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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril-Mai 2017, Vol. 55, No. 7
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2017, Collections de BAnQ.

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[" ET SI TOUS LES DINOSAURES AVAIENT EU DES PLUMES?+ Une tique qui rend allergique à la viande .La fatigue chronique, un mal qui n\u2019a rien d\u2019imaginaire AVRIL-MAI 2017 6 , 4 5 $ P P 0 6 5 3 8 7 MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 QUEBEC SCIENCE L\u2019ADN, clé USB de demain ?AVRIL-MAI 2017 Trouvé en Chine, Xiaotingia était un dinosaure carnivore de 20 cm de hauteur.LA PEAU: TROP PÂLE, RIDÉE , BOUTONNEUSE.La science à la rescousse de votre épiderme! TOUR DE L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL DIM 4 JUIN 28, 50, 65 OU 100 KM DÉFI MÉTROPOLITAIN DIM 28 MAI 50 À 150 KM TOUR LA NUIT VEN 2 JUIN 20 KM INSCRIVEZ-VOUS! RUBRIQUES 4 ÉDITORIAL La science dans la rue Par Marie Lambert-Chan 5 Au pied de la lettre 48 Matières à lire E N C O U V E R T U R E : I L U S T R A T I O N D E M A S A T O H A T T O R I 16 Normand Baillargeon Sauriez-vous résoudre le paradoxe de Newcomb?47 Jean-François Cliche La ?bre santé 50 Serge Bouchard Déclarons mythique la route 389 SANTÉ 28 Fatigués d\u2019être épuisés Le syndrome de la fatigue chronique est loin d\u2019être un mal imaginaire comme le prouvent de nouvelles études et des patients combatifs.Par Renaud Manuguerra-Gagné BIOLOGIE 34 La peau que j\u2019habite La peau est le plus grand organe du corps humain.Armure mal aimée, elle est parfois lourde à porter.Des chercheurs viennent toutefois à notre rescousse.Par Mélissa Guillemette ENVIRONNEMENT 40 La guerre du caribou Dans les régions forestières du Québec, une guerre médiatique et politique fait rage.Doit-on sacri?er des emplois pour sauver des caribous ?Par Joël Leblanc ACTUALITÉS ENTREVUE 6 PERTURBATEURS ENDOCRINIENS : LA MENACE INVISIBLE Il faut réglementer l\u2019usage des substances utilisées dans de nombreux cosmétiques, pesticides et autres composés industriels, dit l\u2019épidémiologiste Rémy Slama.Propos recueillis par Marine Corniou 9 À LA RECHERCHE DU TOMBEAU DES PIONNIERS Retrouver l\u2019ADN de Zacharie Cloutier serait un apport considérable pour la biologie.Par Sylvain Lumbroso 10 L\u2019ADN, CLÉ USB DE DEMAIN ?Des chercheurs proposent de se servir de l\u2019ADN pour archiver les données numériques.Par Marine Corniou 12 LE PIRE CAUCHEMAR DES AMATEURS DE STEAK Des milliers de personnes dans le monde deviennent allergiques à la viande à cause d\u2019une tique.Le Québec est-il à l\u2019abri ?Par Jean François Bouthillette EN COUVERTURE Dinos 2.0 Plumes, piquants, écailles et couleurs : des fossiles de dinosaures étonnants sont découverts chaque année.De quoi bousculer l\u2019archétype du méchant reptile verdâtre.Par Marine Corniou AVRIL-MAI 2017 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC En attendant LA PROCHAINE CRISE\u2026 FINANCE L\u2019ÉCONOMIE MONDIALE, PLUS FRAGILE QUE JAMAIS LA TECHNO SAUVERA-T-ELLE LA FINANCE LA SCIENCE AU SECOURS DE VOTRE PORTEFEUILLE FINANCE En attendant la prochaine crise\u2026 Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec.20 Par dé?nition, la science est apolitique.Les chercheurs ne prennent jamais parti \u2013 sauf celui de la vérité, histoire de ne pas entacher leur crédibilité.Voilà pourquoi il existerait une ligne infranchissable entre la science et le militantisme.Ce beau principe a volé en éclats le jour où Donald Trump a accédé à la Maison-Blanche.Indignés par les prises de position anti-science du milliardaire et son allergie aux faits les plus élémentaires, des savants ont troqué leur sarrau pour l\u2019habit d\u2019activiste.Campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, comités d\u2019action politique, manifestations, lettres ouvertes: ils sont nombreux à se porter à la défense de la science.Le point culminant de cette mobilisation surviendra le 22 avril prochain, Jour de la Terre, lorsque des milliers de chercheurs participeront à la Marche pour la science à Washington et dans plus de 150 villes dans le monde.Naomi Oreskes, historienne des sciences à l\u2019université Harvard, voit l\u2019initiative d\u2019un bon œil.Les chercheurs devraient être «les sentinelles des données scienti?ques», a-t-elle plaidé lors du dernier congrès de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences.«Nous vivons dans un monde où des gens tentent de réduire les faits au silence.Mais nous devons parler des faits parce que les faits ne peuvent parler pour eux-mêmes», a-t-elle dit.Évidemment, la Marche pour la science ne plaît pas à tous.Des chercheurs craignent que les manifestants ne prêchent qu\u2019à des convertis, prêtant le ?anc à la critique en étant perçus comme un groupe d\u2019intérêt, ou des partisans de la gauche.Dif?cile de leur en vouloir.La prise de parole n\u2019est jamais sans risque.Surtout à une époque où la science est instrumenta- lisée à des ?ns idéologiques.Parlez-en aux climatologues et aux évolutionnistes\u2026 Ces inquiétudes ne sont pas vraiment justi?ées, nous indique une récente étude de l\u2019université George Mason au cours de laquelle 1 235 participants ont évalué 6 publications Facebook d\u2019un climatologue fictif.Son premier message contenait uniquement des données factuelles, alors que les suivants versaient peu à peu dans l\u2019opinion.Les participants ont certes remarqué le ton de plus en plus militant du chercheur au ?l des publications, mais ils ne l\u2019ont pas trouvé moins crédible pour autant.La recherche a aussi démontré que les opinions de ce climatologue n\u2019ont pas terni la con?ance des participants à l\u2019égard de l\u2019ensemble des chercheurs s\u2019intéressant aux changements climatiques.Bien sûr, il ne s\u2019agit que d\u2019une seule étude, mais elle suggère que le public serait plus «confortable» de voir les scienti?ques s\u2019engager pour une cause que ne le seraient ces derniers eux-mêmes.Cela explique sans doute pourquoi d\u2019éminents chercheurs ont pris position au cours de l\u2019histoire sans voir leur étoile pâlir.Albert Einstein est l\u2019exemple le plus souvent cité.Même si on lui a conseillé de se taire, il n\u2019a pas hésité à condamner le nazisme.Calomniée pour avoir dénoncé l\u2019utilisation des pesticides au début des années 1960, la biologiste américaine Rachel Carson a tenu bon, convaincue de la validité de ses données.Avec raison: son cri du cœur a contribué à la création de l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement (celle-là même que l\u2019administration Trump s\u2019apprête à asphyxier par des compressions budgétaires draconiennes).Plus près de nous, les chercheurs fédéraux canadiens ont ouvertement critiqué l\u2019ancien gouvernement Harper pour son mépris envers la science et ses tentatives de musellement.Leur capital de con?ance en a-t-il souffert?Pas du tout! Tirant des leçons de ce passé pas si lointain, l\u2019historienne Naomi Oreskes a eu ces mots pour les scienti?ques craintifs: «La peur de perdre sa crédibilité n\u2019est que ça: de la peur.» Des mots durs, mais drôlement nécessaires en ces temps incertains.lQS 4 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Éditorial Par Marie Lambert-Chan AVRIL-MAI 2017 VOLUME 55, NUMÉRO 7 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Serge Bouchard, Jean François Bouthillette, Jean-François Cliche, Anabel Cossette Civitella, Joël Leblanc, Sylvain Lumbroso, Renaud Manuguerra-Gagné, Brïte Pauchet, Etienne Plamondon Emond Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Nicolas Bradette, Cheung Chung-Tat, Frefon, Serge Gravel, Dominic Gravel, Masato Hattori, Julia Kaczorowska, Luc Melanson, Dushan Milic, Sarah Mongeau-Birkett, Renaud Philippe, Sbastien Thibault, Shenna Wang Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Catherine Brochu Tél.: 418 694-2363 cbrochu@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Mars 2017 (537e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau www.quebecscience.qc.ca Pour noti?er un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada: 1 an = 36$ + taxes, États-Unis: 69$, Outre-mer: 107$ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2017 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.LA SCIENCE DANS LA RUE En réaction à l\u2019élection de Donald Trump, des chercheurs manifesteront le 22 avril prochain pour défendre la science.Une initiative louable ou une fausse bonne idée ?C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca SANTÉ FÉMININE Notre dossier sur le sexe féminin a suscité beaucoup d\u2019enthousiasme sur Facebook.«Merci pour ce dossier instructif et ô combien nécessaire!» nous dit Cynthia Dubé.L\u2019article «Une vie sous hormones», sur les effets secondaires des anovulants, a pour sa part provoqué quelques réponses bien senties.« La première fois que j\u2019ai pris la pilule, j\u2019étais en dépression après quelques mois et, la deuxième fois, j\u2019ai fait une embolie pulmonaire majeure.J\u2019ai moins de 35 ans et je n\u2019ai jamais fumé de ma vie.Alors la pilule pour moi et les femmes de ma famille, c\u2019est non merci», témoigne Jacinthe Bouchard.«Les hormones, même celles contenues dans le stérilet Mirena [\u2026], ont failli me rendre folle\u2026 Humeur dépressive sans raison, impression d\u2019être \u201ctout croche\u201d en permanence, sautes d\u2019humeur épouvantables\u2026 Plus jamais d\u2019hormones pour moi!» ajoute Valérie Garant.FORAGE SPATIAL La lectrice Isabelle Tremblay philosophe après avoir pris connaissance de notre reportage «Klondike spatial», sur l\u2019exploitation des ressources extraterrestres.«J\u2019espère qu\u2019on le fera avec plus de sagesse et de respect\u2026» PLANÈTES FASCINANTES Sur le Web, notre article «Découverte de 3 planètes potentiellement habitables» présentant un nouveau système extraso- laire a réjoui plusieurs lecteurs.«Levons notre verre (bien rempli de bière des trappistes) à cette magni?que découverte: le système solaire Trappist-1! Encore plus haut, encore plus loin, la vie m\u2019épatera toujours!», a dit Loulou Major.ERRATUM Dans le numéro de mars 2017, l\u2019article «Le chasseur de naines brunes» comportait quelques erreurs.Jonathan Gagné poursuit ses études à la Carnegie Institution for Science.Le rôle du scienti?que en chef du Québec, Rémi Quirion, consiste à conseiller le gouvernement en matière de science et de recherche, et à diriger les Fonds de recherche du Québec (FRQ).La version corrigée de ce texte se trouve en ligne, sur notre site web.Toutes nos excuses à Jonathan Gagné et aux FRQ.Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 5 Pourrons-nous vivre ans?L\u2019espérance de vie des humains ne cesse de progresser et dépasse maintenant 80 ans, et les centenaires en bonne santé ne sont plus un phénomène rarissime.Les développements de la médecine et des biotechnologies laissent entrevoir des percées étonnantes en matière de longévité.Plus encore, le transhumanisme rêve de technologies qui pourraient nous mener un jour vers l\u2019immortalité.Progrès, chimères ou cauchemars?Invités Céline Lafontaine, chercheuse au département de sociologie de l\u2019Université de Montréal Judes Poirier, directeur de l\u2019Unité de neurobiologie moléculaire de l\u2019Institut Douglas Yannick Roy, doctorant en neurosciences à l\u2019Université de Montréal et cofondateur de NeuroTechX Le vendredi 7 avril 2017, de 17h30 à 19h, au Centre des sciences de Montréal, 2, rue de la Commune, Montréal.L\u2019entrée est gratuite.DES SCIENCES VOTRE DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2016 ET LE GRAND GAGNANT EST\u2026 Le professeur Sylvain Martel (sur la photo ci-contre, avec la rédactrice en chef de Québec Science, Marie Lambert-Chan) et son équipe du Laboratoire de nanorobotique de Polytechnique Montréal remportent le Prix du public du concours annuel des Découvertes de l\u2019année.Ils ont récolté 36 % des quelque 3 500 votes de nos lecteurs.En collaboration avec des chercheurs de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université McGill, ils ont utilisé, chez la souris, des bactéries pour « naviguer » dans le système sanguin et administrer avec précision un médicament aux cellules cancéreuses, sans les effets secondaires habituels des chimiothérapies.Une avancée majeure dans la lutte contre le cancer.Toutes nos félicitations ! D E N I S B E R N I E R 6 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Entrevue Les scienti?ques sont unanimes: les perturbateurs endocriniens, ces substances que l\u2019on retrouve dans de nombreux cosmétiques, pesticides et autres composés industriels, constituent une menace mondiale pour la santé.Ils interfèrent avec le système hormonal et brouillent carrément les signaux naturels de l\u2019organisme.Ils sont soupçonnés d\u2019augmenter les risques de nombreuses maladies, depuis les cancers (du sein, de la prostate, du testicule), jusqu\u2019aux malformations sexuelles, en passant par l\u2019infertilité, le diabète, l\u2019obésité et les troubles du développement neurologique.Il est urgent de réglementer ces substances, écrivaient une centaine de scienti?ques nord-américains et européens dans une tribune publiée par Le Monde à la ?n de 2016.L\u2019un des signataires, l\u2019épidémiologiste Rémy Sla- ma, directeur de recherche à l\u2019Institut national de la santé et de la recherche médicale de France, et président du conseil scienti?que du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens, dresse un état des connaissances sur la question.Propos recueillis par Marine Corniou L A U R E N C E P R A T Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 7 Perturbateurs endocriniens LA MENACE INVISIBLE On dit souvent que les perturbateurs endocriniens sont partout.Est-ce vrai?Il existe plusieurs centaines de substances qui sont des perturbateurs endocriniens (PE) ou susceptibles de l\u2019être.Elles ont des natures très différentes; il peut s\u2019agir de métaux, comme le mercure, ou de molécules complexes, comme le DDT \u2013 un insecticide \u2013, ou les PCB [NDLR, utilisés comme isolants électriques].Si ces derniers sont aujourd\u2019hui interdits, beaucoup de PE font partie de notre vie quotidienne: le bisphénol A dans les contenants alimentaires; les retardateurs de ?amme; les phtalates, dans certains plastiques; les parabènes, dans les cosmétiques; mais aussi certains médicaments et les pesticides qui se retrouvent dans nos assiettes\u2026 De quelle façon perturbent-ils nos hormones?Chaque hormone se lie normalement à un récepteur, ?xé sur le noyau des cellules, un peu comme une clé dans une serrure.Et ce récepteur ne réagit qu\u2019en présence de cette hormone spéci?que.Or certaines substances comme le bisphénol A parviennent à se lier aux récepteurs et sont reconnues, par erreur, comme étant de l\u2019œstrogène.L\u2019organisme agit donc comme s\u2019il y avait des hormones, alors qu\u2019il n\u2019y en a pas.D\u2019autres substances bloquent les récepteurs et empêchent alors l\u2019hormone naturelle d\u2019agir.D\u2019autres encore, en se ?xant, entraînent l\u2019effet opposé de l\u2019hormone naturelle.Il faut savoir qu\u2019on ne connaît pas encore tous les mécanismes en jeu, mais il s\u2019agit d\u2019un véritable piratage du système endocrinien.En quoi ce brouillage du signal est-il dangereux pour la santé?Les effets sur la santé peuvent être de diverses natures, car le système hormonal intervient dans de nombreuses fonctions biologiques.Il contrôle par exemple le développement et la croissance du fœtus, ainsi que ceux de l\u2019enfant, régule l\u2019appétit, le métabolisme, le rythme cardiaque et la reproduction.En outre, il interagit avec le système nerveux central et le système immunitaire.Pensons au déversement industriel de mercure dans la baie de Minamata, au Japon, dans les années 1950.On sait au- jourd\u2019hui que les troubles neurologiques des enfants nés de mères contaminées étaient, en grande partie, liés à des perturbations des hormones thyroïdiennes qui contrôlent le développement du cerveau du fœtus.Ainsi, le problème n\u2019est pas nouveau.Depuis quand s\u2019inquiète-t-on des effets des PE sur la santé?Le terme «perturbateur endocrinien» est apparu dans la littérature scienti?que en 1993.Mais des chercheurs travaillent sur ce type de substances depuis le milieu du XXe siècle.Les premières prises de conscience ont été le drame de Minamata et le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Printemps silencieux, publié en 1962, qui a lancé l\u2019alerte sur les pesticides organochlorés et leur impact sur la faune sauvage dans la région des Grands Lacs [NDLR, le DDT entraînait notamment un amincissement des coquilles d\u2019œufs et des problèmes de reproduction chez les oiseaux].Peut-on quanti?er les risques?La science ne nous dit pas précisément W I L D P I X E L / I S T O C K P H O T O 8 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Entrevue quel est l\u2019impact global des PE sur toutes les pathologies.Cela nécessiterait des efforts de recherche colossaux.Mais ce qui est sûr, c\u2019est que le problème est réel pour l\u2019espèce humaine.Les effets, potentiellement graves, sont observés dans certains cas à des doses très faibles.Leonardo Trasande, de l\u2019université de New York, a estimé récemment que le coût sanitaire annuel de l\u2019exposition aux perturbateurs endocriniens (en se basant uniquement sur les substances et les effets les mieux connus) était de 100 à 200 milliards d\u2019euros pour l\u2019Union européenne et de 340 milliards de dollars aux États-Unis.C\u2019est de l\u2019ordre de 1% du PIB en Europe [NDLR, et de plus de 2% aux États-Unis].Est-il possible d\u2019encadrer l\u2019utilisation des multiples substances qui perturbent le système hormonal?L\u2019Europe est la première grande économie à avoir une réglementation spéci?que sur les perturbateurs endocriniens.Ainsi, plusieurs lois y font référence, notamment une législation de 2009 sur les pesticides qui dit que la population ne doit pas être exposée aux substances quali?ées de cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques ou aux perturbateurs endocriniens.Or en 2009, les critères scienti?ques permettant d\u2019identi?er les PE n\u2019étaient pas dé?nis.Le Parlement européen a donc demandé à la Commission (qui est l\u2019organe exécutif) de proposer une dé?nition des PE pour 2013.Mais ces quatre ans n\u2019ont pas suf?! Ce n\u2019est qu\u2019en juin 2016 que les premières définitions ont été proposées et elles n\u2019ont pas encore été acceptées [NDLR, le 28 février 2017, la Commission européenne a une nouvelle fois échoué à faire adopter sa dé?nition par les États membres].C\u2019est autour de cette dé?nition que porte le débat actuel et c\u2019est ce qui a motivé notre lettre dans Le Monde.La dé?nition, c\u2019est le point de départ de toute action.Ne pas réussir à nommer un problème, c\u2019est la meilleure manière de rester dans une situation de laisser-faire.Qu\u2019est-ce qui justi?e de tels délais?Il n\u2019y a pas de raison d\u2019avoir besoin de plus de 7 ans pour dé?nir un problème qui a pourtant été identi?é scienti?quement il y a 25 ans ! La dé?nition de l\u2019OMS (voir l\u2019encadré ci-contre) est valable et facile à adapter.Il y a forcément des considérations politiques et économiques en jeu.La science est instrumentalisée pour une raison politique, comme elle l\u2019est par ceux qui nient la réalité du changement climatique ou de ses causes anthropiques.La tribune précise que «des individus ?nan- cés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scienti?ques a?n de créer une fausse impression de controverse».Quelles sont les principales industries concernées?Le cœur du débat est la loi sur les pesticides, bien qu\u2019il y ait d\u2019autres domaines concernés.Cette loi repose sur une logique «d\u2019exposition zéro»: si un pesticide est reconnu comme PE, il devra être interdit.Les industriels sont opposés à cette logique de réglementation par la dose zéro, qui les éloigne de la «dose sans effet» habituellement utilisée.Or, cette dose est dif?cile à déterminer, surtout qu\u2019on sait aujourd\u2019hui qu\u2019elle peut dépendre des autres substances présentes; c\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019effet cocktail.Ainsi, l\u2019effet d\u2019un mélange de deux substances peut être différent de la somme des effets de ces deux substances prises séparément.Les considérations économiques ne sont pourtant pas valables, car le coût probable des PE sur notre santé est nettement supérieur au marché des pesticides.La situation est-elle comparable en Amérique du Nord?De manière générale, la réglementation européenne sur les produits chimiques est plus contraignante que la réglementation nord-américaine, alors que c\u2019est l\u2019inverse pour les mesures sur la qualité de l\u2019air et le tabagisme passif, par exemple.Aux États-Unis, la dé?nition des PE fait juste référence à la perturbation du système hormonal, sans évoquer les effets négatifs sur la santé [NDLR, c\u2019est aussi le cas au Canada].Que peut-on faire à l\u2019échelle individuelle pour se protéger?C\u2019est illusoire de croire que l\u2019action des citoyens sera suf?sante.C\u2019est une question d\u2019une complexité telle, avec un nombre de substances tellement élevé, que le niveau de réaction le plus approprié est celui des États et des organismes internationaux.Cela étant, il est possible de limiter son exposition à un certain nombre de substances, puisque les voies principales d\u2019exposition sont l\u2019alimentation et les cosmétiques.On peut se demander si tel ou tel produit apporte vraiment un béné?ce, si on en a un réel besoin.Par ailleurs, la grossesse est une période de très grande sensibilité, donc mieux vaut éviter dans ce cas les cosmétiques en plus des médicaments, incluant l\u2019acétaminophène et les anti-in?ammatoires, et adopter une alimentation saine; a priori, le bio limite les expositions.Mais on manque de données pour avoir des recommandations validées sur le plan scienti?que.lQS Les perturbateurs endocriniens piratent le système hormonal Récepteur Noyau Cellule Hormone Perturbateur endocrinien Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange exogène capable d\u2019induire une perturbation endocrinienne dans un organisme, et donc d\u2019entraîner des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants, ou au sein de (sous-)populations.(Source : OMS) E n quittant sa Normandie natale pour la Nouvelle-France, en 1634, Zacharie Cloutier devait être loin d\u2019imaginer que des scienti?ques s\u2019intéresseraient à lui quatre siècles plus tard.En fait, c\u2019est surtout son ADN qui intrigue des biologistes de l\u2019Université de Montréal.Et pour cause, la majorité des Québécois d\u2019origine française sont reliés génétiquement à ce lointain pionnier ! «Ce charpentier venu du Perche est arrivé très tôt dans la colonie avec des enfants en âge de se marier, qui se sont rapidement multipliés.Sa contribution génétique est donc énorme», relate Hubert Charbonneau, professeur émérite de démographie à l\u2019Université de Montréal.Pour les généticiens, comme Claudia Moreau, du CHU Sainte-Justine, retrouver sa dépouille \u2013 et ses gènes \u2013 serait donc une chance inouïe.«Ce serait tellement incroyable d\u2019observer comment le génome a évolué sur une période de 400 ans.Cela ouvrirait des perspectives, notamment en matière de maladies génétiques», explique-t-elle.Mais découvrir la tombe de Zacharie Cloutier n\u2019est pas une mince affaire.On sait que l\u2019homme est décédé le 17 septembre 1677 et qu\u2019il est enterré à Château-Richer, petite ville située près de Québec.Pourtant, les chercheurs n\u2019ont toujours pas localisé sa sépulture.«Zacharie est bien sur la liste de l\u2019ancien cimetière, mais les registres des tombes ont été brûlés, car les concessions non renouvelées après 100 ans étaient cédées.La paroisse voulait éviter les disputes entre familles qui partageaient le même emplacement sans le savoir», explique Denis Jalbert, bénévole au centre de généalogie de Château-Richer.Pis, les travaux d\u2019agrandissement de l\u2019église dans les années 1860 ajoutent à la confusion en empiétant sur le vieux cimetière.«À l\u2019époque, lors de ce genre d\u2019opération, on enterrait les dépouilles un peu plus loin.Comme il n\u2019y a pas de documents, c\u2019est très difficile de comprendre l\u2019organisation, commente François Bélanger, archéologue de la Ville de Montréal.En plus, au début de la Nouvelle-France, les morts étaient inhumés sans objets ni pierre tombale, juste enroulés dans un linceul.» Si on met un jour la main sur la dépouille de Zacharie Cloutier, elle passera probablement par le laboratoire d\u2019Isabelle Ribot.Cette bioarchéologue de l\u2019Université de Montréal reçoit régulièrement des restes provenant de cimetières anciens et elle leur fait subir de nombreux examens.Les os renseignent sur les 10 dernières années de vie; les dents, sur l\u2019enfance.«On arrive à dresser des portraits de ces humains, dit-elle.C\u2019est souvent un peu ?ou, mais nous parvenons à avoir une idée de leur type de nutrition, du métier exercé ou de la région d\u2019origine.» Parfois, les chercheurs tombent sur le gros lot : des portions entières d\u2019ADN conservées.«C\u2019est justement ce qui s\u2019est produit lors de la fouille d\u2019un cimetière à Sainte-Marie-de-Beauce en 2004», révèle Isabelle Ribot qui, en collaboration avec Damian Labuda du centre de recherche du CHU Sainte-Justine, a lancé le processus d\u2019identi?cation des dépouilles.Les scienti?ques ont prélevé de l\u2019ADN sur des habitants actuels de Sainte-Marie et ont pu remonter leur ?liation.En croisant les données génétiques avec la généalogie du Québec, ils tentent aujourd\u2019hui d\u2019associer des noms aux restes découverts.«On a bon espoir de faire émerger des candidats dans les prochains mois», s\u2019enthousiasme Claudia Moreau qui participe à l\u2019étude.Ce serait une première victoire, et la preuve qu\u2019il est possible de retrouver Zacharie Cloutier.lQS Pour en savoir plus : Venez assister à la conférence À la recherche du tombeau des pionniers organisée dans le cadre du festival 24 heures de science, à Pointe-à-Callière, musée d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, le samedi 13 mai à 15h00.Entrée gratuite en réservant sur notre site quebecscience.qc.ca À LA RECHERCHE DU TOMBEAU DES PIONNIERS Retrouver l\u2019ADN d\u2019un pionnier de la Nouvelle-France comme Zacharie Cloutier serait un apport considérable pour la biologie.Par Sylvain Lumbroso Actualités Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 9 10 Québec Science | Avril~ Mai 2017 C ommençons par une devinette.Où peut-on réunir en un seul endroit un ?lm des frères Lumière de 1895, un bon d\u2019achat d\u2019Amazon de 50$, un virus informatique, une publication sur la théorie de l\u2019information et tout un système d\u2019exploitation d\u2019ordinateur?Grâce à des chercheurs de l\u2019université Columbia, tout ce contenu est désormais stocké sur un support aussi minuscule qu\u2019improbable : des brins d\u2019ADN.L\u2019exploit n\u2019est pas si étonnant, quand on sait que l\u2019ADN est une molécule qui porte l\u2019information génétique de tous les êtres vivants, depuis la pâquerette jusqu\u2019au pigeon, en passant par les bactéries et les humains.En piratant ce code universel, les chercheurs peuvent, en théorie, y inscrire n\u2019importe quelle donnée numérique.Pour comprendre, il faut s\u2019imaginer l\u2019ADN comme une succession de lettres (qui sont en fait des molécules, les nucléotides).Il en existe quatre différentes : A (adénine), C (cytosine), G (guanine), T (thymine).Dans la nature, ces suites de lettres constituent des codes complexes, des sortes de «phrases» que l\u2019on appelle des gènes.Ceux-ci sont décryptés par les cellules : elles s\u2019en servent comme des recettes leur permettant de fabriquer des protéines.Mais pour stocker des données, ces lettres servent plutôt à traduire un langage numérique.«Les données numériques sont binaires, codées avec des 0 et des 1.C\u2019est assez trivial de traduire un système binaire en base 4 [NDLR, c\u2019est-à-dire avec 4 éléments, comme A, C, G, T].On peut par exemple dire que les A et les T correspondent à 0 et que les C et les G correspondent à 1», détaille Christophe Dessimoz, professeur au University College de Londres, qui a travaillé à l\u2019Institut européen de bio-informatique (EBI) au Royaume-Uni sur le premier cryptage du genre.Une fois le code déterminé, il suf?t de fabriquer les brins d\u2019ADN correspondants, en assemblant les lettres une par une (cette technique de synthèse d\u2019ADN est déjà bien maîtrisée, et largement utilisée en recherche).Les données sont récupérées en faisant machine arrière, c\u2019est-à-dire en décomposant l\u2019ADN pour lire l\u2019ordre des lettres (ce qu\u2019on appelle le séquençage).Voilà la théorie.En pratique, il y L\u2019ADN, CLÉ USB DE DEMAIN ?Comment archiver toutes les informations numériques générées chaque année ?Des chercheurs proposent de se servir de l\u2019ADN comme d\u2019une clé USB\u2026 éternelle, ou presque.Par Marine Corniou Actualités Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 11 a évidemment quelques pièges.Par exemple, il est impossible de fabriquer une immense molécule d\u2019ADN contenant des millions de bases, ou lettres.Il faut donc scinder l\u2019information en de nombreux morceaux.« C\u2019est un peu comme un puzzle.Pour s\u2019y retrouver, il faut numéroter chaque brin portant l\u2019information numérique codée, et utiliser une sorte de \u201ccode postal\u201d qui permet de tout remettre dans l\u2019ordre», ajoute M.Dessimoz qui est aussi chercheur à l\u2019Université de Lausanne, en Suisse.L\u2019équipe de l\u2019université Columbia a peau?né ce système de puzzle.Sa technique permet d'encoder 60% d\u2019information de plus dans la même quantité de molécules qu'auparavant.Mieux encore, elle a copié les brins d\u2019ADN une dizaine de fois sans que cela altère les données, apprend-on dans l\u2019étude publiée par la revue Science en mars dernier.Cette technique permettrait de stocker, dans un seul gramme d\u2019ADN, 215 millions de gigaoctets \u2013 200 000 fois plus que dans un ordinateur portable ! De quoi pulvériser en théorie le record, détenu pour l\u2019instant par Microsoft et des chercheurs de l\u2019université de Washington qui, à l\u2019été 2016, ont stocké dans une éprouvette 200 mégaoctets de vidéoclips et de livres électroniques.TROP DE DONNÉES ! Incroyablement stable et très compact, l\u2019ADN pourrait bien être la clé de voûte du stockage des données à l\u2019heure du big data.«Si toutes les données accessibles sur Internet étaient converties dans de l\u2019ADN, cela tiendrait dans une boîte à chaussures», selon Microsoft.La question est pressante.La Terre compte 3,5 milliards d\u2019internautes qui génèrent 6000 tweets, 40000 recherches Google et 2 millions de courriels par seconde, qui échangent et produisent des monceaux de données, de vidéos, de pages web, etc.Même avec beaucoup d\u2019imagination, il est dif?cile de se représenter l\u2019immensité de l\u2019univers numérique.D\u2019autant que ce monde virtuel croît à une vitesse folle.D\u2019ici 2020, sa taille devrait atteindre les 44 zettaoctets (44000 milliards de gigaoctets, soit 10 fois plus qu\u2019en 2013).Concrètement, c\u2019est l\u2019équivalent de 11000 milliards de DVD! En un mot, on produit aujourd\u2019hui plus d\u2019information que l\u2019on peut physiquement en stocker, que ce soit dans les centres de données ou sur des supports de type clés USB, DVD et autres disques durs, dont l\u2019espace est limité, tout comme leur durée de vie \u2013 quelques dizaines d\u2019années tout au plus.Voilà qui impose d\u2019effectuer régulièrement des copies de copies.«Pour beaucoup d\u2019archives des années 1950, 1960 ou 1970, on ne dispose déjà plus des lecteurs qui permettent de les récupérer.L\u2019ADN est universel : tant qu\u2019il y aura de la vie, ce sera pertinent de l\u2019utiliser », explique Christophe Dessimoz.La technique n\u2019est pas parfaite.Les temps d\u2019accès, c\u2019est-à-dire d\u2019écriture et de lecture, sont loin de pouvoir rivaliser avec ceux d\u2019une clé USB.Quant aux coûts, ils restent prohibitifs à court terme.«La synthèse coûte encore cher, mais on a démontré en 2013 que c\u2019est déjà plus économique d\u2019utiliser de l\u2019ADN que des bandes magnétiques si on veut stocker de l\u2019information à très long terme, par exemple 5000 ans.Et ça progresse vite: il existe déjà des séquenceurs d\u2019ADN portatifs à moins de 1000$, avec un port USB.Ce n\u2019est plus de la science-?ction», poursuit-il, ajoutant que des chercheurs proposent d\u2019encapsuler l\u2019ADN dans des billes de verre pour qu\u2019il se conserve encore plus longtemps.Qui sait?Dans quelques millénaires, nos descendants liront peut-être cet article en fouillant dans des brins d\u2019ADN.lQS D U S H A N M I L I C 12 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Actualités T homas Platts-Mills se souvient de cet homme venu le consulter dans sa clinique de Charlottesville, en Virginie, en 2006: «Sa femme et lui étaient terrorisés, raconte l\u2019allergologue-immunologue et professeur à la faculté de médecine de l\u2019université de Virginie.Lui qui avait mangé de la viande sans problème toute sa vie, voilà qu\u2019il avait eu de violentes réactions allergiques, après avoir mangé des hamburgers, soutenait-il.» Vives douleurs au ventre, diarrhées apocalyptiques, mais surtout en?ure des yeux, de la langue, de la gorge, dif?culté à respirer : une vraie anaphylaxie.Il avait dû se rendre de toute urgence à l\u2019hôpital et s\u2019estimait chanceux d\u2019avoir survécu.Et cet homme n\u2019était pas seul.De temps à autre, un patient se présentait avec le même problème.Des allergies soudaines aux burgers ?Voilà qui était inouï\u2026 et passablement louche aux yeux du médecin spécialiste des réactions allergiques ! C\u2019est pourtant lui qui, bientôt, allait trouver le ?l conducteur et révéler la nature du problème en identi?ant un nouvel allergène.C\u2019est en se penchant sur un autre problème que l\u2019allergologue découvre le pot aux roses.À l\u2019époque, son équipe de l\u2019Asthma and Allergic Diseases Center de l\u2019université de Virginie enquête sur les effets secondaires d\u2019un nouveau médicament, le cetuximab.Ce traitement contre le cancer a suscité d\u2019importantes réactions allergiques inexpliquées chez certains patients.« Un homme était tombé raide mort», souligne le docteur Platts-Mills.L\u2019allergologue remarque alors que ces patients, avant l\u2019administration du médicament, avaient dans leur sang d\u2019étranges LE PIRE CAUCHEMAR DES AMATEURS DE STEAK Des milliers de personnes dans le monde deviennent allergiques à la viande à cause d\u2019une simple morsure de tique.Le Québec est-il à l\u2019abri ?Par Jean François Bouthillette Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 13 anticorps: des immunoglobulines E (IgE) spéci?quement programmées pour déclencher une vive réaction immunitaire en présence de galactose-alpha-1,3-ga- lactose, ou alpha-gal, un sucre complexe.Où trouve-t-on l\u2019alpha-gal?Dans le cetuximab fait à partir de cellules de souris.Mais aussi dans la viande de tous les mammifères non primates.Tiens, tiens\u2026 Le docteur Platts-Mills s\u2019empresse alors de tester ses patients devenus allergiques à la viande du jour au lendemain.Dans leur sang, le même anticorps! MAIS D\u2019OÙ ÇA SORT?Fait intéressant, les réactions allergiques au cetuximab sont beaucoup plus fréquentes dans le sud-est des États-Unis \u2013 tout comme les cas rapportés d\u2019allergie à la viande, sans lien avec le médicament.On se rend aussi compte que la distribution géographique de ces allergies à l\u2019alpha-gal correspond à celle de la ?èvre pourprée des montagnes Rocheuses.Et qui transmet à l\u2019humain la bactérie responsable de cette maladie ?Amblyomma americanum, la tique étoilée.« On s\u2019est mis à questionner les patients qui se disaient allergiques à la viande, raconte le docteur Platts- Mills.Auriez-vous été mordu par une tique, par hasard ?Et, oui, la plupart l\u2019avaient été ! » Au même moment, en Australie, on rapporte des cas d\u2019allergie à la viande consécutive à des morsures de tiques.Mais comment un tout petit acarien peut-il provoquer une allergie soudaine à un sucre qu\u2019on a toléré sans problème toute sa vie, avalé avec chaque côtelette, chaque saucisson, chaque pâté chinois?«On ne comprend pas encore complètement le mécanisme, explique Hugo Chapdelaine, allergologue-immunologue au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal, qui s\u2019intéresse au nouvel allergène.L\u2019hypothèse, c\u2019est que, lors de la morsure, le corps est exposé à l\u2019alpha-gal présent dans la salive de la tique.Le système immunitaire peut alors se mettre à l\u2019identi?er comme un étranger dangereux.» Sur le site de la morsure, les spécialistes remarquent en effet une réaction immunitaire.«Les biopsies indiquent la présence d\u2019anticorps qui ne sont pas là normalement.Au cours des deux mois qui suivent la morsure, on observe aussi l\u2019apparition des fameux IgE spéci?ques à l\u2019alpha-gal dans le sang.» Pas dans tous les cas, pour une raison qu\u2019on ne s\u2019explique pas encore.Pour les malchanceux, c\u2019est une nouvelle allergie.«Chaque fois qu\u2019ils mangent de la viande, l\u2019alpha-gal qu\u2019elle contient est libérée dans l\u2019organisme, ce qui déclenche la réaction.Une réaction différée, le temps de la digestion, quelques heures après le repas.» Chez certains, c\u2019est un inconfort \u2013 démangeaisons ou maux de ventre, par exemple.Chez d\u2019autres, la réaction est plus violente, potentiellement mortelle.UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE Des cas ont été rapportés sur plusieurs continents, dans la foulée des découvertes américaines et australiennes.Le docteur Platts-Mills en a répertorié des milliers aux États-Unis.Jusque dans l\u2019État de New York \u2013 autant dire à nos portes.Pour l\u2019instant, la tique étoilée ne vit pas au Québec.Cela dit, aux États-Unis, des experts ont démontré que la petite bête repousse les limites de son territoire, toujours plus à l\u2019ouest, et toujours plus au nord.Déjà, elle est chez elle dans le Maine, au New Hampshire ou au Vermont.Et elle avance.Les modèles des spécialistes, fondés sur les variations climatiques prévisibles, suggèrent que cette expansion devrait se poursuivre.Voilà qui fait penser au parcours d\u2019une cousine: la tique à pattes noires \u2013 le vecteur de la maladie de Lyme.Étrangère au territoire canadien encore récemment, elle s\u2019y est installée à demeure depuis quelques années.L\u2019Agence de la santé publique du Canada suit de près les déplacements de ces espèces qui amènent avec elles des risques d\u2019infections de toutes sortes, en plus de cette allergie.Le réseau de surveillance des tiques mis en place en 1990 compte, entre autres, sur l\u2019analyse systématique des tiques que trouvent médecins et vétérinaires dans chaque province.Chez nous, c\u2019est le Laboratoire de santé publique du Québec qui identi?e et répertorie ces «prises».Karine Thivierge, responsable du programme de surveillance au Québec, con?rme qu\u2019on y a déjà trouvé quelques J A M E S G A T H A N Y / C D C Amblyomma americanum, la tique étoilée 14 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Actualités tiques étoilées.«En 2001, on en a trouvé une sur un chien qui n\u2019avait pas voyagé hors du Québec, dit-elle.De 2007 à 2015, on en a reçu 68 en tout.» C\u2019est encore bien peu, souligne la parasitologiste.«Ce sont probablement des tiques adventices : des tiques venues avec les oiseaux migrateurs, par exemple, et qui ne représentent pas une population d\u2019Amblyomma americanum établie chez nous.» Il reste qu\u2019on ne peut plus exclure la possibilité d\u2019être piqué par une tique étoilée au Québec.«Le risque est encore très faible, insiste la spécialiste, mais pas nul.» Des études récentes démontrent que le climat du sud de la province est déjà favorable à la reproduction et à la survie d\u2019une population de tiques étoilées, et qu\u2019on peut s\u2019attendre à ce qu\u2019elles s\u2019y installent d'ici quelques années, af?rme Mme Thivierge.De leur côté, les allergologues québécois se passent le mot.«On commence à voir nos premiers cas d\u2019allergie à la viande, indique le docteur Chapdelaine qui en suit lui-même quelques-uns.Pour l\u2019instant, ces cas se comptent sur les doigts d\u2019une main, et ce sont des patients qui ont été mordus dans le sud-est américain.Mais on s\u2019attend à ce que des gens soient mordus par ces tiques ici, tôt ou tard, et deviennent allergiques à la viande.» Il faudra s\u2019y habituer.Construire un mur à la frontière serait un exercice futile\u2026 lQS Un programme du Grand partenaire ENTRÉE GRATUITE - Heures d\u2019ouverture au public disponibles au exposciences.qc.ca - Luc Langevin, porte-parole national - « De mars à mai, rencontrez la relève scientifique québécoise en visitant les Expo-sciences Hydro-Québec ! » RIVE-NORD (LAVAL, LAURENTIDES, LANAUDIÈRE) 16 au 18 mars École Liberté-Jeunesse Sainte-Marthe-sur-le-Lac EST DU QUÉBEC 17 au 19 mars Cégep de Rimouski, Rimouski ESTRIE 24 au 26 mars Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke, Sherbrooke ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 31 mars et 1er avril Cégep de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda MAURICIE, CENTRE-DU-QUÉBEC 31 mars et 1er avril École secondaire de l\u2019Érablière, Saint-Félix-de-Valois SAGUENAY\u2013 LAC-SAINT-JEAN 22 et 23 mars Cégep de Jonquière, Jonquière QUÉBEC ET CHAUDIÈRE-APPALACHES 16 au 18 mars Collège Saint-Charles-Garnier, Québec OUTAOUAIS 10 et 11 mars Université du Québec en Outaouais, Gatineau MONTÉRÉGIE 23 au 25 mars École secondaire du Mont-Bruno, Saint-Bruno-de-Montarville CÔTE-NORD 24 au 26 mars Agora du Centre éducatif l\u2019Abri, Port-Cartier MONTRÉAL Volet primaire 12 et 13 mai Collège Reine-Marie, Montréal Volet secondaire et collégial 30 mars au 1er avril École secondaire Lucien-Pagé, Montréal MONTREAL REGIONAL SCIENCE & TECHNOLOGY FAIR 26 au 28 mars Université Concordia, EV building, Montréal FINALE QUÉBÉCOISE 20 au 23 avril École secondaire Mgr-A.-M.-Parent, Saint-Hubert Territoire actuel de la tique étoilée U S D A MALE 12-ET913 MAI=2017 PARTOUTYAU.QUEBEG-! REVSIDESSOOETIVITES§SCIENCERMECHN® =T0US! : 228} [RI EVIRIES ERSCUER KE GE =D) - IY ED \u2014 A & 2 fii ge EN TT eo\" A PU, Ao Vay #; Uy + é7 2% SF CL a Ep) «> \u2014 ri (n> 9 EE Ri $7 \"a (pl Fa \u2018Epmon RA VA > = po A A) 0 y T 6 Pa LR Pr th 4 MURS TS ve 2 ir - MN NN 4 DY.of Le > VE te + 76e a Z UN SX % £4 3d so EA Are] oR 2 EN ie AB } $, if de vs eH NE \u20ac \u201cn8 je (2 \u201c@ | a FES T \u20ac Je n S O4 à di ; Us H A % 2 (ui Fm av [2 æ man aX Mies we x vs 77 pk Pr : La A FAY 7 wa Fo & I oy ta a > 75% MNT yl \u2014£ Se \u201c4 H = Le #, AC 7 = .3 (se 5 A NIN 1] li 84.Lal LLSN errs pére = a GARR : CIENCEZ4HEURES:C© M YW @24hdescience Less mé > == Lil ad Economie, Science et Innovation CRSNG \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 rganisation Commission ODYSSEE: FESTIVAL NSERC pour l\u2019éducation, pour l'UNESC SCLENCES EUREKA! Québec nited Nations Canadian 16 Québec Science | Avril~ Mai 2017 J e fais cette fois appel à vous, lecteurs et lectrices de Québec Science, a?n de connaître vos idées \u2013 et éventuellement vos solutions \u2013 relativement à un problème qui, depuis longtemps, tarabuste bien des gens, notamment en philosophie, en mathématiques, en théorie de la décision et en théorie des jeux : le fameux paradoxe de Newcomb.Il n\u2019y a pas, à ce jour, de solution unanimement acceptée.Le paradoxe doit son nom à William A.Newcomb, un physicien, qui l\u2019imagine vers 1960.Un ami le fait connaître au philosophe Robert Nozick, de l\u2019université Harvard, qui publiera en 1969 le premier texte sur le sujet.Le grand vulgarisateur Martin Gardner y consacrera en 1974 une de ses célèbres chroniques de « Mathematical Games » dans la revue Scienti?c American, contribuant ainsi à populariser le paradoxe, très simple à formuler, mais incroyablement dif?cile à résoudre.DESCRIPTION DU PARADOXE Vous avez devant vous deux boîtes, A et B, et devez faire un choix : prendre les deux boîtes ou ne garder que la boîte B.La boîte A est translucide et vous apercevez clairement qu\u2019elle contient un billet de 1 000 $.La boîte B est opaque, et vous ne pouvez donc connaître son contenu.On vous informe qu\u2019un prédicteur (un devin, un extraterrestre, un psychologue surdoué, un ordinateur, un ange, peu importe\u2026) d\u2019une très grande ?abilité (ce qui signi?e que ses prédictions tendent très fortement à se réaliser, disons à près de 100 %) a décidé à l\u2019avance du contenu de cette boîte B.S\u2019il a prédit que vous prendrez la boîte B, et seulement elle, il y a placé 1 000 000 $.S\u2019il a prédit que vous prendrez les deux boîtes (A et B), il a laissé la boîte B vide.La veille, le prédicteur a donc mis l\u2019argent dans la boîte B ou l\u2019a laissée vide.Depuis, rien ni personne, pas même lui, n\u2019a pu ou ne pourra altérer le contenu des boîtes.Celles-ci sont donc devant vous en l\u2019état où il les a laissées.Vous devez à présent décider quelle(s) boîte(s) vous allez prendre.La B ?La A et la B ?Comme vous êtes une personne raisonnable, vous ne déciderez pas au hasard (en jouant à pile ou face, disons), d\u2019autant que le prédicteur sait d\u2019avance ce que vous choisirez.Vous raisonnerez donc et pourrez ensuite justi?er votre choix.Le tableau 1 qui suit présente les Sauriez-vous résoudre le paradoxe de Newcomb?Depuis les années 1960, ce problème insoluble donne du ?l à retordre aux scienti?ques et aux penseurs.Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon Votre choix Votre choix Rendement Rendement Rendement selon le de la boîte A de la boîte B total prédicteur Boîtes A et B Boîtes A et B 1 000 $ 0 $ 1 000 $ Boîtes A et B Boîte B X 0 $ 0 $ Boîte B Boîtes A et B 1 000 $ 1 000 000 $ 1 001 000 $ Boîte B Boîte B X 1 000 000 $ 1 000 000 $ 1 F R E F O N Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 17 possibilités qui s\u2019offrent à vous et leurs conséquences monétaires.Les gens à qui l\u2019on expose le problème tendent à se diviser à peu près également en deux groupes: ceux qui prennent la boîte B et ceux qui prennent les deux boîtes, chaque groupe étant persuadé de faire le choix rationnel.Et c\u2019est précisément là que surgit le paradoxe: de bonnes raisons justi?ent autant un choix que l\u2019autre! POURQUOI DEVRIEZ-VOUS PRENDRE LA BOÎTE B?Rappelez-vous, ce prédicteur est incroyablement clairvoyant.Donc, si vous prenez les deux boîtes, il l\u2019aura très probablement prédit et il n\u2019y aura rien dans la boîte B.Vous retournerez donc chez vous avec un maigre 1000$.Mais si vous prenez la boîte B, ce choix étant prévu par lui, le prédicteur y aura mis le million et vous rentrerez à la maison bien plus riche.Ce qu\u2019il convient de faire est donc clair : il faut prendre la boîte B et elle seule.Ce premier argument repose sur ce qu\u2019on appelle, en théorie de la décision, l\u2019«utilité espérée».Convenons d\u2019établir l\u2019ef?cacité du prédicteur à 90%.Les calculs d\u2019utilité qui conduisent à cette conclusion seraient alors les suivants : Si on prend les deux boîtes : (0,1 X 1001000$) + (0,9 X 1000$) = 101000$ Si on ne prend que la boîte B : (0,9 X 1 001 000 $) + (0,1 X 0 $) = 900900$ Choisir la boîte B donne donc une meilleure espérance de gain.Dossier clos?Peut-être\u2026 Si ce n\u2019était qu\u2019un autre solide raisonnement nous enjoint de prendre\u2026 les deux boîtes ! POURQUOI DEVRIEZ-VOUS PRENDRE LES DEUX BOÎTES?Au moment où vous vous apprêtez à faire votre choix, le prédicteur a déjà mis l\u2019argent dans la boîte B ou l\u2019a laissée vide.Les deux boîtes sont là, dans l\u2019état où il les a laissées la veille et rien n\u2019y changera quoi que ce soit.Il n\u2019y a donc rien à perdre à tout ra?er! Si la boîte B est vide, ayant pris les deux boîtes, vous aurez au moins 1000$; si le million s\u2019y trouve, vous l\u2019aurez en plus de ces 1000$.Ce choix est celui qu\u2019on appelle en philosophie le «choix dominant», car c\u2019est celui qui maximise les gains, quelle que soit la prédiction.On peut visualiser ainsi l\u2019argumentaire qui conduit à cette conclusion(tableau 2): Ainsi, dans toutes les situations, sélectionner les deux boîtes donne toujours un meilleur gain que s\u2019emparer de la boîte B seule.Manifestement, nous voici devant un paradoxe.Qu\u2019en pensez-vous?Avant de vous laisser la parole, notez que cette histoire soulève d\u2019autres enjeux.Le paradoxe de Newcomb a, par exemple, suscité des discussions sur la causalité rétroactive, sur le libre arbitre dans un univers régi par le déterminisme et sur bien d\u2019autres sujets.Mais je propose d\u2019en rester à ce qui précède.Qu\u2019en dites-vous?Quel choix faire?Pourquoi?Mais peut-être est-ce l\u2019énoncé du problème qui est responsable du paradoxe?Certaines des présuppositions sont-elles inacceptables?Est-il possible de les reformuler en ce cas?J\u2019attends vos propositions et j\u2019ai bien hâte de vous lire.lQS Souhaitez-vous résoudre le paradoxe de Newcomb ?Écrivez-nous à l\u2019adresse courrier@quebecscience.qc.ca ou sur notre page Facebook.Le prédicteur Le prédicteur a prévu le choix a prévu le choix de la boîte B des deux boîtes Vous prenez 1 000 000 $ 0 $ la boîte B Vous prenez 1 001 000 $ 1 000 $ les deux boîtes 2 18 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Un premier portrait de trou noir ?« Photographier » un trou noir, c\u2019est l\u2019exploit que s\u2019apprêtent à effectuer, en avril, les astronomes du projet Event Horizon Telescope (EHT), un réseau constitué de huit radiotélescopes répartis sur toute la planète.Ensemble, ils constitueront un télescope virtuel au diamètre équivalent à celui de la Terre.Leur cible ?Sagittarius A*, le trou noir super massif qui trône (du moins, c\u2019est ce que les astronomes pensent) au centre de la Galaxie.La bête n\u2019est pas simple à traquer; comme elle est très compacte et située à 27 000 années-lumière, la voir depuis la Terre équivaut à repérer une balle de golf sur la Lune ! Si l\u2019expérience fonctionne, il faudra attendre plusieurs mois avant que les algorithmes « traduisent » les données et reconstituent une image digne de ce nom.Actualités M A R T A H E W S O N P H O T O G R A P H Y / I R S C Le vélo au lit Pas moins de 55 % des patients qui demeurent aux soins intensifs plus de huit jours perdent de la force et de la masse musculaire.Et cette faiblesse peut persister jusqu\u2019à cinq ans après l\u2019hospitalisation.La professeure de physiothérapie à l\u2019université McMaster, Michelle Kho, propose de faire pédaler les patients dès la troisième journée après leur admission, même s\u2019ils sont sous respiration arti?- cielle, et sans qu\u2019ils aient à se lever du lit ! Son équipe a réalisé un premier essai pendant un an dans un établissement de Hamilton, en Ontario.À raison de 30 minutes par jour, 6 jours par semaine, les 33 patients ont roulé en moyenne l\u2019équivalent de 9 km durant leur séjour, grâce à un système spécialement conçu pour le lit.Résultat ?Le concept est « réaliste » et pourrait permettre aux patients d\u2019obtenir leur congé plus tôt, et de sortir en meilleure forme.Une course vers la guérison, quoi ! La maîtrise du O La façon dont vous prononcez la lettre O est un véritable sujet d\u2019étude à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Un étudiant à la maîtrise, Xavier St-Gelais, a enregistré la voix de participants de Québec, de Saguenay et de Lyon, en France.Il scrute présentement les ondes sonores à la recherche d\u2019une signature régionale pour / c /, qu\u2019on entend dans « botte ».Le spectrogramme d\u2019un son (un diagramme permettant de visualiser fréquence et intensité) donne une idée du positionnement de la bouche de la personne qui l\u2019émet.Si le locuteur effectue un mouvement de la langue vers l\u2019avant en prononçant la voyelle / c /, on obtient un [œ], la voyelle entendue dans « seul ».« Ce phénomène est mentionné depuis le XVIe siècle en français : on reprochait aux gens du peuple de prononcer \u201cquemencer\u201d au lieu de \u201ccommencer\u201d, explique l\u2019étudiant.Il existe encore aujourd\u2019hui et est assez bien décrit en France.» Xavier St-Gelais le trouvera-t-il dans l\u2019accent de Québec et de Saguenay ?On peut certainement « quemencer » à spéculer.O O O O Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 19 CINQ Ventouse effrayante Voici la bouche de la lamproie marine, un poisson invasif qui a colonisé les Grands Lacs au XIXe siècle.Peu sympathique, la lamproie fait des ravages écologiques en se ?xant sur ses proies (saumons, truites, corégones) et en les vidant de leur sang.Grant Brown, biologiste à l\u2019Université Concordia, a peut-être trouvé le moyen d\u2019empêcher la bestiole de gagner du terrain : une substance odorante que ce poisson primitif libère en cas de danger.En diffusant ce signal d\u2019alarme naturel dans un bras de rivière, le chercheur a constaté que les lamproies évitaient de remonter l\u2019af?uent.Cette « barrière chimique » pourrait être utilisée en combinaison avec un piège mis au point par des chercheurs du Michigan et approuvé l\u2019an dernier par l\u2019Agence américaine pour la protection de l\u2019environnement, qui consiste à attirer les femelles avec une phéromone synthétique puis à les éliminer.C\u2019est le nombre de personnes ayant été débarrassées du VIH grâce à un traitement testé à l\u2019Institut de recherche sur le sida IrsiCaixa de Barcelone.L\u2019une d\u2019entre d\u2019elles semble « guérie » depuis plus de huit mois; les autres, depuis plusieurs semaines.Combinant deux vaccins et un médicament qui active le virus pour le pousser à sortir des cellules, ce traitement n\u2019a fonctionné que chez un tiers des 15 patients inclus dans l\u2019étude.Néanmoins, il reste prometteur, puisqu\u2019il permet, en cas de succès, d\u2019arrêter la prise d\u2019antirétroviraux.J O A N N A G I L K E S O N / U S F W S Tout est dans le titre Dans les universités québécoises et canadiennes, entre les cours de méthodologie et d\u2019initiation classiques, se glissent de petits bijoux de titres de cours.Nous vous en présentons quelques-uns fort originaux.On s\u2019inscrit ?Histoire de Satan Université Concordia Mon stress sans détresse Université Laval Didactique du kinball Université Laval Apprivoiser la mort Université du Québec à Trois-Rivières La science des tempêtes Université McGill Introduction aux mangas Université McGill Probabilités et jeux de hasard : poker 101 Université d\u2019Ottawa L'usage et l'abus de la beauté Université Bishop Poétique du rap Université de Toronto La science de Batman Université de Victoria Religion et Disney* Université Memorial *inclut un voyage « terrain », en Floride, à la relâche ! LE CHIFFRE O 20 Québec Science | Avril~ Mai 2017 en couverture DINOS 2.Plumes, piquants, écailles et couleurs: des fossiles de dinosaures étonnants sont découverts chaque année et lèvent le voile sur l\u2019apparence, le comportement et la physiologie de ces animaux disparus.De quoi bousculer l\u2019archétype du méchant reptile verdâtre.Par Marine Corniou Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 21 S 2.0 I L L U S T R A T I O N P A R C H E U N G C H U N G - T A T On sait maintenant que les dinosaures carnivores, ou théropodes, étaient pour la plupart couverts de plumes. 22 Québec Science | Avril~ Mai 2017 I ls ont beau avoir été rayés de la carte il y a 66 millions d\u2019années, on n\u2019a jamais autant entendu parler des dinosaures.Rien qu\u2019en 2016, une quarantaine de nouvelles espèces ont été décrites scienti?que- ment, parmi lesquelles deux géants à long cou trouvés en Allemagne et en Australie, un «mégaraptor» de 8m déniché en Argentine, un petit dinosaure à bec en Chine ou encore un herbivore à quatre cornes en Utah.C\u2019est simple, en moyenne, une nouvelle espèce est découverte, quelque part sur la planète, tous les 10 jours depuis les années 1990.Un âge d\u2019or qui s\u2019explique par plusieurs facteurs, le premier n\u2019étant pas très\u2026 scienti?que.«Le ?lm Le Parc jurassique, sorti en 1993, a beaucoup contribué à faire connaître la paléontologie.Les étudiants nés un peu avant cette époque ?nissent actuellement leur doctorat et viennent grossir les équipes de fouilles sur le terrain !» explique François Therrien, paléontologue au Musée Royal Tyrrell de Drumheller, en Alberta, notant que l\u2019engouement populaire s\u2019est aussi traduit par une hausse des ?nancements.De nouveaux terrains de jeu se sont également ouverts aux chasseurs de fossiles, à commencer par la Chine, où l\u2019on déterre des milliers d\u2019ossements chaque année, la Mongolie, l\u2019Argentine ou encore l\u2019Utah, où d\u2019anciens terrains privés sont aujourd\u2019hui mis à la disposition des chercheurs.Le Canada n\u2019est pas en reste.« Les badlands de l\u2019Alberta exposent des roches sédimentaires qui ont été formées par des rivières et des marécages au temps des dinosaures, à la ?n du Crétacé.Nous sommes choyés», se réjouit le chercheur qui passe tous ses étés à déterrer des fossiles, dont celui d\u2019un immense tricératops trouvé en 2012.LA POINTE DE L\u2019ICEBERG On a beau employer les grands moyens, ces nouveaux fossiles ne représentent probablement qu\u2019un mince échantillon de la biodiversité de l\u2019époque.Combien d\u2019espèces de dinosaures reste-t-il à découvrir?Les paris sont ouverts.«Nous connaissons actuellement environ 1500 espèces.C\u2019est dif?cile d\u2019estimer la diversité d\u2019un groupe disparu, mais il faut se souvenir que les dinosaures ont régné sur la Terre pendant plus de 150 millions d\u2019années! Le nombre total d\u2019espèces était probablement immense.On parle ici de dizaines ou de centaines de milliers, peut- être même de millions», explique Stephen Brusatte, paléontologue à l\u2019université d\u2019Édimbourg, en Écosse.Né en 1984, cet Américain d\u2019origine n\u2019était pas lui-même un fan du Parc jurassique; mais son petit frère, si! C\u2019est en l\u2019aidant pour un projet de science qu\u2019il a eu la piqûre.En fait, tant mieux si les paléontologues sont plus nombreux que jamais, car ils ont du pain sur la planche.D\u2019autant qu\u2019ils ne se concentrent plus uniquement sur les gros morceaux.«Contrairement à ce qu\u2019on pensait à une autre époque, les dinosaures n\u2019étaient pas tous de gros animaux.Ils couvraient tout le spectre de taille, de minuscules à géants! Le registre de fossiles est biaisé, car les gros os sont mieux préservés et donc plus faciles à découvrir», ajoute François Therrien.Or ce sont justement les petits dinosaures trouvés au cours des 20 dernières années qui ont bouleversé la vision qu\u2019on avait de ces «terribles lézards».La principale surprise?Loin du cliché du reptile verdâtre à écailles, les dinosaures avaient, bien souvent, des plumes.« Les plumes sont sans conteste la découverte la plus cool! af?rme Stephen Brusatte.Elles ont révolutionné la façon dont on pense aux dinosaures \u2013 dont on imagine leur apparence, leur façon de en couverture M U S É E R O Y A L T Y R R E L L Fossile de Sinosauropteryx, le premier dinosaure à plumes découvert en Chine, en 1996.François Therrien, paléontologue au Musée Royal Tyrrell en Alberta Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 23 bouger et de se comporter.» Imaginez le fameux Tyrannosaurus rex, avec ses 5m de haut, ses 10m de long, sa mâchoire énorme, ses griffes acérées\u2026 et son gracieux plumage! Si l\u2019image fait sourire, elle a pourtant de bonnes chances d\u2019être ?dèle à la réalité.«Nous n\u2019avons pas encore découvert de traces des T.rex à plumes, mais il faut dire qu\u2019on a trouvé très peu d\u2019empreintes de leur peau, tempère François Therrien.Par contre, un de leurs ancêtres de 9m de long, découvert en Chine en 2012, était totalement couvert de plumes.Il y a donc des chances pour que les tyrannosaures nord-américains aient eu des plumes, du moins sur certaines parties du corps.» Sinosauropteryx, le premier spécimen à avoir ouvert le bal, a été découvert dans la province du Liaoning, dans le nord-est de la Chine, il y a tout juste 20 ans.Ses plumes n\u2019ont pas été conservées, bien sûr, mais les empreintes qu\u2019elles ont laissées dans la roche sont clairement visibles.Depuis, on a trouvé là-bas une vingtaine d\u2019espèces plus ou moins emplumées.«C\u2019est assez extraordinaire, observe Pascal Godefroit, paléontologue à l\u2019Institut royal des sciences naturelles de Belgique.Les fossiles chinois nous permettent de reconstituer toute l\u2019évolution de la plume, depuis les formes plus primitives, qui ressemblent à des poils, jusqu\u2019aux plumes de microraptors, par exemple, tout à fait identiques à celles des oiseaux actuels.Il en avait sur les quatre pattes, et savait planer.» Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019y a qu\u2019à jeter un œil à cette queue de dinosaure de 3,6cm, décrite en décembre 2016 par une équipe sino-canadienne.Figée dans l\u2019ambre depuis 99 millions d\u2019années, elle arbore des plumes parfaitement conservées.Ce qui faisait encore débat il y a quelques «Les plumes ont révolutionné la façon dont on pense aux dinosaures \u2013 dont on imagine leur apparence, leur façon de bouger et de se comporter.» \u2013 Stephen Brusatte R .C .M C K E L L A R , R O Y A L S A S K A T C H E W A N M U S E U M S H E N N A W A N G Conservée dans l\u2019ambre, cette queue couverte de plumes appartenait à un dinosaure pas plus gros qu\u2019un moineau.Elle a été analysée par Ryan McKellar (Canada) et Lida Xing (Chine), ci-dessous. 24 Québec Science | Avril~ Mai 2017 années est désormais clair : «Tous ces fossiles apportent la preuve que les oiseaux ont bel et bien évolué à partir des dinosaures», explique Stephen Brusatte.Les dinosaures ont beau être des reptiles, ils sont donc aussi les ancêtres directs des oiseaux, et même leurs cousins; car oiseaux et dinosaures ont coexisté pendant pas mal de temps.Compliquée, leur généalogie?«C\u2019est un peu comme des poupées russes, concède le paléontologue.Mais on peut af?rmer que les oiseaux sont des dinosaures.» PLUMES OU ÉCAILLES?Mais les dinos étaient-ils tous des bêtes à plumes?Depuis environ cinq ans, la question divise les spécialistes.Avant cela, la réponse était simple : le plumage, plus ou moins foisonnant, était l\u2019apanage des dinosaures carnivores.En effet, tous les fossiles à plumes trouvés en Chine sont ceux de théropodes, une famille de carnassiers bipèdes à laquelle appartiennent les tyrannosaures et les vélociraptors, qui chassaient en meute dans les ?lms de Steven Spielberg (sans qu\u2019il y ait de preuves scienti?ques à cela).Et justement, on sait que les oiseaux dérivent directement des théropodes emplumés.Logique, donc! Quant aux autres groupes de dinosaures, les herbivores, tout indique qu\u2019ils étaient dépourvus de plumage.De nombreux fossiles sur lesquels s\u2019est imprimé l\u2019épiderme de ces animaux montrent qu\u2019ils avaient une peau nue, granuleuse, constituée d\u2019écailles semblables à celles des lézards.Pas question de se représenter un tricératops doté d\u2019une collerette duveteuse.Idem pour les diplodocus, stégosaures et autres ankylosaures à armure.Quoique\u2026 Plusieurs découvertes récentes ont semé le doute, explique Pascal Godefroit.«Au début des années 2000, on a trouvé des sortes de piquants sur la queue des psittacosaures qui ne sont pas des théropodes», dit-il.Puis, en 2009, des chercheurs chinois ont décrit dans la revue Nature des ?laments similaires trouvés chez Tianyulong, un herbivore très archaïque.Il reste qu\u2019on est encore loin des plumes complexes des théropodes, rétorquent les sceptiques.Mais voilà que, en 2014, Pascal Godefroit jette un nouveau pavé dans la mare.«On a trouvé un type de dinosaure primitif, en Sibérie, sur lequel on remarque des écailles, des structures simples autour du corps \u2013 qui ressemblent à des ?laments \u2013 et des plumes plus élaborées autour des pattes», détaille le chercheur qui a décrit son protégé dans Science.Une surprise, puisque la bestiole de 1m de long, baptisée Kulindadromeus zabaikalicus, est herbivore.«Si on retrouve des plumes chez les dinosaures théropodes et certains herbivores, c\u2019est peut-être que l\u2019ancêtre commun de ces deux groupes avait aussi des plumes.Et que, par conséquent, tous les dinosaures pouvaient en avoir», conclut-il.Le manque de fossiles et de données concernant les dinosaures herbivores les plus primitifs complique ce débat.«Mais c\u2019est ce qui fait le charme de la paléontologie, s\u2019amuse Pascal Godefroit.Il suf?t d\u2019un fossile pour réaliser que les choses n\u2019ont rien à voir avec ce qu\u2019on imaginait.» Une chose est sûre : les plumes sont apparues bien avant la capacité à voler, ajoute-t-il.Elles servaient probablement à maintenir la chaleur corporelle, comme un duvet.L\u2019ÉLÉGANCE AVANT LE VOL En 2008, François Therrien est lui aussi tombé sur un os.à plumes! Des os, en fait : ceux de deux adultes «dinosaures autruches » de 4 m, ou ornithomimidés, et d\u2019un bébé, enfouis depuis 75 millions d\u2019années dans les badlands de l\u2019Alberta.Cette espèce bien connue est documentée par de nombreux fossiles ailleurs dans le monde, mais sans trace de plumes.Cette fois, l\u2019équipe a pu distinguer des lignes sombres le long de la colonne vertébrale des adultes, qui sont clairement des plumes en couverture Représentation de Sinosauropteryx « Il suf?t d\u2019un fossile pour réaliser que les choses n\u2019ont rien à voir avec ce qu\u2019on imaginait.» \u2013 Pascal Godefroit D O R L I N G K I N D E R S L E Y / D K I M A G E S - A L X A S A U R U S / M A T T M A R T Y N I U K - S I N O S A U R O P T E R Y X Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 25 ?lamenteuses, dont on voit aussi les traces d\u2019ancrage sur les os des ailes.«C\u2019était la première fois qu\u2019on trouvait un ornithomimidé en Amérique du Nord, et la première fois que le plumage était visible.Mais seuls les adultes avaient des ailes, pas le jeune! On a donc émis l\u2019hypothèse que les ailes ont évolué en premier lieu pour la parade sexuelle, et c\u2019est seulement plus tard qu\u2019elles ont été adaptées à d\u2019autres fonctions», souligne François Therrien qui a publié sa trouvaille dans Science en 2012.« Chez les théropodes plus évolués, comme les ovi- raptors, on retrouve des plumes élaborées, rami?ées, avec un rachis central, au niveau des pattes avant et de la queue.Elles servaient sûrement à faire joli, pour attirer les partenaires, et peut-être à couver les œufs», con?rme Pascal Godefroit.Quant à la couleur de cette parure, elle a fait l\u2019objet de plusieurs études, publiées depuis 2010, à la suite de la découverte de mélanosomes de dinosaures.Ces petits «sacs» cellulaires, que l\u2019on trouve aussi chez les oiseaux modernes, produisent les pigments qui colorent les plumes.En fonction de leur forme (allongée ou arrondie, par exemple), on peut déduire le type de pigment produit\u2026 et la couleur du propriétaire.Certes, les nuances les plus ?amboyantes, comme le bleu, ne sont pas préservées, et les mélanosomes ont pu être déformés par la fossilisation.N\u2019empêche que les dinos analysés arboraient vraisemblablement des tons roux et noirs.Trouvée dans le Dakota du Nord, cette empreinte de peau est celle d\u2019un edmontosaure, un herbivore à bec de canard.LA FIN D\u2019UN MONDE Comment les dinosaures ont-ils disparu ?C\u2019est la question qui hante les scienti?ques depuis la découverte des premiers fossiles d\u2019iguanodons dans les années 1820.« L\u2019immense majorité des paléontologues s\u2019entendent pour dire que l\u2019extinction s\u2019est faite de façon soudaine, et que la cause principale est la chute d\u2019un astéroïde survenue il y a 66 millions d\u2019années », résume Stephen Brusatte, de l\u2019université d\u2019Édimbourg.Il faut dire que l\u2019écrasement de ce bolide large de 10 km, et dont on trouve l\u2019impact dans le Yucatan, équivaut à l\u2019explosion de plusieurs millions de bombes nucléaires.Il a dû déclencher d\u2019immenses tsunamis, des séismes violents, des incendies, et mettre en suspension des tonnes d\u2019aérosols et de poussières dans l\u2019atmosphère, refroidissant brutalement la Terre et entravant la photosynthèse.Bilan, les trois quarts des espèces végétales et animales ont été rayées de la carte.Mais certains doutent encore qu\u2019il soit le seul coupable.Les dinosaures étaient-ils déjà en déclin lors du drame ?D\u2019autres événements, comme des changements climatiques ou des éruptions volcaniques majeures, les avaient-ils fragilisés ?Nul ne le sait, mais une étude parue en janvier dans PNAS avance une autre hypothèse : les dinosaures auraient peut-être été desservis par leur lente reproduction.En observant les lignes de croissance présentes sur les dents d\u2019embryons fossilisés de deux espèces (un protocératops et un hypacrosaurus), les chercheurs de la Florida State University ont calculé que les œufs pouvaient incuber pendant trois à six mois.Une éternité ! Alxasaurus, avec ses 4 m de long, avait probablement des plumes.M U S É E D \u2019 H I S T O I R E N A T U R E L L E D E V I E N N E 26 Québec Science | Avril~ Mai 2017 «Quand j\u2019étais petit, je n\u2019aurais jamais cru qu\u2019il serait possible de déterminer la couleur des dinosaures!» s\u2019étonne encore Stephen Brusatte.UNE FENÊTRE SUR LE COMPORTEMENT Si les scienti?ques font parler les squelettes, ils ont aussi, au cours des dernières années, mis la main sur des trésors que l\u2019on n\u2019espérait plus.Car la fossilisation ne permet pas seulement de préserver les os, mais aussi, parfois, certains tissus.En 2015, l\u2019équipe de l\u2019Américain Tim Cleland est parvenue à récupérer des vaisseaux sanguins vieux de 80 millions d\u2019années, après avoir «déminéralisé» le fémur d\u2019un dinosaure à bec de canard.Quelques années plus tôt, la même équipe avait décelé des fragments de collagène (un type de protéine très abondant dans les tissus animaux) par spectrométrie de masse.Et ?n 2016, la découverte du premier fragment de cerveau fossilisé, appartenant à une espèce proche de l\u2019iguanodon, un grand dinosaure herbivore, a été con?rmée! «La paléontologie est en train d\u2019évoluer.Il est encore question de découvrir de nouvelles espèces, mais on essaie aussi de comprendre l\u2019écosystème et le comportement de ces animaux», analyse François Therrien.À preuve, il s\u2019est lui-même penché sur les capacités olfactives d\u2019une vingtaine d\u2019espèces de dinosaures ! «Grâce aux CT-scan médicaux, on peut étudier leur boîte crânienne aux rayons X et reconstruire virtuellement la forme et la taille des bulbes olfactifs.On a ainsi vu que les tyrannosaures et les vélociraptors avaient un sens de l\u2019odorat extrêmement développé, leur permettant de repérer des proies à distance.Alors que les ornitho- mimidés, eux, avaient peu d\u2019odorat.» Et ce n\u2019est pas tout.La démarche, le mode de nidi?cation, les techniques de chasse et la température corporelle des dinos font aujourd\u2019hui l\u2019objet de nombreuses publications.Sans oublier leur intimité.La découverte en 2015 de traces de grattage, gravées il y a une centaine de millions d\u2019années dans les grés sablonneux du Colorado, révèle que les théropodes se livraient à des parades nuptiales similaires à celles de certains oiseaux.Ces rainures seraient «des démonstrations de creusement de nids destinées à impressionner les femelles», selon la publication parue dans Nature.Une découverte qui rapproche un peu François Therrien de son grand rêve : «Tomber sur un nid de tyrannosaures, avec des fossiles de mères couvertes de plumes en train de couver!» De quoi faire d\u2019une pierre deux coups: comprendre le mode de reproduction de ces prédateurs légendaires \u2013 « On n\u2019a jamais trouvé d\u2019œuf, ce qui est surprenant», dit-il \u2013, et savoir en?n quelle allure ils avaient.Stephen Brusatte, lui, aimerait comprendre pourquoi les oiseaux ont survécu à l\u2019impact de l\u2019astéroïde qui a abruptement mis ?n à ce monde ?orissant (voir l\u2019encadré à la page 25).«Pourquoi les petits dinosaures à plumes, très proches des oiseaux, ne s\u2019en sont pas sortis?» se demande-t-il.On décèle ici une pointe de regret: celle de ne pas voir courir, dans les prairies actuelles, des troupeaux d\u2019ornithomi- midés\u2026 Et de devoir se contenter des dindons sauvages ! lQS Un événement du CONCOURS scientifique INTERCOLLÉGIAL F inale nationale CÉGEP GAR NEA U 6 m a i 2 0 1 7 scienceontourne.com en couverture LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC En attendant LA PROCHAINE CRISE\u2026 FINANCE L\u2019ÉCONOMIE MONDIA E, P US FRAGI E QUE JAMAIS LA TECHNO SAUVERA-T-ELLE A FINANCE LA SCIENCE AU SECOURS DE VOTRE PORTEFEUILL II | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Depuis plus de un an, les Cassandre de l\u2019économie annoncent qu\u2019une nouvelle crise ?nancière mondiale nous menace et qu\u2019elle sera plus dévastatrice que celle de 2008.Elles n\u2019ont pas tout à fait tort : partout sur la planète, les voyants sont au rouge.Parmi ceux qui suivent de près l\u2019activité ?nancière se trouvent les scienti?ques.Que ce soit à travers la loupe de l\u2019économie, de la sociologie, du génie, des sciences administratives ou même de la physique, ils dissèquent les erreurs du passé et imaginent des solutions pour ne pas les répéter.Ce dossier réunit des analyses et des résultats de recherche qui, parfois, n\u2019ont rien de rassurant pour le portefeuille, mais qui, à d\u2019autres moments, permettent de croire à une économie plus saine et plus solide.La science, chien de garde de l\u2019économie ?Ce dossier est inséré dans le numéro d\u2019avril-mai 2017 du magazine Québec Science.Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de: Marie Auclair, UQAM Marc-Urbain Proulx, UQAC Marc-André Villard, UQAR Sébastien Charles, UQTR Robert Bilterys, UQO Stéphanie Duchesne, UQAT Josée Charest, INRS Josée Gauthier, ENAP Caroline Chartrand, ÉTS Éric Lamiot, TÉLUQ Céline Poncelin de Raucourt, UQ Valérie Reuillard, UQ Marie Lambert-Chan, Québec Science Coordination: Marie Lambert-Chan et Valérie Reuillard Rédaction: Marie Lambert-Chan, Anabel Cossette Civitella, Etienne Plamondon Emond Graphisme: François Émond Correction-révision: Luc Asselin Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.III Attention, économie fragile ! Nous dirigeons-nous vers une récession ?Réponse d\u2019un sociologue et d\u2019un économiste.V L\u2019État, un équilibriste en période de récession Comment les gouvernements jonglent- ils avec les dépenses et les revenus pour se sortir d\u2019une crise ?VII L\u2019ignorance des analystes En conseillant mal les investisseurs, les analystes ?nanciers ont contribué à la crise de 2008.VIII Pour éviter un autre désastre grec Les taux directeurs bas ont limité les dommages de la dernière crise.Mais en sera-t-il toujours ainsi ?X La blockchain sauvera-t-elle l\u2019économie?La technologie de stockage et de transmission d\u2019informations suscite beaucoup d\u2019espoir.XI La physique pour prédire un krach En mariant l\u2019économie et la physique, on pourrait anticiper les crises.XIII Les robots prennent les marchés de vitesse Les transactions automatisées bousculent les ordres en Bourse, au point de créer des krachs éclairs.XV Qui a peur des baby-boomers ?L\u2019arrivée massive à la retraite des baby-boomers inquiète les États déjà endettés.XVI Endettés en période de crise Qu\u2019adviendrait-il des ménages endettés si une période d\u2019instabilité ?nancière survenait ?| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE III Québec Science : Le contexte économique mondial est pour le moins préoccupant.Croyez-vous qu\u2019une crise semblable à celle de 2008 est sur le point d\u2019éclater ?Pierre Fortin : Dif?cile à dire, mais une chose est sûre : le risque de récession est là.Au cours des 50 dernières années, il s\u2019est produit une récession tous les 9 ans.Ce phénomène a longtemps été provoqué par les banques centrales a?n de combattre l\u2019in?ation\u2026 Éric Pineault : \u2026 Jusqu\u2019aux années 1990 où c\u2019est plutôt le cycle ?nancier mondial qui, avec ses propres crises récurrentes, est devenu le déclencheur de récessions.Pourquoi ?À cause de la déréglementation qui a permis aux institutions de créer de la valeur ?nancière (et non de la valeur réelle) de deux façons : l\u2019endettement et le gon?ement des actifs.C\u2019est ainsi qu\u2019on a vu la bulle techno gon?er, puis éclater en 2001.Même chose pour la bulle immobilière en 2008.PF : Voilà pourquoi la loi américaine Dodd-Frank est si importante [NDLR, législation garde-fou mise en œuvre par l\u2019administration Obama pour empêcher les excès de l\u2019activité ?nancière].Maintenant que le président Donald Trump souhaite procéder à son démantèlement, on ne peut que s\u2019inquiéter.On reviendrait au système antérieur qui nous a donné 2008.ÉP : Et l\u2019ennui, c\u2019est que, dans ce système, il n\u2019est pas toujours facile de repérer quelle classe d\u2019actifs fait l\u2019objet de gon?ement.Parfois, c\u2019est clair.Prenez la crise de 2008.Dans ma thèse déposée en 2002, j\u2019évoquais déjà que la prochaine crise serait liée au marché immobilier.PF : J\u2019ai moi aussi dit cela lors d\u2019une conférence à la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2005.On m\u2019a accueilli avec un éclat de rire.ÉP : En ce moment, je ne vois pas de signes apparents de bulle.Loin de me rassurer, cette incertitude m\u2019effraie d\u2019autant plus que notre économie mondiale ne cesse de S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE Attention, économie fragile ! Brexit, montée du protectionnisme, spectre de guerres commerciales, banques centrales à bout de souf?e : la planète économique est en proie à des soubresauts qui ne présagent rien de bon.Nous dirigeons-nous vers une nouvelle récession ?Pis, une crise ?nancière ?Le sociologue Éric Pineault et l\u2019économiste Pierre Fortin, tous deux professeurs à l\u2019Université du Québec à Montréal, se font peu rassurants.Le sociologue Éric Pineault (à gauche) et l\u2019économiste Pierre Fortin | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | se fragiliser.Les ménages n\u2019ont jamais été autant endettés.Les entreprises ne veulent pas investir et sont assises sur des montagnes d\u2019argent.Les gouvernements n\u2019ont plus le ré?exe de répondre immédiatement à une récession par des dépenses automatiques \u2013 comme ils le font présentement avec des investissements dans les infrastructures, chose qui aurait dû être faite il y a sept ans \u2013 et ont tué la reprise économique en 2010 en ayant recours à des mesures d\u2019austérité.Les grands groupes bancaires sont toujours plus concentrés, puissants et opaques, et les régulateurs internationaux n\u2019ont pas suf?samment de pouvoir pour les contrôler.Si une crise survenait, je ne vois pas comment nous pourrions y faire face.QS : Les banques centrales ne pourraient-elles pas intervenir, comme elles l\u2019ont fait en 2008 ?PF : Dans les récessions passées, on a réussi à relancer l\u2019économie seulement grâce aux banques centrales qui diminuaient leur taux directeur [NDLR, taux d\u2019intérêt à court terme ?xé par une banque centrale qui permet de réguler l\u2019activité économique].Au cours des six dernières récessions, le taux directeur de la Banque du Canada a été abaissé en moyenne de sept points et demi de pourcentage.Or, depuis 2009, ce taux est déjà au plancher.Si un ralentissement se produit, la Banque n\u2019aurait presque aucune marge de manœuvre pour abaisser les taux d\u2019intérêt et redémarrer l\u2019économie.Voilà pourquoi nous avons besoin d\u2019une politique budgétaire provinciale et fédérale alerte, a?n d\u2019appuyer au besoin la politique monétaire affaiblie.QS : Au même moment, on assiste à un retour en force des politiques protectionnistes aux États-Unis, au Royaume-Uni et possiblement en France où l\u2019on parle de « Frexit ».Cela risque-t-il de déstabiliser davantage l\u2019économie ?ÉP : Oui, mais on observe déjà un décrochage entre la croissance des échanges internationaux et celle de l\u2019économie mondiale.En 2015, la Banque du Canada a publié une étude à ce sujet.On y observe que, entre 1995 et 2015, le commerce international présentait un taux de croissance plus élevé que le PIB mondial.La stratégie de développement économique était alors évidente : il fallait que chaque pays aille chercher sa part du gâteau, sans quoi il serait exclu des échanges commerciaux.Depuis 2010, la tendance s\u2019est inversée.Dif?cile de savoir pourquoi, mais une chose est sûre : le phénomène ne s\u2019explique pas seulement par le protectionnisme.Il y a un changement structurel dans les moteurs de la croissance.Les nations n\u2019agissent plus en se disant que leur économie se développera uniquement en s\u2019ouvrant à l\u2019extérieur.QS : Vivra-t-on un jour dans un monde sans crise ni récession ?ÉP : C\u2019est ce que laisse croire la thèse de la stagnation séculaire qui, en résumé, avance que la croissance de nos économies sera à l\u2019avenir si faible que les récessions disparaîtront\u2026 et les mécanismes de la croissance s\u2019enrayeront.Pour certains, cela se produira en raison de l\u2019offre.Les grandes innovations, celles qui ont des retombées économiques à long terme, se font plus rares.Ainsi, la découverte de l\u2019électricité a eu des effets structurants pendant 30 à 40 ans, alors que Facebook aura encore des effets pendant 2, peut-être 3 ans.En ajoutant à cela le vieillissement de la main-d\u2019œuvre, on ne peut espérer des occasions de croissance importante.PF : Cette stagnation tendancielle émane aussi de la baisse démographique, ce qui a des répercussions sur le volume de consommation qui ne progresse pas aussi vite qu\u2019il le devrait pour soutenir une croissance forte.Conséquemment, les entreprises sont moins enclines à agrandir leur parc d\u2019équipement.Au Québec, en dehors du secteur immobilier, le volume d\u2019investissement non résidentiel des entreprises a baissé de presque 20 % entre 2013 et 2016.ÉP : Je prends cette théorie au sérieux.Si elle se révèle vraie, c\u2019est grave.Parce que la croissance permet de résoudre les contradictions dans notre économie.C\u2019est ce qui permet de répartir la richesse, de promettre un avenir meilleur aux générations futures\u2026 PF : \u2026 Et quand il y a de la croissance, les gens sont plus généreux.On ne tend pas à boni?er le ?let de protection pour les plus vulnérables quand l\u2019économie est au neutre.Par exemple, c\u2019est seulement lorsque l\u2019économie québécoise a repris de la vigueur en 1996-1997, après une longue période de stagnation, que le gouvernement a instauré le système des garderies à cinq dollars, la prime au travail, les congés parentaux, etc.ÉP : Quand on imagine la prochaine crise, on pense qu\u2019elle aura des airs de 2008.Or, peut-être que nous sommes déjà dans une crise, une crise « stagnationniste », c\u2019est-à-dire une « non-crise », où s\u2019additionnent croissance larvée, repli identitaire, fermeture des frontières et diminution des investissements.Si c\u2019est le cas, c\u2019est un cocktail explosif tant pour l\u2019économie que pour le tissu social.n Propos recueillis par Marie Lambert-Chan LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE V Dès le début de l\u2019année 2008, Alain Paquet se faisait apostropher en mêlée de presse au sujet d\u2019une éventuelle récession.L\u2019économiste était à ce moment député sous la bannière libérale, alors au pouvoir à Québec.Les déboires au sud de la frontière laissaient présager le pire.« Il y avait des éléments préoccupants, mais on n\u2019était pas certain jusqu\u2019à quel point », raconte-t-il dans son bureau au département d\u2019économie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Il faut dire que, depuis 1929, aucune crise ?nancière n\u2019avait été contagieuse au point de provoquer une récession en Amérique du Nord.Même les dégâts du krach boursier de 1987 s\u2019étaient limités au monde de la ?nance.Quelques mois plus tard, M.Paquet était réélu et pouvait déjà voir « que les vents nous faisaient face et que ça allait brasser ».C\u2019est mathématique : avec une récession, les pro?ts des entreprises diminuent et il y a moins d\u2019entrées ?scales pour les gouvernements.« Alors à moins de sabrer les dépenses, il y a un impact sur le dé?cit », explique-t-il.D\u2019autant plus que, au moment d\u2019un marasme où les mises à pied se révèlent plus fréquentes, les dépenses relatives à l\u2019assurance-emploi, à Ottawa, et à l\u2019aide sociale, à Québec, tendent à augmenter.Quelle stratégie doit-on alors adopter ?RELANCER L\u2019ÉCONOMIE Au sortir de la crise de 1929, l\u2019économiste John Maynard Keynes avait suggéré aux États d\u2019investir massivement dans les infrastructures et d\u2019alléger la ?scalité pour relancer l\u2019économie en période de récession, puisque les capitaux privés se font plus rares.Nos gouvernements ont-ils suivi cette recette éprouvée lors de la dernière crise ?Celui du Québec venait d\u2019amorcer de telles démarches, avant même la crise.Il avait annoncé des baisses d\u2019impôt en 2007 et doublé les investissements annuels dans les infrastructures pour les porter à près de 9 milliards de dollars, alors que plusieurs d\u2019entre elles se dégradaient.Aux yeux de M.Paquet, les investissements dans les infrastructures ont permis « un certain contrôle sur le solde budgétaire ».Parce que, en s\u2019endettant pour mener de tels chantiers, l\u2019État crée des emplois et réalise du même souf?e un investissement à long terme, puisque les infrastructures amélioreront les capacités de produc- L\u2019État, un équilibriste en période de récession Les gouvernements doivent jongler avec leurs dépenses et leurs revenus pour sortir leur pays d\u2019une crise\u2026 et éviter de se retrouver en mauvaise posture lors de la suivante.U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE L U C M E L A N S O N | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | VI tion du gouvernement et de l\u2019ensemble des acteurs économiques dans les années suivantes.Les routes, par exemple, facilitent les déplacements de la main- d\u2019œuvre et la livraison de produits et services.De son côté, Ottawa a créé le Plan Chantiers Canada pour consacrer 40 milliards de dollars aux infrastructures entre 2007 et 2014.Malgré le nuage sombre, les économies canadienne et québécoise s\u2019en sont tirées mieux que celles des États-Unis et de l\u2019Union européenne après la débâcle ?nancière.« Le dé?cit budgétaire du gouvernement n\u2019a pas eu besoin d\u2019augmenter autant pour donner un coup de barre à l\u2019économie », observe M.Paquet.La résilience du Canada et du Québec ne serait pas seulement attribuable à cette stratégie.Après tout, l\u2019administration Obama a aussi lancé des investissements dans les infrastructures aux États-Unis dont l\u2019économie est demeurée durement éprouvée par la crise.Le professeur rappelle que le secteur bancaire, d\u2019où émanait la débâcle, était davantage réglementé au Canada.Aucun établissement ?nancier du pays n\u2019a dû être ren?oué par l\u2019État.Le département du Trésor américain, quant à lui, a déboursé des centaines de milliards de dollars pour ren?ouer des banques a?n d\u2019éviter que la faillite de ces dernières n\u2019ampli?e la crise.REVENIR À L\u2019ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE Si contracter une dette peut être salutaire pour relancer l\u2019économie, « on doit faire attention », prévient Marie-Soleil Tremblay, professeure agrégée à l\u2019École d\u2019administration publique (ENAP).Elle rappelle que les agences de notation évaluent la capacité des États de rembourser l\u2019essentiel de leur dette et de payer les intérêts sur celle-ci.Elles peuvent abaisser leur note de crédit s\u2019ils peinent à équilibrer leur budget, ce qui risque d\u2019entraîner une hausse du taux d\u2019intérêt et, en conséquence, leurs dépenses.Toujours aux prises avec les soubresauts de la crise ?nancière, plusieurs États, particulièrement en Europe, ont adopté des mesures d\u2019austérité, soit une réduction de leurs dépenses, pour revenir rapidement à l\u2019équilibre budgétaire après la crise.Dans certains cas, cette approche semble avoir plutôt freiné la reprise économique.Le débat fait rage : est-ce que ces pays ont agi trop vite ?Selon Alain Paquet, cela dépend des endroits.Mais, pour le Québec, son point de vue est clair : « Je suis de ceux qui croient que, sept ans après la crise, il fallait retourner à l\u2019équilibre budgétaire en ce qui concerne les dépenses courantes.» Le Québec a retrouvé cet équilibre en 2016.Les mesures pour y arriver ont eu des effets sur les services livrés par l\u2019État, d\u2019où la grogne populaire.Mais M.Paquet ne croit pas que ces mesures soient responsables du faible taux de croissance du PIB réel enregistré par le Québec, qui est demeuré sous 1,5 % entre 2012 et 2015.« Une bonne partie est due aux exportations moins importantes vers les États-Unis [\u2026] où la reprise était lente, observe-t-il.De plus, le prix et la demande des matières premières \u2013 comme le Québec est un important exportateur de minerais \u2013 étaient relativement faibles avec cette sortie de crise économique mondiale.» Ottawa, de son côté, a cessé de présenter un budget dé?citaire en 2015.Le gouvernement Harper a alors passé la Loi fédérale sur l\u2019équilibre budgétaire, abrogée par le gouvernement Trudeau en 2016.Ce dernier prévoit faire plus de 113 milliards de dollars en dé?cits pour les cinq prochaines années, dans le but de relancer une économie dont la croissance demeure faible.« La majeure partie des dépenses actuelles [au fédéral] sont des dépenses courantes, observe Alain Paquet.Il y a un risque de perdre le contrôle.» Marie-Soleil Tremblay s\u2019inquiète de la position dans laquelle le Canada se retrouverait si la croissance économique, anticipée par le gouvernement fédéral, n\u2019était pas au rendez-vous: « S\u2019il continue à faire toutes ces dépenses, le dé?cit s\u2019aggravera.S\u2019il arrive une crise, il n\u2019y aura pas de marge de manœuvre.» Comme quoi peu importe le cycle économique dans lequel il se trouve, le gouvernement doit toujours garder un œil sur l\u2019écart entre ses dépenses et ses revenus.n Par Etienne Plamondon Emond Je suis de ceux qui croient que sept ans après la crise, il fallait retourner à l\u2019équilibre budgétaire en ce qui concerne les dépenses courantes.\u2013 Alain Paquet \u201c \u201d LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE VII Ils sont censés tout savoir sur les entreprises cotées en Bourse, connaître les pièges du marché, prédire les tendances économiques et\u2026 avoir du ?air.Les analystes ?nanciers détectent, pour leurs clients, les placements les plus avantageux.Mais est-ce vraiment le cas ?Ont-ils réellement à cœur la situation ?nancière de leurs clients et des marchés ?Ce n\u2019est pas ce que laissent croire les résultats d\u2019un article publié en 2013 dans le Journal of Finance and Risk Perspectives, par Ahmed Marhfor, professeur responsable de la maîtrise en administration des affaires pour cadres à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), et son équipe.Après avoir analysé le cas de 14 294 entreprises dans 44 pays, de 1995 à 2007, l\u2019équipe a conclu que les activités des analystes financiers, contrairement à leur mandat, n\u2019aident pas les investisseurs à placer leur épargne auprès des entreprises qui offraient les meilleurs projets d\u2019investissement.Peu importe la compagnie, peu importe le pays où elle se trouve et peu importent les lois qui encadrent les activités des analystes ?nanciers, en moyenne, l\u2019apport de ces spécialistes est équivalent à\u2026 zéro ! INFORMER LE MARCHÉ Pour mieux comprendre, il faut savoir que l\u2019achat de titres et d\u2019actions à la Bourse fonctionne un peu comme on emprunte de l\u2019argent à la banque, explique Ahmed Marhfor.Cette dernière prête à faible taux d\u2019intérêt aux personnes qui ont une bonne cote de crédit, mais à haut taux aux mauvais payeurs.De la même manière, les investisseurs sont prêts à allonger plus ou moins d\u2019argent selon le caractère risqué ou non de l\u2019entreprise sur laquelle ils misent.Par contre, « sur les marchés, on arrive plus dif?cilement à faire la différence entre les bonnes et les mauvaises entreprises », soit celles qui auront un bon rendement dans le futur et celles qui perdront de l\u2019argent, ajoute-t-il.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019asymétrie d\u2019information.Les analystes ?nanciers ont pour tâche de réduire l\u2019asymétrie d\u2019information.En théorie, un investisseur bien informé par l\u2019analyste devrait choisir d\u2019acheter les actions d\u2019un projet qui crée de la valeur (par exemple, une nouvelle technologie de communication) et ne pas se préoccuper des mauvais projets qui ne donneront aucun rendement (par exemple, un nouveau type de lecteur VHS).« Mais à cause de l\u2019asymétrie d\u2019information, de mauvais joueurs peuvent se glisser dans le marché et se faire ?nancer par des gens mal informés », indique le professeur.Les bons projets, quant à eux, ne sont pas ?nancés à leur juste valeur et sont incapables de trouver des fonds.Dans le cas de la crise de 2008, les analystes ?nanciers n\u2019ont pas réussi à diminuer l\u2019asymétrie d\u2019information et à renseigner correctement les investisseurs des risques associés à leur choix.L\u2019analyse exhaustive d\u2019Ahmed Marhfor et ses collègues ne laisse rien présager de bon.« S\u2019il n\u2019y a pas de changement dans les manières de faire, tout laisse croire qu\u2019une crise pourrait se reproduire », avertit le professeur.Pourquoi le système fonctionne-t-il si mal ?En fait, les analystes tirent leurs informations privilégiées de leur réseau.Que leurs prédictions soient justes ou erronées, ils sont payés à la commission, c\u2019est-à-dire un pourcentage à chaque achat et vente de titres.« Ils sont à la fois juges et parties », commente Ahmed Marhfor.« Le modèle suppose que tout le monde est rationnel et de bonne foi, souligne-t-il.Mais dans la vraie vie, ça ne marche pas.» Même s\u2019ils savent qu\u2019un projet n\u2019aura pas de bon rendement, ils peuvent décider de ne pas en tenir compte et plaider l\u2019inaptitude si on leur fait des reproches.Que faire, alors ?« Les crises ?nancières se répètent; les scandales aussi.Il faut changer la gouvernance », dit Ahmed Marhfor.Malheureusement, les améliorations seront peut-être longues à venir.Au Québec, M.Marhfor croit que l\u2019Autorité des marchés ?nanciers manque de ressources pour réellement encadrer le travail des analystes.Quant aux États-Unis, si Barack Obama avait réussi à imposer une loi protégeant les investisseurs de propositions trop risquées, l\u2019administration Trump veut maintenant faire marche arrière pour laisser un maximum de liberté aux marchés.n Par Anabel Cossette Civitella \u201d L\u2019ignorance des analystes Les analystes ?nanciers, en conseillant mal les investisseurs, ont contribué à la crise de 2008.Sans changement dans la gouvernance, il n\u2019y a aucune raison que le désastre ne se reproduise pas.E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE VIII | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE «L a blockchain, c\u2019est le meilleur outil au monde pour retracer les transactions », se plaît à répéter Richard-Marc Lacasse, directeur du programme de maîtrise en administration des affaires (MBA) pour cadres à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Il est, sans contredit, un adepte de ce système, une sorte de grand livre comptable virtuel qui \u2013 selon certaines projections \u2013 ferait économiser 20 milliards de dollars US par année aux banques, dès 2022.Comment ?En supprimant les coûts des intermédiaires dans les transactions ?nancières et en abolissant les autorités centrales.Des entreprises faisant partie de l\u2019économie de partage (comme Airbnb) y trouveraient aussi leur compte et pourraient augmenter leurs recettes de plusieurs milliards de dollars US.On prédit même que 10 % du produit mondial brut sera stocké sur ce type d\u2019outil vers 2027.En bref, la blockchain laisse présager des transactions plus ef?caces, rapides, transparentes et sécuritaires.Mais comment un seul système permet-il tout ça ?UNE CHAÎNE DE BLOCS La chaîne de blocs (ou blockchain) est, comme son nom l\u2019indique, une banque de données virtuelles ouverte constituée de « blocs » liés entre eux.Chaque bloc regroupe plusieurs transactions et fait référence au bloc précédent.Impossible, donc, de revenir en arrière et de modi?er les transactions passées.Autre caution de ce « réseau de con?ance » : l\u2019information morcelée est copiée et stockée dans différents serveurs plutôt que dans un seul, ce qui rend l\u2019ensemble transparent et très ef?cace.Richard-Marc Lacasse décrit plus spéci?que- ment ce protocole, initialement conçu pour la monnaie électronique bitcoin, comme un grand livre comptable décentralisé, numérisé et hyper protégé, utile aux organisations désireuses de faire le suivi de toutes leurs transactions d\u2019affaires.« Une fois entrée dans la chaîne de blocs sur le cloud [le nuage informatique], l\u2019information est indélébile, comme un tatouage », dit celui qui est aussi directeur du FinTech Lab au campus de l\u2019UQAR à Lévis.Voilà pourquoi le système est considéré impossible à falsi?er.Dans un monde idéal, imagine Richard-Marc Lacasse, les États se doteraient du système blockchain.Les ?ux d\u2019argent de toutes les organisations gouvernementales se trouveraient sur une chaîne de blocs publique pour en assurer la traçabilité et la transparence.Le système pourrait aussi s\u2019étendre aux dossiers médicaux, aux aliments ou au marché des minerais; bref, à tous les secteurs qui comportent nombre d\u2019intermédiaires.Par exemple, « l\u2019industrie de la charité au Canada a besoin d\u2019un bon ménage », dit-il, ajoutant que ce secteur est plombé chaque année par des fraudes totalisant un milliard de dollars.« En rendant disponibles toutes les transactions, ?ni le marché noir », croit le chercheur.À la Bourse, la blockchain aurait aussi la capacité de diminuer l\u2019asymétrie d\u2019informations entre les investisseurs, les ?rmes et les banques, une manière de rendre les investissements moins risqués et donc d\u2019assurer une certaine stabilité des marchés (voir l\u2019article « L\u2019ignorance des analystes », à la page VII).Pour l\u2019instant, la blockchain séduit davantage les entreprises privées que les gouvernements.Outre Dubaï (où tous les documents officiels et les transactions du gouvernement seront sur une chaîne de blocs dès 2020) et de petits pays comme l\u2019Estonie, le Honduras ou la Grèce, qui semblent intéressés à crypter certaines données publiques sur le cloud, les États prêts à se convertir restent rares.Et pour cause, le système demande une réorganisation complète des manières de faire; un projet coûteux et peu pro?table si les pays partenaires d\u2019affaires ne s\u2019y mettent pas, eux aussi.Ainsi, l\u2019avenir de la blockchain n\u2019est pas assuré.Les réticences sont nombreuses, même au sein de l\u2019entreprise privée, entre autres parce qu\u2019elle menace de nombreuses professions (notaires, auditeurs, ?duciaires, etc.) et suppose une divulgation de données con?dentielles.À moins d\u2019une volonté politique forte pour instaurer le système, Richard-Marc Lacasse craint donc qu\u2019on se passe d\u2019une technologie qui promet, pour lui, autant que l\u2019avènement d\u2019Internet.n Par Anabel Cossette Civitella La blockchain sauvera-t-elle l\u2019économie?La technologie de stockage et de transmission d\u2019informations blockchain serait en voie de révolutionner l\u2019économie.Réalité ou utopie ?L U C M E L A N S O N IX En février 2016, une grève générale contre la réforme des retraites paralyse la Grèce, enfoncée dans une crise économique et sociale depuis maintenant plusieurs années.«Une structure ?exible maximise les chances d\u2019un bâtiment de rester debout lorsque la terre tremble.» C\u2019est l\u2019image qu\u2019utilise David Tessier, professeur au département des sciences administratives de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO), pour parler de la politique monétaire des États.En variant les taux d\u2019intérêt et les taux de change, les banques centrales permettent à leur pays de mieux absorber les secousses d\u2019une crise économique.Et de rester debout ! La preuve ?Pensons à la Grèce qui incarne actuellement l\u2019antithèse d\u2019un système ?exible, selon le professeur.Ce pays, enfoncé dans une crise économique et sociale depuis quelques années, ne possède plus de contrôle sur les taux d\u2019intérêt et les taux de change depuis qu\u2019il a adopté la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).« Il n\u2019a plus aucune marge de manœuvre et il est sujet à tous les chocs », analyse David Tessier.Lors de la crise ?nancière de 2007 et 2008, la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine (Fed) se sont servies de cette ?exibilité pour limiter les dégâts.Elles ont abaissé rapidement leurs taux directeurs.Ces derniers correspondent aux taux d\u2019intérêt en vigueur lorsque les institutions ?nancières du pays se prêtent des fonds pour la durée d\u2019une journée.Les taux directeurs in?uencent ensuite l\u2019ensemble des autres taux d\u2019intérêt.« La banque centrale baisse les taux pour inciter les gens à consommer et à investir davantage », explique M.Tessier.Ainsi, aux États-Unis, les taux directeurs sont passés Pour éviter un autre désastre grec En abaissant leurs taux directeurs, les banques centrales ont limité les dommages de la dernière crise ?nancière.Mais risquent-elles d\u2019en provoquer une autre en continuant d\u2019agir ainsi ?E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE a-t-elle l\u2019économie?J O H N T S O T R A S \u201d X | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE de 5,25 % au cours de l\u2019été 2007 à une fourchette entre 0 % et 0,25 % à la ?n de l\u2019année 2008.Au Canada, ils ont chuté de 4,25 % à 0,25 % entre janvier 2008 et avril 2009.David Tessier, qui a travaillé à la Banque du Canada de 1996 à 2008, juge que cette décision était la plus judicieuse.La BCE a réagi plus tard; elle a abaissé ses taux directeurs à partir de décembre 2008.« Elle aurait dû le faire avant.C\u2019était trop peu, trop tard.Les coûts d\u2019emprunt, pour les consommateurs et les ?rmes, étaient plus élevés que nécessaire et l\u2019économie européenne a donc tourné au ralenti.» DES TAUX AU PLANCHER Mais la Fed et la Banque du Canada se sont retrouvées devant l\u2019inconnu : jamais leurs taux directeurs n\u2019étaient descendus à de tels niveaux.« Le problème, c\u2019est que les taux d\u2019intérêt étaient déjà très bas avant la crise », rappelle M.Tessier.Certains pays, comme la Suisse et le Japon, sont allés jusqu\u2019à adopter des taux d\u2019intérêt négatifs ! « C\u2019est un indice que les gens sont nerveux, estime-t-il.Ils sont prêts à perdre un peu pour être certains de ne pas perdre beaucoup.» Aux États-Unis, une baisse des taux directeurs jusqu\u2019à zéro a été insuf?sante.La Fed a acheté des obligations et des actifs ?nanciers à plus longue échéance aux institutions ?nancières privées.Cette mesure permet de créer de l\u2019argent.En d\u2019autres mots, elle fait fonctionner la planche à billets ! En mettant plus de monnaie en circulation, la Fed espérait refaire décoller l\u2019économie pour de bon.Cela dit, on peut conduire un cheval à l\u2019abreuvoir, mais non le forcer à boire, rappelle David Tessier.« Ce n\u2019est pas parce que les banques sont pleines de liquidités qu\u2019elles vont nécessairement vouloir prêter.Et ce n\u2019est pas parce que les taux d\u2019intérêt sont bas que les ménages vont nécessairement vouloir emprunter.Dans le cas américain, les taux d\u2019intérêt peuvent être bas, mais certains ont pro?té de ces liquidités, non pas pour consommer davantage, mais pour payer des dettes.Ce n\u2019est pas ça qui stimule l\u2019économie.» M.Tessier juge tout de même que l\u2019opération a relativement bien fonctionné dans ce cas-ci.Le Banque du Canada n\u2019a pas été forcée d\u2019avoir recours à une telle mesure, tout comme elle n\u2019a pas eu besoin de remplir son mandat de prêteur de dernier ressort auprès d\u2019institutions ?nancières ou d\u2019infrastructures de marchés ?nanciers aux prises avec une pénurie de liquidités.Elle est arrivée à maintenir l\u2019in?ation entre 1 % et 3 %, une cible instaurée en 1991 et renouvelée par le gouvernement en octobre 2016 pour les cinq prochaines années.Par ailleurs, cette cible explicite semble avoir prouvé son ef?cacité en rassurant tous les acteurs de l\u2019économie.En comparaison, la Fed n\u2019avait pas de cible d\u2019in?ation avant la crise et elle s\u2019est dotée en 2012 d\u2019un objectif implicite d\u2019environ 2 %.VERS UNE NOUVELLE CRISE ?En raison de la faible croissance, la Banque du Canada a néanmoins maintenu des taux directeurs bas, ces dernières années.Après une remontée à 1 % en 2010, ils ont été redescendus à 0,5 % en 2015 à cause de la dépression du marché pétrolier.Le hic ?Cela favorise l\u2019endettement des ménages canadiens, dont le ratio par rapport au revenu disponible frisait les 170 % en 2016.La situation inquiète de nombreux observateurs, et avec raison : la crise de 2007-2008 aux États-Unis tire en partie ses origines d\u2019une situation semblable.Après le choc du 11 septembre 2001, les taux d\u2019intérêt ont été maintenus bas et les ménages se sont endettés.Combinée à la multiplication de produits ?nanciers complexes adossés à des prêts hypothécaires risqués, la hausse des taux d\u2019intérêt, à partir de 2005, a entraîné des défauts de paiement culminant dans l\u2019effondrement des marchés.La Banque du Canada se retrouve devant un dilemme : hausser ses taux directeurs pourrait ralentir une économie qui n\u2019a pas encore repris tout son souf?e, tandis que persister à des niveaux bas risque de générer une bulle immobilière.Selon David Tessier, la solution est davantage entre les mains du gouvernement fédéral.Celui-ci a d\u2019ailleurs resserré les conditions d\u2019octroi d\u2019un prêt hypothécaire en octobre dernier.La Banque du Canada ne demeure pas les bras croisés : en décembre 2015, elle a lancé un avertissement en publiant un rapport sur l\u2019endettement des ménages et ses conséquences potentielles.Une sortie en droite ligne avec un nouveau rôle qu\u2019elle joue depuis 2002 : documenter et analyser les vulnérabilités de la stabilité ?nancière et ses risques sur l\u2019ensemble de l\u2019économie pour orienter les décideurs.« Le problème était relativement nouveau et il n\u2019y avait pas tant de matériel théorique ou académique, se rappelle David Tessier.Elle a développé tranquillement une expertise.On partait de presque rien.» Elle publie aussi deux fois par an une analyse de la résilience du système ?nancier canadien.Comme quoi, il y a plusieurs façons d\u2019assurer la stabilité de la maison ! n Par Etienne Plamondon Emond En raison de la faible croissance, la Banque du Canada a maintenu des taux directeurs bas, ces dernières années.Le hic ?Cela favorise l\u2019endettement des ménages canadiens. \u201d XI Didier Sornette prétend avoir prédit l\u2019éclatement des bulles ?nancières chinoises en 2007 et 2009.L\u2019homme, pourtant, est physicien de formation.Il est professeur à l\u2019École polytechnique fédérale de Zurich où il étudie l\u2019éconophysique, une discipline qui aurait le potentiel inouï d\u2019anticiper les crises économiques.Il n\u2019est pas le seul à y croire.À Montréal, Franck Jovanovic, travaille aussi à rapprocher l\u2019économie de la physique.Dans son bureau de la Télé-université du réseau de l\u2019Université du Québec (TÉLUQ), ce professeur d\u2019économie et de ?nances nous explique ce qui fait défaut aux modèles mathématiques de prévision utilisés traditionnellement par les économistes.Dans le milieu ?nancier, la modélisation des prix et des risques est généralement basée sur une distribution de probabilité qui suit une courbe en forme de cloche.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la loi de Gauss.« Le problème avec le cadre gaussien, c\u2019est qu\u2019il admet uniquement de petites variations, signale-t-il.On ne peut pas avoir les grands écarts, parce que l\u2019essentiel de la distribution est tourné autour de la moyenne.Dans 95 % des cas, les prévisions de prix, en Bourse, seront concentrées autour du dernier prix.On n\u2019aura que de petits écarts à la tendance.» Impossible donc d\u2019y voir \u2013 et prévoir \u2013 des variations extrêmes, comme lors des crises économiques.Avec les années, les économistes ?nanciers y ont associé d\u2019autres éléments, contraintes et calculs pour se rapprocher de la réalité.Néanmoins, ils peinent toujours à prédire correctement les points de rupture.C\u2019est pourquoi des chercheurs ont plutôt commencé à recourir à la physique statistique, plus précisément la modélisation des « phénomènes critiques », ces phénomènes de transition observés dans les systèmes thermodynamiques.Lorsque de l\u2019eau chauffée à haute température passe d\u2019un état liquide à un état gazeux, elle traverse une période durant laquelle elle se révèle simultanément liquide et gazeuse.Si des économistes ?nanciers étudiaient cette transformation, ils observeraient sans doute que l\u2019eau devient gaz, sans transition ni perturbation.Mais le modèle de physique statistique va plus loin et permet d\u2019en extraire des variations extrêmes ou des écarts in?nis.Il est désormais appliqué à différentes sciences sociales, dont l\u2019économie, à travers l\u2019éconophysique.La physique pour prédire un krach Peu d\u2019économistes avaient anticipé la dernière crise ?nancière et leur crédibilité en a pris un coup.Et si leurs modèles mathématiques de prévisions ne tenaient plus la route ?Voilà pourquoi certains se tournent vers la physique.E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE L U C M E L A N S O N XII | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | « Les problèmes des krachs sont intrinsèques au modèle, observe M.Jovanovic.Le fait de voir ce passage, du moins théoriquement, nous permet d\u2019identi?er des signaux qui nous y préparent et de gérer ses risques.» RÉTABLIR LES DONNÉES ABERRANTES Dans le cadre gaussien, les économistes avaient pris l\u2019habitude d\u2019enlever des données jugées aberrantes a?n de coller à la distribution normale.Cette pratique se justi?ait à une époque où l\u2019entrée et la lecture de chiffres pouvaient être soumises à des erreurs.Mais avec l\u2019informatisation accélérée de la collecte de données à partir des années 1990, le doute sur la validité d\u2019informations en apparence incohérentes s\u2019est dissipé.Les physiciens observent plutôt la situation pour construire ensuite leurs modèles.« Ils partent du phénomène et le prennent dans son ensemble.» C\u2019est justement à partir de données souvent considérées aberrantes que l\u2019éconophysicien Didier Sornette aurait prédit un krach boursier et l\u2019éclatement d\u2019une bulle ?nancière de moindre ampleur, survenus en Chine respectivement en 2007 et 2009.Dans chaque cas, des variations extrêmes à l\u2019intérieur d\u2019un cycle plutôt constant de croissance lui laissaient présager un point de rupture imminent.« Je n\u2019en suis pas rendu à dire qu\u2019on serait capable d\u2019éviter des krachs boursiers mais, dans tous les cas, on peut anticiper des changements de régime », dit M.Jovanovic.Ces retournements de tendances peuvent aussi prendre la forme d\u2019un emballement ou d\u2019un plateau selon le contexte, précise-t-il.PARLER LE MÊME LANGAGE Selon Franck Jovanovic, les milieux de l\u2019économie et de la physique, « deux des disciplines scienti?ques les plus refermées sur elles-mêmes », auraient tout intérêt à dialoguer.Pour l\u2019instant, chaque camp rejette la conception de la science de l\u2019autre.Avec Christophe Schinckus, professeur de ?nances à l\u2019université de Leicester, au Royaume-Uni, Frank Jovanovic vient de publier le livre Econophy- sics and Financial Economics : An Emerging Dialogue aux éditions Oxford University Press.« On a essayé de comprendre pourquoi ils n\u2019arrivent pas à se parler, ce qui bloque et comment on peut arriver à surmonter ces barrières.» L\u2019ouvrage s\u2019est donné pour mission de traduire dans un langage accessible l\u2019éconophysique, tout en expliquant les fondements des deux disciplines.M.Jovanovic soulève l\u2019importance de rattacher l\u2019éconophysique à « la petite histoire » de l\u2019économie, a?n que la personne travaillant dans les marchés ?nanciers ou comme conseiller puisse s\u2019en saisir.« Ses modèles sont encore complexes », admet-il.Il constate en revanche que l\u2019émergence de cette discipline s\u2019apparente à celle de l\u2019utilisation du cadre gaussien qui a tout d\u2019abord servi à un noyau de fervents à l\u2019extérieur des départements universitaires d\u2019économie, avant qu\u2019il ne devienne la norme à partir des années 1970.n Par Etienne Plamondon Emond \u201d Les milieux de l\u2019économie et de la physique, « deux des disciplines scienti?ques les plus refermées sur elles-mêmes », auraient tout intérêt à dialoguer.\u201c LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE XIII \u201d Le Dow Jones dégringole de plus de 9 % en à peine 20 minutes.Ce 6 mai 2010, entre 14 h 26 et 14 h 48, Wall Street panique devant cette chute aussi soudaine que vertigineuse.En cause, des milliers d\u2019ordres de vente lancés frénétiquement par des algorithmes.Quelques dizaines de minutes plus tard, presque plus rien n\u2019y paraissait.L\u2019événement est devenu le premier à être surnommé un « krach éclair », ou ?ash crash en anglais, une chute aussi rapide que son rétablissement.Il a mis en lumière une toute nouvelle réalité : une masse importante de transactions sont désormais réalisées par des robots, dont les temps de réaction sont fulgurants, comparativement au plus expérimenté des courtiers.Les systèmes automatisés sont utilisés par des ?rmes de transactions à haute fréquence qui opéraient jusqu\u2019alors dans l\u2019ombre.Elles développent des technologies de plus en plus puissantes, installent leurs serveurs tout juste à côté des plateformes de négociation et peau?nent toujours leurs algorithmes pour gagner des microsecondes a?n de prendre de court le marché.Leurs robots achètent et vendent en un clin d\u2019œil des titres volatils, avec, à la clé, des pro?ts qui s\u2019accumulent selon le rythme des transactions.Les systèmes automatisés sont particulièrement actifs à l\u2019ouverture des marchés.Dès la ?xation des prix, ils pro?tent, grâce à leur vitesse de réception et d\u2019exécution, des mouvements qui suivent.« Avant, c\u2019étaient les humains qui réalisaient ces transactions, mais maintenant ils n\u2019en ont plus la possibilité.Les robots sont passés avant eux », observe Alain April, professeur en génie logiciel à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), qui a été initié aux transactions à haute fréquence par le biais du projet de recherche d\u2019un étudiant qui analysait en temps réel des informations diffusées dans les médias pour améliorer les stratégies boursières des robots.Déjà, les systèmes automatisés envahissent les marchés.Plus des deux tiers des transactions aux États-Unis seraient désormais réalisées par leur entremise, selon les différentes estimations.On n\u2019a pas encore de portrait de ces activités au Canada.LA COURSE EST LANCÉE Lorsque des transactions à haute fréquence déstabilisent les marchés, comme ce fut le cas le 6 mai 2010, la correction est toujours rapide si la débâcle n\u2019est pas liée à un événement de l\u2019économie réelle.Il reste que ces ?uctuations temporaires peuvent entraîner de lourdes pertes ?nancières, voire des Les robots prennent les marchés de vitesse Les transactions automatisées bousculent les ordres en Bourse, au point de créer des krachs ?nanciers en un éclair.E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE L U C M E L A N S O N XIV | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | faillites, prévient un rapport sur les enjeux éthiques des transactions à haute fréquence, publié en octobre 2016 par la Commission de l\u2019éthique en science et en technologie du Québec.« On crée une volatilité extrême, observe Maher Kooli, professeur au département de ?nance de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Si un robot prend une position courte face à un titre [soit de vendeur pour parier sur la baisse de sa valeur] et qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres investisseurs pour prendre une position inverse, on risque d\u2019avoir un autre ?ash crash.» Les robots sont néanmoins programmés pour tenir de tels paris uniquement sur des titres qui font déjà l\u2019objet d\u2019un grand volume de transactions et qui ne risquent donc pas d\u2019être trop déstabilisés.Maher Kooli craint aussi que ces développements entraînent la disparition des investisseurs individuels, soit les personnes qui font l\u2019acquisition de valeurs mobilières pour leur propre compte, sans con?er leur argent à des investisseurs institutionnels ou des ?rmes d\u2019investissement.« Si j\u2019entre dans un marché où il n\u2019y a que des transactions à haute fréquence, dès le départ, je suis perdant.Je vais donc me retirer et chercher des véhicules d\u2019investissement à beaucoup plus long terme.» SURVEILLANCE À GRANDE VITESSE Chose certaine, les fraudeurs pro?tent d\u2019un champ libre dans l\u2019univers des transactions à haute fréquence : les organismes de surveillance accusent un retard important pour identi?er, documenter et sortir du marché les acteurs animés de mauvaises intentions.« On est encore dans une jungle et il faut donc s\u2019attendre à tout », illustre Maher Kooli qui, avec Alain April, collabore à un projet de recherche visant entre autres à exploiter un serveur en colocation, à New York, a?n d\u2019étudier le comportement des transactions se déroulant à folle vitesse.Leur démarche permettrait de remarquer des failles.« Quand je regarde les données boursières brutes et que je refais un scénario en simulation, je trouve des défauts dans les données of?cielles », constate M.April.Il évoque des transactions af?chées de manière incomplète, dont il est dif?cile de savoir si elles sont le résultat d\u2019un défaut d\u2019enregistrement ou d\u2019une action volontaire.« Cela intéresse les régulateurs », précise-t-il.Il évoque les démarches de la FINRA, l\u2019association nationale d\u2019agents de change aux États-Unis.« Les organisations de réglementation dans ce pays investissent davantage dans la technologie, pour suivre avec plus de précision l\u2019ensemble des transactions, leur provenance et leurs résultats », dit-il.Parmi les pratiques qui soulèvent la controverse, il y a la détection de gros ordres, nommés en anglais front running.Lorsqu\u2019un investisseur envoie un ordre d\u2019achat simultanément sur toutes les plateformes de négociation, les robots détectent cette information sur la première qui la reçoit.Ils achètent aussitôt les actions restantes sur les autres plateformes et les revendent à l\u2019investisseur à un coût plus élevé.Plusieurs y voient un délit d\u2019initié commis de manière détournée.En réponse à cette tactique, la plateforme de négociation IEX a vu le jour en 2013.À l\u2019aide d\u2019un délai de 350 microsecondes, elle ralentit les ordres pour permettre une juste concurrence dans l\u2019accès à l\u2019information.Le New York Stock Exchange a lui-même ouvert une Bourse, en janvier dernier, avec un sursis similaire.Alain April anticipe néanmoins que, avec l\u2019évolution technologique, toutes les plateformes de négociations ?niront par combler leurs écarts et par fonctionner à la même vitesse.Les deux professeurs s\u2019entendent pour dire que les transactions à haute fréquence sont là pour rester, voire prendre de l\u2019importance.Et selon eux, les gestionnaires de portefeuilles, les investisseurs institutionnels, les fonds de placement et les caisses de retraite devraient aussi s\u2019y attarder.« On devrait s\u2019y intéresser, comme on le fait pour chaque source qui génère du rendement, dit Maher Kooli.On a peur de la technologie, mais on se fait du tort si on n\u2019\u201cembarque\u201d pas.» n Par Etienne Plamondon Emond \u201d Si j\u2019entre dans un marché où il n\u2019y a que des transactions à haute fréquence, dès le départ, je suis perdant.Je vais donc me retirer et chercher des véhicules d\u2019investissement à beaucoup plus long terme.\u2013 Maher Kooli \u201c LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE XV \u201d L\u2019arrivée massive à la retraite des baby-boomers inquiète les États déjà endettés.Quelles en seront les répercussions sur l\u2019économie ?Qui a peur des baby-boomers ?Nés entre 1945 et 1960, les baby-boomers sont devenus des « papy-boo- mers », en droit de prendre une retraite bien méritée.Mais ces départs massifs de la vie active font craindre le pire : retrait des fonds de pension, perturbation des marchés et, à long terme, manque d\u2019argent pour répondre aux besoins de la population vieillissante.Pour y faire face, le Canada projette de dépenser 108 milliards de dollars dans son programme de Sécurité de la vieillesse, le régime de retraite le plus important du gouvernement, en 2030.Une augmentation de 70 milliards de dollars par rapport à 2010, dont 41 % sont attribuables à la retraite des baby-boomers.Si le Canada devait sortir indemne de cette dépense supplémentaire, prédit Vincent Morin, directeur du département des sciences économiques et administratives de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), ce n\u2019est pas le cas de tous les pays.En Europe, notamment, les régimes de retraite sont une véritable bombe à retardement pour l\u2019économie.« Les experts craignent que les dé- ?cits liés à plusieurs régimes publics, surtout ceux qui ne sont pas capitalisés [NDLR, payés à même les impôts des travailleurs], entraînent de nombreux pays dans une spirale d\u2019endettement qui les mènerait à une situation de défaut de paiement », dit le professeur de ?nances.Si de nombreux États peinent à rembourser leurs dettes, leurs taux d\u2019emprunt pourraient grimper en ?èche, menant à une crise de con?ance.Et qui dit crise de con?ance dit crise ?nancière : « Si les prêteurs n\u2019ont plus con?ance dans le fait que les pays vont les rembourser, alors le mouvement de panique est lancé.On n\u2019a qu\u2019à penser à la Grèce, illustre Vincent Morin.Personne ne veut prêter à des gens en dif?culté ! » Qui plus est, dans quelques années, quand les REER et les fonds de pension des baby-boomers seront décaissés, il y aura de moins en moins d\u2019argent à investir, explique-t-il.« Quand les régimes de retraite ont commencé dans les années 1960-1970, on a donné des rentes généreuses à des gens qui n\u2019avaient jamais cotisé.Ce système était basé sur le fait qu\u2019il y avait de nombreux travailleurs et peu de retraités.Aujourd\u2019hui, on se retrouve dans la situation inverse », dit Vincent Morin.Cette pyramide démographique renversée a été anticipée dès les années 1980.Les États ont donc ajusté à la hausse les cotisations des travailleurs.Ce qui était imprévisible, en revanche, c\u2019était la baisse historique des taux d\u2019intérêt qui empêche désormais l\u2019épargne de fructi?er, relève Vincent Morin : « Il aurait fallu être alarmiste en 1990 pour prévoir les taux de 4 % qu\u2019on observe aujourd\u2019hui.» SORTIES D\u2019IMPASSE Pour contrer la pénurie de travailleurs, de nombreux pays se tournent vers l\u2019immigration, alors que d\u2019autres pensent augmenter les taxes.Il faut plutôt forcer les gens à se prendre en main en mettant de l\u2019argent de côté, croit Vincent Morin.« Je conseille à mes étudiants de ne pas compter sur le gouvernement.» Il suggère également la mise en place de mesures incitant les aînés à rester sur le marché du travail.Après tout, ils sont plus en forme que la génération précédente.« Aujourd\u2019hui, certaines personnes âgées de 70 ans font des marathons ! » souligne-t-il.En échange de quelques années de service supplémentaires, on leur offrirait une retraite plus généreuse.« Ce qui est sûr, c\u2019est que le discours devra changer.Le travail et l\u2019expérience devront être encouragés », affirme Vincent Morin.À l\u2019opposé, il serait possible de pénaliser les retraites hâtives.« Mais ça, ce n\u2019est pas facile à faire, sur le plan politique », admet-il.Car les baby-boomers restent encore des électeurs in?uents.n Par Anabel Cossette Civitella E L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC FINANCE XVI | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Le bas de laine des Canadiens est en péril.À la ?n de l\u2019année 2015, les ménages y déboursaient près de 170 % de leur revenu a?n de rembourser leurs dettes.Par comparaison, en 1990, la proportion était plutôt de 90 % ! L\u2019une des causes de cet endettement record : les prêts hypothécaires et les taux d\u2019intérêt historiquement bas, qui ont stimulé la consommation dans les dernières années.Qu\u2019arriverait-il à tous ces ménages vulnérables s\u2019il survenait une nouvelle crise ?nancière ?Une instabilité économique augmenterait les taux d\u2019intérêt, entraînerait une récession et, possiblement, de nombreuses pertes d\u2019emplois, répond Nicolas Boivin, professeur titulaire au département des sciences comptables de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).« Ce ne sont pas les PDG qui perdent leur emploi en premier.Ce sont plutôt ceux situés au bas de l\u2019échelle, les gens les plus endettés », estime le professeur.Ces surendettés courent plus de risques d\u2019être au chômage, dans le pire des cas, de faire faillite et, en?n, de recourir à l\u2019aide sociale.« On ne laissera personne sans ?let, rappelle Nicolas Boivin, mais il faut comprendre que toutes ces mesures sont payées par les deniers publics.» Une fois pris à la gorge, ces surendettés ne contribuent plus à la croissance économique du pays.« Au contraire, ils deviennent dépendants.Collectivement, on assume donc les coûts de cette dégringolade », dit Nicolas Boivin.Outre la société, c\u2019est aussi l\u2019individu et son couple qui peuvent souffrir du surendettement ! Après avoir sondé des milliers de ménages quant à leurs habitudes ?nancières, Hélène Belleau, professeure en sociologie à l\u2019INRS, s\u2019est rendue à l\u2019évidence que tout ce qui touche l\u2019argent, hormis les dépenses quotidiennes, n\u2019est pas un sujet facile.« La logique amoureuse fait en sorte qu\u2019on se montre désintéressé, qu\u2019on essaie de faire passer les intérêts du couple avant ses intérêts personnels; ce sont donc des questions très délicates à aborder », résume-t-elle.Pourtant, la chercheuse n\u2019hésite pas à parler de « dettes transmises sexuellement » : des dettes accumulées par le ménage, qui peuvent peser lourd lors d\u2019une séparation, du décès du conjoint ou au moment de la retraite.POUR EN FINIR AVEC LES DETTES Comment intégrer les rangs du (petit) tiers des ménages exempts de dettes ?En misant sur la « littératie ?nancière », insiste Nicolas Boivin.« Les jeunes sont lâchés dans une jungle de consommation, alors qu\u2019ils ne connaissent rien à la ?nance.» Pour sortir de la spirale de l\u2019endettement, Nicolas Boivin propose tout simplement de faire un budget, soit un tableau des entrées et sorties d\u2019argent, tous les mois, et d\u2019en tenir compte a?n de respecter l\u2019objectif ?xé.Il propose aussi une deuxième méthode : additionner tous les prêts à rembourser au cours du mois et véri?er qu\u2019ils n\u2019augmentent pas.Simple, dites-vous ?En tout cas, c\u2019est une technique éprouvée puisque, sur la moitié des Canadiens qui font un budget, plus de 90 % le respectent ! « Peu importe la méthode, elle sert de gouvernail », insiste le professeur.Quant à ceux qui n\u2019auront pas pris leurs dettes en main, la faillite les guette.Un bien vilain mot qui, quoiqu\u2019on en pense, reste « une bonne dernière solution », af?rme Nicolas Boivin.« Ça permet de brasser le sablier et de reconstruire sa vie ?nancière », estime-t-il.n Par Anabel Cossette Civitella Endettés en période de crise Au cours des 25 dernières années, la dette totale des ménages par rapport au revenu disponible a presque doublé.Qu\u2019adviendrait-il si une période d\u2019instabilité ?nancière survenait ?L U C M E L A N S O N L'aciveliié denis J © CIS E portée \u20ac ¥ \u201cig pare pu mt TES ity ia ULCRYPTER LES LANGUES OUBLIEES - re } i 2 / = \"24-511 a = cr RE (québec SCIENCE, {QUEBEC or CE Lt EE « Hi Il tue, il sauve, 51ER | Contrôler il & SEX PLAN x des objets il soulage il peut même Pa - FE 23 EEE CEE TS 4 par la pens faire maigrir_ PR OR OCT Cd Lu CD LE / 3 i $0 LE FROID LT call x | QUAND LES FOAENTIHQU ESPIOMMENT a.* Title vu l'acosBaTs me 2 Saks LES ANIMAUX X RZ 49 Le proches Emateir ve fric ni vues 7.5 Ÿ à AE Lu JIG | \\ Ng D Lis CA ee J $I DO EE es Ta 5 IE, a ES Are ABONNEZ-VOUS\u2019A QUEBEC-SCIENCE ! « DC VOL quebecscience.qa V8 lee a ft {Rte \u2014 up re 30 vo de réduction 44 de duction 48 % de réduction Ple fix « Mas San, Geils urlepr yes 28 Québec Science | Avril~ Mai 2017 à bout de forces V ous allez savoir ce que c\u2019est d\u2019être un homme de 80 ans!» Lâchée par son médecin pendant une consultation, cette toute petite phrase a changé la vie de Benoît-Marc Boyer.À 37 ans, le prêtre et avocat travaillait sans relâche.C\u2019était dans une autre vie : «Je me suis couché un soir et le lendemain je me suis réveillé vidé.Ça m\u2019a frappé \u201ccomme une tonne de briques\u201d.Je devais m\u2019appuyer aux murs pour me déplacer.» Les prises de sang et les tests ne donnent pourtant aucun résultat.Bien qu\u2019il ait recouvré, depuis, un certain degré d\u2019autonomie, il combat un état d\u2019épuisement perpétuel qui l\u2019accompagne encore, 14 ans plus tard.Pour Claudine Prud\u2019homme, la maladie a débuté de façon plus graduelle.«Ça s\u2019est déclenché avec un mal de gorge, à l\u2019automne 2007, raconte la vétérinaire, mère de deux enfants.On venait de vivre une période très stressante.J\u2019ai continué mon travail à temps partiel, mais mes dernières consultations étaient impossibles à faire.J\u2019écrivais tout, car je ne me rappelais de rien.Même monter l\u2019escalier était une épreuve.» Elle a dû quitter son emploi et n\u2019y est toujours pas retournée, neuf ans plus tard.Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 29 Le syndrome de la fatigue chronique, une maladie imaginaire ?C\u2019est ce qu\u2019on a trop longtemps af?rmé au sujet cet état réellement débilitant.Aujourd\u2019hui, de nouvelles études et des patients combatifs commencent à changer la donne.Par Renaud Manuguerra-Gagné « Fatigués d\u2019être épuisés I L L U S T R A T I O N : S É A B S T I E N T H I B A U L T 30 Québec Science | Avril~ Mai 2017 à bout de forces Leur mal?Le «syndrome de la fatigue chronique », aussi appelé « encépha- lomyélite myalgique», un trouble que la science peine à comprendre.«C\u2019est probablement l\u2019une des dernières énigmes non résolues de la médecine», indique d\u2019emblée Alain Moreau, chercheur spécialiste des maladies musculo-squelettiques au CHU Sainte-Justine, qui mène des travaux sur les causes de l\u2019encéphalomyélite myalgique.À tel point qu\u2019une partie de la communauté médicale et scienti?que met en doute l\u2019existence même du syndrome.DES VIES VOLÉES Pourtant, les symptômes sont bien réels.Selon Statistique Canada, environ 400000 Canadiens seraient concernés (la prévalence estimée est d\u2019environ de 0,5% à 2%), en majorité des adultes entre 30 et 50 ans, et surtout des femmes.Tous se plaignent d\u2019un état d\u2019épuisement physique que ni le repos ni le sommeil ne permettent d\u2019éliminer.Être debout, marcher ou aller à l\u2019épicerie sont toutes des tâches qui peuvent demander des jours de récupération.La concentration et la mémoire sont elles aussi affectées.Parler ou être en groupe épuise rapidement les malades.Lire, écrire ou regarder une série télévisée devient une épreuve.«Un jour, une patiente m\u2019a écrit un courriel de une page.Ce message lui a demandé une semaine de travail», con?e Alain Moreau.La maladie évolue en deux phases.Au début, les symptômes sont foudroyants et les malades sont cloués au lit.Avec le temps, certains patients retrouvent des forces, mais ne retournent jamais à leur niveau d\u2019énergie d\u2019antan.Les symptômes peuvent s\u2019atténuer par moments, mais ils réapparaissent toujours.«Les jours où ça va mal sont comme les trois premiers mois, explique Benoît-Marc Boyer.Alors, tout est dif?cile.Les activités de la journée se limitent à se laver et essayer de manger, mais même la fourchette semble peser des tonnes.Ça me prend trois jours pour revenir à la normale».Il y a pire : selon l\u2019Association québécoise de l\u2019encéphalomyélite myalgique (AQEM), environ 20% des personnes atteintes ne sont même pas en mesure de quitter leur maison et passent le plus clair de leur temps au lit.À l\u2019épuisement s\u2019ajoutent des troubles du sommeil, des douleurs musculaires et des symptômes pseudo-grippaux.Selon certaines études, seulement 5% des individus ?nissent par guérir dé?nitivement, sans que l\u2019on comprenne non plus pourquoi.UN VIDE MÉDICAL Pour ces victimes, la médecine offre encore bien peu de salut.Aucun traitement n\u2019a fait ses preuves jusqu\u2019à maintenant et le diagnostic lui-même pose problème: il y a une vingtaine de dé?nitions différentes de la maladie! Trop souvent, les médecins évoquent une origine psychosomatique.«Au début, on m\u2019a parlé de dépression, se remémore Claudine Prud\u2019homme.Alors, j\u2019ai consulté un psychologue, je me questionnais et je me créais des problèmes à force de chercher une cause de dépression.» Il faut dire qu\u2019il n\u2019existe aucun examen biologique pour con?rmer le diagnostic.Celui-ci repose sur plusieurs critères, dont le principal est la présence d\u2019un épuisement extrême, après un effort, persistant plus de six mois.C\u2019est seulement quand tout le reste a été écarté que les médecins concluent à l\u2019encéphalomyélite myalgique.Pourquoi un tel ?ou?Parce que les causes de la maladie restent nébuleuses, malgré le fait que l\u2019on connaisse ce mal depuis plus de 30 ans.Origine virale, génétique, neurologique, musculaire, immunitaire: toutes les hypothèses ont été émises, mais aucune ne fait encore consensus.Bien pis, cette confusion a freiné les efforts de recherche.Aux États-Unis, le budget total alloué par les National Institutes of Health (NIH) pour étudier l\u2019encéphalomyélite myalgique n\u2019était que de 7,5 millions de dollarsUS, en 2016, et passera à 15 millions de dollarsUS, en 2017.À titre comparatif, le budget pour la sclérose en plaques, qui toucherait presque deux fois moins d\u2019Américains selon les dernières statistiques, est de 98 millions de dollarsUS.Pendant ce Environ 20 % des personnes atteintes ne sont même pas en mesure de quitter leur maison et passent le plus clair de leur temps au lit. Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 31 temps, au Canada, une demande de ?nancement regroupant des spécialistes de partout au pays a été refusée en 2016 par les Instituts de recherche en santé, sous prétexte qu\u2019il ne s\u2019agirait pas d\u2019une véritable maladie.«Cela a suscité beaucoup de frustration, autant auprès des associations de patients que dans le milieu de la recherche, explique Annie Tourville de l\u2019AQEM.Depuis, nous avons eu la chance de discuter avec des représentants des Instituts et ces derniers nous ont assuré qu\u2019ils soutiendraient la recherche visant à comprendre les fondements biologiques de cette maladie.» LES PATIENTS AU FRONT Ce manque de données, assorti d\u2019un biais orienté vers une origine psychosomatique de la maladie, a mené à des publications qui ont nui aux patients pendant de longues années.Celle qui a fait couler le plus d\u2019encre est l\u2019étude PACE, parue en 2011 dans le prestigieux journal médical The Lancet.Elle concluait qu\u2019une combinaison d\u2019exercice physique graduel et de thérapie cognitive pouvait améliorer les conditions de vie des malades, dont l\u2019état serait perpétué par la crainte d\u2019une rechute.Rapidement, des patients s\u2019élèvent contre ces résultats, clamant que l\u2019exercice graduel aggrave dramatiquement leurs symptômes.Les critiques à l\u2019endroit de l\u2019étude s\u2019accumulent : sélection des sujets basée sur une dé?nition incomplète de la maladie; protocole écartant les patients les plus malades; utilisation de données subjectives.En outre, les participants savaient quel traitement ils recevaient, ouvrant grand la porte à un effet placebo.Pis encore, les chercheurs auraient changé certains critères d\u2019évaluation en cours d\u2019étude.Un tribunal britannique a ?nalement ordonné la publication des données brutes en septembre 2016.Depuis, des analyses préliminaires ont démontré que la combinaison d\u2019exercice physique et de thérapie cognitive n\u2019entraîne aucune amélioration signi?cative de l\u2019état des patients.«La quantité d\u2019erreurs dans l\u2019élaboration de cette étude et l\u2019interprétation zélée des résultats laissent croire à un travail d\u2019amateur», af?rme Bruce Levin, professeur de biostatistiques à l\u2019université Columbia, qui a révisé les données.Malgré tout, plusieurs membres de la communauté médicale continuent d\u2019appliquer les recommandations de l\u2019étude PACE qui sont non seulement inappropriées, mais auraient même des effets délétères.«Si une étude reconnue dit que l\u2019exercice graduel fonctionne, les médecins vont le prescrire et les compagnies d\u2019assurance vont l\u2019exiger, remarque Annie Tourville.C\u2019est très néfaste pour les patients (voir l\u2019encadré ci-contre).» LA QUÊTE D\u2019UN BIOMARQUEUR Heureusement, ces dernières années, de réels progrès ont été faits dans les laboratoires du monde entier, notamment quant à la quête de biomarqueurs ?ables, une sorte de « signature» que l\u2019on pourrait détecter chez toutes les personnes atteintes.Et qui permettrait, du même coup, de mieux comprendre les mécanismes de la maladie.Des résultats publiés en décembre 2016 par une équipe norvégienne suggèrent ainsi que l\u2019absence d\u2019énergie chez les patients serait liée à une dysfonction des mitochondries.Ces «centrales énergétiques», présentes au cœur des cellules, utilisent le glucose comme carburant pour fournir de l\u2019ATP, une forme d\u2019énergie essentielle à toute activité cellulaire.Or, chez les personnes atteintes du syndrome, les mitochondries peineraient à convertir le glucose : elles utiliseraient donc des «carburants» de rechange, comme les graisses ou les acides aminés.En comparant le sang de 200 malades à celui de 100 sujets contrôle, les chercheurs ont en effet remarqué que le taux de certains acides aminés \u2013 ceux qui peuvent être utilisés par les mitochondries \u2013 était anormalement bas dans le sang des malades, principalement chez les femmes.Lorsque les mitochondries carburent aux acides aminés, elles relâchent de l\u2019acide lactique, ce qui causerait des douleurs musculaires.Et elles sont bien moins ef?caces (d\u2019où le manque d\u2019énergie).Si l\u2019hypothèse se con?rme, il restera à comprendre ce qui déclenche un tel dysfonctionnement énergétique.Pour les auteurs de l\u2019étude, il pourrait s\u2019agir d\u2019un trouble auto-immun qui survient lorsque le système de défense se retourne contre l\u2019organisme.En 2015, l\u2019équipe a en effet con?rmé que le rituximab, un médicament s\u2019attaquant aux lymphocytes B, des cellules immunitaires, pourrait réduire ou éliminer certains symptômes de la maladie.Une étude clinique est en cours et les résultats devraient être publiés d\u2019ici quelques mois.Autre indice, des études récentes ont démontré que certaines molécules impliquées dans l\u2019in?ammation (telles que Des malades laissés à eux-mêmes Inaptes au travail, les malades doivent recevoir l\u2019aide de leurs assurances, une démarche loin d\u2019être simple.Selon Annie Tourville de l\u2019AQEM, plusieurs de leurs membres doivent se rendre devant les tribunaux.« Leur assureur ne reconnaît pas leur invalidité.» C\u2019est le cas de Claudine Prud\u2019homme.« J\u2019ai livré une bataille juridique pendant trois ans, raconte-t-elle.Au début, mon assureur ne voulait rien rembourser.» Pour certains, cette lutte perpétuelle est insoutenable.« Il y a six fois plus de suicides chez les personnes atteintes que dans la population en général, explique Alain Moreau.Certains n\u2019en voient tout simplement pas le bout.» 32 Québec Science | Avril~ Mai 2017 à bout de forces l\u2019interféron gamma) n\u2019étaient pas exprimées de façon normale chez les malades.De telles anomalies ont justement déjà été liées à certaines maladies auto-immunes, et seraient aussi impliquées dans des problèmes neurologiques aussi divers que l\u2019alzheimer ou la dépression.La piste d\u2019un virus ou d\u2019une bactérie est aussi envisagée, puisque de nombreux patients développent les symptômes à la suite d\u2019un épisode infectieux.«Affectée par le même virus, une personne pourrait vivre une convalescence normale, tandis qu\u2019une autre pourrait prendre deux à trois mois à s\u2019en remettre et souffrir de fatigue chronique par la suite», explique Alain Moreau.À ce jour, aucun agent infectieux n\u2019a toutefois été directement impliqué dans le déclenchement de la maladie.Le rôle des bactéries a toutefois suscité un regain d\u2019intérêt, dernièrement.Cette fois, du côté du microbiote, car des troubles intestinaux ont été observés chez plusieurs malades.Le lien entre ces bactéries «amies» et le fonctionnement du système nerveux central emballe les chercheurs.Deux études publiées en 2013 ont démontré un recul des symptômes chez 40% à 50% des patients soumis à un transfert de matière fécale a?n de changer leur microbiote.Cela étant, aucune de ces hypothèses ne s\u2019applique à l\u2019ensemble des malades.L\u2019en- céphalomyélite myalgique pourrait donc être une maladie multifactorielle qui réunit plusieurs affections distinctes menant à des symptômes semblables chez les patients, un phénomène qui a déjà été observé pour d\u2019autres maladies comme le glaucome ou les troubles du spectre de l\u2019autisme.Ces découvertes pourraient toutefois être le début d\u2019un renouveau dans l\u2019histoire d\u2019une maladie souvent étiquetée comme étant imaginaire.Mais la route sera longue avant que les malades puissent béné?cier de traitements efficaces.Benoît-Marc Boyer s\u2019y est résigné : «J\u2019ai plutôt tendance à croire que je vais rester comme ça jusqu\u2019à la ?n de mes jours, soupire-t-il.C\u2019est sûr, je rêve de recommencer mon travail ou simplement d\u2019être avec les gens, mais je pense à ceux qui l\u2019ont plus dur que moi, qui sont prisonniers de leur maison, cloués à leur lit.C\u2019est eux qu\u2019il ne faut pas oublier.» lQS MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez l\u2019application Le Devoir Mobile dès maintenant ! La piste épigénétique La grande variabilité d\u2019éléments capables de déclencher l\u2019encéphalomyélite myalgique a amené certains scienti- ?ques à s\u2019intéresser à de petites molécules, les microARN.Celles-ci peuvent faire le pont entre un événement, comme une infection ou un effort physique, et l\u2019expression de nos gènes.Elles ont déjà été impliquées dans plusieurs affections, y compris des maladies au- to-immunes et neurologiques.Ces dernières années, quantité de publications scienti?ques ont d\u2019ailleurs démontré un lien entre des microARN et l\u2019encépha- lomyélite myalgique.Ces molécules intéressent aussi Alain Moreau.« Les microARN permettraient à la fois de détecter la maladie de façon ?able et d\u2019émettre un pronostic, explique-t-il.Ils pourraient même être des cibles thérapeutiques, car il a déjà été montré que certaines substances réduisent ou augmentent les microARN, dans le corps.» Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 33 NUTRITION, SPORT ET PERFORMANCE 2e édition Tout ce qu\u2019il faut savoir pour bien se nourrir quand on est actif.Notre best seller, vendu à plus de 33 000 exemplaires.34,95 $* PROCUREZ-VOUS NOTRE GUIDE INCONTOURNABLE Contactez-nous : 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504.velo.qc.ca *Taxe en sus.Écoutez notre passionnante enquête sur l\u2019effet fondateur et découvrez comment le patrimoine génétique de nos ancêtres a façonné notre destin.Comment nous écouter?Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/podcast Podcast Québec Science 34 Québec Science | Avril~ Mai 2017 épiderme sensible TOTALISANT 2 M2, LA PEAU EST LE PLUS GRAND ORGANE DU CORPS HUMAIN.ARMURE MAL AIMÉE, ELLE EST PARFOIS LOURDE À PORTER.DES CHERCHEURS VIENNENT TOUTEFOIS À NOTRE RESCOUSSE.Par Mélissa Guillemette LA PEAU QUE J\u2019HABITE Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 35 lle protège notre organisme des infections et des blessures, régule notre température corporelle et synthétise la vitamine D; la peau nous rend de grands services.Pourtant, qui aime la sienne?Trop pâle ou trop foncée; sèche ou grasse; boutonneuse, fripée, tachetée, plaquée, marquée\u2026 Notre cuirasse est souvent une «peau de chagrin».L\u2019industrie cosmétique exploite d\u2019ailleurs cette insatisfaction.En 2015, le marché mondial des soins pour la peau valait plus de 127 milliards de dollarsUS, selon une évaluation de la ?rme Transparency Market Research.Faramineux! Et parfois douteux\u2026 Ces produits n\u2019ont pas nécessairement tous fait leurs preuves sur le plan scienti?que.La «thérapie Dracula», ou traitement par plasma riche en plaquettes, par exemple, est offerte dans des cliniques dermatologiques privées, depuis Los Angeles jusqu\u2019à Montréal.Elle propose de prélever une petite quantité de sang pour produire par centrifugation un plasma à haute concentration en plaquettes.On le réinjecte ensuite là où ça «plisse».La mixture rafraîchirait l\u2019apparence de la peau en stimulant la réparation des cellules et la production de collagène.Réalité ou chimère?Dif?cile de trancher car, pour l\u2019heure, les études E Le projet photographique WZORY («modèle», en polonais) présente des personnes atteintes du vitiligo, une maladie qui touche 1% à 2% de la population mondiale.La photographe Julia Kaczorowska souffre elle-même de cette affection caractérisée par une perte de la pigmentation de l\u2019épiderme sur certaines régions du corps. 36 Québec Science | Avril~ Mai 2017 épiderme sensible menées sur l\u2019ef?cacité de la technique contre les rides ne comprennent qu\u2019une poignée de patients.Pourquoi cette obsession pour la disparition des boutons, cicatrices et autres crevasses?C\u2019est que, aujourd\u2019hui, l\u2019aspect de la peau n\u2019est rien de moins qu\u2019une indication de notre état de santé et de bonheur.Une étude publiée en 2016 dans Dermatology and Therapy, à laquelle a participé le dermatologue et professeur à l\u2019université de Western Ontario Jerry Tan, est éloquente à ce sujet.Plus de 4 600 participants issus de 6 pays ont évalué les photos de personnes ayant \u2013 ou pas \u2013 des cicatrices d\u2019acné dans le visage.Les photos ont été retouchées de façon à ce qu\u2019un même visage soit évalué par certains avec des lésions et, par d\u2019autres, sans lésions.Les participants ont jugé les modèles aux peaux imparfaites comme étant moins attirants, moins en santé, moins con?ants, moins heureux et moins performants.L\u2019apparence de la peau est pourtant un signal erroné, remarque Marc Lafrance, professeur au département de sociologie et d\u2019anthropologie de l\u2019Université Concordia, qui étudie cet organe sous toutes ses coutures.«Si je suis blême et pas rasé, mes collègues vont se dire que je vais mal, illustre le sociologue.Il n\u2019en est peut-être rien: j\u2019ai plutôt la tête d\u2019un homme qui vient de travailler comme un fou pendant deux semaines sur un projet qui le rend super heureux!» LE PASSEPORT PAR EXCELLENCE Cela étant dit, la peau peut véritablement être la source d\u2019un malaise psychologique profond, en particulier lorsqu\u2019elle est le siège d\u2019affections visibles.C\u2019est ce que démontre une revue de la littérature publiée dans le Journal of Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology en octobre 2016.Elle révèle que le vitiligo (une perte de la pigmentation de la peau sur certaines zones du corps, maladie dont le chanteur Michael Jackson était atteint et qui l\u2019a poussé à totalement décolorer sa peau) affecte les relations amoureuses de plus de 50% des patients concernés.Le psoriasis ébranle quant à lui non seulement les malades, mais aussi leurs proches qui af?rment dans une proportion de 88% avoir une qualité de vie diminuée.Le niveau d\u2019anxiété et de dépression des patients et de leurs familles est d\u2019ailleurs similaire.En?n, 45% des patients présentant de l\u2019acné souffrent d\u2019une forme de phobie sociale, contre 18% des sujets contrôles.Entre peau et psyché, il se trame une histoire que le professeur Marc Lafrance souhaite étudier en profondeur.Il sonde justement l\u2019impact de l\u2019acné chez les adultes, particulièrement les trentenaires et quarantenaires (on accepterait plus facilement les boutons chez les plus jeunes, d\u2019après la littérature scienti?que).Pas moins de 22 % des femmes et 3 % des hommes en souffrent au Canada, selon la Société canadienne de l\u2019acné et de la rosacée.Dans une première phase, Marc La- france a analysé les témoignages de personnes à la peau acnéique sur des forums spécialisés en ligne.Il mènera également des entrevues avec des patients d\u2019une clinique de dermatologie ontarienne.«L\u2019acné sévère est un handicap, constate-t-il.Il n\u2019interfère pas avec le fonctionnement physique, mais énormément avec le fonctionnement social, car la peau est notre passeport par excellence.On constate que ces personnes sont victimes de discrimination sur le marché du travail et qu\u2019elles vivent des dif?cultés amoureuses.Elles développent toutes sortes de stratégies pour se cacher du monde.» À chacun son camou?age : alors que les femmes se maquillent, les hommes attirent l\u2019attention sur autre chose que leur visage; leurs muscles, par exemple.Malgré leur vigilance, les individus à la peau boutonneuse ont sans cesse L\u2019épiderme, la couche super?cielle de la peau, a une épaisseur variable sur le corps : de 0,05 mm aux paupières à 1,5 mm à la plante du pied.LA PEAU PEUT ÊTRE LA SOURCE D\u2019UN MALAISE PSYCHOLOGIQUE PROFOND, EN PARTICULIER LORSQU\u2019ELLE EST LE SIÈGE D\u2019AFFECTIONS VISIBLES.R E N A U D P H I L I P P E Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 37 l\u2019impression de perdre le contrôle de leur apparence.« Ils décrivent leur acné comme une force mystérieuse et monstrueuse sur laquelle ils n\u2019ont pas toujours d\u2019emprise.Ils ont beau bien manger et bien dormir, ils se réveillent le lendemain avec trois nouvelles lésions.C\u2019est comme si leur peau était animée de sa propre vie !» SAUVER NOTRE PEAU La science peut-elle redonner espoir à toutes ces âmes mal dans leur peau?Certes, mais encore faut-il bien cerner les causes des maladies dermatologiques qui, encore aujourd\u2019hui, donnent du ?l à retordre aux chercheurs.Jerry Tan, de l\u2019université de Western Ontario, a récemment publié, avec des collègues, un article dans la revue scienti?que Dermatology and Therapy dressant un bilan des connaissances et des inconnues sur l\u2019acné et la rosacée.«Pour l\u2019acné, on sait que les hormones, l\u2019in?ammation, la production accrue de sébum par les glandes, le blocage des pores de la peau et la bactérie Propionibacterium acnes sont tous des morceaux d\u2019un même casse-tête, résume-t-il.Mais d\u2019autres éléments jouent un rôle : la génétique, les aliments à index glycémique élevé et les produits laitiers.» Comment tout ça se combine et s\u2019in?uence?Les scienti?ques «donneraient cher de leur peau» pour le savoir.Quant à la rosacée, docteur Tan explique que des recherches s\u2019intéressent présentement au rôle de l\u2019exposition au soleil et des acariens cutanés appelés Demodex qui déclencheraient une réponse in?ammatoire chez les personnes affectées.Le vitiligo demeure aussi une énigme.Une composante génétique serait impliquée, sans que ce soit pour autant la seule cause, indique Lester Davids, professeur au département de LA FIN DES RIDES ?D\u2019éminents scienti?ques de partout dans le monde s\u2019attellent à nous rendre notre peau de pêche.C\u2019est le cas de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge.Leur compagnie Olivo Labs recherchait l\u2019hiver dernier des femmes de 30 à 69 ans ayant de vilaines poches sous les yeux pour tester son nouveau produit quali?é de « deuxième peau ».Tout a commencé il y a cinq ans, quand le professeur Richard Rox Anderson a lancé un dé?aux membres de son équipe : créer un produit qui donnerait un air de jeunesse instantanément.Résultat ?Un polymère à base de silicone invisible qui s\u2019étend comme une crème et forme un ?lm élastique lorsqu\u2019on ajoute une deuxième formulation, qui agit en catalyseur.La technologie a été décrite en 2016 dans Nature Materials.« Lorsqu\u2019on pince la peau d\u2019un bébé, elle reprend immédiatement sa forme, car elle est très élastique, explique Betty Yu, auteure principale de l\u2019article scienti- ?que.Avec l\u2019âge, la peau perd cette capacité à se replacer sur-le-champ.Quand on applique nos deux produits, on obtient une espèce de ?let ou de maillage, qui se colle à la peau et reproduit son élasticité d\u2019antan.» Cette barrière étanche, qui tient pendant plusieurs heures, aiderait également à l\u2019hydratation de la peau et à la diffusion de médicaments.Betty Yu a été convaincue de la technologie quand elle l\u2019a testée sur le visage de son père.Il faut dire que les membres de l\u2019équipe du docteur Anderson étaient tous plutôt jeunes et n\u2019avaient pas encore tellement de rides à perdre ! « Ce n\u2019est pas du tout le genre de mon père de s\u2019en faire avec son apparence.Mais quand je lui ai enlevé le produit, il a tout de suite vu la différence; ça l\u2019a frappé d\u2019un coup.Il avait l\u2019air triste de ne plus avoir notre matériau sur son visage ! Évidemment, je l\u2019ai réconforté, en lui disant que ce n\u2019est pas l\u2019apparence qui compte.» Poids moyen d\u2019une peau humaine : 4 kg (épiderme et derme) La chercheuse Véronique Moulin du Centre de recherche en organogénèse expérimentale de l\u2019Université Laval (LOEX), à Québec 38 Québec Science | Avril~ Mai 2017 épiderme sensible biologie humaine à l\u2019université du Cap, en Afrique du Sud (voir l\u2019entrevue «Du mercure sur la peau », à la page 39).«Le vitiligo serait aussi provoqué par plusieurs facteurs, dont l\u2019alimentation.Cependant, même après des années de recherches sur le sujet, on ne comprend pas pourquoi certains mélanocytes [les cellules de la peau responsables de la production de pigment] sont plus fragiles que d\u2019autres sur un même corps et meurent.» Du côté du psoriasis, de la scléroder- mie (épaississement et durcissement anormal des tissus) et des cicatrices hypertrophiques (bombées et rouges), il subsiste encore beaucoup de questions sans réponse.Pour y voir plus clair, l\u2019équipe du Centre de recherche en organogénèse expérimentale de l\u2019Université Laval (LOEX), à Québec, fabrique des peaux affectées par ces problèmes.«On sait que, très souvent, une mauvaise communication entre les cellules en est la cause, mais pas toujours», explique la chercheuse et professeure à la faculté de médecine Véronique Moulin.Le LOEX fabrique aussi de la peau saine, destinée à la greffe, pour les grands brûlés par exemple.D\u2019ailleurs, un essai clinique est présentement en cours pour une version bicouche (épiderme et derme); les commentaires des patients sont encourageants.«À partir de l\u2019équivalent d\u2019un timbre-poste de peau du patient, on reconstruit la grandeur souhaitée en laboratoire avec très peu d\u2019intervention de notre part.In vivo, les cellules sont capables de produire de la peau.Il n\u2019y a donc pas de raison qu\u2019elles ne puissent le faire dans une boîte de Petri.» Pour accélérer le processus, d\u2019autres chercheurs et entrepreneurs proposent d\u2019utiliser les technologies d\u2019impression 3D.Le concept : empiler les cellules de peau de façon ordonnée grâce à une imprimante qui utilise, en guise d\u2019encre, des cellules du patient et un biomatériau pour soutenir la structure.Cette dernière est ensuite conservée à température contrôlée pour que les cellules se lient a?n de former une peau fonctionnelle.Véronique Moulin appelle néanmoins à la prudence devant les annonces parfois sensationnalistes qui émergent de ce domaine.« C\u2019est une technologie qu\u2019on suit mais, pour l\u2019instant, on ne sait pas ce que ça donne réellement comme résultat.C\u2019est encore embryonnaire.» Dans tous les cas, la production de peau a ses limites, explique la professeure.Si on arrive à assurer sa fonction de barrière, on ne sait toujours pas comment reproduire les fonctions liées à la sudation, à la production de sébum (pour éviter le dessèchement) et à la sensation.Les patients peuvent donc avoir chaud dans leur nouvelle peau, devoir appliquer des crèmes hydratantes et souffrir de fourmillements agaçants.En outre : «On demeure incapable d\u2019intégrer des La perte d\u2019élasticité de la peau est d\u2019environ 3 % par décennie.LA QUÊTE DU TEINT PARFAIT Le dermatologue Todd Ridky se marre bien à l\u2019autre bout du ?l.« Il y a quelque chose de fou au sujet de l\u2019humanité : les gens à la peau pâle veulent avoir une peau plus foncée.Et l\u2019autre partie de la planète qui a la peau foncée en veut une plus pâle ! » La dernière découverte de son laboratoire, à l\u2019université de Pennsylvanie, pourrait combler tous ces insatisfaits.En effet, les chercheurs arrivent désormais à augmenter ou freiner sur demande la production de pigments, ou mélanine, sur des échantillons de peau en laboratoire et sur des modèles animaux.Comment y sont-ils parvenus ?En étudiant le lien entre les hormones et la couleur de la peau.Les femmes enceintes le savent bien; la grossesse s\u2019accompagne d\u2019une augmentation importante du taux d\u2019hormones et, pour certaines, de l\u2019apparition de taches ou de lignes brunes sur l\u2019épiderme, qui s\u2019estompent après l\u2019accouchement.Cette pigmentation temporaire, évoquée depuis plus de 2 000 ans en médecine, n\u2019était pourtant toujours pas comprise.« Ça n\u2019avait aucun sens, s\u2019exclame Todd Ridky.Les cellules de la peau responsables de la production de pigment, les mélanocytes, n\u2019ont même pas de récepteurs pour la progestérone et les œstrogènes.» Les chercheurs ont parcouru la littérature scienti?que à la recherche d\u2019un indice.« On a appris que les hormones sexuelles peuvent se lier à d\u2019autres récepteurs chez les poissons et dans le tissu mammaire humain, dont deux qui sont des molécules de la même famille que celle qui régit le bronzage.» L\u2019équipe a donc véri?é si ces récepteurs se trouvaient dans la peau humaine \u2013 eh oui ! Ils arrivent à les activer en laboratoire en utilisant des dérivés synthétiques de la progestérone et des œstrogènes.Serait-ce une solution de rechange « santé » aux lits de bronzage cancérigènes et aux pommades blanchissantes à base de produits toxiques ?On ne le saura pas avant plusieurs années de recherche, car il faut tester l\u2019ef?cacité et l\u2019innocuité du concept sur le corps humain, ainsi que la formulation idéale, avant que de tels produits arrivent sur les tablettes.Reste que Todd Ridky a déjà perçu le potentiel commercial de sa découverte et n\u2019a pas tardé à se munir de brevets. Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 39 mélanocytes dans les peaux à greffer, précise Véronique Moulin.On arrive à le faire en laboratoire, mais pas dans les traitements.Les patients doivent donc se protéger du soleil constamment.» PEAU NUMÉRIQUE En attendant de construire une peau pareille en tous points à celle qui nous habille, on peut se tourner vers l\u2019informatique.La toute nouvelle Chaire de recherche et d\u2019innovation L\u2019Oréal en biologie numérique à Québec travaille à produire une peau virtuelle a?n d\u2019en modéliser le fonctionnement et de comprendre les mécanismes de régénération.Pour construire cette peau toute numérique, les bio-informaticiens utiliseront une gigantesque quantité de données biologiques fournies par la multinationale française, incluant le microbiome (les génomes de tous les micro-organismes qui colonisent la peau), le transcriptome (l\u2019ensemble des molécules qui re?ètent l\u2019expression des gènes dans la peau) et le protéome (l\u2019ensemble des protéines présentes dans les cellules cutanées).« On veut agglomérer tout ça pour en extraire des informations, explique Arnaud Droit, titulaire de la Chaire et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval.Par exemple, on veut avoir une idée des bactéries présentes en différents endroits du corps.Certains médicaments causent une déstabilisation locale de la population bactérienne et on veut analyser le potentiel des crèmes qui favoriseraient la régénération bactérienne et contribueraient au processus de guérison.» Finalement, la peau a vraiment une vie propre! lQS Existe-t-il des crèmes blanchissantes sécuritaires ?Oui.Elles sont développées par de grandes compagnies de cosmétiques.Il existe aussi des produits plus forts, vendus sous prescription, aux personnes qui ont des problèmes de pigmentation.On peut imaginer que c\u2019est ce que Michael Jackson a utilisé pour éclaircir sa peau.Atteint du vitiligo, il a sûrement préféré tout décolorer avec un tel médicament plutôt que de tout camou?er.C\u2019est d\u2019ailleurs dommage qu\u2019il ne soit pas devenu un ambassadeur du vitiligo.Pour que ces produits soient sans danger, il faut suivre la posologie à la lettre, mais c\u2019est loin d\u2019être le cas de tout le monde.Est-ce que ce sont ces produits que les Sud-Africains utilisent au quotidien ?Ces crèmes sont trop chères pour les consommateurs africains.Elles sont donc diluées et modi?ées par des tra?quants.Nous avons effectué des tests sur 29 produits différents trouvés dans les marchés pour découvrir que deux composants sont fréquemment ajoutés : l\u2019hydroquinone et le mercure.Le taux d\u2019hydroquinone y varie de 5 % à 15 %.Or, le pourcentage maximal autorisé dans une crème est de 2 %, quoique plusieurs pays, dont l\u2019Afrique du Sud, l\u2019interdisent en dehors des produits prescrits par un médecin.Quant au mercure, 75 % des crèmes analysées en contenaient 20 fois plus que le dosage permis.On connaît pourtant bien les dangers du mercure et le fait qu\u2019il demeure dans le sang très longtemps.Ces crèmes fonctionnent-elles ?Oui\u2026 mais elles abîment la peau de façon irréversible.Ce qui pousse les consommateurs à les utiliser ?Le fait que plusieurs vedettes soient devenues des ambassadrices pour de tels cosmétiques; mais évidemment, pas de la version de contrebande.Néanmoins, au marché local, la publicité af?chant Beyoncé sera placée à côté de ces produits modi?és.Avec votre collègue anthropologue Susan Levine, vous avez étudié les raisons qui poussent les consommateurs à se procurer ces crèmes toxiques en Afrique du Sud.Quelles sont- elles ?Il y a plusieurs raisons, mais les gens veulent pâlir leur peau principalement pour améliorer leur estime de soi, pour trouver un emploi, pour trouver un amoureux, pour être acceptés et pour se faire des amis.Ce sont surtout les femmes qui les utilisent, mais on remarque que les hommes veulent également éclaircir leur peau pour séduire.Et qu\u2019ils aient la peau pâle ou foncée, les gens ne veulent jamais inverser complètement leur carnation, mais juste obtenir un ton plus pâle ou plus foncé.Dans tous les cas, c\u2019est insensé ! DU MERCURE SUR LA PEAU En Afrique du Sud, et dans plusieurs pays du continent, les produits pour éclaircir la peau se vendent comme des petits pains chauds.Un phénomène inquiétant que le microbiologiste Lester Davids s\u2019emploie à étudier à la fois sous l\u2019angle biologique et anthropologique, en collaboration avec des collègues en sciences sociales.De passage à l\u2019université du Cap, nous l\u2019avons interviewé.Le microbiologiste Lester Davids de l\u2019université du Cap, en Afrique du Sud M É L I S S A G U I L L E M E T T E 40 Québec Science | Avril~ Mai 2017 cervidés menacés CARIBOU LA GUERRE DU DANS LES RÉGIONS FORESTIÈRES DU QUÉBEC, UNE GUERRE MÉDIATIQUE ET POLITIQUE FAIT RAGE.DOIT-ON SACRIFIER DES EMPLOIS POUR SAUVER DES CARIBOUS ?Par Joël Leblanc I l n\u2019y a pas plus capricieux qu\u2019un caribou.Coupez des arbres dans son domaine et il s\u2019éloigne, frustré.Construisez des routes en forêt et il hésite à s\u2019en approcher à moins de 4 km ou 5 km.Parcourez les bois régulièrement et il angoisse.Il paraît qu\u2019il a en plus besoin d\u2019un territoire intouché de 800 km2 à 1 000 km2 pour être heureux.Quel égoïste ! Pas surprenant que ce cervidé n\u2019aime pas les bûcherons.Au Québec, chaque année, plus de 9 200 travailleurs et leur machinerie prélèvent des arbres et réaménagent ainsi la forêt.En zone boréale, principalement dans les régions administratives du Nord-du-Québec, du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean et de la Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 41 ARIBOU LA GUERRE DU D O M I N I C G R E N I E R / M F F P 42 Québec Science | Avril~ Mai 2017 cervidés menacés Côte-Nord, l\u2019industrie avance toujours plus loin au nord, où les populations de caribous forestiers, un écotype du caribou des bois, se retranchent.Alors que l\u2019animal a déjà occupé quasiment tout le sud québécois, on compte maintenant moins de 8500 bêtes.«Leur mortalité est trop élevée par rapport aux naissances, faisant en sorte que la population décroît depuis plusieurs décennies», constate Martin-Hugues St- Laurent, chercheur en écologie animale et en conservation à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Un constat partagé par tous les spécialistes qui, comme lui, se penchent sur la situation.Alertés, les gouvernements canadien et québécois ont placé le caribou forestier sur leur liste d\u2019espèces en danger, respectivement en 2002 et 2005.En vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, le Québec a donc mis sur pied une équipe a?n de proposer un plan pour rétablir les populations.Constituée de représentants de l\u2019industrie forestière, des Premières Nations, d\u2019Hydro-Québec et de chercheurs de différents ministères et universités, l\u2019équipe a accouché d\u2019un premier plan en 2005, adopté en 2008, et qui s\u2019appliquait jusqu\u2019en 2012.Dans ses recommandations, l\u2019équipe demandait entre autres à l\u2019exploitation forestière de garder intacts de grands massifs forestiers, de l\u2019ordre de 800km2.Mais un tel plan n\u2019a pas automatiquement force de loi.Les industriels n\u2019ont suivi les recommandations qu\u2019en partie et les «massifs» épargnés durant cette période n\u2019ont jamais dépassé les 200km2.Sans surprise, le caribou forestier a poursuivi son déclin.BRANLE-BAS SCIENTIFIQUE Ce premier plan a-t-il été vain?Pas tout à fait, puisqu\u2019il prescrivait aussi d\u2019approfondir les connaissances sur l\u2019animal et son habitat.«L\u2019espèce a béné?cié d\u2019un effort de recherche spectaculaire», selon Martin-Hugues St-Laurent.Le jeune chercheur fait partie d\u2019un effort de guerre sans précédent, regroupant des spécialistes de nombreuses institutions et de ministères.Relevés aériens en hélicoptère, capture puis libération de centaines de caribous a?n d\u2019évaluer leur état de santé, pose de colliers émetteurs et suivi des déplacements quasiment en temps réel, analyses d\u2019ADN, inventaires, etc.«On n\u2019a jamais si bien connu l\u2019espèce, continue-t-il.On a identi?é maintenant les préférences du caribou en matière d\u2019habitat, l\u2019impact de la construction de routes en forêt, les modélisations de l\u2019évolution des perturbations, etc.» Même son de cloche à l\u2019Université Laval, où travaille Daniel Fortin, spécialiste des relations entre prédateurs et proies.«Nous avons passé des milliers d\u2019heures sur le terrain, avec les protocoles de recherche les plus rigoureux.Nous avons maintenant un portrait bien net : le caribou est en déclin à cause d\u2019une hausse de la prédation qui est elle- même la conséquence des perturbations LE CARIBOU EST EN DÉCLIN À CAUSE LA PRÉDATION QUI EST ELLE-MÊME DES PERTURBATIONS EXAGÉRÉES DE L PAR L\u2019EXPLOITATION FORESTIÈRE.1.Dominic Grenier, technicien de la faune au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, manipule un caribou forestier avec l\u2019aide d\u2019un pilote d\u2019hélicoptère.2.Des techniciens ?xent les boulons du collier télémétrique GPS posé autour du cou de l\u2019animal.3.Des caribous forestiers en pleine course lors d\u2019une séance de capture réalisée au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean en 2004, dans le secteur du lac Portneuf.\u201c 1 2 1 .D O M I N I C G R E N I E R - M F F P / 2 - 3 .S E R G E G R A V E L - M F F P Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 43 exagérées de l\u2019habitat provoquées par l\u2019exploitation forestière.» C\u2019est que les coupes entraînent des bouleversements profonds de la végétation.«L\u2019espèce a besoin de forêts de conifères matures et de lichens, explique Daniel Fortin.Après une coupe, ce sont souvent des feuillus qui envahissent les parterres.Cela favorise les orignaux, qui s\u2019installent en grand nombre.Or, les orignaux sont suivis par leurs prédateurs, les loups qui ne se gênent pas pour tuer un caribou quand ils en rencontrent un.Même chose pour l\u2019ours qui est attiré par les petits fruits qui abondent après une coupe, et qui peut manger un faon par opportunisme.» Globalement, les chercheurs ont pu établir des seuils de perturbation au- delà desquels les caribous sont en péril.«Dans un habitat perturbé à plus de 35%, les chances de voir les caribous se maintenir sur le long terme ne sont que de 60%.La mortalité des faons et des adultes y est trop élevée pour assurer la conservation du caribou,» explique Martin-Hugues St-Laurent.Ce 35% est donc considéré comme un seuil à ne pas dépasser pour le caribou.Pourtant, en ce moment, certaines zones exploitées sont perturbées à 95%.PRISE 2 Forte de ce savoir neuf, l\u2019équipe de rétablissement, à laquelle Martin-Hu- gues St-Laurent s\u2019est joint, a pondu en 2013 un nouveau plan.«Cette fois, le document a plus de mordant, explique le chercheur.On y recommande de créer une ou plusieurs grandes zones de protection, de l\u2019ordre de la dizaine de milliers de kilomètres carrés, où l\u2019exploitation forestière sera interdite.» Le plan préconise aussi de respecter la fameuse limite de 35% de perturbation du territoire dans tout secteur exploité.AUSE D\u2019UNE HAUSSE DE UI EST ELLE-MÊME LA CONSÉQUENCE E L\u2019HABITAT PROVOQUÉES \u201d 3 44 Québec Science | Avril~ Mai 2017 cervidés menacés Selon l\u2019industrie forestière, un tel plan lui serait fatal : baisses des volumes de bois récoltable, pertes d\u2019emplois, fermeture d\u2019usines, etc.Avant même la sortie of?cielle du plan, des rumeurs et des prédictions affolantes se sont propagées dans des médias régionaux.Et ça continue depuis.La situation a viré à la guerre médiatique : d\u2019un côté les arguments socioé- conomiques des travailleurs forestiers effrayés de perdre leurs emplois; de l\u2019autre, ceux des scientifiques (voir l\u2019encadré «Les arguments de l\u2019industrie forestière sous la loupe» à la page 45).Le dossier est devenu politique : en 2014, Philippe Couillard, en pleine campagne électorale dans le comté de Roberval, avait promis qu\u2019aucune «job» ne serait perdue à cause du caribou, s\u2019il était élu.L\u2019année suivante, la situation s\u2019envenime quand l\u2019Institut économique de Montréal (IEDM) publie des notes démontrant les possibles ravages économiques que l\u2019application du plan entraînerait dans les régions touchées.Il s\u2019est même commis avec un «documentaire» qui, sous un vernis faussement scienti?que, manipule la perception du public en exposant surtout le désarroi des travailleurs.Le Conseil de l\u2019industrie forestière du Québec, qui était membre-donateur de l\u2019IEDM au moment de la diffusion du documentaire, a préféré ne pas nous accorder d\u2019entrevue, mais a promis de réagir à ce reportage.Tout récemment, c\u2019est le maire de La Doré, au Lac-Saint-Jean, qui proposait de faire l\u2019élevage des caribous forestiers dans un immense enclos (et de les relâcher une fois matures) pour éviter de nuire à l\u2019industrie.Chose certaine, la situation du caribou affecte déjà l\u2019industrie.En 2013, la compagnie Produits forestiers Résolu a perdu la certi?cation du Forest Stewardship Council (FSC) dans deux zones de coupe du Saguenay\u2013Lac-St-Jean.L\u2019une des raisons : des pratiques forestières LA BALLE EST MAINTENANT DANS LE CAMP DU GOUVERNEMENT QUI HÉSITE MANIFESTEMENT ENTRE TENTER DE SAUVER DES CARIBOUS ET PRÉSERVER UNE INDUSTRIE IMPORTANTE DANS DES RÉGIONS DÉJÀ FRAGILES.\u201d \u201c N I C O L A S B R A D E T T E Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 45 \u201d peu respectueuses du caribou forestier.L\u2019entreprise a alors perdu de gros clients qui exigent des produits provenant de forêts bien aménagées.UN PLAN À MOITIÉ SUR LA GLACE La balle est maintenant dans le camp du gouvernement qui hésite manifestement entre tenter de sauver des caribous et préserver une industrie importante dans des régions déjà fragiles.Pour le moment, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a scindé le plan en deux phases.Il avait annoncé la mise en œuvre de la première partie en avril 2016, laquelle prévoyait la protection de forêts dites intactes, la création de vastes espaces protégés et l\u2019étude de la possibilité de modi?er le tracé de la limite nordique des forêts attribuables.Une table de concertation a aussi été mise sur pied.Au bureau du Forestier en chef, dont l\u2019une des tâches est d\u2019évaluer les stocks annuels de bois pouvant être prélevés en forêt boréale, on a tenu compte des nouvelles contraintes.«Notre plan quinquennal 2018-2023 inclut les recommandations de la Phase 1 dans les calculs de possibilités forestières, explique la porte-parole Lise Guérin.Pour la région du Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean, par exemple, seule une unité d\u2019aménagement subit une baisse de 2%, soit un peu moins de 20000m3 de bois, principalement par la soustraction de quelques massifs forestiers.» Et la seconde phase du plan?Les demandes d\u2019entrevue avec les porte-parole du Ministère n\u2019ayant pas abouti, il est dif?cile d\u2019en dire plus sur son entrée en vigueur qui prévoit une analyse approfondie des conséquences socioéconomiques avant l\u2019adoption d\u2019une stratégie à long terme.Au bureau du Forestier en chef, on nous précise que le plan quinquennal pourra être rouvert et modi?é pour tenir compte d\u2019éventuelles nouvelles consignes, à la demande expresse du ministre.Toute cette bureaucratie use la patience des biologistes, pour qui la «Phase 1» est insuf?sante.«Retarder ainsi l\u2019application du plan de rétablissement est à l\u2019avantage des compagnies», clame LES ARGUMENTS DE L\u2019INDUSTRIE FORESTIÈRE SOUS LA LOUPE 1 Pour chaque caribou sauvé, on risque de perdre 31 emplois et 3,8 millions de dollars.C\u2019est l\u2019un des arguments les plus entendus depuis 2012, des chiffres qui ont eu l\u2019effet d\u2019une bombe dans les régions concernées.Lorsqu\u2019on creuse pour en trouver la source of?cielle, on réalise qu\u2019ils sont extrapolés d\u2019une seule statistique : une réduction annuelle du bois disponible pour la récolte de 3 millions de mètres cubes.Or, en 2012, le Forestier en chef n\u2019avait pas encore terminé ses analyses en la matière.Alors, d\u2019où vient ce « 3 millions » ?Il s\u2019agit d\u2019une évaluation préliminaire tirée d\u2019un document de travail du gouvernement et datant de 2012.Les fameux chiffres sont donc basés sur une hypothèse qui n\u2019est plus valide.2 Les inventaires du Ministère démontrent que le nombre de caribous a doublé dans le secteur du Saguenay, malgré une exploitation intense.C\u2019est une interprétation hâtive des inventaires, dénonce Daniel Fortin, biologiste à l\u2019Université Laval.« Un inventaire réalisé en 1999 et un second en 2012 démontrent effectivement que la population est passée de 115 à 247 bêtes durant cette période.Mais un inventaire n\u2019a de sens que si on le compare à plusieurs autres inventaires.Sans compter que le nombre n\u2019est pas tout, il faut surtout estimer le nombre de faons par femelle pour avoir une idée de la tendance démographique de l\u2019espèce.Et ça, ça n\u2019augure rien de bon, car les faons sont trop rares.» À l\u2019UQAR, Martin-Hugues St-Laurent renchérit : « C\u2019est comme si on survolait les plaines d\u2019Abraham deux fois en 13 ans et qu\u2019on tentait d\u2019estimer l\u2019évolution de la ville de Québec en comptant les têtes.» 3 Le caribou forestier n\u2019est même pas une espèce, ni même une sous-espèce.C\u2019est juste un écotype.C\u2019est vrai.Même s\u2019il s\u2019en distingue génétiquement, un écotype est une sous-division d\u2019une sous-espèce.Mais l\u2019argument est boiteux, réplique Martin-Hugues St-Laurent : « Les lois sur les espèces en péril peuvent s\u2019appliquer à toute unité ou population, ce qui peut très bien être un écotype.» 4 Et si le déclin du caribou était dû au réchauffement climatique ou à une autre cause ?La recherche scienti?que des 10 dernières années a tracé un lien clair de cause à effet entre les activités forestières, l\u2019augmentation de la prédation et le déclin du caribou.M U S É E M c C O R D 46 Québec Science | Avril~ Mai 2017 cervidés menacés Martin-Hugues St-Laurent.La Société pour la Nature et les Parcs section Québec (SNAP-Québec) s\u2019impatiente aussi, surtout qu\u2019il semble tout à fait possible de ménager la chèvre et le chou.« En décembre dernier, nous avons fait pression, avec succès, pour que le Ministère rende publics quatre rapports scienti?ques qui démontrent qu\u2019il est possible d\u2019agir en faveur du caribou sans trop nuire aux forestières», raconte Alain Branchaud, directeur général de l\u2019organisme, qui œuvre aussi dans l\u2019équipe de rétablissement.Dans l\u2019un d\u2019eux, daté d\u2019avril 2015, des cartes précises délimitent entre autres une zone d\u2019environ 10000km2 qui offre un excellent potentiel de protection dans les montagnes Blanches, au nord-ouest du réservoir Manicouagan.Le secteur «se démarque clairement comme étant celui à prioriser», indique le rapport rédigé par l\u2019équipe de rétablissement.Bien que 45% de ce territoire soit en forêt exploitable, une proportion importante est située dans une unité d\u2019aménagement abandonnée par la compagnie Kruger depuis 2007.Peu d\u2019emplois menacés dans ce coin, donc.«Au total, explique Alain Branchaud, l\u2019équipe propose de soustraire aux forestières entre 4 % et 15 % de la forêt exploitable.Mais, de toute façon, chaque année, près de 20% du volume de bois autorisé n\u2019est pas prélevé par les forestières; il y a donc du jeu.On est loin des annonces sensationnalistes de certains médias.Les conséquences socioéconomiques, on les connaît et elles sont minimes.Qu\u2019attend le ministre ?» Pour toute réponse, on a eu la déclaration laconique de janvier dernier du ministre Luc Blanchette, lors de la première rencontre de la table de concertation pour la mise en œuvre du plan de rétablissement, qui rassemble tous les acteurs concernés : «Nous prenons les moyens pour protéger le caribou forestier tout en protégeant l\u2019industrie forestière, les 60000 familles et les régions qui en dépendent.» Pendant qu\u2019on se perd en discussions, le caribou, lui, poursuit son déclin.Quel impatient ! lQS en partenariat avec Du 5 au 11 août RÉSERVEZ > Prix avantageux d\u2019ici le 19 juin > Promotion En gang, on y gagne veloquebecvoyages.com 514 521-8356 > 1 800 567-8356, poste 506 Le scénario de vos vacances! Imaginez une semaine de vacances à vélo, du Saint-Laurent aux Appalaches, entre Montmagny, Saint-Damien-de-Buckland et Saint-Georges.Être actif, respirer, proiter du moment présent.Le scénario de vos vacances! P h o t o s : M a g a l i e D a g e n a i s , F r a n ç o i s P o i r i e r LES CONSÉQUENCES SOCIOÉCONOMIQUES, ON LES CONNAÎT ET ELLES SONT MINIMES.QU\u2019ATTEND LE MINISTRE ?\u2013 ALAIN BRANCHAUD \u201d \u201c Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 47 C e que l\u2019on appelle «?bres», ce sont essentiellement de longues chaînes de molécules de sucre qui, sous cette forme, ne sont pas absorbables par notre système digestif.Elles demeurent toutefois utiles.Il en existe des «solubles» qui vont se gorger d\u2019eau, prendre du volume et accroître la viscosité de ce que nous avons dans le ventre, ce qui déclenche la sensation de satiété.Et il y en a qui sont insolubles; celles-là forcent le corps à ajouter de l\u2019eau à la matière fécale en ?n de course, ce qui aide à l\u2019élimination.«Si les ?bres sont presque complètement évacuées des jus \u2013 une orange en contient 3 g contre 0,25 g pour 125 ml de jus d\u2019orange, soit 12 fois moins \u2013, ce n\u2019est pas le cas des smoothies et des compotes, qui conservent toutes leurs ?bres», explique Simone Lemieux, professeure de l\u2019École de nutrition de l\u2019Université Laval.Le fait de les broyer n\u2019y change rien.«C\u2019est l\u2019équivalent de les mâcher avec nos dents», dit-elle.Et ce sont des molécules chimiquement très stables qui résistent bien à la cuisson et donc, subsistent dans les compotes.Ce n\u2019est pas pour rien que nous ne les digérons pas\u2026 Le cas des protéines est une autre paire de manches, cependant.Du strict point de vue de la satiété, manger du tofu peut compenser pour l\u2019absence de ?bres, parce que les protéines produisent elles aussi cet effet.«On pense que les protéines pourraient être des messagers pour certaines hormones régulatrices de l\u2019appétit», explique Mme Lemieux.Un peu comme si notre système digestif avait des «détecteurs de protéines» qui, après une certaine quantité, envoient un signal de satiété.Mais, et il y a un très, très gros «mais» : les protéines ne peuvent absolument pas remplir les autres fonctions des ?bres.Ni pour faciliter le transit intestinal ni pour nourrir les milliards de bactéries qui peuplent notre intestin.Car si nous ne pouvons pas briser ces chaînes de sucres, une bonne partie de notre ?ore intestinale, elle, y parvient très bien.Elle en a carrément besoin.Les autres nutriments, dont les protéines, sont quant à eux absorbés par l\u2019intestin et contribuent plus ou moins à nourrir notre microbiote.Or on n\u2019affame pas notre ?ore intestinale sans conséquence! Quand on mange peu de ?bres, ce qui est malheureusement souvent le cas en Occident, la ?ore intestinale devient moins diversi?ée.Certains groupes qui ont besoin de ?bres, comme les bacteroidetes, perdent du terrain au pro?t d\u2019autres sortes de bactéries qui peuvent plus facilement s\u2019en passer, comme les ?rmicutes.Ces dernières sont des habitantes très fréquentes de nos intestins et ne sont pas nocives en elles-mêmes.Mais il a été démontré qu\u2019un ratio bacteroidetes-?rmicutes où ces dernières prédominent est lié à l\u2019obésité.Il est possible que cela ne soit pas seulement le résultat d\u2019une mauvaise alimentation, mais aussi la source d\u2019une partie de l\u2019actuelle «épidémie» de surpoids.D\u2019autres groupes de bactéries, comme les faecalibacteria, sont connues pour avoir des propriétés anti-in?ammatoires et elles aussi ont besoin de ?bres.Des études ont démontré que les bactéries qui en sont privées ont tendance à se nourrir du mucus qui recouvre et protège l\u2019intestin, ce qui peut faciliter l\u2019infection de la paroi intestinale par des pathogènes.Est-il besoin de préciser qu\u2019une diète pauvre en ?bres est associée à des maladies in?ammatoires de l\u2019intestin?Bref, si les protéines sont un nutriment très important, rien ne remplace les ?bres ! lQS Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Ceci est la dernière chronique Les grandes questions du monde.Jean-François Cliche vous proposera une nouvelle formule dans le prochain numéro.La ?bre santé « Les jus de fruits sont un concentré de sucre dont on a retiré les ?bres.Cela fait qu\u2019on consomme plus de sucre, car les ?bres contribuent beaucoup à la satiété.Mais qu\u2019en est-il des smoothies et des compotes ?Et si je remplace les ?bres par un aliment riche en protéines comme le tofu, est-ce que cela peut compenser ?» demande François Morel. Matières à lire Le journaliste anglais Johny Pitts et le jeune Lavallois Thomas Ribeiro Avril ~ Mai 2017 | Québec Science 49 P H O T O : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N À lire aussi V ous avez fait le tour du monde pour rencontrer des jeunes inspirants.Pourquoi ?Je voulais comprendre ce qui a poussé ces 10 adolescents à concrétiser leurs rêves.Où vivent-ils ?Quelles sont leurs conditions matérielles ?Comment sont-ils entourés ?Les causes sont très variées, collées à leur propre réalité.Au Royaume-Uni, par exemple, Fahma Mohamed fait campagne contre les mutilations génitales féminines, vêtue du long voile noir traditionnel de son pays d\u2019origine, la Somalie.On dit souvent que les adolescents sont apathiques.Qu\u2019en est-il ?Il n\u2019y a pas d\u2019idée reçue plus fausse que ça.Les jeunes débordent de rêves et d\u2019énergie.Ils sont le monde de demain.Les ados que j\u2019ai rencontrés voient grand et c\u2019est ce qui leur donne une motivation exceptionnelle.Leur objectif est bien ancré dans leur tête.Les propos de Joshua Wong, un jeune activiste hongkongais, l\u2019illustrent bien : « Tant que j\u2019ai les idéaux et la force de la jeunesse, je vais les utiliser du mieux que je peux pour réaliser les changements que j\u2019estime nécessaires.» Considérez-vous avoir rencontré des génies ?Absolument pas.La notion de génie comble notre désir de facilité.En réalité, ces jeunes travaillent fort.La Canadienne Maya Burhanpurkar a mené des études poussées, toute seule chez elle, a?n de mettre au point un antibiotique inspiré des épices de la cuisine indienne.Le Néerlandais Boyan Slata a lancé Ocean Cleanup, un projet fou consistant à nettoyer les océans des déchets de plastique, qui a été critiqué pour son manque de réalisme.Même si elle devait échouer à grande échelle, son idée a débouché sur un prototype capable de récupérer les plastiques dans les rivières.Et en Sierra Leone, Kelvin Doe a créé, sans aucune ressource, une station de radio pour informer les citoyens d\u2019un bidonville.Le succès de tous ces jeunes découle de leur persévérance et de leur détermination sans faille.Tous ont un sens profond des responsabilités.lQS L\u2019avenir est jeune Protéger les droits territoriaux des Autochtones du Brésil, monter une station de radio dans un bidonville de la Sierra Leone, rendre l\u2019éducation supérieure accessible aux réfugiés.Voilà quelques projets audacieux imaginés par 10 jeunes de moins de 20 ans.Dans Le manifeste de la jeunesse (Édito), Johny Pitts, journaliste et animateur de la BBC, retrace leur parcours fait d\u2019espoir, de doutes, d\u2019échecs et de labeur.De passage à Montréal, l\u2019auteur nous a accordé une entrevue.Propos recueillis par Brïte Pauchet LE CHARME DISCRET DES ARBRES L\u2019histoire de ce livre ressemble à celle du Charme discret de l\u2019intestin, un best-seller écrit par une Allemande, étudiante en médecine.Cette fois, c\u2019est la vie des arbres qui nous est contée, par un garde forestier, Peter Wohlleben.Depuis sa sortie en Allemagne en mai 2015, le livre a été vendu à plus de un million d\u2019exemplaires dans le monde ! Avec une certaine candeur, des mots simples et touchants, l\u2019auteur mêle ses observations et les connaissances scienti?ques actuelles pour décrire l\u2019incroyable réseau social des arbres qui communiquent, s\u2019entraident, « goûtent », se souviennent, soignent leurs voisins et ont l\u2019instinct maternel\u2026 De quoi changer notre regard sur la forêt.M.C.La vie secrète des arbres \u2013 Découvertes d\u2019un monde caché, Peter Wohlleben, Éditions MultiMondes, 2017, 259 p.LE TEMPS DE BRASSER LA CAGE Tant au Québec qu\u2019ailleurs au Canada, nous sommes loin d\u2019opérer la transition énergétique dont nous avons besoin, dit Normand Mousseau qui a coprésidé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec.La faute à la sclérose gouvernementale, aux cibles ?oues, aux lobbys et aux solutions technologiques tapageuses qui perdent l\u2019objectif de vue.Pour arriver à une société couplant faibles émissions de carbone et bonne qualité de vie, il faut maintenant « brasser la cage, prendre des risques », argue le professeur de physique à l\u2019Université de Montréal.M.G.Gagner la guerre du climat \u2013 Douze mythes à déboulonner, Normand Mousseau, Boréal, 2017, 256 p.UN ADO QUÉBÉCOIS REMARQUABLE Parmi les 10 jeunes qui ont retenu l\u2019attention de Johny Pitts se trouve Thomas Ribeiro, un élève de cinquième secondaire à l\u2019école Laval Senior Academy.En 2016, cet apprenti chercheur a remporté un joli succès aux Expo-sciences et aux concours scienti?ques internationaux grâce à un projet aussi ingénieux qu\u2019étonnant.Au lieu de considérer le méthane et le dioxyde de carbone comme des déchets, Thomas Ribeiro les transforme en ressources à exploiter.Il utilise des bactéries qui se nourrissent de méthane et de la mousse de sphaigne des milieux humides lavallois pour approvisionner en énergie une centrale électrique.Utiliser les gaz à effet de serre pour lutter contre les changements climatiques, qui l\u2019aurait cru ? En 1973, durant les années de sa construction, j\u2019ai bien connu la route de la baie James.C\u2019était au temps des ponts de glace, des trains routiers surdimensionnés; 620 km de chemin coulant, de neige tapée, de poudreuse, de froids extrêmes et d\u2019isolement complet.C\u2019était la découverte de la taïga, sa tranquillité, son éternité, de quoi raconter des histoires à dormir debout.On voyait des petites hardes de caribous des bois en travers de la route, des loups écrasés, de remarquables aurores boréales, des camionneurs en panne qui faisaient brû- ler leurs énormes pneus de rechange pour se réchauffer, se rassurer, signaler leur présence au cœur de cette grande obscurité.Je me souviens des convois bloqués par le blizzard, des sandwichs au jambon, des cafés et des cafés, des yeux rougis, des grosses fatigues.Il y a quelques années, on m\u2019a demandé d\u2019écrire un court texte en l\u2019honneur de ces camionneurs héroïques qui ont roulé jour et nuit, 100 heures par semaine, sur cette route dangereuse, au temps mythique des origines, charriant de « l\u2019huile à chauffage», des matériaux de construction, de la machinerie, de la nourriture, kilomètre par kilomètre, vers le Nord, vers les grands chantiers.Mon texte apparaît sur une plaque, au kilomètre 488, je crois.Tourisme Baie-James a tout fait pour mettre ce parcours en valeur, mais il n\u2019est pas facile d\u2019attirer les Québécois au- delà du 50e parallèle, si bien que, ?nalement, malgré tous les efforts, nous n\u2019avons jamais fait grand cas du trajet qui va de Matagami à Chisasibi.Combien de fois ai-je proposé à tel producteur, tel diffuseur de réaliser un documentaire, un ?lm, une série radiophonique pour témoigner de ce tracé historique qui traverse le Eeyou Itchi \u2013 le pays des Cris \u2013, pour sacraliser cette immensité boréale, authentique joyau de notre patrimoine sauvage?On le sait, les décideurs préfèrent acheter des productions étrangères qui valorisent les routes d\u2019ailleurs, les héros d\u2019ailleurs, l\u2019extrême d\u2019ailleurs.De la même manière, c\u2019est bien discrètement que la route 389 est apparue sur notre territoire, vous savez, cette route du Plan Nord, grand serpent de sable qui s\u2019est lentement asphalté.Pendant longtemps, sur l\u2019interminable 138 qui passe à Baie-Comeau, de petits panneaux verts à peine visibles annonçaient ce nouveau chemin nordique.Sous les mots Fermont, Labrador, une ?èche minuscule.On aurait dit une jonction de route secondaire régionale.Très secondaire, sans cérémonie et sans manière.Cela eût-il coûté si cher d\u2019aménager une véritable halte routière et d\u2019y planter un écriteau qui aurait re?été l\u2019envergure de l\u2019affaire : «Vous êtes sur la route 389, la belle trans-labradorienne qui vous mène de Baie-Comeau à Goose Bay, grandiose équipée au cœur du subarctique québécois.Vous allez traverser le pays des Innus le long de la rivière Manicouagan, puis des monts Groulx: 567km de méditation au ?l des anciens portages, des anciennes chasses.Bienvenue sur la voie sacrée des grands nomades.» Combien de personnes ai-je rencontrées qui, connaissant ma passion de la route et des camions, m\u2019ont parlé de la «route de l\u2019extrême» dans les Territoires du Nord-Ouest, impressionnées par cette route longue de 400km qui remonte vers les mines de diamant au nord-est du Grand lac des Esclaves, un tracé parallèle à l\u2019ancienne route de glace qui allait de Yellowknife à Port Radium, et jusqu\u2019au lac Satuh?À cause de la télévision, les gros camions qui roulent en hiver sur les routes isolées du Yukon, de l\u2019Alaska et du Nunavut excitent notre imagination, tandis que nos propres convois qui relèvent des dé?s sur les routes de notre Nord nous laissent de glace.J\u2019aimerais être fonctionnaire au ministère des Transports, dans le bureau de la Beauté des routes, au service des Chemins légendaires, parmi l\u2019équipe des archives ou des communications, travaillant à la mise en valeur de l\u2019interminable 138, de l\u2019historique 132, de la mystérieuse 117.Je m\u2019imagine en réunion avec des ingénieurs, des économistes, des entrepreneurs et des politiciens, tentant de donner vie à chaque kilomètre de la route 389, pour que ce landmark, comme on dit si justement en anglais, soit magni?é, respecté, entretenu.Que la 389 devienne une route-à-penser, un cloître dans les épinettes, une prière pour les routiers.lQS L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Avril~ Mai 2017 Déclarons mythique la route 389 Co : , ce a T x - 7 , Sry 7% \u2019 / pe 3 F , on 4 .ATES RE ray rN Is 5 HAIENNNS SE, CE +E-SaNAN ORO BOT-SsANTI CAN CE:ReD UsPlaSY-V-A INeM ARTEL REGO LV.ENTSRESPRIXSD USRU B 191 C10 UB ECSS CHEN GE NIE AER IVR AN NANOROBOTS À L\u2019ASSAUT DES TUMEURS Comment faire pour amener un médicament jusqu\u2019aux cellules tumorales, et à elles uniquement, pour ne pas endommager les cellules saines ?Pour répondre à ce défi, le P\" Sylvain Martel et son équipe développent une stratégie originale qui consiste à faire transporter le médicament par des robots miniatures circulant dans les voies sanguines.Tels des vaisseaux de guerre miniatures, ces nanorobots pilotés par champs magnétiques se rendent jusqu\u2019à la tumeur où ils vont larguer leur chargement.NTI SRSA IAW POLYMTL.CA/CANCER TOUTES NOS FÉLICITATIONS AU P\" espacepourlavie.ca VIAU © ?N A S A / J P L - C a l t e c h / U n i v .o f A r i z o n a LES?JEUDIS SOIRS à 8$ "]
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