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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juin 2017, Vol. 55, No. 8
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2017, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE JUIN 2017 NOUVEAU LOOK, NOUVELLES RUBRIQUES LES ROBOTS S\u2019INVITENT DANS NOTRE CHAMBRE À COUCHER > + S\u2019INSPIRER DU CORPS HUMAIN POUR CAPTER LE CO2 .ENQUÊTE SUR LE DÉCLIN DU CRIME .QUE SONT DEVENUES LES INVENTIONS D\u2019EXPO 67?JUIN 2017 6 , 4 5 $ P P 0 6 5 3 8 7 MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 PEUT-ON LIRE L\u2018AVENIR DANS LES GÈNES DES BÉBÉS? DÉFI MÉTROPOLITAIN DIM 28 MAI 50 À 150 KM TOUR LA NUIT VEN 2 JUIN 20 KM INSCRIVEZ-VOUS! TOUR DE L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL DIM 4 JUIN 28, 50, 65 OU 100 KM SUR LE VIF 6 CABINET DES CURIOSITÉS Astronautes recherchés : des tests d\u2019embauche étonnants.8 IMPRÉVISIBLE ZIKA Une épidémie qu\u2019on peine à cerner.10 UN REFROIDISSEMENT SUBIT DE L\u2019ATLANTIQUE NORD?C\u2019est ce que des modèles prédisent.16 MÈRES PORTEUSES: PRATIQUE NOBLE OU IMMORALE?Entrevue avec la sociologue Maria De Koninck.CHERCHEUR EN VEDETTE 52 À TABLE, LES NEURONES! Mélanie Plourde véri?e si les oméga-3 préviennent le déclin cognitif.EN COUVERTURE 20 Lire l\u2019avenir de bébé dans ses gènes Voudriez-vous connaître le risque couru par votre poupon de souffrir d\u2019un cancer du sein ou d'une maladie cardiaque?REPORTAGES 26 La science futuriste d\u2019Expo 67 Elle a permis à quelque 50 millions de visiteurs de se familiariser avec les nouveautés techniques et scienti?ques.32 Qui donc a tué le crime?Ici et ailleurs, le taux de criminalité connaît une chute impressionnante.Pourquoi ?37 S\u2019inspirer du corps humain pour capter le CO 2 L\u2019entreprise québécoise CO 2 Solutions compte utiliser une enzyme pour conquérir la planète.40 Au septième ciel avec mon robot Les automates s\u2019immisceront bientôt dans nos chambres à coucher, pour le meilleur et pour le pire.44 Tabagisme: l\u2019Afrique contre-attaque Déterminé à éviter la catastrophe, le Sénégal prend les devants dans la guerre contre le tabac.ÉDITORIAL 4 Québec Science se transforme Par Marie Lambert-Chan CHRONIQUES 9 Pour en ?nir avec l\u2019IMC Par Jean-François Cliche 11 Mon meilleur ami est un robot Par Catherine Mathys 14 Les semeurs d\u2019ignorance Par Normand Baillargeon 54 Culture Par Émilie Folie-Boivin 56 Le rock\u2019n\u2019roll de l\u2019Univers Par Serge Bouchard 58 Rétroviseur Par Saturnome SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE JUIN 2017 20 16 32 44 26 Pssst ! Nous avons de nouveaux chroniqueurs.À lire absolument! P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : E R I C B E A N / G E T T Y QUÉBEC SCIENCE 4 JUIN 2017 «R ien ne se perd, rien ne se crée; tout se transforme.» Le célèbre principe de Lavoisier décrit bien le Québec Science que vous tenez entre vos mains.Fruit d\u2019une réflexion de plusieurs mois, ce numéro se veut à la fois différent des précédents et respectueux de l\u2019ADN de votre magazine qui fête cette année ses 55 ans.L\u2019équipe de rédaction a repensé chaque page, mais l\u2019objectif reste le même: expliquer et raconter la science, ainsi que la technologie, avec rigueur et passion.Sans doute avez-vous déjà remarqué que la facture visuelle a subi une cure de jouvence.On la doit à notre formidable directeur artistique François Émond qui n\u2019a rien laissé au hasard.La police, les colonnes, la disposition des images, les touches de couleurs : tous ces éléments ont été minutieusement revus pour améliorer votre expérience de lecture.L\u2019ancienne section «Actualités» se métamorphose.Nous l\u2019avons rebaptisée «Sur le vif».Nous y privilégions de courts articles sur des recherches qui ont attiré notre attention par leur originalité, leur pertinence, ainsi que leur côté novateur ou amusant.Pour les nouvelles brûlantes, nous vous invitons à visiter notre site Web.Tous les jours, nous y rapportons ce qui se trame dans le monde effervescent de la science et de la techno.(Si ce n\u2019est déjà fait, nous encourageons les lecteurs à s\u2019abonner à nos réseaux sociaux pour ne rien manquer !) Nous proposons une nouvelle rubrique : «Le cabinet des curiosités » où est expliqué en images un objet, un lieu ou un événement qui pique l\u2019intérêt.Vous renouerez ensuite avec vos chroniqueurs préférés, Normand Baillargeon et Jean-François Cliche.Ce dernier répondait auparavant aux questions des lecteurs.Désormais, il se penchera plutôt sur la science qui fait controverse dans sa chronique bien intitulée «Polémique».Soyez sans crainte, vous pouvez continuer à faire parvenir vos interrogations à l\u2019adresse courrier@quebecscience.qc.ca.Notre équipe se fera un plaisir d\u2019y répondre sur notre site.Autre nouveauté : la journaliste Catherine Mathys, connue entre autres pour sa collaboration à l\u2019émission La sphère, sur les ondes d\u2019ICI Radio-Canada Première, tiendra la chronique «Technopop» où, avec humour et panache, elle ré?échira à l\u2019impact des technos sur nos vies.Nous avons con?é à la journaliste Émilie Folie-Boivin la rubrique « Culture » où elle déploiera son ?air pour sélectionner le meilleur de la culture scienti?que, qu\u2019il s\u2019agisse de livres, de balados, d\u2019expositions, de documentaires, d\u2019émissions ou d\u2019événements.À la toute ?n du magazine, vous retrouverez, comme toujours, l\u2019anthropologue Serge Bouchard et sa prose majestueuse\u2026 ainsi qu\u2019un petit nouveau, Saturnome.Ce bédéiste revisitera des épisodes oubliés ou cocasses de l\u2019histoire des sciences.De quoi terminer (ou commencer, selon vos habitudes) votre Québec Science avec un éclat de rire ! Nous espérons de tout cœur que cette transformation vous inspirera.N\u2019hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.Si Québec Science a su garder le cap depuis tout ce temps, c\u2019est en bonne partie grâce à votre ?délité, vos attentes élevées et votre œil averti.Bonne lecture ! lQS Québec Science se transforme Au menu, de nouveaux chroniqueurs, un look rafraîchi et des rubriques inédites.Fruit d\u2019une ré?exion de plusieurs mois, ce numéro se veut à la fois différent des précédents et respectueux de l\u2019ADN de votre magazine Éditorial marie lambert-chan @mlambertchan N I C O L E A L I N E L E G A U L T VOS SOLUTIONS AU PARADOXE DE NEWCOMB Vous avez été nombreux à relever le dé?lancé par notre chroniqueur Normand Bail- largeon sur le paradoxe de Newcomb.Voici quelques- unes des solutions soumises: «Je choisirais sans hésitation la boîte B, ce que le devin aurait prédit, et je recevrais ainsi 1000000$.Il me semble illogique de prendre les deux boîtes, puisque je recevrais seulement 1000$.Par contre, si nous acceptons le fait que le prédicteur PRÉDIT l\u2019avenir, son taux de réussite devrait être de 100% et non de 90%.Si nous introduisons une possibilité d\u2019erreur de sa part, il s\u2019agit d\u2019une prévision et non plus d\u2019une prédiction, et tout ce qui précède ne tient plus.Là est le paradoxe.» \u2014 Robert Deschamps «Pour l\u2019explication psychologique, disons que le devin connaît votre personnalité et que si vous êtes du genre à vouloir le beurre et l\u2019argent du beurre, il aura prévu votre choix des deux boîtes et vous passerez à la caisse pour 1000$.Si vous êtes du genre à jouer les probabilités et que votre choix est B, le devin aura aussi prévu votre choix et alors bienvenue parmi les millionnaires.» \u2014 Raymond Brunelle «Du point de vue logique, on ne peut pas dire en même temps qu\u2019un tel pouvoir de prédiction est possible et, d\u2019autre part, que nous avons le libre-arbitre pour effectuer un choix.Qu\u2019ar- riverait-il si nous proposons de jouer la décision à pile ou face; le sort peut-il déterminer l\u2019état de la boîte?Ma conclusion: le prédicteur n\u2019existe pas.» \u2014 Michel Jean «Étant donné que, selon la description du paradoxe, le prédicteur ne se trompe à peu près jamais, il aura prédit mon choix et agi en conséquence.Si je prends les deux boîtes, il l\u2019aura prédit et n\u2019aura rien mis dans la boîte B.J\u2019aurai donc en main 1 000 $.Si je ne prends que la boîte B, il l\u2019aura prédit aussi, et y aura mis 1000000 $.J\u2019aurai donc en main 1000000$.L\u2019erreur du deuxième raisonnement qui nous suggère que le choix des deux boîtes peut être aussi intéressant consiste à ne pas respecter les règles du jeu; c\u2019est-à-dire à ne pas prendre en compte que le prédicteur a prévu votre choix et a déjà agi en conséquence.Vous risquez de perdre 1000000$ dans l\u2019espoir de gagner 1000$ de plus.La cupidité perd son homme!» \u2014 Laurent Ricard Consultez notre site pour voir toutes les réponses de nos lecteurs.FATIGUE CHRONIQUE: RÉACTION « En espérant que plusieurs personnes seront sensibilisées par cette explication [sur le syndrome de la fatigue chronique].Ma ?lle est af?igée de ce problème.Je souhaite que son état s\u2019améliore avec le temps et qu\u2019elle fasse partie du 5 % des gens qui guérissent, avec l\u2019aide du docteur Moreau, celle d\u2019autres chercheurs et avec [l\u2019octroi] de subventions.» \u2014 Nicole Bertrand Mots croisés JUIN 2017 VOLUME 55, NUMÉRO 8 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Joël Leblanc, Catherine Mathys, Jean-Benoît Nadeau, Laurie Noreau, Guillaume Roy, Marc-André Sabourin, Saturnome, Marion Spée Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Sylvain Cherkaoui, Frefon, Nicole-Aline Legault, Ohara Hale, Jean-François Hamelin, Dusan Milic, Mireille Massouh, Christinne Muschi, Renaud Philippe, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Catherine Brochu 418 694-2363 cbrochu@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Mai 2017 (538e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2017 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnement 514-521-8356 poste 504 1-800-576-8356 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 JUIN 2017 Québec Science honoré Le magazine a remporté le prix du meilleur magazine dans la catégorie «Sciences, affaires et politique» lors de l\u2019édition inaugurale des Canadian Magazine Awards/Grands Prix du magazine.«Ce prix reconnaît l'excellence de notre magazine qui, depuis 55 ans, raconte avec rigueur et passion l'actualité scienti?que et technologique.Cette récompense nous fait au chaud au cœur et nous pousse à redoubler d'ardeur pour toujours mieux informer nos lecteurs», souligne la rédactrice en chef Marie Lambert-Chan. Astronautes re cherchés Le processus de recrutement des astronautes canadiens n\u2019est pas de tout repos ! Le cabinet des curiosités A u cours des prochaines semaines, l\u2019Agence spatiale canadienne annoncera le nom des 2 nouveaux astronautes sélectionnés au terme d\u2019un concours qui aura duré près de 10 mois.Au total, plus de 3 772 candidats ont envoyé leur CV, dont 881 Québécois (3 sont toujours en lice).Ils sont ingénieurs, scienti?ques, médecins\u2026 et prêts à déménager à Houston, au Texas, pour travailler au Centre spatial Johnson de la NASA, où s\u2019entraînent les astronautes américains.Il s\u2019agit de la quatrième campagne de recrutement au pays, les précédentes ayant eu lieu en 2009, en 1992 et en 1983.Au total, le Canada a recruté 12 astronautes, dont Marc Garneau et Julie Payette.De ceux-là, 10 sont aujourd\u2019hui retraités.M.G.Pour tester leurs limites, les candidats sont soumis à des simulations de situations d\u2019urgence.Un exemple ?Colmater les fuites dans une pièce en train de se remplir d\u2019eau ou redresser un radeau de sauvetage chaviré en mer.QUÉBEC SCIENCE 6 JUIN 2017 Les six premiers astronautes canadiens recrutés en 1983 P H O T O S : A G E N C E S P A T I A L E C A N A D I E N N E Astronautes re cherchés La capacité à travailler en équipe et l\u2019esprit d\u2019analyse des ?nalistes sont évalués sur ce mur d\u2019escalade.Les astronautes doivent absolument savoir nager, car l\u2019entraînement pour les sorties dans l\u2019espace se fait en piscine.QUÉBEC SCIENCE 7 JUIN 2017 Un astronaute doit démontrer une certaine dextérité. QUÉBEC SCIENCE 8 JUIN 2017 D epuis deux ans, les études scienti?ques sur le virus Zika se multiplient, et leurs conclusions se rejoignent sur un point : la bête est dif?cile à cerner.Le virus est-il plus dangereux que ce qu\u2019on pensait?Continuera-t-il à se répandre ou ralentira-t-il sa course?«Tous les scénarios sont possibles.C\u2019est de la spéculation, mais autant être prêt pour le pire», répond Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l\u2019Université Laval, à Québec, qui mène actuellement un essai clinique avec un vaccin potentiel.«C\u2019est une épidémie complexe à appréhender, car il y a plusieurs souches virales, et on ne sait pas combien de temps les gens restent immunisés après une première infection », explique de son côté Cédric Yansouni, spécialiste des maladies infectieuses au Centre universitaire de santé McGill.Découvert en Afrique en 1947 et transmis par des moustiques, ce virus a fait les manchettes en 2014 lorsqu\u2019il a atteint le continent américain (rien qu\u2019au Brésil, plus de 100000 cas ont été recensés en 3 ans).Généralement bénin, il peut néanmoins entraîner de graves malformations chez les fœtus, dont des microcéphalies (boîte crânienne sous-développée).Malgré d\u2019importants efforts de recherche, on ne sait pas encore précisément quel est le risque de malformation du bébé en cas d\u2019infection de la mère.Imprévisible Zika Les études s'accumulent, mais le virus demeure dif?cile à cerner.Par Marine Corniou SUR LE VIF C A R L O S G I U S T I / L A P R E S S E C A N A D I E N N E QUÉBEC SCIENCE 9 JUIN 2017 w «Une femme enceinte court globalement 6% de risque de transmettre le virus à son fœtus si elle est infectée [11% au premier trimestre], explique Cédric Yansouni.Le risque de malformation qui en découle semble très élevé.» Celui-ci peut atteindre plus de 40% selon les études.Le portrait est d\u2019autant plus complexe qu\u2019il «semble y avoir une association entre la probabilité de malformation fœtale et le fait que la femme ait pu contracter la dengue [aussi transmise par les moustiques] dans le passé».Cédric Yansouni rappelle qu\u2019il est toujours déconseillé de voyager dans les zones à risque (en gros, les Caraïbes, le Mexique et tous les pays d\u2019Amérique centrale et du Sud) en cas de grossesse ou de projet de grossesse, le virus pouvant persister six mois dans le sperme et être transmis par voie sexuelle.Au Canada, environ 500 voyageurs ont été touchés, les symptômes étant le plus souvent légers.Mais sur ce point, une étude récente, publiée par l\u2019équipe de Cédric Yansouni dans le Journal de l\u2019Association médicale canadienne (CMAJ), suscite l\u2019inquiétude.Elle suggère que les complications liées à l\u2019infection, notamment le syndrome de Guillain-Barré (une atteinte neurologique qui entraîne une paralysie temporaire), pourraient être plus fréquentes que ce qu\u2019on pensait.En suivant plus de 1 000 Canadiens ayant présenté une fièvre après un voyage à l\u2019étranger entre octobre 2015 et septembre 2016, les chercheurs ont découvert que 41 personnes étaient infectées par le Zika; et que, dans ce groupe, tout le spectre des complications était présent.«On a eu deux cas de Guillain-Barré.L\u2019échantillon est petit, mais ça demeure un signal surprenant», af?rme le chercheur.Le vaccin est donc attendu avec impatience.Et les premiers résultats obtenus par Gary Kobinger sont encourageants.La première phase, portant sur 40 patients (dont 15 Québécois), a montré que le vaccin était bien toléré et qu\u2019il induisait une réponse immunitaire.La deuxième phase est en cours, notamment à Porto Rico sur 160 personnes.« Comme c\u2019est une zone où le virus est présent, on devrait commencer à savoir à l\u2019automne s\u2019il y a des signes d\u2019ef?cacité», précise-t-il.I Imaginez un peu le scandale! Des chercheurs de Chicago ont mesuré le niveau d\u2019activité physique de près de 2 000 personnes en leur faisant porter des accéléromètres pendant 7 jours, au début de l\u2019étude, puis ils ont ensuite suivi le poids de ces gens pendant 3 ans.Au ?nal, les sédentaires ont pris, en moyenne, 0,4 kg par année.Et les « actifs », eux\u2026 Eh bien non, ils n\u2019ont pas perdu de poids.En fait, ils ont gagné 0,7 kg par année.Presque deux fois plus que les sédentaires ! L\u2019étude, parue en février dans la revue savante Peer J, a connu un fort succès médiatique.« Le sport fait-il grossir ou maigrir ?» ou encore « L\u2019activité physique ne permet pas de contrôler le poids », a-t-on lu çà et là dans les médias.Remarquez que j\u2019aime bien quand on bouscule les idées reçues, ne serait-ce que pour savoir si elles tiennent debout.Mais il y a tout de même quelques trucs qui me chicotent dans cette histoire.D\u2019abord, le design de l\u2019étude n\u2019était pas particulièrement bon pour mesurer l\u2019effet du jogging et des autres formes d\u2019« auto-torture » sur le tour de taille.Le niveau d\u2019activité physique a bien été évalué, mais seulement en début de parcours.Ceux qui étaient sédentaires à ce moment-là pouvaient dif?cilement faire moins de sport par la suite \u2013 ils ne pouvaient logiquement qu\u2019en faire autant ou plus.À l\u2019inverse, un participant sportif au départ, mais qui se serait laissé aller ensuite, aurait quand même été considéré comme un «actif».Tout cela a pu brouiller les résultats.Cela ne reste jamais qu\u2019une seule étude.Quand on agrège les résultats de toutes les recherches pertinentes, on se rend compte que l\u2019exercice aide à perdre du poids.Néanmoins, il y a un problème «de taille» avec la plupart des études qui suggèrent que l\u2019exercice ne fait pas maigrir : elles prennent comme mesure principale le fameux indice de masse corporelle (IMC, soit le ratio du poids sur le carré de la taille).Or « ce n\u2019est tout simplement pas une bonne cible thérapeutique », estime, à l\u2019instar de plusieurs collègues scienti?ques, Benoît Arsenault, chercheur à l\u2019Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.L\u2019IMC n\u2019est pas dénué de valeur : l\u2019embonpoint (IMC entre 25 et 30) et l\u2019obésité (IMC de plus de 30) sont bel et bien liés à divers problèmes de santé.Mais il reste une mesure grossière.Que l\u2019on prenne 10 kg de muscle en s\u2019entraînant ou 10 kg de « poignées d\u2019amour », l\u2019indice n\u2019y voit que du feu.« Les gens qui ne font aucun sport et s\u2019alimentent mal ne sont pas nécessairement les plus lourds, mais leurs habitudes malsaines auront un effet sur la distribution de la graisse à l\u2019intérieur du corps.Ils ont davantage de dépôts de graisse ectopique, c\u2019est- à-dire la graisse située ailleurs que dans le tissu adipeux sous-cutané, comme dans le foie ou autour de l\u2019intestin, et même du cœur.Cette graisse ne pèse pas beaucoup sur la balance, mais elle augmente grandement le risque de diabète de type 2 et des maladies du cœur », explique M.Arsenault.En fait, c\u2019est la « pire » de toutes les graisses et plusieurs études démontrent que l\u2019exercice, en plus d\u2019aider (un peu) à amincir la silhouette, est particulièrement ef?cace pour s\u2019en débarrasser.Bref, analyser les bienfaits du sport uniquement à travers le prisme de l\u2019IMC équivaut à dessiner un arc-en- ciel avec des crayons d\u2019une seule couleur : on perd trop d\u2019information pour que l\u2019exercice soit vraiment parlant.lQS Pour en ?nir avec l\u2019IMC Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf l e ?lm catastrophe Le jour d\u2019après, sorti en 2004, avait pour élément déclencheur une modi?ca- tion drastique du climat dans l\u2019hémisphère nord qui se retrouvait carrément recouvert de glaces ! C\u2019était un peu fort de café, scénario hollywoodien oblige.Il reste que la possibilité d\u2019un refroidissement du climat autour de l\u2019Atlantique Nord est bien connue, même si les prévisions l\u2019annoncent progressif et, a priori, pas pour le XXIe siècle.Mais le revirement pourrait être plus abrupt que les scienti?ques le croyaient.Des chercheurs français et britanniques ont réévalué le risque en ciblant un élément local bien précis.«Nous nous sommes concentrés sur le phénomène de convection en mer du Labrador», explique Giovanni Sgubin, premier auteur de l\u2019étude parue dans la revue savante Nature Communications.Quel est ce phénomène?En hiver, les eaux de surface de la mer du Labrador se refroidissent et deviennent plus denses que celles des profondeurs; elles plongent donc vers le fond.La chaleur des eaux profondes remonte alors vers la surface et empêche la formation de banquises.Mais la hausse des précipitations et la fonte des glaciers associées au réchauffement climatique diminueront la salinité des eaux de surface; cela a même déjà commencé.Cette dilution diminuera la densité en surface, ce qui ne permettra plus le mélange des eaux pendant la période hivernale.Cette nouvelle donne pourrait tout bonnement causer un arrêt du phénomène de convection, et sérieusement affecter les températures de la région Atlantique Nord.«On a créé un algorithme capable de sélectionner, parmi les 40 modèles climatiques pris en compte par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat, ceux qui reproduisaient une strati?cation réaliste dans la mer du Labrador pour les conditions climatiques actuelles», précise le professeur à l\u2019Université de Bordeaux.Onze modèles ont répondu aux exigences et, de ce ?orilège, 45% prévoient un arrêt de la fameuse convection.Cette modification entraînerait un refroidissement de 2°C à 3°C de la mer du Labrador qui, à son tour, rafraîchirait les régions côtières environnantes.Pas de panique ! « On parle de 45 %; c\u2019est donc que plus de la moitié des modèles sélectionnés ne prédisent pas de refroidissement », nuance Daniel Bourgault, professeur en océanographie physique à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski.Il souligne que, même si ce refroidissement avait lieu rapidement, le climat planétaire, en moyenne, serait tout de même à la hausse.« La distribution géographique des changements de température peut être hétérogène, avec une majorité des régions qui se réchauffent et d\u2019autres qui se refroidissent», précise le professeur.Dans Le jour d\u2019après, le président américain regrette de ne pas avoir voulu regarder en face la menace climatique que les scienti?ques prévoyaient pourtant.Reste à voir si cette partie précise de l\u2019histoire se transposera aussi dans la réalité.lQS vers un refroidissement subit  de l\u2019Atlantique Nord ?Alors que les températures mondiales sont en hausse, des modèles prédisent un refroidissement des régions côtières de l\u2019Atlantique Nord.Par Marion Spée QUÉBEC SCIENCE 10 JUIN 2017 sur le vIf Profondeur en mètres 0 1000 2000 3000 La circulation des eaux de la mer du Labrador et le gyre subpolaire (en rouge).G I O V A N N I S G U B I N / E P O C Du saran Wrap réfrigérant ! Mon meilleur ami est un robot On a longtemps voulu robotiser les humains; voilà maintenant qu\u2019on veut humaniser les robots.L\u2019informatique affective amène les machines à reconnaître, interpréter et même exprimer des émotions quand on entre en contact avec elles.Il y a 20 ans, on s\u2019est attaché à Clippy, le petit trombone de Microsoft Of?ce.Mais ce ne fut pas réciproque.Maintenant, on aimerait bien que les assistants virtuels de la trempe de Clippy s\u2019attachent aussi à nous ou, à tout le moins, qu\u2019ils se soucient de notre bien-être.Selon des experts, l\u2019avenir ressemble beaucoup plus au ?lm Her qu\u2019on ne le pense.L\u2019émotion est un langage universel que tout le monde possède (sauf votre ex, bien sûr); normal d\u2019en équiper nos machines, disent-ils.Mais dans quelle galère nous embarquons-nous ?Vous n\u2019aimez pas que GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) recueille vos données ?Qu\u2019est-ce que ce sera quand elle collectera vos émotions ?C\u2019est pourtant là qu\u2019on semble se diriger.Imaginez le scénario.« Aurais-tu envie d\u2019un bon café ?» me demande Mario (nom de mon robot personnel ?ctif) qui sait que, habituellement, j\u2019ai une petite baisse de régime à cette heure-ci.« Le meilleur latte en ville se trouve à 850 m », me conseille- t-il en fonction des notes attribuées par ma communauté en ligne.« Et n\u2019oublie pas d\u2019appeler ta tante pour son anniversaire.Je sais qu\u2019elle est importante pour toi.Ne t\u2019en fais pas, je m\u2019occupe des ?eurs.» Sacré Mario! Vous ne le savez pas encore, mais c\u2019est ce que vous voulez.En tout cas, c\u2019est le résultat d\u2019une expérience menée par Huge, une agence de marketing américaine, qui a découvert qu\u2019une majorité d\u2019utilisateurs des systèmes Amazon Echo ou Google Home espèrent une relation amicale avec les machines.Depuis la simple empathie jusqu\u2019au soutien émotif, en passant par le conseil, l\u2019assistant virtuel est appelé à remplir un rôle bien plus complexe que Clippy, que j\u2019aime encore, même s\u2019il n\u2019a jamais su le déceler.Je vais me reprendre avec Mario.QUÉBEC SCIENCE 11 JUIN 2017 À première vue, le matériau ne paie pas de mine.On dirait un ?lm plastique étirable, disponible sous forme de gros rouleaux blanchâtres.Il s\u2019agit en fait d\u2019une petite merveille; ce polymère est capable de refroidir n\u2019importe quelle surface, sans consommer la moindre énergie.Une sorte de climatiseur futuriste qui pourrait faire baisser la température d\u2019un toit, d\u2019une auto ou d\u2019un panneau solaire de 10°C par rapport à la température ambiante, même en plein soleil.Son secret ?Il évacue la chaleur directement dans l\u2019espace, au-delà de l\u2019atmosphère ! Mis au point par des ingénieurs de l\u2019université de Boulder, au Colorado, ce matériau a été en fait inspiré par un phénomène naturel bien connu : le refroidissement radiatif, soit l\u2019émission de rayonnement infrarouge.Ainsi, tous les objets ou êtres vivants dissipent de la chaleur sous forme d\u2019infrarouges, à des longueurs d\u2019onde comprises entre 5 et 15 micromètres (µm).Mais il existe une « fenêtre thermique » un peu magique, entre 8µm et 13µm.À ces longueurs d\u2019onde, le rayonnement infrarouge n\u2019est pas absorbé par l\u2019atmosphère et s\u2019échappe directement dans l\u2019espace.C\u2019est de cette façon que les déserts, brûlants le jour, tombent parfois la nuit sous le point de congélation ! Pour «absorber» la chaleur de la surface sur laquelle il se trouve et l\u2019évacuer sous forme de rayonnement infrarouge de 10 µm, le matériau compte sur des microbilles de verre dispersées dans un polymère transparent.Ces sphères ont un diamètre de 8 µm qui leur permet d\u2019émettre des radiations dans la fenêtre thermique.Pour qu\u2019il puisse fonctionner en plein jour, le matériau agit aussi comme un miroir : la face inférieure est tapissée d\u2019une ?ne couche d\u2019argent qui reflète 96 % du rayonnement solaire.Résultat, il ne chauffe pas, même en été, ce qui permet d\u2019optimiser cet «effet de serre inversé».L\u2019équipe de Boulder n\u2019est pas la première à exploiter le rayonnement radiatif pour mettre au point un matériau réfrigérant.En 2014, des scienti?ques de l\u2019université Stanford avaient produit un ?lm équivalent, mais composé de matériaux photoniques onéreux.Cette fois, les auteurs af?rment que leur ?lm peut être produit en grande quantité à un prix compris entre 0,25 $US et 0,50 $US par mètre carré.On s\u2019équipe ?M.C.Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc U N I V E R S I T É D E B O U L D E R N I C O L E A L I N E L E G A U L T Histoire du vélo au Québec Hors série En k iosq ue le 1e r juin 50 ANS DE VÉLO QUÉBEC En 50 ans, nous sommes passés du bicycle à pédales au vélo.Suivez le parcours de la petite reine dans ce numéro spécial ! ?Les batailles gagnées ?Le vélo, outil d\u2019émancipation ?La pratique d\u2019hier à aujourd\u2019hui ?Les grandes compétitions ?La naissance du cyclotourisme ?La vision de l\u2019avenir QUÉBEC SCIENCE 13 JUIN 2017 Jusqu\u2019à présent, les délicats vaisseaux sanguins de notre cœur n\u2019ont jamais pu être reproduits.La solution se trouverait peut-être dans les feuilles d\u2019épinards ! Le système vasculaire de ce légume vert ressemble à s\u2019y méprendre au nôtre : un réseau complexe de veinules s\u2019occupe d\u2019acheminer l\u2019eau et les nutriments jusqu\u2019aux cellules.Des chercheurs du Worcester Polytechnic Institute, au Massachusetts, ont donc utilisé ces réseaux pour reproduire le mouvement du sang dans les petits capillaires humains.En laboratoire, ils ont retiré les cellules de la feuille d\u2019épinards pour ne garder que sa structure en cellulose.Ce matériau est déjà utilisé en médecine, notamment pour créer du cartilage et certaines parties de l\u2019os, ou pour aider à la cicatrisation.Les chercheurs ont ensuite plongé cette membrane cellulosique dans des cellules humaines.Un tissu s\u2019est formé autour de la structure, puis autour des petites veines, créant ainsi l\u2019architecture d\u2019un cœur.Du colorant rouge a été injecté et les circuits vasculaires se sont gorgés de liquide, empruntant le même chemin que celui des cellules et des nutriments du sang envoyés au cœur.Les résultats de cette expérience ont été publiés dans la revue Biomaterials.Pour l\u2019heure, ces travaux ne sont qu\u2019une preuve de concept.Ils laissent toutefois entrevoir la possibilité de remplacer certains tissus cardiaques endommagés par ce réseau de veines végétales.Les idées ne manquent pas pour utiliser les plantes a?n de réparer le corps humain : pourquoi ne pas pro?ter du réseau vascularisé du bois pour réparer certains os ?L.N.Onze C\u2019est le nombre de nouvelles sortes de nuages ajoutées dans l\u2019Atlas international des nuages.Parmi elles se trouvent le monstrueux « asperitas », fait d\u2019ondulations chaotiques dignes des plus grands ?lms d\u2019apocalypse; et le « ?uctus », moins effrayant et caractérisé par de belles vagues sur le dessus du nuage.Créé par l\u2019Organisation météorologique mondiale (OMM), l\u2019Atlas était resté inchangé depuis 1987, à une époque où Internet n\u2019existait pas encore.Pour souligner en grand son entrée dans l\u2019ère numérique, l\u2019OMM a créé un portail web répertoriant la centaine de formes de nuages existantes.www.wmocloudatlas.org L.N.Un cœur d\u2019épinards Asperitas Fluctus ?La longue histoire du nez Long, ?n, retroussé, épaté, large ou pointu, notre nez nous vient de nos parents, mais sa forme résulte aussi de milliers d\u2019années d\u2019adaptation au climat dans lequel vivaient nos ancêtres.C\u2019est ce qu\u2019af?rment des anthropologues de l\u2019université d\u2019État de Pennsylvanie dans une étude publiée par PLOS Genetics.Partant de l\u2019hypothèse que le nez permet de tempérer l\u2019air que l\u2019on inspire, « pour qu\u2019il se réchauffe et s\u2019humi- di?e avant d\u2019atteindre les voies respiratoires », les chercheurs ont photographié en 3D les nez de 2 600 personnes du monde entier, en compilant aussi les données climatiques des différentes régions où elles se trouvaient.Leur conclusion ?Certains aspects de la forme du nez (la largeur des narines, surtout) sont en effet liés à une adaptation au climat.Ainsi, les narines étroites faciliteraient l\u2019humidi?cation de l\u2019air par le mucus nasal, alors que les nez larges et courts seraient mieux adaptés à l\u2019air chaud et humide.Mais ce n\u2019est pas tout.Notre pif serait aussi un atout sexuel : certaines formes de nez auraient été privilégiées au cours de l\u2019évolution, car considérées comme plus attrayantes.M.C. QUÉBEC SCIENCE 14 JUIN 2017 L \u2019étude de ce qu\u2019on ignore.C\u2019est l\u2019étrange dé?nition de l\u2019« agnotologie », un mot créé il y a une vingtaine d\u2019années pour désigner à la fois l\u2019étude de l\u2019ignorance et celle des stratégies mises en œuvre pour la propager.Car on parle ici d\u2019une ignorance systématiquement et délibérément fabriquée, notamment par diverses industries, comme celles du tabac ou du pétrole.Leurs stratégies, de mieux en mieux connues, visent à nier que le tabac cause le cancer ou que brûler des énergies fossiles contribue au réchauffement climatique.Prenez le cas, amplement documenté, d\u2019ExxonMobil.Comptant des milliers de scienti?ques dans ses rangs et disposant de données cruciales sur les ressources exploitables, cette compagnie connaissait depuis longtemps l\u2019essentiel de ce qu\u2019il y a à savoir sur le réchauffement climatique anthropique.Mais elle s\u2019est employée à propager l\u2019ignorance, en mettant en doute les données scienti?ques que des chercheurs tentaient de porter à l\u2019attention du public et des politiciens.(Une information stu- pé?ante, en passant: le président Trump a nommé l\u2019ex-patron d\u2019ExxonMobil, Rex Tillerson, à la tête de la diplomatie américaine.) Cette stratégie, inspirée des actions de l\u2019industrie du tabac, est construite autour de l\u2019idée qu\u2019on retrouve dans un mémo rédigé en 1969 par une ?rme de relations publiques à l\u2019intention d\u2019un fabricant de cigarettes: «Notre produit, c\u2019est le doute.» Ce doute, fabriqué et entretenu, concerne les vertus épistémiques.L\u2019honnêteté intellectuelle, la curiosité, la capacité à changer d\u2019idée quand les faits le commandent en sont des exemples.Ce sont des qualités que les scienti?ques et la science (mais aussi, et autant que possible, le commun des mortels) devraient incarner.On le sait, les pseudosciences se drapent souvent de ces vertus épisté- miques pour réclamer qu\u2019on leur accorde, à elles aussi, un statut scienti?que.Ainsi, le magicien israélien Uri Geller prétend avoir validé en laboratoire l\u2019existence de ses pouvoirs paranormaux.Ou encore, certains adeptes de croyances «mystico-nouvel-âgistes» en réfèrent parfois, de manière typiquement obscurantiste, à la mécanique quantique qui viendrait con?rmer leurs idées.Les procédés agnotologiques des entreprises comme ExxonMobil sont cependant distincts.Cette fois, il s\u2019agit de se parer des vertus épistémiques de la science pour s\u2019en réclamer, mais aussi pour contester la valeur d\u2019un savoir scienti?que pourtant établi ! Cette perversion est bien plus pernicieuse et ef?cace que la précédente.Les semeurs d\u2019ignorance Des individus et des industries se muent en marchands de doute pour contester le savoir scienti?que.I L L U S T R A T I O N : V I G G Je doute donc je suis normand baillarGeon @nb58 N I C O L E A L I N E L E G A U L T QUÉBEC SCIENCE 15 JUIN 2017 Le doute est une vertu épistémique cruciale en science.Il conduit à rester critique, à admettre que tout ce qu\u2019on sait est en soi révisable.Cet esprit critique, ce sain scepticisme, c\u2019est la posture que prennent les semeurs d\u2019ignorance, mais pour la pasticher\u2026 et la pervertir ! Ainsi, leur doute n\u2019est pas engendré par les preuves, mais les précède et commande leur sélection intéressée.Dans la foulée, ils accuseront les scienti?ques de manquer de cette vertu et se positionneront comme incarnant ce que doit véritablement être la science.Autre vertu travestie : le caractère institutionnalisé de la science.Ce dernier n\u2019est pas tant une affaire de génie solitaire que de collaboration et de débats entre scienti?ques, à coups d\u2019articles revus par les pairs.Les promoteurs d\u2019ignorance l\u2019ont compris et mettent donc sur pied des institutions bidon qui parodient celles de la science : revues, instituts, groupes de recherche, qui réclament ensuite de prendre part au débat public, au nom de cette nécessaire ouverture aux positions dissidentes.QUESTION D'IDÉOLOGIE Une troisième perversion notable concerne le rapport de la science au politique.Visant l\u2019objectivité, la recherche scienti?que œuvre à se prémunir contre toute contamination : les objets de recherche, les méthodes, les conclusions défendues, tout cela ne doit en aucun cas être le fruit de pressions politiques ou dicté par l\u2019idéologie.Cette fois, la stratégie des propagateurs d\u2019ignorance sera d\u2019accuser les scienti?ques d\u2019avoir un «agenda caché» ou d\u2019être motivés par une quête de subventions publiques.Ou encore, et c\u2019est une stratégie redoutablement ef?cace, on transportera le débat sur le terrain politique en accusant les scienti?ques de promouvoir, sans l\u2019avouer, des valeurs dont on pense qu\u2019elles répugnent au public qu\u2019on veut tromper.Fumer devient ainsi non pas tant une affaire de santé publique qu\u2019une question de liberté, que les ennemis du tabac veulent entraver.Vous l\u2019avez deviné : la thèse du réchauffement climatique est, de ce point de vue, une attaque en règle contre «nos» valeurs, «notre» mode de vie, «nos» idéaux politiques; et menée par des ennemis.Des faits que nous ne pouvons pourtant nous permettre d\u2019ignorer passent ainsi à la trappe dans le débat démocratique.lQS De la compétition dans les ondes La technologie Bluetooth n\u2019a qu\u2019à bien se tenir.Des professeurs de l\u2019Université du Québec à Montréal ont mis au point une puce qui pourrait révolutionner le système de communication sans ?l de courte portée.L\u2019appareil consommerait de 35 à 40 fois moins d\u2019énergie que son plus proche concurrent.Exit les batteries déchargées en quelques heures à peine.Frédéric Nabki et Dominic Deslandes ont fondé Spark Microsystems avec l\u2019intention de réinventer la transmission d\u2019ondes.Au lieu d\u2019envoyer une onde continue comme dans les appareils actuels, leur système fonctionne sous forme d\u2019impulsions.Entre chaque impulsion, le système s\u2019éteint, d\u2019où cette grande économie d\u2019énergie.Selon eux, on pourrait même éliminer la pile de l\u2019appareil pour la remplacer par des cellules solaires.L\u2019heure de la retraite a-t-elle sonné pour Bluetooth ?L.N.Pas besoin de tirer ma vache Après le burger sans viande, voici maintenant le lait de vache sans vache.Une nouvelle entreprise californienne a créé le lait Perfect Day à l\u2019aide de la bio-impression 3D.Comment y par- vient-on ?En insérant une séquence d\u2019ADN de vache imprimée en 3D dans une souche de levure appelée Buttercup.La levure fermente avec le sucre pour fabriquer les vraies protéines du lait, la caséine et le lactosérum.Pour obtenir le produit ?nal, on y ajoute des graisses, des sucres et des nutriments végétaux.L\u2019impact environnemental de ce lait nouveau genre serait minime.Il utiliserait 98 % moins d\u2019eau et émettrait 65 % moins de gaz à effet de serre que la production traditionnelle du lait de vache.Pour les amoureux du lait, soyez rassurés : il n\u2019y aurait aucun impact sur le goût.L.N.Première carte 3D du génome Comment la molécule d\u2019ADN, qui mesure plus de 1 m de long, s\u2019enroule-t-elle pour tenir dans le minuscule noyau des cellules ?C\u2019est ce qu\u2019a voulu savoir une équipe de l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni, qui a scruté le matériel génétique d\u2019une cellule souche embryonnaire de souris.En prenant une série de clichés et en étudiant plus de 100 000 zones de contact au sein de la molécule, ils ont produit la première carte 3D du génome, mettant en lumière tous ses plis et replis dans la revue Nature.M.C.SUIVEZ TOUTES NOS ACTUALITÉS SUR WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA \u203a Mères porteuses  pratique noble ou immor QUÉBEC SCIENCE 16 JUIN 2017 À quand remontent les débuts de la pratique ?Maria De Koninck Cela fait à peu près 40 ans.J\u2019ai écrit sur les mères porteuses pour la première fois en 1985.J\u2019étais professionnelle de recherche au ministère de la Santé du Québec et on avait eu vent de cette nouvelle pratique, rendue possible avec la fécondation in vitro.C\u2019était marginal, mais ça s\u2019est répandu, depuis.QS Quelle est l\u2019ampleur du phénomène ?MDKOn n\u2019a pas beaucoup d\u2019information, puisque ce n\u2019est pas permis au Québec.On ne détient pas vraiment de données pour le Canada non plus.Des chercheurs tentent d\u2019en obtenir des cliniques de fertilité.QS Pourquoi condamnez-vous la pratique?MDK Selon moi, un être humain ne doit jamais faire l\u2019objet d\u2019un échange.QS Mais pour les mères porteuses canadiennes, il n\u2019y a jamais d\u2019argent en jeu.MDK Quand on fait appel à une femme pour porter un enfant, et qu\u2019elle accepte, sans être rémunérée, il y a quand même une entente qui prévoit que la femme va donner l\u2019enfant après sa naissance.Le bébé est pourtant un être humain et sa dignité fait en sorte qu\u2019il ne doit pas faire l\u2019objet d\u2019un don.QS L\u2019adoption est également faite d\u2019échanges.Condamnez-vous cette pratique ?MDK Il y a une distinction fondamentale entre un enfant qui est con?é, une fois né, à des personnes qui ne sont pas ses parents biologiques et le fait de décider à l\u2019avance qu\u2019il ne restera pas avec sa mère.Pour toutes sortes de raisons, il peut arriver que les parents ne soient pas en mesure d\u2019éduquer un enfant.Avec le recours aux mères porteuses, on crée un grand paradoxe.On choisit cette option en général pour avoir un enfant qui est lié génétiquement au père.Mais, de plus en plus souvent, on achète l\u2019ovule d\u2019une femme, on le fait féconder avec le sperme du père et on le fait porter par une autre femme.Le père, lui, a un lien génétique avec sa progéniture.Mais l\u2019enfant n\u2019y a droit qu\u2019à moitié puisqu\u2019on lui refuse de connaître ses origines maternelles.QS Qu\u2019en est-il des couples qui intègrent la mère porteuse à la famille ?MDK Un cas d\u2019arrangement est souvent évoqué : celui de l\u2019artiste Rufus Wainwright qui, marié à un homme, a eu une ?lle avec Lorca Cohen [NDLR, ?lle de Leonard Cohen].L\u2019enfant porte QUÉBEC SCIENCE 17 JUIN 2017 Le gouvernement provincial travaille présentement à clari?er le ?ou juridique autour de la gestation pour autrui, alors que deux décisions récentes de la cour ont forcé la province à reconnaître l\u2019adoption de bébés par des parents d\u2019ici ayant eu recours à des mères porteuses en Asie, pour le bien des enfants.Il faut savoir que, si certains couples trouvent dans leur entourage ou sur le Web une Québécoise prête à porter leur enfant, d\u2019autres se tournent vers des cliniques de fertilité controversées dans les pays en voie de développement.Est-ce une instrumentalisation du corps des femmes ?Ou un contrat louable qui fait le bonheur de toutes les parties ?La sociologue Maria De Koninck, professeure émérite à la faculté de médecine de l\u2019Université Laval, estime qu\u2019il faut bannir cette pratique à tout prix.Propos recueillis par mélissa Guillemette La gestation pour autrui est permise au Canada, si elle n\u2019est pas rémunérée.Au Québec, en revanche, les ententes entre mères porteuses et parents d\u2019intention n\u2019ont aucune valeur légale.Doit-on légaliser la pratique ?s  tique noble ou immorale ?ENTREVUE Z U M A P R E S S , I N C ./ A L A M Y S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 18 JUIN 2017 le nom de sa mère ainsi que de son père et la garde est partagée.M.Wainwright insiste pour dire que Mme Cohen n\u2019est pas une mère porteuse, mais bel et bien la mère de l\u2019enfant.Il dé?nit le rôle de son conjoint comme celui d\u2019un second père.Dans un tel cas, il n\u2019y a ni don ni abandon.Je ne considère pas que la dignité humaine de l\u2019enfant est mise en cause.Quant à la femme qui accepte de porter un enfant dans la perspective d\u2019un don pour des connaissances ou des ami(e)s, et qui accepte de ne pas assumer de responsabilités maternelles ensuite, même si son intention est noble, elle est instrumentalisée.QS Mais ces femmes ont pris la décision elles-mêmes, non?MDK D\u2019abord, précisons que je ne pose pas de jugement sur les femmes qui décident de le faire.Je pose un jugement sur la pratique.Ses défenseurs disent que les mères porteuses sont «autonomes».L\u2019autonomie des femmes est effectivement un principe important.J\u2019ai fait partie de l\u2019équipe de rédaction de la politique d\u2019ensemble sur la condition des femmes Pour les Québécoises : égalité et indépendance, rendue publique en 1978.Le principe qui a guidé tous nos travaux est justement l\u2019autonomie des femmes.Mais ce terme peut être galvaudé\u2026 La mère porteuse devient un moyen pour d\u2019autres personnes d\u2019avoir un enfant.Quand on dit que les femmes le veulent, c\u2019est un détournement du discours.QS La pratique a-t-elle un impact sur l\u2019enfant ?MDK Il y a eu quelques études, menées chez des enfants relativement jeunes, car le phénomène est encore assez nouveau.À ce jour, le constat est qu\u2019ils se portent bien et ont une bonne famille.Mais à l\u2019âge adulte, il n\u2019y a pas d\u2019étude.Or on sait que des enfants adoptés se mettent en quête de leurs origines à l\u2019âge adulte, parfois même très tard dans leur vie.Ceux qui voient là une atteinte aux droits de l\u2019enfant se posent la question: l\u2019enfant, une fois adulte, ne va-t-il pas se demander pourquoi sa mère a accepté ça?Il faut lui donner toutes les chances pour évoluer de façon harmonieuse.D\u2019ailleurs, la science ne cesse de démontrer que la relation entre l\u2019enfant et la mère commence pendant la grossesse: le cerveau de la mère se modi?e pendant cette période, apprenait-on récemment.Également, le stress vécu a un impact sur le poids du bébé.On peut penser à la santé des femmes aussi: la stimulation ovarienne n\u2019est pas sans impact.La grossesse comporte aussi certains risques.Et le tout se termine parfois par une césarienne exigée par les parents «commanditaires».Surtout, c\u2019est un morcellement de l\u2019expérience humaine qu\u2019est la grossesse: la conception, la gestation et l\u2019enfantement.Ce faisant, on la dépouille de son sens.Nous sommes des êtres humains et le symbolisme est important, non?QS Vous estimez qu\u2019il faut un débat sur la question, mais qu\u2019il est dif?cile à tenir.Pourquoi ?MDK Les arguments font en sorte que le débat n\u2019a pas lieu.La question des droits nuit beaucoup à la ré?exion.Ces dernières décennies, on a développé les droits individuels, ce qui est une excellente chose, mais on est rendu à un moment où ceux-ci prennent le dessus sur la discussion autour du bien commun.On parle maintenant du «droit à l\u2019enfant » et c\u2019est fortement contestable.Quand on évoque ça, la porte du débat est fermée; on peut dif?cilement s\u2019opposer.D\u2019autre part, il y a une confusion autour du respect des droits des homosexuels dans ce dossier.Est-ce qu\u2019interdire le recours aux mères porteuses est une négation de leurs droits parce que cette pratique leur permet d\u2019avoir des enfants?L\u2019enfant n\u2019est pourtant pas une «chose» à laquelle on a droit ! QS Mais le désir d\u2019avoir un enfant peut certainement être fort.MDK Il y a une construction sociale du désir d\u2019enfant à tout prix \u2013 de son enfant à tout prix \u2013 qui s\u2019accompagne d\u2019une détresse.J\u2019appelle ça la «pathologisation» et la médicalisation du désir d\u2019enfant.Puisque la médecine a rendu possible de se reproduire malgré l\u2019infertilité d\u2019un des membres du couple, les gens ne peuvent plus faire leur deuil.On peut travailler là-dessus, comme société.Mais c\u2019est une question délicate\u2026 QS Malgré tout, n\u2019est-ce pas un devoir d\u2019encadrer la pratique pour protéger la mère porteuse et l\u2019enfant ?MDK Je m\u2019oppose catégoriquement à cette pratique au nom du respect de la dignité humaine des femmes et des enfants.Je trouve qu\u2019on n\u2019a pas assez cherché la façon de régler le problème.lQS ENTREVUE «Il y a une construction sociale du désir d\u2019enfant à tout prix \u2013 de son enfant à tout prix \u2013 qui s\u2019accompagne d\u2019une détresse.J\u2019appelle ça la \u201cpathologisation\u201d et la médicalisation du désir d\u2019enfant.» DES SCIENCES VENEZ EN DÉBATTRE AVEC NOUS ! Maria De Koninck comptera parmi les invités du bar des sciences radio-canada/québec Science portant sur la gestation pour autrui, le 23 mai, à 17 h 30 au bar montréalais l\u2019barouf.la séance sera diffusée à l\u2019émission radiophonique les années lumière, le 28 mail\u2019entrée est gratuite.?M A R C R O B I T A I L L E Maria De Koninck SAULE GUÉRISSEUR Les arbres ne sont pas seulement beaux.Ils soignent.Pour preuve, la phytoremédia- tion, une technique de décontamination des sols intimement liée à leurs racines.Michel Labrecque, responsable de la recherche au Jardin botanique de Montréal, travaille avec les saules à croissance rapide depuis plusieurs années.Il les utilise pour restaurer des friches industrielles et des sites contaminés.Il leur faut deux ou trois ans pour s\u2019adapter au sol \u2014 pauvre en nutriments, mais riche en métaux lourds \u2014 qui les accueille.Petit à petit, les saules aspirent les contaminants (la phyto-extraction) et les accumulent dans leurs tissus (la phyto-stabilisation).Ils réussissent ainsi à produire suffisamment de biomasse pour extraire les substances dangereuses.En effet, certains cultivars de saule ont la capacité de concentrer dans leurs tissus des métaux lourds, comme le cadmium et le zinc, dans un facteur de 8 à 10 par rapport au sol environnant.Et tout cela dans une saison de croissance aussi courte que celle qui prévaut au Québec.Ainsi, en récoltant chaque année leurs tiges et leurs feuilles, on voit baisser la concentration en polluants.Cette technique de décontamination des sols par les plantes est peut-être lente, mais elle s\u2019avère bien plus durable et moins coûteuse que la méthode traditionnelle : déplacer le problème en l\u2019enfouissant ailleurs.Les saules inspirent plus que les chercheurs ! Ainsi, Espace pour la vie les met à l\u2019honneur cet été au Jardin botanique avec le maître américain du land art Patrick Dougherty.L\u2019artiste créera deux oeuvres in situ tandis que le public participera à une œuvre collective.Faites de tiges de saules tressées, ces structures organiques invitent à la contemplation d\u2019une nature riche et souveraine, qui nous comble et qui nous soigne.?SCIENCE, ART ET ÉMOTIONS PIE-IX  espacepourlavie.ca Au Jardin botanique, les saules inspirent autant les chercheurs que les artistes.15 JUIN \u2014 4 SEPTEMBRE JARDIN BOTANIQUE QUÉBEC SCIENCE 20 JUIN 2017 À l\u2019heure qu\u2019il est, je suis énorme.Bébé est sur le point de pointer son nez.Dans les heures qui suivront sa naissance, ma sage-femme prélèvera du sang à son frêle talon pour qu\u2019il soit analysé dans le cadre du programme québécois de dépistage néonatal qui permet de détecter cinq maladies congénitales, graves et traitables.Au bout de trois semaines, c\u2019est un échantillon d\u2019urine que nous enverrons sur du papier buvard vers le laboratoire désigné pour dépister une quinzaine d\u2019autres maladies métaboliques rares.Mais est-ce assez d\u2019information pour assurer un avenir en santé à la prunelle de mes yeux?Récemment, je me suis retrouvée à clavarder avec un représentant de Baby Genes, une jeune entreprise basée au Colorado.Pour 330$US, il peut m\u2019envoyer une trousse pour prélever un échantillon de cinq gouttes de sang de mon enfant après sa naissance, à condition qu\u2019un médecin donne son accord pour la requête.C\u2019est à lui que seraient envoyés les résultats du survol de 92 gènes, à la recherche de 3100 mutations différentes impliquées dans 71 maladies, principalement métaboliques, mais aussi diverses anémies et neuropathies génétiques.Je peux aussi choisir de recevoir toute information sur d\u2019autres mutations repérées par hasard au ?l de l\u2019analyse.Ainsi, quelques jours après avoir accouché, épuisée par les nuits blanches, je pourrais déjà savoir que mon enfant est plus à risque de développer la maladie de Pompe, un trouble neuromusculaire qui peut apparaître à l\u2019enfance ou à l\u2019âge adulte.Bien qu\u2019inquiétants, ces résultats n\u2019en demeurent pas moins très incertains.En effet, si le programme québécois repère les maladies qui affectent déjà la biochimie de l\u2019organisme, le séquençage proposé par Baby Genes, lui, identi?erait les régions de l\u2019ADN contenant des erreurs qui pourraient provoquer des maladies.Et ce n\u2019est rien, car Baby Genes ne s\u2019intéresse qu\u2019à 92 gènes sur un total d\u2019environ 21000.Dans les faits, les technologies permettent déjà d\u2019établir la séquence de l\u2019entièreté d\u2019un génome et d\u2019y repérer toutes les failles.La technique est d\u2019ailleurs déjà utilisée pour diagnostiquer des maladies rarissimes chez des enfants (voir l\u2019encadré «En ?nir avec \u201cl\u2019odyssée diagnostique\u201d», à la page 24).Dès lors, la question se pose : devrait-on remplacer le programme de dépistage actuel par le séquençage d\u2019un groupe de gènes déterminés, voire même de tout le génome des bébés à la naissance?Après tout, le coût du survol d\u2019un génome entier ne cesse de baisser, bien qu\u2019il demeure au moins 10 à 100 fois supérieur à celui de n\u2019importe quel programme de dépistage néonatal.Un leader dans le marché des séquenceurs, Illumina, parle d\u2019une machine qui fera le boulot pour 100$ d\u2019ici 3 à 10 ans.Dire que le séquençage du premier génome humain \u2013 achevé en 2003 \u2013 a coûté 3 milliards de dollars US ! Lire l\u2019avenir de bébé dans ses gènes SANTÉ Voudriez-vous connaître le risque couru par votre poupon de développer un cancer du sein ou une maladie cardiaque ?C\u2019est ce que pourraient vous révéler les nouvelles techniques de séquençage du génome, riches de promesses, et de questions.Par Mélissa Guillemette enir de bébé s O b é s i t é QUÉBEC SCIENCE 21 JUIN 2017 QUÉBEC SCIENCE 22 JUIN 2017 D epuis plusieurs mois, les nouveaux parents à la maternité de deux hôpitaux de Boston sont interpellés pour participer à un essai clinique qui évalue la pertinence de séquencer les gènes de leurs petits.L\u2019équipe recherche des mutations pathogènes ou susceptibles de l\u2019être dans un «panel» d\u2019un peu plus de 1000 gènes bien connus et liés à des maladies monogéniques, soit des affections dues à une anomalie dans un seul gène.Les spécialistes identi?ent aussi des variants associés à des réponses particulières à certains médicaments, ce qu\u2019on appelle des données «pharmacogénétiques».La moitié des bébés seront soumis à ce séquençage, en plus du dépistage classique au talon; et l\u2019autre moitié, au test traditionnel seulement, explique Robert C.Green, l\u2019un des deux directeurs de l\u2019étude BabySeq, avec Alan H.Beggs.Il rappelle que cette méthode soulève des questions éthiques importantes pour lesquelles il y a encore bien peu de réponses.«Si on utilisait le séquençage pour des millions de bébés, leur ferions-nous plus de mal que de bien ?Comment les praticiens utiliseront-ils ces informations ?In?uenceront-elles le lien affectif entre les parents et l\u2019enfant?Nous voulons étudier tout ça avant que son usage se répande dans la société.» La bioéthicienne et professeure à la faculté de médecine de l\u2019Université McGill Bartha Knoppers suit attentivement ces travaux.Elle adore les enfants \u2013 comme en témoigne sa porte de bureau entièrement couverte de photos des bébés de l\u2019équipe du Centre de génomique et de politiques qu\u2019elle dirige \u2013 et pense qu\u2019il faut s\u2019assurer d\u2019agir dans leur intérêt.« C\u2019est l\u2019avenir; les avancées dans le séquençage de génomes individuels concernent surtout les nouveau-nés.La technologie est déjà présente dans les unités de soins intensifs néona- taux pour des enfants malades, et c\u2019est fantastique.Le problème serait de l\u2019utiliser pour le dépistage chez tous les nouveau-nés.Pourquoi ?Parce qu\u2019on ne comprend pas les trois quarts de ce qu\u2019on voit dans un génome.C\u2019est indéchiffrable ! » En effet, tout le monde porte en soi des centaines de mutations génétiques.Lesquelles causeront vraiment des maladies ou des troubles?C\u2019est ce qu\u2019on appelle la «pénétrance».« La technologie est déjà présente dans les unités de soins intensifs néonataux pour des enfants malades, et c\u2019est fantastique.Le problème serait de l\u2019utiliser pour le dépistage chez tous les nouveau-nés.» \u2013 Bartha Knoppers Ci-haut : La bioéthicienne et professeure à la faculté de médecine de l\u2019Université McGill Bartha Knoppers V I R G I N I E G O S S E L I N SANTÉ QUÉBEC SCIENCE 23 JUIN 2017 On la sait élevée pour le gène BRCA2, associé à un risque accru de cancer du sein et de l\u2019ovaire, et elle atteint même 100% pour la ?brose kystique.Mais pour de nombreuses autres mutations, on l\u2019ignore toujours.C\u2019est ce ?ou qui a poussé Bartha Knoppers et des collègues à critiquer l\u2019offre de Baby Genes dans un article d\u2019opinion publié dans JAMA Pediatrics en 2016.«Le panel de Baby Genes inclut des maladies (telles que les maladies de Pompe, de Krabbe et de Fabry) qui ont été évaluées par des organisations professionnelles ou des agences de la santé et dont le dépistage n\u2019est pas présentement recommandé en raison de taux élevés de faux positifs, de la variabilité de l\u2019apparition des maladies, du manque de traitement et des dif?cultés en matière de conseil», écrivent-ils.Le généticien Robert C.Green abonde dans le même sens: «La vérité, c\u2019est que, lorsqu\u2019une mutation est détectée, à part pour de rares cas, il est très dif?cile de déterminer le risque que les individus développent la maladie au cours de leur vie.Est-il de 10%?De 20%?De 70%?» Avec des collègues, il a mené récemment un autre essai clinique qui con?rme ses doutes.Les résultats préliminaires sont percutants : en scannant plus de 4000 gènes chez 100 adultes, les chercheurs ont découvert que 18% des participants portaient une mutation pathogène liée à une maladie monogénique sans éprouver le moindre symptôme! DES MUTATIONS ANODINES «La biologie humaine est pas mal plus compliquée qu\u2019on l\u2019imagine, remarque François Rousseau, directeur du département de biologie médicale du Centre hospitalier universitaire de Québec et professeur à l\u2019Université Laval.On voudrait que ce soit \u201cun gène égale une maladie\u201d.Mais la réalité, c\u2019est qu\u2019on a 21000 gènes et que, pour chaque mutation, il y a probablement des centaines de gènes qui interagissent.Des gènes modi?cateurs qui annuleront ou compenseront l\u2019effet de la mutation\u2026 L\u2019environnement joue aussi un rôle important.On est loin de tout comprendre.De plus, si on ouvrait les vannes pour tous les bébés, on ferait sauter le système de santé, avec tous les suivis qui seraient requis !» C\u2019est d\u2019autant plus vrai pour les maladies communes, comme le diabète de type 2, la maladie d\u2019Alzheimer, de Parkinson, certains cancers ou la maladie coronarienne, qui peuvent être favorisées par des bogues génétiques, mais qui dépendent aussi de nombreux autres facteurs.Il serait d\u2019ailleurs peu pertinent de scanner tous les individus à la naissance pour évaluer leurs risques de développer ce type de maladies, si l\u2019on en croit une étude américaine publiée en 2012 qui a comparé les données génétiques de plus de 53000 jumeaux identiques.L\u2019équipe de Bert Vogelstein, professeur d\u2019oncologie à l\u2019université de médecine Johns Hopkins, a ainsi constaté que l\u2019analyse des gènes ne peut vraiment prédire les risques de développer 24 maladies courantes, dont celles mentionnées plus haut.Un individu qui ne serait pas prédisposé à la majorité de ces 24 affections courrait tout de même un risque variant entre 50% et 80% de souffrir un jour d\u2019une de ces maladies, comparativement au reste de la population, apprend-on dans l\u2019article publié dans Science Translational Medicine.Mutation ou non, tout le monde court donc plus ou moins les mêmes risques.En plus d\u2019être dif?ciles à interpréter, les tests de génomique LE SÉQUENÇAGE D\u2019ADN Au cœur de chaque cellule se trouve notre ADN, logé dans nos 23 paires de chromosomes.Notre code génétique, ou ADN, est écrit à partir de 4 composés : adénine (A), thymine (T), cytosine (C), guanine (G).  C\u2019est comme une recette qui indique aux cellules comment produire les protéines nécessaires au fonctionnement du corps.Un gène est tout simplement une séquence précise du code qui a une fonction particulière.Si la « recette » d\u2019un gène comporte une erreur, on parle alors d\u2019une mutation.L\u2019ensemble du code est appelé génome.On fragmente d\u2019abord l\u2019ADN en millions de petits morceaux disposés sur une plaquette.On insère cette plaquette dans le séquenceur qui lit les fragments en parallèle pour établir l\u2019ordre des lettres A, T, C, G pour chacun.Des bio-informaticiens doivent traiter la masse de données générée pour arriver à décoder les séquences recherchées et identifier les éventuelles mutations.Pour voir si le génome d\u2019un patient contient des mutations, on peut compter sur des séquenceurs ultra-performants.1 2 3 4 5 6 7 M A S S O U H B I O M É D I A peuvent aussi ouvrir une boîte de Pandore, au gré des «découvertes fortuites».Ce terme réfère à une mutation repérée sans qu\u2019elle ait de lien avec le but visé par le test.Robert C.Green y a été confronté dans le cadre de l\u2019essai clinique en cours à Boston.«Nous recherchons uniquement des maladies qui apparaissent dans l\u2019enfance, mais on a repéré chez un bébé une mutation sur le gène BRCA2.On avait aussi des échantillons des parents et on a découvert que la mère portait aussi cette mutation, sans le savoir.Notre protocole ne nous permettait pas de révéler cette information.On a dû retourner devant notre comité d\u2019éthique pour obtenir la permission d\u2019offrir la possibilité à ces parents de connaître l\u2019information.Bien sûr, ils étaient à l\u2019envers, mais tout de même contents de le savoir.» Les parents, grands curieux, seraient même fous des données génomiques! C\u2019est du moins ce qui ressort d\u2019une petite étude qualitative de Bartha Knoppers et de ses collègues.Ils ont analysé la réaction de 11 parents à l\u2019idée qu\u2019on leur communique des découvertes fortuites à la suite d\u2019un séquençage du génome de leur enfant.Le constat?Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une maladie incurable ou d\u2019une mutation pouvant mener \u2013 ou non \u2013 au développement d\u2019un trouble de comportement ou d\u2019apprentissage, ils préfèrent tout savoir.Quitte à vivre avec une anxiété inéluctable.«Je vais pouvoir me préparer mentalement, physiquement, ?nancièrement, de manière organisationnelle aussi», a justi?é un participant.Certains parents ont toutefois convenu que de telles révélations pourraient «changer totalement la façon d\u2019éduquer les enfants».Mais toute vérité est-elle bonne à dire?Peut-elle porter préjudice aux enfants ?À tout le moins, une loi vient d\u2019être votée à la Chambre des communes pour protéger les citoyens canadiens de la discrimination génétique (voir l\u2019encadré ci-contre).Au-delà de ces considérations, en général, les spécialistes estiment qu\u2019il ne faut transmettre que des données qui ont une utilité dans le traitement des patients pour leur éviter des soucis face auxquels ils seront bien impuissants.« Ces balises répondent aux préoccupations des experts plutôt qu\u2019à celles de participants, selon Bartha Knoppers.Les parents estiment qu\u2019ils sont en droit de savoir et que c\u2019est à eux de gérer toutes ces informations.» Il n\u2019empêche, tous les parents ne sont pas aussi curieux.Une étude canadienne publiée en 2014 dans le European Journal of Human Genetics montre que les quelque 2000 participants sondés seraient moins enclins à ce que leur rejeton participe à un programme national de dépistage néonatal s\u2019il se faisait par séquençage du génome (80 %) plutôt qu\u2019à l\u2019aide des techniques actuelles (94%).Dans un avenir pas si lointain, la même question taraudera les futurs parents : souhaiteront-ils connaître les secrets du «Les parents estiment qu\u2019ils sont en droit de savoir et que c\u2019est à eux de gérer toutes ces informations.» \u2013 Bartha Knoppers P our plusieurs enfants, établir la séquence de leur ADN est la seule manière de mettre ?n à une longue « odyssée diagnostique ».« Je pense à un garçon qui avait perdu la capacité de marcher entre 1 et 2 ans.Il a vu trois neurologues dans trois hôpitaux et subi quatre résonnances magnétiques, deux ponctions lombaires, une biopsie de peau, 10 000 $ de tests sur des gènes isolés, des tests biochimiques\u2026 Et rien n\u2019avait été découvert.On a ?ni par trouver la cause en analysant tout son génome », raconte Jacques L.Michaud, chef du service de génétique médicale au CHU Sainte-Jus- tine et professeur à la faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal.Il est aussi le directeur scienti?que du Centre intégré de génomique clinique pé- diatrique du CHU Sainte-Jus- tine et de Génome Québec.Ce centre développe, valide et offre des tests depuis 2013; c\u2019est d\u2019ailleurs le seul endroit au Québec où des séquenceurs capables d\u2019établir le code d\u2019un génome entier sont utilisés dans un contexte clinique, c\u2019est-à-dire dans la pratique médicale.Jusqu\u2019à ce jour, seuls 500 patients, majoritairement des enfants, ont passé ce test dans le cadre de projets-pilotes.Au moment de notre passage, un des deux séquenceurs de nouvelle génération HiSeq (de la compagnie Illumina), qui ressemblent à un hybride de mini-frigo et d\u2019imprimante surmonté d\u2019un écran d\u2019ordinateur, était justement en pleine action.À l\u2019intérieur, l\u2019ADN d\u2019un petit chez qui on soupçonne une maladie génétique rare.« On pense qu\u2019environ 1 % à 2 % de la population a une maladie génétique rare et environ 80 % de ces maladies se présentent dans l\u2019enfance ou l\u2019adolescence.Mais, dans la moitié des cas, on ne trouve pas le diagnostic », dit Jacques L.Michaud.Pour quelque 300 enfants malades ayant participé à un des projets-pilotes au CHU Sainte-Justine, l\u2019analyse de leurs gènes a été fort utile.Dans 31 % des cas, elle a permis de trouver la cause de leur état (précisons que l\u2019équipe explore principalement des gènes déjà associés à des maladies monogé- niques).Trouver un diagnostic ne signi?e pas nécessairement qu\u2019un traitement existe, mais, au moins, il met ?n au doute « très lourd et anxiogène » des parents.Le docteur Michaud pense qu\u2019on aurait intérêt à utiliser la technologie dès le départ chez les enfants malades pour lesquels on soupçonne une maladie génétique: « Le taux de diagnostic serait peut- être de 50 % dans ce cas.» Il participe d\u2019ailleurs présentement à une étude pour évaluer le rapport coûts/bé- né?ces d\u2019une telle idée.Elle semble prometteuse, à en croire les données compilées jusqu\u2019à présent.QUÉBEC SCIENCE 24 JUIN 2017 En ?nir avec « l\u2019odyssée diagnostique » SANTÉ génome de leur bébé à naître?Cela ne relève pas de la ?c- tion: en 2012, deux équipes de scienti?ques sont parvenues à reconstruire les premiers génomes de fœtus, notamment en séquençant l\u2019ADN présent dans le sang de la mère (dont une petite fraction provient du fœtus).Et d\u2019autres techniques émergent.« Des chercheurs ont découvert des cellules du fœtus sur le col de l\u2019utérus de la mère.Il y a peut-être moyen de les ampli?er pour les analyser », illustre le docteur François Rousseau qui achève justement une étude de la validité du dépistage prénatal de certaines maladies génétiques dans le sang maternel plutôt que par amniocentèse.«Mais ces techniques n\u2019échapperont pas aux mêmes questions de coût-ef?cacité : cela aurait-il un véritable impact, par exemple en allongeant l\u2019espérance de vie de la population?» Voilà ce qu\u2019il faut déterminer pour convaincre les décideurs d\u2019intégrer \u2013 ou non \u2013 le séquençage dans le programme national de dépistage, qu\u2019il soit prénatal ou néonatal.Pour Bert Vogelstein, qui a fait l\u2019étude sur les jumeaux, il est inutile de se perdre en conjectures, car le train est déjà en marche.«Les jeux sont faits : le séquençage du génome personnel sera réalisé sur plusieurs individus, peu importe les arguments théoriques au sujet de sa valeur», estime-t-il.L\u2019enthousiasme est trop fort.Pour ma part, j\u2019ai encore quelques jours pour ré?échir à l\u2019offre de Baby Genes.J\u2019ai beau être au fait de toutes les incertitudes qui l\u2019accompagnent, ma curiosité de parent est piquée\u2026 lQS E n mars dernier, les députés canadiens ont voté une loi pour interdire l\u2019utilisation des résultats de tests génétiques dans le cadre de contrats de biens ou de services.La législation intègre aussi la génétique comme motif de discrimination dans la Loi canadienne sur les droits de la personne et dans le Code du travail.Avec ces modi?cations, les entreprises (assureurs et employeurs) ne pourraient forcer un citoyen à se soumettre à des tests génétiques ou génomiques ni exiger de connaître le résultat de tels examens.Le gouvernement a toutefois l\u2019intention de se tourner vers la Cour suprême pour déterminer la constitutionnalité de cette loi.Le sénateur libéral retraité et avocat James Cowan, qui a déposé le projet de loi en 2013, explique que non seulement les citoyens et la communauté médicale, mais aussi le monde de la recherche accueillent favorablement cette loi: « Pour mener les études et les essais cliniques, la menace de la discrimination pouvait être un frein au recrutement.» Yann Joly, directeur de recherche au Centre de génomique et de politiques de l\u2019Université McGill, explique qu\u2019il est important de protéger le petit groupe de personnes atteintes de maladies mono- géniques à forte pénétrance qui sont plus vulnérables, comme les porteurs du gène associé à la maladie de Huntington (une grave maladie neurodégénérative).Pour les autres: « Chacun est porteur de nombreuses mutations, certaines augmentant le risque de développer des affections et d\u2019autres diminuant ce risque.La signi?cation de la plupart de ces mutations est encore incertaine.Ainsi, les assureurs ne sauraient pas quoi faire devant toutes ces données prédictives ! » Par ailleurs, ces derniers étaient déjà prudents, dit-il.L\u2019Association canadienne des compagnies d\u2019assurances de personnes avait mis en place un code de l\u2019industrie sur les tests génétiques en 2015 interdisant d\u2019exiger des tests génétiques.Les assureurs ont ajouté une clause en janvier dernier pour stipuler que les résultats de tests génétiques ne pourront être imposés au consommateur pour les assurances vie de 250 000 $ et moins à compter de janvier 2018.Une loi contre la discrimination génétique « Les jeux sont faits : le séquençage du génome personnel sera réalisé sur plusieurs individus, peu importe les arguments théoriques au sujet de sa valeur » \u2013 Bert Vogelstein QUÉBEC SCIENCE 25 JUIN 2017 QUÉBEC SCIENCE 26 JUIN 2017 expo La science futuriste PAR JEAN-BENOÎT NADEAU HISTOIRE Intérieur du pavillon des QUÉBEC SCIENCE 27 JUIN 2017 Le Centre de contrôle des opérations 1Tour de force La réalisation d\u2019Expo67 fut en soi une prouesse d\u2019ingénierie et d\u2019informatique.Les organisateurs n\u2019ont eu que 1 015 jours pour construire 847 pavillons et bâtiments, 27 ponts, 17km de rails, 75km de routes et trottoirs, 200km de canalisations.Au plus fort des travaux, le chantier comptait plus de 10000 ouvriers.Tout a été terminé avec quelques mois d\u2019avance grâce à un nouveau procédé appelé «méthode du chemin critique», qui a été mis en application presque simultanément par Expo67 et la NASA.Ce système de contrôle informatique par carte perforée permettait de réaliser des projets complexes en coordonnant l\u2019ensemble des échéances à rencontrer.Si Expo67 n\u2019a eu à déplorer que peu d\u2019accidents, c\u2019est parce que l\u2019informatique aura été largement utilisée pour contrôler le site durant l\u2019événement.Commandité par la Canadian General Electric, le Centre de contrôle des opérations utilisait plusieurs ordinateurs pour superviser les guichets d\u2019entrée, la billetterie, les horloges of?cielles, les panneaux d\u2019af?chage électroniques, les caméras de surveillance, les coef?cients d\u2019utilisation des stationnements et les trains robotisés.2 Objectif Lune La course à l\u2019espace battait alors son plein et le sujet occupait tous les esprits.À tel point que le pont entre les pavillons américain et soviétique s\u2019appelait Passerelle du cosmos ! Au pavillon des États-Unis, l\u2019astronautique constituait la section la plus appréciée, avec ses deux capsules historiques : Freedom7, du programme Mercury, premier engin américain à emporter un homme dans l\u2019espace, et Gemini 7, une sorte de «répétition» avant Apollo, puisqu\u2019elle a établi le record du plus long séjour dans l\u2019espace, 14 jours, et le premier rendez-vous spatial (avec Gemini6).Expo 67, c\u2019était bien plus que La Ronde ! En son temps, elle aura été la première exposition universelle à vocation éducative, culturelle et scienti?que sur le continent américain à recevoir la caution of?cielle du Bureau international des expositions, à Paris.Pendant six mois, elle a permis à quelque 50 millions de visiteurs de se familiariser avec les nouveautés techniques et scienti?ques \u2013 aussi bien celles qui faisaient alors les manchettes que celles dont on entendait vaguement parler.Avec 50 ans de recul, et malgré leur petit côté rétro, certaines avancées étaient de réels progrès dont on pro?te encore aujourd\u2019hui.expo67 e ntérieur du pavillon des États-Unis QUÉBEC SCIENCE 28 JUIN 2017 S\u2019il a fallu ensuite attendre deux ans avant que le rêve lunaire se concrétise, le pavillon présentait déjà un modèle du futur module lunaire Apollo et une reconstitution du sol de la Lune.On y montrait quelques scaphandres et même un exemple de repas servis dans l\u2019espace.Les Soviétiques n\u2019étaient pas en reste.Outre la réplique du Vostok3KA à bord duquel Youri Gagarine a réalisé le premier vol orbital humain en 1961, on pouvait observer plusieurs prototypes de satellites et admirer le panorama de la Lune dans la «salle lunaire».Grâce à un petit planétarium de 70 places, il était même possible d\u2019expérimenter les sensations d\u2019un vol interplanétaire! Nombre d\u2019autres pavillons nationaux mettaient de l\u2019avant leur contribution à l\u2019astronautique, dont celui de la République fédérale d\u2019Allemagne avec ses appareils photo utilisés par les astronautes.Les organisateurs de l\u2019Expo avaient aussi dédié à l\u2019espace une partie du pavillon thématique L\u2019homme interroge l\u2019Univers.Dès l\u2019entrée, on y voyait une photo géante de la Terre, inédite, et qui inspirera quelques années plus tard la naissance du Jour de la Terre.3Au top, il sera exactement 9 h 30 Le matin de l\u2019ouverture, le 28 avril 1967, 50 000 personnes ont participé à un compte à rebours devant une horloge suisse d\u2019un genre nouveau, puisqu\u2019elle était reliée à une horloge atomique.C\u2019est la Fédération de l\u2019horlogerie suisse qui donnait « l\u2019heure of?cielle» de l\u2019Expo à partir d\u2019une «centrale horaire électronique» installée dans le pavillon de la Suisse.Une horloge au césium (variant de moins de un millionième de seconde par jour) contrôlait et coordonnait la centaine d\u2019horloges officielles du site \u2013 une première ! La Suisse fournissait également tous les chronomètres servant aux nombreuses compétitions sportives en marge de l\u2019Expo.4Allo, la boucherie Sanzot ?Le Pavillon du téléphone, commandité par l\u2019Association du téléphone du Canada, faisait étalage des prodiges à venir, tels le téléphone à clavier, qui allait remplacer le bon vieux téléphone à roulette, et la possibilité inouïe de parler à trois sur la même ligne ! Des hôtesses animaient une présentation où l\u2019on exposait de nouvelles fonctions futuristes : le main-libre, le sans-fil, le contrôle à distance d\u2019appareils domestiques (pré?gurant l\u2019Internet des objets), le paiement de transactions à distance par carte perforée et même le vidéophone.On y présentait également quelques applications nouvelles, comme le larynx arti?ciel.De leur côté, les Japonais permettaient aux gens d\u2019essayer le visiophone de Sony.Et au pavillon australien, on pouvait participer à l\u2019expérience immersive des très populaires « chaises parlantes » : 250 bergères munies d\u2019écouteurs transmettant des dialogues préenregistrés et commandées par un interrupteur situé dans le siège.Moderne! Le visiophone dans le Pavillon du téléphone HISTOIRE QUÉBEC SCIENCE 29 JUIN 2017 5Soigne ton corps En raison de la fascination qu\u2019exerçaient alors la médecine et la biologie, l\u2019Expo leur consacra deux pavillons.Dans celui baptisé L\u2019homme et la vie, un étage entier reproduisait une cellule et ses composantes, grossies un million de fois.Et c\u2019est l\u2019Hôpital Royal Victoria qui a supervisé l\u2019installation d\u2019un gigantesque modèle illuminé de cerveau en plastique illustrant la perception des stimuli.Fortement inspirées par le nouveau concept d\u2019interactivité, plusieurs démonstrations permettaient au public de faire des expériences sensorielles ou d\u2019observer au microscope le fourmillement d\u2019organismes unicellulaires.Le pavillon de L\u2019homme et la santé, tout aussi pédagogique, se distinguait par un ?lm qui a fait sensation, Miracles de la médecine moderne.En 20 minutes très réalistes, le cinéaste Robert Cordier y montrait des images jamais présentées aux profanes: séquences d\u2019un accouchement, opération à cœur ouvert, introduction de longues aiguilles dans le système nerveux central.Deux millions de personnes verront ce ?lm qui provoquera plus de 200 évanouissements, nécessitant la présence d\u2019une équipe d\u2019ambulanciers en permanence au pavillon\u2026 6Le monde du silence En 1967, on explorait les profondeurs du grand bleu depuis peu.Présenté dans le pavillon allemand, le bathyscaphe du professeur Piccard, un engin capable de plonger dans les abysses, suscitait beaucoup d\u2019intérêt, tout comme l\u2019Aquarium Alcan et son cirque marin.Un pavillon entier avait pour thème L\u2019homme et la mer.La pièce de résistance était un aquarium géant où les curieux assistaient à des démonstrations de plongée autonome.On pouvait également observer de près deux nouvelles inventions du commandant Cousteau : ses fameuses soucoupes plongeantes.Une autre section permettait de se familiariser avec les techniques de navigation par radar et par satellite.En ces années de gloire industrielle, une grande maquette animée, fournie par le gouvernement néerlandais, montrait également les travaux de reconquête des polders [NDLR: étendues arti?cielles de terres situées sous le niveau de la mer et protégées par des digues].Dans le pavillon L\u2019homme et la vie, un étage entier reproduisait une cellule et ses composantes, grossies un million de fois.Exposition dans le pavillon de l\u2019Allemagne QUÉBEC SCIENCE 30 JUIN 2017 7 24 images\u2026 et plus ! Dans l\u2019histoire du multimédia mon- tréalais, l\u2019un des premiers chapitres fut certainement Expo67.Car au-delà de l\u2019expérience cinématographique exceptionnelle (5000 ?lms à l\u2019af?che!), l\u2019événement a dévoilé de nombreux tours de force techniques qui requéraient des capacités de coordination à la limite des machines de l\u2019époque.Ainsi, le Labyrinthe, conçu par l\u2019Of?ce national du film, superposait plusieurs types de projections, ce qui en fait l\u2019ancêtre de la technologie Imax.Le pavillon du Canadien National présentait un ?lm en 70mm sur grand écran incurvé, autre procédé récupéré par la technologie Imax.Le pavillon tchécoslovaque faisait la démonstration du premier ?lm interactif, le Kinoautomat, qui permettait au public d\u2019orienter la trame du récit en votant.De nombreux pavillons présentaient également des ?lms multi-écrans: au pavillon des régions polaires, les spectateurs prenaient place sur une plateforme tournante entourée de 11 écrans ?xes, permettant de visionner un documentaire décrivant l\u2019environnement polaire sur 360 degrés.8Du point A au point B Au temps de l\u2019automobile triomphante, Expo67 a osé dire non à la voiture.Les visiteurs avaient le choix de marcher ou d\u2019emprunter les nouveaux moyens de transport mis à leur disposition, tels le métro de surface appelé Expo-Express (6km), le monorail (10,7km), le téléphérique et même deux aéroglisseurs.Ces derniers engins, d\u2019invention récente à l\u2019époque, soulevaient une telle curiosité du public que leurs navettes régulières af?chaient toujours complet.Mais ils causaient de sérieux maux de tête aux organisateurs, en raison du vacarme des turbines, qui forçait les dignitaires à interrompre leur discours pendant de longues minutes.HISTOIRE Pavillon de la France et le monorail Le Pavillon du Venezuela QUÉBEC SCIENCE 31 JUIN 2017 9Science ou théologie ?Bien présente dans l\u2019ensemble d\u2019Expo67, la communication scienti?que était tout particulièrement à l\u2019honneur à l\u2019auditorium Du Pont.Doté d\u2019une salle de 372 places, ce pavillon a présenté 42 conférences de spécialistes, dont quelques prix Nobel, portant sur l\u2019avancement des connaissances dans des domaines aussi variés que la préhistoire, l\u2019utilisation des basses températures, l\u2019électronique quantique, l\u2019architecture, la philosophie de l\u2019islam ou les progrès en rhumatologie.Dans un tout autre genre, le pavillon Sermons de la science projetait une trentaine de ?lms scienti?ques en sept langues.Commandité par l\u2019Institut Moody, une société religieuse américaine, ce pavillon était voué à illustrer le rôle de l\u2019homme et de la science\u2026 dans la création divine.lQS Nous remercions Les Productions de la ruelle et Bibliothèque et Archives Canada de nous avoir fourni les images publiées dans ce reportage.Pour obtenir plus d\u2019informations sur leur nouveau documentaire Expo 67 Mission impossible et explorer des milliers de documents inédits, visitez EXPO-67.ca 10C\u2019était avant le BAPE ! Le choix du site d\u2019Expo 67 a tout de même représenté un petit désastre environnemental.En effet, les trois quarts des 4 km2 du site étaient en fait des îles arti?cielles remblayées par-dessus un archipel d\u2019îlots et de frayères à poissons où nichaient des dizaines de milliers d\u2019oiseaux.C\u2019est ainsi que l\u2019on a doublé la taille de l\u2019île Sainte-Hélène et fait surgir des eaux une île nouvelle, l\u2019île Notre-Dame.Pour y arriver, près de 1 million de voyages de camions ont permis de transporter 25 millions de tonnes de roc en 11 mois à peine.Il faut dire que, moins de 10 ans plus tôt, on avait aménagé un canal géant, la Voie maritime du Saint-Laurent, sans trop se poser de questions quant à l\u2019environnement ! Les pavillons de la Thaïlande et de l\u2019URSS La passerelle du Cosmos V I L L E D E M O N T R É A L QUÉBEC SCIENCE 32 JUIN 2017 CRIME?Ici et ailleurs, le taux de criminalité connaît une chute impressionnante.Pourquoi ?Voilà un mystère que des scienti?ques tentent d\u2019élucider, comme d\u2019authentiques Hercule Poirot des statistiques.PAR MARC-ANDRÉ SABOURIN B obby Pellicano, 26 ans, poignardé.Pascal Cronier, 34 ans, poignardé.Tilus Saintilus, 20 ans, tué par balle.Jean-Benoît Doré, 51 ans, battu à mort.Charlie Cecillia Garcia Larez, 36 ans, étranglée.Alexandre Tremblay, 22 ans, tué par balle.La liste des personnes assassinées en 2015 au Québec s\u2019allonge encore de 71 noms.C\u2019est trop, mais c\u2019est tout de même 31 de moins qu\u2019en 2012, 70 de moins qu\u2019en 2000 et 136 de moins qu\u2019en 1989.Car contrairement aux idées reçues, de façon générale, le crime recule depuis un quart de siècle dans la province, et même au pays.En fait, le terme «dégringolade» décrit avec plus de justesse la situation observée au Canada.De 1991 à 2015, dernière année pour laquelle les données sont disponibles, le taux de criminalité a chuté de 49,7 %.Et il n\u2019y a pas que le nombre de délits qui diminue; leur violence aussi.L\u2019Indice de gravité de la criminalité est tombé de 41% depuis la création de cette échelle par Statistique Canada, en 1998.Le phénomène n\u2019est pas unique au pays.En regardant l\u2019évolution du taux d\u2019homicides \u2013 la mesure de la criminalité la plus facile à comparer \u2013, une courbe semblable apparaît en Australie, en Suède, en Allemagne, en Italie et dans une quinzaine d\u2019autres pays occidentaux, y compris \u2013 oui, oui \u2013 les États-Unis.Une tendance encourageante\u2026 que les experts ne s\u2019expliquent pas! Or, ce ne sont pas les théories qui manquent.Comme dans tout bon roman policier, la liste des suspects est longue et certains éveillent plus facilement les soupçons.Mais aucune des hypothèses, seule ou même combinée à d\u2019autres, ne permet de développer un modèle statistique qui explique les données récoltées par les policiers, que ce soit au Canada ou ailleurs.«Je ne crois pas que qui que ce soit ait une bonne explication», dit Manuel Eisner, un professeur de criminologie à l\u2019université de Cambridge, au Royaume-Uni, qui étudie la variation de la violence dans l\u2019histoire.«C\u2019est plutôt gênant.» Dans les faits, la propension des humains à s\u2019entretuer est en déclin depuis des siècles, quoique de façon très graduelle.En étudiant les causes de décès de 1513 rois et reines entre le VIIe et le XIXe siècle, Manuel Eisner a non seulement découvert que la «vocation de monarque» était particulièrement dangereuse \u2013 les régicides étaient près de 2000 fois plus communs que les meurtres en Angleterre aujourd\u2019hui \u2013, mais aussi que le risque d\u2019être assassiné pour sa couronne a graduellement décru au ?l de l\u2019histoire.«Une fois que les élites changent de comportement, il y a un effet sur le reste de la population », explique Manuel Eisner.La diminution des régicides a ainsi été suivie d\u2019une régression du taux Qui donc a tué le CRIMINOLOGIE I L L U S T R A T I O N : D U S H A N M I L I C QUÉBEC SCIENCE 33 JUIN 2017 QUÉBEC SCIENCE 34 JUIN 2017 d\u2019homicide dans la société en général.Alors qu\u2019un coup porté avec une pierre, une masse ou une épée avait longtemps été la seule façon de se faire justice, les individus pouvaient désormais compter sur des institutions étatiques de plus en plus stables.Cette tendance à la baisse en Occident s\u2019est poursuivie jusqu\u2019au début des années 1960.Le baby-boom, la montée en puissance de la société de consommation, la popularisation des drogues et les tensions sociales de l\u2019époque, notamment, ont alors propulsé la criminalité à la hausse.Plutôt que de se stabiliser avec le temps, la situation n\u2019a cessé d\u2019empirer au point où, au début des années 1990, des analystes ont annoncé l\u2019arrivée imminente de «super-prédateurs», des adolescents déviants, impulsifs et violents qui causeraient bientôt un «bain de sang» dans les grandes villes américaines.Alors même que ces prédictions apocalyptiques étaient prononcées, le crime a reculé une première année.Puis une deuxième et une autre encore, laissant tous les experts avec la même question : pourquoi?Au bAnc des Accusés Étonnamment, peu de chercheurs s\u2019intéressent aux variations du taux de criminalité et à ses causes.«C\u2019est un sujet qui, par nature, repose énormément sur les statistiques, et ce n\u2019est pas ce qu\u2019il y a de plus sexy aux yeux des étudiants, explique Richard Rosenfeld, professeur de criminologie à la University of Mis- souri\u2013St.Louis.Nous sommes peut-être une vingtaine dans le monde à se pencher sérieusement sur la question.» Richard Rosenfeld les connaît bien; il suit non seulement leurs travaux attentivement, mais il a aussi collaboré avec la quasi-totalité d\u2019entre eux lors de la Roundtable on Crime Trends.De 2013 à 2015, cette table ronde de l\u2019Académie nationale des sciences des États-Unis a approfondi les principales théories avancées pour expliquer le déclin récent du crime.Il s\u2019agit, à ce jour, du plus ambitieux effort pour percer ce mystère scienti?que.La hausse des incarcérations ?gurait sans surprise sur la liste des pistes abordées.Entre 1980 et 2009, la population carcérale américaine a augmenté de 377 %.Mais cette mesure de contrôle du crime est loin de faire l\u2019unanimité dans le monde politique.La littérature scienti?que, elle, est beaucoup moins divisée; selon les études, les prisons auraient contribué de 10% à 20% à la baisse du crime observée aux États-Unis au cours des années 1990.Cependant, l\u2019effet s\u2019amenuise au fur et à mesure que les tribunaux envoient davantage d\u2019accusés derrière les barreaux, si bien que certains chercheurs estiment que la détention a eu un impact minime sur la criminalité au cours des années 2000.Le plomb est aussi pointé du doigt, bien que les résultats s\u2019avèrent plus ambivalents.Ce métal lourd, qui nuit au développement neurologique des enfants, causant notamment des troubles de comportement, a été retiré graduellement de l\u2019essence à la ?n des années 1970 aux États-Unis et au Canada.Les premières cohortes de jeunes moins exposés ont ainsi atteint l\u2019adolescence \u2013 l\u2019âge de la criminalité \u2013 au début des années 1990.Hélas, les données disponibles sont incomplètes et même des régions qui étaient encore contaminées dans les années suivant le retrait ont enregistré une diminution du crime.Plus encore, cette théorie n\u2019est pas compatible avec toutes les régions du monde où un déclin de la criminalité a été observé.«Lorsque vous avez un phénomène commun à tant de pays, toute explication basée sur les spéci?cités de l\u2019un d\u2019entre eux sera mise en doute, souligne Richard Rosenfeld.Les conditions économiques, toutefois, y ont évolué de façon somme toute semblable.» La variation du taux de chômage, notamment, semble un coupable tout « Historiquement, on n\u2019amassait pas les données pour les analyser, mais pour accuser des suspects.\u2013 Francis Cossette Taux de crimes déclarés par la police au canada, 1962 à 2015 1962 1967 1972 1977 1982 1987 1992 1997 2002 2007 2012 Pour 100 000 habitants 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 0 Total Crimes violents Autres infractions Crimes contre les biens CRIMINOLOGIE QUÉBEC SCIENCE 35 JUIN 2017 désigné pour expliquer l\u2019évolution de la criminalité.Qui de plus enclin à ignorer la loi dans l\u2019espoir d\u2019empocher quelques dollars qu\u2019une personne qui a perdu son emploi et peine à joindre les deux bouts?«C\u2019est une mauvaise intuition», assure Richard Rosenfeld, en donnant l\u2019exemple de la crise économique de 2008-2009.Au cours de cette période, le crime a continué de reculer malgré une hausse marquée du chômage dans nombre de pays.L\u2019in?ation, par contre, était exceptionnellement basse, et le chercheur est persuadé qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un suspect qui a longtemps échappé aux criminalistes.Dans un article du numéro spécial du Journal of Quantitative Criminology publié au terme de la table ronde américaine, Richard Rosenfeld révèle que l\u2019in?ation est le seul facteur économique qui a évolué conjointement avec la criminalité entre 1960 et 2012 aux États- Unis.«Lorsque les prix augmentent, la demande pour des objets volés, et donc moins chers qu\u2019en magasin, est plus élevée et vice versa.» Cette corrélation ne fonctionne toutefois qu\u2019avec les délits commis pour des motifs ?nanciers, tels les vols.Bref, toujours pas de quoi résoudre l\u2019énigme entière.N\u2019empêche, le lien est tel que, dans une étude en cours de révision, le chercheur recommande aux banques centrales de tenir compte de l\u2019impact de l\u2019in?ation sur la criminalité lors de l\u2019élaboration de leurs politiques monétaires! PRécIeuses dOnnées Le quotidien des policiers de Québec ne ressemble en rien à celui des personnages des séries Les experts et 19-2.Et pour cause, la capitale nationale est la ville la plus paci?que de la province (et la deuxième au Canada, après Toronto).Heureusement, ce n\u2019est pas pour voir de l\u2019action que l\u2019ex-of?cier de renseignement militaire Francis Cossette s\u2019est joint au Service de police de la Ville de Québec.Son rôle n\u2019est pas de faire parler les suspects, mais les données.L\u2019analyste stratégique a l\u2019embarras du choix.Entre la ?che d\u2019appel au 911 et le rapport d\u2019événement rédigé par les patrouilleurs, un seul incident peut générer près d'une centaine de points d\u2019informations, allant du type de crime au nombre de victimes.«Avec ça, dit l'expert, je peux faire des analyses sur à peu près n\u2019importe quoi: vol de véhicule, incivilité, fugues, stupé?ants, introduction par effraction, etc.» L\u2019objectif est d\u2019identi?er les tendances, de préférence avant qu\u2019elles ne deviennent réellement problématiques, puis de proposer des pistes de solution issues de la littérature scientifique.Toujours grâce aux données, l\u2019analyste mesure l\u2019efficacité de l\u2019intervention et, si nécessaire, aide à corriger le tir.C\u2019est ainsi que le service de police a, par exemple, réduit les violences à la sortie des boîtes de nuit.Tout cela semble relever du gros bon sens, mais il s\u2019agit pourtant d\u2019une approche relativement nouvelle dans le monde policier.« Historiquement, on n\u2019amassait pas les données pour les analyser, mais pour accuser des suspects», rappelle Francis Cossette.2015, L\u2019ANNÉE DE TOUS LES DANGERS Aux États-Unis, le fameux « bain de sang » qu\u2019annonçaient certains observateurs dans les années 1990 semble ?nalement être survenu\u2026 en 2015.Pas moins de 15 696 meurtres ont été commis à l\u2019échelle du pays cette année-là, la dernière pour laquelle les statistiques du FBI sont disponibles.Il s\u2019agit d\u2019une hausse de 10,8 % par rapport à l\u2019année précédente, la plus haute observée depuis 1971 ! Ces chiffres font peur, d\u2019autant que la situation ne se limite pas aux États-Unis.Un regain a également été observé au Canada au cours de la même année, avec un bond de 15 % des homicides.De l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, au Royaume-Uni, les méfaits violents sont aussi en croissance : 11 % plus de meurtres, et 29 % plus d\u2019offenses sexuelles pour 2015.Serait-ce la ?n du déclin du crime ?Ames Grawert, avocat au Brennan Center for Justice, se fait rassurant.« Malgré la hausse, on demeure à des années-lumière de la situation qui prévalait au début de la décennie 1990.La criminalité varie naturellement d\u2019une année à l\u2019autre, et le monde politique a tendance à instrumentaliser ces changements.Il faut résister à la tentation de raconter une histoire à partir de quelques données seulement.» Le Canada a déjà connu une hausse ponctuelle de la criminalité en 2003, mais l\u2019année suivante, la tendance était de nouveau à la baisse.as les données , mais pour accuser des suspects.» QUÉBEC SCIENCE 36 JUIN 2017 Avant d\u2019atteindre Québec, ce changement de culture est survenu à New York, avec la mise sur pied de la technique Comparative Statistics, mieux connue sous le nom CompStat, en 1994.Près de la moitié des corps policiers des 50 villes les plus populeuses des États- Unis l\u2019ont adoptée depuis, générant un recul de 5% à 15% de la criminalité dans celles-ci, estime le Brennan Center for Justice (BCJ), un groupe de ré?exion de gauche af?lié à la New York School of Law.JOueR Au bAndIT S\u2019il y a un secteur où les données à étudier ne manquent pas, c\u2019est bien celui de la démographie.Et plusieurs y voient une explication de la diminution de la criminalité.«Qui commet les crimes?Les jeunes adultes », rappelle Marc Ouimet.Le professeur de criminologie à l\u2019Université de Montréal montre un graphique de l\u2019évolution des naissances au Québec où il encercle le pic observé au milieu du XXe siècle: le baby-boom.Des bébés qui ont atteint l\u2019«âge de la criminalité» en même temps qu\u2019augmentaient les délits dans la province.Désormais plus vieille et moins encline à la délinquance, cette génération a fait place à de jeunes adultes qui sont à la fois moins nombreux et trop occupés pour songer à jouer au bandit.Personne \u2013 enfin, presque \u2013 ne se lève un matin en décidant de poser le premier délit de sa vie.« Un crime survient lorsqu\u2019il y a une occasion », dit l\u2019expert aux tempes grisonnantes.Or où sont ces occasions, aujourd\u2019hui?«Moi, quand j\u2019étais jeune, j\u2019ai fait le tour de Québec pour me trouver une job de plongeur et je n\u2019ai pas réussi.Tandis que, aujourd\u2019hui, un ado peut se trouver du travail sans problème.» Et lorsque les jeunes ne sont pas à l\u2019école, au boulot ou à leur pratique de soccer, ils sont devant leur écran.«Tout ça, c\u2019est du temps qu\u2019ils ne passent pas à traîner au parc ou au centre commercial\u2026» Marc Ouimet n\u2019a clairement pas envie de se lancer dans une partie de Clue pour trouver quel facteur a le plus affaibli le taux de criminalité.Pour lui, le déclin du crime «n\u2019a rien d\u2019un mystère» et est simplement le résultat d\u2019un ensemble de causes allant du développement des technologies de surveillance à la baisse de la pauvreté.Le professeur préfère concentrer ses recherches « là où il y a réellement des problèmes», c\u2019est-à-dire dans les pays où le taux de criminalité est toujours élevé.Depuis 2012, le chercheur mène une enquête mondiale sur les homicides grâce à un sondage envoyé à des observateurs dans 150 pays.L\u2019objectif n\u2019est pas de mesurer les meurtres, mais d\u2019amasser de l\u2019information sur les facteurs menant à ces crimes.«La collecte n\u2019est pas terminée, mais on constate déjà que plus les inégalités sont grandes, plus il y a d\u2019homicides.» La notion d\u2019«autojustice» ?gure également dans les réponses de plusieurs intervenants provenant d\u2019endroits où les forces de l\u2019ordre ne font pas leur travail, observe Marc Ouimet.C\u2019est notamment le cas de plusieurs pays d\u2019Amérique latine où, plutôt que d\u2019appeler la police pour résoudre un con?it, des individus lèvent les poings ou sollicitent l\u2019aide de gangs.Comme à Caracas, au Venezuela, l\u2019une des villes les plus violentes du monde.Là-bas, la liste des personnes assassinées en une année ne compte pas des dizaines de noms, mais des milliers.Si cet article était un polar, c\u2019est maintenant que le véritable coupable serait en?n démasqué.La réalité s\u2019avère toutefois beaucoup plus complexe qu\u2019un roman policier et le déclin du crime semble, pour le moment du moins, être le crime parfait.lQs Compter le crime Au Canada, la criminalité est mesurée depuis 1962 par le Centre canadien de la statistique juridique, une division de Statistique Canada.« Nos données sont d\u2019une qualité exceptionnelle, assure Warren Silver, formateur national pour le Centre.Contrairement aux États- Unis, où la participation à la collecte est volontaire, 100 % des corps policiers du pays collaborent.» D\u2019un océan à l\u2019autre, les agents de la paix amassent des informations à l\u2019aide du même formulaire de déclaration et le Centre effectue un contrôle constant pour détecter les erreurs ou les manipulations.Mais pour qu\u2019un crime ?gure dans les statistiques, il doit d\u2019abord être déclaré à la police.A?n de pallier cette lacune, le Centre canadien de la statistique juridique a mis sur pied un sondage quinquennal sur la victimisation.Le dernier, réalisé en 2014, révèle que seuls 31 % des actes criminels ont été signalés à la police cette année-là.Dans le cas des agressions sexuelles, ce n\u2019était que 5 %.CRIMINOLOGIE Écoutez notre passionnante enquête sur l\u2019effet fondateur et découvrez comment le patrimoine génétique de nos ancêtres a façonné notre destin.Comment nous écouter?Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/podcast Podcast Québec Science QUÉBEC SCIENCE 37 JUIN 2017 La lutte contre les changements climatiques pourrait s\u2019accélérer grâce à une enzyme présente dans notre corps.L\u2019entreprise québécoise CO2 Solutions compte l\u2019utiliser pour conquérir la planète.PAR GUILLAUME ROY Qui aurait cru que l\u2019on pourrait trouver une piste de solution aux changements climatiques en fouillant dans la littérature scienti- ?que sur le traitement du CO 2 dans les sous-marins?C\u2019est pourtant en lisant un article sur le sujet que Peter Rogers, chercheur en médecine à l\u2019Université Laval dans les années 1990, a découvert l\u2019anhydrase carbonique, l\u2019enzyme responsable du transport du gaz carbonique dans le corps humain et plusieurs organismes vivants.Dans les sous-marins et les avions, le gaz carbonique s\u2019accumule au fur et à mesure que les gens l\u2019exhalent.Traditionnellement, on l\u2019extrait grâce à des technologies utilisant des solvants à base d\u2019ammoniac, mais ces solutions sont énergivores et génèrent des déchets toxiques.Dans les années 1960, on a tenté de leur substituer l\u2019anhydrase carbonique, sans succès.Néanmoins, le potentiel commercial de l\u2019enzyme n\u2019échappe pas à Peter Rodgers et à ses partenaires qui souhaitent l\u2019exploiter pour capter le dioxyde de carbone provenant de sources industrielles.En 1997, ils créent leur compagnie, CO 2 Solutions.Ils ont vu juste, le marché est énorme.Le CO 2 émis par les industries représente 10% à 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.Entre 2015 et 2050, il faudrait capturer 120 milliards de tonnes de CO 2 par année pour éviter que la Terre ne se réchauffe de plus de 2°C, estime l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie.Sans compter que le prix du carbone grimpe avec l\u2019instauration de différents systèmes de tari?cation.CO 2 ENVIRONNEMENT S\u2019inspirer du corps humain pour capter le QUÉBEC SCIENCE 38 JUIN 2017 Mais alors que plusieurs misent sur la séquestration du CO 2 dans le sol, l\u2019entreprise basée à Québec préfère le transformer en ressource exploitable.«Je crois que capter le CO 2 et le réutiliser est une meilleure solution que de l\u2019enfouir dans le sol, soutient Evan Price, président et chef de la direction de l\u2019entreprise depuis huit ans.Le carbone est un élément essentiel à la vie sur notre planète.Il peut être utilisé pour faire des produits à valeur ajoutée, comme des biocarburants, des bioplastiques, de la nourriture animale, et plus encore.» L\u2019anhydrase carbonique est ainsi devenue la «poudre magique» de l\u2019entreprise basée à Québec (Peter Rogers l\u2019a vendue dans les années suivant sa création).Qu\u2019a-t-elle de si spécial, cette enzyme?«L\u2019anhydrase carbonique agit comme un catalyseur en transformant rapidement le CO 2 produit par les cellules du corps humain en bicarbonate, explique Sylvie Fradette, vice-présidente, recherche et développement pour CO 2 Solutions.Par la suite, le bicarbonate, qui est soluble dans le sang, peut être acheminé jusqu\u2019aux poumons, où il sera transformé à nouveau en CO 2 , avant d\u2019être expulsé.» Et l\u2019anhydrase carbonique est ultra productive: une seule enzyme microscopique peut absorber un million de molécules de gaz carbonique par seconde.Mais transposer ce procédé à l\u2019échelle industrielle était une autre paire de manches.«Le CO 2 est assez pur dans le corps humain, mais les gaz industriels contiennent beaucoup d\u2019impuretés, comme de l\u2019oxyde d\u2019azote, du soufre et des métaux lourds, qui doivent être traités», donne en exemple la chercheuse.Il fallait aussi développer une technologie pour produire ces enzymes à grande échelle.Pour y parvenir, CO 2 Solutions a mis au point un procédé breveté pour fabriquer de l\u2019anhydrase carbonique synthétique, grâce à l\u2019action de bactéries.Résultat ?nal : une ?ne poudre brune, qui peut être transportée facilement jusqu\u2019aux sites industriels.CO2 RÉUTILISABLE En 2015, l\u2019entreprise a mis à l\u2019épreuve son concept dans des installations situées à Valley?eld.Le but?Capter 10 tonnes de CO 2 par jour provenant d\u2019une chaudière chauffée au gaz naturel, louée pour l\u2019occasion.À leur sortie de la chaudière, les gaz étaient dirigés vers une première tour, où ils entraient en contact avec une solution saline, chargée des enzymes synthétiques, qui capte le CO 2 pour le transporter sous la forme d\u2019ions bicarbonates, un peu comme dans le corps humain.Le liquide était ensuite acheminé vers une deuxième tour où la solution était chauffée à une température de 80°C pour en extraire le gaz carbonique pur.«Notre projet a démontré que nous pouvons capter du CO 2 au prix de 28$ la tonne pour un système de 1250 tonnes par jour, ou plus, soit le coût le plus bas de l\u2019industrie», soutient Evan Price, qui Le CO 2 dans le monde ?35,8 milliards de tonnes émises en 2013.?150 millions de tonnes sont déjà récupérées chaque année pour fabriquer des engrais, des médicaments et autres matériaux.?22 projets de capture et de séquestration du carbone sont en fonction, pour un total de 40 millions de tonnes de CO2 par an.?Entre 1750 et 2013, la concentration de CO2 dans l\u2019atmosphère est passée de 280 ppm à 400 ppm.?D\u2019ici 2050, la concentration en CO2 pourrait atteindre 600 ppm, un sommet depuis 50 millions d\u2019années.Source : Banque mondiale, CNRS, Global Carbon Capture and Storage Institute, Agence internationale de l\u2019énergie, NASA et Nature.À Saint-Félicien, le CO2 capté chez Produits forestiers Résolu servira à stimuler la croissance des concombres des Serres Toundra.G U I L L A U M E R O Y ENVIRONNEMENT QUÉBEC SCIENCE 39 JUIN 2017 vise à récupérer 90% du gaz carbonique émanant des usines.Des discussions sont en cours pour réutiliser les équipements de Valley?eld dans les raf?neries de l\u2019est de l\u2019île de Montréal.Ce projet-pilote a aussi convaincu les entrepreneurs des Serres Toundra, à Saint-Félicien, de miser sur cette technologie pour favoriser la croissance de leurs 45 millions de concombres produits annuellement.À partir de 2018, la serre achètera 30 tonnes de CO 2 par jour, récupérées de la tour à chaux de l\u2019usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu (actionnaire des Serres Toundra), située à moins de 1km du site.Elle haussera ainsi la concentration en CO 2 dans ses installations, ce qui stimulera la photosynthèse et, donc, la croissance des plantes.Les concombres Toundra absorberont ainsi l\u2019équivalent des émissions annuelles de 2300 voitures.VISÉES MONDIALES Selon Vivian Scott, chercheur à l\u2019université d\u2019Édimbourg, la capture du carbone est cruciale, car elle permettrait d\u2019atteindre jusqu\u2019à 20 % des objectifs de réduction des gaz à effet de serre.Cela dit, « la demande pour le CO 2 est beaucoup plus faible que les quantités émises », soutient l\u2019expert qui voit la valorisation du gaz carbonique comme un marché de niche.Alain Garnier, professeur à la faculté des sciences et de génie de l\u2019Université Laval, estime que la technologie offerte par CO 2 Solutions fait partie des outils pertinents pour lutter contre les changements climatiques, mais que l\u2019entreprise doit encore en démontrer l\u2019ef?cacité à l\u2019échelle industrielle.Autre défi : les réactions chimiques facilitées par l\u2019enzyme sont réversibles lorsque la solution atteint une saturation en bicarbonate, explique M.Garnier.«Il faut donc trouver une manière ef?cace d\u2019extraire le CO 2 au fur et à mesure», pour suivre la cadence des émissions d\u2019une usine.Avec le projet des Serres Toundra, CO 2 Solutions souhaite prouver le plein potentiel de la technologie qui lui permettrait de faire une percée mondiale, souligne Evan Price.Pour dénicher de nouvelles occasions d\u2019affaires, l\u2019entreprise souhaite promouvoir son procédé auprès du marché québécois du carbone a?n d\u2019obtenir des crédits compensatoires.Le contexte actuel lui est d\u2019autant plus favorable avec l\u2019Accord de Paris sur le climat et l\u2019imposition d\u2019une taxe carbone par le gouvernement fédéral, qui entrera en vigueur à compter de 2018.CO 2 Solutions est déjà en discussion avec des représentants des industries de l\u2019énergie, du pétrole, des cimenteries et des métaux, qui sont établis en Alberta, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe et en Asie.Chaque projet permettrait de recueillir jusqu\u2019à 300 tonnes de CO 2 par jour.Sous la forme de biocarburants, de bioplastiques ou de concombres, le CO 2 industriel est voué à une métamorphose extrême au cours des prochaines années.?QS Les installations de CO2 Solutions à Valley?eld G R A C I E U S E T É D E C O 2 S O L U T I O N Utiliser les gaz bruts En Ontario, les propriétaires de la cimenterie St.Mary\u2019s veulent valoriser les gaz bruts sortant de l\u2019usine pour produire des biocarburants à partir d\u2019algues.Transformer le CO2 en roche En Islande, un groupe de chercheurs a réussi à injecter 225 tonnes de gaz carbonique, dissous dans l\u2019eau, à l\u2019intérieur d\u2019anciens puits de forage riches en minéraux.Résultat, la solution s\u2019est transformée en roche calcaire en moins de deux ans, en mimant le phénomène naturel de carbonatation.Ce procédé nécessite toutefois beaucoup d\u2019eau et il n\u2019est ef?cace que dans les roches basaltiques, soit 10 % de la croûte terrestre.Utiliser le CO2 atmosphérique L\u2019entreprise Carbon Engineering, basée en Colombie-Britannique, a mis au point une technologie permettant de capter le dioxyde de carbone directement de l\u2019atmosphère en utilisant une solution d\u2019hydroxyde alcalin (une classe de composés chimiques formés d\u2019un cation de métal alcalin et d\u2019un anion hydroxyde).Un projet commercial devrait voir le jour en 2017.Enfouir le CO2 À plusieurs endroits sur la planète, le CO2 est injecté dans le sol sous forme gazeuse, simplement pour le séquestrer ou encore pour rendre le pétrole des gisements plus visqueux a?n de faciliter son extraction.Au ?l du temps, le gaz piégé dans le sol devrait se minéraliser, mais il existe un risque de fuite si la roche se ?ssure, lors d\u2019un tremblement de terre, par exemple.D\u2019autres techniques pour capter le CO2 «La capture du carbone est cruciale, car elle permettrait d\u2019atteindre jusqu\u2019à 20 % des objectifs de réduction des gaz à efet de serre.» \u2013 Vivian Scott QUÉBEC SCIENCE 40 JUIN 2017 mon Au septième Un prototype de la compagnie RealDoll TECHNO QUÉBEC SCIENCE 41 JUIN 2017 Les automates s\u2019immisceront bientôt dans nos chambres à coucher, pour le meilleur et pour le pire.Sommes-nous prêts à nous glisser sous la couette avec eux ?Par Joël Leblanc n robot P as facile de discuter avec Samantha.À part quelques phrases plutôt banales, elle n\u2019est pas très bavarde.Mais, de toute manière, ce n\u2019est pas pour ça qu\u2019on la fréquente.Samantha est là pour le sexe, toute la nuit s\u2019il le faut.Il suf?t de recharger ses batteries.Oubliez l\u2019image de la poupée gon?able.Malgré son immobilisme, Samantha est une machine dotée de microprocesseurs et de capteurs; elle perçoit les caresses \u2013 de l\u2019épaule au vagin \u2013 et y réagit verbalement.Son «père», Sergi Santos, un ingénieur de Barcelone, l\u2019a d\u2019ailleurs programmée pour qu\u2019elle exprime des envies sexuelles seulement si on l\u2019a d\u2019abord charmée.Et il l\u2019a équipée d\u2019un point G qui lui permet d\u2019atteindre des «orgasmes».La belle brune de silicone, même si elle ne peut pas encore faire grand-chose, est la preuve que l\u2019ère de la robotique sexuelle est à nos portes.Déjà, la compagnie américaine RealDoll est en train de mettre au point un modèle qui peut tourner la tête, cligner des yeux et bouger les lèvres en parlant, alors que TrueCom- panion vend, pour la coquette somme de 10000$US, la pulpeuse Roxxxy, dont la personnalité peut être programmée, tout comme Rocky, son homologue masculin.Dans le futur, d\u2019autres robots suivront, toujours plus habiles, plus autonomes, plus intelligents.Plus humains\u2026 Il reste à voir si nous les accueillerons à bras ouverts quand ils seront disponibles sur le marché et accessibles à toutes les bourses.En 2007, dans l\u2019ouvrage Love and Sex with Robots, le spécialiste en informatique David Levy rappelait que les humains ont déjà démontré qu\u2019ils peuvent s\u2019amouracher d\u2019objets inanimés, comme des voitures.Il prédisait d\u2019ailleurs que les relations sexuelles entre humains et robots seraient chose normale d\u2019ici 2050.Sept ans plus tard, le Pew Research Center ramenait plutôt cette date à 2025.À demain, quoi ! AMANTS IMPROBABLES La société est-elle prête pour ces nouveaux partenaires ?« Les sociétés ne sont jamais prêtes pour les changements qu\u2019elles provoquent, selon la professeure de sociologie à l\u2019Université du Québec à Montréal Chiara Piazzesi qui s\u2019intéresse entre autres aux robots sexuels.Elles se recon?gurent, créent de nouveaux outils conceptuels pour répondre à chaque \u201csurprise\u201d.Ces outils se traduisent en normes, en cadres juridiques, en institutions, en pratiques, en représentations culturelles, etc.» Dans le cas qui nous occupe, le terme «surprise» est pratiquement un euphémisme: l\u2019idée qu\u2019un humain copule avec une machine autonome est dérangeante ciel avec Au septième QUÉBEC SCIENCE 42 JUIN 2017 et laisse peu de gens indifférents.Un sondage mené en 2013 par la firme YouGov auprès de 1 000 Américains révélait que seulement 9 % des répondants accepterait d\u2019avoir une relation sexuelle avec un robot.L\u2019idée est si perturbante que, en 2015, les autorités de la Malaisie ont annulé la tenue de la seconde édition du congrès scienti?que et industriel Love and Sex with Robots.L\u2019annonce de l\u2019événement avait provoqué une réaction épidermique des médias et de la population.Finalement, c\u2019est Londres qui a accueilli le congrès en décembre 2016.Il pourrait pourtant y avoir du bon dans ces avancées technologiques, la vie de plusieurs personnes pouvant même s\u2019en trouver améliorée.« À la suite de l\u2019émission que nous avons consacrée au sexe connecté, nous avons reçu des messages de gens handicapés qui disaient avoir bien hâte que tout cela se concrétise a?n qu\u2019ils puissent en?n avoir une vie sexuelle», raconte Matthieu Dugal qui anime l\u2019émission radiophonique La sphère, sur ICI Ra- dio-Canada Première.D\u2019autres suggèrent encore que les robots pourraient servir de soupapes d\u2019échappement aux personnes ayant des déviances sexuelles, à commencer par les pédophiles.«Rien n\u2019est moins sûr, tempère toutefois la sexologue Élaine Grégoire.Il n\u2019existe aucun \u201ctraitement\u201d efficace contre la pédophilie et on ignore si l\u2019utilisation d\u2019un faux enfant permettrait au pédophile d\u2019évacuer ses pulsions ou si, au contraire, cela les entretiendrait.» PROUESSES SURHUMAINES Des sexologues avancent aussi que les robots, en permettant des ébats sexuels plus fréquents, auraient le potentiel de rendre plus heureux leurs propriétaires.En 2004, une étude américano-britan- nique parue dans The Scandinavian Journal of Economics révélait que, pour un adulte moyen qui a une relation sexuelle par mois, augmenter la fréquence à une fois par semaine ou plus lui procurerait autant de bonheur qu\u2019une augmentation salariale annuelle de 50000$.Sans compter que les machines pourraient être bien meilleures que nous au lit : elles nous supplantent déjà en conduite automobile, à l\u2019analyse de tests d\u2019imagerie médicale et aux échecs\u2026 Cette performance sexuelle pour- rait-elle se retourner contre l\u2019humanité?Avec de telles prouesses, ne risque-t-on pas une perte d\u2019intérêt pour les partenaires de chair et d\u2019os ?C\u2019est ce que craignent les détracteurs de ces joujoux sexuels grandeur nature.Kathleen Richardson, chercheuse en éthique et robotique à l\u2019université De Montfort, à Leicester au Royaume-Uni, a lancé la Campaign Against Sex Robots [Campagne contre les robots sexuels].Sur toutes les tribunes, elle souligne les dangers qui nous guettent.« Les robots aux formes féminines ou enfantines présentent un danger potentiel et vont contribuer aux inégalités dans la société, avance-t-elle.Les femmes et les enfants sont déjà trop souvent rabaissés au rôle d\u2019objet sexuel, entre autres par la prostitution.Les robots ne feront qu\u2019accentuer cette perception.» La professeure craint aussi un déclin de l\u2019empathie : «Le développement des robots humanoïdes réduira le niveau d\u2019empathie humaine, parce que celle-ci peut seulement se développer par l\u2019expérience de relations mutuelles entre humains.Ils renforceront les relations de pouvoir, les inégalités et la violence.Ceux qui croient qu\u2019ils permettront une réduction de l\u2019exploitation sexuelle et «Les robots aux formes féminines ou enfantines présentent un danger potentiel et vont contribuer aux inégalités dans la société.» \u2013 Kathleen Richardson Samantha et son créateur, Sergi Santos TECHNO S Y N T H E A A M A T U S QUÉBEC SCIENCE 43 JUIN 2017 de la violence envers les personnes prostituées se trompent.L\u2019association de la technologie avec le marché du sexe ne fera que créer plus de demande pour le corps humain.» Pour Chiara Piazzesi, il est encore trop tôt pour évaluer les impacts des robots sexuels.«Tous les scénarios sont possibles.Les effets seront-ils béné?ques ou pervers?Assurément les deux! Il y aura de belles histoires et d\u2019autres inacceptables.La sexualité humaine est trop complexe pour essayer de généraliser.Il faut attendre de voir ce qui se passera.J\u2019ai con?ance en notre capacité à trouver des stratégies pour \u201crester humain\u201d.Les questionnements éthiques pourront être résolus en temps opportun, à mesure que les cas surgiront.» LARMES DE MÉTAL Et qu\u2019en pensent les robots, eux ?Car oui, il se trouve des philosophes pour ré?échir au bien-être des machines ! Dans le milieu de l\u2019intelligence arti?- cielle circule l\u2019expression « émotions arti?cielles », laissant présager que les automates éprouveront un jour des sentiments.« Ces émotions seront différentes des nôtres, mais elles seront réelles, indique Alain Beauclair, professeur de philosophie à l\u2019université MacEwan d\u2019Edmonton, en Alberta.Et si on réalise un jour que des machines peuvent souffrir, on ne pourra plus faire n\u2019importe quoi avec elles.En tant que société, il faudra leur donner des droits.» On imagine déjà la complexité de tout cela.Un humanoïde maltraité pourra-t-il porter plainte?Autrement dit, les robots seront-ils un jour l\u2019égal de l\u2019homme?«Au-delà du sexe, c\u2019est à notre relation générale avec les robots du futur qu\u2019il faut ré?échir, explique Alain Beauclair.Sommes-nous prêts à leur laisser une place dans notre humanité?» Pour le moment, Samantha ne semble pas trop malheureuse; ni très intelligente.Mais à mesure que les travaux progresseront en intelligence arti?cielle, ses congénères et elle gagneront en humanité.À moins, comme le prédisent les adeptes, que ce soit l\u2019inverse : c\u2019est peut-être la demande pour les poupées intelligentes qui servira de moteur à la recherche en intelligence arti?cielle\u2026 lQS « Au-delà du sexe, c\u2019est à notre relation générale avec les robots du futur qu\u2019il faut réléchir.Sommes-nous prêts à leur laisser une place dans notre humanité ?» \u2013 Alain Beauclair La porno en réalité virtuelle En en?lant un casque de réalité virtuelle pour visionner son ?lm, l\u2019utilisateur a l\u2019impression d\u2019être en présence d\u2019un ou d\u2019une partenaire qui lui prodigue des caresses ou s\u2019agite devant lui.Les casques comme l\u2019Oculus Rift ont la cote, mais des versions bon marché, dans lesquelles on insère son propre téléphone intelligent, ont démocratisé le genre.Ces ?lms sont tournés avec des caméras spéciales à plusieurs lentilles, encore assez coûteuses.La sexualité en réalité augmentée Ici, les amants sont équipés de lunettes qui permettent de voir le réel, mais auquel l\u2019ordinateur ajoute des « extras », comme un décor plus exotique ou des accessoires \u2013 harnais, latex, maquillage tribal, etc.Tout est permis.Les seules limites sont celles de l\u2019imagination des programmeurs et de la puissance graphique des dispositifs.Télédildonique Plutôt destinée aux femmes, cette technologie offre principalement de petits vibrateurs discrets et sans ?l, connectés à un ordinateur.Ils peuvent donc être actionnés par un partenaire dans la pièce voisine, ou un inconnu de l\u2019autre côté du globe.Relation sexuelle à distance Les partenaires sont équipés de dispositifs au niveau des organes génitaux et de la bouche, ou de combinaisons plus complètes.Les gestes de l\u2019un sont ressentis par l\u2019autre et inversement.Encore assez expérimental, le concept nécessitera de surmonter de nombreux dé?s de conception.La libido techno Les technologies numériques sont partout, y compris dans l\u2019univers de la sexualité humaine.Voici quelques exemples. Tabagisme: l\u2019Afrique con tre- QUÉBEC SCIENCE 44 JUIN 2017 MONDE on tre-AttAque Plus de 1 milliard de personnes fument dans le monde; et 80 % d\u2019entre elles vivent dans des pays en développement.Déterminé à éviter la catastrophe, le Sénégal prend les devants dans la guerre contre le tabac.Par Marine Corniou Photos: Sylvain Cherkaoui QUÉBEC SCIENCE 45 JUIN 2017 Au Sénégal, les commerçants ouvrent les paquets et vendent les cigarettes à l'unité.Une pratique courante et légale. QUÉBEC SCIENCE 46 JUIN 2017 O n ne peut pas dire que l\u2019air soit pur à Dakar.L\u2019atmosphère est saturée de sable et de poussière, sans compter les gaz d\u2019échappement des vieux taxis et des «cars rapides» d\u2019un autre âge.Mais, contrairement à d\u2019autres villes d\u2019Afrique, la capitale sénégalaise peut se targuer de ne pas être envahie par la fumée de cigarette.Pas de fumeurs à la sortie de l\u2019aéroport, pas de mégots par terre, pas de paquets en évidence dans les échoppes.Seuls quelques toubabs c\u2019est- à-dire des Blancs \u2013 se promènent nonchalamment une clope à la main dans cette ville qui est aussi le siège de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et institutions internationales.C\u2019est d\u2019ailleurs à force de fréquenter les travailleurs étrangers et les touristes que Moussa, 27 ans, a commencé à fumer.Rencontré sur la plage de Ngor, un village de pêcheurs situé au nord de Dakar, il admet en griller une de temps en temps, au large, dans sa pirogue.«J\u2019emmène souvent des toubabs à la pêche et ils me proposent toujours une cigarette, dit-il en riant.Mais c\u2019est assez nouveau, ici.Mon père, par exemple, n\u2019a jamais fumé, c\u2019était trop mal vu.» Il faut dire que dans ce pays, musulman à 95 %, le tabagisme ne fait pas partie des traditions.«Dans les quartiers assez religieux, ce n\u2019est pas toléré.On ne fume pas devant les personnes âgées par exemple, et le tabagisme chez les femmes est totalement tabou», con?rme Abdoulaye Diagne, spécialiste de la lutte antitabac et directeur du Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), regroupant des chercheurs de l\u2019Université Cheikh Anta Diop de Dakar.De fait, au Sénégal, alors qu\u2019environ 11% des hommes se déclarent fumeurs, c\u2019est le cas de seulement 0,4 % des femmes, selon une enquête menée en 2015 par l\u2019Agence nationale de la statistique et de la démographie, en partenariat avec l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).On est bien loin de la prévalence globale du tabagisme dans le monde (environ 25 % chez les hommes et 5% des femmes selon une étude publiée en avril dernier dans The Lancet), ou de celle de certains pays Les « cars rapides » sont une institution à Dakar.Faits de bouts de tôle ra?stolés, ils dégagent une odeur tenace d\u2019hydrocarbures.Sénégal MONDE QUÉBEC SCIENCE 47 JUIN 2017 d\u2019Asie (autour de 60% chez les hommes en Indonésie et en Chine).Cette épidémie planétaire, qui tue 6 millions de personnes chaque année, semble donc encore sous contrôle dans les pays africains \u2013 à quelques exceptions près, notamment au Maghreb et en Afrique du Sud.Mais c\u2019est justement cette « faible » prévalence qui inquiète les organismes de lutte contre le tabac, les chercheurs et les gouvernements, explique Anna Gilmore, professeure de santé publique à l\u2019université de Bath et chercheuse associée au UK Center for Tobacco and Alcohol Studies, au Royaume-Uni.« Le marché africain est celui qui a le plus gros potentiel de croissance pour l\u2019industrie du tabac.Et comme les économies africaines se renforcent, elle sait qu\u2019elle pourra augmenter les prix et les pro?ts», indique l\u2019auteure de nombreux articles sur les « tactiques» de cette industrie.Chassés des pays riches à coups de procès, de lois, de taxes et de restrictions publicitaires, les géants de la cigarette intensi?ent leur stratégie marketing dans les pays du Sud.Et ça marche : entre 2000 et 2015, le tabagisme a gagné du terrain dans 27 pays, dont 16 se situent en Afrique subsaharienne; et le Sénégal en fait partie.« Il y a un transfert de l\u2019épidémie de tabagisme vers les pays les plus pauvres.L\u2019industrie cible ceux qui n\u2019ont pas de législation pour protéger leur population», résume Oumar Ndao, coordonnateur adjoint du Programme national de lutte contre le tabac au ministère sénégalais de la Santé et de l\u2019Action sociale.Grâce à ce principe de vases communicants, les cigarettiers se portent assez bien, merci.Ils ont même enregistré en 2015 leurs meilleurs volumes de ventes depuis 2006, avec 5,5 billions Abdoulaye Diagne, spécialiste de la lutte antitabac et directeur du Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES) Entre 2000 et 2015, le tabagisme a gagné du terrain dans 27 pays, dont 16 se situent en Afrique subsaha- rienne; et le Sénégal en fait partie. QUÉBEC SCIENCE 48 JUIN 2017 de cigarettes vendues (soit le nombre effarant de 770 par Terrien!).Un succès qui repose beaucoup sur la croissance démographique du Sud\u2026 et sur sa jeunesse.« C\u2019est clairement la cible : les Africains de moins de 25 ans représentent un marché de 700 millions de personnes», indique Oumar Ndao.Flairant la menace, le gouvernement sénégalais s\u2019est mobilisé, votant en 2014 une loi antitabac parmi les plus sévères au monde.Entrée en vigueur à l\u2019été 2016, elle interdit de fumer dans les lieux publics, impose les avertissements sanitaires sur les paquets, proscrit la vente de cigarettes aux mineurs ainsi qu\u2019à 200m des établissements scolaires et bannit toute forme de publicité pour ces produits.LES TABOUS TOMBENT Malgré ces garde-fous légaux et religieux, la jeunesse sénégalaise cède peu à peu aux chants des sirènes de l\u2019industrie.«Les jeunes fument beaucoup la chicha [NDLR: narguilé] qui donne une saveur parfumée et sucrée au tabac.C\u2019est nouveau, et c\u2019est inquiétant», déplore Mamadou Bamba Sagna, coordonnateur régional de l\u2019ONG américaine Campaign for Tobacco-Free Kids à Dakar.Ces pipes à eau, qui ont le potentiel de créer une dépendance au moins aussi grande que celle associée à la cigarette, contribuent à donner une image acceptable et branchée du tabac.Et force est de constater que, à Dakar, les mentalités changent.Même les Sénégalaises sortent les briquets : selon une enquête menée en 2013, 6 % des jeunes filles de 13 à 15 ans consommaient des produits du tabac (et 15 % des garçons).Il suf?t de faire un saut dans la Médina, un quartier populaire, pour le constater.«Avant, on se cachait, maintenant c\u2019est moins tabou, explique Modou, de son nom d\u2019artiste Mod Boye.De plus en plus d\u2019adolescents fument à la sortie des lycées.» Le jeune homme, qui dirige un collectif d\u2019artistes de rue et connaît les lieux comme sa poche, salue tous ceux qu\u2019il croise.Devant les baraques centenaires, dans ces rues calmes où se baladent quelques moutons, des hommes assis sur des Pour l'industrie du tabac, les Africains de moins de 25 ans représentent un marché de 700 millions de personnes.La Médina, un quartier populaire de Dakar MONDE QUÉBEC SCIENCE 49 JUIN 2017 bancs discutent en fumant tranquillement.Ici, loin des grandes artères, on semble moins s\u2019embarrasser des diktats religieux.«Tout le monde peut se payer des cigarettes, reprend Modou.Avec 25 francs CFA [NDLR: environ 0,05$], on peut en acheter une dans n\u2019importe quelle échoppe.» Une?La pratique est courante et légale: les commerçants ouvrent les paquets et vendent les «tiges» à l\u2019unité.Modou tend justement une pièce au marchand du coin, dont le comptoir est ouvert sur la rue, et repart avec une cigarette Excellence, la marque locale, «moins chère que les Marlboro».L\u2019achat à l\u2019unité rend ainsi le tabac accessible à toutes les bourses, et facilite la consommation chez les pauvres, les jeunes et les enfants.Et il n\u2019en reste pas moins un piège ?nancier, dans un pays où le salaire mensuel moyen équivaut à 125$ par mois.Plusieurs études de l\u2019OMS démontrent que les cigarettes peuvent absorber jusqu\u2019à 40 % du budget des ménages pauvres, réduisant d\u2019autant les ressources disponibles pour l\u2019alimentation, l\u2019éducation et la santé des enfants, selon les chercheurs du CRES.Un véritable frein au développement.«Le lien entre tabac et pauvreté est assez fort.Au-delà des enjeux sanitaires, le tabac a un coût d\u2019opportunité : qu\u2019aurait-on pu acheter à la place?Quel serait le gain en temps de travail ?De plus, au Sénégal, une famille dépend généralement du gagne-pain d\u2019une seule personne: si cette dernière tombe malade, le niveau de vie chute brutalement», explique Na?ssatou Baldé, économiste et coordonnatrice du projet tabac lancé au CRES en 2008.LE LEVIER DE LA TAXATION Le consortium, ?nancé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, s\u2019est donné une mission : rendre le tabac moins accessible.Autrement dit, convaincre le gouvernement d\u2019augmenter les taxes.Avec un paquet qui ne coûte qu\u2019environ 1$ actuellement, il y a de la marge! « Nombre d\u2019études ont prouvé que la taxation des produits du tabac est le moyen le plus ef?cace \u2013 et le moins coûteux \u2013 de réduire le tabagisme.Cela retarde le moment de la première cigarette, rationne la consommation, voire motive l\u2019arrêt, et génère des recettes ?scales pour l\u2019État », poursuit Mme Baldé.Sur papier, cette mesure semble simple à mettre en place.En pratique, toutefois, c\u2019est un parcours du combattant.À preuve, selon l\u2019OMS, seulement 10% de la population mondiale vit dans des pays où les taxes sur le tabac sont considérées comme dissuasives.« Il existe divers systèmes de taxation : des taxes ?xes (identiques pour tous les produits), des taxes correspondant à un pourcentage de la valeur du paquet (qui suivent donc l\u2019in- ?ation), ou une combinaison des deux.Pour être ef?cace, la taxe doit avoir un effet sur le prix, être simple à appliquer et prendre en compte l\u2019in?ation», énumère Na?ssatou Baldé.Et surtout, elle doit séduire les décideurs, en leur prouvant que la hausse des prix compensera la baisse des ventes.Mieux encore, en leur montrant que la lutte antitabac peut ren?ouer les caisses de l\u2019État.« Pour établir cela, il faut connaître les coûts liés au tabagisme payés par l\u2019État, par les patients, par la société en général», indique le professeur Abdoulaye Diagne, directeur du CRES et lauréat en 2014 d\u2019un prix de l\u2019OMS pour sa contribution exceptionnelle au contrôle du tabac.Son équipe vient justement de lancer une enquête pour évaluer les coûts de santé imputables au tabagisme, dans 15 hôpitaux du pays (voir l\u2019encadré à la page 51).«Nous avons besoin de preuves solides, dit-il, car l\u2019industrie du tabac fait valoir que les recettes tirées de la vente et les emplois créés l\u2019emportent de loin sur les coûts liés aux soins de santé.» Interrogée sur ce point, l\u2019entreprise Philip Morris International, qui fournit des produits à plus de 20 pays en Afrique de l\u2019Ouest et en Afrique Centrale, n\u2019a pas souhaité nous répondre.Na?ssatou Baldé, économiste et coordonnatrice du projet tabac lancé au CRES en 2008. QUÉBEC SCIENCE 50 JUIN 2017 La rhétorique des industriels a beau être démontée point par point par de nombreuses études scienti?ques, elle continue à faire mouche.«Les arguments de l\u2019industrie sont ancrés dans la tête des décideurs : on craint les pertes d\u2019emploi, alors que c\u2019est une industrie très automatisée; on dit que les taxes augmentent le risque de fraude et de contrebande, or c\u2019est une question de criminalité et de mesures douanières», soupire Nafissatou Baldé, ajoutant que l\u2019« industrie a ses entrées dans les ministères».UN COMBAT DÉLOYAL Car pour conquérir de nouveaux marchés, les quatre géants du tabac (British American Tobacco, Philip Morris International, Imperial Tobacco et Japan Tobacco International) ne lésinent pas sur les moyens.Anna Gilmore a ainsi démontré que les communautés des pays en développement sont exposées à 81 fois plus de messages publicitaires relatifs au tabac que les habitants des pays développés.Fin 2015, un documentaire britannique révélait en outre que British American Tobacco pratique la corruption à large échelle en Afrique de l\u2019Est, arrosant les politiciens et la société civile de pots-de-vin pour qu\u2019ils s\u2019opposent à l\u2019augmentation des taxes, entre autres.Au Sénégal, Philip Morris ?nançait jusqu\u2019à récemment des événements sportifs, des soirées dans des bars, distribuait des teeshirts, etc.Et dans plusieurs pays, les jeunes de 13 à 15 ans se font offrir des cigarettes à la pelle par des représentants de l\u2019industrie.De manière plus subtile, les cigarettiers sont passés maîtres dans l\u2019art de soutenir de nobles causes.Financement d\u2019équipement médical, soutien à l\u2019éducation des enfants, amélioration de l\u2019accès à l\u2019eau : ils misent sur la «responsabilité économique et sociale » pour redorer leur blason.«Dernièrement, l\u2019industrie a ?nancé un groupe de 1 000 femmes maraîchères dans la région de Dakar», illustre Oumar Ndao.Mais il y a de l\u2019espoir.« En dépit du lobbying intense et de l\u2019inconduite, qui rendent toute action incroyablement dif?cile, d\u2019énormes efforts sont faits en Afrique pour renforcer le contrôle du tabac», reconnaît Anna Gilmore.Avec sa loi (même si elle peine encore à être appliquée), le Sénégal fait ?gure de modèle sur le continent.Et la ténacité de l\u2019équipe du CRES y est pour beaucoup.En 2014, le consortium a aussi réussi à faire adopter une déclaration contre le tabac aux 15 pays membres de la Communauté économique des États de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CEDEAO) et de l\u2019Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).L\u2019idée?Harmoniser \u2013 et augmenter ! \u2013 les taxes sur le tabac dans toute la région.«Ce n\u2019est pas simple d\u2019impliquer 15 pays! Surtout quand, à certains endroits, l\u2019accès à Internet est incertain et que la crise d\u2019Ebola nous a empêchés de faire des réunions», raconte Na?ssatou Baldé.« Notre avantage, c\u2019est qu\u2019on peut encore juguler le marché, contrairement aux marchés plus matures comme en Asie», dit-elle.Mais il y a encore du chemin à faire pour que cette déclaration ne reste pas lettre morte.Dans des pays aux prises avec des taux alarmants de maladies infectieuses, de malnutrition et de situations politiques souvent instables, les maux chroniques causés par le La Convention-cadre de l\u2019OMS pour la lutte antitabac est le premier traité international de santé publique.Elle est entrée en vigueur en 2005; 180 des 193 pays membres des Nations unies l\u2019ont signée, ce qui les oblige à prendre des mesures pour freiner le tabagisme.Les cigarettiers sont passés maîtres dans l\u2019art de soutenir de nobles causes.Ils misent sur la « responsabilité économique et sociale » pour redorer leur blason.Jim, grand fumeur devant l\u2019éternel\u2026 QUÉBEC SCIENCE 51 JUIN 2017 tabac semblent moins prioritaires aux yeux des décideurs.«Les pays pauvres sont des \u201ccourt-termistes\u201d », déplore Oumar Ndao.ÉVITER LA CATASTROPHE SANITAIRE Pourtant, le tabagisme est une bombe à retardement.D\u2019ici 2030, selon l\u2019OMS, 80% des décès causés par le tabac auront lieu dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.«Ici, les systèmes de santé ne sont pas équipés pour traiter les maladies chroniques.On considère que, sur 10 personnes qui ont besoin d\u2019une chimiothérapie, seules 3 peuvent l\u2019avoir », explique le professeur Diagne.Les pauvres sont évidemment les premières victimes.«Au Sénégal, tous les frais sont à la charge du patient, depuis la consultation jusqu\u2019au traitement.Souvent, on passe à côté du diagnostic de cancer parce que le patient ne peut pas payer les examens.Il demande un calmant pour la douleur et on ne le revoit pas», observe le docteur Ulrich Combila, pneumologue au Centre Hospitalier National Universitaire Fann-Dakar.Dans un rapport de 700 pages paru début 2017, l\u2019OMS estime qu\u2019environ 226 millions de fumeurs vivent dans la pauvreté.C\u2019est avant tout pour les protéger que les mesures ?scales doivent être mises en place, af?rme l\u2019organisme, même si certains craignent une forme de double peine.«Les gens qui fument le plus, ce sont déjà ceux qui n\u2019ont pas les moyens.Le degré de dépendance est tel que, quel que soit le prix, ils paieront!» redoute le docteur Combila, rappelant qu\u2019il faut aussi éduquer la population aux dangers du tabac et aider les accros à écraser.À la Médina, Modou entre dans une petite construction en parpaings, fermée par un simple rideau, et présente Jim, un vieil ami au sourire édenté.Il est passé 10 h, il n\u2019a pas encore pris son petit déjeuner et allume une énième cigarette.Quand on lui demande depuis quand il fume, il rit.« Depuis toujours ! Mais ça va, il me reste encore un peu de souf?e, répond-il.Même si le paquet coûtait 2 000 francs CFA [4,35 $], je l\u2019achèterais !» Nul doute que l\u2019industrie du tabac a encore de belles années devant elle.lQS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.À l\u2019heure des « faits alternatifs », les chercheurs ont plus que jamais besoin de preuves, de chiffres, de statistiques sur lesquels s\u2019appuyer.Or ces données font cruellement défaut en Afrique.« À part en Afrique du Sud, il y a un manque généralisé de données nationales.La plupart des pays ne font pas d\u2019enquêtes régulières auprès de la population, en dehors des écoles et des hôpitaux », explique Catherine Kyo- butungi, épidémiologiste et directrice de la recherche au African Population and Health Research Center (APHRC), à Nairobi, au Kenya.Cet organisme à but non lucratif, qui reçoit le soutien ?nancier du Centre de recherches pour le développement international du Canada, conduit lui- même de nombreuses études sur le continent (notamment en santé et en éducation), et milite pour que les autorités s\u2019appuient sur des preuves scienti- ?ques a?n de prendre des décisions.C\u2019est aussi l\u2019objectif du Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), à Dakar, qui vient de lancer une enquête pour évaluer les coûts de santé liés au tabagisme au sein de 15 hôpitaux sénégalais.« Nous allons recenser les maladies cardiovasculaires et respiratoires, ainsi que les cas de cancer du poumon et du larynx, collecter les données sur le tabagisme des patients, et évaluer les coûts directs (médicaments, consultation, salaires du personnel, examens) et indirects (salaires non obtenus, mortalité précoce) », explique Papa Yona Mané, économiste responsable du projet au CRES.La tâche est ardue, puisque les hôpitaux ne disposent pas de registres informatisés.La collecte de données se fera donc à la main pendant trois mois, avec l\u2019aide de deux médecins par hôpital, sur des questionnaires papier.Pas le choix, si on veut convaincre le gouvernement que le tabagisme coûte cher.« Le \u201cventre mou\u201d de la lutte anti- tabac, en Afrique, c\u2019est les statistiques : nous n\u2019avons quasiment pas de chiffres à avancer », déplore Oumar Ndao, du ministère de la Santé et de l\u2019Action sociale du Sénégal.De fait, même les statistiques of?- cielles, qu\u2019il s\u2019agisse de celles des gouvernements, de la Banque mondiale ou de l\u2019OMS, sont à prendre avec des pincettes.« Il s\u2019agit le plus souvent d\u2019extrapolations faites à partir de données partielles.Par exemple, si on a des chiffres sur le tabagisme au Kenya, l\u2019OMS va proposer des estimations pour la Tanzanie, l\u2019Ouganda, etc.», commente Mme Kyobutungi.Au-delà de l\u2019amélioration de la gouvernance, l\u2019absence de statistiques est un frein pour évaluer le degré de pauvreté, l\u2019état de santé ou l\u2019accès aux services élémentaires d\u2019une population et atteindre les objectifs internationaux de développement.Papa Yona Mané, économiste au CRES Les statistiques, le nerf de la guerre QUÉBEC SCIENCE 52 JUIN 2017 D ans le domaine de la nutrition, les études sont rarement bonnes; trop souvent mauvaises.Ce n\u2019est pas l\u2019auteur de ces lignes qui le dit, mais bien Mélanie Plourde, titulaire de la Chaire du Centre de recherche médicale de l\u2019Université de Sherbrooke (CRMUS) sur le métabolisme des lipides lors du vieillissement.«Plusieurs chercheurs publient des articles de basse qualité qui sont méthodologiquement biaisés» avec pour résultat une avalanche de données contradictoires dont on ne peut rien tirer, souligne celle qui a obtenu l\u2019International Life Sciences Institute (ILSI) North America Future Award 2017, un prix remis à une jeune chercheuse prometteuse du domaine de la nutrition et des sciences de l\u2019alimentation.Les recherches sur les oméga-3 n\u2019échappent pas à cette tendance.Ces acides gras, qui ne peuvent pas être fabriqués par l\u2019organisme, et que l\u2019on trouve par exemple dans le poisson gras, ont été parés de toutes les vertus.Ils semblent avoir un effet protecteur contre les affections cardiaques et contre la maladie d\u2019Alzheimer.Mais les études épidémiologiques menées sur le sujet sont dif?ciles à interpréter.Si certaines démontrent que manger quotidiennement deux portions de poisson gras diminue le risque de déclin cognitif jusqu\u2019à 60%, d\u2019autres n\u2019observent aucun effet.Du tout au rien ! Prédisposition génétique Pourquoi?Selon Mélanie Plourde, ces études ne tiennent pas compte d\u2019un variant génétique particulier qui prédispose au déclin cognitif et qui est présent chez 15% à 20% des Canadiens : la forme epsilon4 de l\u2019apolipoprotéine E, ou ApoE4.«Chez les personnes qui ont ce variant génétique, le métabolisme des oméga-3 est dérégulé dans l\u2019ensemble des organes, dont le cerveau.Lors de mon stage postdoctoral, vers la ?n des années 2000, nous avons prouvé que cela contribue au développement de démences», explique la chercheuse.Chez cette population, qui représente environ 3,5 millions de Canadiens âgés de 18 à 65 ans, les acides gras oméga-3 ne sont pas emmagasinés dans les cellules comme ils le devraient (ils sont normalement impliqués dans la transmission d\u2019informations entre les neurones et dans l\u2019expression de certains gènes).À la place, ils sont utilisés comme source énergétique.Cela les rend-il moins ef?caces pour prévenir les maladies ?Faudrait-il prescrire à ces personnes des Les suppléments d\u2019oméga-3 préviennent-ils vraiment le déclin cognitif ?C\u2019est ce que véri?e Mélanie Plourde.Son objectif ambitieux : formuler des recommandations nutritionnelles claires pour les aînés.À table, les neurones! CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N QUÉBEC SCIENCE 53 JUIN 2017 doses plus fortes d\u2019oméga-3 pour obtenir le même effet?A?n d\u2019en avoir le cœur net, Mélanie Plourde a mis sur pied une étude auprès de 200 personnes âgées de 20 à 80 ans.Le but : écarter de l\u2019équation la variable confondante que représente ApoE4 en la contrôlant, et mieux comprendre les différences de métabolisme d\u2019une personne à l\u2019autre (concentration dans le sang des oméga-3, impact sur la neuro-in?ammation, etc.).«Certaines études ont démontré que les oméga-3 contribuent à réduire l\u2019in?ammation du système nerveux et à améliorer l\u2019intégrité de la \u201cbarrière\u201d qui protège le cerveau des agresseurs, ce qui contribue à freiner l\u2019apparition de la démence.Nous pensons donc que la diète a un rôle à jouer», af?rme celle qui est aussi membre de l\u2019Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels.Elle en pro?tera pour véri?er l\u2019in?uence de l\u2019âge sur les béné?ces qu\u2019on retire d\u2019une consommation élevée d\u2019oméga-3 (3g par jour).La collecte de données s\u2019est conclue en février dernier après un suivi de six mois.À terme, la chercheuse espère émettre des recommandations nutritionnelles claires adaptées aux aînés.« Par exemple, nous aimerions pouvoir af?rmer qu\u2019une supplémentation de X grammes d\u2019oméga-3 par jour diminue le risque de développer la maladie d\u2019Alzheimer de Y pour cent, allongeant ainsi la qualité de vie de Z années», illustre- t-elle.En 2010, une étude de la Société Alzheimer du Canada établissait que le fait de retarder l\u2019apparition de ce trouble cognitif permettait d\u2019allonger de quelques années la période d\u2019autonomie des patients.Patrons alimentaires Pour aller au bout de sa démarche, Mélanie Plourde pourra notamment compter sur la bourse de 40000$ qui accompagne l\u2019ILSI North America Future Award.Son projet, retenu parmi la quarantaine de candidatures internationales reçues par l\u2019ILSI, permettra aussi d\u2019évaluer l\u2019impact de différents « patrons alimentaires » sur la cognition.«Est-ce que la diète nord-américaine précipite le développement de démences ?Manger des fruits, des légumes et du poisson le prévient-il ?Nous allons pouvoir le déterminer à partir de questionnaires distribués lors de notre étude», dit-elle.Le parcours sans faute de Mélanie Plourde n\u2019étonne pas Marie-Claude Vohl, titulaire de la Chaire sur la génomique appliquée à la nutrition et à la santé de l\u2019Université Laval, qui a encadré la jeune chercheuse pendant son stage postdoctoral.«Mélanie a la chance de pouvoir coupler une expertise fondamentale avec une solide expérience clinique.Être en mesure de couvrir un tel spectre est une véritable force chez un chercheur», fait-elle valoir.Une qualité qui pourrait bien modi?er le cours de plusieurs vies.Car, si rien ne change, 937000 Canadiens souffriront d\u2019alzheimer dans 15 ans, prévoit la Société Alzheimer du Canada.lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion ! R.Q.: Vous af?rmez que, en nutrition, il serait dif?cile de trouver des études rigoureuses.Comment expliquez-vous cela ?Et comment peut-on le changer ?M.P.: En fait, il y a plusieurs études rigoureuses en nutrition.Cependant, la nutrition n\u2019est qu\u2019une des nombreuses composantes de nos habitudes de vie qui, elles-mêmes, varient d\u2019un pays à l\u2019autre.Cela complique la reproductibilité dans la façon de mener ces recherches.Les solutions ?Faire en sorte que les études nutritionnelles adoptent un processus standardisé.Je codirige un groupe de recherche international sur ce sujet et nous espérons que nos futures recommandations seront mises en pratique partout dans le monde.R.Q.: Qu\u2019est-ce qui vous a menée à la recherche en nutrition?M.P.: Je veux contribuer à faire évoluer la science de la nutrition différemment.Nous sous-estimons grandement le pouvoir de la nutrition dans la prévention; et la recherche se préoccupe trop de l\u2019aspect curatif.Si on injectait plus d\u2019argent pour établir et mettre en place de véritables stratégies de prévention, on créerait un changement de paradigme dans notre société.Malheureusement, les Instituts de recherche en santé du Canada ne semblent pas adopter cette tendance, car ils octroient très peu de subventions aux chercheurs en nutrition; et je ne fais plus partie du lot.R.Q.: Quelle sera la prochaine étape de votre carrière scienti?que?M.P.: La prochaine étape se déroulera en trois temps.Je dois trouver du ?nancement pour soutenir le développement de mon laboratoire.Puis, il me faut établir un lien clair entre la consommation des oméga-3 et la santé du cerveau lors du vieillissement.En?n, je dois rédiger des recommandations nutritionnelles, fondées sur des pro?ls alimentaires et des suppléments, qui pourraient mieux soutenir le cerveau pendant le vieillissement.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/RQuirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.C H R I S T I N N E M U S C H I QUÉBEC SCIENCE 54 JUIN 2017 Agriculture cosmique Il y a un peu de science spatiale dans la soupe aux lentilles ainsi que dans les craquelins au blé que vous mangez à l\u2019heure du lunch.La toute nouvelle exposition De l\u2019espace à l\u2019assiette \u2013 conçue par le Musée de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation du Canada, en partenariat avec l\u2019Agence spatiale canadienne \u2013 établit clairement le lien entre l\u2019in?- niment grand et l\u2019appétissant.Ça vous en bouche un coin ?À l\u2019aide de la vidéo, de l\u2019audio et d\u2019écrans tactiles, on découvre comment le satellite de télédétection canadien RADARSAT-2 alimente les cultivateurs d\u2019ici en données qui leur permettent de pratiquer une agriculture de précision.Il désigne par exemple les zones d\u2019un champ où des organismes nuisibles menacent les cultures a?n de mener des interventions ciblées plutôt que d\u2019arroser tout le champ de pesticides.Il fournit également des données sur la fonte des glaces ainsi que sur l\u2019érosion et l\u2019humidité des sols.« Cela augmente l\u2019ef?cacité et la durabilité des grandes fermes, leur permet d\u2019économiser beaucoup de temps, d\u2019argent et de carburant, tout en réduisant le recours aux pesticides », explique Renée-Claude Goulet, agente d\u2019exposition et d\u2019interprétation au Musée de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation du Canada.Les grandes fermes des Prairies béné?cient davantage de ces savantes technologies que les fermes québécoises, puisque ces dernières sont en moyenne beaucoup plus petites (270 hectares comparativement à 1 000 hectares pour les Prairies).Les cultures de canola, de soya et de blé, par exemple, sont celles qui pro?tent le plus de ces connaissances bien «spatiales».Puisqu\u2019elle est itinérante, l\u2019exposition se concentre dans un tout petit espace.Mais Mme Goulet nous assure qu\u2019elle est servie en bouchées tout à fait digestes pour le commun des mortels.Présentée jusqu\u2019au début 2019 au Musée de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation du Canada, à Ottawa.Et en tournée dans tout le Canada jusqu\u2019en 2020.500 ans de robotique Le mot « robot » a peut-être fait son apparition pour la première fois en 1920, mais, avant même que Jacques Cartier remonte le Saint- Laurent, les premières créatures automatisées « prenaient vie ».Si elles étaient loin de ressembler à Terminator, elles étaient néanmoins destinées à un avenir prometteur, d\u2019après ce que nous apprend le Science Museum de Londres dans son audacieuse exposition Robots.Le musée a réuni sous un même toit une centaine de robots \u2013 dont un automate du XVIe siècle, des robots aidant les enfants autistes ainsi que l\u2019androïde Kodomoroid, la lectrice de nouvelles incroyablement réaliste.Le site Internet vaut le détour : en plus des photos, ne ratez pas les courtes vidéos (en anglais) sur les pièces maîtresses ainsi que le survol des 500 ans d\u2019automatisation.Les chanceux qui passent par la capitale britannique pendant leurs vacances pourront voir les prototypes en fer et en caoutchouc (réservez votre billet tôt !).Au Science Museum de Londres, jusqu\u2019au 3 septembre 2017, ou en ligne à beta.sciencemuseum.org.uk/robots.ÉCOUTER Cellules souches sur la touche Partout dans le monde, des cliniques de recherche sur les cellules souches proposent des traitements expérimentaux prometteurs (et onéreux) à des gens désespérés atteints de maladies incurables.Une fois les traitements terminés, l\u2019état de santé de plusieurs se dégrade et les participants se sentent ?oués.Tiré du balado The Documentary, produit par le BBC World Service, le reportage audio The Stem Cell Hard Sell, fouillé, truffé d\u2019entrevues et de témoignages poignants, pose la question : « Comment mieux protéger ces patients vulnérables ?» À télécharger sur iTunes ou sur le site du BBC World Service (28 minutes, en anglais).V I S I T E R S C I E N C E M U S E U M D E L O N D R E S C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb QUÉBEC SCIENCE 55 JUIN 2017 Les lumières canadiennes Les Canadiens sont brillants, et pas seulement parce qu\u2019ils ont inventé l\u2019ampoule à incandescence.Les étoiles zombies, la théorie du langage, le vaccin contre la méningite et le modem 56 K ne sont qu\u2019une poignée des inventions et découvertes d\u2019ici qui ont rendu le monde meilleur.Ingénieux les met en lumière et offre, en bonus, des trucs pour inspirer la prochaine génération de prodiges.Ingénieux : innovations canadiennes qui ont rendu le monde meilleur, par David Johnston et Tom Jenkins, Les Éditions La Presse, 256 pages.Leçons de résilience Épidémies, tsunamis, séismes, attentats, accidents nucléaires : les catastrophes ont de graves conséquences sur le monde, mais aussi sur les sociétés.Au moyen de la science et de la littérature, le physicien et anthropologue Yoann Moreau cherche à expliquer comment l\u2019être humain parvient à redonner du sens à son existence lorsqu\u2019elle devient, elle aussi, une zone sinistrée.Du pire, l\u2019auteur parvient à tirer le meilleur.Vivre avec les catastrophes, par Yoann Moreau, Presses universitaires de France, 356 pages.Balades scientiiques Il est toujours temps de monter dans le bolide des journalistes scienti?ques Marie-Pier Elie (une ancienne de Québec Science) et Émilie Martin, dont la passionnante série Sur les routes de la science est déjà en partie diffusée.Du Vietnam à la Tasmanie, elles suivent les chercheurs sur le terrain a?n de répondre aux questions brûlantes sur les enjeux de demain : « Comment nourrir neuf milliards d\u2019humains ?» « Quel effet a le climat sur les séismes ?» Leur curiosité nous donne une petite heure de télé rafraîchissante, à ne pas rater.À ICI Explora, jeudi 21 h (en rappel le dimanche, à 21 h).Chacun des épisodes sera en rattrapage gratuit durant sept jours sur ICI Tou.tv.Tribus branchées La techno est partout et s\u2019in?ltre même dans les coins les plus isolés de la planète.La série Tribus XXI part à la rencontre des populations reculées et observe comment elles réussissent à conserver leurs coutumes ancestrales tout en utilisant la science et la technologie modernes.Dans l\u2019épisode présenté le 2 juin, on visite un berger maasaï du Kenya qui se sert d\u2019une technologie GPS pour étudier les déplacements des lions.Les données recueillies servent à guider l'installation de la population semi-nomade dans des zones sécuritaires, à aider les éleveurs à ne pas traîner trop près des félins avec leur bétail et à protéger le roi des animaux.Voilà un voyage télévisuel dépaysant à tout point de vue.À TV5 MONDE, le vendredi 19 h, dès le 19 mai (en rattrapage sur tv5.ca).LIRE R E G A R D E R Marie-Pier Elie et Émilie Martin I C I E X P L O R A QUÉBEC SCIENCE 56 JUIN 2017 L e vide.Ce n\u2019est pas demain que nous le comblerons.L\u2019Univers est tellement grand qu\u2019il ne serait pas exagéré de plaindre la solitude des étoiles, de se désoler de leur insigni?ance.Tout ce qui arrive à n\u2019importe laquelle de ces sources lumineuses \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une naine blanche, d\u2019une naine rouge, d\u2019une géante, voire d\u2019une galaxie ou d\u2019un amas de galaxies \u2013, toutes ces explosions, ces implosions, ces impacts, ces collisions intergalactiques, ces rayonnements intenses, ces naissances et ces morts d\u2019étoiles, ces fusions thermonucléaires n\u2019ont jamais eu une grande importance dans la réalité cosmique et ne risquent pas d\u2019en avoir.Tout est trop grand, trop distant, trop espacé.Les étoiles sont des foyers perdus, de petits points chauds dérisoires, des microfournaises qui ne parviennent même pas à chauffer adéquatement leur système planétaire.Elles sont comme des tisons qui s\u2019envolent dans le ciel noir de la nuit.Un feu à ciel ouvert, en hiver; un feu de bois qui tenterait de réchauffer la forêt glaciale.Et si le Soleil explosait demain matin, sa disparition soudaine ne ferait ni chaud ni froid à la Voie lactée.Puisqu\u2019il y a des milliards de galaxies, nous pourrions dire la même chose à propos de la nôtre : un trou noir l\u2019avalerait sur l\u2019heure que l\u2019Univers ne s\u2019en porterait pas plus mal.Dans le vide, il fait -273,15 °C, la température moyenne d\u2019un Univers qui n\u2019a jamais cessé de se refroidir depuis 15 milliards d\u2019années.Toutes ces étoiles, tous ces soleils, tous ces enfers nucléaires s\u2019en?amment en vain; la chaleur de chacun de ces monstres se perd vite dans son voisinage immédiat.L\u2019intervalle est tellement froid, il a un cœur de glace.Pour résumer l\u2019affaire, disons que l\u2019Univers est le musée du vide, un vaste musée à l\u2019intérieur duquel ?ottent des milliards et des milliards de débris.Certains brillent, brûlent, atteignent localement des chaleurs inimaginables.Mais la plupart ne s\u2019illuminent pas, gelés dans l\u2019obscurité, plus noirs que le noir qui les entoure, voyageant dans le vide en mémoire de rien.On raconte même que l\u2019Univers se meurt de vieillesse.Ses milliards d\u2019années furent autant de distance, et autant de distance ne peut qu\u2019agrandir le vide, un vide que même la lumière peine à franchir.Alors, cet univers incommensurable, dont on dit qu\u2019il est en expansion, serait plutôt en perdition.En son intérieur, tout s\u2019éloigne de tout à une vitesse vertigineuse.Elle viendra cette nuit où les étoiles seront tellement éloignées les unes des autres qu\u2019il ne leur sera plus possible de seulement s\u2019entrevoir.Alors, mes amis, il fera vraiment noir.Et ce, malgré l\u2019existence de 2 000 milliards de galaxies, chacune composée de 1 000 milliards d\u2019étoiles La sonde Voyager 1 connaît le froid de l\u2019intervalle; elle en expérimente à chaque instant la vastitude, elle qui ?le à plus de 61 500 km/h dans le noir absolu depuis maintenant 40 ans.Elle atteindra une étoile proche dans 40 000 ans.La sonde transporte, rivé à sa structure, un disque de cuivre sur lequel on a enregistré des messages symboliques, des échantillons de cultures et d\u2019activités humaines.Parmi ces échantillons, qui sont des cris lancés dans le vide, comme une bouteille à la mer interstellaire, on trouve une version de la chanson Johnny B.Goode de Chuck Berry, un chef-d\u2019œuvre du rock\u2019n\u2019roll, l\u2019une des 27 sélections musicales de ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019émission de radio absolue.Dans tout ce froid, au plus profond de cette nuit, dans le creux de cette noirceur et dans le cœur de ce silence, l\u2019âme de Chuck Berry voyage.Car oui, le grand rockeur est mort récemment, à un âge très vénérable.Il a ?nalement déposé sa guitare.Mais, selon toutes les apparences, il chantera encore dans le cosmos.Et nous pourrions, dans un futur aussi lointain que le pourtour de l\u2019in?ni, entendre sur Terre, en provenance de l\u2019espace, son Johnny B.Goode en écho, sans que plus personne ne se rappelle cette voix ni cette chanson.On découvrira alors deux vérités fort mystérieuses : 1) si nous allions aux con?ns de l\u2019Univers, nous y retrouverions la trace de nos propres pas; 2) les messages des extraterrestres sont signés de notre propre main.Cela s\u2019appelle la solitude sidérale.lQS Le rock\u2019n\u2019roll de l\u2019Univers Notes de terrain serge bouchard @mammouthlaineux O H A R A H A L E MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez l\u2019application Le Devoir Mobile dès maintenant ! en partenariat avec Du 5 au 11 août RÉSERVEZ > Prix avantageux d\u2019ici le 19 juin > Promotion En gang, on y gagne veloquebecvoyages.com 514 521-8356 > 1 800 567-8356, poste 506 Le scénario de vos vacances! Imaginez une semaine de vacances à vélo, du Saint-Laurent aux Appalaches, entre Montmagny, Saint-Damien-de-Buckland et Saint-Georges.Être actif, respirer, proiter du moment présent.Le scénario de vos vacances! P h o t o s : M a g a l i e D a g e n a i s , F r a n ç o i s P o i r i e r QUÉBEC SCIENCE 58 JUIN 2017 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez l\u2019application Le Devoir Mobile dès maintenant ! * Prix avant taxes ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Économisez jusqu\u2019à 48 % sur le prix en kiosque 3 ANS 81 $* 1 AN 36 $* 2 ANS 58 $* Abonnement papier et numérique Pour en savoir plus sur les projets de nos chercheurs polymtl.ca/innovatio NANOTRANSPORTEURS À L\u2019ASSAUT DES TUMEURS Comment faire pour amener un médicament jusqu\u2019aux cellules tumorales, et à elles uniquement, pour ne pas endommager les cellules saines ?Pour répondre à ce dé?, le Pr Sylvain Martel développe une stratégie originale qui consiste à faire transporter le médicament par des robots miniatures circulant dans les voies sanguines.Tels des vaisseaux de guerre miniatures, ces nanorobots pilotés par champs magnétiques se rendent jusqu\u2019à la tumeur où ils vont larguer leur chargement.DÉTECTION PRÉCOCE DES INSUFFISANCES CARDIAQUES Les traitements du cancer par chimiothérapie peuvent abîmer les tissus cardiaques.A?n d\u2019éviter de futures insuf?sances cardiaques aux enfants atteints de leucémie, la Pre Delphine Périé-Curnier développe des outils pour détecter les modi?cations du tissu cardiaque à un stade précoce.Ces outils pourront également être utilisés pour tester de nouvelles méthodes de prévention.PUISSANTS OUTILS DE DÉTECTION POUR INTERVENTIONS CHIRURGICALES PLUS FIABLES Le Pr Frédéric Leblond développe des outils qui permettent aux chirurgiens et aux radio-oncologues de discerner avec une grande précision les cellules cancéreuses des cellules saines lors de leurs interventions.Ainsi, le risque opératoire est moins élevé et les diagnostics sont plus ?ables.Un de ces outils, une puissante sonde peropératoire, est capable de détecter en temps réel des cellules du cancer du cerveau durant l\u2019opération chirurgicale.INNOVER POUR LA SANTÉ DES CANADIENS "]
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