Québec science, 1 janvier 2018, Septembre 2018, Vol. 57, No. 2
[" QUEBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2018 SEPTEMBRE 2018 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 0 6 5 3 8 7 + AUX RACINES DU RACISME .LE CAP: UNE VILLE SANS EAU .L\u2019HUMAIN EST-IL FAIT POUR COURIR?DOSSIER ESPACE: TOUT SUR LES PROCHAINES MISSIONS > EN ROUTE VERS LES ÉTOILES L'astronaute David Saint-Jacques VIAU espacepourlavie.ca À L\u2019AFFICHE PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN «!UNE MANIFESTATION ÉLECTRISANTE HORS DU COMMUN!» UNE CRÉATION DE MICHEL LEMIEUX ET VICTOR PILON 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Polémique Par Jean-François Cliche 11 Technopop Par Catherine Mathys | 12 Je doute donc je suis Par Normand Baillargeon 48 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 IMPRIMER DES BRAS ET DES ARTÈRES Les imprimantes 3D promettent de repousser les limites de la médecine.8 UNE CARTE MONDIALE DE LA VÉGÉTATION MARINE Pour la première fois, des chercheurs dé?nissent les différents biomes marins.10 DES TRACES DE L\u2019EMPIRE ROMAIN AU GROENLAND Des historiens ont fait appel à des glaciologues pour décrypter l\u2019activité économique de la Rome antique.11 DES PROBIOTIQUES DANS LE NEZ Et si on pouvait guérir la sinusite chronique avec ces « bonnes » bactéries?14 TOUS DE LA MÊME ESPÈCE Une exposition originale jette un regard scienti?que sur le racisme et les préjugés.35 DU LABO À LA MER Pour mieux exploiter les produits de la mer, des entreprises et des chercheurs travaillent main dans la main.DOSSIER EXPLORATION SPATIALE L\u2019espace en fait rêver plus d\u2019un, à commencer par l\u2019astronaute David Saint-Jacques qui, en décembre 2018, quittera la Terre pour rejoindre la Station spatiale internationale (SSI).Dans ce dossier, nous nous intéressons aussi à la reconquête de la Lune, aux prochaines missions qui visiteront entre autres Mars et Mercure, à la recherche menée à bord de la SSI et à la privatisation de l\u2019espace.Préparez-vous au décollage! SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2018 18 12 38 30 42 REPORTAGES 38 Le Cap à sec Depuis quelques mois, le spectre d\u2019un apocalyptique « Jour zéro » plane sur Le Cap, ce jour où les réserves d\u2019eau potable seront à sec.42 Le corps, une machine conçue pour la course Des adaptations physiologiques apparues il y a plus de 2 millions d\u2019années démontrent que l\u2019humain a évolué pour courir.CHERCHEUR EN VEDETTE 46 L\u2019État doit-il défendre la nature ?Stéphanie Roy consacre sa thèse de doctorat à un remodelage du rôle de l\u2019État en matière de protection de l\u2019environnement.Que mangera David Saint-Jacques dans l\u2019espace?Beaucoup de saumon (pâté, fumé, darne), des biscuits à l\u2019érable et du sirop d\u2019érable! C O U V E R T U R E : R O D O L P H E B E A U L I E U QUÉBEC SCIENCE 4 SEPTEMBRE 2018 A u cours des prochaines semaines, la campagne électorale battra son plein.Il y a fort à parier que les candidats farciront les oreilles des électeurs avec des sujets qu\u2019ils estiment porteurs : l\u2019économie, l\u2019immigration, les enjeux identitaires, la santé.Nul besoin d\u2019une boule de cristal pour prédire que ces questions, bien qu\u2019elles soient importantes, ne feront pas le poids (médiatique) face aux coups bas et aux déclarations à saveur populiste.On noiera dans tout ce bruit des sujets primordiaux pour notre avenir, tels que l\u2019éducation, l\u2019environnement, le climat et \u2013 vous me voyez venir \u2013 la science.Celle-ci devrait pourtant être une priorité pour nos politiciens, puisqu\u2019elle sous-tend toutes les facettes de notre vie quotidienne.Voilà pourquoi je rêve d\u2019un parti politique qui osera faire de la science la pierre angulaire de son programme.Et voici une courte liste d\u2019engagements que j\u2019aimerais y voir.FINANCER ADÉQUATEMENT LA RECHERCHE FONDAMENTALE Bien que le Québec fasse beaucoup mieux que la plupart des provinces canadiennes en matière de dépenses publiques pour la recherche et le développement, les sommes investies se sont néanmoins érodées depuis le début des années 2000, indiquent des données récentes du Conference Board of Canada.C\u2019est une bien mauvaise nouvelle, car, pendant ce temps, des puissances scienti?ques émergentes ren?ouent les coffres de leurs laboratoires, notamment pour accélérer la recherche fondamentale, perçue comme une source d\u2019innovations qui se traduiront en gains économiques.C\u2019est le cas de la Chine, de l\u2019Inde et de la Corée du Sud.Même le président russe Vladimir Poutine a promis que la science redeviendrait une priorité pour son gouvernement.A?n de demeurer compétitif dans l\u2019économie du savoir, investir en recherche est une nécessité absolue.SOUTENIR LA CULTURE SCIENTIFIQUE On ne le répétera jamais assez : une solide culture scienti?que fait de nous des citoyens plus éclairés.En effet, mieux comprendre les tenants et les aboutissants des questions de science et de technologie nous permet de prendre de meilleures décisions individuelles et collectives.Bref, notre démocratie s\u2019en sort grandie.Mais, pour cela, encore faut-il soutenir décemment les organismes de culture scienti?que dont les moyens demeurent très limités.En 2014, la journaliste Valérie Borde avait eu cette idée à la fois simple et ef?cace pour remédier à la situation : créer un Fonds pour la culture scienti?que, ?nancé par les Québécois (à raison de 50 ¢ en moyenne par année, selon le revenu de chacun) et par les entreprises de plus de 100 employés.On remet cette idée sur la table ?ÉLABORER DES POLITIQUES PUBLIQUES FONDÉES SUR DES DONNÉES PROBANTES Nombre de décisions gouvernementales sont malheureusement in?uencées par la partisanerie et les efforts des lobbyistes, ou encore laminées par une compréhension lacunaire des enjeux scienti?ques.Or, il existe quantité de données qui permettraient aux élus de pondre des politiques publiques plus rigoureuses et, au ?nal, de ne pas gouverner dans l\u2019ignorance.MAINTENIR LE POSTE DE SCIENTIFIQUE EN CHEF Dans le monde, on ne compte qu\u2019une dizaine de scienti?ques en chef.Le Québec a la chance d\u2019en avoir un.Leur rôle n\u2019a rien de décoratif; ils sont en quelque sorte les chiens de garde de l\u2019avancement des connaissances.Mais certains décideurs, motivés par des idéologies conservatrices, ne le voient pas toujours ainsi.En 2008, le gouvernement Harper a aboli ce poste au niveau fédéral.Plus récemment, le nouveau premier ministre de l\u2019Ontario, Doug Ford, a congédié sans plus de cérémonie la scienti?que en chef de la province, sans con?rmer of?ciellement son remplacement.Comme quoi on ne peut jamais considérer ce poste pour acquis.Et vous, chers lecteurs, qu\u2019en pensez-vous ?Aimeriez-vous que nos politiciens accordent davantage d\u2019importance à la science ?lQS La liste de mes envies Je rêve d\u2019un parti politique qui me parle de science avec ferveur et conviction.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan POUR OU CONTRE LES ZOOS ?«Merci beaucoup pour cet article ! Je suis depuis longtemps dubitative sur la question des zoos; je pensais toutefois que leur gestion était beaucoup mieux encadrée.Séparer les bébés de leurs parents, c\u2019est barbare.» \u2014 Valérie Janssen UN MYSTÈRE QUI DÉÇOIT « En voyant l\u2019article sur les ovnis, je me suis dit : \u201cEnfin quelqu\u2019un pour m\u2019expliquer ce phénomène et \u2013 quelle aubaine \u2013 sur une toute petite demi-page.\u201d [\u2026] Mais, en lisant cet article, j\u2019ai eu le sentiment de perdre mon temps.[\u2026] En tant qu\u2019abonné, je suis déçu de ce genre d\u2019articles de remplissage, gribouillés et bâclés.» \u2014 Raymond Brunelle DES INSECTES FEUILLES CAPTIVANTS « Je lis votre magazine d\u2019un bout à l\u2019autre lors de chaque parution.Parfois, certains sujets m\u2019intéressent moins que d\u2019autres, ce qui est bien normal.Ce que j\u2019adore, c\u2019est lorsqu\u2019un sujet qui m\u2019indiffère devient tout à coup fascinant grâce à la plume de l\u2019un de vos journalistes.Ce fut le cas avec l\u2019article de Mélissa Guillemette sur les phylliidæ.Chapeau pour avoir si bien raconté la quête des passionnés d\u2019insectes feuilles ! » \u2014 Philémon Laporte L\u2019ART D\u2019AUTHENTIFIER « Avec les résultats obtenus par l\u2019algorithme de M.Toews (53 % Pollock, 47 % Riopelle), M.Bertrand n\u2019est guère plus avancé.En revanche, comme lectrice, j\u2019en ai appris beaucoup sur les processus modernes \u2013 et complexes ! \u2013 d\u2019authenti?cation des tableaux.Merci ! » \u2014 Jocelyne Durand Mots croisés SEPTEMBRE 2018 VOLUME 57, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Reporter web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Martine Letarte, Catherine Mathys, Carine Monat, Martin PM, Alexis Riopel, Guillaume Roy, Saturnome et Sylvie St-Jacques Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Rodolphe Beaulieu, Louise Bilodeau, Jean-François Hamelin, Nicole-Aline Legault, Valérian Mazataud, Dushan Milic, Joel Redman, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356 poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 23 août 2018 (548e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2018 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514-521-8356 poste 504 1-800-567-8356 poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 SEPTEMBRE 2018 NOTRE SITE WEB FAIT PEAU NEUVE Depuis quelques semaines, vous pouvez découvrir la dernière métamorphose de notre site web.Design épuré, moteur de recherche plus ef?cace, navigation ?uide, vitesse de chargement améliorée : tout a été pensé pour faciliter votre expérience de lecture sur vos différents écrans (ordinateur, tablette et téléphone).La zone abonnement a été revue et corrigée pour réunir en un seul endroit l\u2019accès à nos multiples plateformes : magazine (papier et numérique), infolettre, balados et réseaux sociaux.Ce site est le fruit d\u2019une longue ré?exion entre l\u2019agence Web PARDesign, la maison de communications Casacom et notre équipe.Il a pu voir le jour grâce à l\u2019appui ?nancier de Patrimoine canadien.Nous en sommes particulièreme nt ?ers et nous espérons que vous apprécierez ce renouveau.Évidemment, notre site demeure perfectible et nous comptons sur votre rétroaction pour nous aider dans cette tâche.AU REVOIR, LUC ! Vous ne le connaissez peut- être pas, mais vous le lisez dans chaque numéro de Québec Science depuis 18 ans.Il s\u2019agit de Luc Asselin, notre ?dèle réviseur-correcteur qui peau?ne patiemment tous les textes que nous publions.C\u2019est lui qui corrige nos inexactitudes lexicales et nos fautes d\u2019orthographe, traque nos erreurs grammaticales et nos anglicismes, élimine nos répétitions, signale nos contradictions, etc.Il le fait toujours avec élégance, humour et délicatesse.Ce numéro est toutefois son dernier puisqu\u2019il nous quitte pour une retraite bien méritée.Luc, merci pour ce travail inestimable.Grâce à ton œil de lynx, nos reportages sont devenus plus précis, plus cohérents, plus harmonieux.Tu nous manqueras.D\u2019ailleurs, l\u2019envie est grande de l\u2019écrire en majuscules, mais nous savons pertinemment que tu corrigerais cette faute de goût illico\u2026 Z O O D E G R A N B Y QUÉBEC SCIENCE 6 SEPTEMBRE 2018 U ne pièce de jeu d\u2019échecs, une ?- gurine de monstre ou un objet au design alambiqué; il y a quelques années, les imprimantes 3D se limitaient à produire des babioles en plastique d\u2019une utilité relative.Mais elles sont aujourd\u2019hui en passe de bouleverser la médecine.« C\u2019est une révolution pour la pratique, une de celles qui n\u2019arrivent que tous les 25 ans.Cela amène des solutions à des problèmes qui n\u2019en avaient pas jusqu\u2019ici », se réjouit le docteur Gaston Bernier.Ce dentiste oncologue au CHU de Québec utilisera cette technologie pour concevoir des prothèses mandibulaires en titane.« C\u2019est une première au pays : nous espérons obtenir l\u2019homologation de Santé Canada à l\u2019été 2019 pour proposer ces prothèses aux patients », dit celui qui est sur le point d\u2019inaugurer un centre intégré d\u2019impression 3D médicale, en collaboration avec le Centre de recherche industrielle du Québec.La fabrication « additive », qui consiste à imprimer des objets en superposant de ?nes couches de matière, permet de produire des pièces sur mesure, légères et sans assemblage à un coût parfois bien inférieur aux prothèses classiques.Depuis quelques années, le nombre de matériaux et composés « imprimables » ne cesse d\u2019augmenter, élargissant le champ des possibilités : métaux, polymères biocompatibles et même médicaments, molécule par molécule.Un nombre croissant d\u2019hôpitaux \u2013 dont plusieurs au Canada \u2013 ont déjà recours à l\u2019impression 3D pour produire des prothèses externes de bras, entre autres.« À partir d\u2019un scan du patient, on crée un modèle informatique qu\u2019on imprime ensuite », explique José Luis Hoyo, technicien à l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill à Montréal.Il travaille au Centre de médecine innovatrice (CMI) qui s\u2019est doté il y a peu d\u2019une imprimante à 500 000 $, capable de combiner plusieurs textures et couleurs dans un même objet.Le but : faciliter le travail des chercheurs cliniciens en produisant des répliques d\u2019organes.Justine Garcia, doctorante en génie mécanique à l\u2019Université McGill, s\u2019en sert par exemple pour créer « des aortes ayant une forme et une élasticité similaires à celles des vraies aortes, pour que les résidents en médecine puissent s\u2019entraîner à couper ou suturer sur des modèles réalistes ».À côté d\u2019elle, l\u2019ingénieur biomédical Ohun Kose imprime des oreilles plus vraies que nature pour que les étudiants en chirurgie se fassent la main avant de poser des tubes transtympaniques à des enfants.« C\u2019est moins cher que de travailler sur des cadavres », dit-il.Le CMI a aussi déjà reçu la visite de chirurgiens expérimentés qui ne savaient pas comment retirer une tumeur hépatique mal positionnée.En manipulant une copie 3D du foie du patient concerné, l\u2019équipe a pu se préparer à l\u2019intervention.Une sorte de répétition générale ! « La plani?cation des procédures permet aux chirurgiens d\u2019être plus ef?caces, de gagner du temps, et de réduire les saignements », commente le docteur Gaston Bernier.Prochaine frontière, l\u2019impression de tissus biologiques.Des chercheurs ont réussi, en 2017, à imprimer des cellules de cartilage, de peau ou d\u2019os.D\u2019autres travaillent sur l\u2019impression de structures biodégradables « saupoudrées » de cellules qui prolifèrent pour reformer un tissu continu.« D\u2019ici 10 ans, on aura des cœurs imprimés conservés au congélateur ! » parie José Luis Hoyo.Décidément, on est loin des gadgets ! lQS IMPRIMER DES BRAS ET DES P H O T O S : 2 - 5 - 6 V A L É R A N M A Z A T A U D / 1 - 3 S T R A T A S Y S / 4 - C O U R T E S Y O F E O S G M B H / 7 - U N I V E R S I T É D E N E W C A S T L E , U K Les imprimantes 3D gagnent du terrain dans tous les secteurs industriels, depuis l\u2019aérospatiale jusqu\u2019aux nanotechnologies.Et elles promettent aujourd\u2019hui de repousser les limites de la médecine.Par Marine Corniou Le cabinet des curiosités 1 ES ARTÈRES QUÉBEC SCIENCE 7 SEPTEMBRE 2018 1 Imprimer une réplique d\u2019un organe complexe en une seule fois avec des matériaux de différentes textures : c\u2019est ce que permettent les nouvelles imprimantes 3D, qui peuvent reproduire le modèle exact du cœur d\u2019un patient, par exemple.2 Au CMI, des oreilles imprimées permettent aux chirurgiens de se faire la main pour poser des tubes transtympaniques.3 En imprimant des matériaux transparents, la technologie permet aux chirurgiens de mieux visualiser l\u2019intérieur des organes pour plani?er leurs interventions.4 L\u2019impression de prothèses en titane implantables et légères, grâce à une structure alvéolée, offre des solutions sur mesure aux patients dans certains hôpitaux.5 José Luis Hoyo, au CMI, s\u2019assure que l\u2019impression se déroule bien.L\u2019imprimante utilise des photopolymères (qui durcissent au contact de la lumière ultraviolette), projetés sous forme de couches aussi ?nes que 30 micromètres.6 Ce modèle reproduit la dureté des dents, enchâssées dans une gencive souple.7 En mai 2018, des chercheurs de l\u2019université de Newcastle ont imprimé une cornée en 10 minutes, en utilisant une « encre » faite de cellules de cornée de donneurs, d\u2019alginate et de collagène.Un espoir pour les patients en attente de greffe.2 3 4 5 6 7 QUÉBEC SCIENCE 8 SEPTEMBRE 2018 Q uand je parle d\u2019une girafe, où l\u2019imaginez-vous ?» questionnait Dinusha Ra- sanjalee Jayathilake, lors d\u2019une présentation à la Conférence mondiale sur la biodiversité marine, tenue en mai 2018 à Montréal.« Dans la savane, n\u2019est-ce pas ?C\u2019est que les animaux sont étroitement liés à leur biome », soulignait cette étudiante au doctorat à l\u2019université d\u2019Auckland, en Nouvelle-Zélande.La savane est l\u2019un des sept principaux biomes terrestres (avec la toundra, la taïga, la forêt tempérée, la prairie tempérée, la forêt tropicale et le désert).Dans ces zones, le climat favorise une végétation particulière, ce qui permet à certains animaux d\u2019y vivre, comme la girafe dans sa savane.Les scienti?ques ont bien caractérisé ces habitats.du moins, sur les continents.Car les biomes marins, eux, n\u2019ont jamais été complètement cartographiés (pas plus que les biomes d\u2019eau douce, en passant).Ils représentent pourtant plus de 70 % de la surface de la Terre ! Dinusha Rasanjalee Jayathilake a décidé d\u2019y remédier.« Une carte globale des biomes marins est essentielle pour les efforts de conservation », explique-t-elle, citant en exemple la création d\u2019aires marines protégées.Après tout, la carte des biomes terrestres a permis de documenter « la richesse des espèces, l\u2019endémisme, la transformation du territoire, la déforestation », rappelle-t-elle.Il existe bien des cartes partielles, des zones isolées documentées par des études de terrain, des données sur la température ou la salinité de l\u2019eau, mais rien qui dresse un portrait global de la végétation marine.Une carte mondiale de la végétation marine Les scienti?ques ont bien dé?ni les différents biomes terrestres : toundra, forêt tropicale, prairie, etc.Pourquoi ne pas faire de même sous l\u2019eau ?Par Mélissa Guillemette SUR LE VIF I S T O C K « Mangroves Formées de palétuviers, des arbres qui se déclinent en 73 espèces localisées dans les zones côtières tropicales et subtropicales.Des mammifères, des serpents, des oiseaux et des poissons y vivent.Les palétuviers protègent contre l\u2019érosion des berges, mais ils ont reculé de 35 % entre 1980 et 2000.Marais salés Les plantes qui forment ce biome sont ancrées dans les sols boueux et sont submergées par les marées.Les activités humaines en bord de mer les affectent directement.Herbiers Quatre familles de l\u2019ordre des alisma- tales forment des prés aquatiques complexes qui arrivent à croître avec très peu de lumière.Une étude de 2008 a estimé que 29 % des herbiers ont été perdus en raison des activités humaines et des changements climatiques.Forêts laminaires Ce biome est occupé par des algues brunes de l\u2019ordre des laminariales et abrite des mammifères, des poissons, des étoiles de mer et des crustacés, entre autres.Sa canopée absorbe différentes longueurs d\u2019onde de lumière.Coraux zooxanthellés Il s\u2019agit ici d\u2019une symbiose entre un animal, le corail, et des algues unicellulaires appelées « zooxan- thelles ».Ensemble, ils forment des récifs dans les eaux chaudes peu profondes.Selon des estimations, 38 % des espèces de coraux zooxan- thellés sont à risque d\u2019extinction.C\u2019est le cas de la Grande barrière de corail en Australie.LES 5 BIOMES MARINS Note : La cartographie des mangroves, des marais salés et des coraux zooxanthellés a été réalisée par le Centre de surveillance de la conservation de la nature des Nations unies.Vue aérienne des mangroves poussant sur les côtes de l\u2019île de Siargo aux Philippines. QUÉBEC SCIENCE 9 SEPTEMBRE 2018 w I l y aura 10 ans cet automne que le vaccin contre les virus du papillome humain (VPH) est offert dans les écoles du Québec.Dix ans au cours desquels les études se sont multipliées, con?rmant et recon?rmant ce que les essais cliniques avaient trouvé avant son autorisation, soit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mesure de santé publique ef?cace et sécuritaire.Dix ans au cours desquels le taux de protection contre les VPH a reculé au Québec\u2026 Cherchez l\u2019erreur ! L\u2019appellation VPH regroupe environ 170 virus qui infectent des cellules des parties génitales et de la gorge.Dans la plupart des cas, les conséquences sont bénignes et les infections se règlent d\u2019elles-mêmes.Mais en allant « jouer » dans l\u2019ADN des cellules, les VPH les dérèglent parfois.Elles se transforment alors en cellules précancéreuses puis, éventuellement, en cancer du col cervical ou de la gorge, selon le site d\u2019infection.Pour éviter ces complications occasionnelles, mais graves, de nombreux pays ont mis sur pied des programmes de vaccination depuis l\u2019homologation du vaccin, en 2006.Grâce à ces campagnes, une masse de données s\u2019est ajoutée au reste.La dernière étude en date a été publiée en mai 2018 par Cochrane, une référence mondiale en matière de méta-analyses.Ses chercheurs ont regroupé les données de 26 études sur le vaccin, pour un total de plus de 73 000 adolescentes et jeunes femmes qui ont été suivies entre 6 mois et 7 ans après l\u2019injection.Conclusion : on peut af?rmer avec un « haut degré de certitude » que le vaccin protège contre l\u2019apparition de cellules précancéreuses sans provoquer d\u2019effets secondaires graves.Des résultats de ce type, il en arrive plusieurs par année.Et pourtant, la couverture vaccinale ne progresse pas dans le monde.Quant au Québec, alors que le ministère de la Santé et des Services sociaux visait un taux de vaccination de 90 %, on n\u2019a pu faire mieux que 81 % (?lles seulement) la première année du programme, en 2008, et cette proportion a reculé à 73 % chez les ?lles et 69 % chez les garçons en 2016-2017, dernière année pour laquelle des données sont disponibles.Si l\u2019on veut se consoler, il est toujours possible de se comparer.Au Danemark, une série de reportages sensationnalistes a fait fondre la couverture vaccinale chez les ?lles de 12 ans : depuis environ 90 % en 2014 jusqu\u2019à seulement 40 % maintenant.Les médias ont sans doute une bonne part de responsabilité, au Danemark comme ici.Souvent, ils accordent une importance disproportionnée aux rares études et expertises négatives, pour en faire des manchettes bien croustillantes.Mais il y a autre chose.Les réseaux sociaux carburent à l\u2019émotion négative.C\u2019est le plus souvent sous le coup de la colère ou de la peur que l\u2019on diffuse une nouvelle, et je pense que cela a fait une différence au Québec.En 2015, trois chercheuses des universités Concordia et McGill ont publié dans Le Devoir une lettre ouverte ultra alarmiste demandant un « moratoire urgent » sur le vaccin anti-VPH.Elles tordaient l'état des connaissances acquises, mais leur crédibilité universitaire a favorisé la diffusion du texte qui avait tout pour faire peur.D\u2019après un rapport récent de l\u2019Institut national de santé publique du Québec, cette lettre ouverte a été partagée pas moins de 24 500 fois sur Facebook, un très gros « succès » à l\u2019échelle québécoise.Trois jours après sa publication, une quarantaine de chercheurs en médecine dénonçaient, eux aussi dans Le Devoir, cette « prise de position irresponsable » et recti?aient les faits.Or leur lettre ouverte a été partagée à peine 1 700 fois sur Facebook, soit près de 15 fois moins.Contre l\u2019émotion, malheureusement, les données ne font pas le poids\u2026 lQS Le vaccin anti-VPH : du consensus à la controverse Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf DES MANGROVES AUX HERBIERS A?n de produire sa carte, Dinusha Rasan- jalee Jayathilake a utilisé des dizaines de milliers de données obtenues, entre autres, auprès du Centre de surveillance de la conservation de la nature des Nations unies.Elle a également eu recours à des modélisations pour pallier les données manquantes.Cinq grands biomes marins ont émergé : les mangroves et les marais salés, tous deux le long des côtes, puis les herbiers, les forêts laminaires et les coraux zooxanthellés.« Ces biomes marins sont similaires aux biomes terrestres, indique-t-elle.Ils ont une distribution verticale et horizontale.Ils sont permanents quant à leur distribution spatiale et temporelle.En outre, ils représentent un lieu pour l\u2019alimentation, la reproduction et la nidi?cation de la faune qui leur est associée.» Le lamantin des herbiers est ainsi devenu la nouvelle girafe de la savane ! Les biomes de cette carte se concentrent sur les côtes, puisque les plantes qui les caractérisent ont besoin de lumière, ce qui n\u2019est plus possible à partir de 200 m de profondeur, environ.« Mais quelqu\u2019un d\u2019autre pourrait poursuivre notre travail et arriver avec une dé?nition des biomes marins, qui inclurait d\u2019autres structures, comme les coraux profonds et les monts sous-marins, par exemple », dit Dinusha Rasanjalee Jayathilake.Le professeur au département de biologie de l\u2019Université Laval Philippe Archambault trouve l\u2019exercice pertinent.Il précise que ce n\u2019est pas par manque d\u2019intérêt de la part de la communauté scienti?que si une telle carte globale a tardé à voir le jour; c\u2019est qu\u2019il est ardu de la réaliser, faute de données, d\u2019où l\u2019intérêt de la modélisation.« On a l\u2019impression que, parce qu\u2019une carte des océans existe, on les connaît bien; mais, en réalité, davantage de personnes sont allées sur la Lune que dans le fond des océans ! Il y a des zones immenses où on n\u2019a jamais pris d\u2019échantillons; on ne sait même pas ce qui s\u2019y trouve.» Dinusha Rasanjalee Jayathilake publiera ses travaux réalisés sous la supervision du professeur Mark John Costello au cours des prochains mois.Ensuite, il faudra bien s\u2019attaquer à la cartographie des biomes d\u2019eau douce ! lQS O n le sait depuis plus de 50 ans maintenant, les glaces de l\u2019Arctique et de l\u2019Antarctique gardent en mémoire les conditions atmosphériques des siècles passés.C\u2019est ainsi qu\u2019on y « voit » les empreintes de la révolution industrielle, de la grande dépression ou encore de l\u2019accident de Tchernobyl.Les glaces peuvent aussi en dire long sur l\u2019histoire des civilisations qui nous ont précédés.À la demande d\u2019historiens, l\u2019équipe de Joe McConnell, glaciologue au Desert Research Institute au Nevada, a mis en évidence les événements marquants de l\u2019Empire romain, en étudiant la teneur en plomb de carottes de glace prélevées au Groenland.Il y a 3 000 ans, des mines de plomb étaient exploitées aux quatre coins de l\u2019Empire.Les Romains utilisaient ce métal entre autres pour fabriquer les conduites d\u2019eau.Ces mines permettaient aussi d\u2019extraire de l\u2019argent pour pouvoir frapper les pièces de monnaie.En effet, à l\u2019état naturel, ce métal précieux est le plus souvent mélangé au plomb ou au cuivre, dont il est séparé dans des fonderies.Une activité très polluante qui s\u2019est fait sentir jusqu\u2019au Groenland où des particules de plomb se sont échouées pour être piégées dans la glace, année après année.Elles révèlent aujourd\u2019hui de façon indirecte l\u2019activité économique de la Rome antique.Ainsi, à l\u2019apogée de l\u2019Empire, le taux de plomb est élevé : il re?ète l\u2019expansion des mines à Carthagène, dans l\u2019actuelle Espagne, et à Rome.À l\u2019inverse, les diminutions observées correspondent aux périodes de con?its armés ou encore à l\u2019épidémie de peste, qui a fait rage au IIe siècle.L\u2019équipe de Joe McConnell est parvenue à ces résultats en examinant des carottes de glace prélevées dans les années 1990 et archivées au Danemark.Pour couvrir l\u2019Antiquité romaine, elle s\u2019est concentrée sur la glace accumulée entre 159 m et 582 m de profondeur.Les chercheurs ne sont pas les premiers à avoir eu l\u2019idée, l\u2019exercice avait déjà été mené en 1994 par une équipe française.« À l\u2019époque, on sciait les carottes de glace en ?nes rondelles pour les analyser une par une », explique Catherine Ritz, glaciologue à l\u2019Université Grenoble Alpes, qui travaille dans le laboratoire ayant réalisé cette première analyse.Les chercheurs avaient obtenu 18 mesures couvrant 2 siècles.La nouvelle étude atteint un tout autre degré de précision.« On a effectué 21 000 mesures ! Autrement dit, on a en moyenne 12 enregistrements pour chacune des années entre 1100 avant notre ère et l\u2019an 800 de notre ère », se réjouit Joe McConnell, premier auteur de l\u2019étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, en avril dernier.Leur nouvelle méthode ?Au lieu de scier la carotte de glace, ils l\u2019ont fait fondre millimètre par millimètre.Pour une longueur totale de 423 m ! L\u2019eau récoltée était analysée au fur et à mesure, en étant dirigée vers des spectromètres de masse qui séparent les composés d\u2019un liquide selon leur masse pour les identi?er.« Une analyse en direct et en continu, ça aussi, c\u2019est nouveau », commente Christophe Kinnard, glaciologue à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Pour s\u2019assurer de la source « humaine » du plomb (qui peut aussi provenir d\u2019éruptions volcaniques), les chercheurs ont analysé les isotopes, c\u2019est-à-dire les différentes formes de l\u2019atome, qui ont des masses variables.Ils ont aussi pu con?rmer que le plomb observé venait d\u2019Europe et non de Chine.Et maintenant, pourquoi ne pas remonter le temps jusqu\u2019à l\u2019Égypte ancienne?C\u2019est en tout cas ce à quoi aspire Joe McConnell.lQS Des traces de l\u2019Empire romain au Groenland Des historiens ont fait appel à des glaciologues pour décrypter l\u2019activité économique de la Rome antique.Par Carine Monat SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 SEPTEMBRE 2018 Photo prise par le chercheur Joe McConnell des glaciers situés non loin de Kangerlussuaq, dans l\u2019ouest du Groenland.J O E M c C O N N E L L QUÉBEC SCIENCE 11 SEPTEMBRE 2018 Le débat ne fait que commencer L \u2019art du débat est l\u2019un des fondements de nos sociétés démocratiques.Depuis Aristote, on cherche à convaincre l\u2019autre à l\u2019aide des meilleurs arguments.C\u2019est en se confrontant à des positions différentes de la nôtre qu\u2019on obtient une vue d\u2019ensemble plus éclairée de la société.Or, il semble que cette habileté ne soit pas l\u2019apanage exclusif de l\u2019humain, puisque la machine peut désormais débattre avec nous.Project Debater est une technologie basée sur l\u2019intelligence arti?cielle (IA) dont le but est de permettre à l\u2019humain de prendre de meilleures décisions.Il s\u2019agit d\u2019une création d\u2019IBM qui voit en elle son prochain grand jalon en matière d'IA.Contrairement aux assistants vocaux créés pour exécuter des tâches spéci?ques, ce robot débatteur explore un territoire dif- férent, celui des conversations plus longues et plus complexes, en développant des arguments impartiaux sur des sujets qui n\u2019ont pas de réponses claires.En juin dernier, après cinq ans de travail, Project Debater a pu faire une démonstration d\u2019art oratoire contre deux humains.Les sujets de cette joute verbale : l\u2019intérêt d\u2019investir des dollars publics dans la conquête de l\u2019espace, ainsi que l\u2019utilité et la pertinence de la télémédecine.Des thèmes qui n\u2019ont pas été révélés à l\u2019avance aux débatteurs humains, pas plus qu\u2019à la machine qui a été ainsi obligée de puiser dans un vaste corpus de centaines de millions d\u2019articles de journaux et de magazines pour élaborer ses arguments.Et elle savait écouter aussi, pour s\u2019adapter et donner une réponse juste \u2013 et parfois même lancer quelques blagues \u2013 quand venait le temps de répliquer.Grâce à la conversion de la parole au texte, elle pouvait identi?er les concepts clés de l\u2019adversaire et se préparer à les réfuter.Le résultat ?Dans les deux débats, l\u2019auditoire, composé en partie d\u2019employés d\u2019IBM, a voté en faveur de Project Debater pour la quantité d\u2019information transmise et l\u2019a même trouvé plus persuasif que l\u2019humain dans le second débat.Au ?nal, la machine est impressionnante, même s\u2019il lui reste à raf?ner sa rhétorique, son style et sa maîtrise de la culture humaine.Car, pour Aristote, il y a trois choses qui nous poussent à avoir con?ance en l\u2019orateur : le bon sens, la vertu et la bienveillance.L\u2019humain a donc encore quelques longueurs d\u2019avance sur l\u2019IA.lQS Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc E n cas de maux de ventre, les pharmaciens n\u2019hésitent pas à conseiller la prise de probio- tiques, ces « bonnes bactéries » qui rééquilibrent la ?ore intestinale.Le patient les ingère alors sous forme de capsules ou de lait fermenté.Et si, en cas de sinusite chronique, on les pulvérisait directement dans le nez ?Santé Canada vient en effet d\u2019approuver le ProbioRinse, mis au point par Martin Desrosiers, clinicien-cher- cheur au Centre hospitalier universitaire de Montréal.Ce produit contient des probiotiques, appelés Lactococcus lactis W136, qui seront administrés par voie nasale, une première médicale.« Ces probiotiques ont une action antibactérienne dans le nez », précise le docteur Desrosiers.Pas étonnant : la bactérie Lactococcus lactis est utilisée depuis plus de 100 ans dans l\u2019industrie agroalimentaire pour éviter la croissance des bactéries et des champignons indésirables.Interrogé à ce sujet, le docteur Benoît Guay, otorhinolaryngologiste à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, explique : « Les traitements intranasaux modi?e- raient directement le microbiome du nez et l\u2019in?ammation de la muqueuse.D\u2019après moi, les probiotiques sont vraiment le traitement d\u2019avenir pour la rhinosinusite chronique », af?rme le médecin, qui n\u2019a pas participé au développement de ProbioRinse.La sinusite chronique \u2013 à ne pas confondre avec la sinusite aiguë qui dure moins longtemps \u2013 touche 5 % de la population canadienne.Elle se caractérise par des douleurs au visage, une congestion nasale et des symptômes qui persistent pendant 8 à 12 semaines, voire plus, réduisant fortement la qualité de vie des patients.Selon certaines études, leur état de santé est comparable à celui des personnes souffrant d\u2019arthrite, d\u2019asthme, voire de cancer.La cause des sinusites chroniques n\u2019est pas encore clairement établie, mais elles sont associées à une forte in?ammation.Pour en venir à bout, les médecins prescrivent des corti- costéroïdes et des antibiotiques, ce qui peut augmenter les résistances bactériennes.« C\u2019est pourquoi on cherche à améliorer ou même remplacer les solutions existantes », explique le docteur Desrosiers qui travaille depuis 25 ans sur les traitements de la sinusite.Il a prouvé l\u2019ef?cacité de son produit lors d\u2019un essai clinique auprès de 24 patients atteints de sinusite chronique sévère, à raison de deux applications par jour pendant deux semaines.Pourquoi si peu de participants ?« Pour un premier essai clinique, on teste toujours sur un petit échantillon de personnes », répond-il.Déjà vendu sur le marché américain, ProbioRinse pourrait aussi soulager les rhinites allergiques.D\u2019autres études sont toutefois nécessaires pour le con?rmer.Le rhume des foins n\u2019a qu\u2019à bien se tenir.lQS Par Carine Monat Des probiotiques dans le nez QUÉBEC SCIENCE 12 SEPTEMBRE 2018 Juillet 1969.Neil Armstrong et « Buzz » Aldrin foulent le sol lunaire, tandis que 600 millions de téléspectateurs observent leur exploit.La scène, historique, émeut toute la planète.Toute, à l\u2019exception de quelques esprits critiques et mieux informés qui ont remarqué des détails troublants.Pour eux, c\u2019est clair, la mission Apollo 11 n\u2019est qu\u2019une vaste supercherie.La NASA, engagée depuis 1961 par le président Kennedy dans une course contre l\u2019URSS pour aller sur la Lune avant la ?n des années 1960, a dû se résigner à admettre que la tâche était impossible.En 1969, on a donc décidé, pour ne perdre ni la face ni la course, de ?lmer en studio le supposé alunissage.La preuve ?Il y en a plusieurs.Prenez une photographie typique censée représenter les astronautes sur la Lune.On n\u2019y voit pas d\u2019étoiles ! Elles sont pourtant partout.En studio, toutefois, leur absence se comprend très bien.Voyez ensuite le drapeau des États-Unis que les astronautes ont prétendument ?xé sur le sol lunaire.Il est plissé, froissé, exactement comme un drapeau qui ?otte dans le vent\u2026 sur la Lune où il n\u2019y a pas d\u2019air ! Quant au module d\u2019exploration lunaire, il n\u2019a formé aucun cratère en se posant.Normal, puisqu\u2019il a été déposé délicatement dans un studio de cinéma.Et ce n\u2019est pas tout : sur la Lune, il n\u2019y a qu\u2019une seule source de lumière, le Soleil.Les ombres devraient donc toutes être parallèles, ce qui n\u2019est pas le cas.En cause, les multiples projecteurs du studio ! Mais voici ce qui va achever de convaincre les sceptiques, s\u2019il en reste.Notre bonne vieille Terre, que les astronautes n\u2019ont jamais quittée, est entourée de ceintures de radiations infranchissables A-t-on marché sur la Lune?Avec leurs arguments « scienti?ques » et leur apparente logique à toute épreuve, les adeptes des théories du complot sèment le doute.Comment y voir clair ?Je doute donc je suis NORMAND BAILLARGEON @nb58 I L L U S T R A T I O N : V I G G QUÉBEC SCIENCE 13 SEPTEMBRE 2018 appelées ceintures de Van Allen.S\u2019ils étaient passés au travers, les astronautes n\u2019auraient pu y survivre.DÉJOUER LE PIÈGE CONSPIRATIONNISTE Voilà l\u2019argumentaire, en apparence bien ?celé, des gens qui pensent qu\u2019Apollo 11 est un coup monté.Cette théorie de la conspiration est loin d\u2019être la seule à circuler : on en trouve à propos de l\u2019assassinat de John F.Kennedy, de l\u2019existence des Illuminati, de la mort de la princesse Diana, de l\u2019attentat terroriste du 11 septembre 2001 et sur bien d\u2019autres sujets encore.Sachant qu\u2019il existe de vrais complots (des terroristes ont réellement conspiré pour plani?er et exécuter l\u2019attaque du 11 septembre), sachant aussi qu\u2019il est parfois sain de remettre en question ce qui est tenu pour vrai, comment s\u2019y retrouver et rester critique sans être happé par une sorte de trappe conceptuelle dont on ne sort pas ?Voici quelques éléments de réponse.Une théorie de la conspiration commence souvent, comme je l\u2019ai fait ici, en donnant des raisons plausibles de refuser l\u2019histoire of?cielle.Elle propose ensuite une narration alternative, puis cherche des anomalies dans la version of?cielle, lesquelles sont données comme preuves que cette dernière est fausse.Or c\u2019est là un raisonnement qui n\u2019est pas concluant.Il se peut par exemple que l\u2019anomalie alléguée n\u2019en soit pas une.C\u2019est ainsi que la NASA connaissait très bien les ceintures de Van Allen.Elle en a tenu compte pour réduire au minimum l\u2019exposition des astronautes aux radiations.Quant au sol lunaire, recouvert d\u2019une ?ne couche de poussière, il est très dur, ce qui explique que le module d\u2019exploration lunaire ne l\u2019a pas altéré, d\u2019autant qu\u2019il s\u2019y est posé en douceur.Bref, devant une théorie de la conspiration, il est sage de se demander si l\u2019anomalie en est bien une (ce n\u2019est pas nécessairement le cas) et de rechercher une explication différente de celle qu\u2019on nous donne.Je vous invite à en chercher pour les autres « anomalies » que j\u2019ai énumérées.Par ailleurs, même l\u2019existence de bizarreries qu\u2019on ne peut expliquer \u2013 provisoirement, peut-être \u2013 ne constitue pas une preuve que la variante narrative proposée par les adeptes de complots est vraie.Ceux-ci s\u2019accrochent pourtant à leurs croyances.C\u2019est ce qu\u2019on désigne par le terme « dissonance cognitive ».Les arguments et les faits qui les dérangent sont minimisés d\u2019emblée, car ils pourraient contredire leur argumentaire.Pis, ils ont tendance à rendre ces adeptes plus fervents encore.Les théories conspirationnistes ont aussi le défaut d\u2019être peu plausibles en raison de la quantité de complices qu\u2019elles feraient intervenir.Comment imaginer, dans le cas d\u2019Apollo 11, que tant de gens impliqués dans une telle supercherie ne l\u2019aient pas dénoncée, ou que les Russes eux-mêmes ne l\u2019aient pas fait ?Les incitatifs ne manquaient pourtant pas.Ajoutez à cela le doux plaisir, peu cher payé, de penser faire partie d\u2019une minorité intelligente qui n\u2019est pas dupe, contrairement à toutes ces pauvres victimes de la propagande of?cielle.lQS 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 36 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 58 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 81 $ L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Économisez jusqu\u2019à 51% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 514 521-8356 - 1 800 567-8356 poste 504 Aussi offert en édition numérique (plus taxes) 1 AN \u203a25 $* *Gratuit pour les abonnés à l'édition imprimée QUÉBEC SCIENCE 14 SEPTEMBRE 2018 ENTREVUE AVEC RACHIDA AZDOUZ ET CAROLINE MÉNARD J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N D \u2019un point de vue scienti- ?que, la notion de race ne tient pas la route.Nous appartenons tous à la même espèce, Homo sapiens, et nous sommes génétiquement semblables à notre voisin à 99,9 %.Cependant, le racisme sévit toujours dans nos sociétés.Pourquoi ?À partir du 15 septembre, le Musée Armand-Frappier, à Laval, répondra à cette vaste question dans une exposition « aux croisements de la biologie et des sciences sociales » : Nous et les autres, des préjugés au racisme.Conçue initialement à l\u2019intention du Musée de l\u2019Homme de Paris, elle a été adaptée pour le Québec.Dans ce but, l\u2019institution s\u2019est entourée d\u2019un comité scienti?que, duquel font partie Rachida Azdouz, psychologue spécialisée en relations interculturelles à l\u2019Université de Montréal, et Caroline Ménard, chercheuse en neurosciences à l\u2019Université Laval.Nous les avons rencontrées pour recueillir leurs ré?exions.= = Québec Science : Qu\u2019est-ce que le racisme ?Rachida Azdouz : Le racisme est une idéologie qui se fonde sur cette prémisse : il y aurait une hiérarchisation et une différenciation possible entre les populations sur la base de leurs caractéristiques morphologiques.Un autre mécanisme au cœur du racisme est l\u2019« essentialisation » qui consiste à dé?nir un groupe selon une vision « cultu- ralisante », c\u2019est-à-dire que tout s\u2019explique par l\u2019origine ethnique.Souvent, on prend l\u2019exemple du musulman terroriste ou du Noir paresseux, mais c\u2019est vrai aussi entre des cultures qui sont en apparence proches, comme la France et le Québec.« les Français aiment le con?it » ou que « les Québécois n\u2019aiment pas la chicane ».À chaque groupe, on accole une image.Évidemment, cette idéologie n\u2019a pas de fondement scienti?que.QS Pourtant, la théorie des races a été soutenue pendant longtemps par des scienti?ques qui ont ?nalement réalisé que les différences génétiques entre les groupes ethniques sont in?nitésimales.Est-ce un concept dif?cile à renverser ?Caroline Ménard : C\u2019est comme pour l\u2019autisme et les vaccins [NDLR : un article scienti?que de 1998 suggérant un lien entre les deux a été rétracté, mais il recueille encore une très large adhésion au sein de la population].Il y a toujours quelqu\u2019un qui va s\u2019y accrocher.Le fait que les scienti?ques sortent des laboratoires pour déboulonner ces mythes est positif.QS Encore aujourd\u2019hui, le terme « race » est parfois utilisé dans la littérature scienti?que pour décrire les participants à une étude.Pourquoi ?CM C\u2019est vrai que, du point de vue génétique, certaines populations présentent des mutations différentes.Mais ce n\u2019est pas une « race » distincte pour autant.La couleur de la peau, par exemple, est simplement due aux conditions environnementales.QS Le terme « race » demeure présent dans la Charte des droits et libertés de la personne.Est-ce un non-sens ?RA Les juristes, les sociologues et les pédagogues du vivre ensemble ne s\u2019entendent pas sur cette question.Certains pensent que, si la race n\u2019existe pas, il faut la retirer de la Charte qui interdit déjà la discrimination fondée sur la couleur, la religion et l\u2019origine ethnique ou nationale.Un autre courant dit qu\u2019il faut laisser ce mot, car, si la race n\u2019existe pas, le racisme, lui, existe.Il faudrait donc garder ce terme pour que des personnes puissent ainsi dire : « J\u2019ai été victime de racisme.» QS Des suprémacistes blancs se sont soumis à des tests génétiques.Quand on détecte chez eux des gènes d\u2019origine autre qu\u2019européenne, ils rejettent les résultats, criant au complot ou à l\u2019erreur.Est-il possible de les raisonner ?RA Un tel individu pourrait changer sa vision des choses après avoir vécu une expérience affective, par exemple être sauvé par quelqu\u2019un d\u2019une autre origine.Cela remettra en question sa théorie\u2026 s\u2019il est honnête.S\u2019il ne l\u2019est pas, il n\u2019y a rien à faire.Quoiqu\u2019il y a bien des suprémacistes blancs qui, en prison, ont fait un cheminement personnel, et qui, ?nalement, sont devenus des militants antiracistes.Pour trouver la bonne façon d\u2019intervenir auprès d\u2019une personne raciste, il faut sonder ses réelles motivations.Une exposition originale jette un regard scienti?que sur le racisme et les préjugés.Propos recueillis par Mélissa Guillemette DE LA MÊME ESPÈCE TOUS QUÉBEC SCIENCE 15 SEPTEMBRE 2018 Rachida Azdouz et Caroline Ménard QUÉBEC SCIENCE 16 SEPTEMBRE 2018 QS Justement, outre la croyance en l\u2019existence de races, quelles sont les « raisons » d\u2019être raciste ?RA L\u2019ignorance et l\u2019expérience.Dans le premier cas, la personne ne sait pas de quoi elle parle.Elle ne connaît pas l\u2019autre et émet des idées préconçues.En l\u2019informant, on peut corriger sa perception erronée.Ce racisme est plus facile à traiter sur le terrain pédagogique.On voit ces personnes dans des tables rondes; elles ?nissent par dire : « Je te regarde et, ?nalement, tu es comme moi.» Certaines personnes sont plutôt racistes parce qu\u2019elles ont vécu une mauvaise expérience.C\u2019est plus délicat, mais il suf?t de les exposer à une expérience positive pour changer leur vision.Le parent qui voit dé?ler chez lui des enfants de toutes les couleurs qui sont polis, alors qu\u2019il les imaginait mal élevés, perdra ses préjugés.QS Peut-on combattre le racisme par l\u2019éducation ?RA C\u2019est sûr qu\u2019il faut que l\u2019école éduque et sensibilise.Mais l\u2019éducation n\u2019est pas le seul antidote.Historiquement, les grands théoriciens du racisme et du colonialisme étaient des gens très scolarisés.Ils étaient parfois même de bonne foi, convaincus qu\u2019il fallait aller aider les Africains et les sortir de la sauvagerie.QS Le racisme existera-t-il toujours ?RA Il changera de forme et de cible.Dans les sociétés où il y a un dispositif législatif pour interdire le racisme et la discrimination, on n\u2019a plus le droit de traiter quelqu\u2019un de « sale Noir ».Soulignons qu\u2019il y a beaucoup de pays où c\u2019est encore possible de le faire.Cependant, dès qu\u2019un dispositif législatif est mis en place, le racisme prend des formes plus sournoises.On ne peut plus dire à une candidate : « Je ne t\u2019embauche pas parce que tu portes un hidjab », mais on peut lui dire qu\u2019elle a échoué à l\u2019entrevue\u2026 Le racisme fait partie de nous.Quand on partage un espace avec des personnes qui af?chent une différence visible, il est naturel de vouloir se disputer cet espace.D\u2019où l\u2019intérêt des travaux de Caroline sur les souris, car le racisme nous renvoie à notre animalité.QS Caroline Ménard, qu\u2019est-ce que vos souris peuvent nous apprendre sur le racisme ?CM Dans mon laboratoire, on étudie les mécanismes liés à l\u2019intimidation sociale chez la souris.Évidemment, on ne parle pas de « racisme », mais on observe chez cette espèce des comportements de dominance et de hiérarchie comme chez l\u2019humain.Dans le cadre d\u2019une de nos études, les souris expérimentales étaient des Black 6, qui sont petites et noires.C\u2019est la souche la plus couramment utilisée en laboratoire, car elle donne des bêtes très dociles.On les a mises en contact avec des CD-1, de grosses souris blanches au tempérament bouillant que les chercheurs évitent d\u2019utiliser pour ne pas se faire mordre.On a exposé individuellement les Black 6 pendant 10 minutes à une CD-1.Généralement, cette dernière ?nissait par mordre sa congénère, surtout qu\u2019on avait sélectionné pour l\u2019occasion les plus agressives.La Black 6, elle, adoptait des comportements de soumission.Ensuite, les deux souris restaient 24 h dans la même cage, mais séparées par un « mur » avec des trous transparents, pour qu\u2019elles se voient.Nous avons répété ça pendant 10 jours, de manière à ce que chaque Black 6 voie un nouvel agresseur chaque jour.À la ?n, les deux tiers des souris noires étaient déprimées.Évidemment, on ne sait pas si elles ont des idées suicidaires, mais il existe différents tests pour mesurer leur niveau de désespoir.Par exemple, on les met dans un bécher d\u2019eau et on mesure combien de temps elles se débattent pour en sortir.Les déprimées abandonnent plus tôt et cessent de lutter.Mais ne vous en faites pas, je les sauve toujours ! QS À la suite de l\u2019expérience, quel était l\u2019impact du stress social sur les souris ?CM Placées en interaction avec une souris blanche inconnue, nos petites souris restaient dans un coin.Elles ont développé un apprentissage et se disaient probablement : « Oh non ! une autre grosse souris blanche ! Toutes les autres m\u2019ont mordue.» Or, celle-ci pourrait être très gentille ! En plus de rendre nos souris malheureuses, le stress social a modi?é leur biologie : nous avons observé chez elles des changements sur le plan immunitaire et au niveau de la barrière hématoencépha- lique [NDLR : qui protège le cerveau].Dans le cadre de l\u2019exposition au Musée, les visiteurs feront une activité liée à cette expérience.QS Est-ce que toutes les grosses souris présentaient le même niveau d\u2019agressivité ?CM Quand on achète 100 souris CD-1 qui sont toutes génétiquement pareilles, une trentaine sont vraiment agressives, une autre trentaine ne seront jamais agressives et celles du dernier tiers auront un comportement variable.On a commencé à comparer le cerveau de chacune et on s\u2019est rendu compte que, pour certaines souris agressives, attaquer la petite souris activait le système de la récompense, soit les mêmes zones du cerveau qui s\u2019enclenchent chez une personne lorsqu\u2019elle mange du chocolat.Elles sont même prêtes à travailler, soit à peser sur un levier, pour pouvoir dominer une autre souris.Défendre son territoire, c\u2019est une chose, mais désirer activement travailler pour pouvoir se battre, c\u2019en est une autre\u2026 QS Est-ce qu\u2019on peut imaginer que le même circuit de la récompense s\u2019active chez certains trolls racistes sévissant sur les médias sociaux ?CM Il y a probablement des parallèles à étudier chez les gens qui ont des comportements antisociaux.RA Dans les réseaux sociaux, quand quelqu\u2019un publie un commentaire raciste, la récompense, c\u2019est le « J\u2019aime », le sentiment d\u2019appartenance et l\u2019impression de devenir chef de meute.Il y a donc des récompenses; et pratiquement pas de sanctions.Il faut une plainte pour qu\u2019il y ait sanction.Un processus fort compliqué, car la liberté d\u2019expression est un concept assez large.Pourtant, on sait que, en l\u2019absence de sanction, les gens peuvent aller loin.lQS L\u2019exposition Nous et les autres.Des préjugés au racisme est présentée au Musée Armand- Frappier, à Laval, à partir du 15 septembre 2018.www.musee-afrappier.qc.ca ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 17 SEPTEMBRE 2018 A ux Îles-de-la-Madeleine, les pêcheurs savent que la saison du homard dure neuf semaines.Mais la date exacte de la mise à l\u2019eau des casiers, au début du mois de mai, dépend de plusieurs facteurs, comme la présence de glace.À la demande de l\u2019industrie, des chercheurs de Merinov, l\u2019un des trois centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) du Cégep de la Gaspésie et des Îles, tentent de créer un outil capable de cibler la meilleure fenêtre de pêche.« Nous faisons des sorties \u201cavant-saison\u201d en mer pour recueillir des données », explique Nicolas Toupoint, chercheur industriel chez Merinov, qui est tombé amoureux des Îles dès qu\u2019il y a mis les pieds en 2007 après avoir quitté la France pour réaliser un doctorat en océanographie biologique à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Alors que le réchauffement de l\u2019eau fait sortir le homard de sa léthargie hivernale, les chercheurs suivent de près l\u2019évolution de la température de la mer.Ils étudient aussi le taux de protéines dans le crustacé et le développement des œufs.Ce projet de recherche est ?nancé par le fonds d\u2019innovation créé en décembre 2017 par Merinov et le Regroupement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des îles (RPPCI).Une première dans l\u2019industrie de la pêche commerciale au Québec.« Ce ?nancement de l\u2019industrie sert de levier auprès d\u2019autres bailleurs de fonds pour démarrer des projets de plus grande envergure, af?rme Nicolas Toupoint.Et nous rendons nos données accessibles à tous.» De plus, l\u2019industrie n\u2019a pas attendu une crise avant d\u2019agir.« Le homard va très bien aux Îles, contrairement à la côte est américaine, où la population de crustacés a migré vers le nord en raison du réchauffement climatique, précise-t-il.Mais, il peut toujours surgir des problèmes.L\u2019apport de nouvelles connaissances aide à prendre des décisions éclairées pour bien gérer et protéger la ressource.» MÉCANISER L\u2019ALGOCULTURE Merinov, le plus grand centre intégré de recherche appliquée dans les domaines de la pêche, de l\u2019aquaculture, de la transformation et de la valorisation des produits aquatiques au Canada, a aussi parmi ses points de service Grande-Rivière, en Gas- pésie.On y trouve Tamara Provencher, chargée de projet et grande amatrice de pêche depuis qu\u2019elle est enfant.Détentrice d\u2019une maîtrise en océanographie à l\u2019UQAR, elle travaille notamment sur la mécanisation de la culture de la laminaire sucrée, une espèce d\u2019algue brune comestible.« L\u2019industrie cherche des technologies qui la feront gagner en ef?cacité, car le temps passé en mer est coûteux », ex- plique-t-elle.Avec Jean Brousseau, titulaire de la Chaire CRSNG-UQAR en génie de la conception, et ses étudiants, Merinov travaille à mettre au point une enrouleuse pour le transfert de plantules en mer.Ces travaux avancent bien, mais les choses se corsent quand vient le temps de faire la moisson.« Nous avons créé plusieurs prototypes de récolteuse, mais nous devons constamment retourner à la table à dessin, précise Tamara Provencher.Il faut toutefois persévérer, car ces machines auront un grand impact sur la marge de pro?t de l\u2019industrie.» Une meilleure rentabilité qui permettra aux entreprises de faire rayonner davantage les produits ?ns à base de laminaire sucrée, tels que le pesto et la relish, à la grandeur du Québec.lQS Par Martine Letarte La production de ce reportage a été rendue possible grâce au soutien de Merinov et du Réseau Trans-tech.LES V ISAGES DE LA RECHERCHE APPL IQUÉE AU QUÉBEC Du labo à la mer Pour mieux exploiter les produits de la mer, des entreprises et des chercheurs travaillent main dans la main.Et tout le monde y gagne.A L E X G E L Y M E R I N O V Nicolas Toupoint, chercheur industriel chez Merinov Tamara Provencher, chargée de projet chez Merinov V êtu de la combinaison bleue des astronautes canadiens, David Saint- Jacques est tout sourire en présentant aux journalistes venus le rencontrer à l\u2019Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert, les expériences scienti?ques qu\u2019il effectuera dans l\u2019espace.Nous sommes en novembre 2017 et le compte à rebours pour sa mission, qui décollera en décembre 2018 pour une durée de 6 mois, est bel et bien commencé.Affable et chaleureux, il semble prendre plaisir à l\u2019enchaînement interminable d\u2019entrevues qui suit sa présentation, et fait rigoler tout le monde en imitant le bruit d\u2019une cassette qui se rembobine quand on lui demande de répéter une réponse pour les besoins de la caméra.Lorsque mon tour arrive, je lui montre un cube Rubik nouveau genre, car j\u2019ai entendu dire qu\u2019il emportera dans l\u2019espace celui que son père lui a donné quand il était enfant.En voyant mon cube tout argenté aux faces de tailles différentes, il rit, le prend dans ses mains et lance : « Ça doit être dif?cile à résoudre\u2026 je vais l\u2019essayer ! » Un cube Rubik bizarre ne fait pas peur à celui qui ?ottera bientôt à plus de 330 km au-dessus de nos têtes.Il ne recule devant rien, selon son ami d\u2019enfance Nicolas Tittley, qui a grandi dans la maison voisine de la sienne à Saint-Lambert, près de Montréal.« Les obstacles n\u2019existent pas pour lui, il y a seulement des dé?s qui doivent être relevés.» Et il les relève avec brio.« Intelligent », « inspirant », « humble » diront ses amis et collègues pour décrire le personnage.Il s\u2019exprime aussi bien en français qu\u2019en anglais, maîtrise le russe, connaît les rudiments du japonais, sait jouer de la ?ûte japonaise et a déjà fait partie d\u2019une équipe d\u2019aviron et d\u2019une troupe de théâtre amateur.Bardé de diplômes (dont deux doctorats), il aurait très bien pu devenir un ingénieur en physique hors pair, un excellent astrophysicien, un pilote d\u2019avion ou, encore, poursuivre une carrière de médecin.Mais il a choisi les étoiles et la profession d\u2019astronaute il y a de cela neuf R O D O L P H E B E A U L I E U É OILS E AUX LE CHEMIN QUI MÈNE T Toutes ses aventures professionnelles l\u2019ont conduit vers un seul et même point : l\u2019espace.Retour sur le parcours sans détour de l\u2019astronaute David Saint-Jacques.PAR ANNIE LABRECQUE EXPLORATION SPATIALE QUÉBEC SCIENCE 18 SEPTEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE 19 SEPTEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE 20 SEPTEMBRE 2018 ans, un rêve qui l\u2019anime depuis qu\u2019il est petit, alors qu\u2019il contemplait les photos de la Terre prises depuis la Lune.DESTINÉ À DEVENIR ASTRONAUTE Déterminé et travailleur, le jeune David est poussé par une soif in?nie de connaissances, stimulée par ses parents, tous deux professeurs; son père en physique et sa mère, en histoire.« Ses parents l\u2019ont toujours encouragé à trouver les réponses par lui-même », indique Nicolas Tittley.Il se souvient de sa curiosité naturelle.« Déjà, à l\u2019école primaire, il m\u2019expliquait le fonctionnement de la télévision.Une télé, ce n\u2019est pas assez pour lui de la regarder ! David doit savoir ce qu\u2019il y a derrière.Il possède encore cette capacité d\u2019assimiler de nouvelles notions et techniques.» Vers la ?n du secondaire, pendant que la majorité des jeunes traversent leur crise d\u2019adolescence, David est plutôt investi dans la fabrication de sa propre planche à voile.« On était dans les années 1980, bien avant le début d\u2019Internet.Il a lu des magazines [NDLR : il était d\u2019ailleurs abonné à Québec Science] et des livres pour comprendre comment ça ?otte.Il a rassemblé du bois, de la mousse et de la ?bre de verre pour la construire », dit son ami Nicolas.Habile de ses mains, David prend aussi plaisir à réparer son vélo et une vieille voiture Triumph.Au début de la vingtaine, il assiste à EXPLORATION SPATIALE BISCUITS À L\u2019ÉRABLE ET SAUMON FUMÉ Avant d\u2019entamer le voyage en orbite, David Saint-Jacques a sélectionné ce qu\u2019il souhaitait manger à bord de la Station spatiale internationale (SSI).On remarque dans ses choix une nette préférence pour le saumon présenté sous différentes formes (pâté, fumé, darne).Les aliments doivent respecter certains critères, dont la possibilité de se conserver pendant 18 mois; en outre, ils ne doivent pas produire trop de miettes.Si des particules de nourriture s\u2019envolent, sous l\u2019effet de l\u2019absence de gravité, « cela peut être néfaste pour l\u2019équipement, mais aussi pour la santé des astronautes s\u2019ils les inhalent », précise Natalie Hirsch, chargée de projet pour le volet sport et nutrition des astronautes à l\u2019Agence spatiale canadienne.Au-delà de ces considérations pragmatiques, la nourriture dans la SSI est similaire à celle sur Terre, mais déshydratée et placée sous vide ou en conserve.À l\u2019occasion de son anniversaire, et aussi pour la période des fêtes, David Saint-Jacques a prévu quelques produits canadiens qu\u2019il partagera avec son équipe.« Pendant les voyages, la nourriture nous ramène souvent à la maison.Il y aura donc du sirop d\u2019érable et des biscuits à l\u2019érable de chez nous », explique-t-il.Pour effectuer le suivi de leur alimentation, les astronautes inscrivent ce qu\u2019ils consomment grâce à une application sur tablette.S\u2019il y a trop ou pas assez de calories, de vitamines ou de sel, le médecin des astronautes est averti.« Le sodium est une préoccupation sur Terre, mais encore plus dans l\u2019espace.Auparavant, le sel était utilisé en plus grande quantité pour préserver les aliments, mais, maintenant, nous savons qu\u2019il a un effet négatif sur la densité osseuse », indique Natalie Hirsch.Lorsqu\u2019on lui demande quelle nourriture lui manquera le plus, David Saint-Jacques répond sans hésiter : « La cuisine de ma femme ! C\u2019est une incroyable cordon-bleu.Je me demande d\u2019ailleurs si on ne peut pas trouver une façon d\u2019envoyer ses repas à bord ! » QUÉBEC SCIENCE 21 SEPTEMBRE 2018 une conférence de l\u2019astronaute canadien Steve MacLean qui revient d\u2019un séjour spatial.Le jeune David lui demande s\u2019il a un conseil à lui prodiguer pour pratiquer le même métier.Selon Steve MacLean, il n\u2019y a pas de recette, mais les explorateurs de l\u2019espace ont une chose en commun : ils sont tous des gens heureux et accomplis.« Il m\u2019a suggéré de trouver un domaine qui me passionne et d\u2019y être le meilleur.Ce n\u2019est pas grave si je ne deviens pas un astronaute, m\u2019avait-il dit alors, car je serai au moins épanoui », raconte David Saint-Jacques.À l\u2019époque où l\u2019Agence spatiale canadienne lance sa troisième campagne de recrutement en mars 2008, il travaille comme médecin au Nunavik, dans la communauté de Puvirnituq.À la suggestion d\u2019une collègue, il tente sa chance a?n de vivre son rêve de jeunesse.Son entourage n\u2019est guère surpris quand il soumet sa candidature et parvient aux dernières étapes de sélection, toutes plus dif?ciles et exigeantes les unes que les autres.Au printemps 2009, il ne reste que 16 candidats potentiels, qui se retrouvent ensemble dans un bar, où vient les rejoindre David Gentile, vieil ami de David Saint-Jacques.Autour d\u2019un verre, l\u2019un des aspirants astronautes con?e à M.Gentile : « Il y a David Saint-Jacques et il y a nous autres.Il est dans une catégorie à part.» Surdoué, oui, mais pas agaçant pour autant.« Il est exceptionnel et en même temps, il n\u2019impose pas son immense savoir», con?rme Nicolas Tittley qui l\u2019a choisi pour être le parrain de son ?ls.Mieux, sa curiosité naturelle le pousse à s\u2019intéresser à tout un chacun.« Ce n\u2019est pas un masque de superhéros avec un sale type caché derrière ! assure David Gentile.Ce gars-là possède beaucoup d\u2019intelligence émotionnelle, il prend le temps de s\u2019informer sur toi et c\u2019est sincère; ce n\u2019est pas juste un faux-semblant.» En mai 2009, l\u2019Agence spatiale canadienne arrête ?nalement son choix sur David Saint-Jacques et Jeremy Hansen, ce dernier originaire de London, en Ontario.Ils ont été accueillis à bras ouverts au Centre spatial Lyndon B.Johnson, à Houston, par des vétérans tels que Chris Had?eld, Julie Payette et Robert Thirsk.« Ils ont tous contribué à leur manière à être nos modèles, mais j\u2019ai particulièrement béné?cié des conseils de Chris Had?eld qui s\u2019entraînait pour sa mission.J\u2019ai eu la chance de le suivre en Russie et d\u2019apprendre à ses côtés le fonctionnement de la capsule Soyouz », se souvient David Saint-Jacques.Comme toujours, il s\u2019est investi à 100 % dans sa formation pour devenir un astronaute accompli : entraînement en apesanteur, maniement du bras robotisé canadien, exercices de sorties dans l\u2019espace en scaphandre, maîtrise du fonctionnement des instruments à bord de la Station spatiale internationale (SSI), etc.L\u2019astronaute Jeremy Hansen souligne la diversité des tâches à exécuter en orbite.« À un moment, tu es en train de faire une A G E N C E S P A T I A L E C A N A D I E N N E A G E N C E S P A T I A L E C A N A D I E N N E L\u2019EFFET DE L\u2019ESPACE SUR LE CORPS HUMAIN En tant que médecin des astronautes de l\u2019Agence spatiale canadienne, Raf?Kuyumjian se déplace souvent pour réaliser le suivi médical lors des entraînements plus risqués, comme celui dans la centrifugeuse qui simule l\u2019effet du décollage et où l\u2019astronaute ressent une pression équivalente à huit fois son poids.La santé de David Saint-Jacques sera rigoureusement surveillée avant, pendant et après le vol spatial.Il faut être en forme pour aller dans l\u2019espace : le Québécois effectue d\u2019ailleurs deux heures et demie d\u2019exercices physiques tous les jours pour s\u2019y préparer.Et son entraînement se poursuivra aussi dans la Station spatiale internationale.Cette discipline en vaut la peine, selon Raf?Kuyumjian.« Il y a une perte osseuse et musculaire au ?l du temps en apesanteur.On remarque toutefois qu\u2019elle se réduit avec l\u2019aide d\u2019appareils d\u2019exercice plus sophistiqués.Cela dit, plus on commence cette aventure en bonne condition physique, mieux on sera au retour sur Terre », explique-t-il.Tout au long de sa mission, David testera une nouvelle veste technologique comprenant des capteurs qui surveilleront ses signes vitaux en temps réel.Puisqu\u2019il est médecin, David Saint- Jacques procédera aussi au suivi médical de ses collègues pendant sa mission.La pratique de la médecine en région éloignée prendra un tout nouveau sens pour lui ! David Saint-Jacques dans le simulateur de la capsule Soyouz pendant une séance d\u2019entraînement à la Cité des étoiles, en Russie.Pour contrer les effets indésirables de l\u2019espace, David Saint-Jacques se soumet à un entraînement rigoureux. QUÉBEC SCIENCE 22 SEPTEMBRE 2018 expérience scienti?que et, 15 minutes plus tard, tu dois réparer la toilette ! » M.Hansen n\u2019a aucun doute sur les capacités de l\u2019aventurier québécois : « David est quelqu\u2019un de con?ant et de très compétent.Mais lorsqu\u2019il sera dans l\u2019espace, sa plus grande épreuve sera probablement de se trouver éloigné de ses proches pendant une si longue période.» En effet, son épouse Véronique Morin, également médecin dans le Nord canadien et à Houston, et lui ont trois jeunes enfants de sept, cinq et deux ans.D\u2019après David, l\u2019équilibre entre carrière et vie de famille n\u2019est pas toujours facile à établir, mais ils y arrivent.« C\u2019est une occasion de grandir, d\u2019être un meilleur parent, un meilleur couple, un meilleur professionnel, parce que cela donne une valeur aux instants passés avec chacun », réalise-t-il.Son alliance blanche, fabriquée par un artisan inuit avec de l\u2019ivoire de morse, le suivra dans son voyage.Il emportera également des lettres de ses proches et une petite ?gurine de Tintin dans l\u2019espace, donnée par son ?lleul.Heureusement, la technologie à bord permettra à l\u2019astronaute québécois de téléphoner chez lui quand la SSI passera au-dessus de Houston ou du Québec.Bien que la connexion internet n\u2019est pas très rapide \u2013 elle devrait s\u2019améliorer en 2021 avec la mise en place d\u2019une technologie laser \u2013 il pourra organiser une conférence vidéo, une fois par semaine, avec sa famille et lire des livres à ses enfants, dont il aura apporté des copies dans la Station.LABORATOIRE FLOTTANT Lorsqu\u2019il parle des expériences scienti- ?ques à mener dans l\u2019espace, David Saint- Jacques ne manque pas de souligner leur utilité sur Terre.« Je m\u2019intéresse particulièrement aux expériences de télémédecine et à la capacité d\u2019autonomie médicale.Je vois directement les retombées qui pourront servir aux communautés éloignées », indique-t-il en évoquant ses frustrations d\u2019avoir eu à envoyer les échantillons depuis le Nunavik jusqu\u2019à Montréal pour obtenir les résultats, une semaine plus tard.Un nouvel instrument, un bioanalyseur, lui permettra de traiter les échantillons sanguins presque en temps réel au cours de sa mission.Dans l\u2019espace, il mettra en place deux nouvelles expériences, Immuno Pro?le et Vascular Aging.La première aidera à comprendre l\u2019impact des missions sur l\u2019évolution du système immunitaire pendant les longs séjours à bord de la SSI, tandis que la seconde scrutera notamment les effets de l\u2019apesanteur sur le système cardiovasculaire.« Aller dans l\u2019espace nous fait vieillir un peu, même si on réussit à amoindrir les effets du voyage avec des exercices physiques quotidiens », indique David Saint-Jacques.Lorsque je lui parle de ses cheveux qui ont pris des teintes de gris depuis ses débuts dans le métier, avant même d\u2019aller dans l\u2019espace, il rappelle qu\u2019une dizaine d\u2019années ont passé.« Je crois que ce sont mes trois enfants qui ont fait ça », réplique-t-il, sourire en coin.À ces jeunes qui lui disent vouloir faire le même métier que lui, David répond sans hésiter : foncez, ce rêve est réalisable ! « Quand j\u2019étais enfant, je pensais que la carrière d\u2019astronaute était inaccessible, mais ce rêve m\u2019a servi de guide dans la vie.Je me demandais ce qu\u2019un astronaute ferait à ma place.Par exemple, pour bien s\u2019alimenter, est-ce qu\u2019il mangerait des biscuits ou des légumes ?Cela m\u2019a également motivé à rester en forme, à aller à l\u2019université, à devenir un explorateur et à apprendre des langues étrangères.Plus un rêve est grand, fou, incroyable, mieux c\u2019est ! » Quelques jours après la conférence de presse à Saint-Hubert, je rencontre David Saint-Jacques à nouveau lors d\u2019un événement organisé à Toronto.Il me redonne le cube argenté que je lui avais laissé.« Finalement, c\u2019était facile à faire ! » me lance-t-il, sans une once de suf?sance.Ce n\u2019est rien comparativement au plus grand dé?de sa vie qui arrive à grands pas.Si tout se passe comme prévu, le 20 décembre prochain, David Saint-Jacques devrait être là où il a toujours voulu être.Parmi les étoiles, l\u2019instant d\u2019une mission.lQS EXPLORATION SPATIALE LA MISSION EN BREF Expedition 58/59 durera six mois, du 20 décembre 2018 jusqu\u2019en juin 2019.David Saint-Jacques s\u2019envolera dans la capsule Soyouz aux côtés de l\u2019Américaine Anne McClain et du Russe Oleg Kononenko (qu\u2019on peut voir sur la photo ci-dessus).Ils décolleront de Baïkonour, au Kazakhstan.David Saint-Jacques est le onzième astronaute canadien de l\u2019histoire.Il est le neuvième à aller dans l\u2019espace et le troisième à y effectuer un long séjour, après Robert Thirsk et Chris Had?eld.G A G A R I N C O S M O N A U T T R A I N I N G C E N T E R P our explorer Mars, les Terriens n\u2019ont jamais lésiné sur les moyens.Au total, plus de 50 sondes ont été envoyées depuis les années 1960 pour orbiter autour de la planète rouge, la survoler ou s\u2019y poser.La dernière en date, InSight, doit d\u2019ailleurs y atterrir ?n novembre pour analyser la composition interne de notre voisine.En dépit de tous ces efforts, la question de l\u2019existence d\u2019une vie martienne, qui a taraudé des générations de scienti?ques, n\u2019est toujours pas élucidée.Certes, on n\u2019y a vu ni bonshommes verts ni microbes grouillants.D\u2019ailleurs, le professeur à l\u2019Université McGill Lyle Whyte n\u2019y croit plus tellement, depuis qu\u2019il a creusé le pergélisol des vallées sèches de l\u2019Antarctique, comparable au sol martien, en 2016.« On n\u2019y a trouvé aucun micro-organisme; donc, les chances sont minces », dit ce microbiologiste, spécialiste des environnements extrêmes.Une étude de l\u2019université d\u2019Édimbourg, publiée dans Scienti?c Reports en 2017, démontrait en outre que l\u2019omniprésence en surface de perchlorates, de puissants oxydants, combinée aux UV, a, sur les bactéries, un effet dévastateur pire que prévu.Cela ne veut pas dire que la planète n\u2019a jamais été «habitée».Les découvertes les plus récentes, notamment celles du robot Curiosity qui arpente le cratère Gale depuis 2012, laissent penser que Mars a déjà réuni des conditions propices à la vie.« Il y a trois ou quatre milliards d\u2019années, le climat y était plus chaud et plus humide, résume Jorge Vago, responsable scienti?que du projet ExoMars de l\u2019Agence spatiale européenne (ESA).Les conditions étaient plus ou moins identiques aux conditions terrestres.» M R A S Destination favorite des auteurs de science-?ction, Mars et ses Martiens ont alimenté bien des fantasmes.La planète a-t-elle hébergé la vie ?Les scienti?ques veulent avoir le ?n mot de l\u2019histoire.PAR MARINE CORNIOU EN AVOIR LE COEUR NET VIE SUR QUÉBEC SCIENCE 23 SEPTEMBRE 2018 L\u2019orbiteur TGO d\u2019ExoMars, lancé lors d\u2019une première phase en 2016, prend des clichés en couleur de la planète rouge.Cette photo, prise le 15 avril 2018, montre le bord du cratère de Korolev, rempli de glace, à côté du pôle nord martien.E S A / R O S C O S M O S / C A S S I S D\u2019où cette obstination des chercheurs à envoyer des instruments toujours plus performants, en orbite ou au sol, pour fouiller les moindres recoins du désert martien à la recherche de témoins de cette époque perdue.« On a désormais les capacités technologiques pour répondre à la question », af?rme Richard Léveillé, géochimiste à l\u2019Université McGill et ancien chercheur à l\u2019Agence spatiale canadienne.Il fait partie de l\u2019équipe scienti?que de Mars 2020, une mission de la NASA qui lancera un nouveau rover à l\u2019été 2020.« Curiosity cherchait à évaluer l\u2019habitabilité.Mars 2020 ira plus loin en cherchant des biosignatures », c\u2019est-à-dire des éléments qui ne pourraient être expliqués que par la présence, actuelle ou passée, de vie.Les Américains ne sont pas seuls dans la course.La sonde russo-euro- péenne ExoMars partira au même moment, avec l\u2019objectif principal de déceler des traces de vie passée.Les sites d\u2019atterrissage des deux rovers seront choisis cet automne.Parmi les candidats en lice, on trouve le fond d\u2019un ancien lac.Car, oui, il y a bel et bien eu de l\u2019eau liquide en abondance sur Mars, peu après sa formation.En 2015, une équipe internationale a même estimé, grâce à l\u2019étude de l\u2019eau présente dans l\u2019atmosphère résiduelle, que Mars avait déjà possédé un océan immense, recouvrant 19 % de sa surface.Un lac souterrain d\u2019eau liquide, vestige de cette période «bleue», a même été découvert en juillet 2018 sous la calotte glaciaire grâce à des analyses radar.Enfoui à 1,5 km sous terre, ce lac est probablement saturé de perchlorates, mais il laisse croire que la vie aurait pu se réfugier en sous-sol.Si jamais elle a eu le temps d\u2019apparaître\u2026 Combien de temps exactement ces conditions clémentes ont-elles persisté ?« C\u2019est ce qu\u2019on essaie de savoir en reconstituant l\u2019histoire climatique, en étudiant le terrain et les roches qui ont dû enregistrer cette évolution », précise Richard Léveillé qui travaille aussi sur le robot Curiosity qui escalade en ce moment le mont Sharp, situé au centre du cratère Gale, dans ce but.Selon des chercheurs danois, qui ont étudié la cristallisation des minéraux dans une météorite martienne, la croûte solide de Mars se serait formée beaucoup plus rapidement que celle de la Terre.« À peine 20 millions d\u2019années après la formation du Système solaire, Mars pouvait déjà être couverte d\u2019océans, et peut-être abriter la vie», notaient les auteurs dans Nature, en juin 2018.SECRETS ENFOUIS Mais comment trouver des indices d\u2019une vie qui s\u2019est peut-être éteinte il y a des milliards d\u2019années ?En creusant.C\u2019est du moins ce que suggère l\u2019équipe d\u2019ExoMars, dont le rover de 300 kg est équipé d\u2019une foreuse qui pourra descendre à 2 m de profondeur.Du jamais vu ! « Le problème avec la surface de Mars, c\u2019est qu\u2019il y a énormément de radiations qui détruisent les molécules organiques, indique Lyle Whyte, impliqué dans la sélection du site d\u2019atterrissage d\u2019ExoMars.À 1 m sous la surface, il y en a beaucoup moins.On a donc plus de chances d\u2019y trouver des acides aminés, du glucose, de l\u2019ADN, entre autres choses.» EXPLORATION SPATIALE « Si je devais investir dans une mission pour trouver la vie dans le Système solaire, je miserais sur les lunes de Saturne et de Jupiter », af?rme Lyle Whyte, exobio- logiste à l\u2019Université McGill, à Montréal.Une déclaration qui a de quoi surprendre, car ce spécialiste est impliqué dans la recherche de traces de vie sur Mars\u2026 Cela ne fait que re?éter l\u2019intérêt croissant des scienti?ques pour ces mondes lointains, situés pourtant bien au-delà de la zone « habitable » chauffée par le Soleil.Malgré une température de surface ne dépassant pas les -150 °C, plusieurs de ces lunes pourraient posséder, sous une croûte de glace de plusieurs dizaines de kilomètres d\u2019épaisseur, des océans liquides, chauffés par la force des marées et le volcanisme.« Alors que Mars présente des traces d\u2019eau ancienne, le Système solaire externe [NDLR : Jupiter et au-delà] regorge de destinations qui abritent encore aujourd\u2019hui de l\u2019eau liquide.C\u2019est extrêmement excitant, car il y existe peut-être des formes de vie en ce moment même ! » s\u2019enthousiasme Leigh Fletcher, astronome à l\u2019université de Leicester, au Royaume-Uni, et spécialiste des planètes géantes.Trois satellites de Jupiter, à savoir, Europe, Ganymède et Callisto, sont prometteurs, tout comme deux lunes de Saturne, Titan et Encelade.Comme beaucoup de leurs pairs, Leigh Fletcher et Lyle Whyte parient au premier chef sur Europe et Encelade, où des geysers d\u2019eau ont été détectés.De plus, ces lunes présentent des similitudes surprenantes avec notre planète bleue.« Elles ont tous les ingrédients nécessaires à la vie : des sources de nutriments et d\u2019énergie, ainsi que de l\u2019eau liquide; et l\u2019environnement y est stable depuis des lustres », explique M.Fletcher.Bonne nouvelle, ces destinations sont en?n à portée de sondes spatiales.Et deux fois plutôt qu\u2019une ! Dès 2022, deux missions mettront le cap vers Jupiter et ses lunes : JUICE (JUpiter ICy moons Explorer) de l\u2019Agence spatiale européenne, et Europa Clipper, de la NASA.Elles sont nées d\u2019un projet commun démarré il y a 10 ans.« JUICE se placera en orbite autour de Ganymède et étudiera Jupiter, Europe ainsi que Callisto en cours de route », détaille Leigh Fletcher qui fait partie de l\u2019équipe.Quant à Europa Clipper, elle « va survoler Europe 44 fois, descendant aussi bas que 25 km au-dessus de la glace, ce qui permettra peut-être d\u2019échantillonner QUÉBEC SCIENCE 24 SEPTEMBRE 2018 UNE VIE SOUS LA GLACE ?Les lunes glacées de Saturne et de Jupiter, soupçonnées d\u2019héberger de la vie, seront explorées d\u2019ici 2030.Le rover ExoMars ces geysers en vol », expliquait Elizabeth Turtle, lors d\u2019une conférence de presse de la NASA.Chercheuse à l\u2019université Johns Hopkins, dans le Maryland, elle est responsable de l\u2019imageur de la sonde.« Nous aurons aussi un radar capable de pénétrer la couche de glace pour con?rmer la présence d\u2019eau liquide », ajoute-t-elle.Encelade est pour sa part dans la ligne de mire de plusieurs investisseurs privés qui se disent prêts à travailler avec la NASA pour y envoyer rapidement une sonde.D\u2019autant qu\u2019en juin 2018, des chercheurs rapportaient dans la revue Nature la présence de grosses molécules organiques complexes dans les geysers de cette lune, détectées par le spectromètre de la sonde Cassini.« D\u2019ici 10 à 20 ans, on devrait avoir des réponses intéressantes », conclut Lyle Whyte, prêt à faire des in?délités aux microbes martiens.Marine Corniou Ces traces, même si elles ont été produites par des bactéries mortes depuis longtemps, ont des chances d\u2019être intactes.« Le sous-sol martien fonctionne comme un réfrigérateur optimal à une température moyenne constante de -60 ?C », ajoute Jorge Vago.Le hic, dit-il, c\u2019est que ces molécules organiques pourraient aussi bien être d\u2019origine biologique que d\u2019origine météoritique n\u2019ayant dans ce deuxième cas rien à voir avec la vie martienne.Dans ses rêves les plus fous, il espère donc que le rover détectera des roches de type stromatolites, formées par l\u2019activité de colonies bactériennes.C\u2019est pour dissiper tous les doutes que l\u2019équipe de Mars 2020 tentera de son côté une manœuvre incroyablement ambitieuse : celle de rapporter des échantillons de sol martien sur Terre avant 2030 \u2013 et donc avant qu\u2019une mission habitée soit envoyée là-bas.Le plan, appelé Mars Sample Return, est plutôt complexe.Le rover Mars 2020 en est le premier rouage : il collectera une trentaine de carottes de sol et les déposera dans un endroit sûr.Quelques années plus tard, un atterrisseur ira chercher les éprouvettes et les chargera sur un autre véhicule qui redécollera pour les placer en orbite.Finalement, un dernier engin récupérera le tout et le rapatriera sur Terre.« C\u2019est une mission qui est souhaitée depuis longtemps par la communauté scienti?que.Sur Terre, même avec les meilleurs instruments, il n\u2019est pas facile de voir les microfossiles dans des roches vieilles de 3,5 milliards d\u2019années.Beaucoup de chercheurs pensent que les instruments miniaturisés des rovers ne suf?ront pas à la tâche, et qu\u2019il faut ramener les roches.Cela dit, les vaisseaux ne sont pour l\u2019instant ni approuvés ni ?nancés », explique Richard Léveillé.Le projet est risqué et coûteux.Plusieurs scienti?ques remettent en question sa pertinence.« Mars 2020 prendra des échantillons à la surface, donc on risque de trouver la même chose que ce que Curiosity a déjà trouvé », commente, sceptique, Jorge Vago.Selon lui, le sous-sol martien est nettement plus intéressant.« Avec ses instruments de nouvelle génération, ExoMars a la capacité d\u2019y trouver quelque chose de révolutionnaire », assure-t-il.Une chose est sûre, Mars a peut-être été hospitalière, un jour, mais elle ne se laisse pas approcher si facilement.Jusqu\u2019ici, plus de la moitié des missions martiennes ont échoué en totalité ou en partie.Il n\u2019y a plus qu\u2019à croiser les doigts pour que les missions de 2020 nous éclairent en?n sur cette question.lQS Le satellite HOPE en construction Europe, candidate de choix pour la recherche de la vie DEUX AUTRES MISSIONS VERS MARS EN 2020 La Chine lancera une mission qui consistera en un orbiteur, un atterrisseur et un rover.L\u2019orbiteur tentera de repérer un site pour une éventuelle mission de collecte et de retour d\u2019échantillons.La mission HOPE, des Émirats arabes unis (une première), devrait placer une sonde en orbite martienne pour étudier l\u2019atmosphère.W W W .C P I K E .C O M N A S A / J P L - C A L T E C H / S E T I I N S T I T U T E QUÉBEC SCIENCE 26 SEPTEMBRE 2018 Il aura fallu quatre avions-cargos pour transporter tous les morceaux de la sonde BepiColombo des Pays-Bas, où elle a été construite, jusqu\u2019à son site de lancement en Guyane française.Depuis cinq mois, les ingénieurs des agences spatiales européenne (ESA) et japonaise (JAXA) s\u2019affairent à la préparer pour son périlleux voyage.La sonde massive, constituée d\u2019un propulseur et de deux satellites réunis, devrait décoller le 19 octobre pour un périple de sept ans.Destination : Mercure, la plus petite planète du Système solaire, grandement mystérieuse.« C\u2019est la mission la plus complexe jamais conçue par l\u2019ESA, déclarait le directeur scienti?que de l\u2019agence, Alvaro Gimenez, il y a un an, lors d\u2019une conférence de presse.Mercure est la planète rocheuse qui a été la moins explorée.Elle est très proche du Soleil, c\u2019est donc dif?cile de s\u2019y rendre et d\u2019y travailler ! » En effet, il faut une bonne dose de témérité (et un bon bouclier thermique) pour envoyer des instruments de pointe vers cette fournaise.« Sur Mercure, la température atteint 430 °C le jour, assez pour faire fondre certains métaux », illustrait alors l\u2019expert.Pour éviter de griller sur le trajet, la sonde sera protégée par une cinquantaine de couches de matériau isolant et ses grands panneaux solaires seront inclinés pour ne capter qu\u2019une lumière rasante qui alimentera les moteurs ioniques.Autre dé?: viser cette planète, à peine plus grosse que notre Lune, sans se faire happer par le Soleil.La gravité de notre étoile est si forte qu\u2019il faut plus d\u2019énergie pour placer une sonde en orbite autour de Mercure que pour envoyer une mission sur Pluton, pourtant située 60 fois plus loin ! Pour s\u2019approcher de sa cible, BepiCo- lombo va se servir de la force d\u2019attraction de la Terre, de Vénus et de Mercure elle- même, tournant au total neuf fois autour de ces « assistants gravitationnels » qui l\u2019aideront à modi?er sa trajectoire et à ralentir sans utiliser trop de carburant.PERCER LES SECRETS MERCURIENS Une fois arrivés au voisinage de Mercure en 2025, au terme d\u2019un parcours de 9 milliards de kilomètres, les deux satellites se sépareront l\u2019un de l\u2019autre et se positionneront sur deux orbites différentes.Si tout se passe bien, la mission durera de 1 à 2 ans, APPROCHER L\u2019exploration de Mercure est cruciale pour comprendre la formation du Système solaire.La sonde BepiColombo, qui décolle cet automne, part courageusement au front ! PAR MARINE CORNIOU EXPLORATION SPATIALE MERCRE U SANS SE BRÛLER LES AILES E S A \u2013 M .C O W A N jusqu\u2019à ce que les instruments succombent à la chaleur et aux rayonnements 10 fois plus intenses que sur la Terre.Le vaisseau japonais étudiera l\u2019environnement mercurien, son champ magnétique et les poussières en suspension.L\u2019orbiteur européen cartographiera la planète avec 11 instruments, recueillant des données sur la composition des roches et de l\u2019atmosphère.« Mercure, par sa position si proche de l\u2019étoile, est un morceau essentiel du puzzle qui nous permettra de comprendre la formation du Système solaire », expliquait lors de la conférence Johannes Benkhoff, responsable scienti?que du projet.La planète est d\u2019autant plus intéressante qu\u2019elle fait figure de vilain petit canard cosmique.En effet, beaucoup de ses propriétés révélées par les deux seules sondes qui s\u2019y sont aventurées, Mariner 10 (1974) et Messenger (2011), ne « collent » pas avec la théorie.D\u2019abord, elle est beaucoup plus dense que ce que laisse présager sa taille.« Ensuite, on pensait que son noyau était solidi?é, donc qu\u2019il n\u2019y avait pas de champ magnétique dynamique.Mariner 10 a démontré l\u2019inverse ! poursuivait M.Benkhoff.Mercure a aussi trop de gaz à sa surface par rapport à que ce que prévoit sa proximité avec le Soleil.[\u2026] Elle s\u2019est peut-être formée ailleurs qu\u2019à sa position actuelle et s\u2019est déplacée.On n\u2019en sait rien.» En?n, au fond des cratères jamais éclairés, la sonde Messenger a détecté\u2026 de la glace d\u2019eau ! « C\u2019était inattendu ! BepiColombo va pouvoir analyser les matériaux dans ces cratères, voir s\u2019il y a de la matière organique.Il y a aussi des taches étranges, blanchâtres, qui semblent récentes et qui nous intriguent.De quoi s\u2019agit-il ?De gaz ?Y a-t-il de l\u2019activité sur cette planète ?» se demande le chercheur.Mais à quelques semaines du départ, l\u2019heure est aux préoccupations plus terre à terre.« L\u2019intégration des différents modules dans la con?guration de lancement prend à elle seule plusieurs jours.Et comme les moteurs seront pleins de carburant, les manipulations avec la grue seront dangereuses, anticipe le responsable du projet, Ulrich Reininghaus.Une fois la sonde partie, le premier stress sera d\u2019attendre le signal qui dit que tout va bien.» Ce n\u2019est que quatre jours après le décollage que les équipes pourront souf?er\u2026 pendant sept ans, jusqu\u2019au réveil des deux orbiteurs.« Leur séparation sera l\u2019étape la plus angoissante ! Elle va requérir trois mois de manœuvres, qui seront un dé?constant pour les équipes opérationnelles », précise M.Reininghaus qui s\u2019inquiète déjà pour la « pression artérielle » de ses troupes.lQS DEUX ASTÉROÏDES EN LIGNE DE MIRE Les astéroïdes sont précieux pour les scienti- ?ques.Ils sont, en quelque sorte, des vestiges intacts de la matière première qui a permis la formation des planètes.Deux d\u2019entre eux livreront leurs secrets dans les mois qui viennent, grâce à deux missions parallèles, l\u2019une américaine et l\u2019autre japonaise.Après un voyage d\u2019environ deux ans, la sonde de la NASA OSIRIS-REx a quasiment atteint sa cible, l\u2019astéroïde Bénou.Elle devrait se placer en orbite autour de ce gros caillou de 500 m de diamètre d\u2019ici décembre.De son côté, la sonde japonaise Hayabusa2 est arrivée dans le voisinage de l\u2019astéroïde Ryugu, il y a quelques semaines à peine.Ces deux sondes prélèveront des échantillons et les rapporteront sur Terre, en utilisant des techniques différentes.Hayabusa2 larguera aussi un atterrisseur, MASCOT, qui aura 15 heures d\u2019autonomie pour faire le plus d\u2019analyses possible.Une fois le matériel récupéré (en 2020 pour la mission japonaise et en 2023 pour OSIRIS-REx), les scienti?ques des deux missions s\u2019échangeront des échantillons pour comparer les résultats.Un bel esprit de collaboration ! ULTIMA THULÉ, ULTIME FRONTIÈRE Lendemain de veille ou pas, les scienti?ques de New Horizons seront tous à leur poste le 1er janvier 2019.C\u2019est que cette sonde de la NASA lancée en 2006, qui a photographié Pluton en 2015, survolera ce jour-là un autre objet de la ceinture de Kuiper, 2014 MU69, rebaptisé Ultima Thulé par souci de clarté.« Notre sonde se dirige vers la limite des mondes connus [\u2026].Ce sera l\u2019exploration la plus lointaine jamais réalisée dans l\u2019histoire spatiale », a déclaré lors d\u2019une conférence en mars 2018 Alan Stern, chercheur principal pour la mission New Horizons.Ultima Thulé, découvert en 2014 par le télescope Hubble, est situé à plus de 40 fois la distance Terre-Soleil.URANUS ET NEPTUNE, LOINTAINES INCONNUES Elles sont si loin qu\u2019on en ignore tout, ou presque.Uranus et Neptune n\u2019ont reçu qu\u2019une brève visite des sondes Voyager, il y a plus de 30 ans.Depuis, aucune mission ne leur a été consacrée.Mais les scienti?ques n\u2019ont pas dit leur dernier mot.La NASA envisage d\u2019y envoyer des sondes dans les années 2030.Il faudra toutefois être patient; le voyage jusqu\u2019à Uranus durera au moins 12 ans\u2026 TITAN OU TCHOURY ?En décembre dernier, la NASA a dévoilé les deux ?nalistes de son programme d\u2019exploration planétaire New Frontiers : Dragon?y, un drone qui pourrait explorer Titan, une lune de Saturne, et Caesar, qui collecterait des échantillons de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, déjà visitée par Rosetta de 2014 à 2016.L\u2019agence tranchera à l\u2019été 2019 entre ces deux missions, dont le budget sera inférieur à un milliard de dollars.Départ prévu en 2025.VERS UNE AUTRE ÉTOILE 2069 : un siècle après le premier pas de l\u2019humain sur la Lune, une sonde décolle vers Alpha du Centaure, l\u2019étoile la plus proche de notre Soleil.Le scénario paraît loufoque ?Il est pourtant étudié \u2013 relativement \u2013 sérieusement par la NASA, qui l\u2019a présenté dans un congrès en décembre 2017.Le but : se rendre vers une exoplanète et, peut-être, y chercher des traces de vie.Mais soyons clairs, les technologies requises pour y parvenir (capables notamment de propulser un vaisseau à 10 % de la vitesse de la lumière) n\u2019existent pas encore.M.C.QUÉBEC SCIENCE 27 SEPTEMBRE 2018 AUTRES MISSIONS À SURVEILLER Dragon?y, un drone qui pourrait explorer Titan.N A S A QUÉBEC SCIENCE 28 SEPTEMBRE 2018 UTILE, LA RECHERCHE À BORD DE LA SSI?I L L U S T R A T I O N : M A E T I N P M QUÉBEC SCIENCE 29 SEPTEMBRE 2018 Des astronautes sont déjà allés sur la Lune; ils ont d\u2019ailleurs ramené plus de 385 kg de roches.Pourquoi donc y retourner ?Cette question fait toujours rire Ben Bussey, scienti?que en chef de l\u2019exploration à la division Advanced Exploration Systems de la NASA.« La surface de la Lune équivaut à celle de l\u2019Afrique, et nous n\u2019y avons visité que six endroits, très brièvement, pour jamais plus de trois jours, rappelle-t-il au bout du ?l, référant aux missions Apollo de 1969 à 1972.Ce serait comme d\u2019avoir visité l\u2019Ontario à quelques reprises et prétendre ensuite avoir \u201cfait\u201d tout le Canada ! » La Lune, notre si proche voisine à l\u2019échelle de l\u2019Univers (380 000 km), est encore une inconnue à bien des égards.Particulièrement sa face cachée, ce côté qui ne se dévoile jamais à la Terre.Mais ses secrets pourraient bientôt nous être livrés, car, après l\u2019avoir un peu délaissée, les agences spatiales ont à nouveau les yeux tournés vers elle, motivées par l\u2019entrée en piste de joueurs comme la Chine et l\u2019Inde.C\u2019est sans compter les projets privés, comme ceux de l\u2019entreprise SpaceX, qui veulent atteindre la Lune aussitôt que possible.En clair, les étoiles s\u2019alignent et le rover chinois Yutu, en opération sur le sol lunaire depuis 2013, aura bientôt des copains (voir l\u2019encadré à la page 32).Outre les missions robotisées, les agences spatiales (Chine, Russie, Europe et États-Unis), ainsi que les entreprises, pensent aux missions habitées, quelque part entre 2025 et 2030.« Rien ne peut battre un observateur présent sur place.Les yeux sont un instrument incroyable quand vient le temps d\u2019analyser l\u2019environnement », estime Ben Bussey.Bernard Foing, directeur du International Lunar Exploration Working Group (forum qui réunit les agences spatiales du monde entier), imagine même déjà un village à la fois robotique et humain sur la Lune \u2013 et il est très sérieux.« Il y aura des laboratoires pour travailler, des habitations pour vivre, des véhicules pour se déplacer, dit l\u2019as- trophysicien rattaché à l\u2019Agence spatiale européenne.À partir de 2025, il y aura des missions à la surface, de courtes durées au départ, qui pourront être prolongées grâce aux ressources lunaires autour de 2030.» Demain, quoi ! Dans ce contexte, l\u2019Agence spatiale canadienne (ASC) espère se tailler une place.« Le Canada n\u2019a pas de lanceurs, évidemment, donc on travaille avec nos partenaires internationaux pour fournir des technologies clés, uniques et avancées, qui nous donneront un rôle visible, explique Gilles Leclerc, directeur général de l\u2019exploration spatiale à l\u2019ASC.La première contribution serait de fournir un bras robotique pour la station orbitale lunaire [Lunar Orbital Platform-Gateway, EXPLORATION SPATIALE LNE U DE LA Une deuxième conquête de la Lune se prépare, 50 ans après les premiers pas humains sur l\u2019astre sélène.Qu\u2019allons-nous apprendre cette fois-ci ?PAR MÉLISSA GUILLEMETTE LES FACES CACHÉES QUÉBEC SCIENCE 30 SEPTEMBRE 2018 I L L U S T R A T I O N : D U S H A N M I L I C QUÉBEC SCIENCE 31 SEPTEMBRE 2018 proposée par la NASA], parce que ce sera l\u2019étape initiale du retour vers la Lune.Mais on étudie aussi d\u2019autres solutions technologiques : les rovers et les télécommunications spatiales.» Le Canadian Lunar Research Network, qui regroupe au pays tous les chercheurs intéressés par la Lune, a d\u2019ailleurs été relancé cette année, grâce à l\u2019intérêt de l\u2019ASC.« Étant donné qu\u2019il paraît extrêmement probable que la prochaine destination majeure de l\u2019humanité sera la Lune, il y a lieu de raviver tout l\u2019aspect scienti?que.On ne veut pas que ce soit perçu comme une autre course, un retour à la Lune pour simplement y marcher », ajoute Gilles Leclerc.LA SCIENCE, UNE PRIORITÉ ?Évidemment, tous ces efforts dirigés vers le plus poétique des cailloux n\u2019ont pas seulement la science pour but.Il y a des raisons économiques et politiques, une volonté de « conquérir » l\u2019Univers, également.« Si on demandait à 10 personnes de 10 agences spatiales quelles sont les motivations derrière ces missions, on obtiendrait probablement 10 réponses différentes.Mais j\u2019aime penser que la science est en tête de liste », dit Gordon Osinski, professeur à la Western University, en Ontario, qui a participé à la rédaction d\u2019un rapport sur les éventuelles opportunités scienti?ques permises par l\u2019exploration humaine pour l\u2019International Space Exploration Coordination Group, qui regroupe 15 agences spatiales.Car d\u2019un point de vue scienti?que, la Lune a encore beaucoup à nous apprendre.On a beau la scruter depuis des lustres avec des satellites ou des télescopes, elle reste nimbée de mystère.Pour nous en convaincre, Brett Denevi, professeure à l\u2019université Johns Hopkins, nous invite à « googler » « Ina », une petite structure d\u2019origine volcanique.Les images captées par le Lunar Reconnaissance Orbiter Camera (LROC), un instrument pour lequel elle est l\u2019investigatrice en chef adjointe et qui est actuellement en orbite autour de la Lune, montrent une zone de 1,9 km sur 2,9 km aux motifs irréguliers, comme un gruyère particulièrement généreux en trous.« C\u2019est vraiment très bizarre\u2026 » admet-elle.C\u2019est que l\u2019apparence d\u2019Ina \u2013 et des quelque 70 autres sites lunaires à son image \u2013 laisse penser qu\u2019elle existe depuis moins de 100 millions d\u2019années.Pourtant, en théorie, le volcanisme sur la Lune devrait avoir cessé il y a plus de 1 milliard d\u2019années, EXPLORATION SPATIALE >>DES MISSIONS À SURVEILLER OCTOBRE 2018 Chandrayaan-2 (Inde) Consiste en un orbiteur et un rover qui étudieront la topographie et la composition de l\u2019astre.DÉCEMBRE 2018 SpaceIL (Israël) Un petit engin, issu d\u2019une initiative privée, se posera sur la Lune pour y faire des photos, des vidéos et en mesurer le champ magnétique.Chang\u2019e-4 (Chine) Un rover circulera pour la première fois sur la face cachée de la Lune.2019 Chang\u2019e-5 (Chine) Récoltera les premiers échantillons lunaires depuis 1976.SLIM (Japon) Un atterrisseur léger et ultra précis se posera dans le cratère Marius.2020 Exploration mission 1 (États-Unis) Testera la capacité du vaisseau Orion à faire le tour de la Lune avant de revenir sur Terre (sans équipage).2022 Exploration mission 2 (États-Unis) Un équipage à bord d\u2019Orion partira neuf jours pour faire le tour de la Lune et revenir.2020 À 2030 Chang\u2019e 6 (Chine) Rapportera d\u2019autres échantillons lunaires.Lunar Orbital Platform- Gateway (proposé par la NASA, soutenu à l\u2019international) Déploiement d\u2019une station spatiale orbitant autour de la Lune.Chang\u2019e 5 Exploration mission 2 Ina, une dépression irrégulière repérée sur la Lune par l\u2019équipage d\u2019Apollo 15.Son origine et son âge font débat.N A S A / G S F C / A R I Z O N A S T A T E U N I V E R S I T Y QUÉBEC SCIENCE 33 SEPTEMBRE 2018 période où les scienti?ques estiment que l\u2019astre s\u2019est complètement refroidi.« Ces structures sont-elles réellement si jeunes ?Comment se sont-elles formées ?Y a-t-il eu des activités explosives ?Des effondrements ?Se rendre sur place pour faire du travail géologique de terrain serait la meilleure façon de tirer ça au clair.» Ça et toute l\u2019histoire du volcanisme lunaire, qui reste à éclaircir.Brett Denevi, qui a corédigé le rapport Advancing Science of the Moon publié en 2018 par la NASA pour établir ses priorités, s\u2019intéresse également à l\u2019eau lunaire.Son existence a été con?rmée, il y a seulement 10 ans, par des instruments en orbite.La professeure est coinvestigatrice pour Sha- dowcam, un appareil 500 fois plus sensible que le LROC, et qui fera des photos des endroits toujours à l\u2019ombre, près des pôles, en 2020 (à bord d\u2019un orbiteur coréen).« Il pourra cartographier les différences de ré?ectance de la surface liées au givre ou à la glace pour déterminer les régions que les futures missions devront explorer.» D\u2019autres facettes de la Lune attendent encore d\u2019être explorées, comme ces souterrains détectés grâce à un système radar près des collines Marius par une équipe japonaise et américaine, en 2017 (con?rmant des données obtenues précédemment en étudiant le champ gravitationnel de la même région).Ces canaux feraient des dizaines de kilomètres de long et quelques kilomètres de large ! Dans leur article publié par Geophysical Research Letters, les chercheurs écrivent que ces tunnels formés dans la lave pourraient « potentiellement servir d\u2019abri sécuritaire pour les humains et les instruments ».Des roches collectées dans ces souterrains seraient intéressantes à analyser, puisqu\u2019elles pourraient avoir emprisonné des composés volatils.Mais retourner sur la Lune est aussi essentiel pour répondre à des questions fondamentales concernant l\u2019histoire du Système solaire.Car, comparativement aux planètes, dont la Terre, elle est un bijou d\u2019archivage.Il faut dire qu\u2019il ne s\u2019y passe pas grand-chose (pas d\u2019érosion, de vent, de tectonique des plaques comme sur notre planète).La théorie plus souvent acceptée par la communauté scienti?que veut que la Lune se soit formée à la suite d\u2019une collision entre la Terre et un objet de la taille de Mars quelque 100 millions d\u2019années après la formation du Système solaire.Des débris de cet « impacteur » auraient ?ni par fusionner en tournant autour de la Terre pour constituer la Lune, quoique les scienti?ques n\u2019en sont plus certains (voir l\u2019encadré ci-dessus).L\u2019astre de la nuit est donc un vestige précieux qui pourrait nous apporter des informations introuvables sur Terre.« Au Canada, nous sommes chanceux d\u2019avoir encore quelques vieilles roches, mais pratiquement aucune n\u2019a plus de 4 milliards d\u2019années, explique Gordon Osinski.Puisque le Système solaire a environ 4,5 milliards d\u2019années, nous n\u2019avons pas d\u2019informations sur les premiers 500 millions d\u2019années, et c\u2019est la période même où les planètes se sont formées, où elles ont constitué leur atmosphère et leurs océans, et où la vie a peut-être pu émerger sur Mars ou ailleurs.» Les roches rapportées par Apollo ne suf?sent pas, car elles proviennent toutes de la face visible de la Lune et de son équateur.Il faudrait plus de diversité pour assouvir la curiosité des scienti?ques.D\u2019ailleurs, s\u2019il pouvait choisir où poser le prochain rover, le professeur Osinski opterait pour le bassin pôle sud-Aitken, une dépression de 2 500 km de diamètre et de 13 km de profondeur formée à la suite d\u2019une collision avec un objet céleste.Il s\u2019agit du plus grand cratère d\u2019impact connu >> FLOU AUTOUR DE L\u2019ORIGINE DE LA LUNE Les compositions isotopiques de la Lune et de notre planète semblent trop similaires pour cadrer avec l\u2019hypothèse de l\u2019impact géant, qui veut que notre satellite se soit formé à partir des débris d\u2019une planète ayant foncé sur la Terre au tout début du Système solaire.Les scienti?ques essaient donc de trouver un scénario qui pourrait expliquer l\u2019existence du duo Terre-Lune.L\u2019un des derniers en date vient de l\u2019université de Californie à Davis et a été publié dans le Journal of Geophysical Research \u2013 Planets en février 2018.La professeure Sarah Stewart et son étudiant Simon Lock ont suggéré qu\u2019un impact a bien eu lieu entre deux planètes, mais que le résultat a été une espèce de «beigne» de matière vaporisée tournant à folle vitesse, appelé «synestesia», duquel la Lune se serait détachée.Ce beigne serait ensuite devenu notre Terre.Le débat n\u2019est pas près de se conclure, toutefois.Le concept de «synestesia», un beigne de matière vaporisée.S I M O N L O C K QUÉBEC SCIENCE 34 SEPTEMBRE 2018 dans le Système solaire et la composition chimique du sol, évaluée par des orbiteurs, semble très différente des échantillons déjà rapportés.Gordon Osinski était impliqué dans le projet Moon Rise, un concept de mission robotisée destinée à l\u2019étude du fameux bassin, mais il n\u2019a pas obtenu le ?nan- cement de la NASA.« Ça demeure un site très important pour la communauté scienti?que.On sait que la jeune Lune, la jeune Terre et le reste du Système solaire ont connu beaucoup d\u2019impacts, mais on se demande s\u2019il n\u2019y aurait pas eu un pic il y a 3,8 à 4 milliards d\u2019années », un pic qui aurait créé les grands bassins lunaires.Pas moyen d\u2019étudier tout cela sur Terre, car les traces de ce possible cataclysme ont été effacées.LES MOYENS POUR QUELLE FIN ?René Racine, professeur émérite de l\u2019Université de Montréal, est critique des missions sur la Lune, surtout le concept de village lunaire.Ce scienti?que a pourtant adoré l\u2019époque Apollo, alors qu\u2019il débutait sa carrière académique.« J\u2019étais excité en tant qu\u2019humain, mais pas en tant qu\u2019astronome », précise-t-il.Il souligne qu\u2019aucune mission de conquête spatiale n\u2019a reçu de prix Nobel.« Pourtant, ces projets sont ?nancés comme aucun autre.Le public est victime de tout ça; c\u2019est lui qui paie.Ce sont les sondes spatiales qui ont fait avancer la science depuis 50 ans, bien plus que les missions habitées », dit-il.De nombreux astronomes et astrophysi- ciens partagent l\u2019analyse de René Racine.Ben Bussey, de la NASA, pense que ces objections sont nées du programme Apollo qui, à l\u2019époque de la guerre froide, semblait avoir des visées plus politiques que scientifiques.« Ces missions ont néanmoins permis de faire beaucoup de science, et ça continue, car on a des instruments toujours plus performants pour analyser les échantillons de roches lunaires, par exemple.Je pense que la science jouera un plus grand rôle dans les missions à venir, car, dès leur plani- ?cation, les sites d\u2019atterrissage seront déterminés par l\u2019intérêt scienti?que.» Chose certaine, nous serons tous devant nos écrans si ces missions, qui nous promettent la Lune, se concrétisent réellement.lQS EXPLORATION SPATIALE Fou d\u2019info?Recevez gratuitement l\u2019édition papier du samedi pendant 4 semaines.LeDevoir.com/samedigratuit LE JOURNALISTE KARL RETTINO-PARAZELLI PHOTO : JACQUES NADEU, LE DEVOIR >> UN SAVOIR PERDU ?Pour renvoyer des humains sur la Lune, plusieurs dé?s techniques devront être relevés.Il faut souligner qu\u2019il n\u2019existe plus de lanceur ayant fait ses preuves pour envoyer des équipages au-delà de la Station spatiale internationale.Mais la NASA y travaille, avec son Space Launch System qui doit être testé en 2020 sans équipage.Des entreprises privées mettent aussi l\u2019épaule à la roue.Leur tâche est d\u2019autant plus complexe qu\u2019ils ne peuvent pas compter sur les vétérans d\u2019Apollo.« Ces gens ne travaillent plus, souligne Gordon Osinski, professeur à la Western University, en Ontario.Ils ont écrit des rapports, mais ce n\u2019est pas pareil.» Le professeur José Azaña et son équipe de l\u2019INRS ont développé une approche totalement novatrice qui permet de camoufler un objet éclairé par une lumière à large spectre.Leur avancée, publiée dans la prestigieuse revue Optica, pourrait mener à des applications en télécommunications et en sécurité informatique.Des chercheurs de l\u2019INRS créent une cape d\u2019invisibilité L\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) est le seul établissement au Québec dédié exclusivement à la recherche et à la formation aux cycles supérieurs.INRS.CA EXPLORATION SPATIALE ESPACE INC.\u201d Depuis des décennies, des entreprises privées construisent des fusées, des navettes et des stations spatiales pour les grandes agences gouvernementales.Toutefois, le secteur privé veut maintenant voler de ses propres ailes.SpaceX, Orbital ATK et Blue Origin, entre autres, se livrent à une course folle a?n de décrocher des contrats et d\u2019attirer les investisseurs.Le capitalisme se met à l\u2019espace.PAR ALEXIS RIOPEL L\u2019entreprise Rockwell est retenue par la NASA pour construire le Space Transportation System (STS), qui comprend la navette, le réservoir et les propulseurs.Cette même compagnie avait fabriqué le module de commande utilisé lors du programme Apollo.L\u2019une des navettes du STS, Challenger, aussi conçue par Rockwell, explose peu après le décollage, tuant les sept membres d\u2019équipage.Le Pegasus, d\u2019Orbital Sciences Corporation (aujourd\u2019hui Orbital ATK), devient le premier lanceur entièrement développé par le secteur privé à envoyer des satellites en orbite.Importante hausse du nombre de satellites de télécommunication mis en orbite.Les lanceurs appartiennent à des agences spatiales, des compagnies privées ou des partenariats public-privé.Le premier billionaire au monde sera la personne qui arrivera à exploiter du minerai d\u2019astéroïdes riches en métaux.\u2013 L'astrophysicien, Neil deGrasse Tyson, 20 avril 2015 1972 1986 1990 1997 TOP 5 CALTECH 2,4 milliards BOEING 2 milliards LOCKHEED MARTIN 1,4 milliard ORBITAL ATK 1 milliard SPACEX 1 milliard Les plus gros contractants de la NASA pour l'année ?scale 2017 l La Falcon Heavy de SpaceX devient la plus grosse fusée en service.l Le président américain Donald Trump annonce son intention de céder la SSI au privé en 2024.l Boeing et SpaceX devraient faire voler des astronautes d\u2019ici la ?n de l\u2019année.Les deux ?rmes doivent faire six missions habitées chacune vers la SSI entre 2019 et 2024.2018 \u201c QUÉBEC SCIENCE 36 SEPTEMBRE 2018 (Montants totaux facturés à la NASA, en dollars US.) I L L U S T R A T I O N S : D U S H A N M I L I C Nous sommes une nation de pionniers, et la prochaine frontière des États-Unis sera l\u2019espace.[\u2026] Nous y retournons.Et nous avons une grande détermination de la part du secteur privé \u2013 peut-être particulièrement du secteur privé.\u2013 Donald Trump, 30 juin 2017, qui annonçait un retour sur la Lune, sans donner plus d\u2019argent à la NASA.\u201c \u201d l Les fusées de Blue Origin et de SpaceX atterrissent verticalement après des voyages dans l\u2019espace.C\u2019est le début des fusées entièrement réutilisables.l Une mise à jour légale établit le droit des entreprises américaines d\u2019extraire et de prendre possession de ressources dans l\u2019espace.D\u2019autres pays emboîteront le pas.l Plus de 200 000 personnes signi?ent leur intérêt pour aller sur la planète rouge dans le cadre de la colonie Mars One.Toutefois, le sérieux de ce projet, initié par le privé, est mis en doute.Le tourisme spatial fait rêver les milliardaires.Blue Origin (Jeff Bezos, fondateur d\u2019Amazon) et Virgin Galactic (Richard Branson) proposent d\u2019amener des voyageurs dans l\u2019espace suborbital.Le millionnaire américain Dennis Tito est le premier touriste de l\u2019espace.Il se rend à la SSI à bord d\u2019une fusée Soyouz de l\u2019agence spatiale russe.Le Québécois Guy Laliberté fera de même en 2009.Mise en orbite de la Station spatiale internationale (SSI).Après 135 vols, la NASA retire du service sa ?otte de navettes.La capsule Dragon de SpaceX ravitaille pour la première fois la SSI.La capsule Cygnus de Orbital ATK y arrivera en 2013.1998 2000 2001 2003 La navette spatiale Columbia se désintègre lors de son entrée dans l\u2019atmosphère.L\u2019équipage entier périt lors de l\u2019accident.C\u2019est le début de la ?n pour le programme des navettes de la NASA.La NASA sollicite le secteur privé pour ravitailler la SSI quand les navettes prendront leur retraite.SpaceX et Orbital ATK signent des contrats avec l\u2019agence en 2008.Lancement du concours Google Lunar XPrize, une course vers la Lune pour les joueurs privés.Il prendra ?n en 2018 sans gagnant.L\u2019attention des investisseurs se tourne vers l\u2019exploitation des ressources de l\u2019espace.Les américaines Deep Space Industries et Planetary Ressources promettent d\u2019aller récolter de l\u2019or, du platine et de l\u2019eau sur des astéroïdes.L\u2019eau pourrait servir à produire du carburant dans l\u2019espace.2006 2007 2010 2011 2012 2015 QUÉBEC SCIENCE 38 SEPTEMBRE 2018 CRISE DE L'EAU Depuis quelques mois, le spectre d\u2019un apocalyptique « Jour zéro » plane sur Le Cap, ce jour où les réserves d\u2019eau potable seront à sec.Les habitants de cette ville d\u2019Afrique du Sud concertent leurs efforts pour éviter le pire.Par Sylvie St-Jacques LE CAP À SEC J O E L R E D M A N / I N S T I T U T E Les étés ont tendance à être secs, au Cap.Mais, en ce mois de mars 2018 qui marque la ?n de la saison chaude, la spectaculaire ville d\u2019Afrique du Sud, photographiée des milliers de fois pour ses jardins ?euris et ses collines verdoyantes, déploie une désolation désertique.Piscines vides, pelouses jaunies, végétation morte sur la montagne de la Table, désinfectant pour les mains dans les toilettes publiques où les robinets sont condamnés, etc.Le manque d\u2019eau se manifeste partout où le regard se pose.Même dans la salle de bain de notre auberge de Somerset West.Une chaudière pour récupérer l\u2019eau grise a été déposée sous le pommeau de douche avec, bien en vue, l\u2019inscription « Deux minutes maximum ».« Ma ?lle Amy me demandait hier si elle allait pouvoir prendre un bain bientôt.J\u2019ai dû lui répondre que non, pas avant longtemps », se désole Janet Lubbe, la propriétaire des lieux.Depuis janvier dernier, les quelque 3,8 millions de Capétoniens ont complètement révisé leur consommation d\u2019eau courante.Ils ont pris au sérieux l\u2019avertissement de la mairesse Patricia De Lille qui a évoqué la fermeture complète des robinets dans l\u2019éventualité où un plan draconien d\u2019économie d\u2019eau n\u2019était pas appliqué.Résilients, les résidants de la Mother City se sont mis au régime sec pour respecter la nouvelle limite de consommation d\u2019eau de 50 L par jour et par personne : réduction du temps passé sous la douche, abaissement de la pression dans les tuyaux, service du souper dans des assiettes de carton, même dans les grands restaurants, et activation de la chasse de la toilette une seule fois par jour.Depuis février 2018, des amendes mensuelles de 5 000 à 10 000 rands (entre 500 et 1 000 $) menacent les foyers qui dépassent leur allocation en eau.La ville a même publié une « Liste de la honte » pour exposer au grand jour les excès des usagers délinquants du système municipal ! Résultat, le jour où les réserves d\u2019eau potable seront à sec \u2013 baptisé « Jour zéro » \u2013 prévu d\u2019abord pour avril 2018, ne devrait pas survenir avant 2019.La ville du Cap utilise ces jours-ci moins de la moitié de l\u2019eau qu\u2019elle consommait en 2015, soit 529 millions de litres par jour (contre 1,2 milliard de litres), comme le rapporte le site d\u2019information mis à jour quotidiennement par la ville.Mais, pour échapper au fameux Jour zéro, la consommation quotidienne devra être réduite à 450 millions de litres par jour (résultat d\u2019un régime à 50 L par personne).Un tour de force; rappelons que le Canadien moyen consomme à lui seul 330 L d\u2019eau par jour.LES RÉSERVOIRS ONT SOIF Pourquoi Le Cap, une ville d\u2019abondance et possédant quantité de sources d\u2019eau, a-t-elle atteint ce point critique ?Une partie de la réponse repose au fond du Theewaterskloof, un immense réservoir niché dans les montagnes à une centaine de kilomètres à l\u2019est, dans la ville de Fransch- hoek.En temps normal, le réservoir fournit un peu plus de la moitié de l\u2019eau dont Le Cap a besoin.En garant notre voiture en bordure du Theewaterskloof, nous constatons le désastre : ce qui était, il y a deux ou trois ans, un vaste lac d\u2019eau claire est devenu un désert sablonneux, vidé à 90 %.Les autres réservoirs qui alimentent le réseau municipal sont à peu près dans le même état.En 2014, soit bien avant que la crise ne commence, des chercheurs de l\u2019Institute for Security Studies, Steve Hedden et Jakkie Cilliers, mettaient en garde les décideurs du pays contre la surexploitation de la ressource.« Si la demande en eau continue d\u2019excéder les réserves, les QUÉBEC SCIENCE 39 SEPTEMBRE 2018 Les résidants du Cap sont au régime sec : la consommation individuelle d'eau est limitée à 50 L par jour, par personne.Au même moment, un Canadien moyen consomme à lui seul 330 L d'eau par jour. QUÉBEC SCIENCE 40 SEPTEMBRE 2018 ressources d\u2019Afrique du Sud continueront d\u2019être surexploitées.Cela aura des conséquences sérieuses sur la résilience environnementale des écosystèmes aquatiques et sur la ?abilité des réserves en eau pour la consommation humaine », écrivaient-ils dans une étude modélisant divers scénarios pour le futur.Les conséquences imaginées dans leur étude se sont ?nalement manifestées en accéléré.Depuis 2015, la température moyenne en Afrique du Sud a augmenté de 1°C.Au Cap, les pluies se sont raré?ées au cours de la même période, alors que la demande en eau de la population a explosé, notamment à cause des investisseurs immobiliers, des migrants à la recherche d\u2019un travail, des touristes en quête de splendeurs et des snowbirds venus d\u2019Europe.Ce que vit la ville peut être quali?é de « sécheresse hydraulique », créée par un déséquilibre entre la demande et les réserves d\u2019eau disponibles, indique Mark New, directeur du African Climate and Development Initiative, à l\u2019université du Cap.Dif?cile de déterminer si Le Cap a déjà traversé une telle sécheresse.« Certains prétendent qu\u2019il faut remonter en 1850 pour trouver une situation similaire où, pendant au moins trois ans, les précipitations ont été aussi faibles », con?e le chercheur que nous rencontrons dans le quartier Newlands, non loin d\u2019une source publique où des centaines de citoyens font chaque jour la ?le pour remplir des bidons de 25 L.Les restrictions imposées sur la consommation courante poussent les citoyens à trouver d\u2019autres sources que leur robinet pour éviter les amendes.Et certains Capétoniens, malgré les efforts de dissuasion de la ville à cet égard, font des réserves d\u2019eau en prévision du pire.Mark New nous fait voir un tableau statistique des dernières décennies, qui illustre comment les cycles climatiques ont changé et rendent les prédictions météo dif?ciles.« Sur le plan mondial, 2017 a été reconnue comme l\u2019année la plus chaude de l\u2019histoire.Dans le passé, nous avons vu des périodes de trois ou quatre ans où les pluies étaient rares dans la région du Cap, mais ce n\u2019était jamais aussi grave qu\u2019en ce moment.À l\u2019heure actuelle, nous essayons de comprendre comment le réchauffement climatique in?uence de tels phénomènes.» EN ATTENDANT LA PLUIE Pour échapper au sombre destin du Jour zéro et retrouver sa nature luxuriante, Le Cap a surtout besoin de beaucoup de pluie.En réalité, la région aurait besoin d\u2019au moins trois hivers de précipitations plus élevées que la normale pour réhydrater ses sols et remplir ses réservoirs.Et même si les Capétoniens jubilaient d\u2019être arrosés par des averses abondantes au début de l\u2019hiver 2018 (qui correspond à notre été), ce qui a eu pour effet d\u2019élever le niveau d\u2019eau des réservoirs à une capacité de 30 %, d\u2019autres problèmes pointent.« Entre-temps, plusieurs endroits ont été brûlés par des feux de brousse.Et les premières pluies pourraient générer de l\u2019érosion et des glissements de terrain », prédit Mark New.Toute la société est en crise.« On se retrouve à un point où l\u2019économie est fragilisée et les taux de chômage sont en hausse », observe le géologue sud-africain Anthony Turton qui accuse la municipalité du Cap d\u2019être responsable d\u2019une gestion dé?ciente.Ce professeur à l\u2019université de l\u2019État- Libre estime que, à l\u2019avenir, la ville doit implanter un ensemble de solutions pour soutenir ses réserves, en plus de compter sur les efforts des individus.Le géologue prône une meilleure récupération des eaux, un peu à l\u2019image de la ville de Perth, en Australie, qui a implanté des systèmes sophistiqués de réutilisation des eaux d\u2019égout.Anthony Turton milite aussi en faveur de projets de dessalement de l\u2019eau de mer, qui, d\u2019ailleurs, commencent à voir le jour au Cap.Rappelons que la ville offre une magni?que vue sur deux océans ! En revanche, tous ces foreurs qui percent le sol à qui mieux mieux et trouent l\u2019aquifère l\u2019inquiètent au plus haut point.Ils creusent des puits profonds pour les citoyens bien nantis désireux de se déconnecter du réseau municipal a?n d\u2019arroser leur pelouse à leur guise.L\u2019eau souterraine n\u2019est pourtant pas une solution durable.« À un moment, la demande va excéder les réserves », tranche M.Turton.Pour Jodie Miller, géologue à l\u2019uni- CRISE DE L'EAU Le Cap a besoin d'au moins trois hi la normale pour réhydrater ses « W I L L E M V A N Z Y L / I S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 41 SEPTEMBRE 2018 versité de Stellenbosch, cette ruée vers les ressources souterraines hypothèque gravement les réserves d\u2019eau et les écosystèmes humides du Cap.« Avec autant de trous de foreurs, je me dis qu\u2019on est en train d\u2019assécher le sous-sol.Ce n\u2019est pas soutenable », dit la chercheuse en géochimie isotopique, qui s\u2019intéresse à la situation de l\u2019eau au Cap depuis 2008.Non loin des vignobles invitants et des demeures cossues avides d\u2019eau, il y a Khayelitsha, Langa, Gugulethu, des townships où les habitants vivent sans eau courante ni toilette à la maison.Même s\u2019ils constituent le quart de la population du Cap, les résidants de ces quartiers informels ne consomment que 4,5 % de l\u2019eau du système municipal.« Pour plusieurs Capétoniens, chaque jour est un Jour zéro », explique Jodie Miller qui précise que, dans l\u2019éventualité d\u2019un véritable régime sec, les robinets des townships ne seront pas fermés.« Les risques de transmission de maladies y seraient beaucoup trop élevés dans ces endroits », indique la scienti?que, qui a installé un système d\u2019économie d\u2019eau à sa maison de Paarl, dans la région métropolitaine du Cap, où elle vit avec ses deux ?llettes, son mari et le chien de la famille.MENACE GLOBALE Des villes comme São Paulo et Brasilia, au Brésil, et Gaborone, au Botswana, ont aussi traversé des crises similaires dans les dernières années, résultat de sécheresses sévères, ainsi que d\u2019infrastructures et de gestion inadéquates.Au printemps dernier, la plupart des robinets de la ville de Shimla, en Inde, n\u2019ont pas pu donner une seule goutte d\u2019eau pendant 15 jours.Une situation sans précédent.« Non seulement manquer d\u2019eau potable nuit à la santé humaine, mais cela peut aussi impacter l\u2019activité économique, déclencher des con?its et chasser les gens de chez eux », énonce un rapport de janvier 2018 du Forum économique mondial.Le Forum classe d\u2019ailleurs la crise de l\u2019eau au cinquième rang des plus grands risques pour les 10 prochaines années, derrière les armes de destruction massive, les événements climatiques extrêmes, les catastrophes naturelles et l\u2019échec de l\u2019adaptation aux changements climatiques.Des mégapoles comme Mexico et même Londres seraient susceptibles de vivre un Jour zéro, en cas de faibles pluies et d\u2019une gestion dé?ciente de la ressource.Le cas de l\u2019Afrique du Sud fascine d\u2019ailleurs la planète entière; il a fait les manchettes un peu partout.Si les efforts d\u2019économie d\u2019eau des citoyens ont permis au Cap de se soustraire au Jour zéro pour le moment, il faut dire que d\u2019autres facteurs ont contribué à ce sursis.Un important don d\u2019eau \u2013 10 milliards de litres \u2013 d\u2019un groupe de fermiers de la province du Cap-Occidental a permis de donner un répit à la ville.Il reste à voir si la crise se résorbera.Et si les villes du monde entier en tireront des leçons.lQS À gauche, le réservoir de Theewaterskloof, vidé à 90%.En temps normal, il fournit un peu plus de la moitié de l'eau dont le Cap a besoin.Ci-contre, des centaines de citoyens font la ?le chaque jour devant des sources publiques pour remplir des bidons de 25 Lis hivers de précipitations plus élevées que er ses sols et remplir ses réservoirs.» L A P R E S S E C A N A D I E N N E / A P P H O T O / B R A M J A N S S E N PHYSIOLOGIE LE CORPS, F ranchir 125 km dans les montagnes de Charle- voix est un bon défi pour une randonnée d\u2019une semaine, mais aux yeux de certains athlètes d\u2019endurance, le parcours se boucle en moins d\u2019une journée ! Ce type de course extrême a le vent en poupe.Rien qu\u2019au Québec, on retrouve désormais quatre courses en sentier de plus de 100 km, alors qu\u2019il n\u2019y en avait aucune il y a tout juste cinq ans.En Amérique du Nord, le nombre d\u2019ultra-ma- rathons \u2013 des courses de plus de 42,2 km \u2013 a bondi de 183 à 1 473 entre 2000 et 2016, selon le site spécialisé ultrarunning.com.Les ultra-coureurs prolifèrent au même rythme : uniquement en 2017, ils sont plus de 79 000 à avoir complété des courses extrêmes, dont 12 059 ont couvert un parcours de 160 km (presque 4 marathons), note-t-on sur le site de référence realendurance.com.Une distance qui donne le tournis, mais qui ne suf?t pas pour certains.Pendant le Tor des Géants, une course disputée en Italie, les athlètes parcourent 335 km et la succession CONÇUE POUR LA COURSE UNE MACHINE QUÉBEC SCIENCE 42 SEPTEMBRE 2018 Des adaptations physiologiques apparues il y a plus de 2 millions d\u2019années démontrent que l\u2019humain a évolué pour courir.Aujourd\u2019hui, les coureurs d\u2019endurance misent sur ces capacités pour repousser leurs limites.Par Guillaume Roy Q U I N O A L / U N S P L A S H AR } roe a à + 17, 4 - w : f F 7, + \u2019 A L 7 cal \\ [4 p f CON « a Fi = En oatser * ; 2 C LJ y AA ! {i CS LD > ¥ Ji \u2018 sé # =, - h : S 2 23 Ee any.5 QUÉBEC SCIENCE 44 SEPTEMBRE 2018 d\u2019ascensions équivaut à un dénivelé positif de 24 000 m, soit environ trois fois l\u2019Everest.Pour le commun des mortels, courir l\u2019équivalent de plusieurs marathons quotidiennement, en montagne, pendant des jours peut paraître surhumain.« Avec de l\u2019entraînement, certaines personnes peuvent supporter l\u2019inconfort très longtemps, car la fatigue touche moins les muscles que le système nerveux pendant une course d\u2019endurance », dit Guillaume Millet, physiologiste de l\u2019exercice à l\u2019université de Calgary (il sera à l\u2019Université de Lyon à compter de septembre), qui étudie l\u2019effet de la fatigue sur les athlètes.Il n\u2019y a pas que des athlètes surentraînés qui y parviennent.En Inde, un gamin de 4 ans a franchi 60 km en 7 heures, alors qu\u2019une jeune Chinoise de 8 ans a couru 65 km par jour pendant 55 jours, cite en exemple Guillaume Millet.Une étude publiée dans Frontiers in Physiology en avril 2018 a d\u2019ailleurs démontré que le pro?l métabolique et la capacité de récupération des enfants est similaire à ceux des athlètes de haut niveau, voire parfois supérieur ! L\u2019humain serait-il fait pour la course ?C\u2019est ce que pense le paléoanthropologue Daniel E.Liberman qui étudie le fonctionnement de l\u2019organisme et la façon dont il a évolué depuis plusieurs millions d\u2019années.« Les coureurs d\u2019ultra-marathon ne sont pas surhumains; ils ne font que repousser les limites de la course d\u2019endurance », soutient-il.Selon lui, les premiers représentants du genre Homo ont acquis cette résistance incroyable, et les propriétés biomécaniques qui la sous- tendent, il y a plus de 2 millions d\u2019années.« Lorsque les premiers primates sont devenus bipèdes, il y a 4,4 millions d\u2019années, ils sont devenus lents et vulnérables », note celui qui dirige le département de biologie humaine évolutive à l\u2019université Harvard.Mais l\u2019évolution a rebattu les cartes en sélectionnant les individus les mieux adaptés à l\u2019activité de chasse et de cueillette.« Parmi les traits sélectionnés, outre la coopération et de plus gros cerveaux, il y a la course.C\u2019est d\u2019ailleurs une des clés pour comprendre l\u2019évolution de la structure du corps humain, car on retrouve plusieurs caractéristiques qui ne servent qu\u2019à cette activité », assure Daniel E.Liberman.Prenez le talon d\u2019Achille.C\u2019est un ressort très ef?cace pour courir, mais il n\u2019apporte aucun bénéfice biomécanique pour la marche.Idem pour la cambrure du pied.« Ces adaptations, qui agissent comme des ressorts, permettent de stocker près de 50 % de l\u2019énergie nécessaire lorsqu\u2019on court et cette énergie est restituée à chaque foulée », remarque le chercheur qui, en collaboration avec le biologiste Dennis Bramble, a rédigé le premier article scienti?que sur l\u2019importance de la course dans l\u2019évolution humaine, lequel a été publié par Nature en 2004.Quand on se compare au chimpanzé, notre plus proche cousin chez les primates, on constate plusieurs autres différences physiologiques, ajoute Daniel E.Liberman qui a publié, depuis, une dizaine d\u2019études portant sur le sujet, ainsi que le livre The Story of the Human Body, en 2013.Nos orteils sont plus courts pour éviter de les briser en courant et nos jambes sont plus longues pour nous permettre de faire de grandes foulées.Et nous avons de grosses fesses.« Le grand fessier, qui connecte les jambes au bassin, sert à stabiliser le corps, et on l\u2019utilise seulement lorsque l\u2019on court », soutient-il.Des épaules plus basses et l\u2019apparition du ligament nuchal (au niveau du cou) font aussi partie des adaptations majeures qui permettent de stabiliser la tête pendant la course.CHASSEURS ENDURANTS C\u2019est pour échapper aux prédateurs, mais surtout pour nourrir leur clan, que les hominidés du genre Homo sont peu à peu devenus de vraies machines de course.« Tous les carnivores doivent courir pour attraper leur proie, poursuit Daniel Lieberman.Je ne vois pas pourquoi les humains feraient exception.» Pas facile, toutefois, de rattraper une gazelle, un cerf ou un zèbre lors d\u2019un sprint.Sans armes (les premières lances n\u2019étant apparues qu\u2019il y a 400 000 ans), nos ancêtres ont donc misé sur une redoutable tactique : la chasse à l\u2019épuisement ! Le plan consistait à courir longtemps après un animal pour le PHYSIOLOGIE « Les coureurs d\u2019ultra-marathon ne sont pas surhumains; ils ne font que repousser les limites de la course d\u2019endurance.» \u2013 Le paléonthologue Daniel E.Liberman À 1h30 le matin, 120 coureurs reçoivent les instructions des organisateurs avant d\u2019entamer le parcours de 125 km de l\u2019Ultra- Trail Harricana qui s\u2019est tenu à l'automne 2017 dans Charlevoix.G U I L L A U M E R O Y QUÉBEC SCIENCE 45 SEPTEMBRE 2018 faire surchauffer jusqu\u2019à ce qu\u2019il s\u2019écroule.Car le fait de courir génère beaucoup de chaleur et « si la chaleur est produite plus rapidement qu\u2019elle n\u2019est dissipée, la température du corps augmente », a expliqué David R.Carrier, un biologiste pionnier dans l\u2019évolution de la morphologie humaine, dans une étude sur le sujet publiée par Current Anthropology en 1984.En pourchassant l\u2019animal à l\u2019heure la plus chaude de la journée, ce dernier est rapidement incommodé et cherche à s\u2019arrêter dès que possible pour abaisser sa température corporelle en haletant.En suivant les traces laissées par la bête, le chasseur peut toutefois traquer sa proie pendant plusieurs heures, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait trop chaud pour continuer.Et c\u2019est justement parce que l\u2019humain, lui, a une capacité unique lui permettant d\u2019éviter la surchauffe qu\u2019il est gagnant à ce jeu-là.« Nous suons plus par unité de surface que n\u2019importe quelle autre espèce, grâce à des glandes sudoripares qui n\u2019ont pas d\u2019équivalent dans le monde animal », soutient David R.Carrier.Et contrairement à la plupart des animaux, nous n\u2019avons presque pas de poils.« De plus, alors que les quadrupèdes doivent respirer une fois par enjambée, car leurs poumons sont comprimés pendant la course, l\u2019humain, bipède, peut respirer plus librement lorsqu\u2019il court, favorisant l\u2019apport d\u2019oxygène dans le corps », ajoute le biologiste.Toutes ces adaptations ont permis à l\u2019homme de pratiquer la chasse à l\u2019épuisement pendant des millénaires jusqu\u2019à la ?n du XXe siècle, alors que plusieurs peuples autochtones, comme les Bushmen en Afrique australe, les Tarahumara au Mexique, les Navajos aux États-Unis ou les aborigènes d\u2019Australie, chassaient encore des proies ainsi.Cette technique a d\u2019ailleurs été documentée par l\u2019anthropologue Louis Liebenberg qui a participé à plusieurs chasses à l\u2019épuisement dans le désert du Kalahari dans les années 1980 et 1990.Aujourd\u2019hui, la pratique est de plus en plus rare, car l\u2019utilisation de fusils a changé la donne, mais cette extraordinaire endurance n\u2019a pas disparu pour autant.Mieux, on en repousse sans cesse les limites.Dans le quartier Queens, à New York, des coureurs complètent la 3100 Mile Race (4 989 km) en 52 jours, en faisant 5 649 tours d\u2019un pâté de maisons près de Central Park.D\u2019octobre 2009 à octobre 2010, le coureur français Serge Girard est allé encore plus loin en parcourant la distance de 27 012 km en un an, soit l\u2019équivalent de 74 km par jour ! Quelle distance quotidienne le corps humain peut-il ainsi tolérer ?« Difficile à dire », répond le physiologiste Guillaume Millet, car notre cerveau nous protège contre nos propres excès et chaque personne réagit différemment à la fatigue.Les deux seules limites réelles sont le manque de sommeil et la chaleur, ajoute M.Millet, car ils peuvent causer des hallucinations, un manque de jugement et ultimement la mort.Quoi qu\u2019il en soit, nous aurions probablement tous intérêt à renouer avec le coureur qui sommeille, sous les couches de civilisation moderne, en chacun de nous.« Nous ne sommes génétiquement pas faits pour être sédentaires », martèle Guy Thibault, directeur des sciences du sport à l\u2019Institut national du sport du Québec.Et nul besoin de franchir des distances inimaginables pour béné?cier des effets de la course, car en plus d\u2019améliorer le système musculo-squelettique, l\u2019activité physique agit comme un antidépresseur, réduit le stress et facilite le sommeil.Prêts à chausser vos espadrilles ?lQS DES FEMMES BIONIQUES ?Les femmes sont moins fatiguées sur le plan musculaire après une course d\u2019endurance, selon les données recueillies lors d\u2019une étude réalisée après l\u2019Ultra-Trail du Mont-Blanc, une course de 166 km dans les Alpes françaises.« Les femmes sont soit plus résistantes à la fatigue, soit elles gèrent mieux leur niveau de fatigue que les hommes », commente le physiologiste de l'exercice Guillaume Millet, avant d\u2019ajouter que davantage de recherche est nécessaire pour mieux comprendre les mécanismes. QUÉBEC SCIENCE 46 SEPTEMBRE 2018 É té 2007, les algues bleues envahissent les plans d\u2019eau de la province, dont le lac et la rivière Saint-Charles, au nord de la ville de Québec.L\u2019année suivante, la municipalité adopte un règlement pour protéger sa source d\u2019approvisionnement en eau potable.Désormais, les citoyens vivant près du cours d\u2019eau doivent laisser une bande végétale de 10 m à 15 m de largeur le long de la berge a?n qu\u2019elle agisse comme un ?ltre naturel.Privés de la jouissance de leur terrain, les résidants sont en furie : c\u2019est de l\u2019expropriation déguisée, allèguent-ils devant les tribunaux.L\u2019affaire Wallot, du nom du meneur du groupe de plaignants, chemine jusqu\u2019en Cour d\u2019appel du Québec.En 2011, celle-ci rejette la contestation des citoyens et con?rme le jugement de première instance de la Cour supérieure : le règlement de la ville de Québec est valide.Dans le jugement, un passage retient tout particulièrement l\u2019attention de Stéphanie Roy, aujourd\u2019hui doctorante en droit administratif à la faculté de droit de l\u2019Université Laval.« On peut y lire que la ville de Québec, comme toutes les municipalités, a un rôle déterminant et incitatif à jouer en matière de protection de l\u2019environnement.On parle entre autres de responsabilité grandissante en ce domaine », souligne l\u2019avocate de 30 ans.L\u2019air de rien, ces propos sont révolutionnaires : ils laissent entendre que l\u2019État pourrait occuper un rôle plus important à titre de protecteur de l\u2019environnement.L\u2019affaire Wallot, que la Cour suprême a refusé d\u2019entendre en 2012, constitue d\u2019ailleurs une des pierres d\u2019assise des travaux de Stéphanie Roy, qui portent sur la notion d\u2019État ?duciaire.« Selon cette théorie, la nature est un bien que l\u2019État doit gérer, par souci éthique, dans l\u2019intérêt de la collectivité.Les béné?ciaires de cette ?ducie comprennent les générations actuelles, mais aussi futures, puisque ces dernières vont payer le prix de nos décisions actuelles », explique la récipiendaire d\u2019une des 15 bourses 2017 de la Fondation Pierre Elliot Trudeau, remises chaque année à des doctorants en sciences humaines et sociales.L\u2019État doit-il défendre la nature ?Stéphanie Roy consacre sa thèse de doctorat à un remodelage du rôle de l\u2019État en matière de protection de l\u2019environnement.CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC L O U I S E B I L O D E A U QUÉBEC SCIENCE 47 SEPTEMBRE 2018 Les devoirs de l\u2019État Pour celle qui a grandi au bord de la rivière Montmorency, être dehors est une seconde nature \u2013 elle ne manque d\u2019ailleurs jamais une occasion de s\u2019y évader pour pratiquer la randonnée pédestre ou le ski de fond.Sans surprise, sa sensibilité face aux questions environnementales s\u2019est transportée dans ses intérêts de recherche.Elle a d\u2019ailleurs consacré sa maîtrise, au début des années 2010, à la responsabilité civile en cas de déversement d\u2019hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent.À l\u2019époque, le gisement Old Harry, sur la frontière maritime entre les provinces de Québec et de Terre-Neuve, fait les manchettes.« Il y avait un intérêt pour exploiter ce gisement.Parallèlement, plusieurs communautés qui dépendent du ?euve et du golfe pour leur survie, comme celle des Îles-de-la-Madeleine, s\u2019inquiétaient des conséquences d\u2019un potentiel déversement », se souvient Stéphanie Roy.Une question la turlupine alors : qu\u2019arriverait-il aux victimes si un tel scénario devait survenir ?Seraient-elles dédommagées pour les torts subis ?La réponse, qu\u2019on peut lire dans son mémoire publié sous le titre La responsabilité civile en cas de déversement d\u2019hydrocarbures : l\u2019exemple Old Harry aux Éditions Yvon Blais, a de quoi décevoir.« En gros, il y a un risque de sous-indemnisation des victimes.La loi et le régime de règlement dont nous disposons ne sont pas suf?sants », résume la juriste.Les ponts avec son doctorat, débuté en 2015, sont dès lors jetés; si le cadre juridique actuel en matière de protection de l\u2019environnement est dé?cient, rien n\u2019empêche d\u2019en mettre un meilleur de l\u2019avant.Pour ce faire, Stéphanie Roy base sa ré?exion sur des écrits qui remontent jusqu\u2019aux années 1970, période à laquelle des auteurs américains avaient élaboré des pistes de solution au problème de la pollution, fondées sur la théorie d\u2019un État ?duciaire \u2013 l\u2019idée a continué à faire son chemin, sans toutefois être importée au Canada.En outre, elle recourt à une abondante jurisprudence pancanadienne (comme l\u2019affaire Wallot) qui, sans s\u2019appliquer spéci?quement à cette théorie, permet néanmoins de déterminer quels sont les devoirs de l\u2019État en matière d\u2019environnement.« Au ?nal, ce raisonnement me permettra de décrire ses obligations de loyauté, de reddition de compte, et ainsi de suite », fait valoir la jeune femme qui est aussi bénévole au Centre québécois du droit de l\u2019environnement.Une doctrine au poids lourd À terme, ces travaux seront vraisemblablement repris dans de vraies causes, pense Pierre Lemieux, professeur à la faculté de droit de l\u2019Université Laval et directeur de thèse de Stéphanie Roy.« Certains auteurs prétendent déjà, en vertu du droit non écrit (common law), que les obligations environnementales de l\u2019État en droit sont la traduction de devoirs ?duciaires.La thèse de Stéphanie, comme doctrine, va en quelque sorte donner du poids à ce raisonnement », af?rme-t-il.Que sa protégée soit boursière d\u2019une des plus prestigieuses fondations du Canada n\u2019étonne pas du tout l\u2019avocat spécialiste en droit administratif : « Le sujet de sa thèse est avant-gardiste.Il n\u2019a jamais été traité au Québec ni au Canada.Il faut à la fois être une excellente chercheuse et juriste pour s\u2019attaquer à un si gros morceau.» lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion R.Q.: Quelles sont les dif?cultés de mener un tel projet si avant-gardiste ?S.R.: Le plus grand dé?, à mon avis, est de présenter des solutions qui soient concrètement applicables \u2013 et non théoriques \u2013 et qui tiennent compte des caractéristiques de nos systèmes politique et économique.Si je souhaite que ce que je propose soit attrayant pour les gouvernements, les avocats et les juges, et mène à de vraies réformes, je dois aussi m\u2019assurer que cela respecte la réalité de la pratique du droit, et considérer le point de vue des personnes, au sein du gouvernement, ayant été amenées à gérer des problèmes environnementaux, par exemple.R.Q.: Que représente la bourse que vous avez obtenue dans le développement de votre carrière ?S.R.: Cette bourse, en plus du soutien ?nancier, me permet de faire partie d\u2019une communauté de chercheurs et de mentors provenant de différents milieux et d\u2019avoir l\u2019occasion d\u2019échanger avec eux plusieurs fois par année.En plus de me donner l\u2019occasion d\u2019enrichir mes ré?exions et de confronter mes idées, être membre de cette communauté m\u2019a permis de tisser des liens avec des personnes impliquées dans le domaine de l\u2019environnement au Canada, ce qui facilite la création de projets communs et d\u2019initiatives interdisciplinaires.Bref, les opportunités qui se présentent à moi se sont multipliées.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/RQuirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.NDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC C H R I S T I N N E M U S C H I QUÉBEC SCIENCE 48 SEPTEMBRE 2018 ÉCOUTER Comme sur Mars Aimeriez-vous savoir à quoi ressemble la dynamique entre 6 étrangers isolés pendant 365 jours dans un dôme avec comme seule fenêtre sur le monde extérieur un accès Internet limité à Wikipédia et aux courriels ?Il vous faut alors plonger dans The Habitat, un balado qui documente l\u2019une des simulations de mission sur Mars menée par la NASA sur un champ de lave d\u2019Hawaï.Six cobayes ont accepté de s\u2019enrôler dans cette folle expérimentation.Flirts, ennui, disputes : The Habitat raconte leur quotidien au ?l de sept demi-heures passionnantes, en utilisant les enregistrements fournis par l\u2019équipage et des archives sonores de « vraies » missions spatiales.On constate à quel point envoyer des humains sur Mars est une opération complexe, et que l\u2019imprévisibilité d\u2019une telle entreprise est l\u2019une des variables les plus dif?ciles à contrôler.The Habitat, sept épisodes de 30 minutes, en anglais.gimletmedia.com/the-habitat.V O I R Le Canada compte plus de 4 000 sites d\u2019art rupestre.Si la plupart de ces « galeries d\u2019art » en plein air sont méconnues du public, cinq d\u2019entre elles sont désormais accessibles.Les curieux pourront découvrir les gravures millénaires sans mettre le bout du nez dehors, grâce à l\u2019exposition virtuelle Des images dans la pierre, présentée par le Musée de la civilisation, et réalisée en partenariat avec l\u2019Université du Québec à Montréal et la ?rme Akufen.En plus du site à pé- troglyphes de Qajartalik, au Nunavik, le public a également accès à celui de Kejimkujik, en Nou- velle-Écosse, de Pepesha- pissinikan, au Québec, d\u2019Áísínai\u2019pi (ou Writing-on-Stone), en Alberta, ainsi que de K\u2019ak\u2019awin (ou Sproat Lake), en Co- lombie-Britannique.« Le but était de montrer la richesse et la diversité de ce patrimoine, explique Jean Tanguay, chargé de recherche du Musée de la civilisation.De démontrer que tout un univers de croyances, de références à des êtres mythologiques a survécu jusqu\u2019ici.» L\u2019exposition rassemble des images des sites, récoltées notamment par l\u2019utilisation d\u2019un drone, ainsi que des entrevues avec des chercheurs et des membres des communautés autochtones.Des images dans la pierre s\u2019intéresse ainsi autant aux aspects scienti?ques liés à ces sites qu\u2019aux systèmes de croyances des communautés qui les ont créés.Le tout est doublé de matériel pédagogique que pourront utiliser les enseignants du primaire et du secondaire pour révéler ce trésor culturel aux jeunes.Un héritage à découvrir, un thé du Labrador à la main, sans craindre de déplacer le moindre caillou.Exposition virtuelle Des images dans la pierre, dès septembre 2018, sur le site web du Musée de la civilisation www.mcq.org et celui du Musée virtuel du Canada www.museevirtuel.ca.De l\u2019art solide comme le roc C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Illustrations gravées d'un navire à voiles et de deux personnages que l\u2019on croit être des Mi\u2019gmaq.L'un d'eux porte des vêtements militaires européens et est armé d\u2019un sabre.Ces gravures se trouvent à Kejimkujik, en Nouvelle-Écosse.Plus bas: Áísínai\u2019pi (le parc provincial Writing-On-Stone, en Alberta) a toujours été un lieu sacré pour les Niitsítapi (Pieds-Noirs).On y retrouve des images d'art rupestre comme celle-ci.La particularité du paysage environnant contribue à renforcer le caractère sacré du site.I M A G E R E H A U S S É E .P H O T O : © B R I A N L E I G H M O L Y N E A U X A K U F E N .© M U S É E D E L A C I V I L I S A T I O N LIRE La force du mental Passer 30 jours, en solitaire, dans chacun des 4 milieux les plus extrêmes de la planète, c\u2019est le dé?que s\u2019est lancé l\u2019explorateur franco-suisse Christian Clot dans son projet Adaptation.Il a notamment traversé un désert iranien, plombé par des températures de 70 °C, ainsi que les monts de Verkhoïansk, en Sibérie, où la température à l\u2019intérieur de sa tente a atteint un brutal -55 °C.Son livre Au cœur des extrêmes raconte les dé?s de cette incroyable aventure qu\u2019il a entreprise a?n de tester les capacités d\u2019adaptation de l\u2019être humain.Ça se lit comme un roman, mais dans le confort de ses pantou?es; le lecteur manque de souf?e au même rythme que l\u2019explorateur, lorsque ce dernier repousse les limites de l\u2019endurance et affronte la peur ainsi que l\u2019isolement.Il nous enseigne au passage que l\u2019humain n\u2019est pas fait en guimauve.Au cœur des extrêmes, Christian Clot, Éditions Robert Laffont, 306 p.Succomber au pouvoir d\u2019attraction Si nous avons les roses, le parfum, le rhythm and blues et la blanquette de Limoux pour créer une ambiance propice à la séduction, les animaux ont eux aussi tout un attirail pour courtiser leur partenaire, offrant des sérénades, exécutant des pas de danse et af?chant leurs plus belles couleurs.Mais sur quoi se base la loi de l\u2019attraction dans le règne animal ?Le cerveau des bêtes a-t-il développé un sens de l\u2019esthétique ?Dans A Taste for the Beautiful : the Evolution of Attraction, le chercheur américain Michael J.Ryan montre que les animaux perçoivent non seulement les odeurs, mais aussi la symétrie et l\u2019esthétique de constructions dignes des meilleures ?rmes d\u2019architectes.Les oiseaux, les insectes, les mammifères et les poissons ont une perception de la beauté qui n\u2019est, au ?nal, pas si éloignée de la nôtre.A Taste for the Beautiful : the Evolution of Attraction, par Michael J.Ryan, Princeton University Press, 208 p.Un demi-million de Canadiens est atteint d\u2019alzheimer, une maladie qui affecte la mémoire, et dont l\u2019évolution sur plusieurs années chamboule l\u2019univers de l\u2019entourage du malade.Dans le documentaire radio Fais ce qui est le mieux pour moi \u2013 une série pour apprivoiser la maladie d\u2019Alzheimer, réalisée par le journaliste Philippe Marois, l\u2019animatrice Marie-France Bazzo s\u2019intéresse à cette maladie dont sa mère est atteinte.Elle a rencontré des scienti?ques, des spécialistes, des proches aidants et a recueilli un grand nombre de bouleversants témoignages révélant vulnérabilité et bonté.Au ?l des quatre épisodes, elle nous entraîne dans les divers stades de dégénérescence.Un documentaire éclairant et rempli de ressources, dans lequel Marie-France Bazzo se livre en toute intimité.Elle réussit à faire ressortir l\u2019amour de toutes ces histoires crève-cœur.Fais ce qui est le mieux pour moi \u2013 une série pour apprivoiser la maladie d\u2019Alzheimer, sur les ondes d\u2019ICI Radio-Canada Première, à partir du 28 septembre, 21h, et les trois vendredis suivants : 5, 12, 19 octobre, même heure.É C O U T E R Contrairement à ce qu\u2019en disent les mauvaises langues, il n\u2019y a pas que du béton en ville ! Toute une faune peuple les arbres devant les quadruplex et les dessous de balcon des jumelés.La cohabitation n\u2019est pas toujours des plus faciles entre les humains et leurs petits voisins à poils comme les écureuils, les ratons et les mouffettes.Pour démysti?er ces animaux qui habitent si près, mais qui nous sont si étrangers, l\u2019émission Louis et la faune urbaine propose d\u2019accompagner Louis Larose et son équipe qui observent les nuisances animales dans un contexte urbain.Parfait pour devenir moins bête devant la nature.Louis et la faune urbaine, en ondes les jeudis 19h30, dès le 6 septembre, à UnisTV.Rats des villes REGARDER L\u2019alzheimer, de l\u2019intérieur La science lue Galilée, Einstein, Oliver Sacks, Fernand Seguin et autres Hubert Reeves se partageront la scène lors du spectacle Du big bang à la double hélice présenté par le Festival international de littérature de Montréal.En fait, ils prendront la parole par le biais de leurs écrits qui seront livrés par nulle autre que la voix radiophonique du journaliste et auteur Yanick Villedieu.On pourra observer le lien étroit unissant la science et la littérature, car, à travers l\u2019énergie nucléaire, l\u2019astrophysique ou l\u2019ADN, ces grands scienti?ques racontaient et expliquaient le monde dans des textes émouvants, dérangeants et parfois même drôles.Du big bang à la double hélice, 22 septembre 20 h, au Théâtre Outremont, www.festival-?l.qc.ca.Louis Larose J A C Q U E S R O B E R T P H I L I P P E M A R O I S QUÉBEC SCIENCE 49 SEPTEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE 50 SEPTEMBRE 2018 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME Un concours pour les classes, les jeunes et les adultes Une présentation du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada Journée nationale Je lis la science ! 20 septe mbre 2018 Le 20 septembre, les jeunes, les adultes et les classes des écoles primaires et secondaires canadiennes sont invités à consacrer un moment de la journée à des lectures scientifiques : \u2022 livre documentaire \u2022 magazine de vulgarisation scientifique \u2022 roman de science-fiction \u2022 BD sur un thème scientifique \u2022 biographie d\u2019un chercheur \u2022 etc.Détails du concours et inscriptions : www.jelislascience.com Cinq prix d\u2019une valeur de 500 $ chacun pour les classes Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les jeunes Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les adultes Plus de 4 500 $ de livres et magazines Prix à gagner et de l\u2019Amérique Au cœur du Québec Organisé par : En collaboration avec : Participez en classe ou à la maison Voir clair dans le rôle de l\u2019eau Percer les secrets des interactions entre l\u2019eau et les écosystèmes pour mieux conserver le territoire ?Une idée brillante."]
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