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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Octobre-Novembre 2017, Vol. 56, No. 3
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2017, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 10 INVENTIONS GÉNIALES 100 % QUÉBÉCOISES + OPIOÏDES: AUTOPSIE D'UNE CRISE .DÉCOUVREZ L\u2019ÉTRANGE BLOB ! .LA PAMPA ARGENTINE DISPARAÎT SOUS L\u2019EAU OCTOBRE-NOVEMBRE 2017 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 0 6 5 3 8 7 Grippe peut-on se fier au vaccin? Le modèle n\u2019est présenté qu\u2019à des fi ns d\u2019illustration.Les équipements peuvent ne pas correspondre à ceux présentés sur l\u2019image.Le système d\u2019aide à la navigation est disponible uniquement sur certains modèles.Visitez Subaru.ca pour plus de détails.Quelques cent kilomètres pour contempler quelques milliards d\u2019années lumières.Voilà un plan intéressant.La nouvelle Subaru Outback 2018, avec sa traction intégrale symétrique, sa grande capacité de chargement et son système de sécurité avancé, vous emmène où vous voulez.SubaruSousLesEtoiles.ca 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Technopop Par Catherine Mathys 11 Polémique Par Jean-François Cliche | 12 Je doute donc je suis Par Normand Baillargeon 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 48 Notes de terrain Par Serge Bouchard | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Et roulent les rovers ! 8 AUTISME: OÙ TROUVER LES INFOS FIABLES ?Une nouvelle plateforme web collige les meilleures études sur ces troubles.9 SAUVETAGE IN EXTREMIS DU LAC BROMONT Des chercheurs auraient trouvé le moyen de stopper les algues bleu-vert.10 HÉLIUM: UN MARCHÉ VOLATIL Le Qatar a cessé de produire de l\u2019hélium pendant un mois.Une interruption qui a semé l\u2019émoi.14 LES SUPER-POUVOIRS DU BLOB Ni animal, ni végétal, ni bactérie, ni champignon, le « blob » est un étrange unicellulaire.22 DOSSIER SPÉCIAL DIX INVENTIONS GÉNIALES 100% QUÉBÉCOISES Un croisement entre un vélo électrique et une trottinette, une serre écoénergétique, une imprimante 3D qui s\u2019imprime elle-même: voilà quelques-unes des inventions imaginées par des créateurs d\u2019ici.À découvrir dans notre dossier spécial.REPORTAGES 17 Le vaccin contre la grippe au pilori L\u2019ef?cacité du vaccin contre la grippe saisonnière laisse à désirer.À tel point que les scienti?ques s\u2019interrogent sur la pertinence de ce rituel annuel.34 Opioïdes: autopsie d\u2019une crise L\u2019an dernier, plus de 64 000 Américains et 2 800 Canadiens ont succombé à une dose mortelle d\u2019opioïdes.Cette inquiétante vague de décès continue de s\u2019ampli?er.Avec quelle force frappera-t-elle le Québec ?40 La pampa disparaît sous l\u2019eau Menacée par les inondations, la pampa argentine est en voie de disparition.Redessinant les cartes, l\u2019eau fait naître de nouvelles rivières.Reportage sur un phénomène hydrologique rare.SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE OCTOBRE/NOVEMBRE 2017 22 14 17 40 34 Épuisé par les noti?cations intempestives générés par votre téléphone?Notre chroniqueuse aussi! V I R G I N I E G O S S E L I N E N C O U V E R T U R E : V O I S I N / P H A N I E / S P L QUÉBEC SCIENCE 4 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 O n se plaît à répéter que les Québécois sont un peuple d\u2019inventeurs et de « pa- tenteux ».Immanquablement, on cite des exemples du passé : Joseph-Armand Bombardier et sa motoneige; Arthur Sicard et sa déneigeuse; Jean Saint-Germain et son biberon anticolique; Cyrille Duquet et son combiné téléphonique; Jean-Paul Roy et sa poutine (ou est-ce Fernand Lachance ?)\u2026 Mais qui sont les inventeurs québécois d\u2019aujourd\u2019hui ?Que sont-ils en train d\u2019échafauder dans leur sous-sol ou leur garage ?C\u2019est avec ces questions en tête que les membres de l\u2019équipe de Québec Science, en collaboration avec l\u2019Association pour le développement de la recherche et de l\u2019innovation du Québec (ADRIQ), ont lancé un concours destiné aux inventeurs indépendants et aux jeunes pousses de la province.Inspirés par des compétitions comme les Annual Invention Awards du magazine Popular Science et le Concours Lépine, institution centenaire en France, nous souhaitions sortir de l\u2019ombre des inventions made in Québec se distinguant par leur originalité et leur potentiel commercial.Après quelques mois à recueillir et à analyser les candidatures, nous sommes ?ers de dévoiler nos récipiendaires.Ils forment un groupe hétéroclite : des jeunes, des professionnels, un retraité, plusieurs ingénieurs, des électriciens, des autodidactes, des spécialistes des télécommunications; beaucoup d\u2019hommes, une seule femme.(Les candidatures féminines se sont faites rares pour cette première édition.Nous espérons en obtenir davantage, l\u2019année prochaine.Inventrices, passez le mot !) Au-delà de leur pro?l, ils ont beaucoup en commun.À l\u2019aide de leur invention, ils veulent tous changer le monde à leur façon.Mais n\u2019allez pas croire qu\u2019ils sont des « pelleteurs de nuages » : les pieds ancrés dans la réalité, ils consacrent tout leur temps libre à peau?ner leur prototype, à convaincre des investisseurs, à s\u2019échiner sur des demandes de brevet.Ils cumulent parfois les refus, mais refusent de baisser les bras tant ils ont foi en leur création.À tel point que certains y ont englouti les fruits de leur épargne.Ce qui ne les empêche pas de vivre des moments de doute.Sont-ils vraiment les premiers à avoir eu cette idée ?Existe-t-il quelque part un individu qui a développé un prototype similaire, seulement pour constater que c\u2019était une voie sans issue ?Décidément, la vie d\u2019inventeur est loin de l\u2019image d\u2019Épinal offerte par le professeur Tournesol et le comte de Champignac ! Voilà pourquoi la ténacité et le courage de nos 10 inventeurs forcent l\u2019admiration.Et c\u2019est peut-être ce qui leur permettra, un jour, de voir leur nom apparaître à la suite des célèbres Bombardier, Sicard et Saint-Germain du Québec.*** La vaccination est un sujet qui divise et suscite la mé?ance.Pour certains, l\u2019immunisation n\u2019est plus une question de santé publique; elle relève carrément du domaine de la croyance.Pourtant, les vaccins ont fait leurs preuves.Grâce à eux, la variole a été éradiquée.Il en sera bientôt de même pour la polio.Selon une étude de l\u2019Organisation mondiale de la santé, entre 2001 et 2020, l\u2019immunisation contre 10 maladies (rougeole, rotavirus, méningite, hépatite B, etc.) aura évité 20 millions de décès dans 73 pays à revenu faible et intermédiaire.Cela étant dit, certains vaccins méritent d\u2019être améliorés et c\u2019est le cas de celui contre la grippe.Dans ce numéro, notre reporter Marine Corniou dissèque avec rigueur et précision les faiblesses de cette injection annuelle.Entendons-nous bien : il ne s\u2019agit pas d\u2019un exercice de « vaccinoscepticisme ».Notre magazine adhère au consensus scienti?que sur la sécurité des vaccins.Mais notre mission est d\u2019informer et nous estimons que la transparence ainsi que l\u2019esprit critique demeurent les meilleurs outils pour lutter contre les mythes entretenus à l\u2019endroit des vaccins.lQS Ode aux « patenteux » du XXIe siècle Qui sont les inventeurs québécois d\u2019aujourd\u2019hui ?La ténacité et le courage de nos 10 inventeurs forcent l\u2019admiration.Éditorial marie lambert-chan @mlambertchan N I C O L E A L I N E L E G A U L T LES ABYSSES EXPLOITÉS PAR LES MINIÈRES : ENTRE FASCINATION ET RÉVOLTE « J\u2019ai trouvé le reportage \u201cLes abysses, nouvel eldorado\u201d particulièrement éloquent.Chaleureuses félicitations à l\u2019auteure ! Des actions concrètes seront indispensables de la part de plusieurs intervenants de la présente génération et, surtout, de la suivante.» \u2014 Simon Leclipteux « On va ?nir par l\u2019achever, cette planète.» \u2014 Janette Gamache « Comment ces compagnies obtiennent-elles des permis pour tuer les océans ?» \u2014 Brigitte Vei BOUTEILLE À L\u2019AMÈRE « Je suis tout à fait d\u2019accord avec l\u2019éditorial de Marie Lam- bert-Chan en ce qui a trait au besoin de contrer l\u2019usage des bouteilles de plastique.Une vraie calamité pour l\u2019environnement.Cependant, l\u2019option de boire l\u2019eau du robinet me laisse perplexe.Cette eau, puisée dans le Saint-Laurent par bon nombre de municipalités, n\u2019est pas sans risque.Qu\u2019elle ait le même goût que celle qui est vendue en bouteille est loin d\u2019être une preuve scientifique qu\u2019elle est bonne à boire.» \u2014 Denis Carrier RETROUVER NOS RIVIÈRES CACHÉES « Oh oui ! Tout pour \u201cdébé- tonner\u201d la ville, redonner de l\u2019espace à la verdure et à la fraîcheur !» \u2014 Claude Maryse Lebeuf « Retrouver de la nature au cœur de la ville de béton, c\u2019est vraiment super ! » \u2014 Richard Langevin « Quitte à aller dans le sens contraire des environnementalistes et de l\u2019opinion générale \u201cmoderne\u201d, voici mon avis.Nos prédécesseurs n\u2019étaient pas stupides.Les raisons pour lesquelles ils ont canalisé les ruisseaux tiennent toujours : les épidémies, la pollution, les mouches et la vermine n\u2019ont pas leur place en ville.Il n\u2019est pas nécessaire de déterrer les ruisseaux pour s\u2019apercevoir que des canalisations sanitaires sont branchées sur le réseau pluvial, comme ça s\u2019est passé à Londres.Selon mon expérience d\u2019ingénieur civil, je peux vous assurer que c\u2019est le cas.L\u2019administration en place serait bien mieux de redonner les berges de Montréal aux citoyens.Quant aux îlots de percolation, cette idée est excellente.» \u2014 Steve Ménard ERRATUM Dans l\u2019article « En attendant James Webb », nous écrivions que le télescope James Webb « remontera dans le passé, en captant la lumière émise 300 000 millions d\u2019années après le big bang ».Il aurait plutôt fallu lire « la lumière émise environ 300 millions d\u2019années après le big bang ».Nos excuses.Mots croisés OCTOBRE-NOVEMBRE 2017 VOLUME 56, NUMÉRO 3 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Annie Labrecque Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean- François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Anne Caroline Desplanques, Martine Letarte, Catherine Mathys, Etienne Plamondon Emond, Saturnome Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Virginie Gosselin, Nicole-Aline Legault, Dushan Milic, Pablo E.Piovano, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Catherine Brochu 418 694-2363 cbrochu@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Octobre 2017 (541e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2017 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514-521-8356 poste 504 1-800-567-8356 poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 « Captivant reportage dans @QuebecScience sur les minières qui ratisseront les abysses pour en extraire les métaux.» @MarianneDez, la journaliste Marianne Desautels-Marissal SUR TWITTER QUÉBEC SCIENCE 6 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Le cabinet des curiosités D e petites dunes, des pierres de toutes les tailles, des vallons, un cratère\u2026 C\u2019est sur cette étendue de sable et de cailloux, située au siège de l\u2019Agence spatiale canadienne (ASC), à Saint-Hubert, qu\u2019une équipe d\u2019ingénieurs s\u2019affaire à tester les rovers qui pourraient un jour explorer la planète Mars ou la Lune.«Nous avons une grande variété de terrains ressemblant à ce qu\u2019on retrouve sur Mars, notamment.Les rovers font face à des épreuves de mobilité et d\u2019ingénierie : traverser un terrain où ont été disposés des bacs de cailloux de différentes tailles, gravir des pentes escarpées, monter des escaliers formés avec des pierres, éviter les crevasses et les cratères, etc.», explique Erick Dupuis, directeur du développement de l\u2019exploration spatiale.C\u2019est ainsi que, depuis 2002, une dizaine de prototypes de l\u2019ASC sillonnent ce parc, l\u2019un des plus grands du monde avec une super?cie de 7 200 m2, rivalisant avec ceux de Californie ou de Toulouse.Un espace clos de 130 m2 jouxte le parc, les ingénieurs y poursuivent leurs essais l\u2019hiver venu.L\u2019endroit sert à tester la capacité des véhicules à franchir les obstacles et à prendre des échantillons de sol.À force d\u2019essais et d\u2019erreurs, les ingénieurs améliorent les prototypes pour en faire des engins capables de compléter une mission spatiale.Bien qu\u2019il soit long, ce développement par étapes permet d\u2019éviter des ratés lourds de conséquences.Par exemple, un rover ayant un bris mécanique peut retarder un lancement.MARS EN 2020 ?L\u2019une des prochaines missions de la NASA, nommée Mars 2020, compte explorer la planète rouge pour y recueillir des échantillons du sol.Ceux-ci seront encapsulés dans des tubes ayant une durée de vie de 10 ans.Ils seront acheminés vers la Terre lors d\u2019une mission subséquente.« Dif?cile de savoir quand nous pourrons envoyer un rover dans l\u2019espace, mais nous aimerions bien jouer un rôle lors de la mission de retour des échantillons », espère Erick Dupuis.En attendant, les rovers devront rouler dans des environnements encore plus réalistes.L\u2019équipe scienti?que s\u2019est déjà entraînée deux fois dans le désert de l\u2019Utah qui partage des similitudes avec certaines surfaces de Mars.Des virées en Idaho et à Granby sont aussi au programme, car on y a identi?é des sites ressemblant au sol lunaire.D\u2019ici là, les ingénieurs continuent de mettre à rude épreuve les rovers.Certains prototypes sont déjà à la retraite.C'est le cas du tout premier rover, en fonction de 2002 jusqu'en 2011.« Il a été extrêmement maltraité, ce petit robot-là.Après avoir été ressuscité au moins quatre fois, il mérite sa retraite», assure M.Dupuis, sourire en coin.lQS Par Annie Labrecque Et roulent les rovers! 1 2 3 A G E N C E S P A T I A L E C A N A D I E N N E P H O T O S : A N N I E L A B R E C Q U E QUÉBEC SCIENCE 7 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 1 Dans le désert de l\u2018Utah, l'un des environnements d\u2018«exploration planétaire» les plus réalistes qui se trouvent sur Terre, on voit ici le rover martien MESR à l\u2019œuvre.2 À l\u2019avant, le rover SPRP peut atteindre une vitesse maximale de 2 km/h.À l\u2019arrière, le rover lunaire LRPDP peut transporter une charge, un instrument scienti?que ou une foreuse en roulant à une vitesse de 1, 8 km/h.Les prototypes peuvent coûter entre 100 000 $ à 2 millions de dollars.3 Les ingénieurs les dirigent à partir d\u2019un centre de contrôle ou bien avec une commande comme celle-ci.4 En fonction de l\u2019état du terrain, les roues du rover ont différentes con?gurations : caoutchouc, métal ou billes.vers! 3 4 Marc-Olivier Schüle est animé par une volonté farouche : celle de construire des ponts entre la recherche et le grand public.« Ça m\u2019horripile de savoir que l\u2019information est là, mais que les gens qui en ont besoin n\u2019y ont pas accès », lance le doctorant à l\u2019École de psychoéducation à l\u2019Université de Montréal.Et s\u2019il y a un domaine où le besoin d\u2019information est criant, c\u2019est celui de l\u2019autisme.Avec des milliers d\u2019études publiées chaque année sur le sujet, impossible de s\u2019y retrouver ! Quelles sont les interventions les plus ef?caces ?Quelles sont les causes ?Que disent les plus récentes recherches ?C\u2019est ce que les familles et les intervenants psychosociaux confrontés aux troubles du spectre de l\u2019autisme (TSA) pourront bientôt savoir en consultant myelin.ca, une plateforme web que le groupe de Marc-Olivier Schüle lancera ?n octobre.«Contrairement aux bases de données classiques ou à Google, on ne fournira pas de documents, mais directement une réponse aux questions», explique Marise Bonenfant, spécialiste en science de l\u2019information et membre du projet.Pendant des semaines, l\u2019équipe a accompli un travail de moine, en colligeant les études publiées sur les TSA, en sélectionnant les plus ?ables et en triant l\u2019information pertinente.Une sorte de ménage dans la littérature scienti?que, en somme, qui a permis de rédiger des réponses adaptées à une vaste gamme de questions.« Les parents veulent ce qu\u2019il y a de mieux pour leurs enfants.Mais a?n de se tenir au courant de tout ce qui est publié sur l\u2019autisme, il faudrait passer 18 heures par jour à lire des articles scienti?ques ! Rien qu\u2019en psychologie, plus de 3000 études sont publiées chaque jour, selon PsycINFO, la base de données de l\u2019Association américaine de psychologie », reprend Marc-Olivier Schüle qui a mis sur pied Myelin en marge de son projet de doctorat.Et malheureusement, ce ne sont pas toujours les meilleures études qui se rendent jusqu\u2019aux destinataires, qu\u2019il s\u2019agisse des professionnels de la santé ou du grand public.« Ce dé?cit de circulation de l\u2019information crée un vide immense qui peut être rempli par n\u2019importe quoi.Plus un domaine est polémique, et c\u2019est le cas de la santé mentale en général, plus il y a de mauvaises publications.Par exemple, on a accusé pendant des années les parents d\u2019être responsables de l\u2019autisme de leur enfant, alors que la science savait depuis longtemps que c\u2019était faux.Encore au- jourd\u2019hui, on voit des choses aberrantes concernant l\u2019autisme: à côté des massages énergétiques, des régimes sans gluten, des vitamines, qui sont plutôt inoffensifs, on trouve aussi des thérapies réellement dangereuses », mentionne-t-il.Expliquer ce qui marche, mais aussi ce qui ne marche pas, pour éviter que les familles perdent argent, temps et énergie, c\u2019est l\u2019enjeu motivant l\u2019équipe de Myelin, qui travaille étroitement avec la Fédération québécoise de l\u2019autisme et un groupe de parents.Mais les chercheurs souhaitent aller encore plus loin, et créer à terme un système qui sera capable d\u2019évaluer tout seul la qualité des études et d\u2019en extraire l\u2019information de façon automatique.De quoi mettre sur pied d\u2019autres bases comme Myelin, mais de façon automatisée.Cette forme d\u2019intelligence arti?cielle pourrait alors s\u2019appliquer à tous les domaines de la santé publique, tant pour informer la population que pour aider les médecins à prendre certaines décisions.Il y a urgence : des études ont démontré que seuls 14% de l\u2019information produite par les scienti- ?ques en santé sont intégrés aux pratiques médicales en ?n de compte, et que cela prend en moyenne 17 ans.lQS QUÉBEC SCIENCE 8 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Autisme : où trouver les infos ?ables ?Une nouvelle plateforme web collige les meilleures études portant sur les troubles du spectre de l\u2019autisme.Par Marine Corniou SUR LE VIF B A Y R I / I S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 9 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Un quotidien interrompu Peu importe ce qu\u2019on est en train de faire, quand notre téléphone émet un signal pour nous avertir que quelque chose se passe, il très dif?cile de lui refuser notre attention.(Tiens, il grêle à La Malbaie.) Ces noti?cations peuvent vite devenir envahissantes, car elles nous interrompent constamment.(Ah ! super ! Caroline vient de se joindre à un groupe de CrossFit sur Facebook.) Le futile se mêle à l\u2019essentiel et on se retrouve avec un bruit de fond incessant qui ?nit par nous abrutir.Et il ne s\u2019agit pas seulement des courriels et des textos.Maintenant, les noti?cations sont reliées à bon nombre de services, d\u2019applications et de plateformes.Une étude de 2014 parle d\u2019une moyenne de plus de 63 noti?cations par jour.(Oh ! vente record d\u2019électricité par Hydro-Québec !).Ces interruptions ont des effets négatifs tant sur notre productivité que sur notre bien-être.Mais jusqu\u2019à quel point?C\u2019est à cette question qu\u2019ont tenté de répondre les chercheurs Martin Pielot de Telefonica Research et Luz Rello de l\u2019université Carnegie-Mellon dont les résultats ont été présentés à Vienne, en septembre dernier, dans le cadre d\u2019une conférence sur les interactions humain-machine.(Non, mais quel résultat serré, cette ?nale de tennis!) Les 30 participants à l\u2019étude devaient désactiver toutes les formes de noti?cations pendant une seule journée.On peut le deviner, ils se sont sentis moins distraits et plus productifs.Mais ils ont aussi éprouvé une forme d\u2019anxiété, car ils ont eu l\u2019impression d\u2019être moins connectés aux autres.(Jean, un nouvel abonné Facebook, me dit bonjour.) Au ?nal, deux ans plus tard, près de la moitié des participants prennent encore le soin de désactiver leurs noti?cations.D\u2019autres recherches sont nécessaires, mais une seule journée de sevrage pour ancrer une bonne habitude, c\u2019est pas mal, non ?(La rédaction de cette chronique a été interrompue en tout 11 fois.) lQS Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc Comment lutter contre la proliféra tion des indésirables algues bleu-vert dans les lacs ?La Ville de Bromont a peut-être trouvé la solution, en collaboration avec des chercheurs de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Leur arme : le Phoslock, un produit censé éliminer l\u2019excès de phosphore qui stimule la multiplication des algues.Plus de 170 tonnes de granulés de Phoslock devraient ainsi être épandues dans le lac Bromont au mois de novembre.Il s\u2019agit d\u2019une première au Québec, alors que cette «thérapie», mise au point par un institut de recherche australien à la ?n des années 1990, a déjà été utilisée avec succès dans 200 plans d\u2019eau de plus de 25 pays, ainsi qu\u2019en Ontario.Lorsqu\u2019elles prolifèrent, les algues bleu-vert, qui sont en fait des cyanobactéries, libèrent des substances toxiques qui interdisent toute activité nautique ou consommation d\u2019eau.« Au lac Bromont, c\u2019est de mal en pis.La plage a dû être fermée à plusieurs reprises, cet été.On a atteint un point de non-retour», se désole Anne Joncas, présidente de l\u2019Association de conservation du bassin versant du lac Bromont (ACBVLB), qui travaille depuis 10 ans avec l\u2019UQAM pour restaurer la santé du lac.À l\u2019origine de ces « ?oraisons » : le réchauffement de l\u2019eau, et l\u2019utilisation d\u2019engrais agricoles qui apportent un surplus de nutriments, dont du phosphore, dans les cours d\u2019eau.«Quant au lac Bromont, après cinq ans d\u2019analyses, nous avons réalisé que la cause principale des ?oraisons était le relargage du phosphore emmagasiné au ?l du temps dans les sédiments », explique Dolors Planas, spécialiste des écosystèmes aquatiques à l\u2019UQAM, dont l\u2019équipe a été appelée à l\u2019aide en 2007 par l\u2019ACBVLB et la municipalité.C\u2019est elle qui a entendu parler du Phoslock.Formé d\u2019une argile associée à du lanthane, un métal qui présente une forte af?nité pour le phosphore, le produit va « épurer » le lac, en emprisonnant de façon permanente ce nutriment en suspension.«En tombant au fond du lac, le Phos- lock va aussi empêcher le phosphore de s\u2019échapper des sédiments», dit-elle, précisant que « plusieurs méta-analyses démontrent qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019effets secondaires sur l\u2019écosystème, même si les algues reviennent parfois au bout de quelques années ».Pour éviter cela et autoriser le projet-pilote, dont le coût s\u2019élève à 650 000 $, le gouvernement a exigé un plan d\u2019action pour réduire les apports externes en phosphore et un suivi pendant 10 ans.«C\u2019est une démonstration d\u2019ef?cacité.Si l\u2019expérience est concluante, elle pourrait être réitérée dans d\u2019autres lacs.Mais c\u2019est vraiment une solution de dernier recours », ajoute Mme Joncas.lQS Marine Corniou Sauvetage in extremis du lac Bromont C A T H E R I N E P A G E / V I L L E D E B O M O N T QUÉBEC SCIENCE 10 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Depuis juin, le minuscule État du Qatar est isolé de ses voisins du golfe Persique, qui lui ont fermé leurs frontières après avoir accusé son gouvernement de soutenir les groupes terroristes.La crise diplomatique, qui semble toujours sans issue au moment d\u2019écrire ces lignes, a compliqué les déplacements des Qataris, l\u2019importation de nourriture, le pèlerinage vers la Mecque\u2026 et la chaîne d\u2019approvisionnement en hélium.Deuxième plus grand producteur du monde après les États-Unis, le Qatar a fermé ses usines d\u2019hélium pendant un mois, incapable d\u2019exporter ce gaz noble par la route habituelle qui traverse la frontière de l\u2019Arabie saoudite jusqu\u2019à un port des Émirats arabes unis.L\u2019interruption a soulevé un vent de panique dans des laboratoires, des hôpitaux et des usines du monde entier, certains craignant une pénurie d\u2019hélium, d\u2019autres une augmentation vertigineuse de son prix.Car, faut-il le rappeler, ce gaz ultra léger ne sert pas qu\u2019à gon?er des ballons et à imiter Donald Duck.Une fois liqué?é, il atteint des températures frôlant le zéro absolu, ce qui en fait l\u2019ingrédient incontournable pour refroidir des aimants supraconducteurs utilisés, par exemple, dans les appareils d\u2019imagerie par résonance magnétique ou les accélérateurs de particules.L\u2019hélium est aussi indispensable pour gon?er des ballons météorologiques, purger les réservoirs de fusée, produire de la ?bre optique, maintenir des instruments satellitaires à basse température, etc.Bref, sans hélium, la planète tournerait un peu moins rond.Par chance, les usines qataries ont redémarré.Les bonbonnes d\u2019hélium sont désormais exportées via Oman, pays du sud de la péninsule arabique qui ne participe pas au blocus.« Il y a eu plus de peur que de mal, mais cet événement illustre, une fois encore, la vulnérabilité de la chaîne d\u2019approvisionnement», observe Normand Mousseau, professeur de physique à l\u2019Université de Montréal (UdeM).En effet, le marché de l\u2019hélium n\u2019en est pas à sa première crise.Au cours des 10 dernières années, 2 pénuries sont survenues (2006-2007 et 2011-2013).Non pas parce que la Terre manque d\u2019hélium : les réserves mondiales sont estimées à environ 52 milliards de mètres cubes.De quoi tenir pendant au moins deux siècles.Le problème, c\u2019est que l\u2019approvisionnement dépend d\u2019une poignée de pays exploitant des gisements de gaz naturel d\u2019où est extrait l\u2019hélium.Les États-Unis satisfont un peu plus de la moitié des besoins mondiaux et le Qatar, environ le Hélium: un marché volatil Le Qatar a cessé de produire de l\u2019hélium pendant un mois, au cours de l\u2019été dernier.Une interruption qui a semé l\u2019émoi chez les chercheurs et les industriels pour qui ce gaz est indispensable.Par Marie Lambert-Chan SUR LE VIF Oman Yémen Qatar Golfe persique Golfe d\u2019Oman Koweït Arabie saoudite Émirats arabes unis Doha, capitale du Qatar G A H S O O N / I S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 11 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 w C \u2019est une drôle d\u2019histoire, quand même, que celle du lien entre les ouragans et le réchauffement de la planète.À vue de nez, il relève du simple bon sens : pour se former, les ouragans ont besoin de larges pans d\u2019eau chaude à la surface des océans, et les changements climatiques promettent de nous en fournir à la tonne.Alors les médias (et certaines études) annoncent régulièrement des ouragans plus forts et plus fréquents d\u2019ici la ?n du siècle.Et puis.Et puis on attend.Parce que même si le réchauffement est indéniable, et même si Harvey et Irma nous en ont fait voir de toutes les couleurs cette année, il reste que, sur le long terme, les cyclones supplémentaires ne se sont pas matérialisés.Évidemment, les « climatosceptiques » en font leurs choux gras.Pour eux, c\u2019est la preuve que les changements climatiques sont des contes à dormir debout.Ce qui est une grossière erreur de logique puisqu\u2019on ne peut pas conclure à l\u2019inexistence d\u2019un phénomène simplement parce qu\u2019une de ses conséquences appréhendées ne survient pas.C\u2019est comme si vous invitiez quelqu\u2019un à souper chez vous et que vous vous attendiez à ce qu\u2019il apporte une bouteille de vin; si votre invité se présente ?nalement les mains vides, cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019existe pas ou que ce n\u2019est pas votre invité qui est entré chez vous.Mais au-delà de ces lubies, le constat demeure : la fréquence et la force des ouragans restent obstinément stables à long terme, même si d\u2019autres événements météo extrêmes sont plus nombreux (grosses pluies, canicules, etc.).Si l\u2019on s\u2019en tient uniquement aux tempêtes tropicales et aux ouragans qui ont été observés depuis la ?n du XIXe siècle, on constate bien une augmentation, mais elle est arti?cielle : la plupart de ces événements naissent et meurent en mer, et le nombre de bateaux qui sillonnaient les océans était moindre il y a 100 ans, si bien qu\u2019un certain nombre de cyclones ont dû échapper à l\u2019observation.Quand on corrige les données pour annuler ce biais, on observe que, entre 1880 et 1900, il s\u2019est produit en moyenne chaque année entre 8 et 12 cyclones d\u2019une durée de plus de 2 jours dans l\u2019Atlantique Nord.Et à la ?n du XXe siècle ?Toujours entre 8 et 12, malgré une température globale qui, elle, a augmenté.Si l\u2019on choisit de ne compter que les ouragans qui touchent terre aux États-Unis, en présumant qu\u2019il y en a moins qui sont passés inaperçus, le portrait demeure le même : il n\u2019y en a pas plus qu\u2019avant, et même un peu moins, d\u2019après des données publiées sur le site de l\u2019Administration américaine des océans et de l\u2019atmosphère (NOAA).Le même constat vaut pour les autres océans : « Il demeure incertain que les changements observés dans les cyclones tropicaux excèdent leur variabilité naturelle », écrivait en 2010 l\u2019Organisation mondiale de météorologie.Il est possible que l\u2019augmentation pressentie soit déjà commencée, mais que nous n\u2019ayons pas encore de données sur une période suf?samment longue pour la détecter.D\u2019ailleurs, les modèles des climatologues prévoient toujours que l\u2019intensité des cyclones, soit la vitesse moyenne maximale des vents, augmentera de 2 % à 11 % d\u2019ici la ?n du siècle et que les précipitations associées aux ouragans gagneront entre 10 % et 15 %.Ce qui devrait accroître sensiblement la capacité destructrice des cyclones tropicaux si leur taille moyenne ne change pas.La NOAA estime qu\u2019il y a une chance sur deux pour que la fréquence des cyclones tropicaux « très intenses » augmente dans certaines zones.Cette prédiction ?nira- t-elle par se matérialiser ?D\u2019ici à ce qu\u2019on le sache, il serait important d\u2019éviter de crier au loup.Car il n\u2019y a pas grand-chose de pire pour la crédibilité qu\u2019une prédiction maintes fois répétée qui ne se concrétise jamais.lQS Théorie cherche ouragans Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf quart.Les autres producteurs sont l\u2019Algérie, l\u2019Australie, la Russie et la Pologne.« Il suf?t que l\u2019un de ces joueurs éprouve des ennuis pour que le marché soit déstabilisé», remarque Normand Mousseau.Et, contrairement au pétrole, aucune réserve stratégique n\u2019existe pour suppléer à la demande immédiate.« Il y avait une réserve au Texas jusqu\u2019en 1996, mais le gouvernement américain l\u2019a privatisée », rappelle l\u2019expert.Certains fondent beaucoup d\u2019espoir sur un gisement d\u2019hélium pur découvert en Tanzanie en 2016.La compagnie norvégienne Helium One projette de l\u2019exploiter dès l\u2019année prochaine.« Ce sera une source supplémentaire qui pourrait servir de complément au marché, mais le salut de l\u2019industrie ne passe pas par là », tempère M.Mousseau.La solution se trouve davantage dans le recyclage de l\u2019hélium.Sans cette technique, le gaz s\u2019évapore dans l\u2019atmosphère, perdu à tout jamais.Les scienti?ques y ont de plus en plus recours, car leurs budgets ne peuvent soutenir la hausse du prix du gaz \u2013 jusqu\u2019à 250 % au cours des cinq dernières années, selon un rapport conjoint des American Physical Society, Materials Research Society et American Chemical Society.« Dans notre laboratoire, nous avons une sorte de ballon qui récupère l\u2019hélium évaporé, puis nous le remettons à l\u2019état liquide à l\u2019aide d\u2019un liquéfacteur», explique Andrea Bianchi, physicien spécialisé en supraconductivité à l\u2019UdeM.Chaque semaine, ses étudiants et lui recyclent ainsi 100 litres d\u2019hélium, ce qui représente une économie hebdomadaire de près de 1 000 $.« C\u2019est beaucoup de boulot, mais ça vaut la peine, témoigne-t-il.En recherche fondamentale, c\u2019est devenu nécessaire d\u2019avoir une telle machine, parce nos subventions ne sont pas assez élevées pour couvrir le coût de l\u2019hélium.» Cela dit, il n\u2019est pas plus facile de réunir les sommes pour payer un liquéfacteur.« Le nôtre a coûté 150000$, mais il est petit.Les plus gros se détaillent à 1 million de dollars et ils exigent l\u2019embauche de techniciens spécialisés », note Andrea Bianchi.Et pourquoi les gouvernements ne subventionneraient-ils pas le recyclage de l\u2019hélium?«En effet, approuve Normand Mousseau.Ils pourraient aussi créer des réserves stratégiques et même interdire l\u2019utilisation de ce gaz pour les ballons de fête, ce qui diminuerait la demande.En réalité, cela est un problème politique et non un problème de ressource.» lQS QUÉBEC SCIENCE 12 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 L es licornes existent-elles ?Et les anges ?Certaines personnes maîtrisent-elles vraiment la télékinésie?Ceux qui se sont déjà engagés dans un débat sur ce terrain miné le savent bien : l\u2019argument phare brandi par les défenseurs de diverses croyances ésotériques est qu\u2019on ne peut pas prouver une proposition négative.Autrement dit, on ne peut pas prouver l\u2019inexistence d\u2019une entité ou d\u2019un « pouvoir ».Il arrive que les sceptiques concèdent ce point.En effet, malgré tout ce qu\u2019on peut invoquer contre les licornes ou la télékinésie, la simple absence de preuves de leur existence n\u2019est pas une preuve de leur inexistence.Mais je pense que l\u2019on concède ce point bien trop rapidement et à tort.UN PEU DE LOGIQUE ET DE MATHS Pour commencer, la phrase «On ne peut pas prouver une proposition négative » est elle-même une proposition négative.Si la personne qui l\u2019énonce la pense vraie, elle se contredit en exhibant ce dont elle nie l\u2019existence.Et si elle ne la pense pas établie, on se demande pourquoi elle l\u2019af?rme ! Restons encore un peu sur le terrain de la logique.Il y a, depuis Aristote et même avant lui, un principe au fondement même de la logique qui explique précisément une proposition négative : le principe de non-contradiction qui dit qu\u2019on ne peut pas simultanément avoir A et non-A.Le principe est posé, mais pas prouvé, dites-vous?En ce cas, les mathématiques vous fourniront de nombreux exemples de théorèmes qui prouvent l\u2019inexistence d\u2019une « entité » mathématique.Considérez ces nombres appelés premiers qui ne sont divisibles que par eux- mêmes et par 1 : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, etc.Ils s\u2019espacent à mesure qu\u2019on avance dans les nombres naturels.Y a-t-il une ?n à cette suite?Existe-t-il un dernier nombre premier qui serait forcément le plus grand ?Non, a répondu le mathématicien Euclide qui a prouvé qu\u2019il n\u2019y a pas de plus grand nombre premier (en posant N!+1).Car il y en a une in?nité.La réplique, prévisible, consistera sans doute à dire que cet exemple provient des sciences formelles (la logique et les mathématiques) et qu\u2019elles n\u2019ont pas de valeur quand on parle de licornes et de télékinésie.Fort bien.Mais ce qu\u2019il faut aussitôt rappeler, c\u2019est que les mots « preuve » et « prouver » n\u2019ont pas de sens dans ce cas.Il n\u2019y a que dans les sciences formelles que l\u2019on «prouve» au sens strict du terme, de manière indubitable, c\u2019est-à-dire par déduction à l\u2019aide de raisonnements valides Parlons des licornes Leur existence est impossible à démontrer.Pouvons-nous af?rmer pour autant qu'elles existent?Leçon de logique.I L L U S T R A T I O N : V I G G Je doute donc je suis normand baillarGeon @nb58 QUÉBEC SCIENCE 13 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 faits dans le cadre d\u2019une axiomatique.Et, on l\u2019a vu, on peut prouver qu\u2019une entité donnée ne peut pas exister.Dans toutes les autres sciences (empiriques ou factuelles), on établit des choses, par induction, de manière plus ou moins plausible.On ne peut donc pas prouver, au sens strict, qu\u2019il n\u2019y a pas de licorne; pas plus qu\u2019il n\u2019y a pas de fées des dents, de père Noël ou de yéti.Mais on peut néanmoins tenir leur inexistence pour véridique au-delà de tout doute raisonnable, notamment parce que leur existence éventuelle laisserait des traces et des indices, qui auraient été repérés par des observateurs compétents.UNE THÉIÈRE INVISIBLE Il arrive aussi, dans ce genre de débat, qu\u2019on soit pris au piège.Parce que l\u2019existence de l\u2019objet ou de l\u2019entité est par dé?nition impossible à démontrer.C\u2019est ce que le philosophe Bertrand Russell suggérait en disant qu\u2019une minuscule théière orbite entre Mars et la Terre, mais qu\u2019elle est invisible à tous nos instruments d\u2019observation.Ce que Russell soulignait par cet exemple, c\u2019est que le fardeau de la preuve revient à celui qui avance qu\u2019un être (ou un « pouvoir ») existe; c\u2019est à lui ou elle qu\u2019il revient de donner des raisons de croire en son existence.Et cette personne ne saurait se plaindre qu\u2019on ne la croie pas sur parole, simplement parce que l\u2019on ne peut «prouver» une inexistence, comme dans le cas de la théière hypothétique.Si cette personne n\u2019offre pas de raisons convaincantes pouvant établir l\u2019existence de ce qu\u2019elle postule, il est raisonnable de ne pas y croire, et l\u2019argument selon lequel on ne peut prouver une proposition négative n\u2019a pas de valeur.À bien y penser, on peut tout à fait, sur la même base empirique qui nous permet de montrer qu\u2019une chose existe, évoquer une in?nité de propositions négatives ayant la même force que la proposition positive accordée.Un exemple ?Disons que je ?atte en ce moment un chat sur mes genoux.Ce qui nous le fait tenir pour vrai (on voit ce qui est sur mes genoux, on admet que c\u2019est bien un chat, que je le ?atte, etc.) con?rme aussi que ce n\u2019est pas un poisson rouge que je ?atte, pas un éléphant et ainsi de suite.Et, bien entendu, pas une licorne non plus\u2026 lQS Un tandem d\u2019étoiles localisé après 600 ans Mars 1437.Des savants coréens observent une étrange étoile qui apparaît pendant 14 jours dans la constellation du Scorpion, puis s\u2019éteint.Le phénomène, décrit dans des documents de l\u2019époque, est typique d\u2019une « nova ».Cette sorte de combustion spontanée survient lorsqu\u2019une naine blanche (une étoile morte très dense) « vole » de la matière à une étoile voisine et accumule suf?samment d\u2019énergie pour que son hydrogène de surface s\u2019embrase pendant quelques jours.Après trois décennies de traque, une équipe internationale d\u2019astronomes, dont Anthony Moffat de l\u2019Université de Montréal, a localisé le tandem d\u2019étoiles à l\u2019origine de cette ancienne nova.Les chercheurs ont repéré une « coquille » de gaz chaud, vestige de l\u2019explosion, dans la constellation du Scorpion.En tenant compte du mouvement des étoiles dans cette zone, ils ont décelé le tandem qui se trouvait au cœur du nuage de gaz, il y a 600 ans ! Publiée dans Nature, leur étude clari?e le fonctionnement de ces allumages intempestifs qui surviennent en suivant des cycles de plusieurs milliers d\u2019années.M.C.Des prévisions météo en?n ?ables ?Observer la danse des vents à l\u2019échelle planétaire, voilà la mission du satellite Aeolus, conçu par l\u2019Agence spatiale européenne, qui devrait être lancé début 2018.À son bord, l\u2019instrument Aladin, premier du genre à être mis en orbite, émettra de puissantes impulsions laser UV dans l\u2019atmosphère.Une partie de cette lumière sera renvoyée par les gaz, les poussières et les gouttes d\u2019eau, et collectée par le télescope d\u2019Aeolus.L\u2019instrument pourra alors en déduire la vitesse et la direction de l\u2019air dans une couche de l\u2019atmosphère de 30 km à partir du sol, en 3 dimensions.Une révolution pour les météorologistes qui disposent de moyens limités pour l\u2019observation des vents.De quoi prédire de belles tempêtes cet hiver ?M.C.SUIVEZ TOUTES NOS ACTUALITÉS SUR WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA \u203a D I A N E B L A N C H A R D / P A R C S C A N A D A Une nouvelle aire protégée au Nunavut Située au nord de l\u2019île de Baf?n, Tallurutiup Imanga (ou détroit de Lancaster) deviendra la plus grande aire marine protégée du Canada, à l\u2019abri de l\u2019exploration gazière et pétrolière.Cette région du Nunavut équivaut à deux fois la super?cie de la Nouvelle-Écosse.Les limites de l\u2019aire de conservation ont été annoncées en août dernier par le gouvernement fédéral et la Qikiqtani Inuit Association qui militait pour sa création depuis des années.Outre un refuge d\u2019oiseaux migrateurs, la zone abrite de larges populations de narvals, de bélugas, de phoques, de morses, d\u2019ours blancs et de baleines boréales.La zone s\u2019étendra depuis le sommet du plus haut des glaciers jusqu\u2019aux eaux les plus profondes, précise l\u2019entente.Le projet, qui fait plus que doubler la super?cie des eaux maritimes protégées du Canada, ne sera toutefois formalisé qu\u2019à la conclusion d\u2019une autre entente, celle-là portant sur les répercussions et les avantages pour les Inuits.M.C. QUÉBEC SCIENCE 14 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 LES SUPER-POUVOIRS Jaune vif, rouge, noir, doré, blanc\u2026 Il y a des espèces de blobs de toutes les couleurs ! On compare leur aspect à du vomi de chien, du mucus croûteux ou de la moisissure visqueuse.Et cela fascine la chercheuse française Audrey Dussutour.P H O T O : S T E L L A M A N T A QUÉBEC SCIENCE 15 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Il a été surnommé « blob » en référence à un ?lm américain de 1958 où une masse grossit au fur et à mesure qu\u2019elle engloutit des humains, mais il ne lui ressemble en rien, hormis par son aspect gluant.Cet organisme, dont il existe plus de 1000 espèces différentes, semble disposer de « pouvoirs » in?nis.On le dit presque immortel.Découpé en morceaux, il cicatrise rapidement pour former plusieurs nouveaux blobs.Dépourvu de cerveau, il pourrait pourtant nous être utile pour décontaminer les sols, optimiser les réseaux d\u2019aqueduc ou de télécommunications.Selon Audrey Dussutour, éthologiste au Centre national de la recherche scienti?que en France et auteure du livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander (éditions des Équateurs), paru en 2016, cet organisme sorti de l\u2019ombre n\u2019a pas ?ni de surprendre ! === Québec Science : Qu\u2019est-ce que le blob ?Audrey Dussutour : C\u2019est un amibozoaire, un organisme unicellulaire qui existe depuis des millions d\u2019années, mais il passe inaperçu, car la plupart des gens le confondent avec un champignon.Les scienti?ques ont eu de la dif?culté à le classi?er, car il produit des spores comme un champignon et des pigments comme une plante.En plus, il mange et bouge comme un animal [NDLR: il se déplace au rythme de 4 cm/h] ! Le blob, préférant les endroits sombres et humides, vit souvent sur les écorces d\u2019arbre et les bois morts.Certains blobs vont croître sous la neige, dans les régions montagneuses comme les Alpes et même dans certains milieux désertiques.Je suis sûre qu\u2019il y en a plein dans les belles forêts du Québec.Il est impossible qu\u2019il n\u2019y en ait pas ! Leur nombre reste inconnu, mais une équipe de scienti?ques a compté 50 blobs par gramme de sol dans une forêt en Virginie, aux États-Unis.Il a un rôle fondamental de recycleur dans l\u2019écosystème, ses déchets servant à nourrir les plantes et les champignons.Si les blobs disparaissaient de l\u2019environnement, il n\u2019y aurait plus de plantes ! QS Le blob a-t-il une biologie particulière ?AD Cet organisme est constitué d\u2019une seule cellule polynucléée, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle contient plusieurs noyaux.Le blob représente le chaînon entre le monde des unicellulaires et le monde des multicellulaires.Sa sexualité est également surprenante.Chez les animaux, il y a un mâle et une femelle.Mais la reproduction sexuée chez le blob d'espèce Physarum poly- cephalum est atypique : il y a 720 types sexuels possibles ! On a tellement une obsession du genre, ?lle ou garçon, que le blob révolutionne les idées reçues, d\u2019une certaine façon.Il a par ailleurs une capacité de régénération qui est connue, mais peu étudiée jusqu\u2019à présent.Lorsqu\u2019il vieillit, on peut le faire sécher.Par la suite, en le ravivant avec un peu d\u2019eau, il redevient jeune.Je trouve ça vraiment fascinant ! QS Pourrait-il avoir des applications intéressantes ?AD Cela reste encore à développer, mais le blob a un potentiel intéressant en pharmacologie.Il produit de petites protéines microscopiques non toxiques et dégradées naturellement par l\u2019humain, qui pourraient éventuellement servir de véhicules pour transporter certains médicaments à l\u2019intérieur du corps.Une espèce de blob, Fuligo septica, a la capacité d\u2019emmagasiner les métaux lourds et de détoxifier les sols.Voilà pourquoi certains étudient son utilisation pour dépolluer les terrains ou recycler les ordures.Un chercheur m\u2019a également contactée, car il veut véri?er si ce blob peut accumuler des déchets radioactifs.QS Dans votre livre, vous expliquez que le blob peut aussi aider à concevoir de meilleurs réseaux.Comment ?AD C\u2019est une cellule géante qui peut mesu- Ni animal, ni végétal, ni bactérie, ni champignon, le « blob » n\u2019a plus de secrets pour Audrey Dussutour qui l\u2019étudie depuis presque 10 ans.Elle nous présente les talents cachés de cet étrange organisme unicellulaire.Propos recueillis par annie labrecque blob OIRS DU ENTREVUE AVEC AUDREY DUSSUTOUR QUÉBEC SCIENCE 16 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 rer plus de 10 m2 ! Elle peut atteindre cette taille, car elle dispose d\u2019un réseau veineux très ef?cace qui distribue la nourriture vers tous les points de son organisme.Ce réseau se forme et se déforme tout le temps pour être optimisé au maximum.Si on coupe une veine, par exemple, tout se réorganise.À l\u2019heure actuelle, je collabore avec des chercheurs américains pour regarder comment le réseau du blob réagit lorsqu\u2019il y a un obstacle.Ces scienti?ques veulent s\u2019en inspirer pour améliorer les réseaux d\u2019aqueduc.Par exemple, s\u2019il y a un bris, on doit réorganiser les conduites de façon ef?cace pour continuer à distribuer l\u2019eau potable.D\u2019autres se servent du blob pour plani?er des réseaux de télécommunications et rediriger l\u2019information en cas de blocage ou de réparation.QS Une expérience a démontré qu\u2019un blob qui doit passer à travers une substance répulsive non toxique (comme le café) avant d\u2019accéder à sa nourriture apprend, au bout de quelques jours, à ignorer ce répulsif.Où en êtes-vous dans vos recherches sur l\u2019apprentissage ?AD L\u2019apprentissage peut être transmis d\u2019un blob à l\u2019autre.Si on fusionne un blob ayant certaines connaissances avec un blob naïf, l\u2019information passe entre eux.En les séparant à nouveau, ce deuxième blob se comporte comme s\u2019il avait retenu les nouvelles informations.C\u2019est très intéressant et très surprenant pour un organisme avec une seule cellule.En ce moment, on essaie de mieux comprendre les mécanismes qui permettent à la cellule d\u2019apprendre sans cerveau ni système nerveux.QS Le blob semble être un sujet de recherche dont vous ne vous lassez pas.AD En effet! J\u2019aimerais beaucoup travailler sur une autre espèce de blob comme Fu- ligo septica.La majorité des chercheurs s\u2019intéressent à Physarum polycephalum, mais il y en a tellement d\u2019autres ! C\u2019est dommage, parce que la recherche est souvent centrée sur certains modèles animaux.Les gens travaillent tous sur la mouche drosophile, dite « à fruit », la souris ou le macaque.On perd alors une richesse, car il y a plein d\u2019autres êtres vivants qui peuvent nous en apprendre davantage.lQS ENTREVUE MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez l\u2019application Le Devoir Mobile dès maintenant ! En 2011, le scienti?que Andrew Adamatzky a lancé un dé?au blob.Il a déployé une carte du Canada où il a placé de petits monticules de ?ocons d\u2019avoine sur les points représentants les principales villes : Montréal, Toronto, Vancouver, Yellowknife, St.John\u2019s, etc.Puis, il a lâché un blob et observé son comportement.Pour récupérer cette nourriture, tout en gaspillant le moins d\u2019énergie possible, l\u2019unicellulaire a construit un réseau de veines reliant ces différents points.Résultat, ce réseau ressemble beaucoup au réseau ferroviaire canadien.Pas bête, le blob ! contre la grippe au pilori L\u2019ef?cacité du vaccin contre la grippe saisonnière laisse à désirer.À mesure que les études dévoilent ses failles, les scienti?ques s\u2019interrogent sur la pertinence de ce rituel annuel.Le constat est unanime: il y a urgence à mettre au point un meilleur vaccin! PAR MARINE CORNIOU SANTÉ vaccin Le C haque année, c\u2019est la même chose : quand sonne le début de la saison de la grippe, ?n octobre, on s\u2019interroge devant les af?ches culpabilisantes de la pharmacie qui nous rappellent de nous faire vacciner.Faut-il vraiment se pointer le samedi à 8 h au CLSC avec toute la petite famille?Que risque-t-on à faire l'impasse sur la piqûre?Certes, une grippe est un sale moment à passer.Mais le vaccin nous empêchera-t-il à coup sûr de tomber malades ?Ces hésitations font écho à un constat scienti?que perturbant : le vaccin contre la grippe saisonnière est loin d\u2019être à la hauteur.En fait, il est même carrément mauvais.« On a longtemps pensé que le vaccin avait une bonne ef?cacité.On sait maintenant que cette dernière est au mieux modérée, sinon passable, et qu\u2019elle est surtout très variable», admet sans ambages Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).Soyons clairs : aussi décevant soit-il, le QUÉBEC SCIENCE 17 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 V O I S I N / P H A N I E / S P L QUÉBEC SCIENCE 18 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 vaccin permet tout de même d\u2019éviter des milliers de cas graves de grippe chaque année, et donc de sauver des vies.C\u2019est le seul vaccin qu\u2019on a, et une protection, quelle qu\u2019elle soit, est toujours mieux que rien, af?rment les experts interrogés.D\u2019autant que la grippe n\u2019est pas anodine.On recense entre 3 et 5 millions de cas sévères de grippe saisonnière chaque année dans le monde, qui entraînent de 250 000 à 500 000 décès et des coûts colossaux pour les systèmes de santé.Au Canada, environ 3 500 morts seraient imputables au virus chaque hiver.Préconisée par l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), la vaccination reste donc un moyen de prévention à tout le moins utile.Mais il est loin d\u2019être idéal.Les bonnes années, on estime ainsi que l\u2019ef?cacité vaccinale oscille entre 30 % et 60 %, ce qui signi?e que le vaccin prévient la maladie dans moins de la moitié des cas, en moyenne.Mais il y a aussi des ?ascos.À l\u2019hiver 2014-2015, l\u2019ef?cacité était tout simplement nulle au Québec, et elle n\u2019a atteint que 23% aux États-Unis.Un cas exceptionnel, bien sûr, mais qui n\u2019en est pas moins déconcertant.À cela s\u2019ajoute le dernier ?op à date, c\u2019est-à-dire les piètres résultats du vaccin intranasal, proposé aux enfants du Québec depuis 2012 et à ceux des États-Unis depuis 2003.L\u2019an dernier, les experts des Centers for Disease Control américains ont ?nalement déconseillé son utilisation après trois années de contre-performance (son ef?cacité a été estimée à 3 % seulement en 2015-2016).Devant ces données presque embarrassantes, de plus en plus de voix dans la communauté scienti?que remettent en question la pertinence de ce rituel annuel et appellent à la transparence.« En fait, on est coincés entre deux écueils : la réalité des données scienti- ?ques, qui risque de faire fuir les gens, et le message de santé publique qui vise à simpli?er les choses en recommandant largement la vaccination.Or ce message n\u2019est pas tout à fait honnête », résume Daniel Floret, ancien président du Comité technique des vaccinations en France, et coauteur d\u2019un rapport sur l\u2019ef?cacité de la vaccination contre la grippe saisonnière chez les personnes âgées, paru en 2014.Un malentendu historique Initialement, c\u2019est pourtant en toute bonne foi que la science a cautionné cette mesure de santé publique.«Dans les années 1990, les études démontraient que les vaccins avaient une ef?cacité de 70 % à 90 %.La perception qu\u2019on en a aujourd\u2019hui est malheureusement différente», explique Gaston De Serres.C\u2019est une méta-analyse, publiée en 2012, qui a jeté le premier pavé dans la mare.« Nous avons clairement surestimé ce vaccin et nous en avons fait une promotion excessive », expliquait alors l\u2019auteur du rapport, Michael Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy (CIDRAP), à l\u2019université du Minnesota.Après avoir passé en revue 31 études, son équipe avait conclu que la vaccination anti- grippale n\u2019offrait qu\u2019une protection modérée, parfois très réduite \u2013 voire nulle \u2013 certaines saisons.Bien pis, aucune donnée ne prouvait son ef?cacité chez les adultes de plus de 65 ans.Ce sont pourtant les premiers ciblés par les campagnes de vaccination.Ainsi, en 2015-2016, 52% des Québécois de plus de 60 ans ont reçu le vaccin.« Les recommandations vaccinales chez les personnes de plus de 65 ans ont été faites en l\u2019absence de preuves scienti?ques, con?rme Daniel Floret.Le problème, c\u2019est que la vaccination contre la grippe a été généralisée aux États-Unis dès les années 1960, malgré l\u2019absence de données justi?ant cette mesure.Ces recommandations ont été suivies rapidement par les autres pays, si bien qu\u2019il est devenu dif?cile de faire des études randomisées en donnant un placebo à certains groupes et en les privant du vaccin recommandé par les autorités.» Ce «péché originel», comme le quali?e M.Floret, a empêché les scienti?ques de mener des essais cliniques comparatifs chez les plus de 65 ans.C\u2019est donc a posteriori qu\u2019on a tenté de justi?er les recommandations en s\u2019appuyant sur des méta-analyses et des études de cohortes, souligne le rapport français.Avec succès, jusqu\u2019au début des années 2010.«On s\u2019est alors aperçu que ces études de cohortes comportaient des biais qui majoraient l\u2019ef?cacité.Par exemple, les études concluaient que le vaccin réduisait la mortalité liée à la grippe pendant les périodes où le virus ne circulait pas ! On a disséqué ces biais de sélection et l\u2019ef- ?cacité a été revue à la baisse », indique Daniel Floret.Pourquoi de telles erreurs ?D\u2019abord, parce qu\u2019on a longtemps diagnostiqué les cas de grippe par prise de sang, en mettant en évidence une hausse des anticorps antigrippaux.« Or, chez les gens vaccinés qui attrapent tout de même la Les bonnes années, on estime que l\u2019eicacité vac des iascos.À l\u2019hiver 2014-2015, l\u2019eicacité était tout simplement nulle au Québec.J O H N H A R R I N G T O N QUÉBEC SCIENCE 19 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 grippe, le niveau d\u2019anticorps n\u2019augmente pas nettement.Cette technique a sous-estimé la fréquence de la maladie chez les vaccinés », analyse Gaston De Serres qui a systématisé au Canada dès 2004 les analyses d\u2019efficacité après chaque hiver, avec des collègues du British Columbia Centre for Disease Control.Ce suivi, désormais généralisé dans la plupart des pays, ainsi que l\u2019utilisation de moyens plus directs pour détecter la présence du virus (en repérant son ADN), ont fait chuter les statistiques, en démontrant que plus de 40% des gens vaccinés contractaient tout de même l\u2019infection.Malgré ces suivis plus serrés, il reste extrêmement ardu d\u2019estimer la performance de ces vaccins.« C\u2019est dif?cile pour un tas de raisons : les épidémies ne se ressemblent pas, sont d\u2019intensité variable, peuvent toucher des groupes d\u2019âge différents et, en plus, les souches virales qui circulent ne sont pas toujours celles contre lesquelles le vaccin protège», résume Daniel Floret.Une cible mouvante Pour comprendre, il faut se souvenir qu\u2019il existe plusieurs virus de la grippe.Ceux qui causent des épidémies saisonnières chez l\u2019humain sont les virus de type A et B.Et parmi ceux de type A, ce sont les sous-types H1N1 et H3N2 qui circulent le plus.Ces sous-types sont déterminés par la nature des protéines présentes à leur surface (il existe 18 sortes d\u2019hémaggluti- nine, ou H, et 11 sortes de neuraminidase ou N).Cerise sur le gâteau, ces bestioles mutent constamment.D\u2019une année à l\u2019autre, et même entre le début et la ?n de l\u2019hiver, elles se métamorphosent.Il faut donc, chaque année, produire un nouveau vaccin qui intègre les changements génétiques des différents virus en circulation.« C \u2019 e s t u n d é f i constant ! Le virus est imprévisible, et notre capacité à prédire son évolution est médiocre.Chaque année, en février, l\u2019OMS devine (et c\u2019est vraiment une devinette), à partir des virus grippaux qui circulent dans l \u2019hémisphère sud, quelles seront les souches qui causeront l\u2019épidémie l\u2019hiver suivant dans l\u2019hémisphère nord.En 2014, on a prédit que les souches viendraient d\u2019Asie; elles sont venues d\u2019Australie et on s\u2019est complètement plantés», rappelle Barry Bloom, immunologiste à la Harvard T.H.Chan School of Public Health, à Boston.Même si on vise juste, et que ce sont bel et bien les souches prévues qui attaquent, dif?cile de prédire l\u2019ef?cacité des vaccins qui seront mis sur le marché à l\u2019automne.Car il y a des années où le H3N2 domine, d\u2019autres où c\u2019est le H1N1 ou le type B.Et pour des raisons obscures, le vaccin protège en général moins bien contre le H3N2 que contre le H1N1.« Il y a aussi des années où l\u2019épidémie touche beaucoup de monde, mais fait moins de morts; d\u2019autres où c\u2019est l\u2019inverse.Lorsqu\u2019on donne un seul chiffre pour l\u2019ef?cacité, on fait une simpli?cation grossière.C\u2019est très compliqué », soupire M.Floret.Et ce n\u2019est pas tout : la durée de l\u2019immunité conférée par le vaccin est sujette à débats.Certaines études suggèrent que ceux qui se font vacciner en début de saison ne sont plus protégés en mars ou avril, parce que le virus a eu le temps de changer.De quoi compliquer davantage les calculs ! Une équation complexe Dans ce brouhaha de données, comment prendre une décision éclairée ?Faut-il vacciner tout le monde ?Doit-on protéger certains groupes en priorité ?Les pays ne s\u2019entendent pas sur ce point, et leurs stratégies vaccinales diffèrent.Les États-Unis prônent depuis 2010 la vaccination pour toute la population.Le gouvernement espère atteindre ainsi 80 % de couverture vaccinale annuelle en 2020.Même chose en Ontario, qui offre depuis 2000 la vaccination à tous dès l\u2019âge de six mois, sans frais.Quant au Royaume-Uni, il vaccine en priorité les enfants d\u2019âge scolaire qui sont les vecteurs principaux du virus.Le Québec, lui, se contente d\u2019offrir la vaccination gratuite aux personnes à risque (soit celles qui sont âgées de plus de 60 ans, les femmes enceintes, les malades chroniques, les enfants de 6 à 23 mois, l\u2019entourage de tout ce beau monde et les travailleurs de la santé).Cela dit, tous sont invités à se faire immuniser.Le Comité sur l\u2019immunisation du Québec (CIQ), qui relève de l\u2019INSPQ, examine actuellement la pertinence de c cinale oscille entre 30 % et 60 %.Mais il y a aussi ait tout simplement nulle au Québec.Le vaccin intranasal, proposé aux enfants, est désormais déconseillé aux États-Unis, où il n\u2019offre plus de protection contre la grippe.Notons que cette baisse d\u2019ef?cacité n\u2019a pas été observée dans les autres pays et que ce vaccin est toujours préconisé au Canada. QUÉBEC SCIENCE 20 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 modi?er le programme de vaccination antigrippale et devrait rendre son avis d\u2019ici la ?n de l\u2019année.Si Gaston De Serres, qui fait partie du CIQ, ne se prononce pas of?ciellement, il ne mâche pas ses mots pour autant.« Ça n\u2019aurait pas de sens d\u2019élargir les recommandations avec un vaccin aussi insatisfaisant !» « Chez les personnes âgées, il reste toutefois une arme utile », af?rme-t-il sans hésiter.Car ce groupe, surtout chez les plus de 75 ans, est particulièrement à risque de souffrir de complications liées à la grippe, notamment des troubles respiratoires.On estime qu\u2019entre 70 % et 85 % des décès causés par le virus surviennent chez les plus de 65 ans.« Le vaccin est très bien toléré, on n\u2019a donc pas de scrupules à vacciner les personnes âgées, car le rapport entre béné?ces et risques reste en faveur de la vaccination », con?rme de son côté Daniel Floret.Les personnes atteintes de maladies chroniques ou immu- nodéprimées sont elles aussi plus fragiles et une protection, même modeste, est bonne à prendre.Idem pour le personnel soignant, très exposé au virus.« Quant à la pertinence de vacciner les enfants, il y a davantage de débats », lâche toutefois M.De Serres.Et pour les adultes en bonne santé ?L\u2019épidémiologiste fait une démonstration éloquente: si on se fait vacciner chaque année pendant 40 ans, avec un vaccin qui protège à 50 % et un risque de contracter la grippe de 3 % à 5 % chaque saison, on évite en moyenne un seul épisode de grippe.« Bref, au lieu de l\u2019attraper 2 fois en 40 ans, on ne l\u2019aura qu\u2019une fois.» Un bilan pour le moins\u2026 mitigé ! De plus en plus de doutes Dans ce tableau en demi-teinte, une nouvelle ombre se dessine.Une étude canadienne publiée en 2016 par une équipe du British Columbia Centre for Disease Control a démontré que le vaccin annuel perdait en ef?cacité chez les personnes qui s\u2019étaient fait vacciner trois ans d\u2019af?lée (en 2012-2013, 2013-2014 et 2014-2015).Autrement dit, la vaccination répétée altérerait, à terme, l\u2019ef?cacité du vaccin.Un comble ! « Il y a encore très peu de données sur ce phénomène, et les études américaines ne l\u2019ont pas con?rmé », met en garde Michael Osterholm.Il n\u2019empêche, le doute est permis.Plusieurs équipes, notamment au Japon et à Hong Kong, ont fait des constats similaires, et les scienti?ques canadiens avaient démontré précédemment que les personnes ayant reçu l\u2019injection antigrippale à l\u2019automne 2008 étaient de 1,4 à 2,5 fois plus susceptibles d\u2019attraper la grippe pandémique H1N1 en 2009.En août, une étude parue dans Vaccine a con?rmé ce phénomène chez 141 femmes enceintes.Le nombre d\u2019anticorps produits était plus faible quand le vaccin était administré pour une deuxième année consécutive.« C\u2019est un vrai problème, rapporté dans de plus en plus d\u2019études à des degrés divers, constate Daniel Floret.Ça brouille encore plus les pistes ! » D\u2019autant que cet impact n\u2019est pas homogène : il dépend entre autres des souches circulantes (l\u2019effet est surtout visible avec H3N2) et de la composition des vaccins reçus précédemment, comme le souligne une méta-analyse publiée en 2017 dans Expert Review of Vaccines.Or, si la vaccination année après année émousse la protection contre le virus, il y a en effet lieu de s\u2019inquiéter.« Si on se fait vacciner quand on est jeune et en santé, est-ce qu\u2019on prend le risque que la vaccination soit moins ef?cace quand on vieillit?» s\u2019interroge l\u2019expert.Surtout si l\u2019on vaccine dès 6 mois, pendant 70 ou 80 années consécutives ! Vers un meilleur vaccin Dans la confusion générale, un consensus émerge : «Tout le monde est désormais conscient du fait qu\u2019on a besoin d\u2019un meilleur vaccin», constate Michael Osterholm.« Notre \u201csaint graal\u201d, c\u2019est le vaccin universel », expliquait Guy Boivin, infectiologue titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus en émergence et la résistance aux antiviraux, Si on se fait vacciner chaque année pendant 40 ans, de contracter la grippe de 3 % à 5 % chaque saison, F A T C A M E R A / I S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 21 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 lors d\u2019une conférence au congrès annuel de l\u2019ACFAS en mai dernier.Entendez par là, un vaccin antigrippal ef?cace contre toutes les souches virales, saisonnières et pandémiques.La recette ?Plutôt que de cibler la partie changeante de l\u2019hé- magglutinine, le vaccin pourrait viser la « tige » qui rattache la protéine à la surface du virus et qui, elle, ne change pas d\u2019un virus à l\u2019autre.Plusieurs équipes, au Canada et ailleurs, sont sur le pied de guerre pour mettre au point un tel vaccin.Dont celle de Gary Kobinger, le directeur du Centre de recherche en infectiologie de l\u2019Université Laval, à Québec, connu pour sa contribution à la lutte contre Ebola.« Le concept d\u2019un vaccin universel contre la grippe est encore hors de portée, mais des vaccins universels contre les sous-groupes H1N1 ou H3N2, c\u2019est possible », croit-il.Interrogé sur le sujet lors du Forum économique international des Amériques, qui se tenait en juin à Montréal, le microbiologiste n\u2019a pas été tendre envers le vaccin antigrippal actuel.«Le vaccin est produit avec des procédés qui ne seraient même pas approuvés aujourd\u2019hui par Santé Canada (voir l\u2019encadré ci-contre).C\u2019est l\u2019âge de pierre! Et le pire, c\u2019est qu\u2019il ternit la réputation des vaccins en général.» Voilà pourquoi autant de scienti?ques critiquent haut et fort la vaccination antigrippale qui jette le discrédit sur l\u2019ensemble des vaccins, notamment les vaccins infantiles, dont l\u2019ef?cacité est excellente et la pertinence incontestable.«C\u2019est dangereux de faire des promesses exagérées à la population et de fournir un service qui ne répond pas aux attentes.Le manque de transparence alimente la mé?ance et le cynisme envers les vaccins», estime Gaston De Serres.Certains chercheurs pensent même que cette surestimation du vaccin antigrippal a freiné le développement de solutions plus ef?caces.« Chaque année, les gouvernements dépensent des milliards de dollars pour acheter ces vaccins, alors que les sommes allouées au développement de nouveaux outils représentent une fraction de ce budget», déplore Gaston De Serres.Selon l\u2019Agence de la santé publique du Canada, «pour la saison de la grippe 2016-2017, les provinces, territoires et certains ministères fédéraux ont acheté environ 11,6 millions de doses de sept vaccins contre la grippe, auprès de cinq fabricants différents, pour leur campagne de grippe saisonnière, à un coût total d\u2019environ 76,9 millions de dollars ».Pour les manufacturiers, la garantie d\u2019une piqûre annuelle représente un marché mondial de plusieurs milliards de dollars.« C\u2019est sûr, ils font de l\u2019argent, admet Barry Bloom, de Harvard.Mais mettre en œuvre un nouveau vaccin avec des essais de phase 1, 2, 3, est extrêmement cher, surtout qu\u2019il faut prouver que l\u2019ef?cacité est meilleure que celle des vaccins actuels.» C\u2019est pour cette raison que Michael Osterholm appelle à la création d\u2019une initiative mondiale, comme celle qui a vu le jour pour le VIH \u2013 l\u2019International AIDS Vaccine Initiative \u2013 pour coordonner les efforts de recherche.« La science est prête; elle attend l\u2019investissement.Et il y a urgence : imaginez les dégâts que pourrait faire une vraie pandémie grippale.En 2009, lors de la crise du H1N1, on a mis six mois pour fabriquer un vaccin peu ef?cace.Ce ne sera pas différent la prochaine fois.» À bon entendeur\u2026 lQS acciner chaque année pendant 40 ans, avec un vaccin qui protège à 50 % et un risque % chaque saison, on évite en moyenne un seul épisode de grippe.DES VIRUS ET DES POULES Les 800 employés de l\u2019usine GlaxoSmithKline (GSK) de Sainte-Foy sont à pied d\u2019œuvre 24 heures sur 24 pour concocter le vaccin antigrippal 2017-2018.Au total, 20 millions de doses de vaccin sont produites sur ce site et expédiées chaque année, principalement au Canada et aux États-Unis.Le processus de fabrication est bien rodé.C\u2019est, à quelques détails près, celui qui était déjà utilisé il y a plus de 70 ans.L\u2019ingrédient clé ?Les œufs de poule en quantité industrielle, qui servent d\u2019incubateurs à virus.À Sainte-Foy, plus de 360 000 œufs fécondés sont utilisés chaque jour sur une période de 6 mois.On les inocule avec les souches des virus grippaux choisies qui, selon l\u2019OMS, circuleront probablement le plus cet hiver (et qui ont été au préalable hybridées avec d\u2019autres souches pour faciliter la production).Au chaud dans le blanc d\u2019œuf, les virus se multiplient pendant quelques jours.On les extrait ensuite de leur cocon et on les détruit à coups de détergents chimiques.À cette étape, on a donc des millions de fragments de protéines virales inoffensives qui constitueront le principe actif du vaccin.La fabrication aura demandé six à huit mois.G L A X O S M I T H K L I N E / S A I N T E - F O Y inventions géniales L e pari était un peu fou.Au printemps dernier, nous sommes partis en quête d\u2019inventions québécoises encore peu connues, mais ayant un potentiel formidable.En collaboration avec l\u2019Association pour le développement de la recherche et de l\u2019innovation du Québec (ADRIQ), nous avons lancé un appel aux inventeurs indépendants et aux start-ups : montrez-nous vos technos épatantes et vos gadgets ingénieux ! Les candidatures reçues nous ont à la fois étonnés et touchés, puisque, derrière chaque invention, se cache un créateur animé d\u2019un profond désir de changer le monde.Sans plus tarder, voici notre sélection.NOTRE JURY Pascal Monette, président- directeur général, ADRIQ; Marilyn Rémillard, directrice des communications et des événements, ADRIQ; Augustin Brais, directeur adjoint à la Direction de la recherche, de l\u2019innovation et des affaires internationales, Polytechnique Montréal; Jesse Vincent- Herscovici, gestionnaire senior de comptes stratégiques, MITACS; et l\u2019équipe de Québec Science : Marine Corniou, Annie Labrecque, Marie Lambert-Chan et Etienne Plamondon Emond.Un dossier coordonné par Etienne Plamondon Emond Photos : Virginie Gosselin 10 100% québécoises COUP DE CŒUR DU JURY Les jurés sont tombés particulièrement sous le charme de l\u2019une des inventions citées dans notre palmarès.Un coup de cœur qui offrira un coup de pouce à son inventeur : un accompagnement en commercialisation d\u2019une durée de 20 heures avec un expert de l\u2019ADRIQ.Le nom du récipiendaire sera dévoilé le 30 novembre prochain, lors du gala des Prix Innovation de l\u2019ADRIQ, au Palais des congrès de Montréal.À suivre! QUÉBEC SCIENCE 23 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Recharger l'auto électrique même en condo imple boîte métallique grise vue de l\u2019extérieur, le DCC a le potentiel de démocratiser l\u2019accès aux automobiles électriques.Avec lui, il devient simple de recharger son véhicule chez soi, même si on habite dans un condo.David et Marie-Pier Corbeil, ?ls et ?lle d\u2019électricien, tablent depuis six ans sur cette invention presque au stade de la commercialisation.À l\u2019origine, une question simple : comment brancher les bornes de recharge, alors que les immeubles et les maisons n\u2019ont pas été conçus pour assurer un tel transfert d\u2019énergie supplémentaire?« C\u2019est le problème fondamental, soulève David, président de Recharge véhicule électrique (RVE), la jeune pousse de Laval fondée autour de cette technologie.Comme les infrastructures ne sont pas prêtes, il faut faire de la gestion d\u2019énergie.» Avec un produit offert à 1 500 $, installation incluse, RVE propose une solution de rechange à l\u2019ajout d\u2019une nouvelle entrée électrique de 240V (le voltage standard d\u2019une borne de recharge) \u2013 une intervention qui nécessite souvent des modi?cations au panneau électrique.Le DCC (pour Demand Charge Controller) se décline en deux versions : celle pour le condo et celle pour la maison.Dans les deux cas, l\u2019appareil se greffe entre le panneau existant et la borne de recharge.Il effectue une lecture en temps réel de l\u2019ensemble de la consommation énergétique du domicile.Pour éviter toute surcharge, il suspend la recharge du véhicule, qui demande plus de 30 ampères (A), dès que 80 % de la capacité énergétique du domicile, qui avoisine habituellement les 100A, est sollicité.C\u2019est le cas lorsque le chauffage, la cuisinière et la sécheuse fonctionnent au même moment.Les clés de l\u2019innovation résident dans les composantes électriques, le design de leur assemblage et dans l\u2019algorithme qui détermine quand l\u2019alimentation doit s\u2019arrêter.Ainsi, malgré une à deux heures d\u2019interruption, les risques s\u2019avèrent minimes de se retrouver avec une batterie insuf- ?samment chargée après avoir laissé sa voiture branchée toute la nuit.L\u2019hiver dernier, les deux appareils ont été testés avec succès chez une trentaine de clients dans le cadre d\u2019un projet pilote.Le DCC Condo est déjà implanté dans plusieurs dizaines de tours d\u2019habitation.Ce dernier a la particularité d\u2019être relié au compteur électrique, ce qui permet de facturer la recharge directement au propriétaire du véhicule.Un argument de poids pour obtenir l\u2019accord des autres copropriétaires au moment d\u2019installer une borne ! Au départ, RVE avait développé un prototype trop gros pour la commercialisation.En 2015, elle a fait appel à Thermolec, une PME manufacturière de Montréal experte en serpentins électriques.Ensemble, ils ont divisé par trois le volume et simpli?é l\u2019installation.« Il ne s\u2019agissait pas seulement de faire un produit qui règle le problème technique de la recharge d\u2019un véhicule, mais aussi de faciliter le travail de l\u2019électricien», souligne Marie-Pier Cor- beil.Les deux appareils ont reçu en mars dernier la certi?cation CSA, qui autorise l\u2019installation et la commercialisation d\u2019un appareil électrique au pays.Pour la suite, Thermolec s\u2019occupera de la production et RVE de la commercialisation.Après avoir obtenu un brevet provisoire aux États-Unis en 2016, les deux entreprises viennent de déposer une demande de brevet permanent dans ce pays et au Canada.La jeune entreprise estime qu\u2019un marché de plusieurs milliards s\u2019ouvre à eux en Amérique du Nord.Outre le Québec, elle cible la Californie pour le DCC Maison et la Colombie-Britannique pour le DCC Condo.Elle est convaincue qu\u2019elle peut, là aussi, améliorer l\u2019accès aux automobiles électriques.lQS Par Etienne Plamondon Emond S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N N O M D C C I N V E N T E U R D a v i d e t M a r i e - P i e r C o r b e i l S QUÉBEC SCIENCE 24 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 u lieu d\u2019emprunter une imprimante 3D, pourquoi ne pas l\u2019imprimer soi-même ?Voilà le pari ludique et ambitieux de l\u2019équipe derrière l\u2019appareil ULIO, destiné aux élèves qui, grâce à lui, apprendront la conception 3D.Comment y arrive-t-on ?D\u2019abord, il faut évidemment produire les pièces de l\u2019imprimante à l\u2019aide d\u2019une autre imprimante 3D.La trousse ULIO offre tout ce dont on a besoin pour fabriquer une nouvelle imprimante, comme les moteurs, le microcontrôleur, la buse chaude, les ventilateurs, les écrous et même les petits tournevis.Puis, place à la magie créatrice des jeunes ! À l\u2019aide des tutoriels vidéo fournis, les utilisateurs téléchargent les plans tridimensionnels des pièces et peuvent les modi?er, selon leur âge et leur habileté.Pourquoi ne pas décider d\u2019inscrire le nom de l\u2019école sur l\u2019imprimante ?Ou même opter pour un design en forme de Darth Vader?Les jeunes impriment leurs pièces avec un thermoplastique biodégradable dérivé de ressources renouvelables et ils les assemblent.« L\u2019imprimante peut prendre forme en une journée, mais l\u2019enseignant a la possibilité de rendre le dé?plus complexe a?n de réaliser différentes activités pédagogiques pour approfondir les apprentissages », indique Joseph Issa, inventeur d\u2019ULIO et professeur en mécanique du bâtiment au Collège Ahuntsic, à Montréal.En août 2016, plusieurs élèves du secondaire de la Commission scolaire Margue- rite-Bourgeoys ont réalisé des imprimantes ULIO lors d\u2019un camp technologique.Les adolescents participant au camp entre- preneuriat du Collège Sainte-Anne ont pu aussi s\u2019initier à la technologie.Même les enfants de l\u2019école primaire l\u2019Eau-Vive, de l\u2019arrondissement LaSalle à Montréal, ont relevé le dé?.Une fois l\u2019imprimante constituée, les jeunes peuvent l\u2019utiliser pour créer tout ce qui leur passe par la tête.Et si un bris survient, ULIO réimprime ses propres pièces, pourvu que ces dernières soient petites et que leur défaillance n\u2019affecte pas le fonctionnement général de l\u2019imprimante.Le grand intérêt de l\u2019invention, c\u2019est qu\u2019elle se détaille 700 $, alors que la plupart des imprimantes 3D dans les écoles coûtent plus du double.« Et c\u2019est généralement un technicien qui les manipule pour éviter les bris », remarque Joseph Issa.Aux yeux de ce passionné d\u2019impression 3D, qui a travaillé plus d\u2019un an sur le concept d\u2019ULIO, pour lequel il a déposé des demandes de brevet au Canada et à l\u2019international, il ne faut pas seulement montrer aux élèves que la technologie existe.Il faut aussi les amener à créer leurs propres technologies alors que la robotique prend de plus en plus de place sur le marché du travail.« Si à 10 ou 12 ans, les jeunes sont capables de partir d\u2019une idée et créer du concret, imaginez ce qu\u2019ils pourront réaliser une fois à l\u2019université ! » lQS Par Martine Letarte N O M U l i o I N V E N T E U R J o s e p h I s s a Fabriquer une imprimante 3D\u2026 imprimable en 3D! S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N A QUÉBEC SCIENCE 25 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 a PME Pratiko réinvente le déambulateur afin de le rendre plus sécuritaire pour les personnes âgées ou à mobilité réduite.Dans son usine à Richmond, le président Jean-Marc Landry compare un prototype du Smart-Rollator avec un déambulateur conventionnel.Il manipule ce dernier pour montrer à quel point les produits en circulation peuvent facilement basculer et entraîner l\u2019utilisateur dans leur chute.Depuis 2011, Santé Canada a répertorié 550 incidents touchant des déambulateurs, chiffres qui, toutefois, ne présentent pas un portrait exhaustif.L\u2019ingénieur découvre ce risque en 2012.Pratiko vient alors de mettre au point un frein autobloquant pour fauteuil roulant, qui immobilise les roues dès que la personne assise se soulève, se relève ou glisse vers l\u2019avant.Lors de démonstrations, des professionnels de la santé lui demandent s\u2019il peut développer une solution similaire pour les déambulateurs qu\u2019ils estiment dangereux.«Le problème était généralisé », raconte-t-il.En 2013, Pratiko commence à travailler sur un prototype.L\u2019équipe s\u2019attarde d\u2019abord aux poignées.Sur la plupart des déambulateurs, les doigts doivent relever un levier vers la paume ou relâcher ce dernier vers le bas a?n d\u2019engager ou de désengager les freins.La PME crée plutôt des poignées qu\u2019il faut légèrement pousser vers le bas a?n d\u2019avancer.Si elles demeurent relevées, l\u2019appareil reste immobile.Si on s\u2019appuie plus fortement sur elles, les freins s\u2019enclenchent.Cette fonction permet, lors d\u2019une perte d\u2019équilibre vers l\u2019avant, de se maintenir debout plutôt que de tomber tête première en raison des roues qui continuent à tourner.« On a repris le mouvement naturel d\u2019une personne qui chute et qui essaie d\u2019attraper ce qui se présente à elle pour reprendre le contrôle de ses jambes.» Lorsqu\u2019une seule main se retire d\u2019une poignée, un système mécanique de synchronisation verrouille aussitôt les roues des deux côtés.L\u2019utilisateur peut ainsi saisir des objets, sans craindre de perdre l\u2019équilibre.Pratiko redessine ensuite le châssis de façon à ce qu\u2019il puisse chevaucher les sièges de toilette.Deux points d\u2019appui, sur les côtés, aident à s\u2019asseoir, tout en évitant de dangereuses chutes.Sur le déambu- lateur, l\u2019équipe pose un siège rabattable plutôt que ?xe.Lorsque celui-ci est abaissé et qu\u2019une personne s\u2019y assied, les freins se désengagent et transforment le Smart-Rollator en chaise de transport.Une fois le siège relevé à la verticale, le centre de la structure se dégage pour laisser la personne se dresser avec une meilleure stabilité.En avril 2017, le Salon Convergence Innovation, consacré aux nouveautés en aides techniques, orthèses, prothèses et soins institutionnels, a désigné la sixième version du prototype comme l\u2019innovation de l\u2019année.Depuis, la PME a réalisé quelques ajustements.Brevet déposé, Pratiko est maintenant prête à dévoiler ses versions 7 et 8 du Smart-Rollator.Prochaines étapes: réaliser des essais cliniques et obtenir les autorisations de Santé Canada et de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis avant la commercialisation.Pratiko aimerait offrir plusieurs modèles, dont les prix varieraient entre 200 $ et 1 000 $.L\u2019entreprise de six employés mise beaucoup sur son volet santé.Celui-ci représente 15 % de son chiffre d\u2019affaires qui avoisine les 700 000 $.Elle souhaite percer le marché des États-Unis où, en ce moment, elle ouvre des bureaux à Saint-Johnsbury, au Vermont, et discute avec une association d\u2019anciens combattants.Parions que le Smart-Rollator roulera tant au Québec qu\u2019au sud de la frontière.lQS Par Etienne Plamondon Emond déambulateur plus sécuritaire Un S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N N O M S m a r t - R o l l a t o r I N V E N T E U R L ' é q u i p e d e P r a t i k o L Jean-Marc Landry QUÉBEC SCIENCE 26 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 aniable et pratique : voilà qui pourrait résumer en deux mots le SnikkyBike, cet hybride entre vélo électrique et trottinette, conçu par Jérémie Lepage, ingénieur électrique.Après avoir essayé l\u2019engin, on peut aussi dire qu\u2019il est ludique : les mains sur le guidon, en glissant silencieusement sur l\u2019asphalte, on a tout de suite un sentiment grisant de liberté.Et nul besoin d\u2019être équilibriste pour maîtriser le SnikkyBike.Destiné à tous, il se veut justement plus sécuritaire qu\u2019un vélo.«C\u2019est en voyant ma conjointe partir au travail avec un vélo de route auquel elle n\u2019était pas habituée, il y a trois ans, que j\u2019ai cherché un autre moyen de transport pour ses déplacements», explique Jéré- mie Lepage, diplômé de Polytechnique, à Montréal.Les trottinettes, avec leurs petites roues, butent sur le moindre obstacle.Les «gadgets » de type Segway ou Solowheel (une roue motorisée avec des marchepieds de part et d\u2019autre) sont instables et demandent pas mal d\u2019entraînement.Quant au Kick Bike, sorte de trottinette avec une grande roue avant, il est trop long et reste dif?cile à manœuvrer en ville.Comme on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même, l\u2019ingénieur montréalais commence alors à dessiner un prototype, en marge de son emploi chez Schneider Electrics.«Je voulais un cadre qui minimise la distance entre les deux roues, pour plus de maniabilité.L\u2019idée était aussi de ?xer le moteur électrique sur une roue arrière de petite taille, pour gagner en vitesse avec peu de puissance », détaille-t-il.Ses premiers croquis en main, Jérémie Lepage embauche d\u2019abord un dessinateur qui peau?ne le tout, puis une entreprise de design industriel, TAK Design, qui crée des plans en 3D prêts pour la manufacture.« Le cadre, en aluminium, a été fabriqué en Chine à mes frais en 2016 », raconte l\u2019ingénieur qui a avancé au total environ 50 000 $ pour ce projet.Le prototype est à la hauteur de ses attentes: le SnikkyBike \u2013 un nom qui vient de sneak, ou « se fau?ler » en anglais \u2013 fonctionne à merveille.Un peu trop bien, même ! Lors de mon premier essai, en actionnant la poignée de l\u2019accélérateur, l\u2019engin s\u2019est cabré et m\u2019a forcée à sauter en arrière.«Le moteur de 350W est un peu trop puissant ! J\u2019en mettrai un de 250 W sur la version commerciale pour régler le problème », assure Jérémie Lepage, qui m\u2019avait pourtant prévenue.Mais ce faux départ a eu l\u2019avantage de démontrer une chose : on ne tombe pas j o u e u r Nouveau NOM SnikkyBike INVENTEUR Jérémie Lepage de la mobilité urbaine S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N M QUÉBEC SCIENCE 27 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 t si on se servait de la réalité augmentée pour faire bouger les jeunes ?C\u2019est le dé?relevé par SAGA, une entreprise de Québec spécialisée en conception d\u2019expériences en réalité augmentée.Elle a créé le gymnase interactif LÜ avec caméra 3D, projecteurs, systèmes de son et d\u2019éclairage.« Nous avons combiné toutes ces technologies pour les utiliser dans un contexte sportif », af?rme Vincent Routhier, président de SAGA.Les jeunes sont ainsi plongés dans un environnement immersif où les projections sont synchronisées avec l\u2019éclairage et le son.Ils lancent des ballons sur des cibles projetées sur les murs pour récolter des points : ils deviennent les héros d\u2019un jeu vidéo ! LÜ permet aussi aux jeunes d\u2019apprendre en bougeant, par exemple lors d\u2019une compétition de calcul mental.Les jeunes forment deux équipes qui doivent réaliser l\u2019opération af?chée sur le mur du gymnase et lancer le ballon sur la bonne réponse pour accumuler des points.Le système est installé depuis mars à l\u2019école privée Externat St-Jean Berchmans de Sillery, ce qui a permis de peau?ner le concept.L\u2019école des Ursulines, à Québec, a le sien depuis peu et d\u2019autres écoles privées ont manifesté leur intérêt.LÜ est également dans la course pour plusieurs soumissions dans des écoles, complexes sportifs, centres de divertissement et centres communautaires situés à l\u2019étranger.Il est vendu 17 500 $ ou 28 500 $, selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un système de projection sur un ou deux murs.Un investissement de taille pour une école, mais le jeu en vaut la chandelle, d\u2019après Vincent Routhier.« En plus de permettre aux jeunes de bouger en s\u2019amusant, LÜ fournit des équipements déjà recherchés par les établissements scolaires, comme un système de son, des projecteurs et un système d\u2019éclairage qui sont très utiles dans l\u2019organisation de toutes sortes d\u2019événements.» lQS Par Martine Letarte facilement du SnikkyBike.«Comme on se tient debout, sur les deux marchepieds latéraux, on peut en descendre facilement au besoin, même en plein mouvement.De plus, son centre de gravité est bas et, comme un vélo, le SnikkyBike est autos- table, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne risque pas de basculer », précise son inventeur.Côté autonomie, la batterie lithium- ion, cachée dans le montant central du cadre, permet de parcourir une trentaine de kilomètres à la vitesse moyenne de 20 km/h.Elle se retire facilement pour être rechargée sur le lieu de travail, par exemple.Et si la batterie est à plat ?Pas de stress : même s\u2019il est fait pour fonctionner avec le moteur, le SnikkyBike peut être poussé avec le pied, façon trottinette.Pesant près d\u2019une quinzaine de kilogrammes, il reste toutefois un peu lourd à porter.«Je compte réduire son poids en utilisant une batterie plus légère, et aussi proposer un modèle \u201cmini\u201d, qui pourrait être facilement embarqué dans les transports en commun», indique Jérémie Lepage.L\u2019entrepreneur peine toutefois à passer à l\u2019étape de la commercialisation, après l\u2019échec d\u2019une campagne de socio?nan- cement en 2016.Quant à sa demande de brevet international, elle est encore en cours d\u2019examen.« Le problème, c\u2019est que l\u2019objet est reconnu comme nouveau, mais que c\u2019est une combinaison de plusieurs techniques existantes», précise-t-il.Son plan, aujourd\u2019hui, est de démarcher les mairies, ainsi que les organismes publics pour obtenir 200 promesses d\u2019achat et lancer la production (en Chine, avec un assemblage final au Québec).« Le SnikkyBike pourrait être utilisé dans les aéroports, par des policiers, ou dans n\u2019importe quel lieu où il faut parcourir plusieurs kilomètres de façon écologique et silencieuse», croit-il.Avec un prix de vente ?xé à 1 500 $, Jérémie Lepage a déjà reçu plusieurs demandes d\u2019acheteurs sur son site web.Son unique prototype fait des envieux : il se fait constamment arrêter dans le quartier Villeray, où il réside.« J\u2019attire tous les regards, et on me demande où je l\u2019ai acheté», s\u2019amuse-t-il.Chose certaine, à l\u2019heure où l\u2019on favorise le mode de vie local et les transports verts, le SnikkyBike a tout pour devenir une star de la mobilité urbaine.lQS Par Marine Corniou vidéo en jeu gymnase Transformer un N O M L ü I N V E N T E U R V i n c e n t R o u t h i e r S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N E QUÉBEC SCIENCE 28 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 \u2019Écodome GED est peut-être l\u2019avenir de l\u2019agriculture urbaine ! On y cultive fruits et légumes, mais sans utiliser de combustibles fossiles ou d\u2019électricité.On n\u2019a besoin que du soleil et d\u2019un peu d\u2019eau pour le faire fonctionner, hiver comme été.Alors que la tendance vers une agriculture de proximité s\u2019af?rme, cette serre écoénergétique devrait en séduire plus d\u2019un.Selon les projections, elle peut produire des récoltes équivalentes à ce que permettraient 60 hectares de terres, et ce, sur 4 à 20 étages.Ce qui la distingue des serres conventionnelles ?Sa double paroi rigide en éthylène tétra?uoroéthylène (EFTE), un polymère utilisé comme solution de rechange au verre.Ce matériau rend la structure légère, solide et capable d\u2019affronter des vents de 250km/h, de la grêle ou des tremblements de terre.«La température à l\u2019intérieur des serres conventionnelles s\u2019élèverait à 160 °C sous le soleil du midi si elles n\u2019étaient pas ventilées.Mais avec la double coque, on atteint un maximum de 30°C à 35°C, même sous le soleil très chaud de juillet », explique Gaston Beaulieu, le créateur de l\u2019Écodôme GED.Cette double coque tempère les lieux à l\u2019aide d\u2019une climatisation passive.Par convection thermique, l\u2019air chaud se dirige vers une cheminée située au sommet du dôme.La chaleur évacuée est récupérée et stockée dans un réservoir d\u2019eau situé au sous-sol.Pas de perte en énergie ! Lorsque les températures deviennent plus froides, la double coque sert alors d\u2019isolant, même pendant l\u2019hiver.« On ferme une prise d\u2019air à la base extérieure de l\u2019Écodôme.La couche d\u2019air de 1,5 m d\u2019épaisseur entre les deux coques agit serre U n e écoénergétique NOM Écodôme GED INVENTEUR Gaston Beaulieu S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N L QUÉBEC SCIENCE 29 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 comme un isolant très ef?cace pour garder la chaleur dans le dôme inférieur», explique Gaston Beaulieu.De plus, les parois extérieure et intérieure de l\u2019Écodôme GED laissent passer les rayons du soleil, mais retiennent entre elles, grâce au matériau qui les constitue, une partie des infrarouges pour y chauffer l\u2019air.Cela permet, selon les simulations, de garder une température optimale pour la croissance des plantes tout au long de l\u2019année en ne demandant qu\u2019une faible dépense en énergie.Le milieu fermé a un autre avantage, celui de pouvoir récupérer l\u2019eau s\u2019évaporant des plantes.«Un puits artésien conventionnel suf?t à fournir l\u2019eau requise, ce qui permet d\u2019ériger l\u2019Écodôme en terrain très aride, là où il n\u2019y a ni rivière ni lac », mentionne Gaston Beaulieu.On pro?te aussi de cet écosystème fermé en augmentant la concentration de gaz carbonique à l\u2019intérieur de la serre pour favoriser une croissance plus rapide des fruits et légumes.Et qui dit accès limité à l\u2019extérieur, dit également moins d\u2019insectes nuisibles à l\u2019intérieur de la serre.D\u2019où vient l\u2019inspiration de Gaston Beau- lieu ?Cet ancien ingénieur et pilote d\u2019avion à réaction s\u2019est toujours intéressé à l\u2019agriculture d\u2019ici et d\u2019ailleurs.« J\u2019ai vu un reportage sur la famine dans la corne de l\u2019Afrique.Je trouve ça absolument affreux que, avec les technologies actuelles, des populations souffrent encore de faim », dit-il.C\u2019est de là qu\u2019est né son projet d\u2019une serre biologique fonctionnelle partout dans le monde, ne nécessitant que très peu d\u2019eau.Gaston Beaulieu a pu concevoir l\u2019Éco- dôme GED après des milliers d\u2019heures de calculs mathématiques et de simulations 3D.Pour obtenir une serre optimale en énergie, il a pensé et prévu tous les scénarios possibles.Elle pourrait aussi bien être implantée en Afrique que dans le Grand Nord québécois.« C\u2019est une technologie de rupture.C\u2019est complètement différent de ce qu\u2019il y a sur le marché.En ce moment, on ne trouve aucune serre au monde qui possède ces systèmes-là », assure M.Beaulieu.En effet, c\u2019est ainsi qu\u2019il a pu déposer une demande de brevet pour son invention et le fonctionnement de celle-ci.Entre-temps, il a entamé des discussions avec des investisseurs pour ?nancer la construction d\u2019un premier Écodôme GED d\u2019ici le début de 2019 au Québec.« On veut intéresser les grands cultivateurs québécois, mais aussi ceux de pays où l\u2019eau se fait plus rare.» Il ne s\u2019en cache pas: l\u2019Écodôme GED est plus dispendieux qu\u2019une serre conventionnelle.Cependant, il aurait une durée de vie de 90 ans et représente un investissement qui devrait être rentable assez rapidement, entre 5 à 10 ans, selon l\u2019inventeur.D\u2019après une étude de marché que Gaston Beaulieu a commandée, le domaine des infrastructures agricoles représente 29 mil liards de dollars à l\u2019échelle mondiale, avec une croissance de 8% par année.« L\u2019Écodôme réduit les coûts d\u2019énergie d\u2019au moins 70 %, si on le compare aux serres conventionnelles.Cela signi?e que nous pouvons prendre une bonne part du marché », espère M.Beaulieu.lQS Par Annie Labrecque QUÉBEC SCIENCE 30 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 our l\u2019instant, les wagons de train de marchandises se laissent tirer par les locomotives.Mais ils pourraient jouer un rôle plus actif, et générer des économies d\u2019énergie, grâce à l\u2019ingénieur Serge Mai qui a imaginé un module de traction autonome pour bogie, ce chariot sous le véhicule ferroviaire.Comment ?En récupérant l\u2019énergie cinétique produite par le bogie lors du freinage.Dans les systèmes mécaniques traditionnels, cette énergie est perdue, car elle se dissipe en chaleur.L\u2019invention de Serge Mai la transforme plutôt en électricité et l\u2019emmagasine dans une batterie lithium-ion qui alimente ensuite un effort de traction si le train accélère ou grimpe une pente.La récupération de l\u2019énergie générée par le freinage dans une batterie n\u2019est pas nouvelle.Les automobiles électriques et hybrides fonctionnent sur ce principe.En revanche, aucun système comparable n\u2019existe pour gérer de manière autonome l\u2019énergie sur un seul wagon de train.Et c\u2019est ce que M.Mai propose avec son concept breveté au Canada, aux États- Unis et en Europe.Pas besoin de chercher loin pour trouver la plupart des composantes nécessaires : la taille et la puissance des moteurs, convertisseurs et batteries mis au point pour les automobiles électriques correspondent aux besoins d\u2019un bogie.Il suf?t de les adapter au chariot, d\u2019ajouter un contrôleur électronique et de les rattacher à divers capteurs pour identi?er la vitesse, l\u2019inclinaison, l\u2019accélération et la pression enregistrées par les essieux.À l\u2019aide de ces informations, les modules déterminent de manière autonome le mode approprié pour fournir une assistance à la locomotive, sans alimentation extérieure.« Il n\u2019est pas question d\u2019avoir un système avec un câble de communication ou une communication radio entre la locomotive et le wagon », souligne l\u2019ingénieur.La raison est simple : les wagons de marchandises sont décrochés d\u2019un convoi ferroviaire, puis arrimés à un autre à plusieurs reprises au cours d\u2019un même voyage.Selon le concepteur, l\u2019installation du module sur la moitié des wagons réduirait de 30 % la consommation en carburant d\u2019une locomotive.Actuellement, le transport ferroviaire de marchandises génère à lui seul l\u2019équivalent de plus de 7 millions de tonnes de CO 2 par année au pays, selon les chiffres d\u2019Environnement Canada.Comme les locomotives appartiennent rarement aux propriétaires de wagons, Serise Technologies, la jeune pousse créée par Serge Mai autour de son invention, cible d\u2019abord les compagnies minières.Pour transporter leur minerai, ces dernières possèdent souvent leurs locomotives, leurs wagons et leurs voies ferrées.«L\u2019impact bogie S u p e r NOM Serise INVENTEUR Serge Mai S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N P QUÉBEC SCIENCE 31 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 des économies et des avantages, elles vont le voir directement», af?rme-t-il.Le module pro?terait tout de même aux compagnies uniquement propriétaires de wagons.La batterie suf?rait pour les déplacer dans une gare de triage sans avoir recours à une locomotive ou à une dénivellation du sol.Dans le cas d\u2019un wagon réfrigéré, elle assurerait en permanence la climatisation.La gestion autonome du bogie améliorerait par ailleurs la sécurité.Le module pourrait activer les freins lorsqu\u2019il détecterait une vitesse anormalement élevée, de façon à prévenir des événements similaires à la catastrophe ferroviaire de 2013 à Lac-Mégantic.En 2011, Serise Technologies a amorcé des discussions avec TM4, une ?liale d\u2019Hydro-Québec spécialisée dans les moteurs électriques, et l\u2019entreprise Centre de réalisation d\u2019outils innovateurs (C.R.O.I.).Le coût pour le développement, la construction et la validation de deux prototypes de démonstration a alors été estimé à 1,5 million de dollars.Le Bureau de l\u2019ef?cacité et de l\u2019innovation énergétiques du Québec, par l\u2019entremise du programme Technoclimat, avait promis de couvrir 50% des coûts si une entente était signée avec un utilisateur ?nal.Mais le projet a été mis sur la glace.En 2013, C.R.O.I.a fait faillite et l\u2019industrie minière traversait un ralentissement économique.Serge Mai n\u2019a pas abandonné.En 2014 et 2015, il a fait appel à la ?rme de génie-conseil Merkur pour réaliser une étude de faisabilité technique.«Mon intention est de repartir avec mon bâton de pèlerin au cours de l\u2019année prochaine», explique l\u2019inventeur qui travaille en parallèle comme directeur technique à CDPQ Infra, une ?liale de la Caisse de dépôt et de placement du Québec.Le contexte semble désormais jouer en sa faveur.Le secteur minier a repris de la vigueur.Le prix des batteries lithium-ion, la composante la plus coûteuse, ne cesse de chuter; il pourrait descendre sous les 100$ du kilowattheure d\u2019ici 2020 et rendre le produit plus abordable que prévu.Il reste à percer un marché plutôt conservateur.« C\u2019est un concept qui brise toutes les habitudes de l\u2019industrie », concède l\u2019ingénieur qui reste néanmoins déterminé à remettre le projet sur les rails.lQS Par Etienne Plamondon Emond ouis Fournier s\u2019échine depuis cinq ans à concevoir une borne de stationnement conviviale pour les adeptes de vélo urbain.Selon lui, les options qui s\u2019offrent à eux sont inadéquates.« Actuellement, je n\u2019ai d\u2019autre choix que d\u2019accrocher ma machine qui vaut plusieurs centaines de dollars à un support peu invitant en métal rouillé», déplore le président de l\u2019entreprise d\u2019usinage saguenéenne Comp-XTR.Son invention, la VéloVoûte, veut résoudre ce problème.« Je suis parti du principe que le cycliste moderne pense comme un automobiliste.En matière de stationnement, il s\u2019attend donc à être servi de la même manière», élabore l\u2019homme de 55 ans.L\u2019infrastructure consiste en un châssis ergonomique en aluminium épais et soudé qui permet de stationner un vélo à la verticale.Des ventouses en caoutchouc stabilisent la roue avant.La borne comprend également un casier de rangement assez grand pour y laisser un casque et un sac, ainsi qu\u2019une robuste quincaillerie antivol, dont une chaîne réputée « indestructible ».La possibilité d\u2019y intégrer des technologies de communications sans ?l en fait un véritable parcomètre pour cyclistes.Le tout pour 900$ à 5000$, selon les modèles et options choisis.La VéloVoûte est destinée aux entreprises privées et aux institutions publiques.Au cours de l\u2019été 2016, la Ville de Québec a mis deux unités à l\u2019essai près de la gare du Palais et du marché du Vieux-Port.Depuis, la Capitale Nationale a néanmoins décidé de lancer un concours pour la création d\u2019un support à vélo signature.Une rebuffade qui ne refroidit pas les ardeurs de l\u2019inventeur : « Je sais que la VéloVoûte trouvera preneur puisqu\u2019elle réussit à convaincre les cyclistes d\u2019y laisser leur vélo.» Ce qui n\u2019est pas peu dire.lQS Par Maxime Bilodeau futur Le stationnement cycliste du N O M V é l o V o û t e I N V E N T E U R L o u i s F o u r n i e r S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N L QUÉBEC SCIENCE 32 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 rançois Ménard, directeur technologique d\u2019Aeponyx, a le sens pratique et l\u2019âme d\u2019un entrepreneur.Sa devise?«La nécessité est mère de l\u2019invention.» C\u2019est justement pour répondre à un besoin majeur, celui de décongestionner les réseaux de télécommunication saturés par le ?ux de données, qu\u2019il a fondé la PME en 2011, avec François Tessier et Philippe Babin, tous spécialistes de l\u2019industrie des télécommunications.Le but ultime d\u2019Aeponyx est simple : se débarrasser des ?ls de cuivre qui ralentissent le tra?c pour les remplacer par des solutions optiques partout, à faible coût.Car la congestion touche surtout les réseaux locaux (qui raccordent les habitations) et les centres de données où, pour des raisons de coût, on exploite encore peu la ?bre optique.L\u2019entreprise s\u2019est donc rapidement positionnée à l\u2019avant-garde de la photonique sur silicium qui consiste à manipuler la lumière sur des puces en silicium classiques.Plus précisément, elle travaille sur des solutions facilitant le « multiplexage en longueurs d\u2019onde ».Le principe : transporter dans une seule ?bre optique une ?opée d\u2019ondes lumineuses de couleurs différentes, chacune portant indépendamment son ?ux de données.« Autrement dit, on utilise la ?bre optique comme une autoroute à plusieurs dizaines de voies, chaque voie ayant une couleur spécifique », traduit François Ménard.Le problème, c\u2019est que, pour générer ces signaux multicolores et les aiguiller, on doit actuellement utiliser une multitude de puces très chères et des technologies disparates.C\u2019est là que Matrix entre en scène.Ce « microcommutateur » fonctionne de manière 100 % optique; c\u2019est-à-dire que la lumière n\u2019est plus convertie en signal électronique pour aiguiller les communications.Cerise sur le gâteau, il est fabriqué avec les mêmes procédés de base que les puces des cellulaires qui coûtent moins de 1$ pièce.«Notre technologie est 100 fois plus rapide, 10 fois moins chère et 10 fois moins énergivore que ce qui existe déjà sur le marché », s\u2019enthousiasme M.Ménard.Car le fait de réduire la part d\u2019électronique diminue aussi la consommation électrique.À terme, Matrix pourrait rendre les centres de données, qui consomment déjà 3% de l\u2019électricité planétaire, moins gourmands en énergie.L\u2019invention, dont le brevet ?nal a été déposé en septembre dernier, a d\u2019ailleurs attiré une subvention de 1,9 million de dollars de Technologies du développement durable Canada.Aeponyx doit son coup de génie à deux chercheurs de l\u2019UQAM, Michaël Ménard et Frédéric Nabki, qui ont combiné la photonique sur silicium avec les microsystèmes électromécaniques (MEMS).« On trouve ces MEMS un peu partout.Ce sont des dispositifs mécaniques minuscules qui forment les gyroscopes, accéléromètres ou moteurs de caméra des téléphones cellulaires, par exemple», explique François Ménard.Les chercheurs ont réussi à utiliser les mouvements mécaniques des MEMS a?n de manipuler les signaux optiques, initialement pour des applications médicales.L\u2019histoire aurait pu s\u2019arrêter là, si François Ménard n\u2019avait pas croisé leur chemin en 2013.Décelant tout de suite le potentiel de la puce, il acquiert leur technologie avec ses collègues Martin Bérard et Jonathan Brière.Le hasard faisant bien les choses, il avait récemment visité les installations du Centre de Collaboration MiQro Innovation (C2MI, cofondé par IBM Bro- mont), chef de ?le mondial dans le développement de l\u2019assemblage de puces électroniques et des MEMS.« L\u2019infrastructure était là ! Il y a peu de secteurs industriels au Québec où on peut fabriquer sur place, avec une expertise qui permet de conquérir le monde», se réjouit l\u2019entrepreneur.La fabrication de Matrix au C2MI est actuellement en phase de rodage.La production à grande échelle est attendue pour le début de 2019.Aepo- nyx espère générer dès lors 100 millions de dollars par année, en ciblant les opérateurs qui souhaitent déployer la 5G, prochaine génération de réseaux de téléphonie mobile.«La 5G permettra d\u2019avoir des millions d\u2019objets connectés entre eux et à Internet, qui se répondront en temps réel.Pour enrayer les délais, la commutation optique est nécessaire », explique François Ménard.À terme, Matrix pourra aussi faciliter la « conversation » entre les milliers d\u2019ordinateurs des centres de données, qui traitent et répartissent des ?ots d\u2019informations en continu.«Nous sommes encore un peu en avance.Mais une chose est sûre : les puces devront toutes être optiques tôt ou tard.» Et Matrix sera bien placée, le temps venu.lQS Par Marine Corniou puce U n e révolutionnaire N O M M a t r i x I N V E N T E U R L ' é q u i p e d ' A e p o n y x François Ménard tient une impression 3D, 365 fois plus grosse que la puce réelle, qui contient elle-même 144 commutateurs.S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N F a jeune pousse montréalaise Mecademic redé?nit la notion de petit robot industriel avec le Meca500, qui serait « le plus compact, précis et simple d\u2019utilisation au monde».De toutes les caractéristiques du bras robotisé, c\u2019est sa taille qui retient avant tout l\u2019attention: il tient dans une main.S\u2019il pèse moins de 5kg, il est néanmoins capable de mouvoir des charges utiles de 500 g \u2013 l\u2019équivalent d\u2019une petite boîte de céréales ! En outre, il peut reproduire une action avec une précision de 0,005mm.C\u2019est 20 fois moins que l\u2019épaisseur d\u2019une feuille de papier et au moins 2 fois mieux que la capacité de reproduction d\u2019action des autres petits robots industriels sur le marché! Ce qui rend le Meca500 véritablement unique, c\u2019est néanmoins son contrôleur; son « cerveau » en quelque sorte.Contrairement aux robots traditionnels, il dissimule ses circuits électroniques à sa base plutôt que d\u2019avoir recours à d\u2019encombrants ?ls extérieurs pour le connecter à une machine.En fait, les seuls branchements nécessaires au Meca500 sont ceux d\u2019un bloc d\u2019alimentation et d\u2019un câble réseau pour le con?gurer ! D\u2019ailleurs, pas besoin de formation pour le programmer: il suf?t de parcourir son manuel d\u2019utilisation d\u2019une cinquantaine de pages et le tour est joué.À 20 000 $ par unité, environ, il répond aux besoins des entreprises à la recherche de solutions en matière de robotisation à petite échelle ou dans des espaces restreints, comme dans des laboratoires industriels, soutient Ilian Bonev, cofondateur de Meca- demic et professeur à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).«Nous pensons qu\u2019il est une composante d\u2019automatisation idéale pour les fabricants voulant l\u2019intégrer à l\u2019intérieur de leurs machines », explique celui qui a mis sur pied Mecademic en 2013 avec Jonathan Coulombe qui était alors son étudiant à l\u2019ÉTS.Depuis la commercialisation du Meca500, en juillet 2016, une centaine d\u2019exemplaires ont trouvé preneur auprès de clients dans une quinzaine de pays.Entièrement fabriqué au Canada, il ne fait pas l\u2019objet de brevet d\u2019invention.«Nous n\u2019avons pas réinventé la roue : la robotique repose sur des technologies qui existent depuis belle lurette ! Notre force, c\u2019est notre savoir-faire que l\u2019on traduit sous forme d\u2019équations mathématiques et de lignes de codes cryptées», souligne Ilian Bonev.Prochaine étape pour Mecademic ?La conception d\u2019un « frère » semblable au Meca500, mais capable de supporter une charge utile six fois plus importante.Un Meca500 sous stéroïdes, en somme.lQS Par Maxime Bilodeau NOM Meca500 INVENTEURS Ilian Bonev, Jonathan Coulombe S T A D E D E D É V E L O P P E M E N T C O N C E P T V A L I D A T I O N P R O T O T Y P E P R É - C O M M E R C I A L I S A T I O N C O M M E R C I A L I S A T I O N robot P e t i t grand potentiel QUÉBEC SCIENCE 33 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 L QUÉBEC SCIENCE 34 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 S inistre, effrayante, intenable; médecins, politiciens et chercheurs sont désormais à court de mots pour décrire l\u2019ampleur de la crise des opioïdes qui, aux États-Unis, toutes les trois semaines, fait autant de victimes que les attentats du 11 septembre 2001.Le portrait n\u2019est pas plus rose au Canada : le pays af?che le deuxième plus haut taux de consommation d\u2019opioïdes par personne, après les États- Unis.En 2016, on comptait 978 décès en Colombie-Britannique, 586 en Alberta et 865 en Ontario.Dire que la crise est sans précédent est un euphémisme.Les victimes ?D\u2019une part, les consommateurs de drogues dures et, d\u2019autre part, des gens « ordinaires » qui deviennent accros aux opioïdes prescrits par leur médecin.Multifactoriel, l\u2019abus d\u2019opioïdes s\u2019est construit sur une longue période en s\u2019in- tensi?ant dans les années 2000.À l\u2019origine de la crise, la surprescription de ces médicaments analgésiques par les médecins depuis les années 1980, une tendance largement encouragée par l\u2019industrie pharmaceutique.Les opioïdes, qui prennent des noms aussi divers que morphine, codéine, oxycodone, hydromorphone ou fentanyl, existent depuis longtemps pour soulager la douleur aiguë.Inoffensifs lorsque bien utilisés sur une courte période, ils calment les maux de dos, aident à récupérer d\u2019une chirurgie ou apaisent la douleur pendant l\u2019accouchement.Mais, sans encadrement, ils procurent aussi un effet euphorique et créent rapidement une dépendance, assortie d\u2019un besoin progressif d\u2019augmenter les doses.En effet, le quart des personnes à qui sont prescrits des antidouleurs pour des pathologies autres que le cancer deviennent dépendantes, selon une analyse publiée en décembre 2016 par le Center for Disease SANTÉ PUBLIQUE AUTOPSIE D'UNE OPIOÏDES CRISE I L L U S T R A T I O N : D U S H A N M I L I C L\u2019an dernier seuLement, pLus de 64 000 américains et 2 800 canadiens ont succombé à une dose morteLLe d\u2019opioïdes.cette inquiétante vague de décès continue de s\u2019ampLifier.avec queLLe force frappera-t-eLLe Le québec ?PAR ANNIE LABRECQUE QUÉBEC SCIENCE 36 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Control.Encore plus alarmante, une étude de la University of Arkansas for Medical Science, publiée en mars 2017, rapporte que le risque de dépendance s\u2019accroît chaque jour de traitement.Cela devient d\u2019autant plus dif?cile pour ces patients de diminuer les doses ou d\u2019arrêter la prise d\u2019antidouleurs.Lorsque leur prescription n\u2019est plus renouvelée, ces gens se tournent parfois vers le marché noir.Avec le risque de tomber sur du fentanyl ou du carfentanil fabriqués dans des laboratoires clandestins.Ces opioïdes sont respectivement 100 et 10 000 fois plus puissants que la morphine.Dans la rue, on les retrouve combinés de façon sournoise à des doses d\u2019héroïne et de cocaïne ou, encore, intégrés dans des médicaments contrefaits.Les doses sont disproportionnées, aléatoires et souvent fatales : il ne faut pas plus de 2 mg de fenta- nyl pour provoquer une surdose mortelle, le plus souvent par détresse respiratoire (ralentissement extrême de la respiration).Le Québec échappera-t-il à cette épidémie?Déjà, en août seulement, 12 décès et 24 autres surdoses liés au fentanyl ont été recensés à Montréal.Pour l\u2019heure, la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) a haussé son niveau d\u2019alerte et reste vigilante, mais ne juge pas que la province vit une crise comme l\u2019ouest et le centre du pays.Plusieurs raisons sont évoquées, dont une plus faible consommation d\u2019opioïdes de prescription.Selon une analyse du Canadian Network for Observational Drug Effect Studies (CNODES), en 2013, les Québécois en consommaient en moyenne 1 243 mg par prescription comparativement à 2589mg dans les autres provinces.Le Québec béné?cie aussi de pharmaciens qui encadrent plus strictement les prescriptions, et d\u2019une surveillance policière accrue \u2013 ce qui a conduit à plusieurs saisies dans les derniers mois.Mais la province n\u2019est pas pour autant à l\u2019abri.Si c\u2019est ici qu\u2019on consomme le moins d\u2019opioïdes, le CNODES remarque néanmoins une hausse prononcée de la prescription d\u2019hydromorphone et de fentanyl, depuis 2008.« Nous craignons que la crise survienne au Québec, car il y a une progression du nombre de décès reliés aux opioïdes de prescription, tant chez les hommes que chez les femmes.On note même une hausse des intoxications involontaires chez les personnes de plus de 50 ans», s\u2019inquiète Alexandre Larocque, urgentologue au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) et toxicologue au Centre antipoison du Québec.Une observation qui fait écho au dernier rapport de l\u2019Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) : de 2000 à 2016, 2 559 décès sont attribuables à une intoxication par opioïdes.Seulement en 2016, on dénombrait 140 décès, dont 27 attri buables au fentanyl.Les 50 à 64 ans sont ceux dont le taux de mortalité a le plus augmenté pour la période de 2000 à 2014.Cela étant dit, il est toujours impossible d\u2019évaluer précisément la situation, puisque les statistiques pour 2015 et 2016 Plusieurs civilisations cultivent le pavot à opium, une plante qui procure des effets sédatifs et analgésiques.Découverte de la morphine, issue du pavot.L\u2019héroïne est synthétisée à partir de la morphine.Quelques années plus tard, en 1898, la compagnie pharmaceutique Bayer l\u2019exploite comme médicament.À cette époque, on pouvait se procurer une bouteille d\u2019héroïne pour soulager toux, asthme, diarrhée et bronchite.Les États-Unis interdisent la vente et la fabrication de l\u2019héroïne.Une lettre publiée dans le New England Journal of Medicine laisse entendre aux médecins que les opioïdes peuvent être prescrits sans causer de dépendance.LES OPIOÏDES À TRAVERS LE TEMPS 3000 avant J.-C.1804 1874 1924 1980 SANTÉ PUBLIQUE C H A R L E S M A C K A Y / H R I L\u2019organisme communautaire Cactus, à Montréal, offre un lieu sécuritaire aux utilisateurs de drogues par injection. QUÉBEC SCIENCE 37 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 demeurent provisoires.Ces chiffres sont appelés à évoluer au fur et à mesure que se concluront les enquêtes du Bureau du coroner: « En moyenne, presque 11 mois sont nécessaires pour une investigation», justi?e sa porte-parole.Des délais qui font du Québec la seule province canadienne à ne pas tenir des registres à jour.Mais alors que rien ne semblait bouger du côté du gouvernement du Québec l\u2019été dernier, «les quasi décès de plusieurs personnes ont fait ré?échir les politiciens, et les décideurs ont agi en conséquence en nous donnant accès aux données de la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec quant à la prescription des opioïdes », indique Charles Bernard, président du Collège des médecins.Cette mesure permettra au Collège d\u2019intervenir auprès des médecins qui prescrivent trop.En outre, le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui n\u2019a pas souhaité divulguer de chiffres aux ?ns de ce reportage, prépare un rapport détaillé de la situation pour la ?n 2017.LUTTE AUX SURDOSES Quoi qu\u2019il en soit, les différents organismes et intervenants sont inquiets : le fentanyl circule dans les rues de Montréal.Pour y faire face, le gouvernement du Québec a annoncé à la mi-septembre que la naloxone serait dorénavant gratuite et accessible dans toutes les pharmacies du Québec pour quiconque voudrait l\u2019obtenir.Auparavant, les usagers avaient un accès limité à la naloxone, un médicament qui inverse les effets de la surdose pendant une courte période, en se ?xant sur les récepteurs du cerveau ciblé par les opioïdes, le temps d\u2019obtenir les secours nécessaires.«C\u2019est une très bonne annonce.L\u2019accès à la naloxone est primordial en situation d\u2019urgence pour éviter les décès», se réjouit Sandhia Vadlamudy, directrice générale de Cactus, un organisme communautaire montréalais qui, en juin dernier, mettait sur pied un centre d\u2019injections supervisées.La métropole en compte maintenant trois (un autre ouvrira ses portes à l\u2019automne).Depuis mai 2015, la DSP a aussi instauré une vigie pour détecter les hausses inhabituelles de surdoses.«Nous avons développé un système où cliniciens et intervenants communautaires peuvent signaler une situation préoccupante.Cela nous permet de réagir rapidement», indique Carole Morissette, responsable médicale Vigie et protection de la DSP.Ce protocole d\u2019urgence a démontré son efficacité, le 21 août dernier, lorsque sept victimes montréalaises ont pu être réanimées à temps.Il reste que le Québec, comme les autres provinces, est démuni face à ce mal qui prend racine depuis si longtemps et qui Approbation de l\u2019OxyContin par Santé Canada.Il contient de l\u2019oxycodone, un médicament à longue durée d\u2019action.Vendu avec la prétention de provoquer moins de dépendance que d'autres médicaments opioïdes, l\u2019OxyContin connaîtra des ventes records.La pharmaceutique Purdue, qui produit l\u2019OxyContin, est jugée coupable devant les tribunaux américains.Son utilisation a été associée à un taux élevé de dépendance et de mortalité.Il sera retiré du marché en 2012 et remplacé par OxyNeo.Aux États-Unis, on observe une augmentation importante des décès liés aux opioïdes.On note cette même tendance au Québec (voir le graphique ci- dessus).En août, la commission américaine d\u2019étude de la crise des opioïdes demande au président Donald Trump de déclarer l\u2019urgence nationale.À la mi-septembre, il ne l'avait toujours pas fait.Ici, au Canada, les autorités en santé publique considèrent que le pays fait face à une crise nationale d\u2019opioïdes.1996 2000 2007 2011 2017 Hausse signi?cative de prescriptions d\u2019opioïdes en Amérique du Nord pour les douleurs chroniques non cancéreuses.Selon l\u2019International Narcotics Control Board, les prescriptions d\u2019opioïdes au Canada ont triplé entre 2001 et 2014.« Le carfentanil est tellement puissant qu\u2019une dose de naloxone ne sufit pas.C\u2019est une perfusion continue de naloxone qui est nécessaire pour garder ces gens-là en vie.» \u2013 Bertrand Bolduc, président de l'Ordre des pharmaciens Décès par intoxication au fentanyl au Québec 35 30 25 20 15 10 5 0 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2000 2005 2010 2015 40 000 20 000 Les opioïdes ont causé plus de décès en 2016, dépassant les années records pour les accidents de voiture (54 000 en 1972), le VIH (43 000 en 1995) et les armes à feu (40 000 en 1993).Décès par intoxication aux opioïdes aux États-Unis 64 000 morts en 2016 60 000 morts par année QUÉBEC SCIENCE 38 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 évolue à une vitesse folle.« Il y a tellement de substances en circulation.C\u2019est inquiétant de savoir qu\u2019on se retrouve maintenant avec des dérivés de fentanyl pour lesquels l\u2019antidote habituel, la naloxone, ne fonctionne pas », s\u2019alarme Guy-Pierre Lévesque, directeur de Méta d\u2019Âme, un organisme de Montréal venant en aide aux personnes dépendantes aux opioïdes.Il existerait ainsi plus d\u2019une vingtaine de dérivés de fentanyl, fabriqués principalement dans des laboratoires clandestins en Chine, selon la Drug Enforcement Administration, aux États-Unis.Parmi ces dérivés, on compte le carfentanil, dont une dose équivalente à un grain de sel peut s\u2019avérer mortelle.Cette drogue a été détectée à plusieurs reprises un peu partout au Canada depuis 2016.«C\u2019est tellement puissant qu\u2019une dose de naloxone ne suf?t pas.C\u2019est une perfusion continue de naloxone qui est nécessaire pour garder ces gens-là en vie », détaille Bertrand Bolduc, président de l\u2019Ordre des pharmaciens.Mais la naloxone n\u2019est pas la panacée.«Ça n\u2019évitera pas les surdoses qui vont continuer à survenir.Il faut déployer plus de moyens préventifs.Il y a une volonté de la part du gouvernement, mais pour l\u2019instant ce n\u2019est pas assez rapide», plaide Sandhia Vadlamudy, qui aimerait notamment étendre les heures d'ouvertures de son centre pour répondre aux besoins des usagers.En effet, les surdoses à la chaîne sont le symptôme d\u2019une crise qui devrait être gérée en amont à l\u2019aide de programmes de prévention et de réadaptation développés pour tous les types de clientèle \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019accros aux drogues dures ou de Monsieur et Madame Tout-le-Monde devenus dépendants à leur codéine, par exemple.Cependant, l\u2019aide aux personnes dépendantes fait cruellement défaut.Un usager voulant intégrer un programme de traitement de la dépendance se heurtera souvent à une longue liste d\u2019attente.« Ça prend des ressources et des centres de désintoxication qui fonctionnent bien, des travailleurs de rue équipés et formés, etc.Ce n\u2019est pas seulement un problème médical ou pharmaceutique, c\u2019est un problème sociétal », souligne Bertrand Bolduc.À ce chapitre, « comme société, on a encore beaucoup de chemin à faire », constate Sandhia Vadlamudy: «C\u2019est dif?- cile pour les personnes dépendantes d\u2019en parler ouvertement avec leurs proches, leur médecin ou le personnel de la santé parce qu\u2019elles se sentent jugées.Souvenez-vous seulement de l\u2019ouverture des centres d\u2019injection supervisée; ça s\u2019est fait dans une certaine controverse.» Même les centres de traitement de toxicomanie n\u2019échappent pas aux préjugés : pensés pour les consommateurs de drogues dures, ils ne sont pas adaptés à la clientèle qui n\u2019a jamais touché à des stupé?ants avant de devenir dépendante aux opioïdes d\u2019ordonnance.Pour ces usagers, le psychiatre et chercheur Didier Jutras-Aswad a justement mis sur pied le DES MOTS POUR MIEUX COMPRENDRE LA CRISE Opiacés : Ils contiennent de l\u2019opium ou en sont dérivés.La morphine, la codéine et l\u2019héroïne font partie des opiacés.Opioïdes : Terme incluant les opiacés ainsi que les drogues synthétiques qui agissent de la même façon.Les opioïdes sont utilisés comme analgésiques pour soulager la douleur et peuvent procurer un effet euphorique.Ils se lient sur certains récepteurs situés notamment dans la moelle épinière et le cerveau, et bloquent ainsi les messages de douleur.Les opioïdes peuvent se présenter sous différentes formes : comprimés, capsules, sirops, injections, timbres.Le fentanyl, l\u2019hydromorphone, l\u2019oxycodone en font partie.Fentanyl : Cent fois plus puissant que la morphine, il soulage la douleur lors de l\u2019accouchement (épidurale).Il est aussi vendu sous forme de timbre transdermique pour atténuer les douleurs chroniques.Cet opioïde de synthèse est mis en cause dans la ?ambée de morts provoqués par les opioïdes (dont celle du chanteur Prince en 2016).Peu onéreux, il est souvent mélangé avec l\u2019héroïne ou la cocaïne.Carfentanil : Dix mille fois plus puissant que la morphine, le carfentanil est aussi un opioïde de synthèse.Il sert à calmer les grands animaux, comme les éléphants.Naloxone : Médicament administré par injection ou par vaporisateur nasal pour contrer les surdoses aux opioïdes.Puisque les effets de la naloxone se dissipent plus rapidement que ceux de la drogue, les symptômes de surdosage peuvent refaire surface.C\u2019est pourquoi il est important de faire appel aux secours médicaux rapidement.Méthadone et suboxone : Médicaments qui aident à traiter la dépendance aux opioïdes.Source : Santé Canada « Malgré leurs bonnes médecins prescrivent doses élevées d\u2019opioï \u2013 David Juurlink, médecin QUÉBEC SCIENCE 39 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 projet Optima en collaboration avec son équipe du Centre de recherche du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CRCHUM).On y testera un traitement à la suboxone, un médicament combinant buprénorphine et naloxone, avec un mode d\u2019administration plus ?exible que celui de la méthadone, utilisée pour contrer la dépendance à l\u2019héroïne.« La suboxone est plus sécuritaire et mieux tolérée par les patients », explique-t-il.Plutôt que d\u2019avoir un régime très strict où le patient doit prendre sa médication tous les jours devant un pharmacien, ce traitement peut être pris à la maison.« On espère que ce sera plus facile pour les patients d\u2019adhérer au traitement et de le poursuivre », souhaite le chercheur.ÉLIMINER LA DOULEUR Qui aurait pu prédire qu\u2019un médicament pour soulager la douleur se transformerait un jour en tueur de masse ?« Pendant longtemps, on administrait des opioïdes seulement aux mourants et aux cancéreux.Le changement est survenu dans les années 1980 où on a commencé à les employer pour soigner la douleur », se rappelle Suzanne Brissette, professeure et chercheuse au CRCHUM.L\u2019événement déclencheur : quelques lignes d\u2019une lettre à l\u2019éditeur publiée en 1980 dans l\u2019in?uent N e w E n g l a n d Journal of Medicine (NEJM) qui ont donné en quelque sorte un chèque en blanc aux médecins pour prescrire des opioïdes.On y lit que sur 11 882 patients hospitalisés ayant reçu des opioïdes, seulement 4 auraient développé une dépendance.Les deux auteurs, également médecins, af?rmaient que les opioïdes pouvaient ainsi être pris sans causer de dépendance.Ce court paragraphe sera cité plus de 600 fois, en omettant de mentionner que ces patients étaient hospitalisés pendant une brève période, sans avoir accès aux médicaments par la suite.Selon David Juurlink, chef de la division de la pharmacologie clinique et de la toxicologie au Centre des sciences de la santé Sunnybrook à Toronto, ce court paragraphe a pavé la voie à l\u2019épidémie actuelle.En mai 2017, toujours dans le NEJM, il a publié une lettre à l\u2019éditeur où il constatait une hausse marquée de papiers scienti?ques s\u2019appuyant sur cette « étude » dans les années 1990, période où l\u2019analgésique OxyContin a été introduit sur le marché (il a été retiré des tablettes, il y a quelques années, en raison de son fort potentiel de développer une dépendance).En entrevue, David Juurlink ne mâche pas ses mots.Il accuse le marketing agressif des compagnies pharmaceutiques et critique sévèrement ses collègues médecins.«Malgré leurs bonnes intentions, les médecins prescrivent encore beaucoup de doses élevées d\u2019opioïdes.Comme professionnels de la santé, nous avons été formés pour alléger la souffrance, mais nous sommes aussi en train de nuire à des millions de personnes», dit-il.Chose certaine, interdire l\u2019administration de certains opioïdes serait un pas dans la mauvaise direction, selon plusieurs intervenants.Un nombre important de patients ont besoin de ces substances.«Les opioïdes ont leur place dans le traitement de la douleur depuis des milliers d\u2019années et demeurent un excellent choix qu\u2019on ne devrait pas bannir.Cependant, on se retrouve maintenant avec une exposition plus grande à ces médicaments, parce qu\u2019on a une population vieillissante ayant des problèmes de santé et des douleurs chroniques plus sévères », explique Alexandre Larocque, du CHUM.Lorsqu\u2019il doit prescrire des opioïdes à ses patients, David Juurlink le fait avec une très grande prudence, en limitant la dose et en insistant sur l\u2019accompagnement du patient.«Oui, nous devons prescrire moins d\u2019opioïdes, notamment pour les douleurs chroniques, mais cela nécessite d\u2019offrir également d\u2019autres options comme l\u2019exercice physique.Les médecins doivent voir la douleur différemment.Il faut comprendre le mal du patient avant de commencer à le soigner », plaide-t-il.Ce changement de paradigme se fait aussi sentir sur les bancs d\u2019école.La formation universitaire des futurs médecins et pharmaciens inclut désormais un volet sur la dépendance et l\u2019utilisation adéquate des opioïdes.Malgré cette prise de conscience, la prescription des opioïdes continue d\u2019augmenter au Canada: selon un rapport du Canadian Health Policy Institute, en 2015, on comptait 19863130 prescriptions d\u2019opioïdes au Canada, une hausse de 8 % par rapport à 2011.De l\u2019autre côté de la frontière, les chiffres ont légèrement diminué.En revanche, des experts américains prévoient que les opioïdes provoqueront 300 000 décès d\u2019ici 2020.Au risque de jouer au prophète de malheur, il n\u2019est pas exagéré de dire que le pire est à venir.lQS Les effets de la surdose Les opioïdes agissent sur une partie du cerveau qui contrôle la respiration.En cas de surdose, ils provoquent une détresse respiratoire pouvant mener à la mort.Source : OMS bonnes intentions, les ent encore beaucoup de opioï des.» médecin et chercheur S V E T A Z I / I S T O C K P H O T O S QUÉBEC SCIENCE 40 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 MONDE PAMPA DISPARAÎT SOUS L'EAU LA QUÉBEC SCIENCE 41 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Menacée par les inondations, la pampa argentine est en voie de disparition.Redessinant les cartes, l\u2019eau fait naître de nouvelles rivières, engloutissant tout sur son passage : les vaches, les champs, les routes et les villages.Un phénomène hydrologique rare que pourraient freiner les gauchos, ces mythiques gardiens de troupeaux.Texte: Anne Caroline Desplanques Photographie: Pablo E.Piovano Le Rio Nuevo coule au fond d\u2019un gouffre qui, par endroits, a près de 40m de profondeur. QUÉBEC SCIENCE 42 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 n s\u2019est réveillés un matin et il y avait de la boue partout, à perte de vue.Tout était brillant autour de la maison, comme un miroir.On aurait dit une plage à marée basse», raconte Nora Luna Bosco en tirant nerveusement sur sa cigarette.Une image qui n\u2019a rien d\u2019idyllique: «Ça donnait envie de pleurer de rage », ajoute son époux Daniel Bosco, les yeux ?xés sur la rivière qui a émergé en plein milieu de leur propriété, la coupant littéralement en deux.Les Bosco exploitent 150 hectares de pampa, dans la province de San Luis, au cœur de l\u2019Argentine.En une nuit, en septembre 2015, ils en ont perdu les deux tiers sous plus de 1m de boue.Seuls leur maison et un maigre champ de maïs ont été épargnés.Pourtant, quand ils ont acheté cette propriété, il y a 20 ans, San Luis était une province semi-aride.Aujourd\u2019hui, 373 000 hectares de la province (près de 5 %) sont sous l\u2019eau.Et ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg : toute la pampa, cette vaste plaine fertile et plate couverte de steppe herbeuse, est dans l\u2019œil du péril humide.«Les inondations sont le plus important désastre naturel qui menace l\u2019Argentine.Elles représentent 60% des désastres actuels et 95% des pertes économiques », signale la Banque mondiale dans un récent rapport sur l\u2019état de l\u2019environnement argentin.Pourtant, « la dernière décennie n\u2019a pas été particulièrement humide, elle a plutôt été dans la moyenne», indique Esteban Jobbagy, chercheur au CONICET, le Conseil national de recherche scienti?que et technique de l\u2019Argentine.Alors d\u2019où vient toute cette eau ?Avec le soutien de fonds canadiens du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), M.Jobbagy et son équipe ont parcouru toute la pampa du nord au sud pour trouver la source de l\u2019eau.LA PISCINE DÉBORDE Leur conclusion ?La province de San Luis est confrontée à la hausse vertigineuse de la nappe phréatique.Déboisé et consacré presque exclusivement à la monoculture de soya et de maïs transgéniques, le sol particulièrement plat de la région n\u2019absorbe plus l\u2019eau.La moindre pluie submerge tout.Plus que des inondations passagères, la hausse des nappes provoque la naissance rapide et imprévisible de lacs et de cours d\u2019eau qui ne disparaissent plus.En se formant, ceux-ci charrient d\u2019impressionnantes quantités de sédiments.MONDE «O Daniel et Nora Bosco ont perdu les deux tiers de leurs terres sous plus de 1m de boue.Seuls leur maison et un maigre champ de maïs ont été épargnés. QUÉBEC SCIENCE 43 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 «C\u2019est comme une piscine qui se remplit et qui, à un moment donné, commence à déborder.L\u2019eau emporte alors avec elle la terre, les sédiments et tout ce qu\u2019elle trouve sur son passage », explique l\u2019ingénieur agronome Osvaldo Barbosa, de l\u2019Institut national de technologie agricole (INTA), qui fait équipe avec Esteban Jobbagy.Ce phénomène rare se nomme sapping.Certaines parties du Grand Canyon, aux États-Unis, sont nées ainsi, de même que certaines rivières asséchées de la planète Mars.Mais San Luis est le seul endroit au monde où il peut être observé en pleine action.L\u2019eau remonte partout, même en milieu urbain, provoquant une crise sanitaire.Dans le quartier le plus pauvre de la province, qui porte le nom de l\u2019idole nationale Eva Perón, le phénomène est criant.L\u2019eau envahit tout, répandant le contenu du système d\u2019égout.«Devant chez moi, la nappe est à 12cm [sous la surface du sol].Un camion s\u2019est enfoncé juste là, la semaine dernière », raconte Jimena Robira, en montrant l\u2019étendue d\u2019eau grisâtre où ?ottent les immondices devant sa maison.Une odeur pestilentielle enveloppe l\u2019endroit.« On a des enfants très petits.Même si on ne les lâche pas d\u2019une semelle, parfois ils nous échappent et ils vont jouer là-dedans », complète sa voisine Carina Soto avec dégoût.À bout de nerfs, les mères de famille du quartier ont été les premières à sortir dans la rue pour réclamer l\u2019intervention du gouvernement.Devant l\u2019ampleur du désastre, la province de San Luis a déclaré l\u2019état d\u2019urgence environnemental, en mai 2016.Elle s\u2019est ainsi dotée d\u2019une loi qui oblige les propriétaires à consacrer 5 % de leurs terres au reboisement.C\u2019est à ce jour la seule province d\u2019Argentine à avoir adopté une telle loi.Partout, le long des routes, dans les parcs et sur les places publiques, les planteurs d\u2019arbres sont à l\u2019œuvre.Peupliers, frênes, ormes, saules, acacias, pins, la province compte planter 6 millions d\u2019arbres en cinq ans.Au terme de la première année, lors du passage de Québec Science, plus de 700000 plants avaient été mis en terre.San Luis est le seul endroit au monde où le sapping peut être observé en pleine action.Dans le quartier Eva Perón, à San Luis, Jimena Robira et Carina Soto passent leurs journées à empêcher leurs enfants d\u2019aller jouer dans l\u2019eau poisseuse qui remonte partout.Une odeur pestilentielle enveloppe l\u2019endroit.lSan Luis lBuenos Aires Uruguay Brésil Argentine QUÉBEC SCIENCE 44 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Mais « cette histoire d\u2019arbres, c\u2019est une opération de communication du gouverneur», critique Esteban Jobbagy.Au volant de son pickup, il fronce les sourcils en s\u2019arrêtant en bordure de route où un groupe de planteurs creuse des trous, brindilles au coin des lèvres.« Le gouverneur veut montrer qu\u2019il fait quelque chose pour régler le problème, grogne le chercheur.Mais, dans l\u2019état actuel, il faudrait planter des arbres sur la moitié de la super?cie de la province pour que le reboisement ait un réel impact.» Et ce n\u2019est pas tout.En plus d\u2019abaisser le niveau de la nappe phréatique, il faut se préoccuper de la salinisation des sols.L\u2019eau venue du sous-sol charrie une importante quantité de sels dont les dépôts rendent les terrains incultivables.Ce qu\u2019il reste de l\u2019exploitation de Daniel Bosco illustre bien la tragédie : une vaste étendue de terre lavée, salée, inexploitable, semée de squelettes de bovins.Pas moins de 80 de ses 150 vaches ont péri dans la boue.«C\u2019était impossible de les dégager.Il a fallu qu\u2019on en euthanasie plusieurs pour qu\u2019elles ne souffrent pas», explique-t-il.Les champs de maïs et de sorgo, les ballots de luzerne tout juste roulés, 200 de leurs 250 caisses de colonies d\u2019abeilles, des kilomètres et des kilomètres de clôture de pâturage et une maison secondaire, tout a disparu.La rivière qui divise la ferme Bosco n\u2019a pas refait des siennes, mais tout indique qu\u2019elle pourrait à nouveau se convertir en torrent de boue.« À tout moment, on pourrait perdre notre maison.Tu n\u2019imagines pas combien nous sommes désespérés », con?e Mme Bosco.MINI GRAND CANYON Les Bosco ne sont pas au bout de leurs peines.En remontant la rivière qui ronge leur propriété, on découvre un véritable canyon.Le gouffre de près de 40 m de profondeur s\u2019est creusé sous les yeux d\u2019Alberto Panza, dont les terres se situent à quelques kilomètres de la ferme Bosco.L\u2019éleveur de bovins a ainsi perdu 150 de ses 480 hectares de pâturages.«L\u2019eau a commencé à couler un dimanche.Je m\u2019en souviens bien parce qu\u2019on fêtait l\u2019anniversaire de ma femme», raconte celui qui a une formation d\u2019ingénieur agronome en montrant le paysage surréaliste qui l\u2019entoure.« Il y a eu une grosse pluie, un déluge.L\u2019eau a emporté l\u2019entrée de la propriété et a creusé une crevasse.Ça a été très impressionnant», poursuit M.Panza.La rivière qui coule maintenant au fond du canyon a été baptisée Rio Nuevo (Nouvelle-rivière), et elle n\u2019en ?nit plus de faire parler d\u2019elle dans les médias.En plus d\u2019engloutir les champs et les bêtes sur son passage, le Rio Nuevo a coupé en deux la route nationale 7, une voie de transport vitale pour le continent sud-américain puisqu\u2019elle relie l\u2019océan Atlantique au Pacifique en traversant l\u2019Argentine et le Chili.S\u2019il est impossible de faire disparaître le Rio Nuevo, San Luis espère stopper la formation d\u2019autres rivières de cette envergure à l\u2019aide du reboisement massif.Son objectif à court terme est de ?xer le sol grâce aux racines, pour freiner l\u2019érosion, et faire baisser la nappe phréatique en plantant des essences grandes consommatrices d\u2019eau, explique l\u2019agronome Agustin Pitavino, l\u2019homme à qui l\u2019État a con?é la tâche titanesque de planter 6 millions d\u2019arbres.«Jusqu\u2019à maintenant, c\u2019est un succès; 90 % des plants ont pris racine », se réjouit Alejandro Pedernera, un superviseur de MONDE Le chercheur Esteban Jobbagy a parcouru toute la pampa du nord au sud pour remonter à la source de l\u2019eau. QUÉBEC SCIENCE 45 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 plantation rencontré en bordure de route.Resté en retrait, Esteban Jobbagy af- ?che une moue perplexe en avalant une feuille de luzerne cueillie sur un plant égaré en bord de route.À son avis, cette petite feuille verte pourrait être une solution au problème qui se dresse devant lui : un immense champ de soya qui s\u2019étend à perte de vue derrière les minuscules arbres tout juste plantés.« Ça ne sert à rien de cacher les champs derrière les arbres si on ne change pas notre modèle agricole, notre façon d\u2019utiliser le sol », dit-il.Le scienti?que voit d\u2019un meilleur œil l\u2019autre volet de la loi d\u2019urgence qui impose la rotation des cultures.C\u2019est d\u2019ailleurs son groupe de recherche qui a convaincu le gouverneur d\u2019introduire cette mesure.Désormais, il est prohibé de planter du soya et du maïs année après année, car ces espèces n\u2019absorbent pas assez d\u2019eau.Les agriculteurs doivent les alterner avec d\u2019autres, comme le tournesol, le seigle ou le blé.Il leur est de plus interdit de laisser les sols à nu en hiver.Ils doivent y planter des cultures de couverture, comme la luzerne, pour protéger le sol et assurer une absorption constante de l\u2019eau.LE RETOUR DU GAUCHO Pour régénérer les sols et les protéger à long terme, l\u2019équipe du CONICET et de l\u2019INTA préconise aussi un retour à l\u2019élevage extensif de bovins en pâturage.Une pratique traditionnelle de la pampa, celle qui a contribué au mythe du gaucho, ce cow-boy gardien de troupeaux.« Dans les années 1980, partout en Argentine, c\u2019était 50 % d\u2019élevage et 50 % d\u2019agriculture, en alternance.On ne fertilisait presque pas.Les sols se régénéraient naturellement grâce au bétail , explique Esteban Jobbagy.Dans les années 1990, le prix du soya a explosé et la technologie agricole a fait un bond en avant avec le semis direct du soya \u201cRoundup Ready\u201d [NDLR : semence modifiée génétiquement pour être insensible à un herbicide appelé glyphosate].Le prix de la viande a plongé.Résultat, on est passé à 100 % d\u2019agriculture.» L\u2019élevage traditionnel a ainsi presque disparu parce qu\u2019il est devenu beaucoup plus rentable de planter du soya pour nourrir les porcs et les poulets chinois.Aujourd\u2019hui, les bovins sont con?nés dans les parcs d\u2019engraissement, où on produit de grands volumes de viande rapidement sur des surfaces réduites.Conséquemment, le soya occupe beaucoup plus d\u2019espace que les vaches, dans les champs comme dans la balance commerciale du pays.Selon la Banque mondiale, la viande de bœuf ne compte plus que pour 5% des exportations argentines, alors que le soya en représente 28%.Pour le planter, 20% de la surface forestière de l\u2019Argentine a été coupée à blanc entre 1990 et 2015, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation (FAO).Le phénomène inquiète jusqu\u2019à la Banque mondiale qui craint pour la santé des milieux naturels argentins.« Le changement structurel d\u2019une production traditionnelle en pâturage à la culture intensive de soya a exacerbé l\u2019impact négatif sur les actifs naturels du pays.Ce virage structurel a engendré des conséquences environnementales à grande échelle », in- dique-t-elle dans un rapport datant de 2016, citant la déforestation, la contamination des sols et de l\u2019eau par les pesticides, et les inondations.Mais le retour à l\u2019élevage est un virage long et coûteux.Alors qu\u2019un agriculteur peut, d\u2019une année à l\u2019autre, passer de la production de bœuf à celle de soya, il lui faut un minimum de cinq ans pour faire le processus inverse, car un veau prend beaucoup plus de temps à devenir rentable qu\u2019une graine de soya.Le risque ?nancier est donc bien plus grand, explique Esteban Jobbagy.Selon lui, l\u2019État devrait offrir des incitatifs ?nanciers massifs à l\u2019élevage, comme des crédits pour l\u2019achat de bétail.« Le défi est politique.Il nécessite que les producteurs, la population et les gouvernements soient capables d\u2019accepter la réalité qui exige une vision et des actions créatives», martèle le scienti?que.Maintenant qu\u2019il a documenté et compris le problème, Esteban Jobbagy consacre son travail à la quête de solutions dans le but de guider les décideurs.« Les politiques nous disent tout le temps que c\u2019est la faute du climat, mais c\u2019est faux.Ils disent cela pour éviter d\u2019admettre qu\u2019ils n\u2019ont pas fait leur travail, qu\u2019ils n\u2019ont pas pensé à long terme.Et la nature nous rend la monnaie de notre pièce», souf?e Nora Luna Bosco.lQS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.Salée par endroits, l\u2019eau du Rio Nuevo charrie une importante quantité de sédiments. QUÉBEC SCIENCE 46 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 Un bon plan Avant de pouvoir monter dans un train, un avion, et même sur une motoneige, on ne réalise pas que, à l\u2019origine, ils n\u2019étaient qu\u2019un dessin technique.Les expositions à leur sujet sont rares, mais le Musée de l\u2019ingéniosité J.Armand Bombardier, à Valcourt, a trouvé une belle façon de dynamiser ses archives \u2013 qui contiennent plus d\u2019un kilomètre de matériel ! \u2013 avec l\u2019exposition temporaire Crayon et pixel \u2013 Dessiner pour fabriquer.On y présente l\u2019évolution du dessin technique des années 1930 à aujourd\u2019hui, à l\u2019aide d\u2019une sélection de croquis réalisés au ?l des époques par la compagnie Bombardier.« Si les techniques ont évolué, la nécessité de communiquer, elle, n\u2019a jamais changé.Les mêmes besoins de précision demeurent, car l\u2019objectif du dessin est toujours de construire un véhicule », explique Élisabeth Warren, responsable des collections et expositions au Musée.S\u2019adressant principalement aux jeunes, ainsi qu\u2019à ceux intéressés par les plans techniques, l\u2019exposition vient également éveiller les souvenirs d\u2019anciens employés ayant travaillé avec ces outils.Documents, objets-surprises, stations d\u2019essai pour réaliser des dessins sur papier à l\u2019aide d\u2019équerres comme dans le bon vieux temps, casse-tête en réalité virtuelle où l\u2019on assemble des pièces d\u2019avion ainsi qu\u2019une gamme d\u2019informations pour étudier dans ce domaine : voilà quelques pistes explorées par Crayon et pixel.S\u2019attardant autant au volet technique qu\u2019humain, les dé?s de la conservation d\u2019archives de plus en plus dématérialisées sont aussi mis de l\u2019avant.« Un employé de Bombardier Aéronautique nous a fabriqué une maquette de souf?erie avec laquelle il travaille.Ces petits atouts nous permettent de montrer le volet plus contemporain du plan technique », note Mme Warren.Puisqu\u2019on est de passage dans cette municipalité, on en pro?te pour faire un saut au Centre culturel Yvonne L.Bombardier a?n de découvrir les expositions d\u2019art visuel en cours.Crayon et pixel \u2013 Dessiner pour fabriquer, exposition temporaire présentée jusqu\u2019au 8 avril 2018 au Musée de l\u2019ingéniosité J.Armand Bombardier, à Valcourt.museebombardier.com ÉCOUTER Le monde est à elles Après La Poudre, un balado féministe qui « donne la parole aux femmes sans les interrompre », la journaliste (et ex- rédactrice en chef de Elle France) Lauren Bastide tend son micro aux grandes scienti?ques, cette fois avec le balado Les Savantes qui a été diffusé cet été sur France Inter.Franches et ?ères, une philosophe intéressée par l\u2019accès au savoir, une historienne spécialiste des révolutions et une neurobiologiste intriguée par le sexe du cerveau parlent de ce qui les passionne.Et elles en pro?tent pour remettre la science à sa place.www.franceinter.fr/ emissions/les-savantes V I S I T E R J E A N - M I C H E L N A U D C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Dans la nouvelle exposition Crayon et pixel, les visiteurs peuvent essayer un dispositif de réalité virtuelle conçu par l\u2019École des arts numériques, de l\u2019animation et du design-UQAC.Le modèle de clitoris imprimable en 3D imaginé par la chercheuse Odile Fillod, interviewée dans la balado Les Savantes. Club aquatique des 100 Watts Les éditions de La Pastèque font, cet automne, une plongée dans l\u2019univers des surprenants poissons électriques.C\u2019est un monde assez méconnu qu\u2019on explore à l\u2019aide de ce document illustré.Des phénomènes de la nature qu\u2019on contemple grâce aux superbes illustrations de Stéphane Poirier et aux brèves capsules informatives signées par l\u2019auteur et scienti?que Érik Harvey-Girard.Petits et grands apprendront plein d\u2019anecdotes sur la décharge de l\u2019anguille électrique (600 V !) \u2013 qui pourrait lui être fatale, si elle n\u2019était pas capable de se protéger elle- même \u2013 et sur la torpille, dont les décharges électriques servaient jadis à traiter les malades.Simple et électrisant.Les poissons électriques, Stéphane Poirier et Érik Harvey-Girard, Les Éditions de la Pastèque, 63 p.Pas si bête La pie est-elle plus bavarde que les autres oiseaux ?Et ces pauvres gazelles chassées par les lionnes, sont-elles vraiment incapables de se défendre ?C\u2019est un véritable concentré de réponses à nos questions au sujet du comportement animal qu\u2019offre Dans la tête des animaux.Ce livre sur leurs facultés cognitives insoupçonnées rassemble une foule d\u2019études passionnantes sur une multitude d\u2019animaux et d\u2019insectes (allant de la caille aux chatons en passant par les scarabées) et vulgarise entre autres comment ils parviennent à détecter les aliments toxiques, à utiliser des outils, à établir leurs routes migratoires et à s\u2019adapter aux changements de saison, et de luminosité.Savant et limpide, il est aussi fascinant que 150 documentaires animaliers réunis.Dans la tête des animaux : ce que l\u2019on sait vraiment sur leur intelligence, François Y.Doré, Éditions MultiMondes, 212 p.Le match de la vie Les 38 semaines que nous passons dans le ventre de notre mère sont le théâtre d\u2019une incroyable chorégraphie biologique.Chaque étape est savamment orchestrée : celle où le sexe est déterminé, celles où le squelette et les empreintes digitales se forment, etc.Mais cela ne se passe pas toujours comme prévu.Ce sont les soubresauts dans ce fragile équilibre qui sont mis en lumière dans la série 9 mois pour la vie, déployée en trois épisodes.On devient accro dès les premières minutes, alors qu\u2019on se rend à Barahora, en République dominicaine, où 1 homme sur 90 naît sans pénis, une prédisposition très courante et bien acceptée dans ce village.9 mois pour la vie, mercredi 22 h, dès le 11 octobre, à ICI EXPLORA Des idées plein la tête Six nouvelles inventions québécoises susceptibles de changer nos vies ?gurent dans De la suite dans les idées, une chouette série de microcapsules scienti?ques.Dans cette quatrième saison, on rencontre des chercheurs qui développent un carburant à base de résidus forestiers, d\u2019autres qui créent des applications pour aider les victimes d\u2019un traumatisme crânien à cuisiner ou pour permettre aux aveugles de visualiser leur environnement.De la suite dans les idées, présenté à Canal Savoir dès le 30 octobre.On peut aussi attraper les capsules de la saison en cours et des précédentes sur le site web : canalsavoir.tv/emission/DLSDLI3 LIRE VOIR #JesuisEinstein « Tout le monde peut penser comme un génie », af?rme Stephen Hawking.Vraiment ?C\u2019est le pari que tient le physicien dans la série Les génies de Stephen Hawking.Dans chaque épisode, il pose à trois quidams comme vous et moi une grande question du genre « pourrons-nous un jour voyager dans le temps ?» ou « sommes-nous seuls dans l\u2019Univers ?».Le célèbre scienti?que prépare le terrain en douceur a?n d\u2019aider les personnes à ré?échir comme les plus grands prodiges de ce monde.Ef?cace et bien ?celée, cette série a le « génie » de convaincre le téléspectateur moyen qu\u2019un petit Einstein sommeille en lui.Les génies de Stephen Hawking, jeudi 22 h, dès le 2 novembre, à ICI EXPLORA R E G A R D E R B B C / L A U R E N C E C E N D R O W I C Z QUÉBEC SCIENCE 47 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 C et été, je ne suis pas allé aux États-Unis.C\u2019est pourtant chez moi une vieille habitude.Depuis 50 ans, j\u2019ai tellement roulé ma bosse au sud de la frontière que j\u2019ai ?ni par avoir la gueule d\u2019un « chauffeur US », la silhouette de ces camionneurs québécois qui s\u2019enivrent d\u2019interstates et de truck stops, promenant leur belle machine entre Sainte-Foy et Santa Fe.Cent fois je suis parti, 100 fois je me suis plongé dans l\u2019histoire de tous ces lieux, heureux comme un enfant qui en apprend toujours un peu plus, un site historique à la fois.Je crois bien avoir roulé dans tous les espaces américains, de la magni?que Chicago jusqu\u2019à Flagstaff, de Tallahassee jusqu\u2019à Anchorage, de El Paso à Omaha, de Charlottesville jusqu\u2019à Bâton Rouge.À chacun de mes voyages, je me suis étonné de tous les paysages et me suis nourri à tous les récits.Mais à l\u2019aube de ma vieillesse, force est d\u2019admettre que l\u2019Amérique de Trump sera venue à bout de mon émerveillement.Si j\u2019ai évité les routes américaines cet été, ce n\u2019est pas à cause de la valeur de notre dollar.C\u2019est que, soudainement, elles avaient perdu de leur charme, comme si elles menaient toutes à des culs-de-sac.L\u2019élection de cet étrange personnage qu\u2019est Donald Trump nous apparaît encore et encore telle une mauvaise surprise.Comment les Américains ont-ils pu tomber si bas ?Depuis des mois, nous allons de farces en étonnements divers.L\u2019imbécile a pollué la planète politique, déshonorant son pays, un jour après l\u2019autre.Mais le pire, ce sont les effets pervers de ses messages.Les paroles irresponsables de Donald Trump ont ?ni par libérer la Bête.Elles ont laissé re?eurir la théorie d\u2019un grand complot.Le reste coule de source.Néonazisme, suprématie blanche, fascisme extrême, clan, Meute, chevalier de la patrie, le sol, le sang, le mythe, la croisade; les mots veulent dire quelque chose et, à la ?n, ils en disent plus qu\u2019ils ne le voudraient.C\u2019est comme si la pensée et les images s\u2019emballaient, allant jusqu\u2019à donner aux mots des résonnances que l\u2019on doit quali?er d\u2019effrayantes.La croix de feu, la croix gammée, les emblèmes mortifères; toutes ces expressions ?nissent par avoir un uniforme, une couleur, le noir de l\u2019intimidation, la tête de la mort.Rien ne se perd, tout se recycle, de la vieille photo d\u2019Hitler jusqu\u2019à son infâme svastika, et jusqu\u2019aux peurs qu\u2019il n\u2019a jamais cessé de créer.Il faut se pincer pour réaliser que, aux États-Unis, le KKK en?le encore son costume pathétique, qu\u2019il recrute des membres et reprend du service.Ils ne sont peut-être pas nombreux, ces misérables, ou peut-être le sont-ils; il n\u2019empêche que ce poison est si virulent qu\u2019un seul scorpion est un scorpion de trop.Le mal n\u2019était pas mort, il était simplement tapi, comme une bactérie qui vit à la surface de notre peau en attendant l\u2019heure de pénétrer dans notre corps pour mieux l\u2019envahir en profondeur.In?ammation, douleur, prolifération, contagion, le discours haineux du raciste ordinaire est comme du pus qui s\u2019écoule de l\u2019abcès.Ce pus, c\u2019est la bêtise pure; une bêtise qui suinte, qui fait son chemin en suivant la pente des pires penchants humains.Non, cet été, j\u2019ai évité les grandes routes américaines comme on se tient à distance d\u2019un foyer d\u2019infection.Je n\u2019aurais pas vu de la même manière ces camions sudistes roulant sur les autoroutes, arborant ?èrement le drapeau des confédérés.J\u2019aurais vu d\u2019un mauvais œil ces monuments élevant sur un piédestal des individus abjects.J\u2019aurais été mal à l\u2019aise de simplement séjourner dans cet air empoisonné par tant d\u2019insanités ordinaires.Il a été dit que la vraie démocratie repose sur une bonne éducation des citoyens.Or, il est là l\u2019échec; il est là, l\u2019abcès.Le président des États-Unis personni?e l\u2019esprit simple; il glori?e l\u2019ignorance.Donald Trump est un être mal élevé; il est l\u2019illustration parfaite de l\u2019inculture.Il ne lit pas; il n\u2019a jamais lu.Ignare, il est le champion de tous ceux qui ne connaissent pas leur géographie, leur propre histoire; des gens qui méprisent les principes élémentaires de la morale, de la philosophie, de la science et qui ne savent rien de ce que cela veut dire, être un humain.Il s\u2019en faudrait de peu pour que la route 66, légendaire et inspirante, soit rebaptisée la route 666 \u2013 eh oui, le chiffre du diable.Bien goudronnée, sulfureuse, elle deviendrait of?ciellement la grande avenue des dé?lés fascistes.Imaginez l\u2019effet, monsieur Trump : les casques de fer, le bruit des bottes, la boucane noire des moteurs brûlants\u2026 Comme quoi les temps changent rapidement; le climat aussi qui échauffe jusqu\u2019aux mauvais esprits.lQS Route 666 Notes de terrain serge bouchard @mammouthlaineux QUÉBEC SCIENCE 48 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 * Prix avant taxes ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Économisez jusqu\u2019à 48 % sur le prix en kiosque 3 ANS 81 $* 1 AN 36 $* 2 ANS 58 $* Abonnement papier et numérique QUÉBEC SCIENCE 50 OCTOBRE - NOVEMBRE 2017 RÉTROVISEUR l\u2018hisToire des sciences vue Par saTurnome Pub Que?bec science sept.2017-5.indd 1 17-09-11 16:33 Faites-nous découvrir un ingénieur ou une de ses réalisations digne de mention ! SOUME T TEZ UNE CANDIDATURE DÈS MAINTENANT PRIXDIST INCTIONS.OIQ.QC.CA L E S P R I X E T D I S T I N C T I O N S 2 0 17 GRAND PRIX D\u2019EXCELLENCE 2017 L\u2019ingénieur Réjean Breton, cofondateur de la ?rme BBA, a remporté le Grand Prix d\u2019excellence 2017, la plus haute distinction attribuée par l\u2019Ordre à l\u2019un de ses membres.Ambassadeur exceptionnel pour la profession d\u2019ingénieur, M.Breton a encouragé tout au long de sa carrière le recrutement d\u2019ingénieurs de la relève et a fait la promotion des femmes en ingénierie.PRIX GÉNIE INNOVATION 2017 Le prix Génie innovation 2017 a été décerné à une avancée majeure dans les domaines de la nanorobotique et de l\u2019ingénierie médicale, qui laisse entrevoir une nouvelle ère dans le traitement du cancer.Les agents nanorobo- tiques thérapeutiques à action ciblée ont été développés par l\u2019équipe du Laboratoire de nanorobotique de Polytechnique Montréal, dirigée par l\u2019ingénieur Sylvain Martel.Pub Que?bec science sept.2017-5.indd 1 17-09-11 16:33 Portes ouvertes Faites votre chemin.Venez vous informer sur nos 300 programmes aux 3 cycles d\u2019études.4 NOVEMBRE 2017 10 h à 16 h 6 FÉVRIER 2018 15 h à 20 h uqam.ca /portesouvertes "]
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