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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Octobre-Novembre 2018, Vol. 57, No. 3
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2018, Collections de BAnQ.

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[" Au Québec, seule une fraction de nos rebuts sont recyclés OÙ VONT NOS DÉCHETS ÉLECTRONIQUES?QUEBEC SCIENCE OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 OCTOBRE-NOVEMBRE 2018 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 0 6 5 3 8 7 > ET SI L\u2019AVENIR DE CHACUN SE JOUAIT DANS L\u2019UTÉRUS ?+ LE ROBOT QUI FAIT DU RISOTTO ET AUTRES TECHNOS ÉTONNANTES ONT NOS DÉCHETS CTRONIQUES?U UÉBEC, SEULE UNE FRACTION DE NOS REBUTS EST RECYCLÉE LE PHYSICIEN QUI A PERDU LE NOBEL NOS ENFANTS SONT-ILS EN SANTÉ À LA NAISSANCE ?Pour voir notre animation : tout-petits.org/naissance Offrons aux parents le soutien nécessaire au développement optimal de nos tout-petits : \u2022 Aide alimentaire \u2022 Environnements facilitant l\u2019allaitement \u2022 Soutien inancier et accompagnement des familles vulnérables 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Polémique Par Jean-François Cliche 11 Technopop Par Catherine Mathys | 12 Je doute donc je suis Par Normand Baillargeon 48 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 LES ANTIQUITÉS DE LA MÉDECINE Le Musée médical Maude Abbott révèle comment les étudiants en médecine étaient formés aux 19e et 20e siècles.8 ÉTATS-UNIS: LES SCIENTIFIQUES SE LANCENT EN POLITIQUE Un nombre record d\u2019entre eux se présentent aux élections de mi-mandat.10 GARE AU CANNABIS QUI TRAÎNE ! Quel seront les effets de la légalisation du pot sur les tout-petits, qui ont l\u2019habitude de tout porter à leur bouche?11 SOMMES-NOUS PRÊTS POUR CANDIDA AURIS ?Ce pathogène inquiétant sème la pagaille dans les hôpitaux.14 LE NOBEL FAIT MAL À LA PHYSIQUE La quête du prestigieux prix décourage les expériences innovantes, estime un éminent cosmologiste.47 LA CHIMIE DE NANCY DÉZIEL Depuis plus de 25 ans, cette femme de tête crée des ponts entre les chercheurs et les entreprises a?n de faire progresser la science et l\u2019innovation.EN COUVERTURE Où vont nos déchets électroniques?Que deviennent les cellulaires obsolètes et les vieux téléviseurs envoyés au recyclage?En voulant les suivre, nous avons découvert un programme de récupération bien rodé, mais critiqué pour son manque de transparence; des matières toxiques complexes à traiter; un réseau parallèle de recycleurs qui échappe à tout contrôle; et des exportations illégales.Tout un écosystème nourri par notre surconsommation.SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE OCTOBRE-NOVEMBRE 2018 26 17 6 40 34 REPORTAGES 17 Des technos qui étonnent et détonnent Portrait de sept jeunes pousses québécoises dont les inventions laissent bouche bée.34 Et si l\u2019avenir de chacun se jouait dans l\u2019utérus?Ce qu\u2019une femme enceinte se met sous la dent, l\u2019air qu\u2019elle respire et même ses émotions in?uencent le développement de son futur bébé, et la santé de l\u2019adulte qu\u2019il deviendra.40 Vivre au bord des changements climatiques Dans le delta du Bengale, en Inde, la montée des eaux et les tempêtes erratiques chamboulent la vie des habitants.Parmi les solutions qui s\u2019imposent : migrer.Chaque Canadien produit environ 20,4 kilos de déchets électriques et électroniques par année.C O U V E R T U R E : N I K M I R U S QUÉBEC SCIENCE 4 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 C \u2019est plus fort que moi : chaque fois que je lis une nouvelle sur l\u2019oligopole de l\u2019édition scienti?que, je soupire de découragement.Comment, en 2018, peut-on encore tolérer que la diffusion des découvertes soit tributaire d\u2019une poignée d\u2019entreprises qui engrangent des milliards de dollars en exploitant le labeur des scienti?ques ?D\u2019une main, cette industrie demande aux chercheurs de lui fournir des articles et d\u2019en assurer la révision de façon bénévole; de l\u2019autre main, elle étrangle les bibliothèques universitaires en leur réclamant des sommes exorbitantes pour s\u2019abonner aux périodiques savants.C\u2019est sans compter le modèle très coûteux des revues « hybrides », une parade ingénieuse des éditeurs qui, sans sacri?er leurs pro?ts, se donnent l\u2019apparence de souscrire au libre accès ?un mouvement qui prône depuis 30 ans la diffusion gratuite, immédiate et permanente des publications scienti?ques.En effet, les journaux hybrides reçoivent un double revenu : l\u2019abonnement et des « frais de publication supplémentaires » versés par les chercheurs qui veulent mettre leurs articles en libre accès.Autrement, leurs travaux restent derrière un mur payant, inaccessibles au public qui les a pourtant ?nancés, en tout ou en partie, par l\u2019entremise de ses impôts.Les grands éditeurs comme Elsevier, Springer Nature et Wiley ont ainsi pris en otage la science, dont le système entier repose sur la nécessité de publier.Un consortium universitaire allemand, Projekt DEAL, a tenté d\u2019ébranler les colonnes du temple.Depuis deux ans, ses membres négocient avec Elsevier pour mettre ?n au modèle traditionnel des abonnements négociés à la pièce, derrière des portes closes.Collectivement, les membres de Projekt DEAL veulent payer pour rendre accessibles, à travers le monde, tous les articles dont le premier auteur est rattaché à un établissement allemand.En échange, ils auraient accès à tous les contenus en ligne de l\u2019éditeur.L\u2019entente devrait obligatoirement être publique.Évidemment, cela abaisserait les prix des abonnements.Pour l\u2019instant, Elsevier refuse toute concession et a même retiré l\u2019accès à ses revues à des milliers de chercheurs allemands l\u2019été dernier.La tactique pourrait toutefois se révéler vaine.Pour obtenir des articles, les chercheurs peuvent toujours demander un coup de main à leurs collègues d\u2019autres pays, recourir à des outils gratuits comme Unpaywall qui fouillent le Web pour trouver une version en libre accès ou encore s\u2019en remettre à Sci- Hub, un site pirate qui contourne les murs payants.Mais plus que la perte de ses clients, c\u2019est l\u2019exode de ses « fournisseurs » qui écorcherait à vif Elsevier.Déjà, des scienti?ques allemands ont juré qu\u2019ils ne contribueraient plus à son catalogue de publications \u2013 qui contient pourtant des titres prestigieux comme The Lancet et Cell.Au printemps dernier, on a assisté à une rebuffade similaire quand plus de 3300 chercheurs en intelligence arti?cielle, dont Yoshua Bengio, de l\u2019Université de Montréal, se sont engagés à ne pas participer à la nouvelle revue payante Nature Machine Intelligence.Partisans du libre accès, ils la considèrent comme « un pas en arrière » pour l\u2019avenir de leur discipline.Et puis il y a le « plan S » : début septembre, 11 organismes subventionnaires européens ont annoncé que, à partir de 2020, ils ne ?nanceront que les scienti?ques promettant de diffuser leurs résultats dans des revues en libre accès.Le plan S exclurait d\u2019of?ce environ 85 % des journaux savants, y compris Nature et Science.Ces petites rébellions déboucheront-elles sur une véritable révolution de l\u2019édition scienti?que ?Dif?cile à dire, mais c\u2019est suf?sant pour passer du découragement à l\u2019espoir.lQS Les petites rébellions Les partisans du libre accès arriveront-ils à créer une brèche dé?nitive dans le lucratif marché de l\u2019édition savante?Les grands éditeurs comme Elsevier, Springer Nature et Wiley ont ainsi pris en otage la science, dont le système entier repose sur la nécessité de publier.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan L\u2019ALCOOLISME NUANCÉ Votre dossier « 50 questions de santé qui préoccupent les Québécois » (juin 2018) a piqué ma curiosité.Toutefois, je me permets d\u2019émettre les commentaires suivants au sujet de la question «Comment arrêter de boire?» Dans votre réponse, vous occultez les dimensions sociales, psychologiques et spirituelles du traitement du trouble d\u2019utilisation de substances, et donc de la compréhension de ce trouble.La littérature scien- ti?que s\u2019accorde pour dé?nir l\u2019étiologie de ce trouble comme multifactorielle [\u2026] Vous faites également référence à une dif?culté d\u2019accessibilité aux services spécialisés en dépendance.Toutefois, le pourcentage que vous utilisez renvoie à une prise en charge médicale.Cette statistique peut laisser sous-entendre que ces services sont inaccessibles pour les personnes ayant des problèmes de consommation.Or, au Québec, chaque région a un centre de réadaptation en dépendance qui comprend une équipe multidisciplinaire où l\u2019équipe médicale est minoritaire.Je crois que cette section de votre article contribue à la médicalisation des problèmes sociaux, ce qui m\u2019interpelle grandement.?Julien Blanchette, travailleur social et étudiant à la maîtrise en intervention en toxicomanie DES COMPLIMENTS Un mot pour vous dire que j\u2019ai vraiment apprécié tous les articles du numéro de juillet-août 2018.Votre article sur les ovnis était clair et concis : c\u2019est un mystère, on ne peut les identi?er.Je suis certain que nous serons informés si quelque chose de nouveau survient.Ce que j\u2019aime le plus de votre magazine, c\u2019est la variété des sujets et votre manière de les traiter.En science, c\u2019est bien facile de compliquer les choses pour paraître savant et érudit.Il est beaucoup plus dif?cile, comme le fait Québec Science, de mettre la science à la portée de tous.Continuez votre bon travail! ?Lucien Tremblay FAUX PAS GÉNÉRATIONNEL Je suis une lectrice assidue de votre magazine depuis plusieurs années déjà et je tiens à vous féliciter pour votre beau travail.Je vous contacte pour vous faire part de mon malaise à la lecture de la bande dessinée de Saturnome (septembre 2018).J\u2019avoue ne pas avoir compris l\u2019objectif de l\u2019auteur.Sa représentation de William Henry Per- kin était, pour être indulgente, bien maladroite.Pourquoi utiliser des stéréotypes aussi faciles et insultants pour représenter cet homme?Parce qu\u2019il avait 18 ans?C\u2019est une blague de mauvais goût et une occasion manquée de mettre en valeur la génération plus jeune pour ses réalisations.?Andréa C.Mots croisés OCTOBRE-NOVEMBRE 2018 VOLUME 57, NUMÉRO 3 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Normand Baillargeon, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Martine Letarte, Catherine Mathys, Etienne Plamondon-Emond, Sarah R.Champagne, Alexis Riopel, Saturnome Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Olivier Croteau, Jean-François Hamelin, Michel Huneault, Nicole-Aline Legault, Cornelia Li, Nik Mirus, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356, poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 4 octobre 2018 (549e numéro) Abonnement Canada, 1 an: 36 $ + taxes États-Unis, 1 an:72$/Outre-mer, 1 an:112$ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2018 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, rue Rachel Est, Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE DANS VOS OREILLES Connaissez-vous nos balados?Si ce n\u2019est pas le cas, nous vous invitons à découvrir ces séries documentaires qui vous feront entendre la science autrement à travers des enquêtes, des entrevues et des portraits exclusifs.Pour ne rien manquer, rendez-vous sur Apple Podcasts, SoundCloud ou sur notre site, www.quebecscience.qc.ca/balados.Bonne écoute! B E N O Î T T A R D I F QUÉBEC SCIENCE 6 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 P lus de 3000 objets intrigants et singuliers s\u2019entassent dans deux locaux exigus au troisième étage du pavillon Strathcona de l\u2019Université McGill : des modèles anatomiques en papier mâché ou en cire fabriqués par des artistes, des ossements ainsi que des organes préservés dans des bocaux.Richard Fraser et Joan O\u2019Malley les trimballent, les examinent, les classent.Ils vont et viennent entre ces entrepôts of?cieux et la lumineuse salle d\u2019exposition du Musée médical Maude Abbott, en cours d\u2019aménagement lors de notre passage, que le public pourra découvrir cet automne.« J\u2019ai l\u2019impression de passer ma journée à replacer des choses frénétiquement, mais je n\u2019ai pas le choix : on va perdre le contrôle si on se laisse aller ! » rigole Mme O\u2019Malley, directrice adjointe du Musée.En vérité, pendant des années, cette collection historique a sombré dans l\u2019oubli.Elle était pourtant un passage obligé pour les étudiants en médecine de l\u2019université anglophone aux 19e et 20e siècles.Il s\u2019agissait alors du Musée médical McGill.Le mot musée est ici trompeur.« Un musée médical, à l\u2019époque, cela n\u2019avait rien à voir avec le grand public : c\u2019était fait uniquement pour l\u2019enseignement donné aux futurs médecins », raconte Richard Fraser, directeur du Musée ainsi que professeur et pathologiste au Centre universitaire de santé McGill.Commencée dans les années 1820, lorsque l\u2019Hôpital général de Montréal a ouvert ses portes, la collection a acquis ses lettres de noblesse grâce à Maude Abbott (1869-1940), l\u2019une des premières médecins du Québec.« Encore aujourd\u2019hui, si vous questionnez n\u2019importe quel cardiologue dans le monde, il saura qui elle est », indique le Dr Fraser.Native de Saint-André-d\u2019Argenteuil, la Dre Abbott était reconnue en son temps comme une autorité mondiale en matière de cardiopathies congénitales.Elle a d\u2019ailleurs rédigé l\u2019Atlas of Congenital Cardiac Disease.En plus de ces travaux importants, la médecin a consacré beaucoup de temps, de 1899 à 1923, à agrandir la collection du Musée médical McGill, déjà situé dans la majestueuse rotonde du pavillon Strathcona.Ses collègues médecins lui faisaient parvenir toutes sortes d\u2019organes, dont de nombreux cœurs, son dada.Un énorme cœur de baleine, conservé dans une boîte en verre de la taille d\u2019un aquarium de maison, a également fait son chemin jusqu\u2019à l\u2019Université McGill.« La collection comprend aussi des ossements de soldats de la guerre de Sécession, souligne Joan O\u2019Malley, en nous présentant un tibia monté sur une plaque en bois.Des jeunes hommes de 18 ans, très souvent.C\u2019est à pleurer\u2026 » Ils ont été donnés par l\u2019Army Medical Museum and Library de Washington en 1909.Puis, « vers les années 1930-1940, cette façon d\u2019enseigner la médecine est devenue moins populaire », relate le Dr Fraser.Le Musée ferme ses portes et ses objets sont disséminés à travers l\u2019Université.Ils amassent la poussière jusqu\u2019en 2006, année du 100e anniversaire de l\u2019Interna- Les antiquités de la médecine Le nouveau Musée médical Maude Abbott, de l\u2019Université McGill, révèle comment les étudiants en médecine étaient formés aux 19e et 20e siècles.Par Mélissa Guillemette Le cabinet des curiosités 1 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N tional Association of Medical Museums (l\u2019ancêtre de l\u2019International Academy of Pathology), cofondée par Maude Abbott.Pour l\u2019occasion, le Dr Fraser reproduit une miniversion du musée d\u2019autrefois au Palais des congrès de Montréal.Il découvre ainsi l\u2019immense richesse de cette surprenante collection.Six ans plus tard, en 2012, appuyé par un comité de sa faculté, il convainc l\u2019Université de créer le Musée médical Maude Abbott.Depuis, la collection a été bonifiée de toutes sortes d\u2019objets dénichés sur le campus et dans les hôpitaux af?liés.« L\u2019École de physiothérapie et d\u2019ergothérapie, par exemple, faisait le ménage d\u2019un grenier et nous a con?é ces vieux neurostimulateurs transcutanés », dit Richard Fraser en désignant des appareils rétro du milieu du siècle dernier.Une part de mystère plane sur plusieurs objets de la collection originale qui ne possèdent aucune ?che descriptive.De quoi titiller la curiosité de certains étudiants.L\u2019un deux, sous la supervision du Dr Fraser, a analysé des biopsies d\u2019organes centenaires préservés dans une solution à base de formaldéhyde pour voir si le diagnostic d\u2019autrefois était le bon.« Cette collection a une grande valeur non seulement historique, mais aussi pédagogique », estime le Dr Fraser.Un véritable retour aux sources ! lQS Envie d\u2019une visite ?L\u2019entrée au Musée médical Maude Abbott est gratuite.Consultez son site Web pour en connaître les heures d\u2019ouverture : www.mcgill.ca/medicalmuseum.1 Étagère d\u2019une salle d\u2019entreposage.2 Tibia et ?bula amputés d\u2019un jeune homme de 24 ans blessé par balle à la cheville lors de la bataille de Fort Wagner (1863), pendant la guerre de Sécession.Les trous n\u2019ont pas été causés par les balles, mais plutôt par le pus de l\u2019os infecté (ostéomyélite).3 Fémur muni d\u2019une penture pour montrer aux étudiants la structure de l\u2019os.Un éperon osseux est apparent à l\u2019arrière.4 Cette tête en trois dimensions est composée d\u2019un réel crâne sur lequel des couches de cire ont été appliquées et peintes.Elle aurait été achetée vers 1914.5 Ovaire d\u2019une femme de 35 ans touché par un tératome, une tumeur bénigne et sans symptômes qui peut faire pousser des tissus comme des dents ou des poils à un endroit inapproprié.Ce spécimen date de 1934.6 Cœur d\u2019enfant séché, prélevé vers 1914 et probablement utilisé par Maude Abbott pour enseigner.7 Moulage en cire du visage d\u2019un enfant atteint d\u2019ichtyose généralisée, une maladie qui donne à la peau l\u2019apparence d\u2019écailles.Le modèle a été réalisé par l\u2019un des plus grands artistes du genre, Jules Baretta (1833-1923), à l\u2019hôpital Saint-Louis de Paris.2 4 6 3 5 7 QUÉBEC SCIENCE 8 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 J oseph Kopser projetait de faire le saut en politique.Mais pas tout de suite.Pas à 47 ans, au faîte d\u2019une carrière ?orissante comme entrepreneur dans le domaine des technologies.Le climat politique aux États-Unis ne lui a toutefois pas laissé le choix.« Je ne peux plus rester sur les lignes de côté.Il y a trop de problèmes à régler, plus particulièrement celui de la rhétorique antiscience qui perdure et nuit à l\u2019avenir de notre pays.Je veux faire partie d\u2019une nouvelle génération de leaders qui gouvernera en fonction des faits et des résultats de la recherche, et non selon la partisanerie et la petite politique », déclare cet ingénieur en aérospatiale qui briguera le siège de représentant du 21e district du Texas au Congrès américain le 6 novembre prochain.Il fait partie d\u2019une vague sans précédent de candidats ayant fait carrière en science et en technologie qui se présentent aux élections de mi-mandat 2018 sous la bannière démocrate.Certains visent le Sénat ou le Congrès, d\u2019autres convoitent un mandat de gouverneur ou de législateur dans leur État ou encore souhaitent représenter une instance locale.Ces scienti?ques partagent à peu près tous les mêmes motivations à se lancer dans l\u2019arène politique ?et elles ne manquent pas.« Contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, les faits alternatifs, les coupes dans les budgets de recherche et l\u2019ignorance érigée en vertu n\u2019ont pas commencé avec Donald Trump ; il est davantage un catalyseur », af?rme Shaughnessy Naughton, présidente de 314 Action, un comité d\u2019action politique qui vise à soutenir les candidatures scienti?ques.Cette chimiste a elle-même tenté sa chance aux élections de 2014 et de 2016, sans succès, d\u2019où sa volonté d\u2019aider ses collègues.Ce n\u2019est effectivement pas le président Trump qui a poussé Joseph Kopser à se présenter devant ses concitoyens, mais bien Lamar S.Smith, un républicain réélu à la tête de son district sans interruption depuis 1987.Climatosceptique notoire, M.Smith n\u2019en préside pas moins le Comité sur la science, l\u2019espace et la technologie de la Chambre des représentants depuis 2012.Il a annoncé qu\u2019il ne solliciterait pas de nouveau mandat, mais cela ne change rien aux aspirations de Joseph Kopser.« Contrairement aux Lamar S.Smith de ce monde, les gens ayant une formation en science ont beaucoup à apporter au gouvernement : nous aimons résoudre des problèmes et nous les abordons sans idée préconçue ; nous sommes dotés d\u2019un excellent esprit critique ; et nous aimons jongler avec les données.» Il est vrai que ces candidats nouveau genre apporteraient du sang neuf sur la scène politique fédérale américaine, où le pro?l des élus est relativement homogène.« Habituellement, au Congrès et surtout au Sénat, on trouve des hommes blancs, âgés, issus de professions libérales, surtout des avocats », note Vincent Boucher, chercheur en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, à l\u2019Université du Québec à Montréal.Bon nombre de femmes, de membres des minorités visibles et de jeunes ?gurent parmi les scienti?ques mobilisés.Sauront-ils convaincre les électeurs de voter pour eux en novembre ?« Posséder de multiples diplômes universitaires n\u2019est pas un gage de victoire, rappelle Vincent Boucher.Cela peut même nuire aux candidats, puisqu\u2019ils sont associés à l\u2019élite.» Voilà pourquoi Joseph Kopser raf?ne son message pour mieux répondre aux préoccupations des électeurs, surtout quand il parle de science.« Si je dois convaincre des vétérans de l\u2019armée de la réalité des changements climatiques, je vais leur rappeler que des fermiers du Moyen-Orient abandonnent leurs terres en raison des mauvaises condi- Les scienti?ques se lancent en politique ÉTATS-UNIS Excédés par le climat qui règne aux États-Unis, un nombre record de professionnels des sciences et des technos se présentent aux élections de mi-mandat.Par Marie Lambert-Chan SUR LE VIF U S C H O O L S / I S T O C K P H O T O QUÉBEC SCIENCE 9 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 w Quand sa présidence prendra ?n, il ne restera plus beaucoup de boîtes dans lesquelles Donald Trump n\u2019aura pas donné de coup de pied.Tenez : même l\u2019allaitement y est passé, quand son administration a bloqué dans un forum international une motion en faveur de l\u2019allaitement \u2014 alors qu\u2019on peine franchement à imaginer M.Trump avec un biberon dans les mains.Il s\u2019est alors passé une chose étonnante : au milieu du concert de critiques anti- Trump, quelques voix (crédibles) ont pro?té de la controverse pour dénoncer la « dictature » de l\u2019allaitement naturel.La promotion du lait maternel va-t-elle trop loin ?Les études et les autorités médicales sont, disons-le, très nombreuses à recommander l\u2019allaitement exclusif jusqu\u2019à six mois.C\u2019est le cas des ministères de la Santé du Québec et du Canada, de même que de l\u2019Association américaine de pédiatrie entre autres.Au chapitre des avantages, l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte une protection contre l\u2019obésité et une légère augmentation des capacités cognitives de l\u2019enfant.À la vue de la masse d\u2019expertises, on se demande comment il peut encore rester matière à controverse\u2026 En fait, une grande partie de l\u2019« opposition » ?les guillemets sont importants parce que personne n\u2019est vraiment contre l\u2019allaitement ?vient de gens, comme la blogueuse scienti?que américaine Kavin Senapathy, qui trouvent qu\u2019on devrait laisser une plus grande liberté de choix à la mère.Et il est vrai que la décision d\u2019allaiter a des conséquences pour la mère, sur son sommeil en particulier.D\u2019ailleurs, dans une lettre publiée en 2016 dans JAMA Pediatrics, des médecins mettaient en garde contre les « répercussions imprévues » de l\u2019application rigide des lignes directrices relatives à l\u2019allaitement.Par exemple, une mère trop fatiguée risque de s\u2019endormir avec son bébé naissant, ce qui contrevient aux recommandations en matière de sécurité.Mais il y a plus.Les études qui appuient l\u2019allaitement naturel sont presque toutes des « études observation- nelles », considérées comme moins solides que les essais cliniques en bonne et due forme.Les risques de biais sont du reste admis dans ces travaux.Par exemple, les chercheurs se sont rendu compte que, dans les pays développés, les mères qui allaitent sont en moyenne plus instruites, ont un quotient intellectuel plus élevé et stimulent davantage leur nourrisson.Alors, si leurs enfants sont plus brillants, est-ce vraiment grâce au lait maternel ou est-ce plutôt parce que le QI est en grande partie héréditaire, en plus d\u2019être in?uencé par l\u2019environnement social?Il n\u2019est pas facile de démêler toutes ces variables.Dans la revue de l\u2019OMS, les études qui en tiennent compte, tant bien que mal, ont trouvé que les avantages de l\u2019allaitement étaient moins marqués sur les plans des capacités cognitives (+2,2 points de QI contre +3,5 pour les études de moindre qualité) et de la prévention de l\u2019obésité (-12 % contre -24 %), et le document avertit que des biais peuvent demeurer.Il est évident que l\u2019allaitement doit être le premier choix.De toute manière, on ne risque rien à essayer la voie la plus naturelle ?les seins ont évolué pour ça, après tout.Mais dans la mesure où les bienfaits semblent relativement modestes, il faut admettre que ceux qui demandent de ne pas confondre « premier choix » et «seule voie acceptable» ont peut- être un point valable\u2026 D\u2019ailleurs, c\u2019est ce que laisse entendre le Collège royal des sages-femmes, au Royaume-Uni, qui, en juin 2018, annonçait que « la décision d\u2019allaiter ou non est un choix personnel et doit être respectée ».Assiste-t-on à un retour du pendule ?lQS Une controverse nourrie au lait Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf tions météorologiques et, pour subvenir aux besoins de leur famille, s\u2019engagent dans les troupes de l\u2019État islamique.Autrement dit, je leur fais comprendre que la lutte contre les changements climatiques est aussi une question de sécurité nationale, un sujet qui les touche de près.» Cette stratégie semble plaire, car Joseph Kopser a remporté haut la main la campagne d\u2019investiture de son parti, dans son district, en mai dernier.Malheureusement, peu de candidats scienti?ques peuvent en dire autant : seulement une douzaine d\u2019entre eux ont survécu à la saison des primaires, ce processus au cours duquel les partis politiques désignent leurs candidats.Décrocher un poste électif à Washington n\u2019est pas une mince affaire.En plus du soutien du parti, les candidats doivent jouir d\u2019un vaste réseau de relations et surtout engranger des centaines de milliers, voire des millions de dollars, pour financer leur campagne.Tout cela faisait défaut aux perdants des primaires.« Les scien- ti?ques sont rompus à la sollicitation de subventions, mais ils n\u2019ont pas l\u2019habitude de passer six ou sept heures par jour au téléphone pour obtenir du ?nancement de la part de philanthropes ou d\u2019organisations politiques », remarque Vincent Boucher.Et ceux qui ont gagné leur course à l\u2019investiture ne sont pas au bout de leur peine, car presque tous affronteront un républicain sortant lors du scrutin général.« Le taux de réélection est très élevé aux États-Unis, souligne le politologue.Il est estimé à 90 % chez les membres du Congrès et à 80 % au Sénat.» Même s\u2019il fait campagne dans un district acquis au camp républicain, Joseph Kopser ne perd pas espoir.« Cela n\u2019est pas mon premier \u201crodéo\u201d, comme on dit ici, au Texas.Le chaos et l\u2019ambiguïté d\u2019une course électorale me rappellent ce que j\u2019ai vécu dans le monde de l\u2019entrepreneuriat, de même qu\u2019en situation de combat », estime celui qui a servi pendant 20 ans au sein de l\u2019armée américaine.Dans tous les cas, Shaughnessy Naugh- ton espère non seulement faire élire un maximum de scienti?ques, mais surtout décrocher une majorité démocrate au Congrès a?n de faire barrage à Donald Trump d\u2019ici les prochaines élections présidentielles, en 2020.« Il le faut, car je ne pourrai pas tolérer deux années de plus de cette administration », soupire-t-elle.lQS D ès le 17 octobre, il sera possible de consommer du cannabis à des ?ns récréatives en toute légalité au Canada.Voilà une nouvelle qui ne manque pas d\u2019intérêt pour les 44 % de Canadiens de plus de 15 ans qui en ont déjà consommé dans leur vie de façon illégale\u2026 Mais la légalisation pourrait aussi rendre le cannabis plus accessible aux enfants, et certains pédiatres redoutent l\u2019augmentation des intoxications accidentelles chez les plus jeunes.C\u2019est le cas de Benoit Bailey, urgentologue au CHU Sainte-Justine, à Montréal.« Depuis 2008, les chiffres sont très stables : nous recevons de un à six enfants intoxiqués au cannabis par année.Avec la légalisation, on s\u2019attend à ce qu\u2019il y ait une augmentation, mais sera-t-elle importante ?» s\u2019interroge ce spécialiste en toxicologie.L\u2019exemple du Colorado, qui a légalisé l\u2019usage récréatif du cannabis en 2014, laisse craindre une hausse substantielle des cas.Ainsi, entre 2009 et 2015, l\u2019incidence des intoxications au cannabis chez les enfants de moins de 10 ans admis à l\u2019hôpital y a doublé, selon une étude parue dans JAMA Pediatrics en 2016.De manière générale, les cas d\u2019enfants de moins de 5 ans exposés à la marijuana, signalés aux centres antipoison, se sont accrus de 150 % entre 2006 et 2013 aux États-Unis, parallèlement à l\u2019augmentation du nombre de consommateurs (la drogue est désormais légale dans plus de la moitié des États américains).Dans la grande majorité des situations, le cannabis est ingéré accidentellement.« Cela peut induire une agitation, une altération de l\u2019état de conscience, voire un coma, avec un risque d\u2019étouffement si l\u2019intoxication s\u2019accompagne de vomissements », souligne le Dr Bailey, précisant que les cas les plus graves concernent les enfants les plus jeunes, de moins de deux ans (il y a eu six cas au CHU Sainte-Justine ces 10 dernières années).Autre source d\u2019inquiétude, la popularité des pâtisseries, bonbons et autres space cakes, responsables de la moitié des intoxications infantiles enregistrées au Colorado.« Le risque, avec les brownies qui traînent dans le frigo, c\u2019est qu\u2019ils exposent les enfants à une dose très élevée de cannabis », déplore Dominique Chalut, urgentologue à l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants.En juillet dernier, une ?l- lette de quatre ans a été hospitalisée en Nouvelle-Écosse après avoir mangé toute une tablette de chocolat au cannabis, soit 15 fois plus que la limite de consommation ?xée pour un adulte.Au Canada, ces produits comestibles ne seront toutefois pas légalisés en même temps que le cannabis séché.« Il y a un moratoire de plusieurs mois.Cela permettra peut-être au gouvernement de s\u2019inspirer de ce qui a été fait ailleurs pour protéger les enfants », espère Richard Bélanger, pédiatre au Centre hospitalier de l\u2019Université Laval et coauteur d\u2019un document en 2017 de la Société canadienne de pédiatrie, Le cannabis et les enfants et adolescents canadiens.Au Colorado, mentionne-t-il, on impose désormais des emballages individuels et des contenants à l\u2019épreuve des enfants.L\u2019État a aussi interdit en octobre 2017 les bonbons au pot en forme d\u2019animaux, de fruits ou de ?gurines, qui étaient pourtant un succès commercial.Un exemple à suivre ?lQS Parents: gare au cannabis qui traîne ! Dans les services des urgences, on surveillera de près les effets de la légalisation du pot sur les tout-petits, qui ont la fâcheuse habitude de tout porter à leur bouche.Par Marine Corniou SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 N A S T A S I C / I S T O C K P H O T O FORTE HAUSSE CHEZ LES PETITS FRANÇAIS En France, où le cannabis est pourtant illégal, le nombre de bambins hospitalisés après avoir ingéré du cannabis a été multiplié par 13 entre 2004 et 2014 ! C\u2019est ce qu\u2019a révélé une étude publiée en 2017 par la revue Pediatrics, qui rapportait l\u2019intoxication de 235 enfants dont 71 % avaient moins de 18 mois.Selon les auteurs, ces bébés sont les victimes collatérales de l\u2019augmentation constante de la concentration de THC, le principe actif, dans la résine de cannabis. QUÉBEC SCIENCE 11 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc U ne superbactérie ou une nouvelle souche de virus est souvent en cause lorsqu\u2019il y a une épidémie.Mais depuis 2012, c\u2019est plutôt la découverte d\u2019une levure qui sème la pagaille dans les hôpitaux.Le champignon microscopique, appelé Candida auris, a été trouvé dans l\u2019oreille d\u2019un malade japonais en 2009.Ce pathogène a ensuite été signalé dans 19 autres pays, dont le Canada, et continue d\u2019entraîner des épidémies récurrentes aux États-Unis et au Royaume-Uni.Habituellement, les levures occasionnent des infections bénignes, comme le muguet.Pas Candida auris.Opportuniste, il pro?te du système immunitaire déjà très affaibli d\u2019un patient (d\u2019où son statut d\u2019infection nosocomiale, c\u2019est- à-dire contractée à l\u2019hôpital) en pro voquant une infec tion grave.S\u2019il s\u2019introduit dans la circulation sanguine, le taux de mortalité qui lui est associé peut atteindre de 30 % à 60 %, selon une revue d\u2019études publiée dans PLOS Pathogens en 2017.La progression de cette « superle- vure » inquiète les autorités sanitaires, d\u2019autant plus que celle-ci demeure longtemps sur les surfaces et est très ardue à éliminer.Un hôpital londonien a été aux prises avec cette infection pendant 16 mois ; les 50 patients qui ont été touchés ont heureusement évité le pire.Mais l\u2019hôpital a dû fermer son unité de soins intensifs durant deux semaines.« Si l\u2019on peut traiter une infection bactérienne avec un antibiotique en 3 à 10 jours, il faut plusieurs semaines pour se débarrasser d\u2019une infection fongique, explique Jasmin Villeneuve, chef d\u2019équipe à la division des infections nosocomiales à l\u2019Institut national de santé publique du Québec.De plus, contrairement aux bactéries qui peuvent être tuées avec une diversité d\u2019antibiotiques, beaucoup moins de médicaments existent contre les levures.» Pire, certaines souches de Candida auris résistent à tous les traitements.Le Canada n\u2019a pas connu d\u2019épidémie jusqu\u2019à présent.« Mais la situation nous a suf?samment inquiétés pour qu\u2019on prenne des mesures et qu\u2019on fasse des recommandations en 2016, avant même que la souche résistante de Candida auris arrive au Québec », indique le Dr Villeneuve.Un seul cas, non résistant aux antifongiques, a été répertorié au Québec en 2012.Jusqu\u2019à présent, un seul Canadien a été infecté par une souche résistante aux traitements, en 2017 au Manitoba.Quand Clostridium dif?cile a surgi en 2004, la plupart des hôpitaux québécois n\u2019étaient pas préparés à combattre cette infection nosocomiale.Le réseau de la santé a pris une longueur d\u2019avance, cette fois, en s\u2019assurant que les laboratoires pourraient détecter le pathogène et que le personnel serait formé pour l\u2019éradiquer.Les employés savent déjà, par exemple, que le chlore est le désinfectant de choix pour aseptiser les surfaces.Le Québec reste donc sur ses gardes.lQS Par Annie Labrecque Sommes-nous prêts pour Candida auris ?À mort, le télécopieur?Même s\u2019il semble archaïque, le télécopieur reste une machine très populaire.On trouve encore 45 millions de ces appareils dans le monde, ronronnant dans les bureaux de banquiers, d\u2019avocats et, bien entendu, dans les hôpitaux.Au Canada, les deux tiers des professionnels de la santé y ont recours, selon un sondage de TELUS Health en 2017.Le problème, c\u2019est que la technologie n\u2019a pas évolué en 30 ans et qu\u2019elle est assez simple à pirater.Des experts en cybersécurité de l\u2019entreprise Check Point l\u2019ont démontré à l\u2019aide d\u2019une imprimante multifonction qui est reliée tant à une ligne téléphonique qu\u2019au réseau de l\u2019entreprise.Un simple numéro de télécopieur a suf?pour exploiter les failles de la technologie désuète.Les experts ont envoyé une image contenant un maliciel (comme un rançongiciel) par fax.La machine a décodé et conservé le maliciel dans sa mémoire pour ensuite contaminer le réseau interne de l\u2019entreprise.Dévoilée lors de la conférence Def Con à Las Vegas, en août dernier, cette expérience illustre bien l\u2019absence de mesures de protection intégrée dans les télécopieurs, ce qui est pour le moins aberrant en cette ère de communications cryptées.Et pourtant, la télécopie conserve la réputation surfaite d\u2019être un mode de communication plus sécuritaire que le courriel (c\u2019est d\u2019ailleurs ce qui assure sa survie).Mais le problème n\u2019est pas que dans la conception; il est aussi dans l\u2019utilisation de l\u2019appareil.Le ?lm Falling Through the Cracks: Greg\u2019s Story raconte l\u2019histoire de l\u2019Albertain Greg Price mort à 31 ans d\u2019un cancer des testicules après d\u2019interminables délais administratifs où l\u2019on pointe du doigt, entre autres, l\u2019inef?cacité du télécopieur.Devrait-on cesser d\u2019utiliser le fax ?Ce serait sans doute la seule manière de le rendre plus sécuritaire.Si cette solution semble trop radicale, on peut commencer par isoler le télécopieur du reste du réseau interne; ce serait déjà ça de gagné.Ensuite, il faudrait s\u2019assurer que les télécopies se rendent au bon destinataire.Ce qui nous renvoie, vous en conviendrez, à notre première question.lQS Chers lecteurs, c\u2019était ma dernière chronique.Merci de m\u2019avoir lue avec autant d\u2019ouverture et de curiosité.Et n\u2019oubliez pas, comme disait RBO, «l\u2019ordinateur est notre ami, il ne faut pas en avoir peur!» ;-) QUÉBEC SCIENCE 12 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 L \u2019 histoire des sciences et des technologies est jalonnée de moments de sérendipité.Ce joli mot, calqué de l\u2019anglais, désigne un heureux hasard grâce auquel un scienti?que fait une découverte ou invente un nouveau procédé technique.Bien que ces instants « Eurêka ! » en- ?amment l\u2019imagination populaire, il est naïf, voire trompeur, de croire qu\u2019ils sont le fruit d\u2019observations passives.J\u2019en veux pour preuve les trois exemples suivants.LA MOISISSURE D\u2019ALEXANDER FLEMING Commençons par ce qui est sans doute la plus connue des histoires de sérendipité.Nous sommes à l\u2019été 1928.Ce jour-là, Alexander Fleming, qui mène des recherches sur la grippe dans un hôpital de Londres, examine dans son laboratoire des boîtes de Pétri qui contiennent des cultures de bactéries staphylocoques.Il remarque dans l\u2019une d\u2019elles une étrange zone claire.À l\u2019examen, il se trouve que cette zone est entourée d\u2019une moisissure ?sans doute tombée là par hasard, alors que la boîte de Pétri était ouverte.Le médecin découvre que cette moisissure, Peni- cillium notatum, est mortelle pour les bactéries présentes dans la boîte.C\u2019est ainsi que sera mise au jour la pénicilline qui, depuis, a sauvé des millions de vies.LES LAPINS DE CLAUDE BERNARD En 1846, le père de la démarche expérimentale, le Français Claude Bernard, reçoit des lapins qui, à leur arrivée, urinent sur la table du laboratoire.Surprise : leur urine est claire et acide, comme celle des carnivores.Comment est-ce possible ?À jeun depuis longtemps, ces lapins se seraient « transformés » en animaux carnivores digérant leurs propres protéines.Claude Bernard le démontre en offrant de l\u2019herbe à ces petits mammifères, qui produisent alors une urine trouble et alcaline, caractéristique des animaux herbivores.Puis il procède à l\u2019expérience contraire, soumettant ses cobayes à un Les dessous de la sérendipité On aime croire que certaines découvertes relèvent du pur hasard.Or, la science n\u2019est jamais entièrement fortuite, puisqu\u2019elle exige une expertise que personne n\u2019a jamais trouvée dans une boîte de Cracker Jack.Je doute donc je suis NORMAND BAILLARGEON @nb58 I L L U S T R A T I O N : V I G G QUÉBEC SCIENCE 13 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 régime à base de bœuf bouilli.Résultat : l\u2019urine se modi?e.Il répète le processus avec d\u2019autres herbivores et parvient à la même conclusion.Poursuivant ainsi, à partir d\u2019observations simples menant à des hypothèses et à des contre-expériences, Claude Bernard a joué un rôle majeur dans la compréhension du phénomène de la digestion.Il a notamment mis en lumière le rôle du pancréas dans la dégradation des graisses en partant d\u2019une simple autopsie de lapin.LE TÉFLON DE ROY J.PLUNKETT Nous sommes le 6 avril 1938 aux États-Unis.Roy J.Plunkett est un jeune chimiste qui veut produire un réfrigérant non toxique à partir de tétra?uoroéthylène gazeux.Pour ce faire, il tente de refroidir un réservoir à l\u2019aide de neige carbonique.Au terme de son expérience, alors qu\u2019il s\u2019attend à trouver un gaz résiduel dans le réceptacle, il découvre plutôt une étrange substance solide aux propriétés antiadhésives.Vous avez deviné : la marque déposée de cette substance est Té?on.On en fait aujourd\u2019hui des tas d\u2019objets, en plus des poêles à frire : des valves pour le cœur, des câbles, des combinaisons spatiales entre autres.DE PRÉCIEUSES LEÇONS À TIRER Le nylon, les rayons X, le velcro, l\u2019insuline et la saccharine ont aussi été découverts par sérendipité.Seulement, chaque fois, il ne s\u2019agit pas d\u2019un hasard complet.À la base, il faut un observateur averti qui possède un savoir souvent complexe lui permettant de tirer des conclusions qui ne viendraient jamais à l\u2019esprit d\u2019un non-initié.Ne connaissant rien des caractéristiques des urines animales, je n\u2019aurais jamais remarqué celles des lapins de Claude Bernard.Et j\u2019aurais encore moins porté attention, toujours pour cause d\u2019ignorance, aux taches blanches dans la boîte de Pétri d\u2019Alexander Fleming ou à cette absence de gaz qui a tant piqué la curiosité de Roy J.Plunkett.En un mot, contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, l\u2019observateur en général, mais tout particulièrement en science, n\u2019est en rien passif.Comment l\u2019être lorsque l\u2019on constate un phénomène qui bouscule tout ce qu\u2019on sait (ou croit savoir) ?Cela exige alors une explication, que l\u2019observateur instruit s\u2019empresse d\u2019ailleurs d\u2019imaginer en proposant une ou des hypothèses qu\u2019il testera ensuite.Au ?l du temps et des expérimentations, elles se raf?neront et formeront peut-être des théories qui s\u2019ajouteront au socle des connaissances scienti?ques.Pour résumer ces leçons, il n\u2019y a guère de plus belle formule que celle du fameux savant Louis Pasteur : « Dans les champs de l\u2019observation, écrivait-il, le hasard ne favorise que les esprits préparés.» Et tiens, concluons avec cette charmante ré?exion du philosophe français Alain : « Il faut être bien savant pour observer un fait.» lQS DIRECTION : Cuba Holguín en boucles ! 10 au 17 novembre ! 29 décembre au 5 janvier Varadero en boucles ! 18 au 25 novembre ! 30 décembre au 6 janvier DIRECTION : Guadeloupe Grande-Terre en boucles ! 17 au 24 mars Îles de Guadeloupe en boucles ! 24 au 31 mars veloquebecvoyages.com 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ MAINTENANT ! FORMULE EN LIBERTÉ AUSSI OFFERTE Destinée aux cyclistes autonomes.Choisissez votre date de départ et votre destination.Et si l\u2019été SE PROLONGEAIT ?Photo : Yvan Monette et Diane Dufresne QUÉBEC SCIENCE 14 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 ENTREVUE AVEC BRIAN KEATING LE NOBEL FAIT MAL À LA PHYSIQUE QUÉBEC SCIENCE 15 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 U C S A N D I E G O / H T T P S : / / B R I A N K E A T I N G .C O M E n étudiant le fond diffus cosmologique, une radiation émise aux premiers instants de l\u2019Univers, Brian Keating et ses collègues de l\u2019expérience BICEP espéraient comprendre la naissance de notre monde et, au passage, gagner le prix Nobel de physique.Une découverte majeure annoncée en 2014 par l\u2019équipe leur aurait probablement valu la récompense ultime\u2026 n\u2019eût été le désaveu de leurs résultats quelques mois plus tard.Le cosmologiste américain attribue une partie de ce ?asco à la course au Nobel.Dans son livre Losing the Nobel Prize, paru en avril 2018, le professeur de l\u2019Université de Californie à San Diego explique sa vision d\u2019une récompense qui, dans un monde idéal, pousserait les physiciens à donner le meilleur d\u2019eux-mêmes.= = = Québec Science : Que représente le prix Nobel pour un physicien ?Brian Keating : C\u2019est comme l\u2019Oscar pour un acteur ou la médaille d\u2019or olympique pour un athlète.C\u2019est une récompense individuelle, mais qui dépend d\u2019une grande équipe derrière le rideau.Les lauréats du prix Nobel constituent l\u2019autorité suprême dans une discipline.Comme scienti?ques, on ne peut s\u2019approcher davantage de l\u2019immortalité.QS Au début de votre carrière, travail- liez-vous dans le but d\u2019obtenir cette récompense ?BK Quand j\u2019ai entamé mon doctorat, en 1993, le prix Nobel de physique a été remporté par Russell A.Hulse pour des travaux de doctorat [la découverte d\u2019un nouveau type de pulsar] ; il avait exactement mon âge.Il est alors devenu mon héros.J\u2019ai aussi réalisé que tous les physiciens de l\u2019ère moderne que je connaissais, comme Erwin Schrödinger, Enrico Fermi, Niels Bohr, Richard Phillips Feynman ou Pierre et Marie Curie, avaient une chose en commun : un prix Nobel.Ça m\u2019a frappé.QS Vous vous intéressez au fond diffus cosmologique, une ?ne lumière qui baigne l\u2019Univers.Que cherchez-vous à comprendre ?BK Nous savons que l\u2019Univers était extrêmement chaud et dense à son origine, mais nous ignorons comment est survenue son expansion.Pour l\u2019expliquer, des théoriciens ont proposé la théorie de l\u2019in?ation, qui stipule que l\u2019Univers aurait été engendré spontanément par une ?uctuation quantique il y a 14 milliards d\u2019années.La théorie de l\u2019in?ation implique également que des ondes gravitationnelles auraient aussi été émises lors de la violente explosion originelle.Ces ondes auraient ensuite percolé à travers l\u2019Univers et perturbé la polarisation du fond diffus cosmologique.QS Comment con?rmer la théorie de l\u2019in?ation ?BK Il faut observer les modes de polarisation du fond diffus cosmologique et, pour cela, un petit télescope réfracteur suf?t.En 2001, nous avons donc créé le télescope BICEP et l\u2019avons installé au pôle Sud.Ce lieu froid, sec et sombre six mois par année rendait possibles des observations de la même qualité qu\u2019un télescope spatial, mais à un centième du coût.Cependant, nous ne pouvions observer qu\u2019une petite partie du ciel.Nous croyions que cette fenêtre serait parfaitement claire, mais, en fait, la lumière y était partiellement contaminée par la poussière de la Voie lactée, ce qui rendait les mesures impossibles.QS Devant ce problème, un BICEP doté de caméras plus sensibles a été mis en place.Cependant, vous avez été exclu de la direction de l\u2019expérience que vous aviez vous-même conçue.Pourquoi ?BK J\u2019avais commencé à travailler sur une expérience concurrente au La quête du prestigieux prix Nobel décourage les collaborations et les expériences innovantes, estime un éminent cosmologiste, qui demande une refonte de ses critères d\u2019attribution.Par Alexis Riopel AIT MAL QUÉBEC SCIENCE 16 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 Chili appelée POLARBEAR.En 2009, les directeurs de BICEP2 ont décidé que je ne pouvais pas participer aux deux projets.Ce rejet a été dur pour moi, mais je n\u2019avais pas le choix de l\u2019accepter.Quand les résultats de BICEP2 ont été annoncés, en 2014, j\u2019avais été évincé de la direction depuis longtemps.QS Vous af?rmez que les directeurs de BICEP2 vous ont peut-être exclu pour augmenter leurs chances de gagner le Nobel, étant donné la limite stricte de trois colauréats pour un même prix.BK À l\u2019époque, une partie de moi a cru que cet élément jouait un rôle parce que toute l\u2019équipe était bien consciente que nous pourrions détecter les origines de l\u2019Univers et qu\u2019il pourrait y avoir un prix Nobel au bout de ces travaux.Mais je ne le saurai jamais à coup sûr.QS Dans votre livre, vous demandez que cette interdiction de plus de trois colauréats soit levée.Pourquoi ?BK C\u2019est l\u2019aspect le plus obsolète du prix, dont les critères d\u2019attribution sont inchangés depuis 100 ans.Oui, c\u2019est de cette manière qu\u2019Alfred Nobel voyait les choses en 1895, quand il a rédigé son testament.Mais après les années 1940 et 1950, d\u2019énormes projets scienti?ques exigeant de grosses équipes ont été entrepris.Pensons à celle qui a mis au jour le boson de Higgs : ils étaient 10 000 chercheurs.Il est donc un peu irréaliste d\u2019imaginer qu\u2019un scienti?que seul fasse une grande découverte.QS L\u2019Académie royale des sciences de Suède ne décerne pas de Nobel à titre posthume.Devrait-elle le faire ?BK C\u2019est un autre problème lié aux règles actuelles parce que cela fait en sorte que le public interprète mal l\u2019histoire des sciences.Par exemple, le projet LIGO [du nom de l\u2019instrument qui a permis la détection des ondes gravitationnelles en 2015] était dirigé par quatre personnes, mais l\u2019une d\u2019elles, Ronald Drever, est morte six mois avant que le prix soit décerné.Si Ronald Drever était décédé six mois plus tard, il aurait été lauréat du prix Nobel, et un autre membre de l\u2019équipe aurait été écarté ! Ce règlement ne respecte pas l\u2019intégrité scienti?que et ne rend pas justice à ceux et celles qui font avancer la science.QS Selon vous, le prix Nobel encouragerait le biais de con?rmation, qui consiste à privilégier des informations con?rmant les hypothèses.Ainsi, on récompenserait des gens qui ont trouvé ce qu\u2019ils cherchaient.En quoi est-ce un problème?BK Souvent \u2013 comme dans notre cas, avec BICEP2 \u2013 les scienti?ques font tout pour con?rmer leur hypothèse initiale.Le public croit que les chercheurs sont objectifs, qu'ils sont comme des robots et dénués de toute passion.Il pense qu\u2019ils vont simplement là où les indices les mènent.Mais en fait, les scienti?ques sont motivés par les mêmes émotions que les gens « normaux » ; ils veulent la reconnaissance, l\u2019attention et la célébrité.C\u2019est ce que procure le prix Nobel, sans aucune commune mesure.Ainsi, quand vous créez une expérience conçue pour trouver quelque chose, c\u2019est une prémisse risquée.QS Comment pourrait-on régler ce problème ?BK Le prix pourrait récompenser uniquement les découvertes inattendues.Beaucoup de biais et de préjugés seraient ainsi éliminés dans l\u2019observation scienti?que.En fait, dans son testament, Alfred Nobel dit qu\u2019une découverte doit être récompensée.Celles de Marie Curie [la radioactivité] et de Wilhelm C.Röntgen [les rayons X] étaient complètement inattendues.Couronner de telles découvertes, plutôt que de grands accomplissements techniques, encouragerait les scienti?ques à entreprendre des expériences audacieuses qui peuvent réellement changer la donne.QS Quelques mois après l\u2019annonce des résultats de BICEP2, la communauté scienti?que a réalisé que le signal détecté ne provenait pas du Big Bang.D\u2019où venait-il ?BK BICEP2 avait une faille fatale : l\u2019instrument pouvait observer une seule couleur du spectre électromagnétique.Toute lumière est faite de photons, et chaque photon est caractérisé par sa longueur d\u2019onde.Dans notre cas, nous ne pouvions voir que les photons d\u2019une longueur d\u2019onde de deux millimètres.Or, les photons ne nous disent pas ce qui a causé leur polarisation.Tandis que nous croyions que leur polarisation avait été provoquée par le Big Bang, elle avait plutôt été créée par une interaction avec de la poussière dans notre propre galaxie.Les observations étaient justes, mais l\u2019interprétation était erronée.QS Quel est votre projet de recherche actuel ?BK Je dirige maintenant le projet de l\u2019Observatoire Simons, qui sera perché à 5200 m d\u2019altitude dans le désert d\u2019Atacama, au Chili.Ce télescope observera le ciel à cinq fréquences pour une période de cinq ans à compter de 2021.Nous pourrons ainsi éliminer le signal de la poussière galactique, mais aussi n\u2019importe quelle source de contamination.Cela nous permettra de voir si l\u2019in?ation a eu lieu ou, plus excitant encore, si elle n\u2019a pas eu lieu.QS Quelle leçon retenez-vous de BICEP2?BK Grâce à Jim Simons, de la Fondation Simons, nous avons réalisé que c\u2019était du gaspillage de ne pas joindre nos forces à celles des autres scienti?ques qui travaillent sur la même question.Pour l\u2019Observatoire Simons, l\u2019équipe de PO- LARBEAR s\u2019est alliée avec celle du Télescope cosmologique d\u2019Atacama.Le futur instrument sera 10 fois plus puissant que chacun de nos instruments actuels.C\u2019est magique ! Toutefois, nous savons maintenant qu\u2019il faut 250 personnes pour réussir cette expérience.QS Pensez-vous encore au prix Nobel ?BK Je ne veux pas écarter la possibilité que nous découvrions quelque chose d\u2019inattendu.Cependant, je n\u2019éprouve désormais aucun enthousiasme pour le Nobel.Je le vois presque comme dommageable pour la science, et j\u2019aimerais qu\u2019il soit réformé.D\u2019ailleurs, je crois que nous pouvons le faire assez facilement.Si le comité Nobel ne tient pas compte de mes critiques, et de celles de centaines d\u2019autres scientifiques désillusionnés partout dans le monde, le prix Nobel de physique pourrait un jour être boycotté.À Dieu ne plaise ! lQS ENTREVUE Les scienti?ques sont motivés par les mêmes émotions que les gens «normaux» ; ils veulent la reconnaissance, l\u2019attention et la célébrité. QUÉBEC SCIENCE 17 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 qui étonnent et détonnent Des technos DOSSIER SPÉCIAL De jeunes pousses québécoises modernisent nos emballages et nos instruments de cuisine, nos outils de diagnostics médicaux, nos techniques pour assurer la survie d\u2019animaux et même nos façons de faire la fête! Pour cela, elles rivalisent d\u2019ingéniosité, soutenues par des incubateurs universitaires.Voici sept entreprises d\u2019ici dont les inventions laissent bouche bée.UN DOSSIER D\u2019ETIENNE PLAMONDON- EMOND S H A R O N P I T T A W A Y / U N S P L A S H > Le barman automatisé Brite4Bar est tout droit sorti de la tête de cinq étudiants de l\u2019École de technologie supérieure de Montréal qui couraient les festivals et trouvaient dommage d\u2019avoir à patienter dans de longues ?les pour commander un gin tonique ou un mojito.En 2015, ils proposent leur solution dans un cours d\u2019introduction à l\u2019entrepreneuriat et leur professeur, Luc Giguère, leur suggère d\u2019aller au bout de leur idée.«C\u2019est un produit qui n\u2019existait pas en libre-service, souligne Gabriel Tétrault, président de Brite4.Il se vendait de petites distributrices de cocktails, mais pour s\u2019en servir à domicile ou pour aider le barman dans ses tâches.» L\u2019équipe fabrique d\u2019abord un prototype avec une structure en bois dans le garage des parents de l\u2019étudiant, situé dans une ferme laitière, avec de l\u2019équipement et des matériaux à portée de main.Les contraintes s\u2019avèrent nombreuses, notamment du côté du respect de la règlementation de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.En plus de concevoir tous les circuits électroniques et électriques, les jeunes ingénieurs mettent au point un système pour automatiser l\u2019ensemble des activités de la machine de façon à livrer le cocktail en un éclair.En 2016, ils sont ?n prêts à offrir leurs services aux organisateurs d\u2019activités et la réponse est bonne ; leur distributrice sera à l\u2019œuvre dans une vingtaine de manifestations cette année-là.Puis la jeune pousse s\u2019adjoint en 2017 les services du créateur de cocktails Antoine Galdes pour raf?ner ses recettes.Une deuxième version du barman automatisé prépare des boissons dans une dizaine de rencontres de plus grande envergure, comme le forum sur la créativité C2 Montréal.L\u2019entreprise de six employés prévoit lancer au début de l\u2019année 2019 une nouvelle mouture de sa machine, dont la conception est presque terminée, et déposer une demande de brevet.Nommée Brite4Bar, elle servira cocktails et bières et sera vendue directement à des bars et des hôtels.Pour continuer à proposer ses services dans le secteur évènementiel, la compagnie en démarrage prépare néanmoins un plus petit appareil, le Brite4Cocktails, dont la gestion du verre et de la glace restera à l\u2019extérieur de la machine.Les ambitions de l\u2019équipe vont maintenant au- delà de la production de cocktails automatisée, d\u2019où le changement de nom de l\u2019entreprise, connue avant comme SpiritEvent.Après un an et demi passé à l\u2019accélérateur Centech de l\u2019École de technologie supérieure, Brite4 a déménagé au début de l\u2019année 2018 dans les locaux de Connect&Go, une société spécialisée dans les objets connectés pour l\u2019accès à certains lieux et le paiement de biens et services.Connect&Go avait essayé la machine distributrice de cocktails à l\u2019un de ses 5 à 7.Charmée, elle a investi dans la nouvelle entreprise pour ensuite lui commander une machine distributrice de bracelets RFID ?le sigle anglais pour «l\u2019identi?cation par radiofréquence» ?, qui permettent notamment les paiements sans argent sur les sites de festivals.« On est désormais un fabricant de distributrices automatiques un peu hors norme », résume Gabriel Tétrault.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire ! Cocktails en libre-service Quinze secondes.C\u2019est le temps qui s\u2019écoule entre la commande d\u2019un cocktail sur un écran tactile et sa sortie d\u2019une machine distributrice imaginée par Brite4.QUÉBEC SCIENCE 18 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 1Un écran tactile propose six cocktails.2Une fois la commande passée, des pompes péristaltiques soutirent les liquides des bouteilles d\u2019alcool visibles en vitrine.3Les alcools, sodas et purées de fruits se retrouvent dans un contenant en plastique dans lequel ils sont mélangés et brassés pour reproduire l\u2019effet d\u2019un shaker.4La machine brise la glace pour rendre les glaçons uniformes avant de la déposer dans un verre.5Le mélange d\u2019alcool, de soda et de purée de fruits est versé à son tour dans le verre pour former la boisson, qui fait son chemin jusqu\u2019à une ouverture où le consommateur la saisit.COMMENT ÇA MARCHE ?Gabriel Tétrault J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N QUÉBEC SCIENCE 19 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 > L\u2019eau qui se fracasse sur les rivages fascine Dragan Tutic?lors d\u2019un voyage en Corse en 2012.Il se pose alors une question : si l\u2019énergie des vagues permet de produire de l\u2019électricité et que cette dernière est parfois utilisée pour dessaler l\u2019eau de mer, pourquoi ne pas se servir directement de la houle pour obtenir de l\u2019eau potable ?De retour au Québec, il mobilise d\u2019autres étudiants autour de cette idée dans le cadre d\u2019un projet au baccalauréat en génie mécanique à l\u2019Université de Sherbrooke.L\u2019équipe teste un prototype aux îles de la Madeleine.« Ce n\u2019était pas aussi concluant qu\u2019on le souhaitait, mais on croyait toujours au potentiel de l\u2019appareil », raconte l\u2019ingénieur.Il fonde ensuite avec Renaud Lafortune Oneka Technologies, accueillie par l\u2019Accélérateur de création d\u2019entreprises technologiques de son université.Le duo, qui jusque-là n\u2019avait pas le pied marin, décide de repenser à zéro un système plus simple et plus économique que le prototype initial, sans huile ni moteur, et avec trois fois moins de pièces.En 2016, pour tester sa technologie, la jeune pousse multiplie les allers-retours entre Sherbrooke et Scarborough Beach, dans l\u2019État du Maine.Puis, l\u2019année suivante, un centre permanent de tests est implanté à Fort Pierce, en Floride.La mer s\u2019y apparente à celle des Caraïbes, où l\u2019entreprise lorgne des marchés.La moitié de la dizaine d\u2019employés d\u2019Oneka Technologies y déménage pour peau?ner un prototype installé à trois kilomètres du rivage.« Si quelque chose est inadéquat, la mer va vous le dire », assure Dragan Tutic?.À force de réglages, la structure de l\u2019unité est renforcée : elle résiste à des vagues de 3,5 m et produit chaque jour 10 000 l d\u2019eau potable.En décembre 2017, les deux cofondateurs l\u2019ont poussée aux limites de ses capacités dans le simulateur de houle MaRINET2, de l\u2019École centrale de Nantes.Les données amassées là-bas leur permettent désormais de modéliser les opérations sur ordinateur de façon à prédire la production d\u2019eau potable et la résistance selon le régime des vagues d\u2019un endroit donné.La modélisation permet également de mieux adapter la machine aux conditions de la mer en évaluant l\u2019effet de modi?cations de la masse, la géométrie ou la grosseur de certaines pièces.Oneka Technologies espère séduire un premier utilisateur commercial cette année avec des parcs de plus de cinq unités.Elle regarde du côté des établissements touristiques côtiers confrontés à un approvisionnement en eau potable instable ou à des coûts onéreux.L\u2019entreprise naissante évalue que, une fois son système implanté, l\u2019eau potable produite coûterait jusqu\u2019à cinq fois moins cher que celle fournie par certains services publics en milieux insulaires.En outre, l\u2019invention pourrait éventuellement combler les besoins des collectivités côtières isolées, voire de gens sinistrés à la suite d\u2019ouragans.Avec un système tout-en-un, indépendant de tout carburant, « un mécanicien automobile serait surquali?é pour faire la maintenance de notre appareil », déclare Renaud Lafortune.De quoi anticiper une nouvelle vague dans la production d\u2019eau potable.La mer à boire Une jeune entreprise sherbrookoise relève le dé?de produire de l\u2019eau potable à partir des vagues de la mer.1Fixé à plus d\u2019un kilomètre du rivage, le système démarre lorsque la houle atteint la hauteur minimale de 0,7 m.Il est composé d\u2019un ?otteur à la surface de l\u2019eau relié par un cylindre hydraulique à un ancrage dans le fond marin.2Lorsque le ?otteur entreprend sa descente depuis la crête d\u2019une vague, le cylindre hydraulique s\u2019élargit pour aspirer l\u2019eau de la mer, un peu comme les poumons augmentent de volume pour laisser entrer l\u2019air.Une valve maintient l\u2019eau dans le cylindre.3Quand une autre vague provoque la remontée du ?otteur, le cylindre hydraulique est tiré à la verticale selon le principe de la poussée d\u2019Archimède, une force qui tend à pousser les objets immergés vers le haut en raison de la différence de pression aux extrémités.L\u2019énergie libérée par la force du mouvement pressurise l\u2019eau à environ 60 bars.4L\u2019eau propulsée et la pression s\u2019accumulent dans une section amovible du système pour maintenir un ?ot continu et légèrement atténué sur une membrane d\u2019osmose inverse (voir l\u2019étape suivante) et éviter sa destruction par une impulsion trop forte.5La membrane d\u2019osmose inverse, percée de trous de quelques nanomètres, bloque les bactéries et les ions de sel et laisse traverser l\u2019eau douce.L\u2019eau résiduelle, toujours salée, est retournée dans la mer.6Après son passage dans la membrane, l\u2019eau potable conserve suf?samment d\u2019élan pour se rendre jusqu\u2019à la côte à travers un tuyau déroulé dans le fond marin.Elle peut être bue directement à la sortie.Unité de dessalement Oneka de quatrième génération installée en Floride.O N E K A COMMENT ÇA MARCHE ? QUÉBEC SCIENCE 20 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 > Croyez-le ou non, les chercheurs et organismes de conservation répertorient encore les nids de tortues en plantant de simples bâtons dans le sable.L\u2019opération n\u2019est pas sans risque, car elle signale la position des œufs aux prédateurs, soit des braconniers dans des pays du Sud ou des animaux au Canada.« On a fait des tests en mettant des bâtons où il n\u2019y avait pas de nid et les ratons laveurs allaient creuser à ces endroits », raconte Anaïs Boutin, directrice des programmes de protection et de conservation chez Éco-Nature.Ces intrusions pourraient cesser grâce aux travaux de John Bonardelli, président de NestingSafe.Pionnier de l\u2019aquaculture des pétoncles en Gaspésie durant les années 1980, John Bonardelli est devenu par la suite consultant en matière de culture de coquillages en haute mer.En 2014, il a découvert les enjeux de la gestion des nids de tortues lors d\u2019un voyage en Turquie, où la collecte de données ?ables permet de justi?er la fermeture de plages aux touristes.Persuadé que son expertise pouvait être mise à contribution, il s\u2019est échiné à créer une technologie surprenante qui permettrait de mieux protéger les nids de tortues.Elle est conçue pour ne laisser aucun indice de sa présence aux prédateurs, puisqu\u2019elle est cachée sous le sable, tout près des lieux de ponte.Elle est composée d\u2019une antenne et de capteurs sans ?l qui emmagasinent toutes sortes de données sur l\u2019environnement des nids.Par exemple, Éco-Nature a pu suivre l\u2019évolution des températures dans les nids des tortues d\u2019eau douce au parc de la Rivière-des-Mille-Îles.L\u2019organisme a ainsi constaté qu\u2019il est commun pour les tortues serpentines et géographiques de passer l\u2019hiver dans leur nid.Mais c\u2019est dans les contrées plus chaudes, comme au Honduras, où John Bonardelli expérimente aussi sa technologie, que cette option s\u2019avère cruciale, surtout lorsqu\u2019il est question d\u2019espèces dont le sexe des spécimens est déterminé par la chaleur au moment de l\u2019incubation.Une étude publiée en janvier 2018 dans Current Biology constatait que plus de 99 % des tortues vertes nées au cours des 20 dernières années dans le nord de la Grande Barrière de corail étaient des femelles, un effet du réchauffement climatique, qui 1Une antenne scellée dans une enveloppe indéchirable et résistante à la chaleur et à l\u2019eau est enterrée dans le sable à proximité d\u2019un nid de tortue.2Un ou des capteurs sans ?l pour mesurer la température, le niveau d\u2019humidité, la salinité de l\u2019eau ou les vibrations sont déposés près du nid entre le moment où la femelle pond ses œufs et celui où elle les recouvre de sable.3Pour retrouver le nid, l\u2019utilisateur a recours à un détecteur analogue à celui qui repère le métal.L\u2019appareil émet des ondes radioélectriques, ce qui permet de récupérer les données emmagasinées dans les capteurs ou l\u2019antenne.4Grâce à la technologie Bluetooth, le détecteur transmet les données à une application mobile qui af?che les informations sur le nid.5Des observations et des photographies peuvent être ajoutées sur la plate- forme numérique.Le Ninja qui voulait sauver les tortues La nouvelle entreprise NestingSafe veut faire entrer le suivi et la protection des nids de tortues dans l\u2019ère 2.0.À gauche, John Bonardelli, président de NestingSafe.À droite, Mathilde Poulin et Anaïs Boutin d'Éco-Nature.P H O T O S : F R A N C I S A L L A I R E COMMENT ÇA MARCHE ? QUÉBEC SCIENCE 21 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 > Lorsque Gunnar Grass découvre les appareils de cuisine multifonctions, qui peuvent réaliser jusqu\u2019à une douzaine de tâches comme couper, mélanger et cuire des aliments, il trouve une béquille pour compenser ses faibles talents de cuistot.En revanche, il doit rester tout près de ces appareils pour mettre les bons ingrédients au bon moment.« Pourquoi ne pas pousser plus loin l\u2019idée et concevoir un système d\u2019approvisionnement autour de ces instruments ?» s\u2019est demandé cet Allemand d\u2019origine et Montréalais d\u2019adoption qui adore bricoler des gadgets dans ses temps libres.« J\u2019imaginais, depuis le travail, commander à la machine un risotto aux fruits de mer qui serait prêt à mon retour à la maison.» L\u2019ingénieur du dimanche ?il a une formation en ?nance ?met alors au point un bras robotisé contrôlé par ordinateur qui saisit les ingrédients dans des armoires et un réfrigérateur pour les déposer dans un plat commun.« J\u2019ai réalisé que cette technologie fonctionnerait et serait capable de produire des plats de la qualité d\u2019un restaurant », raconte-t-il.Actuellement, aux États-Unis, des restaurants qui font appel à des robots commencent à ouvrir leurs portes.Mais en Le robot qui fait du risotto Se jugeant mauvais cuisinier, Gunnar Grass a conçu un robot qui lui préparerait de meilleurs repas.Ensemble, ils s\u2019apprêtent à conquérir les aires de restauration.Y P C T E C H N O L O G I E S menace la reproduction à long terme de l\u2019espèce.NestingSafe permettrait ainsi à des organismes de protection d\u2019intervenir lorsque la température devient trop élevée en rafraîchissant les alentours des nids avec de l\u2019eau ou de l\u2019ombrage.Pour améliorer sa technologie, John Bonardelli a fait appel à des entreprises en démarrage hébergées par l\u2019accélérateur Centech, à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), où lui-même pro?te d\u2019un accompagnement depuis maintenant six mois.Il travaille avec Dominic Deslandes, professeur à l\u2019ÉTS et cofondateur de Spark Microsystems, pour améliorer la communication entre le détecteur et les capteurs.Il faut savoir que ces derniers peuvent être enfouis à un mètre de profondeur et que l\u2019environnement constitué de sable, de gravier et d\u2019eau est « hostile à la propagation des ondes », souligne M.Deslandes.John Bonardelli collabore aussi avec la jeune pousse Ridemetry, spécialisée en transport, pour boni?er son système de géolocalisation, dont les informations ne risquent pas de tomber sous la patte de ratons laveurs ! 1 Le concept comprend trois éléments : un bras robotisé, de 5 à 20 appareils de cuisine multifonctions et un espace de rangement où sont conservés tous les ingrédients dans des boîtes et des bocaux étiquetés d\u2019un code-barres 2D.Le tout est rassemblé dans une grande cellule cubique vitrée.2 Le bras industriel robotisé se meut dans la cellule grâce à la vision par ordinateur.Il lit les codes-barres et saisit les contenants nécessaires pour les verser au bon moment dans l\u2019un des appareils de cuisine multifonctions, où les ingrédients sont coupés, mélangés, chauffés, etc.3Des capteurs situés sur le bras mesurent le poids des aliments, ce qui permet de doser les ingrédients avec une précision de 2,5 g.Pour les éléments dont une in?me variante peut avoir une grande incidence sur le goût, tels que les épices et les herbes, l\u2019intelligence arti?cielle permet d\u2019atteindre plus de précision en fondant ses décisions sur des paramètres comme la grosseur et le type d\u2019ouverture du contenant, la consistance ou la texture de l\u2019ingrédient, ainsi que le niveau d\u2019humidité ou la température de la pièce.4L\u2019ensemble des éléments est branché à un système de contrôle qui calcule l\u2019ordre optimal des tâches à effectuer et coordonne tous les mouvements, surtout lors de la préparation simultanée de plusieurs plats.(suite à la page 22) COMMENT ÇA MARCHE ? 2016, peu d\u2019innovations du genre sont protégées par un brevet.Voilà pourquoi Gunnar Grass ne tarde pas à fonder YPC Technologies (pour Your Personal Chef) et embauche une équipe d\u2019ingénieurs.La jeune compagnie déménage à la Maison Notman, à Montréal, où logent plusieurs entreprises technologiques en démarrage.À l\u2019été 2017, un prototype fonctionnel, doté d\u2019un bras robotisé industriel à six axes, réussit à concocter une purée de pommes de terre et un ?let mignon, mais surtout un risotto au safran.Ce dernier mets nécessitait 10 ingrédients solides, liquides et en poudre, et 6 étapes de préparation.Un nouvel échelon est atteint en juillet 2018 : après un passage au sein des accélérateurs montréalais Centech, à l\u2019École de technologie supérieure, et FounderFuel, le robot mitonne cinq plats en même temps, dont un poulet massala pas piqué des vers.La jeune pousse, qui compte au- jourd\u2019hui neuf employés, souhaite lancer son produit dans un environnement où il servira de véritables clients, au début de l\u2019année 2019.« On ne veut plus vendre notre solution, mais devenir un restaurant nous-mêmes », explique Gunnar Grass.L\u2019équipe prévoit dans un premier temps exploiter son robot dans des kiosques alimentaires, une sorte de machine distributrice ultrasophistiquée d\u2019environ deux mètres cubes.Le consommateur pourrait observer le chef robot en action derrière une baie vitrée, avant que lui soit servie la commande par une ouverture.Si tout fonctionne comme prévu, YPC Technologies envisage le modèle de la franchise.Au-delà de ses ambitions d\u2019affaires, Gunnar Grass assure que cette aventure lui apporte surtout « beaucoup de plaisir ».« Que mon entreprise réussisse ou échoue, je n\u2019ai pas de doutes que, dans 30 ans, il y aura des robots cuisiniers et que les restaurants fonctionneront différemment.Lorsque je me souviendrai d\u2019avoir été un pionnier dans le secteur, ce sera cool ! » Alors, qui veut du risotto à la sauce techno ?> Cette viande qui traîne dans le frigo est-elle encore fraîche?Et qu\u2019en est-il de ce carton de lait: ne dégage-t-il pas une drôle d\u2019odeur?La date de péremption est toujours si vite arrivée.Bientôt, les aliments emballés pourraient être conservés plus longtemps grâce\u2026 aux carapaces des crabes.Plus précisément au biopolymère qu\u2019elles contiennent.On l\u2019appelle « chitosane ».Nury Ardila et Mounia Arkoun, chercheuses à Polytechnique Montréal, l\u2019exploitent depuis plusieurs années dans l\u2019espoir de réduire le gaspillage alimentaire.Aujourd\u2019hui, elles travaillent sur un emballage antibactérien, baptisé ChitoPack, qui se collera sur les parois internes des contenants de lait.Déjà, un joueur de l\u2019industrie agroali- mentaire, dont elles ne veulent pas dévoiler l\u2019identité, les a sollicitées a?n de réduire le nombre de produits laitiers périmés qui lui sont retournés et de se distinguer de la concurrence grâce à des denrées ayant une plus longue durée de vie.L\u2019emballage qui tue des bactéries Les dates de péremption du lait pourraient être repoussées grâce à un emballage alimentaire conçu dans les laboratoires de génie chimique de Polytechnique Montréal.QUÉBEC SCIENCE 22 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 (suite de la page 21) Avant de s\u2019attaquer aux cartons de lait, Nury Ardila et Mounia Arkoun se sont d\u2019abord intéressées à la viande.Au moment de leur postdoctorat, entre 2012 et 2017, elles réussissent à repousser le moment où une pièce de viande devient impropre à la consommation.Elles mettent alors au point une nanostruc- ture faite de ?bres en chitosane entrecroisées par électro?lage.Il en résulte une membrane ?exible et poreuse qui, une fois appliquée sur la surface d\u2019une viande, attire et retient dans ses ?lets des bactéries, comme E.coli ou les espèces du genre Listeria, pour les éliminer avec une ef?cacité redoutable.En laboratoire, la membrane prolonge la durée de vie de l\u2019aliment d\u2019une semaine.Qui plus est, elle est biodégradable.Convaincues du potentiel de leur emballage, elles fondent l\u2019entreprise Evio en 2017.Soutenues par le programme Technopreneur du Centre d\u2019entrepre- neuriat Poly-UdeM, elles communiquent avec une trentaine de clients potentiels de l\u2019agroalimentaire.Mais ces derniers demeurent frileux à l\u2019idée d\u2019adopter des nanotechnologies, en plus d\u2019être freinés par leur coût prohibitif.Loin de se démoraliser, les deux femmes retournent au labo.Croyant toujours aux vertus du chitosane, elles mettent de côté la membrane et misent plutôt sur la conception d\u2019une pellicule continue du polymère, moins chère à fabriquer.Si de telles pellicules existaient déjà, leurs usages demeuraient restreints aux laboratoires et aucune n\u2019était adaptée aux besoins du secteur agroalimentaire.A?n d\u2019obtenir les propriétés mécaniques voulues, notamment pour le scellage, les chercheuses testent différentes combinaisons d\u2019acides qui servent à dissoudre la poudre de chitosane avant de laisser place, une fois évaporés, à une ?ne pellicule.Le procédé ainsi que les mélanges de chitosane et de différents acides sont l\u2019objet d\u2019un brevet provisoire.Au contact de la viande, la pellicule s\u2019avère légèrement moins ?exible et emprisonne moins ef?cacement les bactéries que la membrane en nanostructure.En revanche, le lait, puisqu\u2019il bouge dans son contenant, interagit mieux avec l\u2019emballage actif, expliquent les jeunes entrepreneures qui sont désormais accompagnées à l\u2019incubateur J.-Armand-Bombardier de Polytechnique Montréal.Aux individus allergiques aux fruits de mer, Nury Ardila assure que les protéines de chitosane sont réduites au maximum dans la poudre utilisée a?n de prévenir toute réaction.« Dans le futur, on aimerait aussi tester différentes sources de chitosane », ajoute-t-elle, en évoquant celui issu de champignons.Reste que, en recourant à des carapaces de crustacés, le ChitoPack évite tant le gaspillage de lait, de viande et possiblement d\u2019autres denrées que celui de ces rebuts de la pêche.1L\u2019emballage, produit à partir de chitosane, un biopolymère issu des carapaces de crustacés, est déposé sur une pièce de viande ou sur les parois internes d\u2019un contenant de lait.2En raison des interactions électrostatiques, le chitosane, chargé positivement, attire comme un aimant les membranes des bactéries, chargées négativement.3Le chitosane perfore ensuite la paroi bactérienne et tue le microorganisme.4En empêchant ainsi le développement de certaines bactéries, comme E.coli et celles de type Listeria, l\u2019emballage prolonge la durée de vie des aliments et réduit les risques de contracter des infections gastro- intestinales.QUÉBEC SCIENCE 23 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N Nury Ardila et Mounia Arkoun ont créé l\u2019emballage antibactérien ChitoPack.COMMENT ÇA MARCHE ? > Alors qu\u2019il s\u2019initie à l\u2019élevage des abeilles en milieu urbain en 2013, Marc-André Roberge remarque que les apiculteurs d\u2019expérience parlent à voix haute aux insectes.« Je me disais que ce serait génial si les abeilles pouvaient leur répondre, leur dire au fur et à mesure ce qui ne va pas et ce qui pourrait aller mieux », raconte le jeune entrepreneur.Car l\u2019inspection d\u2019une ruche, réalisée au moins une fois toutes les deux semaines pour s\u2019assurer du bon état de santé de la colonie, chamboule chaque fois le cycle de travail des abeilles ouvrières.« C\u2019est un peu comme si quelqu\u2019un arrachait le toit de votre maison et déplaçait vos meubles a?n de vous trouver et de voir comment vous vous portez, illustre le designer industriel de formation.Vous resteriez probablement un peu traumatisé.» À force d\u2019éplucher des livres et des forums sur le sujet, il constate à quel point il est ardu de com r d\u2019une ruche.Après un passage à New York dans le programme pour designers 30 Weeks de Google en 2016, Marc-André Roberge voit les nouvelles technologies comme une piste de solution.Certaines existaient déjà pour amasser des données dans les ruches, mais elles restaient lourdes et hors de prix.Avec Xavier de Briey, il lance Nectar et monte un prototype au Salon 1861, une ancienne église située à Montréal qui héberge des projets d\u2019innovation.Puis, l\u2019entreprise déménage ses pénates au Centech, à l\u2019École de technologie supérieure, où les deux fondateurs s\u2019entourent d\u2019une équipe.Au fil des améliorations, les capteurs se délestent de leurs ?ls et sont adaptés pour résister à la cire ou à la gomme produite par les abeilles.Une fois les données recueillies par ses capteurs, Nectar utilise des algorithmes et l\u2019apprentissage automatique pour reconnaître certaines récurrences et effectuer de l\u2019analyse prédictive.Durant la dernière année, une dizaine de clients, dont cinq producteurs commerciaux, ont testé la deuxième version du matériel.Les apiculteurs ont pu ainsi détecter la mort de cinq reines et deux essaimages, soit des mouvements de migration d\u2019une colonie d\u2019abeilles.Ces données providentielles ont permis d\u2019éviter tout risque d\u2019effondrement de la population d\u2019abeilles dans les ruches touchées.La jeune pousse cherche maintenant à discerner aussi ef?cacement l\u2019apparition de maladies et de parasites.Nectar, désormais installée dans l\u2019espace de cotravail The Hive à Ahuntsic- Cartierville, à Montréal, prévoit brancher cet automne 150 appareils d\u2019un nouveau modèle, en plus de mettre en route un projet avec le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault.Elle espère lancer, en 2019, la commercialisation à grande échelle de son service en vendant des abonnements annuels.Ses produits pourraient à terme améliorer la survie des abeilles.Le taux de mortalité hivernale chez les abeilles du Québec demeure supérieur à la normale de 15 % depuis 2003, selon un rapport publié cette année par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec.Raison de plus pour tenter de décrypter ce qui ne tourne pas rond dans les ruches.1Un appareil hexagonal de cinq centimètres de diamètre, contenant de multiples capteurs, est inséré dans la partie de la ruche où se trouvent la reine, les œufs, les larves et la plupart des abeilles, tandis qu\u2019un autre est placé à l\u2019endroit où sont emmagasinées les provisions de miel.2Une fois par heure, les capteurs à l\u2019intérieur «se réveillent» durant 30 secondes pour capturer des données avant de retomber en mode «économie d\u2019énergie».Ils enregistrent notamment les fréquences sonores du bourdonnement des abeilles, le poids de la ruche, le niveau d\u2019humidité et les variations de température.3Les données sont transmises par Bluetooth à un appareil de la grosseur d\u2019une rondelle de hockey situé à l\u2019extérieur de la ruche.Il agrège les informations avant de les transmettre dans le nuage informatique.4Grâce à l\u2019intelligence arti?cielle, des corrélations sont établies entre les différentes données fournies, tenant compte des situations géographique et météorologique, a?n d\u2019obtenir des hypothèses sur ce qui se produit ou se produira bientôt à l\u2019intérieur de la ruche.5Une alerte est envoyée aux apiculteurs, par une application Web ou par texto, lorsque l\u2019analyse laisse présager un problème.Ces derniers peuvent consulter les données brutes s\u2019ils le souhaitent.La techno qui veille sur les abeilles La technologie mise au point par Nectar a tout pour créer un buzz : elle permet aux apiculteurs de s\u2019assurer de la vigueur des colonies autrement qu\u2019en en?lant leur combinaison de protection.Marc-André Roberge et Xavier de Briey, cofondateurs de Nectar COMMENT ÇA MARCHE ?QUÉBEC SCIENCE 24 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 C A R L A T I Y E H > L\u2019été dernier, les jeunes con?és à la clinique des commotions cérébrales de l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants ont mis, au moment de leur évaluation, des lunettes de réalité virtuelle.Plutôt que d\u2019estimer uniquement à l\u2019œil nu les ré?exes des enfants en leur demandant, par exemple, de suivre des yeux un doigt ou un crayon, les cliniciens ont expérimenté la technologie de l\u2019entreprise en démarrage Saccade Analytics.Leur but : véri?er si cette dernière peut les aider à déceler des dé?ciences plus subtiles.« Si oui, tant mieux.Cela pourrait permettre de mieux aiguiller les interventions », souligne Isabelle Gagnon, physiothérapeute à l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants.Saccade Analytics s\u2019est donné comme mission de concevoir et de commercialiser une technologie pour faciliter le diagnostic des commotions cérébrales et de maladies neurodégénératives.« C\u2019est un peu une histoire de famille », raconte en riant Isabel Galiana dans les locaux de Saccade Analytics, située à l\u2019accélérateur Centech, à l\u2019École de technologie supérieure de Montréal.Formée en économie, elle s\u2019est laissé convaincre par sa mère, Henrietta Galiana, professeure en ingénierie biomédicale à l\u2019Université McGill, de lancer avec elle une entreprise pour mettre au point une solution fondée sur ses travaux de recherche.Depuis les années 1980, Henrietta Galiana s\u2019intéresse aux mouvements des yeux et de la tête ainsi qu\u2019à leur coordination assurée par le système vestibulaire, situé dans l\u2019oreille interne.Il faut savoir que la plupart des problèmes neurologiques, dont ceux provoqués par une commotion cérébrale, altèrent les ré?exes oculomoteurs.En janvier 2017, Saccade Analytics expérimente d\u2019abord des lunettes mesurant le déplacement des yeux au moment de regarder un écran de plus de trois mètres de large.Puis, dans les mois suivants, un nouveau modèle de lunettes de réalité virtuelle, qui enregistre à la fois les mouvements des yeux et ceux de la tête, fait son apparition sur le marché.Il permet à Saccade Analytics de proposer un produit plus léger et d\u2019évaluer du même souf?e une grande variété de mouvements.« Les enfants l\u2019adorent », af?rme Isabelle Gagnon, aussi chercheuse à l\u2019Université McGill.Les jeunes qui lui sont parfois adressés après avoir éprouvé des étourdissements tolèrent mieux la batterie de tests d\u2019une dizaine de minutes réalisée avec les lunettes de réalité virtuelle que la méthode qu\u2019elle employait jusqu\u2019à maintenant.Celle-ci demandait deux fois plus de temps, de secouer la tête plus fréquemment et « pouvait provoquer des symptômes chez les enfants, au point que, parfois, on ne pouvait pas terminer les tests », souligne Mme Gagnon.Mais c\u2019est surtout après un diagnostic que les données enregistrées par Saccade Analytics prennent toute leur importance, selon Isabel Galiana.« On aide à déterminer des traitements adaptés à l\u2019individu a?n qu\u2019il retourne au jeu ou au travail le plus rapidement possible.Pour l\u2019instant, les protocoles de retour après les commotions cérébrales demeurent assez uniformes.» Si, par exemple, l\u2019analyse dévoile que le regard de la personne dévie lorsqu\u2019un point se retrouve dans son champ visuel droit, les exercices de réadaptation pourront cibler cette faiblesse, ce qui évitera d\u2019avancer à tâtons dans un programme ratissant trop large.Cinq cliniques de physiothérapie ont déjà recours à l\u2019outil au Québec et en Ontario et des discussions se poursuivent avec certaines organisations sportives professionnelles.Au-delà de ces premiers clients, Saccade Analytics nourrit de grandes ambitions : parvenir à diagnostiquer d\u2019autres problèmes de santé, notamment en décelant les signes précoces de maladies neu- rodégénératives.De quoi provoquer une petite commotion en médecine.lQS 1Le patient soupçonné d\u2019avoir subi une commotion cérébrale ou manifestant des troubles de l\u2019équilibre en?le des lunettes de réalité virtuelle commerciales.2En bougeant ou non la tête, selon le test subi, il doit ?xer ou suivre des yeux des points qui se déplacent, s\u2019arrêtent ou disparaissent devant lui.3Les données sur les ré?exes des yeux et de la tête enregistrées durant les tests sont envoyées dans le nuage informatique et des algorithmes analysent les résultats.4Un rapport, illustré de graphiques, est envoyé dans les minutes qui suivent au médecin.Celui-ci peut y trouver des indices supplémentaires pour diagnostiquer des troubles neurologiques.QUÉBEC SCIENCE 25 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 La réalité virtuelle pour diagnostiquer les commotions cérébrales Grâce à la réalité virtuelle, Saccade Analytics aide les professionnels de la santé à diagnostiquer des commotions cérébrales et les patients à s\u2019en remettre.COMMENT ÇA MARCHE ?D O B S O N C E N T R E D E M C G I L L ENVIRONNEMENT OÙ VONT LES DÉCHETS ÉLECTRONIQUES?Que deviennent les cellulaires obsolètes, les vieux téléviseurs et les enchevêtrements de câbles envoyés au recyclage ?En voulant les suivre, nous avons découvert un programme de récupération bien rodé, mais critiqué pour son manque de transparence ; des matières toxiques complexes à traiter ; un réseau parallèle de recycleurs qui échappe à tout contrôle ; et des exportations illégales.Tout un écosystème nourri par notre surconsommation.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE PHOTOS : NIK MIRUS a : 1% 5 Ys A 6 i fi 7, Pd * Ps /7 @, és a \u201c I 9, \\ a \u201cUh \u2018veo VB) \u201c4, û ) , an,\u201d \\ ©) à» IW dy \u201cor * d Lo \"> \\ \u2018 \u2018vo be - oi \u201cJ de ta { o> I \u2018 a % fs .0.Ÿ \u20ac = vd = 4 { as 0 a QUÉBEC SCIENCE 28 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 J\u2019ai reçu un texto de mon fournisseur de téléphonie cellulaire.« Mélissa, nous avons une excellente offre pour des clients fidèles comme vous ! Pour une durée limitée, obtenez l\u2019incroyable iPhone 7 32 Go à 0 $ dans le cadre de certains forfaits\u2026 » Tentant, d\u2019autant plus que je lis ce message sur mon écran craquelé.Si j\u2019opte pour un nouvel appareil, il me faudra bien recycler l\u2019ancien.Et les trois autres téléphones cellulaires qui traînent dans une armoire depuis belle lurette d\u2019ailleurs.Et leurs câbles.Et mes vieilles clés USB.Et ma caméra numérique brisée depuis 2010.Et cette chaîne stéréo de 1980 dont je n\u2019arrive pas à me départir\u2026 Comme moi, deux Québécois sur trois accumulent les appareils électroniques obsolètes en attendant de faire le grand ménage ou par manque de temps.Pourtant, depuis 2012, le Québec s\u2019est doté d\u2019un système de recyclage des déchets électroniques qui facilite l\u2019exercice.Par le truchement d\u2019un règlement provincial, un programme de « responsabilité élargie des producteurs » oblige les manufacturiers et les détaillants d\u2019appareils électroniques à veiller au recyclage des produits en fin de vie.Ces entreprises (sauf Vidéotron et Bell, qui ont conçu leurs propres structures) ont re?lé la facture du programme aux consommateurs par l\u2019entremise des « écofrais » imposés à chaque nouvel achat.Pour une télé de 46 pouces, ils représentent 24 $ ; pour un cellulaire, 0,07 $.Ces sommes ?un total de 16,5 millions de dollars en 2017 ?sont versées à l\u2019Association pour le recyclage des produits électroniques du Québec (ARPE), créée par l\u2019industrie.L\u2019ARPE coordonne la collecte des appareils dans 960 points de dépôt (écocentres et magasins Bureau en gros par exemple) et les envoie aux 25 recycleurs agréés par son bureau de la quali?cation des recycleurs.Avant 2012, diverses organisations recyclaient les composants les plus demandés.Mais le reste des matières ?nissait peut- être à la poubelle, car il n\u2019existait pas de mécanismes de surveillance.« Tout à coup, les écofrais ont permis de couvrir le recyclage de ces matières qui n\u2019ont pas de valeur et de s\u2019assurer que tout est fait dans le respect des plus hautes normes, raconte Marie-Caroline Bourg, ingénieure en matériaux et cofondatrice de la boîte de génie-conseil EnviroRcube, qui a participé à la certi?cation de cinq centres de tri.Ça a nivelé les pratiques vers le haut, pour la protection de l\u2019environnement et des travailleurs.» Mais comme toutes les personnes à qui l\u2019on a parlé dans le cadre de ce reportage, elle indique que des problèmes demeurent, dont la question de la transparence.Le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets n\u2019hésite pas à dire qu\u2019il s\u2019agit de la catégorie de déchets dont la gestion est la plus opaque.À l\u2019heure actuelle, personne ne connaît le taux exact de récupération des déchets électroniques au Québec.L\u2019accès aux données (nombre d\u2019appareils vendus dans les magasins et d\u2019appareils remis en état ou recyclés au cours d\u2019une année) est limité à Recyc-Québec.Jusqu\u2019à ce jour, la société d\u2019État n\u2019a publié que les taux de récupération pour l\u2019année 2015 (voir l\u2019encadré p.29).Et encore, le tableau est incomplet, car les taux pour les cellulaires, les tablettes et les ordinateurs portables ne sont pas publics, pour « préserver la con?dentialité des données appartenant aux entreprises », selon Recyc-Québec.« On a un système payé entièrement par le consommateur ?pas un sou n\u2019est versé par l\u2019industrie des produits électroniques ?, on devrait avoir le droit de savoir quels sont les taux de récupération.Il y a moyen de protéger la con?dentialité industrielle, avec des données agrégées, tout en nous assurant que nos objectifs sont atteints en tant que société », juge Marie-Caroline Bourg, qui s\u2019est penchée sur le sujet avec d\u2019autres professionnels du Réseau Environnement dans un mémoire de 2014.Ce n\u2019est pas si simple, rétorque la directrice générale de l\u2019ARPE, Dominique Levesque, rencontrée dans les bureaux de l\u2019organisation à Brossard.Vidéotron et Bell « ne veulent pas que l\u2019on connaisse leurs taux de récupération.Si Recyc-Québec publie ces chiffres, on peut faire des calculs renversés » et découvrir à combien se chiffrent leurs ventes annuelles.Mme Levesque pense qu\u2019il est plus important d\u2019élargir l\u2019éventail des produits recyclables, qui se limite pour le moment aux appareils électroniques, comme les ordinateurs, les liseuses et les cellulaires, ENVIRONNEMENT 1 UN JEUNE PROGRAMME DE RECYCLAGE QUÉBEC SCIENCE 29 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 et exclut les appareils électriques, comme les perceuses et les frigos.«En Colombie- Britannique, tout ce qui se branche ou qui a une pile est visé par le programme de recyclage de la province.» Considérant que les Canadiens produisent individuellement environ 20,4 kilos de déchets électriques et électroniques par année, le compte est de 170000 tonnes annuellement pour la population du Québec.En six ans, seulement 100000 tonnes ont été traitées dans le cadre du programme, soit 10% ; il y a loin de la coupe aux lèvres.Le consommateur qui accumule les vieilleries comme moi n\u2019est également pas étranger au phénomène.Pire, plusieurs jettent carrément leurs appareils électroniques usagés, un geste qui n\u2019est pas illégal au Québec, contrairement à l\u2019État de New York par exemple.Mais nous sommes à l\u2019image du reste de la planète, puisque, selon l\u2019Université des Nations unies, seulement 20 % des appareils sont recyclés à l\u2019échelle mondiale.A u bout d\u2019une cour te rue industrielle de Salaberry-de- Valley?eld, je vois poindre les installations d\u2019eCycle Solutions, un re- cycleur certifié par l\u2019ARPE.Le directeur du développement des affaires pour le Québec et l\u2019Atlantique, Marc Brunette, m\u2019ouvre grand sa porte.On pourrait même parler de six portes, celles qui, au bout de l\u2019usine, laissent passer les cargaisons de matériel électronique des Québécois.Le long d\u2019une chaîne de production où s\u2019activent quelques employés au son d\u2019une chanson des Cowboys fringants, d\u2019immenses boîtes en carton s\u2019alignent.Mon hôte se penche sur l\u2019une d\u2019elles, pleine de tablettes et de téléphones cellulaires.« Ça, c\u2019est un chiard à recycler », lance-t-il en songeant sans doute à la ribambelle de minuscules pièces qui constituent ces appareils.Il faut savoir que les recycleurs sont surtout des « désassembleurs »\u2026 et des 2 VISITE CHEZ LES RECYCLEURS OFFICIELS Ordinateurs de bureau: 51 % Écrans d\u2019ordinateur et téléviseurs: 62 % Imprimantes et numériseurs: 40 % Systèmes audios et vidéos non portables: 50 % Systèmes audios et vidéos portables: 1 % Portables et tablettes, cellulaires et téléphones ?xes : con?dentiel Quantité traitée inconnue Quantité jetée inconnue Réseau CFER SIT Mauricie 25 recycleurs agréés l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l +100 recycleurs l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l * Ces taux sont calculés par Recyc-Québec.Le nombre de produits récupérés est divisé par le nombre de produits vendus.Le Service d\u2019intégration au travail de la Mauricie, qui emploie des personnes ayant un problème de santé mentale, n\u2019est pas certi?é par l\u2019ARPE, mais détient la certi?cation R2.Les centres de formation en entreprise et récupération sont certi?és par l\u2019ARPE et offrent une formation de trois ans à des jeunes de 15 à 18 ans.TAUX DE RÉCUPÉRATION POUR 2015* 5 OPTIONS POUR SE DÉBARRASSER D\u2019UN APPAREIL 1 2 3 4 5 PROGRAMMES SUPERVISÉS PAR RECYC-QUÉBEC Bell Modems et récepteurs Poubelle Vidéotron Cellulaires, routeurs, modems Réseau parallèle 960 points de dépôt de l´ARPE (Bureau en gros et écocentres par exemple) QUÉBEC SCIENCE 30 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 « répartiteurs » en chef.« On s\u2019appelle \u201cre- cycleurs\u201d, mais en ?n de compte personne au Canada ne complète tout le processus jusqu\u2019à pouvoir réutiliser la matière.On est des \u201cdéfabricants\u201d ! Mais on n\u2019a rien d\u2019une cour à scrap.Toute notre procédure est documentée.» Résultat : 98 % des matières qui passent ici serviront, à terme, à la fabrication d\u2019autres produits.Le niveau de « défabrication » varie selon l\u2019appareil.Les ordinateurs portables sont ainsi démontés manuellement jusqu\u2019à de très petits composants faits de métaux précieux.Les différents recycleurs les expédient vers des fonderies, dont la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, ou d\u2019autres, aux États-Unis et au Japon notamment, qui partagent les revenus avec les recycleurs.On dit d\u2019ailleurs souvent que les centres de recyclage de déchets électroniques s\u2019apparentent à des gisements : la concentration de cuivre ou d\u2019or, par exemple, y est plus élevée que dans les mines.Les pièces en plastique, comme les boîtiers, sont mises en ballots et envoyées principalement à des fonderies de plastique en Asie.« Il y a des compagnies au Québec et aux États-Unis qui en prennent certains ; quand c\u2019est possible, on leur en envoie », indique Marc Brunette.Rares sont les entreprises d\u2019ici qui réutilisent les plastiques usagés dans leurs propres produits.Les appareils électroniques qui ont peu de valeur, comme les imprimantes et les consoles de jeux vidéos, sont passés entiers dans une déchiqueteuse, un type d\u2019appareil qu\u2019aucun établissement québécois ne possède à notre connaissance \u2013 eCycle Solutions intervient à cette étape dans une usine sœur à Toronto.Cette immense machine taille en morceaux les appareils et trie ensuite les différentes matières grâce à des champs magnétiques et à des séparateurs optiques.Le résultat de ce déchiquetage est moins pur que par désassemblage manuel, mais trouve sa place dans les fonderies de plastique et de métaux.Ce sont essentiellement les mêmes pratiques que me décrit Bruce Hartley, vice-président au développement des affaires chez GEEP, à Laval, une autre entreprise certi?ée par l\u2019ARPE qui démantèle aussi toutes sortes d\u2019équipements sous mes yeux.À l\u2019entrée, la machine distributrice qui propose gratuitement des masques, des lunettes et des gants aux travailleurs plutôt que des barres de chocolat rappelle que les appareils électroniques ne sont pas inoffensifs pour la santé (voir l\u2019encadré ci-contre).Les équipements personnels de protection sont obligatoires ici, tout comme chez eCycle Solutions.Un exemple de produit dangereux ?Les écrans cathodiques.Ils contiennent deux types de verre, dont l\u2019un est contaminé au plomb, une concentration qui peut aller jusqu\u2019à 80 %.Une fois dépouillés de leur coquille, ils parviennent sur un tapis roulant dans une pièce isolée où des employés en salopette orange séparent les deux types de verre et retirent le métal à l\u2019intérieur du tube cathodique.Le verre plombé doit être traité par une entreprise spécialisée, qui facture des frais.Autre matériel délicat : les écrans à cristaux liquides et leurs tubes ?uores- cents contenant du mercure.Ils partent également vers une entreprise spécialisée.« C\u2019est pour cette raison que les écofrais sont plus élevés pour une télévision que pour un cellulaire ou un ordinateur », explique Bruce Hartley, qui travaille dans le secteur depuis 20 ans.La santé des recycleurs est-elle à risque?Les métaux lourds contenus dans les appareils électroniques peuvent, s\u2019ils sont présents en trop forte concentration, entraîner des problèmes respiratoires, rénaux ou neurologiques, toucher le système reproducteur ou même causer des cancers.D\u2019autres composés, comme les poudres luminescentes de téléviseurs et des ignifuges empêchant les appareils de s\u2019en?ammer, sont susceptibles d'avoir un effet sur la santé des employés qui les manipulent.Des chercheurs ont entrepris une première étude québécoise sur le sujet chez six recycleurs certi?és et non certi?és par l\u2019ARPE.Ils ont échantillonné l\u2019air et les surfaces de travail des ateliers et effectué des prélèvements de sang et d\u2019urine chez des travailleurs à la recherche de métaux lourds et d\u2019ignifuges.Ils se sont aussi intéressés à leur système hormonal à la recherche de débalancements.« On sait que plusieurs ignifuges et métaux sont associés à des effets endocriniens chez les animaux, in vitro et chez les fœtus, mais chez l\u2019adulte, les résultats des études sont mitigés », explique Sabrina Gravel, coordonnatrice du champ de recherche Prévention des risques chimiques et biologiques à l\u2019Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail et doctorante en toxicologie à l\u2019Université de Montréal.Les résultats devraient être connus dans les prochains mois.La chercheuse et ses collègues travaillent en collaboration avec d\u2019autres scienti?ques dans le monde qui se penchent sur le sujet, dont Diana Ceballos, de l\u2019École de santé publique de l\u2019Université Harvard.Mme Ceballos a mesuré l\u2019exposition des travailleurs aux métaux lourds dans trois usines de recyclage américaines et huit pour cent des échantillons biologiques présentaient un taux inquiétant de plomb.« Ce sont souvent des entreprises qui se sont retrouvées dans l\u2019industrie des déchets dangereux sans vraiment s\u2019en rendre compte », remarque la professeure.Ces travaux arrivent à point.« C\u2019est encore un nouveau type d\u2019entreprise, alors il n\u2019est pas trop tard pour intervenir » si le besoin se présente, estime Sabrina Gravel. QUÉBEC SCIENCE 31 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 Pour en revenir à mon téléphone cellulaire, si je choisis de le changer, il ne ?nira peut-être pas au rayon du recyclage de l\u2019usine.Puisqu\u2019il est encore fonctionnel, il pourrait être remis à neuf dans la section sous haute sécurité où sont effacées toutes les données et vendu dans la boutique de GEEP.Puisque ce recycleur reçoit beaucoup de matériel issu de diverses organisations et entreprises, qui achètent souvent des appareils haut de gamme, Bruce Hartley aime dire que sa boutique propose l\u2019équivalent de « Mercedes d\u2019occasion » ! Quand tout le travail de remise en état, de démontage et d\u2019envoi est terminé, « on doit fournir toutes nos données à l\u2019ARPE, pour qu\u2019elle s\u2019assure qu\u2019on expédie toujours la matière dans une usine certi?ée », mentionne-t-il.Les audits sont réguliers, tant du côté du Bureau de la quali?cation des recycleurs que de la norme internationale R2, obligatoire depuis 2017 pour obtenir des contrats du programme québécois de recyclage.Des mécanismes de surveillance auxquels échappent toutefois les entreprises non certi?ées par l\u2019ARPE\u2026 A u ?l des arrivées des cargaisons de matières à récupérer, les recycleurs autorisés pas l\u2019ARPE observent un phénomène étrange: ils traitent plus d\u2019écrans que de tours d\u2019ordinateur.Comme s\u2019il y avait une fuite.Celle-ci existe bel et bien.Un recycleur non certi?é désirant rester anonyme, appe- lons-le Roger, nous a expliqué comment il recycle « de façon écologique », en dehors de la surveillance de l\u2019ARPE.Il démantèle les ordinateurs de ses clients commerciaux et revend les composants principalement à des courtiers américains ou canadiens, tout comme les cellulaires entiers.Quant à la coquille des ordinateurs, aux imprimantes et aux moniteurs, il s\u2019en remet\u2026 à un point de dépôt de l\u2019ARPE ! « Quand j\u2019ai 10 boîtes pleines, j\u2019appelle mon contact du point de dépôt.Il vient chercher les boîtes et m\u2019en donne d\u2019autres.Je paie le transport.» Évidemment, l\u2019ARPE ne cautionne pas ce type d\u2019échange et nous a signalé qu\u2019elle inspecte les points de dépôt partenaires pour ne pas hériter d\u2019appareils dits « cannibalisés ».Un autre recycleur non certi?é, que nous nommerons Jim, procède de la même manière avec les téléviseurs.Roger et Jim font partie d\u2019une centaine de recycleurs parallèles actifs au Québec, selon une évaluation de l\u2019ARPE, qui dénonce leurs pratiques.« Ils n\u2019ont pas de comptes à rendre », souligne Dominique Levesque.Ce réseau mine le rendement du programme of?ciel de recyclage, qui devait atteindre certaines cibles à partir de 2015, faute de quoi des amendes allaient devoir être versées au Fonds vert.Mais le gouvernement du Québec a décidé de reporter l\u2019échéancier à 2020.En collaboration avec Recyc-Québec, le ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec étudie le phénomène et cherche des solutions, nous ont indiqué les deux partenaires.N\u2019en déplaise à l\u2019ARPE, Roger est convaincu que ses clients recyclent davantage grâce à son service rapide et gratuit, peu importe le volume à récupérer.Car, rappelons-le, il serait facile pour ces entreprises d\u2019envoyer leurs appareils au dépotoir.Pourquoi Roger et Jim ne se sou- mettent-ils pas à la certi?cation de l\u2019ARPE ?Le premier n\u2019en a pas les moyens.« Pour répondre à tous les critères, ça me coûterait 60 000 $ et ça ne m\u2019assurerait pas d\u2019avoir du travail.Il faut être un gros joueur ou un organisme sans but lucratif, subventionné, pour être capable de le faire.» Il était là avant l\u2019ARPE, pas question pour lui de se laisser mourir.Jim, lui, n\u2019a simplement « pas envie d\u2019être géré par une grosse organisation ».« Je fais mes trucs en bonne et due forme ; je suis la législation relative à l\u2019environnement.Mes clients ?des villes et des multinationales ?sont extrêmement satisfaits de mon service.Si, un jour, je commence à perdre des clients parce que je ne fais pas partie de l\u2019ARPE, je vais me tourner vers la certi?cation.» 3 LE RÉSEAU PARALLÈLE DU RECYCLAGE QUÉBEC SCIENCE 32 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 E ntre juin 2017 et mars 2018, l\u2019inspection, au port de Montréal, de 65 conteneurs suspects a révélé 14 cargaisons frauduleuses de déchets électroniques de toutes sortes, entiers ou en pièces, considérés comme dangereux.Décrites comme des chargements de ferraille, de moteurs ou d\u2019ordinateurs en bon état, elles s\u2019apprêtaient à ?ler vers le Pakistan, les Émirats arabes unis, Hong Kong et la Chine.Au Canada, l\u2019exportation de tels déchets est interdite, surtout pour éviter de contaminer l\u2019environnement des pays en développement, où la gestion de ces matières est généralement moins encadrée.Mais de toute évidence, des entreprises tentent encore le coup, pour économiser quelques dollars ou par ignorance, nul ne le sait.Ce phénomène préoccupe-t-il Environnement et Changement climatique Canada ?« On a des projets en route pour étudier la question, mais on a beaucoup d\u2019autres règlements à faire appliquer.On se concentre donc sur ce qui sera le plus béné?que pour ENVIRONNEMENT 4 ENCORE DES EXPORTATIONS ILLÉGALES ? QUÉBEC SCIENCE 33 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 les Canadiens et l\u2019environnement », admet Karina Kessaris, à la tête pour le Québec de la Direction générale de l\u2019application de la loi du ministère.Dans le cas qui nous préoccupe, aucune des compagnies prises en ?agrant délit n\u2019est certi?ée par l\u2019ARPE (le ministère nous a demandé de ne pas publier leurs noms, puisqu\u2019il n\u2019y a pas eu de poursuites judiciaires).Il n\u2019a toutefois pas été possible de con?rmer que ces entreprises ne traitaient pas avec les recycleurs certi?és, puisque l\u2019ARPE ne partage pas la liste de ses fournisseurs approuvés, une information concurrentielle.La punition pour les entreprises pincées ?Un avis écrit pour la plupart, qui en étaient à leur première infraction.« Jusqu\u2019à l\u2019été dernier, c\u2019était notre seul outil, avec les actions en justice pour les cas plus graves, indique Karina Kessaris.On peut maintenant imposer des sanctions pécuniaires », de 2 000 $ à 8 000 $.Pour mieux traquer les recycleurs fautifs, l\u2019organisation américaine Basel Action Network (BAN) a procédé à une opération d\u2019 « espionnage » en 2017.Elle a con?é 42 imprimantes et écrans cathodiques ou à cristaux liquides non fonctionnels à des entreprises de recyclage canadiennes soupçonnées d\u2019exportation illégale après y avoir caché un système de localisation GPS.Au total, 5 appareils ont abouti à l\u2019étranger, dont un qui avait été con?é à un recycleur non certi?é de la ville de Québec, selon le rapport que nous avons obtenu en juillet dernier.En raison d\u2019un embargo, nous n\u2019avons pas été en mesure de recueillir la version des faits de ces entreprises.Il s\u2019agissait d\u2019un premier exercice en sol canadien pour le BAN, qui a fait équipe avec le Senseable City Laboratory du Massachusetts Institute of Technology pour mettre au point les trackers.En 2016, 205 systèmes GPS circulant aux États-Unis avaient révélé un taux d\u2019exportation vers les pays en développement de 31 %.Des joueurs de bonne réputation avaient alors été démasqués, comme Dell, ainsi que des recy- cleurs certi?és R2 et un recycleur de Seattle que le BAN encensait depuis des années pour ses bonnes pratiques.« Nous avons été choqués par ce dernier cas, car nous en avions fait un héros dans les médias, raconte le directeur général du BAN, Jim Puckett.L\u2019entreprise n\u2019a pas eu le choix d\u2019admettre sa faute : le GPS nous a conduits dans une usine à Hong Kong et son nom était écrit sur la boîte [Total Reclaim].Nous avons réalisé qu\u2019il est très facile de tricher lors d\u2019un audit », car l\u2019entreprise détenait la certi?cation e-Stewards\u2026 créée par le BAN ! Le phénomène semble moins répandu au Canada, quoique le petit nombre de GPS ne permette pas d\u2019établir des statistiques ?ables.« Nos échantillons sont petits parce que les dispositifs de repérage coûtent cher, mais au moins, on suit les équipements en temps réel.Les études scienti?ques sur le sujet se ?ent aux sondages menés auprès des recycleurs ou encore extrapolent à partir des données sur les batteries de voiture.Ce n\u2019est pas de la bonne science », argue-t-il.Au-delà des exportations décriées par les organismes comme le BAN, Josh Lepawsky, géographe à l\u2019Université Memorial, à Terre- Neuve, remarque des pratiques étonnantes, comme des envois d\u2019appareils vers les pays en développement\u2026 pour leur réparation.Et des déchets sont expédiés du Sud vers le Nord ! « Comme pour tout véritable enjeu éthique, tout n\u2019est pas blanc ou noir.On est dans le très gris », estime celui qui a publié récemment Reassembling Rubbish: Worlding Electronic Waste aux MIT Press.Plutôt que de se focaliser uniquement sur les exportations, Josh Lepawsky propose de s\u2019intéresser aux rebuts produits lors de l\u2019extraction des ressources et de la fabrication des appareils.« La plus grande production de déchets survient avant même qu\u2019on possède notre nouveau téléphone.Même si tous les interdits étaient respectés, ça ne règlerait pas ce problème.» Il faut que les États se donnent des moyens de forcer l\u2019industrie des produits électroniques à prolonger la durée de vie des composants, à faciliter leur réparation et leur recyclage et à réduire leur toxicité, selon le professeur, qui cite en exemple la Directive européenne RoHS \u2013 pour Restriction of Hazardous Substances.C\u2019était justement le but du programme québécois de recyclage et de versions similaires implantées ailleurs au Canada et dans le monde : stimuler l\u2019écoconception en responsabilisant l\u2019industrie jusqu\u2019à la ?n de vie des produits.« Mais en faisant supporter le coût du recyclage par les consommateurs plutôt que par l\u2019industrie, à travers les écofrais, le projet a échoué, selon Josh Lepawsky.Pour que les pratiques changent, il faudrait que les manufacturiers et les détaillants aient à payer le recyclage avec leurs pro?ts, sans pouvoir hausser leurs prix pour couvrir les frais.Pour le moment, on a créé un modèle étrange de gouvernance privée dans lequel l\u2019argent du public est absorbé sans réel contrôle démocratique.» L\u2019Ontario prévoit transformer son système en ce sens en 2020, même si peu de détails sont encore connus.En attendant, que peut-on faire comme consommateurs ?« Continuez à utiliser le téléphone que vous avez déjà aussi longtemps que possible », dit Josh Lepawsky.Bon, d\u2019accord, je vais m\u2019accrocher à mon vieux cellulaire et faire réparer l\u2019écran.Quand il sera bel et bien mort, j\u2019opterai pour une « Mercedes d\u2019occasion », promis.lQS 4 Des techniques plus ef?caces pour traiter les circuits imprimés > Un doctorant de Polytechnique Montréal, Mohamed Khalil, ?nalise un procédé usant de la pyrolyse par micro-ondes pour récupérer les métaux précieux dans leur forme la plus pure et pour transformer le plastique en huile pour l\u2019industrie pétrochimique.Il a fondé Pyrocycle.> La compagnie Composite Recycling et des chercheurs irlandais et allemands mettent au point un procédé en vue de récupérer de façon plus ef?cace les métaux par l\u2019utilisation de sels fondus pour le transfert thermique dans un réacteur à basse température.> Une équipe de l\u2019Université de la Colombie- Britannique utilise la séparation par gravité pour récupérer la ?bre de verre et la résine époxy, deux matières qui sont présentement incinérées ou enfouies.La ?bre de verre peut alors être employée dans la construction et l\u2019isolation. QUÉBEC SCIENCE 34 OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 ÉPIGÉNÉTIQUE C \u2019est l\u2019été, la chaleur est écrasante et leurs bedaines pèsent lourd.Pourtant, elles sont toutes venues au rendez-vous.Carolanne, Mélissa, Fatiha et les autres, enceintes de plusieurs mois, prennent place autour de la grande table carrée pour assister à un atelier sur le plaisir de manger, dans les locaux d\u2019un organisme communautaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.Au menu, une dégustation à l\u2019aveugle de courges, d\u2019asperges et de canneberges séchées, entre autres.Les réactions sont mitigées (surtout pour le tofu mou !), mais donnent lieu à des échanges de recettes et à des conseils d\u2019achat selon les saisons.« Le tofu, c\u2019est moins cher que la viande et ça apporte du fer et des protéines », rappelle avec bienveillance Hélène Hénault, qui ne se laisse pas déstabiliser par les moues dégoûtées de son auditoire.Cette nutritionniste du CLSC de Hochela- ga-Maisonneuve travaille en collaboration avec la Fondation OLO, qui accompagne chaque année au Québec 15 000 femmes à faible revenu, leur offrant des consultations en nutrition, des multivitamines et des coupons pour se procurer gratuitement des œufs, du lait et du jus d\u2019orange pendant la grossesse.« L\u2019idée de l\u2019atelier d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est de montrer que la bonne nutrition, c\u2019est savoureux, agréable.Il faut que cela devienne facile et instinctif », explique Hélène Hénault.La dizaine de femmes présentes ce jour-là, enceintes pour la première, deuxième ou troisième fois, savent bien que leur alimentation est importante pour la croissance du fœtus.Ce qu\u2019elles ignorent sans doute, c\u2019est à quel point leur mode Ce qu\u2019une femme enceinte se met sous la dent, l\u2019air qu\u2019elle respire et même ses émotions in?uencent le développement de son futur bébé, et la santé de l\u2019adulte qu\u2019il deviendra.Au point que l\u2019obésité, le diabète ou les maladies cardiovasculaires peuvent prendre racine\u2026 dans l\u2019utérus.Par Marine Corniou Illustration : Cornelia Li l\u2018utérus?Et si l\u2019avenir de chacun se jouait dans Nu SE 8 S Pre @ \u2018 : 2 \\N IW G 4, / \u201c; À, NM NA LE ?SN CA Z ; - 65 dax nh 27 pS a ARMÉE Si A, 2 prs AW J NN AN 4 «Sr Zz a N° Œ.7c = Z = \u2014 Li 27 JQ 2 = af 7 g YF 174 NS 7 cg Yo » - DN AD 7 7\u201d = ri À \u2014_ a ver OR 9 > re 5» oo \u2026\u2014\u201d\u2019 = \u2018o 4 ye 44 -~Q = Oo.\u2014\" -\u2014 9 Ne \u201d ~ 7 & = \u2019 \u2018rs LE, 3 le ef , >.9 9 + oe o Ç 2 Q © ry OU «9g 7 LA VX KL, 7 af re
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