 2016 | Québec Science 19 reportage lorem Histoire de la lignée humaine Voici notre portrait de famille, redessiné à la lumière des récentes découvertes.Si la position de certaines espèces fait encore débat (notamment celle d\u2019Homo naledi), et bien que les liens de parenté ne soient pas toujours clairs, une chose est sûre: à certaines époques, de nombreux hominines différents ont cohabité.-2 millions d\u2019années -3 millions d\u2019années -4 millions d\u2019années -5 millions d\u2019années -6 millions d\u2019années -1 million d\u2019années C\u2019est nous! H.?oresiensis H.erectus H.habilis H.naledi H.rudolfensis H.neanderthalensis P.boisei P.robustus P.acthiopicus A.ramidus A.kadabba Orrorin tugenensis Homme de Denisova H.heildelbergensis A.afarensis «Lucy» A.anamensis A.garhi A.africanus A.sediba Sahelanthropes tchadensis «Toumaï» A U D R E Y M A L O / A G O O D S O N .C O M quelle famille! 20 Québec Science | Décembre 2016 Décembre 2016 | Québec Science 21 crâne au volume réduit, rappelant celui des australopithèques.Une bizarrerie sur l\u2019arbre généalogique de nos ancêtres, d\u2019autant plus inclassable que les scienti?ques n\u2019ont pas encore réussi à la dater.Homo naledi a-t-il vécu il y a 2 millions d\u2019années, comme le suppose Lee Berger; ou beaucoup plus récemment, côtoyant les premiers hommes modernes?S\u2019agit-il vraiment d\u2019une nouvelle espèce?Ou plutôt d\u2019une variation d\u2019un de nos aïeux déjà connu \u2013 par exemple Homo erectus?Pour l\u2019instant, la découverte pose plus de questions qu\u2019elle n\u2019apporte de réponses.Mais elle illustre brillamment le fait que la paléoanthropologie est loin d\u2019être un long ?euve tranquille.Depuis une quinzaine d\u2019années, les scienti?ques ne cessent de revoir leurs scénarios, car de nouveaux venus débarquent régulièrement dans la vaste famille de nos ancêtres, sans que l\u2019on sache vraiment où les positionner.Qu\u2019on en juge : rien qu\u2019en 2015, en plus d\u2019Homo naledi, une nouvelle espèce d\u2019australopithèques a fait irruption en Éthiopie (Australopithecus deyiremeda); la découverte d\u2019une mandibule a repoussé de 400000 ans l\u2019âge du premier représentant du genre Homo; et celle de pierres taillées au Kenya suggère que les premiers outils seraient apparus 700000 ans plus tôt que ce qu\u2019on pensait\u2026 «Quand j\u2019ai fait mon cours de paléontologie, dans les années 1990, c\u2019était simple, se souvient Michelle Drapeau, professeure au département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal.En gros, on avait les australopithèques, avec la branche éteinte des australopithèques robustes [qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui paranthropes], puis apparaissait Homo habilis, Homo erectus et Homo sapiens.L\u2019accumulation récente de fossiles révèle que l\u2019évolution humaine est en fait un tableau très complexe.» Revenons sur les grandes lignes.D\u2019abord, le règne des australopithèques, ces êtres dotés d\u2019un petit crâne et d\u2019une mâchoire proéminente, bipèdes à l\u2019occasion, débute il y a 4 millions d\u2019années.La famille de Lucy, trouvée en Éthiopie en 1974 et représentante la plus célèbre du groupe, s\u2019est bien agrandie au ?l des trouvailles des spécialistes.« Il y a probablement eu plusieurs lignées d\u2019australopithèques.Lucy, par exemple, n\u2019a pas grand-chose à voir avec Little Foot, un australopithèque d\u2019Afrique du Sud qui est à peu près son contemporain», explique José Braga, paléoanthropologue à l\u2019université Toulouse III \u2013 Paul Sabatier, en France.Ensuite, il y a environ 2,5 ou 3 millions d\u2019années, le climat change.L\u2019Afrique s\u2019assèche et les boisés font place à un environnement plus ouvert.«La grande famille des australopithèques va progressivement disparaître pour être remplacée par les premiers humains (genre Homo) et par les paranthropes qui disparaîtront à leur tour un peu avant un million d\u2019années», résume José Braga.Dans chacun de ces genres \u2013 Homo, Paranthropus et Australopithecus \u2013, on dénombre plusieurs espèces, au même titre qu\u2019il y a plusieurs espèces d\u2019antilopes ou de bovins.Chacune a exploité Lee Berger a dirigé à distance les fouilles dans la grotte Rising Star: il était trop corpulent pour y entrer et c\u2019est une équipe de femmes minces qui s\u2019en est chargée.Ci-dessus: la main d\u2019Homo naledi.P H O T O S W I T S U N I V E R S I T Y 22 Québec Science | Décembre 2016 quelle famille! sa propre niche écologique, avec ses préférences de régime alimentaire et d\u2019habitat.Là où les choses se compliquent, c\u2019est que, pendant une certaine période (fort longue, entre 2,5 et 1 million d\u2019années avant notre ère!), tout ce petit monde se côtoie.«À l\u2019époque supposée d\u2019Homo naledi, il y a environ 2 millions d\u2019années, il y avait plein de monde en même temps: probablement plusieurs espèces d\u2019australopithèques et de paranthropes, ainsi que des Homo habilis et des erectus», détaille à son tour Antoine Balzeau, chercheur au Muséum national d\u2019Histoire naturelle à Paris.CASSE-TÊTES ET CONTROVERSES Pas facile, dans ces conditions, de savoir qui a précédé qui dans l\u2019arbre généalogique.Il semblait ainsi évident que les Homo habilis avaient précédé les Homo erectus, les seconds descendant des premiers.Or, deux fossiles, découverts en 2007 au Kenya, ont brouillé les pistes: ils auraient plutôt vécu à la même époque, se côtoyant pendant 500000 ans.Un vrai casse-tête ! D\u2019autant qu\u2019il n\u2019est pas toujours possible de dater les fossiles avec précision.Aussi, l\u2019ajout de chaque nouveau rameau s\u2019accompagne-t-il de son lot de controverses.Prenez l\u2019homme de Florès, ce «hobbit» trouvé en 2003 en Indonésie.On a d\u2019abord cru qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un homme moderne (Homo sapiens) qui s\u2019était éteint il y a environ 12000 ans.Sa petite taille (1m) et son crâne réduit ont été tour à tour attribués à une microcéphalie ou à une maladie génétique; ou encore au fait qu\u2019il vivait sur une petite île, un phénomène appelé «nanisme insulaire».Finalement, la découverte d\u2019un nouveau fragment de mâchoire et de six dents sur l\u2019île de Florès par des chercheurs japonais en 2014 a tranché la question : Homo floresiensis est une espèce d\u2019hominine à part entière.Il serait un descendant d\u2019Homo erectus.Ces hominines, les premiers à avoir maîtrisé le feu, étaient des explorateurs qui ont conquis l\u2019Asie, après avoir quitté l\u2019Afrique, il y a plus de 1 million d\u2019années.Les hommes de Florès étaient déjà présents sur l\u2019île il y a 700000 ans, et ils auraient rapetissé rapidement après leur arrivée dans cet environnement isolé, y coulant des jours paisibles pendant plusieurs centaines de milliers d\u2019années.D\u2019autres fossiles, comme ceux d\u2019Homo naledi, continuent toutefois de donner des maux de tête aux chercheurs.C\u2019est le cas d\u2019un crâne déformé découvert en 1999 sur les rives du lac Turkana, au Kenya, et âgé d\u2019environ 3,2 à 3,5 millions d\u2019années.N\u2019entrant dans aucune «case», et n\u2019appartenant visiblement ni au genre des australopithèques ni au genre Homo, on lui a créé un nouveau genre rien que pour lui, Ke- nyanthropus platyops.Un tour de passe-passe que plusieurs scienti?ques critiquent, étant donné qu\u2019on ne possède qu\u2019un seul spécimen.Citons également les ossements présentés en 2010 par Lee Berger (encore lui!).J O H N G U R C H E / © S M I T H S O N I A N I N S T I T U T I O N Lexique Hominidés : groupe comprenant tous les grands singes actuels et passés (humains, chimpanzés, gorilles, orangs- outans et leurs ancêtres).Hominines ou homininés : groupe comprenant les humains modernes et leurs ancêtres immédiats (incluant les genres Homo, Australopithecus, Paranthropus et Ardipithecus). Décembre 2016 | Québec Science 23 Il les a eux aussi trouvés en Afrique du Sud, dans la même région où il a repéré Homo naledi.Âgés d\u2019environ 2 millions d\u2019années, les squelettes sont ceux de créatures présentant une bipédie différente de la nôtre, plus «chaloupée» et coûteuse en énergie.Cet Australopithecus sediba avait un pied archaïque, un petit cerveau et se suspendait souvent aux branches, mais ses doigts fins et droits étaient presque ceux d\u2019une main humaine.Pour Lee Berger, cette mosaïque de caractères, à la fois ancestraux et modernes, ferait le pont entre les australopithèques et les premiers hommes.Notre ancêtre direct, donc?« Il faut être prudent.On peut dire tout et son contraire sur la dé?nition du genre Homo», avertit José Braga, dans le livre Origines de l\u2019humanité : les nouveaux scénarios, paru en 2016.Le chercheur, qui dirige un site de fouilles à Komdraai dans le berceau sud-africain de l\u2019humanité, n\u2019a pas la langue dans sa poche quand il parle de sa discipline.«La multiplication des noms d\u2019espèces est une plaie en paléoanthro- pologie.Je suis parfois très gêné quand je vois le titre de certains articles.Les découvertes sont extraordinaires, mais les interprétations sont souvent trop rapides», déplore-t-il en entrevue.Selon lui, Homo naledi n\u2019est d\u2019ailleurs probablement qu\u2019une variante d\u2019Homo erectus, ce qui n\u2019enlève rien à son charme (mais qui aurait peut-être rendu sa découverte moins spectaculaire).QUI EST «HOMO»?Il faut dire que différencier un hominine d\u2019un autre n\u2019est pas chose aisée, surtout lorsqu\u2019on ne dispose que d\u2019une molaire égarée, d\u2019un os de pied ou d\u2019un fragment de crâne.«Il y a longtemps, on considérait que la particularité du genre Homo était un gros cerveau.Puis, dans les années 1960, on a découvert Homo habilis qui utilisait des outils, mais avait un petit crâne, et on a voulu l\u2019inclure dans la famille, indique Michelle Drapeau.Les règles sont devenues plus ?oues, surtout lorsqu\u2019on recule dans le temps.Les deux traits qu\u2019on retient aujourd\u2019hui pour dé?nir un hominine, c\u2019est la modi?cation de la dentition et la bipédie.» Ça tombe bien, les dents sont dures et se conservent mieux que tout le reste.«Les grands singes ont de petites molaires, ainsi que de grandes incisives et canines, qui leur permettent de croquer dans des fruits durs.Chez les hominines, les dents de devant deviennent plus petites, et les molaires beaucoup plus grandes.De quoi mâcher ou broyer des aliments ?breux, comme de l\u2019herbe et des tubercules», explique la chercheuse.La bipédie, elle, se lit dans l\u2019architecture du squelette : la forme du bassin, des pieds, du fémur, ou encore la position centrale du trou occipital (ori?ce du crâne par lequel passe notamment la moelle épinière).Seulement voilà : les différences entre deux espèces sont souvent subtiles et, au sein d\u2019une même population, les squelettes peuvent varier.Il suf?t de tomber sur les os d\u2019un homme ou d\u2019une femme, par exemple, ou sur ceux d\u2019un costaud ou d\u2019un malingre, et l\u2019interprétation peut changer.Nos ancêtres les singes Il est long, le chemin qui mène jusqu\u2019à nous.Les chercheurs pensent que les premiers primates sont apparus il y a environ 55 millions d\u2019années.Le fossile d\u2019Ida, découvert en Allemagne, a fait les manchettes en 2009.Cette sorte de lémurien, âgé de 47 millions d\u2019années, est le plus vieux primate connu.Il y a 35 millions d\u2019années, les premiers singes « modernes » font leur apparition.Mais sans surprise, les fossiles sont rares\u2026 Quant au plus vieil hominine, Toumaï, il a été découvert en 2001 par le Français Michel Brunet au Tchad.De ce Sahelanthropus tchadensis, nous n\u2019avons retrouvé qu\u2019un fémur et un vieux crâne écrabouillé.« Toumaï était bipède et il est daté d\u2019environ 7 millions d\u2019années, explique Michelle Drapeau, professeure au département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal.Cela indique que la branche des hominines et celle des chimpanzés se sont séparées il y a 7 ou 8 millions d\u2019années.» Un coup de vieux d\u2019au moins 2 millions d\u2019années, puisque l\u2019on situait cette rupture à environ 5 millions d\u2019années ! Vient ensuite Orrorin tugenensis, ou homme du millénaire, âgé de 6 millions d\u2019années et découvert au Kenya.Puis Ardipithecus ramidus (4,4 millions d\u2019années) que l\u2019on connaît relativement bien : en octobre 2009, Science a publié une description complète de 110 ossements de 36 individus de cette espèce découverts en Éthiopie par une équipe de l\u2019université de Californie.Grotte de Liang Bua, en Indonésie, où les restes de l\u2019homme de Florès ont été découverts en 2003.À gauche, reconstitution du visage d\u2019Homo ?oresiensis.Ida 24 Québec Science | Décembre 2016 quelle famille! Pourquoi alors ne pas simpli?er les choses ?Toutes les espèces d\u2019Homo connues (Homo habilis, ergaster, georgi- cus, rudolfensis, etc.) ne formeraient en fait qu\u2019un seul et même groupe: Homo erectus.L\u2019idée a été proposée en 2013, dans un article publié par la revue Science, décrivant des restes humains trouvés sur le site de Dmanisi, en Géorgie.Les fossiles en question, appartenant à cinq individus dénichés côte à côte, montrent en effet une grande variabilité morphologique.Taille du cerveau, arcades sourcilières, forme des mandibules: les cinq comparses, ayant vécu il y a 1,8 million d\u2019années, ne se ressemblent pas tant que ça.S\u2019ils avaient été trouvés à différents endroits, il y a fort à parier qu\u2019on aurait vu là plusieurs espèces\u2026 «Certains chercheurs contestent le fait que ces individus aient vécu au même moment.Il pourrait y avoir eu une re- déposition (par exemple par une rivière) d\u2019os provenant de couches géologiques différentes.Mais cela ouvre la porte au fait qu\u2019il y a peut-être une plus grande variabilité intra-espèce que ce qu\u2019on pensait», nuance Michelle Drapeau.LE BUISSON DE L\u2019ÉVOLUTION Alors, qui a raison?Doit-on simpli?er l\u2019arbre ou, au contraire, le faire buis- sonner davantage?Une chose est sûre : l\u2019évolution n\u2019a pas été linéaire.«Traditionnellement, on rangeait les espèces les unes après les autres, avec un grand-père, un père, un ?ls, etc.Avec l\u2019idée qu\u2019une espèce se transformait subitement en une autre, dit Antoine Balzeau, spécialiste de la morphologie des hommes préhistoriques.En fait, quand un couple donne naissance à un enfant, il ne disparaît pas instantanément.Il vit aux côtés de sa descendance quelque temps.C\u2019est pareil avec nos ancêtres; il y a eu beaucoup de branches parallèles.» Heureusement, plus on avance dans le temps, plus les choses se clari?ent, La célèbre datation au carbone 14 n\u2019est souvent d\u2019aucune aide en paléoanthropologie, puisqu\u2019elle est inutilisable sur des objets ayant plus de 50 000 ans.Heureusement, d\u2019autres éléments, comme le potassium 40, qui persistent bien plus longtemps à l\u2019état radioactif (jusqu\u2019à un milliard d\u2019années), permettent de dater non pas les os directement, mais les dépôts de roches dans lesquels ils sont enfouis.« En Afrique de l\u2019Est, il y a eu beaucoup d\u2019éruptions volcaniques, et l\u2019on trouve à intervalles réguliers, dans les strates géologiques, des couches de cendres riches en potassium, que l\u2019on peut dater », explique Michelle Drapeau qui dirige justement des fouilles en Éthiopie, sur un terrain vieux d\u2019environ 4 millions d\u2019années.En Afrique du Sud, c\u2019est une autre paire de manches.Là-bas, point de cendres, mais plutôt un réseau complexe de grottes étagées qui se sont successivement effondrées, bouchées et reformées naturellement.Les sédiments y sont donc dif?ciles à interpréter.« Mais on réussit de mieux en mieux, à dater les galets associés aux fossiles ainsi que les stalactites et les stalagmites », explique le paléoan- thropologue français José Braga.Grâce à de nouvelles techniques (la spectrométrie de masse par accélérateur, notamment) qui permettent de détecter d\u2019in?mes traces d\u2019éléments radioactifs sur de tout petits échantillons, la palette des radioéléments mesurables s\u2019est élargie.On emploie certains éléments dits « cosmogéniques », rendus radioactifs sous l\u2019effet du rayonnement cosmique (un mélange de particules très énergétiques qui circulent dans l\u2019espace) et qui se retrouvent piégées dans les sédiments.C\u2019est le cas du béryllium 10 qui a permis de dater notre plus vieil ancêtre, Toumaï, en 2008.Quant à Homo naledi, les chercheurs le scrutent en ce moment même à l\u2019aide de différentes techniques pour tenter d\u2019obtenir un consensus sur son âge.Affaire à suivre ! Comment date-t-on un fossile d\u2019hominine?À Paris, le Muséum national d\u2019Histoire naturelle s\u2019est doté d\u2019une plateforme d\u2019imagerie de pointe, nommée AST-RX (pour Accès Scienti?que à la Tomographie à Rayons X).Elle permet de numériser les spécimens en 3D avec une extrême précision, de visualiser des fossiles imbriqués dans la roche ou de reconstituer la forme du cerveau à l\u2019intérieur de la boîte crânienne.U N I V E R S I T Y O F W I S C O N S I N \u2013 M A D I S O N P A S C A L G O E T G H E L U C K / M U S É U M N A T I O N A L D \u2019 H I S T O I R E N A T U R E L L E Décembre 2016 | Québec Science 25 notamment grâce aux progrès inouïs des technologies de séquençage génétique.«Notre sous-espèce, Homo sapiens, est née en Afrique il y a entre 100000 et 200000 ans.Elle a migré sur tous les continents à des périodes très différentes et elle s\u2019est aussi métissée de-ci, de-là, avec ceux qui étaient déjà sur place, comme Neandertal», raconte José Braga.Souvenons-nous de la surprise suscitée en 2010 par le décryptage d\u2019un génome de Néandertalien vieux de 40000 ans, par une équipe internationale sous la direction du généticien suédois Svante Pääbo.Sa conclusion a eu l\u2019effet d\u2019une bombe: nos ancêtres et les hommes de Neandertal, qui se sont éteints il y a 30000 ans, ne se sont pas seulement côtoyés, ils se sont aussi mélangés, donnant naissance à des hybrides fertiles.Si bien que, aujourd\u2019hui, tous les non-Africains ont encore en eux de 1% à 4% de gènes légués par Neandertal (le métissage ayant eu lieu en Europe, après la sortie d\u2019Afrique des premiers sapiens).Et ce n\u2019est pas tout.Quelques mois plus tard, l\u2019équipe de Svante Pääbo séquen- çait de l\u2019ADN extrait d\u2019une minuscule phalange, trouvée dans la grotte de Denisova en Sibérie et datant de 30000 à 50000 ans.Encore une fois, on est tombé de haut: il ne s\u2019agissait ni d\u2019un os de Neandertal ni de celui d\u2019un humain moderne.En fait, l\u2019équipe venait de mettre le doigt sur une nouvelle espèce, l\u2019homme de Denisova, qui partage des racines communes lointaines avec les Néandertaliens et les humains actuels.Lui aussi se serait éteint il y a 30000 ans et a laissé des gènes en héritage.Mais cette fois, on ne les retrouve que chez les habitants de Papouasie\u2013Nouvelle-Guinée et autres Mélanésiens.À croire que ces Denisoviens étaient bien plus répandus dans le passé et que certains de leurs descendants ont même atteint les îles du Paci?que.Ces gènes ancestraux leur auraient conféré un avantage (peut-être immunitaire) et auraient été conservés.Ainsi, les génomes actuels gardent en mémoire les signes des pérégrinations passées.Trois articles parus dans Nature en septembre 2016, portant sur 787 génomes issus de 270 populations actuelles, dont des Papous et des Aborigènes australiens, suggèrent d\u2019ailleurs que nos ancêtres africains avaient déjà commencé à se séparer en différents groupes il y a 200000 ans.Un puzzle complexe jusqu\u2019au bout, donc.Si les données paléogénétiques et les autres techniques d\u2019analyse, comme l\u2019imagerie de précision, offrent déjà un nouvel éclairage sur nos origines, les paléoanthropologues comptent surtout sur de nouvelles découvertes fossiles, aussi riches que celle d\u2019Homo naledi, pour lever le voile sur l\u2019incroyable épopée des hominines.Et il y a de l\u2019espoir : «Les scienti?ques comme Lee Berger se donnent les moyens de faire des recherches exhaustives.Et il y a encore tout un potentiel inexploité au Proche- Orient», rappelle Antoine Balzeau.De quoi venir grossir les rangs des quelque 6 000 individus ancestraux dont on a retrouvé tantôt une dent, tantôt un squelette entier.Tous nous aideront à démêler le ?l de notre histoire familiale, faite de nombreux méandres et d\u2019impasses oubliées.lQS DISPONIBLE SUR Téléchargez l\u2019application, abonnez-vous et proitez du premier mois gratuit.VOTRE QUOTIDIEN COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS LU.À découvrir dans la nouvelle version de l\u2019application : \u2022 Une interface revisitée \u2022 Une lecture intuitive dans un environnement épuré \u2022 L\u2019actualité boniiée : des photoreportages saisissants 26 Québec Science | Décembre 2016 On va bientôt connaître tous tes mots de passe», m\u2019avertit le doctorant à l\u2019Université de Montréal Hamdi Ben Abdesse- lem.Il blague, mais une petite crainte s\u2019empare de moi, tandis que son collègue, Sahbi Benjamine, pose un casque d\u2019électroencéphalographie (EEG) sans ?l sur ma tête.Le casque, avec ses 14 électrodes, est léger et s\u2019installe rapidement.Sur l\u2019écran où s\u2019af?chent les données, neuf émotions ou états sont inscrits dans une colonne.À côté de chacun, on verra bientôt en temps réel le signal émis par mon ciboulot.Sans mot dire, je visualise mon ?ston.La courbe de « joie» grimpe en ?èche! Je constate ce résultat\u2026 et le signal «surprise» plafonne! Le système de Sahbi n\u2019est toutefois pas parfait.« On a un taux de réussite d\u2019environ 68% pour le moment», explique-t-il.Ouf! mes mots de passe sont saufs ! De toute façon, l\u2019objectif de ces chercheurs n\u2019a rien à voir avec le vol de données.Ils veulent avant tout aider le LES CHERCHEURS VEULENT LIRE DANS NOS PENSÉES POUR NOUS PERMETTRE DE CONTRÔLER DES OBJETS ET D\u2019OPTIMISER LE FONCTIONNEMENT DE NOTRE CERVEAU.FAUT-IL S\u2019EN RÉJOUIR OU S\u2019EN INQUIÉTER ?Par Mélissa Guillemette LE POUVOIR DU MENTAL « I L L U S T R A T I O N : T A R A H A R D Y Décembre 2016 | Québec Science 27 cerveau à mieux fonctionner, explique Claude Frasson, qui assiste à la scène.Ce professeur s\u2019intéresse, entre autres, aux moyens de faciliter les apprentissages.«Lorsqu\u2019un étudiant oublie tout, le jour d\u2019un examen, c\u2019est parce que l\u2019émotion a bloqué la connexion vers sa mémoire.Avec l\u2019EEG, on peut détecter cet état et un programme informatique pourrait ensuite envoyer des messages au cerveau, visuels ou sonores, pour le rassurer.» Suivre l\u2019activité électrique du cerveau des étudiants \u2013 soit les in?ux nerveux des neurones \u2013 permettrait aussi de réaliser le rêve du professeur.«En classe, devant 100 étudiants, je pourrais savoir qui comprend et qui ne comprend pas, et m\u2019adapter.C\u2019est aujourd\u2019hui possible.» Il ne lui reste qu\u2019à les convaincre de se coiffer d\u2019électrodes! M.Frasson et ses étudiants font partie des scienti?ques qui cherchent à déchiffrer les pensées grâce à ce qu\u2019on appelle des interfaces cerveau-ordinateur, soit des systèmes de communication ayant le cerveau comme source de données.Ces technologies ont d\u2019abord été développées dans l\u2019espoir de rendre une certaine autonomie aux patients paralysés, a?n qu\u2019ils puissent contrôler leur fauteuil, un robot d\u2019assistance ou un exosquelette par la force mentale.Ils ont parfois une puce implantée directement dans le cerveau, ce qui offre une plus grande précision que les casques EEG.Ces travaux pour les paralysés sont toujours en cours (voir l\u2019encadré «Refaire bouger les paralysés» à la page 30), mais d\u2019autres chercheurs se sont depuis mis de la partie pour créer toutes sortes d\u2019applications avec des casques EEG, plutôt que des puces dans la caboche.Ainsi, à l\u2019université de Technologie de Graz, en Autriche, des scienti?ques sont parvenus à jouer au célèbre jeu vidéo World of Warcraft sans les mains ! En Italie et au Royaume-Uni, des équipes composent des partitions musicales uni- 28 Québec Science | Décembre 2016 neurotechnologies quement par la pensée.Et des chercheurs de l\u2019université de la ville de Tianjin, en Chine, veulent nous faire conduire notre voiture par le pouvoir mental.De tels exploits sont rendus possibles grâce à des casques médicaux ayant des dizaines, voire des centaines, de capteurs et valant une fortune.Le domaine est toutefois chamboulé par l\u2019arrivée sur le marché de casques EEG portables beaucoup moins précis, mais se détaillant à moins de 1000$ \u2013 un tel casque a permis aux chercheurs chinois de contrôler une voiture, par exemple.«Pour les applications liées à la vie quotidienne, les casques médicaux avec 256 canaux, et qui nécessitent l\u2019utilisation de gel et une heure d\u2019installation, ne sont pas pratiques.Certes, ils produisent des résultats super, mais les participants sont généralement attachés à leur chaise ! On cherche maintenant comment ?ltrer le signal obtenu avec les casques portables», explique Tiago Falk, directeur du laboratoire MuSAE (Multimedia/Multimodal Signal Analysis and Enhancement) de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.En France, Nataliya Kosmyna s\u2019intéresse au contrôle par la pensée des cafetières, téléviseurs et autres objets connectés dans la maison.La jeune femme, qui fait un postdoctorat à l\u2019INRIA-Rennes, l\u2019institut national de recherche dédié au numérique, utilise un casque médical pour ses travaux scienti?ques.Mais c\u2019est au casque commercial EPOC, d\u2019Emotiv, qu\u2019elle recourt pour épater la galerie lors d\u2019événements scienti?ques grand public où elle contrôle un drone par la pensée.Quand elle fait voler l\u2019engin, elle a quelque chose d\u2019une sorcière (bien-aimée!).Pourtant, «ce n\u2019est pas de la magie noire», prend-elle soin de souligner aux participants invités à tester eux-mêmes le casque.«Et je leur dis aussi qu\u2019on ne lit pas dans leurs pensées», indique-t-elle, en entrevue vidéo.Ah non?Nataliya Kosmyna prend l\u2019exemple de sa démonstration avec le drone.«Il faut d\u2019abord entraîner le système.Le participant qui en?le le casque EEG doit imaginer quelque chose qui activera la commande \u201cdécollage\u201d \u2013 un nuage, le ciel, un sac à main, n\u2019importe quoi ! \u2013 et, après, imaginer un autre objet pour la commande \u201catterrissage\u201d.Pendant ce temps, on enregistre les signaux électriques issus de son cortex visuel et un algorithme les associe aux deux différentes commandes.» Le système n\u2019a donc aucune idée de ce à quoi l\u2019utilisateur pense vraiment.Il prend plutôt une «photo» du signal.D\u2019un cerveau à l\u2019autre, les signaux pour «nuage», «ciel» ou «sac à main» sont- ils similaires?«Non, répond Nataliya Kosmyna.Si j\u2019imagine un nuage pour faire décoller le drone, on ne peut pas ensuite utiliser mes signaux pour que vous activiez le décollage en pensant vous aussi à un nuage.Ma façon d\u2019imager mon nuage, même si c\u2019est une chose très simple, est vraiment différente de la vôtre.On cherche actuellement à savoir s\u2019il y a certaines similitudes, ce qui serait vraiment intéressant mais, pour l\u2019instant, on n\u2019a pas de réponse.» Même avec beaucoup moins de capteurs que l\u2019EPOC (qui en possède 14), le système portable Muse (4 capteurs), produit par une entreprise de Toronto, arrive à détecter la différence entre un état de concentration, un état de relaxation, un état de sommeil, etc.Le technicien du laboratoire MuSAE Liviu Ivanescu et moi en avons chacun en?lé un exemplaire pour contrôler une voiturette à chenilles.Il se chargeait des roues de droite et moi, de celles de gauche.Pour faire tourner les chenilles, nous devions chacun penser à ce que nous avions fait en détail, ce matin-là.A?n de stopper le mécanisme, il suf?sait de fermer les yeux et de vider notre esprit.Pour faire tourner le bolide, l\u2019un de nous deux devait se relaxer et l\u2019autre, se concentrer.Après quelques ratés, nous avons ?nalement réussi à ce que la voiturette atteigne notre objectif : la poubelle au fond de la pièce ! GUÉRIR ET PRÉVENIR C\u2019est bien chouette de propulser des drones et des voiturettes mais, au-delà de l\u2019aspect ludique, y a-t-il un intérêt?«Un enfant avec un trouble de l\u2019attention pourrait s\u2019entraîner à se concentrer avec ça à la maison», expliquent les chercheurs du laboratoire MuSAE.La récompense, soit le sentiment de contrôle et le fait de voir bouger le véhicule, inciterait le cerveau à se concentrer de nouveau.Claude Frasson et ses étudiants s\u2019intéressent aussi à cette application à l\u2019aide de jeux de réalité virtuelle.De son côté, Tiago Falk veut intégrer des capteurs EEG aux casques des pompiers et des policiers pour s\u2019assurer qu\u2019ils sont en état d\u2019intervenir ou de poursuivre leur intervention : ni trop stressés, ni trop fatigués, ni submergés d\u2019information.« Ils ont un grand sens du devoir, surtout lors d\u2019événements La chercheuse Nataliya Kosmyna utilise le casque commercial EPOC, d'Emotiv, pour faire décoller son drone.N A T A L I A B O G D A N O V S K A Décembre 2016 | Québec Science 29 critiques et, lorsqu\u2019ils sont épuisés, ils ne l\u2019avouent pas toujours.Cela peut entraîner des erreurs.On cherche donc à se fonder sur des paramètres objectifs pour faciliter la gestion des équipes.» Il y travaille avec le groupe français Thales, spécialisé dans le renseignement, la surveillance et la reconnaissance.Les chercheurs sont toutefois conscients des limites des casques portables.«C\u2019est vrai que, avec ces appareils, on peut voir le signal cérébral.Mais le nombre de commandes possibles est très limité.Et quand les gens bougent, ça change les données», dit Yannick Roy, doctorant à l\u2019Université de Montréal et cofondateur de NeuroTechX, un réseau de curieux des neurotechnologies, qui existe dans 17 villes de la planète.Que penser, alors, de la commercialisation de ces casques désormais accessibles au public?Le casque NeuroSky, qui coûte une centaine de dollars, prétend être le résultat de «décennies de recherche en technologie EEG».Il ressemble à un casque d\u2019appel dont on aurait déplacé le micro sur le front.Avec une seule électrode entre les yeux, est-ce vraiment la même technologie que celle qui a évolué, ces dernières décennies, dans les laboratoires?«Avec NeuroSky, tu peux apprendre à un drone qu\u2019il doit s\u2019envoler quand tu fronces les sourcils !» rigole Yannick Roy.Le casque mesure parfois l\u2019activité électrique des muscles, plutôt que celle du cerveau.Le marketing de ces casques grand public mise surtout sur l\u2019amélioration des capacités de concentration et sur le soutien à la méditation.Par exemple, ils sont connectés à des applications qui guident la relaxation; si l\u2019utilisateur se met à ré?échir, le téléphone, la tablette ou l\u2019ordinateur est censé émettre un son qui lui rappelle de ne penser à rien.Mais les promesses sont parfois\u2026 disproportionnées.«À mesure que vous vous entraînerez avec Muse, vous découvrirez que vous serez capable d\u2019en faire plus avec votre esprit et, par conséquent, avec votre vie», lit-on sur la page dédiée au bandeau sur le site de Best Buy.Wow! «Cette technologie suscite l\u2019intérêt de monsieur et madame Tout-le-Monde, remarque Tiago Falk.Mais ces derniers n\u2019ont pas nécessairement les connaissances pour départager ce qui est bon et ce qui ne l\u2019est pas.Par exemple, il existe un appareil conçu pour suivre l\u2019état mental des chiens.Mais y a-t-il vraiment des études qui démontrent son ef?cacité?» UN CAPTEUR DANS L\u2019OREILLE Il reste que les casques EEG sont encore loin de courir les rues.«Comment rendre la technologie assez esthétique pour que les gens aient envie de se promener avec?demande Tiago Falk.Ou alors, DES MACHINES À LIRE LES PENSÉES L\u2019électroencéphalographie n\u2019est pas le seul moyen non invasif de déchiffrer nos pensées et nos intentions.Les chercheurs peuvent également sonder notre cerveau grâce à l\u2019imagerie par résonance magnétique (IRM) ou par spectroscopie infrarouge.Ils arrivent alors à observer les apports sanguins dans les différentes parties du cerveau.Ces technologies localisent les zones actives avec plus de précision que les EEG.« On n\u2019a aucune idée si le signal d\u2019une électrode vient de la gauche, de la droite, d\u2019en haut, d\u2019en bas, explique Tiago Falk, directeur du laboratoire MuSAE de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.Mais l\u2019EEG demeure le meilleur outil en ce moment pour contrôler des objets, car le délai est très court \u2013 de l\u2019ordre des millisecondes \u2013 entre le moment où la pensée est formulée et la réception du signal.» Pour les deux autres techniques, les délais sont, eux, de plusieurs secondes.Les chercheurs peuvent aussi utiliser la magnétoencéphalographie qui analyse le champ magnétique créé par l\u2019activité des neurones.Son signal est plus clair que celui de l\u2019EEG, mais on doit l\u2019opérer à partir d\u2019une machine énorme et coûteuse.En laboratoire, les scienti?ques peuvent combiner les différentes techniques pour avoir une meilleure « résolution ».Ce casque médical du laboratoire MuSAE permet de combiner les techniques d'électroencéphalographie et de spectroscopie infrarouge.T I A G O H .F A L K 30 Québec Science | Décembre 2016 neurotechnologies comment la rendre discrète?Pourrait-on l\u2019intégrer aux écouteurs?Après tout, le conduit auditif est tout près du cerveau et on y enregistre moins de mouvements musculaires parasites que sur le front.» En effet, quand Yannick Roy a en?lé les différents modèles de casques portables dans le café où je l\u2019ai interviewé, je n\u2019ai pu m\u2019empêcher d\u2019éclater de rire.Ils ont l\u2019air sortis d\u2019un ?lm de science-?ction.Les porter au quotidien offrirait un spectacle pour le moins déconcertant.«On est au tout début de cette aventure, rappelle Yannick Roy.Mais la motivation intrinsèque de l\u2019humain pour améliorer ses facultés ne s\u2019arrêtera pas là.On sait déjà remplacer certains organes, et on voudra assurément optimiser notre cerveau, maximiser notre mémoire, devenir plus intelligent.» Il imagine déjà le jour où, installé à son bureau avec des capteurs EEG dans ses écouteurs, un programme informatique percevra qu\u2019il est bien concentré et évacuera toutes les distractions, comme des noti?cations de courriel ou des appels.«Et quand mon esprit commencera à vagabonder, le système fera apparaître les nouveaux courriels pour que je demeure productif sur un autre plan, parce qu\u2019il sait que, statistiquement, quand mon cerveau entre dans cette zone de divagation, je suis sur le point d\u2019accéder à YouTube!» C\u2019est clair: la banale question «à quoi tu penses?» n\u2019aura plus jamais la même signi?cation! lQS En 2012, pendant son postdoctorat à la Northwestern University, en Illinois, Christian Éthier a participé à des travaux bien particuliers.Sous la supervision du professeur Lee E.Miller, et avec une collègue au doctorat, ils ont implanté des électrodes dans le cerveau de deux singes, puis ont épié leurs signaux cérébraux pendant qu\u2019ils manipulaient une balle.L\u2019équipe a alors pu mettre au point un algorithme pour décoder le signal, selon les différents mouvements effectués.On a ensuite anesthésié le bras des singes pour que l\u2019activité des nerfs soit bloquée au coude, causant ainsi une paralysie temporaire de la main.Grâce à l\u2019algorithme, à un casque détectant leur activité cérébrale et à une neuro- prothèse (un appareillage sous-cutané stimulant les muscles), les primates sont quand même parvenus à attraper une balle et à la déposer.Avec moins d\u2019aisance, mais tout de même ! « Normalement, le cerveau contrôle les muscles par le biais des connexions qui descendent, par la moelle épinière, jusque dans le bras ou la jambe, explique celui qui est aujourd\u2019hui chercheur au Centre de recherche de l\u2019Institut universitaire en santé mentale de Québec.S\u2019il y a une lésion, le signal ne passe plus.Mais on capte tout de même l\u2019activité cérébrale liée à l\u2019intention de bouger le bras et, ainsi, on réactive les muscles grâce à la stimulation électrique.» Une équipe de l\u2019université de la Californie à Irvine a tenté l\u2019expérience chez l\u2019humain en 2015.Un homme paralysé des jambes a ainsi parcouru 3,5 m.Tout a été réalisé grâce à des techniques non invasives, c\u2019est-à-dire à l\u2019aide d\u2019un casque médical EEG plutôt qu\u2019une puce implantée dans le cerveau, et à des électrodes placées sur la peau plutôt que dessous.Il a fallu des mois d\u2019entraînement du système et du patient pour arriver à faire ces quelques pas.Christian Éthier veut maintenant savoir s\u2019il est possible d\u2019utiliser ce stratagème pour rééduquer, en quelque sorte, le système nerveux des paralysés.Après tout, les neurones ont la capacité de reformer ou modi?er leurs connexions.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle la neuroplasticité, dit-il.Les neuroprothèses pourraient guider cette neuroplasticité a?n que le patient puisse un jour accomplir de nouveau les mouvements par lui-même », sans l\u2019interface cerveau-ordinateur.REFAIRE BOUGER LES PARALYSÉS Neural Drift est un jeu permettant de contrôler une voiturette à chenilles, en équipe, grâce à des casques commerciaux Muse.Il a été mis au point par des étudiants du laboratoire MuSAE.N E U R O T E C H X À Noël, ABONNEZ VOS PROCHES ET PROFITEZ D\u2019UN TARIF EXCEPTIONNEL ! ou contactez le service à la clientèle au 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 VELO.QC.CA/NOEL *Cette off re d\u2019abonnement se termine le 31 décembre en ligne et le 23 décembre par téléphone.Taxes en sus.Vélo Mag parle vélo sous toutes ses formes : test de matériel, guides d\u2019achat, destinations, compétitions, entraînement et nutrition.Roulez ! 6 numéros par année Santé UNE BIÈRE POUR RÉCUPÉRER APRÈS L\u2019EFFORT ?Escalade REMÈDE POUR ACCROS DU CROSSFIT Débat VÉLO AU QUÉBEC : LE PLUS DUR EST À VENIR SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 L\u2019ADRÉNALINE AU SOMMET DU MAINE GEOPLEINAI Île de Sable ON A VISITÉ LE « CIMETIÈRE DE L\u2019ATLANTIQUE » ! Mont Katahdin GUIDE D\u2019ACHAT 2016-2017 Tout pour gravir les sentiers avec aplomb D Bottes, souliers, crampons et raquettes D Vestes et coupe-vent D BANC D\u2019ESSAI : des bâtons de marche pour tous les budgets 5 escapades pour essayer le vélo de montagne QUEBEC SCIENCE AOÛT-SEPTEMBRE 2016 SERGE BOUCHARD UNE PLONGÉE DANS LE SAINT-GONTRAN UNE EAU ENCORE BONNE À BOIRE?~ LES BÉLUGAS OU LE PÉTROLE?du Saint-Laurent La redécouverte LA FAUNE DES PROFONDEURS COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS VUE DES SUSHIS 100% QUÉBÉCOIS L\u2019ÉTONNANT SECRET DES VAGUES Les scientifiques nous révèlent la vraie nature du géant bleu NUMÉRO SPÉCIAL MARS 2016 EN VEDETTE DESTINATION POUILLES Du bleu, du vert et du soleil REPORTAGE Montréal en tête des villes cyclables NUTRITION La vérité sur les régimes ENTRAÎNEMENT Retrouver la forme après l\u2019hiver SANTÉ Femmes, hormones et exercice DES VÉLOS ET D\u2019AUTRES PRIX À GAGNER GRAND CONCOURS CLARA HUGHES GUIDE D\u2019ACHAT 2016 Québec Science examine les questions relatives à la science et à la technologie, et pose un regard scienti?que sur les grands sujets d\u2019actualité.Découvrez ! 8 numéros par année Géo Plein Air ?aire les tendances : équipements et destinations, entraînement et nutrition, tests de produit et guide d\u2019achat.Respirez ! 6 numéros par année OFFREZ AUTANT D\u2019ABONNEMENTS QUE VOUS LE DÉSIREZ 25 $* LE 1ER ABONNEMENT 15 $* CHAQUE ABONNEMENT ADDITIONNEL ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 72 % SUR LE PRIX EN KIOSQUE 32 Québec Science | Décembre 2016 E n faisant des tamias rayés son sujet d\u2019étude, Denis Réale n\u2019a pas choisi la facilité.Ces petits rongeurs furtifs ne se laissent pas aisément approcher.Comment les observer sans les faire fuir?Et, surtout, sans que la présence humaine modi?e leur comportement?C\u2019est en regardant un ?lm d\u2019espionnage que ce professeur au département de sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal a trouvé la solution.«On a eu l\u2019idée d\u2019utiliser de petits micros qui pouvaient enregistrer les conversations privées des tamias», raconte-t-il.En fouillant dans Internet, Denis Réale a rapidement trouvé son bonheur sur un site russe.Ça ne s\u2019invente pas ! Selon le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie comportementale et animale, les vendeurs semblaient surpris, mais ravis, de compter les tamias parmi leurs clients, en plus des maris jaloux\u2026 Grâce à ces micros placés au cou des animaux, l\u2019équipe a pu s\u2019immiscer dans leur intimité, à l\u2019intérieur de la réserve naturelle des Montagnes Vertes en Montérégie, et capter des moments qu\u2019il aurait été impossible de saisir autrement.Ces «appareils embarqués» révolutionnent l\u2019étude de nos amies les bêtes à plumes, à poils ou à écailles.Si ce type d\u2019équipement ne date pas d\u2019hier, les scienti?ques et ingénieurs ne cessent de les boni?er.Ils pro?tent notamment des avancées des caméras, cardiofréquen- cemètres, GPS, et senseurs bon marché en tout genre mis au point pour la téléphonie mobile.«Les premiers appareils étaient gros, encombrants et limités dans leurs fonctions, alors qu\u2019aujourd\u2019hui ils se miniaturisent considérablement et permettent de récolter des données précises», explique Yan Ropert-Coudert, directeur de recherche au Centre d\u2019Étude Biologique de Chizé, en France, et organisateur du cinquième symposium international sur le sujet, qui s\u2019est tenu à Strasbourg en 2014.Par exemple, on peut aujourd\u2019hui suivre la position de libellules ou d\u2019abeilles, placer des capteurs de mouvements, de son et d\u2019images sur des requins, ou encore déployer des enregistreurs d\u2019altitude, de vitesse et de fréquence cardiaque sur des oies à tête barrée qui volent au-dessus de l\u2019Himalaya.En fait, c\u2019est l\u2019objectif poursuivi par les scienti?ques qui guide le choix de l\u2019appareil.Ainsi, on équipe des ours blancs de balises de position (télémétrie par satellite) pour étudier l\u2019impact du changement climatique sur leur distribution et leur déplacement.On peut aussi déployer des accéléromètres 3D sur des méduses pour savoir comment elles se déplacent en agrégats de plusieurs milliers d\u2019individus.Quant au traditionnel GPS, il permet de localiser l\u2019animal «tagué» partout sur la planète avec une précision de 5m.Le terrain de jeu est vaste! Pour les tamias, le dispositif choisi comprend un microphone, une batterie et une carte mémoire.Il enregistre tout ce qui se passe en continu.«On entend les très aigus \u201cchip chip chip\u201d qui annoncent la présence d\u2019un prédateur terrestre, les graves \u201cchuck chuck chuk\u201d qui préviennent qu\u2019un ennemi rôde dans les airs, et les \u201ctrill trill trill\u201d qui marquent la fuite des tamias», analyse Charline Couchoux, titulaire de la bourse Young Explorers de National Geographic et étudiante au doctorat à l\u2019Université du Québec à Montréal, dans l\u2019équipe de Denis Réale.Mais l\u2019espionnage a aussi démontré que le langage des tamias était bien Aujourd\u2019hui, les scienti?ques ont accès à un arsenal digne des plus grands agents secrets a?n d\u2019espionner l\u2019intimité des animaux\u2026 sans trop les gêner.Par Marion Spée espionnage scienti?que LA VIE SECRÈTE DES ANIMAUX P H O T O S : C H A R L I N E C O U C H O U X Décembre 2016 | Québec Science 33 À droite, Charline Couchoux, étudiante au doctorat en biologie à l\u2019UQAM, enregistre les conversations des tamias rayés. 34 Québec Science | Décembre 2016 espionnage scienti?que plus riche que ces quelques cris.Grâce à un logiciel acoustique qui transforme les sons obtenus en un spectrogramme visuel, plus facile à analyser, l\u2019étudiante a notamment relevé des «chup», contenant à la fois la partie aiguë des «chip» et la partie grave des «chuck».Si on ignore encore la signi?cation de ces sons, une chose est sûre: ces petits micros ouvrent la voie à des recherches inédites.Il faut dire que la qualité du son recueilli par les micros-espions est telle que les scienti?ques ont même pu entendre le battement de cœur des tamias au repos dans leur terrier! Ou encore le couinement des petits près des femelles allaitantes, toujours sous terre.«C\u2019est exceptionnel, puisqu\u2019on ne connaît presque rien de la vie des tamias une fois qu\u2019ils entrent dans leur terrier», con?e Denis Réale.Son rêve?Équiper les tamias de mini- caméras, histoire de voir en?n ce qui se trame là-dessous! Si d\u2019autres équipes de recherche utilisent déjà cette astuce a?n de voir évoluer de plus gros animaux, pour les tamias, le dé?est technologique : il faudra faire en sorte que la caméra et sa batterie ne dépassent pas 5g\u2026 C\u2019est une règle que se sont ?xée les scienti?ques: le poids de l\u2019appareillage ne doit pas dépasser 5% de celui de l\u2019hôte, pour ne pas entraîner de conséquences sur son comportement ou sa survie.SOUS L\u2019OCÉAN C\u2019est l\u2019étude des animaux marins qui a surtout béné?cié des progrès des appareils embarqués, la quasi-impossibilité de les observer sous l\u2019eau ayant longtemps freiné la collecte de données.Le simple fait de savoir où ils vont est déjà un dé?.«Les baleines bleues passent l\u2019été dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent et c\u2019est tout ce qu\u2019on sait ! avoue Véronique Lesage, chercheuse scienti?que spécialiste des cétacés, à Pêches et Océans Canada.On ne sait pas où elles vont à l\u2019automne ni où elles passent l\u2019hiver.» À part peut-être quelques rapports de chasse des années 1800 ou 1900, qui font état d\u2019animaux tués au large de la Floride, les connaissances sont pour le moins succinctes.Théoriquement, les baleines bleues s\u2019alimentent dans les eaux au nord et vont mettre bas au sud.Toujours selon la théorie, elles ne se nourrissent pas pendant leur séjour dans les eaux plus chaudes.Mais la réalité semble plus complexe.C\u2019est pourtant une donnée précieuse pour l\u2019élaboration du plan de protection de l\u2019espèce en péril : avant de pouvoir protéger l\u2019habitat essentiel des géantes bleues, la première étape est de le localiser ! Une tâche à laquelle s\u2019est attelée Véronique Lesage, avec l\u2019aide de ses complices Richard Sears (directeur de la station de recherche des îles Mingan) et Russel Andrews (chercheur à l\u2019université de l\u2019Alaska de Fairbanks).Pour y parvenir, l\u2019équipe a eu, elle aussi, recours à des mouchards capables de transmettre en temps réel la position de l\u2019animal par satellite.Dès que la baleine vient en surface pour respirer, le dispositif placé dans le cartilage de sa nageoire dorsale envoie sa position.Voilà qui paraît simple, mais ancrer un émetteur de 12cm de long sur un animal mesurant de 20m à 30m est un incroyable dé?! «Surtout que la baleine bleue est probablement l\u2019espèce ayant la plus petite nageoire dorsale», souligne la chercheuse.D\u2019ailleurs, sur les 24 baleines équipées depuis 6 ans, la moitié des balises n\u2019a tenu qu\u2019environ 3 semaines.Deux individus se sont tout de même prêtés au jeu: une baleine a pu être suivie pendant 70 jours, et une autre pendant 177 jours, soit tout le long de son parcours migratoire annuel.Cette «indic», c\u2019est Symphonie, une femelle que les spécialistes connaissent depuis près de 30 ans.En novembre 2014, elle a quitté les eaux de l\u2019estuaire du Saint- Laurent, pour descendre progressivement jusqu\u2019en Caroline du Sud, avant de repartir vers le nord.On sait qu\u2019elle a traversé en chemin des canyons très abrupts, où le krill est abondant.Sa trace a été perdue en avril 2015, mais elle a été revue l\u2019été suivant dans le Saint-Laurent.S\u2019est-elle effectivement nourrie dans ces canyons?Où s\u2019est-elle reproduite?Il est encore trop tôt pour le dire.«Bien sûr, des informations sur une seule baleine ne suf?sent pas, mais c\u2019est un très beau début», commente Véronique Lesage.Et, comme pour conforter ces premières données, la deuxième baleine que les scienti?ques ont ?lée pendant 70 jours a, elle aussi, séjourné dans ces mêmes secteurs.Ce type de pistage a également amélioré les connaissances sur les sites de nourrissage ou de ponte des tortues de mer, particulièrement menacées, ou encore sur les comportements des thons rouges de l\u2019Atlantique.Une aide précieuse pour la conservation des espèces.Ainsi, pour tous ceux qui étudient la vie aquatique, le matériel d\u2019espionnage high-tech est une occasion en or.Pierre Magnan en sait quelque chose.L\u2019été dernier, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces, à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, a équipé des ombles de fontaine du lac Ledoux, en Mauricie, d\u2019émetteurs internes, insérés dans leur abdomen.Pendant 2 ans, D A N Y Z B I N D E N / M É R I S C O P E Décembre 2016 | Québec Science 35 les appareils transmettront des données toutes les 3 minutes en été et toutes les 15 minutes en hiver.«J\u2019ai l\u2019impression d\u2019être un tout jeune chercheur, tellement je suis excité par la technique et par les résultats qu\u2019on peut obtenir», s\u2019exclame Pierre Magnan qui étudie pourtant ces «truites mouchetées» depuis trois décennies.Son but: résoudre une énigme qui le taraude depuis la ?n des années 1990.Le chercheur avait alors découvert qu\u2019il y avait deux populations d\u2019ombles dans les lacs, avec deux morphologies et deux régimes alimentaires distincts.D\u2019une part, la population dite pélagique qui remonte dans la colonne d\u2019eau pour se nourrir de zooplancton; d\u2019autre part, la forme dite littorale qui nage vers les berges pour manger des larves d\u2019insectes.Or, près des berges, la température peut atteindre 25°C en juillet-août.Et c\u2019est là le mystère: comment font les ombles, qui ne tolèrent pas les eaux chaudes et dont la température interne dépend directement de celle de l\u2019eau, pour supporter cette chaleur?Pierre Magnan a une hypothèse: en laboratoire, il a démontré que la température interne de l\u2019omble met environ 60 minutes avant d\u2019augmenter quand le poisson passe d\u2019un bac à 10°C vers des bacs plus chauds (jusqu\u2019à 23°C).Son corps n\u2019aurait donc pas le temps de percevoir que l\u2019eau est trop chaude si son escapade près du bord est courte.«On verra si cela se con?rme dans le lac Ledoux.Les émetteurs en question transmettent des informations de températures internes et de position à 10 hydrophones placés dans le lac», indique Pierre Magnan.Le chercheur tentera du même coup de mieux comprendre comment les poissons parviendront (ou non) à s\u2019adapter au réchauffement climatique, la grande question du moment et des années à venir.Car au-delà de l\u2019étude du comportement animal, les capteurs embarqués sont de plus en plus utilisés pour recueillir des informations sur l\u2019environnement.Les scienti?ques font ainsi de leurs protégés des chercheurs malgré eux.Les phoques polaires, par exemple, plongent sous la banquise antarctique et en rapportent des informations de pression, de température ou de salinité.Dans ce contexte, on comprend l\u2019importance de minimiser l\u2019impact de ces capteurs sur les animaux: il faut penser au poids de l\u2019appareillage, mais aussi à sa forme, sa couleur, à l\u2019endroit où il est placé.«Il y a des règles à respecter; il faut peser le pour et le contre d\u2019une technique avant de l\u2019utiliser, quel que soit l\u2019animal qui nous intéresse», commente Yan Ropert-Coudert.Quoi qu\u2019il en soit, on n\u2019a pas fini d\u2019entendre parler de ces techniques déclinables à souhait.«On est en train de créer une société (International Bio-Log- ging Society) pour fédérer encore plus les scienti?ques qui travaillent dans le domaine», précise M.Ropert-Coudert.Ce nouvel arsenal techno intéresse même les botanistes! Certains pensent à équiper chaque feuille d\u2019un capteur de température pour reconstituer l\u2019écosystème thermique de l\u2019arbre\u2026 C\u2019est dire si le sujet est à la mode.lQS Donner ou recevoir Dans la grande famille de ces appareils embarqués, on distingue ceux qui transmettent des données en temps réel par ondes radio ou par satellite (on parle de biotélémétrie) et ceux qui les enregistrent (c\u2019est le bio-logging, venant du mot log désignant le carnet de bord des marins).Les premiers sont surtout utilisés pour connaître la position et donc le déplacement des animaux.Le hic, c\u2019est qu\u2019ils ne transmettent qu\u2019un nombre limité de données.Les seconds sont des sortes de journaux intimes qui enregistrent en détail la température, la pression, l\u2019accélération, etc.Le revers de la médaille, c\u2019est qu\u2019ils doivent être récupérés pour livrer ce qu\u2019ils ont capté.Les ingénieurs cherchent donc aujourd\u2019hui à combiner les deux techniques pour accéder à des informations détaillées en tout temps.À gauche, une équipe munit une baleine bleue d\u2019un transmetteur satellite.En bas, un chercheur recoud l\u2019abdomen d\u2019un omble de fontaine après y avoir inséré un émetteur interne.P I E R R E M A G N A N reportage lorem « C\u2019est un ordinateur quantique; du moins, c\u2019en est le cœur», dit le professeur en tendant son précieux «bijou», fait de saphir et d\u2019aluminium.Si ce processeur tient dans la main, il en va autrement de son boîtier situé deux étages plus bas : un tube blanc, presque aussi gros qu\u2019un chauffe-eau, est suspendu sous une espèce d\u2019échafaud décoré de nombreux ?ls et tuyaux, reliés à d\u2019autres machines.« L\u2019intérieur est conçu en pelures d\u2019oignon, explique Alexandre Blais.Chaque couche est plus froide à mesure qu\u2019on se rapproche du cœur.Le processeur est maintenu à une température de quelques millièmes de kelvin.» Peu d\u2019endroits dans l\u2019Univers sont aussi froids.On se croirait aux débuts de l\u2019informatique, à cette époque où les machines occupaient des pièces entières.Mais ici, on planche plutôt sur l\u2019informatique de demain.L\u2019ordinateur quantique, lorsqu\u2019il verra le jour, promet de résoudre en quelques secondes des calculs qui occuperaient un ordinateur classique pendant des milliers d\u2019années.Comme son nom l\u2019indique, son fonctionnement repose sur les principes de la physique quantique.Ces derniers décrivent le comportement de l\u2019in?ni- ment petit.À cette échelle, le monde a quelque chose de magique et d\u2019irréel.Des particules peuvent exister à deux endroits à la fois et deux particules peuvent être soudées par un lien qui les «synchronise»; les transformations subies par l\u2019une étant ainsi immédiatement appliquées à sa « jumelle», même à l\u2019autre bout de la galaxie.Ce sont ces propriétés fugaces et fantomatiques de la matière que les physiciens et informaticiens tentent de harnacher.Intégrées dans les circuits d\u2019un ordinateur, elles ne lui permettraient pas nécessairement d\u2019accomplir de nouvelles tâches, mais plutôt de les abattre à des vitesses faramineuses.Ce ne serait rien de moins que le début d\u2019une nouvelle ère informatique.De quoi bouleverser le domaine de l\u2019intelligence arti?cielle, de même que la recherche en médecine, en gestion de tra?c urbain ou en climatologie, entre autres.IL Y A 35 ANS C\u2019est en 1981 que l\u2019idée d\u2019un ordinateur quantique a été formulée pour la première fois.Richard Feynman, chercheur en physique théorique au California Institute of Technology, ré?échissait alors aux façons de simuler les phénomènes physiques à l\u2019aide d\u2019ordinateurs.Il a conclu que seule une machine qui fonctionnerait elle-même sur la base de phénomènes quantiques permettrait de simuler correctement ces derniers.Pendant quelques années, ce concept est demeuré une vue de l\u2019esprit.Jusqu\u2019à un beau jour de 1994 où Peter Shor, alors mathématicien chez Bell Laboratories, aux États-Unis, découvrit l\u2019algorithme qui porte désormais son nom.L\u2019algorithme de Shor, si on pouvait réussir à l\u2019implanter dans un ordinateur DANS LES LABORATOIRES DE PHYSIQUE DU MONDE \u2013 LE QUÉBEC INCLUS \u2013, LA COURSE À L\u2019ORDINATEUR QUANTIQUE BAT SON PLEIN.UNE MACHINE SI PUISSANTE QU\u2019ELLE POURRA METTRE INTERNET K.O.! Par Joël Leblanc La quête quantique En attendant la construction du nouveau pavillon de l\u2019Institut quantique de l\u2019Université de Sherbrooke, le physicien Alexandre Blais s\u2019accommode de l\u2019étroit local qui lui sert de bureau.Les choses sont en train de changer pour le jeune chercheur et ses équipiers, alors que l\u2019Institut vient de recevoir 33,5 millions de dollars, la plus importante subvention de recherche de son histoire.Et tout repose, en bonne partie, sur un petit disque métallique à l\u2019aspect futuriste qu\u2019il sort d\u2019un écrin et manipule avec délicatesse.36 Québec Science | Décembre 2016 Décembre 2016 | Québec Science 37 \u201c À QUAND L\u2019ORDI QUANTIQUE AU BOULOT ?Les mordus d\u2019informatique devront patienter, car ce n\u2019est pas demain la veille que l\u2019incroyable machine sera vendue au détail.« Nous n\u2019aurons pas d\u2019ordinateur quantique sur nos bureaux, du moins pas avant longtemps, indique Alexandre Blais.Néanmoins, il suf?ra de quelques grosses machines branchées sur le Web pour qu\u2019on puisse les utiliser à partir de calculateurs classiques.» \u201d J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N 38 Québec Science | Décembre 2016 informatique de demain quantique, factoriserait rapidement de très grands nombres.Par exemple, s\u2019il est facile de multiplier les nombres 7, 11 et 17 pour obtenir 1309, il est autrement plus dif?cile de partir de 1309 pour trouver les nombres premiers qui l\u2019ont produit.En fait, il n\u2019y a pas de méthode ef?cace pour y arriver; il faut tester toutes les possibilités.L\u2019ordinateur quantique, par contre, saurait très bien le faire.Cette aptitude peut sembler anodine.Or, les données sensibles que nous nous échangeons tous les jours sur le Web sont cryptées grâce à des clés qui reposent justement sur cette dif?culté à factoriser de grands nombres.Avec des nombres de 100 chiffres ou plus, il faudrait des siècles, voire des millénaires, de calcul aux ordinateurs d\u2019aujourd\u2019hui pour en extraire les nombres premiers.Pas pour un ordinateur quantique.Capable d\u2019évaluer toutes les possibilités à la fois, la machine ne fera qu\u2019une bouchée des systèmes de cryptage actuels.C\u2019est l\u2019outil parfait pour trouver immédiatement des réponses dans les bases de données les plus vastes, mais aussi pour «craquer» les codes qui servent actuellement à sécuriser tous les échanges qui se font par le Web: transactions bancaires, informations médicales, courriels, stratégies militaires, etc.Selon plusieurs, l\u2019ordinateur quantique «cassera» littéralement Internet.Voilà une menace sérieuse à la sécurité informatique et c\u2019est tout ce qu\u2019il fallait pour enclencher la course à l\u2019ordinateur quantique où les États-Unis, la Chine, l\u2019Australie, le Royaume-Uni et le Canada jouent du coude pour se rapprocher un peu plus chaque jour de ce graal de l\u2019informatique.Pas étonnant que des agences nationales de sécurité se soient aussi lancées dans ce domaine de recherche, ayant comme but avoué de posséder une machine fonctionnelle avant un pays ennemi.La National Security Agency américaine, par exemple, a déjà consacré plus de 100 millions de dollars à cette course.Qu\u2019est-ce qui rend l\u2019ordinateur quantique si phénoménal ?Revenons à la base : un ordinateur, c\u2019est d\u2019abord une machine à brasser des 0 et des 1.Dans un calculateur classique, chaque transistor peut alternativement laisser passer un courant électrique (1) ou pas (0).Ces entités qui peuvent prendre deux valeurs sont appelées des bits, contraction des termes anglais binary digits, pour «chiffre binaire».Avec un bit, il y a deux valeurs possibles (21, soit 0 et 1); avec 2 bits, il y a quatre con?gurations potentielles (22, soit 0-0, 0-1, 1-0 et 1-1); avec 3 bits, on monte à 8 possibilités (23), et ainsi de suite.Le processeur d\u2019un téléphone intelligent de dernière génération peut contenir un milliard de transistors, c\u2019est-à-dire un milliard de bits, pour un total de con?- gurations possibles de deux exposant un milliard, soit un nombre\u2026 inimaginable.La puissance d\u2019un ordinateur classique dépend de la vitesse à laquelle il étudie et enchaîne successivement ces nombreuses con?gurations.«En informatique quantique, concrètement, un bit quantique, ou \u201cqubit\u201d, stocke un 0 et un 1 en même temps; il est dans une superposition d\u2019états », explique Alexandre Blais.Cela suggère déjà une capacité de calcul augmentée (chaque qubit ayant deux états au lieu de un seul), mais la puissance des ordinateurs quantiques repose surtout sur leur faculté à «souder» les états de plusieurs qubits.Cela crée une superposition de toutes les combinaisons possibles d\u2019états des qubits isolés.Des opérations différentes menées en même temps laissent entrevoir la possibilité d\u2019un processeur parallèle extrêmement puissant.«En quantique, Comment obtenir des qubits ?C\u2019est la question que tout le monde se pose.À l\u2019Université de Sherbrooke, l\u2019équipe d\u2019Alexandre Blais planche sur des « atomes arti?ciels », c\u2019est-à-dire des nanostruc- tures de supraconducteurs.Comme des atomes, ces structures retiennent des électrons dans un espace bien délimité et, dans cet espace, ces électrons occupent des niveaux d\u2019énergie bien précis.En les stimulant avec des champs électromagnétiques, on peut leur induire un état quantique.Les électrons occupent alors deux niveaux d\u2019énergie en même temps.Certaines équipes utilisent plutôt des ions prisonniers dans des champs électromagnétiques dont on fait varier le niveau d\u2019énergie par impulsions micro-ondes.D\u2019autres jouent avec des photons dont la position, la polarisation ou même le nombre peuvent être utilisés comme qubits.Il en est encore qui utilisent des noyaux atomiques dont ils font varier le spin, cette propriété des particules (au même titre que la masse ou la charge électrique) qu\u2019on ne retrouve que dans l\u2019in?niment petit et qui n\u2019a pas d\u2019équivalent à notre échelle.Il existe aussi des pistes plus « ésotériques », comme des hybrides atomes-lumière où des photons se retrouvent captifs dans des nanostructures.Ou encore des états (dits topologiques) qui dépendraient de l\u2019existence de particules con?nées dans seulement deux dimensions.Ces particules topologiques, grâce à leur grande imperméabilité aux bruits ambiants, feraient des qubits capables de demeurer dans un état quantique très longtemps \u2013 peut-être même à la température de la pièce ! Encore au stade théorique, cette idée a valu à ses auteurs le prix Nobel de physique 2016, remis en octobre dernier. Décembre 2016 | Québec Science 39 continue Alexandre Blais, l\u2019augmentation de puissance est exponentielle.Un ordinateur quantique de seulement 300 qubits serait comme un ordinateur classique de 10120 bits \u2013 beaucoup plus que le nombre estimé de particules dans l\u2019Univers.» Un tel ordinateur pourra résoudre 2300 calculs en même temps, soit un nombre gigantesque à 91 chiffres.Deux minutes de calcul quantique équivaudront au travail d\u2019un ordinateur classique pendant 15 milliards d\u2019années ! De quoi donner le tournis.QUESTION D\u2019ANNÉES Et c\u2019est pour bientôt, cette super-machine, aussi fascinante qu\u2019inquiétante ?Des physiciens parlent de 2 ans, d\u2019autres de 15.Mais tous sont convaincus qu\u2019on y parviendra.Une compagnie canadienne prétend, quant à elle, y être déjà arrivée, mais rien n\u2019est moins sûr (voir l\u2019encadré «Un ordinateur qui soulève la controverse» ci-contre).«L\u2019avènement de l\u2019ordinateur quantique est inévitable, lance Claude Crépeau, ingénieur informatique à l\u2019Université McGill, à Montréal.À force de miniaturiser les transistors des ordinateurs classiques, des effets quantiques commencent à apparaître, comme des électrons qui sautent d\u2019un transistor à l\u2019autre.Il vaut mieux faire de la recherche pour développer l\u2019ordinateur quantique et le dompter avant qu\u2019il n\u2019arrive tout seul!» Alexandre Blais souligne l\u2019ironie du sort : «C\u2019est amusant.Pour assurer le bon fonctionnement des ordinateurs conventionnels, les compagnies comme Intel doivent éviter les effets quantiques, alors que l\u2019ordinateur quantique en aura absolument besoin.» Selon certains, l\u2019arrivée de la bête serait imminente, ne serait-ce qu\u2019en raison des fortunes consacrées à son développement et des multiples équipes de travail qui s\u2019y dédient.Par exemple, Mike Lazaridis, l\u2019ancien patron de BlackBerry, a investi 500 millions de dollars de sa poche dans l\u2019Institut d\u2019informatique quantique de l\u2019université de Waterloo, en Ontario.Au Québec, les universités de Montréal et McGill, ainsi que la Polytechnique, ont des équipes qui se consacrent au sujet \u2013 sans compter l\u2019Institut quantique de l\u2019Université de Sherbrooke, plus riche de 33,5 millions de dollars, gracieuseté d\u2019un programme fédéral.Chacune tente de produire les fameux qubits à sa façon (voir l\u2019encadré «Comment obtenir des qubits?» à la page 38).« Mais le double dé?de l\u2019ordinateur quantique, c\u2019est non seulement d\u2019obtenir de nos qubits qu\u2019ils atteignent un état quantique, précise Alexandre Blais, mais qu\u2019ils le conservent assez longtemps pour réaliser l\u2019opération qu\u2019on leur demande.» Aussi bien faire tenir un œuf en équilibre sur la pointe d\u2019une aiguille.Quand on y parvient, la moindre variation de température, le plus petit soubresaut de champ électromagnétique suf?sent pour tout faire s\u2019écrouler.«C\u2019est ce qu\u2019on appelle la décohérence, précise Alexandre Blais, le moment où les propriétés quantiques disparaissent.» Équipé de son téléphone intelligent (classique, pas quantique), le chercheur montre une application par laquelle il envoie des requêtes de calcul à un ordinateur quantique expérimental à 5 qubits installé dans la petite ville de Yorktown Heights, dans l\u2019État de New York.«C\u2019est IBM qui a conçu cet ordinateur et qui le rend disponible dans le nuage informatique à quiconque veut y tester un algorithme.Je vois que, en ce moment, la décohérence survient après 120 microsecondes.Pas mal du tout !» Et plus il y a de qubits, plus c\u2019est dif?- cile.Pour l\u2019instant, les machines expérimentales dans les instituts de recherche du monde n\u2019ont pas plus de 10 qubits.Pas facile d\u2019en contrôler un plus grand nombre, mais pas facile non plus de tester leurs performances et de les comparer à celles des machines classiques, avec si peu de puissance.À l\u2019Université de Montréal, Gilles Brassard évalue tous ces travaux avec philosophie : «L\u2019ordinateur quantique a été inventé, mais pas construit, dit ce cryptographe au département d\u2019informatique et de recherche opérationnelle.Il est possible que, malgré toutes les simulations théoriques, on découvre qu\u2019il ne peut pas fonctionner.Mais on sera quand même gagnant, car il faudra expliquer pourquoi il ne marche pas.On fera alors de nouvelles découvertes fondamentales sur la physique.» lQS Deux minutes de calcul quantique équivaudront au travail d\u2019un ordinateur classique pendant 15 milliards d\u2019années ! un ordinateur qui soulève la controverse Un joueur fait tiquer bien des chercheurs dans cette histoire d\u2019ordinateur quantique.Il s\u2019agit de D-Wave Systems, une compagnie canadienne basée à Burnaby, en Colom- bie-Britannique, qui est la seule au monde à vendre des ordinateurs dits quantiques.Ses machines, qui comptent 500, 1 000 ou même 2 000 qubits, suscitent toutefois de très graves soupçons chez les chercheurs quant à la réelle nature quantique de leur fonctionnement.Mais ça n\u2019empêche pas D-Wave de vendre ses engins à Google, à la NASA, à Lockheed- Martin pour la bagatelle de 10 à 15 millions de dollars pièce.À chaque annonce d\u2019un nouvel exploit par les ordinateurs de D-Wave, il se trouve des critiques pour affaiblir la portée des prouesses prétendues.En septembre dernier, par exemple, Google a déclaré que sa machine avait réussi à accomplir des opérations 100 millions de fois plus rapidement qu\u2019un calculateur classique.Les sceptiques ont souligné, entre autres, qu\u2019elle avait été comparée à un ordinateur généraliste d\u2019entrée de gamme.Autrement dit, on a comparé des pommes avec des oranges.Le problème, c\u2019est qu\u2019on ne peut pas simplement ouvrir le capot d\u2019une telle machine pour voir si elle est bien quantique.Il faudrait idéalement que des tests indépendants puissent être effectués sur les ordinateurs D-Wave, mais la compagnie a toujours refusé d\u2019en divulguer les détails.Un test a bien été mené en 2014 à l\u2019École polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse, pour comparer le temps de calcul entre un ordinateur classique et celui de D-Wave.Aucune accélération quantique n\u2019a pu être détectée.Les responsables de l\u2019entreprise ont rétorqué que le type de problème avait été mal choisi. 40 Québec Science | Décembre 2016 Une mouche porteuse d\u2019un parasite mortel hante la jungle des chutes d\u2019Iguazu, qui marque la triple frontière entre le Brésil, l\u2019Argentine et le Paraguay.Pendant des siècles, l\u2019insecte ne dérangeait personne dans ce coin reculé.Mais à mesure que les villes envahissent son territoire, le mal se répand.Par Anne Caroline Desplanques Photos : Pablo E.Piovano LEISHMANIOSE MALADIE SANS FRONTIÈRES Décembre 2016 | Québec Science 41 SANS FRONTIÈRES Mauro Urnao a arrêté de travailler plus de sept mois, car la leishmaniose avait tant déformé ses mains qu\u2019il était incapable de tenir un objet. 42 Québec Science | Décembre 2016 parasite mortel V alter Luiz, un Brésilien de 63 ans, est mort en janvier dernier, emporté par la leishmaniose.C\u2019est of?ciellement le premier être humain à avoir succombé à la maladie dans l\u2019État brésilien du Paraná, plus précisément à Foz de Iguazu, la toute dernière ville du Brésil avant la frontière de l\u2019Argentine.«Valter a été hospitalisé le lundi, et le vendredi il était décédé.Ça a été fulgurant.On ne comprenait pas.Personne ne nous avait parlé de cette maladie, la leish\u2026, quelque chose», souf?e la belle-sœur du défunt, Tereza de Jesus Fernandez Batista.La leishmaniose, ou la ?èvre noire comme l\u2019appellent certains, est une maladie parasitaire transmise par une petite mouche, le phlébotome.Tout comme le moustique tigre, vecteur de la dengue et du zika, notamment, la femelle du phlébotome se nourrit de sang.En piquant, elle injecte un parasite du genre Leish- mania, qui s\u2019attaque aux organes vitaux, à la peau ou aux muqueuses.La leishmaniose viscérale, la forme la plus sévère de la maladie, se manifeste par des poussées de ?èvre, une perte de poids, une anémie et une augmentation importante du volume du foie et de la rate.C\u2019est ce qui est arrivé à Valter Luiz.Mais les médecins qui l\u2019ont traité n\u2019ont pas su poser le bon diagnostic.Les Fernandez étaient en route pour le cimetière quand ils ont appris la véritable cause du décès, par téléphone.«Avant, on nous avait dit que c\u2019était une leucémie aiguë», dit Mme Fernandez.Il est probable que le cas de Valter Luiz ne soit que la pointe de l\u2019iceberg.La maladie est en effet méconnue au point que très peu de médecins pensent à la diagnostiquer.C\u2019est que, contrairement à la dengue, la leishmaniose ne fait pas la manchette.Pourtant, 20 000 à 30 0000 personnes meurent des différentes formes de cette maladie, également tans- missible du chien à l\u2019humain, chaque année dans le monde, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Le Brésil est particulièrement frappé par la forme viscérale avec en moyenne 3500 nouveaux cas par année, Daniela Ramos Hobold a bien cru que la leishmaniose viscérale allait emporter sa ?lle Isadora qui a été hospitalisée pendant 4 semaines alors qu\u2019elle n\u2019avait que 10 mois.Argentine Brésil l Iguazu Paraguay Décembre 2016 | Québec Science 43 pour un total de 48720 cas recensés entre 2001 et 2014, selon l\u2019Organisation panaméricaine de la santé.À la frontière sud du Brésil, le Paraguay et l\u2019Argentine voient eux aussi le nombre de cas augmenter constamment.La frontière entre les trois pays af?che actuellement la plus lourde charge de morbidité due à la leishmaniose viscérale en Amérique latine, indique le docteur Oscar Daniel Salomon, directeur de l\u2019Institut national de médecine tropicale (INMET), basé en Argentine, à Puerto Iguazu, ville sœur de Foz de Iguazu.L\u2019URBANISATION EN CAUSE Ce mal est souvent associé à la pauvreté et à l\u2019insalubrité, mais les Fernandez sont un exemple patent que le parasite n\u2019épargne aucune classe sociale.Loin des chemins de terre rouge, des chiens errants et des amoncellements d\u2019immondices, la famille habite un quartier cossu de Foz de Iguazu construit récemment sur un terrain qui accueillait auparavant un vaste boisé.«Ce qui explique l\u2019émergence de la maladie ce n\u2019est pas la pauvreté, mais l\u2019entrée de personnes dans la forêt et la déforestation, le changement d\u2019usage de la terre et l\u2019urbanisation», explique de docteur Salomon.À la différence du moustique tigre, le phlébotome, aussi surnommé mouche de sable, se reproduit non pas dans l\u2019eau stagnante, mais dans la matière organique laissée au sol.Il loge dans les tapis de feuilles mortes, les souches et les fruits pourris tombés par terre.En forêt, l\u2019insecte se nourrissait du sang d\u2019animaux sauvages, mais maintenant que des villes ont poussé sur son territoire, il s\u2019attaque à la source de sang la plus disponible : les chiens domestiques et les humains.Le docteur Salomon piste la leishmaniose depuis qu\u2019elle est apparue en Argentine, dans les années 1980.«Bien qu\u2019on ait dès le départ fait beaucoup d\u2019efforts pour contenir l\u2019épidémie, dans les années 1990, on a dépassé le cap des 1000 cas de leishmaniose cutanée en Argentine [NDLR: une autre forme de la maladie qui provoque des lésions sur la peau, principalement des ulcères purulents].Quant à la leishmaniose viscérale, qui jusque-là avait été rurale, elle est devenue urbaine à très grande vitesse», explique-t-il.Le tout premier cas de leishmaniose viscérale, en Argentine, a été enregistré en 2006.La victime était un petit garçon de huit ans originaire de la province de Misiones, frontalière du Brésil et du La leishmaniose en chiffres 98 PAYS OÙ LA MALADIE EST ENDÉMIQUE 1,3 MILLION DE NOUVEAUX CAS CHAQUE ANNÉE 20 000 À 30 000 DÉCÈS 350 MILLIONS DE PERSONNES À RISQUE 90 % DES CAS DE LEISHMANIOSE VISCÉRALE SONT RÉPERTORIÉS AU BANGLADESH, AU BRÉSIL, EN ÉTHIOPIE, EN INDE, AU SOUDAN ET AU SOUDAN DU SUD 95 % DES CAS DE LEISHMANIOSE CUTANÉE SURVIENNENT DANS LES AMÉRIQUES, DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN, AU MOYEN-ORIENT ET EN ASIE CENTRALE 20 ESPÈCES DE PARASITES DU TYPE LEISHMANIA 90 ESPÈCES DE PHLÉBOTOMES VECTEURS Source : OMS Le docteur Oscar Daniel Salomon dirige l\u2019Institut national de médecine tropicale du ministère de la Santé argentin.Il étudie la leishmaniose depuis plus de 30 ans. 44 Québec Science | Décembre 2016 reportage lorem Paraguay.Depuis, le nombre de cas se multiplie d\u2019année en année.En 2008, la même province enregistrait 34 cas, dont 4 décès et, en 2012, le parasite migrait vers une seconde province du pays.Quatre ans plus tard, il fait des victimes dans 4 provinces de l\u2019Argentine, surtout chez les enfants de moins de 15 ans.Inquiets, les scienti?ques argentins ont alerté leurs collègues brésiliens et paraguayens.Une opération de surveillance multinationale s\u2019est mise en place.Soutenus par le Centre de recherches en développement international (CRDI) du Canada, les chercheurs travaillent désormais à améliorer les mesures de prévention et de lutte face à l\u2019émergence, et à la propagation de la maladie dans les zones frontalières.DU CHIEN À L\u2019HUMAIN Essentiellement tropicale, la leishmaniose se déplace vers les zones tempérées et les centres urbains en suivant les ?ux de migration des humains, mais surtout de leurs chiens qui sont les principaux réservoirs du parasite à l\u2019extérieur de la forêt.Les phlébotomes qui piquent les canidés en ville attrapent le parasite et peuvent le retransmettre aux humains.C\u2019était le cas de Mel, une des quatre chiennes qui vivait avec Valter Luiz.Comme beaucoup de ses congénères, elle était asymptomatique.Les Fernandez ont découvert qu\u2019elle était porteuse du parasite peu après le décès de Valter Luiz.Pour protéger ses autres maîtres, le caniche a dû être euthanasié.La docteure Eliane Maria Pozzolo, vétérinaire membre de l\u2019équipe du docteur Salomon, surveille l\u2019avancée de l\u2019épidémie, quartier par quartier.Aujourd\u2019hui, sa tournée l\u2019amène dans une zone défavorisée de Foz de Iguazu où elle pose régulièrement des pièges à phlébotomes et fait des prises de sang aux chiens pour véri?er si le parasite est présent.En arrivant sur place, une résidante vient tout de suite à sa rencontre.Ma- rinha, une de ses chiennes, est mourante.«Je crois qu\u2019elle a la maladie, la leish\u2026, Des centaines de chiens errent dans les rues de Puerto Iguazu.À droite, la docteure Eliane Maria Pozzolo, vétérinaire, fait une prise de sang au chien Che Guevara a?n de déterminer s\u2019il est porteur de la leishmaniose viscérale. Décembre 2016 | Québec Science 45 quelque chose», dit-elle.Une plaie béante dévore l\u2019oreille de la petite chienne.Pour la docteure Pozzolo, il n\u2019y a pas de doute, c\u2019est la leishmaniose.Marinha devra être euthanasiée.La petite Isadora Ramos Hobold, qui habite à moins de 1km des Luiz, vivait elle aussi avec un chien infecté.Les organes vitaux de l\u2019enfant étaient déjà atteints quand les médecins ont détecté le parasite.« Quelques jours de plus sans traitement et on l\u2019aurait perdue», murmure sa maman, Daniela.Sept mois plus tôt, Isadora avait déjà passé quatre semaines à l\u2019hôpital pour ce qu\u2019on croyait alors être la dengue.Les médecins admettent aujourd\u2019hui qu\u2019il s\u2019agissait déjà de la leishmaniose, mais qu\u2019ils n\u2019avaient pas su la reconnaître.INFORMER LES MÉDECINS «Il faut que les professionnels de la santé soient mieux formés, qu\u2019ils pensent à la leishmaniose quand ils reçoivent un patient.Sans ça, ils ne peuvent pas faire un diagnostic rapide et sauver les malades», soutient la docteure Eliane Maria Pozzolo.L\u2019équipe du docteur Salomon a de fait lancé une campagne de sensibilisation des professionnels de part et d\u2019autre de la frontière.Elle a également mis en place une formation en biologie moléculaire pour apprendre aux laborantins à détecter le parasite.Car si le médecin suspecte la maladie lors de l\u2019examen clinique, il doit solliciter des tests parasitolo- giques ou sanguins pour confirmer le diagnostic.Mais il arrive bien souvent que le parasite ne soit pas décelé alors qu\u2019il est bien présent.« Ça dépend beaucoup de l\u2019expérience du professionnel qui regarde dans le microscope», déplore le docteur Esteban Couto, médecin infectiologue à l\u2019INMET.Pour la leishmaniose viscérale, la branche brésilienne de l\u2019équipe du docteur Salomon a poussé à l\u2019adoption du test ELISA basé sur la recherche d\u2019anticorps dans le sang.C\u2019est grâce à cette méthode que la petite Isadora a été sauvée.«Au Paraná, le test est maintenant institutionnalisé.On souhaite que ce soit le cas dans tous les pays qui font partie du projet (le Brésil, l\u2019Argentine, le Paraguay et l\u2019Uruguay)», indique la docteure Pozzolo.Ce test ne fonctionne toutefois pas à tout coup pour la leishmaniose cutanée, plus courante de l\u2019autre côté de la frontière, en Argentine.Dans ce cas, il faut plutôt prélever un échantillon de peau en bordure de la lésion pour y chercher la présence du parasite.Mais, là encore, la clé est de penser à demander l\u2019examen.«Ils m\u2019ont fait cinq ou six tests avant qu\u2019on sache que c\u2019était cette maladie.J\u2019ai dû arrêter de travailler pendant plus de sept mois», raconte Mauro Urnao, assis sur un long banc de bois près de son potager.Son corps est couvert de dizaines de cicatrices.La leishmaniose cutanée n\u2019est habituellement pas mortelle, mais elle laisse des marques indélébiles qui dé?gurent parfois.« Ça ressemblait à des brûlures de cigarettes, il en sortait du liquide, explique Mauro Urnao.Mon nez est devenu énorme.J\u2019avais l\u2019air d\u2019un clown.Mes doigts se sont mis à gon?er.J\u2019avais les mains toutes déformées.Je ne pouvais plus rien toucher.» Propriétaire d\u2019une petite terre agricole, ce journalier vit modestement avec son Un pirate de l\u2019immunité La Leishmania est un minuscule parasite protozoaire composé d\u2019une cellule unique, mais fort ef?cace.Elle a en effet la capacité de manipuler les globules blancs qui, normalement, sont chargés de dévorer tous les agents infectieux qui pénètrent dans l\u2019organisme pour le défendre.La Leishmania prend ainsi le contrôle de l\u2019ensemble du système immunitaire. 46 Québec Science | Décembre 2016 reportage lorem épouse et son ?ls de six ans dans une minuscule maison de bois sans eau courante adossée à la forêt.«Quand le docteur est venu ici la première fois, Mauro l\u2019a salué de loin en se cachant les mains sous les bras.Il ne voulait pas se montrer.Il avait honte», con?e son épouse Walquiria Perera de Souza.VERS UNE SOLUTION DURABLE Après un mois de traitement, Mauro Urnao a repris le chemin des champs.«Ça va beaucoup mieux.Regarde, je peux même prendre une petite bière», sourit-il en levant son verre avant d\u2019embrasser son accordéon.Encore couverts de cicatrices, ses doigts ont désen?é et il peut en?n appuyer sur les touches de son instrument.Pour traiter la forme cutanée de la maladie, tout comme pour la leishmaniose viscérale, les médecins prescrivent un antiparasitaire qui s\u2019administre par le biais d\u2019une injection intramusculaire quotidienne et douloureuse.Utilisé depuis près de un siècle avec succès partout dans le monde, le traitement, qui dure un mois, a fait ses preuves.Toutefois, en raison de sa toxicité cardiaque, rénale et pancréatique, il impose un suivi étroit et est contre-indiqué chez plusieurs patients.«C\u2019est très invasif, mais on n\u2019a rien de mieux pour le moment», indique le docteur Couto qui a ?nalement guéri M.Urnao.En effet, malgré plusieurs décennies de recherche, aucun vaccin ou traitement préventif contre la leishmaniose n\u2019ont pu être mis au point pour l\u2019humain.Mais, pour le docteur Salomon, la solution n\u2019est pas dans une éprouvette de laboratoire.«Avec un vaccin, on pourrait réduire le problème, mais on ne l\u2019éradiquerait pas, prévient-il.Il y a une médicalisation de la santé qui nous pousse à accorder une con?ance trop grande aux pharmaceutiques, et qui nous fait penser qu\u2019il y a un médicament pour tout.» C\u2019est pourquoi son équipe souhaite s\u2019attaquer à la source du problème : l\u2019urbanisation galopante des territoires infestés.Comme il est impossible d\u2019éradiquer le risque ou d\u2019éloigner les gens de ces zones, le docteur Salomon recommande de modi?er les habitudes de vie et de responsabiliser les acteurs publics et privés «qui modi?ent le territoire, donc qui peuvent provoquer une flambée de leishmaniose».«Qu\u2019ils surveillent l\u2019apparition des insectes et qu\u2019ils protègent les personnes exposées, en particulier les travailleurs en leur offrant notamment de bonnes assurances maladie», insiste-t-il.Son équipe a entrepris des discussions à ce sujet avec les compagnies forestières, les syndicats et les élus.«Ce sont des changements qui nécessitent du temps, mais qui sont durables.Nous croyons que le succès d\u2019une politique de santé publique dépend de communautés solidaires et de gouvernements qui ont à cœur l\u2019équité sociale», conclut le scienti?que argentin.lQS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.Cet adolescent se rafraîchit dans une chute d\u2019eau.En bordure de la rivière pullule le phlébotome, le minuscule moustique qui transmet la leishmaniose. LA PLANÈTE DES SINGES Le paléoanthro- pologue français Pascal Picq, dont on ne compte plus les livres de vulgarisation, revient une fois encore sur la grande saga des hominidés.Mais plutôt que de partir d\u2019au- jourd\u2019hui pour remonter le temps, il débute\u2026 au commencement, il y a 35 millions d\u2019années, à l\u2019époque où régnaient les singes.Une façon de dénoncer notre conception hiérarchique de l\u2019évolution, sorte de pyramide au sommet de laquelle trônerait notre espèce.L\u2019auteur dessine aussi un portrait détaillé de nos ancêtres, imaginant leur vie quotidienne et précisant leurs comportements.Si certains passages sont un peu trop didactiques, l\u2019ensemble est fort bien vulgarisé et teinté de philosophie, abordant notre rapport aux singes et notre anthropocentrisme arrogant.De quoi redé?nir le propre de l\u2019homme.« Seule notre espèce aime raconter des histoires et, plus que tout, celles de ses origines », résume Pascal Picq.M.C.Premiers hommes, Pascal Picq, Flammarion, 2016, 341 p.LE VERRE À MOITIÉ PLEIN Dans le même esprit que le documentaire français Demain, ce livre met de côté le discours écologiste catastrophiste.Car le pessimisme écologique a déjà valu une dépression à l\u2019auteur, David R.Boyd, avocat canadien spécialisé en droit de l\u2019environnement depuis plus de 20 ans et professeur.Son antidote a été son travail auprès d\u2019États engagés dans la cause et auprès de ses étudiants passionnés.Il raconte donc les gains des 50 dernières années et différentes initiatives inspirantes puisque, selon lui, l\u2019optimisme « joue un rôle déterminant dans la forme que prend l\u2019avenir ».La préface de Steven Guilbeault, fondateur d\u2019Équiterre, donne à ré?échir quant aux progrès québécois : « Au Québec, il y a à peine cinq ans, il n\u2019existait aucune borne publique de recharge pour voiture électrique [\u2026].Dans moins de quatre ans, [\u2026] il nous sera plus facile de mettre de l\u2019électricité dans une voiture que de l\u2019essence ! » M.G.Environnement \u2013 Les années optimistes, David R.Boyd, Éditions MultiMondes, 2016, 288 p.EINSTEIN À VÉLO Le physicien et philosophe français Étienne Klein admire Albert Einstein depuis l\u2019enfance.Pour lui rendre hommage, l\u2019auteur est retourné à vélo, dans les villes et les lieux que le célèbre scienti?que a fréquentés.Une biographie?« Une sorte d\u2019immersion dynamique dans l\u2019histoire par la géographie», écrit Étienne Klein.M.G.Le pays qu\u2019habitait Einstein, Étienne Klein, Actes Sud, 256 p.Matières à lire Décembre 2016 | Québec Science 47 Écoutez notre passionnante enquête sur l\u2019effet fondateur et découvrez comment le patrimoine génétique de nos ancêtres a façonné notre destin.Comment nous écouter?Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/podcast Podcast Québec Science 48 Québec Science | Décembre 2016 À LIRE DANS NOTRE PROCHAINE ÉDITION DOSSIER SPÉCIAL BRRR ! FAIT « FRETTE » ! Qu\u2019on l\u2019aime ou qu\u2019on le déteste, le froid reste fascinant.Il peut nous tuer ou nous sauver.Il pourrait même nous aider à maigrir ! Grâce à lui, on préserve des ovules, des spermatozoïdes et, peut-être bientôt, des organes destinés à la transplantation.Il est aussi une mémoire : la glace conserve en son sein une foule de renseignements sur l\u2019atmosphère et les changements climatiques.Un dossier qui ne vous laissera certes pas de glace ! DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE Pour une 24e année consécutive, nous dévoilons les découvertes les plus marquantes et les plus surprenantes issues des laboratoires québécois.Un top 10 à ne pas manquer! 10 Les 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 veloquebecvoyages.com EUROPE MAJORQUE 22 avril au 7 mai PUGLIA 20 mai au 4 juin PIÉMONT 4 au 19 juin AMÉRIQUE SONOMA ET NAPA VALLEYS* 8 au 15 avril VIRGINIE 29 avril au 7 mai Et bien plus encore.P h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e RÉSERVEZ DÈS MAINTENANT *EN LIBERTÉ Les destinations Îles de Guadeloupe en boucles ainsi que Sonoma et Napa Valleys vous sont aussi offertes, au moment vous convenant, en formule En liberté.Contactez-nous.DESTINATIONS SOLEIL CUBA, Holguín en boucles 30 décembre au 6 janvier 4 au 11 février 25 février au 4 mars 4 au 11 mars 1er au 8 avril CUBA, Varadero en boucles 31 décembre au 7 janvier 11 au 18 mars 8 au 15 avril COSTA RICA 9 au 16 février LES ÎLES DE GUADELOUPE en boucles* 26 mars au 2 avril Décembre 2016 | Québec Science 49 O n a souvent l\u2019impression que les déchets nucléaires sont une sorte de fatalité liée à l\u2019exploitation de l\u2019énergie atomique.Ce n\u2019est pas tout à fait vrai, signale le chercheur de l\u2019Université de Sherbrooke, Marcel Lacroix, qui vient justement de publier le livre Parlez-moi du nucléaire, aux Presses internationales Polytechnique.En principe, il est possible de les transformer a?n d\u2019en réduire considérablement la radioactivité.Mais le jeu en vaut-il la chandelle?Le noyau des atomes est constitué de deux sortes de particules : les protons, qui ont une charge électrique positive, et les neutrons qui sont électriquement neutres.Les premiers déterminent la nature de l\u2019atome.Un proton seul est un noyau d\u2019hydrogène; deux protons font de l\u2019hélium; trois, du lithium; et ainsi de suite.Les neutrons, quant à eux, peuvent être présents en nombre variable sans que cela change la nature chimique de l\u2019atome (on parle alors d\u2019« isotopes» d\u2019un élément).Ils peuvent néanmoins rendre le noyau instable s\u2019ils sont trop nombreux ou pas assez.Dans ce cas, le noyau ?nit par éjecter de la matière pour atteindre un nombre de protons et de neutrons qui le rendront stable, ce qu\u2019on appelle la radioactivité.C\u2019est habituellement l\u2019uranium (92 protons) qui sert de combustible dans l\u2019industrie nucléaire.Grosso modo, l\u2019idée consiste à bombarder le combustible de neutrons qui, en percutant les noyaux, les brisent en noyaux plus petits.En plus de dégager de la chaleur, ce manège produit de nouveaux neutrons qui vont entretenir la réaction nucléaire.«Dans la plupart des cas, dit M.Lacroix, trois ans après avoir mis 1000kg de combustible neuf dans le réacteur, il reste à peu près 950kg d\u2019uranium-238 [92 protons + 146 neutrons = 238 particules], 8kg de plutonium et une quarantaine de kilogrammes de ce qu\u2019on appelle les produits de ?ssion, soit les noyaux d\u2019uranium qui ont été cassés, et les actinides [famille chimique de très gros atomes, tous radioactifs].» L\u2019uranium et le plutonium ne sont pas des déchets puisqu\u2019ils peuvent servir à nouveau de combustible.Les produits de ?ssion et les actinides, eux, sont de véritables résidus : ils ne servent plus à rien et demeurent radioactifs pendant des milliers d\u2019années.Il faut donc les entreposer à très, très long terme.On pourrait, théoriquement, les remettre dans le réacteur nucléaire a?n qu\u2019ils soient bombardés de neutrons.Leurs noyaux absorberaient ces particules; les déchets pourraient ainsi devenir inoffensifs ou parfois même utiles.C\u2019est ainsi que certains isotopes sont récupérés, puis traités pour servir en imagerie médicale.Des actinides peuvent aussi se transformer en combustible nucléaire grâce à cette méthode.Cependant, pour retraiter tous ces déchets, Marcel Lacroix explique: «Ça prend des installations sophistiquées, alors les producteurs d\u2019électricité estiment que cela coûte cher.Ils préfèrent mettre leurs sous sur des technologies bien connues pour récupérer le plutonium et l\u2019uranium.Tous les autres isotopes, ils les gardent dans une soupe, pour les vitri?er et les enfouir.» Les grandes puissances militaires ne sont pas chaudes non plus à l\u2019idée de voir apparaître de nouvelles usines de retraitement, parce qu\u2019elles utilisent des technologies très proches de celles qui servent à fabriquer des armes nucléaires.En?n, pour les actinides, l\u2019enfouissement n\u2019est pas un problème d\u2019un point de vue environnemental, explique le chercheur, car ces éléments ne voyagent pas dans le sol.À la mine d\u2019uranium d\u2019Oklo, au Gabon, des circonstances exceptionnelles ont démarré une réaction nucléaire «naturelle», il y a deux milliards d\u2019années.Même après tout ce temps, « les actinides qui ont été produits sont encore là», dit M.Lacroix.lQS R Y A N J L A N E / I S T O C K P H O T O Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Vous avez la tête remplie de questions de nature scienti?que, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre! Comment se débarrasser des déchets nucléaires « Pourquoi n\u2019est-il pas possible de recycler ou de neutraliser les déchets que produisent les centrales nucléaires ?», demande Claude Agouri, de Montréal. J\u2019avais neuf ans, l\u2019âge de Bart Simpson, l\u2019âge de mon petit-?ls aujourd\u2019hui, et je regardais jouer Maurice Richard dans l\u2019uniforme des Canadiens de Montréal à l\u2019écran de notre télévision en noir et blanc.C\u2019était en 1956 et Radio-Canada ne diffusait qu\u2019une seule période du match du samedi soir, la troisième.Une période par semaine, imaginez comme chaque minute était précieuse.Nous étions émerveillés par les gilets de Toronto et de Detroit, par Alex Delvecchio et Gordie Howe, George Armstrong et Tim Horton.Du hockey sur glace, nous en mangions.En?n, nous en mâchions, car nous collectionnions les cartes des joueurs, des cartes qui venaient avec une belle «gomme balloune» comme nous disions entre nous.Je me remémore facilement le goût, l\u2019odeur, la poudre rose, et les négociations passionnées pour échanger des cartes a?n de compléter nos collections.La carte de hockey représentait la monnaie, la cour d\u2019école était un marché, nous étions tous liés par ces cartes comme nous l\u2019étions par les billes, que nous appelions des «smokes», allez savoir pourquoi.J\u2019étais le gardien de but d\u2019une équipe qui portait le nom de «Providence» ou de «Buffalo», je ne me souviens plus très bien.Nous n\u2019avions que deux ensembles d\u2019uniformes pour les six équipes pee-wee, l\u2019un bleu Toronto, l\u2019autre rouge Montréal.Lorsque deux équipes avaient ?ni de s\u2019affronter sur la patinoire extérieure, les joueurs revenaient à l\u2019intérieur pour se changer au plus vite a?n de re?ler les uniformes aux équipes suivantes.Je me souviens des froids sibériens, des tempêtes de neige, de l\u2019armée de petits garçons, une trentaine, qui déneigeait à la pelle et au «scrapeur» la patinoire disparue sous 40 cm de neige.Cela s\u2019appelait une période d\u2019échauffement.Je me souviens aussi de nos oreilles et de nos orteils gelés, après les parties.S\u2019ensuivait la période de dégel, et c\u2019était extrêmement douloureux.Nous passions des journées entières à patiner, avec juste des tuques sur la tête, la morve au nez, la morve dure.Et nous rêvions à la «ligne» nationale, comme on disait, où s\u2019apprêtaient à jouer des gars de notre quartier, Rodrigue Gilbert et Jean Ratelle, des surdoués du collège Roussin, à Pointe-aux-Trembles.C\u2019était il y a soixante ans.Et j\u2019ai peine à croire qu\u2019il y a soixante ans, je m\u2019inquiétais déjà de l\u2019issue des matches entre les Red Wings et les Canadiens et que je détestais Ted Lindsay.Nous avions beau jeu d\u2019haïr Lindsay, puisque nous adorions Émile Bouchard.Tout était simple à cette époque : il y avait nous, il y avait les autres, et les nôtres étaient nombreux à dominer le sport.Je ne pouvais pas prévoir que le hockey allait devenir une affaire américaine, et que les «six équipes originales» allaient se diluer dans un ensemble de trente.Comment aurais-je pu imaginer qu\u2019un jour, les Canadiens auraient le culot d\u2019aligner une équipe sans aucun joueur francophone en uniforme ?Je ne pouvais pas deviner que les exploits de Jacques Plante seraient si vite démodés.Par quel détour de l\u2019histoire le hockey de l\u2019hiver et de nos vies est-il disparu au pro?t du hockey de Tampa Bay, de Phoenix et de Los Angeles ?Où sont passés les grands gardiens de but, les grands joueurs de chez nous ?Ils ont soudainement disparu, comme si Mario Lemieux et Patrick Roy avaient été les derniers très grands joueurs francophones de la planète hockey.Comment aurait-on pu savoir que Tim Horton allait devenir une chaîne de beignes ?Et surtout, qui aurait pu deviner que les éminents gestionnaires de la Ligue nationale, propriétaires et directeurs de tout acabit, auraient si peu d\u2019amour pour la véritable nature du hockey ?Les magnats qui possèdent les équipes aiment avant tout le golf, l\u2019argent, les rencontres entre les «boys», dans le Sw ud.Ils ont pris l\u2019habitude de tenir leurs assises annuelles à Boca Raton, en Floride.Cela, juste cela, est un scandale.Le hockey est un sport d\u2019hiver, les dirigeants devraient toujours se réunir à Edmonton, à Québec ou à Le Pas, au nord de Winnipeg.Trêve de palmiers, ramenez les sapins ! Mais je n\u2019ai plus neuf ans.Le hockey ne se joue plus sur une vraie glace, dans la vraie neige.En fait, on ne joue plus au hockey.La glace est arti?cielle, l\u2019enjeu est virtuel, nous sommes argent, nous sommes écran.La télévision est en HD et elle diffuse maintenant tous les matches ; ce soir les Ducks d\u2019Anaheim rencontrent les Black Knights de Las Vegas, nous sommes loin des quatorze affrontements par saison entre les Canadiens et les Maple Leaf.Finalement, tout mon passé nostalgique était une misère, une malheureuse engelure.Maurice Richard, s\u2019il revenait au monde, ne serait même pas repéré par ces experts en hockey moderne : trop petit, trop tuque, trop Maurice, trop Richard.lQS L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Décembre 2016 Gomme balloune et morve au nez relever de petits et grands dé?s écologiques.» « Dans ce livre, David R.Boyd s\u2019adonne à une démonstration inspirante pour nous convaincre que l\u2019humanité peut, quand elle s\u2019en donne les moyens, relever de petits et grands dé?s écologiques.» \u2014 STEVEN GUILBEAULT Environnement Les années optimistes David R.Boyd Également disponible en version numérique Billets en ligne : espacepourlavie.ca VIAU plAnÉtArIUm rIo tInto AlCAn musique originale de DUmAS "]
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